Election américaine: Attention, une incompétence peut en cacher une autre ! (Sick and tired of hearing about your damn bathrooms: Guess who alone passed the Castro death test)

30 novembre, 2016
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Manifestation contre Donald Trump, président élu, à New York, le 9 novembre.
Je suis un peu dépassé en ce qui concerne Reagan. Je me suis trompé sur son compte à tous les coups ! Je n’ai pas cru qu’il obtiendrait l’investiture (…) Je me sens disqualifié pour parler de Reagan. Je l’ai d’abord traité de tête de linotte. Mais, quand il a obtenu l’investiture, j’ai dû réviser mon jugement, et je l’ai appelé la super-tête de linotte, Après le débat avec Carter, j’ai pensé que c’était un acteur de troisième catégorie. Cet homme a du mal à retenir même les mots qu’on utilise en politique. Quant à comprendre les idées politiques, cela le dépasse. (…) Si Reagan était démocrate, je crois que je le préférerais à Carter. S’il partageait la philosophie de Carter, ce serait un gain non négligeable puisqu’un homme doué d’une personnalité malheureuse a été remplacé par un homme qui a une personnalité agréable. Mais il y a aussi des problèmes politiques véritables, et je ne pense pas que Reagan soit équipé pour les affronter. Il faudra attendre. (…) Je pense que nous allons connaître la loi martiale. Non pas demain, mais dans quelques années.(…) Une autre chose m’inquiète en Amérique, c’est que les gens deviennent non pas fascistes, mais qu’ils se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme. Norman Mailer (1980)
Le candidat républicain n’est pas qualifié pour être président. Je l’ai dit la semaine dernière. Il n’arrête pas de le démontrer. Le fait que Donald Trump critique une famille ayant fait des sacrifices extraordinaires pour ce pays, le fait qu’il ne semble pas avoir les connaissances de base autour de sujets essentiels en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, signifient qu’il est terriblement mal préparé pour ce poste. Barack Hussein Obama
Les Américains en ont marre de vos satanés e-mails, parlons des vrais problèmes aux Etats-Unis. Bernie Sanders
Pour paraphraser Bernie Sanders, les Américains en ont marre des satanés toilettes des progressistes. Mark Lilla
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Notre pays est en colère, je suis en colère et je suis prêt à endosser le manteau de la colère. Donald Trump
Aujourd’hui, le monde marque le passage d’un dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple pendant près de six décennies. L’héritage de Fidel Castro, ce sont les pelotons d’exécution, le vol, des souffrances inimaginables, la pauvreté et le déni des droits de l’homme. Même si les tragédies, les morts et la souffrance provoquées par Fidel Castro ne peuvent pas être effacées, notre administration fera tout ce qu’elle peut pour faire en sorte que le peuple cubain entame finalement son chemin vers la prospérité et la liberté. Même si Cuba demeure une île totalitaire, mon espoir est que cette journée marque un éloignement avec les horreurs endurées trop longtemps et une étape vers un avenir dans lequel ce magnifique peuple cubain vivra finalement dans la liberté qu’il mérite si grandement. Donald Trump
Dans une époque où des nations opprimées sont privées des droits humains fondamentaux, de la justice et de la liberté, il reste heureusement des hommes libres qui restent dans la lutte jusqu’à leurs tout derniers jours. Hassan Rohani
J’adresse mes condoléances au gouvernement révolutionnaire et à la nation de Cuba après la mort de son excellence Fidel Castro, le dirigeant de la Révolution cubaine et personnalité centrale de la lutte contre le colonialisme et l’exploitation et symbole de la lutte pour l’indépendance des nations opprimées. Mohammad Javad Zarif
Fidel Castro était un exemple stimulant pour beaucoup de pays. Fidel Castro était un véritable ami de la Russie. Vladimir Poutine
Fidel a défendu son territoire et affermi son pays alors qu’il subissait un blocus américain éprouvant. Malgré cela, il a mené son pays sur la voie de l’autosuffisance et du développement indépendant. Mikhail Gorbatchev
Le peuple chinois a perdu un camarade proche et un ami sincère. Xi Jinping
Cuba, notre amie, a réussi sous sa conduite à résister aux sanctions et aux campagnes d’oppression les plus fortes jamais vues dans notre histoire récente, devant un flambeau de la libération des peuples d’Amérique du Sud et du monde entier. Le nom de Fidel Castro vivra à jamais dans l’esprit des générations et inspirera ceux qui aspirent à une véritable indépendance et à une libération du joug du colonialisme et de l’hégémonie. Bachar Al Assad
L’Histoire sera comptable et jugera de l’impact énorme de cette figure singulière sur le peuple et le monde qui l’entourent. Barack Hussein Obama
Rosalynn et moi partageons nos sympathies avec la famille Castro et le peuple cubain à la mort de Fidel Castro. Nous nous souvenons avec tendresse de nos visites avec lui à Cuba et de son amour pour son pays. Nous souhaitons aux citoyens cubains la paix et la prospérité dans les années à venir. Jimmy Carter
C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris aujourd’hui la mort du président cubain ayant le plus longtemps exercé cette fonction. Fidel Castro, leader plus grand que nature, a consacré près d’un demi-siècle au service du peuple cubain. Révolutionnaire et orateur légendaire, M. Castro a réalisé d’importants progrès dans les domaines de l’éducation et des soins de santé sur son île natale. Bien qu’il était une figure controversée, ses supporters et ses détracteurs reconnaissaient son amour et son dévouement immenses envers le peuple cubain, qui éprouvait une affection profonde et durable pour “el Comandante”. Je sais que mon père était très fier de le considérer comme un ami, et j’ai eu l’occasion de rencontrer Fidel lorsque mon père est décédé. Ce fut aussi un véritable honneur de rencontrer ses trois fils et son frère, le président Raúl Castro, au cours de ma récente visite à Cuba. Au nom de tous les Canadiens, Sophie et moi offrons nos plus sincères condoléances à la famille et aux amis de M. Castro ainsi qu’aux nombreuses personnes qui l’appuyaient. Aujourd’hui, nous pleurons avec le peuple de Cuba la perte d’un leader remarquable. Justin Trudeau
 Fidel Castro était une des figures historiques du siècle dernier et l’incarnation de la Révolution cubaine. Avec la mort de Fidel Castro, le monde perd un homme qui était pour beaucoup un héros. Il a changé le cours de l’histoire et son influence s’est propagée bien au-delà. Fidel Castro demeure une des figures révolutionnaires du XXe siècle. Il appartiendra à l’histoire de juger son héritage. Jean-Claude Juncker
Fidel Castro était une figure du XXe siècle. Il avait incarné la révolution cubaine, dans les espoirs qu’elle avait suscités puis dans les désillusions qu’elle avait provoquées. Acteur de la guerre froide, il correspondait à une époque qui s’était achevée avec l’effondrement de l’Union soviétique. Il avait su représenter pour les cubains la fierté du rejet de la domination extérieure. François Hollande
Fidel Castro était un géant de la scène internationale. Aux yeux des militants de ma génération, il incarnait l’esprit de résistance à l’impérialisme américain et la volonté de construire par la révolution une société plus juste. (…) Son oeuvre contrastée sera longtemps discutée ou contestée. Mais on ne peut oublier qu’il restera pour des milliers de latinos américains le Libertador, celui qui aura réussi à faire fasse opiniâtrement à la toute puissance américaine. Jack Lang
Fidel ! Fidel ! Mais qu’est-ce qui s’est passé avec Fidel ? Demain était une promesse. Fidel ! Fidel ! L’épée de Bolivar marche dans le ciel. Jean-Luc Mélenchon
Avec la mort de Fidel Castro disparait  une énorme figure de l’histoire moderne, de l’indépendance nationale et du socialisme du XXe siècle. De la construction d’un système de santé et d’éducation de premier ordre à l’impressionnant bilan de sa politique étrangère, les réalisations de Castro ont été nombreuses. Malgré tous ses défauts, le soutien de Castro à l’Angola a joué un rôle crucial pour mettre fin à l’Apartheid en Afrique du Sud et il restera dans l’histoire comme à la fois un internationaliste et un champion de la justice sociale. Jeremy Corbyn
Sometimes I wonder if Jeremy Corbyn even knows what he’s saying half the time. So often, he appears to be operating on some kind of 1980s student-union auto-pilot. But this is no joke. The latest example of Corbyn’s arrested development is the most serious yet. We now have to recognise that a major political party in Britain is being led by a teenage romantic revolutionary who just happens to be in his sixties. Martin Bright
L’appareil de propagande de l’organisation terroriste Daech a diffusé une séquence vidéo mettant en scène un terroriste parlant français, qui appelle ceux qu’il a été convenu d’appeler les loups solitaires de l’organisation, de perpétrer des attaques au couteau et de poignarder les gens au hasard dans les lieux de grande affluence, dans les capitales et villes des pays qui participent à la coalition qui combat Daech au moyen orient. La vidéo appelle les éléments terroristes à se contenter des attaques à l’arme blanche et à ne pas s’encombrer des attaques aux armes lourdes. C’est, apparemment, ce qu’a décidé de faire l’homme qui a attaqué le campus d’Ohio, ce lundi. Tunisie numérique
Notre volonté, c’est qu’au terme de ses études, chaque étudiant du secondaire ait au minimum été confronté à l’histoire de la colonisation et de la décolonisation au Congo. Mais aussi à celle d’un autre pays ‘à la carte’, en fonction du public scolaire. Catherine Moureaux (députée PS Molenbeeck, Belgique)
Obama will be remembered by historians as the man who turned over the White House to Donald Trump, the man who let Putin unleash the forces of Hell in Syria and Ukraine, and the man who honored European values but made the world steadily less safe for them. That Putin took the occasion of Obama’s final tour to open a wide new air offensive in Syria and withdraw from the ICC even as his allies celebrated victories in Estonia, Moldova and Bulgaria only underlines what a foreign policy disaster the 44th President has been. Many world leaders like Obama; some pity him; few respect him as a leader (rather than as a man); none fear him. Most are too busy coping with the consequences of his failures to spend a lot of time thinking about him at this point in his presidency. Even Germany, whose cheering crowds once greeted Obama as an enlightened internationalist in the mold of John F. Kennedy, has gradually lost faith in the President.The early signs of struggle and factionalism in the Donald Trump transition, meanwhile, are leading many foreigners to suppose that the next American President will be another inconsequential bumbler. We must hope that they are wrong; not even the power of the United States can survive a long string of failed Presidents unscathed. Walter Russell Mead
Mon deuxième prénom est peut-être Hussein, mais je suis un véritable intellectuel américain. Ainsi s’est présenté Barack Obama lors de nombreuses réceptions à la Maison-Blanche, d’émissions à la télévision ou de voyages à l’étranger. Rarement un président des États-Unis aura abaissé son pays à ce point, permettant à la Russie de Vladimir Poutine de redevenir la puissance mondiale sur laquelle s’appuyer pour le XXIe siècle. Ce ne sont pas ses petites blagues placées au début de chaque discours, ses larmes forcées pour parler de l’interdiction des ventes d’armes ou ses manières de transformer la Maison-Blanche en passage obligé de la jet-set mondiale qui constituent le principal élément à mettre au passif de ce président adoré par la bien-pensance européenne. Il symbolise un triple échec : international, économique et politique. International d’abord, car il incarne la poursuite du repli de l’Amérique sur elle-même, l’abandon de son célèbre soft power, l’échec de la lutte contre Dae’ch (créature américaine destinée à détruire toutes les régions fondatrices de notre civilisation), le refus de sceller la paix avec l’Iran, et ce regard bêtement enamouré pour la Chine et ses différents satellites. Obama, célébré Prix Nobel de la paix moins d’un an après son entrée en fonctions, n’a pas cessé de semer les graines de conflits à venir en s’évertuant à détruire l’Europe. (…) rarement on a vu un président démocrate trahir autant ses électeurs en allongeant de manière abyssale l’échelle des inégalités. En l’espace de huit ans, ce président élu parce qu’il était noir est parvenu à créer plus de 10 millions de pauvres supplémentaires. Ils sont désormais 46,5 millions d’Américains à vivre sous le seuil de pauvreté. Ce qui représente 15 % de la population des États-Unis. De la même manière, l’an passé on dénombrait pas moins de 600 000 sans-abri. À New York, 22 000 enfants n’ont pas de toit. Un chiffre jamais vu depuis la crise de 1929. Le bilan des années Obama est en fait très favorable à tous ceux qui ont voté contre lui à deux reprises. C’est-à-dire l’Amérique des actionnaires, l’Amérique des entrepreneurs ou l’Amérique de ceux qui ont la capacité de prendre des risques. Mais en agissant ainsi avec cynisme, Obama a désespéré l’Amérique des “petits Blancs”. Cette Amérique faite de pionniers, de conquérants et d’aventuriers qui nourrissent une méfiance sans précédent jusqu’ici à l’égard de Washington, de la classe politique, des médias et de façon générale de l’élite. Au point d’être prête à voter pour un homme d’affaires corrompu, xénophobe et sexiste ou pour une intrigante dont la famille mélange allègrement depuis des années fonds publics et intérêts privés. Ce choix absurde que les Américains seront amenés à faire dans quelques jours en dit long sur la décrépitude morale de l’Amérique, sur la faillite de cette Babylone moderne qui a cru que l’individu et la famille pouvaient être sacrifiés au profit d’un matérialisme sans avenir, et finalement sur le déclin annoncé de l’empire américain. Yves de Kerdrel
Une statistique plus brutale marque pourtant mieux que les autres la marque de fabrique du vote républicain. C’est le vote du white male, de l’homme blanc. Seuls 37 % d’entre eux ont voté pour Kerry, contre 62 % pour Bush, un écart considérable qui est près du double de celui enregistré pour les femmes blanches. Bill Clinton avait lancé le concept des soccer moms, ces femmes qui emmènent leurs enfants au soccer(football au sens où nous l’entendons, mais qui est plus chic aux Etats-Unis que le football américain) et qui votent démocrate. Bush capture le vote du nascar dad, qu’on pourrait traduire par le « papa-bagnole, qui se passionne pour les courses automobiles d’Indianapolis et de Daytona. Dans le langage des stratèges électoraux, les nascar dads sont les électeurs mâles, sans études supérieures, qui votaient jadis pour les démocrates et votent désormais pour les républicains. Grâce au Watergate et à la diffusion des enregistrements faits à la Maison Blanche, on sait que Nixon avait clairement saisi l’opportunité de rallier à la cause républicaine les cols bleus choqués par Woodstock et autres manifestations du « déclin de la civilisation occidentale ». C’est Reagan qui pousse à son paroxysme cette capture du vote ouvrier, dont Bush junior récolte les fruits bien mieux que son père. Dans un article publié par la New York Review of Book, « The White Man Unburdened », l’homme blanc privé de son fardeau, l’écrivain Norman Mailer faisait la liste de tout ce que l’homme blanc a perdu au cours des trente dernières années : son statut, son salaire, son autorité, ses athlètes (blancs) préférés…, pour expliquer le ralliement à la guerre irakienne de Bush (voir aussi le texte d’Arlie Hochschild « Let them eat war » sur tomdispatch.com). Il n’est pas besoin d’une longue démonstration pour voir apparaître, derrière un langage différent (la religion, le droit au port d’armes…), les mêmes traits qui ont expliqué en France le vote ouvrier en faveur de Le Pen. Loin d’apparaître comme un continent bizarre, si loin désormais de l’Europe, l’Amérique est soumise à un processus identique. Les mots pour le dire ne sont pas les mêmes, mais c’est le même désamour entre la gauche et la classe ouvrière qui s’est joué des deux côtés de l’Atlantique, qui marque dans les deux cas l’aboutissement d’un long processus de déracinement du monde ouvrier. Daniel Cohen
Il n’y a de compétences que s’il y a des connaissances (…) la société française utilise la loi et le dogme républicains pour éviter toute transparence. La société française est malade de son rapport à la réalité. Tous ceux qui refusent les statistiques sont du côté de l’égalité formelle et veulent que rien ne change. Laurent Bigorgne (Institut Montaigne)
La vérité qui dérange, (…) c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte. L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale. (…) Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits. (…) Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes. Arnaud Leparmentier (Le Monde)
Les élites « qui apprécient le dynamisme et l’authenticité des quartiers ethniques avec leurs merveilleux restaurants (…) n’envoient pas leurs enfants dans les écoles pleines d’enfants immigrés qui ressemblent à des centres de détention juvénile. Matthew B. Crawford (Esprit, octobre 2016)
La tragique élection de Trump a l’avantage de clarifier la situation politique d’ensemble. Le Brexit n’était pas une anomalie. Autant qu’on le sache et qu’on se prépare pour la suite. Chacune des grandes nations qui ont initié le marché mondial se retire l’une après l’autre du projet. Le prolongement de cette démission volontaire est d’une clarté terrible : d’abord l’Angleterre ; six mois plus tard les Etats Unis, qui aspirent à la grandeur des années 1950. Et ensuite ? Si l’on suit les leçons de l’histoire, c’est probablement, hélas, au tour de la France, avant celui de l’Allemagne. Les petites nations se sont déjà précipitées en arrière : la Pologne, la Hongrie et même la Hollande, cette nation pionnière de l’empire global. L’Europe unie, ce prodigieux montage inventé après la guerre pour dépasser les anciennes souverainetés, se retrouve prise à contre-pied. C’est un vrai sauve-qui-peut : « Tous aux canots ! » Peu importe l’étroitesse des frontières pourvu qu’elles soient étanches. Chacun des pays qui ont contribué à cet horizon universel de conquête et d’émancipation va se retirer des institutions inventées depuis deux siècles. Il mérite bien son nom, l’Occident, c’est devenu l’empire du soleil couchant… Parfait, nous voilà prévenus et peut-être capables d’être un peu moins surpris. Car enfin, c’est bien l’incapacité à prévoir qui est la principale leçon de ce cataclysme : comment peut-on se tromper à ce point ? Tous les sondages, tous les journaux, tous les commentateurs, toute l’intelligentsia. C’est comme si nous n’avions aucun des capteurs qui nous auraient permis d’entrer en contact avec ceux que l’on n’a même pas pu désigner d’un terme acceptable : les « hommes blancs sans diplôme », les « laissés-pour-compte de la mondialisation » — on a même essayé les « déplorables ». C’est sans doute une forme de peuple, mais à qui nous n’avons su donner ni forme ni voix. Je reviens de six semaines sur les campus américains, je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces « autres gens », aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les Barbares aux portes d’Athènes. Nous, « l’intelligence », nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements. Bruno Latour
Un conseil aux candidats à la présidentielle en France : fuyez les artistes et les intellectuels. Ne leur demandez pas de faire campagne, ne les faites pas monter sur l’estrade. Surtout si vous avez envie de l’emporter. On doutait déjà qu’une actrice ou qu’un rockeur fassent gagner des voix. Mais on ne savait pas qu’ils pouvaient en faire perdre. C’est une leçon de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Jamais on n’a vu le monde culturel s’engager à ce point, en l’occurrence pour Hillary Clinton. Aucun candidat n’avait reçu autant d’argent. De cris d’amour aussi – sur scène, à la télévision, sur les réseaux sociaux. On a même eu droit à la chanteuse Katy Perry qui se déshabille dans une vidéo pour inciter à voter Clinton, ou Madonna promettre de faire une fellation aux indécis. En face, Trump n’avait personne ou presque. Il n’a reçu que 500 000 dollars (environ 470 000 euros) d’Hollywood contre 22 millions de dollars pour la candidate démocrate. Alors il a moqué ce cirque à paillettes, dénoncé le star system, donc le système. Et il a gagné. Clinton a joué à fond les étoiles les plus brillantes, et elle a perdu. Prenons sa fin de campagne. Le 4 novembre, elle monte sur scène avec le couple Beyoncé et Jay Z (300 millions d’albums vendus à eux deux), à Cleveland, dans l’Ohio. Le 5, Katy Perry chante pour elle à Philadelphie (Pennsylvanie). Le 7, veille du scrutin, elle apparaît dans un meeting/concert de Jon Bon Jovi et de Bruce Springsteen devant 40 000 personnes, toujours à Philadelphie, puis finit la soirée à minuit avec Lady Gaga à Raleigh, en Caroline du Nord. Dans tous ces Etats clés, elle a perdu. Dans le même temps, Donald Trump a multiplié les meetings sur les tarmacs d’aéroports en disant qu’il n’a pas besoin de célébrités, puisqu’il a « le peuple des oubliés » – du pays et de la culture – avec lui. L’historien américain Steven Laurence Kaplan s’est indigné des mots de Trump qualifiant untel de stupide, de débile, de névrosé ou de raté, et traitant des femmes de « grosses cochonnes ». Il a raison. Mais il aurait pu ajouter que des notables culturels ont qualifié le candidat républicain de brute (Chris Evans), d’immonde (Judd Apatow), de porc (Cher), de clown (Michael Moore) ou de psychopathe (Moby). Robert De Niro, avant le scrutin, voulait lui mettre son poing dans la gueule. Chaque injure a fait grossir le camp conservateur et fait saliver son candidat. Car deux mondes s’ignorent voire se méprisent, séparés par un Grand Canyon de haine. Non pas les riches face aux pauvres. La fracture est culturelle et identitaire. Ceux qui ont gagné se sentent exclus du champ culturel et universitaire, et souvent le méprisent. Les perdants leur rendent bien ce mépris, les jugeant réactionnaires, racistes, etc., sans même voir que le monde se droitise.(…) L’autocritique du vaste champ culturel pourrait aller plus loin, sur le terrain de l’hypocrisie. Celle des artistes d’abord, dont l’engagement, souvent imprégné de pathos, apaise leur conscience, mais est souvent perçu comme faisant partie de leur spectacle permanent, dont ils tirent profit, et dont ils se détachent aussi vite pour retrouver, une fois déculpabilisés, leur monde ultra-protégé. Le meilleur exemple est Madonna qui, durant la soirée qui précède le vote, s’est mêlée à des badauds new-yorkais (des convaincus) pour improviser un bref concert en finissant par « demain sauvez ce pays en votant Hillary ». Les intellectuels des campus, quant à eux, insupportent le vote Trump par leur façon de lui faire la morale, de défendre un modèle multiculturel comme s’il s’agissait d’un paradis de fleurs. Ils font culpabiliser les riches en leur disant d’être plus généreux et les pauvres en leur disant d’accepter leurs voisins étrangers, sans vraiment montrer l’exemple. (…) On l’aura compris, la France culturelle et multiculturelle – c’est la même – a beaucoup à apprendre de cette élection passée, et à craindre de celle de 2017. Si elle ne se bouge pas. Michel Guerrin
If progressives will not heed principle, then maybe they will heed arithmetic. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? President-elect Trump might have some thoughts on that. Kevin D. Williamson
L’immigration massive ayant été érigée en dogme moral et en nécessité économique, les classes moyennes occidentales ont vu surgir au sein de leurs villes, de leurs quartiers et de leurs écoles, parfois jusqu’à les dominer, des populations dont la culture est certes respectable mais, dans le cas de l’islam, radicalement distincte de la leur, dans son rapport aux femmes, à la liberté de conscience, à la démocratie. Cette immigration, dans la réalité des faits, n’est pas choisie, mais subie. Quand, après trente années de ce régime migratoire, les mêmes « gens ordinaires » constatent que des candidats à la migration se pressent toujours plus nombreux à leurs frontières, ils se posent légitimement la question de la perpétuation de leur mode de vie. Comment s’étonner que le dogme de l’immigration anarchique soit rejeté ? Cela indépendamment de la question du terrorisme (alors qu’il est par exemple établi que dix des douze auteurs des effroyables attentats de Paris, le 13 novembre 2015, se sont inflitrés en Europe comme migrants, cfr. Le Figaro, 12 novembre 2016). Pour compléter la tableau, relevons la guerre culturelle qui est menée aux classes moyennes, sur la seule foi du sexe et de la couleur de la peau. Examinons les deux aspects de ce Kulturkampf. D’abord, la théorie du genre, selon laquelle la distinction des sexes masculin et féminin est une invention culturelle (Judith Butler, Anne Fausto-Sterling). Au nom de cette idéologie, dans l’infini chatoiement de ses variétés académiques et médiatiques, des minorités sexuelles en sont venues à exiger l’éradication de la référence à l’hétérosexualité, vécue comme oppressive et stigmatisante. La revendication est de brouiller les genres, en les multipliant à l’infini, et de quitter la notion — statistiquement incontestable — de « normalité » hétérosexuelle. D’où ces polémiques, souvent émaillées de violences, pour décider de la question de savoir si les « queer » et transgenres peuvent, ou pas, accéder aux vestiaires sportifs, scolaires et toilettes de leur sexe biologique, ou de leur sexe choisi, ou les deux, et comment vérifier ? Des parents se posent légitimement la question de savoir si leur petite fille de six ou sept ans risque de croiser dans les toilettes une « femme » de 45 ans avec ce que l’on appelait autrefois un sexe masculin entre les jambes. Se fédère à ces polémiques l’hostilité de principe témoignée au garçon hétérosexuel, institué en dépositaire de la sexualité « du passé », ce qui justifie qu’il soit rééduqué dès la plus tendre enfance — à l’école —, discriminé lors de son entrée éventuelle à l’université, et que le moindre de ses gestes et paroles soit justiciable des tribunaux. Cette guerre du genre est menée avec autant d’âpreté que d’efficacité : la grande majorité des diplômés de l’enseignement supérieur américain et européen sont des femmes, et la réalité biologique de la binarité sexuelle est battue en brèche jusque dans nos textes de loi (Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe, 2011). Vient enfin la résurgence du racisme. D’abord, il y eut le discours anti-raciste, réprouvant le rejet d’une personne sur la seule foi de sa race. L’écrasante majorité des Occidentaux ont acquiescé à ce discours. Toutefois une rhétorique subtile s’est enclenchée, particulièrement dans des pays comme les Etats-Unis et la France, jusqu’à permettre, puis encourager, la mise en accusation des populations blanches. Ainsi des « safe spaces » se sont-ils multipliés sur les campus américains, c’est-à-dire des espaces réservés aux minorités, pour leur permettre de se soustraire à la présence réputée suffocante des Américains « caucasiens ». Dit autrement, les étudiants blancs se voient refuser l’accès de certaines zones du campus sur la seule foi de la couleur de leur peau. Paradoxal retournement d’un discours anti-raciste qui en vient à légitimer, souvent par la violence, des pratiques racialistes au sens strict. Ainsi du discours sur le « white privilege », soit l’idée qu’un Américain blanc est privilégié du seul fait de la couleur de sa peau, quels que soient ses origines et milieu social, et que la loi doit donc discriminer en sa défaveur, toujours sur la seule foi de la couleur de sa peau. Considérons ce répertoire de journalistes récemment créé sous l’égide du gouvernement francophone belge, dont l’objet est d’inclure d’une part les femmes, d’autre part les « hommes et femmes issus de la diversité », ce qui exclut qui ? Les hommes blancs, avec pour seul critère la couleur de leur peau. Racisme, vous avez dit proto-fascisme ? Qui ne voit que ces discours et pratiques reposent sur les notions de responsabilité raciale collective, et de responsabilité à travers les âges, soit très exactement les concepts qui ont, de tout temps, fondé l’antisémitisme, comme Sartre l’a montré dans ses Réflexions sur la question juive ? Ce racisme au nom de l’anti-racisme, les classes moyennes occidentales n’y consentent plus. Il est à noter que cette guerre sexuelle et racialiste menace les gens ordinaires, non seulement dans leurs conditions d’existence (impôt, normes, quartiers), mais dans leur être naturel (sexe, couleur de la peau). Qu’un rejet radical — une révolution, selon Stephen Bannon, éminence grise du nouveau président américain — se dessine, est-ce surprenant ? Drieu Godefridi
Nous sommes devenus habités par l’idée que nous ne sommes pas des citoyens qui ont été modelés par un certain nombre de pratiques et de traditions que nous chérissons parce que nous sommes membres d’un Etat qui est notre maison. Nous nous voyons plutôt comme les porteurs de telle ou telle identité, qui serait la seule chose importante à dire sur nous. Si l’on suit ce chemin, le but de l’Etat n’est plus d’être le médiateur des intérêts des citoyens, mais le distributeur de ressources basées sur ce qui vous est dû, en raison de votre identité. (…) Si vous êtes afro-américain, ne mentionnez pas s’il vous plaît  que vous croyez en Dieu et allez à l’église; la politique de l’identité ne laisse aucune place au christianisme – bien qu’elle s’incline devant une pureté imaginaire de l’islam. Femmes? Vous pouvez avoir des craintes sur la façon dont la prolifération des «identités» de genre pèse sur votre lutte unique pour équilibrer et pour donner un sens aux exigences conflictuelles de la vie familiale et professionnelle. Vous ne devez cependant rien dire. Toute identité de genre imaginée doit être respectée. Vous pensiez que vous étiez spéciales, mais vous ne l’êtes pas. Nous vivons dans un monde où tout est possible. Quiconque parle de limites, de contraintes, est «phobique» d’une manière ou d’une autre. L’esprit bourgeois qui a construit l’Amérique, l’intérêt de gagner beaucoup d’argent, d’avoir «réussi», de prendre des risques – avant tout la force de l’âme nécessaire pour affronter l’échec et revenir plus fort – sont méprisés. Personne n’ose parler dans un monde politiquement correct. Les sentiments pourraient être blessés; les gens peuvent se sentir «mal à l’aise». Les avertissements de contenus sensibles et les «espaces sûrs» occupent notre attention. La tâche dans le monde hautement chorégraphié de la «politique de l’identité» n’est pas de durcir mais de domestiquer. Pas de combats. Pas d’insultes auxquelles nous répondons avec force et confiance en soi et assurance. Même par le rire! Partout: les protections rendues possibles par le Grand Protecteur – l’Etat – car nous ne pouvons pas nous montrer à la hauteur de l’occasion. La grandeur importe; si nous voulons l’avoir, personnellement et en tant que pays, nous devons rejeter le discours politiquement correct qui, en nous protégeant de la souffrance, fait de nous sa victime à perpétuité. Sur chacune de ces questions – les frontières, l’immigration, l’intérêt national, l’esprit d’entreprise, le fédéralisme et le discours politiquement correct – Hillary Clinton répond avec la novlangue de « la mondialisation et de la politique de l’identité », le langage qui nous a donné un monde qui est à présent épuisé, vicié et irrécupérable. C’est contre ce genre de monde que les citoyens se révoltent. Et pas seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Grande-Bretagne. Les idées de «mondialisation» et de «politique de l’identité» qui nous ont fascinés après la guerre froide appartiennent maintenant à la poubelle de l’histoire. La question, plus importante que la question des personnalités de Hillary Clinton et de Donald Trump, est de savoir si nous aurons une nouvelle administration qui les autorise et essaie de résoudre nos problèmes à travers leur objectif. Joshua Mitchell
One of the many lessons of the recent presidential election campaign and its repugnant outcome is that the age of identity liberalism must be brought to an end. Hillary Clinton was at her best and most uplifting when she spoke about American interests in world affairs and how they relate to our understanding of democracy. But when it came to life at home, she tended on the campaign trail to lose that large vision and slip into the rhetoric of diversity, calling out explicitly to African-American, Latino, L.G.B.T. and women voters at every stop. This was a strategic mistake. If you are going to mention groups in America, you had better mention all of them. If you don’t, those left out will notice and feel excluded. Which, as the data show, was exactly what happened with the white working class and those with strong religious convictions. Fully two-thirds of white voters without college degrees voted for Donald Trump, as did over 80 percent of white evangelicals. (…) the fixation on diversity in our schools and in the press has produced a generation of liberals and progressives narcissistically unaware of conditions outside their self-defined groups, and indifferent to the task of reaching out to Americans in every walk of life. At a very young age our children are being encouraged to talk about their individual identities, even before they have them. By the time they reach college many assume that diversity discourse exhausts political discourse, and have shockingly little to say about such perennial questions as class, war, the economy and the common good. In large part this is because of high school history curriculums, which anachronistically project the identity politics of today back onto the past, creating a distorted picture of the major forces and individuals that shaped our country. (The achievements of women’s rights movements, for instance, were real and important, but you cannot understand them if you do not first understand the founding fathers’ achievement in establishing a system of government based on the guarantee of rights.) When young people arrive at college they are encouraged to keep this focus on themselves by student groups, faculty members and also administrators whose full-time job is to deal with — and heighten the significance of — “diversity issues.” Fox News and other conservative media outlets make great sport of mocking the “campus craziness” that surrounds such issues, and more often than not they are right to. Which only plays into the hands of populist demagogues who want to delegitimize learning in the eyes of those who have never set foot on a campus. How to explain to the average voter the supposed moral urgency of giving college students the right to choose the designated gender pronouns to be used when addressing them? How not to laugh along with those voters at the story of a University of Michigan prankster who wrote in “His Majesty”? This campus-diversity consciousness has over the years filtered into the liberal media, and not subtly. Affirmative action for women and minorities at America’s newspapers and broadcasters has been an extraordinary social achievement — and has even changed, quite literally, the face of right-wing media, as journalists like Megyn Kelly and Laura Ingraham have gained prominence. But it also appears to have encouraged the assumption, especially among younger journalists and editors, that simply by focusing on identity they have done their jobs. (…) How often, for example, the laziest story in American journalism — about the “first X to do Y” — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. (…) The media’s newfound, almost anthropological, interest in the angry white male reveals as much about the state of our liberalism as it does about this much maligned, and previously ignored, figure. A convenient liberal interpretation of the recent presidential election would have it that Mr. Trump won in large part because he managed to transform economic disadvantage into racial rage — the “whitelash” thesis. This is convenient because it sanctions a conviction of moral superiority and allows liberals to ignore what those voters said were their overriding concerns. It also encourages the fantasy that the Republican right is doomed to demographic extinction in the long run — which means liberals have only to wait for the country to fall into their laps. The surprisingly high percentage of the Latino vote that went to Mr. Trump should remind us that the longer ethnic groups are here in this country, the more politically diverse they become. Finally, the whitelash thesis is convenient because it absolves liberals of not recognizing how their own obsession with diversity has encouraged white, rural, religious Americans to think of themselves as a disadvantaged group whose identity is being threatened or ignored. Such people are not actually reacting against the reality of our diverse America (they tend, after all, to live in homogeneous areas of the country). But they are reacting against the omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by “political correctness.” Liberals should bear in mind that the first identity movement in American politics was the Ku Klux Klan, which still exists. Those who play the identity game should be prepared to lose it. (…) To paraphrase Bernie Sanders, America is sick and tired of hearing about liberals’ damn bathrooms. Mark Lilla (Columbia)
The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly. For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman (…) For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable. Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing (…) This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency. Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else? (…) I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office? But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups. Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody (…) Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them. (…) Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own. Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.” U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. » I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.  But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.” If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell. The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.  
La réaction de Barack Obama, l’islamo-gauchiste encore présent à la Maison Blanche, au moment de l’annonce du décès de Fidel Castro a été digne d’un disciple de Fidel Castro : prétendre tendre la main au peuple cubain tout en évoquant le statut “historique” d’un abject dictateur est méprisable. Le peuple cubain souffre sous le joug totalitaire depuis près de six décennies et lui tendre la main ne passe pas par l’évocation du statut “historique” du principal responsable de la souffrance subie. La réaction de Donald Trump a été infiniment plus digne, et a été celle d’un vrai Président des Etats Unis. Donald Trump a appelé le dictateur par son nom de dictateur, a rappelé ses multiples crimes, et a dit souhaiter la liberté pour les Cubains. La presse internationale, tout particulièrement en France, a, de manière générale, usé de mots élogieux pour décrire le mort. Elle continue, ce qui n’est pas étonnant. (…) L’ »ouverture” voulue ces dernières années par le pape François, pratiquée par Barack Obama, et, aussi, par le crétin de l’Elysée, est une façon de renflouer les caisses de la dictature, sans que rien n’ait changé aux pratiques de la dictature : c’est donc une assistance à dictature en danger, et un crime supplémentaire contre le peuple cubain. (…) La nostalgie de ceux qui parlent de Fidel le “révolutionnaire” est obscène : mais les gens de gauche sont souvent obscènes et n’ont aucun sens des valeurs éthiques les plus élémentaires. Ils marchent chaque jour sur des millions de cadavres suppliciés. Ils détestent Trump, élu démocratiquement, mais admirent l’assassin Fidel Castro comme ils ont admiré tant d’autres assassins : Lénine, Ho Chi Minh, Arafat, etc. Guy Millière

Et si pour une fois c’était les peuples qui avaient vu juste ?

A l’heure où après les avertissements des peuples qu’ont constitué, coup sur coup et contre tous les pronostics, les résultats du référendum britannique comme du véritable plébiscite de Trump ou de Fillon

Et la confirmation du véritable désastre qu’auront été, entre abandon criminel du Moyen-Orient et campagne aussi insignifiante que futile pour le mariage ou les toilettes pour tous, les politiques complètement déconnectées du réel de nos Obama, Hollande ou Merkel …

Nos donneurs de leçons en rajoutent sur l’incompétence du président-élu américain et, à défaut de pouvoir changer le peuple, appellent des deux côtés de l’Atlantique à contester dans la rue le résultat des urnes  …

Et qu’entre première présentatrice de télévision voilée au Canada et première candidate à l’élection de Miss America en burkini (ou était-ce homosexuelle ?) …

Ou entre deux attaques à la voiture-bélier ou pyromanes de nos chers réfugiés – pardon – loups solitaires auto-radicalisés via les consignes numériques de l’Etat islamique  …

Nos médias et nos élus (à quand après les cours islamiques  anglaises, les cours d’histoire aménagée selon l’origine des élèves ?) continuent à coup de « premières » leur matraquage multiculturaliste …

Devinez qui parmi l’ensemble des dirigeants de la planète …

Contre l’incroyable déni et auto-aveuglement de toute une génération d’élites nourries au petit lait de la mondialisation et de l’identité heureuses …

Et les tomberaux d’hommages qui ont salué la mort d’un des plus notoires dictateurs de la planète  ..

Aura eu le courage – ou le simple bon sens – d’appeler un chat un chat !

Fidel Castro, criminel contre l’humanité
Guy Millière

Dreuz

29 novembre 2016

La réaction de Barack Obama, l’islamo-gauchiste encore présent à la Maison Blanche, au moment de l’annonce du décès de Fidel Castro a été digne d’un disciple de Fidel Castro : prétendre tendre la main au peuple cubain tout en évoquant le statut “historique” d’un abject dictateur est méprisable.

Le peuple cubain souffre sous le joug totalitaire depuis près de six décennies et lui tendre la main ne passe pas par l’évocation du statut “historique” du principal responsable de la souffrance subie. La réaction de Donald Trump a été infiniment plus digne, et a été celle d’un vrai Président des Etats Unis. Donald Trump a appelé le dictateur par son nom de dictateur, a rappelé ses multiples crimes, et a dit souhaiter la liberté pour les Cubains.

La presse internationale, tout particulièrement en France, a, de manière générale, usé de mots élogieux pour décrire le mort. Elle continue, ce qui n’est pas étonnant.

Il faut donc le souligner une fois de plus.

Fidel Castro a été un dictateur féroce, dès son arrivée au pouvoir en 1959. Il s’est emparé de Cuba par la force des armes, y a installé un régime destructeur et barbare à la solde de l’Union Soviétique (et je le souligne : d’emblée à la solde de l’Union Soviétique). Il a fait assassiner des milliers d’opposants, en usant au commencement d’un exécuteur des basses oeuvres cruel et sadique appelé Ernesto Che Guevara, parti ensuite pratiquer le terrorisme en Afrique et en Amérique latine. Il a ravagé une économie qui, avant lui, était prospère, a provoqué une chute vertigineuse du niveau de vie du pays, aboli toutes les libertés, suscité l’exode de centaines de milliers de Cubains vers les Etats-Unis, volé des propriétés immobilières et des entreprises par centaines, transformé l’île en une grande prison.

Il faut le rappeler, Fidel Castro a failli provoquer une guerre mondiale en octobre 1962 quand il a accepté (ce qui était logique puisqu’il était un agent soviétique) l’installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, missiles braqués vers les Etats Unis en un temps où l’Union Soviétique affichait ses intentions destructrices vis-à-vis de la principale puissance du monde libre. Fidel Castro a demandé explicitement à l’époque à l’Union Soviétique d’utiliser les missiles nucléaires installés à Cuba pour détruire les Etats-Unis. Nikita Khrouchtchev a refusé.

Il faut le rappeler aussi, Fidel Castro est le seul et unique responsable de la rupture de toute relation commerciale ou autre entre Cuba et les Etats-Unis. A l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir, les Etats-Unis ont eu une attitude neutre, voire positive, vis-à-vis du nouveau régime : l’antipathie est vite venue, avec les exécutions sommaires, l’instauration de la dictature, la confiscation de toutes les entreprises américaines, la transformation de l’île en base soviétique.

Et il faut le dire : l’absence de toute relation entre Cuba et les Etats-Unis n’a jamais empêché Cuba sous Castro de commercer avec le reste du monde. La ruine économique de Cuba a une cause et une seule : la destruction de l’économie de marché et des structures de production du pays par des criminels sanguinaires, incompétents, vicieux, et méprisants envers l’être humain. Des gens tels qu’Hugo Chavez au Venezuela ou Jean-Luc Mélenchon s’il arrivait au pouvoir en France. Le crétin de l’Elysée, après avoir qualifié (comme Obama) Fidel Castro de grande figure historique, a incriminé l’embargo américain. Il aurait mieux fait d’incriminer les causes de la ruine de Cuba et de demander comme Trump un retour à la liberté à Cuba, mais le crétin en question étant socialiste, ce serait trop lui demander.

Il faut le dire : l’expédition de la Baie des Cochons fut une expédition libératrice qui aurait pu permettre au peuple cubain de retrouver la liberté face à la férocité qui s’abattait déjà sur lui. Elle a échoué à cause de la pusillanimité de John Kennedy, qui a retiré aux forces cubaines libres les moyens logistiques et l’appui qui leur avait été promis, cela au moment même où elles débarquaient. Si John Kennedy n’était pas mort à Dallas en 1963, le monde aurait fini par s’apercevoir qu’il était, outre un obsédé sexuel, un mauvais Président. Les Cubains de Floride se souviennent et savent que les démocrates sont, en général, des traîtres.

Il faut l’ajouter : le discours qui imprègne les grands médias aujourd’hui disant que, sous Battista, Cuba était un lieu de débauche et de prostitution est particulièrement infect. Cuba sous Battista avait un niveau de vie équivalent à celui de l’Italie de l’époque, et La Havane était une ville de casinos où la prostitution existait, une sorte de Las Vegas tropical. Des clubs de vacance existaient, les salaires allaient aux employés. Ces dernières années, quand les frères Castro ont eu besoin d’argent, des clubs de vacance ont ouvert, les salaires sont versés par les entreprises qui ont ouvert les clubs au gouvernement cubain, qui donne une pitance (20 dollars) équivalant à deux pour cent des salaires aux employés cubains utilisés, qui n’ont pas l’autorisation de ramener de la nourriture jetée dans les poubelles des clubs à leurs familles qui crèvent de faim. Les jeunes filles se prostituent pour un prix modique parce qu’elles crèvent de faim elles aussi.

Il faut l’ajouter : Fidel Castro n’a rien apporté au peuple cubain, sinon la souffrance et la mort. La médecine cubaine pour les Cubains est digne de celle du pire pays du tiers-monde (même les médicaments de base tels l’aspirine sont rationnés) tandis que des hôpitaux traitent, pour des sommes élevées de riches clients étrangers, tous les bénéfices allant au régime. Cuba était un pays très alphabétisé avant Castro, la différence est que l’alphabétisation désormais est totalement imprégnée de propagande léniniste monolithique.

L’ »ouverture” voulue ces dernières années par le pape François, pratiquée par Barack Obama, et, aussi, par le crétin de l’Elysée, est une façon de renflouer les caisses de la dictature, sans que rien n’ait changé aux pratiques de la dictature : c’est donc une assistance à dictature en danger, et un crime supplémentaire contre le peuple cubain.

La joie des Cubains de Floride est très logique et pleinement légitime. Les Cubains encore à Cuba ne peuvent exprimer la moindre joie sans risquer d’avoir à le payer cher.

La nostalgie de ceux qui parlent de Fidel le “révolutionnaire” est obscène : mais les gens de gauche sont souvent obscènes et n’ont aucun sens des valeurs éthiques les plus élémentaires. Ils marchent chaque jour sur des millions de cadavres suppliciés. Ils détestent Trump, élu démocratiquement, mais admirent l’assassin Fidel Castro comme ils ont admiré tant d’autres assassins : Lénine, Ho Chi Minh, Arafat, etc.

Que les cendres de Fidel Castro soient destinées à reposer là où se trouve la sépulture de José Marti, qui était un libéral, un démocrate, un défenseur de la liberté de parole, et qui est mort lors de la décolonisation de Cuba, menée grâce aux Etats-Unis en 1895, est une insulte à la mémoire de José Marti, dont Fidel Castro a piétiné l’héritage.

Voir aussi:

 While others fawn, Trump buries Castro with the truth

The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly.

For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman:

Today, the world marks the passing of a brutal dictator who oppressed his own people for nearly six decades. Fidel Castro’s legacy is one of firing squads, theft, unimaginable suffering, poverty and the denial of fundamental human rights.

While Cuba remains a totalitarian island, it is my hope that today marks a move away from the horrors endured for too long, and toward a future in which the wonderful Cuban people finally live in the freedom they so richly deserve.

For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable.

Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing:

Today, we offer condolences to Fidel Castro’s family, and our thoughts and prayers are with the Cuban people. For nearly six decades, the relationship between the United States and Cuba was marked by discord and profound political disagreements.

During my presidency, we have worked hard to put the past behind us, pursuing a future in which the relationship between our two countries is defined not by our differences but by the many things that we share as neighbors and friends — bonds of family, culture, commerce, and common humanity.

This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency.

Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else?

Indeed, his Secretary of State John Kerry, whose tenure has been distinguished by near-total capitulation to Iran, the world’s foremost state sponsor of terrorism, said of Castro: « We extend our condolences to the Cuban people today as they mourn the passing of Fidel Castro … He played an outsized role in their lives, and he influenced the direction of regional, even global affairs.”

I’d be outraged if I were not already asleep.

I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office?

But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups.

Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody:

“Fidel Castro was a larger than life leader who served his people for almost half a century.” Trudeau added that Castro was “Cuba’s longest serving President.”

Notice that Castro “served” rather than ruled, and that he was “President” and not « dictator.”

But Trudeau’s just getting started.

“While a controversial figure, both Mr. Castro’s supporters and detractors recognized his tremendous dedication and love for the Cuban people who had a deep and lasting affection for ‘el Comandante…” He continued. Castro was “a legendary revolutionary and orator” and that his death at 90 had brought him “deep sorrow.”

Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them.

As an American who loves Canada and has the privilege of hosting a national TV show there, “Divine Intervention,” I am embarrassed for the good people of Canada.

Trudeau’s revolting comments were rightly exposed by Senator Marco Rubio as “shameful and embarrassing,” and by Senator Ted Cruz as “slobbering adulation.”

Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own.

Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.”

U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. »

I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.

But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.”

If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell.

The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.

Boteach, “America’s Rabbi,” whom the Washington Post calls “the most famous Rabbi in America,” is founder of The World Values Network and is the international best-selling author of 31 books, including “The Israel Warrior,” which has just been published. Follow him on Twitter @RabbiShmuley.

Voir encore:

Fidel Castro: A Litmus Test Of American Political Thinking

Paul Roderick Gregory

Miami residents celebrate the death of Fidel Castro on November 26, 2016 in Miami, Florida. Cuba’s current President and younger brother of Fidel, Raul Castro, announced in a brief TV appearance that Fidel Castro had died at 22:29 hours on November 25 aged 90. (Gustavo Caballero/Getty Images)

Fidel Castro is dead at age 90. In power for more than a half century, his regime ruled the last planned socialist economy. (Unless we include quirky North Korea). In 1957, when Castro launched his Cuban revolution, Cuban GDP per capita equaled the Latin American average. On the day of Fidel’s death, it has fallen to less than half that average.  Over the fifty years of Castro’s communist rule, Cuba went from being among the more prosperous countries of Latin America to being among its poorest. When Fidel marched victoriously into Havana, it had fifty-eight national newspapers. Now it has six, all published by the Cuban communist party and its affiliates.

When Communism fell in the Soviet Union and Eastern Europe, advocates of Communism throughout the world shrugged. They argued that the Communist system is sound. The problem is that Communist countries have had the wrong leaders. Communist true believers, the world over, had to put their faith in Fidel and to hope that his example would spread Communism beyond Cuba’s shores – to countries like Venezuela and Nicaragua. Communist true believers looked at Fidel’s Cuba and praised its health-care and education systems, its income equality, and the fact that Cuba survived the U.S. embargo. They ignored the fact the Fidel remained in power thanks to repression of political opponents, his willingness to lose his most ambitious citizens as boat people to the US, and cheap oil as a client state of the USSR and then Venezuela.

Two decades back, only ten percent of Americans viewed Cuba favorably. On the day of Fidel’s death, more than half of Americans have a positive view of Cuba. The party divide is enormous: Three quarters of Democrats and one third of Republicans hold positive views of Cuba. In the 1960s, the New Left, with its ubiquitous Che posters, was enraptured by Castro and the Cuban model. More recent assessments by socialists fret that Cuba is not striving for a true form of socialism.

The American Left views Fidel as a veteran, battle-scarred in his battle against a US imperialism, bent on Cuba’s destruction. Despite all these obstacles, as stated by Bernie Sanders in 1985, people “forget that Castro educated their kids, gave their kids healthcare, and totally transformed society” in a “revolution of values.” The American Right sees Fidel’s Cuba as an oppressive one-party state that permits no dissent. It is managed by a regime that has run the economy into the ground, despite accomplishments in education and health care. Equality in Cuba means an equal right to poverty.

An oppressive dictator who imprisons opponents and forces his best-and-brightest to flee or a heroic leader thumbing his nose in the face of the global hegemon while providing his people with education and health, one thing is clear:  The Castro planned socialist economy has doomed the Cuban people to lives of poverty. If Cuba had simply matched the lackluster performance of Latin America, the Cuban people would have double the living standard they have today.

The rise in favorable American opinion about Cuba, especially among Democrats, reflects the leftward tilt of their thinking, and a naïve belief, as expressed by the Sanders campaign, that Democratic Socialism is possible. If so, let them give one real-world example, and not the phony Scandinavian model. Fidel knew otherwise and did not tinker with democracy, and he died in power. Gorbachev did not, and he was unceremoniously dumped from power. I imagine Raul Castro is aware of these facts.

Voir également:

The death of Fidel Castro is the perfect Rorschach test for our times.

Ryu Spaeth

The New Republic

November 26, 2016

What you thought of Castro, who died at the age of 90 on Friday, has always been a reflection of your politics, your nationality, and your age. He was a hero of the revolutionary left in Latin America, proving that a ragtag band of guerrillas could overthrow the Western Hemisphere’s hegemon. He was a communist stooge to the American officials who repeatedly tried to kill him, presiding over an outpost of the Soviet Union just off the coast of Florida. To Cubans themselves he was a dictator who impoverished the country, jailed and killed thousands of dissidents, and stripped citizens of their basic rights. And to those who came of age in the post-Cold War era, he was simultaneously a retro figure on a T-shirt and a cranky old man in an Adidas tracksuit.

The disintegration of the post-Cold War order—culminating in Brexit in Great Britain and the election of Donald Trump in the United States—has been mirrored in the chaotic response to Castro’s death. Jeremy Corbyn, the leader of Britain’s Labour Party, hailed Castro as a “champion of social justice,” which is decidedly more sympathetic than anything Tony Blair might have said. Paeans have poured in from predictable quarters (Brazil’s Dilma Rousseff, herself a one-time revolutionary) and those less so (Canada’s Justin Trudeau, the scion of a former prime minister). In the United States, a Democratic president who ushered in a new relationship with Cuba largely based on free market liberalization is being succeeded by a Republican businessman who has threatened to roll back this progress for a “better deal.”

What Trump and Cuban President Raul Castro plan to do now is the ultimate question hanging over Cuba in the wake of Fidel’s death. So far, Trump has indicated nothing more than that he is aware of the news, which we can all agree, even in these divided times, is a good start.

Voir encore:

Drieu Godefridi
Dreuz Info
24 novembre 2016
Le 8 novembre 2016 est une date historique. Elle marque l’accession prochaine à la présidence des Etats-Unis d’un homme, Donald J. Trump, qui, après le Brexit, incarne le surgissement sur la scène politique et culturelle occidentale d’une force nouvelle : les classes moyennes.

Ne sont-ce pas les classes moyennes qui, par définition, dominent la scène depuis les Trente Glorieuses ? Certes, mais la spécificité de la situation actuelle est que ces « gens ordinaires » que désigne le sociologue canadien Mathieu Bock-Côté se comportent désormais de façon politiquement cohérente. Avec une solidarité, une conscience de classe, comme disent les marxistes. Bref, elles votent en masse et en tant que telles.

« La démocratie est lente », constatait le communiste espagnol Denis Fernandez Récatala. De la survenance d’un problème à sa résolution par le mode démocratique — appropriation de la problématique par un parti, accession de ce parti au pouvoir, mise en œuvre d’une politique — s’écoulent souvent de longues années. Particulièrement lorsque le diagnostic est lui-même disputé.

Toutefois, certaines réalités économiques et culturelles sont devenues si prégnantes qu’elles ne peuvent plus être niées. Je soutiens que la révolte des classes moyennes occidentales est le fruit de la détérioration de ses conditions d’existence, dont les motifs sont similaires des deux côtés de l’Atlantique.

La taxation, dans nos pays, est confiscatoire. Depuis 1945, la part de richesse prélevée par l’Etat n’a cessé de croître. Même s’ils ignorent l’aphorisme de Frédéric Bastiat selon lequel « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde », les citoyens « sentent » que le système tourne à leurs dépens. Que l’Etat, pour octroyer telle prime, tel encouragement ou service, perçoit un impôt plus lourd que ne le serait le prix du service sans son intervention, car il doit rémunérer une pléthore d’agents, de partenaires et de clientèles. Cette réalité est d’autant moins tolérée qu’elle s’inscrit dans le contexte d’un « capitalisme de connivence » qui compense, avec l’argent des contribuables, et à coup de dizaines de milliards, les pertes abyssales d’un secteur financier dont les bénéfices sont privés.

Ayant payé son écot — de 50 à 65% de ses revenus, dans la plupart de nos pays — le citoyen dispose d’un capital résiduel. Ce capital, en principe il en use à sa guise, car nos régimes restent fondés sur le principe de l’autonomie de la volonté. Mais seulement en théorie. Car, à chaque instant le citoyen doit louvoyer et se glisser sous les clôtures électrifiées de normes toujours plus nombreuses. La gauche culturelle a longtemps soutenu, jusqu’à nos jours, que nous évoluons dans un univers capitaliste « dérégulé », dont la généalogie remonterait au règne de M. Reagan et de Mme Thatcher. Rien n’est plus faux. Que l’on regarde les chiffres de la production législative et réglementaire — disons normative — dans les pays européens et aux Etats-Unis, et l’on verra qu’aucun individu dans l’histoire de l’humanité ne s’est trouvé aussi étroitement sanglé de normes. L’Occidental est tel un Gulliver auquel on donne la liberté en titre, mais que l’on paralyse par mille liens. Ce n’est pas le lieu de produire des chiffres — je le ferai dans une étude comparative et historique à paraître — contentons-nous de relever que la France produit autant de normes chaque année que durant les cinq cent années qui vont du 13e siècle de Saint-Louis à la révolution de 1789. À ce formidable magma normatif en croissance exponentielle, vient encore s’agglutiner l’épaisse gangue des régulations que sécrètent les institutions européennes. Outre son caractère anti-économique, cette prolifération normative contraint, force et entrave les citoyens jusque dans les détails infimes et intimes de leur vie quotidienne.

La fiscalité et l’hyperinflation normative s’aggravent de la dégradation urbaine et scolaire. L’immigration massive ayant été érigée en dogme moral et en nécessité économique, les classes moyennes occidentales ont vu surgir au sein de leurs villes, de leurs quartiers et de leurs écoles, parfois jusqu’à les dominer, des populations dont la culture est certes respectable mais, dans le cas de l’islam, radicalement distincte de la leur, dans son rapport aux femmes, à la liberté de conscience, à la démocratie. Cette immigration, dans la réalité des faits, n’est pas choisie, mais subie. Quand, après trente années de ce régime migratoire, les mêmes « gens ordinaires » constatent que des candidats à la migration se pressent toujours plus nombreux à leurs frontières, ils se posent légitimement la question de la perpétuation de leur mode de vie. Comment s’étonner que le dogme de l’immigration anarchique soit rejeté ? Cela indépendamment de la question du terrorisme (alors qu’il est par exemple établi que dix des douze auteurs des effroyables attentats de Paris, le 13 novembre 2015, se sont inflitrés en Europe comme migrants, cfr. Le Figaro, 12 novembre 2016).

Pour compléter la tableau, relevons la guerre culturelle qui est menée aux classes moyennes, sur la seule foi du sexe et de la couleur de la peau. Examinons les deux aspects de ce Kulturkampf.

D’abord, la théorie du genre, selon laquelle la distinction des sexes masculin et féminin est une invention culturelle (Judith Butler, Anne Fausto-Sterling). Au nom de cette idéologie, dans l’infini chatoiement de ses variétés académiques et médiatiques, des minorités sexuelles en sont venues à exiger l’éradication de la référence à l’hétérosexualité, vécue comme oppressive et stigmatisante. La revendication est de brouiller les genres, en les multipliant à l’infini, et de quitter la notion — statistiquement incontestable — de « normalité » hétérosexuelle. D’où ces polémiques, souvent émaillées de violences, pour décider de la question de savoir si les « queer » et transgenres peuvent, ou pas, accéder aux vestiaires sportifs, scolaires et toilettes de leur sexe biologique, ou de leur sexe choisi, ou les deux, et comment vérifier ? Des parents se posent légitimement la question de savoir si leur petite fille de six ou sept ans risque de croiser dans les toilettes une « femme » de 45 ans avec ce que l’on appelait autrefois un sexe masculin entre les jambes. Se fédère à ces polémiques l’hostilité de principe témoignée au garçon hétérosexuel, institué en dépositaire de la sexualité « du passé », ce qui justifie qu’il soit rééduqué dès la plus tendre enfance — à l’école —, discriminé lors de son entrée éventuelle à l’université, et que le moindre de ses gestes et paroles soit justiciable des tribunaux. Cette guerre du genre est menée avec autant d’âpreté que d’efficacité : la grande majorité des diplômés de l’enseignement supérieur américain et européen sont des femmes, et la réalité biologique de la binarité sexuelle est battue en brèche jusque dans nos textes de loi (Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe, 2011).

Vient enfin la résurgence du racisme. D’abord, il y eut le discours anti-raciste, réprouvant le rejet d’une personne sur la seule foi de sa race. L’écrasante majorité des Occidentaux ont acquiescé à ce discours. Toutefois une rhétorique subtile s’est enclenchée, particulièrement dans des pays comme les Etats-Unis et la France, jusqu’à permettre, puis encourager, la mise en accusation des populations blanches. Ainsi des « safe spaces » se sont-ils multipliés sur les campus américains, c’est-à-dire des espaces réservés aux minorités, pour leur permettre de se soustraire à la présence réputée suffocante des Américains « caucasiens ». Dit autrement, les étudiants blancs se voient refuser l’accès de certaines zones du campus sur la seule foi de la couleur de leur peau. Paradoxal retournement d’un discours anti-raciste qui en vient à légitimer, souvent par la violence, des pratiques racialistes au sens strict. Ainsi du discours sur le « white privilege », soit l’idée qu’un Américain blanc est privilégié du seul fait de la couleur de sa peau, quels que soient ses origines et milieu social, et que la loi doit donc discriminer en sa défaveur, toujours sur la seule foi de la couleur de sa peau. Considérons ce répertoire de journalistes récemment créé sous l’égide du gouvernement francophone belge, dont l’objet est d’inclure d’une part les femmes, d’autre part les « hommes et femmes issus de la diversité », ce qui exclut qui ? Les hommes blancs, avec pour seul critère la couleur de leur peau. Racisme, vous avez dit proto-fascisme ? Qui ne voit que ces discours et pratiques reposent sur les notions de responsabilité raciale collective, et de responsabilité à travers les âges, soit très exactement les concepts qui ont, de tout temps, fondé l’antisémitisme, comme Sartre l’a montré dans ses Réflexions sur la question juive ? Ce racisme au nom de l’anti-racisme, les classes moyennes occidentales n’y consentent plus.

Il est à noter que cette guerre sexuelle et racialiste menace les gens ordinaires, non seulement dans leurs conditions d’existence (impôt, normes, quartiers), mais dans leur être naturel (sexe, couleur de la peau). Qu’un rejet radical — une révolution, selon Stephen Bannon, éminence grise du nouveau président américain — se dessine, est-ce surprenant ?

Tels sont les facteurs dont la conjugaison explique, selon moi, à la fois la détérioration des conditions de vie des classes moyennes occidentales, et leur révolte politique.

Voir de même:

The End of Identity Liberalism
Mark Lillanov
The New York Times
Nov. 18, 2016

It is a truism that America has become a more diverse country. It is also a beautiful thing to watch. Visitors from other countries, particularly those having trouble incorporating different ethnic groups and faiths, are amazed that we manage to pull it off. Not perfectly, of course, but certainly better than any European or Asian nation today. It’s an extraordinary success story.

But how should this diversity shape our politics? The standard liberal answer for nearly a generation now has been that we should become aware of and “celebrate” our differences. Which is a splendid principle of moral pedagogy — but disastrous as a foundation for democratic politics in our ideological age. In recent years American liberalism has slipped into a kind of moral panic about racial, gender and sexual identity that has distorted liberalism’s message and prevented it from becoming a unifying force capable of governing.

One of the many lessons of the recent presidential election campaign and its repugnant outcome is that the age of identity liberalism must be brought to an end. Hillary Clinton was at her best and most uplifting when she spoke about American interests in world affairs and how they relate to our understanding of democracy. But when it came to life at home, she tended on the campaign trail to lose that large vision and slip into the rhetoric of diversity, calling out explicitly to African-American, Latino, L.G.B.T. and women voters at every stop. This was a strategic mistake. If you are going to mention groups in America, you had better mention all of them. If you don’t, those left out will notice and feel excluded. Which, as the data show, was exactly what happened with the white working class and those with strong religious convictions. Fully two-thirds of white voters without college degrees voted for Donald Trump, as did over 80 percent of white evangelicals.

The moral energy surrounding identity has, of course, had many good effects. Affirmative action has reshaped and improved corporate life. Black Lives Matter has delivered a wake-up call to every American with a conscience. Hollywood’s efforts to normalize homosexuality in our popular culture helped to normalize it in American families and public life.

Have you changed anything in your daily life since the election? For example, have you tried to understand opposing points of view, donated to a group, or contacted your member of Congress? Your answer may be included in a follow up post.

But the fixation on diversity in our schools and in the press has produced a generation of liberals and progressives narcissistically unaware of conditions outside their self-defined groups, and indifferent to the task of reaching out to Americans in every walk of life. At a very young age our children are being encouraged to talk about their individual identities, even before they have them. By the time they reach college many assume that diversity discourse exhausts political discourse, and have shockingly little to say about such perennial questions as class, war, the economy and the common good. In large part this is because of high school history curriculums, which anachronistically project the identity politics of today back onto the past, creating a distorted picture of the major forces and individuals that shaped our country. (The achievements of women’s rights movements, for instance, were real and important, but you cannot understand them if you do not first understand the founding fathers’ achievement in establishing a system of government based on the guarantee of rights.)

When young people arrive at college they are encouraged to keep this focus on themselves by student groups, faculty members and also administrators whose full-time job is to deal with — and heighten the significance of — “diversity issues.” Fox News and other conservative media outlets make great sport of mocking the “campus craziness” that surrounds such issues, and more often than not they are right to. Which only plays into the hands of populist demagogues who want to delegitimize learning in the eyes of those who have never set foot on a campus. How to explain to the average voter the supposed moral urgency of giving college students the right to choose the designated gender pronouns to be used when addressing them? How not to laugh along with those voters at the story of a University of Michigan prankster who wrote in “His Majesty”?

This campus-diversity consciousness has over the years filtered into the liberal media, and not subtly. Affirmative action for women and minorities at America’s newspapers and broadcasters has been an extraordinary social achievement — and has even changed, quite literally, the face of right-wing media, as journalists like Megyn Kelly and Laura Ingraham have gained prominence. But it also appears to have encouraged the assumption, especially among younger journalists and editors, that simply by focusing on identity they have done their jobs.

Recently I performed a little experiment during a sabbatical in France: For a full year I read only European publications, not American ones. My thought was to try seeing the world as European readers did. But it was far more instructive to return home and realize how the lens of identity has transformed American reporting in recent years. How often, for example, the laziest story in American journalism — about the “first X to do Y” — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. No major news outlet in Europe would think of adopting such a focus.

But it is at the level of electoral politics that identity liberalism has failed most spectacularly, as we have just seen. National politics in healthy periods is not about “difference,” it is about commonality. And it will be dominated by whoever best captures Americans’ imaginations about our shared destiny. Ronald Reagan did that very skillfully, whatever one may think of his vision. So did Bill Clinton, who took a page from Reagan’s playbook. He seized the Democratic Party away from its identity-conscious wing, concentrated his energies on domestic programs that would benefit everyone (like national health insurance) and defined America’s role in the post-1989 world. By remaining in office for two terms, he was then able to accomplish much for different groups in the Democratic coalition. Identity politics, by contrast, is largely expressive, not persuasive. Which is why it never wins elections — but can lose them.

The media’s newfound, almost anthropological, interest in the angry white male reveals as much about the state of our liberalism as it does about this much maligned, and previously ignored, figure. A convenient liberal interpretation of the recent presidential election would have it that Mr. Trump won in large part because he managed to transform economic disadvantage into racial rage — the “whitelash” thesis. This is convenient because it sanctions a conviction of moral superiority and allows liberals to ignore what those voters said were their overriding concerns. It also encourages the fantasy that the Republican right is doomed to demographic extinction in the long run — which means liberals have only to wait for the country to fall into their laps. The surprisingly high percentage of the Latino vote that went to Mr. Trump should remind us that the longer ethnic groups are here in this country, the more politically diverse they become.

Finally, the whitelash thesis is convenient because it absolves liberals of not recognizing how their own obsession with diversity has encouraged white, rural, religious Americans to think of themselves as a disadvantaged group whose identity is being threatened or ignored. Such people are not actually reacting against the reality of our diverse America (they tend, after all, to live in homogeneous areas of the country). But they are reacting against the omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by “political correctness.” Liberals should bear in mind that the first identity movement in American politics was the Ku Klux Klan, which still exists. Those who play the identity game should be prepared to lose it.

We need a post-identity liberalism, and it should draw from the past successes of pre-identity liberalism. Such a liberalism would concentrate on widening its base by appealing to Americans as Americans and emphasizing the issues that affect a vast majority of them. It would speak to the nation as a nation of citizens who are in this together and must help one another. As for narrower issues that are highly charged symbolically and can drive potential allies away, especially those touching on sexuality and religion, such a liberalism would work quietly, sensitively and with a proper sense of scale. (To paraphrase Bernie Sanders, America is sick and tired of hearing about liberals’ damn bathrooms.)

Teachers committed to such a liberalism would refocus attention on their main political responsibility in a democracy: to form committed citizens aware of their system of government and the major forces and events in our history. A post-identity liberalism would also emphasize that democracy is not only about rights; it also confers duties on its citizens, such as the duties to keep informed and vote. A post-identity liberal press would begin educating itself about parts of the country that have been ignored, and about what matters there, especially religion. And it would take seriously its responsibility to educate Americans about the major forces shaping world politics, especially their historical dimension.

Some years ago I was invited to a union convention in Florida to speak on a panel about Franklin D. Roosevelt’s famous Four Freedoms speech of 1941. The hall was full of representatives from local chapters — men, women, blacks, whites, Latinos. We began by singing the national anthem, and then sat down to listen to a recording of Roosevelt’s speech. As I looked out into the crowd, and saw the array of different faces, I was struck by how focused they were on what they shared. And listening to Roosevelt’s stirring voice as he invoked the freedom of speech, the freedom of worship, the freedom from want and the freedom from fear — freedoms that Roosevelt demanded for “everyone in the world” — I was reminded of what the real foundations of modern American liberalism are.

Mark Lilla, a professor of the humanities at Columbia and a visiting scholar at the Russell Sage Foundation, is the author, most recently, of “The Shipwrecked Mind: On Political Reaction.”

Voir de plus:

An End of Identity Liberalism?
Kevin D. Williamson
The National review
November 27, 2016
Don’t count on it.
The New York Times, like Walt Whitman, contains multitudes and necessarily contradicts itself. In the Sunday edition there is an intelligent essay by Mark Lilla titled “The End of Identity Liberalism.” In the Times magazine is an essay by Alexander Fury asking “Can a Corset Be Feminist?” Lilla argues that the tiresomely omphaloskeptic identity politics of the contemporary Left is counterproductive, standing in the way of a genuine liberalism of principle and cosmopolitan broad-mindedness. He writes: “How often, for example, the laziest story in American journalism — about the ‘first X to do Y’ — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. No major news outlet in Europe would think of adopting such a focus.” If we were feeling generous, we could overlook the fact that such sterling progressives as Jonathan Chait began to question the value of identity politics right around the time that “Shut up, white man!” came to be accepted as an all-purpose response to columns by Jonathan Chait. Lilla’s understandably Europhilic column does not grapple with the demographic facts — that Switzerland is full of Swiss people and Mississippi isn’t — but his prescription for liberal reform is the right one, one that certainly would please conservatives even if it made no impression on the Left, which does not have very many liberals anymore. A liberal education system, Lilla writes, would acquaint students with the structures and dynamics of American government and prepare them for the duties of citizenship. A liberal press would take more than an “anthropological interest in the angry white male” and “would begin educating itself about parts of the country that have been ignored, and about what matters there, especially religion.” (Learning the elementary facts about firearms would be something, too.)
The most interesting and insightful part of Lilla’s essay is his argument that the right-leaning rural and small-town Americans are not in fact revolting against the fact of American diversity but against the “omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by ‘political correctness.’” That is exactly right. He ends with a salute to Franklin Roosevelt’s “Four Freedoms,” without getting into the messy fact that the Democratic party has declared open war on two of them — freedom of speech and freedom of worship — with Harry Reid’s Senate caucus having gone so far as to vote for repealing the First Amendment. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? How different is Alexander Fury’s essay on the corset, by comparison. Fury’s piece is the usual exercise in progressive moral panic: How should the right sort of people feel about corsets? (Kale? Juice cleanses? Whole Foods? Tesla automobiles?) The corset, Fury says, is not just another article of clothing, and one can feel a dreadful premonition of the abuse of the word “literally” before Fury gets around to writing it: “As opposed to merely transforming our perceptions of the figure, as with the padding and extensions of 18th-century pannier skirts, or the 19th-century bustle, the corset acted — and still acts — directly on the form, kneading and shifting flesh to literally carve out a new body for its wearer, no situps required.” We are all good liberals here, but I am confident that literally carving the human body remains a crime, even in New York. RELATED: Identity Politics Are Ripping Us Apart Fury’s version of things is the opposite of Lilla’s tolerant liberalism: To be the right sort of people, we must be feminists, and to be feminists, we must have opinions on . . . everything, and assign to the entirety of the universe moral gradations based upon the feminist position that all of the right sort of people must assume. Fury ultimately comes down as a corset libertarian: “A woman wearing a corset today is a symbol of empowerment, of sexual freedom, of control. She’s the one holding the laces, the one constructing her own femininity.” But the problem is less the answer than the question, and the question-begging — the identification of feminism with virtue and the hunt for heresy. More P.C. Culture Football and Fallacies Enemies of Language If You Need a Hotline to Handle Thanksgiving, Then You Actually Need to Get Over Yourself Lilla’s plea is probably doomed to fall upon deaf ears — or ears that are at the very least not listening. There is almost nothing that people enjoy so much as talking about themselves and all of the splendid ways in which they and their experiences are utterly unique, and it is very difficult to listen to others while talking about one’s self. Sir Richard Francis Burton wasn’t entirely wrong to conclude that “man never worshipped anything but himself.” But if progressives will not heed principle, then maybe they will heed arithmetic. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? President-elect Trump might have some thoughts on that. — Kevin D. Williamson is the roving correspondent for National Review.

Voir encore:

After Globalism and Identity Politics
Joshua Mitchell
Providence
August 29, 2016

Since the end of the Cold War, America has been mesmerized by two ideas that have given hazy coherence to the post-1989 world: “globalism” and “identity politics.” Formidable political movements in America and in Europe, still raucous and unrefined, now reject both ideas. Political and intellectual elites dismiss these movements because they believe the post-1989 world as they have understood it is still intact, and that no thoughtful person could think otherwise. Hence, the only-dumb-white-people-vote-for-Trump trope.

The “globalization” idea has expressions on both the Left and Right: on the Left, the emphasis has been on so-called “global norms” and culture; on the Right, the emphasis has been on so-called “free-trade” and democracy promotion through military means. Both sides believe in the inevitability of their idea of globalization. We live, however, in a world of states. In that world, the movement of cultural information and material goods has not been free-flowing, and really can never be. Regulatory agencies within the state, often captured by corporations who by virtue of economies of scale can afford large back-office compliance staff, determine what comes in and what stays out. NAFTA is hundreds of pages long. TPP is thousands of pages long. The real beneficiaries of these arrangements are state regulators and large corporations. They will always be in favor of so-called “free trade.” They both gain; but American workers generally do not. Consumers get cheaper goods, but a chasm opens up between those who are in on the game and those who are not. Standards of living fall for all but the few. Government grows. Corporations get rich. What happens to everybody else?

“Globalization” suggests a world where states matter little. If states matter little, then citizenship matters little. To assist in this diminishment of the importance of the state, we have become enthralled by the idea that we are not citizens who have been encultured into a certain set of practices and traditions that we hold dear because we are legal members of a state in which we find our home. Rather, we are bearers of this or that “identity,” which is the only really important thing about us. With this idea, the purpose of the state shifts from mediating the interests of lawful citizens (with a view to defending liberty and property) to disseminating resources based on what you deserve because of your “identity.” The “aggrieved” person is not an active citizen, encouraged to build a common world with his or her neighbors, but a passive victim who is to receive assistance from the state. The real debt of money does not matter, for the U.S. Government can go deeper into debt without cost. All that matters is that educators and politicians continue to chant about the debt you are owed because of your “identity.” In exchange, you, the identity-bearing citizen, must continue to chant about “global norms” and “free trade” that elites promise will redound to the benefit of all. And if it doesn’t, all is not lost, because even if the crony-capitalists and state regulators don’t do anything but line their own pockets, you will at least get the satisfaction that you are owed something because of your victim-status. They, who are getting rich while you are getting poor, tell you so. Indeed, the price of admission to their world, is that you should continue to be mesmerized by “globalization” and “identity politics.” Here, parenthetically, is the corruption at the heart of the American University, without which this configuration of ideas could not have come to prevail in the post-1989 world.

The upcoming Presidential campaign is about many things, not least the persons of Donald Trump and Hillary Clinton. In the midst of a world that longs for perfection, we find ourselves with two human-all-too-human candidates.

Beyond the lure or abhorrence of their character is the singular question: will the next Administration double-down on the mesmerizing configuration of “globalization” and “identity politics,” and in the process fortify the crony-capitalist class and those who think they profit from identity politics? Hillary Clinton and The Clinton Foundation are ground-zero for this configuration. Donald Trump opposes that configuration, on a good day gives inchoate expression of a genuine alternative, on a bad day blunders horribly, and will probably lose the upcoming national election.

The outlines of a genuine alternative involve the following correlated ideas, some of which have been clearly formulated in Trump’s campaign, while others have been lurking in it or are merely encouraged by it:

Because States are territories within which specific laws are enforced, borders matter. Borders mark where one set of laws begins and another set of laws ends. Tender-hearted sentiments about “universal humanity” cannot overrule this consideration. If mercy is shown, it is as an exception to generally-binding law, and not a repudiation of it. Borders matter.

Because the laws of States work only when people are acculturated to them and adopt them as their own, legal immigration of people from cultures not accustomed to the laws of the State and their practical foundation must proceed slowly, and with the understanding that it takes several generations to acculturate them. Immigration policy matters.
Because we live in a world of States, there will always be war. Therefore we must firmly establish who our allies are, and what we will do to defend them. In keeping with a somber view of the world, we cannot be driven by the dreamy ideals of universal world-around democracy in choosing our allies. Foreign policy is for the purpose of defending our own nation, not spending blood and treasure trying to persuade other nations to imitate our laws and ways. National interests, not so-called universal interests, matter.

Because the United States is composed of immigrants, admission into the Middle Class, made possible by robust economic growth, must be among the highest domestic priorities. Crony-capitalism diminishes growth by pre-determining permanent winners and permanent losers. So-called “free trade” agreements that benefit crony-capitalists eventually slow growth. Also slowing growth is the ever-increasing state regulation of nearly every aspect of daily life, which purports to protect us from harm. What good is such protection, however, when citizens cease to believe that they are responsible for themselves, their families, and their neighbors; and when the very spirit of entrepreneurship is undermined by it? The spirit of entrepreneurship, not just state-sponsored “care” of docile citizens, matters.

Because the sway of lobbyists in national politics grows in proportion to the growth of the federal government, the distorting power of lobbyists cannot be curtailed until the Constitutional limits on the federal government, established by the Founding Fathers, are observed anew. The federal government was set up to adjudicate certain issues, but not others. Those other issues—issues pertaining to the daily life of citizens—were to be adjudicated by state and local governments. When the purview of the federal government is extended beyond its original bounds, it becomes dysfunctional, and the power of the Executive and the Courts extends to compensate. This invites the tyranny of the Executive. The greater danger is not the person holding the Presidential office at any given time; the greater danger is the nature of the Executive office when the federal government grows disproportionally. Federalism and the decentralization of power matters.

Because “identity politics” undermines the idea of citizens who must engage one-another based not on their identity, but on “the content of their character” as Martin Luther King famously said, the politically correct speech that destroys citizenship and the possibility of any common accord about what personal and national greatness may involve must be roundly repudiated. PC speech is corrosive to the soul of America. It is humorless; it reduces all real “differences” to highly contrived, orchestrated, and controlled categories, the cost of straying from which is ostracism or worse. The Salem witch trials of 1692-93 have nothing on us today. America: ever involved in casting out the impure and the doubting. If you are African-American, please don’t mention that you believe in God and go to Church; identity politics allows no room for Christianity—though it bows before an imagined purity of Islam. Women? You may have apprehensions about how the proliferation of gender “identities” bears on your unique struggle to balance and to make sense of the conflicting demands of family and professional life. You, however, must say nothing. Every imagined gender identity is to be equally respected. You thought you were special, but you are not. We live in a world where all things are possible. Anyone who speaks of limits, of constraints, is “phobic” in one way or another. The bourgeois spirit that built America, the interest in making lots of money, in being “successful,” in taking risks—above all the strength of soul necessary to face failure and come back from it, stronger—these are held in contempt. No one dares speak up in a PC world. Feelings might be hurt; people may feel “uncomfortable.” Trigger warnings and “safe spaces” occupy our attention. The task in the highly choreographed world of “identity politics” is not to toughen up but to domesticate. No fights. No insults to which we respond with strength and self-assurance and overweening confidence. Indeed, with laughter! Everywhere: protections made possible by The Great Protector—the State—for by ourselves we cannot rise to the occasion. Greatness matters; if we are to have it, personally and as a country, we must cast off PC speech that in “protecting” us from suffering causes us to be its victim in perpetuity.

On each of these issues—borders, immigration, national interest, the spirit of entrepreneurship, federalism, and PC speech—Hillary Clinton responds with “globalization-and-identity-politics-SPEAK,” the language that has given us a world that is now exhausted, stale, and unredeemable. It is against this sort of world that citizens are revolting. And not just in the United States, but in Europe and Britain as well. The ideas of “globalization” and “identity politics” that mesmerized us in the aftermath of the Cold War now belong in the dust-bin of history. The question, bigger than the question of the personalities of Hillary Clinton and Donald Trump, is whether we will have one more Administration that authorizes them and tries to solve our problems through their lens.

Joshua Mitchell is a Professor of Government at Georgetown University. His most recent book is Tocqueville in Arabia: Dilemmas in a Democratic Age.

Voir de plus:

« Entre globalisés et passéistes, le match reste nul »

L’utopie d’un retour au passé et aux nations fortes des partisans de Donald Trump est aussi obsolète que celle de la mondialisation, estime le philosophe Bruno Latour.

Bruno Latour (Philosophe)

Le Monde

12.11.2016

La tragique élection de Trump a l’avantage de clarifier la situation politique d’ensemble. Le Brexit n’était pas une anomalie. Autant qu’on le sache et qu’on se prépare pour la suite. Chacune des grandes nations qui ont initié le marché mondial se retire l’une après l’autre du projet.

Le prolongement de cette démission volontaire est d’une clarté terrible : d’abord l’Angleterre ; six mois plus tard les Etats Unis, qui aspirent à la grandeur des années 1950. Et ensuite ? Si l’on suit les leçons de l’histoire, c’est probablement, hélas, au tour de la France, avant celui de l’Allemagne. Les petites nations se sont déjà précipitées en arrière : la Pologne, la Hongrie et même la Hollande, cette nation pionnière de l’empire global.

L’Europe unie, ce prodigieux montage inventé après la guerre pour dépasser les anciennes souverainetés, se retrouve prise à contre-pied. C’est un vrai sauve-qui-peut : « Tous aux canots ! » Peu importe l’étroitesse des frontières pourvu qu’elles soient étanches. Chacun des pays qui ont contribué à cet horizon universel de conquête et d’émancipation va se retirer des institutions inventées depuis deux siècles. Il mérite bien son nom, l’Occident, c’est devenu l’empire du soleil couchant…

Parfait, nous voilà prévenus et peut-être capables d’être un peu moins surpris. Car enfin, c’est bien l’incapacité à prévoir qui est la principale leçon de ce cataclysme : comment peut-on se tromper à ce point ? Tous les sondages, tous les journaux, tous les commentateurs, toute l’intelligentsia. C’est comme si nous n’avions aucun des capteurs qui nous auraient permis d’entrer en contact avec ceux que l’on n’a même pas pu désigner d’un terme acceptable : les « hommes blancs sans diplôme », les « laissés-pour-compte de la mondialisation » — on a même essayé les « déplorables ».

C’est sans doute une forme de peuple, mais à qui nous n’avons su donner ni forme ni voix. Je reviens de six semaines sur les campus américains, je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces « autres gens », aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les Barbares aux portes d’Athènes. Nous, « l’intelligence », nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements.

Deux bulles d’irréalisme

La vraie tragédie, c’est que ces autres vivent eux aussi dans une bulle, dans un monde du passé que la mutation climatique ne viendra pas déranger, qu’aucune science, aucune étude, aucun fait ne viendront ébranler. La preuve, c’est qu’ils ont avalé tous les mensonges de cet appel à la restauration d’un ordre ancien sans qu’aucun « fact-checker » n’émousse leur enthousiasme. Un Trump, ça trompe énormément, mais quel plaisir de se laisser tromper. Il ne faut pas compter sur eux pour jouer le rôle du bon peuple plein de bon sens et les pieds sur terre. Leurs idéaux sont encore plus éthérés que les nôtres.

Nous nous retrouvons donc avec des pays coupés en deux, chaque moitié devenue incapable de capter sa réalité aussi bien que celle de l’autre. Les premiers, disons les globalisés, croient encore que l’horizon de l’émancipation et de la modernité (souvent confondu avec le règne de la finance) ne va cesser de s’étendre en recouvrant la planète.

Les seconds ont décidé de se retirer sur l’Aventin en rêvant au retour d’un monde passé. Deux utopies par conséquent ; celle de l’avenir affrontée à celle du passé. Ce que figurait plutôt bien le choc Trump contre Clinton. Deux bulles d’irréalisme. Pour le moment, l’utopie du passé triomphe. Rien ne prouve que les choses se seraient arrangées durablement si l’utopie du futur avait triomphé.

Il s’est passé en effet quelque chose depuis vingt ans qui explique cette frénésie de déconnexions. Si l’horizon du globe ne peut plus attirer les masses, c’est que tout le monde a compris plus ou moins clairement qu’il n’y a pas de planète, je veux dire de vie réelle, matérielle correspondant à ces visions de terres promises. Il y a juste un an, la COP21 aura servi de déclaration solennelle à cette impossibilité : le global est trop vaste pour la terre.

Au-delà de ces limites, nos tickets ne sont plus valables. Quant au retour aux terroirs des anciens pays, il n’y faut pas compter davantage. Ils ont tous disparu. De toute façon, ils sont trop riquiqui pour y faire tenir la nouvelle terre. La mutation écologique est passée par là. Pas étonnant que les deux parties fassent assaut d’irréalisme.

L’éléphant est dans la pièce

Toute la question est maintenant de savoir si la tragédie du 8 novembre venant après celle du Brexit peut nous rendre capable d’éviter la suite. Autrement dit, peut-on s’éloigner des deux utopies, celle du global comme celle du retour à l’ancien sol ? Il faudrait pouvoir atterrir sur une terre un peu solide, réaliste et durable. Pour le moment hélas la crise écologique est l’éléphant dans la pièce mais on fait comme si de rien n’était, comme si le choix était de continuer courageusement à marcher en avant vers le futur ou à s’accrocher au passé. Trump et les siens ont même choisi de nier l’existence de cette crise.

Pourtant, à ma connaissance, personne n’a expliqué clairement que la globalisation était terminée et qu’il fallait de toute urgence se rapatrier vers une terre qui ne ressemble pas plus aux frontières protectrices des Etats-nations qu’à l’horizon infini de la mondialisation. Le conflit des utopies du passé et du futur ne doit plus nous occuper.

Ce qui compte, c’est comment apparier deux sortes de migrants : ceux qui se voient obligés par la mutation écologique de changer de monde en traversant les frontières et ceux qui se voient obligés de changer de monde sans pour autant avoir bougé — et que les frontières ne protègent plus.

Si nous ne parvenons pas à donner forme à cette terre et à rassurer ceux qui y migrent, jamais elle n’aura assez de puissance d’attraction pour contrebalancer les forces opposées de ceux qui rêvent encore de l’ancien globe ou de l’ancienne nation. Dans ce cas, une chose est sûre : en 2017, ce sera au tour de la France de rendre son tablier.

Voir encore:

« Conseil aux candidats à la présidentielle : fuyez les artistes et les intellectuels »

Aux Etats-Unis, les élites ignorent les partisans de Donald Trump. Mais sa victoire montre que le monde intellectuel a tout intérêt à faire une autocritique.

Michel Guerrin

Le Monde
18.11.2016

Un conseil aux candidats à la présidentielle en France : fuyez les artistes et les intellectuels. Ne leur demandez pas de faire campagne, ne les faites pas monter sur l’estrade. Surtout si vous avez envie de l’emporter.

On doutait déjà qu’une actrice ou qu’un rockeur fassent gagner des voix. Mais on ne savait pas qu’ils pouvaient en faire perdre. C’est une leçon de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche.

Jamais on n’a vu le monde culturel s’engager à ce point, en l’occurrence pour Hillary Clinton. Aucun candidat n’avait reçu autant d’argent. De cris d’amour aussi – sur scène, à la télévision, sur les réseaux sociaux. On a même eu droit à la chanteuse Katy Perry qui se déshabille dans une vidéo pour inciter à voter Clinton, ou Madonna promettre de faire une fellation aux indécis.

En face, Trump n’avait personne ou presque. Il n’a reçu que 500 000 dollars (environ 470 000 euros) d’Hollywood contre 22 millions de dollars pour la candidate démocrate. Alors il a moqué ce cirque à paillettes, dénoncé le star system, donc le système. Et il a gagné.

Un Grand Canyon de haine

Clinton a joué à fond les étoiles les plus brillantes, et elle a perdu. Prenons sa fin de campagne. Le 4 novembre, elle monte sur scène avec le couple Beyoncé et Jay Z (300 millions d’albums vendus à eux deux), à Cleveland, dans l’Ohio. Le 5, Katy Perry chante pour elle à Philadelphie (Pennsylvanie). Le 7, veille du scrutin, elle apparaît dans un meeting/concert de Jon Bon Jovi et de Bruce Springsteen devant 40 000 personnes, toujours à Philadelphie, puis finit la soirée à minuit avec Lady Gaga à Raleigh, en Caroline du Nord.

Dans tous ces Etats clés, elle a perdu. Dans le même temps, Donald Trump a multiplié les meetings sur les tarmacs d’aéroports en disant qu’il n’a pas besoin de célébrités, puisqu’il a « le peuple des oubliés » – du pays et de la culture – avec lui.

L’historien américain Steven Laurence Kaplan s’est indigné des mots de Trump qualifiant untel de stupide, de débile, de névrosé ou de raté, et traitant des femmes de « grosses cochonnes ». Il a raison. Mais il aurait pu ajouter que des notables culturels ont qualifié le candidat républicain de brute (Chris Evans), d’immonde (Judd Apatow), de porc (Cher), de clown (Michael Moore) ou de psychopathe (Moby). Robert De Niro, avant le scrutin, voulait lui mettre son poing dans la gueule. Chaque injure a fait grossir le camp conservateur et fait saliver son candidat.

Car deux mondes s’ignorent voire se méprisent, séparés par un Grand Canyon de haine. Non pas les riches face aux pauvres. La fracture est culturelle et identitaire. Ceux qui ont gagné se sentent exclus du champ culturel et universitaire, et souvent le méprisent.

Les perdants leur rendent bien ce mépris, les jugeant réactionnaires, racistes, etc., sans même voir que le monde se droitise. Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York et proche de Donald Trump, surfe sur cette fracture quand il dit que les campus américains sont truffés « de véritables crétins de gauchistes ».

Monde ultra-protégé

Dans une tribune publiée dès le 23 juillet sur le Huffington Post, le cinéaste Michael Moore a compris que hurler était contre-productif, et annoncé la victoire de Trump, en expliquant que le monde intellectuel vivait dans « une bulle ».

Dans nos pages, l’essayiste Paul Berman ajoute que cette élection traduit un « effondrement culturel » : les voix qui structurent une société ne sont plus écoutées. Toujours dans nos pages, le sociologue Bruno Latour a évoqué sa récente tournée des campus américains : « Je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces autres gens, aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les barbares aux portes d’Athènes. Nous, l’intelligence, nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements. »

L’autocritique du vaste champ culturel pourrait aller plus loin, sur le terrain de l’hypocrisie. Celle des artistes d’abord, dont l’engagement, souvent imprégné de pathos, apaise leur conscience, mais est souvent perçu comme faisant partie de leur spectacle permanent, dont ils tirent profit, et dont ils se détachent aussi vite pour retrouver, une fois déculpabilisés, leur monde ultra-protégé.

Le meilleur exemple est Madonna qui, durant la soirée qui précède le vote, s’est mêlée à des badauds new-yorkais (des convaincus) pour improviser un bref concert en finissant par « demain sauvez ce pays en votant Hillary ».

« Parler à des gens différents »

Les intellectuels des campus, quant à eux, insupportent le vote Trump par leur façon de lui faire la morale, de défendre un modèle multiculturel comme s’il s’agissait d’un paradis de fleurs. Ils font culpabiliser les riches en leur disant d’être plus généreux et les pauvres en leur disant d’accepter leurs voisins étrangers, sans vraiment montrer l’exemple.

Notre confrère Nicolas Truong racontait très bien cela dans Le Monde du 14 novembre. Il citait le philosophe Matthew B. Crawford (revue Esprit, octobre 2016), pour qui les élites « qui apprécient le dynamisme et l’authenticité des quartiers ethniques avec leurs merveilleux restaurants (…) n’envoient pas leurs enfants dans les écoles pleines d’enfants immigrés qui ressemblent à des centres de détention juvénile ».

On l’aura compris, la France culturelle et multiculturelle – c’est la même – a beaucoup à apprendre de cette élection passée, et à craindre de celle de 2017. Si elle ne se bouge pas.

Le directeur de la rédaction du New York Times, Dean Baquet, écrit qu’il faut aller sur le terrain pour « parler à des gens différents de ceux à qui nous parlons ». C’est vrai aussi, en France comme ailleurs, pour les gens de culture et les universitaires. D’autant qu’en France, nous avons une politique culturelle publique dont la priorité est de s’adresser à tous mais qui, toujours plus, bénéficie essentiellement aux riches. On l’a déjà écrit dans cette chronique. L’élection de Trump le confirme, hélas.

Voir de même:

Wasted Words

Obama’s Never-Ending Lecture Tour

Les vérités qui dérangent

Certains résultats de l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France « laissent pantois ». D’autres études devraient être menées pour savoir si une partie de la population est en « rébellion idéologique vis-à-vis du reste de la société française ».

Arnaud Leparmentier

Le Monde

Une vérité qui dérange. Chacun se rappelle le film d’Al Gore sur le réchauffement climatique, sorti en 2006. Prouver à force de graphiques et d’études, contre les lobbys, l’origine humaine du phénomène. La vérité qui dérange, c’est un peu la plume portée dans la plaie d’Albert Londres, une nécessité démocratique.

Et la vérité de la semaine, c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte.

L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale.

« La société française est malade de son rapport à la réalité »

Tabou brisé

C’est toutefois insuffisant. Il convient, tel Al Gore, de multiplier les enquêtes pour en savoir plus. Le gouvernement serait avisé de dépenser 150 000 euros pour poser une batterie de questions plus précises, pour savoir si la supériorité de la charia relève d’une conviction intime ou d’une volonté de supplanter l’ordre républicain ; si la polygamie est une revendication d’immigrants récents qui s’estompe bien vite, etc. Bref, savoir si une partie de la population est en « rébellion idéologique vis-à-vis du reste de la société française ».

Viendra ensuite l’analyse des causes – celles sociales, sont évidentes, lorsqu’on découvre que 30 % des musulmans de France sont inactifs non retraités et que l’on lit l’édifiante étude de France Stratégie sur les discriminations – puis les solutions. L’Institut Montaigne a fait ses propositions, très inclusives, d’autres peuvent être présentées. L’essentiel est d’accepter de travailler sur des données et de sortir du « on-fait-dire-aux-chiffres-ce-que-l’on-veut », gri-gri des obscurantistes des temps modernes.

Laurent Bigorgne, directeur général de l’Institut Montaigne, qui combat sans relâche les discriminations, voit bien le tabou brisé. « Il n’y a de compétences que s’il y a des connaissances, explique-t-il, déplorant que la société française utilise la loi et le dogme républicains pour éviter toute transparence. La société française est malade de son rapport à la réalité. Tous ceux qui refusent les statistiques sont du côté de l’égalité formelle et veulent que rien ne change. »

Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits.

L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain

Déni populiste

C’est l’objectif poursuivi par Jean Pisani-Ferry, directeur de France Stratégie : réduire le champ des désaccords aux remèdes, mais pas aux constats, comme c’est le cas désormais grâce aux chiffres du Conseil d’orientation des retraites. L’effort est parfois douloureux. « Sur les diagnostics, il ne faut pas avoir peur. Longtemps, le politiquement correct disait que l’euro nous avait protégés. Or la Suède se porte mieux que la zone euro », concède Pisani-Ferry, qui met en garde : « Avoir des zones d’ombre sur des phénomènes sociaux ou économiques qu’on ne regarde pas crée de la défiance. Aujourd’hui, la distance entre perception et réalité est énorme. » Ainsi, les Français ont le plus peur de tomber dans la pauvreté, alors que le taux de pauvreté y est l’un des plus faibles de la zone euro.

Cette exigence est d’autant plus forte que le monde occidental entre, selon Pisani, dans une « grande régression », avec les mensonges du Brexit et le phénomène Trump : « Le fact-checking sur Trump ne donne rien. Faire fortune en politique en niant la réalité, c’est très impressionnant, et cela va faire école. »

Certes, mais le déni populiste ne vient pas de nulle part. Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes.

Voir encore:

Voir enfin:

Norman Mailer, le président et le bourreau

Norman Mailer, le romancier du  » rêve américain « , a une passion pour les personnages-limites, auxquels il s’identifie volontiers : par exemple le président des États-Unis ou l’assassin Gary Gilmore, héros de son dernier livre.

Pierre Dommergues

Le Monde

01.12.1980

NORMAN MAILER, c’est d’abord un romancier. Comme cous les romanciers américains, il rêve d’écrire le  » grand roman américain « , cette mère qu’aucun d’eux n’a jamais rencontrée, mais qu’ils recherchent tous Mailer a néanmoins écrit plusieurs  » grands romans américains  » : les Nus et les Morts, en 1948, il avait alors vingt-cinq ans et ce fut la gloire du jour au lendemain. Puis Un rêve américain (1965), et Pourquoi sommes-nous au Vietnam ? (1967) Enfin, le plus accessible de tous, le Chant du bourreau, qui sort cette semaine aux éditions Laffont, où Mailer évoque l’histoire de Gary Gilmore, cet assassin qui refusa de faire appel et exigea d’être exécuté (1).

Mailer est aussi l’un des observateurs les plus attentifs de la scène américaine, dont il décrit les vibrations, les contradictions infinies. C’est toute l’Amérique que l’on retrouve dans ses interviews, ses articles, ses essais, ses romans – reportages. Le phénomène beatnik (Advertisements for Myself, 1959), les luttes contre la guerre du Vietnam (les Armées de la nuit, 1968), les conventions politiques (Miami and the Siege of Chicago, 1968), le problème du féminisme (le Prisonnier du sexe, 1971), l’impact sur l’imaginaire américain du débarquement sur la Lune (Bivouac sur la Lune, 1969).

 » Vous êtes le seul grand écrivain américain à vous être intéressé – jusqu’à l’obsession – aux présidents des États-Unis. Dès 1948, vous faisiez campagne pour Henry Wallace. Au début des années 60, vous écriviez un essai enthousiaste sur J.F. Kennedy (Presidential Papers 1963). Le spectre de Lyndon Johnson plane sur les Armées de la nuit (1968). Dans Saint George and the Godfather (1972), McGovern est le saint, Nixon le parrain. En 1976, vous publiez un entretien avec le président Carter dans le New York Times. Pourquoi cette fascination pour la race des présidents ?

– Je n’y ai encore jamais pensé. Ce sont sans doute les circonstances particulières de ma vie. Mon premier succès avec les Nus et les Morts (1948), mon brusque passage de l’obscurité à ce qui m’est apparu comme la lumière spectrale de la célébrité. Ma vie m’a toujours semblé étrange, différente de celle des autres. J’ai toujours été fasciné par ces gens qui pouvaient avoir mes problèmes, de façon parfois encore plus aiguë. Les présidents ont des existences artificielles. À vingt-cinq ans, j’ai découvert que ma vie était devenue parfaitement artificielle. Les gens ne réagissaient plus envers moi parce qu’ils m’aimaient ou qu’ils me détestaient. Tant qu’on est inconnu, les amitiés se forment sur une base organique. Les amis poussent sur le même terrain que vous. Ils ont la compatibilité des légumes qui ont levé côte à côte dans le même potager. Avec la célébrité, c’est comme si l’on vous transplantait dans la stratosphère. Vous devenez une plante hydroponique.

 » Une autre explication ? Ma conception de l’écrivain qui, pour moi, n’est rien d’autre qu’un calculateur – comme l’est un joueur professionnel. Il évalue sans cesse ses chances, examine les occasions, cherche à laisser sa trace. Les écrivains sont les derniers entrepreneurs du neuvième siècle. Donc, de mon point de vue de calculateur, j’avais une position idéale sur écrire sur ces gens. J’étais capable de les voir du dedans, alors que ceux qui écrivent sur les personnalités politiques ou sur les présidents acceptent généralement les airs que ces derniers se donnent. La terminologie, médiocre et ridicule, utilisée par les politiciens est, de surcroît, reprise par ces commentateurs qui tentent d’expliquer ces hommes politiques à la nation.

 » Les politiciens ne s’intéressent pas aux problèmes politiques, ce sont des acteurs. C’est encore plus vrai aux États-Unis qu’en Europe, où il y a une tradition politique. En Amérique, la politique est un sport à l’usage des très ambitieux. En Europe, où elle procède moins du vedettariat, la politique est aussi pus professionnelle. C’est une carrière raisonnable. On y trouve une certaine sécurité, absente de la vie américaine.

De l’audace

– Plus précisément, qu’est-ce qui vous a fasciné chez un Kennedy, un Johnson ou un Nixon ?

– Chez Kennedy, c’était une certaine audace. Dans les années 50, le seul fait de dire :  » Je veux me présenter à l’élection présidentielle, et j’ai mes chances  » était une hypothèse tout à fait remarquable. Kennedy a pris des risques. À l’époque, les hommes politiques étaient beaucoup plus circonspects en ce qui concerne la sexualité. Bien longtemps avant qu’on ait entendu parler de Kennedy, en tant que  » grand homme politique « , on connaissait le  » grand amant « .

 » Johnson avait potentiellement bien plus de valeur qu’il ne voulait le montrer. Mais c’était un hypocrite, et il avait un tel mépris du public que ça en devenait stupide. Malgré son intelligence et son astuce, il n’a jamais compris ce que Kennedy a réussi Ni que Kennedy l’avait battu parce qu’il était plus passionnant que lui. Johnson faisait tout pour maintenir les Américains dans l’ennui. C’est tout ce qu’il avait appris au Texas : ennuyer les gens ; et il a transposé cette pratique sur le plan national. Johnson a desservi le peuple américain. Pour moi, un président a le devoir d’être intéressant. C’est pour cela que Carter a été repoussé par les électeurs : il traitait le public américain comme une vache. Il prédigérait la nourriture avant de l’enfourner dans la panse de la bête.

 » Nixon ? Un jour que j’interviewais Kissinger – c’était à l’époque du Watergate, – il me dit combien il était dommage que je ne rencontre pas le président. Nixon, disait-il, m’aurait fasciné. C’était un homme sur lequel il faudrait écrire. Si lui, Kissinger, avait été écrivain, ajoutait le secrétaire d’État (c’est un des charmes de Kissinger : quand il est avec un écrivain, il lui donne l’impression qu’il aimerait écrire, et quand il est avec P.-D. G., qu’il aimerait, etc.). Bref, il me déclara que Nixon était aux portes de la grandeur, non seulement pour son époque, mais à l’égard de l’histoire, car il allait conclure la paix dans le monde, pour cinquante ans, pour un siècle peut-être. Ce petit Watergate, ce misérable grain de poussière dans un œil, allait le détruire pouce après pouce. Kissinger parlait avec une grande tristesse, car, en fin de compte, si Nixon avait fait la paix. Kissinger en aurait été le principal architecte.

 » J’ai beaucoup écrit sur Nixon, mais je ne suis pas d’accord avec Kissinger. Pour écrire un roman sur Nixon, il faudrait pouvoir vider sa propre tête. Je ne crois pas que j’en serai capable. Je ne le comprends pas suffisamment. De l’extérieur, oui, Mais c’est une chose de comprendre un personnage du dehors et une autre de pénétrer dans sa tête. C’est un saut périlleux. Je ne comprends pas comment un homme de sa trempe a pu se laisser flétrir. Chaque fois qu’il ouvrait la bouche pour faire un discours, c’était un échec esthétique. Il était particulièrement terne. Il aurait été l’un des plus mauvais acteurs du monde, car il était incapable de communiquer une émotion ou un sentiment sans l’afficher grossièrement. S’il disait que l’Amérique devait être forte, il brandissait le poing. S’il voulait exprimer sa joie à l’annonce d’une bonne nouvelle. Il souriait de toutes ses dents. Il faisait tout ce que les jeunes acteurs apprennent à ne plus faire après un premier cours d’art dramatique. Pourtant, quand il était jeune, il rêvait d’être acteur !

 » L’histoire des États-Unis aurait pu être différente si Nixon avait eu une personnalité agréable. Il a sans doute été le président le plus profond que nous ayons jamais eu. Oui, même s’il est aussi un fils de pute et une pourriture ! Il avait au moins une appréhension globale des réalités politiques. Seul Nixon pouvait faire la paix avec la Chine. Ce fut une étape extraordinaire.

Tête de linotte

– Et Reagan, le président élu ?

– Je suis un peu dépassé en ce qui concerne Reagan. Je me suis trompé sur son compte à tous les coups ! Je n’ai pas cru qu’il obtiendrait l’investiture, je pensais que Connally serait le gagnant. Je pensais aussi que ce serait un combat entre Kennedy et Connally. Je me sens disqualifié pour parler de Reagan. Je l’ai d’abord traité de tête de linotte. Mais, quand il a obtenu l’investiture, j’ai dû réviser mon jugement, et je l’ai appelé la super-tête de linotte, Après le débat avec Carter, j’ai pensé que c’était un acteur de troisième catégorie. Cet homme a du mal à retenir même les mots qu’on utilise en politique. Quant à comprendre les idées politiques, cela le dépasse.

 » Reagan concrétise une autre de mes idées, à savoir que le président dont l’Amérique a besoin est un leader et non plus un politicien. Il y a des limites à ce que peut faire un homme politique. La fonction de président relève en partie du cérémonial et en partie de l’organisation. Mais, en dernière analyse, le rôle principal du président est de donner un peu de chaleur, un peu d’humour, un peu d’énergie au peuple américain…

– Mais n’est-ce pas là ce que Reagan peut apporter ?

– Peut-être ! Si Reagan était démocrate, je crois que je le préférerais à Carter. S’il partageait la philosophie de Carter, ce serait un gain non négligeable puisqu’un homme doué d’une personnalité malheureuse a été remplacé par un homme qui a une personnalité agréable. Mais il y a aussi des problèmes politiques véritables, et je ne pense pas que Reagan soit équipé pour les affronter. Il faudra attendre.

– Si vous deviez rencontrer Reagan, quelles questions lui poseriez-vous ?

– On ne peut pas obtenir de réponse de Reagan. Beaucoup ont essayé. Comment peut-on parler de réduire les impôts et, en même temps, d’augmenter les dépenses militaires ? Si vous ne pouvez pas mener de front ces deux objectifs (et, pour l’instant, personne n’a montré comment), il est évident que l’on commencera par la remilitarisation qui apportera à l’Amérique un peu de prospérité pour quelque temps. Mais cela va également accroître le taux d’inflation et aussi l’impôt si on prétend équilibrer le budget. Alors va-t-on renverser la vapeur et renoncer au sacro-saint équilibre budgétaire, ou va-t-on, au contraire, réduire les dépenses sociales ?

 » Dans le second cas, cela équivaudrait à supprimer les ressources d’un très grand nombre de Noirs, et les villes américaines connaîtraient – disons dans deux ans peut-être – une situation critique. En effet, le libéralisme a acheté la colère des Noirs au cours des deux dernières décennies. Ils en ont maintenant pris l’habitude. Ils ont grandi avec un nouveau style de vie, que vous leur enlèveriez sans rien leur donner de substantiel à la place. Ils sont des millions. Et l’industrie de guerre ne va pas fournir l’équivalent sous forme d’emplois nouveaux. Alors que faire si les villes bougent une fois encore ?

 » Avec Reagan, je ne pourrais jamais aller aussi loin dans les questions. Il faudrait un entretien de cinq heures ! C’est un politicien qui connaît ses faiblesses mieux que son interlocuteur, et qui a l’art de la dérive. Mais la véritable réponse, je crois, serait la suivante :  » Que ces Noirs durcissent leurs positions, et on les matera.  » Je pense que nous allons connaître la loi martiale. Non pas demain, mais dans quelques années.

 » Je dois ajouter que je ne sais pas grand-chose en économie et que, comme la plupart des grands économistes d’aujourd’hui, je ne comprends pas ce qui se passe. Aussi n’est-il pas impossible que l’économie fonctionne un petit peu mieux, que l’Amérique émerge de certaines de ses difficultés et que, dans ce cas, l’ère de Reagan ne soit pas pire que celle d’Eisenhower. Une autre chose m’inquiète en Amérique, c’est que les gens deviennent non pas fascistes, mais qu’ils se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme.

 » Ma bête noire  »

– Vous avez toujours été hostile aux idéologies. Mais, aujourd’hui, alors que le libéralisme, le christianisme, le judaïsme, le radicalisme sont attaqués aussi violemment par la droite que par la gauche, en France comme aux États-Unis, quelle est votre attitude à leur égard ?

– Je ne pense pas qu’il existe une idéologie, quelle qu’elle soit, qui ait aujourd’hui la moindre utilité. Sa seule fonction est de permettre aux gens de poursuivre leur vie quotidienne en se raccrochant à quelques lambeaux. La plupart des gens ne peuvent pas vivre sans idéologie. Elles servent de garde-fou aux psychismes de millions de personnes. Mais, en ce qui concerne la façon de résoudre les problèmes à venir, il va falloir trouver de nouvelles sources, de nouvelles idées politiques.

 » Si je me représentais à des élections (2), je ne le ferais certainement pas sur la base d’idées reçues. Je choisirais un thème dément. Par exemple, l’impôt unique, un peu à la manière de Henry George (3), qui se proposait de substituer un impôt sur la terre à l’impôt sur le revenu et aux diverses taxes locales. Bien sûr, il ne s’agirait pas aujourd’hui d’un impôt sur la terre, ce serait injuste pour ceux qui en vivent, cela avantagerait systématiquement les revenus industriels. Je serais pour ma part, favorable à un impôt unique qui frappe, par exemple, les plastiques. Je considère que le plastique détruit notre niveau de vie, qu’il dégrade notre existence. C’est la peste des temps modernes. Il dilue la substance la plus intime de notre être. C’est ma bête noire (4). En s’appuyant sur la sensibilité écologique, nous pourrions concevoir une politique fondée sur l’idée que les gens se déterminent en fonction de la nocivité des substances qui les entourent. Les produits considérés comme les plus nocifs par consensus démocratique seraient les plus fortement imposés. Telle serait l’assiette de l’impôt.

 » Je ne veux même pas prendre en compte l’idée de communisme ou de capitalisme. Je suis prêt à m’accommoder du capitalisme, non pas parce que j’en suis épris, mais parce que le capitalisme est plus existentiel que le communisme. Pour certains, la gestion de leurs petites entreprises est le seul élément de créativité dans l’existence. J’en viens à l’idée que tout être qui mène une vie un tant soit peu créative est légèrement moins malheureux que celui qui mène une existence totalement dépourvue de créativité. C’est en ce sens que je peux m’entendre avec le petit capitalisme.

 » Je pense, par contre, que les sociétés multinationales ne sont que des vaisseaux de guerre, versions miniaturisées du communisme. Ce sont des États collectivistes, des enclaves dans la nation. De même que le communisme crée les principales difficultés en Union soviétique, de même le capitalisme multinational est à l’origine des principaux problèmes de l’Amérique. Il ne cesse de nous gaver de produits que nous n’aimons pas. Il nous impose des styles de vie. Il faut commencer par attaquer le mal à la racine. Un nouveau modèle d’imposition peut être une des voies pacifiques pour atteindre cet objectif.

 » Pourquoi pas moi ?  »

– Considérez-vous que l’on assiste, aujourd’hui, à un essor du conservatisme aux États-Unis et que Reagan a été élu par une nouvelle coalition qui exprime ce courant ?

– Il y a autour de Reagan quelques conservateurs sérieux qui ont des idées intéressantes. Le député Jack Kemp, par exemple, que, selon moi, Reagan aurait dû choisir comme vice-président. Je ne suis d’accord avec lui que sur très peu de points, mais c’est un conservateur intelligent.

– Un conservateur à la Edmund Burke ?

– Un jour, je me suis défini comme un  » conservateur de gauche « . J’avais dit que si l’on devait me demander : doit-on fusiller ces cinq hommes ou abattre ces cinq arbres, je répondrais : montrez-les-moi, mettez les hommes à gauche les arbres à droite… Le véritable conservatisme nous vient de Burke : il considérait que les grands chênes de la vieille Angleterre constituaient un héritage humain plus important que l’homme moderne lui-même.

 » Et pourtant, que croient les conservateurs américains d’aujourd’hui ? Que le gouvernement en soi est un mal et que moins il y en aura, plus grandes seront les chances de voir renaître la productivité et les activités créatrices ! Et ils sont prêts à dépouiller l’État d’une grande partie de ses pouvoirs.

 » Je ne pense pas que Reagan soit un conservateur véritable. Il représente tous ceux qui, en Amérique, ont pillé la nation depuis quarante ans et qui veulent la piller encore davantage. C’est le chef de file des  » Je veux ma part de gâteau, Joe « , dans un style un peu nouveau avec un saupoudrage de conservatisme, mais au fond, Reagan est un centriste, un homme de gouvernement. Il veut tout simplement que l’État donne encore plus aux super-riches et moins au super-pauvres. Le problème est que les gens qui sont au haut de l’échelle et qui s’approprient les trois quarts des dépouilles, du surplus si vous préférez, veulent désormais récupérer le dernier quart. Ils acceptent mal l’idée que ceux qui sont au bas de l’échelle aient, eux aussi, droit à une partie du gaspillage. Ils n’ont pas la moindre culpabilité à l’endroit des Noirs qu’ils ont maintenus en esclavage pendant des siècles. Mais les Noirs se sont habitués depuis les vingt dernières années à ce que le gouvernement les aide.  » Mec, pourquoi pas moi, pensent-ils, pourquoi je n’aurais pas ma part du gaspi ! « . Et, à mon avis, ils ont parfaitement raison.

Punks

– Et la classe moyenne dans ce schéma ?

– Elle a le grand avantage de prendre peu de risques et d’avoir beaucoup de sécurité. Son plus grand problème est de se mesurer au vice et de résister à son emprise. La classe moyenne ressemble à la race des prisonniers à vie : ou bien votre vie s’améliore, ou bien elle se détériore. Je n’ai pas de grande sympathie pour cette Amérique moyenne qui a pourtant subventionné le haut et le bas de l’échelle. J’aurai beaucoup plus d’estime à son endroit lorsqu’elle se rendra compte que l’élite lui prélève une part plus importante de ses ressources que les pauvres.

– Quels sont, aujourd’hui, les facteurs de revitalisation ? Dans la gamme des personnages qui, dans votre œuvre, vont du saint au psychopathe – et dont le  » White Negro  » (le Blanc au comportement de nègre) était pour vous le prototype dans les années 60, – quel serait aujourd’hui l’équivalent de ce héros existentiel sauvé par son ancrage dans le présent ?

– Je ne sais pas. Peut-être les adolescents qui vont dans les concerts punks. J’y suis allé trois ou quatre fois à New-York. Et j’y ai senti une sorte de ferment sauvage et révolutionnaire. J’ai été surpris de voir à quel point j’éprouvais de la sympathie pour eux, alors que, pour moi, cette musique est bruyante, vraiment assourdissante. Ces jeunes ont été élevés dans le boucan de la télé interrompue toutes les sept minutes par les publicités. Ils doivent trouver une forme de transgression à écouter du bruit ininterrompu. Le punk est la valve de sécurité de leurs nerfs déchiquetés. C’est une nouvelle explosion, encore plus intense, qui pulvérise les débris de la première. C’est là que subsiste une forme de rébellion qui ne peut pas être étouffée.

 » Je voudrais revenir à une autre raison pour laquelle je ne peux pas m’imaginer président des États-Unis. Cela voudrait dire en effet que les Américains auraient opté contre le réarmement. Un de mes thèmes serait de montrer qu’il est ridicule de poursuivre la course aux armes nucléaires. Il vaudrait mieux inviter les Soviétiques à venir chez nous. Rien ne détruirait plus rapidement leur système qu’une tentative de nous gouverner d’en haut et de l’extérieur. L’Amérique organiserait le plus puissant réseau de résistance que l’histoire ait jamais connu. Le communisme serait détruit de l’intérieur. Les Russes n’ont en fait aucun désir de contrôler les États-Unis. Ils sont trop préoccupés par la croissance de leur propre empire. Ils sont notoirement sous-équipés pour lutter contre les idéologies étrangères, et aucune ne l’est davantage que la nôtre avec sa profonde tradition individualiste.

Un roman

– La première partie de votre nouveau roman – le Chant du bourreau – est une très belle histoire d’amour entre un Roméo et une Juliette qui partagent leur temps entre la cavale et le pénitencier. Gary Gilmore, le protagoniste principal, n’est-il pas également une sorte de dissident, l’homme qui résiste aux manipulations des avocats qui veulent le sauver contre son gré et des journalistes qui veulent faire un scoop avec le récit en direct de son exécution ?

– C’est absolument exact. Gary est constamment manipulé. En prison, les processus de manipulation sont concentrés. Vous êtes manipulés par les autorités pénitentiaires, par certains codétenus, par des cliques à l’intérieur, par la famille à l’extérieur. Les prisonniers finissent par se considérer comme des condamnés plutôt que comme des détenus. Et ils partagent avec Gilmore cet élan de résistance.

 » Mais je me méfie de la dissidence. C’est un autre piège qui renforce encore le bras des fascistes à venir. Beaucoup de jeunes cassent tout ce qu’ils voient et détruisent toutes les idées. Est-ce parce que je vieillis ? Mais je ne trouve plus cela très amusant. Et puis on nous rabâche la vieille rengaine d’il y a cinquante ou cent ans : éduquez les masses afin qu’elles comprennent ce qui leur arrive. Comment les éduquer quand on sait à peine ce qui se passe, quand on comprend si mal ce qui arrive. Le monde était plus simple, il y a trente ans.

– Cette complexité explique-t-elle la place importante de la réalité dans votre fiction ? Le Chant du bourreau, comme le précise le sous-titre anglais, est l’histoire réelle de Gary Gilmore, exécuté en janvier 1977 dans le pénitencier de l’Utah.

– Dans ce livre, mon projet est de mettre à nu la réalité, 1e l’enregistrer telle qu’elle est, au mieux de mes capacités. J’ai voulu écrire un livre où l’on puisse reconnaître des détails sur l’espace, le temps, l’atmosphère. Quelques détails suffisent parfois à remettre un peu d’ordre dans le monde. S’il y avait cinq ou six livres comme celui-ci qui présentent différents aspects de la vie américaine, nous aurions peut-être une idée plus nette de l’Amérique. C’est ce que Balzac a entrepris pour la société française, à lui seul. Zola a poursuivi la tâche. Flaubert a hérité d’une vision restée globale jusqu’à Proust, qui lui ajoute encore une dimension nouvelle. C’est pourquoi les Français, à la différence des Américains, ont une vision d’ensemble de leur monde.

– On est frappé par la ressemblance entre Gary, ce condamné à mort qui avait fait la couverture de Newsweek il y a quatre ans, et vous-même tel que vous vous présentez dans vos essais et récits autobiographiques. Avez-vous tenté de  » maile-riser  » votre personnage ?

– Oui, au début. J’ai pensé que si j’avais commis un meurtre comme le sien, j’aurais agi comme lui – peut-être, car il est prétentieux d’affirmer qu’on pourrait être aussi courageux que lui. Peu de gens comprennent le courage qu’il faut pour aller jusqu’au bout de sa propre exécution. C’est un peu comme si vous étiez l’acteur principal d’une pièce et que, à la fin de la première, après avoir connu toutes les épreuves, vous vous avanciez vers le public pour que l’on vous exécute. C’est un geste ambitieux, même s’il y a quelque chose de tordu dans ce comportement. Au cours de mes recherches, après neuf mois de travail, j’ai su que je n’essaierais pas de façonner Gary à mon image. Au contraire, j’ai voulu qu’il ait une existence totalement indépendante de la mienne.

– Comment s’effectue pour vous le passage de la réalité, de l’autobiographie et de la biographie (les divers matériaux que vous utilisez) à la fiction ?

– Je viens de publier sur Marilyn Monroe un nouveau livre que j’appelle une  » fausse autobiographie  » ou  » pseudo-Mémoires « . J’essaie de raconter l’histoire de quelques années de sa vie, comme si elle parlait à son scribe ou à elle-même. C’est un exemple de l’imbrication biographie-fiction.

 » Les Armées de la nuit offre un deuxième cas de figure : c’est un reportage, si vous voulez, bien que je n’aime pas le terme. Il s’agit plutôt d’impressions en profondeur. La première partie, la plus longue, généralement considérée comme la plus réussie, est centrée autour de ce qui m’est arrivé pendant la marche sur le Pentagone en 1967. La seconde partie, plus courte, totalement objective, tente de cerner ce qui s’est passé à Washington au cours de la manifestation.

 » Le Chant du bourreau est totalement différent. Il n’y a rien d’autobiographique, c’est un véritable morceau d’écriture romanesque. La seule différence avec un roman traditionnel, c’est que les éléments constitutifs ne sont pas  » fictifs « , ils ne sont pas sortis de mon imagination. Mais l’essentiel de l’œuvre d’art est l’agencement de ces éléments, quelle que soit leur origine. En ce sens, le Chant du bourreau est un roman au sens le plus strict du terme, le travail d’un romancier qui fonctionne, j’ose l’espérer, à pleine vapeur ou presque…

Dieu

– Que signifie le titre ?

– Il y a deux significations principales sans rapport, l’une et l’autre, avec le problème de la peine capitale, ni avec l’exécution de Gilmore, au sens littéral. La première, c’est que Gilmore est le bourreau, le livre est donc le chant de Gilmore. La seconde, c’est que, en fin de compte, Dieu est notre exécuteur à tous, il choisit le moment de notre mort. Mais dans ce livre, que j’ai essayé d’écrire avec le maximum de distanciation, il ne s’agit pas d’un Dieu qui médite sur les événements, mais plutôt d’une voix romanesque qui vient de loin, qui émerge de ces merveilleux romans du dix-neuvième siècle écrits à la troisième personne, comme ceux de Thomas Hardy. On sent que ce n’est pas Dieu qui est présent, mais l’œil de la providence qui jette son regard sur le monde.

– Ce regard de Dieu, ce chant, n’est-ce pas aussi celui de Mailer, l’artiste ?

– Non, sauf si vous considérez que tout artiste, tout romancier, est à la fois une incarnation personnelle et une représentation de l’esprit. On ne peut pas écrire pendant trente ou quarante ans, comme je l’ai fait, sans participer à cette spiritualité abstraite. Il n’est pas impossible que tout ce que j’ai appris au cours de ces années sur le détachement de la voix de l’auteur se trouve en quelque sorte concentré dans cet ouvrage. Mes précédents romans sont plus personnels, plus individuels. Dans celui-ci, la distance est plus grande que jamais entre le matériau que j’ai utilisé et moi-même. C’est sans doute cette part neuve et inutilisée de moi-même qui explique ce détachement nouveau.  »


(1) Voir P. Dommergues,  » Un  » roman-vérité  » de Norman Mailer  » le Monde des livres, 28 décembre 1979.

(2) En 1969, Mailer est candidat à la mairie de New-York.

(3) Henry George est un économiste réformiste américain du dix-neuvième siècle, qui propose un système de l’impôt unique sur la terre, à une époque où commencent les grandes spéculations foncières en Californie

(4) En français dans l’entretien

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/archives/article/1980/12/01/norman-mailer-le-president-et-le-bourreau_2808528_1819218.html#D25wVIPCx1m7iuqv.99

Voir encore:

Eric Brunet

18 novembre 2016

Je me souviens de ce célèbre expert des États-Unis, croisé dans les allées de BFM TV la veille de l’élection présidentielle américaine : « Éric, j’ai eu mes contacts à Washington. C’est plié : Hillary l’emporte avec plus de 55 % des voix. » J’en ris encore… Qui avait pris la peine, dans les semaines qui précédaient l’élection américaine, d’inviter les représentants de la campagne de Donald Trump en France ? Personne. Nous avons découvert leur visage le lendemain du 8 novembre. Alors que les démocrates se bousculaient sur nos plateaux de télévision depuis plus de quinze jours…

Aujourd’hui encore, l’état de sidération est total. Sondeurs et journalistes américains rasent les murs. Et avec eux, les soi-disant experts français. Pour calmer l’opinion publique, on esquisse quelques explications (les mêmes à chaque fois qu’un institut de sondage se trompe) : “un sondage est une photographie de l’opinion à un instant ‘t’, pas une prédiction” ; “les intentions de vote ne sont pas figées” ; “une fraction de l’électorat du candidat républicain n’a pas déclaré son vote, comme c’est parfois le cas pour le Front national en France” ; “il y avait beaucoup d’indécis…”

Pourtant, cet échec à capter le désarroi de l’électorat américain témoigne de l’hallucinant décalage entre un pays et ses élites médiatiques… « Comme tout le monde, nous nous sommes trompés », avouait Tony Romando, le propriétaire de Newsweek. Son magazine, comme la plupart des médias américains, n’avait même pas envisagé la victoire de Donald Trump (le jour de l’élection, 84 % des médias prédisaient la victoire de la candidate démocrate)… Rappelons que le site FiveThirtyEight.com estimait que Mme Clinton avait 70 % de chances de l’emporter. Rappelons que le Wisconsin et la Pennsylvanie étaient “journalistiquement” acquis à Hillary Clinton : le New York Times leur donnait respectivement 93 % et 89 % de chances de s’offrir à la candidate démocrate… et c’est Trump qui l’a emporté dans ces deux États. Rappelons que le lundi 7 novembre, veille de l’élection américaine, le Huffington Post donnait 1,6 % de chances de victoire à Donald Trump ! Et que la une de Newsweek, “Madam President”, était déjà imprimée. Il a fallu en fabriquer une autre en urgence…

« Les médias sont passés à côté […]. Les chiffres n’étaient pas seulement un mauvais guide, […] ils étaient comme une bretelle de sortie qui nous écarte de la réalité », confesse Jim Rutenberg, le critique média du New York Times. Certains journalistes se dédouanent en rejetant la faute sur les instituts de sondage, impuissants à anticiper la déferlante Trump : « J’ai cru dans les données en politique pendant trente ans et les données sont mortes ce soir », assène sur Twitter Mike Murphy de la chaîne NBC, ajoutant : « Je n’aurais pas pu me tromper davantage à propos de cette élection. »

Le plus étonnant, c’est que les journalistes américains ont labouré les États républicains pendant des mois. Ils ont rencontré des mineurs, interviewé des chômeurs, côtoyé la misère et le déclassement. Pourtant, aveuglés par le discours policé du biotope new-yorkais, par leur foi idéologique dans la candidate des élites, ils n’ont pas pris au sérieux ces “deplorables”. Selon le milliardaire Peter Thiel, soutien de Donald Trump, c’est une grossière erreur : « Les journalistes prennent toujours Trump au pied de la lettre mais sans le prendre au sérieux. Ses électeurs, en revanche, le prennent au sérieux mais ne le prennent pas au pied de la lettre. Par exemple, quand il propose de construire un mur à la frontière mexicaine, les journalistes exigent des détails, veulent savoir comment il va s’y prendre. Ses électeurs comprennent qu’il ne veut pas vraiment édifi er un mur. Ils entendent simplement qu’il propose une politique migratoire plus saine et plus intelligente. »

Les médias français devraient en prendre de la graine, car d’importantes élections se profilent dans notre pays…

Voir enfin:

Yves de Kerdrel

Valeurs actuelles
3 novembre 2016

Le choix absurde que les Américains seront amenés à faire dans quelques jours en dit long sur la décrépitude morale de l’Amérique, et sur le déclin annoncé de cette Babylone moderne.

Mon deuxième prénom est peut-être Hussein, mais je suis un véritable intellectuel américain. Ainsi s’est présenté Barack Obama lors de nombreuses réceptions à la Maison-Blanche, d’émissions à la télévision ou de voyages à l’étranger. Rarement un président des États-Unis aura abaissé son pays à ce point, permettant à la Russie de Vladimir Poutine de redevenir la puissance mondiale sur laquelle s’appuyer pour le XXIe siècle. Ce ne sont pas ses petites blagues placées au début de chaque discours, ses larmes forcées pour parler de l’interdiction des ventes d’armes ou ses manières de transformer la Maison-Blanche en passage obligé de la jet-set mondiale qui constituent le principal élément à mettre au passif de ce président adoré par la bien-pensance européenne.

Il symbolise un triple échec : international, économique et politique. International d’abord, car il incarne la poursuite du repli de l’Amérique sur elle-même, l’abandon de son célèbre soft power, l’échec de la lutte contre Dae’ch (créature américaine destinée à détruire toutes les régions fondatrices de notre civilisation), le refus de sceller la paix avec l’Iran, et ce regard bêtement enamouré pour la Chine et ses différents satellites. Obama, célébré Prix Nobel de la paix moins d’un an après son entrée en fonctions, n’a pas cessé de semer les graines de conflits à venir en s’évertuant à détruire l’Europe.

Sur le plan économique, en apparence tout est satisfaisant avec une croissance qui tutoie les 3 %, une job machine qui tourne à plein régime et permet la création de 2,5 millions d’emplois par an, une indépendance énergétique retrouvée grâce à l’exploitation du gaz de schiste et la formidable émergence des nouvelles stars du numérique. Mais rarement on a vu un président démocrate trahir autant ses électeurs en allongeant de manière abyssale l’échelle des inégalités. En l’espace de huit ans, ce président élu parce qu’il était noir est parvenu à créer plus de 10 millions de pauvres supplémentaires. Ils sont désormais 46,5 millions d’Américains à vivre sous le seuil de pauvreté. Ce qui représente 15 % de la population des États-Unis. De la même manière, l’an passé on dénombrait pas moins de 600 000 sans-abri. À New York, 22 000 enfants n’ont pas de toit. Un chiffre jamais vu depuis la crise de 1929. Le bilan des années Obama est en fait très favorable à tous ceux qui ont voté contre lui à deux reprises. C’est-à-dire l’Amérique des actionnaires, l’Amérique des entrepreneurs ou l’Amérique de ceux qui ont la capacité de prendre des risques.

Mais en agissant ainsi avec cynisme, Obama a désespéré l’Amérique des “petits Blancs”. Cette Amérique faite de pionniers, de conquérants et d’aventuriers qui nourrissent une méfiance sans précédent jusqu’ici à l’égard de Washington, de la classe politique, des médias et de façon générale de l’élite. Au point d’être prête à voter pour un homme d’affaires corrompu, xénophobe et sexiste ou pour une intrigante dont la famille mélange allègrement depuis des années fonds publics et intérêts privés.

Ce choix absurde que les Américains seront amenés à faire dans quelques jours en dit long sur la décrépitude morale de l’Amérique, sur la faillite de cette Babylone moderne qui a cru que l’individu et la famille pouvaient être sacrifiés au profit d’un matérialisme sans avenir, et finalement sur le déclin annoncé de l’empire américain. Un déclin qu’Alexandre Soljenitsyne, à peine sorti du goulag, avait superbement prophétisé dans son fameux discours de Harvard en 1978. Il y parlait longuement du déclin du courage. « Ce déclin du courage, disait-il, est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société tout entière. » Il a en tout cas déserté ce qui fut l’Amérique de Franklin, de Washington, de Jefferson et de Lincoln. Il ne reste plus aux colonnes du Temple qu’à s’effondrer.

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Primaire de la droite: Attention, une campagne dégueulasse peut en cacher une autre ! (In France’s deeply ingrained statist culture, guess who is denounced as an ultra-liberal and medieval reactionary Thatcherite !)

23 novembre, 2016
 fillonthatcher ali-juppe2
collectivite
fillon-not-a-chancejuppe-deja-gagneQu’est-ce que c’est, dégueulasse ? Patricia
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
Il n’y en aura que deux, Juppé et Sarkozy. Fillon n’a aucune chance. Non parce qu’il n’a pas de qualités, il en a sans doute; ni un mauvais programme, il a le programme le plus explicite; non parce qu’il n’a pas de densité personnelle … Mais son rôle est tenu par Juppé. C’est-à-dire pourquoi voter Fillon alors qu’il y a Juppé ? il n’y aurait pas Juppé, je dirais, oui, sans doute que Fillon est le mieux placé pour disputer à Sarkozy l’investiture. Mais il se trouve qu’il y a Juppé. François Hollande
Le masque d’Alain Juppé va tomber tôt ou tard quand les Français s’apercevront qu’il est le même qu’en 1986, le même qu’en 1995. À savoir, un homme pas très sympathique qui veut administrer au pays une potion libérale. François Hollande
C’est un Corrézien qui avait succédé en 1995 à François Mitterrand. Je veux croire qu’en 2012, ce sera aussi un autre Corrézien qui reprendra le fil du changement. François Hollande
Chirac, c’est l’empathie avec les gens, avec le peuple, c’est la capacité d’écoute. C’est un peu l’exemple que je cherche à suivre». (…) Je veux poursuivre l’œuvre de Jacques Chirac. Alain Juppé
Je relis les magnifiques pages des Mémoires d’Outre-Tombe que Chateaubriand consacre à l’épopée napoléonienne. Alain Juppé (16/10/2016)
Nous devons (…) gagner pour sortir la France du marasme où elle stagne aujourd’hui. (…) La première condition sera de rassembler dès le premier tour les forces de la droite et du centre autour d’un candidat capable d’affronter le Front national d’un côté et le PS ou ce qui en tiendra lieu de l’autre. Si nous nous divisons, l’issue du premier tour devient incertaine et les conséquences sur le deuxième tour imprévisibles. Alain Juppé (20/08/2014)
Est-ce vraiment un revenu universel ? Est-ce que tout le monde va le toucher, de Madame Bettencourt (…) à la vendeuse de Prisunic. Alain Juppé
Je vais mettre toute la gomme ! Alain Juppé
J’ai la pêche et avec vous, j’ai la super pêche ! Alain Juppé
Je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion. Alain Juppé
Je suis candidat pour porter un projet de rupture et de progrès autour d’une ambition : faire de la France la première puissance européenne en dix ans. François Fillon
Quand ma maman allait à la messe, elle portait un foulard. Alain Juppé
J’aurais aimé qu’un certain nombre de mes compétiteurs condamnent cette campagne ignominieuse, je le répète. Mais lorsque la calomnie se cache derrière l’anonymat, la bonne foi est impuissante et je vous demande de vous battre contre ces messages parce qu’ils ont fait des dégâts.  Et j’ai des témoignages précis, dans les queues au moment du bureau de vote la semaine dernière, de personnes qui parfois ont changé leur vote parce qu’elles avaient été impressionnées par cette campagne dégueulasse, je n’hésite pas à le dire ! Alain Juppé
Il y a un discours privé et un discours public très différents l’un de l’autre. Il n’assume pas et il omet. Il faut qu’il clarifie les choses. Évoquer la Manif pour tous comme si elle était infréquentable, quand il nous a reçus, tout à fait à l’écoute, en acceptant des pistes de travail communes, notamment sur la question de la filiation et de l’adoption, et de l’intérêt supérieur de l’enfant, je trouve ça étonnant. J’ai rencontré tous les candidats à la primaire (de la droite). Le dernier, c’était Juppé. Est-il purement électoraliste ? (…) S’il traite François Fillon de traditionaliste pour sa proximité avec la Manif pour tous, le lien est exactement le même avec lui. Ludivine de la Rochère (Manif pour tous)
 Il y a beaucoup à dire sur les naïvetés d’Alain Juppé en matière de lutte contre l’intégrisme, catholique ou musulman. On a raison de s’inquiéter de sa complicité, ancienne, avec l’imam de Bordeaux. Tareq Oubrou a beau passer pour un modéré sur toutes les antennes, il n’a jamais renié son appartenance à l’UOIF, ni ses maîtres à penser, et joue les entremetteurs entre les islamistes et l’extrême droite. Pas vraiment un atout contre la radicalisation. Caroline Fourest
Suppression des 35 heures et de l’ISF, coupes dans la fonction publique, détricotage des lois Taubira, rétablissement de la double peine… Le programme ultraconservateur et ultralibéral de François Fillon. Libération
Journée des dupes. Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. «Avec Carla, c’est du sérieux», disait le premier. Avec Fillon, c’est du lugubre. Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social, émule de Philippe Séguin, qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française. Aligner la France sur l’orthodoxie du laissez-faire : le bon Philippe doit se retourner dans sa tombe. On comprend le rôle tenu par les intellectuels du déclin qui occupent depuis deux décennies les studios pour vouer aux gémonies la «pensée unique» sociale-démocrate et le «droit-de-l’hommisme» candide : ouvrir la voie au meilleur économiste de la Sarthe, émule de Milton Friedman et de Vladimir Poutine. Nous avions l’Etat-providence ; nous aurons la providence sans l’Etat. C’est encore plus net dans le domaine sociétal, où ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. Le révérend père Fillon s’en fait le prêcheur mélancolique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n’y a qu’un pas. Avant de retourner à leurs querelles de boutique rose ou rouge, les progressistes doivent y réfléchir à deux fois. Sinon, la messe est dite. Libération
François Fillon est triplement coupable d’être de droite, d’être croyant et, pour parachever le mauvais goût, d’avoir été soutenu par le mouvement catholique Sens commun. (…) Tous les coups bas sont permis, y compris en provenance des alliés politiques. Alain Juppé, chassé de son piédestal de grand favori consensuel, ne se prive pas de patauger dans les mesquineries boueuses de ce terrain glissant, jusqu’à faire passer son rival pour un affreux réac. Il l’accuse même d’avoir bénéficié des voies de la fachosphère, comme s’il y pouvait quelque chose. Que ne ferait-on pour draguer le camp d’en face. De celui qui fut lui-même Premier ministre il y a plus de vingt ans, on attendait une hauteur de vue qu’on n’espérait plus de la part de Nicolas Sarkozy. Erreur. Le second a ravalé la rancœur de la défaite derrière un discours digne, responsable et, osons le mot, élégant, appelant à voter Fillon ; tandis que le premier s’est cramponné à ses avidités électorales et ratisse tous azimuts. Aurait-il dû se retirer de la course? Dans l’absolu, c’eût été l’attitude la plus respectable: faire bloc autour du vainqueur. (…) Ce deuxième tour aura toutefois l’avantage de permettre à François Fillon de clarifier son projet et de court-circuiter les critiques de la gauche et du FN qui ne manqueront pas de pleuvoir durant la campagne de 2017. La tactique usée jusqu’à la corde est déjà perceptible. Le débat sera déplacé vers le registre de l’affect: Fillon deviendra l’émissaire du Malin qui veut anéantir le modèle social français et le service public, en supprimant 500 000 postes de fonctionnaires. Manuel Valls fourbit ses armes, au cas où. Sait-on jamais. Il dénonce des «solutions ultralibérales et conservatrices» qui déboucheront sur «moins de gendarmes, moins de profs, moins de police». Comme si la fonction publique à la sauce socialiste, totalement désorganisée par les 35 heures, avait gagné en efficacité. Ultralibéral, Fillon? Non, libéral. L’économiste Marc de Scitivaux voit dans ses objectifs une «remise à niveau» consistant à accomplir «avec vingt ans de retard tout ce que les autres pays ont fait». 40 milliards de baisse de charges pour les entreprises, ses 10 milliards d’allègements sociaux et fiscaux pour les ménages et ses 100 milliards de réduction des dépenses publiques sur cinq ans: la méthode Fillon se veut le défibrillateur qui réanimera un Hexagone réduit à l’état végétatif par les Trente Frileuses d’une gouvernance bureaucratique. Sa France sera «celle de l’initiative contre celle des circulaires». Il joue franc-jeu: les deux premières années, à l’issue desquelles s’opérera le retournement, seront difficiles – elles devraient en outre coûter 1,5 % de PIB, prévient Emmanuel Lechypre. Le redressement sera effectif au bout du quinquennat et fera de la France la première nation de l’Europe au terme d’une décennie, annonce le candidat en meeting près de Lyon. Ambitieux, flamboyant. Et irréaliste, tancent ses opposants, conditionnés dans l’idée qu’il est urgent de ne rien faire ou si peu. Eloïse Lenesley
Mr. Fillon (…) says France “for 40 years hasn’t understood that it is private firms that create jobs—not the state.” His solution is to reverse the balance of power between state and citizens. He proposes cutting €100 billion ($105.92 billion) in public spending over five years, reducing government expenditure as a share of gross domestic product to less than 50% from 57% (the comparable figure is 44% in Germany and 38% in the U.S.). He proposes to abolish the 35-hour workweek and a wealth tax that are the bane of job creators in France. Mr. Fillon also wants to cut €40 billion in corporate taxes and “social fees” and €10 billion in personal taxes. And he calls for a €12 billion expansion in defense and security spending in response to Europe’s perilous security climate. Many of Mr. Fillon’s economic plans track those of Mr. Juppé, who also has been a longtime critic of the French welfare state. Where the two men mainly differ is on foreign policy. Mr. Juppé is more of a traditional Atlanticist, while Mr. Fillon seems to have a fondness for Russia’s Vladimir Putin and says he favors Bashar Assad in Syria’s civil war. He also indulges the French tendency to disparage the U.S. on foreign and trade policy, and he rails against a European free-trade agreement with America. These columns endorse ideas, not candidates, and we’ve long been disappointed in center-right French politicians promising economic reforms but never delivering. Still, if Sunday’s primary says anything, it’s that France’s center-right voters are eager for a leader who will deliver a smaller government and faster growth, not another subsidy to a favored constituency. That’s progress. WSJ
Alors que la France devrait baisser le nombre de fonctionnaires pour diminuer son déficit et ses dépenses publiques, leur nombre augmente. Nous avons le plus grand pourcentage (24 %) de fonctionnaires (avec statut) par rapport à la population active de tous les pays membres de l’OCDE (en moyenne, 15 %). En France, il y a 90 fonctionnaires pour 1000 habitants alors qu’il y en a seulement 50 pour 1000 en Allemagne ! L’explication est simple : nous sommes incapables de créer des emplois et nous continuons à augmenter la taille de l’Etat et des collectivités locales. Et nous avons perdu le contrôle. (…) Il existe des difficultés car dans de nombreux pays les fonctionnaires ne bénéficient plus d’un statut comme en France. Plus d’emploi à vie, ni de privilèges. Prenons un exemple. Dans le tableau de l’OCDE, en Suède, la proportion de fonctionnaires par rapport à la population active serait encore plus élevée qu’en France (27 % contre 24 %). Or, en Suède, il n’y a plus de statut, ni d’emploi à vie. Ces fonctionnaires sont employés comme dans le privé et peuvent être licenciés. (…)  La France reste pratiquement le seul pays à ne pas avoir touché au statut ! (…)  Partout, le nombre de fonctionnaires baisse et on transfère au privé des missions de l’Etat. Le Canada et la Suède l’ont fait dans les années 1990, l’Allemagne au début des années 2000. En Grande-Bretagne par exemple, depuis 2010 et l’arrivée au gouvernement des conservateurs, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés. Entre 2009 et décembre 2012, sous Obama, le nombre de fonctionnaires territoriaux a connu une chute spectaculaire aux Etats-Unis : – 560 000 (- 4%). Sur (presque) la même période (2009-déc. 2011), le nombre de fonctionnaires des collectivités locales françaises a augmenté de… 70 000 personnes (+ 4%). Au total, plus de 720 000 postes de fonctionnaires ont été supprimés aux Etats-Unis depuis 2009. D’autres pays comme l’Irlande, le Portugal, l’Espagne ou même la Grèce ont drastiquement baissé le nombre de fonctionnaires. L’Irlande  a réduit leurs salaires jusqu’à 20% tandis que l’Espagne est allé jusqu’à 15% et, comme le Portugal, a choisi de remplacer seulement 1 fonctionnaire sur 10 ! Contrairement à la France, ces Etats qui ont décidé de tailler dans le vif montrent – Grande-Bretagne, Etats-Unis et Irlande en tête – affichent de vrais signes de reprise économique. (…) La sécurité sociale et l’Education sont les secteurs avec la plus grande bureaucratie. C’est là qu’on pourrait économiser plusieurs milliards en coupant dans les effectifs. Mais tout cela ne peut être réalisé que grâce à des réformes structurelles : ouverture à la concurrence du secteur de la santé, privatisation des écoles… C’est ce qui a été fait aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suède ou en Suisse. Mais ce n’est pas la voie empruntée par le gouvernement socialiste… (…) J’ai déjà écrit sur Météo-France qu’il faudrait fermer car depuis Internet, la météo est fournie par de nombreux organismes beaucoup moins chers. Mais on peut s’attaquer à de plus grands organismes qui coûtent encore plus cher : la Banque de France par exemple, où les frais de personnel sont 2 fois plus élevés que ceux de la Bundesbank (4000 employés de plus !),  les salaires, 24 % de plus qu’à la Bundesbank et le coût des retraites, 300 Millions d’euros de plus. (…)  Dans les années 1990, la Suède, le Canada ou les Pays-Bas ont fait des coupes drastiques dans leurs dépenses et ont diminué le nombre de fonctionnaires. Des ministères ont eu leur budget divisé par deux et les postes de fonctionnaires par trois ou quatre. Le statut des fonctionnaires a même été supprimé, en Suède par exemple, et certaines administrations sont devenues des organismes mi-publics, mi-privé. Il faut noter aussi que ces réformes ont été menées par des gouvernements de centre-gauche ou de gauche comme en Suède ou au Canada, pays terriblement étatisés et au bord de la faillite au début des années 1980. Au Canada, on a adopté à l’époque la règle suivante : 7 dollars d’économies pour 1 dollar d’impôts nouveaux (en France, le chiffre est plus qu’inversé aujourd’hui : 20 euros d’impôts nouveaux pour 1 euro d’économie). Dans ces pays, les fonctionnaires n’ont pas été mis à la porte du jour au lendemain. On a privilégié les retraites anticipées avec des primes au départ. Mais, en même temps, les nouveaux venus perdaient tous les avantages de leurs prédécesseurs : plus de statut, ni de privilèges. C’est un bon exemple pour la France. Nicolas Lecaussin
La France est en effet l’un cinq des pays de l’OCDE où la part des employés publics (ce qui est plus large encore car il faut inclure de nombreux emplois qui ne sont pas fonctionnaires) dans le total des personnes employées est la plus forte. Cela s’explique certainement par une tradition d’interventionnisme public très fort en France depuis la fin de Seconde guerre mondiale. L’augmentation continue de la dépense publique est allée de pair avec des recrutements massifs, qui représentent environ un quart de la dépense publique (c’est à dire de l’Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale). Les rémunérations des seuls fonctionnaires représentent 13% du PIB et un tiers du budget de l’Etat. Or un fonctionnaire représente une dépense rigide de très long terme : le contribuable doit payer son salaire et sa retraite. Le poids de l’emploi public s’explique également, comme le montre la note de l’INSEE, par la multiplication des échelons administratifs : départements, régions, communes, intercommunalités … à chaque niveau cela suppose des agents (pour la sécurité, l’entretien, le secrétariat, le suivi des dossiers). (…) Dans les autres pays de l’Union européenne, la tendance n’est pas vraiment à la hausse de l’emploi public, faute de moyens. En Grande-Bretagne par exemple, le Gouvernement avait annoncé dès 2010 la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires… La question qui se pose réellement est celle de l’efficacité de ce poids des fonctionnaires. D’un point de vue économique, elle n’est pas évidente. Les fonctionnaires ont plus de vacances (INSEE), partent à la retraite plus tôt (DREES) et sont en moyenne mieux payés (INSEE). Est-ce justifié par une efficacité claire pour la collectivité ? Plus largement, le poids des fonctionnaires dans l’économie entretient les connivences et le copinage, ce qui nuit à la performance économique et à l’équité sociale. Au-delà, ce poids des fonctionnaires pose des questions démocratiques. Ils sont surreprésentés à l’Assemblée Nationale et leur engagement dans la vie politique pose clairement des conflits d’intérêts : comment comprendre qu’un magistrat administratif, qui doit juger en toute impartialité, affiche des préférences politiques. (…) L’Etat a eu tendance, ces dernières années, à baisser le nombre de ses fonctionnaires, alors que les collectivités locales ont fait exploser tous les plafonds. En ce sens, la rationalisation du nombre d’échelons administratifs, comme l’a proposé Manuel Valls, est une bonne chose. Pour autant, il faut aller plus loin et se poser la question de l’efficacité de la dépense publique. Le Président Hollande, jusqu’à maintenant, a fait le choix de partir du principe que la quantité d’agents publics était une réponse pertinente : c’est ce qu’il fait par exemple avec le dogme des « 60 000 postes » dans l’Education nationale. Or, ce n’est absolument pas évident. En Grande-Bretagne, David Cameron a tenu le discours suivant en matière d’éducation : gardons la dépense publique, pour autant qu’elle soit efficace ; pour cela, l’Etat pourra se tourner vers des partenaires privés pour fournir les services scolaires. En l’occurrence, il a fait appel aux parents, qui ont créé leurs propres écoles. La France doit faire une révolution mentale. Même Terra Nova a défendu l’idée qu’on peut très bien avoir un service public rendu par une entreprise privée et des salariés privés. Ce qui importe, c’est la qualité du service rendu à l’usager, pas la nature du contrat de l’agent qui le fournit ni la nature juridique (publique ou privée) du prestataire. Erwan Le Noan
La dépense publique n’a (…) pas reculé en valeur en France depuis 1960, date des premières statistiques de l’Insee dans ce domaine. En revanche, il est possible de réduire le poids relatif de l’Etat dans l’économie. La Suède ou le Canada ont enregistré des succès en la matière au début des années 1990. « Mais ces pays ont dû effectuer des arbitrages. Ils ont choisi que telle ou telle fonction ne dépendrait plus de l’Etat mais relèverait désormais de la sphère privée « , selon Olivier Chemla, économiste à l’Association française des entreprises privées (Afep). En clair, la politique du rabot ne peut suffire à faire maigrir l’Etat. Dans leur ouvrage « Changer de modèle » paru l’an passé, les économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen calculaient que, entre 1995 et 2012, les pays rhénans (Allemagne, Belgique et Pays-Bas) avaient réduit la part des dépenses publiques dans le PIB de 7 points, à 48,8 %. Sur la même période, celle des pays scandinaves (Suède, Danemark et Finlande) a reculé de 6 points, à 56 %. En Suède, la part des prestations sociales dans le PIB est passée de 22,2 % en 1994 à 18,5 % en 1997. Le nombre de fonctionnaires est passé de 400.000 à 250.000 entre 1993 et 2000. Les réformes sont donc douloureuses. Elles interviennent à chaque fois après une crise et après qu’un nouveau gouvernement a été mis en place, notent les trois auteurs. Seulement, à chaque fois aussi, les politiques sont coordonnées : la couronne suédoise et le dollar canadien se sont beaucoup dépréciés au moment où les réformes ont été entreprises, afin de relancer l’activité. L’Allemagne aussi, qualifiée d’« homme malade de l’Europe » au début des années 2000, a profité de la bonne santé économique de ses partenaires commerciaux pour entamer ses réformes… pour finir en excédent budgétaire cette année. Toute la difficulté de la politique économique réside entre une rigueur nécessaire pour les finances publiques sans pour autant casser l’activité. Ce qui signifie une coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire, dont l’absence dans la zone euro n’a pas cessé d’être critiquée par Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Comme le disait l’économiste John Maynard Keynes, « les périodes d’expansion, et non pas de récession, sont les bonnes pour l’austérité « . (…) Dans la zone euro, outre l’Allemagne, le seul grand pays à avoir réellement réussi à faire baisser l’importance de ses dépenses publiques est l’Espagne, au prix d’un effort drastique. Les Echos
Notre pays est probablement le seul parmi les membres les plus riches de l’OCDE à ne pas avoir touché au nombre de fonctionnaires et à leurs privilèges. Et pourtant, plus de 23 % de la population active travaille pour l’Etat et les collectivités locales contre 14 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Nous avons 90 fonctionnaires pour 1 000 habitants contre 50 pour 1 000 en Allemagne. Notre Etat dépense en moyenne 135 Mds d’euros de plus par an que l’Etat allemand. Et, d’après les calculs de Jean-Philippe Delsol, 14.5 millions de Français vivent, directement ou indirectement, de l’argent public. Il y a donc urgence à faire de vraies réformes. D’autant plus que tout le monde l’a fait ou est en train de le faire. Un Rapport (Economic Policy Reforms 2014) de l’OCDE qui vient de sortir (février 2014) montre que pratiquement tous les pays membres (à l’exception de plusieurs émergents) ont mis en place depuis le début de la crise de 2008 des réformes structurelles importantes. Parmi ceux qui ont agi le plus figurent aussi les plus touchés par la crise : l’Irlande, l’Espagne, le Portugal ou bien la Grèce. L’Irlande par exemple a été l’un des pays les plus touchés par la crise de 2008. Les dépenses publiques et le chômage ont explosé, par l’effet direct de l’écroulement du secteur immobilier et des faillites bancaires. Fin 2010, l’économie du pays était à l’agonie, dont la dette et les déficits récurrents le prédestinaient à un avenir toujours plus morose. Dès 2011, le Fonds monétaire international et l’Union européenne venaient à son secours et débloquaient 85 Md€ d’aides financières, soit plus de la moitié de son PIB. Dès 2010, l’Irlande décide de réduire sont budget de 10 Md€, soit 7 % du PIB (l’Irlande est d’ailleurs championne d’Europe de la baisse des dépenses publiques). Par comparaison, c’est l’équivalent d’une réduction de la dépense publique de l’ordre de 120 Md€ en France ! Pour y parvenir, l’Irlande sabre dans les services publics, et réduit de 20 % les traitements de ses fonctionnaires, ainsi que les pensions de retraites. De plus, l’Irlande décide de ne pas céder au chantage de l’Union européenne et de garder son taux d’IS (Impôt sur les sociétés) à 12.5 %. Cet entêtement a porté ses fruits : Il y a trois ans, le marché de l’emploi détruisait 7 000 emplois par mois. Aujourd’hui, on assiste à une création nette mensuelle de 5 000 postes. En Espagne, pour économiser 50 Mds d’euros sur trois ans, le Premier ministre de l’époque, Zapatero a annoncé en 2010 une réduction en moyenne de 5 % des salaires des fonctionnaires (le gouvernement s’appliquera une réduction de 15%), le renouvellement d’un seul fonctionnaire sur 10 partant à la retraite et la baisse de l’investissement public de 6 Mds d’euros en 2010 et en 2011. En 2012, le nouveau chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, décide de frapper fort en baissant drastiquement les dépenses publiques. Les budgets des ministères espagnols sont réduits de 17 % en moyenne et les salaires des fonctionnaires restent gelés. On prévoit aussi la suppression de la plupart des niches fiscales et une amnistie fiscale pour lutter contre l’économie au noir qui représenterait environ 20 % du PIB. Les communautés autonomes sont aussi obligées de baisser leurs dépenses afin d’arriver à l’équilibre budgétaire. Le Portugal a baissé le nombre de fonctionnaires et leurs salaires (jusqu’à 20 % de réduction sur la fiche de paye). Même la Grèce l’a fait : 150 000 postes de fonctionnaires supprimés entre 2011 et 2014, soit 20 % du total ! En Grande-Bretagne on ne parle que du chiffre de 700.000. C’est le nombre de fonctionnaires que le gouvernement anglais a programmé de supprimer entre 2011 et 2017 : 100.000 par an. Par comparaison, la France a supprimé, au titre de la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, seulement 31 600 en 2011. Trois fois moins qu’en Grande-Bretagne qui a – déjà – beaucoup moins de fonctionnaires que la France : 4 millions contre 6 millions… Depuis 2010, et l’arrivée au gouvernement des conservateurs, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés (et cela continue) là où le secteur privé a créé 1,4 millions. La Grande-Bretagne ne fait pas aussi bien que les Etats-Unis (1 emploi public supprimé et 5 emplois créés dans le privé) mais elle se situe nettement au-dessus de la France : 2.8 emplois créés dans le privé pour 1 emploi supprimé dans le public entre 2010 et 2013. Aux Etats-Unis donc, sous Obama, entre 2010 et début 2013, on a supprimé 1.2 millions d’emplois dans le secteur public ! Plus de 400 000 postes de fonctionnaire centraux ont été supprimés et aussi plus de 700 000 postes de fonctionnaires territoriaux. A titre de comparaison, sur la même période (2010-2013), le nombre d’agents publics a augmenté de 13 000 en France (surtout au niveau local) et on a compté 41 000 emplois privés détruits tandis que l’Amérique en créait 5.2 millions ! Toutes ces réformes ont été provoquées par la crise de 2008 mais aussi par les exemples canadien et suédois. Ces pays ont déjà diminué le poids de l’Etat dès le début des années 1990. Et cela s’est vu car les deux pays ont plutôt été épargnés par la crise comme l’Allemagne qui a aussi réformé durant les années Gerhart Schroeder. Une comparaison mérite l’attention. Le Canada a supprimé environ 23 % de sa fonction publique en trois ans (entre 1992 et 1995). Si la France faisait la même réforme et dans les mêmes proportions, 1.3 millions de fonctionnaires français devraient quitter leurs postes ! Mais les réformes ont concerné aussi la fiscalité. (…) Il y a deux ans, la Grande-Bretagne avait annoncé une baisse de l’impôt sur les sociétés de 28 à 24 %. Mais le gouvernement de David Cameron veut aller encore plus loin et annonce une baisse jusqu’à 22 % d’ici 2015. Moins 6 points en 3 ans seulement. En janvier 2013, l’impôt sur les sociétés a baissé de 26.3 à 22 % en Suède. Une baisse sensible, qui suit l’exemple d’autres pays comme l’Allemagne (de 30 à 26 %). La Finlande l’a fait aussi (de 28 à 26 %). Et le Danemark : son taux d’impôt sur les sociétés passera d’ici 2016 de 25 à 22 %. Tous les pays ont d’ailleurs compris qu’il faut soulager les entreprises sauf… la France. Dans le classement des taux d’imposition sur les sociétés, la France est championne européenne avec un taux à plus de 36 %. L’IREF a même montré que parmi les membres de l’OCDE, c’est en Norvège que l’IS génère le plus de rentrées fiscales (11 % du PIB). Et pourtant, le taux de l’IS se situe à 24 %, plus de 10 points de moins que l’IS français (36 %) qui ne fait rentrer que… 2.5 % du PIB. Voici d’autres exemples : au Luxembourg, le taux d’IS est à 17.1 % mais les recettes générées représentent 5 % du PIB, le double de ce qu’elles génèrent en France. En Grande-Bretagne, c’est 3 % du PIB pour un IS à 26,7 %. En Belgique, c’est 3 % du PIB pour un IS à 17 %. Faut-il encore rappeler le 12,5 % de l’Irlande qui avec 2,6 % du PIB rapporte davantage que ce que nous vaut le taux français, trois fois supérieur ! IREF
La Suède a supprimé le statut de fonctionnaire. Il y en a encore, mais sans la garantie de l’emploi. Elle a licencié 20% des effectifs. Une cure deux fois plus sévère que celle proposée par François Fillon dans son programme. Elle l’a fait en dix ans dans les années 90. Au Royaume-Uni, ce sont 15% des effectifs des fonctionnaires qui ont été supprimés par David Cameron de 2010 à 2014, notamment dans la police, la défense et les transports. Au Canada, ce sont plus de 20% des fonctionnaires qui ont été licenciés en seulement trois ans dans les années 2000. Chaque ministère a dû couper dans ses budgets et là encore privatisation des chemins de fer et des aéroports. Conséquences, des dysfonctionnements dans les urgences à cause des fermetures d’hôpitaux au Canada. Au Royaume-Uni, le nombre d’élèves par classe a augmenté. La dette a néanmoins été divisée par deux en dix ans au Canada. Jean-Paul Chapel
Le refrain de « l’ultra-libéralisme » est en effet entonné dans tous les médias de gauche et par Manuel Valls lui-même à l’encontre de François Fillon. Notons d’abord la connotation doublement polémique de ce terme dans notre culture politique : « ultra » renvoie aux aristocrates réactionnaires de la Restauration qui, selon le mot de Talleyrand, n’avaient « rien appris, ni rien oublié ». Quant à « libéral », on sait qu’il est chez nous l’équivalent de « loi de la jungle » de « droit du plus fort » et d’ »anti-social ». François Hollande vient ainsi de tweeter que le « libéralisme, c’est la liberté des uns contre celle des autres ». Notre tradition étatiste et égalitariste nous a fait largement oublié que le libéralisme est d’abord une philosophie de la liberté qui a inspiré notamment la Déclaration des droits de l’homme, l’instruction publique et l’émancipation féminine. Autrement dit, personne n’est plus « anti-ultra » que les libéraux ! La dénonciation de « l’ultra-libéralisme » est donc, en même temps qu’une double charge polémique, un double contre-sens historique et idéologique. A quoi s’ajoute que, de Montesquieu à Revel en passant par Tocqueville, Bastiat, Alain et Aron, la France est très riche de cette pensée libérale.  Mais nos lycéens et même nos étudiants n’ont pas le droit de le savoir… Dans votre question, il y a le mot « remise en ordre » : de fait la volonté d’ordre est plus typique de l’horizon politique de la droite conservatrice que de celle du libéralisme qui croit davantage à l’ordre spontané du marché, sous réserve d’une régulation juridique de l’Etat, ce que l’on oublie toujours. Quant au sérieux budgétaire, il n’a rien de libéral en soi : tout dépend des circonstances. Poincaré, Rueff, Barre ou Bérégovoy y croyaient parce qu’ils constataient l’impasse de la gabegie budgétaire. Il est vrai que la chose s’est un peu perdue depuis les années 2000. Allons plus loin : en bon libéral, je m’interroge sur les motivations de tant commentateurs qui hurlent au loup (c’est-à-dire à « l’ultra-libéralisme ») devant le programme de F. Fillon. Et je constate que ces hurlements viennent des innombrables rentiers de l’Etat qui s’inquiètent naturellement de la perspective d’une baisse des dépenses publiques et défendent non moins naturellement leurs intérêts : fonctionnaires, syndicats, classe politique, audiovisuel public et une bonne partie de la presse…Pour certains, comme Libération, c’est une question de survie : on comprend leur violence anti-Fillon. Cette hostilité de « l’establishment d’Etat » va rendre la tâche très difficile à ce dernier, dès cette semaine et plus encore lors de la campagne présidentielle, s’il franchit les primaires. (…) François Fillon l’a dit lui-même : son libéralisme n’est pas un « choix idéologique » mais un « constat » : l’excès des charges pesant sur les entreprises et sur le travail est l’une des causes majeures du déclin français. Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 30 à 45% du PIB depuis 1960. Il n’y nulle contradiction dans son nouveau positionnement qui est simplement lié à l’évolution des choses et notamment du niveau de la dépense publique. J’observe que les commentaires de la plupart des médias présentent ce programme comme « dur », « violent ». Mais pour qui ? Certainement pas pour les entreprises qui vont connaître une baisse sans précédent de leurs charges sociales et fiscales (40 milliards), ni pour les familles des classe moyennes ; ni pour les millions de chômeurs qui sont évincés d’un marché du travail hyper-rigide ; ni pour les commerçants et indépendants dont le régime fiscal et social sera aligné sur le statut d’autoentrepreneur . Demandez-leur s’ils redoutent davantage « l’ultralibéralisme » supposé de Fillon ou la spoliation actuelle du RSI ? Curieusement, on ne parle jamais de ces catégories fort nombreuses lorsqu’on aborde l’impact des « mesures Fillon » sur les uns ou les autres… Pour le reste, le parcours de F. Fillon est celui d’un gaulliste social. Son programme vise à mettre en place des coopérations renforcées en Europe, nullement un Etat supranational. De plus, son indulgence pour Poutine ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un penchant libéral. Pas plus que ces positions dans le domaine sociétal. François Fillon est donc non pas un libéral mais un PRAGMATIQUE en matière économique, un conservateur en matière sociétale (mais non un réactionnaire puisqu’il ne reviendra ni sur le mariage pour tous ni sur l’avortement) et un champion de « l’intérêt national » sur le plan extérieur. En somme, la parfaite définition d’un gaulliste qui raisonne et agit, comme disait le Général, « les choses étant ce qu’elles sont ». Avec un léger penchant russophile, comme de Gaulle lui-même au demeurant. (…) On mesure ici le non-libéralisme de Fillon qui ne croit pas aux vertus du libre-échange. Celui-ci n’est pas un « dogme » mais une démonstration économique que l’on doit à Ricardo et un constat des résultats positifs de l’intégration économique européenne sur notre pouvoir d’achat ou de la mondialisation en matière de baisse spectaculaire de la pauvreté (ce que les Français ignorent). F. Fillon se méfie de la mondialisation, même s’il ne propose pas -pragmatisme là encore oblige- de « démondialisation ». Il s’oppose au TAFTA, comme… Trump, qui n’est pas non plus un libéral. La bonne position aurait été de défendre bec et ongles les intérêts français et européens – ce que l’on n’a pas assez fait avec la Chine – mais non de renoncer dès à présent au TAFTA. Le risque de surenchère protectionniste est réel et devrait nous alerter quand on connaît les précédents, tant au XIXème siècle que dans les années 30. L’un dans l’autre, Génération libre n’avait mis que 12/20 à Fillon en matière de libéralisme. Il est vrai qu’avec cette note il arrivait quand même en deuxième position derrière NKM. Ce qui en dit long sur le libéralisme de nos hommes politiques, droite comprise… Christophe de Voogd
La droite française depuis plus de 20 ans est beaucoup plus à gauche et antilibérale que les droites classiques européennes, et même que certaines gauches sociales-démocrates (Blair et même Schroeder plus libéraux que Chirac, etc.). Et dans ce contexte franchouillard, oui, Fillon est libéral. Mais le fait que Gorbatchev était plus libéral que Brejnev et beaucoup plus libéral que Staline n’en faisait pas pour autant un authentique libéral. C’est l’histoire du borgne aux pays des aveugles : Fillon est un poil plus libéral que l’archétype des énarques (Juppé), que l’idéal-type des énarques (Le Maire) et que le prince des interventionnistes (Sarkozy). Mais il ne faut pas avoir peur du ridicule pour le comparer à Margareth Thatcher. Cette dernière avait un programme, des troupes, du courage. On est aussi assez loin de Jacques Rueff. A moins que Fillon nous étonne sur le tard, c’est plus un « budgétariste » et éventuellement un réformateur qu’un libéral. Il est plus proche de Juppé que de Madelin (regardez sur son site internet le chapitre « créer des géants européens du numérique », par exemple, on est bien loin de la Sillicon Valley, idem sur la culture, le logement, l’agriculture, etc.). Ce sera un bon administrateur, il a un track record de cinq ans en la matière, pas un libéral, là il n’y a guère que la privatisation de France Telecom à son actif. Mais dans l’opinion cela suffira peut-être : après cinq années de hollandisme, n’importe quelle présidence même centriste apparaîtra comme très libérale.  (…) Séguiniste à 18 ans (mais pas après, faut pas déconner…), je suis sans doute mal placé pour critiquer le sombre passé politique du futur président. Il y a tout de même des passés plus troubles que celui là (Chirac ancien communiste pas vraiment repenti, Jospin ancien trotsko pas vraiment repenti, Mitterrand ancien pétainiste pas vraiment repenti, etc.). Ce n’est certes pas le parcours d’un pur libéral, mais c’est logique puisqu’un libéral intransigeant ne rassemblerait pas 44% des voix dans une primaire de la droite en France. Il faudra juger sur les actes, et ce n’est certainement pas en promettant de monter la TVA que Fillon deviendra le grand président libéral de notre pays socialiste. (…) En déclarant qu’il ne considère pas « le libre-échange comme l’alpha et l’oméga de la pensée économique », Fillon joue un jeu dangereux. Cela s’accompagne comme toujours de la petite musique traditionnelle selon laquelle « les USA, eux, savent défendre leurs intérêts », musique idiote dans la mesure où : a) ce n’est pas parce que les autres se tirent une balle dans le pied qu’il faut impérativement en faire autant, b) on fait mine ainsi de penser que nous avons les marges de manœuvre d’un pays cinq fois plus peuplé, six fois plus riche et cinquante fois plus libre monétairement,  c) ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le néoprotectionnisme américain et qui soulignent dans le même temps leur activisme dans les instances libre-échangistes globales et/ou l’amplitude de leurs déficits commerciaux ; comprenne qui pourra. (…) Toujours, bien entendu, pour protéger les plus démunis, alors que ce sont les rentiers qui demandent et qui obtiennent des protections. Mais Fillon, comme Hollande ou Merkel, sait surfer sur ce qui marche et éviter les combats impopulaires, et il se trouve que le TAFTA n’est pas en odeur de sainteté par les temps qui courent. Pas sûr qu’il ait lu Bastiat, comme Ronald Reagan. Pas sûr par conséquent qu’il reste très « libéral » entre 2017 et 2022 si les vents de l’opinion deviennent (comme c’est probable) trop défavorables à cette orientation, a fortiori s’il veut rassembler sa famille puis donner quelques gages à la gauche après une victoire au 2e tour contre Le Pen. Mathieu Mucherie

Vous avez dit dégueulasse ?

Alors qu’au lendemain d’un premier tour d’une primaire qui, fidèle au scénario inauguré par le référendum du Brexit et la présidentielle américaine, a bousculé tous les pronostics

Le lecteur exalté des Mémoires d’Outre-Tombe et héritier chiraquien revendiqué qui peine, entre « Prisunic », « gomme » et « super pêche », à faire oublier ses vénérables 71 ans

Dénonce, tout en jouant sur tous les tableaux, la « France nostalgique de l’ordre ancien » prétendument personnifiée par son adversaire …

Mais aussi, pour sa notoire complaisance avec l’islam politique, la « campagne dégueulasse » et « ignominieuse » dont il est l’objet de la part de sites d’extrême-droite …

Pendant que l’ancien banquier d’affaires et ministre d’un gouvernement socialiste ne nous sort rien de moins que la « Révolution » …

Comment ne pas voir …

Avec le site Atlantico

La véritable campagne de désinformation de nos dûment stipendiés médias …

Face au prétendu, Libération et sa couverture de Fillon Thatcherisé dixit, « programme ultraconservateur et ultralibéral » et « Tariq Ramadan des sacristies » …

D’un  candidat ancien séguiniste et anti-TAFTA que l’actuel président n’arrivait même pas à distinguer d’Alain Juppé lui-même ?

Comme les côtés autant surréalistes que révélateurs d’un tel débat …

Dans un pays qui alors qu’après le Canada et la Suède dans les années 90 la plupart des pays occidentaux ont réduit drastiquement leur fonction publique …

Continue à employer quelque 5,5 millions de fonctionnaires soit un Français sur cinq (24 % de la population active contre 15 % en moyenne pour l’OCDE) ?

Pourquoi François Fillon n’est pas l’ultra-libéral que veulent voir ses opposants de tous bords
Si l’accusation d’ultra-libéral revient souvent dans la bouche des opposants à François Fillon, le parcours politique du candidat LR à la primaire de la droite et ses prises de position sur certains sujets majeurs sont pourtant loin de coller avec la pensée « ultra-libérale »

Atlantico

22 novembre 2016

Atlantico : En termes de vision économique, François Fillon est souvent taxé d’ultra-libéral par une partie de ses opposants. Est-ce vraiment un « procès » qu’on peut lui faire ? Le sérieux budgétaire et la volonté de remise en ordre qu’il incarne sont-ils vraiment une marque « d’ultra-libéralisme » ?

Christophe de Voogd : Le refrain de « l’ultra-libéralisme » est en effet entonné dans tous les médias de gauche et par Manuel Valls lui-même à l’encontre de François Fillon. Notons d’abord la connotation doublement polémique de ce terme dans notre culture politique : « ultra » renvoie aux aristocrates réactionnaires de la Restauration qui, selon le mot de Talleyrand, n’avaient « rien appris, ni rien oublié ». Quant à « libéral », on sait qu’il est chez nous l’équivalent de « loi de la jungle » de « droit du plus fort » et d’ »anti-social ». François Hollande vient ainsi de tweeter que le « libéralisme, c’est la liberté des uns contre celle des autres ». Notre tradition étatiste et égalitariste nous a fait largement oublié que le libéralisme est d’abord une philosophie de la liberté qui a inspiré notamment la Déclaration des droits de l’homme, l’instruction publique et l’émancipation féminine. Autrement dit, personne n’est plus « anti-ultra » que les libéraux ! La dénonciation de « l’ultra-libéralisme » est donc, en même temps qu’une double charge polémique, un double contre-sens historique et idéologique. A quoi s’ajoute que, de Montesquieu à Revel en passant par Tocqueville, Bastiat, Alain et Aron, la France est très riche de cette pensée libérale.  Mais nos lycéens et même nos étudiants n’ont pas le droit de le savoir…

Dans votre question, il y a le mot « remise en ordre » : de fait la volonté d’ordre est plus typique de l’horizon politique de la droite conservatrice que de celle du libéralisme qui croit davantage à l’ordre spontané du marché, sous réserve d’une régulation juridique de l’Etat, ce que l’on oublie toujours. Quant au sérieux budgétaire, il n’a rien de libéral en soi : tout dépend des circonstances. Poincaré, Rueff, Barre ou Bérégovoy y croyaient parce qu’ils constataient l’impasse de la gabegie budgétaire. Il est vrai que la chose s’est un peu perdue depuis les années 2000.

Allons plus loin : en bon libéral, je m’interroge sur les motivations de tant commentateurs qui hurlent au loup (c’est-à-dire à « l’ultra-libéralisme ») devant le programme de F. Fillon. Et je constate que ces hurlements viennent des innombrables rentiers de l’Etat qui s’inquiètent naturellement de la perspective d’une baisse des dépenses publiques et défendent non moins naturellement leurs intérêts : fonctionnaires, syndicats, classe politique, audiovisuel public et une bonne partie de la presse…Pour certains, comme Libération, c’est une question de survie : on comprend leur violence anti-Fillon. Cette hostilité de « l’establishment d’Etat » va rendre la tâche très difficile à ce dernier, dès cette semaine et plus encore lors de la campagne présidentielle, s’il franchit les primaires.

Mathieu Mucherie : La droite française depuis plus de 20 ans est beaucoup plus à gauche et antilibérale que les droites classiques européennes, et même que certaines gauches sociales-démocrates (Blair et même Schroeder plus libéraux que Chirac, etc.). Et dans ce contexte franchouillard, oui, Fillon est libéral. Mais le fait que Gorbatchev était plus libéral que Brejnev et beaucoup plus libéral que Staline n’en faisait pas pour autant un authentique libéral. C’est l’histoire du borgne aux pays des aveugles : Fillon est un poil plus libéral que l’archétype des énarques (Juppé), que l’idéal-type des énarques (Le Maire) et que le prince des interventionnistes (Sarkozy). Mais il ne faut pas avoir peur du ridicule pour le comparer à Margareth Thatcher. Cette dernière avait un programme, des troupes, du courage. On est aussi assez loin de Jacques Rueff.

A moins que Fillon nous étonne sur le tard, c’est plus un « budgétariste » et éventuellement un réformateur qu’un libéral. Il est plus proche de Juppé que de Madelin (regardez sur son site internet le chapitre « créer des géants européens du numérique », par exemple, on est bien loin de la Sillicon Valley, idem sur la culture, le logement, l’agriculture, etc.). Ce sera un bon administrateur, il a un track record de cinq ans en la matière, pas un libéral, là il n’y a guère que la privatisation de France Telecom à son actif. Mais dans l’opinion cela suffira peut-être : après cinq années de hollandisme, n’importe quelle présidence même centriste apparaîtra comme très libérale.

Le parcours politique de François Fillon (opposition au traité de Maastricht, filiation séguiniste…) est-il vraiment en accord avec ce que l’on pourrait attendre d’un « ultra-libéral » ?

Mathieu Mucherie : La plupart des authentiques libéraux ont trouvé que le traité de Maastricht était un carcan incompatible avec les libertés à long terme et avec l’efficience économique à tous les horizons ; surtout l’idée de taux de changes nominaux fixes « pour l’éternité » avec en plus une gestion de la monnaie par une banque centrale indépendante (indépendante des autres sphères, autant dire un État dans l’État). Ce n’est pas une histoire de droite ou de gauche : quand des gens aussi éloignés que Paul Krugman, Milton Friedman ou Martin Feldstein arrivent grosso modo à la même conclusion, on peut se douter que l’édifice construit par nos élites européennes n’est peut-être pas très libéral, quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme. Les pays les plus libéraux (Angleterre, Suisse…) ne s’y sont pas trompés.

Séguiniste à 18 ans (mais pas après, faut pas déconner…), je suis sans doute mal placé pour critiquer le sombre passé politique du futur président. Il y a tout de même des passés plus troubles que celui là (Chirac ancien communiste pas vraiment repenti, Jospin ancien trotsko pas vraiment repenti, Mitterrand ancien pétainiste pas vraiment repenti, etc.). Ce n’est certes pas le parcours d’un pur libéral, mais c’est logique puisqu’un libéral intransigeant ne rassemblerait pas 44% des voix dans une primaire de la droite en France. Il faudra juger sur les actes, et ce n’est certainement pas en promettant de monter la TVA que Fillon deviendra le grand président libéral de notre pays socialiste.

Christophe de Voogd : François Fillon l’a dit lui-même : son libéralisme n’est pas un « choix idéologique » mais un « constat » : l’excès des charges pesant sur les entreprises et sur le travail est l’une des causes majeures du déclin français. Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 30 à 45% du PIB depuis 1960. Il n’y nulle contradiction dans son nouveau positionnement qui est simplement lié à l’évolution des choses et notamment du niveau de la dépense publique. J’observe que les commentaires de la plupart des médias présentent ce programme comme « dur », « violent ». Mais pour qui ? Certainement pas pour les entreprises qui vont connaître une baisse sans précédent de leurs charges sociales et fiscales (40 milliards), ni pour les familles des classe moyennes ; ni pour les millions de chômeurs qui sont évincés d’un marché du travail hyper-rigide ; ni pour les commerçants et indépendants dont le régime fiscal et social sera aligné sur le statut d’autoentrepreneur . Demandez-leur s’ils redoutent davantage « l’ultralibéralisme » supposé de Fillon ou la spoliation actuelle du RSI ? Curieusement, on ne parle jamais de ces catégories fort nombreuses lorsqu’on aborde l’impact des « mesures Fillon » sur les uns ou les autres…

Pour le reste, le parcours de F. Fillon est celui d’un gaulliste social. Son programme vise à mettre en place des coopérations renforcées en Europe, nullement un Etat supranational. De plus, son indulgence pour Poutine ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un penchant libéral. Pas plus que ces positions dans le domaine sociétal.

François Fillon est donc non pas un libéral mais un PRAGMATIQUE en matière économique, un conservateur en matière sociétale (mais non un réactionnaire puisqu’il ne reviendra ni sur le mariage pour tous ni sur l’avortement) et un champion de « l’intérêt national » sur le plan extérieur. En somme, la parfaite définition d’un gaulliste qui raisonne et agit, comme disait le Général, « les choses étant ce qu’elles sont ». Avec un léger penchant russophile, comme de Gaulle lui-même au demeurant.

En quoi la position de François Fillon sur le libre-échange, et notamment le controversé traité TAFTA, s’inscrit-elle en faux avec la pensée des économistes et politiques « ultra-libéraux » ?

Christophe de Voogd : Après tout ce qui précède, vous admettrez que j’écarte ce mot « d’ultralibéral » ! On mesure ici le non-libéralisme de Fillon qui ne croit pas aux vertus du libre-échange. Celui-ci n’est pas un « dogme » mais une démonstration économique que l’on doit à Ricardo et un constat des résultats positifs de l’intégration économique européenne sur notre pouvoir d’achat ou de la mondialisation en matière de baisse spectaculaire de la pauvreté (ce que les Français ignorent). F. Fillon se méfie de la mondialisation, même s’il ne propose pas -pragmatisme là encore oblige- de « démondialisation ». Il s’oppose au TAFTA, comme… Trump, qui n’est pas non plus un libéral. La bonne position aurait été de défendre bec et ongles les intérêts français et européens – ce que l’on n’a pas assez fait avec la Chine – mais non de renoncer dès à présent au TAFTA. Le risque de surenchère protectionniste est réel et devrait nous alerter quand on connaît les précédents, tant au XIXème siècle que dans les années 30.

L’un dans l’autre, Génération libre n’avait mis que 12/20 à Fillon en matière de libéralisme. Il est vrai qu’avec cette note il arrivait quand même en deuxième position derrière NKM. Ce qui en dit long sur le libéralisme de nos hommes politiques, droite comprise…

Mathieu Mucherie : En déclarant qu’il ne considère pas « le libre-échange comme l’alpha et l’oméga de la pensée économique », Fillon joue un jeu dangereux. Cela s’accompagne comme toujours de la petite musique traditionnelle selon laquelle « les USA, eux, savent défendre leurs intérêts », musique idiote dans la mesure où :

a) ce n’est pas parce que les autres se tirent une balle dans le pied qu’il faut impérativement en faire autant,
b) on fait mine ainsi de penser que nous avons les marges de manœuvre d’un pays cinq fois plus peuplé, six fois plus riche et cinquante fois plus libre monétairement,
c) ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le néoprotectionnisme américain et qui soulignent dans le même temps leur activisme dans les instances libre-échangistes globales et/ou l’amplitude de leurs déficits commerciaux ; comprenne qui pourra.

En vérité, le meilleur test consiste à demander : êtes-vous favorable, partout et tout le temps, au désarmement douanier le plus total et le plus unilatéral ? un non-économiste cherchera toujours à négocier sur ce point, à tergiverser, à éluder ou à inventer des contre-exemples historiques ou théoriques, tous foireux (dans le best of, l’argument des droits de douane américains élevés au XIXe siècle, qui se garde bien de préciser où en étaient la fiscalité et la réglementation aux USA à l’époque, sans parler de la mobilité des hommes et des capitaux). Toujours, bien entendu, pour protéger les plus démunis, alors que ce sont les rentiers qui demandent et qui obtiennent des protections. Mais Fillon, comme Hollande ou Merkel, sait surfer sur ce qui marche et éviter les combats impopulaires, et il se trouve que le TAFTA n’est pas en odeur de sainteté par les temps qui courent. Pas sûr qu’il ait lu Bastiat, comme Ronald Reagan. Pas sûr par conséquent qu’il reste très « libéral » entre 2017 et 2022 si les vents de l’opinion deviennent (comme c’est probable) trop défavorables à cette orientation, a fortiori s’il veut rassembler sa famille puis donner quelques gages à la gauche après une victoire au 2e tour contre Le Pen.

Voir aussi:

Primaire
Qui veut la peau d’«Ali Juppé» ?
Laure Equy et Dominique Albertini

Libération

22 novembre 2016

Cible d’une campagne grotesque mais efficace sur sa supposée complaisance envers l’islam politique, le challenger de Fillon à la primaire de droite s’est résolu à contre-attaquer.

«Cette histoire de mosquée, ça le met dans une colère noire», soufflent ses conseillers depuis le début de la campagne. Depuis des mois, Alain Juppé a les sites et twittos d’extrême droite aux basques. Un harcèlement viral parti de sa ville de Bordeaux et qui a pris, avec la primaire, une dimension nationale. S’il a longtemps laissé courir, le candidat dénonce désormais avec force une «campagne de caniveau», «ignominieuse», «des attaques franchement dégueulasses». C’est que – son équipe et lui en sont convaincus – ces caricatures et intox relayées sur les réseaux sociaux et via des chaînes de mails ont fait dimanche de sérieux dégâts dans les urnes.

Quelle forme prend la cabale ?
A l’origine de cette campagne de diffamation, l’extrême droite et une partie de la droite dite «classique» – mais désormais alignée sur le FN en matière identitaire. Sur Internet, des représentants de ces milieux ne désignent plus le maire de Bordeaux que par le surnom d’«Ali Juppé», l’accusant de compromissions avec les franges les plus rétrogrades de l’islam.

Parce qu’il permet l’anonymat et la circulation virale de ces attaques, Internet est devenu le terrain privilégié de ce procès en islamophilie. C’est la «fachosphère» qui est à l’œuvre : un ensemble confus et mouvant de blogueurs, d’utilisateurs des réseaux sociaux ou de commentateurs des sites d’information, dont l’islamophobie est l’un des combats fédérateurs. Au sein de cette nébuleuse décentralisée, on partage avec enthousiasme les rumeurs les plus fantaisistes, mais aussi les productions les plus «réussies», notamment les images. Telle cette caricature d’un Juppé léchant la babouche de Tariq Ramadan, ou ce photomontage le représentant barbu et vêtu d’un kamis musulman.

De manière moins visible, ces attaques ont aussi atterri dans les boîtes mails de nombreux électeurs, via des «chaînes de messages» que chaque récepteur est invité à partager avec ses contacts. «Il s’agit d’un procédé de diffusion dont l’audience n’est pas quantifiable, contrairement aux réseaux sociaux, explique Jonathan Chibois, chercheur en anthropologie politique. C’est très souterrain. Ces chaînes de mails fonctionnent toutefois très bien chez ceux qui n’utilisent pas Twitter ou Facebook, notamment les personnes âgées. Quand on vit à la campagne, on s’en aperçoit bien. Même lorsque ces récits ne sont pas pris au sérieux, ils installent une ambiance, en jouant sur l’adage populaire « il n’y a pas de fumée sans feu ».»

Cette campagne a même trouvé un relais chez Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire, qui a repris le couplet, évoquant une proximité entre Juppé et «des organisations directement liées aux Frères musulmans». Idem pour l’hebdo très droitier Valeurs actuelles, qui a décrit un Juppé «aux petits soins avec les Frères musulmans».

D’où viennent ces accusations ?
C’est un projet de «centre culturel et cultuel musulman», lancé au milieu des années 2000 par la Fédération musulmane de la Gironde (FMG), qui a enflammé la fachosphère. Censé répondre aux besoins des musulmans locaux, le bâtiment doit réunir une salle de prière, une bibliothèque, un restaurant ou encore une salle d’exposition. Le maire de Bordeaux n’est pas opposé au projet : «Nous sommes en discussion avec la communauté musulmane, indique-t-il en 2008. Nous avons d’excellentes relations avec ses principaux leaders. J’ai déjà indiqué qu’un terrain leur serait proposé.»

Cette ouverture vaut à Juppé d’être ciblé par l’extrême droite. En 2009, des militants du mouvement Génération identitaire occupent le toit d’un parking bordelais et y suspendent une banderole proclamant : «Ce maire commence à poser un vrai problème». Le Front national local ne tarde pas à embrayer, accusant faussement la municipalité de vouloir financer la construction de la mosquée. Et un site à la dénomination apparemment neutre, «Infos Bordeaux» – en réalité relais d’opinion pour l’extrême droite – agite depuis des années le spectre d’une «mosquée-cathédrale».

Aujourd’hui, pourtant, la «grande mosquée de Bordeaux» n’est pas sortie de terre. Selon la première adjointe, Virginie Calmels, Alain Juppé aurait exigé que le projet ne reçoive pas de financement étranger et aucun permis de construire n’a été déposé.

L’offensive contre l’édile bordelais s’était intensifiée pendant la campagne municipale de 2014 puis aux dernières régionales contre Virginie Calmels. Un tract du FN, titré «Non au centre islamique à Bordeaux», accusait la candidate (LR) pour la région Nouvelle Aquitaine et Alain Juppé de préparer «une islamisation de Bordeaux» et de vouloir financer le projet «d’un coût de 22 millions d’euros en grande partie avec l’argent des contribuables». Calmels a porté plainte pour diffamation, sans succès.

Ce n’est pas tout : c’est aussi sur ses liens avec l’imam bordelais Tareq Oubrou qu’Alain Juppé est attaqué par l’extrême droite. Probable recteur du futur lieu de culte, si celui-ci existe un jour, Obrou est membre de l’Union des organisations islamiques de France (l’UOIF), vitrine française des Frères musulmans. L’homme entretient de cordiales relations avec le maire de Bordeaux. Il n’en fallait pas plus pour que ce dernier soit accusé de connivence avec le fondamentalisme musulman – voire d’antisémitisme. «Tareq Oubrou serait-il le Premier ministre d’Ali Juppé ?» questionnait en juillet le site xénophobe et anti-islam Riposte laïque, accusant l’imam de vouloir «imposer la charia en Europe et en France». Tareq Obrou a par le passé défendu une stricte orthodoxie religieuse. Mais il promeut aujourd’hui une conception libérale de l’islam, affirmant par exemple qu’«une musulmane qui ne se couvre pas les cheveux est aussi musulmane que celle qui se couvre», ou laissant femmes et hommes prier ensemble dans sa mosquée. Peu importe pour les détracteurs de l’imam (et du maire de Bordeaux), convaincus que ce dernier dissimulerait ses vraies convictions.

Quel impact sur la campagne ?
Alors que l’ex-Premier ministre a fait le pari d’assumer son objectif de «l’identité heureuse», cette offensive visant à le faire passer pour un faible à l’égard des islamistes a pu troubler certains électeurs, «des esprits mal informés», dixit Juppé. Qu’importe si le candidat prône l’expulsion des imams radicaux ou l’obligation du prêche en français, la puissance de la charge rend parfois inaudible les déclarations du candidat et les éléments de programme.

«Cela a été un bruit de fond qui a parasité toute la campagne», soupire Aurore Bergé, responsable de la campagne numérique de Juppé, qui reconnaît la difficulté de mettre sur pied une riposte : «C’est très compliqué d’établir la bonne stratégie. On peut tenter d’opposer des arguments mais clairement, ces attaques ne parlent pas à la rationalité des gens.» Poursuivre pour diffamation ? Selon elle, beaucoup de ces comptes Twitter sont hébergés à l’étranger. Et n’est-ce pas risquer d’amplifier l’écho de leurs allégations ? Interpellés régulièrement, Juppé et son entourage ont dénoncé cette «propagande sur les réseaux sociaux», notamment au JT de TF1 en juin, mais ont préféré ne pas faire mousser leurs détracteurs. «On a considéré qu’il valait mieux traiter par le mépris car le truc est tellement invraisemblable», explique un membre de son équipe. Après avoir subi le même dénigrement en 2014, «il a été élu au premier tour à 61 %. Juppé s’est dit que les Bordelais savaient que tout cela était complètement diffamatoire, rappelle sa première adjointe, Virginie Calmels. Mais le problème est qu’on a changé d’échelle.» Pour Aurore Bergé, il faudra, si Juppé devient dimanche le candidat de la droite à la présidentielle, «trouver des modes d’action pour déconstruire la parole d’extrême droite, et pas seulement des gentils Tumblr. Même si on doit sourcer, être rigoureux sur les contenus qu’on produit».

Depuis quelques jours, et particulièrement après le premier tour, Juppé hausse le ton. Dans l’Express, il va jusqu’à souligner son pedigree catholique : «Je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion.» Lundi sur France 2, il concédait que «la bonne foi est souvent impuissante contre la calomnie, surtout quand elle est anonyme». Mais il s’en prend aussi à ses concurrents, remarquant mardi matin sur Europe 1 qu’aucun «n’a condamné» cette campagne contre lui. Son équipe observe d’ailleurs que des militants sarkozystes ou fillonistes n’ont pas manqué de faire tourner ces intox sur les réseaux sociaux.

Et ces attaques ne devraient pas disparaître d’ici à dimanche. «Pour contrer le vote musulman, votons Fillon en masse !» exhorte le site Riposte laïque, où l’on présente Juppé comme «le plus islamo-collabo, le plus francophobe, le plus immigrationniste» des candidats de la primaire. Jusqu’alors épargné, Fillon, désormais favori, devrait toutefois être ciblé à son tour. Depuis lundi, remontent sur Twitter des photos de lui inaugurant en 2010 la mosquée d’Argenteuil (Val-d’Oise). Un autre site islamophobe entend épingler «ces membres de l’équipe Fillon qui collaborent avec des mosquées en mairie».

Voir également:

Juppé «observe» des «soutiens d’extrême droite» pour Fillon
Libération/AFP

22 novembre 2016

Alain Juppé a observé mardi que «depuis quelques jours les soutiens d’extrême droite arrivent en force» en faveur de François Fillon, son adversaire au second tour de la primaire de la droite.

Evoquant lors d’un meeting à Toulouse «la reconstitution de l’équipe 2007-2012», M. Juppé a dit : «J’observe que depuis quelques jours d’ailleurs les soutiens de l’extrême droite arrivent en force pour cette équipe».

Interrogée, son équipe a cité les noms de Jacques Bompard et de Carl Lang, ancien secrétaire général du FN et président du Parti de la France, qui a souhaité dimanche «confirmer au deuxième tour le rejet d’Alain Juppé». Mais M. Lang a précisé à l’AFP qu’il n’entendait pas voter dimanche.

Une autre groupe d’extrême droite, Riposte laïque, a lancé un appel contre le maire de Bordeaux mardi: «pour contrer le vote musulman, votons Fillon en masse!».

Alain Juppé a lancé pour sa part: «Moi je suis soutenu par une grande partie de LR, par l’UDI, le MoDem, le rassemblement qui nous a toujours permis de gagner».

«François Fillon a reçu le soutien de Nicolas Sarkozy, ce qui reconstitue l’équipe de 2007-2012», a-t-il ajouté.

«Il paraît que François Fillon a été choqué que je lui demande de clarifier sa position sur l’IVG – c’était quand même nécessaire puisqu’il y a quelque temps il écrivait dans un livre que c’était un droit fondamental de la femme, avant de changer d’avis puis de donner un sentiment personnel et de dire qu’il ne changerait rien à la législation actuelle».

«Et je vous le dis, je ne renoncerai pas à poser d’autres questions», a-t-il lancé. «L’IVG est un droit fondamental, durement acquis par les femmes», a-t-il ajouté.

François Fillon s’est indigné mardi que son concurrent lui demande de «clarifier» sa position.

Alain Juppé s’est par ailleurs ému face aux «attaques personnelles ignominieuses» émanant des réseaux sociaux le baptisant «Ali Juppé, grand mufti de Bordeaux» et aux calomnies sur le «salafisme et l’antisémitisme». Le maire de Bordeaux s’était déjà insurgé à plusieurs reprises contre ces calommnies.

«Ca a fait des dégâts, j’ai des témoignages précis dans des queues de personnes qui parfois ont changé leur vote parce qu’ils ont été impressionnés par cette campagne dégueulasse!», s’est-il emporté. «J’aurais aimé que certains de mes compétiteurs condamnent cette campagne ignominieuse», a-t-il lancé.

Alain Juppé, arrivé près de 16 points derrière François Fillon au premier tour alors qu’il était le favori du scrutin, a de nouveau pointé «la brutalité» du programme «mal étudié» qui n’a «pas de sens» de son adversaire. «On ne supprimera pas 500.000 fonctionnaires en 5 ans», a-t-il dit. «Cela ne se fera pas», a-t-il assuré, opposant au contraire la «crédibilité» de son programme.

«J’ai dans mon conseil municipal un représentant de +Sens Commun+ (mouvement hostile au mariage pour tous qui soutient Fillon), qui appartient à ma majorité, parce que je l’ai embarqué dans ma liste – voyez que je suis ouvert d’esprit- eh bien chaque fois qu’il y a une subvention — pas souvent, de temps en temps — qui va à une association d’homosexuels eh bien il refuse de voter», a-t-il expliqué. «Ce n’est pas ma conception de la société», a-t-il déclaré.

Jean-François Copé, qui a rallié le maire de Bordeaux, a loué son «sang froid» ainsi que son «courage». Nathalie Kosciusko-Morizet avait également fait le déplacement, ralliée «pas par calcul» mais «pas par hasard». «Je me suis battue et je continuerai à le faire contre les conservatismes de droite et de gauche et aujourd’hui, c’est toi, Alain, qui portes la tête de ce combat», a-t-elle lancé.

Voir encore:

Sacristie

Laurent Joffrin
Libération
21 novembre 2016 
Édito

Journée des dupes. Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. «Avec Carla, c’est du sérieux», disait le premier. Avec Fillon, c’est du lugubre. Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social, émule de Philippe Séguin, qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française. Aligner la France sur l’orthodoxie du laissez-faire : le bon Philippe doit se retourner dans sa tombe. On comprend le rôle tenu par les intellectuels du déclin qui occupent depuis deux décennies les studios pour vouer aux gémonies la «pensée unique» sociale-démocrate et le «droit-de-l’hommisme» candide : ouvrir la voie au meilleur économiste de la Sarthe, émule de Milton Friedman et de Vladimir Poutine. Nous avions l’Etat-providence ; nous aurons la providence sans l’Etat. C’est encore plus net dans le domaine sociétal, où ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. Le révérend père Fillon s’en fait le prêcheur mélancolique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n’y a qu’un pas. Avant de retourner à leurs querelles de boutique rose ou rouge, les progressistes doivent y réfléchir à deux fois. Sinon, la messe est dite.

Voir de plus:

Alain Juppé: « La vision de François Fillon me paraît tournée vers le passé »
Presidentielle 2017
Propos recueillis par Corinne Lhaïk

Libération

22/11/2016

Alain Juppé revient dans une longue interview à L’Express sur son programme et sa vision de la France alors qu’il est confronté à François Fillon, très en avance dans les sondages, pour le second tour de la primaire à droite.
Vous décrivez une différence de degré avec vous, pas de nature…

Il y a une différence de nature quand, moi, je veux une France moderne, ouverte sur l’avenir. Sa vision me paraît beaucoup plus traditionaliste et tournée vers le passé. Sur les questions sociales, sur l’évolution des moeurs, la prise en compte de deux enjeux fondamentaux – l’égalité entre les femmes et les hommes ou la conception d’une nouvelle croissance pour sauver la planète du réchauffement climatique -, il s’est peu exprimé.

Vos positions sur des sujets de société peuvent susciter l’incompréhension de certains électeurs de droite. Que leur dites-vous?

Je leur ai toujours dit que je respectais leurs convictions. Je suis moi-même catholique, contrairement à l’ignominieuse campagne développée par je ne sais qui et qui me présente comme converti à l’islam et complaisant vis-à-vis de l’islamisme. Cette campagne de caniveau a fait des dégâts sur certains esprits mal informés. Je suis catholique, je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion et je comprends parfaitement le point de vue de mes coreligionnaires catholiques. Certains sont plus intégristes, moi, je me reconnais davantage dans la vision du pape François.

Voir de même:

La victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, dimanche, a surpris jusqu’à l’Elysée, où le président n’avait pas vu venir la défaite de Nicolas Sarkozy.

Europe 1

21 novembre 2016

Un résultat sans appel qui a surpris tout le monde. Personne n’avait imaginé une telle avance pour François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, dimanche soir. Encore moins le président de la République. François Hollande n’avait pas non plus vu venir la défaite de Nicolas Sarkozy. Dans cette soirée électorale, le chef de l’Etat a perdu son ennemi préféré et il n’a surtout plus grand-chose à quoi se raccrocher. Explications.

Hollande ne l’avait pas vu venir. Chez les proches du président, c’est l’abattement en fin de soirée. « Regardez Fillon, glisse l’un de ses proches, il était dans les choux à la rentrée. Ça prouve que rien ne se passe jamais comme prévu ». L’analyse peut paraître ironique quand on sait que le président ne prédisait pas du tout ce résultat il y a encore quelques mois. « Fillon n’a aucune chance », prophétisait-il à Gérard Davet et Fabrice Lhomme, dans le fameux livre d’entretiens Un président ne devrait pas dire ça (éditions Stock).

Fillon, le plus réactionnaire pour Hollande. Dimanche soir, devant sa télévision, dans ses appartements privés de l’Elysée, le chef de l’Etat a échangé frénétiquement par SMS avec ses conseillers, ses amis. Le message est désormais clair : François Fillon est le plus libéral, le plus réactionnaire, selon François Hollande. Face à cet adversaire, il peut encore incarner la défense du modèle social.

Personne ne veut d’un remake de 2012. Mais une partie de la gauche fait déjà une toute autre lecture du scrutin, persuadée que le résultat de dimanche montre surtout une chose : personne ne veut d’un remake de 2012. Un député proche de Manuel Valls sort déjà les crocs : « Hollande n’aura pas son match retour avec Sarkozy, c’est un signe de plus qu’il faut laisser la place ».

Voir aussi:

Hollande pense que « le masque de Juppé va tomber »

En petit comité, le chef de l’État explique que la popularité d’Alain Juppé explosera à la lumière de la primaire, quand « le masque va tomber ».

Emmanuel Berretta

Le Point
09/03/2016

Livres: Les sionistes ont même inventé l’école ! (2,000 years of schooling and they put you on the day shift: History confirms De Gaulle’s « elite, domineering people » qualification of the Jewish people)

16 novembre, 2016
Un livre aux éditions Albin Michel
Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école ? Sheila
Le salut vient des Juifs. Jésus (Jean 4:22)
 Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton coeur. Tu les inculqueras à tes enfants. Deutéronome 6: 6-7
Fais de l’étude de la Torah ta principale occupation. Shammaï (10 avant JC)
On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tous temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles. De Gaulle (conférence de presse du 27 novembre 1967)
Twenty years of schoolin’ And they put you on the day shift. Bob Dylan
You who build these altars now to sacrifice these children, you must not do it anymore. Leonard Cohen
And what can I tell you my brother, my killer What can I possibly say? I guess that I miss you, I guess I forgive you I’m glad you stood in my way.If you ever come by here, for Jane or for me Well your enemy is sleeping, and his woman is free.  Yes, and thanks, for the trouble you took from her eyes I thought it was there for good so I never tried. Leonard Cohen
The problem with that song is that I’ve forgotten the actual triangle. Whether it was my own – of course, I always felt that there was an invisible male seducing the woman I was with, now whether this one was incarnate or merely imaginary I don’t remember, I’ve always had the sense that either I’ve been that figure in relation to another couple or there’d been a figure like that in relation to my marriage. I don’t quite remember but I did have this feeling that there was always a third party, sometimes me, sometimes another man, sometimes another woman. It was a song I’ve never been satisfied with. It’s not that I’ve resisted an impressionistic approach to songwriting, but I’ve never felt that this one, that I really nailed the lyric. I’m ready to concede something to the mystery, but secretly I’ve always felt that there was something about the song that was unclear. So I’ve been very happy with some of the imagery, but a lot of the imagery. Leonard Cohen
Now I’ve heard there was a secret chord that David played, and it pleased the Lord. Leonard Cohen
Je suis juif… un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes, des proportions, des sens, des émotions, des passions ? N’est-il pas nourri de même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, réchauffé et refroidi par le même été, le même hiver, comme un chrétien ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ? Shakespeare (Le Marchand de Venise)
Combattez ceux qui rejettent Allah et le jugement dernier et qui ne respectent pas Ses interdits ni ceux de Son messager, et qui ne suivent pas la vraie Religion quand le Livre leur a été apporté, (Combattez-les) jusqu’à ce qu’ils payent tribut de leurs mains et se considèrent infériorisés.Coran 9:29
Des théologiens absurdes défendent la haine des Juifs… Quel Juif pourrait consentir d’entrer dans nos rangs quand il voit la cruauté et l’hostilité que nous manifestons à leur égard et que dans notre comportement envers eux nous ressemblons moins à des chrétiens qu’à des bêtes ? Luther  (1519).
Nous ne devons pas […] traiter les Juifs aussi méchamment, car il y a de futurs chrétiens parmi eux. Luther
Si les apôtres, qui aussi étaient juifs, s’étaient comportés avec nous, Gentils, comme nous Gentils nous nous comportons avec les Juifs, il n’y aurait eu aucun chrétien parmi les Gentils… Quand nous sommes enclins à nous vanter de notre situation de chrétiens, nous devons nous souvenir que nous ne sommes que des Gentils, alors que les Juifs sont de la lignée du Christ. Nous sommes des étrangers et de la famille par alliance; ils sont de la famille par le sang, des cousins et des frères de notre Seigneur. En conséquence, si on doit se vanter de la chair et du sang, les Juifs sont actuellement plus près du Christ que nous-mêmes… Si nous voulons réellement les aider, nous devons être guidés dans notre approche vers eux non par la loi papale, mais par la loi de l’amour chrétien. Nous devons les recevoir cordialement et leur permettre de commercer et de travailler avec nous, de façon qu’ils aient l’occasion et l’opportunité de s’associer à nous, d’apprendre notre enseignement chrétien et d’être témoins de notre vie chrétienne. Si certains d’entre eux se comportent de façon entêtée, où est le problème? Après tout, nous-mêmes, nous ne sommes pas tous de bons chrétiens. Luther (Que Jésus Christ est né Juif, 1523)
Les Juifs sont notre malheur (…) Les Juifs sont un peuple de débauche, et leur synagogue n’est qu’une putain incorrigible. On ne doit montrer à leur égard aucune pitié, ni aucune bonté. Nous sommes fautifs de ne pas les tuer! Luther
Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. Pierre-Joseph Proudhon (1849)
Observons le Juif de tous les jours, le Juif ordinaire et non celui du sabbat. Ne cherchons point le mystère du Juif dans sa religion, mais le mystère de sa religion dans le Juif réel. Quelle est donc la base mondaine du judaïsme ? C’est le besoin pratique, l’égoïsme. Quel est le culte mondain du Juif ? C’est le trafic. Quelle est la divinité mondaine du Juif ? C’est l’argent. Karl Marx
L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister. Karl Marx
Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique . […] En France, l’influence politique des Juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre. Jean Jaurès (La question juive en Algérie, Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895)
Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès (Discours au Tivoli, 1898)
Parmi eux, nous pouvons compter les grands guerriers de ce monde, qui bien qu’incompris par le présent, sont néanmoins préparés à combattre pour leurs idées et leurs idéaux jusqu’à la fin. Ce sont des hommes qui un jour seront plus près du cœur du peuple, il semble même comme si chaque individu ressent le devoir de compenser dans le passé pour les péchés que le présent a commis à l’égard des grands. Leur vie et leurs œuvres sont suivies avec une gratitude et une émotion admiratives, et plus particulièrement dans les jours de ténèbres, ils ont le pouvoir de relever les cœurs cassés et les âmes désespérées. Parmi eux se trouvent non seulement les véritables grands hommes d’État, mais aussi tous les autres grands réformateurs. À côté de Frédéric le Grand, se tient Martin Luther ainsi que Richard Wagner. Hitler (« Mein Kampf », 1925)
Le 10 novembre 1938, le jour anniversaire de la naissance de Luther, les synagogues brûlent en Allemagne. Martin Sasse (évêque protestant de Thuringe)
Avec ses actes et son attitude spirituelle, il a commencé le combat que nous allons continuer maintenant; avec Luther, la révolution du sang germanique et le sentiment contre les éléments étrangers au Peuple ont commencé. Nous allons continuer et terminer son protestantisme; le nationalisme doit faire de l’image de Luther, un combattant allemand, un exemple vivant « au-dessus des barrières des confessions » pour tous les camarades de sang germanique. Hans Hinkel (responsable du magazine de la Ligue de Luther Deutsche Kultur-Wacht, et de la section de Berlin de la Kampfbund, discours de réception à la tête de la Section Juive et du département des films de la Chambre de la Culture et du ministère de la Propagande de Goebbels)
Là, vous avez déjà l’ensemble du programme nazi. Karl Jaspers
Tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui est la faute des sionistes. Les Juifs Américains sont derrière la crise économique mondiale qui a aussi frappé la Grèce. Mikis Theodorakis (2011)
Les enfants de Trump doivent reprendre l’entreprise avec le conflit d’intérêt, ils pourront vendre des gratte-ciels au gouvernement israélien. Des immeubles luxueux à construire dans les territoires occupés, que le Président des États-Unis les aidera à occuper et il leur enverra des Mexicains pour nettoyer les chiottes. Charline Vanhoenacker
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans.Emmanuel Sivan
Jews are a famously accomplished group. They make up 0.2 percent of the world population, but 54 percent of the world chess champions, 27 percent of the Nobel physics laureates and 31 percent of the medicine laureates. Jews make up 2 percent of the U.S. population, but 21 percent of the Ivy League student bodies, 26 percent of the Kennedy Center honorees, 37 percent of the Academy Award-winning directors, 38 percent of those on a recent Business Week list of leading philanthropists, 51 percent of the Pulitzer Prize winners for nonfiction. In his book, “The Golden Age of Jewish Achievement,” Steven L. Pease lists some of the explanations people have given for this record of achievement. The Jewish faith encourages a belief in progress and personal accountability. It is learning-based, not rite-based. Most Jews gave up or were forced to give up farming in the Middle Ages; their descendants have been living off of their wits ever since. They have often migrated, with a migrant’s ambition and drive. They have congregated around global crossroads and have benefited from the creative tension endemic in such places. No single explanation can account for the record of Jewish achievement. The odd thing is that Israel has not traditionally been strongest where the Jews in the Diaspora were strongest. Instead of research and commerce, Israelis were forced to devote their energies to fighting and politics. Milton Friedman used to joke that Israel disproved every Jewish stereotype. People used to think Jews were good cooks, good economic managers and bad soldiers; Israel proved them wrong. But that has changed. Benjamin Netanyahu’s economic reforms, the arrival of a million Russian immigrants and the stagnation of the peace process have produced a historic shift. The most resourceful Israelis are going into technology and commerce, not politics. This has had a desultory effect on the nation’s public life, but an invigorating one on its economy. Tel Aviv has become one of the world’s foremost entrepreneurial hot spots. Israel has more high-tech start-ups per capita than any other nation on earth, by far. It leads the world in civilian research-and-development spending per capita. It ranks second behind the U.S. in the number of companies listed on the Nasdaq. Israel, with seven million people, attracts as much venture capital as France and Germany combined. As Dan Senor and Saul Singer write in “Start-Up Nation: The Story of Israel’s Economic Miracle,” Israel now has a classic innovation cluster, a place where tech obsessives work in close proximity and feed off each other’s ideas. (…) Israel’s technological success is the fruition of the Zionist dream. The country was not founded so stray settlers could sit among thousands of angry Palestinians in Hebron. It was founded so Jews would have a safe place to come together and create things for the world. This shift in the Israeli identity has long-term implications. Netanyahu preaches the optimistic view: that Israel will become the Hong Kong of the Middle East, with economic benefits spilling over into the Arab world. And, in fact, there are strands of evidence to support that view in places like the West Bank and Jordan. But it’s more likely that Israel’s economic leap forward will widen the gap between it and its neighbors. All the countries in the region talk about encouraging innovation. Some oil-rich states spend billions trying to build science centers. But places like Silicon Valley and Tel Aviv are created by a confluence of cultural forces, not money. The surrounding nations do not have the tradition of free intellectual exchange and technical creativity. For example, between 1980 and 2000, Egyptians registered 77 patents in the U.S. Saudis registered 171. Israelis registered 7,652. The tech boom also creates a new vulnerability. As Jeffrey Goldberg of The Atlantic has argued, these innovators are the most mobile people on earth. To destroy Israel’s economy, Iran doesn’t actually have to lob a nuclear weapon into the country. It just has to foment enough instability so the entrepreneurs decide they had better move to Palo Alto, where many of them already have contacts and homes. American Jews used to keep a foothold in Israel in case things got bad here. Now Israelis keep a foothold in the U.S. David Brooks
In the first half of the 20th century, despite pervasive and continuing social discrimination against Jews throughout the Western world, despite the retraction of legal rights, and despite the Holocaust, Jews won 14 percent of Nobel Prizes in literature, chemistry, physics, and medicine/physiology. In the second half of the 20th century, when Nobel Prizes began to be awarded to people from all over the world, that figure rose to 29 percent. So far, in the 21st century, it has been 32 percent. Jews constitute about two-tenths of one percent of the world’s population. Charles Murray
Protestants turn up among the the American-reared laureates in slightly greater proportion to their numbers in the general population. Thus 72 percent of the seventy-one laureates but about two thirds of the American population were reared in one or another Protestant denomination – mostly Presibterian, episcopalian, or lutheran, rather than Baptist or Fundamentalst. However, only I percent of the laureates came from a catholic background, one twenty-fifth the percentage of Americans counted as adherents to Roman catholicism (US bureau of the Census, 1958). jews, on the other hand, are overreprsented: comprising about 3 percent of the US population, they make up 27 percent of the Nobelists who were brought up in the United states. (…) These figures, it should be emphasized, refer to the religious origins of this scientific ultra-elite, not to their own religious preferences. Whatever those origins, laureates often describe themselves as agnostics, without formal religious affiliation or commitment to a body of religious doctrine. the large representation of Jews among laureates is by no means a uniquely American phenomenon. By rough estimates, Jews make up 19 percent of the 286 Nobelists of all natinalities named up to 1972, a percentage many times greater than than that found in the population of the countries from which they came and one that may be related to the often documented proclivity of jews for the leraned professions in general,and for science in particular. These data would begin to put in question the often expressed belief that the notable representation of jews among « American » laureates resulted from the great migration of talented young scientists in the wake of Hitler’s rise to power.. it is true that many scientists did escape to the United States where they significantly augmented the numbers of jews among the scientific elite as well as among the rank and file. but the refugees did not materially increase the proortion of Jews among the future laureates. Nineteen of the 71 laureates raised in the United States (27 percent) and seven of the 21 raised abroad (33 percent) were of Jewiish origin. The seven Jewish emigré laureates-to-be, though a substantial addition to the ultra-elite, raised the proportion of Jews among all ninety-two future laureates by only one percent. (…) Contributions by emigré scientists to the war effort and particularly to the development of the atom bomb have by now become the conventional measure of their first impact on American science. But (…) their influence was more farreaching. many made their mark not only by their own scintific work but also by training apprentices who would in turn make major scientific contributions. (…) Thus, gauge the true extent of « Hitler’s gift » requires that we take into account not only the scientific work of the emigrés themselves (during the war and afterward) but their multiplier effect as mentors to new generations of scientists, including a good many Nobelists. We should pause for a moment to consider how the same events can be considered from the complementary perspective of what the nazi hegemony meant for science in Germany. (…) Germany dominated the Nobel awards up to Worl War II. By 1933, the when the Nazis came to power, the combined total Nobels awarded to scientists who had done their prize-winning research in Germany came to thirty-one: 30 percent of the 103 prizes awarded since their founding in 1901. After 1934 and up to 1976, only nineteen who worked in Germany won prizes, or 9 percent of the total of 210 for the period. Part of this decline involves the drastic reduction in the number of Jewish laureates from nine to just two. in the number of Jewish laureates from nine to just two. Not even these two , max Borrn and Oto Stern, chose to ride out the strom in Germany. Born settled in Edinburgh in 1936, ten years after publishing his statistical interpretation of the wave function. Stern accepted a chair at Carnegie Institute of Technology  in the number of Jewish laureates from nine to just two. Not even these two , max Borrn and Oto Stern, chose to ride out the strom in Germany. Born settled in Edinburgh in 1936, ten years after publishing his statistical interpretation of the wave function. Stern accepted a chair at Carnegie Institute of technology and emigrated in 1933, having already developed the molecular beam method and mesaured the magnetic moment of the proton. While officially credited to both Great britain and the United states respectively, they should be counted as Germans since the research was done in Germany. More telling perhaps than the virtual elimination of Jewish laureates from Germany after 1933 is the fact that the number of Gentile laureates also declined by 20 percent. The Nazi effect on German science cannot be attributed exclusively to the persecution of Jews. The Nazis’ dismantling of much of the scietific establishment and the impoverished conditions prevailing after the war help to account for the decline in the numbers of German laureates. Harriet Zuckerman
Il a réinventé des figures très anciennes dans le rock : celle du grand prêtre juif, sa fonction sacerdotale, ainsi que celle du poète mystique et du troubadour – bref, tous les registres de la vie du cœur… Son rock  est précis tant dans les textes que les sons, avec sa voix monocorde qui entre en résonance avec de petites valses obscures et des chœurs angéliques. Vingt ans après, il transforme le crooner en figure spirituelle et toujours nous reconnecte à ce que nous avons de plus profond : le cœur…Il a un talent naturel pour la gravité, il utilise cette disposition fondamentale (physique par sa voix grave, culturelle par son nom et psychologique (ses tendances à tutoyer les abîmes de la dépression). Il voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus vivants et plus joyeux..Christophe Lebold
Chez Dylan, il y a profusion du langage alors qu’il faut cinq ans de réécriture à Cohen pour enlever tout ce qui n’est pas nécessaire…(…) Avec Songs of Léonard Cohen (1967), I am your man (1988) et Ten new songs (2001), on a les trois versions de Cohen : le troubadour, le crooner et le maitre zen. Et on a ses trois formes de gravité : celle du poète, noire et désespérée, puis celle, ironique et sismique portée par cette voix grave qui fait trembler le monde et, enfin, à partir de 2000, cette gravité aérienne d’un maître zen angélique qui nous instruit sur notre lumière cachée. Avec ces trois albums, on peut convertir tout le monde à Léonard Cohen… [Ma chanson préférée ?] serait Everybody knows (1988) qui sonne comme une lamentation de Jérémie sur l’état du monde, avec l’ironie d’un crooner postmoderne (…) La vie du perfectionniste Leonard capable de réécrire ses chansons vingt ans après me montre à quel point l’écriture est un travail de chiffonnier… Dans nos vies sursaturées de prétendues informations, de bavardages incessants, de gadgets électroniques et de surconsommation où tout est organisé pour détruire nos vies intérieures, il est important de retrouver un sens de la puissance lumineuse du verbe, car il peut illuminer nos vies de façon concise : ce n’est plus de l’érudition gratuite, ça nous rend plus vivants, plus affûtés et plus précis. Rien de tel pour cela que la compagnie d’un homme aussi drôle et profond que Leonard pour s’affûter : son pessimisme est lumineux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles et il nous reconnecte directement par le verbe et le sens mélodique, sur des airs de valses obsédantes, à nos cœurs et à tout ce qui est mystérieux (l’amour ou son absence, l’abîme ou Dieu). Fréquenter ce contrebandier de lumière est quelque chose de merveilleux, il nous apprend aussi à transformer quelque chose en son contraire, c’est aussi une activité à notre portée… (…) C’est un poète de la qualité qui opérait sur un médium de masse. Dans les sixties, le rock a cherché des poètes pour se légitimer : il y avait lui, Dylan et les Beatles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre– et  leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride en quarante-sept ans : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen…Leonard est un éveillé qui suspend son départ pour nous éveiller à ce que nous avons d’essentiel.  (…) Je pense à ce koan zen : un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne… Leonard peut faire ça, son œuvre a cette force de transformation absolue. Un maître, c’est quelqu’un qui vous libère…Christophe Lebold
Plus que la tradition de la musique américaine, c’est celle des troubadours et trouvères, ces poètes-conteurs-chanteurs du Moyen-Âge que Bob Dylan a d’abord incarné. Né dans le Minnesota en 1941 à deux pas de la route 61 qui inspirera l’un de ses albums les plus emblématiques « Highway 61 revisited », celui qui est d’abord Robert Zimmerman  pour l’état-civil et Shabbtaï à sa circoncision, vient d’une famille juive d’Odessa qui a fui les pogroms du début du XXè siècle. La petite communauté juive locale est dit-on, très unie par les épreuves vécues en Europe de l’Est. Le signe de l’errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l’assume à la première occasion en filant à New York à la première occasion, abandonnant ses études à l’université dès la première année. Là-bas, à Greenwich Village, il n’est pas le plus doué de tous les folkeux qui écument le quartier, mais il est le plus assidu. « Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus résistants » dit le Talmud. Pour ce faire, il fréquente de longues heures les bibliothèques afin de dénicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Jonathan Aleksandrowicz
Leonard Cohen a grandi au sein d’une famille juive d’ascendance polonaise. Son grand-père était rabbin et son père, décédé alors qu’il n’a que 9 ans, a été le créateur du journal The Jewish Times. « Monsieur Cohen est un juif observant qui respecte le shabbat même lorsqu’il est en tournée », écrit le New York Times en 2009. Parallèlement à sa judéité, Leonard Cohen se retire de la vie publique durant près de cinq ans (1994-1999) dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, en plein désert californien. Certains se demandent alors comment il peut être à la fois juif pratiquant et bouddhiste. « Pour commencer, dans la tradition du Zen que j’ai pratiquée, il n’y a pas de service de prière et il n’y a pas d’affirmation de déité. Donc, théologiquement, il n’y a pas d’opposition aux croyances juives », racontera l’artiste. (…) Pour sa carrière multiforme, Leonard Cohen se voit décerner de nombreuses récompenses, dont celle en 2003 de compagnon de l’Ordre du Canada, de membre du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, membre du Rock and Roll Hall of Fame en 2008. Parce que Leonard Cohen est un homme « à part » dans la chanson, allant de la musique folk à la pop en passant par le blues et l’électro, il n’a eu de cesse d’inspirer de nombreux artistes qui ont aussi repris, et parfois traduit, ses propres chansons. Plus de 1 500 titres du poète chanteur ont été repris. Il en va ainsi de dizaines d’artistes de renommée mondiale, dont Nina Simone, Johnny Cash, Willie Nelson, Joan Baez, Bob Dylan, Nick Cave, Peter Gabriel, Alain Bashung, Graeme Allwright, Suzanne Vega, sans oublier la version bouleversante d’ « Hallelujah » par Jeff Buckley. Leonard Cohen a de son côté très rarement repris des titres dont il n’était pas l’auteur. Parmi eux, sa réinterprétation de « La complainte du partisan » (dont la musique est signée Anna Marly, coautrice avec Maurice Druon et Joseph Kessel du « Chant des partisans »). « The Partisan », sera aussi repris à son tour par Noir Désir. RFI
Le personnage biblique de David, dont le nom en hébreu signifie « bien-aimé », pourrait représenter à cet égard le « modèle » de Leonard. La tradition attribue à ce roi poète et musicien tout l’ensemble du livre des Psaumes. Mais le texte biblique nous fait connaître aussi le nom d’un certain nombre de femmes de ce grand polygame : Ahinoam, Abigayil, Mikal, Égla, Avital, Bethsabée, Abishag… (…) De fait, les compositions de Cohen regorgent d’allusions scripturaires, qui témoignent d’une fréquentation assidue du Livre saint : on y retrouve bien des personnages (Adam, Samson, David ou Isaac), des épisodes (notamment ceux du Déluge ou de la sortie d’Égypte), des réminiscences de tel ou tel prophète voire, justement, de tel ou tel psaume. Ainsi, la chanson By the Rivers Dark (album Ten New Songs) propose une relecture hardie du ps.136-137 : « Vers les sombres fleuves j’allais, errant / j’ai passé ma vie à Babylone / et j’ai oublié mon saint cantique / je n’avais pas de force à Babylone ». Mais il y a plus : sans jamais s’y attarder, Cohen distille à l’occasion des allusions très précises à la tradition juive, tant liturgique que mystique –et notamment à la kabbale. On trouve par exemple des allusions au thème de la « brisure des vases » dans la chanson Anthem (album The Future) : « il y a une fissure, une fissure en toute chose / c’est comme ça que la lumière pénètre »… Parmi les figures juives du passé, il en est une qui ne laisse pas tranquille le juif Leonard Cohen : c’est celle de Jésus. L’homme de Nazareth apparaît avec une fréquence étonnante dans le corpus des chansons (j’en relève pour ma part une douzaine d’occurrences, explicites ou non). « Jésus pris au sérieux par beaucoup, Jésus pris à la blague par quelques-uns » (Jazz Police, album I’m Your Man) : et par toi-même, Leonard ? Cela reste quelque peu indécidable. S’il avoue ne rien comprendre au Sermon sur la montagne (Democracy, album The Future), et évoque « le Christ qui n’est pas ressuscité / hors des cavernes du cœur » (The Land of Plenty, album Ten New Songs), notre auteur, à propos de Jésus, se parle ainsi à lui-même : « tu veux voyager avec lui / tu veux voyager en aveugle / et tu penses pouvoir lui faire confiance / car il a touché ton corps parfait avec son esprit » (Suzanne, album Songs of Leonard Cohen). Et comment comprendre cette double injonction : « Montre-moi l’endroit où le Verbe s’est fait homme / montre-moi l’endroit où la souffrance a commencé » (Show me the Place, album Old Ideas) ? Il y a là un singulier mélange de dérision et de fascination. Curieusement, les figures de la sainteté chrétienne suscitent chez lui une sympathie plus immédiate : celles de la vierge Marie –si c’est bien elle qu’il faut reconnaître dans Notre-Dame de la solitude (Our Lady of Solitude, album Recent Songs) ; de François d’Assise (Death of a Ladies’ Man, dans l’album homonyme) ; de Bernadette de Lourdes (Song of Bernadette, chantée par Jennifer Warnes dans son album Famous Blue Raincoat) ; et surtout de Jeanne d’Arc (Last Year’s Man et Joan of Arc, toutes deux dans l’album Songs of Love and Hate). C’est le lieu de rappeler que le jeune Leonard Cohen a acquis, à Montréal, une bonne culture chrétienne. Certains aspects de la piété catholique, comme le culte du Sacré-Cœur ou les visions de sœur Faustine, continuent d’ailleurs à le toucher. (…) « prêtre » se dit en hébreu… « cohen ». Il faut citer à ce propos la superbe chanson qui s’adresse ainsi à l’Être divin : « Que ta miséricorde se déverse / sur tous ces cœurs qui brûlent en enfer / si c’est ta volonté / de nous faire du bien » (If it Be Your Will, album Various Positions). Ici s’unissent bel et bien le cœur de l’homme (il s’agit d’une prière d’intercession) et celui de Dieu (prêt à répandre sa tendresse sur l’humanité). Or selon un adage de la tradition juive : « la porte de la prière est parfois fermée, mais la porte de la miséricorde reste toujours ouverte » Leonard a compris cette leçon. Et s’il n’adopte le ton de la prière que de manière exceptionnelle (par exemple dans Born in Chains et You Got Me Singing, deux chansons de l’album Popular Problems), il témoigne fréquemment d’une véritable compassion envers tous ceux qui crient : « de grâce, ne passez pas indifférents » (Please, Don’t Pass me by, album Live Songs), qu’il s’agisse de l’enfant encore à naître, de l’exclu, du handicapé, bref de tous les « pauvres » au sens biblique du terme. « Et je chante ceci pour le capitaine / dont le navire n’a pas été bâti / pour la maman bouleversée / devant son berceau toujours vide / pour le cœur sans compagnon / pour l’âme privée de roi / pour la danseuse étoile / qui n’a plus aucune raison de danser » (Heart With no Companion, album Various Positions). Du reste, au-delà de toutes les formes religieuses, il convient de souligner que plusieurs textes de notre Juif errant évoquent la rencontre de Dieu. Ces expériences mystiques, que l’auteur suggère avec discrétion, peuvent avoir pour cadre une église (Ain’t no Cure for Love, album I’m Your Man), mais aussi une simple chambre (Love Itself, album Ten New Songs), voire un lieu indéterminé (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Pudeur cohénienne, mais aussi sans doute réticence juive à mettre un nom sur le « Sans-Nom ». « J’entends une voix qui m’évoque celle de Dieu », dit-il (Closing Time, album The Future) : n’est-ce pas elle qu’il faut reconnaître dans Going Home (album Old Ideas) : « J’aime parler avec Leonard… » ? Mais ce dialogue d’amour entre Leonard et son Dieu restera secret. Chéri par les femmes, le David biblique apparaît également comme l’élu de Dieu, lequel déclare : « J’ai trouvé David, un homme selon mon cœur » (Actes des apôtres, 13, 22). Et notre barde de Montréal, comme en écho : « J’ai appris qu’il y avait un accord secret / que David jouait pour plaire au Seigneur » (Hallelujah, album Various Positions). Outre les deux tonalités que l’on vient d’évoquer, la lyrique et la mystique, il existe un troisième registre, non moins prégnant chez Leonard : c’est celui du constat désabusé, parfois même désespéré pour ne pas dire nihiliste. Donnons-en quelques échantillons : « Les pauvres restent pauvres et les riches s’enrichissent / c’est comme ça que ça se passe / tout le monde le sait » (Everybody Knows, album I’m Your Man) ; « De parcourir le journal / ça donne envie de pleurer / tout le monde s’en fiche que les gens / vivent ou meurent » (In my Secret Life, album Ten New Songs) ; « Je n’ai pas d’avenir / je sais que mes jours sont comptés / le présent n’est pas si agréable / juste pas mal de choses à faire / je pensais que le passé allait me durer / mais la noirceur s’y est mise aussi » (The Darkness, album Old Ideas) ; « J’ai vu des gens qui mouraient de faim / il y avait des meurtres, il y avait des viols / leurs villages étaient en feu / ils essayaient de s’enfuir » (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Et rien n’échappe à cet acide corrosif, pas même l’amour des femmes. Nous voilà loin de la célébration de l’éros, comme si l’on était passé du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2). Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse. Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)… Dominique Cerbelaud
C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Voltaire (Article « Tolérance »)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne!” … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu …Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Dans la dispute entre ces races pour savoir à laquelle revient le prix de l’avarice et de la cupidité, un protestant genevois vaut six juifs. A Toussenel, disciple de Fourier, 1845
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne! … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
De même que pour les juifs, ce sont les mêmes qui dénoncent les sorcières et qui recourent à leurs services. Tous les persécuteurs attribuent à leurs victimes une nocivité susceptible de se retourner en positivité et vice versa. René Girard
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints. Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. Jacques Attali
Nobel Prizes have been awarded to over 850 individuals, of whom at least 22% (without peace prize over 24%) were Jews, although Jews comprise less than 0.2% of the world’s population (or 1 in every 500 people). Overall, Jews have won a total of 41% of all the Nobel Prizes in economics, 28% in medicine, 26% in Physics, 19% in Chemistry, 13% in Literature and 9% of all peace awards… Wikipedia
Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
After the Reformation, Protestant regions arose from the backwaters of Europe to displace the Catholic countries as the economic powerhouses. By 1700 prior to the full-fledged industrial revolution–Protestant countries had overtaken the Catholic world in terms of income. A strong Protestant-Catholic income gap became well established over the next 250 years. There were no signs of convergence until the 1960s. This is not, however, a simple vindication of the “Protestant ethic” thesis. … A number of alternative hypotheses … might account for the economic dominance of Protestant Europe. They include (1) secularization – freeing the economy from religious controls; (2) the growth of education (and the Protestant emphasis on literacy – ability to read the bible); (3) the dismal consequences of the Catholic Counter-Reformation; (4) the importance of the Atlantic (slave) trade in creating an autonomous business class that would demand modernizing institutional reforms.  (…) The Reformation was a crucial cultural moment in the development of capitalism … The Reformation made literacy a central part of religious devotion. In the Catholic Church, the clergy interpreted (channeled?) the word of God for believers. The bible was thought to be too complex to be understood by the common folk. (Indeed, even much of the clergy did not have direct access to the bible.) Protestantism, in contrast, spread the notion of a “priesthood of all believers”. All Christians should study the bible, connecting with their religion in a much more personal and private way. This is a tall order when only a tiny fraction of the population is literate, and the bible is written in Latin. Protestants worked hard on both these fronts, translating the bible into the vernacular (the languages that people actually spoke), and evangelizing for mass education. Rather suddenly, and for completely non-economic reasons, the medieval reign of ignorance was rejected, in its place were demands for investment in human capital.  Scotland is a great example of this. A founding principle of the Scottish Reformation (1560) was free education for the poor. Perhaps the world’s first local school tax was established in 1633 (strengthened in 1646). In this environment grew the Scottish En lightenment: David Hume, Francis Hutcheson, Adam Ferguson, and the godfather of modern economics, Adam Smith. By this time, Scottish scholarship stood so far above that of other nations that Voltaire wrote, “we look to Scotland for all our ideas of civilization”. An attractive feature of this thinking about Protestantism is its amenability to quantitative empirical testing. Did Protestant countries invest more heavily in education? … at least in 1830, Protestant countries had much higher primary school enrollment: 17% in Germany, 15% in the US, 9% in the UK, 7% in France, and only about 3% or 4% in Italy and Spain … While Protestant countries were aspiring to the ideal of a “priesthood of all believers”–nurturing a social norm of literacy and personal scholarship, Catholic Europe reacted viciously to the Reformation and devoted a hundred or so years to the brutal containment and control of “thought, knowledge, and belief”. The emphasis here is not so much on literacy per se. In Landes’ view, the Reformation did not simply give a “boost to literacy,” but more importantly “spawned dissidents and heresies, and promoted the skepticism and refusal of authority that is at the heart of the scientific endeavor”. While Protestants were translating the bible and agitating for public education, the Counter-Reformation (the Inquisition) was burning books, burning heretics, and imprisoning scientists. The Catholic reaction to the Reformation – in large part driven by the Spanish Empire – was to terrorize the principle of free thought. Though in many ways the birthplace of modern science, “Mediterranean Europe as a whole missed the train of the so-called scientific revolution” (Landes 1998:180). In a climate of fear and repression, the intellectual and scientific center of Europe shifted northward.  Perhaps the Reformation, rather than creating a new “spirit of capitalism,” simply led to the relocation capitalist activity. Without any religious strife, the industrial revolution might well have taken root wherever medieval capitalism was strongest (Italy, Belgium, Spain, etc). The religious wars and Counter-Reformation “convulsed” the centers of old medieval capitalism, leading to a mass migration of capital and entrepreneurial skill. Perhaps the most promising lead for historical research is to study the patterns of capital mobility and migration following the Reformation. Splitting Europe into two religious worlds produced striking dynamics that I believe go far beyond Weber’s thesis. The Protestant world, it seems, nurtured a contentious spirit of heresy and critical thought, popular literacy, and a laissez faire business morality; Catholism burned books, imprisoned scientists, stifled thought, and demanded stringent orthodoxy. All of this condemned the old prosperous regions of Europe to become the periphery (the “Olive Belt”). The backward regions that revolted from Rome became the destination for capitalist migration, and here, the institutions of modern capitalism gradually took shape. Finally, it no doubt helped that at around the same time, the center of commerce and trade shifted from the Mediterranean to the Atlantic, adding a new “opportunity of geography” to the Protestant regions.  Cristobal Young
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. (…) L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. (…) Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d’ « obscurs complots ». Jean Bauberot
 L’Âge moderne est l’Âge des Juifs, et le XXe siècle est le Siècle des Juifs. La modernité signifie que chacun d’entre nous devient urbain, mobile, éduqué, professionnellement flexible. Il ne s’agit plus de cultiver les champs ou de surveiller les troupeaux, mais de cultiver les hommes et de veiller sur les symboles […] En d’autres termes, la modernité, c’est le fait que nous sommes tous devenus juifs. Yuri Slezkine
The problem with so many of the theories thus far expounded is that they have gaping holes in logic or evidence so large that let’s just say they’d never make it into the Talmud. By far the largest fault with them is the reality that many of these arguments rely on an idea of the Jewish past that we don’t have any good reason to think is true; just because the rabbis desired it doesn’t mean it was necessarily so. And our overall received notions of a Jewish community that was fiercely observant and often Orthodox also have little evidence to back them up. (And, as Alana Newhouse revealed a couple of years ago, even the images we have of a fiercely pious Jewish shtetl have been largely manipulated.) (…) By combining a very thorough look at the historical record with new economic and demographic analyses, the authors summarily dismiss a great many of the underlying assumptions that have produced theories around Jewish literacy in the past. Where many tied the Jewish move into professional trades to the European era when Jews were persecuted, Botticini and Eckstein bring forward evidence that the move away from the unlettered world of premodern agriculture actually happened a thousand years earlier, when Jews were largely free to pursue the profession of their choice. And where so many have simply taken as a given universal literacy among Jews, the economists find that a majority of Jews actually weren’t willing to invest in Jewish education, with the shocking result that more than two-thirds of the Jewish community disappeared toward the end of the first millennium. Botticini and Eckstein pore over the Talmud and notice the simple fact that it’s overwhelmingly concerned with agriculture, which, in conjunction with archaeological evidence from the first and second century, paints a picture of a Jewish past where literacy was the privilege of an elite few. But these rabbis were also touting a vision of a future Judaism quite different from that which had been at least symbolically dominant for much of Jewish history to that point. Where a focus on the Temple in Jerusalem, with ritual sacrifices and the agricultural economy they required being the standard to that point, these rabbis—broadly speaking, the Pharisees—sought to emphasize Torah reading, prayer, and synagogue. When the sect of Judaism that emphasized the Temple—broadly, the Sadducees—was essentially wiped out by the Romans shortly after the time of Jesus, the Pharisaic leaders, in the form of the sages of the Talmud, were given a mostly free hand to reshape Judaism in their own image. Over the next several hundred years, they and their ideological descendants codified the Talmud and declared a need for universal Jewish education as they did so. All of this history is widely known and understood, but what Botticini and Eckstein do differently is trace this development alongside the size of the Jewish population and their occupational distribution. The Jewish global population shrunk from at least 5 million to as little as 1 million between the year 70 and 650. It’s not surprising that a conquered people, stifled rebellions, and loss of home would lead to population shrinkage, but Botticini and Eckstein argue that « War-related massacres and the general decline in the population accounted for about half of this loss. » Where did the remaining 2 million out of 3 million surviving Jews go? According to them, over multiple generations they simply stopped being Jewish: With the notion of Jewish identity now tied directly to literacy by the surviving Pharisaic rabbis of the Talmud, raising one’s children as Jews required a substantial investment in Jewish education. To be able to justify that investment, one had to be either or both an especially devoted Jew or someone hoping to find a profession for his children where literacy was an advantage, like trade, crafts, and money lending. For those not especially devoted and having little hope of seeing their children derive economic benefit from a Jewish education, the option to simply leave the Jewish community, the economists argue, was more enticing than the option to remain as its unlettered masses. Two-thirds of the surviving Jewish population, they assert, took that route. This distinct twist of the population story, which accompanies research showing a shift from nearly 90 percent of the Jewish population engaging in agriculture to nearly 90 percent engaging in professional trades over that same several hundred years, addresses a key problem of previous theories of Jewish literacy: determining what happened to those who wouldn’t be scholars. Botticini and Eckstein bring other evidence of Jewish tradition generating success in trade. An extrajudicial system of rabbinical courts for settling disputes allowed for the development of the kind of trust required for commercial enterprises to grow. A universal language of Hebrew eased international negotiations. And in a devastating critique of the theory that persecution actually pushed this economic shift along, the economists examine the societies in which Jews originally developed this bias toward trades and find Jews faced no particular discrimination that would have made them less successful in agriculture. In fact, they show, Jews were often discriminated against precisely because of their emphasis on trade, such as in their expulsion from England in 1290, which only came after they were repeatedly told to give up the profession of money lending (eventually echoed in Ulysses S. Grant’s order to expel the Jews from the territory under his command during the Civil War). And so the Jewish people have grown into a people of two intertwined legacies: a culture in which the Jewishly literate continue to pass the torch and one in which an emphasis on trades was necessary to continue to do so for all but the most fervently devoted. When a given family stopped being devoted or wealthy enough, it simply faded away. Steven Weiss
Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem. You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South? Paul Solman
The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings. (…) the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets: capital already accumulated as craftsmen and trade networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors. Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage. They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East. Maristella Botticini
The chief editor of the Journal des économistes (…) claimed that anti-Semitism and hatred against the Jews were to be compared to the expulsion of the Huguenots from France in seventeenth century, as economic and religious persecution usually ran parallel. The religious persecutions of the Huguenots could be explained as economic persecution that applied perfectly to Jews of the nineteenth century. According to this explanation, Catholic religious intolerance caused the expulsion of the most dynamic factions of society, and thus provoked the decline of Catholic nations. (…) The groundbreaking work of Max Weber and his underlining critique of Marxist interpretation of religion and economy played – and in some ways continue to play – a key role in addressing research in the field of religion and economic modernization. Weber also assigned a significant role to Judaism, although his work contributed to fueling an enormous debate and some resentful reactions, especially from Jewish intellectuals. The Chosen Few is a book that encompasses the history of the Jews from the destruction of the Second Temple (70 CE) to the expulsion from Spain in 1492. (…) Ancient Judaism underwent a form of seismic modification that, as Botticini and Eckstein describe, redefined the religious structure of Judaism. The most typical example is the disappearance of the sacrificial system that was organized around the temple of Jerusalem following its destruction in 70 CE. The political collapse of ancient Judaism is the starting point of the Chosen Few, which aims at understanding the epochal changes of rabbinical Judaism, and more precisely, the kind of culture Judaism prompted after what might aptly be called the great “trauma” of the collapse of its ancient and central structure. The Chosen Few deals with the relationship between religious rules and literacy, and accordingly, it attempts to investigate the transformation that Judaism underwent through a relatively long formative period. (…) The first assumption is that Jews in the ancient world (200b BCE – 200 CE) who lived in Eretz Israel were mainly occupied in agricultural activities. In a time span of a few centuries however, Jews of the Diaspora had dramatically changed their economic and professional position. How had that come into being? The change is particularly indebted to the introduction of a rule that proved to be central, according to Botticini and Eckstein’s account.  It is precisely the rule attributed to Yehoshua ben Gamla, a priest mentioned in the early rabbinic texts, according to which a compulsory obligation to teach Torah to children was enforced as a communal regulation. In comparative terms, this norm was introduced in the background of a religious world that was modeled after the rules of ancient religions, which focused on sacrificial offerings and temple activities, initiation and magic, fasting and prayers. Despite their different beliefs and ritual structure, Roman and Greek religions, alongside Zoroastrianism, mysteries religions, Orphic and Dionysian cults, and Mithraism never implemented a law that imposed significant textual knowledge of a written sacred tradition. For historians of religion this is an important innovation indeed, even though the imminent spread of Christianity and Islam would introduce a great number of additional transformations to the religious world of late antiquity. (…) Nevertheless, as with every grand narrative that aims at providing one unique explanation for historical facts, this one provokes a number of questions and possible critical responses. I will mention only three problems that may be of some relevance. 1. First of all, one must recall that the Diaspora did not begin after the fall of Jerusalem, but rather, was a conspicuous and relevant component of ancient Judaism. Jews lived in metropolises, like Rome and Alexandria, and were likely engaged in urban activities. Historiography on Christianity has stressed that Christianity spread first and foremost in the great urban centers of the Roman Empire, although the movement of Jesus was mainly throughout villages. The fascinating theory of conversion offered by the authors is therefore interesting, but needs to be supported by more evidence. 2. Considering the wide scope of the book and the claim to a universal and general explanatory theory of Judaism, some comparison with other similar groups was needed. In which way did Judaism in the Muslim empire differ from Christian minorities, which in turn were endowed with similar trades? How then are Armenians, Greek Orthodox, or various sectarian religious groups to be evaluated when they competed with Jews and performed similar roles? 3. Theory and history are somehow disconnected in this book. The theory the authors offer is applied to very different historical, social and religious contexts. One wonders if the organization of economy in the Muslim empire and the one in Medieval Christian Europe does not bear multiple and dissimilar features, resulting in a perpetually different relationship with Judaism, when not directly influencing it. Anachronism is generally inevitable, but my impression is that it strikes as too strong an element in this narrative. Is it possible to assume, with the help of economic theory and modeling, that a peasant in the ancient world would behave exactly as a contemporary peasant in a third world country? The long journey back in time requires, among other things, identification with a world that might have been radically different. Moreover, this long journey is often an intricate path into a labyrinth, which the historian is impelled to explore in its multiple directions. Cristiana Facchini
What if most of what we thought we know about the history of the Jewish people between the destruction of the Second Temple and the Spanish Expulsion is wrong? This intriguing premise informs The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492, an ambitious new book by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein. Seventy-five years after historian Salo Baron first warned against reducing the Jewish past to “a history of suffering and scholarship,” most of us continue to view medieval Jewish history in this vein. “Surely, it is time to break with the lachrymose theory of pre-Revolutionary woe, and to adopt a view more in accord with historic truth,” Baron implored at the end of his 1928 Menorah Journal article “Ghetto and Emancipation: Shall We Revise the Traditional View?” Botticini and Eckstein (…) systematically dismantle much of the conventional wisdom about medieval Jewish history. For example, they explore how the scattered nature of the Jewish Diaspora was driven primarily by the search for economic opportunity rather than by relentless persecution. They also demonstrate that war-related massacres only account for a fraction of the Jewish population declines from 70 to 700 C.E. and from 1250 to 1400 C.E., and cast serious doubt on the theory that widespread conversion to Christianity and Islam during these periods was motivated primarily by anti-Jewish discrimination. Likewise, they show that restrictions on Jewish land ownership and membership in craft guilds in Christian Europe — factors that are often cited to explain medieval Jews’ proclivity for trade and moneylending — postdated by centuries the Jews’ occupational shift from agriculture to commerce. The authors are hardly alone among scholars in advancing their case. But in consolidating a vast secondary literature into a concise and compelling argument, they provide a commendable service. (…) As the subtitle of their book suggests, the authors look to education to explain the across-the-board transformation of Jewish life in the first 15 centuries of the Common Era. Specifically, they zero in on the rabbinic injunction that required fathers to teach their sons how to read and study the Torah. Literacy, they argue, was the engine that drove the train of Jewish history. It facilitated the economic transformation of the Jews from farmers to craftsmen, merchants and financiers. It encouraged their mobility, as they went in search of locations that presented the prospect of profitability. It determined their migration patterns, specifically their congregation in bustling city centers throughout the Muslim world, where they were able to thrive in myriad urban occupations such as banking, cattle dealing, wine selling, textile manufacturing, shopkeeping and medicine. It also explained their scattered settlement in scores of small communities throughout Christian Europe, where the demand for skilled occupations was far more limited. It was even indirectly responsible for Jewish population decline. Botticini and Eckstein suggest that illiterates were regarded as outcasts in Jewish society and that a substantial percentage chose to escape denigration and social ostracism by embracing Christianity and Islam, where illiteracy remained the norm. Once the occupational and residential transformation from farming was complete, the authors argue, there was no going back. Jews paid a high premium for their literate society. Jewish cultural norms required the maintenance of synagogues and schools, and presumed that families would forgo years of their sons’ potential earnings to keep them in school. When urban economies collapsed, as they did in Mesopotamia and Persia as a result of the Mongol conquest, the practice of Judaism became untenable, and the result was widespread defection through conversion to Islam. Accordingly, the Jews became “a small population of highly literate people, who continued to search for opportunities to reap returns from their investment in literacy.”  The authors’ theory may leave some a little queasy, including those who have rationalized the Jewish proclivity for moneylending in medieval England, France and Germany as a logical response to antagonistic authorities who systematically cut them off from other avenues of economic opportunity. (…) Botticini and Eckstein (…) On the contrary (…) insist, Jews were naturally attracted to moneylending because it was lucrative and because they possessed four significant cultural and social advantages that predisposed their success. First and foremost was rabbinic Judaism’s emphasis on education; literacy and numeracy were prerequisite skills for moneylending. Jews were also able to rely on other built-in advantages, including significant capital, extensive kinship networks, and rabbinic courts and charters that provided legal enforcement and arbitration mechanisms in the cases of defaults and disputes. The authors add that while maltreatment, discriminatory laws and expulsions were frequently motivated by the prevalence of Jews in moneylending, they played little or no role in promoting this occupational specialization. The relevance of cultural determinism is the subject of vigorous debate in intellectual circles (…) Of particular concern is the relative paucity of evidence that Botticini and Eckstein marshal for their literacy argument. Talmudic pronouncements on the importance of education can easily, and inaccurately, be read as descriptive rather than prescriptive, and the authors arguably overestimate the influence of the rabbis on the behaviors and self-definition of the Jewish masses. They seem to be on firmer ground once they have recourse to the variegated documents in the Cairo Genizah, but they devote almost no attention to Jewish educational trends in Christian Europe. They also have little to say on the extent to which instruction in arithmetic and the lingua franca supplemented a school curriculum designed to promote facility in reading and interpreting Hebrew and Aramaic holy books. Instruction in these areas would have a direct impact on the Jews’ ability to function in an urban economy. Undoubtedly, Jewish school attendance rates and curricular norms varied by location and over time.
Botticini and Eckstein argue that most ancient Jews were farmers who did not need literacy to earn a living.  When Judaism re-formed around text study following the destruction of the Temple in 70 C.E., parents were forced to pay school fees if they wanted their children to stay Jewish.  According to Botticini and Eckstein, over the next six centuries the Jewish population plummeted from 5.5 to 1.2 million because only boys from families with an unusual degree of commitment, or those whose sons had the brains and diligence to pore over legal texts, paid to send their children to school. Everyone else converted to Christianity (…) Botticini and Eckstein support their model with « archaeological discoveries that document the timing of the construction of synagogues » in which children could be educated. They explain that « the earliest archaeological evidence of the existence of a synagogue in the Land of Israel » dates to the mid-1st century C.E. This is an enormous misstatement of fact. A number of pre-destruction Palestinian synagogues have been identified, the earliest uncovered so far, in Modi’in, dating to the early 2nd or late 3rd century B.C.E. Which brings us to the question of whether Botticini and Eckstein’s selection event ever occurred.  Some numbers cited by Botticini and Eckstein are just plain wrong.  For example, they summarize the findings of ancient historians Seth Schwartz and Gildas Hamel, and of archaeologist Magen Broshi, as « the Land of Israel hosting no more than 1 million Jews. »[7] Schwartz actually wrote: « Palestine reached its maximum sustainable pre-modern population of approximately one million in the middle of the first century. Probably about half of this population was Jewish. »  Thus, Botticini and Eckstein miscite Schwartz’s « about half of » for a population of one million Jews.  They then guess that there were, in fact, 2.5 million Jews in Israel. There are no accurate counts of ancient Jewry. Estimates that no more than 1 million people could have lived in the Land of Israel in the first century were derived from arable acreage and crop yields. And there is no evidence suggesting that ancient Israel had the capacity to import the gargantuan volumes of falafel mix that would have been required to feed a population of over a million.  (Rome imported wheat on that scale; Israel didn’t.) Botticini and Eckstein choose, without offering a rationale, one contemporary demographer’s « cautiously » offered estimate of 4.5 million Jews total in the ancient world. Then they blithely add up to a million more Jews, to reach their 5 – 5.5 million number. But graphing an unsubstantiated number, as they do, does not make the number accurate. If we accept more conservative estimates of 2 or even 2.5 million Jews worldwide before the year 70, loss of a million or so during and after the brutal Roman-Jewish Wars, when it is assumed that many Greek- and Latin-speaking God-fearers fell away from Judaism, is not surprising.  Judged by the evidence they provide, Botticini and Clark’s elegant model in which the choices of ancient Jewish farmers facing high tuition bills produced a dramatic selection event doesn’t hold water. (…) Botticini and Eckstein support their hypothesis with the information, repeated by Clark that, « passages by early Christian writers and Church Fathers indicate that most Jewish converts to Christianity were illiterate and poor. » This information, however, is cited to outdated work by Adolf von Harnack, turn-of-the-century German theologian whose anti-Judaism prepared the way for Nazi anti-Semitism and who, as President of the Kaiser Wilhelm Society, created the infamous Institute for Anthropology, Human Heredity and EugenicsDiana Muir Appelbaum and Paul S. Appelbaum
David Mamet writes that there are two kinds of places in the world: places where Jews cannot go, and places where Jews cannot stay. So how exactly have the Jews survived? According Maristella Botticini and Zvi Eckstein, authors of The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492 (Princeton University Press, 2012), the answer has as much to do with economics as with spirituality. Five major events rocked the Jewish world during those 1,422 years: the destruction of the Second Temple, the rise of Christianity; the birth of Islam; birth of modern Christian Europe; and the Mongol invasion. Since Jews who aren’t university professors (and there are some) often view events through a lens of “Is this good or bad for the Jews?” I’ll summarize the authors’ findings in that manner. Destruction of the Temple and the rise of Christianity—bad for the Jews. After the year 70, the priests who ran the Temple were no longer in the ascendency, yielding power to the Jewish rabbis and scholars who ultimately wrote the Talmud over the next few centuries. Most Jews (and most of everyone else) were farmers back then. After the destruction of the Temple, the worldwide Jewish population dwindled not just because of war and massacre, but because of economics. If you were devout and wealthy, you were likely to pay for your sons’ Jewish education. If you were spiritual but didn’t have much money, you became a Christian or joined one of the other popular groups that didn’t require an expensive Jewish education. What good is a son who can read the Torah if you just want him to help harvest pomegranates? So economics dictated who stayed and who strayed. The rise of the Islamic empire: surprisingly, good for the Jews. When Muhammad appeared in the seventh century, Jews began to move from farms into new Moslem-built cities including Baghdad and Damascus. There they went into trades that proved far more lucrative than farming, most notably international trade and money lending. In those arenas, Jews had enormous advantages: universal literacy; a common language and religious culture; and the ability to have contracts enforced, even from a distance of thousands of miles. The Moslem world then stretched from the Spain and Portugal to halfway across Asia. Anywhere in the Arab ambit, Jews could move, trade, or relocate freely and benefit from their extensive religious and family networks. According to thousand-year-old documents found in the Cairo Genizah, business documents linking Jewish traders across the Arab world would have Jewish court decisions written on the back. So Jews could send money or goods thousands of miles, certain their investments would be safe. European Christianity from the year 1,000: not so good for the Jews. If Islamic culture offered Jews a warm welcome, Western Europe was a mixed blessing. Seemingly every few dozen miles in Western Europe, a different prince or king was in charge, with different laws, different requirements for citizenship, and different attitudes about the Jews. Some places were extremely welcoming of Jews; others less so. Monarchs might boot out their Jewish populations in hard economic times, so that Gentile citizens wouldn’t have to repay their loans, only to welcome them back when the economy improved. Contrary to common belief, Botticini and Eckstein write, Jews weren’t forced into money lending because they were forced out of guilds. Under Muslim and Christian rule alike, Jews went into finance centuries before the guilds were even founded. In other words, Jews chose careers in finance the same way the best and the brightest in modern American culture head for Wall Street and business school. Western Europe, therefore, was a mixed blessing for the Jews. On the upside, they could do business, live their Jewish lives, and establish some of the finest Talmudic academies in Jewish history. Alas, Jews were also subject to massacres and expulsions, which happened with terrifying regularity across the centuries, culminating in the Spanish Inquisition of 1492. Meanwhile, back in the Middle East: the thirteenth-century Mongol invasion: bad for the Jews. Oh, really, really bad for the Jews. The relative freedom and safety the Jews enjoyed under Muslim rule came to an abrupt halt in the early 13th century, when Genghis Khan and his marauders attacked and leveled most of urban civilization that the Moslems had so painstakingly built up over the centuries. With the destruction of cities and urban institutions, those Jews fortunate enough to survive the Mongol invasion had no option other than going back to farming. Some stayed; some converted to Islam. So the numbers of Jews in formerly Arab lands would remain low for hundreds of years, until all traces of Mongol civilization were wiped out and the world began to rebuild. Eggpen
Why has education been so important to the Jewish people? Author Maristella Botticini says a unique religious norm enacted within Judaism two millennia ago made male literacy universal among Jews many centuries earlier than it was universal for the rest of the world’s population. (…) Emphasizing literacy over time set Jews up for economic success, say Botticini and Zvi Eckstein, authors of the 2012 book “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History.” (…) In their book, which they describe as a reinterpretation of Jewish social and economic history from the years 70 to 1492 A.D., Botticini and Eckstein say that Jews over those years became “the chosen few”—a demographically small population of individuals living in hundreds of locations across the globe and specializing in the most skilled and urban occupations. These occupations benefit from literacy and education. (…) From an economic point of view, the authors write, it was costly for Jewish farmers living in a subsistence agrarian society to invest a significant amount of their income on the rabbis’ imposed literacy requirement. A predominantly agrarian economy had little use for educated people. Consequently, a proportion of Jewish farmers opted not to invest in their sons’ religious education and instead converted to other religions, such as Christianity, which did not impose this norm on its followers. “During this Talmudic period (3rd-6th centuries), just as the Jewish population became increasingly literate, it kept shrinking through conversions, as well as war-related deaths and general population decline,” Botticini tells JNS.org. “This threatened the existence of the large Jewish community in Eretz Israel (the land of Israel) and in other places where sizable Jewish communities had existed in antiquity, such as North Africa, Syria, Lebanon, Asia Minor, the Balkans, and Western Europe. By the 7th century, the demographic and intellectual center of Jewish life had moved from Eretz Israel to Mesopotamia, where roughly 75 percent of world Jewry now lived.” Like almost everywhere else in the world, Mesopotamia had an agriculture-based economy, but that changed with the rise of Islam during the 7th century and the consequent Muslim conquests under the caliphs in the following two centuries. Their establishment of a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India led to a vast urbanization and the growth of manufacture and trade in the Middle East; the introduction of new technologies; the development of new industries that produced a wide array of goods; the expansion of local trade and long-distance commerce; and the growth of new cities. (…) The book does not whitewash the persecution that took place during the 15 centuries of Jewish history it examines, Eckstein says. “When [persecution of Jews] happened, we record [it] in our book,” he says. “[But] what we say is something different. There were times and locations in which legal or economic restrictions on Jews did not exist. Not because we say so, but because it is amply documented by many historians. Jews could own land and be farmers in the Umayyad and Abbasid Muslim empire. The same is true in early medieval Europe. If these restrictions did not exist in the locations and time period we cover, they cannot explain why the Jews left agriculture and entered trade, finance, medicine. There must have been some other factor that led the Jews to become the people they are today. In ‘The Chosen Few’ we propose an alternative hypothesis and we then verify whether this hypothesis is consistent with the historical evidence.” Jewish News Service
En fait, ce que nous avons voulu démontrer, ma collègue Maristella Botticini, de la Bocconi, et moi, c’est que l’obligation d’étudier a un coût, et oblige donc l’individu rationnel à rechercher une compensation pour obtenir un retour sur investissement. Dans le cas des juifs, le problème se pose après la destruction du Temple de Jérusalem, en 70 de l’ère courante. La caste des prêtres qui constituait alors l’élite perd le pouvoir au profit de la secte des pharisiens, qui accorde une grande importance à l’étude. C’est de cette secte que vont sortir les grands rabbis, ceux qui vont pousser les juifs à se concentrer sur l’étude de la Torah, un texte dont la tradition veut qu’elle ait été écrite par Moïse sous la dictée de Dieu. Vers l’an 200, obligation est ainsi faite aux pères de famille d’envoyer leurs fils dès l’âge de 6 ans à l’école rabbinique pour apprendre à lire et étudier la fameuse Torah. Or l’essentiel des juifs sont des paysans, et pour les plus pauvres, cette obligation pèse très lourd car elle les prive de bras pour travailler aux champs. Beaucoup vont alors préférer se convertir au christianisme, d’où, on le voit dans les statistiques de l’époque, une baisse drastique de la population juive au Proche-Orient à partir du IIIe siècle alors que, jusqu’à la destruction du Temple, cette religion était en augmentation constante et multipliait les convertis. Pour ceux qui ont accepté le sacrifice financier que représente la dévotion, il va s’agir de valoriser leur effort. Or autour d’eux, ni les chrétiens ni, plus tard, les musulmans n’imposent à leurs enfants d’apprendre à lire et à écrire. Les juifs bénéficient donc d’un avantage compétitif important. C’est ainsi un juif converti à l’islam qui a servi de scribe à Mahomet et aurait mis par écrit pour la première fois le Coran. (…) Notre étude, fondée sur l’évolution économique et démographique du peuple juif, de l’Antiquité à la découverte de l’Amérique, remet en cause en fait la plupart des théories avancées jusqu’ici. Si les juifs sont médecins, juristes ou banquiers plus souvent qu’à leur tour, ce n’est pas parce qu’ils sont persécutés et condamnés à s’exiler régulièrement, comme l’a avancé l’économiste Gary Becker, ou parce qu’ils n’avaient pas le droit d’être agriculteurs, comme l’a soutenu Cecil Roth. Car si dans certains pays, on les a empêchés de posséder des terres, c’était bien après qu’ils aient massivement abandonné l’agriculture, et s’ils ont pu être persécutés, cela ne justifie pas qu’ils soient devenus médecins ou juristes : les Samaritains, très proches des juifs et eux aussi traités comme des parias, sont demeurés paysans. De même, contrairement à ce que dit Max Weber, ce n’est pas parce qu’un juif ne peut pas être paysan du fait des exigences de la Loi juive. Les juifs du temps du Christ la respectaient alors qu’ils étaient majoritairement occupés à des travaux agricoles et à la pêche. C’est dans l’Orient musulman, sous les Omeyyades et les Abbassides, à un moment où ils sont particulièrement valorisés, que les juifs s’installent massivement dans les villes et embrassent des carrières citadines. Pourquoi ? Parce qu’ils peuvent alors tirer parti du fait d’être lettrés. D’un point de vue purement économique, il est alors beaucoup plus rentable de devenir marchand ou scientifique que de labourer la terre. D’où notre théorie : si les juifs sont devenus citadins et ont occupé des emplois indépendants de l’agriculture, c’est d’abord parce qu’ils étaient formés. Et s’ils étaient formés, c’est que leur religion exigeait qu’ils le soient. (…) ces professions étaient beaucoup plus rentables que le travail de paysan. Pour un juif du Moyen Âge, l’apprentissage de la Torah allait de pair avec le fait de faire des affaires. Rachi, le grand commentateur du Talmud, était un entrepreneur qui possédait des vignes. Ses quatre fils, tous érudits, se sont installés dans quatre villes différentes où ils ont tous fait du business, notamment de prêts d’argent, tout en étant rabbins. Grâce à leur connaissance des langues et leurs réseaux familiaux, les juifs ont pu rentabiliser leur formation, le fait de savoir lire et écrire, mais aussi raisonner, plus aisément que d’autres communautés. (…) Il est essentiel que la culture fasse partie intégrante de l’éducation quotidienne. Et en cela, la mère joue un rôle essentiel, toutes les études le montrent. C’est elle qui transmet les valeurs fondamentales. La probabilité que vous alliez à l’université est plus importante si votre mère a été elle-même à l’université. Donc, le fait que la mère ait un minimum d’éducation a représenté très tôt un avantage compétitif par rapport aux autres communautés religieuses où la femme n’en recevait pas. Nous étudions actuellement la période allant de la Renaissance à l’Holocauste. Et nous avons déjà découvert ceci : en Pologne, au XVIIe siècle, la population juive a fortement progressé par rapport à la population chrétienne. Pourquoi ? Tout simplement parce que la mortalité infantile y était plus faible. Conformément à l’enseignement du Talmud, les enfants bénéficiaient en effet d’un soin tout particulier. Les femmes gardaient leur enfant au sein plus longtemps que les chrétiennes, et elles s’en occupaient elles-mêmes. Voilà un exemple tout simple des effets que peut avoir l’éducation. Zvi Eckstein
Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc… (…) S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté.  (…) c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir. (…) C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée. André Burguière

Vous avez dit « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » ?

Et si de Gaulle ou le premier Mohamed venu de nos banlieues avaient vu juste ?

Thanksgiving, le panier à trois points, l’Amérique, Superman, les droits civiques, le soft power, le génocide, la fête nationale, l’humour, la musique populaire, le désir, l’école …

Isaiah Berlin, Jerome Kern, Richard Rodgers, Harold Arlen, Hammerstein, Gershwin, Bernstein, Copland, Glass, Robert Zimmerman (alias Bob Dylan), Leonard Cohen, Elvis Presley, David Marks (Beach boys), Simon & Garfunkel, Jefferson Airplane, The Mamas & the Papas, Robby Krieger, Phil Spector, Melanie (Safka), Joey Ramone, Randy Meisner, Randy Newman, Lou Reed, Iggy Pop, (né James Osterberg) Beastie Boys, Pat Benatar (née Patricia Mae Andrzejewski), Blood, Sweat & Tears, David Lee Roth, Blue Öyster Cult, Kiss, Guns N’ Roses, The Cars, Harry Connick, Jr., Country Joe and the Fish, Neil Diamond, Chris Isaak, Janis Ian, Billy Joel, Carole King (née Carole Klein), Carly Simon, Linda Ronstadt, Courtney Love, Juice Newton (née Judith Kay Cohen), Pink, Barbra Streisand, Leonard Cohen, Abel Meeropol (« Strange fruit » pour Billie Holliday), Benny Goodman …

Goldwyn, Mayer, Warner, Cohn (Columbia), Zukor (Paramount), Fritz Lang, Ernst Lubitsch, Erich von Stroheim, Greorge Cukor, Cecil B. DeMille, Stanley Donen, Otto Preminger, Hedy Lamarr, frères Marx, Douglas Fairbanks (né Douglas Ullman), Fred Astaire (né Frederick Austerlitz), Danny Kaye, Paulette Goddard, Kirk Douglas, Michael Douglas, Dustin Hoffman, Robert Wise, Jerry Lewis, Mel Brooks, Sydney Pollack, Milos Forman, Stanley Kubrick, Steven Spielberg, Oliver Stone, Woody Allen, Scarlett Johansson, Natalie Portman, Sarah Michelle Gellar, Kate Hudson, Gwyneth Paltrow, Joaquin Phoenix, Winona Ryder, Alicia Silverstone, Tori Spelling, Patricia Arquette, Lisa Bonet, Phoebe Cates, Robert Downey Jr., David Duchovny, Daryl Hannah, Lisa Kudrow, Jennifer Jason Leigh, ulia Louis-Dreyfus, Cindy Margolis, Sarah Jessica Parker , Sean Penn, Adam Sandler, Rob Schneider, Ben Stiller, Rosanna Arquette, Jamie Lee Curtis, Carrie Fisher, Jerry Seinfeld, Howard Stern, Debra Winger , James Caan, Richard Dreyfuss, Harrison Ford, Goldie Hawn, Henry Winkler, Elliott Gould, Harvey Keitel, Leonard Nimoy, Gene Wilder, Lauren Bacall, Lenny Bruce, Tony Curtis, Paul Newman, Shelley Winters, Peter Falk, Lee J. Cobb, Sammy Davis, Jr., Marilyn Monroe (par conversion)…

Joe Shuster et Jerome Siegel (Superman), Joe Simon (Captain America), Bill Finger et Bob Kane (Batman), Stan Lee (Spider-Man, X-Men, The Hulk, Fantastic Four), Jack Kirby (Captain America, Hulk), Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), Ralph Bakshi (Fritz the Cat), Art Spiegelman (Maus), Harvey Kurtzman, Al Jaffee, Al Feldstein, Will Elder et William Gaines (MAD) …

Capa, Man Ray, Fischer, Kasparov, Houdini, « Bugsy » Siegel

Einstein, Bohr, Hertz, Charpak, Cohen-Tanoudji, Bergson, Pasternak, Bellow, Singer, Canetti, Brodsky, Gordimer, Kertész, Pinter, Modiano, Dylan, Samuelson, Leontief, Friedman, Solow, Becker, Stieglitz, Kaufman, Cassin, Kissinger, Begin, Wiesel, Rabin, Peres …

Mahler, Mendelssohn, Schoenberg, Bernstein, Glass, Offenbach, Strauss …

Kafka, Proust, Heine, Zweig, Salinger, Rand, Miller, Heller, Mailer, Roth, Asimov, Auster, Hitchens …

Disraeli, Goldwater, Blum, Mendes-France, Mandel, Bloomberg, Miliband, Bernanke, Emanuel, Weiner …

Pissaro, Chagall, Modigliani, Soutine, Rivera, Kahlo, Lichtenstein, Rothko, Freud …

Marx, Freud, Spinoza, Ricardo, Trotsky, Chomsky, Arendt, Adorno, Jonas, Aron, Cassirer, Derrida, Durkheim, Lévi-Strauss, Fromm, Husserl, Benjamin, Wittgenstein, Jankelevitch, Levinas, Finkielkraut …

Rothschild, Rockerfeller, Levi Strauss, Zuckerberg, Ellison, Dell, Calvin Klein, Ralf Lauren,  Madoff,  Soros, Ivanka Trump …

Abraham, Moïse, Salomon, Jésus, Saul de Tarse (alias Paul)  …

A l’heure où, entre le prix Nobel de Bob Dylan et l’hommage planétaire à Léonard Cohen, la chanson populaire reçoit littéralement ses lettres de noblesse …

Et où l’ONU comme nos premiers humoristes venus n’ont que les juifs à la bouche …

Comment ne pas voir …

Derrière la forêt que cachent ces deux formidables arbres …

A savoir sans compter notre Jean-Jacques Goldman national contraint devant le trop-plein de célébrité (et d’imposition ?) de s’exiler à Londres …

La confirmation – sans parler des prix Nobel de science (24% pour moins de 0.2% de la population mondiale) – dans un domaine de plus …

Du fameux mot du général de Gaulle comme, de nos banlieues aux territoires dits « occupés », de l’intution des nouveaux damnés de la terre …

Surtout lorsque l’on comprend avec l’éclairant ouvrage de Maristella Botticini et Zvi Eckstein …

L’avance plus que millénaire suite à la destruction de leur Temple par les Romains et, abandonnant peu à peu l’agriculture, le réinvestissement dans l’étude de la « patrie portable » qu’était devenue leur Torah …

Qu’ils avaient prise dans l’alphabétisation de leurs enfants et, la surinstruction aidant, dans la spécialisation dans les professions les plus profitables (artisanat, commerce, prêt et médecine) …

D’où aussi la multimillénaire et souvent meurtrière jalousie que, comme plus tard leurs cousins protestants, ils ont inévitablement suscitée tout au long de leur histoire dans les sociétés où ils avaient le malheur de prospérer… ?

Comment l’éducation a façonné l’histoire juive
André Burguière
Mediapart
16 mars 2016

Avec leur remarquable « La poignée d’élus », les historiens Maristella Botticini et Zvi Ekcstein développent avec brio une thèse qui dédramatise la dispersion du peuple juif. Dans le sillage de Marc Bloch, ils montrent que la  religion concerne aussi l’infrastructure des sociétés, pas seulement leur superstructure.

Une avalanche de livres récents sur l’histoire du peuple juif a mis à mal l’image romantique du juif errant cherchant vainement, à travers le monde, un refuge et un toit loin de la Terre Sainte, après la destruction du Grand Temple de Jérusalem par Titus, le fils de l’Empereur Vespasien. Armés d’une solide connaissance des sources, Maristella Botticini et Zvi Ekcstein développent avec brio une thèse qui finit de dédramatiser la dispersion du peuple juif.

Au début de l’ère chrétienne, la population juive, présente en Palestine, en Mésopotamie et sur la rive africaine de la Méditerranée compte  prés de 6 millions d’âmes. Cinq siècles plus tard, il n’en reste à peine plus d’un million. La désintégration du monde urbain et la peste justinienne (au VI° et VII° siècles) ont provoqué un fort recul du peuplement dans tout le bassin méditerranéen mais pas au point d’expliquer un tel effondrement. En réalité, l’anéantissement des activistes juifs (les résistants de Massada) par l’intervention romaine, la disparition des zélotes ainsi que des notables religieux qui assuraient le service du Grand Temple, avaient fortifié en Palestine le pouvoir de la seule élite juive épargnée, les Pharisiens, c’est-à-dire les lettrés. Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc…

A partir du IX° siècle, la diaspora juive se reconstitue mais avec une répartition géographique différente. Toujours très présente en Mésopotamie et bientôt dans tout le monde musulman, elle commence à s’installer dans l’Europe chrétienne où elle tisse un réseau de plus en plus dense de petites communautés juives qui recouvre le réseau urbain en plein réveil. Les « juiveries » sont de taille modeste car les juifs craignent de se faire concurrence dans ces métiers très spécialisés. En revanche, le grand nombre de ces implantations qui peuvent se mettre en réseau, fait leur force. Dans un espace où la circulation est difficile, risquée, le fait d’avoir des correspondants, à l’autre bout du monde connu, en qui l’on peut avoir pleine confiance parce que la moindre irrégularité commerciale ou financière les exclurait de leur communauté, a donné aux juifs un avantage considérable.

S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté. A part quelques cas assez rares d’intolérance religieuse, comme dans l’Espagne wisigothique, les juifs n’ont guère été l’objet de persécutions religieuses avant le XII° siècle. L’historien Berhard Blumenkranz avait daté les premiers pogroms de juifs en Occident (par exemple dans la vallée du Rhin) de la mise en mouvement des premières croisades.

Mais c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir.

Ce sont paradoxalement les mongols, pourtant eux-mêmes assez éclectiques au plan religieux et parfois tentés par le judaïsme, qui ont interrompu ce premier âge d’or de la diaspora juive, à partir du milieu du XIII° siècle, en ravageant le monde musulman. L’effondrement des principales villes a ruiné l’activité des juifs qui animaient les circuits d’échanges économiques et financiers. Ruinés, les juifs sont redevenus paysans et, ne pouvant plus assumer l’investissement scolaire exigé par le rabbinat, ils se sont assez vite islamisés. Cet effondrement a créé un véritable court circuit avec le réseau des implantations juives de l’Europe chrétienne. Il y aura, à l’époque moderne, un nouveau cycle de la diaspora juive qui va même gagner le Nouveau Monde ; mais un cycle au rythme heurté, perturbé par les expulsions, les procès de l’Inquisition et d’autres manifestations de l’intolérance chrétienne, en attendant des horreurs bien pires encore.

La façon dont Maristella Botticini et Zvi Eckstein ont rebattu les cartes de l’histoire, ô combien singulière, du peuple juif en lui appliquant un modèle inspiré par la réflexion économique, sera peut-être critiquée par certains spécialistes pour son schématisme démonstratif. Mais elle est fascinante. Marc Bloch, voulant critiquer le réductionnisme de certaines interprétations marxistes du rôle de l’Eglise au Moyen-Âge, affirmait que pour comprendre certaines époques, il fallait renoncer  à considérer que la  religion concerne toujours la superstructure et l’économie l’infrastructure. C’est parfois l’inverse. Ce livre nous en fournit une magnifique démonstration.

C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée.

* Maristella Botticini et Zvi Eckstein, La poignée d’élus. Comment l’éducation a façonné l’histoire juive 70-1492 , Albin Michel, 425 p., 30 euros.

Voir aussi:

Pourquoi les Juifs sont-ils plus souvent médecins que paysans ?

Dans « Une poignée d’élus », deux économistes expliquent les heureuses conséquences de l’apprentissage des textes sacrés par les enfants. Interview.

Catherine Golliau

Le Point
05/04/2016

Bob Dylan, le juif errant prix Nobel de littérature

Jonathan Aleksandrowicz

Actualité juive

13/10/2016

Enorme surprise ! Bob Dylan, l’auteur-compositeur-interprète qui a traversé la musique populaire de la seconde moitié du XXè siècle, vient d’être récompensé par le prix Nobel de littérature.

On attendait le Syrien Adonis, le Japonais Murakami, voire le Norvégien Jon Fosse. Le jury du prix Nobel de littérature a choisi de prendre tout son monde à contrepied pour 2016 en faisant d’un chanteur populaire mais grand poète le récipiendaire de la distinction. Bien sûr, certain regretteront avec justesse que Philip Roth n’ait encore une fois pas été récompensé, mais la retraite du vieux patron des lettres américaines l’a probablement écarté pour toujours des débats tenus secrets durant 50 ans des jurés du Nobel. Quant au très vendeur Murakami, la réputation de « superficialité » de ses textes selon le petit monde du livre remet aux calendes grecques la figuration de son nom au palmarès, même s’il est chaque année le grandissime favori des bookmakers.

Bob Dylan, donc. Le sale gosse de la folk-music, celui qui donne désormais des concerts où il assure le strict minimum, limitant ses interactions avec le public. Un choix fort pour le jury du Nobel, le désignant « pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique ». Plus que la tradition de la musique américaine, c’est celle des troubadours et trouvères, ces poètes-conteurs-chanteurs du Moyen-Âge que Bob Dylan a d’abord incarné. Né dans le Minnesota en 1941 à deux pas de la route 61 qui inspirera l’un de ses albums les plus emblématiques « Highway 61 revisited », celui qui est d’abord Robert Zimmerman  pour l’état-civil et Shabbtaï à sa circoncision, vient d’une famille juive d’Odessa qui a fui les pogroms du début du XXè siècle. La petite communauté juive locale est dit-on, très unie par les épreuves vécues en Europe de l’Est. Le signe de l’errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l’assume à la première occasion en filant à New York à la première occasion, abandonnant ses études à l’université dès la première année.

Hobboes

Là-bas, à Greenwich Village, il n’est pas le plus doué de tous les folkeux qui écument le quartier, mais il est le plus assidu. « Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus résistants » dit le Talmud. Pour ce faire, il fréquente de longues heures les bibliothèques afin de dénicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Les Etats-Unis sortent de peu de la Seconde guerre mondiale et la crise des années 1930 est derrière elle, mais son imaginaire collectif est encore tributaire des Hobboes, ces vagabonds, clochards célestes, que le « Jeudi noir » a mis sur les routes et les rails en quête d’un travail plus à l’ouest. La conquête de l’ouest au XIXe siècle s’est poursuivie avec l’espoir à l’ouest. Les lecteurs de John Steinbeck se souviendront des « Raisins de la colère ». Ces Hobboes, donc, figures mythiques du rêve américain, sans le sou mais les yeux dans les étoiles, affamés mais libres, ont souvent une guitare à la main et la bouche pleine de chansons pour rythmer les nuits de leur infortune. Ils deviennent la source d’inspiration principale de Bob Dylan qui à l’origine chante des reprises. Suivre cette tradition, la dépoussiérer, mais rien n’y ajouter.

Pourtant, le jeune homme écrit déjà des poèmes, de longs poèmes qu’il met en musique. Ecrite dix minutes dans un café, « Blowin’ in the wind » devient l’une des premières Protest Songs qui portent les luttes d’émancipation aux Etats-Unis. Car Bob Dylan, c’est d’abord la figure de la contre-culture américaine. Avant Woodstock, son Flower Power et son Summer of Love, Bob Dylan est le chantre des Beatniks : un artiste engagé, le « prophète-poète » de cette jeune génération d’après-guerre, chantant même avec sa grande complice de l’époque Joan Baez à la Marche de Washington. Encore cette idée de mouvement, la marche, cette impossibilité de tenir en place qui force à l’errance. Mais « The times they are a changin’ », car il opère dès 1965 un tournant plus rock, que le monde Folk dont il est issu ne lui pardonne pas. Exit la guitare sèche et l’harmonica, « Highway 61 revisited », plus musclé, résonne de guitares électriques, et comporte notamment la célébrissime « Like a rolling stone », élue morceau rock du XXe siècle ! D’une durée de presque sept minutes, Bob Dylan raconte dans ses « Chroniques » qu’elle comportait bien plus de strophes à l’origine. Situation identique pour l’ultra-repris « Knocking on heaven’s door » qui fait partie de la bande-originale du film de Sam Peckinpah « Pat Garrett and Billy the Kid » dans lequel il tient un rôle muet de lanceur de couteaux pas malhabile de ses mains.

Audace

Des chansons à rallonge, des poèmes aux strophes sans fin, Bob Dylan pourtant admet lui-même que l’inspiration a tendance à se tarir et qu’il lui faut user de moyens intenses pour la faire jaillir du rocher. Ses « Chroniques » évoquent d’ailleurs avec intensité son errance lorsqu’il dut enregistrer deux albums à Nashville. Une véritable traversée du désert, d’autant que le « poète-prophète » est bientôt surnommé le « poète-profit » à cause d’un style jugé commercial. Qu’importe, encore un contrepied : sa voix usée le pousse à chaque fois à réinterpréter ses chansons et le fan distrait serait bien incapable de reconnaître ses titres préférés lors d’un concert s’il n’est pas capable d’attention. Les strophes qui s’étiraient en longueur se brisent en même temps que sa voix comme si chaque nouvelle scène portait la possibilité d’errer autour d’une chanson comme autour d’un idéal que l’on n’atteint jamais. Détresse à cause d’un horizon de sens toujours fuyant ? Une réponse peut-être, dans la conversion au christianisme évangélique à la fin des années 1970 : le beatnik assagi par la grâce d’une nouvelle naissance ! Les fans sont déçus, les musiciens le raillent ? Lui n’en a cure ! Que les filles et « les garçons ne pleurent pas », parce que même le chant demeure pour lui une aventure personnelle, et la Bible abonde en prophètes qui se mirent le peuple à dos. L’errance ne s’achève pas là, puisqu’il fait son retour au judaïsme. Enfin la terre promise ? Pas sûr, tant pour lui, tout vient à se faner…

Le choix des jurés du Nobel est donc extrêmement audacieux. C’est une icône populaire qui se trouve récompensée, un chanteur avant que d’être un poète, un homme qui a su sans cesse se poser des questions. On a désormais hâte d’entendre son discours de réception du prix qui sera sans nul doute la curiosité des soirées de remise.

Voir de même:

Leonard Cohen et son Dieu
Dominique Cerbelaud
La Croix
22/10/2016

À l’occasion de la sortie du nouvel album de Leonard Cohen, « You want it darker », le théologien Dominique Cerbelaud évoque la quête spirituelle du chanteur canadien.

Vendredi 21 octobre 2016, Leonard Cohen, 82 ans, offre un nouvel album à son public, intitulé You want it darker (« Tu voudrais qu’il fasse plus sombre »). C’est l’occasion de revenir sur son œuvre de chanteur, entreprise voici un demi-siècle. C’est à 1967, en effet, que remonte le premier disque du Montréalais, Songs of Leonard Cohen (« Chansons de Leonard Cohen »), qui comportait notamment le titre Suzanne – une chanson qui devait assurer à tout jamais sa notoriété.

De fait, le public français connaît Cohen surtout comme chanteur (rappelons cependant son œuvre de poète et de romancier), mais il ne garde souvent mémoire que des compositions les plus anciennes, sans guère prêter attention à l’œuvre ultérieure – sinon pour quelques chansons cultes comme Hallelujah ou Closing Time. Ce corpus, qui compte aujourd’hui environ cent cinquante titres, mérite pourtant qu’on s’y arrête : il s’agit, comme on dit si bien, de « chansons à textes », longuement mûries et soigneusement composées, d’une densité et d’une richesse rares. On se propose de le survoler ici sous l’angle des thématiques religieuses, qui représentent à n’en pas douter l’une des grandes préoccupations de Leonard Cohen.

D’autres thèmes y apparaissent avec insistance, et en tout premier lieu celui de la relation amoureuse, décliné inlassablement : « À cause de ces quelques chansons/dans lesquelles j’évoque leur mystère/ les femmes ont été d’une gentillesse exceptionnelle /envers mon grand âge » (Because of, album Dear Heather). Ainsi parlait le septuagénaire, avec une belle modestie : en réalité, c’est dans bon nombre de textes qu’il célèbre le mystère de la femme, sous toutes ses figures et dans tous ses états. Et les femmes, de toute évidence, lui en savent gré.

Qu’elle soit nommée (depuis les mythiques Suzanne, Nancy et Marianne jusqu’aux plus récentes Heather et Alexandra), ou que, le plus souvent, elle reste anonyme, la femme est en effet omniprésente du début à la fin du corpus cohénien.

Le personnage biblique de David, dont le nom en hébreu signifie « bien-aimé », pourrait représenter à cet égard le « modèle » de Leonard. La tradition attribue à ce roi poète et musicien tout l’ensemble du livre des Psaumes. Mais le texte biblique nous fait connaître aussi le nom d’un certain nombre de femmes de ce grand polygame : Ahinoam, Abigayil, Mikal, Égla, Avital, Bethsabée, Abishag… Laissons aux biographes le soin de faire la liste de celles qu’a pu connaître le Canadien errant… si tant est que cela ait de l’importance dans son parcours de créateur.

Des allusions très précises à la tradition juive

Et nous voilà déjà dans le texte biblique !

De fait, les compositions de Cohen regorgent d’allusions scripturaires, qui témoignent d’une fréquentation assidue du Livre saint : on y retrouve bien des personnages (Adam, Samson, David ou Isaac), des épisodes (notamment ceux du Déluge ou de la sortie d’Égypte), des réminiscences de tel ou tel prophète voire, justement, de tel ou tel psaume. Ainsi, la chanson By the Rivers Dark (album Ten New Songs) propose une relecture hardie du ps.136-137 : « Vers les sombres fleuves j’allais, errant / j’ai passé ma vie à Babylone / et j’ai oublié mon saint cantique / je n’avais pas de force à Babylone ».

Mais il y a plus : sans jamais s’y attarder, Cohen distille à l’occasion des allusions très précises à la tradition juive, tant liturgique que mystique –et notamment à la kabbale. On trouve par exemple des allusions au thème de la « brisure des vases » dans la chanson Anthem (album The Future) : « il y a une fissure, une fissure en toute chose / c’est comme ça que la lumière pénètre »…

Parmi les figures juives du passé, il en est une qui ne laisse pas tranquille le juif Leonard Cohen : c’est celle de Jésus. L’homme de Nazareth apparaît avec une fréquence étonnante dans le corpus des chansons (j’en relève pour ma part une douzaine d’occurrences, explicites ou non). « Jésus pris au sérieux par beaucoup, Jésus pris à la blague par quelques-uns » (Jazz Police, album I’m Your Man) : et par toi-même, Leonard ? Cela reste quelque peu indécidable. S’il avoue ne rien comprendre au Sermon sur la montagne (Democracy, album The Future), et évoque « le Christ qui n’est pas ressuscité / hors des cavernes du cœur » (The Land of Plenty, album Ten New Songs), notre auteur, à propos de Jésus, se parle ainsi à lui-même : « tu veux voyager avec lui / tu veux voyager en aveugle / et tu penses pouvoir lui faire confiance / car il a touché ton corps parfait avec son esprit » (Suzanne, album Songs of Leonard Cohen). Et comment comprendre cette double injonction : « Montre-moi l’endroit où le Verbe s’est fait homme / montre-moi l’endroit où la souffrance a commencé » (Show me the Place, album Old Ideas) ? Il y a là un singulier mélange de dérision et de fascination.

Curieusement, les figures de la sainteté chrétienne suscitent chez lui une sympathie plus immédiate : celles de la vierge Marie –si c’est bien elle qu’il faut reconnaître dans Notre-Dame de la solitude (Our Lady of Solitude, album Recent Songs) ; de François d’Assise (Death of a Ladies’ Man, dans l’album homonyme) ; de Bernadette de Lourdes (Song of Bernadette, chantée par Jennifer Warnes dans son album Famous Blue Raincoat) ; et surtout de Jeanne d’Arc (Last Year’s Man et Joan of Arc, toutes deux dans l’album Songs of Love and Hate). C’est le lieu de rappeler que le jeune Leonard Cohen a acquis, à Montréal, une bonne culture chrétienne. Certains aspects de la piété catholique, comme le culte du Sacré-Cœur ou les visions de sœur Faustine, continuent d’ailleurs à le toucher.

Ajoutons que depuis de longues années, l’auteur-compositeur s’intéresse au bouddhisme zen, et qu’il a effectué à ce titre de longs séjours au monastère de Mount Baldy, près de Los Angeles. Cependant, les thèmes religieux extrême-orientaux n’apparaissent guère dans le corpus des chansons, sinon à l’état de traces…

Un ton élégiaque

Mais au-delà de ces contenus, il faut tenter d’évoquer le ton, ou plutôt les tons dont il use pour les décliner.

Nous avons déjà rencontré la modulation élégiaque : c’est celle de la célébration de l’amour, toujours recommencée. Des paysages s’ébauchent ici, ou plutôt des évocations, où l’on trouve bon nombre de clairs de lune, de cloches qui carillonnent et de chants d’oiseaux. Sans oublier le fleuve, souvent présent chez ce natif de Montréal…

Nous avons également capté au passage les accents mystiques.

Rappelons à cet égard que l’emblème juif le plus communément répandu s’appelle « sceau de Salomon » ou « bouclier de David ». Il se constitue de deux triangles entrelacés qui dessinent une étoile à six branches. C’est celui qui figure par exemple sur le drapeau de l’État d’Israël.

Or Leonard s’est confectionné, au fil du temps, son propre « sceau » à partir non pas de deux triangles, mais de deux cœurs.

Comment interpréter un tel logo ? On peut voir dans l’assemblage de ces deux cœurs l’union du masculin et du féminin, une sorte de yin-yang judaïsé.

Mais on peut aussi en proposer une autre lecture car ce dessin est apparu pour la première fois sur la couverture de la deuxième édition du Book of Mercy (Livre de la Miséricorde), le recueil de prières juives composé par Leonard. Aujourd’hui enrichi et compliqué d’éléments adventices, il s’accompagne parfois de la légende « Order of the Unified Heart », ce qui renvoie clairement à l’univers religieux. Dès lors, les deux cœurs ne représentent-ils pas celui de l’homme… et celui de Dieu ? Cet Ordre religieux d’un nouveau genre, Leonard en est d’ores et déjà le grand prêtre : n’est-ce pas la fonction primordiale du prêtre d’assurer ainsi la double médiation, de la terre vers le ciel et du ciel vers la terre ? Or « prêtre » se dit en hébreu… « cohen ».

Il faut citer à ce propos la superbe chanson qui s’adresse ainsi à l’Être divin : « Que ta miséricorde se déverse / sur tous ces cœurs qui brûlent en enfer / si c’est ta volonté / de nous faire du bien » (If it Be Your Will, album Various Positions).

Ici s’unissent bel et bien le cœur de l’homme (il s’agit d’une prière d’intercession) et celui de Dieu (prêt à répandre sa tendresse sur l’humanité).

Or selon un adage de la tradition juive : « la porte de la prière est parfois fermée, mais la porte de la miséricorde reste toujours ouverte ».

Une compassion intense envers les souffrants

Leonard a compris cette leçon. Et s’il n’adopte le ton de la prière que de manière exceptionnelle (par exemple dans Born in Chains et You Got Me Singing, deux chansons de l’album Popular Problems), il témoigne fréquemment d’une véritable compassion envers tous ceux qui crient : « de grâce, ne passez pas indifférents » (Please, Don’t Pass me by, album Live Songs), qu’il s’agisse de l’enfant encore à naître, de l’exclu, du handicapé, bref de tous les « pauvres » au sens biblique du terme. « Et je chante ceci pour le capitaine / dont le navire n’a pas été bâti / pour la maman bouleversée / devant son berceau toujours vide / pour le cœur sans compagnon / pour l’âme privée de roi / pour la danseuse étoile / qui n’a plus aucune raison de danser » (Heart With no Companion, album Various Positions).

Du reste, au-delà de toutes les formes religieuses, il convient de souligner que plusieurs textes de notre Juif errant évoquent la rencontre de Dieu. Ces expériences mystiques, que l’auteur suggère avec discrétion, peuvent avoir pour cadre une église (Ain’t no Cure for Love, album I’m Your Man), mais aussi une simple chambre (Love Itself, album Ten New Songs), voire un lieu indéterminé (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Pudeur cohénienne, mais aussi sans doute réticence juive à mettre un nom sur le « Sans-Nom ». « J’entends une voix qui m’évoque celle de Dieu », dit-il (Closing Time, album The Future) : n’est-ce pas elle qu’il faut reconnaître dans Going Home (album Old Ideas) : « J’aime parler avec Leonard… » ? Mais ce dialogue d’amour entre Leonard et son Dieu restera secret.

Chéri par les femmes, le David biblique apparaît également comme l’élu de Dieu, lequel déclare : « J’ai trouvé David, un homme selon mon cœur » (Actes des apôtres, 13, 22). Et notre barde de Montréal, comme en écho : « J’ai appris qu’il y avait un accord secret / que David jouait pour plaire au Seigneur » (Hallelujah, album Various Positions).

Mystique et critique

Outre les deux tonalités que l’on vient d’évoquer, la lyrique et la mystique, il existe un troisième registre, non moins prégnant chez Leonard : c’est celui du constat désabusé, parfois même désespéré pour ne pas dire nihiliste. Donnons-en quelques échantillons : « Les pauvres restent pauvres et les riches s’enrichissent / c’est comme ça que ça se passe / tout le monde le sait » (Everybody Knows, album I’m Your Man) ; « De parcourir le journal / ça donne envie de pleurer / tout le monde s’en fiche que les gens / vivent ou meurent » (In my Secret Life, album Ten New Songs) ; « Je n’ai pas d’avenir / je sais que mes jours sont comptés / le présent n’est pas si agréable / juste pas mal de choses à faire / je pensais que le passé allait me durer / mais la noirceur s’y est mise aussi » (The Darkness, album Old Ideas) ; « J’ai vu des gens qui mouraient de faim / il y avait des meurtres, il y avait des viols / leurs villages étaient en feu / ils essayaient de s’enfuir » (Almost Like the Blues, album Popular Problems).

Et rien n’échappe à cet acide corrosif, pas même l’amour des femmes. Nous voilà loin de la célébration de l’éros, comme si l’on était passé du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2).

Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse.

Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)…

Qu’il me soit permis de citer pour finir un souvenir personnel. Lors de ma première rencontre avec Leonard (une après-midi entière dans le jardin d’un hôtel particulier parisien), je lui ai posé la question : « Leonard, tu es juif ; tu es en train de parler avec un prêtre catholique ; on sait que tu t’intéresses beaucoup au bouddhisme : comment tout cela tient-il ensemble ? »

Réponse : « Oui, je suis juif, et cela a beaucoup d’importance pour moi ; j’ai des amis catholiques, et j’ai grand plaisir à parler avec eux ; je fais des séjours au monastère de Mount Baldy. Mais tu vois, pour moi, tout cela ce sont des chemins. Ce qui importe, c’est le but. La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu »…

Y a-t-il beaucoup de célébrités, dans le monde du show-biz, qui pourraient dire en toute vérité : « La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu » ?

Voir enfin:

Leonard Cohen, mort d’un artiste légendaire

Le poète et chanteur canadien Leonard Cohen s’est éteint à l’âge de 82 ans, a annoncé son entourage ce 10 novembre. Amoureux des mots, monstre sacré de la musique, il laisse derrière lui une carrière de plus de cinquante ans de succès qui ont traversé les générations. « Tu nous manqueras », a dit le Premier ministre canadien Justin Trudeau, dans un vibrant hommage au musicien disparu.

Leonard Cohen est mort, a annoncé son entourage ce 10 novembre 2016, quelques jours après la sortie de son dernier album You want it darker, hanté par la mort. L’homme, au visage d’acteur qui ne se défaisait que rarement de son chapeau et de sa guitare ou de son harmonica, avait 82 ans.

Né à Montréal le 21 septembre 1934, Leonard Cohen se met à la guitare dès l’adolescence et forme, quelques années plus tard le groupe de country music Buckskin Boys. Etudiant à l’université de Montréal, le musicien, qui est aussi homme de lettres, publie ses premiers poèmes dans une revue étudiante. Il n’a que 18 ans quand est édité un recueil de ses poésies. Le nom de Leonard Cohen commence à se répandre.

Le jeune homme ne cache pas son amour pour les romanciers français comme Camus et Sartre, pour le poète espagnol Federico Garcia Lorca, l’Irlandais William Butler Yeats, et pour la Bible, « les poésies de la Bible », confiait-il.

Leonard Cohen s’envole pour Londres à la fin des années 1960 puis décide de s’installer sur une île grecque, Hydra, lieu propice à l’inspiration, en 1960. Là-bas, il acquiert une maison qu’il gardera quarante ans et continue d’écrire des poèmes et des romans. En 1966, à la publication de Beautiful Losers même si le nombre de ventes n’est pas énorme, le Boston Globe déclare que « James Joyce n’est pas mort. Il vit sous le nom de Leonard Cohen ».

« Suzanne »

Puis Leonard Cohen se lance dans la chanson. Il côtoie Joan Baez, Bob Dylan, Lou Reed, etc. C’est grâce au titre très minimaliste « Suzanne », l’ex-épouse d’un de ses amis, qu’il parvient à fouler les planches de la scène musicale en 1967, aux Etats-Unis où il s’est installé. La même année il sort son premier album, Songs of Leonard Cohen, salué par la critique européenne.

Mais il faut attendre Songs from a Room (1969), pour que la future star planétaire soit reconnue, avec, entre autres, les titres « Bird on the Wire », « Story of Isaac » et « The Partisan ». Leonard Cohen va ensuite composer plus d’une dizaine d’albums, et sortir de nombreux live. Son très spirituel et mystique (et planétairement connu) « Hallelujah » sort en 1984 sur l’album Various Positions. Le changement de ton apparaît, ainsi que les synthétiseurs, en 1988 sur I’m Your Man. Pour ses 80 printemps sort Popular Problems, un album empreint de blues encensé par la critique internationale. Le charme inconditionnel de Leonard Cohen opère, encore et toujours.

Durant toute sa carrière d’écrivain, de musicien, de compositeur, Leonard Cohen n’aura presque écrit et chanté que les mêmes thèmes. L’amour et la passion bien sûr et l’espoir, mais aussi religion, la rédemption, la sexualité, la drogue, l’imperfection de la condition humaine et la solitude, un sujet dont il ne se défait que rarement, lui qui avouait être chroniquement en dépression.

Un homme mystique et charismatique

Leonard Cohen a grandi au sein d’une famille juive d’ascendance polonaise. Son grand-père était rabbin et son père, décédé alors qu’il n’a que 9 ans, a été le créateur du journal The Jewish Times. « Monsieur Cohen est un juif observant qui respecte le shabbat même lorsqu’il est en tournée », écrit le New York Times en 2009.

Parallèlement à sa judéité, Leonard Cohen se retire de la vie publique durant près de cinq ans (1994-1999) dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, en plein désert californien. Certains se demandent alors comment il peut être à la fois juif pratiquant et bouddhiste. « Pour commencer, dans la tradition du Zen que j’ai pratiquée, il n’y a pas de service de prière et il n’y a pas d’affirmation de déité. Donc, théologiquement, il n’y a pas d’opposition aux croyances juives », racontera l’artiste.

En 1996, Leonard Cohen est ordonné moine zen, il porte le nom de Jikan, « le silencieux ». Il faudra attendre 2001 pour retrouver le chanteur et poète, avec le sublime Ten New Songs, coécrit avec Sharon Robinson. Le compositeur, toujours très énigmatique, avoue devoir prendre son temps pour écrire, il est en quête perpétuelle de réflexion… et de perfection.

Pour sa carrière multiforme, Leonard Cohen se voit décerner de nombreuses récompenses, dont celle en 2003 de compagnon de l’Ordre du Canada, de membre du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, membre du Rock and Roll Hall of Fame en 2008.

Des centaines de reprises et une influence sur de nombreuses générations

Parce que Leonard Cohen est un homme « à part » dans la chanson, allant de la musique folk à la pop en passant par le blues et l’électro, il n’a eu de cesse d’inspirer de nombreux artistes qui ont aussi repris, et parfois traduit, ses propres chansons.

Plus de 1 500 titres du poète chanteur ont été repris. Il en va ainsi de dizaines d’artistes de renommée mondiale, dont Nina Simone, Johnny Cash, Willie Nelson, Joan Baez, Bob Dylan, Nick Cave, Peter Gabriel, Alain Bashung, Graeme Allwright, Suzanne Vega, sans oublier la version bouleversante d’ « Hallelujah » par Jeff Buckley.

Leonard Cohen a de son côté très rarement repris des titres dont il n’était pas l’auteur. Parmi eux, sa réinterprétation de « La complainte du partisan » (dont la musique est signée Anna Marly, coautrice avec Maurice Druon et Joseph Kessel du « Chant des partisans »). « The Partisan », sera aussi repris à son tour par Noir Désir.

Le 29 juillet 2016, Marianne Ihlen, la muse norvégienne de Leonard Cohen pour qui il compose « So, long, Marianne » disparaît à l’âge de 81 ans. Leonard Cohen, deux jours avant la mort de « la plus belle femme qu’il ait jamais connue », lui écrit une lettre. « Eh bien, Marianne, voici venu le temps où nous sommes vraiment si vieux que nos corps partent en morceaux, et je crois que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi qu’en tendant ta main, tu peux toucher la mienne (…) Je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons. » So long, Leonard Cohen.

Voir par ailleurs:

The Chosen Few
Has an emphasis on education been bad for the Jewish population?
Steven Weiss
Slate
Nov. 9 2012

Jews, as a whole, have done very well for themselves in the West since World War II: Besides the aforementioned Nobel prizes, American Jews, according to one of the largest studies, are nearly twice as likely to have a college degree as the average American and more than four times as likely to have a graduate degree. This translates into a serious economic advantage: American Jews are roughly 33 percent more likely to be employed in a high-status job category, and Jewish households here report around 25 percent higher income than the average American household.

While examining such a phenomenon would have been unthinkable a few decades ago—when Jews generally tended to be more frightened of raising the kinds of topics anti-Semites like to talk about—the past decade or so has seen a wellspring of effort devoted to tackling what’s variously described as Jewish « literacy, » « superiority, » or any number of other things, including « chosenness. »

The core theory usually derives from a mix of two themes that stand out in Jewish history: an emphasis on education and a tendency to be persecuted. For the former, the rabbis of the Talmud and thereafter were fierce advocates of universal primary education, with the best-known example being a Jewish boy indicating his achievement of Jewish adulthood by reading publicly from the Torah at a bar mitzvah. (Universal primary education was boys-only until at least the late 19th century.) In regard to persecution, a common notion is that Jews weren’t allowed to own land throughout much of their history in exile and thus were forced to invest in a form of personal capital that could be of value across geographies. There are other theories, too, some even including a notion of simple genetic superiority, by way of an idea that Jewish communities modified natural selection through upholding scholars as examples of the proper way to be, providing them the choicest wives and expecting them to have many children.

The problem with so many of the theories thus far expounded is that they have gaping holes in logic or evidence so large that let’s just say they’d never make it into the Talmud. By far the largest fault with them is the reality that many of these arguments rely on an idea of the Jewish past that we don’t have any good reason to think is true; just because the rabbis desired it doesn’t mean it was necessarily so. And our overall received notions of a Jewish community that was fiercely observant and often Orthodox also have little evidence to back them up. (And, as Alana Newhouse revealed a couple of years ago, even the images we have of a fiercely pious Jewish shtetl have been largely manipulated.)

Maristella Botticini and Zvi Eckstein started jawing over the issue of the Jews’ economic history in the Boston University cafeteria 12 years ago, and the resulting research, conferences, and communication since has produced the first of a two-volume work, The Chosen Few, that tackles these issues in a way no one has before, taking an interdisciplinary approach to this basic question.

By combining a very thorough look at the historical record with new economic and demographic analyses, the authors summarily dismiss a great many of the underlying assumptions that have produced theories around Jewish literacy in the past. Where many tied the Jewish move into professional trades to the European era when Jews were persecuted, Botticini and Eckstein bring forward evidence that the move away from the unlettered world of premodern agriculture actually happened a thousand years earlier, when Jews were largely free to pursue the profession of their choice. And where so many have simply taken as a given universal literacy among Jews, the economists find that a majority of Jews actually weren’t willing to invest in Jewish education, with the shocking result that more than two-thirds of the Jewish community disappeared toward the end of the first millennium.

Botticini and Eckstein pore over the Talmud and notice the simple fact that it’s overwhelmingly concerned with agriculture, which, in conjunction with archaeological evidence from the first and second century, paints a picture of a Jewish past where literacy was the privilege of an elite few. But these rabbis were also touting a vision of a future Judaism quite different from that which had been at least symbolically dominant for much of Jewish history to that point. Where a focus on the Temple in Jerusalem, with ritual sacrifices and the agricultural economy they required being the standard to that point, these rabbis—broadly speaking, the Pharisees—sought to emphasize Torah reading, prayer, and synagogue. When the sect of Judaism that emphasized the Temple—broadly, the Sadducees—was essentially wiped out by the Romans shortly after the time of Jesus, the Pharisaic leaders, in the form of the sages of the Talmud, were given a mostly free hand to reshape Judaism in their own image. Over the next several hundred years, they and their ideological descendants codified the Talmud and declared a need for universal Jewish education as they did so.

All of this history is widely known and understood, but what Botticini and Eckstein do differently is trace this development alongside the size of the Jewish population and their occupational distribution. The Jewish global population shrunk from at least 5 million to as little as 1 million between the year 70 and 650. It’s not surprising that a conquered people, stifled rebellions, and loss of home would lead to population shrinkage, but Botticini and Eckstein argue that « War-related massacres and the general decline in the population accounted for about half of this loss. » Where did the remaining 2 million out of 3 million surviving Jews go? According to them, over multiple generations they simply stopped being Jewish: With the notion of Jewish identity now tied directly to literacy by the surviving Pharisaic rabbis of the Talmud, raising one’s children as Jews required a substantial investment in Jewish education. To be able to justify that investment, one had to be either or both an especially devoted Jew or someone hoping to find a profession for his children where literacy was an advantage, like trade, crafts, and money lending. For those not especially devoted and having little hope of seeing their children derive economic benefit from a Jewish education, the option to simply leave the Jewish community, the economists argue, was more enticing than the option to remain as its unlettered masses. Two-thirds of the surviving Jewish population, they assert, took that route.

This distinct twist of the population story, which accompanies research showing a shift from nearly 90 percent of the Jewish population engaging in agriculture to nearly 90 percent engaging in professional trades over that same several hundred years, addresses a key problem of previous theories of Jewish literacy: determining what happened to those who wouldn’t be scholars.

Botticini and Eckstein bring other evidence of Jewish tradition generating success in trade. An extrajudicial system of rabbinical courts for settling disputes allowed for the development of the kind of trust required for commercial enterprises to grow. A universal language of Hebrew eased international negotiations. And in a devastating critique of the theory that persecution actually pushed this economic shift along, the economists examine the societies in which Jews originally developed this bias toward trades and find Jews faced no particular discrimination that would have made them less successful in agriculture. In fact, they show, Jews were often discriminated against precisely because of their emphasis on trade, such as in their expulsion from England in 1290, which only came after they were repeatedly told to give up the profession of money lending (eventually echoed in Ulysses S. Grant’s order to expel the Jews from the territory under his command during the Civil War).

And so the Jewish people have grown into a people of two intertwined legacies: a culture in which the Jewishly literate continue to pass the torch and one in which an emphasis on trades was necessary to continue to do so for all but the most fervently devoted. When a given family stopped being devoted or wealthy enough, it simply faded away.

The astonishing theory presented here has great implications for both the Jewish community and the broader world today. For an American Jewish community in which more than 75 percent of day school students are now Orthodox and the top concern for most Orthodox families in repeated surveys is finding a way to pay for ever-increasing tuition costs, the price of admission to the highly affiliated Jewish community is not just a large amount of ritual observance but also a basic need to join the 1 percent—or nearly so. Frequently, one can hear Orthodox Jews joke that $250,000 a year is « minimum wage » for the community; certainly, this overstates things but only by so much. In the New York area, elementary school often carries a price tag of $15,000-$25,000 in post-tax dollars per year; at the high-school level, some tuition rates are well into the $30,000 range. Outside of the New York area, tuition is generally lower, but so is the average income. And as Botticini and Eckstein predicted for their medieval models, modern American Jews who are fiercely devoted but without high incomes will endure significant financial sacrifice to maintain their Jewish lifestyles: The ultra-Orthodox enclave of Kiryas Joel, N.Y., is the poorest city in the country, and ultra-Orthodox communities broadly are frequently both poor and heavy recipients of government assistance.

And for most of the 80 to 90 percent of families representing the non-Orthodox portion of the Jewish community in America, the cost of Jewish education has simply meant great numbers growing up without the ability to read Hebrew or engage with the Bible and other Jewish texts.

Here we see precisely the same dichotomy that Eckstein and Botticini saw in the early years of post-Temple rabbinic Judaism: The especially devoted and wealthy provide their children with a Jewish education, but many others see too high a price in either or both of time and money and so choose a different path.

And yet, so many of today’s unlettered Jews have been able to retain at least some sense of Jewish identity, where their predecessors 1,500 years ago could not. A majority of American Jews today are unaffiliated with the synagogues the Pharisaic rabbis emphasized, and yet 79 percent report feeling « very positive » about being Jewish. In part, Botticini and Eckstein would likely argue, that’s because of America’s unique tolerance of Jews, which removes the economic disincentive of maintaining an identity as a Jewish minority even when one doesn’t have a very strong connection to Judaism.

At the same time, today’s unaffiliated Jews no longer face an economic disadvantage relative to those attending Jewish schools: The aim for universal literacy in America broadly, and increasingly in all corners of the world, has led to the same kinds of professional opportunities for many people in the way that Jews used to have largely to themselves. Or, as Eckstein put it in an interview with me, « Almost everybody has become Jewish, because almost everybody is literate. »

Voir aussi:

Maristella Botticini

April 18, 2013

A note from Paul Solman: Nine years ago, someone sent me an academic paper that put forward a radically new explanation of why Jews have been so successful economically. Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem.

You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South?

Botticini and Eckstein have spent their careers studying not Christianity, but Judaism. And they have now come out with a book elaborating on their novel thesis: “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492,” published by the Princeton University Press.


Maristella Botticini and Zvi Eckstein: Imagine a dinner conversation in a New York or Milan or Tel Aviv restaurant in which three people–an Israeli, an American, and a European — ask to each other: “Why are so many Jews urban dwellers rather than farmers? Why are Jews primarily engaged in trade, commerce,
entrepreneurial activities, finance, law, medicine, and scholarship? And why have the Jewish people experienced one of the longest and most scattered diasporas in history, along with a steep demographic decline?”


Most likely, the standard answers they would suggest would be along these lines: “The Jews are not farmers because their ancestors were prohibited from owning land in the Middle Ages.” “They became moneylenders, bankers, and financiers because during the medieval period Christians were banned from lending money at interest, so the Jews filled in that role.” “The Jewish population dispersed worldwide and declined in numbers as a result of endless massacres.”

Imagine now that two economists (us) seated at a nearby table, after listening to this conversation, tell the three people who are having this lively debate: “Are you sure that your explanations are correct? You should read this new book, ours, “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History,” and you would learn that when one looks over the 15 centuries spanning from 70 C.E. to 1492, these oft-given answers that you are suggesting seem at odds with the historical facts. This book provides you with a novel explanation of why the Jews are the people they are today — a comparatively small population of economically successful and intellectually prominent individuals.”

Suppose you are like one of the three people in the story above and you wonder why you should follow the advice of the two economists. There are many books that have studied the history of the Jewish people and have addressed those fascinating questions. What’s really special about this one?

To understand the spirit of the study we’ve undertaken, one should borrow two tools: a magnifying glass and a telescope. With the magnifying glass, the reader will be like a historian, who focuses on a place and a time period, painstakingly digs through the sources, and carefully documenting the historical trajectory of the Jews there. A thousand such scholars will offer a detailed description of the history of the Jews in hundreds of locales throughout history.

But with the telescope, the reader will be like an economist, who assembles and painstakingly compares the information offered by the works of the historians, creates a complete picture of the economic and demographic history of the Jewish people over 15 centuries, and then uses the powerful tools of economic reasoning and logic to address one of the most fundamental questions in Jewish history:

Why are the Jews, a relatively small population, specialized in the most skilled and economically profitable occupations?

In doing so, the “alliance” of the historians and the economists offers a completely novel interpretation of the historical trajectory of the Jews from 70 to 1492. In turn, this may help us understand several features of the history of the Jewish people from 1500 up to today, including the successful performance of the Israeli economy despite the recent economic crisis.

The journey of “The Chosen Few” begins in Jerusalem, following the destruction of the Second Temple in the year 70, continues in the Galilee during the first and second centuries, moves to Babylon in Mesopotamia during the fourth and fifth centuries, and then to Baghdad in the second half of the first millennium when the Muslim Abbasid empire reaches its economic and intellectual apex.

At the turn of the millennium, the historical voyage reaches Cairo, Constantinople, and Cordoba, and soon after the whole of western and southern Europe, then turns back to Baghdad in the 1250s during the Mongol conquest of the Middle East before ending in Seville in 1492.

During these 15 centuries, a profound transformation of Judaism coupled with three
historic encounters of the Jews — with Rome, with Islam, and with the Mongol Conquest — shaped the economic and demographic history of the Jewish people in a unique and long-lasting way up to today.

Let’s first start describing the profound transformation of Judaism at the beginning of the first millennium, which has been amply documented by scholarly works. In the centuries before 70, the core of Judaism was centered around two pillars: the Temple in Jerusalem, in which sacrifices were performed by a small elite of high priests, and the reading and the study of the Written Torah, which was also restricted to a small elite of rabbis and scholars. (It was the power of this elite that the Jew Yeshua ben Josef, later know as Jesus Christ, so often decried.)

The destruction of the Temple in 70 at the end of the first Jewish-Roman war was the first of the three external events which permanently shaped the history of the Jewish people. Momentously, it canceled one of the two pillars of Judaism, shifting the religious leadership within the Jewish community from the high priests in Jerusalem to a much more widely dispersed community of rabbis and scholars. In so doing, it transformed Judaism into a religion whose main norm required every Jewish man to read and to study the Torah in Hebrew himself and, even more radically, to send his sons from the age of six or seven to primary school or synagogue to learn to do the same.

In the world of universal illiteracy, as it was the world at the beginning of the first millennium, this was an absolutely revolutionary transformation. At that time, no other religion had a similar norm as a membership requirement for its followers, and no state or empire had anything like laws imposing compulsory education or universal literacy for its citizens. The unexpected consequences of this change in the religious norm within Judaism would unfold in the subsequent centuries.

To understand what happened to the Jewish people in the eight centuries after 70, “The Chosen Few” asks the reader to travel back in time to a village in the Galilee around the year 200. What would the reader see?

They would see Jewish farmers, some rich, some poor who have to decide whether to send their children to primary school as their rabbis tell them to do. Some farmers are very attached to Judaism and willing to obey the norms of their religion, others are not very devout and consider whether or not to convert to another religion. In this rural economy, educating the children as Judaism requires is a cost, but brings no economic benefits because literacy does not make a
farmer more productive or wealthier.

Given this situation, what would economic logic predict? What would likely happen to Judaism and the Jewish people? Given a high preference for religious affiliation, some Jews will educate their children and will keep their attachment to their religion. Other Jews, however, will prefer their material well-being and will not educate their children. Furthermore, a portion of this latter group will likely convert to other religions with less demanding requirements. And so, over time, even absent wars or other demographic shocks, the size of the Jewish population will shrink because of this process of conversions.

But are the predictions of the economic theory consistent with what really happened to the Jews during the first millennium? The historical evidence assembled in our book says yes. The implementation of this new religious norm within Judaism during the Talmud era (third to sixth centuries) determined two major patterns from 70 C.E. to the early 7th century.

The first of these trends was the growth and spread of literacy among the predominantly rural Jewish population. The second: a slow but significant process of conversion out of Judaism (mainly into Christianity) which, caused a significant fall in the Jewish population — from 5 to 5.5 million circa 65 to roughly 1.2 million circa 650. War-related massacres and epidemics contributed to this drastic drop, but they cannot by themselves explain it.

At the beginning of the 7th century, the Jews experienced their second major historic
encounter — this time with Islam. In the two centuries after the death of Mohammed, in 632, the Muslim Umayyad and, later, Abbasid caliphs, established a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India and China, with a common language (Arabic), religion (Islam), laws, and institutions. Concomitant with the ascent of this empire, agricultural productivity grew, new industries developed, commerce greatly expanded, and new cities and towns developed. These changes vastly increased the demand for skilled and literate occupations in the newly established urban empire.

How did this affect world Jewry? Between 750 and 900, almost all the Jews in Mesopotamia and Persia — nearly 75 percent of the world’s remaining 1.2 million Jews — left agriculture, moved to the cities and towns of the newly established Abbasid Empire, and entered myriad skilled occupations that provided higher earnings than as farmers. Agriculture, the typical occupation of the Jewish people in the days of Josephus in the first century, was no longer their typical occupation seven to eight centuries later.

This occupational transition occurred at a time in which there were no legal restrictions on Jewish land ownership. The Jews could and did own land in the many locations of the vast Abbasid Muslim Empire. And yet, Jews moved away from farming. This is of vital importance.

Modern explanations of why the Jews became a population of craftsmen, traders, shopkeepers, bankers, scholars, and physicians have relied on supposed economic or legal restrictions. But these do not pass the test of the historical evidence.

This is one of our main and novel messages: mass Jewish literacy was key. It enabled Jews — incentivized Jews — to abandon agriculture as their main occupation and profitably migrate to Yemen, Syria, Egypt, and the Maghreb.

The tide of migrations of Jews in search of business opportunities also reached Christian Europe. Migrations of Jews within and from the lands of the Byzantine Empire, which included southern Italy, may have set the foundations, via Italy, for much of European Jewry. Similarly, Jews from Egypt and the Maghreb settled in the Iberian Peninsula, and later, in Sicily and parts of southern Italy.

The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings.

Once the Jews were engaged in these occupations, there was no economic pressure to convert, which is consistent with the fact that the Jewish population, which had shrunk so dramatically in earlier times, grew slightly from the 7th to the 12th centuries.

Moreover, this comparative advantage fostered the voluntary diaspora of the Jews during the early middle ages in search of worldwide opportunities in crafts, trade, commerce, moneylending, banking, finance, and medicine.

This in turn would explain why the Jews, at this point in history, became so successful in occupations related to credit and financial markets. Already during the 12th and 13th centuries, moneylending was the occupation par excellence of the Jews in England, France, and Germany, and one of the main professions of the Jews in the Iberian Peninsula, Italy, and other locations in western Europe.

A popular view contends that both their exclusion from craft and merchant guilds and usury bans on Muslims and Christians segregated European Jews into moneylending during the Middle Ages. But our study shows, with evidence we have come upon during more than a decade of research, that this argument is simply untenable.

Instead, we have been compelled to offer an alternative and new explanation, consistent with the historical record: the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets:

  • capital already accumulated as craftsmen and traders,
  • networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and
  • literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors.

With these assets, small wonder that a significant number of Jews specialized in the most profitable occupation that depended on literacy and numeracy: finance. In this sector they worked for many centuries. As they specialized, just as Adam Smith would have predicted, they honed their craft, giving them a competitive advantage, right up to the present.

But what if the economy and society in which the Jews lived, suddenly ceased being urban and commercially-oriented and turned agrarian and rural, reverting to the environment in which Judaism had found itself centuries earlier?

The third historic encounter of the Jews — this time with the Mongol conquest of the Middle East — offers the possibility to answer this question. The Mongol invasion of Persia and Mesopotamia began in 1219 and culminated in the razing of Baghdad in 1258. It contributed to the demise of the urban and commercial economy of the Abbasid Empire and brought the economies of Mesopotamia and Persia back to an agrarian and pastoral stage for a long period.

As a consequence, a certain proportion of Persian, Mesopotamian, and then Egyptian, and Syrian Jewry abandoned Judaism. Its religious norms, especially the one requiring fathers to educate their sons, had once again become a costly religious sacrifice with no economic return. And so a number of Jews converted to Islam.

Once again, persecutions, massacres, and plagues (e.g., the Black Death of 1348) took a toll on the Jewish population in these regions and in western Europe. But the voluntary conversions of Jews in the Middle East and North Africa, we argue, help explain why world Jewry reached its lowest level by the end of the 15th century.

The same mechanism that explains the decline of the Jewish population in the six centuries after the destruction of the Second Temple, that is, accounts for the decline of the Jewish communities of the Middle East in the two centuries following the Mongol shock.

None of this was planned. The rabbis and scholars who transformed Judaism into a religion of literacy during the first centuries of the first millennium, could not have foreseen the profound impact of their decision to make every Jewish man capable of reading and studying the Torah (and, later, the Mishna, the Talmud, and other religious texts).

However, an apparently odd choice of religious norm–the enforcement of literacy in a mostly illiterate, agrarian world, potentially risky in that the process of conversions could make Judaism too costly and thus disappear–turned out to be the lever of the Jewish economic success and intellectual prominence in the subsequent centuries up to today. This is the overall novel message of “The Chosen Few.”


Maristella Botticini is professor of economics, as well as director and fellow of the Innocenzo Gasparini Institute for Economic Research (IGIER), at Bocconi University in Milan.

Zvi Eckstein is the Mario Henrique Simonson Chair in Labor Economics at Tel Aviv University and professor and dean of the School of Economics at IDC Herzliya in Herzliya, Israel.

Their current book, “The Chosen Few,” won the National Jewish Book Award for scholarship. Addressing the puzzles that punctuate Jewish history from 1492 to today is the task of the next journey, which the authors will take in their next book, “The Chosen Many.”

Voir également:

The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492

Maristella Botticini, Zvi Eckstein

Princeton – Oxford: Princeton University Press,  2012, pp. xvii-323 (Kindle Edition).
(Heb. Transl. Haim Rubin, Tel Aviv, 2012; It. Transl. Università Bocconi Editore, Milano, 2013)

Cristiana Facchini

The Return of the Grand Narrative

In 1899, Henry Dagan published a short collection of interviews under the title Enquête sur l’antisemitisme.1 All the most prominent French and Italian intellectuals of socialist beliefs were asked a few questions about the rise and spread of anti-Semitism. Amongst the many different answers given for it, a particular one emerged.

Most likely owing to a common socialist culture, the intellectuals that took part in this project explained that the rise of new forms of anti-Semitism could be better understood through the economic prism, therefore presenting anti-Semitism as a response to the economic struggle intensified by capitalism, and ultimately as a form of resentment that spread amongst impoverished middle classes. The chief editor of the Journal des économistes established a parallel that was almost a myth. He claimed that anti-Semitism and hatred against the Jews were to be compared to the expulsion of the Huguenots from France in seventeenth century, as economic and religious persecution usually ran parallel. The religious persecutions of the Huguenots could be explained as economic persecution that applied perfectly to Jews of the nineteenth century. According to this explanation, Catholic religious intolerance caused the expulsion of the most dynamic factions of society, and thus provoked the decline of Catholic nations. Surprisingly enough, this explanation was grounded in seventeenth century Jewish thought, an argument that was originally elaborated by Simone Luzzatto, a learned and sophisticated Venetian rabbi, in an attempted plea for tolerance of the Jews according to the doctrine of raison d’état.2 The decline of Catholic countries was later to be explained as the result of the expulsion of Jews and the rise of new mercantile nations that preached religious tolerance, namely, those of Protestant leaning. How these arguments developed since the early modern period cannot be explored here. Nevertheless, they provide an ideal framework for the understanding of recent trends in historiography of the Jews and Judaism.

Religion and economy have been at the core of scholarly debate and public discussion since the inception of modernity as such. The groundbreaking work of Max Weber and his underlining critique of Marxist interpretation of religion and economy played – and in some ways continue to play – a key role in addressing research in the field of religion and economic modernization. Weber also assigned a significant role to Judaism, although his work contributed to fueling an enormous debate and some resentful reactions, especially from Jewish intellectuals.3 Ever since, historians have been debating the relationship between religion and economy, with each historiographical tradition opposing, criticizing, supporting or correcting Weber’s hypothesis.4

Scholarly research on the economic behavior of religious minorities, and more precisely of merchant communities, has attracted a lot of attention. Works such as Yuri Slezkin and Francesca Trivellato, to mention just a few, analyzed the role of religious and ethnic minorities and the services they provided for their host communities from different angles.5 Historiography on port-cities has suggested that religious minorities – and Jews especially – offered highly specialized services, which added to shaping a certain path to modernity.6

While the above-mentioned works dealt with early modern and modern Jewish history, certainly providing  a ‘grand narrative,’ works that embrace the long sweep of Jewish history, or even the whole notion of Judaism, are much rarer in the context of postmodern narratives. In this sense, the book of Maristella Botticini and Zvi Eckstein is a novelty in the recent historiographical setting, and therefore calls for a short commentary.

The Chosen Few is a book that encompasses the history of the Jews from the destruction of the Second Temple (70 CE) to the expulsion from Spain in 1492. Attempts to write a comprehensive history of Judaism are very rare: there are a few excellent exceptions, with the most outstanding examples being sociologist Shemuel N. Eisenstadt’s Jewish Civilization and Judaism by Catholic theologian Hans Kung. Both perspectives are culturally charged, the first one being from a Jewish standpoint, and the second from a Christian stance. Nevertheless, both are interesting as they convey modes of understanding Judaism in its extraordinary long history and in holistic terms: as a complex religious system, and subsequently, as a civilization that coped with many challenges of various natures.

Ancient Judaism underwent a form of seismic modification that, as Botticini and Eckstein describe, redefined the religious structure of Judaism. The most typical example is the disappearance of the sacrificial system that was organized around the temple of Jerusalem following its destruction in 70 CE. The political collapse of ancient Judaism is the starting point of the Chosen Few, which aims at understanding the epochal changes of rabbinical Judaism, and more precisely, the kind of culture Judaism prompted after what might aptly be called the great “trauma” of the collapse of its ancient and central structure. The Chosen Few deals with the relationship between religious rules and literacy, and accordingly, it attempts to investigate the transformation that Judaism underwent through a relatively long formative period. More precisely, the authors are interested in reassessing some tenets of Jewish history, from late antiquity to the early Renaissance, as they claim in their book.

The Chosen Few is divided into ten chapters, each one dealing with a specific topic: the first one introduces the general theme of the book, and particularly deals with the issue of demography; the second aims at assessing whether or not the Jews were a persecuted minority; the third chapter progresses through a chronological path and deals with the introduction of new rules related to religious literacy as a feature of ancient Judaism; chapter  four is mainly theoretical, whereas chapter five delves into the consequences of literacy from 200-650. The sixth chapter follows up on and analyzes the transformation of Jews from farmers into merchants (750-1150); the seventh deals with migration and the eighth with the key issue of segregation and money-lending (1000-1500); the ninth introduces a lesser-known topic, which is the impact of the Mongol conquest, and finally, the last chapter summarizes the results and offers new insight into future research.

The table of contents clearly reflects major trends in historiography of the latest decades, although both authors address one of the main issues that have been on the agenda of historians and social scientist since the nineteenth century, when historiography on Jews and Judaism developed into a more or less professional discipline. How and why did Jews turn to certain specific professions, namely money-lending, medicine, trade, and a few other specialized urban occupations? The debate over Jews, Judaism and economy is an important part of Western thought, not to mention the very problematic essay composed by Marx on the “Jewish Question”, which fired, along with other writings on religion, the scholarly and public debate on religion and its role in society. These questions reflected a different problem as well, which was related to the process of political emancipation of the Jews in European society. The issue over role of the Jews in the past was twofold, and reflected changes in the process of Jewish integration throughout the nineteenth and early twentieth century. On one hand, supporters of Jewish emancipation suggested that the Jewish economic structure and specialization should also be changed, and that Jews must be permitted to practice professions that they were previously barred from, due to religious hatred. Political emancipation and reforms, like the ones implemented in the Hapsburg Empire, contributed to a great extent in shifting the professional position of the Jews. These achievements and their relatively successful integration into the fabric of modern society incited resentment and new forms of anti-Semitism.

Historians and Jewish historiography in particular underlined how Jews were pushed by legal restrictions and impediments into despised and risky professions, namely to the performance of what was considered “polluted activities.” This was especially true in Christian societies where, though often with a certain ambivalence, some economic activities were forbidden for specific social groups. Authors of The Chosen Few challenge a set of these historical explanations, and expressly claim that they are retroactive historiographical answers that may not be applicable to the history of the Jews in late antiquity and the medieval period. Let us briefly follow the authors on their journey.

The first assumption is that Jews in the ancient world (200b BCE – 200 CE) who lived in Eretz Israel were mainly occupied in agricultural activities. In a time span of a few centuries however, Jews of the Diaspora had dramatically changed their economic and professional position. How had that come into being? The change is particularly indebted to the introduction of a rule that proved to be central, according to Botticini and Eckstein’s account.  It is precisely the rule attributed to Yehoshua ben Gamla, a priest mentioned in the early rabbinic texts, according to which a compulsory obligation to teach Torah to children was enforced as a communal regulation. In comparative terms, this norm was introduced in the background of a religious world that was modeled after the rules of ancient religions, which focused on sacrificial offerings and temple activities, initiation and magic, fasting and prayers.7 Despite their different beliefs and ritual structure, Roman and Greek religions, alongside Zoroastrianism, mysteries religions, Orphic and Dionysian cults, and Mithraism never implemented a law that imposed significant textual knowledge of a written sacred tradition. For historians of religion this is an important innovation indeed, even though the imminent spread of Christianity and Islam would introduce a great number of additional transformations to the religious world of late antiquity.8 We will not discuss the issue extensively; suffice it to note that literacy was not one of the primary interests of other religious groups, which preserved, transmitted and elaborated religious memory in different ways and through other means.

Compulsory Jewish education, the goal of which was primarily religious and not universal, contributed to redefining the borders of Judaism when the “religious market” was fluid and very diverse. In chapter four, the authors apply some known theories based on choice analysis and economic behavior. Moreover, they highlight how a religious system is defined according to its appeal and capability to attract or sustain its members. Religion is one of the many commodities that are available on a relative free market, and it is likely to attract or reject on the basis of its appeal. Men and women will choose according to their expectations and needs. “Religious affiliation typically requires some costly signal of belonging to a club or network,”9 and rabbinic Judaism required literacy and education. According to this norm, Jewish farmers had to send their children to school where the teaching of the Torah was enforced. In other words, it meant they had to invest time and resources in religious literacy, rather than having the help of their children in working the land. Any farming society would be well-acquainted with this problem.

On the basis of this assumption, the authors elaborate a model, which aims to explain the demographic crisis of Judaism between the first and seventh century, and the pattern of conversion. According to the model, the high cost of the norm was likely to drive away Jewish families that were unwilling to receive such low benefits or that were not wealthy enough to support such a request. The idealized Galilean village of around 200 CE, as it is envisioned by the authors, depicts several situations that are likely to provide an explanation for patterns of conversion in late antiquity. The religious farmer, whether wealthy or less so, would perform the norm because the benefits of belonging to the group were higher than the cost of literacy. Yet both the wealthy and the less affluent farmer might also choose to not obey the norm for a number of reasons, and thus would have to accept the social stigma that came with the label of am ha-aretz.10 Ultimately, they might decide to convert and join a different religious group, especially one of the many Christian sects that proliferated in the late antiquity period, and that were quite familiar, particularly those still following certain Jewish rules (as the Ebionites did). Rich and poor were likely to pay the cost of compulsory religious literacy and belong to the group; or, they might avoid the cost and live on the margin of the religious group, ultimately deciding to convert to another religion.

This theory is fascinating and offers new insight into what can be termed self-segregation rules, focusing, in this case for example, on literacy more than the laws of purity. It also provides an explanatory theory for conversion that is applicable to societies that are relatively open and pluralistic in their religious organization. Examples of microhistory, which are not provided for this period, might shed light on the opportunities, constraint and options made available to a small or larger group of Jews. Their choices would be determined by a number of factors that would influence their actions and practice.

The implementation of the rule of religious education spread during the Talmudic period (200-650) when the society of farmers became literate. Talmudic literature, Gaonic responsa and archeological evidence from synagogues indicate a strong emphasis on universal education.

The implementation of rule over education coincides with the demographic decline detected by scholars. Although figures vary, there is a scholarly consensus on the dramatic drop of the Jewish population between the fall of the temple and the end of the Talmudic period. The causes of this decline were usually attributed to the impact of wars, famine, plague and changes in fertility rates. However, Botticini and Eckstein claim that these explanations are not supported by evidence, and the only explanation for the demographic demise of the Jewish population is conversion. As the theory suggests, conversion of Jews to Christianity escalated as a result of religious rules that enforced increased literacy in the framework of a farming society.

In the following centuries major changes took place in the religion and culture of the Jews, and the structure of the Jewish Diaspora was reconfigured. What were the consequences of this process? From chapter six onward, the theory defined in the previous chapters is used to explain the main, though inadvertent, changes in the social structure of Judaism. The world of literate farmers was destined to develop into a world of urban professionals composed of merchants, doctors, craftsmen, and artisans. As a part of the old Diaspora vanished in highly Hellenized areas, a new Diaspora rose in those regions that underwent a religious revolution around the seventh century CE. The majority of Jews now lived in Mesopotamia and Persia, where they slowly abandoned agriculture and moved to villages in order to practice new professions. This transformation reached its apex after the establishment of the Abbasid Empire.11 “This occupational transition took about 150 years: by 900 the overwhelming majority of the Jews in Mesopotamia and Persia were engaged in a wide variety of crafts, trade, moneylending and medicine.”12

The rise of Islam and the establishment of a world-wide, highly urbanized and dynamic empire offered the ideal setting for the benefits enhanced by literacy. The authors claim that, in the changing context of the Muslim caliphate, religious literacy had “spillover effects,” meaning that skills acquired by learning to read and write might improve the ability to count, write contracts and letters, and therefore bolster practices of law-enforcement. The improvement in technology, science and art that accompanied the development of a sophisticated empire contributed to the dissemination of literacy at large, and these main changes in society contributed to reinforcing literacy among Jews. Using ample evidence from the Cairo Geniza and specifically Shelomo Goitein’s research, the authors highlight that literacy was spread among Jewish communities of the Muslim world, where, one should add, seventy percent of Jewry lived.

Following Avner Greif, the authors stress how rabbinic Judaism, with Talmudic and responsa literature, were able to build a system of legal protection which operated as a contract-enforcement mechanism, even in the absence of a state. In this sense, a common language and high literacy contributed to transforming Jewish settlements and their professional landscape radically, prompting a change that, according to Botticini and Eckstein, would continue in the following centuries.

The following chapters are devoted to describing the formation of a voluntary Diaspora, and focus on the rise of Western European Jewry. How did Jews arrive to the Christian countries of Western Europe?

Chapter seven and eight address the question of how the Diaspora came into being, and how Jews willingly moved from different areas – mainly to cities – in search of better social conditions and professional options. The arrival of Jews into the diverse and parceled Christian kingdoms of the Middle Ages suggests that Jews were invited, in small groups, to offer their highly specialized services. A parallel development in the cultural and religious milieu took place in the same period, with the emergence of the great rabbinic centers of France and Ashkenaz that contributed to normalizing support for these new settlements. By the year 1000, charters show that Jews could own land, and were involved in the fields of craft, trade and medicine in general, with highly specialized urban professions. However, money-lending was not a distinctively Jewish occupation. How did Jews become involved in money-lending?

The answer follows the path of argumentation which was set forth earlier. The authors explore different historical explanations, according to which Jews were pushed into money-lending: one suggests that they were thrust into it because of the exclusive membership of Christian guilds (Roth); another one emphasizes persecutions and portable capital as driving forces that produced this professional specialization, and the last explanation is given by Haym Soloveitchik, which regards the laws on buying and selling wine in medieval Europe. Because wine was a profitable commodity, Jewish involvement with this business needed to be formally and legally sanctioned from within the Jewish community. According to Soloveitchik, laws regulating wine trade and consumption were gradually softened by eminent rabbis – particularly Rashi –    and the strict rules that forbade Jews to drink, buy and sell wine produced by Gentiles was slowly lifted.

Botticini and Eckstein offer some historical examples of a Jewish preference for money-lending. Both English and French cases illustrate how Jews became preeminent in money-lending and how later, between the thirteen and the fourteenth century, they were slowly replaced by Christians, especially Lombards and Florentines. Jews were expelled from England in 1290, more than a century after the appearance of ritual murder libels. In France, after reaching a key role in money-lending, Jews were expelled at the end of fourteenth century, and the same pattern is traceable throughout German lands and elsewhere, with the exception of the Italian states and the Iberian Peninsula.

“We show that the entry and then specialization of the Jews in lending money at interest can be explained by their comparative advantage in the four assets that were and still are the pillars of the financial intermediation: capital, networking, literacy and numeracy, and contract enforcement institutions.”13 This is the leitmotif that supports the whole narrative, which is a grand narrative on Judaism: literacy and economic performances. An inadvertent revolution was launched by rabbis in the midst of a great trauma, and with the collapse of the ancient politeia, and through compulsory religious education of male children, a great transformation that would subsequently be well-suited for the social and economic integration in developed empires and economies was triggered. The theory is certainly intriguing and attractive, and at times very convincing. “Lachrymose history” is not part of this story, which instead highlights the positive and creative effort of Judaism in Muslim and Christian lands. Moreover, a number of historical certainties are challenged and a different explanation is offered, on the basis of microanalysis or detailed accounts of historical material. A wide and impressive amount of secondary literature is described and thoroughly discussed, along with a number of primary sources.

Ultimately, as I have already said, the book is both a historical account of Judaism, and a history of the Jews covering a relatively long historical period and which offers a fairly new interpretation through the lens of economic history. Such an undertaking indicates a certain interest in the return of grand narratives, after a period of postmodern historical practices that made a narrative of any kind impossible.

Nevertheless, as with every grand narrative that aims at providing one unique explanation for historical facts, this one provokes a number of questions and possible critical responses. I will mention only three problems that may be of some relevance.

1. First of all, one must recall that the Diaspora did not begin after the fall of Jerusalem, but rather, was a conspicuous and relevant component of ancient Judaism. Jews lived in metropolises, like Rome and Alexandria, and were likely engaged in urban activities. Historiography on Christianity has stressed that Christianity spread first and foremost in the great urban centers of the Roman Empire, although the movement of Jesus was mainly throughout villages. The fascinating theory of conversion offered by the authors is therefore interesting, but needs to be supported by more evidence.

2. Considering the wide scope of the book and the claim to a universal and general explanatory theory of Judaism, some comparison with other similar groups was needed. In which way did Judaism in the Muslim empire differ from Christian minorities, which in turn were endowed with similar trades? How then are Armenians, Greek Orthodox, or various sectarian religious groups to be evaluated when they competed with Jews and performed similar roles?

3. Theory and history are somehow disconnected in this book. The theory the authors offer is applied to very different historical, social and religious contexts. One wonders if the organization of economy in the Muslim empire and the one in Medieval Christian Europe does not bear multiple and dissimilar features, resulting in a perpetually different relationship with Judaism, when not directly influencing it.

Anachronism is generally inevitable, but my impression is that it strikes as too strong an element in this narrative. Is it possible to assume, with the help of economic theory and modeling, that a peasant in the ancient world would behave exactly as a contemporary peasant in a third world country? The long journey back in time requires, among other things, identification with a world that might have been radically different. Moreover, this long journey is often an intricate path into a labyrinth, which the historian is impelled to explore in its multiple directions.

Cristiana Facchini, Alma Mater Studiorum Università di Bologna


[1] Enquête sur l’antisemitisme, ed. Henry Dagan, (Paris: Stock 1899).
[2] See Simone Luzzatto, Scritti politici e filosofici di un ebreo scettico nella Venezia del Seicento, a cura di Giuseppe Veltri (Milan: Bompiani, 2013); Jonathan Karp, The Politics of Jewish Commerce. Economic Thought and Emancipation in Europe, 1638-1848 (Cambridge: Cambridge University Press, 2008).
[3] Max Weber, Ancient Judaism (New York: Free Press, 1952).
[4] I refer, for example, to Catholic scholars who have tried to show how Catholicism fueled economic modernity, following Weber’s path but attempting to amend it. Trevor Roper offered a different interpretation of Weber’s theory, claiming that modernity and capitalism were initiated by merchant communities who practiced a form of “erasmianism.” Sombart opposed his interpretation of capitalism as a byproduct of Judaism, although with an anti-Semitic twist.
[5] Yuri Slezkine, The Jewish Century (Princeton – Oxford: Princeton University Press,  2004); Francesca Trivellato, The Familiarity of Strangers: The Sephardic Diaspora, Livorno, and Cross-cultural Trade in the Early Modern Period (New Haven: Yale University Press, 2009).
[6] For a more complex view on minorities and port-cities see: Tullia Catalan, “The Ambivalence of a Port-City. The Jews of Trieste from the 19th to the 20th Century,” Quest. Issues in Contemporary Jewish History 2/2011: 69-98.
[7] These ritual settings relating to different religious systems appeared in the ancient world (chap. 3).
[8] For a brief introduction to these themes: Guy G. Stroumsa, The End of Sacrifice: Religious Transformations of Late Antiquity (Chicago: Chicago University Press, 2009).
[9] Botticini, Eckstein, The Chosen Few, pos. 2334.
[10] There is a lot of literature on ammei ha-aretz, “people of the land.” Botticini and Eckstein affirm that they are those people/Jews unwilling to perform the norm of learning the Torah.
[11] Botticini, Eckstein, The Chosen Few, Chapter 5.
[12] Chapter 5, pos. 3326.
[13] Chapter 8, pos. 6131.
Voir également:

The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492
By Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Princeton University Press, 323 pages, $39.50

What if most of what we thought we know about the history of the Jewish people between the destruction of the Second Temple and the Spanish Expulsion is wrong? This intriguing premise informs The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492, an ambitious new book by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein.

Seventy-five years after historian Salo Baron first warned against reducing the Jewish past to “a history of suffering and scholarship,” most of us continue to view medieval Jewish history in this vein. “Surely, it is time to break with the lachrymose theory of pre-Revolutionary woe, and to adopt a view more in accord with historic truth,” Baron implored at the end of his 1928 Menorah Journal article “Ghetto and Emancipation: Shall We Revise the Traditional View?”

Botticini and Eckstein could not agree more, and in the book they systematically dismantle much of the conventional wisdom about medieval Jewish history. For example, they explore how the scattered nature of the Jewish Diaspora was driven primarily by the search for economic opportunity rather than by relentless persecution. They also demonstrate that war-related massacres only account for a fraction of the Jewish population declines from 70 to 700 C.E. and from 1250 to 1400 C.E., and cast serious doubt on the theory that widespread conversion to Christianity and Islam during these periods was motivated primarily by anti-Jewish discrimination. Likewise, they show that restrictions on Jewish land ownership and membership in craft guilds in Christian Europe — factors that are often cited to explain medieval Jews’ proclivity for trade and moneylending — postdated by centuries the Jews’ occupational shift from agriculture to commerce.

The authors are hardly alone among scholars in advancing their case. But in consolidating a vast secondary literature into a concise and compelling argument, they provide a commendable service. Their demolition job is not an end in itself, however. Rather, it affords them with an opportunity to advance their own unifying theory of Jewish history to fill the explanatory void.

As the subtitle of their book suggests, the authors look to education to explain the across-the-board transformation of Jewish life in the first 15 centuries of the Common Era. Specifically, they zero in on the rabbinic injunction that required fathers to teach their sons how to read and study the Torah.

Literacy, they argue, was the engine that drove the train of Jewish history. It facilitated the economic transformation of the Jews from farmers to craftsmen, merchants and financiers. It encouraged their mobility, as they went in search of locations that presented the prospect of profitability. It determined their migration patterns, specifically their congregation in bustling city centers throughout the Muslim world, where they were able to thrive in myriad urban occupations such as banking, cattle dealing, wine selling, textile manufacturing, shopkeeping and medicine.

It also explained their scattered settlement in scores of small communities throughout Christian Europe, where the demand for skilled occupations was far more limited. It was even indirectly responsible for Jewish population decline. Botticini and Eckstein suggest that illiterates were regarded as outcasts in Jewish society and that a substantial percentage chose to escape denigration and social ostracism by embracing Christianity and Islam, where illiteracy remained the norm.

Once the occupational and residential transformation from farming was complete, the authors argue, there was no going back. Jews paid a high premium for their literate society. Jewish cultural norms required the maintenance of synagogues and schools, and presumed that families would forgo years of their sons’ potential earnings to keep them in school. When urban economies collapsed, as they did in Mesopotamia and Persia as a result of the Mongol conquest, the practice of Judaism became untenable, and the result was widespread defection through conversion to Islam. Accordingly, the Jews became “a small population of highly literate people, who continued to search for opportunities to reap returns from their investment in literacy.” And thus they remained up to the present day.

Botticini and Eckstein’s argument seems tailor-made for the present American environment of stagnant, if not declining, economic resources. In an age where steep day school tuition has (unintentionally) become a form of birth control in modern Orthodox circles and contributed to sluggish enrollment rates among the non-Orthodox, Jewish practice is once again in danger of becoming unsustainable. American Jewish assimilation is often understood as a function of Jewish apathy, but perhaps part of the problem is that Judaism is pricing itself out of the market.

The authors’ theory may leave some a little queasy, including those who have rationalized the Jewish proclivity for moneylending in medieval England, France and Germany as a logical response to antagonistic authorities who systematically cut them off from other avenues of economic opportunity. Many of these same defenders of Jewish honor have been quick to insist that nothing particular to Judaism itself promoted moneylending.

Botticini and Eckstein have little patience for this sort of apologetics. On the contrary, they insist, Jews were naturally attracted to moneylending because it was lucrative and because they possessed four significant cultural and social advantages that predisposed their success. First and foremost was rabbinic Judaism’s emphasis on education; literacy and numeracy were prerequisite skills for moneylending.

Jews were also able to rely on other built-in advantages, including significant capital, extensive kinship networks, and rabbinic courts and charters that provided legal enforcement and arbitration mechanisms in the cases of defaults and disputes. The authors add that while maltreatment, discriminatory laws and expulsions were frequently motivated by the prevalence of Jews in moneylending, they played little or no role in promoting this occupational specialization.

The relevance of cultural determinism is the subject of vigorous debate in intellectual circles, as evidenced by the recent brouhaha over Republican presidential candidate Mitt Romney’s remarks about the differences in wealth between Israel and the Palestinian territories being the result of cultural differences. Most scholars would probably dismiss Romney’s argument as “dangerously out of date,” as Jared Diamond recently wrote in The New York Times. At the same time, Diamond and others warn against mono-causal explanations for socioeconomic historical trends, and such concern is warranted for “The Chosen Few” as well.

Of particular concern is the relative paucity of evidence that Botticini and Eckstein marshal for their literacy argument. Talmudic pronouncements on the importance of education can easily, and inaccurately, be read as descriptive rather than prescriptive, and the authors arguably overestimate the influence of the rabbis on the behaviors and self-definition of the Jewish masses.

They seem to be on firmer ground once they have recourse to the variegated documents in the Cairo Genizah, but they devote almost no attention to Jewish educational trends in Christian Europe. They also have little to say on the extent to which instruction in arithmetic and the lingua franca supplemented a school curriculum designed to promote facility in reading and interpreting Hebrew and Aramaic holy books. Instruction in these areas would have a direct impact on the Jews’ ability to function in an urban economy. Undoubtedly, Jewish school attendance rates and curricular norms varied by location and over time.

To be fair, the history of Jewish education remains an understudied subject, leaving Botticini and Eckstein relatively few secondary sources from which to draw evidence. One can say that their economic theory is plausible, particularly if it is advanced in conjunction with other factors.

But the jury must remain out in the absence of more conclusive hard evidence. Hopefully, the fascinating and elegant argument set forth in “The Chosen Few” will encourage historians to interrogate literary sources and archaeological evidence in search of a clearer picture about Jewish educational norms, Jewish literacy and its impact on the demographics and socioeconomic trajectory of Jewish life in the Middle Ages.

Jonathan B. Krasner is Associate Professor of the American Jewish Experience at Hebrew Union College – Jewish Institute of Religion, in New York.

 Voir encore:

TROUBLESOME INDEED: JEWS, GENES & INTELLIGENCE
Paul S. Appelbaum, Diana Muir Appelbaum

GeneWatch 27-2
May-July 2014
Jews play a disproportionate role in A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, an extended argument by Nicholas Wade for the impact on modern life of genetic differences among races. Why are Jews so important to the story? Because, well, says Wade, Jews are such a really smart race. Of course, there’s an irony here. The last time genes were used to explain why some whole peoples prosper and others don’t – during the Progressive Era’s eugenics movement – Jews were held up as a people of innately low physical, moral, and intellectual capacity. Now, Wade and others tell us that Jews are endowed by evolution with superior verbal and mathematical ability (albeit not spatial intelligence; in Wade’s view, Jews stopped hunting so long ago that Jewish genes can’t find their way out of a paper bag).

Wade, a respected science writer, casts himself as a new Darwin, announcing that « human evolution has been recent, copious and regional. » He points out that natural selection for certain genes has enabled human groups in the Himalayas, Andes and the Ethiopian plateau to evolve capacities to thrive at high altitudes. Moreover, other genetically transmitted traits, such as the ability to tolerate the lactose in cow’s milk, have spread across geographic regions. So far, so good, but note that this is pretty much as far as the really solid evidence for recent, regional human evolution goes.

Wade is after bigger game. He wants to argue that events like the bifurcation of the world into farmers and hunter-gatherers, which began about 10,000 B.C.E., or the « rabbinical requirement for universal male literacy » may have produced genetic adaptations favoring specific kinds of social and emotional intelligence within particular ethnic or racial groups. And for Wade that includes « a genetic enhancement of Jewish cognitive capacity. »[1]

Operating on a global scale, Wade argues that the regional (or if you prefer, racial) evolution of mental capacities can answer such big questions as: Why is European civilization more prosperous than other cultures?  Max Weber fingered the Protestant Ethic as the cause, while Jared Diamond argued for environment in Guns, Germs and Steel.  Wade relies on the thesis of a remarkable 2007 book by economic historian Gregory Clark, A Farewell to Alms: A Brief Economic History of the World, which was reviewed for the New York Times by… Nicholas Wade. Clark suggested that the Industrial Revolution happened when « [t]hrift, prudence, negotiation and hard work were becoming values for communities that previously had been spendthrift, impulsive, violent and leisure loving. » Then he startled the academic world by proposing a novel causative mechanism for this shift.

Clark proposes that most English girls from successful families married men less prosperous than their fathers, and that these children of prosperity out-reproduced the offspring of the poor, giving England bumper crops of penniless youth endowed with the virtues that created the industrial revolution. Clark acknowledges that this was a cultural phenomenon – modestly fixed parents taught their children the virtues that had made grandpapa rich – but he argues that an overlooked key to success lay in upscale genes.

Reviewers asked for evidence, and Clark produces it in a new book, The Son Also Rises, in which a multi-lingual phalanx of research assistants mine a diverse array of data seeking out peculiar surnames. It turns out that everyone from banking moguls to registered paupers can bear surnames shared by a mere handful of people. By tracing rare surnames over time, Clark demonstrates that when a man with an odd surname owned substantial property in England in the 1300s, or was a Swedish intellectual in the 1600s, or passed the Imperial Chinese examinations to become a Mandarin during the Song Dynasty, people with that surname were more successful than average for the next 400 or even 1,000 years.

Clark finds more social mobility in the 1400s than you probably imagine, and less today than you probably wish.  Accomplishment, he thinks, runs in families, and high status « is actually genetically determined. »[2] Whether he proves his case is a different matter.

After all, the child of successful parents is likely to be taught real skills, such as good grammar, vocabulary, and a « proper » accent, and he or she may also benefit from ineffable advantages. Given that even in egalitarian Sweden, people from old families with aristocratic names like Rosenkrantz and Guildenstern or Latin ones like Linnaeus do better than Swedes with « peasant » names like Johnsson, it could be that just having an impressive surname contributes to success. Moreover, a growing body of data supports the idea that success is largely dependent on believing that success is possible. Amy Chua and Jeff Rubenfeld tap into something like this in The Triple Package: How Three Unlikely Traits Explain the Rise and Fall of Cultural Groups in America, proposing that a sort of superiority complex accounts in part for the success of certain immigrant groups, including Jews and Chinese.

But Nicholas Wade’s just-so story about Ashkenazi success relies on a bold 2012 book, The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein. Here he finds evidence that Jews « adapted genetically to a way of life that requires higher than usual cognitive capacity, » representing « a striking example of natural selection’s ability to change a human population in just a few centuries. »[3]

Botticini and Eckstein argue that most ancient Jews were farmers who did not need literacy to earn a living.  When Judaism re-formed around text study following the destruction of the Temple in 70 C.E., parents were forced to pay school fees if they wanted their children to stay Jewish.  According to Botticini and Eckstein, over the next six centuries the Jewish population plummeted from 5.5 to 1.2 million because only boys from families with an unusual degree of commitment, or those whose sons had the brains and diligence to pore over legal texts, paid to send their children to school. Everyone else converted to Christianity, a dramatic selection event that Wade describes as possibly « the first step toward a genetic enhancement of Jewish cognitive capacity. »[4] And so it might be if there were evidence that it happened – and if there actually is a gene for diligence.

It is not clear why we should assume that families with « low-ability sons » converted to Christianity while those with « smart and diligent » sons paid for an expensive Torah education not calculated to lead to a high-earning career.[5] Why not assume that parents of smart and diligent sons would have improved their prospects by converting (see late 19th-century Germany, for example), or by having them taught Greek or Latin?  After all, that is what almost everybody else in the Roman Empire did. The first and second centuries teemed with now-forgotten religions: the cult of Isis, the Dionysian Mysteries and Mithraism were wildly popular and growing fast. The real question is why a million or so Jews remained Jewish in a late Roman world where persecution of non-Christians and the advantages of joining the new imperial church drove other, more popular religions to extinction?

Botticini and Eckstein support their model with « archaeological discoveries that document the timing of the construction of synagogues » in which children could be educated. They explain that « the earliest archaeological evidence of the existence of a synagogue in the Land of Israel » dates to the mid-1st century C.E.[6] This is an enormous misstatement of fact. A number of pre-destruction Palestinian synagogues have been identified, the earliest uncovered so far, in Modi’in, dating to the early 2nd or late 3rd century B.C.E.

Which brings us to the question of whether Botticini and Eckstein’s selection event ever occurred.  Some numbers cited by Botticini and Eckstein are just plain wrong.  For example, they summarize the findings of ancient historians Seth Schwartz and Gildas Hamel, and of archaeologist Magen Broshi, as « the Land of Israel hosting no more than 1 million Jews. »[7] Schwartz actually wrote: « Palestine reached its maximum sustainable pre-modern population of approximately one million in the middle of the first century. Probably about half of this population was Jewish. »  Thus, Botticini and Eckstein miscite Schwartz’s « about half of » for a population of one million Jews.  They then guess that there were, in fact, 2.5 million Jews in Israel.

There are no accurate counts of ancient Jewry. Estimates that no more than 1 million people could have lived in the Land of Israel in the first century were derived from arable acreage and crop yields. And there is no evidence suggesting that ancient Israel had the capacity to import the gargantuan volumes of falafel mix that would have been required to feed a population of over a million.  (Rome imported wheat on that scale; Israel didn’t.) Botticini and Eckstein choose, without offering a rationale, one contemporary demographer’s « cautiously » offered estimate of 4.5 million Jews total in the ancient world. Then they blithely add up to a million more Jews, to reach their 5 – 5.5 million number. But graphing an unsubstantiated number, as they do, does not make the number accurate.

If we accept more conservative estimates of 2 or even 2.5 million Jews worldwide before the year 70, loss of a million or so during and after the brutal Roman-Jewish Wars, when it is assumed that many Greek- and Latin-speaking God-fearers fell away from Judaism, is not surprising.  Judged by the evidence they provide, Botticini and Clark’s elegant model in which the choices of ancient Jewish farmers facing high tuition bills produced a dramatic selection event doesn’t hold water.

But Wade is a man in search of data to support his theory of recent, regional evolution.  Ashkenazi Jews are among the most intensively studied of ethnic genetic clusters, and he tracks them down the Rhine Valley like a bloodhound. The Ashkenazi Jewish community was founded by a mere handful of Jews living along the Rhine about a thousand years ago, and founder effects can be genetically powerful.  It is not absurd to regard Ashkenazim as a large cousinhood – something like the Darwins and Wedgwoods, two intertwined families that have produced generation after generation of accomplished offspring.  Because the number of founders was so small, and Jews married one another, genetic characteristics could have been amplified within the community.

However, Clark does not flag the founder effect as the cause of Ashkenazi success. He posits a centuries-long selection, beginning as described by Botticini and Eckstein and continuing because only the successful could afford to pay the punitive taxes imposed on Jews by Muslim and Christian governments. « There must have been some selection based on talent. »[8]

Perhaps there was.  The actual evidence, however, is spotty, and the sources for the event provided by Botticini and Eckstein are sometimes downright creepy.  Botticini and Eckstein support their hypothesis with the information, repeated by Clark that, « passages by early Christian writers and Church Fathers indicate that most Jewish converts to Christianity were illiterate and poor. »[9] This information, however, is cited to outdated work by Adolf von Harnack, turn-of-the-century German theologian whose anti-Judaism prepared the way for Nazi anti-Semitism and who, as President of the Kaiser Wilhelm Society, created the infamous Institute for Anthropology, Human Heredity and Eugenics.

There are good reasons to be suspicious of arguments suggesting powerful selection effects over brief time frames for cognitive abilities. To be sure, intelligence – at least the form most frequently measured by psychologists – has a clear genetic component. But years of research have failed to identify any genes that account for this effect. The dominant explanation is that intelligence, like height, may be determined by the cumulative effect of scores, perhaps hundreds of genes, each of which makes an incremental contribution to cognitive ability. To further complicate things, those genes may interact to amplify or negate their influences on intelligence, and it is certain that environment plays a key role. Indeed, recent evidence indicates that genetic effects on intelligence are stronger in high socioeconomic circumstances, which presumably allow maximization of individual potential, but fade away in poor families.

With scores of genes likely involved, most distributed widely in the population, selection for or against particular genes becomes more difficult and time-consuming. The rapid selection event on which Wade (following Botticini and Eckstein) relies hence strains credulity from a biological perspective. Although some guesses about how the Jews got their disproportionate share of Nobel prizes put forward in these books could be right (after all, it’s awfully hard to disprove an untestable theory), there is very little evidence to support them and good reasons to doubt their validity.

Diana Muir Appelbaum is an author and historian.

Paul S. Appelbaum is Dollard Professor of Psychiatry, Medicine & Law at Columbia University, where he directs a center on the ethical, legal and social implications of advances in genetics.

ENDNOTES

1. A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, by Nicholas Wade, Penguin Press, 2014, p. 212.

2. The Son Also Rises: Surnames and the History of Social Mobility, by Gregory Clark, Princeton University Press, 2014, p. 281.

3. The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, by Maristella Botticini and Zvi Eckstein, Princeton University Press, 2012, p. 199.

4. Wade, p. 211.

5. Botticini and Eckstein, p. 93 and p. 82.

6. Ibid., p. 103-4.

7. Ibid., p. 274.

8. Clark, p. 230.

9. Ibid., p. 231.

Voir de plus:

 10/07/2013
David Mamet writes that there are two kinds of places in the world: places where Jews cannot go, and places where Jews cannot stay.

So how exactly have the Jews survived?

According Maristella Botticini and Zvi Eckstein, authors of The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492 (Princeton University Press, 2012), the answer has as much to do with economics as with spirituality.

Five major events rocked the Jewish world during those 1,422 years: the destruction of the Second Temple, the rise of Christianity; the birth of Islam; birth of modern Christian Europe; and the Mongol invasion. Since Jews who aren’t university professors (and there are some) often view events through a lens of “Is this good or bad for the Jews?” I’ll summarize the authors’ findings in that manner.

Destruction of the Temple and the rise of Christianity—bad for the Jews. After the year 70, the priests who ran the Temple were no longer in the ascendency, yielding power to the Jewish rabbis and scholars who ultimately wrote the Talmud over the next few centuries. Most Jews (and most of everyone else) were farmers back then. After the destruction of the Temple, the worldwide Jewish population dwindled not just because of war and massacre, but because of economics.
If you were devout and wealthy, you were likely to pay for your sons’ Jewish education.

If you were spiritual but didn’t have much money, you became a Christian or joined one of the other popular groups that didn’t require an expensive Jewish education. What good is a son who can read the Torah if you just want him to help harvest pomegranates? So economics dictated who stayed and who strayed.

The rise of the Islamic empire: surprisingly, good for the Jews.

When Muhammad appeared in the seventh century, Jews began to move from farms into new Moslem-built cities including Baghdad and Damascus. There they went into trades that proved far more lucrative than farming, most notably international trade and money lending. In those arenas, Jews had enormous advantages: universal literacy; a common language and religious culture; and the ability to have contracts enforced, even from a distance of thousands of miles.

The Moslem world then stretched from the Spain and Portugal to halfway across Asia. Anywhere in the Arab ambit, Jews could move, trade, or relocate freely and benefit from their extensive religious and family networks. According to thousand-year-old documents found in the Cairo Genizah, business documents linking Jewish traders across the Arab world would have Jewish court decisions written on the back. So Jews could send money or goods thousands of miles, certain their investments would be safe.

European Christianity from the year 1,000: not so good for the Jews.

If Islamic culture offered Jews a warm welcome, Western Europe was a mixed blessing.

Seemingly every few dozen miles in Western Europe, a different prince or king was in charge, with different laws, different requirements for citizenship, and different attitudes about the Jews. Some places were extremely welcoming of Jews; others less so. Monarchs might boot out their Jewish populations in hard economic times, so that Gentile citizens wouldn’t have to repay their loans, only to welcome them back when the economy improved.

Contrary to common belief, Botticini and Eckstein write, Jews weren’t forced into money lending because they were forced out of guilds. Under Muslim and Christian rule alike, Jews went into finance centuries before the guilds were even founded. In other words, Jews chose careers in finance the same way the best and the brightest in modern American culture head for Wall Street and business school.

Western Europe, therefore, was a mixed blessing for the Jews. On the upside, they could do business, live their Jewish lives, and establish some of the finest Talmudic academies in Jewish history. Alas, Jews were also subject to massacres and expulsions, which happened with terrifying regularity across the centuries, culminating in the Spanish Inquisition of 1492.

Meanwhile, back in the Middle East: the thirteenth-century Mongol invasion: bad for the Jews. Oh, really, really bad for the Jews.

The relative freedom and safety the Jews enjoyed under Muslim rule came to an abrupt halt in the early 13th century, when Genghis Khan and his marauders attacked and leveled most of urban civilization that the Moslems had so painstakingly built up over the centuries.

With the destruction of cities and urban institutions, those Jews fortunate enough to survive the Mongol invasion had no option other than going back to farming. Some stayed; some converted to Islam. So the numbers of Jews in formerly Arab lands would remain low for hundreds of years, until all traces of Mongol civilization were wiped out and the world began to rebuild.

The poet Ogden Nash once wrote, “How odd of God/To choose the Jews.” If you’ve ever wondered how the Chosen People survived the vagaries of history, reading The Chosen Few will give you answers you cannot find anywhere else.

Voir enfin:

Authors examine education’s impact on Jewish history

August 8, 2014

Why has education been so important to the Jewish people?

Author Maristella Botticini says a unique religious norm enacted within Judaism two millennia ago made male literacy universal among Jews many centuries earlier than it was universal for the rest of the world’s population.

“Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage,” Botticini tells JNS.org. “They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East.”

Emphasizing literacy over time set Jews up for economic success, say Botticini and Zvi Eckstein, authors of the 2012 book “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History.”

An economic historian, Botticini earned a B.A. in Economics from Università Bocconi in Milan and a Ph.D. in Economics from Northwestern University. After working at Boston University, she returned to Italy and works at her alma mater. An economist, Eckstein received his B.A. from Tel Aviv University and his Ph.D. from the University of Minnesota. He spent five years as the Bank of Israel’s deputy governor, and is now dean of the School of Economics at the Interdisciplinary Center in Herzylia.

In their book, which they describe as a reinterpretation of Jewish social and economic history from the years 70 to 1492 A.D., Botticini and Eckstein say that Jews over those years became “the chosen few”—a demographically small population of individuals living in hundreds of locations across the globe and specializing in the most skilled and urban occupations. These occupations benefit from literacy and education.

“Our book begins with the profound and well-documented transformation of the Jewish religion after the destruction of the Second Temple in 70 [AD] at the end of the first Jewish-Roman war,” Eckstein tells JNS.org. “Judaism permanently lost one of its two pillars—the Temple in Jerusalem—and consequently the religious leadership shifted from the high priests, who were in charge of the Temple service, to the rabbis and scholars, who had always considered the study of the Torah, the other pillar of Judaism, the paramount duty of any Jewish individual.”

The Jews’ new religious leadership set their people on a path to become “a literate religion, which required every Jewish man to read and study the Torah and every father to send his sons to a primary or synagogue school to learn to do the same,” says Eckstein.

From an economic point of view, the authors write, it was costly for Jewish farmers living in a subsistence agrarian society to invest a significant amount of their income on the rabbis’ imposed literacy requirement. A predominantly agrarian economy had little use for educated people. Consequently, a proportion of Jewish farmers opted not to invest in their sons’ religious education and instead converted to other religions, such as Christianity, which did not impose this norm on its followers.

“During this Talmudic period (3rd-6th centuries), just as the Jewish population became increasingly literate, it kept shrinking through conversions, as well as war-related deaths and general population decline,” Botticini tells JNS.org. “This threatened the existence of the large Jewish community in Eretz Israel (the land of Israel) and in other places where sizable Jewish communities had existed in antiquity, such as North Africa, Syria, Lebanon, Asia Minor, the Balkans, and Western Europe. By the 7th century, the demographic and intellectual center of Jewish life had moved from Eretz Israel to Mesopotamia, where roughly 75 percent of world Jewry now lived.”

Like almost everywhere else in the world, Mesopotamia had an agriculture-based economy, but that changed with the rise of Islam during the 7th century and the consequent Muslim conquests under the caliphs in the following two centuries. Their establishment of a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India led to a vast urbanization and the growth of manufacture and trade in the Middle East; the introduction of new technologies; the development of new industries that produced a wide array of goods; the expansion of local trade and long-distance commerce; and the growth of new cities.

“These developments in Mesopotamia increased the demand for literate and educated people—the very skills Jews had acquired as a spillover effect of their religious heritage of study,” Eckstein says.

Between 750 and 900, almost all Jews in Mesopotamia and Persia—nearly 75 percent of world Jewry—left agriculture and moved to the cities and towns of the newly established Abbasid Empire to engage in skilled occupations. Many also migrated to Yemen, Syria, Egypt, and the Maghreb; to, from, and within the Byzantine Empire; and later to Christian Europe in search of business opportunities.

“Once the Jews were engaged in these skilled and urban occupations, they rarely converted to other religions, and hence, the Jewish population remained stable or grew between the 8th and the 13th centuries,” Botticini says.

The book does not whitewash the persecution that took place during the 15 centuries of Jewish history it examines, Eckstein says.

“When [persecution of Jews] happened, we record [it] in our book,” he says. “[But] what we say is something different. There were times and locations in which legal or economic restrictions on Jews did not exist. Not because we say so, but because it is amply documented by many historians. Jews could own land and be farmers in the Umayyad and Abbasid Muslim empire. The same is true in early medieval Europe. If these restrictions did not exist in the locations and time period we cover, they cannot explain why the Jews left agriculture and entered trade, finance, medicine. There must have been some other factor that led the Jews to become the people they are today. In ‘The Chosen Few’ we propose an alternative hypothesis and we then verify whether this hypothesis is consistent with the historical evidence.”

Botticini says the key message of the book “is that even in very poor communities or countries, individuals and families should invest in education and human capital even when it is costly and it seems to bring no economic returns in the short-run.”

“Education and human capital endow those individuals and those communities that invest in them with skills and a comparative advantage that pays off and can bring economic well-being and intellectual achievements in many dimensions,” she says.

“A motto in which we strongly believe [is] go to the local public library and borrow a book and read it,” adds Botticini. “Even when you end up disagreeing with or not liking a book, it is never a waste of time reading a book. Reading and studying are precious gifts. This is the bottom line message of ‘The Chosen Few.’”

Christophe Lebold, une vie de Léonard…

Salon littéraire

Maître de conférences à l’Université de Strasbourg et metteur en scène de théâtre, Christophe Lebold a une autre corde vibrante à son arc zen : il est l’auteur d’une somme monumentale consacrée à Leonard Cohen.

En janvier 2012, un poète de soixante-dix-huit ans sortait de sa retraite et renouait avec une renommée internationale de rock star distraitement abandonnée au seuil d’un monastère zen : serial séducteur notoire vivant en ermite et « chanteur sans voix » réputé plutôt « déprimant », l’immense Leonard Cohen venait de publier un nouvel album haut de gamme nourri de poésie délicatement ciselée et de grâce, Old Ideas. Un retour en majesté qui fait passer sur le monde, une fois encore, en sombres mélopées infiniment hypnotiques, comme un frisson de beauté – celle-là même que toute sa vie il a cherché à voir de près, jusqu’à s’y brûler parfois sans pour autant être carbonisé…

Broyer du noir pour faire advenir la lumière ?

Leonard Cohen a son biographe à Strasbourg. Un de plus ? Le 15 mai dernier, Christophe Lebold proposait à l’auditorium de l’espace culturel de Vendenheim une soirée autour du film d’Armelle Brusq. La documentariste brosse une manière de portrait intimiste du célébrissime auteur-compositeur et chanteur canadien (dont chacune des chansons depuis 1967 est devenue un grand « classique ») suspendu entre la discipline de son monastère zen et l’appel obsédant d’une œuvre à accomplir encore – serait-ce pour de pressantes raisons fiscales…

Auteur de la dernière biographie en date de Leonard Cohen, la plus complète aussi, Christophe Lebold confie les raisons d’une attirance pour un pessimiste radical réputé « déprimant » dont l’œuvre se veut un « manuel pour vivre avec la défaite » : « Léonard Cohen a changé fondamentalement quelque chose à ma manière de voir le monde et de vivre. Ses chansons, sa poésie et ses romans m’accompagnent depuis vingt ans. Il nous révèle que la noirceur est au centre du processus de création. Il se fait alchimiste pour nous apprendre à changer le noir en lumière. Broyer du noir pour faire advenir la lumière… C’est ce qu’il nous rappelle : si nos cœurs semblent destinés à être brisés, c’est parce la lumière du monde ne peut entrer que par cette brisure… ».

 L’amour libérateur

Le père de Christophe Lebold était un cheminot voyageur passionné de rock et de littérature fantastique. L’année de la naissance de son fils, il achète New skin for the old ceremony, le dernier album du poète-crooner canadien qui venait de sortir. L’enfance du petit Chris se passe à La Walck-Pfaffenhoffen, chez ses grands-parents dans une plénitude semi-bucolique baignée par les mélodies envoûtantes de Leonard, ses inflexions de poésie véritable et ses colonnes de mots envoyées vers le ciel : « J’ai ressenti très tôt tout le pouvoir de la musique des mots et l’attrait pour le Verbe, bien avant d’avoir le vocabulaire pour le formuler : le langage a une capacité à illuminer nos vies. J’ai perçu très tôt un appel dans son œuvre, qui me ramenait au plus profond de moi-même. Mais c’est à l’âge de quatorze ans, au collège, que je me suis véritablement immergé dans l’œuvre de Leonard, en étudiant l’anglais. Depuis, ça ne m’a plus jamais quitté. D’abord, c’est une voix de plus en plus grave et caverneuse au fil de ses douze albums qui dépose des prières pleines d’humour noir, d’abord sur un rock acoustique épuré puis sur fond de synthétiseurs. Immédiatement, j’ai su que lorsqu’il serait question d’écrire sur quelqu’un ou de faire des recherches approfondies, ce serait sur lui et personne d’autre…».

Après avoir succombé à une irrésistible attirance pour la littérature dite « classique » puis russe et japonaise ainsi que pour les mystiques rhénans, Christopher Lebold voyage beaucoup (en train…) et se découvre cet autre point commun avec ce Léonard Cohen dont l’immense ombre poétique s’étend sur lui depuis sa naissance : « C’est un grand arpenteur de villes, un mélange de juif errant et de passant baudelairien, un artiste du passage qui réintroduit de la légèreté et un passeur de lumière… ».

Différents stades de gravité jusqu’à cette ardente profondeur…

En 1995, le magazine Les Inkorruptibles consacrait (après bien d’autres…) sa Une à Léonard Cohen : le journaliste Gilles Tordjman l’avait visité dans son monastère zen sur le Mount Baldy (le « mont chauve » en Californie) pour nous le révéler en « guerrier de la spiritualité » voire comme « l’un des derniers grands mystiques de notre époque ».

Son nom ne signifie-t-il pas « prêtre » en hébreu ? Leonard n’était pas né pour la futilité mais pour la lutte avec l’ange ou l’abîme – et pour nous apprendre à jouer de tous les registres de la gravité comme le rappelle son biographe enthousiaste : « Il a réinventé des figures très anciennes dans le rock : celle du grand prêtre juif, sa fonction sacerdotale, ainsi que celle du poète mystique et du troubadour – bref, tous les registres de la vie du cœur… Son rock  est précis tant dans les textes que les sons, avec sa voix monocorde qui entre en résonance avec de petites valses obscures et des chœurs angéliques. Vingt ans après, il transforme le crooner en figure spirituelle et toujours nous reconnecte à ce que nous avons de plus profond : le cœur…Il a un talent naturel pour la gravité, il utilise cette disposition fondamentale (physique par sa voix grave, culturelle par son nom et psychologique (ses tendances à tutoyer les abîmes de la dépression). Il voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus vivants et plus joyeux...».

 Dans les concerts de ce grand initié, dit-on, il se fait un tel silence que l’on entendrait « une métaphore tomber » – l’on y sent même s’ouvrir, à la manière d’une fleur japonaise dans l’eau, quelque chose comme une ardente profondeur…

Convertir le monde à Leonard ?

En 1997, Christophe Lebold fait un mémoire de master sur Beautiful Loosers (Les Perdants magnifiques), le second roman de Léonard Cohen, « écrit sous acide » sur l’île d’Hydra et paru en 1966.

Un septennat plus tard, alors qu’il est attaché temporaire d’enseignement et de recherche, il soutient sa thèse intitulée Ecritures, masques et voix pour une poétique des chansons de Léonard Cohen et de Bob Dylan. La différence entre ces deux créateurs ? « Chez Dylan, il y a profusion du langage alors qu’il cinq ans de réécriture à Cohen pour enlever tout ce qui n’est pas nécessaire… ».

Maître de conférences depuis 2005, il enseigne la littérature américaine et anime un cours consacré à la poétique des singer-songwriters. Il confie le tiercé gagnant des œuvres du Canadien errant qu’il préfère : « Avec Songs of Léonard Cohen (1967), I am your man (1988) et Ten new songs (2001), on a les trois versions de Cohen : le troubadour, le crooner et le maitre zen. Et on a ses trois formes de gravité : celle du poète, noire et désespérée, puis celle, ironique et sismique portée par cette voix grave qui fait trembler le monde et, enfin, à partir de 2000, cette gravité aérienne d’un maître zen angélique qui nous instruit sur notre lumière cachée. Avec ces trois albums, on peut convertir tout le monde à Léonard Cohen… ». Sa chanson préférée ? « Ce serait Everybody knows (1988) qui sonne comme une lamentation de Jérémie sur l’état du monde, avec l’ironie d’un crooner postmoderne »…

A ce jour, le créateur de Suzanne (1967) a publié douze albums – mais il y a aussi ceux tirés de ses huit tournées mondiales, sans oublier ses deux romans et ses neuf recueils de poèmes depuis Let Us Compare Mythologies paru en 1956.

Si Christophe Lebold dévore les grandes œuvres de la littérature mondiale (notamment Proust et Dostoïevski, des « révélations absolues »), il ne franchit pas pour autant le pas vers l’écriture personnelle et fait l’acteur au sein de la compagnie de théâtre La compagnie des gens : « Je n’ai pas ressenti l’appel de la page blanche comme absolu : cela m’amuse plus de dire des textes sur scène…La vie du perfectionniste Leonard capable de réécrire ses chansons vingt ans après me montre à quel point l’écriture est un travail de chiffonnier… ».

En mai 2013 et 2014, la troupe a donné des représentations du spectacle Saint François d’Assise, paroles d’oiseaux, de saints et de fous – qui doit beaucoup aux textes d’un autre troubadour de chevet de Christophe Lebold, le héraut de La grande vie Christian Bobin dont il a adapté les textes : « J’ai voulu faire évoluer Saint-François d’Assise sous le regard de Jean-Claude Van Damme… ».

Un pessimisme lumineux

Sur les traces de Leonard Cohen, il étudie depuis l’an 2000 la voie du zen : « Dans nos vies sursaturées de prétendues informations, de bavardages incessants, de gadgets électroniques et de surconsommation où tout est organisé pour détruire nos vies intérieures, il est important de retrouver un sens de la puissance lumineuse du verbe, car il peut illuminer nos vies de façon concise : ce n’est plus de l’érudition gratuite, ça nous rend plus vivants, plus affûtés et plus précis. Rien de tel pour cela que la compagnie d’un homme aussi drôle et profond que Leonard pour s’affûter : son pessimisme est lumineux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles et il nous reconnecte directement par le verbe et le sens mélodique, sur des airs de valses obsédantes, à nos cœurs et à tout ce qui est mystérieux (l’amour ou son absence, l’abîme ou Dieu). Fréquenter ce contrebandier de lumière est quelque chose de merveilleux, il nous apprend aussi à transformer quelque chose en son contraire, c’est aussi une activité à notre portée… ».

Mais à quoi tient l’immense succès planétaire d’un poète aussi profond qui s’est toujours refusé aux veuleries en vogue et dont chacun des chansons pourtant nous est si instantanément familière ? « C’est un poète de la qualité qui opérait sur un médium de masse. Dans les sixties, le rock a cherché des poètes pour se légitimer : il y avait lui, Dylan et les Beatles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre– et  leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride en quarante-sept ans : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen… ».

Le biographe de Leonard Cohen l’a rencontré une fois dans sa vie pendant trois minutes, en tout et pour tout : « Nous avions convenu par mail des rendez-vous qui n’ont jamais abouti car il est très pris… Un soir, j’étais à Liverpool pour un colloque sur la musique populaire où je faisais une intervention sur mon sujet de prédilection. En sortant de l’université, je marche et à un moment je lève les yeux et je vois ledit sujet venir à ma rencontre… C’était bien Leonard, avec son regard à la fois perçant et si bienveillant, et nous n’avions pas  rendez-vous ! C’était hautement surréaliste et ça s’est passé comme dans une de ses chansons : le « hasard » a tellement bien fait les choses qu’il a mis la ville où j’allais parler de lui sur sa liste de concerts planétaires… ».

Un poète venait de passer – le mot de la fin s’éternise dans une histoire sans fin… « Leonard est un éveillé qui suspend son départ pour nous éveiller à ce que nous avons d’essentiel. Je pense à ce koan zen : un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne… Leonard peut faire ça, son œuvre a cette force de transformation absolue. Un maître, c’est quelqu’un qui vous libère… ». Et si dans l’immense et fervente communauté des inconditionnels entrés dans le cercle de lumière du très paradoxal Leonard Cohen se levait, au bord de l’absolu vertige, une armée d’éveilleurs à son image ?

Une première version de cet article a paru dans Les Affiches-Moniteur

Christophe Lebold, Leonard Cohen, l’homme qui voyait tomber les anges, éditions Camion Blanc, 720 p., 36 €


Présidentielle américaine: Vous avez dit effet John Oliver ? (Love trumps hate: Even his Iraq combat vet wife couldn’t help brilliant Brit stand up from missing the story of a lifetime)

14 novembre, 2016
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S’il est clair que vous aimez la chose que vous critiquez, ça aide. John Oliver
How the fuck did we get here? Well clearly there are many possible answers to that question, including misleading forecasts that bred complacency, a flawed candidate who failed to appeal to white, rural, and working class voters, and – and this is worth repeating – deep racism and/or indifference to it. For those, including us, who were shocked by Tuesday, we’re going to be examining all of this for years. But for tonight, let’s look at just one narrow element that may have helped bring us here, because it will be important going forward, and that is our media. Specifically how a system that is supposed to catch a serial liar failed. (…) Weird conspiracy bullshit has always been bubbling under the surface. But Trump was the first major candidate to harness and fully legitimize it. And it’s obvious in hindsight: He came along and told millions of people every crazy email you’ve ever forwarded was true. And that, at least in part, is why he will be our next president. (…) So keep reminding yourself: This is not normal. Write it on a Post-It note, and stick it on your refrigerator. Hire a skywriter once a month. Tattoo it on your ass. Because a Klan-backed, misogynist internet troll is going to be delivering the next State of the Union address. And that is not normal, it is fucked up. John Oliver
We recognized much earlier than most that there was a little bit of a phenomenon to Donald Trump. I’d say that if we made a mistake last year it’s that we probably did put on too many of his campaign rallies in those early months unedited and just let them run. You never knew what he was going to say. You never knew what was going to happen. Jeff Zucker (president of CNN Worldwide)
It may not be good for America, but it’s damn good for CBS, that’s all i gotta say. (…) So what can I say? The money’s rolling in, this is fun. (…) They’re not even talking about issues. They’re throwing bombs at each other and I think the advertising reflects that. (…) I’ve never seen anything like this and this is going to be a very good year for us. Sorry. It’s a terrible thing to say, but bring it on, Donald, go ahead, keep going. Les Moonves (chief executive of CBS)
Attention, l’Amérique a la rage (…) La science se développe partout au même rythme et la fabrication des bombes est affaire de potentiel industriel. En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement esayé d’arrêter les progrès de la science. Jean-Paul Sartre (« Les animaux malades de la rage », Libération, 22 juin 1953)
L’Amérique des grandes villes, des jeunes et des minorités, n’est qu’une partie de ce grand pays. Elle cache une autre Amérique, plus continentale, plus blanche, qui remâche des haines recuites. Trump a été acclamé par les hommes blancs sans diplômes, souvent laissés pour compte de la mondialisation, et qui ont le sentiment d’être déclassés. (…) Avec beaucoup d’intuition, Trump s’est également emparé du déclassement du monde ouvrier américain, en promettant de dénoncer les traités internationaux, de construire des murs et de rouvrir les mines et les usines. Trump a été acclamé par les hommes blancs sans diplômes, souvent laissés pour compte de la mondialisation, dont la situation n’est pas toujours précaire, loin s’en faut, mais qui ont néanmoins le sentiment d’être déclassés. Cette Amérique-là a la «rage», pour reprendre une formule célèbre de Sartre. Pap Ndiaye
It was plainly wrong though to see the White House lit up in rainbow colors to celebrate the Supreme Court’s legalization of same-sex marriage. That was not cool to me. Tonya Register
Pour le dire crûment, les médias sont passés à côté. Le Washington Post
Toute la technologie éblouissante, l’utilisation des bases de données et la modélisation sophistiquée que les rédactions américaines ont apportées pour l’analyse de la politique pendant cette élection présidentielle, n’ont pas permis aux journalistes d’être à nouveau derrière l’histoire, derrière le reste du pays. (…) Les médias ont raté ce qu’il se passait autour d’eux (…) les chiffres n’étaient pas simplement un piètre guide pour la nuit électorale, ils étaient à mille lieues de ce qui se passait réellement. Le raté de ce mardi soir était beaucoup plus qu’un échec dans le scrutin, c’était aussi l’échec de la compréhension de la colère bouillante d’une grande partie de l’électorat américain, qui se sent laissée de côté par une récupération sélective et trahie par des accords commerciaux qu’elle considère comme des menaces à ses emplois. (…)  Les journalistes n’ont pas remis en question les sondages quant ils confirmaient leur intuition que Donald Trump ne pourrait jamais devenir président. Ils ont décrit les partisans du candidat qui croyaient encore qu’il avait une chance comme déconnectés de la réalité. En fait, c’était l’inverse. (…)  Si les médias ne parviennent pas à présenter un scénario politique basé sur la réalité, alors ils ont échoué dans l’accomplissement de leur fonction la plus fondamentale (…) l’Amérique profonde n’est pas un lieu, c’est un état d’esprit – c’est dans certaines parties de Long Island et Queens, beaucoup de Staten Island, certains quartiers de Miami ou même de Chicago. Et, oui, elle est largement – mais pas exclusivement – concerne les travailleurs de la classe blanche. Ils pensent que quelque chose va tellement mal que toutes les vérifications factuelles de M. Trump cette année, les innombrables rapports sur ses mensonges – qu’il a prononcés plus que Mme Clinton – et l’enquête vigoureuse de son entreprise et de ses transgressions personnelles, les a dérangés bienomins que les maux nationaux perçus que M. Trump a pointés et promis de traiter. Selon l’avis des électeurs américains, le gouvernement était cassé, le système économique était cassé, et nous l’avons entendu si souvent, les médias étaient cassés. Eh bien, quelque chose est sûrement rompu. Il peut être réparé, mais il faut le faire une bonne fois pour toutes. Le New York Times
Il y a même une partie de moi qui aime ce gars. John Oliver
Le problème, c’est que même lorsque l’on peut prouver par la démonstration que Trump a tort, cela n’a en quelque sorte pas d’importance. (…) Et c’est peut-être parce qu’il a passé des décennies à transformer son nom en une marque, synonyme de succès et de qualité (…), une marque dont il est lui-même la mascotte (…). Mais s’il faut vraiment qu’il soit le candidat républicain à l’élection présidentielle, il est urgent d’arrêter de penser à la mascotte et de commencer à regarder l’homme. Un candidat à la présidence doit proposer une série de propositions cohérentes. Quoi que vous pensiez de Marco Rubio ou de Ted Cruz, au moins, vous savez plus ou moins ce qu’ils pensent. Les opinions de Trump, à l’inverse, sont largement incohérentes. Il a été successivement pour et contre l’avortement, pour et contre l’interdiction de la vente de fusils d’assaut, pour l’immigration de réfugiés et pour l’idée de les expulser hors du pays. (…) Ce qui fait peur, c’est que nous n’avons aucun moyen de savoir lesquelles de ces opinions contradictoires il défendra s’il gagne l’élection. (…) Cette campagne a été dominée par les scandales, mais il est dangereux de penser qu’il y en a un nombre égal des deux côtés. Et vous pouvez être irrité par certains des scandales d’Hillary – c’est compréhensible – mais vous devriez alors être foutument scandalisé par ceux de Trump.  John Oliver
Il est évident que, sans la presse, tout ce que les journaux télévisés auraient à nous montrer, ce serait des présentateurs occupés à jouer à la baballe. (…) Nous devrons tôt ou tard payer pour le travail journalistique, ou alors nous finirons tous par en payer le prix. Non seulement cela laisserait la voie libre aux pires manipulations, mais, en plus, tous les futurs films de journalistes risqueraient de ressembler à ça. John Oliver
Voilà un type qui aime se saisir de sujets ennuyeux et les rendre intéressants. Si vous pouvez faire la même chose que ce qu’il s’est passé avec la FCC et la neutralité du Net, imaginez le niveau d’intérêt des gens pour des questions encore plus proches d’eux. Cyrus Habib
Il n’a pas les défauts d’autres animateurs satiriques. Il ne donne jamais l’impression qu’il méprise son public ou les gens dont il parle. Son humour n’est pas cynique, et ses sujets semblent magnifiquement enquêtés. Jean Lesieur (France 24)
Oliver a d’étonnantes audaces: parler plus de quinze minutes sans interruption face caméra, aborder des sujets techniques (le lobbying des télécoms,
la Cour suprême) ou controversés (les médicaments, le tabac). (…) John Oliver possède la distance nécessaire (un Anglais
 en Amérique) pour faire marrer, et en plus, il informe, sensibilise, et parvient même à déclencher l’engagement de ses téléspectateurs pour des combats politiques. A l’heure où l’on accuse de plus en plus l’infotainment de promouvoir des opinions (voire des mensonges) sous couvert d’humour, 
John Oliver aurait-il inventé la formule parfaite ? Grazia
John Oliver n’a pas peur d’aborder des thèmes polémiques qui divisent fortement la société américaine comme l’avortement ou la peine de mort. Et si ses vidéos culminent à plus de huit millions de vues sur Youtube en moyenne ce n’est pas par hasard. Plutôt que d’aborder rapidement le sujet, John et l’équipe de Last Week Tonight ont fait le choix de consacrer une vingtaine de minutes environ à un sujet précis, sur lequel ils enquêtent (comme de véritables journalistes) et qu’ils présentent de façon claire et argumentée. (…) La démarche d’Oliver s’inscrit dans un héritage, celui de la satire politique. Traduction : c’est terriblement drôle. La grande force du Britannique est de se présenter comme un comédien (c’est son métier après tout) et non pas un journaliste d’investigation. Il cherche à illustrer les absurdités d’une société où chacun cherche à imposer son point de vue de façon plus ou moins violente, et choisit comme arme l’humour. L’effet est garanti. (…) L’impertinence d’Oliver diffère à mon sens de celle d’un Yann Barthès par exemple, en ce qu’elle ne s’attaque pas qu’aux dérapages de représentants politiques ou de la vie civile, mais en ce qu’elle oblige la société américaine à affronter ses contradictions (aussi diverses soient-elles) et son hypocrisie manifeste. Y compris l’hypocrisie de l’axe politique que défend Oliver, celui des libéraux (qui correspondrait à la gauche en France). Ce que n’arrive pas à faire (ou ne souhaite pas?) le Petit Journal, précisément parce qu’exceptés les sketchs d’Eric et Quentin ou d’Alex Lutz et Bruno Sanchez, la rédaction est composée de journalistes, là où l’équipe d’Oliver s’appuie sur des auteurs et comédiens. Or, cette liberté de ton propre à l’exercice de la satire me parait plus efficace pour dénoncer les excès et dérapage d’une société. Louise Michel
L’animateur du “Last Week Tonight” (…) s’est fait le meilleur vulgarisateur des problèmes américains, dont les diatribes ont souvent des conséquences dans la vraie vie. C’est ce qu’on pourrait appeler le « John Oliver effect ». Provoquer une réaction citoyenne avec une simple tribune humoristique hebdomadaire en fin de soirée sur HBO – et qui recommence, pour une saison 3, ce dimanche 14 février. Depuis que l’acteur anglais a pris les commandes du Last Week Tonight en avril 2014, ses sermons dominicaux sur les problèmes qui minent les Etats-Unis (de la cause transgenre aux problèmes des insfrastructures publiques), ont réussi à faire changer les choses. Cet ancien disciple de Stephen Colbert et Jon Stewart n’a pas seulement fidélisé une solide base de téléspectateurs prêts à faire ce qu’il leur dicte, il a aussi poussé les politiques à se saisir de questions aussi austères qu’essentielles, qu’il traite avec son œil de citoyen britannique, émigré aux Etats-Unis depuis une quinzaine d’années et marié à une vétéran de la guerre d’Irak. Entouré d’une équipe qui travaille trois semaines sur des sujets dont il s’offusque, John Oliver ne souhaite pas forcément clouer son pays d’adoption au pilori : « Je ne cherche pas à ce que l’éviscération soit la caractéristique qui définisse notre boulot hebdomadaire », explique-t-il d’ailleurs à USA Today. Il réalise seulement un boulot unique, rigoureux et pédagogue. Et si le meilleur journaliste télé des Etats-Unis était en fait un humoriste ? Détail de ses coups d’éclat qui ont fait bouger les lignes. Télérama
John Oliver avait prévenu : la primaire ne l’intéresse qu’assez peu. Mais le présentateur du LastWeekTonight, le show le plus corrosif de la télévision américaine, pouvait difficilement s’abstenir de parler de Donald Trump. Alors que le candidat à la primaire républicaine remporte les Etats les uns après les autres (et pourrait de ce fait remporter le ticket – réponse partielle mardi 1er mars), il devenait de plus en plus urgent de s’intéresser à sa campagne et ses idées fluctuantes. Dans son émission du 28 février (que l’on n’espère pas noyée par les Oscars), avec la rigueur et la puissance comique qu’on lui connaît, l’Anglais émigré aux Etats-Unis a cliniquement dézingué l’homme politique, qualifié de « grain de beauté dans le dos » : « inoffensif il y a un an, tellement gros maintenant qu’il serait inconscient de l’ignorer ». Durant vingt minutes, John Oliver expose rigoureusement les faits, entrecoupés de piques comiques pour les appuyer. « Cet homme paraît séduisant… jusqu’à ce qu’on y regarde de plus près » : oui, Donald Trump est drôle, mais non, tout ce qu’il dit n’est pas vrai. Oui, il finance sa campagne, mais non, celle-ci ne repose pas que sur ses sous à lui. Oui, il est riche, mais non, il ne pèse pas 10 milliards de dollars (plutôt entre 150 et 250 millions). Oui, son nom est synonyme de succès, mais non, toutes ses affaires ne sont pas florissantes. On sent toutefois Oliver moins sarcastique qu’à l’accoutumé. Car l’heure est grave : « S’il devient vraiment le candidat républicain, il faut arrêter de penser à la mascotte Trump et commencer à penser à l’homme. » Un homme qui est, selon John Oliver, inconstant politiquement (tantôt pro-avortement, pro-migrants, pro-armes, et tantôt contre) et très trouble sur ses positions : « Il n’y a aucun moyen de savoir où se situeront ses convictions quand il sera à la Maison Blanche. » Et Oliver de sortir, l’air grave, le programme de Trump pour combattre l’Etat islamique (« Nous devons tuer leurs familles ») : « Ça, c’est le probable futur candidat républicain qui préconise un crime de guerre. » Prophétique, il prévient que le 20 janvier 2017, si Trump est élu et prête serment ce jour-là, « des voyageurs du futur viendront pour empêcher cela ». Aussi, pour tenter de saper l’influence de sa marque, qui capitalise sur le sens anglais de son nom (« trump » = atout), Oliver rappelle que celui-ci n’est pas le véritable nom d’origine de la famille : « Un de ses ancêtres a fait changer son nom de Drumpf à Trump. C’est bien moins magique et cela reflète sa personnalité. » Télérama
« Cette campagne cauchemardesque » et Donald Trump étaient du petit lait pour l’animateur britannique, qui a élevé le candidat républicain au rang de meilleur ennemi. Si, au début de la primaire républicaine, il s’est refusé à parler de lui, le comédien s’est finalement laissé aller à un portrait en forme de missile scud en février : vingt minutes de diatribe aussi jouissive qu’explosive. Les vannes étaient ouvertes : presque chaque semaine ensuite, l’élection aux mille noms a fait l’objet d’un traitement dont Trump avait les faveurs, défis et piques assassines en bonus. Jusqu’à l’émission de dimanche dernier, dans laquelle John Oliver avoue sa part de responsabilité : « Il y a quelques temps, on eut pu trouver drôle une candidature de Trump », explique l’Anglais, qui fait son mea culpa en diffusant des images de 2013. Alors animateur intérimaire du Daily Show, il appelait de ses vœux une candidature du milliardaire « à la coupe cheveux ridicule ». « Je suis un idiot », regrette-t-il, hilare, demandant aux Américains d’aller voter. Quand on connaît sa force de persuasion auprès de ses ouailles, on peut espérer qu’ils l’écoutent. Télérama
There is an outsider mentality as well as a faux authority thing that probably helps me comedically. (…) There’s a respect for authority in America that is a little odd to me. You respect the office, and never mind the person in it. That is not the case in England. In England, you always want to punch up. There is no respect for the office, the building, or any of the people who go in or out of it. There is much more deep-rooted contempt. (…) There is nothing I can accuse America of doing that Britain has not done worse in its history. So I’m coming from a point of self-criticism at the start. That helps in a way. And if it’s clear that you love the thing that you’re criticizing, that helps. John Oliver
She is very American with a capital A,” and “once you’ve bled for America, you definitely get to say you’re an American in a slightly louder tone of voice. (…) She grounds me in the fact that what I do doesn’t really matter at all, and also I’m a little more defensive of how America is perceived overseas. America takes a lot of [expletive], much of it well earned, from the rest of the world. And yet when something terrible goes down, people are waiting for Americans to fall out of the sky and help them. (…) If you don’t have anyone in your family who’s serving, you can very easily think that we’re not at war now. But we are. This is a country at war. There’s a massive disconnect between America and its military, and being married to a veteran removes that disconnect in a very substantial way. John Oliver
I can’t come home and say I had a really tough day at work today and see her roll her eyes and go, ‘Really?’ And she would be like, ‘I can’t imagine how difficult it was for you. You clown!’ Rightly, I have no place to whine about anything. That’s the problem with living with someone who has fought a war. You lose the moral high ground. John Oliver
It’s the most emasculating thing I could possibly do to go out with someone who has actually done something valuable with their life. John Oliver
There’s a long tradition of people from another nation being able to present their cultural criticism or satire as having a distance that a native seemingly doesn’t have. It feels like Oliver understands us differently than we do because he wasn’t born here. He’s seeing America as this other thing that he can hold at arm’s length. It creates the illusion of a perspective that he does a good job of playing up. He captures this outraged confusion at whatever crazy thing he’s talking about in current events. Jason Mittell (Middlebury College)
As a covert operative for the liberal elite, Oliver was working behind enemy lines at the RNC. When convention security chased after him for entering into a restricted area Oliver, who was still on a temporary work visa, found himself at risk for potential deportation. Attempting to avoid arrest and subsequent Breturn, the reporter and his camera crew happened upon a group of veterans who offered to help them hide. In a meet-cute befitting a beloved political satirist, one of those veterans was Oliver’s future wife—U.S. Army combat medic Kate Norley. After exchanging emails (aww, 2008) Oliver and Norley struck up a friendship; in 2010, the bespectacled Brit proposed in St. Thomas, and the couple tied the knot one year later. Norley, who Oliver describes as “Very American with a capital A,” is already a fan hero for (permanently!) saving her celebrity husband from deportation, but she’s also a straight-up American hero. At age 19, Norley enlisted in the military after the 9/11 attacks, serving as a combat medic in Fallujah and a mental health specialist in Ramadi, providing counsel to returning soldiers. In addition to being the only female combat-stress specialist, she was awarded the Combat Medic badge for providing medical care while under fire. Stateside, she worked as a veteran’s rights advocate for Vets for Freedom; the organization, which was founded in 2006, advocated on behalf of victory in the War on Terror, and promoted like-minded politicians. To say that Norley keeps Oliver grounded seems like an understatement. In classic self-effacing style, Oliver explained, “It’s the most emasculating thing I could possibly do to go out with someone who has actually done something valuable with their life.” Long-term emasculation aside, Norley’s combat experience gives the comedian some much-needed perspective: “I can’t come home and say I had a really tough day at work today and see her roll her eyes and go, ‘Really?’ And she would be like, ‘I can’t imagine how difficult it was for you. You clown!’ Rightly, I have no place to whine about anything. That’s the problem with living with someone who has fought a war. You lose the moral high ground.” When Oliver was offered his current gig hosting his own show, Last Week Tonight with John Oliver, at HBO, his Daily Show departure was huge entertainment news. But as Oliver tells it, Norley knew just how to keep him humble. As the comedian was making a career-defining move, his wife was on emergency deployment in the Philippines as a first responder to Typhoon Haiyan. “I got to speak to her once on this spotty satellite phone,” he recalls, “and she’s saying, ‘We had to do emergency C-sections and amputations and there are dead bodies everywhere, it’s worse than people are letting on, it’s just death, death, everywhere.’ And there’s no point at which you can go, ‘I’ve got some news as well!’ It just doesn’t matter.” Oliver distinguishes himself from the late night pack with his British accent, across-the-pond intellectualism, and genuine outsider’s confusion. But after eight years with a proud vet, Oliver has proven himself to be quite the patriot. After his 2013 break with The Daily Show was finalized, John and Kate headed to Afghanistan as part of the USO Tour. The unconventional second honeymoon found the Oliver’s sleeping in the barracks, eating with the troops, and performing at more than half a dozen forward operating bases. Last Week Tonight viewers might be surprised to learn that Oliver’s wife is a Republican—let alone a Republican who’s advocated on behalf of GOP politicians on Fox News. The unabashedly liberal HBO show has been credited with real change, otherwise known as the “John Oliver effect.” Oliver’s ability to synthesize and sensationalize under-reported topics into viral videos has led to political victories for causes ranging from unfair bail requirements to FCC regulations. And while Oliver is an equal opportunity satirist, his popular “Make Donald Drumpf Again” campaign suggests that He’s with Her. In an increasingly polarized political climate, it’s rare and refreshing to see bipartisan cooperation—let alone wedlock. And while Oliver hasn’t publicly commented on any political squabbles at home, he’s unequivocally supportive of his wife and her veteran activism: “Once you’ve bled for America, you definitely get to say you’re an American in a slightly louder tone of voice.” The Daily Beast

Attention: un effet peut en cacher un autre !

Anglais en Amérique, diplomé de Cambridge, monologues de 15 minutes face caméra et sans interruption, sujets techniques (lobbying des télécoms, 
Cour suprême) ou controversés (médicaments, tabac), distancié mais pas méprisant, désopilant mais pas cynique, sujets magnifiquement enquêtés qui parviennent à informer, sensibiliser et même mobiliser les téléspectateurs …

Au lendemain d’une élection américaine proprement historique par ses résultats aussi prévisibles qu’imprévus …

Et où après le fiasco des sondeurs et sans parler des différentes officines – y compris balkaniques – pressant jusqu’à la dernière goutte le citron de la Trumpmania …

C’est aux journalistes eux-mêmes de faire leur mea culpa …

Pendant qu’avec la même violence qu’ils reprochaient à leurs opposants, les partisans du pouvoir en place montrent leurs vraies couleurs …

Quelle meilleure mesure de la véritable hystérie collective et de l’auto-aveuglement massif …

Qui s’est emparé de nos belles âmes et de nos beaux esprits …

Que de voir comment le si longtemps célébré effet John Oliver

Ce mélange rare du meilleur de l’université (Cambridge, s’il vous plait !) et de l’humour (Monty Python) britanniques du plus brillant des animateurs satiriques de la télévision américaine …

Mais tristement réduit à la fin aux attaques ad hominem (sur la tête ou le nom du candidat) voire au degré zéro du simple juron

Qui réussissait, joignant la critique la plus implacable et le respect du public le plus exigeant, à avoir des conséquences dans la vraie vie …

A fini lui aussi, malgré son épouse ancienne combattante de la guerre d’Irak, par enfermer un peu plus son public dans son auto-aveuglement …

Son dézingage finalement assez convenu des notoires incohérences et  revirements du candidat républicain …

Lui faisant passer complètement à côté lui aussi de la colère et du profond rejet d’au moins la moitié de l’électorat américain …

Pour la condescendance et l’arrogance d’élites aussi bien-pensantes que protégées des effets de leurs idées complètement déconnectées du réel ?

Vu sur le web
John Oliver réussit une charge virulente contre Donald Trump
Jérémie Maire
Télérama
29/02/2016
Le présentateur du “LastWeekTonight” s’est (enfin) attaqué à Donald Trump. Brillant et nécessaire.

John Oliver avait prévenu : la primaire ne l’intéresse qu’assez peu. Mais le présentateur du LastWeekTonight, le show le plus corrosif de la télévision américaine, pouvait difficilement s’abstenir de parler de Donald Trump. Alors que le candidat à la primaire républicaine remporte les Etats les uns après les autres (et pourrait de ce fait remporter le ticket – réponse partielle mardi 1er mars), il devenait de plus en plus urgent de s’intéresser à sa campagne et ses idées fluctuantes.

Dans son émission du 28 février (que l’on n’espère pas noyée par les Oscars), avec la rigueur et la puissance comique qu’on lui connaît, l’Anglais émigré aux Etats-Unis a cliniquement dézingué l’homme politique, qualifié de « grain de beauté dans le dos » : « inoffensif il y a un an, tellement gros maintenant qu’il serait inconscient de l’ignorer ».

Durant vingt minutes, John Oliver expose rigoureusement les faits, entrecoupés de piques comiques pour les appuyer. « Cet homme paraît séduisant… jusqu’à ce qu’on y regarde de plus près » : oui, Donald Trump est drôle, mais non, tout ce qu’il dit n’est pas vrai. Oui, il finance sa campagne, mais non, celle-ci ne repose pas que sur ses sous à lui. Oui, il est riche, mais non, il ne pèse pas 10 milliards de dollars (plutôt entre 150 et 250 millions). Oui, son nom est synonyme de succès, mais non, toutes ses affaires ne sont pas florissantes.

On sent toutefois Oliver moins sarcastique qu’à l’accoutumé. Car l’heure est grave : « S’il devient vraiment le candidat républicain, il faut arrêter de penser à la mascotte Trump et commencer à penser à l’homme. » Un homme qui est, selon John Oliver, inconstant politiquement (tantôt pro-avortement, pro-migrants, pro-armes, et tantôt contre) et très trouble sur ses positions : « Il n’y a aucun moyen de savoir où se situeront ses convictions quand il sera à la Maison Blanche. » Et Oliver de sortir, l’air grave, le programme de Trump pour combattre l’Etat islamique (« Nous devons tuer leurs familles ») : « Ça, c’est le probable futur candidat républicain qui préconise un crime de guerre. » Prophétique, il prévient que le 20 janvier 2017, si Trump est élu et prête serment ce jour-là, « des voyageurs du futur viendront pour empêcher cela ».

Aussi, pour tenter de saper l’influence de sa marque, qui capitalise sur le sens anglais de son nom (« trump » = atout), Oliver rappelle que celui-ci n’est pas le véritable nom d’origine de la famille : « Un de ses ancêtres a fait changer son nom de Drumpf à Trump. C’est bien moins magique et cela reflète sa personnalité. » Son émission ne serait pas complète sans une tentative (vaine ?) de John Oliver pour changer les choses : « Nous avons rempli les dossiers nécessaires pour déposer le nom “Drumpf”, lâche-t-il, et nous avons ouvert le site DonaldJDrumpf.com sur lequel vous pouvez télécharger une extension pour votre navigateur, qui transformera les occurrences “Trump” en “Drumpf” [on a testé, ça marche, NDLR]. »

« Ne restons pas aveuglés par la magie de son nom, finit-il, déchaîné. Ne votez pas pour lui en gobant ce qu’il dit : c’est un artiste de la connerie. Monsieur Trump, j’attends votre procès. F*ck Donald Trump. »

Maintenant, il ne reste plus qu’à surveiller si le John Oliver effect prendra. Tout le monde retient son souffle.

Voir aussi:

Décryptage
John Oliver revient pour une troisième saison : va-t-il encore faire bouger les lignes ?
Jérémie Maire
Télérama
14/02/2016

L’animateur du “Last Week Tonight” rempile pour une troisième saison le 14 février sur HBO. En l’espace de deux ans et fort de téléspectateurs dévoués, l’humoriste s’est fait le meilleur vulgarisateur des problèmes américains, dont les diatribes ont souvent des conséquences dans la vraie vie.

C’est ce qu’on pourrait appeler le « John Oliver effect ». Provoquer une réaction citoyenne avec une simple tribune humoristique hebdomadaire en fin de soirée sur HBO – et qui recommence, pour une saison 3, ce dimanche 14 février. Depuis que l’acteur anglais a pris les commandes du Last Week Tonight en avril 2014, ses sermons dominicaux sur les problèmes qui minent les Etats-Unis (de la cause transgenre aux problèmes des insfrastructures publiques), ont réussi à faire changer les choses. Cet ancien disciple de Stephen Colbert et Jon Stewart n’a pas seulement fidélisé une solide base de téléspectateurs prêts à faire ce qu’il leur dicte, il a aussi poussé les politiques à se saisir de questions aussi austères qu’essentielles, qu’il traite avec son œil de citoyen britannique, émigré aux Etats-Unis depuis une quinzaine d’années et marié à une vétéran de la guerre d’Irak. Entouré d’une équipe qui travaille trois semaines sur des sujets dont il s’offusque, John Oliver ne souhaite pas forcément clouer son pays d’adoption au pilori : « Je ne cherche pas à ce que l’éviscération soit la caractéristique qui définisse notre boulot hebdomadaire », explique-t-il d’ailleurs à USA Today. Il réalise seulement un boulot unique, rigoureux et pédagogue. Et si le meilleur journaliste télé des Etats-Unis était en fait un humoriste ? Détail de ses coups d’éclat qui ont fait bouger les lignes.

Avoir – presque – fait disparaître le nom de Trump du web

Tout le monde l’attendait et il l’a enfin fait. Le 28 février, deux jours avant le premier « Super Tuesday » de ces primaires démocrates et républicaine, John Oliver s’attaque enfin à Donald Trump. Durant 20 minutes, l’Anglais, méticuleux et brillant, démonte les finances moribondes, les ambitions nauséabondes, l’inconstance politique crasse et même le véritable nom du candidat qui pourrait, malheureusement, prendre la tête du parti républicain en vu de l’élection présidentielle de novembre prochain. Finalement, Oliver rappelle que l’un des ancêtres de Trump a fait changer le nom de famille de Drumpf à Trump.

L’effet Oliver : De la même manière que Trump a transformé son nom en marque, Oliver propose, dans sa grandiloquence habituelle, de « Make Donald Drumpf again », ou, d’après le slogan de sa campagne « Make America great again », de rebaptiser Trump sur le Net. « C’est bien moins magique et cela reflète sa personnalité », explique-t-il et assure : « Nous avons rempli les dossiers nécessaires pour déposer le nom “Drumpf” et nous avons ouvert le site DonaldJDrumpf.com sur lequel vous pouvez télécharger une extension pour votre navigateur, qui transformera les occurrences “Trump” en “Drumpf” [on a testé, ça marche, NDLR]. »

Le résultat : Si l’efficace charge d’OIiver n’a pas empêcher Trump de sortir vainqueur du « Super Tuesday » du 1er mars, l’introduction du nom « Donald Drumpf », elle, a pleinement marché. Car, durant 24 heures, le nom « Donald Drumpf » a plus été recherché sur Google que les noms de Marco Rubio et Ted Cruz. « On peut dire que M. Oliver et son mouvement #MakeDonaldDrumpfAgain ont effectué une meilleure campagne que Ms Rubio et Cruz », ironise le New York Times qui révèlent les chiffres.

Avoir protégé la neutralité du web

Dans un segment consacré à l’épineux mais – avouons-le – très chiant problème de la neutralité du Net (pour faire simple : éviter un internet à deux vitesses, permettant à des sociétés qui paieraient plus aux fournisseurs de pouvoir envoyer leur contenu plus vite que les autres), John Oliver a accusé la FCC, le gendarme américain des télécoms, de vouloir mettre à mal ce principe. Il en a appelé, non sans lyrisme, les internautes à canaliser leur colère de façon utile, en se connectant et en écrivant, tous ensemble, à la FCC.

L’effet Oliver : Les téléspectacteurs et internautes ont pris au pied de la lettre les recommandations de John Oliver et se sont massivement rendus sur le site gouvernemental… au point de le faire planter.

Le résultat : Face à un tel effet – totalement inattendu même pour les équipes d’Oliver –, la FCC a finalement voté l’adoption de régulations pour la neutralité du Net. Chapeau.

S’être fait le héraut de la lutte anti-corruption à la Fifa

A une semaine de la Coupe du monde de foot au Brésil en juin 2014, John Oliver, en bon Anglais qui se respecte, crie tout l’amour qu’il porte au football, et en profite surtout pour dénoncer l’instance dirigeante du foot mondial. Une démonstration intelligente de la corruption (alors seulement soupçonnée) de ses leaders, de leur amour pour l’argent (« Imaginez l’argent comme des poils pubiens et la Fifa comme de la cire. Une fois que vous l’arrachez, elle emporte tout avec elle », explique-t-il, pédagogue), des méthodes cavalières de ses dirigeants, dont Sepp Blatter, pour imposer des propres lois aux pays hôtes, etc.

L’effet Oliver : Si le scandale de la Fifa a éclaté un an après sa diatribe grâce à une enquête des autorités américaines sur la base d’un indic au sein de l’organisation, John Oliver a tout de même le mérite d’avoir porté à la connaissance de ceux qui l’ignoraient le système mafieux qui régit le foot mondial. Et d’avoir fait connaître United Passions, le film à la gloire de la Fifa… produit par la Fifa.

Le résultat : L’occasion était trop belle pour ne pas y revenir au moment du scandale qui a coûté la tête de plusieurs de ses dirigeants, dont Sepp Blatter et Michel Platini. En fin d’édito, Oliver supplie Budweiser, sponsor historique de la Fifa au même titre qu’Adidas ou McDonald’s, de lâcher la Fédération : « Je ferai l’ultime sacrifice : si vous participez à l’éviction de Blatter, je boirai l’une de vos bières dégoûtantes. Si vous vous débarrassez de ce démon suisse, cette merde aura le goût de champagne. » La tête de Blatter a fini par tomber, et Oliver a tenu sa promesse.

Avoir limité les confiscations de biens personnels par la police

Aux Etats-Unis, et aussi curieux que cela puisse paraître, la police a le droit de confisquer les biens personnels (argent liquide, maison, voiture…) à des gens arrêtés sans qu’ils soient forcément accusés du moindre crime. Ces biens saisis sont automatiquement coupables (oui, comme un humain) jusqu’à ce que le citoyen prouve le contraire. Une aberration de la justice américaine que John Oliver a dénoncée durant seize minutes lors d’une émission en octobre 2014, en racontant des anecdotes plus folles les unes que les autres : un homme sur le point d’acheter un véhicule d’occasion dépossédé de son argent, un commando de police saisissant des voitures se rendant à une fête (avec vidéo de surveillance à l’appui) ou le témoignage surréaliste d’un policier qui avoue l’arbitraire de ces saisies (« Comme de l’argent tombé du ciel pour acheter des jouets » – une machine à margarita par exemple, histoire vraie). Si le « civil forfeiture » peut se montrer efficace dans la lutte contre le trafic de drogue, il reste « du vol organisé » dans la majeure partie des cas et a généré trois milliards de dollars entre 2008 et 2015. Pour appuyer son discours, Oliver a convoqué Jeff Goldblum dans une parodie de la série New York : unité spéciale des saisies de biens personnels.

L’effet Oliver : L’animateur s’est emparé du sujet à la suite de deux enquêtes du Washington Post et du New Yorker sur cet important vice du droit américain, donnant une visibilité sans précédent à ce système mis en place lors de « guerre contre la drogue » des années 1980.

Le résultat : En janvier 2015, le procureur général des Etats-Unis de l’époque, Eric Holder, a annoncé que les Etats et les officiers de police ne seraient plus autorisés à utiliser la loi fédérale pour saisir des biens sans preuve tangible qu’un crime a été commis. En juillet, le Montana et le Nouveau-Mexique ont changé leur droit : la saisie ne peut s’opérer que s’il y a conviction de crime et le bien accusé bénéficie de la présomption d’innocence. L’argent saisi n’est d’ailleurs plus encaissé par la police mais par le gouvernement local.

Avoir fait plier sur les cautions de prison

Si un citoyen est arrêté et suspecté, il a trois choix : payer une caution qui lui sera rendue s’il se présente à son jugement, plaider coupable et revenir se faire juger, ou attendre d’être jugé en prison. S’il a l’argent, tant mieux, sinon, et cela concerne les plus pauvres des Américains, c’est passage par la case prison ou par l’aveu de sa culpabilité. Un dilemme cornélien et un vieux « problème systémique » d’une justice à deux vitesses : un riche soupçonné de meurtre (par exemple, Robert Durst) peut vivre libre dans l’attente de son procès quand un pauvre ayant commis une infraction mineure (comme rouler avec un permis périmé) peut se retrouver à Rikers Island dans l’attente de son procès. Selon les chiffres sortis par Oliver, près de 40 % des détenus aux Etats-Unis le sont parce qu’ils ne peuvent payer leur caution. « La prison devrait être réservée aux dangereux criminels. Si 40 % d’un groupe ne correspond pas aux critères basiques pour y être, cela devrait changer votre perception de ce groupe », commente-t-il. Avec les conséquences dramatiques qu’une incarcération, même très courte, ou qu’un aveu de culpabilité peuvent engendrer : perte d’emploi, perte de logement, mise au ban de la société, etc. « La prison peut vous détruire. » Et Oliver de dénoncer le commerce parallèle des prêteurs sur gage, bien moins classieux que Robert Forster dans Jackie Brown, et de leurs corollaires, les chasseurs de prime.

L’effet Oliver : Diffusé en juin 2015, le message de l’émission, très remonté mais très pédagogue n’a pris qu’un seul mois à infuser, notamment dans l’esprit du maire de New York, Bill de Blasio.

Le résultat : En juillet 2015, Bill de Blasio et la municipalité de New York donnent le pouvoir aux juges de relâcher 3000 détenus à faible risque en attente de leur jugement des prisons du comté, et de les surveiller afin qu’ils se rendent bien à leur procès. « Ce système de caution est un vrai problème car certaines personnes sont emprisonnées sur la taille de leur compte en banque et non sur le risque qu’ils posent », a commenté le maire de la ville. La prison de Rikers se verrait ainsi délester de 200 détenus par jour.

Avoir financé des bourses pour les étudiantes ingénieures

Le saviez-vous ? Aux Etats-Unis, l’organisation qui gère l’élection de Miss America est le plus gros donateur de bourses pour femmes dans le monde. Selon elle, elle financerait, chaque année, 45 millions de dollars de bourses. Comme si le Comité Miss France donnait une partie de ses revenus en taxe d’apprentissage aux universités ou grandes écoles françaises. « C’est un peu bizarre parce que Miss America ne donne qu’aux femmes qui participent au concours », introduit Oliver dans son émission du 21 septembre 2014. Et cela pose un léger problème, car, pour participer à Miss America, les jeunes femmes doivent déclarer ne pas être mariées et ne pas être ou avoir été enceinte. Mais c’est surtout le chiffre de 45 millions de dollars qui a taraudé l’Anglais. Après examen minutieux et complet de milliers de pages d’impôts, l’équipe du Last Week Tonight, a en fait découvert que Miss America est loin, très loin, de donner autant d’argent. Tout juste 4 millions en 2012 selon leurs calculs. Mais, même si Miss America truque ses chiffres, la réalité est tout de même là : l’organisation reste bel et bien le plus gros donateur de bourses pour femmes dans le monde.

L’effet John Oliver : Lors de sa présentation, le présentateur a rappelé que les dons de Miss America dépassaient de loin ceux d’autres organisations plus respectables. Et de citer plusieurs fondations. « Vous pouvez tout à fait donner à ces organismes si vous voulez changer le fait que le plus gros donateur pour étudiantes leur demande de ne pas être mariées et d’avoir un utérus en parfait état. » Ce qu’ont écouté les téléspectateurs dans un effort de dons surnommé le « sursaut John Oliver ».

Le résultat : Ce « John Oliver bounce », appelé ainsi par la Société des femmes ingénieures de Chicago, a permis à cette organisation de récolter 25 000 dollars (soit 15% de leurs dons annuels) durant les seuls trois jours qui ont suivi la diffusion de l’émission. La fondation a aussi vu le trafic doubler sur son site web et sa présence sur les réseaux sociaux boostée.

Avoir fait un don de 70 000 dollars à Médecins sans frontières

La religion et les bigots, l’une des marottes de John Oliver. Dans un épisode d’août 2015, l’Anglais a minutieusement et durant vingt minutes présenté le pas très catholique business des télévangélistes, ces prédicateurs qui, en plus de promettre de guérir des cancers à travers les écrans de télévision, engrangent des millions de dollars soutirés à leurs ouailles (parfois vulnérables voire malades) pour acheter jets privés et villas. Ces demandes de dons sont parfaitement légales… et totalement nettes d’impôts. Le fisc américain est d’ailleurs très vague sur la notion d’église et n’est absolument pas regardant sur les croyances – même fantasques – qu’elles prônent. Aussi, après avoir correspondu pendant sept mois avec un télévangéliste (et envoyé près de 300 dollars), John Oliver a décidé de fonder lui-même sa propre église, Our Lady of Perpetual Exemption, et de récolter légalement les dons, nets d’impôts, de ses fidèles à lui.

L’effet John Oliver : Le pasteur Oliver a donc réclamé à ses fidèles téléspectateurs de « planter leurs graines » et de lui envoyer de l’argent, rappelant : « Tout ceci est très légal. » Ce qui est vrai.

Le résultat : Une semaine plus tard, John Oliver commence son émission par rappeler que son Eglise, fondée quelques jours auparavant, a rencontré un succès surprise : « Bizarrement, vous étiez plus nombreux à répondre que nous l’attendions. » Deux semaines plus tard, devant des boîtes pleines de courriers, de vrais sacs de graines et d’autres offrandes graveleuses, le pasteur Oliver annonce fermer son Eglise parce que quatre téléspectateurs ont trouvé malin d’envoyer leur véritable semence. « Fonder une Eglise est marrant jusqu’à ce que quelqu’un vous envoie son sperme dans une enveloppe », regrette-t-il. Mais l’honneur est sauf : avec sa fausse congrégation, John Oliver a réussi à récolter 70 000 dollars, entièrement reversés à Médecins sans frontières. En attendant, le fisc américain n’a pas touché à sa législation.

Rendre les suppliques citoyennes au gouvernement par vidéo possible

Toutes ces causes qui ont évolué grâce à des vidéos reprises en boucle sur Internet ont forcément donné des idées. En janvier 2015, le sénateur démocrate de l’Etat de Washington Cyrus Habib a demandé à introduire, dans un amendement, la possibilité aux citoyens d’envoyer, sous la forme de vidéos, leurs avis et leurs témoignages sur les lois en cours de vote. Le sénateur n’aurait ainsi qu’à se connecter sur une plateforme vidéo pour écouter les suppliques des électeurs, tandis que le citoyen n’aurait pas à se déplacer à son parlement local ou à faire appel à des lobbyistes pour se faire entendre. Pratique et surtout directement inspiré par John Oliver : « Voilà un type qui aime se saisir de sujets ennuyeux et les rendre intéressants, a expliqué Cyrus Habib. Si vous pouvez faire la même chose que ce qu’il s’est passé avec la FCC et la neutralité du Net, imaginez le niveau d’intérêt des gens pour des questions encore plus proches d’eux. »

Avec l’énorme boulot pour que le monde commence à tourner rond et la très grande base de fans prêts à faire tout ce qu’il leur demande, il y a fort à parier que la saison 3 réservera son lot de surprises. Et pourquoi pas permettre à l’effet Oliver de faire tomber de son piédestal sa tête de Turc favorite, le candidat Donald Trump.

Voir également:

Dernière salve
Election américaine : les dernières heures de la campagne vues par les late shows
Jérémie Maire
Télérama
08/11/2016

Avec parfois une dernière charge pour la route, les late shows américains ont géré de différentes manières l’avant-scrutin.

Ils ont multiplié les sketchs et les éditos engagés, fait commenter leurs invités du showbiz, et même reçus tous les candidats : les late shows, ces émissions de fin de soirée très appréciés par les téléspectateurs américains, ont joué un rôle important dans la campagne présidentielle. Mais Jimmy Fallon, Stephen Colbert, Jimmy Kimmel ou encore James Corden ont approché de manière très différente les derniers jours avant le scrutin.

Stephen Colbert, le plus droit dans ses bottes

Si le très politique animateur de CBS a tout de même invité Trump une fois sur son plateau – un passage presque obligé –, il s’est contenté par la suite de recevoir son double en dessin animé, tout aussi orange et vulgaire que l’original. Mais, pour sa dernière émission avant le scrutin, il est resté dans la droite lignée de son engagement anti-Trump : une nouvelle fois aidé par Jon Stewart, son prédécesseur (et mentor), Colbert a monté une mini-comédie musicale afin d’inciter les gens à voter… mais surtout à faire le bon choix et ne pas offrir sa voix à ce « connard en colère ».

Jimmy Fallon, le plus silencieux

Jimmy Fallon a beau être le présentateur de late show le plus efficace de la télé depuis qu’il a repris les rênes du Tonight Show en 2014, il a prouvé, lors de cette campagne, qu’il est aussi le plus complaisant. Dans le but d’être sympa avec tout le monde (et sûrement ne pas s’aliéner son public), il a aussi bien fait le foufou avec Hillary Clinton qu’avec Donald Trump, qu’il a, par exemple, décoiffé, tout évoquant, du bout des lèvres, certains points de son programme. Résultat, il s’est senti obligé de faire son mea culpa, insistant sur le fait qu’il n’« aime pas » le candidat républicain. On n’en doutait pas. Mais quand même : ses derniers shows étaient 100 % divertissement, 0 % politique, malgré quelques discrètesquoiqu’amusantes – allusions. Dommage. La veille de l’élection, il a tout de même reçu son confrère de HBO, le plus politique Bill Maher, qui a tenu à remettre les points sur les « I » : « Donald Trump n’est pas drôle. » Une pique à peine déguisée à Fallon, que celui-ci a prise toujours avec le sourire.

James Corden, le plus inattendu

On pourrait penser qu’avec ses karaokés de stars en voiture, ses talents de danseur et chanteur, et sa nationalité anglaise, James Corden ne s’aventurerait pas sur le terrain politique. Perdu. Même s’il n’a reçu aucun invité politique sur le plateau de son Late Late Show, il s’est tout de même placé sur le terrain de la campagne, avec quelques éditos et sketchs bien sentis (comme cette diatribe chantée contre Trump).

Pour sa dernière émission avant-scrutin, son compatriote Benedict Cumberbatch lui lit le Conte de l’élection 2016 : un résumé enfantin, mais drôle, très ironique, rigoureusement vrai et très, très anti-Trump. Ça vaut le coup d’œil :

John Oliver, le plus désolé

« Cette campagne cauchemardesque » et Donald Trump étaient du petit lait pour l’animateur britannique, qui a élevé le candidat républicain au rang de meilleur ennemi. Si, au début de la primaire républicaine, il s’est refusé à parler de lui, le comédien s’est finalement laissé aller à un portrait en forme de missile scud en février : vingt minutes de diatribe aussi jouissive qu’explosive. Les vannes étaient ouvertes : presque chaque semaine ensuite, l’élection aux mille noms a fait l’objet d’un traitement dont Trump avait les faveurs, défis et piques assassines en bonus.

Jusqu’à l’émission de dimanche dernier, dans laquelle John Oliver avoue sa part de responsabilité : « Il y a quelques temps, on eut pu trouver drôle une candidature de Trump », explique l’Anglais, qui fait son mea culpa en diffusant des images de 2013. Alors animateur intérimaire du Daily Show, il appelait de ses vœux une candidature du milliardaire « à la coupe cheveux ridicule ». « Je suis un idiot », regrette-t-il, hilare, demandant aux Américains d’aller voter. Quand on connaît sa force de persuasion auprès de ses ouailles, on peut espérer qu’ils l’écoutent.

Jimmy Kimmel, le plus malin

Entre Jimmy Fallon et Jimmy Kimmel, c’est une petite guerre. Qui sera le king du late show ? Si Fallon a peut-être une longueur d’avance sur le fun, Kimmel est plus fort sur le rire intelligent. Lui aussi a invité chacun des candidats (y compris des primaires) sur son plateau, blaguant avec eux. Lui aussi a été plutôt sympa avec Donald Trump, même s’il ne s’est pas privé pour le basher sur ses propostions invraisemblables. Mais, lui ne s’est jamais laissé compromettre. Régulièrement dans ses monologues ou ses sketchs, celui qui se rêve vice-président a étrillé le candidat républicain. Et dans cette dernière ligne droite, il a lancé une nouvelle séquence hilarante, Drunk Donald Trump, dans laquelle il s’amuse à ralentir les discours du candidat pour le faire passer pour un soulard. Lundi soir, Kimmel a fait encore plus fort : en remontant de vrais compliments faits par Trump à Clinton, il a transformé les propos du républicain en clip de soutien à son adversaire démocrate. A s’y méprendre mais plutôt naturel quand on sait que Trump est une girouette.

Seth Meyers, le plus radical

Dans le show qui suit Jimmy Fallon sur NBC, pas de compromission : Seth Meyers est résolument anti-Trump et ne s’est même pas embarrassé à l’inviter dans son Late Night. Armé du sourire narquois qui ne le quitte jamais, le fringant animateur s’est fait le pourfendeur du républicain dans pas loin de la totalité de ses A Closer Look, sorte d’édito quotidien au vitriol. Et pour son dernier, il ne s’est pas retenu, en reprenant les aberrations de Trump durant cette « chaotique » fin de campagne : ses soutiens (dont le rockeur sudiste aux sorties sexistes et antisémites Ted Nugent) bien miséreux à côté de ceux de Clinton, son compte Twitter qui lui est retiré par ses équipes de campagne, ses promesses de vengeance post-élection ou encore sa vaine tentative de récupération lors du retour du scandale des e-mails. Assez brillant.

Voir encore:

FALSE EQUIVALENCY

John Oliver: ‘Dangerous’ Donald Trump’s Scandals Far Worse Than Hillary Clinton’s

The ‘Last Week Tonight’ host broke down the so-called scandals associated with the two presidential candidates and found Trump’s to be far, far worse.

Marlow Stern

09.26.16

On the eve of the first presidential debate, a broadcast event moderated by NBC News’ Lester Holt that’s expected to attract as many as 100 million viewers, John Oliver returned to his Last Week Tonight hosting duties after a month-long hiatus (and one big Emmy win).

There was, of course, a lot for the comedian to unpack on Sunday night’s edition of his acclaimed HBO series, so Oliver chose to dedicate the meat of his program to the 2016 election, or as he called it: “The electoral equivalent of seeing someone puking so you start puking and then someone else is puking and pretty soon everyone is puking 2016.”

Oliver took it upon himself to inform the voting masses about the two scandal-ridden candidates, Hillary Clinton and Donald Trump, by running down all of their alleged scandals.

First came Hillary. “I do know that even talking about her scandals will irritate some of you, given that her opponent is an unambiguously racist scarecrow stuffed with scrunched-up copies of Jugs magazine, and that’s fair,” said Oliver. “But not being as bad as Donald Trump is a low bar to clear, and if you focus on nothing but him, you fail to vet a woman who might be president.”

The British political satirist then ran down the list of Hillary’s so-called scandals, many of which have already been “heavily litigated” in the past.

“For instance: Whitewater. More than six years of investigations by three different prosecutors and multiple committees failed to find sufficient evidence of wrongdoing,” offered Oliver. “Then there was Benghazi: Now, eight congressional investigations broadly concluded the State Department could have done more to increase security at the embassy but none found evidence of wrongdoing by Clinton. And then there is the problematic issue of the Swiss File Transfer, and while, yes, investigators found that Hillary was in Zurich at the time of the transfer, and documents show she was aware the transfer took place, and yes, the Clintons did have something to gain financially from it, the fact is the Swiss File Transfer is something I just made up right now, but the very fact that for a second you kind of remembered it says something about the tone of coverage surrounding Clinton.”

But the two big current scandals surrounding Clinton concern emailgate (or that Hillary used an unsecure private server to transmit classified information as secretary of state) and the Clinton Foundation pay-for-play allegations. Oliver found that these two scandals were pretty overblown.

“The FBI found 113 such emails [sent by Hillary that were classified in nature], though in fairness, only three of them had classification markers and were not in the header of the email as they should have been. And while the FBI found Clinton and her staff to be ‘extremely careless,’ they said they couldn’t ‘find a case that would support bringing criminal charges.’ So it’s not good, but it’s not as bad as it looks,” Oliver said of Clinton’s email scandal.

As far the Clinton Foundation, which has “helped millions around the world access lower-cost HIV treatment,” Oliver and his crack team of researchers went through the only seemingly legitimate allegation against the foundation—that the State Department approved the sale of a uranium mine to Putin’s Russia as a key player in the deal made four separate donations to the Clinton Foundation totaling $2.35 million.

“Not only was Hillary not involved in that decision,” said Oliver, “but eight other federal agencies—plus the Nuclear Regulatory Commission—also had to sign off, which they did. So this donation was legal, but very annoyingly handled. Any suggestion of pay-for-play fails to account for the separate actions of nine unrelated government agencies.”

“We’ve spent several frustrating weeks trolling through all the innuendo and exaggerations surrounding [Hillary’s] email and foundation scandals, and the worst thing you can say is: They both look bad, but the harder you look, the less you actually find,” continued Oliver. “There’s not nothing there; what is there is irritating rather than grossly nefarious. And this is where it’s instructive to compare her to her opponent: Donald Trump, America’s wealthiest hemorrhoid.”

Oliver added: “He’s quantifiably worse.”

First, as far as honesty goes, Oliver cited PolitiFact, which found that 13 percent of Hillary’s statements were flatly false throughout the course of the campaign, compared to 53 percent of Trump’s. Then there’s the issue of Trump’s taxes, which unlike his opponent, he has thus far refused to release—an unprecedented move among recent POTUS candidates.

“Bear in mind: We know nothing about Trump’s finances, and that is not good. He’s the first major party nominee since 1980 not to release his tax returns, and his justification is pathetic,” said Oliver, referencing Trump’s lame excuse that he can’t release his returns because they’re currently under audit (the IRS has explicitly said he still can release them).

“On top of Trump’s personal tax records, there are unanswered questions about his business dealings,” added Oliver. “As many experts have pointed out, his investments, debts, and business ties span the globe and could present unprecedented ethical challenges for a president.”

First, Trump has claimed that he wouldn’t place his financial holdings in a “blind trust”—instead stating time and again that his various companies would be run by his children, whom he’d undoubtedly have regular contact and communication with.

Then there is the matter of the Trump Foundation. “If the financial actions of the Clinton Foundation annoy you, let me introduce you to the Trump Foundation,” cracked Oliver.

The Washington Post’s investigations have found, among other things, that: Trump has not given any of his personal money to the foundation since 2008; that the foundation spent a quarter of a million dollars in donor money to settle lawsuits against Trump businesses; and that Trump used foundation money to purchase ridiculous items for himself—like $10,000 at a charity auction in 2014 for a Trump portrait painting (the second time he’d used charity funds to purchase a portrait of himself), as well as $12,000 for a signed Tim Tebow helmet. Trump’s foundation also donated $25,000 to Florida AG Pam Bondi around the time she was considering investigating Trump University.

“The thing is, we have barely scratched the surface of [Trump’s] scandals,” said Oliver, running out of time. “There is everything, from the ongoing lawsuits against that bullshit university, to the alleged use of undocumented workers when building Trump Tower, to the fact that he received an illegal $3.5 million loan from his father in the form of a purchase of chips from one of Trump’s casinos.”

“The point is, this campaign has been dominated by scandals, but it is dangerous to think there is an equal number on both sides,” he concluded. “You can be irritated by some of Hillary’s—that is understandable—but you should then be fucking outraged by Trump’s…He is ethically compromised to an almost unprecedented degree.”

How John Oliver Found Love in a Hopeless Place: The Republican National Convention

Last Week Tonight host John Oliver once found love in the unlikeliest of places: the Republican National Convention.

Amy Zimmerman

The Daily Beast

07.18.16

With a xenophobic Cheeto calling the shots, this year’s RNC is fated to be the most stripper-tastic, soul-crushing convention yet. But before Trump touches down in Sodom and Gomorrah aka Cleveland, let’s journey back to a more innocent time and place: St. Paul, Minnesota, 2008. John McCain was at the helm of the GOP, amateur geographer Sarah Palin was his first mate, and love was in the air.

At the time, comedian John Oliver was two years into his gig as Senior British Correspondent for The Daily Show with Jon Stewart. As a covert operative for the liberal elite, Oliver was working behind enemy lines at the RNC. When convention security chased after him for entering into a restricted area Oliver, who was still on a temporary work visa, found himself at risk for potential deportation. Attempting to avoid arrest and subsequent Breturn, the reporter and his camera crew happened upon a group of veterans who offered to help them hide. In a meet-cute befitting a beloved political satirist, one of those veterans was Oliver’s future wife—U.S. Army combat medic Kate Norley. After exchanging emails (aww, 2008) Oliver and Norley struck up a friendship; in 2010, the bespectacled Brit proposed in St. Thomas, and the couple tied the knot one year later.

Norley, who Oliver describes as “Very American with a capital A,” is already a fan hero for (permanently!) saving her celebrity husband from deportation, but she’s also a straight-up American hero. At age 19, Norley enlisted in the military after the 9/11 attacks, serving as a combat medic in Fallujah and a mental health specialist in Ramadi, providing counsel to returning soldiers. In addition to being the only female combat-stress specialist, she was awarded the Combat Medic badge for providing medical care while under fire. Stateside, she worked as a veteran’s rights advocate for Vets for Freedom; the organization, which was founded in 2006, advocated on behalf of victory in the War on Terror, and promoted like-minded politicians.

To say that Norley keeps Oliver grounded seems like an understatement. In classic self-effacing style, Oliver explained, “It’s the most emasculating thing I could possibly do to go out with someone who has actually done something valuable with their life.” Long-term emasculation aside, Norley’s combat experience gives the comedian some much-needed perspective: “I can’t come home and say I had a really tough day at work today and see her roll her eyes and go, ‘Really?’ And she would be like, ‘I can’t imagine how difficult it was for you. You clown!’ Rightly, I have no place to whine about anything. That’s the problem with living with someone who has fought a war. You lose the moral high ground.”
When Oliver was offered his current gig hosting his own show, Last Week Tonight with John Oliver, at HBO, his Daily Show departure was huge entertainment news. But as Oliver tells it, Norley knew just how to keep him humble. As the comedian was making a career-defining move, his wife was on emergency deployment in the Philippines as a first responder to Typhoon Haiyan. “I got to speak to her once on this spotty satellite phone,” he recalls, “and she’s saying, ‘We had to do emergency C-sections and amputations and there are dead bodies everywhere, it’s worse than people are letting on, it’s just death, death, everywhere.’ And there’s no point at which you can go, ‘I’ve got some news as well!’ It just doesn’t matter.”

Oliver distinguishes himself from the late night pack with his British accent, across-the-pond intellectualism, and genuine outsider’s confusion. But after eight years with a proud vet, Oliver has proven himself to be quite the patriot. After his 2013 break with The Daily Show was finalized, John and Kate headed to Afghanistan as part of the USO Tour. The unconventional second honeymoon found the Oliver’s sleeping in the barracks, eating with the troops, and performing at more than half a dozen forward operating bases.

Last Week Tonight viewers might be surprised to learn that Oliver’s wife is a Republican—let alone a Republican who’s advocated on behalf of GOP politicians on Fox News. The unabashedly liberal HBO show has been credited with real change, otherwise known as the “John Oliver effect.” Oliver’s ability to synthesize and sensationalize under-reported topics into viral videos has led to political victories for causes ranging from unfair bail requirements to FCC regulations. And while Oliver is an equal opportunity satirist, his popular “Make Donald Drumpf Again” campaign suggests that He’s with Her.

In an increasingly polarized political climate, it’s rare and refreshing to see bipartisan cooperation—let alone wedlock. And while Oliver hasn’t publicly commented on any political squabbles at home, he’s unequivocally supportive of his wife and her veteran activism: “Once you’ve bled for America, you definitely get to say you’re an American in a slightly louder tone of voice.”

Voir aussi:

7 Extraordinary Reasons Kate Norley Is Even More Badass Than Her Husband, John Oliver

Bustle

Despite the time off, Last Week Tonight host John Oliver has had a busy few months. He and his wife, Kate Norley, recently welcomed their first child into the world in November. And both have taken to parental duties, as the two are certainly a caring couple. Oliver has shown his compassion for others in his more vibrant Last Week Tonight segments, and, well, Norley’s kindness runs even deeper as an Iraq War veteran, veterans advocate, and all around awesome human being. It’s quite likely that Kate Norley is even more badass than John Oliver.

Her background is amazing, and her upbringing is simply unbelievable. The child of affluent parents, Norley has made it explicitly clear that money has never made for an easy, lazy life for her. She’s previously described her mother as being incredibly altruistic and committed to volunteering and has similarly taken to acts of kindness, such as her efforts with Project Rubicon, a nonprofit dedicated to providing disaster relief in some of the most dangerous, underserved areas in the world.

When Norley was just 16, a reckless driver collided with her while she was riding her bike. She subsequently suffered severe head trauma and was forced to relearn vital language components, including reading and writing. Norley somehow was able to use the devastating injury to motivate her altruistic efforts and dedication to serving, marveling that « the Army has given me a chance to do things I never dreamed I was capable of doing. » Here are just some of the many ways she’s excelled and seriously outshined Oliver.

She’s An Iraqi War Veteran

Norley enlisted shortly after the Sept. 11 attacks. She felt compelled to serve, she told Stars and Stripes, and soon found herself in a role with the 1st Cavalry Division’s 15th Forward Support Battalion in Baghdad working as a 91 X, or mental health specialist. The veteran spent a majority of her deployment helping her fellow soldiers suffering from combat fatigue.

She’s Also A Veterans Advocate

Norley’s advocacy position with Vets for Freedom is what led her to meet her husband. The two crossed paths at the 2008 Republican National Convention in St. Paul, Minnesota. Norley and her group helped hide Oliver and his crew when the then Daily Show correspondent saw security approaching. Realizing his work visa would put him in a precarious position and that he was in a restricted area, Oliver desperately sought help. Vets for Freedom came to their rescue, he and Norley began a correspondence, and were married three years later.

Her Heroic Efforts Include Helping Iraqi Citizens

Some of Norley’s most fulfilling moments while deployed were spent helping locals near Camp Blackjack in Baghdad, she’s said. It’s near the 1st Cavalry Division base that squatters and the underserved gather and where Norley spent her scant free time tending to Iraqi children.

She’s Part Of Team RubiconTeam Rubicon works to send veterans and qualified civilians with first responder skills to disaster sites and at-risk areas to perform relief efforts ranging from medical care to infrastructure repair. Given her background, it’s no wonder that Norley would take to the noble nonprofit’s cause and work with them.

She’s A Proud Half-Marathon Participant

This is Iraq War veteran and US Army medic Kate Norley Oliver. She’s racing hard and racing with resolve on the…

… And not just any half-marathon: the 2014 New York City Half-Marathon, which benefits the low-income homeowner advocacy nonprofit Rebuilding Together. In addition to successfully raising more than $1,000 and competing in the marathon, Norley was also able to participate in volunteer opportunities with Rebuilding Together as part of their Race2Rebuild initiative with the NYC Marathon and Half-Marathon.

Her Dream Is To Start A Women-Led Nonprofit

Outside of the armed forces, the veteran is reportedly looking to help even more women living in underserved areas through female empowerment. Norley’s ultimate dream is « to send American women to the Third World so other women can see what it’s like to have rights and power, » she said in a moving profile that appeared in Stars and Stripes.

Her Husband Is In Awe Of Her

Oliver has spoken repeatedly about how inspiring his wife is and how much the work she’s doing means to him. The Last Week Tonight host has stated that having a veteran spouse has changed his very idea of what it means to be an American and made him that much more appreciative of her current role as a veterans advocate. « When you’ve married someone who’s been at war, there is nothing you can do that compares to that level of selflessness and bravery, » Oliver stated in a late night appearance.

Voir également:

Ever since Briton John Oliver appeared as a correspondent on The Daily Show, I’ve wanted to see more of his work, and have hoped to some day be able to talk to him. Thanks to a Comedy Central special, I got to do both this past week. On Sunday, Mr. Oliver starred in his own one-hour stand-up special, “Terrifying Times,” in which he discussed the scariness that is world politics. Instead of crude humor, Mr. Oliver made intelligent observations about serious situations put in a comedic light. A few days before “Terrifying Times” aired, I was able to talk to Mr. Oliver by phone about his transition into comedy, his work on The Daily Show, and his new comedy special. Below is an excerpt.

The Tech: You went to Cambridge University. What was your major there and how did you go from Cambridge to comedy?

John Oliver: I did English there, which was easy because I’m already English. So I was bound to be good at it. And there’s quite a famous comedy troupe there called the Footlights, which gave birth to Peter Cook and Monty Python and many, many other people. I was involved in that, so I started doing comedy there at Cambridge writing.

TT: You mentioned in the special that comedians don’t choose comedy until all the career dreams of their parents are in the gutter. Did you choose comedy before your parents’ dreams for you died?

JO: What, were smashed? No, I think my dad probably realized that his dream for me was dying early. He desperately wanted me to become a football player. But I think it became pretty clear that I didn’t have the physical attributes for that … I guess by the time I got to university they had probably pretty much given up. I was putting all my eggs in one very shaky basket. And I think they knew I was going to do something stupid, like try a career in comedy.

TT: And how did you transition from comedy to The Daily Show?

JO: Well, I was writing and doing stand-up in London. And I’m not entirely sure how they heard of what I was doing over there … It’s the kind of thing you don’t want to ask too many questions about. I was flown over to meet them and I was offered a job on the spot. It was my favorite show before I came here — I’d never been to America before I came here to work here. It happened fast. I can’t really explain it now.

TT: When you were doing comedy in England, did you always do political humor?

JO: Maybe not, I guess, when I started off. But as I got better at writing, I started writing about what I cared about more, and I’ve always been interested in politics.

TT: Did your work include American political humor, or was it more focused on English politics?

JO: People in Europe and I guess around the world know more about American politics than Americans think they do. We have to because what happens here impacts our lives very directly, especially in Britain with our special, special relationship. And don’t think we’re not grateful for that every morning as well. So, yeah, it very much touched on American policies because America runs the world in the way that we used to.

TT: Do you have any vices?

JO: Vices! Not really. I don’t really drink. I don’t smoke. I’m emotionally repressed as any good British person is. So, I don’t know. I like sport. I really like sport, and I could watch sport all day, everyday, and in fact, can get pretty close to that … I’m about as far from [John] Belushi that you can be without becoming a Mormon.

TT: What is it like being a Daily Show correspondent?

JO: It’s great. It’s kind of my dream job, really. I guess my experience is slightly different because I’m a writer on the show as well. I come in at 9:00 every morning and we start the writing meetings. So then, if I’m on the show, I’ll be writing something for that. If I’m not, I’ll be writing something for somebody else.

TT: How are the correspondents chosen for each piece? Is there competition?

JO: No, not competition. Usually we kind of decide as we’re coming up with the bit; usually it’s pretty obvious who would be the best for it, then we’ll write for that person.

TT: Have you been surprised by your success on the show, and now having your own special?

JO: Yeah, of course. I mean, when I first moved over here, my manager in England advised me not to sign a lease or rent longer than a month because he reckoned I’d be fired within three weeks. So to be honest, anything from there became a surprise because my expectations were so low … I’ve been absolutely amazed by how it’s all gone, and I couldn’t be happier. I was fully expecting to be fired due to lack of talent and be back in England by now, by a long stretch.

TT: What are the biggest things that have surprised you about America and working on The Daily Show?

JO: The food in America has different flavors than I’m used to. I’m used to one flavor in food, and that flavor is nothing. So having anything more than that has been a great surprise. And in terms of working on The Daily Show, it’s just quite strange the kind of guests you end up meeting. I met [Pervez] Musharraf, the current prime minister of Pakistan. It’s very strange on days like that. None of us can understand why he’s here. That’s true of all the candidates when they come on. You feel it’s just a cable comedy show. We work in a small office above a small studio and we just try to make each other laugh all day. And then all of a sudden someone running for leader of the free world will show up to do a five minute bit. It’s very strange. We tend to be quite an enclosed community on this show, so it’s hard to — we tend not to think about the wider implications of what we’re doing at all.

TT: I hate to go back to the less political part of your answer, but what’s your favorite food?

JO: I like Indian food a lot because I come from England and the food we eat more than anything else is Indian food.

TT: Do you feel like Indian food is one of the better results of English imperialism?

JO: Definitely. We got some great trophies from our empire. Indian food, that was good. We also got carpets, and pretty much everything inside the British Museum was stolen. It’s basically like a warehouse for gangsters, the British Museum … There’s nothing in there that we genuinely legally own, other than perhaps the Magna Carta.

TT: In the special, you talk about being fascinated by an inflatable barbeque in a mall. Do you like to visit malls?

JO: No. I very much do not like visiting malls because they sap my will to live.

TT: Finally, where do you see yourself in five years?

JO: I’d like to still be here. I get asked that a lot by journalists, I guess because what other people have gone on to do — like [Steve] Carell or [Stephen] Colbert, and I guess [Ed] Helms now. If I was doing anything else in America, I would be trying to get on this show. So now I’m just trying not to get fired. I just don’t want to leave, so I’ll very happily be here in five years.

Voir encore:

Grazia

03 mars 2015

LA NOUVELLE STAR US

HBO a trouvé sa nouvelle star, et l’Amérique, un cousin d’une élégance rare au Petit Journal de Canal+. Début février a ainsi démarré la deuxième saison du Last Week Tonight, un « late show » né au printemps 2014 et mené par John Oliver. Comment ce « lunetteux » bien peigné à l’accent savoureusement britannique est-il devenu en quelques mois la coqueluche des médias, des téléspectateurs et des internautes (ses émissions dépassent régulièrement les 3 millions de vues sur YouTube)?

MERCI RICKY GERVAIS

Il a fallu tout le flair du comique anglais Ricky Gervais qui, en 2006, conseille 
à Jon Stewart, le pape de l’infotainment américain depuis 1999 avec son Daily Show (Yann Barthès lui rend un discret hommage en reproduisant chaque soir certaines de ses mimiques), de le recevoir pour un casting. Gervais ne le connaît pas, mais
 il l’a entendu car à l’époque, John Oliver tente de percer dans les médias britanniques en animant
 des chroniques de satire politique. Oliver débarque donc en Amérique pour incarner le « correspondant britannique senior » du Daily Show. La collaboration est si fructueuse que Jon Stewart décide de se faire remplacer par Oliver quelques semaines lorsqu’il part réaliser un film en 2013. L’enjeu est de taille : l’émission est l’une des plus influentes, dit-on, auprès des jeunes décideurs américains. Oliver livre une prestation d’une telle qualité qu’HBO lui propose aussitôt son propre show, avec toute la liberté qu’offre cette chaîne payante affranchie de la pub.

LE MARATHON DU TALK

C’est ainsi que démarre Last Week Tonight, où Oliver a d’étonnantes audaces: parler plus de quinze minutes sans interruption face caméra, aborder des sujets techniques (le lobbying des télécoms,
la Cour suprême) ou controversés (les médicaments, le tabac). « Il n’a pas les défauts d’autres animateurs satiriques, estime Jean Lesieur, cofondateur de France 24 et grand observateur des médias US. Il ne donne jamais l’impression qu’il méprise son public ou les gens dont il parle. Son humour n’est pas cynique, et ses sujets semblent magnifiquement enquêtés. » John Oliver possède la distance nécessaire (un Anglais
 en Amérique) pour faire marrer, et en plus, il informe, sensibilise, et parvient même à déclencher l’engagement de ses téléspectateurs pour des combats politiques. A l’heure où l’on accuse de plus en plus l’infotainment de promouvoir des opinions (voire des mensonges) sous couvert d’humour,
John Oliver aurait-il inventé la formule parfaite ?

Voir de plus:

Une émission américaine fait de la pub au Petit Journal… pour ridiculiser Shy’M
Allyson Jouin-Claude

Le Figaro

24/11/2015

LE SCAN TÉLÉ / VIDÉOS – La notoriété du programme de Yann Barthès dépasse nos frontières. Pour illustrer la chute de la chanteuse, l’animateur John Oliver a diffusé un extrait de l’émission de Canal+.

Après les attentats, le coup de gueule de John Oliver, animateur anglais qui officie dans un late-show américain sur HBO, a fait le tour du web et a fait du bien à la France. Il y insultait allègrement les terroristes et montrait un soutien franc et cocasse à la France.

D’ailleurs, lors de son émission spéciale, Le Petit Journal avait salué l’intervention de John Oliver en diffusant un extrait de son monologue incisif, parmi les nombreux hommages rendus à Paris.
Coïncidence amusante et sympathique clin d’œil, le week-end dernier, c’est John Oliver qui a, à son tour, diffusé un extrait du Petit Journal. Le but étant de… se moquer de la chute de la chanteuse Shy’M qui a fait rire la France (ou au moins une bonne grosse partie des internautes), la semaine dernière. En montrant le saut raté de l’artiste (et le fait que personne dans le public ne l’ait rattrapée), John Oliver a souligné: «Ça, c’est le Paris qu’on connaît et qu’on aime!». Et l’animateur a même diffusé l’extrait des comédiens Eric et Quentin qui se sont moqués de cette chute avec des riverains parisiens, provoquant le fou rire ces derniers. En clôturant, Oliver a précisé qu’il s’agissait «là du meilleur signe que la France irait mieux [après les attentats]».
Conclusions:

1. La chute de Shy’M fait rire le monde entier.

2. Le Petit Journal est devenu bon au point d’être (souvent) cité, même à l’étranger.

3. C’est bien joli de se faire des clins d’œil par émission interposée, mais à quand la rencontre Yann Barthès / John Oliver?

Voir enfin:

John Oliver – l’impertinence au service de l’information

J’invite tous ceux qui pensent lire ici une biographie de John Oliver, homme politique canadien né le 31 juillet 1856 à passer leur chemin, car cet article a pour sujet son non moins célèbre homonyme (John Oliver était sûrement célèbre aux yeux des paysans de la Colombie-Britannique au XIXe siècle) John William Oliver, comédien britannique originaire de Birmingham!

Le vrai John Oliver (pas le canadien mort au XIXe siècle)

Ceux qui me lisent sont donc déjà perdus et se demandent « mais qui est donc ce « je » qui nous harangue à coup de John Oliver? Déjà il ne peut y avoir qu’un John, notre Johnny national (je parle ici de l’homme primé aux Oscars pour son rôle dans Optic 2000 mon amour) et ensuite que peut m’apporter cet énergumène qui ressemble drôlement à Harry Potter? »

Pour des raisons de sécurité nationale, mon identité doit rester secrète, mais sachez qu’il m’arrive d’errer dans les couloirs de Louise Michel à mes heures perdues, afin de dispenser le peu de savoir dont je dispose. En réalité tout cela est beaucoup moins sexy que ça en a l’air. J’effectue ici un Service Civique (Allons enfants de la patriiiiie) dans le cadre d’une mission d’alphabétisation et d’aide aux devoirs.

En ce qui concerne ce cher John, je vous assure qu’il peut vous apporter beaucoup. Certes, il vit de l’autre coté de l’Atlantique. Certes, il s’exprime dans la langue de la Perfide Albion et tout le monde ne peut donc le suivre. Mais croyez-moi, ce brun ténébreux à lunettes (je m’emporte) constitue à lui seul une révolution dans l’univers des Late Show américains.

Mon totem

Ma première rencontre avec John date de l’époque où il travaillait encore au Daily Show with Jon Stewart, le grand satiriste de la vie politique américaine du XXIe siècle, le fabuleux Jon Stewart, celui que les Américains veulent voir comme modérateur du débat de la présidentielle de 2016 (autant dire que David Pujadas à côté c’est Popeye dans les Bronzés), un Mark Twain des temps modernes et mentor de John Oliver. Le Daily Show est donc un vrai-faux journal télévisé (un modèle dont s’est inspiré le Petit Journal de Yann Barthès) mais dont la volonté était de réellement informer ses téléspectateurs, notamment en dénonçant les excès (et stupidités) des médias américains (comme la chaîne d’information Fox News)

Un peu de bon sens dans ce monde de brutes

Informer donc, mais en s’amusant, contrairement à ce que pourraient faire de « vrais » journalistes. Et c’est dans cette verve que s’inscrit la démarche de Last Week Tonight, l’émission animée par John Oliver depuis 2014 sur la chaîne câblée HBO (vous savez, cette petite PME connue pour avoir produit une série sur les dragons et l’inceste).

Le décor est planté, le personnage peut monter sur scène et vous déclamer son texte. Car arrivés à ce stade de l’article (si vous n’avez pas renoncé entre-temps) vous vous dites sûrement : « c’est bien joli toute cette histoire de la satire politique aux Etats-Unis, mais de quoi parle Emmett Brickowoski? ».

De tout mes chers amis. De tout. John Oliver n’a pas peur d’aborder des thèmes polémiques qui divisent fortement la société américaine comme l’avortement ou la peine de mort. Et si ses vidéos culminent à plus de huit millions de vues sur Youtube en moyenne ce n’est pas par hasard. Plutôt que d’aborder rapidement le sujet, John et l’équipe de Last Week Tonight ont fait le choix de consacrer une vingtaine de minutes environ à un sujet précis, sur lequel ils enquêtent (comme de véritables journalistes) et qu’ils présentent de façon claire et argumentée.
Et si cela peut paraître rasoir de prime abord, n’oubliez pas ce que je vous ai dit plus tôt! La démarche d’Oliver s’inscrit dans un héritage, celui de la satire politique. Traduction : c’est terriblement drôle. La grande force du Britannique est de se présenter comme un comédien (c’est son métier après tout) et non pas un journaliste d’investigation. Il cherche à illustrer les absurdités d’une société où chacun cherche à imposer son point de vue de façon plus ou moins violente, et choisit comme arme l’humour. L’effet est garanti.

Par exemple si je vous parle de la neutralité du net, je parie que se réveille en vous une envie de fuir très loin. Au moins à Troyes. Et de rester cacher là-bas. Ou comme le dit John « je préférerais lire un livre de Thomas Friedman plutôt que d’en entendre parler, je préférerais m’asseoir avec ma nièce et regarder Caillou, un dessin animé sur la vie d’un enfant canadien chauve à qui il n’arrive absolument rien. »

Mais comme il le signale par la suite, « la neutralité sur le net est un enjeu très important. Concrètement, cela signifie que toutes les données sont traitées de façon égale, peu importe qui les créent. C’est pourquoi le monde d’internet est un grand terrain de jeu et c’est comme cela que des start-ups ont pu devancer des grandes marques de l’establishment. C’est comme cela que Facebook a supplanté MySpace, qui avait supplanté Friendster qui avait déjà supplanté le fait d’avoir des amis. Vous vous souvenez de l’amitié avec de vraies personnes en face de vous? C’était atroce, vous ne pouviez pas taper sur la tête des gens pour les faire partir ».

Un sujet de société en somme très sérieux et qui nous concerne tous (vous êtes actuellement sur internet) et qui paraitrait vraiment ennuyeux à n’importe qui s’il n’était pas traité sur le ton de l’humour. Or l’impact d’Oliver est réel, puisqu’il lance un appel aux trolls d’internet à la fin de cette vidéo, les exhortant à délivrer leur haine sur le site de la FFC, et cela fonctionne : le site a connu un bug monumental.

Petit message d’amour à la FFC « Ooops il semble que vous ayez crashé le site de la FFC, j’espère que vous êtes fiers de vous »

Pouvez-vous imaginer une émission de divertissement partir en guerre contre le CSA au nom de la liberté sur internet? Et tout cela en réussissant à vous faire rire et à vous faire découvrir Caillou (comment ne pas succomber au charme de ce crâne chauve)? Et à ceux qui me rétorquent que cette émission existe déjà en France et qu’elle est diffusée à partir de 20h10 sur Canal + du lundi au vendredi je répondrai un « gnnnn ce n’est pas tout à fait la même chose ».

L’impertinence d’Oliver diffère à mon sens de celle d’un Yann Barthès par exemple, en ce qu’elle ne s’attaque pas qu’aux dérapages de représentants politiques ou de la vie civile, mais en ce qu’elle oblige la société américaine à affronter ses contradictions (aussi diverses soient-elles) et son hypocrisie manifeste. Y compris l’hypocrisie de l’axe politique que défend Oliver, celui des libéraux (qui correspondrait à la gauche en France). Ce que n’arrive pas à faire (ou ne souhaite pas?) le Petit Journal, précisément parce qu’exceptés les sketchs d’Eric et Quentin ou d’Alex Lutz et Bruno Sanchez, la rédaction est composée de journalistes, là où l’équipe d’Oliver s’appuie sur des auteurs et comédiens. Or, cette liberté de ton propre à l’exercice de la satire me parait plus efficace pour dénoncer les excès et dérapage d’une société.

Je côtoie cet humoriste depuis quelques années maintenant et mon avis ne peut être parfaitement objectif à son sujet (je rappelle que j’ai un badge sur mon effigie sur mon sac à dos. Hello à tous les stalkeurs) mais je ne pense pas être la seule personne sensible à l’impertinence de John Oliver et à ce qu’il a pu (peut et pourra) apporter au paysage politique américain (et mondial!) dans son exercice critique. Mon ultime conseil sera donc de vous inviter fortement à aller voir ses vidéos sur YouTube (il suffit de taper Last Week Tonight dans le moteur de recherche et c’est la première chaîne qui s’affiche) d’abord pour rire et ensuite pour vous souvenir que les démocraties que nous défendons à cors et à cris ne sont pas exemptes de défauts substantiels. Le rire cristallin (et ironique) de ce  cher Britannique peut constituer une piqûre de rappel…

Lu sur le Web
Trump président : le “New York Times” et le “Washington Post” font déjà leur mea culpa
Jean-Baptiste Roch
Télérama
09/11/2016

Les deux journaux de référence, par la voix de leurs éditorialistes, soulignent l’aveuglement des journalistes, y compris de leur rédaction, face aux sondages tout-puissants. Et plus largement, l’incapacité de la presse à prendre le pouls du pays.

« Pour le dire crûment, les médias sont passés à côté.»  A l’heure où les Etats-Unis se sont endormis avec l’image de Donald Trump, leur nouveau Président, le constat de Margaret Sullivan, éditorialiste au Washington Post, est sans détour. Et sonne clairement comme un aveu d’échec, naissant, d’une partie de la presse américaine.

Le New York Times, autre grand quotidien de référence sur la côte Est – et qui s’était engagé comme son homologue de Washington en faveur d’Hillary Clinton –, exprime, quelques heures après la victoire de Trump, un sentiment similaire, par la voix de Jim Ruthenberg, le médiateur du journal, dans un article en forme de mea culpa. « Les médias d’informations ont échoué dans les grandes largeurs à comprendre ce qui était en train de se passer », déplore à chaud le journaliste.

On ne peut s’empêcher de penser que Sullivan, comme Ruthenberg, expriment une partie de l’auto-critique probablement à l’oeuvre – ou à venir – dans les rédactions américaines, qui avaient annoncé ces dernières semaines l’élection confortable d’Hillary Clinton, en dépit de signaux contraires et sur la foi de sondages érigés en majesté.

Au-delà de la confiance aveugle et excessive accordée à ces enquêtes d’opinions, les deux éditorialistes pointent du doigt l’incapacité des journalistes à prendre eux-mêmes le pouls du pays. « Ils ont échoué à capter la colère d’une large part de l’électorat américain, qui se sent mis de côté, (…) et ignoré par les élites de Washington, Wall Street et des médias de masse », analyse Ruthenberg.

Sullivan, elle, met en cause la sociologie même de la classe journalistique, comme un élément structurant de l’éloignement vis-à-vis de la réalité du terrain, et du peuple américain. « Les journalistes – diplômés, urbains, et pour une bonne part, libéraux [adjectif qui aux Etats-Unis désigne les partisans d’un état plutôt interventionniste, NDLR], sont encore susceptibles de vivre et travailler dans des villes comme New York, Washington ou sur la côté Ouest. Et bien que nous nous soyons tous rendus dans les Etats les plus favorables aux Républicains, ou que nous ayons interviewé des mineurs ou des chômeurs de l’industrie automobile dans la Rust Belt, la région ouvrière du Nord-Ouest des Etats-Unis, nous ne les avons pas pris au sérieux. Ou pas suffisamment.»

Et l’éditorialiste du Washington Post de citer les paroles récentes de Peter Thiel, le milliardaire qui a entraîné la faillite du défunt site Gawker. « Les médias ne prennent jamais Trump au sérieux, mais pourtant toujours au pied de la lettre.» Tandis que les électeurs américains, eux, sont allés au-delà de ses formules provocatrices : quand Trump promet la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique, ils comprennent surtout qu’il s’empare de la question de l’immigration dans le pays.

« Trump – qui a qualifié les journalistes de déchets et corrompus – nous a tellement détourné de l’essentiel que nous n’étions pas capables de voir ce qui était pourtant sous nous yeux », conclut Sullivan. Une thèse que développait déjà en juin dernier Jack Shafer, journaliste à Politico, dans un article intitulé « Avons-nous créé Trump ? » , où il expliquait que ce dernier était certes un populiste, mais aussi un redoutable manipulateur des médias de masse. Il y citait notamment une réflexion du désormais président, prononcée en 1987 :  « Si vous êtes un peu différent, ou choquant… La presse parlera de vous ».

Voir de même:

Journalists didn’t question the polling data when it confirmed their gut feeling that Mr. Trump could never in a million years pull it off. They portrayed Trump supporters who still believed he had a shot as being out of touch with reality. In the end, it was the other way around.

It was just a few months ago that so much of the European media failed to foresee the vote in Britain to leave the European Union. Election 2016, thy name is Brexit.

Election Day had been preceded by more than a month of declarations that the race was close but essentially over. And that assessment held even after the late-October news that the Federal Bureau of Investigation was reviewing a new batch of emails related to Mrs. Clinton’s private server.

Mrs. Clinton’s victory would be “substantial but not overwhelming,” The Huffington Post had reported, after assuring its readers that “she’s got this.” That more or less comported with The New York Times’s Upshot projection early Tuesday evening that Mrs. Clinton was an 84 percent favorite to win the presidency.

Then came a profound shift, as mainstream media organizations scrambled to catch the bus that had just run them over. By 10:30 p.m., the Upshot projection had switched around, remarkably, to 93 percent in favor of Mr. Trump.

Other major sites also flipped from a likely Clinton victory to a likely Trump victory. John King of CNN proclaimed to his huge election night audience that during the previous couple of weeks, “We were not having a reality-based conversation” given the map he had before him, showing Mr. Trump with a clear opportunity to reach the White House.

That was an extraordinary admission; if the news media failed to present a reality-based political scenario, then it failed in performing its most fundamental function.

The unexpected turn in the election tallies immediately raised questions about the value of modern polling: Can it accurately capture public opinion when so many people are now so hard to reach on their unlisted cellphones?

“I think the polling was a mess,” Stanley Greenberg, a Democratic pollster, told me Tuesday night. “But I think a lot of it was interpretation of the polls.”

Mike Murphy, a Republican strategist, said on MSNBC, “My crystal ball has been shattered into atoms’’ because he predicted the opposite outcome. “Tonight data died,’’ he added.

Regardless of the outcome, it was clear that the polls, and the projections, had underestimated the strength of Mr. Trump’s vote, and the movement he built, which has defied all predictions and expectations since he announced his candidacy last year.

And that’s why the problem that surfaced on Tuesday night was much bigger than polling. It was clear that something was fundamentally broken in journalism, which has been unable to keep up with the anti-establishment mood that is turning the world upside down.

Politics is not just about numbers; data can’t always capture the human condition that is the blood of American politics. And it is not the sole function of political reporting to tell you who will win or who will lose. But that question — the horse race — has too often shadowed everything else, and inevitably colors other reporting, too.

You have to wonder how different the coverage might have been had the polls, and the data crunching, not forecast an almost certain Clinton victory. Perhaps there would have been a deeper exploration of the forces that were propelling Mr. Trump toward victory, given that so much of his behavior would have torpedoed any candidate who came before him.

Maybe we’d know a lot more about how Mr. Trump’s plan to build a wall along the southern border would fare in Congress, or what his proposal to make it easier to sue journalists might actually look like. How about his plan to block people from countries with links to terrorism?

Then there was the drop in the global stock market on Tuesday night, which wasn’t just figures on a screen but wealth being erased. The expectations were out of whack, and Wall Street doesn’t do out-of-whack well.

What’s amazing is how many times the news media has missed the populist movements that have been rocking national politics since at least 2008. It failed to initially see the rise of the Tea Party, which led to the Republican wave of elections of 2010 and 2014, which was supposed to be the year the so-called Republican establishment regained control over its intraparty insurgency.

Then, of course, there was Mr. Trump’s own unexpected rise to the nomination. And after each failure came a vow to learn lessons, and not ever allow it to happen again. And yet the lessons did not come fast enough to get it right when it most mattered.

In an earlier column, I quoted the conservative writer Rod Dreher as saying that most journalists were blind to their own “bigotry against conservative religion, bigotry against rural folks, and bigotry against working class and poor white people.”

Whatever the election result, you’re going to hear a lot from news executives about how they need to send their reporters out into the heart of the country, to better understand its citizenry.

But that will miss something fundamental. Flyover country isn’t a place, it’s a state of mind — it’s in parts of Long Island and Queens, much of Staten Island, certain neighborhoods of Miami or even Chicago. And, yes, it largely — but hardly exclusively — pertains to working-class white people.

They think something is so wrong that all the fact-checking of Mr. Trump this year, the countless reports of his lies — which he uttered more than Mrs. Clinton did — and the vigorous investigation of his business and personal transgressions, bothered them far less than the perceived national ills Mr. Trump was pointing to and promising to fix.

In their view the government was broken, the economic system was broken, and, we heard so often, the news media was broken, too. Well, something surely is broken. It can be fixed, but let’s get to it once and for all.

Voir par ailleurs:

The Surprising Origin of the Phrase ‘Flyover Country’
Everyone knows where it is, especially in an election year. But the people who call the heartland « flyover country » aren’t who you think.
The meaning of « flyover country » is obvious. Its origin is a bit more mysterious.
The National Geographic
March 14, 2016

The term « flyover country » is often used to derisively refer to the vast swath of America that’s not near the Atlantic or Pacific coasts. It sounds like the ultimate putdown to describe places best seen at cruising altitude, the precincts where political and cultural sophisticates visit only when they need to.

But in fact, as a saying, flyover country isn’t quite the elitist insult we imagine. And it’s not even all that old.

The Oxford English Dictionary’s first citation for flyover country is from 1980, 59 years after “fly-over” was first used to describe an aircraft passing over a place, and about 30 years after the advent of nonstop transcontinental commercial flights. Thomas McGuane began an Esquire article about the landscape painter Russell Chatham with the line: “Because we live in flyover country, we try to figure out what is going on elsewhere by subscribing to magazines.”

Note the “we.” McGuane was born in Michigan and, like Chatham, lived in Montana. “This must have come from the time I worked in movies, an industry that seemed to acknowledge only two places, New York and Los Angeles,” McGuane says when asked how he came to the phrase. “I recall being annoyed that the places I loved in America were places that air travel allowed you to avoid.”

A search through Google’s massive archive of scanned books and periodicals finds that many subsequent occurrences of flyover country come from people who, like McGuane, put the phrase in someone else’s mouth. Rarely is it ever used by a New Yorker or Angelino as a pejorative.

“It’s a stereotype of other people’s stereotypes,” lexicographer Ben Zimmer says. But it’s not as if the stereotypes are entirely imagined. Zimmer says the concept behind flyover country is present in older phrases, like middle America, “which has been used to talk about, geographically, the middle part of the U.S. since 1924, but then also has this idea of not only the geographic middle but the economic and social middle of the country as well, that kind of middle-ness that’s associated with the Midwest.” Another term for the same place, Zimmer notes, is heartland, which is “for people who want to valorize a particular social or political value.”

And the heartland gets a lot of attention when it has votes that can be won. Politicians across the spectrum paint this place as more real than the coasts. This year, Ted Cruz blasted fellow Republican presidential candidate Donald Trump’s “New York values.” And in 2008, vice presidential candidate Sarah Palin quoted columnist Westbrook Pegler’s heartland-boosting line “We grow good people in our small towns.” All this is a way of championing a set of values that is imagined to exist outside of big urban centers. It treats middle America like a time capsule from a simpler era, which, when you consider the Dust Bowl, the circumstances that led to the existence of Rust Belt, and the Civil Rights struggles before and after the Great Migration, never really existed for many people.

Romanticizing can also read as patronizing for people in the middle of the country.

“You know when you’re being ignored. You know when you’re being looked down on,” says journalist Sarah Kendzior, who grew up in Connecticut, but now lives in Missouri. Kendzior’s 2013 essay “The View From Flyover Country” details how easily outsiders overlook the nuances of the middle of the country. “It’s just ignored as a region unless it’s politically convenient. Unless something happens like a mass protest or a presidential primary, reporters don’t pay attention to it,” she says.

Hence the self-coining of flyover country—it’s a way for Midwesterners (and Southerners and people from the plains and mountains) to define themselves relative to the rest of the country. It’s defensive but self-deprecating, a way of shouting out for attention but also a means for identifying yourself by your home region’s lack of attention. It’s the linguistic nexus of Minnesota nice and Iowa stubborn. This self-identification has become a celebration. The country singer Jason Aldean angrily defended flyover states in a hit single, while indie singer Pokey LaFarge has reveled in his region’s slightly inconvenient time zone. (Both, perhaps, responses to the Talking Heads’ 1978 song “The Big Country,” which is—likely sarcastically—sung from the perspective of a person flying over the heartland.)

Aldean, LaFarge, Kendzior, and McGuane all come from different parts of the middle of the country, but they all belong to the same, self-identified place, a place rooted more in attitude than in soil. As a concept, flyover country can exist almost anywhere in the United States. As a phrase, it’s become almost a dare, a way for Midwesterners to cajole the coastal elites into paying attention to a place they might otherwise overlook. But it’s also a bond for Midwesterners—a way of forging an identity in a place they imagine being mocked for its lack of identity. It’s a response to an affront, real or imagined, and a way to say “Well, maybe we don’t think that much of you, either.

 Voir encore:

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Dix sites web innovants pour suivre différemment l’élection américaine
Romain Jeanticou
28/10/2016

D’Hillary Clinton et de Donald Trump, lequel livre le plus de données incorrectes ? Quel traitement accordent les médias à la campagne présidentielle ? Qui finance qui ? Autant de questions auxquelles répondent les dix sites Internet ici sélectionnés.

Qui finance la campagne d’Hillary Clinton ? Donald Trump pourra-t-il vraiment fermer l’entrée des Etats-Unis aux musulmans ? Pourquoi est-il interdit de faire un selfie dans l’isoloir ? Si vous vous passionnez pour l’élection américaine mais ne savez où trouver les informations face aux dantesques flux qui nous assaillent tous les jours, voici dix sites innovants pour suivre et comprendre en temps réel le duel entre Hillary Clinton et Donald Trump.

Pour les pronostics : FiveThirtyEight

Le statisticien Nate Silver, ancien blogueur du New York Times, est le roi du poker politique. Avec l’équipe de FiveThirtyEight, il analyse les tendances et les possibles aboutissants de l’élection à partir d’un seul et même matériau brut : les données. En croisant quotidiennement résultats passés, statistiques et sondages, le site s’engage directement sur le résultat de chacun des 50 Etats. En 2012, Silver avait correctement prédit l’issue du scrutin pour 49 d’entre eux, avant de faire un sans-faute à l’élection suivante. Cette année, c’est plus compliqué…

Pour le fact-checkingPolitiFact

PolitiFact fait partie des pionniers du fact-checking en ligne, ce type de journalisme qui s’attache à vérifier les assertions des personnalités publiques. Lancé en 2007 par le quotidien Tampa Bay Times en Floride, son succès tient à sa simplicité et à son aspect ludique : un baromètre juge la véracité de chaque affirmation sur une échelle allant de « vrai » à « flagrant délit de mensonge ». Un classement permet ensuite de visualiser quelle personnalité lance le plus de contre-vérités (spoiler : il a un prénom de palmipède).

Pour les finances : Crowdpac

Indépendant et non partisan, Crowdpac cherche à « rendre la politique aux citoyens » en mettant en lumière l’apport financier des lobbies et des grosses industries aux candidats. Sa page « Money race » offre toutes les indications numéraires liées au financement des campagnes, aux donateurs et aux systèmes d’influence. De quoi donner envie de se présenter soi-même, ce qu’encourage Crowdpac via divers outils de participation à la vie politique américaine.

Pour l’analyse : The Upshot, du New York Times

Cette section du grand quotidien américain a été créée en 2014 en préparation de l’élection présidentielle et en réaction au départ de son blogueur à succès Nate Silver, parti exporter ses statistiques sur son propre site (voir FiveThirtyEight). Porté par le puissant travail de data du New York Times, The Upshot n’est cependant pas une accumulation de graphiques et de pourcentages, l’expertise du journal permettant de tirer des chiffres, sélectionnés et éditorialisés, une analyse pour comprendre les tenants de la course à la Maison Blanche.

Pour les vidéos : la chaîne YouTube de Vox

L’excellent site d’information et d’opinion fondé par Ezra Klein a réussi à bâtir une jeune audience grâce à un ton informel et à une approche explicative de ses sujets. Les vidéos pleines de malice de Vox poussent encore davantage le curseur de la pédagogie, servies par une réalisation sans faille. Les thèmes traités ont très peu en commun, mais lorsqu’ils touchent à la politique ou au sociétal, les vidéos offrent un brillant éclairage sur les Etats-Unis, leur histoire et les déchirements qui les traversent.

Pour les rats de bibliothèque : Ballotpedia

Réservé aux plus assidus, Ballotpedia est, comme le suggère son titre, le Wikipedia de l’élection. Y sont rassemblées toutes les informations liées aux candidats, aux thèmes de la campagne, aux scrutins, aux institutions ou aux Etats. La quantité de contenu encyclopédique rebute un peu, mais l’internaute cherchant une précision particulière ou voulant tout savoir sur tout peut commencer par là.

Pour le plaisir des yeux : Election 2016 Graphics, du Wall Street Journal

Infographies, gifs, visualisation de données, contenus tirés des réseaux sociaux : l’équipe de graphistes et de développeurs du quotidien économique s’en donne à cœur joie pour offrir la couverture data la plus visuelle et la plus ludique de l’élection américaine. La mise en scène des données – tout en diversité d’angles et en couleurs flashy – aide à avaler la complexité des informations apportées.

Pour la politique pure et dure : RealClearPolitics

Les junkies des affaires publiques trouveront leur pain quotidien sur Real Clear Politics, agrégateur d’informations politiques et de sondages basé à Chicago. Très prisé des journalistes et des politiques eux-mêmes, le site rassemble les nouvelles études d’opinion liées à la campagne et une sélection éclectique d’articles tirés de publications aussi bien libérales que conservatrices et locales qu’internationales, proposant une revue de presse synthétique mais diversifée.

Pour les étudiants : PBS Election Central

Le réseau américain public de télévision PBS a mis en place un programme en ligne destiné aux professeurs et à leurs étudiants pour comprendre le système politique du pays, parfois kafkaïen, et son processus électoral tout aussi abscons. Un ensemble d’outils éducatifs en vidéos, cartes ou graphiques pour comprendre, débattre… et améliorer son anglais.

Pour la bataille médiatique : Election Tracker

La lorgnette par laquelle Election Tracker observe la campagne est médiatique. Il ne s’agit pas d’un site d’information mais d’une application créée par l’entreprise de gestion canadienne OpenText qui analyse en data la couverture de l’élection aux Etats-Unis. Temps de parole des candidats, mentions en une des journaux, sujets de prédilection, articles à charge ou à défense : tout est quantifié et comparé, offrant une cartographie du paysage médiatique américain et de son rapport à Clinton et Trump depuis le début de la campagne.

Voir enfin:

How Teens In The Balkans Are Duping Trump Supporters With Fake News
BuzzFeed News identified more than 100 pro-Trump websites being run from a single town in the former Yugoslav Republic of Macedonia.
Craig Silverman
Lawrence Alexander
BuzzFeed
Nov. 4, 2016

“This is the news of the millennium!” said the story on WorldPoliticus.com. Citing unnamed FBI sources, it claimed Hillary Clinton will be indicted in 2017 for crimes related to her email scandal.

“Your Prayers Have Been Answered,” declared the headline.

For Trump supporters, that certainly seemed to be the case. They helped the baseless story generate over 140,000 shares, reactions, and comments on Facebook.

Meanwhile, roughly 6,000 miles away in a small town in the former Yugoslav Republic of Macedonia, a young man watched as money began trickling into his Google AdSense account.

Over the past year, the Macedonian town of Veles (population 45,000) has experienced a digital gold rush as locals launched at least 140 US politics websites. These sites have American-sounding domain names such as WorldPoliticus.com, TrumpVision365.com, USConservativeToday.com, DonaldTrumpNews.co, and USADailyPolitics.com. They almost all publish aggressively pro-Trump content aimed at conservatives and Trump supporters in the US.

The young Macedonians who run these sites say they don’t care about Donald Trump. They are responding to straightforward economic incentives: As Facebook regularly reveals in earnings reports, a US Facebook user is worth about four times a user outside the US. The fraction-of-a-penny-per-click of US display advertising — a declining market for American publishers — goes a long way in Veles. Several teens and young men who run these sites told BuzzFeed News that they learned the best way to generate traffic is to get their politics stories to spread on Facebook — and the best way to generate shares on Facebook is to publish sensationalist and often false content that caters to Trump supporters.

As a result, this strange hub of pro-Trump sites in the former Yugoslav Republic of Macedonia is now playing a significant role in propagating the kind of false and misleading content that was identified in a recent BuzzFeed News analysis of hyperpartisan Facebook pages. These sites open a window into the economic incentives behind producing misinformation specifically for the wealthiest advertising markets and specifically for Facebook, the world’s largest social network, as well as within online advertising networks such as Google AdSense.

“Yes, the info in the blogs is bad, false, and misleading but the rationale is that ‘if it gets the people to click on it and engage, then use it,’” said a university student in Veles who started a US politics site, and who agreed to speak on the condition that BuzzFeed News not use his name.

Sample stories from US politics sites run by Macedonians.

Using domain name registration records and online searches, BuzzFeed News identified over 100 active US politics websites being run from Veles. The largest of these sites have Facebook pages that boast hundreds of thousands of followers.

BuzzFeed News also identified another 40 US politics domains registered by people in Veles that are no longer active. (An April report from the Macedonian website Meta.mk identified six pro-Trump sites being run from Veles. A Guardian report identified 150 politics sites.)

Their reasons for launching these sites are purely financial, according to the Macedonians with whom BuzzFeed News spoke.

“I started the site for a easy way to make money,” said a 17-year-old who runs a site with four other people. “In Macedonia the economy is very weak and teenagers are not allowed to work, so we need to find creative ways to make some money. I’m a musician but I can’t afford music gear. Here in Macedonia the revenue from a small site is enough to afford many things.”

Most of the posts on these sites are aggregated, or completely plagiarized, from fringe and right-wing sites in the US. The Macedonians see a story elsewhere, write a sensationalized headline, and quickly post it to their site. Then they share it on Facebook to try and generate traffic. The more people who click through from Facebook, the more money they earn from ads on their website.

Earlier in the year, some in Veles experimented with left-leaning or pro–Bernie Sanders content, but nothing performed as well on Facebook as Trump content.

“People in America prefer to read news about Trump,” said a Macedonian 16-year-old who operates BVANews.com.

BuzzFeed News’ research also found that the most successful stories from these sites were nearly all false or misleading.

For example, the most successful post BuzzFeed News found from a Macedonian site is based on a story from a fake news website. The headline on the story from ConservativeState.com was “Hillary Clinton In 2013: ‘I Would Like To See People Like Donald Trump Run For Office; They’re Honest And Can’t Be Bought.’” The post is a week old and has racked up an astounding 480,000 shares, reactions, and comments on Facebook. (To put that into perspective, the New York Times’ exclusive story that revealed Donald Trump declared a $916 million loss on his 1995 income tax returns generated a little more than 175,000 Facebook interactions in a month.)

The viral Clinton story was sourced from TheRightists.com, a site that admits it publishes both real and fake content. According to emails released by WikiLeaks, Clinton said in a private speech to Goldman Sachs that she would like to see more successful business people enter politics. But she did not mention Donald Trump in any way. The quote used in the headline is false.

The original hoax from The Rightists. The Rightists

Four of the five most successful posts from the Macedonian sites BuzzFeed News identified are false. They include the false claim that the pope endorsed Trump, and the false claim that Mike Pence said Michelle Obama is the “most vulgar first lady we’ve ever had.” Those four posts together generated more than 1 million shares, reactions, and comments on Facebook. That resulted in huge traffic and significant ad revenue for the owners of these sites, with many people being misinformed along the way.

The Macedonians BuzzFeed News spoke to said the explosion in pro-Trump sites in Veles means the market has now become crowded, making it harder to earn money. The people who launched their sites early in 2016 are making the most money, according to the university student. He said a friend of his earns $5,000 per month, “or even $3,000 per day” when he gets a hit on Facebook.

The 16-year-old who operates BVANews.com with a partner said he also runs health websites in addition to the US politics site. They launched the site in early 2016 and it’s now averaging 1 million page views a month, said his partner. (The teens declined to share revenue figures.)

The 17-year-old and his three partners are still waiting for Google’s AdSense program to approve their site for ads. As of now, they’re only generating about 800 views a day and aren’t earning any revenue. The university student launched his site in August and stopped updating it in order to focus on another, more successful site he has that’s focused on health and well-being. He estimated there are “thousands” of health-related sites being run out of Veles. US politics is just this year’s opportunity, thanks to a combination of Trump and Facebook.

“I stopped because I didn’t really enjoy doing it and we didn’t actually make any money from it since there are so many people posting already,” the university student said. “The people who started early are the ones reaping the rewards.”

BVA News / Via bvanews.com

Aside from the allure of easy money, they also have an element of pride that web-savvy people — including teenagers — in a small country like Macedonia can earn money by gaming Facebook, Google, and Americans.

“A good chunk of the world thinks Macedonia is primitive, but that is not true,” the 17-year-old said.

The young men running these sites know the Trump traffic bonanza will soon come to an end. They expect traffic and revenue to decline significantly once the election is over. But they also hold out hope that a Trump win will keep their sites afloat.

“If Trump loses I plan to redirect my site to sports,” the 16-year-old’s partner said. “It means that there will be no more politics [worth covering].”


Présidentielle américaine: Vous avez dit effet Bradley ? (Revenge of the clingers and deplorables: a win so big even Nate Silver missed it)

9 novembre, 2016

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Tim Youngblood of Dahlonega, Ga. waits for Republican presidential candidate Donald Trump to arrive for a rally at the Fox Theater, Wednesday, June 15, 2016, in Atlanta. (AP Photo/John Bazemore)

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La prédiction est un art bien difficile, surtout en ce qui concerne l’avenir. Niels Bohr
Soudain, Norman se sentit fier. Tout s’imposait à lui, avec force. Il était fier. Dans ce monde imparfait, les citoyens souverains de la première et de la plus grande Démocratie Electronique avaient, par l’intermédiaire de Norman Muller (par lui), exercé une fois de plus leur libre et inaliénable droit de vote. Le Votant (Isaac Asimov, 1955)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
I continue to believe Mr. Trump will not be president. And the reason is that I have a lot of faith in the American people. Being president is a serious job. It’s not hosting a talk show, or a reality show. The American people are pretty sensible, and I think they’ll make a sensible choice in the end. It’s not promotion, it’s not marketing. It’s hard. And a lot of people count on us getting it right. Barack Hussein Obama (Feb. 2016)
Comme je l’ai dit depuis le début, notre campagne n’en était pas simplement une, mais plutôt un grand mouvement incroyable, composé de millions d’hommes et de femmes qui travaillent dur, qui aiment leur pays, et qui veulent un avenir plus prospère et plus radieux pour eux-mêmes et leur famille. C’est un mouvement composé d’Américains de toutes races, de toutes religions, de toutes origines, qui veulent et attendent que le gouvernement serve le peuple. Ce gouvernement servira le peuple. J’ai passé toute ma vie dans le monde des affaires et j’ai observé le potentiel des projets et des personnes partout dans le monde. Aujourd’hui, c’est ce que je veux faire pour notre pays. Il y a un potentiel énorme, je connais bien notre pays, il y a potentiel incroyable, ce sera magnifique. Chaque Américain aura l’opportunité de vivre pleinement son potentiel. Ces hommes et ces femmes oubliés de notre pays, ces personnes ne seront plus oubliées. Donald Trump
Je suis désolé d’être le porteur de mauvaises nouvelles, mais je crois avoir été assez clair l’été dernier lorsque j’ai affirmé que Donald Trump serait le candidat républicain à la présidence des États-Unis. Cette fois, j’ai des nouvelles encore pires à vous annoncer: Donald J. Trump va remporter l’élection du mois de novembre. Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va devenir notre prochain président. (…) Jamais de toute ma vie n’ai-je autant voulu me tromper. (…) Voici 5 raisons pour lesquelles Trump va gagner : 1. Le poids électoral du Midwest, ou le Brexit de la Ceinture de rouille 2. Le dernier tour de piste des Hommes blancs en colère 3. Hillary est un problème en elle-même 4. Les partisans désabusés de Bernie Sanders 5. L’effet Jesse Ventura. Michael Moore
The phenomenon of voters telling pollsters what they think they want to hear, however, actually has a name: the Bradley Effect, a well-studied political phenomenon. In 1982, poll after poll showed Tom Bradley, Los Angeles’ first black mayor and a Democrat, with a solid lead over George Deukmejian, a white Republican, in the California gubernatorial race. Instead, Bradley narrowly lost to Deukmejian, a stunning upset that led experts to wonder how the polls got it wrong. Pollsters, and some political scientists, later concluded that voters didn’t want to say they were voting against Bradley, who would have been the nation’s first popularly-elected African-American governor, because they didn’t want to appear to be racist. (…) In December, a Morning Consult poll examined whether Trump supporters were more likely to say they supported him in online polls than in polls conducted by live questioners. Their finding was surprising: « Trump performs about six percentage points better online than via live telephone interviewing, » according to the study. At the same time, « his advantage online is driven by adults with higher levels of education, » the study says, countering data showing Trump’s bedrock support comes from voters without college degrees. « Importantly, the differences between online and live telephone [surveys] persist even when examining only highly engaged, likely voters. » But Galston says while the study examines « a legitimate question, » the methodology is unclear, and « it’s really important to compare apples to apples. You need to be sure that the online community has the same demographic profile » as phone polling. « It may also be the case that people who are online and willing to participate in that study are already, in effect, a self-selected sample » of pro-Trump voters, Galston says. (…) Ultimately, Trump’s claim « is more of a way to try to explain poor polling numbers. Trump is losing at the moment and he’s trying to explain it off, » Skelley says. « This doesn’t really hold up under scrutiny. » US News & world report (July 2016)
Ever since the ascendency of their “war room,” the Clinton-inspired Left has attacked the integrity and morality of all Republican presidential candidates: McCain was rendered a near-senile coot, confused about the extent of his wife’s wealth and the number of their estates. No finer man ran for president than Mitt Romney. And by November 2012 when he lost, he had been reduced to a bullying hazer in his teen-age years, a vulture capitalist, a heartless plutocrat who was rude to his garbage man, tortured dogs, had an elevator in his house, and provided horses and stables to his aristocratic wife. All were either lies or exaggerations or irrelevant and all insidiously cemented the picture of the gentlemanly Romney as a preppie, out-of-touch, old white-guy snob, and gratuitously cruel to the less fortunate. Trump was certainly more vulgar than either McCain or Romney, but what voters he lost owing to his crass candor he may well have gained back through his slash-and-burn, take-no-prisoners willingness to fight back against the liberal smear machine. We can envision what Marco Rubio, Jeb Bush, or Ted Cruz would look like after six months of “going high” from the Clinton-campaign treatment. It is a mistake to believe that any other candidate would have better dealt with the Clinton-Podesta hit teams; all we can assume is that most would have suffered far more nobly than Trump. It would be wonderful if a Republican candidate ran with Romney’s personal integrity, Rubio’s charisma, Walker’s hands-on experience, Cruz’s commitment to constitutional conservatism, and Trump’s energy, animal cunning, and ferocity, but unfortunately such multifaceted candidates are rare. Victor Davis Hanson
What I was hearing was this general sense of being on the short end of the stick. Rural people felt like they’re not getting their fair share. (…)  First, people felt that they were not getting their fair share of decision-making power. For example, people would say: All the decisions are made in Madison and Milwaukee and nobody’s listening to us. Nobody’s paying attention, nobody’s coming out here and asking us what we think. Decisions are made in the cities, and we have to abide by them. Second, people would complain that they weren’t getting their fair share of stuff, that they weren’t getting their fair share of public resources. That often came up in perceptions of taxation. People had this sense that all the money is sucked in by Madison, but never spent on places like theirs. And third, people felt that they weren’t getting respect. They would say: The real kicker is that people in the city don’t understand us. They don’t understand what rural life is like, what’s important to us and what challenges that we’re facing. They think we’re a bunch of redneck racists. So it’s all three of these things — the power, the money, the respect. People are feeling like they’re not getting their fair share of any of that. (…)  It’s been this slow burn. Resentment is like that. It builds and builds and builds until something happens. Some confluence of things makes people notice: I am so pissed off. I am really the victim of injustice here. (…) Then, I also think that having our first African American president is part of the mix, too. (…) when the health-care debate ramped up, once he was in office and became very, very partisan, I think people took partisan sides. (…) It’s not just resentment toward people of color. It’s resentment toward elites, city people. (…) Of course [some of this resentment] is about race, but it’s also very much about the actual lived conditions that people are experiencing. We do need to pay attention to both. As the work that you did on mortality rates shows, it’s not just about dollars. People are experiencing a decline in prosperity, and that’s real. The other really important element here is people’s perceptions. Surveys show that it may not actually be the case that Trump supporters themselves are doing less well — but they live in places where it’s reasonable for them to conclude that people like them are struggling. Support for Trump is rooted in reality in some respects — in people’s actual economic struggles, and the actual increases in mortality. But it’s the perceptions that people have about their reality are the key driving force here. (…) One of the key stories in our political culture has been the American Dream — the sense that if you work hard, you will get ahead. (…) But here’s where having Bernie Sanders and Donald Trump running alongside one another for a while was so interesting. I think the support for Sanders represented a different interpretation of the problem. For Sanders supporters, the problem is not that other population groups are getting more than their fair share, but that the government isn’t doing enough to intervene here and right a ship that’s headed in the wrong direction. (…) There is definitely some misinformation, some misunderstandings. But we all do that thing of encountering information and interpreting it in a way that supports our own predispositions. Recent studies in political science have shown that it’s actually those of us who think of ourselves as the most politically sophisticated, the most educated, who do it more than others. So I really resist this characterization of Trump supporters as ignorant. There’s just more and more of a recognition that politics for people is not — and this is going to sound awful, but — it’s not about facts and policies. It’s so much about identities, people forming ideas about the kind of person they are and the kind of people others are. Who am I for, and who am I against? Policy is part of that, but policy is not the driver of these judgments. There are assessments of, is this someone like me? Is this someone who gets someone like me? (…) All of us, even well-educated, politically sophisticated people interpret facts through our own perspectives, our sense of what who we are, our own identities. I don’t think that what you do is give people more information. Because they are going to interpret it through the perspectives they already have. People are only going to absorb facts when they’re communicated from a source that they respect, from a source who they perceive has respect for people like them. And so whenever a liberal calls out Trump supporters as ignorant or fooled or misinformed, that does absolutely nothing to convey the facts that the liberal is trying to convey. Katherine Cramer
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…)  C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. (…) En  réalité,  [mixité  sociale » et « mixité  ethnique »] vont  rarement  ensemble.  En  région   parisienne,  on  peut  avoir  un  peu  de  mixité  sociale   sans mixité ethnique. La famille maghrébine en phase  d’ascension sociale achète un pavillon à proximité des  cités.  Par  ailleurs,  les  logiques  séparatistes  se  poursuivent  et  aujourd’hui  les  ouvriers,  les  cadres  de  la   fonction  publique  et  les  membres  de  la  petite  bourgeoisie  maghrébine  en  ascension  sociale  évitent  les   quartiers où se concentre l’immigration africaine.  Ça me fait penser à la phrase de Valls sur l’apartheid.  Il  devait  penser  à  Évry,  où  le  quartier  des  Pyramides   s’est  complètement  ethnicisé  :  là  où  vivaient  hier  des   Blancs et des Maghrébins, ne restent plus aujourd’hui  que des gens issus de l’immigration subsaharienne. En  réalité, tout le monde – le petit Blanc, le bobo comme  le Maghrébin en phase d’ascension sociale – souhaite  éviter  le  collège  pourri  du  coin  et  contourne  la  carte   scolaire. On est tous pareils, seul le discours change…  (…) À  catégories  égales,  la  mobilité  sociale  est  plus  forte   dans les grandes métropoles. C’est normal : c’est là que  se  concentrent  les  emplois.  Contrairement  aux  zones   rurales, où l’accès au marché de l’emploi et à l’enseignement  supérieur  est  difficile,  les  aires  métropolitaines   offrent   des   opportunités   y   compris   aux   catégories    modestes. Or ces catégories, compte tenu de la recomposition  démographique,  sont  aujourd’hui  issues  de   l’immigration. Cela explique l’intégration économique  et  sociale  d’une  partie  de  cette  population.  Évidemment,  l’ascension  sociale  reste  minoritaire  mais  c’est   une constante des milieux populaires depuis toujours :  quand on naît  « en bas » , on meurt  « en bas » .  (…) les   classes   populaires   immigrées   bénéficient    simplement  d’un  atout  :  celui  de  vivre   «  là  où  ça  se   passe  » .  Il  ne  s’agit  pas  d’un  privilège  résultant  d’une   politique  volontariste.  Tout  ça  s’est  fait  lentement.  Il   y  a  des  logiques  démographiques,  foncières  et  économiques.  Il  faut  avoir  à  l’esprit  que  la  France  périphérique  n’est  pas  100  %  blanche,  elle  comporte  aussi  des   immigrés, et puis il y a également les DOM-TOM, territoires ultrapériphériques !    (..) Notre  erreur  est  d’avoir  pensé  qu’on  pouvait  appliquer   le   modèle   mondialisé   économique   sans   obtenir   ses    effets  sociétaux,  c’est-à-dire  le  multiculturalisme  et  une   forme  de  communautarisme.  La  prétention  française,   c’était  de  dire  :   «  Nous,  gros  malins  de  Français,  allons   faire  la  mondialisation  républicaine  !  »   Il  faut  constater  que  nous  sommes  devenus  une  société  américaine   comme les autres. La laïcité et l’assimilation sont mortes  de  facto.  Il  suffit  d’écouter  les  élèves  d’un  collège  pour   s’en convaincre : ils parlent de Noirs, de Blancs, d’Arabes.  La société multiculturelle mondialisée génère partout les  mêmes tensions et paranoïas identitaires, nous sommes  banalement dans ce schéma en France. Dans ce contexte,  la question du rapport entre minorité et majorité est en  permanence  posée,  quelle  que  soit  l’origine.  Quand  ils   deviennent  minoritaires,  les  Maghrébins  eux-mêmes   quittent les cités qui concentrent l’immigration subsaharienne. Sauf que comme en France il n’y a officiellement  ni religion ni race, on ne peut pas en parler… Ceux qui  osent le faire, comme Michèle Tribalat, le paient cher.  (…)  La  création  de  zones  piétonnières  fait  augmenter les prix du foncier. Et les aménagements écolos des  villes correspondent, de fait, à des embourgeoisements.  Tous  ces  dispositifs  amènent  un  renchérissement  du   foncier  et  davantage  de  gentrification.  Pour  baisser   les prix ? Il faut moins de standing. Or la pression est  forte  :  à  Paris,  plus  de  40  %  de  la  population  active   est composée de cadres. C’est énorme ! Même le XX e arrondissement est devenu une commune bourgeoise.  Et  puis  l’embourgeoisement  est  un  rouleau  compresseur.  On  avait  pensé  que  certaines  zones  resteraient   populaires,  comme  la  Seine-et-Marne,  mais  ce  n’est   pas le cas. Ce système reproduit le modèle du marché  mondialisé,  c’est-à-dire  qu’il  se  sépare  des  gens  dont   on n’a pas besoin pour faire tourner l’économie.  (…) La  politique  municipale  de  Bordeaux  est  la  même   que  celle  de  Lyon  ou  de  Paris.  Il  y  a  une  logique  qui   est celle de la bourgeoisie mondialisée, qu’elle soit de  droite ou de gauche. Elle est libérale-libertaire, tantôt  plus libertaire (gauche), tantôt plus libérale (droite)…  (…) L’un des codes fondamentaux de la nouvelle bourgeoisie  est  l’ouverture.  Si  on  lâche  ce  principe,  on  est   presque  en  phase  de  déclassement.  Le  vote  populiste,   c’est  celui  des  gens  qui  ne  sont  plus  dans  le  système,   les  « ratés » , et personne, dans le milieu bobo, n’a envie  d’avoir  l’image  d’un  loser.  Le  discours  d’ouverture  de   la supériorité morale du bourgeois est presque un signe  extérieur  de  richesse.  C’est  un  attribut  d’intégration.   Aux yeux de la classe dominante, un homme tolérant est  quelqu’un qui a fondamentalement compris le monde. (…) Mais plus personne ne l’écoute ! Quand on regarde catégorie après catégorie, c’est un processus de désaffiliation  qui  s’enchaîne  et  se  reproduit,  incluant  notamment  le   divorce des banlieues avec la gauche. Le magistère de la  France d’en haut est terminé ! Électoralement, on le voit  déjà avec la montée de l’abstention et du vote FN. Le FN  existe  uniquement  parce  qu’il  est  capable  de  capter  ce   qui  vient  d’en  bas,  pas  parce  qu’il  influence  le  bas.  Ce   sont les gens qui influencent le discours du FN, et pas le  contraire ! Ce n’est pas le discours du FN qui imprègne  l’atmosphère  !  Le  Pen  père  n’était  pas  ouvriériste,  ce   sont les ouvriers qui sont allés vers lui. Le FN s’est mis  à parler du rural parce qu’il a observé des cartes électorales…  les  campagnes  sont  un  désert  politique  rempli   de Français dans l’attente d’une nouvelle offre. Bref, ce  système ne peut pas perdurer. (…) Si l’on regarde le dernier sondage Ipsos réalisé  dans  22  pays,  on  y  découvre  que  seulement  11  %  des   Français (dont beaucoup d’immigrés !) considèrent que  l’immigration est positive pour le pays. C’est marrant,  les  journalistes  sont  90  %  à  penser  le  contraire.  En   vérité, il n’y a plus de débat sur l’immigration : tout le  monde est d’accord sauf des gens qui nous mentent… (…)  Les   ministres   et   gouvernements    successifs  sont  pris  dans  la  même   contradiction  :  ils  ont  choisi  un   modèle économique qui crée de la  richesse,  mais  qui  n’est  pas  socialement   durable,   qui   ne   fait   pas    société.  Ils  n’ont  de  fait  aucune   solution,   si   ce   n’est   de   gérer   le   court terme en faisant de la redistribution.  La  dernière  idée  dans   ce  sens  est  le  revenu  universel,  ce   qui  fait  penser  qu’on  a  définitivement  renoncé  à  tout  espoir  d’un   développement  économique  de  la   France périphérique. Christophe Guilluy
Experts et commentateurs se sont, dans leur grande majorité, mis le doigt dans l’œil parce qu’ils pensent à l’intérieur du système. À Paris comme à Washington, on reste persuadé qu’un «outsider» n’a aucune chance face aux appareils des partis, des lobbies et des machines électorales. Que ce soit dans notre monarchie républicaine ou dans leur hiérarchie de Grands Électeurs, si l’on n’est pas un familier du sérail, on n’existe pas. Tout le dédain et la condescendance envers Trump, qui n’était jusqu’ici connu que par ses gratte-ciel et son émission de téléréalité, pouvaient donc s’afficher envers cette grosse brute qui ne sait pas rester à sa place. On connaît la suite. (…) Trump est l’un des premiers à avoir compris et utilisé la désintermédiation. Ce n’est pas vraiment l’ubérisation de la politique, mais ça y ressemble quelque peu. Quand je l’ai interrogé sur le mouvement qu’il suscitait dans la population américaine, il m’a répondu: Twitter, Facebook et Instagram. Avec ses 15 millions d’abonnés, il dispose d’une force de frappe avec laquelle il dialogue sans aucun intermédiaire. Il y a trente ans, il écrivait qu’aucun politique ne pouvait se passer d’un quotidien comme le New York Times. Aujourd’hui, il affirme que les réseaux sociaux sont beaucoup plus efficaces – et beaucoup moins onéreux – que la possession de ce journal. (…) Là-bas comme ici, l’avenir n’est plus ce qu’il était, la classe moyenne se désosse, la précarité est toujours prégnante, les attentats terroristes ne sont plus, depuis un certain 11 septembre, des images lointaines vues sur petit ou grand écran. (…) Et la fureur s’explique par le décalage entre la ritournelle de «Nous sommes la plus grande puissance et le plus beau pays du monde» et le «Je n’arrive pas à finir le mois et payer les études de mes enfants et l’assurance médicale de mes parents». Sans parler de l’écart toujours plus abyssal entre riches et modestes. (…) Il existe, depuis quelques années, un étonnant rapprochement entre les problématiques européennes et américaines. Qui aurait pu penser, dans ce pays d’accueil traditionnel, que l’immigration provoquerait une telle hostilité chez certains, qui peut permettre à Trump de percer dans les sondages en proclamant sa volonté de construire un grand mur? Il y a certes des points communs avec Marine Le Pen, y compris dans la nécessité de relocaliser, de rebâtir des frontières et de proclamer la grandeur de son pays. Mais évidemment, Trump a d’autres moyens que la présidente du Front National… De plus, répétons-le, c’est d’abord un pragmatique et un négociateur. Je ne crois pas que ce soit les qualités les plus apparentes de Marine Le Pen… (…) Son programme économique le situe beaucoup plus à gauche que les caciques Républicains et les néo-conservateurs proches d’Hillary Clinton qui le haïssent, parce que lui croit, dans certains domaines, à l’intervention de l’État et aux limites nécessaires du laisser-faire, laisser-aller. (…) Il ne ménage personne et peut aller beaucoup plus loin que Marine Le Pen, tout simplement parce qu’il n’a jamais eu à régler le problème du père fondateur et encore moins à porter le fardeau d’une étiquette tout de même controversée. Sa marque à lui, ce n’est pas la politique, mais le bâtiment et la réussite. Ça change pas mal de choses. (…) il trouve insupportable que des villes comme Paris et Bruxelles, qu’il adore et a visitées maintes fois, deviennent des camps retranchés où l’on n’est même pas capable de répliquer à un massacre comme celui du Bataclan. On peut être vent debout contre le port d’arme, mais, dit-il, s’il y avait eu des vigiles armés boulevard Voltaire, il n’y aurait pas eu autant de victimes. Pour lui, un pays qui ne sait pas se défendre est un pays en danger de mort. (…) Il s’entendra assez bien avec Poutine pour le partage des zones d’influence, et même pour une collaboration active contre Daesh et autres menaces, mais, comme il le répète sur tous les tons, l’Amérique de Trump ne défendra que les pays qui paieront pour leur protection. Ça fait un peu Al Capone, mais ça a le mérite de la clarté. Si l’Europe n’a pas les moyens de protéger son identité, son mode de vie, ses valeurs et sa culture, alors, personne ne le fera à sa place. En résumé, pour Trump, la politique est une chose trop grave pour la laisser aux politiciens professionnels, et la liberté un état trop fragile pour la confier aux pacifistes de tout poil. André Bercoff
La grande difficulté, avec Donald Trump, c’est qu’on est à la fois face à une caricature et face à un phénomène bien plus complexe. Une caricature d’abord, car tout chez lui, semble magnifié. L’appétit de pouvoir, l’ego, la grossièreté des manières, les obsessions, les tweets épidermiques, l’étalage voyant de son succès sur toutes les tours qu’il a construites et qui portent son nom. Donald Trump joue en réalité à merveille de son côté caricatural, il simplifie les choses, provoque, indigne, et cela marche parce que notre monde du 21e siècle se gargarise de ces simplifications outrancières, à l’heure de l’information immédiate et fragmentée. La machine médiatique est comme un ventre qui a toujours besoin de nouveaux scandales et Donald, le commercial, le sait mieux que personne, parce qu’il a créé et animé une émission de téléréalité pendant des années. Il sait que la politique américaine actuelle est un grand cirque, où celui qui crie le plus fort a souvent raison parce que c’est lui qui «fait le buzz». En même temps, ne voir que la caricature qu’il projette serait rater le phénomène Trump et l’histoire stupéfiante de son succès électoral. Derrière l’image télévisuelle simplificatrice, se cache un homme intelligent, rusé et avisé, qui a géré un empire de milliards de dollars et employé des dizaines de milliers de personnes. Ce n’est pas rien! Selon plusieurs proches du milliardaire que j’ai interrogés, Trump réfléchit de plus à une candidature présidentielle depuis des années, et il a su capter, au-delà de l’air du temps, la colère profonde qui traversait l’Amérique, puis l’exprimer et la chevaucher. Grâce à ses instincts politiques exceptionnels, il a vu ce que personne d’autre – à part peut-être le démocrate Bernie Sanders – n’avait su voir: le gigantesque ras le bol d’un pays en quête de protection contre les effets déstabilisants de la globalisation, de l’immigration massive et du terrorisme islamique; sa peur du déclin aussi. En ce sens, Donald Trump s’est dressé contre le modèle dominant plébiscité par les élites et a changé la nature du débat de la présidentielle. Il a remis à l’ordre du jour l’idée de protection du pays, en prétendant au rôle de shérif aux larges épaules face aux dangers d’un monde instable et dangereux. Cela révèle au minimum une personnalité sacrément indépendante, un côté indomptable qui explique sans doute l’admiration de ses partisans…Ils ont l’impression que cet homme explosif ne se laissera impressionner par rien ni personne. Beaucoup des gens qui le connaissent affirment d’ailleurs que Donald Trump a plusieurs visages: le personnage public, flashy, égotiste, excessif, qui ne veut jamais avouer ses faiblesses parce qu’il doit «vendre» sa marchandise, perpétuer le mythe, et un personnage privé plus nuancé, plus modéré et plus pragmatique, qui sait écouter les autres et ne choisit pas toujours l’option la plus extrême…Toute la difficulté et tout le mystère, pour l’observateur est de s’y retrouver entre ces différents Trump. C’est loin d’être facile, surtout dans le contexte de quasi hystérie qui règne dans l’élite médiatique et politique américaine, tout entière liguée contre lui. Il est parfois très difficile de discerner ce qui relève de l’analyse pertinente ou de la posture de combat anti-Trump. (…) à de rares exceptions près, les commentateurs n’ont pas vu venir le phénomène Trump, parce qu’il était «en dehors des clous», impensable selon leurs propres «grilles de lecture». Trop scandaleux et trop extrême, pensaient-ils. Il a fait exploser tant de codes en attaquant ses adversaires au dessous de la ceinture et s’emparant de sujets largement tabous, qu’ils ont cru que «le grossier personnage» ne durerait pas! Ils se sont dit que quelqu’un qui se contredisait autant ou disait autant de contre vérités, finirait par en subir les conséquences. Bref, ils ont vu en lui soit un clown soit un fasciste – sans réaliser que toutes les inexactitudes ou dérapages de Trump lui seraient pardonnés comme autant de péchés véniels, parce qu’il ose dire haut et fort ce que son électorat considère comme une vérité fondamentale: à savoir que l’Amérique doit faire respecter ses frontières parce qu’un pays sans frontières n’est plus un pays. Plus profondément, je pense que les élites des deux côtes ont raté le phénomène Trump (et le phénomène Sanders), parce qu’elles sont de plus en plus coupées du peuple et de ses préoccupations, qu’elles vivent entre elles, se cooptent entre elles, s’enrichissent entre elles, et défendent une version «du progrès» très post-moderne, détachée des préoccupations de nombreux Américains. Soyons clairs, si Trump est à bien des égards exaspérant et inquiétant, il y a néanmoins quelque chose de pourri et d’endogame dans le royaume de Washington. Le peuple se sent hors jeu. (…) Ce statut de milliardaire du peuple est crédible parce qu’il ne s’est jamais senti membre de l’élite bien née, dont il aime se moquer en la taxant «d’élite du sperme chanceux». Cette dernière ne l’a d’ailleurs jamais vraiment accepté, lui le parvenu de Queens, venu de la banlieue, qui aime tout ce qui brille. Il ne faut pas oublier en revanche que Donald a grandi sur les chantiers de construction, où il accompagnait son père déjà tout petit, ce qui l’a mis au contact des classes populaires. Il parle exactement comme eux! Quand je me promenais à travers l’Amérique à la rencontre de ses électeurs, c’est toujours ce dont ils s’étonnaient. Ils disaient: «Donald parle comme nous, pense comme nous, est comme nous». Le fait qu’il soit riche, n’est pas un obstacle parce qu’on est en Amérique, pas en France. Les Américains aiment la richesse et le succès. (…) L’un des atouts de Trump, pour ses partisans, c’est qu’il est politiquement incorrect dans un pays qui l’est devenu à l’excès. Sur l’islam radical (qu’Obama ne voulait même pas nommer comme une menace!), sur les maux de l’immigration illégale et maints autres sujets. Ses fans se disent notamment exaspérés par le tour pris par certains débats, comme celui sur les toilettes «neutres» que l’administration actuelle veut établir au nom du droit des «personnes au genre fluide» à «ne pas être offensés». Ils apprécient que Donald veuille rétablir l’expression de Joyeux Noël, de plus en plus bannie au profit de l’expression Joyeuses fêtes, au motif qu’il ne faut pas risquer de blesser certaines minorités religieuses non chrétiennes…Ils se demandent pourquoi les salles de classe des universités, lieu où la liberté d’expression est supposée sacro-sainte, sont désormais surveillées par une «police de la pensée» étudiante orwellienne, prête à demander des comptes aux professeurs chaque fois qu’un élève s’estime «offensé» dans son identité…Les fans de Trump sont exaspérés d’avoir vu le nom du club de football américain «Red Skins» soudainement banni du vocabulaire de plusieurs journaux, dont le Washington Post, (et remplacé par le mot R…avec trois points de suspension), au motif que certaines tribus indiennes jugeaient l’appellation raciste et insultante. (Le débat, qui avait mobilisé le Congrès, et l’administration Obama, a finalement été enterré après de longs mois, quand une enquête a révélé que l’écrasante majorité des tribus indiennes aimait finalement ce nom…). Dans ce contexte, Trump a été jugé«rafraîchissant» par ses soutiens, presque libérateur. (…) Pour moi, le phénomène Trump est la rencontre d’un homme hors normes et d’un mouvement de rébellion populaire profond, qui dépasse de loin sa propre personne. C’est une lame de fond, anti globalisation et anti immigration illégale, qui traverse en réalité tout l’Occident. Trump surfe sur la même vague que les politiques britanniques qui ont soutenu le Brexit, ou que Marine Le Pen en France. La différence, c’est que Trump est une version américaine du phénomène, avec tout ce que cela implique de pragmatisme et d’attachement au capitalisme. (…) Trump n’est pas un idéologue. Il a longtemps été démocrate avant d’être républicain et il transgresse les frontières politiques classiques des partis. Favorable à une forme de protectionnisme et une remise en cause des accords de commerce qui sont défavorables à son pays, il est à gauche sur les questions de libre échange, mais aussi sur la protection sociale des plus pauvres, qu’il veut renforcer, et sur les questions de société, sur lesquelles il affiche une vision libérale de New Yorkais, certainement pas un credo conservateur clair. De ce point de vue là, il est post reaganien. Mais Donald Trump est clairement à droite sur la question de l’immigration illégale et des frontières, et celle des impôts. Au fond, c’est à la fois un marchand et un nationaliste, qui se voit comme un pragmatique, dont le but sera de faire «des bons deals» pour son pays. Il n’est pas là pour changer le monde, contrairement à Obama. Ce qu’il veut, c’est remettre l’Amérique au premier plan, la protéger. Son instinct de politique étrangère est clairement du côté des réalistes et des prudents, car Trump juge que les Etats-Unis se sont laissé entrainer dans des aventures qui les ont affaiblis et n’ont pas réglé les crises. Il ne veut plus d’une Amérique jouant les gendarmes du monde. Mais vu sa tendance aux volte face et vu ce qu’il dit sur le rôle que devrait jouer l’Amérique pour venir à bout de la menace de l’islam radical, comme elle l’a fait avec le nazisme et le communisme, Donald Trump pourrait fort bien changer d’avis, et revenir à un credo plus interventionniste avec le temps. Ses instincts sont au repli, mais il reste largement imprévisible. (…) De nombreuses questions se posent sur son caractère, ses foucades, son narcissisme et sa capacité à se contrôler, si importante chez le président de la première puissance du monde! Je ne suis pas pour autant convaincue par l’image de «Hitler», fasciste et raciste, qui lui a été accolée par la presse américaine. Hitler avait écrit Mein Kamp. Donald Trump, lui, a écrit «L ‘art du deal» et avait envisagé juste après la publication de ce premier livre, de se présenter à la présidence en prenant sur son ticket la vedette de télévision afro-américaine démocrate Oprah Winfrey, un élément qui ne colle pas avec l’image d’un raciste anti femmes! Ses enfants et nombre de ses collaborateurs affirment qu’il ne discrimine pas les gens en fonction de leur sexe ou de la couleur de leur peau, mais en fonction de leurs mérites, et que c’est pour cette même raison qu’il est capable de s’en prendre aux représentants du sexe faible ou des minorités avec une grande brutalité verbale, ne voyant pas la nécessité de prendre des gants. Les questions les plus lourdes concernant Trump, sont selon moi plutôt liées à la manière dont il réagirait, s’il ne parvenait pas à tenir ses promesses, une fois à la Maison-Blanche. Tout président américain est confronté à la complexité de l’exercice du pouvoir dans un système démocratique extrêmement contraignant. Cet homme d’affaires habitué à diriger un empire immobilier pyramidal, dont il est le seul maître à bord, tenterait-il de contourner le système pour arriver à ses fins et prouver au peuple qu’il est bien le meilleur, en agissant dans une zone grise, avec l’aide des personnages sulfureux qui l’ont accompagné dans ses affaires? Et comment se comporterait-il avec ses adversaires politiques ou les représentants de la presse, vu la brutalité et l’acharnement dont il fait preuve envers ceux qui se mettent sur sa route? Hériterait-on d’un Berlusconi ou d’un Nixon puissance 1000? Autre interrogation, vu la fascination qu’exerce sur lui le régime autoritaire de Vladimir Poutine: serait-il prêt à sacrifier le droit international et l’indépendance de certains alliés européens, pour trouver un accord avec le patron du Kremlin sur les sujets lui tenant à cœur, notamment en Syrie? Bref, pourrait-il accepter une forme de Yalta bis, et remettre en cause le rôle de l’Amérique dans la défense de l’ordre libéral et démocratique de l’Occident et du monde depuis 1945? Autant de questions cruciales auxquelles Donald Trump a pour l’instant répondu avec plus de désinvolture que de clarté. Laure Mandeville
Après les référendums de 2005 (France et Pays-Bas) et le Brexit (2016), voici une nouvelle surprise avec l’élection de Donald Trump par une franche majorité d’Américains. À chaque fois, le suffrage universel a eu raison des médias, des sondeurs et de leurs commanditaires. On peut au moins se réjouir de cette vitalité démocratique. (…) C’est en partie en raison du libre-échange et du primat de la finance que les électeurs américains ont voté pour Donald Trump : il a su capter leur colère sourde, tout comme d’ailleurs le candidat démocrate Bernie Sanders, rival malheureux d’Hillary Clinton.  L’autre motif qui a conduit à la victoire de Trump et à l’élimination de Sanders tient à l’exaspération d’une majorité de citoyens face aux tromperies de l’utopie « multiculturaliste » et de la société « ouverte ». À preuve le vote de l’Iowa en faveur de Donald Trump : dans cet État plutôt prospère, avec un faible taux de chômage, c’est évidemment l’enjeu multiculturaliste qui a fait basculer les électeurs. En effet, l’élection en 2008 d’un président noir (pas un Afro-Américain mais un métis, fils d’une blanche du Kansas et d’un Kényan) n’a pas empêché le retour à de nouvelles formes de ségrégation raciale. C’est ainsi que la candidate démocrate Hillary Clinton a tenté de jouer la carte « racialiste » en cajolant les électeurs afro-américains et latinos. Mais sans doute s’est-elle trompée dans son évaluation du vote latino : beaucoup d’Étasuniens latino-américains aspirent à leur intégration dans la classe moyenne et ne se sentent guère solidaires des Afro-Américains. Le même phénomène s’observe en Europe de l’Ouest, sous l’effet d’un emballement migratoire sans précédent dans l’Histoire. Les nouveaux arrivants font bloc avec leur « communauté » dans les quartiers et les écoles : Africains de la zone équatoriale, Sahéliens, Maghrébins, Turcs, Orientaux, Chinois etc. Il compromettent ce faisant l’intégration des immigrants plus anciennement installés. À quoi les classes dirigeantes répondent par des propos hors-contexte sur le « vivre-ensemble » et l’occultation de la mémoire. La chancelière Angela Merkel et même le pape François ont perçu les dangers de cette politique dans leurs dernières déclarations, en novembre 2016. Quant aux élus français, qui ont abandonné leur souveraineté à Bruxelles et Berlin et se tiennent désormais à la remorque des puissants, ils feraient bien de prendre à leur tour la mesure de l’exaspération populaire face au néolibéralisme financier, au multiculturalisme et à l’emballement migratoire. Ils se doivent de nommer et analyser ces phénomènes sans faux-semblants, et de préconiser des solutions respectueuses de la démocratie. Hérodote
Make no mistake about it: this election is Barack Obama’s legacy. He pushed hard for Hillary Clinton in the end because he understood that as such. And it was all for naught. No celebrity, no sports star, and no current president with a strong approval rating was enough to drag Hillary Clinton over the finish line. (…) Last night Jamelle Bouie and Van Jones voiced something I expect we will hear from many of Obama’s firmest supporters in the coming weeks – the idea that Trump represents a “whitelash” against eight years of Obama. But this dramatically oversimplifies the case, particularly if as it seems at the moment Trump won more minority votes than Mitt Romney in 2012. In fact, as Nate Cohn notes, Clinton failed in areas of the country where Obama’s support had been strongest among white Americans.   She failed to keep pace with Obama in the Rust Belt states that he won repeatedly. Her vaunted GOTV machine failed to attract the votes of young people, of union members, and of minorities to the degree necessary to win. And meanwhile, Trump’s utter lack of a campaign was more than made up for by the emotional dedication of his supporters. This was about more than just race – it was a sustained rejection of the country’s ruling class. But expect the media to try to make it about two things: race, and about Hillary Clinton’s lousy campaign. (…) The majority of political reporters never seemed to get outside their bubble. They spoke to anti-Trump conservatives, and printed anti-Trump views from conservatives, but rarely would even publish the sorts of views I and others have been sounding for months about the real and rational gripes of Trump voters. Many in the media preferred the caricature to the real thing. If you are a member of the media who does not know anyone who was pro-Trump, who has no Trump voters among your family or friends, realize how thick your bubble is. Change this. Don’t stick to the old sources, who clearly didn’t know what was going on – add new ones, who offer the perspective from the ground. (…) What is clear is this: Donald Trump is the man Americans have chosen as their vehicle for the dramatic change they demand from Washington. They have utterly rejected the change offered in the eight year Barack Obama agenda as wholly insufficient. And they have given Trump the rare gift of a united government in order to make those changes happen. They have tossed aside the assumptions of an elite class of gatekeepers and commentators whose opinions they disrespect and disavow. And they have sent a message to Washington that nothing less than wholesale change will satisfy them, including a change in the fundamental character of the commander in chief. Ben Domenech
Since the 1960s, when America finally became fully accountable for its past, deference toward all groups with any claim to past or present victimization became mandatory. The Great Society and the War on Poverty were some of the first truly deferential policies. Since then deference has become an almost universal marker of simple human decency that asserts one’s innocence of the American past. (…)  Since the ’60s the Democratic Party, and liberalism generally, have thrived on the power of deference. When Hillary Clinton speaks of a “basket of deplorables,“ she follows with a basket of isms and phobias—racism, sexism, homophobia, xenophobia and Islamaphobia. Each ism and phobia is an opportunity for her to show deference toward a victimized group and to cast herself as America’s redeemer. And, by implication, conservatism is bereft of deference. (…) And they have been fairly successful in this so that many conservatives are at least a little embarrassed to “come out” as it were. Conservatism is an insurgent point of view, while liberalism is mainstream. And this is oppressive for conservatives because it puts them in the position of being a bit embarrassed by who they really are and what they really believe. Deference has been codified in American life as political correctness. And political correctness functions like a despotic regime. It is an oppressiveness that spreads its edicts further and further into the crevices of everyday life. We resent it, yet for the most part we at least tolerate its demands. (…) And into all this steps Mr. Trump, a fundamentally limited man but a man with overwhelming charisma, a man impossible to ignore. The moment he entered the presidential contest America’s long simmering culture war rose to full boil. Mr. Trump was a non-deferential candidate. He seemed at odds with every code of decency. He invoked every possible stigma, and screechingly argued against them all. He did much of the dirty work that millions of Americans wanted to do but lacked the platform to do. Thus Mr. Trump’s extraordinary charisma has been far more about what he represents than what he might actually do as the president. He stands to alter the culture of deference itself. After all, the problem with deference is that it is never more than superficial. We are polite. We don’t offend. But we don’t ever transform people either. Out of deference we refuse to ask those we seek to help to be primarily responsible for their own advancement. Yet only this level of responsibility transforms people, no matter past or even present injustice. Some 3,000 shootings in Chicago this year alone is the result of deference camouflaging a lapse of personal responsibility with empty claims of systemic racism. As a society we are so captive to our historical shame that we thoughtlessly rush to deference simply to relieve the pressure. And yet every deferential gesture—the war on poverty, affirmative action, ObamaCare, every kind of “diversity” scheme—only weakens those who still suffer the legacy of our shameful history. Deference is now the great enemy of those toward whom it gushes compassion. Societies, like individuals, have intuitions. Donald Trump is an intuition. At least on the level of symbol, maybe he would push back against the hegemony of deference—if not as a liberator then possibly as a reformer. Possibly he could lift the word responsibility out of its somnambulant stigmatization as a judgmental and bigoted request to make of people. This, added to a fundamental respect for the capacity of people to lift themselves up, could go a long way toward a fairer and better America. Shelby Steele
For the past six months, one big question has loomed over the 2016 election: Is the candidacy of Donald J. Trump an amusing bit of reality TV or a terrifying and dangerous challenge to the country’s political system? At first, Trump’s popularity was easy to dismiss. It was nothing more than a phase, the result of Trump’s celebrity status and his talent for provocation. His antics made it hard to look away, but it was easy to convince yourself that Trump mania would never lead to anything serious, like the Republican nomination. It was especially easy to come to that conclusion if you were reading FiveThirtyEight, the statistics-driven news website founded by Nate Silver. Since the beginning of Trump’s campaign last June, the election guru and his colleagues have been consistently bearish on Trump’s chances. Silver, who made his name by using cold hard math to call 49 out of 50 states in the 2008 general election and all 50 in 2012, has served as a reassuring voice in the midst of Trump’s shocking rise. For those of us who didn’t want to believe we lived in a country where Donald Trump could be president, Silver’s steady, level-headed certainty felt just as soothing as his unwavering confidence in Barack Obama’s triumph over Mitt Romney four years ago. What exactly has Silver been saying? In September, he told CNN’s Anderson Cooper that Trump had a roughly 5-percent chance of beating his GOP rivals. In November, he explained that Trump’s national following was about as negligible as the share of Americans who believe the Apollo moon landing was faked. On Twitter, he compared Trump to the band Nickelback, which he described as being “[d]isliked by most, super popular with a few.” In a post titled “Why Donald Trump Isn’t A Real Candidate, In One Chart,” Silver’s colleague Harry Enten wrote that Trump had a better chance of “playing in the NBA Finals” than winning the Republican nomination. Multiple times over the past six months, Silver has reminded his readers that four years ago, daffy fly-by-nighters like Herman Cain and Michele Bachmann led the GOP field at various points. Trump’s poll numbers, he wrote, would drop just like theirs had. In one August post, “Donald Trump’s Six Stages of Doom,” Silver actually laid out a schedule for the candidate’s inevitable collapse. (…) It’s clear, now, that Silver and his fellow analysts at FiveThirtyEight underestimated Trump. Silver himself recently admitted as much, writing in a blog post published last week that he’d been too skeptical about Trump’s chances.  (…)  Maybe, like many people who have watched Trump’s rise with increasing horror, Silver latched onto a narrative that justified rejecting the Apprentice star’s achievements, identifying them as symptoms of a media bubble rather than a reflection of real popular sentiment. If that’s the case, Silver turns out to have a good bit in common with the pundits that he and his unemotional, numbers-driven worldview were supposed to render obsolete. Faced with uncertainty, Silver chose to go all in on an outcome that felt right, one that meshed with his preexisting beliefs about how the world is supposed to work. (…)Missing the significance of Trumpism is a different kind of failure than, say, calling the 2012 election for Mitt Romney. It also might be a more damning one. Botching your general election forecast by a couple of percentage points suggests a flawed mathematical formula. Actively denying the reality of Trump’s success suggests Silver may never have been capable of explaining the world in a way so many believed he could in 2008 and 2012, when he was telling them how likely it was that Obama would become, and remain, the president. Leon Neyfakh (Jan. 2016)
Mr Silver predicted, with an absurdly precise 71.4% chance, that Mrs Clinton would take 302 electoral votes and beat Mr Trump by 3.6% in the popular vote. He was wildly incorrect. (As of the writing of this article, Mr Trump will win 306 electoral votes but will lose the popular vote by merely 0.2%.) Even worse, Mr Silver got several key states wrong: He predicted that Clinton would win Wisconsin, Michigan, Pennsylvania, North Carolina, and Florida. In reality, Trump swept all of them. Alex Berezow
It was a big polling miss in the worst possible race. On the eve of America’s presidential election, national surveys gave Hillary Clinton a lead of around four percentage points, which betting markets and statistical models translated into a probability of victory ranging from 70% to 99%. That wound up misfiring modestly: according to the forecast from New York Times’s Upshot, Mrs Clinton is still likely to win the popular vote, by more than a full percentage point. But at the state level, the errors were extreme. The polling average in Wisconsin gave her a lead of more than five points; she is expected to lose it by two and a half. It gave Mr Trump a relatively narrow two-point edge in Ohio; he ran away with the state by more than eight. He trailed in Michigan and Pennsylvania by four, and looks likely to take both by about a point. How did it all go wrong? Every survey result is made up of a combination of two variables: the demographic composition of the electorate, and how each group is expected to vote. Because some groups—say, young Hispanic men—are far less likely to respond than others (old white women, for example), pollsters typically weight the answers they receive to match their projections of what the electorate will look like. Polling errors can stem either from getting an unrepresentative sample of respondents within each group, or from incorrectly predicting how many of each type of voter will show up. The electoral map leaves no doubt as to how Mr Trump won. In states where white voters tend to be well-educated, such as Colorado and Virginia, the polls pegged the final results perfectly. Conversely, in northern states that have lots of whites without a college degree, Mr Trump blew his polls away—including ones he is still expected to lose, but by a far smaller margin than expected, such as Minnesota. The simplest explanation for this would be that these voters preferred him by an even larger margin than pollsters foresaw—the so-called “shy Trump” phenomenon, in which people might be wary of admitting they supported him. Pre-election polls gave little evidence for this phenomenon: they showed him with a massive 30-point lead among this group. But remarkably, even that figure wound up understating Mr Trump’s appeal to them: the national exit poll put him 39 points ahead. Given that such voters make up 58% of the eligible population in Wisconsin, Michigan, Ohio and Pennsylvania—though a smaller share of those who actually turn out—this nine-point miss among them accounts for a large chunk of the overall error. It is also likely that less-educated whites, who historically have had a low propensity to vote, turned out in greater numbers than pollsters predicted. The Economist
Election polling is harder than other forms of survey research, because you must assess two things at once. Not only do you have to find out who people say they will support, you also have to estimate their likelihood of actually turning up to vote. So Trump may have been right in claiming that he’d created a new movement of people who had previously shunned political engagement. If so, pollsters who relied on prior voting behavior to predict who would turn out this time would have systematically underestimated Trump’s support. Problems with likely voter modeling could also mean that the pollsters overestimated the extent to which the “Obama coalition” of black, Latino, and younger voters would turn out for Clinton.(…) “Shy Trumpers,” who were embarrassed to admit their support for the GOP candidate, quietly delivered their verdict in the polling booths. This theory first emerged in the run-up to the Republican primaries, as pollsters noticed that Trump was doing better in online polls than in those conducted over the phone. The idea was that some of Trump’s supporters were embarrassed to admit their choice to a real person. The idea gained traction when a polling experiment run last December by Morning Consult seemed to confirm that the effect was real. In the match-up against Clinton, however, Trump’s advantage in online polls mostly evaporated. And when Morning Consult ran a poll with Politico in late October to specifically probe for the effect, it seemed to operate only among college-educated voters. “Overall, it didn’t look like it massively shifted the race,” Morning Consult’s Cartwright said. (…) Trump’s anti-establishment supporters believed the polls were rigged, and so they refused to answer the phone or respond to online surveys. For pollsters, this is a much darker possibility. The idea that the polls were rigged became a popular refrain among Trump’s supporters. So maybe these people simply refused to participate in polls, either on the phone or online. If so, all of the pollsters may have been systematically blind to many of the disaffected, mostly white voters who drove Trump to victory, especially in the Rust Belt states of the Midwest. “People who don’t like the government often perceive the polls as being part of the government,” said Johnson of the University of Illinois, who believes this is the most plausible explanation for the pollsters’ miss. BuzzFeed
L’effet Bradley (en anglais Bradley effect) (…) est le nom donné aux États-Unis au décalage souvent observé entre les sondages électoraux et les résultats des élections américaines quand un candidat blanc est opposé à un candidat non blanc (noir, hispanique, latino, asiatique ou océanien). Le nom du phénomène vient de Tom Bradley, un Afro-Américain qui perdit l’élection de 1982 au poste de gouverneur de Californie, à la surprise générale, alors qu’il était largement en tête dans tous les sondages. L’effet Bradley reflète une tendance de la part des votants, noirs aussi bien que blancs, à dire aux sondeurs qu’ils sont indécis ou qu’ils vont probablement voter pour le candidat noir ou issu de la minorité ethnique mais qui, le jour de l’élection, votent pour son opposant blanc. Une des théories pour expliquer l’effet Bradley est que certains électeurs donnent une réponse fausse lors des sondages, de peur qu’en déclarant leur réelle préférence, ils ne prêtent le flanc à la critique d’une motivation raciale de leur vote. Cet effet est similaire à celui d’une personne refusant de discuter de son choix électoral. Si la personne déclare qu’elle est indécise, elle peut ainsi éviter d’être forcée à entrer dans une discussion politique avec une personne partisane. La réticence à donner une réponse exacte s’étend parfois jusqu’aux sondages dits de sortie de bureau de vote. La façon dont les sondeurs conduisent l’interview peut être un déterminant dans la réponse du sondé. Wikipedia
Silicon Valley these days is a very intolerant place for people who do not hold so called ‘socially liberal’ ideas. In Silicon Valley, because of the high prevalence of highly smart people, there is a general stereotype that voting Republican is for dummies. So many people see considering supporting Republican candidates, particularly Donald Trump, anathema to the whole Silicon Valley ethos that values smarts and merit. A couple of friends thought that me supporting Trump made me unworthy of being part of the Silicon Valley tribe and stopped talking to me. At the end of the day, we choose our politics the way we choose our lovers and our friends — not so much out a rational analysis, but based on impressions and our own personal backgrounds. My main reason for supporting Trump is that I basically agree with the notion that unless the trend is stopped, our country is going to hell … The Silicon Valley elite is highly hypocritical on this matter. One of the reasons, I assume, they don’t like Trump is because on this area, as in many others, he is calling a spade a spade. I believe Trump is right in this case. … supporting Trump only offers [an] upside. Electing Hillary Clinton would keep the status quo. If Trump wins, there’s a whole set of new possibilities that would emerge for the nation. Even if it remains socially liberal, it would be good for it if the president were to be a Republican so that the Valley could recover a little bit of its rebel spirit (that was the case during the Bush years for instance). I believe that the increased relevance in national politics of companies like Google (whose Chairman [Eric] Schmidt has been very cozy with the Obama administration) and Apple (at the center of several political disputes) has been bad for the Valley. A Trump presidency would allow the Valley to focus on what it does best: dreaming and building the technology of the future, leaving politics for DC types. Silicon valley software engineer
Many people are saying to maybe their friends while they’re having a sip of Chardonnay in Washington or Boston, ‘Oh, I would never vote for him, he’s so – not politically correct,’ or whatever, but then they’re going to go and vote for him. Because he’s saying things that they would like to say, but they’re not politically courageous enough to say it and I think that’s the real question in this election. Trump is kind of a combination of the gun referendum, because he’s an emotional energy source for people who want to make sure that they’re voicing their concerns about all these issues – immigration, et cetera – but then I think there’s this other piece. They don’t find it to be correct or acceptable to a lot of their friends, but when push comes to shove, they’re going to vote for him. Gregory Payne (Emerson College)
Donald Trump performs consistently better in online polling where a human being is not talking to another human being about what he or she may do in the election. It’s because it’s become socially desirable, if you’re a college educated person in the United States of America, to say that you’re against Donald Trump. Kellyanne Conway (Trump campaign manager)
They’ll go ahead and vote for that candidate in the privacy of a [voting] booth But they won’t admit to voting for that candidate to somebody who’s calling them for a poll. Joe Bafumi (Dartmouth College)
Trump’s advantage in online polls compared with live telephone polling is eight or nine percentage points among likely voters. Kyle A. Dropp
It’s easier to express potentially ‘unacceptable’ responses on a screen than it is to give them to a person. Kathy Frankovic
This may be due to social desirability bias — people are more willing to express support for this privately than when asked by someone else. Douglas Rivers
In a May 2015 report, Pew Research analyzed the differences between results derived from telephone polling and those from online Internet polling. Pew determined that the biggest differences in answers elicited via these two survey modes were on questions in which social desirability bias — that is, “the desire of respondents to avoid embarrassment and project a favorable image to others” — played a role. In a detailed analysis of phone versus online polling in Republican primaries, Kyle A. Dropp, the executive director of polling and data science at Morning Consult, writes: Trump’s advantage in online polls compared with live telephone polling is eight or nine percentage points among likely voters. This difference, Dropp notes, is driven largely by more educated voters — those who would be most concerned with “social desirability.” These findings suggest that Trump will head into the general election with support from voters who are reluctant to admit their preferences to a live person in a phone survey, but who may well be inclined to cast a ballot for Trump on Election Day. The NYT (May 2016)
Les analystes politiques, les sondeurs et les journalistes ont donné à penser que la victoire d’Hillary Clinton était assurée avant l’élection. En cela, c’est une surprise, car la sphère médiatique n’imaginait pas la victoire du candidat républicain. Elle a eu tort. Si elle avait su observer la société américaine et entendre son malaise, elle n’aurait jamais exclu la possibilité d’une élection de Trump. Pour cette raison, ce n’est pas une surprise. (…) Sans doute, ils ont rejeté Donald Trump car ils le trouvaient – et c’est le cas – démagogue, populiste et vulgaire. Je n’ai d’ailleurs jamais vu une élection américaine avec un tel parti pris médiatique. Même le très réputé hebdomadaire britannique « The Economist » a fait un clin d’oeil à Hillary Clinton. Je pense que la stigmatisation sans précédent de Donald Trump par les médias a favorisé chez les électeurs américains la dissimulation de leur intention de vote auprès des instituts de sondage. En clair, un certain nombre de votants n’a pas osé admettre qu’il soutenait le candidat américain. Ce phénomène est classique en politique. Souvenez du 21 avril 2002 et de la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen, leader du Front national, au second tour de l’élection présidentielle française. (…) A travers l’élection de Trump, certains Américains ont exprimé leur colère. Une partie de l’Amérique ne trouve pas ses gains dans la globalisation. Cette Amérique-là ne parvient pas à retrouver son niveau de vie d’avant la crise des subprimes, elle a le sentiment d’être abandonnée. Ce sentiment était particulièrement perceptible chez les ouvriers, qui voient l’industrie s’effilocher. Ne se sentant pas assez considérés, ils ont davantage choisi Donald Trump qu’Hillary Clinton. (…) Cette formule [victoire du peuple américain contre l’establishment] est très exagérée. Oui, une partie des électeurs de Donald Trump ont voté contre Washington et ses élites. Oui, certains Américains souffrent d’un mépris de classe, en particulier dans l’Amérique profonde. Mais dire que le peuple s’est tourné vers Trump est inexact. Le candidat républicain et la candidate démocrate sont au coude à coude en termes de suffrages exprimés [à 15 heures, 47,5% pour Trump et 47,6% pour Clinton , NDLR]. Au passage, nous avons affaire à deux candidats richissimes. Si ma mémoire est bonne, Donald Trump, pseudo-candidat du peuple, n’est pas issu de la classe ouvrière… (…) L’arrivée au pouvoir de dirigeants populistes s’explique avant tout par des spécificités locales. Après, il y a des effets communs. De nouvelles puissances émergent. Les gens se sentent décentrés. Il y a une surabondance d’innovations technologiques et scientifiques. Une partie de la société se sent déclassée. L’immigration accélère les mécanismes de recomposition culturelle. Aux Etats-Unis, les Blancs anglo-saxons deviennent minoritaires. Ceci induit une réaction exprimée en votant pour un candidat populiste : Donald Trump. (…) Une chose est certaine : l’élection de Trump, mais aussi le Brexit, vont peser sur le langage et le lexique employés par une partie des prétendants à la présidentielle française. Des acteurs politiques, de droite comme de gauche, seront tentés de durcir leur discours. Mais ce climat chauffé à blanc devrait avant tout profiter à Marine Le Pen, la candidate du Front national. Personne ne fait mieux qu’elle dans ce registre. Dominique Reynié

Attention: un fiasco peut en cacher un autre !

Au lendemain de la victoire aussi reaganesque qu’inattendue du candidat républicain Donald Trump …

Et partant, à une ou deux exceptions près, d’un des plus grands fiascos de l’histoire sondagière

Comment, comme le rappelle le politologue Dominique Reynié, ne pas voir …

Derrière cette revanche des « clingers » et « deplorables » si longtemps méprisés par un establishment prêt pour se maintenir en place à tous les coups tordus  …

Et à l’instar du récent référendum du Brexit outre-manche comme de la qualification surprise du candidat frontiste au deuxième tour en France en 2002 …

La part du fameux effet Bradley

A  savoir la tendance de certains électeurs …

Face à la démonisation généralisée – véritable terrorisme intellectuel – de leurs candidats par les médias et l’opinion en général …

A la dissimulation de leur intention de vote auprès des instituts de sondage ?

Dominique Reynié : «L’élection de Trump n’est pas une surprise»

Kevin Badeau
Les Echos
09/11/2016

LE CERCLE/INTERVIEW – Pour Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol, les médias n’ont pas su entendre le malaise de la population américaine.

Donald Trump a été élu Président des Etats-Unis, est-ce vraiment une surprise ?

Les analystes politiques, les sondeurs et les journalistes ont donné à penser que la victoire d’Hillary Clinton était assurée avant l’élection. En cela, c’est une surprise, car la sphère médiatique n’imaginait pas la victoire du candidat républicain. Elle a eu tort. Si elle avait su observer la société américaine et entendre son malaise, elle n’aurait jamais exclu la possibilité d’une élection de Trump. Pour cette raison, ce n’est pas une surprise.

Pourquoi les médias n’ont-ils rien vu venir ?

Sans doute, ils ont rejeté Donald Trump car ils le trouvaient – et c’est le cas – démagogue, populiste et vulgaire. Je n’ai d’ailleurs jamais vu une élection américaine avec un tel parti pris médiatique. Même le très réputé hebdomadaire britannique « The Economist » a fait un clin d’oeil à Hillary Clinton.

Je pense que la stigmatisation sans précédent de Donald Trump par les médias a favorisé chez les électeurs américains la dissimulation de leur intention de vote auprès des instituts de sondage. En clair, un certain nombre de votants n’a pas osé admettre qu’il soutenait le candidat américain. Ce phénomène est classique en politique. Souvenez du 21 avril 2002 et de la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen, leader du Front national, au second tour de l’élection présidentielle française.

L’élection de Donald Trump traduit-elle le refus de la mondialisation par les Américains ?

A travers l’élection de Trump, certains Américains ont exprimé leur colère. Une partie de l’Amérique ne trouve pas ses gains dans la globalisation. Cette Amérique-là ne parvient pas à retrouver son niveau de vie d’avant la crise des subprimes, elle a le sentiment d’être abandonnée. Ce sentiment était particulièrement perceptible chez les ouvriers, qui voient l’industrie s’effilocher. Ne se sentant pas assez considérés, ils ont davantage choisi Donald Trump qu’Hillary Clinton.

Est-ce une victoire du peuple américain contre l’establishment, comme on l’entend parfois ?

Cette formule est très exagérée. Oui, une partie des électeurs de Donald Trump ont voté contre Washington et ses élites. Oui, certains Américains souffrent d’un mépris de classe, en particulier dans l’Amérique profonde. Mais dire que le peup