14 juillet/229e: De la Bastille au goulag (Looking back at Charles Krauthammer’s reflections on the revolution in France)

14 juillet, 2018

The Whore of Babylon (Hans Burgkmair the Elder, 1523)The Fireside angel (Max Ernst, 1937)

Liberty leading the people (Yue Minjun, 1996)
Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème. La bête que je vis était semblable à un léopard; ses pieds étaient comme ceux d’un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité. Et je vis l’une de ses têtes comme blessée à mort; mais sa blessure mortelle fut guérie. Et toute la terre était dans l’admiration derrière la bête. Et ils adorèrent le dragon, parce qu’il avait donné l’autorité à la bête; ils adorèrent la bête, en disant: Qui est semblable à la bête, et qui peut combattre contre elle? Et il lui fut donné une bouche qui proférait des paroles arrogantes et des blasphèmes; et il lui fut donné le pouvoir d’agir pendant quarante-deux mois. Et elle ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom, et son tabernacle, et ceux qui habitent dans le ciel. Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre. Et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue, et toute nation. Et tous les habitants de la terre l’adoreront, ceux dont le nom n’a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l’agneau qui a été immolé. Si quelqu’un a des oreilles, qu’il entende! Apocalypse 13: 1-7
Et je vis une femme assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes. Cette femme était vêtue de pourpre et d’écarlate, et parée d’or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d’or, remplie d’abominations et des impuretés de sa prostitution. Sur son front était écrit un nom, un mystère: Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre. Et je vis cette femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus. Apocalypse 17: 2-6
Une nation ne se régénère que dans un bain de sang. Saint Just
L’arbre de la liberté doit être revivifié de temps en temps par le sang des patriotes et des tyrans. Jefferson
Qu’un sang impur abreuve nos sillons … La Marseillaise
La guillotine n’était qu’un épouvantail qui brisait la résistance active. Cela ne nous suffit pas. (…) Nous ne devons pas seulement « épouvanter » les capitalistes, c’est-à-dire leur faire sentir la toute-puissance de l’Etat prolétarien et leur faire oublier l’idée d’une résistance active contre lui. Nous devons briser aussi leur résistance passive, incontestablement plus dangereuse et plus nuisible encore. Nous ne devons pas seulement briser toute résistance, quelle qu’elle soit. Nous devons encore obliger les gens à travailler dans le cadre de la nouvelle organisation de l’Etat. Lénine
La reine appartient à plusieurs catégories victimaires préférentielles; elle n’est pas seulement reine mais étrangère. Son origine autrichienne revient sans cesse dans les accusations populaires. Le tribunal qui la condamne est très fortement influencé par la foule parisienne. Notre premier stéréotype est également présent: on retrouve dans la révolution tous les traits caractéristiques des grandes crises qui favorisent les persécutions collectives. (…) Je ne prétends pas que cette façon de penser doive se substituer partout à nos idées sur la Révolution française. Elle n’en éclaire pas moins d’un jour intéressant une accusation souvent passée sous silence mais qui figure explicitement au procès de la reine, celui d’avoir commis un inceste avec son fils. René Girard
Le communisme, c’est le nazisme, le mensonge en plus. Jean-François Revel
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
En dépit du fait que tous les historiens sérieux, fussent-ils ardemment républicains, conviennent que la Révolution française pose un problème, l’imagerie officielle, celle des manuels scolaires du primaire et du secondaire, celle de la télévision, montre les événements de 1789 et des années suivantes comme le moment fondateur de notre société, en gommant tout ce qu’on veut cacher : la Terreur, la persécution religieuse, la dictature d’une minorité, le vandalisme artistique, etc. Aujourd’hui, on loue 1789 en reniant 1793. On veut bien de la Déclaration des Droits de l’homme, mais pas de la Loi des suspects. Mais comment démêler 1789 de 1793, quand on sait que le phénomène terroriste commence dès 1789 ? (…) L’idée de base du Livre noir de la Révolution est de montrer cette face de la réalité qui n’est jamais montrée, et rappeler qu’il y a toujours eu une opposition à la Révolution française, mais sans trahir l’Histoire. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou non, la Révolution, c’est un pan de l’Histoire de la France et des Français. On ne l’effacera pas: au moins faut-il la comprendre. Jean Sévillia
The painting which I did after the defeat of the Republicans was L’ange du foyer (Fireside angel). This is, of course, an ironic title for a clumsy figure devastating everything that gets in its way. At the time, this was my impression of what was happening in the world, and I think I was right. Max Ernst (1948)
The war began in July 1936, when General Francisco- Franco led a revolt against the Spanish Republic. The Spanish Left had won a parliamentary majority but was unable to restrain those among them who were deter-mined that their turn in power should be used to destroy the Right. Franco’s revolt became a civil war, and Franco received the support of Mussolini’s Italy and Hitler’s Germany, which went so far as to send troops — using the Spanish war to try out new weapons and tactics. The Republicans were supported by volunteers from all over the world, as well as by Stalin’s Soviet Union. Horrifying and sadistic atrocities were committed by both sides After Franco’s victory the German painter Max Ernst created his spectral L’ange du foyer (Fireside angel), an apocalyptic monster bursting with destructive energy, a King-Kong-like Angel of Death spreading fear and terror. All art
The people now armed themselves with such weapons as they could find in armourer shops & privated houses, and with bludgeons, & were roaming all night through all parts of the city without any decided & practicable object. The next day the states press on the King to send away the troops, to permit the Bourgeois of Paris to arm for the preservation of order in the city, & offer to send a deputation from their body to tranquilize them. He refuses all their propositions. A committee of magistrates & electors of the city are appointed, by their bodies, to take upon them its government. The mob, now openly joined by the French guards, force the prisons of St. Lazare, release all the prisoners, & take a great store of corn, which they carry to the corn market. Here they get some arms, & the French guards begin to to form & train them. The City committee determine to raise 48,000 Bourgeois, or rather to restrain their numbers to 48,000, On the 16th they send one of their numbers (Monsieur de Corny whom we knew in America) to the Hotel des Invalides to ask arms for their Garde Bourgeoise. He was followed by, or he found there, a great mob. The Governor of the Invalids came out & represented the impossibility of his delivering arms without the orders of those from whom he received them. De Corny advised the people then to retire, retired himself, & the people took possession of the arms. It was remarkable that not only the invalids themselves made no opposition, but that a body of 5000 foreign troops, encamped with 400 yards, never stirred. Monsieur De Corny and five others were then sent to ask arms of Monsieur de Launai, Governor of the Bastille. They found a great collection of people already before the place, & they immediately planted a flag of truce, which was answered by a like flag hoisted on the parapet. The depositition prevailed on the people to fall back a little, advanced themselves to make their demand of the Governor. & in that instant a discharge from the Bastille killed 4 people of those nearest to the deputies. The deputies retired, the people rushed against the place, and almost in an instant were in possession of a fortification, defended by 100 men, of infinite strength, which in other times had stood several regular sieges & had never been taken. How they got in, has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to destroy the credit of them all. They took all the arms, discharged the prisoners & such of the garrison as were not killed in the first moment of fury, carried the Governor and Lieutenant Governor to the Greve (the place of public execution) cut off their heads, & sent them through the city in triumph to the Palais royal… I have the honor to be with great esteem & respect, Sir, your most obedient and most humble servant. Thomas Jefferson (lettre à John Jay, 19 juillet 1789)
Les journées les plus décisives de la Révolution française sont contenues, sont impliquées dans ce premier fait qui les enveloppe : le 14 juillet 1789. Et voilà pourquoi aussi c’est la vraie date révolutionnaire, celle qui fait tressaillir la France ! On comprend que ce jour-là notre Nouveau Testament nous a été donné et que tout doit en découler. Léon Gambetta (14 juillet 1872)
Les légitimistes s’évertuent alors à démonter le mythe du 14 Juillet, à le réduire à l’expression violente d’une foule (pas du peuple) assoiffée de sang (les meurtres des derniers défenseurs de la Bastille malgré la promesse de protection) allant jusqu’au sacrilège du cadavre (des têtes dont celle du gouverneur Launay parcourant Paris plantée au bout d’une pique) (…) la Bastille n’était pas un bagne, occupée qu’elle était par quelques prisonniers sans envergure, elle n’était pas la forteresse du pouvoir royal absolu tourné contre le peuple à travers l’instrumentalisation des canons, elle n’était pas la forteresse à partir de laquelle la reconquête de la ville pouvait être envisagée puisqu’elle n’était défendue que par quelques soldats qui du reste se sont rendus en fin d’après-midi. Le mythe de la prise de la Bastille tombe de lui-même pour les monarchistes et même plus il est une création politique construisant artificiellement le mythe du peuple s’émancipant, plus encore il apparaît comme annonciateur de la Terreur, justifiant les surnoms de « saturnales républicaines », de « fête de l’assassinat »… Pierrick Hervé
Dans les grandes démocraties du monde, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Etats-unis, le Canada, les fêtes nationales se fêtent sans défilé militaire. Ce sont les dictatures qui font les défilés militaires. C’est l’URSS, c’est la Chine, c’est l’Iran; ce sont des pays non démocratiques. Et la France est l’une des seules démocraties à organiser sa fête nationale autour d’un défilé militaire: ça n’a aucune justification même historique. Sylvain Garel (élu vert de Paris, 02.07.10)
Le défilé du 14 Juillet tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a été instauré qu’en 1880, grâce à un vote de l’Assemblée nationale faisant du 14 juillet le jour de la Fête nationale française. La jeune IIIe République cherche à créer un imaginaire républicain commun pour souder le régime, après des décennies d’instabilité (Directoire, Consulat, premier et second Empire, IIe République …). C’est dans la même période que la Marseillaise sera adoptée comme hymne national. La date a pourtant fait polémique au sein de l’hémicycle. Pouvait-on adopter comme acte fondateur de la Nation la sanglante prise de la Bastille? Les conservateurs s’y opposent. Le rapporteur de la loi, Benjamin Raspail, propose alors une autre date : le 14 juillet 1790, jour de la Fête de la Fédération. Le premier anniversaire de la prise de la Bastille avait été célébré à Paris par le défilé sur le Champ-de-Mars de milliers de «fédérés», députés et délégués venus de toute la France. Louis XVI avait prêté serment à la Nation, et avait juré de protéger la Constitution. (…) Convaincue, l’Assemblée nationale a donc adopté le 14 Juillet comme Fête nationale, mais sans préciser si elle se réfèrait à 1789 ou 1790. (…) La IIIe République est née en 1870 après la défaite de l’Empereur Napoléon III à Sedan contre la Prusse. La France y a perdu l’Alsace et la Lorraine, ce qui sera vécu comme un traumatisme national. Dix ans après la défaite, le régime veut montrer que le pays s’est redressé. Jules Ferry, Léon Gambetta et Léon Say remettent aux militaires défilant à Longchamp de nouveaux drapeaux et étendards, remplaçant ceux de 1870. L’armée est valorisée comme protectrice de la Nation et de la République. Hautement symbolique, ce premier défilé du 14 Juillet permet également de montrer à l’opinion nationale et internationale le redressement militaire de la France, qui compte bien reconquérir les territoires perdus. Le caractère militaire du 14 Juillet est définitivement acquis lors du «Défilé de la victoire» de 1919 sur les Champs-Elysées. Le Figaro (16.07.11)
The line from from the Bastille to the gulag is not straight, but the connection is unmistakable. Modern totalitarianism has its roots in 1789. Indeed, the French Revolution was such a model for future revolutions that it redefined the word. That is why 1776 has long been treated as a kind of pseudo-revolution, as Irving Kristol pointed out in a prescient essay written during America’s confused and embarrassed bicentennial celebration of 1776. The American Revolution was utterly lacking in the messianic, bloody-minded idealism of the French. It rearranged the constitutional furniture. Its revolutionary leaders died in their own beds. What kind of a revolution was that?” The French Revolution failed …. because it tried to create the impossible: a regime both of liberty and of “patriotic” state power. The history of the revolution is proof that these goals are incompatible. The American Revolution succeeded because it chose one, liberty. The Russian Revolution became deranged when it chose the other, state power. The French Revolution, to its credit and sorrow, wanted both. (T)heir revolution, with its glamour and influence, did not only popularize, it deified revolution. There are large parts of the world where even today the worst brutality and arbitrariness are justified by the mere invocation of the word revolution – without reference to any other human value. For the Chinese authorities to shoot a dissident in the back of the head, they have only to show that he is a “counterrevolutionary.” The fate then, of all messianic revolution – revolution, that is, on the French model – is that in the end it can justify itself and its crimes only by reference to itself. In Saint-Just’s famous formulation: “The Republic consists in the extermination of everything that opposes it.” This brutal circularity of logic is properly called not revolution but nihilism. Charles Krauthammer (1989)
Attention: une fête peut en cacher une autre !
En ces temps désormais dits post-modernes et post-historiques …
Où sous le poids du progressisme le plus échevelé et d’une réalité migratoire proprement apocalyptique …
Les idées de nation et de patriotisme sont passés de gros mots à fictions objectives …
Et en ce jour où entre défilé militaire soviétique et débauche de drapeaux nationaux en d’autres temps proscrits …
Nous Français ne savons plus très bien ce que nous sommes censés fêter …
Comment ne pas repenser …
A ces fortes paroles du chroniqueur américain qui vient tout juste de disparaitre Charles Krauthammer
Rappelant lors du bicentenaire de la Révolution française …
La longue filiation pressentie dès 1937 par le peintre allemand Marx Ernst
Mais déjà prophétisée 2 000 ans plus tôt par l’Apocalypse …
Et hélas bien confirmée par l’histoire depuis …
Entre la Bastille et le goulag ?

A FAILED REVOLUTION
Charles Krauthammer
The Washington Post
July 14, 1989

Two hundred years ago today a mob stormed the Bastille and freed its seven prisoners: four forgers, two lunatics and an aristocrat imprisoned at his family’s request for « libertinism. » It might have been eight had not the Marquis de Sade — whose cell contained a desk, a wardrobe, a dressing table, tapestries, mattresses, velvet cushions, a collection of hats, three kinds of fragrances, night lamps and 133 books — left a week earlier.

When the battle was lost, the governor of the Bastille, a minor functionary named Bernard-Rene’ de Launay, could have detonated a mountain of gunpowder, destroying himself, the mob, and much of the surrounding faubourg Saint-Antoine. He chose instead to surrender. His reward was to be paraded through the street and cut down with knives and pistol shots. A pastry cook named Desnot, declining a sword, sawed off his head with a pocket knife. For the French Revolution, it was downhill from there on.

Now, after 200 years, the French themselves seem finally to be coming to terms with that reality. There is a tentativeness to this week’s bicentennial celebration that suggests that French enthusiasm for the revolution has tempered. This circumspection stems from two decades of revisionist scholarship that stresses the reformist impulses of the ancien regime and the murderous impulses of the revolutionary regime that followed.

Simon Schama’s « Citizens » is but the culmination of this trend. But the receptivity to such revisionism stems from something deeper: the death of doctrinaire socialism, which in France had long claimed direct descent from the revolution. Disillusion at the savage failure of the revolutions in our time — Russian, Chinese, Cuban, Vietnamese — has allowed reconsideration of the event that was father to them all. One might say that romance with revolution died with Solzhenitsyn.

The line from the Bastille to the gulag is not straight, but the connection is unmistakable. Modern totalitarianism has its roots in 1789. « The spirit of the French Revolution has always been present in the social life of our country, » said Gorbachev during his visit to France last week. Few attempts at ingratiation have been more true or more damning.

Indeed, the French Revolution was such a model for future revolutions that it redefined the word. That is why 1776 has long been treated as a kind of pseudo-revolution, as Irving Kristol pointed out in a prescient essay written during America’s confused and embarrassed bicentennial celebration of 1976. The American Revolution was utterly lacking in the messianic, bloody-minded idealism of the French. It rearranged the constitutional furniture. Its revolutionary leaders died in their own beds. What kind of revolution was that? Thirteen years later, Kristol’s answer has become conventional wisdom: a successful revolution, perhaps the only successful revolution of our time.

The French Revolution failed, argues Schama, because it tried to create the impossible: a regime both of liberty and of « patriotic » state power. The history of the revolution is proof that these goals are incompatible. The American Revolution succeeded because it chose one, liberty. The Russian Revolution became deranged when it chose the other, state power. The French Revolution, to its credit and sorrow, wanted both.

Its great virtue was to have loosed the idea of liberty upon Europe. Its great vice was to have created the model, the monster, of the mobilized militarized state — revolutionary France invented universal conscription, that scourge of the 20th century only now beginning to wither away.

The French cannot be blamed for everything, alas, but their revolution, with its glamour and influence, did not only popularize, it deified revolution. There are large parts of the world where even today the worst brutality and arbitrariness are justified by the mere invocation of the word revolution — without reference to any other human value. For the Chinese authorities to shoot a dissident in the back of the head, they have only to show that he is a « counterrevolutionary. » In Cuba, Gen. Arnaldo Ochoa Sanchez, erstwhile hero of the revolution, is condemned to death in a show trial and upon receiving his sentence confesses his sins and declares that at his execution his « last thought would be of Fidel and of the great revolution. »

The fate, then, of all messianic revolution — revolution, that is, on the French model — is that in the end it can justify itself and its crimes only by reference to itself. In Saint-Just’s famous formulation: « The Republic consists in the extermination of everything that opposes it. » This brutal circularity of logic is properly called not revolution but nihilism.

Voir par ailleurs:

The French Revolution

Quartz

July 14, 2018

Bloody beginnings and a long legacy


July 14 marks the 229th anniversary of the Storming of the Bastille and the symbolic start of the French Revolution. The bloody revolt toppled the 200-year-old Bourbon dynasty, and ushered in a radical new government, reshaping European history forever.

The French Revolution brought the world the terror of the guillotine and the ravages of the Napoleonic Wars. But in its radical reimagining of society, it swept away the conventions and structures that had governed France since the end of the Roman era, and introduced systems based on the enlightenment principles of reason and science.

Some of those ideas persist to this day—like the metric system, which emerged from the National Assembly’s desire to standardize weights and measures. Other, equally ambitious ideas, like the Republican calendar—with 10 months and 10-day weeks—somehow failed to catch on. More enduring were the radical concepts of the innate rights of men and women that run throughout western systems of law, philosophy, and political theory.

So on this Bastille Day, pop open the champagne, spread the brie thick, and run a kilometer or deux to celebrate two centuries of liberté, égalité, and fraternité.

By the digits

693: Deputies, out of the 745 in the National Assembly, who voted to convict King Louis XVI of treason on January 15, 1793. None voted to acquit. He was beheaded six days later.

16,594: Death sentences given to counter-revolutionaries during the Reign of Terror of 1793-94.

300,000: Estimated total number of French aristocrats, or 1% of the population, in 1789.

800: Estimated different standards for weights and measures in France before the introduction of the metric system.

100: Seconds in the metric minute, used for 17 months during the French Revolution.

7: Countries that don’t use the metric system as the official system of weights and measures. (Myanmar, Liberia, Palau, Micronesia, Samoa, the Marshall Islands, and the United States.)

fun fact!

Interstate 19 in Arizona is the only stretch of federal highway in the US to use kilometers exclusively. The signs, initially part of a pilot program by the Carter Administration to introduce the metric system, have been kept in place in part because the local tourism industry wants them to greet visitors from Mexico.

Brief history

The metric system


1215: The Magna Carta declares that there should be national standards for the measurement of wine, beer, and cloth.

1678: Anglican clergyman and philosopher John Wilkins publishes An Essay towards a Real Character, and a Philosophical Language, which proposes a universal language and system of measurement, based on units of 10.

1790: The National Assembly of France drafts a committee to establish a new standard for weights and measures that would be valid “for all people, for all time,” in the words of mathematician (and revolutionary) Marquis de Condorcet.

1799: The distance of the meter—named after metron, the Greek word for measure—is fixed at 1/10,000,000 of the length between the North Pole and the Equator, arrived at after two French surveyors spent six years measuring the distance between Dunkirk and Barcelona, which was used to calculate the longer distance. A platinum bar officially one meter long is cast.

1840: The metric system becomes compulsory in France.

1875: Seventeen nations (including the US) sign the Treaty of the Meter, creating international bodies to standardize weights and measurements worldwide, according to the metric system.

1975: US president Gerald Ford signs the Metric Conversion Act, declaring the metric system the preferred (but voluntary) system and establishing the US Metric Board, to speed America’s conversion.

1982: US president Ronald Reagan dismantles the Metric Board.

1999: Mars Climate Orbiter, a $328 million satellite, disintegrates over Mars because software produced by Lockheed Martin, the contractor, generated numbers in the English system instead of the metric system, as specified by its agreement with NASA.

The rights of women


When the revolutionaries of France wrote about égalité, few, if any, extended that right to women. One observer across the English Channel, however, saw that the principles of the revolution applied to women as well as men.

Mary Wollstonecraft—a British author who established herself when few women earned a living by writing—wrote A Vindication of the Rights of Women in 1791 in response to Edmund Burke’s Reflections on the French Revolution. While Burke argued the revolution would fail because society was inherently traditional and hierarchical, Wollstonecraft made the case not only for the rights of men, but for women as well—a radical position at the end of the 18th century.

In his book Emile, or On Education, Enlightenment philosopher Jean-Jacques Rousseau wrote that women should be educated only to the extent they could serve men. But Wollstonecraft argued that women “ought to cherish a nobler ambition, and by their abilities and virtues exact respect.” Women, she wrote, deserved the same opportunities as men, and should be able to earn a living and support themselves with dignity.

Wollstonecraft, the mother of Frankenstein author Mary Shelley, had a messy personal life, which was used to discredit her ideas in the 19th century. But her ideas inspired writers from Jane Austen to Virginia Woolf, and suffragists like Elizabeth Cady Stanton. By the 20th century, Wollstonecraft was rightly regarded as a pioneering feminist.

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Pop quiz

Which is not another name for the guillotine?

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save the date!

How to make time


The Republican Calendar was one of the more radical innovations of the revolution. Born out of a desire to wipe the slate of clean of aristocratic and religious references and start history afresh, the new calendar began on the autumn solstice of September 22, 1792, or 1 Vendemiaire I, the day the new Republic was proclaimed.

Instead of the seven-day week of the Bible, the Republican Calendar was based on the 10-day week, with the tenth day, decadi, devoted to rest and play. There were 10 months, each three weeks long, with five special days (or six, in a leap year) devoted to celebrations used to round out the year to 365 days. Those days bore names such as the Fête de la Vertu (Celebration of Virtues) and Fête de l’Opinion (Celebration of Convictions).

The calendar was designed by a committee that included mathematicians, astronomers, and poets, who based the naming of days and months after the agricultural cycle, and borrowed heavily from Latin. The winter months, for example, became Nivôse (snowy), Pluviôse (rainy), and Ventôse (windy). Each day also got a name—360 in all—replacing the Catholic convention of each day bearing the name of a saint. The fifth, 15th, and 25th days of each month were named after farm animals (bull, ram, duck), the 10th and 20th were named after farm implements (rakes, spades), while the rest were named after trees, fruits, vegetables and herbs. According to one modern calculation, today is 25 Messidor CCXXVI, named for the Guinea hen. (There’s a Twitter account that will help you keep up.)

As you might expect, there were problems. Starting each year on the autumnal equinox proved tricky, since the timing of astronomical events can vary and leap days had to be inserted to even things up, confusing everyone. Farm workers, the ostensible heroes the calendar celebrated, hated having a day off every 10 days instead of every seven. So 12 years after its introduction, it was abolished by Napoleon in 1806.

Giphy
Quotable

“Long usage of the Gregorian calendar has filled the people’s memory with a considerable number of images that they have long revered, and which today remain the source of their religious errors. It is therefore necessary to replace these visions of ignorance with the realities of reason, and this sacerdotal prestige with nature’s truth.”

— Committee to draft a new calendar

Watch this!

The French Revolution’s decimal time wasn’t the last attempt to rationalize timekeeping. A more recent effort was Swatch Internet Time in 1998. Part of a (not very successful) marketing campaign for a new line of watches, the system divided the 24-hour day into 1,000 “.beats” (yes, with a period—trés moderne).

The time, which was displayed on Swatches alongside boring old Gregorian time, was given as @416, which would be read as 416 beats after midnight, or 4am. Since it was the same all over the world, it was touted as being a new way of telling time that negated the need for translating pesky time zones.

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Disparition de Claude Lanzmann: La preuve, c’est justement qu’il n’y en a pas ! (The proof is not the corpses; the proof is the absence of corpses)

11 juillet, 2018
L’ignorance volontaire du passé entraîne la falsification du présent. (…) Lanzmann parle avec un scepticisme opiniâtre de crimes “imputés” à Staline par la “propagande nazie”. Se rend-il même compte qu’il se laisse ainsi envahir par une obsession de nier ce qui lui déplaît identique à celle qui pousse un Robert Faurisson et les “révisionnistes” à mettre en doute les preuves de l’existence des camps de la mort ? Ses faux camps de la mort à lui, mais soviétiques ceux-là, sont ceux où avant juin 1941 furent de surcroît déportés 2 millions de Polonais dont la moitié au moins périrent de mauvais traitements. Jean-François Revel
Jamais la France n’acceptera les solutions de facilité que d’aucuns aujourd’hui proposent qui consisteraient à organiser des déportations, à travers l’Europe, pour aller mettre dans je ne sais quel camp, à ses frontières ou en son sein ou ailleurs, les étrangers. Emmanuel Macron
La question du négationnisme demande tout autre chose qu’une halte rue Geoffroy L’Asnier pour mobiliser l’électorat juif contre Marine Le Pen car ce ne sont pas des jeunes militants du FN qui rendent impossible l’enseignement de la Shoah dans les écoles ou qui vont chercher des faits alternatifs aux camps de la mort. De cette terrible réalité, je ne vois guère d’écho dans la campagne d’Emmanuel Macron. Il ne cesse de faire des clins d’œil aux jeunes de banlieues et réserve ses coups à la bonne vieille bête immonde. Alain Finkielkraut
Shoah (…) is a documentary of absences. There is no newsreel footage, there are no old photos, no corpses. Sometimes Lanzmann trains his camera on an empty field for several minutes. We see a seeming bucolic idyll – just the place for a picnic. Only the caption – Treblinka – tells us something intolerable happened here. For a long time, Lanzmann tells me, he resisted going to Poland. « Why would I want to? What would I see? » Instead, he toured the world interviewing Holocaust survivors for his film, pushing them hard to recall their experiences. Interviewees such as Abraham Bomba, whom Lanzmann filmed cutting hair in his Tel Aviv salon. As Bomba worked, he told Lanzmann how he was forced to cut women’s hair at Treblinka just before they were gassed. At one point in the interview, Bomba recalled how a fellow barber was working when his wife and sister came into the gas chamber. Bomba broke down and pleaded with Lanzmann that he be allowed to stop telling the story. Lanzmann said: « You have to do it. I know it’s very hard. » This was his principal method on Shoah: to incarnate the truth of what happened through survivors’ testimonies, even at the cost of reopening old wounds. With testimonies such as these, Lanzmann initially thought, he needn’t go to the scene of the crimes – to death camps such as Treblinka, Belzec, Sobibor or Auschwitz-Birkenau. But, four years into his work on Shoah, Lanzmann changed his mind. « Finally, I realised I was meeting people, but couldn’t understand what they were telling me. I had to go there. I arrived in Poland loaded like a bomb with knowledge. But the fuse was missing – Poland was the fuse. » What astounded him when he arrived in villages near the death camps was that life carried on regardless – as though the tragedy of the Holocaust had been erased. « When I saw the village of Treblinka still existed, that people who were witnesses to everything still existed, that there was a normal train station, the bomb that I was exploded. I started to shoot. » What he started to shoot were testimonies of non-Jewish Polish bystanders. Were they oblivious to what was happening? Overwhelmingly not: Lanzmann interviews Jewish victims and bystanders who recalled that non-Jewish Poles made throat-cutting gestures to Jews as they arrived at the death camps on trains – to alert them to what was about to happen, perhaps, or maybe to revel in their looming murders. Lanzmann found evidence of Polish antisemitism in the villages around the death camps: a male interviewee relates how he’s happy the Jews are gone, but would rather they had gone to Israel voluntarily than be exterminated. In an interview outside a Catholic church, with Simon Srebnik present, bystanders alleged the Holocaust was just retribution for the killing of Jesus. While inculpating Poles in Shoah, Lanzmann in this interview exculpates the Allies from the charge of doing nothing to save the Jews. « Could the Jews have been saved? My answer is no. I’m very deeply convinced of this. Everybody talks about the bombing of Birkenau. Some in the War Refugee Board [created by President Franklin Roosevelt in 1943] were for bombing, and there were others who were against for reasons that cannot be despised. » What reasons? « Some pilots asked, ‘What is the meaning of this, to bomb the people we’re meant to rescue?’ A terrible contradiction. « Money, not bombs, would have helped the Jews, because the Germans were running out of money. But in wartime you can’t send money because there are rules. But some religious Jews did send money to Slovakia that got into German hands, and for a while the deportations stopped. » The question of whether the allies could have saved the lives of the Jews goes to the heart of one of the most important interviews Lanzmann conducted for Shoah, namely the one with the Polish spy and diplomat Jan Karski. In 1943, Karski was commissioned by the exiled Polish government to tell allied leaders about the fate of Poland, and by two Jewish leaders in Warsaw to do the same about the fate of the Jews. « They asked him to mobilise the conscience of the world, » says Lanzmann. In Shoah, Karski recounts what he saw in the ghetto and in camps. At the end of that interview, Karski says of his visit to Washington and London: « I made my report. » Why end the interview there? « Everybody knows that the Jews were not rescued. He didn’t need to say more. It was very strong to end that way. » But last year, Lanzmann changed his mind. He decided to release a film of the rest of the 33-year-old Karski interview, in which he told Lanzmann in detail of his mission to brief allied leaders. In this new film, The Karski Report, the Polish spy tells us that he met Supreme Court Justice Felix Frankfurter, a Jew, who, upon hearing Karski’s description of the horrors befalling Jews in Poland, said: « I do not believe you. » But Frankfurter was not calling Karski a liar. Indeed, at the same meeting, Frankfurter clarified what he meant: « I did not say that he was lying, I said that I could not believe him. There is a difference. » Human inability to believe in the intolerable is what The Karski Report is about. At the start of the film, Lanzmann quotes the French philosopher Raymond Aron, who, when asked about the Holocaust, said: « I knew, but I didn’t believe it, and because I didn’t believe it, I didn’t know. » No wonder Lanzmann, a friend of Jean-Paul Sartre and lover of Simone de Beauvoir, is concerned with such philosophical issues. « The human brain is not prepared to understand this – even on the steps of the gas chamber. Karski says this very clearly. » Hence, for Lanzmann, the primacy of oral testimony as a mode of representation and understanding at the heart of Shoah. But that primacy is paradoxical: the tragedy of Karski’s mission, if it was a tragedy, was to have witnessed something of such unprecedented horror that no mere report could convey its import, still less move the allies to action. Why release this film now? Lanzmann released The Karski Report after the publication in 2009 of a novel called Jan Karski by the French writer Yannick Haenel. The novel became a French bestseller, but Lanzmann attacked it as « a falsification of history and of its protagonists ». « It’s a scandal about Karski, because he tries to make Karski into a man obsessed with the rescue of the Jews. He was not. » So Karski was not, as Haenel’s novel implies, the man who tried and failed to stop the Holocaust? « No! He says: ‘The Jews were not the centre of my mission. Poland was the centre of my mission.’ He says that very clearly. » « I said to myself, ‘You are an idiot, because you have the film of the second day’s interview to show that Karski was not as he is depicted in this novel.’ So I released The Karski Report to re-establish the truth. » Haenel, for his part, argues Lanzmann does not understand his novel. But what is the truth? Is truth only what emerges from oral testimony such as that given by Shoah’s interviewees? Sometimes, just as Adorno injuncted writing poetry after Auschwitz, so Lanzmann seems to be prohibiting – or at least reserving the right to slur – art about the Holocaust that is not based on oral testimony. Isn’t something to be said for artists who, in an act of creative empathy, try to imagine the lives of others embroiled in the Holocaust and legacy (consider, say, Nicole Kraus’s recent novel Great House, steeped as it is in creatively imagining the lives of Holocausts survivors)? « Of course one can make art about the Holocaust after my film, » Lanzmann says. « All I do say is that great literature always adds to reality. » The implication is clear: Haenel’s literary imagining of Karski’s inner world distorts and subtracts from reality, while Lanzmann clearly believes Shoah, does otherwise. He wrote in the French newspaper Libération recently that when one watches Shoah, « one bears witness for nine hours 30 minutes to the incarnation of the truth, the contrary of the sanitisation of historical science. » « That, » he says, « is why it remains important to see my film. » The Guardian
L’agence de presse officielle Fars a dénoncé la diffusion de Shoah, l’accusant d’être une tentative faite par Israël pour prendre le peuple iranien comme cible « de sa propagande pour contrer les efforts déployés par l’Iran dans les organisations internationales pour réfuter ses allégations concernant le mythe de l’holocauste. » Des dizaines de sites pro-gouvernementaux en Iran se sont joints au chœur des protestations, attaquant la chaîne Pars et l’accusant de « lécher les bottes des Sionistes ». Des médias en langue persane à l’étranger, qui ont un large public en Iran, comme la Télévision la Voix de l’Amérique en persan, Manoto TV, Radio France Internationale (en persan) et la Voix d’Israël (en persan), ont diffusé de longs reportages sur « Shoah » en persan et ont interviewé des intellectuels iraniens soulignant qu’il fallait que les Iraniens puissent avoir accès à ce type de film. De nombreux sites Internet en langue persane, représentant tout un éventail d’opinions, ont rapporté l’événement. Le film de neuf heures et demie a été sous-titré en persan, en turc et en arabe par le Projet Aladin. Cette organisation internationale, basée à Paris, s’attache à promouvoir le rapprochement interculturel, en particulier entre Juifs et Musulmans. (…) Le Projet Aladin prévoit d’organiser des avant-premières de « Shoah » dans plusieurs capitales du monde musulman, en commençant par Istanbul et Ankara le mois prochain. « Shoah, » sous-titré en turc, sera présenté au Festival International du Film d’Istanbul et ensuite diffusé à la télévision nationale turque. Crif
Pour reprendre un mot de Marcel Ophuls, on ne réalise pas un film comme Shoah en respectant les règles de fair-play d’un joueur de cricket d’Eton. J’ai piégé beaucoup de monde, à commencer par la bureaucratie communiste polonaise pour obtenir la possibilité de tourner librement en Pologne. J’ai piégé des nazis, j’ai eu un faux nom, des faux papiers, et je n’ai reculé devant rien pour percer la muraille d’ignorance et de silence qui enfermait alors la Shoah. J’ai en effet répété à Karski ce que j’avais dit à Varsovie : que la question du sauvetage des juifs serait importante dans mon film, celle de la responsabilité des Alliés aussi. Cela, c’était au début de mon travail. Je me suis ensuite convaincu que tout cela était infiniment plus complexe que je ne l’avais pensé. Avoir « piégé » Karski ne nous a pas empêchés d’être très proches l’un de l’autre à Washington et d’entretenir ensuite une longue correspondance. « Shoah, écrivit-il en 1985, est sans aucun doute le plus grand film qui ait été fait sur la tragédie des juifs. » Il fit preuve de beaucoup de courage en écrivant cela à un moment où Shoah était attaqué tous azimuts en Pologne, et où le gouvernement polonais demandait à la France de l’interdire. Ce petit jeune homme décrète que je ne comprends pas la littérature. Et il ose écrire : « Contrairement à ce tribunal de l’Histoire, d’où parle Lanzmann, la littérature est un espace libre, où la « vérité » n’existe pas. » Il n’est pas de phrase plus sotte. La littérature n’a affaire qu’à la vérité ; si celle-ci n’est pas l’affaire de Yannick Haenel, c’est que Jan Karski, roman, et quoi qu’en dise Sollers, n’est pas de la littérature. Claude Lanzmann
J’ai payé. Une somme pas mince. Je les ai tous payés, les Allemands. Claude Lanzmann
Je considère que le peuple iranien est un grand peuple, une haute et ancienne civilisation. Un peuple opprimé aujourd’hui par une dictature cléricale de fer, mais qui est en train de protester, de se révolter d’une certaine façon. De nombreuses manifestations y ont eu lieu bien avant celles dont on parle aujourd’hui dans le reste du monde arabe. Concernant la Shoah, la position officielle défendue par le président, M. Ahmadinejad, est qu’elle n’a non seulement jamais existé mais qu’elle est une invention des Juifs et des sionistes. Fatalement, cela a des effets. Contrer ce négationnisme est donc un pas important, et Shoah est le meilleur moyen pour cela. (…) Shoah est un film sans cadavre. Pourquoi il n’y en a pas ? Parce qu’il n’y a pas de trace. L’extermination des juifs voulue par les nazis était le crime parfait. Les fourgons arrivaient, les gens étaient gazés, asphyxiés dans les deux ou trois heures qui suivaient leur arrivée et les corps étaient brûlés. Les gros os qui n’avaient pas été brûlés étaient réduits en cendres à coups de maillet et de marteau et cette poussière d’os était jetée dans les rivières et dans les lacs. Les nazis non seulement détruisaient les Juifs, mais détruisaient la destruction elle-même. Pas de trace. Et dire aujourd’hui « cela n’a pas existé », c’est souscrire pleinement au désir hitlérien. Shoah est la construction d’une mémoire, ce n’est pas une preuve que cela a existé, car pour Ahmadinejad et les autres, la preuve ce seraient des cadavres. Mais la preuve, c’est justement qu’il n’y en a pas ! C’est ça la Shoah, c’est la disparition totale. Claude Lanzmann

Attention: une disparition peut en cacher une autre !

Au lendemain de la disparition de Claude Lanzmann

Et à l’heure où, dans l’indifférence générale, le peuple iranien se lève contre le joug khomeniste qui l’opprime depuis près de 40 ans …

Pendant que d’autres, par démagogie et électoralisme faciles, mélangent tout et nous rejouent à tout bout de champ « les heures les plus noires notre histoire« …

Comment ne pas repenser à la magistrale leçon …

Que l’auteur de « Shoah » et lui-même victime en son temps, à l’instar de son maitre à penser Sartre, de négationnisme pro-communiste

Avait donnée il y a sept ans à l’occasion de la diffusion sur deux chaînes satellitaires à direction de l’Iran d’une version sous-titrée en farsi de son oeuvre …

Où il expliquait justement contre le négationnisme du régime iranien …

Que la disparition de toute trace faisait justement partie de la Solution finale …

Et en était donc de ce fait même la preuve ultime !

Claude Lanzmann : « Shoah est le meilleur moyen de lutter contre le négationnisme d’Ahmadinejad »

Le grand film du cinéaste-écrivain sera diffusé pour la première fois en Iran le 7 mars.

Propos recueillis par Marion Cocquet

Le Point
Voir aussi:

Shoah de Claude Lanzmann diffusé en Iran par une chaine satellite : Les réactions des iraniens en cascade

Des centaines de mails et d’appels téléphoniques de téléspectateurs à Téhéran, Ispahan, Chiraz, Machad et d’autres villes en Iran ont été largement positifs après que la chaîne satellitaire Pars, basée à Los Angeles, ait commencé à diffuser pour la première fois ce lundi « Shoah » de Claude Lanzmann en persan, selon le présentateur chevronné de la chaîne, Alireza Meybodi qui présentait le film.
Crif
11 Mars 2011

Le mercredi, l’agence de presse officielle Fars a dénoncé la diffusion de Shoah, l’accusant d’être une tentative faite par Israël pour prendre le peuple iranien comme cible « de sa propagande pour contrer les efforts déployés par l’Iran dans les organisations internationales pour réfuter ses allégations concernant le mythe de l’holocauste. »

Des dizaines de sites pro-gouvernementaux en Iran se sont joints au chœur des protestations, attaquant la chaîne Pars et l’accusant de « lécher les bottes des Sionistes. » (Voir l’annexe A).

Des médias en langue persane à l’étranger, qui ont un large public en Iran, comme la Télévision la Voix de l’Amérique en persan, Manoto TV, Radio France Internationale (en persan) et la Voix d’Israël (en persan), ont diffusé de longs reportages sur « Shoah » en persan et ont interviewé des intellectuels iraniens soulignant qu’il fallait que les Iraniens puissent avoir accès à ce type de film. De nombreux sites Internet en langue persane, représentant tout un éventail d’opinions, ont rapporté l’événement (voir l’annexe B).

Le film de neuf heures et demie a été sous-titré en persan, en turc et en arabe par le Projet Aladin. Cette organisation internationale, basée à Paris, s’attache à promouvoir le rapprochement interculturel, en particulier entre Juifs et Musulmans.

Les Iraniens, en Iran et partout dans le monde, ont pu voir le premier épisode de « Shoah, » sous-titré en persan, ce lundi. Et des épisodes d’une heure seront diffusés quotidiennement au cours des quinze jours à venir.

Dans une interview réalisée avant la diffusion du film, Claude Lanzmann a déclaré : « Niez la Shoah autant que vous le voulez, Président Ahmadinejad ; aujourd’hui, ce n’est pas vous qui décidez, mais ce sont les téléspectateurs à Téhéran et Chiraz, à qui le projet Aladin a donné l’occasion de forger leur propre jugement sur ce sujet. »

En présentant le film sur la chaîne Pars, Alireza Meybodi a décrit la négation de la Shoah comme un « fléau qui n’a rien à voir avec la grande culture et la civilisation de l’Iran. » Il a qualifié la diffusion du film de Lanzmann en persan de « moment historique. »

Après la diffusion, Alireza Meybodi a déclaré aux journalistes qu’il avait été agréablement surpris par l’ampleur des réactions des téléspectateurs en Iran même, ou en Europe et en Amérique du Nord. « Nous avons reçu beaucoup d’appels et de courriels positifs de téléspectateurs après la diffusion de ce lundi. » Il a précisé que la station de télévision a décidé de consacrer un programme d’appels téléphoniques en direct pour recevoir les réactions de téléspectateurs vivant en Iran et partout dans le monde.

Le lancement de « Shoah » en persan a été marqué à Paris par une manifestation organisée à l’UNESCO ce lundi. Elle a réuni quatre cents personnalités, dont des intellectuels, des écrivains, des ambassadeurs, de hauts fonctionnaires, des cinéastes, des éditeurs et des journalistes qui ont regardé le premier épisode du film en direct.

Décrivant le film « Shoah » comme « monument dans l’histoire de la Shoah et chef-d’œuvre du cinéma, » la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a déclaré que la traduction du film en persan a été « une étape décisive faite pour partager la vérité sur la Shoah dans le monde. » Elle ajoutait que l’UNESCO a joué un rôle actif dans les activités du Projet Aladin dès le départ et continuera à le faire à l’avenir.

Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a qualifié « Shoah » de « chef-d’œuvre cinématographique et historique », affirmant qu’ « il y a un avant et un après ‘Shoah’. » Il a salué le projet Aladin pour son travail si nécessaire, fait pour rapprocher les cultures.
La Présidente du Projet Aladin, Anne-Marie Revcolevschi, a remercié les milliers d’Iraniens qui ont consulté le site internet d’Aladin en persan (www.projetaladin.org) ou ont téléchargé des livres traduits en persan sur la Bibliothèque numérique d’Aladin (www.aladdinlibrary.org). Elle a annoncé que la version en persan du livre de Lanzmann, « Shoah, » était désormais disponible en téléchargement gratuit à partir de cette bibliothèque. Notant que le Projet Aladin a organisé des conférences et débats sur la Shoah dans dix villes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord en 2010, elle a appelé les autorités iraniennes à autoriser l’organisation d’une conférence similaire à l’Université de Téhéran.

Après la projection du film à l’UNESCO, le journaliste Philippe Dessaint a animé une table ronde qui a réuni Claude Lanzmann, Anne-Marie Revcolevschi, la sociologue et écrivain iranienne Chahla Chafiq, l’Ambassadeur de France aux Droits de l’Homme, François Zimeray, l’Iranienne Ladan Boroumand de la Fondation des Droits de l’Homme, l’historien Alexandre Adler et le journaliste et auteur iranien, Nasser Etemadi.

Le Projet Aladin prévoit d’organiser des avant-premières de « Shoah » dans plusieurs capitales du monde musulman, en commençant par Istanbul et Ankara le mois prochain. « Shoah, » sous-titré en turc, sera présenté au Festival International du Film d’Istanbul et ensuite diffusé à la télévision nationale turque. « J’espère que la diffusion de « Shoah » en Turquie va être un exemple important pour le monde musulman. Seules les œuvres d’art peuvent rapprocher les êtres humains, » a déclaré Claude Lanzmann.

Le projet Aladin tient à remercier les organisations et les fondations qui ont aidé à financer la traduction et le sous-titrage de « Shoah » : la Fondation Edmond J. Safra, la Conférence sur les Revendications matérielles juives contre l’Allemagne (Claims Conference), la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la Fondation Evens et le Centre National de la Cinématographie (CNC), et l’agence Colorado qui s’est occupé des relations presse de l’événement.

Le Projet Aladin
Le Projet Aladin est une organisation internationale basée à Paris. Son objectif est de promouvoir le rapprochement interculturel, en particulier entre juifs et musulmans, par le biais de l’éducation, la connaissance de l’histoire, le dialogue et le respect mutuel.
Lancé sous le patronage de l’UNESCO en 2009, le Projet Aladin est soutenu par de nombreux dirigeants dans le monde, des organisations internationales et plus d’un millier d’intellectuels, d’ universitaires et de personnalités sur les cinq continents. Le 1er Février 2011, le Projet Aladin a organisé la visite à Auschwitz d’une délégation internationale de deux cents personnalités politiques, religieuses et culturelles venues de quarante pays.
Annexe A : Exemples de réactions des médias officiels et pro-gouvernementaux et de sites Web iraniens :
Journalists News Agency à Téhéran: « La télévision Pars TV lèche les bottes des Sionistes”
Mashergh News, un site pro-gouvernemental influent : « Le film « Shoah » est diffusé en persan pour montrer aux iraniens que cela a existé »
L’Agence de presse Fars, organisme étatique : « Des chaines de télévision par satellite de Los Angeles volent à la rescousse d’Israël. »
Quds (journal publié à Machhad ) : « la télévision Pars TV recherche les faveurs des Sionistes »
Yalasarat : site Web proche du Président iranien : « Des chaînes de télévision satellitaires aident Israël »
Tabnak : site info influent proche du gouvernement : « Les sionistes s’engagent sérieusement pour prouver que l’holocauste a eu bien lieu »
Annexe B : Exemples de réactions sur des sites Web iraniens et des sites Web de médias en langue persane
Roozonline: site info populaire iranien
“Shoah de Lanzmann, le meilleur moyen pour lutter contre Ahmadinejad”
Manoto TV: chaine satellite iranienne basée à Londres:
“Shoah diffusé pour la première fois en Iran”
Site des sympathisants du Mouvement vert à l’étranger:
“L’interview du cinéaste Claude Lanzmann avec le Point”
RFI en persan: “Table-ronde à l’UNESCO à l’occasion de la diffusion de Shoah en persan »
Voir également:

Non, Monsieur Haenel, je n’ai en rien censuré le témoignage de Jan Karski, par Claude Lanzmann
L’auteur du film « Shoah » répond aux critiques formulées par le romancier.

Le Monde

30.01.2010

Si Yannick Haenel n’a répondu à aucun des arguments de fond que j’exposais dans mon article de Marianne du 23-29 janvier, c’est bien parce qu’il ne le pouvait pas. Je vais, quant à moi, répondre point par point à ses esquives de la vérité, à ses amalgames, à ses mensonges, ses insultes mêmes.

Pour commencer, Haenel court au plus facile, répliquant à des propos de seconde main et à des interprétations de Pierre Assouline, qui tendent à transformer un enjeu véritable en une guéguerre d’ego (voir « Lanzmann contre-attaque sur Karski », « Le Monde des livres » du 22 janvier).

Selon Assouline, je ne « décolérerais pas  » depuis qu’Haenel a obtenu le prix Interallié, au mois de novembre 2009. Haenel, adossé à cette colère imaginaire, y va encore plus carrément et nous assène « l’immensité de (ma) jalousie ». Foutre ! Quitte à peiner Haenel, j’ai beau me sonder impitoyablement, je ne vois pas ce qui, en sa personne et en son livre, pourrait la susciter.

Mais il faut aller vers l’ignoble. Haenel s’étonne de ce que j’ai mis cinq mois à m’aviser que Jan Karski était un faux roman et une oeuvre malhonnête. Je me suis complètement expliqué là-dessus dans mon article de Marianne. D’un mot, les deux premiers chapitres que j’avais parcourus me déplaisaient, car ils parasitaient mon travail et celui de Karski : la paraphrase ne requiert nul talent et ne m’apprenait rien. Quant au troisième et dernier chapitre (le « roman »), j’avais tout simplement refusé de le lire, tant je pressentais qu’il n’aurait que des rapports très lointains avec la vérité.

Mais surtout, par amitié et respect pour notre éditeur commun, Antoine Gallimard, je ne voulais pas entraver la carrière du livre d’Haenel. Je n’ai lu ces 72 pages que quelques jours avant Noël. Le portrait qui y est brossé du président Roosevelt, le récit de la rencontre Karski-Roosevelt, les pensées prêtées à Karski, etc., ont fait se lever en moi la honte et la colère, honte de m’être tu, semblant ainsi cautionner Haenel, colère devant le culot idéologique et la bassesse d’imagination de l’auteur.

Bassesse qui se retrouve dans la façon dont Haenel interprète ma prise de conscience tardive. C’est mon « agenda » (sic) qui, selon lui, exige ma colère : « Son attaque contre mon livre, dit-il, coïncide en effet avec une rediffusion de Shoah sur Arte et avec la signature d’un contrat, sur la même chaîne, pour un film sur Karski : dans le domaine de la publicité, le hasard fait toujours bien les choses. »

Pareille affirmation est ignominieuse et relève de la paire de gifles. Non, Monsieur Haenel, ce n’est pas mon agenda qui a exigé ma colère, c’est ma colère qui a dicté mon agenda. En ce qui concerne Shoah sur Arte, le contrat était signé depuis bien longtemps.

Ce n’est pas le cas du film intitulé Le Rapport Karski, que je viens de réaliser, en un mois, à partir des rushes tournés en 1978, non intégrés à Shoah, dans lequel Karski, d’une façon dévastatrice pour le « romancier », relate les événements auxquels il a participé et la conception qu’il se faisait de sa mission. J’ai réalisé ce film dans l’intention avouée de rétablir au plus vite la vérité. A ce propos, la « fiction » doit-elle conduire les directeurs littéraires à mentir froidement ? Interrogé par Thomas Wieder (Le Monde du 26 janvier), Philippe Sollers, qui a publié Jan Karski dans sa collection « L’infini » (Gallimard), déclare : « Je trouve étrange que Lanzmann ne réagisse que maintenant, alors que je lui en avais adressé les épreuves avant l’été. » Sollers ment – et c’est triste -, les choses se sont passées comme je le raconte dans Marianne : il m’a averti, un matin, par téléphone, de la publication, par lui, du Karski, « magnifique hommage à Shoah », et a raccroché sans que j’aie pu placer un mot, sans même me dire le nom de l’auteur.

Dans le fatras qu’est son mémoire en défense, Haenel reprend, sans vergogne, la doxa qui fait de moi le grand prêtre de l’Interdit et le propriétaire vindicatif de la Shoah. Je serais donc aussi le « propriétaire de Jan Karski comme on l’est d’une marque » (sic). Vulgarité d’esprit qui transpire dans chaque ligne du livre. « Il (Lanzmann) ignore sans doute que Karski a participé à d’autres films que le sien. » Haenel devrait apprendre à lire : je consacre trois pages du Lièvre de Patagonie (Gallimard) aux assauts que subit Karski lorsque des chaînes de télévision, ayant appris que je l’avais retrouvé et tourné avec lui, voulurent en faire autant.

Dans Shoah, Karski est inoubliable. Son extraordinaire visage, ses soupirs exténués, sa voix qui incarne véritablement ses paroles, ces paroles mêmes, ébranlent le spectateur aux tréfonds. J’ai tourné avec Karski pendant deux jours entiers chez lui, à Washington, en 1978. Je n’ai intégré à Shoah que la première journée, laissant seulement Karski dire à la fin de son récit : « But I reported what I saw » (« Mais j’ai fait mon rapport sur ce que j’avais vu »). Il était clair qu’il avait réussi sa mission, passant de Varsovie à Londres, puis, plus tard, à Washington.

J’ai exposé les raisons de cette décision de créateur, elle n’est en rien une censure, comme ose le dire Haenel, prétendant que j’avais ainsi « rendu impossible qu’on puisse voir dans (mon) film un Polonais qui n’est pas antisémite » (sic). Il faudrait, ici, aller considérablement plus loin que la paire de gifles (rassurons Haenel, la guillotine ne se profile pas) : Karski, pendant tout le temps où on le voit dans Shoah, apparaît comme un homme bouleversé par le sort des juifs, à qui le film rend entièrement et fraternellement justice.

Et Karski n’est pas seul : il y a dans Shoah d’autres Polonais portant encore une blessure qui se rouvre dès qu’on évoque l’extermination. Mais, selon Haenel, j’aurais empêché Karski de « raconter sa mission en faveur des juifs », récit qui aurait montré sa vraie grandeur. Que ce monsieur prenne patience : il saura bientôt ce que Karski a dit le deuxième jour et il rendra gorge des accusations de mensonge et de trahison qu’il porte contre moi. Je respecte Karski bien plus que lui, je l’aime, contrairement à ce qu’il allègue, je l’ai aimé dès le premier instant, le spectateur de Shoah lui aussi ne peut que l’aimer.

Enfin, voici l’estocade, le coup mortel : je me garde, paraît-il, de raconter que j’ai piégé Karski pour le convaincre de se laisser filmer. Pauvre Haenel au moralisme simplet ! Pour reprendre un mot de Marcel Ophuls, on ne réalise pas un film comme Shoah en respectant les règles de fair-play d’un joueur de cricket d’Eton.

J’ai piégé beaucoup de monde, à commencer par la bureaucratie communiste polonaise pour obtenir la possibilité de tourner librement en Pologne. J’ai piégé des nazis, j’ai eu un faux nom, des faux papiers, et je n’ai reculé devant rien pour percer la muraille d’ignorance et de silence qui enfermait alors la Shoah. J’ai en effet répété à Karski ce que j’avais dit à Varsovie : que la question du sauvetage des juifs serait importante dans mon film, celle de la responsabilité des Alliés aussi. Cela, c’était au début de mon travail.

Je me suis ensuite convaincu que tout cela était infiniment plus complexe que je ne l’avais pensé. Avoir « piégé » Karski ne nous a pas empêchés d’être très proches l’un de l’autre à Washington et d’entretenir ensuite une longue correspondance. « Shoah, écrivit-il en 1985, est sans aucun doute le plus grand film qui ait été fait sur la tragédie des juifs. »

Il fit preuve de beaucoup de courage en écrivant cela à un moment où Shoah était attaqué tous azimuts en Pologne, et où le gouvernement polonais demandait à la France de l’interdire.

Ce petit jeune homme décrète que je ne comprends pas la littérature. Et il ose écrire : « Contrairement à ce tribunal de l’Histoire, d’où parle Lanzmann, la littérature est un espace libre, où la « vérité » n’existe pas. » Il n’est pas de phrase plus sotte. La littérature n’a affaire qu’à la vérité ; si celle-ci n’est pas l’affaire de Yannick Haenel, c’est que Jan Karski, roman, et quoi qu’en dise Sollers, n’est pas de la littérature.

Claude Lanzmann est écrivain, cinéaste

Voir de même:

Claude Lanzmann’s Holocaust documentary, Shoah, was meant to be an ‘incarnation of the truth’. His new film responds to a threat to that truth

Claude Lanzmann went to Iran recently. « As you know, » the 85-year-old director, a Jewish Frenchman, tells me in his Paris office, « Ahmadinejad doesn’t believe there was a Holocaust. The Iranians wanted me to prove to them on television that there was. They wanted to see the corpses. »

What did he tell them? The director of the nine-and-a-half hour documentary Shoah (1985) about the mass murder of Jews in Nazi death camps swivels round in his chair and fixes me. « I told them there’s not a single corpse in Shoah. The people who arrived at Treblinka, Belzec or Sobibor were killed within two or three hours and their corpses burned. The proof is not the corpses; the proof is the absence of corpses. There were special details who gathered the dust and threw it into the wind or into the rivers. Nothing of them remained. »

Among the Jews detailed to dispose of human remains was Simon Srebnik, whom Lanzmann lured from his home in Israel to the site of Chelmno, the first camp where Jews were gassed. In Shoah’s opening sequence, we see Srebnik being rowed along the Narew river. As the boat eases through calm waters, Srebnik sings, his lovely voice mingling with the sound of the breeze in the summer trees.

« It is not beautiful, » snaps Lanzmann when I tell him my first impression of this sequence. Only later do we learn that what Srebnik is singing is a Nazi marching song that, during his captivity, he was taught and compelled to sing for his captors’ entertainment. Only later do we learn that Srebnik was one of the Jews compelled by Nazis to daily dump sacks of crushed bones of Holocaust victims into this all-too-calm river. Two days before Chelmno was liberated by Soviet troops, remaining prisoners were shot in the head, among them Srebnik. Amazingly, he survived.

Shoah, which will be screened as part of the London documentary film festival Open City later this month, followed by a Q and A with the director, is a documentary of absences. There is no newsreel footage, there are no old photos, no corpses. Sometimes Lanzmann trains his camera on an empty field for several minutes. We see a seeming bucolic idyll – just the place for a picnic. Only the caption – Treblinka – tells us something intolerable happened here

For a long time, Lanzmann tells me, he resisted going to Poland. « Why would I want to? What would I see? » Instead, he toured the world interviewing Holocaust survivors for his film, pushing them hard to recall their experiences. Interviewees such as Abraham Bomba, whom Lanzmann filmed cutting hair in his Tel Aviv salon. As Bomba worked, he told Lanzmann how he was forced to cut women’s hair at Treblinka just before they were gassed.

At one point in the interview, Bomba recalled how a fellow barber was working when his wife and sister came into the gas chamber. Bomba broke down and pleaded with Lanzmann that he be allowed to stop telling the story. Lanzmann said: « You have to do it. I know it’s very hard. » This was his principal method on Shoah: to incarnate the truth of what happened through survivors’ testimonies, even at the cost of reopening old wounds.

With testimonies such as these, Lanzmann initially thought, he needn’t go to the scene of the crimes – to death camps such as Treblinka, Belzec, Sobibor or Auschwitz-Birkenau. But, four years into his work on Shoah, Lanzmann changed his mind. « Finally, I realised I was meeting people, but couldn’t understand what they were telling me. I had to go there. I arrived in Poland loaded like a bomb with knowledge. But the fuse was missing – Poland was the fuse. »

What astounded him when he arrived in villages near the death camps was that life carried on regardless – as though the tragedy of the Holocaust had been erased. « When I saw the village of Treblinka still existed, that people who were witnesses to everything still existed, that there was a normal train station, the bomb that I was exploded. I started to shoot. »

What he started to shoot were testimonies of non-Jewish Polish bystanders. Were they oblivious to what was happening? Overwhelmingly not: Lanzmann interviews Jewish victims and bystanders who recalled that non-Jewish Poles made throat-cutting gestures to Jews as they arrived at the death camps on trains – to alert them to what was about to happen, perhaps, or maybe to revel in their looming murders. Lanzmann found evidence of Polish antisemitism in the villages around the death camps: a male interviewee relates how he’s happy the Jews are gone, but would rather they had gone to Israel voluntarily than be exterminated. In an interview outside a Catholic church, with Simon Srebnik present, bystanders alleged the Holocaust was just retribution for the killing of Jesus.

While inculpating Poles in Shoah, Lanzmann in this interview exculpates the Allies from the charge of doing nothing to save the Jews. « Could the Jews have been saved? My answer is no. I’m very deeply convinced of this. Everybody talks about the bombing of Birkenau. Some in the War Refugee Board [created by President Franklin Roosevelt in 1943] were for bombing, and there were others who were against for reasons that cannot be despised. » What reasons? « Some pilots asked, ‘What is the meaning of this, to bomb the people we’re meant to rescue?’ A terrible contradiction.

« Money, not bombs, would have helped the Jews, because the Germans were running out of money. But in wartime you can’t send money because there are rules. But some religious Jews did send money to Slovakia that got into German hands, and for a while the deportations stopped. »

The question of whether the allies could have saved the lives of the Jews goes to the heart of one of the most important interviews Lanzmann conducted for Shoah, namely the one with the Polish spy and diplomat Jan Karski. In 1943, Karski was commissioned by the exiled Polish government to tell allied leaders about the fate of Poland, and by two Jewish leaders in Warsaw to do the same about the fate of the Jews. « They asked him to mobilise the conscience of the world, » says Lanzmann. In Shoah, Karski recounts what he saw in the ghetto and in camps. At the end of that interview, Karski says of his visit to Washington and London: « I made my report. »

Why end the interview there? « Everybody knows that the Jews were not rescued. He didn’t need to say more. It was very strong to end that way. »

But last year, Lanzmann changed his mind. He decided to release a film of the rest of the 33-year-old Karski interview, in which he told Lanzmann in detail of his mission to brief allied leaders. In this new film, The Karski Report, the Polish spy tells us that he met Supreme Court Justice Felix Frankfurter, a Jew, who, upon hearing Karski’s description of the horrors befalling Jews in Poland, said: « I do not believe you. » But Frankfurter was not calling Karski a liar. Indeed, at the same meeting, Frankfurter clarified what he meant: « I did not say that he was lying, I said that I could not believe him. There is a difference. »

Human inability to believe in the intolerable is what The Karski Report is about. At the start of the film, Lanzmann quotes the French philosopher Raymond Aron, who, when asked about the Holocaust, said: « I knew, but I didn’t believe it, and because I didn’t believe it, I didn’t know. » No wonder Lanzmann, a friend of Jean-Paul Sartre and lover of Simone de Beauvoir, is concerned with such philosophical issues. « The human brain is not prepared to understand this – even on the steps of the gas chamber. Karski says this very clearly. » Hence, for Lanzmann, the primacy of oral testimony as a mode of representation and understanding at the heart of Shoah.

But that primacy is paradoxical: the tragedy of Karski’s mission, if it was a tragedy, was to have witnessed something of such unprecedented horror that no mere report could convey its import, still less move the allies to action.

Why release this film now? Lanzmann released The Karski Report after the publication in 2009 of a novel called Jan Karski by the French writer Yannick Haenel. The novel became a French bestseller, but Lanzmann attacked it as « a falsification of history and of its protagonists ». « It’s a scandal about Karski, because he tries to make Karski into a man obsessed with the rescue of the Jews. He was not. » So Karski was not, as Haenel’s novel implies, the man who tried and failed to stop the Holocaust? « No! He says: ‘The Jews were not the centre of my mission. Poland was the centre of my mission.’ He says that very clearly. »

« I said to myself, ‘You are an idiot, because you have the film of the second day’s interview to show that Karski was not as he is depicted in this novel.’ So I released The Karski Report to re-establish the truth. » Haenel, for his part, argues Lanzmann does not understand his novel.

But what is the truth? Is truth only what emerges from oral testimony such as that given by Shoah’s interviewees? Sometimes, just as Adorno injuncted writing poetry after Auschwitz, so Lanzmann seems to be prohibiting – or at least reserving the right to slur – art about the Holocaust that is not based on oral testimony. Isn’t something to be said for artists who, in an act of creative empathy, try to imagine the lives of others embroiled in the Holocaust and legacy (consider, say, Nicole Kraus’s recent novel Great House, steeped as it is in creatively imagining the lives of Holocausts survivors)? « Of course one can make art about the Holocaust after my film, » Lanzmann says. « All I do say is that great literature always adds to reality. »

The implication is clear: Haenel’s literary imagining of Karski’s inner world distorts and subtracts from reality, while Lanzmann clearly believes Shoah, does otherwise. He wrote in the French newspaper Libération recently that when one watches Shoah, « one bears witness for nine hours 30 minutes to the incarnation of the truth, the contrary of the sanitisation of historical science. »

« That, » he says, « is why it remains important to see my film. »

Shoah and The Karski Report are both being screened at the Open City festival, on 18 and 19 June. Details: opencitylondon.com


Politiquement correct: Cachez cette race que je ne saurai voir ! (No race, please, we’re French)

6 juillet, 2018

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
En Afrique, ils vont renverser le président, ils renversent le palais, ils rentrent dans le palais, ça se passe comme ça en Afrique, pourquoi ça devrait pas se passer comme ça en France. Assa Traoré
Il faut avoir à l’esprit qu’il n’y a pas un racisme, mais des racismes : il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. Le racisme de l’intelligence est un racisme de classe dominante qui se distingue par une foule de propriétés de ce que l’on désigne habituellement comme racisme, c’est-à-dire le racisme petit-bourgeois qui est l’objectif central de la plupart des critiques classiques du racisme, à commencer par les plus vigoureuses, comme celle de Sartre. Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. Il est ce qui fait que les dominants se sentent d’une essence supérieure. Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
« Quand j’avais 14 ans, mes parents m’ont kidnappée et emmenée au Pakistan où j’ai dû vivre un an et demi.» Confidence de la cinéaste Iram Haq. Elle vivait en Norvège et mariait sans difficultés la chaleureuse, gourmande, joyeuse culture familiale et la modernité sympathique, un peu brute de ses camarades d’école. Jusqu’à l’adolescence. Premiers troubles sensuels, premiers flirts, premières cachotteries… la routine qu’on a tous pratiquée. Sauf qu’avec un père et une mère fortement imprégnés du «déshonneur», la désobéissance d’une fille se paie cher. Ce film est à la fois un thriller et le portrait d’un écartèlement. On ne quitte pas le cerveau de la jeune Nisha -en réalité l’auteur du film. On vit d’abord avec elle dans cette Norvège avant-gardiste, accueillante envers d’autres cultures mais intraitable sur l’égalité homme-femme et la liberté de choix. Les assistantes sociales, rodées à la question, se doutent que quelque chose ne tourne pas rond dans la famille de Nisha… Mais celle-ci ne veut pas trahir ses parents, ne veut pas les faire apparaitre rétrogrades, pas trahir leur autorité, donc leur dignité… Jamais on n’a si bien donné à ressentir ce déchirement. Ensuite, la gamine se retrouve contre son gré dans sa famille pakistanaise et il lui est impossible de nier ce qu’elle est profondément. Nouveaux drames… On ressort de la salle bouleversé, complètement déboussolé. Non seulement c’est formidablement bien filmé, bien joué, vif, naturel, intense, mais ce film prenant pose des questions complexes et terrifiantes. Comment un père peut-il être fou de sa fille… et la maltraiter pareillement ? La réalisatrice avoue n’avoir presque plus revu ses parents pendant 26 ans. Et en découvrant ce qu’elle a vécu, on la comprend. Ca n’est que lorsque son père, en fin de vie, l’a contactée qu’ils ont renoué : «Il m’a demandé pardon, je ne m’y attendais pas du tout!» Le savoir réconcilie le spectateur avec ce personnage qu’on a envie d’étrangler. Rien n’est simple… Paris Match
La réalisatrice signe un film magnifique que l’on devine personnel : l’histoire de cette gamine, kidnappée par ses propres parents, et emmenée au Pakistan pour laver ce qu’ils considèrent comme une souillure, fut la sienne : on le sent dans chaque humiliation subie par l’héroïne, chaque ­obstacle qui l’empêche de devenir la femme libre qu’elle voudrait être. Plusieurs moments épouvantent : des policiers pakistanais ripoux forçant Nisha à se déshabiller pour avoir embrassé un jeune homme ou son père prêt à la précipiter dans le vide, plutôt que de subir une « honte » supplémentaire. Ce film est un vibrant appel à la survie. Télérama
Je vous demande de ne rien céder, dans ces temps troublés que nous vivons, de votre amour pour l’Europe. Je vous le dis avec beaucoup de gravité. Beaucoup la détestent, mais ils la détestent depuis longtemps et vous les voyez monter, comme une lèpre, un peu partout en Europe, dans des pays où nous pensions que c’était impossible de la voir réapparaître. Et des amis voisins, ils disent le pire et nous nous y habituons. Emmanuel Macron
On ne peut pas parler aujourd’hui d’une crise migratoire. C’est une crise politique de l’Europe sur l’immigration. Emmanuel Macron
Le courage de Mme Merkel impressionne et laisse François Hollande sur place. Mais sa prise de position mêle la prédication, la stratégie et le réalisme. Elle veut doubler la suprématie économique de l’Allemagne d’un magistère moral, car elle sait qu’elle en a les moyens. Si elle prévoit sans frémir d’accueillir 800.000 réfugiés en 2015, c’est que ce chiffre a déjà été atteint en 1992. Cette année-là, comme les années suivantes, l’Allemagne accueillait à la fois les migrants fuyant les guerres de l’ex-Yougoslavie et les Russes ou Kazakhs d’origine allemande (ou supposés tels), qui bénéficiaient d’un droit au retour. Un tel surcroît dans un pays de 80 millions d’habitants augmente la population de 1 %. Angela Merkel sait aussi que, depuis les années 1970, l’Allemagne compte plus de décès que de naissances. Les projections démographiques annoncent une baisse de 20 % de la population active d’ici à quarante ans. L’intérêt se joint à la morale. L’Allemagne peut jouer sur les deux tableaux. (…) « Soutenable » est une notion relative. Sur les 4,5 millions de personnes qui ont fui la Syrie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, 40 % sont en Turquie, dans des conditions déplorables, et beaucoup d’autres en Jordanie, au Liban, en Egypte. N’arrivent en Europe que les plus jeunes et les plus instruits. Dans une Grèce en grande difficulté économique, l’afflux de réfugiés pose un sérieux problème. Mais pour l’Union européenne, avec ses 510 millions d’habitants, accueillir un million d’exilés, c’est seulement croître de 1/500. Ce qui me frappe, c’est de voir à quel point les politiques redoutent les mouvements de population sans avoir la moindre idée des ordres de grandeur. Alain Peyrefitte a rapporté la réaction horrifiée du général de Gaulle apprenant qu’on allait peut-être devoir accueillir 10.000 rapatriés à la fin de la guerre d’Algérie. Or ils ont été près d’un million à gagner la métropole, qui comptait alors 47 millions d’habitants ! Les chiffres absolus impressionnent, mais, en démographie, il faut raisonner en proportions. (…) Il subsiste en Europe un profond clivage Est-Ouest. Pendant des décennies, les pays communistes n’accueillaient qu’un nombre infime d’immigrés des « pays frères « . Les conditions d’accueil étaient draconiennes : on interdisait le regroupement familial et, si les femmes tombaient enceintes, on les enjoignait de repartir ou d’avorter. Cette volonté d’autarcie a créé un état d’esprit persistant. (…) En Allemagne, les migrants sont à l’Ouest mais la xénophobie est à l’Est, car les populations de ces régions n’ont jamais été habituées à leur présence. Quand le Front national rêve d’un pays quasiment sans immigration, qu’elle soit légale ou non, il réactive le modèle communiste d’une société vivant sur elle-même. (…) Des années 1880 aux années 1920, notre pays a accueilli 150.000 juifs russes fuyant les pogroms. En 1939, plus de 700.000 Catalans ont fui l’Espagne de Franco : nous les avons très mal accueillis, ce qui n’a pas dissuadé nombre d’entre eux de rejoindre la Résistance. A partir de 1973, en revanche, l’Etat a réservé à 170.000 boat people vietnamiens et cambodgiens un accueil digne de ce nom, avec des programmes de logement et d’emploi. Ces expériences étant plus anciennes que celles de l’Allemagne, la France est désemparée devant un afflux extraordinaire. (…) Avant la crise actuelle, en 2012, nous étions en 12e position en Europe par le nombre de demandeurs d’asile rapporté au nombre d’habitants ! La Suède en recevait 5 fois plus, la Suisse 4 fois plus, la Norvège 2 fois plus, et je ne parle pas de Malte ou de Chypre. L’Allemagne enregistrait autant de demandes que nous, mais son taux de décisions positives était le double du nôtre : 29 % contre 15 %. Fin 2014, les taux ont progressé sous la pression de la crise syrienne : 42 %, contre 25 %, toutes origines confondues. (…) Sur les dernières décennies, les flux migratoires vers l’Allemagne ont une allure de montagnes russes, avec des pics impressionnants (en 1992, en 2002), où la part des réfugiés peut dépasser 50 % puis retomber à zéro. Rien à voir avec le solde migratoire de la France : nous accueillons en continu une migration issue de nos anciennes colonies, plus modérée que celle de l’Allemagne mais constante. Or, il faut le rappeler, c’est le respect des conventions internationales sur les droits de l’homme qui alimente en France le gros de l’immigration. Sur les 200.000 titres accordés chaque année à des immigrés extracommunautaires, 10 % seulement le sont au titre du travail non saisonnier, les 90 % restants le sont en application d’un droit : le droit d’épouser un Français (50.000 entrées par an), le droit des étrangers de vivre en famille (35.000), le droit d’asile (18.000) et ce quasi-droit, désormais, d’étudier à l’étranger (plus de 60.000). Certes, l’immigration chez nous ne représente qu’un quart de l’accroissement annuel de la population ; c’est bien moins que chez nos voisins européens. Mais cela dure depuis des décennies. Résultat : un quart de la population vivant en France est soit immigrée, soit enfant d’immigré. La France peut logiquement demander que ce facteur soit pris en compte par la Commission européenne dans sa répartition des réfugiés. (…) Si la France devait accueillir en proportion autant de réfugiés que le chiffre annoncé par Mme Merkel pour l’Allemagne, cela représenterait 640.000 personnes. Divisé par deux, cela ferait encore 300.000 personnes à accueillir. Nous en sommes très loin. Même les chrétiens d’Orient n’ont été accueillis qu’au compte-gouttes. (…) Nous reproduisons le triste paradoxe de la frontière entre Etats-Unis et Mexique : deux grands pays liés par un accord de libre-échange mais séparés par un mur anti-migrants. Laurent Fabius vient de chapitrer la Hongrie pour avoir posé des barbelés à sa frontière, mais les barrières qui ceignent l’entrée du tunnel sous la Manche et le port de Calais ne valent pas mieux. François Héran
Il n’y pas de crise migratoire, il n’y a qu’une crise politique. La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017. François Héran (Collège de France)
Bien sûr, il reste des situations à régler par rapport à la crise de 2015. Je pense notamment au quartier de La Chapelle à Paris où des personnes n’ont toujours pas vu leur situation régularisée. Pour autant, on assiste aujourd’hui à une maîtrise des flux migratoires, contrairement à 2015. La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017. [Les affaires de « L’Aquarius » et du « Lifeline »] sont des épiphénomènes si on se place face aux chiffres (…) Non, il n’y a pas de crise migratoire. D’ailleurs même en 2014, on n’employait pas cette expression. Les chiffres sont parlants : l’UE enregistrait plus d’1.3 million de demandes d’asile en 2015, contre 705.000 en 2017. La crise est aujourd’hui d’ordre politique. (…) On observe aujourd’hui l’arrivée au pouvoir d’une série de gouvernements hostiles à l’immigration. On l’a vu avec les sorties du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, mais aussi les positions de son homologue autrichien, Sebastian Kurz… (…) Ces mouvements populistes apportent une réponse simple à des questions complexes : la figure du migrant sert de bouc émissaire, comme cela a souvent été le cas avec les formations d’extrême droite. Ce type de discours est bien reçu par une partie de l’électorat qui, parce qu’il a mal vécu la mondialisation, a envie de renverser la table. Dès lors, ces lignes dures peuvent être payantes à court terme électoralement, mais à long terme, cela ne peut pas tenir. (…) Si on prend les chiffres bruts, la France a enregistré 100.000 demandes en 2017. Il est alors facile pour le gouvernement de dire : « Regardez, on est le deuxième pays d’accueil, on est tolérants ». Mais si on rapporte le nombre de demandes d’asile déposées par rapport à taille de la population, la France se retrouve finalement en 16ème position par rapport à ses voisins européens. La leçon est un peu courte ! (…) La question migratoire n’est pas un sujet aussi inflammable en Suède qu’en France. Les Suédois ont une tradition d’accueil des personnes qui ont besoin d’une protection. En France, on a un problème avec la question migratoire, on ne veut pas en parler. Si bien que seuls les extrêmes s’en saisissent. L’espace de débat démocratique lui, est totalement désert. Yves Pascouau
Ce n’est pas une crise. Une crise, c’est un moment aigu dans des circonstances particulières. Ce à quoi nous assistons n’est, au contraire, que la poursuite d’une tendance de fond qui s’est amplifiée ces dernières années avec les migrations africaines et asiatiques notamment. Cette pression migratoire accrue n’est pas un accident, c’est un problème chronique structurel, un phénomène fondamental qui va troubler l’horizon européen pendant des décennies, bien au-delà de la question ponctuelle de tel ou tel bateau de migrants qui ne trouve pas de port d’accueil. Il faut regarder les choses en face : l’Europe représente un havre de paix, de prospérité et de protection sociale unique au monde, alors brite que 7% de la population mondiale. Nous ne sommes qu’un demi-milliard d’habitants et nous avons beaucoup plus que les autres. Marcel Gauchet
Les musulmans sont, de loin, ceux qui expriment le plus faible sentiment national. Plus la foi de ces jeunes est affirmée, plus leur adhésion à l’Etat est faible (…) seulement 30,7% des collégiens musulmans disent se sentir français, alors que leurs camarades catholiques répondent oui à 76,8%. L’Express
Il faut préciser que nous avons tout fait pour cela. Nous avons cassé tous les lieux où s’opérait le mixage social. Le rapport parle du service militaire, qui n’était d’ailleurs plus depuis longtemps le principal lieu de brassage : tous les jeunes des classes supérieures partaient en coopération et ne moisissaient plus dans les casernes. Mais plus encore : sous prétexte de principe de précaution, on a rendu le scoutisme carrément impraticable – or c’était un lieu suprême pour le brassage social. Il en va de même pour les écoles libres : en leur imposant cette limite non-écrite mais réelle des 20%, on en fait des écoles d’élite, alors que si elles pouvaient se développer elles seraient davantage des lieux d’éducation pour ceux qui en manquent. Car le problème aigu, c’est la place qu’a pris l’éducation dans la vie sociale. Ce qui importe est moins à présent de savoir que de savoir-être. On va embaucher un jeune moins en raison de son diplôme que parce qu’il sera arrivé à l’heure au rendez-vous et sans chewing-gum dans la bouche. Et cela ne s’apprend que dans la famille, ou bien dans une troupe scoute, ou bien dans certaines écoles plus attentives que d’autres… Il faut bien convenir que nos gouvernements ont tout fait pour déconsidérer tous ces lieux éducatifs et jeter sur eux la dérision. Evidemment E.Macron est le représentant typique de cette classe supérieure désormais détachée du peuple. Pour être élu il lui a fallu déborder largement cette couche sociale, qui demeure très restreinte. Mais il en demeure le prisonnier typique : apparemment il ignore que les autres classes existent, et ne les a jamais rencontrées. C’est inquiétant. Le « séparatisme social » qui s’est développé en France dans les catégories les plus favorisées a progressivement engendré un recul du sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Et si le populisme pouvait être un outil qui, dosé avec une juste mesure, permettrait de renouer ce lien social perdu ? N’est-ce pas, dans un certaine mesure, ce qu’essaye de faire Emmanuel Macron avec le service civil pour renforcer la cohésion nationale ? Chantal Delsol
L’importance des réactions suscitées par le rapport Kepel révèle en filigrane le malaise de la société française face au surgissement d’une société multiculturelle encore impensée. Il faut dire que, en la matière, nous nous sommes beaucoup menti. Convaincus de la supériorité du modèle républicain, en comparaison du modèle communautariste anglo-saxon, nous nous sommes longtemps bercés d’illusions sur la capacité de la République à poursuivre, comme c’était le cas par le passé, « l’assimilation républicaine ». La réalité est que, depuis la fin des années 1970, ce modèle assimilationniste a été abandonné quand l’immigration a changé de nature en devenant familiale et extra-européenne (pour beaucoup originaire de pays musulmans). Alors que l’on continuait à s’enorgueillir du niveau des mariages mixtes, les pratiques d’évitement explosaient. Aujourd’hui, le séparatisme culturel est la norme. Il ne s’agit pas seulement d’un séparatisme social mais d’abord d’un séparatisme culturel. Pire, il frappe au coeur des classes populaires. Désormais, les classes populaires d’origine étrangère et d’origine française et d’immigration ancienne ne vivent plus sur les mêmes territoires. Les stratégies résidentielles ou scolaires concernent une majorité de Français, tous cherchent à ériger des frontières culturelles invisibles. Dans ce contexte, la fable des mariages mixtes ne convainc plus grand monde et ce d’autant plus que les chiffres les plus récents indiquent un renforcement de l’endogamie et singulièrement de l’homogamie religieuse. La promesse républicaine qui voulait que « l’autre », avec le temps, se fondît dans un même ensemble culturel, a vécu. Dans une société multiculturelle, « l’autre » reste « l’autre ». Cela ne veut pas dire « l’ennemi » ou « l’étranger », cela signifie que sur un territoire donné l’environnement culturel des gens peut changer et que l’on peut devenir culturellement minoritaire. C’est ce constat, pour partie occulté, qui explique la montée des partis populistes dans l’ensemble des pays européens. Si le rapport Kepel est « dérangeant », c’est d’abord parce qu’il nous parle d’un malaise identitaire qui touche désormais une majorité de Français. A ce titre, il faut relever l’importance de cette question pour l’ensemble des classes populaires d’origine française ou étrangère. C’est dans ce contexte qu’il faut lire la montée de l’abstention et de la défiance pour les grands partis aussi bien en banlieue que dans les espaces périurbains, ruraux et industriels. Si un islam identitaire travaille les banlieues, l’adhésion pour les thèses frontistes d’une part majoritaire des classes populaires de la France périphérique souligne que la question sociale est désormais inséparable de la question culturelle. Christophe Guilluy
Le sujet n’a pas été abordé pendant la campagne présidentielle, pas davantage que les enjeux, plus larges, du «commun», de ce que c’est aujourd’hui qu’être Français, des frontières du pays, de notre «identité nationale». Et que cette occultation n’a pas fait disparaître cet enjeu fondamental pour nos concitoyens, contrairement à ce qu’ont voulu croire certains observateurs ou certains responsables politiques. (…) il y a la crainte d’aborder des enjeux tels que l’immigration ou la place de la religion dans la société par exemple. Crainte de «faire le jeu du FN» dans le langage politique de ces 20 dernières années suivant un syllogisme impeccable: le FN est le seul parti qui parle de l’immigration dans le débat public, le FN explique que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale», donc parler de l’immigration, c’est dire que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale»! La seule forme acceptable d’aborder le sujet étant de «lutter contre le FN» en expliquant que «l’immigration est une chance pour la France» et non une menace. Ce qui interdit tout débat raisonnable et raisonné sur le sujet. Enfin, les partis et responsables politiques qui avaient prévu d’aborder la question ont été éliminés ou dans l’incapacité concrète de le faire: songeons ici à Manuel Valls et François Fillon. Et notons que le FN lui-même n’a pas joué son rôle pendant la campagne, en mettant de côté cette thématique de campagne pour se concentrer sur le souverainisme économique, notamment avec la proposition de sortie de l’euro. Tout ceci a déséquilibré le jeu politique et la campagne, et n’a pas réussi au FN d’ailleurs qui s’est coupé d’une partie de son électorat potentiel. (…) L’opinion majoritairement négative de l’islam de la part de nos compatriotes vient de l’accumulation de plusieurs éléments. Le premier, ce sont les attentats depuis le début 2015, à la fois sur le sol national et de manière plus générale. Les terroristes qui tuent au nom de l’islam comme la guerre en Syrie et en Irak ou les actions des groupes djihadistes en Afrique font de l’ensemble de l’islam une religion plus inquiétante que les autres. Même si nos compatriotes font la part des choses et distinguent bien malgré ce climat islamisme et islam. On n’a pas constaté une multiplication des actes antimusulmans depuis 2015 et les musulmans tués dans des attaques terroristes depuis cette date l’ont été par les islamistes. Un deuxième élément, qui date d’avant les attentats et s’enracine plus profondément dans la société, tient à la visibilité plus marquée de l’islam dans le paysage social et politique français, comme ailleurs en Europe. En raison essentiellement de la radicalisation religieuse (pratiques alimentaires et vestimentaires, prières, fêtes, ramadan…) d’une partie des musulmans qui vivent dans les sociétés européennes – l’enquête réalisée par l’Institut Montaigne l’avait bien montré. Enfin, troisième élément de crispation, de nombreuses controverses de nature très différentes mais toutes concernant la pratique visible de l’islam ont défrayé la chronique ces dernières années, faisant l’objet de manipulations politiques tant de la part de ceux qui veulent mettre en accusation l’islam, que d’islamistes ou de partisans de l’islam politique qui les transforment en combat pour leur cause. On peut citer la question des menus dans les cantines, celle du fait religieux en entreprise, le port du voile ou celui du burkini, la question des prières de rue, celle de la présence de partis islamistes lors des élections, les controverses sur le harcèlement et les agressions sexuelles de femmes lors d’événements ou dans des quartiers où sont concentrées des populations musulmanes, etc. (…) Aujourd’hui, cette défiance s’étend à de multiples sujets, notamment aux enjeux sur l’identité commune et à l’immigration. Et, de ce point de vue, l’occultation de ces enjeux à laquelle on a pu assister pendant ces derniers mois, pendant la campagne dont cela aurait dû être un des points essentiels, est une très mauvaise nouvelle. Cela va encore renforcer cette défiance aux yeux de nos concitoyens car non seulement les responsables politiques ne peuvent ou ne veulent plus agir sur l’économie mais en plus ils tournent la tête dès lors qu’il s’agit d’immigration ou de définition d’une identité commune pour le pays et ses citoyens. Laurent Bouvet
Ce qui vient de se passer avec Trump, c’est comme avec le vote en faveur du Brexit récemment au Royaume-Uni, l’expression de toute une partie des électeurs, des citoyens, contre des élites, contre un «système» politique, économique et médiatique, qu’ils estiment les tenir à l’écart, dont ils pensent qu’ils les ont «abandonnés» selon le mot qui revient souvent dans les enquêtes d’opinion. Cette partie «abandonnée», «invisible» de nos sociétés démocratiques se rebiffe en quelque sorte en votant pour des leaders et des formations qui clament leur opposition à ce système ou qui prétendent être leur porte-voix contre celui-ci. Peu importe qu’ils soient eux-mêmes issus du système d’ailleurs. On peut constater que les critiques sociales sur la fortune d’un Trump ou le mode de vie d’une Le Pen n’ont aucune incidence sur leur électorat. Il ne s’agit plus d’un combat politique traditionnel articulé autour d’une vision de classe. C’est l’erreur de toute une partie de la gauche aujourd’hui qui continue de penser que les catégories populaires sont réductibles à la classe ouvrière d’antan et qu’elles devraient donc voter massivement pour leurs légitimes représentants. On a ainsi vu fleurir depuis la victoire de Trump, chez certains responsables de gauche en France notamment, l’idée que Bernie Sanders aurait battu Trump, lui, s’il avait été le candidat du parti démocrate plutôt que Clinton! L’illusion continue de fonctionner à plein alors que les cols-bleus de la Rust Belt (anciens états industriels du nord des États-Unis) ont massivement voté pour Trump et non pour Sanders aux primaires démocrates. (…) Attention d’abord à cette idée d’un «baroud d’honneur» de «petits blancs» face au caractère inexorable du projet multiculturaliste (on distingue bien ici le multiculturalisme de fait qui touche toutes les sociétés ouvertes aujourd’hui et le multiculturalisme normatif comme projet politique bien représenté aujourd’hui par les discours d’un Justin Trudeau, Premier ministre canadien par exemple). Il n’est pas du tout certain en effet que l’on assiste à une montée en puissance sûre et certaine du projet politique multiculturaliste dans les années qui viennent face aux réactions des populations auxquelles il est plus souvent imposé que proposé par une partie de leurs dirigeants, des médias, etc. Je dirais plutôt que les réactions que l’on constate aujourd’hui dans de nombreux pays contre un tel projet en démontrent le caractère forcé et contraire à la volonté de pans entiers sinon de la majorité de la population dans les pays concernés. À la fois et indissociablement, comme on le comprend mieux maintenant visiblement, pour des raisons économiques et identitaires. La réaction immédiate est évidemment portée par les leaders et les formations populistes mais dans le temps, elle peut être plus profonde et entraîner des modifications importantes du paysage politique au sein duquel le clivage autour du «commun», de ce qui fait et tient ensemble nos sociétés devient un enjeu majeur du débat politique, renvoyant aux marges à la fois la réaction populiste et les promoteurs du multiculturalisme normatif. (…) Cette forme d’inquiétude globale sur son propre devenir et sur le devenir de la société dans laquelle on vit, mêlant étroitement des éléments économiques, sociaux, culturels, que j’ai essayés, avec d’autres, de repérer et de préciser sous le terme d’insécurité culturelle, est en effet devenue un élément déterminant du comportement politique, électoral notamment, d’une partie croissante de la population de nos vieilles démocraties. Pour une double raison, simple à comprendre même si elle est encore inaudible visiblement pour tout un tas d’observateurs et d’acteurs politiques: le sentiment d’abandon de la part des élites de pans entiers de la population et de territoires ; le mépris ostensiblement affiché par ces élites vis-à-vis de ces populations et évidemment durement ressenti par celles-ci. Nombre de nos concitoyens vivent aujourd’hui au quotidien cet abandon et ce mépris, et depuis de longues années. Ils ont pu à un moment continuer d’avoir espoir dans tel ou tel parti classique du jeu politique. Ils ont pu aussi cesser de participer à la vie politique (l’augmentation tendancielle des taux d’abstention dans les démocraties se vérifie partout désormais comme l’a bien montré ma collègue Pippa Norris notamment). Et évidemment ils ont commencé aussi à voter pour des leaders et des formations populistes qui mettent en scène cette insécurité culturelle, qui s’en font les champions en quelque sorte. Nous en sommes aujourd’hui à une sorte de point de rupture électoral que l’on voit arriver depuis des années – et à propos duquel nous sommes un certain nombre à avoir alerté en vain -: l’accès au pouvoir, local et national, de leaders et formations populistes. L’insécurité culturelle n’est plus ni un fantasme ni une construction médiatique, c’est devenu une réalité politique aux conséquences aussi tangibles qu’incertaines. (…) Le remplacement stratégique de ces catégories populaires par une coalition de groupes minoritaires, souvent désignés par un critère spécifique de leur identité culturelle (femmes, homosexuels, jeunes issus de l’immigration…) ne suffit pas à garantir la victoire de cette gauche qui se dit «progressiste». D’autant que son programme économique et social n’est plus principalement dirigé vers les catégories populaires mais plutôt vers des catégories sociales supérieures, diplômées, vivant dans les métropoles, profitant de la mondialisation et de l’ouverture des frontières. Si bien que le clivage économique classique n’est plus opérationnel pour cette gauche puisqu’il s’est en quelque sorte inversé tandis qu’elle rejetait dans le même temps toute pertinence des interrogations «identitaires» ou culturelles de ces mêmes catégories populaires. Aujourd’hui, l’électorat de la gauche de gouvernement s’est donc considérablement réduit et cette réduction la prive de toute perspective de pouvoir dans les années qui viennent. (…) Le fait de ne pas ou plus vouloir réfléchir à certains enjeux, de disqualifier a priori certaines préoccupations et de ne plus se poser de questions par rapport à la réalité de l’évolution des relations internationales ou de l’économie a privé la gauche dans son ensemble d’une grande partie de sa capacité d’action. Et nos concitoyens l’ont parfaitement compris. D’autres forces politiques aussi, notamment chez les populistes, qui ont repris des thèmes autrefois chers à la gauche, comme ceux que vous mentionnez mais aussi comme le patriotisme ou l’attachement à la souveraineté du peuple. On l’a particulièrement éprouvé ces dernières décennies avec la construction européenne. Par dogmatisme et par aveuglement idéologique, la gauche a très largement contribué à bâtir un monstre bureaucratique aussi inefficace qu’illégitime politiquement. La question européenne est devenue le Nœud Gordien de la gauche européenne contemporaine. Si elle ne parvient pas à le trancher, elle ne pourra retrouver son rôle historique d’émancipation collective des populations des pays européens. Celles-ci allant chercher les voies et moyens de cette émancipation ailleurs, souvent pour le pire. (…) Surtout si l’on considère la vision très largement répandue d’un multiculturaliste normatif au sein de cette gauche. On y rencontre parfois même, aujourd’hui, certains élus, certaines organisations très favorables à l’islam politique et à une critique très virulente de tout ce qui peut constituer notre commun. (…) Nous entrons pour la gauche dans son ensemble, partout dans les démocraties libérales, dans une phase de refondation indispensable. Et pour ce faire, il lui faudra quitter nombre des vieux habits endossés pendant des décennies en veillant à ne pas tout oublier de ce qui fonde son origine. Laurent Bouvet
Virale, la vidéo d’un responsable Inter-LGBT refusant d’être assimilé à sa masculinité fonctionne comme une formidable métaphore d’une fin d’époque. Sur le fond, la séquence dans sa drôlerie involontaire nous raconte l’effondrement d’une théorie dont le moteur poussé jusqu’à bout de chevaux engage son véhicule dans une spectaculaire sortie de route. Cette théorie n’est pas tant dans ses fondements celle du genre, pavillon désormais épouvantail de bien des revendications sociétales, que celle des tenants de la fameuse «construction sociale de la réalité», du titre éponyme de l’ouvrage désormais classique paru voici plus d’un demi-siècle sous la plume de Peter L. Berger et Thomas Luckmann, deux sociologues de la connaissance pour lesquels les stéréotypes, entre autres, contribuent au façonnage du monde, des identités, de tout ce qui relève à un degré ou un autre de ce que Durkheim appelait le «fait social». Cette thèse «constructiviste» qui voit in fine dans le regard des autres un puissant vecteur d’ordonnancement des sociétés fonctionnera très vite comme la boîte de Pandore de tous les apôtres de la déconstruction. Ces derniers verront dans l’analyse de Berger et Luckmann, non sans la surinterpréter voire la détourner, la porte étroite intellectuelle pour saper, subvertir, démonter les principes d’un «vieux monde» abhorré auquel ils veulent s’opposer et échapper. À partir du moment où ce sont les représentations sociales qui fondent le réel, il suffit de démonter celles-ci pour changer la société. Les soixante-huitards feront leur miel de ce parti pris! Ils dénonceront alors les mœurs de leurs pères à leurs yeux «aliénantes», «réactionnaires», «petite bourgeoises», autant de greniers poussiéreux dont ils rêveront de se débarrasser, accrochés qu’ils seront à leur imaginaire postadolescent nourri tout à la fois de Rimbaud et de Marcuse. Au fur et à mesure des décennies, cette révolte libertaire s’est fait dogme, catéchisme, inquisition. Elle a alimenté un nouveau bréviaire, celui du «politiquement correct» qui, de manière inégale mais continue, a conditionné à son tour les réflexes de nombre des élites politiques, économiques, culturelles des sociétés occidentales, avec plus ou moins d’intensité selon les pays, mais avec cette même injonction à reconnaître pour inévitablement inéluctable la force irrésistiblement «progressiste» du sociétal, de ses groupes de pression et de ses revendications. La «contre-société» s’est muée en carcan sémantique d’abord, en sommation historiographique ensuite, en mise en demeure normative… Elle est devenue de facto le pouvoir. On ne compte plus les effets de cette nouvelle idéologie dominante sur le vocabulaire, les mémoires, les lois. Les dictionnaires, les livres d’histoire, les législations sont littéralement révisés pour faire stricto sensu droit aux exigences de cet agrégat de minorités rassemblées dans la même volonté d’imposer leur doxa à l’ensemble de l’espace public. Ainsi les mentions «père» et «mère» disparaissent au profit des neutralités lexicales «parent 1» et «parent 2» ; ainsi Jacques Chirac et Dominique de Villepin ne célèbrent pas Austerlitz en 2005 pour ne pas heurter les quelques activistes de la répression mémorielle et de l’anachronisme historique ; ainsi le législateur se fait traqueur de toutes les phobies réelles ou … supposées! Tout se passe comme si un aggiornamento sociétalement libertaire, inclusif, communautaire délimitait les termes du dicible et de l’indicible, du permis et de l’interdit, de l’acceptable et de l’inacceptable, du correct et de l’incorrect. La com’ et la publicité, dont le visionnaire Jacques Ellul avait compris la fonction éminemment propagandiste au service de l’hubris technicienne, ont balisé le terrain au quotidien, conditionnant, imprégnant, infusant une certaine idée de la mise au pas du verbe et de ses aspérités, du passé et de son irréductible altérité, de l’homme et de son aspiration au sacré. Cette radicalisation a ses icônes politiques dont la mairie de Paris, en France, constitue à sa façon le foyer. L’emballement sociétal se radicalise à proportion que des résistances commencent à se faire jour, y compris parmi certains tenants prudents du «politiquement correct» . Cette radicalisation a ses icônes politiques dont la mairie de Paris, en France, constitue à sa façon le foyer. Elle s’incarne avec virulence dans l’obsession de la chasse symbolique au «mâle blanc cinquantenaire» , victime propitiatoire désignée de toutes les élites du postmodernisme. Elle se naufrage dans un excès de dénégation dont l’extrait de l’échange entre Daniel Schneidermann, producteur de l’émission d’Arrêts sur images et son interlocuteur autoproclamé «non-binaire (sic)» constitue en soi une expression anthologique de l’absurde, non pas d’un absurde existentiel, mais d’un absurde sociétal, stade ultime de l’infantilisme du politiquement correct qui achève ainsi sa course dans une tragi-comédie. Arnaud Benedetti
La nouvelle rhétorique à gauche déconcerte. Des assemblées générales interdites aux hommes blancs à Tolbiac, aux manifestations contre le «racisme d’État» du mouvement Justice pour Adama, les mobilisations sociales se teintent de plus en plus d’une coloration identitaire, comme si le monde commun n’avait plus d’autre usage pour les militants que l’expression de leur particularité. Ce nouveau langage politique, apparu aux États-Unis, n’est pas resté confiné aux groupes les plus marginaux ; il a au contraire profondément imprégné le fonctionnement du parti démocrate. (…) La nouvelle forme d’activisme dont il est question est d’abord apparue sur les campus universitaires où elle a produit une génération de militants (désignés péjorativement sous le nom de Social Justice Warriors) moins préoccupés par l’exercice du pouvoir que par la critique de la domination et la défense des minorités dominées. Leur force de mobilisation est toutefois peu à peu devenue un objet de convoitise de la part des responsables démocrates confrontés à la perte d’influence des organisations professionnelles qui les soutenaient traditionnellement. C’est pour cette raison qu’au-delà des théories de Michel Foucault, Judith Butler ou encore Kimberlé Crenshaw qui sont à l’origine de ce mouvement, le «progressisme identitaire» a également engendré une stratégie électorale concrète, dont l’illustration en France fut le fameux rapport Terra Nova de 2011. Dans ce document, Olivier Ferrand constatait l’érosion du soutien des classes populaires à l’égard du parti socialiste, et invitait ce dernier à reconstituer une majorité grâce à l’agrégation de segments électoraux minoritaires rassemblés autour de problèmes identitaires et sociétaux (multiculturalisme, mariage homosexuel, droits des femmes etc.). Ce qu’offrait cette myriade de mouvements associatifs aux partis progressistes, c’est effectivement un relais de transmission permettant de transformer les revendications identitaires de communautés spécifiques en soutien pour un programme gouvernemental garantissant séparément chacun de ces intérêts distincts. Le rêve d’une coalition arc-en-ciel rencontra peu de résistances auprès des responsables démocrates, ou de leurs confrères européens, tant il ne semblait comporter que des avantages. De tels groupes communautaires, caractérisés par un militantisme de terrain, permettaient en effet aux partis politiques de combler ce qu’ils pouvaient ressentir comme un déficit de représentation. Ils concernaient également des niches électorales (homosexuels, immigrés récents etc.) moins susceptibles d’être contestées par leurs adversaires. Et enfin, alors que le socialisme comme doctrine économique avait perdu une grande partie de sa capacité de mobilisation, ces mouvements constituaient la seule force neuve et conquérante d’un paysage politique fait de routines et de consensus décourageants. Le soutien de cet électorat ne reposait toutefois plus sur les attentes et les intérêts collectifs d’une classe sociale — aspirant à organiser le travail et distribuer ses produits — ; il traduisait l’indignation de groupes constitués autour d’une identité de race ou de genre, ayant le sentiment d’être les victimes d’un système de domination, auquel ils entendaient résister et qu’ils souhaitaient éventuellement détruire. Se défiant du processus électoral et de ses compromissions, cette gauche, née de la contre-culture des années 60-80, trouva d’abord refuge dans les universités au moment où la droite américaine parvenait avec Reagan à porter un coup fatal aux équilibres de la sociale démocratie d’après-guerre. Leur démarche ne consistait plus à conquérir le pouvoir — ce qui aurait impliqué d’obtenir le consentement de leurs concitoyens à un moment où ceux-ci se détournaient résolument de leurs combats — mais à convertir à leurs idées ceux qui, par leur parcours, devaient accéder bientôt à la classe dirigeante. Ce n’est que dans un second temps que cette politique d’entrisme, d’hégémonie culturelle et de politisation de l’éducation supérieure put se cristalliser dans un ensemble d’engagements métapolitiques de construction communautaire [community building] destinés, par le vecteur des identités, à politiser certaines marges de la société autour de la revendication de droits spécifiques. L’histoire du concept de «consentement explicite» illustre particulièrement bien cette stratégie. (…) Les organisations féministes ont fini par imposer la création d’une forme de justice parallèle au service de leur conception des relations entre les sexes. (…)  Partant d’un problème effectivement légitime, les organisations féministes ont ainsi fini par imposer la création d’une forme de justice parallèle au service de leur conception des relations entre les sexes. Par effet de capillarité, cette prise de pouvoir au sein des campus a produit des chambres d’écho avec des sites d’information (The Huffington Post et Buzzfeed) et un foisonnement de blogs, de chaînes YouTube et de comptes tumblr au service de la cause. (…)  L’exclusion de certains conférenciers sur les campus universitaires en raison de leurs idées a particulièrement médiatisé ce processus. Les départements de sciences humaines ont, pour des raisons évidentes, souffert dans une plus large mesure, et plus tôt que les autres, de cette déstabilisation des savoirs. Il ne serait néanmoins pas inexact d’affirmer qu’elle affecte désormais tout le corps politique. (…) Dans un premier temps, ces mouvements n’ont accordé leur soutien aux partis traditionnels qu’en échange de mesures dont leurs adversaires conservateurs ne pouvaient accepter l’application sans se couper de leur base. Dans les pays où ils ont consenti à de tels compromis, de nouvelles formations ou un nouveau personnel politiques ont pris leur relai afin de cristalliser l’opposition à ces réformes. Ce premier phénomène de bipolarisation fut aggravé par le langage accusateur et agressif, essentiellement anti-pluraliste, dans lequel étaient exprimées les revendications progressistes. Si cette rhétorique leur a garanti bien des succès d’opinion auprès d’une partie non négligeable de la population (plutôt connectée, urbaine, diplômée et cosmopolite), elle a de manière croissante rendu impossible à ceux qui en étaient exclus (déconnectés, ruraux, déclassés et blancs) d’envisager avec elle une action, des intérêts ou un destin communs. (…)  En définitive, ces nouveaux militants se préoccupent moins de convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur opinion que de persuader les juges de la leur imposer. (…)  Mais dès lors que la gauche doit ses succès électoraux à la défense des droits d’une minorité, ou d’un ensemble de minorités, elle est contrainte d’introduire sans cesse de nouveaux droits, et, par conséquent, de découvrir de nouvelles injustices, quitte à les exagérer, sous peine de voir son électorat se démobiliser, ou pire, passer à l’adversaire, une fois satisfaction obtenue. Proclamant des droits qui ont de moins en moins de sens, et condamnant des injustices qu’il est de plus en plus difficile de voir comme telles, les partis progressistes, prennent le risque de s’isoler, et d’isoler les catégories de population qui les soutiennent, du reste de la société. À titre d’exemple, Antioch College, cité plus haut, requiert désormais de tout visiteur la signature d’un protocole d’accord, signifiant l’adhésion au principe du consentement explicite. L’usage est même de requérir un tel consentement pour tout contact physique, quelle qu’en soit la nature. Dans l’article du New-York Times consacré à l’établissement, une jeune femme s’y indigne que sa mère ait osé l’embrasser à son retour de l’université sans lui en demander la permission. Quelle citoyenneté penser quand les gestes les plus élémentaires de la proximité humaine sont ainsi criminalisés? (…) on ne peut concevoir d’engagement politique sain sur l’idée que la société et la conversation publique dissimulent une structure de domination, dont le langage n’est que l’instrument des pouvoirs qui le mobilisent. L’université, par l’autorité qu’elle possède sur la gauche, et la gauche, par l’autorité qu’elle possède sur l’université, sont-elles prêtes à prendre leurs responsabilités face à ces nouveaux enjeux? Alexis Carré
Mercredi 27 juin, les députés ont donc décidé que le mot « race » serait ôté de l’article 1 de la Constitution, qui disposerait désormais que « la France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion ». La mesure a été votée à l’unanimité en commission à l’Assemblée nationale, le 27 juin, et devrait, selon toute logique, être adoptée le 10 juillet prochain. (…) La suppression du mot « race » de la Constitution, c’est un peu comme le droit de vote des étrangers, cela fait des années qu’on en entend parler mais cela n’a jamais abouti. Promesse de campagne de François Hollande finalement abandonnée, cette mesure a été relancée par des députés LREM qui considèrent que le terme de « race » ne serait plus adapté à une société démocratique du XXIe siècle, qu’il rend la Constitution symboliquement violente, mal comprise (on se demande bien par qui) et infondée. Vraiment ? A y regarder de plus près, cette mesure apparaît pourtant aussi inutile que dangereuse. Inutile car la Constitution n’est pas le seul texte qui interdit la distinction fondée sur la race. L’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée en 2000 prohibent toute distinction fondée sur la « race ». (…)  Aussi, pour que la suppression du mot « race » soit effective, outre la suppression des textes de droit international, il conviendrait de procéder à une réécriture complète du code pénal dans lequel il figure toujours. Se borner à le supprimer de la seule Constitution, cela ne sert strictement à rien. (…) Supprimer le mot « race » est en plus dangereux. Vouloir supprimer le mot « race », c’est vouloir supprimer l’expression qui lui est associée à savoir « sans distinction de race », c’est-à-dire la suppression du principe selon lequel on ne distingue plus selon la race. C’est extrêmement préoccupant à une époque où justement les distinctions raciales à l’anglo-saxonne deviennent de plus en plus présentes. Depuis 1998, on se gargarise bêtement devant une France prétendument « black, blanc, beur », la diversité est promue au rang de dogme et chacun est renvoyé à sa race. Le président de la République lui-même (ainsi que la ministre de la Culture et la présidente de France Télévisions) regrette la surreprésentation des « mâles blancs » et invite à l’Elysée un artiste s’affichant ostensiblement « noir et pédé ». En 2016, sous le slogan « les compétences d’abord », le gouvernement, en se chargeant de véhiculer des stéréotypes, prétendait lutter contre les discriminations à l’embauche par une campagne d’affichage dans laquelle chaque affiche fusionnait les visages d’un candidat blanc et d’un candidat de couleur : au visage blanc était associée une réponse positive de recruteur, au visage de couleur, une réponse négative. Il était insinué que les seuls blancs étaient favorisés et qu’ils devaient être nécessairement culpabilisés pour cela. Causeur
Ce recensement n’est pas le recensement des bavures policières. Mme Monéger-Guyomarc’h
L’inspection générale de la police nationale a pour la première fois rendu public, mardi, le nombre de personnes tuées lors d’interventions des forces de l’ordre. Ce sont des chiffres sensibles qu’a dévoilés, mardi 26 juin, l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », à l’occasion de la publication du dernier rapport annuel de sa patronne Marie-France Monéger-Guyomarc’h, qui doit bientôt quitter son poste après six ans de service. De fait, elle a annoncé une très forte hausse du recours aux armes à feu chez les policiers entre 2016 et 2017 (+ 54 %) ; et surtout pour la première fois de l’histoire de l’IGPN, le chiffre du nombre de morts et de blessés lors d’interventions policières. Entre juillet 2017 et mai 2018, elle recense 14 décès et une centaine de blessés. Des chiffres révélateurs d’un climat tendu sur le terrain. Un exercice nouveau de transparence pour l’institution alors que les violences policières sont devenues l’objet de forts clivages politiques et de tensions récurrentes dans les quartiers populaires. (…) La très forte hausse du recours aux armes à feu s’est ainsi traduite par quelque 394 utilisations, entre 2016 et 2017, selon l’IGPN. Ces tirs ont été essentiellement le fait de l’usage du pistolet dont les policiers sont porteurs en service, et beaucoup dans un cadre très particulier d’intervention, selon Mme Monéger-Guyomarc’h : le refus d’obtempérer des véhicules en mouvement. Tous ces coups de feu ont été considérés comme de la légitime défense. Ils pourraient néanmoins amener la maison police, soucieuse à demi-mot de cette évolution, à adapter ses formations. Ce chiffre de 394 n’est en effet pas étranger à une nouvelle loi entrée en vigueur en février 2017. Celle-ci a élargi les règles de la légitime défense notamment dans un but de meilleure prévention du terrorisme. Depuis, les policiers peuvent faire usage de leur arme sans risquer d’être sanctionnés, en particulier en cas de la présence d’un véhicule « dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ». Ce point de la loi avait été particulièrement débattu, de crainte qu’il n’engendre une multiplication de l’usage des armes à feu. (…) La gendarmerie est elle aussi confrontée à cette progression de l’usage des armes. Selon les informations du Monde, entre 2016 et 2017, cette hausse a été de 15 %. Elle serait toutefois ponctuelle, ce chiffre ayant nettement diminué sur les dix dernières années de l’ordre de 20 %. En parallèle, le nombre d’agressions contre des gendarmes a explosé : + 68 %. Des chiffres qui font dire à la gendarmerie que « malgré l’augmentation des situations qui exigent de recourir aux armes, c’est le plus faible niveau de coercition qui est toujours recherché et utilisé ». Autre exercice de transparence : la communication du nombre de tués ou de blessés sur l’année écoulée. Quelque quatorze personnes ont ainsi été tuées lors d’interventions policières entre le 1er juillet 2017 et le 31 mai 2018 (onze mois). Ce chiffre comprend les individus abattus après avoir commis un acte terroriste, quatre personnes ayant mis fin à leurs jours au moment où la police intervenait, ainsi que quelques personnes étant décédées en ayant pris la fuite lors d’une intervention de police (accident, noyade, etc.). Mme Monéger-Guyomarc’h n’a toutefois pas donné plus de détails sur ce dernier indicateur. (…) Ce bilan IGPN est enfin marqué par une hausse des enquêtes judiciaires à la suite d’allégations visant des fonctionnaires de police dans plusieurs catégories notables : « violences volontaires » (574 enquêtes ouvertes dans le bilan 2017 contre 543 au bilan en 2016), « violation du secret » (55 contre 47), et « vol » (125 contre 104). En matière « d’injures racistes », en revanche, il y a eu une légère baisse (de 42 à 32). Le Monde
Nous savions depuis l’attaque de Magnanville que les terroristes n’hésitaient pas à s’en prendre aux policiers dans leur vie privée, mais désormais cette logique s’étend aux voyous de droit commun, qui considèrent que le policier est un ennemi avec qui ils ont un contentieux personnel. Avec le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, nous avons recensé au moins quatre incidents similaires depuis deux mois: le 12 mai, à Menton, des policiers qui allaient dîner au restaurant en dehors de leur service ont été pris à partie par une trentaine d’individus. L’un des policiers a eu trente jours d’ITT. Le 22 mai, à Grenoble, plusieurs CRS au repos ont été reconnus, attaqués et roués de coups par une dizaine d’individus. L’un des policiers a eu 45 jours d’ITT. Le 31 mai, à Orléans, deux individus en scooter ont suivi et menacé un policier hors service, qui a dû sortir son arme. Et samedi dernier, à Bugey, une quinzaine d’individus ont roué de coups (31 jours d’ITT) un policier devant chez lui, qui a dû tirer pour se dégager. L’attaque personnelle des policiers se banalise chez les délinquants. Cela touche aussi les gardiens de prison. On a même vu des magistrats menacés de mort. (…) Je ne me prononce pas sur le fond de l’affaire, que je ne connais pas. Mais quand on sait que l’individu abattu était un délinquant chevronné, recherché par la police, qui conduisait une voiture signalée comme participant à un trafic, la première chose qui frappe est que le quartier a pourtant solidairement présenté l’individu comme un saint, faisant donc abstraction du profil de l’intéressé pour se camper unanimement dans une position clanique. C’est désormais soit l’adhésion totale, soit le rejet en bloc, «eux» ou «nous», il n’y a plus ni demi-mesure ni lucidité. Ensuite, lors des émeutes, un policier a été touché au casque par un tir de .22LR. C’est la première fois depuis très longtemps qu’on tire à balles réelles sur des policiers en maintien de l’ordre. C’est extrêmement inquiétant. La police n’est plus perçue comme une autorité représentant la République mais comme une bande rivale contre laquelle tout est permis. Dans les quartiers, il y a plusieurs guets-apens par semaine contre les forces de l’ordre. Des photos de policiers circulent sur les réseaux sociaux, et on a même vu un tag «La justice se fera avec la mort d’un CRS» à Nantes. Tout converge vers l’imminence d’un drame. (…) Dans une logique tribale de territoire, les émeutiers s’en prennent aux infrastructures financées par l’État précisément pour sortir ces quartiers de la ghettoïsation. Six ou sept établissements publics ont été brûlés à Nantes, mais un commerce halal a été épargné: on est dans la logique clanique d’un rejet de l’État. Cela montre d’ailleurs les limites de la pacification des banlieues par l’argent, comme le préconisait le rapport Borloo. La solution passe par le rétablissement de l’ordre, en assumant ses conséquences inévitables. Les populations qui vivent dans ces quartiers, qui sont prises en otages par ces comportements claniques, ont tout à gagner au rétablissement de l’autorité républicaine. (…) les forces de l’ordre ne sont pas racistes: elles font leur travail dans des conditions rendues chaque jour plus difficiles par le cumul du péril terroriste, de la logique de partition territoriale et du manque de moyens. Mais ce discours est politique: il est porté par des associations ou des personnalités militantes qui ont pour but d’exacerber les tensions communautaires. S’inspirant notamment des mouvements américains type Black Lives Matter, ces associations promeuvent une racialisation des tensions. On a vu la sœur d’Adama Traoré (jeune homme décédé lors de son interpellation par la police en juillet 2016) appeler dans un discours récent place de la République à envahir le Palais de l’Élysée «comme en Afrique», sans que cela n’émeuve personne. Ce sont des discours antirépublicains, sécessionnistes et racialistes qu’il faut combattre impitoyablement. (…) L’affaire Théo a été symptomatique d’une hystérisation du débat par les associations communautaires. À Nantes, comme pour l’affaire Théo, la justice a immédiatement réagi et engagé une procédure. Dans un fonctionnement républicain «normal», on en attendrait les résultats avec sang-froid, sans provoquer d’émeute pour réclamer une «justice» qui est précisément à l’œuvre. Dans l’affaire Théo, les émeutiers n’ont pas cru la justice, qui faisait son travail. Et la visite du président Hollande au chevet de Théo a été une faute politique immense qui a marqué durablement l’esprit des policiers. Le rapport Grosdidier, remis cette semaine au Sénat, montre bien la crise profonde que traversent les forces de l’ordre. Il est plus que temps d’engager une réflexion en profondeur sur les moyens et les stratégies relatifs à la sécurité intérieure pour les années à venir. L’enjeu est vital pour la France. Thibault de Montbrial
Un contrôle de police a dégénéré mardi soir, à Nantes (Loire-Atlantique), dans le quartier du Breil. Lors d’un contrôle effectué par des CRS, vers 20h30, « après des infractions commises par un véhicule », le jeune conducteur aurait refusé d’obtempérer et fait une marche arrière, percutant un policier. Un des collègues de celui-ci aurait alors tiré sur la voiture. Le conducteur, âgé de 22 ans, aurait été touché au niveau de la carotide. Il est décédé à l’hôpital, vers 23 heures. Selon une source proche de l’enquête, il s’appelait Aboubakar F. , était natif de Garges-les-Gonesses, dans le Val d’Oise, et avait usurpé l’identité de Mamadou D. Le jeune homme était connu de la police pour vol par effraction, menace de mort, vol en bande organisée et association de malfaiteurs. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt pour vol en bande organisée et recel. Son véhicule avait été signalé dans le cadre d’une enquête pour trafic de stupéfiants. A la suite du contrôle de police, des échauffourées ont éclaté dans le quartier du Breil entre plusieurs personnes encagoulées et la police, qui a été « prise à partie » avec des « jets de cocktails Molotov », selon le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Jean-Christophe Bernard. Plusieurs bâtiments ont été incendiés, selon Ouest-France, ainsi que des véhicules en stationnement. Les violences urbaines ont ensuite gagné les quartiers de Malakoff et des Dervallières, nécessitant la mobilisation de 200 membres des forces de l’ordre. Un peu avant 3 heures, ce mercredi matin, le calme semblait revenu dans les trois quartiers. Aux Dervallières, une boulangerie, un coiffeur et un kebab ont été incendiés. (…) Il y a une semaine, au Breil, un tir de Kalachnikov dans la rue avait fait un blessé. A la suite de cet événement, des CRS avaient été envoyés en renfort dans le quartier. Le Parisien

Cachez cette race que je ne saurai voir !

Quartier « sensible », envoi de renforts policiers suite à un blessé par kalachnikov la semaine précédente, infraction routière,  contrôle de police, refus d’obtempérer d’un jeune conducteur d’origine (nord-)africaine, mandat d’arrêt (pour trafic de stupéfiants), multirécidiviste (vol par effraction, menace de mort, vol en bande organisée et association de malfaiteurs), tir apparemment accidentel du policier, décès du conducteur, nuits d’émeutes …

Au lendemain d’une « bavure » semblable à tant de « bavures » policières américaines

Où une France pourtant si prompte à crier au racisme et à la brutalité policière quand il s’agit des Etats-Unis

Mais qui, à l’exception toute récente des victimes des forces de l’ordre, interdit (statistiques ethniques) ou cache ses chiffres (homicides des DOMTOM) …

N’a évoqué à cette occasion ni l’une ou l’autre de ces deux accusations …

Et où à l’instar de la diversité d’une équipe nationale de football réduite à quatre joueurs d’origine non-africaine …

Entre séparatisme choisi (des élites) et séparatisme contraint (des autres, juifs compris) …

La « mixité ethnique » (pardon:  » sociale ») tant louée de nos belles âmes ressemble de plus en plus la fable qu’elle a probablement toujours été …

Et où en une Europe sous le coup d’une assimilation toujours plus illusoire de deux millions de migrants illégaux en deux ans …

Sans compter les autres millions qui ne vont manquer de s’amasser de l’autre côté de la Méditerranée …

La crise migratoire est si vite passée aux pertes et profits

Devinez quel mot infâme contre « cette nouvelle lèpre qui monte »

Nos valeureux parlementaires vont enfin bouter définitivement hors de notre constitution ?

LREM déchire la « race »: un vote dangereux et inutile
En pleine racialisation de la société française, la mesure interroge…
Stanislas François
Causeur
4 juillet 2018

Les députés (LREM, principalement) ont voté pour la disparition du mot « race » de la Constitution. En pleine racialisation de l’Etat et de la société française, la mesure interroge…

Le gouvernement a déposé, le mercredi 9 mai 2018, le projet de loi constitutionnelle pour une démocratie plus représentative, responsable et efficace. Pêle-mêle, ce projet prévoit la création d’une chambre de la société civile en remplacement du Conseil économique, social et environnemental, la réduction du nombre de parlementaires, la suppression de la Cour de justice de la République, la création d’incompatibilités entre les fonctions ministérielles et l’exercice de certaines responsabilités locales, la simplification de la procédure législative ou encore l’inscription de la Corse dans la Constitution. Conformément à la procédure de révision de la Constitution, le Conseil d’Etat a donné un avis sur le projet de loi constitutionnelle le 3 mai dernier.

Le tour de passe-race des députés

Une mesure symbolique de cette réforme ne figure toutefois pas dans le projet déposé : la suppression du mot « race » de l’article 1er de la Constitution. Elle est issue d’un amendement parlementaire ajouté pendant les discussions sur le projet. Mercredi 27 juin, les députés ont donc décidé que le mot « race » serait ôté de l’article 1 de la Constitution, qui disposerait désormais que « la France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion ». La mesure a été votée à l’unanimité en commission à l’Assemblée nationale, le 27 juin, et devrait, selon toute logique, être adoptée le 10 juillet prochain.

Ajouter des mesures à un texte dans le cadre des discussions parlementaires comporte un avantage considérable, cela permet d’éviter opportunément l’avis du Conseil d’Etat (qui ne peut porter que sur le projet présenté par le gouvernement) au cas où le Conseil mettrait en lumière les incohérences juridiques de tels ajouts. Et il y a effectivement lieu à discuter de la nécessité tant juridique que symbolique de cette mesure.

La suppression du mot « race » de la Constitution, c’est un peu comme le droit de vote des étrangers, cela fait des années qu’on en entend parler mais cela n’a jamais abouti. Promesse de campagne de François Hollande finalement abandonnée, cette mesure a été relancée par des députés LREM qui considèrent que le terme de « race » ne serait plus adapté à une société démocratique du XXIe siècle, qu’il rend la Constitution symboliquement violente, mal comprise (on se demande bien par qui) et infondée. Vraiment ? A y regarder de plus près, cette mesure apparaît pourtant aussi inutile que dangereuse.

La Constitution n’a pas le monopole de la « race »

Inutile car la Constitution n’est pas le seul texte qui interdit la distinction fondée sur la race. L’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée en 2000 prohibent toute distinction fondée sur la « race ». Supprimez le mot « race », il demeurera malgré tout en vigueur au sommet de l’ordonnancement juridique. Les tribunaux français sont les juges de droit commun du droit international, en particulier de celui de l’Union européenne, rien ne les empêchera de se fonder sur ces textes, quand bien même le mot « race » aurait été expurgé de la Constitution.

A lire aussi: Niquez vos (prétendues) races !

Aussi, pour que la suppression du mot « race » soit effective, outre la suppression des textes de droit international, il conviendrait de procéder à une réécriture complète du code pénal dans lequel il figure toujours. Se borner à le supprimer de la seule Constitution, cela ne sert strictement à rien.

Si elle part d’un bon sentiment, cette démarche trahit une méconnaissance de l’histoire constitutionnelle de la France. L’introduction du terme « race » dans la Constitution en 1946, confirmée en 1958 n’a jamais eu pour objet ou pour effet d’exprimer une pensée raciste. Bien au contraire, il s’agissait, après l’horreur du nazisme, de nommer clairement son ennemi afin de mieux le combattre. La volonté de prohiber toute distinction de race s’inscrit dans la droite ligne de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, selon laquelle les distinctions ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Vouloir supprimer le mot « race » en considérant d’une part qu’il affirme l’existence des races et d’autre part qu’il permet de valider le racisme, c’est manifestement ne rien comprendre à son utilité dans le texte suprême.

La sacralisation du racialisme

Supprimer le mot « race » est en plus dangereux. Vouloir supprimer le mot « race », c’est vouloir supprimer l’expression qui lui est associée à savoir « sans distinction de race », c’est-à-dire la suppression du principe selon lequel on ne distingue plus selon la race. C’est extrêmement préoccupant à une époque où justement les distinctions raciales à l’anglo-saxonne deviennent de plus en plus présentes.

Depuis 1998, on se gargarise bêtement devant une France prétendument « black, blanc, beur », la diversité est promue au rang de dogme et chacun est renvoyé à sa race. Le président de la République lui-même (ainsi que la ministre de la Culture et la présidente de France Télévisions) regrette la surreprésentation des « mâles blancs » et invite à l’Elysée un artiste s’affichant ostensiblement « noir et pédé ». En 2016, sous le slogan « les compétences d’abord », le gouvernement, en se chargeant de véhiculer des stéréotypes, prétendait lutter contre les discriminations à l’embauche par une campagne d’affichage dans laquelle chaque affiche fusionnait les visages d’un candidat blanc et d’un candidat de couleur : au visage blanc était associée une réponse positive de recruteur, au visage de couleur, une réponse négative. Il était insinué que les seuls blancs étaient favorisés et qu’ils devaient être nécessairement culpabilisés pour cela.

Du sommet de l’Etat jusqu’à la base, la société se racialise, le travail de sape du modèle français républicain est à l’œuvre et on glisse dangereusement vers une américanisation de la pensée (mais qu’importe après tout, pour notre chef de l’Etat, la culture française n’existerait pas).

Vouloir supprimer le mot « race », c’est vouloir supprimer l’expression qui lui est associée à savoir « sans distinction de race ». Sans distinction de race, nous pouvons justifier toutes les revendications farfelues, à commencer par les fameux ateliers racisés en non mixité qui sont particulièrement à la mode. Sans distinction de race, on banalise les discours effrayants comme celui tenu à l’occasion de la scène surréaliste survenue dans l’émission « Arrêt sur images », ce week-end, dans laquelle l’homme qui prétendait ne pas en être un regrettait aussi d’être considéré comme « blanc ». Comme s’il ne pouvait exister de débat sans composition raciale.

La Constitution n’est pas un tract 

Comme l’a très justement écrit l’essayiste Mathieu Bock-Côté : « Que pensent les députés qui se sont ralliés à cet amendement de cette effrayante racialisation des appartenances ? »

Certains défenseurs de cette suppression considèrent que c’est parce que les races n’existent pas que le mot doit disparaître. Soit, mais si la Constitution ne devait comporter que des notions qui existent, pourquoi ne supprimerions-nous pas celle qui donne au gouvernement le pouvoir de « déterminer et de conduire la politique de la nation » ? Pour beaucoup d’adeptes de la déconstruction du roman national, il n’existe pas de nation française et nous serions face à une fiction juridique. Mais peut-être devrions-nous aussi supprimer la référence à la parité au motif que pour certains la distinction homme-femme n’a aucune consistance et qu’ils ne s’y retrouvent pas ?

Tout cela n’a aucun sens. La Constitution n’est pas un essai biologique. C’est un texte de droit.

Voir aussi:

Bock-Côté : «La France fait un pas de plus vers le politiquement correct à l’américaine»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
31/07/2017

ENTRETIEN – Mathieu Bock-Côté voit dans un amendement adopté mardi dernier par l’Assemblée une étape supplémentaire vers un multiculturalisme d’inspiration nord-américaine funeste pour la liberté d’expression. Il nous met en garde contre une « dérive orwellienne » qu’il constate déjà dans son propre pays.

C’est le plus Français des intellectuels québécois. Mathieu Bock-Côté scrute avec un mélange d’admiration et de crainte notre pays. Et s’interroge sur son devenir. La France va-t-elle conserver sa culture du débat? Rester la patrie des paroles et des idées dissidentes? Ou va-t-elle se soumettre à ce que le sociologue appelle le «nouveau régime diversitaire». Nouveau régime marqué par un politiquement correct tatillon qui, selon lui, imposerait une police du langage et de la pensée.

LE FIGARO – Les députés LREM ont voté un amendement à l’article 1 du projet de loi de moralisation de la vie politique prévoyant une «peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité» en cas de manquement à la probité. La probité impliquerait «les faits de discrimination, injure ou diffamation publique, provocation à la haine raciale, sexiste ou à raison de l’orientation sexuelle» précise l’amendement. Que cela vous inspire-t-il?

Mathieu BOCK-CÔTÉ – Vous me permettrez et me pardonnerez d’être franc: j’en suis effaré. Et je pèse mes mots. Évidemment, tout le monde s’entend pour condamner le racisme, le sexisme ou l’homophobie. J’ajouterais que nos sociétés sont particulièrement tolérantes et ont beaucoup moins de choses à se reprocher qu’on veut bien le croire. Mais le problème apparait rapidement: c’est celui de la définition. À quoi réfèrent ces concepts? Nous sommes devant une tentative peut-être sans précédent d’exclure non seulement du champ de la légitimité politique, mais même de la simple légalité, des discours et des idées entrant en contradiction avec l’idéologie dominante. Il faut inscrire cet amendement dans un contexte plus large pour comprendre sa signification: nous sommes devant une offensive idéologique bien plus brutale qu’il n’y paraît.

Prenons l’exemple du racisme. On a vu à quel point, depuis quelques années, on a amalgamé le racisme et la défense de la nation. Pour la gauche diversitaire et ceux qui se soumettent à ses prescriptions idéologiques, un patriotisme historique et enraciné n’était rien d’autre qu’une forme de racisme maquillé et sophistiqué. Ceux qui voulaient contenir l’immigration massive étaient accusés de racisme. Ceux qui affirmaient qu’il y avait un lien entre l’immigration et l’insécurité étaient aussi accusés de racisme. De même pour ceux qui confessaient l’angoisse d’une dissolution de la patrie. Cette assimilation du souci de l’identité nationale à une forme de racisme est une des tendances lourdes de l’histoire idéologique des dernières décennies. On l’aura compris, on accuse de racisme ceux qui ne se plient pas à l’idéologie diversitaire. Quelle sort sera réservé à ceux qui avouent, de manière articulée ou maladroite, de telles inquiétudes?

Prenons l’exemple du débat sur le mariage pour tous aussi. Il ne s’agit pas de revenir sur le fond du débat mais sur la manière dont il a été mené. Pour une partie importante des partisans du mariage homosexuel, ceux qui s’y opposaient, fondamentalement, étaient homophobes. Ils n’imaginaient pas d’autres motifs à leur engagement. Comme toujours, chez les progressistes, il y a les intolérants et les vertueux. Deux philosophies ne s’affrontaient pas: il y a avait d’un côté l’ombre, et de l’autre la lumière. Doit-on comprendre que dans l’esprit de nos nouveaux croisés de la vertu idéologique, ceux qui ont défilé avec la Manif pour tous devraient être frappés d’inéligibilité? Posons la question autrement: faudra-t-il simplement proscrire juridiquement le conservatisme moral et social de la vie politique?

Prenons aussi le cas de la théorie du genre et de ses dérivés, comme l’idéologie transgenre, qui prétend abolir la référence au masculin et au féminin dans la vie publique, et qui émerge un peu partout dans le monde occidental. C’est pour plier à ses injonctions, par exemple, que le métro de Londres cessera de dire Ladies and Gentleman pour se tourner vers un fade «hello everyone». Celui qui s’oppose frontalement – ou même subtilement – à cette idéologie peut être accusé à n’importe que moment de sexisme ou de transphobie, comme c’est déjà le cas en Amérique du nord. Faudra-t-il aussi interdire la vie politique à ceux qui en seront un jour reconnus coupables? Faudra-t-il criminaliser tôt ou tard ceux qui continuent de croire que la nature humaine est sexuée?

Ce n’est pas d’hier qu’on assiste à une pathologisation du conservatisme, réduit à une série de phobies ou de passions mauvaises. Il est depuis longtemps frappé d’un soupçon d’illégitimité. Il y a une forme de fondamentalisme de la modernité qui ne tolère pas tout ce qui relève de l’imaginaire de la finitude et de l’altérité. Ce n’est pas d’hier non plus qu’on assiste à sa diabolisation: on le présente comme une force régressive contenant le mouvement naturel de la modernité vers l’émancipation. D’une certaine manière, maintenant, on entend le pénaliser. On l’exclura pour de bon de la cité. C’est une forme d’ostracisme postmoderne. Disons l’essentiel: cet amendement crée un climat d’intimidation idéologique grave, il marque une étape de plus dans l’étouffement idéologique du débat public. Et ne doutons pas du zèle des lobbies victimaires qui patrouillent l’espace public pour distribuer des contraventions idéologiques. On me dira que l’amendement ne va pas jusque-là: je répondrai qu’il va dans cette direction.

À mon avis, derrière cet amendement, il y a la grande peur idéologique des progressistes ces dernières années. Ils croyaient avoir perdu la bataille des idées. Ils croyaient la France submergée par une vague conservatrice réactionnaire qu’ils assimilaient justement à une montée du racisme, de la xénophobie, du sexisme et de l’homophobie. Ils se sont dit: plus jamais ça. Ils veulent reprendre le contrôle du débat public en traduisant dans le langage de l’intolérance la philosophie qui contredit la leur. Il s’agit désormais de verrouiller juridiquement l’espace public contre les mal-pensants.

LE FIGARO. – En France, le racisme n’est pas une opinion, mais un délit…

Mathieu BOCK-COTÉ. – Ce qu’il faut savoir, c’est que la sociologie antiraciste ne cesse d’étendre sa définition du racisme. Elle instrumentalise le concept noble de l’antiracisme à des fins qui ne le sont pas.

J’en donne deux exemples.

Pour elle, ou du moins, ceux qui s’opposent à la discrimination positive se rendraient coupables, sans nécessairement s’en rendre compte, de racisme universaliste, qui écraserait la différence et la diversité. Traduisons: le républicanisme est raciste sans le savoir, et ceux qui la soutiennent endossent, sans nécessairement s’en rendre compte, toutefois, un système raciste. Ils participeraient à la perpétuation d’une forme de racisme systémique.

Inversement, ceux qui soutiendraient qu’une communauté culturelle ou une religion particulière s’intègre moins bien que d’autres à la nation seront accusés de racisme différentialiste car ils essentialiseraient ainsi les communautés et hiérarchiseraient implicitement ou explicitement entre les différentes cultures et civilisation. Ainsi, une analyse sur la question ne sera pas jugée selon sa pertinence, mais disqualifiée parce qu’elle est à l’avance assimilée au racisme.

Je note, soit dit en passant, que les seuls militants décomplexés en faveur de la ségrégation raciale se retrouvent dans l’extrême-gauche anticoloniale, qui la réhabilite dans sa défense des espaces non-mixtes, comme si elle devenait légitime lorsqu’elle concerne les minorités victimaires. Mais ce racisme, apparemment, est respectable et trouve à gauche ses défenseurs militants …

Nous avons assisté, en quelques décennies, à une extension exceptionnelle du domaine du racisme: il faut le faire refluer et cesser les amalgames. En gros, soit vous êtes favorable au multiculturalisme dans une de ses variantes, soit vous êtes raciste. Multiculturalisme ou barbarie? On nous permettra de refuser cette alternative. Et de la refuser vigoureusement.

Il y a aujourd’hui une tâche d’hygiène mentale: il faut définir tous ces mots qui occupent une place immense dans la vie publique et surtout, savoir résister à ceux qui les utilisent pour faire régner un nouvel ordre moral dont ils se veulent les gardiens passionnés et policiers. Il faut se méfier de ceux qui traquent les arrière-pensées et qui surtout, rêvent de vous inculper pour crime-pensée.

LE FIGARO. – Cela rappelle-t-il le politiquement correct nord-américain? En quoi?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Le politiquement correct n’est plus une spécificité nord-américaine depuis longtemps. Mais pour peu qu’on le définisse comme un dispositif inhibiteur qui sert à proscrire socialement la critique de l’idéologie diversitaire, on constatera qu’il s’impose à la manière d’un nouvel ordre moral, et qu’on trouve à son service bien des fanatiques. Ils se comportent comme des policiers du langage: ils traquent les mots qui témoigneraient d’une persistance de l’ancien monde, d’avant la révélation diversitaire. Ceux qui n’embrassent pas l’idéologie diversitaire doivent savoir qu’il y aura un fort prix à payer pour entrer en dissidence. On les traitera comme des proscrits, comme des parias. On leur collera une sale étiquette dont ils ne pourront plus se départir. Populiste, réactionnaire, extrême-droite: les termes sont nombreux pour désigner à la vindicte publique une personnalité insoumise au nouvel ordre moral. Dès lors, celui qui se présente dans la vie publique avec cette étiquette est disqualifié à l’avance: il s’agit d’une mise en garde adressée à l’ensemble de ses concitoyens pour leur rappeler de se méfier ce se personnage. C’est un infréquentable: on ne l’invitera, à la rigueur, que pour servir de repoussoir. On lui donnera la parole peut-être mais ce sera pour dire qu’il dissimule ses vraies pensées en multipliant les ruses de langage. Alors nos contemporains se taisent. Ils comprennent que s’ils veulent faire carrière dans l’université, dans les médias ou en politique, ils ont intérêt à se taire et à faire les bonnes prières publiques et à ne pas aborder certaines questions. La diversité est une richesse, et ceux qui bémoliseront cette affirmation n’auront tout simplement plus droit de cité. En France, le politiquement correct a pour fonction de disqualifier moralement ceux qui ne célèbrent pas globalement ce qu’on pourrait appeler la société néo-soixante huitarde. Avec cet amendement, le pays fait un pas de plus vers le politiquement correct en le codifiant juridiquement, ou si on préfère, en le judiciarisant: désormais, il modèlera explicitement le droit.

La liberté d’expression est pourtant un droit sacré aux États-Unis protégé par la constitution? Qu’en est-il au Canada?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Nous sommes à front renversé. Pour le dire rapidement, la liberté d’expression est juridiquement bien balisée chez nous mais la vie publique est écrasée par une forme de consensus idéologique diversitaire qui rend impossible des débats semblables à ceux qu’on trouve en France. Autrement dit, le contrôle de la parole dissidente s’exerce chez nous moins par le droit que par le contrôle social. Un politicien qui, clairement, s’opposerait au multiculturalisme, par ailleurs inscrit dans la constitution canadienne, verrait sa carrière exploser. On a le droit de dire bien des choses, mais personne ne dit rien – il faut néanmoins tenir compte de l’exception québécoise, où la parole publique est plus libre, du moins en ce qui concerne la question identitaire. Je note, cela dit, que ces dernières années, on a assisté à des tentatives pour judiciariser le politiquement correct. Inversement, en France, la liberté d’expression est soumise à mille contraintes qui me semblent insensées mais la culture du débat demeure vive, ce qui n’est pas surprenant dans la mesure où elle est inscrite dans l’histoire du pays et dans la psychologie collective.

Comment ce «politiquement correct» est-il né? Quels sont les conséquences sur le débat public?

Mathieu BOCK-COTÉ. – C’est un des résultats de la mutation de la gauche radicale engagée dans la suite des Radical Sixties. Il s’institutionnalisera vraiment dans les années 1980, dans l’université américaine. On connait l’histoire de la conversion de la gauche radicale, passée du socialisme au multiculturalisme et des enjeux économiques aux enjeux sociétaux. La lutte des classes s’effaçait devant la guerre culturelle, et la bataille pour la maîtrise du langage deviendra vitale, ce qui n’est pas surprenant pour peu qu’on se souvienne des réflexions d’Orwell sur la novlangue. Celui qui maîtrise le langage maîtrisera la conscience collective et certains sentiments deviendront tout simplement inexprimables à force d’être censurés.

Mais revenons à l’histoire du politiquement correct: dans les universités nord-américaines, on a voulu s’ouvrir aux paroles minoritaires, ce qui impliquait, dans l’esprit de la gauche radicale, de déboulonner les grandes figures de la civilisation occidentale, rassemblées dans la détestable catégorie des hommes blancs morts. Autrement dit, la culture n’était plus la culture, mais un savoir assurant l’hégémonie des dominants sur les dominés: on a voulu constituer des contre-savoirs idéologiques propre aux groupes dominés ou marginalisés. C’est une logique bien bourdieusienne. Les humanités ont été le terrain inaugural de cette bataille. Ce serait maintenant le tour historique des minorités (et plus exactement, de ceux qui prétendent parler en leur nom, cette nuance est essentielle) et ce sont elles qui devraient définir, à partir de leur ressenti, les frontières du dicible dans la vie publique. Ce sont elles qui devraient définir ce qu’elles perçoivent comme du «racisme», du «sexisme», de «l’homophobie». Et on devrait tous se soumettre à cette nouvelle morale. On invite même le «majoritaire» à se taire au nom de la décence élémentaire. On demeure ici dans la logique du postmarxisme: les nouvelles minorités identitaires sorties des marges de la civilisation occidentales sont censées incarner un nouveau sujet révolutionnaire diversifié.

Mais on a oublié qu’il peut y avoir un intégrisme victimaire et un fanatisme minoritaire, qui a versé dans la haine décomplexée de l’homme blanc, jugé salaud universel de l’histoire du monde. La société occidentale est soumise à un procès idéologique qui jamais, ne s’arrête. Je vous le disais tout juste: ces notions ne cessent de s’étendre et tout ce qui relève de la société d’avant la révélation diversitaire finira dans les déchets du monde d’hier, dont il ne doit plus rester de traces. Et il est de plus en plus difficile de tenir tête à ce délire. À tout le moins, cela exigera beaucoup de courage civique.

Et en ce moment, l’université nord-américaine, qui demeure la fabrique institutionnelle du politiquement correct, est rendue très loin dans ce délire: on connait le concept de l’appropriation culturelle qui consiste à proscrire les croisements culturels dans la mesure où ils permettraient à l’homme blanc de piller les symboles culturels des minorités-victimes. On chantait hier le métissage, on vante désormais l’intégrité ethnique des minorités victimaires. On veut aussi y multiplier les safe spaces, qui permettent aux minorités victimaires de transformer l’université en un espace imperméabilisé contre les discours qui entrent en contradiction avec leur vision du monde. C’est sur cette base que des lobbies prétendant justement représenter les minorités-victimes en ont appelé, à plusieurs reprises, à censurer tel discours ou tel événement. Pour ces lobbies, la liberté d’expression ne mérite pas trop d’éloges car elle serait instrumentalisée au service des forces sociales dominantes. Ils n’y reconnaissent aucune valeur en soi et croient nécessaire de transgresser les exigences de la civilité libérale, qui permettaient à différentes perspectives de s’affronter pacifiquement à travers le débat démocratique. Ces lobbies sont animés par une logique de guerre civile.

Ce qui est terrible, c’est que la logique du politiquement correct contamine l’ensemble du débat public. Elle vient de l’extrême-gauche mais en vient à redéfinir plus globalement les termes du débat politique. Tous en viennent à se soumettre peu à peu à ses exigences. Le politiquement correct entraine un appauvrissement effrayant de la vie intellectuelle et politique. Les thèmes interdits se multiplient: la démocratie se vide des enjeux essentiels qui devraient être soumis à la souveraineté populaire dans la mesure où on ne veut voir derrière elle que la tyrannie de la majorité. On psychiatrise de grands pans de la population en l’accusant de mille phobies. On présente le peuple comme une masse intoxiquée par de vilains préjugés et stéréotypes: il faudrait conséquemment le rééduquer pour le purger de la part du vieux monde qui agirait encore en lui.

On trouve de plus en plus de spécialistes du procès idéologique. Ils patrouillent l’espace public à la recherche de dérapages – ce terme est parlant dans la mesure où il nous dit que la délibération publique doit se faire dans un couloir bien balisé et qu’il n’est pas permis d’en sortir.

J’ajouterais une chose: les gardiens du politiquement correct ne se contentent pas d’un ralliement modéré aux thèses qu’ils avancent: ils exigent de l’enthousiasme. Il faut manifester de manière ostentatoire son adhésion au nouveau régime diversitaire en parlant son langage. Bien des journalistes militants se posent aussi en inquisiteur: ils veulent faire avouer aux hommes politiques ou aux intellectuels leurs mauvaises pensées. Ils les testent sur le sujet du jour en cherchant la faute, en voulant provoquer la déclaration qui fera scandale. Ils veulent prouver qu’au fond d’eux-mêmes, ce sont d’horribles réactionnaires.

LE FIGARO. – Est-il le corollaire du multiculturalisme?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Le multiculturalisme est traversé par une forte tentation autoritaire – pour ne pas dire plus. Il est contesté – plus personne ne croit sérieusement qu’il dispose d’une adhésion populaire. Il doit alors faire taire ses contradicteurs. Il le fait en les diabolisant. Ceux qui rapportent les mauvaises nouvelles à son sujet sont accusés de propager la haine. Une information qui ne corrobore pas les récits lénifiants sur le vivre-ensemble sera traitée au mieux comme un fait divers ne méritant pas une attention significative, au pire comme un fait indésirable qui révélerait surtout la psychologie régressive de celui qui en témoigne. D’ailleurs, on le voit avec les poursuites à répétition contre Éric Zemmour: on pensera ce qu’on voudra de ses idées, mais ce qui est certain, c’est qu’il est poursuivi pour ce qu’on appellera des crimes idéologiques. Il ne voit pas le monde comme on voudrait qu’il le voit alors on travaille fort à le faire tomber. Et on se dit qu’une fois qu’on sera débarrassé de ce personnage, plus personne ne viendra troubler la description idyllique de la société diversitaire. On veut faire un exemple avec lui. Je note par ailleurs que Zemmour n’est pas seul dans cette situation: Georges Bensoussan et Pascal Bruckner ont aussi goûté aux charmes de la persécution juridique. J’en oublie. Il s’agissait d’odieux procès.

Mais on peut aussi vouloir aller plus loin. Au Québec, en 2008, une universitaire bien en vue proposait au gouvernement de donner à certaines autorités devant réguler la vie médiatique le pouvoir de suspendre pour un temps la publication de journaux proposant une représentation négative de la diversité.

Tout cela pour dire que le multiculturalisme, pour se maintenir, doit diaboliser et maintenant pénaliser ceux qui en font le procès.

Mais il faut voir que le multiculturalisme ne fait pas bon ménage avec la liberté d’expression, dans la mesure où la cohabitation entre différentes communautés présuppose une forme de censure généralisée où chacun s’interdit de juger des traditions et coutumes des autres. On appelle cela le vivre-ensemble: c’est une fraude grossière. On le voit quand certaines communautés veulent faire inscrire dans le droit leur conception du blasphème ou du moins, quand elles veulent obliger l’ensemble de la société à respecter leurs interdits moraux, comme on a pu le voir dans l’affaire des caricatures. Je dis certaines communautés: il faudrait parler, plus exactement, des radicaux qui prennent en otage une communauté en prétendant parler en son nom.

Le génie propre de la modernité, c’est le droit d’examiner et de remettre en question n’importe quelle croyance, sans avoir à se soumettre à ses gardiens qui voudraient nous obliger à la respecter. Ce sont les croyants qui doivent accepter que des gens ne croient pas la même chose qu’eux et se donnent le droit de moquer leurs convictions les plus profondes, sans que cette querelle ne dégénère dans la violence. On nous demande de respecter la sensibilité des uns et des autres, comme s’il existait un droit de ne pas être vexé et un droit de veto accordé à chaque communauté pour qu’elle puisse définir la manière dont on se la représente.

LE FIGARO. – Ce type de disposition peut-il être également utilisé par les islamistes pour interdire toute critique de l’islam?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Naturellement. C’est tout le sens de la querelle de l’islamophobie: il s’agit de transformer en pathologie haineuse et socialement toxique la simple critique d’une religion ou le simple constat de sa très difficile inscription dans les paramètres politiques et culturels de la civilisation occidentale.

Les islamistes excellent dans le retournement de la logique des droits de l’homme contre le monde occidental pour faire avancer des revendications ethnoreligieuses. De la même manière, ils sauront user de ces nouvelles dispositions pour présenter comme autant de propos haineux les discours qui cherchent à contenir et refouler leur influence, notamment en critiquant la stratégie de l’exhibitionnisme identitaire fondée en bonne partie sur la promotion du voile islamique dans l’espace public. On cherchera à faire passer toute critique un tant soit peu musclée de l’islamisme pour une forme de haine raciale ou religieuse méritant sanction juridique et politique. Soit dit en passant, en 2015-2016, le Québec est passé bien près d’adopter une loi qui aurait entrainé une pénalisation de la critique des religions en général et de l’islam en particulier. Elle était portée par une institution paragouvernementale officiellement vouée à la défense et la promotion des droits de la personne. On voit à quel point aujourd’hui, cette mouvance s’est retournée contre les idéaux qu’elle prétend servir.

Mais l’islamisme n’est pas l’islam, me direz-vous? C’est vrai. Mais il devrait être permis de critiquer aussi l’islam, à la fois dans son noyau théologique et dans ses différentes variétés culturelles, tout comme il est possible de critiquer n’importe quelle autre religion. À ce que j’en sais, la critique abrasive, la moquerie, l’humour, la polémique, appartiennent aussi au registre de la liberté d’expression en démocratie libérale. Il est à craindre que dans une société de plus en plus patrouillée médiatiquement par la bien-pensance progressiste, la critique de l’islam devienne tout simplement inimaginable.

On en revient à l’essentiel: la restauration de la démocratie libérale passe aujourd’hui par la restauration d’une liberté d’expression maximale, qui ne serait plus tenue sous la tutelle et la surveillance des lobbies qui participent à l’univers du politiquement correct. L’amendement dont nous parlons propose exactement le contraire. C’est très inquiétant.

Voir également:

Laurent Bouvet : «La défaite d’Hillary Clinton, dernier avertissement pour la gauche française»
Alexis Feertchak
Le Figaro
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Hillary Clinton a perdu dans plusieurs États traditionnellement démocrates. Pour Laurent Bouvet, c’est l’ensemble des partis sociaux-démocrates qui ont perdu la confiance des catégories populaires en plébiscitant un multiculturalisme normatif.

Laurent Bouvet est professeur de Science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié L’Insécurité culturelle chez Fayard en 2015.

FIGAROVOX. – Donald Trump a déjoué la plupart des pronostics en battant Hillary Clinton à l’élection présidentielle américaine. Peut-on faire un parallèle entre les vies politiques américaine et française?

Laurent BOUVET. – Il est à la fois difficile de faire un parallèle tant les systèmes électoraux et les modes de scrutin sont différents (un seul tour, grands électeurs…) et évident qu’il y a des similitudes entre ce qui se passe en Europe, pas seulement en France, et aux États-Unis, où des leaders et des formations populistes ont le vent en poupe.

Ce qui vient de se passer avec Trump, c’est comme avec le vote en faveur du Brexit récemment au Royaume-Uni, l’expression de toute une partie des électeurs, des citoyens, contre des élites, contre un «système» politique, économique et médiatique, qu’ils estiment les tenir à l’écart, dont ils pensent qu’ils les ont «abandonnés» selon le mot qui revient souvent dans les enquêtes d’opinion.

Cette partie «abandonnée», «invisible» de nos sociétés démocratiques se rebiffe en quelque sorte en votant pour des leaders et des formations qui clament leur opposition à ce système ou qui prétendent être leur porte-voix contre celui-ci. Peu importe qu’ils soient eux-mêmes issus du système d’ailleurs. On peut constater que les critiques sociales sur la fortune d’un Trump ou le mode de vie d’une Le Pen n’ont aucune incidence sur leur électorat. Il ne s’agit plus d’un combat politique traditionnel articulé autour d’une vision de classe. C’est l’erreur de toute une partie de la gauche aujourd’hui qui continue de penser que les catégories populaires sont réductibles à la classe ouvrière d’antan et qu’elles devraient donc voter massivement pour leurs légitimes représentants. On a ainsi vu fleurir depuis la victoire de Trump, chez certains responsables de gauche en France notamment, l’idée que Bernie Sanders aurait battu Trump, lui, s’il avait été le candidat du parti démocrate plutôt que Clinton! L’illusion continue de fonctionner à plein alors que les cols-bleus de la Rust Belt (anciens états industriels du nord des États-Unis) ont massivement voté pour Trump et non pour Sanders aux primaires démocrates.

On a dit souvent que la candidature de Donald Trump était le baroud d’honneur des «petits blancs» face à un multiculturalisme transformé en projet politique. N’assiste-t-on pas à la cristallisation des mêmes clivages en France?

Attention d’abord à cette idée d’un «baroud d’honneur» de «petits blancs» face au caractère inexorable du projet multiculturaliste (on distingue bien ici le multiculturalisme de fait qui touche toutes les sociétés ouvertes aujourd’hui et le multiculturalisme normatif comme projet politique bien représenté aujourd’hui par les discours d’un Justin Trudeau, Premier ministre canadien par exemple). Il n’est pas du tout certain en effet que l’on assiste à une montée en puissance sûre et certaine du projet politique multiculturaliste dans les années qui viennent face aux réactions des populations auxquelles il est plus souvent imposé que proposé par une partie de leurs dirigeants, des médias, etc.

Je dirais plutôt que les réactions que l’on constate aujourd’hui dans de nombreux pays contre un tel projet en démontrent le caractère forcé et contraire à la volonté de pans entiers sinon de la majorité de la population dans les pays concernés. À la fois et indissociablement, comme on le comprend mieux maintenant visiblement, pour des raisons économiques et identitaires.

La réaction immédiate est évidemment portée par les leaders et les formations populistes mais dans le temps, elle peut être plus profonde et entraîner des modifications importantes du paysage politique au sein duquel le clivage autour du «commun», de ce qui fait et tient ensemble nos sociétés devient un enjeu majeur du débat politique, renvoyant aux marges à la fois la réaction populiste et les promoteurs du multiculturalisme normatif.

Finalement, l’insécurité culturelle est au cœur des inquiétudes occidentales de part et d’autre de l’Atlantique?

Cette forme d’inquiétude globale sur son propre devenir et sur le devenir de la société dans laquelle on vit, mêlant étroitement des éléments économiques, sociaux, culturels, que j’ai essayés, avec d’autres, de repérer et de préciser sous le terme d’insécurité culturelle, est en effet devenue un élément déterminant du comportement politique, électoral notamment, d’une partie croissante de la population de nos vieilles démocraties.

Pour une double raison, simple à comprendre même si elle est encore inaudible visiblement pour tout un tas d’observateurs et d’acteurs politiques: le sentiment d’abandon de la part des élites de pans entiers de la population et de territoires ; le mépris ostensiblement affiché par ces élites vis-à-vis de ces populations et évidemment durement ressenti par celles-ci. Nombre de nos concitoyens vivent aujourd’hui au quotidien cet abandon et ce mépris, et depuis de longues années. Ils ont pu à un moment continuer d’avoir espoir dans tel ou tel parti classique du jeu politique. Ils ont pu aussi cesser de participer à la vie politique (l’augmentation tendancielle des taux d’abstention dans les démocraties se vérifie partout désormais comme l’a bien montré ma collègue Pippa Norris notamment). Et évidemment ils ont commencé aussi à voter pour des leaders et des formations populistes qui mettent en scène cette insécurité culturelle, qui s’en font les champions en quelque sorte.

Nous en sommes aujourd’hui à une sorte de point de rupture électoral que l’on voit arriver depuis des années – et à propos duquel nous sommes un certain nombre à avoir alerté en vain -: l’accès au pouvoir, local et national, de leaders et formations populistes. L’insécurité culturelle n’est plus ni un fantasme ni une construction médiatique, c’est devenu une réalité politique aux conséquences aussi tangibles qu’incertaines.

Que dire de la gauche Clinton? Quelles leçons la gauche française peut-elle en tirer?

On peut y voir, outre l’échec d’une personnalité et d’un clan, d’une «machine» politique, au sens américain du terme, qui domine le Parti démocrate depuis près de 30 ans, la difficulté pour la gauche de gouvernement aujourd’hui, pour la social-démocratie en général, à conquérir et conserver le pouvoir sans pouvoir s’appuyer sur une base électorale suffisamment large dont font partie historiquement les catégories populaires, ou du moins une partie d’entre elles.

Le remplacement stratégique de ces catégories populaires par une coalition de groupes minoritaires, souvent désignés par un critère spécifique de leur identité culturelle (femmes, homosexuels, jeunes issus de l’immigration…) ne suffit pas à garantir la victoire de cette gauche qui se dit «progressiste». D’autant que son programme économique et social n’est plus principalement dirigé vers les catégories populaires mais plutôt vers des catégories sociales supérieures, diplômées, vivant dans les métropoles, profitant de la mondialisation et de l’ouverture des frontières.

Si bien que le clivage économique classique n’est plus opérationnel pour cette gauche puisqu’il s’est en quelque sorte inversé tandis qu’elle rejetait dans le même temps toute pertinence des interrogations «identitaires» ou culturelles de ces mêmes catégories populaires. Aujourd’hui, l’électorat de la gauche de gouvernement s’est donc considérablement réduit et cette réduction la prive de toute perspective de pouvoir dans les années qui viennent.

Trump, c’est aussi le rejet du libre-échangisme maximaliste, un partisan de l’État stratège, du protectionnisme intelligent. Il souhaitait également augmenter les impôts des plus riches et diminuer ceux des classes moyennes, etc. La gauche française, en se privant de ces outils traditionnels qui reposent sur l’État-nation, a-t-elle abandonné l’idée de faire des politiques économiques de gauche?

Le fait de ne pas ou plus vouloir réfléchir à certains enjeux, de disqualifier a priori certaines préoccupations et de ne plus se poser de questions par rapport à la réalité de l’évolution des relations internationales ou de l’économie a privé la gauche dans son ensemble d’une grande partie de sa capacité d’action. Et nos concitoyens l’ont parfaitement compris. D’autres forces politiques aussi, notamment chez les populistes, qui ont repris des thèmes autrefois chers à la gauche, comme ceux que vous mentionnez mais aussi comme le patriotisme ou l’attachement à la souveraineté du peuple.

On l’a particulièrement éprouvé ces dernières décennies avec la construction européenne. Par dogmatisme et par aveuglement idéologique, la gauche a très largement contribué à bâtir un monstre bureaucratique aussi inefficace qu’illégitime politiquement. La question européenne est devenue le Nœud Gordien de la gauche européenne contemporaine. Si elle ne parvient pas à le trancher, elle ne pourra retrouver son rôle historique d’émancipation collective des populations des pays européens. Celles-ci allant chercher les voies et moyens de cette émancipation ailleurs, souvent pour le pire.

Il ne faut pas oublier non plus le succès important de Bernie Sanders aux primaires démocrates. Mélenchon doit-il se réjouir de l’échec de la gauche Clinton?

Je ne suis pas certain que ce que l’on appelle la gauche de la gauche ou la gauche radicale (par opposition à la gauche de gouvernement) ait des raisons de se réjouir de l’échec de Clinton. Car même si Bernie Sanders a fait une excellente campagne et a su capter notamment l’attention de nombreux jeunes Américains, il n’a pas attiré à lui les suffrages des ouvriers de la Rust Belt. Cette gauche radicale pas plus que la gauche de gouvernement ne convainc les électeurs. En particulier parce que ses solutions économiques apparaissent souvent comme décalées par rapport au besoin de trouver de nouvelles solutions aux difficultés économiques que nous vivons. Et que ces solutions ne doivent pas nécessairement venir de la puissance et de l’argent publics.

Surtout si l’on considère la vision très largement répandue d’un multiculturaliste normatif au sein de cette gauche. On y rencontre parfois même, aujourd’hui, certains élus, certaines organisations très favorables à l’islam politique et à une critique très virulente de tout ce qui peut constituer notre commun.

Bref, il n’y a pas là de solution nouvelle à la crise structurelle de la gauche, et le talent indéniable d’un Mélenchon en France par exemple, qui a bien compris ces enjeux en infléchissant substantiellement son discours par rapport à 2012, ne suffira pas à convaincre nos concitoyens issus des catégories populaires notamment de voter pour lui en 2017.

Nous entrons pour la gauche dans son ensemble, partout dans les démocraties libérales, dans une phase de refondation indispensable. Et pour ce faire, il lui faudra quitter nombre des vieux habits endossés pendant des décennies en veillant à ne pas tout oublier de ce qui fonde son origine.

Voir de plus:

Comment le langage de la gauche identitaire détruit le bien commun
Alexis Carré
Le Figaro
FIGAROVOX/ANALYSE- Alexis Carré propose une généalogie des mouvements de la «gauche identitaire» venus des universités américaines désormais présents en France. Selon lui, leur rhétorique menace l’université et l’esprit républicain qui est censé y régner.

Alexis Carré est doctorant en philosophie politique à l’École normale supérieure. Il travaille à l’Institut pour la Justice. Retrouvez-le sur twitter.

La nouvelle rhétorique à gauche déconcerte. Des assemblées générales interdites aux hommes blancs à Tolbiac, aux manifestations contre le «racisme d’État» du mouvement Justice pour Adama, les mobilisations sociales se teintent de plus en plus d’une coloration identitaire, comme si le monde commun n’avait plus d’autre usage pour les militants que l’expression de leur particularité. Ce nouveau langage politique, apparu aux États-Unis, n’est pas resté confiné aux groupes les plus marginaux ; il a au contraire profondément imprégné le fonctionnement du parti démocrate. Alors même que la politique de segmentation électorale de ce dernier inspire ses homologues partout en Europe, des intellectuels progressistes américains, Mark Lilla, William Galston ou encore Yascha Mounk, l’accusent d’être à l’origine des difficultés de leur famille politique et d’avoir contribué à la montée d’un populisme de ressentiment. Les transformations politiques auxquelles ils s’opposent font, et feront de plus en plus, partie de notre quotidien. Aussi est-il plus important que jamais de voir en quoi la situation américaine éclaire notre avenir politique afin de pouvoir nous prémunir des dangers qu’il nous réserve.

La nouvelle forme d’activisme dont il est question est d’abord apparue sur les campus universitaires où elle a produit une génération de militants (désignés péjorativement sous le nom de Social Justice Warriors) moins préoccupés par l’exercice du pouvoir que par la critique de la domination et la défense des minorités dominées. Leur force de mobilisation est toutefois peu à peu devenue un objet de convoitise de la part des responsables démocrates confrontés à la perte d’influence des organisations professionnelles qui les soutenaient traditionnellement. C’est pour cette raison qu’au-delà des théories de Michel Foucault, Judith Butler ou encore Kimberlé Crenshaw qui sont à l’origine de ce mouvement, le «progressisme identitaire» a également engendré une stratégie électorale concrète, dont l’illustration en France fut le fameux rapport Terra Nova de 2011. Dans ce document, Olivier Ferrand constatait l’érosion du soutien des classes populaires à l’égard du parti socialiste, et invitait ce dernier à reconstituer une majorité grâce à l’agrégation de segments électoraux minoritaires rassemblés autour de problèmes identitaires et sociétaux (multiculturalisme, mariage homosexuel, droits des femmes etc.).

Ce qu’offrait cette myriade de mouvements associatifs aux partis progressistes, c’est effectivement un relais de transmission permettant de transformer les revendications identitaires de communautés spécifiques en soutien pour un programme gouvernemental garantissant séparément chacun de ces intérêts distincts. Le rêve d’une coalition arc-en-ciel rencontra peu de résistances auprès des responsables démocrates, ou de leurs confrères européens, tant il ne semblait comporter que des avantages. De tels groupes communautaires, caractérisés par un militantisme de terrain, permettaient en effet aux partis politiques de combler ce qu’ils pouvaient ressentir comme un déficit de représentation. Ils concernaient également des niches électorales (homosexuels, immigrés récents etc.) moins susceptibles d’être contestées par leurs adversaires. Et enfin, alors que le socialisme comme doctrine économique avait perdu une grande partie de sa capacité de mobilisation, ces mouvements constituaient la seule force neuve et conquérante d’un paysage politique fait de routines et de consensus décourageants.

Politisation de l’université et durcissement communautaire

Le soutien de cet électorat ne reposait toutefois plus sur les attentes et les intérêts collectifs d’une classe sociale — aspirant à organiser le travail et distribuer ses produits — ; il traduisait l’indignation de groupes constitués autour d’une identité de race ou de genre, ayant le sentiment d’être les victimes d’un système de domination, auquel ils entendaient résister et qu’ils souhaitaient éventuellement détruire. Se défiant du processus électoral et de ses compromissions, cette gauche, née de la contre-culture des années 60-80, trouva d’abord refuge dans les universités au moment où la droite américaine parvenait avec Reagan à porter un coup fatal aux équilibres de la sociale démocratie d’après-guerre. Leur démarche ne consistait plus à conquérir le pouvoir — ce qui aurait impliqué d’obtenir le consentement de leurs concitoyens à un moment où ceux-ci se détournaient résolument de leurs combats — mais à convertir à leurs idées ceux qui, par leur parcours, devaient accéder bientôt à la classe dirigeante. Ce n’est que dans un second temps que cette politique d’entrisme, d’hégémonie culturelle et de politisation de l’éducation supérieure put se cristalliser dans un ensemble d’engagements métapolitiques de construction communautaire [community building] destinés, par le vecteur des identités, à politiser certaines marges de la société autour de la revendication de droits spécifiques.

L’histoire du concept de «consentement explicite» illustre particulièrement bien cette stratégie. L’idée, de plus en plus populaire au sein des cercles féministes, que tout contact sexuel devrait être précédé, et ce dans ses différentes étapes, d’un «consentement verbal explicite et enthousiaste» fut formulée dans un premier temps en 1990 par un groupe d’étudiantes d’Antioch College dans l’Ohio. Le document issu de cette mobilisation, Politique de Prévention des Infractions Sexuelles [Sexual Offense Prevention Policy], fut à l’époque de sa publication la risée de tout le pays . Plus tard dans les années 90 une série de procès visant des établissements d’enseignement supérieur dans des affaires de harcèlement sexuel entre étudiants amenèrent la Cour Suprême à étendre la responsabilité des établissements à s’abstenir de discriminations d’accès à l’enseignement sur la base du sexe (connu sous le nom de Title IX) aux cas de harcèlement et d’agression sexuels. Une lettre de l’administration Obama de 2011, précisant les conditions d’application de cette extension, a entraîné la multiplication des bureaux de lutte contre le harcèlement sexuel au sein même des universités (Title IX offices). Par crainte de poursuites mettant en cause leur responsabilité, ces nouveaux organes ont été encouragés à définir de plus en plus restrictivement les limites du consentement. Chargés d’enquêtes internes, ils sont désormais capables de délivrer des sanctions disciplinaires sur la base de leur propre définition du harcèlement ou de l’agression sexuels. Ces mesures peuvent gravement affecter la vie des étudiants mis en cause, et ce, même dans les cas où le système judiciaire traditionnel n’est pas susceptible de réunir des preuves suffisantes pour engager des poursuites. Partant d’un problème effectivement légitime, les organisations féministes ont ainsi fini par imposer la création d’une forme de justice parallèle au service de leur conception des relations entre les sexes. Par effet de capillarité, cette prise de pouvoir au sein des campus a produit des chambres d’écho avec des sites d’information (The Huffington Post et Buzzfeed) et un foisonnement de blogs, de chaînes YouTube et de comptes tumblr au service de la cause.

Cette stratégie, qui va de l’université aux périphéries sans passer par la société, et son monde commun, a profondément modifié la physionomie de l’éducation supérieure, non seulement aux États-Unis, mais partout en Occident. Et si elle a effectivement décuplé l’influence et l’écho de ces revendications minoritaires, elle a aussi contribué à discréditer l’autorité des institutions dont elle cherchait à se servir. L’exclusion de certains conférenciers sur les campus universitaires en raison de leurs idées a particulièrement médiatisé ce processus. Les départements de sciences humaines ont, pour des raisons évidentes, souffert dans une plus large mesure, et plus tôt que les autres, de cette déstabilisation des savoirs. Il ne serait néanmoins pas inexact d’affirmer qu’elle affecte désormais tout le corps politique.

L’autoségrégation des progressistes

Pour Mark Lilla , William Galston et Yascha Mounk , les partis progressistes ont de fait beaucoup souffert de leur association avec ces nouvelles formes militantes qui ont peu à peu paralysé leur capacité à participer à la délibération démocratique en vue de diriger notre action collective. Cette paralysie a pris plusieurs formes. Dans un premier temps, ces mouvements n’ont accordé leur soutien aux partis traditionnels qu’en échange de mesures dont leurs adversaires conservateurs ne pouvaient accepter l’application sans se couper de leur base. Dans les pays où ils ont consenti à de tels compromis, de nouvelles formations ou un nouveau personnel politiques ont pris leur relai afin de cristalliser l’opposition à ces réformes. Ce premier phénomène de bipolarisation fut aggravé par le langage accusateur et agressif, essentiellement anti-pluraliste, dans lequel étaient exprimées les revendications progressistes. Si cette rhétorique leur a garanti bien des succès d’opinion auprès d’une partie non négligeable de la population (plutôt connectée, urbaine, diplômée et cosmopolite), elle a de manière croissante rendu impossible à ceux qui en étaient exclus (déconnectés, ruraux, déclassés et blancs) d’envisager avec elle une action, des intérêts ou un destin communs .

À mesure qu’ils cultivaient leur relation avec ces nouveaux alliés de la société civile les partis progressistes se sont donc coupés de leurs homologues politiques et, avec eux, de l’habitude de la délibération par laquelle s’organise le partage du gouvernement en régime pluraliste. À la puissance organisatrice de la parole politique, celle des adversaires qui s’accordent, et celle de la loi qui commande, a succédé le langage cathartique des professions de foi et des confessions publiques dont la fonction est l’expression des sentiments et la mise en cause des oppresseurs. Dans un tel contexte la conversation entre citoyens égaux, avec toutes les incertitudes et les tensions qu’elle comporte, a laissé place à la dénonciation, nécessairement inégalitaire, qui sépare la souffrance indiscutable de la victime et le privilège injustifiable du dominant. La conversation démocratique ne vise plus à déterminer les motifs et les moyens de l’action, on lui intime de protéger chacun contre l’opinion de tous les autres. En définitive, ces nouveaux militants se préoccupent moins de convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur opinion que de persuader les juges de la leur imposer.

Ces effets sont encore plus visibles dans la vie interne des partis de gauche, tant celle-ci s’est éloignée du fonctionnement habituel des institutions dont ils prétendaient exercer le contrôle. Comme école de citoyenneté, ils ont peu à peu cessé de préparer leurs cadres à parler ou à diriger des gens qui ne leur ressemblaient pas ou qui n’appartenaient pas à leur électorat captif . De peur d’être accusé d’indifférence ou de collusion avec l’oppression dont ces communautés se disaient victimes, il est devenu dangereux pour eux de faire preuve de prudence ou de modération. Si de vivants espoirs et de réels problèmes ont pu justifier ces transformations, elles se sont finalement avérées beaucoup plus dangereuses que ne l’avaient anticipé les acteurs politiques qui croyaient en bénéficier.

Une antipolitique de la lutte

À y regarder de plus près, le nouvel activisme sur le soutien duquel ils comptaient repose sur la critique radicale des institutions et de leurs représentants. Ces derniers ne sauraient donc en emprunter la force sans en valider l’analyse, et valider cette analyse sans porter un coup fatal à leur propre légitimité. Celle-ci émane effectivement du dispositif libéral et démocratique, plus précisément de la capacité de la délibération collective à donner ses raisons à l’action commune, et donc de la capacité de chacun à comprendre et donc intégrer ou rejeter les motifs ainsi exposés. Or la critique de la domination à l’œuvre dans l’analyse en question nie la capacité du discours à exprimer autre chose que la particularité d’une identité inscrite dans les relations de pouvoir dont elle est l’effet. Il donne voix à la résistance de la victime ou à l’oppression du dominant, mais pas à une raison partagée. La parole résistante ainsi formulée se refuse d’emblée à la possibilité de la contradiction ou même du dialogue démocratique. On ne saurait que la reconnaître sans rien y ajouter, toute tentative de réponse relevant de l’appropriation ou de la négation par le dominant de la souffrance du dominé. Dans ce cadre, tout discours sur le bien commun ne saurait être que la dissimulation ou la justification du pouvoir exercé par les uns sur les autres (par les blancs sur les personnes de couleurs, par les hommes sur les femmes, ou encore par les hétérosexuels sur les personnes pratiquant d’autres sexualités). À la communauté d’action que suppose et engendre toute politique, cette nouvelle gauche oppose une antipolitique de la lutte fondée sur la communauté d’être des identités.

En recherchant l’aide de ces forces métapolitiques la gauche s’est en quelque sorte empêtrée dans sa propre querelle des investitures, soumettant constamment le pouvoir politique à l’inquisition jalouse d’une légitimité spirituelle résolument antipolitique, ayant le témoignage de la victime, et l’imaginaire qui en découle, pour seul critère de vérité. Pris au piège entre cette compréhension du monde et leurs impératifs électoraux, les progressistes ont souvent choisi d’obéir le plus silencieusement possible aux revendications identitaires tout en taisant la condamnation de la majorité des «déplorables» qu’elles contenaient implicitement. Ce divorce de la parole et de l’action a validé l’accusation d’hypocrisie portée à leur encontre, et alimenté la défiance de leur ancien électorat ouvrier.

Une politique fondée sur la défense des intérêts des classes populaires peut admettre des phases de tranquillité et de compromis dans la mesure où ces intérêts ne sont pas toujours en danger, et parce que ces catégories de populations ne sont pas toujours insatisfaites. Mais dès lors que la gauche doit ses succès électoraux à la défense des droits d’une minorité, ou d’un ensemble de minorités, elle est contrainte d’introduire sans cesse de nouveaux droits, et, par conséquent, de découvrir de nouvelles injustices, quitte à les exagérer, sous peine de voir son électorat se démobiliser, ou pire, passer à l’adversaire, une fois satisfaction obtenue. Proclamant des droits qui ont de moins en moins de sens, et condamnant des injustices qu’il est de plus en plus difficile de voir comme telles, les partis progressistes, prennent le risque de s’isoler, et d’isoler les catégories de population qui les soutiennent, du reste de la société. À titre d’exemple, Antioch College, cité plus haut, requiert désormais de tout visiteur la signature d’un protocole d’accord, signifiant l’adhésion au principe du consentement explicite. L’usage est même de requérir un tel consentement pour tout contact physique, quelle qu’en soit la nature. Dans l’article du New-York Times consacré à l’établissement, une jeune femme s’y indigne que sa mère ait osé l’embrasser à son retour de l’université sans lui en demander la permission. Quelle citoyenneté penser quand les gestes les plus élémentaires de la proximité humaine sont ainsi criminalisés?

La république et l’université

Face à cela, Lilla, Galston et Mounk partagent l’idée d’un retour au politique, c’est-à-dire à une parole partagée. Or cette parole partagée ne saurait se limiter à l’expression de particularités incommensurables, et de droits éternellement opposables, à une société conçue exclusivement comme l’instrument d’oppression des élites. Ce patriotisme civique a de puissantes racines historiques aux États-Unis et ailleurs. Mais si la cause n’est pas perdue, une telle réforme de nos comportements politiques requiert toutefois un retour à l’éducation libérale qui fut durant toute notre histoire le préalable indispensable à la citoyenneté. Car notre incapacité croissante au gouvernement de soi s’explique aisément par notre éloignement croissant d’une compréhension de soi permettant l’action commune. À cet égard, l’empire des sciences sociales sur notre éducation politique, ou l’empire de la critique de la domination sur les sciences sociales, sont indissociables de notre désarroi pratique. La participation politique, l’engagement de la majorité dans l’élaboration d’une action commune, supposent qu’une telle action soit en mesure de produire un certain bien que chacun recherche mais que nul ne peut obtenir isolément. À l’inverse on ne peut concevoir d’engagement politique sain sur l’idée que la société et la conversation publique dissimulent une structure de domination, dont le langage n’est que l’instrument des pouvoirs qui le mobilisent. L’université, par l’autorité qu’elle possède sur la gauche, et la gauche, par l’autorité qu’elle possède sur l’université, sont-elles prêtes à prendre leurs responsabilités face à ces nouveaux enjeux?

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«Dans une logique clanique, les émeutiers s’en prennent aux infrastructures de l’État»
À Nantes, des individus ont mis le feu à des dizaines de voitures et à plusieurs bâtiments suite à la mort d’un jeune homme de 22 ans, tué par un policier.
Eugénie Bastié
Le Figaro
06/07/2018

GRAND ENTRETIEN – Après l’attaque d’un couple de policiers en Seine-et-Marne et les émeutes de nantes, l’avocat Thibault de Montbrial analyse les rapports tendus entre police et population.

LE FIGARO. – Deux gardiens de la paix ont été roués de coups à Othis (Seine-et-Marne) alors qu’ils sortaient de chez des amis. Que vous inspire cette attaque? Le nombre d’agressions envers les policiers est-il en hausse?

Thibault de MONTBRIAL. -Cette agression est insupportable. Elle s’est déroulée devant les enfants du jeune couple, en dehors des heures de service. Cela témoigne d’une évolution inquiétante: nous savions depuis l’attaque de Magnanville que les terroristes n’hésitaient pas à s’en prendre aux policiers dans leur vie privée, mais désormais cette logique s’étend aux voyous de droit commun, qui considèrent que le policier est un ennemi avec qui ils ont un contentieux personnel.

Avec le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, nous avons recensé au moins quatre incidents similaires depuis deux mois: le 12 mai, à Menton, des policiers qui allaient dîner au restaurant en dehors de leur service ont été pris à partie par une trentaine d’individus. L’un des policiers a eu trente jours d’ITT. Le 22 mai, à Grenoble, plusieurs CRS au repos ont été reconnus, attaqués et roués de coups par une dizaine d’individus. L’un des policiers a eu 45 jours d’ITT. Le 31 mai, à Orléans, deux individus en scooter ont suivi et menacé un policier hors service, qui a dû sortir son arme. Et samedi dernier, à Bugey, une quinzaine d’individus ont roué de coups (31 jours d’ITT) un policier devant chez lui, qui a dû tirer pour se dégager. L’attaque personnelle des policiers se banalise chez les délinquants. Cela touche aussi les gardiens de prison. On a même vu des magistrats menacés de mort.

Un homme de 22 ans a été abattu à Nantes alors qu’il fuyait un contrôle de police, ce qui a donné lieu à plusieurs nuits d’émeute dans les cités. Que dit cette ambiance des rapports entre police et population?

«Des photos de policiers circulent sur les réseaux sociaux, et on a même vu un tag « La justice se fera avec la mort d’un CRS » à Nantes. Tout converge vers l’imminence d’un drame»

Je ne me prononce pas sur le fond de l’affaire, que je ne connais pas. Mais quand on sait que l’individu abattu était un délinquant chevronné, recherché par la police, qui conduisait une voiture signalée comme participant à un trafic, la première chose qui frappe est que le quartier a pourtant solidairement présenté l’individu comme un saint, faisant donc abstraction du profil de l’intéressé pour se camper unanimement dans une position clanique. C’est désormais soit l’adhésion totale, soit le rejet en bloc, «eux» ou «nous», il n’y a plus ni demi-mesure ni lucidité.

Ensuite, lors des émeutes, un policier a été touché au casque par un tir de .22LR. C’est la première fois depuis très longtemps qu’on tire à balles réelles sur des policiers en maintien de l’ordre. C’est extrêmement inquiétant. La police n’est plus perçue comme une autorité représentant la République mais comme une bande rivale contre laquelle tout est permis. Dans les quartiers, il y a plusieurs guets-apens par semaine contre les forces de l’ordre. Des photos de policiers circulent sur les réseaux sociaux, et on a même vu un tag «La justice se fera avec la mort d’un CRS» à Nantes. Tout converge vers l’imminence d’un drame.

Pendant la troisième nuit d’émeute, un lycée et une bibliothèque ont été incendiés. Pourquoi le moindre incident devient-il le prétexte à de telles destructions? Quelle est la logique?

Dans une logique tribale de territoire, les émeutiers s’en prennent aux infrastructures financées par l’État précisément pour sortir ces quartiers de la ghettoïsation. Six ou sept établissements publics ont été brûlés à Nantes, mais un commerce halal a été épargné: on est dans la logique clanique d’un rejet de l’État. Cela montre d’ailleurs les limites de la pacification des banlieues par l’argent, comme le préconisait le rapport Borloo. La solution passe par le rétablissement de l’ordre, en assumant ses conséquences inévitables. Les populations qui vivent dans ces quartiers, qui sont prises en otages par ces comportements claniques, ont tout à gagner au rétablissement de l’autorité républicaine.

La dénonciation de «bavures policières» donne lieu de plus en plus fréquemment à la mise en cause d’un «racisme d’État». Que vous inspire ce discours? Les violences policières envers les jeunes des cités sont-elles selon vous un véritable problème?

«Non, les forces de l’ordre ne sont pas racistes : elles font leur travail dans des conditions rendues chaque jour plus difficiles»

Ce discours est d’abord faux. Non, les forces de l’ordre ne sont pas racistes: elles font leur travail dans des conditions rendues chaque jour plus difficiles par le cumul du péril terroriste, de la logique de partition territoriale et du manque de moyens. Mais ce discours est politique: il est porté par des associations ou des personnalités militantes qui ont pour but d’exacerber les tensions communautaires. S’inspirant notamment des mouvements américains type Black Lives Matter, ces associations promeuvent une racialisation des tensions. On a vu la sœur d’Adama Traoré (jeune homme décédé lors de son interpellation par la police en juillet 2016) appeler dans un discours récent place de la République à envahir le Palais de l’Élysée «comme en Afrique», sans que cela n’émeuve personne. Ce sont des discours antirépublicains, sécessionnistes et racialistes qu’il faut combattre impitoyablement.

L’affaire Théo avait été très médiatisée, alors qu’on s’était rendu compte que la «victime» n’était pas aussi innocente. Que nous a enseigné cette affaire?

L’affaire Théo a été symptomatique d’une hystérisation du débat par les associations communautaires. À Nantes, comme pour l’affaire Théo, la justice a immédiatement réagi et engagé une procédure. Dans un fonctionnement républicain «normal», on en attendrait les résultats avec sang-froid, sans provoquer d’émeute pour réclamer une «justice» qui est précisément à l’œuvre.

Dans l’affaire Théo, les émeutiers n’ont pas cru la justice, qui faisait son travail. Et la visite du président Hollande au chevet de Théo a été une faute politique immense qui a marqué durablement l’esprit des policiers. Le rapport Grosdidier, remis cette semaine au Sénat, montre bien la crise profonde que traversent les forces de l’ordre. Il est plus que temps d’engager une réflexion en profondeur sur les moyens et les stratégies relatifs à la sécurité intérieure pour les années à venir. L’enjeu est vital pour la France.

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Sommet du 28 juin
Dernier bobard à la mode : la crise migratoire serait finie !
Hervé Nathan
Marianne
29/06/2018

Pour le célèbre démographe François Héran, les flux de migrants sont en train de s’éteindre. Et donc la « crise » n’est plus qu’une manipulation de l’extrême droite. Une vision myope du problème, en partie récupérée par Emmanuel Macron, mais qui défie la réalité des centaines de milliers d’étrangers, errant dans l’espace européen.

« Il n’y pas de crise migratoire, il n’y a qu’une crise politique ». C’est avec cette phrase bien péremptoire que le célèbre démographe François Héran, titulaire de la chaire du même nom au prestigieux Collège de France, envoie balader dans l’Obs les opinions publiques européennes. L’argumentaire se veut imparable puisque statistique : « La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017. » Conclusion, tout ceci n’est que mise en scène poussée par les droites xénophobes en Europe à qui la « figure du migrant sert de bouc émissaire ».

Certes, il reste bien quelques scories de la vague migratoire de 2015, par exemple, les personnes qui campent sur les trottoirs de Paris porte de la Chapelle. Mais pour le célèbre chercheur, ce ne sont plus que « des situations à régler ». Problème négligeable, voire secondaire si l’on comprend bien. Mais ce qu’évacue ainsi François Héran, c’est que les situations à régler se chiffrent en centaines de milliers d’individus. En 2017, Eurostat estimait à 619.000, dont 115.000 en France, le nombre de personnes en situation illégale sur le territoire de l’Union européenne. Et tout le monde s’accorde à estimer qu’il s’agit là d’une estimation très basse, puisqu’il s’agit des personnes ayaat reçu un ordre de quitter le territoire (OQTF). Par exemple, les migrants en situation irrégulière étaient 156.000 en Allemagne mais on pense que l’Allemagne a encore 300.000 déboutés du droit d’asile sur son sol (un chiffre identique à la France), fait qui provoque l’ultimatum du ministre de l’Intérieur Hosrt Seehofer vis-à-vis d’Angela Merkel. Le « problème politique », c’est donc bien celui des « dublinés » (voir encadré ci-dessous), que le conseil européen s’est montré dans l’incapacité de traiter ce 28 juin, et il a bien un rapport avec la réalité des migrations.

Déclarer forclose la crise des migrants engendrée par la guerre en Syrie, au motif que les flux traversant la Méditerranée se sont heureusement affaiblis, mais alors que plusieurs centaines de milliers de personnes errent en Europe, de pays en pays, est pour le moins imprudent. et surtout irréaliste quant à l’avenir. Les citoyens du XXIe siècle sont quand même informés de la dynamique démographique de l’Afrique subsaharienne, qui devrait passer de 1 milliard d’habitants en 2010 à 2,5 milliards en 2050.

Sans attendre des décennies, tant que des malheureux camperont sur les trottoirs à Paris, Rome ou Madrid (en Europe du Nord, tout le monde est à l’abri), les opinions publiques s’estimeront en situation de crise et aucun discours d’autorité, qu’il soit scientifique comme celui de François Héran, ou politique, comme celui du président Emmanuel Macron qui l’imite dans ses discours, ne sera audible. Pire ils attiseront le sentiment de délaissement des populations. En 2002, le Premier ministre socialiste s’était rendu malheureusement célèbre par son expression : « Il n’y a pas d’insécurité, mais un sentiment d’insécurité ». Dix sept-ans après, on tombe dans « il n’y a pas de crise des migrants, mais un sentiment de crise des migrants ». Avec le résultat politique que l’on sait !

Voir de plus:

Migrants : « Les derniers arrivés servent toujours de boucs émissaires »

Professeur au Collège de France, François Héran revient sur la longue et tumultueuse histoire des migrations… et de la xénophobie.

Nathalie Funes

L’Italie qui refuse l’accostage de l' »Aquarius », l’île de Malte qui renvoie le « Lifeline ». Ce n’est pas la première fois que des pays s’opposent au débarquement d’exilés…

L’histoire bégaie. En 1849 déjà, 200 libéraux polonais expulsés par l’Autriche quittent Trieste à bord du « Gian Matteo » et supplient la France de pouvoir débarquer à Marseille. Mais le gouvernement les refoule vers l’Algérie, sans leur accorder de statut. Cet épisode ouvre le livre de Delphine Diaz, « Un asile pour tous les peuples ? Exilés et réfugiés étrangers en France au cours du premier XIXe siècle » (1).

Je songe aussi au « Saint-Louis », parti de Hambourg en mai 1939 avec 963 juifs allemands et qui tente vainement d’accoster à Cuba, aux Etats-Unis et au Canada. Un sondage révèle que l’opinion publique américaine, à 84%, refuse de relever les quotas d’étrangers, et Roosevelt recule. Le bateau doit revenir en Europe. Il accoste à Anvers quelques semaines avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie. Nombre de passagers finiront dans les camps.

 

Le monde subissait alors les effets de la crise de 1929. Vous constatez un lien entre les périodes de récession économique et le rejet de l’étranger ?

C’est certain. La crise des années 1930 est la période la plus xénophobe de notre histoire en temps de paix. Deux ans avant le krach de 1929, la France avait adopté une loi de naturalisation très libérale : trois ans de séjour suffisaient pour devenir français…

Voir encore:

François Héran : « Sur les réfugiés, l’Europe doit changer d’échelle et d’approche »
Elsa Freyssen et Virginie Robert
Les Echos
03/09/15

INTERVIEW – Le démographe François Héran décrypte pour « les Echos  » les ressorts et l’origine des désaccords entre pays européens sur l’accueil des réfugiés. Malgré ses discours volontaristes, la France n’est, « dans les faits », pas « une grande terre d’asile » montre-il, chiffres à l’appui. Face à l’urgence actuelle, il estime que séparer « immigration économique et immigration de refuge n’a plus de sens « .

Pensez-vous, comme Angela Merkel, que les blocages de certains pays européens sur les réfugiés remettent en question les fondements de l’Europe ?

Le courage de Mme Merkel impressionne et laisse François Hollande sur place. Mais sa prise de position mêle la prédication, la stratégie et le réalisme. Elle veut doubler la suprématie économique de l’Allemagne d’un magistère moral, car elle sait qu’elle en a les moyens. Si elle prévoit sans frémir d’accueillir 800.000 réfugiés en 2015, c’est que ce chiffre a déjà été atteint en 1992. Cette année-là, comme les années suivantes, l’Allemagne accueillait à la fois les migrants fuyant les guerres de l’ex-Yougoslavie et les Russes ou Kazakhs d’origine allemande (ou supposés tels), qui bénéficiaient d’un droit au retour. Un tel surcroît dans un pays de 80 millions d’habitants augmente la population de 1 %. Angela Merkel sait aussi que, depuis les années 1970, l’Allemagne compte plus de décès que de naissances. Les projections démographiques annoncent une baisse de 20 % de la population active d’ici à quarante ans. L’intérêt se joint à la morale. L’Allemagne peut jouer sur les deux tableaux.

Un tel afflux est-il soutenable dans une Europe en crise économique ?

« Soutenable » est une notion relative. Sur les 4,5 millions de personnes qui ont fui la Syrie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, 40 % sont en Turquie, dans des conditions déplorables, et beaucoup d’autres en Jordanie, au Liban, en Egypte. N’arrivent en Europe que les plus jeunes et les plus instruits. Dans une Grèce en grande difficulté économique, l’afflux de réfugiés pose un sérieux problème. Mais pour l’Union européenne, avec ses 510 millions d’habitants, accueillir un million d’exilés, c’est seulement croître de 1/500. Ce qui me frappe, c’est de voir à quel point les politiques redoutent les mouvements de population sans avoir la moindre idée des ordres de grandeur. Alain Peyrefitte a rapporté la réaction horrifiée du général de Gaulle apprenant qu’on allait peut-être devoir accueillir 10.000 rapatriés à la fin de la guerre d’Algérie. Or ils ont été près d’un million à gagner la métropole, qui comptait alors 47 millions d’habitants ! Les chiffres absolus impressionnent, mais, en démographie, il faut raisonner en proportions.

La Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, les pays Baltes bloquent tout plan d’accueil concerté au niveau de l’Europe…

Il subsiste en Europe un profond clivage Est-Ouest. Pendant des décennies, les pays communistes n’accueillaient qu’un nombre infime d’immigrés des « pays frères « . Les conditions d’accueil étaient draconiennes : on interdisait le regroupement familial et, si les femmes tombaient enceintes, on les enjoignait de repartir ou d’avorter. Cette volonté d’autarcie a créé un état d’esprit persistant. La Hongrie et son mur ne sont qu’un exemple. Voyez aussi le fossé qui sépare encore aujourd’hui l’ouest et l’est de l’Allemagne. Il n’y a quasiment pas de migrants ou d’enfants de migrants sur le territoire de l’ex-RDA — 4 % ou 5 % de la population — alors qu’on monte à 25 % dans les autres Länder. En Allemagne, les migrants sont à l’Ouest mais la xénophobie est à l’Est, car les populations de ces régions n’ont jamais été habituées à leur présence. Quand le Front national rêve d’un pays quasiment sans immigration, qu’elle soit légale ou non, il réactive le modèle communiste d’une société vivant sur elle-même.

De tels mouvements migratoires sont-ils si nouveaux dans l’histoire européenne ?

Ni pour l’Allemage ni pour la France. Des années 1880 aux années 1920, notre pays a accueilli 150.000 juifs russes fuyant les pogroms. En 1939, plus de 700.000 Catalans ont fui l’Espagne de Franco : nous les avons très mal accueillis, ce qui n’a pas dissuadé nombre d’entre eux de rejoindre la Résistance. A partir de 1973, en revanche, l’Etat a réservé à 170.000 boat people vietnamiens et cambodgiens un accueil digne de ce nom, avec des programmes de logement et d’emploi. Ces expériences étant plus anciennes que celles de l’Allemagne, la France est désemparée devant un afflux extraordinaire. Mais l’histoire montre que de grands Etats ont su mettre sur pied un plan d’urgence pour accueillir un flot imprévu de migrants. Le frein est d’abord politique.

A voir. VIDEO : François Héran : « Les réticences à l’Est face aux migrants est un héritage communiste  »

Paris est pourtant en pointe, aux côtés de Berlin, pour faire bouger l’Europe sur la question des réfugiés…

Dans les faits, la France reste en retrait. En dépit du travail accompli par les offices de sélection et d’accueil, la France n’est pas une grande terre d’asile. Sur les 200.000 entrées de migrants non-européens qu’elle enregistre chaque année, seuls 10 % sont des réfugiés, et cette part est stable depuis dix ans. La spécialité de la France, c’est l’accueil du flux continu de migrants ordinaires. Avant la crise actuelle, en 2012, nous étions en 12e position en Europe par le nombre de demandeurs d’asile rapporté au nombre d’habitants ! La Suède en recevait 5 fois plus, la Suisse 4 fois plus, la Norvège 2 fois plus, et je ne parle pas de Malte ou de Chypre. L’Allemagne enregistrait autant de demandes que nous, mais son taux de décisions positives était le double du nôtre : 29 % contre 15 %. Fin 2014, les taux ont progressé sous la pression de la crise syrienne : 42 %, contre 25 %, toutes origines confondues. Mais l’écart subsiste entre les deux pays.

Comment l’expliquer ?

Cette différence est ancienne. Sur les dernières décennies, les flux migratoires vers l’Allemagne ont une allure de montagnes russes, avec des pics impressionnants (en 1992, en 2002), où la part des réfugiés peut dépasser 50 % puis retomber à zéro. Rien à voir avec le solde migratoire de la France : nous accueillons en continu une migration issue de nos anciennes colonies, plus modérée que celle de l’Allemagne mais constante. Or, il faut le rappeler, c’est le respect des conventions internationales sur les droits de l’homme qui alimente en France le gros de l’immigration. Sur les 200.000 titres accordés chaque année à des immigrés extracommunautaires, 10 % seulement le sont au titre du travail non saisonnier, les 90 % restants le sont en application d’un droit : le droit d’épouser un Français (50.000 entrées par an), le droit des étrangers de vivre en famille (35.000), le droit d’asile (18.000) et ce quasi-droit, désormais, d’étudier à l’étranger (plus de 60.000). Certes, l’immigration chez nous ne représente qu’un quart de l’accroissement annuel de la population ; c’est bien moins que chez nos voisins européens. Mais cela dure depuis des décennies. Résultat : un quart de la population vivant en France est soit immigrée, soit enfant d’immigré. La France peut logiquement demander que ce facteur soit pris en compte par la Commission européenne dans sa répartition des réfugiés.

Mais, s’agissant des réfugiés, la part prise en charge par la France vous paraît-elle suffisante ?

Non, bien sûr. Si la France devait accueillir en proportion autant de réfugiés que le chiffre annoncé par Mme Merkel pour l’Allemagne, cela représenterait 640.000 personnes. Divisé par deux, cela ferait encore 300.000 personnes à accueillir. Nous en sommes très loin. Même les chrétiens d’Orient n’ont été accueillis qu’au compte-gouttes.

A supposer qu’il soit un jour adopté, le plan Juncker est-il adapté à la situation ?

Quand le président de la Commission suggère de répartir les demandes d’asile entre les pays de l’Union au prorata de leur population et de leur richesse, il reprend les critères classiques d’Eurostat. La France a demandé qu’on tienne compte également du taux de chômage. Elle aurait pu soutenir aussi qu’elle prend continûment sa part de la migration économique ordinaire, et qu’en cela elle garantit l’exercice des droits de l’homme. Mais, surtout, l’Europe doit changer radicalement d’échelle et d’approche.

C’est-à-dire ?

La convention de Genève de 1951 sur le droit d’asile est exigeante : le demandeur doit démontrer qu’il est personnellement exposé à la persécution. D’où de laborieuses enquêtes au cas par cas pour différencier la demande d’asile de la migration économique. Manuel Valls a beau se cramponner à cette distinction, elle est inadaptée au cas des guerres civiles. Quand vous fuyez un pays où l’économie s’effondre, où les salaires ont été divisés par quatre, où les écoles et les boulangeries sont fermées, vous ne pouvez plus démontrer que vous êtes personnellement persécuté, alors que vous êtes bel et bien un exilé à la fois politique et économique. L’Organisation internationale des migrations parle de « migration mixte « . Le mur mental et administratif qu’on veut dresser entre immigration économique et immigration de refuge n’a plus de sens dans de telles extrémités. L’UE doit réviser ses catégories. On parle beaucoup aujourd’hui de « réfugié climatique ». Or le « réfugié économique « , plus tangible à mon sens, mériterait au moins autant d’attention.

Nicolas Sarkozy voudrait suspendre l’actuel accord de Schengen pour le remplacer par un accord de libre circulation réservé aux pays européens ayant la même politique migratoire. Qu’en pensez-vous ?

Rétablir au sein de l’Union des frontières intérieures ou des sous-Schengen serait une régression analogue à la sortie de l’euro. On le voit déjà entre la France et l’Angleterre, du fait que les Britanniques nous sous-traitent le contrôle des frontières de l’espace Schengen. Nous reproduisons le triste paradoxe de la frontière entre Etats-Unis et Mexique : deux grands pays liés par un accord de libre-échange mais séparés par un mur anti-migrants. Laurent Fabius vient de chapitrer la Hongrie pour avoir posé des barbelés à sa frontière, mais les barrières qui ceignent l’entrée du tunnel sous la Manche et le port de Calais ne valent pas mieux. Faut-il s’étonner que les hommes tentent de s’agripper aux marchandises pour pouvoir circuler avec la même liberté qu’elles ?

La question que vous posez va au-delà de la demande d’asile ; elle vaut aussi pour la migration ordinaire. Durant la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy promit, s’il était élu, de diviser par deux les 200.000 entrées légales en France, alors qu’il n’avait pas réussi à faire bouger ce chiffre sous son mandat. Et Mme Le Pen de surenchérir en proposant de diviser ce chiffre par 10, puis par 20, autant dire en abolissant la migration légale. Ces annonces sont déconnectées de la réalité, puisque l’essentiel des entrées correspond à l’exercice d’un droit garanti par les conventions internationales. On ne peut interdire le regroupement familial ou mettre en cause le mariage avec des Africains ou des Asiatiques sans appliquer les mêmes mesures aux Américains ou aux Canadiens. Vous imaginez les rétorsions ? Ceux qui rêvent d’un pays sans migration semblent ignorer que la migration ne répond pas à la loi du marché mais à la logique des droits. Le modèle dont ils rêvent évoque celui des régimes soviétiques : un monde de coercition, où l’on vivrait entre soi, à l’écart des grands courants de circulation et d’échange.

Voir de plus:

« Il n’y a pas de crise migratoire, mais une crise politique »
Les discours xénophobes fleurissent sur la scène européenne. Pourtant, les flux migratoires n’ont rien de comparable à ceux de 2015. Entretien avec le chercheur Yves Pascouau.
Marie Campistron
L’Obs
27 juin 2018

Après l’odyssée de l' »Aquarius », un nouveau navire venant en aide aux migrants patientait ce mardi en mer, dans l’espoir qu’un port européen daigne bien l’accueillir. Accusé de transporter de la « chair humaine » (!) selon les mots du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, le bateau et ses 239 migrants à bord, s’était vu interdire l’accès aux côtes italiennes. Il pourra finalement accoster à Malte.

Le navire, propriété de l’ONG allemande « Lifeline », incarne le nouveau symbole d’un épuisant bras de fer entre les pays européens sur la prise en charge des migrants secourus en Méditerranée. Un sujet brûlant qui, après avoir nourri les discours xénophobes de l’Italie et de l’Autriche, fera l’objet d’un sommet européen, le 28 juin prochain.

Mais alors que l’Europe durcit sa ligne vis-à-vis de l’accueil des migrants, la situation observée à ses frontières n’a rien de comparable avec celle de 2015, souligne Yves Pascouau, chercheur spécialiste des questions européennes en matière d’immigration. Interview.

L’Union européenne s’écharpe sur la question migratoire. Pour autant, la situation n’est plus aussi explosive qu’en 2015…

Totalement. Bien sûr, il reste des situations à régler par rapport à la crise de 2015. Je pense notamment au quartier de La Chapelle à Paris où des personnes n’ont toujours pas vu leur situation régularisée. Pour autant, on assiste aujourd’hui à une maîtrise des flux migratoires, contrairement à 2015. La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017.

Les affaires de « L’Aquarius » et du « Lifeline » masquent donc une réalité plus complexe…

Attention, ce sont des épiphénomènes si on se place face aux chiffres, mais évidemment pas si on regarde du côté de l’individu. Le parcours migratoire est un parcours individuel. On a trop souvent tendance à l’oublier, en le noyant derrière des chiffres plus ou moins grands. Oui, 629 personnes sur un navire ne représentent pas grand-chose… sauf pour celle ou celui qui est à bord.

A quoi correspondait le « pic » des flux migratoires de 2015 ?

Il y a eu cette année-là une arrivée massive de personnes qui avaient besoin d’une protection internationale : des Syriens, des Irakiens, des Érythréens, des Afghans… Beaucoup ont quitté la Syrie, en guerre depuis 2011, et se sont retrouvés en Turquie, au Liban, en Jordanie. De là, on a vu des « colonnes » de personnes remontant depuis la Grèce, la route des Balkans occidentaux pour atteindre l’Allemagne.

La logique de Berlin a alors été d' »endiguer » ces flux, c’est-à-dire d’empêcher les personnes d’entrer dans un parcours migratoire. La route des Balkans a été fermée. Un accord a également été passé entre l’Union européenne et la Turquie. En échange d’une aide de 3 milliards d’euros de l’UE, Ankara s’est engagé à contrôler les départs depuis ses côtes. Les flux depuis la Turquie vers la Grèce et l’Allemagne se sont alors considérablement taris.

Les chiffres ont donc significativement baissé. Peut-on encore parler de crise migratoire ?

Non, il n’y a pas de crise migratoire. D’ailleurs même en 2014, on n’employait pas cette expression. Les chiffres sont parlants : l’UE enregistrait plus d’1.3 million de demandes d’asile en 2015, contre 705.000 en 2017. La crise est aujourd’hui d’ordre politique.

Justement, malgré la baisse des flux migratoires, des discours de plus en plus extrémistes et xénophobes ont fleuri sur la scène européenne. Comment expliquer leur portée ?

On observe aujourd’hui l’arrivée au pouvoir d’une série de gouvernements hostiles à l’immigration. On l’a vu avec les sorties du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, mais aussi les positions de son homologue autrichien, Sebastian Kurz… Certains Etats, à l’image de la Hongrie et de la Pologne, se définissent même comme des « démocraties illibérales ».

Ces mouvements populistes apportent une réponse simple à des questions complexes : la figure du migrant sert de bouc émissaire, comme cela a souvent été le cas avec les formations d’extrême droite. Ce type de discours est bien reçu par une partie de l’électorat qui, parce qu’il a mal vécu la mondialisation, a envie de renverser la table. Dès lors, ces lignes dures peuvent être payantes à court terme électoralement, mais à long terme, cela ne peut pas tenir.

Emmanuel Macron a affirmé que la France « n’a de leçon à recevoir de personne » sur le dossier des migrants car elle est le « deuxième pays d’accueil des demandeurs d’asile cette année ». Un argument qui mériterait selon vous, une nuance ?

En effet, car les chiffres sont toujours parlants… mais à condition de les regarder dans leur réalité. Si on prend les chiffres bruts, la France a enregistré 100.000 demandes en 2017. Il est alors facile pour le gouvernement de dire : « Regardez, on est le deuxième pays d’accueil, on est tolérants ». Mais si on rapporte le nombre de demandes d’asile déposées par rapport à taille de la population, la France se retrouve finalement en 16ème position par rapport à ses voisins européens. La leçon est un peu courte !

On constate aussi que la Suède accueille le plus de demandes d’asile si on rapporte ce chiffre à sa population. On entend pourtant rarement parler les autorités suédoises évoquer une « crise migratoire »…

La question migratoire n’est pas un sujet aussi inflammable en Suède qu’en France. Les Suédois ont une tradition d’accueil des personnes qui ont besoin d’une protection. En France, on a un problème avec la question migratoire, on ne veut pas en parler. Si bien que seuls les extrêmes s’en saisissent. L’espace de débat démocratique lui, est totalement désert.

Selon vous, que peut-on attendre du sommet du 28 juin ?

Il est très compliqué de savoir ce qui peut en sortir. Les 28 pays vont sans doute se mettre d’accord sur le renforcement du contrôle aux frontières extérieures de l’espace Schengen. Ils risquent de s’entendre aussi sur la création de zones/camps/centres – on verra bien le nom qui sera retenu – à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de l’UE. Sur tout le reste, c’est le grand point d’interrogation.

Propos recueillis par Marie Campistron

Voir de même:

Il n’y a pas de crise migratoire, mais…
Jean-Pierre Denis
La Vie
02/07/2018

Les chiffres ne souffrent guère discussion. Il n’y a pas de crise migratoire en Europe, mais un retour à l’ordinaire. La pression n’a rien à voir avec celle qui s’exerçait au moment où Angela Merkel prit la décision d’accueillir plus de un million de personnes en Allemagne, lâchant son fameux : « Nous y arriverons. » En 2015, 1,8 million de personnes ont illégalement franchi les limites de l’espace Schengen, et encore 511.000 l’année suivante. On évoque environ 20.000 entrées illégales depuis le début de l’année. L’épaisseur du trait à l’échelle de Schengen et de pays aussi importants que la France ou l’Allemagne. La montagne n’était qu’une aiguille abrupte, précédée et suivie de molles collines. Donc, oui, Emmanuel Macron a eu raison de le déclarer : « On ne peut pas parler aujourd’hui d’une crise migratoire. C’est une crise politique de l’Europe sur l’immigration. »

Mais à bien y réfléchir, la distinction opérée par le Président français est-elle si juste ? D’abord, si l’on élargit le cercle et que l’on regarde en Turquie, au Liban, en Libye, en Algérie, et plus loin dans la zone sahélienne, on voit bien que la crise migratoire n’a pas disparu. Elle s’est juste éloignée, avec son lot de trafics et d’exploitation, de violence et d’espérance. Ensuite, on doit se rappeler que la crise politique n’a pas surgi du néant mais peut se définir, justement, comme l’effet retard de la crise migratoire de 2015. Angela Merkel a fait alors une double erreur d’appréciation. La chrétienne-démocrate a pensé que les Allemands, hantés par les souvenirs du nazisme, accepteraient d’ouvrir leur pays et leur cœur. Et la fille de pasteur a estimé que la question relevait de la morale, celle qu’enseigne l’Évangile. Or c’est, hélas, plus compliqué. D’autant plus compliqué, précisément, que l’humanitaire a perdu de son importance au profit de l’identitaire.

En Allemagne, pour la première fois depuis la guerre, un parti d’extrême droite est présent au Bundestag et dicte l’agenda politique.

Les craquelures et les failles sont devenues des gouffres si profonds qu’ils menacent d’engloutir l’insubmersible Merkel. En France, en Allemagne, une coalition de circonstance unissant l’Église catholique, les ONG, les médias, les milieux économiques et culturels insiste sur l’universalisme et invoque encore l’humanitaire. Mais elle cède du terrain. Partout des partis nationalistes en croissance ou de vieux partis conservateurs en perte de vitesse prétendent défendre le peuple trahi. Dans l’Obs, Marcel Gauchet estime que la question migratoire est devenue la nouvelle question sociale. D’où le déclin de la social-démocratie. En Allemagne, pour la première fois depuis la guerre, un parti d’extrême droite est présent au Bundestag et dicte l’agenda politique, menant la coalition au pouvoir au bord de l’implosion. À l’échelle de l’Europe, et jusqu’aux États-Unis, tout l’édifice démocratique vacille.

Une deuxième faille, géographique, séparait l’Ouest et l’Est. Le gouvernement hongrois ressent ou présente les migrants, pourtant presque inexistants, comme une menace existentielle. Il veut leur opposer le rempart d’un christianisme néomaurrassien. Pour tout arranger, les élections en Autriche puis en Italie et la perspective des élections régionales en Bavière, dans le sud de l’Allemagne, ont brisé net la plaque occidentale. Voilà pourquoi, bien loin de se distinguer, la crise politique et la crise migratoire se rejoignent aujourd’hui sur une question et de plus en plus épineuse : comment gérer les flux migratoires internes, dans la zone Schengen ? Plus aucune règle ne fait consensus, plus aucune coordination n’est acceptée, plus aucune solidarité n’est envisageable, et les camps fermés que l’on annonce dans le sud de l’Allemagne offrent une solution peu crédible. Cette Europe du chacun pour soi et chez soi validée par le dernier Conseil européen est-elle encore l’Europe ?

Voir par ailleurs:

Lettre d’un « lépreux » ch’ti au président de la République
La « lèpre » n’est peut-être pas là où vous le croyez
David Duquesne
Causeur
5 juillet 2018

Emmanuel Macron a dénoncé dans un discours, fin juin, la « lèpre qui monte en Europe ». David Duquesne s’est senti visé. Il lui répond.

Monsieur le président de la République,

Je vous écris de mon Nord natal, du bassin minier précisément, une terre de souffrance généreuse dans ses sacrifices et dans l’accueil qu’elle aura réservé à des centaines de milliers de Polonais, d’Italiens ou de Nord-africains venus user leur santé dans nos mines et nos industries. Je voudrais vous parler des Ch’tis, des gens simples et attachants qui n’ont pas la chance d’avoir des origines extra-européennes et qu’on peut brocarder et humilier à loisir, ils ne menaceront personne de mort. Leurs grands-parents formaient le plus gros des bataillons de ceux qui remontaient le charbon.

Les plus pauvres d’entre eux vivent aujourd’hui dans des anciens corons et des cités HLM et subissent l’insécurité culturelle, physique, économique et n’ont pas tellement le droit de dire ce qu’ils voient et ce qu’ils vivent, ils subiraient autrement une forme de terrorisme intellectuel.

Dans certains milieux laïques, on dit d’eux qu’ils feraient partie de la tenaille identitaire.

Ils préfèrent se taire ou ne parlent qu’avec des personnes de confiance et ils votent souvent pour la « lèpre » puisqu’ils ne sont pas écoutés par les gens qui pensent bien et qui sont susceptibles de danser sur votre perron à la gloire d’une fellation ou d’une explosion. En terme d’enrichissement culturel, nous avons franchi un cap, atteint un sommet !

Les fiers et humbles descendants des mineurs, ces gueules noires qui ont sacrifié leurs vies dans les mines de charbon ont vécu 270 ans d’humiliations, de manifestations réprimées dans le sang, subi deux guerres sur leur sol et n’ont eu de cesse de se remettre à la tâche pour reconstruire leurs maisons, leurs cités, leurs villes.

Si les gamins des banlieues, qui brûlent des voitures et tirent à vue sur la police, avaient enduré le dixième du quart de ce que le peuple ch’ti a encaissé, notre pays serait à feu et à sang.

Le petit peuple laborieux de cette France périphérique n’a jamais décidé des guerres que les puissants aux affaires ont commencées ou déclarées.

Ils ne se sont jamais enrichis sur l’esclavage et la colonisation, ils sont justes responsables de leurs actes. En 1948, on envoyait les chars écraser les bicyclettes des mineurs en grève, des milliers furent blessés, il y eut de nombreux morts, mais aucun BHL pour demander une intervention pour libérer le bassin artésien de la cruauté des dirigeants de l’époque. Ils auraient pu fuir dans des barcasses en mer du Nord. Ils ont préféré continuer à participer à l’effort de solidarité nationale, toute l’économie française reposait sur les bras de ces femmes et de ces hommes au cœur vaillant.

Les ch’tis ont une identité culturelle qui fait partie de l’identité culturelle française, leur identité n’est pas un suprématisme ethnique ni un racisme. Cette identité culturelle, c’est leur épanouissement car c’est ce qui leur va le mieux et leur permet d’être heureux.

Leur identité, c’est ce qui leur reste, une fois qu’on leur a tout pris, à l’image de tous les Français qui ne vivent pas dans ces « villes-monde », où le bobo devise dans un Starbucks près d’un centre d’affaires, à quelques coudées seulement de quartiers où les lois de la République ne sont plus appliquées.

Ces enclaves où les prêches de religieux importés de pays liberticides, encouragent la partition culturelle, territoriale, quand ils n’encouragent pas le djihad.

La France des terroirs et des clochers n’est pas un nazisme, vous pourrez abuser de la qualification « identitaires », toutes les cultures ne se valent pas, elles n’ont rien de biologique ou d’ethnique, le racisme n’a rien à faire dans cette histoire !

Au contraire, humilier les Français sur leur histoire, leur culture, leur identité, leur religion historique, c’est un racisme hideux qui procède par l’inversion accusatoire et qui se soumet dans la collaboration avec les récipiendaires de la Charia et de l’indigénisme revanchard.

Le « barbensemblisme » de façade entre barbus hipsters et barbus salafistes n’est pas notre tasse de thé et nous goûtons peu l’entrisme des Frères musulmans dans toutes les strates de la société.

La lèpre n’est pas là où certains le croient.

Apres quatre décennies d’impéritie dans la gestion de l’immigration, des quartiers en partition sont séparés de la communauté nationale.

Cinq millions de personnes y vivent, dominées par des caïds qui régentent une économie parallèle. Les islamistes protégés par le service de sécurité local colonisent les cœurs d’enfants offerts par les élus. Des professeurs qui se censurent pour éviter les menaces physiques, des immeubles défigurés et abîmés par le civisme de quelques uns. Cette contre-société nous a été imposée, et vous et vos prédécesseurs l’avez accompagnée pour de sombres avantages économiques d’un côté et des gains électoralistes de l’autre. Cette contre-société n’est pas la France, n’est pas notre continuité historique, nous ne l’aimons pas car elle est l’antithèse de tout ce qui fonde notre socle républicain et nos valeurs communes.

Nos voisins d’Europe centrale, mais aussi allemands et italiens n’ont pas envie de connaître les joies d’un tel échec qui risque d’atomiser notre pays. Ils ne souffrent pas non plus du syndrome postcolonial.

Après 42 ans d’échec dans la gestion de l’immigration et d’importation de normes socioculturelles qui changent dangereusement la nature de portions importantes de notre territoire national, on peut être méfiant.

D’autant plus que les mêmes phénomènes s’observent à Cologne, Marseille, Londres, Malmö ou Amsterdam.

Plutôt que de lutter contre la peste islamiste et la gangrène des caïds, vous préférez insulter ceux qui attendent de l’État d’être protégés de ces entités dangereuses.

François Mitterrand a mis en place un épouvantail permettant de jouer avec les peurs, méfiez-vous de cet épouvantail, il y a fort à parier qu’une majorité de Français finissent par le retourner contre ces « élites » qui ont trahi leur peuple en recevant des communautés qu’elles ont encouragées à détester notre mode de vie, notre culture, notre histoire, nos enfants.

Je suis d’autant mieux placé par rapport à ce sujet que je suis moi-même issu de l’immigration nord-africaine et que j’ai joué le jeu de l’assimilation et de la méritocratie, refusant la victimisation perpétuelle, systématique.

Aujourd’hui, je suis trahi car je passe pour un traitre aux yeux de communautés qui haïssent la France, j’agace cette gauche qui refuse l’émancipation à une culture rétrograde et je peux être victime de racistes, heureusement très minoritaires.

Votre France, c’est le communautarisme, le séparatisme culturel et ethnique et à terme la libanisation du pays.

Votre Europe, c’est les « élites » contre le peuple.

Je vous invite, Monsieur le président, à revoir vos positions sur la gestion de l’immigration, de l’islamisme et des territoires perdus de la République, avant que le peuple ne redevienne souverain, car c’est vous qui lui êtes redevable et non l’inverse.

Le peuple français a été accueillant, bienveillant, patient, ne le poussez pas vers des issues radicales, une colère sourde traverse le pays, écoutez-la et soyez au rendez-vous de notre histoire et à la hauteur de notre nation.

Voir encore:

Le recours aux armes à feu par les policiers a fortement augmenté en France en 2017
L’inspection générale de la police nationale a pour la première fois rendu public, mardi, le nombre de personnes tuées lors d’interventions des forces de l’ordre.
Elise Vincent
Le Monde
27.06.2018

Ce sont des chiffres sensibles qu’a dévoilés, mardi 26 juin, l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », à l’occasion de la publication du dernier rapport annuel de sa patronne Marie-France Monéger-Guyomarc’h, qui doit bientôt quitter son poste après six ans de service. De fait, elle a annoncé une très forte hausse du recours aux armes à feu chez les policiers entre 2016 et 2017 (+ 54 %) ; et surtout pour la première fois de l’histoire de l’IGPN, le chiffre du nombre de morts et de blessés lors d’interventions policières. Entre juillet 2017 et mai 2018, elle recense 14 décès et une centaine de blessés. Des chiffres révélateurs d’un climat tendu sur le terrain. Un exercice nouveau de transparence pour l’institution alors que les violences policières sont devenues l’objet de forts clivages politiques et de tensions récurrentes dans les quartiers populaires.

Pour tous ces nouveaux indicateurs, l’IGPN a donné ses explications. « Ce recensement n’est pas le recensement des bavures policières », a tenu d’emblée à préciser Mme Monéger-Guyomarc’h avant d’en détailler la méthode de comptage.

La très forte hausse du recours aux armes à feu s’est ainsi traduite par quelque 394 utilisations, entre 2016 et 2017, selon l’IGPN. Ces tirs ont été essentiellement le fait de l’usage du pistolet dont les policiers sont porteurs en service, et beaucoup dans un cadre très particulier d’intervention, selon Mme Monéger-Guyomarc’h : le refus d’obtempérer des véhicules en mouvement. Tous ces coups de feu ont été considérés comme de la légitime défense. Ils pourraient néanmoins amener la maison police, soucieuse à demi-mot de cette évolution, à adapter ses formations.

Règles de la légitime défense élargies

Ce chiffre de 394 n’est en effet pas étranger à une nouvelle loi entrée en vigueur en février 2017. Celle-ci a élargi les règles de la légitime défense notamment dans un but de meilleure prévention du terrorisme. Depuis, les policiers peuvent faire usage de leur arme sans risquer d’être sanctionnés, en particulier en cas de la présence d’un véhicule « dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ». Ce point de la loi avait été particulièrement débattu, de crainte qu’il n’engendre une multiplication de l’usage des armes à feu.

Mme Monéger-Guyomarc’h n’a toutefois pas souhaité attribuer cette hausse des tirs à cette évolution législative. L’augmentation était « déjà sensible avant février 2017 », selon elle. D’après elle, il n’y a qu’un seul cas où la nouvelle loi a été utilisée stricto sensu durant l’année écoulée : lorsqu’à Montargis (Loiret), en août 2017, un homme d’une cinquantaine d’années a été tué à bord de sa voiture après avoir fait de violentes manœuvres et menacé de « tuer des fonctionnaires ».

La gendarmerie est elle aussi confrontée à cette progression de l’usage des armes. Selon les informations du Monde, entre 2016 et 2017, cette hausse a été de 15 %. Elle serait toutefois ponctuelle, ce chiffre ayant nettement diminué sur les dix dernières années de l’ordre de 20 %. En parallèle, le nombre d’agressions contre des gendarmes a explosé : + 68 %. Des chiffres qui font dire à la gendarmerie que « malgré l’augmentation des situations qui exigent de recourir aux armes, c’est le plus faible niveau de coercition qui est toujours recherché et utilisé ».

Autre exercice de transparence : la communication du nombre de tués ou de blessés sur l’année écoulée. Quelque quatorze personnes ont ainsi été tuées lors d’interventions policières entre le 1er juillet 2017 et le 31 mai 2018 (onze mois). Ce chiffre comprend les individus abattus après avoir commis un acte terroriste, quatre personnes ayant mis fin à leurs jours au moment où la police intervenait, ainsi que quelques personnes étant décédées en ayant pris la fuite lors d’une intervention de police (accident, noyade, etc.). Mme Monéger-Guyomarc’h n’a toutefois pas donné plus de détails sur ce dernier indicateur.

Hausse de l’usage des pistolets à impulsion électrique

Le comptage des blessés, lui, concerne seulement la période allant du 1er juillet au 31 décembre 2017. Il se limite par ailleurs aux personnes ayant eu des incapacités totales de travail d’au moins huit jours. Un critère destiné à permettre à l’IGPN de se concentrer sur les « blessés sérieux ». Le but : mieux identifier les cas dans lesquels peut être améliorée la doctrine d’emploi.

Les armes à feu ne sont pas les seules à faire l’objet d’un usage plus intensif dans le bilan de l’IGPN. Si le recours à la grenade à main de désencerclement, souvent utilisée lors des manifestations contre la loi travail en 2016, a connu une baisse de 8 %, l’emploi des pistolets à impulsion électrique et lanceurs de balles de défense ont connu, eux aussi une hausse : de respectivement 20 % et 46 %. Soit, en valeur absolue, 1 403 déclarations d’usage pour les premiers, et 2 495 pour les seconds. « Malgré sa très mauvaise réputation, le pistolet à impulsion électrique permet de faire baisser la pression et de sauver des vies », a insisté Mme Monéger-Guyomarc’h.

Lire aussi :   Les grenades de désencerclement, arme controversée du maintien de l’ordre

Ce bilan IGPN est enfin marqué par une hausse des enquêtes judiciaires à la suite d’allégations visant des fonctionnaires de police dans plusieurs catégories notables : « violences volontaires » (574 enquêtes ouvertes dans le bilan 2017 contre 543 au bilan en 2016), « violation du secret » (55 contre 47), et « vol » (125 contre 104). En matière « d’injures racistes », en revanche, il y a eu une légère baisse (de 42 à 32). Les enquêtes pour corruption quant à elles, sont stables (43). Le nombre total d’enquêtes ouvertes a été de 1 108, contre 1 015 au bilan 2016, soit un peu moins de 10 % d’augmentation.

Voir de plus:

Nantes : violences après la mort d’un jeune lors d’un contrôle de police

Un homme de 22 ans a été mortellement blessé par un policier lors d’un contrôle. Des violences ont éclaté dans trois quartiers sensibles de la ville
Jérémie Pham-Lê et Mehdi Pfeiffer
Le Parisien
04 juillet 2018

Un contrôle de police a dégénéré mardi soir, à Nantes (Loire-Atlantique), dans le quartier du Breil. Lors d’un contrôle effectué par des CRS, vers 20h30, « après des infractions commises par un véhicule », le jeune conducteur aurait refusé d’obtempérer et fait une marche arrière, percutant un policier. Un des collègues de celui-ci aurait alors tiré sur la voiture.

Le conducteur, âgé de 22 ans, aurait été touché au niveau de la carotide. Il est décédé à l’hôpital, vers 23 heures. Selon une source proche de l’enquête, il s’appelait Aboubakar F. , était natif de Garges-les-Gonesses, dans le Val d’Oise, et avait usurpé l’identité de Mamadou D.

Le jeune homme était connu de la police pour vol par effraction, menace de mort, vol en bande organisée et association de malfaiteurs. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt pour vol en bande organisée et recel. Son véhicule avait été signalé dans le cadre d’une enquête pour trafic de stupéfiants.

Nantes : nuit de violences après le décès d’un jeune homme tué par la police A la suite du contrôle de police, des échauffourées ont éclaté dans le quartier du Breil entre plusieurs personnes encagoulées et la police, qui a été « prise à partie » avec des « jets de cocktails Molotov », selon le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Jean-Christophe Bernard. Plusieurs bâtiments ont été incendiés, selon Ouest-France, ainsi que des véhicules en stationnement.

Trois quartiers touchés, jusqu’à 3 heures du matin

Les violences urbaines ont ensuite gagné les quartiers de Malakoff et des Dervallières, nécessitant la mobilisation de 200 membres des forces de l’ordre. Un peu avant 3 heures, ce mercredi matin, le calme semblait revenu dans les trois quartiers.

Aux Dervallières, une boulangerie, un coiffeur et un kebab ont été incendiés. La mairie annexe et la maison de la justice et du droit ont été détériorées. Les pompiers ont dû intervenir jusque très tard dans la nuit, au-delà de 3 heures ce mercredi matin.

Johanna Rolland, la maire PS de Nantes, s’est rendue aux Dervallières vers 2h30 pour appeler au calme. « Mes premières pensées vont à ce jeune homme mort, à sa famille, à tous les habitants de ce quartier, de nos quartiers », a-t-elle déclaré.

« La police et la justice dans son indépendance devront faire la clarté et la plus totale des transparences sur ce qui s’est passé ce soir », a-t-elle martelé, « mais l’urgence ce soir, c’est l’appel au calme dans nos quartiers ».

« Rien ne justifie de faire subir maintenant aux habitants, policiers et pompiers des incendies et violences », a réagi, moins diplomatiquement, François de Rugy, président de l’Assemblée nationale, député de Loire-Atlantique.

« Le SRPJ de Nantes et l’Inspection générale de la police nationale sont saisis de l’enquête afin de préciser la commission des faits et déterminer dans quelles circonstances le policier a été amené à faire usage de son arme », a précisé à l’AFP le procureur de la République de Nantes Pierre Sennès.

Il y a une semaine, au Breil, un tir de Kalachnikov dans la rue avait fait un blessé. A la suite de cet événement, des CRS avaient été envoyés en renfort dans le quartier.

Voir enfin

«Je ne suis pas un homme» : l’ultime naufrage du politiquement correct
Arnaud Benedetti
Le Figaro
05/07/2018
FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Arnaud Benedetti, l’épisode «Je ne suis pas un homme» ayant fait le tour des réseaux sociaux est l’expression absurde et tragicomique de la fin de course d’un certain conformisme idéologique.

Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne. Il vient de publier Le coup de com’ permanent (éd. du Cerf, 2018) dans lequel il détaille avec lucidité les stratégies de communication d’Emmanuel Macron.

Virale, la vidéo d’un responsable Inter-LGBT refusant d’être assimilé à sa masculinité fonctionne comme une formidable métaphore d’une fin d’époque. Sur le fond, la séquence dans sa drôlerie involontaire nous raconte l’effondrement d’une théorie dont le moteur poussé jusqu’à bout de chevaux engage son véhicule dans une spectaculaire sortie de route. Cette théorie n’est pas tant dans ses fondements celle du genre, pavillon désormais épouvantail de bien des revendications sociétales, que celle des tenants de la fameuse «construction sociale de la réalité», du titre éponyme de l’ouvrage désormais classique paru voici plus d’un demi-siècle sous la plume de Peter L. Berger et Thomas Luckmann, deux sociologues de la connaissance pour lesquels les stéréotypes, entre autres, contribuent au façonnage du monde, des identités, de tout ce qui relève à un degré ou un autre de ce que Durkheim appelait le «fait social». Cette thèse «constructiviste» qui voit in fine dans le regard des autres un puissant vecteur d’ordonnancement des sociétés fonctionnera très vite comme la boîte de Pandore de tous les apôtres de la déconstruction. Ces derniers verront dans l’analyse de Berger et Luckmann, non sans la surinterpréter voire la détourner, la porte étroite intellectuelle pour saper, subvertir, démonter les principes d’un «vieux monde» abhorré auquel ils veulent s’opposer et échapper. À partir du moment où ce sont les représentations sociales qui fondent le réel, il suffit de démonter celles-ci pour changer la société. Les soixante-huitards feront leur miel de ce parti pris! Ils dénonceront alors les mœurs de leurs pères à leurs yeux «aliénantes», «réactionnaires», «petite bourgeoises», autant de greniers poussiéreux dont ils rêveront de se débarrasser, accrochés qu’ils seront à leur imaginaire postadolescent nourri tout à la fois de Rimbaud et de Marcuse.

Au fur et à mesure des décennies, cette révolte libertaire s’est fait dogme, catéchisme, inquisition. Elle a alimenté un nouveau bréviaire, celui du «politiquement correct» qui, de manière inégale mais continue, a conditionné à son tour les réflexes de nombre des élites politiques, économiques, culturelles des sociétés occidentales, avec plus ou moins d’intensité selon les pays, mais avec cette même injonction à reconnaître pour inévitablement inéluctable la force irrésistiblement «progressiste» du sociétal, de ses groupes de pression et de ses revendications. La «contre-société» s’est muée en carcan sémantique d’abord, en sommation historiographique ensuite, en mise en demeure normative… Elle est devenue de facto le pouvoir. On ne compte plus les effets de cette nouvelle idéologie dominante sur le vocabulaire, les mémoires, les lois. Les dictionnaires, les livres d’histoire, les législations sont littéralement révisés pour faire stricto sensu droit aux exigences de cet agrégat de minorités rassemblées dans la même volonté d’imposer leur doxa à l’ensemble de l’espace public. Ainsi les mentions «père» et «mère» disparaissent au profit des neutralités lexicales «parent 1» et «parent 2» ; ainsi Jacques Chirac et Dominique de Villepin ne célèbrent pas Austerlitz en 2005 pour ne pas heurter les quelques activistes de la répression mémorielle et de l’anachronisme historique ; ainsi le législateur se fait traqueur de toutes les phobies réelles ou … supposées! Tout se passe comme si un aggiornamento sociétalement libertaire, inclusif, communautaire délimitait les termes du dicible et de l’indicible, du permis et de l’interdit, de l’acceptable et de l’inacceptable, du correct et de l’incorrect. La com’ et la publicité, dont le visionnaire Jacques Ellul avait compris la fonction éminemment propagandiste au service de l’hubris technicienne, ont balisé le terrain au quotidien, conditionnant, imprégnant, infusant une certaine idée de la mise au pas du verbe et de ses aspérités, du passé et de son irréductible altérité, de l’homme et de son aspiration au sacré.

L’emballement sociétal se radicalise à proportion que des résistances commencent à se faire jour, y compris parmi certains tenants prudents du «politiquement correct» . Cette radicalisation a ses icônes politiques dont la mairie de Paris, en France, constitue à sa façon le foyer. Elle s’incarne avec virulence dans l’obsession de la chasse symbolique au «mâle blanc cinquantenaire» , victime propitiatoire désignée de toutes les élites du postmodernisme. Elle se naufrage dans un excès de dénégation dont l’extrait de l’échange entre Daniel Schneidermann, producteur de l’émission d’Arrêts sur images et son interlocuteur autoproclamé «non-binaire (sic)» constitue en soi une expression anthologique de l’absurde, non pas d’un absurde existentiel, mais d’un absurde sociétal, stade ultime de l’infantilisme du politiquement correct qui achève ainsi sa course dans une tragi-comédie….


Effet spectateur: C’est le mimétisme, imbécile ! (Monkey see, monkey do: New example of bystander effect on Paris commuter train confirms everything is mimetic in whatever we do whether good or bad, but compounded by the effect of diversity)

4 juillet, 2018

Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Un docteur de la loi (…) voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit. Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même. Jésus (Luc 10 : 25-37)
Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée? Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. Jean 8: 3-11
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
« Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose. La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient. En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable. Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire. La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation. (…) A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements politiques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques. Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule. Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’agir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue. La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse. Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. René Girard
Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter » la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier. » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ». » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne : » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de » bouc émissaire » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du » sacrifice parfait » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. (…) En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme. René Girard
Si nous voulons aborder le « fait religieux » autrement que sous la forme d’une collection de savoirs, forcément émiettés et terriblement lacunaires, une voie peut être l’approfondissement d’un texte assez bien choisi pour qu’il rende le « religieux » intelligible. Ce postulat d’intelligibilité fonde le christianisme par essence. Il ne saurait y avoir contradiction, en toute dernière instance, entre ce message « religieux » et la rationalité, et ce malgré le contentieux historique lourd entre l’Eglise et la philosophie des Lumières. Ce texte en est une illustration magnifique. Il suffit de le lire en oubliant qu’il nous a été transmis par une institution religieuse pour qu’il nous devienne singulièrement utile, et pour commencer sur le plan professionnel. Voilà une situation dite de « conflit » et qui pourrait dégénérer en « violence ». Cette fois c’est l’analyse du philosophe René Girard qui peut servir d’éclairage. Comme F. Quéré, il observe que l’épisode marque une étape dans un drame qui aboutira à l’explosion de violence du Golgotha, lieu où Jésus mourra crucifié. Mais au cours de cette scène qui se déroule au Temple, la spirale de violence est enrayée. Cette spirale, que Girard nomme aussi « l’escalade » est toujours mimétique ; elle procède d’un entraînement mutuel et aboutit dans un cercle fermé, où, comme dans un chaudron, la tension monte, les pulsions violentes convergeant vers une victime placée sans défense « au milieu du groupe ». La réponse apportée par cet artiste de la non violence qu’est Jésus tient ici d’abord à une attitude. « Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer des traits sur le sol ». Les yeux baissés évitent ainsi la rencontre des regards. Or c’est de leur croisement que procède la violence mimétique. Il faut en avoir fait l’expérience pour comprendre à quel point une formule comme « Regarde-moi dans les yeux ! » peut être vécue comme agressive lorsque le maître, outré, croit ainsi provoquer les aveux de l’élève ! Donc, sans regarder cette troupe d’excités, Jésus s’absorbe dans une autre occupation : « il trace des traits sur le sol ». (…) Le verbe « graphein » qui a donné « graphie » pointe aussi bien l’écriture que le dessin. Dommage pour les commentateurs ultérieurs qui y voyaient la relativisation de la Loi de l’Ancien Testament, destinée à être dépassée, puisqu’écrite sur le sable. Mais le terme « gué » n’a pas ce sens : c’est la « terre », ou le « sol », ce socle qui nous est commun, que nous soyons agresseurs ou agressés. Il est possible d’ailleurs que Jésus ait su lire, mais non écrire, ce qui était courant à l’époque. Tout au plus, mais c’est là l’interprétation que me suggère mon enthousiasme, pourrait-on comprendre que l’activité graphique, par la concentration qu’elle requiert, oblige à prendre du recul, et contribue à la résolution du conflit ! (…) Les peintres quant à eux, astreints à rassembler dans une image immobile un développement narratif, anticiperont souvent la suite, et inscriront dans leur représentation la parole de Jésus : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Cette phrase est un coup de génie, parce que c’est aussi la solution la plus simple. D’abord l’énonciation se fait au singulier, sans pour autant désigner nommément quelqu’un. La spirale du « défoulement », toujours collectif, est rompue. Mais avec un grand doigté, par un protagoniste qui prend le risque calculé de l’accompagner : « Allez-y, lapidez-la, mais… ». La phrase reprend très certainement la disposition juridique du Deutéronome relative aux témoins, mais en procurant un éclairage aigu sur son fondement. En matière de lapidation, c’est « commencer » qui est la grande affaire ! Le fait de pointer ainsi la nature du phénomène suffit apparemment à l’inverser : le cercle mortel se défait, et les agresseurs s’en vont, « à commencer par les plus vieux ». Jean-Marc Muller
Des neurones qui stimulent en même temps, sont des neurones qui se lient ensemble. Règle de Hebb (1949)
Le phénomène est déjà fabuleux en soi. Imaginez un peu : il suffit que vous me regardiez faire une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à mes lèvres, boire -, pour que dans votre cerveau les mêmes zones s’allument, de la même façon que dans mon cerveau à moi, qui accomplis réellement l’action. C’est d’une importance fondamentale pour la psychologie. D’abord, cela rend compte du fait que vous m’avez identifié comme un être humain : si un bras de levier mécanique avait soulevé le verre, votre cerveau n’aurait pas bougé. Il a reflété ce que j’étais en train de faire uniquement parce que je suis humain. Ensuite, cela explique l’empathie. Comme vous comprenez ce que je fais, vous pouvez entrer en empathie avec moi. Vous vous dites : « S’il se sert de l’eau et qu’il boit, c’est qu’il a soif. » Vous comprenez mon intention, donc mon désir. Plus encore : que vous le vouliez ou pas, votre cerveau se met en état de vous faire faire la même chose, de vous donner la même envie. Si je baille, il est très probable que vos neurones miroir vont vous faire bailler – parce que ça n’entraîne aucune conséquence – et que vous allez rire avec moi si je ris, parce que l’empathie va vous y pousser. Cette disposition du cerveau à imiter ce qu’il voit faire explique ainsi l’apprentissage. Mais aussi… la rivalité. Car si ce qu’il voit faire consiste à s’approprier un objet, il souhaite immédiatement faire la même chose, et donc, il devient rival de celui qui s’est approprié l’objet avant lui ! C’est la vérification expérimentale de la théorie du « désir mimétique » de René Girard ! Voilà une théorie basée au départ sur l’analyse de grands textes romanesques, émise par un chercheur en littérature comparée, qui trouve une confirmation neuroscientifique parfaitement objective, du vivant même de celui qui l’a conçue. Un cas unique dans l’histoire des sciences ! (…) Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l’autre. L’autre me désigne l’objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré, par le biais de la victime émissaire. À partir de ces hypothèses, Girard et moi avons travaillé pendant des décennies à élargir le champ du désir mimétique à ses applications en psychologie et en psychiatrie. En 1981, dans Un mime nommé désir, je montrais que cette théorie permet de comprendre des phénomènes étranges tels que la possession – négative ou positive -, l’envoûtement, l’hystérie, l’hypnose… L’hypnotiseur, par exemple, en prenant possession, par la suggestion, du désir de l’autre, fait disparaître le moi, qui s’évanouit littéralement. Et surgit un nouveau moi, un nouveau désir qui est celui de l’hypnotiseur. (…) et ce qui est formidable, c’est que ce nouveau « moi » apparaît avec tous ses attributs : une nouvelle conscience, une nouvelle mémoire, un nouveau langage et des nouvelles sensations. Si l’hypnotiseur dit : « Il fait chaud » bien qu’il fasse frais, le nouveau moi prend ces sensations suggérées au pied de la lettre : il sent vraiment la chaleur et se déshabille. De toutes ces applications du désir mimétique, j’en suis venu à la théorie plus globale d’une « psychologie mimétique » – qui trouve également une vérification dans la découverte des neurones miroirs et leur rôle dans l’apprentissage. Le désir de l’autre entraîne le déclenchement de mon désir. Mais il entraîne aussi, ainsi, la formation du moi. En fait, c’est le désir qui engendre le moi par son mouvement. Nous sommes des « moi du désir ». Sans le désir, né en miroir, nous n’existerions pas ! Seulement voilà : le temps psychologique fonctionnant à l’inverse de celui de l’horloge, le moi s’imagine être possesseur de son désir, et s’étonne de voir le désir de l’autre se porter sur le même objet que lui. Il y a là deux points nodaux, qui rendent la psychologie mimétique scientifique, en étant aussi constants et universels que la gravitation l’est en physique : la revendication du moi de la propriété de son désir et celle de son antériorité sur celui de l’autre. Et comme la gravitation, qui permet aussi bien de construire des maisons que de faire voler des avions, toutes les figures de psychologie – normale ou pathologique – ne sont que des façons pour le sujet de faire aboutir ces deux revendications. On comprend que la théorie du désir mimétique ait suscité de nombreux détracteurs : difficile d’accepter que notre désir ne soit pas original, mais copié sur celui d’un autre. (…) Boris Cyrulnik explique (…) que – souvent par défaut d’éducation et pour n’avoir pas été suffisamment regardé lui-même – l’être humain peut ne pas avoir d’empathie. Les neurones miroirs ne se développent pas, ou ils ne fonctionnent pas, et cela donne ce que Cyrulnik appelle un pervers. Je ne sais pas si c’est vrai, ça mérite une longue réflexion. (…) Ce rôle de la pression sociale est extraordinairement bien expliqué dans Les Bienveillantes, de Jonathan Littel. Il montre qu’en fait, ce sont des modèles qui rivalisent : révolté dans un premier temps par le traitement réservé aux prisonniers, le personnage principal, officier SS, finit par renoncer devant l’impossibilité de changer les choses. Ses neurones miroirs sont tellement imprégnés du modèle SS qu’il perd sa sensibilité aux influences de ses propres perceptions, et notamment à la pitié. Il y a lutte entre deux influences, et les neurones miroirs du régime SS l’emportent. La cruauté envers les prisonniers devient finalement une habitude justifiée. Plutôt qu’une absence ou carence des neurones miroirs, cela indique peut-être simplement la force du mimétisme de groupe. Impossible de rester assis quand la « ola » emporte la foule autour de vous lors d’un match de football – même si vous n’aimez pas le foot ! Parce que tous vos neurones miroirs sont mobilisés par la pression mimétique de l’entourage. De même, les campagnes publicitaires sont des luttes acharnées entre marques voisines pour prendre possession, par la suggestion, des neurones miroirs des auditeurs ou spectateurs. Et c’est encore la suggestion qui explique pourquoi les membres d’un groupe en viennent à s’exprimer de la même façon. Il semblerait normal que les neurones miroirs soient dotés, comme les autres, d’une certaine plasticité. Ils agissent en tout cas tout au long de la vie. Et la pression du groupe n’a pas besoin d’être totalitaire : dans nos sociétés, c’est de façon « spontanée » que tout le monde fait la même chose. Jean-Michel Oughourlian
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
J’étais à l’étage inférieur quand j’ai entendu des premiers gémissements, assez faibles. J’ai pensé à des enfants qui avaient fait une bêtise. Les gémissements ont recommencé encore une fois, puis une autre alors je suis montée voir à l’étage ce qu’il se passait. Avec une autre dame, Aurélie, nous nous sommes retrouvées seules. Tous les gens qui étaient là sont descendus à Auber. On a vu la maman vaciller. Nous l’avons allongée et j’ai juste eu le temps de prendre le bébé qui arrivait dans mes bras. (…) Ce qui est grave, c’est l’indifférence. Personne n’est allé voir pourquoi cette dame gémissait, ce qui se passait. Et puis, tous les gens sont descendus sans apporter de l’aide. Ça aurait pu mal finir ou être encore plus grave. Eliane (cadre commerciale)
Il suffit d’une toute petite étincelle et c’est tout le groupe qui s’élève contre l’agresseur. […] Le but ce n’est pas de faire de chacun d’entre nous un super-héros, mais juste de savoir que l’union fait la force. Aurélia Bloch (france info)
Bibb Latané et John Darley, deux chercheurs américains en psychologie sociale, ont mis en lumière l’existence de ce « bystander effect », ou « effet spectateur ». En laboratoire, un participant est installé dans un box, avec un système d’interphone. Un complice, présent dans la discussion, simule alors une crise d’épilepsie. Les chercheurs constatent que si le participant pense être le seul interlocuteur de la victime, il aura davantage tendance à intervenir. Par contre, s’il est dans une discussion de groupe et que les autres ne réagissent pas, c’est le contraire. « L’effet spectateur, c’est le fait que plus il y a de témoins, moins on est poussé à agir parce que la réaction individuelle est influencée par celle des autres », explique Olivia Mons, porte-parole de la fédération France Victimes, à franceinfo. Lorsqu’un groupe de personnes assiste à une scène de détresse, un phénomène de « dilution de la responsabilité » opère. Ainsi, « plus on est nombreux, moins on va réagir », affirme Martine Batt, professeure de psychologie à l’université de Lorraine. Est-ce que j’interprète bien ce qui est en train de se passer, ou bien peut-être que j’exagère ce que je vois ? Pourquoi réagirais-je, alors que les autres ne le font pas ? Est-ce que je suis légitime à intervenir ou est-ce que je vais être ridicule ? Toutes ces interrogations retardent le temps d’action, voire empêchent toute intervention des témoins. Lorsque quelqu’un est le seul spectateur des faits, « il peut y avoir une espèce de calcul qui va se faire », explique Peggy Chekroun, professeure de psychologie sociale à l’université de Paris Nanterre. Il opère alors, « assez automatiquement, rapidement et pas forcément de manière consciente », la balance « coût-bénéfice » de sa propre intervention. Ces facteurs peuvent être personnels (« Vais-je perdre du temps ? ») ou collectifs (« Que va-t-on penser de moi si je n’interviens pas ? »). « La réponse va sortir en fonction de ce calcul », conclut l’enseignante. Sans compter la peur que peut inspirer une situation surprenante et inhabituelle. « C’est une émotion très puissante qui peut être vraiment inhibitrice d’une aide », rappelle Olivia Mons. (…) Culpabilité, honte… Les témoins passifs vivent avec le poids de leur apathie. « On a parfois des personnes qui viennent nous voir en se sentant quasiment autant victimes que la victime directe », explique Olivia Mons. « Bien sûr que la société condamne la non-réaction, on dit toujours ‘Moi j’aurais fait mieux’, parce qu’on a le syndrome du sauveur… Mais il faut nuancer ! », surenchérit-elle. A cause de ces mécanismes de psychologie sociale et de la peur paralysante d’une telle situation, elle appelle à « relativiser le côté ‘je suis témoin et je me sauve parce que je suis lâche' ». Mais pour les victimes, cette apathie de la part des témoins est désastreuse. Elle peut être ressentie comme une double peine : « La peine d’avoir été agressé et la peine surtout de ne pas avoir de valeur aux yeux des autres et d’être rien », analyse Aurélia Bloch, lors de son passage dans l’émission « C à vous », en décembre 2015. L’article 223-6 du Code pénal prévoit une peine de cinq ans de prison et une amende de 75 000 euros pour non-assistance à personne en danger. Mais peu de témoins passifs sont poursuivis en justice : « C’est quelque chose sur lequel on n’a pas beaucoup de jurisprudence », explique Jean-Philippe Vauthier, professeur de droit à l’université de Guyane. Le procureur de Lille avait, dans un premier temps, envisagé des poursuites dans l’affaire de Cécile P., avant d’abandonner, faute d’informations suffisantes sur les témoins. La non-assistance à personne en danger existe « pour combattre l’égoïsme sans imposer l’héroïsme », rappelle Jean-Philippe Vauthier. « Il faut que l’intervention soit sans péril pour moi ou pour les autres, décrypte le spécialiste. Tout va dépendre du mode d’action choisi. On ne va pas forcer quelqu’un à intervenir directement, mais si la personne n’appelle pas les secours, ça pourra lui être reproché. » Comment lutter contre notre inclinaison à rester inactifs ? Qu’il s’agisse d’un accident de la route, un malaise dans la rue ou du harcèlement dans les transports, des attitudes peuvent permettre de contrer l’apathie des témoins. « Il y a différents degrés d’action. Tirer une sonnette d’alarme à quai, avoir une intervention active en cas de harcèlement… ça peut être aussi un simple sourire, se lever ou se rapprocher… ça peut aider, le fait de montrer par un moyen ou un autre une sorte d’empathie avec la victime », argue Olivia Mons La connaissance de « l’effet spectateur » pourrait en limiter les conséquences. « On peut éduquer très tôt contre ses effets, expliquer comment appeler à l’aide et faire des enseignements sur les effets de groupe », prône Martine Batt. Aurélia Bloch en est persuadée, « si c’était à refaire, [elle] ne referai[t] pas du tout de la même façon » : « À l’époque, je ne savais pas du tout quoi faire. […] En fait, je pense que j’étais comme la plupart des personnes qui sont témoins. Je n’étais pas formée. » France info

C’est monkey see, monkey do, imbécile !

A l’heure où l’on reparle …

Avec cet accouchement spontané dans le RER parisien il y a deux semaines où quasiment personne n’est intervenu …

Du fameux effet spectateur

Comment ne pas repenser à ce fascinant documentaire de 2015 d’une journaliste de Franceinfo …

Mais aussi aux lumineuses analyses du regretté René Girard

Montrant l’importance, pour toutes nos actions et confirmé par la découverte des « neurones miroirs », de l’effet mimétique …

Et ce aussi bien pour le mal (les effets de lynchage) …

Que, mondialisation oblige, pour le bien (les effets de sauvetage) …

Ou même ses parodies (les emballements que l’on sait du politiquement correct) …

Et donc de l’importance, à l’instar du fameux épisode évangélique de la femme adultère, de la première pierre …

Ou plus précisément du refus de la première pierre qui peut entrainer tous les autres ?

Mais comment aussi ne pas repenser …

En ces temps d’invasion migratoire (pardon: « mixité sociale » !) imposée

Où entre déséquilibrés ou crieurs d’Allah akbaru la moindre rencontre peut se révéler fatale …

Aux célèbres analyses de Robert Putnam …

Et en particulier au facteur aggravant de la diversité

Qui loin des discours émerveillés et édifiants de nos élites protégées des conséquences de leurs propres décisions …

Peut nous pousser à ne plus faire confiance non seulement à ceux qui ne sont pas comme nous …

Mais aussi à ceux qui nous ressemblent ?

Ils assistent à une agression ou à un accident mais ne font rien : on vous explique le « bystander effect »
Une femme accouche dans une rame de RER et seulement deux personnes parmi les nombreuses présentes lui viennent en aide. Une autre se fait sexuellement agresser sur un quai de métro et aucun des dix témoins ne réagit… Etonnant ?
Lison Verriez
Franceinfo
03/07/2018

Il est environ 11 heures, ce lundi 18 juin. Les passagers du RER A arrivent en gare d’Auber, lorsque des gémissements commencent à se faire entendre à l’étage supérieur de la rame. Lamata Karamoko vient de perdre les eaux et s’apprête à accoucher dans le wagon. « Personne n’est allé voir pourquoi cette dame gémissait, ce qu’il se passait, témoigne Eliane, qui a assisté à la scène, dans Le ParisienEt puis tous les gens sont descendus sans apporter de l’aide. » Avec une autre passagère, elle tente d’épauler la jeune maman.

Et vous, qu’auriez-vous fait ? Accidents, malaises, agressions… Ces dernières années, la presse s’est fait l’écho à de nombreuses reprises de la passivité des témoins de certains faits-divers. Ce phénomène a un nom : le « bystander effect ».

« Plus on est nombreux, moins on va réagir »

Le concept émerge après le meurtre de Kitty Genovese en 1964. Cette New-Yorkaise de 28 ans est agressée, violée et poignardée en pleine rue dans un quartier tranquille du Queens, vers 3 heures du matin, alors qu’elle rentrait du travail. Le lendemain, la presse (en anglais) dénonce le silence des 38 témoins qui auraient assisté, depuis leur domicile, à la lente agonie de la jeune femme. Si le nombre de témoins a par la suite été contesté, des scientifiques se sont emparés de ce cas pour interroger la réaction – ou l’absence de réaction – des témoins.

Bibb Latané et John Darley, deux chercheurs américains en psychologie sociale, ont mis en lumière l’existence de ce « bystander effect », ou « effet spectateur ». En laboratoire, un participant est installé dans un box, avec un système d’interphone. Un complice, présent dans la discussion, simule alors une crise d’épilepsie. Les chercheurs constatent que si le participant pense être le seul interlocuteur de la victime, il aura davantage tendance à intervenir. Par contre, s’il est dans une discussion de groupe et que les autres ne réagissent pas, c’est le contraire.

« L’effet spectateur, c’est le fait que plus il y a de témoins, moins on est poussé à agir parce que la réaction individuelle est influencée par celle des autres », explique Olivia Mons, porte-parole de la fédération France Victimes, à franceinfo. Lorsqu’un groupe de personnes assiste à une scène de détresse, un phénomène de « dilution de la responsabilité » opère. Ainsi, « plus on est nombreux, moins on va réagir », affirme Martine Batt, professeure de psychologie à l’université de Lorraine. Est-ce que j’interprète bien ce qui est en train de se passer, ou bien peut-être que j’exagère ce que je vois ? Pourquoi réagirais-je, alors que les autres ne le font pas ? Est-ce que je suis légitime à intervenir ou est-ce que je vais être ridicule ? Toutes ces interrogations retardent le temps d’action, voire empêchent toute intervention des témoins.

Lorsque quelqu’un est le seul spectateur des faits, « il peut y avoir une espèce de calcul qui va se faire », explique Peggy Chekroun, professeure de psychologie sociale à l’université de Paris Nanterre. Il opère alors, « assez automatiquement, rapidement et pas forcément de manière consciente », la balance « coût-bénéfice » de sa propre intervention. Ces facteurs peuvent être personnels (« Vais-je perdre du temps ? ») ou collectifs (« Que va-t-on penser de moi si je n’interviens pas ? »). « La réponse va sortir en fonction de ce calcul », conclut l’enseignante. 

Sans compter la peur que peut inspirer une situation surprenante et inhabituelle. « C’est une émotion très puissante qui peut être vraiment inhibitrice d’une aide », rappelle Olivia Mons.

« J’ai été témoin d’un viol et je n’ai pas bougé »

« Je suis coupable de non-assistance à personne en danger », reconnaît Aurélia Bloch, dans son documentaire du même nom, diffusé le 8 décembre 2015 sur France 5. Un dimanche d’avril 2004, elle s’installe dans son train apparemment vide, en direction de Paris. Les voix d’une femme et de plusieurs hommes s’élèvent dans la rame. Elle ne les voit pas, mais entend des bruits de coups, la femme dire non et les hommes, ricaner. L’alarme du train est loin. « Elle ne demande pas d’aide », « elle est sûrement consentante », « j’ai peur de passer pour une folle »« Je me posais plein de questions », raconte la journaliste à franceinfo. Elle se terre dans son fauteuil, le reste du trajet, « trente minutes figées, comme anesthésiée », commente-t-elle dans son film.

On est dans la culpabilité sans en parler. […] C’était quelque chose de très enfoui, ça ne faisait pas l’objet d’une culpabilité quotidienne.Aurélia Bloch, journalisteà franceinfo

Jusqu’à l’affaire de Cécile P., en 2014. Sur un quai de métro lillois, cette jeune femme est sexuellement agressée par un homme aux alentours de 22h30. Autour d’elle, une dizaine de témoins, mais aucune réaction. L’affaire, très médiatisée, réveille les souvenirs d’Aurélia Bloch.

C’est une sorte d’exutoire. […] C’était une façon, en comprenant pourquoi les témoins étaient passifs, de comprendre pourquoi je l’avais été.Aurélia Bloch, journalisteà franceinfo

Culpabilité, honte… Les témoins passifs vivent avec le poids de leur apathie. « On a parfois des personnes qui viennent nous voir en se sentant quasiment autant victimes que la victime directe », explique Olivia Mons. « Bien sûr que la société condamne la non-réaction, on dit toujours ‘Moi j’aurais fait mieux’, parce qu’on a le syndrome du sauveur… Mais il faut nuancer ! », surenchérit-elle. A cause de ces mécanismes de psychologie sociale et de la peur paralysante d’une telle situation, elle appelle à « relativiser le côté ‘je suis témoin et je me sauve parce que je suis lâche' ».

Mais pour les victimes, cette apathie de la part des témoins est désastreuse. Elle peut être ressentie comme une double peine : « La peine d’avoir été agressé et la peine surtout de ne pas avoir de valeur aux yeux des autres et d’être rien », analyse Aurélia Bloch, lors de son passage dans l’émission « C à vous », en décembre 2015.

L’article 223-6 du Code pénal prévoit une peine de cinq ans de prison et une amende de 75 000 euros pour non-assistance à personne en danger. Mais peu de témoins passifs sont poursuivis en justice : « C’est quelque chose sur lequel on n’a pas beaucoup de jurisprudence », explique Jean-Philippe Vauthier, professeur de droit à l’université de Guyane. Le procureur de Lille avait, dans un premier temps, envisagé des poursuites dans l’affaire de Cécile P., avant d’abandonner, faute d’informations suffisantes sur les témoins.

La non-assistance à personne en danger existe « pour combattre l’égoïsme sans imposer l’héroïsme », rappelle Jean-Philippe Vauthier. « Il faut que l’intervention soit sans péril pour moi ou pour les autres, décrypte le spécialiste. Tout va dépendre du mode d’action choisi. On ne va pas forcer quelqu’un à intervenir directement, mais si la personne n’appelle pas les secours, ça pourra lui être repproché. »

« Il y a différents degrés d’action »

Comment lutter contre notre inclinaison à rester inactifs ? Qu’il s’agisse d’un accident de la route, un malaise dans la rue ou du harcèlement dans les transports, des attitudes peuvent permettre de contrer l’apathie des témoins. « Il y a différents degrés d’action. Tirer une sonnette d’alarme à quai, avoir une intervention active en cas de harcèlement… ça peut être aussi un simple sourire, se lever ou se rapprocher… ça peut aider, le fait de montrer par un moyen ou un autre une sorte d’empathie avec la victime », argue Olivia Mons.

Il suffit d’une toute petite étincelle et c’est tout le groupe qui s’élève contre l’agresseur. […] Le but ce n’est pas de faire de chacun d’entre nous un super-héros, mais juste de savoir que l’union fait la force.Aurélia Bloch, journalisteà franceinfo

La connaissance de « l’effet spectateur » pourrait en limiter les conséquences. « On peut éduquer très tôt contre ses effets, expliquer comment appeler à l’aide et faire des enseignements sur les effets de groupe », prône Martine Batt. Aurélia Bloch en est persuadée, « si c’était à refaire, [elle] ne referai[t] pas du tout de la même façon » : « À l’époque, je ne savais pas du tout quoi faire. […] En fait, je pense que j’étais comme la plupart des personnes qui sont témoins. Je n’étais pas formée. »

Voir aussi:

Bébé né dans le RER : «J’ai eu très peur mais j’étais contente de l’entendre pleurer»
Elia Dahan et Nicolas Maviel

Le Parisien

19 juin 2018

Nous avons rencontré la femme qui a mis au monde, ce lundi, un bébé dans le RER A avec l’aide de deux femmes présentes. Maman et bébé vont bien.
Allongée sur son lit d’hôpital Lamata, 28 ans, se remet doucement de son accouchement, ce mardi soir. A ses côtés, Mohamed, en layette bleu, dort à poings fermés. Le bébé, prénommé Mohamed, du RER est serein, il mesure 51 cm et pèse 3,4 kilos. L’enfant et sa mère sont arrivés à l’hôpital de Clamart (Hauts-de-Seine) lundi 18 juin vers 18 heures. Quelques heures plus tôt, Lamata donnait naissance à son troisième enfant à la station Auber du RER. « J’étais avec mes deux enfants et je me rendais à l’hôpital, raconte la mère de famille. J’avais rendez-vous ce jeudi, mais je sentais des contractions donc j’ai voulu y aller plus tôt. » Mais dans le RER, les contractions s’accentuent. Lamata, avec ses deux aînés, âgés de 7 et 2 ans se trouve alors à l’étage du wagon. « Il n’y avait personne à ce moment-là, se souvient la jeune maman. Puis mes enfants se sont mis à pleurer, et des gens sont venus. Je ne pensais pas du tout que j’étais en train d’accoucher. » Il est 11h10 et Mohamed pousse son premier cri dans le train. « J’ai eu très peur, mais j’étais contente de l’entendre pleurer », confie la jeune femme. Encore alitée, elle peut compter sur le soutient de sa famille, et de sa cousine, Makoulanga, qui s’est rendu à son chevet ce mardi soir après le travail. « Je m’occupe de ses enfants qui vivent chez moi à Antony pour l’instant », confie cette-dernière en caressant la tête du nouveau-né. Latima a encore à réaliser le caractère exceptionnel de son accouchement. Pour l’instant elle récupère et prend doucement son petit dernier dans ses bras quand il se met à crier pour lui donner le biberon.

Eliane, cadre commerciale, est encore toute bouleversée et émue par son lundi dans le RER A mais aussi… révoltée. Cette maman de quatre grands enfants, entre 20 et 25 ans, a aidé Lamata à accoucher avec une autre passagère, Aurélie.

« J’étais à l’étage inférieur quand j’ai entendu des premiers gémissements, assez faibles. J’ai pensé à des enfants qui avaient fait une bêtise. Les gémissements ont recommencé encore une fois, puis une autre alors je suis montée voir à l’étage ce qu’il se passait », explique cette habitante du Val-de-Marne qui revenait d’un cours d’anglais sur les Champs-Elysées (VIIIe). Et d’enchaîner : « Avec une autre dame, Aurélie, nous nous sommes retrouvées seules. Tous les gens qui étaient là sont descendus à Auber. On a vu la maman vaciller. Nous l’avons allongée et j’ai juste eu le temps de prendre le bébé qui arrivait dans mes bras. »

« Les minutes m’ont paru interminables »
Les deux femmes demandent alors à un monsieur qui passait par là, de tirer la sonnette d’alarme et d’appeler les secours. La maman et ses deux « sages-femmes » se retrouvent à nouveau seules dans leur wagon. « Les minutes m’ont paru interminables avant que les secours n’arrivent. Moi, je ne pensais qu’à mettre le bébé de côté pour qu’il puisse respirer et à couper le cordon ombilical. Aurélie faisait en sorte que la maman reste consciente et que le bébé n’ait pas froid », détaille Eliane.

Si, depuis lundi soir, les enfants d’Eliane sont encore plus fiers de leur maman, cette dernière est très remontée, comme sa comparse. « Ce qui est grave, c’est l’indifférence. Personne n’est allé voir pourquoi cette dame gémissait, ce qu’il se passait. Et puis, tous les gens sont descendus sans apporter de l’aide. Ça aurait pu mal finir ou être encore plus grave », conclut Eliane qui sourit toujours lorsqu’elle repense à ce petit garçon qu’elle a accueilli.


Polémique Médine au Bataclan: Vous avez dit syndrome de Stockholm ? (Taqiyya master: How would you like the very jihadi scum that mowed down your family to sing their scum in the very place the killing was done ?)

30 juin, 2018

911mosquecartoon
Le mensonge est mal, excepté pour trois choses: le mensonge d’un homme à son épouse pour la satisfaire; un mensonge à un ennemi, parce que la guerre est dissimulation; ou un mensonge pour règler un différend entre des personnes. Mahomet
Le Jour du Jugement ne viendra pas jusqu’à ce que les Musulmans combattent les Juifs, les Juifs se cacheront derrière les pierres et les arbres, et les pierres et les arbres diront : Oh musulman, oh serviteur d’Allah, il y a un Juif qui se cache derrière moi, viens le tuer. Mahomet
De plus il ne faudrait pas oublier que la « taqiyya », la dissimulation de protection, est partie intégrante de l’islam chiite et rendue obligatoire (« Quiconque n’observe pas la taqiyyah n’a pas de foi: « man lâ taqiyyata lahu lâ dîna lahu »). Or, la taqiyyah est curieusement adoptée aussi par les musulmans sunnites, ce qui leur permet de nous «servir» un discours «light» pour mieux nous tromper sur la réalité de leur religion. Ils ne mentent pas vraiment, ils dissimulent pour faire avancer l’islam! L’avantage non négligeable c’est que des non musulmans pourront ainsi être attirés par cette religion abrahamique, présentée comme si proche du christianisme et du judaïsme et par le biais de ces conversions, l’islam progressera en Europe. Anne-Marie Delcambre
Les voleurs nous protègent contre la police. Otages du Crédit Suédois de Stockholm (le 23 août 1973)
Le syndrome de Stockholm désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à développer une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers. L’expression « syndrome de Stockholm » a été inventée par le psychiatre Nils Bejerot en 1973. Ce comportement paradoxal des victimes de prise d’otage fut décrit pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg, en relation avec un fait-divers qui eut lieu en cette même ville. Wikipedia
Le monde moderne est plein d’idées chrétiennes devenues folles. G. K. Chesterton
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. Victor Klemperer
La République islamique sera fondée sur la liberté d’expression et luttera contre toute forme de censure. Khomeini (Entretien avec Reuters, le 26 octobre 1978.)
Tout ce que vous avez entendu concernant la condition féminine dans la République islamique n’est qu’une propagande hostile. (Dans le futur gouvernement), les femmes seront complètement libres, dans leur éducation et dans tout ce qu’elles feront, tout comme les hommes. Khomeini (Entretien accordé à un groupe de reporters allemands à Paris, le 12 novembre 1978)
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
L’islamisme tire son langage, ses objectifs et ses aspirations au moins autant des formes les plus grossières du marxisme que de la religion. Ses leaders sont aussi influencés par Lénine, Sartre, Staline et Fanon que par le prophète. Azar Nafisi
En 1978, Foucault trouva de telles forces transgressives dans le personnage révolutionnaire de l’ayatollah Khomeiny et des millions de gens qui risquaient la mort en le suivant dans sa Révolution. Il savait que des expériences aussi «limites» pouvaient conduire à de nouvelles formes de créativité et il lui donna son soutien avec ardeur. Janet Afary et Kevin B. Anderson
En tant que citoyen, en tant que président, je crois que les musulmans ont autant le droit de pratiquer leur religion que quiconque dans ce pays. Cela inclut le droit de construire un lieu de culte et un centre socio-culturel sur un terrain privé dans le lower Manhattan, en respect des lois et décrets locaux. Nous sommes en Amérique. Notre engagement en faveur de la liberté de religion doit être inébranlable. Barack Hussein Obama
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
En 1453, immédiatement après la prise de Constantinople, la basilique fut convertie en mosquée, conservant le même nom, Ayasofya, comme symbole de la conquête. À cette époque, le bâtiment était très délabré : plusieurs de ses portes ne tenaient plus. (…) Le sultan Mehmed II ordonna le nettoyage immédiat de l’église et sa conversion en une mosquée. Contrairement aux autres mosaïques et peintures murales des églises de la ville, la mosaïque de Marie dans l’abside de Sainte-Sophie ne fut pas, pour des raisons obscures, recouverte de lait de chaux par ordre de Mehmed II[. Pendant cent ans, elle fut couverte d’un voile puis eut le même traitement que les autres. Wikipedia
La Grande Mosquée des Omeyyades de Damas, construite entre 705 et 715, est un édifice religieux musulman édifié par le calife Omeyyade Al Walid Ier. Cette grande mosquée (…) se situe à l’emplacement de l’ancienne église Saint Jean le Baptiste (IVe siècle), qui elle-même avait été construite sur un ancien téménos romain dédié à Jupiter. On peut donc dire qu’elle a été bâtie sur l’endroit considéré comme le plus saint de la ville par ses habitants. Wikipedia
En 2004, la Commission islamique d’Espagne, soutenue par le parti socialiste espagnol, réclame officiellement au Vatican le droit pour les musulmans de prier au sein de la mosquée-cathédrale. Le Saint-Siège oppose un refus catégorique. En 2006, l’archevêque de Cordoue ne change pas de position. Il assure que «l’utilisation partagée de la cathédrale par les catholiques et par les musulmans ne contribuerait en rien à la coexistence pacifique des différentes confessions religieuses». En octobre 2007, c’est la Ligue arabe qui revendique ce droit à la conférence de l’OSCE, avant que la Commission Islamique d’Espagne n’appelle en novembre 2008, l’UNESCO à se prononcer, toujours sans succès. Le Figaro (29.04.10)
Des responsables de l’Eglise grecque orthodoxe qui essaient de reconstruire la seule église détruite dans les attentats du 11/9 ont exprimé leur consternation cette semaine en apprenant par Fox News que des officiels du gouvernement avait enterré un projet de reconstruire l’église un peu plus loin. Fox News
Personne n’a rien contre les centres culturels japonais, mais en construire un à Pearl Harbor serait une offense. (…) Le lieu choisi a son importance. (…) Pas de passerelle pour les touristes au-dessus de Gettysburg, pas de couvent à Auschwitz – et pas de mosquée à Ground Zero. Charles Krauthammer
Je n’arrive pas à imaginer que les musulmans veuillent réellement une mosquée à cet endroit particulier, parce que ce deviendra une arène pour les promoteurs de la haine et un monument à ceux qui ont commis ce crime. D’ailleurs, il n’y a pas de fidèles musulmans dans le quartier qui aient besoin d’un lieu de culte parce que c’est une zone commerciale. (…) Ce que les Américains n’arrivent pas à comprendre, c’est que la bataille contre les terroristes du 11/9 n’est pas leur bataille. C’est une bataille de musulmans – une bataille dont les flammes continuent à faire rage dans plus de 20 pays musulmans… Je ne pense pas que la majorité des musulmans veuillent bâtir un monument ou un lieu de culte qui demain peut devenir source de fierté pour les terroristes et leurs disciples musulmans, ni qu’ils veulent une mosquée qui deviendra un lieu de pèlerinage pour ceux qui haïssent l’islam… Ceci a déjà commencé à se produire: ils prétendent qu’une mosquée va être construite au-dessus des cadavres des 3 000 Américains qui furent enterrés vivants par des personnes criant Allah akbar’  – le même appel qu’on entendra dans la mosquée… Abd Al-Rahman Al-Rashed (PDG d’Al-Arabiya)
Au , la barbarie islamiste a coûté la vie à 90 de nos compatriotes. Moins de trois ans plus tard, s’y produira un individu ayant chanté « crucifions les laïcards » et se présentant comme une « islamo-caillera ». Sacrilège pour les victimes, déshonneur pour la France. Laurent Wauquiez
Les Blancs sont des démons, des cochons d’aucune moralité Lui était suffisamment black pour être décapité Ces incestueux nous ont barricadé Puis ils nous crèvent dans un tieks qu’ils ont fabriqué C’était un bon c’cousin, un fan de Black Panther Les Blancs des consanguins, lui lutte pour ses frères (Yeah) Ces porcs blancs vont loin Passe moi une arme de poing J’vais faire un pédophile de moins Impossible c’était un bon, un militant Quelques blancs préméditèrent comme le KK Klan Boitillant, une démarche arrogante Une manière de défier les autorités écrasantes Insolent, langage brute et brutal C’est le fantasme des pécheresses toubab Il incarnait l’image de tout ce que déteste la rue Un noir intelligent c’est un noir qu’on tue Voilà pourquoi des blancs l’auraient refroidi Lâchement, subitement, ces victimes, souvent.J’ai volontairement joué avec des représentations et des iconographies dans le but de tendre un piège à ceux qui s’arrêtent à une origine ou à une confession. Médine
« Dieu est mort selon Nietzsche “Nietzsche est mort” signé Dieu On parlera laïcité entre l’Aïd et la Saint-Matthieu Nous sommes les gens du Livre Face aux évangélistes d’Eve Angeli Un genre de diable pour les anges de la TV Reality Je porte la barbe j’suis de mauvais poil Porte le voile t’es dans de beaux draps Crucifions les laïcards comme à Golgotha. Médine
Je me revendique de cet esprit outrancier, satirique au nom de la liberté d’expression pour pouvoir blasphémer une valeur lorsqu’elle est dévoyée. C’est ce que j’ai fait avec le morceau Don’t Laïk. Médine
Crucifions les laïcards comme à Golgotha, c’est clairement un oxymore, dans ce qui est proposé comme image. On ne crucifiait pas les laïcards à Golgotha. Et d’ailleurs, il ne s’agit pas de crucifier à proprement dit les laïcards. (…) Parce qu’à la fin, je rappelle que la laïcité est possédée par un certain nombre de gargouilles de la République. Médine
Mon clip “Don’t Laïk” est un droit au blasphème de la laïcité dévoyée, donc je ne vais pas m’insurger face à un dessin quand moi-même, artistiquement, j’utilise les mêmes outils pour pouvoir dénoncer d’autres situations. Médine Zaouiche
Marianne, dix ans plus tard, dans un article intitulé “le marketing du Jihad”, a compris complètement à l’inverse le message de cet album. Alors qu’en réalité, (…) le but c’était redéfinir ce qu’était le djihad à destination de ceux qui pourraient mal le comprendre. Médine
Allons-nous laisser l’extrême droite dicter la programmation de nos salles de concerts, voire plus généralement limiter notre liberté d’expression ? Médine
Une salle qui brûle, c’est une époque qui meurt Quand l’Elysée-Montmartre est partie en feu J’crois que j’ai vécu mon World Trade Center La Mecque des rappeurs, 72, boulevard Rochechouart En moins d’un quart d’heure, tous les MCs ont dû voir rouge (…) Pourquoi appelle-t-on ça la fosse si je n’y ai vu que des vrais? (…)Tout ce que je voulais faire, c’était l’Bataclan. Médine
Tu te trouves aujourd’hui au cœur d’une polémique, causée par deux concerts que tu as prévu de donner en octobre au Bataclan. On te reproche les paroles de tes albums passés. Pour ma part je ne les commenterai pas. Que tu rêves de « crucifier les laïcards » ou de « jeter des fatwas sur la tête des cons » est ton droit. Que tu considères les « élites » comme des « propagandistes ultra laïcs » est une opinion qui t’appartient. Que tu refuses de te « laisser laïciser » est un privilège que tu mérites ; vivant précisément dans un pays laïque. Je n’appartiens pas à la « fachosphère », je ne suis pas d’extrême droite – et tu l’auras compris, je ne t’appellerai pas, comme on peut le lire sur Internet, le « salaf en Stan Smith ». Je ne suis pas non plus un partisan de la censure. Je souhaite que puisses écrire les paroles de ton choix sans te soucier d’une quelconque morale, contraire à l’idée de création. Je ne demande qu’à te croire, seulement j’ai écouté ta chanson, et je bute toujours sur une énigme. Non, si je t’écris aujourd’hui, c’est d’écrivain à écrivain, ou peut-être d’homme à homme, pour t’interroger sur une chanson. Pas Don’t laïk, certes amplement critiquée, mais celle que tu utilises comme excuse pour te dédouaner de toute complaisance envers le terrorisme islamiste : Bataclan – issue de Storyteller, ton dernier album en date. Que les choses soient claires : tu affirmais hier condamner « les abjects attentats du 13 novembre 2015 et toutes les attaques terroristes. » Je ne demande qu’à te croire, seulement j’ai écouté ta chanson, et je bute toujours sur une énigme, pour ne pas dire une sidération : comment peut-on, moins de trois ans après l’un des pires massacres perpétrés à Paris, écrire une chanson sur le Bataclan où il se produisit, sans en faire la moindre mention ? Tu me répondras que c’est un Bataclan rêvé que tu dépeins, détaché de l’actualité, qui remonte à ta jeunesse. Mais imaginerait-on tourner un remake de Coup de foudre à Notting Hill dans la jolie petite bourgade d’Auschwitz en 1948, qui fasse abstraction du camp nazi ? Raconter dans un poème une balade en amoureux dans Paris, le 17 octobre 1961, date de la répression sanglante par la police française contre les manifestants du FLN ? Concevoir une pièce de théâtre sur la beauté des locaux de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, où Mohammed Merah tua à bout portant quatre enfants juifs en 2012 ? Outré à raison, on appellerait cela du négationnisme. Car qui peut ignorer que certains lieux, que certaines dates – au-delà du symbole puisqu’on parle de sang –, sont porteurs d’une mémoire ? Tu ne l’ignores pas toi-même, puisque tu fais référence, dans cette même chanson, aux attentats du « World Trade Center », qui entraînèrent la mort de 2.977 personnes – pour les comparer toutefois à l’incendie accidentel de l’Élysée-Montmartre, qui ne fit aucune victime. Mais tu vas plus loin. Toujours dans Bataclan, tu t’interroges : « Pourquoi appelle-t-on ça la fosse ? Si je n’y ai vu que des vrais. Pourquoi appelle-t-on ça la fosse ? » Là non plus, deux ans après les assassinats de masse dont je parle, ne t’a-t-il pas paru opportun de t’interroger sur la portée de ces punchlines ? Car moi, ce que la fosse m’évoque, c’est la fosse commune réservée aux corps transpercés, égorgés, de 90 jeunes gens venus faire la fête, et voyant, en gisant dans leur sang, périr leurs amis au fil des balles. C’est sans doute le sens caché de ton image : «J’aime que les balcons grondent comme des rototos ? » (…) Depuis Charlie Hebdo, depuis le 13 novembre 2015, notre génération vit dans une autre France. On peut certes prendre ses distances avec le réel, mais comment le Bataclan a-t-il pu, déjà, devenir un lieu neutre à tes yeux ? Grâce à quel splendide aveuglement parviens-tu à écrire une chanson sur cette salle de concert-cimetière sans songer une seconde aux cadavres qu’elle charrie ? (…) Si tu es de bonne foi, ne serait-il pas temps de réfléchir à cette abstraction que tu fais des victimes dans un lieu si symbolique ? Est-ce l’islamisme ravageur que tu as peur de condamner ? En ce qui me concerne, je ne juge pas la validité d’une idée en fonction de Marine Le Pen, mais de mon propre idéal républicain. Et moi aussi, je doute, comme dans la si touchante chanson d’Anne Sylvestre, Les gens qui doutent. Chanson que Baptiste, le petit-fils de la chanteuse, ne peut plus fredonner : il fut assassiné le 13 novembre 2015 par trois garçons qui, s’il avait existé, auraient pu apprendre par cœur ton refrain tout-terrain : « Tout ce que je voulais faire, c’était le Bataclan. » Arthur Dreyfus
Jihad, le plus grand combat est contre soi-même est un projet paru en 2005 dans le contexte de l’après-guerre d’Irak. Le nom complet de l’album fait référence à la notion de « grand jihad » qui implique un effort de lutte intérieure pour chaque individu. 20 minutes
The song, which talks of « crucifying the secularists like at Golgotha, » happened to come out just a week before terrorists killed 12 people at the satirical weekly magazine Charlie Hebdo in 2015. NPR

A quand une mosquée au Bataclan ?

A l’heure où à la veille d’un concert annoncé …

D’un rappeur dénommé Médine et maitre ès taqiyya chantant le djihad (intérieur, s’il vous plait !) …

Dans la salle même où il y a à peine trois ans ledit djihad a fait plus d’une centaine de morts et de blessés …

Nos belles âmes se joignent à l’islamo-racaille auto-déclarée …

Pour accuser qui vous savez de vouloir « dicter la programmation de nos salles de concerts, voire plus généralement limiter notre liberté d’expression » …

Pendant qu’à Toulouse un imam se voit mis au pilori pour avoir cité, dans sa propre mosquée, une simple parole du Prophète

Comment ne pas repenser …

Ultime avatar du fameux syndrome de Stockholm

A ces autres belles âmes le président Obama en tête …

Qui neuf ans à peine après les attentats djihadistes du 11 septembre …

Défendaient le droit de construire une mosquée à Ground zero même ?

Non, le rappeur Médine n’a pas utilisé une affiche « Jihad » pour son concert au Bataclan

FAKE OFF Il s’agit du visuel d’un album sorti en 2005…

Samba Doucouré
20 minutes
11/06/18

Plusieurs responsables politiques ont relayé une affiche du concert du rappeur Médine au Bataclan mettant en avant un visuel de sabre et le mot «Jihad»

Il s’agit d’un montage composé avec le visuel d’un album daté de 2005

Le rappeur Médine est au cœur d’une polémique depuis vendredi 9 juin et le lancement d’une campagne pour l’annulation de ses concerts au Bataclan prévu les 19 et 20 octobre prochain dans ce lieu où un attentat le 13 novembre 2015 a fait 90 morts et des centaines de blessés.

Plusieurs personnalités politiques telles que Marine Le Pen (Rassemblement national), Laurent Wauquiez (LR) se sont fait l’écho de cette campagne.

Un visuel affichant le rappeur du Havre portant un pull « Jihad » où un sabre jaune est apparent, circule sur Twitter et est présenté comme l’affiche du concert. Ce visuel a été relayé par plusieurs comptes dont celui de Marine Le Pen.

« Aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du #Bataclan. La complaisance ou pire, l’incitation au fondamentalisme islamiste, ça suffit ! MLP #PasDeMédineAuBataclan », affirme notamment Marine Le Pen.

FAKE OFF

La campagne « Pas de Médine au Bataclan » a été lancée par l’activiste identitaire Damien Rieu, membre du site Fdesouche. Il a tweeté cette image qui est en fait un montage, associant un visuel promotionnel d’un album de Médine datant de plusieurs années, et le visuel des prochains concerts de l’artiste au Bataclan. Jihad, le plus grand combat est contre soi-même est un projet paru en 2005 dans le contexte de l’après-guerre d’Irak. Le nom complet de l’album fait référence à la notion de « grand jihad » qui implique un effort de lutte intérieure pour chaque individu.

Le rappeur s’est déjà exprimé sur l’usage de ce terme. « J’ai volontairement joué avec des représentations et des iconographies dans le but de tendre un piège à ceux qui s’arrêtent à une origine ou à une confession » s’expliquait le Havrais lors d’une interview accordé à Clique en février 2017. Il ajoute que son message s’adressait alors « à ceux qui seraient tentés d’aller combattre et à ceux qui ont une connaissance complètement galvaudée de ce terme ». « Aujourd’hui, sortir un album avec ce titre-là serait impossible », confessait-il alors à Mouloud Achour.

Voir aussi:

Le rappeur Médine au Bataclan : la polémique en quatre questions

La venue du rappeur dans la célèbre salle parisienne en octobre déplaît à de nombreux élus de droite et d’extrême droite, qui réclament l’annulation des concerts.

 Gary Dagorn

Le Monde

Depuis samedi 9 juin, de nombreux élus de droite et d’extrême droite ont fait part de leur vif mécontentement concernant la programmation dans la célèbre salle parisienne du Bataclan du rappeur Médine, un auteur-interprète populaire, mais dont les textes engagés ont été critiqués par le passé.

  • Comment est née la polémique ?

Tout part du tweet d’un internaute daté du 7 juin, relayant un extrait des paroles d’une chanson du rappeur Médine, qui doit donner deux concerts les 19 et 20 octobre au Bataclan. La chanson en question, Don’t Laïk, sortie le 1er janvier 2015, six jours avant l’attentat contre Charlie Hebdo, et dans laquelle Médine dénonce l’instrumentalisation de la laïcité, comporte les paroles suivantes :

« Dieu est mort selon Nietzsche
“Nietzsche est mort” signé Dieu
On parlera laïcité entre l’Aïd et la Saint-Matthieu
Nous sommes les gens du Livre
Face aux évangélistes d’Eve Angeli
Un genre de diable pour les anges de la TV Reality
Je porte la barbe j’suis de mauvais poil
Porte le voile t’es dans de beaux draps
Crucifions les laïcards comme à Golgotha. »

Cette dernière phrase, qui fait référence au lieu où Jésus fut condamné à mort, selon les évangiles, est extraite et relayée les 7 et 8 juin dans quelques tweets critiquant la programmation de l’artiste au Bataclan, mais sans provoquer de réactions médiatiques, hormis un article de Russia Today le 8 juin au soir. Ce n’est que le lendemain que le sujet prend de l’ampleur, relayé dès le début d’après-midi par des élus et des cadres du Rassemblement national (dont Marine Le Pen). Ce sont ensuite des élus Les Républicains qui reprendront l’information (Isabelle Balkany, Valérie Boyer, Eric Ciotti, Laurent Wauquiez), suivis par des élus La République en marche (Aurore Bergé, Blandine Brocard).

Sur la base de cet extrait (« Crucifions les laïcards comme à Golgotha ») et d’une affiche datant de 2005 de son album Jihad, le plus grand combat est contre soi-même, ces élus de droite et d’extrême droite réclament avec vigueur l’annulation des deux concerts de l’artiste au Bataclan, estimant que ces représentations entachent la mémoire des quatre-vingt-dix personnes qui périrent dans la salle lors de l’attaque de trois djihadistes, le 13 novembre 2015. Ne répondant à aucun appel, le Bataclan a maintenu sa programmation.

Lundi 11 juin, l’avocate Samia Maktouf, qui défend une vingtaine de victimes, a écrit au préfet de police de Paris afin de demander l’interdiction des concerts de Médine.

Depuis, la page Facebook du Bataclan a été inondée de messages violents, et plusieurs survivants du 13 novembre 2015 ont été harcelés en ligne pour avoir défendu la liberté de programmation de la salle de concert, selon LCI. Sophie, une survivante blessée lors de l’attaque, témoigne des nombreux messages haineux qu’elle a reçus pour avoir critiqué la récupération politique par Laurent Wauquiez : « “Dommage que tu n’aies pas crevé”, “tu as le syndrome de Stockholm”, de la part des mêmes qui, il y a deux ans, nous appelaient des héros… »

  • Que dit la loi ?

La liberté de réunion est régie par la loi du 30 juin 1881, qui dispose que « les réunions publiques sont libres » et qu’« elles peuvent avoir lieu sans autorisation préalable ». Il incombe toutefois aux organisateurs d’« empêcher toute infraction aux lois, d’interdire tout discours contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs, ou contenant provocation à un acte qualifié crime ou délit ». En d’autres mots, les pouvoirs publics peuvent interdire un spectacle en invoquant un risque de « trouble à l’ordre public » ou dénoncer le contenu illégal dudit spectacle.

C’est ce premier motif que Me Maktouf a invoqué auprès du préfet de police de Paris. Mais selon Gilles Devers, avocat spécialiste des libertés fondamentales, qui s’exprimait dans le cadre des spectacles de Dieudonné M’Bala M’Bala, une telle interdiction ne pourrait avoir lieu « que si la police n’était pas capable d’assurer l’ordre public, ce qui ne saurait se justifier dans le cas d’une salle de spectacle fermée ». Le second motif invoqué par Me Maktouf, l’« atteinte à la mémoire des victimes », ne relève en revanche pas de la loi et ne peut être invoqué pour justifier une quelconque interdiction.

Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, a rappelé ces principes, disant que « la seule réponse à apporter c’est (…) la réponse du droit et non pas répondre sous le coup de l’émotion ». « Les salles sont libres de programmer qui elles veulent » et « la liberté de l’artiste est totale sauf s’il y a incitation à la haine raciale, s’il y a trouble à l’ordre public et ça, c’est au droit de le dire », a-t-il dit sur CNews, ajoutant que le rappeur « n’a pas été à ce stade condamné, qu[’il le] sache ».

  • Médine a-t-il répondu aux critiques ?

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, Médine a tenu à renouveler ses « condamnations passées à l’égard des abjects attentats du 13 novembre 2015 et de toutes les attaques terroristes ». L’interprète a également dénoncé le « détournement » du sens de ses chansons par « l’extrême droite et ses sympathisants » ainsi que leur instrumentalisation de « la douleur des victimes et de leur famille ». « Allons-nous laisser l’extrême droite dicter la programmation de nos salles de concerts, voire plus généralement limiter notre liberté d’expression ? », a-t-il conclu.

En janvier 2015, il s’était déjà expliqué sur son titre Don’t Laïk (un jeu de mots avec le I Don’t Like du rappeur américain Chief Keef) : « Je me revendique de cet esprit outrancier, satirique au nom de la liberté d’expression pour pouvoir blasphémer une valeur lorsqu’elle est dévoyée. C’est ce que j’ai fait avec le morceau Don’t Laïk. »

Un an plus tard, le rappeur a eu l’occasion d’expliquer plus longuement son utilisation de la satire et de la provocation dans ces débats de société sur le plateau d’Arrêt sur images. « Crucifions les laïcards comme à Golgotha, c’est clairement un oxymore, dans ce qui est proposé comme image. On ne crucifiait pas les laïcards à Golgotha. Et d’ailleurs, il ne s’agit pas de crucifier à proprement dit les laïcards. (…) Parce qu’à la fin, je rappelle que la laïcité est possédée par un certain nombre de gargouilles de la République. »

Médine Zaouiche, de son vrai nom, n’a pas caché qu’il reconnaissait « le droit au blasphème » :

« Mon clip “Don’t Laïk” est un droit au blasphème de la laïcité dévoyée, donc je ne vais pas m’insurger face à un dessin quand moi-même, artistiquement, j’utilise les mêmes outils pour pouvoir dénoncer d’autres situations. »

Le rappeur est revenu à cette occasion sur les contresens frontaux sur son album Jihad. « Marianne, dix ans plus tard, dans un article intitulé “le marketing du Jihad”, a compris complètement à l’inverse le message de cet album. Alors qu’en réalité, (…) le but c’était redéfinir ce qu’était le djihad à destination de ceux qui pourraient mal le comprendre. »

En mars 2017, le rappeur a, cela dit, « eu la sensation d’être allé trop loin ». « La provocation n’a d’utilité que quand elle suscite un débat, pas quand elle déclenche un rideau de fer. Avec Don’t Laïk, c’était inaudible, et le clip a accentué la polémique », a déclaré le chanteur.

  • Quelle est la position des victimes du Bataclan ?

Lire aussi :   Le rappeur Médine accuse l’extrême droite de « limiter notre liberté d’expression »

Life for Paris, une association qui représente sept cents victimes des attentats du 13 novembre 2015, a dit que la salle « a[vait] aussi été victime des attentats » et qu’elle était « complètement libre de sa programmation », ajoutant qu’elle ne « laissera[it] personne instrumentaliser la mémoire des victimes ».

13onze15, une autre association de victimes d’environ trois cent cinquante adhérents, a une position plus nuancée. Le président de l’association, Philippe Duperron, a dit que les adhérents étaient divisés. « Certains défendent la liberté d’expression, d’autres contestent vigoureusement le personnage de Médine », a-t-il déclaré aux Inrocks. « Il s’agit pour nous, au minimum, d’une maladresse », a-t-il ajouté. Emmanuel Domenach, ancien vice-président de l’association, a quant à lui dénoncé à titre personnel l’« hypocrisie la plus pure » et une « polémique stérile ». « Ces élus n’ont que faire des victimes 99 % de l’année et là on monte une affaire en épingle pour apparaître dans les médias. Qu’on laisse les victimes là où elles sont. Elles n’ont rien demandé », a-t-il ajouté.

Voir également:

« Cher Médine, comment le Bataclan a-t-il pu, déjà, devenir un lieu neutre à tes yeux ? »

Présenté quelquefois comme une figure de la « génération Bataclan », l’écrivain Arthur Dreyfus, 32 ans, donne ici son point de vue sur la polémique mettant en cause le rappeur Médine.

Cher Médine,

Je te dis « tu » parce que nous appartenons, peu ou prou, à la même génération, et que nous sommes collègues. J’ai toujours considéré les auteurs-compositeurs comme des écrivains, en particulier les rappeurs, qui inventent, il me semble, une part importante de la poésie contemporaine. En tant qu’amateur de Trenet, de Queneau, de Gainsbourg, de raï – et bien sûr de jazz –, j’ai souvent du rap aux oreilles, entre deux titres de Juliette Armanet, de Barbara, ou avant le Quintette avec clarinette de Mozart.

Tu te trouves aujourd’hui au cœur d’une polémique, causée par deux concerts que tu as prévu de donner en octobre au Bataclan. On te reproche les paroles de tes albums passés. Pour ma part je ne les commenterai pas. Que tu rêves de « crucifier les laïcards » ou de « jeter des fatwas sur la tête des cons » est ton droit. Que tu considères les « élites » comme des « propagandistes ultra laïcs » est une opinion qui t’appartient. Que tu refuses de te « laisser laïciser » est un privilège que tu mérites ; vivant précisément dans un pays laïque. Je n’appartiens pas à la « fachosphère », je ne suis pas d’extrême droite – et tu l’auras compris, je ne t’appellerai pas, comme on peut le lire sur Internet, le « salaf en Stan Smith ». Je ne suis pas non plus un partisan de la censure. Je souhaite que puisses écrire les paroles de ton choix sans te soucier d’une quelconque morale, contraire à l’idée de création.

Je ne demande qu’à te croire, seulement j’ai écouté ta chanson, et je bute toujours sur une énigme.

Non, si je t’écris aujourd’hui, c’est d’écrivain à écrivain, ou peut-être d’homme à homme, pour t’interroger sur une chanson. Pas Don’t laïk, certes amplement critiquée, mais celle que tu utilises comme excuse pour te dédouaner de toute complaisance envers le terrorisme islamiste : Bataclan – issue de Storyteller, ton dernier album en date. Que les choses soient claires : tu affirmais hier condamner « les abjects attentats du 13 novembre 2015 et toutes les attaques terroristes. » Je ne demande qu’à te croire, seulement j’ai écouté ta chanson, et je bute toujours sur une énigme, pour ne pas dire une sidération : comment peut-on, moins de trois ans après l’un des pires massacres perpétrés à Paris, écrire une chanson sur le Bataclan où il se produisit, sans en faire la moindre mention ?

Tu me répondras que c’est un Bataclan rêvé que tu dépeins, détaché de l’actualité, qui remonte à ta jeunesse. Mais imaginerait-on tourner un remake de Coup de foudre à Notting Hill dans la jolie petite bourgade d’Auschwitz en 1948, qui fasse abstraction du camp nazi ? Raconter dans un poème une balade en amoureux dans Paris, le 17 octobre 1961, date de la répression sanglante par la police française contre les manifestants du FLN ? Concevoir une pièce de théâtre sur la beauté des locaux de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, où Mohammed Merah tua à bout portant quatre enfants juifs en 2012 ? Outré à raison, on appellerait cela du négationnisme. Car qui peut ignorer que certains lieux, que certaines dates – au-delà du symbole puisqu’on parle de sang –, sont porteurs d’une mémoire ? Tu ne l’ignores pas toi-même, puisque tu fais référence, dans cette même chanson, aux attentats du « World Trade Center », qui entraînèrent la mort de 2.977 personnes – pour les comparer toutefois à l’incendie accidentel de l’Élysée-Montmartre, qui ne fit aucune victime.

Ce que la fosse m’évoque, c’est la fosse commune réservée aux corps transpercés, égorgés, de 90 jeunes gens venus faire la fête, et voyant, en gisant dans leur sang, périr leurs amis au fil des balles.

Mais tu vas plus loin. Toujours dans Bataclan, tu t’interroges : « Pourquoi appelle-t-on ça la fosse ? Si je n’y ai vu que des vrais. Pourquoi appelle-t-on ça la fosse ? » Là non plus, deux ans après les assassinats de masse dont je parle, ne t’a-t-il pas paru opportun de t’interroger sur la portée de ces punchlines ? Car moi, ce que la fosse m’évoque, c’est la fosse commune réservée aux corps transpercés, égorgés, de 90 jeunes gens venus faire la fête, et voyant, en gisant dans leur sang, périr leurs amis au fil des balles. C’est sans doute le sens caché de ton image : « J’aime que les balcons grondent comme des rototos ? »

Pour ma part, le soir du Bataclan, je suis resté enfermé dans un restaurant voisin jusqu’à trois heures du matin, rideau baissé, partagé entre la panique et l’angoisse. Pardon : je n’ai pas pu m’empêcher de panik – pour une certaine idée de la liberté qui se résume, tout simplement, au droit d’aller écouter de la musique sans se faire exterminer. Depuis Charlie Hebdo, depuis le 13 novembre 2015, notre génération vit dans une autre France. On peut certes prendre ses distances avec le réel, mais comment le Bataclan a-t-il pu, déjà, devenir un lieu neutre à tes yeux ? Grâce à quel splendide aveuglement parviens-tu à écrire une chanson sur cette salle de concert-cimetière sans songer une seconde aux cadavres qu’elle charrie ?

Chacun a sa définition de ce que peut signifier « être un artiste », mais si je ne devais retenir qu’un mot, ce serait : le doute. L’artiste est celui qui doute, qui s’interroge en permanence, qui consent à s’amender. Si tu es de bonne foi, ne serait-il pas temps de réfléchir à cette abstraction que tu fais des victimes dans un lieu si symbolique ? Est-ce l’islamisme ravageur que tu as peur de condamner ? En ce qui me concerne, je ne juge pas la validité d’une idée en fonction de Marine Le Pen, mais de mon propre idéal républicain. Et moi aussi, je doute, comme dans la si touchante chanson d’Anne Sylvestre, Les gens qui doutent. Chanson que Baptiste, le petit-fils de la chanteuse, ne peut plus fredonner : il fut assassiné le 13 novembre 2015 par trois garçons qui, s’il avait existé, auraient pu apprendre par cœur ton refrain tout-terrain : « Tout ce que je voulais faire, c’était le Bataclan. »

Dernier ouvrage paru : Je ne sais rien de la Corée. Gallimard. 272 pages. 19,50 euros

A Paris concert that’s still months away is generating controversy. Muslim rapper Médine is scheduled to play at the Bataclan, the concert hall where 89 people were killed by Islamist extremists in a terrorist attack two and a half years ago.

The concert is stoking outrage among France’s right wing. Laurent Wauquiez, the head of the mainstream right party Les Republicans, tweeted that holding this concert would be sacrilege for the victims of the 2015 attack and a dishonor for France. Far right leader Marine Le Pen gathered thousands of signatures on a petition to ban the concert.

« Is it normal that a militant, fundamentalist, Islamist goes to the Bataclan to express his hatred and defend ideas that I believe are inciting crimes? » she asked a reporter during an appearance on France’s BFM TV.

But Médine says he’s always fought against radicalization in his music. And in a statement released by his record company he asked, « When did we start letting the far right manage the country’s concert halls? »

The 35-year-old rapper grew up in the working-class port town of Le Havre, France, the son of Algerian immigrants. Médine has described himself as an « Islamo-hooligan. » His lyrics talk mostly about the French Muslim experience — living in the ghetto, facing discrimination. His tone toward French society is often hostile.

Médine’s critics are focusing on a song he wrote in 2015 called « Don’t Laïk. » It is a double play on words: on the French word laïcité, which means secularism, and on the English « don’t like. » A lot of French Muslims feel the country’s official policy of secularism is used as an excuse to target their faith.

YouTube

« Your beard, my brother, it’s don’t laïk / Your veil, my sister in this country, it’s don’t laïk, » Médine raps in the song.

The song, which talks of « crucifying the secularists like at Golgotha, » happened to come out just a week before terrorists killed 12 people at the satirical weekly magazine Charlie Hebdo in 2015.

Detractors are also criticizing one of Médine’s albums, entitled Jihad. In a recent TV interview, Médine said people are twisting his lyrics and taking them out of context.

« First of all, the album had a subtitle, which was, ‘The biggest battle is against oneself’ — because jihad signifies the internal struggle above all, » Médine said. « And secondly, this album came out in 2005 in a completely different context. It would be impossible to title an album Jihad today. »

Médine has also worked to diffuse the French culture war over Islam. He co-wrote a book with a historian about racism in France. And his record label sells a line of T-shirts with the slogan, « I’m Muslim, Don’t Panik. »

Karim Amellal is working on a presidential commission to fight anti-Semitism and Islamophobia in France. He says this controversy has gotten so big because every Muslim identifies with the accusations against Médine.

« Muslims have the feeling they are not recognized for their accomplishments and they are always [associated] with terrorists and jihadists, » Amellal says.

Some of the survivors of the Bataclan terrorist attack have defended Médine. One tweeted that right-wing politicians should not exploit the victims of the attack for their bogus controversy.

« Marine Le Pen is even talking about ‘our deaths,’  » attack survivor Emmanuel Domenach wrote on Twitter. « It’s shameful. »

One victims’ association, Life for Paris, defended the Bataclan, saying it was against censorship, and the venue should be free to book who it wants. « We will not let anyone use the memory of the victims for political ends, as is the case here, » the association said in an official statement.

The theater itself has refused to get involved in the fray. But when reached on the phone, a Bataclan employee said that Médine has nothing to do with the terrorists.

Amellal says other rappers have much more offensive lyrics than Médine and that Médine never caused much controversy because he’s actually an intellectual rapper with very complicated lyrics. Amellal believes this debate has galvanized public opinion because it involves two groups that are victims.

« It’s like a showdown between two legitimate symbols, » he says. « The Bataclan, which is a very symbolic place because of the terrorist attack, and Médine and Islam. »

This spring, Médine released a new song, a sentimental ballad about the Bataclan. He raps, « All I ever wanted was to play the Bataclan. »

The lyrics don’t mention the attack. Writing in left-wing weekly magazine Marianne, novelist Arthur Dreyfus, who describes himself as being from the same generation as Médine, says the omission stuns him.

« That you dream of crucifying secularists, that’s your right and privilege living in this country. … I’m not in favor of censorship and I’m surely not a fascist, » Dreyfus writes. « But how can you, less than three years after one of the worst massacres ever perpetrated in Paris, write a song about the Bataclan, where it took place, without even mentioning it? »

Médine’s concert at the Bataclan is not until October. This debate is far from over.

Voir enfin:

Quand l’imam de la Grande Mosquée de Toulouse appelle au meurtre

Valeurs actuelles

28 juin 2018

Islamisation. Un prêche de décembre 2017 de l’imam Mohamed Tatai appelle les musulmans – en citant un hadith – à tuer des juifs. Il a été traduit et mis en ligne par l’Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI).

Le 26 juin, l’Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI) a mis en ligne la traduction d’un prêche de l’imam Mohamed Tatai tenu le 15 décembre 2017. Dans ce «discours» prononcé dans la mosquée Ennour à Toulouse, l’imam cite un «hadith» qui appelle tout simplement à tuer des juifs. Voilà le hadith en question cité par Mohamed Tatai :

«[Le Prophète Muhammad] nous a parlé de la bataille finale et décisive: ”Le Jour du Jugement ne viendra pas jusqu’à ce que les Musulmans combattent les Juifs, les Juifs se cacheront derrière les pierres et les arbres, et les pierres et les arbres diront : Oh musulman, oh serviteur d’Allah, il y a un Juif qui se cache derrière moi, viens le tuer.»

L’imam n’en est pas à son coup d’essai. Cela fait plus de trente ans –il est arrivé d’Algérie en 1987 – qu’il prêche uniquement en arabe. Un prêche du 4 février 2011 repéré et traduit par Islamineurope constitue une attaque directe contre notre régime politique : la démocratie est qualifiée de «religion bizarre» qui «sert à protéger les châteaux et à garder le dictateur». L’imam explique clairement attendre le retour du califat et défend la domination et la gouvernance des musulmans : «c’est la communauté à qui Allah a promis le retour du Califat, de la justice, de la victoire et de la gouvernance. C’est la communauté supérieure, Allah a dit : ‘Ne vous laissez pas battre, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais croyants.’» Rappelons que le retour du califat signifie la mise en place d’un Etat islamique dont le système juridique équivaut à la charia… Et tout ceci est prôné en France !

Dans ce même prêche, l’imam s’emploie aussi à une victimisation des musulmans. L’Occident est accusé de «falsifier la géographie et l’histoire» de la ville de Jérusalem. «Vous cherchez à emprisonner l’Islam, à l’enterrer, à le tuer», lance-t-il à destination de l’Occident. Loin, bien loin de l’Islam de la tolérance et de la paix…

Une drôle de coïncidence quand on sait que l’imam est le président du Cercle de dialogue civilisationnel, l’association porteuse du projet de construction de la Grande Mosquée de Toulouse. Cette dernière a été inaugurée samedi 23 juin dans le quartier d’Empalot. Le discours de l’imam Mohamed Tatai invoquait la paix et jugeait que la mosquée devait être un rempart contre l’extrémisme. Un double discours préoccupant…


Gaza: Quand la condamnation tourne à l’incitation (Behind the smoke and mirrors, guess who’s abetting Hamas’s carefully planned and orchestrated military operation to break through the border of a sovereign state and commit mass murder in the communities beyond using their own civilians as cover ?)

19 mai, 2018
Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume! Esaïe 5: 20
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. […] Mais il n’est pas question que le national-socialisme se mette un jour à singer la religion en établissant une forme de culte. Sa seule ambition doit être de construire scientifiquement une doctrine qui ne soit rien de plus qu’un hommage à la raison […] Il n’est donc pas opportun de nous lancer maintenant dans un combat avec les Églises. Le mieux est de laisser le christianisme mourir de mort naturelle. Une mort lente a quelque chose d’apaisant. Le dogme du christianisme s’effrite devant les progrès de la science. La religion devra faire de plus en plus de concessions. Les mythes se délabrent peu à peu. Il ne reste plus qu’à prouver que dans la nature il n’existe aucune frontière entre l’organique et l’inorganique. Quand la connaissance de l’univers se sera largement répandue, quand la plupart des hommes sauront que les étoiles ne sont pas des sources de lumière mais des mondes, peut-être des mondes habités comme le nôtre, alors la doctrine chrétienne sera convaincue d’absurdité […] Tout bien considéré, nous n’avons aucune raison de souhaiter que les Italiens et les Espagnols se libèrent de la drogue du christianisme. Soyons les seuls à être immunisés contre cette maladie. Adolf Hitler
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers. Bruno S. Frey et Dominic Rohner
Amidst the national mourning for the many innocent lives lost in these senseless shooting sprees, it is critical not to overreact and overrespond to the menacing acts of a few. It is, of course, of little comfort to those families and communities impacted in Santa Fe as well as Parkland, Florida, and Benton, Kentucky, but this is not routine. Schools are not under siege. Rather, this more likely reflects a short-term contagion effect in which angry dispirited youngsters are inspired by others whose violent outbursts serve as fodder for national attention. That should subside once we stop obsessing over the risk. History provides an important lesson about how crime contagions arise and eventually play themselves out. Over the five-year time span from 1997 through 2001, America witnessed seven multiple-fatality school rampages with a combined 32 killed and 85 others injured, more such incidents and casualties than during the past five years. (…) Many observers have expressed concern for the excessive attention given to mass shooters of today and the deadliest of yesteryear. CNN’s Anderson Cooper has campaigned against naming names of mass shooters, and 147 criminologists, sociologists, psychologists and other human-behavior experts recently signed on to an open letter urging the media not to identify mass shooters or display their photos. While I appreciate the concern for name and visual identification of mass shooters for fear of inspiring copycats as well as to avoid insult to the memory of those they slaughtered, names and faces are not the problem. It is the excessive detail — too much information — about the killers, their writings, and their backgrounds that unnecessarily humanizes them. We come to know more about them — their interests and their disappointments — than we do about our next door neighbors. Too often the line is crossed between news reporting and celebrity watch. At the same time, we focus far too much on records. We constantly are reminded that some shooting is the largest in a particular state over a given number of years, as if that really matters. Would the massacre be any less tragic if it didn’t exceed the death toll of some prior incident? Moreover, we are treated to published lists of the largest mass shootings in modern US history. For whatever purpose we maintain records, they are there to be broken and can challenge a bitter and suicidal assailant to outgun his violent role models. Although the spirited advocacy of students around the country regarding gun control is to be applauded, we need to keep some perspective about the risk. Slogans like, “I want to go to my graduation, not to my grave,” are powerful, yet hyperbolic. As often said, even one death is one too many, and we need to take the necessary steps to protect children, including expanded funding for school teachers and school psychologists. Still, despite the occasional tragedy, our schools are safe, safer than they have been for decades. James Alan Fox (Northeastern University)
Hélas les morts ne sont que d’un seul côté. Benoit Hamon
A Gaza et dans les territoires occupés, ils ont [les meurtres de violées] représenté deux tiers des homicides » (…) Les femmes palestiniennes violées par les soldats israéliens sont systématiquement tuées par leur propre famille. Ici, le viol devient un crime de guerre, car les soldats israéliens agissent en parfaite connaissance de cause. Sara Daniel (Le Nouvel Observateur, le 8 novembre 2001)
Dans le numéro 1931 du Nouvel Observateur, daté du 8 novembre 2001, Sara Daniel a publié un reportage sur le « crime d’honneur » en Jordanie. Dans son texte, elle révélait qu’à Gaza et dans les territoires occupés, les crimes dits d’honneur qui consistent pour des pères ou des frères à abattre les femmes jugées légères représentaient une part importante des homicides. Le texte publié, en raison d’un défaut de guillemets et de la suppression de deux phrases dans la transmission, laissait penser que son auteur faisait sienne l’accusation selon laquelle il arrivait à des soldats israéliens de commettre un viol en sachant, de plus, que les femmes violées allaient être tuées. Il n’en était évidemment rien et Sara Daniel, actuellement en reportage en Afghanistan, fait savoir qu’elle déplore très vivement cette erreur qui a gravement dénaturé sa pensée. Une mise au point de Sara Daniel (Le Nouvel Observateur, le 15 novembre 2001)
Pendant qu’une petite fille palestinienne mourait d’avoir inhalé des gaz lacrymogènes à Gaza, à Jérusalem, à moins d’une heure et demie de là par la route, on sablait le champagne, lundi, pour fêter le déménagement de l’ambassade américaine. Malgré les snipers israéliens, les Gazaouis auront donc continué à se presser devant la clôture de séparation de cette prison maudite et à ciel ouvert que représente l’enclave de Gaza, honte d’Israël et de la communauté internationale, pour achever la « Marche du grand retour », entamée le 30 mars et censée se conclure ce 15 mai. Une marche pour réclamer les terres perdues au moment de la création d’Israël, il y a soixante-dix ans, mais surtout la fin du blocus israélo-égyptien qui étouffe Gaza. Au cours de ce lundi noir, 59 personnes ont été tuées, et plus de 2.400 ont été blessées par balles. Encore une fois le conflit israélo-palestinien a joué la guerre des images, au cours de ce jour si symbolique. Les Israéliens fêtaient les 70 ans de la naissance de leur Etat, le miracle de son existence, l’incroyable longévité de ce confetti minuscule entouré de nations hostiles. Les Palestiniens commémoraient, eux, leur « catastrophe », leur Nakba, qui les a poussés sur les routes de l’exil, dans l’indifférence d’une communauté internationale lassée par un conflit interminable, happée par d’autres hécatombes plus pressantes. C’est avec cette Marche que les Gazaouis ont tenté de revenir sur la carte des préoccupations mondiales et de rappeler leur agonie à un monde qui les oublie. Pendant ce temps, Israéliens, Américains, Saoudiens et Egyptiens célèbrent leur alliance sur le dos de ces vaincus de l’histoire, les pressant d’accepter un accord, ce que Donald Trump a appelé le « deal ultime », dont les contours sont encore flous mais dont on peut être certain qu’il entérinerait leur déroute. Mais pourquoi les Israéliens ont-ils cédé à cette violence inouïe et inutile alors que, de leur aveu même, le vrai sujet de leurs inquiétudes était le front du Nord avec le Hezbollah et l’Iran ? Est-ce l’hubris des vainqueurs ? En tout cas, Israël n’a pas entendu l’avertissement de Houda Naim, députée du Hamas. (…) Alors, les manifestants ont-ils été manipulés par leurs organisations politiques ? La question est obscène lorsque que la marche, commencée il y a six semaines, a déjà fait plus de 100 morts. Bien sûr, le Hamas, débordé par cette manifestation civile et pacifique, a rejoint le mouvement. A-t-il encouragé les Gazaouis à provoquer les soldats israéliens, les conduisant à une mort certaine ? Peut-être, et le gouvernement israélien l’affirmera. Mais cela ne suffirait pas à expliquer la détermination d’une population excédée, désespérée par ses conditions d’existence. Ce qui vient de se passer à Gaza est un rappel à l’ordre, tragique, à une communauté internationale qui a abandonné ce peuple palestinien à la brutalité israélienne, à l’incurie de ses dirigeants engagés dans une guerre fratricide, à ses alliés arabes historiquement défaillants, à son sort dont nous portons tous la responsabilité. Sara Daniel
En novembre 2004, des civils ivoiriens et des soldats français de la Force Licorne se sont opposés durant quatre jours à Abidjan dans des affrontements qui ont fait des dizaines de morts et de blessés. À la suite d’une mission d’enquête sur le terrain, Amnesty International a recueilli des informations indiquant que les forces françaises ont, à certaines occasions, fait un usage excessif et disproportionné de la force alors qu’elles se trouvaient face à des manifestants qui ne représentaient pas une menace directe pour leurs vies ou la vie de tiers. Amnesty international (26.10.05)
Des tirs sont partis sur nos forces depuis les derniers étages de l’hôtel ivoire de la grande tour que nous n’occupions pas et depuis la foule. Dans ces conditions nos unités ont été amenées à faire des tirs de sommation et à forcer le passage en évitant bien évidemment de faire des morts et des blessés parmi les manifestants. Mais je répète encore une fois les premiers tirs n’ont pas été de notre fait. Général Poncet (Canal Plus 90 minutes 14.02.05)
Nous avons effectivement été amenés à tirer, des tirs en légitime défense et en riposte par rapport aux tireurs qui nous tiraient dessus. Colonel Gérard Dubois (porte-parole de l’état-major français, le 15 novembre 2004)
On n’arrivait pas à éloigner cette foule qui, de plus en plus était débordante. Sur ma gauche, trois de nos véhicules étaient déjà immergés dans la foule. Un manifestant grimpe sur un de mes chars et arme la mitrailleuse 7-62. Un de mes hommes fait un tir d’intimidation dans sa direction ; l’individu redescend aussitôt du blindé. Le coup de feu déclenche une fusillade. L’ensemble de mes hommes fait des tirs uniquement d’intimidation ». (…) seuls les COS auraient visé certains manifestants avec leurs armes non létales. (…) Mes hommes n’ont pu faire cela. Nous n’avions pas les armes pour infliger de telles blessures. Si nous avions tiré au canon dans la foule, ça aurait été le massacre. Colonel Destremau (Libération, 10.12.04)
In a surreal split-screen moment, the Israeli prime minister, Binyamin Netanyahu, was exulting over the opening of America’s embassy in Jerusalem, calling it a “great day for peace”. It is surely right to hold Israel, the strong side, to high standards. But Palestinian parties, though weak, are also to blame. Every state has a right to defend its borders. To judge by the numbers, Israel’s army may well have used excessive force. But any firm conclusion requires an independent assessment of what happened, where and when. The Israelis sometimes used non-lethal means, such as tear-gas dropped from drones. But then snipers went to work with bullets. What changed? Mixed in with protesters, it seems, were an unknown number of Hamas attackers seeking to breach the fence. What threat did they pose? Any fair judgment depends on the details. Just as important is the broader political question. The fence between Gaza and Israel is no ordinary border. Gaza is a prison, not a state. Measuring 365 square kilometres and home to 2m people, it is one of the most crowded and miserable places on Earth. It is short of medicine, power and other essentials. The tap water is undrinkable; untreated sewage is pumped into the sea. Gaza already has one of the world’s highest jobless rates, at 44%. The scene of three wars between Hamas and Israel since 2007, it is always on the point of eruption. Many hands are guilty for this tragedy. Israel insists that the strip is not its problem, having withdrawn its forces in 2005. But it still controls Gaza from land, sea and air. Any Palestinian, even a farmer, coming within 300 metres of the fence is liable to be shot. Israel restricts the goods that get in. Only a tiny number of Palestinians can get out for, say, medical treatment. Israeli generals have long warned against letting the economy collapse. Mr Netanyahu usually ignores them. Egypt also contributes to the misery. The Rafah crossing to Sinai, another escape valve, was open to goods and people for just 17 days in the first four months of this year. And Fatah, which administers the PA and parts of the West Bank, has withheld salaries for civil servants working for the PA in Gaza, limited shipments of necessities, such as drugs and baby milk, and cut payments to Israel for Gaza’s electricity. Hamas bears much of the blame, too. It all but destroyed the Oslo peace accords through its campaign of suicide-bombings in the 1990s and 2000s. Having driven the Israelis out of Gaza, it won a general election in 2006 and, after a brief civil war, expelled Fatah from the strip in 2007. It has misruled Gaza ever since, proving corrupt, oppressive and incompetent. It stores its weapons in civilian sites, including mosques and schools, making them targets. Cement that might be used for reconstruction is diverted to build underground tunnels to attack Israel. Hamas all but admitted it was not up to governing when it agreed to hand many administrative tasks to the PA last year as part of a reconciliation deal with Fatah. But the pact collapsed because Hamas is not prepared to give up its weapons. Israel, Egypt and the PA cannot just lock away the Palestinians in Gaza in the hope that Hamas will be overthrown. Only when Gazans live more freely might they think of getting rid of their rulers. Much more can be done to ease Gazans’ plight without endangering Israel’s security. But no lasting solution is possible until the question of Palestine is solved, too. Mr Netanyahu has long resisted the idea of a Palestinian state—and has kept building settlements on occupied land. It is hard to convince Israelis to change. As Israel marks its 70th birthday, the economy is booming. By “managing” the conflict, rather than trying to end it, Mr Netanyahu has kept Palestinian violence in check while giving nothing away. When violence flares Israel’s image suffers, but not much. The Trump administration supports it. And Arab states seeking an ally against a rising Iran have never had better relations with it. Israel is wrong to stop seeking a deal. And Mr Trump is wrong to prejudge the status of Jerusalem. But Palestinians have made it easy for Israel to claim that there is “no partner for peace”, divided as they are between a tired nationalist Fatah that cannot deliver peace, and an Islamist Hamas that refuses to do so. Palestinians desperately need new leaders. Fatah must renew itself through long-overdue elections. And Hamas must realise that its rockets damage Palestinian dreams of statehood more than they hurt Israel. For all their talk of non-violence, Hamas’s leaders have not abandoned the idea of “armed struggle” to destroy Israel. They refuse to give up their guns, or fully embrace a two-state solution; they speak vaguely of a long-term “truce”. With this week’s protests, Hamas’s leaders boasted of freeing a “wild tiger”. They found that Israel can be even more ferocious. If Hamas gave up its weapons, it would open the way for a rapprochement with Fatah. If it accepted Israel’s right to exist, it would expose Israel’s current unwillingness to allow a Palestinian state. If Palestinians marched peacefully, without guns and explosives, they would take the moral high ground. In short, if Palestinians want Israel to stop throttling them, they must first convince Israelis it is safe to let go. The Economist
Salah al-Bardaouil, haut responsable du Hamas, a déclaré à une télévision palestinienne que 50 des 62 Palestiniens tués lundi mais aussi mardi appartenaient au mouvement islamiste. « Cinquante des martyrs (des morts) étaient du Hamas, et 12 faisaient partie du reste de la population », a-t-il dit, interrogé sur les critiques selon lesquelles le Hamas tirait profit de la mobilisation. « Comment le Hamas pourrait-il récolter les fruits (du mouvement) alors qu’il a payé un prix aussi élevé », a-t-il demandé. Il n’a pas fourni de détails sur l’appartenance de ces Palestiniens à la branche armée ou politique du Hamas, ni sur les circonstances dans lesquelles ils avaient été tués. Salah al-Bardaouil « dévoile la vérité », a tweeté un porte-parole du gouvernement israélien, Ofir Gendelman, « ce n’était pas une manifestation pacifique, mais une opération du Hamas ». « Nous avons les mêmes chiffres », a lancé de son côté le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avertissant que son pays continuerait « à se défendre par tous les moyens nécessaires ». Un porte-parole du Hamas, Fawzy Barhoum, et un autre haut responsable, Bassem Naim, se sont gardés de confirmer les informations de M. Bardaouil. Le Hamas paie les funérailles de tous, « qu’ils soient membres ou supporters du Hamas, ou pas », a dit M. Barhoum. Il est « naturel de voir de nombreux membres ou supporters du Hamas » à une telle manifestation, a dit M. Naim, en faisant référence à la forte présence du Hamas dans toutes les couches de la société. Ceux qui ont été tués « participaient pacifiquement » au mouvement, a-t-il assuré. Sur la chaîne de télévision Al-Jazeera, l’homme fort du Hamas, Yahya Sinouar, a prévenu: « si le blocus (israélien à Gaza) continue, nous n’hésiterons pas à recourir à la résistance militaire ». La Libre Belgique
The world now demands that Jerusalem account for every bullet fired at the demonstrators, without offering a single practical alternative for dealing with the crisis. But where is the outrage that Hamas kept urging Palestinians to move toward the fence, having been amply forewarned by Israel of the mortal risk? Or that protest organizers encouraged women to lead the charges on the fence because, as The Times’s Declan Walsh reported, “Israeli soldiers might be less likely to fire on women”? Or that Palestinian children as young as 7 were dispatched to try to breach the fence? Or that the protests ended after Israel warned Hamas’s leaders, whose preferred hide-outs include Gaza’s hospital, that their own lives were at risk? Elsewhere in the world, this sort of behavior would be called reckless endangerment. It would be condemned as self-destructive, cowardly and almost bottomlessly cynical. The mystery of Middle East politics is why Palestinians have so long been exempted from these ordinary moral judgments. How do so many so-called progressives now find themselves in objective sympathy with the murderers, misogynists and homophobes of Hamas? Why don’t they note that, by Hamas’s own admission, some 50 of the 62 protesters killed on Monday were members of Hamas? Why do they begrudge Israel the right to defend itself behind the very borders they’ve been clamoring for years for Israelis to get behind? Why is nothing expected of Palestinians, and everything forgiven, while everything is expected of Israelis, and nothing forgiven? That’s a question to which one can easily guess the answer. In the meantime, it’s worth considering the harm Western indulgence has done to Palestinian aspirations. No decent Palestinian society can emerge from the culture of victimhood, violence and fatalism symbolized by these protests. No worthy Palestinian government can emerge if the international community continues to indulge the corrupt, anti-Semitic autocrats of the Palestinian Authority or fails to condemn and sanction the despotic killers of Hamas. And no Palestinian economy will ever flourish through repeated acts of self-harm and destructive provocation. Bret Stephens
The protests on Monday were not about President Donald Trump moving the U.S. Embassy to Jerusalem, and have in fact been occurring weekly on the Gaza border since March. They are part of what the demonstrators have dubbed “The Great March of Return”—return, that is, to what is now Israel. (The Monday demonstration was scheduled months ago to coincide with Nakba Day, an annual occasion of protest; it was later moved up 24 hours to grab some of the media attention devoted to the embassy.) The fact that these long-standing Palestinian protests were mischaracterized by many in the media as simply a response to Trump obscured two disquieting realities: First, that the world has largely dismissed the genuine plight of Palestinians in Gaza, only bothering to pay attention to it when it could be tenuously connected to Trump. Second, that many Palestinians do not simply desire their own state and an end to the occupation and settlements that began in 1967, but an end to the Jewish state that began in 1948. (…) Hamas, which controls the Gaza Strip, is an authoritarian, theocratic regime that has called for Jewish genocide in its charter, murdered scores of Israeli civilians, repressed Palestinian women, and harshly persecuted religious and sexual minorities. It is a designated terrorist group by the United States, Canada, and the European Union. (…) Whether it has been spending its manpower and millions of dollars on subterranean attack tunnels into Israel—including under United Nations schools for Gaza’s children—or launching repeated messianic military operations against Israel, the terrorist group has consistently prioritized the deaths of Israelis over the lives of its Palestinian brethren. (…) Hamas manipulated many of these demonstrators into unwittingly rushing the Israeli border fence under false pretenses in order to produce injuries and fatalities. As the New York Times reported, “After midday prayers, clerics and leaders of militant factions in Gaza, led by Hamas, urged thousands of worshipers to join the protests. The fence had already been breached, they said falsely, claiming Palestinians were flooding into Israel.” Similarly, the Washington Post recounted how “organizers urged protesters over loudspeakers to burst through the fence, telling them Israeli soldiers were fleeing their positions, even as they were reinforcing them.” Hamas has also publicly acknowledged deliberately using peaceful civilians at the protests as cover and cannon fodder for their military operations. “When we talk about ‘peaceful resistance,’ we are deceiving the public,” Hamas co-founder Mahmoud al-Zahar told an interviewer. “This is peaceful resistance bolstered by a military force and by security agencies.” (…) Widely circulated Arabic instructions on Facebook directed protesters to “bring a knife, dagger, or gun if available” and to breach the Israeli border and kidnap civilians. (The posts have now been removed by Facebook for inciting violence but a cached copy can be viewed here.) Hamas further incentivized violence by providing payments to those injured and the families of those killed. Both Hamas and the Islamic Jihad terror group have since claimed many of those killed as their own operatives and posted photos of them in uniform. On Wednesday, Hamas Political Bureau member Salah Al-Bardawil announced that 50 of the 62 fatalities were Hamas members. (…) as the BBC’s Julia MacFarlane recalled from her time covering Gaza, any public dissent against Hamas is perilous: “A boy I met in Gaza during the 2014 war was dragged from his bed at midnight, had his kneecaps shot off in a square and was told next time it would be axes—for an anti-Hamas Facebook post.” The group has publicly executed those it deems “collaborators” and broken up rare protests with gunfire. Likewise, Gazans cannot “vote Hamas out” because Hamas has not permitted elections since it won them and took power in 2006. The group fares poorly in the polls today, but Gazans have no recourse for expressing their dissatisfaction. Protesting Israel, however, is an outlet for frustration encouraged by Hamas. (…) In that regard, Hamas has worked to increase chaos and casualties stemming from the protests by allowing rioters to repeatedly set fire to the Kerem Shalom crossing, Gaza’s main avenue for international and humanitarian aid, and by turning back trucks of needed food and supplies from Israel. (…) despite the claims of viral tweets and the Hamas-run Gaza Health Ministry that were initially parroted by some in the media, Israel did not actually kill an 8-month old baby with tear gas. The Gazan doctor who treated her told the Associated Press that she died from a preexisting heart condition, a fact belatedly picked up by the New York Times and Los Angeles Times. Yair Rosenberg
On the night of May 14, … headlines suggested a causation: The U.S. opens an embassy and hence people get killed. But the causation is faulty: Gazans were killed last week, when the United States had not yet opened its embassy. Gazans were killed for a simple reason: Ignoring warnings, thousands of them decided to get too close to the Israeli border.one must begin with the obvious: The Israel Defense Forces (IDF) has no interest in having more Gazans killed, yet its mission is not to save Gazans’ lives. Its mission — remember, the IDF is a military serving a country — is to defeat an enemy. And in the case of Gaza this past week, the meaning of this was preventing unauthorized, possibly dangerous people from crossing the fence separating Israel from the Gaza Strip. Of course, any bloodshed is regretful. Yet to achieve its objectives, the IDF had to use lethal force. Circumstances on the ground dictate using such measures. The winds made tear gas ineffective. The proximity of the border made it essential to stop Gazan demonstrators from getting too close, lest thousands of them flood the fence, thus forcing the IDF to use even more lethal means. Leaflets warned them not to go near the fence. Media outlets were used to clarify that consequences could be dire. Hence, an unbiased, sincere newspaper headline should have said, “More than 50 killed in Gaza while Hamas leaders ignored warnings.” So, yes, Jerusalem celebrated while Gaza burned. Not because Gaza burned. And, yes, the U.S. moved its embassy while Gaza burned. But this is not what made Gaza burn. It all comes down to legitimacy. Having embassies move to Jerusalem, Israel’s capital, is about legitimacy. Letting Israel keep the integrity of its borders is about legitimacy. President Donald Trump gained the respect and appreciation of Israelis because of his no-nonsense acceptance of a reality, and because of his no-nonsense rejection of delegitimization masqueraded as policy differences. A legitimate country is allowed to defend its border. A legitimate country is allowed to choose its capital. Shmuel Rosner
Hamas understood early that the civilian death toll was driving international outrage at Israel, and that this, not I.E.D.s or ambushes, was the most important weapon in its arsenal. Early in that war, I complied with Hamas censorship in the form of a threat to one of our Gaza reporters and cut a key detail from an article: that Hamas fighters were disguised as civilians and were being counted as civilians in the death toll. The bureau chief later wrote that printing the truth after the threat to the reporter would have meant “jeopardizing his life.” Nonetheless, we used that same casualty toll throughout the conflict and never mentioned the manipulation. (…) Hamas understood that Western news outlets wanted a simple story about villains and victims and would stick to that script, whether because of ideological sympathy, coercion or ignorance. The press could be trusted to present dead human beings not as victims of the terrorist group that controls their lives, or of a tragic confluence of events, but of an unwarranted Israeli slaughter. The willingness of reporters to cooperate with that script gave Hamas the incentive to keep using it. (…) The next step in the evolution of this tactic was visible in Monday’s awful events. If the most effective weapon in a military campaign is pictures of civilian casualties, Hamas seems to have concluded, there’s no need for a campaign at all. All you need to do is get people killed on camera. The way to do this in Gaza, in the absence of any Israeli soldiers inside the territory, is to try to cross the Israeli border, which everyone understands is defended with lethal force and is easy to film. (…) About 40,000 people answered a call to show up. Many of them, some armed, rushed the border fence. Many Israelis, myself included, were horrified to see the number of fatalities reach 60. (…) Most Western viewers experienced these events through a visual storytelling tool: a split screen. On one side was the opening of the American embassy in Jerusalem in the presence of Ivanka Trump, evangelical Christian allies of the White House and Israel’s current political leadership — an event many here found curious and distant from our national life. On the other side was the terrible violence in the desperately poor and isolated territory. The juxtaposition was disturbing. (…) The attempts to breach the Gaza fence, which Palestinians call the March of Return, began in March and have the stated goal of erasing the border as a step toward erasing Israel. A central organizer, the Hamas leader Yehya Sinwar, exhorted participants on camera in Arabic to “tear out the hearts” of Israelis. But on Monday the enterprise was rebranded as a protest against the embassy opening, with which it was meticulously timed to coincide. The split screen, and the idea that people were dying in Gaza because of Donald Trump, was what Hamas was looking for. (…) The press coverage on Monday was a major Hamas success in a war whose battlefield isn’t really Gaza, but the brains of foreign audiences (…) Israeli soldiers facing Gaza have no good choices. They can warn people off with tear gas or rubber bullets, which are often inaccurate and ineffective, and if that doesn’t work, they can use live fire. Or they can hold their fire to spare lives and allow a breach, in which case thousands of people will surge into Israel, some of whom — the soldiers won’t know which — will be armed fighters. (On Wednesday a Hamas leader, Salah Bardawil, told a Hamas TV station that 50 of the dead were Hamas members. The militant group Islamic Jihad claimed three others.) If such a breach occurs, the death toll will be higher. And Hamas’s tactic, having proved itself, would likely be repeated by Israel’s enemies on its borders with Syria and Lebanon. (…) Knowledgeable people can debate the best way to deal with this threat. Could a different response have reduced the death toll? Or would a more aggressive response deter further actions of this kind and save lives in the long run? What are the open-fire orders on the India-Pakistan border, for example? Is there something Israel could have done to defuse things beforehand? These are good questions. But anyone following the response abroad saw that this wasn’t what was being discussed. As is often the case where Israel is concerned, things quickly became hysterical and divorced from the events themselves. Turkey’s president called it “genocide.” A writer for The New Yorker took the opportunity to tweet some of her thoughts about “whiteness and Zionism,” part of an odd trend that reads America’s racial and social problems into a Middle Eastern society 6,000 miles away. The sicknesses of the social media age — the disdain for expertise and the idea that other people are not just wrong but villainous — have crept into the worldview of people who should know better. For someone looking out from here, that’s the real split-screen effect: On one side, a complicated human tragedy in a corner of a region spinning out of control. On the other, a venomous and simplistic story, a symptom of these venomous and simplistic times. Matti Friedman
Depuis le 30 mars, le Hamas organise des violences à grande échelle à la frontière de Gaza et d’Israël. Ces embrasements majeurs ont généralement lieu le vendredi à la fin des prières dans les mosquées ; des actions concertées mobilisant des foules de 40 000 personnes ont été constatées dans cinq zones séparées le long de la frontière. Des violences et diverses actions agressives, y compris des actes de nature terroristes avec explosifs et armes à feu, ont également eu lieu à d’autres moments au cours de cette période. Le Hamas avait prévu une culmination de la violence le 14 ou le 15 mai 2018. Le 15 est la date à laquelle ils commémorent le 70ème anniversaire de la « Nakba » (« Catastrophe ») qui a eu lieu au lendemain de la création de l’Etat d’Israël. Mais une recrudescence de violence a été constatée le 14, jour de l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem. La violence a donc culminé les 14 et 15, deux jours qui coïncident avec la Nakba et l’inauguration de l’ambassade américaine, mais qui marquent aussi le début du mois de Ramadan, une période où la violence augmente au Moyen-Orient et ailleurs. Le Hamas avait prévu de mobiliser jusqu’à 200 000 personnes à la frontière de Gaza, soit un doublement et plus du nombre de manifestants constatés les années précédentes. Le Hamas semblait également déterminé à inciter à un niveau de violence jamais atteint auparavant, avec des pénétrations significatives de la barrière frontalière. Face à de tels projets, il est étonnant que les chiffres en pertes humaines ne soient pas plus élevés parmi les Palestiniens. (…) La violence à Gaza a été orchestrée sous la bannière prétexte de la « Grande marche du retour », une façon d’attirer l’attention sur ce droit au retour dans leurs foyers d’origine que les dirigeants palestiniens promettent à leur peuple. L’intention affichée n’était pas de manifester, mais de franchir en masse la frontière et de cheminer par milliers à travers l’État d’Israël. L’affirmation du « droit de retour » ne vise pas à l’exercice d’un tel « droit », lequel est fortement contesté et doit faire l’objet de négociations sur le statut définitif. Il s’inscrit dans une politique arabe de longue date destinée à éliminer l’Etat d’Israël, un projet à l’encontre duquel le gouvernement israélien s’inscrit de manière non moins systématique. Le véritable objectif de la violence du Hamas est de poursuivre sa stratégie de longue date de création et d’intensification de l’indignation internationale, de la diffamation, de l’isolement et de la criminalisation de l’État d’Israël et de ses fonctionnaires. Cette stratégie passe par la mise en scène de situations qui obligent Tsahal à réagir avec une force meurtrière qui les place aussitôt en position de tortionnaires qui tuent et blessent des civils palestiniens « innocents ». (…) Toutes ces tactiques ont pour particularité d’utiliser des boucliers humains palestiniens – des civils, des femmes et des enfants de préférence, forcés ou volontaires, présents toutes les fois que des attaques sont lancées ou commandées ; des civils présents au côté des combattants, à proximité des dépôts d’armes et de munitions. Toute riposte militaire israélienne engendre des dommages collatéraux chez les civils. Dans certains cas, notamment à l’occasion de la vague de violence actuelle, le Hamas présente ses combattants comme des civils innocents ; de nombreux faux incidents ont été mis en scène et filmés pour faire état de civils tués et blessés par les forces israéliennes ; des scènes de violence filmées ailleurs, notamment en Syrie, ont été présentés comme des violences commises contre les Palestiniens. (…) Les cibles visées – dirigeants politiques de pays tiers, organisations internationales (ONU, UE), groupes de défense des droits de l’homme et médias – n’admettent pas que l’on réponde par la force à des manifestations faussement pacifiques qu’ils sont tentés d’assimiler aux manifestations réellement pacifiques qui ont lieu dans leurs propres villes. (…) Ces manifestations sont en réalité des opérations militaires soigneusement planifiées et orchestrées. Des foules de civils auxquelles se mêlent des groupes de combattants sont rassemblées aux frontières. Combattants et civils ont pour mission de s’approcher de la clôture et de la briser. Des milliers de pneus ont été incendiés pour créer des écrans de fumée afin de dissimuler leurs mouvements en direction de la clôture (et sans grande efficacité, ils ont utilisé des miroirs pour aveugler les observateurs de la FDI et les tireurs d’élite). Les pneus enflammés et les cocktails Molotov ont également été utilisés pour briser la clôture dont certains éléments, à divers endroits, sont en en bois. Le vendredi 4 mai, environ 10 000 Palestiniens ont participé à des manifestations violentes le long de la frontière et des centaines d’émeutiers ont vandalisé et incendié la partie palestinienne de Kerem Shalom, point de passage des convois humanitaires. Ils ont endommagé des canalisations de gaz et de carburant qui partent d’Israël en direction de la bande de Gaza. Ce raid contre Kerem Shalom a eu lieu à deux reprises le 4 mai. Le même jour, deux tentatives d’infiltration ont été déjouées par les troupes de Tsahal à deux endroits différents. Trois des infiltrés ont été tués par les soldats des FDI qui défendaient la frontière. Dans certains cas, les infiltrés ont été arrêtés. Le Hamas et ses miliciens ont utilisé des grappins, des cordes, des pinces coupantes et d’autres outils pour briser la clôture. Ils ont utilisé des drones, de puissants lance-pierres capables de tuer et blesser gravement des soldats, des armes à feu, des grenades à main et des engins explosifs improvisés, à la fois pour tuer des soldats israéliens et pour passer à travers la clôture. Des cerfs-volants ont été lâchés par-dessus la frontière de Gaza afin d’incendier les cultures et l’herbe du côté israélien dans le but de causer des dommages économiques mais aussi pour tuer et mutiler. Cela peut sembler une arme primitive et même risible, mais le 4 mai, les Palestiniens avaient préparé des centaines de bombes incendiaires volantes pour les déployer en essaim en Israël, afin d’exploiter au mieux une vague de chaleur intense. (…) Jusqu’à présent, le Hamas n’a pas réussi de percée significative à travers la clôture. S’ils y arrivaient, il faut s’attendre à ce que des milliers de Gazaouis se déversent par ces brèches parmi lesquels des terroristes armés tenteraient d’atteindre les villages israéliens pour y commettre des assassinats de masse et des enlèvements. Le Hamas a tenté d’ouvrir une brèche au point-frontière le plus proche du kibboutz Nahal Oz, objectif qui pourrait être atteint en 5 minutes ou moins par des hommes armés prêts à tuer. Dans ce scénario, ou des terroristes armés sont indiscernables de civils non armés, qui eux-mêmes représentent une menace physique, il est difficile de voir comment les FDI pourraient éviter d’infliger de lourdes pertes pour défendre leur territoire et de leur population. (…) Compte tenu de leur expérience des violences passées, les FDI ont adopté une réponse graduée. Ils ont largué des milliers de tracts et ont utilisé les SMS, les médias sociaux, les appels téléphoniques et les émissions de radio pour informer les habitants de Gaza et leur demander de ne pas se rassembler à la frontière ni de s’approcher de la barrière. Ils ont contacté les propriétaires de compagnies de bus de Gaza et leur ont demandé de ne transporter personne à la frontière. La coercition exercée par le Hamas à l’encontre de la population civile a rendu ces tentatives de dissuasion inutiles. Les FDI ont alors utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les foules qui approchaient de trop près la clôture. Dans un effort innovant pour atteindre à plus de précision et d’efficacité, des drones ont parfois été utilisés pour disperser les gaz lacrymogènes. Mais, les gaz lacrymogènes ont une efficacité limitée dans le temps, sont sensibles aux sautes de vent, et leur impact est également réduit quand la population ciblée sait comment en atténuer les effets les plus graves. Ensuite, les forces de Tsahal ont utilisé des coups de semonce, des balles tirées au-dessus des têtes. Enfin, seulement lorsque c’était absolument nécessaire (selon leurs règles d’engagement), des munitions à balles ont été tirées dans le but de neutraliser plutôt que de tuer. Bien que tirer pour tuer eut pu passer pour une riposte légale dans certains cas, les FDI soutiennent que même dans ce cas, ils n’ont tiré que pour encapaciter (sauf dans les cas où ils avaient affaire à une attaque de type militaire, comme des tirs contre les forces de Tsahal). (…) Israël estime que 80% des personnes tuées étaient des terroristes ou des sympathisants actifs. Le prix – en vies humaines, en souffrance et réprobation de l’opinion publique internationale – a sans aucun doute été élevé ; mais la barrière n’a pas été pénétrée de manière significative et un prix encore plus élevé a donc été évité. (…) Aujourd’hui, le droit international admet l’usage de munitions réelles face à une menace sérieuse de mort ou de blessure, et quand aucun autre moyen ne permet d’y faire face. Il n’y a aucune exigence que la menace soit « immédiate » – une telle force peut être utilisée quand elle apparait « imminente »; c’est-à-dire au moment où une action agressive doit être empêchée avant qu’elle ne mute en menace immédiate. La réalité est que, dans les conditions créées délibérément par le Hamas, il n’existait aucune étape intermédiaire efficace pour éviter de tirer sur les manifestants les plus menaçants. Si ces personnes (qu’on peut difficilement appeler de simples « manifestants ») avaient été autorisées à atteindre la barrière, le risque vital serait passé d’imminent à immédiat ; il n’aurait pu être évité qu’en infligeant des pertes beaucoup plus grandes, comme il a été mentionné précédemment. Ceux qui soutiennent que Tsahal n’aurait pas dû tirer à des balles réelles, exigent en fait que des dizaines de milliers d’émeutiers violents (et parmi eux, des terroristes) soient laissés libres de faire irruption en territoire israélien. Il aurait fallu attendre avant d’agir que des civils, des forces de sécurité et des biens matériels soient en danger, alors qu’une riposte précise et ciblée contre les individus les plus menaçants a permis d’éviter à ce scénario catastrophique de devenir réalité. Certains ont également soutenu qu’ils n’existe aucune preuve de « manifestant » porteur d’une arme à feu. Ils ne comprennent pas que ce type de conflit n’oppose pas des soldats en uniforme qui s’affrontent ouvertement et en armes sur un champ de bataille. Dans ce contexte, les armes à feu ne sont pas nécessaires pour présenter une menace. En fait, c’est même le contraire compte tenu des objectifs et du mode de fonctionnement. Leurs armes sont des pinces coupantes, des grappins, des cordes, des écrans de fumée, du feu et des explosifs cachés. (…) – les armes ne surgissant qu’une fois l’objectif de pénétration massive atteint. Un soldat qui attendrait de voir une arme à feu pour tirer signerait son propre arrêt de mort, et celui des civils qu’il ou elle a pour mission de protéger. (…) Quand le chef d’état-major dit qu’il positionne « 100 tireurs d’élite à la frontière », il ne fait que verbaliser son devoir légal de défendre son pays ; il ne faut y voir aucun aveu d’une intention d’outrepasser l’usage légal de la force. Certains groupes de défense des droits de l’homme (y compris à nouveau HRW) et nombre de journalistes ont critiqué l’usage de la force par l’armée israélienne au motif qu’aucun soldat n’a été blessé. Ils en ont publiquement conclu que la riposte de Tsahal avait été « disproportionnée ». Comme cela arrive souvent quand de soi-disant experts commentent les opérations militaires occidentales, les réalités des opérations de sécurité et les impératifs légaux sont mal compris – quand ils ne sont pas déformés -. En effet, il n’est pas nécessaire d’afficher une blessure pour démontrer l’existence d’une menace réelle. Le fait que les soldats de Tsahal n’aient pas été grièvement blessés démontre seulement leur professionnalisme militaire, et non l’absence de menace. Il a également été affirmé qu’en l’absence de conflit armé, l’usage de la force à Gaza est régi par la charte internationale des droits de l’homme et non par les lois régissant les conflits militaires. Il s’agit là d’une interprétation erronée : toute la bande de Gaza est une zone de guerre définie comme telle par l’agression armée de longue date du Hamas contre l’Etat d’Israël. Par conséquent, dans cette situation, les deux types de loi sont applicables, en fonction des circonstances précises. Il est licite pour Tsahal de combattre et de tuer tout combattant ennemi identifié comme tel, n’importe où dans la bande de Gaza conformément aux lois de la guerre, que cet ennemi soit en uniforme ou non, armé ou non, représentant ou non une menace imminente, attaquant ou fuyant. Dans la pratique cependant, il apparait que face à des émeutes violentes, les FDI ont agi en supposant que tous les acteurs sur le terrain étaient des civils (contre lesquels il n’est pas nécessaire de recourir à la force létale au premier recours) à moins que l’évidence démontre le contraire. (…) Toutes ces fausses critiques de l’action israélienne, ainsi que les menaces d’enquêtes internationales, de renvoi d’Israël devant la CPI et de recours à une juridiction universelle contre les responsables israéliens impliqués dans cette situation, font le jeu du Hamas. Ils valident l’utilisation de boucliers humains et la stratégie du Hamas d’obliger au meurtre de leurs propres civils. Les implications débordent largement ce conflit. Comme l’ont démontré de précédents épisodes de violence, les réactions internationales de ce type, y compris une condamnation injuste, généralisent ces tactiques et augmentent le nombre de morts parmi les civils innocents dans le monde entier. (…) La nouvelle tactique du Hamas a eu beaucoup de succès en dressant contre Israël des personnalités de la communauté internationale et en endommageant sa réputation. Il est probable que les effets continueront à se faire sentir longtemps après la fin de cette vague de violence. Richard Kemp

Attention: une effroyable imposture peut en cacher une autre !

En ces temps étranges où l’on voit des manipulations et des complots partout …

Et où à coup d’images juxtaposées nos médiasfaussaires notoires compris – et nos belles âmes rivalisent d’ingéniosité …

Pour noircir – jusqu’à regretter qu’il n’ait pas de morts de son côté – le seul pays que vous savez et son actuel et rare défenseur à la Maison Blanche …

Pendant que dans l’enthousiasme d’un « succès » médiatique aussi inespéré mais aussi la menace directe de frappes directes sur leurs bunkers dissimulés sous les hôpitaux de Gaza …

Les cyniques tireurs de ficelle du Hamas peuvent se payer le luxe de lever temporairement la mobilisation de leur chair à canon …

Et de révéler – en arabe pour motiver les troupes et ne pas trop effrayer leurs nombreux idiots utiles occidentaux – une partie même de la réalité de leur prétendues manifestations pacifiques …

Comment ne pas s’étonner …

Avec le colonel à la retraite britannique Richard Kemp …

Et l’un des rares militaires occidentaux à oser mettre, contrairement à tous les autres qui se taisent ou laissent dire n’importe quoi, ses compétences de professionnel au service de la vérité …

Du peu d’intérêt que semble soulever chez nos apprentis conspirationnistes …

L’effroyable – et bien réelle – imposture à laquelle se prêtent contre le seul Etat israélien nos médias et autres bonnes âmes des organisations internationales …

Mais aussi, sans compter l’effet directement incitatif, qui n’est pas sans rappeler tant d’autres phénomènes de nature mimétique comme les fusillades scolaires, de l’intérêt médiatique et de la présence des caméras elles-mêmes …

La proprement criminelle incitation, augmentant d’autant à chaque fois le nombre des victimes collatérales, …

Qu’une telle unanimité d’injustes condamnations ne peut que générer ?

Fumée et miroirs : six semaines de violence à la frontière de Gaza
Richard Kemp
Gatestone institute
14 mai 2018
Traduction du texte original: Smoke & Mirrors: Six Weeks of Violence on the Gaza Border

Depuis le 30 mars, le Hamas organise des violences à grande échelle à la frontière de Gaza et d’Israël. Ces embrasements majeurs ont généralement lieu le vendredi à la fin des prières dans les mosquées ; des actions concertées mobilisant des foules de 40 000 personnes ont été constatées dans cinq zones séparées le long de la frontière. Des violences et diverses actions agressives, y compris des actes de nature terroristes avec explosifs et armes à feu, ont également eu lieu à d’autres moments au cours de cette période.

Une tempête parfaite

Le Hamas avait prévu une culmination de la violence le 14 ou le 15 mai 2018. Le 15 est la date à laquelle ils commémorent le 70ème anniversaire de la « Nakba » (« Catastrophe ») qui a eu lieu au lendemain de la création de l’Etat d’Israël. Mais une recrudescence de violence a été constatée le 14, jour de l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem. La violence a donc culminé les 14 et 15, deux jours qui coïncident avec la Nakba et l’inauguration de l’ambassade américaine, mais qui marquent aussi le début du mois de Ramadan, une période où la violence augmente au Moyen-Orient et ailleurs.

Le Hamas avait prévu de mobiliser jusqu’à 200 000 personnes à la frontière de Gaza, soit un doublement et plus du nombre de manifestants constatés les années précédentes. Le Hamas semblait également déterminé à inciter à un niveau de violence jamais atteint auparavant, avec des pénétrations significatives de la barrière frontalière. Face à de tels projets, il est étonnant que les chiffres en pertes humaines ne soient pas plus élevés parmi les Palestiniens.

Outre la zone frontalière, les Palestiniens ont prévu de mener des actions violentes à la même période, à Jérusalem et en Cisjordanie. Bien que le 15 mai soit considéré comme le point culminant de six semaines de violence à la frontière de Gaza, les Palestiniens ont fait savoir qu’ils entendaient maintenir un niveau de violence frontalière élevé tout au long du mois de Ramadan.

Prétexte et réalité

La violence à Gaza a été orchestrée sous la bannière prétexte de la « Grande marche du retour », une façon d’attirer l’attention sur ce droit au retour dans leurs foyers d’origine que les dirigeants palestiniens promettent à leur peuple. L’intention affichée n’était pas de manifester, mais de franchir en masse la frontière et de cheminer par milliers à travers l’État d’Israël.

L’affirmation du « droit de retour » ne vise pas à l’exercice d’un tel « droit », lequel est fortement contesté et doit faire l’objet de négociations sur le statut définitif. Il s’inscrit dans une politique arabe de longue date destinée à éliminer l’Etat d’Israël, un projet à l’encontre duquel le gouvernement israélien s’inscrit de manière non moins systématique.

Le véritable objectif de la violence du Hamas est de poursuivre sa stratégie de longue date de création et d’intensification de l’indignation internationale, de la diffamation, de l’isolement et de la criminalisation de l’État d’Israël et de ses fonctionnaires. Cette stratégie passe par la mise en scène de situations qui obligent Tsahal à réagir avec une force meurtrière qui les place aussitôt en position de tortionnaires qui tuent et blessent des civils palestiniens « innocents ».

Les tactiques terroristes du Hamas

Dans le cadre de cette stratégie, le Hamas a mis au point différentes tactiques, qui passent par des tirs de roquettes depuis Gaza sur les villes israéliennes et la construction de tunnels d’attaque sophistiqués qui débouchent au-delà de la frontière, à proximité de villages israéliens voisins. Toutes ces tactiques ont pour particularité d’utiliser des boucliers humains palestiniens – des civils, des femmes et des enfants de préférence, forcés ou volontaires, présents toutes les fois que des attaques sont lancées ou commandées ; des civils présents au côté des combattants, à proximité des dépôts d’armes et de munitions. Toute riposte militaire israélienne engendre des dommages collatéraux chez les civils.

Dans certains cas, notamment à l’occasion de la vague de violence actuelle, le Hamas présente ses combattants comme des civils innocents ; de nombreux faux incidents ont été mis en scène et filmés pour faire état de civils tués et blessés par les forces israéliennes ; des scènes de violence filmées ailleurs, notamment en Syrie, ont été présentés comme des violences commises contre les Palestiniens.

Même stratégie, nouvelles tactiques

Après les roquettes et les tunnels d’attaque utilisés dans trois conflits majeurs (2008-2009, 2012 et 2014), sans oublier plusieurs incidents mineurs, de nouvelles tactiques ont été mises au point qui ont toutes le même objectif fondamental. Les « manifestations » à grande échelle combinées à des actions agressives sont destinées à provoquer une réaction israélienne qui conduit à tuer et à blesser les civils de Gaza, malgré les efforts énergiques des FDI (Forces de défense d’Israël) pour réduire les pertes civiles.

Cette nouvelle tactique s’avère plus efficace que les roquettes et les tunnels d’attaque. Les cibles visées – dirigeants politiques de pays tiers, organisations internationales (ONU, UE), groupes de défense des droits de l’homme et médias – n’admettent pas que l’on réponde par la force à des manifestations faussement pacifiques qu’ils sont tentés d’assimiler aux manifestations réellement pacifiques qui ont lieu dans leurs propres villes.

Comme à leur habitude, ces cibles-là se montrent toujours disposées à se laisser leurrer par ce stratagème. Depuis le début de cette vague de violence, des condamnations véhémentes ont été émises par l’ONU, l’UE et la CPI ; mais aussi plusieurs gouvernements et organisations des droits de l’homme, notamment Amnesty International et Human Rights Watch ; sans parler de nombreux journaux et stations de radio. Leurs protestations incluent des demandes d’enquête internationale sur les allégations de meurtres illégaux ainsi que des accusations de violation du droit humanitaire international et des droits de l’homme par les FDI.

Les tactiques du Hamas sur le terrain

Ces manifestations sont en réalité des opérations militaires soigneusement planifiées et orchestrées. Des foules de civils auxquelles se mêlent des groupes de combattants sont rassemblées aux frontières. Combattants et civils ont pour mission de s’approcher de la clôture et de la briser. Des milliers de pneus ont été incendiés pour créer des écrans de fumée afin de dissimuler leurs mouvements en direction de la clôture (et sans grande efficacité, ils ont utilisé des miroirs pour aveugler les observateurs de la FDI et les tireurs d’élite). Les pneus enflammés et les cocktails Molotov ont également été utilisés pour briser la clôture dont certains éléments, à divers endroits, sont en en bois.

Le vendredi 4 mai, environ 10 000 Palestiniens ont participé à des manifestations violentes le long de la frontière et des centaines d’émeutiers ont vandalisé et incendié la partie palestinienne de Kerem Shalom, point de passage des convois humanitaires. Ils ont endommagé des canalisations de gaz et de carburant qui partent d’Israël en direction de la bande de Gaza. Ce raid contre Kerem Shalom a eu lieu à deux reprises le 4 mai. Le même jour, deux tentatives d’infiltration ont été déjoues par les troupes de Tsahal à deux endroits différents. Trois des infiltrés ont été tués par les soldats des FDI qui défendaient la frontière. Dans certains cas, les infiltrés ont été arrêtés.

Le Hamas et ses miliciens ont utilisé des grappins, des cordes, des pinces coupantes et d’autres outils pour briser la clôture. Ils ont utilisé des drones, de puissants lance-pierres capables de tuer et blesser gravement des soldats, des armes à feu, des grenades à main et des engins explosifs improvisés, à la fois pour tuer des soldats israéliens et pour passer à travers la clôture.

Cerfs-volants et ballons incendiaires

Des cerfs-volants ont été lâchés par-dessus la frontière de Gaza afin d’incendier les cultures et l’herbe du côté israélien dans le but de causer des dommages économiques mais aussi pour tuer et mutiler. Cela peut sembler une arme primitive et même risible, mais le 4 mai, les Palestiniens avaient préparé des centaines de bombes incendiaires volantes pour les déployer en essaim en Israël, afin d’exploiter au mieux une vague de chaleur intense. Seules des conditions de vent défavorables ont empêché le déploiement de ces cerfs-volants empêchant ainsi des dommages sérieux potentiels.

Dans plusieurs cas, les cerfs-volants en feu ont provoqué des incendies. Ainsi, le 16 avril, un champ de blé a été incendié côté israélien. Le 2 mai, un cerf-volant incendiaire parti de Gaza a provoqué un incendie majeur dans la forêt de Be’eri dévastant de vastes zones boisées. Dix équipes de pompiers ont été nécessaires pour juguler l’incendie. Des ballons incendiaires ont également été utilisés par le Hamas, notamment le 7 mai, l’un d’eux a réussi à incendier un champ de blé près de la forêt de Be’eri. Israël évalue à plusieurs millions de shekels, les dommages économiques résultants des incendies causés par les cerfs-volants et les ballons.

Si le Hamas a traversé

Jusqu’à présent, le Hamas n’a pas réussi de percée significative à travers la clôture. S’ils y arrivaient, il faut s’attendre à ce que des milliers de Gazaouis se déversent par ces brèches parmi lesquels des terroristes armés tenteraient d’atteindre les villages israéliens pour y commettre des assassinats de masse et des enlèvements.

Le Hamas a tenté d’ouvrir une brèche au point-frontière le plus proche du kibboutz Nahal Oz, objectif qui pourrait être atteint en 5 minutes ou moins par des hommes armés prêts à tuer.

Dans ce scénario, ou des terroristes armés sont indiscernables de civils non armés, qui eux-mêmes représentent une menace physique, il est difficile de voir comment les FDI pourraient éviter d’infliger de lourdes pertes pour défendre leur territoire et de leur population.

Forces de défense d’Israel (IDF) : une risposte graduée

Les FDI ont été obligées d’agir avec une grande fermeté – pour empêcher toute pénétration – y compris à l’aide de tirs réels (qui ont parfois été meurtriers) et malgré une condamnation internationale lourde et inévitable.

Compte tenu de leur expérience des violences passées, les FDI ont adopté une réponse graduée. Ils ont largué des milliers de tracts et ont utilisé les SMS, les médias sociaux, les appels téléphoniques et les émissions de radio pour informer les habitants de Gaza et leur demander de ne pas se rassembler à la frontière ni de s’approcher de la barrière. Ils ont contacté les propriétaires de compagnies de bus de Gaza et leur ont demandé de ne transporter personne à la frontière.

La coercition exercée par le Hamas à l’encontre de la population civile a rendu ces tentatives de dissuasion inutiles. Les FDI ont alors utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les foules qui approchaient de trop près la clôture. Dans un effort innovant pour atteindre à plus de précision et d’efficacité, des drones ont parfois été utilisés pour disperser les gaz lacrymogènes. Mais, les gaz lacrymogènes ont une efficacité limitée dans le temps, sont sensibles aux sautes de vent, et leur impact est également réduit quand la population ciblée sait comment en atténuer les effets les plus graves.

Ensuite, les forces de Tsahal ont utilisé des coups de semonce, des balles tirées au-dessus des têtes. Enfin, seulement lorsque c’était absolument nécessaire (selon leurs règles d’engagement), des munitions à balles ont été tirées dans le but de neutraliser plutôt que de tuer. Bien que tirer pour tuer eut pu passer pour une riposte légale dans certains cas, les FDI soutiennent que même dans ce cas, ils n’ont tiré que pour encapaciter (sauf dans les cas où ils avaient affaire à une attaque de type militaire, comme des tirs contre les forces de Tsahal). Dans tous les cas, les forces de Tsahal fonctionnent selon des procédures opérationnelles standard, rédigées en fonction des circonstances et compilées en collaboration avec diverses autorités des FDI.

Néanmoins, ces échanges de tirs ont généré des morts et de nombreux blessés. Les autorités palestiniennes affirment qu’une cinquantaine de personnes ont été tuées jusqu’à présent et que plusieurs centaines d’autres ont été blessées. Israël estime que 80% des personnes tuées étaient des terroristes ou des sympathisants actifs. Le prix – en vies humaines, en souffrance et réprobation de l’opinion publique internationale – a sans aucun doute été élevé ; mais la barrière n’a pas été pénétrée de manière significative et un prix encore plus élevé a donc été évité.

Condamnation internationale, aucune solution

Beaucoup ont estimé qu’Israël n’aurait pas dû répondre comme il l’a fait à la menace. Mladenov, envoyé des Nations Unies au Moyen-Orient, a jugé la riposte d’Israël « scandaleuse ». Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad al-Hussein, a condamné l’usage d’une « force excessive ». Le Procureur de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, a affirmé que « la violence contre les civils – dans une situation comme celle qui prévaut à Gaza – pourrait constituer un crime au regard du Statut de Rome de la CPI ».

Pourtant, en dépit de leurs condamnations, aucun de ces fonctionnaires et experts, n’a été en mesure de proposer une riposte adaptée viable pour empêcher le franchissement violent des frontières israéliennes.

Certains affirment que les troupes israéliennes ont fait un usage de la force disproportionné en tirant à balles réelles sur des manifestants qui ne menaçaient personne. L’UE a ainsi exprimé son inquiétude sur l’utilisation de balles réelles par les forces de sécurité israéliennes. Mais les soi-disant « manifestants » représentaient une menace vitale réelle.

Aujourd’hui, le droit international admet l’usage de munitions réelles face à une menace sérieuse de mort ou de blessure, et quand aucun autre moyen ne permet d’y faire face. Il n’y a aucune exigence que la menace soit « immédiate » – une telle force peut être utilisée quand elle apparait « imminente »; c’est-à-dire au moment où une action agressive doit être empêchée avant qu’elle ne mute en menace immédiate.

La réalité est que, dans les conditions créées délibérément par le Hamas, il n’existait aucune étape intermédiaire efficace pour éviter de tirer sur les manifestants les plus menaçants. Si ces personnes (qu’on peut difficilement appeler de simples « manifestants ») avaient été autorisées à atteindre la barrière, le risque vital serait passé d’imminent à immédiat ; il n’aurait pu être évité qu’en infligeant des pertes beaucoup plus grandes, comme il a été mentionné précédemment.

Échec de la compréhension par la communauté internationale

Ceux qui soutiennent que Tsahal n’aurait pas dû tirer à des balles réelles, exigent en fait que des dizaines de milliers d’émeutiers violents (et parmi eux, des terroristes) soient laissés libres de faire irruption en territoire israélien. Il aurait fallu attendre avant d’agir que des civils, des forces de sécurité et des biens matériels soient en danger, alors qu’une riposte précise et ciblée contre les individus les plus menaçants a permis d’éviter à ce scénario catastrophique de devenir réalité.

Certains ont également soutenu qu’ils n’existe aucune preuve de « manifestant » porteur d’une arme à feu. Ils ne comprennent pas que ce type de conflit n’oppose pas des soldats en uniforme qui s’affrontent ouvertement et en armes sur un champ de bataille. Dans ce contexte, les armes à feu ne sont pas nécessaires pour présenter une menace. En fait, c’est même le contraire compte tenu des objectifs et du mode de fonctionnement. Leurs armes sont des pinces coupantes, des grappins, des cordes, des écrans de fumée, du feu et des explosifs cachés.

Le Hamas a passé des années et dépensé des millions de dollars à creuser des tunnels d’attaque souterrains pour tenter d’entrer en Israël – une menace sérieuse qui implique des pelles, pas des armes à feu. Tout en continuant à creuser des tunnels, ils ont agi au grand jour mais fondus au sein d’une population civile utilisée couverture – les armes ne surgissant qu’une fois l’objectif de pénétration massive atteint. Un soldat qui attendrait de voir une arme à feu pour tirer signerait son propre arrêt de mort, et celui des civils qu’il ou elle a pour mission de protéger.

Des critiques ont été formulées (en particulier par Human Rights Watch) à l’encontre de responsables israéliens qui auraient sciemment accordé leur feu vert aux agissements illégaux des soldats. Par exemple, HRW cite comme preuve certains commentaires publics du chef d’état-major de Tsahal, du porte-parole du Premier ministre et du ministre de la Défense.

Il ne leur est sans doute pas venu à l’esprit que ces fonctionnaires exercent leur autorité par des canaux de communication privés et non à travers des médias publics. Par ailleurs, leurs commentaires ne sont pas des instructions aux troupes mais des avertissements lancés aux civils de Gaza pour réduire le niveau de violence et apaiser les craintes légitimes des Israéliens vivant en zone frontalière. Quand le chef d’état-major dit qu’il positionne « 100 tireurs d’élite à la frontière », il ne fait que verbaliser son devoir légal de défendre son pays ; il ne faut y voir aucun aveu d’une intention d’outrepasser l’usage légal de la force.

Certains groupes de défense des droits de l’homme (y compris à nouveau HRW) et nombre de journalistes ont critiqué l’usage de la force par l’armée israélienne au motif qu’aucun soldat n’a été blessé. Ils en ont publiquement conclu que la riposte de Tsahal avait été « disproportionnée ». Comme cela arrive souvent quand de soi-disant experts commentent les opérations militaires occidentales, les réalités des opérations de sécurité et les impératifs légaux sont mal compris – quand ils ne sont pas déformés -. En effet, il n’est pas nécessaire d’afficher une blessure pour démontrer l’existence d’une menace réelle. Le fait que les soldats de Tsahal n’aient pas été grièvement blessés démontre seulement leur professionnalisme militaire, et non l’absence de menace.

Il a également été affirmé qu’en l’absence de conflit armé, l’usage de la force à Gaza est régi par la charte internationale des droits de l’homme et non par les lois régissant les conflits militaires. Il s’agit là d’une interprétation erronée : toute la bande de Gaza est une zone de guerre définie comme telle par l’agression armée de longue date du Hamas contre l’Etat d’Israël. Par conséquent, dans cette situation, les deux types de loi sont applicables, en fonction des circonstances précises.

Il est licite pour Tsahal de combattre et de tuer tout combattant ennemi identifié comme tel, n’importe où dans la bande de Gaza conformément aux lois de la guerre, que cet ennemi soit en uniforme ou non, armé ou non, représentant ou non une menace imminente, attaquant ou fuyant. Dans la pratique cependant, il apparait que face à des émeutes violentes, les FDI ont agi en supposant que tous les acteurs sur le terrain étaient des civils (contre lesquels il n’est pas nécessaire de recourir à la force létale au premier recours) à moins que l’évidence démontre le contraire.

Faire le jeu du Hamas

Nombreux aussi ont été ceux qui ont affirmé que le gouvernement israélien a refusé de mener une enquête officielle sur les décès survenus. Encore une fois l’assertion est complètement fausse. Les Israéliens ont déclaré qu’ils examineraient les incidents sur la base de leur système juridique, lequel jouit d’un respect unanime au plan international. En revanche, le gouvernement israélien a explicitement refusé une enquête internationale, tout comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou toute autre démocratie occidentale l’aurait fait dans la même situation.

Toutes ces fausses critiques de l’action israélienne, ainsi que les menaces d’enquêtes internationales, de renvoi d’Israël devant la CPI et de recours à une juridiction universelle contre les responsables israéliens impliqués dans cette situation, font le jeu du Hamas. Ils valident l’utilisation de boucliers humains et la stratégie du Hamas d’obliger au meurtre de leurs propres civils. Les implications débordent largement ce conflit. Comme l’ont démontré de précédents épisodes de violence, les réactions internationales de ce type, y compris une condamnation injuste, généralisent ces tactiques et augmentent le nombre de morts parmi les civils innocents dans le monde entier.

Plus de violence à venir ?

Cette campagne du Hamas peut entraîner des pertes massives dans la population palestinienne. Il est non moins probable que la condamnation des médias, des organisations internationales et des groupes de défense des droits de l’homme va se généraliser. Ceux qui ont un agenda anti-américain et anti-israélien lieront inévitablement cette violence à la décision du président Trump d’ouvrir l’ambassade américaine à Jérusalem.

Action future

La nouvelle tactique du Hamas a eu beaucoup de succès en dressant contre Israël des personnalités de la communauté internationale et en endommageant sa réputation. Il est probable que les effets continueront à se faire sentir longtemps après la fin de cette vague de violence.

Il faut s’attendre à des condamnations supplémentaires de la part d’acteurs internationaux, tels que les divers organismes des Nations Unies, ainsi que des rapports spécifiques produits par des rapporteurs spéciaux des Nations Unies. Des tentatives d’inciter le Procureur de la CPI à examiner ces incidents auront lieu, ainsi que des initiatives de procédures judiciaires lancées par différents États (en utilisant la « compétence universelle ») pour tenter de diffamer et même d’arrêter des responsables militaires et des politiciens israéliens.

Inévitablement, le Hamas et d’autres groupes palestiniens vont renouveler cette tactique à l’avenir. Pour atténuer cela, Israël se prépare à renforcer la frontière de Gaza pour rendre toute tentative de pénétration plus difficile sans recourir à la force létale. (Ils travaillent déjà sur une barrière souterraine pour empêcher la pénétration par effet tunnel.) Cependant, il s’agit d’un projet à long terme et la possibilité d’étanchéifier la frontière au point de la rendre impénétrable demande à être clarifiée.

En outre, Tsahal porte aujourd’hui une attention accrue aux armes non létales. Mais en dépit d’importantes recherches menées au plan international, aucun système viable et efficace ne peut fonctionner dans de telles circonstances.

Les amis et alliés d’Israël peuvent agir pour contrer la propagande anti-israélienne du Hamas, et faire pression sur les dirigeants politiques, les groupes de défense des droits de l’homme, les organisations internationales et les médias pour éviter une fausse condamnation d’Israël ; il faut également lutter contre les réclamations d’une action internationale comme d’une enquête unilatérale des Nations Unies et ses résolutions. Un tel rejet, de préférence accompagné d’une forte condamnation de la tactique violente du Hamas, pourrait contribuer à décourager l’utilisation de tels plans d’action. Bien entendu, face à un agenda anti-israélien aussi profondément enraciné, de telles recommandations sont plus faciles à formuler qu’à mettre en pratique.

Le colonel Richard Kemp commandait les forces britanniques en Irlande du Nord, en Afghanistan, en Irak et dans les Balkans. Cette analyse a été publiée à l’origine sur le site Web de HIGH LEVEL MILITARY GROUP. Elle est reproduite ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Voir aussi:

Falling for Hamas’s Split-Screen Fallacy

Matti Friedman

Mr. Friedman, a journalist, is the author of the memoir “Pumpkinflowers: A Soldier’s Story of a Forgotten War.”

JERUSALEM — During my years in the international press here in Israel, long before the bloody events of this week, I came to respect Hamas for its keen ability to tell a story.

At the end of 2008 I was a desk editor, a local hire in The Associated Press’s Jerusalem bureau, during the first serious round of violence in Gaza after Hamas took it over the year before. That conflict was grimly similar to the American campaign in Iraq, in which a modern military fought in crowded urban confines against fighters concealed among civilians. Hamas understood early that the civilian death toll was driving international outrage at Israel, and that this, not I.E.D.s or ambushes, was the most important weapon in its arsenal.

Early in that war, I complied with Hamas censorship in the form of a threat to one of our Gaza reporters and cut a key detail from an article: that Hamas fighters were disguised as civilians and were being counted as civilians in the death toll. The bureau chief later wrote that printing the truth after the threat to the reporter would have meant “jeopardizing his life.” Nonetheless, we used that same casualty toll throughout the conflict and never mentioned the manipulation.

Hamas understood that Western news outlets wanted a simple story about villains and victims and would stick to that script, whether because of ideological sympathy, coercion or ignorance. The press could be trusted to present dead human beings not as victims of the terrorist group that controls their lives, or of a tragic confluence of events, but of an unwarranted Israeli slaughter. The willingness of reporters to cooperate with that script gave Hamas the incentive to keep using it.

The next step in the evolution of this tactic was visible in Monday’s awful events. If the most effective weapon in a military campaign is pictures of civilian casualties, Hamas seems to have concluded, there’s no need for a campaign at all. All you need to do is get people killed on camera. The way to do this in Gaza, in the absence of any Israeli soldiers inside the territory, is to try to cross the Israeli border, which everyone understands is defended with lethal force and is easy to film.

About 40,000 people answered a call to show up. Many of them, some armed, rushed the border fence. Many Israelis, myself included, were horrified to see the number of fatalities reach 60.

Most Western viewers experienced these events through a visual storytelling tool: a split screen. On one side was the opening of the American embassy in Jerusalem in the presence of Ivanka Trump, evangelical Christian allies of the White House and Israel’s current political leadership — an event many here found curious and distant from our national life. On the other side was the terrible violence in the desperately poor and isolated territory. The juxtaposition was disturbing.

The attempts to breach the Gaza fence, which Palestinians call the March of Return, began in March and have the stated goal of erasing the border as a step toward erasing Israel. A central organizer, the Hamas leader Yehya Sinwar, exhorted participants on camera in Arabic to “tear out the hearts” of Israelis. But on Monday the enterprise was rebranded as a protest against the embassy opening, with which it was meticulously timed to coincide. The split screen, and the idea that people were dying in Gaza because of Donald Trump, was what Hamas was looking for.

The press coverage on Monday was a major Hamas success in a war whose battlefield isn’t really Gaza, but the brains of foreign audiences.

Israeli soldiers facing Gaza have no good choices. They can warn people off with tear gas or rubber bullets, which are often inaccurate and ineffective, and if that doesn’t work, they can use live fire. Or they can hold their fire to spare lives and allow a breach, in which case thousands of people will surge into Israel, some of whom — the soldiers won’t know which — will be armed fighters. (On Wednesday a Hamas leader, Salah Bardawil, told a Hamas TV station that 50 of the dead were Hamas members. The militant group Islamic Jihad claimed three others.) If such a breach occurs, the death toll will be higher. And Hamas’s tactic, having proved itself, would likely be repeated by Israel’s enemies on its borders with Syria and Lebanon.

Knowledgeable people can debate the best way to deal with this threat. Could a different response have reduced the death toll? Or would a more aggressive response deter further actions of this kind and save lives in the long run? What are the open-fire orders on the India-Pakistan border, for example? Is there something Israel could have done to defuse things beforehand?

These are good questions. But anyone following the response abroad saw that this wasn’t what was being discussed. As is often the case where Israel is concerned, things quickly became hysterical and divorced from the events themselves. Turkey’s president called it “genocide.” A writer for The New Yorker took the opportunity to tweet some of her thoughts about “whiteness and Zionism,” part of an odd trend that reads America’s racial and social problems into a Middle Eastern society 6,000 miles away. The sicknesses of the social media age — the disdain for expertise and the idea that other people are not just wrong but villainous — have crept into the worldview of people who should know better.

For someone looking out from here, that’s the real split-screen effect: On one side, a complicated human tragedy in a corner of a region spinning out of control. On the other, a venomous and simplistic story, a symptom of these venomous and simplistic times.

Voir encore:

The cacophony that accompanies every upsurge in the Israeli-Palestinian conflict can make it seem impossible for outsiders to sort out the facts. Recent events in Gaza are no exception. The shrillest voices on each side are already offering their own mutually exclusive narratives that acknowledge some realities while scrupulously avoiding others.

But while certain facts about Gaza may be inconvenient for the loudest partisans on either side, they should not be inconvenient to the rest of us.

To that end, here are 13 complicated, messy, true things about what has been happening in Gaza. They do not conform to one political narrative or another, and they do not attempt to conclusively apportion all blame. Try, as best you can, to hold them all in your mind at the same time.

1. The protests on Monday were not about President Donald Trump moving the U.S. Embassy to Jerusalem, and have in fact been occurring weekly on the Gaza border since March. They are part of what the demonstrators have dubbed “The Great March of Return”—return, that is, to what is now Israel. (The Monday demonstration was scheduled months ago to coincide with Nakba Day, an annual occasion of protest; it was later moved up 24 hours to grab some of the media attention devoted to the embassy.) The fact that these long-standing Palestinian protests were mischaracterized by many in the media as simply a response to Trump obscured two disquieting realities: First, that the world has largely dismissed the genuine plight of Palestinians in Gaza, only bothering to pay attention to it when it could be tenuously connected to Trump. Second, that many Palestinians do not simply desire their own state and an end to the occupation and settlements that began in 1967, but an end to the Jewish state that began in 1948.

2. The Israeli blockade of Gaza goes well beyond what is necessary for Israel’s security, and in many cases can be capricious and self-defeating. Import and export restrictions on food and produce have seesawed over the years, with what is permitted one year forbidden the next, making it difficult for Gazan farmers to plan for the future. Restrictions on movement between Gaza, the West Bank, and beyond can be similarly overbroad, preventing not simply potential terrorist operatives from traveling, but families and students. In one of the more infamous instances, the U.S. State Department was forced to withdraw all Fulbright awards to students in Gaza after Israel did not grant them permission to leave. Today, official policy bars Gazans from traveling abroad unless they commit to not returning for a full year. It is past time that these issues be addressed, as outlined in part in a new letter from several prominent senators, including Bernie Sanders and Elizabeth Warren.

3. Hamas, which controls the Gaza Strip, is an authoritarian, theocratic regime that has called for Jewish genocide in its charter, murdered scores of Israeli civilians, repressed Palestinian women, and harshly persecuted religious and sexual minorities. It is a designated terrorist group by the United States, Canada, and the European Union.

4. The overbearing Israeli blockade has helped impoverish Gaza. So has Hamas’s utter failure to govern and provide for the basic needs of the enclave’s people. Whether it has been spending its manpower and millions of dollars on subterranean attack tunnels into Israel—including under United Nations schools for Gaza’s children—or launching repeated messianic military operations against Israel, the terrorist group has consistently prioritized the deaths of Israelis over the lives of its Palestinian brethren.

5. Many of the thousands of protesters on the Gaza border, both on Monday and in weeks previous, were peaceful and unarmed, as anyone looking at the photos and videos of the gatherings can see.

6. Hamas manipulated many of these demonstrators into unwittingly rushing the Israeli border fence under false pretenses in order to produce injuries and fatalities. As the New York Times reported, “After midday prayers, clerics and leaders of militant factions in Gaza, led by Hamas, urged thousands of worshipers to join the protests. The fence had already been breached, they said falsely, claiming Palestinians were flooding into Israel.” Similarly, the Washington Post recounted how “organizers urged protesters over loudspeakers to burst through the fence, telling them Israeli soldiers were fleeing their positions, even as they were reinforcing them.” Hamas has also publicly acknowledged deliberately using peaceful civilians at the protests as cover and cannon fodder for their military operations. “When we talk about ‘peaceful resistance,’ we are deceiving the public,” Hamas co-founder Mahmoud al-Zahar told an interviewer. “This is peaceful resistance bolstered by a military force and by security agencies.”

7. A significant number of the protesters were armed, which is how they did things like this:

Widely circulated Arabic instructions on Facebook directed protesters to “bring a knife, dagger, or gun if available” and to breach the Israeli border and kidnap civilians. (The posts have now been removed by Facebook for inciting violence but a cached copy can be viewed here.) Hamas further incentivized violence by providing payments to those injured and the families of those killed. Both Hamas and the Islamic Jihad terror group have since claimed many of those killed as their own operatives and posted photos of them in uniform. On Wednesday, Hamas Political Bureau member Salah Al-Bardawil announced that 50 of the 62 fatalities were Hamas members.

Contrary to certain Israeli talking points, however, these facts do not automatically justify any particular Israeli response or every Palestinian casualty or injury. They simply establish the reality of the threat.

8. It is facile to argue that Gazans should be protesting Hamas and its misrule instead of Israel. One, it is not a binary choice, as both actors have contributed to Gaza’s misery. Two, as the BBC’s Julia MacFarlane recalled from her time covering Gaza, any public dissent against Hamas is perilous: “A boy I met in Gaza during the 2014 war was dragged from his bed at midnight, had his kneecaps shot off in a square and was told next time it would be axes—for an anti-Hamas Facebook post.” The group has publicly executed those it deems “collaborators” and broken up rare protests with gunfire. Likewise, Gazans cannot “vote Hamas out” because Hamas has not permitted elections since it won them and took power in 2006. The group fares poorly in the polls today, but Gazans have no recourse for expressing their dissatisfaction. Protesting Israel, however, is an outlet for frustration encouraged by Hamas.

9. In that regard, Hamas has worked to increase chaos and casualties stemming from the protests by allowing rioters to repeatedly set fire to the Kerem Shalom crossing, Gaza’s main avenue for international and humanitarian aid, and by turning back trucks of needed food and supplies from Israel.

10. A lot of what you’re seeing on social media about what is transpiring in Gaza isn’t actually true. For instance, a video of a Palestinian “martyr” allegedly moving under his shroud that is circulating in pro-Israel circles is actually a 4-year old clip from Egypt. Likewise, despite the claims of viral tweets and the Hamas-run Gaza Health Ministry that were initially parroted by some in the media, Israel did not actually kill an 8-month old baby with tear gas. The Gazan doctor who treated her told the Associated Press that she died from a preexisting heart condition, a fact belatedly picked up by the New York Times and Los Angeles Times. In the era of fake news, readers should be especially vigilant about resharing unconfirmed content simply because it confirms their biases.

11. There are constructive solutions to Gaza’s problems that would alleviate the plight of its Palestinian population while assuaging the security concerns of Israelis. However, these useful proposals do not go viral like angry tweets ranting about how Palestinians are all de facto terrorists or Israelis are the new Nazis, which is one reason why you probably have never heard of them.

12. A truly independent, respected inquiry into Israel’s tactics and rules of engagement in Gaza is necessary to ensure any abuses are punished and create internationally recognized guidelines for how Israel and other state actors should deal with these situations on their borders. The United Nations, which annually condemns Israel in its General Assembly and Human Rights Council more than all other countries combined, and whose notorious bias against Israel was famously condemned by Obama ambassador to the U.N., Samantha Power, clearly lacks the credibility to administer such an inquiry. Between America, Canada, and Europe, however, it should be possible to create one.

13. But because the entire debate around Israel’s conduct has been framed by absolutists who insist either that Israel is utterly blameless or that Israel is wantonly massacring random Palestinians for sport, a reasonable inquiry into what it did correctly and what it did not is unlikely to happen.

***

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Voir également:

Jerusalem Celebrates, Gaza Burns

On the night of May 14, the leading headline of The Washington Post said, “More than 50 killed in Gaza protests as U.S. opens its new embassy in Jerusalem.” Headlines of other newspapers were not much different.

There is no doubt the headlines were factually accurate. But so would a headline saying, “More than 50 killed in Gaza as the moon was a waning crescent,” or “More than 50 killed in Gaza as Arambulo named co-anchor of NBC4’s ‘Today in LA.’ ” Were they unbiased? Not quite. They suggested a causation: The U.S. opens an embassy and hence people get killed. But the causation is faulty: Gazans were killed last week, when the United States had not yet opened its embassy. Gazans were killed for a simple reason: Ignoring warnings, thousands of them decided to get too close to the Israeli border.

There are arguments one could make against President Donald Trump’s decision to move the American embassy to Jerusalem. People in Gaza getting killed is not one of them. A country such as the United States, a country such as Israel, cannot curb strategic decisions because of inconveniences such as demonstrations. Small things can be postponed to prevent anger. Small decisions can be altered to avoid violent incidents. But not important, historic moves.

At the end of this week, no matter the final tally of Gazans getting hurt, only one event will be counted as “historic.” The opening of a U.S. embassy in Jerusalem is a historic decision of great symbolic significance. Lives lost for no good reason in Gaza — as saddening as it is — is routine. Eleven years ago, on  May 16, 2007, I wrote this about Gaza: “The Gaza Strip is burning, drifting into chaos, turning into hell — and nobody seems to have a way out of this mess. Dozens of people were killed in Gaza in the last couple of weeks, the victims of lawlessness and power struggles between clans and families, gangsters and militias.” Sounds familiar? I assume it does. This is what routine looks like. This is what disregard for human life feels like. And that was 11 years to the week before a U.S. embassy was moved to Jerusalem.

Why were so many lives lost in Gaza? To give a straight answer, one must begin with the obvious: The Israel Defense Forces (IDF) has no interest in having more Gazans killed, yet its mission is not to save Gazans’ lives. Its mission — remember, the IDF is a military serving a country — is to defeat an enemy. And in the case of Gaza this past week, the meaning of this was preventing unauthorized, possibly dangerous people from crossing the fence separating Israel from the Gaza Strip.

As this column was written, the afternoon of May 15, the IDF had achieved its objective: No one was able to cross the border into Israel. The price was high. It was high for the Palestinians. Israel will get its unfair share of criticism from people who have nothing to offer but words of condemnation. This was also to be expected. And also to be ignored. Again, not because criticism means nothing, but rather because there are things of higher importance to worry about. Such as not letting unauthorized hostile people cross into Israel.

Of course, any bloodshed is regretful. Yet to achieve its objectives, the IDF had to use lethal force. Circumstances on the ground dictate using such measures. The winds made tear gas ineffective. The proximity of the border made it essential to stop Gazan demonstrators from getting too close, lest thousands of them flood the fence, thus forcing the IDF to use even more lethal means. Leaflets warned them not to go near the fence. Media outlets were used to clarify that consequences could be dire. Hence, an unbiased, sincere newspaper headline should have said, “More than 50 killed in Gaza while Hamas leaders ignored warnings.”

So, yes, Jerusalem celebrated while Gaza burned. Not because Gaza burned. And, yes, the U.S. moved its embassy while Gaza burned. But this is not what made Gaza burn.

It all comes down to legitimacy. Having embassies move to Jerusalem, Israel’s capital, is about legitimacy. Letting Israel keep the integrity of its borders is about legitimacy. President Donald Trump gained the respect and appreciation of Israelis because of his no-nonsense acceptance of a reality, and because of his no-nonsense rejection of delegitimization masqueraded as policy differences. A legitimate country is allowed to defend its border. A legitimate country is allowed to choose its capital.

Gaza’s Miseries Have Palestinian Authors
Bret Stephens

The New York Times
May 16, 2018

For the third time in two weeks, Palestinians in the Gaza Strip have set fire to the Kerem Shalom border crossing, through which they get medicine, fuel and other humanitarian essentials from Israel. Soon we’ll surely hear a great deal about the misery of Gaza. Try not to forget that the authors of that misery are also the presumptive victims.

There’s a pattern here — harm yourself, blame the other — and it deserves to be highlighted amid the torrent of morally blind, historically illiterate criticism to which Israelis are subjected every time they defend themselves against violent Palestinian attack.

In 1970, Israel set up an industrial zone along the border with Gaza to promote economic cooperation and provide Palestinians with jobs. It had to be shut down in 2004 amid multiple terrorist attacks that left 11 Israelis dead.

In 2005, Jewish-American donors forked over $14 million dollars to pay for greenhouses that had been used by Israeli settlers until the government of Ariel Sharon withdrew from the Strip. Palestinians looted dozens of the greenhouses almost immediately upon Israel’s exit.

In 2007, Hamas took control of Gaza in a bloody coup against its rivals in the Fatah faction. Since then, Hamas, Islamic Jihad and other terrorist groups in the Strip have fired nearly 10,000 rockets and mortars from Gaza into Israel — all the while denouncing an economic “blockade” that is Israel’s refusal to feed the mouth that bites it. (Egypt and the Palestinian Authority also participate in the same blockade, to zero international censure.)

In 2014 Israel discovered that Hamas had built 32 tunnels under the Gaza border to kidnap or kill Israelis. “The average tunnel requires 350 truckloads of construction supplies,” The Wall Street Journal reported, “enough to build 86 homes, seven mosques, six schools or 19 medical clinics.” Estimated cost of tunnels: $90 million.

Want to understand why Gaza is so poor? See above.

Which brings us to the grotesque spectacle along Gaza’s border over the past several weeks, in which thousands of Palestinians have tried to breach the fence and force their way into Israel, often at the cost of their lives. What is the ostensible purpose of what Palestinians call “the Great Return March”?

That’s no mystery. This week, The Times published an op-ed by Ahmed Abu Artema, one of the organizers of the march. “We are intent on continuing our struggle until Israel recognizes our right to return to our homes and land from which we were expelled,” he writes, referring to homes and land within Israel’s original borders.

His objection isn’t to the “occupation” as usually defined by Western liberals, namely Israel’s acquisition of territories following the 1967 Six Day War. It’s to the existence of Israel itself. Sympathize with him all you like, but at least notice that his politics demand the elimination of the Jewish state.

Notice, also, the old pattern at work: Avow and pursue Israel’s destruction, then plead for pity and aid when your plans lead to ruin.

The world now demands that Jerusalem account for every bullet fired at the demonstrators, without offering a single practical alternative for dealing with the crisis.

But where is the outrage that Hamas kept urging Palestinians to move toward the fence, having been amply forewarned by Israel of the mortal risk? Or that protest organizers encouraged women to lead the charges on the fence because, as The Times’s Declan Walsh reported, “Israeli soldiers might be less likely to fire on women”? Or that Palestinian children as young as 7 were dispatched to try to breach the fence? Or that the protests ended after Israel warned Hamas’s leaders, whose preferred hide-outs include Gaza’s hospital, that their own lives were at risk?

Elsewhere in the world, this sort of behavior would be called reckless endangerment. It would be condemned as self-destructive, cowardly and almost bottomlessly cynical.

The mystery of Middle East politics is why Palestinians have so long been exempted from these ordinary moral judgments. How do so many so-called progressives now find themselves in objective sympathy with the murderers, misogynists and homophobes of Hamas? Why don’t they note that, by Hamas’s own admission, some 50 of the 62 protesters killed on Monday were members of Hamas? Why do they begrudge Israel the right to defend itself behind the very borders they’ve been clamoring for years for Israelis to get behind?

Why is nothing expected of Palestinians, and everything forgiven, while everything is expected of Israelis, and nothing forgiven?

That’s a question to which one can easily guess the answer. In the meantime, it’s worth considering the harm Western indulgence has done to Palestinian aspirations.

No decent Palestinian society can emerge from the culture of victimhood, violence and fatalism symbolized by these protests. No worthy Palestinian government can emerge if the international community continues to indulge the corrupt, anti-Semitic autocrats of the Palestinian Authority or fails to condemn and sanction the despotic killers of Hamas. And no Palestinian economy will ever flourish through repeated acts of self-harm and destructive provocation.

If Palestinians want to build a worthy, proud and prosperous nation, they could do worse than try to learn from the one next door. That begins by forswearing forever their attempts to destroy it.

For the third time in two weeks, Palestinians in the Gaza Strip have set fire to the Kerem Shalom border crossing, through which they get medicine, fuel and other humanitarian essentials from Israel. Soon we’ll surely hear a great deal about the misery of Gaza. Try not to forget that the authors of that misery are also the presumptive victims.

There’s a pattern here — harm yourself, blame the other — and it deserves to be highlighted amid the torrent of morally blind, historically illiterate criticism to which Israelis are subjected every time they defend themselves against violent Palestinian attack.

In 1970, Israel set up an industrial zone along the border with Gaza to promote economic cooperation and provide Palestinians with jobs. It had to be shut down in 2004 amid multiple terrorist attacks that left 11 Israelis dead.

In 2005, Jewish-American donors forked over $14 million dollars to pay for greenhouses that had been used by Israeli settlers until the government of Ariel Sharon withdrew from the Strip. Palestinians looted dozens of the greenhouses almost immediately upon Israel’s exit.

Notice, also, the old pattern at work: Avow and pursue Israel’s destruction, then plead for pity and aid when your plans lead to ruin.

The world now demands that Jerusalem account for every bullet fired at the demonstrators, without offering a single practical alternative for dealing with the crisis.

But where is the outrage that Hamas kept urging Palestinians to move toward the fence, having been amply forewarned by Israel of the mortal risk? Or that protest organizers encouraged women to lead the charges on the fence because, as The Times’s Declan Walsh reported, “Israeli soldiers might be less likely to fire on women”? Or that Palestinian children as young as 7 were dispatched to try to breach the fence? Or that the protests ended after Israel warned Hamas’s leaders, whose preferred hide-outs include Gaza’s hospital, that their own lives were at risk?

Elsewhere in the world, this sort of behavior would be called reckless endangerment. It would be condemned as self-destructive, cowardly and almost bottomlessly cynical.

The mystery of Middle East politics is why Palestinians have so long been exempted from these ordinary moral judgments. How do so many so-called progressives now find themselves in objective sympathy with the murderers, misogynists and homophobes of Hamas? Why don’t they note that, by Hamas’s own admission, some 50 of the 62 protesters killed on Monday were members of Hamas? Why do they begrudge Israel the right to defend itself behind the very borders they’ve been clamoring for years for Israelis to get behind?

Why is nothing expected of Palestinians, and everything forgiven, while everything is expected of Israelis, and nothing forgiven?

That’s a question to which one can easily guess the answer. In the meantime, it’s worth considering the harm Western indulgence has done to Palestinian aspirations.

No decent Palestinian society can emerge from the culture of victimhood, violence and fatalism symbolized by these protests. No worthy Palestinian government can emerge if the international community continues to indulge the corrupt, anti-Semitic autocrats of the Palestinian Authority or fails to condemn and sanction the despotic killers of Hamas. And no Palestinian economy will ever flourish through repeated acts of self-harm and destructive provocation.

If Palestinians want to build a worthy, proud and prosperous nation, they could do worse than try to learn from the one next door. That begins by forswearing forever their attempts to destroy it.

Voir par ailleurs:

Un haut responsable du Hamas a affirmé mercredi que la très grande majorité des Palestiniens tués cette semaine lors de manifestations et heurts avec l’armée israélienne dans la bande de Gaza appartenaient au mouvement islamiste, qui dirige l’enclave.

L’armée et le gouvernement israéliens, confrontés à une vague de réprobation après la mort de 59 Palestiniens sous des tirs israéliens lundi, se sont saisis de ces propos pour contester le caractère pacifique des évènements et maintenir que ceux-ci étaient orchestrés par le Hamas.

Des milliers de Palestiniens ont débuté le 30 mars dans la bande de Gaza un mouvement de plus de six semaines contre le blocus israélien et pour le droit des Palestiniens à revenir sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création d’Israël en 1948.

Les violences de lundi ont coïncidé avec l’inauguration controversée à Jérusalem de la nouvelle ambassade américaine, démarche qui a rompu avec des décennies de consensus international.

Le Guatemala a également inauguré mercredi à Jérusalem sa nouvelle ambassade en Israël, s’attirant la colère de la direction palestinienne qui a accusé le gouvernement guatémaltèque de se placer du côté des « crimes de guerre israéliens ».

« Agression israélienne »

Les violences à Gaza lundi, journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis 2014, ont continué à susciter l’inquiétude ou la colère à l’étranger.

Le pape François s’est dit « très préoccupé par l’escalade des tensions en Terre Sainte » et le président russe Vladimir Poutine a appelé à « renoncer à la violence ». Les ministres arabes des Affaires étrangères devaient tenir jeudi au Caire une réunion extraordinaire sur « l’agression israélienne contre le peuple palestinien ».

La tension est retombée dans la bande de Gaza à la veille du ramadan, le mois de jeûne musulman, mais la situation demeure hautement volatile.

Des chars israéliens ont frappé plusieurs positions du Hamas dans la bande de Gaza, en réponse à des tirs d’armes à feu, a dit notamment l’armée.

Le Hamas a dit soutenir la mobilisation, tout en assurant qu’elle émanait de la société civile et qu’elle était pacifique.

L’armée israélienne accuse de son côté le Hamas, qu’il considère comme « terroriste », de s’être servi du mouvement pour mêler à la foule des hommes armés ou disposer des engins explosifs le long de frontière.

Elle assure n’avoir fait que défendre les frontières, ses soldats et les civils contre une éventuelle infiltration de Palestiniens susceptibles de s’attaquer aux populations riveraines de l’enclave ou de prendre un otage.

Après la mort par balles des Palestiniens, Israël s’est retrouvé en butte aux condamnations et aux appels à une enquête indépendante.

Dans ce contexte, Salah al-Bardaouil, haut responsable du Hamas, a déclaré à une télévision palestinienne que 50 des 62 Palestiniens tués lundi mais aussi mardi appartenaient au mouvement islamiste.

La vérité « dévoilée »

« Cinquante des martyrs (des morts) étaient du Hamas, et 12 faisaient partie du reste de la population », a-t-il dit, interrogé sur les critiques selon lesquelles le Hamas tirait profit de la mobilisation. « Comment le Hamas pourrait-il récolter les fruits (du mouvement) alors qu’il a payé un prix aussi élevé », a-t-il demandé.

Il n’a pas fourni de détails sur l’appartenance de ces Palestiniens à la branche armée ou politique du Hamas, ni sur les circonstances dans lesquelles ils avaient été tués.

Salah al-Bardaouil « dévoile la vérité », a tweeté un porte-parole du gouvernement israélien, Ofir Gendelman, « ce n’était pas une manifestation pacifique, mais une opération du Hamas ».

« Nous avons les mêmes chiffres », a lancé de son côté le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avertissant que son pays continuerait « à se défendre par tous les moyens nécessaires ».

Un porte-parole du Hamas, Fawzy Barhoum, et un autre haut responsable, Bassem Naim, se sont gardés de confirmer les informations de M. Bardaouil. Le Hamas paie les funérailles de tous, « qu’ils soient membres ou supporters du Hamas, ou pas », a dit M. Barhoum.

Il est « naturel de voir de nombreux membres ou supporters du Hamas » à une telle manifestation, a dit M. Naim, en faisant référence à la forte présence du Hamas dans toutes les couches de la société. Ceux qui ont été tués « participaient pacifiquement » au mouvement, a-t-il assuré.

Sur la chaîne de télévision Al-Jazeera, l’homme fort du Hamas, Yahya Sinouar, a prévenu: « si le blocus (israélien à Gaza) continue, nous n’hésiterons pas à recourir à la résistance militaire ».

Voir de même:

Gaza, le massacre des oubliés

EDITO. Ce qui vient de se passer à Gaza est un rappel à l’ordre, tragique, à une communauté internationale qui a abandonné le peuple palestinien.

Sara Daniel

Pendant qu’une petite fille palestinienne mourait d’avoir inhalé des gaz lacrymogènes à Gaza, à Jérusalem, à moins d’une heure et demie de là par la route, on sablait le champagne, lundi, pour fêter le déménagement de l’ambassade américaine.

Malgré les snipers israéliens, les Gazaouis auront donc continué à se presser devant la clôture de séparation de cette prison maudite et à ciel ouvert que représente l’enclave de Gaza, honte d’Israël et de la communauté internationale, pour achever la « Marche du grand retour », entamée le 30 mars et censée se conclure ce 15 mai. Une marche pour réclamer les terres perdues au moment de la création d’Israël, il y a soixante-dix ans, mais surtout la fin du blocus israélo-égyptien qui étouffe Gaza.

Au cours de ce lundi noir, 59 personnes ont été tuées, et plus de 2.400 ont été blessées par balles.

Une violence inouïe et inutile

Encore une fois le conflit israélo-palestinien a joué la guerre des images, au cours de ce jour si symbolique. Les Israéliens fêtaient les 70 ans de la naissance de leur Etat, le miracle de son existence, l’incroyable longévité de ce confetti minuscule entouré de nations hostiles. Les Palestiniens commémoraient, eux, leur « catastrophe », leur Nakba, qui les a poussés sur les routes de l’exil, dans l’indifférence d’une communauté internationale lassée par un conflit interminable, happée par d’autres hécatombes plus pressantes.

C’est avec cette Marche que les Gazaouis ont tenté de revenir sur la carte des préoccupations mondiales et de rappeler leur agonie à un monde qui les oublie. Pendant ce temps, Israéliens, Américains, Saoudiens et Egyptiens célèbrent leur alliance sur le dos de ces vaincus de l’histoire, les pressant d’accepter un accord, ce que Donald Trump a appelé le « deal ultime », dont les contours sont encore flous mais dont on peut être certain qu’il entérinerait leur déroute.

Mais pourquoi les Israéliens ont-ils cédé à cette violence inouïe et inutile alors que, de leur aveu même, le vrai sujet de leurs inquiétudes était le front du Nord avec le Hezbollah et l’Iran ? Est-ce l’hubris des vainqueurs ? En tout cas, Israël n’a pas entendu l’avertissement de Houda Naim, députée du Hamas.

« Nous considérons que ces marches pacifiques sont aujourd’hui le meilleur moyen d’atteindre les points faibles de notre ennemi », disait-elle au début du mouvement.

Une population excédée, désespérée

Dans le même esprit que les campagnes BDS qui prônent le boycott de produits israéliens, la nouvelle génération de militants a pensé que c’était par cette approche non violente dans la filiation de Gandhi que la cause palestinienne aurait une chance de revenir sur le devant de la scène internationale.

Alors, les manifestants ont-ils été manipulés par leurs organisations politiques ? La question est obscène lorsque que la marche, commencée il y a six semaines, a déjà fait plus de 100 morts. Bien sûr, le Hamas, débordé par cette manifestation civile et pacifique, a rejoint le mouvement. A-t-il encouragé les Gazaouis à provoquer les soldats israéliens, les conduisant à une mort certaine ? Peut-être, et le gouvernement israélien l’affirmera. Mais cela ne suffirait pas à expliquer la détermination d’une population excédée, désespérée par ses conditions d’existence. Ce qui vient de se passer à Gaza est un rappel à l’ordre, tragique, à une communauté internationale qui a abandonné ce peuple palestinien à la brutalité israélienne, à l’incurie de ses dirigeants engagés dans une guerre fratricide, à ses alliés arabes historiquement défaillants, à son sort dont nous portons tous la responsabilité.

Voir enfin:

Danger in overreacting to Santa Fe school shooting

School shootings, however horrific, are not the new normal. Santa Fe killings are part of a bloody contagion that will pass.

James Alan Fox

USA Today

May 18, 2018

Today’s ghastly shooting at a high school in Santa Fe, Texas, claiming the lives of at least 10 victims, has many Americans, including President Trump, wondering when and how the carnage will cease. Coming on the heels of two other multiple fatality school massacres earlier this year, it is no wonder that many are seeing this type of random gun violence as the “new normal.”

Amidst the national mourning for the many innocent lives lost in these senseless shooting sprees, it is critical not to overreact and overrespond to the menacing acts of a few. It is, of course, of little comfort to those families and communities impacted in Santa Fe as well as Parkland, Florida, and Benton, Kentucky, but this is not routine. Schools are not under siege. Rather, this more likely reflects a short-term contagion effect in which angry dispirited youngsters are inspired by others whose violent outbursts serve as fodder for national attention. That should subside once we stop obsessing over the risk.

History provides an important lesson about how crime contagions arise and eventually play themselves out. Over the five-year time span from 1997 through 2001, America witnessed seven multiple-fatality school rampages with a combined 32 killed and 85 others injured, more such incidents and casualties than during the past five years.

Following the March 2001 massacre at a high school in Santee, California, the venerable Dan Rather declared school shootings an “epidemic.” Then, after the September 11, 2001 terrorist attack on America, the nation turned its attention to a very different kind of threat, and the school shooting “epidemic” disappeared.

Summertime will soon bring a natural break to the heightened concern over school shootings. Hopefully, come September, we can deal with the underlying issues facing alienated adolescents who seek to follow in the bloody footsteps of their undeserving heroes, without inadvertently fueling the contagion of bloodshed.

Many observers have expressed concern for the excessive attention given to mass shooters of today and the deadliest of yesteryear. CNN’s Anderson Cooper has campaigned against naming names of mass shooters, and 147 criminologists, sociologists, psychologists and other human-behavior experts recently signed on to an open letter urging the media not to identify mass shooters or display their photos.

While I appreciate the concern for name and visual identification of mass shooters for fear of inspiring copycats as well as to avoid insult to the memory of those they slaughtered, names and faces are not the problem. It is the excessive detail — too much information — about the killers, their writings, and their backgrounds that unnecessarily humanizes them. We come to know more about them — their interests and their disappointments — than we do about our next door neighbors. Too often the line is crossed between news reporting and celebrity watch.

At the same time, we focus far too much on records. We constantly are reminded that some shooting is the largest in a particular state over a given number of years, as if that really matters. Would the massacre be any less tragic if it didn’t exceed the death toll of some prior incident? Moreover, we are treated to published lists of the largest mass shootings in modern US history. For whatever purpose we maintain records, they are there to be broken and can challenge a bitter and suicidal assailant to outgun his violent role models.

Although the spirited advocacy of students around the country regarding gun control is to be applauded, we need to keep some perspective about the risk. Slogans like, “I want to go to my graduation, not to my grave,” are powerful, yet hyperbolic.

As often said, even one death is one too many, and we need to take the necessary steps to protect children, including expanded funding for school teachers and school psychologists. Still, despite the occasional tragedy, our schools are safe, safer than they have been for decades.

James Alan Fox is the Lipman Professor of Criminology, Law and Public Policy at Northeastern University, a member of USA TODAY’s Board of Contributors and co-author of Extreme Killing: Understanding Serial and Mass Murder.


Terrorisme: Cet islam qui tue (Unsafe at any speed: why after decades and tens of thousands of wrongful deaths and injuries should we let Islam Inc. brazenly play on with our safety ?)

24 mars, 2018
/terrorism map
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Jésus (Jean 15: 13)
Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts. Ce, parce qu’ils ont désobéi à Allah et à Son messager. Le Coran (8: 12-13)
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Aujourd’hui, en Occident, nous faisons montre d’une certaine réticence à engager toute notre force militaire dans une guerre pour ne pas être taxés d’impérialisme; nous hésitons même à garantir nos frontières pour ne pas paraitre racistes. Ne voulant non plus paraitre xénophobes, nous faisons, également, preuve d’une réticence certaine à demander l’assimilation des nouveaux immigrés. Nous souffrons de voir l’enseignement donner la primauté à la civilisation occidentale : foin de la suprématie! L’Occident, de nos jours, vit sur la défensive, et, pour assurer la légitimité de ses sociétés actuelles, doit constamment se dissocier des péchés de son passé, tels le racisme, l’exploitation économique, l’impérialisme, etc. Son manque d’assurance empêche l’Ouest de voir les Palestiniens tels qu’ils sont. Il vaut mieux les voir tels qu’ils se présentent eux-mêmes, en peuple « occupé », privé de sa souveraineté et de sa simple dignité humaine par un pays de colonisateurs occidentaux et blancs. L’Occident ne voulant pas être qualifié de raciste, ne s’oppose donc pas à cette caractérisation « néo-coloniale ». Notre problème d’Occidentaux se comprend et s’explique : nous ne voulons pas perdre plus de notre autorité morale. Nous choisissons donc de fermer les yeux et d’ignorer par exemple que ce ne sont pas des doléances légitimes qui poussent les Palestiniens ainsi qu’une grande partie du Moyen-Orient au militantisme et à la guerre, mais bien un sentiment d’infériorité intériorisé. Que les Palestiniens se trouvent comblés en devenant une nation souveraine et indépendante avec une capacité nucléaire en sus, cela ne les empêchera pas de se réveiller le lendemain toujours hantés par ce sentiment d’infériorité. Que ce soit pour le meilleur ou pour le pire, l’homme s’évalue maintenant par sa modernité. Et la haine est le moyen le plus rapide pour masquer son infériorité. Le problème, « ce sont les autres et pas moi! ». Victimisé, j’atteins une grandeur morale et humaine. Peu importe l’intelligence et la modernité de mon ennemi, à moi l’innocence qui caractérise les victimes. Même pauvre, mes mains restent propres. Mon sous- développement et ma pauvreté témoignent de ma supériorité morale, alors que la richesse de mon ennemi est la preuve de son inhumanité. En d’autres termes, ma haine remplace mon amour-propre. Ce qui expliquerait pourquoi Yasser Arafat a rejeté l’offre d’Ehud Barak à « Camp David » en l’an 2000, alors que ce dernier offrait au premier plus de 90% des exigences des Palestiniens. Accepter cette offre aurait signifié renoncer à la haine, à sa consolation et à sa signification profonde. Les Palestiniens et par extension, la plupart des Musulmans auraient été forcés de se confronter à leur infériorité à l’égard de la modernité. Arafat savait fort bien que, sans la haine vis à vis des Juifs, le monde musulman perdrait la cohésion qui le définit. Il a donc dit non à la paix. Que ce soit dans les banlieues de Paris et de Londres, à Kaboul ou Karachi, dans le quartier du Queens à New York ou bien à Gaza, cette réticence du monde musulman, cette attirance pour les consolations qu’offre la haine, représentent l’un des plus graves problèmes du monde actuel. Si le monde musulman ne peut se définir par sa ferveur pour la haine, celle-ci est bien devenue sa drogue, son opium qui le console de sa concurrence avec l’Occident, un Occident qui, impuissant face à ce problème difficile à résoudre, ne trouve rien de mieux que de réprimander Israël en le prenant comme bouc-émissaire. Ainsi s’exprime notre propre vulnérabilité. Shelby Steele
Avec l’aide de Dieu, ce sommet marquera le début de la fin pour ceux qui pratiquent la terreur et répandent leur vile croyance. Les leaders religieux doivent être très clairs là-dessus: la barbarie n’apportera aucune gloire, l’adoration du mal ne vous apportera aucune dignité. Si vous choisissez le chemin de la terreur, votre vie sera vide, votre vie sera courte et votre âme sera condamnée à l’enfer. Chaque pays de cette région a un devoir absolu de s’assurer que les terroristes ne trouvent aucun abri sur leur sol. Cela veut dire affronter honnêtement la crise de l’extrémisme islamique et les groupes terroristes islamiques qu’il inspire. Et cela veut dire aussi se dresser ensemble contre le meurtre d’innocents musulmans, l’oppression des femmes, la persécution des juifs, et le massacre des chrétiens. Un meilleur futur n’est possible que si vos nations se débarrassent du terrorisme et des extrémistes. Jetez les dehors. Jetez-les hors de vos lieux de culte. Jetez-les hors de vos communautés. Jetez-les hors de vos terres saintes, et jetez-les hors de cette terre. Donald Trump
As the six-week trial revealed, the Palestinian Authority provided backing for terrorists—and continues to do so today. Palestinian military and intelligence officials, Mr. Yalowitz calculated, spend $50 million a year to keep terrorists on the payroll while they are held in Israeli jails. The Palestinian government also awards “martyr payments” to the families of suicide bombers. Monday’s verdict comes as something of a vindication for the family of Leon Klinghoffer, the wheelchair-bound American who in 1985 was murdered by Palestine Liberation Organization terrorists aboard the hijacked Italian cruise liner Achille Lauro. The Klinghoffer family filed a lawsuit, but U.S. federal courts had no jurisdiction over acts of terrorism outside the country. The case was dropped, and the PLO settled with the Klinghoffers out of court for an undisclosed sum in 1997. The 1992 Anti-Terrorism Act provides federal courts “with an explicit grant of jurisdiction over international terrorism” and a private right of action for “any national of the United States injured in his or her person, property, or business by reason of an act of international terrorism.” The act also has the virtue of allowing American citizens to assign blame for supporting terrorism, even if politicians are reluctant to do so. Jessica Kasmer-Jacob
Les événements dont nous sommes témoins sont la conséquence prévisible de décennies de propagande, d’une part, et de laxisme, de l’autre. Un affrontement est imminent à l’échelle mondiale. L’avancée rapide des mouvements terroristes, qui tuent dans des buts à la fois politiques et religieux, est en train de provoquer des vocations chez un nombre effarant de jeunes. Chaque attentat procure aux islamistes une publicité effrénée qui fait rêver beaucoup d’adolescents, partout dans le monde. Qui peut leur faire comprendre qu’ils sont exploités quand ils acceptent de se transformer en bombes humaines? (…) En 2005, un ancien directeur de la CIA évaluait les sommes dépensées par l’Arabie saoudite en prosélytisme wahhabite dans le monde, à 90 milliards de dollars. Ceci, sans compter l’argent versé à des organisations terroristes, comme celle de Ben Laden à ses débuts, ou celui utilisé pour tenter de déstabiliser d’autres pays, influer sur leurs élections et acheter leurs politiciens. Ce n’est pas grand-chose pour la dynastie saoudienne, qui exporte, chaque jour, 10 millions de barils de pétrole brut. Cela lui procurait 1,5 milliard de dollars par jour quand le baril était à 150 dollars (en 2014). Maintenant que le baril est à 50 dollars, elle encaisse 500 millions par jour. Et elle laisse le peuple saoudien dans la pauvreté. Depuis les années 2000, d’autres pays financent l’islamisme dans le monde, notamment le Qatar qui tire d’énormes revenus de l’exportation de son gaz naturel. (…) Les islamistes, comme Ben Laden et Baghdadi, sont francs et vous montrent le couteau. Les islamistes «polis» enveloppent des lames de rasoir dans des gâteaux à la crème. (…) Daech a promis de faire du Vatican une mosquée, de prendre la Maison-Blanche et de remplir de sang les rues de Paris et de Londres. Pour atteindre ce but, tous les moyens sont bons. L’immigration illégale en masse est, peut-être, l’un de ces moyens. Les islamistes «polis» disent aussi qu’ils prendront l’Europe, par la conquête démographique et les conversions. Mais dans quelle mesure ces conversions sont-elles volontaires, quand on sait la pression morale et financière qui s’exerce dans certains quartiers? Des dons appelés «aumônes» sont offerts aux convertis, aux prédicateurs et aux femmes qui acceptent de se voiler. Il n’y a pas de liberté quand il y a de l’argent. Il n’y en a pas non plus quand il y a une propagande phénoménale, surtout sur les réseaux sociaux. Lina Murr Nehmé
Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. (…)  L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. (…) Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée. Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale?  Kamel Daoud
Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. François Hollande (janvier 2012, Le Bourget)
Without TV coverage, the revolutions would never have assumed such proportions. When people followed the revolutions, to what extent did they use the Internet, versus the extent to which they watched them on the TV channels, which gave them continuous coverage? Clearly, there is no comparison…The best proof [of the impact of] the TV channels is that any popular activity that they do not cover, in any country, will die before it can get off the ground. Some Arab countries are currently seeing… protests and the beginnings of a revolution, but these [events] are not getting the necessary TV coverage, because of the focus on the escalating revolution in Libya. As a result, [these protests] will not gain much momentum… but will fade away and be forgotten. Some might argue that the images broadcast on the satellite channels were often taken from the Internet. That is true, but had the [channels] not repeatedly aired these images, their impact would have remained limited. I have yet to hear any [protesters]… complain of insufficient coverage of their activity on the Internet or on Facebook. But [some protesters are] very angry at the satellite channels, which, they claim, are not giving their activity the necessary media coverage… It is [the satellite channels] that truly fuel the revolutions – with image and sound, which remain more powerful than any other weapon… It is no exaggeration to say that one TV report on a certain country has an impact equal to that of all the websites visited by all the Arabs put together – so much so that [activists] have sometimes said, ‘Let’s postpone our protest, because some satellite channel is busy covering another revolution’…  Al-Sharq (Qatar,  March 13, 2011)
J’ai été très impressionnée par l’ouverture de ce pays. Par l’accueil, aussi, sans a priori. J’ai été frappée par l’ouverture, encore une fois, j’insiste, du Qatar.  Ségolène Royal
Les Occidentaux devraient respecter pleinement la dignité de l’Iran et reconnaître son droit souverain à maîtriser la technologie nucléaire civile. Des négociations réussies entre Européens et Iraniens renforceraient la position de l’Europe et de l’Iran sur la scène internationale… C’est inimaginable que l’on soit dans une telle nasse, dans une telle impasse. Il est de l’intérêt de tous de sortir de cette crise. Il faut négocier. J’ai dit aux Iraniens que si on sortait de cette situation, un boulevard allait s’ouvrir entre l’Iran et la France et l’Europe. Jack Lang (sep. 2006)
Quels sont les grands leaders du monde aujourd’hui ? Le président Xi, le président Poutine – on peut être d’accord ou pas, mais c’est un leader –, le grand prince Mohammed Ben Salman. Et que seraient aujourd’hui les Emirats sans le leadership de MBZ ? (…)  Ce matin, j’ai rencontré le prince héritier MBZ. Est-ce que vous croyez qu’on construit un pays comme ça, en deux ans ? Ici, en cinquante ans, vous avez construit un des pays les plus modernes qui soient. La question du leadership est centrale. La réussite du modèle émirien est sans doute l’exemple le plus important pour nous, pour l’ensemble du monde. J’ai été le chef de l’Etat qui a signé le contrat du Louvre à Abou Dhabi. J’y ai mis toute mon énergie. MBZ y a mis toute sa vision. On a mis dix ans ! En allant vite ! Sauf que MBZ est toujours là… Et moi ça fait six ans que je suis parti.  Nicolas Sarkozy


Islam: pourquoi les constructeurs peuvent encore jouer tranquillement avec notre sécurité

Au lendemain d’un énième attentat islamique

Et la mort ce matin d’un énième véritable héros

Mais surtout après un bilan qui depuis les années 70 dépasse les 20 000 morts et les 50 000 blessés …

Comment ne pas se poser la seule question qui vaille …

A savoir …

Et si à coup de centaines de procès à la Nader

On attaquait enfin la famille Saoud et leurs petits camarades du golfe

Comme de l’autre côté leurs ennemis perses …

Pour défaut majeur de conception et de fabrication …

Pour le produit frelaté

Qu’en toute connaissance de cause et depuis des décennies …

Ils continuent à déverser à coup de milliards (de nos dollars du pétrole) sur le reste du monde ?

Startling maps show every terrorist attack worldwide over the last 20 years

On October 31, New York saw the deadliest terrorist attack since September 11, 2001, when 29-year-old Sayfullo Saipov drove a truck down a bike lane, killing eight people and injuring more than a dozen.With fears of attacks around the world at a high, Carnegie Mellon researchers teamed up with Robert Muggah, a global security expert and director of the think tank Igarapé Institute, to visualize terror risks from a bird’s-eye view.

Together, they created Earth TimeLapse, an interactive platform that relies on data from the Global Terrorism Database to create maps of how many terrorism-related deaths occur annually worldwide. The larger the red circle, the more deaths in a given attack.

The project mapped attacks between 1997 and 2016 — here’s what 20 years of that data looks like.

1997: Suicide bombings in Israel killed more than a dozen people and injured more than 150. Bombings also took place in Sri Lanka and Egypt. A shooting took place in India, killing 23 and injuring 31.

1997: Suicide bombings in Israel killed more than a dozen people and injured more than 150. Bombings also took place in Sri Lanka and Egypt. A shooting took place in India, killing 23 and injuring 31. Earth TimeLapse

1998: The greatest losses of life due to terrorist activity came in Kenya and Tanzania. Members of Al-Qaeda bombed two US embassies, killing more than 200 and injuring over 4,000.

1998: The greatest losses of life due to terrorist activity came in Kenya and Tanzania. Members of Al-Qaeda bombed two US embassies, killing more than 200 and injuring over 4,000. Earth TimeLapse

1999: The worst activity occurred in the southwestern Dagestan region in Russia, just west of Kazakhstan. A series of bombings struck apartment buildings, killing nearly 300 and injuring more than 1,000. Debates still swirl about whether Chechen separatists carried out the attacks, or whether the Russian government staged them to foster support for electing Vladimir Putin.

1999: The worst activity occurred in the southwestern Dagestan region in Russia, just west of Kazakhstan. A series of bombings struck apartment buildings, killing nearly 300 and injuring more than 1,000. Debates still swirl about whether Chechen separatists carried out the attacks, or whether the Russian government staged them to foster support for electing Vladimir Putin. Earth TimeLapse

2000: The turn of the millennium was a relatively peaceful year. The world made it until December 30 before the first major attack: a wave of bombings in the Philippines that killed 22 and injured roughly 100.

2000: The turn of the millennium was a relatively peaceful year. The world made it until December 30 before the first major attack: a wave of bombings in the Philippines that killed 22 and injured roughly 100. Earth TimeLapse

2001: September 11, 2001 marked the US’ greatest loss of life from a foreign attack in the country’s history. More than 2,700 people were killed in the attacks on New York City’s Twin Towers. About 300 of those were firefighters and emergency responders.

2001: September 11, 2001 marked the US' greatest loss of life from a foreign attack in the country's history. More than 2,700 people were killed in the attacks on New York City's Twin Towers. About 300 of those were firefighters and emergency responders. Earth TimeLapse

2002: The year saw a consistent bundle of activity in Israel and South America. Sniper attacks in the mid-Atlantic region of the US killed 17 people and injured 10.

2002: The year saw a consistent bundle of activity in Israel and South America. Sniper attacks in the mid-Atlantic region of the US killed 17 people and injured 10. Earth TimeLapse

2003: Bombings spiked somewhat as attacks took place in Russia, Morocco, and Israel. As the Iraq War began, suicide bombings started to become more common around the country.

2003: Bombings spiked somewhat as attacks took place in Russia, Morocco, and Israel. As the Iraq War began, suicide bombings started to become more common around the country. Earth TimeLapse

2004: In March, the world witnessed the Madrid train bombings, which killed nearly 200 people and injured over 2,000. Attacks also proliferated in Iraq and Pakistan. The Taliban and Al-Qaeda were responsible for many of the attacks in Europe and the Middle East at this time.

2004: In March, the world witnessed the Madrid train bombings, which killed nearly 200 people and injured over 2,000. Attacks also proliferated in Iraq and Pakistan. The Taliban and Al-Qaeda were responsible for many of the attacks in Europe and the Middle East at this time. Earth TimeLapse

2005: Early in the year, the Iraqi city of Hillah experienced a devastating car bombing that took 127 lives and injured hundreds more. Later that July, four suicide bombers blew up a London bus. It killed more than 50 people and injured 700.

2005: Early in the year, the Iraqi city of Hillah experienced a devastating car bombing that took 127 lives and injured hundreds more. Later that July, four suicide bombers blew up a London bus. It killed more than 50 people and injured 700. Earth TimeLapse

2006: Unrest in the Middle East continued to produce monthly terror attacks in Iraq, Afghanistan, and Pakistan. In July, pressure-cooker bombs on a Mumbai train led to hundreds of deaths and injuries.

2006: Unrest in the Middle East continued to produce monthly terror attacks in Iraq, Afghanistan, and Pakistan. In July, pressure-cooker bombs on a Mumbai train led to hundreds of deaths and injuries. Earth TimeLapse

2007: Dual bombings in outdoor Iraqi markets took place in the first two months of the year. Then in August, a series of car-bomb attacks killed 800 people and injured 1,500. It’s the second-deadliest terror attack behind September 11.

2007: Dual bombings in outdoor Iraqi markets took place in the first two months of the year. Then in August, a series of car-bomb attacks killed 800 people and injured 1,500. It's the second-deadliest terror attack behind September 11. Earth TimeLapse

2008: A coordinated series of shootings took place in Mumbai in late November. Hundreds were killed and injured. Some terrorists relied on guns, while others planted an estimated eight bombs around the city.

2008: A coordinated series of shootings took place in Mumbai in late November. Hundreds were killed and injured. Some terrorists relied on guns, while others planted an estimated eight bombs around the city. Earth TimeLapse

2009: The first half of the year saw relatively little activity, but in the second half, Iraq and India fell victim to suicide bombings and shootings. Car bombings killed hundreds in Iraq and Pakistan in October of that year.

2009: The first half of the year saw relatively little activity, but in the second half, Iraq and India fell victim to suicide bombings and shootings. Car bombings killed hundreds in Iraq and Pakistan in October of that year. Earth TimeLapse

2010: The worst activity occurred in Pakistan, due primarily to suicide bombings. More than 500 people were injured over a span of three days in September, all due to bombings.

2010: The worst activity occurred in Pakistan, due primarily to suicide bombings. More than 500 people were injured over a span of three days in September, all due to bombings. Earth TimeLapse

2011: A particularly bloody year. Pakistan and India made up the bulk of the terrorist activity, while east Africa and South America also faced conflict.

2011: A particularly bloody year. Pakistan and India made up the bulk of the terrorist activity, while east Africa and South America also faced conflict. Earth TimeLapse

2012: With the Iraq War mostly over, new sources of conflict crossed the western border into Syria. Damascus and Aleppo became hotbeds for terrorist activity.

2012: With the Iraq War mostly over, new sources of conflict crossed the western border into Syria. Damascus and Aleppo became hotbeds for terrorist activity. Earth TimeLapse

2013: Conflict intensified in these Middle Eastern countries, with car bombings in Damascus in February claiming roughly 80 lives and injuring 250 people. The Boston Marathon bombings in April killed five and wounded more than 200.

2013: Conflict intensified in these Middle Eastern countries, with car bombings in Damascus in February claiming roughly 80 lives and injuring 250 people. The Boston Marathon bombings in April killed five and wounded more than 200. Earth TimeLapse

2014: Boko Haram attacks in Nigeria led to the deaths of more than 200 people and an unknown number of injuries in March, as well as hundreds more throughout the rest of the year. ISIS continued to ravage Syria and Iraq.

2014: Boko Haram attacks in Nigeria led to the deaths of more than 200 people and an unknown number of injuries in March, as well as hundreds more throughout the rest of the year. ISIS continued to ravage Syria and Iraq. Earth TimeLapse

2015: Unrest in Nigeria and Cameroon led to thousands of deaths when Boko Haram forces opened fire on civilians. Bombings in Turkey and Yemen also produced hundreds of deaths. In December, shooters claiming allegiance with the Islamic State killed a dozen people and wounded two dozen in San Bernardino, California.

2015: Unrest in Nigeria and Cameroon led to thousands of deaths when Boko Haram forces opened fire on civilians. Bombings in Turkey and Yemen also produced hundreds of deaths. In December, shooters claiming allegiance with the Islamic State killed a dozen people and wounded two dozen in San Bernardino, California. Earth TimeLapse

2016: More than 75% of the year’s attacks took place in 10 countries, including Iraq, Afghanistan, and India. Smaller attacks took place in Nice, France, Orlando, Florida, and New York City.

2016: More than 75% of the year's attacks took place in 10 countries, including Iraq, Afghanistan, and India. Smaller attacks took place in Nice, France, Orlando, Florida, and New York City. Earth TimeLapse

 Voir aussi:

Économie

General Motors: pourquoi les constructeurs peuvent encore jouer tranquillement avec notre sécurité

Et pourquoi il faut que ça cesse.

Un problème de conception d’un modèle automobile de General Motors provoque des dizaines d’accidents de la route et de nombreux décès. Arguant que l’entreprise n’a pas corrigé un défaut dont elle connaissait l’existence, des avocats intentent plus de cent procès au constructeur automobile. GM contre-attaque en engageant des enquêteurs pour mettre en cause les motivations de ses détracteurs. Les politiques et les médias finissent par s’intéresser de plus près à l’affaire. Au final, le dirigeant de GM finit par s’excuser au nom de son entreprise.

Si cette histoire vous donne comme une impression de déjà-lu, c’est sans doute parce que la presse a récemment parlé d’une affaire semblable. En réalité, cette histoire remonte à 1965, date de parution de Ces voitures qui tuent, de Ralph Nader. L’ouvrage accusait General Motors de vendre en toute connaissance de cause des voitures Corvairs dangereuses –et accusait l’industrie automobile dans son ensemble de préférer les profits à la sécurité de ses clients.

Près de cinquante ans ont passé. Pourquoi les Etats-Unis ont toujours du mal à garantir l’absence de dangerosité des véhicules conçus par les constructeurs automobiles? Et pourquoi en sommes-nous encore réduit à nous demander si les organismes de régulation prennent au sérieux leur mission de protection de la santé publique? En 1966, le mouvement des consommateurs a –peu après son apparition– convaincu le Congrès de voter le National Highway Safety and Transportation Act. Il s’agissait de corriger une partie des abus évoqués dans l’ouvrage de Nader.

Les routes suédoises, bien moins mortelles que les routes américaines

Au fil des décennies suivantes, la sécurité automobile s’est améliorée; aux Etats-Unis, le nombre des décès liés à l’automobile a chuté (de 25,9 pour 100.000 personnes en 1966 à 10,8 en 2012). Ces chiffres indiquent clairement qu’une nouvelle réglementation peut sauver des vies. Mais d’autres pays ont fait bien mieux. Selon le dernier rapport de l’International Transport Forum, organisation de surveillance de la sécurité routière mondiale, le taux d’accidents mortels de la circulation est trois fois plus élevé aux Etats-Unis qu’en Suède –un pays qui a fait de la sécurité automobile une priorité. Si les Etats-Unis avaient égalé les taux suédois, il y aurait eu 20.000 morts de moins sur les routes en 2011.

En France, en 2011, le taux était de 6,09 contre 3,4 en Suède et 10,4 aux Etats-Unis

Seulement, voilà: depuis son apparition, l’industrie automobile américaine s’est opposée à la réglementation, n’a pas jugé bon de révéler plusieurs problèmes, et a refusé de corriger les problèmes lorsque ces derniers ont été détectés.

General Motors a récemment rappelé 1,6 million de Chevrolet Cobalt (entre autres modèles de petite taille) afin de procéder à des réparations. En cause: un problème du commutateur d’allumage, qui aurait été à l’origine d’au moins douze morts. Le constructeur connaissait l’existence du problème –ainsi que celle d’autres anomalies– et ce depuis 2004, soit avant la sortie de la toute première Cobalt.

Le 17 mars 2014, Marry Barra, directrice générale de GM, s’est exprimée en ces termes:

«Dans le cas présent, nos processus internes ont connu un problème des plus graves; des évènements terribles en ont résulté.»

General Motors a par ailleurs rappelé 1,33 million de SUV: les airbags ne s’ouvraient pas lors des collisions. Selon une étude, les problèmes d’airbags de GM pourraient avoir contribué à la mort de 300 personnes entre 2003 et 2012. Les problèmes de sécurité ne sont pas l’apanage de GM. Toyota a récemment accepté de débourser 1,2 milliard de dollars pour mettre fin à une enquête criminelle concernant un problème d’accélération soudaines de ses véhicules.

Voilà cinquante ans qu’un –trop– grand nombre de chefs d’entreprises (automobile, alimentation, produits pharmaceutiques, armes à feu, entre autres secteurs) choisissent de suivre la voie tracée par l’industrie du tabac. Ils remettent en doute la validité des éléments de preuve qui justifient la mise en place de nouvelles réglementations. Ils exagèrent les coûts économiques de produits plus sûrs. Grâce à leur poids politique et financier, ils viennent à bout des politiques de santé publique et font en sorte que les organismes chargés de faire respecter la réglementation demeurent sous-financés. Ce sont là des comportements tellement banalisés qu’ils ne paraissent plus immoraux ou criminels, mais simplement inévitables.

Le refus de légiférer est mortel

Pour ce qui est de l’industrie automobile, le refus de respecter la réglementation a provoqué des morts, des maladies et des blessures qui auraient pu être évitées. Des années 1960 aux années 1980, les constructeurs se sont tout d’abord opposés à la mise en place de ceintures de sécurité, d’airbags de freins de meilleure facture et de meilleures normes d’émission. Pendant plus de quinze ans, les constructeurs américains ont réussi à faire obstacle à la réglementation imposant la mise en place d’airbags ou de ceintures de sécurité à fermeture automatique dans leurs automobiles.

Ce n’est qu’en 1986 que la Cour suprême a ordonné à la National Highway Transportation Safety Administration (NHTSA) de mettre en œuvre ces directives. Selon une étude publiée en 1988, ce retard aurait joué un rôle dans au moins 40.000 morts et un million de blessures et handicaps –soit par là même un coût de 17 milliards de dollars à la société.

Le refus d’appliquer la réglementation peut également tuer indirectement. Selon un récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de morts dues à la pollution dans le monde est deux fois plus élevé qu’on ne le pensait. Et ce notamment en raison du rôle joué par de la pollution de l’air dans la mortalité d’origine cardiovasculaire. Aux Etats-Unis, l’automobile est l’une des principales sources de pollution, et les constructeurs américains refusent ou retardent la mise en place de normes d’émissions plus strictes.

Vous n’entendrez aucun dirigeant d’entreprise affirmer qu’il vaut mieux gagner de l’argent que sauver des vies humaines, mais leur action parlent pour eux. Les communicants des grands patrons semblent s’être passé le mot: lorsqu’un secret gênant est découvert, la stratégie est toujours la même: le PDG s’excuse platement et rapidement pour limiter au plus vite les dégâts. Mais accepter de voir les grandes sociétés et leurs alliés disposer d’un droit de veto sur les politiques de santé publique, c’est empêcher la prévention de nombreux décès, maladies et blessures sur le territoire américain.

Lors des récentes audiences consacrées à GM, le Congrès américain a eu raison de chercher à savoir qui (chez GM et à la NHTSA) savait quoi –et à quel moment ils l’ont appris. Mais il serait encore plus significatif de renforcer l’implication du gouvernement dans la protection de la santé publique –histoire de ne pas avoir à souffrir de ces problèmes pour cinquante années supplémentaires.

Le Congrès pourrait commencer par permettre à la NHTSA de faire correctement son travail, en lui allouant les ressources nécessaires. Pour 2014, cet organisme a reçu 10% de moins que la somme qu’il avait demandée. Le Congrès devrait également contrôler la mise en application des règles de sécurité par les organismes concernés, et le faire régulièrement –pas seulement lorsque l’existence d’un problème est révélée. Par ailleurs, lorsqu’il est prouvé qu’un dirigeant d’entreprise automobile a caché l’existence d’une anomalie, l’organisme chargé de la sécurité routière devrait être en mesure de le tenir responsable des morts et des décès qui en ont résulté. Au civil comme au pénal.

Nicholas Freudenberg

Traduit par Jean-Clément Nau

Voir enfin:

Profit Above Safety

 Slate
April 1, 2014

 

A design problem in a General Motors car contributes to dozens of automobile crashes and numerous deaths. Charging that the company failed to correct a known defect, lawyers file more than 100 lawsuits against the company. GM responds by hiring investigators to question the motives of its critics. Eventually, as congressional and media scrutiny increase, the head of GM apologizes for the company’s behavior. Sound familiar? You may have been reading about such a case over the past month. But actually, this story is from 1965 when Ralph Nader published Unsafe at Any Speed, a book that charged General Motors with knowingly selling unsafe Corvairs and the auto industry as a whole with putting profit above safety.

Now almost 50 years later, why is the United States still struggling to ensure that cars companies make safe cars? And why must we still question whether regulatory agencies take their mandate to protect public health seriously? In 1966, the emerging consumer movement persuaded Congress to pass the National Highway Safety and Transportation Act to correct some of the abuses Nader had documented. In the decades since, car safety has improved, with United States motor vehicle death rates falling from 25.9 per 100,000 people in 1966 to 10.8 per 100,000 in 2012. This is a clear indication that regulations save lives. But other nations have done much better. According to the latest report from the International Transport Forum, a body that monitors global road safety, the auto death rate in the United States is more than three times higher than the rate in Sweden, a country that has made auto safety a priority. If the United States had achieved Sweden’s rate, in 2011 more than 20,000 U.S. automobile deaths would have been averted.

Since its inception, however, the auto industry has resisted regulation, failed to disclose problems, and refused to correct problems when they were detected. In the past few weeks, General Motors has recalled 1.6 million Cobalts and other small cars to repair defective ignition switches that have been associated with at least 12 deaths. The company had first learned of this and other defects a decade ago—in 2004, before the first Cobalt was released. On March 17th, Mary Barra, the chief executive of GM, observed, “Something went very wrong in our processes in this instance, and terrible things happened.”

In a separate action, General Motors has recalled 1.33 million sports utility vehicles because air bags failed to deploy after crashes. Another review of GM air bag failures from 2003 to 2012 found that they may have contributed to more than 300 deaths. GM is not alone in its safety problems. Toyota recently agreed to pay $1.2 billion to settle federal criminal charges related to sudden acceleration of its vehicles.

For the past 50 years, too many corporate leaders in the auto industry as well as in the food, pharmaceutical, firearms, and other industries have chosen to follow the playbook written by the tobacco industry. They have challenged the evidence justifying regulation, exaggerated the economic costs of safer products, and used their political and financial clout to defeat public health policies and underfund the agencies charged with enforcement. These behaviors have become so normalized they seem inevitable rather than immoral or criminal.

In the case of the auto industry, resistance to regulation has caused preventable deaths, illnesses, and injuries. From the 1960s through the 1980s, the automobile industry initially opposed standard seatbelts, airbags, better brakes, and better emission standards. For more than 15 years, the U.S. auto industry successfully opposed regulations to require either airbags or automatically closing seat belts in automobiles. Finally, in 1986, the Supreme Court ordered the National Highway Transportation Safety Administration to implement the rules. A 1988 study estimated this delay contributed to at least 40,000 deaths and 1 million injuries at a cost to society of more than $17 billion. The auto industry’s resistance to regulation kills people indirectly as well. Earlier this week, the World Health Organization released a report showing that global deaths from air pollution were twice as high as previously thought, largely through air pollution’s role in in cardiovascular deaths. In the United States, automobiles are a primary source of air pollution, and the auto industry has long opposed or delayed stricter emission standards.

No corporate executives will say publicly that they prefer profits to preventing deaths, even though their actions prove otherwise. The damage control advice of the day seems to be to encourage CEOs to make rapid and profuse apologies for corporate cover-ups after they are disclosed. But as long as the public tolerates allowing corporations and their allies to have veto power over public health policy, our nation will continue to experience preventable deaths and avoidable illness and injuries. In the hearings into GM this week, Congress is correct to pursue who in GM and the NHTSA knew what when. But the deeper task should be to strengthen the visible hand of government in protecting public health so we aren’t still facing this issue 50 years from now. As a first step, Congress should provide the highway safety agency with the resources needed to meet its mandates fully; in 2014, the agency received 10 percent less than it requested. Congress should also monitor agency enforcement of safety standards regularly, not just when defects are publicly disclosed. In addition, the safety agency should hold auto executives who fail to disclose defects criminally as well as civilly liable for the resulting deaths and injuries.


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