Présidentielle/2022: Qui nous délivrera des Russes et des Sarrasins ? (What tragic moment for a Western world incapable of confronting at the same time both the Islamic and Russian threats ?)

25 février, 2022

Vous avez finalement un paradoxe aujourd’hui dans la politique française, qui est presque une tenaille. C’est à dire que nous sommes pris en tenaille entre d’une part une gauche qui dans son ensemble ne reconnait pas le danger de l’islamisme, ou en tout cas ne l’évalue pas à sa juste dimension. (…)  Et puis, (…) une droite qui est incapable de penser la question russe. (…) Il y a un côté, que je dirais presque tragique pour nous Français, de se dire qu’il n’y a pas vraiment sur la scène politique un homme politique qui est capable de penser de manière vraiment sérieuse ces deux menaces en même temps. Laure Mandeville
S’il a fallu repenser de fond en comble la sociologie des intellectuels, c’est que, du fait de l’importance des intérêts en jeu et des investissements consentis, il est suprêmement difficile, pour un intellectuel, d’échapper à la logique de la lutte dans laquelle chacun se fait volontiers le sociologue — au sens le plus brutalement sociologiste — de ses adversaires, en même temps que son propre idéologue, selon la loi des cécités et des lucidités croisées qui règle toutes les luttes sociales pour la vérité. Pierre Bourdieu
Messieurs, charbonnier est maître chez soi. Nous sommes un Etat souverain. Tout ce qu’a dit cet individu ne nous regarde pas. Nous faisons ce que nous voulons de nos socialistes, de nos pacifistes et de nos juifs, et nous n’avons à subir de contrôle ni de l’humanité ni de la SDN. Joseph Goebbels (SDN, Genève, 1933)
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech (2005)
Taiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech
Le XXe siècle n’est pas encore terminé en Asie et ni la guerre froide ni même la Seconde Guerre mondiale n’ont dit leur dernier mot dans cette région. Thérèse Delpech
Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire (…) Pour Moscou, en revanche, rétablir le contrôle sur l’Ukraine ― un pays de cinquante-deux millions d’habitants doté de ressources nombreuses et d’un accès à la mer Noire –, c’est s’assurer les moyens de redevenir un État impérial puissant, s’étendant sur l’Europe et l’Asie. La fin de l’indépendance ukrainienne aurait des conséquences immédiates pour l’Europe centrale. (…) La Russie peut-elle, dans le même mouvement, être forte et démocratique ? Si elle accroît sa puissance, ne  cherchera-t-elle pas à restaurer son domaine impérial ? Peut-elle prospérer en tant qu’empire et en tant que démocratie ? (…) Et la « réintégration » de l’Ukraine reste, à ce jour, une position de principe qui recueille le consensus de la classe politique. Le refus russe d’entériner le statut d’indépendance de l’Ukraine, pour des raisons historiques et politiques, se heurte frontalement aux vues américaines, selon lesquelles la Russie ne peut être à la fois impériale et démocratique. (…) D’autant que la Russie postsoviétique n’a accompli qu’une rupture partielle avec son passé. Presque tous ses dirigeants « démocratiques », bien que conscients du passif et sans illusions sur la valeur du système, en sont eux-mêmes le produit et y ont accompli leur carrière jusqu’au sommet de la hiérarchie. Ce n’étaient pas des anciens dissidents comme en Pologne ou  en République tchèque. Les institutions clés du pouvoir soviétique ― même affaiblies et frappées par la démoralisation et la corruption ― n’ont pas disparu. À Moscou, sur la place Rouge, le mausolée de Lénine, toujours en place, symbolise cette résistance de l’ordre soviétique. Imaginons un instant une Allemagne gouvernée par d’anciens gauleiters nazis, se gargarisant de slogans démocratiques et entretenant le mausolée d’Hitler au centre de Berlin. Zbigniew Brzezinski (“Le Grand Echiquier”, 1997)
C’est toujours la même chose. (…) La Russie se présente comme faible: il faut l’aider, se garder de l’humilier, consolider ses progrès. Elle se présente en même temps comme redoutable par son immensité, son armée, son arsenal atomique, son pétrole. Elle fait planer une vague menace. Elle pourrait être encore pire. Apaisons-la. (…) Que veut la Russie de Poutine ? Pour commencer, reconstituer l’URSS. Elle est en contentieux de frontières avec l’Ukraine, l’Estonie, la Lettonie, la Moldavie, le Kazakhstan, la Géorgie. Elle a soin d’entretenir ce contentieux, de le faire suppurer et quand l’occasion se présente, de l’enflammer, comme aujourd’hui. Au lieu de s’occuper de l’épouvantable niveau sanitaire, de l’école à la dérive, elle construit des sous-marins, des porte-avions, développe des systèmes d’armes, pratique la menace et le chantage tous azimuts. Nous saluons : «La Russie a retrouvé sa fierté.» En fait elle court à sa ruine. Elle ne peut concevoir la négociation qu’en termes de victoire. (…) À force de répétition, de crise en crise, cet appétit pour l’agrandissement finit par nous paraître naturel. C’est comme un vieux travers de la Russie, presque un élément du folklore, comme le samovar. C’est leur habitude et nous nous y habituons. Notre jobardise, notre crédulité, notre naïveté sont, avec la domination, l’autre grande satisfaction de l’État russe. Alain Besançon
La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’ »il ne fallait pas humilier la Russie ». Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ? La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. Ainsi tout est bon : nous avons élargi l’OTAN, nous avons fait la guerre à la Yougoslavie, nous avons proclamé l’indépendance du Kosovo. En réalité, le tournant de la Russie vers ce qui allait devenir la dictature poutinienne a été pris avant ces événements. Il remonte à la crise de l’automne 1993, lorsque Boris Eltsine a donné la troupe contre la Douma et fait adopter une nouvelle Constitution qui mettait un terme à la séparation des pouvoirs et fermait à la Russie la voie de la démocratie libérale à l’européenne, – et cela, dès cette époque, au nom d’un renouveau impérial. Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et du « droit du peuple allemand à l’autodétermination », est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées. Aussi devons-nous avant tout nous débarrasser de cette culpabilité débilitante, à tous les sens du terme. Nous devons nous rappeler comment Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir, par la provocation et une guerre menée contre des citoyens russes. Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche. (…) C’est devant cette Russie dangereuse que nous nous trouvons. Cessons de nous accuser et de trouver à la Russie mille excuses, qui ne servent qu’à justifier notre lâcheté. Elle nous dit qu’elle défend ses intérêts légitimes en envahissant un pays indépendant. Et dans les chancelleries occidentales, nombreux sont ceux qui sont prêts à lui reconnaître implicitement une « sphère d’influence », pour la « rassurer, apaiser » son complexe d’encerclement (c’est par les mêmes arguments que les Anglo-Saxons ont justifié l’abandon de la Pologne à Staline en 1944-1945). A ceux-là il faut rappeler que, une semaine avant de lancer l’opération d’annexion de la Géorgie, la Russie avait discrètement cédé à la Chine les territoires contestés qui avaient failli mener à une guerre entre les deux pays en 1969. (…) La conclusion est simple : la Russie poursuit de sa vindicte les Occidentaux et les pays qui s’orientent vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle se prétend encerclée par l’OTAN et ne se soucie nullement d’une Chine autrement agressive, dynamique et dangereuse pour sa « sphère d’influence ». Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive – et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes. Tant que demeurera une Europe indépendante alliée aux Etats-Unis, la Russie se sentira encerclée. La réalisation des prétendus intérêts de sécurité russes passe par l’asservissement par cercles successifs de tous ses voisins occidentaux et méridionaux. Françoise Thom (2008)
Les intellectuels et le communisme étaient faits pour se rencontrer depuis que Lénine a compris que le prolétariat n’allait pas briser ses chaînes d’exploité, comme le croyait Marx, et qu’il fallait un parti de révolutionnaires professionnels pour prendre le pouvoir, comme il l’écrit dans Que faire? en 1902. La révolution, devenait du coup une affaire d’intellectuels éclairés, chargés de faire le bonheur du peuple malgré lui. Être au centre du pouvoir, en tant que conseiller ou comme acteur, est un vieux rêve de l’élite pensante depuis Platon. De plus, le déterminisme historique qui caractérise la théorie marxiste, avec la lutte des classes comme moteur de l’histoire et l’inéluctable avènement du communisme, stade suprême de l’humanité, offrait aux intellectuels la feuille de route dont ils rêvaient. Les voilà au cœur de l’action avec la boussole pour les diriger. Le communisme une fois instauré, tous les régimes en question ont éliminé les intellectuels qui n’étaient pas dans la ligne, mais tant qu’il s’est agi du sang des autres là-bas, au loin, de ceux qui subissaient, la plupart des intellectuels occidentaux sympathisants ont continué à croire en l’avenir radieux. (…) L’expression «opium des intellectuels» est de Raymond Aron, l’un de nos rares intellectuels à avoir échappé à l’attraction communiste. L’appétence particulière de nos «penseurs» pour cette idéologie tient à plusieurs facteurs. Pour l’essentiel, disons que le rapport de l’intellectuel français au pouvoir est singulier, au phénomène de cour mis en place sous la royauté: être proche, avoir l’oreille du prince a toujours été une marque de reconnaissance. En France le pouvoir attire, jusqu’à aveugler souvent. D’autre part, la philosophie des Lumières qui a annoncé la Révolution française a démontré comment la pensée pouvait préparer les esprits aux bouleversements politiques et sociaux, ce que le communisme systématise avec le parti de Lénine justement. Le facteur révolution joue aussi son rôle, toute la culture post 1789 a magnifié ce moment, c’est seulement récemment que nous avons pris conscience que l’instrumentalisation idéologique pouvait conduire à la Terreur, comme en 1793. L’expression populaire «on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs» présente les excès révolutionnaires comme nécessaires, donc acceptables. En réalité, il n’y a jamais eu de révolution communiste, c’est l’une des impostures de cette histoire. Dans les faits, le pouvoir n’a jamais été conquis à la suite d’une révolte populaire: le coup d’État de Lénine en octobre 1917, la guerre civile gagnée par Mao en 1949, la guerre de libération nationale conduite par Ho Chi Minh au Vietnam en sont quelques exemples. Le terme de «révolution communiste» est un oxymore que nos intellectuels ont vénéré. (…) L’expression [« compagnon de route »] est due à Trotski, en 1922. Elle désigne l’intellectuel qui est prêt à faire un bout de chemin avec les communistes sans pour autant adhérer au parti. (…) Dans à peu près tous les pays du monde il y a eu des compagnons de route: GB Shaw en Grande Bretagne, Dashiell Hammett aux Etats Unis, Bertolt Brecht en Allemagne, Alberto Moravia en Italie, etc. Il serait plus court de citer les intellectuels restés lucides. (…) Lénine désignait par ce terme [« idiot utile »] l’homme politique, l’homme d’affaires qui pouvaient être utilisés pour promouvoir tel ou tel aspect du communisme, par orgueil (se rendre intéressant), par ignorance, par cupidité, bref en usant de tous les ressorts humains. Le plus connu des « idiots utiles » est l’ancien président du Conseil français, sous la IIIe République, Edouard Herriot, invité en Ukraine au début des années 1930 alors que la famine, instrumentalisée par Staline pour liquider les paysans récalcitrants à la collectivisation, battait son plein. Il en a nié la réalité, soit plusieurs millions de morts. Plus près de nous, François Mitterrand s’est prêté à la même opération pour le compte de Mao. Reçu par le Grand Timonier alors que la famine décimait le pays à cause du Grand bond en avant, il en a contesté l’ampleur comme Mao lui avait dit. De 30 à 50 millions de Chinois sont morts à cette époque. On ne compte pas les hommes d’affaires capitalistes qui ont aidé les régimes communistes à survivre par des crédits ou en livrant du matériel, de la technologie jusque et y compris à l’usage des travailleurs forcés des camps de concentration. Tout ce passé est douloureux pour nos consciences, voilà pourquoi aussi il est tentant de l’oublier, voire de l’escamoter. (…) La fameuse phrase de Sartre sur « il ne faut pas désespérer Billancourt », peut-être une explication de cette cécité. Le communisme a représenté un tel espoir que peu importait la réalité. Pour beaucoup il était préférable de croire que de voir, donc ils se sont aveuglés d’eux-mêmes car la vérité sur le communisme a été connue dès les premiers mois, les témoignages n’ont jamais cessé de s’accumuler: qui voulait savoir pouvait savoir. C’est bien ce qui rend cet aveuglement coupable, autant, quitte à choquer, que ceux qui savaient sur la Shoah avant la découverte des camps d’extermination en 1945 mais qui se sont tus pour raison d’État, dans un contexte de guerre mondiale. L’indifférence, pis les mensonges qui ont couvert la réalité communiste, ne bénéficient même pas d’une telle excuse. C’est ainsi que des dizaines de millions de personnes ont disparu dans ces régimes que la doxa intellectuelle présentait comme LE modèle pour l’humanité. La culpabilité est immense ce qui rend ce passé si douloureux pour la conscience universelle. Certains sont toutefois plus coupables que d’autres. Un Aragon, apparatchik communiste jusqu’à ses derniers jours, est cent fois plus blâmable qu’un Sartre qui a fait des allers-retours avec l’idéologie. (…) En exergue à l’un de mes chapitres je cite cette phrase de Camus: «Toute idée fausse finit dans le sang mais il s’agit toujours du sang des autres». Le communisme a été une idée fausse, des hectolitres de sang ont été versés en son nom, mais qu’importe…. L’intellectuel, d’une manière générale, s’embarrasse peu de la réalité surtout s’il n’y est pas confronté directement. Cette indifférence, voire cet amour du sang des autres a des ressorts profonds dont l’une des sources est probablement la haine de soi éprouvée en tant que profiteur d’un monde que l’on abhorre. L’adhésion au communisme a été d’autant plus forte que le rejet du capitalisme a été profond, un système vu, jugé comme l’exploitation du plus grand nombre, l’enrichissement d’une minorité, et le fourrier de la guerre (celle de 1914-1918) qui venait de meurtrir le monde. La charge était telle que s’en débarrasser devenait une libération pour l’humanité, quel qu’en soit le coût humain puisque le capitalisme ne pouvait en ce domaine donner de leçon. La violence est devenue une nécessité pour s’arracher de ce monde. L’enchaînement capitalisme – haine – égalité – révolution – violence annonçait l’indifférence à venir. Les intellectuels s’y sont complus tant qu’ils n’en étaient pas les victimes. (…) Avoir été maoïste est à la fois plus grave et moins grave qu’avoir été stalinien. Plus grave puisqu’intervenant après, quand on pouvait tout savoir des dégâts provoqués par l’aveuglement sur Staline. Plus grave encore car Mao est responsable de bien plus de morts que Staline. La complicité est donc moralement plus grave. En même temps, l’aveuglement a duré moins longtemps et certains maoïstes occidentaux s’en sont repentis. Moins grave aussi parce que le maoïsme a pris en Occident un côté folklorique qui lui conférait un aspect ridicule: voir des intellectuels brandir le Petit livre rouge en ânonnant les slogans du Grand Timonier pouvait difficilement être pris aux sérieux. Le maoïsme a démontré de manière éclatante combien l’aveuglement idéologique abêtit, en cela il a été utile si j’ose dire. Maintenant, que Mao garde une stature de commandeur quand Staline a été déboulonné, la responsabilité en revient en premier lieu au régime chinois qui en est l’héritage. Que tous les billets de banque de la République populaire de Chine soient encore à l’effigie du Grand Timonier est aussi scandaleux que si les Deutsche Marks d’après guerre avaient mis le Führer en emblème. (…) Le meilleur allié du communisme a été le nazisme et le plus utile des idiots, si l’on peut dire, fut Hitler. Les deux totalitarismes se sont entraidés avant de se combattre. Ils avaient la même haine du monde occidental, de la démocratie et leur système politique était cousin germain. Après avoir aidé Hitler à arriver au pouvoir en 1933 grâce à la lutte conjointe des communistes allemands (aux ordres de Moscou) et des nazis, contre le gouvernement social-démocrate en place à Berlin ; après avoir soutenu l’effort de guerre du Führer grâce au pacte germano-soviétique d’août 1939 ; après s’être partagé l’Europe au début de la guerre, les deux totalitarismes se sont affrontés. À partir de là, toute l’intelligence de Staline, toute la tactique communiste a consisté à se présenter comme le meilleur rempart, le seul même face à la peste brune, jusqu’à faire oublier l’alliance passée. L’antifascisme a servi de paravent au stalinisme pour accomplir ses noirs desseins, d’abord contre son peuple puis contre les peuples conquis à la faveur du conflit mondial. Communisme et nazisme sont deux variantes du totalitarisme. Être contre l’un aurait dû amener à être contre l’autre, c’est cela que dit Orwell. Or l’hémiplégie d’une partie de l’opinion publique (cela va bien au-delà des intellectuels) consiste toujours à diaboliser un totalitarisme, le brun, pour excuser ou minorer l’autre, le rouge. C’est l’un des héritages du communisme dans les têtes. La seule attitude morale qui vaille est d’être antitotalitaire et de renvoyer dos à dos toutes les idéologies qui en sont le substrat. (…) Le communisme a représenté un grand espoir de justice sociale, il a mis ses pas dans la démarche chrétienne. Cela explique en partie son succès: au message christique «les derniers seront les premiers» au paradis, l’idéologie a substitué l’idée que les prolétaires (les plus pauvres) gouverneront le monde pour instaurer l’égalité pour tous. L’échec est d’autant plus durement ressenti. La mort du communisme revient pour certains à la mort de Dieu pour les croyants: inacceptable, impensable. Le communisme n’est toujours pas sorti de cette phase de deuil, d’où le négationnisme dont je parle: on nie la réalité de ce qui fut pour ne pas souffrir des espoirs qu’il a suscité. Il est certes désormais reconnu que ces régimes ont fait des millions de morts. C’est un progrès. Il n’empêche, être anti communiste reste péjoratif, quand cela devrait être une évidence. L’intellectuel qui a eu des faiblesses envers le fascisme demeure coupable à jamais quand celui qui a idolâtré le stalinisme ou le maoïsme, ou le pol-potisme (le Cambodge des Khmers rouge) est vite pardonné. C’est aussi cela le négationnisme communiste. Il ne s’agit pas de faire des procès, mais de regarder la réalité historique en face. En outre, la complicité envers le communisme a été telle, elle a pris une telle ampleur – des militants des PC du monde entier aux intellectuels, des dirigeants politiques des démocraties aux hommes d’affaires -, qu’il existe un consensus tacite pour oublier cette face sombre de l’humanité. L’être humain n’aime pas se sentir coupable, alors il passe à autre chose. Ce ne peut être que transitoire. La dimension du drame communiste fait qu’il est impossible d’en faire l’impasse. Je fais le pari que la réflexion sur cette époque va prendre de l’ampleur pour que l’histoire se fasse enfin. Il faudra sans doute pour cela que tous les témoins (acteurs ou simples spectateurs) de cette époque disparaissent. Et avec eux ce négationnisme diffus qui sert de garde-fou à l’émergence de la mauvaise conscience. Il est évident que l’étude approfondie de cette époque est indispensable pour la compréhension de notre monde actuel, l’héritage somme toute du XXe siècle communiste. (…) En premier lieu, il reste encore des régimes communistes: outre la Chine, la Corée du Nord, le Laos, le Vietnam, Cuba, l’Erythrée notamment. Ces pays fonctionnent sous l’égide d’un parti unique qui se réclame de l’idéologie marxiste-léniniste, avec tout ce que cela comporte d’atteinte aux libertés et de drames humains. Maintenant, l’échec du bloc soviétique a discrédité ce type de système politique. Je doute que des régimes communistes nouveaux apparaissent. En fait, il n’y a plus le terreau nécessaire pour cela. L’idéal, comme les régimes qui s’en réclament, sont apparus dans un contexte idéologico-politico-économique particulier, fait à la fois de scientisme, de guerres, de massification des individus, de crises sociales, toutes choses que je développe largement dans mon livre, qui ne sont plus. J’ajoute que la mondialisation, l’ouverture obligée des frontières pour y participer, est antinomique avec l’esprit totalitaire qui oblige à l’enfermement des êtres comme des esprits. On peut d’ailleurs constater que les pays qui restent communistes s’ouvrent économiquement tout en restant fermés politiquement. La Chine en est le meilleur exemple. Or, à terme, cette schizophrénie politico-économique n’est pas viable. Non seulement le contexte mondial a changé pour que de nouveaux pays tombent dans la nasse communisme, mais ceux qui y restent sont condamnés à terme à disparaître, en tout cas tels qu’ils existent. Dans nos contrées démocratiques, seul un quarteron d’idéologues se réclame encore du communisme marxiste-léniniste vieille manière, celui qui a brillé au XXe siècle. Mais ils n’ont plus d’influence. La page est tournée. La protestation sociale née des inégalités, qui elles ne cesseront sans doute jamais, prend et prendra d’autres chemins, mais pas celui emprunté tout au long du XXe siècle. (…) Le philosophe anglais Bertrand Russel remarquait déjà au début des années 1920 une ressemblance entre communisme et islamisme, notamment la même volonté de convertir le monde. N’oublions pas que la propagande communiste, très présente au XXe siècle, a développé des thèmes anti-occidentaux au nom de la lutte contre l’abomination capitaliste, et contre l’impérialisme. Cela a façonné des esprits, y compris dans des pays musulmans influencés par l’URSS, leur allié contre l’ennemi principal, Israël. La doxa communiste contre la liberté d’être, de penser, de se mouvoir, d’entreprendre, etc., se retrouve dans le discours des islamistes, présentée comme des tentations de Satan. En tant qu’idéologie totalitaire, le communisme cherchait à atomiser les individus en les arrachant de leurs racines sociales, politiques, culturelles, voire familiales, pour mieux les dominer, les contrôler. L’islamisme, lui, propose des repères, des codes, à des individus déjà déracinés sous la poussée d’une mondialisation dont les effets ont tendance à déstructurer les sociétés traditionnelles. La démarche est différente, mais le résultat est comparable: dans les deux cas il s’agit d’unir des personnes isolées grâce à des sentiments identitaires – la communauté socialiste, la communauté des croyants -, de donner sens à leur collectif grâce à un mythe absolu et exclusif, le parti pour les communistes, l’oumma pour les islamistes, terme qui désigne à la fois la communauté des croyants et la nation. Enfin, on retrouve dans l’islamisme des marqueurs du communisme: la contre-modernité du propos, une explication globale du monde et de sa marche, une opposition radicale entre bons et mauvais – croyants/impies en lieu et place des exploités/exploiteurs -, la volonté de modeler les hommes, et un esprit de conquête planétaire. Dès lors, la substitution est possible. Thierry Wolton
Sur fond de grave crise aux confins orientaux de l’Ukraine, où le bruit des bottes fait redouter une nouvelle offensive militaire russe, le Kremlin a ordonné le tir d’une salve de missiles hypersoniques « Zircon », et ce la veille de Noël (selon le calendrier grégorien). Vladimir Poutine s’est félicité de ce succès : « un grand événement pour le pays et une étape significative pour renforcer la sécurité de la Russie et ses capacités de défense ». Au vrai, il ne s’agit pas du premier essai mais il intervient dans un contexte particulier, quand le Kremlin pose de manière claire et explicite un ultimatum qui exige des Occidentaux qu’ils signent deux traités ordonnant le repli de l’OTAN et donc, à brève échéance, son sabordage. Dans l’esprit des dirigeants russes et de nombreux commentateurs à Moscou, enthousiasmés par la possibilité d’une grande guerre à visée hégémonique, il ne s’agit pas tant de démontrer l’avance acquise dans la gamme des armes dites « nouvelles » que d’intimider et de menacer l’Europe et les États-Unis. Et la discrétion des dirigeants occidentaux quant à ces essais répétés laisse dubitatif. Dès lors se pose la question des possibles effets produits par ces « armes nouvelles ». S’agirait-il là d’une rupture technologique, vecteur d’une révolution stratégique ? En d’autres termes, le problème est de savoir si la Russie, posée par ses dirigeants comme puissance révisionniste, prête à recourir aux armes pour modifier le statu quo international, aligne son discours géopolitique, son système militaire et sa stratégie. On se souvient du discours prononcé par Vladimir Poutine au Parlement, le 1er mars 2018, le président russe ayant alors présenté un programme de nouveaux missiles qui impressionna la classe dirigeante russe et nombre d’observateurs internationaux. Ces armes dites de rupture sont hypersoniques (soit une vitesse supérieure à Mach 5), sur une partie de leur trajectoire à tout le moins. Elles sont présentées comme étant capables d’effectuer des manœuvres qui permettent de déjouer les capacités d’interception adverses, c’est-à-dire les défenses antimissiles des États-Unis et de l’OTAN. Parmi ces « super-missiles », citons le « Kinjal » (un missile lancé par un avion), l’« Avangard » (un planeur hypersonique lancé par une fusée « Sarmat ») et le « Zircon » (un missile antinavire déployé sur des bâtiments de surface, des sous-marins ainsi que des batteries côtières). Curieusement, le « Zircon » dont il est désormais question ne fut pas mentionné lors de la prestation du 1er mars 2018. En revanche, d’autres armes furent présentées, à l’instar de la torpille « Poséidon », capable de déclencher un tsunami radioactif de l’autre côté de l’Atlantique, le drone sous-marin « Peresvet », à propulsion nucléaire et à charge atomique, et le missile « Bourevestnik » qualifié d’« invincible » par Vladimir Poutine. Il existe des interrogations sur le degré réel d’avancement de ces programmes et leur opérationnalité effective. Ainsi l’accident survenu le 8 août 2019, sur une base septentrionale russe, serait-il lié à un nouvel échec du « Bourevestnik » (l’explosion a fait plusieurs morts et provoqué une hausse de la radioactivité). Nonobstant des imprécisions et des effets d’annonce parfois trop hâtifs, le programme d’armes nouvelles illustre la réalité du réarmement russe, plus axé sur la qualité des technologies que sur le volume des arsenaux. Les optimistes veulent voir dans la posture russe une forme contre-intuitive de « dialogue stratégique » avec les États-Unis, en vue d’un renouvellement de l’arms control (la maîtrise des armements). Le sort du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), violé par la Russie, dénoncé en conséquence par Washington (Moscou suivit), ainsi que les incertitudes autour des négociations nucléaires stratégiques ne sont pas de bon augure. Faut-il voir dans ces armes une rupture technologique et stratégique ? D’aucuns soulignent le fait que l’hypervélocité et la capacité à manœuvrer de ces « armes nouvelles » ne font pas une révolution stratégique. D’une part, les fusées balistiques outrepassent l’hypervélocité de ces engins. S’il est vrai, d’autre part, que leur capacité à manœuvrer permettrait de contourner les défenses antimissiles des Alliés (États-Unis et OTAN), il en serait de même avec un missile balistique intercontinental. Au demeurant, les défenses antimissiles n’ont pas été pensées pour intercepter les missiles balistiques intercontinentaux de la Russie ou de la Chine populaire mais pour contrer une puissance proliférante, du type de l’Iran ou de la Corée du Nord, détentrice d’un nombre réduit d’engins. Soulignons ici la mauvaise foi russe qui, tout en développant ses propres défenses antimissiles, ne cesse de dénoncer les effets prétendument déstabilisateurs du dispositif américano-otanien. En première analyse, le déploiement d’« armes nouvelles » russes ne changerait donc pas l’équation stratégique ; quand bien même leur hypervélocité réduirait le délai de réaction, les puissances nucléaires occidentales conserveraient une capacité de frappe en second, pour exercer des représailles sur l’État agresseur. Théoriquement, une telle perspective devrait le détourner de la tentation d’une première frappe désarmante, « dissuader » signifiant « empêcher de passer à l’acte ». Pourtant, la Russie, ces dernières années, a amplement modernisé ce que les spécialistes nomment la « triade stratégique », ses armes nucléaires stratégiques terrestres (missiles intercontinentaux), aériennes (missiles lancés depuis un bombardier) et sous-marines (missiles lancés par des sous-marins nucléaires lance-engins). Aussi le développement et le déploiement d’engins « exotiques » (les « armes nouvelles ») posent question : à quelles fins et selon quels scénarios ? (…) Sur le plan de la réflexion stratégique, rappelons l’important article de l’Américain Albert Wohlstetter sur le « fragile équilibre de la terreur » (« The Delicate Balance of Terror », Rand Corporation, 6 novembre 1958). Selon l’analyse de ce stratège, l’équilibre de la terreur est instable et la dissuasion de l’adversaire potentiel n’est en rien automatique, la symétrie des arsenaux pouvant coexister avec l’asymétrie morale. (…) Dès lors, le développement et le déploiement par la Russie d’« armes nouvelles », hors du cadre de l’« arms control », ne viserait-il pas à sortir de la parité pour acquérir une position de supériorité nucléaire ? Dans une telle perspective, les armes nucléaires ne seraient plus au seul service de la dissuasion, pour préserver le territoire national et ses approches de toute entreprise guerrière ; elles pourraient être le moyen d’une stratégie d’action et de coercition visant des buts d’acquisition. (…) Il suffit d’ailleurs de se reporter à la présente situation, nombre d’officiels russes n’hésitant pas à menacer l’Europe d’une frappe préventive s’ils n’obtiennent pas une sphère d’influence exclusive dans l’« étranger proche » (l’espace post-soviétique), élargie à toute l’Europe si les États-Unis se retiraient de l’OTAN. (…) Ainsi une « escalade pour la désescalade », c’est-à-dire une frappe nucléaire théoriquement destinée à interdire l’intensification d’une guerre classique (conventionnelle), n’est pas exclue. En d’autres termes, cela signifierait la volonté de vaincre en ayant recours à l’arme nucléaire. Sur ce point, ajoutons que Vladimir Poutine, à la différence du secrétaire général du parti communiste soviétique autrefois, n’est pas limité par un Politburo. À tout le moins, il importe d’envisager le fait que la Russie mette son arsenal au service d’une stratégie de « sanctuarisation agressive » : lancer une offensive armée classique sur les espaces géographiques convoités (l’Ukraine, en tout ou en partie, ainsi que d’autres républiques post-soviétiques refusant un statut d’État croupion, privées de leur souveraineté), les puissances extérieures étant dissuadées de leur porter secours en les menaçant d’une escalade nucléaire. Si l’on considère l’Ukraine, n’est-ce pas déjà le cas ? La lecture attentive des projets de traité que Moscou prétend imposer aux États-Unis laisse penser qu’outre les trois États baltes, seules ex-républiques soviétiques intégrées dans l’OTAN, les anciens satellites d’« Europe de l’Est » — le syntagme d’« Europe médiane », entre Baltique, mer Noire et Adriatique, est aujourd’hui plus approprié — seraient également l’objet de cette grande manœuvre. C’est ici que certaines des « armes nouvelles » russes, notamment le « Zircon », si elles n’apportent rien à la dissuasion russe, trouvent leur place. Qu’elles soient déployées au sol, en mer ou dans les airs, ces armes sont duales : elles peuvent tout aussi bien être dotées de charges conventionnelles que de têtes nucléaires. D’ores et déjà, le « Zircon » et d’autres systèmes d’armes pourraient servir à verrouiller la Baltique et la mer Noire (mise en place d’une « bulle stratégique » sur ces mers et leur pourtour), l’objectif étant d’écarter les alliés occidentaux des pays riverains. Alors, ces derniers seraient à la merci d’une agression militaire russe. Le seul poing levé pourrait convaincre les récalcitrants. (…) Ainsi placée sous la menace d’une première frappe désarmante, avec un temps de réaction de quelques minutes (insuffisant pour disperser les cibles), l’Europe serait prise en otage. Certes, la France et le Royaume-Uni, a fortiori les États-Unis, conserveraient leur capacité de frappe en second, mais ces puissances occidentales, possiblement épargnées par cette première frappe, non nucléaire de surcroît, porteraient alors la responsabilité de l’escalade nucléaire. Gageons qu’il ne manquerait pas dans ces pays de politiques et de publicistes pour poser la question fatidique : « Mourir pour Dantzig ? » et plaider qui le « grand retranchement », qui la cause d’une « grande Europe, de Lisbonne à Vladivostok ». À l’évidence, un tel scénario n’est pas sans rappeler la configuration géostratégique générée par le déploiement par les Soviétiques des missiles SS-20 (1977), une arme jugée alors déstabilisante du fait de sa précision. L’objectif de ces armes de théâtre, ensuite baptisées « forces nucléaires intermédiaires », était de provoquer de prendre en otage l’Europe occidentale et de provoquer un découplage géostratégique entre les deux rives de l’Atlantique Nord. S’ensuivit la « bataille des euromissiles », l’OTAN exigeant le retrait des SS-20 et, à défaut, menaçant de déployer des missiles encore plus précis et véloces (missiles balistiques Pershing-II et missiles de croisière Tomahawk). (…) En 1987, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev signèrent un traité portant sur le retrait de toutes les forces nucléaires intermédiaires, d’une portée de 500 à 5 500 kilomètres. Peu après, l’armée soviétique devrait évacuer l’Afghanistan puis, après la chute du mur de Berlin, la réunification de l’Allemagne et la « révolution de velours », mettre à bas les régimes communistes d’Europe médiane : l’URSS implosait (1991). Mutatis mutandis, la situation actuelle semble mener à une nouvelle bataille des euromissiles, si tant est que les Occidentaux se montrent unis et déterminés à résister aux ambitions de Vladimir Poutine et, il faut en convenir, d’une partie des Russes qui semblent considérer la fin de la précédente guerre froide comme une simple trêve, nécessaire pour reconstituer le potentiel russe de puissance et de nuisance. (…) le discours géopolitique révisionniste du Kremlin et le positionnement de la Russie comme « État perturbateur » est difficilement conciliable avec la vision classique de la dissuasion et du nucléaire comme arme de statu quo. Quitte à se répéter, il nous faut donc envisager le pire et s’y préparer, politiquement, intellectuellement et moralement. Jean-Sylvestre Mongrenier
Alors que l’extrême droite et les néonazis tirent parti des échecs des politiques européennes, comparer le communisme au nazisme est historiquement faux, dangereux et inacceptable. En outre, le fait que le gouvernement estonien décide de se concentrer sur les ‘crimes communistes’ montre clairement son intention d’utiliser la présidence tournante de l’UE à des fins idéologiques. Groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique
En cette période où les valeurs fondamentales de l’UE sont ouvertement remises en question par la montée des mouvements d’extrême droite et des partis néonazis en Europe, cette initiative est très maladroite. L’organisation d’une conférence sur ce thème spécifique, avec ce titre spécifique, envoie un message politique faussé et dangereux […] ranime l’esprit de la Guerre froide, qui a tant fait souffrir l’Europe, contredit les valeurs de l’UE et ne reflète certainement pas les vues du gouvernement et du peuple grecs : le nazisme et le communisme ne devraient jamais être considérés comme similaires. Les horreurs vécues durant la période nazie n’ont qu’une version, terrible, alors que le communisme, au contraire, a donné naissance à des dizaines de tendances idéologiques, dont l’eurocommunisme. Stavros Kontonis (ministre de la Justice du gouvernement de gauche de Syriza)
La conférence qui a lieu le 23 août à Tallinn est dédiée à l’enquête sur l’héritage laissé par les crimes commis par le régime communiste. Il s’agit de l’expérience estonienne, partagée par les autres pays baltes et certains autres États d’Europe de l’Est. Du point de vue estonien, cette période ne s’est terminée qu’il y a 26 ans. Katrin Lunt (ministère estonien de la Justice)
Le groupe GUE/NGL a appelé les ministres de la Justice des États membres, surtout ceux qui appartiennent à des gouvernements progressistes, à boycotter l’événement, comme l’a fait le gouvernement grec. Il souligne que les « horreurs » vécues durant la période nazie n’ont qu’une version, terrible, alors que « le communisme, au contraire, a donné naissance à des dizaines de tendances idéologiques, dont l’eurocommunisme ». Faudrait-il exacerber les divisions de nos sociétés en vilipendant les anciens régimes ? Sur ce point, les États membres qui ont connu le communisme sont divisés. L’an dernier, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Roumanie ont publié une critique des nations qui célébraient leur Histoire communiste. En Bulgarie, à l’inverse, un monument a été récemment érigé en l’honneur de Todor Zhivkov, personnalité forte de l’ère communiste, dans sa ville natale de Pravets, et est régulièrement visité par des dirigeants socialistes. Contactée par Euractiv, Katrin Lunt, porte-parole du ministère estonien de la Justice, a rappelé que dans le pays, le régime stalinien avait fait des dizaines de milliers de victimes, même après la fin de la guerre. Les crimes commis par le régime soviétique ont laissé des traces encore visibles dans le pays, a-t-elle assuré. La porte-parole a également indiqué que Tallinn avait déjà organisé une conférence sur le sujet en 2015. Euractiv
En 1989, lors de la chute des « démocraties populaires », l’Europe de l’Est s’est tournée vers la démocratie et l’économie de marché, l’intégration dans l’Otan et l’Union européenne. Le tournant s’accompagna du processus de lustration (transparence sur les responsabilités individuelles sous le régime défunt et sanctions éventuelles, NDLR) qui variait d’un pays à l’autre. (…)  Si la « lustration » a touché des milliers d’individus dans chaque pays concerné, les procès de ceux qui avaient donné ou exécuté des ordres criminels du régime communiste ont été bien plus rares. (…) Cependant, le Nuremberg de l’Est n’a jamais eu lieu, qui aurait condamné non seulement des criminels, mais la nature criminelle des régimes communistes, plus ou moins meurtriers, selon les époques, malgré la résolution n° 1481 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe sur la «Nécessité d’une condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires», adoptée en janvier 2006 ; et celle adoptée par le Parlement européen le 2 avril 2009, qui instaure, en tant que Journée européenne du souvenir, la date du 23 août: l’anniversaire de l’infâme pacte Molotov-Ribbentrop ayant partagé l’Europe de l’Est entre deux alliés totalitaires, Hitler et Staline. L’unique proposition d’organiser un tribunal international pour enquêter sur les « crimes du communisme » a été faite à la conférence internationale « Héritage criminel du communisme et du nazisme », à Tallinn, en 2017. Cette initiative du ministre de la Justice estonien de l’époque fut soutenue par les ministères de la Justice de Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie et Croatie, mais rien n’est concrétisé à ce jour. C’est probablement la réticence fréquente de comparer nazisme et communisme qui bloque de telles initiatives, comme l’a bien démontré la critique acharnée contre le directeur de l’ouvrage Le Livre noir du communisme (Robert Laffont, 1997), Stéphane Courtois, pour son rapprochement du génocide nazi et de la répression stalinienne, et plus largement, contre l’ensemble de l’ouvrage qui met en cause l’idéologie communiste elle-même. Or, pour les peuples qui avaient vécu sous l’occupation soviétique, comme les pays baltes, ou sous la domination soviétique, comme l’ensemble de l’Europe de l’Est, le traumatisme reste extrêmement vif. En témoignent les musées du KGB à Riga, à Vilnius et à Tallinn et dans d’autres capitales ; la création d’Instituts de mémoire nationale dans plusieurs pays dont la Pologne et l’Ukraine, chargés non seulement d’étudier et de rendre accessibles, au public général, les archives des services secrets communistes, mais aussi d’élaborer les narratifs historiques nationaux indépendants ; les procédures de décommunisation, à savoir le démantèlement de l’héritage idéologique de l’État communiste, y compris ses symboles et sa toponymie ; un flot de livres et de films, comme Purge de Sofi Oksanen (Stock, 2008) ou Katyn (2007) et Les Fleurs bleues (2016) de Wajda. Il est d’autant plus regrettable que la Russie postcommuniste ait adopté, au cours des dernières années, une attitude opposée en justifiant et en glorifiant son passé soviétique, y compris la période stalinienne, au nom de sa « fierté retrouvée ».  Galia Ackerman
Si vous écoutez les médias russes, ce que disent les officiels russes, y compris le président Poutine, cela semble tout à fait plausible. Je ne dit pas qu’il y aura une guerre. Mais tous les préparatifs pour la guerre sont là : il y a une concentration de troupes, il y a un discours extrêmement agressif et des ultimatums qui ne peuvent pas être satisfaits car totalement irréalistes. On a l’impression qu’ils ne sont qu’un prétexte pour envahir l’Ukraine. [Et ce] Parce qu’il y a une haine de l’Ukraine depuis plusieurs années. Cette haine a très fortement augmenté à la suite de la révolution ukrainienne : je rappelle qu’à ce jour, on parle non pas de Maïdan, non pas d’une révolution populaire mais d’un coup d’Etat, on parle de nazis au pouvoir, on exige que les accords de Minsk soient réalisés à 100% mais surtout dans l’interprétation de Moscou et il est tout à fait clair que la Russie ne veut pas tolérer que son proche étranger prenne une orientation qui ne lui plaît pas, celle de sortir totalement de la sphère d’influence russe. (…) Ils disent tout le temps que l’Ukraine en soi n’a aucune importance, que c’est un terrain que l’OTAN, les Etats-Unis, l’Union européenne, utilisent pour rapprocher les équipements militaires dirigés contre la Russie, pour l’assaut du pays. C’est totalement faux. 73 experts allemands de la Russie ont publié une lettre dans le journal allemand « Die Zeit », ils disent que tout ce que la Russie dit sur sa sécurité menacée est faux : la Russie a la 3e armée au monde, qu’elle est un pays nucléarisé qui a plus de nucléaire que les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne réunis. Personne ne peut menacer la Russie, mais elle prend une pose de personne offensée et demande à ce que ses exigences soient satisfaites : c’est à dire non pas seulement la démilitarisation de l’Ukraine, mais la démilitarisation de toute l’Europe de l’est. Galia Ackerman
La propagande russe présente la Russie comme un État menacé qui a besoin de toute urgence de « garanties de sécurité » de la part de l’Occident. (…) [Mais] il y a actuellement plus d’ogives nucléaires stockées en Russie que dans l’ensemble des trois États membres de l’OTAN dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Moscou dispose d’un large éventail de vecteurs pour ses milliers d’armes nucléaires : des missiles balistiques intercontinentaux aux bombardiers de longue portée en passant par les sous-marins nucléaires. La Russie possède l’une des trois armées conventionnelles les plus puissantes du monde, ainsi qu’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. La Fédération de Russie est donc l’un des États les plus protégés du monde sur le plan militaire. Le Kremlin utilise des troupes régulières et irrégulières, ainsi que le potentiel de sa menace nucléaire, pour mener diverses guerres et occuper de manière permanente plusieurs territoires dans les anciennes Républiques soviétiques. Non seulement en Europe orientale, mais aussi en Europe occidentale et sur d’autres continents, le Kremlin revendique sans complexe des droits spéciaux pour faire valoir ses intérêts sur le territoire d’États souverains. Contournant les règles, les traités et les organisations internationales, Moscou chasse des ennemis dans le monde entier. Le Kremlin tente de saper les processus électoraux, l’État de droit et la cohésion sociale dans des pays étrangers par des campagnes de propagande, des fake news et des attaques de pirates informatiques, entre autres. Ces agissements sont réalisés en partie en secret, mais dans le but évident d’entraver ou de discréditer la prise de décision démocratique dans les États pluralistes. Il s’agit en particulier de porter atteinte à l’intégrité politique et territoriale des États post-soviétiques en voie de démocratisation. En tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne observe ces activités d’un œil critique, mais reste largement passive, depuis maintenant trois décennies. (…) En outre, la politique étrangère et la politique économique de Berlin ont contribué à l’affaiblissement politique et économique des pays d’Europe orientale non dotés d’armes nucléaires et au renforcement géo-économique d’une superpuissance nucléaire de plus en plus expansive. En 2008, l’Allemagne a joué un rôle central pour empêcher la Géorgie et l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. (…) Pour les relations ukraino-russes déjà fragiles, la mise en service du premier gazoduc Nord Stream en 2011-2012, totalement superflu en termes énergétiques et économiques, a été une catastrophe. Rétrospectivement, cela semble avoir ouvert la voie à l’invasion de l’Ukraine par la Russie deux ans plus tard. Une grande partie de la capacité existante de transport de gaz entre la Sibérie et l’UE n’a pas été utilisée en 2021. Pourtant, la République fédérale se prépare maintenant à éliminer complètement le dernier levier économique de l’Ukraine sur la Russie avec l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2 (…) L’attaque de Poutine contre l’Ukraine en 2014 apparaît comme une conséquence presque logique de la passivité politique allemande des vingt années précédentes vis-à-vis du néo-impérialisme russe. (…) Le Kremlin remet désormais aussi en question la souveraineté politique de pays comme la Suède et la Finlande. Il demande l’interdiction d’une éventuelle adhésion à l’OTAN non seulement pour les pays post-soviétiques mais aussi pour les pays scandinaves. Le Kremlin fait peur à toute l’Europe en lui promettant des réactions « militaro-techniques » au cas où l’OTAN ne répondrait pas « immédiatement », selon Poutine, aux exigences démesurées de la Russie visant à réviser l’ordre de sécurité européen. La Russie brandit la menace d’une escalade militaire si elle n’obtient pas de « garanties de sécurité », c’est-à-dire l’autorisation pour le Kremlin de suspendre le droit international en Europe. (…) Les crimes perpétrés par l’Allemagne nazie sur le territoire de l’actuelle Russie en 1941-1944 ne peuvent justifier l’attitude réservée de l’Allemagne d’aujourd’hui face au revanchisme et au nihilisme juridique international du Kremlin. Lettre ouverte de 73 experts allemands (Die Zeit, 14 janvier 2022)
Nous n’allons pas demander pardon… il n’y a aucune raison de demander pardon. Viktor Tchernomyrdine (ambassadeur de Russie en Ukraine, août 2003)
L’URSS a connu en 1932-1933 une sérieuse disette conduisant à un strict renforcement du rationnement, pas une famine et en tout cas pas une famine à « six millions de morts. » Annie Lacroix-Riz
Ils ont fait plus fort que Hitler: parce qu’il y avait réellement des Allemands sur le territoire des Sudètes, tandis que Poutine a dû inventer de toutes pièces sa “minorité russe opprimée” en Géorgie. Stuart Koehl
Le gouvernement russe actuel n’est pas communiste ou stalinien. Ce sont plutôt des gens intéressés par l’argent. Ils inscrivent leurs enfants dans les écoles occidentales, ils vont passer leurs vacances en Occident. Ils ont donc tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec l’Ouest. Mais ils sont aussi très cyniques vis-à-vis de cet Occident qu’ils aiment tant. Ils pensent qu’ils peuvent manipuler à leur guise les Européens. Poutine a proféré à plusieurs reprises des menaces contre la Géorgie en nous disant :«Vous croyez que vos amis occidentaux vont venir se battre dans le Caucase ? » (…) Nous n’avions pas d’autre choix que d’intervenir. Les Russes avaient mobilisé les irréguliers ossètes. Ils avaient massé des troupes en Ossétie du Nord. Ils avaient remplacé les gardes frontières ossètes par leurs propres soldats à l’entrée du tunnel de Roki. Nous avons prévenu les Américains que quelque chose se préparait pour qu’ils disent aux Russes d’arrêter. Et les Russes ont jugé que le mois d’août, en pleine campagne électorale américaine, d’un côté, et pendant les Jeux olympiques, de l’autre, était la meilleure période pour agir. Ils ne nous ont pas laissé le choix. Mikheïl Saakachvili
Ce qui est incompréhensible, c’est l’incapacité des démocraties de réaliser que la Russie, une fois requinquée par ses exportations de pétrole, gaz et autres métaux, une fois débarrassée, avec l’argent américain, d’une partie de ses cimetières de sous-marins nucléaires et de moult missiles qui rouillaient sans entretien, fait ce qu’elle veut et ne fera rien de ce que l’Occident attend. Sur tous les fronts d’aujourd’hui : Afghanistan, Irak, Liban, Hezbollah, Gaza, Hamas, Soudan, Somalie, la Russie se trouve toujours du côté adverse à l’Occident : en fournissant des armes, en s’opposant aux sanctions contre l’Iran pour arrêter son programme nucléaire militaire, bref, en s’opposant à tout ce qui pourrait atténuer ou faire disparaître les menaces «extrémistes» (pour ne pas dire islamistes, pour ne fâcher personne…). Michel Poirier
Grâce à la déclassification des comptes-rendus de réunions provenant aussi bien des archives allemandes qu’américaines et russes, Mark Kramer, chercheur à Harvard, démontre dans un article publié par The Washington Quarterly que le non-élargissement de l’OTAN n’a même pas été un sujet de discussion en 1990. Et pour cause: à cette époque, personne n’imagine encore que l’URSS va s’effondrer avec le pacte de Varsovie. L’enjeu principal est alors de savoir si l’Allemagne, dont la partie ouest faisait déjà partie de l’alliance, resterait ou non au sein de l’OTAN en tant que nation réunifiée, et à quelles conditions. Les Occidentaux s’engagent alors sur trois points. Premièrement: ne déployer en Allemagne de l’Est que des troupes allemandes ne faisant pas partie de l’OTAN tant que le retrait soviétique n’est pas fini. Deuxièmement: des troupes allemandes de l’OTAN pourront être déployées en Allemagne de l’Est après le retrait soviétique, mais aucune force étrangère ni installation nucléaire. Et enfin, troisièmement: ne pas augmenter la présence militaire française, britannique et américaine à Berlin. Après d’âpres négociations, ces conditions ont finalement été acceptées par Gorbatchev et inscrites dans le traité concernant les aspects internationaux de la réunification, signée par toutes les parties en septembre 1990. Nulle part, y compris dans les archives russes, n’est fait mention d’une quelconque promesse formelle de ne pas inclure d’autres pays d’Europe de l’Est dans l’OTAN à l’avenir. Même après 2009, l’accusation a pourtant continué à prospérer. Et ce en dépit des dénégations de Mikhaïl Gorbatchev en personne, pourtant assez bien placé pour savoir ce qui s’est vraiment dit à l’époque. Dans une interview accordée en 2014 à Russia Beyond the Headlines, l’ancien président de l’URSS se montre catégorique: «Le sujet de l’expansion de l’OTAN n’a pas du tout été abordé et n’a pas été abordé au cours de ces années.» Gorbatchev précise que l’URSS voulait surtout «s’assurer que les structures militaires de l’OTAN n’avanceraient pas, et que des forces armées supplémentaires ne seraient pas déployées sur le territoire de l’ex-RDA après la réunification allemande». Et d’ajouter: «Tout ce qui aurait pu être et devait être fait pour consolider cette obligation politique a été fait.» Gorbatchev y affirme bien que l’élargissement de l’OTAN constituerait une trahison de ce qu’était selon lui «l’esprit» des discussions de l’époque, mais réaffirme qu’aucun engagement formel n’avait été pris. Les Russes continuent d’affirmer que les Occidentaux auraient néanmoins offert des garanties informelles. Une théorie qui a l’avantage d’être par nature impossible à vérifier. La pertinence de l’expansion de l’OTAN continue cependant de faire débat, y compris au sein des experts occidentaux. Comme le notait le chercheur Olivier Schmitt en 2018, la question a repris de l’importance à partir de 1993 sous l’impulsion du président américain Bill Clinton, alors même qu’une bonne partie de l’administration américaine y était défavorable par crainte des perceptions russes. Mais pour rassurer la Russie, l’OTAN avait justement fait le choix en 1993 de l’intégrer dans son Partenariat pour la paix. Le but: «bâtir un partenariat avec la Russie, en instaurant un dialogue et une coopération pratique dans des domaines d’intérêt commun». Cette coopération n’a été suspendue qu’en 2014, quand la Russie a décidé d’annexer la Crimée. Ce que les supporters de Vladimir Poutine prennent bien soin de ne pas préciser, c’est qu’au moment de l’invasion de la Crimée, c’est bien la Russie qui bafouait une promesse, réelle celle-là. Signé par la Russie, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Chine en 1994, le mémorandum de Budapest garantissait à l’Ukraine le respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, en échange de son adhésion au traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et de l’abandon des stocks d’armes nucléaires héritées de l’URSS. Surtout, outre leur passé douloureux avec l’URSS, c’est la politique agressive de la Russie vis-à-vis des anciennes républiques soviétiques, et leur volonté de s’arrimer à un espace démocratique, qui ont en partie poussé celles-ci dans les bras de l’OTAN. Ainsi, alors qu’une majorité d’Ukrainiens s’opposaient à une adhésion à l’alliance transatlantique avant 2014, l’opinion publique a totalement basculé dans le sens inverse depuis le début de la guerre: 58% des Ukrainiens souhaitent désormais rejoindre l’alliance. Le mythe de la Russie assiégée a tout d’une prophétie autoréalisatrice. Slate
La question de savoir s’il y a eu une promesse de la part de responsables politiques occidentaux de ne pas élargir l’Otan vers l’Est post-chute du mur, notamment dans le contexte de l’unification des deux Allemagne, continue d’être débattue. Certains assurent qu’une telle promesse avait été donnée, mais le sens exact des propos tenus à l’époque ne semble pas faire consensus. Certains pensent que [les occidentaux] se référaient uniquement à la partie “Est” de l’Allemagne, donc au-delà de l’Elbe, d’autres le comprennent comme ayant trait également aux pays à l’Est de la ligne «Oder-Neisse», la frontière avec la Pologne entérinée par les accords 2+4. Mais il faut souligner qu’au moment de ces négociations, un élargissement de l’Otan pour inclure des pays anciennement du Pacte de Varsovie ne figurait nullement à l’agenda, et qu’il s’agissait du règlement du statut de l’Allemagne unifié, ses frontières, et de la question des troupes et d’armes de l’Otan dont l’Allemagne fédérale était déjà membre. En revanche, il semble avéré qu’aucun engagement formel de la part ni de l’Otan, ni des Etats-Unis, ni du Royaume-Uni, ni de la France n’ait été formulé. Johanna Möhring (Université de Bonn)
Il n’y a pas eu de traité formel garantissant à l’URSS que l’OTAN ne s’élargira pas. Il y a eu des discussions en février 1990 entre le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, James Baker et Mikhaïl Gorbatchev, notamment à propos du statut de l’Allemagne réunifiée et de l’inclusion de la RDA au sein de l’Otan. L’expression «pas d’un pouce» fait référence à une déclaration du secrétaire d’Etat James Baker à Mikhaïl Gorbatchev, lors de ces échanges. Effectivement, la question d’un élargissement plus à l’Est de l’Otan n’est alors pas envisagée tout simplement parce que cela est inconcevable dans le contexte de l’époque. L’URSS existe encore, les pays d’Europe de l’Est font toujours partie des structures de coercition soviétiques (Pacte de Varsovie et Conseil d’assistance économique mutuelle [CAEM], ndlr). Le Pacte ne sera officiellement dissous qu’en juillet 1991. Il est donc inconcevable d’évoquer alors un élargissement de l’Otan aux pays d’Europe centrale et orientale. Il est difficile de parler de trahison car il va y avoir en peu de temps un enchaînement d’événements imprévisibles qui fera entrer l’Europe dans une nouvelle configuration de sécurité. Amélie Zima (chercheuse en relations internationales)
Ce que [Poutine] craint énormément aussi, et ça, il ne le dit absolument pas, c’est qu’il craint la progression démocratique. Quand vous vous promenez à Kiev et que vous voyez toute cette proximité, culturelle, architecturale avec la Russie, vous comprenez que là un pouvoir autoritaire russe se sent menacé parce que si ça se passe à Kiev, pourquoi est-ce que ça ne se passerait pas à Moscou ? Sylvie Kauffmann
Ce qui suscite chez nous une préoccupation et une inquiétude particulières, de ces menaces fondamentales pour la sécurité de notre pays que des hommes politiques irresponsables à l’Occident créent pas à pas, sans détours et brutalement, depuis des années. Je fais allusion à l’élargissement de l’OTAN vers l’est, au rapprochement de son infrastructure militaire vers les frontières russes. (…) Ce que j’évoque ne concerne pas uniquement la Russie, et nous ne sommes pas seuls à nous inquiéter. Cela concerne tout le système des relations internationales, et parfois même les propres alliés des Etats-Unis. (…) D’abord, sans aucune autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU, une opération militaire sanglante a été menée contre Belgrade. On a utilisé l’aviation, des missiles au centre même de l’Europe. Plusieurs semaines de bombardements incessants sur des villes pacifiques, sur des infrastructures vitales. (…) Après, cela a été le tour de l’Irak, de la Lybie, de la Syrie. (…) La promesse faite à notre pays de ne pas élargir d’un pouce l’Otan vers l’est en fait partie. Je le répète: on nous a trompés (…) dans les années 1990 et au début des années 2000, quand ce qu’on appelle l’Occident a soutenu de la manière la plus active le séparatisme et des bandes de mercenaires dans le sud de la Russie. Quelles pertes, combien de victimes cela nous a coûté avant de briser définitivement le terrorisme international dans le Caucase. (…) Du reste, jusqu’à encore récemment on n’a cessé de tenter de nous utiliser à profit, de détruire nos valeurs traditionnelles et de nous imposer des prétendues valeurs qui auraient détruit notre peuple de l’intérieur, les principes qu’ils imposent déjà de manière agressive dans leurs propres pays et qui mènent directement à la dégradation et à la dégénérescence puisqu’elles vont à l’encontre de la nature humaine elle-même. (…) Pour ce qui concerne le domaine militaire, la Russie, même après l’effondrement de l’URSS et la perte d’une part significative de son potentiel, est aujourd’hui une des plus grandes puissances nucléaires au monde, et dispose en outre d’avantages certains dans une série de nouveaux types d’armements. En ce sens, personne ne doit avoir de doutes sur le fait qu’une attaque directe contre notre pays mènera à la destruction et à d’épouvantables conséquences pour tout agresseur potentiel. (…) Le problème est que, sur des territoires voisins des nôtres – je souligne qu’il s’agit de nos propres territoires historiques – se crée une « anti-Russie » qui nous est hostile et qui est placée entièrement sous contrôle extérieur, où les forces armées de pays de l’Otan prennent leurs aises et où sont introduits les armements les plus modernes. (…) sur la situation dans le Donbass. Nous voyons que les forces qui ont effectué en 2014 un coup d’Etat en Ukraine se sont emparées du pouvoir et le conservent grâce à ce qui est en fait des procédures électorales décoratives, ont définitivement renoncé à un règlement pacifique du conflit. Durant huit ans, d’interminables huit années (…) on ne peut pas regarder sans compassion ce qui se passe là-bas. Il n’était simplement plus possible de rester sans rien faire. Il fallait mettre fin sans délai à ce cauchemar – un génocide à l’égard des millions de personnes qui vivent là-bas et qui ne fondent leurs espoirs que sur la Russie. (…) Les principaux pays de l’Otan, pour parvenir à leurs fins, soutiennent en Ukraine les ultra-nationalistes et des néonazis, qui à leur tour ne pardonneront jamais le choix libre des habitants de la Crimée et de Sebastopol, la réunification avec la Russie. Ils vont bien entendu s’attaquer à la Crimée, comme au Donbass, pour tuer, comme les bandes de nationalistes ukrainiens, complices d’Hitler au moment de la Seconde guerre mondiale, tuaient des gens sans défense. Et ils déclarent ouvertement qu’ils ont des vues sur toute une série d’autres territoires russes. (…) Maintenant ils ambitionnent même d’acquérir l’arme nucléaire. (…) Les républiques populaires du Donbass ont demandé l’aide de la Russie. Par conséquent, conformément à l’article 51 alinea 7 de la Charte de l’ONU, avec l’accord du Conseil de sécurité russe et dans le cadre des accords d’Amitié et d’assistance mutuelle avec la République populaire de Donetsk et la la République populaire de Lougansk, ratifiés le 22 février par le Conseil de la Fédération, j’ai pris la décision d’une opération armée spéciale. Son objectif – défendre les gens qui depuis huit ans sont soumis à des brimades et à un génocide de la part du régime de Kiev. Dans ce but nous allons nous efforcer de parvenir à la démilitarisation et à la dénazification de l’Ukraine, ainsi que de traduire devant la justice ceux qui ont commis de nombreux crimes sanglants contre des civils, y compris contre des citoyens de la Fédération de Russie. (…) Les résultats de la Seconde guerre mondiale, tout comme les pertes apportées par notre peuple sur l’autel de la victoire sur le nazisme, sont sacrés. Mais cela ne contredit pas les hautes valeurs des droits et libertés de l’homme, si l’on part des réalités qui se sont établies depuis la fin de la guerre. Cela n’annule pas davantage le droit des nations à l’autodétermination, inscrit à l’article 1 de la Charte de l’ONU. (…) Au fondement de notre politique, la liberté, la liberté de choix pour chacun de déterminer librement son avenir et l’avenir de ses enfants. Et nous jugeons important que ce droit – le droit à choisir – puisse être exercé par tous les peuples qui vivent sur le territoire de l’actuelle Ukraine, tous ceux qui le voudront. En ce sens je m’adresse aux citoyens ukrainiens. En 2014 la Russie a été dans l’obligation de défendre les habitants de la Crimée et de Sebastopol face à ceux que vous appelez vous-mêmes les « naziki ». Les habitants de la Crimée et de Sebastopol ont fait leur choix – être avec leur patrie historique, avec la Russie, et nous les avons soutenus. Je le répète, nous ne pouvions nous comporter autrement. (…) Je le répète, nos actes sont une autodéfense contre des menaces créées contre nous et contre des malheurs encore plus grands que ceux qui surviennent aujourd’hui. (…) Maintenant quelques mots importants, très importants pour ceux qui peuvent avoir la tentation de s’immiscer depuis l’extérieur dans les événements en cours. Quiconque tentera de nous gêner, a fortiori de créer une menace pour notre pays pour notre peuple, doit savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et infligera des conséquences telles que vous n’en avez jamais connu dans votre histoire. Nous sommes prêts à tout développement de la situation. Toutes les décisions en ce sens ont déjà été prises. J’espère que je serai entendu. Vladimir Poutine (24.02.2022)
La question de l’élargissement de l’OTAN n’a dans l’ensemble pas été discutée et ne se posait pas au cours de ces années-là. Je dis cela en toute responsabilité. Aucun pays d’Europe de l’Est n’a soulevé cette question, y compris après la dissolution du pacte de Varsovie en 1991. Elle n’a pas non plus été soulevée par les dirigeants occidentaux. Une autre question a en revanche été abordée : le fait qu’après la réunification de l’Allemagne, aucune extension des structures militaires de l’OTAN ni aucun déploiement de forces militaires supplémentaires de l’alliance ne devait avoir lieu sur le territoire de l’ancienne RDA. C’est dans ce contexte que M. Baker a prononcé les paroles mentionnées dans votre question. Des déclarations similaires ont été faites par M. Kohl et M. Genscher. Tout ce qui pouvait et devait être fait pour consolider ce règlement politique a été fait. Et respecté. Mikhaïl Gorbatchev (04.11.2014)
Chrobog said we needed new ideas on how to provide for the Security of Central and East European Countries. We had made it clear during the 2+4 negotiations that we would not extend Nato beyond the Elbe (sic). We could not therefor offer membership of Nato to Poland and the others. British memo (March 6, 1991)
The term NATO eastward expansion is a term of a later epoch. Vladislav Petrovich Terekhov (first Soviet and later Russian ambassador in Bonn from 1990 to 1997)
Gorbachev never spoke to me about the eastward expansion of NATO. Dimitri Yasov  (Former Marshal of the Soviet Union)
This is a “myth. There couldn’t be such an agreement, it was only about the territory of the GDR. There was no trickery. Everything else is inventions, with which one wants to pin something on us, the Germans or anyone else. Gorbachev
There was never a discussion about NATO expansion in the general sense. During the two-plus-four negotiations, NATO was only discussed in connection with the GDR. James Baker (US Secretary of State)
A la chute du mur de Berlin fin 1989, on s’interroge sur le statut de la future Allemagne réunifiée. Doit-elle être neutre ou intégrer l’Otan ? A l’époque, c’était logique. L’URSS et ses alliances ne s’effondreraient qu’à partir de 1991. L’idée d’élargir l’Otan à l’Europe centrale et orientale était hors de propos, on parlait uniquement de la RDA. Jean-Sylvestre Mongrenier 
Vladimir Poutine a admis lui-même qu’il n’y avait pas eu d’engagement contraignant. Il l’utilise plutôt comme un argument moral. David Teurtrie 
Cette assurance faite par Baker à Gorbatchev de ne pas s’étendre à l’Est a été faite dans le cadre d’une discussion sur l’Allemagne et la RDA et seulement dans ce cadre-là. Le texte final, le Traité de Moscou signé le 12 septembre 1990, mentionne effectivement “l’interdiction du déploiement de forces armées autres que les forces allemandes sur le territoire de l’ex-RDA”. Cette promesse ne pouvait pas concerner les pays de l’Est, puisqu’ils auraient pu difficilement prévoir à l’époque la chute de l’URSS et l’éparpillement des pays du Bloc soviétique. (…) Enfin, et c’est surtout là que le bât blesse pour la Russie: cette promesse de ne pas “avancer d’un pouce vers l’Est”, ne figure sur aucun texte officiel. Elle est seulement visible sur des “mémorandums”, c’est-à-dire des comptes rendus de discussions entre les Soviétiques et leurs principaux interlocuteurs occidentaux. Huffington post
Rien n’avait été couché sur le papier. Ce fut une erreur de Gorbatchev. En politique, tout doit être écrit, même si une garantie sur papier est aussi souvent violée. Gorbatchev a seulement discuté avec eux et a considéré que cette parole était suffisante. Mais les choses ne se passent pas comme cela! Vladimir Poutine
Dans le discours qu’il a prononcé devant le Parlement russe, le 18 avril 2014, et dans lequel il justifiait l’annexion de la Crimée, le président Poutine a insisté sur l’humiliation subie par la Russie du fait des nombreuses promesses non tenues par l’Ouest, et notamment la prétendue promesse de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières d’une Allemagne réunifiée. Poutine touchait là, chez ses auditeurs, une corde sensible. Pendant plus de 20 ans, le récit de la prétendue « promesse non tenue » de ne pas élargir l’OTAN vers l’est a fait partie intégrante de l’identité post-soviétique. Il n’est guère surprenant, par conséquent, que ce récit ait refait surface dans le contexte de la crise ukrainienne. S’appesantir sur le passé demeure le moyen le plus commode pour nous distraire du présent. (…) Au cours des dernières années, d’innombrables documents et autres matériaux d’archives ont été rendus publics, permettant aux historiens d’aller au-delà des interviews ou des autobiographies des dirigeants politiques qui étaient au pouvoir lors des évènements décisifs qui se sont produits entre la chute du mur de Berlin, en novembre 1989, et l’acceptation par les soviétiques, en juillet 1990, d’une appartenance à l’OTAN de l’Allemagne réunifiée. Pourtant, même ces nouvelles sources ne modifient pas la conclusion fondamentale: il n’y a jamais eu, de la part de l’Ouest, d’engagement politique ou juridiquement contraignant de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières d’une Allemagne réunifiée. (…) Le mythe de la « promesse non tenue » tire ses origines de la situation politique sans précédent dans laquelle se sont trouvés en 1990 les acteurs politiques clés, et qui a façonné leurs idées sur le futur ordre européen. Les politiques de réforme entreprises par l’ancien dirigeant de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, avaient depuis longtemps échappé à tout contrôle, les États baltes réclamaient leur indépendance, et des signes de bouleversements commençaient à apparaître dans les pays d’Europe centrale et orientale. Le mur de Berlin était tombé; l’Allemagne avait entamé son chemin vers la réunification. Toutefois, l’Union soviétique existait encore, tout comme le Pacte de Varsovie, dont les pays membres d’Europe centrale et orientale n’évoquaient pas une adhésion à l’OTAN, mais plutôt la « dissolution des deux blocs ». Ainsi, le débat autour de l’élargissement de l’OTAN s’est déroulé exclusivement dans le contexte de la réunification allemande. Au cours de ces négociations, Bonn et Washington ont réussi à assouplir les réserves soviétiques quant au maintien dans l’OTAN d’une Allemagne réunifiée. Une aide financière généreuse et la conclusion du Traité « 2+4 » excluant le stationnement de forces OTAN étrangères sur le territoire de l’ex-Allemagne de l’Est ont contribué à ce résultat. Cette réussite a toutefois été, aussi, le résultat d’innombrables conversations personnelles au cours desquelles Gorbatchev et d’autres dirigeants soviétiques ont été assurés que l’Ouest ne profiterait pas de la faiblesse de l’Union soviétique et de sa volonté de retirer ses forces armées d’Europe centrale et orientale. Ce sont peut-être ces conversations qui ont pu donner à certains politiciens soviétiques l’impression que l’élargissement de l’OTAN, dont le premier acte fut l’admission de la République tchèque, la Hongrie et la Pologne en 1999, avait constitué un manquement à ces engagements occidentaux. Certaines déclarations d’hommes politiques occidentaux – et en particulier du ministre allemand des Affaires étrangères, Hans Dietrich Genscher, et de son homologue américain, James A. Baker – peuvent en fait être interprétées comme un rejet général de tout élargissement de l’OTAN au-delà de l’Allemagne de l’Est. Toutefois, ces déclarations ont été faites dans le contexte des négociations sur la réunification allemande, et leurs interlocuteurs soviétiques n’ont jamais exprimé clairement leurs préoccupations. Au cours des négociations décisives à « 2+4 », qui ont finalement conduit Gorbatchev à accepter, en juillet 1990, que l’Allemagne réunifiée demeure au sein de l’OTAN, la question n’a jamais été soulevée. L’ancien ministre soviétique des affaires étrangères, Édouard Chevardnadze, devait déclarer plus tard que les protagonistes de cette époque ne pouvaient même pas imaginer une dissolution de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie et l’admission au sein de l’OTAN des anciens membres de ce Pacte. Mais, même si l’on devait supposer que Genscher et d’autres auraient en effet cherché à prévenir un futur élargissement de l’OTAN afin de respecter les intérêts de sécurité de l’URSS, ils n’auraient jamais pu le faire. La dissolution du Pacte de Varsovie et la fin de l’Union soviétique, en 1991, ont ensuite créé une situation complètement nouvelle, puisque les pays d’Europe centrale et orientale se trouvaient finalement en mesure d’affirmer leur souveraineté et de définir leurs propres objectifs de politique étrangère et de sécurité. Ces objectifs étant centrés sur l’intégration à l’Ouest, tout refus catégorique de l’OTAN aurait signifié une continuation de facto de la division de l’Europe suivant les lignes établies précédemment au cours de la guerre froide. Le droit de choisir sa propre alliance, garanti par la Charte d’Helsinki de 1975, en aurait été nié – une approche que l’Ouest n’aurait jamais pu soutenir, ni politiquement, ni moralement. (…) Lorsque le débat sur l’élargissement de l’OTAN a débuté sérieusement, vers 1993, sous la pression croissante des pays d’Europe centrale et orientale, il s’est accompagné de sérieuses controverses. Dans les milieux universitaires, en particulier, certains observateurs ont exprimé leur opposition à l’admission de nouveaux membres au sein de l’OTAN, car elle aurait inévitablement pour effet de contrarier la Russie et pourrait compromettre les résultats positifs ayant suivi la fin de la guerre froide. En fait, dès le début du processus d’élargissement de l’OTAN entamé après la fin de la guerre froide, le souci premier des occidentaux a été de trouver les moyens de concilier ce processus et les intérêts de la Russie. C’est pourquoi l’OTAN a rapidement cherché à créer un contexte de coopération propice à l’élargissement et à développer, dans le même temps, des relations spéciales avec la Russie. En 1994, le programme de « Partenariat pour la paix » a instauré une coopération militaire avec pratiquement tous les pays de la zone euro-atlantique. En 1997, l’Acte fondateur OTAN-Russie créait le Conseil conjoint permanent, un cadre spécialement consacré à la consultation et à la coopération. L’année 2002, au cours de laquelle les Alliés ont préparé la nouvelle grande phase d’élargissement, a été aussi celle de la création du Conseil OTAN-Russie, donnant à cette relation une focalisation et une structure renforcées. Ces diverses mesures s’inscrivaient dans le cadre d’autres efforts déployés par la communauté internationale pour attribuer à la Russie la place qui lui revient, en l’admettant au sein du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale, du G7 et de l’Organisation mondiale du commerce. La nécessité d’éviter de contrarier la Russie a également été évidente dans la manière dont l’élargissement de l’OTAN est intervenu dans le domaine militaire. En 1996, les Alliés déclaraient que, dans les circonstances actuelles, ils n’avaient « aucune intention, aucun projet et aucune raison de déployer des armes nucléaires sur le territoire de nouveaux membres ». Cette déclaration a été intégrée, en 1997, à l’Acte fondateur OTAN-Russie, ainsi que des références du même ordre à d’importantes forces de combat et à l’infrastructure. Cette approche militaire « douce » du processus d’élargissement devait envoyer à la Russie le signal suivant: le but de l’élargissement de l’OTAN n’est pas « l’encerclement » militaire de la Russie, mais l’intégration de l’Europe centrale et orientale dans un espace atlantique de sécurité. (…) L’intervention militaire de l’OTAN dans la crise du Kosovo a été interprétée comme un coup de force géopolitique mené par un camp occidental déterminé à marginaliser la Russie et son statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’approche de l’OTAN en matière de défense antimissile, bien que dirigée contre des pays tiers, a été interprétée par la Russie comme une tentative de compromettre sa capacité de seconde frappe nucléaire. Pire encore, la « Révolution orange » en Ukraine et la « Révolution des roses » en Géorgie ont porté au pouvoir des élites qui envisageaient l’avenir de leurs pays respectifs au sein de l’UE et de l’OTAN. Dans un tel contexte, les arguments des occidentaux quant au caractère bienveillant de l’élargissement de l’OTAN n’ont jamais eu – et n’auront probablement jamais – un très grand poids. Demander à la Russie de reconnaître le caractère inoffensif de l’élargissement de l’OTAN néglige un point tout à fait essentiel: l’élargissement de l’OTAN – tout comme celui de l’Union européenne – est conçu comme un projet d’unification du continent. Il ne comporte par conséquent pas de « point final » susceptible d’une définition convaincante, que le point de vue adopté soit intellectuel ou moral. Autrement dit, et précisément parce que les processus respectifs d’élargissement des deux organisations ne sont pas conçus comme des projets antirusses, ils n’ont pas de limites et – paradoxalement – sont inévitablement perçus par la Russie comme un assaut permanent contre son statut et son influence. Tant que la Russie se dérobera à un débat honnête sur les raisons pour lesquelles un si grand nombre de ses voisins cherchent à se rapprocher de l’Ouest, cela ne changera pas – et la relation OTAN-Russie demeurera hantée par les mythes du passé au lieu de se tourner vers l’avenir. Michael Rühle
Qu’est-ce qui menace l’existence de la Russie elle-même aujourd’hui ? (…) Tous les domaines vitaux, y compris la démographie, ne cessent de se détériorer, et le taux d’extinction de la population bat des records mondiaux. Et la dégradation est systémique, et dans tout système complexe, la destruction d’un des éléments peut conduire à l’effondrement de tout le système. Et cela, à notre avis, est la principale menace pour la Fédération de Russie. Mais il s’agit d’une menace de nature interne, fondée sur le modèle de l’État, la qualité du pouvoir et l’état de la société. Et les raisons de sa formation sont internes : l’inviabilité du modèle étatique, l’incapacité totale et le manque de professionnalisme du système de pouvoir et de gestion, la passivité et la désorganisation de la société. Aucun pays ne vit dans cet état pendant longtemps. Quant aux menaces extérieures, elles sont bien présentes. Mais, selon notre évaluation d’expert, elles ne sont pas pour le moment critiques, menaçant directement l’existence de l’État russe, ses intérêts vitaux. En général, la stabilité stratégique persiste, les armes nucléaires sont sous contrôle fiable, les groupes de forces de l’OTAN n’augmentent pas, il n’y a pas d’activité menaçante. Par conséquent, la situation qui s’est aggravée autour de l’Ukraine est, avant tout, de nature artificielle et égoïste pour certaines forces internes, dont la Fédération de Russie. À la suite de l’effondrement de l’URSS, dans lequel la Russie (Eltsine) a joué un rôle décisif, l’Ukraine est devenue un État indépendant, membre de l’ONU et, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations Unies, a le droit à la liberté individuelle et à la défense collective. (…) Naturellement, pour que l’Ukraine reste une voisine amie de la Russie, il fallait qu’elle démontre l’attractivité du modèle russe d’Etat et de système de pouvoir. Mais la Fédération de Russie en est très loin, son modèle de développement et son mécanisme de politique étrangère de coopération internationale repoussent presque tous ses voisins, et pas seulement eux. L’acquisition de la Crimée et de Sébastopol par la Russie et leur non-reconnaissance par la communauté internationale (et, par conséquent, la grande majorité des pays du monde les considèrent toujours comme appartenant à l’Ukraine) montre de manière convaincante l’échec de la politique étrangère russe et le manque d’attrait de la politique intérieure. Les tentatives par le biais d’un ultimatum et de menaces de recours à la force pour « aimer » la Fédération de Russie et ses dirigeants sont dénuées de sens et extrêmement dangereuses. L’utilisation de la force militaire contre l’Ukraine, premièrement, remettra en question l’existence même de la Russie en tant qu’État ; deuxièmement, cela fera à jamais des Russes et des Ukrainiens des ennemis mortels. Troisièmement, il y aura d’une part des milliers (des dizaines de milliers) d’enfants jeunes et en bonne santé morts, ce qui aura certainement une incidence sur la situation démographique future de nos pays en voie de disparition. (…) Le président de la République de Turquie, Recep Erdogan, a clairement indiqué de quel côté la Turquie combattra. Et on peut supposer que deux armées de campagne et la flotte turque recevront l’ordre de « libérer » la Crimée et Sébastopol et éventuellement d’envahir le Caucase. De plus, la Russie sera définitivement classée parmi les pays menaçant la paix et la sécurité internationale, soumise aux sanctions les plus sévères, se transformera en paria de la communauté mondiale, et risquera d’être privée du statut d’État indépendant. (…) La question se pose : quels sont les véritables objectifs de provoquer ainsi des tensions qui nous précipitent au bord de la guerre, et le possible déclenchement d’hostilités généralisées ? (…) A notre avis, la direction du pays, se rendant compte qu’elle n’est pas en mesure de sortir le pays d’une crise systémique, et cela peut conduire à un soulèvement du peuple et à un changement de pouvoir dans le pays, avec le soutien de l’oligarchie, les fonctionnaires corrompus, nourris des médias et des forces de sécurité, ont décidé d’intensifier la ligne politique pour la destruction définitive de l’État russe et l’extermination de la population indigène du pays. Et la guerre est le moyen qui résoudra ce problème afin de conserver un temps son pouvoir anti-national et de préserver les richesses pillées au peuple. Nous ne pouvons supposer aucune autre explication. Au président de la Fédération de Russie, nous sommes des officiers russes, nous exigeons l’abandon de l’actuelle politique criminelle et va-t-en-guerre, dans laquelle la Fédération de Russie sera seule contre les forces combinées de l’Occident, pour créer les conditions de la mise en œuvre de l’art. 3 des Constitutions de la Fédération de Russie et démissionner. Colonel-général Leonid Grigorievich Ivashov (président de « l’Assemblée panrusse des officiers »)
La Russie ainsi que la Chine et d’autres puissances œuvrant à la transformation du système mondial (…) disposent d’une fenêtre d’opportunité pour accélérer l’expulsion des États-Unis du trône mondial en augmentant la pression sur eux. Car si l’affaiblissement de l’Occident est en cours depuis un certain temps, les phénomènes de crise actuels indiquent que le processus est passé à un niveau qualitativement nouveau, et il serait donc insensé de ne pas saisir cette chance. D’autant plus que, pour notre part, nous avons achevé de nous donner nos propres mécanismes et outils stratégiques — alternatifs  ceux de l’Occident — nécessaires au bon fonctionnement de l’économie nationale et des relations avec les autres pays, qu’il s’agisse de la production de biens, des règlements monétaires, de la diffusion d’informations, etc… (…) Il ne s’agit pas de propositions de discussion, mais bien d’un ultimatum — d’une demande de reddition inconditionnelle. L’Occident n’a pas d’autre choix que de perdre la face — à moins de tenir fièrement bon et d’entrer en guerre avec la Russie. À en juger par la façon dont les Occidentaux ont commencé à s’agiter de l’autre côté, ils en sont bien conscients. (…)En brandissant la menace d’une guerre, Moscou souligne que la Russie est prête — moralement, techniquement et dans tous les autres sens du terme — à toute évolution des événements. Et la réputation qu’elle a acquise au cours des années précédentes confirme que les Russes seront effectivement prêts à recourir à la force s’ils l’estiment nécessaire. Il convient de rappeler les propos de Vladimir Poutine, qui a déclaré sans ambages cet été que si la Russie coulait le destroyer britannique responsable d’une provocation au large des côtes de Crimée, il n’y aurait pas de conséquences majeures : le tollé de la presse mondiale ne doit pas être compté comme tel.[…] Non, cette fois-ci, l’Occident va payer de sa personne. (…) De hauts responsables américains ont effectué de fréquentes visites à Moscou. La venue en novembre du directeur de la CIA, William Burns, était à l’époque la quatrième visite d’un haut responsable de l’administration de la Maison Blanche depuis la réunion de Genève. Il n’est pas difficile de deviner que le but de la visite personnelle du directeur de la CIA n’était pas du tout de présenter des demandes à propos de l’Ukraine, comme les médias occidentaux ont essayé de le présenter, mais de tenter de trouver un compromis. Face à la chute de l’autorité internationale due au retrait infructueux d’Afghanistan, la Maison Blanche souhaitait vivement trouver un accord avec le Kremlin. Irina Alksnis (RIA Novosti)
Pour amener les États-Unis et l’OTAN à la table des négociations, une sorte de super arme est nécessaire. Pour le moment, la Russie ne montre pas ce potentiel à ses adversaires. Mais il existe. La Russie a la capacité d’utiliser des munitions super puissantes d’une capacité allant jusqu’à 100 mégatonnes. […] Nous devons répéter que nous ne sommes pas intéressés par un monde sans la Russie, comme Poutine l’a dit un jour, et démontrer notre détermination à frapper si l’OTAN s’élargit. Après cela, je peux vous assurer qu’ils [les Occidentaux] auront peur. Rien d’autre ne peut les arrêter. […] Il est naïf de compter sur des procédés diplomatiques. […] La démarche de la Russie est un signal indiquant que des mesures déjà radicales vont être prises. Vous avez refusé, alors tant pis… (…) Nous ne pouvons résoudre le problème de la neutralisation de l’Europe et des États-Unis qu’en les éliminant physiquement avec notre potentiel nucléaire. […] Les USA et l’Europe disparaîtront physiquement. Il n’y aura presque pas de survivants. Mais nous aussi, nous serons détruits. A moins que le sort de la Russie ne soit meilleur, car nous avons un grand territoire. Nos adversaires ne pourront pas tout détruire avec des frappes nucléaires. Par conséquent, le pourcentage de la population survivante sera plus élevé. Cependant la Russie en tant qu’État peut disparaître après une guerre nucléaire à grande échelle. Elle risque de se fragmenter. Konstantin Sivkov (expert militaire)
En plus de l’espace post-soviétique, l’initiative de Moscou englobe un large éventail de pays situés entre l’Europe occidentale et la Russie. Mais ce sont principalement la Pologne et les États baltes qui sont visés car des forces supplémentaires de l’Alliance de l’Atlantique Nord y ont été déployées comme il a été décidé lors du sommet de l’OTAN de Varsovie en 2016. La Russie a maintenant on ne peut plus nettement tracé ses lignes rouges, non seulement le refus d’étendre l’OTAN à l’Est, mais aussi, comme indiqué dans le projet d’accord avec l’alliance, le refus « de mener toute activité militaire sur le territoire de l’Ukraine, ainsi que d’autres États d’Europe de l’Est, de Transcaucasie et d’Asie centrale. Il est clair que les États-Unis ne rapatrieront leurs armes nucléaires que lorsque le projet anglo-saxon de domination mondiale s’effondrera enfin, mais il est bon de préparer le terrain… Si l’Occident ne veut pas remarquer nos lignes rouges (plus précisément, s’il fait semblant de ne pas vouloir les remarquer), alors c’est avant tout son problème, pas le nôtre. Piotr Akopov
L’initiative russe pourrait aider les Américains à quitter tranquillement l’Europe centrale et orientale. (…) Bien sûr, la Pologne et les pays baltes seront mécontents. Mais ils seront probablement les seuls à s’opposer au retrait américain d’Europe centrale et orientale. Après tout, le reste des « Jeunes Européens » est guidé par la position du « noyau » de l’Union européenne, et ils n’ont pas de complexes anti-russes stables. (…) Au cours de la prochaine année et demie, la Russie modifiera considérablement l’équilibre du pouvoir planétaire. (…) La situation historique actuelle de la Russie est unique. L’État s’est préparé aux défis majeurs qui peuvent survenir sous une pression critique. D’énormes réserves ont été accumulées, y compris en or. Des plans nationaux d’infrastructure financière et d’information ont été créés et lancés. La numérisation a commencé à englober l’ensemble de l’économie, l’amenant à un nouveau niveau de compétitivité. L’expansion de notre propre base industrielle, y compris dans des domaines high-tech très sensibles, se fait à pas de géant, le « fossé technologique » se comble. Nous sommes sortis de la dépendance critique dans le domaine de la sécurité alimentaire. (…) L’armée est depuis cinq ans la première de la planète. Dans ce domaine, le « fossé technologique » est en notre faveur et ne fait que s’élargir… De plus, l’explosion de l’inflation planétaire entraîne une crise énergétique, ce qui rend les Européens, pour la plupart, beaucoup plus accommodants et exclut un blocus de nos approvisionnements énergétiques, QUOI QUE NOUS FASSIONS. […] » Si la Russie et la Chine coordonnent leurs actions à l’encontre de l’Ukraine et de Taïwan respectivement, « tout deviendra beaucoup plus simple pour nous. Et pour la Chine aussi, de laquelle nous détournerons l’attention, ce qui nous libérera encore davantage les mains…» Bref, la Russie a restauré son poids dans l’arène internationale au point qu’elle est capable de dicter ses propres conditions dans l’élaboration de la sécurité internationale.  Quant à  l’empire décrépit des Stars and Stripes, affaibli par les LGBT, BLM, etc., il est clair qu’il ne survivra pas à une guerre sur deux fronts. Russtrat
Le monde d’avant et le monde d’après le 17 décembre 2021 sont des mondes complètement différents… Si jusqu’à présent les États-Unis tenaient le monde entier sous la menace des armes, ils se retrouvent désormais eux-mêmes sous la menace des forces militaires russes… Une nouvelle ère s’ouvre, de nouveaux héros arrivent, et un nouveau Danila Bagrov [personnage du truand patriotique dans le film populaire Brat], levant sa lourde poigne et regardant dans les yeux son interlocuteur, demande à nouveau doucement : quelle est ta force, l’Américain ? Vzgliad
Les Européens doivent aussi réfléchir s’ils veulent éviter de faire de leur continent le théâtre d’un affrontement militaire. Ils ont le choix. Soit prendre au sérieux ce que l’on met sur la table, soit faire face à une alternative militaro-technique. Alexandre Grouchko (vice-ministre des Affaires étrangères)
Nos partenaires doivent comprendre que plus ils feront traîner l’examen de nos propositions et l’adoption de vraies mesures pour créer ces garanties, plus grande est la probabilité qu’ils subissent une frappe préventive. Andrei Kartapolov (ancien vice-ministre de la Défense)
Eh bien, j’espère que les notes [du 17 décembre] seront ainsi plus convaincantes. Dmitri Peskov (porte-parole du Kremlin, commentant une salve de missiles hypersoniques tueurs de porte-avions, 24/12/2021)
Quels sont nos arguments ? Ce sont, bien sûr, avant tout nos alliés les plus fiables — l’armée et la marine. Pour être plus précis, le missile hypersonique Zircon (« tueur de porte-avions », comme on l’appelle affectueusement en Occident), qui rend absurde pour les États-Unis d’avoir une flotte de porte-avions. L’impact du Zircon fend un destroyer comme une noix. Plusieurs Zircons coulent immanquablement un porte-avions. Le Zircon fait simplement son travail : il tire méthodiquement sur d’énormes porte-avions maladroits, comme un revolver sur des canettes. Vladimir Mojegov
L’ultimatum de Poutine : la Russie, si vous voulez, enterrera toute l’Europe et les deux tiers des États-Unis en 30 minutes (…) Le Kremlin devra prouver par des actes le bien-fondé de sa position. Il n’est probablement possible de forcer les « partenaires » à s’asseoir à la table des négociations que par la contrainte. Économiquement, la Fédération de Russie ne peut rivaliser avec l’Occident. Il reste la guerre. Svpressa
Vladimir Poutine a sonné l’heure de la revanche. L’heure de régler enfin ses comptes avec l’Histoire. Avec l’Ukraine. Et avec l’Occident. Rien ne peut être compris de la folle aventure qui a commencé ce jeudi au petit jour avec l’attaque massive par la terre et par l’air lancée par l’armée russe à travers tout le territoire ukrainien, si on n’a pas en tête que l’homme tout-puissant qui est aux commandes de la Russie veut se venger. Avec un grand V. «Nous allons démilitariser et dénazifier l’Ukraine», a-t-il lancé à la face du monde, en annonçant «une opération spéciale», utilisant – ce qui est loin d’être un hasard – un vocable propre aux tchékistes de l’époque soviétique pour désigner la guerre qu’il a déclaré à l’Ukraine. Il s’agit d’une reconquête. Où s’arrêtera-t-elle? Pour comprendre cette obsession de vengeance, il faut remonter des années en arrière à cette journée historique du 8 au 9 novembre 1989, qui soudain voit des milliers d’Allemands escalader le mur de Berlin en train de tomber. À l’époque, le lieutenant-colonel du KGB Vladimir Poutine, 39 ans, est basé à Dresde, en RDA, avant-poste de la présence militaire soviétique. Mais son cœur n’est pas à l’unisson des foules en liesse qui dansent et pleurent à travers le pays pour célébrer les retrouvailles émues des deux Allemagnes et la réunification en marche de l’Europe. Il est du côté des vaincus. Son monde, celui de la superpuissance soviétique invincible qui tenait dans ses griffes la moitié de l’Europe, est en train de s’écrouler comme un château de cartes, sous ses yeux stupéfiés. (…) Pour cet espion, dont l’enfance a été baignée par la propagande des films d’espionnage sur la grandeur de la mère patrie, c’est l’heure de la retraite, humiliante. Tandis que des centaines de milliers de soldats soviétiques plient bagage dans une ambiance de déroute, Vladimir Poutine quitte Dresde à son tour en février 1990, emportant la machine à laver qu’il a acquise et quelques leçons de haute politique… (…) Pour Vladimir Poutine commence alors ce qu’il faut bien appeler la reconquête. En dix ans, elle va le mener au Kremlin, en trois temps. Le temps de l’infiltration/intégration des nouvelles structures démocratiques qui émergent avant et surtout après le putsch raté d’août ; le temps de l’installation au pouvoir qui commence en 2000, après sa nomination en 1999 au poste de premier ministre d’un Boris Eltsine chancelant qui cherche un successeur ; et le temps de la reconquête extérieure, qui s’affirme à partir de l’invasion militaire de la Géorgie en 2008. (…) Au départ, l’Occident hésite sur la nature de Poutine. Sa capacité à jouer sur tous les tableaux, à alterner tous les visages qu’il a appris à adopter pendant sa montée éclair vers le pouvoir – celui du réformateur, celui du guerrier, celui du législateur – déconcerte ses interlocuteurs, qui s’interrogent sur la nature de ses intentions, modernisatrices ou impériales. Mais peu à peu, la reconquête va déborder vers l’empire. Cela commence en réalité dès le début des années 2000 avec toutes les opérations hybrides de déstabilisation et d’infiltration qu’il déclenche, des pays Baltes, à la Géorgie et l’Ukraine. La rage que provoquent les révolutions de couleur qui balaient les régimes pro-russes installés en Ukraine et en Géorgie va accroître son désir de revanche. Convaincu d’être encerclé par un Occident qui cherche à déstabiliser son propre pouvoir, Poutine va dès lors, contre-attaquer par la guerre hybride: désinformation, cyber-attaques, achat d’élites, et finalement la force militaire. Il est frappant de constater que de 2000 à 2022 Vladimir Poutine a finalement peu hésité à utiliser la force, de la Tchétchénie, à la Géorgie, en passant par la Syrie et aujourd’hui l’Ukraine. Il a aussi beaucoup utilisé la violence, allant éliminer ses adversaires là où ils se trouvaient comme on le vit avec les anciens espions Litvinenko et Skripal, assassinés avec des poisons. Il est aussi à l’offensive à l’Ouest, où il a multiplié les offensives de charme et de propagande et les attaques contre les élections. Il y a cultivé des alliés politiques. Et chaque nouvelle crise l’a convaincu de la pusillanimité de l’Occident, de sa décadence et de ses divisions. L’intellectuel Vladimir Pastoukhov, très inquiet, est persuadé que l’invasion actuelle de l’Ukraine cache en réalité un projet beaucoup plus vaste, visant à défaire l’Occident, avec une pression maximale, pour le faire imploser de l’intérieur par une guerre d’usure tous azimuts, allant de l’effet de la sidération à l’intimidation. Pourrait-il tenter sa chance vers les pays Baltes pour détruire la légitimité de l’article 5 de l’Otan? À Moscou, les opposants abasourdis par l’audace de l’attaque disent se demander si leur «tsar» «de ténèbres», ivre de toute-puissance, n’a pas perdu la tête. Le journaliste Alexandre Nevzorov estime par exemple que « l’on assiste aux obsèques de la Russie », pas à celles de l’Ukraine. «Il n’y a personne qui puisse l’arrêter», note le rédacteur en chef de Novaya Gazeta, Dmitri Mouratov, qui dit sa « honte ». Laure Mandeville
Auprès de Besançon, j’ai appris l’importance de l’éthique, et compris qu’on ne pouvait pas considérer le régime communiste comme un autre, car c’était un régime criminel. Evidemment, ce n’était pas très à la mode. Françoise Thom
Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations? Françoise Thom
Quel intérêt y a-t-il à introniser à nouveau un pays dont le but avoué est la destruction de l’ordre international et le ralliement de toute l’Europe à son régime militaro-policier ?  (…) L’initiative Macron, sans avoir consulté les partenaires européens, est extrêmement risquée à un moment où les Etats-Unis sont totalement paralysés. Le premier service qu’on puisse rendre à la Russie est de lui tenir un discours de vérité, or le président français ne le fait pas quand il cite tous les poncifs, il la conforte au contraire dans une voie calamiteuse.  Françoise Thom
Il n’aurait pas fallu, en Occident, approuver la destruction du Parlement en octobre 1993 [en butte au Congrès des députés du peuple, Boris Eltsine fit intervenir l’armée et prononça sa dissolution au terme de plusieurs jours d’affrontements meurtriers dans les rues de Moscou] car c’était une violation gravissime du droit. Les germes du poutinisme sont là, dans cette liquidation du Parlement par la force, et l’impossible séparation des pouvoirs. C’était la fin de l’espérance d’une démocratie libérale. Françoise Thom
Moscou mise sur l’effet démoralisant sur l’Europe de cette négociation russo-américaine sur son sort dont elle est exclue et sur la faiblesse de la partie américaine en l’absence des alliés européens. (…) Le pacte Ribbentrop-Molotov n’est jamais loin dans la tête des dirigeants du Kremlin. C’est aussi une question de statut, et le reflet de l’obsession de Poutine d’effacer l’effondrement de l’URSS. (…) En négociant d’égal à égal avec le président des Etats-Unis Poutine démontre en même temps aux Russes que sa position de capo est reconnue par les maudits Occidentaux. Le sentiment d’avilissement qu’ils éprouvent au fond d’eux-mêmes en se pliant au despotisme se dissipe au spectacle de l’humiliation des Occidentaux : eux aussi courbent l’échine devant Poutine. La propagande du régime sait admirablement jouer de ces cordes sensibles. Il est important de comprendre quelles motivations ont poussé Poutine à lancer ce défi aux pays occidentaux. Comme toujours le comportement russe est dicté par une analyse soigneuse de la « corrélation des forces », qui, selon les experts du Kremlin, vient de basculer en faveur des puissances révisionnistes anti-occidentales. Après 20 ans de préparation à la guerre, la position russe est jugée forte comme jamais, à en croire le think tank Russtrat (…) Car en face, les Etats-Unis affrontent une crise sans précédent, avec une inflation galopante, des pénuries d’approvisionnement, un président faible, une société plus divisée que jamais. D’où la démarche du Kremlin : « Il ne s’agit pas de propositions de discussion, mais bien d’un ultimatum — d’une demande de reddition inconditionnelle. L’Occident n’a pas d’autre choix que de perdre la face — à moins de tenir fièrement bon et d’entrer en guerre avec la Russie. À en juger par la façon dont les Occidentaux ont commencé à s’agiter de l’autre côté, ils en sont bien conscients. » En brandissant la menace d’une guerre, fait remarquer RIA Novosti, « Moscou souligne que la Russie est prête — moralement, techniquement et dans tous les autres sens du terme — à toute évolution des événements. (…) Évidemment la guerre n’est pas sans risques, ce dont, espérons-le, les militaires russes essaient de persuader Poutine.  (…) Mais (…) il ressort des analyses de Russtrat (entre autres) que le déclic pour le Kremlin a été la politique malencontreuse de la Maison Blanche qui, après la débandade en Afghanistan, a multiplié cet automne les émissaires à Moscou, rendant encore plus manifeste aux yeux de Poutine la faiblesse des Etats-Unis :  (…) Le 2 novembre 2021, Burns a effectivement rencontré le secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie Nikolaï Patrouchev et, probablement, le président Poutine. C’est un personnage apprécié du Kremlin : en 2005-2008, il a été ambassadeur en Russie et « a trouvé un langage commun avec Poutine. Sobre et pragmatique, totalement dépourvu du complexe messianique caractéristique des Américains, Burns a toujours prôné le refus d’élargir l’OTAN vers l’Est. » La visite de Burns a été interprétée à Moscou comme l’indice du choix d’une politique d’appeasement à Washington et donc un encouragement à faire monter les enchères et à « s’emparer de l’initiative stratégique ». Au fond, nous retrouvons dans ces considérations un substrat léniniste. Les États-Unis et leurs alliés européens étaient les nantis de l’ordre international, les principaux bénéficiaires du système existant, qui leur apportait des avantages disproportionnés par rapport à leur contribution. Grâce à la crise, leur hégémonie est sur le déclin. Les Etats autrefois « prolétaires » sont en train de l’emporter, sous le leadership russe. Là encore Poutine est en train de rejouer la guerre froide, avec un happy end cette fois. (…) Les Occidentaux doivent d’abord percevoir la situation telle qu’elle est, si désagréable fût-elle pour nos Etats démocratiques plus habitués à des entreprises futiles qu’à assurer leur préservation. Pour cela nous devons nous extraire du mensonge russe. Le premier mensonge concerne les prétendues inquiétudes de Moscou pour la sécurité russe, le danger que représenterait pour elle des missiles de l’OTAN déployés dans les pays frontaliers. Il suffit de prendre connaissance des textes cités plus haut pour constater que les préoccupations de « sécurité » mises en avant par Moscou ne sont qu’un rideau de fumée, que l’OTAN même est considéré comme un tigre en papier (…) Quand Moscou parle de « sécurité » il faut entendre « domination russe » et « impunité », car c’est de cela qu’il s’agit. Le Kremlin considère en effet que tout ce qu’il ne contrôle pas peut mettre le régime en péril. On le voit à la politique intérieure russe, où depuis des années les oasis de liberté sont asséchées une à une. Ce que Moscou craint en Ukraine, ce ne sont pas les quelques instructeurs de l’OTAN, ce sont les libertés. Elle veut une Ukraine désarmée de manière à pouvoir intimider les rebelles de Kiev et mettre en place un régime haï par son peuple, donc dépendant totalement du Kremlin. On se souvient que la Russie a laissé faire Aliev en Arménie justement parce que le président Pachinian avait été choisi par le peuple arménien contre les marionnettes du Kremlin. Si la Russie parvient à chasser les Etats-Unis d’Europe, elle ne tardera pas à se sentir menacée par les libertés des pays d’Europe de l’Ouest, et sous prétexte d’assurer sa « sécurité », elle mettra le même acharnement chez nous que chez elle à asservir les media, à éradiquer les institutions démocratiques et les partis indépendants. Aujourd’hui déjà, Lavrov se permet de réclamer la démission de Stoltenberg, secrétaire de l’OTAN, qui selon lui « n’est pas à la hauteur de sa tâche ». Autre illusion dont il faut se défaire, l’idée d’une société civile bouillonnante en Russie qui pourrait freiner les aspirations belliqueuses du président Poutine. Les sondages montrent que le lavage de cerveau effectué par la propagande officielle est fort efficace : 50 pour cent des Russes interrogés considèrent que l’OTAN et l’Occident en général sont responsables de la tension actuelle. 16 pour cent incriminent l’Ukraine. Les rares opposants qui subsistent critiquent très rarement la politique étrangère et ne dénoncent guère le chauvinisme nauséabond qui émane du régime de Poutine. Enfin, mentionnons cette vache sacrée démocratique qui doit être sacrifiée : la foi absolue dans la vertu du « dialogue », que la plupart des responsables occidentaux, de Florence Parly à Mario Draghi, continuent à préconiser face à Moscou. Or rien n’est plus dangereux que ces échanges au sommet, qui, quoi qu’on dise, alimentent immanquablement soit la paranoïa, soit la folie des grandeurs et l’ivresse de puissance russes. Si les Occidentaux se montrent fermes, le Kremlin en tire la conclusion qu’ils veulent détruire la Russie ; si les Occidentaux offrent des concessions, le Kremlin en conclut qu’ils sont faibles et qu’il faut foncer. Très souvent avec la Russie la meilleure politique est celle du silence et de la distance : ne rien faire, ne rien dire et tenir bon l’arme au pied. S’accrocher au dialogue à tout prix, surtout quand Moscou nous tient en joue comme un forcené détenant un otage, ne fait qu’étaler notre faiblesse et encourager le Kremlin à l’escalade. Surtout nous devons cesser de donner à la guerre froide la connotation péjorative qu’elle ne mérite nullement. La ministre de la Défense Florence Parly vient de déclarer que les pays occidentaux doivent éviter l’escalade avec la Russie afin de ne pas provoquer une nouvelle guerre froide. Tant que nous restons dans ces cadres conceptuels la Russie sera gagnante. Il faut se rappeler que la guerre froide a commencé en 1946, lorsque les Occidentaux ont cessé de céder à Staline, après lui avoir laissé en pâture les pays d’Europe centrale et orientale. C’est grâce à la guerre froide que les pays de l’Europe occidentale ont conservé leur liberté. Les leçons des années 1946-7 sont d’actualité aujourd’hui. Les pionniers de la guerre froide furent les Britanniques, qui constituèrent un bloc occidental autour du noyau anglo-français et persuadèrent les Américains tentés par l’isolationnisme de rester en Europe. Au printemps 1947, les gouvernements français, italien et belge expulsèrent les ministres communistes, conscients du danger que représentait la cinquième colonne de Moscou en Europe. Cette volonté manifeste de résister à Staline acheva de persuader Washington de s’engager dans la sécurité européenne. Il s’agissait de tout un programme d’action dont nous pourrions nous inspirer aujourd’hui, au lieu de nous livrer à une puérile guerre des boutons avec la Grande-Bretagne. Mais pour cela nous devons réapprendre à voir les choses en face, à raisonner en termes politiques, au lieu de flotter au gré des passions médiatiques et des sondages. En 1946-7 on savait que la liberté valait la peine qu’on meure pour elle, ce qui visiblement est oublié aujourd’hui. Après Munich, en 1938, les Occidentaux éprouvèrent une grande honte d’avoir abandonné la Tchécoslovaquie dans les griffes d’Hitler. Aujourd’hui nous sommes en train de laisser tomber lâchement l’Ukraine, mais nous ne nous rendons même pas compte de notre déshonneur, ni du péril qu’il y a à céder à un agresseur. Nous discutons du sexe des anges, comme les Byzantins lorsque les forces ottomanes étaient en train de détruire les remparts de la ville. Françoise Thom
Ceux qui préconisent le « dialogue » ne voient pas que toute main tendue de l’Occident est perçue en Russie soit comme une agression camouflée – l’expression du projet prêté à l’Occident de « démembrer la Russie » pour mettre le grappin sur ses richesses –, soit comme le signal d’une disposition à la capitulation de « l’adversaire » (car le Kremlin considère comme des adversaires tous les pays qui ne sont pas des dictatures). Il résulte de ceci que toute démarche des Occidentaux à l’égard de la Russie se retournera contre eux. Une bonne politique russe est une politique où on en fait le moins possible, où l’on parle le moins possible, une politique d’isolement, sans les déclarations fracassantes, sans les menaces creuses, qui nourrissent à la fois la paranoïa et l’arrogance des occupants du Kremlin. Ceci ne veut pas dire qu’il ne faille pas marquer le coup quand Moscou pratique le fait accompli, agresse ses voisins ou se livre à des répressions. Toutefois ce n’est pas en paroles qu’il faut réagir, mais en actes, et en actes mis en place sans crier gare, à la manière des opérations spéciales qu’affectionne le président Poutine. Si nous nous donnons le luxe d’être imprévisibles, Poutine cessera de jouer sur le velours. Ceci concerne avant tout les sanctions. On nous dit que les sanctions sont inutiles, qu’elles permettent au régime de provoquer un sursaut patriotique autour du pouvoir ; on laisse entendre que les sanctions sont imposées par les Etats-Unis à une Europe qui ne demanderait pas mieux que de manifester son « indépendance » en pratiquant une politique accommodante avec Moscou, bref que les Européens doivent être « réalistes », privilégier leurs « intérêts », assurer leur « sécurité énergétique » en soutenant le Nord Stream 2 [projet de gazoduc entre la Russie et l’Allemagne]. Justement, soyons « réalistes » et réfléchissons où sont nos vrais « intérêts », sans que le Kremlin nous dicte le sens qu’il faut attribuer à ces termes. D’abord, contrairement à ce qu’on ne cesse de prétendre, les sanctions marchent, et c’était déjà le cas à l’époque soviétique. Les archives montrent qu’elles ont dissuadé Khrouchtchev de pratiquer l’escalade au moment de la crise de Berlin [entre 1958 et 1962], qu’elles ont dissuadé Brejnev et Andropov d’intervenir en Pologne en 1981 [au moment des grèves massives conduites par le mouvement Solidarnosc]. Si des sanctions sérieuses avaient été adoptées après le démembrement de la Géorgie en 2008, au lieu du pathétique « reset » [la relance des relations russo-américaines voulue par le président Obama], on aurait évité l’annexion de la Crimée, en 2014. Mais venons-en aux relations économiques, dont on nous assure qu’elles vont permettre un rapprochement entre l’Europe et la Russie. C’est oublier que pour Moscou, les relations d’affaires sont avant tout un instrument de projection de la puissance et de l’influence russe. En devenant le fournisseur de pétrole et de gaz de l’Europe, le Kremlin se crée de puissants oligarques au sein des élites politiques occidentales, qui, comme les oligarques russes, sont autorisés à s’enrichir à condition de servir Moscou. Les grandes sociétés faisant des affaires en Russie deviennent les vecteurs de la politique russe en Europe. Quant à la « sécurité énergétique » qu’assurerait le Nord Stream 2, souvenons-nous de la manière dont le Kremlin ferme les robinets du gaz aux pays de « l’étranger proche » qui ont le malheur de lui déplaire. L’Europe a-t-elle vraiment « intérêt » à se passer la corde au cou ? A-t-elle « intérêt » à augmenter les flux financiers vers la Russie, quand on sait que ces ressources vont alimenter la guerre hybride menée contre les Occidentaux, acheter notre classe politique, nos médias et nos think tanks, financer le déploiement de nouveaux missiles braqués contre l’Europe ? Les sanctions sont un outil efficace, surtout si elles visent les oligarques et les siloviki [soit « les hommes en uniforme », issus des services de sécurité russes – le KGB, puis le FSB] proches du pouvoir, ou si elles entravent le développement des secteurs de puissance de la Russie (énergétique et armement), les seuls qui comptent aux yeux du Kremlin. Une politique résolue de sanctions dures obligerait les hommes du Kremlin à se demander si la politique de confrontation voulue par le président Poutine est vraiment conforme aux intérêts nationaux russes. La claque infligée à Josep Borrell (…) jette une lumière crue sur un aspect essentiel de la stratégie du Kremlin. Il s’agit de faire une démonstration éclatante de la faiblesse des Occidentaux, pour hâter l’avènement d’un ordre, ou plutôt, d’un désordre international postoccidental. C’est un signal lancé à Xi Jingping, Erdogan et consorts : voyez, nous pouvons impunément nous essuyer les pieds sur l’UE et elle passera par nos volontés. C’est pourquoi, si nous voulons éviter que Poutine fasse des émules, la première règle que les Européens doivent adopter est de ne plus faire étalage de leur faiblesse et de leur désunion, de riposter sans tarder aux humiliations publiques et aux provocations. Mieux vaut agir sans parler que parler sans agir. Dans le monde de voyous qui nous entoure, il est temps que l’UE apprenne à se faire craindre. Françoise Thom
Pour moi, l’homme de l’année est Vladimir Poutine. Il (…) fut le seul à oser donner l’asile politique à Snowden, l’homme qui révéla la folle réalité de l’espionnage américain. Mais cette année restera avant tout celle où le chef de l’Etat russe est sorti vainqueur du grand bras de fer diplomatique autour de la Syrie. Poutine tient dans cette histoire le rôle glorieux d’un Chirac qui aurait réussi à empêcher la guerre en Irak. (…) Poutine a remis le couvert avec l’Iran, servant d’honnête courtier avec les Américains. Et il a parachevé son triomphe diplomatique en empêchant le ralliement de l’Ukraine à l’Europe. (…) Poutine n’est pas en odeur de sainteté ni dans les médias français ni au Quai d’Orsay. On évoque non sans raisons ses penchants autoritaires, ses accointances avec certains cercles plus ou moins mafieux, son incapacité à couper l’économie de sa rente pétrolière et gazière. Mais personne ne peut contester qu’il été élu démocratiquement. (…) La bourgeoisie occidentalisée conteste ses manières, mais la majorité du peuple lui sait gré d’avoir restauré l’Etat. (…) Poutine a mis au pas les oligarques qui dépeçaient la Russie et rétabli la souveraineté de la Russie face à la pression impériale de l’Amérique. Poutine a peu à peu endossé les habits de nouveau tsar dans la grande tradition russe. Il reste le dernier résistant à l’ouragan politiquement correct qui, parti d’Amérique, détruit toutes les structures traditionnelles, famille, religion, patrie. Eric Zemmour (20.12.2013)
C’est, jusqu’au bout, un aveuglement. (…) [Eric Zemmour] « condamne sans réserve l’intervention militaire », qu’il qualifie d’ « injustifiable ». Mais [il] accuse aussi, peu après, dans une déclaration filmée en direct, les Occidentaux d’avoir envenimé la situation « depuis des années, avec l’expansion ininterrompue de l’OTAN ». Il appelle toujours à signer un traité pour garantir que l’Ukraine n’entrera « jamais » dans l’Alliance atlantique. « Comme ça, monsieur Poutine sera rassuré », ajoutait-il dimanche. (…) Depuis plusieurs mois, Eric Zemmour et Marine Le Pen minimisaient les menaces lancées par Moscou, tout en reprenant la propagande du Kremlin sur de prétendues prétentions américaines. (…) Des positions constantes, mais qui comportent leurs contradictions. Si les deux candidats s’affirment souverainistes, Eric Zemmour et Marine Le Pen faisaient peu de cas de la souveraineté de l’Ukraine, Etat indépendant depuis 1991, membre de l’ONU, ayant inscrit légalement dans sa constitution, en 2019, son aspiration à adhérer un jour à l’Union européenne et à l’OTAN. Ce pays, déclarait Marine Le Pen en décembre 2021, dans un entretien au média polonais Rzeczpospolita, « appartient à la sphère d’influence russe ». Pour Eric Zemmour, « l’Ukraine n’existe pas », comme il le développe dans Un quinquennat pour rien (Albin Michel, 2016), puisque Kiev est, écrit-il, « le berceau de la civilisation russe ». Patriotes autoproclamés, tous deux se sont évertués à affaiblir Emmanuel Macron, Marine Le Pen en le traitant de « petit télégraphiste » de Joe Biden ; Eric Zemmour en l’accusant d’être « impuissant », et même « le néant ». Jeudi 24 février, le candidat d’extrême droite a appelé le chef de l’Etat à se rendre de nouveau à Moscou et à Kiev pour « s’interposer » et réclamer un cessez-le-feu immédiat. Une position en totale contradiction avec ce qu’il soutenait quatre jours auparavant, en citant le « porte-parole de Vladimir Poutine qui a tout dit en une phrase  : “Emmanuel Macron est membre de deux organisations, l’Union européenne et l’OTAN, dont il n’est pas le chef.” C’est tout notre problème. Nous sommes vus par les Russes comme les petits télégraphistes de Washington. (…) Notre parole ne vaut rien, en vérité. » En écho, Marine Le Pen a déclaré jeudi que « la France devrait prendre l’initiative d’une réunion diplomatique », oubliant qu’elle avait deux jours avant étrillé « l’échec diplomatique » français. (…) Les deux candidats vouent une profonde admiration à Poutine. En mars 2017, Marine Le Pen s’était rendue auprès du dirigeant russe à Moscou et avait vanté un « point de vue sur l’Ukraine qui coïncide avec celui de la Russie ». En septembre 2018, Eric Zemmour avait déclaré qu’il « rêv[ait] d’un Poutine français » puis, en septembre 2020, sur CNews, qu’il voyait en Poutine « l’allié qui serait le plus fiable, plus que les Etats-Unis, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne ». Dimanche, il discourait au pied du Mont-Saint-Michel (Manche) en agitant le spectre de « la prochaine guerre » et clamait qu’être président de la République, « c’est savoir regarder le pire en face, justement pour l’éviter ». Les deux candidats n’ont pas su regarder. Ivanne Trippenbach

Comme ça, Monsieur Poutine sera rassuré !

A l’heure où l’injustifiable agression contre le peuple ukrainien aurait dû nous ouvrir les yeux …

Sur le cynique et proprement dément (jusqu’à pousser à rejoindre l’OTAN des petits pays jusque là neutres comme la Suède ou la Finlande ?) projet de l’actuel régime kleptocratique et revanchiste russe …

Sur la base de contre-vérités comme la prétendue promesse américaine de non-élargissement de l’OTAN

Et appuyé sur un nouveau chantage stratégique à base de nouvelles armes de théâtre hypersoniques pour s’assurer une « bulle stratégique » pour verrouiller la Baltique et la mer Noire …

Si bien décrit par les travaux de notre meilleure « soviétologue » Françoise Thom

De profiter, comme il y a huit ans sous l’Administration Obama/Biden, de la fenêtre d’opportunité d’une présidence américaine proprement cacochyme …

Mais aussi de plus de 20 ans de passivité européenne et notamment allemande …

Pour tout simplement tenter de bouter hors d’Europe et du monde via ses clones et complices chinois la seule garantie de stabilité et de protection pour les prochaines victimes …

Après la Géorgie et la Crimée ou Hong Kong et peut-être bientôt Taiwan

Et sans parler des famines fabriquées d’Ukraine ou de Chine

De la part du dernier système politique à n’avoir toujours pas eu (merci la gauche européenne !) de procès de Nuremberg pour ses quelque 100 millions de morts

Et donc incapable de faire leur deuil d’empire

Comment ne pas voir la triste implication d’un tel aveu …

Et ne pas se désoler …

Avec la journaliste spécialiste des Etats-Unis et de la Russie Laure Mandeville

De cette tragique incapacité de nombre de nos compatriotes …

A l’instar de l’habituellement si perspicace candidat Zemmour sur la menace islamiste et wokiste …

Qui en même temps pousse l’aveuglement sur le jeu victimaire et le nationalisme complètement dévoyé derrière lequel se cache l’impérialisme poutinien

Jusqu’à à jouer, au nom d’un souverainisme sans limites quasi-goebbelsien, les petit télégraphistes de Moscou …

A penser ensemble ces deux menaces proprement existentielles …

Pour notre pays comme pour l’avenir de notre monde libre ?

Eric Zemmour et Marine Le Pen fragilisés par l’attaque de Vladimir Poutine en Ukraine
Les deux candidats d’extrême droite à la présidentielle opèrent une volte-face dans la foulée des premiers bombardements russes, après avoir relayé durant des mois la propagande du Kremlin.
Ivanne Trippenbach
24 février 2022

C’est, jusqu’au bout, un aveuglement. Dimanche 20 février, l’un des principaux candidats à l’élection présidentielle, Eric Zemmour, livre sa vision de la crise ukrainienne. « Je suis sceptique, dit-il sur Europe 1, je pense qu’il y a beaucoup de propagande, d’agitation des services américains pour hystériser cette histoire. » Vingt-quatre heures plus tard, Vladimir Poutine déclare reconnaître l’indépendance des zones séparatistes prorusses, puis ordonne à son armée d’entrer en Ukraine. Interrogée à son tour, mardi 22 février sur RTL, Marine Le Pen regrette une « escalade claire », mais se prononce contre les sanctions visant Moscou et accuse Emmanuel Macron d’avoir « essayé de jouer un rôle et de se servir » de cette crise.

Ce n’est qu’une fois la guerre déclarée par Poutine au nom d’une « dénazification de l’Ukraine », les frappes russes tombées sur Kiev comme dans tout le pays, les premières morts civiles annoncées, jeudi 24 février, que Le Pen et Zemmour se sont empressés de rétropédaler par voie de communiqués. La première y appelle à la « cessation immédiate des opérations militaires russes en Ukraine ». Le second y« condamne sans réserve l’intervention militaire », qu’il qualifie d’« injustifiable ». Mais Eric Zemmour accuse aussi, peu après, dans une déclaration filmée en direct, les Occidentaux d’avoir envenimé la situation « depuis des années, avec l’expansion ininterrompue de l’OTAN ». Il appelle toujours à signer un traité pour garantir que l’Ukraine n’entrera « jamais » dans l’Alliance atlantique. « Comme ça, monsieur Poutine sera rassuré », ajoutait-il dimanche.

« C’est Poutine l’agressé ! »

Depuis plusieurs mois, Eric Zemmour et Marine Le Pen minimisaient les menaces lancées par Moscou, tout en reprenant la propagande du Kremlin sur de prétendues prétentions américaines. « Les Américains n’ont pas respecté leur parole et ont avancé, avancé [et] mangé petit à petit ce glacis », justifiait Zemmour sur France 5, il y a un mois, en comparant l’adhésion à l’OTAN à des annexions territoriales. Un discours en cohérence avec celui qu’il tenait sur CNews, en juin 2021 : « Il faut arrêter de faire de Poutine l’agresseur, c’est Poutine l’agressé ! Evidemment, après, il se défend. » « Le problème de l’Ukraine n’est pas une invasion, je n’y crois pas, assénait encore le candidat avec assurance, le 9 décembre sur France 2. La Russie, j’en prends le pari, n’envahira pas l’Ukraine. »

Marine Le Pen n’était pas en reste. « Je ne le crois pas du tout, je ne vois vraiment pas ce que les Russes feraient en Ukraine », martelait-elle le 7 février, sur Franceinfo. La candidate du Rassemblement national (RN) répétait ce qu’elle nomme elle-même les « éléments de langage » du Kremlin, en soutenant que « les Etats-Unis veulent absolument faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN, donc on est en train de créer un conflit qui n’a pas lieu d’être ». Mardi 22 février, elle estimait que « la France s’est soumise à une forme de guerre froide imposée par l’Union européenne, à l’écoute des Américains ».

Des positions constantes, mais qui comportent leurs contradictions. Si les deux candidats s’affirment souverainistes, Eric Zemmour et Marine Le Pen faisaient peu de cas de la souveraineté de l’Ukraine, Etat indépendant depuis 1991, membre de l’ONU, ayant inscrit légalement dans sa constitution, en 2019, son aspiration à adhérer un jour à l’Union européenne et à l’OTAN. Ce pays, déclarait Marine Le Pen en décembre 2021, dans un entretien au média polonais Rzeczpospolita, « appartient à la sphère d’influence russe ». Pour Eric Zemmour, « l’Ukraine n’existe pas », comme il le développe dans Un quinquennat pour rien (Albin Michel, 2016), puisque Kiev est, écrit-il, « le berceau de la civilisation russe ».

Profonde admiration pour Poutine

Patriotes autoproclamés, tous deux se sont évertués à affaiblir Emmanuel Macron, Marine Le Pen en le traitant de « petit télégraphiste » de Joe Biden ; Eric Zemmour en l’accusant d’être « impuissant », et même « le néant ». Jeudi 24 février, le candidat d’extrême droite a appelé le chef de l’Etat à se rendre de nouveau à Moscou et à Kiev pour « s’interposer » et réclamer un cessez-le-feu immédiat. Une position en totale contradiction avec ce qu’il soutenait quatre jours auparavant, en citant le « porte-parole de Vladimir Poutine qui a tout dit en une phrase  : “Emmanuel Macron est membre de deux organisations, l’Union européenne et l’OTAN, dont il n’est pas le chef.” C’est tout notre problème. Nous sommes vus par les Russes comme les petits télégraphistes de Washington. (…) Notre parole ne vaut rien, en vérité. » En écho, Marine Le Pen a déclaré jeudi que « la France devrait prendre l’initiative d’une réunion diplomatique », oubliant qu’elle avait deux jours avant étrillé « l’échec diplomatique » français.

A la place d’Emmanuel Macron, « j’essaierais de trouver une issue diplomatique à cette crise, à cette violation massive, évidente du droit international », a-t-elle réitéré, dans la soirée sur France 2. Elle s’est dit « tout à fait opposée à ce qu’on envoie des troupes françaises en Ukraine », sans évoquer les victimes ni l’inquiétude des pays européens proches de la Russie. Elle a tenté d’expliquer son opposition aux sanctions par le risque d’une baisse du pouvoir d’achat, jugeant « si ça entraîne une explosion des prix de l’énergie, alors ce sera un véritable drame pour la population française », malgré le bouclier tarifaire bloquant les tarifs réglementés de vente du gaz.

Les deux candidats vouent une profonde admiration à Poutine. En mars 2017, Marine Le Pen s’était rendue auprès du dirigeant russe à Moscou et avait vanté un « point de vue sur l’Ukraine qui coïncide avec celui de la Russie ». En septembre 2018, Eric Zemmour avait déclaré qu’il « rêv[ait] d’un Poutine français » puis, en septembre 2020, sur CNews, qu’il voyait en Poutine « l’allié qui serait le plus fiable, plus que les Etats-Unis, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne ». Dimanche, il discourait au pied du Mont-Saint-Michel (Manche) en agitant le spectre de « la prochaine guerre » et clamait qu’être président de la République, « c’est savoir regarder le pire en face, justement pour l’éviter ». Les deux candidats n’ont pas su regarder.

Voir aussi:

Poutine: la patiente reconquête du petit kagébiste, métamorphosé en champion de l’Empire russe
Laure Mandeville
Le Figaro
25 février 2022

RÉCIT – L’ancien lieutenant-colonel du KGB, marqué par la chute du mur de Berlin, a autorisé une opération militaire en Ukraine. Une forme de revanche.

Vladimir Poutine a sonné l’heure de la revanche. L’heure de régler enfin ses comptes avec l’Histoire. Avec l’Ukraine. Et avec l’Occident. Rien ne peut être compris de la folle aventure qui a commencé ce jeudi au petit jour avec l’attaque massive par la terre et par l’air lancée par l’armée russe à travers tout le territoire ukrainien, si on n’a pas en tête que l’homme tout-puissant qui est aux commandes de la Russie veut se venger. Avec un grand V.

«Nous allons démilitariser et dénazifier l’Ukraine», a-t-il lancé à la face du monde, en annonçant «une opération spéciale», utilisant – ce qui est loin d’être un hasard – un vocable propre aux tchékistes de l’époque soviétique pour désigner la guerre qu’il a déclaré à l’Ukraine. Il s’agit d’une reconquête. Où s’arrêtera-t-elle?

La chute du mur de Berlin

Pour comprendre cette obsession de vengeance, il faut remonter des années en arrière à cette journée historique du 8 au 9 novembre 1989, qui soudain voit des milliers d’Allemands escalader le mur de Berlin en train de tomber. À l’époque, le lieutenant-colonel du KGB Vladimir Poutine, 39 ans, est basé à Dresde, en RDA, avant-poste de la présence militaire soviétique. Mais son cœur n’est pas à l’unisson des foules en liesse qui dansent et pleurent à travers le pays pour célébrer les retrouvailles émues des deux Allemagnes et la réunification en marche de l’Europe. Il est du côté des vaincus. Son monde, celui de la superpuissance soviétique invincible qui tenait dans ses griffes la moitié de l’Europe, est en train de s’écrouler comme un château de cartes, sous ses yeux stupéfiés.

Le 5 novembre, il a vu des foules prendre d’assaut et investir le siège de la redoutée police politique allemande, la Stasi, à quelques rues seulement de la grosse maison blanche où se trouve le siège des services spéciaux soviétiques, au 4, rue Angelika. Et voilà que dans la nuit du 8 au 9 novembre, une foule de quelques centaines de personnes pénètre dans le jardin du propre QG du KGB. C’est Vladimir Poutine qui sort avec un pistolet pour leur faire face et les prévenir de ne pas forcer le passage, d’après ce qu’il en racontera dans ses Conversations à la première personne. «Qui êtes-vous? Vous parlez trop bien allemand», lui lancent les manifestants. «Un interprète», répond-il sans perdre son sang-froid, tirant apparemment en l’air pour qu’ils se dispersent. «La situation était sérieuse… Les gens étaient agressifs. J’ai téléphoné à notre base militaire… Mais on m’a répondu: nous ne pouvons rien faire sans ordre de Moscou. Et Moscou se tait», raconte Poutine dans son livre.

Ce «Moscou se tait», une phrase capitale pour comprendre la suite. Elle explique 2022. «J’ai eu alors le sentiment que le pays n’existait plus. Il était clair que l’Union soviétique était très malade. Cette maladie mortelle avait un nom: la paralysie du pouvoir», ajoutera-t-il, avant d’évoquer les journées suivantes passées à «brûler tous les documents secrets dans la chaudière» de la maison, à une cadence telle qu’elle «explosera».

Un retour rude

Pour cet espion, dont l’enfance a été baignée par la propagande des films d’espionnage sur la grandeur de la mère patrie, c’est l’heure de la retraite, humiliante. Tandis que des centaines de milliers de soldats soviétiques plient bagage dans une ambiance de déroute, Vladimir Poutine quitte Dresde à son tour en février 1990, emportant la machine à laver qu’il a acquise et quelques leçons de haute politique…

Direction Leningrad, la ville où il a grandi, dans un appartement communautaire d’une pièce, élevé par des parents largement absents, sous l’influence de petits caïds de rue avant d’intégrer le KGB. «J’étais une petite frappe», explique-t-il dans À la première personne, un milieu dont il a conservé l’art de l’intimidation et du rapport de force, ainsi qu’un langage parfois ordurier et brutal. Un naturel qui vient de ressurgir.

Le retour est rude, après des années d’une vie privilégiée en RDA. Tandis que le pays se lance dans une véritable frénésie d’ouverture pour secouer les fondements idéologiques du système communiste, Vladimir Poutine doit faire un temps le taxi dans la Volga qu’il a payée avec ses économies allemandes. «J’avais l’impression que Volodia avait perdu le sens de sa vie», racontera sa femme Lioudmilla. Cette situation, et les attaques répétées dont le KGB (organisation criminelle qui a terrorisé son peuple) est l’objet, le fait enrager. Pourtant, dans la tourmente, les agents s’organisent, créant des réseaux, investissant les nouveaux partis et les entreprises qui se créent, préparant en secret leurs arrières et leur reconversion. Recruté comme vice-recteur par l’université de Leningrad, Poutine va lui aussi se raccrocher aux branches. Faire sa route dans un monde auquel il n’est pas préparé, tout en restant solidement arrimé à sa maison d’origine (avec laquelle il maintiendra son affiliation jusqu’au putsch d’août 1991). «Je suis spécialiste des relations avec les gens», dit-il mystérieusement à ceux qui l’interrogent. En 1990, Anatoli Sobtchak, figure du mouvement démocratique et brillant professeur de droit dont il a été l’élève, l’appelle à la mairie pour en faire son collaborateur, quand il remporte les élections municipales de 1990.

La reconquête

Pour Vladimir Poutine commence alors ce qu’il faut bien appeler la reconquête. En dix ans, elle va le mener au Kremlin, en trois temps. Le temps de l’infiltration/intégration des nouvelles structures démocratiques qui émergent avant et surtout après le putsch raté d’août ; le temps de l’installation au pouvoir qui commence en 2000, après sa nomination en 1999 au poste de premier ministre d’un Boris Eltsine chancelant qui cherche un successeur ; et le temps de la reconquête extérieure, qui s’affirme à partir de l’invasion militaire de la Géorgie en 2008.

Sur la première période, tous ceux qui ont étudié sa biographie savent à quel point ses années au poste de président du Comité pour les relations extérieures de la mairie de Saint-Pétersbourg sont importantes pour comprendre les entrelacs et les réseaux de la planète Poutine. C’est là dans le séisme de la fin de l’URSS et les décombres du communisme, qu’il apprend à naviguer dans les eaux sulfureuses et corrompues du capitalisme sauvage qui relie souterrainement pouvoir, structures de sécurité, business et réseaux mafieux. Là qu’il noue ses amitiés solides avec toute une série de personnages liés au KGB et au monde des affaires, regroupé autour d’un coopératif de datchas, la «coopérative Ozero». Ils deviendront les nouveaux «princes» de la Russie poutinienne.

C’est aussi dans ces années saint-pétersbourgeoises qu’il devient «l’allié» du démocrate Anatoli Sobtchak, gagnant sa confiance, tissant sa toile dans l’ombre avec discrétion, avant d’être propulsé en 1997, en remerciement de ses loyaux services, au Kremlin, à la direction des biens de la présidence, un immense empire quasi occulte couvrant tous les biens mobiliers et immobiliers relevant du chef de l’État. Poutine, un tchékiste qui a appris à l’école du KGB à renvoyer à ses interlocuteurs l’image qu’ils affectionnent, gagne peu à peu du galon. Mais que pense-t-il vraiment? La famille Eltsine et le petit groupe d’oligarques qui gravite autour du pouvoir comme des vautours, le juge en tout cas suffisamment «sûr» pour le nommer chef du KGB. C’est là qu’il montrera sa loyauté en orchestrant sans ciller la destruction du clan du maire de Moscou et de son allié Evgueni Primakov, qui est alors premier ministre.

L’empoignade entre clans russes va finalement propulser cet inconnu du KGB au poste de premier ministre de Russie en 1999, sur fond de petite guerre au Caucase et d’attentats terroristes à travers la Russie. Les attentats sont attribués sans preuve aux Tchétchènes et l’invasion de la Tchétchénie lancée. C’est la première opération militaire supervisée par Poutine et elle est massive et impitoyable, faisant plus de 100.000 morts. En quelques mois, la popularité du nouveau premier ministre grimpe en flèche dans une population qui rêve de vengeance. Dès lors, la passation de pouvoirs anticipée qui est orchestrée dans la soirée du 31 décembre 1999 entre Eltsine et lui.

Un compromis historique

Beaucoup sont persuadés que ces attaques ont été précisément organisées pour lui tailler un habit de sauveur. Ce sera l’accusation formulée par le général Alexandre Lebed, avant qu’il ne périsse dans un accident d’hélicoptère. C’est aussi la thèse du russologue américain David Satter. «Nous remettrons de l’ordre», lance sobrement le petit homme discret aux yeux transparents, devant les députés stupéfiés quand il surgit sur la scène politique. Personne, sur le moment, ne croit que Poutine puisse durer. Ils ont tort. Dans les coulisses, un accord a été conclu entre les structures de force qui veulent leur revanche et les oligarques qui contrôlent les richesses. Tchékiste, mais proche des «libéraux», Poutine semble incarner un compromis historique. Mais seuls ceux qui l’ont promu croient à ce fameux compromis. Pas lui! «Il est malléable», nous confie l’influent oligarque Boris Berezovski. Comme il se trompe! La Russie ne sait pas encore qu’elle s’est donné un maître. Et que 22 ans plus tard, il sera toujours là…

Car d’emblée, dans la deuxième phase de la reconquête, Poutine va s’en prendre sans hésiter à ceux qui l’ont «fait». En quelques années, tous les oligarques dominants sont chassés à l’étranger, ou matés, par le nouvel homme fort au nom de la «dictature de la loi». C’est en réalité une logique de contrôle systématique, que choisit le nouveau président. Il s’en prend aussi avec brutalité à la presse, puis aux gouverneurs, aux partis d’opposition, à la Douma, mettant peu à peu en coupe réglée tous les contre-pouvoirs. Loin d’agir en arbitre, il installe son clan de Saint-Pétersbourg aux commandes. La supposée remise en ordre cache en réalité une nouvelle étape du pillage organisé, mais cette fois sous contrôle des tchékistes.

Capacité à jouer sur tous les tableaux

Au départ, l’Occident hésite sur la nature de Poutine. Sa capacité à jouer sur tous les tableaux, à alterner tous les visages qu’il a appris à adopter pendant sa montée éclair vers le pouvoir – celui du réformateur, celui du guerrier, celui du législateur – déconcerte ses interlocuteurs, qui s’interrogent sur la nature de ses intentions, modernisatrices ou impériales. Mais peu à peu, la reconquête va déborder vers l’empire. Cela commence en réalité dès le début des années 2000 avec toutes les opérations hybrides de déstabilisation et d’infiltration qu’il déclenche, des pays Baltes, à la Géorgie et l’Ukraine. La rage que provoquent les révolutions de couleur qui balaient les régimes pro-russes installés en Ukraine et en Géorgie va accroître son désir de revanche. Convaincu d’être encerclé par un Occident qui cherche à déstabiliser son propre pouvoir, Poutine va dès lors, contre-attaquer par la guerre hybride: désinformation, cyber-attaques, achat d’élites, et finalement la force militaire.

Il est frappant de constater que de 2000 à 2022 Vladimir Poutine a finalement peu hésité à utiliser la force, de la Tchétchénie, à la Géorgie, en passant par la Syrie et aujourd’hui l’Ukraine. Il a aussi beaucoup utilisé la violence, allant éliminer ses adversaires là où ils se trouvaient comme on le vit avec les anciens espions Litvinenko et Skripal, assassinés avec des poisons. Il est aussi à l’offensive à l’Ouest, où il a multiplié les offensives de charme et de propagande et les attaques contre les élections. Il y a cultivé des alliés politiques. Et chaque nouvelle crise l’a convaincu de la pusillanimité de l’Occident, de sa décadence et de ses divisions. L’intellectuel Vladimir Pastoukhov, très inquiet, est persuadé que l’invasion actuelle de l’Ukraine cache en réalité un projet beaucoup plus vaste, visant à défaire l’Occident, avec une pression maximale, pour le faire imploser de l’intérieur par une guerre d’usure tous azimuts, allant de l’effet de la sidération à l’intimidation. Pourrait-il tenter sa chance vers les pays Baltes pour détruire la légitimité de l’article 5 de l’Otan? À Moscou, les opposants abasourdis par l’audace de l’attaque disent se demander si leur «tsar» «de ténèbres», ivre de toute-puissance, n’a pas perdu la tête. Le journaliste Alexandre Nevzorov estime par exemple que «l’on assiste aux obsèques de la Russie», pas à celles de l’Ukraine. «Il n’y a personne qui puisse l’arrêter», note le rédacteur en chef de Novaya Gazeta, Dmitri Mouratov, qui dit sa «honte».

Voir également:

« Face à Poutine, ce n’est pas en paroles qu’il faut réagir, mais en actes mis en place sans crier gare »
Après la « claque » infligée au chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, à Moscou, le 5 février, l’universitaire spécialiste de la Russie Françoise Thom préconise, dans une tribune au « Monde », que l’Union européenne adopte une politique « résolue de sanctions dures » et de riposte aux provocations.
Françoise Thom
Le Monde
21 février 2021

S’il est une leçon que l’on peut tirer de la visite calamiteuse du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, à Moscou, c’est qu’il est temps pour l’Union européenne (UE) de repenser de fond en comble sa politique russe. Car le comportement de Moscou à cette occasion a révélé une chose : le Kremlin considère désormais que l’UE est moribonde et qu’on peut impunément rouer de coups le lion devenu vieux. Mais ce n’est pas parce qu’il se tournerait vers la Chine, comme le ressasse l’orchestre de Moscou. C’est parce qu’une autre structure européenne, patiemment construite par la Russie depuis des années, est prête à prendre la relève.

Il s’agit du réseau des relations bilatérales tissé par le Kremlin avec les principaux pays européens, grâce auquel la Russie espère acquérir une place centrale et prépondérante en Europe. La France ne cesse d’appeler à un « partenariat stratégique » avec Moscou ; les successeurs présumés d’Angela Merkel ont les yeux fixés sur les juteux contrats que le Kremlin fait miroiter devant eux.

L’Angleterre, seul pays considéré comme réfractaire par la Russie, est maintenant hors jeu grâce au Brexit. Le traitement humiliant démonstrativement infligé à Josep Borrell montre que le Kremlin entend désormais faire de la question russe un « boutoir » contre ce qu’il reste de l’UE.

Se débarrasser des clichés
Il est par conséquent urgent pour l’Union de formuler une politique russe cohérente qui permette de resserrer les rangs et d’éviter à l’avenir les désastres comme celui auquel nous venons d’assister. Pour cela, il faut d’abord se débarrasser des clichés qui nous collent à la peau et qui défilent déjà de nouveau, quelques jours après la volée de bois vert infligée à M. Borrell : « Il faut maintenir le dialogue », « le mur du silence n’est pas une option », il faut « trouver des domaines où la coopération est possible », les Occidentaux ont « humilié la Russie », etc.

Ce genre de rhétorique a persuadé Moscou qu’on peut souffleter les Européens, et qu’ils tendront l’autre joue. Ceux qui préconisent le « dialogue » ne voient pas que toute main tendue de l’Occident est perçue en Russie soit comme une agression camouflée – l’expression du projet prêté à l’Occident de « démembrer la Russie » pour mettre le grappin sur ses richesses –, soit comme le signal d’une disposition à la capitulation de « l’adversaire » (car le Kremlin considère comme des adversaires tous les pays qui ne sont pas des dictatures).

« Une bonne politique russe est une politique où on en fait le moins possible, où l’on parle le moins possible, une politique d’isolement »
Il résulte de ceci que toute démarche des Occidentaux à l’égard de la Russie se retournera contre eux. Une bonne politique russe est une politique où on en fait le moins possible, où l’on parle le moins possible, une politique d’isolement, sans les déclarations fracassantes, sans les menaces creuses, qui nourrissent à la fois la paranoïa et l’arrogance des occupants du Kremlin.

Ceci ne veut pas dire qu’il ne faille pas marquer le coup quand Moscou pratique le fait accompli, agresse ses voisins ou se livre à des répressions. Toutefois ce n’est pas en paroles qu’il faut réagir, mais en actes, et en actes mis en place sans crier gare, à la manière des opérations spéciales qu’affectionne le président Poutine. Si nous nous donnons le luxe d’être imprévisibles, Poutine cessera de jouer sur le velours. Ceci concerne avant tout les sanctions.

Soyons « réalistes »
On nous dit que les sanctions sont inutiles, qu’elles permettent au régime de provoquer un sursaut patriotique autour du pouvoir ; on laisse entendre que les sanctions sont imposées par les Etats-Unis à une Europe qui ne demanderait pas mieux que de manifester son « indépendance » en pratiquant une politique accommodante avec Moscou, bref que les Européens doivent être « réalistes », privilégier leurs « intérêts », assurer leur « sécurité énergétique » en soutenant le Nord Stream 2 [projet de gazoduc entre la Russie et l’Allemagne].

Justement, soyons « réalistes » et réfléchissons où sont nos vrais « intérêts », sans que le Kremlin nous dicte le sens qu’il faut attribuer à ces termes. D’abord, contrairement à ce qu’on ne cesse de prétendre, les sanctions marchent, et c’était déjà le cas à l’époque soviétique. Les archives montrent qu’elles ont dissuadé Khrouchtchev de pratiquer l’escalade au moment de la crise de Berlin [entre 1958 et 1962], qu’elles ont dissuadé Brejnev et Andropov d’intervenir en Pologne en 1981 [au moment des grèves massives conduites par le mouvement Solidarnosc].

Si des sanctions sérieuses avaient été adoptées après le démembrement de la Géorgie en 2008, au lieu du pathétique « reset » [la relance des relations russo-américaines voulue par le président Obama], on aurait évité l’annexion de la Crimée, en 2014.

Mais venons-en aux relations économiques, dont on nous assure qu’elles vont permettre un rapprochement entre l’Europe et la Russie. C’est oublier que pour Moscou, les relations d’affaires sont avant tout un instrument de projection de la puissance et de l’influence russe. En devenant le fournisseur de pétrole et de gaz de l’Europe, le Kremlin se crée de puissants oligarques au sein des élites politiques occidentales, qui, comme les oligarques russes, sont autorisés à s’enrichir à condition de servir Moscou. Les grandes sociétés faisant des affaires en Russie deviennent les vecteurs de la politique russe en Europe.

Viser les oligarques
Quant à la « sécurité énergétique » qu’assurerait le Nord Stream 2, souvenons-nous de la manière dont le Kremlin ferme les robinets du gaz aux pays de « l’étranger proche » qui ont le malheur de lui déplaire. L’Europe a-t-elle vraiment « intérêt » à se passer la corde au cou ? A-t-elle « intérêt » à augmenter les flux financiers vers la Russie, quand on sait que ces ressources vont alimenter la guerre hybride menée contre les Occidentaux, acheter notre classe politique, nos médias et nos think tanks, financer le déploiement de nouveaux missiles braqués contre l’Europe ?

Les sanctions sont un outil efficace, surtout si elles visent les oligarques et les siloviki [soit « les hommes en uniforme », issus des services de sécurité russes – le KGB, puis le FSB] proches du pouvoir, ou si elles entravent le développement des secteurs de puissance de la Russie (énergétique et armement), les seuls qui comptent aux yeux du Kremlin. Une politique résolue de sanctions dures obligerait les hommes du Kremlin à se demander si la politique de confrontation voulue par le président Poutine est vraiment conforme aux intérêts nationaux russes.

La claque infligée à Josep Borrell n’est pas seulement l’expression d’un mouvement d’humeur du Kremlin mécontent du soutien étranger à l’opposant Alexeï Navalny. Elle jette une lumière crue sur un aspect essentiel de la stratégie du Kremlin. Il s’agit de faire une démonstration éclatante de la faiblesse des Occidentaux, pour hâter l’avènement d’un ordre, ou plutôt, d’un désordre international postoccidental. C’est un signal lancé à Xi Jingping, Erdogan et consorts : voyez, nous pouvons impunément nous essuyer les pieds sur l’UE et elle passera par nos volontés.

C’est pourquoi, si nous voulons éviter que Poutine fasse des émules, la première règle que les Européens doivent adopter est de ne plus faire étalage de leur faiblesse et de leur désunion, de riposter sans tarder aux humiliations publiques et aux provocations. Mieux vaut agir sans parler que parler sans agir. Dans le monde de voyous qui nous entoure, il est temps que l’UE apprenne à se faire craindre.

Françoise Thom est historienne spécialiste de la Russie et autrice de « Comprendre le poutinisme » (Desclée de Brouwer, 2018).

Voir également:

Que signifie l’ultimatum russe aux occidentaux ?
Françoise Thom
Desk Russie.eu
30 décembre 2021

Le 17 décembre, le ministère des Affaires étrangères russe a dévoilé deux projets de textes — un « Traité entre les États-Unis et la Fédération de Russie sur les garanties de sécurité » et un « Accord sur les mesures pour assurer la sécurité de la Fédération de Russie et des États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord [OTAN] ». L’objectif déclaré de Moscou est d’obtenir « des garanties juridiques de sécurité de la part des États-Unis et de l’OTAN ». Moscou a mis en demeure les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN de satisfaire sans tarder les revendications russes.

« Les deux textes ne sont pas rédigés selon le principe d’un menu, où l’on peut choisir l’un ou l’autre, ils se complètent et doivent être considérés comme un ensemble », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov. Le deuxième texte constitue en quelque sorte une garantie parallèle car « le ministère russe des Affaires étrangères est pleinement conscient que la Maison Blanche peut ne pas faire face à ses obligations, et il existe donc un projet de traité distinct pour les pays de l’OTAN ». La manœuvre russe consiste à lier l’OTAN par les Etats-Unis, les Etats-Unis par l’OTAN. Il n’y a rien à négocier, il faut tout accepter en bloc.

Certains médias russes, comme le journal numérique Vzgliad, triomphent déjà : « Le monde d’avant et le monde d’après le 17 décembre 2021 sont des mondes complètement différents… Si jusqu’à présent les États-Unis tenaient le monde entier sous la menace des armes, ils se retrouvent désormais eux-mêmes sous la menace des forces militaires russes… Une nouvelle ère s’ouvre, de nouveaux héros arrivent, et un nouveau Danila Bagrov [personnage du truand patriotique dans le film populaire Brat], levant sa lourde poigne et regardant dans les yeux son interlocuteur, demande à nouveau doucement : quelle est ta force, l’Américain ? »

Un chantage orchestré

Le chantage russe est explicite et s’adresse à la fois aux Américains et aux Européens. Si les Occidentaux n’acceptent pas l’ultimatum russe, ils devront faire face « à une alternative militaire et technique », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères Alexandre Grouchko : « les Européens doivent aussi réfléchir s’ils veulent éviter de faire de leur continent le théâtre d’un affrontement militaire. Ils ont le choix. Soit prendre au sérieux ce que l’on met sur la table, soit faire face à une alternative militaro-technique ». Après la publication du projet de traité, la possibilité d’une frappe préventive contre des cibles de l’OTAN (similaires à celles qu’Israël a infligées à l’Iran), a été confirmée par l’ancien vice-ministre de la Défense Andrei Kartapolov (Comité de défense de la Douma) : « Nos partenaires doivent comprendre que plus ils feront traîner l’examen de nos propositions et l’adoption de vraies mesures pour créer ces garanties, plus grande est la probabilité qu’ils subissent une frappe préventive. »

Pour que les choses soient claires, la Russie a procédé le 24 décembre au tir d’une «salve» de missiles hypersoniques Zircon. Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a ainsi commenté cet événement : « Eh bien, j’espère que les notes [du 17 décembre] seront ainsi plus convaincantes ». L’éditorialiste Vladimir Mojegov renchérit : « Quels sont nos arguments ? Ce sont, bien sûr, avant tout nos alliés les plus fiables — l’armée et la marine. Pour être plus précis, le missile hypersonique Zircon (« tueur de porte-avions », comme on l’appelle affectueusement en Occident), qui rend absurde pour les États-Unis d’avoir une flotte de porte-avions. L’impact du Zircon fend un destroyer comme une noix. Plusieurs Zircons coulent immanquablement un porte-avions. Le Zircon fait simplement son travail : il tire méthodiquement sur d’énormes porte-avions maladroits, comme un revolver sur des canettes.»

Un article de Svpressa éloquemment intitulé « L’ultimatum de Poutine : la Russie, si vous voulez, enterrera toute l’Europe et les deux tiers des États-Unis en 30 minutes » met les points sur les i : « Le Kremlin devra prouver par des actes le bien-fondé de sa position. Il n’est probablement possible de forcer les « partenaires » à s’asseoir à la table des négociations que par la contrainte. Économiquement, la Fédération de Russie ne peut rivaliser avec l’Occident. Il reste la guerre. » L’expert militaire Konstantin Sivkov cité dans le même article estime que « pour amener les États-Unis et l’OTAN à la table des négociations, une sorte de super arme est nécessaire. Pour le moment, la Russie ne montre pas ce potentiel à ses adversaires. Mais il existe. La Russie a la capacité d’utiliser des munitions super puissantes d’une capacité allant jusqu’à 100 mégatonnes. […] Nous devons répéter que nous ne sommes pas intéressés par un monde sans la Russie, comme Poutine l’a dit un jour, et démontrer notre détermination à frapper si l’OTAN s’élargit. Après cela, je peux vous assurer qu’ils [les Occidentaux] auront peur. Rien d’autre ne peut les arrêter. […] Il est naïf de compter sur des procédés diplomatiques. […] La démarche de la Russie est un signal indiquant que des mesures déjà radicales vont être prises. Vous avez refusé, alors tant pis… »

Ce qui est en jeu

A lire la presse occidentale, on a l’impression que rien ne se passe. Les Occidentaux semblent ne pas comprendre ce qui est en jeu. Ils s’imaginent que seul se décide le sort de l’Ukraine, qui les préoccupe moins que celui de l’Arménie, à en juger par les pèlerinages de nos candidats à la présidentielle. En France nombre de responsables trouvent normal que la Russie réclame une sphère d’influence. Ils ressemblent à ceux qui en 1939 croyaient que les revendications d’Hitler se bornaient à Dantzig. Or il suffit de jeter un coup d’œil aux textes proposés par Moscou pour comprendre que les enjeux sont tout autres.

L’ultimatum russe exige que soient « juridiquement fixés : le renoncement à tout élargissement de l’OTAN [vers l’est], l’arrêt de la coopération militaire avec les pays postsoviétiques, le retrait des armes nucléaires américaines de l’Europe et le retrait des forces armées de l’OTAN aux frontières de 1997 ». La Russie et les États-Unis s’engagent à ne pas déployer d’armes nucléaires à l’étranger et à retirer celles déjà déployées, ainsi qu’à éliminer les infrastructures de déploiement d’armes nucléaires en dehors de leur territoire. L’article 4 stipule notamment que « la Fédération de Russie et tous les participants qui étaient, au 27 mai 1997, des États membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, ne déploient pas leurs forces armées et leurs armements sur le territoire de tous les autres États européens en plus des forces postées sur ce territoire au 27 mai 1997 ». Et l’article 7 précise que « les participants, qui sont des États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, renoncent à mener toute activité militaire sur le territoire de l’Ukraine, ainsi que des autres États d’Europe orientale, de Transcaucasie et d’Asie centrale ».

Sont concernés les quatorze États d’Europe orientale et des Balkans devenus membres de l’OTAN ces vingt-quatre dernières années : « Ainsi en plus de l’espace post-soviétique, l’initiative de Moscou englobe un large éventail de pays situés entre l’Europe occidentale et la Russie. Mais ce sont principalement la Pologne et les États baltes qui sont visés car des forces supplémentaires de l’Alliance de l’Atlantique Nord y ont été déployées comme il a été décidé lors du sommet de l’OTAN de Varsovie en 2016. » Bref, « l’initiative russe pourrait aider les Américains à quitter tranquillement l’Europe centrale et orientale », titre le très officiel think tank Russtrat. Mais il ne s’agit pas que de cela : « le lien établi entre la notion d’« intérêts fondamentaux de sécurité » (qui est introduite pour la première fois) et la portée des missiles oblige les États-Unis à s’abstenir d’entrer dans nos mers (principalement la mer Noire, mais aussi celles du nord : la Baltique, Barents, Okhotsk), et de mettre fin aux vols de bombardiers américains (compte tenu de la portée réelle des « Tomahawks » d’environ 1800 km), pratiquement sur toute l’Europe et la majeure partie de l’Asie. Il en est de même du Japon, pour lequel l’acceptation des clauses du Traité signifie la désoccupation et la liquidation des bases américaines… »

En résumé, « les parties excluent le déploiement d’armes nucléaires en dehors du territoire national et ramènent sur le territoire national les armes déjà déployées en dehors du territoire national au moment de l’entrée en vigueur du présent Traité. » Le commentateur Piotr Akopov souligne : « La Russie a maintenant on ne peut plus nettement tracé ses lignes rouges. [Elles supposent] non seulement le refus d’étendre l’OTAN à l’Est, mais aussi, comme indiqué dans le projet d’accord avec l’alliance, le refus « de mener toute activité militaire sur le territoire de l’Ukraine, ainsi que d’autres États d’Europe de l’Est, de Transcaucasie et d’Asie centrale». En précisant: « Il est clair que les États-Unis ne rapatrieront leurs armes nucléaires que lorsque le projet anglo-saxon de domination mondiale s’effondrera enfin, mais il est bon de préparer le terrain… Si l’Occident ne veut pas remarquer nos lignes rouges (plus précisément, s’il fait semblant de ne pas vouloir les remarquer), alors c’est avant tout son problème, pas le nôtre ».

Et qu’offre la Russie en échange de toutes les concessions exigées des Occidentaux ? Propose-t-elle d’évacuer l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud, la Crimée, le Donbass, puisqu’elle parle de revenir à la situation de 1997 ? Que nenni. En retour elle se dit prête… à s’engager à ne pas menacer la sécurité américaine. On se souvient d’une boutade en cours au moment de la guerre froide : « Ce qui est à nous est à nous, ce qui est à vous est négociable ».

En un mot la Russie exige que l’OTAN se fasse harakiri, et que les Etats-Unis soient ramenés au rôle d’une puissance régionale. Vzgliad invite l’Amérique « à se mettre derrière ses colonnes d’Hercule et à se tenir à carreau sur ses « îles ». Et cela veut dire que de facto (quelle que soit la réponse à ces propositions) le « monde américain » en tant que tel pour la Russie a cessé d’exister ». Du coup la Russie aura la haute main en Europe. Les pays d’Europe de l’Ouest sont déjà considérés comme acquis, Moscou comptant sur le vivier de collaborateurs qu’elle a cultivés pendant des années au sein des élites dirigeantes européennes : elle vient d’envoyer à ceux-ci un signal fort en nommant François Fillon administrateur du géant de la pétrochimie Sibur. Privés du soutien américain, les pays « russophobes » qui cristallisent la résistance à l’hégémonie de Moscou n’auront plus qu’à se plier à l’inévitable : toujours selon Russtrat, « Bien sûr, la Pologne et les pays baltes seront mécontents. Mais ils seront probablement les seuls à s’opposer au retrait américain d’Europe centrale et orientale. Après tout, le reste des « Jeunes Européens » est guidé par la position du « noyau » de l’Union européenne [les pays d’Europe occidentale], et ils n’ont pas de complexes anti-russes stables. »

Ce « noyau » « ne partage pas les sentiments russophobes et antirusses [des pays d’Europe centrale et orientale], est conscient du retrait inévitable des Américains d’Europe centrale et orientale et ne veut pas s’en mêler. […] Il vaut mieux que les États-Unis s’entendent avec Moscou, tout en se déchargeant du problème d’assurer la sécurité de l’Europe centrale et orientale sur le « noyau » de l’Union européenne, la France et l’Allemagne, qui sont en faveur de « l’autonomie stratégique » de l’UE. » Ce n’est pas sans raison que Riabkov a fait remarquer que l’initiative russe a « un potentiel puissant pour la formation de la sécurité européenne ». Le 18 décembre, il précise: « Nous proposons des négociations sur une base bilatérale avec les États-Unis. Si nous y impliquons d’autres pays, nous allons tout simplement noyer tout cela dans les parlotes et le verbiage. J’espère que les Américains ne sous-estiment pas à quel point tout a changé, et pas pour le mieux ».

Moscou mise sur l’effet démoralisant sur l’Europe de cette négociation russo-américaine sur son sort dont elle est exclue et sur la faiblesse de la partie américaine en l’absence des alliés européens. L’Union européenne voulait participer. Mais Moscou a imposé mordicus le format bilatéral avec Washington. Le sénateur russe Alexeï Pouchkov explique pourquoi : à ses yeux les pays européens s’efforcent de participer aux négociations pour les saboter. Or « la perspective d’accords ne dépend que des relations entre la Russie et les Etats-Unis ». Seules les autorités américaines contrôlent le vol de leurs bombardiers près des frontières de la Russie, et sont également capables de déployer des systèmes de missiles américains sur le territoire de l’Ukraine. Alors que les pays européens ne possèdent pas d’armes qui pourraient menacer la Russie et ne sont pas indépendants pour ce qui est du déploiement de ces armes sur leur territoire.

Le pacte Ribbentrop-Molotov n’est jamais loin dans la tête des dirigeants du Kremlin. C’est aussi une question de statut, et le reflet de l’obsession de Poutine d’effacer l’effondrement de l’URSS. Comme le souligne Nezavisimaya Gazeta, « La Russie a agi comme l’héritière de l’URSS, la deuxième superpuissance, qui se considère en droit de négocier avec l’Occident sur un pied d’égalité. » En négociant d’égal à égal avec le président des Etats-Unis Poutine démontre en même temps aux Russes que sa position de capo est reconnue par les maudits Occidentaux. Le sentiment d’avilissement qu’ils éprouvent au fond d’eux-mêmes en se pliant au despotisme se dissipe au spectacle de l’humiliation des Occidentaux : eux aussi courbent l’échine devant Poutine. La propagande du régime sait admirablement jouer de ces cordes sensibles.

Pourquoi cet ultimatum russe ?

Il est important de comprendre quelles motivations ont poussé Poutine à lancer ce défi aux pays occidentaux. Comme toujours le comportement russe est dicté par une analyse soigneuse de la « corrélation des forces », qui, selon les experts du Kremlin, vient de basculer en faveur des puissances révisionnistes anti-occidentales. Après 20 ans de préparation à la guerre, la position russe est jugée forte comme jamais, à en croire le think tank Russtrat : « Au cours de la prochaine année et demie, la Russie modifiera considérablement l’équilibre du pouvoir planétaire. […] La situation historique actuelle de la Russie est unique. L’État s’est préparé aux défis majeurs qui peuvent survenir sous une pression critique. D’énormes réserves ont été accumulées, y compris en or. Des plans nationaux d’infrastructure financière et d’information ont été créés et lancés. La numérisation a commencé à englober l’ensemble de l’économie, l’amenant à un nouveau niveau de compétitivité. L’expansion de notre propre base industrielle, y compris dans des domaines high-tech très sensibles, se fait à pas de géant, le « fossé technologique » se comble. Nous sommes sortis de la dépendance critique dans le domaine de la sécurité alimentaire. […] L’armée est depuis cinq ans la première de la planète. Dans ce domaine, le « fossé technologique » est en notre faveur et ne fait que s’élargir… De plus, l’explosion de l’inflation planétaire entraîne une crise énergétique, ce qui rend les Européens, pour la plupart, beaucoup plus accommodants et exclut un blocus de nos approvisionnements énergétiques, QUOI QUE NOUS FASSIONS. […] » Si la Russie et la Chine coordonnent leurs actions à l’encontre de l’Ukraine et de Taïwan respectivement, « tout deviendra beaucoup plus simple pour nous. Et pour la Chine aussi, de laquelle nous détournerons l’attention, ce qui nous libérera encore davantage les mains…» Bref,« la Russie a restauré son poids dans l’arène internationale au point qu’elle est capable de dicter ses propres conditions dans l’élaboration de la sécurité internationale. » Quant à « l’empire décrépit des Stars and Stripes, affaibli par les LGBT, BLM, etc., il est clair qu’il ne survivra pas à une guerre sur deux fronts. »

Car en face, les Etats-Unis affrontent une crise sans précédent, avec une inflation galopante, des pénuries d’approvisionnement, un président faible, une société plus divisée que jamais. Du coup, comme le note Irina Alksnis dans RIA Novosti, « la Russie ainsi que la Chine et d’autres puissances œuvrant à la transformation du système mondial […] disposent d’une fenêtre d’opportunité pour accélérer l’expulsion des États-Unis du trône mondial en augmentant la pression sur eux. Car si l’affaiblissement de l’Occident est en cours depuis un certain temps, les phénomènes de crise actuels indiquent que le processus est passé à un niveau qualitativement nouveau, et il serait donc insensé de ne pas saisir cette chance. D’autant plus que, pour notre part, nous avons achevé de nous donner nos propres mécanismes et outils stratégiques — alternatifs à ceux de l’Occident — nécessaires au bon fonctionnement de l’économie nationale et des relations avec les autres pays, qu’il s’agisse de la production de biens, des règlements monétaires, de la diffusion d’informations, etc…»

D’où la démarche du Kremlin : « Il ne s’agit pas de propositions de discussion, mais bien d’un ultimatum — d’une demande de reddition inconditionnelle. L’Occident n’a pas d’autre choix que de perdre la face — à moins de tenir fièrement bon et d’entrer en guerre avec la Russie. À en juger par la façon dont les Occidentaux ont commencé à s’agiter de l’autre côté, ils en sont bien conscients. » En brandissant la menace d’une guerre, fait remarquer RIA Novosti, « Moscou souligne que la Russie est prête — moralement, techniquement et dans tous les autres sens du terme — à toute évolution des événements. Et la réputation qu’elle a acquise au cours des années précédentes confirme que les Russes seront effectivement prêts à recourir à la force s’ils l’estiment nécessaire. Il convient de rappeler les propos de Vladimir Poutine, qui a déclaré sans ambages cet été que si la Russie coulait le destroyer britannique responsable d’une provocation au large des côtes de Crimée, il n’y aurait pas de conséquences majeures : le tollé de la presse mondiale ne doit pas être compté comme tel.[…] Non, cette fois-ci, l’Occident va payer de sa personne.»

Évidemment la guerre n’est pas sans risques, ce dont, espérons-le, les militaires russes essaient de persuader Poutine. Revenons à l’analyse de l’expert militaire Konstantin Sivkov citée plus haut : les forces conventionnelles russes étant insuffisantes, « nous ne pouvons résoudre le problème de la neutralisation de l’Europe et des États-Unis qu’en les éliminant physiquement avec notre potentiel nucléaire. […] Les USA et l’Europe disparaîtront physiquement. Il n’y aura presque pas de survivants. Mais nous aussi, nous serons détruits. A moins que le sort de la Russie ne soit meilleur, car nous avons un grand territoire. Nos adversaires ne pourront pas tout détruire avec des frappes nucléaires. Par conséquent, le pourcentage de la population survivante sera plus élevé. Cependant la Russie en tant qu’État peut disparaître après une guerre nucléaire à grande échelle. Elle risque de se fragmenter. »

Mais revenons au tournant du 17 décembre. Il ressort des analyses de Russtrat (entre autres) que le déclic pour le Kremlin a été la politique malencontreuse de la Maison Blanche qui, après la débandade en Afghanistan, a multiplié cet automne les émissaires à Moscou, rendant encore plus manifeste aux yeux de Poutine la faiblesse des Etats-Unis : « De hauts responsables américains ont effectué de fréquentes visites à Moscou. La venue en novembre du directeur de la CIA, William Burns, était à l’époque la quatrième visite d’un haut responsable de l’administration de la Maison Blanche depuis la réunion de Genève. Il n’est pas difficile de deviner que le but de la visite personnelle du directeur de la CIA n’était pas du tout de présenter des demandes à propos de l’Ukraine, comme les médias occidentaux ont essayé de le présenter, mais de tenter de trouver un compromis. Face à la chute de l’autorité internationale due au retrait infructueux d’Afghanistan, la Maison Blanche souhaitait vivement trouver un accord avec le Kremlin. »

Le 2 novembre 2021, Burns a effectivement rencontré le secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie Nikolaï Patrouchev et, probablement, le président Poutine. C’est un personnage apprécié du Kremlin : en 2005-2008, il a été ambassadeur en Russie et « a trouvé un langage commun avec Poutine. Sobre et pragmatique, totalement dépourvu du complexe messianique caractéristique des Américains, Burns a toujours prôné le refus d’élargir l’OTAN vers l’Est. » La visite de Burns a été interprétée à Moscou comme l’indice du choix d’une politique d’appeasement à Washington et donc un encouragement à faire monter les enchères et à « s’emparer de l’initiative stratégique ».

Au fond, nous retrouvons dans ces considérations un substrat léniniste. Les États-Unis et leurs alliés européens étaient les nantis de l’ordre international, les principaux bénéficiaires du système existant, qui leur apportait des avantages disproportionnés par rapport à leur contribution. Grâce à la crise, leur hégémonie est sur le déclin. Les Etats autrefois « prolétaires » sont en train de l’emporter, sous le leadership russe. Là encore Poutine est en train de rejouer la guerre froide, avec un happy end cette fois.

Que faire ?

Les Occidentaux doivent d’abord percevoir la situation telle qu’elle est, si désagréable fût-elle pour nos Etats démocratiques plus habitués à des entreprises futiles qu’à assurer leur préservation. Pour cela nous devons nous extraire du mensonge russe.

Le premier mensonge concerne les prétendues inquiétudes de Moscou pour la sécurité russe, le danger que représenterait pour elle des missiles de l’OTAN déployés dans les pays frontaliers. Il suffit de prendre connaissance des textes cités plus haut pour constater que les préoccupations de « sécurité » mises en avant par Moscou ne sont qu’un rideau de fumée, que l’OTAN même est considéré comme un tigre en papier, c’est RIA qui le constate : « Les atlantistes, malgré tous leurs appétits, n’entreront pas en conflit ouvert avec la Russie, ils n’en veulent pas et en ont peur. Même les stratèges anglo-saxons raisonnables comprennent que l’Occident n’a pas la force de maintenir l’Ukraine dans son orbite pendant longtemps, les lois de l’histoire russe (comme les lois de la géopolitique) fonctionneront toujours. »

Quand Moscou parle de « sécurité » il faut entendre « domination russe » et « impunité », car c’est de cela qu’il s’agit. Le Kremlin considère en effet que tout ce qu’il ne contrôle pas peut mettre le régime en péril. On le voit à la politique intérieure russe, où depuis des années les oasis de liberté sont asséchées une à une. Ce que Moscou craint en Ukraine, ce ne sont pas les quelques instructeurs de l’OTAN, ce sont les libertés. Elle veut une Ukraine désarmée de manière à pouvoir intimider les rebelles de Kiev et mettre en place un régime haï par son peuple, donc dépendant totalement du Kremlin. On se souvient que la Russie a laissé faire Aliev en Arménie justement parce que le président Pachinian avait été choisi par le peuple arménien contre les marionnettes du Kremlin. Si la Russie parvient à chasser les Etats-Unis d’Europe, elle ne tardera pas à se sentir menacée par les libertés des pays d’Europe de l’Ouest, et sous prétexte d’assurer sa « sécurité », elle mettra le même acharnement chez nous que chez elle à asservir les media, à éradiquer les institutions démocratiques et les partis indépendants. Aujourd’hui déjà, Lavrov se permet de réclamer la démission de Stoltenberg, secrétaire de l’OTAN, qui selon lui « n’est pas à la hauteur de sa tâche ».

Autre illusion dont il faut se défaire, l’idée d’une société civile bouillonnante en Russie qui pourrait freiner les aspirations belliqueuses du président Poutine. Les sondages montrent que le lavage de cerveau effectué par la propagande officielle est fort efficace : 50 pour cent des Russes interrogés considèrent que l’OTAN et l’Occident en général sont responsables de la tension actuelle. 16 pour cent incriminent l’Ukraine. Les rares opposants qui subsistent critiquent très rarement la politique étrangère et ne dénoncent guère le chauvinisme nauséabond qui émane du régime de Poutine.

Enfin, mentionnons cette vache sacrée démocratique qui doit être sacrifiée : la foi absolue dans la vertu du « dialogue », que la plupart des responsables occidentaux, de Florence Parly à Mario Draghi, continuent à préconiser face à Moscou. Or rien n’est plus dangereux que ces échanges au sommet, qui, quoi qu’on dise, alimentent immanquablement soit la paranoïa, soit la folie des grandeurs et l’ivresse de puissance russes. Si les Occidentaux se montrent fermes, le Kremlin en tire la conclusion qu’ils veulent détruire la Russie ; si les Occidentaux offrent des concessions, le Kremlin en conclut qu’ils sont faibles et qu’il faut foncer.

Très souvent avec la Russie la meilleure politique est celle du silence et de la distance : ne rien faire, ne rien dire et tenir bon l’arme au pied. S’accrocher au dialogue à tout prix, surtout quand Moscou nous tient en joue comme un forcené détenant un otage, ne fait qu’étaler notre faiblesse et encourager le Kremlin à l’escalade.

Surtout nous devons cesser de donner à la guerre froide la connotation péjorative qu’elle ne mérite nullement. La ministre de la Défense Florence Parly vient de déclarer que les pays occidentaux doivent éviter l’escalade avec la Russie afin de ne pas provoquer une nouvelle guerre froide. Tant que nous restons dans ces cadres conceptuels la Russie sera gagnante. Il faut se rappeler que la guerre froide a commencé en 1946, lorsque les Occidentaux ont cessé de céder à Staline, après lui avoir laissé en pâture les pays d’Europe centrale et orientale. C’est grâce à la guerre froide que les pays de l’Europe occidentale ont conservé leur liberté.

Les leçons des années 1946-7 sont d’actualité aujourd’hui. Les pionniers de la guerre froide furent les Britanniques, qui constituèrent un bloc occidental autour du noyau anglo-français et persuadèrent les Américains tentés par l’isolationnisme de rester en Europe. Au printemps 1947, les gouvernements français, italien et belge expulsèrent les ministres communistes, conscients du danger que représentait la cinquième colonne de Moscou en Europe. Cette volonté manifeste de résister à Staline acheva de persuader Washington de s’engager dans la sécurité européenne. Il s’agissait de tout un programme d’action dont nous pourrions nous inspirer aujourd’hui, au lieu de nous livrer à une puérile guerre des boutons avec la Grande-Bretagne. Mais pour cela nous devons réapprendre à voir les choses en face, à raisonner en termes politiques, au lieu de flotter au gré des passions médiatiques et des sondages. En 1946-7 on savait que la liberté valait la peine qu’on meure pour elle, ce qui visiblement est oublié aujourd’hui. Après Munich, en 1938, les Occidentaux éprouvèrent une grande honte d’avoir abandonné la Tchécoslovaquie dans les griffes d’Hitler. Aujourd’hui nous sommes en train de laisser tomber lâchement l’Ukraine, mais nous ne nous rendons même pas compte de notre déshonneur, ni du péril qu’il y a à céder à un agresseur. Nous discutons du sexe des anges, comme les Byzantins lorsque les forces ottomanes étaient en train de détruire les remparts de la ville.

Voir de plus:

Françoise Thom, la procureure de Poutine
Formée à l’école d’Alain Besançon, l’historienne française est l’une des voix les plus critiques, et les plus haïes, du Kremlin.
Isabelle Mandraud

Le Monde

21 octobre 2019
Rencontre. Assurément, la langue de bois, objet de sa thèse en 1987, lui est étrangère. Comme ce samedi 5 octobre, lorsqu’un journaliste de RT (ex-Russia Today) lui tend le micro à l’issue d’un débat sur les « Ingérences de Poutine » organisé par Le Monde Festival à l’Opéra Bastille. « Vous feriez mieux d’aller chercher un travail honnête », lui répond Françoise Thom, laissant sans voix son interlocuteur dépêché par le canal français de la télévision pro-poutinienne.

L’universitaire, spécialiste de l’URSS et de la Russie, ne prend guère de détour, non plus, lorsqu’elle présente le Kremlin comme « un régime prédateur ». Françoise Thom est l’une des voix françaises les plus critiques du poutinisme, à l’opposé de celles qui, à l’instar de l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine, prônent la réconciliation avec Moscou au nom du « réalisme ».

En août, elle cosignait avec son amie écrivaine Galia Ackerman une tribune cinglante dans Le Monde pour dénoncer la réception de Vladimir Poutine par Emmanuel Macron au fort de Brégançon à la veille du G7 organisé à Biarritz : « Quel intérêt y a-t-il à introniser à nouveau un pays dont le but avoué est la destruction de l’ordre international et le ralliement de toute l’Europe à son régime militaro-policier ? » Plus tôt, en décembre 2018, elle publiait Comprendre le poutinisme (éd. Desclée de Brouwer), dans lequel elle décortiquait au scalpel la propagande du pouvoir russe et le profil « kagébiste » de son président, issu des rangs du KGB, non sans s’attarder sur l’influence concentrationnaire encore présente dans les mentalités et les réseaux. Un essai devenu une Bible pour certains ; un brûlot pour d’autres.

Au même moment, le ministère russe des affaires étrangères se déchaînait sur Twitter en faisant tourner ce message via ses ambassades : « Il semble que les textes français signés Françoise Thom sur la “propagande russe” sont bien payés par Londres, Royaume-Uni ». Bête noire du Kremlin et de ses supporteurs, elle fut aussi traitée de « pute sioniste » ou d’« intellectuelle haineuse » sur les réseaux sociaux. Classée en tête de gondole des « russophobes », selon l’étiquette accolée par les thuriféraires du régime à tous ceux qui osent émettre une critique. L’intéressée s’en moque.

Tout juste retraitée de l’université Paris-Sorbonne, où elle enseignait l’histoire contemporaine, Françoise Thom, 68 ans, le regard vif et les cheveux courts en bataille, ne désarme pas. « L’initiative Macron, sans avoir consulté les partenaires européens, est extrêmement risquée à un moment où les Etats-Unis sont totalement paralysés, dit-elle. Le premier service qu’on puisse rendre à la Russie est de lui tenir un discours de vérité, or le président français ne le fait pas quand il cite tous les poncifs, il la conforte au contraire dans une voie calamiteuse ». Les références littéraires du chef de l’Etat français citant Dostoïevski face à son homologue russe l’ont laissé de marbre.

C’est pourtant par la littérature, et Dostoïevski en particulier, que Françoise Thom est arrivée au russe, une langue qu’elle a d’abord enseignée comme professeure agrégée. « C’est un excellent auteur mais je le vois un peu différemment aujourd’hui, en tout cas je suis sortie du mysticisme. En Occident, on donne dans le kitsch slavophile. Pour moi, la grande force de la littérature russe, outre la poésie, c’est la satire », affirme-t-elle en nommant en tête de ses préférences – outre Dostoïevski – Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine, Mikhaïl Zochtchenko, Andreï Platonov, ou Alexandre Zinoviev.

Né à Strasbourg dans une famille « profondément européenne », d’un père mathématicien, récompensé par la médaille Fields, l’équivalent d’un prix Nobel dans cette discipline, et d’une mère institutrice, Françoise Thom a passé quatre années aux Etats-Unis durant son enfance, après que son père a été appelé dans de prestigieuses universités comme Berkeley. Mais toujours éprise de la langue russe, c’est à Moscou qu’elle débarque seule et enthousiaste, à l’âge de 23 ans. Quatre années, ici aussi, entre 1973 et 1978, afin de parfaire son apprentissage à l’université MGU et dans les éditions Mir, réputées pour faire connaître à l’étranger les réalisations scientifiques soviétiques.

C’est une catastrophe. Sous Brejnev, l’URSS est plongée dans la stagnation. Les signes du déclin de l’empire rouge apparaissent, les pénuries s’étendent. L’étudiante est choquée. « Sur place, cela a été une révélation progressive qui a infusé surtout dans le domaine moral, explique-t-elle. Ce que je voyais, en plus de la laideur extérieure, c’était le côté sordide des relations humaines, la peur, l’espionnite, le mensonge en pleine figure, le côté intéressé… » Rentrée en France, Françoise Thom se sent plus isolée que jamais. Ses relations dans le milieu universitaire « où le marxisme battait son plein » s’effritent. Jusqu’à ce qu’elle lise Les Origines intellectuelles du léninisme, (éd. Gallimard, 1996), d’Alain Besançon. Un « éblouissement ».

Communiste repenti en 1956 après la publication du rapport Khrouchtchev sur les crimes staliniens et le soulèvement réprimé de Budapest, l’historien Alain Besançon a réorienté tous ses travaux sur le totalitarisme. Françoise Thom va le trouver et commence sous sa direction sa thèse sur la langue de bois. C’est l’histoire désormais qui la passionne. « Auprès de Besançon, j’ai appris l’importance de l’éthique, et compris qu’on ne pouvait pas considérer le régime communiste comme un autre, car c’était un régime criminel », souligne-t-elle, ajoutant dans un rire : « Evidemment, ce n’était pas très à la mode. »

Suit une véritable « traversée du désert » dans un milieu universitaire encore empreint des idéaux communistes au sein duquel le maître et ses élèves « fonctionnent en petit groupe, comme des dissidents ». Des dissidents, justement, que Françoise Thom fréquente parmi les Russes exilés, auprès de cette « dissidence humble qui passait ses nuits à taper des samizdats à la machine ». L’effondrement de l’URSS la surprend, les prémices de la nouvelle Russie sous Eltsine l’inquiètent, l’arrivée au pouvoir de Poutine « et sa bande de killers formée dans la jungle de l’après-communisme » la glace.

« Il n’aurait pas fallu, en Occident, approuver la destruction du Parlement en octobre 1993 [en butte au Congrès des députés du peuple, Boris Eltsine fit intervenir l’armée et prononça sa dissolution au terme de plusieurs jours d’affrontements meurtriers dans les rues de Moscou] car c’était une violation gravissime du droit. Les germes du poutinisme sont là, dans cette liquidation du Parlement par la force, et l’impossible séparation des pouvoirs. C’était la fin de l’espérance d’une démocratie libérale. »

Françoise Thom va souvent à contre-courant de la pensée dominante. Elle est aussi l’auteure d’une somme décoiffante de près de 1 000 pages sur Béria, Le Janus du Kremlin (Ed. du Cerf, 2013) dans lequel elle décrit le bourreau de Staline d’origine géorgienne comme ce dernier sous les traits… d’un précurseur de la perestroïka. Dans ce livre d’une lecture ardue, elle développe la thèse d’un homme ambivalent, à la fois serviteur zélé d’un régime totalitaire (à la tête du NKVD, ancêtre du KGB, il a développé à une échelle industrielle le goulag), mais aussi comme un réformateur caressant le projet de desserrer l’étau du parti.

« Je suis partie du plénum de 1953 et des accusations inhabituelles portées contre lui comme celle d’avoir donné l’ordre de cesser le brouillage des radios occidentales, expose-t-elle. C’était quelqu’un d’antipathique évidemment, mais l’idée qu’il ait pu jouer un double jeu, qu’il soit parvenu au sommet d’un système tout en étant un adversaire de ce système m’a fascinée ». C’est au cours de cette enquête hors norme que Françoise Thom rencontra son mari, géorgien lui aussi, dans un colloque.

Mais la voici qui s’attelle désormais à une autre entreprise colossale, une étude sur la façon dont sont vécues les grandes catastrophes historiques par leurs contemporains, de la fin d’Athènes, avec la guerre du Péloponnèse, en passant par la fin de Rome ou celle de Byzance, jusqu’à la révolution communiste. Sans pour autant abandonner son œil critique ni son franc-parler sur l’actualité poutinienne, bien sûr.

Voir enfin:

Traduction intégrale du discours de Vladimir Poutine ce 24 février

Chers citoyens russes, Chers amis

Aujourd’hui je trouve indispensable de revenir sur les événements tragiques qui se produisent au Donbass, et aux questions clés qui concernent la sécurité de la Russie.
Je commencerai par ce que j’ai déjà évoqué dans mon allocution du 21 février de cette année. Il est question de ce qui suscite chez nous une préoccupation et une inquiétude particulières, de ces menaces fondamentales pour la sécurité de notre pays que des hommes politiques irresponsables à l’Occident créent pas à pas, sans détours et brutalement, depuis des années. Je fais allusion à l’élargissement de l’OTAN vers l’est, au rapprochement de son infrastructure militaire vers les frontières russes.
Nous savons bien que 30 ans durant nous avons tenté patiemment et obstinément de nous entendre avec les principaux pays de l’OTAN sur les principes d’une sécurité également partagée et indivisible en Europe. En réponse à nos propositions, nous nous sommes heurtés à chaque fois soit à des mensonges et des tromperies cyniques, soit à des tentatives de pression et de chantage, tandis que l’Alliance nord-atlantique dans le même temps ne cessait de s’élargir en dépit de toutes nos protestations et inquiétudes. La machine militaire avance et, je le répète, s’approche au plus près de nos frontières.
Pourquoi tout cela se produit-il ? D’où vient cette manière arrogante de nous traiter depuis une position d’élus, d’irréprochables, à qui tout est permis ? D’où vient ce mépris, ce je-m’en-foutisme envers nos intérêts et nos exigences absolument légitimes ?
La réponse est claire, évidente et facile à expliquer. L’URSS à la fin des années 80 s’est affaiblie, et s’est finalement totalement écroulée. Tout le cours des évènements de cette époque constitue une bonne leçon pour nous également aujourd’hui. Il a montré clairement que la paralysie du pouvoir, de la volonté, sont le premier pas vers la dégradation totale et la relégation. Il nous a suffi à cette époque de perdre pour quelque temps notre confiance en nous, et voilà: l’équilibre des forces dans le monde a été rompu.
La conséquence en a été que les accords, les traités existants ont de facto perdu effet. Les tentatives de convaincre et les demandes sont sans effet. Tout ce qui n’arrange pas l’hégémon, les tenants du pouvoir, est déclaré archaïque, obsolète, inutile. Et au contraire, ce qui leur paraît bénéfique est proclamé vérité absolue, imposé de force à tout prix, avec arrogance, par tous les moyens. Ceux qui ne sont pas d’accord sont brisés.
Ce que j’évoque ne concerne pas uniquement la Russie, et nous ne sommes pas seuls à nous inquiéter. Cela concerne tout le système des relations internationales, et parfois même les propres alliés des Etats-Unis.
Après la chute de l’URSS, c’est dans les faits une recomposition du monde qui a commencé, et les normes jusqu’alors établies du droit international – dont les principales avaient été adoptés à l’issue de la Deuxième guerre mondiale et en grande partie en pérennisaient les résultats – ont commencé à gêner ceux qui s’étaient déclarés vainqueurs de la Guerre froide.
Bien sûr, dans la vie pratique, dans les relations internationales et dans leurs règles, il fallait prendre en compte les changements de la situation mondiale et de l’équilibre des forces. Mais il fallait le faire de manière professionnelle, progressivement, patiemment, en tenant compte et en respectant les intérêts de tous les pays et avec le sens de la responsabilité. Mais non, (on a vu) l’euphorie de la suprématie absolue, une sorte d’absolutisme de notre temps, en outre sur fond de faible culture générale et d’arrogance de ceux qui préparaient, adoptaient et imposaient des décisions qui ne profitaient qu’à eux-mêmes. La situation a commencé à se développer suivant un scénario différent.
Inutile de chercher loin pour trouver des exemples. D’abord, sans aucune autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU, une opération militaire sanglante a été menée contre Belgrade. On a utilisé l’aviation, des missiles au centre même de l’Europe. Plusieurs semaines de bombardements incessants sur des villes pacifiques, sur des infrastructures vitales. On est forcé de rappeler ces faits, car certains de nos collègues occidentaux n’aiment pas se souvenir de ces événements, et quand nous en parlons, préfèrent non pas se référer aux normes du droit international, mais à des circonstances qu’ils interprètent comme ils le jugent nécessaire.
Après, cela a été le tour de l’Irak, de la Lybie, de la Syrie. Le recours illégitime à la force militaire contre la Libye, la déformation de toutes les décisions du Conseil de Sécurité de l’Onu sur la question libyenne ont mené à la destruction totale de l’Etat, à l’apparition d’un foyer énorme de terrorisme international, à ce que le pays a sombré dans une catastrophe humanitaire, dans l’abîme d’une guerre civile qui perdure jusqu’à présent. La tragédie à laquelle ont été condamnées des centaines de milliers, des millions de personnes en Libye et dans toute la région a provoqué un exode massif de l’Afrique du Nord et du Proche Orient vers l’Europe.
On préparait le même sort pour la Syrie. Les opérations militaires de la coalition occidentale sur le territoire de ce pays, sans accord du gouvernement syrien et sans autorisation du conseil de Sécurité de l’ONU, ce n’est rien d’autre qu’une agression, une intervention.
Mais une place à part dans ce rang est due sans doute à l’invasion en Irak, également dénuée de tout fondement légal. Comme prétexte on a choisi une information sûre que les Etats Unis prétendaient avoir sur les armes d’extermination massive en Irak. Pour le prouver, le secrétaire d’Etat américain, aux yeux du monde entier, a agité une sorte de fiole avec une poudre blanche, assurant à tout le monde que c’était une arme chimique élaborée en Irak. Et puis il s’est avéré que tout cela était de la tricherie, du bluff : qu’il n’y avait aucun arme chimique en Irak. C’est incroyable, étonnant, mais un fait reste un fait. Il y a eu mensonge au plus haut niveau de l’Etat et depuis la haute tribune de l’ONU. Et pour résultat, une quantité énorme de victimes, de destructions, une flambée incroyable de terrorisme.
On a d’une manière générale l’impression que pratiquement partout, dans de nombreuses régions du monde où l’Occident arrive pour instaurer son ordre, ne restent à la fin que des plaies sanglantes qui ne cicatrisent pas, les ulcères du terrorisme international et de l’extrémisme. Tout ce dont j’ai parlé, ce n’est que les exemples les plus flagrants mais c’est loin d’être les seuls exemples du mépris pour le droit international.
La promesse faite à notre pays de ne pas élargir d’un pouce l’Otan vers l’est en fait partie. Je le répète: on nous a trompés, et pour utiliser un langage populaire, on nous a roulés. Certes, on dit souvent que la politique est quelque chose de sale. C’est possible, mais pas à ce point. Une telle roublardise va à l’encontre non seulement des principes des relations internationales mais avant tout des normes de la morale. Où sont la justice et le droit ? On n’a ici que du mensonge et de l’hypocrisie.
D’ailleurs les hommes politiques, politologues et les journalistes américains eux-mêmes écrivent et disent que c’est un véritable « empire du mensonge » qui a été créé ces dernières années aux Etats-Unis. Il est difficile de les contredire: c’est le cas. Mais ne soyons pas trop modestes: les Etats-Unis sont tout de même un grand pays, une puissance déterminante. Tous ses satellites non seulement lui chantent des louanges et lui font écho fidèlement et invariablement à tout propos, mais aussi copient son comportement, et adoptent avec enthousiasme les règles qu’il propose. C’est pourquoi on peut dire avec certitude et assurance que c’est ce qu’on appelle le bloc occidental dans son ensemble, formé par les Etats-Unis à leur image et sur leur modèle, qui est « l’empire du mensonge ».
Pour ce qui concerne notre pays, après l’effondrement de l’URSS, malgré l’ouverture sans précédent de la nouvelle Russie, sa disposition à travailler honnêtement avec les Etats-Unis et les autres partenaires occidentaux, et dans un contexte de désarmement pratiquement unilatéral, on a aussitôt essayé de nous achever et de nous détruire cette fois définitivement. C’est exactement ce qui s’est produit dans les années 1990 et au début des années 2000, quand ce qu’on appelle l’Occident a soutenu de la manière la plus active le séparatisme et des bandes de mercenaires dans le sud de la Russie. Quelles pertes, combien de victimes cela nous a coûté avant de briser définitivement le terrorisme international dans le Caucase. Nous nous en souvenons et n’oublierons jamais.
Du reste, jusqu’à encore récemment on n’a cessé de tenter de nous utiliser à profit, de détruire nos valeurs traditionnelles et de nous imposer des prétendues valeurs qui auraient détruit notre peuple de l’intérieur, les principes qu’ils imposent déjà de manière agressive dans leurs propres pays et qui mènent directement à la dégradation et à la dégénérescence puisqu’elles vont à l’encontre de la nature humaine elle-même. Cela ne se fera jamais, et personne n’a réussi jusqu’à présent. Cela ne se fera pas davantage maintenant.
En dépit de tout cela, en décembre 2021 nous avons malgré tout encore une fois entrepris une tentative de nous entendre avec les Etats-Unis et leurs alliés sur des principes de sécurité en Europe et sur le non-élargissement de l’Otan. Tout est clair. La position des Etats-Unis ne change pas. Ils ne jugent pas nécessaire de s’entendre avec la Russie sur cette question clé pour nous, poursuivant leurs objectif et négligeant nos intérêts.
Et bien sûr dans cette situation se pose une question : mais que faire maintenant, que doit-on attendre ? L’Histoire nous enseigne bien, comment en 1940 et au début de 1941 quand l’Union soviétique s’efforçait d’empêcher ou au moins de repousser le début de la guerre, et pour cela, jusqu’au dernier moment, essayait de ne pas provoquer l’agresseur potentiel, n’entreprenait pas ou reportait les mesures les plus indispensables et les plus évidentes pour se préparer à faire face à une agression inévitable. Et les mesures qui ont finalement été prises, arrivaient avec un retard catastrophique.
Le résultat en a été que le pays n’a pas été prêt à faire face pleinement à l’invasion par l’Allemagne nazie, qui a attaqué notre patrie sans déclaration de guerre le 22 juin 1941. On a réussi à arrêter l’ennemi et ensuite à le vaincre, mais à un prix colossal. La tentative d’amadouer l’agresseur à la veille de la Seconde guerre mondiale a été une erreur qui a coûté cher à notre peuple. Dans les premiers mois de combats nous avons perdu des territoires gigantesques et d’une importance stratégique, et des millions de vies humaines. Nous ne ferons pas une telle erreur une seconde fois, nous n’en avons pas le droit.
Ceux qui prétendent à la domination du monde, publiquement, dans l’impunité et, je le souligne, sans aucun fondement, nous déclarent, nous, la Russie, leur ennemi. Ils ont effectivement aujourd’hui des capacités financières, scientifiques et technologiques, militaires, supérieures. Nous le savons et évaluons objectivement les menaces proférées à notre adresse de manière permanente dans le domaine de l’économie – tout comme nos capacités à résister à ce chantage permanent et arrogant. Je le répète, nous les évaluons sans illusion, de manière extrêmement réaliste.
Pour ce qui concerne le domaine militaire, la Russie, même après l’effondrement de l’URSS et la perte d’une part significative de son potentiel, est aujourd’hui une des plus grandes puissances nucléaires au monde, et dispose en outre d’avantages certains dans une série de nouveaux types d’armements. En ce sens, personne ne doit avoir de doutes sur le fait qu’une attaque directe contre notre pays mènera à la destruction et à d’épouvantables conséquences pour tout agresseur potentiel.
Dans le même temps, les technologies, y compris de défense, changent vite. Le leadership dans ce domaine change de mains et va continuer de le faire, alors que la prise de contrôle militaire de territoires voisins de nos frontières, si nous le laissons faire, perdurera pour des décennies, voire pour toujours, et constituera pour la Russie une inacceptable menace en croissance permanente.
Dès maintenant, au fur et à mesure de l’élargissement de l’Otan vers l’est, la situation pour notre pays devient chaque année pire et plus dangereuse. En outre, ces derniers jours la direction de l’Otan parle sans détours de la nécessité d’accélérer et de renforcer la progression des infrastructures de l’Alliance vers les frontières de la Russie. En d’autres termes, ils durcissent leur position. Nous ne pouvons pas continuer d’observer simplement le cours des événements. Ce serait de notre part absolument irresponsable.
La poursuite de l’élargissement des infrastructures de l’Alliance nord-atlantique, la prise de contrôle militaire du territoire de l’Ukraine sont pour nous inacceptables. Ce n’est bien entendu pas l’Otan elle-même qui est en jeu – c’est simplement un instrument de politique étrangère des Etats-Unis. Le problème est que, sur des territoires voisins des nôtres – je souligne qu’il s’agit de nos propres territoires historiques – se crée une « anti-Russie » qui nous est hostile et qui est placée entièrement sous contrôle extérieur, où les forces armées de pays de l’Otan prennent leurs aises et où sont introduits les armements les plus modernes.
Pour les Etats-Unis et leurs alliés c’est la prétendue politique d’endiguement de la Russie, des dividendes géopolitiques évidents. Mais pour notre pays c’est en fin de compte une question de vie ou de mort, la question de notre avenir historique comme peuple. Et ce n’est pas une exagération, c’est la vérité. C’est une menace réelle non seulement pour nos intérêts mais pour l’existence même de notre Etat, pour sa souveraineté. C’est la fameuse ligne rouge dont on a parlé nombre de fois. Ils l’ont franchie.
A ce propos – sur la situation dans le Donbass. Nous voyons que les forces qui ont effectué en 2014 un coup d’Etat en Ukraine se sont emparées du pouvoir et le conservent grâce à ce qui est en fait des procédures électorales décoratives, ont définitivement renoncé à un règlement pacifique du conflit. Durant huit ans, d’interminables huit années, nous avons fait tout ce qui était possible pour que la situation soit réglée par des moyens pacifiques et politiques. En vain.
Comme je l’ai déjà dit dans ma précédente allocution, on ne peut pas regarder sans compassion ce qui se passe là-bas. Il n’était simplement plus possible de rester sans rien faire. Il fallait mettre fin sans délai à ce cauchemar – un génocide à l’égard des millions de personnes qui vivent là-bas et qui ne fondent leurs espoirs que sur la Russie. Ce sont précisément ce désir, ces sentiments, la douleur des gens qui ont été pour nous le principal motif pour prendre la décision de reconnaître les républiques populaires du Donbass.
Ce que je souhaite en outre souligner. Les principaux pays de l’Otan, pour parvenir à leurs fins, soutiennent en Ukraine les ultra-nationalistes et des néonazis, qui à leur tour ne pardonneront jamais le choix libre des habitants de la Crimée et de Sebastopol, la réunification avec la Russie.
Ils vont bien entendu s’attaquer à la Crimée, comme au Donbass, pour tuer, comme les bandes de nationalistes ukrainiens, complices d’Hitler au moment de la Seconde guerre mondiale, tuaient des gens sans défense. Et ils déclarent ouvertement qu’ils ont des vues sur toute une série d’autres territoires russes.
Toute l’évolution de la situation et l’analyse des informations qui nous arrivent montrent que l’affrontement de la Russie avec ces forces est inévitable. Ce n’est qu’une question de temps: ils se préparent, ils attendent le moment favorable. Maintenant ils ambitionnent même d’acquérir l’arme nucléaire. Nous ne laisserons pas faire.
Comme je l’ai déjà dit précédemment, la Russie, après l’effondrement de l’URSS, a pris en compte les nouvelles réalités géopolitiques. Nous considérons avec respect tous les pays apparus dans l’espace postsoviétique. Nous respectons et respecterons leur souveraineté, et l’exemple en est l’aide que nous avons apportée au Kazakhstan qui s’est trouvé confronté à des événements tragiques mettant en jeu l’Etat et son intégrité. Mais la Russie ne peut pas se sentir en sécurité, se développer, exister avec une menace permanente émanant du territoire de l’Ukraine.
Je rappelle qu’en 2000-2005 nous avons répondu militairement aux terroristes dans le Caucase, avons défendu l’intégrité de notre pays, et préservé la Russie. En 2014 nous avons défendu les habitants de la Crimée et de Sebastopol. En 2015 nous avons eu recours aux forces armées pour empêcher l’entrée de terroristes en Russie depuis la Syrie. Nous n’avions pas d’autre moyen de nous protéger.
C’est la même chose qui se produit aujourd’hui. On ne nous a pas laissé d’autre possibilité de défendre la Russie, nos gens, que celle que nous allons être obligés d’utiliser aujourd’hui. Les circonstances exigent de nous des actes rapides et fermes. Les républiques populaires du Donbass ont demandé l’aide de la Russie.
Par conséquent, conformément à l’article 51 alinea 7 de la Charte de l’ONU, avec l’accord du Conseil de sécurité russe et dans le cadre des accords d’Amitié et d’assistance mutuelle avec la République populaire de Donetsk et la la République populaire de Lougansk, ratifiés le 22 février par le Conseil de la Fédération, j’ai pris la décision d’une opération armée spéciale.
Son objectif – défendre les gens qui depuis huit ans sont soumis à des brimades et à un génocide de la part du régime de Kiev. Dans ce but nous allons nous efforcer de parvenir à la démilitarisation et à la dénazification de l’Ukraine, ainsi que de traduire devant la justice ceux qui ont commis de nombreux crimes sanglants contre des civils, y compris contre des citoyens de la Fédération de Russie.
Mais l’occupation de territoires ukrainiens ne fait pas partie de nos plans. Nous n’avons pas l’intention d’imposer quoi que ce soit par la force, à quiconque. Dans le même temps nous entendons de plus en plus souvent en Occident qu’il n’est plus nécessaire de respecter les documents signés par le régime totalitaire soviétique, qui fixaient les résultats de la Seconde guerre mondiale. Que répondre à cela ?
Les résultats de la Seconde guerre mondiale, tout comme les pertes apportées par notre peuple sur l’autel de la victoire sur le nazisme, sont sacrés. Mais cela ne contredit pas les hautes valeurs des droits et libertés de l’homme, si l’on part des réalités qui se sont établies depuis la fin de la guerre. Cela n’annule pas davantage le droit des nations à l’autodétermination, inscrit à l’article 1 de la Charte de l’ONU.
Je rappelle que ni lors de la fondation de l’URSS, ni après la Seconde guerre mondiale, personne n’a jamais demandé aux gens qui vivaient sur tel ou tel territoire entrant dans l’actuelle Ukraine, comment ils comptaient eux-mêmes construire leur vie. Au fondement de notre politique, la liberté, la liberté de choix pour chacun de déterminer librement son avenir et l’avenir de ses enfants. Et nous jugeons important que ce droit – le droit à choisir – puisse être exercé par tous les peuples qui vivent sur le territoire de l’actuelle Ukraine, tous ceux qui le voudront.
En ce sens je m’adresse aux citoyens ukrainiens. En 2014 la Russie a été dans l’obligation de défendre les habitants de la Crimée et de Sebastopol face à ceux que vous appelez vous-mêmes les « naziki ». Les habitants de la Crimée et de Sebastopol ont fait leur choix – être avec leur patrie historique, avec la Russie, et nous les avons soutenus. Je le répète, nous ne pouvions nous comporter autrement.
Les événements d’aujourd’hui sont liés non à une volonté de porter atteinte aux intérêts de l’Ukraine et du peuple ukrainien. Ils sont liés à la défense de la Russie elle-même contre ceux qui ont pris l’Ukraine en otage et tentent de l’utiliser contre notre pays et son peuple.
Je le répète, nos actes sont une autodéfense contre des menaces créées contre nous et contre des malheurs encore plus grands que ceux qui surviennent aujourd’hui. Quelle qu’en soit la difficulté, je vous demande de le comprendre et j’appelle à coopérer pour tourner le plus vite possible cette page tragique et, ensemble, aller de l’avant en ne laissant personne se mêler de nos affaires, de nos relations, mais en les construisant nous-mêmes de manière à permettre de surmonter tous les problèmes et, malgré la présence de frontières, à nous renforcer de l’intérieur comme un tout. Je crois en cela, précisément en un tel avenir commun.
Je dois m’adresser aux militaires des forces armées ukrainiennes.
Chers camarades ! Vos pères, grand-pères, arrière-grand-pères n’ont pas combattu les nazis, défendant notre patrie commune, pour que les néonazis d’aujourd’hui s’emparent du pouvoir en Ukraine. Vous avez prêté serment envers le peuple ukrainien, et non envers la junte qui aujourd’hui pille l’Ukraine et se moque de son peuple.
N’exécutez pas ses ordres criminels. Je vous appelle à déposer immédiatement les armes et à rentrer chez vous. Je précise : tous les militaires de l’armée ukrainienne qui rempliront cette exigence pourront quitter sans encombre la zone de combats et rejoindre leur famille.
Je souligne encore une fois avec force : toute la responsabilité de l’éventuelle effusion de sang reposera entièrement sur la conscience du régime en place sur le territoire de l’Ukraine.
Maintenant quelques mots importants, très importants pour ceux qui peuvent avoir la tentation de s’immiscer depuis l’extérieur dans les événements en cours. Quiconque tentera de nous gêner, a fortiori de créer une menace pour notre pays pour notre peuple, doit savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et infligera des conséquences telles que vous n’en avez jamais connu dans votre histoire. Nous sommes prêts à tout développement de la situation. Toutes les décisions en ce sens ont déjà été prises. J’espère que je serai entendu.
Chers citoyens russes !
La prospérité, et l’existence même d’Etats et de peuples entiers, leur succès et leur vitalité prennent toujours leur source dans de fortes racines culturelles, dans un système de valeurs, d’expérience et de traditions des ancêtres, et bien entendu dépendent directement des capacités à s’adapter rapidement aux changements perpétuels de la vie, de la cohésion de la société, de sa disposition à s’unir, unir toutes ses forces pour aller de l’avant.
La force est toujours nécessaire – toujours, mais la force peut-être de différentes qualités. Au fondement de la politique de « l’empire du mensonge » dont je parlais au début de mon allocution, repose avant tout la force brute. Dans ce cas on a coutume de dire chez nous « La force est là, pas besoin d’intelligence ».
Mais vous et moi savons que la véritable force est dans la justice et la vérité, qui est de notre côté. Et s’il en est ainsi, il est difficile de ne pas admettre que ce sont précisément la force et la disposition au combat qui fondent l’indépendance et la souveraineté, constituent l’indispensable base sur laquelle on peut construire sûrement son avenir, bâtir sa maison, sa famille, sa patrie.
Chers concitoyens !
Je suis certain que les soldats et officiers des forces armées russes, fidèles à leur pays, vont remplir leur devoir avec professionnalisme et courage. Je ne doute pas que les pouvoirs de tous niveaux, les spécialistes qui répondent de la stabilité de notre économie, de notre système financier, du secteur social, les dirigeants de nos entreprises et tout le milieu d’affaires russe vont agir de manière coordonnée et efficace. Je compte sur l’attitude unie et patriotique de tous les partis parlementaires et des forces de la société.
En fin de compte, comme cela a toujours été le cas dans l’Histoire, le destin de la Russie est entre les mains de notre peuple aux nombreuses nationalités. Et cela signifie que les décisions prises seront exécutées, les objectifs fixés seront atteints, que la sécurité de notre patrie sera garantie.
Je crois en votre soutien, dans la force invincible que nous donne notre amour de la patrie.

Voir enfin:

Appeal of the All-Russian Officers’ Assembly to the President and citizens of the Russian Federation

Chairman of the “All-Russian Officer’s Assembly” Colonel-General Leonid Grigorievich Ivashov wrote an Address to the President and citizens of the Russian Federation “Chanle of War”:

Today humanity lives in anticipation of war. And war is the inevitable human sacrifices, destruction, suffering of large masses of people, destruction of habitual lifestyles, violation of the systems of life of states and peoples.

The big war is a huge tragedy, whose serious crime is. It so happened that Russia was at the center of this threatening catastrophe. And perhaps this is the first time in her history.

Previously, Russia (USSR) waged forced (just) wars, and, as a rule, when there was no other way out, when the vital interests of the state and society were threatened.

And what threatens the existence of Russia itself today, and are there such threats? It can be argued that there are really threats – the country is on the verge of completing its history.

All vital areas, including demography, are steadily deteriorating, and the rate of extinction of the population is breaking world records. And degradation is systemic, and in any complex system, the destruction of one of the elements can lead to the collapse of the entire system.

And this, in our opinion, is the main threat to the Russian Federation. But this is a threat of an internal nature, based on the model of the state, the quality of power and the state of society.

And the reasons for its formation are internal: the inviability of the state model, complete incapacity and unprofessionalism of the system of power and management, passivity and disorganization of society. Any country does not live in this state for a long time.

As for external threats, they are certainly present. But, according to our expert assessment, they are not at the moment critical, directly threatening the existence of Russian statehood, its vital interests.

In general, strategic stability persists, nuclear weapons are under reliable control, NATO force groups are not increasing, there is no threatening activity.

Therefore, the situation escalated around Ukraine is, first of all, artificial, selfish in nature for some internal forces, including the Russian Federation.

As a result of the collapse of the USSR, in which Russia (Yeltsin) took a decisive part, Ukraine became an independent state, a member of the UN, and in accordance with Article 51 of the UN Charter has the right to individual and collective defense.

The leadership of the Russian Federation has not yet recognized the results of the referendum on the independence of the DPR and LPR, while at the official level more than once, including during the Minsk negotiation process, stressed the belonging of their territories and population to Ukraine.

It has also been repeatedly said at a high level about the desire to maintain normal relations with Kiev, without distinguishing it into special relations with the DPR and LPR.

The issue of genocide committed by Kiev in the south-eastern regions was not raised either in the UN or in the OSCE. Naturally, in order for Ukraine to remain a friendly neighbor for Russia, it was necessary for it to demonstrate the attractiveness of the Russian model of the state and the system of power.

But the Russian Federation has not become so, its development model and foreign policy mechanism of international cooperation repels almost all neighbors, and not only.

Russia’s acquisition of Crimea and Sevastopol and their non-recognition by the international community (and, therefore the vast majority of countries in the world still consider them belonging to Ukraine) convincingly shows the failure of Russian foreign policy, and the unattractiveness of domestic policy.

Attempts through an ultimatum and threats of use of force to “love” the Russian Federation and its leadership are meaningless and extremely dangerous.

The use of military force against Ukraine, firstly, will call into question the existence of Russia itself as a state; secondly, it will forever make Russians and Ukrainians deadly enemies. Thirdly, there will be thousands (tens of thousands) dead young, healthy children on the one hand, which will certainly affect the future demographic situation in our endangered countries.

On the battlefield, if this happens, Russian troops will face not only Ukrainian servicemen, among whom there will be many Russian guys, but also with servicemen and equipment of many NATO countries, and member states of the alliance will be obliged to declare war on Russia.

President of the Republic of Turkey R. Erdogan clearly stated on whose side Turkey will fight. And it can be assumed that two field armies and the Turkish fleet will be ordered to “liberate” Crimea and Sevastopol and possibly invade the Caucasus.

In addition, Russia will definitely be classified as countries threatening peace and international security, subject to the most severe sanctions, turn into an outcast of the world community, and is likely to be deprived of the status of an independent state.

The president and government cannot understand such consequences, the Ministry of Defense cannot, they are not so stupid.

The question arises: what are the true goals of provoking tension on the verge of war, and the possible unleashing of widespread hostilities? And what will be, says the number and combat composition of the groups of troops formed by the parties – at least one hundred thousand servicemen on each side. Russia, bare the eastern borders, is transferring connections to the borders of Ukraine.

In our opinion, the country’s leadership, realizing that it is not able to lead the country out of a systemic crisis, and this can lead to an uprising of the people and a change of power in the country, with the support of the oligarchate, corrupt officials, fed media and security forces, decided to intensify the political line for the final destruction of Russian statehood and the extermination of the country’s indigenous population.

And war is the means that will solve this problem in order to retain its anti-national power for a while and preserve the wealth looted from the people. We can’t assume any other explanation.

From the President of the Russian Federation, we are Russian officers, we demand to abandon the criminal policy of provoking war, in which the Russian Federation will be alone against the combined forces of the West, to create conditions for the implementation in practice of Art. 3 Constitutions of the Russian Federation and resign.

We appeal to all reserve and retired servicemen, Russian citizens with a recommendation to show vigilance, organization, support the requirements of the Council of the All-Russian Officers’ Assembly, actively oppose propaganda and the outbreak of war, prevent internal civil conflict with the use of military force.

Voir par ailleurs:

Mikhaïl Gorbatchev : « Je m’oppose à tous les murs »
04 nov 2014
Maxim Korchounov, RBTH

Un entretien exclusif de RBTH avec Mikhaïl Gorbatchev, à l’approche du 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin et avec comme question centrale : un nouveau mur s’érige-t-il entre l’Est et l’Ouest ?

L’année 1989 est celle de la chute du mur de Berlin. Mais celle-ci n’est intervenue qu’au mois de novembre. Durant l’été précédent, au cours d’une conférence de presse à l’issue des négociations de Bonn avec le chancelier Kohl, une personne vous a interpellé en demandant : « Et que va-t-il se passer avec le mur ? » Vous avez alors répondu : « Sous la Lune, rien n’est éternel. Le mur pourra disparaître lorsque les conditions ayant conduit à sa création ne seront plus en place. Je ne vois pas ici de difficulté majeure ». A quel déroulement des événements vous attendiez-vous alors ? 

À l’été 1989, ni moi-même ni le chancelier Kohl ne nous attendions bien évidemment à ce que tout se déroule aussi rapidement, je ne m’attendais pas à ce que le mur tombe au mois de novembre. Nous l’avons d’ailleurs tous deux reconnu par la suite. Je ne prétends pas être un prophète.Il arrive que l’histoire accélère sa course. Elle punit alors tous ceux qui se trouvent en retard. Mais elle punit encore plus sévèrement tous ceux qui prétendent se mettre en travers de son chemin. Cela aurait été une grave erreur que de rester derrière le « rideau de fer ». C’est pourquoi il n’y a eu aucune pression de notre part sur le gouvernement de la RDA.Lorsque le déroulement des événements a commencé à s’accélérer de façon inattendue, les dirigeants soviétiques ont pris la décision unanime – je tiens à souligner ce fait – de ne pas interférer dans les processus internes à l’œuvre en RDA, et donc de faire en sorte que nos troupes ne sortent sous aucun prétexte de leurs garnisons. Je suis aujourd’hui convaincu que cela était la bonne décision.Quels sont les éléments ayant, au final, permis de mettre un terme à la partition de l’Allemagne et qui, selon vous, a joué un rôle décisif dans la réalisation de cette réunification pacifique ? Ce sont les Allemands eux-mêmes qui ont joué le rôle décisif dans la réunification de l’Allemagne. Je ne parle pas ici seulement des manifestations de masse en faveur de l’unité, mais également du fait qu’au cours des décennies d’après-guerre, les Allemands de l’Est comme de l’Ouest ont apporté la preuve qu’ils avaient tiré les leçons du passé et que l’on pouvait leur accorder notre confiance.En ce qui concerne le déroulement pacifique de la réunification et le fait que ce processus n’a pas débouché sur une dangereuse crise internationale, je pense qu’un rôle décisif a ici été joué par l’Union soviétique. Nous autres au sein de la direction soviétique, nous savions que de tous les peuples de l’Union soviétique, les Russes étaient sensibles aux aspirations des Allemands à vivre au sein d’un État démocratique unifié.Je voudrais également souligner qu’au-delà de l’URSS, les autres acteurs du processus de règlement final de la question allemande ont également fait preuve de mesure et de sens des responsabilités. Je parle ici des pays de l’Alliance atlantique : les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Ce n’est aujourd’hui un secret pour personne que François Mitterrand comme Margaret Thatcher avaient de sérieux doutes sur le rythme de la réunification. La guerre avait tout de même laissé une marque profonde. Mais lorsque tous les aspects ayant trait à ce processus ont été résolus, ils ont signé les documents mettant fin à la guerre froide.Il vous a incombé de résoudre un problème crucial touchant aux évolutions mondiales. Le règlement international de la question allemande, avec la participation des grandes puissances et d’autres États, constitue un exemple de la grande responsabilité et de la grande « qualité » des responsables politiques de cette génération. Vous avez démontré qu’une telle chose était possible en fondant votre action sur ce que vous avez qualifié de « nouvelle pensée ». Dans quelle mesure les dirigeants contemporains sont-ils capables de résoudre de manière pacifique les problèmes actuels et qu’est ce qui a changé au cours des vingt-cinq dernières années en termes de méthodes visant à trouver des réponses aux défis géopolitiques ?  

La réunification allemande n’était pas un développement isolé mais une partie du processus d’achèvement de la guerre froide. Le chemin en avait été ouvert par la Perestroïka et la démocratisation de notre pays. Sans cela, l’Europe aurait pu rester divisée et « gelée » pendant encore des décennies. Et la sortie d’une telle situation aurait pu être, j’en suis convaincu, bien plus difficile.  Qu’est-ce que la nouvelle pensée ? C’est la reconnaissance du fait qu’il existe des menaces globales, il s’agissait à cette époque principalement de la menace d’une guerre nucléaire, qui ne pouvait être résolue que dans le cadre d’efforts conjoints. Cela signifie qu’il était nécessaire de bâtir une nouvelle relation, un dialogue, de rechercher un moyen de mettre un terme à la course aux armements. Cela signifiait qu’il fallait reconnaître la liberté de choix de tous les peuples et en même temps prendre en considération les intérêts de chacun, bâtir un partenariat, développer les relations pour faire en sorte que les conflits et les guerres deviennent impossibles en Europe.

Ce sont ces principes qui ont formé la base de la Charte de Paris (1990) pour une nouvelle Europe, un document politique de la plus haute importance, ratifié par l’ensemble des pays d’Europe, des Etats-Unis et du Canada. Il a ensuite fallu développer, concrétiser ces dispositions, créer de véritables structures, des mécanismes de prévention, des mécanismes de coopération. C’est par exemple à ce moment qu’a été proposée la création du Conseil pour la sécurité de l’Europe. Je ne souhaite pas opposer la génération des dirigeants d’hier à celle d’aujourd’hui. Mais le fait demeure que cela n’a pas été fait. Le développement de l’Europe s’est ensuite poursuivi de manière unilatérale, ce à quoi, je dois bien le dire, a contribué l’affaiblissement de la Russie au cours des années 1990.

Nous devons aujourd’hui admettre que nous nous trouvons face à une crise politique européenne et mondiale. L’une de ses causes, bien qu’elle ne soit pas la seule, tient à la réticence de nos partenaires occidentaux à prendre en compte le point de vue de la Russie et les intérêts légitimes touchant à sa sécurité. Dans leurs paroles, ils applaudissaient la Russie, en particulier durant la période Eltsine, mais dans les faits, notre voix n’était pas entendue.

Je fais ici en particulier référence à l’élargissement de l’OTAN, aux plans de déploiement du bouclier antimissile, aux agissements de l’Occident dans plusieurs régions de grande importance pour la Russie (la Yougoslavie, l’Irak, la Géorgie, l’Ukraine). Ils nous disaient alors littéralement : cela ne vous regarde pas. Cette situation a créé un abcès, qui a ensuite éclaté. Je conseillerais aux dirigeants occidentaux d’analyser attentivement tout cela, au lieu de blâmer la Russie en toutes circonstances. Souvenez-vous du type d’Europe que nous sommes parvenus à créer au début des années 1990 et de sa transformation malheureuse au cours des dernières années.

L’une des questions centrales qui se trouve aujourd’hui liée au déroulement des événements en Ukraine concerne l’élargissement de l’OTAN vers l’Est. Vous n’avez pas le sentiment d’avoir été trompé par vos partenaires occidentaux dans le cadre de l’élaboration des plans pour l’avenir de l’Europe de l’Est ?

Pourquoi n’avez-vous pas insisté sur une formalisation juridique des promesses faites en particulier par le secrétaire d’État américain James Baker relatives à l’absence d’expansion vers l’Est de l’OTAN ? Je le cite : « Il n’y aura aucun élargissement de la juridiction ou de la présence militaire de l’OTAN d’un seul pouce vers l’Est ». 

La question de l’élargissement de l’OTAN n’a dans l’ensemble pas été discutée et ne se posait pas au cours de ces années-là. Je dis cela en toute responsabilité. Aucun pays d’Europe de l’Est n’a soulevé cette question, y compris après la dissolution du pacte de Varsovie en 1991. Elle n’a pas non plus été soulevée par les dirigeants occidentaux.

Une autre question a en revanche été abordée : le fait qu’après la réunification de l’Allemagne, aucune extension des structures militaires de l’OTAN ni aucun déploiement de forces militaires supplémentaires de l’alliance ne devait avoir lieu sur le territoire de l’ancienne RDA. C’est dans ce contexte que M. Baker a prononcé les paroles mentionnées dans votre question. Des déclarations similaires ont été faites par M. Kohl et M. Genscher.

Tout ce qui pouvait et devait être fait pour consolider ce règlement politique a été fait. Et respecté. L’accord de règlement final avec l’Allemagne mentionnait qu’aucune structure militaire supplémentaire ne serait implantée dans la partie Est du pays et qu’aucune troupe additionnelle ni arme de destruction massive n’y seraient déployées.

Toutes ces dispositions ont été respectées jusqu’à ce jour. Nul besoin donc de prétendre que Gorbatchev et les dirigeants soviétiques de l’époque étaient des naïfs qui se sont laissés abuser. S’il y a eu de la naïveté, elle est intervenue plus tard, lorsque cette question a été soulevée et que la Russie a dans un premier temps répondu « pas d’objections ».

La décision d’élargir l’OTAN vers l’Est a finalement été prise par les USA et leurs alliés en 1993. Je l’ai dès l’origine qualifié d’erreur majeure. Cela constituait bien évidemment une violation de l’esprit des déclarations et assurances qui nous avaient été données en 1990. En ce qui concerne l’Allemagne, ces assurances ont été formalisées juridiquement et respectées.

Pour tous les Russes, l’Ukraine et la question de notre relation avec ce pays constitue un sujet sensible.  Vous êtes vous-même à 50% Russe et à 50% Ukrainien.  Sur la quatrième de couvertur de votre livre Après le Kremlin, vous indiquez que vous ressentez aujourd’hui une profonde douleur du fait des événements survenus dans ce pays. Quelles options voyez-vous pour une sortie de crise en Ukraine et à la lumière des événements récents, comment vont se développer les relations de la Russie avec l’Ukraine, l’Europe et les USA au cours des prochaines années ?

En ce qui concerne l’avenir immédiat, tout est plus ou moins clair : il est indispensable de se conformer intégralement aux dispositions arrêtées lors des négociations de Minsk du 5 et du 19 septembre dernier. La situation sur le terrain est encore très fragile. Le cessez-le-feu est violé en permanence. Mais au cours des derniers jours, l’impression qu’un processus s’est enclenché est devenue plus tangible. Une zone tampon a été créée, les armes lourdes en ont été retirées. Des observateurs de l’OSCE, dont des Russes, sont arrivés. Si l’on parvient à consolider tout cela, il s’agira d’une grande réussite, mais uniquement d’une première étape.

Il faut admettre que les relations entre la Russie et l’Ukraine ont subi d’immenses dommages. Il faut à tout prix éviter que cela ne se transforme en une aliénation mutuelle entre nos deux peuples. Une immense responsabilité incombe à ce titre aux dirigeants : les présidents Poutine et Porochenko. Ils doivent donner l’exemple. Il est indispensable de faire baisser la tension émotionnelle. Nous verrons plus tard qui a raison et qui est coupable. Aujourd’hui, l’essentiel est d’entamer un dialogue sur des questions concrètes. La normalisation des conditions de vie dans les zones les plus affectées, en laissant de côté pour l’instant la question de leur statut, etc. Ici, l’Ukraine comme la Russie et l’Occident peuvent apporter leur aide : séparément et collectivement.

Les Ukrainiens ont beaucoup à faire pour assurer la réconciliation, afin que chaque personne puisse se considérer comme un citoyen à part entière, dont les droits et les intérêts sont garantis et sécurisés. Il ne s’agit ici pas tant de garanties constitutionnelles et juridiques que de la vie de tous les jours. C’est pourquoi je recommanderais en plus des élections de mettre en place aussi rapidement que possible une « table ronde » représentant l’ensemble des régions ainsi que toutes les catégories de la population et dans le cadre de laquelle il serait possible d’aborder et de discuter de toutes les questions.

En ce qui concerne les relations de la Russie avec les pays d’Europe occidentale et les USA, la première étape consisterait à sortir de la logique des accusations mutuelles et des sanctions. D’après moi, la Russie a déjà fait le premier pas en se refusant à répondre à la dernière vague de sanctions occidentales. La parole est maintenant à nos partenaires. Je pense qu’il est nécessaire qu’ils abandonnent les sanctions dites « personnelles ». Comment établir un dialogue si vous « punissez » les personnes en charge de la prise des décisions qui influencent les politiques ? Il est nécessaire que nous puissions nous parler. C’est un axiome qui a été complètement oublié. A tort.

Je suis convaincu que dès que le dialogue sera restauré, nous trouverons des points de contact. Il suffit de regarder autour de nous ! Le monde est sous tension, nous faisons face à des défis communs, des problèmes globaux qui ne peuvent être résolus qu’au moyen d’efforts collectifs. Ce fossé entre la Russie et l’UE nuit à tout le monde, il affaiblit l’Europe au moment où la concurrence globale s’intensifie, au moment où d’autres « centres de gravité » de la politique mondiale se renforcent. Il est hors de question d’abandonner. Il ne faut pas nous laisser entraîner dans une nouvelle guerre froide.

Les menaces communes pesant sur notre sécurité n’ont pas disparues. Au cours de la période récente, de nouveaux mouvements extrémistes extrêmement dangereux sont apparus, en particulier le soi-disant « Etat islamique ». Il s’agit également de l’aggravation des problèmes écologiques, de la pauvreté, des migrations, des épidémies. Face à des menaces communes, nous pouvons à nouveau trouver un langage commun. Cela ne sera pas facile, mais il n’y a pas d’autre chemin.

L’Ukraine évoque la construction d’un mur le long de sa frontière avec la Russie. Comment expliquez-vous que nos peuples, frères depuis toujours, ayant appartenu à un seul et même État, se soient soudainement brouillés à tel point que la séparation pourrait ne pas être seulement politique mais également se matérialiser par un mur ?

La réponse à cette question est très simple : je m’oppose à tous les murs. Que ceux qui envisagent de « construire » un tel ouvrage y réfléchissent à deux fois. Je pense que nos peuples ne se brouilleront pas. Nous sommes trop proches à bien des égards. Il n’y a pas entre nous de problèmes et de différences insurmontables. Mais beaucoup de choses dépendront de l’intelligentsia et des médias. S’ils décident de travailler à notre désunion, en initiant et exacerbant les querelles et les conflits, cela sera catastrophique. De tels exemples nous sont connus. C’est pourquoi j’appelle l’intelligentsia à se comporter de manière responsable.

Voir par ailleurs:

Cette promesse de l’OTAN à la Russie qui n’a jamais existé

D’après Vladimir Poutine et ses soutiens en France, la Russie ne ferait que se défendre face à l’OTAN qui n’aurait pas tenu sa promesse de non extension à l’Est après la chute du mur de Berlin. Une contre-vérité historique.
Elie Guckert
Slate
14 décembre 2021

«Il y a un bon adage qui dit que la première victime de toute guerre est la vérité», professe Jean-Luc Mélenchon sur France 24, le 7 décembre dernier. Interrogé au sujet de l’escalade de tensions à la frontière ukrainienne, où la Russie amasse des troupes depuis plusieurs mois, le leader de La France insoumise va pourtant asséner une contrevérité historique: «Il faut bien que nous nous rendions compte que nous avons manqué de parole aux Russes. On leur avait dit: “Si vous laissez tomber le mur [de Berlin], nous on n’ira pas mettre l’OTAN à leur porte.” Bon, ils ont laissé tomber le mur, et qu’est-ce qu’on a fait: on a mis l’OTAN à leur porte.»

Éric Zemmour a répété la même chose sur France 2, le 9 décembre. Jean-Luc Mélenchon et lui s’accordent d’ailleurs sur un point: la France devrait simplement quitter l’alliance. Cette supposée promesse trahie par l’OTAN à la fin de la guerre froide est invoquée par les soutiens de Vladimir Poutine dès que les tensions avec la Russie repartent. Elle permet de remettre en cause l’existence même de l’OTAN, qui n’aurait plus de raison d’être depuis la chute de l’URSS et la dissolution du pacte de Varsovie.

Ce discours, c’est d’abord celui de Vladimir Poutine lui-même. En 2007, le président russe avait ainsi déclaré: «Nous avons le droit de poser la question: contre qui cette expansion [de l’OTAN] est-elle dirigée? Et qu’est-il advenu des assurances données par nos partenaires occidentaux après la dissolution du pacte de Varsovie?» En 2014 encore, pour justifier l’annexion illégale de la Crimée par la Russie, il affirmait: «Les Occidentaux nous ont menti à maintes reprises. Ils ont pris des décisions dans notre dos et présenté devant nous un fait accompli. Cela s’est produit avec l’expansion de l’OTAN à l’Est, ainsi qu’avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières.»

Un mythe démenti par les archives

La plupart des dirigeants occidentaux de l’époque ont démenti, mais la Russie n’a cessé de formuler cette accusation. Le débat avait été lancé en 1998 par un analyste britannique, Michael MccGwire. Dans un article publié par la Review of International Studies, il critiquait la décision d’inviter la République tchèque à rejoindre l’alliance transatlantique, affirmant qu’en 1990, «Mikhaïl Gorbatchev a reçu des garanties de haut niveau que l’Occident n’élargirait pas l’OTAN, promettant une zone tampon non alignée entre la frontière orientale de l’OTAN et la Russie».

Le non-élargissement de l’OTAN n’a même pas été un sujet de discussion en 1990.

L’analyste estimait à l’époque que l’OTAN «viole le marché conclu en 1990 permettant à une Allemagne réunifiée de faire partie de l’OTAN». Une référence aux négociations diplomatiques qui se sont tenues cette année-là entre l’Allemagne de l’Ouest, la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’URSS au sujet de la réunification de l’Allemagne.

Il faudra attendre 2009 pour que l’affaire soit finalement tirée au clair. Grâce à la déclassification des comptes-rendus de réunions provenant aussi bien des archives allemandes qu’américaines et russes, Mark Kramer, chercheur à Harvard, démontre dans un article publié par The Washington Quarterly que le non-élargissement de l’OTAN n’a même pas été un sujet de discussion en 1990.

Et pour cause: à cette époque, personne n’imagine encore que l’URSS va s’effondrer avec le pacte de Varsovie. L’enjeu principal est alors de savoir si l’Allemagne, dont la partie ouest faisait déjà partie de l’alliance, resterait ou non au sein de l’OTAN en tant que nation réunifiée, et à quelles conditions.

Les Occidentaux s’engagent alors sur trois points. Premièrement: ne déployer en Allemagne de l’Est que des troupes allemandes ne faisant pas partie de l’OTAN tant que le retrait soviétique n’est pas fini. Deuxièmement: des troupes allemandes de l’OTAN pourront être déployées en Allemagne de l’Est après le retrait soviétique, mais aucune force étrangère ni installation nucléaire. Et enfin, troisièmement: ne pas augmenter la présence militaire française, britannique et américaine à Berlin.

Et c’est Gorby qui le dit

Après d’âpres négociations, ces conditions ont finalement été acceptées par Gorbatchev et inscrites dans le traité concernant les aspects internationaux de la réunification, signée par toutes les parties en septembre 1990. Nulle part, y compris dans les archives russes, n’est fait mention d’une quelconque promesse formelle de ne pas inclure d’autres pays d’Europe de l’Est dans l’OTAN à l’avenir.

Les Russes continuent d’affirmer que les Occidentaux auraient néanmoins offert des garanties informelles.

Même après 2009, l’accusation a pourtant continué à prospérer. Et ce en dépit des dénégations de Mikhaïl Gorbatchev en personne, pourtant assez bien placé pour savoir ce qui s’est vraiment dit à l’époque. Dans une interview accordée en 2014 à Russia Beyond the Headlines, l’ancien président de l’URSS se montre catégorique: «Le sujet de l’expansion de l’OTAN n’a pas du tout été abordé et n’a pas été abordé au cours de ces années.»

Gorbatchev précise que l’URSS voulait surtout «s’assurer que les structures militaires de l’OTAN n’avanceraient pas, et que des forces armées supplémentaires ne seraient pas déployées sur le territoire de l’ex-RDA après la réunification allemande». Et d’ajouter: «Tout ce qui aurait pu être et devait être fait pour consolider cette obligation politique a été fait.»

Gorbatchev y affirme bien que l’élargissement de l’OTAN constituerait une trahison de ce qu’était selon lui «l’esprit» des discussions de l’époque, mais réaffirme qu’aucun engagement formel n’avait été pris. Les Russes continuent d’affirmer que les Occidentaux auraient néanmoins offert des garanties informelles. Une théorie qui a l’avantage d’être par nature impossible à vérifier.

Un traité violé… par la Russie

La pertinence de l’expansion de l’OTAN continue cependant de faire débat, y compris au sein des experts occidentaux. Comme le notait le chercheur Olivier Schmitt en 2018, la question a repris de l’importance à partir de 1993 sous l’impulsion du président américain Bill Clinton, alors même qu’une bonne partie de l’administration américaine y était défavorable par crainte des perceptions russes.

Mais pour rassurer la Russie, l’OTAN avait justement fait le choix en 1993 de l’intégrer dans son Partenariat pour la paix. Le but: «bâtir un partenariat avec la Russie, en instaurant un dialogue et une coopération pratique dans des domaines d’intérêt commun». Cette coopération n’a été suspendue qu’en 2014, quand la Russie a décidé d’annexer la Crimée.

Ce que les supporters de Vladimir Poutine prennent bien soin de ne pas préciser, c’est qu’au moment de l’invasion de la Crimée, c’est bien la Russie qui bafouait une promesse, réelle celle-là. Signé par la Russie, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Chine en 1994, le mémorandum de Budapest garantissait à l’Ukraine le respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, en échange de son adhésion au traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et de l’abandon des stocks d’armes nucléaires héritées de l’URSS.

Surtout, outre leur passé douloureux avec l’URSS, c’est la politique agressive de la Russie vis-à-vis des anciennes républiques soviétiques, et leur volonté de s’arrimer à un espace démocratique, qui ont en partie poussé celles-ci dans les bras de l’OTAN. Ainsi, alors qu’une majorité d’Ukrainiens s’opposaient à une adhésion à l’alliance transatlantique avant 2014, l’opinion publique a totalement basculé dans le sens inverse depuis le début de la guerre: 58% des Ukrainiens souhaitent désormais rejoindre l’alliance. Le mythe de la Russie assiégée a tout d’une prophétie autoréalisatrice.

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14 janvier 2022

Sur fond de grave crise aux confins orientaux de l’Ukraine, où le bruit des bottes fait redouter une nouvelle offensive militaire russe, le Kremlin a ordonné le tir d’une salve de missiles hypersoniques « Zircon », et ce la veille de Noël (selon le calendrier grégorien). Vladimir Poutine s’est félicité de ce succès : « un grand événement pour le pays et une étape significative pour renforcer la sécurité de la Russie et ses capacités de défense ».

Au vrai, il ne s’agit pas du premier essai mais il intervient dans un contexte particulier, quand le Kremlin pose de manière claire et explicite un ultimatum qui exige des Occidentaux qu’ils signent deux traités ordonnant le repli de l’OTAN et donc, à brève échéance, son sabordage (cf. Françoise Thom).

Des armes hypersoniques et ultra-précises

Dans l’esprit des dirigeants russes et de nombreux commentateurs à Moscou, enthousiasmés par la possibilité d’une grande guerre à visée hégémonique, il ne s’agit pas tant de démontrer l’avance acquise dans la gamme des armes dites « nouvelles » que d’intimider et de menacer l’Europe et les États-Unis. Et la discrétion des dirigeants occidentaux quant à ces essais répétés laisse dubitatif.

Dès lors se pose la question des possibles effets produits par ces « armes nouvelles ». S’agirait-il là d’une rupture technologique, vecteur d’une révolution stratégique ? En d’autres termes, le problème est de savoir si la Russie, posée par ses dirigeants comme puissance révisionniste, prête à recourir aux armes pour modifier le statu quo international, aligne son discours géopolitique, son système militaire et sa stratégie.

On se souvient du discours prononcé par Vladimir Poutine au Parlement, le 1er mars 2018, le président russe ayant alors présenté un programme de nouveaux missiles qui impressionna la classe dirigeante russe et nombre d’observateurs internationaux. Ces armes dites de rupture sont hypersoniques (soit une vitesse supérieure à Mach 5), sur une partie de leur trajectoire à tout le moins. Elles sont présentées comme étant capables d’effectuer des manœuvres qui permettent de déjouer les capacités d’interception adverses, c’est-à-dire les défenses antimissiles des États-Unis et de l’OTAN.

Parmi ces « super-missiles », citons le « Kinjal » (un missile lancé par un avion), l’« Avangard » (un planeur hypersonique lancé par une fusée « Sarmat ») et le « Zircon » (un missile antinavire déployé sur des bâtiments de surface, des sous-marins ainsi que des batteries côtières). Curieusement, le « Zircon » dont il est désormais question ne fut pas mentionné lors de la prestation du 1er mars 2018.

En revanche, d’autres armes furent présentées, à l’instar de la torpille « Poséidon », capable de déclencher un tsunami radioactif de l’autre côté de l’Atlantique, le drone sous-marin « Peresvet », à propulsion nucléaire et à charge atomique, et le missile « Bourevestnik » qualifié d’« invincible » par Vladimir Poutine.

Rodomontades ? Nenni

Il existe des interrogations sur le degré réel d’avancement de ces programmes et leur opérationnalité effective. Ainsi l’accident survenu le 8 août 2019, sur une base septentrionale russe, serait-il lié à un nouvel échec du « Bourevestnik » (l’explosion a fait plusieurs morts et provoqué une hausse de la radioactivité). Nonobstant des imprécisions et des effets d’annonce parfois trop hâtifs, le programme d’armes nouvelles illustre la réalité du réarmement russe, plus axé sur la qualité des technologies que sur le volume des arsenaux.

Les optimistes veulent voir dans la posture russe une forme contre-intuitive de « dialogue stratégique » avec les États-Unis, en vue d’un renouvellement de l’arms control (la maîtrise des armements). Le sort du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), violé par la Russie, dénoncé en conséquence par Washington (Moscou suivit), ainsi que les incertitudes autour des négociations nucléaires stratégiques ne sont pas de bon augure.

Faut-il voir dans ces armes une rupture technologique et stratégique ? D’aucuns soulignent le fait que l’hypervélocité et la capacité à manœuvrer de ces « armes nouvelles » ne font pas une révolution stratégique. D’une part, les fusées balistiques outrepassent l’hypervélocité de ces engins. S’il est vrai, d’autre part, que leur capacité à manœuvrer permettrait de contourner les défenses antimissiles des Alliés (États-Unis et OTAN), il en serait de même avec un missile balistique intercontinental.

Au demeurant, les défenses antimissiles n’ont pas été pensées pour intercepter les missiles balistiques intercontinentaux de la Russie ou de la Chine populaire mais pour contrer une puissance proliférante, du type de l’Iran ou de la Corée du Nord, détentrice d’un nombre réduit d’engins. Soulignons ici la mauvaise foi russe qui, tout en développant ses propres défenses antimissiles, ne cesse de dénoncer les effets prétendument déstabilisateurs du dispositif américano-otanien.

En première analyse, le déploiement d’« armes nouvelles » russes ne changerait donc pas l’équation stratégique ; quand bien même leur hypervélocité réduirait le délai de réaction, les puissances nucléaires occidentales conserveraient une capacité de frappe en second, pour exercer des représailles sur l’État agresseur. Théoriquement, une telle perspective devrait le détourner de la tentation d’une première frappe désarmante, « dissuader » signifiant « empêcher de passer à l’acte ».

Quelle place dans l’arsenal russe ?

Pourtant, la Russie, ces dernières années, a amplement modernisé ce que les spécialistes nomment la « triade stratégique », ses armes nucléaires stratégiques terrestres (missiles intercontinentaux), aériennes (missiles lancés depuis un bombardier) et sous-marines (missiles lancés par des sous-marins nucléaires lance-engins). Aussi le développement et le déploiement d’engins « exotiques » (les « armes nouvelles ») posent question : à quelles fins et selon quels scénarios ?

Rappelons l’idée, évoquée plus haut, selon laquelle ces armes ne seraient qu’une monnaie d’échange dans les négociations américano-russes relatives aux armes nucléaires stratégiques. In extremis, l’Administration Biden a proposé la prorogation du traité post-START et le « dialogue stratégique » en cours permettra de tester cette hypothèse.

Il reste que la politique, comprise dans son essence, consiste à envisager le pire afin qu’il n’advienne pas. En l’occurrence, il importe de comprendre que la dissuasion n’est pas une loi physique qui, telle la loi de gravité mise au jour par Newton, s’imposerait à toutes les puissances nucléaires.

Sur le plan de la réflexion stratégique, rappelons l’important article de l’Américain Albert Wohlstetter sur le « fragile équilibre de la terreur » (« The Delicate Balance of Terror », Rand Corporation, 6 novembre 1958). Selon l’analyse de ce stratège, l’équilibre de la terreur est instable et la dissuasion de l’adversaire potentiel n’est en rien automatique, la symétrie des arsenaux pouvant coexister avec l’asymétrie morale. Dès lors, les questions essentielles sont : qui dissuade qui, de quoi et dans quel contexte ?

De fait, les « armes nouvelles » tant vantées par le Kremlin ne semblent pas apporter de valeur additionnelle à la force de dissuasion russe, assurée par une « triade stratégique » constamment modernisée. Et, nonobstant l’affirmation surréaliste selon laquelle les États-Unis et l’OTAN prépareraient une offensive multiforme, il est difficile d’imaginer les démocraties occidentales, en proie au doute et absorbées par les questions intérieures, fourbir leurs armes pour mener une guerre préventive contre la Russie.

Dès lors, le développement et le déploiement par la Russie d’« armes nouvelles », hors du cadre de l’« arms control », ne viserait-il pas à sortir de la parité pour acquérir une position de supériorité nucléaire ? Dans une telle perspective, les armes nucléaires ne seraient plus au seul service de la dissuasion, pour préserver le territoire national et ses approches de toute entreprise guerrière ; elles pourraient être le moyen d’une stratégie d’action et de coercition visant des buts d’acquisition.

Depuis plusieurs années, les signaux nucléaires dont Vladimir Poutine use et abuse, pour étayer sa politique extérieure et renforcer sa main sur la scène stratégique mondiale, laissent redouter la transformation de la Russie en une puissance nucléaire révisionniste qui utiliserait son arsenal pour contraindre et obtenir des gains stratégiques. Il suffit d’ailleurs de se reporter à la présente situation, nombre d’officiels russes n’hésitant pas à menacer l’Europe d’une frappe préventive s’ils n’obtiennent pas une sphère d’influence exclusive dans l’« étranger proche » (l’espace post-soviétique), élargie à toute l’Europe si les États-Unis se retiraient de l’OTAN.

Certains spécialistes de ces questions se réfèrent aux documents politico-stratégiques officiels pour écarter un scénario de coercition nucléaire (voir « Les fondements de la politique d’État de la Fédération de Russie dans le domaine de la dissuasion nucléaire », oukaze présidentiel n° 5, 2 juin 2020). Il reste que ledit document élargit la gamme des options dans lesquelles l’emploi de l’arme nucléaire serait envisagé.

Ainsi une « escalade pour la désescalade », c’est-à-dire une frappe nucléaire théoriquement destinée à interdire l’intensification d’une guerre classique (conventionnelle), n’est pas exclue. En d’autres termes, cela signifierait la volonté de vaincre en ayant recours à l’arme nucléaire. Sur ce point, ajoutons que Vladimir Poutine, à la différence du secrétaire général du parti communiste soviétique autrefois, n’est pas limité par un Politburo.

Une capacité de frappe chirurgicale

À tout le moins, il importe d’envisager le fait que la Russie mette son arsenal au service d’une stratégie de « sanctuarisation agressive » : lancer une offensive armée classique sur les espaces géographiques convoités (l’Ukraine, en tout ou en partie, ainsi que d’autres républiques post-soviétiques refusant un statut d’État croupion, privées de leur souveraineté), les puissances extérieures étant dissuadées de leur porter secours en les menaçant d’une escalade nucléaire.

Si l’on considère l’Ukraine, n’est-ce pas déjà le cas ? La lecture attentive des projets de traité que Moscou prétend imposer aux États-Unis laisse penser qu’outre les trois États baltes, seules ex-républiques soviétiques intégrées dans l’OTAN, les anciens satellites d’« Europe de l’Est » — le syntagme d’« Europe médiane », entre Baltique, mer Noire et Adriatique, est aujourd’hui plus approprié — seraient également l’objet de cette grande manœuvre.

C’est ici que certaines des « armes nouvelles » russes, notamment le « Zircon », si elles n’apportent rien à la dissuasion russe, trouvent leur place. Qu’elles soient déployées au sol, en mer ou dans les airs, ces armes sont duales : elles peuvent tout aussi bien être dotées de charges conventionnelles que de têtes nucléaires. D’ores et déjà, le « Zircon » et d’autres systèmes d’armes pourraient servir à verrouiller la Baltique et la mer Noire (mise en place d’une « bulle stratégique » sur ces mers et leur pourtour), l’objectif étant d’écarter les alliés occidentaux des pays riverains. Alors, ces derniers seraient à la merci d’une agression militaire russe. Le seul poing levé pourrait convaincre les récalcitrants.

Au-delà de ces mers, et peut-être du bassin Levantin (Méditerranée orientale), les « mesures militaro-techniques » brandies par Moscou, dans le cas d’un refus des projets de traité, pourraient consister en un déploiement en nombre de « Zircon » et d’autres engins de mort (missiles balistiques de portée intermédiaire « Iskander » et missiles de croisière « Kalibr »), et ce à l’échelle du théâtre européen. Ainsi placée sous la menace d’une première frappe désarmante, avec un temps de réaction de quelques minutes (insuffisant pour disperser les cibles), l’Europe serait prise en otage.

Certes, la France et le Royaume-Uni, a fortiori les États-Unis, conserveraient leur capacité de frappe en second, mais ces puissances occidentales, possiblement épargnées par cette première frappe, non nucléaire de surcroît, porteraient alors la responsabilité de l’escalade nucléaire. Gageons qu’il ne manquerait pas dans ces pays de politiques et de publicistes pour poser la question fatidique : « Mourir pour Dantzig ? » et plaider qui le « grand retranchement », qui la cause d’une « grande Europe, de Lisbonne à Vladivostok ».

Le retour du même

À l’évidence, un tel scénario n’est pas sans rappeler la configuration géostratégique générée par le déploiement par les Soviétiques des missiles SS-20 (1977), une arme jugée alors déstabilisante du fait de sa précision. L’objectif de ces armes de théâtre, ensuite baptisées « forces nucléaires intermédiaires », était de provoquer de prendre en otage l’Europe occidentale et de provoquer un découplage géostratégique entre les deux rives de l’Atlantique Nord.

S’ensuivit la « bataille des euromissiles », l’OTAN exigeant le retrait des SS-20 et, à défaut, menaçant de déployer des missiles encore plus précis et véloces (missiles balistiques Pershing-II et missiles de croisière Tomahawk). Le réarmement intellectuel et moral de l’Occident produisant ses effets sur le système soviétique, préalablement épuisé par les maux inhérents à l’économie planifiée et l’hyperextension stratégique induite par l’impérialisme rouge, Mikhaïl Gorbatchev fut acculé.

En 1987, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev signèrent un traité portant sur le retrait de toutes les forces nucléaires intermédiaires, d’une portée de 500 à 5 500 kilomètres. Peu après, l’armée soviétique devrait évacuer l’Afghanistan puis, après la chute du mur de Berlin, la réunification de l’Allemagne et la « révolution de velours », mettre à bas les régimes communistes d’Europe médiane : l’URSS implosait (1991).

Mutatis mutandis, la situation actuelle semble mener à une nouvelle bataille des euromissiles, si tant est que les Occidentaux se montrent unis et déterminés à résister aux ambitions de Vladimir Poutine et, il faut en convenir, d’une partie des Russes qui semblent considérer la fin de la précédente guerre froide comme une simple trêve, nécessaire pour reconstituer le potentiel russe de puissance et de nuisance. Une différence de taille sur le plan technico-stratégique : les spécificités et capacités du « Zircon », précis et hypervéloce, sont sans commune mesure avec le SS-20. Le scénario d’une frappe chirurgicale est donc plus réaliste.

En guise de conclusion : se préparer au pire

Précisons enfin que ce scénario tient de l’hypothèse. L’exercice consiste à comprendre ce que Vladimir Poutine et les siens concoctent, à anticiper ce que signifierait de nouvelles mesures « militaro-techniques », à baliser le champ des possibles.

Une certitude toutefois : le discours géopolitique révisionniste du Kremlin et le positionnement de la Russie comme « État perturbateur » est difficilement conciliable avec la vision classique de la dissuasion et du nucléaire comme arme de statu quo. Quitte à se répéter, il nous faut donc envisager le pire et s’y préparer, politiquement, intellectuellement et moralement.

Voir encore:

Mouvements de troupes en Ukraine : « Tous les préparatifs pour la guerre sont là », estime une historienne spécialiste de la Russie

D’après le ministère biélorusse de la Défense, la Russie va déployer des troupes en février pour des exercices de préparation au combat.

Franceinfo

Alors que de nouvelles manoeuvres militaires russes vont débuter en Biélorussie, au nord de l’Ukraine, « tous les préparatifs pour la guerre sont là », estime mardi 18 janvier sur franceinfo Galia Ackerman, historienne et journaliste, spécialiste de la Russie et de l’espace post-soviétique. « Nous sommes à un stade où la Russie peut lancer à tout moment une attaque en Ukraine », a estimé la porte-parole de la Maison Blanche, en parlant d’une « situation extrêmement dangereuse ».

franceinfo : La menace d’une attaque russe sur l’Ukraine est-elle réelle ?

Galia Ackerman : Si vous écoutez les médias russes, ce que disent les officiels russes, y compris le président Poutine, cela semble tout à fait plausible. Je ne dit pas qu’il y aura une guerre. Mais tous les préparatifs pour la guerre sont là : il y a une concentration de troupes, il y a un discours extrêmement agressifs et des ultimatums qui ne peuvent pas être satisfaits car totalement irréalistes. On a l’impression qu’ils ne sont qu’un prétexte pour envahir l’Ukraine.

Pourquoi la Russie voudrait-elle envahir l’Ukraine ?

Parce qu’il y a une haine de l’Ukraine depuis plusieurs années. Cette haine a très fortement augmenté à la suite de la révolution ukrainienne : je rappelle qu’à ce jour, on parle non pas de Maïdan, non pas d’une révolution populaire mais d’un coup d’Etat, on parle de nazis au pouvoir, on exige que les accords de Minsk soient réalisés à 100% mais surtout dans l’interprétation de Moscou et il est tout à fait clair que la Russie ne veut pas tolérer que son proche étranger prenne une orientation qui ne lui plaît pas, celle de sortir totalement de la sphère d’influence russe.

Ça veut dire que l’Ukraine devient une sorte de pion aujourd’hui, de pays qui sert d’affrontement entre l’OTAN et les Etats-Unis d’un côté et Moscou de l’autre ?

C’est l’explication russe. Ils disent tout le temps que l’Ukraine en soi n’a aucune importance, que c’est un terrain que l’OTAN, les Etats-Unis, l’Union européenne, utilisent pour rapprocher les équipements militaires dirigés contre la Russie, pour l’assaut du pays. C’est totalement faux. 73 experts allemands de la russie ont publié une lettre dans le journal allemand « Die Zeit », ils disent que tout ce que la Russie dit sur sa sécurité menacée est faux : la Russie a 3e armée au monde, qu’elle est un pays nucléarisé qui a plus de nucléaire que les Etats-Uni, la France et la Grande Bretagne réunis. Personne ne peut menacer la Russie, mais elle prend une pose de personne offensée et demande à ce que ses exigeances soient satisfaites : c’est à dire non pas seulement la démilitarisation de l’Ukraine, mais la démilitarisation de toute l’Europe de l’est.

Voir enfin:

Desk Russie publie la lettre ouverte de 73 spécialistes allemands de l’Europe orientale et de la sécurité internationale, diffusée par Zeit Online le 14 janvier 2022. Des universitaires de renom s’adressent au gouvernement et aux partis politiques. Mettant en évidence une politique russe destructrice et agressive, ce document important pourrait enfin inciter le gouvernement et les milieux d’affaires allemands à réévaluer la menace que le Kremlin représente pour l’ensemble du monde occidental.
Desk Russie

Des concentrations massives et menaçantes de troupes russes aux frontières orientale et méridionale de l’Ukraine, d’intenses opérations de propagande anti-occidentale qui ne reculent devant aucun mensonge, ainsi que des exigences clairement inacceptables pour l’OTAN et ses États membres : aujourd’hui, la Russie remet fondamentalement en question le système de sécurité qui est en vigueur en Europe depuis la fin de la guerre froide. En même temps, la propagande russe présente la Russie comme un État menacé qui a besoin de toute urgence de « garanties de sécurité » de la part de l’Occident. Le Kremlin défigure délibérément le concept de garanties de sécurité. La nécessité de telles garanties a été débattue depuis la négociation du traité de non-prolifération nucléaire en 1968, mais elles concernent en premier lieu la protection des États non dotés d’armes nucléaires.

Il y a actuellement plus d’ogives nucléaires stockées en Russie que dans l’ensemble des trois États membres de l’OTAN dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Moscou dispose d’un large éventail de vecteurs pour ses milliers d’armes nucléaires : des missiles balistiques intercontinentaux aux bombardiers de longue portée en passant par les sous-marins nucléaires. La Russie possède l’une des trois armées conventionnelles les plus puissantes du monde, ainsi qu’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. La Fédération de Russie est donc l’un des États les plus protégés du monde sur le plan militaire.

Le Kremlin utilise des troupes régulières et irrégulières, ainsi que le potentiel de sa menace nucléaire, pour mener diverses guerres et occuper de manière permanente plusieurs territoires dans les anciennes Républiques soviétiques. Non seulement en Europe orientale, mais aussi en Europe occidentale et sur d’autres continents, le Kremlin revendique sans complexe des droits spéciaux pour faire valoir ses intérêts sur le territoire d’États souverains. Contournant les règles, les traités et les organisations internationales, Moscou chasse des ennemis dans le monde entier. Le Kremlin tente de saper les processus électoraux, l’État de droit et la cohésion sociale dans des pays étrangers par des campagnes de propagande, des fake news et des attaques de pirates informatiques, entre autres. Ces agissements sont réalisés en partie en secret, mais dans le but évident d’entraver ou de discréditer la prise de décision démocratique dans les États pluralistes. Il s’agit en particulier de porter atteinte à l’intégrité politique et territoriale des États post-soviétiques en voie de démocratisation.

En tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne observe ces activités d’un œil critique, mais reste largement passive, depuis maintenant trois décennies. En Moldavie, la revanche impériale de Moscou a commencé dès 1992, immédiatement après l’effondrement de l’URSS, avec une intervention de la 14e armée russe. Un groupe opérationnel de troupes russes se trouve encore officiellement en Transnistrie aujourd’hui, malgré les demandes répétées des gouvernements moldaves successifs, démocratiquement élus, de les voir retirer, et malgré les promesses correspondantes du Kremlin. La République fédérale n’a réagi de manière adéquate ni à cet événement ni aux nombreuses aventures revanchistes de la Russie dans l’espace post-soviétique et au-delà.

En outre, la politique étrangère et la politique économique de Berlin ont contribué à l’affaiblissement politique et économique des pays d’Europe orientale non dotés d’armes nucléaires et au renforcement géo-économique d’une superpuissance nucléaire de plus en plus expansive. En 2008, l’Allemagne a joué un rôle central pour empêcher la Géorgie et l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. D’un autre côté, en 2019, le gouvernement allemand s’est efforcé de faire réadmettre la délégation russe à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, alors que Moscou n’avait rempli, ni ne remplit aujourd’hui, aucune des conditions pour ce geste hautement symbolique.

Pour les relations ukraino-russes déjà fragiles, la mise en service du premier gazoduc Nord Stream en 2011-2012, totalement superflu en termes énergétiques et économiques, a été une catastrophe. Rétrospectivement, cela semble avoir ouvert la voie à l’invasion de l’Ukraine par la Russie deux ans plus tard. Une grande partie de la capacité existante de transport de gaz entre la Sibérie et l’UE n’a pas été utilisée en 2021. Pourtant, la République fédérale se prépare maintenant à éliminer complètement le dernier levier économique de l’Ukraine sur la Russie avec l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2.

Les sanctions économiques de l’UE contre Moscou depuis 2014, trop légères, ne constituent pas une réponse suffisante au parcours de plus en plus agressif du Kremlin. Dans le contexte de la poursuite des relations spéciales germano-russes, la coopération allemande en matière de développement, de culture et d’éducation avec l’Ukraine, la Géorgie ou la Moldavie apparaît comme le simple achat d’indulgences par la politique orientale allemande. Cela n’excuse en rien les faux pas graves de la politique allemande à l’égard de la Russie, comme l’invitation faite à Poutine de s’exprimer devant le Bundestag en 2001 ou le partenariat pour la modernisation à partir de 2008. De telles mesures allemandes, alors que des troupes russes, indésirables, restent en Moldavie et en Géorgie, ont été perçues comme une confirmation des droits spéciaux de Moscou dans l’espace post-soviétique.

L’attaque de Poutine contre l’Ukraine en 2014 apparaît comme une conséquence presque logique de la passivité politique allemande des vingt années précédentes vis-à-vis du néo-impérialisme russe. La formule allemande bien connue d’« Annäherung durch Verflechtung » [la convergence par l’interconnexion], à savoir l’approche coopérative de Berlin envers Moscou, a ainsi acquis une signification tragi-comique. Elle signifie désormais plutôt le rapprochement de la sphère d’influence de la Russie aux frontières orientales de l’UE.

Le Kremlin remet désormais aussi en question la souveraineté politique de pays comme la Suède et la Finlande. Il demande l’interdiction d’une éventuelle adhésion à l’OTAN non seulement pour les pays post-soviétiques mais aussi pour les pays scandinaves. Le Kremlin fait peur à toute l’Europe en lui promettant des réactions « militaro-techniques » au cas où l’OTAN ne répondrait pas « immédiatement », selon Poutine, aux exigences démesurées de la Russie visant à réviser l’ordre de sécurité européen. La Russie brandit la menace d’une escalade militaire si elle n’obtient pas de « garanties de sécurité », c’est-à-dire l’autorisation pour le Kremlin de suspendre le droit international en Europe.

Face à de telles distorsions, l’Allemagne devrait enfin abandonner sa politique orientale spéciale, perçue comme singulière en Europe centrale et orientale, mais pas seulement. Les crimes perpétrés par l’Allemagne nazie sur le territoire de l’actuelle Russie en 1941-1944 ne peuvent justifier l’attitude réservée de l’Allemagne d’aujourd’hui face au revanchisme et au nihilisme juridique international du Kremlin. Cela est particulièrement vrai lorsque, comme dans le cas de l’Ukraine, il s’agit d’une invasion russe du territoire d’une autre nation victime de l’ancien expansionnisme allemand. La violation continue et manifeste par la Russie des principes fondamentaux de l’ONU, de l’OSCE et du Conseil de l’Europe, pourtant officiellement acceptés par Moscou, en Europe orientale et maintenant aussi en Europe du Nord, ne doit pas être tolérée.

La politique russe de l’Allemagne fédérale doit être totalement changée. De nouvelles réactions purement verbales ou symboliques de Berlin aux aventures révisionnistes russes ne feront, comme par le passé, qu’inciter le Kremlin à de nouvelles aventures. L’Allemagne porte une responsabilité particulière en tant que pays clé de l’UE, de l’OTAN et de la communauté occidentale dans son ensemble.

Dans l’intérêt de la sécurité internationale, de l’intégration européenne et des normes communes, Berlin doit enfin combler le fossé entre sa rhétorique publique et son action réelle en Europe orientale. Cela devrait se traduire par une série de mesures parallèles et concrètes de nature politique, juridique, diplomatique, civique, sociétale, technique et économique. L’Allemagne est un partenaire majeur de la Russie et des États du Partenariat oriental de l’UE en matière de commerce, de recherche et d’investissement, ainsi qu’une puissance de premier plan de l’Union européenne. Elle est beaucoup plus en mesure de faire avancer les choses que la plupart des autres pays occidentaux. C’est vrai tant pour ce qui est de contenir et de sanctionner la Russie que pour ce qui est de soutenir les États démembrés et harcelés par Moscou. Berlin doit faire en sorte que ses bonnes paroles soient suivies d’actions plus nombreuses et plus efficaces que celles entreprises à ce jour.

    • Hannes Adomeit, chercheur à l’Institut de politique de sécurité de l’Université de Kiel (ISPK).
    • Dr. Vera Ammer, membre du conseil d’administration de Memorial International et de l’Initiative pour une Ukraine démocratique, Euskirchen.
    • Oesten Baller, juriste, professeur et président de l’ONG German-Ukrainian School of Governance, Berlin.
    • Volker Beck, député de 1994 à 2017, maître de conférences associé au Centre d’études religieuses (CERES) de l’université de Bochum.
    • Carl Bethke, chercheur à la chaire d’histoire de l’Europe de l’Est et du Sud-Est, Université de Leipzig.
    • Florian Bieber, professeur et directeur du Centre d’études de l’Europe du Sud-Est, Université de Graz.
    • Katrin Boeckh, professeur et chercheur à l’Institut Leibniz d’études de l’Europe de l’Est et du Sud-Est (IOS), Regensburg.
    • Falk Bomsdorf, juriste, chef du bureau de Moscou de la Fondation Friedrich Naumann de 1993 à 2009, Munich.
    • Karsten Brüggemann, professeur d’histoire générale et d’histoire estonienne, Université de Tallinn, Estonie.
    • Dr. Martin Dietze, publiciste et premier président de l’Association culturelle germano-ukrainienne, Hambourg
    • Dr. Jörg Forbrig, directeur pour l’Europe centrale et orientale, German Marshall Fund of the United States, Berlin
    • Dr. Annette Freyberg-Inan, Professeur de théorie des relations internationales, Université d’Amsterdam
    • Angelos Giannakopoulos, professeur associé DAAD d’études allemandes et européennes, Académie Kyiv-Mohyla, Ukraine.
    • Dr. Anke Giesen, membre des conseils d’administration de Memorial International et de Memorial Deutschland, Berlin
    • Witold Gnauck, historien, directeur général de la Fondation scientifique germano-polonaise, Francfort (Oder)
    • Gustav C. Gressel, Senior Policy Fellow au Wider Europe Program, Conseil européen des relations étrangères, Berlin
    • Irene Hahn-Fuhr, politologue, membre du conseil d’administration du Centre pour la modernité libérale (LibMod), Berlin
    • Ralph Hälbig, spécialiste des sciences culturelles, journaliste indépendant pour ARTE et MDR, et opérateur du site Internet “Géorgie et Caucase du Sud”, Leipzig.
    • Aage Ansgar Hansen-Löve, jusqu’en 2013, professeur de philologie slave à l’université Ludwig-Maximilian de Munich.
    • Rebecca Harms, députée européenne en 2004-2019, ancienne présidente de la délégation de l’UE à l’Assemblée parlementaire EURO-NEST, Wendland
    • Ralf Haska, pasteur étranger de l’Église luthérienne allemande (EKD) à Kiev 2009-2015, Marktleuthen
    • Guido Hausmann, professeur et directeur du département d’histoire de l’Institut Leibniz de recherche sur l’Europe de l’Est et du Sud-Est (IOS), Regensburg.
    • Jakob Hauter, politologue, doctorant à la School of Slavonic and East European Studies (SSEES), University College London
    • Dr. Richard Herzinger, publiciste indépendant, auteur de livres et opérateur du site web “hold these truths”, Berlin
    • Maren Hofius, chargée de recherche au département des sciences sociales de l’université de Hambourg.
    • Mieste Hotopp-Riecke, directrice de l’Institut d’études caucasiennes, tatares et turques (ICATAT), Magdebourg.
    • Hubertus F. Jahn, professeur d’histoire de la Russie et du Caucase, Université de Cambridge, Angleterre.
    • Dr. Kerstin Susanne Jobst, professeur d’histoire de l’Europe de l’Est, Université de Vienne
    • Markus Kaiser, spécialiste des sciences sociales, président de l’Université germano-kazakh (DKU) d’Almaty de 2015 à 2018, Constance, Allemagne.
    • Dr. Christian Kaunert, professeur de sécurité internationale et titulaire de la chaire Jean Monnet, Dublin City University, Irlande
    • Dr. Sarah Kirchberger, Chef de département à l’Institut de politique de sécurité de l’Université de Kiel (ISPK)
    • Nikolai Klimeniouk, journaliste et responsable du programme Initiative Quorum à l’ONG European Exchange, Berlin
    • Gerald Knaus, lauréat du prix Karl Carstens de l’Académie fédérale de politique de sécurité (BAKS) et président de l’Initiative européenne pour la stabilité, Berlin
    • Gerd Koenen, historien, publiciste et auteur de livres dont “The Russia Complex : The Germans and the East 1900-1945”, Francfort (Main)
    • Peter Koller, directeur général de la Bahnagentur Schöneberg et auteur de livres tels que “Ukraine : Handbook for Individual Discoveries”, Berlin.
    • Joachim Krause, professeur et directeur de l’Institut de politique de sécurité de l’université de Kiel (ISPK)
    • Cornelius Ochmann, politologue, directeur général de la Fondation pour la coopération germano-polonaise, Varsovie/Berlin
    • Dr. Otto Luchterhandt, ancien professeur de droit public et de droit de l’Europe de l’Est, Université de Hambourg
    • Carlo Masala, professeur de politique internationale à l’université des forces armées fédérales de Munich.
    • Markus Meckel, ministre des Affaires étrangères de la RDA en 1990, député de 1990 à 2009, et président du Conseil allemand de la Fondation pour la coopération germano-polonaise, Berlin
    • Johanna Möhring, chargée de recherche à la chaire Henry Kissinger pour la sécurité et les études stratégiques, Université de Bonn
    • Michael Moser, professeur de linguistique slave et de philologie textuelle, Université de Vienne
    • Andrej Novak, politologue, cofondateur de l’Alliance pour une Russie démocratique et libre ainsi que de “Russia Uncensored Deutsch”, Nuremberg.
    • Barbara von Ow-Freytag, politologue, membre du conseil d’administration du Centre de la société civile de Prague.
    • Susanne Pocai, historienne, auteur de livres et membre du personnel de la faculté des sciences de la vie de l’université Humboldt de Berlin.
    • Ruprecht Polenz, député de 1994 à 2013, depuis 2013 président de l’Association allemande pour les études est-européennes (DGO), Münster
    • Detlev Preusse, politologue, auteur de livres et ancien chef du programme de soutien aux étrangers de la Fondation Konrad Adenauer, Hambourg.
    • Manfred Quiring, auteur de livres et ancien correspondant en Russie du “Berliner Zeitung”, “Die Welt” et “Zürcher Sonntagszeitung”, Hohen Neuendorf.
    • Waleria Radziejowska-Hahn, membre du conseil consultatif et ancienne directrice générale du Forum Lew Kopelew, Cologne
    • Dr. Oliver Reisner, professeur d’études européennes et caucasiennes, Ilia State University, Tbilissi, Géorgie
    • Felix Riefer, politologue, auteur de livres et membre du conseil consultatif du Forum Lew Kopelew, Bonn.
    • Christina Riek, traductrice-interprète, coordinatrice du projet et membre du conseil d’administration de Memorial Deutschland, Berlin.
    • Stefan Rohdewald, professeur d’histoire de l’Europe de l’Est et du Sud-Est, Université de Leipzig.
    • Grzegorz Rossoliński-Liebe, chercheur au département d’histoire et d’études culturelles de l’Université libre de Berlin.
    • Sebastian Schäffer, politologue, auteur de livres et directeur général de l’Institut pour la région du Danube et l’Europe centrale (IDM), Vienne.
    • Stefanie Schiffer, directrice générale de l’ONG European Exchange et présidente de la Plate-forme européenne pour les élections démocratiques (EPDE), Berlin.
    • Frank Schimmelfennig, professeur de politique européenne, École polytechnique fédérale de Zurich (ETH), Zurich
    • Karl Schlögel, jusqu’en 2013, professeur d’histoire de l’Europe de l’Est, Université européenne Viadrina, Francfort (Oder).
    • Winfried Schneider-Deters, économiste, auteur de livres, et chef du bureau de Kiev de la Fondation Friedrich Ebert en 1995-2000, Heidelberg
    • Werner Schulz, député en 1990-2005, député européen en 2009-2014, ancien vice-président de la commission parlementaire de coopération UE-Russie, Kuhz
    • Dr. Gerhard Simon, ancien professeur au département d’histoire de l’Europe de l’Est, Université de Cologne
    • Susanne Spahn, historienne de l’Europe de l’Est, publiciste et chercheuse associée au Vilnius Institute of Policy Analysis (VIPA), Berlin.
    • Kai Struve, professeur associé et chercheur à l’Institut d’histoire de l’université de Halle-Wittenberg.
    • Ernst-Jörg von Studnitz, ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne auprès de la Fédération de Russie de 1995 à 2002, Königswinter.
    • Sergej Sumlenny, politologue, auteur de livres et chef du bureau de Kiev de la Fondation Heinrich Böll de 2015 à 2021, Berlin.
    • Dr. Maximilian Terhalle, lieutenant-colonel (res.), professeur invité à LSE IDEAS, London School of Economics and Political Science.
    • Dr. Stefan Troebst, jusqu’en 2021, professeur d’histoire culturelle de l’Europe de l’Est, Université de Leipzig
    • Frank Umbach, chef de la recherche au Pôle européen pour le climat, l’énergie et la sécurité des ressources (EUCERS), Université de Bonn.
    • Dr. Andreas Umland (initiateur/rédacteur), analyste au Stockholm Centre for Eastern European Studies, Institut suédois des affaires internationales (UI)
    • Elisabeth Weber, spécialiste de la littérature et du théâtre, membre du conseil consultatif du Forum Lew Kopelew, Cologne.
    • Anna Veronika Wendland, chargée de recherche à l’Institut Herder de recherche historique sur l’Europe centrale et orientale, Marbourg.
    • Alexander Wöll, professeur de culture et de littérature d’Europe centrale et orientale, Université de Potsdam.
    • Susann Worschech, chargée de recherche à l’Institut d’études européennes, Université européenne Viadrina, Francfort (Oder).

Voir par ailleurs:

L’élargissement de l’OTAN et la Russie: mythes et réalités
Michael Rühle
NATO Review

01 juillet 2014

Dans le discours qu’il a prononcé devant le Parlement russe, le 18 avril 2014, et dans lequel il justifiait l’annexion de la Crimée, le président Poutine a insisté sur l’humiliation subie par la Russie du fait des nombreuses promesses non tenues par l’Ouest, et notamment la prétendue promesse de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières d’une Allemagne réunifiée. Poutine touchait là, chez ses auditeurs, une corde sensible. Pendant plus de 20 ans, le récit de la prétendue « promesse non tenue » de ne pas élargir l’OTAN vers l’est a fait partie intégrante de l’identité post-soviétique. Il n’est guère surprenant, par conséquent, que ce récit ait refait surface dans le contexte de la crise ukrainienne. S’appesantir sur le passé demeure le moyen le plus commode pour nous distraire du présent.
Mais, y a-t-il quelque vérité dans ces affirmations? Au cours des dernières années, d’innombrables documents et autres matériaux d’archives ont été rendus publics, permettant aux historiens d’aller au-delà des interviews ou des autobiographies des dirigeants politiques qui étaient au pouvoir lors des évènements décisifs qui se sont produits entre la chute du mur de Berlin, en novembre 1989, et l’acceptation par les soviétiques, en juillet 1990, d’une appartenance à l’OTAN de l’Allemagne réunifiée. Pourtant, même ces nouvelles sources ne modifient pas la conclusion fondamentale: il n’y a jamais eu, de la part de l’Ouest, d’engagement politique ou juridiquement contraignant de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières d’une Allemagne réunifiée. Qu’un tel mythe puisse néanmoins apparaître ne devrait toutefois pas surprendre. La rapidité des changements politiques à la fin de la guerre froide a produit une forte dose de confusion. Ce fut une époque propice à l’émergence des légendes.

Le mythe de la « promesse non tenue » tire ses origines de la situation politique sans précédent dans laquelle se sont trouvés en 1990 les acteurs politiques clés, et qui a façonné leurs idées sur le futur ordre européen. Les politiques de réforme entreprises par l’ancien dirigeant de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, avaient depuis longtemps échappé à tout contrôle, les États baltes réclamaient leur indépendance, et des signes de bouleversements commençaient à apparaître dans les pays d’Europe centrale et orientale. Le mur de Berlin était tombé; l’Allemagne avait entamé son chemin vers la réunification. Toutefois, l’Union soviétique existait encore, tout comme le Pacte de Varsovie, dont les pays membres d’Europe centrale et orientale n’évoquaient pas une adhésion à l’OTAN, mais plutôt la « dissolution des deux blocs ».
Ainsi, le débat autour de l’élargissement de l’OTAN s’est déroulé exclusivement dans le contexte de la réunification allemande. Au cours de ces négociations, Bonn et Washington ont réussi à assouplir les réserves soviétiques quant au maintien dans l’OTAN d’une Allemagne réunifiée. Une aide financière généreuse et la conclusion du Traité « 2+4 » excluant le stationnement de forces OTAN étrangères sur le territoire de l’ex-Allemagne de l’Est ont contribué à ce résultat. Cette réussite a toutefois été, aussi, le résultat d’innombrables conversations personnelles au cours desquelles Gorbatchev et d’autres dirigeants soviétiques ont été assurés que l’Ouest ne profiterait pas de la faiblesse de l’Union soviétique et de sa volonté de retirer ses forces armées d’Europe centrale et orientale.

Ce sont peut-être ces conversations qui ont pu donner à certains politiciens soviétiques l’impression que l’élargissement de l’OTAN, dont le premier acte fut l’admission de la République tchèque, la Hongrie et la Pologne en 1999, avait constitué un manquement à ces engagements occidentaux. Certaines déclarations d’hommes politiques occidentaux – et en particulier du ministre allemand des Affaires étrangères, Hans Dietrich Genscher, et de son homologue américain, James A. Baker – peuvent en fait être interprétées comme un rejet général de tout élargissement de l’OTAN au-delà de l’Allemagne de l’Est. Toutefois, ces déclarations ont été faites dans le contexte des négociations sur la réunification allemande, et leurs interlocuteurs soviétiques n’ont jamais exprimé clairement leurs préoccupations. Au cours des négociations décisives à « 2+4 », qui ont finalement conduit Gorbatchev à accepter, en juillet 1990, que l’Allemagne réunifiée demeure au sein de l’OTAN, la question n’a jamais été soulevée. L’ancien ministre soviétique des affaires étrangères, Édouard Chevardnadze, devait déclarer plus tard que les protagonistes de cette époque ne pouvaient même pas imaginer une dissolution de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie et l’admission au sein de l’OTAN des anciens membres de ce Pacte.

Mais, même si l’on devait supposer que Genscher et d’autres auraient en effet cherché à prévenir un futur élargissement de l’OTAN afin de respecter les intérêts de sécurité de l’URSS, ils n’auraient jamais pu le faire. La dissolution du Pacte de Varsovie et la fin de l’Union soviétique, en 1991, ont ensuite créé une situation complètement nouvelle, puisque les pays d’Europe centrale et orientale se trouvaient finalement en mesure d’affirmer leur souveraineté et de définir leurs propres objectifs de politique étrangère et de sécurité. Ces objectifs étant centrés sur l’intégration à l’Ouest, tout refus catégorique de l’OTAN aurait signifié une continuation de facto de la division de l’Europe suivant les lignes établies précédemment au cours de la guerre froide. Le droit de choisir sa propre alliance, garanti par la Charte d’Helsinki de 1975, en aurait été nié – une approche que l’Ouest n’aurait jamais pu soutenir, ni politiquement, ni moralement.

Le casse-tête de l’élargissement de l’OTAN

L’absence d’une promesse de ne pas élargir l’OTAN signifie-t-elle que l’Ouest n’a jamais eu aucune obligation vis-à-vis de la Russie? La politique d’élargissement des institutions occidentales s’est-elle poursuivie sans aucune prise en compte des intérêts de la Russie? Ici encore, les faits racontent une autre histoire. Ils démontrent aussi, toutefois, que les deux objectifs parallèles – admission des pays d’Europe centrale et orientale au sein de l’OTAN et développement d’un « partenariat stratégique » avec la Russie – étaient beaucoup moins compatibles en pratique qu’en théorie.

Lorsque le débat sur l’élargissement de l’OTAN a débuté sérieusement, vers 1993, sous la pression croissante des pays d’Europe centrale et orientale, il s’est accompagné de sérieuses controverses. Dans les milieux universitaires, en particulier, certains observateurs ont exprimé leur opposition à l’admission de nouveaux membres au sein de l’OTAN, car elle aurait inévitablement pour effet de contrarier la Russie et pourrait compromettre les résultats positifs ayant suivi la fin de la guerre froide. En fait, dès le début du processus d’élargissement de l’OTAN entamé après la fin de la guerre froide, le souci premier des occidentaux a été de trouver les moyens de concilier ce processus et les intérêts de la Russie. C’est pourquoi l’OTAN a rapidement cherché à créer un contexte de coopération propice à l’élargissement et à développer, dans le même temps, des relations spéciales avec la Russie. En 1994, le programme de « Partenariat pour la paix » a instauré une coopération militaire avec pratiquement tous les pays de la zone euro-atlantique. En 1997, l’Acte fondateur OTAN-Russie créait le Conseil conjoint permanent, un cadre spécialement consacré à la consultation et à la coopération. L’année 2002, au cours de laquelle les Alliés ont préparé la nouvelle grande phase d’élargissement, a été aussi celle de la création du Conseil OTAN-Russie, donnant à cette relation une focalisation et une structure renforcées. Ces diverses mesures s’inscrivaient dans le cadre d’autres efforts déployés par la communauté internationale pour attribuer à la Russie la place qui lui revient, en l’admettant au sein du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale, du G7 et de l’Organisation mondiale du commerce.
La nécessité d’éviter de contrarier la Russie a également été évidente dans la manière dont l’élargissement de l’OTAN est intervenu dans le domaine militaire. En 1996, les Alliés déclaraient que, dans les circonstances actuelles, ils n’avaient « aucune intention, aucun projet et aucune raison de déployer des armes nucléaires sur le territoire de nouveaux membres ». Cette déclaration a été intégrée, en 1997, à l’Acte fondateur OTAN-Russie, ainsi que des références du même ordre à d’importantes forces de combat et à l’infrastructure. Cette approche militaire « douce » du processus d’élargissement devait envoyer à la Russie le signal suivant: le but de l’élargissement de l’OTAN n’est pas « l’encerclement » militaire de la Russie, mais l’intégration de l’Europe centrale et orientale dans un espace atlantique de sécurité. Autrement dit, la méthode était le message.

La Russie n’a jamais interprété ces faits nouveaux avec autant de bienveillance que l’espérait l’OTAN. Pour le ministre russe des Affaires étrangères, M. Primakov, la signature de l’Acte fondateur OTAN-Russie en 1997 servait simplement à « limiter les dégâts »: la Russie n’ayant aucun moyen de faire obstacle à l’élargissement de l’OTAN, elle pouvait aussi bien prendre ce que les Alliés étaient disposés à offrir, même au risque de sembler donner son acquiescement au processus d’élargissement. La contradiction fondamentale de toutes les instances OTAN-Russie – où la Russie siège et peut participer à la décision sur les questions clés mais ne peut pas exercer de véto – n’a pas pu être surmontée.
Ces faiblesses institutionnelles paraissaient dérisoires par rapport aux véritables conflits politiques. L’intervention militaire de l’OTAN dans la crise du Kosovo a été interprétée comme un coup de force géopolitique mené par un camp occidental déterminé à marginaliser la Russie et son statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’approche de l’OTAN en matière de défense antimissile, bien que dirigée contre des pays tiers, a été interprétée par la Russie comme une tentative de compromettre sa capacité de seconde frappe nucléaire. Pire encore, la « Révolution orange » en Ukraine et la « Révolution des roses » en Géorgie ont porté au pouvoir des élites qui envisageaient l’avenir de leurs pays respectifs au sein de l’UE et de l’OTAN.

Dans un tel contexte, les arguments des occidentaux quant au caractère bienveillant de l’élargissement de l’OTAN n’ont jamais eu – et n’auront probablement jamais – un très grand poids. Demander à la Russie de reconnaître le caractère inoffensif de l’élargissement de l’OTAN néglige un point tout à fait essentiel: l’élargissement de l’OTAN – tout comme celui de l’Union européenne – est conçu comme un projet d’unification du continent. Il ne comporte par conséquent pas de « point final » susceptible d’une définition convaincante, que le point de vue adopté soit intellectuel ou moral. Autrement dit, et précisément parce que les processus respectifs d’élargissement des deux organisations ne sont pas conçus comme des projets antirusses, ils n’ont pas de limites et – paradoxalement – sont inévitablement perçus par la Russie comme un assaut permanent contre son statut et son influence. Tant que la Russie se dérobera à un débat honnête sur les raisons pour lesquelles un si grand nombre de ses voisins cherchent à se rapprocher de l’Ouest, cela ne changera pas – et la relation OTAN-Russie demeurera hantée par les mythes du passé au lieu de se tourner vers l’avenir.

Voir aussi:

Quand la Russie rêvait d’Europe

« L’OTAN ne s’étendra pas d’un pouce vers l’est « 

«Ils nous ont menti à plusieurs reprises, ils ont pris des décisions dans notre dos, ils nous ont mis devant le fait accompli. Cela s’est produit avec l’expansion de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord [OTAN] vers l’est, ainsi qu’avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières. » Dans son discours justifiant l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie, le 18 mars 2014, le président Vladimir Poutine étale sa rancœur envers les dirigeants occidentaux.

Peu après, la Revue de l’OTAN lui répond par un plaidoyer visant à démonter ce « mythe » et cette « prétendue promesse » : « Il n’y a jamais eu, de la part de l’Ouest, d’engagement politique ou juridiquement contraignant de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières d’une Allemagne réunifiée », écrit M. Michael Rühle, chef de la section sécurité énergétique (1). En précisant « juridiquement contraignant », il révèle le pot aux roses. Des documents récemment déclassifiés (2) permettent de reconstituer les discussions de l’époque et de prendre la mesure des engagements politiques occidentaux envers M. Mikhaïl Gorbatchev en échange de ses initiatives pour mettre fin à la guerre froide.

Dès son arrivée à la tête de l’Union soviétique, en 1985, M. Gorbatchev encourage les pays du pacte de Varsovie à entreprendre des réformes et renonce à la menace d’un recours à la force (lire « Quand la Russie rêvait d’Europe »). Le 13 juin 1989, il signe même avec Helmut Kohl, le chancelier de la République fédérale d’Allemagne (RFA), une déclaration commune affirmant le droit des peuples et des États à l’autodétermination. Le 9 novembre, le mur de Berlin tombe. Une fois l’euphorie passée, les questions économiques deviennent pressantes dans toute l’Europe centrale. Les habitants de la République démocratique allemande (RDA) aspirent à la prospérité de l’Ouest, et un exode menace la stabilité de la région. Le débat sur les réformes économiques devient très rapidement un débat sur l’union des deux Allemagnes, puis sur l’adhésion de l’ensemble à l’OTAN. Le président français François Mitterrand accepte l’évolution, pourvu qu’elle se fasse dans le respect des frontières, de manière démocratique, pacifique, dans un cadre européen (3)… et que l’Allemagne approuve son projet d’union monétaire. Tous les dirigeants européens se disent avant tout soucieux de ménager M. Gorbatchev.

L’administration américaine soutient le chancelier allemand, qui avance à marche forcée. À Moscou, le 9 février 1990, le secrétaire d’État américain James Baker multiplie les promesses devant Édouard Chevardnadze, le ministre des affaires étrangères soviétique, et M. Gorbatchev. Ce dernier explique que l’intégration d’une Allemagne unie dans l’OTAN bouleverserait l’équilibre militaire et stratégique en Europe. Il préconise une Allemagne neutre ou participant aux deux alliances — OTAN et pacte de Varsovie —, qui deviendraient des structures plus politiques que militaires. En réponse, M. Baker agite l’épouvantail d’une Allemagne livrée à elle-même et capable de se doter de l’arme atomique, tout en affirmant que les discussions entre les deux Allemagnes et les quatre forces d’occupation (États-Unis, Royaume-Uni, France et URSS) doivent garantir que l’OTAN n’ira pas plus loin : « La juridiction militaire actuelle de l’OTAN ne s’étendra pas d’un pouce vers l’est », affirme-t-il à trois reprises.

« En supposant que l’unification ait lieu, que préférez-vous ?, interroge le secrétaire d’État. Une Allemagne unie en dehors de l’OTAN, absolument indépendante et sans troupes américaines ? Ou une Allemagne unie gardant ses liens avec l’OTAN, mais avec la garantie que les institutions ou les troupes de l’OTAN ne s’étendront pas à l’est de la frontière actuelle ? » « Notre direction a l’intention de discuter de toutes ces questions en profondeur, lui répond M. Gorbatchev. Il va sans dire qu’un élargissement de la zone OTAN n’est pas acceptable. » « Nous sommes d’accord avec cela », conclut M. Baker.

Le lendemain, 10 février 1990, c’est au tour de Kohl de venir à Moscou pour rassurer M. Gorbatchev : « Nous pensons que l’OTAN ne devrait pas élargir sa portée, assure le chancelier d’Allemagne occidentale. Nous devons trouver une résolution raisonnable. Je comprends bien les intérêts de l’Union soviétique en matière de sécurité. » M. Gorbatchev lui répond : « C’est une question sérieuse. Il ne devrait y avoir aucune divergence en matière militaire. Ils disent que l’OTAN va s’effondrer sans la RFA. Mais, sans la RDA, ce serait aussi la fin du pacte de Varsovie… »

Face au réalisateur américain Oliver Stone, en juillet 2015, M. Poutine esquisse un rictus en évoquant cet épisode majeur de l’histoire des relations internationales : « Rien n’avait été couché sur le papier. Ce fut une erreur de Gorbatchev. En politique, tout doit être écrit, même si une garantie sur papier est aussi souvent violée. Gorbatchev a seulement discuté avec eux et a considéré que cette parole était suffisante. Mais les choses ne se passent pas comme cela (4)  ! »

L’histoire galope. Tous les régimes d’Europe centrale sont tombés. Les seuls gages solides qui restent à l’URSS dans les négociations sont les accords de Potsdam d’août 1945 et la présence de 350 000 soldats soviétiques sur le sol allemand. M. Baker se rend à nouveau à Moscou le 18 mai 1990 pour démontrer à M. Gorbatchev que ses positions sont prises en compte : « L’OTAN va évoluer pour devenir davantage une organisation politique. (…) Nous nous efforçons, dans divers forums, de transformer la CSCE [Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, future OSCE] en une institution permanente qui deviendrait une pierre angulaire d’une nouvelle Europe. » M. Gorbatchev le prend au mot : « Vous dites que l’OTAN n’est pas dirigée contre nous, qu’il s’agit seulement d’une structure de sécurité qui s’adapte à la nouvelle réalité. Nous allons donc proposer de la rejoindre. »

Mitterrand rencontre M. Gorbatchev le 25 mai 1990 à Moscou et lui déclare : « Je tiens à vous rappeler que je suis personnellement favorable au démantèlement progressif des blocs militaires. » Il ajoute : « Je l’ai toujours dit : la sécurité européenne est impossible sans l’URSS. Non parce que l’URSS serait un adversaire doté d’une armée puissante, mais parce que c’est notre partenaire. » Le président français écrit dans la foulée à son homologue américain que l’hostilité de M. Gorbatchev à la présence de l’Allemagne unifiée dans l’OTAN ne lui paraît « ni feinte ni tactique », en précisant que le dirigeant soviétique « n’a plus guère de marge de manœuvre ».

Malgré la dégradation économique, M. Gorbatchev raffermit son pouvoir. Ayant été élu président de l’URSS en mars, il écarte les conservateurs lors du Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique qui se tient début juillet. Le dernier acte politique se joue le 16 juillet, dans le village montagnard d’Arhiz, dans le nord du Caucase. En échange du retrait des troupes soviétiques de la future Allemagne unie et membre de l’OTAN, Kohl s’engage devant M. Gorbatchev à accepter les frontières de 1945 (ligne Oder-Neisse), à n’avoir aucune revendication territoriale, à diminuer presque de moitié les effectifs de la Bundeswehr, à renoncer à toute arme ABC (atomique, bactériologique ou chimique) et à verser une substantielle « aide au départ ».

L’accord est scellé dans le traité sur la réunification de l’Allemagne signé le 12 septembre 1990 à Moscou. Mais ce texte n’aborde la question de l’extension de l’OTAN qu’à propos du territoire de l’ancienne RDA après le retrait des troupes soviétiques : « Des forces armées et des armes nucléaires ou des vecteurs d’armes nucléaires étrangers ne seront pas stationnés dans cette partie de l’Allemagne et n’y seront pas déployés (5).  » À la dernière minute, les Soviétiques renâclent. Pour obtenir leur signature, les Allemands ajoutent un avenant précisant que « toutes les questions concernant l’application du mot “déployés” (…) seront tranchées par le gouvernement de l’Allemagne unie d’une manière raisonnable et responsable prenant en compte les intérêts de sécurité de chaque partie contractante. » Aucun texte ne fixe le sort des autres pays du pacte de Varsovie.

Début 1991, les premières demandes d’adhésion à l’OTAN arrivent de Hongrie, de Tchécoslovaquie, de Pologne et de Roumanie. Une délégation du Parlement russe rencontre le secrétaire général de l’OTAN. Manfred Wörner lui affirme que treize membres du conseil de l’OTAN sur seize se prononcent contre un élargissement, et ajoute : « Nous ne devrions pas permettre l’isolement de l’URSS. »

Ancien conseiller de M. Gorbatchev, M. Andreï Gratchev comprend les motivations des pays d’Europe centrale « tout juste affranchis de la domination soviétique » et ayant toujours en mémoire les « ingérences » de la Russie tsariste. En revanche, il déplore la « vieille politique du “cordon sanitaire” » qui conduira par la suite à un élargissement de l’OTAN à tous les anciens pays du pacte de Varsovie, et même aux trois anciennes républiques soviétiques baltes : « La position des faucons américains est bien moins admissible, révélant une profonde ignorance de la réalité et une incapacité à sortir des carcans idéologiques de la guerre froide (6). « 

Voir par ailleurs:

La gauche européenne accuse Tallinn d’instrumentaliser sa présidence

La présidence estonienne du Conseil organise une conférence sur « l’héritage dans l’Europe du 21e siècle des crimes commis par les régimes communistes ». La gauche européenne dénonce un amalgame politique.

La conférence organisée par Tallinn sur les régimes communistes n’est pas passée inaperçue. Le groupe parlementaire de gauche GUE/NGL accuse l’Estonie de politiser sa présidence, et le ministre grec de la Justice a indiqué qu’il boycotterait l’événement.

La présidence estonienne a annoncé que l’événement, auquel participeront les ministres de la Justice ou leurs représentants, sera dédié à la journée européenne du souvenir des victimes de tous les régimes totalitaires et autoritaires, instaurée en 2009 lors de l’adoption d’une résolution sur la conscience européenne et le totalitarisme.

Le groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) a fermement condamné l’événement, considéré comme manipulateur et d’« insulte à la mémoire historique européenne ».

« Alors que l’extrême droite et les néonazis tirent parti des échecs des politiques européennes, comparer le communisme au nazisme est historiquement faux, dangereux et inacceptable », estiment les députés. « En outre, le fait que le gouvernement estonien décide de se concentrer sur les ‘crimes communistes’ montre clairement son intention d’utiliser la présidence tournante de l’UE à des fins idéologiques. »

Durant la Deuxième Guerre mondiale, les communistes de nombreux pays européens se sont retrouvés en tête de la lutte contre le fascisme et le nazisme. Si le régime totalitaire installé dans l’ex-URSS est appelé « communiste », la justesse de cette appellation est mise en cause. C’est même Staline, auteur d’innombrables crimes lui-même, qui a fourni le plus grand effort militaire contre l’Allemagne nazie.

Le groupe GUE/NGL a appelé les ministres de la Justice des États membres, surtout ceux qui appartiennent à des gouvernements progressistes, à boycotter l’événement, comme l’a fait le gouvernement grec.

« En cette période où les valeurs fondamentales de l’UE sont ouvertement remises en question par la montée des mouvements d’extrême droite et des partis néonazis en Europe, cette initiative est très maladroite », aurait déclaré Stavros Kontonis, ministre de la Justice du gouvernement de gauche de Syriza, qui ne participera pas à la conférence.

« L’organisation d’une conférence sur ce thème spécifique, avec ce titre spécifique, envoie un message politique faussé et dangereux […] ranime l’esprit de la Guerre froide, qui a tant fait souffrir l’Europe, contredit les valeurs de l’UE et ne reflète certainement pas les vues du gouvernement et du peuple grecs : le nazisme et le communisme ne devraient jamais être considérés comme similaires », a-t-il renchéri.

Il souligne que les « horreurs » vécues durant la période nazie n’ont qu’une version, terrible, alors que « le communisme, au contraire, a donné naissance à des dizaines de tendances idéologiques, dont l’eurocommunisme ».

Faudrait-il exacerber les divisions de nos sociétés en vilipendant les anciens régimes ? Sur ce point, les États membres qui ont connu le communisme sont divisés.

L’an dernier, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Roumanie ont publié une critique des nations qui célébraient leur Histoire communiste. En Bulgarie, à l’inverse, un monument a été récemment érigé en l’honneur de Todor Zhivkov, personnalité forte de l’ère communiste, dans sa ville natale de Pravets, et est régulièrement visité par des dirigeants socialistes.

Contactée par Euractiv, Katrin Lunt, porte-parole du ministère estonien de la Justice, a rappelé que dans le pays, le régime stalinien avait fait des dizaines de milliers de victimes, même après la fin de la guerre. Les crimes commis par le régime soviétique ont laissé des traces encore visibles dans le pays, a-t-elle assuré.

La porte-parole a également indiqué que Tallinn avait déjà organisé une conférence sur le sujet en 2015. « La conférence qui a lieu le 23 août à Tallinn est dédiée à l’enquête sur l’héritage laissé par les crimes commis par le régime communiste. Il s’agit de l’expérience estonienne, partagée par les autres pays baltes et certains autres États d’Europe de l’Est. Du point de vue estonien, cette période ne s’est terminée qu’il y a 26 ans », a-t-elle expliqué.


Séries/Le Serpent: Moi, ce qui m’intéressait, c’est le ringard qui fait tomber le roi du cool (No sympathy for the devil: Eschewing the easy glorification of the self-promoting hip king, the BBC/Netflix’s miniseries thankfully chooses to honor the dogged determination of the Dutch junior diplomat who helped capture him)

18 mai, 2021

Dutch junior diplomat Herman Knippenberg (with Nadine and Rémy Gires, 1970s)Charles Sobraj (with Marie-Andrée Leclerc, 1986)
Charles Sobhraj - Ma ThailandeMarie-Andrée Leclerc, pensive, en entrevue à son retour au Québec.The Serpent vs. the True Story of Serial Killer Charles Sobhraj

And I laid traps for troubadours / Who get killed before they reached Bombay. Mick Jagger (Sympathy for the devil, 1968)
I thought it was a really odd thing, because it was only one song, after all. It wasn’t like it was a whole album, with lots of occult signs on the back. People seemed to embrace the image so readily, [and] it has carried all the way over into heavy metal bands today. Mick Jagger
I don’t have no sympathy for the devil. I like the beat of the song but I never identify with the lyric. Jagger and Richards don’t really know the full extent of what they’re talking about. If they knew what they were getting into when they sing that song they would not be doing it. The devil is not Santa Claus. He’s for real. Carlos Santana
Before, we were just innocent kids out for a good time. [Then], they’re saying, ‘They’re evil, they’re evil.’ Oh, I’m evil, really? So that makes you start thinking about evil… What is evil?… There are black magicians who think we are acting as unknown agents of Lucifer and others who think we are Lucifer. Everybody’s Lucifer. Keith Richards
‘Sympathy’ is quite an uplifting song. It’s just a matter of looking the Devil in the face. He’s there all the time. I’ve had very close contact with Lucifer – I’ve met him several times. Evil – people tend to bury it and hope it sorts itself out and doesn’t rear its ugly head. ‘Sympathy For The Devil’ is just as appropriate now, with 9/11. There it is again, big time. When that song was written, it was a time of turmoil. It was the first sort of international chaos since World War II. And confusion is not the ally of peace and love. You want to think the world is perfect. Everybody gets sucked into that. And as America has found out to its dismay, you can’t hide. You might as well accept the fact that evil is there and deal with it any way you can. Sympathy for the Devil is a song that says, Don’t forget him. If you confront him, then he’s out of a job. Keith Richards (2002)
The line, « And I laid traps for troubadours who get killed before they reach Bombay » possibly refers to the notorious Thuggee cult, who worshiped Kali, the Hindu goddess of death. They would waylay travelers on the roads of India, then kill the entire group in order to make off with their valuables. This seems to be the closest well known historical incident to fit the lyrics. Also, the Thuggee would have been well known in England, since the British Army put a stop to the cult during the colonial period. Another interpretation is that the line refers to the hippies who traveled the « Hippie trail, » a passage through Turkey, Afghanistan, India and a few other countries that was popular in the counterculture community. Many of these travellers were killed and ripped off by drug peddlers in Afghanistan and Pakistan. Those shady deals could be the « traps ». Songfacts
Travelling in a fried-out Kombi, on a hippie trail, head full of zombie. Men at work (Down under, 1981)
Fried out Kombi – a broken-down van. The lyrics are often translated as « Combie, » but the correct spelling is Kombi. It came from the VW Kombivan which was very popular in the ’60s and early ’70s, especially with surfers and hippies. Head full of Zombie – Zombie was a particularly strong batch of marijuana which was floating around Australia for a long time. People called it « Zombie Grass. » Songfacts
The opening couplet borders, on first listen, on the incomprehensible – but it sets the tone if you decode the language. « Travelling in a fried-out Kombi, » it begins, « on a hippy trail, head full of zombie. » Huh? « Kombi » might be an unfamiliar word, but the Kombinationskraftwagen – aka the trusty old VW camper van – is a familiar symbol of easy-going hippiedom. The « hippy trail » is the path trod by many a dropout in the 1960s and 70s, taking free-wheeling Aussies and others on variants of the route between Istanbul and Kathmandu. And « zombie »? David Dale at the Sydney Morning Herald says this is a « drug reference » – zombie apparently being a potent strain of marijuana (on occasion laced with angel dust). So two lines in, and we’re on a trip, other stops including Brussels and some kind of « den in Bombay » where, for whatever reason, the narrator is left « with a slack jaw and not much to say ». BBC
J’étais venu à Delhi avec une vague théorie de Charles comme enfant du colonialisme se vengeant de la contre-culture. Au lieu de cela, j’ai été ébloui par un brillant psychopathe. Richard Neville
Le fait que de jeunes occidentaux non avertis voyageaient brusquement en Asie en grand nombre et avaient une culture hippie de faire confiance à tout le monde lui fournissait une cible telement facile. L’utilisation culturelle de la marijuana rendait tout le monde un peu trop détendu. Julie Clarke
La légende lui prête mille forfaits, mais, à supposer qu’il les ait commis, ils datent de plus de vingt ans, et sont donc prescrits. Me Jacques Vergès
C’est une très vieille idée, j’aurais pu le rencontrer dans les années 70 quand j’allais là-bas, à Goa. J’étais même tombé sur un Belge qui est l’un des rares à avoir roulé Sobhraj. Au moment où je laissais tomber, Sobhraj m’a appelé. [Je veux faire une fiction]  mais pas un film provocateur: je me mets à la place des Salomon, qui ont du mal à admettre que Sobhraj puisse gagner de l’argent avec le récit de ses crimes. Mais c’est l’époque qui est ainsi faite. (…) Sobhraj a quand même une vie peu commune, il est à la fois attirant et repoussant. Intelligent. Manipulateur. C’est un joueur d’échecs. Yves Rénier
La hippie trail est une expression anglo-saxonne (littéralement la piste hippie) utilisée pour décrire le trajet parcouru par les hippies dans les années 1960 et 1970, de l’Europe vers l’Asie et inversement. Ce type de voyage a connu un renouveau au début du XXIe siècle avec les néo-hippies. Le but de ces pérégrinations pouvait être l’envie de découvrir et d’adopter le mode de vie et les philosophies asiatiques, mais le voyage (trip) était aussi motivé par le simple refus de la vie sédentaire. Volontairement entrepris avec des moyens limités, il se terminait parfois dans l’extrême pauvreté. Le 5 août 1970, le Times titrait « Des hippies mendient comme des chiens en Afghanistan ». La frontière de l’Afghanistan marque alors l’entrée dans une zone où le haschisch est en vente libre et où des jeunes Occidentaux sombrent dans la consommation de drogues dures, même si ce cliché est loin d’être une généralité. Certains poursuivent leur exploration ethnographique jusqu’à « La Mecque » des routards, Katmandou, au Népal, particulièrement sa Freak Street (littéralement « rue des marginaux ») où convergent plusieurs milliers d’enfants fleurs (flower children) à partir de 1966. Pour les moins fortunés ou les moins débrouillards, le voyage peut avoir pour but les Baléares, le Maroc ou même Amsterdam. Dans les années 2000 et 2010, en raison de l’augmentation du tarif des vols à bas prix (dits low-cost), de nouveaux trajets sont parcourus par des routards néo-hippies, comme le Banana Pancake Trail (en) en Asie, le Gringo Trail (en) en Amérique du Sud, ou l’Afrique du Nord et le Proche-Orient (Maroc, Tunisie, Liban, Turquie, etc.). Wikipedia
Le Serpent (The Serpent) est une mini-série policière britannique en huit parties d’environ 56 minutes chacune, créée par Richard Warlow et Toby Finlay et diffusée du 1er janvier au 14 février 2021 sur BBC One, puis mise en ligne le 2 avril 2021 sur Netflix. Elle est basée sur l’histoire du tueur en série français, Charles Sobhraj, qui a assassiné de jeunes touristes entre 1975 et 1976 dans le sud-est asiatique. Au milieu des années 1970, à Bangkok, la série suit l’histoire du tueur en série Charles Sobhraj et de sa complice Marie-Andrée Leclerc.  Sous les faux noms d’Alain et Monique Gautier, le couple se fait passer pour des diamantaires et revend des pierres précieuses volées à des touristes. Ils droguent, volent et tuent de jeunes hippies routards, leur subtilisant leur passeport et leur argent. Herman Knippenberg, un diplomate néerlandais, commence à enquêter sur les meurtres de touristes néerlandais et découvre des indices menant à Sobhraj. Wikipedia
Le personnage, c’est typiquement le type de profil qu’on va retrouver chez les gourous de secte par exemple. Il a une sorte de don oratoire qui facilite le contact avec les gens. C’est aussi une histoire de couple, ce type d’emprise : il faut ce gourou avec cette capacité d’approcher l’autre, mais ça ne marcherait pas avec n’importe qui. Ce sont souvent des gens vulnérables. Comme dans les sectes. Parce que ce sont des gens qui sont en quête d’identité, de rencontres… Et la facilité pour lui, c’est de prendre des backpackers. Ça existe toujours aujourd’hui d’ailleurs. J’ai eu l’occasion d’en rencontrer il n’y a pas longtemps en voyage au Cambodge, et ce qu’il ressort à chaque fois dans le discours, c’est une quête de sens et d’identité. C’est ce qu’on retrouve chez les adeptes de sectes, quel que soit l’âge ou le niveau social. C’est à un moment donné, un besoin de comprendre la vie, pourquoi, qui on est… Et je pense que ce type de personnage arrive à les manipuler à travers cette quête. Après, le personnage ne les garde pas longtemps, juste assez pour les droguer et les dépouiller. (…) Je ne sais pas vraiment comment ça se passait dans les années 1970 mais quand on voyage, on est toujours un peu en garde. Là, vous rencontrez quelqu’un qui vous rappelle chez vous et qui en joue dans la série. Ça permet une sorte de jeu d’identification entre la victime et l’agresseur. (…) ce n’est pas la mise à mort qui lui plaît. C’est ce que l’on nomme dans le métier un « meurtre utilitaire ». C’est ce qui va permettre de couvrir un autre crime, en l’occurrence celui de les voler et de les dépouiller. Michel Fourniret, par exemple, avait fini par faire ça. Au début, c’était un violeur et il a fini par commettre des meurtres utilitaires : ce qu’il voulait, c’était violer et pas tuer ; mais on tue pour ne pas risquer d’avoir des plaintes et d’être recherché. Mais il y a cette facilité de se dire que ces gens sont à 20 000 km de chez eux. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, pas d’internet. On ne connaissait pas toujours son itinéraire et on donnait des nouvelles une fois par mois. Aujourd’hui, ça serait moins facile. Ce qui ressort dans la série, c’est qu’il y a une vraie haine de ce que représentent ces jeunes-là. Ces jeunes, finalement, qu’il aurait aimé être. Il est né d’une bonne famille mais il aurait aimé naître occidental, avoir l’apparence d’un occidental pour être accepté. (…) cet argument, c’est son mobile. Son mobile conscient en tous cas pour passer à l’acte. Pour les voler et les tuer. De toute manière, il y a un côté très psychopathe chez lui dans le sens où la vie de l’autre n’a pas de valeur à ses yeux. Donc pourquoi pas les supprimer ? Les laisser en vie, ça lui fait prendre des risques. (…) Mais il y a aussi la provocation] qu’on retrouve chez les psychopathes qui sont tueurs en série. C’est un sentiment de toute-puissance. Aux Etats-Unis, plus souvent que chez nous, beaucoup se sont amusés à jouer avec la police. Ce que fait Fourniret encore aujourd’hui avec Estelle Mouzin, c’est un besoin de contrôler l’autre. C’est avec ça qu’ils jouissent. [Jusqu’à aller se jeter dans la gueule du loup] ce qu’ont fait plusieurs tueurs en série, persuadés de ne pas être pris et d’être plus forts. C’est pour montrer cette toute-puissance que certains ont acquise vis-à-vis de la police, de l’Etat et de la société. Etant sûrs d’être imprenables. Sobhraj, en plus, s’était évadé plusieurs fois donc il est possible qu’il se soit dit : « Même si je me fais arrêter, j’arriverais peut-être à nouveau à m’évader… » C’est une hypothèse. Seul un entretien avec lui pourrait permettre d’éclairer ses motivations. Mais je pense en tous cas que c’est guidé par ce sentiment de toute puissance et d’être inarrêtable. Emma Oliveira (psychocriminologue)
Au Québec, Le Serpent fait surtout jaser pour l’accent québécois invraisemblable de son actrice principale, la Britannique Jenna Coleman. Mis à part cet irritant majeur, la série britannique de huit épisodes mérite qu’on s’y intéresse.  Si le doublage ne vous incommode pas, c’est pour une fois l’option la plus sage; la version française biffe le faux accent de Jenna Coleman. Reste que «Monique» de Lévis parle alors avec un accent français mais compréhensible. À vous de voir. Richard Therrien
Là où ça se gâche, c’est dans le jeu de l’actrice choisie pour camper cette modeste secrétaire de Lévis. Jenna Coleman parle un français atroce, à la limite du compréhensible. C’est vraiment gênant et dérangeant. D’autant plus que les comédiens qui l’entourent s’expriment parfaitement dans notre langue. Au deuxième épisode, une voisine de Marie-Andrée « Monique » Leclerc à Bangkok lui confie même, en fumant une 73e cigarette, qu’elle est « beaucoup trop sophistiquée pour être une Québécoise ». Ça non plus, ça ne passe pas super bien, mettons. Hugo Dumas
Nadine Gires and her husband Remi played a vital role in helping Herman Knippenberg build a case against Charles Sobhraj. Sobhraj had been living in an apartment block in Bangkok, Thailand where he befriended his neighbours, Nadine and Remi. At the time, Sobhraj was posing as a gem dealer and his accomplice, Marie-Andrée Leclerc (Jenna Coleman) as his wife Monique.The real Nadine and Remi were unaware of Sobhraj’s murderous streak until Dominique Renelleau (Fabien Frankel) and Yannick Masy (not featured in the series) told Nadine and Remi they were being held against their will by Sobhraj and feared for their lives. Speaking to the Mirror, the real Nadine Gires reflected: « I remember meeting the Dutch couple [Two of Sobhraj’s victims Henk Bintanja, 29, and his fiancée Cornelia Hemker, 25] briefly. « I walked into Sobhraj’s apartment and he was standing over them trying to convince them to buy sapphires and rubies. He said, ‘Sorry, I am talking business with these people, can you come back later?’ “Days later I heard noises – people moaning – and asked Charles, ‘What’s that?’ He said, ‘The Dutch are sick’. « Then before Christmas, we saw photos of the burned bodies in the Bangkok Post newspaper and Yannick told me, ‘It’s the Dutch couple. He killed them’. » As seen in The Serpent, Dominque shared he had been drugged by Alain. He also admitted several young travellers had also been drugged by the Frenchman and Monique. He also revealed his suspicions, believing the other travellers had been killed. Dominique had witnessed lifeless bodies being dragged from the apartment building, matched the passports found in Sobhraj’s safe to deceased travellers found by the police, and noticed many items in the apartment belonged to missing travellers. Alongside her husband Remi, they helped Dominique escape by purchasing him an aeroplane ticket and helping him re-construct his own passport. In The Serpent, it is suggested Nadine could not go to the Thai police with the information she had as Alain was working closely with a corrupt officer who could offer him protection. Whether this is true remains unknown today. The real Nadine did visit several embassies in the area and when dutch junior diplomat, Herman Knippenberg heard reports of a woman claiming there was a killer in the area, he tracked Nadine down. At the time, Herman had been investigating the murder of dutch tourists, Henk Bintanja, 29, and his fiancée Cornelia Hemker, 25. The Daily Mail
Premièrement, l’enquête d’Herman a débuté quelques mois après les meurtres, et c’était important pour moi d’adopter son point de vue plutôt que celui de Charles Sobhraj. Beaucoup de séries récentes ont approché la figure du serial killer de l’intérieur, mais j’étais plus intéressé par l’histoire de cet homme ‘banal’ confronté au mal absolu. Et pour la relier au parcours criminel de Charles, il fallait éclater la chronologie narrative. La seconde raison, c’est que je n’avais pas envie de reléguer les victimes au second plan, comme c’est le cas d’ordinaire, mais de les approcher en tant que personnes sensibles et complexes, dont les rêves ont été brisés. (…) La jeunesse des années 1970 était travaillée par une quête spirituelle, qui passait par les drogues ou le voyage. Nous souhaitions que les spectateurs se laissent traverser par la temporalité de la série et l’esprit de l’époque, pour ensuite se raccrocher aux figure mises en scène, et non l’inverse. (…)Charles est un menteur et un meurtrier. On n’a jamais voulu le rencontrer, lui parler, ou nouer un lien quelconque avec lui. D’ailleurs, on ne saura jamais si ce qu’il a raconté à Richard Neville pour son livre était vrai ! On a décidé de l’appréhender de la même manière que les gens s’en approchaient à l’époque – Dominique, Nadine, Marie-Andrée – et d’user des différentes perspectives que ça induisait pour le cerner, sans tomber dans le piège de la fascination. Richard Warlow
La vraie vie est exaspérante, car elle ne se comporte pas comme les histoires. C’est une situation de «la réalité-plus étrange que la fiction-à-la-puissance-100. Je devais faire ce que vous faites toujours lorsque vous faites des recherches sur des histoires, c’est-à-dire faire des amalgames, allumer un feu sous certaines choses et aussi – et je n’ai jamais vécu cela auparavant – atténuer une partie de l’étrangeté. Sobhraj s’est montré très doué pour construire un faux récit sur les personnes qu’il aurait tuées. Et ce faux récit dit à peu près «Ce sont des drogués, des salauds criminels, et vous ne devriez pas vous en soucier.» Je pense que c’est la raison pour laquelle beaucoup de familles étaient si réticentes à s’impliquer dans le film. Il était extrêmement important que nous passions du temps avec eux et que nous voyions cela, plutôt que de les laisser dans l’anonymat et de renforcer ce qui était déjà un faux récit à leur sujet. (…) Quand Herman a appris que Sobhraj avait été arrêté au Népal en 2003, il prenait un cocktail, car c’était le premier jour de sa retraite. Du point de vue du dramaturge, c’est le genre de chose que si j’écrivais, je me détesterais pour cela. C’est trop beau pour être vrai. Mais vraiment, ce qui a été l’histoire de sa vie l’a appelé le jour où il avait tout abandonné. Herman était la raison pour laquelle je voulais faire le film. Vous avez deux hommes diamétralement opposés qui sont nés à quelques mois d’intervalle, qui ne se sont jamais rencontrés, mais qui ont eu cet effet révolutionnaire sur la vie de l’autre. L’un était ce roi lézard mercuriel des années 70 et l’autre était un ringard, pour utiliser la langue vernaculaire de l’époque. Moi, ce qui m’intéressait, c’est le ringard qui fait tomber le roi du cool. Il existe une version de cette émission où vous ne faites que regarder Charles tirer des merdes incroyablement diaboliques – maintes et maintes fois pendant des heures. Je n’ai jamais voulu raconter cette histoire. Je cherchais toujours à voir le processus qui a mené à son arrestation. (…) Il essaie constamment de se monétiser lui-même et son histoire, et nous étions catégoriques sur le fait que nous ne le paierions jamais. Et l’autre chose c’est que c’est un menteur compulsif, donc tout ce qu’il avait à nous dire n’aurait pas été vrai. Richard Warlow
J’ai essayé de retrouver toutes les personnes qui figurent dans l’histoire, ou leurs proches survivants s’ils n’étaient plus en vie. Construire cette recherche pour qu’elle soit aussi vaste que possible afin que nous puissions nous en inspirer – afin que nous puissions dessiner ces petits détails fins dans l’histoire qui deviennent vraiment importants pour être sûrs de les raconter de la manière la plus véridique et la plus exacte. (…) Nous avons choisi de ne pas lui parler. Julie et son mari, Richard, ont passé des heures et des heures et des heures en prison à interviewer Sobhraj et à l’enregistrer. Julie nous a donné accès à ces cassettes, ce qui nous a permis d’entendre le récit de Sobhraj sur cette période sans avoir à dialoguer directement avec lui. Sinon, tout ce qu’on aurait pu tirer de contacts directs avec quelqu’un comme Sobhraj, ça aurait été de voir comment il nous aurait menti et comment il aurait essayé de nous berner. Nous avons pu écouter ces bandes d’un point de vue plus objectif. Paul Testar
Set in 1970s Bangkok, the series, which first aired on the BBC earlier this year, follows Dutch diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle) as he investigates the disappearance of a pair of Dutch backpackers. His pursuit leads him to Sobhraj (Tahar Rahim) and his accomplices, including Marie-Andrée Leclerc (Jenna Coleman) and Ajay Chowdhury (Amesh Edireweera), who have been drugging, robbing and killing tourists on the so-called Hippie Trail. “Real life is infuriating, because it doesn’t behave in the way stories do,” says writer and producer Richard Warlow, who began working on the series in 2013 alongside director Tom Shankland. He calls it a “fact-is-stranger-than-fiction-to-the-power-of-about-100 situation”: “[I had] to do what you always do when you’re researching stories, which is do some conflations, light a fire under certain things and also — and I’ve never experienced this before — pedal back on some of the strangeness.” Coproducer Paul Testar, who joined the development process in 2014, was tasked with accumulating research to support the storytelling. He worked closely with Knippenberg, who gave the team access to his extensive files on Sobhraj, as well as with Sobhraj’s former neighbor Nadine Gires; his captive employee Dominique Renelleau (whose escape from Sobhraj is documented in the series); and Interpol’s Lt. Col. Sompol Suthimai. Knippenberg provided Leclerc’s diary, and journalist Julie Clarke, who cowrote “On the Trail of the Serpent” with her late husband, Richard Neville, gave the production hours of taped interviews with Sobhraj. “I tried to track down every single person who features in the story, or their surviving relatives if they’re no longer alive,” says Testar. “Building that research to be as huge as possible so we could draw from it — so we could draw these tiny, fine details in the story that become really important and be truthful about them and make sure we’re telling it accurately.” A few of the people involved were made into composite characters for dramatic effect, one completely fictional character was added, and timelines were condensed at points. (The show’s dialogue is imagined too.) But Testar says 80% to 90% of the series is accurate. “I don’t think any of it is historically untrue. It was more a case of leaving stuff out.”  (…) Neville and Clarke’s interviews with Sobhraj, conducted while the killer was in prison in India, were essential to the writing of “The Serpent,” especially since the production team didn’t want to involve Sobhraj directly. (Neville and Clarke’s book was originally released in 1979, which means the interviews took place shortly after the events of the series.) “We chose not to speak to him,” Testar says. “Julie and her husband, Richard, spent hours and hours and hours in prison interviewing Sobhraj and taping them. Julie gave us access to those tapes, which meant we could hear Sobhraj’s account of that period without having to engage with him directly. It felt like the only use of engaging with Sobhraj directly was to see how he’d lie to you and to see how he’d try to pull the wool over you. We were able to listen to those tapes from a more objective standpoint.” “He is constantly trying to monetize himself and his story, and we were adamant that we would never pay him,” Warlow adds. “And the other thing is, he’s a compulsive liar, so whatever he had to tell us wouldn’t have been true.” (…) Not all the victims included in “The Serpent” show up under their real names, because of requests from surviving family members. Dutch students Henricus “Henk” Bintanja and his fiancée, Cornelia “Cocky” Hemker, went missing in 1976 after staying at Sobhraj’s Kanit House apartment in Bangkok, spurring Knippenberg’s investigation, but they appear in the show as Helena Dekker and Willem Bloem. Similarly, Sobhraj’s first wife and daughter have fictional names in “The Serpent” to protect their identities. (…) In reality, Gires helped three of Sobhraj’s captives flee Bangkok, not just Renelleau. “There were two other people in that apartment at the same time,” Testar says. “We were never able to contact them or track them down. There was a feeling that dramatically, they had the same thing happening to them as to Dominique, [and] it was better to give all of it to Dominique to get under his skin as a character.” Chowdhury’s fate is left open-ended, which is factual. In the sixth episode, Sobhraj drives Chowdhury to a deserted strip of land and abandons him, although it’s unclear whether that actually happened. Chowdhury was last seen in 1976. (…) Captured in New Delhi after he drugged the members of a student tour group, Sobhraj eventually went to prison in India, serving time from 1976 to 1997. After his release, he returned to Paris and lived as something of a celebrity. He gave several prominent interviews, including to an ABC news team, and at one point, director William Friedkin signed on to direct a movie about Sobhraj starring Benicio del Toro. Then, for some reason, Sobhraj returned to Nepal, where there was an outstanding warrant for his arrest in the killings of Laurent Carrière and Connie Jo Bronzich (played by Benjamin Braz and Dasha Nekrasova, respectively). (…) Sobhraj claimed that he returned to negotiate an arms deal between the Taliban and the CIA, but it’s been speculated that his hubris was so great that he thought the warrant had expired along with the one in Thailand. It’s also possible that he craved the spotlight at any cost. Whatever the reason, Sobhraj was arrested in Kathmandu on the day of Knippenberg’s retirement — a detail left out of the final episode. “When Herman got the news that Sobhraj had been arrested in Nepal in 2003, he was having a [cocktail], because it was the first day of his retirement,” Warlow says. “From a dramatist[’s] point of view, that’s the sort of thing that if I wrote that I’d hate myself for it. It’s so on the nose. But really, what’s been the story of his life came calling for him on the day he’d given it all up.” He adds, “Herman was the reason I wanted to do this. You’ve got two diametrically opposed men who were born within months of each other, who never met each other, but had this revolutionary effect on each other’s life. One was this mercurial ‘70s lizard king and the other one was a square, to use the vernacular of the time. I was very interested in the square bringing down the hip king. There’s a version of this show where you’re just watching Charles pulling incredibly evil s— time and again for hours. I never wanted to tell that story. I was always looking to see the process by which he was caught. The LA Times
Vous avez dit revanche du ringard ?
Minisérie de près de 8 heures, format quasi-documentaire, travail massif de documentation, entretiens avec les témoins et familles des victimes, écoute de dizaines d’heures d’enregistrement de l’époque du tueur dans sa prison mais refus de lui parler directement, remarquable reconstitution à la fois des espaces et de l’époque …
Quelle mesure du temps parcouru …
Quand après bientôt 50 ans …
Quatre biographies, trois documentaires et un film indien
Et d’innombrables projets dont un d’Oliver Stone avec peut-être Robert de Niro …
Ou même de l’acteur-producteur français Yves Rénier (pour, dit-on, pas moins de 15 millions de dollars) …
La  télévision, avec la BBC et Netflix, s’attaque à nouveau à son tour …
Face sombre, entre le maléfique Charles Manson et le funeste festival d’Altamont, des années « peace and love » …
A l’histoire à la fois vraie et terrifiante …
Du tristement célèbre tueur de routards français d’origine indo-vietnamienne Charles Sobhraj
Qui après une série d’évasions de prison toutes aussi rocambolesques les unes que les autres …
Et avoir mené grand train dans sa prison indienne …
Avant sa réincarcération surprise au Népal où il est toujours …
Avait pendant six ans défrayé la chronique à Paris …
Protégé des demandes d’extradition des familles de ses victimes par l’avocat de l’anti-impérialisme et lui aussi enfant perdu de la colonisation, le sulfureux Jacques Vergès
Multipliant les interviews et les séances photos grassement payées …
Mais cette fois les producteurs ont résolument refusé la glorification facile du maitre de la manipulation et de l’auto-promotion…
Et choisi au contraire au risque même à force de flashbacks et de flash forwards …
Sans compter, seule ombre au tableau, une actrice principale, censément québécoise, au look peut-être un peu trop glamour et au français plus qu’approximatif
De désorienter voire de perdre en route même le plus motivé des spectateurs …
D’honorer, outre les victimes souvent oubliées dans ce genre de reconstitution, la formidable détermination du jeune attaché d’ambassade néerlandais

Qui seul contre tous et d’abord contre ses propres supérieurs …

Et au nom des familles d’un dizaines de jeunes victimes …

Pris entre le désintérêt des ambassades et consulats de leurs propres pays …

Et tant la corruption que la peur d’effrayer les touristes de la part des polices comme des autorités locales …

Avait finalement réussi à faire tomber le criminel roi du cool …

Qui passé des chèques falsifiés et des voitures volées au trafic de drogues et de pierres précieuses …

Et profitant de cette véritable manne de jeunes candidats aux paradis artificiels que l’Occident déversait alors sur l’Asie…

Armés alors sans téléphones portables ni internet de leurs seuls chèques de voyage et idéologie zen …

Sur la fameuse « route des hippies » entre Bangkok, Goa et Katmandou …

Avant de basculer entre deux évasions et cavales …

Avec l’aide d’une compagne canadienne sous emprise et d’un homme de main indien …

Mais aussi à la manière d’un chef de secte à la Charles Manson

De certaines mêmes de ses proies …

Dans la torture et l’assassinat les plus sordides, entre deux vols de passeports et d’identités, pour couvrir ses traces …

The true story behind Netflix’s newest crime drama was too bizarre for TV
Emily Zemler
The Los Angeles Times
April 2, 2021

Netflix’s true crime drama “The Serpent,” premiering Friday, may seem unbelievable — but the creators actually had to temper the bizarre real-life history of con man and serial killer Charles Sobhraj. Set in 1970s Bangkok, the series, which first aired on the BBC earlier this year, follows Dutch diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle) as he investigates the disappearance of a pair of Dutch backpackers. His pursuit leads him to Sobhraj (Tahar Rahim) and his accomplices, including Marie-Andrée Leclerc (Jenna Coleman) and Ajay Chowdhury (Amesh Edireweera), who have been drugging, robbing and killing tourists on the so-called Hippie Trail.

“Real life is infuriating, because it doesn’t behave in the way stories do,” says writer and producer Richard Warlow, who began working on the series in 2013 alongside director Tom Shankland. He calls it a “fact-is-stranger-than-fiction-to-the-power-of-about-100 situation”: “[I had] to do what you always do when you’re researching stories, which is do some conflations, light a fire under certain things and also — and I’ve never experienced this before — pedal back on some of the strangeness.”

Coproducer Paul Testar, who joined the development process in 2014, was tasked with accumulating research to support the storytelling. He worked closely with Knippenberg, who gave the team access to his extensive files on Sobhraj, as well as with Sobhraj’s former neighbor Nadine Gires; his captive employee Dominique Renelleau (whose escape from Sobhraj is documented in the series); and Interpol’s Lt. Col. Sompol Suthimai. Knippenberg provided Leclerc’s diary, and journalist Julie Clarke, who cowrote “On the Trail of the Serpent” with her late husband, Richard Neville, gave the production hours of taped interviews with Sobhraj.

“I tried to track down every single person who features in the story, or their surviving relatives if they’re no longer alive,” says Testar. “Building that research to be as huge as possible so we could draw from it — so we could draw these tiny, fine details in the story that become really important and be truthful about them and make sure we’re telling it accurately.”

A few of the people involved were made into composite characters for dramatic effect, one completely fictional character was added, and timelines were condensed at points. (The show’s dialogue is imagined too.) But Testar says 80% to 90% of the series is accurate. “I don’t think any of it is historically untrue. It was more a case of leaving stuff out.”

Here Warlow and Testar discuss what’s fact and what’s fiction in “The Serpent.”

The series is based on interviews with Sobhraj — just not by the producers

Neville and Clarke’s interviews with Sobhraj, conducted while the killer was in prison in India, were essential to the writing of “The Serpent,” especially since the production team didn’t want to involve Sobhraj directly. (Neville and Clarke’s book was originally released in 1979, which means the interviews took place shortly after the events of the series.)

“We chose not to speak to him,” Testar says. “Julie and her husband, Richard, spent hours and hours and hours in prison interviewing Sobhraj and taping them. Julie gave us access to those tapes, which meant we could hear Sobhraj’s account of that period without having to engage with him directly. It felt like the only use of engaging with Sobhraj directly was to see how he’d lie to you and to see how he’d try to pull the wool over you. We were able to listen to those tapes from a more objective standpoint.”

“He is constantly trying to monetize himself and his story, and we were adamant that we would never pay him,” Warlow adds. “And the other thing is, he’s a compulsive liar, so whatever he had to tell us wouldn’t have been true.”

Charles Sobhraj was a killer, by his own admission

Sobhraj, born in 1944 to a Vietnamese mother and Indian father, was a scam artist and a killer. He drugged and robbed tourists for money and their passports, which he refashioned to use himself. The first known killing, which Sobhraj committed alongside Chowdhury, took place in 1975. The victim was Teresa Knowlton, played in the Netflix series by Alice Englert. There were several other homicides around that time attributed to Sobhraj and Chowdhury, although “The Serpent” doesn’t portray all the deaths. The total number of Sobhraj’s victims remains unknown.

“He’s been convicted of two murders, and he’s the chief suspect in many others in Thailand,” Testar says. “Arrest warrants were issued for those murders, but he successfully managed to avoid returning to Thailand, so they expired. Much of what’s known about the murders is from the mouth of Sobhraj himself, from interviews he gave to Richard Neville. As with everything with Sobhraj, it’s difficult to verify where the truth ends and where the lies begin.”

“Some people say over 20, some people say 12,” Warlow adds. “It’s one of those mysteries.”

Not all the victims included in “The Serpent” show up under their real names, because of requests from surviving family members. Dutch students Henricus “Henk” Bintanja and his fiancée, Cornelia “Cocky” Hemker, went missing in 1976 after staying at Sobhraj’s Kanit House apartment in Bangkok, spurring Knippenberg’s investigation, but they appear in the show as Helena Dekker and Willem Bloem. Similarly, Sobhraj’s first wife and daughter have fictional names in “The Serpent” to protect their identities.

“Sobhraj has been very good about building a false narrative about the people he’s alleged to have killed,” Warlow says. “And that false narrative pretty much goes ‘They’re druggies, criminal scumbags, and you shouldn’t care about them.’ I think that’s why a lot of the families were so reluctant to get involved with the drama. It was crucially important that we spend time with them and see this, rather than let them be anonymous and reinforce what has been a false narrative already about them.”

He adds, “The only character who is entirely fictional is in the first episode, the British hippie backpacker Celia. That’s because Teresa Knowlton was a very important character in the sequence of events and her uncle York Knowlton has been very supportive of us with the show. I was very keen from the outset to see what Teresa was like, so we gave her a friend to spend time with while she was in Thailand.”

Some of the victims escaped Sobhraj’s clutches

The third episode of “The Serpent” depicts Sobhraj’s relationship with the young Frenchman Renelleau (Fabien Frankel). Sobhraj cons Renelleau into working for him by taking away his passport and drugging him to make Renelleau believe he has dysentery. Renelleau begins to suspect foul play when visitors to Kanit House start getting sick and disappearing, and he confides in Gires (Mathilde Warnier) and her husband, Remi (Grégoire Isvarine), who help him escape.

In reality, Gires helped three of Sobhraj’s captives flee Bangkok, not just Renelleau. “There were two other people in that apartment at the same time,” Testar says. “We were never able to contact them or track them down. There was a feeling that dramatically, they had the same thing happening to them as to Dominique, [and] it was better to give all of it to Dominique to get under his skin as a character.”

Chowdhury’s fate is left open-ended, which is factual. In the sixth episode, Sobhraj drives Chowdhury to a deserted strip of land and abandons him, although it’s unclear whether that actually happened. Chowdhury was last seen in 1976.

“We don’t know what happened to him,” Testar says. “There’s this rumor that’s been put out that Sobhraj had Ajay killed, which I think is absolutely not true. It’s a useful fact and it plays into the mythology of the story, but another associate of Sobhraj from Bangkok, a German guy, disproved it. After Sobhraj and Leclerc had been arrested in India, several months after he was in prison, this guy had a visit at his home in Germany and phone calls from Ajay. It would be pretty difficult for him to have been killed by Sobhraj when Sobhraj was already in prison. What happened to him is a complete mystery.”

Yes, Sobhraj really did keep a pet monkey

Many of the small details in “The Serpent” are based on interviews with Gires and Renelleau, who both lived in Kanit House. Viewers in the U.K. were horrified when a monkey is poisoned in Episode 3, for instance, but the creators based that on real events: Sobhraj and Leclerc’s pet monkey, Coco, got his hands on the medicine Sobhraj was using to debilitate Renelleau and dropped dead.

“The events that take place are so outlandish and then you find out that it actually happened,” Warlow says. “I got so many people saying to me ‘What, the monkey? Really? He drank the poison? Really?’ And yes, that was 100% as it happened.”

“That was something Dominique told us,” Testar adds. “He was so sad that he’d accidentally poisoned it. It sounded like a horrible life for the monkey. There was something we decided not to include, because it would just be too terrible, but apparently, the monkey was not house trained, so he wore diapers. That’s one of those extraordinary details that feels like ‘That’s too far. People won’t believe that.’”

Sobhraj got a life sentence after years of fame

Captured in New Delhi after he drugged the members of a student tour group, Sobhraj eventually went to prison in India, serving time from 1976 to 1997. After his release, he returned to Paris and lived as something of a celebrity. He gave several prominent interviews, including to an ABC news team, and at one point, director William Friedkin signed on to direct a movie about Sobhraj starring Benicio del Toro. Then, for some reason, Sobhraj returned to Nepal, where there was an outstanding warrant for his arrest in the killings of Laurent Carrière and Connie Jo Bronzich (played by Benjamin Braz and Dasha Nekrasova, respectively).

“I wouldn’t say he gave himself up, but he publicized his arrival,” Testar says. “He made it very clear that he was there. He went to the casinos and was photographed. But why is one of the great mysteries of the story, and it’s one we don’t try to explain.”

Sobhraj claimed that he returned to negotiate an arms deal between the Taliban and the CIA, but it’s been speculated that his hubris was so great that he thought the warrant had expired along with the one in Thailand. It’s also possible that he craved the spotlight at any cost. Whatever the reason, Sobhraj was arrested in Kathmandu on the day of Knippenberg’s retirement — a detail left out of the final episode.

“When Herman got the news that Sobhraj had been arrested in Nepal in 2003, he was having a [cocktail], because it was the first day of his retirement,” Warlow says. “From a dramatist[’s] point of view, that’s the sort of thing that if I wrote that I’d hate myself for it. It’s so on the nose. But really, what’s been the story of his life came calling for him on the day he’d given it all up.”

He adds, “Herman was the reason I wanted to do this. You’ve got two diametrically opposed men who were born within months of each other, who never met each other, but had this revolutionary effect on each other’s life. One was this mercurial ‘70s lizard king and the other one was a square, to use the vernacular of the time. I was very interested in the square bringing down the hip king. There’s a version of this show where you’re just watching Charles pulling incredibly evil s— time and again for hours. I never wanted to tell that story. I was always looking to see the process by which he was caught.”

Voir aussi:

The chilling return of the hippie serpent
The man alleged to have murdered 14 backpackers is selling the movie rights
Rian Malan
The Independent
07 June 1997

This is a tale of two men, 14 unsolved murders and a lawsuit which might shed light on a string of crimes that defined, along with the killings at Altamont and Charlie Manson’s psychopathic rampages, the dark side of the hippie era. One of the actors, Charles Sobhraj, 53, is coming to London this week to consult solicitors with regard to potential libel proceedings. The other, the counter-culture guru Richard Neville, has just left Britain for Australia to rejoin his worried wife at their remote mountain home, and yes, to avoid running into Sobhraj on the media party circuit of which he is determined to become a habitue.

Sobhraj is « The Serpent, » the supernaturally charming con man who remains the chief suspect in a series of sensational 1970s murders. Imprisoned in India since 1977, Sobhraj resurfaced eight weeks ago in Paris, where he has been regaling the press, negotiating deals, and ducking questions arising from Neville’s 1979 biography, The Life and Crimes of Charles Sobhraj, which names him as the perpetrator of at least seven killings.

The Serpent has never been convicted of murder, and all that stands between him and the literary respectability he seems to crave is a confession allegedly made to Neville in Delhi two decades ago. Since his release, Sobhraj has cast doubt on the Australian’s credibility. Now Neville has revealed that he was carrying a recorder at the critical moments, and that what he claims are the tapes have turned up in his garden shed, miraculously still audible after 20 years of exposure to « hail, rain and bushfires ». Their contents, if authentic, make uneasy listening for the accused serial killer.

The son of a Vietnamese shopgirl and an Indian businessman, Sobhraj was born in Saigon and raised in France by a mother described as neglectful and abusive. An incorrigible juvenile delinquent, he claimed to see crime as retribution for the suffering imperialists were inflicting on his war-torn homeland, a line that won the heart of his first wife, a Sorbonne student. They married and set off for India in 1970, a charmed young couple on what turned out to be a long crime spree.

At the time, throngs of long-hairs were moving down the hippie trail that led from India to Kathmandu and the Buddhist paradises of South-East Asia, searching for cheap drugs and enlightenment. A man of acute intellect, addicted to danger, martial arts and French existential philosophy, Sobhraj seems to have felt a sort of aesthetic disgust for these spoiled white youngsters and began to prey on their gullibility. Using strategies gleaned from manuals of psychology, he would befriend hippies, entertain them for a day or two, and then drug them and steal their travellers’ cheques and passports. By his own account, he carried out at least 100 such bushwhackings in the early Seventies before moving on to greater things.

In 1975, Sobhraj was living in a mansion by Bangkok’s red light district, posing as a gem dealer. He and his Canadian girlfriend, Marie-Andre Le Clerc, maintained a perpetual open house, often entertaining young Europeans and Americans from a nearby backpacker’s hotel. Everyone who met the slender, intense Eurasian agreed that his capacity for friendship was his deadliest weapon. In October 1975, he used it on Teresa Knowlton, 21, a « wild » young American who had trekked east to study Buddhism. Mesmerised, Knowlton accepted an invitation to visit a resort outside the city. Her bikini-clad corpse was found in the surf the next morning. She had been drugged and drowned. Two days later, Sobhraj’s girlfriend cashed her travellers’ cheques. The authorities failed to put two and two together.

A few weeks later, a second visitor to Sobhraj’s house – a young Turkish dopehead – turned up in an alley, murdered and burned almost beyond recognition. Shortly thereafter, a Dutch couple met a similar fate. At this point, the Thai police developed an interest in Sobhraj, and he and Marie-Andre fled to Nepal, where two more hippies were murdered during their stay. By January 1976, the death toll was approaching double figures, and Sobhraj was on the run from police in at least three countries.

As « the most wanted man in Asia », Sobhraj had to move fast, and change identity often. For that, he needed passports – plenty of them, especially after a hippie turned the tables on him and stole those he had. Desperate now, he befriended an entire busload of tourists and slipped them all Mickey Finns at Delhi’s Vikram Hotel, passing the drugs off as anti-dysentery medication. The victims were supposed to pass out quietly. Instead, they started vomiting in the foyer and making accusations. Sobhraj was arrested and thrown into Tihar, India’s toughest maximum security prison, which is where he met Richard Neville in 1977.

At the time, Neville was best known as a defendant in the celebrated Oz obscenity trial, which involved, inter alia, the publication of a cartoon of Rupert Bear with an erection in Neville’s underground magazine. The trial became a cause celebre for London’s hippies and elevated Neville to the pantheon of counter-culture heroes. Acquitted in triumph, he wandered off to New York, and thence India, with a contract in his pocket to do a Sobhraj book. He cut his hair to allay the suspicions of the Indian police, but he remained an apostle of dope, free love and the alternative lifestyle –  » not very different », as he quipped in a Hampstead cafe the other day, « from the people Sobhraj murdered ».

It was possibly for this reason – « I clearly wasn’t an authority figure » – that Sobhraj came to confide in him. In the early weeks of their acquaintance, talk was devoted to tales of Sobhraj’s swashbuckling jewellery heists and ingenious confidence tricks, followed by daring escapes from maximum security prisons. On the subject of murder, however, Sobhraj was infuriatingly vague. By now, he’d been acquitted of murder in India, but Thailand had requested his extradition on five murder warrants, and investigations were proceeding in Nepal and elsewhere. And then, according to Neville, one day, out of the blue, Sobhraj turned to the young Australian and said: « I have taken a decision to tell you how I cleaned Teresa. » He proceeded to describe in « chilling detail » how the young American had met her end.

In the ensuing weeks, he says, there were more confessions, regarding six additional cases. As Neville reads it, Sobhraj felt he had little to lose. Sentenced to 10 years for the mass drugging at the Vikram Hotel, he was safe for the moment from extradition to Thailand, and besides, « he probably felt he could break out whenever he pleased ».

The Life and Crimes of Charles Sobhraj was published in 1979, and life moved on. In Tihar prison, The Serpent devoted himself to meditation and the writing of his memoirs. Neville returned to Australia, married his co-author Julie Clark, fathered two daughters and became an « alternative futures consultant ».

Two months ago, he received a call from a journalist. « Sobhraj is out of jail, » she said, « and he’s impugning your integrity. » The Serpent was refusing to confess to any crimes other than the few he’d been convicted of, and insisted that he had no knowledge of Teresa Knowlton, the American washed up dead on a Thai beach in 1975. « I never killed her, » Sobhraj said. « I never met her. » If true, this made Neville a liar.

ENRAGED, Neville went down to the garden shed, where he located his tapes in a dusty suitcase. And there it was: a voice he claims is Sobhraj’s, talking about how he’d invited Teresa to accompany him to a beach outside Bangkok, giving her drugged coffee.The tape runs: « She said: ‘Did you give me something, because I feel very funny?’ I said: ‘I’m sorry, Teresa, I must tell you that I think I have to do something bad to you.’ She said: ‘Are you going to beat me up?’ And I said: ‘No, something better’. » When she lost consciousness, Teresa was stripped, put into a bikini, and « taken for a swim » by an accomplice. On the tape, « Sobhraj » chuckles: « I hope this stuff won’t hang me one day. »

Two decades later, Charles Sobhraj answered his phone on a balcony overlooking the Champs-Elysee. « I’m at a party, » he informed the caller. Asked about the Neville tapes, he insisted that nothing on them could be construed as a murder confession. « I’m going to affect that fellow, » he said. « That’s why I’m coming to London – because Neville has to be dealt with under Anglo-Saxon law. My lawyers say we have a very good case. »

He preferred to talk about his forthcoming biography, a prison memoir in the style of Jean Genet. The first seven months of his imprisonment were spent in leg-irons. « I did meditation, » he says, « and the result was, I realised I had to control the environment. » He gathered evidence of corruption by a senior prison official and used it to blackmail the man into granting special privileges – luxury food, cellphones, and an office in which to conduct sexual liaisons with his many groupies. « I ran that prison, » Sobhraj boasts. Independent sources confirm that he was nicknamed « Sir Charles » by disgruntled warders, who staged a violent protest over the way he was lording it over them.

Such setbacks notwithstanding, Sobhraj was still in a position, when extradition to Thailand became an ominous possibility, to pull off what Neville considers the greatest feat of his criminal career. He threw a party for his warders, drugged the food, and walked to freedom. After a few weeks, he allowed himself to be recaptured. The upshot was an extension of sentence exactly long enough to allow Thailand’s statute of limitations to expire. And so it was that when India released him, there were no more charges for him to face. « This is a story about getting away with murder, » says Neville. « He’s found a way out. That’s life, I suppose. »

Two months on, things are looking good for the ex-convict. Film directors are falling over themselves to secure movie rights to his story, among them Yves Renier and Oliver Stone. Robert de Niro has been mooted for the lead. The manuscript of his memoirs is in agents’ hands. Offers are being considered.

Voir également:

The ‘bikini-killer’ linked to murders throughout AsiaCharles Sobhraj has a reputation as Asia’s premier serial killer. Yet, until Thursday, he had never been convicted for murder, even though he has been accused of more than 20 killings in India, Thailand, Nepal, Turkey and Iran.
BBC news
12 August, 2004

His knack for deceptive disguises, coupled with his tendency to target young women earned him the nickname, « The Serpent, » or the « Bikini Killer. »

Sobhraj, 60, is also believed to have escaped from prisons in Afghanistan, Greece, Iran and India.

So extraordinary has been his life of crime that after being released from jail in India – where he served a 20 year sentence for poisoning a busload of French tourists – the film and book rights were reportedly sold to a French actor-producer for $15m.

The deal strengthened perceptions among his critics that he has never been properly brought to book for his crimes.

Terrifying prediction

Throughout his criminal career, Sobhraj either escaped from jail or bribed the authorities to treat him preferentially while in prison.

Charles Sobhraj was born in Japanese occupied Saigon in April 1944 to an unwed Vietnamese shop girl and an India merchant who denied paternity. His birthplace made him eligible for French citizenship.

India deported Sobhraj in 1997 after he had spent 21 years in jail
Rejection by his father was an act which caused considerable resentment and bitterness in the young Sobhraj: « I will make you regret that you have missed your father’s duty, » he confided in his diary.

It was a prediction that would become terrifyingly true.

The subject of at least two in-depth biographies as one of the world’s most notorious alleged serial killers, alongside Jeffrey Dahmer and Harold Shipman, Sobhraj is said to have begun his life of crime by travelling around Asia in 1963.

Audacious escape

His tactic, say his critics, was always the same. To take advantage of the nascent global drug culture to befriend young French or English-speaking tourists and then to murder them.

Between 1972 to 1982, Sobhraj has been implicated in more than 20 killings in which the victims were drugged, strangled, beaten or burned.

His capacity for violence, critics say, is matched only by his ability to escape from prison.

In 1971, he escaped from jail in India by feigning appendicitis and making his getaway from hospital.

He was re-arrested in 1976, but 10 years later made an even more audacious escape: this time by throwing a birthday party in which guards and prisoners alike were invited.

Grapes and biscuits handed around the guests were secretly injected with sleeping pills, knocking out everyone except Sobhraj and four other escapees.

Indian newspapers reported that they were so haughty about their getaway that they even photographed themselves walking through the prison gates onto the Delhi streets.

(As long as I can talk to people, I can manipulate them Charles Sobhraj speaking in Richard Neville’s biography)

As a fugitive, Sobhraj is reported to have behaved more like a holidaying student than a desperate prisoner prepared to stop at nothing to evade justice. He openly drank in bars and showed off an Italian made pistol to fellow drinkers.

Needless to say, it was not long before he was re-arrested. But, it is alleged, there was a method in his madness.

Critics say that he deliberately escaped towards the end of his 10 year jail term in order to be re-captured and face new charges for his escape.

That way he could avoid extradition to Thailand where he was wanted for five murders and would almost certainly be given the death penalty.

By the time of his release in 1997, the 20 year time-frame for him to be tried in Bangkok had lapsed.

But the authorities caught up with him again several years later.

In 2003, he was arrested in a Kathmandu casino for allegedly travelling on a false passport and for murders of an a Canadian man and an American woman which he allegedly carried out 28 years ago.

As in the other cases registered against him, Sobhraj denied the charges.

But this time, police said they had a « suitcase full » of evidence against him.

And the judge agreed, despite Sobhraj’s appeal that he had been convicted without proof or witnesses.

Voir de même:

Le Serpent sur Netflix : le tueur incarné par Tahar Rahim décrypté par une psychocriminologue
Emilie Semiramoth
Allo ciné
15 avr. 2021

Psychocriminologue et co-autrice avec Florent Gatherias du livre « Psychologues du crime » aux éditions Fayard, Emma Oliveira nous dresse le profil de Charles Sobhraj tel qu’il est interprété par Tahar Rahim dans Le Serpent.

Lancée le 2 avril dernier sur Netflix, la mini-série Le Serpent avec Tahar Rahim dans le rôle principal ne cesse d’exercer une forme de fascination auprès du public. Tirée d’une histoire vraie, cette histoire pourrait sembler invraisemblable tant il est facile pour Charles Sobhraj – un escroc devenu tueur en série – d’appâter et de piéger ses victimes.

Pour mieux comprendre les mécanismes psychologiques de ce personnage complexe, AlloCiné s’est entretenu avec Emma Oliveira, psychocriminologue, qui a vu l’intégralité de la sérIe.

AlloCiné : Ce qui est surprenant au premier abord, c’est la facilité avec laquelle Charles Sobhraj parvient à piéger ses victimes. Quel profil dressez-vous du personnage tel qu’il est représenté dans la série ?

Emma Oliveira : Le personnage, c’est typiquement le type de profil qu’on va retrouver chez les gourous de secte par exemple. Il a une sorte de don oratoire qui facilite le contact avec les gens. C’est aussi une histoire de couple ce type d’emprise : il faut ce gourou avec cette capacité d’approcher l’autre, mais ça ne marcherait pas avec n’importe qui. Ce sont souvent des gens vulnérables. Comme dans les sectes. Parce que ce sont des gens qui sont en quête d’identité, de rencontres…

Et la facilité pour lui c’est de prendre des backpackers. Ça existe toujours aujourd’hui d’ailleurs. J’ai eu l’occasion d’en rencontrer il n’y a pas longtemps en voyage au Cambodge, et ce qu’il ressort à chaque fois dans le discours, c’est une quête de sens et d’identité.

C’est ce qu’on retrouve chez les adeptes de sectes, quel que soit l’âge ou le niveau social. C’est à un moment donné, un besoin de comprendre la vie, pourquoi, qui on est… Et je pense que ce type de personnage arrive à les manipuler à travers cette quête. Après, le personnage ne les garde pas longtemps, juste assez pour les droguer et les dépouiller.

Pourtant on se dit qu’au contraire il incarne tout ce qu’ils auraient dû fuir… Un négociant en pierres, qui organise des fêtes…?

Ça les rattache à ce qu’ils connaissent. Pour eux, c’est à la limite plus facile de faire confiance à un occidental. Je ne sais pas vraiment comment ça se passait dans les années 1970 mais quand on voyage, on est toujours un peu en garde. Là, vous rencontrez quelqu’un qui vous rappelle chez vous et qui en joue dans la série. Ça permet une sorte de jeu d’identification entre la victime et l’agresseur.

Dans la série, on ne le voit pas comme un tueur en série « classique » dans le sens où il ne prend pas de plaisir à ôter la vie. Quelle est votre analyse ?

En effet, ce n’est pas la mise à mort qui lui plaît. C’est ce que l’on nomme dans le métier un « meurtre utilitaire ». C’est ce qui va permettre de couvrir un autre crime, en l’occurrence celui de les voler et de les dépouiller.

Michel Fourniret, par exemple, avait fini par faire ça. Au début, c’était un violeur et il a fini par commettre des meurtres utilitaires : ce qu’il voulait, c’était violer et pas tuer ; mais on tue pour ne pas risquer d’avoir des plaintes et d’être recherché.

Mais il y a cette facilité de se dire que ces gens sont à 20 000 km de chez eux. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, pas d’internet. On ne connaissait pas toujours son itinéraire et on donnait des nouvelles une fois par mois. Aujourd’hui, ça serait moins facile.

Ce qui ressort dans la série, c’est qu’il y a une vraie haine de ce que représentent ces jeunes-là. Ces jeunes, finalement, qu’il aurait aimé être. Il est né d’une bonne famille mais il aurait aimé naître occidental, avoir l’apparence d’un occidental pour être accepté.

Il dit souvent qu’il est rejeté par la société à cause de son métissage…

Oui, cet argument, c’est son mobile. Son mobile conscient en tous cas pour passer à l’acte. Pour les voler et les tuer. De toute manière, il y a un côté très psychopathe chez lui dans le sens où la vie de l’autre n’a pas de valeur à ses yeux. Donc pourquoi pas les supprimer ? Les laisser en vie, ça lui fait prendre des risques.

Son comportement reste difficile à comprendre notamment lorsqu’il donne une interview après être sorti de prison et ensuite lorsqu’il retourne au Népal. C’est une forme de provocation ?

C’est ce qu’on retrouve chez les psychopathes qui sont tueurs en série. C’est un sentiment de toute-puissance. Aux Etats-Unis plus souvent que chez nous, beaucoup se sont amusés à jouer avec la police. Ce que fait Fourniret encore aujourd’hui avec Estelle Mouzin, c’est un besoin de contrôler l’autre. C’est avec ça qu’ils jouissent.

Jusqu’à aller se jeter dans la gueule du loup ?

Oui, c’est ce qu’ont fait plusieurs tueurs en série, persuadés de ne pas être pris et d’être plus forts. C’est pour montrer cette toute-puissance que certains ont acquise vis-à-vis de la police, de l’Etat et de la société. Etant sûrs d’être imprenables. Sobhraj, en plus, s’était évadé plusieurs fois donc il est possible qu’il se soit dit : « Même si je me fais arrêter, j’arriverais peut-être à nouveau à m’évader… » C’est une hypothèse. Seul un entretien avec lui pourrait permettre d’éclairer ses motivations. Mais je pense en tous cas que c’est guidé par ce sentiment de toute puissance et d’être inarrêtable.

Propos recueillis par Emilie Semiramoth, le 15 avril 2021.

Voir de plus:

Entre Me Vergès et le commissaire Moulin.Yves Rénier compte tourner un film sur la vie du «Serpent».
Franck Johannes
Libération
8 avril 1997

Les autorités françaises ne sont visiblement pas ravies de voir débarquer Sobhraj ce matin en France, surtout lorsque celui qui l’attend à l’aéroport est Me Jacques Vergès. L’avocat a expliqué que son client «était français et que, lorsqu’il était en prison en Inde, c’est bien le consulat de France qui s’occupait de lui. Donc, il bénéficiait d’une présomption de nationalité française». Charles Sobhraj a cependant dû batailler ferme pour obtenir un laissez-passer, et il devra ensuite demander un certificat de nationalité. Sûr de débarquer en homme libre, «le Serpent» pourrait cependant entrer par la petite porte, laissent entendre les autorités judiciaires. Me Vergès affirme que, s’il était placé dans un centre de rétention, il ne manquerait pas de protester contre cette «atteinte à la liberté». «La légende lui prête mille forfaits, sourit Me Vergès, mais, à supposer qu’il les ait commis, ils datent de plus de vingt ans, et sont donc prescrits.» Sous bénéfice «d’ultimes vérifications», Sobhraj n’est pas poursuivi en France. André Berthol, député RPR de Moselle, le regrette et assure avoir tout fait pour «faire échec à ce retour triomphant. La prescription efface les crimes, pas la douleur des familles». Le député était très proche de la famille Salomon, dont le fils Luc a traversé en Inde la route de Sobhraj. Le jeune homme de 28 ans est mort «d’empoisonnement» en 1976 après avoir partagé, selon des témoins, un poulet au curry avec Sobhraj, acquitté pour ce crime.

Quelqu’un d’autre, un peu gêné par tout ce tapage, attend Sobhraj depuis un moment: Yves Rénier, l’indispensable commissaire Moulin, qui se verrait bien faire un film sur la vie du Serpent. «C’est une très vieille idée, explique le réalisateur, j’aurais pu le rencontrer dans les années 70 quand j’allais là-bas, à Goa. J’étais même tombé sur un Belge qui est l’un des rares à avoir roulé Sobhraj.» Rénier est allé à deux reprises interroger le détenu à Delhi et n’espérait plus le voir en France. «Au moment où je laissais tomber, Sobhraj m’a appelé.» Rénier entend faire une fiction, mais «pas un film provocateur: je me mets à la place des Salomon, qui ont du mal à admettre que Sobhraj puisse gagner de l’argent avec le récit de ses crimes. Mais c’est l’époque qui est ainsi faite.» André Berthol qui aimerait bien changer l’époque, a travaillé à une proposition de loi pour confisquer ce type de revenus pour les victimes. «Sobhraj a quand même une vie peu commune, souligne Yves Rénier, il est à la fois attirant et repoussant. Intelligent. Manipulateur. C’est un joueur d’échecs».

Voir encore:

Charles Sobhraj, le tueur de touristes
Ce Français de 68 ans, actuellement emprisonné au Népal, a été accusé d’avoir détroussé, et parfois tué, des routards en Asie, dans les années 1970. Portrait d’un homme qui a (presque) toujours su soigner son image et passer entre les mailles du filet.
Jacques Expert et Philippe Broussard
L’Express
16/08/2012

D’abord, un surnom : « le Serpent ». Une appellation reptilienne qui dit à la fois l’art de la fuite et de la séduction, de l’esquive et du poison. Oui, c’est un peu tout cela, Charles Gurmukh Sobhraj : un visage fin, des lunettes de sage, une capacité glaçante à tromper son monde, en particulier les gardiens de prison. Ceux de New Delhi (Inde), où il passa autrefois plus de deux décennies, se souviennent qu’il fut leur prisonnier vedette. Ceux de Katmandou (Népal), où il purge actuellement une peine de vingt années de réclusion, savent qu’avec lui l’histoire n’est jamais vraiment terminée…

« Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler »

Pour la reconstituer, il faut se méfier d’un écueil : la légende. Dans les archives, les faits, les dates, les noms varient d’une source à l’autre. Avec une certitude, tout de même : c’est à Saigon, l’actuelle Hô Chi Minh-Ville (Vietnam), que tout a commencé. Sobhraj y est né en avril 1944, d’un père indien et d’une mère vietnamienne. Trois ans plus tard, à la séparation du couple, l’enfant reste un temps avec son père à Saigon. Mais celui-ci s’en occupe si peu que sa mère, remariée avec un militaire français, décide de le faire venir en France, pays dont il aura par la suite la nationalité. Mais ce rapprochement n’empêche pas le jeune Charles de connaître une adolescence chaotique de petit délinquant. Premiers larcins, premières condamnations. Dans les années suivantes, il épouse une Française prénommée Chantal et cherche, semble-t-il, à mener une vie « normale ». Las, il multiplie les combines (vol, falsification de chèques…) et décide bientôt de s’exiler en Inde avec sa femme. Intelligent, rusé, parlant plusieurs langues, il se lance dans le trafic de voitures volées. Il lui arrive aussi de s’attaquer à des hippies en quête de paradis artificiels et de liberté. Sa méthode ? Séduire, droguer, détrousser.

En 1971, il monte un « casse » plus ambitieux. En se présentant comme un directeur de casino, il approche une danseuse du ventre dont la chambre d’hôtel, à New Delhi, est située au-dessus d’une bijouterie. Accompagné d’un complice, Sobhraj la séquestre puis perce un trou dans le plancher afin de s’emparer de diamants. Les deux hommes seront arrêtés, peu après, à Bombay. Mais le Français ne restera pas longtemps en détention : après avoir drogué les gardiens, il s’évade et fuit à l’étranger (Afghanistan, Grèce…). Un parcours jalonné d’autres arrestations, et d’autres évasions.

Alors que Chantal finit par le quitter, le voilà en Inde, où il rencontre, en 1975, une jeune Canadienne, Marie-Andrée Leclerc. Ensemble, ils sillonnent l’Asie, s’adonnant au trafic d’héroïne et de pierres précieuses. C’est aussi cette année-là, en Thaïlande, que leur destin bascule. Sobhraj, qui se trouve alors à Pattaya avec Marie-Andrée et un ami indien, se lie avec une touriste américaine de 18 ans dont le corps sans vie sera retrouvé sur la plage, revêtu d’un bikini. A la même époque, d’autres routards sont assassinés en Thaïlande, selon un scénario parfois identique. La presse affuble le mystérieux tueur du surnom de « Bikini Killer ». Pour effacer les traces de ces crimes, il lui arrive de brûler les cadavres.

Pour franchir le frontières, Sobhraj et ses amis utilisent des passeports dérobés à des touristes. Ils retournent à Katmandou, sans savoir que la justice népalaise a enquêté, elle aussi, sur le meurtre d’un couple en décembre 1975. Arrêtés et assignés à résidence, les suspects parviennent à s’échapper. Vers l’Inde, cette fois, où trois autres personnes apparaissent dans leur sillage : un Français, une Anglaise, une Australienne. Le groupe ainsi constitué écume cette région du monde, détroussant d’autres routards. En juillet 1976, ils sont finalement interpellés à New Delhi, après avoir tenté d’empoisonner à la strychnine (?) un groupe d’étudiants français. Etrangement, Sobhraj ne sera jugé que pour tentative de vol et s’en tirera avec douze ans de prison. L’autre Français de la bande est relaxé, l’Anglaise et l’Australienne sont condamnées à six ans de détention. Marie-Andrée, elle, écope de six ans. Par la suite, elle pourra rentrer au Canada, où elle mourra d’un cancer. Sobhraj est à son aise à Tihar, la prison centrale de New Delhi. Il soudoie ses geôliers afin d’obtenir de l’alcool, des livres, parfois même des femmes… Soucieux de son image, il reçoit des journalistes. Certains, sous le charme, le qualifieront de « séduisant ». A son biographe Richard Neville, il confie : « Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler. » A propos des crimes dont il est accusé, la même explication revient souvent : les victimes étaient des rivaux dans le trafic d’héroïne.

Le Serpent sait que cet épisode indien ne durera qu’un temps. Un autre pays le réclame : la Thaïlande, où il encourt la peine de mort pour l’affaire de Pattaya, en 1975. En connaisseur du droit indien, il orchestre alors une étonnante évasion en 1986 : lors de sa fête d’anniversaire, il offre aux surveillants des bonbons – ou des pâtisseries ou du raisin, les versions divergent – bourrés de somnifères, et s’éclipse déguisé en policier ! Cette cavale sera de courte durée, il s’en doute, il le souhaite. Arrêté à Goa, il est condamné à dix ans de prison supplémentaires. Sa manoeuvre a réussi : entre-temps, la demande d’extradition de la Thaïlande a expiré. Lorsqu’il est libéré, le 17 février 1997, après vingt et un ans passés à Tihar, c’est du côté de Paris, et non de Bangkok, que son sort fait débat : la France, son « pays », rechigne à l’accueillir.

Il a enrôlé un avocat sulfureux, Me Jacques Vergès

En attendant d’être fixé sur son sort, Charles Sobhraj conteste la façon dont la presse le dépeint. Interrogé par Le Monde, il lance : « Ceux qui me décrivent comme le criminel le plus diabolique du siècle ne savent pas de quoi ils parlent. Est-ce que j’ai la tête d’un tueur ? » Au total, il est tout de même soupçonné d’avoir commis au moins une douzaine de meurtres en Asie…

En avril 1997, c’est en star du crime, narguant la justice et les familles des victimes, que le Serpent débarque à Paris. Prévoyant, il a enrôlé un avocat sulfureux, Me Jacques Vergès, ainsi qu’un agent chargé de négocier ses interviews et les droits d’adaptation à l’écran de sa vie. Six ans plus tard, en 2003, il commet tout de même une erreur : retourner au Népal. Reconnu par un journaliste, il est arrêté dans le casino d’un hôtel de Katmandou. Pourquoi avoir pris un tel risque ? Certains médias assurent qu’il avait divers projets, commerciaux et humanitaires, dans ce pays. D’autres évoquent un voyage lié au tournage d’un film. Toujours est-il que Sobhraj doit répondre du double assassinat commis dans ce pays en décembre 1975. Il a beau clamer son innocence, le verdict tombe : vingt ans.

A bientôt 70 ans, le Serpent n’est plus le saute-frontières d’autrefois, mais il continue de séduire. En 2008, il a épousé en prison la fille de son avocate, une « jeunesse » de 22 ans. Aux dernières nouvelles, un film à gros budget reste à l’étude en Inde…

Jacques Expert et Philippe Broussard
Voir aussi:

Charles Sobhraj, serial killer ou beau parleur ?
Parmi les serial killers de légende, on trouve un Français, Charles Sobhraj. Incarcéré au Népal, il affirme être innocent. Portrait d’un séducteur.
De notre correspondante à New Delhi, Vanessa Dougnac
Le Point
15/01/2012

L’hésitation est possible. Sans la masse des uniformes bleus des forces de l’ordre, il serait difficile de considérer que ce chemin boueux, à l’écart d’une artère bondée de Katmandou, mène à l’entrée de la prison centrale du Népal. La vétusté carcérale du sous-continent indien n’a certes plus rien à prouver. « Nom du prisonnier ? » demandent les policiers en formant un barrage devant le guichet des visiteurs. « Charles Sobhraj », le nom du détenu convoité, provoque quelques secondes de silence. « Permission spéciale, prisonnier VIP ! » lance un policier. « Très célèbre », renchérit un autre.

La « célébrité » du Français Charles Sobhraj, il est vrai, a traversé les décennies et les continents. Elle est née en Asie sur les routes des hippies pour échouer jusqu’à ce matin d’hiver dans une prison humide de Katmandou. Entre-temps, l’homme est devenu une légende. Surnommé « Le Serpent » pour ses époustouflants talents d’esquive, Charles Sobhraj est perçu comme l’un des grands assassins de l’histoire récente. D’entrée de jeu, l’encyclopédie en ligne Wikipedia le présente en « serial killer ». Les articles de presse, les films documentaires ou les livres qui retracent sa vie évoquent, non sans une surenchère morbide, un tueur en série machiavélique. Car la légende le sacre en auteur impuni d’au moins douze meurtres commis dans les années soixante-dix : des touristes occidentaux auraient été drogués et détroussés de sa main avant d’être assassinés et même, dans un cas, brûlé vivant à l’essence.

Première incarcération à 19 ans

Tel un scénario de roman noir, la vie de Charles Sobhraj est hors du commun. Sa jeunesse est celle d’un enfant né à Saigon en 1944 de père indien et de mère vietnamienne. Négligé par son père, le garçon vagabonde dans un Saigon violenté par la guerre. Sa mère, qui l’a abandonné pour vivre en France avec un nouvel époux militaire, revient le chercher en 1953, et tente de lui prodiguer une éducation stricte à Paris. Trop tard. À 19 ans, Sobhraj, condamné pour vol de voiture, tâte déjà de la prison à Poissy.

L’histoire reprend quand il s’installe à Bombay en 1970 avec sa femme, Chantal Compagnon, qui donne naissance à leur fille. Sobhraj semble se plaire en Asie. Il multiplie périples, contrebande et trafic de pierres précieuses. Bientôt, il excelle dans sa future spécialité : le vol d’argent et de passeports auprès des touristes étrangers. Son mode opératoire sera immuable. Il se lie d’amitié avec de jeunes routards occidentaux et des hippies en quête d’un nirvana aux parfums de drogue. Il leur prodigue des conseils, leur fait miroiter de « bons plans ». Il est sympathique et inspire la confiance. Les conversations se poursuivent autour d’un verre. L’occasion, pour Sobhraj, de droguer discrètement ses proies. Il les raccompagne alors dans leur chambre et passe leurs affaires au peigne fin.

Bikini Killer

L’escroc s’enhardit au point d’oser un cambriolage assez périlleux. Se présentant en directeur de casino, il séduit une danseuse américaine qui séjourne à l’hôtel Ashoka de Delhi. Il se fait inviter dans sa chambre, qui se situe au-dessus d’une bijouterie…, et perce un trou dans le sol. La police est vite à ses trousses et le « gentleman cambrioleur » doit abandonner son butin. Il est arrêté et s’évade en simulant une crise d’appendicite. Puis il cumule de nouveaux voyages, de la Turquie au Pakistan, de nouvelles arrestations, et de nouvelles évasions, à Kaboul en 1973 et en Grèce en 1975. Entre-temps, face au cycle infernal des délits, sa femme le quitte pour rentrer en France.

C’est alors que s’ouvrirait le chapitre de la violence. De retour en Inde, le bandit séducteur se serait mué en un redoutable tueur en série. Il s’entoure de disciples : Marie-Andrée Leclerc, sa maîtresse canadienne, et l’Indien Ajay Chowdhury, son homme de main. Le trio s’installe à Bangkok. Tout en se lançant dans le trafic d’héroïne, Sobhraj continue celui de pierres précieuses et détrousse les touristes. Mais à la fin de l’année 1975, des cadavres surgissent au rythme effréné des vols.

La liste est lugubre : l’Américaine Teresa Knowlton, à peine majeure, retrouvée morte et brûlée à Pattaya, et la jeune Jennie Bollivar, noyée et abandonnée en maillot sur la plage. Un couple de Hollandais, la Française Anne-Marie Parry, le Turc Vitali Hakim, puis son amie française retrouvée, elle aussi, noyée en simple maillot. Les cadavres de la plage de Pattaya vaudront à Sobhraj le surnom de « Bikini Killer ». Les passeports de plusieurs disparus seront retrouvés dans le coffre-fort de la maison de Bangkok. Fin décembre, le trio se serait rendu à Katmandou et aurait rencontré un couple dont les corps sont plus tard découverts calcinés. Après un bref retour en Thaïlande, la trace de Sobhraj est mentionnée de Goa à Hong Kong, dans de brutales péripéties qui alternent soupçons d’assassinats, cavales, nouveaux acolytes et vols de touristes drogués. L’un d’entre eux, le Français Luc Solomon succombe aux sédatifs. En juillet 1976, quand une vingtaine de touristes français sont pris de crises diarrhéiques dans le hall d’un hôtel de Delhi, Sobhraj est maîtrisé et arrêté. Il avait eu la main trop lourde sur le dosage des poisons.

Manipulation

Les tribunaux indiens ne jugeront pas Sobhraj coupable de meurtre. Pour vols et évasions, il va néanmoins purger 21 années dans la prison de Tihar, à New Delhi. Son charisme et ses combines ont raison de ses gardiens qui l’appellent « Monsieur Charles ». Il gagne même l’amitié des autres prisonniers. « Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler », a-t-il déclaré à l’époque à son biographe Richard Neville. Et son audace n’est pas ébranlée. En 1986, sachant qu’il est sur le point d’être libéré et extradé vers la Thaïlande où se profile la peine de mort, Sobhraj élabore un subterfuge. Le jour de son anniversaire, il offre des sucreries et des raisins empoisonnés à toute son unité carcérale. Les six gardiens endormis, il s’évade par la grande porte. Tout en prenant tranquillement des photos afin d’éterniser les procédures du procès auquel il s’expose. Il est arrêté deux semaines plus tard en train de dîner, sans se cacher, dans un bar de Goa. Il obtient donc une prolongation de peine en Inde et évite l’extradition à Bangkok. Quand il achève sa condamnation en 1997, le mandat d’arrêt a expiré. Sobhraj est libre. Il part vivre en France où il négocie sa notoriété, ses interviews et même, se flatte-t-il, des scénarios à Hollywood.

Mais son passé va le rattraper. En 2003, il commet une erreur : il revient, en toute légalité, au Népal. Dans les rues de Katmandou, un journaliste le reconnaît et s’offusque de sa présence. Sommées d’agir, les autorités l’arrêtent dans un casino pour le double meurtre de 1975. Rejetant un ultime appel, la Cour suprême de Katmandou confirmera en 2010 la condamnation à perpétuité de Sobhraj, reconnu coupable de l’assassinat au couteau en 1975 de l’Américaine Connie Jo Bronzich. « Sobhraj se voit en un super-héros criminel, a déclaré Ganesh K. C., l’officier de police qui l’a appréhendé. Je crois que c’est un psychopathe. Il ne tue pas pour l’argent, mais pour sa seule satisfaction. Il veut montrer son talent au monde entier. » Quant à l’intéressé, il nie avoir déjà mis les pieds au Népal avant son arrestation. « Je suis innocent, dit-il, je n’ai absolument rien à voir avec cette affaire. » Sa volumineuse pétition de 449 pages demandant une révision du jugement a été rejetée en décembre. Sobhraj en reste donc à une peine maximale de vingt années de prison avec un minimum de treize années, sachant qu’il en a déjà accompli huit.

Charmeur

Aujourd’hui, Charles Sobhraj a 67 ans. Du fond de sa cellule, son éternelle casquette vissée sur la tête, il n’a rien perdu de son aura. Fidèle à son grand talent, Le Serpent continue à aimanter des femmes intelligentes. Et pas des moindres : celle qui le défend – gratuitement – en France, Isabelle Coutant-Peyre, avocate connue pour ses clients radicaux ; à Katmandou, Sobhraj a hypnotisé d’amour une énième conquête : la Népalaise Nihita Biswas, 22 ans, sa traductrice. Les deux tourtereaux se sont mariés le 9 octobre 2008 lors d’une cérémonie hindoue organisée dans la prison. Dans la foulée, Sobhraj a rallié à sa cause la mère de sa jeune épouse, l’avocate Shakuntala Thapa, issue d’une vieille famille aristocratique népalaise.

Toutes le dépeignent en termes affectueux. Isabelle Coutant-Peyre le voit comme « un romantique, un aventurier, un type qui a trempé dans de sales milieux, mais qui n’a rien d’un tueur en série. » Shakuntala Thapa, sa combative avocate népalaise, parle d’un « homme généreux et amical ». Nihita retient « sa grande gentillesse, son aura, sa force et sa patience ». Toutes sont convaincues de son innocence. « Je ne pense pas qu’un homme puisse changer, explique la jolie Nihita. Celui qui est mon mari aujourd’hui ne peut pas avoir commis des crimes hier. » L’an dernier, Nihita est allée jusqu’à participer au Big Brother indien, une émission de télé-réalité, lors duquel elle a farouchement défendu son mariage. Avec une intensité qu’elle continue à revendiquer : « Notre amour est de plus en plus fort. »

« Je suis certain d’être acquitté »

Plusieurs entretiens téléphoniques avec Sobhraj, faute de permission de visite, révèlent un homme courtois et agréable. Le Serpent n’a pas changé de peau. L’homme est posé, la conversation facile. Il discute de ses projets de livre, de son cas judiciaire et de sa famille. Glisse quelques « secrets », dont « il ne faut pas parler ». Distille les informations. Alterne le personnel et le professionnel. Surtout, il montre une véritable énergie pour organiser et maîtriser sa situation. Dans sa cellule, il passe des heures à écrire et à travailler sur ses ressorts judiciaires. Sobhraj semble habité par l’évidence que le dernier acte de sa vie ne peut se jouer dans une sordide prison népalaise. « Je suis certain, nous écrit-il, que je serai acquitté. »

Et de fait, les pièces présentées au procès accumulent les irrégularités dans la procédure et les délais. « Des photocopies, et non des documents originaux, ont servi de preuves », souligne Me Shakuntala Thapa, qui dénonce « la corruption du système népalais ». Me Isabelle Coutant-Peyre s’insurge face à un « dossier entièrement falsifié au moyen de fausses fiches d’hôtel et de témoignages inventés ». D’après l’avocate, « on fait payer à Sobhraj sa réputation ». Au-delà, elle accuse les autorités françaises de « discriminer » son client : « La France attend simplement qu’il meure dans les geôles népalaises. » Et du côté de l’ambassade de France à Katmandou, le sort de Sobhraj semble susciter l’agacement. « C’est du réchauffé, cette histoire ! » juge le service consulaire averti de notre enquête, avant de grommeler qu’il a « déjà assez à faire avec les problèmes des touristes français ».

Vantardise

Pourtant, Sobhraj fera peut-être encore parler de lui. Car Isabelle Coutant-Peyre a saisi le Comité des droits de l’homme des Nations unies et a déposé une plainte contre l’État du Népal. Le 27 juillet 2010, le Comité a fait droit à cette plainte en relevant un procès inéquitable et des violations de droits à l’égard de Sobhraj. L’affaire pourrait avoir des suites, bien que le Népal ne semble pas vraiment disposé à « réparer ses torts ».

S’il est innocent, Sobhraj aura activement creusé sa propre tombe. Non sans vantardise, il a toujours joué l’ambiguïté sur ses exploits criminels. Et puis, bien qu’il le réfute, il y a eu le fameux témoignage de Richard Neville, auteur de La vie et les crimes de Charles Sobhraj, publié en 1979. L’écrivain fait état des « aveux » de Sobhraj qui lui aurait narré les meurtres, détails sordides à l’appui. Bien sûr, la « légende Sobhraj » a pu aussi s’emballer et exagérer ses méfaits en lui mettant sur le dos tous les cadavres de toxicomanes de l’Asie des années hippies. Car le portrait du Serpent dépasse la réalité. Décrit par la presse anglophone des années quatre-vingt comme un « expert en karaté aux petits yeux perçants » ou un « félin glacial aux yeux énormes »… Dans les livres ou les articles consacrés à sa vie, les dates, les victimes, les noms, les lieux, les détails ne sont jamais les mêmes. Le roi de la manipulation et du mensonge a su brouiller les pistes et fabriquer sa légende, mais il s’y est perdu lui-même.

Voir également:

Sobhraj in India
Charles Sobhraj hated India, but the country got to him in the end
Ahead of the movie ‘Main Aur Charles’, which revisits the criminal’s jailbreak from Tihar in the 1980s, a look at his escapades.
Nandini Ramnath
Scroll.in
Oct 27, 2015

An international man of mystery of Indian extraction is a rarity. But if India has not rushed to embrace Charles Sobhraj as one of its own, it is with good reason. The half-Sindhi and half-Vietnamese criminal despised his Indian heritage, and used the country as one massive crime scene. India was where his father had relatives and maintained one of two households, where Charles Sobhraj first arrived to spend time with an extended family he had never met before, where he committed fraud, robbery and murder, and where he was arrested and sentenced for lengthy periods.

Sobhraj’s exploits include several audacious jailbreaks, one of which is the basis of the upcoming movie Main Aur Charles. Written and directed by Prawaal Raman, the October 30 release stars Randeep Hooda as the man who walked out of Tihar Jail in 1986 and then engineered his re-arrest to buy himself more jail time. Sobhraj wanted to remain in an Indian prison to avoid being extradited to Thailand, where he faced a possible death rap for a series of brutal murders committed in the mid-1970s, and he manipulated the Indian judicial system with the same ease with which he twisted the confidence of countless family members, victims and girlfriends over the course of two decades.

Sobhraj is now 71, and has been serving time in a Nepalese prison since 2003 for murders committed there during the ’70s.

In 1975, after escaping from a Greek prison,  Sobhraj boarded a plane to India for only his second extended trip to the country. But his feelings about the subcontinent, as reported by Richard Neville and Julie Clarke in the book Charles Sobhraj,  weren’t exactly positive: “How he hated India, except as a land of easy pickings, and although its blood flowed through his veins, he rarely acknowledged it.”

Charles Sobhraj is based on extensive interviews conducted with the frequent felon in Tihar Jail in 1977, when he was on trial for a failed attempt to rob a French tour group. Although Sobhraj later disowned the book – he is a man who likes to be in charge of his mythos – Neville and Clarke had no doubt about his culpability. “I had come to Delhi with some vague theory of Charles as a child of colonialism revenging himself on the counter-culture,” Neville, a prominent figure of the Australian counter-culture himself and the co-editor of the magazine Oz, writes in the epilogue. “Instead, I was dazzled by a brilliant psychopath.”

Raman clarified that Main Aur Charles is not a biopic but “an account of a chargesheet”. The movie is set in the ’70s and ’80s, and also stars Richa Chadha as a lawyer who is drawn by Sobhraj’s animal magnetism. “The movie is about a jail break and the subsequent police investigation,” said Raman, who has previously directed Gayab and 404. “The basic idea is to do justice to the determination of people involved in the case. It is a fictionalised account, which is why I didn’t need to seek permission to make the film.”

Sobhraj first came to notice in the ’70s after a series of murders of American and European tourists in Bangkok that were pinned on him and his collaborators. Even while Neville and Clarke were interviewing Sobhraj in Delhi in 1977, American journalist Thomas Thompson was researching Serpentine, an exhaustive account of the crook’s life and crimes. Serpentine ends with Sobhraj’s conviction by the Supreme Court of India on August 8, 1978, on charges of culpable homicide and robbery. The subject outlived the author: Thompson died from a liver disease in 1982, which his family believes he contracted during his research on Serpentine.

Sobhraj also inspired the mini-series Shadow of the Cobra, starring Art Malik and made in 1989 for Australian television. Sobhraj might have appeared in the movies himself if he hadn’t been occupied with drugging tourists and relieving them of their possessions and passports. Thompson describes a moment from 1971, when Sobhraj was in Mumbai’s Colaba tourist district, casing out various hospitality establishments.

“Once Charles had been asked by a director to be an extra in a crowd scene that required foreign faces, and although he did not have the time at that moment, the idea of becoming a film star someday was tucked in one corner of his head,” Thompson writes.

There are traces of Sobhraj in the half-Indian and half-Chinese character played by Danny Denzongpa in Mahesh Bhatt’s 1979 Lahu Ke Do Rang. (If a movie on Sobhraj had been made in those years, Denzongpa would have a shoo-in for the role). Two decades later, Sriram Raghavan was among the filmmakers keen on bringing aspects of Sobhraj’s life to the screen, and he started preliminary research on the subject.

“He is a fascinating character with an Indian connection,” Raghavan said. “The screenplay never got written, and I don’t know how I would have tackled the subject.” Elements of the smuggler’s persona crept into Saif Ali Khan’s character in Raghavan’s 2004 thriller Ek Hasina Thi, especially Sobhraj’s widely acknowledged charm, which allowed him to “befriend a cabbie as easily as a big shot”, the filmmaker added.

In the early 2000s, the Mumbai production company SBI Impresario, set up by Sorab Irani, set out to make a biopic based on Sobhraj’s memoir, The Aftermath. The movie was called Bottomline. Jackie Shroff was to have played the criminal, who had been spending time in London after serving out his prison sentence in India, and British author Farrukh Dhondy was to have written the screenplay.

In a blog published in 2013, Sorab Irani’s daughter, filmmaker Oorvazi Irani, details their colourful encounter with the criminal in 2002, adding that “the film is “still under production and not yet made”. In 2007, Dhondy published a novel based on Sobhraj’s crimes, titled The Bikini Murders.

Saigon to France to India

As anyone who has followed his story well knows, Sobhraj’s life is difficult to summarise in a single movie. He was born on April 6, 1944, during World War II in Saigon, in the territory then known as French Indochina. He was christened Gurmukh, a name his Vietnamese mother Song found hard to pronounce. He was the illegitimate son of a short-lived union between Song, variously described as a shop assistant and bar hostess, and Hotchand Bhawnani Sobhraj, also variously described as a humble tailor (by Thompson) and a moneylender and successful owner of two tailoring shops (by Neville and Clarke).

“The little boy was called Gurmukh, an Indian name that Mr Sobhraj had come up with, although the child had no official identity,” Thompson writes. “Wartime records had been poorly kept, and aside from an entry in a hospital record, the baby did not exist in the eyes of the transitional government.”

Unwanted by his father, Sobhraj was taken to France by Song when she married a French soldier. His official name was Hotchand Bhawnani Gurmukh Sobhraj, and his new moniker emerged in the country that eventually granted him citizenship, perhaps because the precocious boy delighted in mimicking the actor and filmmaker Charles Chaplin. In 1959, when he was 15, his name was entered in church records as Charles Gurmukh Sobhraj.

Before he could become a French citizen, Sobhraj had to face his Indian heritage. On his mother’s request, Hotchand sent Charles to his family home near Pune for a few months in 1961. The idea was to spend enough time in India to qualify for citizenship, but Sobhraj hated his relatives, the food, and the climate, and he eventually escaped to Saigon as a stowaway on a ship. He was sent back to India by his father in 1962, but was not allowed to disembark because he did not have the proper papers.

Sent back to his mother in Marseilles and granted a temporary visa, Sobhraj embarked on a series of petty crimes that nearly got him kicked out of his adopted homeland. He was finally declared a French citizen by 1970 through his mother since she was a natural-born citizen of a former French colony. However, Sobhraj’s destiny lay in the country he had so strenuously rejected. According to Thompson, the French consul official who granted Sobhraj his citizenship declared, “This man, someday he will meet his fate in India.”

That year, Sobhraj travelled again to India with his wife, Chantal. She gave birth to their daughter, Madhu, in a hospital in Mumbai. Sobhraj “moved easily into Bombay’s international colony”, Thompson writes. Among his friends were the associate director of the Alliance Francaise, who offered the silken-tongued émigré and his family an apartment at a discounted rate.

Sobhraj described himself as a businessman, but his trade was selling used and stolen cars to the city’s elite who, for all their wealth, have never shied away from a good bargain. “Charles’ popularity among the Bombay affluent was confirmed when he demonstrated his ability to procure shiny and apparently new Alfa Romeos, BMWs, Maseratis and Mercedes,” Neville and Clarke write. Sobhraj’s poor opinion about Indians was cemented during this phase, according to the authors. “They were so passive and dishonest at the same time… Charles was proud and ambitious and the only thing he liked about Bombay was the Taj Mahal Hotel, that symbol of wealthy, aristocracy and power,” they write.

Crime Scene India

Between 1971 and 1978, according to his confession and Thompson’s investigation, Sobhraj committed a series of crimes in various countries, including a failed attempt to rob an emporium at Hotel Ashok in Delhi in 1971. Upon being caught, he faked an appendix problem (an appendectomy was performed on him nevertheless) and, with Chantal’s help, managed to escape from the hospital. Serpentine documents Sobhraj’s frantic cross-border movements over the next few years – he fetched up in Kabul, Istanbul, and Athens, and slipped out of prisons upon arrest. By mid-1975, Sobhraj was back in India, posing as Alain Gautier, a photographer with the Paris-Match magazine, and winning the confidence of tourists whom he would later rob.

Sobhraj’s modus operandi included seducing women who became pliant and loyal accomplices. “He was a women’s fantasy of one moment of adventure – and danger,” his half-brother Andre told Thompson. Among Sobhraj’s most devoted lovers was Marie-Andree Leclerc, a Canadian who was accused of helping him commit several dastardly crimes, including at least five murders in Bangkok in 1975. She was around when he unsuccessfully drugged several French tourists at Hotel Vikram in Delhi in July 1976. They were arrested and lodged at Tihar, from where he staged his sensational jailbreak.

Sobhraj thrived on the permissive mores of the ’70s, and many of his victims were hippies and backpackers who were unable to see beyond his smooth sales pitch, said Julie Clarke, the co-author of Charles Sobhraj, in an email interview. “The fact that young unsophisticated Westerners were suddenly travelling in Asia in great numbers, and had a hippie culture of trusting everyone, provided such an easy target for him,” Clarke said. “The cultural use of marijuana had everyone a bit too relaxed.”

Perhaps it is not so surprising after all that Indian filmmakers have balked from bringing Sobhraj’s misadventures to the screen, even though the ’70s saw a spate of anti-hero movies across languages. The Hindi film industry in particular delighted in packing the screen with gamblers, spies, thieves, con-men, smugglers, molls and drug dealers. Yet, the morality of the characters remained black and white: heroes were misguided or pretending to be so, heroines lost their waywardness once they fell in love, and villains remained unrepentant and got their comeuppance.

Sobhraj doesn’t quite fit into this neat matrix. However, present-day popular cinema, which is more interested in psychological realism, is perhaps the best placed to examine his complex personality.

“My view is that he is a classic psychopath; we are looking at a mental illness,” Julie Clarke said. “He is not a hero in any sense. He fascinates those who are gullible (which is a human condition as most of us don’t come across psychopaths in the normal course of life.)”

Real versus reel

Raman’s Main Aur Charles will contrast the outlaw’s actions with those of the upright police officers who go after him. Nandu Madhav plays Madhukar Zende, the Mumbai police officer who arrested Sobhraj in Goa after his jailbreak. Zende had been staking out various establishments in Goa, and he famously walked up to Sobhraj at a restaurant in Porvorim, grabbed his arm and said, “Hello Charles, how are you?”

One of the key characters in this episode is Amod Kanth, who was Deputy Commissioner of Police in Delhi when Sobhraj made his escape. Kanth, who has retired from the police force and runs the non-governmental organisation Prayas, is portrayed by Adil Hussain in Main Aur Charles.

Kanth has been a part of several high-profile investigations, including the assassination of former prime minister Rajiv Gandhi, the Jessica Lall murder, and the BMW hit and run killing. “In the canvas of my experience, Sobhraj stands out as a character, and not in a good sense,” Kanth said. “He was in my custody for over a month, and I interrogated him. I would never allow him to sit on a chair and made him sit on the floor.”

Sobhraj’s mesmerising hold over men and women has been well documented. “He always parades his masculinity as if he were afraid it would go away,” a former girlfriend told Thompson. But Kanth remains unimpressed. “His character is slimy, and there is nothing charismatic about him, whatever his admirers might feel,” Kanth said. “He is a restless and fundamentally devious character.”

Which makes him ripe screenplay fodder. Prawaal Raman emphasised that while Main Aur Charles does not glorify Sobhraj, the filmmaker is not sitting in judgment on him either. “When there is a fight between good and evil, the battle is more interesting than who wins,” Raman said. “The movie is about an enigmatic man, a very focused cop, and their basic confrontation. I have taken a bird’s eye view.”

Voir de même:

La nébuleuse affaire Marie-Andrée Leclerc
La Québécoise Marie-Andrée Leclerc a été déclarée coupable du meurtre et du vol de touristes en Asie avec son compagnon de voyage Charles Sobhraj.
Radio-Canada
Apr 13 2021| Mis à jour le 13 avril 2021

La récente minisérie The Serpent raconte l’histoire du tueur en série français Charles Sobhraj et de sa compagne, la Québécoise Marie-Andrée Leclerc. Était-elle victime ou meurtrière? Retour en archives sur une affaire tout aussi scabreuse qu’énigmatique.

À la fin des années 70, l’affaire Marie-Andrée Leclerc a fait couler beaucoup d’encre. Comment une secrétaire médicale de Lévis est-elle devenue la femme la plus recherchée d’Asie?

Pendant un périple d’un an, de 1975 à 1976, la Québécoise aurait participé aux meurtres de plusieurs touristes européens et nord-américains en Asie.

En août 1976, elle est arrêtée et incarcérée à la prison de Tihar, en Inde. Elle devra y demeurer plusieurs années en attente de son procès. Ses conditions de détention lui attirent une certaine sympathie.

Marie-Andrée Leclerc nie être une meurtrière et prétend plutôt avoir été sous l’emprise de Charles Sobhraj, un criminel indo-vietnamien avec qui elle voyageait.

Six ans plus tard, elle sera inculpée et condamnée à la prison à perpétuité avec son complice.

Elle aurait aidé Charles Sobhraj à droguer des voyageurs naïfs pour leur dérober argent et passeports, puis s’en débarrasser.

Ce reportage du journaliste Yves Désautels au Téléjournal du 24 juillet 1983 est présenté lors de son retour au pays.

Partie pour un voyage en Inde qui ne devait durer que quelques mois, la voici huit ans plus tard, épuisée, devant se déplacer en chaise roulante, meurtrie physiquement et moralement, mais visiblement heureuse d’être de retour au pays.

Une citation de :Yves Désautels

La jeune femme étant atteinte d’un cancer, la Cour suprême indienne l’autorise à revenir temporairement au Canada afin de se faire soigner.

Son retour lui donne l’occasion de publier un livre sur son histoire qui compte cependant plusieurs zones d’ombres.

Le témoignage de Marie-Andrée Leclerc

Moins d’un an plus tard, le 20 avril 1984, Marie-Andrée Leclerc meurt à Québec des suites d’un cancer de l’utérus.

Le reportage du journaliste Jacques Plante au Téléjournal montre quelques extraits d’une entrevue qu’elle a accordée à Radio-Canada lors de la publication de son livre.

On y découvre une femme charmante, toute délicate et en apparence sereine. Cela pourrait expliquer pourquoi plusieurs Québécois l’ont crue innocente jusqu’au dernier moment.

La Lévisienne prétendra jusqu’à sa mort qu’elle ne savait rien des activités meurtrières de Charles Sobhraj, disant plutôt avoir été sa victime. Il lui aurait dérobé tout son argent et aurait fait en sorte que son passeport soit inutilisable. Elle était à sa merci, écrit-elle dans son livre.

Elle affirmera également ne pas avoir été amoureuse de son compagnon, qui se disait négociant en pierres précieuses.

Pourtant, elle va le rejoindre en Asie quelques mois à peine après l’avoir rencontré en 1975 lors d’un premier voyage en Inde. Son journal intime, obtenu par les autorités thaïlandaises, exprime également le contraire.

L’enquête de la journaliste Huguette Laprise

Outre le livre Je reviens…, publié aux Éditions Stanké en 1983, L’Affaire Marie-Andrée Leclerc d’Huguette Laprise permet un certain éclairage sur cette histoire.

Envoyée spéciale du quotidien La Presse, la journaliste s’est rendue à trois reprises en Asie pour couvrir l’affaire Marie-Andrée Leclerc. Elle met en doute l’innocence complète de la Québécoise.

À l’émission Le Point Médias du 5 novembre 1993, la journaliste Madeleine Poulin s’entretient longuement avec Huguette Laprise.

Elle explique être allée à la rencontre de Marie-André Leclerc en Inde à la suite du mandat d’arrestation international d’Interpol.

« Je suis vraiment partie avec cette idée d’aller aider une Québécoise qui est mal prise », raconte-t-elle.

Mais au cours de son enquête, la journaliste découvre un dossier très chargé et documenté. Les faits et les témoignages qu’elle recueille au Népal, à Hong Kong et en Thaïlande sont accablants.

On ne peut pas être dans un appartement et qu’il y ait des gens qui sont enchaînés dans notre appartement sans les voir!

Une citation de :La journaliste Huguette Laprise

Lorsque la journaliste la visite en prison, Marie-Andrée Leclerc parle comme une petite fille naïve, se disant en bien mauvaise posture et appelant à l’aide.

Huguette Laprise croise également Charles Sobhraj au palais de justice. Un personnage qu’elle décrit comme antipathique qui a tout d’un psychopathe et auquel Marie-Andrée Leclerc semble encore très attachée.

Marie-Andrée Leclerc était très certainement sous le charme de Charles Sobhraj, mais sous son emprise, sans voir tout ce qu’il tramait? Tous les éléments d’information colligés par la journaliste Huguette Laprise vont dans le sens contraire.

« Après toutes ces années-là, ce que je peux dire, c’est que cette fille a eu un destin très très triste, abominable », conclut la journaliste de La Presse.

Voir de plus:

23 avril 2021C’est petit, le Québec, quand même. Au milieu des années 60, le comédien Marcel Lebœuf, originaire de Lévis, se faisait garder par Marie-Andrée Leclerc. Oui, oui. La Marie-Andrée Leclerc, alias la belle Monique, que le monde entier a redécouverte depuis la mise en ligne de la minisérie Le Serpent sur Netflix, au début du mois.

La famille Lebœuf vivait alors rue Fraser, tandis que les Leclerc vivaient à côté, rue Déziel, près du Collège de Lévis.

« Elle m’a gardé de 8 à 11 ans. Elle avait alors 17 ou 18 ans. Je la trouvais donc belle. Je pense que j’étais amoureux d’elle », se souvient Marcel Lebœuf.

Encore mieux, maintenant : la fille de Marcel Lebœuf, l’actrice Laurence Lebœuf, a passé deux auditions, en décembre 2018, pour décrocher le rôle de Marie-Andrée Leclerc dans Le Serpent. C’est le genre d’histoire qui ne s’invente pas.

À Montréal, Laurence Lebœuf a enregistré trois scènes, dont celle où l’empoisonneuse Marie-Andrée/Monique entre dans la chambre des deux touristes néerlandais drogués. La vidéo a ensuite été transmise à la société Mammoth Screen, qui a produit Le Serpent pour la BBC et Netflix.

Les producteurs l’ont rappelée pour un deuxième bout d’essai, mais Laurence Lebœuf n’a pas obtenu le rôle, qui a été attribué à Jenna Coleman (Doctor Who), incapable de parler français, comme la minisérie nous le prouve pendant huit épisodes d’une heure. Ce qui est affreusement gênant pour une émission avec un tel budget et un souci maniaque du détail historique.

« C’est frustrant de voir qu’ils ont pris une Britannique pour jouer une Québécoise. Je ne peux pas y croire. Pour nous autres, ça fait mal, ça me fait un pincement pour notre représentation à la télé. Je suis certaine que la barrière de la langue a empêché Jenna Coleman d’être à son meilleur. »

— Laurence Lebœuf

« Même si ce n’est pas moi qui l’ai obtenu, j’aurais vu une Evelyne Brochu ou une Sophie Desmarais dans ce rôle », raconte Laurence Lebœuf, après une journée de tournage de la télésérie Transplant de CTV, à Montréal.

Encore pire, selon Laurence Lebœuf, et je partage son avis à 100 % : la scène où Marie-Andrée Leclerc appelle sa mère, Marie-Paule, à Lévis, à la fin de la série. Les deux Québécoises pure laine se parlent alors dans un français incompréhensible même pour des téléspectateurs francophones. Il faut ajouter les sous-titres pour décoder leur échange. « Avec les budgets qu’ils ont, c’est tellement frustrant de voir ça », soupire Laurence Lebœuf.

Comme Laurence Lebœuf avait déjà passé des auditions pour d’autres séries de la BBC, elle se trouvait dans le circuit pour briguer des rôles prestigieux comme celui de Marie-Andrée Leclerc, cette secrétaire médicale de Lévis qui a fait les manchettes, au milieu des années 70, après avoir accompagné le psychopathe Charles Sobhraj dans une cavale meurtrière en Thaïlande, au Népal et en Inde.

Catherine St-Laurent, qui campe Noélie St-Hilaire dans District 31, a également soumis une vidéo d’audition pour jouer Marie-Andrée Leclerc dans Le Serpent. Elle non plus n’a pas été retenue.

Avec le succès qu’elles remportent dans des téléséries internationales (Mary Kills People, Hannibal, Letterkenny ou Revenge), pourquoi aucune actrice d’ici n’a été considérée pour Le Serpent ? La société de production de la minisérie, Mammoth Screen, dont le siège est à Londres, n’a pas répondu à ma demande d’entrevue.

Vérification faite, ni Karine Vanasse ni Caroline Dhavernas, ni Magalie Lépine-Blondeau, toutes des actrices bilingues qui ont brillé à l’étranger, n’ont été appelées pour Le Serpent.

Cette histoire de langue n’est pas un détail anecdotique ni du chauvinisme mal placé. C’est un enjeu de crédibilité pour une série qui n’a pourtant pas lésiné sur les moyens pour reconstruire les années 70 en Asie du Sud-Est et à Paris.

En entrevue avec le magazine Entertainment Weekly, l’actrice Jenna Coleman a révélé avoir appris ses répliques de façon phonétique, avec l’aide d’un coach vocal. La comédienne n’a eu que « trois ou quatre semaines pour maîtriser » notre langue. C’est un échec cuisant, n’ayons pas peur des mots. « Sais toune étchèque kwuizan », dirait sans doute Monique dans Le Serpent.

Quarante-cinq ans plus tard, l’histoire abracadabrante de Marie-Andrée Leclerc, digne d’un polar de John le Carré, fascine toujours autant. Comment la secrétaire du réputé chirurgien orthopédiste Georges-Albert Daigle de Lévis, une jeune femme de 29 ans très pieuse, a-t-elle pu succomber au charme d’un tueur en série comme Charles Sobhraj ?

En 1983, le journaliste de la station radiophonique CJRP de Québec Jean-Luc Vachon a publié un livre intitulé Marie-Andrée Leclerc – Victime, aventurière ou meurtrière ?

Avec l’aide du père capucin Alain Picard, établi à Varanasi, c’est lui qui a ramené Marie-Andrée Leclerc de New Delhi à l’aéroport de Québec, en juillet 1983. Emprisonnée en Inde, Marie-Andrée Leclerc avait alors obtenu une permission spéciale pour rentrer au pays et soigner un cancer.

Les comptes rendus de l’époque parlent à la fois d’un cancer de l’utérus et d’un cancer des ovaires. Il semble que la maladie était généralisée quand la Lévisienne a été vue par un médecin québécois.

En se rendant interviewer Marie-Andrée Leclerc en Inde, le reporter Jean-Luc Vachon, 42 ans, a contracté la malaria et en est mort en décembre 1983. Marie-Andrée Leclerc a succombé à son cancer cinq mois plus tard, en avril 1984, à l’âge de 36 ans.

« Pour mon père, je crois que Marie-Andrée a d’abord été une aventurière, puis une victime. Mais une victime qui collaborait », avance la fille de Jean-Luc Vachon, Isabelle Vachon.

Si les allers-retours dans le temps ne vous effraient pas – il y en a des dizaines et des dizaines par épisode –, The Serpent vous charmera avec ses aventures exotiques dangereuses. Tout le contraire de l’accent de Jenna Coleman, qui repousse et effraie, tel le cobra indien le plus venimeux de la planète. Envoyez des secours, ça presse.

Voir encore:

Le Serpent: si on oublie l’accent [VIDÉO]
Richard Therrien
Le Soleil
13 avril 2021

CHRONIQUE / Au Québec, Le Serpent fait surtout jaser pour l’accent québécois invraisemblable de son actrice principale, la Britannique Jenna Coleman. Mis à part cet irritant majeur, la série britannique de huit épisodes mérite qu’on s’y intéresse.

Deuxième titre le plus regardé sur Netflix au Canada mardi, Le Serpent s’inspire librement de l’histoire du tueur en série Charles Sobhraj et de celle qu’on présente comme sa complice, la Lévisienne Marie-Andrée Leclerc. Bien réelle, l’affaire hautement sordide remonte aux années 70 et avait été suivie comme un feuilleton dans les journaux.

Ce Serpent, qui porte bien son surnom, c’est un psychopathe qui se fait appeler Alain, accessoirement marchand de pierres précieuses français, qui charme ses victimes en leur faisant miroiter beaucoup d’argent, avant de les droguer, de les faire disparaître de manière atroce et de voler leur identité.

Secrétaire médicale, Marie-Andrée Leclerc a fait sa connaissance lors d’un voyage en Inde en 1975. Elle est soudainement envoûtée par ce «Alain». Dès lors, ils entretiennent une correspondance enflammée.

«Je me languis de tes caresses et de tout ce que les prochaines semaines nous réservent», lui écrit-elle dans une de ses lettres roses, avant de tout quitter pour lui. Elle accepte même de changer son prénom pour Monique dans cette vie empruntée que ce playboy veut lui offrir, une alternative rêvée à son existence banale.

Elle découvre rapidement les véritables intentions de son gourou, qui utilise toujours le même stratagème diabolique. Et elle choisit de rester malgré tout. «Marie-Andrée hurle pour que tout s’arrête mais Monique, elle, n’a pas le choix», se dit-elle à elle-même.

En parallèle, on suit l’enquête d’un diplomate hollandais en Thaïlande, Herman Knippenberg (Billy Howle), sur la disparition d’un jeune couple de touristes dans des circonstances vraiment étranges. Prise au sérieux par personne, la disparition de hippies ne suscite que rires et moqueries, jusqu’à ce que Knippenberg mette la main sur un journal intime, qui confirme ses soupçons. Le personnage est à peu près le seul vraiment attachant et sa quête pour trouver le coupable y est pour beaucoup dans l’intérêt de cette série.

Cette histoire est un film en soi. Il n’y a qu’à relire les journaux de l’époque pour comprendre à quel point le sort de Marie-Andrée Leclerc, condamnée ou défendue de part et d’autre, a fasciné la population.

Il faut souligner la qualité de la reconstitution d’époque, looks inclus, tout comme la trame musicale, qui nous sert Gainsbourg, Aznavour et Dutronc. Tahar Rahim, proclamé meilleur acteur aux César en 2010 pour son rôle dans le film Un prophète, excelle dans le rôle du Serpent. Chacune de ses apparitions donne froid dans le dos.

Bien que le suspense ne manque pas, la série abuse des sauts dans le temps, sans qu’on en sente réellement la nécessité. «Trois mois plus tard, quatre mois plus tôt…», tout ça devient parfois étourdissant.

À défaut d’engager une actrice québécoise – il n’en manque pourtant pas –, il aurait été tout simple de faire doubler les propos en français de l’actrice britannique dans un québécois potable. Mais chez Netflix, ces considérations sont secondaires; ils ont dû se dire: qui, à part les Québécois, feront la différence? On engage de vrais Français, de vrais Britanniques, de vrais Thaïlandais… mais une vraie Québécoise?

Si le doublage ne vous incommode pas, c’est pour une fois l’option la plus sage; la version française biffe le faux accent de Jenna Coleman. Reste que «Monique» de Lévis parle alors avec un accent français mais compréhensible. À vous de voir.

Revenue à Québec parce qu’elle souffrait d’un cancer incurable, Marie-Andrée Leclerc est décédée à 38 ans en 1984. Encore aujourd’hui, la véritable nature de son implication dans les meurtres de Sobhraj fait débat. Quant au Serpent, il est toujours en vie et purge une sentence à vie dans une prison népalaiseReal life Herman Knippenberg details how accurate The Serpent is to true events

Voir aussi:

Billy Howle plays the Dutch diplomat in the BBC drama
Francesca Shillcock
Hello !
February 07, 2021

The Serpent has been shocking fans in recent weeks not only due to its realistic performances but the tragic true story behind it – and now, a real life contributor to the story has opened up about the accuracies in the showHerman Knippenberg was a Dutch diplomat tasked with investigating the string of murders that were occurring across Thailand, Nepal and India in the 1970s at the hands of heinous criminal Charles Sobhraj.In the BBC drama, Herman is played by Billy Howle (MotherFatherSon, On Chesil Beach) and it seems the real Herman was impressed by his performance.

Appearing on Loose Women this week, the former diplomat, now 76, told the panel how true the life the show is. « I think that Billy Howle did a fantastic job. It was so real at times, some of the scenes I saw. »

He added: « I was gripped myself and had to make up my mind whether indeed it was as Billy Howle played it or as I had experienced it, it came dangerously close. »

Herman Knippenberg appeared on Loose Women this week

Herman, who now lives in New Zealand with his wife Vanessa after divorcing his wife Angela (portrayed in the show by Ellie Bamber), also detailed his state of mind and determination while investigating the serious crimes across Asia.

« It was absolutely imperative to stop the killings. As I have said to friends before, even if it was not in the parameters of my work, if I could make the difference I felt in that moment I could and I would. »

He continued: « It would give me the chance to extend a warning to travellers, they have to be careful because in paradise there may be the serpent lurking somewhere, » Herman told the ITV programme. It’s absolutely necessary when someone goes to other countries they are careful about meeting people. »

Voir également:

The Serpent: What happened to Herman Knippenberg? Where is Herman now?

THE SERPENT is the new true-crime series on BBC One and the BBC iPlayer. Billy Howle portrays Herman Knippenberg but what happened to Herman and where is he now?
Molli Mitchell
The Express
Jan 27, 2021

The Serpent on BBC is based on the harrowing crimes of French serial killer, Charles Sobhraj (played by Tahar Rahim). Dutch junior diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle), found himself in a cat and mouse chase with Sobhraj, building a case against the killer throughout the 1970s with his wife Angela Knippenberg (Ellie Bamber). What happened to Herman Knippenberg and where is Herman now?

What happened to Herman Knippenberg?

Herman Knippenberg is former Dutch diplomat, who was based at the Dutch Embassy in Bangkok, Thailand in the 1970s.
The position of the third secretary at the embassy in Thailand in 1975 had been Knippenberg’s first major foreign posting at the time.
He had begun looking into the disappearance of two Dutch travellers, Henk Bintanja, 29 and Cornelia Hemker, 25, in 1976.  He soon discovered the pair were not only dead but had been murdered. Bintanja and Hemker had also been misidentified as two missing Australian backpackers.
Knippenberg, who was 31-years-old at the time, began his search for their killer, leading himself down a dark path of murder and deceit. He believed the deaths of his two Dutch came at the hands of a serial killer and he began to look into several other missing tourist cases.
Alongside his wife Angela, and the help of Belgian diplomat, Paul Siemons (Tim McInnerny), they began to delve deeper a series of murders across the Hippie Trail in the late 1970s, leading them to one man: Charles Sobhraj.
During his research, the diplomat turned detective, was led to Nadine (Mathilde Warnier) and Remi Gires (Grégoire Isvarine), the neighbours of Sobhraj who suspected he may have been a killer.
Nadine bravely went undercover for Knippenberg, collecting evidence which helped him build his case against Sobhraj.
Billy Howle who portrays the real Herman Knippenberg in The Serpent spoke to Express.co.uk and other press about taking on the role. He also revealed he spoke with Knippenberg whilst preparing for the role.
Howle said: « It’s a sort of moral question: what drives a man to do such heinous things as Charles Sobhraj has done? And interestingly, when I spoke to the real Herman, he said, ‘Who cares?’ And that was quite amazing for me to hear, and I kind of understood straight away what he meant.
« Well really no, it’s not about trying to understand what drives him  [Sobhraj] to do that, it’s about stopping it. And you know in a sense, how dare another human being do that to innocent people?
“So it’s a sort of moral outrage that drives this fastidious investigation that he takes upon himself.
« It’s so unlikely, really, a person in this position doing the job that he was doing, for this to land on his desk, I think it is the moral outrage at the reality of this, the gravity of it, that drives him forward to want to stop it.”
Sobhraj is believed to have killed over a dozen travellers on the Hippie Trail through Nepal, Thailand and India.
His known victims were Teresa Knowlton, Vitali Hakim, Stephanie Parry, Cornelia Hemker and Henricus Bitanja, Laurent Carriere, Connie Bronzick, Allen Jacobs and Jean-Luc Solomon.
Today, Charles Sobhraj, 76, is serving out a life sentence in Kathmandu prison, Nepal.

Where is Herman Knippenberg now?

Herman and Angela Knippenberg have divorced and have both remarried.
Herman, 76, lives in Wellington, New Zealand with his wife Vanessa today.
He retired in 2003, after three decades in the foreign service. Speaking with The Telegraph, Herman shared he enjoys his peaceful life of country walks, watching movies and reading.
Actor Howle noted he felt it was « enlightening » speaking to the real life Herman as he could gain more of an insight into his life in the foreign services.

Voir  par ailleurs:

The Serpent and his sidekick: New BBC series tells story of ‘bikini killer’ Charles Sobhraj starring Jenna Coleman as ‘brainwashed’ lover who helped him murder at least a dozen tourists on the 1970s hippie trail in Asia

  • Charles Sobhraj murdered at least a dozen Westerners on the 1970s hippie trail 
  • Would drug victims to rob them and trick them into trusting him with scams
  • Gained nickname bikini killer after body of first victim was found in tidal pool 
  • Marie-Andrée was Sobhraj’s girlfriend who ignored him murdering Westerners  

He was the killer who drugged and killed at least a dozen Westerners on the Hippie Trail in Asia in the 1970s.

Now, a new series revisits the crimes of serial killer Charles Sobhraj, who gained the nickname The Serpent because of his skills at deception and evasion, and will premiere tonight on BBC One.

The eight-part drama will detail his killing spree in 1975, and how his accomplice Marie-Andrée Leclerc, played by Jenna Coleman, stood by him despite full knowledge of his crimes and promiscuity.

She’s admitted it was disturbing to play girlfriend who had ‘no empathy’, and would help the killer drug and rob unsuspecting tourists to finance their lifestyle.

Here, Femail revisits the hideous crimes of ‘the bikini killer’ Sobhraj, who was eventually hunted down and sentenced to life in prison.

WHO IS CHARLES SOBRAJ?

Born to an Indian father, Hatchand Sobhraj and Vietnamese mother Tran Loan Phung, Sobhraj grew up in Saigon before his parents divorced and his father cut of all contact with the family.

He was later adopted by his mother’s new boyfriend, a French Army lieutenant stationed in French Indochina, who is thought to have neglected him in favour of his own children with Sobhraj’s mother.

As a teenager he spit his time between Indochina and France, beginning to commit petty crimes such stealing cars and robbing housewives at gunpoint. He served his first prison sentence for burglary in Paris in 1963.

In prison he met volunteer Felix d’Escogne, a wealthy young man who he would eventually move in with use to help accumulate riches through a series of burglaries and scams in high society Paris.

New role: Jenna is currently starring in BBC drama The Serpent, where she plays the 'brainwashed lover' of 'bikini killer' Charles Sobhraj, played by Tahar Rahim

Jenna Coleman has revealed her discomfort at playing the partner of bikini killer Charles Sobhraj, who had ‘no empathy’ as he carried out his horrific crime spree. Pictured, Coleman and Tahar Rahim as Marie-Andrée Leclerc and Sobraj

Jenna Coleman stars in new 1970’s BBC drama ‘The Serpent’

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After his release from prison, Sobhraj met his first love, Chantal Compagnon, a young Parisian woman from a conservative family who he too would later make complicit in his crimes.

He proposed to Compagnon but was arrested later the same day for attempting to evade police while driving a stolen vehicle. He spent eight months in prison while pregnant Chantal remained loyal to him.

From 1970 the pair travelled the world with fake documents by robbing tourists  they met on their travels and using their profits to feed Sobhraj’s gambling habit.

In 1973 he escaped prison after an unsuccessful armed robbery by fleeing to Kabul where he first started fleecing tourists on the Hippie Trail, but was soon arrested again and fled again to Iran.

Compagnon returned to Paris to escape a life of crime after being jailed in Afghanistan and giving birth to her daughter behind bars. Eventually being forced to move to the US to escape Sobhraj.

He spent the next two years on the run, using as many as ten stolen passports,  committing crime with his half brother Andre across Eastern Europe and the Middle East, before his brother was arrested and he fled once again.

WHEN DID HE MEET MARIE-ANDREE LECLERC? 

In the Spring of 1975, Sobhraj met Marie-Andrée Leclerc, a medical secretary travelling India when he acted as her guide of the country.

Sobhraj had been financing his lifestyle by posing as either a salesman or drug dealer to impress tourists, who he then drugged, robbed and often murdered.

At this point the killer was joined by Ajay Chowdhury, a young indian man who would help him scam tourists by helping them out of situations he had caused, for example providing shelter to victims he had poisoned.

Jailed: Charles Sobhraj (pictured in 2014 with Nepalese police) preyed on Western tourists visiting Asia and was known as The Serpent and The Bikini Killer

Jailed: Charles Sobhraj (pictured in 2014 with Nepalese police) preyed on Western tourists visiting Asia and was known as The Serpent and The Bikini Killer

While he claimed that murders were often accidental drug overdoses, it was later alleged by investigators that his motive for murder was silencing victims who threatened to expose him.

Three months later Leclerc flew to Bangkok to meet him after months of him seducing her with love letters – turning  blind eye to his philandering with local women.

According to The Sun, He once remarked on his gift for coercing women: ‘If you use it to make people do wrong it’s an abuse.

‘However, if you use that power to make people do right, it’s OK. Who’s to say what’s right and wrong?’

Besotted, Leclerc became intwined in Sobhraj’s vicious crime spree, and would help him drug tourists to steal their passports and money

Jenna found it disturbing to portray Marie-Andrée Leclerc, the partner of Sobhraj (Tahar Rahim) who stood by him despite full knowledge of his crimes and promiscuity.

‘It was not an easy piece to play because how can you portray someone who has no empathy?’ Coleman told the Radio Times.

WHO DID HE MURDER? 

According to Serpentine by Jennie Bollivar, the first murder took place in 1975, when he drowned a 21-year-old woman from Seattle called Teresa Knowlton.

Her body was found a tidal pool in the Gulf of Thailand a flowered bikini, inspiring the killers nickname ‘the bikini killer’.

Before her death was discovered, Marie willingly posed as Knowlton to cash in the travellers cheques she was carrying worth thousands of dollars.

His next victim was Vitali Hakim, whose burnt body was found on the road to the Pattaya resort, followed by Henk Bintanja and his fiancée Cornelia Hemker,  who had been poisoned by Sobhraj and then nursed back to health.

While they were staying with him, a visit from Hakim’s French girlfriend, Charmayne Carrou threatened to expose him, and so he strangled the pair and burned their bodies.

He murdered at least two others in Thailand before fleeing to Kolkata, where he killed student Avoni Jacob simply to obtain his passport. He later murdered Jean-Luc Solomon by poisoning him.

Sobhraj, who is now aged 76 and serving his life sentence in Nepal, had already spent 20 years in prison for a string of crimes, including murder and robbery

Sobhraj, who is now aged 76 and serving his life sentence in Nepal, had already spent 20 years in prison for a string of crimes, including murder and robbery

HOW HE WAS CAUGHT? 

 In 1976, Sobhraj attempted to drug a group of 60 French students on holiday in New Delhi in an attempt to rob them of passports and cash by giving them sleeping pills disguised as antibiotics.

But this time it backfired when the poison began working a lot faster than he expected.  When the first few students began falling where they stood, the others became alarmed and called the police.

Despite being given a 12-year jail term he lived a life of luxury thanks to bribing prisoners and guards, and has claimed he was able to have female guests to have sex while behind bars.

In The Life And Crimes Of Charles Sobhraj, authors Richard Neville and Julie Clarke claims he said: ‘I had a lot of female visitors, mainly journalists and MA students. Only intellectuals’.

True drama ‘The Serpent’ details crimes of killer Charles Sobhraj

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He was released from prison in 1997, when the 20-year arrest warrant issued by the Thai authorities had elapsed.

Dutch diplomat Herman Knippenberg helped exposed Sobhraj as a multiple killer, after the initial attempts to bring him to justice.

His hunt for the killer started in 1975 with a brief to help Thai police investigate the deaths of the two Dutch students who had been invited to Thailand after meeting Sobhraj in Hong Kong.

He launched his own investigation and gained permission to enter Sobhraj’s home, after the suspect had left for Malaysia.

There he found victims’ blood-stained documents and passports, as well as poisons and syringes.

A sighting of Sobhraj in Kathmandu in 2003 led to his arrest for the murders of two Canadians there in 1975, and at his trial the prosecution relied on evidence accumulated by Knippenberg.

Coleman undertook extensive research ahead of the role, reading Marie-Andrée's diaries of the periods before and after the murders

Coleman undertook extensive research ahead of the role, reading Marie-Andrée’s diaries of the periods before and after the murders

The former Dutch diplomat Herman Knippenberg who exposed Sobhraj will be played by British actor Billy Howell (pictured)

The former Dutch diplomat Herman Knippenberg who exposed Sobhraj will be played by British actor Billy Howell (pictured)

WHERE IS HE NOW?  

A Nepali court sentenced the notorious criminal to life imprisonment in connection with the killing of an American backpacker in 1975.

Sobhraj, who is now aged 76 and serving his sentence in Nepal, had already spent 20 years in prison for a string of crimes, including murder and robbery.

‘I am shocked,’ said Sobhraj as he walked out of the courtroom in handcuffs.

‘I have been found guilty without witnesses and evidence. Not a single witness was called,’ said Sobhraj. ‘We are going to appeal.’

His fame rose once again inside prison and he has since married 24-year-old Nihita Biswas, the daughter of his Nepali lawyer famous for his appearance on India’s equivalent to Big Brother.

Marie-Andrée Leclerc was accused of complicity in the murders, namely those of Jean-Luc Salomon and Avoni Jacob.

In 1980, she and Sobhraj were convicted of the murder of Avoni Jacob, though she has always denied involvement in the killings and was later released on the condition she remained in India.

She returned to Canada to die of cancer in 1984.

‘The Serpent’: TV Review

Tahar Rahim and Jenna Coleman star in this eight-part Netflix miniseries about serial killer Charles Sobhraj, who murdered at least a dozen people in Thailand, India and Nepal in the ’70s.
The Hollywood Reporter
April 1, 2021

For the second season of FX’s American Crime Story franchise, Tom Rob Smith used a reverse-chronological structure to trace Andrew Cunanan’s Talented Mr. Ripley-style journey from con artist with identity issues to road-tripping murderer. It was a framing device that didn’t always feel organic, but it yielded unexpected emotional rewards as the series progressed, aided tremendously by Darren Criss’ lacerating performance.

It’s impossible to know if writer Richard Warlow took inspiration from The Assassination of Gianni Versace; maybe it’s a complete coincidence that he approached the menacing tale of ’70s serial killer Charles Sobhraj as a Talented Mr. Ripley-esque saga about an identity-conflicted con man, complete with a fractured timeline. In this case, Warlow’s eight-part Netflix/BBC One drama The Serpent ends up being an infuriating blueprint for how bad storytelling choices, bad accents and an opaque central performance can thwart even the most inherently gripping of yarns.

Nicknamed the Serpent for his slithery evasiveness and the Bikini Killer because several of his victims were found in skimpy swimwear, Sobhraj (Tahar Rahim) killed at least a dozen people in Thailand, India and Nepal over a few years in the mid-’70s. Most of his victims were tourists on the so-called hippie trail and his other crimes included bank robbery, cheque fraud and passport manipulation. Using Bangkok as his central hub, Sobhraj swapped names and identifications, and he worked with cohorts, including lovely Quebecois Marie-Andree Leclerc (Jenna Coleman) and the amoral Ajay (Amesh Edireweera). With crimes straddling international jurisdictions and involving nationals from disparate countries, Sobhraj seemed uncatchable until he drew the attention of low-level Dutch diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle) and his wife Angela (Ellie Bamber), who spent years seeking justice.

The thing that’s baffling about Warlow’s approach to the story is that the process of finding and catching Sobhraj was already immeasurably twisty. The thing Herman was trying to accomplish was already outside of his job purview and required that he work against the interests of corrupt law enforcement agencies, disinterested embassy figures each with a different agenda and victims and witnesses so prone to drug-addled meandering that it was hard to know when somebody had been murdered and when they’d just fallen off the grid in a narcotic haze. Throw in Sobhraj’s document-forging and gift for manipulation, and you could have played this game of cat-and-mouse out over four hours in deliriously entertaining fashion, complete with trippy costumes, a killer soundtrack and an eclectic cast, with no embellishment required.

The Serpent is a structural nightmare, pinballing from country to country and forward and backward in time. It isn’t incomprehensible. No, Warlow and director Tom Shankland insist on noting every shift in time and location with imagery and clattering sound effects from a retro travel destination board. The back-and-forth structure throws any sort of character development for Sobhraj and his crew out the window (ditto any sense of how their crimes evolved) and drains Herman’s burgeoning investigative skills of any suspenseful progression. I don’t doubt that distinguishing between locations in Southeast Asian countries would be somewhat difficult if they weren’t properly introduced initially, but doing it every single time and with the same sound effect had me flinching before the end of the first hour. And that was before we got introduced to scenes in Paris with both the onscreen “PARIS” chyron and then establishing shots of both the Eiffel Tower and Arc de Triomphe.

Tahar Rahim on Embodying « Evil » as Serial Killer Charles Sobhraj in Netflix’s ‘The Serpent’

There’s a looping and overlapping aspect to many of the murders as they’re depicted here — different stages of being conned, drugged and killed — and the time jumping actually reinforces a monotony to the crimes: a lot of vomiting and smothering and body dumping tied to interchangeable beardos and longhairs. Even if we eventually get to know some of the victims, we become bored with them and their fates first, and there’s no chance that was the intention. Here’s where a series at roughly half the length would have been an improvement. The sequences of writhing, sweaty tourists go from harrowing to Hostel-style foreign torture porn, and then lose meaning.

I’m not sure The Serpent needed to be couched as primarily Sobhraj’s story either. After it’s established that he’s driven by an inferiority complex that stems from being mixed race (Indian and Vietnamese) in countries that marginalize him as “brown,” Sobhraj’s psychological depths are never plumbed and Rahim’s performance is maddeningly enigmatic — sometimes effectively so, but sometimes completely lacking in the magnetic charisma other characters keep referencing and in the sociopathic humor the script hints at. There’s no question that villains whose motivations we don’t understand can be unnerving, but eight hours of not understanding left me with a “Maybe try harder?” feeling.

Rahim is surrounded by a cast of strange selections. There are moments Shankland’s camera captures Coleman silently conveying Marie-Andree’s uncertainty in ways that are effective, but any time she spoke in accented English or French I lost the ability to understand why you’d cast a British actress with no Gallic credentials in the part. Howle and Bamber are much better, and the series comes to life in the more linear middle installments. Bamber, a standout in the Shankland-directed Les Miserables miniseries, captures Angela’s frustrated contributions to the case well and, unlike Howle, her accent never makes her sound like Tom Hardy’s Bane.

After the opening episodes over-fixate on Rahim and Coleman’s characters, a good ensemble eventually develops. Mathilde Warnier as Sobhraj’s increasingly distrustful French neighbor, Tim McInnerny as a boozy Belgian diplomat and Damon Herriman as a boozy Australian diplomat became my favorites.

Shankland gets good value out of the international locations the production was able to use before COVID hit, and while I know that a lot of masked British stages were subbed in later, the look blends well. Those middle episodes where Herman forms an unlikely Scooby gang of amateur gumshoes even feature some unnerving set pieces.

Throw in those aforementioned groovy threads and a really great assortment of period needle drops and the show is constantly reminding you of how many positive attributes it would have if it could just sit still and tell its story more clearly. Or maybe it’s better for The Serpent that I’m harping on formal flaws instead of how rarely it seems to understand Sobhraj and his sidekicks, or how superficial is its empathy for their victims.

Cast: Tahar Rahim, Jenna Coleman, Billy Howle, Ellie Bamber, Amesh Edireweera, Mathilde Warnier, Tim McInnerny

Writer: Richard Warlow

Director: Tom Shankland

Premieres Friday, April 2, on Netflix.

Voir enfin:

20 Things You Didn’t Know About ‘Sympathy For The Devil’
Mark Beaumont
NME
26th November 2012

In 1968, Mick Jagger came out to his friends, parents and adoring public as an antichrist. He did it with style, declaring his Beelzebub a demon “of wealth and taste” before recounting his famous misdeeds throughout history – leading the Nazi blitzkrieg, sparking the Russian revolution, shooting JFK and getting Jesus crucified – before a backing choir of “woo-woo”ers who seemed to think all this was a right old lark. But how much do you really know about ‘Sympathy For The Devil’? Here are the song’s darkest secrets.

1. If you’re looking for any signs of a ‘Curse Of Sympathy For The Devil’, which anything in popular culture even slightly occultist is required to have, start with the Guns’N’Roses cover for the Interview With A Vampire film in 1994. Slash was so upset that Axl invited a new rhythm guitarist Paul Huge to play on the song that he quit the band, leaving G’N’R to begin a slow, 20-year slide into Shitsville.2. You might also point to the story that, during the five days of recording the song in early June 1968, a film lamp allegedly started a fire which destroyed much of the band’s equipment, but didn’t harm the tapes.

3. The song’s working title was ‘The Devil Is My Name’, which would have rather undermined the mystery of the whole thing, we suspect.

4. Jagger claims to have taken the inspiration for the idea of a song from Satan’s perspective from Baudelaire. “But I could be wrong. Sometimes when I look at my Baudelaire books, I can’t see it in there. But it was an idea I got from French writing. And I just took a couple of lines and expanded on it.”

5. Although, many of the song’s lines have direct correlations with The Master And Margarita by Russian novelist Mikhail Bulgakov, a book about Beelzebub visiting 1930s Moscow, fresh from Christ’s crucifixion. The book, which Jagger received from Marianne Faithful, includes a scene in which Satan performs a magic show, further evidence that David Blaine is the Evil That Walks Among Us.

6. At the original recording at London’s Olympic Studios, the chant of “woo-woo” started in the control room, kicked off by producer Jimmy Miller and a group including Anita Pallenburg, Marianne Faithful and a coterie of “elite film crow who’d turn up at the studio to sing along to whatever the Stones were recording that day. Producer Jimmy Miller put a mike in the control room to record them, but their takes were scrapped and re-recorded by Jagger, Richards and Miller in LA.

7. The line “who killed the Kennedys” originally went “who killed Kennedy”, but was changed when Robert Kennedy was shot and killed while the recording was underway.

8. Accepted Stones myth suggests that the band were playing ‘Sympathy For The Devil’ at the Altamont festival at the time when crazed fan Meredith Hunter was killed. Not true; it was ‘Under My Thumb’. Bad luck, scary supernatural theorists! Nonetheless, because of the public outrage at the (wrong) story, the Stones didn’t play ‘Sympathy’ live for the next seven years.

9. The Stones certainly got their fair share of controversy out of the song, though, as religious groups pointed to this track, plus the fact that their previous album was called ‘Their Satanic Majesties Request’, as proof that the band were devil worshippers. This tickled the band no end. “”Before, we were just innocent kids out for a good time,” said Richards, “[then] they’re saying, ‘They’re evil, they’re evil.’ Oh, I’m evil, really? So that makes you start thinking about evil… What is evil?… There are black magicians who think we are acting as unknown agents of Lucifer and others who think we are Lucifer. Everybody’s Lucifer.”

10. Jagger believed that the controversy around the track might have kick-started heavy metal’s Satan-bothering bent. “I thought it was a really odd thing, because it was only one song, after all. It wasn’t like it was a whole album, with lots of occult signs on the back. People seemed to embrace the image so readily, [and] it has carried all the way over into heavy metal bands today.”

11. The recording of the song was filmed by French new wave film icon Jean-Luc Godard, who was so taken by the track that he retitled the film about 1960s American sub-culture – originally called One Plus One – to Sympathy For The Devil for its 1968 producer’s cut. Perhaps Satan told him to do it?

12. The first time Charlie Watts heard the song was when Jagger turned up on his doorstep and played it, solo and acoustic, at his front door at sunset. Considering the lyrical content, Watts was a brave man indeed to let him back into the house.

13. Ahead of the likes of Brian Ferry, U2, Pearl Jam, Jane’s Addiction, Ozzy Osbourne and ‘Weird Al’ Yonkovic, the first act to cover the song was the incongruously fluffy Sandie Shaw. ‘Succubus On A String’, anybody?

14. The song started life as a folk tune in the style of Bob Dylan and was tried in six different rhythms before they settled on a dancey bongo samba. “It was all night doing it one way,” said Watts, “then another full night trying it another way, and we just could not get it right. It would never fit a regular rhythm.” Jagger attributes the power of the song to its samba rhythm which, he said, has “an undercurrent of being primitive – because it is a primitive African, South American, Afro-whatever-you-call-that rhythm. So to white people, it has a very sinister thing about it.”

15. Only two takes of ‘Sympathy’ were recorded, the first one, according to Richards, “a disaster” and the second one “perfect”. Jagger took a method acting approach to the song, taking on the role of Satan while singing. “It’s like acting in a movie,” he said, “you try to act out the scene as believably as possible, whether you believe it or not. That’s called GOOD ACTING.”

16. Jagger has claimed the song is more about the evils of mankind than the supernatural devil figure, but that doesn’t quite tie in with the appearance on TV show Rock’n’Roll Circus in 1968 when Jagger sang it topless, covered in fake devil tattoos.

17. The “troubadours who got killed before they reach Bombay” line has caused much debate amongst fans trying to work out who it could refer to, the best conclusion being hippies travelling the ‘Hippy Trail’ to India by road, many of whom would be killed or robbed by drug smugglers in Afghanistan and Pakistan. Two words – Air India.

18. Karen in Will And Grace demanded to walk down the aisle to ‘Sympathy For The Devil’ at her fourth wedding. With hilarious consequences.

19. In 1988, Slovenian industrial rockers Laibach recorded an entire album of covers of the song. Have you heard it? Then the number for the Samaritans is 08457 909090.

20. In 1998, Intel Vice President Steve McGeady quoted a verse from ‘Sympathy’ in court as part of the antitrust trial of Microsoft, allegedly referring to Microsoft as the devil. The lines he quoted were “So if you meet me have some courtesy/Have some sympathy, and some taste/Use all your well-learned politesse/Or I’ll lay your soul to waste”. Whether he did this standing on the desk, sticking his arse out, pursing his lips and clapping was unrecorded by court stenographers.


Livres: Cachez ce péché originel que je ne saurai voir ! (We’re all children and forever indebted to evil empires born in blood and maintained through oppression and war that no academic or political surgery can ever purge because we’d be defending nothing but the legacy of an older and no less brutal empire)

6 mars, 2021

Victoria Station Bombay, Chhatrapati Shivaji Terminus. India 2011 - YouTubeTaj Mahal built by traitors, says BJP 'hate speaker' - The Frontier Post

The invader (Léon-Maxime Faivre, 1884)

West Bank neighbors flock to Mt. Gerizim for Samaritan Passover sheep  slaughter | The Times of IsraelYaniv Nadav Photography | Samaritan community attend the traditional  Passover sacrifice in Mount GerizimCaïn se jeta sur son frère Abel et le tua. (…) Il bâtit ensuite une ville et il donna à cette ville le nom de son fils Hénoc. Genèse 4: 8-17
Voici, je suis né dans l’iniquité, et ma mère m’a conçu dans le péché. David (Psaume 51: 5)
Vous dites: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Jésus (Matthieu 23: 30-31)
C’est un ennemi qui a fait cela. (…) Non, [ne l’arrachez pas] de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson. Jésus (Matthieu 13: 27-30)
Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis (…) afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 43-45)
Bon, mais à part les égouts, l’éducation, le vin, l’ordre public, l’irrigation, les routes, le système d’eau courante et la santé publique, qu’est-ce que les Romains ont fait pour nous ? Life of Brian
Enlever, égorger, piller, c’est, dans leur faux langage, gouverner ; et, où ils ont fait un désert, ils disent qu’ils ont donné la paix. Calgacos (d’après Tacite, 83 après JC)
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Aujourd’hui nous pourrions vraiment faire la synthèse de l’anthropologie de la fin du XIXe et du début du XXe. Prenez James George Frazer, l’auteur du célèbre Rameau d’or: qu’est-ce qu’il n’a pas vu sur le bouc émissaire! Lorsqu’il a choisi l’expression « bouc émissaire » pour désigner toute une catégorie de victimes, il a créé ses propres catégories, qui sont un peu hésitantes parfois, mais il est toujours allé dans la bonne direction. S’il s’est vite arrêté, c’est qu’il ne voulait pas reconnaître dans son monde et en lui-même, le bouc émissaire. Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. Frazer a vu ce que les déconstructionnistes ne voient pas. Il a vu le bouc émissaire chez les autres, il ne l’a pas vu dans l’Angleterre victorienne. On peut dire que la pensée moderne opère toujours un jeu de cache-cache pour ne pas voir la violence. Tantôt on la voit chez les autres, et pas chez soi, tantôt on la voit seulement chez soi, et pas chez les autres. Or, c’est du pareil au même. Mais le fait que nous la voyons maintenant chez nous est le signe d’une aggravation de la crise sacrificielle et donc on peut espérer qu’on va vers la vérité. La meilleure manière de démontrer la théorie du bouc émissaire, revient à mettre en rapport les hommes du XIXe siècle qui ne voyaient la présence de boucs émissaires qu’ailleurs et nous qui ne la voyons que chez nous et non ailleurs. Rassemblez les deux et vous aurez la vérité. (…) La théorie mimétique le fait parce qu’elle introduit la notion d’évolution, d’évolution historique ou de cassure. Elle est obligée d’introduire le temps pour éviter précisément le jugement moral anachronique. Si vous introduisez la notion de temps pleinement, vous n’allez pas condamner les cultures archaïques. Notre époque a raison de réhabiliter les boucs émissaires du passé! Mais nous nous croyons supérieurs à nos pères, dont nous faisons à notre tour des boucs émissaires. Nous sommes comme ces pharisiens dont parle Jésus, qui élevaient benoîtement des tombeaux à tous les prophètes que leurs pères avaient tués, pour se glorifier eux-mêmes. (…) Le Christ dénonce la répétition mimétique du passé, ce mécanisme mimétique selon lequel les fils pensent faire mieux que les pères, être indemnes de violence. Comme c’est le cas aujourd’hui. René Girard
Les gens imaginent aujourd’hui l’ancien Temple de Jérusalem comme une sorte de grande synagogue où les prêtres vêtus de robes blanches comme neige accueillaient les pieux pèlerins au son de psaumes mélodieux dans une atmosphère lourde d’encens. En réalité, cela tenait plutôt de l’abattoir et du barbecue géant. Les pèlerins n’arrivaient pas les mains vides. Ils apportaient avec eux un flot incessant de moutons, de chèvres, de poulets et d’autres animaux, qui étaient sacrifiés sur l’autel de Dieu puis cuisinés et consommés. Les psaumes chantés par le chœur étaient noyés sous les beuglements et les bêlements des veaux et des chevreaux. Les prêtres aux habits souillés de sang tranchaient la gorge des victimes, recueillaient dans des jarres le sang jaillissant et le répandaient sur l’autel. Le parfum d’encens se mêlait aux odeurs de sang coagulé et de viande rôtie, tandis que des essaims de mouches noires bourdonnaient de toutes parts(voir, par exemple, Nombres 28, Deutéronome 12 et 1, Samuel 2). Une famille juive moderne qui célèbre une fête religieuse par un barbecue sur sa pelouse est bien plus proche de l’esprit des temps bibliques qu’une famille orthodoxe qui passe son temps à étudier les Écritures dans une synagogue. Yuval Harari (Homo deus, 2015)
La gare ferroviaire Chhatrapati Shivaji de Mumbai, anciennement Victoria Station, quand la ville s’appelait Bombay. Les Britanniques la construisirent dans le style néogothique alors en vogue à la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne. Un gouvernement nationaliste hindou changea le nom de la ville et de la gare, sans être pour autant tenté de raser un bâtiment aussi magnifique alors même qu’il était l’œuvre d’oppresseurs étrangers. Yuval Noah Harari
Le Taj Mahal. Exemple de culture indienne « authentique » ou création étrangère de l’impérialisme islamique ? Yuval Noah Harari
Combien d’Indiens, de nos jours, appelleraient de leurs vœux un référendum pour se défaire de la démocratie, de l’anglais, du réseau ferroviaire, du système juridique, du cricket et du thé sous prétexte qu’ils font partie de l’héritage impérial ? Même s’ils le faisaient, le fait même d’appeler à un vote pour trancher n’illustrerait-il pas leur dette envers leurs anciens suzerains ? Même si nous devions entièrement désavouer l’héritage d’un empire brutal dans l’espoir de reconstruire ou de sauvegarder les cultures  « authentiques » d’avant, nous ne défendrions très probablement que l’héritage d’un empire plus ancien et non moins brutal. Ceux qui s’offusquent de la mutilation de la culture indienne par le Raj britannique sanctifient à leur insu l’héritage de l’Empire moghol et du sultanat conquérant de Delhi. Et qui s’efforce de sauver l’« authentique culture indienne » des influences étrangères de ces empires musulmans sanctifie l’héritage des empires gupta, kushan et maurya. Si un ultranationaliste hindou devait détruire tous les bâtiments laissés par les conquérants britanniques comme la gare centrale de Bombay, que ferait-il des constructions des conquérants musulmans comme le Taj Mahal ? Nul ne sait réellement résoudre cette épineuse question de l’héritage culturel. Quelle que soit la voie suivie, la première étape consiste à prendre acte de la complexité du dilemme et à accepter que la division simpliste du passé en braves types et en sales types ne mène à rien. À moins, bien entendu, que nous soyons prêts à admettre que nous marchons habituellement sur les brisées des sales types. Yuval Noah Harari

Cachez ce péché originel que je ne saurai voir !

Et si …

A l’heure où nous traversons à nouveau …

A l’instar de nos pogroms, chasses aux sorcières, révolutions ou génocides …

Cette fois entre déboulonnages de statues, débaptêmes de rues et mise au pilori de professeurs ou d’intellectuels …

L’une de ces périodes, dont est faite notre histoire, de folie furieuse de purification

Comment ne pas repenser …

A cet excellent texte issu de Sapiens, le best-seller mondial de l’historien israélien Yuval Noah Harari …

Où reprenant pour l’histoire humaine, l’entreprise vulgarisatrice de bref survol historique de Hawking pour l’univers …

Mais oubliant en passager clandestin typique de notre siècle …

La source de cette singulière lucidité de notre époque

Mais hélas aussi de son double non moins singulier de cécité

A savoir l’idée, proprement biblique mais aujourd’hui si décriée, de péché originel …

Comme avec la parabole évangélique de l’ivraie à ne pas arracher par peur d’arracher le bon grain avec …

Celle de la tolérance dont nous sommes aujourd’hui si fiers …

Il montre à quel point nous sommes tous les enfants à jamais redevables des méchants empires qui nous ont précédés …

Nés dans le sang et maintenus par l’oppression et la guerre …

Mais qu’aucune chirurgie académique ou politique ne pourra jamais purger …

Parce que nous ne défendrions rien d’autre que l’héritage d’un empire plus ancien et non moins brutal … ?

BRAVES TYPES ET SALES TYPES DANS L’HISTOIRE

Yuval Noah Harari

Sapiens – Une brève histoire de l’humanité

2012

Il est tentant de diviser le monde en braves types et en sales types pour classer les empires parmi les salauds de l’histoire. Après tout, la quasi-totalité de ces empires sont nés dans le sang et ont conservé le pouvoir par l’oppression et la guerre. Pourtant, la plupart des cultures actuelles reposent sur des héritages impériaux. Si les empires sont mauvais par définition, qu’est-ce que cela dit de nous ? Il est des écoles de pensée et des mouvements politiques qui voudraient purger la culture humaine de l’impérialisme, pour ne laisser qu’une civilisation qu’ils croient pure, authentique, sans la souillure du péché. Ces idéologies sont au mieux naïves ; au pire, elles servent de façade hypocrite au nationalisme et au fanatisme sommaires. Peut-être pourriez-vous plaider que, dans la myriade de cultures apparues à l’aube de l’histoire, il en était quelques-unes de pures, soustraites au péché et aux influences délétères des autres sociétés. Depuis cette aube, cependant, aucune culture ne saurait raisonnablement y prétendre ; il n’existe assurément aucune culture de ce genre sur terre. Toutes les cultures humaines sont au moins en partie héritières d’empires et de civilisations impériales, et aucune opération de chirurgie universitaire ou politique ne saurait retrancher l’héritage impérial sans tuer le patient.Songez, par exemple, à la relation ambivalente qui existe entre l’actuelle République indienne indépendante et le Raj britannique. La conquête et l’occupation britanniques coûtèrent la vie à des millions d’Indiens et se soldèrent par l’humiliation et l’exploitation de centaines de millions d’autres. Beaucoup d’Indiens adoptèrent néanmoins, avec l’ardeur de néophytes, des idées occidentales comme l’autodétermination et les droits de l’homme. Ils furent consternés de voir les Britanniques refuser d’appliquer leurs valeurs proclamées et d’accorder aux indigènes des droits égaux en tant que sujets britanniques ou l’indépendance. L’État indien moderne n’en est pas moins fils de l’Empire britannique. Certes les Britanniques tuèrent, blessèrent et persécutèrent les habitants du sous-continent, mais ils unirent également une ahurissante mosaïque de royaumes,principautés et tribus rivales, créant une conscience nationale partagée et un pays formant plus ou moins une unité politique. Ils jetèrent les bases du système judiciaire indien, créèrent une administration et construisirent un réseau ferroviaire critique pour l’intégration économique. L’Inde indépendante fit de la démocratie occidentale, dans son incarnation britannique, sa forme de gouvernement. L’anglais reste la lingua franca du sous-continent : une langue neutre qui permet de communiquer entre citoyens de langue hindi, tamoul ou malayalam. Les Indiens sont des joueurs de cricket passionnés et de grands buveurs de chai (thé) : le jeu et la boisson sont tous deux des héritages britanniques. La culture commerciale du thé n’existait pas en Inde avant que la British East India Company ne l’introduise au milieu du XIXe siècle. Ce sont les snobs de sahibs britanniques qui lancèrent la consommation de thé dans tout le sous-continent.

Combien d’Indiens, de nos jours, appelleraient de leurs vœux un référendum pour se défaire de la démocratie, de l’anglais, du réseau ferroviaire, du système juridique, du cricket et du thé sous prétexte qu’ils font partie de l’héritage impérial ? Même s’ils le faisaient, le fait même d’appeler à un vote pour trancher n’illustrerait-il pas leur dette envers leurs anciens suzerains ? Même si nous devions entièrement désavouer l’héritage d’un empire brutal dans l’espoir de reconstruire ou de sauvegarder les cultures « authentiques »d’avant, nous ne défendrions très probablement que l’héritage d’un empire plus ancien et non moins brutal. Ceux qui s’offusquent de la mutilation de la culture indienne par le Raj britannique sanctifient à leur insu l’héritage de l’Empire moghol et du sultanat conquérant de Delhi. Et qui s’efforce de sauver l’« authentique culture indienne » des influences étrangères de ces empires musulmans sanctifie l’héritage des empires gupta, kushan et maurya. Si un ultranationaliste hindou devait détruire tous les bâtiments laissés par les conquérants britanniques comme la gare centrale de Bombay, que ferait-il des constructions des conquérants musulmans comme le Taj Mahal ?

Nul ne sait réellement résoudre cette épineuse question de l’héritage culturel. Quelle que soit la voie suivie, la première étape consiste à prendre acte de la complexité du dilemme et à accepter que la division simpliste du passé en braves types et en sales types ne mène à rien. À moins, bien entendu, que nous soyons prêts à admettre que nous marchons habituellement sur les brisées des sales types.

Voir aussi:

Good Guys and Bad Guys in History

It is tempting to divide history neatly into good guys and bad guys, with all empires among the bad guys. For the vast majority of empires were founded on blood, and maintained their power through oppression and war. Yet most of today’s cultures are based on imperial legacies. If empires are by definition bad, what does that say about us?

There are schools of thought and political movements that seek to purge human culture of imperialism, leaving behind what they claim is a pure, authentic civilisation, untainted by sin. These ideologies are at best naïve; at worst they serve as disingenuous window-dressing for crude nationalism and bigotry. Perhaps you could make a case that some of the myriad cultures that emerged at the dawn of recorded history were pure, untouched by sin and unadulterated by other societies. But no culture since that dawn can reasonably make that claim, certainly no culture that exists now on earth. All human cultures are at least in part the legacy of empires and imperial civilisations, and no academic or political surgery can cut out the imperial legacies without killing the patient.

Think, for example, about the love-hate relationship between the independent Indian republic of today and the British Raj. The British conquest and occupation of India cost the lives of millions of Indians, and was responsible for the continuous humiliation and exploitation of hundreds of millions more. Yet many Indians adopted, with the zest of converts, Western ideas such as self-determination and human rights, and were dismayed when the British refused to live up to their own declared values by granting native Indians either equal rights as British subjects or independence.

Nevertheless, the modern Indian state is a child of the British Empire. The British killed, injured and persecuted the inhabitants of the subcontinent, but they also united a bewildering mosaic of warring kingdoms, principalities and tribes, creating a shared national consciousness and a country that functioned more or less as a single political unit. They laid the foundations of the Indian judicial system, created its administrative structure, and built the railroad network that was critical for economic integration. Independent India adopted Western democracy, in its British incarnation, as its form of government. English is still the subcontinent’s lingua franca, a neutral tongue that native speakers of Hindi, Tamil and Malayalam can use to communicate. Indians are passionate cricket players and chai (tea) drinkers, and both game and beverage are British legacies. Commercial tea farming did not exist in India until the mid-nineteenth century, when it was introduced by the British East India Company. It was the snobbish British sahibs who spread the custom of tea drinking throughout the subcontinent.

28. The Chhatrapati Shivaji train station in Mumbai. It began its life as Victoria Station, Bombay. The British built it in the Neo-Gothic style that was popular in late nineteenth-century Britain. A Hindu nationalist government changed the names of both city and station, but showed no appetite for razing such a magnificent building, even if it was built by foreign oppressors.

How many Indians today would want to call a vote to divest themselves of democracy, English, the railway network, the legal system, cricket and tea on the grounds that they are imperial legacies? And if they did, wouldn’t the very act of calling a vote to decide the issue demonstrate their debt to their former overlords?

29. The Taj Mahal. An example of ‘authentic’ Indian culture, or the alien creation of Muslim imperialism?

Even if we were to completely disavow the legacy of a brutal empire in the hope of reconstructing and safeguarding the ‘authentic’ cultures that preceded it, in all probability what we will be defending is nothing but the legacy of an older and no less brutal empire. Those who resent the mutilation of Indian culture by the British Raj inadvertently sanctify the legacies of the Mughal Empire and the conquering sultanate of Delhi. And whoever attempts to rescue ‘authentic Indian culture’ from the alien influences of these Muslim empires sanctifies the legacies of the Gupta Empire, the Kushan Empire and the Maurya Empire. If an extreme Hindu nationalist were to destroy all the buildings left by the British conquerors, such as Mumbai’s main train station, what about the structures left by India’s Muslim conquerors, such as the Taj Mahal?

Nobody really knows how to solve this thorny question of cultural inheritance. Whatever path we take, the first step is to acknowledge the complexity of the dilemma and to accept that simplistically dividing the past into good guys and bad guys leads nowhere. Unless, of course, we are willing to admit that we usually follow the lead of the bad guys.

Voir également:

Were we happier in the stone age?
Does modern life make us happy? We have gained much but we have lost a great deal too. Are humans better suited to a hunter-gatherer lifestyle?
Yuval Noah Harari
The Guardian
5 Sep 2014

We are far more powerful than our ancestors, but are we much happier? Historians seldom stop to ponder this question, yet ultimately, isn’t it what history is all about? Our understanding and our judgment of, say, the worldwide spread of monotheistic religion surely depends on whether we conclude that it raised or lowered global happiness levels. And if the spread of monotheism had no noticeable impact on global happiness, what difference did it make?

With the rise of individualism and the decline of collectivist ideologies, happiness is arguably becoming our supreme value. With the stupendous growth in human production, happiness is also acquiring unprecedented economic importance. Consumerist economies are increasingly geared to supply happiness rather than subsistence or even affluence, and a chorus of voices is now calling for a replacement of GDP measurements with happiness statistics as the basic economic yardstick. Politics seems to be following suit. The traditional right to « the pursuit of happiness » is imperceptibly morphing into a right to happiness, which means that it is becoming the duty of government to ensure the happiness of its citizens. In 2007 the European commission launched « Beyond GDP » to consider the feasibility of using a wellbeing index to replace or complement GDP. Similar initiatives have recently been developed in numerous other countries – from Thailand to Canada, from Israel to Brazil.

Most governments still focus on achieving economic growth, but when asked what is so good about growth, even diehard capitalists almost invariably turn to happiness. Suppose we caught David Cameron in a corner, and demanded to know why he cared so much about economic growth. « Well, » he might answer, « growth is essential to provide people with higher standards of living, better medical care, bigger houses, faster cars, tastier ice-cream. » And, we could press further, what is so good about higher standards of living? « Isn’t it obvious? » Cameron might reply, « It makes people happier. »

Ice-cream
A reason to be happy … tastier ice-cream? Photograph: Envision/Corbis

Suppose, for the sake of argument, that we could somehow scientifically prove that higher standards of living did not translate into greater happiness. « But David, » we could say, « look at these historical, psychological and biological studies. They prove beyond any reasonable doubt that having bigger houses, tastier ice-cream and even better medicines does not increase human happiness. » « Really? » he would gasp, « Why did nobody tell me! Well, if that’s the case, forget about my plans to boost economic growth. I am leaving everything and joining a hippie commune. »

This is a highly unlikely scenario, and not only because so far we have almost no scientific studies of the long-term history of happiness. Scholars have researched the history of just about everything – politics, economics, diseases, sexuality, food – yet they have seldom asked how they all influence human happiness. Over the last decade, I have been writing a history of humankind, tracking down the transformation of our species from an insignificant African ape into the master of the planet. It was not easy to understand what turned Homo sapiens into an ecological serial killer; why men dominated women in most human societies; or why capitalism became the most successful religion ever. It wasn’t easy to address such questions because scholars have offered so many different and conflicting answers. In contrast, when it came to assessing the bottom line – whether thousands of years of inventions and discoveries have made us happier – it was surprising to realise that scholars have neglected even to ask the question. This is the largest lacuna in our understanding of history.

The Whig view of history

Though few scholars have studied the long-term history of happiness, almost everybody has some idea about it. One common preconception – often termed « the Whig view of history » – sees history as the triumphal march of progress. Each passing millennium witnessed new discoveries: agriculture, the wheel, writing, print, steam engines, antibiotics. Humans generally use newly found powers to alleviate miseries and fulfil aspirations. It follows that the exponential growth in human power must have resulted in an exponential growth in happiness. Modern people are happier than medieval people, and medieval people were happier than stone age people.

Antibiotics
The discovery of antibiotics … a marker in the triumphal march of progess. Photograph: Doug Steley C/Alamy

But this progressive view is highly controversial. Though few would dispute the fact that human power has been growing since the dawn of history, it is far less clear that power correlates with happiness. The advent of agriculture, for example, increased the collective power of humankind by several orders of magnitude. Yet it did not necessarily improve the lot of the individual. For millions of years, human bodies and minds were adapted to running after gazelles, climbing trees to pick apples, and sniffing here and there in search of mushrooms. Peasant life, in contrast, included long hours of agricultural drudgery: ploughing, weeding, harvesting and carrying water buckets from the river. Such a lifestyle was harmful to human backs, knees and joints, and numbing to the human mind.

In return for all this hard work, peasants usually had a worse diet than hunter-gatherers, and suffered more from malnutrition and starvation. Their crowded settlements became hotbeds for new infectious diseases, most of which originated in domesticated farm animals. Agriculture also opened the way for social stratification, exploitation and possibly patriarchy. From the viewpoint of individual happiness, the « agricultural revolution » was, in the words of the scientist Jared Diamond, « the worst mistake in the history of the human race ».

The case of the agricultural revolution is not a single aberration, however. Themarch of progress from the first Sumerian city-states to the empires of Assyria and Babylonia was accompanied by a steady deterioration in the social status and economic freedom of women. The European Renaissance, for all its marvellous discoveries and inventions, benefited few people outside the circle of male elites. The spread of European empires fostered the exchange of technologies, ideas and products, yet this was hardly good news for millions of Native Americans, Africans and Aboriginal Australians.

The point need not be elaborated further. Scholars have thrashed the Whig view of history so thoroughly, that the only question left is: why do so many people still believe in it?

Paradise lost

There is an equally common but completely opposite preconception, which might be dubbed the « romantic view of history ». This argues that there is a reverse correlation between power and happiness. As humankind gained more power, it created a cold mechanistic world, which is ill-suited to our real needs.

'Computers have turned us into zombies'
‘Computers have turned us into zombies.’ Photograph: Christopher Thomond for the Guardian

Romantics never tire of finding the dark side of every discovery. Writing gave rise to extortionate taxation. Printing begot mass propaganda and brainwashing. Computers turn us into zombies. The harshest criticism of all is reserved for the unholy trinity of industrialism, capitalism and consumerism. These three bugbears have alienated people from their natural surroundings, from their human communities, and even from their daily activities. The factory worker is nothing but a mechanical cog, a slave to the requirements of machines and the interests of money. The middle class may enjoy better working conditions and many material comforts, but it pays for them dearly with social disintegration and spiritual emptiness. From a romantic perspective, the lives of medieval peasants were preferable to those of modern factory-hands and office clerks, and the lives of stone-age foragers were the best of all.

Yet the romantic insistence on seeing the dark side of every novelty is as dogmatic as the Whig belief in progress. For instance, over the last two centuries modern medicine has beaten back the army of diseases that prey on humankind, from tuberculosis and measles to cholera and diphtheria. Average life expectancy has soared, and global child mortality has dropped from roughly 33% to less than 5%. Can anyone doubt that this made a huge contribution to the happiness not only of those children who might otherwise be dead, but also of their parents, siblings and friends?

Paradise now

A more nuanced stance agrees with the romantics that, up until the modern age, there was no clear correlation between power and happiness. Medieval peasants may indeed have been more miserable than their hunter-gatherer ancestors. But the romantics are wrong in their harsh judgment of modernity. In the last few centuries we have not only gained immense powers, but more importantly, new humanist ideologies have finally harnessed our collective power in the service of individual happiness. Despite some catastrophes such as the Holocaust and the Atlantic slave trade (so the story goes), we have at long last turned the corner and begun increasing global happiness systematically. The triumphs of modern medicine are just one example. Other unprecedented achievements include the decline of international wars; the dramatic drop in domestic violence; and the elimination of mass-scale famines. (See Steven Pinker’s book The Better Angels of Our Nature.)

Yet this, too, is an oversimplification. We can congratulate ourselves on the accomplishments of modern Homo sapiens only if we completely ignore the fate of all other animals. Much of the wealth that shields humans from disease and famine was accumulated at the expense of laboratory monkeys, dairy cows and conveyor-belt chickens. Tens of billions of them have been subjected over the last two centuries to a regime of industrial exploitation, whose cruelty has no precedent in the annals of planet Earth.

Dairy cows
‘Much of the wealth that shields humans from disease and famine was accumulated at the expense of laboratory monkeys, dairy cows and conveyor-belt chickens.’ Photograph: Graeme Robertson for the Guardian

Secondly, the time frame we are talking about is extremely short. Even if we focus only on the fate of humans, it is hard to argue that the life of the ordinary Welsh coalminer or Chinese peasant in 1800 was better than that of the ordinary forager 20,000 years ago. Most humans began to enjoy the fruits of modern medicine no earlier than 1850. Mass famines and major wars continued to blight much of humanity up to the middle of the 20th century. Even though the last few decades have proven to be a relative golden age for humanity in the developed world, it is too early to know whether this represents a fundamental shift in the currents of history, or an ephemeral wave of good fortune: 50 years is simply not enough time on which to base sweeping generalisations.

Indeed, the contemporary golden age may turn out to have sown the seeds of future catastrophe. Over the last few decades we have been disturbing the ecologic equilibrium of our planet in myriad ways, and nobody knows what the consequences will be. We may be destroying the groundwork of human prosperity in an orgy of reckless consumption.

Lonely and grey?

Even if we take into account solely the citizens of today’s affluent societies, Romantics may point out that our comfort and security have their price. Homo sapiens evolved as a social animal, and our wellbeing is usually influenced by the quality of our relationships more than by our household amenities, the size of our bank accounts or even our health. Unfortunately, the immense improvement in material conditions that affluent westerners have enjoyed over the last century was coupled with the collapse of most intimate communities.

People in the developed world rely on the state and the market for almost everything they need: food, shelter, education, health, security. Therefore it has become possible to survive without having extended families or any real friends. A person living in a London high rise is surrounded by thousands of people wherever she goes, but she might never have visited the flat next door, and might know very little about her colleagues at work. Even her friends might be just pub buddies. Many present-day friendships involve little more than talking and having fun together. We meet a friend at a pub, call him on the phone, or send an email, so that we can unload our anger at what happened today in the office, or share our thoughts on the latest royal scandal. Yet how well can you really know a person only from conversations?

In contrast to such pub buddies, friends in the stone age depended on one another for their very survival. Humans lived in close-knit communities, and friends were people with whom you went hunting mammoths. You survived long journeys and difficult winters together. You took care of one another when one of you fell sick, and shared your last morsels of food in times of want. Such friends knew each other more intimately than many present-day couples. Replacing such precarious tribal networks with the security of modern economies and states obviously has enormous advantages. But the quality and depth of intimate relationships are likely to have suffered.

Mammoth
In the stone age, friends went mammoth-hunting together. Photograph: Andrew Nelmerm/Getty Images/Dorling Kindersley

In addition to shallower relationships, contemporary people also suffer from a much poorer sensory world. Ancient foragers lived in the present moment, acutely aware of every sound, taste and smell. Their survival depended on it. They listened to the slightest movement in the grass to learn whether a snake might be lurking there. They carefully observed the foliage of trees in order to discover fruits and birds’ nests. They sniffed the wind for approaching danger. They moved with a minimum of effort and noise, and knew how to sit, walk and run in the most agile and efficient manner. Varied and constant use of their bodies gave them physical dexterity that people today are unable to achieve even after years of practising yoga or tai chi.

Today we can go to the supermarket and choose to eat a thousand different dishes. But whatever we choose, we might eat it in haste in front of the TV, not really paying attention to the taste. We can go on vacation to a thousand amazing locations. But wherever we go, we might play with our smartphone instead of really seeing the place. We have more choice than ever before, but what good is this choice, when we have lost the ability really to pay attention?

Well, what did you expect?

Even if you don’t buy into this picture of Pleistocene richness replaced by modern poverty, it is clear that the immense rise in human power has not been matched by an equal rise in human happiness. We are a thousand times more powerful than our hunter-gatherer ancestors, but not even the most optimistic Whig can believe that we are a thousand times happier. If we told our great-great-grandmother how we live, with vaccinations and painkillers and running water and stuffed refrigerators, she would likely have clasped her hands in astonishment and said: « You are living in paradise! You probably wake up every morning with a song in your heart, and pass your days walking on sunshine, full of gratitude and loving-kindness for all. » Well, we don’t. Compared to what most people in history dreamed about, we may be living in paradise. But for some reason, we don’t feel that we are.

One explanation has been provided by social scientists, who have recently rediscovered an ancient wisdom: our happiness depends less on objective conditions and more on our own expectations. Expectations, however, tend to adapt to conditions. When things improve, expectations rise, and consequently even dramatic improvements in conditions might leave us as dissatisfied as before. In their pursuit of happiness, people are stuck on the proverbial « hedonic treadmill », running faster and faster but getting nowhere.

If you don’t believe that, just ask Hosni Mubarak. The average Egyptian was far less likely to die from starvation, plague or violence under Mubarak than under any previous regime in Egyptian history. In all likelihood, Mubarak’s regime was also less corrupt. Nevertheless, in 2011 Egyptians took to the streets in anger to overthrow Mubarak. For they had much higher expectations than their ancestors.

Indeed, if happiness is strongly influenced by expectations then one of the central pillars of the modern world, mass media, seems almost tailored to prevent significant increases in global happiness levels. A man living in a small village 5,000 years ago measured himself against the other 50 men in the village. Compared to them, he looked pretty hot. Today, a man living in a small village compares himself to film stars and models, whom he sees every day on screens and giant billboards. Our modern villager is likely to be less happy with the way he looks.

The biological glass ceiling

Evolutionary biologists offer a complementary explanation for the hedonic treadmill. They contend that both our expectations and our happiness are not really determined by political, social or cultural factors, but rather by our biochemical system. Nobody is ever made happy, they argue, by getting a promotion, winning the lottery, or even finding true love. People are made happy by one thing and one thing only – pleasant sensations in their bodies. A person who just got a promotion and jumps from joy is not really reacting to the good news. She is reacting to various hormones coursing through her bloodstream, and to the storm of electric signals flashing between different parts of her brain.

Evolution illustration
‘Evolution has no interest in happiness per se: it is interested only in survival and repro­duction, and it uses happiness and misery as mere goads.’ Photograph: Philipp Kammerer/Alamy

The bad news is that pleasant sensations quickly subside. If last year I got a promotion, I might still be filling the new position, but the very pleasant sensations that I felt back then subsided long ago. If I want to continue feeling such sensations, I must get another promotion. And another. This is all the fault of evolution. Evolution has no interest in happiness per se: it is interested only in survival and reproduction, and it uses happiness and misery as mere goads. Evolution makes sure that no matter what we achieve, we remain dissatisfied, forever grasping for more. Happiness is thus a homeostatic system. Just as our biochemical system maintains our body temperature and sugar levels within narrow boundaries, it also prevents our happiness levels from rising beyond certain thresholds.

If happiness really is determined by our biochemical system, then further economic growth, social reforms and political revolutions will not make our world a much happier place. The only way dramatically to raise global happiness levels is by psychiatric drugs, genetic engineering and other direct manipulations of our biochemical infrastructure. In Brave New World, Aldous Huxley envisaged a world in which happiness is the supreme value, and in which everybody constantly takes the drug soma, which makes people happy without harming their productivity and efficiency. The drug forms one of the foundations of the World State, which is never threatened by wars, revolutions or strikes, because all people are supremely content with their current conditions. Huxley presented this world as a frightening dystopia. Today, more and more scientists, policymakers and ordinary people are adopting it as their goal.

Second thoughts

There are people who think that happiness is really not that important, and that it is a mistake to define individual satisfaction as the aim of human society. Others agree that happiness is the supreme good, but think that happiness isn’t just a matter of pleasant sensations. Thousands of years ago Buddhist monks reached the surprising conclusion that pursuing pleasant sensations is in fact the root of suffering, and that happiness lies in the opposite direction. Pleasant sensations are just ephemeral and meaningless vibrations. If five minutes ago I felt joyful or peaceful, that feeling is now gone, and I may well feel angry or bored. If I identify happiness with pleasant sensations, and crave to experience more and more of them, I have no choice but constantly to pursue them, and even if I get them, they immediately disappear, and I have to start all over again. This pursuit brings no lasting achievement. On the contrary: the more I crave these pleasant sensations, the more stressed and dissatisfied I become. However, if I learn to see my sensations for what they really are – ephemeral and meaningless vibrations – I lose interest in pursuing them, and can be content with whatever I experience. For what is the point of running after something that disappears as fast as it arises? For Buddhism, then, happiness isn’t pleasant sensations, but rather the wisdom, serenity and freedom that come from understanding our true nature.

True or false, the practical impact of such alternative views is minimal. For the capitalist juggernaut, happiness is pleasure. Full stop. With each passing year, our tolerance for unpleasant sensations decreases, whereas our craving for pleasant sensations increases. Both scientific research and economic activity are geared to that end, producing each year better painkillers, new ice-cream flavours, more comfortable mattresses, and more addictive games for our smartphones, so that we will not suffer a single boring moment while waiting for the bus.

All this is hardly enough, of course. Humans are not adapted by evolution to experience constant pleasure, so ice‑cream and smartphone games will not do. If that is what humankind nevertheless wants, it will be necessary to re-engineer our bodies and minds. We are working on it.

Yuval Noah Harari’s Sapiens: A Brief History of Humankind is published by Harvill Secker. He will be speaking at the Natural History Museum, Oxford, on 10 September.

Voir par ailleurs:

The Taj Mahal and 4 other monuments earned Rs 146.05 crore, more than half the total revenue generated by centrally-protected monuments, in 2017-18.

New Delhi: Fringe Hindu groups and even some BJP leaders may have sought to belittle their significance but official data shows that India’s top five revenue generating monuments were all built by Muslim rulers – the Taj Mahal, Agra Fort, Qutub Minar, Fatehpur Sikri and Red Fort.

While Qutub Minar was built by rulers of the Delhi Sultanate, the rest were constructed by the Mughals.

These five monuments together earned the government Rs 146.05 crore in 2017-18, according Archaeological Survey of India (ASI) data. This is more than half the total revenue of Rs 271.8 crore generated by all centrally-protected monuments.

While some politicians sparked a controversy last year by arguing that the Mughal-era monument did not represent Indian culture, the number of visitors to it, both Indian and foreign, only increased since 2016-17.

A total of 64.58 lakh people visited the Taj Mahal in 2017-18 compared to 50.66 lakh in 2016-17.

Last year, the UP tourism department had even omitted the Taj Mahal, a UNESCO world heritage site, from a brochure listing the state’s principal attractions.

With total earnings of Rs 30.55 crore, Agra Fort built by Mughal emperor Akbar, another UNESCO world heritage site, was the second highest revenue generator in the last financial year.

While the Konark Sun Temple in Odisha came second after the Taj Mahal in terms of number of visitors (32.3 lakh), it generated only Rs 10.06 crore as revenue. This, officials said, is because the temple is mostly popular only with Indian tourists, with 32.21 lakh domestic visitors making the trip last year.

While Indian tourists are charged Rs 30 per head as entry fee to world heritage monuments across the country, foreign tourists have to pay Rs 500 each.

“It is impossible to communalise the entire Indian population through the meaningless political venom spewed by politicians,” said historian S. Irfan Habib, explaining the increase in visitors to the Taj.

“No matter what they say about the Taj Mahal and Red Fort, Indians will continue going there,” he added.


Intrusion au Capitole: Attention, une insurrection peut en cacher une autre ! (What selective outrage when behind the unanimous blaming of president Trump for the Capitol rally’s excesses, our short-memoried media and commentators conveniently forget four long years of nothing less than a generalized insurrection against the president himself ?)

8 janvier, 2021

Image result for burning cities meme pelosi Harris
Dog owners are like - 9GAG

 Urooj Rahman, one of the two Brooklyn lawyers who torched an NYPD cruiser in Brooklyn using a Bud Light bottle stuffed with a rag as a Molotov cocktail.

(Urooj Rahman, one of the two Brooklyn lawyers who torched an NYPD cruiser in Brooklyn using a Bud Light bottle stuffed with a rag as a Molotov cocktail, complete with Palestinian keffyeh, May 30, 2020)

The site of a car dealership in Kenosha, Wisconsin set on fire by rioters last week. Photo: Amy Katz/Zuma Press
The Wages of Our Recklessness

FreedomIndividualRightsCapitalism (@RadsDocDancer) | TwitterPro-life women criticize actress Busy Philipps' praise for abortion: 'Women deserve better' | Fox NewsAcross U.S., activists protest new wave of abortion bans | The Seattle TimesPeople take part in an "Not My President's Day" rally in Manhattan, New York, Feb. 20, 2017.Anti-Trump protesters chant during swearing-in ceremony - The Washington PostOpinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesThe Embarrassment of Democrats Wearing Kente-Cloth Stoles | The New YorkerNancy Pelosi viral memes defiantly respond to Trump's rhetoric - The Washington Post

Silence Dogood II ❌ on Twitter: "TO @GOP @JudiciaryGOP @SenateGOP @GOPLeader @HouseGOP @GOPChairwoman @realDonaldTrump @marklevinshow The @tedcruz ACTION WILL FAIL. THERE ARE NOT ENOUGH VOTES TO Get A 10 Day PAUSE 👇

Amazon.fr - In Defense of Looting: A Riotous History of Uncivil Action - Osterweil, Vicky - Livres

Urooj Rahman, one of the two Brooklyn lawyers who torched an NYPD cruiser in Brooklyn using a Bud Light bottle stuffed with a rag as a Molotov cocktail.

Le ministre, pour cacher sa lettre, avait eu recours à l’expédient le plus ingénieux du monde, le plus large, qui était de ne pas même essayer de la cacher. Edgar Poe (La lettre volée)
Ce que nous voulons, c’est la liberté par tous les moyens, la justice par tous les moyens et  l’égalité par tous les moyens. Malcolm X (1964)
Les émeutes sont destructrices, dangereuses et effrayantes, mais peuvent conduire à d’importantes réformes sociales. Vox.com
That people would take action into their own hands and try to take over the [US] Capitol and potentially commit violent acts is a natural outcome of this sort of behavior. It’s an example of the best of American traditions, and one cannot say that of this riot that has been spurred by the president of the United States. Robert Kraig (Citizen Action of Wisconsin Executive Director)
Le Capitole envahi chaque jour par des milliers de personnes, 100.000 protestataires pendant les week-ends… C’est incroyable pour notre État, on n’avait jamais rien vu de pareil, en tout cas pas depuis l’époque des droits civiques ou du Vietnam. Scott
Le gouverneur a été élu, pourquoi ne pas le laisser travailler, les élections, cela a un sens. Policier du Capitole du Wisconsin (2011)
On n’est pas en Europe ici, et les syndicats n’ont cessé de perdre de leur influence, ce qui rend le phénomène d’autant plus impressionnant. (…) Le spectacle a été surréaliste, on a tout vu ici, même un chameau sous la rotonde. Jason Stein (The Sentinel)
Pour moi, il s’agit de casser la machine électorale du Parti démocrate. John Vander Meer (ex-conseiller d’un élu de gauche)
Quand on a tracé des lignes aussi intransigeantes, on se demande quelle peut être la sortie de crise, c’est comme la guerre de Corée ! Scott Becher (stratège républicain)
Ce mouvement a indéniablement redynamisé la base démocrate. Ce qui se profile, c’est un discours de guerre de classe pour 2012, avec d’un côté les démocrates dénonçant Wall Street et les intérêts spéciaux, de l’autre les républicains fustigeant les syndicats. (…) Cela en dit long sur le fonctionnement politique général de notre pays. Nous ne cessons de recommencer les batailles du passé. Chaque nouvel élu se sent investi d’un mandat idéologique, alors que les gens veulent seulement que les partis s’allient pour résoudre les problèmes profonds qui se posent. Adam Schrager (journaliste de télévision local)
De l’intérieur de l’imposante bâtisse du Parlement de cet État politiquement crucial dans l’Amérique du Midwest, que se disputent régulièrement démocrates et républicains, parvient le bruit assourdissant de tam-tam africains sur lesquels des manifestants tapent en cadence. (…) Depuis trois semaines, le Wisconsin vit en état de guerre politique et de paralysie législative. L’homme qui a déclenché la tempête est le nouveau gouverneur républicain, Scott Walker, un brun et fringant conservateur, fils de prêcheur baptiste soutenu par les Tea Party, qui se voit comme un «nouveau Reagan», investi d’une mission historique de rééquilibrage des finances publiques. Dopé par sa victoire en novembre, avec quelque 52% des suffrages (les républicains ont également pris les deux Chambres du Congrès local), il a tenté de faire passer en force une loi d’ajustement budgétaire qui coupe dans le vif des avantages accordés aux employés du secteur public. Invoquant la nécessité de partager l’effort budgétaire, le projet Walker prévoit de forcer les fonctionnaires à payer de leur poche 12,6% de leurs primes d’assurance-maladie, alors qu’ils cotisent à hauteur de 6% – et les salariés du privé de 29%. Ils devraient aussi contribuer pour leurs retraites à hauteur de 5,6% (zéro aujourd’hui). » La mesure n’aurait sans doute pas ému grand monde, dans une Amérique qui affectionne peu l’État-providence, les fonctionnaires comme les syndicats et comprend l’urgence de combler ses trous budgétaires, évalués par le gouverneur pour le seul Wisconsin à 137 millions de dollars cette année – 3,6 milliards pour les deux prochaines. Mais, en décidant de priver carrément les fonctionnaires locaux de leurs droits de négociation collectifs, le gouverneur a franchi une ligne rouge. (…) Les coupes sombres prévues dans le budget de l’éducation (834 millions de dollars), point sensible dans un État qui se vante d’avoir des universités publiques créatrices d’activité économique à haute valeur ajoutée, ont décuplé les inquiétudes, de même que l’annonce par le gouverneur de la vente des 37 centrales productrices d’électricité à des intérêts privés, décision qui fait craindre des licenciements massifs. La gauche a lu aussi avec effroi dans cette volonté de casser les syndicats, l’amorce d’une offensive républicaine destinée à priver le parti d’Obama de l’un de ses plus puissants contributeurs à un an de la présidentielle. (…) Résultat, le projet Walker est devenu l’étincelle qui a embrasé le Wisconsin, suscitant une protestation qui a débouché sur une occupation pacifique du Parlement. Des pancartes notant que «l’éducation qui est l’avenir de nos enfants» tapissent les murs. Des milliers de post-it multicolores signés par les manifestants ont été collés sur les lourdes portes de bois du bâtiment. À l’intérieur, sous la Coupole, des happenings tenant autant du cirque que du combat politique, ont ameuté enseignants, pompiers et étudiants, ainsi que des centaines d’ex-activistes chevelus et barbus, qui semblent tout droit sortis de manifestations contre la guerre au Vietnam. (…) Bonnet de laine sur la tête, enveloppée dans son manteau car il ne fait pas chaud sur la couverture qui lui tient lieu de QG, Sarah rêve d’une douche. Cette étudiante en médecine, qui est là «par solidarité avec ses professeurs», et parce qu’elle craint «un effondrement économique de l’État si on touche aux universités», a passé six jours et six nuits au pied d’un pilier de marbre vert. Elle montre les matelas, les réserves de pommes, d’oranges et de céréales offertes par des bénévoles. Il y a même un «coin calme» réservé aux enfants des protestataires. «Chacun a ses raisons d’être là», dit Sarah. Elle salue les policiers, qui gardent patiemment les lieux, des boules Quies dans les oreilles à cause du tam-tam. (…) Le projet de Walker a été voté à la Chambre des représentants du Wisconsin, mais les sénateurs démocrates, invoquant le caractère «exceptionnel» de la situation, ont fui vers l’Illinois pour empêcher un vote au Sénat. Furieux, le gouverneur a menacé de lancer la police à leurs trousses, initié un blocage du versement de leurs salaires et annoncé le compte à rebours pour 12.000 licenciements dans le secteur public si la loi ne passe pas. Son pari est que les mouvements ne sont qu’un baroud d’honneur des syndicats minoritaires et que la majorité silencieuse le soutient. De leur côté, les élus démocrates invoquent de récents sondages pour «souligner la légitimité de la politique de la chaise vide». Selon une enquête de l’Institut Rasmussen, près de 57% de la population de l’État seraient hostiles à la politique de Walker concernant les droits de négociation collectifs, alors qu’il est soutenu sur les augmentations des contributions à la santé et aux retraites. Résultat, l’impasse est totale. Les élus démocrates ont indiqué leur volonté de revenir à Madison, mais il est difficile de passer à l’acte sans avoir l’impression de capituler. «Quand on a tracé des lignes aussi intransigeantes, on se demande quelle peut être la sortie de crise, c’est comme la guerre de Corée!», note le stratège républicain Scott Becher. Il dit ne jamais avoir vu une telle division, malgré la tradition de combat social du Wisconsin, un État manufacturier pionnier dans la promotion des droits syndicaux. De Madison à Washington, les observateurs se demandent si la bataille du Wisconsin va faire «tache d’huile», au-delà de la victoire probable du gouverneur à court terme. Certains prédisent que son courage politique lui vaudra au minimum une place de vice-président sur un ticket républicain. D’autres pensent au contraire qu’il surestime sa «main» et qu’il sera «révoqué» d’ici à un an, selon une procédure lancée par les démocrates visant à rassembler les signatures de 25% des votants, pour convoquer une nouvelle élection… Des révoltes sociales très comparables ont en tout cas éclaté dans l’Ohio et l’Indiana, mettant leurs gouverneurs républicains sur la défensive. Le conflit intéresse aussi les gouverneurs du Texas, Rick Perry, et du New Jersey, Chris Christie, qui se sont bien gardés, malgré leurs promesses de rigueur budgétaire, de toucher aux conventions collectives du secteur public. «Ce mouvement a indéniablement redynamisé la base démocrate», note Adam Schrager, journaliste de télévision local, qui se demande si la bataille du Wisconsin pourrait avoir le même «effet boule de neige» que la bataille de la santé a eu pour la mobilisation des Tea Party. «Ce qui se profile, c’est un discours de guerre de classe pour 2012, avec d’un côté les démocrates dénonçant Wall Street et les intérêts spéciaux, de l’autre les républicains fustigeant les syndicats.» Conscient de l’importance de l’affrontement, mais soucieux de ne pas se mêler d’un combat dont l’issue reste incertaine, le président Obama est resté relativement discret. «Le président a d’autres chats à fouetter, il doit gérer les révoltes du Middle-East (Moyen-Orient). Nous nous occuperons du Midwest», dit Céleste en agitant le poing. Le journaliste Adam Schrager s’inquiète, quant à lui, de cette ambiance guerrière. Il a été stupéfait qu’un seul élu, le républicain Dale Schultz – «le seul adulte de toute cette histoire» – ait proposé un compromis. «Cela en dit long sur le fonctionnement politique général de notre pays, dit le reporter frustré. Nous ne cessons de recommencer les batailles du passé. Chaque nouvel élu se sent investi d’un mandat idéologique, alors que les gens veulent seulement que les partis s’allient pour résoudre les problèmes profonds qui se posent. » Laure Mandeville (08.03.2011)
No place is hotter than Wisconsin. The leaders there have done everything possible to maximize conflict. Gov. Scott Walker, a Republican, demanded cuts only from people in the other party. The public sector unions and their allies immediately flew into a rage, comparing Walker to Hitler, Mussolini and Mubarak. Walker’s critics are amusingly Orwellian. They liken the crowd in Madison to the ones in Tunisia and claim to be fighting for democracy. Whatever you might say about Walker, he and the Republican majorities in Wisconsin were elected, and they are doing exactly what they told voters they would do. It’s the Democratic minority that is thwarting the majority will by fleeing to Illinois. It’s the left that has suddenly embraced extralegal obstructionism. (…) Everybody now seems to agree that Governor Walker was right to ask state workers to pay more for their benefits. Even if he gets everything he asks for, Wisconsin state workers would still be contributing less to their benefits than the average state worker nationwide and would be contributing far, far less than private sector workers. The more difficult question is whether Walker was right to try to water down Wisconsin’s collective bargaining agreements. Even if you acknowledge the importance of unions in representing middle-class interests, there are strong arguments on Walker’s side. In Wisconsin and elsewhere, state-union relations are structurally out of whack. That’s because public sector unions and private sector unions are very different creatures. Private sector unions push against the interests of shareholders and management; public sector unions push against the interests of taxpayers. Private sector union members know that their employers could go out of business, so they have an incentive to mitigate their demands; public sector union members work for state monopolies and have no such interest. (…) Most important, public sector unions help choose those they negotiate with. Through gigantic campaign contributions and overall clout, they have enormous influence over who gets elected to bargain with them, especially in state and local races. As a result of these imbalanced incentive structures, states with public sector unions tend to run into fiscal crises. David Brooks
Is it the same as people in the Middle East overthrowing years of dictatorship?  Or is that just the last story you saw on the news? (…) Do you see what’s happening here?!  The Wisconsin union protest is the bizarro Tea Party!  Jon Stewart
C’est une inspiration pour nous que cette énergie et ce militantisme des nombreux jeunes militants et défenseurs de l’environnement qui ouvrent la voie pour la crise climatique, qui menace la santé, la sécurité économique et l’avenir de toutes nos communautés. Nous nous félicitons de la présence de ces militants. Nancy Pelosi (novembre 2018)
Hundreds of young protesters stormed Capitol Hill on Monday, taking over the offices of three House Democratic leaders to call for an immediate climate change plan. The activists with the Sunrise Movement, a group that’s pushing House Democrats to create a special committee next year focused entirely on climate change initiatives, engaged in three sit-ins inside the offices of the likely next Speaker, Rep. Nancy Pelosi (D-Calif), as well as incoming Majority Leader Steny Hoyer (D-Md.) and Rep. Jim McGovern (D-Mass.), who is in line to chair the House Rules Committee. Most of the protesters, who ranged in age from their teens to their late 20s, were eventually pushed out by Capitol Police after threat of arrest. Officers did arrest 138 protesters on charges of blocking hallways, Capitol Police said. The protests are the second wave organized by the Sunrise Movement to disrupt the Capitol since the midterm elections. The Hill
Tout a commencé par “un sit-in dans les bureaux de la (future) présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, en novembre 2018, six jours seulement après la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat”, à l’issue desquelles ils ont regagné la majorité à la Chambre des représentants, rapporte le magazine californien Mother Jones. Quelque “150 militants”, peu convaincus par les belles paroles des nouveaux élus démocrates sur la nécessité de faire avancer la législation en matière de lutte contre le changement climatique, se sont alors mobilisés pour les contraindre “à respecter leurs promesses”. Ce sit-in “serait passé relativement inaperçu sans la présence de la jeune députée de New York Alexandria Ocasio-Cortez venu prêter main-forte aux activistes”, note le magazine californien. Mais la couverture médiatique s’est alors emballée. Si le mouvement Sunrise ne s’est fait connaître du grand public qu’à la fin de l’année 2018, “ses racines sont plus profondes”, poursuit Mother Jones. Dès 2014, ses fondateurs ont en effet commencé à participer, à New York, aux séances d’un organisme baptisé “Momentum” créé par deux frères, Mark et Paul Engler, coauteurs du livre This Is an Uprising. How Nonviolent Revolt Is Shaping the Twenty-First Century [“Ceci est un soulèvement. Comment la révolte non violente définit le XXIe siècle”, non traduit]. Leur credo ? S’inspirer de l’histoire moderne des mouvements de résistance et de désobéissance civile, “depuis la lutte pour les droits civiques de Martin Luther King au mouvement Occupy Wall Street, en passant par les soulèvements des printemps arabes”, pour créer de nouvelles formes de mobilisation plus durables et efficaces selon deux piliers stratégiques : le principe de “l’escalade” et celui de “l’absorption” avec pour objectif de recruter de nouveaux membres à chaque nouvelle action. La journaliste du magazine Mother Jones confie avoir été sceptique, dans un premier temps, face à l’enthousiasme juvénile et jargonnant des militants du mouvement Sunrise, capables de “citer dans une même phrase le pasteur Martin Luther King, la célèbre militante africaine-américaine Ella Baker ou l’universitaire engagé Charles Payne”. Elle relève également que la directrice exécutive du mouvement, Varshini Prakash, “n’est âgée que de 26 ans”. Mais force est de reconnaître, ajoute la journaliste, que “depuis ses débuts le mouvement a remporté un succès certain : lors d’actions ciblées, de débrayages lycéens à travers tout le pays et de grandes manifestations” (notamment au moment des marches pour le climat qui se sont déroulées dans de nombreux pays à la fin du mois de janvier 2019) et peut se targuer aujourd’hui de “rassembler plus de 15 000 membres dans quelque 200 sections disséminées dans le pays”… Courrier international (2018)
Vendredi soir, des agents des Services secrets ont précipité le président américain Donald Trump dans un bunker de la Maison Blanche alors que des centaines de manifestants se rassemblaient devant le manoir exécutif, certains d’entre eux jetant des pierres et tirant sur les barricades de la police. Trump a passé près d’une heure dans le bunker, qui a été conçu pour être utilisé dans des situations d’urgence telles que des attaques terroristes, selon un républicain proche de la Maison Blanche qui n’était pas autorisé à discuter publiquement de questions privées et a parlé sous couvert d’anonymat. (…) La décision abrupte des agents a souligné l’humeur agitée à l’intérieur de la Maison Blanche, où les chants des manifestants à Lafayette Park ont ​​pu être entendus tout le week-end et les agents des services secrets et les forces de l’ordre ont eu du mal à contenir la foule. Les manifestations de vendredi ont été déclenchées par la mort de George Floyd, un homme noir décédé après avoir été coincé au cou par un policier blanc de Minneapolis. Les manifestations à Washington sont devenues violentes et ont semblé surprendre les officiers. Ils ont déclenché l’une des alertes les plus élevées sur le complexe de la Maison Blanche depuis les attentats du 11 septembre 2001. (…)  Le déménagement du président dans le bunker a été signalé pour la première fois par le New York Times. Le président et sa famille ont été ébranlés par la taille et le venin de la foule, selon le républicain. Il n’était pas immédiatement clair si la première dame Melania Trump et le fils de 14 ans du couple, Barron, avaient rejoint le président dans le bunker. Le protocole des services secrets aurait exigé que toutes les personnes sous la protection de l’agence soient dans l’abri souterrain. France 24 (
Beyond being unnecessary, using our military to quell protests across the country would also be unwise. This is not the mission our armed forces signed up for: They signed up to fight our nation’s enemies and to secure — not infringe upon — the rights and freedoms of their fellow Americans. In addition, putting our servicemen and women in the middle of politically charged domestic unrest risks undermining the apolitical nature of the military that is so essential to our democracy. It also risks diminishing Americans’ trust in our military — and thus America’s security — for years to come. As defense leaders who share a deep commitment to the Constitution, to freedom and justice for all Americans, and to the extraordinary men and women who volunteer to serve and protect our nation, we call on the president to immediately end his plans to send active-duty military personnel into cities as agents of law enforcement, or to employ them r any another military or police forces in ways that undermine the constitutional rights of Americans. The members of our military are always ready to serve in our nation’s defense. But they must never be used to violate the rights of those they are sworn to protect. Leon E. Panetta, Chuck Hagel, Ashton B. Carter (and 86 former defense officials)
As former American ambassadors, generals and admirals, and senior federal officials, we are alarmed by calls from the President and some political leaders for the use of U.S. military personnel to end legitimate protests in cities and towns across America. (…) Cities and neighborhoods in which Americans are assembling peacefully, speaking freely, and seeking redress of their grievances are not “battlespaces.” Federal, state, and local officials must never seek to “dominate” those exercising their First Amendment rights. Rather they have a responsibility to ensure that peaceful protest can take place safely as well as to protect those taking part. We condemn all criminal acts against persons and property, but cannot agree that responding to these acts is beyond the capabilities of local and state authorities. Our military is composed of and represents all of America. Misuse of the military for political purposes would weaken the fabric of our democracy, denigrate those who serve in uniform to protect and defend the Constitution, and undermine our nation’s strength abroad. There is no role for the U.S. military in dealing with American citizens exercising their constitutional right to free speech, however uncomfortable that speech may be for some. We are concerned about the use of U.S. military assets to intimidate and break up peaceful protestors in Washington, D.C. (…) The stationing of D.C. Air National Guard troops in full battle armor on the steps of the Lincoln Memorial is inflammatory and risks sullying the reputation of our men and women in uniform in the eyes of their fellow Americans and of the world.Declaring peaceful protestors “thugs” and “terrorists” and falsely seeking to divide Americans into those who support “law and order” and those who do not will not end the demonstrations. The deployment of military forces against American citizens exercising their constitutional rights will not heal the divides in our society. We urge the President and state and local governments to focus their efforts on uniting the country and supporting reforms to ensure equal police treatment of all citizens, regardless of race or ethnicity. Ultimately, the issues that have driven the protests cannot be addressed by our military. They must be resolved through political processes. Former US generals, admirals and national security officials
Si au combat, ils apportent un couteau, on apporte un pistolet ! Barack Obama
Oui, je suis scandalisée. Oui, j’ai songé à de nombreuses reprises à faire exploser la Maison Blanche. Mais je sais que cela ne changera rien. Madonna (23.01.2017)
Il est temps de tuer le président. Monisha Rajesh (journaliste britannique, 08.11.2016)
Trump c’est le candidat qui redonne aux Américains l’espoir, l’espoir qu’il soit assassiné avant son investiture. Pablo Mira (chroniqueur français, France Inter, 15.11.2016)
Je sais que tout le monde ici marchera bientôt vers le Capitole, pour pacifiquement et patriotiquement faire entendre vos voix. Président Trump (06.01.2021)
Je pense qu’il est également essentiel de comprendre que, comme je l’ai dit aux candidats qui sont venus me voir, vous pouvez mener la meilleure campagne, vous pouvez même devenir le candidat et vous pouvez vous faire voler l’élection. Hillary Clinton (06.05. 2019)
Souvenez-vous, Joe et Kamala peuvent remporter 3 millions de voix et perdre quand même. Alors, croyez-moi. Nous avons besoin d’un nombre de voix tellement écrasant que Trump ne pourra pas nous subtiliser ou nous voler la victoire. Hillary Clinton (20.08.2020)
Trump sait qu’il est un président illégitime. Hillary Clinton (29.09.2019)
Notre élection a été détournée. Ca ne fait aucun doute. Le Congrès a un devoir de protéger notre démocratie et de s’en tenir aux faits. Nancy Pelosi (16.05. 2017)
Si vous le pouvez, envoyez votre contribution au @MNFreedomFund pour aider à payer la caution de ceux qui manifestent sur le terrain dans le Minnesota. Kamala Harris (01.06.2020)
Je ne considère pas le président-élu comme un président légitime. Je pense que les Russes ont aidé cet homme à se faire élire. Et ils ont contribué à détruire la candidature d’Hillary Clinton. John Lewis (héros des droits civiques, représentant démocrate, Géorgie, 13.01. 2017)
Nous allons destituer ce fils de pute ! Rashida Tlaib (députée palestino-américaine, 04.01.2019)
Je veux vous dire, Gorsuch; je veux vous dire, Kavanaugh. Vous avez déchainé la tempête. Et vous en paierez le prix. Vous ne saurez pas ce qui vous a frappé si vous prenez ces terribles décisions. Charles Schumer (Senate Minority Leader, D-N.Y., 04.03.2020)
Je n’aurais pas dû utiliser les mots que j’ai utilisés hier. Ils ne sont pas sortis comme je l’avais prévu. Je viens de Brooklyn. On utilise des mots forts. Charles Schumer
Ce matin, le sénateur Schumer s’est exprimé lors d’un rassemblement devant la Cour suprême alors qu’une affaire était débattue à l’intérieur. Le sénateur Schumer a cité deux membres de la Cour par leur nom et a dit qu’il voulait leur dire: «Vous avez déchainé la tempête, et vous en paierez le prix. Vous ne saurez pas ce qui vous a frappé si vous prenez ces terribles décisions. Les juges savent que la critique fait partie de leur fonction, mais les déclarations menaçantes de ce genre de la part des plus hauts niveaux de gouvernement ne sont pas seulement inappropriées, elles sont dangereuses. Tous les membres de la Cour continueront à faire leur travail, sans crainte ni faveur, d’où qu’elles viennent. Chief Justice John G. Roberts (March 4, 2020)
This is as much about public outcry and organizing and mobilizing and applying pressure so that this GOP-led Senate and these governors that continue to carry water for this administration, putting the American people in harm’s way, turning a deaf ear to the needs of our families and our communities — hold them accountable. Make the phone calls, send the emails, show up. You know, there needs to be unrest in the streets for as long as there’s unrest in our lives. U.S. Rep. Ayanna Pressley (Aug; 18, 2020)
They’re not going to stop. This is a movement, I’m telling you, they’re not going to stop, and everyone beware because they’re not going to stop before Election Day in November, and they’re not going to stop after Election Day. And everyone should take note of that, on both levels, that they’re not going to let up, and they should not, and we should not. Kamala Harris (June 18, 2020)
You think we’re rallying now? You ain’t seen nothing yet. Already you have members of your Cabinet that are being booed out of restaurants … protesters taking up at their house saying ‘no peace, no sleep.’ If you see anybody from that Cabinet in a restaurant, in a department store, at a gasoline station, you get out and you create a crowd and you push back on them and you tell them they’re not welcome anymore, anywhere. Rep. Maxine Waters (D-Calif., June 23, 2018)
I have no sympathy for these people that are in this administration who know it is wrong what they’re doing … but they tend to not want to confront this president. Cabinet members who defend him are “not going to be able to go to a restaurant, stop at a gas station, shop at a department store. The people are going to turn on them, they’re going to protest, they’re going to absolutely harass them until they decide that they’re going to tell the president: ’No … this is wrong, this is unconscionable; we can’t keep doing this to children.’ Rep. Maxine Waters (D-Calif., June 24, 2018)
This was act of the administration. They had been planning this for a while. As a mother of five children, grandmother of nine, I’m sure any parents here, mother or father, knows that this is barbaric. This is not what America is. But this is the policy of the Trump administration. (…) When we had a hearing on a subject related to this, asylum-seeker refugees (…) the American (…) Association of Evangelicals (…) testified that asylum refugees (…) they called it the crown jewel of America’s humanitarianism. (…) And in order to do away with that crown jewel, they’re doing away with children being with their moms. (…) I just don’t even know why there aren’t uprisings all over the country. And maybe there will be, when people realize that this is a policy that they defend. Nancy Pelosi (House Speaker, D-Calif., June 14, 2018)
Si ça avait été des militants Black Lives Matter hier, ils auraient été traités très différemment. Joe Biden
Nous pouvons arrêter le fascisme. (…) Je pense juste que COVID est un don de Dieu à la gauche. C’est une chose terrible à dire. Je veux dire, je pense que c’était une chose très difficile à nous envoyer, mais cela a déchiré le pansement sur qui il est et ce qu’il représente et ce qui est fait aux gens ordinaires et aux travailleurs dans ce pays. Nous pouvons le voir maintenant, les gens qui ne pouvaient pas le voir avant, vous savez, ils le voient maintenant et nous avons une chance d’exploiter cette colère et de faire une différence. Alors, je me sens tellement bénie d’être en vie en ce moment. Jane Fonda
Bordel, restez chez vous. Corona se propage, cette merde n’est pas une blague. Ce n’est pas le moment de travailler ou de trainer. La façon dont vous pouvez vous battre est simple, mes amis, restez à la maison. Maintenant, techniquement, je ne suis pas médecin. Mais les enculés écoutent quand je lis un poème. Alors me voici, Sam Fucking Jackson, je t’implore : garde ton cul à la maison. Si vous voulez que les choses reviennent à la normale, ne paniquez pas. Utilisez simplement votre dôme. Lavez-vous les mains, arrêtez de toucher votre visage et restez à la maison. Samuel L. Johnson
Avec plus de 100.000 Américains décédés ces derniers mois et la réponse honteuse et vide de nos dirigeants, j’en ai vraiment ras le cul. Ces vies méritent mieux que d’être de simples statistiques dérangeantes pour la campagne de réélection de notre président. C’est une disgrâce nationale. Au lieu de célébrer les joies de l’été aujourd’hui, nous constatons les conséquences de la pandémie et son coût pour notre nation. Nous comptabiliserons ce que nous avons perdu, prierons pour les personnes décédées et les familles qu’elles laissent derrière elles. Donc si vous êtes prêts pour un requiem rock ‘n’ roll, restez à l’écoute. Je vais commencer par en envoyer un à l’homme assis au bureau du Resolute. Avec tout le respect, monsieur, montrez un tant soit peu de considération à vos citoyens et à votre pays. Mettez ce foutu masque. Bruce Springsteen
They do not deserve a prison sentence for conduct that occurred in the heat of the moment on one of the most heated nights in modern American history. Paul Shechtman (Urooj Rahman’s lawyer)
[C’était] une cabale bien financée de personnes puissantes, issues de différents secteurs et idéologies, travaillant ensemble dans les coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, diriger la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations. Ils ne truquaient pas les élections; ils la fortifiaient. (…) En fin de compte, près de la moitié des électeurs ont voté par correspondance en 2020, pratiquement une révolution dans la façon dont les gens votent. Environ un quart ont voté tôt en personne. Seul un quart des électeurs ont voté de manière traditionnelle: en personne le jour du scrutin. (…) La philanthropie privée est entrée en lice. Un assortiment de fondations a contribué des dizaines de millions de dollars en financement de l’administration électorale. L’initiative Chan Zuckerberg a apporté 300 millions de dollars (…) Le soulèvement pour la justice raciale déclenché par l’assassinat de George Floyd en mai n’était pas avant tout un mouvement politique. Les organisateurs qui ont contribué à sa direction voulaient tirer parti de son élan pour les élections sans lui permettre d’être coopté par les politiciens. Nombre de ces organisateurs faisaient partie du réseau de Podhorzer, des militants des États du champ de bataille qui s’est associé à la Democracy Defence Coalition pour des organisations ayant des rôles de premier plan dans le Mouvement pour les vies noires. (…) Le soulèvement de l’été avait montré que le pouvoir du peuple pouvait avoir un impact énorme. Les militants ont commencé à se préparer à reprendre les manifestations si Trump tentait de voler les élections. «Les Américains prévoient des manifestations généralisées si Trump interfère avec les élections», annonçait Reuters en octobre, l’une des nombreuses nouvelles de ce genre. Plus de 150 groupes de gauche, de la Marche des femmes au Sierra Club en passant par Colour of Change, de Democrats.com aux Socialistes démocrates d’Amérique, ont rejoint la coalition «Protégez les résultats». Le site Web du groupe, aujourd’hui disparu, contenait une carte répertoriant 400 manifestations postélectorales prévues, qui devaient être activées par SMS dès le 4 novembre. (…) Fox News a surpris tout le monde en appelant l’Arizona pour Biden. La campagne de sensibilisation du public avait fonctionné: les présentateurs de télévision se mettaient en quatre pour conseiller la prudence et encadrer le décompte des voix avec précision. Time
November 3rd. After You Vote, Hit the Streets For months, Donald Trump and his enablers have waged an attack on the democratic process. They’re mobilizing an army of thugs to intimidate voters at the polls, they’re trying to limit access to early voting, and they even tried to dismantle the US Postal Service. During this triple crisis—the COVID-19 pandemic, the recession, and the crisis of police violence and institutional racism—the stakes are simply too high to sit at home and watch the results play out. On November 3rd, after you vote, volunteer at the polls or do get out the vote, come to Black Lives Matter Plaza. Thousands of us are planning to come together to defend democracy and ensure that Trump isn’t able to steal the 2020 Presidential Election. We’re going to start this next phase of the election cycle in the streets. We’ll have GoGo bands, salsa dancers, artists, cultural workers, and much more. We’ll also be watching the election results coming in on big screens. Votes will still be coming in, so this will (probably) not be the time we need to create disruption to stop a coup – yet. But we’ll be in a good place to respond to whatever might happen. This has been a really long and dark era so we’re going to be together to process our feelings of hope, anger, fear and exhaustion as a community.   Regardless of the results, election-night programming will probably wrap up around midnight so we can be energized and ready to hit the streets again on the 4th. Shutdown DC
Concerned about the possibility of unrest on Election Day, or in the days that follow, businesses in some areas of D.C. are boarding their windows. Officials are advising shop owners to sign up for crime alerts and to keep their insurance information handy. D.C. police have limited leave for officers starting this weekend to ensure adequate staffing, and the District spent $100,000 on less-lethal munitions and chemical irritants for riot control to replenish a stockpile depleted by clashes over the summer. As a turbulent election season draws to a close, authorities across the country worry frustration may spill onto the streets, and officials are watching for disturbances at the polls or protests in their communities. That tension is heightened in the nation’s capital, where the White House and other symbols of government regularly draw demonstrators. “It is widely believed that there will be civil unrest after the November election regardless of who wins,” D.C. Police Chief Peter Newsham told lawmakers this month. “It is also believed that there is a strong chance of unrest when Washington, D.C., hosts the inauguration in January.” (…) Officials have not recommended that shop owners board up their buildings, according to a resource guide for businesses distributed by city leaders this week. Some small-business owners are heeding their guidance, focused on bolstering sales as winter approaches. Others are boarding anyway, and concrete barriers were being installed outside the U.S. Chamber of Commerce building across from Lafayette Square. “We do not have any intelligence on planned activity to suggest the need to board up; however, we remain vigilant,” John Falcicchio, the deputy mayor for planning and economic development, said in a statement. “We understand the difficult position building owners and operating businesses are in, and we call upon all who participate in First Amendment activities to denounce violence and report it immediately should it occur.” Officials say they are concerned that a politically polarized electorate coupled with divisive rhetoric and President Trump questioning the integrity of the election could create flash points in the District and elsewhere. Newsham said several groups have applied for demonstration permits starting Sunday and for days after the election. The National Park Service is considering permit applications from several organizations with various views on the election. Shutdown DC is planning weeks’ worth of demonstrations around the White House and Black Lives Plaza starting Tuesday. “After you vote, hit the streets,” the group posted on its website. (…) The District endured months of sustained demonstrations after the death of George Floyd in police custody in Minneapolis, which targeted areas outside the White House but also impacted the downtown business district and neighborhoods such as Georgetown, Adams Morgan and Shaw. The demonstrations were mostly peaceful, but outbreaks of violence — much of it attributed to agitators more intent on destruction than protest — resulted in hundreds of arrests after nights of fires, looted stores and clashes with police. D.C. police said that on May 30 and May 31, the two most volatile days, 204 businesses were burglarized and 216 properties were damaged. The Washington Post
The Manhattan real estate world is a world unto its own. The competition is very fierce, you’re dealing with many, many clever people. I think it was Tom Klingenstein who said he always thought Trump was Jewish because he fit in so well with the real-estatenicks in Manhattan, most of whom were, and are, Jewish. (…) He had the qualities that all those guys had in common, and you might have thought, other things being equal, that he was one of them. And in a certain sense he was, but not entirely. I know a few of those guys and they’re actually very impressive. You have to get permits, and you have to deal with the mob, and you have to know how to handle workers who are very recalcitrant, many of whom are thuggish. You’re in a battlefield there, so you have to know how to operate politically as well as in a managerial capacity, and how to sweet talk and also how to curse. It’s not an easy field to master.(…) I think Trump has, in that sense, the common touch. That’s one of the things—it may be the main thing—that explains his political success. It doesn’t explain his success in general, but his political success, yes. (…) Trump fights back. The people who say: “Oh, he shouldn’t lower himself,” “He should ignore this,” and “Why is he demeaning himself by arguing with some dopey reporter?” I think on the contrary—if you hit him, he hits back; and he is an equal opportunity counter puncher. It doesn’t matter who you are. (…) when he first appeared on the scene (…) I said to my wife: “This guy is Buchanan without the anti-Semitism,” because he was a protectionist, a nativist, and an isolationist. And those were the three pillars of Pat Buchanan’s political philosophy. How did I know he wasn’t an anti-Semite? I don’t know—I just knew. And he certainly wasn’t and isn’t, and I don’t think he’s a racist or any of those things. (…) however, I began to be bothered by the hatred that was building up against Trump from my soon to be new set of ex-friends. It really disgusted me. I just thought it had no objective correlative. You could think that he was unfit for office—I could understand that—but my ex-friends’ revulsion was always accompanied by attacks on the people who supported him. They called them dishonorable, or opportunists, or cowards—and this was done by people like Bret Stephens, Bill Kristol, and various others. And I took offense at that. So that inclined me to what I then became: anti-anti-Trump. By the time he finally won the nomination, I was sliding into a pro-Trump position, which has grown stronger and more passionate as time has gone on. On the question of his isolationism, he doesn’t seem to give a damn. He hires John Bolton and Mike Pompeo who, from my point of view, as a neoconservative (I call myself a “paleo-neoconservative” because I’ve been one for so long), couldn’t be better. And that’s true of many of his other cabinet appointments. He has a much better cabinet than Ronald Reagan had, and Reagan is the sacred figure in Republican hagiography. Trump is able to do that because, not only is he not dogmatic, he doesn’t operate on the basis of fixed principles. Now some people can think that’s a defect—I don’t think it’s a defect in a politician at a high level. I remember thinking to myself once on the issue of his embrace of tariffs, and some of my friends were very angry. I said to myself for the first time, “Was thou shalt not have tariffs inscribed on the tablets that Moses brought down from Sinai? Maybe Trump has something on this issue, in this particular”—and then I discovered to my total amazement that there are a hundred tariffs (I think that’s right) against America from all over the world. So the idea that we’re living in a free trade paradise was itself wrong, and in any case, there was no reason to latch onto it as a sacred dogma. And that was true of immigration. I was always pro-immigration because I’m the child of immigrants. (…) So I was very reluctant to join in Trump’s skepticism about the virtues of immigration. (…) We weren’t arguing about illegal immigration. We were arguing about immigration. (…) What has changed my mind about immigration now—even legal immigration—is that our culture has weakened to the point where it’s no longer attractive enough for people to want to assimilate to, and we don’t insist that they do assimilate. (…) as I watched the appointments he was making even at the beginning, I was astonished. And he couldn’t have been doing this by accident. So that everything he was doing by way of policy as president, belied the impression he had given to me of a Buchananite. He was the opposite of a Buchananite in practice. The fact is he was a new phenomenon. And I still to this day haven’t quite figured out how he reconciled all of this in his own head. Maybe because, as I said earlier, he was not dogmatic about things. He did what he had to do to get things done. (…) he had something—he had instincts. And he knew, from my point of view, who the good guys were. Now, he made some mistakes, for example, with Secretary of State Tillerson, but so did Reagan. I used to point out to people that it took Lincoln three years to find the right generals to fight the civil war, so what did you expect from George W. Bush? In Trump’s case, most of his appointments were very good and they’ve gotten better as time’s gone on. And even the thing that I held almost sacred, and still do really, which is the need for American action abroad—interventionism—which he still says he’s against. I mean, he wants to pull out all our troops from Syria and I think it was probably Bolton who talked him out of doing it all in one stroke. Even concerning interventionism, I began to rethink. I found my mind opening to possibilities that hadn’t been there before. And in this case it was a matter of acknowledging changing circumstances rather than philosophical or theoretical changes. (…)[Trump] was against what he called stupid wars or unnecessary wars. But I think that, again, he’s willing to be flexible under certain circumstances. I think that if we were hit by any of those people, he would respond with a hydrogen bomb. (…) some of [my ex-friends] have gone so far as to make me wonder whether they’ve lost their minds altogether. I didn’t object to their opposition to Trump. There was a case to be made, and they made it—okay. Of course, they had no reasonable alternative. A couple of them voted for Hillary, which I think would have been far worse for the country than anything Trump could have done. But, basically, I think we’re all in a state of confusion as to what’s going on. Tom Klingenstein has made a brilliant effort to explain it, in terms that haven’t really been used before. He says that our domestic politics has erupted into a kind of war between patriotism and multiculturalism, and he draws out the implications of that war very well. I might put it in different terms—love of America versus hatred of America. But it’s the same idea. We find ourselves in a domestic, or civil, war almost. (…) The long march through the institutions, as the Maoists called it, was more successful than I would have anticipated. The anti-Americanism became so powerful that there was virtually nothing to stop it. Even back then I once said, and it’s truer now: this country is like a warrior tribe which sends all its children to a pacifist monk to be educated. And after a while—it took 20 or 40 years—but little by little it turned out that Antonio Gramsci—the Communist theoretician who said that the culture is where the power is, not the economy—turned out to be right; and little by little the anti-Americanism made its way all the way down to kindergarten, practically. And there was no effective counterattack. (…) The crack I make these days is that the Left thinks that the Constitution is unconstitutional. When Barack Obama said, “We are five days away from fundamentally transforming this country,” well it wasn’t five days, but he was for once telling the truth. He knew what he was doing. I’ve always said that Obama, from his own point of view, was a very successful president. (…) Far from being a failure, within the constraints of what is still the democratic political system, he had done about as much as you possibly could to transform the country into something like a social democracy. The term “social democrat,” however, used to be an honorable one. It designated people on the Left who were anti-Communist, who believed in democracy, but who thought that certain socialist measures could make the world more equitable. Now it’s become a euphemism for something that is hard to distinguish from Communism. And I would say the same thing about anti-Zionism. (…) two years or so after the Six Day War (…) anti-Semitism has migrated from the Right, which was its traditional home, to the Left, where it is getting a more and more hospitable reception. (…) Today, anti-Semitism, under the cover of anti-Zionism, has established itself much more firmly in the Democratic Party than I could ever have predicted, which is beyond appalling. The Democrats were unable to pass a House resolution condemning anti-Semitism, for example, which is confirmation of the Gramscian victory. I think they are anti-American—that’s what I would call them. They’ve become anti-American. (…) some of them say they’re pro-socialism, but most of them don’t know what they’re talking about. They ought to visit a British hospital or a Canadian hospital once in a while to see what Medicare for All comes down to. They don’t know what they’re for. I mean, the interesting thing about this whole leftist movement that started in the ’60s is how different it is from the Left of the ’30s. The Left of the ’30s had a positive alternative in mind—what they thought was positive—namely, the Soviet Union. So America was bad; Soviet Union, good. Turn America into the Soviet Union and everything is fine. The Left of the ’60s knew that the Soviet Union was flawed because its crimes that had been exposed, so they never had a well-defined alternative. One day it was Castro, the next day Mao, the next day Zimbabwe, I mean, they kept shifting—as long as it wasn’t America. Their real passion was to destroy America and the assumption was that anything that came out of those ruins would be better than the existing evil. That was the mentality—there was never an alternative and there still isn’t. (…) Things have gone so haywire, [Bernie Sanders] was able to revive the totally discredited idea of socialism, and others were so ignorant that they picked it up. As for attitudes toward America, I believe that Howard Zinn’s relentlessly anti-American People’s History of the United States sells something like 130,000 copies a year, and it’s a main text for the study of American History in the high schools and in grade schools. So, we have miseducated a whole generation, two generations by now, about almost everything. (…) The only way I know out of this is to fight it intellectually, which sounds weak. But the fact that Trump was elected is a kind of miracle. I now believe he’s an unworthy vessel chosen by God to save us from the evil on the Left. And he’s not the first unworthy vessel chosen by God. There was King David who was very bad—I mean he had a guy murdered so he could sleep with his wife, among other things. And then there was King Solomon who was considered virtuous enough—more than his father—to build the temple, and then desecrated it with pagan altars; but he was nevertheless considered a great ancestor. So there are precedents for these unworthy vessels, and Trump, with all his vices, has the necessary virtues and strength to fight the fight that needs to be fought. And if he doesn’t win in 2020, I would despair of the future. I have 13 grandchildren and 12 great grandchildren, and they are hostages to fortune. So I don’t have the luxury of not caring what’s going to happen after I’m gone. (…) His virtues are the virtues of the street kids of Brooklyn. You don’t back away from a fight and you fight to win. That’s one of the things that the Americans who love him, love him for—that he’s willing to fight, not willing but eager to fight. And that’s the main virtue and all the rest stem from, as Klingenstein says, his love of America. I mean, Trump loves America. He thinks it’s great or could be made great again. Eric Holder, former attorney general, said, “When was it ever great?” And Michelle Obama says that the first time she was ever proud of her country was when Obama won. (…) Mainly they think [Trump]’s unfit to be president for all the obvious reasons—that he disgraces the office. I mean, I would say Bill Clinton disgraced the office. I was in England at Cambridge University when Harry Truman was president, and there were Americans there who were ashamed of the fact that somebody like Harry Truman was president. (…) [A haberdasher] and no college degree. And, of course, Andrew Jackson encountered some of that animosity. There’s snobbery in it and there’s genuine, you might say, aesthetic revulsion. It’s more than disagreements about policy, because the fact of the matter is they have few grounds for disagreement about policy. I mean, I’ve known Bill Kristol all his life, and I like him. But I must say I’m shocked by his saying that if it comes to the deep state versus Trump, he’ll take the deep state. You know, I was raised to believe that the last thing in the world you defend is your own, and I am proud to have overcome that education. I think the first thing in the world you defend is your own, especially when it’s under siege both from without and within. So the conservative elite has allowed its worst features—its sense of superiority—to overcome its intellectual powers, let’s put it that way. I don’t know how else to explain this. (…) I often quote and I have always believed in Bill Buckley’s notorious declaration that he would rather be governed by the first 2,000 names in the Boston telephone book than by the faculty of Harvard University. That’s what I call intelligent populism. And Trump is Exhibit A of the truth of that proposition. Norman Podhoretz (2019)
Securing national borders seems pretty orthodox. In an age of anti-Western terrorism, placing temporary holds on would-be immigrants from war-torn zones until they can be vetted is hardly radical. Expecting “sanctuary cities” to follow federal laws rather than embrace the nullification strategies of the secessionist Old Confederacy is a return to the laws of the Constitution. Using the term “radical Islamic terror” in place of “workplace violence” or “man-caused disasters” is sensible, not subversive. Insisting that NATO members meet their long-ignored defense-spending obligations is not provocative but overdue. Assuming that both the European Union and the United Nations are imploding is empirical, not unhinged. Questioning the secret side agreements of the Iran deal or failed Russian reset is facing reality. Making the Environmental Protection Agency follow laws rather than make laws is the way it always was supposed to be. Unapologetically siding with Israel, the only free and democratic country in the Middle East, used to be standard U.S. policy until Obama was elected. (…) Expecting the media to report the news rather than massage it to fit progressive agendas makes sense. In the past, proclaiming Obama a “sort of god” or the smartest man ever to enter the presidency was not normal journalistic practice. (…) Half the country is having a hard time adjusting to Trumpism, confusing Trump’s often unorthodox and grating style with his otherwise practical and mostly centrist agenda. In sum, Trump seems a revolutionary, but that is only because he is loudly undoing a revolution. Victor Davis Hanson
What makes such men and women both tragic and heroic is their knowledge that the natural expression of their personas can lead only to their own destruction or ostracism from an advancing civilization that they seek to protect. And yet they willingly accept the challenge to be of service . . . Yet for a variety of reasons, both personal and civic, their characters not only should not be altered, but could not be, even if the tragic hero wished to change . . . In the classical tragic sense, Trump likely will end in one of two fashions, both not particularly good: either spectacular but unacknowledged accomplishments followed by ostracism . . . or, less likely, a single term due to the eventual embarrassment of his beneficiaries. Victor Davis Hanson
Trump’s own uncouthness was in its own manner contextualized by his supporters as a long overdue pushback to the elite disdain and indeed hatred shown them. (…) Trumpism was the idea that there were no longer taboo subjects. Everything was open for negotiation; nothing was sacred. Victor Davis Hanson
The very idea that Donald Trump could, even in a perverse way, be heroic may appall half the country. Nonetheless, one way of understanding both Trump’s personal excesses and his accomplishments is that his not being traditionally presidential may have been valuable in bringing long-overdue changes in foreign and domestic policy. Tragic heroes, as they have been portrayed from Sophocles’ plays (e.g., Ajax, Antigone, Oedipus Rex, Philoctetes) to the modern western film, are not intrinsically noble. Much less are they likeable. Certainly, they can often be obnoxious and petty, if not dangerous, especially to those around them. These mercurial sorts never end well — and on occasion neither do those in their vicinity. Oedipus was rudely narcissistic, Hombre’s John Russell (Paul Newman) arrogant and off-putting. Tragic heroes are loners, both by preference and because of society’s understandable unease with them. Ajax’s soliloquies about a rigged system and the lack of recognition accorded his undeniable accomplishments are Trumpian to the core — something akin to the sensational rumors that at night Trump is holed up alone, petulant, brooding, eating fast food, and watching Fox News shows. Outlaw leader Pike Bishop (William Holden), in director Sam Peckinpah’s The Wild Bunch, is a killer whose final gory sacrifice results in the slaughter of the toxic General Mapache and his corrupt local Federales. A foreboding Ethan Edwards (John Wayne), of John Ford’s classic 1956 film The Searchers, alone can track down his kidnapped niece. But his methods and his recent past as a Confederate renegade make him suspect and largely unfit for a civilizing frontier after the expiration of his transitory usefulness. These characters are not the sorts that we would associate with Bob Dole, Paul Ryan, Mitch McConnell, or Mitt Romney. The tragic hero’s change of fortune — often from good to bad, as Aristotle reminds us — is due to an innate flaw (hamartia), or at least in some cases an intrinsic and usually uncivilized trait that can be of service to the community, albeit usually expressed fully only at the expense of the hero’s own fortune. The problem for civilization is that the creation of those skill sets often brings with it past baggage of lawlessness and comfortability with violence. Trump’s cunning and mercurialness, honed in Manhattan real estate, global salesmanship, reality TV, and wheeler-dealer investments, may have earned him ostracism from polite Washington society. But these talents also may for a time be suited for dealing with many of the outlaws of the global frontier. (…) So what makes such men and women both tragic and heroic is their full knowledge that the natural expression of their personas can lead only to their own destruction or ostracism. Yet for a variety of reasons, both personal and civic, their characters not only should not be altered but could not be, even if the tragic hero wished to change, given his megalomania and Manichean views of the human experience. Clint Eastwood’s Inspector “Dirty” Harry Callahan cannot serve as the official face of the San Francisco police department. But Dirty Harry alone has the skills and ruthlessness to ensure that the mass murderer Scorpio will never harm the innocent again. So, in the finale, he taunts and then shoots the psychopathic Scorpio, ending both their careers, and walks off — after throwing his inspector’s badge into the water. Marshal Will Kane (Gary Cooper) of High Noon did about the same thing, but only after gunning down (with the help of his wife) four killers whom the law-abiding but temporizing elders of Hadleyville proved utterly incapable of stopping. (…) In other words, tragic heroes are often simply too volatile to continue in polite society. In George Stevens’s classic 1953 western Shane, even the reforming and soft-spoken gunslinger Shane (Alan Ladd) understands his own dilemma all too well: He alone possesses the violent skills necessary to free the homesteaders from the insidious threats of hired guns and murderous cattle barons. (And how he got those skills worries those he plans to help.) Yet by the time of his final resort to lethal violence, Shane has sacrificed all prior chances of reform and claims on reentering the civilized world of the stable “sodbuster” community. (…) Trump could not cease tweeting, not cease his rallies, not cease his feuding, and not cease his nonstop motion and unbridled speech if he wished to. It is his brand, and such overbearing made Trump, for good or evil, what he is — and will likely eventually banish him from establishment Washington, whether after or during his elected term. His raucousness can be managed, perhaps mitigated for a time — thus the effective tenure of his sober cabinet choices and his chief of staff, the ex–Marine general, no-nonsense John Kelly — but not eliminated. His blunt views cannot really thrive, and indeed can scarcely survive, in the nuance, complexity, and ambiguity of Washington. Trump is not a mannered Mitt Romney, who would never have left the Paris climate agreement. He is not a veteran who knew the whiz of real bullets and remains a Washington icon, such as John McCain, who would never have moved the American embassy to Jerusalem. Marco Rubio or Jeb Bush certainly would never have waded into no-win controversies such as the take-a-knee NFL debacle and unvetted immigration from suspect countries in the Middle East and Africa, or called to account sanctuary cities that thwarted federal law. Our modern Agamemnon, Speaker Paul Ryan, is too circumspect to get caught up with Trump’s wall or a mini-trade war with China. Trump does not seem to care whether he is acting “presidential.” The word — as he admits — is foreign to him. He does not worry whether his furious tweets, his revolving-door firing and hiring, and his rally counterpunches reveal a lack of stature or are becoming an embarrassing window into his own insecurities and apprehensions as a Beltway media world closes in upon him in the manner that, as the trapped western hero felt, the shrinking landscape was increasingly without options in the new 20th century. The real moral question is not whether the gunslinger Trump could or should become civilized (again, defined in our context as becoming normalized as “presidential”) but whether he could be of service at the opportune time and right place for his country, crude as he is. After all, despite their decency, in extremis did the frontier farmers have a solution without Shane, or the Mexican peasants a realistic alternative to the Magnificent Seven, or the town elders a viable plan without Will Kane? Perhaps we could not withstand the fire and smoke of a series of Trump presidencies, but given the direction of the country over the last 16 years, half the population, the proverbial townspeople of the western, wanted some outsider, even with a dubious past, to ride in and do things that most normal politicians not only would not but could not do — before exiting stage left or riding off into the sunset, to the relief of most and the regrets of a few. The best and the brightest résumés of the Bush and Obama administrations had doubled the national debt — twice. Three prior presidents had helped to empower North Korea, now with nuclear-tipped missiles pointing at the West Coast. Supposedly refined and sophisticated diplomats of the last quarter century, who would never utter the name “Rocket Man” or stoop to call Kim Jong-un “short and fat,” nonetheless had gone through the “agreed framework,” “six-party talks,” and “strategic patience,” in which three administrations gave Pyongyang quite massive aid to behave and either not to proliferate or at least to denuclearize. And it was all a failure, and a deadly one at that. For all of Obama’s sophisticated discourse about “spread the wealth around” and “You didn’t build that,” quantitative easing, zero interest rates, massive new regulations, the stimulus, and shovel-ready, government-inspired jobs, he could not achieve 3 percent annualized economic growth. Half the country, the more desperate half, believed that the remedy for a government in which the IRS, the FBI, the DOJ, and the NSA were weaponized, often in partisan fashion and without worry about the civil liberties of American citizens, was not more temporizing technicians but a pariah who cleaned house and moved on. Certainly Obama was not willing to have a showdown with the Chinese over their widely acknowledged cheating and coerced expropriation of U.S. technology, with the NATO allies over their chronic welching on prior defense commitments, with the North Koreans after they achieved the capability of hitting U.S. West Coast cities, or with the European Union over its mostly empty climate-change accords. Moving on, sometimes fatally so, is the tragic hero’s operative exit. Antigone certainly makes her point about the absurdity of small men’s sexism and moral emptiness in such an uncompromising way that her own doom is assured. Tom Doniphon (John Wayne), in John Ford’s The Man Who Shot Liberty Valance, unheroically kills the thuggish Liberty Valance, births the career of Ranse Stoddard and his marriage to Doniphon’s girlfriend, and thereby ensures civilization is Shinbone’s frontier future. His service done, he burns down his house and degenerates from feared rancher to alcoholic outcast. (…) He knows that few appreciate that the tragic heroes in their midst are either tragic or heroic — until they are safely gone and what they have done in time can be attributed to someone else. Worse, he knows that the tragic hero’s existence is solitary and without the nourishing networks and affirmation of the peasant’s agrarian life. (…) By his very excesses Trump has already lost, but in his losing he might alone be able to end some things that long ago should have been ended. Victor Davis Hanson
That is how human nature is. (…) if you talk to people in the military, the diplomatic corps, the academic world, and, just to take one example, China, they will tell you in the last two years they have had an awakening. They feel that Chinese military superiority is now to deny help to America’s allies. They believe that the trade deficit is unsustainable. They will tell you all of that, and you are almost listening to Donald Trump in 2015, but they won’t mention the word “Trump,” because to do so would contaminate that argument. What I am getting at is he looked at the world empirically. (…) he said, “This is what’s wrong, and this is what we would have to do to address this problem.” And he said it in such a way—whether he wanted to say it in that way or whether he was forced to say it in that way, I don’t know—but he said it in such a way that was designed to grab attention, to be polarizing, to get through bureaucratic doublespeak. So now he succeeded, but if I were to ask anybody at Stanford University, or anybody that I know is a four-star general or a diplomat, “What caused your sudden change about China?,” they would not say Donald Trump, and yet we know who it was. [Like a hero out of Greek myth] as long as we understand the word “hero.” Americans don’t know what that word means. They think it means you live happily ever after or you are selfless. Whether it is Achilles or Sophocles’s Ajax or Antigone, they can act out of insecurity, they can act out of impatience—they can act out of all sorts of motives that are less than what we say in America are heroic. But the point that they are making is, I see a skill that I have. I see a problem. I want to solve that problem, and I want to solve that problem so much that the ensuing reaction to that solution may not necessarily be good for me. And they accept that. (…) I tried to use as many examples as I could of the classic Western, whether it was “Shane” or “High Noon” or “The Magnificent Seven.” They all are the same—the community doesn’t have the skills or doesn’t have the willpower or doesn’t want to stoop to the corrective method to solve the existential problem, whether it is cattle barons or banditos. So they bring in an outsider, and immediately they start to be uneasy because he is uncouth—his skills, his attitude—and then he solves the problem, and they declare to him, whether it is Gary Cooper in “High Noon” or Alan Ladd in “Shane,” “I think it’s better you leave. We don’t need you anymore. We feel dirty that we ever had to call you in.” I think that is what is awaiting Trump. (…) I think Trump really did think that there were certain problems and he had particular skills that he could solve. Maybe in a naïve fashion. But I think he understood, for all the emoluments-clause hysteria, that he wasn’t going to make a lot of money from it or be liked for it. (…) I look at everything empirically. I know what the left said, and the media said, but I ask myself, “What actually happened?” There are a billion Muslims in the world, and he has, I think, six countries who were not able to substantiate that their passports were vetted. [Trump’s final travel plan limits or prevents travel from seven countries.] We didn’t even, in the final calibration, base it on religion. I think we have two countries that are not predominantly Muslim. (…) As far as separation, I remember very carefully that the whole child separation was started during Barack Obama. (…) It was unapologetically said this came from Obama and we are going to continue to practice deterrence. As someone who lives in a community that is ninety per cent Hispanic, probably forty per cent undocumented, I can tell you that it’s a very different world from what people are talking about in Washington. I have had people knock on my door and ask me where the ob-gyn lives, because they got her name in Oaxaca. And the woman in the car is six months pregnant and living across the border and given the name of a nice doctor in Selma, California, that will deliver the baby. (…) It has happened once, but I know people who come from Mexico with the names of doctors and clinics in Fresno County where they know they will get, for free, twenty to thirty thousand dollars of medical care and an anchor baby. I know that’s supposed to be an uncouth thing to say. (…) As I am talking right now, I have a guy, a U.S. citizen, tiling my kitchen, and he does not like the idea that people hire people illegally for twelve dollars an hour in cash, when he should be getting eighteen, nineteen, twenty dollars. But, when you make these arguments, they are just brushed aside by the left or the media, by saying, oh, these are anecdotal or racist or stereotype. (…) [Trump saying there were good people on both sides] was very clumsy (…) But there wasn’t a monolithic white racist protest movement. There were collections of people. Some of them were just out there because maybe they are deluded and maybe they are not. I don’t know what their hearts are like, but they did not want statues torn down or defaced. (…) You can argue that what was O.K. in 2010 suddenly was racist in 2017. But, in today’s polarized climate, Trump should have said, “While both groups are demonstrating, we can’t have a group on any side that identifies by race.” He should have said that. He just said there were good people on both sides. It was clumsy. (…) I was trying to look at Trump in classical terms, so words like eirôneia, or irony—how could it be that the Republican Party supposedly was empathetic, but a millionaire, a billionaire Manhattanite started using terms I had never heard Romney or McCain or Paul Ryan say? He started saying “our.” Our miners. And then, on the left, every time Hillary Clinton went before a Southern audience, she started speaking in a Southern accent. And Barack Obama, I think you would agree, when he gets before an inner-city audience, he suddenly sounded as if he spoke in a black patois. When Trump went to any of these groups, he had the same tie, the same suit, the same accent. What people thought was that, whatever he is, he is authentic. (…) I read a great deal about the Mar-a-Lago project, and I was shocked that the people who opposed that on cultural and social grounds were largely anti-Semitic. Trump had already announced that he was not going to discriminate against Jews and Mexicans and other people. He said, “I want wealthy people.” I went to Palm Beach and talked to wealthy Jewish donors and Cubans, and they said the same thing to me—“He likes rich people. He doesn’t care what you look like.” (…) I don’t know what the driving force was, but I found that he was indifferent. And I think the same thing is true of blacks and Hispanics. (…)  [using birtherism as a way of discrediting Obama]  was absurd. I think it was demonstrable that Obama was born in the United States. The only ambiguity was that two things gave rise to the conspiracy theorists. One was—and I think this is a hundred-per-cent accurate—an advertising group that worked in concert with his publisher put on a booklet that Obama was born in Kenya. That gave third-world cachet to “Dreams from My Father.” And he didn’t look at it or didn’t change it. [In 1991, four years before Obama’s first book was published, his literary agency incorrectly stated on a client list that Obama was born in Kenya.] And he left as a young kid and went to Indonesia and applied when he came back as a Fulbright Fellow, and I don’t know if this is substantiated or just rumor, but he probably was given dual citizenship. [The claim that Obama was a Fulbright Fellow from Indonesia, and therefore had Indonesian citizenship, originated in a hoax e-mail, from April 1, 2009, and has been discredited.] (…) What I am getting at is, here you have a guy named Barack Obama, who grew up in Hawaii, and there were indications in his past that there was ambiguity. (…) I think Trump was doing what Trump does, which is trying to sensationalize it. I don’t think it was racial. I think it was political. (…) I mean carefully calibrated in a political sense. That’s my point. Not that it was careful in the sense of being humane or sympathetic. By that I mean, there were elements in Ted Cruz’s personality that offended people. And he got Ted Cruz really angry, and Ted Cruz doesn’t come across well. (…) if you go back and look at the worst tweets, they are retaliatory. What he does is he waits like a coiled cobra until people attack him, and then he attacks them in a much cruder, blunter fashion. And he has an uncanny ability to pick people that have attacked him, whether it’s Rosie O’Donnell, Megyn Kelly—there were elements in all those people’s careers that were starting to bother people, and Trump sensed that out. I don’t think he would have gotten away with taking on other people that were completely beloved. Colin Kaepernick. People were getting tired of him, so he took him on. All that stuff was calibrated. Trump was replying and understood public sympathy would be at least fifty-fifty, if not in his favor. Victor Davis Hanson
C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
En 2016, Hillary Clinton traitait les électeurs de son opposant républicain, c’est-à-dire l’ancienne classe moyenne américaine déclassée, de « déplorables ». Au-delà du mépris de classe que sous-tend une expression qui rappelle celle de l’ancien président français François Hollande qui traitait de « sans-dents » les ouvriers ou employés précarisés, ces insultes (d’autant plus symboliques qu’elles étaient de la gauche) illustrent un long processus d’ostracisation d’une classe moyenne devenue inutile. (…) Depuis des décennies, la représentation d’une classe moyenne triomphante laisse peu à peu la place à des représentations toujours plus négatives des catégories populaires et l’ensemble du monde d’en haut participe à cette entreprise. Le monde du cinéma, de la télévision, de la presse et de l’université se charge efficacement de ce travail de déconstruction pour produire en seulement quelques décennies la figure répulsive de catégories populaires inadaptées, racistes et souvent proches de la débilité. (…) Des rednecks dégénérés du film « Deliverance » au beauf raciste de Dupont Lajoie, la figure du « déplorable » s’est imposée dès les années 1970 dans le cinéma. La télévision n’est pas en reste. En France, les années 1980 seront marquées par l’émergence de Canal +, quintessence de ll’idéologie libérale-libertaire dominante. (…) De la série « Les Deschiens », à la marionnette débilitante de Johnny Hallyday des Guignols de l’info, c’est en réalité toute la production audiovisuelle qui donne libre cours à son mépris de classe. Christophe Guilluy
Étant donné l’état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. Christophe Guilluy
A chaque fois, la grogne vient de territoires qui sont moins productifs économiquement, où le chômage est très implanté. Ce sont des territoires ruraux, des petites et moyennes villes souvent éloignées des grandes métropoles : ce que j’appelle la « France périphérique ». Ce sont des lieux où vivent les classes moyennes, les ouvriers, les petits salariés, les indépendants, les retraités. Cette majorité de la population subit depuis 20 à 30 ans une recomposition économique qui les a desservis. (…) La colère de ces populations vient de beaucoup plus loin. Cela fait des années que ces catégories de Français ne sont plus intégrées politiquement et économiquement. Il y a eu la fermeture progressive des usines puis la crise du monde rural. Pour eux, le retour à l’emploi est très compliqué. En plus, ils ont subi la désertification médicale et le départ des services publics. Idem pour les commerces qui quittent les petites villes. Tout cela s’est cristallisé autour de la question centrale du pouvoir d’achat. Mais le mouvement des Gilets jaunes est une conséquence de tout cela mis bout à bout. (…) le ressentiment est gigantesque. Ce qui est certain c’est que les problèmes sont désormais sur la table. Et si la contestation des Gilets jaunes ne perdure pas dans le temps, un autre mouvement émergera de ces territoires un peu plus tard, car rien n’aura été réglé. (…) Le monde d’en haut ne parle plus au monde d’en bas. Et le monde d’en bas n’écoute plus le monde d’en haut. Les élites sont rassemblées géographiquement dans des métropoles où il y a du travail et de l’argent. Elles continuent de s’adresser à une classe moyenne et à une réalité sociale qui n’existent plus. C’est un boulevard pour les extrêmes… (…) Ils s’adaptent à la demande, comme toujours ! (…) Les réponses apportées par le gouvernement sont à côté de la plaque. Les gens ne demandent pas des solutions techniques pour financer un nouveau véhicule. Ils attendent des réponses de fond où on leur explique quelle place ils ont dans ce pays. De nombreux élus locaux ont des projets pour relancer leur territoire, mais ils n’ont pas d’argent pour les mettre en place. Il faut se retrousser les manches pour développer ces régions, partir du peuple plutôt que de booster en permanence les premiers de cordée. Christophe Guilluy
Je dis depuis quinze ans qu’il y a un éléphant malade (la classe moyenne) dans le magasin de porcelaine (l’Occident) et qu’on m’explique qu’il n’y a pas d’éléphant. Les « gilets jaunes » correspondent effectivement à la sociologie et à la géographie de la France périphérique que j’observe depuis des années. Ouvriers, employés ou petits indépendants, ils ont du mal à boucler leurs fins de mois. Socialement précarisées, ces catégories modestes vivent dans les territoires (villes, moyennes ou petites, campagnes) qui créent le moins d’emplois. Ces déclassés illustrent un mouvement enraciné sur le temps long : la fin de la classe moyenne dont ils formaient hier encore le socle. (…) Du paysan historiquement de droite à l’ouvrier historiquement de gauche, les « gilets jaunes » constatent que le modèle mondialisé ne les intègre plus. Ils roulent en diesel parce qu’on leur a dit de le faire, mais se font traiter de pollueurs par les élites des grandes métropoles. Alors que le monde d’en haut réaffirme sans cesse son identité culturelle (la ville mondialisée, le bio, le vivre-ensemble…), les « gilets jaunes » n’entendent pas se plier au modèle économique et culturel qui les exclut. (…) Plus que l’exclusion des plus modestes, c’est d’abord la sécession du monde d’en haut qui a joué. La rupture entre le haut et le bas de la société se creuse à mesure que les élites ostracisent le peuple. Macron a beau avoir fait le bon diagnostic quand il a déclaré : « Je n’ai pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants », son camp s’est empressé de traiter les « gilets jaunes » de racistes, d’antisémites et d’homophobes. Ça ne favorise pas la réconciliation ! Pourtant majoritaire, puisqu’elle constitue 60 % de la population, la France périphérique est rejetée par le monde d’en haut qui ne se reconnaît plus dans son propre peuple. L’importance du mouvement et surtout du soutien de l’opinion (huit Français sur dix) révèle l’isolement du monde d’en haut et des représentations sociales et territoriales totalement erronées. Ce divorce soulève un véritable problème démocratique, car les classes moyennes ont toujours été le référent culturel de la classe dirigeante. (…) Certes, il y a des manifestants de droite, de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche qui structurent assez mal leurs discours. Mais tous souhaitent la même chose : du travail et la préservation de ce qu’ils sont. La question du respect est fondamentale, mais le pouvoir y répond par l’insulte ! (…) Tout est possible. Il y a un tel déficit d’offre politique qu’un leader populiste pourrait surgir aussi vite que Macron a émergé. La demande existe. Dans le reste du monde, les populistes réussissent en adaptant leur idéologie à la demande. Il y a quelques années, Salvini défendait des positions sécessionnistes, libérales et racistes en s’attaquant aux Italiens du Sud. Aujourd’hui ministre, il se fait acclamer à Naples, devient étatiste, prône l’unité italienne et vote un budget quasiment de gauche. Quant à Trump, c’est un membre de l’hyperélite new-yorkaise qui a écouté les demandes de l’Amérique périphérique. Ces leaders ne se disent pas qu’il faut rééduquer le peuple. Au contraire, ce sont les demandes de la base qui leur indiquent la voie à suivre. Ainsi, un Mouvement 5 étoiles pourra émerger en France s’il répond aux demandes populaires de régulation (économique, migratoire). (…) Dans tous les pays occidentaux, la classe moyenne est en train d’exploser par le bas. Cette évolution a démarré dans les années 1970-1980 par la crise du monde ouvrier, avec les restructurations industrielles, puis a touché les paysans, les employés du secteur tertiaire, et enfin des territoires ruraux et des villes moyennes. Si on met bout à bout toutes ces catégories, cela touche le cœur de la société. Sur les décombres des classes moyennes telles qu’elles existaient pendant les Trente Glorieuses, les nouvelles classes populaires – ouvriers, employés, paysans, petits commerçants – forment partout l’immense majorité de la population. (…) Maintenant que la classe moyenne a explosé, deux grandes catégories sociales s’affrontent avec comme arrière-plan un nouveau modèle économique de polarisation de l’emploi. D’un côté, les catégories supérieures – 20 à 25 % de la population –, qui occupent des emplois extrêmement qualifiés et hyper intégrés, se concentrent dans les métropoles. De l’autre, une grosse masse de précaires dont les salaires ne suivent pas, vit dans des zones périphériques. Même dans une région riche comme la Bavière, l’électorat AfD recoupe une sociologie et une géographie plutôt populaires réparties dans des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. (…) La classe moyenne n’est absolument pas une catégorie ethnique. Dans mon dernier livre, je critique l’ethnicisation du concept qui, contrairement à ce qu’on croit, est venue de l’intelligentsia de gauche. Depuis quelques années, il y a un glissement sémantique : quand certains parlent des banlieues ou de la politique de la ville, ils désignent les populations issues de l’immigration récente, et quand ils évoquent la « classe moyenne », ils veulent dire « Blancs ». C’est une bêtise. La classe moyenne est le produit d’une intégration économique et culturelle qui a fonctionné pour les Antillais ainsi que pour les premières vagues d’immigration maghrébine qui en épousaient les valeurs, quelle que fût leur origine ou leur religion. Faut-il le rappeler, les DOM-TOM font partie de la France périphérique. Dans ces territoires, les demandes de régulation (économique et migratoire) émanent des mêmes catégories. Cette dynamique est aujourd’hui cassée car le modèle occidental n’intègre plus ces catégories, ni économiquement, ni socialement, ni culturellement. Même dans des régions du monde prospères comme la Scandinavie, les petites gens sont fragilisées culturellement. Cette explosion des classes moyennes entraîne la crise des valeurs culturelles qu’elles portaient, donc des systèmes d’assimilation. (…) Si les classes moyennes, socle populaire du monde d’en haut, ne sont plus les référents culturels de celui-ci, qui ne cesse de les décrire comme des déplorables, elles ne peuvent plus mécaniquement être celles à qui ont envie de ressembler les immigrés. Hier, un immigré qui débarquait s’assimilait mécaniquement en voulant ressembler au Français moyen. De même, l’American way of life était porté par l’ouvrier américain à qui l’immigré avait envie de ressembler. Dès lors que les milieux modestes sont fragilisés et perçus comme des perdants, ils perdent leur capacité d’attractivité. C’est un choc psychologique gigantesque. Cerise sur le gâteau, l’intelligentsia vomit ces gens, à l’image d’Hillary Clinton qui traitait les électeurs de Trump de « déplorables ». Personne n’a envie de ressembler à un déplorable ! (…) La dynamique populiste joue sur deux ressorts à la fois : l’insécurité sociale et l’insécurité culturelle. L’insécurité culturelle sans l’insécurité économique et sociale, cela donne l’électorat Fillon, qui a logiquement voté Macron au second tour : il n’a aucun intérêt à renverser le modèle dont il bénéficie. On l’a vu avec l’élection de Trump, aucun vote populiste n’émerge sans la conjonction de fragilités identitaire et sociale. Il est donc vain de se demander si c’est l’une ou l’autre de ces composantes qui joue. Raison pour laquelle les débats sur la prétendue influence d’Éric Zemmour sont idiots. Zemmour exprime un mouvement réel de la société, qui explique qu’avec 11 millions d’électeurs pour Marine Le Pen, le Front national ait battu son record absolu de voix au second tour en 2017. Malgré tout, la redistribution reste très forte et les protégés sont nombreux. Emmanuel Macron n’a pas seulement été élu par le monde d’en haut. Il a aussi été largement soutenu par les protégés, c’est-à-dire les retraités – notamment de la classe moyenne – et les fonctionnaires. Là est le paradoxe français : ce qui reste de l’État providence protège le monde d’en haut… (…) Cela explique son effondrement dans les sondages. Ceci dit, le niveau de pension reste relativement correct et ne pousse pas les retraités français à renverser la table, même ceux qui estiment qu’il y a des problèmes avec l’immigration. Mais cela pourrait changer aux États-Unis et en Grande-Bretagne, l’État providence étant fragilisé depuis les années 1980, les retraités ne craignent pas de bousculer le système. Ils ont voté pour le Brexit parce qu’ils n’ont rien à perdre. Si demain le gouvernement fragilise les retraités français, ils ne cautionneront pas éternellement le système. En détricotant tous les filets sociaux, comme la redistribution en faveur des retraités, on prend de très gros risques pour la suite des opérations. (…) Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le gouvernement a fait marche arrière sur la CSG. La pension de retraite médiane en France tourne autour de 1 000, 1 100 euros par mois ! En dessous de 1 000 euros par mois, cela commence à être très compliqué. La majorité des retraités sont issus des catégories populaires. Et ils sont les seuls, au sein de celles-ci, à n’avoir pas majoritairement basculé dans l’abstention ou dans le vote populiste. Le jour où eux aussi basculeront, le choc sera comparable au Brexit. Regardez aussi la rapidité avec laquelle les populistes ont gagné en Italie. (…) Qu’on le veuille ou non, le mouvement est là et il suffit d’attendre. Partout en Occident, il y a une très forte demande de régulation : économique, sociale, migratoire. Pour toute réponse à cette demande populaire, on la traite de fasciste – je suis bien placé pour le savoir. Le résultat de cette stratégie de diversion, c’est que la fracture entre l’élite et les classes supérieures, d’une part, et le peuple d’autre part, ne cesse de se creuser. Jamais dans l’histoire ces deux mondes n’avaient été aussi étrangers l’un à l’autre. (…) Ce monde d’en haut ne tient pas seulement avec le 1 % ou les hyper riches, mais avec des catégories supérieures et une technostructure – les énarques, mais aussi les technocrates territoriaux issus de l’INET. Ses membres viennent tous des mêmes milieux et partagent exactement la même vision de la société. À l’inverse, quand je me balade en France, je rencontre des élus de gauche ou de droite qui partagent mon diagnostic. Et qui se désolent de voir qu’au sommet de leur parti, domine le modèle mondialisé structuré autour des métropoles. (…) Quand la pensée est vraiment en décalage avec le réel, les tentatives de déni et de diabolisation ne marchent plus. Cependant, avec toute la volonté politique du monde, sans l’appui de la technostructure, aucun changement n’est possible. La même question se pose dans les territoires : comment initier des politiques différentes avec la même technostructure ? Peu importe qui est maire de Paris ou Bordeaux, ces villes créent de la richesse grâce au libre jeu du marché. En revanche, il faut être sacrément doué pour sortir Guéret ou Vierzon de l’impasse. (…) Actuellement, on traite la France périphérique à coups de subventions. On redistribue un peu, beaucoup, passionnément, de façon à ce que les gens puissent remplir leur caddie au supermarché. On est arrivé au bout de ce modèle, notamment parce que l’État et les ménages sont surendettés. Mais lorsque des élus locaux et des entreprises privées se réunissent autour d’une table pour impulser un projet économique, cela réussit. Je pense par exemple à la relance des couteaux de Laguiole, dans l’Aveyron. (…) Comme le démontre l’exemple de Laguiole, on ne peut plus penser l’organisation territoriale uniquement à travers une volonté imposée d’en haut par les pouvoirs publics. C’est du bas vers le haut qu’il faut penser ces territoires. Dans des départements ruraux comme la Nièvre, les élus réclament la compétence économique pour initier des projets. Les présidents de conseils départementaux connaissent parfaitement leur territoire, les entreprises qui marchent et la raison de leur succès, la ville où il y a des pauvres et des chômeurs. Ils sont souples, inventifs, pragmatiques et ont à leur disposition des fonctionnaires départementaux issus du cru. Mais les hauts fonctionnaires qui forment l’administration régionale ou étatique cherchent à leur retirer de plus en plus de compétences économiques. Quoique majoritaire, la France des territoires n’existe pas politiquement. Les élus locaux sont marginalisés au sein de leurs partis, contrairement aux élus des grandes villes. Tout doit donc commencer par un rééquilibrage démocratique. Christophe Guilluy
Most astonishing is to see those involved in this violence not waving Antifa flags but, instead, Trump and MAGA banners. It’s only Jan. 6, but the 2021 Nobel Prizes for Unforced Errors and a Suicidal Leap from the Moral High Ground go to the pro-Trump protesters marauding through the halls of The People’s House. It would be bad enough if the acts of terrorism now being perpetrated by this mob were underway while House Speaker Nancy Pelosi, D-Calif., banged her gavel and shut down any objections to Electoral College votes that many of my fellow Trump fans believe are tainted by ballot irregularities. On the contrary, 180 degrees, the House and Senate were debating Republican objections to Arizona’s Electoral College votes. Sen. Ted Cruz R-Texas, was making his case to his colleagues, with his usual eloquence. Rep. Andy Biggs, R-Ariz., head of the Freedom Caucus, rose to state his concerns about his own state’s Electoral College votes. He even presented something that should not have existed: A stack of voter registrations that were recorded after the Grand Canyon State’s statutory deadline. This is precisely the sort of evidence that the president’s supporters have wanted for weeks to be aired in public. Thus, the sheer mind-blowing stupidity of the buffoons who stormed the Capitol. They attacked Congress exactly as it was doing precisely what these people wanted done. This would be akin to Antifa breaking through the windows of the Capitol just as a Democratic U.S. Senate voted on final passage of Vermont socialist Sen. Bernie Sanders’ « Medicare-for-all » legislation. (…) In an astonishing act of self-sabotage, these idiots now have made it enormously difficult for those of us who admire President Trump for his enormous domestic and international policy victories. Instead, any discussion of the highest median household income in American history, the lowest poverty rate ever, the complete liquidation of ISIS, and two COVID-19 vaccines in nine months will be answered with, « Oh, you mean the boob whose people assaulted the U.S. Capitol? » These un-American anarchists have performed an enormous disservice to President Trump, the America First movement, the more than 74 million voters who cast our ballots for him in November, and our beloved United States of America. (…) President Trump did the right thing Wednesday afternoon. He issued a video statement from the White House via Twitter and told his overzealous backers to beat it. They should heed his words at once: « I know how you feel. But go home and go home in peace. » Deroy Murdock
SUITE A UNE MANIFESTATION MAJORITAIREMENT PACIFIQUE, UN GROUPUSCULE VANDALISE UN POSTE DE POLICE ET INCENDIE UN PALAIS DE JUSTICE. NBC news
Troisième nuit de pillage suite à une troisième nuit de manifestation majoritairement pacifique. The Wisconsin State Journal
Trump’s effort to label what is happening in major cities as ‘riots’ speaks at least somewhat to his desperation, politically speaking. Chris Cillizza (CNN)
It’s mostly a protest that is not, generally speaking, unruly. There is a deep sense of grievance and complaint here, and that is the thing. That when you discount people who are doing things to public property that they shouldn’t be doing, it does have to be understood that this city has got, for the last several years, an issue with police, and it’s got a real sense of the deep sense of grievance of inequality. Ali Velshi  (MSNBC, Minneapolis, May 29, 2020)
The entire journalistic frame of ‘objectivity’ and political neutrality is structured around white supremacy. E. Alex Jung (New York magazine)
From large metro areas like Chicago and Minneapolis/St. Paul, to small and mid-sized cities like Fort Wayne, Indiana, and Green Bay, Wisconsin, the number of boarded up, damaged or destroyed buildings I have personally observed—commercial, civic, and residential—is staggering. Michael Tracey
Joe Biden claims he wants to take Trump behind the gym and beat him up. Senator Kamala Harris (D-Calif.) jokes that she would like to go into an elevator with him and see Trump never come out alive. Robert De Niro has exhausted the ways in which he dreams of punching Trump out and the intonations in which he yells to audiences, “F—k Trump!” The humanists and social justice warriors of Hollywood, from Madonna to Johnny Depp, cannot agree whether their elected president should be beheaded, blown up, stabbed, shot, or incinerated. All the Democratic would-be presidential nominees agree that Trump is the worst something-or-other in history—from human being to mere president. Former subordinates like Anthony Scaramucci, Omarosa, and Michael Cohen insist that he is a racist, a sexist, a crook, a bully, or mentally deranged—and they all support their firsthand appraisals on the basis they eagerly worked for him and were unceremoniously fired by him. The so-called deep state detests him. An anonymous op-ed writer in the September 5, 2018 New York Times bragged about the bureaucracy’s successful efforts to ignore Trump’s legal mandates—a sort of more methodical version of the comical Rosenstein-McCabe attempt to stage a palace coup and remove Trump, or the Democrats efforts to invoke the 25th Amendment and declare Trump crazy, bolstered by an array of Ivy League psychiatrists who had neither met nor examined him. Decorated retired U.S. Navy Admiral William McRaven wrote another New York Times op-ed blasting Trump and fretting that it is time for a new person in the Oval Office—Republican, Democrat or independent—“the sooner, the better.” One wonders what McRaven meant with the adverb “sooner,” given that an election is scheduled in about a year and even retired officers are subject to the code of military justice not to attack, despite perceived taunts, their current commander-in-chief, much less wink and nod about his apparent removal (in what way?) from office. Do we really want a county in which retired admirals and intelligence officials publicly damn the current commander in chief over policy differences and advocate his removal, “the sooner the better”? The House Democrats simply want him impeached first, and later will fill in the blanks with the necessary high crimes and misdemeanors. Victor Davis Hanson
When I use the word looting, I mean the mass expropriation of property, mass shoplifting during a moment of upheaval or riot. That’s the thing I’m defending. I’m not defending any situation in which property is stolen by force. It’s not a home invasion either. It’s about a certain kind of action that’s taken during protests and riots. (…) « Rioting » generally refers to any moment of mass unrest or upheaval. Riots are a space in which a mass of people has produced a situation in which the general laws that govern society no longer function, and people can act in different ways in the street and in public. I’d say that rioting is a broader category in which looting appears as a tactic. Often, looting is more common among movements that are coming from below. It tends to be an attack on a business, a commercial space, maybe a government building — taking those things that would otherwise be commodified and controlled and sharing them for free. (…) It does a number of important things. It gets people what they need for free immediately, which means that they are capable of living and reproducing their lives without having to rely on jobs or a wage — which, during COVID times, is widely unreliable or, particularly in these communities is often not available, or it comes at great risk. That’s looting’s most basic tactical power as a political mode of action. It also attacks the very way in which food and things are distributed. It attacks the idea of property, and it attacks the idea that in order for someone to have a roof over their head or have a meal ticket, they have to work for a boss, in order to buy things that people just like them somewhere else in the world had to make under the same conditions. It points to the way in which that’s unjust. And the reason that the world is organized that way, obviously, is for the profit of the people who own the stores and the factories. So you get to the heart of that property relation, and demonstrate that without police and without state oppression, we can have things for free. Importantly, I think especially when it’s in the context of a Black uprising like the one we’re living through now, it also attacks the history of whiteness and white supremacy. The very basis of property in the U.S. is derived through whiteness and through Black oppression, through the history of slavery and settler domination of the country. Looting strikes at the heart of property, of whiteness and of the police. It gets to the very root of the way those three things are interconnected. And also it provides people with an imaginative sense of freedom and pleasure and helps them imagine a world that could be. And I think that’s a part of it that doesn’t really get talked about — that riots and looting are experienced as sort of joyous and liberatory. (…) One of the ([myths] that’s been very powerful, that’s both been used by Donald Trump and Democrats, has been the outside agitator myth, that the people doing the riots are coming from the outside. This is a classic. This one goes back to slavery, when plantation owners would claim that it was Freedmen and Yankees coming South and giving the enslaved these crazy ideas — that they were real human beings — and that’s why they revolted. Another trope that’s very common is that looters and rioters are not part of the protest, and they’re not part of the movement. That has to do with the history of protesters trying to appear respectable and politically legible as a movement, and not wanting to be too frightening or threatening. Another one is that looters are just acting as consumers: Why are they taking flat-screen TVs instead of rice and beans? Like, if they were just surviving, it’d be one thing, but they’re taking liquor. All these tropes come down to claiming that the rioters and the looters don’t know what they’re doing. They’re acting, you know, in a disorganized way, maybe an « animalistic » way. But the history of the movement for liberation in America is full of looters and rioters. They’ve always been a part of our movement. (…) The popular understanding of the civil rights movement is that it was successful when it was nonviolent and less successful when it was focused on Black power. It’s a myth that we get taught over and over again from the first moment we learn about the civil rights movement: that it was a nonviolent movement, and that that’s what matters about it. And it’s just not true. Nonviolence emerged in the ’50s and ’60s during the civil rights movement, [in part] as a way to appeal to Northern liberals. When it did work, like with the lunch counter sit-ins, it worked because Northern liberals could flatter themselves that racism was a Southern condition. This was also in the context of the Cold War and a mass anticolonial revolt going on all over Africa, Southeast Asia and Latin America. Suddenly all these new independent nations had just won liberation from Europe, and the U.S. had to compete with the Soviet Union for influence over them. So it was really in the U.S.’ interests to not be the country of Jim Crow, segregation and fascism, because they had to appeal to all these new Black and brown nations all over the world. Those two things combined to make nonviolence a relatively effective tactic. Even under those conditions, Freedom Riders and student protesters were often protected by armed guards. We remember the Birmingham struggle of ’63, with the famous photos of Bull Connor releasing the police dogs and fire hoses on teenagers, as nonviolent. But that actually turned into the first urban riot in the movement. Kids got up, threw rocks and smashed police cars and storefront windows in that combat. There was fear that that kind of rioting would spread. That created the pressure for Robert F. Kennedy to write the civil rights bill and force JFK to sign it. But there’s also another factor, which is anti-Blackness and contempt for poor people who want to live a better life, which looting immediately provides. One thing about looting is it freaks people out. But in terms of potential crimes that people can commit against the state, it’s basically nonviolent. You’re mass shoplifting. Most stores are insured; it’s just hurting insurance companies on some level. It’s just money. It’s just property. It’s not actually hurting any people. (…) People who made that argument for Minneapolis weren’t suddenly celebrating the looters in Chicago, who drove down to the richest part of Chicago, the Magnificent Mile, and attacked places like Tesla and Gucci — because it’s not really about that. It’s a convenient way of positioning yourself as though you are sympathetic. But looters and rioters don’t attack private homes. They don’t attack community centers. In Minneapolis, there was a small independent bookstore that was untouched. All the blocks around it were basically looted or even leveled, burned down. And that store just remained untouched through weeks of rioting. To say you’re attacking your own community is to say to rioters, you don’t know what you’re doing. But I disagree. I think people know. They might have worked in those shops. They might have shopped and been followed around by security guards or by the owner. You know, one of the causes of the L.A. riots was a Korean small-business owner [killing] 15-year-old Latasha Harlins, who had come in to buy orange juice. And that was a family-owned, immigrant-owned business where anti-Blackness and white supremacist violence was being perpetrated. (…) When it comes to small business, family-owned business or locally owned business, they are no more likely to provide worker protections. They are no more likely to have to provide good stuff for the community than big businesses. It’s actually a Republican myth that has, over the last 20 years, really crawled into even leftist discourse: that the small-business owner must be respected, that the small-business owner creates jobs and is part of the community. But that’s actually a right-wing myth. A business being attacked in the community is ultimately about attacking like modes of oppression that exist in the community. It is true and possible that there are instances historically when businesses have refused to reopen or to come back. But that is a part of the inequity of the society, that people live in places where there is only one place where they can get access to something [like food or medicine]. That question assumes well, what if you’re in a food desert? But the food desert is already an incredibly unjust situation. There’s this real tendency to try and blame people for fighting back, for revealing the inequity of the injustice that’s already been formed by the time that they’re fighting. (…) There’s a reason that Trump has embraced the « white anarchist » line so intensely. It does a double service: It both creates a boogeyman around which you can stir up fear and potential repression, and it also totally erases the Black folks who are at the core of the protests. It makes invisible the Black people who are rising up and who are initiating this movement, who are at its core and its center, and who are doing its most important and valuable organizing and its most dangerous fighting. (…) Obviously, we object to violence on some level. But it’s an incredibly broad category. As you pointed out, it can mean both breaking a window, lighting a dumpster on fire, or it can mean the police murdering Tamir Rice. That word is not strategically helpful. The word that can mean both those things cannot be guiding me morally. There’s actually a police tactic for this, called controlled management. Police say, « We support peaceful, nonviolent protesters. We are out here to protect them and to protect them from the people who are being violent. » That’s a police strategy to divide the movement. So a nonviolent protest organizer will tell the police their march route. Police will stop traffic for them. So you’ve got a dozen heavily armed men standing here watching you march. That doesn’t make me feel safe. What about that is nonviolent? Activists themselves are doing no violence, but there is so much potential violence all around them. Ultimately, what nonviolence ends up meaning is that the activist doesn’t do anything that makes them feel violent. And I think getting free is messier than that. We have to be willing to do things that scare us and that we wouldn’t do in normal, « peaceful » times, because we need to get free. Vicky Osterweil
What happened was certainly not an attempted coup d’état (…) Given all these exclusions, only one description remains: a venting of accumulated resentments. Those who voted for President Trump saw his electoral victory denied in 2016 by numerous loud voices calling for “resistance” as if the president-elect were an invading foreign army. These voices were eagerly relayed and magnified by mass media, emphatically including pro-Trump media. Then they saw his victory sullied by constantly repeated accusations of collusion with Russia from chairmen of intelligence committees and ex-intelligence chiefs who habitually accused Mr. Trump of being Vladimir Putin’s agent, claiming they had secret information, which, alas, they could not disclose. They deplored Mr. Trump’s “subservience” to Mr. Putin weekly for four years while refusing to entertain the possibility that in a confrontation with China, it might be a good idea to overlook Mr. Putin’s sins, as Nixon embraced Mao to counter the Soviet Union. (…) Overwrought talk of a coup attempt or an insurrectional threat seems to induce a pleasurable shiver in some people. But on Wall Street the market was supremely unimpressed: Stocks went up, because investors know it will all be over in two weeks. Edward Luttwark
In late August, when riots erupted in Kenosha, Wisconsin, CNN featured a reporter standing in front of a burning car lot above a chyron that read: “Fiery but mostly peaceful protests after police shooting.” The use of the chyron was striking in its peculiar earnestness, considering that the words “mostly peaceful protest” had long since become a bitter in-joke for right-leaning social media. Indeed, from the moment the first protests began in late May, mainstream media outlets have downplayed or ignored instances of violence or destructive looting. On May 29, MSNBC’s Ali Velshi was reporting from Minneapolis in the aftermath of the killing of George Floyd when he insisted he was seeing “mostly a protest” that “is not, generally speaking, unruly” despite the fact that he was literally standing in front of a burning building at the time. Yet Velshi was hesitant to ascribe blame to the arsonists and looters. “There is a deep sense of grievance and complaint here, and that is the thing,” he explained. “That when you discount people who are doing things to public property that they shouldn’t be doing, it does have to be understood that this city has got, for the last several years, an issue with police, and it’s got a real sense of the deep sense of grievance of inequality.” Reporters such as the New York Times’ Julie Bosman openly struggled to describe what happened in places like Kenosha by using words like “riots” or “violence.” “And there was also unrest. There were trucks that were burned. There were fires that were set,” Bosman said, relying on the passive voice in an appearance on The Daily, the Times’ podcast. “People were throwing things at the police. It was a really tense scene.” So tense, in fact, that the next night, when protestors clashed with volunteer militia members and a 17-year-old named Kyle Rittenhouse shot three of them, killing two, Bosman wasn’t there to cover it. “It felt like the situation was a little out of control. So I decided to get in my car and leave,” she explained. Why would a Times journalist need to flee from a “mostly peaceful” protest? A few days after his network’s “mostly peaceful” chryron, CNN’s Chris Cillizza tweeted, “Trump’s effort to label what is happening in major cities as ‘riots’ speaks at least somewhat to his desperation, politically speaking.” Cillizza then linked to a CNN story whose featured image was a police officer in riot gear standing in front of a burning building in Kenosha. In July, NBC’s local television station in Oakland featured a headline that read: “Group Breaks Off of Mostly Peaceful Protest, Vandalizes Police Station, Sets Courthouse on Fire.” On June 3, the Wisconsin State Journal in Madison actually ran this headline: “Third night of looting follows third night of mostly peaceful protest.” Despite the media’s strenuous effort to downplay their existence, the destructive riots and looting this summer were easily found by anyone willing to look. Six weeks into the summer’s protests, independent journalist Michael Tracey drove across the country documenting them. As he wrote in the UK digital magazine, Unherd: “From large metro areas like Chicago and Minneapolis/St. Paul, to small and mid-sized cities like Fort Wayne, Indiana, and Green Bay, Wisconsin, the number of boarded up, damaged or destroyed buildings I have personally observed—commercial, civic, and residential—is staggering.” Andy Ngo and other nonmainstream types have spent months documenting the destruction in cities like Portland and Seattle. And yet, the “peaceful protest” mantra has remained ubiquitous. Moreover, when media outlets did acknowledge protest-related violence, they often implied that it was instigated by the members of law enforcement sent to respond to it. In a roundup about protests on a single day in early June, for example, the New York Times featured headlines such as “Police crack down after curfew in the Bronx” and “Police use tear gas to break up protest in Atlanta.” Later that month, the New York Times featured a tweet thread with video of protests in Seattle that included images of police in tactical gear and the statement: “Officers dressed for violence sometimes invite it.” Some journalists sought not to deny that violence was happening, but to engage in whataboutism regarding its effects. GQ correspondent Julia Ioffe tweeted, “So in case you’re keeping track, being very frustrated by the continual and unpunished killing of Black people by police that you decide to burn and loot—bad. If you’re so frustrated by some protesters burn and loot that you decide to kill some of them—totally understandable.” Reporters invested in the “mostly peaceful” narrative mocked people who were concerned about increases in violent crime and civil unrest. In September, CNN correspondent Josh Campbell tweeted a bucolic scene from a park in Portland and wrote, “Good morning from wonderful Portland, where the city is not under siege and buildings are not burning to the ground. I also ate my breakfast burrito outside today and so far haven’t been attacked by shadowy gangs of Antifa commandos.” At that point, nearby parts of the city had been effectively under siege by antifa and Black Lives Matter rioters for months, and a protestor had recently shot and killed a Trump supporter in cold blood. Paul Krugman of the New York Times joined in, tweeting, “I went for a belated NYC run this morning, and am sorry to report that I saw very few black-clad anarchists. Also, the city is not yet in flames…claims of urban anarchy are almost entirely fantasy.” Worse, journalists committed to the “mostly peaceful” narrative have targeted fellow journalists who don’t fall into line with the messaging. The most outrageous example came when the Intercept’s Lee Fang was denounced on social media as a racist by fellow staffer Akela Lacy after he reported on communities of color negatively affected by the rioting and looting. Lacey described Fang’s reporting as “continuing to push racist narratives” when Fang allowed a black resident of a looted neighborhood to raise concerns about the damage. Fang was forced to apologize. The journalists who attempt to explain away or justify the violence that erupted during some protests do so because they believe the cause is righteous. As E. Alex Jung of New York magazine argued, “the entire journalistic frame of ‘objectivity’ and political neutrality is structured around white supremacy.” How can a good journalist do anything but promote a narrative sympathetic to protestors supposedly fighting it? Needless to say, such justifications and excuse-making would never happen if pro-life or pro–Second Amendment protestors turned to looting and violence. The problem with such ideologically motivated narratives is that, once crafted, they require strenuous effort and often outrageous contortions to maintain. Ultimately, they have the effect of legitimizing extremism and lawlessness, which undermine whatever cause the majority of protestors who don’t partake in violence are promoting. It’s also offensive to those who must suffer the costs of the destruction. One assessment by the Andersen Economic Group of just one week of rioting and looting in major cities (from May 29 to June 3) placed the costs of the destruction at $400 million, an estimate that did not include the costs to state and local governments or the damage done in smaller cities and towns. Social scientists swooped in to try and save the day for the “mostly peaceful” argument. A report by the Armed Conflict Location and Event Data Project, issued in September in partnership with Princeton University’s Bridging Divides Initiative, concluded that 93 percent of the summer’s protests were peaceful. The ACLED had made its agenda clear in June, when it issued a statement of solidarity with the same protests its report purports to analyze and called for “systemic and peaceful change.” Nonetheless, the report cannot suppress the facts it gathered; by the researchers’ own estimates, there were more than 500 violent riots related to Black Lives Matter gatherings across the country this summer. But at least the others were “mostly peaceful.” Christine Rosen
This was not an organic and spontaneous expression of rage. It was a planned, organized, and orchestrated attack on the U.S. government. The rioters were in constant communication with one another. They targeted specific members of government with violence. And as police later learned, the plotters were armed with improvised explosive devices and Molotov cocktails, which were strategically stationed around Washington D.C.—including at both the Republican and Democratic National Committee offices. The collection of violent nihilists who descended on the Capitol building had no coherent political program beyond violence and mayhem. They are no one’s constituency, and they deserve to be treated like the contemptible political orphans they are. But we have not done that. Cretins and fools who fear nothing as much as they do a comprehensive theory of events that indicts anyone other than their political adversaries will reject this notion, but prominent actors from both parties—yes, both sides—have for years found the mob a useful tool. And because of that recklessness, what happened yesterday could be just a sign of what is to come. (…) Democrats, too, countenanced their share of violence. Just as Trump declined to condemn those who committed violence in his name in 2016, Democrats looked the other way as vicious counter-demonstrators descended on Trump-campaign events, assaulting peaceable rally-goers and vandalizing the surrounding property. Democratic lawmakers and their allies in media heaped praise on the conglomeration of malcontents calling itself Antifa merely because it nominally claimed to be “fighting fascism.” And as city after city was engulfed by riots last summer, Democrats declined to condemn the excesses to which demonstrators appealed in the name of racial justice. Indeed, when the chaos in American streets was addressed at all, it was framed as a wholly righteous and unblemished demand for historical rectitude. And while Democrats looked the other way, left-leaning media embraced the utility of street violence. “Riots are destructive, dangerous, and scary,” Vox.com observed, “but can lead to serious social reforms.” In an unusually soft interview with NPR, author Vicky Osterweil insisted that “looting is a powerful tool to bring about real, lasting change in society.” As COMMENTARY‘s Christine Rosen observed at the time, excusing the violence as though it was an anomaly and not a consistent feature of these demonstrations became a media fixation. “Group Breaks Off of Mostly Peaceful Protest, Vandalizes Police Station, Sets Courthouse on Fire,” read one NBC News headline. “Third night of looting follows third night of mostly peaceful protest,” asserted another from the Wisconsin State Journal. To even call what municipal police routinely deemed riots “riots” was, in the estimation of CNN’s Chris Cillizza, an act of “desperation” by embattled Republicans. If anyone wants to know how we arrived at this lamentable time in American history, the place to look for answers is in the mirror. Violence does not happen in a vacuum. One side’s menace feeds off the other’s and justifies its own actions based on those of its opponents. You cannot excise one but not the other⁠—both must be anathematized. This shameful past does not have to be a portent of a violent and unstable future, but that will be our fate if responsible politicians continue to see disturbed and impressionable people as a weapon to be harnessed and directed at their domestic political opponents. If cynical politicians continue to lie to their constituents, feeding them comforting fictions about how the country’s institutions are tainted and arrayed against their interests, we will endure more insurrections, more violence, and more instability. And that will have profound consequences. As I wrote in my book, published two years ago this month, condemning political violence in whatever form it takes isn’t evasive. It’s consistent. Anything less is a corruption of the sort that “eats away at the foundations of a healthy society. And one day, when the rot has been ignored for so long that no one believes it can be expunged, another mob will come along. And that time, the republic’s weakened edifice may not withstand the pressure.” Let January 6 be a wake-up call. Orphan your violent. Noah Rothman
Ces objections sont essentielles car elles vont inscrire dans l’histoire le fait que l’élection présidentielle de 2020 a été entachée d’irrégularités, de fraudes, et de manipulations, et que Biden n’est pas forcément le président « légitime » ! Le  6 janvier,  le résultat du vote du Collège électoral sera présenté devant une session extraordinaire du Congrès (les deux chambres réunies) présidée par le vice-président Mike Pence. Quiconque conteste le résultat peut profiter de la circonstance pour présenter une objection. Celle-ci peut porter sur le vote d’un seul « grand électeur », ou sur celui de tout un Etat, ou sur l’ensemble des votes. Une objection doit être soumise par écrit et être soutenue par au moins un élu de chaque chambre. A ce jour  plusieurs Représentants et au moins un Sénateur (Josh Hawley, Républicain du Missouri) ont annoncé qu’ils soulèveraient une ou plusieurs objections, notamment concernant le résultat de la Pennsylvanie. Cela obligera les élus à se retirer pour débattre et à voter sur l’objection. Il faudrait alors un vote majoritaire dans chaque chambre pour invalider le vote du Collège électoral et renvoyer l’élection présidentielle devant la Chambre des Représentants. Ce cas de figure est hautement improbable parce que les Démocrates ont la majorité des voix à la Chambre et parce que plusieurs Sénateurs Républicains désapprouvent des objections envisagées. Celles-ci risquent donc plutôt d’être rejetées par les deux chambres… Il n’empêche! Pour l’histoire, et pour leur devenir immédiat,  les Républicains doivent clairement affirmer, et ce devant le monde entier, que les Démocrates ont triché lors du scrutin présidentiel. De telles tricheries doivent être condamnées et éliminées. L’avenir de la Démocratie américaine en dépend.  (…) Autant que ces irrégularités, qui ne sont souvent que de simples manipulations politiques, l’autre scandale post-électoral aux Etats-Unis, est l’omerta décidée par les principaux médias américains sur le sujet. L’ensemble de la classe médiatique bien-pensante a nié leur existence et a refusé catégoriquement d’accorder la moindre attention aux multiples témoignages et preuves de leur réalité. Un silence, à  l’unanimité quasi-soviétique, qui en dit long sur le délabrement des médias et le délitement de la liberté d’expression aux Etats-Unis. (…) Dans au moins six Etats – l’Arizona, la Géorgie,  le Michigan, le Nevada,  la Pennsylvanie,  le Wisconsin – qui sont tous des Etats « décisifs », c’est-à-dire des Etats où le résultat s’annonçait serré et incertain, des irrégularités multiples ont eu lieu. Donald Trump et ses avocats en ont révélé certaines. Peter Navarro, conseiller du président sur le commerce, a publié un rapport récapitulant l’ensemble de ces fraudes. Justement parce que les médias s’évertuaient à les nier. Concrètement  Peter Navarro distingue cinq types de fraudes : Bulletins frauduleux, décomptes et dépouillements frauduleux, violation des règles de procédure, violations du principe d’égalité devant le vote, erreurs provenant des machines de vote. Et il ajoute une  mention spéciale pour ce qu’il appelle des «anomalies statistiques ».  (…)  Biden l’a emporté alors que les Démocrates ont été battus dans toutes les autres élections. Les Démocrates ont perdu quinze sièges à la Chambre des Représentants.  Ils ont échoué à reprendre la majorité au Sénat ne gagnant qu’un seul siège au lieu de six ou sept escomptés. Ils ont perdu chez les gouverneurs. Ils ont perdu dans la bataille pour remporter les législatures de certains Etats qu’ils avaient pourtant spécifiquement ciblés, comme le Texas,  et où ils avaient dépensé des sommes sans précédent… Une telle réalité implique que des électeurs ont voté pour Biden comme président et pour les candidats républicains à tous les autres postes. C’est à la fois peu vraisemblable et totalement contre nature. Surtout vue la popularité de Donald Trump au sein du camp Républicain. Ce qui est plus probable est que des millions de bulletins n’ont comporté qu’un seul vote, celui pour président, laissant tous les autres postes à élire en blanc. Cela est possible et même parfaitement légal, mais cela éveille inévitablement des soupçons car un bulletin coché pour la seule case du président est la configuration classique d’un faux bulletin… Biden a également gagné en défiant l’histoire et les traditions. Ainsi, il existe aux Etats-Unis des comtés où celui des deux candidats qui l’emporte s’avère être toujours le vainqueur final. On les appelle des « comtés baromètres » (bellwhether counties) parce qu’ils illustrent la tendance. Ils votent systématiquement pour le vainqueur. Au cours des quarante dernières années, dix-neuf comtés ont ainsi toujours correctement prédit le vainqueur, Donald Trump a remporté dix-huit d’entre eux ! Etrange ! L’histoire montre également qu’un président arrive difficilement à être élu s’il ne remporte pas certains Etats, du fait de leur importance démographique. La Floride et l’Ohio sont de ces Etats. Tous deux ont été remportés par Trump. Tous les candidats Républicains qui ont remporté l’Ohio ont été élus. Sauf Trump en 2020. Depuis 1960 -au passage la dernière élection pour laquelle la quasi-certitude de fraudes existe également- aucun président n’a été élu en perdant à la fois en Floride, dans l’Ohio et dans l’Iowa, sauf Joe Biden en 2020. De toute l’histoire des Etats-Unis Biden est le second président après John Kennedy, à connaître ce cas de figure. (…) Biden a donc bénéficié d’une mobilisation extraordinaire. De fait la participation a battu des records en 2020. Dans le Minnesota, où Biden l’a emporté 52% contre 45%, le taux de participation a dépassé 80%. Du jamais vu. Dans le Wisconsin il a été de 76% en moyenne et de 95% dans certains comtés. Cela signifie que dans ces endroits quasiment toutes les personnes en droit de voter l’ont fait. Les dix Etats avec la participation électorale la plus forte ont tous été remportés par Joe Biden. Comme si cette participation s’accompagnait inévitablement d’un surcroit de votes en sa faveur… Il ne s’agit là que d’anomalies statistiques. Ce sont des chiffres surprenants qui incitent à s’interroger mais ne constituent pas des preuves de fraudes. Il en va autrement d’un certain nombre d’incidents, détaillés par Peter Navarro dans son rapport. En voici un florilège. -Dans le Nevada des tribus indiennes se sont vu offrir des cartes de crédit et divers cadeaux en échange de leur vote. La pratique est évidemment illégale, même au Nevada. -Un employé des postes a témoigné sous serment (donc sous peine de dix ans de prison en cas de parjure) avoir transporté des bulletins de votes déjà remplis de l’Etat de New York à l’Etat de Pennsylvanie. Façon classique de bourrer les urnes.  Son chargement contenait 288 000 bulletins. Soit quatre fois l’écart de voix séparant Joe Biden de Donald Trump en Pennsylvanie. -En Pennsylvanie et en Géorgie des personnes âgées ou handicapées ont découvert en allant voter en personne le 3 novembre que quelqu’un avait usurpé leur identité pour voter à leur place par courrier. Elles n’ont pas été autorisées à voter et c’est le vote de l’usurpateur qui a été compté. -Dans le Wisconsin 130 000 bulletins de votes ont été acceptés sans vérification d’identité. C’est cinq fois plus que l’écart de voix en faveur de Biden dans cet Etat. -En Géorgie, vingt mille électeurs ayant indiqué avoir déménagé dans un autre Etat, ont néanmoins voté en Géorgie. -En Pennsylvanie huit mille votes proviennent de personnes décédées. -En Pennsylvanie les bulletins de vote reçus par correspondance ont été acceptés et comptabilisés en l’absence de l’enveloppe permettant de vérifier la signature et d’identifier l’électeur. Cela a été fait à la demande du secrétaire d’Etat, alors que c’est la législature des Etats qui est supposée établir la loi électorale. Cette seule infraction pourrait justifier d’invalider le résultat de cet Etat. -Dans le Wisconsin la commission électorale fit installer cinq cents boites à lettres afin de réceptionner des bulletins de vote par correspondance. Alors même que la pratique (appelée « ballot harvesting ») est interdite par la loi du Wisconsin. Dès lors l’ensemble des bulletins recueillis dans ces boites à lettres auraient dû être invalidé, ce qui n’a pas été lé cas. -Dans le Wisconsin des bulletins par correspondance ont été livrés au central de dépouillement avec l’enveloppe extérieure déjà ouverte, indiquant que ces bulletins avaient pu faire l’objet d’une manipulation. -Dans le Wisconsin cent mille bulletins de vote reçus au-delà de la date limite ont été antidatés pour être comptabilisés, en violation des règles électorales. -En Géorgie trois cent mille personnes ont été autorisées à voter en personne alors qu’elles avaient demandé un bulletin de vote par correspondance. -En Pennsylvanie les bulletins de vote ont été acceptés jusqu’à trois jours après la date limite de vote. En violation de la loi de l’Etat et d’une décision de la Cour Suprême des Etats-Unis. -Toujours en Pennsylvanie des personnes non inscrites sur les listes électorales ont été autorisées à voter en utilisant une autre identité, sur les conseils de juristes mobilisés par les autorités électorales. -Toujours en Pennsylvanie, 4 500 bulletins reçus par correspondance et improprement remplis ont été corrigés par les employés électoraux. Cette pratique est illégale et ces bulletins auraient dû être invalidés. -La présence de militants, portant des T-Shirts « Black Lives Matter » ou d’autres affiliations démocrates a été observée aux abords de centres de vote et jusque  dans les centres de dépouillement. Cela constitue une forme d’intimidation interdite par la loi américaine. (…) Quoi qu’en disent les Démocrates et leurs alliés dans les médias, les problèmes de l’élection présidentielle 2020 sont liés dans 99% des cas au vote par correspondance. Celui-ci a été massivement étendu et a effectivement ouvert la porte à des manipulations massives et des fraudes destinées à favoriser Joe Biden et les Démocrates. C’est le cas concernant le processus de vérification des signatures. Dans certains Etats, dont le Nevada et la Géorgie, les réglages des machines destinées à vérifier les signatures ont été abaissés de manière à ne rejeter quasiment aucun bulletin. Rien de techniquement illégal, mais une volonté évidente d’enregistrer le maximum de votes, légaux et valides ou pas. Dans le seul comté de Clark au Nevada, bastion favorable à Biden, 130 000 bulletins supplémentaires ont pu être validés soit près de trois fois l’écart des voix en faveur de Biden.  Même chose en Géorgie. Le taux d’invalidation des votes a été de 0,3% en 2020 contre 6% en 2016 et les années précédentes. Alors même que la quantité de votes par correspondance était annoncée comme particulièrement élevée du fait de la pandémie, les autorités ont décidé de baisser la garde, ouvrant la porte à de massives fraudes potentielles. Il ne sert malheureusement à rien de se lamenter sur le lait renversé. L’élection a eu lieu, Biden a été déclaré vainqueur, les Démocrates ont réussi leur coup. A défaut d’inverser le résultat, les objections qui seront soulevées devant le Congrès serviront à affirmer haut et fort qu’ils ont été pris en flagrant délit et que si l’expérience démocratique américaine veut se poursuivre ils doivent être empêchés de récidiver. Gérald Olivier
Les manifestations et les émeutes qui ont suivi la mort de George Floyd ont largement débordé la question raciale et les brutalités policières. Elles constituent une insurrection organisée contre Donald Trump. Alors que le calme revient dans les rues des métropoles américaines, désormais patrouillées par des soldats de la Garde Nationale, il devient clair que les violences des derniers jours ne peuvent être réduites à des simples émeutes raciales comme le pays a pu en connaître. Les Etats-Unis ne viennent pas de vivre une flambée de violence communautaire. Le pays vient d’être confronté à une insurrection populaire. Le mouvement est parti de la mort de George Floyd. Mais celle-ci ne fut qu’un prétexte.  Très vite les protestations sont sorties de ce cadre et la violence s’est propagée à travers le territoire américain en prenant une ampleur sans précédent. La mort de George Floyd n’avait pas grand-chose à voir avec les pillages observés à New York, Atlanta, Nashville, Los Angeles et ailleurs, six jours plus tard, pas plus qu’avec les actes de vandalisme perpétrées la même nuit à Washington D.C., la capitale américaine.  Dans ces actes de haine et d’anarchie se mêlaient la colère sauvage de certains Américains contre le système en général et le président Trump en particulier, et les actions ciblées de groupes radicaux motivés par une idéologie anti-capitaliste et libertaire, et cherchant à abattre la civilisation américaine par le chaos. Ensemble ces deux forces ont tenté de renverser le pouvoir. Ces journées et surtout ces nuits ont constitué l’insurrection la plus étendue et la plus menaçante aux Etats-Unis depuis 1968, quand la démocratie américaine avait été ébranlée par la conjonction de trois mouvements : une révolte estudiantine, l’opposition à la guerre du Vietnam,  et la radicalisation de la communauté noire. (…) Par leur ampleur les émeutes des derniers jours rappellent les émeutes raciales des années 1965-1968. Jamais en plus de cinquante les Etats-Unis n’avaient connu pareille destruction. Toutefois elles en diffèrent par leur nature et par leurs objectifs. Cela se voit dans le déroulé des événements. Les choses se sont passées en deux temps. Premier temps : la diffusion de la vidéo de l’arrestation de George Floyd. Les images d’un policier blanc un genou sur le cou d’un homme noir, menotté, à plat ventre et qui se plaint de ne pouvoir respirer, allant même jusqu’à gémir « vous êtes en train de me tuer »,  provoquent une colère généralisée, au sein de la communauté noire et bien au-delà. Toute l’Amérique est choquée par ce qu’elle voit. Le président Trump en tête, qui se dit révolté par les images. Il appelle la famille Floyd au téléphone pour leur dire son dégoût devant de tels actes et leur présenter ses condoléances personnelles et celles de la nation. Le monde politique dans son ensemble est également sous le choc. De même que les forces de police des différentes métropoles qui ne se reconnaissent pas dans le geste de leur collègue. Aussi quand les Noirs de Minneapolis descendent dans la rue pour crier leur colère, tout le monde trouve cela justifier. Sur instruction du maire de Minneapolis les forces de l’ordre restent en retrait. Il faut laisser la colère s’exprimer, ne pas l’attiser par une présence policière hostile, puisque l’incident qui vient de tout déclencher est une brutalité policière. Mais la colère ne retombe pas. Au contraire. Elle s’amplifie et se nourrit d’elle-même. Quelques voitures sont brûlées des magasins incendiés. Le lendemain soir quand des manifestants se dirigent vers le commissariat du quartier, le maire donne l’ordre de l’évacuer. Mauvaise décision sans doute. Les manifestants envahissent les lieus et saccagent tout, puis mettent le feu au bâtiment.  La manifestation vient de basculer. C’est le début des émeutes. Cela va durer toute la nuit et les nuits suivantes. Le lendemain le gouverneur de l’Etat du Minnesota essaye ramener la sérénité. Il appelle au calme, au sens civique, souligne que les commerces dévastés appartiennent à des membres des minorités, des noirs, des hispaniques, des coréens, etc. Mais il est trop tard. Les émeutiers ont compris quelque chose de fondamental. Vues les circonstances- le meurtre d’un noir par un policier blanc – la police est en position de faiblesse et c’est le moment d’en profiter. C’est alors que commence le deuxième temps des émeutes. Nous sommes vendredi, quatre jours après la mort de George Floyd.  Les professionnels de la contestation urbaine se sont mobilisés. Deux organisations vont être particulièrement actives, Black Lives Matter et les Antifas. Black Lives Matter (BLM, dont le nom signifie “les vies de Noirs comptent ») est une organisation internationale pour la promotion des droits humains et la protection des minorités, ethniques ou sexuelles. BLM fut fondé en 2013 par trois femmes noires:  Alicia Garza, Opal Tometi et Patrisse Cullors. Le mouvement revendique une lutte internationale contre « la suprématie blanche » et prône une société alternative, anti-capitaliste.  et non patriarcale. Le mouvement « Antifa » (pour « anti-fasciste ») est une mouvance internationale d’extrême gauche qui affirme lutter contre les suprémacistes blancs et toutes les tendances « fascisantes » au sein de la société. Ses membres s’habillent tout de noir, avec casques et foulards pour ne pas être reconnus, d’où leur surnom de « black bloc ». Ils abordent les manifestations publiques comme des opportunités de guerilla urbaine. L’organisation n’a ni chef, ni structure, mais peut mobiliser ses membres par les réseaux sociaux, y compris par des communications cryptées. Ses membres maitrisent à la fois les tactiques de guerilla, les techniques de combat individuel, les technologies de l’information, et les principes de la désinformation. La destruction de la civilisation capitaliste et de ses symboles est sa raison d’être, la violence et la terreur, son mode opératoire. Vendredi, c’est aussi le début du week-end. En ces temps de confinement (pour cause de pandémie de coronavirus), beaucoup de jeunes urbains sont encore plus désœuvrés et plus sur les nerfs que d’habitude. Ils vont aller se défouler, passer leur colère, et se refaire une garde-robe à l’œil, au passage. Confiants qu’ils ne craignent pas grand-chose d’une police qui a reçu l’ordre de laisser faire. Le gouverneur du Minnesota, qui la veille déclarait comprendre les manifestants, affirme à présent que «de mauvais acteurs » se sont glissés parmi les protestataires. De fait les images des différentes émeutes dans le pays présentent tantôt des adolescents en T-Shirts ou capuches affairés à briser des vitrines à coup de skateboard et tantôt des individus casqués, vêtus de noirs, et armés de marteaux qui ciblent les véhicules de police pour en tabasser les occupants et les incendier. (…) A Los Angeles, ville tentaculaire s’il en est, les émeutiers se déplacent sur des dizaines de kilomètres, loin des quartiers populaires jusqu’à West Hollywood ou Beverly Hills, pour aller dévaliser les boutiques de luxe de la fameuse Rodeo Drive. Quand les émeutiers ne s’en prennent pas aux commerces, ils attaquent les bâtiments publics et ceux qui les protègent. A Saint Louis un policier noir de 38 ans est tué, sous l’œil des caméras ! Quatre autres sont blessés par balles. A Las Vegas un autre policier reçoit une balle, en pleine tête. A Oakland, en Californie, deux policiers noirs postés devant le palais de justice, sont visés par balle, l’un meurt, l’autre est hospitalisé. A New York les pillages se prolongent jusqu’à lundi. Le grand magasin Macy’s de la 34e rue est pris d’assaut. Une enseigne Rolex est dévalisée par des dizaines d’individus cagoulés. Une boutique Nike est mise à sac. Des femmes sont agressées. Officiellement il n’y pas eu de plaintes pour viols, mais la situation tourne à l’anarchie. La police est absente ou passive. Par endroit quelques manifestants, souvent Noirs, tentent de raisonner les casseurs et d’arrêter les pillages. En vain… Le gouverneur de l’Etat, Andrew Cuomo, un Démocrate, souligne que les voyous qui ont envahi les rues de la ville « ne peuvent masquer la  nature de leurs actes en se drapant dans une indignation vertueuse justifiée par le meurtre de George Floyd. » Il s’en prend au maire Bill De Blasio, Démocrate aussi, pour ne pas avoir mobilisé suffisamment de forces de police, alors que la ville dispose de 38 000 agents. Comment aurait-il pu le faire ? Sa propre fille, âgée de 25 ans, avait été arrêtée la veille parmi les émeutiers. A l’annonce de son arrestation De Blasio avait affirmé : « je suis fier d’elle ». Quand les élites et représentants de l’autorité prennent le parti des émeutiers, on n’a plus à faire à une simple manifestation mais bien à une insurrection généralisée. A travers le pays, célébrités et intellectuels se relaient sur les antennes pour trouver des excuses aux manifestants. Certains mettent en place un fond de soutiens pour payer la caution des casseurs arrêtés. George Floyd est oublié. Pour tous, le responsable du désordre s’appelle Donald Trump, c’est lui qu’il faut virer. On retrouve le même discours dans la bouche de journalistes qui s’emploient à jeter de l’huile sur le feu. CNN prend le parti des casseurs. Ses reporters dénoncent « la dictature » Trump, et soutiennent « ceux qui se battent pour leurs droits ». Mais de quels droits s’agit-il ? La foule déchainée ne présente aucune revendication. Son seul but est de détruire et de renverser le pouvoir. A Washington les manifestants mettent le feu à l’église épiscopale Saint John, un des monuments historiques de la ville, située juste à côté de la Maison Blanche. On l’appelle « l’église des présidents », car depuis sa construction en 1812, tous, ou presque, y ont prié. Au contraire de la Maison Blanche elle ne bénéficiait d’aucune protection particulière. A travers sa destruction c’est bien le pouvoir exécutif qui est visé. (…) La personne de Donald Trump dérange toujours autant. Président depuis janvier 2017 et pour encore huit mois au moins, il est toujours détesté par la bourgeoisie socio-libérale, par une partie de la jeunesse, et par les élites médiatiques et l’establishment Démocrate. Loin de laisser les institutions démocratiques américaines jouer leur rôle, les plus radicaux de ces opposants ont pris prétexte de la mort de George Floyd, pour tenter de le renverser. Après la tentative de coup d’Etat institutionnel qu’a constitué l’enquête sur une « collusion avec la Russie », après la mascarade politique que fut la procédure de destitution menée contre lui, après le désastre économique infligé par le confinement en réponse à la pandémie de coronavirus, les « anti-Trumps » ont tenté de le faire tomber par la plus vieille des méthodes, une insurrection populaire. Gérald Olivier

Attention, une insurrection peut en cacher une autre !

Fuites organisées du faux dossier Steele sur la prétendue « collusion russe » (douches dorées avec prostituées dans un hôtel de Moscou, via CIA, FBI et élus comme John McCain), appels à la destitution (nov 2016); appels à l’assassinat (Madonna, jan. 2017); appels à la « Résistance »; mouvement « Pas mon président »; fuites incessantes du Deep state; multiplication des livres y compris anonymes dénonçant le président; tentative de coup d’Etat institutionnel (enquête sur la fausse accusation de « collusion avec la Russie », déchirement du discours présidentiel par la présidente démocrate de la Chambre des représentants, mascarade politique de la  procédure de destitution; instrumentalisation, via le confinement et le désastre économique concommitent, de la lutte contre la pandémie de coronavirus; véritable insurrection populaire suite à la mort de George Floyd (plus grave campagne d’émeutes depuis 50 ans à travers tout le pays, départ de feu de l’église des présidents, tentative d’intrusion dans le périmétre de la Maison blanche, avocats arrêtés pour avoir lancé et distribué des cocktails molotov contre la police), matraquage médiatique anti-Trump; censure des informations défavorables à Joe Biden (accusations de harcèlement sexuel et de corruption de sa famille); multiplication des sondages surévaluant systématiquement l’opposition au président sortant; dévoiement de l’élection présidentielle (véritable crime parfait via un tsunami de 100 millions de bulletins par correspondance et la relaxation de toutes les vérifications d’identité, signatures, dates, etc.); menaces de nouvelles émeutes post-élection  …

Au lendemain des dérives et de l’intrusion du Capitole qui ont suivi le dernier « Rassemblement pour Sauver l’Amérique » des partisans du président Trump …

Suite au dévoiement que l’on sait de l’élection présidentielle du 3 novembre …

Où sous prétexte d’épidémie et contre les législatures locales, on a contourné non seulement toutes les règles pour inonder les pays avec plus de 100 millions de bulletins postaux …

Mais on est arrivé dans certains états ou comtés décisifs à des taux de participation jusqu’à 95%

Et, quand jusqu’à 17 états n’exigent pas de pièces d’identité pour voter, des taux d’invalidation des bulletins passant de 6 à 0, 3% !

Comment ne pas voir non seulement l’incroyable indignation sélective …

De médias et commentateurs, Joe Biden et Kamala Harris compris …

Qui sans compter leur célébration d’une action similaire, il y a dix ans mais des syndicats cette fois, au capitole du Wisconsin pour bloquer un projet de loi du « Moubarak du midwest », le gouverneur républicain Scott Walker, dûment voté à la Chambre des représentants de l’Etat …

Ou il y a deux ans au Capitole de Washington même avec l’invasion du bureau et avec la bénédiction de Nancy Pelosi par une centaine de militants du climat …

Dénoncent à qui mieux mieux et à l’unanimité le président Trump pour les excès – retour de bâton, comme avec les Brexiters anglais ou les gilets jaunes français, de décennies de mépris généralisé – il y a deux jours, du rassemblement du Capitole …

Après avoir fermé les yeux mais, à l’image de ces deux avocats arrêtés à New York pour lancement et disribution de coctails molotov contre la police, activement encouragé ces quatre dernières années …

Comme « outil puissant pour provoquer un changement réel et durable dans la société »

Via, y compris celles annoncées en cas de victoire de Trump, les agressions les plus graves des contre-manifestants BLM et antifas contre les partisans pacifiques des rassemblements pro-Trump …

Vandalisant et brûlant au passage des quartiers entiers de centre-villes américains …

Privant du coup de supermarchés comme de protection policière…

Les populations principalement minoritaires et les plus démunies …

Qu’ils prétendaient défendre …

Mais derrière tout ça avec le journaliste franco-américain Gérald Olivier

Comme l’a confirmé après les appels, dès son élection, à la destitution et à l’assassinat

Et du début à la fin, la délégitimation permanente de sa présidence …

La tentative d’intrusion, après un départ de feu dans la fameuse « église des présidents » toute proche, dedits opposants dans le périmètre de la Maison blanche …

Ayant forcé en juin dernier et pour la première fois depuis le 11 septembre 2001 …

Les services de protection rapprochée du président à faire descendre celui-ci dans son bunker souterrain …

Rien de moins, quand anciens généraux et admiraux compris …

« Les élites et représentants de l’autorité prennent le parti des émeutiers » …

Qu’une insurrection généralisée contre l’exécutif lui-même ?

Alors que le calme revient dans les rues des métropoles américaines, désormais patrouillées par des soldats de la Garde Nationale, il devient clair que les violences des derniers jours ne peuvent être réduites à des simples émeutes raciales comme le pays a pu en connaître. Les Etats-Unis ne viennent pas de vivre une flambée de violence communautaire. Le pays vient d’être confronté à une insurrection populaire.

Le mouvement est parti de la mort de George Floyd. Mais celle-ci ne fut qu’un prétexte.  Très vite les protestations sont sorties de ce cadre et la violence s’est propagée à travers le territoire américain en prenant une ampleur sans précédent. La mort de George Floyd n’avait pas grand-chose à voir avec les pillages observés à New York, Atlanta, Nashville, Los Angeles et ailleurs, six jours plus tard, pas plus qu’avec les actes de vandalisme perpétrées la même nuit à Washington D.C., la capitale américaine.  Dans ces actes de haine et d’anarchie se mêlaient la colère sauvage de certains Américains contre le système en général et le président Trump en particulier, et les actions ciblées de groupes radicaux motivés par une idéologie anti-capitaliste et libertaire, et cherchant à abattre la civilisation américaine par le chaos. Ensemble ces deux forces ont tenté de renverser le pouvoir. Ces journées et surtout ces nuits ont constitué l’insurrection la plus étendue et la plus menaçante aux Etats-Unis depuis 1968, quand la démocratie américaine avait été ébranlée par la conjonction de trois mouvements : une révolte estudiantine, l’opposition à la guerre du Vietnam,  et la radicalisation de la communauté noire.

Les émeutes raciales, ou ethniques, sont un phénomène ancien et récurrent de l’histoire américaine. Au XIXe siècle les batailles rangées contre des communautés irlandaises, italiennes, catholiques, juives, chinoises ou autres étaient fréquentes. Toutes les décennies depuis l’abolition de l’esclavage et l’émancipation des esclaves (1865) ont connu des incidents de violence collective impliquant la minorité noire. La plupart du temps, les Noirs n’étaient pas les instigateurs de ces émeutes, mais les victimes.  Parce qu’ils concurrençaient les derniers immigrants, les plus pauvres, sur le marché du travail, et parce que le racisme, qui s’appelait alors « préjugé de race », était profondément ancré dans les mentalités.

Après la Seconde Guerre Mondiale, la déségrégation forcée dans le Sud, couplée aux revendications de la communauté noire pour la reconnaissance de leurs droits civiques – à savoir que les droits des citoyens noirs américains ne soient plus seulement des mots écrits dans la Constitution mais deviennent des réalités concrètes dans la vie quotidienne – engendra deux décennies de fortes tensions avec des éruptions de violence régulières. Les années 1960 virent les ghettos s’embraser chaque été en 1965, 1966, 1967, et 1968 après l’assassinat de Martin Luther King, faisant à chaque fois des dizaines, voire des centaines de tués.

Ces émeutes étaient véritablement des émeutes raciales. Elles mettaient face à face une communauté homogène, les Noirs (flanqués de quelques étudiants et intellectuels blancs, mais très minoritaires) face à la police ou face à la majorité blanche. Elles se déroulaient dans un contexte politique, économique et social, particulier avec des aspirations réelles – le « I have a Dream » de Martin Luther King – et des revendications concrètes – la fin de la ségrégation dans les transports, de la discrimination à l’embauche, ou au logement, etc. Elles exprimaient la colère d’une communauté face à la lenteur, ou au refus, des changements politiques.

Par leur ampleur les émeutes des derniers jours rappellent les émeutes raciales des années 1965-1968. Jamais en plus de cinquante les Etats-Unis n’avaient connu pareille destruction.  Toutefois elles en diffèrent par leur nature et par leurs objectifs. Cela se voit dans le déroulé des événements. Les choses se sont passées en deux temps.

Premier temps : la diffusion de la vidéo de l’arrestation de George Floyd. Les images d’un policier blanc un genou sur le cou d’un homme noir, menotté, à plat ventre et qui se plaint de ne pouvoir respirer, allant même jusqu’à gémir « vous êtes en train de me tuer »,  provoquent une colère généralisée, au sein de la communauté noire et bien au-delà. Toute l’Amérique est choquée par ce qu’elle voit. Le président Trump en tête, qui se dit révolté par les images. Il appelle la famille Floyd au téléphone pour leur dire son dégoût devant de tels actes et leur présenter ses condoléances personnelles et celles de la nation. Le monde politique dans son ensemble est également sous le choc. De même que les forces de police des différentes métropoles qui ne se reconnaissent pas dans le geste de leur collègue.

Aussi quand les Noirs de Minneapolis descendent dans la rue pour crier leur colère, tout le monde trouve cela justifier. Sur instruction du maire de Minneapolis les forces de l’ordre restent en retrait. Il faut laisser la colère s’exprimer, ne pas l’attiser par une présence policière hostile, puisque l’incident qui vient de tout déclencher est une brutalité policière. Mais la colère ne retombe pas. Au contraire. Elle s’amplifie et se nourrit d’elle-même. Quelques voitures sont brûlées des magasins incendiés. Le lendemain soir quand des manifestants se dirigent vers le commissariat du quartier, le maire donne l’ordre de l’évacuer. Mauvaise décision sans doute. Les manifestants envahissent les lieus et saccagent tout, puis mettent le feu au bâtiment.  La manifestation vient de basculer. C’est le début des émeutes. Cela va durer toute la nuit et les nuits suivantes.

Le lendemain le gouverneur de l’Etat du Minnesota essaye ramener la sérénité. Il appelle au calme, au sens civique, souligne que les commerces dévastés appartiennent à des membres des minorités, des noirs, des hispaniques, des coréens, etc. Mais il est trop tard. Les émeutiers ont compris quelque chose de fondamental. Vues les circonstances- le meurtre d’un noir par un policier blanc – la police est en position de faiblesse et c’est le moment d’en profiter.

C’est alors que commence le deuxième temps des émeutes. Nous sommes vendredi, quatre jours après la mort de George Floyd.  Les professionnels de la contestation urbaine se sont mobilisés. Deux organisations vont être particulièrement actives, Black Lives Matter et les Antifas.

Black Lives Matter (BLM, dont le nom signifie “les vies de Noirs comptent ») est une organisation internationale pour la promotion des droits humains et la protection des minorités, ethniques ou sexuelles. BLM fut fondé en 2013 par trois femmes noires:  Alicia Garza, Opal Tometi et Patrisse Cullors. Le mouvement revendique une lutte internationale contre « la suprématie blanche » et prône une société alternative, anti-capitaliste.  et non patriarcale.

Le mouvement « Antifa » (pour « anti-fasciste ») est une mouvance internationale d’extrême gauche qui affirme lutter contre les suprémacistes blancs et toutes les tendances « fascisantes » au sein de la société. Ses membres s’habillent tout de noir, avec casques et foulards pour ne pas être reconnus, d’où leur surnom de « black bloc ». Ils abordent les manifestations publiques comme des opportunités de guerilla urbaine. L’organisation n’a ni chef, ni structure, mais peut mobiliser ses membres par les réseaux sociaux, y compris par des communications cryptées. Ses membres maitrisent à la fois les tactiques de guerilla, les techniques de combat individuel, les technologies de l’information, et les principes de la désinformation. La destruction de la civilisation capitaliste et de ses symboles est sa raison d’être, la violence et la terreur, son mode opératoire.

Vendredi, c’est aussi le début du week-end. En ces temps de confinement (pour cause de pandémie de coronavirus), beaucoup de jeunes urbains sont encore plus désœuvrés et plus sur les nerfs que d’habitude. Ils vont aller se défouler, passer leur colère, et se refaire une garde-robe à l’œil, au passage. Confiants qu’ils ne craignent pas grand-chose d’une police qui a reçu l’ordre de laisser faire.

Le chaos peut commencer.

Le gouverneur du Minnesota, qui la veille déclarait comprendre les manifestants, affirme à présent que «de mauvais acteurs » se sont glissés parmi les protestataires. De fait les images des différentes émeutes dans le pays présentent tantôt des adolescents en T-Shirts ou capuches affairés à briser des vitrines à coup de skateboard et tantôt des individus casqués, vêtus de noirs, et armés de marteaux qui ciblent les véhicules de police pour en tabasser les occupants et les incendier.

Le garde des sceaux (Attorney General) William Barr intervient pour dénoncer la présence des « antifas » parmi les manifestants. Il souligne que passer les limites d’un Etat, pour aller semer la destruction dans un autre est un crime fédéral. Signifiant que les personnes dans cette situation s’exposent à des sanctions plus sévères.

A Los Angeles, ville tentaculaire s’il en est, les émeutiers se déplacent sur des dizaines de kilomètres, loin des quartiers populaires jusqu’à West Hollywood ou Beverly Hills, pour aller dévaliser les boutiques de luxe de la fameuse Rodeo Drive.

Quand les émeutiers ne s’en prennent pas aux commerces, ils attaquent les bâtiments publics et ceux qui les protègent. A Saint Louis un policier noir de 38 ans est tué, sous l’œil des caméras ! Quatre autres sont blessés par balles. A Las Vegas un autre policier reçoit une balle, en pleine tête. A Oakland, en Californie, deux policiers noirs postés devant le palais de justice, sont visés par balle, l’un meurt, l’autre est hospitalisé.

A New York les pillages se prolongent jusqu’à lundi. Le grand magasin Macy’s de la 34e rue est pris d’assaut. Une enseigne Rolex est dévalisée par des dizaines d’individus cagoulés. Une boutique Nike est mise à sac. Des femmes sont agressées. Officiellement il n’y pas eu de plaintes pour viols, mais la situation tourne à l’anarchie. La police est absente ou passive. Par endroit quelques manifestants, souvent Noirs, tentent de raisonner les casseurs et d’arrêter les pillages. En vain… Le gouverneur de l’Etat, Andrew Cuomo, un Démocrate, souligne que les voyous qui ont envahi les rues de la ville « ne peuvent masquer la  nature de leurs actes en se drapant dans une indignation vertueuse justifiée par le meurtre de George Floyd. » Il s’en prend au maire Bill De Blasio, Démocrate aussi, pour ne pas avoir mobilisé suffisamment de forces de police, alors que la ville dispose de 38 000 agents. Comment aurait-il pu le faire ? Sa propre fille, âgée de 25 ans, avait été arrêtée la veille parmi les émeutiers. A l’annonce de son arrestation De Blasio avait affirmé : « je suis fier d’elle ».

Quand les élites et représentants de l’autorité prennent le parti des émeutiers, on n’a plus à faire à une simple manifestation mais bien à une insurrection généralisée.

A travers le pays, célébrités et intellectuels se relaient sur les antennes pour trouver des excuses aux manifestants. Certains mettent en place un fond de soutiens pour payer la caution des casseurs arrêtés. George Floyd est oublié. Pour tous, le responsable du désordre s’appelle Donald Trump, c’est lui qu’il faut virer.

On retrouve le même discours dans la bouche de journalistes qui s’emploient à jeter de l’huile sur le feu. CNN prend le parti des casseurs. Ses reporters dénoncent « la dictature » Trump, et soutiennent « ceux qui se battent pour leurs droits ».

Mais de quels droits s’agit-il ? La foule déchainée ne présente aucune revendication. Son seul but est de détruire et de renverser le pouvoir. A Washington les manifestants mettent le feu à l’église épiscopale Saint John, un des monuments historiques de la ville, située juste à côté de la Maison Blanche. On l’appelle « l’église des présidents », car depuis sa construction en 1812, tous, ou presque, y ont prié. Au contraire de la Maison Blanche elle ne bénéficiait d’aucune protection particulière. A travers sa destruction c’est bien le pouvoir exécutif qui est visé.

Le président Donald Trump s’est exprimé plusieurs fois pour condamner les violences. Il demande aux gouverneurs d’utiliser tous les moyens à leur disposition pour rétablir l’ordre, et si nécessaire de déployer la Garde Nationale, ainsi qu’ils ont l’autorité pour le faire afin de ramener le calme. Et s’ils ne le font pas, c’est lui-même qui s’en chargera ainsi que la loi l’y autorise. Mettant cette menace à exécution il déploie les patrouilles des Douanes et Frontières (Customs and Border Patrol) dans les rues de la capitale, Washington D.C. Ses agents sont sous l’autorité du Département de la Sécurité Intérieure, et sont près de quarante mille à travers le pays.

Cette affirmation d’autorité a permis de ramener un calme relatif. Pour combien de temps ?

La personne de Donald Trump dérange toujours autant. Président depuis janvier 2017 et pour encore huit mois au moins, il est toujours détesté par la bourgeoisie socio-libérale, par une partie de la jeunesse, et par les élites médiatiques et l’establishment Démocrate. Loin de laisser les institutions démocratiques américaines jouer leur rôle, les plus radicaux de ces opposants ont pris prétexte de la mort de George Floyd, pour tenter de le renverser. Après la tentative de coup d’Etat institutionnel qu’a constitué l’enquête sur une « collusion avec la Russie », après la mascarade politique que fut la procédure de destitution menée contre lui, après le désastre économique infligé par le confinement en réponse à la pandémie de coronavirus, les « anti-Trumps » ont tenté de le faire tomber par la plus vieille des méthodes, une insurrection populaire.

Il ne faut pas s’y tromper. Il existe bien un problème racial aux Etats-Unis. Il existe bien aussi des cas de brutalité policière. Mais les émeutes des derniers jours ne relevaient pas de ces problèmes et n’ont contribué  en rien à les résoudre.

Voir aussi:

Présidentielle USA 2020: Les fraudes prouvées, pour l’histoire

Gérald Olivier

2 janvier 2021

Il y aura donc des objections lors de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle le 6 janvier prochain. Ooops, ! Tant pis pour tous ceux qui nous disent depuis des semaines que c’est fini, qu’il faut circuler, qu’il n’y a rien à voir… Ces objections ne seront cependant pas suffisantes pour changer le résultat présumé. A savoir Joe Biden, président élu depuis le 14 décembre, sera confirmé dans son élection et la transition se poursuivra en vue de son investiture le 20 janvier.

Mais ces objections sont essentielles car elles vont inscrire dans l’histoire le fait que l’élection présidentielle de 2020 a été entachée d’irrégularités, de fraudes, et de manipulations, et que Biden n’est pas forcément le président « légitime » !

Le 6 janvier, le résultat du vote du Collège électoral sera présenté devant une session extraordinaire du Congrès (les deux chambres réunies) présidée par le vice-président Mike Pence. Quiconque conteste le résultat peut profiter de la circonstance pour présenter une objection. Celle-ci peut porter sur le vote d’un seul « grand électeur », ou sur celui de tout un Etat, ou sur l’ensemble des votes. Une objection doit être soumise par écrit et être soutenue par au moins un élu de chaque chambre. A ce jour plusieurs Représentants et au moins un Sénateur (Josh Hawley, Républicain du Missouri) ont annoncé qu’ils soulèveraient une ou plusieurs objections, notamment concernant le résultat de la Pennsylvanie. Cela obligera les élus à se retirer pour débattre et à voter sur l’objection. Il faudrait alors un vote majoritaire dans chaque chambre pour invalider le vote du Collège électoral et renvoyer l’élection présidentielle devant la Chambre des Représentants. Ce cas de figure est hautement improbable parce que les Démocrates ont la majorité des voix à la Chambre et parce que plusieurs Sénateurs Républicains désapprouvent des objections envisagées. Celles-ci risquent donc plutôt d’être rejetées par les deux chambres…

Il n’empêche! Pour l’histoire, et pour leur devenir immédiat, les Républicains doivent clairement affirmer, et ce devant le monde entier, que les Démocrates ont triché lors du scrutin présidentiel. De telles tricheries doivent être condamnées et éliminées. L’avenir de la Démocratie américaine en dépend.

Il ne fait aucun doute que l’élection présidentielle américaine du 3 novembre 2020 a donné lieu à de multiples manipulations et que le score de Joe Biden a été artificiellement gonflé, tandis que celui de Donald Trump était limité autant que possible. Le Sénateur Rand Paul a dénoncé ces fraudes à la tribune. Parmi les électeurs américains, 62% des Républicains se disent convaincus qu’il y a eu fraude, tout comme 28% des Indépendants et 17% des Démocrates. Le doute n’est pas limité au seul camp Trump.

Autant que ces irrégularités, qui ne sont souvent que de simples manipulations politiques, l’autre scandale post-électoral aux Etats-Unis, est l’omerta décidée par les principaux médias américains sur le sujet. L’ensemble de la classe médiatique bien-pensante a nié leur existence et a refusé catégoriquement d’accorder la moindre attention aux multiples témoignages et preuves de leur réalité. Un silence, à l’unanimité quasi-soviétique, qui en dit long sur le délabrement des médias et le délitement de la liberté d’expression aux Etats-Unis. Mais c’est un autre sujet…

Pour l’heure le fait capital est que ces irrégularités vont enfin être prises en compte et ne pourront plus être balayées d’un simple revers de la main.

Dans au moins six Etats -l’Arizona, la Géorgie, , le Michigan , le Nevada, la Pennsylvanie, le Wisconsin- qui sont tous des Etats « décisifs », c’est-à-dire des Etats où le résultat s’annonçait serré et incertain, des irrégularités multiples ont eu lieu. Donald Trump et ses avocats en ont révélé certaines. Peter Navarro, conseiller du président sur le commerce, a publié un rapport récapitulant l’ensemble de ces fraudes. Justement parce que les médias s’évertuaient à les nier.

Concrètement  Peter Navarro distingue cinq types de fraudes :

Bulletins frauduleux, décomptes et dépouillements frauduleux, violation des règles de procédure, violations du principe d’égalité devant le vote, erreurs provenant des machines de vote.

Et il ajoute une mention spéciale pour ce qu’il appelle des «anomalies statistiques ». Car avant même d’envisager de possibles irrégularités, il y a dans le détail du vote du 3 novembre des incohérences et des contradictions, bref des éléments qui ne collent pas,

Première anomalie le total des votes favorables à Joe Biden. Il dépasse 81 millions. Un record historique. C’est 12 millions de plus que Barack Obama en 2008. Alors même qu’Obama avait rassemblé largement au-delà du camp Démocrate et attiré des millions de nouveaux électeurs aux urnes. Surtout pour parvenir à son total de 69 millions de voix à l’époque, Obama avait remporté 873 comtés (équivalents des circonscriptions).

Cette fois Biden n’est arrivé en tête que dans 477 comtés. Moitié moins qu’Obama. Pour réunir douze millions de suffrages supplémentaires tout en gagnant dans deux fois moins de comtés il a fallu que Biden l’emporte avec beaucoup, beaucoup, beaucoup d’avance là où il a gagné. Car 81 millions de voix dans 477 comtés cela impose d’avoir remporté des zones très peuplées et d’y avoir vraiment fait le plein de votes… En comparaison Donald Trump a gagné dans 2 496 comtés, soit 85% du territoire américain ! Certes ce n’est pas le nombre, mais la population, des comtés qui importe. Mais à l’évidence l’Amérique profonde penche pour Trump.

La victoire de Biden s’accompagne d’une incohérence majeure. Biden l’a emporté alors que les Démocrates ont été battus dans toutes les autres élections. Les Démocrates ont perdu quinze sièges à la Chambre des Représentants. Ils ont échoué à reprendre la majorité au Sénat ne gagnant qu’un seul siège au lieu de six ou sept escomptés. Ils ont perdu chez les gouverneurs. Ils ont perdu dans la bataille pour remporter les législatures de certains Etats qu’ils avaient pourtant spécifiquement ciblés, comme le Texas, et où ils avaient dépensé des sommes sans précédent… Une telle réalité implique que des électeurs ont voté pour Biden comme président et pour les candidats républicains à tous les autres postes. C’est à la fois peu vraisemblable et totalement contre nature. Surtout vue la popularité de Donald Trump au sein du camp Républicain. Ce qui est plus probable est que des millions de bulletins n’ont comporté qu’un seul vote, celui pour président, laissant tous les autres postes à élire en blanc. Cela est possible et même parfaitement légal, mais cela éveille inévitablement des soupçons car un bulletin coché pour la seule case du président est la configuration classique d’un faux bulletin…

Biden a également gagné en défiant l’histoire et les traditions. Ainsi, il existe aux Etats-Unis des comtés où celui des deux candidats qui l’emporte s’avère être toujours le vainqueur final. On les appelle des « comtés baromètres » (bellwhether counties) parce qu’ils illustrent la tendance. Ils votent systématiquement pour le vainqueur. Au cours des quarante dernières années, dix-neuf comtés ont ainsi toujours correctement prédit le vainqueur, Donald Trump a remporté dix-huit d’entre eux ! Etrange !

L’histoire montre également qu’un président arrive difficilement à être élu s’il ne remporte pas certains Etats, du fait de leur importance démographique. La Floride et l’Ohio sont de ces Etats. Tous deux ont été remportés par Trump. Tous les candidats Républicains qui ont remporté l’Ohio ont été élus. Sauf Trump en 2020.

Depuis 1960 -au passage la dernière élection pour laquelle la quasi-certitude de fraudes existe également- aucun président n’a été élu en perdant à la fois en Floride, dans l’Ohio et dans l’Iowa, sauf Joe Biden en 2020. De toute l’histoire des Etats-Unis Biden est le second président après John Kennedy, à connaître ce cas de figure.

On constate aussi des contradictions dans le comportement des électeurs. Ainsi à travers le pays Donald Trump a gagné des voix par rapport à 2016 auprès des minorités, en particulier les Hispaniques et les Noirs. Il a remporté par endroits jusqu’à 26% du vote des hommes noirs, ce qui est exceptionnel pour un candidat républicain aux Etats-Unis. Mais ces gains sont invisibles dans certaines grandes métropoles à très forte population noire, comme Milwaukee (Wisconsin), Detroit (Michigan), Philadelphie (Pennsylvanie) ou Atlanta (Géorgie). Dans ces villes-là, sans avoir perdu de voix en nombre par rapport à 2016, Trump réalise un score très faible, parce que celui de Biden est extraordinairement élevé. Biden a même écrasé le score de Barack Obama dans ces métropoles, alors qu’ Obama était Noir et que son score était déjà un record historique…!

Biden a donc bénéficié d’une mobilisation extraordinaire. De fait la participation a battu des records en 2020. Dans le Minnesota, où Biden l’a emporté 52% contre 45%, le taux de participation a dépassé 80%. Du jamais vu. Dans le Wisconsin il a été de 76% en moyenne et de 95% dans certains comtés. Cela signifie que dans ces endroits quasiment toutes les personnes en droit de voter l’ont fait. Les dix Etats avec la participation électorale la plus forte ont tous été remportés par Joe Biden. Comme si cette participation s’accompagnait inévitablement d’un surcroit de votes en sa faveur…

Il ne s’agit là que d’anomalies statistiques. Ce sont des chiffres surprenants qui incitent à s’interroger mais ne constituent pas des preuves de fraudes. Il en va autrement d’un certain nombre d’incidents, détaillés par Peter Navarro dans son rapport. En voici un florilège.

-Dans le Nevada des tribus indiennes se sont vu offrir des cartes de crédit et divers cadeaux en échange de leur vote. La pratique est évidemment illégale, même au Nevada.

-Un employé des postes a témoigné sous serment (donc sous peine de dix ans de prison en cas de parjure) avoir transporté des bulletins de votes déjà remplis de l’Etat de New York à l’Etat de Pennsylvanie. Façon classique de bourrer les urnes. Son chargement contenait 288 000 bulletins. Soit quatre fois l’écart de voix séparant Joe Biden de Donald Trump en Pennsylvanie.

-En Pennsylvanie et en Géorgie des personnes âgées ou handicapées ont découvert en allant voter en personne le 3 novembre que quelqu’un avait usurpé leur identité pour voter à leur place par courrier. Elles n’ont pas été autorisées à voter et c’est le vote de l’usurpateur qui a été compté.

-Dans le Wisconsin 130 000 bulletins de votes ont été acceptés sans vérification d’identité. C’est cinq fois plus que l’écart de voix en faveur de Biden dans cet Etat.

-En Géorgie, vingt mille électeurs ayant indiqué avoir déménagé dans un autre Etat, ont néanmoins voté en Géorgie.

-En Pennsylvanie huit mille votes proviennent de personnes décédées.

-En Pennsylvanie les bulletins de vote reçus par correspondance ont été acceptés et comptabilisés en l’absence de l’enveloppe permettant de vérifier la signature et d’identifier l’électeur. Cela a été fait à la demande du secrétaire d’Etat, alors que c’est la législature des Etats qui est supposée établir la loi électorale. Cette seule infraction pourrait justifier d’invalider le résultat de cet Etat.

-Dans le Wisconsin la commission électorale fit installer cinq cents boites à lettres afin de réceptionner des bulletins de vote par correspondance. Alors même que la pratique (appelée « ballot harvesting ») est interdite par la loi du Wisconsin. Dès lors l’ensemble des bulletins recueillis dans ces boites à lettres auraient dû être invalidé, ce qui n’a pas été lé cas.

-Dans le Wisconsin des bulletins par correspondance ont été livrés au central de dépouillement avec l’enveloppe extérieure déjà ouverte, indiquant que ces bulletins avaient pu faire l’objet d’une manipulation.

-Dans le Wisconsin cent mille bulletins de vote reçus au-delà de la date limite ont été antidatés pour être comptabilisés, en violation des règles électorales.

-En Géorgie trois cent mille personnes ont été autorisées à voter en personne alors qu’elles avaient demandé un bulletin de vote par correspondance.

-En Pennsylvanie les bulletins de vote ont été acceptés jusqu’à trois jours après la date limite de vote. En violation de la loi de l’Etat et d’une décision de la Cour Suprême des Etats-Unis.

-Toujours en Pennsylvanie des personnes non inscrites sur les listes électorales ont été autorisées à voter en utilisant une autre identité, sur les conseils de juristes mobilisés par les autorités électorales.

-Toujours en Pennsylvanie, 4 500 bulletins reçus par correspondance et improprement remplis ont été corrigés par les employés électoraux. Cette pratique est illégale et ces bulletins auraient dû être invalidés.

-La présence de militants, portant des T-Shirts « Black Lives Matter » ou d’autres affiliations démocrates a été observée aux abords de centres de vote et jusque dans les centres de dépouillement. Cela constitue une forme d’intimidation interdite par la loi américaine.

Et il y a les fameux « pics » de voix favorables à Joe Biden !

Qu’une machine attribue des votes à un candidat par erreur peut arriver. Par contre que ces erreurs aillent toujours dans le même sens, en l’occurrence en faveur du candidat démocrate, pose un vrai problème de crédibilité du dépouillement. Or c’est ce qui s’est passé dans les Etats décisifs dans la nuit du 3 au 4. En Géorgie, à 1h30 du matin, alors que le décompte était officiellement suspendu, Biden a vu son total augmenté de plus de cent mille voix. Dans le Wisconsin, Biden a reçu cent quarante-trois mille voix à 4h du matin, contre zéro à Trump. Dans le Michigan même chose 6h30 le matin du 4 novembre, avec cette fois 147 000 vois de plus pour Joe Biden.

Comment expliquer ces poussées soudaines, en faveur d’un candidat, toujours le même ? Outre l’erreur humaine ou technique, l’explication la plus simple est celle d’un bourrage des urnes. D’ailleurs l’Amérique entière a été le témoin d’un potentiel bourrage des urnes grâce aux images d’une vidéo de surveillance placée dans un centre de dépouillement en Géorgie. On peut y voir quatre employés sortir des valises de dessous une table et comptabiliser ces bulletins après que les observateurs ont été renvoyés sous prétexte que le dépouillement était suspendu pour la nuit. Ce décompte a coïncidé avec une vive poussée des votes en faveur de Joe Biden !

En elle-même la vidéo ne prouve pas qu’il y a eu fraude ! On ne sait pas d’où venaient les valises de bulletins et il n’est pas illégal de décompter les bulletins sans la présence d’observateurs, celle-ci est simplement recommandée pour éviter les contestations. Mais cette vidéo suscite suffisamment de questions pour justifier une enquête. Or il n’en a rien été. Elle a été honteusement ignorée par les médias et par les autorités. Comme s’il ne fallait surtout pas que l’on sache ce qu’il en était vraiment. Alors, qu’au contraire, il aurait été essentiel de démystifier la vidéo pour rétablir la crédibilité du système. C’est l’inverse qui s’est produit.

Enfin il faut évoquer les problèmes liés aux machines de vote. Les sociétés Dominion et Smartmatic qui fournissent à la fois les machines et les logiciels ont été gravement mises en cause. Dans le Michigan, une machine a attribué par erreur six mille voix destinées à Donald Trump à son adversaire Joe Biden. Officiellement l’erreur a été découverte et corrigée, mais l’examen des machines a révélé un taux d’erreur de 68%. Ce qui est ahurissant, sachant que la commission électorale fédérale ne tolère qu’un taux d’erreur de 0,0008% pour valider l’utilisation d’une machine ! Combien d’erreurs similaires ont ainsi pu se produire sans être détectées… ?

Quoi qu’en disent les Démocrates et leurs alliées dans les médias, les problèmes de l’élection présidentielle 2020 sont liés dans 99% des cas au vote par correspondance. Celui-ci a été massivement étendu et a effectivement ouvert la porte à des manipulations massives et des fraudes destinées à favoriser Joe Biden et les Démocrates.

C’est le cas concernant le processus de vérification des signatures. Dans certains Etats, dont le Nevada et la Géorgie, les réglages des machines destinées à vérifier les signatures ont été abaissés de manière à ne rejeter quasiment aucun bulletin. Rien de techniquement illégal, mais une volonté évidente d’enregistrer le maximum de votes, légaux et valides ou pas.

Dans le seul comté de Clark au Nevada, bastion favorable à Biden, 130 000 bulletins supplémentaires ont pu être validés soit près de trois fois l’écart des voix en faveur de Biden. Même chose en Géorgie. Le taux d’invalidation des votes a été de 0,3% en 2020 contre 6% en 2016 et les années précédentes. Alors même que la quantité de votes par correspondance était annoncée comme particulièrement élevée du fait de la pandémie, les autorités ont décidé de baisser la garde, ouvrant la porte à de massives fraudes potentielles.

Il ne sert malheureusement à rien de se lamenter sur le lait renversé. L’élection a eu lieu, Biden a été déclaré vainqueur, les Démocrates ont réussi leur coup. A défaut d’inverser le résultat, les objections qui seront soulevées devant le Congrès serviront à affirmer haut et fort qu’ils ont été pris en flagrant délit et que si l’expérience démocratique américaine veut se poursuivre ils doivent être empêchés de récidiver. Et ce dès le scrutin sénatorial de Géorgie, le 5 janvier 2021.

Voir également:

Des manifestants accusés d’avoir jeté des cocktails Molotov sur des véhicules de la police de New York risquent la prison à vie

Lorenz Duchamps

Epoch times
16 juin 2020

Trois personnes accusées d’être impliquées dans deux attaques distinctes au cocktail Molotov sur des véhicules de police du Département de police de la ville de New York (NYPD) pourraient être condamnées à perpétuité si elles sont reconnues coupables de toutes les accusations.

Les suspects identifiés sont Samantha Shader, 27 ans, de Catskill, et deux avocats de Brooklyn, Colinford Mattis, 31 ans, et Urooj Rahman, 32 ans, selon un communiqué de presse du bureau du procureur du district Est de New York.

« Un peu plus d’une semaine après leur arrestation, Samantha Shader, Colinford Mattis et Urooj Rahman ont été inculpés de sept chefs d’accusation en réponse à leurs attaques potentiellement mortelles », a déclaré le directeur adjoint du FBI William F. Sweeney. « Leur comportement criminel a mis des vies en danger, a détruit des équipements qui servent la communauté, a siphonné les ressources d’intervention et a créé une menace pour ceux qui avaient le droit de se réunir et d’exprimer leur opinion en toute sécurité. »

Les trois résidents de New York risquent la prison à vie. Chacun d’entre eux a été accusé d’avoir utilisé des explosifs, d’avoir utilisé des explosifs pour commettre un crime, d’incendie criminel, d’utilisation d’un dispositif de destruction, de conspiration en vue d’un incendie criminel, de désordre civil et de création et possession d’un dispositif de destruction.

Urooj Rahman (à gauche) et Colinford Mattis ont été inculpés pour avoir prétendument lancé des cocktails Molotov sur un véhicule de la police de New York. (Bureau du procureur américain – district Est de New York)
Samantha Shader, 27 ans, de Catskill, New York, sur une photo de présentation. (Centre de sécurité publique du comté de Pottawatomie)

« Ceux qui mènent des attaques contre des officiers ou des véhicules de la police de New York ne sont pas des manifestants, ce sont des criminels, et ils seront traités comme tels », a déclaré le procureur américain Richard P. Donoghue.

Personne n’a été blessé lors de ces deux incidents, qui ont eu lieu lors d’une manifestation à la fin du mois dernier. La bouteille enflammée de Samantha Shader n’a pas explosé le 30 mai dernier, lorsqu’elle a été lancée contre un véhicule de la police de New York, occupé par quatre officiers de police, brisant deux de ses vitres, selon le dossier du tribunal (pdf).

L’explosif que Urooj Rahman et Colinford Mattis auraient lancé le 29 mai a effectivement mis le feu au véhicule de police inoccupé dans le quartier de Fort Greene à Brooklyn. Les suspects ont ensuite fui la scène à bord d’un minivan de couleur fauve, selon les procureurs.

Les policiers ont poursuivi le minivan et ont arrêté Urooj Rahman et Colinford Mattis, qui conduisait apparemment le véhicule. À l’intérieur, les agents ont déclaré avoir trouvé différents éléments destinés aux cocktails Molotov, dont un briquet, une bouteille remplie de papier toilette et de liquide, sans doute de l’essence, ainsi que d’autres bouteilles et du papier toilette.

Les restes d’un véhicule de police calciné ont été vandalisés lors des émeutes qui ont eu lieu dans le quartier de Fort Greene, à Brooklyn, dans l’État de New York, le 29 mai 2020. (Thomas Urbain/AFP via Getty Images)

Samantha Shader a également été filmée par une caméra de surveillance, les officiers ont procédé à son arrestation après qu’elle a lancé l’explosif.

« La violence, comme celle qui est alléguée ici, non seulement met en danger nos officiers de police de New York, mais menace le droit constitutionnel pour les personnes qui veulent manifester pacifiquement. Ces mises en accusation par nos partenaires fédéraux traduisent notre condamnation commune pour ce type d’actes isolés qu’une société juste ne pourra jamais tolérer », a déclaré le commissaire de la police de New York, Dermot F. Shea.

L’affaire a suscité un grand intérêt, car Urooj Rahman et Colinford Mattis sont tous deux avocats.

Selon son profil LinkedIn, Colinford Mattis est employé par Pryor Cashman LLP, tandis que Urooj Rahman est une avocate spécialisée dans les droits de l’homme.

Urooj Rahman a été libérée sous caution par un autre avocat, Salmah Rizvi, basé à Washington, qui a travaillé dans les départements d’État et de la Défense sous l’ancien président Barack Obama. Colinford Mattis a également été libéré sous caution.

Mais tous deux sont retournés en prison la semaine dernière lorsque la Cour d’appel américaine pour le second circuit a accédé à la demande de sursis d’urgence du procureur.

Voir de même:

(Alvin Chang/Vox)

Higher crime in black communities doesn’t fully explain the disparities. A 2015 study by researcher Cody Ross found, « There is no relationship between county-level racial bias in police shootings and crime rates (even race-specific crime rates), meaning that the racial bias observed in police shootings in this data set is not explainable as a response to local-level crime rates. » That suggests something else — such as, potentially, racial bias — is going on.

But Thompson said it also takes years of neglect, despite peaceful calls for change, for discontent to turn into violence. « Riots never come first, » she said. « They only come after a sustained attempt to change whatever is the problem through other means. »

In the 1960s, people engaged in nonviolent protests as part of the Civil Rights Movement, filed complaints through the NAACP, complained to media, and threatened litigation, Thompson said.

In Baltimore, locals complained to media, filed lawsuits over police abuse, and, finally, protested peacefully for weeks before the protests turned violent. In Charlotte, black communities have long complained about mistreatment by police — including, previously, the 2013 police shooting of Jonathan Ferrell, an unarmed 24-year-old black man who was shot 10 times and killed by a white police officer after he crashed his car.

It was only when these attempts at drawing attention to systemic problems failed that demonstrators rose up in violence, including in modern-day Baltimore and Charlotte.

« I was one of the ones who started the peaceful protests … the first seven days [after Gray’s death], when it was fine and dandy, » William Stewart, a West Baltimore resident who didn’t participate in the riots, told Jenée Desmond-Harris for Vox. « I walked about 101 miles in peace. But if you protest peacefully, they don’t give a shit. »

Violent demonstrations can and have spurred change

Social justice riots are often depicted as people senselessly destroying their own communities to no productive means. President Barack ObamaBaltimore Mayor Stephanie Rawlings-Blake, and members of the media all used this type of characterization to describe the riots in Baltimore. It was a widespread sentiment online after the Charlotte protests, too.

But riots can and have led to substantial reforms in the past, indicating that they can be part of a coherent political movement. By drawing attention to some of the real despair in destitute communities, riots can push the public and leaders to initiate real reforms to fix whatever led to the violent rage.

« When you have a major event like this, the power structure has to respond, » Hunt of UCLA said. « Some very concrete, material things often come out of these events. »

The 1960s unrest, for example, led to the Kerner Commission, which reviewed the cause of the uprisings and pushed reforms in local police departments. The changes to police ended up taking various forms: more active hiring of minority police officers, civilian review boards of cases in which police use force, and residency requirements that force officers to live in the communities they police.

« This is one of the greatest ironies. People would say that this kind of level of upheaval in the streets and this kind of chaos in the streets is counterproductive, » Thompson said. « The fact of the matter is that it was after every major city in the urban north exploded in the 1960s that we get the first massive probe into what was going on — known as the Kerner Commission. »

Sugrue agreed. « It’s safe to say some changes would have happened a lot more slowly had there not been disruptive protests, » he said.

Similarly, in Los Angeles, the 1992 riots led the Los Angeles Police Department to implement reforms that put more emphasis on community policing and diversity. The reforms appear to have worked, to some extent: Surveys from the Los Angeles Times found approval of the LAPD rose from 40 percent in 1991 to 77 percent in 2009 — although approval among Hispanic and black residents was lower, at 76 percent and 68 percent respectively. It’s hard to say, but these types of changes might have prevented more riots over policing issues in Los Angeles.

« It’s not perfect — far from that, » Hunt said. « But it’s better. »

But there’s always the threat of backlash to riots

Rioting can spur change, but it can also lead to destructive backlash.

In the immediate aftermath, riots can scare away investment and business from riot-torn communities. This is something that remains an issue in West Baltimore, where some buildings are still scarred by the 1968 riots.

In the long term, they can also motivate draconian policy changes that emphasize law and order above all else. The « tough on crime » policies enacted in the 1970s through 1990s are mostly attributed to urban decay brought on by suburbanization, a general rise in crime, and increasing drug use, but Thompson and Sugrue argued that the backlash to the 1960s riots was also partly to blame.

« Riots cut both ways, » Sugrue said. « They do give a voice to the voiceless, but they can also lead to consequences that those who are challenging the system don’t intend. »

The « tough on crime » policies pushed a considerably harsher approach in the criminal justice system, with a goal of deterring crime with the threat of punishment. Police were evaluated far more on how many arrests they carried out, even for petty crimes like loitering. Sentences for many crimes dramatically increased. As a result, levels of incarceration skyrocketed in the US, with black men at far greater risk of being jailed or imprisoned than other segments of the population.

The irony is that many of these « tough on crime » policies led to the current distrust of police in cities like Baltimore, as David Simon, creator of The Wire and former Baltimore crime reporter, explained to the Bill Keller at the Marshall Project:

[I]t’s time to make new sergeants or lieutenants, and so you look at the computer and say: Who’s doing the most work? And they say, man, this guy had 80 arrests last month, and this other guy’s only got one. Who do you think gets made sergeant? And then who trains the next generation of cops in how not to do police work? I’ve just described for you the culture of the Baltimore police department amid the deluge of the drug war, where actual investigation goes unrewarded and where rounding up bodies for street dealing, drug possession, loitering such — the easiest and most self-evident arrests a cop can make — is nonetheless the path to enlightenment and promotion and some additional pay.

So by viewing riots as criminal acts instead of legitimate political displays of anger at systemic failures, the politicians of the 1970s, ’80s, and ’90s pushed some policies that actually fostered further anger toward police — even as other, positive reforms were simultaneously spurred by urban uprisings. By misunderstanding the purpose of the riots, public officials made events like them more likely.

« By having done that, these communities are far worse off, » Thompson said. « The crisis of police brutality, poverty, exploitation, and black citizens not feeling like full citizens have all gotten much, much worse in 40 years. »

Voir de même:

Natalie Escobar
NPR

In the past months of demonstrations for Black lives, there has been a lot of condemnation of looting. Whether it was New York Gov. Andrew Cuomo saying that stealing purses and sneakers from high-end stores in Manhattan was « inexcusable, » or St. Paul, Minn., Mayor Melvin Carter saying looters were « destroy[ing] our community, » police officers, government officials and pundits alike have denounced the property damage and demanded an end to the riots. And just last week, rioters have burned buildings and looted stores in Kenosha, Wis., following the police shooting of Jacob Blake, to which Sen. Ron Johnson, R-Wis., has said: « Peaceful protesting is a constitutionally protected form of free speech. Rioting is not. »

Writer Vicky Osterweil’s book, In Defense of Looting, came out on Tuesday. Osterweil is a self-described writer, editor and agitator who has been writing about and participating in protests for years. And her book arrives as the continued protests have emerged as a bitter dividing point in the presidential race.

When she finished it, back in April, she wrote that « a new energy of resistance is building across the country. » Now, as protests and riots continue to grip cities, she stakes out a provocative position: that looting is a powerful tool to bring about real, lasting change in society. The rioters who smash windows and take items from stores, she claims, are engaging in a powerful tactic that questions the justice of « law and order, » and the distribution of property and wealth in an unequal society.

I spoke with Osterweil, and our conversation has been edited and condensed for clarity.


For people who haven’t read your book, how do you define looting?

When I use the word looting, I mean the mass expropriation of property, mass shoplifting during a moment of upheaval or riot. That’s the thing I’m defending. I’m not defending any situation in which property is stolen by force. It’s not a home invasion either. It’s about a certain kind of action that’s taken during protests and riots.

Looting is a highly racialized word from its very inception in the English language. It’s taken from Hindi, lút, which means « goods » or « spoils, » and it appears in an English colonial officer’s handbook [on « Indian vocabulary »] in the 19th century.

During the uprisings of this past summer, rioting and looting have often gone hand in hand. Can you talk about the distinction you see between the two?

« Rioting » generally refers to any moment of mass unrest or upheaval. Riots are a space in which a mass of people has produced a situation in which the general laws that govern society no longer function, and people can act in different ways in the street and in public. I’d say that rioting is a broader category in which looting appears as a tactic.

Often, looting is more common among movements that are coming from below. It tends to be an attack on a business, a commercial space, maybe a government building — taking those things that would otherwise be commodified and controlled and sharing them for free.

Can you talk about rioting as a tactic? What are the reasons people deploy it as a strategy?

It does a number of important things. It gets people what they need for free immediately, which means that they are capable of living and reproducing their lives without having to rely on jobs or a wage — which, during COVID times, is widely unreliable or, particularly in these communities is often not available, or it comes at great risk. That’s looting’s most basic tactical power as a political mode of action.

It also attacks the very way in which food and things are distributed. It attacks the idea of property, and it attacks the idea that in order for someone to have a roof over their head or have a meal ticket, they have to work for a boss, in order to buy things that people just like them somewhere else in the world had to make under the same conditions. It points to the way in which that’s unjust. And the reason that the world is organized that way, obviously, is for the profit of the people who own the stores and the factories. So you get to the heart of that property relation, and demonstrate that without police and without state oppression, we can have things for free.

Importantly, I think especially when it’s in the context of a Black uprising like the one we’re living through now, it also attacks the history of whiteness and white supremacy. The very basis of property in the U.S. is derived through whiteness and through Black oppression, through the history of slavery and settler domination of the country. Looting strikes at the heart of property, of whiteness and of the police. It gets to the very root of the way those three things are interconnected. And also it provides people with an imaginative sense of freedom and pleasure and helps them imagine a world that could be. And I think that’s a part of it that doesn’t really get talked about — that riots and looting are experienced as sort of joyous and liberatory.

What are some of the most common myths and tropes that you hear about looting?

One of the ones that’s been very powerful, that’s both been used by Donald Trump and Democrats, has been the outside agitator myth, that the people doing the riots are coming from the outside. This is a classic. This one goes back to slavery, when plantation owners would claim that it was Freedmen and Yankees coming South and giving the enslaved these crazy ideas — that they were real human beings — and that’s why they revolted.

Another trope that’s very common is that looters and rioters are not part of the protest, and they’re not part of the movement. That has to do with the history of protesters trying to appear respectable and politically legible as a movement, and not wanting to be too frightening or threatening.

Another one is that looters are just acting as consumers: Why are they taking flat-screen TVs instead of rice and beans? Like, if they were just surviving, it’d be one thing, but they’re taking liquor. All these tropes come down to claiming that the rioters and the looters don’t know what they’re doing. They’re acting, you know, in a disorganized way, maybe an « animalistic » way. But the history of the movement for liberation in America is full of looters and rioters. They’ve always been a part of our movement.

In your book, you note that a lot of people who consider themselves radical or progressive criticize looting. Why is this common?

I think a lot of that comes out of the civil rights movement. The popular understanding of the civil rights movement is that it was successful when it was nonviolent and less successful when it was focused on Black power. It’s a myth that we get taught over and over again from the first moment we learn about the civil rights movement: that it was a nonviolent movement, and that that’s what matters about it. And it’s just not true.

Nonviolence emerged in the ’50s and ’60s during the civil rights movement, [in part] as a way to appeal to Northern liberals. When it did work, like with the lunch counter sit-ins, it worked because Northern liberals could flatter themselves that racism was a Southern condition. This was also in the context of the Cold War and a mass anticolonial revolt going on all over Africa, Southeast Asia and Latin America. Suddenly all these new independent nations had just won liberation from Europe, and the U.S. had to compete with the Soviet Union for influence over them. So it was really in the U.S.’ interests to not be the country of Jim Crow, segregation and fascism, because they had to appeal to all these new Black and brown nations all over the world.

Those two things combined to make nonviolence a relatively effective tactic. Even under those conditions, Freedom Riders and student protesters were often protected by armed guards. We remember the Birmingham struggle of ’63, with the famous photos of Bull Connor releasing the police dogs and fire hoses on teenagers, as nonviolent. But that actually turned into the first urban riot in the movement. Kids got up, threw rocks and smashed police cars and storefront windows in that combat. There was fear that that kind of rioting would spread. That created the pressure for Robert F. Kennedy to write the civil rights bill and force JFK to sign it.

But there’s also another factor, which is anti-Blackness and contempt for poor people who want to live a better life, which looting immediately provides. One thing about looting is it freaks people out. But in terms of potential crimes that people can commit against the state, it’s basically nonviolent. You’re mass shoplifting. Most stores are insured; it’s just hurting insurance companies on some level. It’s just money. It’s just property. It’s not actually hurting any people.

During recent riots, a sentiment I heard a lot was that looters in cities like Minneapolis were hurting their own cause by destroying small businesses in their own neighborhoods, stores owned by immigrants and people of color. What would you say to people who make that argument?

People who made that argument for Minneapolis weren’t suddenly celebrating the looters in Chicago, who drove down to the richest part of Chicago, the Magnificent Mile, and attacked places like Tesla and Gucci — because it’s not really about that. It’s a convenient way of positioning yourself as though you are sympathetic.

But looters and rioters don’t attack private homes. They don’t attack community centers. In Minneapolis, there was a small independent bookstore that was untouched. All the blocks around it were basically looted or even leveled, burned down. And that store just remained untouched through weeks of rioting.

To say you’re attacking your own community is to say to rioters, you don’t know what you’re doing. But I disagree. I think people know. They might have worked in those shops. They might have shopped and been followed around by security guards or by the owner. You know, one of the causes of the L.A. riots was a Korean small-business owner [killing] 15-year-old Latasha Harlins, who had come in to buy orange juice. And that was a family-owned, immigrant-owned business where anti-Blackness and white supremacist violence was being perpetrated.

What would you say to people who are concerned about essential places like grocery stores or pharmacies being attacked in those communities?

When it comes to small business, family-owned business or locally owned business, they are no more likely to provide worker protections. They are no more likely to have to provide good stuff for the community than big businesses. It’s actually a Republican myth that has, over the last 20 years, really crawled into even leftist discourse: that the small-business owner must be respected, that the small-business owner creates jobs and is part of the community. But that’s actually a right-wing myth.

A business being attacked in the community is ultimately about attacking like modes of oppression that exist in the community. It is true and possible that there are instances historically when businesses have refused to reopen or to come back. But that is a part of the inequity of the society, that people live in places where there is only one place where they can get access to something [like food or medicine]. That question assumes well, what if you’re in a food desert? But the food desert is already an incredibly unjust situation. There’s this real tendency to try and blame people for fighting back, for revealing the inequity of the injustice that’s already been formed by the time that they’re fighting.

I have heard a lot of talk about white anarchists who weren’t part of the movement, but they just came in to smash windows and make a ruckus.

It’s a classic trope, because it jams up people who might otherwise be sort of sympathetic to looters. There’s a reason that Trump has embraced the « white anarchist » line so intensely. It does a double service: It both creates a boogeyman around which you can stir up fear and potential repression, and it also totally erases the Black folks who are at the core of the protests. It makes invisible the Black people who are rising up and who are initiating this movement, who are at its core and its center, and who are doing its most important and valuable organizing and its most dangerous fighting.

One thing that you’re really careful about in your book is how you talk about violence at riots. You make the distinction between violence against property, like smashing a window or stealing something, versus violence against a human body. And I’m wondering if you can talk a little bit about why making that distinction is important to you.

Obviously, we object to violence on some level. But it’s an incredibly broad category. As you pointed out, it can mean both breaking a window, lighting a dumpster on fire, or it can mean the police murdering Tamir Rice. That word is not strategically helpful. The word that can mean both those things cannot be guiding me morally.

There’s actually a police tactic for this, called controlled management. Police say, « We support peaceful, nonviolent protesters. We are out here to protect them and to protect them from the people who are being violent. » That’s a police strategy to divide the movement. So a nonviolent protest organizer will tell the police their march route. Police will stop traffic for them. So you’ve got a dozen heavily armed men standing here watching you march. That doesn’t make me feel safe. What about that is nonviolent? Activists themselves are doing no violence, but there is so much potential violence all around them.

Ultimately, what nonviolence ends up meaning is that the activist doesn’t do anything that makes them feel violent. And I think getting free is messier than that. We have to be willing to do things that scare us and that we wouldn’t do in normal, « peaceful » times, because we need to get free.

Voir de plus:

In late August, when riots erupted in Kenosha, Wisconsin, CNN featured a reporter standing in front of a burning car lot above a chyron that read: “Fiery but mostly peaceful protests after police shooting.” The use of the chyron was striking in its peculiar earnestness, considering that the words “mostly peaceful protest” had long since become a bitter in-joke for right-leaning social media. Indeed, from the moment the first protests began in late May, mainstream media outlets have downplayed or ignored instances of violence or destructive looting. On May 29, MSNBC’s Ali Velshi was reporting from Minneapolis in the aftermath of the killing of George Floyd when he insisted he was seeing “mostly a protest” that “is not, generally speaking, unruly” despite the fact that he was literally standing in front of a burning building at the time.

Yet Velshi was hesitant to ascribe blame to the arsonists and looters. “There is a deep sense of grievance and complaint here, and that is the thing,” he explained. “That when you discount people who are doing things to public property that they shouldn’t be doing, it does have to be understood that this city has got, for the last several years, an issue with police, and it’s got a real sense of the deep sense of grievance of inequality.”

Reporters such as the New York Times’ Julie Bosman openly struggled to describe what happened in places like Kenosha by using words like “riots” or “violence.” “And there was also unrest. There were trucks that were burned. There were fires that were set,” Bosman said, relying on the passive voice in an appearance on The Daily, the Times’ podcast. “People were throwing things at the police. It was a really tense scene.” So tense, in fact, that the next night, when protestors clashed with volunteer militia members and a 17-year-old named Kyle Rittenhouse shot three of them, killing two, Bosman wasn’t there to cover it. “It felt like the situation was a little out of control. So I decided to get in my car and leave,” she explained.

Why would a Times journalist need to flee from a “mostly peaceful” protest?

A few days after his network’s “mostly peaceful” chryron, CNN’s Chris Cillizza tweeted, “Trump’s effort to label what is happening in major cities as ‘riots’ speaks at least somewhat to his desperation, politically speaking.” Cillizza then linked to a CNN story whose featured image was a police officer in riot gear standing in front of a burning building in Kenosha. In July, NBC’s local television station in Oakland featured a headline that read: “Group Breaks Off of Mostly Peaceful Protest, Vandalizes Police Station, Sets Courthouse on Fire.” On June 3, the Wisconsin State Journal in Madison actually ran this headline: “Third night of looting follows third night of mostly peaceful protest.”

Despite the media’s strenuous effort to downplay their existence, the destructive riots and looting this summer were easily found by anyone willing to look. Six weeks into the summer’s protests, independent journalist Michael Tracey drove across the country documenting them. As he wrote in the UK digital magazine, Unherd: “From large metro areas like Chicago and Minneapolis/St. Paul, to small and mid-sized cities like Fort Wayne, Indiana, and Green Bay, Wisconsin, the number of boarded up, damaged or destroyed buildings I have personally observed—commercial, civic, and residential—is staggering.” Andy Ngo and other nonmainstream types have spent months documenting the destruction in cities like Portland and Seattle. And yet, the “peaceful protest” mantra has remained ubiquitous.

Moreover, when media outlets did acknowledge protest-related violence, they often implied that it was instigated by the members of law enforcement sent to respond to it. In a roundup about protests on a single day in early June, for example, the New York Times featured headlines such as “Police crack down after curfew in the Bronx” and “Police use tear gas to break up protest in Atlanta.” Later that month, the New York Times featured a tweet thread with video of protests in Seattle that included images of police in tactical gear and the statement: “Officers dressed for violence sometimes invite it.”

Some journalists sought not to deny that violence was happening, but to engage in whataboutism regarding its effects. GQ correspondent Julia Ioffe tweeted, “So in case you’re keeping track, being very frustrated by the continual and unpunished killing of Black people by police that you decide to burn and loot—bad. If you’re so frustrated by some protesters burn and loot that you decide to kill some of them—totally understandable.”

Reporters invested in the “mostly peaceful” narrative mocked people who were concerned about increases in violent crime and civil unrest. In September, CNN correspondent Josh Campbell tweeted a bucolic scene from a park in Portland and wrote, “Good morning from wonderful Portland, where the city is not under siege and buildings are not burning to the ground. I also ate my breakfast burrito outside today and so far haven’t been attacked by shadowy gangs of Antifa commandos.” At that point, nearby parts of the city had been effectively under siege by antifa and Black Lives Matter rioters for months, and a protestor had recently shot and killed a Trump supporter in cold blood.

Paul Krugman of the New York Times joined in, tweeting, “I went for a belated NYC run this morning, and am sorry to report that I saw very few black-clad anarchists. Also, the city is not yet in flames…claims of urban anarchy are almost entirely fantasy.”

Worse, journalists committed to the “mostly peaceful” narrative have targeted fellow journalists who don’t fall into line with the messaging. The most outrageous example came when the Intercept’s Lee Fang was denounced on social media as a racist by fellow staffer Akela Lacy after he reported on communities of color negatively affected by the rioting and looting. Lacey described Fang’s reporting as “continuing to push racist narratives” when Fang allowed a black resident of a looted neighborhood to raise concerns about the damage. Fang was forced to apologize.

The journalists who attempt to explain away or justify the violence that erupted during some protests do so because they believe the cause is righteous. As E. Alex Jung of New York magazine argued, “the entire journalistic frame of ‘objectivity’ and political neutrality is structured around white supremacy.” How can a good journalist do anything but promote a narrative sympathetic to protestors supposedly fighting it? Needless to say, such justifications and excuse-making would never happen if pro-life or pro–Second Amendment protestors turned to looting and violence.

The problem with such ideologically motivated narratives is that, once crafted, they require strenuous effort and often outrageous contortions to maintain. Ultimately, they have the effect of legitimizing extremism and lawlessness, which undermine whatever cause the majority of protestors who don’t partake in violence are promoting. It’s also offensive to those who must suffer the costs of the destruction. One assessment by the Andersen Economic Group of just one week of rioting and looting in major cities (from May 29 to June 3) placed the costs of the destruction at $400 million, an estimate that did not include the costs to state and local governments or the damage done in smaller cities and towns.

Social scientists swooped in to try and save the day for the “mostly peaceful” argument. A report by the Armed Conflict Location and Event Data Project, issued in September in partnership with Princeton University’s Bridging Divides Initiative, concluded that 93 percent of the summer’s protests were peaceful. The ACLED had made its agenda clear in June, when it issued a statement of solidarity with the same protests its report purports to analyze and called for “systemic and peaceful change.” Nonetheless, the report cannot suppress the facts it gathered; by the researchers’ own estimates, there were more than 500 violent riots related to Black Lives Matter gatherings across the country this summer.

But at least the others were “mostly peaceful.”

Voir encore:

Trump s’est réfugié dans un bunker de la Maison Blanche alors que les manifestations faisaient rage

Vendredi soir, des agents des Services secrets ont précipité le président américain Donald Trump dans un bunker de la Maison Blanche alors que des centaines de manifestants se rassemblaient devant le manoir exécutif, certains d’entre eux jetant des pierres et tirant sur les barricades de la police.Trump a passé près d’une heure dans le bunker, qui a été conçu pour être utilisé dans des situations d’urgence telles que des attaques terroristes, selon un républicain proche de la Maison Blanche qui n’était pas autorisé à discuter publiquement de questions privées et a parlé sous couvert d’anonymat. Le récit a été confirmé par un responsable de l’administration qui s’est également exprimé sous couvert d’anonymat.

La décision abrupte des agents a souligné l’humeur agitée à l’intérieur de la Maison Blanche, où les chants des manifestants à Lafayette Park ont ​​pu être entendus tout le week-end et les agents des services secrets et les forces de l’ordre ont eu du mal à contenir la foule.

Les manifestations de vendredi ont été déclenchées par la mort de George Floyd, un homme noir décédé après avoir été coincé au cou par un policier blanc de Minneapolis. Les manifestations à Washington sont devenues violentes et ont semblé surprendre les officiers. Ils ont déclenché l’une des alertes les plus élevées sur le complexe de la Maison Blanche depuis les attentats du 11 septembre 2001.

« La Maison Blanche ne commente pas les protocoles et décisions de sécurité », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche Judd Deere. Les services secrets ont déclaré ne pas discuter des moyens et méthodes de ses opérations de protection. Le déménagement du président dans le bunker a été signalé pour la première fois par le New York Times.

Le président et sa famille ont été ébranlés par la taille et le venin de la foule, selon le républicain. Il n’était pas immédiatement clair si la première dame Melania Trump et le fils de 14 ans du couple, Barron, avaient rejoint le président dans le bunker. Le protocole des services secrets aurait exigé que toutes les personnes sous la protection de l’agence soient dans l’abri souterrain.

Trump a déclaré à ses conseillers qu’il s’inquiétait pour sa sécurité, tout en louant en privé et en public le travail des services secrets.

Trump s’est rendu en Floride samedi pour voir le premier lancement spatial habité des États-Unis en près d’une décennie. Il est retourné dans une Maison Blanche sous siège virtuel, avec des manifestants – certains violents – rassemblés à quelques centaines de mètres de là pendant une grande partie de la nuit.

Les manifestants sont revenus dimanche après-midi, affrontant la police à Lafayette Park dans la soirée.

Trump a poursuivi ses efforts pour projeter sa force, en utilisant une série de tweets incendiaires et en livrant des attaques partisanes pendant une période de crise nationale.

Alors que les villes brûlaient nuit après nuit et que les images de violence dominaient la couverture télévisée, les conseillers de Trump ont discuté de la perspective d’une adresse au bureau ovale afin d’atténuer les tensions. L’idée a été rapidement abandonnée faute de propositions politiques et du désintérêt apparent du président pour délivrer un message d’unité.

Trump n’est pas apparu en public dimanche. Au lieu de cela, un responsable de la Maison Blanche qui n’était pas autorisé à discuter des plans à l’avance a déclaré que Trump devrait établir dans les prochains jours une distinction entre la colère légitime des manifestants pacifiques et les actions inacceptables des agitateurs violents.

Dimanche, Trump a retweeté un message d’un commentateur conservateur encourageant les autorités à répondre avec plus de force.

« Cela ne va pas s’arrêter tant que les gentils ne seront pas prêts à utiliser une force écrasante contre les méchants », a écrit Buck Sexton dans un message amplifié par le président.

Ces derniers jours, la sécurité à la Maison Blanche a été renforcée par la Garde nationale et du personnel supplémentaire des services secrets et de la police des parcs américains.

Dimanche, le ministère de la Justice a déployé des membres du US Marshals Service et des agents de la Drug Enforcement Administration pour compléter les troupes de la Garde nationale à l’extérieur de la Maison Blanche, selon un haut responsable du ministère de la Justice. Le fonctionnaire n’a pas pu discuter de la question en public et a parlé sous couvert d’anonymat.

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Lemire a rapporté de New York. L’écrivain d’Associated Press Michael Balsamo a contribué à ce rapport

Insurrections are common but Wednesday’s aborted insurrection on Capitol Hill was unique. The usual purpose of mobilizing a mass of people and deploying their sheer momentum against the edifices of power, a royal or presidential palace, or a parliament is to seize power—through the act of seizing that iconic building. But that is logically impossible when the ruler is not the enemy to be replaced but rather the intended beneficiary of the insurrection.

What happened was certainly not an attempted coup d’état, either. Coups must be subterranean, silent conspiracies that emerge only when the executors move into the seats of power to start issuing orders as the new government. A very large, very noisy and colorful gathering cannot attempt a coup.

There have been quite a few cases around the world of what is best described as mass intimidation directed against parliaments. But in all such cases it was some specific law that was wanted or not wanted, which legislators under the gun might then vote for or against. For that to happen, the legislators have to be all gathered in the legislature and kept there to be coerced. Most recently in Beirut last August, Lebanon’s Parliament was besieged by a crowd demanding and forcing the government’s resignation. This conspicuously did not happen in Washington on Wednesday because it was a crowd that invaded the building, not snatch teams sent to seize individual legislators to be cajoled or forced into their seats.

Given all these exclusions, only one description remains: a venting of accumulated resentments. Those who voted for President Trump saw his electoral victory denied in 2016 by numerous loud voices calling for “resistance” as if the president-elect were an invading foreign army. These voices were eagerly relayed and magnified by mass media, emphatically including pro-Trump media.

When Joe Biden is inaugurated on Jan. 20, Wednesday’s venting of resentments may prove to have been beneficial. Mr. Biden’s own conspicuous refusal to adopt the language of resistance in 2016—and his abstention from false accusations of collusion with Russia, even under extreme provocation about his son—makes it that much easier for the new president to be the healer he convincingly promised to be.

Overwrought talk of a coup attempt or an insurrectional threat seems to induce a pleasurable shiver in some people. But on Wall Street the market was supremely unimpressed: Stocks went up, because investors know it will all be over in two weeks.

Mr. Luttwak’s books include “Coup d’État: A Practical Handbook” (1968) and “The Endangered American Dream” (1993).

Voir aussi:

Le dernier front des syndicats américains

Le Midwest est le théâtre d’un bras de fer épique entre gouverneurs républicains et syndicats. Reportage dans le Wisconsin, épicentre de cette bataille qui préfigure la présidentielle de 2012.

À Madison (Wisconsin)

Arpentant jeudi dernier la place centrale de Madison, où trône le Capitole, un bâtiment d’un blanc éclatant coiffé d’une coupole qui rappelle le Congrès de Washington, le conseiller en stratégie politique républicain Scott Becher désigne du doigt les manifestants armés de pancartes et les camions des grandes chaînes de télé américaines garés sur le parvis. «Regardez-moi ça! CNN, ABC, NPR… Ils sont tous là et depuis trois semaines. Madison est devenu l’épicentre de la politique américaine. Peut-être l’élection présidentielle de 2012 vient-elle de commencer dans le Wisconsin.»

De l’intérieur de l’imposante bâtisse du Parlement de cet État politiquement crucial dans l’Amérique du Midwest, que se disputent régulièrement démocrates et républicains, parvient le bruit assourdissant de tam-tam africains sur lesquels des manifestants tapent en cadence. «Le Capitole envahi chaque jour par des milliers de personnes, 100.000 protestataires pendant les week-ends… C’est incroyable pour notre État, on n’avait jamais rien vu de pareil, en tout cas pas depuis l’époque des droits civiques ou du Vietnam», insiste Scott, abasourdi. «On n’est pas en Europe ici, et les syndicats n’ont cessé de perdre de leur influence, ce qui rend le phénomène d’autant plus impressionnant», confirme le journaliste Jason Stein, accrédité au Parlement pour le Journal Sentinel.

Depuis trois semaines, le Wisconsin vit en état de guerre politique et de paralysie législative. L’homme qui a déclenché la tempête est le nouveau gouverneur républicain, Scott Walker, un brun et fringant conservateur, fils de prêcheur baptiste soutenu par les Tea Party, qui se voit comme un «nouveau Reagan», investi d’une mission historique de rééquilibrage des finances publiques. Dopé par sa victoire en novembre, avec quelque 52% des suffrages (les républicains ont également pris les deux Chambres du Congrès local), il a tenté de faire passer en force une loi d’ajustement budgétaire qui coupe dans le vif des avantages accordés aux employés du secteur public. Invoquant la nécessité de partager l’effort budgétaire, le projet Walker prévoit de forcer les fonctionnaires à payer de leur poche 12,6% de leurs primes d’assurance-maladie, alors qu’ils cotisent à hauteur de 6% – et les salariés du privé de 29%. Ils devraient aussi contribuer pour leurs retraites à hauteur de 5,6% (zéro aujourd’hui).

Droits de négociation collectifs

La mesure n’aurait sans doute pas ému grand monde, dans une Amérique qui affectionne peu l’État-providence, les fonctionnaires comme les syndicats et comprend l’urgence de combler ses trous budgétaires, évalués par le gouverneur pour le seul Wisconsin à 137 millions de dollars cette année – 3,6 milliards pour les deux prochaines. Mais, en décidant de priver carrément les fonctionnaires locaux de leurs droits de négociation collectifs, le gouverneur a franchi une ligne rouge. «Même si beaucoup de gens sont méfiants à l’égard des syndicats, les milliers d’enseignants et d’employés concernés ont tiqué à l’idée de se retrouver sans recours, alors qu’ils ont été paupérisés par la crise financière de 2008», note la jeune représentante démocrate Kelda Helen Roys, installée dans son bureau où des activistes ont placardé des posters la remerciant de son soutien. «Les professeurs avaient conservé leur statut de membres des classes moyennes exclusivement grâce à leur endettement. Mais, avec la tempête financière qui a dévasté le secteur immobilier, la façade est tombée, dévoilant leur condition véritable», poursuit-elle, jugeant cet élément «capital» pour expliquer la mobilisation.

Les coupes sombres prévues dans le budget de l’éducation (834 millions de dollars), point sensible dans un État qui se vante d’avoir des universités publiques créatrices d’activité économique à haute valeur ajoutée, ont décuplé les inquiétudes, de même que l’annonce par le gouverneur de la vente des 37 centrales productrices d’électricité à des intérêts privés, décision qui fait craindre des licenciements massifs. La gauche a lu aussi avec effroi dans cette volonté de casser les syndicats, l’amorce d’une offensive républicaine destinée à priver le parti d’Obama de l’un de ses plus puissants contributeurs à un an de la présidentielle. «Pour moi, il s’agit de casser la machine électorale du Parti démocrate», affirme John Vander Meer, ex-conseiller d’un élu libéral.

Résultat, le projet Walker est devenu l’étincelle qui a embrasé le Wisconsin, suscitant une protestation qui a débouché sur une occupation pacifique du Parlement. Des pancartes notant que «l’éducation qui est l’avenir de nos enfants» tapissent les murs. Des milliers de post-it multicolores signés par les manifestants ont été collés sur les lourdes portes de bois du bâtiment. À l’intérieur, sous la Coupole, des happenings tenant autant du cirque que du combat politique, ont ameuté enseignants, pompiers et étudiants, ainsi que des centaines d’ex-activistes chevelus et barbus, qui semblent tout droit sortis de manifestations contre la guerre au Vietnam. «Le spectacle a été surréaliste, on a tout vu ici, même un chameau sous la rotonde», confie Jason, correspondant du Sentinel.

«Chacun a ses raisons d’être là»

Bonnet de laine sur la tête, enveloppée dans son manteau car il ne fait pas chaud sur la couverture qui lui tient lieu de QG, Sarah rêve d’une douche. Cette étudiante en médecine, qui est là «par solidarité avec ses professeurs», et parce qu’elle craint «un effondrement économique de l’État si on touche aux universités», a passé six jours et six nuits au pied d’un pilier de marbre vert. Elle montre les matelas, les réserves de pommes, d’oranges et de céréales offertes par des bénévoles. Il y a même un «coin calme» réservé aux enfants des protestataires. «Chacun a ses raisons d’être là», dit Sarah. Elle salue les policiers, qui gardent patiemment les lieux, des boules Quies dans les oreilles à cause du tam-tam. L’un d’eux glisse qu’il soutient les protestations. Un autre est au contraire favorable à un retour de l’ordre. «Le gouverneur a été élu, pourquoi ne pas le laisser travailler, les élections, cela a un sens», dit-il. «Le gouverneur n’avait jamais dit qu’il toucherait à ces droits syndicaux pendant sa campagne; nous ne pouvons le laisser casser 50 ans de d’acquis sociaux», réplique Céleste, une employée du privé, qui arbore un tee-shirt «Kill the bill», («Tuons la loi»).

Le projet de Walker a été voté à la Chambre des représentants du Wisconsin, mais les sénateurs démocrates, invoquant le caractère «exceptionnel» de la situation, ont fui vers l’Illinois pour empêcher un vote au Sénat. Furieux, le gouverneur a menacé de lancer la police à leurs trousses, initié un blocage du versement de leurs salaires et annoncé le compte à rebours pour 12.000 licenciements dans le secteur public si la loi ne passe pas. Son pari est que les mouvements ne sont qu’un baroud d’honneur des syndicats minoritaires et que la majorité silencieuse le soutient. De leur côté, les élus démocrates invoquent de récents sondages pour «souligner la légitimité de la politique de la chaise vide». Selon une enquête de l’Institut Rasmussen, près de 57% de la population de l’État seraient hostiles à la politique de Walker concernant les droits de négociation collectifs, alors qu’il est soutenu sur les augmentations des contributions à la santé et aux retraites.

«C’est comme la guerre de Corée!»

Résultat, l’impasse est totale. Les élus démocrates ont indiqué leur volonté de revenir à Madison, mais il est difficile de passer à l’acte sans avoir l’impression de capituler. «Quand on a tracé des lignes aussi intransigeantes, on se demande quelle peut être la sortie de crise, c’est comme la guerre de Corée!», note le stratège républicain Scott Becher. Il dit ne jamais avoir vu une telle division, malgré la tradition de combat social du Wisconsin, un État manufacturier pionnier dans la promotion des droits syndicaux.

De Madison à Washington, les observateurs se demandent si la bataille du Wisconsin va faire «tache d’huile», au-delà de la victoire probable du gouverneur à court terme. Certains prédisent que son courage politique lui vaudra au minimum une place de vice-président sur un ticket républicain. D’autres pensent au contraire qu’il surestime sa «main» et qu’il sera «révoqué» d’ici à un an, selon une procédure lancée par les démocrates visant à rassembler les signatures de 25% des votants, pour convoquer une nouvelle élection… Des révoltes sociales très comparables ont en tout cas éclaté dans l’Ohio et l’Indiana, mettant leurs gouverneurs républicains sur la défensive. Le conflit intéresse aussi les gouverneurs du Texas, Rick Perry, et du New Jersey, Chris Christie, qui se sont bien gardés, malgré leurs promesses de rigueur budgétaire, de toucher aux conventions collectives du secteur public. «Ce mouvement a indéniablement redynamisé la base démocrate», note Adam Schrager, journaliste de télévision local, qui se demande si la bataille du Wisconsin pourrait avoir le même «effet boule de neige» que la bataille de la santé a eu pour la mobilisation des Tea Party. «Ce qui se profile, c’est un discours de guerre de classe pour 2012, avec d’un côté les démocrates dénonçant Wall Street et les intérêts spéciaux, de l’autre les républicains fustigeant les syndicats.»

Conscient de l’importance de l’affrontement, mais soucieux de ne pas se mêler d’un combat dont l’issue reste incertaine, le président Obama est resté relativement discret. «Le président a d’autres chats à fouetter, il doit gérer les révoltes du Middle-East (Moyen-Orient). Nous nous occuperons du Midwest», dit Céleste en agitant le poing. Le journaliste Adam Schrager s’inquiète, quant à lui, de cette ambiance guerrière. Il a été stupéfait qu’un seul élu, le républicain Dale Schultz – «le seul adulte de toute cette histoire» – ait proposé un compromis. «Cela en dit long sur le fonctionnement politique général de notre pays, dit le reporter frustré. Nous ne cessons de recommencer les batailles du passé. Chaque nouvel élu se sent investi d’un mandat idéologique, alors que les gens veulent seulement que les partis s’allient pour résoudre les problèmes profonds qui se posent.»

Voir encore:

Cairo in Wisconsin
Andy Kroll
CBS news
February 27, 2011

The call reportedly arrived from Cairo. Pizza for the protesters, the voice said. It was Saturday, February 20th, and by then Ian’s Pizza on State Street in Madison, Wisconsin, was overwhelmed.

One employee had been assigned the sole task of answering the phone and taking down orders. And in they came, from all 50 states and the District of Columbia, from Morocco, Haiti, Turkey, Belgium, Uganda, China, New Zealand, and even a research station in Antarctica. More than 50 countries around the globe.  Ian’s couldn’t make pizza fast enough, and the generosity of distant strangers with credit cards was paying for it all.

Those pizzas, of course, were heading for the Wisconsin state capitol, an elegant domed structure at the heart of this Midwestern college town. For nearly two weeks, tens of thousands of raucous, sleepless, grizzled, energized protesters have called the stately capitol building their home. As the police moved in to clear it out on Sunday afternoon, it was still the pulsing heart of the largest labor protest in my lifetime, the focal point of rallies and concerts against a politically-charged piece of legislation proposed by Wisconsin Governor Scott Walker, a hard-right Republican.

That bill, officially known as the Special Session Senate Bill 11, would, among other things, eliminate collective bargaining rights for most of the state’s public-sector unions, in effect eviscerating the unions themselves. »Kill the bill! » the protesters chant en masse, day after day, while the drums pound and cowbells clang. « What’s disgusting? Union busting! »

One world, one pain

The spark for Wisconsin’s protests came on February 11th.  That was the day the Associated Press published a brief story quoting Walker as saying he would call in the National Guard to crack down on unruly workers upset that their bargaining rights were being stripped away. Labor and other left-leaning groups seized on Walker’s incendiary threat, and within a week there were close to 70,000 protesters filling the streets of Madison.

Six thousand miles away, February 11th was an even more momentous day. Weary but jubilant protesters on the streets of Cairo, Alexandria, and other Egyptian cities celebrated the toppling of Hosni Mubarak, the autocrat who had ruled over them for more than 30 years and amassed billions in wealth at their expense. « We have brought down the regime, » cheered the protesters in Cairo’s Tahrir Square, the center of the Egyptian uprising. In calendar terms, the demonstrations in Wisconsin, you could say, picked up right where the Egyptians left off.

I arrived in Madison several days into the protests. I’ve watched the crowds swell, nearly all of those arriving — and some just not leaving — united against Governor Walker’s « budget repair bill. » I’ve interviewed protesters young and old, union members and grassroots organizers, students and teachers, children and retirees. I’ve huddled with labor leaders in their Madison « war rooms, » and sat through the governor’s press conferences. I’ve slept on the cold, stone floor of the Wisconsin state capitol (twice). Believe me, the spirit of Cairo is here. The air is charged with it.

It was strongest inside the Capitol. A previously seldom-visited building had been miraculously transformed into a genuine living, breathing community.  There was a medic station, child day care, a food court, sleeping quarters, hundreds of signs and banners, live music, and a sense of camaraderie and purpose you’d struggle to find in most American cities, possibly anywhere else in this country. Like Cairo’s Tahrir Square in the weeks of the Egyptian uprising, most of what happens inside the Capitol’s walls is protest.

Egypt is a presence here in all sorts of obvious ways, as well as ways harder to put your finger on.  The walls of the capital, to take one example, offer regular reminders of Egypt’s feat. I saw, for instance, multiple copies of that famous photo on Facebook of an Egyptian man, his face half-obscured, holding a sign that reads: « EGYPT Supports Wisconsin Workers: One World, One Pain. » The picture is all the more striking for what’s going on around the man with the sign: a sea of cheering demonstrators are waving Egyptian flags, hands held aloft. The man, however, faces in the opposite direction, as if showing support for brethren halfway around the world was important enough to break away from the historic celebrations erupting around him.

Similarly, I’ve seen multiple copies of a statement by Kamal Abbas, the general coordinator for Egypt’s Center for Trade Unions and Workers Services, taped to the walls of the state capitol. Not long after Egypt’s January Revolution triumphed and Wisconsin’s protests began, Abbas announced his group’s support for the Wisconsin labor protesters in a page-long declaration that said in part: « We want you to know that we stand on your side. Stand firm and don’t waiver. Don’t give up on your rights. Victory always belongs to the people who stand firm and demand their just rights. »

Then there’s the role of organized labor more generally. After all, widespread strikes coordinated by labor unions shut down Egyptian government agencies and increased the pressure on Mubarak to relinquish power. While we haven’t seen similar strikes yet here in Madison — though there’s talk of a general strike if Walker’s bill somehow passes — there’s no underestimating the role of labor unions like the AFL-CIO, the Service Employees International Union (SEIU), the American Federation of State, County, and Municipal Employees, and the American Federation of Teachers in organizing the events of the past two weeks.

Faced with a bill that could all but wipe out unions in historically labor-friendly states across the Midwest, labor leaders knew they had to act — and quickly. « Our very labor movement is at stake, » Stephanie Bloomingdale, secretary-treasurer of Wisconsin’s AFL-CIO branch, told me. « And when that’s at stake, the economic security of Americans is at stake. »

« The Mubarak of the midwest »

On the Sunday after I arrived, I was wandering the halls of the Capitol when I met Scott Graham, a third-grade teacher who lives in Lacrosse, Wisconsin. Over the cheers of the crowd, I asked Graham whether he saw a connection between the events in Egypt and those here in Wisconsin. His response caught the mood of the moment. « Watching Egypt’s story for a week or two very intently, I was inspired by the Egyptian people, you know, striving for their own self-determination and democracy in their country, » Graham told me. « I was very inspired by that. And when I got here I sensed that everyone’s in it together. The sense of solidarity is just amazing. »

A few days later, I stood outside the capitol building in the frigid cold and talked about Egypt with two local teachers. The most obvious connection between Egypt and Wisconsin was the role and power of young people, said Ann Wachter, a federal employee who joined our conversation when she overheard me mention Egypt. There, it was tech-savvy young people who helped keep the protests alive and the same, she said, applied in Madison. « You go in there everyday and it’s the youth that carries it throughout hours that we’re working, or we’re running our errands, whatever we do.  They do whatever they do as young people to keep it alive. After all, I’m at the end of my working career; it’s their future. »

And of course, let’s not forget those almost omnipresent signs that link the young governor of Wisconsin to the aging Hosni Mubarak. They typically label Walker the « Mubarak of the Midwest » or « Mini-Mubarak, » or demand the recall of « Scott ‘Mubarak.' » In a public talk on Thursday night, journalist Amy Goodman quipped, « Walker would be wise to negotiate. It’s not a good season for tyrants. »

One protester I saw on Thursday hoisted aloft a « No Union Busting! » sign with a black shoe perched atop it, the heel facing forward — a severe sign of disrespect that Egyptian protesters directed at Mubarak and a symbol that, before the recent American TV blitz of « rage and revolution » in the Middle East, would have had little meaning here.

Which isn’t to say that the Egypt-Wisconsin comparison is a perfect one. Hardly. After all, the Egyptian demonstrators massed in hopes of a new and quite different world; the American ones, no matter the celebratory and energized air in Madison, are essentially negotiating loss (of pensions and health-care benefits, if not collective bargaining rights). The historic demonstrations in Madison have been nothing if not peaceful. On Saturday, when as many as 100,000 people descended on Madison to protest Walker’s bill, the largest turnout so far, not a single arrest was made.  In Egypt, by contrast, the protests were plenty bloody, with more than 300 deaths during the 29-day uprising.

Not that some observers didn’t see the need for violence in Madison. Last Saturday, Jeff Cox, a deputy attorney general in Indiana, suggested on his Twitter account that police « use live ammunition » on the protesters occupying the state Capitol. That sentiment, discovered by a colleague of mine, led to an outcry. The story broke on Wednesday morning; by Wednesday afternoon Cox had been fired.

New York Times columnist David Brooks was typical of mainstream coverage and punditry in quickly dismissing any connection between Egypt (or Tunisia) and Wisconsin.  On the Daily Show, Jon Stewart spoofed and rejected the notion that the Wisconsin protests had any meaningful connection to Egypt. He called the people gathered here « the bizarro Tea Party. » Stewart’s crew even brought in a camel as a prop. Those of us in Madison watched as Stewart’s skit went horribly wrong when the camel got entangled in a barricade and fell to the ground.

As far as I know, neither Brooks nor Stewart spent time here.  Still, you can count on one thing: if the demonstrators in Tahrir Square had been enthusiastically citing Americans as models for their protest, nobody here would have been in such a dismissive or mocking mood.  In other parts of this country, perhaps it still feels less than comfortable to credit Egyptians or Arabs with inspiring an American movement for justice. If you had been here in Madison, this last week, you might have felt differently.

Pizza town protest

Obviously, the outcomes in Egypt and Wisconsin won/t be comparable. Egypt toppled a dictator; Wisconsin has a democratically elected governor who, at the very earliest, can’t be recalled until 2012. And so the protests in Wisconsin are unlikely to transform the world around us. Still, there can be no question, as they spread elsewhere in the Midwest, that they have reenergized the country’s stagnant labor movement, a once-powerful player in American politics and business that’s now a shell of its former self. « There’s such energy right now, » one SEIU staffer told me a few nights ago. « This is a magic moment. »

Not long after talking with her, I trudged back to Ian’s Pizza, the icy snow crunching under my feet. At the door stood an employee with tired eyes, a distinct five o’clock shadow, and a beanie on his head.

I wanted to ask him, I said, about that reported call from Cairo. « You know, » he responded, « I really don’t remember it. » I waited while he politely rebuffed several approaching customers, telling them how Ian’s had run out of dough and how, in any case, all the store’s existing orders were bound for the capitol. When he finally had a free moment, he returned to the Cairo order.  There had, he said, been questions about whether it was authentic or not, and then he added, « I’m pretty sure it was from Cairo, but it’s not like I can guarantee it. » By then, another wave of soon-to-be disappointed customers was upon us, and so I headed back to the capitol and another semi-sleepless night.

The building, as I approached in the darkness, was brightly lit, reaching high over the city. Protesters were still filing inside with all the usual signs. In the rotunda, drums pounded and people chanted and the sound swirled into a massive roar. For this brief moment at least, people here in Madison are bound together by a single cause, as other protesters were not so long ago, and may be again, in the ancient cities of Egypt.

Right then, the distance separating Cairo and Wisconsin couldn’t have felt smaller. But maybe you had to be there.

Bio:Andy Kroll is a reporter in the D.C. bureau of Mother Jones magazine and an associate editor at TomDispatch.com. This piece originally appeared on TomDispatch.

The opinions expressed in this commentary are solely those of the author.

Voir enfin:

The Washington Post
Oct. 30, 2020

Concerned about the possibility of unrest on Election Day, or in the days that follow, businesses in some areas of D.C. are boarding their windows. Officials are advising shop owners to sign up for crime alerts and to keep their insurance information handy.

D.C. police have limited leave for officers starting this weekend to ensure adequate staffing, and the District spent $100,000 on less-lethal munitions and chemical irritants for riot control to replenish a stockpile depleted by clashes over the summer.

As a turbulent election season draws to a close, authorities across the country worry frustration may spill onto the streets, and officials are watching for disturbances at the polls or protests in their communities. That tension is heightened in the nation’s capital, where the White House and other symbols of government regularly draw demonstrators.

“It is widely believed that there will be civil unrest after the November election regardless of who wins,” D.C. Police Chief Peter Newsham told lawmakers this month. “It is also believed that there is a strong chance of unrest when Washington, D.C., hosts the inauguration in January.”

Mayor Muriel E. Bowser (D) said the District’s public safety officials have been discussing plans for post-election unrest “for many weeks if not months.” The D.C. National Guard is already called up because of the coronavirus crisis and could be deployed, though Bowser expects to use them only for traffic control, if at all.

On Thursday, D.C. police announced possible street closures and parking restrictions that are expected to cover much of downtown Washington on Tuesday and Wednesday.

Officials have not recommended that shop owners board up their buildings, according to a resource guide for businesses distributed by city leaders this week. Some small-business owners are heeding their guidance, focused on bolstering sales as winter approaches. Others are boarding anyway, and concrete barriers were being installed outside the U.S. Chamber of Commerce building across from Lafayette Square.

“We do not have any intelligence on planned activity to suggest the need to board up; however, we remain vigilant,” John Falcicchio, the deputy mayor for planning and economic development, said in a statement. “We understand the difficult position building owners and operating businesses are in, and we call upon all who participate in First Amendment activities to denounce violence and report it immediately should it occur.”

Officials say they are concerned that a politically polarized electorate coupled with divisive rhetoric and President Trump questioning the integrity of the election could create flash points in the District and elsewhere.

Newsham said several groups have applied for demonstration permits starting Sunday and for days after the election. The National Park Service is considering permit applications from several organizations with various views on the election.

Shutdown DC is planning weeks’ worth of demonstrations around the White House and Black Lives Plaza starting Tuesday. “After you vote, hit the streets,” the group posted on its website.

George Washington University sent students a message recommending they prepare for Election Day as they would for a snowstorm or hurricane and stockpile a week’s worth of food, supplies and medicine.

Federal and local authorities in and around the District are also taking pains to reassure the public they are working for a secure and safe election. Maryland Gov. Larry Hogan (R) joined state and federal officials to say a “confident public is more likely to vote” and trust the outcome. D.C. Attorney General Karl A. Racine (D) reminded residents that destroying election signs is illegal. And Baltimore State’s Attorney Marilyn J. Mosby is telling prosecutors to pay close attention to crimes that “occur in the context of the election.”

The acting U.S. attorney for the District, Michael R. Sherwin, announced that a federal prosecutor will oversee election-related complaints and allegations of election fraud in D.C.

The District endured months of sustained demonstrations after the death of George Floyd in police custody in Minneapolis, which targeted areas outside the White House but also impacted the downtown business district and neighborhoods such as Georgetown, Adams Morgan and Shaw.

The demonstrations were mostly peaceful, but outbreaks of violence — much of it attributed to agitators more intent on destruction than protest — resulted in hundreds of arrests after nights of fires, looted stores and clashes with police. D.C. police said that on May 30 and May 31, the two most volatile days, 204 businesses were burglarized and 216 properties were damaged.

In recent days, crowds gathered outside a police station in Northwest Washington to protest the death of a young man in a moped crash after police attempted to stop him because he was not wearing a helmet. Those protests resulted in clashes with police, broken windows and damaged police cars.

There also were store windows smashed in Georgetown on Wednesday night, casting some doubt on the city’s recommendations for business owners to maintain calm in advance of the election. It was unclear whether those causing the damage, which business leaders described as attempted looting, had any link to those demonstrating at the police station.

A handful of Georgetown businesses requested plywood after Wednesday night’s events. One boarded up overnight.

“It seems like we are sitting on a tinderbox, and there are so many different things that could potentially cause problems,” said Rachel Shank, executive director of Georgetown Main Street. “We saw some serious devastation back in May and June, and we are trying to avoid that, but we are also trying to avoid Georgetown looking like a ghost town.”

Business improvement district leaders across the city are working with contractors to implement what they describe as standard protocol in advance of any anticipated large gathering in the area, which includes tying up loose ends at construction sites to remove material that could easily be used for destruction.

Josh Turnbull, a general manager at Oxford Properties Group, oversees three buildings in downtown D.C., including one on the edge of Black Lives Matter Plaza. He never removed plywood from the property closest to the White House and said he planned to board up the other two this week in anticipation of unrest around the election.

“It’s really like an insurance policy,” he said. “The cost-benefit analysis here just makes sense.”

On Monday, security contractors were hard at work down 17th Street, fastening plywood to open glass. By Friday, businesses could be seen boarded up along K and L streets downtown.

Other business owners are planning to avoid fortification, putting faith in D.C. leadership to guide them through the next few weeks and hoping that keeping their windows open may contribute to a more peaceful November.

“It has been such a difficult year, so financially challenging, that the attitude right now is we will wait until the last possible moment or until we hear something definitive from the government,” said Alexander Padro, executive director of Shaw Main Streets, where more than three dozen businesses were damaged in late May and June.

In May, rioters smashed windows at Dan Simons’s downtown restaurant, Founding Farmers. When a member of his team emailed him asking whether he planned to reinstall plywood on his windows in advance of Election Day, he balked.

“Sometimes, by preparing for war, you create war,” he said recently, providing insight into his decision, at least for now, to avoid fortification. “And I am not that guy. Might that make me a fool? Yes. But that is probably a risk worth taking.”

A few blocks away, Michelle Brown stood in her downtown restaurant, Teaism, which was still charred and damaged from when rioters set it on fire one night in May. Four months later, on the last Monday in October, there was still no HVAC unit, no 20-year-old tea chest that greeted customers on the back wall and no stream of revenue to help her through the daily slog of pandemic-time entrepreneurship.

Brown supports the Black Lives Matter movement (a sentiment she shared in a series of viral tweets after the restaurant was damaged). Now, anticipating a month that could bring about even more unrest, she harbors the same steady focus on the importance of free expression.

“This is just part and parcel of being a neighbor to the White House,” she said.

Brown said the owner of her building added fencing to brace for Election Day. But like many of her neighbors near the White House, she is listening carefully for guidance from city officials and “rumorville on the street” to determine whether she should take additional precautions.

“It’s all just wait and see now,” Brown said, watching a truck full of red cones and plywood drive past her shuttered store.

Julie Zauzmer and Susan Svrluga contributed to this report.

Voir par ailleurs:

Majority of Young Americans View Trump as Illegitimate President: Poll

Jermaine Anderson keeps going back to the same memory of Donald Trump, then a candidate for president of the United States, referring to some Mexican immigrants as rapists and murderers.

« You can’t be saying that (if) you’re the president, » said Anderson, a 21-year-old student from Coconut Creek, Florida.

That Trump is undeniably the nation’s 45th president doesn’t sit easily with young Americans like Anderson who are the nation’s increasingly diverse electorate of the future, according to a new poll.

A majority of young adults — 57 percent — see Trump’s presidency as illegitimate, including about three-quarters of blacks and large majorities of Latinos and Asians, the GenForward poll found.

GenForward is a poll of adults age 18 to 30 conducted by the Black Youth Project at the University of Chicago with The Associated Press-NORC Center for Public Affairs Research.

A slim majority of young whites in the poll, 53 percent, consider Trump a legitimate president, but even among that group 55 percent disapprove of the job he’s doing, according to the survey.

« That’s who we voted for. And obviously America wanted him more than Hillary Clinton, » said Rebecca Gallardo, a 30-year-old nursing student from Kansas City, Missouri, who voted for Trump.

Trump’s legitimacy as president was questioned earlier this year by Rep. John Lewis, D-Ga.: « I think the Russians participated in helping this man get elected. And they helped destroy the candidacy of Hillary Clinton. »

Trump routinely denies that and says he captured the presidency in large part by winning states such as Michigan and Wisconsin that Clinton may have taken for granted.

Overall, just 22 percent of young adults approve of the job Trump is doing as president, while 62 percent disapprove.

Trump’s rhetoric as a candidate and his presidential decisions have done much to keep the question of who belongs in America atop the news, though he’s struggling to accomplish some key goals. Powered by supporters chanting, « build the wall, » Trump has vowed to erect a barrier along the southern U.S. border and make Mexico pay for it — which Mexico refuses to do. Federal judges in three states have blocked Trump’s executive orders to ban travel to the U.S. from seven — then six — majority-Muslim nations.

In Honolulu, U.S. District Judge Derrick Watson this week cited « significant and unrebutted evidence of religious animus » behind the travel ban, citing Trump’s own words calling for « a complete shutdown of Muslims entering the United States. »

And yes, Trump did say in his campaign announcement speech on June 6, 2015: « When Mexico sends its people, they’re not sending their best…They’re bringing drugs. They’re bringing crime. They’re rapists. And some, I assume, are good people. » He went farther in subsequent statements, later telling CNN: « Some are good and some are rapists and some are killers. »

It’s extraordinary rhetoric for the leader of a country where by around 2020, half of the nation’s children will be part of a minority race or ethnic group, the Census Bureau projects. Non-Hispanic whites are expected to be a minority by 2