Caricature antisémite du New York Times: chronique d’une catastrophe annoncée (Between normalization of deviance and creeping normality, how the NYT ended up joining a long-established European post-WWII tradition of antisemitism)

1 mai, 2019

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L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[…] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich)
La décision de célébrer désormais le 1er mai comme un jour de lutte sociale de par le monde installe au centre de la mémoire ouvrière un crime commis par l’Amérique. Philippe Roger
Il sera organisé une grande manifestation à date fixe de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du congrès. Attendu qu’une semblable manifestation a été déjà décidée pour le 1er mai 1890 par l’AFL, dans son congrès de décembre 1888 tenu à Saint Louis, cette date est adoptée pour la manifestation. Raymond Lavigne (Congrès de la IIe Internationale, Paris, le 20 juin 1889)
La NASA, c’est nous : la même chose se passe chez nous ! Lecteurs de Diane Vaughan
Diane Vaughan est une sociologue américaine à l’Université Columbia. Elle est principalement connue pour son travail sur les problèmes organisationnels ayant conduit au crash de la navette Challenger en 1986. Plus généralement, elle s’intéresse aux « manières dont les choses tournent mal » dans des situations très diverses : les séparations de couple, les échecs industriels etc. (…) Vaughan a travaillé sur des thèmes éclectiques, qui trouvent leur point commun dans l’étude de l’évolution des relations et des situations. Dans Uncoupling, elle montre que les séparations amoureuses ne sont pas des évènements soudains mais un détachement graduel accompagné de signaux. Elle a proposé l’expression « normalisation de la déviance, » faisant le lien entre sociologie des organisations et sociologie de la déviance, pour expliquer comment la tolérance aux dysfonctionnements augmente. De mauvaises pratiques n’ayant pas de résultats négatifs immédiats deviennent de plus en plus acceptés, menant parfois à la catastrophe (comme celle de Challenger). Wikipedia
La normalité rampante est un terme souvent utilisé pour désigner la façon dont un changement important ne peut être accepté comme normal s’il se produit lentement, par incréments inaperçus, quand il serait considéré comme inacceptable s’il a eu lieu en une seule étape ou sur une courte période. Wikipedia
Les hommes politiques parlent de « normalité rampante » pour désigner ce type de tendances lentes œuvrant sous des fluctuations bruyantes. Si l’économie, l’école, les embouteillages ou toute autre chose ne se détériorent que lentement, il est difficile d’admettre que chaque année de plus est en moyenne légèrement pire que la précédente ; les repères fondamentaux quant à ce qui constitue la « normalité » évoluent donc graduellement et imperceptiblement. Il faut parfois plusieurs décennies au cours d’une séquence de ce type de petits changements annuels avant qu’on saisisse, d’un coup, que la situation était meilleure il y a plusieurs décennies et que ce qui est considéré comme normal a de fait atteint un niveau inférieur. Une autre dimension liée à la normalité rampante est l’ « amnésie du paysage » : on oublie à quel point le paysage alentour était différent il y a cinquante ans, parce que les changements d’année en année ont été eux aussi graduels. La fonte des glaciers et des neiges du Montana causée par le réchauffement global en est un exemple (chapitre 1). Adolescent, j’ai passé les étés 1953 et 1956 à Big Hole Basin dans le Montana et je n’y suis retourné que quarante-deux plus tard en 1998, avant de décider d’y revenir chaque année. Parmi mes plus vifs souvenirs du Big Hole, la neige qui recouvrait les sommets à l’horizon même en plein été, mon sentiment qu’une bande blanche bas dans le ciel entourait le bassin. N’ayant pas connu les fluctuations et la disparition graduelle des neiges éternelles pendant l’intervalle de quarante-deux ans, j’ai été choqué et attristé lors de mon retour à Big Hole en 1998 de ne plus retrouver qu’une bande blanche en pointillés, voire plus de bande blanche du tout en 2001 et en 2003. Interrogés sur ce changement, mes amis du Montana s’en montrent moins conscients : sans chercher plus loin, ils comparaient chaque année à son état antérieur de l’année d’avant. La normalité rampante ou l’amnésie du paysage les empêchaient, plus que moi, de se souvenir de la situation dans les années 1950. Un exemple parmi d’autres qui montre qu’on découvre souvent un problème lorsqu’il est déjà trop tard. L’amnésie du paysage répond en partie à la question de mes étudiants : qu’a pensé l’habitant de l’île de Pâques qui a coupé le dernier palmier ? Nous imaginons inconsciemment un changement sou­dain : une année, l’île était encore recouverte d’une forêt de palmiers parce qu’on y produisait du vin, des fruits et du bois d’œuvre pour transporter et ériger les statues ; puis voilà que, l’année suivante, il ne restait plus qu’un arbre, qu’un habitant a abattu, incroyable geste de stupidité autodestructrice. Il est cependant plus probable que les modifications dans la couverture forestière d’année en année ont été presque indétectables : une année quelques arbres ont été coupés ici ou là, mais de jeunes arbres commençaient à repousser sur le site de ce jardin abandonné. Seuls les plus vieux habitants de l’île, s’ils repensaient à leur enfance des décennies plus tôt, pouvaient voir la différence. Leurs enfants ne pouvaient pas plus comprendre les contes de leurs parents, où il était question d’une grande forêt, que mes fils de dix-sept ans ne peuvent comprendre aujourd’hui les contes de mon épouse et de moi-même, décrivant ce qu’était Los Angeles il y a quarante ans. Petit à petit, les arbres de l’île de Pâques sont devenus plus rares, plus petits et moins importants. À l’époque où le dernier palmier portant des fruits a été coupé, cette espèce avait depuis longtemps cessé d’avoir une signification économique. Il ne restait à couper chaque année que de jeunes palmiers de plus en plus petits, ainsi que d’autres buissons et pousses. Personne n’aurait remarqué la chute du dernier petit palmier. Le souvenir de la forêt de palmiers des siècles antérieurs avait succombé à l’amnésie du paysage. À l’opposé, la vitesse avec laquelle la déforestation s’est répandue dans le Japon des débuts de l’ère Tokugawa a aidé les shoguns à identifier les changements dans le paysage et la nécessité d’actions correctives. Jared Diamond
N’oublions pas que les programmes spatiaux impliquent de multiples collaborations. La NASA en particulier sous-traite la majeure partie des composants de ses missions. Que des problèmes surgissent quand un grand nombre d’organisations différentes travaillent ensemble n’a rien d’exceptionnel, surtout quand il s’agit d’innovations techniques. Des erreurs sont faites en permanence dans toute organisation complexe, mais contrairement au cas de la NASA sur qui les projecteurs médiatiques sont braqués, leurs conséquences, souvent moins spectaculaires, restent généralement ignorées du grand public. (…) Je venais à l’époque de finir un livre, je n’avais rien de précis en tête, si ce n’est d’écrire un court article que l’on m’avait commandé sur la notion d’inconduite, c’est-à-dire de comportement individuel fautif. Le cas Challenger avait alors, selon l’explication officielle, toutes les apparences du parfait exemple, avec cependant la particularité de s’être produit dans une organisation gouvernementale à caractère non lucratif plutôt qu’au sein d’une entreprise. (…) Plutôt que de limiter son attention au niveau individuel, il est en effet indispensable d’examiner comment la culture d’une organisation façonne la manière dont les individus prennent des décisions en son sein. Mon analyse a montré que, pendant les années qui ont précédé l’accident, les ingénieurs et managers de la NASA ont progressivement instauré une situation qui les autorisait à considérer que tout allait bien, alors qu’ils disposaient d’éléments montrant au contraire que quelque chose allait mal. C’est ce que j’ai appelé une normalisation de la déviance : il s’agit d’un processus par lequel des individus sont amenés au sein d’une organisation à accomplir certaines choses qu’ils ne feraient pas dans un autre contexte. Mais leurs actions ne sont pas délibérément déviantes. Elles sont au contraire rendues normales et acceptables par la culture de l’organisation. (…) les erreurs sont inévitables, ne serait ce que parce que dans un système complexe, surtout lorsqu’il est innovant, il est impossible de prédire ou contrôler tous les paramètres d’une situation. Mais il est capital qu’une organisation prenne acte de la dimension sociale des erreurs produites en son sein et agisse en conséquence. Un pas dans ce sens a été accompli par exemple par certains hôpitaux américains. Ici à Boston, de nombreuses études ont abordé le problème des erreurs médicales en se penchant sur la complexité du système hospitalier. Ce qui auparavant était perçu comme l’erreur d’un individu devient une erreur dont la cause est aussi à chercher du côté du système lui-même, en particulier dans la division du travail au sein de l’hôpital. Ce n’est plus seulement la responsabilité du chirurgien ou de l’anesthésiste, mais aussi celle du système qui lui impose un planning chargé. (…) Si vous voulez vraiment comprendre comment une erreur est générée au sein d’un système complexe et résoudre le problème, il ne faut pas se contenter d’analyser la situation au niveau individuel, c’est l’organisation dans son ensemble qu’il faut considérer et, au-delà de l’organisation elle-même, son contexte politique et économique. ‘une politique de blâme individuel n’est pas suffisante car elle sort de leur contexte les « mauvaises décisions » en négligeant les facteurs organisationnels qui ont pesé sur ces décisions. Dès lors, les instances de contrôle, tout comme le public, croient à tort que, pour résoudre le problème, il suffit de se débarrasser des « mauvais décideurs ». Or, on a vu avec le cas de Challenger qu’il n’en était rien. Une stratégie punitive doit s’accompagner d’un souci de réforme des structures et de la culture de l’organisation. Diane Vaughan
Durant mes études de master puis de thèse, je me suis d’abord intéressée aux phénomènes de déviance et de contrôle social, puis j’ai découvert la littérature sur les organisations. Combinant l’un et l’autre de ces aspects, j’ai choisi d’étudier la criminalité en col blanc en tant que phénomène organisationnel. (…) Je me suis appuyée sur une étude de cas. Deux organisations sont impliquées : la première, une chaîne de pharmacies discount de l’Ohio, Revco, s’était rendue coupable de fraudes contre l’autre organisation, l’administration publique en charge de l’assurance santé (Medicaid), à qui une double facturation était transmise par voie informatique par les pharmaciens. (…) Mais, et c’est ce qui rend le cas intéressant en soi, les deux employés ont dit avoir mis en place le système des fausses prescriptions parce que les services de Medicaid rejetaient en masse les prescriptions à rembourser. C’était donc une façon détournée de recouvrer les fonds non perçus et de rééquilibrer les comptes de Revco. (…) J’ai compris combien la théorie de l’anomie de Robert K. Merton – une source d’inspiration essentielle pour moi – peut s’appliquer ici. Selon le schéma mertonien, les deux employés ont « innové » en adaptant les moyens et les règlements aux fins légitimes de l’organisation, qui étaient contrariées par le système Medicaid et donc menaçaient sa survie. Le dysfonctionnement dans le système de transaction entre les deux organisations crée une opportunité de comportement illicite ou de viol des règles pour réaliser les objectifs. (…)  Alors que j’étais étudiante, j’ai rédigé un article sur la séparation conjugale, que j’ai appelée « découplage » (uncoupling) (…) J’ai approfondi le sujet lorsque j’étais à Yale, puis à Boston après mon recrutement au Wellesley College Center for Research on Women. (…) J’observais un couple, à la façon d’une organisation minuscule, au moment critique où la relation rompait ou après la séparation.(…) Des références traversent ces recherches, par exemple la théorie du signal de l’économiste « nobélisé » Michael Spence, qui peut s’appliquer autant aux entreprises qu’aux relations intimes dans le couple. Comment les organisations fondent-elles leurs choix lorsqu’elles recrutent et que les candidats sont nombreux ? La réponse est économique : il est trop coûteux de connaître à fond chaque candidat, si bien que les organisations émettent des jugements sur la base de signaux. Ces derniers sont de deux sortes : d’une part, des indicateurs qui ne peuvent pas être changés, comme l’âge ou le sexe (à l’époque, il n’était pas possible de le changer). D’autre part, des signaux d’ordre social : où avez-vous obtenu votre diplôme ? Qui vous recommande ? Quelle est votre expérience professionnelle ? Ces seconds signaux peuvent être manipulés, truqués, ce qui rapproche de la problématique de la fraude. La théorie du signal s’applique aussi dans Uncoupling : malgré l’expérience d’une rupture relationnelle soudaine, souvent vécue comme traumatique ou chaotique dans nos vies, l’hypothèse que j’ai faite était de dire par contraste que la transition est graduelle : le découplage est une suite de transitions. Je n’ai pas tardé à le vérifier durant les interviews, lors desquelles je demandais aux personnes séparées de retracer la chronologie de leur relation. Une même logique était à l’œuvre : une des deux personnes, initiatrice, commence à quitter la relation, socialement et psychologiquement, avant que l’autre ne réalise que quelque chose ne fonctionne plus. Le temps qu’elle le comprenne, qu’elle en perçoive le signal, il est trop tard pour sauver la relation. (…) Il est frappant de voir que dans ces petites organisations les gens peuvent tomber en morceaux sans même le remarquer ni agir contre. Une longue période d’incubation précède la rupture, les initiateurs envoient des signaux, les partenaires les interprètent (ou pas), mais quoi qu’il arrive, selon les buts ordinaires de l’organisation (le couple) la rupture ne fait pas partie du plan initial. Je commençais à y voir plus clair dans ces processus, analogues malgré les échelles d’analyse, mais il me manquait encore des données sur des structures bien plus grandes. J’ai envoyé le manuscrit d’Uncoupling à mon éditeur en décembre 1985. Un mois plus tard, le 28 janvier 1986, Challenger explosa. La presse a ramené l’explosion à un exemple d’inconduite organisationnelle. Cela se rapprochait de mes premiers cas d’étude – à ceci près que cela concernait une organisation à but non lucratif, la Nasa – et j’ai commencé à enquêter. (…) [Avec Columbia] Le même pattern que j’avais identifié sur le cas Challenger se reproduisait. J’étais stupéfaite par les prises de parole du responsable de la navette spatiale à la télévision : en substance, les équipes impliquées dans le programme s’étaient retrouvées dans la même situation de normalisation de la déviance. (…) J’ai pu vérifier auprès de mes collègues que le modèle causal que j’avais défini sur la catastrophe Challenger fonctionnait encore dans ce nouveau cas. Diane Vaughan
While Ken Livingstone was forcing startled historians to explain that Adolf Hitler was not a Zionist, I was in Naz Shah’s Bradford. A politician who wants to win there cannot afford to be reasonable, I discovered. He or she cannot deplore the Israeli occupation of the West Bank and say that the Israelis and Palestinians should have their own states. They have to engage in extremist rhetoric of the “sweep all the Jews out” variety or risk their opponents denouncing them as “Zionists”. George Galloway, who, never forget, was a demagogue from the race-card playing left rather than the far right, made the private prejudices of conservative Muslim voters respectable. Aisha Ali-Khan, who worked as Galloway’s assistant until his behaviour came to disgust her, realised how deep prejudice had sunk when she made a silly quip about David Miliband being more “fanciable” than Ed. Respect members accused her of being a “Jew lover” and, all of a sudden in Bradford politics, that did not seem an outrageous, or even an unusual, insult. Where Galloway led, others followed. David Ward, a now mercifully forgotten Liberal Democrat MP, tried and failed to save his seat by proclaiming his Jew obsession. Nothing, not even the murder of Jews, could restrain him. At one point, he told his constituents that the sight of the Israeli prime minister honouring the Parisian Jews whom Islamists had murdered made him “sick”. (He appeared to find the massacre itself easier to stomach.)Naz Shah’s picture of Israel superimposed on to a map of the US to show her “solution” for the Israeli-Palestinian conflict was not a one-off but part of a race to the bottom. But Shah’s wider behaviour as an MP – a “progressive” MP, mark you – gives you a better idea of how deep the rot has sunk. She ignored a Bradford imam who declared that the terrorist who murdered a liberal Pakistani politician was a “great hero of Islam” and concentrated her energies on expressing her “loathing” of liberal and feminist British Muslims instead. (…) Liberal Muslims make many profoundly uncomfortable. Writers in the left-wing press treat them as Uncle Toms, as Shah did, because they are willing to work with the government to stop young men and women joining Islamic State. While they are criticised, politically correct criticism rarely extends to clerics who celebrate religious assassins. As for the antisemitism that allows Labour MPs to fantasise about “transporting” Jews, consider how jeering and dishonest the debate around that has become. When feminists talk about rape, they are not told as a matter of course “but women are always making false rape accusations”. If they were, they would suspect that their opponents wanted to deny the existence of sexual violence. Yet it is standard in polite society to hear that accusations of antisemitism are always made in bad faith to delegitimise justifiable criticism of Israel. I accept that there are Jews who say that all criticism of Israel is antisemitic. For her part, a feminist must accept that there are women who make false accusations of rape. But that does not mean that antisemitism does not exist, any more than it means that rape never happens. Challenging prejudices on the left wing is going to be all the more difficult because, incredibly, the British left in the second decade of the 21st century is led by men steeped in the worst traditions of the 20th. When historians had to explain last week that if Montgomery had not defeated Rommel at El Alamein in Egypt then the German armies would have killed every Jew they could find in Palestine, they were dealing with the conspiracy theory that Hitler was a Zionist, developed by a half-educated American Trotskyist called Lenni Brenner in the 1980s. When Jeremy Corbyn defended the Islamist likes of Raed Salah, who say that Jews dine on the blood of Christian children, he was continuing a tradition of communist accommodation with antisemitism that goes back to Stalin’s purges of Soviet Jews in the late 1940s. It is astonishing that you have to, but you must learn the worst of leftwing history now. For Labour is not just led by dirty men but by dirty old men, with roots in the contaminated soil of Marxist totalitarianism. If it is to change, its leaders will either have to change their minds or be thrown out of office. Put like this, the tasks facing Labour moderates seem impossible. They have to be attempted, however, for moral as much as electoral reasons. (…) Not just in Paris, but in Marseille, Copenhagen and Brussels, fascistic reactionaries are murdering Jews – once again. Go to any British synagogue or Jewish school and you will see police officers and volunteers guarding them. I do not want to tempt fate, but if British Jews were murdered, the leader of the Labour party would not be welcome at their memorial. The mourners would point to the exit and ask him to leave. If it is incredible that we have reached this pass, it is also intolerable. However hard the effort to overthrow it, the status quo cannot stand. Nick Cohen
The UK Labour Party, which dates back to 1900, was long seen as the party of the working classes. Throughout most of its history, Labour has stood for social justice, equality, and anti-racism. Labour’s controversy over anti-Semitism is fairly recent. It’s often traced back to 2015, when Jeremy Corbyn became the party leader. Corbyn, seen as on Labour’s left wing, has long defended the rights of Palestinians and often been more critical than the party mainstream of Israel’s government. But during the Labour leadership contest in 2015, a then-senior Jewish Labour MP said that Corbyn had in the past showed “poor judgment” on the issue of anti-Semitism — after Corbyn unexpectedly became the frontrunner in the contest, a Jewish newspaper reported on his past meetings with individuals and organizations who had expressed anti-Semitic views. Concerns over anti-Semitism only really began to turn into a crisis, however, the year after Corbyn became leader. In April 2016, a well-known right-wing blog revealed that Labour MP Naz Shah had posted anti-Semitic messages to Facebook a couple of years before being elected. One post showed a photo of Israel superimposed onto a map of the US, suggesting the country’s relocation would resolve the Israeli-Palestinian conflict. Above the photo, Shah wrote, “Problem solved.” Shah apologized, but former Mayor of London Ken Livingstone, a long-time Labour member who was close to party leader Jeremy Corbyn, made things worse by rushing to Shah’s defense — and added an inflammatory claim that Hitler initially supported Zionism, before “he went mad and ended up killing six million Jews.” The party suspended Shah and Livingstone and launched an inquiry into anti-Semitism. But Corbyn was criticized for not acting quickly or decisively enough to deal with the problem. Afterward, claims of anti-Semitism kept resurfacing as individual examples were dug up across Labour’s wide membership. By now a narrative was building that anti-Semitism was rife within the party — and that the election of Corbyn as leader was the cause. Throughout his political career, Corbyn has protested against racism and backed left-wing campaigns such as nuclear disarmament, and was considered the long shot in the party’s leadership contest — bookmakers initially put the chance of him winning at 200 to 1. Corbyn’s victory confirmed that the New Labour project was dead. (…) Corbyn’s campaign drummed up a big grassroots following as his anti-austerity, socialist message gained traction, in a way that would later be echoed by Bernie Sanders’s 2016 campaign in the US. (…) But after Corbyn’s unexpected win, everything changed. Corbyn steered the party to the left on many issues, including proposals to nationalize the railways and possibly the energy companies, end the era of slashing state spending, and tax the rich. He also moved the party leftward on Israel and Palestine. Labour’s previously moribund membership boomed to half a million, making it one of the biggest political parties in Europe. The many newcomers were attracted by the chance to support a truly left-wing Labour Party. Claims of anti-Semitism also increased: Labour’s general secretary revealed that between April 2018 and January 2019, the party received 673 accusations of anti-Semitism among members, which had led to 96 members being suspended and 12 expelled. Part of the reason anti-Semitism claims have grown under Corbyn is that his wing of the party — the socialist left — tends to be passionately pro-Palestine. There is nothing inherently anti-Semitic about defending Palestinians, but such a position can lead to tensions between left-wing anti-Zionists and mainstream Jewish communities. This tension has at times led to a tendency on the left to indulge in anti-Semitic conspiracy theories and tropes — like blaming a Jewish conspiracy for Western governments’ support of Israel or equating Jews who support Israel with Nazi collaborators. (…) At first glance, Corbyn hardly seems like someone who would be an enabler of anti-Semitism. He has a long history of campaigning against racism — for instance, in the 1980s, he participated in anti-apartheid protests against South Africa, at the same time that former Conservative Prime Minister Margaret Thatcher was calling Nelson Mandela’s African National Congress opposition movement a “typical terrorist organization.” And he has long campaigned for Palestinian rights, while being critical of the government of Israel — including comparing Israel’s treatment of Palestinians to apartheid. But Corbyn’s anti-imperialist, anti-racist stance over the years has also led some to label him a terrorist sympathizer. Corbyn in the past advocated for negotiations with militant Irish republicans. As he did with Irish republicans, Corbyn encouraged talks with the Islamist militant groups Hamas and Hezbollah. He has also been heavily criticized for having previously referred to these groups as “friends,” which caused outrage when publicized during 2015’s Labour leadership contest. Corbyn explained that he had only used “friends” in the context of trying to promote peace talks, but later said he regretted using the word. Last March, Corbyn was also criticized for a 2012 comment on Facebook, in which he had expressed solidarity with an artist who had used anti-Semitic tropes in a London mural that was going to be torn down. After Luciana Berger tweeted about the post and demanded an explanation from the Labour Party leadership, Corbyn said that he “sincerely regretted” having not looked at the “deeply disturbing” image more closely, and condemned anti-Semitism. (…) In August 2018, the right-wing British newspaper the Daily Mail accused Corbyn of having laid a wreath at the graves of the Palestinian terrorists while in Tunisia in 2014. Corbyn acknowledges that he participated in a wreath-laying ceremony at a Tunisian cemetery in 2014, but says he was commemorating the victims of a 1985 Israeli airstrike on the headquarters of the Palestinian Liberation Organization (PLO), who were living in exile in Tunis at the time. The airstrike killed almost 50 people, including civilians, and wounded dozens more. However, the Daily Mail published photos showing Corbyn holding a wreath not far from the graves of four Palestinians believed to be involved with the 1972 Munich massacre, in which members of the Black September terrorist organization killed 11 Israeli athletes and a German police officer at the Munich Olympics. Corbyn denies he was commemorating the latter individuals, but his muddled explanations in the wake of the controversy left some unsatisfied with his response. Today, on social media, it is common to see Corbyn denounced for enabling anti-Semitism — author J.K. Rowling has even criticized him for it — while some brand him outright as an anti-Semite. When US Rep. Alexandria Ocasio-Cortez (D-NY) recently tweeted that she’d had “a lovely and wide-reaching conversation” with Corbyn by phone, hundreds of commenters criticized her for speaking to Labour’s “anti-Semitic” leader. (…) Indeed, urgency is needed for Labour’s leadership to effectually tackle the party’s anti-Semitism crisis and convince other MPs not to quit. The nine MPs who’ve left have formed the Independent Group, an informal assemblage that plans to launch as an official political party before the end of the year. Several other Labour MPs are rumored to be thinking of joining them. Unless Labour moves fast, the emerging centrist party could prove an existential threat. Vox.com
Omar didn’t know that the language in which she expressed her malignant delusions was in the lineage of Jew-hatred in its Christian and European forms. Until she entered the national stage, she’d had no need to know. Omar’s malignant delusions are commonplace in the Arab and Muslim world from which she comes. They are commonplace among the leadership of the Council on American-Islamic Relations (CAIR), the Hamas-friendly front organization for the Muslim Brotherhood which supported her Congressional campaign. And they have become commonplace on the left of the Democratic party. Democrats now protest that the whites and the right have their racists too. In other words, they’re saying that two wrongs make a right. This is playground logic, and it ignores the imbalance between the two kinds of anti-Jewish racism. Firstly, no Republican leader ever posed for the cover of any other national outlet with Steve King, or Omar’s new Twitter chum David Duke. Secondly, the Republican leadership, no doubt hypnotized by the Benjamins tucked in Ivanka Trump’s suspender belt, is hostile to the white racist fringe, and the white racist fringe detests the Republican leadership. Thirdly, the white racists are nothing if not candid about their beliefs and their intentions towards the Jewish people. Ilhan Omar isn’t even honest. Omar said she was against BDS when running for the House and then revised her position as soon as she won her set. She denounces Israel and Saudi Arabia, who oppose the Muslim Brotherhood, but not Turkey or Qatar, the Muslim Brotherhood’s sponsors. She may be ignorant, but she knows exactly what she is doing. She is furtive and duplicitous, and she is successfully importing the language and ideas of racism into a susceptible Democratic party. The buffoons who lead the Democrats are allowing Omar to mainstream anti-Jewish racism. The Democratic leadership tried to co-opt the energy of the post-2008 grassroots, to give its exhausted rainbow coalition an infusion of 21st-century identity politics. The failure to issue the promised condemnation of Omar shows that a European-style ‘red-green’ alliance of hard leftists and Islamists is co-opting the party. This, like the pro-Democratic media’s extended PR work for Rashida Tlaib and that other left-Islamist pinup Linda Sarsour, reflects a turning point in American history. The metaphysical, conspiratorial hatred of Jews is a symptom of civilization in decline. So the inability of the Democratic leadership to call Omar a racist reflects more than the moral and ideological decay of a political party. Americans like to believe in their exceptionalism, and American Jews like to say America is different. We’re about see if those ideas are true. Dominic Green
Il est fini le temps de la cathédrale, si ça pouvait signifier, aussi la fin des curés. Frédéric Fromet (France inter)
Sur France Inter, radio du service public, une « chanson » abjecte sur l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a été diffusée le 19 avril dernier. Et n’a suscité aucune réaction majeure depuis. Les catholiques ont-ils beaucoup d’humour ou sont-ils tout simplement inaudibles ? Toujours est-il qu’une prestation de (très) mauvais goût sur la radio France Inter le 19 avril dernier a totalement échappé aux radars de la polémique. Qu’en aurait-il été avec une pareille satire sur d’autres religions présentes dans l’Hexagone ? Lors de l’émission Par Jupiter !, présentée par Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, « La chanson de Frédéric Fromet » portait sur l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Depuis, l’Observatoire de la Christianophobie a notamment relevé la chose, au milieu d’un silence médiatique total. Rappelons que France Inter, appartenant au groupe Radio France, est une radio du service public détenue à 100 % par l’État français et financée en grande partie par la redevance audiovisuelle. (…) À noter que dans cette séquence, la carte de « l’humour » cathophobe est jouée au maximum puisque Frédéric Fromet présente son « œuvre » du jour en ces termes : « L’incendie de Notre-Dame de Paris, c’est quand même du pain bénit. » De quoi susciter les ricanements de l’assistance, une voix féminine ironisant ensuite : « Oh, un Vendredi saint, mon Dieu ! » Délits d’images
This feature is proving that a fully covered hijab wearing model can confidently stand alongside a beautiful woman in a revealing bikini and together they can celebrate one another, cheer each other on, and champion each other’s successes. Young Muslim women need to know that there is a modest swimsuit option available to them so they can join the swim team, participate in swim class at school, and go with their friends to the beach. Muslim girls should feel confident taking that step and doing so comfortably while wearing a burkini. SI Swimsuit has been at the forefront of changing the narrative and conversation on social issues and preconceived notions. I’m hoping this specific feature will open doors up for my Somali community, Muslim community, refugee community, and any other community that can relate to being different. Halima Aden
La mannequin et activiste musulmane entre dans l’histoire avec ses débuts pour le magazine Sports Illustrated Swimsuit. Sports Illustrated Swimsuit continue de prôner la différence dans l’industrie de la mode. Et le nouveau numéro de 2019 est le plus diversifié de tous les temps. La mannequin et activiste américano-somalienne Halima Aden fait ses débuts pour le magazine. Il s’agit de la première fois qu’un mannequin pose avec un hijab et un burkini pour les pages de SI qui sont, habituellement très sexy et où les mannequins sont très dénudés. Halima Aden est née dans un camp de réfugiés au Kenya, où elle a vécu jusqu’à l’âge de sept ans avant de déménager aux États-Unis, elle est retournée dans son pays de naissance pour le shooting de Sport Illustrated pris par le photographe Yu Tsai. « Je n’arrête pas de penser à moi, âgé de six ans, qui vivait dans un camp de réfugiés dans ce même pays », a déclaré Halima Aden, 21 ans, à SI lors de son interview. « Donc, grandir pour vivre le rêve américain et revenir au Kenya pour un magazine de mode dans les plus belles régions du pays, je ne pense pas que ce soit une histoire que quiconque puisse inventer » a-t-elle déclaré émue. Halima a été la première femme à porter un hijab au concours de Miss Minnesota, aux États-Unis, où elle s’est classée demi-finaliste et la première à porter un burkini pour la compétition de maillot de bain… Ce qui lui a valu un contrat avec IMG Models. Peu de temps après, Halima Aden a fait ses débuts sur le podium lors de la Fashion Week de New York à l’automne 2017 en tant que modèle pour le show de la saison 5 de la marque de Kanye West. Public
In a controversial move, Sports Illustrated has unveiled photos of its first ever Baptist swimsuit model, pictured in a floor-length denim skirt, modest collared blouse, and no makeup or jewelry whatsoever, other than her purity ring. The « hot » photoshoot includes pictures of the woman lying on the beach, rolling around in the water, and reading Passion and Purity on the beach in sexy poses, all while completely covered up. Christians quickly praised the decision. « We are glad SI finally sees the value of modesty, » one leading evangelical said. « A woman mostly covered from head to toe is a great precedent to set, and we hope more models going forward will be dressed this modestly. » The woman, Becky Grace-Charity-Faith Benson, said she’s proud to represent her Baptist religious heritage. « It’s important for young Christian girls to see that beauty isn’t just being skinny or wearing b*kinis—it’s wearing a comfy pair of sneaks, a long, denim skirt you made at home, or a modest one-piece bathing suit under a swim shirt and long, flowy swim skirt. » Babylon bee
We are all cartoonists now. Antonio Branco
It’s time for the west to wake up to this kind of thing and stop appeasing radical Islam. Antonio Branco
I’m a fan of Twitter, I’m a fan of a president that talks directly to the people. Antonio Branco
Out of respect to our readers we have avoided those we felt were offensive. Many Muslims consider publishing images of their prophet innately offensive and we have refrained from doing so. Dean Baquet (NYT)
Selon les standards du Times, nous ne publions pas d’images ou d’autres matériaux offensant délibérément les sensibilités religieuses. Après concertation, les journalistes du Times ont décidé que décrire les caricatures en question donnerait suffisamment d’informations pour comprendre l’histoire. NYT
The Times published an appalling political cartoon in the opinion pages of its international print edition late last week. It portrayed Prime Minister Benjamin Netanyahu of Israel as a dog wearing a Star of David on a collar. He was leading President Trump, drawn as a blind man wearing a skullcap. The cartoon was chosen from a syndication service by a production editor who did not recognize its anti-Semitism. Yet however it came to be published, the appearance of such an obviously bigoted cartoon in a mainstream publication is evidence of a profound danger — not only of anti-Semitism but of numbness to its creep, to the insidious way this ancient, enduring prejudice is once again working itself into public view and common conversation. Anti-Semitic imagery is particularly dangerous now. The number of assaults against American Jews more than doubled from 2017 to 2018, rising to 39, according to a report released Tuesday by the Anti-Defamation League. On Saturday, a gunman opened fire during Passover services at a synagogue in San Diego County, killing one person and injuring three, allegedly after he posted in an online manifesto that he wanted to murder Jews. For decades, most American Jews felt safe to practice their religion, but now they pass through metal detectors to enter synagogues and schools. Jews face even greater hostility and danger in Europe, where the cartoon was created. In Britain, one of several members of Parliament who resigned from the Labour Party in February said that the party had become “institutionally anti-Semitic.” In France and Belgium, Jews have been the targets of terrorist attacks by Muslim extremists. Across Europe, right-wing parties with long histories of anti-Semitic rhetoric are gaining political strength. This is also a period of rising criticism of Israel, much of it directed at the rightward drift of its own government and some of it even questioning Israel’s very foundation as a Jewish state. We have been and remain stalwart supporters of Israel, and believe that good-faith criticism should work to strengthen it over the long term by helping it stay true to its democratic values. But anti-Zionism can clearly serve as a cover for anti-Semitism — and some criticism of Israel, as the cartoon demonstrated, is couched openly in anti-Semitic terms. The responsibility for acts of hatred rests on the shoulders of the proponents and perpetrators. But history teaches that the rise of extremism requires the acquiescence of broader society. As anti-Semitism has surged from the internet into the streets, President Trump has done too little to rouse the national conscience against it. Though he condemned the cartoon in The Times, he has failed to speak out against anti-Semitic groups like the white nationalists who marched in Charlottesville, Va., in 2017 chanting, “Jews will not replace us.” He has practiced a politics of intolerance for diversity, and attacks on some minority groups threaten the safety of every minority group. (…) A particularly frightening, and also historically resonant, aspect of the rise of anti-Semitism in recent years is that it has come from both the right and left sides of the political spectrum. Both right-wing and left-wing politicians have traded in incendiary tropes, like the ideas that Jews secretly control the financial system or politicians. (…) In the 1930s and the 1940s, The Times was largely silent as anti-Semitism rose up and bathed the world in blood. That failure still haunts this newspaper. Now, rightly, The Times has declared itself “deeply sorry” for the cartoon and called it “unacceptable.” Apologies are important, but the deeper obligation of The Times is to focus on leading through unblinking journalism and the clear editorial expression of its values. Society in recent years has shown healthy signs of increased sensitivity to other forms of bigotry, yet somehow anti-Semitism can often still be dismissed as a disease gnawing only at the fringes of society. That is a dangerous mistake. As recent events have shown, it is a very mainstream problem. The NYT Editorial Board
During the 2016 campaign, Donald J. Trump’s second campaign chairman, Paul Manafort, had regular communications with his longtime associate — a former Russian military translator in Kiev who has been investigated in Ukraine on suspicion of being a Russian intelligence agent. At the Republican National Convention in July, J. D. Gordon, a former Pentagon official on Mr. Trump’s national security team, met with the Russian ambassador, Sergey Kislyak, at a time when Mr. Gordon was helping keep hawkish language on Russia’s conflict with Ukraine out of the party’s platform. And Jason Greenblatt, a former Trump Organization lawyer and now a special representative for international negotiations at the White House, met last summer with Rabbi Berel Lazar, the chief rabbi of Russia and an ally of Russia’s president, Vladimir V. Putin. In a Washington atmosphere supercharged by the finding of the intelligence agencies that Mr. Putin tried to steer the election to Mr. Trump, as well as continuing F.B.I. and congressional investigations, a growing list of Russian contacts with Mr. Trump’s associates is getting intense and skeptical scrutiny. (…) In fact, vigorous reporting by multiple news media organizations is turning up multiple contacts between Trump associates and Russians who serve in or are close to Mr. Putin’s government. There have been courtesy calls, policy discussions and business contacts, though nothing has emerged publicly indicating anything more sinister. A dossier of allegations on Trump-Russia contacts, compiled by a former British intelligence agent for Mr. Trump’s political opponents, includes unproven claims that his aides collaborated in Russia’s hacking of Democratic targets. Current and former American officials have said that phone records and intercepted calls show that members of Mr. Trump’s 2016 presidential campaign and other Trump associates had repeated contacts with senior Russian intelligence officials in the year before the election. (…) Rabbi Lazar, who has condemned critics of Mr. Putin’s actions in Ukraine, is the leader of the Hasidic Chabad-Lubavitch group in Russia, where it is a powerful organization running dozens of schools and offering social services across the country, while maintaining links to a lucrative financial donor network. Mr. Greenblatt, who handled outreach to Jews for the campaign, said that Rabbi Lazar was one of several Chabad leaders he had met during the campaign. He said the two men did not discuss broader United States-Russia relations and called the meeting “probably less than useful.” Rabbi Lazar said they had spoken about anti-Semitism in Russia, Russian Jews in Israel and Russian society in general. While he meets with Mr. Putin once or twice a year, he said, he never discussed his meeting with Mr. Greenblatt with Kremlin officials. The NYT
Starting in 1999, Putin enlisted two of his closest confidants, the oligarchs Lev Leviev and Roman Abramovich, who would go on to become Chabad’s biggest patrons worldwide, to create the Federation of Jewish Communities of Russia under the leadership of Chabad rabbi Berel Lazar, who would come to be known as “Putin’s rabbi.” A few years later, Trump would seek out Russian projects and capital by joining forces with a partnership called Bayrock-Sapir, led by Soviet emigres Tevfik Arif, Felix Sater and Tamir Sapir—who maintain close ties to Chabad. The company’s ventures would lead to multiple lawsuits alleging fraud and a criminal investigation of a condo project in Manhattan. Meanwhile, the links between Trump and Chabad kept piling up. (…) With the help of this trans-Atlantic diaspora and some globetrotting real estate moguls, Trump Tower and Moscow’s Red Square can feel at times like part of the same tight-knit neighborhood. Now, with Trump in the Oval Office having proclaimed his desire to reorient the global order around improved U.S. relations with Putin’s government—and as the FBI probes the possibility of improper coordination between Trump associates and the Kremlin—that small world has suddenly taken on outsize importance. Founded in Lithuania in 1775, the Chabad-Lubavitch movement today has adherents numbering in the five, or perhaps six, figures. What the movement lacks in numbers it makes up for in enthusiasm, as it is known for practicing a particularly joyous form of Judaism. (…) Despite its small size, Chabad has grown to become the most sprawling Jewish institution in the world, with a presence in over 1,000 far-flung cities, including locales like Kathmandu and Hanoi with few full-time Jewish residents. (…) Chabad followers are also, according to Klein, “remarkable” fundraisers.(…) The Putin-Chabad alliance has reaped benefits for both sides. (…) With Washington abuzz about the FBI’s counterintelligence investigation of Trump world’s relationship with Putin’s Kremlin, their overlapping networks remain the object of much scrutiny and fascination. (…) To those unfamiliar with Russian politics, Trump’s world and Hasidic Judaism, all these Chabad links can appear confounding. Others simply greet them with a shrug. “The interconnectedness of the Jewish world through Chabad is not surprising insofar as it’s one of the main Jewish players,” said Boteach. “I would assume that the world of New York real estate isn’t that huge either.”Politico
The past several days have left many Jews in the United States feeling shell-shocked. Attacks against them seem to be coming from all quarters. First, on Thursday, the New York Times’ International Edition published a stunningly antisemitic cartoon on its op-ed page. It portrayed a blind President Donald Trump wearing the garb of an ultra-Orthodox Jew, replete with a black suit and a black yarmulke, with the blackened sunglasses of a blind man being led by a seeing-eye dog with Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu’s face. If the message – that Jewish dogs are leading the blind American by the nose — wasn’t clear enough, the Netanyahu dog was wearing a collar with a Star of David medallion, just to make the point unmistakable. Under a torrent of criticism, after first refusing to apologize for the cartoon, which it removed from its online edition, the Times issued an acknowledment on Sunday, but has taken no action against the editors responsible. Two days after the Times published its hateful cartoon, Jews at the Chabad House synagogue in Poway, outside San Diego, were attacked by a rifle-bearing white supremacist as they prayed. (…) On the face of things, there is no meaningful connection between the Times’ cartoon and the Poway attack. In his online manifesto, Earnest presented himself as a Nazi in the mold of Robert Bowers, the white supremacist who massacred 11 Jews at the Tree of Life Synagogue last October. The New York Times, on the other hand, is outspoken in its hatred of white supremacists whom it associates with President Donald Trump, the paper’s archenemy. On the surface, the two schools of Jew hatred share no common ground. But a serious consideration of the Times’ anti-Jewish propaganda leads to the opposite conclusion. The New York Times — as an institution that propagates anti-Jewish messages, narratives, and demonizations — is deeply tied to the rise in white supremacist violence against Jews. This is the case for several reasons. First, as Seth Franzman of the Jerusalem Post pointed out, Bowers and Earnest share two hatreds – for Jews and for Trump. Both men hate Trump, whom they view as a friend of the Jews. Earnest referred to Trump as “That Zionist, Jew-loving, anti-White, traitorous c**ks****er.” Bowers wrote that he opposed Trump because he is supposedly surrounded by Jews, whom Bowers called an “infestation” in the White House. The New York Times also hates Trump. And like Bowers and Earnest, it promotes the notion in both news stories and editorials that Trump’s support for Israel harms U.S. interests to benefit avaricious Jews. In 2017, just as the Russia collusion narrative was taking hold, Politico spun an antisemitic conspiracy theory that placed Chabad at the center of the nefarious scheme in which Russian President Vladimir Putin connived with Trump to steal the election from Democratic nominee Hillary Clinton. (…) The story, titled “The Happy-Go-Lucky Jewish Group that Connects Trump and Putin,” claimed that Russia’s Chief Rabbi Berel Lazar, who is Chabad’s senior representative there, served as an intermediary between Putin and Trum-p. He did this, Politico alleged, through his close ties to Chabad rabbis in the United States who have longstanding ties to Trump. (…) In other words, the antisemitic Chabad conspiracy theory laid out by Politico, which slanderously placed Chabad at the center of a nefarious plot to steal the U.S. presidency for Trump, was first proposed by the New York Times. The Times is well known for its hostility towards Israel. But that hostility is never limited to Israel itself. It also encompasses Jewish Americans who support Israel. For instance, in a 11,000 word “analysis” of the antisemitic “boycott, divestment, sanctions” (BDS) movement published in late March, the Times effectively delegitimized all Jewish support for Israel. (…) Last week the Times erroneously claimed that Jesus was a Palestinian. The falsehood was picked up by antisemitic Rep. Ilhan Omar (D-MN). The Times waited a week to issue a correction. (…) In an op-ed following the cartoon’s publication, the Times’ in-house NeverTrump pro-Israel columnist Bret Stephens at once condemned the cartoon and the paper’s easy-breezy relationship with antisemitism, and minimized the role that antisemitism plays at the New York Times. Stephens attributed the decision to publish the cartoon in the New York Times international edition to the small staff in the paper’s Paris office and insisted that “the charge that the institution [i.e., the Times] is in any way antisemitic is a calumny.” (…) Stephens tried to minimize the Times’ power to influence the public discourse in the U.S. by placing its antisemitic reporting in the context of a larger phenomenon. But the fact is that while the New York Times has long since ceased serving as the “paper of record” for anyone not on the political left in America, it is still the most powerful news organization in the United States, and arguably in the world. The Times has the power to set the terms of the discourse on every subject it touches. Politico felt it was reasonable to allege a Jewish world conspiracy run by Chabad that linked Putin with Trump because, as Haberman suggested, the Times had invented the preposterous, bigoted theory three weeks earlier. New York University felt comfortable giving a prestigious award to the Hamas-linked antisemitic group Students for Justice in Palestine last week because the Times promotes its harassment campaign against Jewish students. (…) It has co-opted of the discourse on antisemitism in a manner that sanitizes the paper and its followers from allegations of being part of the problem. It has led the charge in reducing the acceptable discourse on antisemitism to a discussion of right wing antisemitism. Led by reporter Jonathan Weisman, with able assists from Weiss and Stephens, the Times has pushed the view that the most dangerous antisemites in America are Trump supporters. The basis of this slander is the false claim that Trump referred to the neo-Nazis who protested in Charlottesville in August 2017 as “very fine people.” As Breitbart’s Joel Pollak noted, Trump specifically singled out the neo-Nazis for condemnation and said merely that the protesters at the scene who simply wanted the statue of Robert E. Lee preserved (and those who peacefully opposed them) were decent people. The Times has used this falsehood as a means to project the view that hatred of Jews begins with Trump – arguably the most pro-Jewish president in U.S. history, goes through the Republican Party, which has actively defended Jews in the face of Democratic bigotry, and ends with his supporters. By attributing an imaginary hostility against Jews to Trump, Republicans, and Trump supporters, the Times has effectively given carte blanche to itself, the Democrats, and its fellow Trump-hating antisemites to promote Jew-hatred. John Earnest and Robert Bowers were not ordered to enter synagogues and massacre Jews by the editors of the New York Times. But their decisions to do so was made in an environment of hatred for Jews that the Times promotes every day. Following the Bowers massacre of Jewish worshippers at the Tree of Life Synagogue in Pittsburgh, the New York Times and its Trump-hating columnists blamed Trump for Bowers’s action. Not only was this a slander. It was also pure projection. Caroline Glick
À la suite d’un torrent de protestations, la direction du grand quotidien libéral a reconnu que sa caricature reprenait les clichés antisémites d’usage et a présenté ses regrets. Mais il est difficile pour autant, pour un observateur qui scrute depuis longtemps les relations judéo-américaines, de passer cet incident en pures pertes et profits. Pour différentes raisons qui se conjuguent dangereusement. Mais un mot tout d’abord sur la caricature. En dépit de l’amende honorable versée sans barguigner par le journal lui-même, certains esprits forts discutent l’aspect antisémite du dessin incriminé. J’ai cru remarquer qu’il s’agissait souvent d’antiracistes de gauche vétilleux qui sourcillent dès lors que, par exemple, on ne partage pas avec eux extatiquement le même enthousiasme pour le phénomène migratoire massif et souvent illégal. Au demeurant, le New York Times lui-même n’est pas le dernier à se proposer pour donner à autrui des leçons d’antiracisme qu’il n’a pas réclamées. Nous mettrons bien évidemment leurs contestations sur le compte de leur ignorance de l’histoire de l’antisémitisme plutôt que sur celui d’une improbable mauvaise foi. Tout d’abord, l’animalisation du Juif est un grand classique. Mais au-delà même de cet antisémitisme de facture assez classique, ce méchant dessin s’insère dans un contexte contemporain anglo-saxon de gauche fort dégradé. Il convient de comprendre que parallèlement à un conflit interne au parti travailliste britannique qui reproche, preuves à l’appui, à Jeremy Corbyn un antisémitisme caricatural (lui-même ayant reconnu un problème au sein du Labour), le parti Démocrate américain est déchiré. En cause, de nouvelles représentantes d’origine islamique ou immigrée qui multiplient les dérapages. La plus emblématique étant pour l’heure ilhan Omar, d’origine somalienne, qui enchaînent en spirales les provocations suivies d’excuses. L’un de ses griefs consistant notamment à reprocher aux politiciens juifs une double et déloyale allégeance en faveur de l’état Juif. Les réactions de l’appareil démocrate ordinairement antiraciste, se caractérisant ici par une manière de déploration paternaliste. C’est donc bien dans ce cadre général et particulier qu’il convenait d’analyser pourquoi cette caricature tombait mal, pour le journal libéral comme pour la gauche américaine en proie à ses nouveaux vieux démons, comme pour les juifs américains traditionnellement et majoritairement démocrates. Gilles-William Goldnadel
You thought that Congresswoman Ilhan Omar’s comments about foreign loyalty or “Benjamins” were problematic. The International Edition of the Times just said: “Let me show you what we can do,” with a cartoon of a yarmulke-wearing, blind US President Donald Trump being led by a dog with a Star of David collar and Prime Minister Benjamin Netanyahu’s face for a head. (…) It used to be that we were told that Trump was fostering “Trump antisemitism” and driving a new wave of antisemitism in the US. But the cartoon depicts him as a Jew. Well, which is it? Is he fostering antisemitism, or is he now a closet Jew being led by Israel, depicted as a Jewish dog? We used to say that images “conjured up memories” of 1930s antisemitism. This didn’t conjure it up; this showed us exactly what it looked like. The Nazis also depicted us as animals. They also put Stars of David on us. Antisemites have compared us to dogs, pigs and monkeys before. It used to be that it was on the far-Right that Jews were depicted as controlling the world, like an octopus or a spider. But now we see how mainstream it has become to blame the Jews and Israel for the world’s problems. There isn’t just one problem with this cartoon. There are numerous problems. Problem one is putting a yarmulke on the US president in a negative way. What is being said there? That he is secretly a Jew. Then making him blind, and having him led by Israel. That implies Israel controls US policy or controls America. Problem two: they put a dog leash with a Star of David, which is antisemitic in multiple ways. Problems three and four. You’d think that after the Holocaust, any use of the Star of David would automatically raise questions in a newsroom. But no. Then they put the Israeli prime minister’s face on a dog. On a dog. Problem number five. So this cartoon wasn’t just mildly antisemitic. It wasn’t like “whoops.” It was deeply antisemitic. The New York Times acknowledged this in a kind of pathetic way. They admitted that the cartoon “included antisemitic tropes.” It then noted, “The image was offensive and it was an error of judgement to publish it.” This should be a defining moment. It is a defining moment because one of America’s most prestigious newspapers did this, not some small town newspaper somewhere. That it was in the International Edition doesn’t make it any less harmful. In fact, it shows America’s face to the world and gives a quiet signal to other antisemites. How can we demand that there be zero tolerance for antisemitism and antisemitic tropes when this happens? Jerusalem Post
A dog with a Jewish star around its neck and the face of a Jewish leader, leading a blind, yarmulke-wearing U.S. President would be standard fare for the notorious Nazi newspaper Der Sturmer, and for its modern descendants. Unfortunately the New York Times must now be counted among those descendants. Just days after the Times published an op-ed falsely claiming Jesus was a Palestinian, the New York Times International Edition placed this cartoon on their op-ed page, depicting Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu as a dog leading a blind U.S. President Donald Trump: The cartoon is by the award-winning (aren’t they all) Portuguese cartoonist Antonio Antunes Moreira, and was distributed by the New York Times News Service and Syndicate. After a wave of criticism – perhaps among the earliest was a tweet from the left wing site Jewish Worker – the Times removed the image and tweeted this statement: A political cartoon in the international print edition of The New York Times on Thursday, included anti-Semitic tropes, depicting the Prime Minister of Israel as a guide dog with a Star of David collar leading the President of the United States, shown wearing a skullcap. The image was offensive, and it was an error of judgement to publish it. It was provided by the New York Times News Service and Syndicate, which has since deleted it. Some have termed this an apology – it is not, it is cold-blooded and at best descriptive. Neither the word apology nor any synonym for apology is employed, and there is nothing about accountability or further steps the Times will take to make sure nothing like this ever happens again. This did not happen in a vacuum, but there is nothing about the responsible editor or editors being fired, or even disciplined. There is nothing about no longer accepting or distributing cartoons from the cartoonist Antonio, who has previously used religious symbols in an offensive way. For example, in the cartoon below the Jewish Star of David is represented as controlling the United States, and a crescent moon often associated with Islam is linked with dynamite. Both the Jewish Star and the crescent are seemingly bloody. Camera
Imagine if the New York Times cartoon that depicted Israel’s Prime Minister as a dog had, instead, depicted the leader of another ethnic or gender group in a similar manner? If you think that is hard to imagine that you are absolutely right. It would be inconceivable for a Times editor to have allowed the portrayal of a Muslim leader as a dog; or the leader of any other ethnic or gender group in so dehumanizing a manner. What is it then about Jews that allowed such a degrading cartoon about one of its leaders? One would think that in light of the history of the Holocaust, which is being commemorated this week, the last group that a main stream newspaper would demonize by employing a caricature right out of the Nazi playbook, would be the Jews. But, no. Only three quarters of a century after Der Stürmer incentivized the mass murder of Jews by dehumanizing them we see a revival of such bigoted caricatures. The New York Times should be especially sensitive to this issue, because they were on the wrong side of history when it came to reporting the Holocaust. They deliberately buried the story because their Jewish owners wanted to distance themselves from Jewish concerns. They were also on the wrong side of history when it came to the establishment of the nation state of the Jewish people, following the holocaust. When it comes to Jews and Israel, the New York Times is still on the wrong side of history. I am a strong believer in freedom of speech and the New York Times has a right to continue its biased reporting and editorializing. But despite my support for freedom of speech, I am attending a protest in front of the New York Times this afternoon to express my freedom of speech against how the New York Times has chosen to exercise its. There is no inconsistency in defending the right to express bigotry and at the same time protesting that bigotry. When I defended the rights of Communists and Nazis to express their venomous philosophies, I also insisted on expressing my contempt for their philosophy. I did the same when I defended the rights of Palestinian students to fly the Palestinian flag in commemoration of the death of Arafat. I went out of my way to defend the right of students to express their support of this mass murder. But I also went out of my way to condemn Arafat and those who support him and praise his memory. I do not believe in free speech for me, but not for thee. But I do believe in condemning those who hide behind the First Amendment to express anti-Semitic, anti-Muslim, homophobic, sexist or racist views. Nor is the publication of this anti-Semitic cartoon a one-off. For years now, the New York Times op-ed pages have been one-sidedly anti-Israel. Its reporting has often been provably false, and all the errors tend to favor Israel’s enemies. Most recently, the New York Times published an op-ed declaring, on Easter Sunday, that the crucified Jesus was probably a Palestinian. How absurd. How preposterous. How predictable. In recent years, it has become more and more difficult to distinguish between the reporting of the New York Times and their editorializing. Sometimes its editors hide behind the euphemism « news analysis, » when allowing personal opinions to be published on the front page. More recently, they haven’t even bothered to offer any cover. The reporting itself, as repeatedly demonstrated by the Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America (CAMERA), has been filled with anti-Israel errors. The publishers of the New York Times owe its readers a responsibility to probe deeply into this bias and to assume responsibility for making the Times earn its title as the newspaper of record. Any comparison between the reporting of the New York Times and that of the Wall Street Journal when it comes to the Middle East would give the New York Times a failing grade. Having said this, I do not support a boycott of the New York Times. Let readers decide for themselves whether they want to read its biased reporting. I, for one, will continue to read the New York Times with a critical eye, because it is important to know what disinformation readers are getting and how to challenge that disinformation in the marketplace of ideas. So I am off to stand in protest of the New York Times, while defending its right to be wrong. That is what the First Amendment is all about. Finally, there is some good news. One traditional anti-Semitic trope is that « the Jews control the media. » People who peddle this nonsense, often point to the New York Times, which is, in fact, published by a prominent Jewish family, the Sulzbergers. Anyone who reads the New York Times will immediately see the lie in this bigoted claim: Yes, the New York Times has long been controlled by a Jewish family. But this Jewish family is far from being supportive of Jewish values, the nation state of the Jewish people or Jewish sensibilities. If anything, it has used its Jewishness as an excuse to say about Jews and do to Jews what no mainstream newspaper, not owned by Jews, would ever do. Alan M. Dershowitz
As prejudices go, anti-Semitism can sometimes be hard to pin down, but on Thursday the opinion pages of The New York Times international edition provided a textbook illustration of it. Except that The Times wasn’t explaining anti-Semitism. It was purveying it. It did so in the form of a cartoon, provided to the newspaper by a wire service and published directly above an unrelated column by Tom Friedman, in which a guide dog with a prideful countenance and the face of Benjamin Netanyahu leads a blind, fat Donald Trump wearing dark glasses and a black yarmulke. Lest there be any doubt as to the identity of the dog-man, it wears a collar from which hangs a Star of David. Here was an image that, in another age, might have been published in the pages of Der Stürmer. The Jew in the form of a dog. The small but wily Jew leading the dumb and trusting American. The hated Trump being Judaized with a skullcap. The nominal servant acting as the true master. The cartoon checked so many anti-Semitic boxes that the only thing missing was a dollar sign. The problem with the cartoon isn’t that its publication was a willful act of anti-Semitism. It wasn’t. The problem is that its publication was an astonishing act of ignorance of anti-Semitism — and that, at a publication that is otherwise hyper-alert to nearly every conceivable expression of prejudice, from mansplaining to racial microaggressions to transphobia. Imagine, for instance, if the dog on a leash in the image hadn’t been the Israeli prime minister but instead a prominent woman such as Nancy Pelosi, a person of color such as John Lewis, or a Muslim such as Ilhan Omar. Would that have gone unnoticed by either the wire service that provides the Times with images or the editor who, even if he were working in haste, selected it? The question answers itself. And it raises a follow-on: How have even the most blatant expressions of anti-Semitism become almost undetectable to editors who think it’s part of their job to stand up to bigotry? The reason is the almost torrential criticism of Israel and the mainstreaming of anti-Zionism, including by this paper, which has become so common that people have been desensitized to its inherent bigotry. So long as anti-Semitic arguments or images are framed, however speciously, as commentary about Israel, there will be a tendency to view them as a form of political opinion, not ethnic prejudice. But as I noted in a Sunday Review essay in February, anti-Zionism is all but indistinguishable from anti-Semitism in practice and often in intent, however much progressives try to deny this. Add to the mix the media’s routine demonization of Netanyahu, and it is easy to see how the cartoon came to be drawn and published: Already depicted as a malevolent Jewish leader, it’s just a short step to depict him as a malevolent Jew. The paper (…) owes itself some serious reflection as to how its publication came, to many longtime readers, as a shock but not a surprise. Bret L. Stephens
António Antunes a publié ses premiers dessins animés dans le quotidien de Lisbonne« République » en mars 1974. Plus tard cette année, il a rejoint l’hebdomadaire « Expresso » où il continue de publier ses œuvres. Il a reçu différents prix dont le Grand Prix du 20e Salon of Cartoons (Montréal, Canada, 1983), Le 1er prix pour Cartoon Editorial du 23ème International Salon of Cartoons (Montréal, Canada, 1986), Grand Prix D’honneur 15e Festival du Dessin Humoristique (Anglet, France, 1993), Prix ​​d’excellence – Best Newspaper Design, SND – Stockholm, Suède (1995) Premio Internazionale Satira Politica (ex-aequo, Forte Dei Marmi, Italie, 2002), Grand Prix Stuart Carvalhais (Lisbonne, Portugal, 2005) et le Prix International Presse (Saint-Just-le-Martel, France, 2010). Il a organisé des expositions individuelles au Portugal, en France, en Espagne, au Brésil, en Allemagne et au Luxembourg. Il a été membre du jury à différents Salons de Dessin d’Humour au Portugal, au Brésil, en Grèce, en Italie, en Serbie et en Turquie. António est se dédie aussi au design graphique, à la sculpture, aux médailles et il est l’auteur de l’animation plastique de la station de métro Airport de Lisbonne, ouverte en 2012, mettant en vedette des caricatures de personnalités de premier plan dans la ville, réalisées en pierre inserée. Il est président du jury de World Press Cartoon, le Salon dont il est le directeur depuis sa fondation en 2005. Festival International de la caricature, du dessin de presse et d’humour
When the international version of the NY Times decided to publish an anti-Semitic cartoon by the Portuguese cartoonist Antonio Moreira Antunes, it was just following a long-established European post-WWII tradition. Antunes has been in the anti-Semitic image business for decades, and won an award in 1983 for his appropriation of a Warsaw ghetto photo, changing the victim of Nazis into a Palestinian victim of Israeli Jews. For this, Antunes received the top prize at the 20th International Salon of Cartoons in Montreal. So that’s the identity and history of the cartoonist who drew the more recent cartoon with Trump as a blind Jew being led by the dachshund Jew Netanyahu. So far, though, the Times hasn’t seen fit to name the person or persons who decided to publish the Trump/Netanyahu cartoon in their paper. But my guess is that this person or people who made the call is/are European as well—or, if American, has/have lived a long time abroad. To Europeans, that cartoon would likely be considered ho-hum, just business as usual—or maybe even worthy of a prize or two. They have lost the ability to see what the cartoon looks like to others because they are so used to what’s being expressed here that it’s become mainstream. It’s not as though any of this is new in Europe, although it may be somewhat new for the NY Times (even the international version) to publish this sort of thing. Prior to doing the research for this post, I had never heard of Antunes’ reworking of the Warsaw ghetto image. But for me, that blind-Trump/dachshund-Netanyahu cartoon had already conjured up the memory of another cartoon, one that had appeared in the British newspaper The Independent and was drawn by the British political cartoonist Dave Brown. (…) Ariel Sharon is naked, except for that little Likud rosette instead of a fig leaf. Not a kippah or a Jewish star in sight. So that makes the blood libel perfectly okay, apparently. In fact, the cartoon was so highly thought of that it was awarded the 2003 first prize by the British Political Cartoon Society. (…) If you think about it, it’s a wonder that the international NY Times took so long to get with the program. Legal insurrection

Attention: une normalisation de la déviance peut en cacher une autre !

En cette nouvelle Fête du travail ….

Véritable institutionnalisation, de la première bombe anarchiste de Haymarket square aux actuelles déprédations des black blocs, de la violence politique …

Pendant qu’après l’élection au Congrès de la première députée voilée explicitement antisémite, nos médias nous présentent comme nouvelle avancée historique la burkinisation d’un des modèles du numéro spécial maillots du magazine sportif américain Sports illustrated

Comment ne pas voir …

La publication, dans les pages internationales (et parisiennes) d’un quotidien qui avait refusé la moindre caricature de Mahomet ou de Charlie hebdo …

Et entre une descente en règle de la politique israélienne, la dénonciation de la prétendue collusion de Trump avec la Russie via « son rabbin » et la palestinisation de Jésus lui-même …

D’une caricature antisémite, deux jours avant une nouvelle fusillade dans une synagogue, digne des plus beaux jours de der Sturmer ou de Je suis partout …

Comme un nouveau cas, excuses ou pas, à l’instar de ce qui arrive actuellement tant aux travaillistes britanniques qu’aux démocrates américains …

De la « normalisation de la déviance » ou de la « normalité rampante » si bien décrits par les sociologue et historien des catastrophes spatiales (Diane Vaughan) ou écologiques (Jared Diamond) …

rejoignant entre le détournement de la photo du ghetto de Varsovie ou un Sharon dévoreur d’enfants …

Une désormais longue et dûment primée, sauf très rares exceptions, tradition européenne

La tolérance croissante à toute une série de petites entorses à la déontologie génère imperceptiblement une véritable culture d’entreprise de l’antisionisme

Et derrière la banalisation de l’antisémitisme qui s’ensuit …

Sans parler bien sûr de l’antichristianisme de rigueur

Aboutit presque inévitablement au type de  fiasco actuel ?

The New York Times and the European vogue for anti-Semitic cartoons
For decades European anti-Semitic cartoons have won international prizes
New Neo
Legal insurrection
April 30, 2019

When the international version of the NY Times decided to publish an anti-Semitic cartoon by the Portuguese cartoonist Antonio Moreira Antunes, it was just following a long-established European post-WWII tradition. Antunes has been in the anti-Semitic image business for decades, and won an award in 1983 for his appropriation of a Warsaw ghetto photo, changing the victim of Nazis into a Palestinian victim of Israeli Jews. For this, Antunes received the top prize at the 20th International Salon of Cartoons in Montreal.

So that’s the identity and history of the cartoonist who drew the more recent cartoon with Trump as a blind Jew being led by the dachshund Jew Netanyahu. So far, though, the Times hasn’t seen fit to name the person or persons who decided to publish the Trump/Netanyahu cartoon in their paper. But my guess is that this person or people who made the call is/are European as well—or, if American, has/have lived a long time abroad.

To Europeans, that cartoon would likely be considered ho-hum, just business as usual—or maybe even worthy of a prize or two. They have lost the ability to see what the cartoon looks like to others because they are so used to what’s being expressed here that it’s become mainstream.

It’s not as though any of this is new in Europe, although it may be somewhat new for the NY Times (even the international version) to publish this sort of thing. Prior to doing the research for this post, I had never heard of Antunes’ reworking of the Warsaw ghetto image. But for me, that blind-Trump/dachshund-Netanyahu cartoon had already conjured up the memory of another cartoon, one that had appeared in the British newspaper The Independent and was drawn by the British political cartoonist Dave Brown.

It was early in 2003, during the Second Intifada, when Palestinians had been deliberately targeting and blowing up Israelis civilians (including Israeli children) at a rapid clip for three years. The wall had been started but was far from completion at the time the cartoon was published (January of 2003). One would think that if anyone was going to be depicted as deliberate and ghoulish child killers it would be the Palestinians, who not only supported suicide bombers who murdered children but who purposely used their own children as sacrifices, putting them in harm’s way (see also this) to make it more likely that defensive retaliatory measures by the Israelis would result in the inadvertent death of Palestinian children.

But ghoulish Palestinians wasn’t the image Brown was after (and here the reference is to the famous Goya painting “Saturn Devouring His Son“):

See? Ariel Sharon is naked, except for that little Likud rosette instead of a fig leaf. Not a kippah or a Jewish star in sight. So that makes the blood libel perfectly okay, apparently. In fact, the cartoon was so highly thought of that it was awarded the 2003 first prize by the British Political Cartoon Society. In his acceptance speech, “Brown thanked the Israeli Embassy for its angry reaction to the cartoon, which he said had contributed greatly to its publicity.”

If you think about it, it’s a wonder that the international NY Times took so long to get with the program.

Voir aussi:

A Despicable Cartoon in The Times
The paper of record needs to reflect deeply on how it came to publish anti-Semitic propaganda.
NYT
April 28, 2019

As prejudices go, anti-Semitism can sometimes be hard to pin down, but on Thursday the opinion pages of The New York Times international edition provided a textbook illustration of it.

Except that The Times wasn’t explaining anti-Semitism. It was purveying it.

It did so in the form of a cartoon, provided to the newspaper by a wire service and published directly above an unrelated column by Tom Friedman, in which a guide dog with a prideful countenance and the face of Benjamin Netanyahu leads a blind, fat Donald Trump wearing dark glasses and a black yarmulke. Lest there be any doubt as to the identity of the dog-man, it wears a collar from which hangs a Star of David.

Here was an image that, in another age, might have been published in the pages of Der Stürmer. The Jew in the form of a dog. The small but wily Jew leading the dumb and trusting American. The hated Trump being Judaized with a skullcap. The nominal servant acting as the true master. The cartoon checked so many anti-Semitic boxes that the only thing missing was a dollar sign.

The image also had an obvious political message: Namely, that in the current administration, the United States follows wherever Israel wants to go. This is false — consider Israel’s horrified reaction to Trump’s announcement last year that he intended to withdraw U.S. forces from Syria — but it’s beside the point. There are legitimate ways to criticize Trump’s approach to Israel, in pictures as well as words. But there was nothing legitimate about this cartoon.

So what was it doing in The Times?

For some Times readers — or, as often, former readers — the answer is clear: The Times has a longstanding Jewish problem, dating back to World War II, when it mostly buried news about the Holocaust, and continuing into the present day in the form of intensely adversarial coverage of Israel. The criticism goes double when it comes to the editorial pages, whose overall approach toward the Jewish state tends to range, with some notable exceptions, from tut-tutting disappointment to thunderous condemnation.

For these readers, the cartoon would have come like the slip of the tongue that reveals the deeper institutional prejudice. What was long suspected is, at last, revealed.

The real story is a bit different, though not in ways that acquit The Times. The cartoon appeared in the print version of the international edition, which has a limited overseas circulation, a much smaller staff, and far less oversight than the regular edition. Incredibly, the cartoon itself was selected and seen by just one midlevel editor right before the paper went to press.

An initial editor’s note acknowledged that the cartoon “included anti-Semitic tropes,” “was offensive,” and that “it was an error of judgment to publish it.” On Sunday, The Times issued an additional statement saying it was “deeply sorry” for the cartoon and that “significant changes” would be made in terms of internal processes and training.

In other words, the paper’s position is that it is guilty of a serious screw-up but not a cardinal sin. Not quite.

The problem with the cartoon isn’t that its publication was a willful act of anti-Semitism. It wasn’t. The problem is that its publication was an astonishing act of ignorance of anti-Semitism — and that, at a publication that is otherwise hyper-alert to nearly every conceivable expression of prejudice, from mansplaining to racial microaggressions to transphobia.

Imagine, for instance, if the dog on a leash in the image hadn’t been the Israeli prime minister but instead a prominent woman such as Nancy Pelosi, a person of color such as John Lewis, or a Muslim such as Ilhan Omar. Would that have gone unnoticed by either the wire service that provides the Times with images or the editor who, even if he were working in haste, selected it?

The question answers itself. And it raises a follow-on: How have even the most blatant expressions of anti-Semitism become almost undetectable to editors who think it’s part of their job to stand up to bigotry?

The reason is the almost torrential criticism of Israel and the mainstreaming of anti-Zionism, including by this paper, which has become so common that people have been desensitized to its inherent bigotry. So long as anti-Semitic arguments or images are framed, however speciously, as commentary about Israel, there will be a tendency to view them as a form of political opinion, not ethnic prejudice. But as I noted in a Sunday Review essay in February, anti-Zionism is all but indistinguishable from anti-Semitism in practice and often in intent, however much progressives try to deny this.

Add to the mix the media’s routine demonization of Netanyahu, and it is easy to see how the cartoon came to be drawn and published: Already depicted as a malevolent Jewish leader, it’s just a short step to depict him as a malevolent Jew.

I’m writing this column conscious of the fact that it is unusually critical of the newspaper in which it appears, and it is a credit to the paper that it is publishing it. I have now been with The Times for two years and I’m certain that the charge that the institution is in any way anti-Semitic is a calumny.

But the publication of the cartoon isn’t just an “error of judgment,” either. The paper owes the Israeli prime minister an apology. It owes itself some serious reflection as to how it came to publish that cartoon — and how its publication came, to many longtime readers, as a shock but not a surprise.

Bret L. Stephens has been an Opinion columnist with The Times since April 2017. He won a Pulitzer Prize for commentary at The Wall Street Journal in 2013 and was previously editor in chief of The Jerusalem Post.

 Voir également:

New York Times pathetic excuse for printing antisemitic cartoon – opinion
You thought that Congresswoman Ilhan Omar’s comments about foreign loyalty or “Benjamins” were problematic. The International Edition of the New York Times just said “let me show you what we can do.”
Seth J. Frantzman
Jerusalem Post
April 28, 2019

At a time of rising antisemitism, when we have become increasingly exposed to the notion of dog whistles and tropes that are antisemitic, when there is a lively and active debate about this issue in the US, The New York Times International Edition did the equivalent of saying “hold my beer.”

You thought that Congresswoman Ilhan Omar’s comments about foreign loyalty or “Benjamins” were problematic. The International Edition of the Times just said: “Let me show you what we can do,” with a cartoon of a yarmulke-wearing, blind US President Donald Trump being led by a dog with a Star of David collar and Prime Minister Benjamin Netanyahu’s face for a head.
I didn’t believe the cartoon was real when I first saw it. Many of my colleagues didn’t believe it either. I spent all day Saturday trying to track down a hard copy. I phoned friends, I got a PDF of the edition, and even then I didn’t believe it.

I had to see for myself. So I drove to a 24-hour supermarket. There on the newsstand was the April 25 edition. I flipped gingerly through, fearing to see Page 16.

And then I found it. It stared back at me: That horrid image of a blind US President Donald Trump with a yarmulke being led by a dog with the face of Prime Minister Benjamin Netanyahu. Worse, the dog was wearing a Star of David as a collar.

This is what The New York Times thinks of us Israelis. Even if they subsequently said it was an error, they thought it was okay to print a cartoon showing the US president being blindly led by the “Jewish dog”?

And not only that, those who watched as it went to print thought it was fine to put a Jewish skullcap on the US president. Dual loyalty? No need to even wrestle with that question.

It used to be that we were told that Trump was fostering “Trump antisemitism” and driving a new wave of antisemitism in the US. But the cartoon depicts him as a Jew. Well, which is it? Is he fostering antisemitism, or is he now a closet Jew being led by Israel, depicted as a Jewish dog? We used to say that images “conjured up memories” of 1930s antisemitism. This didn’t conjure it up; this showed us exactly what it looked like.

The Nazis also depicted us as animals. They also put Stars of David on us. Antisemites have compared us to dogs, pigs and monkeys before. It used to be that it was on the far-Right that Jews were depicted as controlling the world, like an octopus or a spider.

But now we see how mainstream it has become to blame the Jews and Israel for the world’s problems.

The cartoon comes in the context of numerous similar antisemitic statements and “dog whistles.” In this case it isn’t only “the Jews” but also Israel “leading” the US president. The cartoon is clear as day. It presents the Jews, as symbolized by that Star of David collar, secretly controlling the US president. Trump is being led by Israel, by the Jewish state.

No other country or minority group is subjected to such unrelenting and systematic hatred by mainstream US newspapers. No one would dare to put an Islamic leader’s face on a dog, with Islamic symbols, leading the US president.

Of course not. The editor would stop that.

They’d be sensitive to this issue. They would err on the side of not being offensive. The night editor, the assistant editor or someone would say: “This doesn’t look right.”

Imagine the days when racists tried to depict US president Barack Obama as a closet Muslim. We know the tropes. So why put a yarmulke on Trump’s head? When it comes to Jews and Israel, there is no depth to which they will not sink.

And an apology after the fact isn’t enough.

I know. I’m an Op-ed Editor. When I used to run cartoons in my section, no fewer than four people would see it before it went to print. At the International Edition of The New York Times, it should have been more than four. And they all thought it was fine? What that tells me is that there is a culture of antisemitism somewhere in the newsroom.

THERE ISN’T just one problem with this cartoon. There are numerous problems.

Problem one is putting a yarmulke on the US president in a negative way. What is being said there? That he is secretly a Jew. Then making him blind, and having him led by Israel. That implies Israel controls US policy or controls America.

That is problem two. Then they put a dog leash with a Star of David, which is antisemitic in multiple ways.

Problems three and four. You’d think that after the Holocaust, any use of the Star of David would automatically raise questions in a newsroom.

But no. Then they put the Israeli prime minister’s face on a dog. On a dog. Problem number five.

So this cartoon wasn’t just mildly antisemitic. It wasn’t like “whoops.” It was deeply antisemitic.

The New York Times acknowledged this in a kind of pathetic way. They admitted that the cartoon “included antisemitic tropes.” It then noted, “The image was offensive and it was an error of judgement to publish it.”

That’s not enough. An error of judgment would imply that it was just a kind of mistake. “Tropes” would imply that to some people it is antisemitic, but that it’s not clear as day.

But this is clear as day.

This isn’t like some story of unclear antisemitism. This isn’t a dog whistle. This is a dog. This is antisemitic on numerous levels. It’s time to say no more. It’s time to say “They shall not pass.”

This should be a defining moment. It is a defining moment because one of America’s most prestigious newspapers did this, not some small town newspaper somewhere.

That it was in the International Edition doesn’t make it any less harmful. In fact, it shows America’s face to the world and gives a quiet signal to other antisemites. How can we demand that there be zero tolerance for antisemitism and antisemitic tropes when this happens?

People must speak up against the cartoon fiasco and demand a real accounting. And a real conversation. Not another set of excuses where we all pretend it’s not clearly antisemitism, and it’s not clearly an attack on Jews and “dual loyalty.”

We need to hear contrition and explanations. The public should be included, and The New York Times should listen to how harmful and offensive this was.

Voir encore:

Une caricature antisémite publiée dans le “New York Times” : “un dessin abject”
Le grand quotidien américain s’est excusé pour un dessin représentant Donald Trump et Benyamin Nétanyahou, paru dans son édition internationale. Plus qu’une simple erreur de jugement, dénonce un de ses propres chroniqueurs.
Courrier international
29/04/2019

“Un dessin abject dans le New York Times” : c’est le titre d’une chronique publiée le 28 avril par le New York Times lui-même. Le chroniqueur conservateur Bret Stephens n’hésite pas à critiquer l’institution qui l’emploie pour avoir publié dans son édition internationale une caricature jugée antisémite par de nombreux lecteurs

Ce dessin représente le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, sous l’apparence d’un chien tirant au bout de sa laisse le président américain, Donald Trump. Nétanyahou est affublé d’un collier avec une étoile de David, tandis que Trump porte une kippa et des lunettes noires. “Le Juif sous la forme d’un chien. Le Juif petit mais rusé menant l’Américain naïf et idiot. Trump, cet homme détesté, judaïsé avec une kippa. […] Le dessin était tellement rempli de traits antisémites que tout ce qui manquait, c’était le symbole du dollar”, dénonce le chroniqueur.

La caricature, œuvre du dessinateur portugais António Moreira Antunes, a d’abord été publiée par le journal de Lisbonne Expresso, a précisé le New York Times. D’après le quotidien israélien Jerusalem Post, ce dessinateur aurait déjà été accusé d’antisémitisme dans le passé.

Des excuses sont venues du New York Times à deux reprises. “Nous sommes sincèrement désolés de la publication d’un dessin antisémite jeudi dernier”, a notamment fait savoir, dimanche 28 avril, la rubrique Opinions du journal. En mettant en cause une décision prise dans la précipitation par un seul éditeur.

Pour le chroniqueur Bret Stephens, il ne s’agit pourtant pas d’une simple erreur de jugement. Si la rédaction du New York Times n’est pas coupable d’antisémitisme, elle aurait manqué de vigilance face à une image antisémite. Et cela, selon ce chroniqueur qui prend régulièrement la défense d’Israël, du fait du “flot de critiques à l’encontre d’Israël et [de] la banalisation de l’antisionisme, y compris dans ce journal. Un antisionisme devenu si courant que les gens ne perçoivent plus qu’il est intrinsèquement sectaire.”

Voir aussi:

New York Times, Central Clearinghouse of Antisemitism in America

Caroline Glick

The past several days have left many Jews in the United States feeling shell-shocked. Attacks against them seem to be coming from all quarters.

First, on Thursday, the New York Times’ International Edition published a stunningly antisemitic cartoon on its op-ed page. It portrayed a blind President Donald Trump wearing the garb of an ultra-Orthodox Jew, replete with a black suit and a black yarmulke, with the blackened sunglasses of a blind man being led by a seeing-eye dog with Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu’s face.

If the message – that Jewish dogs are leading the blind American by the nose — wasn’t clear enough, the Netanyahu dog was wearing a collar with a Star of David medallion, just to make the point unmistakable.

Under a torrent of criticism, after first refusing to apologize for the cartoon, which it removed from its online edition, the Times issued an acknowledment on Sunday, but has taken no action against the editors responsible.

Two days after the Times published its hateful cartoon, Jews at the Chabad House synagogue in Poway, outside San Diego, were attacked by a rifle-bearing white supremacist as they prayed.

John Earnest, the gunman, murdered 60-year-old Lori Glibert Kaye and wounded Rabbi Yisroel Goldstein; nine-year-old Noya Dahan; and her uncle, Almog Peretz.

On the face of things, there is no meaningful connection between the Times’ cartoon and the Poway attack. In his online manifesto, Earnest presented himself as a Nazi in the mold of Robert Bowers, the white supremacist who massacred 11 Jews at the Tree of Life Synagogue last October.

The New York Times, on the other hand, is outspoken in its hatred of white supremacists whom it associates with President Donald Trump, the paper’s archenemy.

On the surface, the two schools of Jew hatred share no common ground.

But a serious consideration of the Times’ anti-Jewish propaganda leads to the opposite conclusion.

The New York Times — as an institution that propagates anti-Jewish messages, narratives, and demonizations — is deeply tied to the rise in white supremacist violence against Jews. This is the case for several reasons.

First, as Seth Franzman of the Jerusalem Post pointed out, Bowers and Earnest share two hatreds – for Jews and for Trump.

Both men hate Trump, whom they view as a friend of the Jews. Earnest referred to Trump as “That Zionist, Jew-loving, anti-White, traitorous c**ks****er.” Bowers wrote that he opposed Trump because he is supposedly surrounded by Jews, whom Bowers called an “infestation” in the White House.

The New York Times also hates Trump. And like Bowers and Earnest, it promotes the notion in both news stories and editorials that Trump’s support for Israel harms U.S. interests to benefit avaricious Jews.

In 2017, just as the Russia collusion narrative was taking hold, Politico spun an antisemitic conspiracy theory that placed Chabad at the center of the nefarious scheme in which Russian President Vladimir Putin connived with Trump to steal the election from Democratic nominee Hillary Clinton. The obscene story referred to Chabad as “an international Hasidic movement most people have never heard of.” In truth, Chabad is one of the largest Jewish religious movements in the world and the fastest-growing Jewish religious movement in the United States.

The story, titled “The Happy-Go-Lucky Jewish Group that Connects Trump and Putin,” claimed that Russia’s Chief Rabbi Berel Lazar, who is Chabad’s senior representative there, served as an intermediary between Putin and Trum-p. He did this, Politico alleged, through his close ties to Chabad rabbis in the United States who have longstanding ties to Trump.

Following the article’s publication, the New York Times‘ star reporter Maggie Haberman tweeted,  “We wrote a few weeks ago about “Putin’s Rabbi” Berel Lazar reaching out to a Trump aide.”

The Times’ story alleged that there were across-the-board ties between senior Trump campaign aides and Russian officials. Among the many ties discussed was a meeting that Trump’s advisor Jason Greenblatt held with Lazar. In other words, the antisemitic Chabad conspiracy theory laid out by Politico, which slanderously placed Chabad at the center of a nefarious plot to steal the U.S. presidency for Trump, was first proposed by the New York Times.

The Times is well known for its hostility towards Israel. But that hostility is never limited to Israel itself. It also encompasses Jewish Americans who support Israel. For instance, in a 11,000 word “analysis” of the antisemitic “boycott, divestment, sanctions” (BDS) movement published in late March, the Times effectively delegitimized all Jewish support for Israel.

The article, by Nathan Thrush. purported to be an objective analysis of BDS, which calls for Israel to be destroyed and uses forms of social, economic and political warfare against Jews who support Israel to render continued support for Israel beyond the Pale.

Rather than objectively analyzing BDS, Thrall’s article promoted it — and, through it, the rticle delegitimized American Jewish support for Israel.

The article began with a description of the discussions on Israel conducted by the Democratic Party’s platform committee ahead of the 2016 Democratic National Convention. The committee was comprised of representatives of Senator Bernie Sanders (I-VT) and representatives of former Secretary of State Hillary Clinton.

Thrall wrote:

The representatives chosen by Sanders…were all minorities, including James Zogby, the head of the Arab American Institute and a former senior official on Jesse Jackson’s 1984 and 1988 presidential campaigns; the Native American activist Deborah Parker; and Cornel West, the African-American professor and author then teaching at Union Theological Seminary.

The representatives selected by Clinton and the D.N.C. who spoke on the issue were all Jewish and included the retired congressman Howard Berman, who is now a lobbyist; Wendy Sherman, a former under secretary of state for political affairs; and Bonnie Schaefer, a Florida philanthropist and Democratic donor, who had made contributions to Clinton.

In other words, the anti-Israel representatives were all civil rights activists and members of legitimate victim groups. The pro-Israel representatives were all there because of their money.

And of course, because they are all-powerful, the Jews won.

The New York Times’ promotion of anti-Jewish libels in relation to Israel and more generally is all-encompassing. The Times reacted, for example, to Trump’s designation of the Iranian Revolutionary Guard Corps (IRGC) as a terrorist organization by suggesting that he move could lead the U.S. to designate Israeli intelligence agencies as terrorist organizations.

Why? Well, because they are Israeli. And Israelis are terrorists.

The Times used the recent death of an Israeli spymaster to regurgitate a long discredited accusation that Israel stole enriched uranium from the United States. As is its wont, the Times libeled Israel in bold and then published a correction in fine print.

In addition, as part of its longstanding war against Israel’s Orthodox religious authorities, Times columnist Bari Weiss alleged falsely that Israel’s rabbinate controls circumcision, suggesting that the voluntary practice is compulsory.

Last week the Times erroneously claimed that Jesus was a Palestinian. The falsehood was picked up by antisemitic Rep. Ilhan Omar (D-MN). The Times waited a week to issue a correction.

As to Ilhan Omar, the Times falsely claimed that the only congressional Democrats who condemned her anti-Semitic tweets were Jews — when in fact the Democratic Congressional leadership, which is not comprised of Jews, condemned her anti-Jewish posts.

The paper’s hostility towards Jews is so intense and pervasive that despite the increased public attention to the paper’s hostility to Jews that its anti-Jewish cartoon of blind Trump and dog Netanyahu generated, on Sunday the Times published a feature on bat mitzvahs that portrayed the religious rite of passage for 12 year old girls as a materialist party geared entirely toward social climbing. That is, the Judaism the Times portrayed was denuded of all intrinsic meaning. Bat mitzvahs were presented as a flashy way that materialistic, vapid Jews promote their equally vapid, materialistic daughters.

All this, then, brings us to the synagogue shooting on Saturday and the larger phenomenon of growing antisemitism in America, which while relegated to the margins of the political right is now becoming a dominant force in the Democratic Party specifically and the political left more generally.

In an op-ed following the cartoon’s publication, the Times’ in-house NeverTrump pro-Israel columnist Bret Stephens at once condemned the cartoon and the paper’s easy-breezy relationship with antisemitism, and minimized the role that antisemitism plays at the New York Times. Stephens attributed the decision to publish the cartoon in the New York Times international edition to the small staff in the paper’s Paris office and insisted that “the charge that the institution [i.e., the Times] is in any way antisemitic is a calumny.”

But of course, it is not a calumny. It is a statement of fact, laid bare by the paper’s decision to publish a cartoon that could easily have been published in a Nazi publication.

And this brings us back to the issue of the Times’ responsibility for rising antisemitism in the United States.

Stephens tried to minimize the Times’ power to influence the public discourse in the U.S. by placing its antisemitic reporting in the context of a larger phenomenon. But the fact is that while the New York Times has long since ceased serving as the “paper of record” for anyone not on the political left in America, it is still the most powerful news organization in the United States, and arguably in the world.

The Times has the power to set the terms of the discourse on every subject it touches. Politico felt it was reasonable to allege a Jewish world conspiracy run by Chabad that linked Putin with Trump because, as Haberman suggested, the Times had invented the preposterous, bigoted theory three weeks earlier. New York University felt comfortable giving a prestigious award to the Hamas-linked antisemitic group Students for Justice in Palestine last week because the Times promotes its harassment campaign against Jewish students.

The Times’ active propagation of anti-Jewish sentiment is not the only way the paper promotes Jew-hatred. It has co-opted of the discourse on antisemitism in a manner that sanitizes the paper and its followers from allegations of being part of the problem. It has led the charge in reducing the acceptable discourse on antisemitism to a discussion of right wing antisemitism. Led by reporter Jonathan Weisman, with able assists from Weiss and Stephens, the Times has pushed the view that the most dangerous antisemites in America are Trump supporters. The basis of this slander is the false claim that Trump referred to the neo-Nazis who protested in Charlottesville in August 2017 as “very fine people.” As Breitbart’s Joel Pollak noted, Trump specifically singled out the neo-Nazis for condemnation and said merely that the protesters at the scene who simply wanted the statue of Robert E. Lee preserved (and those who peacefully opposed them) were decent people.

The Times has used this falsehood as a means to project the view that hatred of Jews begins with Trump – arguably the most pro-Jewish president in U.S. history, goes through the Republican Party, which has actively defended Jews in the face of Democratic bigotry, and ends with his supporters.

By attributing an imaginary hostility against Jews to Trump, Republicans, and Trump supporters, the Times has effectively given carte blanche to itself, the Democrats, and its fellow Trump-hating antisemites to promote Jew-hatred.

John Earnest and Robert Bowers were not ordered to enter synagogues and massacre Jews by the editors of the New York Times. But their decisions to do so was made in an environment of hatred for Jews that the Times promotes every day.

Following the Bowers massacre of Jewish worshippers at the Tree of Life Synagogue in Pittsburgh, the New York Times and its Trump-hating columnists blamed Trump for Bowers’s action. Not only was this a slander. It was also pure projection.

Voir aussi:

I saw the darkness of antisemitism, but I never thought it would get this dark

The party faces a huge problem that must be surmounted, if only for moral reasons

Nick Cohen
The Guardian
30 Apr 2016

Racism is not a specific illness but a general sickness. Display one symptom and you display them all. If you show me an anti-Muslim bigot, I will be able to guess his or her views on the European Union, welfare state, crime and “political correctness”. Show me a leftwing or Islamist antisemite and, once again, he will carry a suitcase full of prejudices, which have nothing to do with Jews, but somehow have everything to do with Jews.

The Labour party does not have a “problem with antisemitism” it can isolate and treat, like a patient asking a doctor for a course of antibiotics. The party and much of the wider liberal-left have a chronic condition.

As I have written about the darkness on the left before, I am not going to crow now that it has turned darker than even I predicted. (There is not much to crow about, after all.) I have nothing but respect for the Labour MPs who are trying to stop their party becoming a playpen for fanatics and cranks. It just appears to me that they face interlocking difficulties that are close to insoluble.

They must first pay the political price of confronting supporters from immigrant communities, which Labour MPs from all wings of the party have failed to do for decades. It may be high. While Ken Livingstone was forcing startled historians to explain that Adolf Hitler was not a Zionist, I was in Naz Shah’s Bradford. A politician who wants to win there cannot afford to be reasonable, I discovered. He or she cannot deplore the Israeli occupation of the West Bank and say that the Israelis and Palestinians should have their own states. They have to engage in extremist rhetoric of the “sweep all the Jews out” variety or risk their opponents denouncing them as “Zionists”.

George Galloway, who, never forget, was a demagogue from the race-card playing left rather than the far right, made the private prejudices of conservative Muslim voters respectable. Aisha Ali-Khan, who worked as Galloway’s assistant until his behaviour came to disgust her, realised how deep prejudice had sunk when she made a silly quip about David Miliband being more “fanciable” than Ed. Respect members accused her of being a “Jew lover” and, all of a sudden in Bradford politics, that did not seem an outrageous, or even an unusual, insult. Where Galloway led, others followed. David Ward, a now mercifully forgotten Liberal Democrat MP, tried and failed to save his seat by proclaiming his Jew obsession. Nothing, not even the murder of Jews, could restrain him. At one point, he told his constituents that the sight of the Israeli prime minister honouring the Parisian Jews whom Islamists had murdered made him “sick”. (He appeared to find the massacre itself easier to stomach.)

Naz Shah’s picture of Israel superimposed on to a map of the US to show her “solution” for the Israeli-Palestinian conflict was not a one-off but part of a race to the bottom. But Shah’s wider behaviour as an MP – a “progressive” MP, mark you – gives you a better idea of how deep the rot has sunk. She ignored a Bradford imam who declared that the terrorist who murdered a liberal Pakistani politician was a “great hero of Islam” and concentrated her energies on expressing her “loathing” of liberal and feminist British Muslims instead.

Shah is not alone, which is why I talk of a general sickness. Liberal Muslims make many profoundly uncomfortable. Writers in the left-wing press treat them as Uncle Toms, as Shah did, because they are willing to work with the government to stop young men and women joining Islamic State. While they are criticised, politically correct criticism rarely extends to clerics who celebrate religious assassins. As for the antisemitism that allows Labour MPs to fantasise about “transporting” Jews, consider how jeering and dishonest the debate around that has become.

When feminists talk about rape, they are not told as a matter of course “but women are always making false rape accusations”. If they were, they would suspect that their opponents wanted to deny the existence of sexual violence. Yet it is standard in polite society to hear that accusations of antisemitism are always made in bad faith to delegitimise justifiable criticism of Israel. I accept that there are Jews who say that all criticism of Israel is antisemitic. For her part, a feminist must accept that there are women who make false accusations of rape. But that does not mean that antisemitism does not exist, any more than it means that rape never happens.

Challenging prejudices on the left wing is going to be all the more difficult because, incredibly, the British left in the second decade of the 21st century is led by men steeped in the worst traditions of the 20th. When historians had to explain last week that if Montgomery had not defeated Rommel at El Alamein in Egypt then the German armies would have killed every Jew they could find in Palestine, they were dealing with the conspiracy theory that Hitler was a Zionist, developed by a half-educated American Trotskyist called Lenni Brenner in the 1980s.

When Jeremy Corbyn defended the Islamist likes of Raed Salah, who say that Jews dine on the blood of Christian children, he was continuing a tradition of communist accommodation with antisemitism that goes back to Stalin’s purges of Soviet Jews in the late 1940s.

It is astonishing that you have to, but you must learn the worst of leftwing history now. For Labour is not just led by dirty men but by dirty old men, with roots in the contaminated soil of Marxist totalitarianism. If it is to change, its leaders will either have to change their minds or be thrown out of office.

Put like this, the tasks facing Labour moderates seem impossible. They have to be attempted, however, for moral as much as electoral reasons.

Allow me to state the moral argument as baldly as I can. Not just in Paris, but in Marseille, Copenhagen and Brussels, fascistic reactionaries are murdering Jews – once again. Go to any British synagogue or Jewish school and you will see police officers and volunteers guarding them. I do not want to tempt fate, but if British Jews were murdered, the leader of the Labour party would not be welcome at their memorial. The mourners would point to the exit and ask him to leave.

If it is incredible that we have reached this pass, it is also intolerable. However hard the effort to overthrow it, the status quo cannot stand.

Voir également:

A Rising Tide of Anti-Semitism
By publishing a bigoted cartoon, The Times ignored the lessons of history, including its own.
The Editorial Board
The New York Times
April 30, 2019

The Times published an appalling political cartoon in the opinion pages of its international print edition late last week. It portrayed Prime Minister Benjamin Netanyahu of Israel as a dog wearing a Star of David on a collar. He was leading President Trump, drawn as a blind man wearing a skullcap.

The cartoon was chosen from a syndication service by a production editor who did not recognize its anti-Semitism. Yet however it came to be published, the appearance of such an obviously bigoted cartoon in a mainstream publication is evidence of a profound danger — not only of anti-Semitism but of numbness to its creep, to the insidious way this ancient, enduring prejudice is once again working itself into public view and common conversation.

Anti-Semitic imagery is particularly dangerous now. The number of assaults against American Jews more than doubled from 2017 to 2018, rising to 39, according to a report released Tuesday by the Anti-Defamation League. On Saturday, a gunman opened fire during Passover services at a synagogue in San Diego County, killing one person and injuring three, allegedly after he posted in an online manifesto that he wanted to murder Jews. For decades, most American Jews felt safe to practice their religion, but now they pass through metal detectors to enter synagogues and schools.

Jews face even greater hostility and danger in Europe, where the cartoon was created. In Britain, one of several members of Parliament who resigned from the Labour Party in February said that the party had become “institutionally anti-Semitic.” In France and Belgium, Jews have been the targets of terrorist attacks by Muslim extremists. Across Europe, right-wing parties with long histories of anti-Semitic rhetoric are gaining political strength.

This is also a period of rising criticism of Israel, much of it directed at the rightward drift of its own government and some of it even questioning Israel’s very foundation as a Jewish state. We have been and remain stalwart supporters of Israel, and believe that good-faith criticism should work to strengthen it over the long term by helping it stay true to its democratic values. But anti-Zionism can clearly serve as a cover for anti-Semitism — and some criticism of Israel, as the cartoon demonstrated, is couched openly in anti-Semitic terms.

The responsibility for acts of hatred rests on the shoulders of the proponents and perpetrators. But history teaches that the rise of extremism requires the acquiescence of broader society.

As anti-Semitism has surged from the internet into the streets, President Trump has done too little to rouse the national conscience against it. Though he condemned the cartoon in The Times, he has failed to speak out against anti-Semitic groups like the white nationalists who marched in Charlottesville, Va., in 2017 chanting, “Jews will not replace us.” He has practiced a politics of intolerance for diversity, and attacks on some minority groups threaten the safety of every minority group. The gunman who attacked the synagogue in San Diego claimed responsibility for setting a fire at a nearby mosque, and wrote that he was inspired by the deadly attack on mosques in New Zealand last month.

A particularly frightening, and also historically resonant, aspect of the rise of anti-Semitism in recent years is that it has come from both the right and left sides of the political spectrum. Both right-wing and left-wing politicians have traded in incendiary tropes, like the ideas that Jews secretly control the financial system or politicians.

The recent attacks on Jews in the United States have been carried out by men who identify as white supremacists, including the killing of 11 people in a Pittsburgh synagogue last year. But the A.D.L. reports that most anti-Semitic assaults, and incidents of harassment and the vandalism of Jewish community buildings and cemeteries, are not carried out by the members of extremist groups. Instead, the perpetrators are hate-filled individuals.

In the 1930s and the 1940s, The Times was largely silent as anti-Semitism rose up and bathed the world in blood. That failure still haunts this newspaper. Now, rightly, The Times has declared itself “deeply sorry” for the cartoon and called it “unacceptable.” Apologies are important, but the deeper obligation of The Times is to focus on leading through unblinking journalism and the clear editorial expression of its values. Society in recent years has shown healthy signs of increased sensitivity to other forms of bigotry, yet somehow anti-Semitism can often still be dismissed as a disease gnawing only at the fringes of society. That is a dangerous mistake. As recent events have shown, it is a very mainstream problem.

As the world once again contends with this age-old enemy, it is not enough to refrain from empowering it. It is necessary to stand in opposition.

Voir de :

The anti-Semitism crisis tearing the UK Labour Party apart, explained
Labour leader Jeremy Corbyn is being accused of mishandling claims of anti-Semitism in the party.
Darren Loucaides
Vox.com
Mar 8, 2019

LONDON — The UK’s Labour Party is in the midst of a full-blown anti-Semitism crisis.

Recently, nine members of Parliament (MPs) quit the center-left party in protest of the current leadership, citing their handling of allegations of anti-Semitism as well as dissatisfaction over the party’s stance on Brexit.

“I cannot remain in a party that I have today come to the sickening conclusion is institutionally anti-Semitic,” Labour MP Luciana Berger said at a February 18 press conference explaining her decision to leave. Berger, who is Jewish, has received a torrent of anti-Semitic abuse online over the past few years.

While rumors have circulated for months about a possible Labour split due to the UK’s upcoming, chaotic divorce from the European Union, the resignations — particularly Berger’s — sent shock waves through the party, and many felt that the party leadership should have done more to protect Berger from the abuse she’d been receiving.

If you’re wondering how the situation has escalated to this point, don’t worry. We’ve got you covered.

The anti-Semitism controversy in the Labour Party is fairly recent

The UK Labour Party, which dates back to 1900, was long seen as the party of the working classes. Throughout most of its history, Labour has stood for social justice, equality, and anti-racism.

Labour’s controversy over anti-Semitism is fairly recent. It’s often traced back to 2015, when Jeremy Corbyn became the party leader. Corbyn, seen as on Labour’s left wing, has long defended the rights of Palestinians and often been more critical than the party mainstream of Israel’s government.

But during the Labour leadership contest in 2015, a then-senior Jewish Labour MP said that Corbyn had in the past showed “poor judgment” on the issue of anti-Semitism — after Corbyn unexpectedly became the frontrunner in the contest, a Jewish newspaper reported on his past meetings with individuals and organizations who had expressed anti-Semitic views.

Concerns over anti-Semitism only really began to turn into a crisis, however, the year after Corbyn became leader. In April 2016, a well-known right-wing blog revealed that Labour MP Naz Shah had posted anti-Semitic messages to Facebook a couple of years before being elected.

One post showed a photo of Israel superimposed onto a map of the US, suggesting the country’s relocation would resolve the Israeli-Palestinian conflict. Above the photo, Shah wrote, “Problem solved.”

Shah apologized, but former Mayor of London Ken Livingstone, a long-time Labour member who was close to party leader Jeremy Corbyn, made things worse by rushing to Shah’s defense — and added an inflammatory claim that Hitler initially supported Zionism, before “he went mad and ended up killing six million Jews.”

The party suspended Shah and Livingstone and launched an inquiry into anti-Semitism. But Corbyn was criticized for not acting quickly or decisively enough to deal with the problem. Afterward, claims of anti-Semitism kept resurfacing as individual examples were dug up across Labour’s wide membership.

By now a narrative was building that anti-Semitism was rife within the party — and that the election of Corbyn as leader was the cause.

The unlikely rise of Jeremy Corbyn

Jeremy Corbyn became Labour’s leader in 2015, to pretty much everyone’s surprise.

The 69-year-old became politically active in his 20s and had been a so-called “backbencher” — an MP without an official position in the government or the opposition parties — since 1983.

Throughout his political career, Corbyn has protested against racism and backed left-wing campaigns such as nuclear disarmament, and was considered the long shot in the party’s leadership contest — bookmakers initially put the chance of him winning at 200 to 1.

The three other candidates were considered centrist or center-left. Two had served in government during the New Labour era, when Tony Blair swung the party to the center ground. Corbyn’s victory confirmed that the New Labour project was dead.

Some MPs later admitted they only backed him as one of the leadership candidates so that a representative of the party’s left-wing would be on the ballot; they never thought he would win.

Corbyn’s campaign drummed up a big grassroots following as his anti-austerity, socialist message gained traction, in a way that would later be echoed by Bernie Sanders’s 2016 campaign in the US.

Shocking the establishment and against all odds, Corbyn went on to decisively win the leadership contest. When, the following year, MPs on the right of the party revolted and forced a leadership contest, Corbyn yet again won convincingly.

Ever since Tony Blair helmed the party from 1994 to 2007, Labour had been dominated by more centrist than left-leaning MPs. Under Blair, Labour embraced neoliberal economics alongside more traditionally liberal social policies, such as a minimum wage.

But after Corbyn’s unexpected win, everything changed. Corbyn steered the party to the left on many issues, including proposals to nationalize the railways and possibly the energy companies, end the era of slashing state spending, and tax the rich.

He also moved the party leftward on Israel and Palestine.

Labour’s previously moribund membership boomed to half a million, making it one of the biggest political parties in Europe. The many newcomers were attracted by the chance to support a truly left-wing Labour Party.

Claims of anti-Semitism also increased: Labour’s general secretary revealed that between April 2018 and January 2019, the party received 673 accusations of anti-Semitism among members, which had led to 96 members being suspended and 12 expelled.

Part of the reason anti-Semitism claims have grown under Corbyn is that his wing of the party — the socialist left — tends to be passionately pro-Palestine. There is nothing inherently anti-Semitic about defending Palestinians, but such a position can lead to tensions between left-wing anti-Zionists and mainstream Jewish communities.

This tension has at times led to a tendency on the left to indulge in anti-Semitic conspiracy theories and tropes — like blaming a Jewish conspiracy for Western governments’ support of Israel or equating Jews who support Israel with Nazi collaborators.

Corbyn’s defenders point out that the media has inordinately focused on Labour while giving less attention to cases of racism and Islamophobia among the Conservatives and other parties. But if it wasn’t clear already, recent events have confirmed that anti-Semitism is a crisis for Labour.

Many of the MPs who resigned from Labour two weeks ago had long been threatening to go, and have deeply held political differences with Labour’s more radically progressive leadership. But Luciana Berger resigned because of anti-Semitism, and Labour’s failure to prevent her from leaving on this count is impossible to ignore.

Is Corbyn to blame for Labour’s current crisis?

At first glance, Corbyn hardly seems like someone who would be an enabler of anti-Semitism.

He has a long history of campaigning against racism — for instance, in the 1980s, he participated in anti-apartheid protests against South Africa, at the same time that former Conservative Prime Minister Margaret Thatcher was calling Nelson Mandela’s African National Congress opposition movement a “typical terrorist organization.”

And he has long campaigned for Palestinian rights, while being critical of the government of Israel — including comparing Israel’s treatment of Palestinians to apartheid.

But Corbyn’s anti-imperialist, anti-racist stance over the years has also led some to label him a terrorist sympathizer. Corbyn in the past advocated for negotiations with militant Irish republicans. As he did with Irish republicans, Corbyn encouraged talks with the Islamist militant groups Hamas and Hezbollah.

He has also been heavily criticized for having previously referred to these groups as “friends,” which caused outrage when publicized during 2015’s Labour leadership contest. Corbyn explained that he had only used “friends” in the context of trying to promote peace talks, but later said he regretted using the word.

Last March, Corbyn was also criticized for a 2012 comment on Facebook, in which he had expressed solidarity with an artist who had used anti-Semitic tropes in a London mural that was going to be torn down.

After Luciana Berger tweeted about the post and demanded an explanation from the Labour Party leadership, Corbyn said that he “sincerely regretted” having not looked at the “deeply disturbing” image more closely, and condemned anti-Semitism.

A few days later, Jewish groups gathered outside the UK Parliament to demonstrate against anti-Semitism. The Jewish Leadership Council, an umbrella organization for several Jewish groups and institutions in the UK, said that there was “no safe space” in the Labour Party for Jewish people.

“Rightly or wrong, Jeremy Corbyn is now the figurehead for an anti-Semitic political culture, based upon an obsessive hatred of Israel, conspiracy theories and fake news,” the chair of the Jewish Leadership Council, Jonathan Goldstein, said at the time.

The crisis didn’t end there. In August 2018, the right-wing British newspaper the Daily Mail accused Corbyn of having laid a wreath at the graves of the Palestinian terrorists while in Tunisia in 2014.

Corbyn acknowledges that he participated in a wreath-laying ceremony at a Tunisian cemetery in 2014, but says he was commemorating the victims of a 1985 Israeli airstrike on the headquarters of the Palestinian Liberation Organization (PLO), who were living in exile in Tunis at the time. The airstrike killed almost 50 people, including civilians, and wounded dozens more.

However, the Daily Mail published photos showing Corbyn holding a wreath not far from the graves of four Palestinians believed to be involved with the 1972 Munich massacre, in which members of the Black September terrorist organization killed 11 Israeli athletes and a German police officer at the Munich Olympics.

Corbyn denies he was commemorating the latter individuals, but his muddled explanations in the wake of the controversy left some unsatisfied with his response.

Today, on social media, it is common to see Corbyn denounced for enabling anti-Semitism — author J.K. Rowling has even criticized him for it — while some brand him outright as an anti-Semite. When US Rep. Alexandria Ocasio-Cortez (D-NY) recently tweeted that she’d had “a lovely and wide-reaching conversation” with Corbyn by phone, hundreds of commenters criticized her for speaking to Labour’s “anti-Semitic” leader.

Corbyn’s defenders argue that there is no clear evidence that he — a lifelong campaigner against racism — is anti-Semitic.

“My mother was a refugee on the Kindertransport, and a massive friend of Corbyn — they worked terribly closely together, doing all sorts of political things to support communities in North London,” Annabelle Sreberny, emeritus professor at SOAS University of London and member of Jewish Voice for Labour — a small organization that tends to deny Labour has a problem with anti-Semitism — told me. “So the idea that he himself is an anti-Semite is just a pathetic smear.”

Sreberny told me she largely sees the portrayal of Corbyn’s Labour Party as “institutionally anti-Semitic” — which is how Berger put it when she resigned — as part of a calculated political campaign against Corbyn and his left-wing agenda.

And indeed, this perception may have actually contributed to the current crisis.

Michael Segalov, a journalist who has written and spoken extensively on this issue, told me he thinks that part of the reason Corbyn and the Labour leadership were initially slow to react to anti-Semitism was that the claims were wrongly interpreted as part of a sustained, wider campaign of personal and political attacks against Corbyn.

But like Segalov, there are many in the Labour Party who strongly disagree with the idea that the accusations of anti-Semitism are merely a political smear campaign. A poll carried out by the Jewish Chronicle newspaper in the summer of 2018 found more than 85 percent of British Jews believe Corbyn himself is anti-Semitic, and a similar number believe the level of anti-Semitism in the Labour Party is “high” or “very high.”

Jon Lansman, founder of the pro-Corbyn campaign group Momentum and now a member of Labour’s national executive committee, recently told the BBC’s Radio 4 that there were many more Labour members who held “hardcore, anti-Semitic opinions” than previously thought. Lansman, who is Jewish, also said that he felt “regret, sadness and some shame” about Berger’s resignation from the party.

Where does Labour go from here?

There seems to have been a major shift in the perspectives of party leaders since the resignation of the nine Labour MPs.

Labour’s deputy leader Tom Watson, who is seen as a centrist, recently told the BBC that he thought if Corbyn took “a personal lead” in examining accusations of anti-Semitism, it could make a big difference. Watson said that just last week, he had received a dossier from parliamentary colleagues of 50 complaints on anti-Semitism that he felt had not been dealt with adequately, and had passed them on to Corbyn.

Corbyn, perhaps heeding Watson’s advice, is in talks to appoint former Lord Chancellor Charlie Falconer to be an independent reviewer tasked with ensuring that anti-Semitism claims within the party are handled more effectively. Falconer held high office from 2003 to 2007 under Blair’s government and is respected across the party.

The recent split could prove a turning point for Labour in terms of addressing anti-Semitism as well as wider divisions within the party. “I think [Corbyn] understands now that if he is ever to be prime minister, he needs to rebuild that trust [with the British Jewish community],” said Watson, who urged the quick expulsion of members who’d made anti-Semitic comments. But as Watson added: “Time is against us.”

Indeed, urgency is needed for Labour’s leadership to effectually tackle the party’s anti-Semitism crisis and convince other MPs not to quit. The nine MPs who’ve left have formed the Independent Group, an informal assemblage that plans to launch as an official political party before the end of the year. Several other Labour MPs are rumored to be thinking of joining them.

Unless Labour moves fast, the emerging centrist party could prove an existential threat.

Darren Loucaides is a British writer who covers politics, populism, and identity.

Voir encore:

The Democrats are becoming the party of the Jew-haters

A party and a civilization in moral decline

Dominic Green
The Spectator
March 7, 2019

When Ilhan Omar says that there’s too much money in American politics, she’s stating the obvious. That’s why I support her brave campaign against the US Chamber of Commerce, the National Association of Realtors, the American Medical Association, the American Hospital Association, the Pharmaceutical Research & Manufacturers of America, General Electric, Blue Cross Blue Shield, Business Roundtable, the AARP, and Boeing.

These are America’s top 10 lobby groups, ranked by total spending over the last 20 years. In 2018, the US Chamber of Commerce spent $94.8 million on lobbying. Alphabet, Google’s parent company, spent $21.7 million and surged to Number Eight on the charts. The America-Israel Public Affairs Committee (AIPAC) ranked Number 157, and spent $3.5 million. Who knew you could buy America so cheaply?

Ilhan, that’s who. In 2012, only Ilhan was wise enough to see that ‘Israel has hypnotized the world’. Now, only Ilhan is bold enough to say that American support for Israel is ‘all about the Benjamins’, rather than a mass of reasons religious, strategic, cultural, and sentimental. And only Ilhan has the integrity to double down, and say, ‘I want to talk about the political influence in this country that says it is OK to push for allegiance to a foreign country.’

The 19th-century British prime minister Viscount Palmerston said that great powers have interests, not friends. Omar’s notion that the greatest power in history is somehow beholden to a faraway state the size of New Jersey is a delusion. So is her notion that Israel, a state which has taken to best part of seven decades to set up a railroad network, possesses diabolical powers to ‘hypnotize’ the world. So is her idea that Israel’s supporters, Jewish and not, operate by making congressmen and senators ‘pledge allegiance’, like a militia in a failed state. This last might be Omar’s biggest delusion of all. She actually believes that promises mean something in politics.

Omar’s private thoughts are nobody else’s business. It’s not as if the doctors, Jewish ones probably, have ever dissected a brain and noted hypertrophy of the Jew-hating lobe. Words and deeds are what matters, especially in public life. In which case, anyone who claims that Omar isn’t, to use Nancy Pelosi’s formulation, an ‘intentional’ Jew-hater isn’t listening. Omar has herself apologized for what she admitted was the ‘ugly sentiment’ of her ‘hypnotized’ imagery. It took seven years, but shortly after entering Congress, she disavowed that ‘anti-Semitic trope’ as ‘unfortunate and offensive’. She also apologized ‘unequivocally’ in February after the ‘Benjamins’ episode. Her defense was that she was ignorant of the ‘painful history of anti-Semitic tropes’. She intended it; she just didn’t know what it meant.

Omar didn’t know that the language in which she expressed her malignant delusions was in the lineage of Jew-hatred in its Christian and European forms. Until she entered the national stage, she’d had no need to know. Omar’s malignant delusions are commonplace in the Arab and Muslim world from which she comes. They are commonplace among the leadership of the Council on American-Islamic Relations (CAIR), the Hamas-friendly front organization for the Muslim Brotherhood which supported her Congressional campaign. And they have become commonplace on the left of the Democratic party.

Democrats now protest that the whites and the right have their racists too. In other words, they’re saying that two wrongs make a right. This is playground logic, and it ignores the imbalance between the two kinds of anti-Jewish racism. Firstly, no Republican leader ever posed for the cover of any other national outlet with Steve King, or Omar’s new Twitter chum David Duke. Secondly, the Republican leadership, no doubt hypnotized by the Benjamins tucked in Ivanka Trump’s suspender belt, is hostile to the white racist fringe, and the white racist fringe detests the Republican leadership. Thirdly, the white racists are nothing if not candid about their beliefs and their intentions towards the Jewish people. Ilhan Omar isn’t even honest.

Omar said she was against BDS when running for the House and then revised her position as soon as she won her set. She denounces Israel and Saudi Arabia, who oppose the Muslim Brotherhood, but not Turkey or Qatar, the Muslim Brotherhood’s sponsors. She may be ignorant, but she knows exactly what she is doing. She is furtive and duplicitous, and she is successfully importing the language and ideas of racism into a susceptible Democratic party.

The buffoons who lead the Democrats are allowing Omar to mainstream anti-Jewish racism. The Democratic leadership tried to co-opt the energy of the post-2008 grassroots, to give its exhausted rainbow coalition an infusion of 21st-century identity politics. The failure to issue the promised condemnation of Omar shows that a European-style ‘red-green’ alliance of hard leftists and Islamists is co-opting the party. This, like the pro-Democratic media’s extended PR work for Rashida Tlaib and that other left-Islamist pinup Linda Sarsour, reflects a turning point in American history.

The metaphysical, conspiratorial hatred of Jews is a symptom of civilization in decline. So the inability of the Democratic leadership to call Omar a racist reflects more than the moral and ideological decay of a political party. Americans like to believe in their exceptionalism, and American Jews like to say America is different. We’re about see if those ideas are true.

Dominic Green is Life & Arts Editor of Spectator USA.

Voir par ailleurs:

Diane Vaughan : les leçons d’une explosion
Diane Vaughan
La Recherche
mars 2000

Si la NASA enchaîne aujourd’hui les contre-performances sur Mars, elle avait connu en 1986 une catastrophe : l’explosion de la navette « Challenger ». Quels sont les processus qui, au sein de la culture d’une telle organisation, engendrent une déviance progressivement institutionnalisée ?

La Recherche : La NASA vient de perdre coup sur coup deux sondes martiennes. Comment réagissez-vous à ces récents déboires ?

Diane Vaughan : Ils ne me surprennent guère ! N’oublions pas que les programmes spatiaux impliquent de multiples collaborations. La NASA en particulier sous-traite la majeure partie des composants de ses missions. Que des problèmes surgissent quand un grand nombre d’organisations différentes travaillent ensemble n’a rien d’exceptionnel, surtout quand il s’agit d’innovations techniques. Des erreurs sont faites en permanence dans toute organisation complexe, mais contrairement au cas de la NASA sur qui les projecteurs médiatiques sont braqués, leurs conséquences, souvent moins spectaculaires, restent généralement ignorées du grand public.

Quelle était votre motivation pour vous pencher sur les causes de l’explosion de la navette spatiale Challenger en 1986 ?

Je venais à l’époque de finir un livre, je n’avais rien de précis en tête, si ce n’est d’écrire un court article que l’on m’avait commandé sur la notion d’inconduite, c’est-à-dire de comportement individuel fautif. Le cas Challenger avait alors, selon l’explication officielle, toutes les apparences du parfait exemple, avec cependant la particularité de s’être produit dans une organisation gouvernementale à caractère non lucratif plutôt qu’au sein d’une entreprise. Je ne m’attendais alors pas du tout à ce que mon travail remette complètement en question les conclusions obtenues par la Commission présidentielle qui avait été chargée de l’enquête après la catastrophe.

Quelles étaient les conclusions de cette Commission présidentielle ? Des responsables avaient-ils été identifiés ?

L’enquête de la Commission révéla le fait suivant : la veille du lancement de Challenger , lors d’une téléconférence tenue depuis le Marshall Space Flight Center, le centre de tir de la NASA, des ingénieurs de Morton Thiokol, l’entreprise qui fabriquait le joint annulaire d’un des boosters à l’origine de l’accident, avaient fait part aux managers de la NASA de leur opposition au lancement en invoquant les très faibles températures prévues le lendemain. Cependant, ces managers ne transmirent pas l’information à leurs supérieurs hiérarchiques et, soucieux de respecter la date du lancement, décidèrent de maintenir celui-ci au lendemain. Selon l’explication officiellement admise, une telle décision résultait de la forte pression interne qui régnait alors à la NASA : faute d’un financement suffisant du Congrès, le programme de la navette reposait en effet en partie sur les revenus procurés par les lancements de satellites commerciaux privés.

La conclusion suivante s’imposa alors à la Commission : soumis à cette pression de production, les managers du Marshall Space Flight Center ont ignoré les recommandations des ingénieurs et ont enfreint les règles de sécurité et de transmission de l’information au sein de la hiérarchie, dans le but de maintenir la date de lancement. Selon cette interprétation, il ne s’agissait donc pas d’un simple accident technique, mais d’un cas classique d’inconduite au sein d’une organisation : dans le souci de respecter les objectifs de l’organisation, certains de ses membres sont amenés à violer ses règles de fonctionnement.

Pensez-vous que la Commission présidentielle, en plaçant ainsi la responsabilité sur certains individus, ignora délibérément d’autres facteurs ?

La réponse à une telle question est très complexe. Je crois d’abord que la Commission ne s’attendait pas à trouver autre chose à l’origine de l’accident qu’un simple problème technique. Or, soudainement, cette téléconférence révélait l’existence d’un dysfonctionnement d’une tout autre nature. Cette découverte conditionna la manière même dont l’enquête se poursuivit : par exemple, ne furent appelés à témoigner que cinq ingénieurs, qui s’étaient tous opposés au lancement lors de la téléconférence. L’un des techniciens de la NASA, qui était certainement la personne la mieux avertie quant à l’histoire de ce joint annulaire, ne fut même pas interrogé. La Commission ne procéda pas aux interviews d’une manière aussi exhaustive que l’aurait fait un sociologue : elle interrogea seulement les personnes susceptibles de détenir des informations pertinentes au regard de ce qui, d’emblée, avait eu toutes les apparences d’une mauvaise décision de la part de certains managers. Pour autant, je ne crois pas qu’il faille cher- cher derrière cela une volonté délibérée de masquer d’autres facteurs ou de protéger certaines personnes plus haut placées dans la hiérarchie. Il faut plutôt se rappeler que la Commission était soumise à de fortes contraintes d’ordre pratique. Elle ne disposait que de trois mois pour rendre son rapport, alors que la quantité d’informations à analyser était phénoménale : les documents relatifs à l’accident de Challenger remplissent deux étages complets d’un immense entrepôt ! Ajoutez à cela que les membres de la Commission n’ont pas conduit eux-mêmes les interviews, pas plus qu’ils n’ont lu les comptes rendus : ils étaient seulement « briefés » par les équipes d’interviewers à qui l’on avait sous-traité les entretiens. Difficile dans ces conditions de s’imprégner de la culture d’une organisation.

Quel rôle attribuez-vous donc à la culture de la NASA dans l’accident de Challenger ?

Plutôt que de limiter son attention au niveau individuel, il est en effet indispensable d’examiner comment la culture d’une organisation façonne la manière dont les individus prennent des décisions en son sein. Mon analyse a montré que, pendant les années qui ont précédé l’accident, les ingénieurs et managers de la NASA ont progressivement instauré une situation qui les autorisait à considérer que tout allait bien, alors qu’ils disposaient d’éléments montrant au contraire que quelque chose allait mal. C’est ce que j’ai appelé une normalisation de la déviance : il s’agit d’un processus par lequel des individus sont amenés au sein d’une organisation à accomplir certaines choses qu’ils ne feraient pas dans un autre contexte. Mais leurs actions ne sont pas délibérément déviantes. Elles sont au contraire rendues normales et acceptables par la culture de l’organisation.

Quelle déviance s’est normalisée dans l’histoire de la navette, et pourquoi ?

Lorsque pour la première fois une anomalie fut constatée sur l’un des boosters au retour d’une mission, cette anomalie ne constitua pas un signal d’alarme, car la culture du programme spatial était celle d’un programme technologique de nature extrêmement innovante. Et dans ce contexte, le fait que certains des composants des boosters subissent des dommages lors d’un vol n’était pas considéré comme inacceptable, même si cela n’était pas prévu par ses concepteurs. Avoir des problèmes avec un système aussi complexe que la navette était même quelque chose d’attendu !

Pour saisir les causes de l’accident de Challenger, ne faut-il donc pas remonter seulement à la veille du lancement, mais dix ans avant ?

Absolument. Pendant près de dix ans, les boosters ont subi des dommages pratiquement lors de chaque mission. Après chacun de ces incidents, les analyses des ingénieurs conduisaient à considérer le risque comme acceptable et à recommander la poursuite du programme sans que des tests et des études supplémentaires soient nécessaires. En soi, chacune de ces décisions peut sembler logique et rationnelle. Mais leur accumulation a progressivement conduit à ce que le fait de voler avec de sérieuses anomalies devienne quelque chose de routinier, d’officiellement toléré.

Comment est fixé ce seuil d’acceptabilité du risque ?

C’est là un aspect de la culture d’une organisation qui, vu de l’extérieur, peut paraître très étrange. Au début du programme, la NASA produisit un document intitulé « The acceptable risk process », dans lequel était énoncé un ensemble de procédures à suivre. Celles-ci garantissaient que le maximum soit fait pour la sécurité d’un vol, tant au niveau des processus de prise de décision qu’au niveau purement technique. Ce qui bien sûr n’assurait pas pour autant l’élimination de tout risque. Mais, petit à petit, s’est instaurée une sorte de foi dans ces méthodes : les appliquer rigoureusement n’était plus seulement le mieux que l’on puisse faire, cela suffisait aussi à garantir la sûreté du vol. Or, l’opposition au lancement formulée par les ingénieurs de Thiokol était principalement fondée sur des intuitions. Il n’est dès lors pas étonnant qu’une telle opposition ait été jugée irrecevable par les managers de la NASA, étant donné ce contexte de croyance institutionnalisée dans les méthodes employées.

Selon vous, il n’y a donc pas eu à proprement parler inconduite de la part des responsables du Marshall Space Flight Center ?

Non, en effet, puisque aucune des règles habituelles de décision n’a été transgressée lors de cette fameuse téléconférence. Il faudrait en fait plutôt parler d’erreur : les ingénieurs de Thiokol n’ont pas été en mesure de présenter aux managers les arguments techniques nécessaires pour les convaincre du caractère exceptionnel de la température de lancement et des risques supplémentaires qui en découlaient. La décision de procéder au lancement n’a donc rien eu d’anormal dans le contexte culturel de l’époque.

Pourriez-vous décrire ce contexte culturel ? En quoi, par exemple, diffère- t-il du contexte culturel du programme Apollo , le précédent grand programme de vols habités de la NASA ?

L’ère Apollo se caractérisait par une culture d’ingénieurs purement technique. Cette culture est encore bien sûr présente à l’époque de Challenger, mais la multiplication des contrats de sous-traitance a largement transformé le travail des ingénieurs de la NASA qui assurent dorénavant surtout des tâches de coordination. Cette institutionnalisation de la sous-traitance a comme conséquence de fortement accentuer le poids de la bureaucratie, notamment dans les processus de prises de décision que nous venons d’évoquer et derrière lesquels se sont inconsciemment retranchés ingénieurs et managers.

Un autre changement culturel, peut-être encore plus décisif, résulta des difficultés budgétaires du programme : elles se traduisirent à tous les niveaux de l’organisation par une pression de production très forte, dont les conséquences ont été à juste titre soulignées par la Commission présidentielle. Apollo avait bénéficié d’un large consensus dans l’opinion, allant de pair avec un soutien financier sans faille de la part du Congrès. Ce n’était plus du tout le cas à l’époque de la navette spatiale, l’implication des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam ayant entre-temps remis en cause les engagements du pays en matière d’exploration spatiale. Il y eut alors cette volonté politique des hauts dirigeants de la NASA de présenter à l’opinion publique le programme de la navette comme un programme opérationnel : ce n’était plus un programme expérimental comme Apollo, mais un programme suffisamment sûr pour que la NASA puisse s’engager auprès d’entreprises commerciales.

Et suffisamment sûr pour qu’on fasse voler des civils ?

Exactement. Et c’est là une troisième altération de la culture de la NASA qui découla de décisions politiques prises à la fois par les hauts dirigeants de l’agence spatiale et par la Maison Blanche. Le désastre de Challenger n’aurait sans doute pas été aussi traumatisant pour le pays s’il ne s’était trouvé à bord de la navette deux civils, dont une enseignante. Souvenez-vous que la NASA avait déjà perdu plusieurs astronautes lors d’un accident survenu sur le pas de tir d’une des missions Apollo. L’enquête qui a suivi avait été réalisée en interne par l’agence spatiale. Etant donné la nouvelle culture de la NASA, ce ne pouvait plus être le cas pour Challenger , dont la disparition prit d’emblée une dimension publique, politique.

Iriez-vous jusqu’à dire que le président de l’époque, Ronald Reagan, le Congrès et les élites dirigeantes de la NASA ont leur part de responsabilité dans l’accident de Challenger ?

Leurs décisions – celle par exemple de réduire le financement fédéral du programme – étaient bien évidemment dénuées de toute intention délibérée de rendre un pareil désastre possible. Elles n’ont de plus enfreint aucune règle, aucun impératif éthique. Mais il est certain que ces mêmes décisions ont contribué à façonner une nouvelle culture de l’organisation qui a rendu possible la normalisation de déviances techniques, et acceptable de faire voler une enseignante. Pour cette raison, les élites politiques du pays ont certainement des comptes à rendre. Et l’on peut s’étonner que ni les médias, ni l’opinion publique, ni bien sûr la Commission présidentielle ne leur en aient demandé !

Pensez-vous que la NASA ait tiré toutes les leçons de l’accident ?

Beaucoup de choses ont été changées au niveau interne après Challenger, notamment les procédures de prise de décision et de conduite de projet. Par exemple, la NASA s’assure désormais que l’avis de ses astronautes soit davantage pris en compte. Mais rien n’a changé fondamentalement en ce qui concerne la culture même du programme. Le problème du financement privé et son corollaire, la pression de production, demeurent et la NASA a même récemment recommencé à faire voler des civils !

La devise de Dan Goldin, l’actuel dirigeant de l’agence spatiale, « Better, faster and cheaper » Mieux, plus vite et moins cher ne vous paraît-elle pas être un oxymoron ?

C’est le mot en effet ! Les contraintes accrues de calendrier et de budget qui se cachent derrière le Faster et le Cheaper me semblent à l’évidence bien peu conciliables avec le Better de la devise. Mais ne m’étant pas penchée sur les nouveaux programmes, je ne peux guère vous en dire plus. A part cette observation : les gens ayant décidé des réductions de personnels et de moyens ne se sont pas davantage préoccupés qu’à l’époque de Challenger d’étudier leurs effets sur la structure et la culture de l’organisation. Or, de telles études me semblent indispensables. Le problème n’est pas tant l’absence de motivations politiques pour les mener que la nécessité de disposer des compétences de sociologues, anthropologues et autres acteurs traditionnellement absents des sphères dirigeantes d’une organisation comme la NASA.

Avez-vous eu des réactions officielles des dirigeants de la NASA après la publication de votre livre ?

Absolument aucune ! J’ai eu par contre beaucoup de réactions – d’ailleurs souvent très favorables – de personnes qui ont travaillé pour la NASA, ou de diverses organisations dont certaines m’ont dit : « La NASA, c’est nous : la même chose se passe chez nous ! »

Le cas Challenger illustre votre thèse plus générale selon laquelle les erreurs sont socialement construites et systématiquement produites par toute structure sociale. Cela implique-t-il que les erreurs soient inévitables et qu’un certain fatalisme soit dès lors de mise ?

Oui, les erreurs sont inévitables, ne serait ce que parce que dans un système complexe, surtout lorsqu’il est innovant, il est impossible de prédire ou contrôler tous les paramètres d’une situation. Mais il est capital qu’une organisation prenne acte de la dimension sociale des erreurs produites en son sein et agisse en conséquence. Un pas dans ce sens a été accompli par exemple par certains hôpitaux américains. Ici à Boston, de nombreuses études ont abordé le problème des erreurs médicales en se penchant sur la complexité du système hospitalier. Ce qui auparavant était perçu comme l’erreur d’un individu devient une erreur dont la cause est aussi à chercher du côté du système lui-même, en particulier dans la division du travail au sein de l’hôpital. Ce n’est plus seulement la responsabilité du chirurgien ou de l’anesthésiste, mais aussi celle du système qui lui impose un planning chargé.

Faut-il donc chaque fois élargir le champ de l’analyse ?

En effet. Si vous voulez vraiment comprendre comment une erreur est générée au sein d’un système complexe et résoudre le problème, il ne faut pas se contenter d’analyser la situation au niveau individuel, c’est l’organisation dans son ensemble qu’il faut considérer et, au-delà de l’organisation elle-même, son contexte politique et économique. On a vu dans le cas de Challenger que les conclusions auxquelles on aboutit alors sont bien différentes de celles délivrées par une analyse des actions individuelles.

Mais les situations ne sont-elles pas parfois trop complexes pour que cette approche soit réalisable en pratique ?

Je ne le crois pas. On peut cependant considérer, comme le fait notamment Charles Perrow dans son livre Normal Accidents1 , qu’étant donné le caractère inévitable des erreurs générées par certains systèmes en raison de leur complexité, mieux vaudrait se passer complètement de ces systèmes « trop complexes ». Les centrales nucléaires seraient un exemple de tels systèmes. Mais bien évidemment, cette position est indéfendable pour d’autres systèmes complexes comme les hôpitaux.

Quelle leçon peut-on tirer de cette approche en matière de contrôle social d’une organisation ?

Elle suggère qu’une politique de blâme individuel n’est pas suffisante car elle sort de leur contexte les « mauvaises décisions » en négligeant les facteurs organisationnels qui ont pesé sur ces décisions. Dès lors, les instances de contrôle, tout comme le public, croient à tort que, pour résoudre le problème, il suffit de se débarrasser des « mauvais décideurs ». Or, on a vu avec le cas de Chal- lenger qu’il n’en était rien. Une stratégie punitive doit s’accom-pagner d’un souci de réforme des structures et de la culture de l’organisation. Ce qui supposerait par exemple de pouvoir légalement mandater des intrusions dans ce qui est traditionnelle-ment considéré comme son domaine privé.

Vous travaillez actuellement sur le contrôle aérien. Qu’attendez-vous de cette étude ?

Les contrôleurs aériens sont connus pour être capables de détecter des anomalies avant que celles-ci ne génèrent des erreurs irrattrapables. L’histoire de Challenger montre qu’il y a eu de nombreux signaux de danger avant l’accident, qui n’ont pas été pris en compte comme tels. Il me semblait donc logique de m’intéresser à une situation où les gens peuvent expliquer comment ils identifient des signaux d’alarme et prennent les « bonnes » décisions. J’espère alors en tirer des leçons utiles aux organisations soucieuses de minimiser la gravité des erreurs qu’elles produisent systématiquement.

Propos recueillis et traduits de l’américain par Stéphanie Ruphy.

1 C. Perrow, Normal Accidents : Living with High-Risk Technologies , Princeton University Press, 1999

Voir aussi:

En théorie, tout est une question de timing
Entretien avec Diane Vaughan
Réalisé et traduit par Arnaud Saint-Martin
Zilsel/Cairn
2017/2 (N° 2), pages 185 à 222

Diane Vaughan est bien connue pour la recherche classique qu’elle a consacrée à l’accident tragique de la navette spatiale Challenger, survenu en 1986. Dans un livre important paru exactement dix ans après le crash, la sociologue étasunienne proposait une analyse très documentée de la banalisation du risque à la Nasa, qui avait conduit les ingénieurs à prendre des décisions mortelles. Cela a été lu comme largement contre-intuitif dans la presse et parmi les professionnels de la gestion des risques et des désastres, car l’interprétation qui dominait jusqu’alors consistait à individualiser la faute dans un registre très moraliste. L’explication par les structures et la culture d’une organisation aussi complexe que la Nasa montre à l’inverse comment une déviance s’est normalisée au gré des missions du programme de la navette, à travers des décisions qui ont précipité une catastrophe que personne n’avait évidemment désirée. Diane Vaughan révèle ici la force explicative d’un modèle théorique sociologique général, qu’elle s’est efforcée d’affiner et d’appliquer à plusieurs objets empiriques tout au long de sa carrière, amorcée dans les années 1970.

Dans cet entretien réalisé à New York au printemps 2014 puis complété durant l’été 2017, on suivra les itinéraires intellectuels de l’auteure, professeur à l’université Columbia depuis 2005. On y découvrira ses premières recherches sur la criminalité en col blanc et la séparation conjugale, puis les tâtonnements et révélations sur le terrain de Challenger. On ne tardera pas à repérer un pattern intellectuel très particulier en même temps qu’il vise la montée en généralité : sans se disperser, Diane Vaughan approfondit des thèmes théoriques qui lui sont chers, tout en se laissant surprendre sur le(s) terrain(s). Ses explications peuvent intéresser des publics en dehors du champ académique. C’est le cas, surtout, de son travail sur Challenger, qui l’a installée dans les médias aux États-Unis comme experte des échecs organisationnels, surtout après l’accident de l’autre navette Columbia en 2003. Cet exercice non prémédité et « par accident » [1][1]Diane Vaughan, « Public Sociologist by Accident », Social… de public sociology aura été aussi formateur qu’engageant pour une chercheuse qui se percevait au départ comme « académique ». C’était l’occasion d’enseigner la sociologie hors les murs et le confort du département universitaire. Outre les précisions apportées sur ses recherches, la conversation qui suit illustre par l’exemple les vertus de la recherche patiente et obstinée, à distance des standards du « publish or perish » ou du « demo or die ». Diane Vaughan est de ces sociologues qui ne transigent pas avec les nécessités de l’enquête et qui publient lorsqu’elles ou ils estiment que la recherche est suffisamment mûre pour l’être, et pas avant. Quitte à passer des années dans l’invisibilité, pour cause de prospection, de vérifications et de « revisites » sur le terrain. L’ouvrage sur l’accident de Challenger est un modèle en la matière, comme le sera sans doute son nouveau livre sur le contrôle du trafic aérien, dont elle avait amorcé la préparation… à la fin des années 1990. Dernier aspect remarquable qui ressort de l’entretien : au fil des enquêtes et des prises de position publiques, Diane Vaughan s’est efforcée de combiner toutes les dimensions d’une activité intellectuelle qui alterne entre les phases de recherche, d’enseignement, de conseil ou l’intervention publique, sans rien renier de l’exigence théorique élevée qui continue d’être la sienne. Chacun de ces pôles enrichit les autres sans se confondre pour autant. C’est une équation toute personnelle mais, à voir ce qu’elle promet de découvertes et d’heureuses surprises dans cette vie de recherche, il est sans doute bon de s’en inspirer.
Une certaine fascination pour le côté obscur des organisations

Zilsel — Vous avez longtemps travaillé sur les dysfonctionnements, les échecs organisationnels et ce que vous avez appelé la « normalisation de la déviance ». Votre enquête sur le crash de Challenger est votre contribution la plus connue dans ce segment des sciences sociales. Une problématique a peu à peu émergé, que vous n’avez pas cessé d’enrichir au moyen d’un modèle théorique général, celle qui concerne la relation entre les facteurs structurels et les comportements déviants ou illicites. Pour commencer, pourriez-vous revenir sur l’itinéraire qui vous a amenée à aborder ces thèmes classiques de la sociologie des organisations et de la déviance ?

Diane Vaughan — Durant mes études de master puis de thèse, je me suis d’abord intéressée aux phénomènes de déviance et de contrôle social, puis j’ai découvert la littérature sur les organisations. Combinant l’un et l’autre de ces aspects, j’ai choisi d’étudier la criminalité en col blanc en tant que phénomène organisationnel. C’est le sujet de ma thèse, que j’ai soutenue à l’université d’État de l’Ohio en 1979. Je me suis appuyée sur une étude de cas. Deux organisations sont impliquées : la première, une chaîne de pharmacies discount de l’Ohio, Revco, s’était rendue coupable de fraudes contre l’autre organisation, l’administration publique en charge de l’assurance santé (Medicaid), à qui une double facturation était transmise par voie informatique par les pharmaciens. 500 000 dollars ont ainsi été collectés de façon illégale, jusqu’à ce que les deux cadres responsables de l’opération soient pincés en 1977 suite à une enquête des autorités judiciaires. L’affaire a été aussitôt réglée : Revco a plaidé coupable, a restitué 50 000 dollars, tandis que les deux fautifs ont payé une amende de 2000 dollars chacun. Mais, et c’est ce qui rend le cas intéressant en soi, les deux employés ont dit avoir mis en place le système des fausses prescriptions parce que les services de Medicaid rejetaient en masse les prescriptions à rembourser. C’était donc une façon détournée de recouvrer les fonds non perçus et de rééquilibrer les comptes de Revco. Au-delà des agissements individuels, les organisations se trouvaient mises en cause et il n’était pas évident de savoir qui était la victime et qui était le coupable. À partir de la chronologie des événements, des données recueillies sur le cas par divers services d’investigation officiels ou de Revco, mais aussi des interviews que j’ai réalisées, je me suis efforcée d’expliquer d’une part comment et pourquoi cette fraude a été rendue possible et, d’autre part, quels moyens réglementaires et de contrôle ont été mis en place pour y faire face. En plus de l’aspect monographique, j’ai développé un modèle théorique causal. J’ai analysé notamment les effets de la pression de l’environnement concurrentiel sur les organisations et la façon dont elles y répondent, au risque d’altérer leur fonctionnement, toujours plus complexifié par la multiplication des règles et des procédures. J’ai aussi intégré le fait qu’elles offrent et reconnaissent les moyens légitimes d’accéder à des objectifs (s’agissant de Revco, tirer des revenus de la vente de médicaments), tout en créant les conditions structurelles des écarts de conduite pour les atteindre. J’ai compris combien la théorie de l’anomie de Robert K. Merton – une source d’inspiration essentielle pour moi – peut s’appliquer ici. Selon le schéma mertonien, les deux employés ont « innové » en adaptant les moyens et les règlements aux fins légitimes de l’organisation, qui étaient contrariées par le système Medicaid et donc menaçaient sa survie. Le dysfonctionnement dans le système de transaction entre les deux organisations crée une opportunité de comportement illicite ou de viol des règles pour réaliser les objectifs. Avec cette première recherche académique qui s’est transformée en un livre [2][2]Diane Vaughan, Controlling Unlawful Organizational Behavior :…, j’ai dégagé un modèle théorique général, qui permet de comprendre comment les organisations répondent aux pressions d’un environnement externe, dans la structure sociale de la société américaine. À terme, je souhaitais appliquer cette idée d’une pression structurelle sur d’autres types d’organisation, à but non lucratif en particulier.

Après la thèse, j’ai bénéficié d’une bourse postdoctorale de trois ans à l’université de Yale. En même temps que je finissais de rédiger mon premier livre, mes recherches m’ont portée vers d’autres réalités que la fraude en entreprise. Alors que j’étais étudiante, j’ai rédigé un article sur la séparation conjugale, que j’ai appelée « découplage » (uncoupling) [3][3]Diane Vaughan, « Uncoupling : The Process of Moving from One…. J’ai approfondi le sujet lorsque j’étais à Yale, puis à Boston après mon recrutement au Wellesley College Center for Research on Women. J’ai réalisé une centaine d’interviews pour cette enquête. Les gens avec qui je me suis entretenue étaient en union libre ou mariés, gays ou hétérosexuels. J’observais un couple, à la façon d’une organisation minuscule, au moment critique où la relation rompait ou après la séparation. J’ai fini par en faire un livre, Uncoupling [4][4]Diane Vaughan, Uncoupling : Turning Points in Intimate…. Des références traversent ces recherches, par exemple la théorie du signal de l’économiste « nobélisé » Michael Spence, qui peut s’appliquer autant aux entreprises qu’aux relations intimes dans le couple. Comment les organisations fondent-elles leurs choix lorsqu’elles recrutent et que les candidats sont nombreux ? La réponse est économique : il est trop coûteux de connaître à fond chaque candidat, si bien que les organisations émettent des jugements sur la base de signaux. Ces derniers sont de deux sortes : d’une part, des indicateurs qui ne peuvent pas être changés, comme l’âge ou le sexe (à l’époque, il n’était pas possible de le changer). D’autre part, des signaux d’ordre social : où avez-vous obtenu votre diplôme ? Qui vous recommande ? Quelle est votre expérience professionnelle ? Ces seconds signaux peuvent être manipulés, truqués, ce qui rapproche de la problématique de la fraude. La théorie du signal s’applique aussi dans Uncoupling : malgré l’expérience d’une rupture relationnelle soudaine, souvent vécue comme traumatique ou chaotique dans nos vies, l’hypothèse que j’ai faite était de dire par contraste que la transition est graduelle : le découplage est une suite de transitions. Je n’ai pas tardé à le vérifier durant les interviews, lors desquelles je demandais aux personnes séparées de retracer la chronologie de leur relation. Une même logique était à l’œuvre : une des deux personnes, initiatrice, commence à quitter la relation, socialement et psychologiquement, avant que l’autre ne réalise que quelque chose ne fonctionne plus. Le temps qu’elle le comprenne, qu’elle en perçoive le signal, il est trop tard pour sauver la relation. Certes pas toujours, puisque quelquefois les personnes parviennent à inverser le processus, parce qu’ils savent comment traiter l’information ; mais en général, c’est cette trame qui organise le découplage. Il est frappant de voir que dans ces petites organisations les gens peuvent tomber en morceaux sans même le remarquer ni agir contre. Une longue période d’incubation précède la rupture, les initiateurs envoient des signaux, les partenaires les interprètent (ou pas), mais quoi qu’il arrive, selon les buts ordinaires de l’organisation (le couple) la rupture ne fait pas partie du plan initial.

Je commençais à y voir plus clair dans ces processus, analogues malgré les échelles d’analyse, mais il me manquait encore des données sur des structures bien plus grandes. J’ai envoyé le manuscrit d’Uncoupling à mon éditeur en décembre 1985. Un mois plus tard, le 28 janvier 1986, Challenger explosa. La presse a ramené l’explosion à un exemple d’inconduite organisationnelle. Cela se rapprochait de mes premiers cas d’étude – à ceci près que cela concernait une organisation à but non lucratif, la Nasa – et j’ai commencé à enquêter.

Zilsel — Au moment où vous constatez les analogies avec vos premiers objets et que vous débutez le travail sur l’accident de Challenger, quel est votre niveau de familiarité avec l’astronautique et ce que pouvaient éventuellement en dire les sciences sociales ?

Diane Vaughan — J’en ignorais tout ! Je ne connaissais pas non plus les Science & Technology Studies (STS) qui m’aideront à analyser les aspects technologiques. J’ai commencé à travailler à partir de mon modèle théorique. Je n’étais pas complètement dépaysée parce que j’avais étudié le crime organisationnel au moyen de l’informatique dans mon premier livre. Lorsque j’ai amorcé le projet en 1986, je bénéficiais d’une résidence d’un an au Center for Socio-Legal Studies, à l’université d’Oxford. Deux choses importantes me sont arrivées sur place. La première : à l’issue d’un de mes exposés au Centre, un auditeur m’a suggéré de lire l’article « Unruly Technology » de Brian Wynne [5][5]Brian Wynne, « Unruly Technology : Practical Rules, Impractical…, que je ne connaissais pas. Je l’ai dévoré aussitôt et cela m’a ouvert des perspectives fantastiques, notamment la découverte des STS.

Une recherche sérendipienne et pleine d’effets inattendus
À propos de Diane Vaughan, The Challenger Launch Decision : Risky Technology, Culture, and Deviance at NASA, Chicago, University of Chicago Press, 1996.
Ce n’était certes pas prémédité, mais l’accident a bel et bien eu lieu : le 28 janvier 1986, la navette spatiale Challenger se désintégrait en plein ciel 73 secondes après son lancement. Cette tragédie nationale suivie en direct par la Nation tout entière a aussitôt remis en question l’aura d’infaillibilité de la Nasa. Le public s’était peu à peu habitué à l’idée d’une « démocratisation » prochaine de l’accès à l’espace, au moyen d’un véhicule expérimental et high tech, qui embarquait des civils dans cette vingt-cinquième mission STS-51-L, en particulier une institutrice médiatisée pour l’occasion, mais voilà que la confiance dans la sûreté de la technologie s’est aussitôt dégradée. La Commission présidentielle diligentée pour faire la lumière sur les causes de l’accident a rapidement identifié le problème : fragilisé par le froid glacial, un joint d’étanchéité du propulseur d’appoint à poudre s’éroda puis céda dès après le lancement et précipita l’explosion du segment puis la désintégration de la navette. Les directeurs de vol au centre spatial Kennedy de Cap Canaveral en étaient pourtant informés et, durant une téléconférence la veille, ils ont été de nouveau mis en garde par des ingénieurs de la compagnie Thiokol qui fabriquait les fusées d’appoint pour la Nasa. Néanmoins, ils ont finalement décidé de programmer le lancement après sept reports. Pourquoi cette décision a-t-elle été prise malgré les alertes sur la possible rupture des joints dans ces conditions ? Diane Vaughan y répond en dévoilant les mécanismes par lesquels les risques techniques ont été normalisés les années avant le désastre. Elle montre comment la culture organisationnelle des centres techniques de la Nasa, fondée sur l’exploit et l’idéologie de la frontière à dépasser (« Can do ! », p. 209), installe les déviations techniques comme autant de réalités normales.
« Immergée » dans cette culture, Diane Vaughan ne perd jamais le lecteur, ce qui est une prouesse parce que ce gros livre de 575 pages fourmille de détails techniques, de savoirs experts et d’acronymes pour ingénieurs. L’usage d’une trame chronologique s’avère ici précieux pour comprendre comment le risque a été « culturellement » construit, après que des décisions ont été prises de lancer la navette malgré la connaissance des anomalies, en fait très nombreuses et constitutives de la technologie. Les anomalies étaient la norme, notamment celles sur les joints des boosters qui avaient été décelées dans des lancements antérieurs, le risque devenait « acceptable » et n’était plus référé à la hiérarchie. La sociologue navigue entre les échelles micro des conduites et des perceptions individuelles et interindividuelles, méso des organisations (de leur structure sociale et culturelle, de leur accès aux ressources rares, en particulier les budgets), et macro de l’environnement socio-politique et de la culture étasunienne. Les facteurs extérieurs (agenda et contraintes de la politique intérieure, géopolitique, compétition internationale sur le marché de l’industrie spatiale, etc.) pèsent lourd dans la prise de décision et, plus largement, sur l’évolution des activités du secteur aérospatial, tout comme les rapports de force et les conflits « culturels » entre les acteurs, singulièrement entre les ingénieurs de la Nasa et les entreprises sous-traitantes comme Thiokol, chargée de fabriquer les fusées d’appoint. La pression sur les ingénieurs de la Nasa et des entreprises sous-traitantes était immense tout au long du programme, et tout particulièrement la veille du lancement fatal, mais ce n’est pas le seul facteur qui explique la décision malheureuse d’autoriser le lancement ; cette pression faisait partie de l’environnement de travail ordinaire des ingénieurs, qui en réalité ne faisaient que suivre un protocole normal sous contraintes organisationnelles fortes : aucune règle n’a été violée alors qu’on sait maintenant que les ingénieurs ont commis une lourde erreur (p. 68).

Diane Vaughan reconstitue cette histoire contre-intuitive dans un récit « révisionniste » extrêmement précis, qui contredit le récit qui avait cours. Ce récit mettait en scène l’évidence d’un calcul amoral (amoral calculation) de responsables, coupables d’avoir « joué à la roulette russe » pour de grosses poignées de dollars (chaque report de lancement est infiniment coûteux et menace la survie budgétaire du programme). Les chapitres qui suivent sont autant d’explorations des trois grands facteurs qui expliquent la « normalisation de la déviance » dans le processus de décision : (1) la production d’une « culture » propre à un groupe de travail (autour des fusées d’appoint) au filtre de laquelle le risque est normalisé et le processus de décision configuré (patterned), durant les premières missions où les signaux de danger potentiel avaient été distingués (chapitres 3 à 5) ; (2) la « culture de la production » avec ses normes et croyances, caractéristique des mondes de l’aérospatial (qui incluent la Nasa, les industriels, etc.), culture qui engendre une construction « indigène » de l’acceptabilité du risque (chapitre 6) ; (3) le « secret structurel » autour de la circulation contrainte et parfois même empêchée de l’information au sein de l’organisation, qui altère la perception des signaux de danger potentiel (chapitre 7). Informant cette théorie de la normalisation de la déviance, la trame chronologique coupe court avec les explications rétrospectives qui concluent à l’inévitabilité de l’explosion de la navette sans la rapporter au processus par lequel, à force de dérogations, celle-ci a été rendue possible. Abrégée en 50 pages dans le chapitre 9 faute de place ( !), la « description ethnographique dense » de la nuit qui a précédé le lancement achève de restituer l’événement, à la façon d’un scénario de film catastrophe. Le chapitre 10 propose enfin de monter en généralité : la théorie de la normalisation de la déviance est testée sur d’autres organisations, et l’auteure d’esquisser par ces comparaisons structurelles une analyse sociologique de l’organisation sociale de l’erreur (p. 394-399).

The Challenger Launch Decision est une exploration vertigineuse du « côté obscur » de l’organisation Nasa [6], de la « boîte noire » du processus de décision (p. 196). Ce livre est remarquable pour de nombreuses raisons. D’abord, c’est un modèle d’investigation empirique et théorique, la preuve en actes que l’enquête documentaire n’est pas significative sans théorie, et vice versa. Diane Vaughan a recueilli des masses de données durant plusieurs années. Il aura fallu trier dans les 200 000 documents publiés après-coup par la Nasa et les 9 000 pages de retranscription des audiences de la Commission d’enquête. « Tout au long de ce projet, écrit-elle dans l’ouverture du livre, j’avais l’impression d’être une détective, mais ce travail de détective n’avait pas l’infaillible clarté linéaire d’une enquête de Sherlock Holmes » (p. 39). Elle a procédé de façon inductive, par l’ancrage de la théorie sur le terrain, et a invité le lecteur à la suivre dans ses cheminements. Ses interprétations tirent parti de cadres théoriques formulés ailleurs. Elle prône l’usage intensif de la « théorisation analogique », qui consiste à appliquer des concepts et des schèmes théoriques sur des objets qui possèdent des caractéristiques plus ou moins communes. Ainsi l’auteure propose-t-elle un modèle théorique à la fois très indexé à un cas (très) particulier et assez souple et générique pour autoriser des applications sur d’autres objets structurellement comparables. En plus de son apport évident aux disaster studies et à la sociologie des organisations, l’ouvrage est aussi une contribution majeure à la connaissance du fonctionnement, des arcanes et de la structure sociale et culturelle d’une méga-organisation gouvernementale, légendaire par ses accomplissements depuis Apollo mais en fait assez méconnue.

La seconde chose qui m’est arrivée est que je cherchais des précédents historiques de viol des règles au moment des décisions de lancement de la navette, mais je n’en trouvais pas. L’hypothèse initiale qui était la mienne, en phase avec la compréhension traditionnelle des accidents, est que la décision résulte d’un « calcul amoral », de type coûts/bénéfices : sous la pression, les directeurs de vol connaissent les risques mais, escomptant une issue favorable, ils décident malgré tout et sciemment du lancement. Le viol des règles de sûreté est dès lors intégré dans le processus de décision qui précède l’explosion. En fait, cela contredisait mon hypothèse de départ qu’ils se conformaient à toutes les règles. J’ai commencé à examiner les documents d’ingénierie. Brian Wynne souligne que les ingénieurs qui travaillent avec des technologies peu sûres inventent des règles pour « fonctionner » avec ces données, au gré d’une pratique qui se transforme, et cela normalise le processus de façon ad hoc. Mon dieu, ce fut une révélation ! J’ai tout jeté et j’ai recommencé à zéro. Ma question était simple : pourquoi décidèrent-ils de lancer Challenger ?

Zilsel — L’enquête n’est pas facilitée par le fait que, comme vous l’avez souligné dans un article [7][7]Diane Vaughan, « The Dark Side of Organizations : Mistake,…, la Nasa est un exemple parmi d’autres de ces gigantesques bureaucraties techno-scientifiques qui génèrent des quantités littéralement astronomiques de documents. Lorsqu’on lit la monographie sur Challenger, on est frappé par la masse d’archives et de sources de statut divers – rendue accessible par les autorités – que vous avez utilisée pour documenter les processus ayant mené à l’accident. Comment avez-vous procédé pour gérer l’abondance de ces données, dont la maîtrise technique est essentielle pour bien cerner les enjeux ?

Diane Vaughan — Je n’ai pas tout lu ! Il a fallu que je m’organise pour comprendre complètement la logique des événements. Il le fallait avant de réaliser les interviews. J’ai procédé de façon chronologique, à partir des sources historiques publiquement accessibles. J’ai commencé par éplucher les cinq volumes de la commission, les uns après les autres. Le premier rassemble des synthèses, d’autres contiennent des séries de témoignages devant la commission d’enquête. Au fur et à mesure, j’ai repéré les indices d’un pattern régulier, en particulier les problèmes que la commission éprouvait pour comprendre le langage bureaucratique de la Nasa, illustrés par exemple dans le débat ésotérique au sujet des dérogations de lancement (Launch Constraint waivers) : malgré la présence d’anomalies sur les fusées d’appoint à poudre qui a causé l’accident, les ingénieurs de la Nasa et du sous-traitant Thiokol ont jugé le risque « acceptable ». J’ai commencé à saisir le langage technique, ce qui est crucial, mais aussi les différentes positions occupées par les acteurs impliqués dans le programme, le problème lié aux propulseurs d’appoint, en bref comment le système fonctionne. J’ai vite remarqué que les interprétations étaient loin de converger, parce que les gens occupaient des positions différentes dans la structure de l’organisation. Rien d’étonnant : lorsqu’on enquête sur des organisations complexes, on obtient des discours parfois très contradictoires au sujet d’un même phénomène. Cela ne signifie pas que certains mentent tandis que d’autres livrent la vérité la plus absolue ; cela signifie bien plutôt que la position de chacun dans la structure de l’organisation détermine ce qu’il sait et comment il interprète la situation.

En plus des premières lectures, je me suis rendue aux Archives nationales, à Washington DC. J’y ai visionné l’ensemble des vidéos enregistrées aux audiences. J’ai observé les dépositions des témoins, la façon dont ils exprimaient leurs sentiments, le son de leur voix, etc. Ce n’est pas vraiment lisible dans le livre, mais cela m’a été très utile. J’ai appris à les connaître. J’ai passé également trois semaines aux Archives à photocopier des transcriptions réalisées par des avocats chevronnés que la Commission Rogers avait recrutés pour l’investigation. Ils ont interviewé diverses personnes, pour documenter la veille du lancement et l’histoire de la prise de décision sur les fusées d’appoint à poudre. J’ai aussi obtenu la permission de consulter des copies de documents d’ingénierie sur les décisions de lancement. Je disposais d’un immense stock d’informations ! C’est pourquoi j’ai vite compris qu’il était plus simple de traiter ces données de manière chronologique. J’ai commencé par le premier lancement, puis je me suis intéressée aux documents sur les lancements ultérieurs et je n’ai pas cessé de répéter ce processus d’enquête itératif.

Zilsel — Vous définissez votre démarche comme relevant de l’« ethnographie historique ». Cela consiste à suivre les traces, les textes, en les situant dans des environnements pratiques particuliers. Pourriez-vous resituer la façon dont vous est venue cette idée et comment vous l’avez mise en œuvre sur le terrain ?

Diane Vaughan — J’entends par « ethnographie historique » une analyse historique de séquences d’événements basée sur les documents disponibles. Cela s’est imposé à moi parce qu’il m’était indispensable de retourner dans le passé. L’ethnographie renvoie ici à la compréhension de la signification que revêt une situation pour les personnes qui vivent dans un monde différent du vôtre. Le but est de reconstruire les croyances culturelles et une vision du monde, d’interpréter les informations dont les acteurs disposent et auxquels ils ont accès, mais aussi ce qu’ils en font. Cela peut concerner, par exemple, toute la documentation des ingénieurs sur la revue d’aptitude au vol, qui implique un vocabulaire précis, un protocole, une manière de définir la situation. Je disposais des transcriptions des témoignages et les données empiriques sur chaque revue d’aptitude au vol, ce qui me permettait de comprendre comment les acteurs décrivaient la chaîne de décisions, à comparer ensuite avec les protocoles.

J’ai étudié cela des années durant, de 1987 à 1992, et dans l’intervalle j’ai écrit les trois premiers chapitres sur la normalisation de la déviance. Puis, je suis revenue en arrière, j’ai trouvé de nouveaux éléments, j’ai sans cesse révisé mes premières interprétations du processus, qui n’étaient pas complètement correctes. C’est ainsi que j’ai repéré que cela se répétait à chaque décision de lancement, après que les responsables de vol ont décidé d’ignorer les anomalies. J’ai également compris pourquoi à tel moment au contraire, ils avaient tenu compte des anomalies. Des signaux d’alerte précoces et des signaux mêlés leur étaient parvenus. Ils ont identifié une anomalie à l’occasion d’un vol, mais trois lancements furent décidés à la suite sans accrocs. Chaque décision s’accompagne d’un degré élevé d’incertitude.

Après avoir approfondi au maximum la documentation que j’avais rassemblée, je me suis rendue en 1992 au Marshall Space Center de la Nasa, à Huntsville (Alabama), pour réaliser des interviews avec les personnes clés. J’y ai rencontré Roger Boisjoly, j’ai fini par bien le connaître. J’ai interviewé de même Leon Ray, la personne qui en savait le plus, qui n’était pas présent la nuit du lancement ; il était en charge des affaires techniques, il avait travaillé à fond sur le vol. J’ai rencontré aussi Larry Mulloy, Larry Wear – qui était l’ingénieur en chef – d’autres personnes encore, dont j’oublie les noms. J’ai réalisé des interviews téléphoniques en plus, pour compléter l’information. Toutes ces personnes sont restées en contact avec moi. Je pouvais revenir vers eux quand j’avais des questions. Il fallait à chaque instant que je maîtrise l’histoire pour que les échanges soient consistants, parce qu’ils ont compris ce que j’étais en train de faire, et saisi que je n’étais pas d’accord avec les résultats de la commission. Mais suffisamment de temps était passé depuis le crash, si bien qu’ils ont tous accepté de me parler.

Cette expérience de recherche fut incroyablement riche. D’autant plus que, pour les acteurs rencontrés, l’événement a été traumatique. J’aurais dû écrire un appendice méthodologique pour en analyser les enjeux, mais le livre était tellement long déjà… Les récits que les gens font des accidents traumatiques rappellent les ruptures dans les relations intimes, ils sont typiques parce qu’ils commencent par exprimer une confusion vis-à-vis de ce qui est arrivé. Les témoins ont besoin de revenir en arrière et de reconstruire l’histoire d’une façon ordonnée, afin de la comprendre. Mais j’étais convaincue, sur la base de tous ces enregistrements écrits et oraux du passé, que cela coïncidait avec ce qu’il s’était passé. L’histoire que je reconstituais devait être la plus détaillée possible, parce que personne ne savait tout ce que je savais après tant d’années de recherche. Tant de personnes ont publié sur l’accident, le matériau était immense… Donc, il y avait toutes ces sources sur un événement qui était devenu « historique », ce qui justifiait encore l’idée d’« ethnographie historique ».

Zilsel — Et des « descriptions denses » et parfois très techniques de l’ethnographie historique jusqu’à la modélisation sociologique, comment s’est opérée la transition ?

Diane Vaughan — L’analyse s’est peu à peu consolidée. Je combinais le niveau micro de la prise de décision et de la normalisation de la déviance et l’idée d’un pattern régulier dans l’organisation. J’ai mis en lumière l’effet de l’environnement concurrentiel sur la production de la « culture Nasa ». La pression externe sur l’agence provoquait périodiquement des changements dans l’organisation, cela affectait ce que les gens disaient et faisaient. Jusqu’à des situations-limite, où l’on impose des cadences impératives à des ingénieurs qui travaillent H24, semaine après semaine… J’enrichis ensuite par le concept de « secret structurel », à partir de l’intervention des acteurs réglementaires (regulators) externes et l’activité de ceux qui, dans l’organisation, disposent d’un statut réglementaire officiel. L’information sur les anomalies devenait toujours plus mince et réservée aux strates supérieures de la hiérarchie. Ce sont autant de pièces du puzzle. Mon modèle théorique permettait ainsi de comprendre que la décision ne relevait pas de l’inconduite intentionnelle, mais il aura fallu le démontrer, ce dont je n’étais pas sûre à 100 % au départ. C’est en étudiant à fond tous les lancements de la navette que j’y suis parvenue. J’ai compris qu’il y avait un problème lorsque le lancement était prévu un jour de froid. Quand j’ai tout mis bout à bout, je me suis rendue compte que c’était la première fois que l’on disposait d’un récit complet du processus de lancement de Challenger. Mais il me restait encore à expliquer que ce processus ne résultait pas d’une forme d’inconduite, mais plutôt d’une erreur structurellement liée à l’organisation. Des signaux ont été manqués, des pressions ont été exercées dans la production, qui ont affecté l’interprétation des données. Personne ne voulait faire exploser la navette. Personne, absolument personne. Larry Mulloy m’a confié lors d’une interview que le problème des joints sur la fusée à poudre d’appoint était l’un des moins sérieux sur la navette, les problèmes étaient nombreux et normaux parce qu’il s’agissait d’une technologie expérimentale ; ils s’attendaient à avoir des problèmes, celui-là était celui qui préoccupait le moins. Des anneaux en caoutchouc qui scellaient des joints sur les fusées et risquaient de lâcher, cela n’était rien par rapport au système de parachutes utilisé pour récupérer des fusées coûtant des milliards de dollars.

Zilsel — C’est donc une très longue histoire : entre l’accident de Challenger et la publication de votre livre, dix ans se sont écoulés…

Diane Vaughan — L’un des privilèges d’être professeure titulaire (tenure) est que vous pouvez travailler sans hâter les choses. Si j’avais été sous la pression de publier après un an seulement, le résultat aurait été dévastateur puisque je sais maintenant que je me serais trompée complètement dans l’analyse, ce que j’explique dans un des chapitres du livre… Mais comme cela prenait toujours plus de temps et que l’on s’éloignait du crash, je me suis dit que personne ne s’y intéresserait. J’ai écrit les derniers chapitres l’année avant le dixième anniversaire de l’accident de Challenger. Au moment où j’ai envoyé mon manuscrit, en juin 1995, j’ai demandé à mon éditeur s’il pouvait sortir le livre dans les six mois, ce à quoi il m’a répondu qu’en principe cela prenait plutôt une année. Qu’à cela ne tienne, j’ai accéléré la rédaction et j’y suis arrivée ! En novembre 1995, une centaine d’exemplaires a été envoyée aux médias. La publication était envisagée le 28 janvier 1996, date d’anniversaire de l’accident. Tous les journalistes chargés de couvrir l’événement se sont jetés dessus. Ce fut sportif. J’ai été occupée de novembre jusqu’à l’anniversaire, et encore des années après par d’incessantes sollicitations académiques et de conseil. En point d’orgue de cette médiatisation, Malcom Gladwell, journaliste du New Yorker qui s’intéressait au processus de décision sans me connaître, a publié le 22 janvier un long article intitulé « Blowup » [8][8]Malcolm Gladwell, « Blowup », The New Yorker, 22 janvier 1996.. Mon livre y occupait une bonne place. Il a ensuite été chroniqué des dizaines de fois dans les plus grands journaux américains, à la une du New York Times, et jusqu’en Angleterre, dans le Times et l’Independant. C’était impressionnant et inattendu que dix ans après, ce livre épais puisse attirer autant l’attention. Tous les comptes rendus étaient favorables, y compris dans les revues académiques. Quand l’accident de Columbia est survenu en 2003, tout le monde savait que j’étais la personne la plus qualifiée pour livrer mon analyse « à chaud ». Et mon livre a encore été commenté.

Les Science and Technology Studies : une rencontre fortuite

Zilsel — C’est à l’occasion de vos recherches sur Challenger que vous avez découvert les STS, et en particulier le travail de Brian Wynne qui a influé sur votre analyse des pratiques des ingénieurs. Pourriez-vous revenir sur ce moment ? Quel a été l’effet sur la suite de votre carrière ?

Diane Vaughan — Je ne suis pas devenue une « chercheuse STS », j’ai plutôt utilisé la littérature qui relève de ce domaine et j’ai rencontré des chercheurs. C’est la même chose avec les organization studies ou la sociologie de la déviance. Dans ces domaines, surtout dans les STS, c’est l’aspect totalement éclectique qui m’a séduite et qui convenait à la façon dont je travaille. Mais pour autant, ma démarche était très éloignée de ce que faisaient les autres en STS. Je me rappelle la première fois que j’ai rencontré Harry Collins, à Bristol de mémoire. Nous nous sommes installés dans son bureau et il m’a lancé, enthousiaste : « Diane vous tombez du ciel ! Comment en êtes-vous venue à travailler là-dessus ? ! » Alors que le domaine commençait à devenir visible dans le monde académique, j’apparaissais ainsi, sans prévenir ! En fait, je travaillais seule depuis une dizaine d’années, sans lien avec ces domaines. Je tirais les éléments qui m’étaient utiles de diverses littératures, dans le seul objectif de m’aider à structurer mon cadre d’analyse théorique. J’avançais de la sorte, en agrégeant ces sources et en rencontrant de nouveaux collègues, qui m’apportaient en retour de nouveaux éléments. Ce fut le cas avec l’article déclencheur de Brian Wynne.

Zilsel — Vous qualifiez les STS d’éclectiques. Le mot est sans doute bien choisi pour décrire l’état d’effervescence des premières années. Pour autant, nombreux sont les chercheurs dans le domaine qui s’efforcent de le transformer en discipline autonome, donc pas si éclectique et interdisciplinaire que cela. Comment considérez-vous cette tension entre la constitution interdisciplinaire originelle (celle qui était mise en avant au début des années 1970) et l’ambition d’institutionnaliser un segment disciplinaire relativement indépendant des disciplines canoniques (histoire, philosophie et sociologie des sciences), que l’on peut voir à l’œuvre dans les Handbooks et les Readers ?

Diane Vaughan — Je ne pense pas qu’il y ait de tension. Il me semble logique que les STS souhaitent être plus fortes dans le but de se développer. Elles sont déjà en elles-mêmes interdisciplinaires. Et puis, cela se diffuse quoi qu’il advienne, cela fonctionne. Je ne me suis pas rendue à un congrès de STS ou de la Society for Social Studies of Science (4S) depuis bien longtemps. Je suis allée à San Diego en 2013 et j’étais impressionnée par le programme. Il tenait dans un petit livret, comme une petite Bible, et vous pouviez très rapidement constater la diversité des thèmes. Des gens qui travaillent sur tout ce que vous pouvez imaginer y présentaient leurs recherches, par exemple le big data. C’est très actuel, très important. Vous savez, je ne pense pas qu’il y ait encore beaucoup d’études de laboratoire. Ce n’est plus le cœur des STS. Si vous regardez seulement les fondateurs et la façon dont leur travail a évolué à travers le temps, par exemple comment Donald McKenzie est passé des statistiques aux marchés financiers, tout en écrivant pour des publics hors des STS, via le Times Higher Education, vous constatez sans peine une certaine évolution dans les thèmes autant que dans les approches. C’est le cas également de Karin Knorr-Cetina, qui a commencé sa carrière d’ethnométhodologue dans les laboratoires et qui aujourd’hui travaille à démontrer que les marchés sont des choses matérielles ; elle n’intervient pas en dehors du monde académique, mais ses résultats se propagent au-delà de ce qui est connu en STS. On peut encore mentionner la carrière de Harry Collins, depuis les études de laboratoire jusqu’à l’expertise, et maintenant il travaille sur l’expertise profane [9][9]Voir Harry Collins, Martin Weinel et Robert Evans, « The…. Je peux voir chez certains étudiants que j’encadre les effets féconds que peut provoquer la découverte du noyau théorique des STS. Ce noyau d’idées n’a pas été oublié, les études de laboratoire sont prolongées et enrichies par de nouvelles méthodes sur des objets différents ou émergents. En même temps, ce noyau théorique est renouvelé par l’ajout d’idées et d’auteurs qui avaient disparu, comme Ludwik Fleck, ressuscité par Robert K. Merton plus de quarante ans après qu’il a publié son important ouvrage The Genesis and Development of a Scientific Fact (1935).

Zilsel — Votre livre sur l’accident de Challenger est une référence classique dans les disaster studies. Que pensez-vous de ce domaine aujourd’hui de plus en plus visible à l’heure des catastrophes et de la banalisation des risques ?

Diane Vaughan — Je n’ai pas contribué de façon explicite à ce domaine, je me suis surtout focalisé sur mes études de cas Challenger et le contrôle du trafic aérien. Au début, les disaster studies n’étaient pas perçues comme mainstream. Le sociologue des organisations Charles Perrow a publié son livre Normal Accidents bien avant le mien [10][10]Charles Perrow, Normal Accidents : Living with High-Risk…, du reste ce n’était pas classé dans les disaster studies pas plus que dans les organization studies. Puis les disaster studies ont émergé. Il aura fallu attendre la crise financière pour se rendre compte de ce que l’étude des technologies à risque pouvait apporter à l’explication. Je pense notamment au travail de Donald McKenzie, bien qu’il ne soit pas un spécialiste des organisations, mais on peut aussi mentionner les recherches de Karin Knorr-Cetina sur les marchés financiers. Les STS ont beaucoup apporté à l’analyse des désastres de l’économie financière. Mais pour revenir à ma contribution, elle a été plutôt d’ordre théorique, à travers des communications programmatiques faites dans des congrès, à la 4S ou à l’American Sociological Association, ou encore via mon enseignement, puisque j’organise un séminaire sur les échecs organisationnels et un autre sur la connaissance scientifique et la technologie, qui aborde aussi ces questions. J’ai aussi publié un article dans Social Studies of Science [11][11]Diane Vaughan, « The Role of Organization in the Production of…, qui proposait précisément d’appliquer une analyse de type organisationnel sur un sujet classique de la sociologie de la connaissance scientifique. Mais en réalité, cela existait au moins de façon latente. Harry Collins a par exemple comparé deux laboratoires travaillant sur les ondes gravitationnelles, l’un situé en Italie, l’autre aux États-Unis. Son interprétation est culturelle – au sens où il essaie de rendre compte de cultures scientifiques in situ – et l’organisation est l’unité d’analyse [12][12]Harry Collins, Gravity’s Shadow : The Search for Gravitational…. Karin Knorr-Cetina ne procède pas autrement dans Epistemic Cultures, cependant qu’elle ne fait pas usage explicitement des théories sur les organisations [13][13]Karin Knorr-Cetina, Epistemic Cultures : How the Sciences Make…. Même Donald McKenzie s’est orienté dans cette direction. Je pense en particulier à un article qu’il a consacré à la crise financière de 2008 [14][14]Donald MacKenzie, « The Credit Crisis as a Problem in the…. Il montre bien comment les marchés financiers sont couplés à des technologies, et réglés par des organisations, et il est significatif qu’il discute au passage mon analyse sur Challenger. Mais cela n’a pas été approfondi plus que cela dans ces écrits. Ce qui ne veut pas dire que ça ne le sera pas plus tard, car ces idées se diffusent, elles circulent. D’autres pourraient emboîter le pas, de la même façon que je me suis appuyée sur les STS pour les adapter à mes centres d’intérêt théoriques. Quand je m’y suis retrouvée, c’était un microcosme, très interdisciplinaire et ouvert. S’y côtoyaient géographes, philosophes, politologues, sociologues, ingénieurs, etc. Il me semble que c’est toujours le cas et c’est ce qu’il y a de plus précieux. Néanmoins, force est de constater que si les STS se diffusent dans la sociologie mainstream, l’inverse n’est pas avéré. L’engouement reste limité. Peu de sociologues travaillant sur les organisations utilisent le noyau dur des méthodes et théories des STS, à quelques rares exceptions près. Me vient en tête le nom de Wanda Orlikowskio, de la Business School de New York University, longtemps directrice de publication de la revue Organization Science. C’est la même chose dans les disaster studies.

Zilsel — J’ai l’impression que dans les STS il y a une tendance à surinvestir les problèmes philosophiques, qui a donné des controverses parfois très intenses, notamment dans le cas de la construction sociale des savoirs au début des années 1990. Comme si « théoriser », ça voulait dire « faire de la philosophie » – et alors du même coup, reléguer au second plan le travail monographique qui était stratégique dans les années 1970.

Diane Vaughan — Il y a sans doute un certain intérêt pour la théorie et la théorisation, mais les efforts restent hélas trop souvent isolés, cela ne communique pas assez. La palette des concepts utiles est certes étendue. Mon concept de « normalisation de la déviance », comme d’autres – les « conséquences inattendues de l’action » de Robert K. Merton, la « flexibilité interprétative » d’Harry Collins et Trevor Pinch –, peuvent être appliqués pour rendre compte de situations et d’objets présentant des similarités de structure, mais l’intégration des concepts est insuffisante. La « flexibilité interprétative » se diffuse entre les frontières disciplinaires alors que dans les STS ce n’est presque plus cité du tout… Tout cela me conforte dans l’impression que la perspective d’une intégration et de mise en relation de ces recherches n’est pas à l’ordre du jour. C’est très individuel, ce n’est pas cumulatif. Quand vous pensez à la formation des chercheurs des STS, leur inclination à l’interdisciplinarité, cela devrait marcher dans ce sens : les géographes s’intéressent à la diffusion des idées et sont outillés conceptuellement pour l’étudier, les sociologues de la connaissance mettent l’accent sur la production de la connaissance, cela devrait communiquer en liant ces bouts. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Si bien que les interprétations individuelles continuent de prévaloir.

Zilsel — Pourtant au tout début des années 1970, il y avait des tentatives de développer une sociologie des organisations scientifiques, avec des visées intégratrices. Un peu plus tard, des propositions se sont consolidées, je pense par exemple à l’importante contribution de Richard Whitley, TheIntellectual and Social Organization of the Sciences [15][15]Richard Whitley, The Intellectual and Social Organization of…, qui propose d’utiles définitions, typologies et modélisations des types d’organisations scientifiques, applicables dans différentes disciplines à travers l’histoire des sciences. Cette démarche est tout à fait en phase avec le projet que vous mettez en avant. S’il n’est pas cité suffisamment, le livre n’en reste pas moins une source indispensable…

Diane Vaughan — Je ne connais pas ce livre… (Cherchant)

Zilsel — Ah ! C’est intéressant parce que dans mon esprit, c’est un classique des études organisationnelles appliquées aux STS. Richard Whitley a été actif dès le début des années 1970, puis s’est un peu éloigné du « mouvement STS » en se concentrant sur les transformations du capitalisme. Sans vouloir surinterpréter, que vous n’ayez pas connaissance de son ouvrage – dont la première édition n’était plus vraiment citée au début des années 1990, quand vous faites le lien avec les STS – me semble révélateur des circulations intellectuelles contrariées au sein des STS.

Diane Vaughan — C’est assez inquiétant que je sois passée à côté ! (Rires) J’ai travaillé et construit mon cadre théorique en m’inspirant des idées développées par d’autres, j’ai bricolé, c’est assez caractéristique de mes recherches. Et quand cela fonctionne sur les phénomènes que vous essayez d’expliquer, vous allez jusqu’au bout de l’explication sans nécessairement faire l’inventaire de toute la littérature, à tel point qu’il peut y avoir un angle mort et quelques oublis. Mais le plus important à la fin, c’est que votre explication tienne la route. Cela dit, j’ai passé un temps considérable à lire les revues de STS après que j’ai découvert l’article de Brian Wynne. J’ai beaucoup apprécié les débats dans certains numéros de Social Studies of Science. Ces lectures ont été formatrices.

Voyages et aventures des théorisations sociologiques

Zilsel — Il est frappant de constater combien il est crucial dans vos recherches d’entretenir une forme de continuité, depuis le premier ouvrage jusqu’au dernier à paraître. Au fur et à mesure, votre approche théorique se consolide, les lignes directrices sont toujours plus affirmées, tout en ménageant assez de souplesse dans les applications à de nouveaux objets. Est-ce un biais de présentation induit par le cadre même de notre entretien, qui mêle biographie et enquêtes, qui suppose donc de revenir en arrière avec linéarité et effet de reconstruction a posteriori, ou bien s’agit-il d’une sorte de trame épistémologique présente tout au long de votre carrière ?

Diane Vaughan — Il y a une forme de continuité, c’est indéniable. Elle s’enrichit de différents procédés, dont le plus essentiel est la comparaison analogique. C’est une idée dominante : les études de cas que j’ai réalisées partagent des données et des processus, mais qui varient en taille autant qu’en complexité. Cette question de l’analogie et surtout son usage dans la théorisation dans les sciences sociales m’intéressent beaucoup. Comme je l’ai soutenu dans une contribution à un livre sur la théorisation [16][16]Diane Vaughan, « Analogy, Cases, and Comparative Social…, nous y avons recours très souvent sans pour autant en avoir une pleine conscience. C’est pourquoi il me paraît nécessaire de rendre explicites ces usages, afin d’exploiter au mieux les potentialités du raisonnement analogique [17][17]Voir aussi Diane Vaughan, « Theorizing disaster : Analogy,…. Lorsque l’on achève un article ou un livre et que l’on essaie de généraliser à partir des résultats, on généralise nos résultats à des situations qui sont analogues sous certains aspects et critères.

C’est une partie de la réponse, mais je ne suis pas sûre que cela réponde à toute la question. Il faut également prendre en considération d’autres éléments, par exemple les processus d’induction et de déduction. Ils sont rituellement distingués. Les chercheurs peuvent reconnaître qu’ils usent soit de l’un, soit de l’autre, et de façon exclusive, mais en réalité je pense que dans le mouvement de la recherche les deux interviennent de concert. Dans The Discovery of Grounded Theory, qui est très lu ici à Columbia, Barney Glaser et Anselm Strauss soutenaient que vous devez vous engager dans un cadre de recherche sans rien savoir, en contrôlant rigoureusement l’induction, en « ancrant la théorie », mais on ne procède jamais ainsi lorsque l’on travaille sur les objets [18][18]Barney Glaser et Anselm Strauss, The Discovery of Grounded…. On a toujours une raison de choisir d’étudier tel ou tel objet. C’est pourquoi il importe de reconnaître l’existence d’une sorte de théorie de départ qui est vôtre lorsque vous amorcez une enquête, qui peut s’avérer juste ou erronée, mais qui, une fois ramenée au premier plan, explicitée donc, n’en permet pas moins d’établir des comparaisons analogiques ou de théoriser analogiquement. En d’autres termes, il y a cette théorie initiale, née d’autres expériences de recherche notamment, mais le processus de découverte demeure aussi inductif parce que nous importons des idées en même temps que nous avançons et découvrons de nouvelles choses. Par exemple, dans le cas de Challenger, j’étais en train de travailler sur mes données et je me rendais compte que j’employais toujours l’expression « moyens légitimes » pour les interpréter. Puis j’ai cherché à en trouver l’origine. Je me suis vite rendue compte en allant vérifier que cela venait de Merton, ce qui m’a amenée à renforcer un raisonnement qui n’était qu’intuitif au départ. Importer sciemment ce schème d’analyse lié à la théorie mertonienne de l’anomie a ainsi modifié ma perspective.

Cela arrive en permanence dans les dynamiques de recherche, et pourtant il est rare que l’on accorde à ces aspects l’importance qu’ils méritent. Nous devrions être bien plus attentifs à nos propres processus de théorisation. Cela peut être d’ordre analogique ou bien basé sur des différences par rapport à des choses que nous connaissons, mais je pense que c’est une façon de faire prendre conscience aux chercheurs qu’ils adoptent une démarche, qu’ils sont inspirés par des concepts et des ressources théoriques. C’est une dimension du travail intellectuel que je mets en avant dans mon enseignement, c’est extrêmement important. Cela aiderait à saisir de façon plus immédiate les intérêts théoriques sous-jacents, qui ne sont pas toujours manifestes, comme s’ils allaient de soi. Il arrive souvent de lire l’ultime version d’un article ou d’un projet de recherche sans savoir vraiment comment ni pourquoi son auteur en est venu à développer les idées qu’il défend. C’est en soi un problème de sociologie de la connaissance très intéressant.

Zilsel — Donc il y a des déplacements analogiques dans votre recherche ainsi que des références par moments appuyées sur le travail de divers auteurs, qui sont autant de sources d’inspiration. C’est le cas par exemple de Bourdieu [19][19]Diane Vaughan, « Bourdieu and Organizations : The Empirical…, dont vous montrez qu’il peut aider à l’analyse empirique des organisations comme champs ou dans des champs – ce qui ne manquera pas de surprendre en France, où la référence à Crozier est plus immédiate. On peut aussi trouver des références répétées à Merton, à Bruno Latour, à Harry Collins, etc. À première vue, cela donne l’impression d’un patchwork référentiel, mais l’on comprend que l’objectif prioritaire pour vous est de chercher des outils utiles pour votre recherche. Et peu importe que ces outils puissent paraître incompatibles, si la recherche avance.

Diane Vaughan — Là encore, je dirais que ces usages relèvent de l’analogie. J’ai été très influencée par l’article de Paul DiMaggio et Walter Powell, « La cage d’acier revisitée » [20][20]Paul J. DiMaggio et Walter W. Powell, « The Iron Cage…, et plus largement le développement de la théorie néo-institutionnaliste durant les années 1980. DiMaggio et Powell étaient enseignants à Yale lors de mon séjour postdoctoral là-bas. J’ai assisté à l’élaboration de leur cadre d’analyse. Quand ils ont fini par en tirer un livre collectif fondateur en 1991 [21][21]Walter W. Powell et Paul DiMaggio (eds.), The New…, j’étais absorbée par l’enquête sur Challenger, en particulier par l’analyse du processus de prise de décision. J’ai lu l’introduction du livre. Ils y reconnaissent que l’agency était trop peu intégrée au schéma théorique de « La cage d’acier revisitée ». Pour y pallier, ils suggèrent des pistes pour leur « nouvel » institutionnalisme : outre les références du moment en théorie des organisations, ils s’appuient sur l’approche bourdieusienne du niveau micro de l’action en termes de dispositions et de prédispositions pour consolider leur « théorie de l’action pratique » [22][22]Ibid., p. 25-26.. Cela m’a inspirée alors que j’étais en train de travailler sur le façonnement des comportements individuels par la culture organisationnelle de la Nasa. Je n’en oubliais pas moins d’utiliser cette théorie néo-institutionnaliste à un niveau plus macro pour comprendre les logiques institutionnelles qui influent sur les organisations et, par extension, les individus. J’ai essayé de connecter théoriquement toutes ces dimensions qui, dans le cadre de ma recherche, étaient objectivement liées. Si mon usage des cadres d’analyse dispositionnalistes de Bourdieu n’est pas si visible dans le livre sur Challenger, j’ai approfondi après-coup la discussion dans l’article que vous mentionnez, sans les relier explicitement à mes terrains d’enquête. Le principal problème, comme je l’ai signalé dans cet article, est que la notion d’habitus et la théorisation qui la sous-tend sont très pertinentes pour rendre compte des pratiques à l’échelle micro, mais à mon sens elle n’est pas assez approfondie sur le domaine institutionnel, alors même que c’était une des ambitions de Bourdieu, qui référait à des phénomènes de niveau macro. Une piste consisterait par exemple à mettre en évidence des « habitus organisationnels ».

Zilsel — Vous n’échapperez pas à une question rituelle des entretiens biographiques : pourriez-vous citer quelques auteurs qui vous ont influencée durant votre carrière ?

Diane Vaughan — Je peux sans doute en citer quelques-uns. J’ai déjà évoqué Merton, Spence, Wynne… Arthur Stinchcombe me vient également à l’esprit. De Merton et Stinchcombe, outre leurs contributions majeures aux domaines qui m’ont intéressée, en particulier les organisations et la théorie sociologique, j’ai retenu l’importance du concept et de sa définition la plus claire possible. C’est un souci constant chez Merton, tout comme dans les ouvrages les plus théoriques de Stinchcombe [23][23]Voir notamment Arthur Stinchcombe, Constructing Social…. Pour lier l’un et l’autre, je renverrai à l’article que Stinchcombe a publié dans le livre d’hommages à Merton que Lewis Coser, son ancien étudiant à Columbia, a fait paraître en 1975 [24][24]Lewis Coser, The Functions of Social Conflict, New York, The…. Dès la première page, vous savez où vous allez. Les marqueurs théoriques sont clairs, vous lisez une démonstration rigoureuse. Il écrit des choses comme « par structure sociale, je veux dire… ». Il propose des définitions claires des processus et des mécanismes, qui lui permettent, dans cet article, de reconstruire l’ensemble de la théorie sociale de Merton – ce qui est un tour de force théorique, que son auteur avait d’ailleurs salué. C’est pour moi un modèle que j’essaie de mettre en œuvre dans mes publications.

Zilsel — Définir les concepts, les intégrer théoriquement, se soucier de leur adéquation aux données empiriques, etc. Ce n’est pas une pratique si courante en sociologie !

Diane Vaughan — Non, mais ça le devrait ! Mais revenons de nouveau sur la diffusion des idées. La comparaison analogique en est un aspect essentiel puisqu’elle suppose de définir les concepts qui vous permettent de trouver des correspondances entre différentes choses. Un concept est analogique à la structure d’un problème et, sous certaines conditions, de comparabilité notamment, il peut être « transporté » vers un autre problème structuré de façon similaire. Or pour que ce transport soit réussi un minimum, pour que cela circule, il faut une définition à peu près stable et précise du concept en amont. Cela concerne les terminologies scientifiques amenées à circuler entre les disciplines scientifiques – leur circulation en dehors de cet espace académique est un autre aspect, sur lequel nous pourrons revenir. La normalisation de la déviance, par exemple, est un des concepts pivots du livre sur Challenger. Il a énormément circulé, plus que je ne l’aurais imaginé d’ailleurs. Si vous cherchez via Google, vous pourrez constater qu’il s’est diffusé très largement. Vous pouvez procéder de la même façon avec n’importe quel concept et voir ce qu’il est devenu en première analyse. Et aller plus loin en reconstituant l’histoire fine des circulations. Prenons la théorie de la signalisation, qui présente l’intérêt de décrire des processus à l’œuvre dans une variété de configurations sociales. Il est instructif d’en remonter la source, dans la mesure du possible.

Par exemple, dans le premier chapitre de Market signaling, Michael Spence pose sa théorie. Je l’ai interviewé afin de savoir comment l’idée lui en est venue. Il m’a raconté cette histoire passionnante. Alors qu’il travaillait sur sa thèse de doctorat, à Harvard après avoir bourlingué, il a fait la connaissance de Robert Jervis sur le campus. Sa thèse portait sur la logique des images et des perceptions dans les relations internationales [25][25]Robert Jervis, The Logic of Images in International Relations,…. Il s’intéressait aux négociations entre les États-nations, pour ce qui concerne en particulier la dissuasion nucléaire. Jervis avait suivi les cours d’Erving Goffman à l’université de Berkeley, et l’on retrouve les analyses du sociologue dans son approche des relations internationales. Et ces analyses d’influencer par la suite Michael Spence. J’ai voulu en savoir plus. Je suis allé à la rencontre de Robert Jervis, qui enseignait alors à l’université Columbia. Il m’a confirmé qu’au moment de sa thèse, il était incollable sur les livres de Goffman, comme Strategic Interaction, dans lequel on trouve une analyse des stratégies de signalisation… que Goffman développe en s’appuyant sur la thèse de Jervis [26][26]Erving Goffman, Strategic Interaction, Philadelphia, University…. Donc d’une certaine manière, ce dernier a utilisé Goffman qui l’a utilisé. Après le départ de Jervis pour Columbia, Spence est resté en contact avec lui via l’économiste et spécialiste de politique étrangère Thomas Schelling, une autre personne importante de cette histoire, avec qui Goffman a également collaboré lors d’un séjour à Harvard. Quand j’ai demandé à Michael Spence s’il s’imaginait recevoir un jour un « prix Nobel » pour cette contribution, il m’a répondu aussitôt par la négative. Et j’en suis venue à lui poser l’idée qui me taraudait le plus et qui justifiait l’entretien, à savoir l’explication du succès et de la diffusion large de son idée. Ce à quoi il a répondu qu’à l’époque où il l’a travaillée, les économistes étaient concentrés sur des problèmes structurellement similaires.

Ainsi, les théories voyagent de façon parallèle et plus ou moins en simultané… Tous les auteurs que je viens d’évoquer, Goffman, Jervis, Spence, Schelling, sont des penseurs « analogiques ». Tout comme l’était Robert K. Merton, qui est une autre source d’inspiration de Jervis, comme l’atteste l’application du paradigme mertonien des conséquences inattendues de l’action à son analyse des effets de système dans les relations internationales [27][27]Diane Vaughan, Compte rendu de Robert Jervis, System Effects,….

La sociologie publique « par accident »

Zilsel — Évoquons à présent ce qu’il est convenu d’appeler, notamment à la suite de la campagne persévérante de Michael Burawoy [28][28]Michael Burawoy, « Pour la sociologie publique », Actes de la… aux États-Unis, la « sociologie publique » (public sociology). Votre ouvrage sur Challenger vous a propulsée sur des scènes autres qu’académiques, où les questions relatives au processus de décision et au fonctionnement des organisations aussi bureaucratiques et gigantesques que la Nasa ont été posées de façon aiguë. Il vous aura fallu publiciser votre diagnostic sur la normalisation de la déviance en échangeant avec une multiplicité d’audiences. Pourriez-vous revenir sur les « voyages » de théorisation de l’échec organisationnel de Challenger, dont les conclusions ont été réactualisées lors de l’explosion d’une seconde navette Columbia en 2003 ?

Diane Vaughan — Il m’est arrivé d’intervenir hors du monde académique, en diverses occasions et de différentes manières. Mon travail sur le crash de Challenger a à voir avec la question du pouvoir, qui ne laisse pas indifférent. Il est possible de l’envisager « à froid » sous l’angle d’un système ou d’effets de système au sein d’une organisation. Y interviennent des facteurs externes, le lien avec le champ politique, le financement des programmes, mais aussi la façon dont les leaders y répondent. Les ingénieurs de la Nasa ont lu le livre sur Challenger, cela résonnait avec leur propre environnement de travail. J’ai été en contact avec le milieu des ingénieurs, par courrier électronique ou à d’autres occasions ; ils continuent à m’écrire, pas aussi régulièrement qu’avant, mais tout de même encore. Cela les a frappés parce qu’ils ont perçu comment leur monde est configuré. Surtout, ils ont été confrontés à une analyse qui ne part pas des individus pris isolément, mais les situe dans une position au sein de l’organisation. Le registre de l’analyse organisationnelle les place dans une position d’extériorité et d’explication structurelle. Le cadre théorique et les concepts sont à un niveau de généralité assez élevé pour être appropriés par quiconque est placé dans une configuration similairement structurée. Et cela permet de contredire le réflexe qui consiste à individualiser l’échec ou la faute, de surinvestir les traits de personnalité des coupables ou leur éventuel manque de compétence. L’idée de mettre en œuvre un raisonnement en termes de système et d’effets de système est ma contribution, dont les acteurs peuvent se saisir pour comprendre et transformer leur monde. Même les responsables politiques, parce qu’ils étaient impliqués, ont été forcés de reconnaître cette réalité et de l’affronter.

J’ai été surprise par l’attention très large que le livre a suscitée, bien après les premiers comptes rendus dans la presse. Je ne cessais d’être sollicitée par des grandes organisations pour donner des conférences, par exemple dans une convention IBM devant 5 000 personnes, aux services de l’US Air Force, à l’US Nuclear Operation, aux services de l’US Submarine, etc. Quelles que soient l’organisation et sa façon de considérer le risque, qu’il s’agisse d’IBM ou de l’armée de l’air, à chaque fois il était question d’échec organisationnel et des moyens à mettre en œuvre pour tenter d’y échapper. Certaines organisations ont sauté le pas et ont intégré ce paramètre dans leur fonctionnement. C’est le cas de l’US Submarine, qui a introduit des formations sur l’échec organisationnel et la normalisation de la déviance. Il était possible de tirer des leçons partout où des systèmes techniques complexes et de grande envergure posent des problèmes organisationnels. Cela inclut les hôpitaux. Je me rappelle avoir été invitée à donner une conférence inaugurale à un congrès sur les erreurs médicales à Palm Springs. C’est un secteur d’activité spécifique, mais sur lequel mes analyses peuvent parfaitement s’appliquer. Les personnes que j’y ai rencontrées me décrivaient diverses sortes d’erreurs, en les rapportant à l’organisation hospitalière. J’ai assisté à une intéressante communication, qui portait sur une erreur lourde de conséquences qui s’est produite dans un hôpital en Floride : les chirurgiens procédaient à une intervention mineure sur un enfant de 10 ans, mais ils ont injecté un produit dans ses veines qui n’était pas le bon, ce qui a provoqué sa mort. Après cette tragédie, une enquête a été menée. Elle s’est focalisée sur la division du travail, la manière dont les opérations étaient organisées et catégorisées. On comprend alors mieux pourquoi la personne qui a chargé la seringue a confondu les traitements. C’est l’ensemble du système organisationnel que constitue la salle d’opération qu’il fallait questionner et repenser ; par exemple, modifier la division du travail, les signalisations et les procédures de telle sorte que l’on puisse se rendre attentif aux signaux appropriés. Comme à l’US Submarine, des hôpitaux ont donc intégré ces changements pour faire face au risque.

Zilsel — Tout se passe comme si votre théorie agissait à la façon d’une sorte d’électrochoc ou de révélation existentielle chez les acteurs qui, de façon soudaine, comprennent pourquoi cela dysfonctionne.

Diane Vaughan — Un des effets les plus perceptibles de l’analyse organisationnelle est le décentrement de soi. Au départ, tout le monde pense en termes d’erreur individuelle et de formation défaillante ; mais d’un coup, ils sont invités à changer de perspective et se mettent à penser de façon systémique. C’est une conversion du regard. Je pense que c’est une bonne chose. Cela m’amène à l’autre question que vous souleviez, celle des raisons de l’adhésion des scientifiques, des ingénieurs ou des techniciens à la théorie de la normalisation de la déviance. Cela renvoie de nouveau au processus de diffusion des idées. J’ai cherché récemment des références faites à la normalisation de la déviance sur Google Scholar. C’est utilisé dans la vaste littérature sur les organisations bien sûr, mais ça l’est également dans des domaines aussi divers – et éloignés de la sociologie – que l’éthique du commerce, la santé publique, le travail social, les disaster studies, l’adoption et les familles d’accueil (foster care). Cela se diffuse partout où des gens considèrent qu’il faut changer un système défectueux. C’est un concept générique et transposable, ouvert à une multiplicité de réappropriations en même temps qu’il conserve une définition de base.

Zilsel — Ce processus par lequel un concept est extrait de son contexte initial de découverte et finit par circuler ailleurs rappelle – sans que l’on réfère à la source, à force d’utilisation – l’idée d’« oblitération par incorporation » proposée par Robert K. Merton. C’est une piste pour analyser la « vernacularisation » des terminologies scientifiques, laquelle peut emprunter des chemins inattendus, voire étonnants.

Diane Vaughan — Il faut tenir compte de tous les canaux de diffusion. Par exemple, on trouve des vidéos sur YouTube, dans lesquelles telle ou telle personne présente l’étude de cas sur Challenger ou introduit l’idée de normalisation de la déviance. L’une d’entre elles met en scène Mike Mullane, ancien astronaute. À l’occasion d’une conférence donnée devant l’International Association of Fire Fighters en 2013, il revient sur la façon dont les manageurs de la Nasa ont finalement accepté de prendre des risques connus sans pour autant attendre un désastre, normalisant ainsi une forme de déviance. À aucun instant il ne cite mon ouvrage. Il présente l’explication avec une telle conviction qu’il a l’air de penser que c’est son idée ! (Rires) Cela arrive, ce n’est pas une mauvaise chose si vous partez du principe que les gens doivent utiliser l’idée, et peu importe à la rigueur qu’elle soit remaniée à la marge [29][29]Mike Mullane l’utilise non sans la réviser : dans la conférence…. Dire qu’au moment où je l’ai achevé, je pensais que personne n’allait le lire… Ce fut le contraire. Et l’expérience m’a été très bénéfique. Et d’autres se sont ajoutées. Avec Uncoupling par exemple. En 2014, alors que j’étais passée à autre chose près de trente ans après la parution du livre, la notion-clé qu’il porte réapparaît dans les médias à la faveur d’une rupture retentissante : un jour donc, Gwyneth Paltrow annonce qu’elle est en train de se séparer de son mari Chris Martin, le chanteur de Coldplay. Un communiqué officiel en fait état. Il devient aussitôt viral sur Internet. Le texte précise qu’elle et lui sont entrés dans une phase de « découplage conscient » (conscious uncoupling) [30][30]John Koblin, « A Third Party Names Their Split », The New York…, ce qui a intrigué nombre de fans et de commentateurs qui ont cherché à savoir à quoi cela renvoyait. De même que des « programmes » peuvent être mis en place pour combattre la normalisation de la déviance, on peut trouver des thérapeutes impliqués dans cette explication du « découplage conscient », qui proposent des traitements et des stages en cinq semaines pour accompagner les couples qui prennent la décision de se séparer. Ici encore, un de mes livres a été repéré puis réutilisé. Si cela n’a pas pris les proportions du débat autour de Challenger et des organisations à risque, « uncoupling » est devenu un terme vernaculaire.

Zilsel — Et ainsi l’idiome sociologique en vient à enrichir le vocabulaire ordinaire.

Diane Vaughan — Je suis une grande avocate de la sociologie vernaculaire ! (Rires) Les interprétations que j’ai pu proposer étaient basées sur les données dont je disposais. J’ai discerné un pattern qui n’était pas référé à un mot ni n’était l’objet d’une quelconque théorisation. Je lui ai donné un nom, qui décrit donc une expérience particulière. Mais ce n’est pas comme si j’inventais tout ex nihilo. Ce qui se passe dans telle situation, par exemple quand l’accident ou la déviance deviennent acceptables dans une organisation, la normalisation de la déviance pour résumer, ce processus donc est sorti du travail de conceptualisation, de l’écriture. Et dans des circonstances que l’on ne contrôle pas toujours, ces néologismes sont finalement appropriés. C’est une des voies de la sociologie publique. Difficile, d’ailleurs, d’être plus « public » que Gwyneth Paltrow !

Zilsel — C’est certain ! Évoquons donc de nouveau la sociologie publique. Vous avez été sollicitée par la Nasa après le crash de Columbia, en 2003. Vous l’évoquez longuement dans un article, « Nasa revisited » [31][31]Diane Vaughan, « NASA Revisited : Theory, Analogy, and Public…, qui vous amène à réfléchir sur les « voyages » de la théorie sociologique au-delà des frontières de son contexte d’élaboration académique. Vous soulignez que votre implication dans la recherche des causes de ce nouvel accident fut l’occasion de diffuser un « message sociologique » dans les discours publics et politiques sur l’organisation de la Nasa. Que vos analyses théoriques s’appuient sur une ethnographie rigoureusement documentée a, dites-vous, nettement favorisé l’appropriation et l’influence de ce message. Ainsi êtes-vous devenue une avocate de la sociologie publique [32][32]Diane Vaughan, « How Theory Travels : A Most Public Public…. Cette orientation était-elle implicite jusqu’alors, malgré les conférences données devant les professionnels exposés à la normalisation de la déviance que vous évoquiez plus tôt ? Le crash de Columbia et les « revisites » qu’il a suscitées ont-ils été une sorte de révélateur de votre positionnement disciplinaire ?

Diane Vaughan — C’est après Columbia que j’en ai eu vraiment conscience.. Le même pattern que j’avais identifié sur le cas Challenger se reproduisait. J’étais stupéfaite par les prises de parole du responsable de la navette spatiale à la télévision : en substance, les équipes impliquées dans le programme s’étaient retrouvées dans la même situation de normalisation de la déviance. Cela m’a surprise. Et je me suis de nouveau laissée happer, puisque j’ai accepté de faire partie de la commission d’enquête sur l’accident de Columbia. Cela a différé la réalisation de l’enquête sur le contrôle du trafic aérien, qui entrait dans sa phase d’écriture après deux ans de travail, mais cette expérience a été très intéressante parce que j’ai observé et participé à l’enquête, de l’intérieur – à la différence de l’enquête sur le crash de Challenger, où j’avais accédé aux données de la commission d’enquête après-coup. J’ai eu la chance d’être conviée dans les installations de la Nasa. J’ai par exemple visité l’énorme centre d’entraînement des astronautes à Houston. C’est un endroit extraordinaire. On y trouve la plus grande piscine du monde, une navette grandeur réelle plongée dans l’eau afin d’entraîner les astronautes à des activités extravéhiculaires. J’ai adoré travailler dans cette équipe interdisciplinaire. J’ai pu vérifier auprès de mes collègues que le modèle causal que j’avais défini sur la catastrophe Challenger fonctionnait encore dans ce nouveau cas. Si bien que le livre a eu une deuxième vie. Je dirais donc que dans ce contexte, j’ai été amenée à m’engager une nouvelle fois dans une forme de sociologie publique, sans pour autant utiliser le terme de moi-même. C’est venu après.

Zilsel — Pourriez-vous rappeler les circonstances de cette prise de conscience que vos interventions pouvaient être rangées sous cette rubrique ?

Diane Vaughan — Vous avez mentionné tout à l’heure la définition qu’en donne Michael Burawoy. Eh bien, il s’est appuyé entre autres sur mes interventions après les crashs de Challenger et Columbia pour définir ce qu’il entend par « sociologie publique ». Tout s’est déroulé au sein de l’American Sociological Association (ASA), alors qu’il en était le président. D’une façon très offensive, en bon marxiste qu’il est, il a proposé de réévaluer le potentiel de transformation sociale de la sociologie publique à l’occasion de son allocution de président (presidential address) au congrès de 2004, qui s’est tenu à l’université de Berkeley [33][33]« Michael Burawoy, For Public Sociology, Part 1 :…. Ce fut un grand moment. C’est l’un des meilleurs conférenciers qui soient ! À Berkeley, il enseigne la théorie sociologique en premier cycle (undergraduate) devant un amphithéâtre d’environ 400 étudiants. Ils s’entretueraient pour pouvoir y assister ! Non seulement il dit des choses importantes de manière accessible, mais en plus il est vraiment amusant. Lors de cette fameuse conférence de 2004, il a plaidé pour la sociologie publique. L’ambiance était survoltée, une bonne partie de la profession était présente ainsi qu’une foule d’étudiants (les siens), certains portant des tee-shirts à l’effigie de Marx. Je me souviens du début de son discours. Burawoy a commencé par évoquer sa carrière, ses débuts dans les mines de Zambie, puis son travail dans une usine à Chicago, ensuite la Sibérie et d’autres expériences encore. Il liait ces moments à des événements politiques qui avaient lieu à l’époque, il dramatisait les enjeux en rappelant que partout où il se trouvait, le chaos était toujours au rendez-vous. Pour conclure, pince-sans-rire : « après je suis devenu… le président de l’ASA ». C’était d’un comique ! (Rires) Après cette introduction, il a repris le fil de sa démonstration et, au détour d’une « thèse » sur la sociologie publique telle qu’il l’entend, il a mentionné mon enquête sur Challenger. Ce n’était pas tout à fait un hasard. Il est venu à Boston College juste au moment où l’accident de Columbia était en cours d’investigation. Je m’occupais de l’organisation des conférences de professeurs éminents invités à l’université. Alors que nous préparions la sienne, mon téléphone n’arrêtait pas de sonner. Les médias me sollicitaient sans interruption et je venais tout juste d’être réquisitionnée pour témoigner à Houston. Cela a fait « tilt » lorsqu’il a découvert combien j’étais impliquée dans cette affaire. Il cherchait à illustrer la sociologie publique. Il avait déjà lu mon livre sur Challenger, il l’a relié à cette nouvelle catastrophe et mes activités dans le cadre de la commission d’enquête. Et donc, à un moment de sa conférence, il parle de moi [34][34]« Michael Burawoy For Public Sociology, Part 3 : Thesis 2 &…. Il se rappelle les moments passés ensemble à Boston, fait rire la salle en disant qu’il a fait « une ethnographie de moi » (Rires), cela pour étayer l’idée que non seulement mon livre sur Challenger était une sorte de sociologie publique parce qu’il avait retenu une large attention en dehors du monde académique, mais qu’en plus je suis intervenue dans la foulée de l’accident de Columbia – qui était annoncé dans le livre, faute d’une prise de conscience à la Nasa. Burawoy tenait donc un exemple idéal : le cas d’une sociologie académique qui devient publique et finit par « convertir » les acteurs à la sociologie. Il rappelle que le rapport de la commission est imprégné de mon vocabulaire et en conclut que « c’est du pur Diane Vaughan ». (Sourires)

Après le congrès de l’ASA, il a continué de défendre sa conception de la sociologie publique. Il a donné d’innombrables conférences dans des community colleges américains. Les personnes qui y enseignent ne se retrouvent pas vraiment dans la sociologie académique de l’ASA. Ils travaillent sur des projets spécifiques dans les quartiers en qualité d’« animateurs communautaires » (community organizers). Ces personnes sont souvent engagées dans des causes ou sont des activistes politiques. Néanmoins, ces sociologues sont perçus comme des chercheurs de second plan, à l’ombre des sociologues rattachés à des départements de sociologie académique. Burawoy refuse ces hiérarchies et souligne au contraire que ces figures sont interdépendantes, que l’on peut aussi passer de l’une à l’autre – ce que je fais sans cesse. Quoique les enjeux fussent éloignés au premier abord, Burawoy a toujours mentionné l’explosion de Columbia dans ses interventions auprès des publics de sociologues des community colleges. Il l’a fait de nouveau dans d’autres circonstances, par exemple l’été suivant en Afrique du Sud. Puis il a continué ailleurs son travail de légitimation de la sociologie publique, notamment au sein de l’Association internationale de sociologie qu’il a présidée de 2010 à 2014. Ce travail a payé. La sociologie publique est devenue un peu plus légitime, et mon livre sur Challenger de même que mes aventures de sociologue publique y ont contribué. Ce qu’a reconnu l’ASA, qui m’a décerné en 2006 un prix « public understanding of sociology » [35][35]Voir « Diane Vaughan Award Statement », 2006,…. C’était un honneur immense, d’autant plus que nous étions deux du département de Columbia à recevoir un prix lors de cette cérémonie (Herbert Gans, récipiendaire du prix W.E.B. Du Bois career of distinguished scholarship) [36][36]ASA Awards Ceremony and Presidential Address, 2006,…. L’aspect qu’a le plus combattu Burawoy est le caractère très hiérarchique de la sociologie américaine. Il voulait transformer cet état de fait, notamment en rééquilibrant les diverses manières de la faire progresser – qu’il s’agisse des sociologies académique, critique, experte et publique. Certes, cette conception n’a pas fait consensus et a suscité d’énormes discussions, mais elle a permis de faire avancer la réflexion sur la sociologie publique. Dans mon discours de réception du prix à l’ASA en 2006, j’ai dit en substance que je n’avais pas anticipé que mon livre « universitaire » écrit dix ans plus tôt puisse être converti en exemple de manuel pour sociologue public [37][37]Voir également Diane Vaughan, « Public Sociologist by…. Mais il l’est devenu. Ces choses-là sont imprévisibles et je ne suis pas la seule à qui cela est arrivé. Je pense à l’expérience de Lewis Coser, que j’ai bien connu à Boston College. Un jour il était revenu sur le succès tardif du livre tiré de sa thèse, The Social Functions of Conflict, qu’il avait publié en 1956. « Ce livre, m’avait-il confié, est passé inaperçu jusque dans les années 1970, et soudain c’est devenu une source d’inspiration. Tout est une question de timing ». Voilà : une question de timing. C’est absolument vrai quand je repense à mon livre sur Challenger.

Notes
[1] Diane Vaughan, « Public Sociologist by Accident », Social Problems, vol. 51, n° 1, 2004, p. 103-130.

[2] Diane Vaughan, Controlling Unlawful Organizational Behavior : Social Structure and Corporate Misconduct, Chicago, University of Chicago Press, 1983.
[3] Diane Vaughan, « Uncoupling : The Process of Moving from One Lifestyle to Another », Alternative Lifestyle : Changing Patterns in Marriage, Family and Intimacy, vol. 2, Sage, 1979, p. 415-442.
[4] Diane Vaughan, Uncoupling : Turning Points in Intimate Relationships, Oxford, Oxford University Press, 1986.
[5] Brian Wynne, « Unruly Technology : Practical Rules, Impractical Discourses and Public Understanding », Social Studies of Science, vol. 18, n° 1, 1988, p. 147-167.

[6] Diane Vaughan, « The Role of the Organization in the Production of Techno-Scientific Knowledge », Social Studies of Science, vol. 29, n° 6, 1999, p. 913-943.

[7] Diane Vaughan, « The Dark Side of Organizations : Mistake, Misconduct, and Disaster », Annual Review of Sociology, vol. 25, 1999, p. 271-305.
[8] Malcolm Gladwell, « Blowup », The New Yorker, 22 janvier 1996.
[9] Voir Harry Collins, Martin Weinel et Robert Evans, « The politics and policy of the Third Wave : new technologies and society », Critical Policy Studies, vol. 4, n° 2, 2010, p. 185-201.
[10] Charles Perrow, Normal Accidents : Living with High-Risk Technologies, New York, Basic Books, 1984.
[11] Diane Vaughan, « The Role of Organization in the Production of Techno-Scientific Knowledge », Social Studies of Science, vol. 29, n° 6, 1999, p. 913-943.

[12] Harry Collins, Gravity’s Shadow : The Search for Gravitational Waves, Chicago, University of Chicago Press, 2004.
[13] Karin Knorr-Cetina, Epistemic Cultures : How the Sciences Make Knowledge, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1999.
[14] Donald MacKenzie, « The Credit Crisis as a Problem in the Sociology of Knowledge », American Journal of Sociology, vol. 116, n° 6, 2011, p. 1778-1841.

[15] Richard Whitley, The Intellectual and Social Organization of the Sciences, Oxford, Oxford University Press, 2000 [1984].
[16] Diane Vaughan, « Analogy, Cases, and Comparative Social Organization », in Richard Swedberg (ed.), Theorizing in Social Science, Stanford, Stanford University Press, 2014, p. 61-84.
[17] Voir aussi Diane Vaughan, « Theorizing disaster : Analogy, historical ethnography, and the Challenger accident », Ethnography, vol. 5, n° 3, 2004, p. 315-347.
[18] Barney Glaser et Anselm Strauss, The Discovery of Grounded Theory : Strategies for Qualitative Research, New Brunswick, Transaction Publishers, 1967.
[19] Diane Vaughan, « Bourdieu and Organizations : The Empirical Challenge », Theory and Society, vol. 37, n° 1, 2008, p. 65-81.

[20] Paul J. DiMaggio et Walter W. Powell, « The Iron Cage Revisited : Institutional Isomorphism and Collective Rationality in Organizational Fields », American Sociological Review, vol. 48, n° 2, 1983, p. 147-160.
[21] Walter W. Powell et Paul DiMaggio (eds.), The New Institutionalism in Organizational Analysis, Chicago, University of Chicago Press, 1991.
[22] Ibid., p. 25-26.
[23] Voir notamment Arthur Stinchcombe, Constructing Social Theories, Chicago, University of Chicago Press, 1968.
[24] Lewis Coser, The Functions of Social Conflict, New York, The Free Press, 1956.
[25] Robert Jervis, The Logic of Images in International Relations, New York, Columbia University Press, 1969.
[26] Erving Goffman, Strategic Interaction, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1969.
[27] Diane Vaughan, Compte rendu de Robert Jervis, System Effects, Princeton University Press, 1998, Contemporary Sociology, vol. 29, n° 2, 2000, 425-427.
[28] Michael Burawoy, « Pour la sociologie publique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 176-177, 2009, p. 121-144. Pour une mise en perspective, voir Étienne Ollion, « Que faire de la sociologie publique ? », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 176-177, 2009, p. 114-120.

[29] Mike Mullane l’utilise non sans la réviser : dans la conférence précédemment citée, il en fait une « tendance humaine naturelle » – « très humaine » – qui survient dans certaines circonstances et qui consiste à « accepter de baisser les standards de performance », des techniques comme des individus qui les exploitent, en ayant recours à des « raccourcis » pouvant compromettre la sûreté. C’est « très naturel », donc n’importe quel domaine d’activité exposé à des risques aigus est susceptible de « rationaliser » cette situation de telle sorte que la catastrophe ne manquera pas de survenir. Sur le site professionnel de Mike Mullane, chacun pourra se procurer le DVD de près d’une heure « Stopping Normalization of Deviance » (sous copyright) pour la somme de 750 dollars (http://mikemullane.com/product/stopping-normalization-of-deviance/, consulté le 23 mai 2017). (Note du traducteur)
[30] John Koblin, « A Third Party Names Their Split », The New York Times, 28 mars 2014. Plus tard, Gwyneth Paltrow niera avoir utilisé d’elle-même l’expression. La référence aurait été faite par des thérapeutes pour qualifier la séparation du couple. Il est piquant de noter que, en Angleterre, l’expression « customisée » de « conscious uncoupling » – qui s’inspire du processus décrit par Diane Vaughan – a suscité la dérision : le néologisme exprimerait la « psychophilie américaine » (Kunal Dutta, « Gwyneth Paltrow denies using phrase “conscious uncoupling” to describe split from Chris Martin », Independant, 3 août 2015). (Note du traducteur)
[31] Diane Vaughan, « NASA Revisited : Theory, Analogy, and Public Sociology », American Journal of Sociology, vol. 112, n° 2, 2006, p. 353-393.

[32] Diane Vaughan, « How Theory Travels : A Most Public Public Sociology », dossier « Public Sociology in Action », Footnotes, novembre-décembre 2003, http://www.asanet.org/sites/default/files/savvy/footnotes/nov03/fn7.html. Voir aussi Diane Vaughan, « How Theory Travels : Analogy, Models, and the Diffusion of Ideas », conférence donnée au congrès annuel de l’American Sociological Association, San Francisco, août 1998.
[33] « Michael Burawoy, For Public Sociology, Part 1 : Introduction », YouTube, https://www.youtube.com/watch?v=8NxvPKGtkUQ. Voir également la version publiée de la conférence : Michael Burawoy, « For Public Sociology », American Sociological Review, vol. 70, n° 1, p. 4-28.
[34] « Michael Burawoy For Public Sociology, Part 3 : Thesis 2 & 3 », YouTube, en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=Fdbix7b-iyQ, à partir de la huitième minute.
[35] Voir « Diane Vaughan Award Statement », 2006, http://www.asanet.org/news-and-events/member-awards/public-understanding-sociology-asa-award/diane-vaughan-award-statement.
[36] ASA Awards Ceremony and Presidential Address, 2006, https://vimeo.com/203499881.
[37] Voir également Diane Vaughan, « Public Sociologist by Accident », Social Problems, vol. 51, n° 1, 2004, p. 103-130.

Voir enfin:

Pourquoi certaines sociétés prennent-elles des décisions catastrophiques ?
LieuxCommuns

8 juin 2016

Chapitre éponyme (14) du livre de Jared Diamond, « Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie » (2005, Gallimard 2006).
L’éducation est un processus qui implique deux groupes de participants supposés jouer des rôles différents : les enseignants, qui transmettent un savoir aux élèves, et les élèves, qui absorbent la connaissance qu’ils leur apportent. En réalité, comme chaque enseignant le découvre, l’éducation consiste aussi pour les élèves à transmettre des connaissances à leurs enseignants, à mettre au défi leurs présuppositions et à poser des questions auxquelles ils n’avaient pas pensé auparavant. J’en fis moi-même l’expérience à mon séminaire à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), où je testais la matière de ce livre auprès de mes étudiants. Lors des échanges, l’un d’entre eux me posa une question qui me laissa sans voix : que se dit à lui-même le Pascuan [habitant de l’île de Pâques] qui abattit le dernier arbre ? Les dommages infligés à l’environnement se font-ils en toute connaissance de cause ? Les étudiants se demandaient si – à supposer qu’il y ait encore des Terriens vivants dans cent ans – les hommes du XXIIe siècle seront aussi stupéfaits de notre aveuglement que nous le sommes de celui des habitants de l’île de Pâques.

Historiens et archéologues professionnels ne laissent pas d’être étonnés par les décisions catastrophiques qu’ont prises nombre de sociétés. Le livre peut-être le plus cité sur les effondrements de sociétés est dû à la plume de l’archéologue Joseph Tainter, The Collapse of Complex Societies ( 1990). Examinant les diverses interprétations possibles des effondrements anciens, Tainter se montre sceptique quant à l’hypothèse selon laquelle la cause en fut la diminution des ressources environnementales : « Cette conception présuppose que ces sociétés contemplent les risques sans mener d’actions correctrices. Les sociétés complexes se caractérisent par une prise de décision centralisée, des flux d’informations importants, une forte coordination de leurs différentes parties, des canaux de commandement formels et la mise en commun de leurs ressources. Cette structure semble avoir la capacité, voire le but délibéré, d’équilibrer les fluctuations et les déficiences de la productivité. Fortes de leur structure administrative et de la capacité à encadrer l’allocation du travail et des ressources, la gestion de l’adversité environnementale est sans doute l’une des choses que les sociétés complexes font le mieux. Il est curieux qu’elles se soient effondrées alors qu’elles étaient confrontées précisément à ces situations qu’elles étaient équipées pour circonvenir [ … ]. Lorsqu’il devient évident pour les membres ou les fonctionnaires d’une société complexe qu’une base de ressources se détériore, il semble plus raisonnable de supposer que des pas rationnels sont franchis pour trouver une solution. L’autre présupposé — l’idiotie en face du désastre — exige un acte de foi devant lequel on peut légitime­ ment hésiter. »

Tainter estimait donc qu’il est peu probable que les sociétés complexes puissent s’effondrer en vertu de l’échec de leur gestion des ressources environnementales. Et pourtant, il est clair, au vu de tous les cas analysés dans ce livre, que c’est précisément un tel échec qui s’est produit de façon répétée. Comment autant de sociétés ont-elles pu commettre d’aussi funestes erreurs ?

La question renvoie à un phénomène déconcertant : à savoir, des échecs dans la prise de décision en groupe de la part de sociétés tout entières ou d’autres groupes. Un problème lié assurément à celui des échecs intervenant dans la prise de décision individuelle, mais qui ne s’y résume pas. Des facteurs supplémentaires entrent en ligne de compte dans les échecs de la prise de décision en groupe – tels les conflits d’intérêts entre membres du groupe ou la dynamique de groupe, par exemple. Sujet complexe pour lequel il n’existe pas une seule et unique réponse adaptée à toutes les situations.

J’entends plutôt proposer, à partir des exemples plus amplement développés dans les chapitres précédents, un guide des facteurs qui contribuent à la prise de décision en groupe. Je regrouperai ces facteurs en quatre catégories souples. En premier, un groupe peut échouer à anticiper un problème avant qu’il ne survienne vraiment. Deuxièmement, lorsque le problème arrive, le groupe peut échouer à le percevoir. Ensuite, une fois qu’il l’a perçu, il peut échouer dans sa tentative pour le résoudre. Enfin, il peut essayer de le résoudre, mais échouer. Les analyses des raisons expliquant les échecs et les effondrements ne sont pas seulement déprimantes, elles ont aussi un revers : les décisions qui réussissent. Comprendre les raisons pour lesquelles les groupes prennent souvent de mauvaises décisions, c’est s’armer de connaissances pour mieux orienter les groupes à prendre de judicieuses décisions.

Premier chapitre de mon guide : les groupes peuvent causer des catastrophes parce qu’ils ne parviennent pas à anticiper un problème avant qu’il sur­ienne, et ce pour plusieurs raisons. L’une est qu’ils peuvent ne pas avoir d’expérience antérieure de problèmes similaires et ne sont donc pas sensibilisés à la possibilité qu’ils adviennent.

Un exemple de choix est le désordre que les colons britanniques ont créé en introduisant les lapins et les renards en Australie dans les années 1800. Aujourd’hui, ce sont deux des exemples les plus désastreux de l’impact d’animaux sur un environnement où ils n’étaient pas présents à l’origine (voir chapitre 13). Ces introductions sont des plus tragiques parce qu’elles ont été menées à bien intentionnellement et moyennant beaucoup d’efforts ; elles ne résultent pas de minuscules semences transportées par inadvertance, comme dans beaucoup de cas de mauvaises herbes nocives. Les renards sont devenus les prédateurs de nombreuses espèces de mammifères primitifs australiens qu’ils ont exterminés parce que ceux-ci ne possédaient pas l’ expérience évolutionniste des renards, tandis que les lapins consomment une grande partie du fourrage destiné aux moutons et au bétail, concurrencent les mammifères herbivores autochtones et minent le terrain avec leurs terriers.

Rétrospectivement, nous considérons comme incroyablement stupide que les colons aient intentionnellement lâché en Australie deux espèces étrangères de mammifères dont la maîtrise, et non pas l’éradication, a exigé des milliards de dollars, après qu’elles ont causé des milliards de dollars de dégâts. Nous admettons aujourd’hui, en nous appuyant sur maints autres exemples de ce type, que ces introductions se révèlent souvent désastreuses pour des raisons inattendues. C’est pourquoi, lorsqu’on entre en Australie ou aux États-Unis comme visiteur ou comme résident rentrant chez lui, l’une des premières questions posées par les agents de l’immigration est de savoir si l’on transporte des plantes, des semences ou des animaux – afin de réduire le risque qu’ils s’échappent et s’établissent dans ces pays. Cette expérience antérieure nous a appris (souvent, mais pas toujours) à anticiper les périls potentiels que représente l’introduction de nouvelles espèces. Mais il est toujours difficile, même pour des écologues professionnels, de prédire quelles introductions réussiront, lesquelles se révéleront désastreuses et pourquoi la même espèce s’introduit en certains sites et pas en d’autres. Par conséquent, nous ne devrions pas être surpris par le fait que les Australiens du XIXe siècle, qui n’avaient pas notre expérience, n’ont pas réussi à anticiper les effets des lapins et des renards.

Dans nos enquêtes, nous avons rencontré d’autres exemples de sociétés n’ayant pas réussi à anticiper un problème faute d’en avoir l’expérience. Lorsqu’ils ont investi massivement dans la chasse au morse afin d’exporter de l’ivoire en Europe, les Norvégiens du Groenland ne pouvaient se douter que les croisades élimineraient à terme l’ivoire de morse en rouvrant aux Européens l’accès à l’ivoire d’éléphant d’Asie et d’Afrique ni que les glaces gêneraient les transports vers l’Europe. Sans scientifiques spécialistes des sols, les Mayas de Copàn ne pouvaient prévoir que la déforestation des pentes des collines déclencherait une érosion au détriment du fond des vallées.

Une expérience antérieure ne garantit pas nécessairement qu’une société anticipera un problème, pour peu que cette expérience ait été faite longtemps auparavant et qu’elle soit oubliée. C’est en particulier un problème pour les sociétés sans écriture, qui ont moins que les sociétés avec écriture la capacité à conserver les annales d’événements lointains : la transmission orale des informations est plus limitée que la transmission écrite. Nous avons vu au chapitre 4 que la société anasazi du Chaco Canyon a survécu à plusieurs sécheresses avant de succomber à la grande sécheresse du XIIe siècle après J.-C. Mais, faute de disposer de l’écriture et d’archives, les Anasazis du XIIe siècle n’avaient pas les acquis des mêmes épisodes climatiques antérieurs de plusieurs siècles. De même, les basses terres mayas de l’époque classique ont succombé à une sécheresse au IXe siècle, alors que cette même région avait été touchée par la sécheresse des siècles plus tôt (chapitre 5). Bien que les Mayas disposassent d’une écriture, celle-ci rapportait les hauts faits des rois et les événements astronomiques plutôt que la météorologie, de sorte que la sécheresse du IIIe siècle n’a été d’aucune aide pour anticiper celle du IXe.

Dans les sociétés modernes et contemporaines dont les écrits abordent d’autres questions que celles des rois et des planètes, cela n’implique pas nécessairement que les sociétés s’appuient sur leur expérience passée. Elles ont une tendance à l’oubli. Pendant les deux années qui suivirent les pénuries d’essence liées à la crise du pétrole du Golfe en 1973, les Américains se sont détournés des automobiles à forte consommation, puis ils ont oublié et font aujourd’hui bon accueil aux 4 x 4, malgré tout ce qui a été et est imprimé sur les événements de 1973. Lorsque la ville de Tucson, en Arizona, a connu une grave sécheresse dans les années 1950, ses citoyens en émoi ont juré leurs grands dieux qu’ils géreraient mieux leur eau, mais ils ont vite repris le gaspillage lié à la construction de parcours de golf et à l’arro­sage des jardins.

Une autre raison expliquant l’échec d’une société à anticiper un problème tient au raisonnement par mauvaise analogie. Le raisonnement par analogie est pertinent si les situations ancienne et nouvelle sont vraiment de même type. Mais les similitudes peuvent n’être que de surface. Les Vikings qui ont émigré en Islande à partir de 870 après J.-C. venaient de Norvège et de Grande-Bretagne, pays dotés de sols lourds déposés par les glaciers et qui, même privés de leur couvert végétal, ne peuvent être emportés par l’érosion. Lorsque les colons vikings ont rencontré en Islande beaucoup d’espèces d’arbres qu’ils connaissaient déjà en Norvège et en Grande-Bretagne, ils ont été trompés par la similitude apparente du paysage (chapitre 6). Malheureusement, les sols islandais ne sont pas nés de l’usure glaciaire, mais de vents apportant des cendres légères soufflées par des éruptions volcaniques. Une fois que les Vikings ont défriché les forêts islandaises pour créer des pâturages pour leur cheptel, les sols légers ont été exposés au vent et une bonne partie des sols islandais de surface a été érodée.

La préparation de l’armée française à la Seconde Guerre mondiale est un célèbre exemple contemporain de raisonnement par mauvaise analogie. Après l’horrible bain de sang de la Première, la France a admis qu’il était vital pour elle de se protéger contre la possibilité d’une autre invasion allemande. Malheureusement, le haut commandement de l’armée a présupposé qu’une nouvelle guerre se livrerait de la même façon que la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle le front Est entre la France et l’Allemagne s’est stabilisé par la guerre de tranchées. Les forces défensives d’infanterie avaient bâti des tranchées fortifiées sophistiquées et elles étaient parvenues à repousser les attaques d’infanterie, alors que les forces d’offensive n’avaient déployé les chars tout juste inventés que de façon individuelle et uniquement en soutien aux attaques de fantassins. Dès lors, la France a construit la ligne Maginot, un système encore plus sophistiqué et coûteux de fortifications. Le haut commandement allemand, vaincu lors de la Première Guerre mondiale, avait admis, lui, qu’une nouvelle stratégie s’imposait. Il utilisa des chars regroupés en divisions distinctes pour lancer des attaques éclairs, contourna la ligne Maginot en empruntant des forêts auparavant jugées impénétrables aux chars et occupa Paris en six semaines seulement. Raisonnant faussement par analogie avec la Première Guerre mondiale, l’état-major français commit une erreur très répandue : faire des plans pour la guerre à venir comme si c’était la répétition de la précédente, d’autant que cette dernière avait été remportée.

Deuxième chapitre de mon guide, après l’anticipation, le fait qu’une société peut percevoir ou non qu’un problème se pose vraiment. Il existe au moins trois raisons expliquant de tels échecs, toutes communes au monde des affaires et à l’Université.

Premièrement, les origines de certains problèmes ne peuvent littéralement pas être perçus. Par exemple, les nutriments responsables de la fertilité des sols sont invisibles à l’œil nu et on ne les mesure par des analyses chimiques que depuis l’époque contemporaine. En Australie, à Mangareva, dans certaines parties du Sud-Ouest américain et en bien d’autres lieux, la plus grande partie des nutriments avait déjà été lessivée et détachée des sols par suite des pluies avant que les hommes ne viennent s’établir. Quand les colons ont entrepris de faire pousser des cultures, celles-ci ont rapidement épuisé les nutriments qui restaient, de sorte que l’agriculture a été un échec. Et pourtant, ces sols pauvres en éléments nutritifs portaient souvent une végétation luxuriante en apparence, pour la raison que la plupart des nutriments de l’écosystème sont contenus dans la végétation plutôt que dans les sols. Les premiers colons d’Australie et de Mangareva n’avaient aucun moyen de percevoir ce problème d’ épuisement nutritif des sols par défrichement – non plus que les agriculteurs des régions salées en profondeur (comme l’est du Montana et certaines parties de l’Australie et de la Mésopotamie) ne pouvaient percevoir la salinisation en cours, non plus que certains mineurs·ne pouvaient percevoir que les eaux rejetées par les mines regorgeaient de cuivre et d’acide toxique dissous.

Une autre raison qui explique l’absence de perception d’un problème une fois qu’il se pose, c’est la distance des gestionnaires, le problème est potentiel dans toute société ou entreprise importante. Par exemple, la plus grande firme propriétaire terrienne et d’exploitation forestière au Montana aujourd’hui n’est pas basée dans l’État, mais à quatre cents kilomètres, à Seattle, dans l’État de Washington. Faute de proximité géographique, les cadres de l’entreprise peuvent ignorer un problème à ses commencements sur leurs propriétés forestières. Les entreprises bien gérées évitent de telles surprises en envoyant périodiquement des responsables « sur le terrain » pour observer ce qui s’y passe réellement. De même, si les Tikopiens vivant sur leur île minuscule et les montagnards de Nouvelle-Guinée dans leurs vallées ont réussi à gérer leurs ressources pendant plus de mille ans, c’est grâce à une connaissance exacte du territoire dans son entier dont dépend leur société.

La circonstance la plus répandue d’un échec de perception est celle d’une tendance lourde marquée par des fluctuations. Le réchauffement global en est l’exemple de choix à l’époque contemporaine. Nous comprenons désormais que les températures de par le monde ont monté au cours des décennies récentes, en grande partie du fait des changements atmosphériques causés par les hommes. Cependant, le climat n’a pas exactement augmenté de 0,01 degré par an. Il fluctue de façon erratique d’une année sur l’autre : trois degrés de plus un été que le précédent, deux degrés de plus l’été suivant, quatre degrés de moins le suivant, un degré de moins encore le suivant, puis cinq degrés de plus, etc. Compte tenu de ces fluctuations importantes et imprévisibles, il a fallu longtemps pour discerner la tendance moyenne à la hausse de 0,01 degré. C’est pourquoi la plupart des climatologues professionnels, auparavant sceptiques quant à la réalité du réchauffement global, ne sont convaincus que depuis quelques années. À l’époque où j’écris ces lignes, le président George W. Bush n’était toujours pas convaincu de sa réalité et il estime qu’il faut poursuivre les recherches. À l’époque médiévale, les habitants du Groenland éprouvaient de semblables difficultés à admettre que leur climat se refroidissait progressivement, et les Mayas et les Anasazis à discerner que le leur devenait plus sec.

Les hommes politiques parlent de « normalité rampante » pour désigner ce type de tendances lentes œuvrant sous des fluctuations bruyantes. Si l’économie, l’école, les embouteillages ou toute autre chose ne se détériorent que lentement, il est difficile d’admettre que chaque année de plus est en moyenne légèrement pire que la précédente ; les repères fondamentaux quant à ce qui constitue la « normalité » évoluent donc graduellement et imperceptiblement. Il faut parfois plusieurs décennies au cours d’une séquence de ce type de petits changements annuels avant qu’on saisisse, d’un coup, que la situation était meilleure il y a plusieurs décennies et que ce qui est considéré comme normal a de fait atteint un niveau inférieur.

Une autre dimension liée à la normalité rampante est l’ « amnésie du paysage » : on oublie à quel point le paysage alentour était différent il y a cinquante ans, parce que les changements d’année en année ont été eux aussi graduels. La fonte des glaciers et des neiges du Montana causée par le réchauffement global en est un exemple (chapitre 1). Adolescent, j’ai passé les étés 1953 et 1956 à Big Hole Basin dans le Montana et je n’y suis retourné que quarante-deux plus tard en 1998, avant de décider d’y revenir chaque année. Parmi mes plus vifs souvenirs du Big Hole, la neige qui recouvrait les sommets à l’horizon même en plein été, mon sentiment qu’une bande blanche bas dans le ciel entourait le bassin. N’ayant pas connu les fluctuations et la disparition graduelle des neiges éternelles pendant l’intervalle de quarante-deux ans, j’ai été choqué et attristé lors de mon retour à Big Hole en 1998 de ne plus retrouver qu’une bande blanche en pointillés, voire plus de bande blanche du tout en 2001 et en 2003. Interrogés sur ce changement, mes amis du Montana s’en montrent moins conscients : sans chercher plus loin, ils comparaient chaque année à son état antérieur de l’année d’avant. La normalité rampante ou l’amnésie du paysage les empêchaient, plus que moi, de se souvenir de la situation dans les années 1950. Un exemple parmi d’autres qui montre qu’on découvre souvent un problème lorsqu’il est déjà trop tard.

L’amnésie du paysage répond en partie à la question de mes étudiants : qu’a pensé l’habitant de l’île de Pâques qui a coupé le dernier palmier ? Nous imaginons inconsciemment un changement sou­dain : une année, l’île était encore recouverte d’une forêt de palmiers parce qu’on y produisait du vin, des fruits et du bois d’œuvre pour transporter et ériger les statues ; puis voilà que, l’année suivante, il ne restait plus qu’un arbre, qu’un habitant a abattu, incroyable geste de stupidité autodestructrice. Il est cependant plus probable que les modifications dans la couverture forestière d’année en année ont été presque indétectables : une année quelques arbres ont été coupés ici ou là, mais de jeunes arbres commençaient à repousser sur le site de ce jardin abandonné. Seuls les plus vieux habitants de l’île, s’ils repensaient à leur enfance des décennies plus tôt, pouvaient voir la différence. Leurs enfants ne pouvaient pas plus comprendre les contes de leurs parents, où il était question d’une grande forêt, que mes fils de dix-sept ans ne peuvent comprendre aujourd’hui les contes de mon épouse et de moi-même, décrivant ce qu’était Los Angeles il y a quarante ans. Petit à petit, les arbres de l’île de Pâques sont devenus plus rares, plus petits et moins importants. À l’époque où le dernier palmier portant des fruits a été coupé, cette espèce avait depuis longtemps cessé d’avoir une signification économique. Il ne restait à couper chaque année que de jeunes palmiers de plus en plus petits, ainsi que d’autres buissons et pousses. Personne n’aurait remarqué la chute du dernier petit palmier. Le souvenir de la forêt de palmiers des siècles antérieurs avait succombé à l’amnésie du paysage. À l’opposé, la vitesse avec laquelle la déforestation s’est répandue dans le Japon des débuts de l’ère Tokugawa a aidé les shoguns à identifier les changements dans le paysage et la nécessité d’actions correctives.

Le troisième chapitre de mon guide des échecs est le plus nourri, car traitant d’une situation la plus courante : souvent les sociétés échouent même à résoudre un problème qu’elles ont perçu.

Beaucoup des raisons tiennent à ce que les écono­mistes et d’autres spécialistes de sciences sociales appellent le « comportement rationnel », fruit de conflits d’intérêts. Certains individus, par raisonnement, concluent qu’elles peuvent favoriser leurs intérêts en adoptant un comportement qui est, en réalité, dommageable à d’autres mais que la loi autorise de fait ou par non-application. Ils se sentent en sécurité parce qu’ils sont concentrés (peu nombreux) et très motivés par la perspective de réaliser des profits importants, certains et immédiats, alors que les pertes se distribuent sur un grand nombre d’individus. Cela donne aux perdants peu de motivation pour se défendre, parce que chaque perdant perd peu et n’obtiendrait que des profits réduits, incertains et lointains, quand bien même réussissait-il à défaire ce que la minorité a accompli. C’est le cas, par exemple, des subventions à effets pervers : ces budgets que les gouvernements dépensent pour soutenir des activités qui ne seraient pas rentables sans ces aides, comme la pêche, la production de sucre aux États-Unis et celle du coton en Australie (subventionnées indirectement par le gouvernement qui supporte les coûts liés à l’irrigation). Les pêcheurs et les cultivateurs peu nombreux font pression avec ténacité pour obtenir les subventions qui représentent une bonne part de leurs revenus, tandis que les perdants – tous les contribuables – se font moins entendre parce que la subvention concernée n’est financée que par une petite fraction des impôts acquittée par les contribuables. Les mesures bénéficiant à une petite minorité aux dépens d’une large majorité sont en particulier susceptibles d’être prises dans certains types de démocraties où le pouvoir de faire pencher la balance repose sur certains petits groupes : par exemple, les sénateurs des petits États au Sénat américain ou les petits partis religieux en Israël, à un degré par ailleurs inenvisageable dans le système parlementaire hollandais.

Un type fréquent de comportement rationnel pervers est de l’ordre de l’égoïsme. Prenons un exemple simple. La plupart des pêcheurs du Montana pêchent la truite. Quelques-uns préfèrent pêcher le brochet, gros poisson carnivore qui n’existe pas naturellement dans l’ouest du Montana, mais a été introduit subrepticement et illégalement dans certains lacs et rivières de cette contrée. Il y a ruiné la pêche à la truite, suite à la disparition des truites. Or les pêcheurs de brochets sont moins nombreux que ne l’étaient les pêcheurs de truites.

Nous avons un autre exemple engendrant plus de perdants et des pertes financières plus importantes : jusqu’en 1971, les compagnies minières du Montana, lorsqu’elles fermaient une mine, laissaient son cuivre, son arsenic et son acide s’écouler dans les rivières, faute de législation de l’État pour les contraindre à nettoyer les sites. En 1971, une telle loi a été promulguée. Les entreprises ont·alors découvert qu’elles pouvaient extraire le minerai de valeur, puis se déclarer en faillite avant d’avoir à assumer les coûts d’un nettoyage. Résultat : les citoyens du Montana ont dû acquitter cinq cents millions de dollars de frais de nettoyage, alors que les sociétés minières n’ont eu qu’à engranger leurs profits. D’innombrables autres exemples de comportements de ce type dans le monde des affaires pourraient être cités, mais il n’est pas aussi universel que certains· cyniques le soupçonnent. Au chapitre suivant, nous verrons dans quelle mesure ces comportements résultent de l’impératif, pour les entreprises, de gagner de l’argent dans le cadre autorisé par les règlements de l’État, le droit et la demande du public.

Une forme particulière de conflit d’intérêts est connue sous le nom de « tragédie des communs », laquelle est intimement liée aux conflits appelés « dilemme du prisonnier » et « logique de l’action collective ». Prenez une situation dans laquelle beaucoup de consommateurs récoltent une ressource qu’ils possèdent en commun, tels des pêcheurs qui prennent du poisson dans une zone de l’océan ou des bergers qui font paître leurs moutons sur un pâturage commun. Si chacun surexploite la ressource concernée, elle diminuera par surpêche ou surpâturage et finira par disparaître. Tous les consommateurs en souffriront. Il serait donc dans l’intérêt commun de tous les consommateurs d’exercer une contrainte et de ne pas surexploiter cette ressource. Mais tant qu’il n’existe pas de régulation efficace fixant la quantité de la ressource que chaque consommateur pourra récolter, chaque consommateur a raison de se dire : « Si je n’attrape pas ce poisson ou si je ne laisse pas mes moutons brouter cette herbe, un autre pêcheur ou un autre berger le fera ; je n’ai donc pas de raison de me retenir de surpêcher ou de surrécolter. » Le comporte­ ment rationnel correct consiste ici à récolter avant que l’autre consommateur puisse le faire, même si cela peut avoir pour résultat la destruction des biens communs, et donc nuire à tous les consommateurs.

En réalité, alors que cette logique a conduit nombre de biens communs à être surexploités et détruits, d’autres ont été préservés pendant des centaines, voire des milliers d’années. Parmi les conséquences malheureuses, on trouve la surexploitation et la disparition de la plupart des grandes zones de pêche et l’extermination de la grande faune (gros mammifères, oiseaux et reptiles) sur chaque île océanique ou continent colonisé par les humains pour la première fois au cours des cinquante mille dernières années. Les conséquences heureuses comprennent la préservation de nombreuses zones de pêche locales, de forêts, de sources d’eau, comme les zones de pêche à la truite et les systèmes d’irrigation du Montana que j’ai décrits au chapitre 1. La chose est aisément explicable par trois types différents de dispositions qui ont évolué pour préserver une ressource commune tout en permettant une récolte durable.

Une solution évidente consiste pour le gouvernement ou une autre force extérieure à intervenir, avec ou sans l’invitation des consommateurs, et à imposer des quotas, comme le shoghun et le daimyo dans le Japon des Tokugawas, les empereurs incas dans les Andes et les princes et les propriétaires terriens de l’Allemagne du XVIe siècle l’ont fait pour la coupe de bois. Cependant, la chose n’est pas possible dans certaines situations (par exemple, une île en plein océan) et cela implique des coûts d’administration et de police excessifs dans d’autres situations. Une deuxième solution consiste à privatiser la ressource, c’est-à-dire à la diviser en lots individuels que chaque propriétaire sera motivé à gérer avec prudence dans son propre intérêt. Cette pratique a été appliquée dans certaines forêts possédées par des villages dans le Japon des Tokugawas. Cependant, là encore, certaines ressources (comme les animaux et le poisson migrateur) sont impossibles à subdiviser et les propriétaires individuels peuvent éprouver encore plus de difficultés que les gardes-côtes ou la police publique à refouler les intrus.

Face à la tragédie des communs , la solution qui demeure consiste pour les consommateurs à reconnaître leurs intérêts communs et à imaginer, suivre et imposer eux-mêmes des quotas de récolte prudents. Cela n’est possible que si toute une série de conditions sont satisfaites : les consommateurs forment un groupe homogène ; ils ont appris à se faire confiance et à communiquer entre eux ; ils comptent avoir un avenir commun et transmettre la ressource concernée aux jeunes générations ; ils ont la capacité, ou la permission, de s’organiser et de se surveiller eux-mêmes, et on le leur permet ; les frontières de la ressource et de son ensemble de consommateurs sont bien définies. Le cas des droits s l’eau pour l’irrigation au Montana, analysé au chapitre 1, en est un bon exemple. Alors que l’attribution de ces droits a force de loi écrite, les ranchers obéissent surtout au délégué à l’eau qu’ils ont élu et ils ne tranchent plus leurs litiges devant les tribunaux. Parmi les autres exemples de groupes homogènes gérant avec prudence les ressources qu’ils veulent transmettre à leurs enfants, on trouve les habitants de l’île de Tikopia, les montagnards de Nouvelle-Guinée, les membres de castes indiennes et d’autres groupes analysés au chapitre 9. Ces petits groupes, avec les Islandais (chapitre 6) et les Japonais de l’ère Tokugawa, qui forment des groupes plus importants, ont de plus été motivés à parvenir à un accord par leur isolement de fait : il était évident pour tout le groupe qu’il ne survivrait que grâce à ses ressources dans un avenir proche. De tels groupes savaient qu’ils ne pouvaient invoquer l’excuse classique ( « ce n’est pas mon problème ») pour justifier leur mauvaise gestion.

Des conflits d’intérêts impliquant un comportement rationnel peuvent advenir lorsque, au contraire de la société dans son ensemble, le principal consommateur n’a pas intérêt à long terme à préserver la ressource concernée. Par exemple, une bonne part de l’exploitation commerciale de la forêt tropicale humide est aujourd’hui assurée par des compagnies forestières internationales, lesquelles en général signent des baux à court terme dans un pays, coupent la forêt sur tout le terrain qu’elles ont loué, puis vont dans un autre pays. Les bûcherons ont bien vu qu’une fois qu’ils ont payé le loyer de leur location, il est de leur intérêt de couper les forêts aussi vite que possible, de ne pas tenir leur promesse de reforestation et de s’en aller. C’est ainsi qu’ils ont détruit la plus grande partie des forêts des basses terres de la péninsule de Malaisie, puis de Bornéo, puis des îles Salomon et de Sumatra, maintenant des Philippines, et bientôt de la Nouvelle-Guinée, de l’Amazonie et du bassin du Congo. Ce qui est bon pour les bûcherons est mauvais pour la population locale, qui perd sa source de produits forestiers et doit subir les conséquences de l’érosion des sols et de la sédimentation. C’est mauvais aussi pour le pays d’accueil dans son ensemble, qui perd ainsi une part de sa biodiversité ·et de la possibilité de se doter d’une activité forestière durable. Ce conflit d’intérêts résultant de la location de terres à court terme contraste avec les résultats fréquem­ment obtenus lorsque les sociétés forestières possèdent la terre, car alors elles anticipent des récoltes répétées et -tout comme la population locale et le pays ont intérêt à adopter une perspective à long terme. Dans les années 1920, les paysans chinois ont noté un contraste similaire quand ils ont évalué les avantages comparés de l’exploitation par deux types différents de seigneurs de la guerre. Il était dur d’être exploité par un « bandit à demeure », un seigneur de la guerre implanté localement, mais il laissait au moins aux paysans assez de ressources pour qu’ils lui procurent plus de butin dans les années à venir. Le pire était d’être exploité par un « bandit errant », un seigneur de la guerre qui, telle une compagnie forestière louant des terres à court terme, ne laissait rien aux paysans d’une région et s’en allait seulement piller ceux d’une autre.

Le comportement rationnel peut également dicter à des élites repliées dans leur sphère des décisions nuisibles au reste de la société à l’écart de laquelle elles se maintiennent.

On en a vu, au cours de notre enquête, des exemples divers – la dictature Trujillo en République dominicaine, ou les élites possédantes en Haïti, ou bien encore la politique foncière des zones de résidences huppées sous haute protection sécuritaire aux États-Unis. Il n’y a guère, Barbara Tuchman dressait dans The March of Folly [1] la longue liste des décisions politiques qui, de la guerre de Troie à la guerre du Viêt Nam, furent causes de catastrophes. Il ne faisait, à ses yeux, aucun doute que « la plus importante des forces qui affectent la sottise politique, c’est la soif du pouvoir que Tacite a appelée ’la plus flagrante de toutes les passions’ ». C’est ce même désir que nous avons vu à l’ œuvre chez les chefs de l’île de Pâques ou les rois mayas : elle les poussa, par la rivalité mimétique, à ériger des statues et des monuments toujours plus élevés. Tout chef ou roi qui aurait construit des statues ou des monuments de moindre dimension afin d’épargner les forêts aurait perdu son prestige, donc son rang, et par conséquent sa fonction. La compétition pour le prestige fait rarement bon ménage avec la vision à long terme.

A l’inverse, l’immersion de l’élite dans la société oblige les dirigeants à être conscients des effets de leurs actions. Nous verrons au dernier chapitre que la forte conscience environnementale des Hollandais – y compris celle de leurs hommes politiques – tient au fait qu’une bonne partie de la population, dirigeants et dirigés, vit sur des terres situées en dessous du niveau de la mer, et que tous partagent les mêmes risques en cas de mauvaise gestion des digues. De même, les grands hommes de Nouvelle-Guinée en zone montagnarde vivent dans le même type de huttes que les hommes sans qualité, vont avec ces derniers piocher du bois à brûler et du bois d’œuvre dans les mêmes endroits et sont ainsi très motivés pour élaborer une activité forestière durable (chapitre 9).

D’autres échecs s’expliquent par le « comportement irrationnel », c’est-à-dire le comportement dommageable non plus à certains ni à la majorité, mais. à tous. Un tel comportement irrationnel survient souvent quand chacun, individuellement, est travaillé par un conflit de valeurs : on veut ignorer un mauvais statu quo parce qu’il résulte de l’application des valeurs auxquelles on tient profondément. « La persistance dans l’erreur », « le raidissement », « le refus de tirer les conclusions qui s’imposent à partir de signes négatifs », « l’immobilisme, la stagnation mentale » sont les causes que Barbara Tuch man recense. Les psychologues, eux, parlent d’ « effet de ruine » pour désigner un trait voisin : l’hésitation à abandonner une politique – ou à vendre une action – dans laquelle il a été déjà beaucoup investi.

Certaines motivations irrationnelles courantes tiennent au fait que l’opinion peut ne pas apprécier ceux qui perçoivent un problème les premiers et le dénoncent – comme le parti vert de Tasmanie qui a le premier protesté contre l’introduction de renards en Tasmanie. Ou bien, les avertissements peuvent ou non être entendus du fait de mises en garde antérieures qui se sont révélées de fausses alertes. Ou bien encore, l’opinion peut décider de n’avoir tout simplement pas d’avis sur la question.

Mais il est un facteur clé : les valeurs religieuses. Profondément implantées, elles sont donc de fréquentes causes de comportement désastreux. Par exemple, une bonne partie de la déforestation dans l’île de Pâques résultait d’une motivation religieuse : il fallait disposer de troncs d’arbres pour transporter et ériger les statues géantes de pierre qui étaient des objets de vénération. Au même moment, mais à six mille kilomètres de là et dans l’autre hémisphère, les Norvégiens du Groenland suivaient simplement leurs valeurs chrétiennes. Ces mêmes valeurs qui leur permirent de survivre pendant des siècles les empêchèrent d’opérer des changements drastiques dans leur style de vie et d’adopter certaines technologies inuits qui les auraient aidés à survivre plus long­ temps.

Le monde moderne et contemporain nous offre de nombreux exemples d’admirables valeurs profanes auxquelles nous tenons par-dessus tout alors qu’elles n’ont plus de sens. Les Australiens ont apporté de Grande-Bretagne la tradition d’élever des moutons pour la laine, des valeurs rurales fortes et une identi­ication à la Grande-Bretagne ; ils ont ainsi réalisé l’exploit de bâtir une démocratie digne du Premier Monde loin de toute autre (à l’exception de la Nouvelle-Zélande) ; aujourd’hui, ils commencent cependant à découvrir que ces valeurs ont aussi un revers. Si les habitants du Montana ont tant répugné à résoudre leurs problèmes causés par les mines, l’exploitation forestière et les ranches, c’est parce que ces trois activités, piliers de l’économie du Montana, étaient liées à l’esprit pionnier et à l’identité de cet État. L’attachement des pionniers à la liberté individuelle et à l’autosuffisance les ont empêchés longtemps d’admettre que désormais ils avaient besoin de planification publique et de contrepoids aux droits individuels. La détermination de la Chine communiste à ne pas répéter les erreurs du capitalisme l’a conduite à mépriser le souci de l’environnement : on sait où cela l’a conduite. L’idéal rwandais des grandes familles était adapté à l’époque traditionnelle où la mortalité infantile était élevée, mais il a conduit aujourd’hui à une désastreuse explosion démographique. Il me semble qu’une bonne part de l’opposition rigide que rencontre le souci pour l’environnement dans le Premier Monde s’explique par des valeurs acquises il y a longtemps et jamais réexaminées. Ce qu’en d’autres termes Barbara Tuchman décrit comme la préservation par « des dirigeants ou responsables politiques [des] idées avec lesquelles ils ont commencé leur carrière ».

Concernant ses valeurs fondamentales, jusqu’à quel point un individu préfère-t-il mourir plutôt que de faire des compromis et vivre ? Des millions de gens, à l’époque contemporaine, ont été confrontés à la décision de savoir si, pour sauver leur vie, ils seraient ou non disposés à trahir leurs amis ou leurs proches, à complaire à un dictateur, à vivre en esclavage ou à préférer l’exil. Les nations et les sociétés ont parfois à prendre collectivement des décisions similaires.

Toutes ces décisions impliquent ·des paris sur l’avenir, faute de la certitude que la perpétuation de certaines valeurs conduise à l’échec et leur préservation au succès. En tentant de continuer à être des agriculteurs chrétiens, les Norvégiens du Groenland ont préféré mourir en tant que tels plutôt que de vivre comme des Inuits ; ils ont perdu leur pari. Parmi les cinq petits pays d’Europe de l’Est confrontés à la puissance irrésistible des armées russes, les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens ont renoncé à leur indépendance en 1939 sans combattre, alors que les Finlandais se sont battus en 1939-1940 et ont sauvegardé leur indépendance ; les Hongrois, eux, se sont battus en 1956 et ils ont été défaits. Qui d’entre nous peut dire quel pays a été plus sage ? Qui d’entre nous aurait pu prévoir que seuls les Finlandais gagneraient leur pari ?

Peut-être une clé du succès ou de l’échec pour une société est-elle de savoir à quelles valeurs fondamentales se tenir et lesquelles écarter, voire remplacer par de nouvelles. Au cours des soixante dernières années, des pays parmi les plus puissants ont renoncé à certaines valeurs qui paraissaient centrales dans leur image nationale : la Grande-Bretagne et la France ont renoncé à leur rôle centenaire de puissances mondiales agissant de façon indépendante ; le Japon a renoncé à sa tradition militaire et à ses forces armées ; et la Russie a abandonné sa longue expérience du communisme. Les États-Unis ont abandonné en substance – mais pas complètement – leurs anciennes valeurs de discrimination raciale légale, d’homophobie légale, de subordination des femmes et de répression sexuelle. L ’Australie révise aujourd’hui son statut de société. rurale agricole structurée par une identité britannique. Se pourrait-il que les sociétés qui réussissent soient celles qui ont le courage de prendre ces décisions difficiles et ont la chance de gagner leurs paris ?

Beaucoup d’échecs en partie irrationnels s’expliquent par le conflit entre des motivations à court terme et à long terme chez le même individu. Les paysans rwandais et haïtiens, ainsi que des milliards d’autres gens dans le monde aujourd’hui, sont désespérément pauvres et ne pensent qu’à la façon dont ils vont se nourrir le lendemain. Les pêcheurs pauvres des récifs tropicaux se servent de dynamite et de cyanure pour tuer les poissons du récif (et incidemment détruire les récifs eux-mêmes) afin de nourrir leurs enfants aujourd’hui, tout en sachant que, ce faisant, ils ravagent leur cadre de vie futur. Des économistes justifient rationnellement ce souci exclusif des profits à court terme en arguant qu’il peut être de meilleur aloi de récolter une ressource aujourd’hui que demain, dès lors que les profits d’aujourd’hui peuvent être investis et que les intérêts de cet investissement entre aujourd’hui et demain tendent à rendre la récolte d’aujourd’hui plus valable que celle de demain. Quitte à ce que les conséquences néfastes soient supportées par la génération à venir, qui, par définition, n’est pas encore ici pour faire droit à une prospective à long terme.

D’autres facteurs interviennent dans les prises de décision irrationnelles. Irving Janis étudie la « pensée de groupe », forme moins prégnante et à petite échelle de la psychologie des foules, et qui peut apparaître dans un groupe de décideurs. En particulier lorsqu’un petit groupe soudé (comme les conseillers du président Kennedy pendant la crise de la baie des Cochons ou ceux du président Johnson lors de l’escalade de la guerre du Viêt Nam) essaie de parvenir à une décision dans des circonstances de stress où le besoin de soutien et d’approbation mutuels peuvent conduire à annihiler les doutes et la pensée critique, à partager des illusions, à parvenir à un consensus prématuré et finalement à prendre une décision catastrophique. La pensée de groupe – et la psychologie des foules – peut opérer sur des périodes qui ne sont pas seulement de quelques heures, mais parfois de quelques années ; toutefois, on ignore encore quelle est leur part dans des décisions catastrophiques concernant des problèmes d’environnement de longue durée (décennies ou siècles).

La dernière raison spéculative que je mentionne­ rai pour expliquer l’échec irrationnel dans les tentatives menées pour résoudre un problème que l’on perçoit est le déni d’origine psychologique. Si une chose perçue suscite en vous une émotion douloureuse, elle sera inconsciemment supprimée ou niée afin d’éviter cette douleur, angoisse ou peur, quitte à ce que le déni conduise à des décisions désastreuses.

Dans le domaine qui nous concerne, prenons l’exemple d’une étroite vallée sinistrée juste derrière un grand barrage. Que le barrage vienne à se rompre, l’eau emportera les habitants sur une distance considérable en aval. Quand on sonde l’opinion qui vit en aval du barrage sur sa crainte d’une éventuelle rupture, cette peur est moindre en aval, elle augmente au fur et à mesure qu’on s’approche, atteint son paroxysme à quelques kilomètres du barrage, puis décroît brutalement et tend vers zéro parmi les habitants les plus proches du barrage ! Autrement dit, ces derniers, qui sont les plus certains d’être inondés en cas de rupture, disent d’une certaine manière ne pas être concernés. Ce déni d’origine psychologique est leur seule façon de vivre dans une normalité quotidienne. Le déni d’origine psychologique est un phénomène bien attesté dans la psychologie individuelle, mais il semble s’appliquer aussi à la psychologie des groupes.

Enfin, dernier chapitre de mon catalogue, le cas où une société échoue à résoudre un problème perçu, voire anticipé : le problème peut être au-delà de nos capacités présentes de résolution, une solution peut exister, mais être trop coûteuse, ou bien encore nos ·efforts peuvent être trop minimes ou trop tardifs. Certaines solutions tentées ont un effet de retour qui fait empirer le problème, telle l’introduction de crapauds en Australie pour contrôler les insectes nuisibles ou la suppression des feux de forêts dans l’Ouest américain. Maintes sociétés du passé (comme l’Islande médiévale) n’avaient pas les connaissances écologiques détaillées qui nous permettent désormais de mieux faire face aux problèmes auxquels elles étaient confrontées. Mais certains de ces problèmes continuent aujourd’hui à résister à toute solution.

Au chapitre 8, nous avons vu qu’au Groenland, ces cinq derniers mille ans, le climat froid et les ressources limitées et variables ont conduit à l’échec quatre vagues successives de chasseurs-cueilleurs américains puis des Norvégiens. Les Inuits sont parvenus à vivre en autosuffisance au Groenland pendant sept cents ans, mais leur vie était dure et ils mouraient souvent de faim. Les Inuits contemporains ne sont plus prêts à subsister de façon traditionnelle avec des outils de pierre, des traîneaux et la pêche à la baleine au harpon : ils importent des technologies et de la nourriture. Le gouvernement du Groenland n’a pas encore développé une économie qui soit indépendante de l’aide étrangère malgré le choix de l’élevage du bétail et les subventions aux éleveurs de moutons. On comprend mieux dès lors l’échec final des Norvégiens. De même, l’échec final des Anasazis ·dans le sud-ouest des États-Unis doit être considéré à la lumière de beaucoup d’autres tentatives qui ont finalement échoué pour établir des sociétés rurales durables dans un environnement hostile à l’agriculture.

Parmi les problèmes les plus récurrents aujourd’hui, on trouve ceux que posent les espèces nuisibles, qui se révélèrent souvent impossibles à éradiquer ou à contrôler une fois introduites. Par exemple, l’État du Montana continue à dépenser plus de cent millions de dollars par an pour combattre des mauvaises herbes qui ont été introduites. Non pas parce que le Montana n’a rien fait pour les éradiquer, mais tout simplement parce que ces mauvaises herbes sont impossibles à éradiquer à l’heure actuelle. Certaines. ont des racines trop profondes pour qu’on les arrache à la main et les désherbants chimiques spécifiques coûtent cher. L’Australie a tenté les haies, les renards, la chasse, les bulldozers et le virus de la myxomatose ou le virus Calici pour maîtriser les lapins, lesquels ont pour l’instant résisté à toutes ces offensives.

Le problème catastrophique des incendies de forêts dans les parties sèches de l’Ouest montagneux des États-Unis pourrait sans doute être maîtrisé grâce à des techniques de gestion, comme l’élagage mécanique des sous-bois et l’enlèvement du bois mort, visant à réduire ce qui peut brûler. Malheureusement, la mise en œuvre de cette solution sur une grande échelle est considérée comme prohibitive. Le destin du moineau de Floride illustre également l’échec dû aux coûts estimés et à la procrastination qui s’ensuit : trop peu, trop tard. L’habitat de ce moineau se réduisant, toute action a été repoussée le temps que l’on établisse si vraiment il diminuait à un point critique. Lorsque l’Office américain du poisson et de la faune sauvage a décidé à la fin des années 1980 d’acheter l’habitat restant pour le coût élevé de cinq millions de dollars, il était si dégradé que les moineaux moururent. Une polémique fit alors rage pour savoir si l’on devait accoupler les derniers spécimens en captivité avec d’autres, assez proches, puis en obtenir de plus purs en croisant les hybrides ainsi obtenus. Lorsque l’autorisation fut finalement accordée, les derniers moineaux captifs étaient devenus infertiles du fait de leur âge avancé. L’effort pour préserver l’habitat et pour accoupler les oiseaux captifs aurait été moins coûteux et davantage couronné de succès s’il avait été entrepris plus tôt.

En ouverture à ce chapitre, il y avait l’étonnement de mes étudiants et le refus de Joseph Tainter de croire qu’une société pouvait choisir l’échec. Au moment de conclure, il nous apparaît que nous sommes à l’extrême inverse : il y a quantité de raisons qui expliquent l’échec des sociétés. Mais le fait que nous soyons, moi, en train de rédiger et, vous, de lire cet ouvrage prouve que l’échec n’est pas notre destinée inéluctable. Au chapitre 9, nous avons analysé nombre de succès.

Si certaines sociétés réussissent tandis que d’autres échouent, la raison en est évidemment dans les différences entre les environnements plutôt qu’entre les sociétés. Certains environnements posent des problèmes plus difficiles que d’autres. Par exemple, le Groenland froid et isolé posait un plus grand défi que le sud de la Norvège, dont provenaient beaucoup de colons du Groenland. De même, l’île de Pâques, qui est sèche, isolée, de latitude élevée et plate, représentait pour ses colons un plus grand défi que Tahiti, humide, moins isolée, équatoriale et élevée, d’où étaient originaires des ancêtres des habitants de l’île de Pâques. Mais ce n’est que la moitié de l’histoire. Si j’affirmais que ces différences environnementales représentent la seule raison de l’échec ou de la réussite des sociétés, il serait juste de m’accuser de « déterminisme environnemental »,conception peu à l’honneur chez les spécialistes des sciences sociales. En réalité, si les conditions environnementales rendent sans doute plus difficile le maintien des sociétés humaines dans certains milieux plutôt que dans d’autres, les raisons de la réussite ou de l’échec tiennent aussi aux choix qu’opère une société.

Par exemple, pourquoi l’Empire inca a-t-il réussi à reboiser son environnement sec et froid, mais pas les habitants de l’île de Pâques ni les Norvégiens du Groenland ? La réponse dépend en partie des idiosyncrasies des individus et met au défi toute prédiction. Je crois cependant qu’une meilleure intelligence des causes potentielles d’échec recensées dans cette enquête peut aider les décideurs à en prendre conscience et à les éviter.

Un exemple frappant de l’usage d’une bonne compréhension d’une crise antérieure nous est donné par les crises consécutives mais contrastées impliquant Cuba et les États-Unis. Chaque crise donne lieu à des discussions entre le président Kennedy et ses conseillers. Début 1961, ils versent dans la pensée de groupe, et prennent donc la décision catastrophique de lancer l’invasion de la baie des Cochons, qui est un échec humiliant, et conduit à la crise bien plus dangereuse des missiles cubains. Irving Janis, dans Groupthink : Psychological Studies of Policy Decisions and Fiascoes, montre que les délibérations sur l’ expédition dans la baie des Cochons présentent toutes les caractéristiques, ou presque, de la prise de mauvaises décisions : sentiment prématuré d’unanimité, annihilation des doutes personnels et empêchement de l’expression de visions opposées, meneur – Kennedy – dirigeant la discussion de façon à minimiser les désaccords. En 1962, les délibérations sur la crise des missiles impliquent Kennedy et nombre des mêmes conseillers, mais elles suivent un processus inverse et débouchent sur des décisions fructueuses : Kennedy ordonne aux participants de penser avec scepticisme, il autorise la libre discussion, il rencontre séparément les sous-groupes et quitte parfois la salle pour éviter de trop influencer lui-même la discussion.

Au cours de ces deux crises cubaines, la prise de décision est différente en grande partie parce que Kennedy lui-même, après le fiasco de la baie des Cochons, a réfléchi aux dysfonctionnements dans le mode de décision et invité ses conseillers à faire de même.

__ Il faut qu’un dirigeant se fasse parfois visionnaire, ce qui implique du courage politique, puisqu’il doit résoudre un problème environnemental. Nous en avons rencontré quelques cas : les premiers shoguns tokugawas, qui ont réduit la déforestation du Japon longtemps avant que celle-ci n’atteigne le stade de l’île de Pâques ; Joaquin Balaguer, le dictateur qui, quelles que fussent ses motivations, soutint fortement les défenseurs de l’environnement dans la partie dominicaine d’Hispaniola, alors que ses homologues du côté haïtien ne firent rien de tel ; les chefs de Tikopia qui décidèrent d’éliminer les porcs nocifs pour leur île, malgré le statut prestigieux de cet animal en Mélanésie ; les dirigeants de la Chine communiste qui ont promulgué un planning familial longtemps avant que la surpopulation de leur pays atteigne le niveau du Rwanda aujourd’hui. Autant d’exemples qui sont des raisons d’espérer et font de mon enquête un ouvrage optimiste.

[1] Traduction française : La marche folle de l’Histoire, Paris, Robert Laffont, 1985. Citations respectivement aux pages 374 et 376 (N.d.É.).


Caricatures danoises: C’est la démocratie, imbécile ! (Flemming Rose: The cartoons are including, rather than excluding, Muslims)

16 février, 2015
https://i0.wp.com/cartoons.internet-share.com/wp-content/uploads/sites/16/2015/01/tumblr_nhuhtoZ97o1u7jsm4o1_500.jpg03.02.06: Steve Bell on Muslim outrage at Mohammed cartoonshttps://i2.wp.com/zombietime.com/mohammed_image_archive/extreme_mohammed/Crybaby_Muhammad.jpg

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Soyez fils de votre Père qui est dans les cieux (qui) fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et (…) pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 45)
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard 
En France, on peut être choqué, agressé, blessé par l’opinion ou les mœurs des autres: c’est ce qu’Alain Finkielkraut appelle la douleur de la liberté. Il faut vous y faire, vos concitoyens ont le droit de caricaturer votre prophète. Sinon, il existe des tas de pays où on ne court aucun risque de tomber sur Charlie Hebdo… (…) les quelques semaines de lucidité qui ont suivi les attentats nous ont révélé que l’antisémitisme, le complotisme et le rejet de la France étaient bien plus répandus que ce que je croyais moi-même. (…) L’origine de notre interminable crise identitaire, ce n’est pas l’islam mais notre incapacité collective à définir ce qui nous rassemble et à le défendre. Ainsi refuse-t-on avec constance qu’un pays puisse avoir une politique migratoire conforme à ses intérêts. Nous aimons l’Autre, se récrie-t-on. Qui oserait dire le contraire? Seulement, quand il arrive que l’Autre, lui, nous aime moins que ce qu’on voudrait, on fait mieux que le comprendre, on l’approuve. On l’applaudit. Pourquoi aimerait-on un pays qui, non content d’avoir commis des crimes effroyables dans le passé, s’acharne à les répéter? Quelques semaines après des attentats islamistes, de quoi débat la France? Du mal qu’elle a fait à ses enfants d’immigrés. De ses promesses non tenues. De ses idées rances. Et bien sûr, de son «islamophobie», au point qu’on finit par penser que l’islamophobie a tué à Paris. Le président nous a appelés à être «fiers d’être français». Avec un mot Manuel Valls a clos la séquence: «apartheid», le mot a été répété avec gourmandise par des journalistes ravis de tant d’audace. Et le plus consternant est que le Premier ministre l’ait prononcé pour câliner son aile gauche et faire plaisir aux intéressés. Que certains membres d’un parti de gouvernement exigent, comme prix de leur loyauté, que leur chef se livre au dénigrement public de leur pays, ne semble surprendre personne. Pas plus que le fait que l’on caresse une communauté dans le sens du poil en lui expliquant qu’elle est faite de sous-citoyens. Oh oui, je t’ai fait mal…, c’est bon, non? La France a fabriqué Merah, Nemouche et les autres. La faute à l’apartheid. Vous verrez, certains exigeront bientôt qu’on organise «Vérité et Réconciliation» pour leur demander pardon d’avoir si mal accueillis leurs parents. (…) ce n’est pas en leur apprenant l’arabe qu’on va régler le problème. Le jour où l’école sera capable de transmettre à tous ce cadeau qu’est la culture française – ce qui suppose d’enseigner un tout petit peu «à la dure», en arrêtant de se demander si Balzac n’est pas discriminatoire pour nos enfants d’immigrés – on aura pas mal avancé. Mais le plus important, c’est d’arrêter d’entretenir la jeunesse, notamment musulmane, dans l’illusion qu’on lui devait quelque chose qu’on ne lui a pas donné. Rien n’est plus délétère que ce ressentiment, encouragé et légitimé par le discours public. Est-il si insupportable d’envisager que les intéressés aient une part de responsabilité dans ce qui leur arrive? Si beaucoup ont du mal à trouver leur place dans la société française, est-ce exclusivement à cause du racisme congénital des Français? Oui, c’est difficile de trouver du boulot et c’est plus difficile pour la jeunesse immigrée. Comment peut-on oublier les milliards investis dans la politique de la ville, l’arsenal juridique qui sanctionne le racisme et les discriminations, les repentances diverses et variées? Personne n’est colonisé en France. En réalité, les pleureuses professionnelles et les donneurs de leçons qui adorent se battre la coulpe sur la poitrine des autres méprisent nos concitoyens musulmans en les supposant incapables d’intégrer le monde des Lumières. Pour ces humiliés, disent-ils, l’islam est la dernière source de dignité. C’est aimable pour tous ceux dont la dignité réside dans leur contribution au bien commun. Cette condescendance parée de générosité me révolte. (…) Très vite, il est devenu clair que cette unanimité ne faisait que masquer de profonds malentendus. La gauche et les médias sont revenus à leur ritournelle habituelle: le FN, voilà l’ennemi! Que l’on combatte le FN, fort bien, mais quand j’entends les mêmes dénoncer les «intentions funestes de ce parti pour la démocratie» et traiter de racistes tous ceux qui demandent à l’islam de France fasse son aggiornamento, je me demande qui est dingue. Oui, la France pourrait être une chance pour l’islam comme elle a été une chance pour les juifs. Dire cela, ce n’est pas insulter les musulmans, mais simplement les inviter à réaliser la synthèse entre le public et le privé, le laïque et le religieux, l’individu et le groupe, que beaucoup d’autres ont faite avant eux. C’est en leur mentant qu’on les insulte. (…)  Voilà des années que certains débats sont interdits: en apparence ils ont lieu, mais tout point de vue contraire à la doxa est d’emblée criminalisé. On vous laisse parler en agitant la clochette «Attention, salaud!» Du coup, les mots n’ont plus de sens: par exemple, il est communément admis que la proposition «être contre l’immigration» (ou pour une réduction drastique des flux migratoires) est synonyme de «être raciste». C’est totalement stupide d’un point de vue logique, mais peu importe, le journaliste standard le répètera comme il a répété que si on était contre le mariage homo on était contre l’égalité. Cette fois, le journaliste standard a décidé, enchanté de sa trouvaille, que l’existence d’un apartheid en France était une vérité scientifique et que les attentats islamistes n’avaient rien à voir avec l’islam. On est en train de monter d’un cran dans la censure: on n’interdit pas seulement des opinions mais des réalités déplaisantes. Ainsi Arno Klarsfeld est-il mis en examen pour avoir dit: «Une partie des jeunes de banlieue est antisémite». Cela aurait dû au moins nous faire hurler de rire, et j’attends l’audience avec impatience au cas où la Justice se donnerait le ridicule de statuer sur le droit d’affirmer que la pluie mouille. Cependant, le plus rigolo, c’est Plenel: d’après lui, rien ne serait arrivé si on n’avait pas laissé Finkielkraut dire qu’il y a un problème avec l’islam. En somme, il aurait suffi de ne jamais nommer le problème pour qu’il n’existe pas. Et on continue à lui parler comme s’il était raisonnable… (…) je suis atterrée par les condamnations à des peines fermes pour «apologie du terrorisme». En France, on ne va pas en prison pour ses idées, même si elles sont atroces. Et je préfèrerais qu’on arrête les aspirants-terroristes plutôt que les grandes gueules. Que Dieudonné soit condamné quand il va trop loin (c’est-à-dire souvent…) et surtout qu’on l’oblige à payer ses amendes). Mais je ne veux pas qu’on l’empêche de parler. Je veux vivre dans un monde où je peux être heurtée par les propos des autres. La loi qui pénalise les délits d’opinion doit être appliquée avec sagesse. Or, je le répète, aujourd’hui, certains nous somment de ne pas voir ce que nous voyons. Eh bien moi, je ne renoncerai jamais au droit de voir – ni d’ailleurs à celui de parler et de penser. Elisabeth Lévy
Culpabilisés par leur niveau de vie (…) taraudés par la mauvaise conscience d’être des nantis, [les Scandinaves] ont ouvert les vannes de l’immigration. (..) Le problème est de sauvegarder la laïcité face à une religion turbulente. Dès lors, l’intégration ne fonctionne plus si les flux d’arrivants sont trop massifs et si la propagande victimaire domine. Emeutes au Danemark en 2008, quasi-émeutes en Norvège en 2009, aux cris de «mort aux Juifs» ; émeutes en Suède en 2013. Les pays scandinaves ont déjoué plusieurs tentatives d’attentats. (…) Le royaume danois fut donc pionnier des structures d’accueil de dé-radicalisation, avec psychologues aux petits soins et réinsertion par l’emploi de type discrimination positive à la clé. En prime, les autorités politiques et les élites prenaient avec des pincettes les caricaturistes «droitisés» de 2005, et des manifestants avaient brandi des pancartes «Sorry» pour amadouer le monde musulman. Ce profil bas n’a pas payé, car il brosse de l’Occident un tableau dont la noirceur et la pusillanimité justifient révolte et violence. Les frères Kouachi étaient d’anciens combattants des émeutes des banlieues de 2005 et l’un des deux auteurs des attentats de Boston, du printemps 2013, avait écrit sur son Facebook: «Je ne discute pas avec les idiots qui disent que l’islam c’est du terrorisme». Cette phrase, exacte au pied de la lettre, est discutable dans son esprit, puisqu’elle vise à rabaisser ceux qui doutent que l’on puisse découpler complètement le djihadisme de l’islam. (…) L’intégration existe (…) ce n’est pas forcément une question de modèle. C’est une question d’affirmation de soi. Le Royaume-Uni s’est repris en main. En Allemagne, Espagne et Italie, l’immigration choisie freine les processus de sécession agressive. Le djihadisme offre à de jeunes adultes le mythe du guérillero à cartouchière dans une variante proche de celle qui poussait les jeunes de 20 ans des années 30 vers le communisme ou le catholicisme politique: la défense d’un grand récit savant injustement calomnié et mal-aimé. C’est parce que des sociologues nous font sans arrêt la leçon sur l’islam, «religion de paix mal interprétée», que des jeunes hommes croient devoir se porter à son secours les armes à la main. Alexandre Devecchio
It was a project for the art world I noticed that you can’t criticize the Muslim world.  You can make jokes about religion, especially if you don’t have any unpleasant motives. Lars Vilks
In every art exhibition, you’ll see that you have a political statement against Bush and against Israel, but you never have any sort questioning about Islam. Which actually then were more interesting subject after the caricatures. So I wanted to add something to that discussion. Why are you so one sided again, in the art world. Lars Vilks
Combien de politiques qui n’ont aujourd’hui que la liberté d’expression à la bouche, ont, lors de la publication des caricatures danoises, soutenu la liberté d’expression sans restriction, sans invoquer l’esprit de responsabilité, de mesure, de respect, le caractère inopportun ou provocateur des dessins? Beaucoup ont joué la stratégie de l’apaisement. La dénonciation aujourd’hui de l’atteinte à la liberté par la mosquée de Paris et l’UOIF, qui appellent à manifester demain, aurait plus poids si elles n’avaient pas poursuivi Charlie Hebdo en justice alors qu’il exerçait précisément sa liberté. N’oublions pas non plus qu’il s’est trouvé une association musulmane de Seine-Saint-Denis, l’UAM-93, pour demander un vote sur une loi condamnant le blasphème, demande relayée et soutenue par Eric Raoult. Ce que cherche à obtenir sans relâche l’Organisation de la coopération islamique (OCI) aux Nations unies. Et que dire de l’Union européenne qui a abandonné le Danemark en rase campagne quand celui-ci devait faire face à la rage orchestrée contre lui en 2005-2006? Flemming Rose (qui a eu été à l’origine de la publication des caricatures dans le Jyllands-Posten) raconte, dans son livre Tyranny of Silence, que l’UE avait, au contraire, dépêché Javier Solana au Moyen-Orient pour tenter de calmer la colère. Ce dernier s’apprêtait à signer un accord avec l’OCI le 26 janvier 2006 visant à bannir la diffamation des religions. Finalement l’UE ne fut pas représentée lors de la réunion au Qatar. Mais l’Espagne, la Turquie et Koffi Anan signèrent cet accord avec l’OCI alors que cette dernière avait contribué à allumer la mèche. Le gouvernement français appelle à manifester demain en hommage aux victimes des attentats meurtriers. Cet appel est incongru en ce qu’il se substitue à la société civile et, d’une certaine manière, la court-circuite. L’État n’a pas à manifester dans la rue, il doit réfléchir à ce qui arrive et prendre des mesures. Et pas seulement des mesures de sécurité. Au lieu d’arpenter le pavé parisien, on aimerait que ces politiciens français et européens s’engagent à protéger la liberté d’expression, par exemple en introduisant l’équivalent d’un 1er amendement à l’américaine, et à cesser les politiques d’apaisement conduites jusque-là vis-à-vis de l’islamisme. Cette protection de la liberté d’expression est d’autant plus nécessaire que les attentats récents vont avoir un effet de sidération sur tous ceux qui sont amenés à s’exprimer sur l’islam que ce soit sérieusement ou non. Les exemples d’autocensure sont déjà légion. Ils sont appelés à se multiplier. On pourrait même soutenir que l’idée de subversion artistique, littéraire ou autre est morte avec les dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo à partir du moment où il existe un périmètre interdit sous peine de mort. On peut juste espérer, avec Flemming Rose, que les Occidentaux cesseront de camoufler leur peur derrière des justifications morales ou humanitaires. Michèle Tribalat
La liberté de publier ne signifie pas la liberté de publier n’importe quoi. Jyllands-Posten ne publierait jamais d’images pornographiques ou des images montrant en détail des cadavres; des jurons trouvent rarement leur place dans nos pages. Nous ne sommes donc pas des fondamentalistes dans notre support de la liberté d’expression. Mais l’histoire des caricatures est différente. Les exemples précédents sont liés à l’exercice d’une retenue pour des raisons éthiques et de bon goût; appelons cela la mise en page. Par contraste, j’ai lancé l’histoire des caricatures pour répondre à plusieurs incidents d’autocensure en Europe, incidents causés par les peurs croissantes et les sentiments d’intimidation ressentis en adressant des problèmes liés à l’Islam. Et je suis plus que toujours persuadé que c’est un thème que nous, Européens, devons confronter, afin de pousser les Musulmans modérés à s’exprimer. L’idée n’était pas de provoquer gratuitement – et certainement, notre intention n’était pas de provoquer des manifestations violentes dans le monde musulman. Notre but était simplement de faire reculer des limites que nous nous imposons nous-mêmes et qui semblaient devenir de plus en plus étroites. Fin septembre, un humoriste danois a dit dans une interview avec Jyllands-Posten qu’il n’avait aucun problème à uriner sur une Bible devant une caméra, mais qu’il n’oserait pas faire la même chose avec le Coran. Cet aveu a été le point culminant d’une série d’instances troublantes d’autocensure. En septembre dernier, un écrivain pour enfants danois avait de la peine à trouver un illustrateur pour publier un livre sur la vie de Mahomet. Trois personnes ont refusé le travail par peur des conséquences. La personne qui a finalement accepté a insisté pour garder son anonymat, ce qui, selon moi, est une forme d’autocensure. Des traducteurs européens d’un livre critique de l’Islam ne voulaient pas que leur nom apparaisse à côté du nom de l’auteur, une politicienne néerlandaise née en Somalie qui, elle-même, vit cachée. Environ à la même époque, la galerie d’art Tate à Londres a retiré une oeuvre par l’artiste d’avant- garde John Latham montrant le Coran, la Bible et le Talmud déchirés en morceaux. Le musée a expliqué qu’ils ne voulaient pas envenimer la situation après les attentats de Londres. (Quelques mois plus tôt, un musée de Göteborg en Suède, a enlevé une peinture contenant un motif sexuel et des citations du Coran afin de ne pas offenser les Musulmans.) Finalement, fin septembre, le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen a rencontré un groupe d’imams dont l’un d’entre eux a demandé au premier ministre d’intervenir auprès de la presse afin de produire une présentation plus positive de l’Islam. Ainsi, au cours de deux semaines, nous avons observé une demi-douzaine de cas d’autocensure, opposant la liberté d’expression à la peur de confronter des questions concernant l’Islam. Tout celà constituait une information légitime à publier, et Jyllands-Posten a décidé de le faire en adoptant le principe journalistique bien connu: montrer mais ne rien dire. J’ai écrit à des membres de l’association danoise des caricaturistes, leur demandant de “dessiner Mahomet comme ils le voyaient”. Nous ne leur avons certainement pas demandé de se moquer du prophète. Douze des 25 membres actifs ont répondu. Nous avons une tradition satirique lorsque nous parlons de la famille royale et d’autres personnes publiques et ceci est visible dans les caricatures. Les caricaturistes ont traité l’Islam comme ils traitent le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme et d’autres religions. Et en traitant les Musulmans au Danemark comme des égaux, ils ont démontré un point: nous vous intégrons dans la tradition danoise de la satire parce que vous faites partie de notre société, et vous n’êtes pas des étrangers. Les caricatures incluent, plutôt qu’excluent les Musulmans. (…) Une caricature – montrant le prophète avec une bombe dans son turban – a attiré les critiques les plus sévères. Des voix furieuses prétendent que la caricature dit que le prophète est un terroriste ou que tous les musulmans sont des terroristes. Je lis cette caricature différemment: certains individus ont pris la religion musulmane en otage en commettant des actes terroristes au nom du prophète. Ce sont ceux-ci qui ont donné une mauvaise image à cette religion. (…) Je reconnais que certaines personnes ont été offensées par la publication des caricatures, et Jyllands-Posten s’en est excusé. Mais nous ne pouvons pas nous excuser pour notre droit à publier certains sujets, même des sujets offensifs. On ne peut pas publier un journal si on est paralysé par la crainte d’une insulte. Je suis offensé par des sujets dans le journal chaque jour: traductions des discours de Osama bin Laden, photos de Abu Ghraib, de personnes qui insistent pour qu’Israël soit effacé de la surface de la terre, de gens qui prétendent que l’Holocauste n’a pas existé. Mais cela ne signifie pas que j’hésiterai à publier ces sujets, pour autant qu’ils respectent la loi et le code éthique du journal. Le fait que d’autres rédacteurs feraient d’autres choix fait partie de l’essence même du pluralisme. En tant qu’ancien correspondant en Union Soviétique, je suis très sensible à des demandes de censure basées sur la notion d’insulte. C’est un truc populaire des mouvements totalitaires: taxer chaque critique ou appel au débat d’insulte et punir les offenseurs. C’est ce qui est arrivé aux activistes des droits de l’homme et a des écrivains comme Andrei Sakharov, Vladimir Bukovsky, Alexander Soljenitsyne, Natan Sharansky, Boris Pasternak. Le régime les a accusés de propagande anti-Soviétique, de la même manière que certains Musulmans décrivent 12 caricatures parues dans un journal danois comme anti-Islamiques. La leçon de la guerre froide est la suivante: si vous cédez a des impulsions totalitaires une seule fois, de nouvelles demandes suivront. L’Occident a prévalu dans la guerre froide, parce que nous avons défendu nos valeurs fondamentales et n’avons pas apaisé des tyrans totalitaires. Flemming Rose
The tragic events also expose our own hypocrisies, the delusions and evasion we take to keep peace in the short term, along with the destructive culture of grievance that politicians have been eager to exploit. (…) The crisis began innocently enough. A children’s writer could not find an illustrator for a book about the Prophet Mohammed. Several illustrators declined to do it due to fear; then the one who agreed insisted on anonymity. We observed several more examples of self-censorship or calls for censorship when it came to the treatment of Islam in the public domain. Theatres, comedians, translators and museums were censoring themselves. My point was not to provoke or mock anyone, but simply to start a debate about self-censorship in our treatment of Islam compared with other religions. By proposing a practical demonstration – Show, Don’t Tell, a time-honoured journalistic principle – we wanted to let readers form their own opinion. As we soon found out, fears of violence for ridiculing a religious symbol were far from fantasy. I could never have imagined being condemned as a racist and finding myself on an Al Qaeda hit list. I was constantly asked to apologise for subsequent events, finding myself blamed for the lethal over-reaction of others. Following the French tragedy, I have been asked again and again my reaction. And the harsh truth is that mass murder in Paris has exposed hypocrisy, even as all those good people declare ‘Je Suis Charlie’. I find it strange that people who welcome diversity when it comes to culture, religion and ethnicity fail to welcome the same diversity when it comes to expressing ourselves. These people are basically saying that the more multicultural society becomes, the less freedom of expression we need. This seems a twisted stance. It should be the other way round – the more different we are, it seems to me, the more we need an open and free exchange of opinions. Unfortunately, governments defend restrictions on free speech on the grounds of keeping the peace and avoiding clashes between different groups. So they ban hate speech and blasphemy. In 2004, Theo van Gogh was killed in Amsterdam after making a controversial film about Islamic culture. The Dutch minister of justice responded by saying his life could have been saved if Holland had tougher laws on hate speech. But it is not only governments that advocate this blinkered approach. The human rights industry also defends limitations on speech, referring to the protection of human dignity and vulnerable identities. I was once asked to join a panel discussion organised by Amnesty International and the Danish Institute of Human Rights under the banner Victims of Free Speech. I suggested there were only victims of crime in a society based on the rule of law and the idea that people exerting long-held statutory rights were ‘victims’ was nonsense. There was anger at my comments. Westergaard’s cartoon of the Prophet has been criticised for being racist or stigmatising Muslims. I strongly disagree. He depicted Mohammed as representative of Islam in the same way images of Jesus refer to Christianity, Karl Marx to Marxism, and Uncle Sam to the US. Portraying Marx with blood on his hands, the crucified Christ holding a beer, or the Christian God armed with a bomb does not mean you think that all Marxists are bloodthirsty murderers or that Christians are drunkards or terrorists. Westergaard’s cartoon attacks a hardline religious doctrine, not a particular group within society. I would make a similar point about cartoons lampooning the Prophet Mohammed in Charlie Hebdo. Philippe Val, former editor-in-chief of Charlie Hebdo, was once asked if they hadn’t crossed a line with cartoons mocking the Prophet. ‘What kind of civilisation are we if we cannot ridicule those who bomb trains and airplanes and commit mass murder against innocent civilians?’ he responded. Yes indeed, what kind of civilisation are we? This is the key question for the coming days, weeks and months of hot debate. Do we want to live in a tyranny of silence – or do we defend the right to offend? These cartoons can be offensive to some; they are designed to stir debate. But labelling such images racist – an opinion aired in the US and UK – is misleading and dangerous. If you characterise race and religion as similar, you risk supporting those sinister forces who claim that apostasy is impossible and abandonment of religion a capital offence. Many Muslims believe they are born into their faith and it would be a serious crime to quit Islam. They treat religion as if it is a race. We should not accept that logic. Flemming Rose

Nous étions danois et nous ne le savions pas !

Au lendemain d’une nouvelle démonstration

Dans l’un des pays à la politique d’immigration la plus généreuse mais aussi, par habitant, aux djihadistes les plus nombreux …

Que sans compter les discours de l’excuse des sociologues, les mêmes haines et les mêmes textes finissent immanquablement par produire les mêmes effets

Qui se souvient un mois à peine après le prétendu sursaut parisien du mois dernier …

De l’insidieuse chape d’autocensure et la véritable « tyrannie du silence » qui étaient alors en train de s’installer au Danemark et en Europe ?

Et qui ne voit derrière leur dénonciation de l’instrumentalisation criminelle de la religion …

Comme de la véritable assignation à résidence religieuse et identitaire dans laquelle on enfermait ainsi les immigrés …

Que, comme le rappellent tant Flemming Rose que Lars Vilks, les premières caricatures ne revendiquaient pas autre chose …

Que la base et l’essence de toute démocratie …

A savoir, à l’instar de cet équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes dont parlait René Girard à propos de la découverte occidentale de la perspective …

L’égalité absolue de traitement et la pleine intégration des musulmans dans la tradition danoise et occidentale ?

‘Jihadis want to assassinate me. But I refuse to be condemned to a tyranny of deathly silence’: Cry of defiance from Danish editor who printed first controversial cartoons Flemming Rose is the Foreign Editor of Jyllands-Posten in Denmark He was put on a jihadi hit-list after publishing anti-Islam cartoons in 2005 His cartoonist colleague survived an assassination attempt in his home Here, he reflects on the Charlie Hebdo massacre in Paris Flemming Rose, Foreign Editor Of Jyllands-posten

The Mail On Sunday

11 January 2015

It was late on a Tuesday afternoon six years ago when the phone rang. A voice that had become familiar from Denmark’s Security and Intelligence Service said two men planning to assassinate me had been arrested in Chicago.

The FBI had foiled another planned attack on my paper Jyllands-Posten, which specifically targeted myself and the cartoonist Kurt Westergaard.

The terrorists turned out to be an American and a Canadian, both of Pakistani origin.

One was linked to atrocities the previous year in Mumbai; he had already visited Denmark twice on planning missions and had purchased his ticket back to Copenhagen.

A year later, Westergaard was fortunate to escape the next attempt on his life.

The 73-year-old artist was watching a film with his young granddaughter when a Somali man with an axe broke in to his home to kill him.

They dived into a safe room he had been forced to put in his house. His assailant was shot and captured by police.

For a decade we have had to live in the shadow of such threats after I commissioned a dozen cartoons depicting the Prophet Mohammed.

This was a decision that provoked a storm around the world, with republication of the cartoons in scores of other papers. Yet in spite of the assassination attempts, it was all too easy to be lulled into thinking the threat was abstract, as life continued.

All that changed last week. People were killed in Paris because of cartoons mocking Islam. Our worst nightmare has come true.

These murders challenge democracies in the most sickening style. They present a terrible threat to the free speech that is the foundation of true democracy.

But the tragic events also expose our own hypocrisies, the delusions and evasion we take to keep peace in the short term, along with the destructive culture of grievance that politicians have been eager to exploit.

I knew two of the killed cartoonists at Charlie Hebdo. I had appeared on a panel about threats to free speech with Stephane Charbonnier (aka Charb) and worked on a comic project with Georges Wolinski. I liked them a lot. They were funny and easy-going. Now they are dead.

I also appeared as a witness in a 2007 court case after two Muslim organisations in France accused Charlie Hebdo of inciting religious hatred by publishing cartoons of the Prophet Mohammed.

Among them was the one by Westergaard that became the most infamous of our cartoons – a simple image of the Prophet with a bomb tucked in his turban.

Yet I stumbled almost accidentally into sparking what came to be known as the cartoon crisis, leading to riots, protests and dozens of deaths around the world.

I had taken a post as cultural editor of my paper after years on the road as a foreign correspondent. Among my postings was Moscow, where I was struck by dissidents who stood apart from Soviet society on the strength of their belief in freedom.

The crisis began innocently enough. A children’s writer could not find an illustrator for a book about the Prophet Mohammed. Several illustrators declined to do it due to fear; then the one who agreed insisted on anonymity.

We observed several more examples of self-censorship or calls for censorship when it came to the treatment of Islam in the public domain. Theatres, comedians, translators and museums were censoring themselves.

My point was not to provoke or mock anyone, but simply to start a debate about self-censorship in our treatment of Islam compared with other religions.

These murders…present a terrible threat to the free speech that is the foundation of true democracy. By proposing a practical demonstration – Show, Don’t Tell, a time-honoured journalistic principle – we wanted to let readers form their own opinion. As we soon found out, fears of violence for ridiculing a religious symbol were far from fantasy.

I could never have imagined being condemned as a racist and finding myself on an Al Qaeda hit list. I was constantly asked to apologise for subsequent events, finding myself blamed for the lethal over-reaction of others.

Following the French tragedy, I have been asked again and again my reaction. And the harsh truth is that mass murder in Paris has exposed hypocrisy, even as all those good people declare ‘Je Suis Charlie’. I find it strange that people who welcome diversity when it comes to culture, religion and ethnicity fail to welcome the same diversity when it comes to expressing ourselves.

These people are basically saying that the more multicultural society becomes, the less freedom of expression we need. This seems a twisted stance. It should be the other way round – the more different we are, it seems to me, the more we need an open and free exchange of opinions.

Unfortunately, governments defend restrictions on free speech on the grounds of keeping the peace and avoiding clashes between different groups. So they ban hate speech and blasphemy.

In 2004, Theo van Gogh was killed in Amsterdam after making a controversial film about Islamic culture.

The Dutch minister of justice responded by saying his life could have been saved if Holland had tougher laws on hate speech.

The harsh truth is that the mass murder in Paris has exposed hypocrisy, even as all those good people declare ‘Je Suis Charlie’ But it is not only governments that advocate this blinkered approach. The human rights industry also defends limitations on speech, referring to the protection of human dignity and vulnerable identities.

I was once asked to join a panel discussion organised by Amnesty International and the Danish Institute of Human Rights under the banner Victims of Free Speech.

I suggested there were only victims of crime in a society based on the rule of law and the idea that people exerting long-held statutory rights were ‘victims’ was nonsense. There was anger at my comments.

We need to grow thicker skins if freedom of speech is to survive in a multicultural world. Westergaard’s cartoon of the Prophet has been criticised for being racist or stigmatising Muslims. I strongly disagree. He depicted Mohammed as representative of Islam in the same way images of Jesus refer to Christianity, Karl Marx to Marxism, and Uncle Sam to the US.

Portraying Marx with blood on his hands, the crucified Christ holding a beer, or the Christian God armed with a bomb does not mean you think that all Marxists are bloodthirsty murderers or that Christians are drunkards or terrorists.

Westergaard’s cartoon attacks a hardline religious doctrine, not a particular group within society. I would make a similar point about cartoons lampooning the Prophet Mohammed in Charlie Hebdo.

Philippe Val, former editor-in-chief of Charlie Hebdo, was once asked if they hadn’t crossed a line with cartoons mocking the Prophet. ‘What kind of civilisation are we if we cannot ridicule those who bomb trains and airplanes and commit mass murder against innocent civilians?’ he responded.

Yes indeed, what kind of civilisation are we? This is the key question for the coming days, weeks and months of hot debate.

Do we want to live in a tyranny of silence – or do we defend the right to offend? These cartoons can be offensive to some; they are designed to stir debate.

But labelling such images racist – an opinion aired in the US and UK – is misleading and dangerous.

If you characterise race and religion as similar, you risk supporting those sinister forces who claim that apostasy is impossible and abandonment of religion a capital offence.

‘These murders challenge democracies in the most sickening style. They present a terrible threat to the free speech that is the foundation of true democracy’: Above, tributes to victims of the Paris terror attacks Many Muslims believe they are born into their faith and it would be a serious crime to quit Islam. They treat religion as if it is a race. We should not accept that logic.

Identity is a key issue in the modern world. It is no longer easy to answer questions such as: Who am I? Who are we as a community? How do we protect our identity?

But identity politics has become a growing challenge to free speech. We seem more concerned with protecting the sensibilities of groups rather than defending the historic democratic rights that we are entitled to as human beings.

The killers in Paris sincerely believed that human beings at Charlie Hebdo deserved to die because of their offensive cartoons. They felt this was justified by their militant interpretation of Islam.

But the killings were also taking place within a grievance culture that incites people to take offence every time somebody says something they do not like.

The assumption is that there isn’t any REAL difference between words and deeds, between a verbal insult and physical violence.

Yet I believe those who support this point of view are playing into the hands of both Islamists and the growing swathe of xenophobic political parties across Europe.

Instead of sending people to sensitivity training when they say something offensive, perhaps we should all be sent to insensitivity training.

We need to grow thicker skins if freedom of speech is to survive in a multicultural world.

Flemming Rose is author of The Tyranny Of Silence: How One Cartoon Ignited A Global Debate On The Future Of Free Speech.

Voir aussi:

Cartoonist: Art World One-Sided Against Israel, Bush, Avoids Islam Lars Vilks Breitbart Pam Key 15 Feb 201528 Sunday on CNN, artist Lars Vilks discussed the Copenhagen terror attack that killed two and injured three others. In a free speech debate held by the cartoonist who has been under death threats since his 2007 caricatures of Muhammad, he said the art world is one sided.

Vilks said, “In every art exhibition, you’ll see that you have a political statement against Bush and against Israel, but you never have any sort questioning about Islam. Which actually then were more interesting subject after the caricatures. So I wanted to add something to that discussion. Why are you so one sided again, in the art world.”

When Vilks was asked if he feels he “contributed to this sentiment that has inspired some people to resort to violence to express their anger,” he replied, “Well, when you pose a question on the political responsibility, I mean, the religious symbols they are carrying, at least in this case, they’re carrying political decisions, certain dogmas, so if you question the basic symbols of this, it’s part of a political conversation. If you have people that want to go out and have guns and start murdering people, the thing is, you should put these people in prison. Because you cannot accept people murdering and trying in that way to stop the discussion you have concerning our questions about what you do with the freedom of speech in a democracy.”

Artist says Prophet picture meant to stir debate Reuters

Sep 18, 2007 (Reuters) – A Swedish artist threatened with death over his drawing of a dog with the head of Islam’s Prophet Mohammad said on Tuesday he drew the picture to spark debate about freedom of expression in the art world.

Showing the original picture at a debate in the Swedish capital, Lars Vilks said he had wanted to test the boundaries of freedom in art.

« It was a project for the art world, » Vilks said.

« I noticed that you can’t criticize the Muslim world. »

Muslim countries including Iran and Pakistan have expressed anger over the drawing, and Sweden’s prime minister has met ambassadors from 22 Muslim countries to defuse the row.

Abu Omar al-Baghdadi, leader of the self-styled Islamic State in Iraq, offered up to $150,000 on Saturday for the murder of Vilks.

In an audiotape posted on the Internet, Baghdadi offered a lower bounty for the death of the editor of daily Nerikes Allehanda, which published the drawing last month.

Vilks, who has been told by police he is no longer safe living at home, said the response to his drawing had been much bigger than he had anticipated.

He said the drawing was humorous and that he did not see it as negative.

« You can make jokes about religion, especially if you don’t have any unpleasant motives, » he said.

Top Swedish firms such as truck maker Volvo, mobile network builder Ericsson and retailer Ikea were also threatened unless an apology was forthcoming for the drawing.

The controversy follows violent protests in the Muslim world last year over the publication by a Danish newspaper of cartoons some Muslims felt insulted the Prophet Mohammad. More than 50 people died across Asia, Africa and the Middle East.

Pourquoi j’ai publié ces caricatures Flemming Rose The Washington Post 19 février 2006

Puéril. Irresponsable. Expression haineuse. Une provocation juste pour le plaisir de provoquer. Un gag de pub. Les critiques des douze caricatures du prophète Mahomet que j’ai décidé de publier dans le journal Jyllands-Posten n’ont pas mâché leurs mots.

Ils disent que la liberté d’expression n’implique pas la permission d’insulter les sentiments religieux de personnes et, de plus, ils ajoutent que les médias s’autocensurent constamment. En conséquence de quoi, “nous vous prions de ne pas nous donner de leçons en ce qui concerne la liberté d’expression sans limites”. Je suis d’accord pour dire que la liberté de publier ne signifie pas la liberté de publier n’importe quoi. Jyllands-Posten ne publierait jamais d’images pornographiques ou des images montrant en détail des cadavres; des jurons trouvent rarement leur place dans nos pages. Nous ne sommes donc pas des fondamentalistes dans notre support de la liberté d’expression.

Mais l’histoire des caricatures est différente.

Les exemples précédents sont liés à l’exercice d’une retenue pour des raisons éthiques et de bon goût; appelons cela la mise en page. Par contraste, j’ai lancé l’histoire des caricatures pour répondre à plusieurs incidents d’autocensure en Europe, incidents causés par les peurs croissantes et les sentiments d’intimidation ressentis en adressant des problèmes liés à l’Islam. Et je suis plus que toujours persuadé que c’est un thème que nous, Européens, devons confronter, afin de pousser les Musulmans modérés à s’exprimer. L’idée n’était pas de provoquer gratuitement – et certainement, notre intention n’était pas de provoquer des manifestations violentes dans le monde musulman.

Notre but était simplement de faire reculer des limites que nous nous imposons nous-mêmes et qui semblaient devenir de plus en plus étroites. Fin septembre, un humoriste danois a dit dans une interview avec Jyllands-Posten qu’il n’avait aucun problème à uriner sur une Bible devant une caméra, mais qu’il n’oserait pas faire la même chose avec le Coran. Cet aveu a été le point culminant d’une série d’instances troublantes d’autocensure. En septembre dernier, un écrivain pour enfants danois avait de la peine à trouver un illustrateur pour publier un livre sur la vie de Mahomet. Trois personnes ont refusé le travail par peur des conséquences. La personne qui a finalement accepté a insisté pour garder son anonymat, ce qui, selon moi, est une forme d’autocensure. Des traducteurs européens d’un livre critique de l’Islam ne voulaient pas que leur nom apparaisse à côté du nom de l’auteur, une politicienne néerlandaise née en Somalie qui, elle-même, vit cachée.

Environ à la même époque, la galerie d’art Tate à Londres a retiré une oeuvre par l’artiste d’avant- garde John Latham montrant le Coran, la Bible et le Talmud déchirés en morceaux. Le musée a expliqué qu’ils ne voulaient pas envenimer la situation après les attentats de Londres. (Quelques mois plus tôt, un musée de Göteborg en Suède, a enlevé une peinture contenant un motif sexuel et des citations du Coran afin de ne pas offenser les Musulmans.)

Finalement, fin septembre, le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen a rencontré un groupe d’imams dont l’un d’entre eux a demandé au premier ministre d’intervenir auprès de la presse afin de produire une présentation plus positive de l’Islam. Ainsi, au cours de deux semaines, nous avons observé une demi-douzaine de cas d’autocensure, opposant la liberté d’expression à la peur de confronter des questions concernant l’Islam. Tout celà constituait une information légitime à publier, et Jyllands-Posten a décidé de le faire en adoptant le principe journalistique bien connu: montrer mais ne rien dire. J’ai écrit à des membres de l’association danoise des caricaturistes, leur demandant de “dessiner Mahomet comme ils le voyaient”. Nous ne leur avons certainement pas demandé de se moquer du prophète. Douze des 25 membres actifs ont répondu. Nous avons une tradition satirique lorsque nous parlons de la famille royale et d’autres personnes publiques et ceci est visible dans les caricatures. Les caricaturistes ont traité l’Islam comme ils traitent le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme et d’autres religions. Et en traitant les Musulmans au Danemark comme des égaux, ils ont démontré un point: nous vous intégrons dans la tradition danoise de la satire parce que vous faites partie de notre société, et vous n’êtes pas des étrangers. Les caricatures incluent, plutôt qu’excluent les Musulmans.

Les caricatures en aucun cas ne démonisent les Musulmans, et ne veulent pas créer de stéréotype. En fait, elles diffèrent l’une de l’autre tant dans la manière dont elles représentent le prophète que dans leur but. Une caricature se moque de Jyllands-Posten, représentant ses rédacteurs culturels comme une bande de provocateurs réactionnaires. Une autre suggère que l’auteur du livre pour enfants, ne pouvant pas trouver d’illustrateur, a rendu ce problème public juste pour se faire de la publicité à bon marché. Une troisième a mis la tête de la présidente du parti “Danish People’s Party “, parti au programme anti-immigratoire, dans une rangée de personnages, comme si elle était suspectée d’activités criminelles.Une caricature – montrant le prophète avec une bombe dans son turban – a attiré les critiques les plus sévères. Des voix furieuses prétendent que la caricature dit que le prophète est un terroriste ou que tous les musulmans sont des terroristes. Je lis cette caricature différemment: certains individus ont pris la religion musulmane en otage en commettant des actes terroristes au nom du prophète. Ce sont ceux-ci qui ont donné une mauvaise image à cette religion. La caricature évoque aussi le conte d’Aladin et l’orange qui est tombée dans son turban, lui assurant ainsi la fortune. Cela suggère que la bombe vient du monde extérieur et n’est donc pas une caractéristique inhérente au prophète. Parfois, Jyllands-Posten a refusé de publier des caricatures satiriques de Jésus, mais pas parce que nous appliquons des règles différentes. En fait, le même caricaturiste qui a dessiné Mahomet avec une bombe dans son turban a dessiné une caricature de Jésus sur la croix avec des billets de dollars dans ses yeux et une autre avec l’étoile de David attachée à la mèche d’une bombe. Cependant, lors de leur publication, nous n’avons pas vu d’ambassades incendiées ni reçu de menaces de mort.

Jyllands-Posten a-t-il insulté l’Islam ou manqué de respect? Ce n’était certainement pas son intention. Mais que signifie “respect”? Lorsque je visite une mosquée, je montre mon respect en enlevant mes chaussures. Je suis les coutumes de la même manière que je le ferais dans une église, une synagogue ou tout autre lieu saint. Mais lorsqu’un croyant demande que moi, non croyant, je respecte ses tabous sur le domaine public, il ne demande pas mon respect, mais ma soumission. Et ceci est incompatible avec une démocratie laïque. C’est exactement à cause de cela que Karl Popper dans son ouvrage « La Société ouverte et ses ennemis » insiste sur le fait qu’il ne faut pas être tolérant avec l’intolérant. Nulle part d’autre que dans une démocratie, où la liberté d’expression est un droit fondamental, ne coexistent autant de religions de manière pacifique. En Arabie Saoudite, vous pouvez être arrêté pour avoir porté une croix ou pour avoir une Bible dans votre valise, alors qu’au Danemark, pays laïque, les Musulmans peuvent avoir leurs propres mosquées, cimetières, écoles, stations de télévision et de radio.

Je reconnais que certaines personnes ont été offensées par la publication des caricatures, et Jyllands-Posten s’en est excusé. Mais nous ne pouvons pas nous excuser pour notre droit à publier certains sujets, même des sujets offensifs. On ne peut pas publier un journal si on est paralysé par la crainte d’une insulte. Je suis offensé par des sujets dans le journal chaque jour: traductions des discours de Osama bin Laden, photos de Abu Ghraib, de personnes qui insistent pour qu’Israël soit effacé de la surface de la terre, de gens qui prétendent que l’Holocauste n’a pas existé. Mais cela ne signifie pas que j’hésiterai à publier ces sujets, pour autant qu’ils respectent la loi et le code éthique du journal. Le fait que d’autres rédacteurs feraient d’autres choix fait partie de l’essence même du pluralisme. En tant qu’ancien correspondant en Union Soviétique, je suis très sensible à des demandes de censure basées sur la notion d’insulte. C’est un truc populaire des mouvements totalitaires: taxer chaque critique ou appel au débat d’insulte et punir les offenseurs. C’est ce qui est arrivé aux activistes des droits de l’homme et a des écrivains comme Andrei Sakharov, Vladimir Bukovsky, Alexander Soljenitsyne, Natan Sharansky, Boris Pasternak. Le régime les a accusés de propagande anti-Soviétique, de la même manière que certains Musulmans décrivent 12 caricatures parues dans un journal danois comme anti-Islamiques. La leçon de la guerre froide est la suivante: si vous cédez a des impulsions totalitaires une seule fois, de nouvelles demandes suivront. L’Occident a prévalu dans la guerre froide, parce que nous avons défendu nos valeurs fondamentales et n’avons pas apaisé des tyrans totalitaires.

Depuis la publication des caricatures, le 30 septembre, un débat constructif concernant la liberté d’expression, la liberté de religion, ainsi que le respect pour les immigrants et les croyances individuelles s’est instauré au Danemark et en Europe. Jamais auparavant, autant de Musulmans danois ont participé à un dialogue public – dans des rencontres communales, lettres aux rédacteurs, opinions de lecteurs et débats à la radio et à la télévision. Nous n’avons pas eu d’émeutes anti-musulmanes, de Musulmans fuyant le pays et nous n’avons pas vu de Musulmans commettant des actes violents. Les imams radicaux qui ont informé leurs collègues au Moyen-Orient de manière erronnée concernant la situation des Musulmans au Danemark ont été marginalisés. Ils ne sont plus les porte-paroles de la communauté Musulmane au Danemark, parce que des Musulmans modérés ont eu le courage de s’exprimer contre eux. En janvier, Jyllands-Posten a publié trois pages complètes d’interviews et de photos de Musulmans modérés, disant ne pas être représentés par les imams. Ils insistent sur le fait que leur foi est compatible avec une démocratie laïque moderne. Un réseau de Musulmans modérés, respectant pleinement la constitution, a été établi, et le parti anti-immigration “People’s Party” a appelé ses membres à faire la différence entre les Musulmans radicaux et modérés, c’est à dire entre les Musulmans propageant la charia et les musulmans acceptant la tradition de la loi laïque. La face du Danemark musulman a changé, et il devient clair que ce n’est pas un débat entre “eux” et “nous”, mais entre ceux qui sont attachés à la démocratie au Danemark et ceux qui ne le sont pas.

Ceci est le genre de débat que Jyllands-Posten a espéré produire, lorsqu’il a choisi d’explorer les limites de l’autocensure en appelant des caricaturistes à remettre en question un tabou musulman. Avons nous réussi? Oui et non. Certaines défenses de notre liberté d’expression faites avec esprit, nous ont inspirés. Mais les tragiques manifestations à travers le Moyen-Orient et l’Asie ne sont pas ce que nous avions attendu et encore moins désiré. De plus, le journal a reçu 104 menaces, 10 personnes ont été arrêtées, des caricaturistes ont été forcés de se cacher à cause de menaces pesant sur leur vie et les bureaux de Jyllands-Posten ont été évacués plusieurs fois à cause d’alertes à la bombe. Ceci est un climat qui encourage peu à modérer l’autocensure.

Je pense cependant que les caricatures ont leur place dans deux histoires différentes, l’une en Europe et l’autre au Moyen-Orient. La politicienne néerlendaise d’origine somalienne, Ayaan Hirsi Ali, dit que l’intégration des Musulmans dans les sociétés européennes a été accélérée de 300 ans par la parution des caricatures; peut-être ne devrons nous pas rééditer la bataille du Siècle des Lumières en Europe. L’histoire du Moyen-Orient est plus complexe, mais a en fait très peu à voir avec les caricatures.

Flemming Rose est le rédacteur culturel du journal danois Jyllands-Posten

Elisabeth Lévy : « la France peut être une chance pour l’islam comme elle l’ a été pour les juifs » Alexandre Devecchio Le Figaro

13/02/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Charlie Hebdo, marche du 11 janvier, liberté d’expression : à l’occasion de la sortie du dernier numéro de Causeur intitulé , Islam de France est-il trop tard ?, Elisabeth Lévy répond aux questions de FigaroVox.

Elisabeth Lévy est journaliste et directrice de la rédaction du magazine «Causeur». Dans son numéro de Février, le magazine revient sur les attentats qui ont frappé la France et s’interroge sur le rapport entre Islam et République. PROPOS RECUEILLIS PAR: ALEXANDRE DEVECCHIO

FigaroVox: Le nouveau numéro de Causeur s’intitule Islam de France est-il trop tard?. Selon vous, tout est foutu?

Elisabeth Lévy: Si je pensais que c’est foutu je serais en train de préparer ma valise, pas le prochain Causeur!

Ah bon, vous aussi vous allez faire votre alyah?

Oui, à Melbourne ou en Patagonie. Blague à part, j’ai le sentiment, comme beaucoup de Français, y compris beaucoup de Français de souche récente, qu’il est minuit moins le quart et que, si nous ne changeons pas de discours et de politique très vite, il sera effectivement trop tard: le pays, c’est-à-dire la culture que nous habitons disparaîtra et cèdera la place à un territoire morcelé dont les habitants ne sauront plus imaginer un avenir commun, faute d’une histoire volontairement partagée.

Vous y allez fort, chère Elisabeth! Si on vous comprend, et en paraphrasant Manuel Valls, la France avec les musulmans ne serait plus la France!

Pardon, mais c’est vous qui charriez grave! Je n’ai rien dit de tel! Je crois au contraire que même les Français les plus à cran sur les questions identitaires seraient atterrés s’ils se réveillaient demain dans la France blanche et catholique dont ils sont soupçonnés de rêver. La pluralité des origines et des croyances de nos concitoyens atteste de la capacité du génie national à fabriquer des Français avec n’importe qui. Encore faut-il être d’accord sur les modalités de la coexistence des cultures dont seuls les ravis de la crèche sans-frontiéristes croient qu’elle est un conte de fées. Que la France soit une nation «multiethnique», ce n’est pas une question, qu’elle soit un pays multiculturel, c’est une autre affaire: l’égalité entre les individus, ne suppose nullement l’égalité des pratiques et des modes de vie sur notre sol. Autrement dit, n’importe quelle citoyenne française jouit des mêmes droits que moi, mais ma minijupe a plus de droits que ta burqa. En conséquence, ce n’est pas «l’islam», et encore moins «les» musulmans, qui menacent l’identité française, mais notre incapacité à énoncer fermement et clairement la règle du jeu: qui s’adapte à qui, quels sont les principes et les règles sur lesquels nous ne transigerons pas, quelles sont les différences qui nous enrichissent et celles que nous refusons…

je connais pas mal de juifs religieux qui préfèreraient ne pas voir sur nos murs des dames en petite tenue mais qui ne demandent pas qu’on interdise la publicité pour la lingerie. En France, on peut être choqué, agressé, blessé par l’opinion ou les mœurs des autres : c’est ce qu’Alain Finkielkraut appelle la douleur de la liberté. Rien que ça! Vous ne croyez pas qu’on en a soupé des séminaires, des débats et des discussions?

D’abord, si vous êtes satisfait par le débat public, vous n’êtes pas difficile – j’y reviendrai. Cela dit, je ne parle pas de débat, je parle de loi et de règles, et aussi de modes de vie. La laïcité, qui impose à tous les citoyens, croyants en premier lieu, une gymnastique mentale permanente. Il faut vivre sur deux pieds, accepter que ce que l’on tient pour une vérité sacrée à la maison soit à l’extérieur un objet de libre examen, donc de critique, voire de moquerie: je connais pas mal de juifs religieux qui préfèreraient ne pas voir sur nos murs des dames en petite tenue mais qui ne réclament pas qu’on interdise la publicité pour la lingerie. En France, on peut être choqué, agressé, blessé par l’opinion ou les mœurs des autres: c’est ce qu’Alain Finkielkraut appelle la douleur de la liberté. Il faut vous y faire, vos concitoyens ont le droit de caricaturer votre prophète. Sinon, il existe des tas de pays où on ne court aucun risque de tomber sur Charlie Hebdo… Je ne m’attarde pas sur l’égalité hommes-femmes qui impose de tolérer, même si c’est douloureux, que sa fille ou sa sœur mène la vie qui lui plaît. De même, on n’impose pas ses croyances et son mode de vie, même aux membres de son groupe: on a le droit d’être musulman ou d’origine musulmane et de manger pendant le ramadan. Enfin, il faut évoquer l’antisémitisme, non pas parce qu’il concerne les juifs, mais parce qu’il révèle la difficulté de nombreux musulmans (qui trouvent au minimum qu’ «on en fait trop sur la Shoah») à «changer de généalogie» pour reprendre l’expression de Malika Sorel. On en fait peut-être trop et surtout on fait certainement mal: il reste que l’extermination des juifs est un événement central de l’histoire européenne. Vous voulez entrer dans la famille, soyez les bienvenus. Mais alors, cet héritage est aussi le vôtre, ce qui n’a rien à voir avec la culpabilité.

Mais sur tous ces points, la majorité des musulmans de France est d’accord avec vous!

La majorité, j’aimerais en être sûre, un très grand nombre c’est indéniable: ce sont ceux-là que nous devons aider. En attendant, les quelques semaines de lucidité qui ont suivi les attentats nous ont révélé que l’antisémitisme, le complotisme et le rejet de la France étaient bien plus répandus que ce que je croyais moi-même. Certes, l’entre-soi et la progression de la pratique religieuse – qui se traduit par un certain séparatisme de fait – ne sont pas l’apanage des musulmans. Cela me désole que beaucoup de jeunes juifs vivent dans un milieu exclusivement juif. Mais le mélange culturel ne se décrète pas ; le respect de la loi et de la règle commune, si. Or, une certaine interprétation de l’islam, intolérante et teintée de ressentiment, devenue la norme dans nos banlieues, a tendance à transformer le séparatisme en sécession. On n’est pas obligé d’aimer nos valeurs libérales. Mais l’Etat doit garantir à tous ses citoyens le bénéfice de ces valeurs. Un très grand nombre de nos concitoyens musulmans savent ce qu’ils y ont gagné, il nous faut convaincre les autres – ou les obliger à respecter les formes républicaines, au besoin en adoptant l’excellente idée de Malek Boutih, qui propose de mettre «les quartiers» sous tutelle de l’Etat afin d’en finir avec les accommodements déraisonnables concédés par des élus locaux dépassés.

Le jour où l’école sera capable de transmettre à tous ce cadeau qu’est la culture française ce qui suppose d’enseigner un tout petit peu « à la dure », en arrêtant de se demander si Balzac n’est pas discriminatoire pour nos enfants d’immigrés on aura pas mal avancé. Une partie des élites françaises et des musulmans eux-mêmes n’ont-ils pas été trop longtemps trop soumis face au communautarisme et à l’islamisme? Dans ce contexte, le scénario du livre de Houellebecq vous paraît-il crédible?

Je dirais que Houellebecq est au moins plausible et vous renvoie à un excellent texte de Causeur consacré au duo Plenel/Ramadan. Ce qui est sûr c’est que, comme Zemmour, il frappe là où ça fait mal: sur notre ventre mou. L’origine de notre interminable crise identitaire, ce n’est pas l’islam mais notre incapacité collective à définir ce qui nous rassemble et à le défendre. Ainsi refuse-t-on avec constance qu’un pays puisse avoir une politique migratoire conforme à ses intérêts. Nous aimons l’Autre, se récrie-t-on. Qui oserait dire le contraire? Seulement, quand il arrive que l’Autre, lui, nous aime moins que ce qu’on voudrait, on fait mieux que le comprendre, on l’approuve. On l’applaudit. Pourquoi aimerait-on un pays qui, non content d’avoir commis des crimes effroyables dans le passé, s’acharne à les répéter? Quelques semaines après des attentats islamistes, de quoi débat la France? Du mal qu’elle a fait à ses enfants d’immigrés. De ses promesses non tenues. De ses idées rances. Et bien sûr, de son «islamophobie», au point qu’on finit par penser que l’islamophobie a tué à Paris. Le président nous a appelés à être «fiers d’être français». Avec un mot Manuel Valls a clos la séquence: «apartheid», le mot a été répété avec gourmandise par des journalistes ravis de tant d’audace. Et le plus consternant est que le Premier ministre l’ait prononcé pour câliner son aile gauche et faire plaisir aux intéressés. Que certains membres d’un parti de gouvernement exigent, comme prix de leur loyauté, que leur chef se livre au dénigrement public de leur pays, ne semble surprendre personne. Pas plus que le fait que l’on caresse une communauté dans le sens du poil en lui expliquant qu’elle est faite de sous-citoyens. Oh oui, je t’ai fait mal…, c’est bon, non? La France a fabriqué Merah, Nemouche et les autres. La faute à l’apartheid. Vous verrez, certains exigeront bientôt qu’on organise «Vérité et Réconciliation» pour leur demander pardon d’avoir si mal accueillis leurs parents.

Dans ce dossier, vous vous insurgez contre «le lamento de la relégation». Sans tomber dans l’idéologie victimaire, ces attentats doivent-il néanmoins nous conduire à nous interroger sur notre propre modèle de civilisation? Le fait que l’islam soit si attractif pour une partie de la jeunesse, y compris pour ceux qui ne sont pas de culture musulmane, ne vous interpelle-t-il pas?

Bien sûr, mais ce n’est pas en leur apprenant l’arabe qu’on va régler le problème. Le jour où l’école sera capable de transmettre à tous ce cadeau qu’est la culture française – ce qui suppose d’enseigner un tout petit peu «à la dure», en arrêtant de se demander si Balzac n’est pas discriminatoire pour nos enfants d’immigrés – on aura pas mal avancé. Mais le plus important, c’est d’arrêter d’entretenir la jeunesse, notamment musulmane, dans l’illusion qu’on lui devait quelque chose qu’on ne lui a pas donné. Rien n’est plus délétère que ce ressentiment, encouragé et légitimé par le discours public. Est-il si insupportable d’envisager que les intéressés aient une part de responsabilité dans ce qui leur arrive? Si beaucoup ont du mal à trouver leur place dans la société française, est-ce exclusivement à cause du racisme congénital des Français? Oui, c’est difficile de trouver du boulot et c’est plus difficile pour la jeunesse immigrée. Comment peut-on oublier les milliards investis dans la politique de la ville, l’arsenal juridique qui sanctionne le racisme et les discriminations, les repentances diverses et variées? Personne n’est colonisé en France. En réalité, les pleureuses professionnelles et les donneurs de leçons qui adorent se battre la coulpe sur la poitrine des autres méprisent nos concitoyens musulmans en les supposant incapables d’intégrer le monde des Lumières. Pour ces humiliés, disent-ils, l’islam est la dernière source de dignité. C’est aimable pour tous ceux dont la dignité réside dans leur contribution au bien commun. Cette condescendance parée de générosité me révolte.

Que l’on combatte le FN, fort bien, mais quand j’entends les mêmes dénoncer les « intentions funestes de ce parti pour la démocratie » et traiter de racistes tous ceux qui demandent à l’islam de France fasse son aggiornamento, je me demande qui est dingue. Vous affirmez que la France peut être une chance pour l’islam. Mais le pays des Lumières a-t-il aujourd’hui autre chose à proposer qu’un suicide collectif? La grande manifestation du 11 janvier qui aurait pu devenir dans l’imaginaire collectif l’équivalent du sacre de Reims ou de la Fête de la Fédération a été réduite à un slogan: «Je suis Charlie». Vous-êtes-vous sentie Charlie?

Tant qu’ «être Charlie» signifiait qu’on était prêt à se battre pour défendre la possibilité du monde commun et des libertés qui vont avec, sans aucun doute. Et puis je l’avoue, je me fais facilement avoir par ces moments de fusion collective sur fond de drapeau tricolore et de Marseillaise. Très vite, il est devenu clair que cette unanimité ne faisait que masquer de profonds malentendus. La gauche et les médias sont revenus à leur ritournelle habituelle: le FN, voilà l’ennemi! Que l’on combatte le FN, fort bien, mais quand j’entends les mêmes dénoncer les «intentions funestes de ce parti pour la démocratie» et traiter de racistes tous ceux qui demandent à l’islam de France fasse son aggiornamento, je me demande qui est dingue. Oui, la France pourrait être une chance pour l’islam comme elle a été une chance pour les juifs. Dire cela, ce n’est pas insulter les musulmans, mais simplement les inviter à réaliser la synthèse entre le public et le privé, le laïque et le religieux, l’individu et le groupe, que beaucoup d’autres ont faite avant eux. C’est en leur mentant qu’on les insulte.

Cependant, le plus rigolo, c’est Plenel : d’après lui, rien ne serait arrivé si on n’avait pas laissé Finkielkraut dire qu’il y a un problème avec l’islam. En somme, il aurait suffi de ne jamais nommer le problème pour qu’il n’existe pas. Et on continue à lui parler comme s’il était raisonnable… On pouvait penser que le choc des attentats allait déciller certains regards, que le réel ne pouvait plus être reporté à une date ultérieure, pour reprendre la formule de Philippe Muray. Un mois plus tard qu’en est-il?

Eh bien justement, il est de nouveau reporté sine die. Et c’est la seule chose qui pourrait finir par me décourager. Voilà des années que certains débats sont interdits: en apparence ils ont lieu, mais tout point de vue contraire à la doxa est d’emblée criminalisé. On vous laisse parler en agitant la clochette «Attention, salaud!» Du coup, les mots n’ont plus de sens: par exemple, il est communément admis que la proposition «être contre l’immigration» (ou pour une réduction drastique des flux migratoires) est synonyme de «être raciste». C’est totalement stupide d’un point de vue logique, mais peu importe, le journaliste standard le répètera comme il a répété que si on était contre le mariage homo on était contre l’égalité. Cette fois, le journaliste standard a décidé, enchanté de sa trouvaille, que l’existence d’un apartheid en France était une vérité scientifique et que les attentats islamistes n’avaient rien à voir avec l’islam. On est en train de monter d’un cran dans la censure: on n’interdit pas seulement des opinions mais des réalités déplaisantes. Ainsi Arno Klarsfeld est-il mis en examen pour avoir dit: «Une partie des jeunes de banlieue est antisémite». Cela aurait dû au moins nous faire hurler de rire, et j’attends l’audience avec impatience au cas où la Justice se donnerait le ridicule de statuer sur le droit d’affirmer que la pluie mouille. Cependant, le plus rigolo, c’est Plenel: d’après lui, rien ne serait arrivé si on n’avait pas laissé Finkielkraut dire qu’il y a un problème avec l’islam. En somme, il aurait suffi de ne jamais nommer le problème pour qu’il n’existe pas. Et on continue à lui parler comme s’il était raisonnable…

Mais vous ne voudriez pas qu’on autorise l’expression du racisme ou de l’antisémitisme?

Certes, mais pour autant, je suis atterrée par les condamnations à des peines fermes pour «apologie du terrorisme». En France, on ne va pas en prison pour ses idées, même si elles sont atroces. Et je préfèrerais qu’on arrête les aspirants-terroristes plutôt que les grandes gueules. Que Dieudonné soit condamné quand il va trop loin (c’est-à-dire souvent…) et surtout qu’on l’oblige à payer ses amendes). Mais je ne veux pas qu’on l’empêche de parler. Je veux vivre dans un monde où je peux être heurtée par les propos des autres. La loi qui pénalise les délits d’opinion doit être appliquée avec sagesse. Or, je le répète, aujourd’hui, certains nous somment de ne pas voir ce que nous voyons. Eh bien moi, je ne renoncerai jamais au droit de voir – ni d’ailleurs à celui de parler et de penser.

Voir enfin:

Attentats de Copenhague : pourquoi le modèle d’intégration danois a lui aussi échoué Le Figaro 16/02/2015

FIGAROVOX/ANALYSE – Marc Crapez explique pourquoi le modèle multiculturel danois n’a pas suffit à préserver le pay scandinave du terrorisme.

Marc Crapez est chercheur en science politique associé à Sophiapol (Paris-X). Son dernier ouvrage, Un besoin de certitude a été publié chez Michalon. Vous pouvez également retrouver ses chroniques sur son site. Après la France, c’est le Danemark qui est touché par le terrorisme islamiste. A première vue, ce «petit» pays peut apparaître comme une cible inattendue. Pourquoi a-t-il été visé selon vous?

Marc Crapez: Les islamistes ne font pas plus de différence entre petit et grand pays qu’entre petit et grand Satan. C’est d’abord un individu en particulier, un dessinateur suédois, qui était visé. Et ce n’était pas la première fois. Les caricaturistes rendent fous de rage les fondamentalistes, la représentation de leur prophète étant prohibée.

Ensuite, n’oublions pas que des attentats ont récemment été déjoués en Belgique et au Canada. Il existe toutefois une spécificité danoise, ou plutôt scandinave, voire au-delà si l’on inclut le Canada dans la liste des pays culpabilisés par leur brutalité passée envers les peuples Lapons ou Esquimaux (le Danemark possédait le Groënland). Conjoncturellement, la Scandinavie est aussi culpabilisée par le fou nazi Breivik. Et le Danemark par son fort parti populiste (voir le portrait au vitriol d’un politicien de cette obédience dans la série télévisée Borgen). Enfin, il suffit de regarder les télévisions scandinaves pour constater que ces pays sont culpabilisés par leur niveau de vie. Taraudés par la mauvaise conscience d’être des nantis, ils ont ouvert les vannes de l’immigration.

Néanmoins, la police paraît efficace: cible ratée et assassins (ou une partie d’entre eux) rapidement mis hors d’état de nuire. Aux Etats-Unis, c’est une femme, officier de police américaine qui, malgré une blessure, avait neutralisé le terroriste Nidal Malik Hasan en 2009…

L’intégration ne fonctionne plus si les flux d’arrivants sont trop massifs et si la propagande victimaire domine. Après les attentats qui ont frappé Paris, certains ont mis en cause le modèle d’intégration français, allant parfois jusqu’à suggérer que celui-ci était fondé sur une forme de discrimination institutionnelle . Le Danemark, pourtant réputé pour son modèle multiculturel et son ouverture à l’immigration, est lui aussi victime de l’islamisme. Les Français et plus largement les Européens ont-ils vraiment fait le bon diagnostic face à l’islam radical? L’intégration est-elle réellement le problème?

L’intégration républicaine peut mieux convenir à un pays, et le multiculturalisme à un autre. Le problème est de sauvegarder la laïcité face à une religion turbulente. Dès lors, l’intégration ne fonctionne plus si les flux d’arrivants sont trop massifs et si la propagande victimaire domine. Emeutes au Danemark en 2008, quasi-émeutes en Norvège en 2009, aux cris de «mort aux Juifs» ; émeutes en Suède en 2013.

Les pays scandinaves ont déjoué plusieurs tentatives d’attentats. Au Danemark, ce fut notamment le cas en 2010 et 2012, avec l’arrestation de Somaliens, dont un djihadiste formé chez les Shebab. Le royaume danois fut donc pionnier des structures d’accueil de dé-radicalisation, avec psychologues aux petits soins et réinsertion par l’emploi de type discrimination positive à la clé. En prime, les autorités politiques et les élites prenaient avec des pincettes les caricaturistes «droitisés» de 2005, et des manifestants avaient brandi des pancartes «Sorry» pour amadouer le monde musulman.

Ce profil bas n’a pas payé, car il brosse de l’Occident un tableau dont la noirceur et la pusillanimité justifient révolte et violence. Les frères Kouachi étaient d’anciens combattants des émeutes des banlieues de 2005 et l’un des deux auteurs des attentats de Boston, du printemps 2013, avait écrit sur son Facebook: «Je ne discute pas avec les idiots qui disent que l’islam c’est du terrorisme». Cette phrase, exacte au pied de la lettre, est discutable dans son esprit, puisqu’elle vise à rabaisser ceux qui doutent que l’on puisse découpler complètement le djihadisme de l’islam.

C’est parce que des sociologues nous font sans arrêt la leçon sur l’islam, « religion de paix mal interprétée », que des jeunes hommes croient devoir se porter à son secours les armes à la main Peut-on néanmoins totalement nier que l’extrémisme prospère sur l’échec de l’Intégration? Dans ces conditions, quel modèle, faut-il défendre?

L’intégration existe. En Suède, une présentatrice vedette est d’origine somalienne ; au Danemark, d’origine palestinienne (et voilée) ; en Norvège une femme d’origine pakistanaise est devenue ministre de la Culture. Ce n’est pas forcément une question de modèle. C’est une question d’affirmation de soi. Le Royaume-Uni s’est repris en main. En Allemagne, Espagne et Italie, l’immigration choisie freine les processus de sécession agressive.

Le djihadisme offre à de jeunes adultes le mythe du guérillero à cartouchière dans une variante proche de celle qui poussait les jeunes de 20 ans des années 30 vers le communisme ou le catholicisme politique: la défense d’un grand récit savant injustement calomnié et mal-aimé. C’est parce que des sociologues nous font sans arrêt la leçon sur l’islam, «religion de paix mal interprétée», que des jeunes hommes croient devoir se porter à son secours les armes à la main.

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DANEMARK Sur les 28 allocataires, 15 auraient été enjoints de rembourser… Le Danemark a payé des allocations chômage à des combattants de Daesh 20 Minutes avec AFP 28.11.2014

Le Danemark a payé des allocations chômage à 28 personnes parties combattre en Syrie pour le groupe Daesh, ont affirmé jeudi les services de renseignements danois (PET).

Ces services ont indiqué au quotidien BT que sur ces 28 allocataires, 15 ont été enjoints de rembourser, huit font encore l’objet d’une enquête, et cinq ont échappé à cette injonction faute de preuves suffisantes. «C’est incroyablement important que nous ne soyons pas naïfs», a déclaré au journal la ministre de la Justice Mette Frederiksen, interrogée sur des données provenant du recoupement de fichiers de plusieurs administrations.

L’une des plus grosses proportions de djihadistes dans la population Le Danemark est l’un des pays les plus généreux au monde dans l’indemnisation du chômage, qui peut atteindre 801 couronnes (108 euros) par jour pendant deux ans. Il n’a pas été précisé si les bénéficiaires en question touchaient autant, ni s’ils étaient tous Danois ou si certains étaient étrangers.

Parmi les pays occidentaux comportant le plus grand nombre de djihadistes par rapport à leur population totale, le Danemark se situe en deuxième place, derrière la Belgique. Selon le PET, «plus de 100» habitants du pays l’ont quitté dans le but de combattre en Syrie, mais un spécialiste danois du Moyen-Orient, Naser Khader, a appelé à revoir à la hausse cette estimation qui date de juin.

«Le nombre augmente dans beaucoup de pays, donc pourquoi ce ne serait-il pas le cas au Danemark?», a-t-il déclaré au quotidien Berlingske. La Belgique estime à 300 le nombre de ses ressortissants dans les rangs de Daesh, et la France, à un millier.

Voir encore:

Attentats de Copenhague et Paris : deux attaques, des similitudes frappantes Nouvel Obs 15-02-2015

Entre les attentats de Copenhague et de Paris, les similitudes sont frappantes. Même s’il faudra attendre d’en savoir plus sur le profil du tireur de la capitale danoise pour évoquer un éventuel mimétisme, la police soupçonne le tueur, dont elle n’a pas encore révélé l’identité, d’avoir voulu imiter les attentats parisiens.

François Hollande estime ce dimanche 15 février que « les mêmes cibles » ont été frappées au Danemark et lors des attentats de Paris en janvier, événements entre lesquels il y a, selon lui, « un lien qui n’établit pas un réseau mais une même détermination des terroristes à frapper les valeurs de la liberté, du droit, de la protection que chaque citoyen, quelle que soit sa religion, doit pouvoir trouver ».

Je suis frappé par le mimétisme de la séquence, d’abord une attaque contre le symbole de la liberté d’expression, ensuite une attaque contre des Juifs, et puis l’affrontement par rapport aux policiers », relève, lui aussi, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. Deux attaques, des cibles identiques Première similitude : cibler la liberté d’expression Comme les frères Kouachi qui ont tué à la kalachnikov le 7 janvier à Paris 12 personnes au siège de « Charlie Hebdo », l’hebdomadaire satirique qui avait publié des caricatures de Mahomet, un assaillant a mitraillé samedi à Copenhague un centre culturel où se tenait un débat intitulé « Art, blasphème et liberté », tuant un homme. Parmi les invités, un artiste suédois qui a, lui aussi, caricaturé le prophète de l’islam.

C’était la même intention que ‘Charlie Hebdo’, sauf qu’ils n’ont pas réussi à entrer », résume l’ambassadeur de France au Danemark, François Zimeray, présent lors du débat. Deuxième similitude : cibler la communauté juive Comme Amedy Coulibaly qui a tué quatre Juifs le 9 janvier dans un supermarché casher parisien, l’assaillant du Danemark s’en est pris ensuite à une synagogue. Il y a mortellement blessé un Juif, avant d’être abattu quelques heures plus tard par la police, comme les forces de l’ordre françaises ont tué les trois tireurs parisiens, au terme d’une traque plus longue.

Troisième similitude : mourir en martyr Enfin, comme Amedy Coulibaly et les frères Kouachi qui s’étaient préparés à mourir en martyr en tirant sur la police avant d’être abattus, l’auteur présumé des attentats de Copenhague a été tué, après avoir ouvert le feu sur les forces de l’ordre dans le quartier populaire de Nørrebro.

« Des cibles à haute valeur symbolique » Le mode opératoire semble similaire, les cibles aussi, on peut penser qu’il s’agit du même genre de djihad individuel », explique une source proche des forces d’élite françaises. « Il y a des similitudes », acquiesce Jean-Charles Brisard, expert des questions liées au terrorisme, « mais elles relèvent de tendances lourdes qu’on observe depuis plusieurs années ». Parmi elles, « des cibles à haute valeur symbolique » qui remplacent les « attentats aveugles », des « armements de moins en moins sophistiqués » au lieu d’explosifs « dont les terroristes se méfient car ils sont davantage surveillés par les services de renseignement ».

Pour ce spécialiste, ce type d’attaques « nécessite beaucoup moins de préparatifs que les attentats » commis par le passé, ce qui les rend plus difficiles à détecter. Pour autant, « il faut faire attention aux raccourcis » car « on ne sait pas grand-chose du tireur de Copenhague », prévient la source proche des forces d’élite.

L’imitation, un phénomène redouté Les tueurs français se réclamaient de mouvements djihadistes, Al-Qaïda ou le groupe Etat islamique (EI). Les enquêteurs n’excluent pas qu’ils se soient rendus en Syrie, et au moins un des Kouachi est allé en 2011 au Yémen, autre bastion du djihadisme international.

Quant à l’assaillant du Danemark, lui aussi déjà connu des services de renseignement, les enquêteurs ignorent s’il a été en Syrie ou en Irak mais pensent qu’il « peut avoir été inspiré par la propagande militante islamiste diffusée par l’Etat islamique ou d’autres organisations terroristes ». Le Danemark est un des pays les plus concernés par les départs pour le jihad en Syrie en proportion de sa population.

Selon la source proche des forces d’élite, le risque « d’imitation » est une crainte réelle des services antiterroristes.

C’est d’ailleurs l’intention des organisations djihadistes : par leur vidéos de propagande et leurs recrutements sur internet ils veulent que des personnes se reconnaissent dans les actions comme les attentats de Paris, qu’elles les reproduisent. » Avant même les attaques parisiennes, plusieurs hommes convertis aux thèses djihadistes étaient passés à l’acte, comme le Français Mehdi Nemmouche qui a tué quatre personnes au Musée juif de Bruxelles en mai, le Canadien Michael Zehaf-Bibeau qui a tué un militaire à Ottawa en octobre, ou encore Man Haron Monis, auteur en décembre d’une prise d’otages à Sydney qui s’est soldée par la mort de deux personnes et de l’attaquant.

Qu’ils aient agi seuls ou qu’ils se revendiquent d’un groupe, ces hommes semblent avoir mis en pratique les consignes diffusées par Al-Qaïda ou l’EI : passez à l’action là où vous vivez, en faisant le plus de bruit possible.

G.S. avec AFP

Voir enfin:

Attentats de Paris et Copenhague : les mêmes racines de la terreur Céline Lussato Nouvel Obs 16-02-2015

« Je suis frappé par le mimétisme de la séquence, d’abord une attaque contre le symbole de la liberté d’expression, ensuite une attaque contre des Juifs, et puis l’affrontement par rapport aux policiers ». A l’instar du ministre Français des Affaires étrangères Laurent Fabius, la plupart des commentateurs auront dressé ces deux derniers jours un parallèle entre les attaques qui ont frappé, à Paris puis Copenhague, des défenseurs de la liberté d’expression puis des membres ou des symboles de la communauté juive.

Mais au-delà des cibles elles-mêmes, et dans la limite de ce que l’enquête de police a pour le moment dévoilé, de nombreuses similitudes rapprochent les deux pays, faisant d’eux des cibles pour le terrorisme.

#La défense de la liberté d’expression, le droit au blasphème Le caricaturiste Lars Vilks qui, un an après les dessins qui ont enflammé le monde lors de leur publication en 2005 dans le « Jyllands-Posten » avait lui-même caricaturé le prophète Mahomet, était, semble-t-il, la cible de l’attentat de samedi à Copenhague.

« La France comme le Danemark ont une conception assez solide de la liberté d’expression », souligne Xavier Landes, chercheur en philosophie politique et économique au Centre for the Study of Equality and Multiculturalism (CESEM) de l’Université de Copenhague.

Le Danemark comporte encore dans son corpus une loi sur le blasphème. Mais celle-ci n’a plus donné lieu à condamnation depuis 1938. La France et le Danemark sont deux pays qui, dans les dernières années, se sont moins retenus que d’autres en matière de liberté d’expression : le Danemark en 2005 au travers les caricatures de Mahomet publiées dans le ‘Jyllands Posten’, la France via « Charlie Hebdo » depuis des années. Et c’est cette liberté d’expression poussée à l’extrême qui est, semble-t-il, l’étincelle qui a déclenché les deux fusillades. » Ce, même si, depuis 2005 et les réactions très violentes dans le monde contre le Danemark, beaucoup de Danois considéraient avoir fait la preuve de la liberté d’expression et, conscients aussi de la volonté de provocation du quotidien conservateur de droite, n’avaient pas spécialement poussé à renouveler ce genre de caricatures.

Lire Copenhague : à Paris, des centaines de « Je suis Danois » #La cible affichée de mouvements islamistes Un certains nombres de caricaturistes avaient déjà été la cible d’attaques dans le pays. En 2010, Kurt Westergaard, un dessinateur du « Jyllands Posten », avait été agressé par un homme armé d’une hache qui s’était introduit chez lui avant d’être arrêté à temps par la police danoise. Et Lars Vilks était sur la liste des « Most Wanted » du magazine d’Aqpa (al-Qaïda dans la Péninsule arabique) à la gauche de Charb de « Charlie Hebdo ».

« Les caricaturistes danois ont été exposés depuis des années. Mais, le pays lui-même l’est aussi en raison de sa participation à beaucoup de coalitions internationales qui sont intervenues au Moyen-Orient », ajoute Xavier Landes. « Le Danemark », explique le chercheur, « est un paradoxe : il apparaît comme un pays à la limite du pacifisme mais qui, au regard de sa taille, intervient beaucoup à l’étranger ». Et la presse se fait d’ailleurs régulièrement écho d’attentats déjoués sur le sol danois :

Le plus connu est celui, évité à quelques heures près, contre la plus grande station de métro de la ville, il y a quelques années ». Lire Copenhague : ne pas « répondre à la haine par la haine » #L’échec de la lutte contre les discriminations S’il on veut s’attarder sur les causes socio-économiques des passages à l’acte, on peut, là aussi, établir un parallèle entre la France et le Danemark. « Les facteurs de discriminations, d’inégalité socio-économique, d’inégalité d’opportunité présents en France et dont on a parlé au lendemain des attentats jouent aussi au Danemark. Les populations récemment arrivées dans le pays ont toutes les peines du monde à s’intégrer dans la société », affirme Xavier Landes. « Le Danemark est resté en effet un pays très homogène ethniquement jusque dans les années 1960 et l’est devenu moins en 40 ans. Or la communauté danoise est très soudée, ce qui a créé une barrière de verre qui a rendue plus difficile l’intégration des derniers arrivés ». Un parallèle avec la France limité par le fait que l’hexagone n’a pas une vision ethnique de l’intégration. « Mais le problème d’intégration est pourtant bien réel également en France, même si ses ressorts ne sont pas les mêmes ».

#Le départ de djihadistes au combat « Le Danemark est, en proportion de sa population, le pays d’Europe qui envoie le plus de djihadistes en Syrie », affirme Xavier Landes. Un point à malheureusement porter également à l’actif de la France d’où partent de nombreux jeunes vers la Syrie ou l’Irak pour combattre. « Ces départs en masse doivent nous pousser à nous questionner : pour avoir la démarche de partir d’un pays riche ou la santé et l’éducation sont gratuites pour aller se battre dans une guerre d’un tel sommet de barbarie, il faut qu’il y ait eu un puissant ressort qui ait conduit ces hommes et ces femmes ». Un ressort, semble-t-il, présent dans les deux pays.

LA LIMITE DU PARALLELE #La manifestation d’un violent antisémitisme Le parallèle entre les deux pays est là beaucoup plus compliqué. Si l’antisémitisme est ancien en France, avec une manifestation à droite comme à gauche avant la seconde guerre mondiale et une résurgence ces dernières années, il n’est historiquement pour ainsi dire pas présent au Danemark. « S’il y a eu de l’antisémitisme dans les têtes au Danemark, cela n’a jamais empêché les Danois de considérer les juifs comme leurs concitoyens », explique Xavier Landes, soulignant que « durant la seconde guerre mondiale, quoi que le Danemark soit sous protectorat allemand, presqu’aucun juif n’a été déporté, la population les ayant aidé à s’échapper en masse ». Aujourd’hui encore, et alors que la communauté juive comporte moins de 10.000 personnes dans tout le pays, les manifestations d’antisémitisme sont rarissimes en dehors de quelques incidents liés à l’actualité proche-orientale. Même le parti d’extrême droite ne tient guère de propos antisémites. « S’en prendre à une synagogue au Danemark est du mimétisme. Ce n’est pas comme s’il y avait des tensions inter-communautaires très fortes : il n’y en a pas ! », appuie le chercheur.

#Un sécularisme à deux vitesses Tandis que la France revendique et applique son modèle laïc, le Danemark présente lui un modèle plus séculier tout en ayant une préférence pour la religion historique du peuple danois : « l’Eglise luthérienne nationale danoise ».

« Une situation qui peut attiser de l’incompréhension ou des crispations. Il y a eu notamment des tensions autour de la construction d’une grande mosquée à Copenhague : comment se fait-il qu’un Etat qui se dit séculier mais finance une Eglise en particulier au travers du système de taxation, traine les pieds – sans parler de financer – pour autoriser la construction de cette mosquée ? », raconte Xavier Landes. De quoi développer des rancœurs.


Attentats de Copenhague: Ce qui est arrivé est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam (No, Mr. Boubakeur, it’s not a blow to Islam or Muslims !)

15 février, 2015
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Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
L’erreur qui est commise aujourd’hui, c’est de penser que l’islam, c’est la religion de Mahomet. Non : c’est celle de Jésus, de Moïse et celle de Mahomet, le dernier des prophètes. Croire en Dieu, ses anges, ses prophètes, c’est ça l’islam. Jésus n’a pas été envoyé à l’Europe, mais aux fils d’Israël, pour corriger la loi de Moïse. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n’est pas Jésus, c’est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n’a aucun sens, comme vos prières n’ont aucun sens. Khadafi (Paris, décembre 2007)
Convertissez-vous à l’Islam, Jésus a été envoyé pour les Hébreux, pas pour vous, en revanche Mahomet a été envoyé pour tous les humains. Vous croyez que Jésus a été crucifié mais ce n’est pas vrai, c’est Dieu qui l’a emmené au ciel. Ils ont crucifié quelqu’un qui lui ressemblait. Les juifs ont essayé de tuer Jésus parce qu’il voulait remettre la religion de Moïse sur le juste chemin. Khadafi (Rome, novembre 2009)
Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre. Renan
Au nom de Dieu tout puissant. Il n’y a qu’un Dieu à qui nous retournerons tous. Je veux informer tous les musulmans que l’auteur du livre intitulé Les Versets sataniques, qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l’Islam, au prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l’ont publié ou connaissent son contenu, ont été condamnés à mort. J’appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement, où qu’ils les trouvent, afin que personne n’insulte les saintetés islamiques. Celui qui sera tué sur son chemin sera considéré comme un martyr. C’est la volonté de Dieu. De plus, quiconque approchera l’auteur du livre, sans avoir le pouvoir de l’exécuter, devra le traduire devant le peuple afin qu’il soit puni pour ses actions. Que Dieu vous bénisse tous. Rouhollah Musavi Khomeini (Radio téhéran, 14 février 1989)
Je suis offensé par des sujets dans le journal chaque jour: traductions des discours de Osama bin Laden, photos de Abu Ghraib, de personnes qui insistent pour qu’Israël soit effacé de la surface de la terre, de gens qui prétendent que l’Holocauste n’a pas existé. Mais cela ne signifie pas que j’hésiterai à publier ces sujets. (…) Des voix furieuses prétendent que la caricature dit que le prophète est un terroriste ou que tous les musulmans sont des terroristes. Je lis cette caricature différemment: certains individus ont pris la religion musulmane en otage en commettant des actes terroristes au nom du prophète. Ce sont ceux-ci qui ont donné une mauvaise image à cette religion. Flemming Rose
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
La publication de caricatures du Prophète de l’Islam par le quotidien danois « Jyllands Posten » relayé par un quotidien parisien est un acte exécrable mettant une nouvelle fois en exergue l’Islamophobie ambiante, raciste et méprisante, envers plus d’un milliard de musulmans. (…) Il n’y a plus dans ce cas de liberté de la presse mais détournement de cette liberté. Hier les musulmans du monde étaient incapables de réagir à leurs détracteurs qui des siècles durant n’ont pas cessés de déverser des tombereaux de calomnies sur leur religion, leurs livres sacrés, leur Prophète. La modernité d’aujourd’hui leur permet d’exprimer leur profonde désapprobation de cette atteinte profanatoire et diffamatoire portés à leur religion caricaturant et affublant leur Prophète d’une image de terroriste accréditant une fois de trop l’Islam à la violence et au terrorisme. Comme dit le proverbe « Qui sème le vent récolte la tempête ». Docteur Dalil Boubakeur (Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris, 1er février 2006)
[Les musulmans de France] ne sentent pas que c’est au nom de l’Islam, ils sentent que c’est un coup porté à l’ensemble des musulmans. Dalil Boubakeur
Je suis effondré, c’est un acte de guerre. Je pense d’abord aux victimes et à leurs familles. Je ressens aussi un coup dur pour l’islam et les musulmans de France. Le travail d’intégration, de dialogue que nous effectuons depuis des années s’effondre brutalement, en quelques secondes. Les tueurs disent qu’ils ont vengé le Prophète. Mais c’est là une profanation de sa mémoire. En son époque, le Prophète a été caricaturé. Mais il a pardonné à ses adversaires, ses ennemis ! (…) Les musulmans doivent sortir dans les rues, manifester publiquement leur colère, leur dégoût, leur ras-le-bol. Trop, c’est trop ! Cette mobilisation doit aller au-delà de la communauté musulmane. Tout le monde doit défiler. On a atteint un tel niveau de haine. (…) Ils sont déjà stigmatisés, ils risquent de l’être encore plus, malheureusement. Ils n’avaient pas besoin de ça ! Je fais confiance au bon sens de nos concitoyens qui savent faire la différence entre un musulman normal et un psychopathe. Car ces crimes inqualifiables relèvent de la psychiatrie. Il est impossible que les tueurs soient nourris d’une quelconque spiritualité. Je n’imagine pas que la foi ait un jour caressé leur cœur. (…) J’étais contre les condamnations et les manifestations. Moi, cela ne m’avait pas choqué. Je suis pour la liberté d’expression tant qu’il n’y a pas d’insulte. Dans ces caricatures, je ne voyais pas d’insulte. La liberté en général, c’est ce qu’il y a de plus cher. Tareq Oubrou (imam de Bordeaux)
Le prophète n’a pas été vengé, mais notre religion, nos valeurs et les principes de l’islam ont été trahis. Tariq Ramadan
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Ce passage du Coran concentre toute la mimétogonie de l’islam vis-à-vis du christianisme, parce que celui qu’il appelle Jésus – Issa pour les musulmans – est l’opposé du Jésus des Evangiles. Issa est la négation absolue du Christ, c’est son double monstrueux. Allah sauve Issa de la mort grâce au sacrifice d’un inconnu, tandis que Jésus se sacrifie pour sauver de la mort les inconnus qui croiront en lui. Le sacrifice christique détruit le mécanisme sacrificiel, alors que l’islam réhabilite le sacrifice archaïque, en sauvant Issa par un sacrifice archaïque. A l’endroit même où Jésus révèle le diabolique de la vision archaïque de la divinité, le Coran rétablit l’archaïsme avec les moyens de l’archaïque, à savoir la violence. Radu Stoenescu
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
Si le fanatisme fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l’Allemagne, il est sûr que l’intégrisme est la maladie de l’islam. (…) Au lieu de distinguer le bon islam du mauvais, il vaut mieux que l’islam retrouve le débat et la discussion, qu’il redécouvre la pluralité des opinions, qu’il aménage une place au désaccord et à la différence.  Abdelwahab Meddeb
Ce que nous devons interroger prioritairement, c’est la brèche qui a libéré dans l’aire d’islam une telle volonté de détruire et de s’autodétruire. Ce que nous devons penser et obtenir, c’est une délivrance sans concession avec les germes qui ont produit cette dévastation. Un devoir d’insoumission nous incombe, à l’intérieur de nous-mêmes et à l’encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet accablement. Fethi Benslama
Les hommes qui ont commis les attentats « n’ont rien à voir avec la religion musulmane », a affirmé François Hollande, le 9 janvier. Ces tueurs n’ont « rien à voir avec l’islam », a insisté Laurent Fabius, trois jours plus tard. Les paroles du président de la République et du ministre des affaires étrangères, amplifiées par beaucoup d’autres voix, relèvent évidemment d’une intention louable. Elles traduisent la nécessité, bien réelle, de prévenir l’amalgame mortifère entre islam et terrorisme. A bien y réfléchir, pourtant, ces déclarations pourraient être à double tranchant. Car affirmer que les djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam, c’est considérer que le monde musulman n’est aucunement concerné par les fanatiques qui se réclament du Coran. C’est donc prendre à revers tous les intellectuels musulmans qui se battent, à l’intérieur même de l’islam, pour opposer l’islam spirituel à l’islam politique, l’espérance à l’idéologie. Loin d’affirmer que l’islamisme n’a rien à voir avec la religion musulmane, ces « nouveaux penseurs de l’islam », ainsi que les a nommés Rachid Benzine dans un livre précieux (Albin Michel, 2008), luttent pour dissocier l’islam de sa perversion islamiste. Comme les réformateurs juifs et chrétiens ayant travaillé à soustraire leur foi à l’emprise de ceux qui la défigurent, ils s’efforcent de fonder un islam accordé au monde moderne, à une société ouverte, où le théologique et le politique se trouveraient enfin séparés. Ces penseurs sont conscients que certains djihadistes ont fréquenté les mosquées et les écoles coraniques de grandes villes arabes, où l’islam se trouve souvent pris en otage par des doctrinaires qui ont tout autre chose en tête que l’élan spirituel et l’exégèse symbolique. (…) Ces jours-ci, bien au-delà de la France, des intellectuels musulmans ont lancé des appels à la réforme, à la fondation d’un islam qui renouerait avec la tradition critique et le travail philologique pour se relancer autrement (voir Le Monde du 20 janvier). Face aux intégristes qui voudraient faire main basse sur le Coran, ces penseurs mettent en avant la pluralité des lectures et des interprétations possibles. Face aux dogmatiques qui exigent une obéissance aveugle à la loi, ils réaffirment que la foi est d’abord une quête de sens, une aventure de la liberté. La meilleure façon de lutter contre l’islamisme, c’est d’admettre que l’islam est en guerre avec lui-même. Qu’il se trouve déchiré, depuis des siècles maintenant, entre crispation dogmatique et vocation spirituelle, entre carcan politique et quête de sagesse. Ainsi, pour les réformateurs, l’urgence n’est pas de nier l’influence de l’islamisme sur une large partie du monde musulman, mais plutôt de prêter main-forte à toutes les voix discordantes, souvent isolées, voire menacées, qui luttent pour redonner sa chance à l’islam spirituel. A l’islam des poètes et des mystiques, celui de Rumi, Ibn’Arabi ou Molla Sadra, ce grand philosophe iranien qui écrivait, au XVIIe siècle, que « la religion est une chose intérieure » et que Dieu ne doit pas être « enchaîné ». A l’islam des simples croyants, surtout, dont la fidélité relève non pas de la soumission à un ensemble de prescriptions toujours plus délirantes, mais d’une espérance vécue, d’un pèlerinage intérieur. Prévenir les amalgames, c’est une nécessité. Eviter les raccourcis haineux, dynamiter les préjugés, c’est une urgence absolue. Mais pour atteindre cet objectif, plutôt que de marteler l’idée selon laquelle l’islam n’a « rien à voir » avec ses avatars monstrueux, comme le font les plus hautes autorités de l’Etat, mieux vaut aider et conforter tous les musulmans qui luttent au jour le jour pour se réapproprier leur religion, et libérer enfin l’islam de ses chaînes islamistes. Jean Birnbaum (Le Monde)
Vous (…) avez tenté de disculper l’islam de ce qui est arrivé. Vous avez même pleuré sur les musulmans au lieu de pleurer sur les victimes, en affirmant que ce qui s’est passé est un coup porté à l’ensemble des musulmans et que l’Islam sanctifie la vie. (…)  puisque vous êtes médecin de profession. Vous savez qu’un diagnostic erroné peut entraîner la mort du patient. Si vous considérez un cancer comme un simple mal passager, vous donnez l’occasion au cancer de croître et de détruire la vie du patient. Je pense que vous êtes d’accord avec moi sur ce point. Et il va de soi que le médecin, après le diagnostic, doit suggérer le médicament adéquat au patient afin de le guérir. (…) Ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman. Est-il nécessaire de vous rappeler comment Mahomet s’est vengé de ceux qui l’ont critiqué? Ne savez-vous pas ce que Mahomet a fait à Um Qarfa?  Ne savez-vous pas comment le Coran stigmatise les poètes dans le chapitre qui leur est consacré et qui porte le titre «Les poètes»?  Jamais Mahomet n’a admis la moindre critique à son égard; il n’acceptait que ceux qui chantaient ses louanges, comme le font les rois et les chefs des pays arabes et musulmans aujourd’hui. Ne savez-vous pas que les ouvrages de droit musulman prescrivent de tuer ceux qui critiquent Mahomet? Pouvez-vous m’indiquer un seul pays arabe ou musulman qui permet de toucher à Mahomet? Bien sûr que non. Où donc est la sanctification de la vie dont vous parlez? La liberté d’expression et la vie des humains n’ont aucune valeur dès qu’on touche à l’Islam, au Coran ou à Mahomet. (…)  À moins que vous n’indiquiez les critiques contre Mahomet dans la période mecquoise, quand il n’avait pas d’épée. Mais après avoir joint le pouvoir à la prophétie, il n’a toléré aucune critique contre lui ou le Coran. Et cela vaut encore aujourd’hui.(…) lorsque les terroristes ont assassiné les journalistes, ils criaient «Dieu est grand, le prophète Mahomet a été vengé». Ils se considéraient comme les exécutants de la loi islamique contre ceux qui critiquent Mahomet. Et ce qu’ils ont fait est conforme aux dispositions de la loi islamique. La question se pose: où l’ont-ils appris? Ne serait-ce pas dans des livres dont regorgent les bibliothèques des mosquées en France? Ne serait-ce pas dans les prêches des imams de ces mosquées? En France, tout le monde a le droit de critiquer le judaïsme, le christianisme, le communisme, ainsi que leurs symboles et leurs ouvrages. Et les journalistes qui ont été assassinés ne s’en sont pas privés, sans tenir compte des susceptibilités des juifs, des chrétiens ou des communistes. Ce droit est garanti par la loi française. En refusant toute critique de l’islam, de Mahomet et du Coran même en France, les musulmans voudraient tout simplement y appliquer la loi islamique et brider la liberté d’expression. Tant que de telles idées dominent la mentalité des musulmans, ce qui est arrivé à Paris avec Charlie Hebdo se répétera, avec le même magazine et d’autres. Ainsi, sous la menace de mort, les musulmans veulent faire taire des intellectuels, des journalistes, des universitaires, des politiciens et toutes autres personnes qui seraient tentées de critiquer l’islam et ses symboles. Ils veulent tout simplement établir en France une dictature islamique brutale, interdisant la liberté de pensée et d’expression. (…) Comment pouvez-vous imaginer la cohabitation entre musulmans et non-musulmans en France avec de telles idées? Ne voyez-vous pas que la société française est menacée par la guerre civile dont les musulmans seront les premiers perdants? Soyons honnêtes. Ne pensez-vous pas que de nombreux adeptes de votre religion en France, ou certains d’entre eux au moins, ont applaudi l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo comme ils ont applaudi les crimes de Mohamed Merah? (…) Aucune personne saine d’esprit ne peut nier que ce qui est arrivé à Paris avec les journalistes de Charlie Hebdo provient des enseignements islamiques. (…) Ceci étant, il faut en déduire la nécessité de revoir l’ensemble des enseignements islamiques. On doit lever la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam et permettre leur critique comme on le fait avec le judaïsme, le christianisme et le communisme. Les imams de mosquées en France doivent reconnaître la liberté d’expression prévue par la loi française et demander aux musulmans qui ne l’acceptent pas de quitter la France pour retourner dans leur pays d’origine. (…) D’autre part, il faut revoir intégralement l’enseignement islamique et (…) impérativement laisser de côté le Coran médinois, qui viole les droits de l’homme, et ne retenir que le Coran mecquois. Cela nécessite l’interdiction en France du Coran sous sa forme actuelle. Il faut exiger que tous les exemplaires du Coran, y compris ceux qui se trouvent dans les mosquées, soient dans l’ordre chronologique, en indiquant clairement que le Coran médinois est caduc en raison de ses incitations à violer les droits de l’homme. Les responsables de la religion musulmane doivent en outre reconnaître la liberté religieuse, y compris la liberté de changer de religion, de quitter l’islam. Sami Aldeeb

Attention: des larmes peuvent en cacher d’autres !

Au lendemain d’une nouvelle réplique, cette fois dans la patrie des premières caricatures de Mahomet et le jour-anniversaire de la fatwa iranienne contre Salman Rushdie, du massacre de Paris du mois dernier …

Et suite aux tombereaux de bons sentiments à la je suis Charlie et à la pas d’amalgame qui ne sont en fait que la retraduction politiquement correcte du rappel à l’ordre et à la la loi islamique que venaient de faire lesdits djihadistes …

Comment ne pas voir …

Avec l’universitaire suisse-palestinien chrétien Sami Aldeeb

Et contre les larmes de crocodile de nos Dalil Boubakeur qui, ultime outrage aux victimes et pour disculper l’islam à l’instar de l’Administration Obama, pleurent sur les musulmans …

La confirmation que « ce qui est arrivé à Paris est bien « entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman » ?

Et comment ne pas rappeler …

Contre les mêmes qui, oubliant ou faisant mine d’oublier que les têtes de l’écrivain britannique Salman Rushdie ou du député néerlandais Gert Wilders ou d’autres sont toujours, au nom du même islam, mises à prix …

profitant du fouillis de sourates classées au mépris de toute chronologie ou logique par leur seule longueur, nous renvoient à chaque fois aux sourates mecquoises quand le prophète n’avait pas encore l’épée …

La nécessité absolue et vitale de « revoir l’ensemble des enseignements islamiques », en « levant la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam »  pour en « permettre la critique comme l’ont fait depuis longtemps les textes juifs et chrétiens dont ils s’inspirent ?

Mais comment aussi ne pas voir avec Radu Stoenescu reprenant les analyses de René Girard

La véritable distorsion que, dans leur rivalité mimétique avec leurs devanciers, le Coran et l’islam ont fait subir aux textes de ceux-ci …

Jusqu’à en nier, dans le cas du christianisme, l’essentiel …

A savoir la crucifixion du Christ (Issa sauvé à la dernière minute par le sacrifice d’un inconnu dans la tradition coranique) …

Par laquelle loin du Dieu vengeur qui donne ou ordonne la mort de ses créatures  …

La divinité subit en victime pour mieux en dénoncer et définitivement l’impasse ?

Lettre à Dalil Boubakeur: revoir intégralement les enseignements de l’islam
Sami Aldeeb,
jan 08 2015

Traduction d’un article paru dans un forum arabe

Lettre ouverte à l’imam de la Mosquée de Paris

Cher Dr Dalil Boubakeur, Imam de la Mosquée de Paris,

J’ai visionné plusieurs vidéos dans lesquelles vous condamnez l’attentat contre le magazine Charlie Hebdo, qui a coûté la vie à un certain nombre de journalistes. Vous y avez tenté de disculper l’islam de ce qui est arrivé. Vous avez même pleuré sur les musulmans au lieu de pleurer sur les victimes, en affirmant que ce qui s’est passé est un coup porté à l’ensemble des musulmans et que l’Islam sanctifie la vie. Vous démontrez ainsi que vous vous moquez de la vie des journalistes assassinés et que votre seule préoccupation consiste à éviter l’accusation de l’islam et des musulmans pour ce qui s’est passé. Vous vous êtes contredit et vous avez prouvé que vous manquez de la moindre sympathie pour les victimes. Vous avez perdu votre humanité par ces déclarations.

Mais soyons honnêtes, absolument honnêtes. Ne dit-on pas, en arabe, que de la franchise naît la tranquillité? Parlons en termes médicaux, puisque vous êtes médecin de profession. Vous savez qu’un diagnostic erroné peut entraîner la mort du patient. Si vous considérez un cancer comme un simple mal passager, vous donnez l’occasion au cancer de croître et de détruire la vie du patient. Je pense que vous êtes d’accord avec moi sur ce point. Et il va de soi que le médecin, après le diagnostic, doit suggérer le médicament adéquat au patient afin de le guérir.

Permettez-moi de vous dire que votre diagnostic sur les événements d’hier à Paris ne saurait convaincre que les idiots et les hypocrites. Si vous n’êtes pas conscient de votre erreur, c’est un signe de votre ignorance. Et si vous savez que votre diagnostic est erroné, cela signifie que vous êtes un malhonnête, pour ne pas dire un menteur.

Ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman. Est-il nécessaire de vous rappeler comment Mahomet s’est vengé de ceux qui l’ont critiqué? Ne savez-vous pas ce que Mahomet a fait à Um Qarfa?  Ne savez-vous pas comment le Coran stigmatise les poètes dans le chapitre qui leur est consacré et qui porte le titre «Les poètes»?  Jamais Mahomet n’a admis la moindre critique à son égard; il n’acceptait que ceux qui chantaient ses louanges, comme le font les rois et les chefs des pays arabes et musulmans aujourd’hui. Ne savez-vous pas que les ouvrages de droit musulman prescrivent de tuer ceux qui critiquent Mahomet? Pouvez-vous m’indiquer un seul pays arabe ou musulman qui permet de toucher à Mahomet? Bien sûr que non. Où donc est la sanctification de la vie dont vous parlez? La liberté d’expression et la vie des humains n’ont aucune valeur dès qu’on touche à l’Islam, au Coran ou à Mahomet. Et je vous défie de me présenter la moindre preuve de l’inexactitude de mes propos.  À moins que vous n’indiquiez les critiques contre Mahomet dans la période mecquoise, quand il n’avait pas d’épée. Mais après avoir joint le pouvoir à la prophétie, il n’a toléré aucune critique contre lui ou le Coran. Et cela vaut encore aujourd’hui.

Revenons sur ce qui s’est passé à Paris. Vous avez certainement appris que lorsque les terroristes ont assassiné les journalistes, ils criaient «Dieu est grand, le prophète Mahomet a été vengé». Ils se considéraient comme les exécutants de la loi islamique contre ceux qui critiquent Mahomet. Et ce qu’ils ont fait est conforme aux dispositions de la loi islamique. La question se pose: où l’ont-ils appris? Ne serait-ce pas dans des livres dont regorgent les bibliothèques des mosquées en France? Ne serait-ce pas dans les prêches des imams de ces mosquées?

En France, tout le monde a le droit de critiquer le judaïsme, le christianisme, le communisme, ainsi que leurs symboles et leurs ouvrages. Et les journalistes qui ont été assassinés ne s’en sont pas privés, sans tenir compte des susceptibilités des juifs, des chrétiens ou des communistes. Ce droit est garanti par la loi française. En refusant toute critique de l’islam, de Mahomet et du Coran même en France, les musulmans voudraient tout simplement y appliquer la loi islamique et brider la liberté d’expression. Tant que de telles idées dominent la mentalité des musulmans, ce qui est arrivé à Paris avec Charlie Hebdo se répétera, avec le même magazine et d’autres. Ainsi, sous la menace de mort, les musulmans veulent faire taire des intellectuels, des journalistes, des universitaires, des politiciens et toutes autres personnes qui seraient tentées de critiquer l’islam et ses symboles. Ils veulent tout simplement établir en France une dictature islamique brutale, interdisant la liberté de pensée et d’expression.

Je vous invite à un moment de franchise avec vous-même. Vous dites vouloir le vivre-ensemble en France. Comment pouvez-vous imaginer la cohabitation entre musulmans et non-musulmans en France avec de telles idées? Ne voyez-vous pas que la société française est menacée par la guerre civile dont les musulmans seront les premiers perdants? Soyons honnêtes. Ne pensez-vous pas que de nombreux adeptes de votre religion en France, ou certains d’entre eux au moins, ont applaudi l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo comme ils ont applaudi les crimes de Mohamed Merah?

Aucune personne saine d’esprit ne peut nier que ce qui est arrivé à Paris avec les journalistes de Charlie Hebdo provient des enseignements islamiques. C’est le diagnostic que personne d’informé ne saurait mettre en doute. Ceci étant, il faut en déduire la nécessité de revoir l’ensemble des enseignements islamiques. On doit lever la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam et permettre leur critique comme on le fait avec le judaïsme, le christianisme et le communisme. Les imams de mosquées en France doivent reconnaître la liberté d’expression prévue par la loi française et demander aux musulmans qui ne l’acceptent pas de quitter la France pour retourner dans leur pays d’origine. Et ce pour éviter la guerre civile entre musulmans et non-musulmans en France.

En ce qui concerne les mosquées, il faut surveiller ce qui y est dit et ce qui y est enseigné afin qu’elles ne deviennent pas des nids de terrorisme et d’extrémisme. Pour cela, je suggère que les mosquées soient ouvertes à tous, que les prêches soient prononcés en français, que les imams étrangers ne soient pas autorisés à y officier, et je propose de soumettre les imams actuels à des mesures administratives et éducatives. Vous savez sans doute qu’en Egypte les prêches sont distribués aux imams par les autorités étatiques, qui contrôlent la stricte observance de leur contenu. Tous les prêches des mosquées de France doivent être soumis à l’approbation préalable des autorités françaises, ces prêches doivent être enregistrés et les contrevenants doivent être sanctionnés par le retrait de la nationalité et le renvoi dans le pays d’origine. Et ce, encore une fois, pour éviter la guerre civile entre musulmans et non-musulmans en France.

D’autre part, il faut revoir intégralement l’enseignement islamique et l’orienter vers la doctrine de Mahmoud Mohamed Taha, qui a été pendu sur instigation de l’Azhar. Ce penseur estimait qu’il fallait impérativement laisser de côté le Coran médinois, qui viole les droits de l’homme, et ne retenir que le Coran mecquois. Cela nécessite l’interdiction en France du Coran sous sa forme actuelle. Il faut exiger que tous les exemplaires du Coran, y compris ceux qui se trouvent dans les mosquées, soient dans l’ordre chronologique, en indiquant clairement que le Coran médinois est caduc en raison de ses incitations à violer les droits de l’homme. Les responsables de la religion musulmane doivent en outre reconnaître la liberté religieuse, y compris la liberté de changer de religion, de quitter l’islam. Les autorités françaises doivent imposer cette exigence sous peine de retrait de la nationalité française et de renvoi dans le pays d’origine.

Ce sont là des mesures que vous devez prendre en tant qu’imam de la Mosquée de Paris, et que doivent prendre les autorités françaises le plus rapidement possible afin de permettre le vivre-ensemble en France.

Veuillez agréer, Monsieur l’imam de la Mosquée de Paris, l’expression de ma haute considération.

Sami Aldeeb, Dr en droit, professeur des universités
Directeur du Centre de droit arabe et musulman: http://www.sami-aldeeb.com
Auteur d’une traduction française du Coran par ordre chronologique,
d’une édition arabe du Coran par ordre chronologique et d’autres ouvrages

Voir aussi:

L’islam comme mimétogonie
Radu Stoenescu

« Si Allah ne neutralisait (repoussait) pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue. » (Coran 2 : 251)

L’objet de ce texte est de présenter une hypothèse interprétative des fondements de l’islam sunnite, à partir de l’anthropologie de René Girard. N’étant ni islamologue, ni arabophone, je ne saurais polémiquer ni avec le texte coranique original, ni avec l’original de la Sîra (vie de Mahomet). Je travaillerai donc à partir de la traduction de ces textes. Il s’agit de présenter ici quelques intuitions qui nécessiteraient un travail beaucoup plus vaste pour être étayées solidement. Autant la visée de ce texte est ambitieuse, autant mes moyens sont limités, cependant j’invite le lecteur à ne jamais oublier qu’il ne s’agit que d’une hypothèse, pas d’une conclusion. Cette hypothèse prend appui sur l’idée que le modèle de Mahomet est essentiel dans l’émergence de l’islam, qui pourrait sans exagération être défini comme une « imitation de Mahomet ». Comprendre Mahomet, c’est comprendre l’islam.

Pour mettre tout de suite les pieds dans le plat, formulons l’hypothèse herméneutique : l’islam me semble être l’expression d’un désir métaphysique au sens de René Girard, c’est-à-dire d’un désir de l’être de son modèle, le judéo-christianisme. C’est aussi un désir métaphysique dans le sens où son objet est Dieu Lui-même. La démarche de Mahomet a pour but à la fois d’être pris pour le véritable juif et le véritable chrétien, et d’enlever l’objet de désir (Dieu) aux monothéistes qui le précédent. L’islam est mimétogonique par rapport au judéo-christianisme.

1. Mimétisme, rivalité et légitimité de Mahomet

La légitimité de la prédication de Mahomet tient à ce qu’il prétend refaire un geste déjà accompli par d’autres prophètes : révéler aux hommes la loi du Dieu unique et transcendant. En fait, c’est moins Mahomet qui répéterait un geste, que Dieu qui, à travers Mahomet, réitérerait un geste qu’Il aurait déjà accompli plusieurs fois, à travers Moïse et Jésus notamment. Dieu aurait envoyé dans l’Histoire des messages armés de son code de Loi, Mahomet étant le dernier envoyé, le « sceau des prophètes ».

Le Dieu transcendant connaît ainsi une temporalité toute historique, tandis que le temps historique est happé par la transcendance : le passé est aboli et le futur est fermé. Le seul événement historique dans cette perspective est l’abolition de l’Histoire, accomplie par la révélation de la Loi transcendante éternellement valable : la descente du Coran.

Ce qui m’intéresse dans la fondation de l’islam, c’est l’idée d’imitation et de répétition. C’est le mimétisme de Mahomet qui est fondateur, dans la perspective même du Coran. Si Mahomet n’avait pas de modèle, il n’aurait pas de légitimité. Mahomet dit aux autres monothéistes : « je fais comme vos prophètes », ou plutôt « Dieu fait à travers moi ce qu’il a fait à travers les autres prophètes ».

Il y a vingt-cinq prophètes cités par la Coran, qui vont d’Adam à Mahomet, Jésus le précédant directement. Un hadith mentionne que chaque peuple de l’histoire a reçu au moins un prophète et qu’il y en aurait eu 124 000 au total. Cette démultiplication légendaire doit être lue comme une tentative de fonder par analogie la légitimité du geste singulier de Mahomet : on augmente le nombre de prophètes pour rendre banale l’apparition d’un prophète. Cette généalogie des prophètes est donc absolument essentielle pour la fondation de l’islam. Elle n’est pas un simple préambule rhétorique : c’est la justification proprement mythique de la rivalité de Mahomet par rapport aux autres monothéistes.

Pour que la vision musulmane soit valide, il faut que chaque prophète ait accompli exactement le même geste que Mahomet : avoir donné aux hommes un livre divin contenant leurs devoirs envers le Créateur. Car l’islam prétend que tous les livres révélés par le Créateur contenaient exactement la même chose que le Coran. La chaîne des prophètes doit être absolument ininterrompue : c’est une chaîne de moments identiques, dont Mahomet n’est que le dernier imitateur. Ces moments sont identiques parce que Dieu est immuable, et ne fait que se répéter, par clémence pour Ses créatures qui oublient sans cesse Sa loi. Si la chaîne est brisée, la logique même de la légitimité de Mahomet est mise en défaut.

Des prophètes que le Coran mentionne, au moins deux ont encore les disciples qui prétendent connaître les textes: Moïse et Jésus. Les autres prophètes et leurs textes sont plus ou moins légendaires, et de toute manière n’ont plus de sectateurs. De la chaîne des prophètes censée aboutir à Mahomet, il subsiste deux anneaux. Pour que la vision musulmane soit légitime, Jésus doit s’être posé par rapport à Moïse de la même manière que Mahomet se pose par rapport à Jésus et à Moïse, sinon la chaîne se brise. Selon la logique divine de remplacement d’un prophète par un autre, Jésus doit être le rival prophétique de Moïse. Si Jésus n’est pas le rival heureux de Moïse, Jésus n’est pas un prophète. Or le problème, c’est que Jésus n’est justement pas le rival de Moïse et cela selon le texte des chrétiens eux-mêmes. Jésus n’abolit pas la Loi de Moïse et ne prétend jamais le faire, bien au contraire.

Si l’on prétend que les chrétiens ont altéré le message de Jésus et que « l’Evangile », comme disent les musulmans, était essentiellement identique au Coran, le christianisme historique n’aurait jamais existé et le nom même de Jésus ne serait jamais parvenu aux oreilles de Mahomet. Si les évangiles chrétiens sont authentiques, alors Jésus n’est pas un prophète au sens de Mahomet, et la chaîne des messagers divins se brise. Bref, si Jésus n’était pas le rival de Moïse, Mahomet ne pourrait pas être le rival de Jésus. Mais si Jésus était le rival de Moïse, il n’y aurait pas eu de christianisme et Mahomet ne pourrait pas le connaître. Dans les deux cas, la légitimité de Mahomet s’effondre.

Si le christianisme se comprend comme il se doit, c’est-à-dire avec et à partir de l’Ancien Testament, il n’y a pas de rivalité que Mahomet pourrait imiter. Mahomet ne peut donner sa rivalité pour légitime que si elle trouve un modèle en Jésus. Il faut à l’islam que Jésus se soit opposé radicalement au judaïsme pour que Mahomet puisse prétendre s’opposer légitimement aux deux. L’islam s’oppose en dernière analyse au judéo-christianisme, il attaque et reprend une supposée attaque de Jésus contre Moïse.

Mahomet est pris dans une escalade mimétique par rapport à Jésus. Il veut faire la même chose et mieux. D’ailleurs, il n’est pas le premier non plus à succomber à cette rivalité avec Jésus pour attaquer les monothéismes : Mani, pour ne citer qu’un autre fondateur de religion, avait fait quelque chose de semblable quatre cents ans auparavant. L’empire perse tout proche de l’Arabie avait laissé fleurir le manichéisme, et à l’époque de Mahomet, cette religion aujourd’hui éteinte, était encore très vivante. En témoigne la conversion de Bögü, troisième khan des Ouïghours, qui en 762, s’est emparé de Luoyang, la capitale de l’Empire chinois. Le manichéisme fleurira au Turkestan oriental (aujourd’hui la province chinoise de Xinjiang) jusque vers la fin du premier millénaire.

Mani avait aussi apporté un livre sacré, que ses disciples devaient apprendre par cœur, comme devront le faire plus tard les musulmans avec le Coran. Il se pourrait que l’expression « sceau des prophètes », qui désigne Mahomet, soit d’origine manichéenne. Mani s’était aussi donné pour le dernier prophète, pour une réincarnation de Jésus et Bouddha, dont il achevait et corrigeait les doctrines.

J’avance l’hypothèse que la foule de « prophètes » qui a sévi pendant le premier millénaire était en partie une sorte de réplique mimétique aux débats entre les juifs et les chrétiens. Ceux-ci se sont livrés à des joutes oratoires pendant des siècles, souvent devant un auditoire païen. Schématiquement, ce que le vulgaire devait retenir, c’est qu’il y avait un Dieu unique, que celui-ci avait d’abord révélé la Torah à Moïse, ensuite la Bonne Nouvelle à Jésus. Les deux révélations étaient enfermées dans un livre, et les juifs et les chrétiens se déchiraient sur le fait de savoir à travers quel livre prêter allégeance à Dieu.

Ce que les débats judéo-chrétiens donnaient superficiellement à voir, c’était une violence entre jumeaux : texte contre texte, révélation contre révélation, prophète contre prophète. Cette violence entre jumeaux est le germe de toute violence, qui la copie. On la reproduit alors pour la conjurer : il y a apparemment deux rivaux, et leur rivalité obscurcit le rapport à Dieu. Pourquoi ne pas créer un nouveau livre qui concilierait tout le monde ? Dieu a envoyé un autre prophète et révélé un deuxième livre, pourquoi pas un troisième ? On peut dire que toute nouvelle religion, comme celle de Mani, était une sorte de tentative d’arrêter la rivalité entre les révélations par une nouvelle révélation. La violence interconfessionnelle devait être arrêtée par une violence encore plus grande. C’est une violence qui s’exerce sur le plan symbolique, qui relègue le sacré de l’autre au statut de pseudo-sacré, voire à celui d’hérésie.

Ce spectacle n’est pas révolu, et les syncrétismes d’aujourd’hui tentent d’accomplir la même chose. De même beaucoup d’athées et de laïcs abhorrent la religion et les débats théologiques parce qu’ils y voient un indécidable combat de jumeaux, et qu’il ne veulent pas être happés dans la violence de ces débats. Leur position est tout aussi religieuse : si les religions qu’ils condamnent en bloc revendiquent des différences, ils font tout pour les indifférencier, en commençant généralement leurs phrases avec « toute religion… ». Ce n’est pas seulement de la paresse intellectuelle devant le travail à accomplir pour étudier chaque religion dans sa spécificité. C’est une peur sacrée de la différence ! Car si jamais les religions pouvaient être différenciées, si elles n’étaient pas de simples jumeaux pris dans un combat rivalitaire, alors on ne pourrait plus les condamner en bloc. Ce qui est tragique et comique à la fois, c’est que cette indifférenciation est faite au nom de la raison, alors qu’elle est tout sauf raisonnable, puisqu’elle se moque de l’expérience et de l’histoire de chaque religion en particulier.

Celui qui s’élève au nom de la raison contre toutes les religions, accomplit en fait un geste religieux fondateur : il condamne le « chaos ». Il a besoin de ce chaos pour que son geste soit légitime. Sans l’indifférenciation, il n’y aurait pas de chaos. Alors que les religions revendiquent leur différence, comme étant ce qui arrête la violence rivalitaire, la position athée veut annuler leurs différences, et les annuler aussi du même geste, exactement pour la même raison.

L’islam fait au fond exactement la même chose : il veut aplanir les conflits doctrinaux pas une violence symbolique encore plus grande. Pour réussir, cette violence symbolique doit indifférencier ses adversaires et trouver une légitimité plus grande. Mahomet a deux rivaux contre lesquels il ne cesse de polémiquer dans le Coran : les juifs et les chrétiens. L’objet de la rivalité, c’est Dieu lui-même. La prédication de Mahomet est centrée autour de l’affirmation d’être le véritable adorateur de Dieu, celui qui restaure la véritable religion du Dieu Unique, que les juifs et les chrétiens auraient selon lui corrompue. Mahomet ne polémique pas avec les arabes polythéistes et idolâtres. Ceux-ci n’ont pas de doctrine unie à lui opposer. Ils ne peuvent pas lui disputer son objet de désir, le Dieu Unique, et pour cause. Mahomet prend à revers les polythéistes, en leur imposant un autre objet de désir.

Mais Mahomet doit polémiquer sans cesse avec ceux qui ont historiquement connu le Dieu Unique avant les arabes, les monothéistes préislamiques. Sa tactique par rapport à eux a toutes les caractéristiques de la revendication rivalitaire : il copie le désir d’un autre, il est un suiveur, puis il emploie toutes ses forces pour montrer qu’il a été le premier à désirer cet objet, en l’occurrence Dieu.

Au tout début de sa prédication, Mahomet veut être reconnu comme un prophète par les juifs. Il imite tout d’abord leurs usages : lors de l’installation à Médine en 622, il instaure des règles alimentaires semblables à la cacheroute, il prie vers Jérusalem, il accepte le mariage des musulmans avec les femmes juives. Mais vers 624, deux ans après son arrivée à Médine, devant le refus des juifs de le reconnaître comme un des leurs, et prophète de surcroît, il change la direction de la prière (qibla), et demande aux musulmans de prier vers la Mecque. De l’imitation, on passe au désir de distinction.

Pour prouver que son « désir de Dieu » est premier, qu’il n’est pas simplement imité du désir des juifs ou des chrétiens, Mahomet s’échinera ensuite à rendre seconde leur expression du désir. Pour avoir un droit absolu sur l’objet, il doit montrer qu’il l’a désiré le premier. Donc Mahomet doit faire apparaître son désir avant celui des juifs et des chrétiens. C’est pourquoi il le déplace dans le passé le plus ancien, en disant qu’Adam lui-même était musulman, qu’Abraham était musulman, que Moïse était musulman, et que Jésus était musulman. De cette manière, le « désir de Dieu » des juifs et des chrétiens, c’est-à-dire leurs religions, se retrouvent reléguées au rang de prétentions secondes. S’ils veulent avoir accès à l’objet, c’est-à-dire à Dieu, ils doivent à présent se convertir à l’Islam.

(Khadafi, lors de son voyage controversé à Paris, a clairement rappelé cette position de l’islam : « L’erreur qui est commise aujourd’hui, c’est de penser que l’islam, c’est la religion de Mahomet. Non : c’est celle de Jésus, de Moïse et celle de Mahomet, le dernier des prophètes. Croire en Dieu, ses anges, ses prophètes, c’est ça l’islam. Jésus n’a pas été envoyé à l’Europe, mais aux fils d’Israël, pour corriger la loi de Moïse. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n’est pas Jésus, c’est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n’a aucun sens, comme vos prières n’ont aucun sens. »[1])

Mahomet indifférencie ses adversaires et s’oppose violemment à eux d’un seul mouvement : Mahomet se présente comme un prophète qui « rappelle » une Loi. Cependant, il la créé et la déplace dans le temps, pour la placer avant la loi de ses modèles. Ce mouvement d’ancrage d’un désir suiveur avant le désir de son modèle trouve son achèvement dans la doctrine de l’Islam sunnite du « Coran incréé ». La prétention d’être premier s’exacerbe ici au point de se placer avant le temps lui-même.

Dans sa prédication, Mahomet reprend les « structures de rappel » présentes dans les textes prophétiques juifs, mais avec une différence de taille : il n’y aucune trace avant lui de ce qu’il « rappelle », sauf bien sûr, l’objet de son désir, le Dieu unique. Les prophètes de l’Ancien Testament se réfèrent sans cesse à une loi existante, la loi de Moïse, qu’ils ne donnent pas pour corrompue. De même Jésus, dans sa revendication du titre de Fils de Dieu, se réfère au Psaume 82, et respecte toujours la loi de Moïse. C’est pourquoi le « rappel » de Mahomet n’en est pas véritablement un. Rien ne le distingue d’une prétention gratuite. Parce qu’il est conscient du problème, Mahomet doit poser une deuxième affirmation gratuite : il accuse les juifs et les chrétiens d’avoir corrompu les textes réunis aujourd’hui dans la Bible, la Thora et le Nouveau Testament.

Mahomet n’avance pas de preuve. Cependant, pour asseoir son « désir de Dieu » avant le désir des autres monothéistes, il doit affirmer ces deux choses complètement gratuites et inséparables : il « rappelle » une Loi dont on n’a aucune trace, et les monothéistes d’avant lui ont corrompu leurs textes. Si la Bible n’est pas corrompue, Mahomet ne rappelle rien, il invente. Et s’il invente, il n’a pas la préséance sur les premiers monothéistes.

Plus encore, la corruption dont sont accusés les chrétiens et les juifs a trait surtout à sa personne : ils sont accusés d’avoir changé la Bible pour ne pas le reconnaître comme prophète. Toutes ces accusations gratuites ont un et un seul but : fonder la primauté de son désir de Dieu, c’est-à-dire la primauté de son culte, l’islam. Comme ces accusations sont complètement gratuites, elles pourraient être réitérées par un autre que Mahomet, après sa mort. Rien ne pourrait empêcher logiquement quelqu’un d’appliquer à l’Islam exactement la même stratégie que Mahomet a appliqué vis-à-vis des juifs et des chrétiens, et d’affirmer que les musulmans ont corrompu leur texte, et qu’il faut adorer le Dieu unique en suivant d’autres préceptes. C’est pourquoi Mahomet doit affirmer aussi être le dernier prophète. C’est le sens de l’expression « le sceau des prophètes ». Après avoir placé son désir de Dieu avant ses modèles et annexé ainsi leur passé, il anéantit par avance toute rivalité future comme étant une hérésie. C’est ainsi que les Bahaïs ont été persécutés dès leur apparition en Iran.

Mahomet accomplit l’indifférenciation de ses ennemis en réduisant le judaïsme et le christianisme à deux versions inachevées, ou corrompues de l’islam, qui doivent rester rivales entre elles. Il a besoin de leur rivalité dans l’indifférenciation, car c’est de cette rivalité qu’il tire sa propre légitimité. Si Dieu n’avait fait qu’un geste avec le judéo-christianisme, il n’y aurait pas de rivalité à imiter.

La rivalité a une place centrale dans le Coran lui-même, car certains versets sont contradictoires. C’est pourquoi les savants musulmans ont développé la théorie de l’abrogation : un verset plus tardif remplace un autre plus ancien qui lui est contraire. Cette méthode est inscrite dans le Coran lui-même : « Nous n’abrogeons un verset, ni ne le faisons passer à l’oubli sans en apporter de meilleur ou d’analogue. » (Sourate 2, verset 106). Les versets abrogeants remplacent les versets abrogés tout comme le Coran remplace les autres livres sacrés. Si même le Coran s’abroge lui-même, a fortiori la Bible est abrogée du point de vue des musulmans.

Le problème de la fondation de l’islam, c’est sa nature rivalitaire. Le christianisme n’a pas ce problème avec le judaïsme. Mahomet ne fait qu’affirmer sa légitimité, or cette prétention ne résiste pas à la confrontation avec le judéo-christianisme historique, selon les critères analogiques de Mahomet lui-même. Si Mahomet ne s’était pas placé dans la lignée des prophètes judéo-chrétiens, il n’y aurait pas eu un conflit aussi violent. Or la légitimité de Mahomet dérive de son inscription dans cette lignée, et elle n’est qu’affirmée, nullement prouvée.

Mahomet ne peut se passer de ses modèles pour être un prophète, mais il doit aussi les détruire car il ne peut démontrer sa précellence par rapport à eux. La destruction doit être totale car l’enjeu de la rivalité avec ses modèles, c’est Dieu lui-même. C’est pourquoi l’islam peut être vu comme un délire rivalitaire paranoïaque, et que l’on peut dire que l’islam est intrinsèquement violent.

2. Les doubles monstrueux : Jésus et Issa

La mimétogonie de l’islam par rapport au judéo-christianisme est mise en scène dans le Coran lui-même. Elle est explicite dans la dénégation de la crucifixion de Jésus, rappelée par Kadhafi : « Ils disent : nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. » (Sourate IV, verset 157.)

Ce passage du Coran est extraordinaire à la lumière de la théorie du bouc émissaire. Le Coran parle explicitement de substitution sacrificielle. Dieu fait tuer quelqu’un d’autre pour sauver Jésus. Pendant des siècles les exégètes musulmans se sont demandés qui était cet inconnu, ce sosie de Jésus qui meurt à sa place sur la croix, et ils ont avancé plusieurs hypothèses : un compagnon de Jésus, Simon de Cyrène, Judas…

Quel que soit celui qui remplace Jésus, ce qui est essentiel dans ce passage du Coran, c’est que l’on assiste à l’apparition d’un double : le sosie de Jésus. Dans la perspective musulmane, un prophète bénéficie du soutien indéfectible de Dieu, c’est pourquoi il ne saurait être crucifié. Un messager de Dieu est un élu dans un sens aussi bien terrestre que spirituel : il peut toujours compter sur la force divine. On est ici au cœur de la vision archaïque de la divinité, en tant que violence et toute puissance effrayante. La dénégation de la réalité de la crucifixion procède de cette conception humaine, trop humaine, qui voit dans le prophète un surhomme armé de la foudre divine. Dans les moqueries de ceux qui étaient présents sur le Golgotha, c’était la même vision qui s’exprimait : « Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, se moquaient aussi de lui, et disaient: Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même! S’il est roi d’Israël, qu’il descende de la croix, et nous croirons en lui. Il s’est confié en Dieu; que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime. Car il a dit: Je suis Fils de Dieu. » (Matt. 27. 41-43)

Ce passage du Coran concentre toute la mimétogonie de l’islam vis-à-vis du christianisme, parce que celui qu’il appelle Jésus – Issa pour les musulmans – est l’opposé du Jésus des Evangiles. Issa est la négation absolue du Christ, c’est son double monstrueux. Allah sauve Issa de la mort grâce au sacrifice d’un inconnu, tandis que Jésus se sacrifie pour sauver de la mort les inconnus qui croiront en lui. Le sacrifice christique détruit le mécanisme sacrificiel, alors que l’islam réhabilite le sacrifice archaïque, en sauvant Issa par un sacrifice archaïque. A l’endroit même où Jésus révèle le diabolique de la vision archaïque de la divinité, le Coran rétablit l’archaïsme avec les moyens de l’archaïque, à savoir la violence.

Dans le passage du Coran niant la crucifixion, ce qui est en jeu c’est la dénégation de la violence, pas la crucifixion elle-même. Car il y a bien quelqu’un de crucifié, même dans la version musulmane, un inconnu que l’on ne mentionne même pas. C’est le silence même sur l’identité du crucifié qui indique qu’il s’agit d’un bouc émissaire, c’est-à-dire, dans une perspective chrétienne, d’une image du Christ. En fin de compte, même selon le Coran, Jésus a été crucifié. Cet inconnu substitué à Issa, c’est… Jésus !

A la lumière de la théorie du bouc émissaire, ce passage du Coran est une paradoxale confirmation de la réalité du supplice du Christ. Cependant, le message en est complètement inversé : la violence des lyncheurs est niée. En quelques lignes, le texte musulman renie par trois fois la participation des hommes à la mise à mort : « Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, » et « ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant ». On est ici en présence de la négation mythique de l’implication humaine dans le lynchage sacré : « Dieu l’a haussé à lui. » Tout comme Iphigénie, ravie aux cieux et remplacée par une biche, Issa est enlevé au ciel et remplacé par Jésus, qui meurt véritablement à sa place. On ne pourrait pas revenir plus directement au sacrifice archaïque !

Dans le sacrifice, Dieu est violent, et la violence est sacrée. Elle n’appartient plus aux hommes. Le Coran l’affirmera explicitement dans la sourate au titre significatif Le butin : « Vous, les croyants quand vous rencontrez les incroyants en marche, ne tournez pas le dos. Quiconque tourne alors le dos, à moins que ce ne soit pour combattre ou pour rejoindre une bande, s’attire la colère de Dieu et n’aura de refuge que la géhenne. Quel mauvais avenir ! Vous ne les avez pas tués, c’est Dieu qui les a tués ! Tu n’as pas jeté (de pierre) quand tu jetais, c’est Dieu qui a jeté pour que les croyants éprouvent sa grâce. » (8 : 15-17)

La portée de la version musulmane de la crucifixion est énorme. Il s’agit là d’une adhésion assumée à la violence sacrificielle, dirigée explicitement contre la révélation de cette violence par le spectacle de la croix. L’islam se montre ainsi comme l’anti-christianisme par excellence. Le nom de Jésus est usurpé par son double monstrueux, Issa, qui le met à mort pour se sauver lui-même.

Ce qui corrobore encore le caractère sacrificiel de l’islam, c’est la règle de l’unanimité des croyants : l’ijma` (arabe : unanimité; consensus) est une des sources du droit musulman, après le Coran et la Sunna. Les écoles juridiques lui accordent une place plus ou moins grande. Le consensus est généralement compris comme celui des oulémas spécialistes du domaine dont il est question. Une règle de droit prise par ce procédé ne peut en aucun cas contredire le Coran ou la Sunna. Les écoles juridiques sunnites admettent cette règle du consensus en vertu d’un hadith disant : « Ma communauté ne se réunira pas sur une erreur. »

On sait que le mécanisme sacrificiel a besoin de l’unanimité pour être efficace. Celle-ci étant sanctifiée par Mahomet, le processus d’exclusion unanime peut être facilement mis en branle dans les communautés musulmanes, qui ne ressentent pas le besoin d’une légitimité autre que leur uniformité d’opinion. C’est ce qui s’est manifesté lors de l’affaire des caricatures danoises de Mahomet.

3. Rivalité fondamentale et interdiction des représentations en islam

Si la rivalité est centrale dans l’islam, elle doit être aussi constamment conjurée. L’enjeu du monothéisme islamique, c’est la toute puissance de Dieu, et la précellence de son prophète Mahomet. Celui-ci fonde sa légitimité sur sa rivalité réussie avec les autres monothéistes, et doit se prémunir contre toute rivalité éventuelle. C’est la raison de l’interdiction de l’art figuratif en islam. « Nulle part le Coran n’interdit de dessiner une image, une forme, mais comme ce terme est rattaché à l’œuvre de Dieu, celui qui se livre à une telle tâche est perçu comme faisant œuvre de Dieu et un concurrent redouté, surtout que l’image peut faire l’objet d’adoration, et donc promouvoir le polythéisme (association d’autres divinité à Dieu). »[2]

Je crois qu’il faut comprendre la toute puissance divine dans l’islam comme toute puissance créatrice des représentations. Dieu est le seul autorisé à représenter un être animé, et à représenter Sa parole. La non validité des traductions du Coran va de pair avec l’interdiction de sculpter des êtres vivants. On ne doit pas se représenter ce qui est, c’est-à-dire redoubler l’étant par une reproduction. Re-produire, c’est d’une part usurper le pouvoir divin, rivaliser avec Dieu dans la création, et d’autre part c’est aussi faire proliférer des réalités rivales avec la Création.

Le récit de la création d’Adam dans le Coran est explicite en ce sens : « Il (Dieu) instruisit Adam de tous les noms. » (Sourate II, verset 31). Cela est à comparer avec Genèse 2.19 : « L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme. »

Pour l’islam, l’homme doit respecter les formes données par Dieu, il doit nommes les choses d’après Dieu, il doit réciter la parole d’Allah. Cette parole est unique en un sens théologique fort. La reproduire scinderait l’unité de la divinité même. Par contre, pour le judéo-christianisme, c’est l’homme qui nomme les êtres vivants, et c’est Dieu qui écoute. La dialectique chrétienne entre l’essence et l’apparence dépend de cet espace qui est ménagé dès le début entre la capacité de nommer donnée par Dieu à Adam et les noms effectifs que celui-ci donne aux créatures. Pour le dire avec les termes de Saussure, dans l’islam, Allah donne les signifiés avec les signifiants correspondants.

L’interdiction des représentations au sens large, que ce soit de la traduction du Coran, des œuvres littéraires, ou des films sur les prophètes, tente de conjurer de la rivalité possible qui pourrait surgir entre le modèle et sa copie, et entre l’homme-artisan et Dieu-créateur. Plus encore, Sami Aldeeb Abu-Sahlieh écrit que « l’interdiction des objets animés chez les musulmans est due à la conception superstitieuse, prophylactique et apotropaïque admettant implicitement la possibilité de consubstantialité de la représentation et du représenté, et en conséquence, une substitution de l’un à l’autre. Ainsi les lions, les dragons, les chiens sont exclus du répertoire des sujets possibles de l’art, parce qu’on leur prête implicitement la faculté de quitter l’état d’image et d’agir comme des êtres vivants. »[3]

L’iconoclasme musulman peut être vu comme le pendant de la peur de la rivalité entre les doubles. L’essence tend à se confondre avec l’apparence dans une mentalité sacrificielle. Si les artistes étaient libres de créer des représentations de ce qui est, ils feraient surgir des doubles qui se disputeraient la réalité dans la pensée du croyant musulman.

4. L’attentat suicide comme manifestation exemplaire du désir métaphysique

Le désir métaphysique de Mahomet est l’héritage qu’il a laissé à tous les musulmans. Leur position psychologique par rapport aux « Gens du Livre », comme ils appellent les juifs et les chrétiens, est empreinte de cette rivalité mimétique qui doit aller jusqu’à la négation totale de l’être du modèle. Ce désir métaphysique trouve une expression particulièrement concise dans l’attentat suicide. Dans cet événement, la « montée aux extrêmes » et l’islamisme s’articulent d’une manière fulgurante.

Quand un « shahid » se fait exploser pour tuer des « infidèles », il accomplit simultanément la destruction du modèle, et l’appropriation de l’essence convoitée, car il accède au statut de martyre, le seul qui selon la doctrine de Mahomet garantisse l’accès au paradis.[4]

Une précision doit être faite ici. Une des différences essentielles entre l’islam et le judéo-christianisme est le caractère supraterrestre du paradis islamique. Le jardin d’Eden biblique est un lieu mythique, mais terrestre, alors que le Paradis musulman est décrit d’emblée comme supraterrestre : Adam et Eve « tombent » littéralement des cieux sur terre.[5]

Dans toute rivalité, il y a un objet, et la rivalité ne devient métaphysique que lorsque les frères ennemis oublient l’objet de rivalité au profit de l’essence de l’autre. La rivalité musulmano-occidentale est présentée tout d’abord comme un conflit politique ayant pour enjeu la domination d’un certain territoire, voire de la Terre entière. Cependant, dans l’attentat suicide, ce qui devient manifeste, c’est que l’objet même de la rivalité a été oublié. Le kamikaze qui brûle du désir métaphysique ultime oublie sa vie terrestre, la terre qu’il disputait à son ennemi, pour se concentrer uniquement sur la négation de l’autre. Il peut d’autant plus facilement le faire que, pour lui, le Paradis n’a jamais été de ce monde, à la différence de l’enseignement du judéo-christianisme.

Nous sommes ici en présence d’une conjonction effrayante entre un désir métaphysique et, en dernière analyse, le déni de la valeur de l’objet de la rivalité. La pente entre la rivalité d’objet et la rivalité métaphysique ne pourrait pas être plus glissante. Le judéo-christianisme affirme incessamment la valeur de la création (« Et Dieu vit que cela était bon. »). L’islam dit au contraire : « Ce pan de la création que Je viens de te révéler, Adam, n’ajoute rien à Ma grandeur, à Ma gloire ou à Mon pouvoir, rien à ce que J’ai, si ce n’est ce qu’ajoute une gouttelette d’eau tombant dans sept mers, prolongées par autres sept mers sans limites. »[6]

Si jamais un jour la possibilité d’un affrontement nucléaire entre l’Islam et le judéo-christianisme deviendrait réalité, la destruction de la terre, c’est-à-dire de la création divine, n’arrêterait pas un musulman dans sa montée aux extrêmes. Car Allah ne lui accorde pas la même importance que Dieu.

Conclusion

Cet article, j’en suis tout à fait conscient, manque de références. C’est l’ébauche d’un projet qui nécessiterait plus d’efforts que je ne peux fournir actuellement. Pour étayer cette hypothèse de l’islam comme mimétogonie violente par rapport au judéo-christianisme, il faudrait effectuer deux analyses complémentaires, et homothétiques : d’une part il faudrait analyser la vie de Mahomet et ses rapports avec ses contemporains monothéistes, d’autre part les rapports de l’Islam avec les autres communautés, en tant que ces derniers rapports reproduisent les premiers à une plus grande échelle. La première étude porterait sur le texte du Coran, en tenant compte de l’ordre de la « révélation » des sourates, mis en regard avec la vie de Mahomet telle que la tradition musulmane l’a canoniquement fixée (Al Sîra d’Ibn Isham). La seconde nécessiterait un travail beaucoup plus vaste, qui pourrait par exemple constituer une thèse de doctorat d’Histoire.

Le chantier est énorme, mais les instruments analytiques de la théorie mimétique semblent suffisamment puissants pour comprendre le caractère de la religion islamique. Ce serait un travail passionnant, dans la mesure où la religion islamique porte avec elle une négation explicite de la révélation de la croix, qui est la source de la compréhension anthropologique du fonctionnement de la violence, explicitée par René Girard. On peut dire que l’islam est l’anti-girardisme par excellence, dans la mesure où il est l’anti-christianisme par excellence.

L’enjeu est de taille : si c’est la croix qui nous révèle notre violence, et nous enjoint de la contrôler sous peine d’y succomber, toute négation de la croix, comme l’islam, favorise la méconnaissance de notre violence, la montée aux extrêmes, et la mise à mort des boucs émissaires. La critique de l’islam est donc un combat urgent, et littéralement vital.

[1] Le Monde, le 12 décembre 2007.

[2] Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, L’art figuratif en droits juif, chrétien et musulman. Licencié et docteur en droit de l’Université de Fribourg (Suisse) et diplômé en sciences politiques de l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Responsable du droit arabe et musulman à l’Institut suisse de droit comparé, Lausanne. Auteur de nombreux ouvrages et articles (voir la liste dans: http://www.sami-aldeeb.com).

[3] Idem, p.36.

[4] « Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah (jihad), Il ne rendra jamais vaines leurs actions. Il les guidera et améliorera leur condition, et les fera entrer au Paradis qu’Il leur aura fait connaître. » (Sourate 47, versets 4-6)

[5] Mahmoud Hussein, Al Sîra, tome 1, p. 62.

[6] Al Sîra, p.64

Voir également:

Condamnation de l’attentat contre Charlie Hebdo

Le Conseil français du culte musulman et les musulmans de France condamnent avec la plus grande détermination l’attaque terroriste d’une exceptionnelle violence commise contre le journal Charlie Hebdo. Cet acte barbare d’une extrême gravité est aussi une attaque contre la démocratie et la liberté de presse.

Nos premières pensées attristées vont aux victimes et à leurs familles à qui nous exprimons notre totale solidarité dans la terrible épreuve qui les touche.

Dans un contexte international politique de tensions alimenté par les délires de groupes terroristes se prévalant injustement de l’Islam, nous appelons tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République et de la démocratie à éviter les provocations qui ne servent qu’à jeter de l’huile sur le feu.

Face à ce drame d’ampleur nationale, nous appelons la communauté musulmane à faire preuve de la plus grande vigilance face aux éventuelles manipulations émanant de groupes aux visées extrémistes quels qu’ils soient.

Paris, mercredi 7 janvier 2015

Docteur Dalil Boubakeur

Président Conseil français
du culte musulman – CFCM

Voir encore:

« Une profanation de la mémoire du Prophète »
Tareq Oubrou, imam de Bordeaux (Gironde)
Propos recueillis par V.Md

08 Janv. 2015

Recteur de la mosquée de Bordeaux (Gironde), Tareq Oubrou est un ardent défenseur du dialogue interreligieux. A ce titre, il participait hier matin, avec d’autres imams de France, à l’audience générale du pape François au Vatican.

Attentat à Charlie Hebdo : « Ils font honte à tous les musulmans »
C’est en sortant de cette rencontre, après avoir échangé quelques mots avec le souverain pontife, qu’il a appris l’horrible nouvelle.

Comment réagissez-vous à l’attentat commis contre « Charlie Hebdo » ?
Tareq Oubrou. Je suis effondré, c’est un acte de guerre. Je pense d’abord aux victimes et à leurs familles. Je ressens aussi un coup dur pour l’islam et les musulmans de France. Le travail d’intégration, de dialogue que nous effectuons depuis des années s’effondre brutalement, en quelques secondes. Les tueurs disent qu’ils ont vengé le Prophète. Mais c’est là une profanation de sa mémoire. En son époque, le Prophète a été caricaturé. Mais il a pardonné à ses adversaires, ses ennemis !

Que faut-il faire pour lutter contre cette haine ?
Les musulmans doivent sortir dans les rues, manifester publiquement leur colère, leur dégoût, leur ras-le-bol. Trop, c’est trop ! Cette mobilisation doit aller au-delà de la communauté musulmane. Tout le monde doit défiler. On a atteint un tel niveau de haine.

Craignez-vous que les musulmans de France soient les victimes collatérales de cette barbarie ?
Ils sont déjà stigmatisés, ils risquent de l’être encore plus, malheureusement. Ils n’avaient pas besoin de ça ! Je fais confiance au bon sens de nos concitoyens qui savent faire la différence entre un musulman normal et un psychopathe. Car ces crimes inqualifiables relèvent de la psychiatrie. Il est impossible que les tueurs soient nourris d’une quelconque spiritualité. Je n’imagine pas que la foi ait un jour caressé leur cœur.

Ces dernières années, une partie de la communauté musulmane s’était élevée contre les caricatures du Prophète par « Charlie Hebdo ». Comment aviez-vous réagi ?
J’étais contre les condamnations et les manifestations. Moi, cela ne m’avait pas choqué. Je suis pour la liberté d’expression tant qu’il n’y a pas d’insulte. Dans ces caricatures, je ne voyais pas d’insulte. La liberté en général, c’est ce qu’il y a de plus cher.

 Voir aussi:

Caricatures offensantes du Prophète Mohamed
Paris, le 1er février 2006

La publication de caricatures du Prophète de l’Islam par le quotidien danois « Jyllands Posten » relayé par un quotidien parisien est un acte exécrable mettant une nouvelle fois en exergue l’Islamophobie ambiante, raciste et méprisante, envers plus d’un milliard de musulmans.

La personne du Prophète Muhammad est fortement vénérée dans le monde. Il ne viendrait à l’idée d’aucun croyant de ridiculiser les fondateurs d’autres religions ou croyances tels que Jésus, Moïse, Bouddha, Confucius, etc…

De tels actes prémédités pour porter atteinte et humilier la foi musulmane sont gratuits, délibérés et pernicieux pour nuire, notamment à la paix religieuse.
Cela ne peut que raviver les tensions en Europe et dans le monde où l’on cherche plutôt à rapprocher les idées et les hommes, non à la diviser et à les opposer.
Les caricatures danoises apportent ainsi des éléments supplémentaires à tous ceux, de tous bords qui ne travaillent que pour aggraver les fractures entre l’Islam et l’Occident.

Aujourd’hui les boutefeux du révisionnisme et les négationnistes touchent à la relecture du nazisme et de ses crimes, et ne se gênent plus pour porter atteinte au sentiment du Sacré qui n’a pas à être jugé ni ridiculisé et encore moins caricaturé par ceux qui n’y croient pas.

Il n’y a plus dans ce cas de liberté de la presse mais détournement de cette liberté.

Hier les musulmans du monde étaient incapables de réagir à leurs détracteurs qui des siècles durant n’ont pas cessés de déverser des tombereaux de calomnies sur leur religion, leurs livres sacrés, leur Prophète.

La modernité d’aujourd’hui leur permet d’exprimer leur profonde désapprobation de cette atteinte profanatoire et diffamatoire portés à leur religion caricaturant et affublant leur Prophète d’une image de terroriste accréditant une fois de trop l’Islam à la violence et au terrorisme.

Comme dit le proverbe « Qui sème le vent récolte la tempête ».

La Grande Mosquée de Paris condamne fermement cette atteinte inqualifiable du respect que mérite toute croyant quelle qu’elle soit de par le monde. “

Docteur Dalil Boubakeur Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris.

Voir par ailleurs:

5 choses à savoir sur la fatwa contre Salman Rushdie
L’Express

18/09/2012

La fondation religieuse iranienne qui avait mis à prix la tête de Salman Rushdie en février 1989, après la publication des Versets sataniques, a décidé de porter la prime pour son assassinat à 3,3 millions de dollars. Retour en arrière.

Vingt-quatre ans après la publication des Versets sataniques, Salman Rushdie est toujours la cible d’extrémistes musulmans. Dans son roman publié en 1988, deux acteurs indiens décédés dans un accident d’avion reviennent sur Terre, le premier dans la peau de l’archange Gabriel, l’autre sous les traits du diable. Ils deviennent alors les protagonistes de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal. Peu après sa parution, le roman est accusé de ridiculiser le Coran et Mahomet, et provoque des émeutes et manifestations en Iran, au Pakistan puis dans l’ensemble du monde arabe.

1. Rushdie condamné à mort en 1989
En 1988, un député musulman du parlement de Delhi parvient à faire interdire les Versets sataniques en Inde, afin d’éviter « des heurts entre communautés religieuses ». Quelques mois plus tard, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, chef de la révolution islamique iranienne, publie une fatwa (décret religieux) appelant tous les musulmans à tuer Salman Rushdie. La Fondation du 15 Khordad, proche du gouvernement, met sa tête à prix.

L’écrivain britannique d’origine indienne est alors contraint de vivre sous protection policière, changeant de domicile fréquemment. « Je doute que ceux qui me condamnent aient lu une seule ligne de mon livre », s’indigne-t-il. Au cours des dix années qui suivent, il fait l’objet d’une vingtaine de tentatives d’assassinat. Ses traducteurs japonais et italien sont poignardés et son éditeur norvégien grièvement blessé.

Afin de pacifier les relations entre Londres et Téhéran, le gouvernement iranien dirigé par Mohammad Khatami s’engage publiquement, le 24 septembre 1998, à « ne plus encourager les tentatives d’assassinat contre Rushdie » . Mais la fatwa de Khomeini est toujours d’actualité: son successeur, l’ayatollah Ali Khamenei, a réaffirmé en janvier 2005 que Salman Rushdie était un apostat pouvant être tué impunément.

2. Une autobiographie pour raconter son calvaire
Dans son autobiographie à la troisième personne intitulée Joseph Anton, qui paraîtra le 20 septembre en France, Salman Rushdie revient sur les années de cauchemar qui ont suivi sa condamnation à mort, en février 1989. Le titre de l’ouvrage fait référence au nom de substitution qu’il avait choisi afin de garantir sa sécurité. « Il écrivit, côte à côte, les prénoms de Conrad et Tchekhov. Ce nom serait le sien pendant les onze années suivantes. Joseph Anton », raconte-t-il.

3. L’auteur des Versets sataniques n’est toujours pas le bienvenu en Inde
Le 20 janvier 2012, l’écrivain britannique est forcé d’annuler sa venue au festival littéraire de Jaipur après avoir reçu des menaces de mort de militants islamistes. Le premier ministre du Rajahstan, Ashok Gehlot, affirme au Times Of India que la présence de l’auteur des Versets sataniques pourrait déclencher « des manifestations de groupes musulmans » et mettre en péril la sécurité de tous.

Quant à l’adaptation cinématographique du roman de Rushdie, Les Enfants de minuit, elle n’a toujours pas trouvé de distributeur en Inde. « Quel dommage que des politiques frileux empêchent la population indienne de se forger sa propre opinion concernant ce film », déplore sa réalisatrice, Deepa Mehta.

4. Les Versets sataniques: un livre « qui ne serait pas publié aujourd’hui »
Salman Rushdie a récemment déclaré, dans une interview accordée à la BBC, qu’il serait « difficile » de publier aujourd’hui un « livre qui critique l’islam » comme Les Versets sataniques. Pour accréditer sa position, il cite notamment la décision récente de la chaîne de télévision Channel 4 d’annuler la projection privée d’un documentaire sur l’histoire de l’islam pour des raisons de sécurité. Dans une autre interview donnée à la chaîne de télévision indienne NDTV et diffusée sur leur site internet, l’écrivain qualifie de « répugnante » la flambée de violences anti-américaines qui a éclaté mardi 11 septembre dans le monde arabe pour protester contre The Innocence of Muslims (L’Innocence des musulmans), un film « stupide », selon ses termes, qui dénigre la religion musulmane.

5. Rushdie, plus menacé que jamais?
Après les troubles suscités dans le monde musulman par la diffusion sur internet du film The Innocence of Muslims, la fondation religieuse iranienne qui a mis à prix la tête de Salman Rushdie a décidé d’augmenter de 500 000 dollars la prime pour son assassinat. Cette dernière atteint désormais 3,3 millions de dollars. « Tant que l’ordre historique de Khomeiny de tuer l’apostat Salman Rushdie […] n’aura pas été exécuté, les attaques comme celle de ce film offensant le prophète se poursuivront », a déclaré l’ayatollah Sanei. « L’ordre de tuer Rushdie avait été donné pour éradiquer les racines de la conspiration anti-islamique et il serait très approprié de l’exécuter en ce moment », a-t-il ajouté.

Voir de plus:

Après Charb, la triste liste des dix personnes à abattre selon Al-Qaida

Vanity Fair
15/01/201515

L’attentat à Charlie Hebdo a été revendiqué par Al-Qaida au Yémen. Le dessinateur Charb, abattu par les deux terroristes mercredi 7 janvier, figurait sur la liste des onze personnes à tuer du magazine djihadiste Inspire.

La publication, créée en 2010 par Al-Qaida dans la péninsule arabique, est distribuée sur internet, à destination des candidats au djihad anglo-saxons. Elle bénéficie d’un traitement occidental dans sa maquette et ses articles. Son contenu, lui, fait pâlir : interviews de djihadistes, recettes pour faire des bombes artisanales ou incendier des voitures et une kill-list, regroupant, selon Inspire, les ennemis de l’Islam. « Recherchés morts ou vifs pour crimes contre l’Islam. Une balle par jour pour lutter contre les infidèles » (« One bullet a day keeps the infidele away », en référence à l’adage anglais : « One apple a day keeps the doctor away »)

La liste cite des journalistes, des autorités religieuses, penseurs ou écrivains aux opinions très diverses sur l’Islam. Pêle-mêle, on retrouve des critiques constructives envers l’intégrisme, mais aussi des islamophobes notoires.

Selon le New York Mag, ils ont « tous commis au moins une action considérée par les djihadistes comme méritant la mort ». Ces 11 personnes ont déjà reçu des menaces de mort, mais jusqu’à mercredi 7 janvier, aucun d’eux ne les avait vues mises à exécution.

Il en reste 10 :

Ayaan Hirsi Ali : Activiste d’origine somalienne, citoyenne néerlandaise, elle s’est fait connaître pour ses positions contre l’excision puis sur l’incompatibilité, selon elle, entre l’Islam et les valeurs occidentales. Elle était une proche de Theo van Gogh, cinéaste assassiné en 2004. Elle s’est exilée aux États-Unis.

Terry Jones : Ce pasteur américain s’est fait connaître pour ses sorties contre l’islam. En 2010, c’est lui qui a brûlé 3000 exemplaires du Coran, un pour « chaque personne tuée par l’Islam le 11-Septembre ».

Molly Norris : Journaliste au Seattle Weekly, elle mène profil bas depuis 2010, quand Inspire l’a ajoutée à sa liste, après avoir voulu créer « le jour de la caricature de Mahomet ». Selon l’association qui se bat pour elle, elle a changé d’identité et de métier.

Carsten Juste : Journaliste danois, ancien rédacteur en chef du Jyllands-Posten, qui a publié, en 2005, les caricatures de Mahomet, reprises ensuite par Charlie Hebdo. Il s’est excusé depuis, mais a fait l’objet de nombreuses menaces de mort.

Flemming Rose : Rédacteur en chef du service culture du Jyllands-Posten, il n’a pas cédé aux pressions et exerce toujours son métier de journaliste dans le journal danois, collaborant aussi au New York Times.

Kurt Westergaard : Le dessinateur danois qui a caricaturé Mohamet dans le Jyllands-Posten en 2005. Contrairement à son journal qui a présenté des excuses, Westergaard n’a pas montré de regret et a été l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat.

Salman Rushdie : L’écrivain britannique d’origine indienne est le plus connu de la liste. Auteur des Versets sataniques, il est toujours l’objet d’une fatwa lancée par l’ayatollah Khomeini, en 1989.

Morris Sadek : Chrétien copte américain d’origine égyptienne, cet avocat a fait la promotion de L’Innocence des musulmans, le film qui a mis le feu aux poudres du Moyen-Orient en 2012.

Lars Vilks : Le dessinateur suédois s’est fait connaître en publiant plusieurs caricatures de Mahomet en 2007, le représentant sous la forme d’un chien. Il a fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat, dont une fomentée par des citoyens américains et irlandais. Il vit sous protection policière.

Geert Wilders : Homme politique, il est le leader de l’extrême droite néerlandaise, qui a basé une partie de son argumentaire sur l’islamophobie, proposant de bannir le Coran des Pays-Bas, le comparant à Mein Kampf. Son parti a bénéficié d’un regain de sympathie après l’attaque contre Charlie Hebdo.

Voir encore:

Attentats djihadistes : « rien à voir » avec les musulmans ?
Jean Birnbaum

Le Monde

11.02.2015

Les hommes qui ont commis les attentats « n’ont rien à voir avec la religion musulmane », a affirmé François Hollande, le 9 janvier. Ces tueurs n’ont « rien à voir avec l’islam », a insisté Laurent Fabius, trois jours plus tard. Les paroles du président de la République et du ministre des affaires étrangères, amplifiées par beaucoup d’autres voix, relèvent évidemment d’une intention louable. Elles traduisent la nécessité, bien réelle, de prévenir l’amalgame mortifère entre islam et terrorisme.

A bien y réfléchir, pourtant, ces déclarations pourraient être à double tranchant. Car affirmer que les djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam, c’est considérer que le monde musulman n’est aucunement concerné par les fanatiques qui se réclament du Coran. C’est donc prendre à revers tous les intellectuels musulmans qui se battent, à l’intérieur même de l’islam, pour opposer l’islam spirituel à l’islam politique, l’espérance à l’idéologie.

Provoquer un sursaut
Loin d’affirmer que l’islamisme n’a rien à voir avec la religion musulmane, ces « nouveaux penseurs de l’islam », ainsi que les a nommés Rachid Benzine dans un livre précieux (Albin Michel, 2008), luttent pour dissocier l’islam de sa perversion islamiste. Comme les réformateurs juifs et chrétiens ayant travaillé à soustraire leur foi à l’emprise de ceux qui la défigurent, ils s’efforcent de fonder un islam accordé au monde moderne, à une société ouverte, où le théologique et le politique se trouveraient enfin séparés. Ces penseurs sont conscients que certains djihadistes ont fréquenté les mosquées et les écoles coraniques de grandes villes arabes, où l’islam se trouve souvent pris en otage par des doctrinaires qui ont tout autre chose en tête que l’élan spirituel et l’exégèse symbolique.

« Constater la misère de l’islam sous les effets de l’islamisme devrait apporter sursaut, éveil, vigilance », écrivait Abdelwahab Meddeb, récemment disparu, dans un livre intitulé Face à l’islam (Textuel, 2004), où il affirmait que « la tâche de l’heure est de séparer l’islam de ses démons islamistes ». Deux ans plus tôt, Meddeb signait un essai au titre emblématique, La Maladie de l’islam (Seuil), où il allait jusqu’à écrire : « Si le fanatisme fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l’Allemagne, il est sûr que l’intégrisme est la maladie de l’islam », avant d’ajouter, quelques lignes plus loin : « Au lieu de distinguer le bon islam du mauvais, il vaut mieux que l’islam retrouve le débat et la discussion, qu’il redécouvre la pluralité des opinions, qu’il aménage une place au désaccord et à la différence. »

Une volonté de destruction et d’autodestruction
Outre Abdelwahab Meddeb, il faut citer, si l’on s’en tient aux livres écrits en français, le nom de Mohammed Arkoun, lui aussi disparu (Humanisme et Islam, Vrin, 2005), et encore ceux de penseurs bien vivants, eux, comme Rachid Benzine, donc, Hichem Djaït (La Crise de la culture islamique, Fayard, 2003), Malek Chebel (Manifeste pour un islam des Lumières, Hachette littérature, 2004), Abdennour Bidar (L’Islam sans soumission, Albin Michel, 2012) ou Fethi Benslama.

Ce dernier, qui est psychanalyste, note dans sa Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion, 2005) : « Ce que nous devons interroger prioritairement, c’est la brèche qui a libéré dans l’aire d’islam une telle volonté de détruire et de s’autodétruire. Ce que nous devons penser et obtenir, c’est une délivrance sans concession avec les germes qui ont produit cette dévastation. Un devoir d’insoumission nous incombe, à l’intérieur de nous-mêmes et à l’encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet accablement. »

Pluralité des lectures du coran
Ces jours-ci, bien au-delà de la France, des intellectuels musulmans ont lancé des appels à la réforme, à la fondation d’un islam qui renouerait avec la tradition critique et le travail philologique pour se relancer autrement (voir Le Monde du 20 janvier). Face aux intégristes qui voudraient faire main basse sur le Coran, ces penseurs mettent en avant la pluralité des lectures et des interprétations possibles. Face aux dogmatiques qui exigent une obéissance aveugle à la loi, ils réaffirment que la foi est d’abord une quête de sens, une aventure de la liberté.

La meilleure façon de lutter contre l’islamisme, c’est d’admettre que l’islam est en guerre avec lui-même. Qu’il se trouve déchiré, depuis des siècles maintenant, entre crispation dogmatique et vocation spirituelle, entre carcan politique et quête de sagesse. Ainsi, pour les réformateurs, l’urgence n’est pas de nier l’influence de l’islamisme sur une large partie du monde musulman, mais plutôt de prêter main-forte à toutes les voix discordantes, souvent isolées, voire menacées, qui luttent pour redonner sa chance à l’islam spirituel. A l’islam des poètes et des mystiques, celui de Rumi, Ibn’Arabi ou Molla Sadra, ce grand philosophe iranien qui écrivait, au XVIIe siècle, que « la religion est une chose intérieure » et que Dieu ne doit pas être « enchaîné ». A l’islam des simples croyants, surtout, dont la fidélité relève non pas de la soumission à un ensemble de prescriptions toujours plus délirantes, mais d’une espérance vécue, d’un pèlerinage intérieur.

Prévenir les amalgames, c’est une nécessité. Eviter les raccourcis haineux, dynamiter les préjugés, c’est une urgence absolue. Mais pour atteindre cet objectif, plutôt que de marteler l’idée selon laquelle l’islam n’a « rien à voir » avec ses avatars monstrueux, comme le font les plus hautes autorités de l’Etat, mieux vaut aider et conforter tous les musulmans qui luttent au jour le jour pour se réapproprier leur religion, et libérer enfin l’islam de ses chaînes islamistes.

Voir enfin:

Le déroulé de l’attentat de Copenhague
AFP/Libération

14 février 2015

LE POINT La fusillade contre les participants à une conférence a fait un mort et trois blessés. Un suspect est toujours en fuite.

L’attentat de Copenhague samedi a été un assaut bref et violent d’un homme armé d’un pistolet-mitrailleur contre les participants à un débat sur l’islamisme et la liberté d’expression, dont un artiste qui a caricaturé Mahomet.

Sur le même sujetLe fil de la journéeCopenhague: un mort dans un «acte terroriste», un suspect recherché
Programmé à 15 heures au centre culturel Krudttønden, dans un quartier aisé du nord de la capitale danoise, le débat s’intitule «Art, blasphème et liberté». Des dizaines de personnes y assistent.

Il se tient sous protection policière puisque l’un des principaux participants est Lars Vilks, artiste suédois auteur en 2007 d’une caricature de Mahomet qui a lui valu une tentative d’assassinat.

Au bout d’une demi-heure, l’assaillant arrive armé d’un pistolet-mitrailleur. Sur un enregistrement diffusé par la BBC, on entend une intervenante interrompue par des dizaines de coups de feu qui claquent sans répit, plusieurs par seconde.

L’ambassadeur de France au Danemark François Zimeray, invité un peu plus d’un mois après l’attaque contre les locaux à Paris du journal satirique Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts début janvier, raconte que toutes les personnes se jettent à terre dès qu’elles entendent les balles.

«Intuitivement je dirais qu’il y a eu au moins 50 coups de feu, et les policiers ici nous disent 200. Des balles sont passées à travers les portes», dira-t-il.

Dans la fusillade, un homme de l’assistance est tué, et trois policiers blessés. Plusieurs participants au débat, dont l’ambassadeur et le caricaturiste, se replient dans une autre salle où ils resteront pendant de longues minutes.

L’assaillant quitte rapidement les lieux dans une Volkswagen Polo. La police, qui n’a pu déterminer s’il ciblait quelqu’un en particulier, part à sa recherche.

Dans un premier temps, l’impression des enquêteurs est qu’il y avait deux hommes, dont l’un aurait aidé l’autre dans sa fuite. Mais après avoir recueilli une multitude de témoignages, la police conclut qu’il n’y avait qu’un homme.

L’homme ne garde pas sa voiture longtemps: il l’abandonne à deux kilomètres au nord du lieu de l’attentat, près d’une gare.

Il est filmé par des caméras de vidéosurveillance, vêtu d’une doudoune foncée, un bonnet ou une cagoule bordeaux, et un grand sac noir.

A 17h07, la police rend publique l’immatriculation de cette voiture, et demande aux habitants de Copenhague de ne surtout pas tenter d’appréhender de suspect. Elle annonce à 17h54 que la voiture a été retrouvée.

A partir des éléments recueillis, les enquêteurs diffusent à 19h23  cette description de l’assaillant: un homme «entre 25 et 30 ans, d’environ 1,85 m, athlétique, d’apparence arabe, (…) les cheveux lisses».

A 20h06, la police publie une photo tirée de la bande d’une caméra de vidéosurveillance. L’homme était introuvable samedi soir, et aucun élément n’a filtré sur son identité.


Je suis Charlie: Et moi, je suis Bastia (The biggest danger for any organism is to not identify that it’s being threatened)

12 janvier, 2015
http://i2.wp.com/www.africatopsports.com/wp-content/uploads/2015/01/b7anykviyaatjc1.jpg?fit=710%2C1000https://i2.wp.com/www.corsicainfurmazione.org/wp-content/uploads/2015/01/QatarArabieSaouditeTerrorismerelation.jpg https://i2.wp.com/www.lefigaro.fr/medias/2015/01/11/PHOfbff084c-99ad-11e4-a1d4-039b03f34ee1-805x453.jpg
https://i2.wp.com/www.theyeshivaworld.com/wp-content/uploads/2015/01/dn.jpghttps://i1.wp.com/photos1.blogger.com/blogger/2259/64/1600/flimflam.gifNous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
L’emprise de la charia en France, ne se réduit pas à des exécutions sommaires. Elle consiste plus largement à interdire toute critique sur l’islam, surtout chez les non-musulmans. (Et dire qu’il comporte la charia et le djihad, c’est une critique. Donc la charia en France consiste à empêcher qu’on la nomme.) Mais si des foules importantes sont prêtes à manifester quand la charia ordonne des exécutions, ou qu’elle appelle à la guerre sainte, très peu sont prêts à descendre dans la rue pour protester contre la censure. Et pour cause, la plupart ne s’en rendent pas compte. Les médias font le black out sur les agressions quotidiennes, et mènent un tir de barrage  contre tout  ce qui laisse entendre qu’il y aurait dans l’islam des appels à la violence envers les autres. Le Coran a beau maudire nommément les « gens du Livre » (juifs et chrétiens) parce qu’« ils se moquent de la religion des musulmans » (5,57), il ne faut pas en parler, car il y a risque d’amalgame, de stigmatisation, d’islamophobie (…) Ainsi on est chaque fois dans une pensée totale : une critique sur les aspects violents que comporte l’islam, dans son texte fondateur, est exclue car elle est prise comme un rejet de tout l’islam, et un rejet de type raciste. C’est sans doute là le véritable amalgame que font ceux qui dénoncent l’amalgame. C’est le fait de mélanger le tout et la partie, et de poser que chaque chose est ce qu’elle est totalement, ou alors elle n’est pas. Or l’objet du débat, qui est le contenu du Coran, est justement partagé : un bon tiers de ce Livre est violent envers les juifs et les chrétiens. Cette partie correspond à ce qu’on appelle les sourates médinoises, les dernières, où Mahomet se déchaîne contre eux parce qu’ils ne l’ont pas suivi. L’autre partie du Coran, plus pacifique, transmet ce qu’il a élaboré dans sa période mecquoise, à partir de ce qu’il a appris des marchands juifs et chrétiens. Un problème majeur, c’est que la partie violente, qui demande que l’on combatte les injustes, les pervers, les infidèles que sont les juifs et les chrétiens,  est édulcorée dans les traductions. On trouvera par exemple : Tuez les faiseurs de dieux partout où vous les trouverez. (9,5). (…) On peut dire que les extrémistes violents qui mettent en acte le texte dur, ont le mérite de le faire connaître aux autres musulmans, qui semblent l’ignorer et qui aimeraient s’en tenir aux parties calmes qu’ils  connaissent.  Ils refusent qu’on les amalgame avec ces extrémistes ; mais l’extrémisme est dans le texte, et nul ne peut dire à l’avance quelle personne ou quel groupe voudra soudain le mettre en acte. Des foules musulmanes nombreuses qui défileraient pour dénoncer cet extrémisme auraient le mérite de s’en démarquer  réellement. Pour l’instant ce n’est pas le cas, la ritournelle obsédante qu’on répète est que la violence qui se réclame de l’islam provient de fous, de détraqués, de cas sociaux, mais qu’elle n’a rien à voir avec l’islam. On voit qu’elle a à voir de façon subtile : ce sont des gens calmes, discrets, comme tout le monde, qui soudain entrent en action. De braves psychologues s’échinent sur l’idée de passage à l’acte, mais elle est inopérante : un passage à l’acte, c’est quand les paroles manquent et que l’acte les remplace ; ici, les paroles sont déjà là, et demandent à être appliquées. Jusqu’à présent, très peu s’y essayaient, la présence islamique n’était pas assez importante dans le pays pour que l’idée d’appliquer la charia en France ait un sens. Mais s’il y a 6 millions de musulmans en France, il suffit que 2 % soient saisis de zèle pour qu’on ait 100 000 personnes décidées à agir. Or il suffirait de 10 000 pour que l’autocensure soit totale, et que la mise au pas dans les écoles, les cités, etc. soit vigoureuse.(…) En somme, les musulmans modérés, qui dénient tout simplement l’existence de la partie violente du Coran, pensent que leur déni couvrira cette partie violente sous des versets pacifiques ; en fait, leur déni protège cette partie violente et donc la transmet. De sorte que la partie dure de l’islam, celle qui en veut aux autres, se transmet efficacement par deux voies : le déni venant des modérés et l’action directe venant des extrémistes. Du reste, après l’exécution des journalistes, l’écart n’était pas si grand dans les discours entre : ils l’ont bien mérité, ils ont insulté le Prophète, et ils ont insulté le Prophète mais c’est une punition trop dure. La même nuance qu’on a connue après le 11 septembre 2001. (…) Bref, on traite des soldats d’un État et d’une Cause très précise comme des fous, des délinquants qui dérapent, des criminels de droit commun ; et c’est logique puisqu’on ne veut pas reconnaître l’existence d’une partie violente de l’islam, qui est endossée et prise en charge par un nombre important de personnes. Il y aura donc régulièrement des sacrifices humains pour payer ce déni qui se révèle confortable. (…) Donc (…) c’est cette liberté que l’on va enterrer en grand cortège. Daniel Sibony
Ne pas craindre de dire les mots : il s’agit d’un attentat terroriste commis au nom de l’islamisme radical. Marine Le Pen
C’est le mot guerre qu’on doit prononcer aujourd’hui. La guerre est déclarée. Je ne suis pas convaincue que les mesures ou les dispositifs législatifs qui sont à notre disposition soient suffisants. Jeannette Bougrab
13h15. Selon notre journaliste sur place, les chefs d’État partiront de l’angle Chemin Vert/Voltaire pour aller place Léon-Blum. Le parcours est long d’une centaine de mètres. François Hollande marchera entre la chancelière allemande Angela Merkel et Ibrahim Boubacar Keïta, le président malien. Libération
Les juifs français ont le choix entre une France de gauche, qui hait Israël; une France conservatrice qui considère que les juifs n’appartiennent pas à sa culture et une Europe islamique, ce qui est impossible. Ou bien, alors, ils peuvent partir… Ce qu’ils sont en train de faire. » « Plus vite l’Europe libérale entrera en lutte, plus elle aura de chances de préserver ses valeurs. Car si l’Europe libérale n’est pas prête à lutter, l’Europe non-libérale sera prête à le faire. Plus la France continuera de fermer les yeux sur la menace et refusera de se préparer à défendre ses valeurs libérales et nationales, plus les forces ultranationalistes et intégristes représenteront l’unique défense. Nathan Sharansky
Les manifestations impressionnantes qui se sont déroulées un peu partout dans l’Hexagone ont surtout, il faut bien le dire, rassemblé une certaine France. D’aucuns ont malignement fait observer que, même à Roubaix, les rassemblements ne semblent guère avoir attiré beaucoup de «musulmans», à s’en tenir aux apparences. On se gardera bien de reprocher aux «jeunes de cités» de ne pas avoir été présents dans les manifs parisiennes. Les craintes et les préjugés se croisent fort malheureusement. Mais c’est un fait. Plus grave, une minorité de déjantés n’a pas hésité à exprimer une certaine complaisance envers les terroristes sur Twitter. Sur le mode: ce n’était peut-être pas bien de les tuer, mais ils l’ont quand même un peu cherché… Un de mes amis, enseignant en banlieue parisienne, m’a rapporté des réactions analogues. Un prof blogueur a confié que la direction de son établissement avait décidé de ne pas respecter la minute de silence de la journée de deuil national de jeudi par peur de «troubles». Cette lâcheté est d’autant plus coupable que cet événement dramatique devrait, bien au contraire, être mis à profit pour conduire une instruction civique in vivo. Oui, il convient d’expliquer à tous les jeunes, quelle que soit leur religion ou leur culture, qu’on a le droit, en France, de critiquer et de se moquer de n’importe quel Dieu. Les fossés culturels qui se sont creusés ne rendent pas cette tâche aisée. La société française –j’ai pu le mesurer dans mes enquêtes de terrain– est terriblement fragmentée. Les systèmes de valeurs des uns et des autres sont de plus en plus éloignés. Cette réalité, qu’il serait vain et dangereux de nier, relativise l’espoir d’une imminente communion nationale face à la barbarie. Le merveilleux sursaut de ce que l’on appelle curieusement la «société civile» laisse progressivement la place à de sombres manœuvres politiciennes. Etait-il judicieux de préparer une «manifestation nationale» entre chefs de partis dans un bureau de l’Assemblée nationale? Qui plus est, sans y avoir convié les responsables du principal parti d’opposition ! François Hollande a rattrapé le coup en invitant Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Mais le choix de laisser aux partis le soin d’organiser cette manifestation a fait tomber la mobilisation populaire souhaitée dans un insoluble dilemme. Fallait-il y associer le Front national? Marine Le Pen est reçue par le président de la République, mais les dirigeants socialistes refusent simultanément que le FN soit convié à la manifestation dominicale d’union nationale. Cette incohérence se double d’un piège redoutable. Si le FN a le droit de manifester avec les autres formations, il est de fait réintégré dans l’éventail républicain. Mais s’il en est empêché, «l’union nationale» disparaît et ses dirigeants auront beau jeu de brocarder une «manifestation UMPS». Il aurait été infiniment préférable que toutes les organisations syndicales et professionnelles et l’ensemble des associations diverses et variées qui animent la société française prennent l’initiative de ce rassemblement. Le porte-parole du PS a souhaité que François Hollande prenne la tête de la manifestation du 11 janvier. Il n’est pas certain qu’un tel choix, qui alimentera forcément des procès en récupération, soit d’une extrême habileté. Eric Dupin
Le Qatar finance le PSG… et le terrorisme. Supporters de Bastia
La liberté d’expression peut selon l’actualité prendre des tournures inattendues, comme pour un match de foot où des supporters bastiais déploient une banderole qui remet dans le contexte les incohérences de la France et de ses « sponsors ». Evidemment la liberté d’expression ne sera pas validée par la tribune EST…(…) Pour autant, les supporters ne font que reprendre une caricature de Charlie hebdo, à leur manière. Corsica informazione
Rentré à Paris dans la nuit de samedi à dimanche, Nasser Al-Khelaïfi a été aperçu, ce dimanche, dans l’immense rassemblement organisé dans la capitale à la suite des attentats perpétrés cette semaine, qui ont tué dix-sept personnes. Après avoir remis le trophée de l’open de tennis de Doha à l’Espagnol David Ferrer, en compagnie de David Beckham, le président du PSG a regagné la France pour participer à la grande marche à titre privé. Portant un badge « Je suis Charlie » sur son manteau, le patron de Qatar Sports Investments a notamment croisé Bertrand Delanoë, l’ancien maire de Paris. Au lendemain de la défaite du PSG à Bastia (2-4), Nasser Al-Khelaïfi n’a pas souhaité s’exprimer sur la situation des champions de France, préférant rester concentré sur cette journée de mobilisation. L’Equipe
Cette deuxième défaite de la saison en L1 est un gros bug. Un peu plus tôt, comme sur tous les terrains de France, les joueurs et le public avaient respecté une minute de silence en mémoire des attentats terroristes. Et le fameux « Je suis Charlie » était présent sur le site officiel du PSG pour annoncer l’hommage. Mais, bizarrement, pas dans les huit langues dans lesquelles le site est décliné : aucune trace du rectangle noir dans les versions indonésienne et arabe. Le PSG, détenu par le Qatar, aurait-il ciblé son message en fonction des populations auxquelles il s’adresse? Absolument pas, assure le club, en rappelant que le slogan était présent sur tous ses sites jeudi, à l’heure de la minute de silence. Sa disparition s’expliquerait « par les mises à jour » apportées depuis. Exemple de la bonne foi : l’interview de Gregory van der Wiel, en home des versions arabe et indonésienne, évoque clairement les attentats. JDD
The remarkable truth is that few in the Middle East would be shocked. From Hamas in the Gaza Strip to radical armed movements in Syria, Qatar’s status as a prime sponsor of violent Islamists, including groups linked to al-Qaeda, is clear to diplomats and experts. Qatar’s promotion of extremism has so infuriated its neighbours that Saudi Arabia, Bahrain and the United Arab Emirates all chose to withdraw their ambassadors from the country in March. Take Syria, where Qatar has been sponsoring the rebellion against Bashar al-Assad’s regime. In itself, that policy places Qatar alongside the leading Western powers and much of the Arab world. But Qatar has deliberately channelled guns and cash towards Islamist rebels, notably a group styling itself Ahrar al-Sham, or « Free Men of Syria ». Only last week, Khalid al-Attiyah, the Qatari foreign minister, praised this movement as « purely » Syrian. He added that its fighters had suffered heavy losses while combating the Islamic State of Iraq and the Levant (Isil), the group behind the murder of David Haines, the British aid worker, and which is holding John Cantlie and Alan Henning hostage. Far from being a force for moderation, Ahrar al-Sham played a key role in transforming the anti-Assad revolt into an Islamist uprising. Its men fought alongside Jabhat al-Nusra, an al-Qaeda affiliate, during the battle for Aleppo and they were accused of at least one sectarian massacre. Instead of fighting Isil, Ahrar al-Sham helped the jihadists to run Raqqa, the town in eastern Syria that is now the capital of the self-proclaimed « Caliphate ». This cooperation with Isil happened for some months until the two groups fell out last year. Last December, the US Treasury designated a Qatari academic and businessman, Abdul Rahman al-Nuaimi, as a « global terrorist ». The US accused him of sending nearly £366,000 to « al-Qaeda’s representative in Syria », named as Abu Khalid al-Suri. Suri has also been a senior commander of Ahrar al-Sham. If America was right to describe him as « al-Qaeda’s representative », then there was an overlap between the leadership of the two groups. Mr Nuaimi is also accused by the US treasury of transferring as much as $2 million per month to « al-Qaeda in Iraq » and $250,000 to al-Shabaab, the movement’s affiliate in Somalia. Mr Nuaimi denies the allegations, saying they are motivated by his own criticism of US policy. But critics question why Qatar has failed to act against him. « It’s deeply concerning that these individuals, where sufficient evidence is in place to justify their inclusion on the US sanctions list, continue to be free to undertake their business dealings, » said Stephen Barclay, the Conservative MP for North East Cambridgeshire. Qatar’s investment in Britain is so extensive, and the Foreign Office is so anxious to win its favour, that some question whether UK diplomats will have the resolve to ask robust questions. « If diplomats are focused on winning commercial contracts, there is a danger they will be reluctant to ask tough questions on the funding of unsavoury groups, » said Mr Barclay.(…) Four branches of the Qatari government handle relations with armed groups in Syria and Libya: the foreign ministry, the defence ministry, the country’s intelligence agency, and the personal office of the ruler, Emir Tamim bin Hamad al-Thani. In the case of Syria, Qatar’s chosen method for supporting its favoured insurgents is to pass large sums to middlemen in Turkey. These figures then use the money to buy weapons from third countries, notably Croatia, and arrange for their onward transfer to rebels in Syria. (…) Last month, Gerd Müller, the German international development minister, implicated Qatar in the rise of Isil. « You have to ask who is arming, who is financing Isil troops. The keyword there is Qatar, » he said. Yet a state endowed with large reserves of gas and oil and one of the world’s biggest sovereign wealth funds can wield immense influence, even over Berlin. Qatar was duly able to secure a formal withdrawal of this charge from the German government. On Wednesday, the 34-year-old Emir of Qatar, who was educated at Harrow and Sandhurst, took pains to deny the accusation while standing alongside Angela Merkel, the German Chancellor. « What is happening in Iraq and Syria is extremism and such organisations are partly financed from abroad, but Qatar has never supported and will never support terrorist organisations, » he said. The credibility of that denial depends partly on how you define a « terrorist organisation ». Qatar has let Hamas, the armed Palestinian movement, base its political leadership in Doha since 2012. Qatar’s government has funded Hamas and the previous Emir paid an official visit to the Hamas-ruled Gaza Strip in 2012. As a small country with relatively weak armed forces and 250,000 citizens, Qatar is trying to guarantee its security by reaching in every direction. As well as providing an office for Hamas, Qatar also hosts the forward headquarters of US Central Command and the al-Udeid military airbase, serving as the hub for all American air operations in the region. Qatar has not completely ignored the concerns of its Western allies. When it transferred surplus arms from Libya to rebels in Syria, Qatari officials weeded out any surface-to-air missiles, in obedience to America’s demand to prevent the supply of this particular category of weapon. But Qatar’s willingness to support extremists has caused private dismay. « It’s a puzzle and, to be honest, it’s a distasteful one, » said a former Western official who has dealt with Qatar.  The Telegraph
Il était évident que pas mal de gens défendraient ce jour-là une « liberté d’expression » qu’ils combattaient à longueur d’année en l’appelant « islamophobie ». Que les champions de la repentance et de l’excuse universelle se transformeraient pour une heure en patriotes cocardiers. Que les mêmes qui scandaient avant-hier « un flic, une balle » viendraient applaudir cet après-midi nos gendarmes et policiers. (…) J’avais vu juste : sur le boulevard Richard Lenoir, où j’ai croisé Clémentine Autain qui rattrapait Jean-Luc Mélenchon, quelques panneaux aussi déplacés qu’isolés appelaient à la « dissolution des charlots du FN », à la « solidarité avec Gaza » ou à lutter contre les « fascismes nationalistes ». On est en France, en 2015, et 17 morts sous les balles de terroristes islamistes ne suffisent pas encore à ramener tout le monde à la raison. Mais ils n’étaient qu’une poignée, quelques-uns par ci par là, à ne pas jouer le jeu de bon cœur. A savoir : accepter d’être ensemble, pas forcément pour les mêmes raisons, mais en essayant de laisser au vestiaire tout ce qui nous oppose les uns aux autres. Finalement, l’immense majorité d’entre nous était venue assurer un service minimum : « Nous sommes unis », « ensemble », « contre le terrorisme »… Un pour tous, tous pour un. Tous les « je suis » ne faisaient qu’un : « Charlie », « juif », « flic »… La marche républicaine du 11 janvier 2015 n’était pas la énième manif pour les droits des uns ou des autres. En réalité, c’était la première manif pour tous. Dieu sait combien d’énergie j’ai dépensé pour m’opposer au « mariage pour tous », quelle guerre j’ai mené à ce titre sur le terrain des idées. Voilà pourquoi, ce dimanche, j’ai aimé plus que tout battre le pavé avec ceux qui me désignaient comme leur adversaire. Sur ces boulevards bondés, combien de personnes m’avaient caricaturé, insulté, stigmatisé ? Combien avaient moqué mes valeurs, brocardé mes idées, vomi tout ce que je représentais à leurs yeux ? Une année entière, nous nous étions affrontés autour du projet de loi Taubira, et de ses conséquences dont je savais qu’elles seraient tragiques. Aujourd’hui, ils étaient là, ils me souriaient et s’excusaient lorsqu’on se bousculait. On pouvait vivre ensemble et se respecter, l’essentiel était sauvé. Dès la fin d’après-midi, toutes les chaînes de télévision diffusaient une superproduction inédite : de magnifiques images aériennes de foules innombrables, agglutinées dans toutes les rues de France. A la Bastille, des drapeaux tricolores flottaient dans un ciel rose alors que retentissait la Marseillaise. Place de la Nation, on s’exclamait en boucle : « Vive la France ! » Il y avait un monde fou, partout, et un cœur accroché à la colonne de Juillet. La foule s’applaudissait, on se parlait entre inconnus. Alors bien sûr, ce tableau idyllique n’était qu’un vernis. Ce dimanche, tout le monde disait « Je suis Charlie » mais personne n’allait dans la même direction. N’empêche : c’est bien la France, sa devise, son drapeau et son hymne national qui étaient célébrés dans tout le pays. Et ça, rien ne nous l’enlèvera, n’en déplaise aux derniers dinosaures de l’incitation à la haine de soi. Nous sommes différents, nous ne sommes pas d’accord, nous sommes Français. Pascal Bories
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. (…) Le partage de la Palestine en 1947 et la création de l’État d’Israël sont des événements nuls et non avenus. (…) La Charte ne peut être amendée que par une majorité des deux tiers de tous les membres du Conseil national de l’Organisation de libération de la Palestine réunis en session extraordinaire convoquée à cet effet. Charte de l’OLP (articles 15, 19 et 33, 1964)
Je mentirais si je vous disais que je vais l’abroger. Personne ne peut le faire. Yasser Arafat (Harvard, octobre 1995)
Je n’accepterai pas qu’il y ait des Juifs (…) ni un Israélien sur la Terre de Palestine. Mahmoud Abbas
Nous devons empêcher les juifs d’entrer sur l’esplanade de la mosquée, ils n’ont pas le droit de la souiller. Nous devons les empêcher par tous les moyens. Nous devons les empêcher d’entrer. Dressons-nous devant eux pour protéger les lieux saints. Mahmoud Abbas (17.10.14)
Nous sommes indignés Nous, associations issues de l’immigration et associations de solidarité, avons appris avec consternation la participation de hauts responsables de l’Etat d’Israël à la manifestation de solidarité avec les victimes de l’attentat meurtrier contre « Charlie Hebdo » qui aura lieu ce dimanche 11 janvier 2015 ; Prenant pour prétexte le meurtre raciste et odieux de quatre otages de confession juive le 9 janvier – que nous condamnons avec toute notre énergie –, les responsables des  crimes commis contre le peuple palestinien veulent aujourd’hui se draper d’une virginité anti-raciste, respectueuse des droits de l’Homme et de la liberté d’expression en venant manifester à Paris. Ils sont les mêmes qui assassinent des enfants à Gaza et dans les territoires occupés. Ils sont les mêmes qui ont assassiné le caricaturiste palestinien Naji Al Ali en 1987. Ils oublient que les caricaturistes de « Charlie Hebdo » assassinés ont toujours défendu le droit des Palestiniens à leur Etat. Cette participation est cautionnée par le gouvernement français, qui les accueille et accepte de les faire participer à son cortège officiel. Non, la lutte pour la liberté d’expression et de conscience et contre la barbarie ne peut être menée avec les ennemis de la liberté ! Non, les criminels de guerre n’ont pas leur place dans les cortèges de la dignité et de la solidarité. Leur place est devant les tribunaux internationaux. Communiqué de presse (associations issues de l’Immigration signataires de l’ Appel « Solidarité  Charlie Hebdo » (Paris, le 11 janvier 2015)
Contrairement à leurs voisins des Émirats arabes unis, de la Jordanie et de la Tunisie notamment, l’Arabie saoudite et le Qatar n’étaient représentés dimanche que par un dignitaire de second rang: un frère de l’émir Cheikh Tamin Ben Hamad al-Thani pour Doha ; et par Nizar al-Madani, le numéro deux de la diplomatie de Riyad. Le Qatar et l’Arabie saoudite sont pourtant des partenaires très actifs de Paris sur de nombreux dossiers diplomatiques, qu’il s’agisse de la révolte en Syrie, pour chasser Bachar el-Assad du pouvoir, ou du nucléaire iranien, pour stopper la marche de Téhéran vers la bombe. Le ministre des Affaires étrangères du Maroc, Salaheddine Mezouar, a présenté ses condoléances dimanche matin à l’Élysée, mais il n’a pas participé à la marche «en raison de la présence de caricatures blasphématoires», a indiqué une source officielle. Le ministre émirien des Affaires étrangères, Cheikh Abdallah Ben Zayed avait, lui, dès samedi, annoncé sa participation. Les Émirats, la monarchie du Golfe la plus hostile aux islamistes, ont été le théâtre il y a un mois de l’assassinat d’une Américaine dans un centre commercial d’Abu Dhabi par une femme voilée. Pour les Qatariens et les Saoudiens, en revanche, «c’est l’affaire des caricatures qui est au centre des récriminations contre la France, explique un expert français du Golfe. La majorité de la population est farouchement wahhabite, c’est-à-dire partisane d’un islam ultrarigoriste qui ne peut tolérer qu’on insulte le prophète. Il était donc difficile pour leurs dirigeants de s’afficher à Paris». Georges Malbrunot
La 17e chambre, ou chambre de la Presse est une chambre spécialisée dans les affaires de presse, au tribunal de grande instance de Paris. Elle est composée de magistrats spécialisés, chargés de faire respecter la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 et les principes de la diffamation en droit français, permettant de trouver un compromis entre la défense de la liberté de la presse et le respect de la personne. Wikipedia
L’union nationale autour des victimes oui, l’hypocrisie sur les coupables non (…) Le terrorisme islamiste vient de tuer, mais les responsables sont ceux qui le dénonçaient. Logique. Puisque tout ceci n’a rien à voir avec une quelconque religion. Elisabeth Lévy
Dans cette «marche contre la terreur», combien sont profondément épris de la liberté d’expression sous toutes ses latitudes, et pas seulement de celle de Charlie Hebdo? Combien, au contraire, ne se sont souvenus de cette dernière qu’après les massacres, défenseurs opportunistes sur lesquels le dessinateur Willem et Charlie Hebdo «vomissent»? (…) Que signifie ce consensus factice, cette concorde superficielle qui prétendent, au prétexte que nous aurions le cœur sec en nous abstenant, faire oublier, sans y parvenir, les déchirements, les fractures, les divisions profondes de la France? (…) Est-il honteux de proférer que plutôt que de concevoir cette phénoménale marche internationale, avec un incroyable risque d’insécurité, il n’aurait pas mieux valu, modestement, efficacement, appréhender l’avenir pour convaincre le citoyen que non seulement il ne doit pas avoir peur mais que notre état de droit rendra, autant que faire se peut, inconcevable cette angoisse parce que notre démocratie sera mieux armée, saura mieux suivre et contrôler, sera moins laxiste et libérera moins vite? Les destinées des trois assassins abattus auraient dû être prioritaires plus qu’une grande messe républicaine sans conséquence opératoire. Philippe Bilger
Nous ne sommes pas Charlie pour la bonne raison qu’ils sont morts en raison des risques qu’ils ont pris de continuer à faire leur travail, souvent sous les accusations les plus odieuses de ceux qui ont invoqué le manque de respect, le mauvais goût, l’abus de la liberté d’expression, le racisme ou l’islamophobie… La presse pourrait légitimement arborer ce slogan si, de concert, elle republiait l’ensemble des caricatures qui a valu la mort à ces valeureux caricaturistes. À cette condition seulement. (…) Sur son site, le MRAP dénonce « l’assaut inhumain à la liberté d’expression ». Mais, sur la même page figure la justification datée du 11 février 2006 qu’il donnait au procès qu’il avait intenté à France Soir, pour avoir publié le dessin du prophète au turban explosif. Le MRAP qui, dans son tract du 9 janvier, appelle à manifester ce dimanche, s’il s’émeut des assassinats perpétrés à Charlie Hebdo, Vincennes et Montrouge s’inquiète principalement d’une «escalade dangereuse», en raison des réactions violentes qui se sont produites, en les mettant exactement sur le même plan. Elles sont bien évidemment déplorables et doivent être condamnées. Mais elles ne peuvent être comparées aux attentats islamistes qui ont fait 17 morts. Certes, sur son site, le MRAP dénonce «l’assaut inhumain à la liberté d’expression». Mais, sur la même page figure la justification datée du 11 février 2006 qu’il donnait au procès qu’il avait intenté à France Soir, pour avoir publié le dessin du prophète au turban explosif. D’après le MRAP, ce dessin assimilait musulman à islamiste et à terroriste. Le MRAP n’hésitait pas à faire le parallèle avec les années Trente et voyait dans le dessin «un détournement raciste de la liberté d’expression». Il parlait de piteuse provocation. Il s’agissait là sans doute d’un assaut humain à la liberté d’expression. (…) Combien de politiques qui n’ont aujourd’hui que la liberté d’expression à la bouche, ont, lors de la publication des caricatures danoises, soutenu la liberté d’expression sans restriction, sans invoquer l’esprit de responsabilité, de mesure, de respect, le caractère inopportun ou provocateur des dessins? Beaucoup ont joué la stratégie de l’apaisement. La dénonciation aujourd’hui de l’atteinte à la liberté par la mosquée de Paris et l’UOIF, qui appellent à manifester demain, aurait plus poids si elles n’avaient pas poursuivi Charlie Hebdo en justice alors qu’il exerçait précisément sa liberté. N’oublions pas non plus qu’il s’est trouvé une association musulmane de Seine-Saint-Denis, l’UAM-93, pour demander un vote sur une loi condamnant le blasphème, demande relayée et soutenue par Eric Raoult. Ce que cherche à obtenir sans relâche l’Organisation de la coopération islamique (OCI) aux Nations unies. Et que dire de l’Union européenne qui a abandonné le Danemark en rase campagne quand celui-ci devait faire face à la rage orchestrée contre lui en 2005-2006? Flemming Rose (qui a eu été à l’origine de la publication des caricatures dans le Jyllands-Posten) raconte, dans son livre Tyranny of Silence, que l’UE avait, au contraire, dépêché Javier Solana au Moyen-Orient pour tenter de calmer la colère. Ce dernier s’apprêtait à signer un accord avec l’OCI le 26 janvier 2006 visant à bannir la diffamation des religions. Finalement l’UE ne fut pas représentée lors de la réunion au Qatar. Mais l’Espagne, la Turquie et Koffi Anan signèrent cet accord avec l’OCI alors que cette dernière avait contribué à allumer la mèche. (…) Au lieu d’arpenter le pavé parisien, on aimerait que ces politiciens français et européens s’engagent à protéger la liberté d’expression, par exemple en introduisant l’équivalent d’un 1er amendement à l’américaine, et à cesser les politiques d’apaisement conduites jusque-là vis-à-vis de l’islamisme. (…) On peut juste espérer, avec Flemming Rose, que les Occidentaux cesseront de camoufler leur peur derrière des justifications morales ou humanitaires. Michèle Tribalat
Avec ces meurtres terroristes de sang froid, c’est toute une mentalité pacifiste et angélique, présente en France et dans nombre de pays européens depuis plus de trente ans, qui vole en éclats. (…) En France et au sein d’autres pays européens, une partie de l’opinion a encore du mal à admettre que nous puissions avoir des ennemis qui veulent nous détruire et qu’il faut combattre avec la plus grande fermeté dans le cadre d’un État de droit. On signe des pétitions, on allume des bougies, on se tient la main, on manifeste en silence… Ces manifestations expriment l’indignation et la solidarité avec les victimes, elles montrent l’unité d’un pays dans le refus du terrorisme. Mais la façon dont elles font valoir les valeurs démocratiques ne saurait laisser entendre que tout pourrait être affaire d’ouverture, de tolérance, en dehors de la force, de la puissance, de la fermeté qui permettent de défendre ces valeurs démocratiques. (…) Le problème, est, que même si vous ne voulez pas d’ennemi, «c’est l’ennemi qui vous désigne»: «Et s’il vous choisit vraiment comme ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles prestations d’amitié. Du moment qu’il veut que vous soyez l’ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera de cultiver votre jardin .» (…) Qu’on le veuille ou non, la France est en guerre contre le terrorisme islamiste en Afghanistan, au Mali, en Irak et ce terrorisme a des relais au sein de notre pays. Ce sont précisément ces réalités que beaucoup d’entre nous ont du mal à regarder en face parce qu’ils vivent depuis des années dans l’illusion d’une monde pacifié.  (…) J’ai eu la même réaction que Jean-François Kahn – et je ne suis pas le seul -, en écoutant la première déclaration de Marine le Pen qui parlait clairement face à l’embarras de certains hommes politiques à dire que nous étions en guerre et à nommer nos ennemis. Antérieurement, on a voulu essayer de remplacer à tout prix «État islamique» par «Daesh», en expliquant que cela éviterait une «confusion avec islam, islamisme, musulmans». La crainte justifiée des amalgames ne peut servir d’argument pour ne pas regarder la réalité en face, en parlant d’un terrorisme indéfini créé ex nihilo, venant d’on ne sait où et s’abattant sur le pays comme une catastrophe naturelle. Il en va de même des craintes et des allusions constantes à la montée de l’extrême droite en Europe qui «zappent» et évitent le sujet. Sans parler des allusions constantes à la «zemmourisation des esprits», voire au livre de Houellebecq et aux amalgames les plus grossiers de journalistes militants de gauche qui, depuis des années, ont transformé l’antifascisme en posture identitaire et de valorisation dans les médias bien-pensants. (…) Enfin, le refus de tout amalgame, la lutte contre l’islamophobie et la répression des attaques contre les mosquées, comme tous les autres lieux de culte, ne sauraient passer outre des questions légitimes que se pose l’opinion: comment en est-on arrivé à ce que la France soit devenue un pays où l’on tue des citoyens pour blasphème et liberté d’opinion, où l’on agresse et l’on assassine des enfants et des citoyens parce qu’ils sont «juifs»? Comment de jeunes Français convertis à l’islam en sont-ils arrivés à adhérer à l’islamisme radical et à des groupes barbares et sanguinaires? Comment ont-ils pu partir faire le «djihad» dans des pays en guerre et revenir pour apporter la terreur dans notre pays et dans d’autres pays démocratiques? Répondre à de telles questions n’implique pas seulement de comprendre les situations et la psychologie particulières des «djihadistes» ou de les envisager seulement comme de simples mécanismes sectaires, mais de réexaminer la façon dont depuis des années on a laissé se développer un islam fondamentaliste qui, s’il ne se confond pas avec le terrorisme, n’en a pas moins été souvent le terreau premier des tueurs en question? Ce qui implique d’aborder clairement le délicat problème du financement des mosquées et des imans prêchant un islam intégriste et liés à des pays avec qui nous entretenons de bonnes relations il en va de même pour les discours de haine et l’antisémitisme qui se déploient quotidiennement sur les réseaux sociaux. Ces questions concernent tous les citoyens, en même temps que nos compatriotes musulmans et leurs représentants ont un rôle décisif à jouer pour que domine en France et dans l’Union européenne un islam qui s’intègre à l’héritage des Lumières et à notre modèle républicain.(…) Les événements tragiques que connaît notre pays sont une cruelle épreuve du retour de la réalité après des années de déni ou d’édulcoration de phénomènes comme la montée du communautarisme et de l’intégrisme, les nouvelles formes de banditisme, le développement de l’antisémitisme et de l’islamisme radical…, dont les acteurs de terrain ont une conscience aigüe depuis longtemps. Les travailleurs sociaux dans les quartiers, les enseignants dans des classes difficiles, les magistrats, les policiers et les gendarmes, les services de renseignements… n’ont cessé d’alerter les pouvoirs publics. On n’en a pas moins laissé s’accumuler les tensions et les points de fractures en les recouvrant d’une langue de bois sociologisante, de rapports et d’«outils» d’évaluation en tout genre qui se sont montrés globalement impuissants à contrer ces phénomènes délétères.. (…) Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de manifester une compassion envers les victimes et leur rendre hommage, mais d’affirmer avec force ce à quoi nous tenons dans notre héritage politique et culturel, français et européen. Jean-Pierre Le Goff
Je le confesse, je ne me suis pas rendu dimanche à la grand-messe républicaine. Je ne jette pas la pierre sur ceux qui s’y sont rendus, je ne veux pas jouer les empêcheurs de marcher en rond, mais je ne marche pas. Je n’ai jamais marché au pas cadencé des pyromanes qui pleurent après l’incendie. La nécessaire compassion pour les victimes devient hypocrite et même contre-productive si l’on n’a pas le courage élémentaire de donner le nom de leurs assassins. La régression politique et intellectuelle à laquelle on a assisté au cours de cette semaine infernale est désespérante. Aux prêcheurs de haine , on a répondu par le prêchi-prêcha du tous ensemble. Même le mot «islamiste» aura été soigneusement proscrit pour cause de substantif amalgamant. Surtout pas d’amalgame! Mantra stupide et incapacitant quand on voit la manière impeccable avec laquelle, tous partis réunis, les Français ont réagi à l’égard de cette grande majorité de musulmans pacifiques. Est-ce si difficile de pointer du doigt l’islam radical, bourreau de l’islam pacifique, mais dont le nombre de partisans et de sympathisants n’a rien de négligeable dans nos banlieues surarmées? Quel niais n’aurait osé incriminer le nazisme de peur d’être taxé de raciste anti-allemand? Était- ce si difficile d’appeler à manifester contre le terrorisme islamiste et ses victimes en France, mais aussi dans le monde? Pour la liberté d’expression en France mais aussi pour les chrétiens accusés de blasphème en Turquie, dans les pays arabes, en Afrique ou au Pakistan? Ils ne m’ont pas fait marcher. J’ai trop l’expérience de ces manifestation monstres contre le racisme, l’antisémitisme et le terrorisme dont les Français, juifs ou non, auront été les dupes. Après Copernic et la rue des Rosiers ou l’idéologie faussement antiraciste a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de braves gens contre l’extrême droite, alors que la radicalité islamique était déjà à la manoeuvre. Après l’assassinat d’Ilan Halimi , où, alors que peu de politiques s’étaient déplacés, Philippe de Villiers, fils de résistant et irréprochable sur le sujet, s’était fait expulser du cortège par un petit chefaillon de SOS-Racisme. Je ne l’ai pas oublié. C’est plus fort qu’eux. Marcher sur leurs propres principes. Célébrer la liberté d’expression alors qu’il n’y a pas 15 jours, ils exigeaient la mort civile par le baillon de ces salauds de «pessimistes» qui ont eu le tort d’avoir raison. Chanter l’union nationale, mais décréter, sans doute au nom de leur incompétence avérée, de leur immoralité démontrée, que tel parti n’était pas digne d’en faire partie. Dès lors, qu’ a contrario, la présence de tous les autres était légitimée, il n’était plus question pour moi de défiler à côté des maires communistes de Bezons ou d’ Aubervilliers qui ont fait citoyen d’honneur de leur ville des tueurs palestiniens de juifs. À côté du maire Vert d’un arrondissement parisien, présent lors de cette manifestation de juillet où on a crié «mort aux juifs»! et arboré les drapeaux terroristes du Hamas et du Hezbollah. De croiser peut-être les Indigènes de la République et l’UOIF qui traitaient Charlie hebdo et mon cher Charb d’islamophobe. De marcher à côté des rappeurs de «La Marche», qui qualifiaient Charlie hebdo de salaud, de crier «Je suis Charlie»! à côté de Guy Bedos qui souhaitait au lendemain des caricatures du prophète, dans les colonnes de Var Matin ,que ceux de Charlie hebdo «crèvent». Au passage, je n’ose imaginer la réaction de nos vétilleuses consciences , si, par hypothèse absurde, un homme de droite avait formulé un voeu aussi funestement prémonitoire. Peut-être l’auraient ils piétiné avec leurs gros sabots. Demain, quand les derniers martyrs de la barbarie islamiste reposeront dedans la terre froide, la France se réveillera avec la gueule de bois des lendemains d’ivresse. Avec les mêmes problèmes d’intégration, d’islamisation, d’immigration forcée. Avec un antisémitisme et un antisionisme pathologiques qui viennent encore de frapper durement et qui commencent tellement à se banaliser, qu’il aura fallu 24 heures pour connaître le nom de leurs nouvelles victimes. Avec le retour des mêmes belles âmes lacrymales qui empêcheront l’État-nation de fourbir ses armes, en matière de sécurité , de renseignement et de respect des lois républicaines sur les flux migratoires. Avec de nouveaux Kouachi prêts à assassiner de nouveaux Charlie, de nouveaux flics ou à nouveau des juifs. Avec les tenants médiatiques et politique de cette idéologie qui traitaient dédaigneusement ceux qui osaient suggérer que l’immigration n’est pas une chance pour la France, l’intégration à la française un échec cuisant, l’antisémitisme et la christianophobie islamique un racisme barbare, l’insécurité grandissante, une terrible évidence … Gilles William Goldnadel
For many years we’ve sort of apologized for everything. About the fact that we are here, about the fact that this has been our land for 3,800 years, about the fact that we defend ourselves against Hamas, against Hezbollah.”It’s time we raise our heads and say, ‘We’re here to stay, we’re proud of it, and we’re no longer apologetic. (…) The latest conflict in Gaza was a real earthquake for Israelis. For 50 days we were incurring missiles, and they just went on and on from the very place where we did pull back to the ’67 lines. We did expel all the Jews. We did everything according to the book. The expectation might have been, we’ll get applause from the world—‘you’re OK; it’s they who are attacking you’—but what happened was the opposite. The world got angry at us for defending ourselves. (…) So why would I follow the bad model,  instead of strengthening the good model? Judea and Samaria is imperfect, but it’s working. More Israelis and Palestinians are shopping together. Driving on the same roads. Working together. It’s not ideal there. But it’s working. People get up, go to work in the morning, come home alive. (…) They had all the opportunity in the world to build the Singapore of Gaza. They chose to turn it into Afghanistan. The truth is that no one has a good solution for what’s going on. We have to figure out what we do over the next several decades. Trying to apply a Western full-fledged solution to a problem that is not solvable right now will bring us from an OK situation to a disastrous situation. So the first rule is, do no harm, which is the opposite of the Oslo process. (…) We go along with this vision that is impractical, and then, we are surprised why the world is angry with us for not fulfilling that vision. You can’t say, ‘I support a Palestinian state’ and then not execute according to that. I think people appreciate honesty. If your vision is dividing Israel, then it makes no sense in building somewhere that’s not going to be part of Israel. “If your vision is that you’re not going to divide Jerusalem, then it makes all the sense in the world to build there. Because anyway it’s yours. I’ll just remind you, there was an endless series of cease-fires with Hamas. “And I thought it was a profound mistake to talk to Hamas down in Egypt. You don’t talk to terror organizations! We go in, do what we want to do, get out; if we need to hit them hard we keep it short and keep it very intense. Why do we talk to them? I don’t believe in regime change, certainly not in the Middle East,” he says. “When I look at the whole arena it’s always the law of unintended consequences works. Look at Syria, look at Egypt. If you ask me how to deal with everything, and it applies here also, it’s effectively deterrence—meaning don’t mess with Israel—it’s having a strong military with a tenfold edge on all of our enemies; it’s having a powerful economy; and strengthening our Jewish character. And not giving up land anymore. If we apply these principles we’ll be fine everywhere. Iran’s goal is not to acquire a nuclear weapon today,” he says. “Its goal is to acquire a nuclear weapon tomorrow. So to say that we are postponing the breakout is not the issue. The issue is, do they have a machine that can break out within a relatively short time frame. Roughly 20,000 centrifuges can produce enough nuclear material for a bomb within about four or five weeks. That’s not enough time for the West to identify a breakout. To create a coalition and act, you need about two years. What we need is for the whole machine to be dismantled, not for them to press the pause button. All this will flow over very quickly to the free world. Anyone who thinks—and I’m talking especially about Europe—that if you sell Israel you buy peace and quiet in Madrid and Paris, they’ve got it all wrong. Israel is the bastion against radical Islam hitting Paris, Madrid and London. Naftali Bennett
 Mr. Bennett, however, is making a deeper point. It isn’t only the land-for-peace formula that has failed Israel. The other failure is what one might call land-for-love: the notion that, even if ceding territory doesn’t lead to peace, it will nonetheless help Israel gain the world’s goodwill, and therefore diplomatic and strategic leverage. Instead, after 20 years of seeking peace and giving up land, Israel’s diplomatic isolation has only deepened. And, as he points out, it has deepened over disputes connected to Gaza—from which Israel withdrew—and not the West Bank, where Israel largely remains. Bret Stephens

Bastia a dit la vérité, il doit être exécuté !

Au lendemain de la grand messe d’hier …

Contre un danger, aux côtés d’un Mahmoud Abbas qui appelait récemment ses compatriotes à empêcher les juifs de « souiller » le Mont du Temple (pardon: l’Esplanade des mosquées) et de représentants des financiers du terrorisme qatari et saoudien, qu’à l’instar du prétendu leader du Monde libre qui, lui, brillera par son absence, l’on continue à refuser de nommer …

Et où, reprenant à son compte l’idée d’une manif pour tous contre laquelle il avait tant bataillé, un gouvernement complètement discrédité tentait explicitement de se refaire une santé sur le sang des 17 victimes des djiahdistes de la semaine dernière …

Nombre de nos compatriotes, armés de leurs seules bougies, pétitions et bons sentiments mais sans pour une fois la bannière noire de l’Etat islamique qui avait fait fureur l’été dernier, tentaient de se rassurer …

Pendant qu’au Nigéria, la religion d’amour et de paix accroche des bombes à des fillettes de dix ans ou massacre des civils par milliers …

Comment ne pas s’être réjoui de cette vraie démonstration de courage d’un groupe certes anonyme de supporters bastiais …

Juste avant leur brillante et écrasante victoire (4-2, s’il vous plait !) …

Sur un club parisien justement financé par les mêmes Qataris qui financent les commanditaires des assassins de la semaine dernière ?

Mais surtout comment ne pas être inquiet devant les ô combien significatifs tollé et menaces de poursuites qu’a soulevé ce rare et rafraichissant accès de franchise au pays des lois mémorielles et de la 17e chambre ?

Le gros bug du PSG
Un temps leader virtuel de la L1, le fébrile club parisien a encaissé quatre buts à Bastia.
Le JDD

10 janvier 2015

Même à distance, Nasser Al-Khelaïfi est en colère. Le président du PSG n’a pas vécu la lourde défaite de son équipe à Bastia (4-2), car il est à Doha ce samedi où, en tant que patron de la fédération qatarienne de tennis, il vient de remettre le trophée du tournoi à David Ferrer, vainqueur de Tomas Berdych.

À Furiani, grâce à Lucas et Rabiot, le PSG a pourtant mené 2-0 au bout de seulement 20 minutes. Avant de se faire rejoindre avant la pause et de concéder deux buts improbables signés du latéral Julian Palmieri en seconde période. Le club parisien, qui avait l’occasion de prendre la tête du classement ce samedi, n’a pas profité de la défaite, la veille, de l’OM à Montpellier (1-2). Le double champion en titre est donc loin d’être guéri de ses maux. Il n’a, en tout cas, pas confirmé les bonnes résolutions affichées en Coupe de France à Montpellier (3-0), lundi dernier, apparaissant toujours aussi fébrile notamment en défense.

Cette deuxième défaite de la saison en L1 est un gros bug. Un peu plus tôt, comme sur tous les terrains de France, les joueurs et le public avaient respecté une minute de silence en mémoire des attentats terroristes. Et le fameux « Je suis Charlie » était présent sur le site officiel du PSG pour annoncer l’hommage. Mais, bizarrement, pas dans les huit langues dans lesquelles le site est décliné : aucune trace du rectangle noir dans les versions indonésienne et arabe. Le PSG, détenu par le Qatar, aurait-il ciblé son message en fonction des populations auxquelles il s’adresse? Absolument pas, assure le club, en rappelant que le slogan était présent sur tous ses sites jeudi, à l’heure de la minute de silence. Sa disparition s’expliquerait « par les mises à jour » apportées depuis. Exemple de la bonne foi : l’interview de Gregory van der Wiel, en home des versions arabe et indonésienne, évoque clairement les attentats.

Voir aussi:

La banderole anti-Qatar fait réagir
R.F.

Le Parisien

12 Janv. 2015

« Le Qatar finance le PSG… et le terrorisme ». La banderole déployée lors de Bastia – PSG, samedi, dans un virage du stade Armand-Cesari, n’a laissé personne insensible. Dans leur rapport complémentaire, les délégués de la Ligue de football professionnel (LFP) présents sur place ont mentionné cet élément en précisant que la banderole, scindée en trois parties, avait été installée pendant près de six minutes.

Visible notamment pendant la minute de silence dédiée aux victimes des terroristes jihadistes, elle a ensuite été retirée, non pas par les stewards du club mais par les spectateurs. Quant aux caméras de vidéosurveillance, elles fonctionnaient mais n’enregistraient aucune image, selon une source proche de la LFP. Difficile donc d’identifier, le cas échéant, des responsables. S’estimant diffamé, le PSG envisage de porter plainte dans la semaine. Dans le même temps, la Ligue de football devrait se saisir du dossier.

Voir encore:

Bastia – PSG : la banderole qui lie le Qatar au terrorisme…

Nicolas Lagavardan

Maxi foot

 le 11/01/2015

Des supporters de Bastia se sont fait remarquer samedi, en déployant une banderole accusant le Qatar de financer le terrorisme, liant ainsi le propriétaire du PSG aux attentats survenus en France cette semaine… Bastia – PSG : la banderole qui lie le Qatar au terrorisme… La banderole déployée à Furiani Alors que l’émotion est encore très vive après l’attentat qui a visé le journal Charlie Hebdo et les évènements qui s’en sont suivis, des supporters bastiais ont profité de la réception du PSG pour passer un message samedi à Furiani. A la veille des grands rassemblements prévus ce dimanche partout en France, ils ont manifesté un point de vue qui risque de faire couler beaucoup d’encore. «Le Qatar finance le PSG… et le terrorisme» , était écrit sur la banderole déployée durant les dix minutes qui ont précédé le match, et donc pendant la minute de silence (qui a été parfaitement respectée par tout un stade) en hommage aux 17 victimes des terroristes qui seraient donc selon ces supporters bastiais, à ranger dans le même camp que le propriétaire du club parisien. Le PSG saisit la LFP Le PSG a demandé à la LFP de s’emparer du dossier, a indiqué Canal+ à l’issue de la rencontre. Celui-ci devrait être examiné jeudi lors de la prochaine réunion de la Commission de discipline. Le club corse risque une lourde amende. Interrogé sur le sujet, le président du club corse Pierre-Marie Geronimi ne semblait pas plus choqué que cela. Geronimi ne veut pas polémiquer «On n’est pas là pour polémiquer. On fait en sorte que la politique reste aux portes du stade. Elle est rentrée par morceaux, mais il y a des banderoles bien plus grandes qui sont rentrées dans des stades beaucoup plus grands» , a-t-il réagi, faisant apparemment référence à la banderole anti-Ch’tis déployée par des Parisiens au Stade de France il y a quelques années. «Si une demande et un rapport ont été rédigés (à l’initiative du PSG), alors nous le ferons aussi» , a-t-il ajouté. L’affaire ne devrait pas en rester là.

Que vous inspire la banderole déployée à Furiani ? Pour en débattre, rendez-vous ci-dessous dans l’espace «Publiez un commentaire» …

Voir également:

Charlie Hebdo : le Maroc, le Qatar et l’Arabie saoudite s’en tiennent à un soutien discret
Georges Malbrunot

Le Figaro
11/01/2015

Présent à Paris, le ministre des Affaires étrangères marocain n’a pas participé à la marche républicaine dimanche, alors que l’Arabie saoudite et le Qatar n’étaient représentés dimanche que par un dignitaire de second rang.

Contrairement à leurs voisins des Émirats arabes unis, de la Jordanie et de la Tunisie notamment, l’Arabie saoudite et le Qatar n’étaient représentés dimanche que par un dignitaire de second rang: un frère de l’émir Cheikh Tamin Ben Hamad al-Thani pour Doha ; et par Nizar al-Madani, le numéro deux de la diplomatie de Riyad. Le Qatar et l’Arabie saoudite sont pourtant des partenaires très actifs de Paris sur de nombreux dossiers diplomatiques, qu’il s’agisse de la révolte en Syrie, pour chasser Bachar el-Assad du pouvoir, ou du nucléaire iranien, pour stopper la marche de Téhéran vers la bombe.

Le ministre des Affaires étrangères du Maroc, Salaheddine Mezouar, a présenté ses condoléances dimanche matin à l’Élysée, mais il n’a pas participé à la marche «en raison de la présence de caricatures blasphématoires», a indiqué une source officielle.

Le ministre émirien des Affaires étrangères, Cheikh Abdallah Ben Zayed avait, lui, dès samedi, annoncé sa participation. Les Émirats, la monarchie du Golfe la plus hostile aux islamistes, ont été le théâtre il y a un mois de l’assassinat d’une Américaine dans un centre commercial d’Abu Dhabi par une femme voilée.

Pour les Qatariens et les Saoudiens, en revanche, «c’est l’affaire des caricatures qui est au centre des récriminations contre la France, explique un expert français du Golfe. La majorité de la population est farouchement wahhabite, c’est-à-dire partisane d’un islam ultrarigoriste qui ne peut tolérer qu’on insulte le prophète. Il était donc difficile pour leurs dirigeants de s’afficher à Paris».

Le Hezbollah chiite condamne
Certes, leurs leaders ont condamné ces actes de terrorisme, la presse officielle ou proche, comme le quotidien Ashark al-Awsat, dénonçant «l’horreur» de telles attaques. Dans le même temps, la justice saoudienne a condamné un blogueur à dix ans de prison et à 1 000 coups de fouets pour avoir «insulté l’islam», au grand dam des organisations des droits de l’homme. Le blogueur Raif Badawi a reçu ses 50 premiers coups de fouets vendredi, devant une foule de fidèles rassemblés devant une mosquée de Djedda, dans l’ouest de l’Arabie saoudite, les 950 autres s’étaleront sur 19 semaines.

Dans ces pays, mais pas seulement, la presse généralement proche du pouvoir a dénoncé le «climat d’islamophobie» dont seraient «victimes» les musulmans français, ainsi que les ratés de leur intégration. Ce fut le cas au Liban du quotidien al-Akhbar, proche du Hezbollah. Pourtant, Hassan Nasrallah, le chef du mouvement chiite pro-iranien considéré par la France et l’Union européenne comme une organisation terroriste, a clairement condamné la tragédie de Paris. «À travers leurs actes immondes, violents et inhumains, ces groupes ont porté atteinte au Prophète et aux musulmans plus que ne l’ont fait leurs ennemis, plus que les livres, les films et les caricatures ayant injurié le Prophète.» Une remarque qui ne surprend qu’à moitié, venant d’un mouvement viscéralement hostile à l’islam radical sunnite que les combattants du Hezbollah affrontent en Syrie pour défendre Bachar el-Assad. Comme si les grilles de lecture traditionnelles étaient brouillées par le fossé qui s’est creusé à l’intérieur de l’islam entre ses branches sunnite et chiite. Même quand il s’agit d’actes de violences contre l’Occident.

Voir encore:

Marche républicaine : la manif pour tous
J’ai défilé avec mes adversaires
Pascal Bories

Causeur

12 janvier 2015
Evidemment, c’était un peu n’importe quoi. Comme la plupart des gens sensés que je connais, je ne voulais pas être dupe, on n’allait pas me la faire, à moi. C’était trop gros, le coup de la « marche républicaine », avec son logo « La France est Charlie », comme si tout le pays était abonné au fanzine salace de Charb et Cabu. Comme si j’avais seulement pu être pote avec Tignous, dont je n’avais même jamais entendu parler. Et pourtant, j’y suis allé.

Le matin, ma belle-mère m’avait confié au téléphone : « Le problème, c’est qu’on va marcher avec des cons. » Ne sachant pas – et ne tenant pas forcément à savoir – de quels « cons » elle parlait, je lui avais répondu : « Justement, c’est l’idée, tant qu’on arrive à marcher en compagnie de gens avec qui on n’est pas du tout d’accord, on n’est pas morts. » Elle avait acquiescé. Puis je l’avais rassurée parce qu’elle s’inquiétait un peu, quand même.

Il était évident que pas mal de gens défendraient ce jour-là une « liberté d’expression » qu’ils combattaient à longueur d’année en l’appelant « islamophobie ». Que les champions de la repentance et de l’excuse universelle se transformeraient pour une heure en patriotes cocardiers. Que les mêmes qui scandaient avant-hier « un flic, une balle » viendraient applaudir cet après-midi nos gendarmes et policiers. Et alors ? C’était exactement la raison que j’avais trouvée de ne pas me défiler.

J’avais vu juste : sur le boulevard Richard Lenoir, où j’ai croisé Clémentine Autain qui rattrapait Jean-Luc Mélenchon, quelques panneaux aussi déplacés qu’isolés appelaient à la « dissolution des charlots du FN », à la « solidarité avec Gaza » ou à lutter contre les « fascismes nationalistes ». On est en France, en 2015, et 17 morts sous les balles de terroristes islamistes ne suffisent pas encore à ramener tout le monde à la raison.

Mais ils n’étaient qu’une poignée, quelques-uns par ci par là, à ne pas jouer le jeu de bon cœur. A savoir : accepter d’être ensemble, pas forcément pour les mêmes raisons, mais en essayant de laisser au vestiaire tout ce qui nous oppose les uns aux autres. Finalement, l’immense majorité d’entre nous était venue assurer un service minimum : « Nous sommes unis », « ensemble », « contre le terrorisme »… Un pour tous, tous pour un.

Tous les « je suis » ne faisaient qu’un : « Charlie », « juif », « flic »… La marche républicaine du 11 janvier 2015 n’était pas la énième manif pour les droits des uns ou des autres. En réalité, c’était la première manif pour tous. Dieu sait combien d’énergie j’ai dépensé pour m’opposer au « mariage pour tous », quelle guerre j’ai mené à ce titre sur le terrain des idées. Voilà pourquoi, ce dimanche, j’ai aimé plus que tout battre le pavé avec ceux qui me désignaient comme leur adversaire.

Sur ces boulevards bondés, combien de personnes m’avaient caricaturé, insulté, stigmatisé ? Combien avaient moqué mes valeurs, brocardé mes idées, vomi tout ce que je représentais à leurs yeux ? Une année entière, nous nous étions affrontés autour du projet de loi Taubira, et de ses conséquences dont je savais qu’elles seraient tragiques. Aujourd’hui, ils étaient là, ils me souriaient et s’excusaient lorsqu’on se bousculait. On pouvait vivre ensemble et se respecter, l’essentiel était sauvé.

Dès la fin d’après-midi, toutes les chaînes de télévision diffusaient une superproduction inédite : de magnifiques images aériennes de foules innombrables, agglutinées dans toutes les rues de France. A la Bastille, des drapeaux tricolores flottaient dans un ciel rose alors que retentissait la Marseillaise. Place de la Nation, on s’exclamait en boucle : « Vive la France ! » Il y avait un monde fou, partout, et un cœur accroché à la colonne de Juillet. La foule s’applaudissait, on se parlait entre inconnus.

Alors bien sûr, ce tableau idyllique n’était qu’un vernis. Ce dimanche, tout le monde disait « Je suis Charlie » mais personne n’allait dans la même direction. N’empêche : c’est bien la France, sa devise, son drapeau et son hymne national qui étaient célébrés dans tout le pays. Et ça, rien ne nous l’enlèvera, n’en déplaise aux derniers dinosaures de l’incitation à la haine de soi. Nous sommes différents, nous ne sommes pas d’accord, nous sommes Français.

Voir de plus:

 Ah bon ? Y a un problème avec le Qatar ?
Régis Soubrouillard
Marianne
12 Janvier 2015
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Invités sur RTL et France inter ce matin, Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius, interrogés sur le financement terroriste opéré par l’allié qatari, ont chacun récusé ces accusations. Sur ce plan-là, rien n’a changé, l’hypocrisie et le mensonge demeurent la règle.

L’union nationale de nos politiques a atteint ce matin un point inattendu. C’est sur le Qatar que Nicolas Sarkozy sur RTL et Laurent Fabius, sur France inter sont tombés d’accord. L’ancien président de la République et l’actuel ministre des Affaires étrangères ont chacun défendu la pétromonarchie comme un seul homme.

Nicolas Sarkozy réagissait notamment au déploiement d’une banderole lors du match Bastia-PSG : « Le Qatar finance le PSG…et le terrorisme ». Une accusation déplacée selon Nicolas Sarkozy : « Le Qatar est un pays ami de la France. Pas depuis moi, c’est François Mitterrand ». « Vous croyez, a-t-il poursuivi, que François Mitterrand, Jacques Chirac, moi-même hier, François Hollande aujourd’hui, on aurait cette politique d’amitié avec le Qatar si nous pensions que le Qatar, c’était uniquement le financeur du terrorisme ? ».

C’est bien ça le problème. Habitué des tribunes VIP du PSG, et copain avec toutes les têtes fortunées et enturbannées de l’émirat, Nicolas Sarkozy fait régulièrement des conférences grassement rémunérées dans le pays. La dernière datant de décembre 2014.  On notera que Jean Michel Aphatie, grand donneur de leçon de journalisme, s’est d’ailleurs bien gardé de rappeler les « ménages » que l’ex-président fait régulièrement au Qatar. Ou de l’interroger sur le livre de Vanessa Ratignier et Pierre Péan, Une France sous influence, qui raconte par le menu comment Sarkozy a participé à faire du Qatar une puissance incontournable du Moyen-Orient.

De son côté, Laurent Fabius a été interpellé par un auditeur qui demandait au ministre des Affaires étrangères s’il ne fallait pas changer de diplomatie à l’égard du Qatar, soupçonné de financer le terrorisme. Dans cette période salutaire, où la plupart de nos représentants promettent d’aborder les « vrais problèmes », Fabius a déjà fait une exception. Notre ministre a en effet pris sa voix la plus grave : « C’est une accusation qui est revenue souvent. Nous avons effectué les vérifications nécessaires, par tous les services. Et cette accusation, pour la période depuis laquelle nous sommes au gouvernement, est infondée ». Laurent Fabius a même répété deux fois son affirmation pour bien la faire rentrer dans la tête des auditeurs éventuellement pas convaincus.

Il faut croire que le responsable du quai d’Orsay n’a pas les mêmes renseignements que… nos services de renseignements ! En juin 2012, le Canard enchaîné citait une note de la Direction du renseignement militaire français (DRM) qui décrivait précisément les financements terroristes opérés par l’émirat. « Selon les renseignements recueillis par la DRM, les insurgés touareg du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ançar Dine, Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) et le Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ont reçu une aide en dollars du Qatar ». « Les officiers de la DRM affirment, eux, que la générosité du Qatar est sans pareille et qu’il ne s’est pas contenté d’aider financièrement, parfois en leur livrant des armes, les révolutionnaires de Tunisie, d’Egypte ou de Libye », ajoutait l’hebdomadaire.

Le rapport venait corroborer une première note diffusée en mars par la DGSE qui précisait les financements de mouvements djihadistes dans le Nord du Mali. Plus récemment, en juin 2014, le site de défense américain Jane’s publiait une photo  d’avions de transports militaires qataris posés sur un aéroport contrôlé par des milices djihadistes libyennes. Dans son numéro daté du 28 novembre  dernier, Marianne évoquait aussi le rôle trouble du Qatar en Libye.

Certes, si le Qatar a revu récemment sa politique de financement tous azimuts des mouvements islamistes, c’est surtout que l’émirat a pris conscience des risques que son soutien aux Frères musulmans lui faisait courir. Par ailleurs, l’influence régionale de l’émirat pétrolier a largement diminué au profit de l’Arabie saoudite et Doha n’a pas pu résister aux multiples pressions notamment américaines et saoudiennes qui lui commandaient de mettre un terme à sa diplomatie du « double jeu ».

Evidemment, Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius n’ignorent rien de tout cela mais impossible, pour eux, de jouer franc jeu : l’un assure ses fins de mois dans l’émirat, l’autre connaît trop bien le soutien historique que la pétromonarchie assure à la France sur le plan régional et accessoirement espère toujours, entre deux investissements en France, que le généreux émirat commandera quelques avions Rafale. Sur ce plan-là, rien n’a encore changé. L’hypocrisie et le mensonge demeurent donc la règle…

Voir par ailleurs:

How Qatar is funding the rise of Islamist extremists
The fabulously wealthy Gulf state, which owns an array of London landmarks and claims to be one of our best friends in the Middle East, is a prime sponsor of violent Islamists
David Blair and Richard Spencer
The Telegraph

20 Sep 2014
Few outsiders have noticed, but radical Islamists now control Libya’s capital. These militias stormed Tripoli last month, forcing the official government to flee and hastening the country’s collapse into a failed state.
Moreover, the new overlords of Tripoli are allies of Ansar al-Sharia, a brutal jihadist movement suspected of killing America’s then ambassador to Libya, Christopher Stevens, and of trying to murder his British counterpart, Sir Dominic Asquith.

Barely three years after Britain helped to free Libya from Col Gaddafi’s tyranny, anti-Western radicals hold sway. How could Britain’s goal of a stable and friendly Libya have been thwarted so completely?
Step forward a fabulously wealthy Gulf state that owns an array of London landmarks and claims to be one of our best friends in the Middle East.

Qatar, the owner of Harrods, has dispatched cargo planes laden with weapons to the victorious Islamist coalition, styling itself « Libya Dawn ».

Western officials have tracked the Qatari arms flights as they land in the city of Misrata, about 100 miles east of Tripoli, where the Islamist militias have their stronghold. Even after the fall of the capital and the removal of Libya’s government, Qatar is « still flying in weapons straight to Misrata airport », said a senior Western official.

So it is that Qatar buys London property while working against British interests in Libya and arming friends of the jihadists who tried to kill one of our ambassadors. A state that partly owns 1 Hyde Park, London’s most expensive apartment block, and the Shard, the city’s tallest building, is working with people who would gladly destroy Western society.

The remarkable truth is that few in the Middle East would be shocked. From Hamas in the Gaza Strip to radical armed movements in Syria, Qatar’s status as a prime sponsor of violent Islamists, including groups linked to al-Qaeda, is clear to diplomats and experts.

Qatar’s promotion of extremism has so infuriated its neighbours that Saudi Arabia, Bahrain and the United Arab Emirates all chose to withdraw their ambassadors from the country in March.

Take Syria, where Qatar has been sponsoring the rebellion against Bashar al-Assad’s regime. In itself, that policy places Qatar alongside the leading Western powers and much of the Arab world.

But Qatar has deliberately channelled guns and cash towards Islamist rebels, notably a group styling itself Ahrar al-Sham, or « Free Men of Syria ». Only last week, Khalid al-Attiyah, the Qatari foreign minister, praised this movement as « purely » Syrian.

He added that its fighters had suffered heavy losses while combating the Islamic State of Iraq and the Levant (Isil), the group behind the murder of David Haines, the British aid worker, and which is holding John Cantlie and Alan Henning hostage.

Far from being a force for moderation, Ahrar al-Sham played a key role in transforming the anti-Assad revolt into an Islamist uprising. Its men fought alongside Jabhat al-Nusra, an al-Qaeda affiliate, during the battle for Aleppo and they were accused of at least one sectarian massacre.

Instead of fighting Isil, Ahrar al-Sham helped the jihadists to run Raqqa, the town in eastern Syria that is now the capital of the self-proclaimed « Caliphate ». This cooperation with Isil happened for some months until the two groups fell out last year.

Last December, the US Treasury designated a Qatari academic and businessman, Abdul Rahman al-Nuaimi, as a « global terrorist ». The US accused him of sending nearly £366,000 to « al-Qaeda’s representative in Syria », named as Abu Khalid al-Suri.

Suri has also been a senior commander of Ahrar al-Sham. If America was right to describe him as « al-Qaeda’s representative », then there was an overlap between the leadership of the two groups.

Mr Nuaimi is also accused by the US treasury of transferring as much as $2 million per month to « al-Qaeda in Iraq » and $250,000 to al-Shabaab, the movement’s affiliate in Somalia. Mr Nuaimi denies the allegations, saying they are motivated by his own criticism of US policy.

But critics question why Qatar has failed to act against him. « It’s deeply concerning that these individuals, where sufficient evidence is in place to justify their inclusion on the US sanctions list, continue to be free to undertake their business dealings, » said Stephen Barclay, the Conservative MP for North East Cambridgeshire.

Qatar’s investment in Britain is so extensive, and the Foreign Office is so anxious to win its favour, that some question whether UK diplomats will have the resolve to ask robust questions. « If diplomats are focused on winning commercial contracts, there is a danger they will be reluctant to ask tough questions on the funding of unsavoury groups, » said Mr Barclay.

A Foreign Office spokesman insisted there was no such risk, saying: « We encourage further progress to prevent terrorist financing from individuals in the [Gulf] region. We have honest and robust conversations with all our Gulf partners on these issues, including Qatar. »

One diplomat from a country in the Middle East said Jabhat al-Nusra had been a beneficiary of Qatar’s help for a period last year. « They are partly responsible for Jabhat al-Nusra having money and weapons and everything they need, » said the diplomat.

There was no evidence of Qatar’s largesse going directly to Isil, he added, but this could have taken place by accident rather than design. « I don’t think they have any intention to support Isil, but it’s a fact they did support Jabhat al-Nusra. And some people moved from Jabhat al-Nusra and went over to Isil and they took their weaponry with them, » added the diplomat.

Four branches of the Qatari government handle relations with armed groups in Syria and Libya: the foreign ministry, the defence ministry, the country’s intelligence agency, and the personal office of the ruler, Emir Tamim bin Hamad al-Thani.

In the case of Syria, Qatar’s chosen method for supporting its favoured insurgents is to pass large sums to middlemen in Turkey. These figures then use the money to buy weapons from third countries, notably Croatia, and arrange for their onward transfer to rebels in Syria.

Experts question how much control Qatar has over this process and whether the middlemen might be pursuing their own aims and pocketing much of the money.

« Qatar was handling weapons and supplies for Syria, but they were never really keeping a full grip on the nature of the conflict, » said Michael Stephens, the deputy director of the Royal United Services Institute’s office in Qatar. Others believe that Qatar was acting very deliberately.

Last month, Gerd Müller, the German international development minister, implicated Qatar in the rise of Isil. « You have to ask who is arming, who is financing Isil troops. The keyword there is Qatar, » he said.

Yet a state endowed with large reserves of gas and oil and one of the world’s biggest sovereign wealth funds can wield immense influence, even over Berlin. Qatar was duly able to secure a formal withdrawal of this charge from the German government.

On Wednesday, the 34-year-old Emir of Qatar, who was educated at Harrow and Sandhurst, took pains to deny the accusation while standing alongside Angela Merkel, the German Chancellor. « What is happening in Iraq and Syria is extremism and such organisations are partly financed from abroad, but Qatar has never supported and will never support terrorist organisations, » he said.

The credibility of that denial depends partly on how you define a « terrorist organisation ». Qatar has let Hamas, the armed Palestinian movement, base its political leadership in Doha since 2012. Qatar’s government has funded Hamas and the previous Emir paid an official visit to the Hamas-ruled Gaza Strip in 2012.

As a small country with relatively weak armed forces and 250,000 citizens, Qatar is trying to guarantee its security by reaching in every direction. As well as providing an office for Hamas, Qatar also hosts the forward headquarters of US Central Command and the al-Udeid military airbase, serving as the hub for all American air operations in the region.

Qatar has not completely ignored the concerns of its Western allies. When it transferred surplus arms from Libya to rebels in Syria, Qatari officials weeded out any surface-to-air missiles, in obedience to America’s demand to prevent the supply of this particular category of weapon.

But Qatar’s willingness to support extremists has caused private dismay. « It’s a puzzle and, to be honest, it’s a distasteful one, » said a former Western official who has dealt with Qatar.

« There are people around the Gulf who are supporting people who are grotesque in their values and seem incapable of translating it into their minds how grotesque it is. »

Voir enfin:

Israel’s Minister Without Apologies
A rising conservative star says the old formulas for pursuing peace with the Palestinians are obsolete. The two-state solution? Not anytime soon.
Bret Stephens
WSJ
Jan. 9, 2015
Tel Aviv

It’s election season in Israel, and so far the most talked-about campaign ad features an Orthodox politician in an unorthodox role. In a YouTube video that quickly went viral, Naftali Bennett plays a fashionably bearded Tel Aviv hipster with a compulsion to say sorry—especially when he’s the one being wronged.

A waitress spills coffee on him: He begs her forgiveness. His car gets rear-ended: He steps out to tell the offending driver how sorry he is. He sits on a park bench and reads an editorial in a left-wing newspaper calling on Israel to apologize to Turkey for the 2010 flotilla incident, in which nine pro-Palestinian militants were killed aboard a ship after violently assaulting Israeli naval commandos. “They’re right!” he says of the editorial.

At last the fake beard comes off and the clean-shaven Mr. Bennett, who in real life is Israel’s minister of economy and heads the nationalist Jewish Home Party (in Hebrew, Habayit Hayehudi), looks at the camera and says: “Starting today, we stop apologizing. Join Habayit Hayehudi today.”

***
“For many years we’ve sort of apologized for everything,” Mr. Bennett explains in his Tel Aviv office. “About the fact that we are here, about the fact that this has been our land for 3,800 years, about the fact that we defend ourselves against Hamas, against Hezbollah.” It’s time, he says, “we raise our heads and say, ‘We’re here to stay, we’re proud of it, and we’re no longer apologetic.’ ”

The message has proved a potent one for the 42-year-old newbie politician, who only became a member of the Israeli Knesset in 2013 and immediately took a major ministerial post. The next parliamentary election doesn’t take place until March 17, which is a double eternity in Israeli politics. But Jewish Home is polling well, and Mr. Bennett is being talked about as a likely foreign or finance minister in the next coalition government, assuming it’s still led by Prime Minister Benjamin Netanyahu of the Likud Party.

Should a Likud-Jewish Home government form, it could represent a tectonic shift in Israeli politics. For 25 years, between Israel’s capture of the West Bank and Gaza Strip in the 1967 Six Day War and the 1992 election of Prime Minister Yitzhak Rabin, every Israeli government had categorically rejected the idea of a Palestinian state. Then came the 1993 Oslo Accords with the Palestinians, after which Israeli governments of both the left and right, including Mr. Netanyahu’s, effectively committed Israel to the two-state solution.

Now the wheel is turning again. “The latest conflict in Gaza was a real earthquake for Israelis,” says Mr. Bennett, referring to last summer’s war.

“For 50 days we were incurring missiles, and they just went on and on from the very place where we did pull back to the ’67 lines. We did expel all the Jews. We did everything according to the book. The expectation might have been, we’ll get applause from the world—‘you’re OK; it’s they who are attacking you’—but what happened was the opposite. The world got angry at us for defending ourselves.”

For decades, “land-for-peace” has been the diplomatically accepted equation for solving the Israeli-Arab conflict. Experience has shown Israelis that it doesn’t always work as anticipated. Peace with Egypt, achieved after Israel agreed to return the conquered Sinai Peninsula, has proved durable. But Israel also withdrew all of its forces and settlers from the Gaza Strip in 2005, and what it got was a haven for Hamas, which used it to fire thousands of rockets at Israel. Doing likewise in the West Bank seems to many Israelis a surefire way of achieving the same result over a larger territorial scale.

Mr. Bennett, however, is making a deeper point. It isn’t only the land-for-peace formula that has failed Israel. The other failure is what one might call land-for-love: the notion that, even if ceding territory doesn’t lead to peace, it will nonetheless help Israel gain the world’s goodwill, and therefore diplomatic and strategic leverage. Instead, after 20 years of seeking peace and giving up land, Israel’s diplomatic isolation has only deepened. And, as he points out, it has deepened over disputes connected to Gaza—from which Israel withdrew—and not the West Bank, where Israel largely remains.

“So why would I follow the bad model,” Mr. Bennett asks, “instead of strengthening the good model?”

The “good model,” in Mr. Bennett’s view, is some version of the current arrangement in the West Bank, or what he calls, per official Israeli (and ancient Biblical) usage, Judea and Samaria.

“Judea and Samaria is imperfect,” he allows, “but it’s working. More Israelis and Palestinians are shopping together. Driving on the same roads. Working together. It’s not ideal there. But it’s working. People get up, go to work in the morning, come home alive.”

That’s a depiction that critics of Israeli policy would furiously contest, claiming that current policy gives Jewish settlers privileged access to the land while consigning nearly two million Palestinians to Bantustan-like enclaves. That, they say, risks transforming Israel from a democracy into an ethnocracy and guaranteeing international pariah status.

Mr. Bennett’s answer is that it’s the Palestinians who bear the blame for proving themselves unworthy of statehood. “They had all the opportunity in the world to build the Singapore of Gaza, he says. “They chose to turn it into Afghanistan.” He also believes that it’s better to find ways to make the best of a difficult situation than try to reach for a solution that is destined for failure. He wants a “Marshall Plan” to improve the Palestinian economy, “autonomy on steroids” for Palestinian politics—but no more.

“The truth is that no one has a good solution for what’s going on,” he says. “We have to figure out what we do over the next several decades. Trying to apply a Western full-fledged solution to a problem that is not solvable right now will bring us from an OK situation to a disastrous situation. So the first rule is, do no harm, which is the opposite of the Oslo process.”

Worse, he adds, is that successive Israeli leaders have felt obliged to go along with a commitment to a two-state solution, even as few of them believe it’s possible to achieve, at least with the current generation of Palestinians. As a result, he suggests, Israeli leaders can fairly be accused of insincerity.

“We go along with this vision that is impractical, and then, we are surprised why the world is angry with us for not fulfilling that vision. You can’t say, ‘I support a Palestinian state’ and then not execute according to that. I think people appreciate honesty.”

***
The comment is a not-too-subtle dig at Mr. Netanyahu, who formally embraced the idea of a Palestinian state in a landmark 2009 speech. Mr. Bennett was once the prime minister’s protégé, and served as his chief-of-staff when Mr. Netanyahu was in the political opposition. But the relationship soured as Mr. Bennett went on to become director-general of the Yesha Council, the umbrella group for Israeli settlers, and became even more embittered when Mr. Netanyahu agreed in 2010 to a 10-month settlement freeze. Over the past year relations between the two men have alternated between threats by the prime minister to fire Mr. Bennett and threats from Mr. Bennett to quit the coalition.

Ultimately, the two men are contesting for leadership of the Israeli right. Perhaps it should come as no surprise, given how much they have in common. Like Mr. Netanyahu, who spent much of his early life in the U.S., Mr. Bennett has strong American roots: Both his parents immigrated to Israel from California, and his English is fluent and all but unaccented. Like Mr. Netanyahu, too, who served in the Israeli special forces, Mr. Bennett was a commander in Maglan, a unit that specializes in going behind enemy lines.

And like Mr. Netanyahu, who worked as a management consultant in Boston in the 1970s, Mr. Bennett lived and worked in New York City, where he founded and ran a cybersecurity company called Cyota, which he sold for a neat profit in 2005. Today, he notes with evident pride, 70% of Americans who bank online use software developed by his company.

One difference, however, is that Mr. Netanyahu is a secular Jew, whereas Mr. Bennett, who wears the knitted kippa common to the religious-nationalist camp, is observant. His belief in the importance of holding on to land is therefore more than just a military or political consideration. It’s fundamental to his world view.

“If your vision is dividing Israel, then it makes no sense in building somewhere that’s not going to be part of Israel,” he says, again drawing an implicit contrast with Mr. Netanyahu. “If your vision is that you’re not going to divide Jerusalem, then it makes all the sense in the world to build there. Because anyway it’s yours.”

Mr. Bennett is equally critical of the government’s handling of last summer’s war with Gaza. The war, he says, took much too long, partly in a misbegotten effort to curry international favor. “I’ll just remind you, there was an endless series of cease-fires with Hamas,” he notes. “And I thought it was a profound mistake to talk to Hamas down in Egypt. You don’t talk to terror organizations! We go in, do what we want to do, get out; if we need to hit them hard we keep it short and keep it very intense. Why do we talk to them?”

Lest anyone mistake Mr. Bennett for an Israeli neoconservative, however, he’s quick to disabuse the impression.

“I don’t believe in regime change, certainly not in the Middle East,” he says. “When I look at the whole arena it’s always the law of unintended consequences works. Look at Syria, look at Egypt. If you ask me how to deal with everything, and it applies here also, it’s effectively deterrence—meaning don’t mess with Israel—it’s having a strong military with a tenfold edge on all of our enemies; it’s having a powerful economy; and strengthening our Jewish character. And not giving up land anymore. If we apply these principles we’ll be fine everywhere.”

So how should Israel—and for that matter the West—conduct a sober and realistic Mideast policy? I ask about Iran.

“Iran’s goal is not to acquire a nuclear weapon today,” he says. “Its goal is to acquire a nuclear weapon tomorrow. So to say that we are postponing the breakout is not the issue. The issue is, do they have a machine that can break out within a relatively short time frame. Roughly 20,000 centrifuges can produce enough nuclear material for a bomb within about four or five weeks. That’s not enough time for the West to identify a breakout. To create a coalition and act, you need about two years. What we need is for the whole machine to be dismantled, not for them to press the pause button.”

Mr. Bennett adds the standard Israeli refrain that the government is preparing for all contingencies and will not outsource its security, but he’s quick to underscore that a nuclear Iran—with the inevitable consequent chain of Mideast nuclear proliferation—is not Israel’s problem alone. “All this will flow over very quickly to the free world,” he warns.

The same goes for the broader problem of radical Islam.

“Anyone who thinks—and I’m talking especially about Europe—that if you sell Israel you buy peace and quiet in Madrid and Paris, they’ve got it all wrong. Israel is the bastion against radical Islam hitting Paris, Madrid and London.”

I interviewed Mr. Bennett on Tuesday night. The following day, jihadists stormed the editorial offices of Charlie Hebdo in Paris, massacring 12 people. There will surely be more such attacks, possibly quite soon. Whatever readers think about Mr. Bennett as an Israeli politician, they might do well to heed his warning to the West:

“The biggest danger for any organism is to not identify that it’s being threatened,” he says. “I want to hope that people realize that the source of danger and risk in the Middle East is not the Israeli-Palestinian conflict but the deep radical Islamic vision of forming a global caliphate.”

Mr. Stephens writes the Journal’s Global View column.

Voir de plus:

À propos de l’exécution des journalistes de Charlie Hebdo et du meurtre des Juifs

Daniel Sibony

11 janvier 2015

    Au journal, ils pensaient travailler en France, sous la protection de la loi française. Erreur fatale : il y a la loi française et il y a aussi la charia, la loi islamique, qui aujourd’hui encore, dans des pays musulmans, punit de mort ceux qui se moquent de la religion, qui n’en parlent pas comme il faut, avec une dévotion sans réserve. Donc, un groupe d’islamistes qui est venu exécuter la charia sur ces journalistes qui, croyant vivre sous la loi française, ne pensaient pas transgresser, en faisant des caricatures de l’islam. Ils ont fait comme si, en France, la charia et la loi française n’étaient pas rivales. (Et dans certains territoires – que des historiens qualifient de perdus pour la République, puisque même la police n’y va pas –  il n’y a qu’une loi, la charia.) Et les juifs, dans leur boutique hyper-cachère, croyaient que la France les protégeait du djihad ; du djihad français.

       L’emprise de la charia en France, ne se réduit pas à des exécutions sommaires. Elle consiste plus largement à interdire toute critique sur l’islam, surtout chez les non-musulmans. (Et dire qu’il comporte la charia et le djihad, c’est une critique. Donc la charia en France consiste à empêcher qu’on la nomme.) Mais si des foules importantes sont prêtes à manifester quand la charia ordonne des exécutions, ou qu’elle appelle à la guerre sainte, très peu sont prêts à descendre dans la rue pour protester contre la censure. Et pour cause, la plupart ne s’en rendent pas compte. Les médias font le black out sur les agressions quotidiennes, et mènent un tir de barrage  contre tout  ce qui laisse entendre qu’il y aurait dans l’islam des appels à la violence envers les autres. Le Coran a beau maudire nommément les « gens du Livre » (juifs et chrétiens) parce qu’« ils se moquent de la religion des musulmans » (5,57), il ne faut pas en parler, car il y a risque d’amalgame, de stigmatisation, d’islamophobie (mon logiciel de dictée a écrit islam aux phobies…)

       Ainsi on est chaque fois dans une pensée totale : une critique sur les aspects violents que comporte l’islam, dans son texte fondateur, est exclue car elle est prise comme un rejet de tout l’islam, et un rejet de type raciste. C’est sans doute là le véritable amalgame que font ceux qui dénoncent l’amalgame. C’est le fait de mélanger le tout et la partie, et de poser que chaque chose est ce qu’elle est totalement, ou alors elle n’est pas. Or l’objet du débat, qui est le contenu du Coran, est justement partagé : un bon tiers de ce Livre est violent envers les juifs et les chrétiens. Cette partie correspond à ce qu’on appelle les sourates médinoises, les dernières, où Mahomet se déchaîne contre eux parce qu’ils ne l’ont pas suivi. L’autre partie du Coran, plus pacifique, transmet ce qu’il a élaboré dans sa période mecquoise, à partir de ce qu’il a appris des marchands juifs et chrétiens.

       Un problème majeur, c’est que la partie violente, qui demande que l’on combatte les injustes, les pervers, les infidèles que sont les juifs et les chrétiens,  est édulcorée dans les traductions. On trouvera par exemple : Tuez les faiseurs de dieux partout où vous les trouverez. (9,5). Or aujourd’hui, personne n’est vraiment un faiseur de dieux, donc la phrase semble anodine. Mais ceux qui l’apprennent en arabe savent qu’il s’agit des chrétiens (moushrikines) parce qu’ils font de Jésus un Dieu. Ayant vécu en terre arabe, je peux témoigner que l’accusation suprême, qu’il faut à tout prix éviter, c’est celle  d’avoir insulté la religion (la vraie, bien sûr, l’islamique) ou de s’en être moqué. On comprend que des croyants, soudain saisis  par un élan d’enthousiasme pour leur texte, puissent le mettre à exécution. On peut dire que les extrémistes violents qui mettent en acte le texte dur, ont le mérite de le faire connaître aux autres musulmans, qui semblent l’ignorer et qui aimeraient s’en tenir aux parties calmes qu’ils  connaissent.  Ils refusent qu’on les amalgame avec ces extrémistes ; mais l’extrémisme est dans le texte, et nul ne peut dire à l’avance quelle personne ou quel groupe voudra soudain le mettre en acte. Des foules musulmanes nombreuses qui défileraient pour dénoncer cet extrémisme auraient le mérite de s’en démarquer  réellement. Pour l’instant ce n’est pas le cas, la ritournelle obsédante qu’on répète est que la violence qui se réclame de l’islam provient de fous, de détraqués, de cas sociaux, mais qu’elle n’a rien à voir avec l’islam. On voit qu’elle a à voir de façon subtile : ce sont des gens calmes, discrets, comme tout le monde, qui soudain entrent en action. De braves psychologues s’échinent sur l’idée de passage à l’acte, mais elle est inopérante : un passage à l’acte, c’est quand les paroles manquent et que l’acte les remplace ; ici, les paroles sont déjà là, et demandent à être appliquées. Jusqu’à présent, très peu s’y essayaient, la présence islamique n’était pas assez importante dans le pays pour que l’idée d’appliquer la charia en France ait un sens. Mais s’il y a 6 millions de musulmans en France, il suffit que 2 % soient saisis de zèle pour qu’on ait 100 000 personnes décidées à agir. Or il suffirait de 10 000 pour que l’autocensure soit totale, et que la mise au pas dans les écoles, les cités, etc. soit vigoureuse.

        La réalité semble montrer que l’islam s’intègre à la France si la France s’intègre à l’islam, c’est-à-dire s’aligne sur lui sans objecter.

       En somme, les musulmans modérés, qui dénient tout simplement l’existence de la partie violente du Coran, pensent que leur déni couvrira cette partie violente sous des versets pacifiques ; en fait, leur déni protège cette partie violente et donc la transmet. De sorte que la partie dure de l’islam, celle qui en veut aux autres, se transmet efficacement par deux voies : le déni venant des modérés et l’action directe venant des extrémistes.

       Du reste, après l’exécution des journalistes, l’écart n’était pas si grand dans les discours entre : ils l’ont bien mérité, ils ont insulté le Prophète, et ils ont insulté le Prophète mais c’est une punition trop dure. La même nuance qu’on a connue après le 11 septembre 2001.

       Si les modérés veulent se démarquer de la charia et du djihad, ils ont tout loisir de les dénoncer comme tels. Pour l’instant, ils nient que cela existe dans le Coran.

       Mais tout cela est secondaire par rapport à l’attitude de l’Etat français. Il ne changera pas l’islam, mais peut-il empêcher que l’islam le change? Jusqu’ici, il a repris à son compte ce même déni, il s’interdit de traiter les  intégristes violents comme les combattants d’une idéologie voire d’un pays, l’État islamique. Donc, il leur applique les mesures légales qui protègent l’accusé dans un Etat de droit. Il connaît les réseaux, et il les « suit » de près jusqu’à ce que le meurtre soit commis moyennant quoi il a la preuve que tel et tel, dont on ne l’aurait vraiment pas cru, a tué. Ce fut le cas pour Mérah comme pour les deux frères qui ont « tué Charlie hebdo » On n’avait pas de preuves suffisantes pour les arrêter, jusqu’à ce que la preuve soit inutile. Bref, on traite des soldats d’un État et d’une Cause très précise comme des fous, des délinquants qui dérapent, des criminels de droit commun ; et c’est logique puisqu’on ne veut pas reconnaître l’existence d’une partie violente de l’islam, qui est endossée et prise en charge par un nombre important de personnes.

       Il y aura donc régulièrement des sacrifices humains pour payer ce déni qui se révèle confortable. À long terme, ce déni fait tort à l’islam, puisqu’il le pose comme une entité totale, sans faille, faite d’amour et de tolérance. Il faudra beaucoup d’ignorance et un fort matraquage idéologique pour faire croire qu’il n’y a pas de djihad dans l’islam, sachant que le vaste empire islamique s’est formé au fil des siècles par des djihads successifs.

       En analysant la question des caricatures, comme symbole[1], j’ai montré la difficulté d’auteurs musulmans éclairés à admettre réellement la liberté d’expression. C’est qu’elle entrave leur déni des parties violentes. Donc, à moins d’un réel sursaut  (mais d’où viendrait-il ?), c’est cette liberté que l’on va enterrer en grand cortège. Pourtant l’immense majorité de ceux qui vont défiler sont contre la charia et contre le djihad – qui a encore tué des juifs. Ce sera dur, d’entendre répéter qu’on est contre cette violence  qui n’a rien à voir avec l’islam, qu’elle est importée du dehors, de l’étranger (l’idée que le Coran est importé de l’étranger semble bizarre alors que des écoles coraniques en France enseignent sagement les versets en question.) Ce sera pénible à entendre, parce que Charlie Hebdo touchait à l’islam (qui doit rester intouchable), et qu’il a été tué par des gens qui appliquaient les parties dures de l’islam. Et les autres sont morts parce que « juifs », symbole de ce qui est à la source du Coran, et que le Coran s’acharne en vain à réduire.

[1] Voir Islam, Phobie, Culpabilité


Langues: Pate escargots soup de jour (Le pretentious Français sans pain by our Aussie friends)

15 décembre, 2013
https://i0.wp.com/www.paris-saint-honore.com/wp-content/uploads/2013/07/amour-brown-cigarrette-french-Favim_com-499849.jpgL‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimes qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
Eh bien ! reprit Wamba, comment appelez-vous ces animaux grognards, qui courent là-bas sur leurs quatre jambes ? Des pourceaux, bouffon, des pourceaux, dit Gurth ; le premier idiot venu sait cela. Et pourceaux, c’est du bon saxon, dit le railleur. Mais comment appelez-vous la truie, quand elle est écorchée et coupée par quartiers et suspendue par les talons comme un traître ? Du porc, répondit le pâtre. Je suis heureux de reconnaître aussi que tous les idiots savent cela, dit Wamba ; or, un porc, je pense, est du bon normand-français, de sorte que, tant que la bête est en vie et sous la garde d’un serf saxon, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et on l’appelle porc quand elle est portée au château pour faire réjouissance aux seigneurs. Que dis-tu de cela, ami Gurth, hein ? Cette doctrine n’est que trop vraie, ami Wamba, de quelque manière qu’elle soit entrée dans ta folle tête. Oh ! je puis t’en dire davantage encore, fit Wamba sur le même ton. Vois ce vieux bailly l’ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi ; mais il devient beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer ; monsieur calf aussi devient monsieur le veau de la même façon ; il est Saxon tant qu’il lui faut nos soins et nos peines, et il prend un nom normand aussitôt qu’il devient un objet de régal. Par saint Dunstan ! s’écria Gurth, tu ne dis là que de tristes vérités. On ne nous laisse à peu près que l’air que nous respirons, et on paraît nous l’avoir accordé en hésitant fort, et dans le seul but de nous mettre à même de porter le fardeau dont on charge nos épaules. Tout ce qui est beau et gras est pour les tables des Normands ; les plus belles sont pour leurs lits, les plus braves pour les armées de leurs maîtres à l’étranger, et ceux-là vont blanchir de leurs ossements les terres lointaines, ne laissant ici qu’un petit nombre d’hommes qui aient, soit la volonté, soit le pouvoir de protéger les malheureux Saxons. Wamba (bouffon saxon dans Ivanhoé, Walter Scott, 1819)
Un Anglais a la bouche pleine d’expressions empruntées […]. Il emprunte continuellement aux langues des autres. Daniel Defoe
La licence arrivée avec la Restauration qui, après avoir infecté notre religion et nos mœurs, en est venue à corrompre notre langue. Jonathan Swift
Nos guerriers s’emploient activement à propager la langue française, alors qu’ils se couvrent de gloire en écrasant cette puissance. The Spectator (guerre de Succession d’Espagne)
Notre tâche se borne à les vaincre, et nous pouvons le faire en bon anglais. […] Nous supplions donc humblement que les mots français, tout comme le costume et les manières de France, soient mis de côté, du moins pendant la durée du présent conflit, car si leur langue et leurs coutumes s’abattaient sur nous, nous risquerions d’apprendre par leur exemple, le jour de la bataille, à f—te [sic] le camp. Edmund Burke (guerre de Sept Ans 1756 et 1763)
My sugar is so refined, she’s one o’ them high-class kind, she doesn’t wear a hat, she wears a chapeau, she goes to see a cinema, but never a show. Nat King Cole (écrit par Dee-Lippman, 1946)
Outre la tragédie qu’a représentée l’expropriation de la vielle aristocratie anglaise, l’effet sans doute le plus regrettable de a conquête fut l’éclipse presque totale de l’anglais vernaculaire comme langue de la littérature, du droit et de l’administration. Remplacé dans les documents officiels et autres par le latin, puis de plus en plus dans tous les domaines par le franco-normand, l’anglais écrit n’est quasiment pas réapparu avant le XIIe siècle. Encyclopaedia Britannica (américaine)
Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings. Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le ! – qu’autrefois les Anglais parlaient français.  Jon-Kriss Mason
Despite, or maybe partly because of, these national idiosyncrasies, I find France a wonderful place to live, and I would never willingly live anywhere else. For me, the most pleasant surprise of all has been the people, and here I find that the cliches aren’t true. It is often said that the French are aloof, suspicious of strangers and not very fond of foreigners, criticisms that I’m sure reflect many visitors’ first social contact on French soil. This is likely to be with that daunting figure, the Parisian waiter. He is bored, he can’t understand what you say, and his feet hurt. Consequently, be treats you with a mixture of disdain and barely suppressed irritation, and you might very easily feel that he represents the attitude of all his fellow Frenchmen. He doesn’t. In fact, he is just as grumpy with his compatriots, and probably with his wife as well. Outside Paris, the English are usually treated with courtesy. Their halting French is listened to with patience, their curious habits (milk in the tea, warm beer) accommodated. An Englishman may never be truly one of the French family, but unless he’s very unlucky, he will eventually find himself accepted. I used to be somewhat sensitive about my nationality, and I could never quite escape the feeling that I was no more than a permanent and possibly unwelcome tourist. Then one day, a neighbour with whom I was having a drink put my mind at rest. « You are English, » he said, « which is of course unfortunate. But you should know that most of us down here prefer the English to the Parisians. » Peter Mayle

Attention: un snobisme peut en cacher un autre !

Pour les amoureux de la langue de Molière …

Et contre les snobs de tous bords …

Mais hommage involontaire à un prestige et à une culture pas tout à fait morts …

Qui, depuis Guillaume le Conquérant et pendant 300 ans et bien plus, ont pourtant fourni quelque 80% du vocabulaire de la langue de Shakespeare …

Ce petit classique des chansons parodiques …

Par le chanteur australien Greg Champion (merci Andrew !) …

The French Song

Divishti Rankine & Greg Champion

Pate escargots soup de jour

cordon bleu chic coiffure

fait accompli maison

creme de menthe Marcel Marceau

meringue blancmange Bardot

gauche gay Paris garcon

gendarme agent provocateur

eau de toilette voyeur

au revoir deja vu

carte blanche bidet croissant bourgeois

c’est la vie abattoir

bon voyage coup d’etat

hors d’oeuvres Peugeot faux pas

Gerard Depardieu

Lacoste panache papier mache

en suite rue morgue yoplait

Pepe La Pew soufflé

en tous cas le Guy Forget

Maurice Chevalier

le Rainbow Warrior

lingerie chocolat eclair

avant garde Frigidaire

fromage crouton Cointreau

cherchez la femme boudoir je t’aime

vol au vent Jacques Cousteau

joie de vivre Plastic Bertrand

le Coq Sportif penchant

Henri Leconte

See also:

Sur le pont d’Avignon

Voila! Oui! C’est si bon

Oh – les enfants terribles

Dominique and Papillon

Petit four. Bon vivant.

Soixante neuf – incroyable !

Une. Deux. Trois. Café au lait

Respondez si vous plait.

Les Girls. La Marseillaise

Camembert. La restaurant.

Au clair de la lune

Raison d’etre. C’est la guerre

Champignons. Pomme de terre.

Plaisir d’amour

Cabaret. Au naturel

Regardez, Charles De Gaulle

Filet mignon, Bon ami

Parlez vous francais, monsieur

Allons. Louis Pasteur

Parfait. Salvation Army

Frere Jacques. Caviar

Touche. Le Tableau noir

La palais de Versailles

Eiffel Tower. Fermez la bouche

Lavatory. Les Champs Elysées

Scaramouche. Quelle heure est-il?

Monsieur de Tocqueville

Louis Jardin

Moulin Rouge. Toulouse Lautrec

Esprit de corps. Le Specs.

Merci beaucoup. Bonne chance

Cabernet shiraz. Mon Dieu

Fenetre. Pas de deux

And Guy de Maupassant

Sacre bleu! Double entendre

Et la plume de ma Tante

Gigi – interessant

Visschisoise and Chardonay

Quel domage. Inspector Clouseau

Victor Hugo. Coup d’etat

Madame – pardonnez moi

Mon petit fils

http://inthismy70thyear.wordpress.com/2012/09/22/day-183-the-french-song-2002/

Voir également:

They really do say ‘oh la la’

Peter Mayle has been explaining the French to the English for 15 years. It’s not that they are aloof, he says – they just appreciate what they’ve got

Peter Mayle

April 2004

It is in the nature of neighbours to squabble, and notwithstanding the official cordiality of the past 100 years, Anglo-French relations have been known to suffer sporadic minor ruptures. These are rather stimulating occasions, traditionally marked by name-calling and foot-stamping on both sides of the channel. Either Albion has been more than usually perfide, or those damned Frogs have been feathering their nest again. Indeed, it sometimes seems to me that we take it in turns to irritate our friends across the water. And yet, inevitably, we kiss and make up. After all, we have so many things in common.

One of them is the terminology we use when insulting one another. Cold, self-serving, arrogant and bloody-minded – is that a Frenchman talking about the English, or an Englishman talking about the French? I have heard these same words applied to both nationalities, and they have become so well established that when we come across a humble Frenchman, or a warm-blooded Englishman, we are taken aback. It is not at all what we have been led to expect.

The fact is, quite a few of the nationalistic cliches are accurate. Naturally, I can’t speak for the French, but I certainly feel qualified to speak about them, having spent several years observing them on a daily basis and at close quarters. Like many people of my age and background, I had a bundle of preconceived notions about the French and their way of life. When I came to live in France, one of my early discoveries was that so many of these turned out to be true, from the trivial (they really do say « Oh la la, » as anyone who listens to French rugby commentaries will know) to the more important matters which follow.

Let’s start with a fundamental part of the French character that infuriates the English even as it provokes sneaking feelings of admiration. I refer, of course, to the French superiority complex. They consider their language to be the most elegant, their culture to be the most refined, their diplomacy to be the most diplomatic, their wines to be the most aristocratic, and their gastronomy to be the most subtle and interesting. Then there are the physical glories of France – the mountains, the beaches, the forests, the chateaux of the Loire, the City of Light, Catherine Deneuve. Most of the French people I’ve met have a deep regard for their country – although never, ever for the way it’s run – and I’ve lost count of the number of times I’ve been told that God lives in France. I suppose all this can create the impression that the French look down their noses at the rest of the world, which I don’t think they do. They simply appreciate what they have.

Nowhere is this more enthusiastically celebrated than at the table. The desire not merely to eat, but to eat well, is as much a part of the French character as the national reluctance to wait in a queue. And it’s contagious. I have become just as bad as any Frenchman – impatient for the first asparagus of spring, the first melon of summer or the first truffle of winter. I am no longer surprised, when eating with French friends, that a great part of the conversation around the table is not about politics, sport or sex, but about food. They are amused and somewhat mystified by the North American fascination with the French Paradox, which to them is no paradox at all; simply a matter of civilised eating habits.

I was recently shown, by a Frenchman who was shaking his head in disbelief, a learned paper prepared by a panel of American university professors. Its subject was obesity, now so prevalent over there that I believe it is classified as a disease, and the paper – several closely spaced pages ending with an impressive list of references – discussed at great length the French and their paradox. You will doubtless be stunned, as I was, by the perceptive nature of the professors’ conclusion. The reason for the relatively low incidence of obesity in France is this: the French eat less.

Is it true, as all we Anglo-Saxons like to believe, that France is the world capital of bureaucracy? I’m afraid it probably is. Consider this classic example taken from Stendhal’s Life of Napoleon. In 1811, a small rural community wished, for the sum of 60 francs, to use some substandard paving stones which had been rejected by the engineer in charge of laying the main road. This required 14 decisions by the prefect, the subprefect, the engineer and the minister. After incredible difficulties and extensive activity, the required authorisation finally arrived, 11 months after the request had been made, at which point it transpired that the defective paving stones had already been used by the roadworkers to fill up a hole in the road.

An extreme case, perhaps. Or perhaps not. I remember the 13 months that I spent trying to obtain my first carte de séjour, and the difficulty of establishing my identity with only my passport as proof when, as I now know, nobody takes you seriously in France unless you can produce an electricity bill. I remember the paperwork, the subsequent official inspection and the meticulous, vine-by-vine count when I replaced some elderly vines with younger versions of the same variety. And I remember the look of alarm on the face of the maçon when I asked him to enlarge a small window at the back of the house without the appropriate written permission from some distant central authority.

Despite, or maybe partly because of, these national idiosyncrasies, I find France a wonderful place to live, and I would never willingly live anywhere else. For me, the most pleasant surprise of all has been the people, and here I find that the cliches aren’t true. It is often said that the French are aloof, suspicious of strangers and not very fond of foreigners, criticisms that I’m sure reflect many visitors’ first social contact on French soil. This is likely to be with that daunting figure, the Parisian waiter. He is bored, he can’t understand what you say, and his feet hurt. Consequently, be treats you with a mixture of disdain and barely suppressed irritation, and you might very easily feel that he represents the attitude of all his fellow Frenchmen. He doesn’t. In fact, he is just as grumpy with his compatriots, and probably with his wife as well.

Outside Paris, the English are usually treated with courtesy. Their halting French is listened to with patience, their curious habits (milk in the tea, warm beer) accommodated. An Englishman may never be truly one of the French family, but unless he’s very unlucky, he will eventually find himself accepted. I used to be somewhat sensitive about my nationality, and I could never quite escape the feeling that I was no more than a permanent and possibly unwelcome tourist. Then one day, a neighbour with whom I was having a drink put my mind at rest. « You are English, » he said, « which is of course unfortunate. But you should know that most of us down here prefer the English to the Parisians. »

After that, I felt much better.


Société: Cachez cette différence que je ne saurai voir (When in doubt, sexualize or butcher the quote!)

21 novembre, 2012
http://vulpeslibris.files.wordpress.com/2009/01/victorians.jpg?w=280&h=443Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
C’est dingue ! Si on n’est pas branchée sex-toys, si on n’aime pas parler de masturbation en gloussant autour d’un mojito, et qu’on ne cumule pas les amants, on est… nulle. Anonyme
It’s easier to mangle an analogy and ridicule it than grapple with its reality. Volkoh
« Hooking up » is a common phrase among young people today, but as journalist Stepp (author of Our Last Best Shot, 2000) discovered, the term is nebulous in meaning. Covering a range of sexual behavior, hooking up can mean anything from kissing to intercourse, as well as everything in between. Stepp conducted extensive interviews with young women in high school and college to find out how this casual approach to sexual encounters is affecting a generation. What she learned is that in large part hooking up had supplanted dating, with both young men and women eschewing deeper relationships for casual encounters with little or no commitment involved. Stepp looks at how the culture of today fosters these attitudes, noting that when young women are expected to excel at school and have numerous outside activities, many feel they don’t have time to form a deeper bond with a significant other. Eye-opening and powerful, Stepp’s book also offers empowering advice for women as they navigate today’s sexual landscape. Kristine Huntley
What makes hooking up unique is that its practitioners agree that there will be no commitment, no exclusivity, no feelings. The girls adopt the crude talk of crude boys: They speak of hitting it, of boy toys and filler boys, « my plaything » and « my bitch. » Why hook up? According to Stepp, college women, obsessed with academic and career success, say they don’t have time for a real relationship; high school girls say lovey-dovey relationships give them the « yucks ». Stepp is troubled: How will these girls learn how to be loving couples in this hook-up culture? Where will they practice the behavior needed to sustain deep and long-term relationships? If they commit to a lack of commitment, how will they ever learn to be intimate? These questions sound reasonable at first, until one remembers that life just doesn’t work that way (…) In fact, Unhooked can be downright painful to read. The author resurrects the ugly, old notion of sex as something a female gives in return for a male’s good behavior, and she imagines the female body as a thing that can be tarnished by too much use. She advises the girls, « He will seek to win you over only if he thinks you’re a prize. » And goes on to tell them, « In a smorgasbord of booty, all the hot dishes start looking like they’ve been on the warming table too long. » It seems strange to have to state the obvious all over again: Both males and females should work hard to gain another’s affection and trust. And one’s sexuality is not a commodity that, given away too readily and too often, will exhaust or devalue itself. Tell girls that it is such a commodity (as they were told for a number of decades), and they will rebel. The author is conflating what the girls refuse to conflate: love and sexuality. Sometimes they coexist, sometimes not. Loving, faithful marriages in which the sex life has cooled are as much a testament to that fact as a lustful tryst that leads nowhere. In the final chapter, Stepp writes a letter to mothers and daughters, in which she warns the girls: « Your body is your property. . . . Think about the first home you hope to own. You wouldn’t want someone to throw a rock through the front window, would you? » And: « Pornographic is grinding on the dance floor like a dog in heat. It leaves nothing to the imagination. » The ugliness of these images seems meant to instill sexual shame. Stepp is most thought-provoking when she considers the culture at large: All the females she interviews come from reasonably well-off families, we’re told, and all are ambitious. « Hooking up enables a young woman to practice a piece of a relationship, the physical, while devoting most of her energy to staying on the honor roll . . . playing lacrosse . . . and applying to graduate programs in engineering. » In a culture that values money and fame above all, that eschews failure, bad luck, trouble and pain, none of us speaks the language of love and forbearance. But it is not hooking up that has created this atmosphere. Hooking up is either a faithful reflection of the culture, a Darwinian response to a world where half the marriages end in divorce, or it is an attempt at something new. Perhaps, this generation, by making sex less precious, less a commodity, will succeed in putting simple humanity back into sex. Why bring someone into your bed? Maybe because she is brilliant and has a whimsical sense of humor, or he is both sarcastic and vulnerable, and has beautiful eyes. And perhaps as this generation grows up, they will come to relish other sides of an intimate relationship more than we have: the friendship, the shared humor, the familiar and loved body next to you in bed at night. This is the most hopeful outcome of the culture Stepp describes, but no less possible than the outcome she fears — a generation unable to commit, unable to weather storms or to stomach second place or really to love at all. Kathy Dobie
Suppose that everything we think we know about ‘The Victorians’ is wrong? That we have persistently misrepresented their culture, perhaps to make ourselves feel more satisfyingly liberal and sophisticated? What if they were much more fun than we ever suspected? As Matthew Sweet shows us in this brilliant study, many of the concepts that strike us as terrifically new – political spin-doctoring, extravagant publicity stunts, hardcore pornography, anxieties about the impact of popular culture upon children – are Victorian inventions. Most of the pleasures that we imagine to be our own, the Victorians enjoyed first: the theme park, the shopping mall, the movies, the amusement arcade, the crime novel and the sensational newspaper report. They were engaged in a well-nigh continuous search for bigger and better thrills. If Queen Victoria wasn’t amused, then she was in a very small minority . . . Matthew Sweet’s book is an attempt to re-imagine the Victorians; to suggest new ways of looking at received ideas about their culture; to distinguish myth from reality; to generate the possibility of a new relationship between the lives of 19th-century people and our own. Inventing the Victorians (Book presentation)
Butchering quotations or taking things out of context quotes is unfair, but when the butchered text is then ridiculed further, the unfairness tends to be compounded. So it was with great interest that I followed Glenn Reynolds’ « ridicule and ellipsis » link to Eugene Volokh’s take on a WaPo book review which butchered the author’s words until they looked ridiculous enough to ridicule, then ridiculed them for looking ridiculous! (…) Although times have changed (along with, fortunately, the consequences of lost virginity), this is not complicated stuff. To understand it does not involve social conservatism, nor is it necessarily about morality. (I think it’s more about mechanics, laws of physics, coupled with basic self awareness.) It’s just that on this one key point, there is a huge difference between men and women. A Basic. Biological. Difference. (Sorry if I plagiarized your technique, Rachel Lucas, wherever you are.) Mechanically and from a mental perspective, sex is just very different for the two sexes. It’s inherently more special for women than for men, and that’s reflected in the nature of the way the gametes are both presented and delivered. One egg released per month versus hundreds of millions of sperm cells released for every male ejaculation. The rare and precious versus the common; the internal versus the external. Because of the mechanics involved in sexual penetration, the loss of virginity in women is accomplished by the breaking of something which can never be restored as it once was. The « loss » of virginity in men, on the other hand, is not a loss, but a gain. A man’s first sexual experience involves a physical venturing out and a penetration into a hitherto unknown area, into which an invading army of tiny millions is released. The accomplishment of this act for the first time is a demonstration to the man that his reproductive system is functional and working properly. In this regard, it makes no sense to speak in terms of a « loss » of male « virginity »; it is actually a gain of a new skill, one which is required if he is to do it again. Thus, what has been « broken » for the woman has, for the man, been « fixed. » I don’t think it’s complicated at all. I just don’t think most people are comfortable recognizing any reality which goes to the difference between the sexes.(…) It strikes me that shaming virginity is just as bad as shaming the loss of it. And why the refusal to acknowledge that it’s a different thing for men and women? I can’t help but wonder whether the deliberate disregard of the differences between the sexes might be another form of sexual shame. Classical values
In a 2000 lecture dealing with (among other things) the mutation of « virtues » into « values, » Gertrude Himmelfarb asked whether the covering of piano legs by Victorians really involved sexuality: This mutation in the word « virtue » has the effect first of narrowing the meaning of the word, reducing it to a matter of sexuality alone; and then of belittling and disparaging the sexual virtues themselves. These virtues, chastity and fidelity, have been further trivialized by the popular conception of Victorians as pathologically inhibited and repressed. Thus « Victorian values » have been associated with piano legs modestly sheathed in pantaloons, human as well as table legs referred to as « limbs, » and books by men and women authors dwelling chastely on separate shelves in country-house libraries. In fact, these were not the normal (or even abnormal) practices of real Victorians. They were often the inventions of contemporary satirists (writers in Punch, for example), which have been perpetuated by gullible historians. « The woman who draped the legs of her piano », one historian solemnly informs us, « so far from concealing her conscious and unconscious exhibitionism, ended by sexualising the piano; no mean feat ». In fact, it is this historian who has sexualized the piano and has imposed his own sexual fantasies upon the Victorians. Classical values

Refus de la différence, quand tu nous tiens!

Découvert sur le net …

En ces temps étranges de parent 1 (ou A) et de parent 2 (ou B) …

Et en ce bientôt meilleur des mondes de mamans (porteuses) ou de putains remboursées par la sécu

Cet intéressant site de réinformation culturelle (Classical values) qui prétend, ô périlleuse mais louable ambition, « mettre un terme à la guerre culturelle en restaurant les valeurs culturelles » …

Où l’on apprend par exemple comment pour mieux enfoncer un livre déplorant la véritable mise au ban de la virginité dans certains milieux, un critique du Washington post n’hésite pas, au point de la dénaturer complètement voire de lui faire dire le contraire de ce qu’elle disait vraiment, à charcuter une citation …

Ou, alternativement, comment,  pour ridiculiser la prétendue obsession de la même virginité de nos arrières-parents victoriens, certains de nos historiens trop crédules ont pu prendre pour argent comptant les plaisanteries des Victoriens eux-mêmes (sur leurs cousins… américains!) et ainsi, pour des générations après eux, sexualiser malgré eux les pieds de leurs pianos …

Shaming the unshattered?

Classical values

March 03, 2007

Butchering quotations or taking things out of context quotes is unfair, but when the the butchered text is then ridiculed further, the unfairness tends to be compounded. So it was with great interest that I followed Glenn Reynolds’ « ridicule and ellipsis » link to Eugene Volokh’s take on a WaPo book review which butchered the author’s words until they looked ridiculous enough to ridicule, then ridiculed them for looking ridiculous!

The book in question is Laura Sessions Stepp’s Unhooked, and as Volokh makes clear, the butchery of the quote renders her thought almost incoherent.

Here’s the mangled (and subsequently ridiculed) WaPo quote:

Your body is your property…. Think about the first home you hope to own. You wouldn’t want someone to throw a rock through the front window, would you?

Yeah, that makes very little sense. But here’s what’s omitted:

Your body is your property. No one has a right to enter unless you welcome them in. Think about the first home you hope to own. You wouldn’t want someone to throw a rock through the front window, would you? Is your body worth less than a house?

And here’s Eugene Volokh:

The second sentence (the omission of which the Post noted with the ellipses) explains why we’re talking about nonconsensual rock-throwing. In this paragraph, the author seems not to be faulting fully consensual, enthusiastic casual sex, but rather casual sex of the sort that is at least not entirely welcome (a characteristic that I take it the author thinks is not uncommon in casual sex). Many young women, the author is suggesting, let men have sex with them even though they do not fully « welcome them in, » perhaps because they feel pressured by the man or by social expectations. Not-fully-welcome sex is not the same as rock-throwing, but at least the analogy is closer than it is between presumably enthusiastic « hooking up » and rock-throwing.

The fourth sentence (which is also omitted in the Post review, though conventions of quotation allow the omission not to be marked with ellipses) then tries to tie the body with the house: They aren’t the same (for instance, in the sense that they’re both great places to have a party), but rather they’re both valuable, and your body is if anything even more valuable. Again, not a terribly convincing metaphor, but not as zany or worthy of derision as some might think. Among other things, try the lampoon quoted above on the whole paragraph:

I don’t think Stepp’s broken window analogy is either zany or worthy of derision, although I understand why others would. I suspect that those who derided the analogy are only pretending not to understand it, and I think they wouldn’t want to get it (and would claim not to get it if someone explained it). That’s because the broken window analogy goes to the center of the difference between the sexes that people imagine can be dismissed. Therefore, it’s easier to mangle an analogy and ridicule it than grapple with its reality.

The broken window analogy (to a woman’s loss of virginity) is hardly new. Ask anyone who studied art history.

There’s Bouguereau’s Broken Pitcher, Greuze’s Broken Pitcher, and I even found a cute little narrative about the subject coming up in an art history class:

She is actually relieved to be in Art History discussing Greuze’s Broken Pitcher, even if there are idiots in her class. The girl with the jewel-encrusted crucifix obscuring all her other features insistently claims the girl in the painting signifies the masses, and the broken pitcher is their broken relationship with Christ. The cocky guy who has missed half the classes since joining his frat, is spinning the class all off on a tangent somehow connecting the broken pitcher to unemployment rates during the Great Depression. Stupid.

Sighing, she is patient, sighing again and again as she digests her so-called peers’ comments and systematically discards their worth. The class wallows in a pit of circular reasoning. Just as she is about to reach her limit and set them all straight, the teacher says, « What if it’s about sex? What if the pitcher is her virginity? »

Silence blooms. Her classmates look at each other, some giggling.

I don’t know whether the teacher planned on show-and-tell, so I’ll complement her lecture by adding Bouguereau’s Broken Pitcher:

It’s tough to unwrite Art History, but I’m sure they’re working on it.

Although times have changed (along with, fortunately, the consequences of lost virginity), this is not complicated stuff. To understand it does not involve social conservatism, nor is it necessarily about morality. (I think it’s more about mechanics, laws of physics, coupled with basic self awareness.) It’s just that on this one key point, there is a huge difference between men and women. A Basic. Biological. Difference. (Sorry if I plagiarized your technique, Rachel Lucas, wherever you are.) Mechanically and from a mental perspective, sex is just very different for the two sexes. It’s inherently more special for women than for men, and that’s reflected in the nature of the way the gametes are both presented and delivered. One egg released per month versus hundreds of millions of sperm cells released for every male ejaculation. The rare and precious versus the common; the internal versus the external.

Because of the mechanics involved in sexual penetration, the loss of virginity in women is accomplished by the breaking of something which can never be restored as it once was. The « loss » of virginity in men, on the other hand, is not a loss, but a gain. A man’s first sexual experience involves a physical venturing out and a penetration into a hitherto unknown area, into which an invading army of tiny millions is released. The accomplishment of this act for the first time is a demonstration to the man that his reproductive system is functional and working properly. In this regard, it makes no sense to speak in terms of a « loss » of male « virginity »; it is actually a gain of a new skill, one which is required if he is to do it again. Thus, what has been « broken » for the woman has, for the man, been « fixed. »

I don’t think it’s complicated at all. I just don’t think most people are comfortable recognizing any reality which goes to the difference between the sexes.

As to what is going on in the mind in the mental or moral sense, that’s more complicated. The WaPo reviewer touches on a favorite subject of Classical Values, and that is sexual shame:

In the final chapter, Stepp writes a letter to mothers and daughters, in which she warns the girls: « Your body is your property. . . . Think about the first home you hope to own. You wouldn’t want someone to throw a rock through the front window, would you? » And: « Pornographic is grinding on the dance floor like a dog in heat. It leaves nothing to the imagination. » The ugliness of these images seems meant to instill sexual shame.

Look, I’m more against sexual shame than anyone I know. Seriously, I am not kidding; just poke around the blog.

But I have one question for the WaPo writer. Since when is a dog in heat (actually, it should be « bitch in heat ») an ugly image? The reason I’m asking is because I’m harboring a bitch in heat right now, and Coco does not take kindly to being called ugly by the MSM! She’s not ugly, and she leaves plenty to the imagination. Well, maybe not when she’s waving her little vagina around and her tail curls and the coat of hair on her butt gets all wrinkly and slitherers forward in anticipation of a tie-up. But even that is not without it’s charm, at least for a shameless relativist like me. The bottom line is that Coco is not ugly, and I don’t consider any of this shameful. (Although I suspect the WaPo might be trying to shame Ms. Stepp.)

I keep saying that what we call the Culture War is really a war over sex, because I think it is. At the heart of that, though, is a war over sexual shame. While I don’t know whether Ms. Stepp is trying to instill feelings of sexual shame as the Post says, I do know that plenty of people are very frustrated by the absence of sexual shame in others.

The problem is, as I keep saying, you can’t feel what you don’t have, nor can you expect that if you’re disgusted with something, that others will share your disgust. Sometimes, I think there’s on one « side » a demand that others not be disgusted by things which disgust them, while on the other « side » there’s an equally shrill demand that they be disgusted by things that don’t disgust them.

Right now though, I’m feeling a little disgusted by the lack of honesty in the way this argument is being addressed, because it just isn’t being addressed. People yell at each other’s tastes or what they perceive as a lack thereof, and they don’t even seem to realize that what they’re doing is demanding not accommodation or tolerance of their tastes or disgusts, but a sharing of them. While this strikes me as an unreasonable argument, there’s no way to discuss whether it’s a reasonable argument if people aren’t even aware that it is in fact an argument.

Take Leon Kass’s wisdom of repugnance. Please!

No seriously, let’s take it, because I’ve devoted time to it and gotten not very far. There is no question that sexual shame varies from person to person, as do sexual tastes. From a previous post, here’s Martha Nussbaum, interviewed by Reason’s Julian Sanchez:

Unlike anger, disgust does not provide the disgusted person with a set of reasons that can be used for the purposes of public argument and public persuasion. If my child has been murdered and I am angry at that, I can persuade you that you should share those reasons; if you do, you will come to share my outrage. But if someone happens to feel that gay men are disgusting, that person cannot offer any reasoning that will persuade someone to share that emotion; there is nothing that would make the dialogue a real piece of persuasion.

Reason: As a follow up, can you say something about how that cashes out into a critique of communitarian ideals?

Nussbaum: The prominent defenders of the appeal to disgust and shame in law have all been communitarians of one or another stripe ([Lord] Devlin, [Amitai] Etzioni, Kass), and this, I claim, is no accident. What their thought shares is the idea that society ought to have at its core a homogeneous group of people whose ways of living, of having sex, of looking and being, are defined as « normal. » People who deviate from that norm may then be stigmatized, and penalized by law, even if their conduct causes no harm. That was the core of Lord Devlin’s idea, and it is endorsed straightforwardly by Etzioni, and, in a rather different way, and in a narrower set of contexts, by Kass. My study of disgust and shame shows that these emotions threaten key values of a liberal society, especially equal respect for people and for their liberty. Disgust and shame are inherently hierarchical; they set up ranks and orders of human beings. They are also inherently connected with restrictions on liberty in areas of non-harmful conduct. For both of these reasons, I believe, anyone who cherishes the key democratic values of equality and liberty should be deeply suspicious of the appeal to those emotions in the context of law and public policy.

While I think trying to make someone feel shame who does not feel it is a waste of time, my point is that even if you put sexual shame aside, in logic something is being given up by a woman that is not being given up by a man. To deny this denies reality.

Denial of reality has a way of annoying me, but it’s even more annoying when it’s done in the name of reality.

But I think there’s something more going on than denial. I think the attempt to tar Ms. Stepp with the accusation that she’s fostering sexual shame obscures something else which Eugene Volokh mentioned, and that is the pressure of what he calls « social expectations. »

From the Amazon book description:

In Unhooked, Stepp follows three groups of young women (one in high school, one each at Duke and George Washington universities). She sat with them in class, socialized with them, listened to them talk, and came away with some disturbing insights, including that hooking up carries with it no obligation on either side. Relationships and romance are seen as messy and time-consuming, and love is postponed-or worse, seen as impossible. Some young women can handle this, but many can’t, and they’re being battered-physically and emotionally-by the new dating landscape. The result is a generation of young people stymied by relationships and unsure where to turn for help.

If it is true that some of the young women doing this cannot handle it, then I wonder why. I haven’t read the book, but might another form of shame be going on?

Is it possible that not wanting to have sex might be considered shameful in some circles? Might there be a stigma attached to virginity?

Apparently, there is. And it didn’t take me long to find it. Here’s the (U Va) Cavalier Daily’s Kate Durbin:

Having or abstaining from sex is a personal decision. Like drinking alcohol or eating meat, it is a choice that each person must make for him or herself, free from the pressures of peers and society in general. No reason need be given as to why someone chooses to abstain from sex, just as no reason need be given when someone chooses not to consume alcohol. Personal decisions are just that — personal. They should be respected as such. Virgins, angered by the negativity surrounding their choices, should seek to change societal attitudes instead of spending time enumerating the reasons they chose to be a virgin.

[…]

….if society is really so open when it comes to sex, why is it that virginity remains such a curse for those college students choosing it? For whatever reason, abstaining from sex has somehow come to be a socially isolating factor, making virgins feel like their choices are somehow viewed as wrong.

As long as current attitudes about sexual choices persist, refraining from sex will continue to be seen as some kind of problem. Having sex or not having sex is a personal choice. This fact must be accepted and respected by our generation.

Hmmm….Virginity a curse? At the University of Virginia at that!

Oh the irony!

I don’t know how typical the above complaint is (there’s more, of course, and it seems to be a response to another column poking fun at virgins), but as someone who is against sexual shame, I try to at least be consistent about it, and it strikes me that shaming virginity is just as bad as shaming the loss of it. And why the refusal to acknowledge that it’s a different thing for men and women?

I can’t help but wonder whether the deliberate disregard of the differences between the sexes might be another form of sexual shame.

Voir aussi:

Without Victorian modesty, even pianos can get carried away!

Classical values

March 13, 2007

In a 2000 lecture dealing with (among other things) the mutation of « virtues » into « values, » Gertrude Himmelfarb asked whether the covering of piano legs by Victorians really involved sexuality:

This mutation in the word « virtue » has the effect first of narrowing the meaning of the word, reducing it to a matter of sexuality alone; and then of belittling and disparaging the sexual virtues themselves. These virtues, chastity and fidelity, have been further trivialized by the popular conception of Victorians as pathologically inhibited and repressed. Thus « Victorian values » have been associated with piano legs modestly sheathed in pantaloons, human as well as table legs referred to as « limbs, » and books by men and women authors dwelling chastely on separate shelves in country-house libraries.

In fact, these were not the normal (or even abnormal) practices of real Victorians. They were often the inventions of contemporary satirists (writers in Punch, for example), which have been perpetuated by gullible historians. « The woman who draped the legs of her piano, » one historian solemnly informs us, « so far from concealing her conscious and unconscious exhibitionism, ended by sexualising the piano; no mean feat. » In fact, it is this historian who has sexualized the piano and has imposed his own sexual fantasies upon the Victorians.

I have a minor correction. While I must necessarily take no position on the perpetuation of satire by gullible historians (lest I get into a conflict of interest), and I cannot claim to know who is right about sexualizing the Victorian penchant for covering piano legs, I can state with some confidence that the historian Himmelfarb criticized was not the first to sexualize the piano.

Unless the Victorian satirists were first, I’m afraid the credit must go to Salvador Dali, who did a pretty good job of it back in the 1930s:

Once again, here’s « Atmospheric Skull Sodomizing a Grand Piano » (1934):

atmospheric_skull_sodomizing_a_grand_piano.JPG

And from the same year, here’s « Skull with its Lyric Appendage Leaning on a Bedside Table which Should Have the Exact Temperature of a Cardinal’s Nest »:

SkullWithLyricAppendage.jpg

I don’t know whether this means the couple had a child or just merged with each other, but the presence of the bedside table indicates some that some sort of ongoing intimacy occurred.

I scrupulously take no position on whether any of this could have been avoided had the piano been appropriately covered.

And at the risk of being anthropopianomorphic, I have to venture that Dali might have been using the pianos as some sort of substitute for his own libido, or maybe his sex life. Because in the same year he painted the indisputably sexualized pianos, he also painted « Cardinal, Cardinal! »:

cardinal.jpg

Note the same bedside table. The man (IMO) is clearly Dali, and he’s leaning towards the bedside table at the same angle as the skull does. His shirt even looks like a skull! Not only that, he’s holding a pitcher (the breaking of which artistically symbolizes lost virginity), and seems unable to put it back where it belongs. The uncovered woman is of course his wife Gala. (A divorcee who could not be considered virginal by any definition.)

As to what the reference to the « exact temperature of a cardinal’s nest » might mean, I’m tempted to speculate that it might involve a failure of the human fertility cycle, and I’d note that by 1934 Gala seems to have left her fertility cycles behind her.

Whether Dali was making any judgment about virtues or values (or what that judgment might have been) I’ll leave to others.

Politics is surreal enough as it is.

(I’ve tried not to politicize art, but the piano meme seems to have legs.)

MORE: While I wasn’t thinking about her when I wrote the post, a Hot Air commenter named OBX Pete says that Hillary Clinton looks like a piano:

I’ve seen her legs and believe me you don’t want to see them. If you take a picture of her and crop everything above the waist she could be mistaken for a grand piano. Actually she is doing us all a favor by wearing those pantsuits.

On the other hand, she has to work with what she was born with (as we all do) so she can’t help it if she has piano legs. I’m more concerned with that ultra-liberal mind.

I looked into this and discovered that it’s worse than I imagined — to the point where the Urban Dictionary includes Hillary in the very definition of « Piano Legs »:

1. piano legs

Disproportionately thick calves and/or ankles on a woman with otherwise normal body weight.

No wonder Hillary Clinton always wears pant suits. She’s got a humongous set of piano legs.

Voir également:

Unhooked: How Young Women Pursue Sex, Delay Love, and Lose at Both (by Laura Sessions Stepp)

Going All the Way

 By Reviewed by Kathy Dobie

The Washington Post

February 11, 2007

UNHOOKED

How Young Women Pursue Sex, Delay Love, and Lose at Both

By Laura Sessions Stepp

Riverhead. 288 pp. $24.95

Reviewed by Kathy Dobie

Articles, op-ed pieces and radio shows have been devoted to the sexual practice of « hooking up, » but Washington Post reporter Laura Session Stepp’s Unhooked is the first book on the phenomenon and, one hopes, not the last. For when someone takes such a volatile aspect of young people’s lives and puts it under a microscope — or in this case, a concerned, disapproving gaze — you want the large, well-lit view.

Stepp follows three high school girls and six college women through a year in their lives, chronicling their sexual behavior. These girls and women don’t date, don’t develop long-term relationships or even short, serious ones — instead, they « hook up. » Hooking up, Stepp writes, « isn’t exactly anything. » It can « consist entirely of one kiss, or it can involve fondling, oral sex, anal sex, intercourse or any combination of those things. It can happen only once with a partner, several times during a week or over many months . . . . It can mean the start of something, the end of something or the whole something. » If that sounds as if hooking up can mean almost anything but « fried fish for dinner, » Stepp goes on to offer something more definite: What makes hooking up unique is that its practitioners agree that there will be no commitment, no exclusivity, no feelings. The girls adopt the crude talk of crude boys: They speak of hitting it, of boy toys and filler boys, « my plaything » and « my bitch. »

Why hook up? According to Stepp, college women, obsessed with academic and career success, say they don’t have time for a real relationship; high school girls say lovey-dovey relationships give them the « yucks. »

Stepp is troubled: How will these girls learn how to be loving couples in this hook-up culture? Where will they practice the behavior needed to sustain deep and long-term relationships? If they commit to a lack of commitment, how will they ever learn to be intimate? These questions sound reasonable at first, until one remembers that life just doesn’t work that way: In our teens and early twenties, sexual relationships are less about intimacy than about expanding our intimate knowledge of people — a very different thing. Through sex, we discover irrefutable otherness (he dreams of being madly in love; she hates going to sleep alone ), and we are scared and enraptured, frustrated and inspired. We learn less about intimacy in our youthful sex lives than we do about humanity. And of course, there is also lust, something this very unsexy book about sex doesn’t take into account. In fact, Unhooked can be downright painful to read. The author resurrects the ugly, old notion of sex as something a female gives in return for a male’s good behavior, and she imagines the female body as a thing that can be tarnished by too much use. She advises the girls, « He will seek to win you over only if he thinks you’re a prize. »And goes on to tell them, « In a smorgasbord of booty, all the hot dishes start looking like they’ve been on the warming table too long. »

It seems strange to have to state the obvious all over again: Both males and females should work hard to gain another’s affection and trust. And one’s sexuality is not a commodity that, given away too readily and too often, will exhaust or devalue itself. Tell girls that it is such a commodity (as they were told for a number of decades), and they will rebel. The author is conflating what the girls refuse to conflate: love and sexuality. Sometimes they coexist, sometimes not. Loving, faithful marriages in which the sex life has cooled are as much a testament to that fact as a lustful tryst that leads nowhere.

In the final chapter, Stepp writes a letter to mothers and daughters, in which she warns the girls: « Your body is your property. . . . Think about the first home you hope to own. You wouldn’t want someone to throw a rock through the front window, would you? » And: « Pornographic is grinding on the dance floor like a dog in heat. It leaves nothing to the imagination. » The ugliness of these images seems meant to instill sexual shame.

Stepp is most thought-provoking when she considers the culture at large: All the females she interviews come from reasonably well-off families, we’re told, and all are ambitious. « Hooking up enables a young woman to practice a piece of a relationship, the physical, while devoting most of her energy to staying on the honor roll . . . playing lacrosse . . . and applying to graduate programs in engineering. »

In a culture that values money and fame above all, that eschews failure, bad luck, trouble and pain, none of us speaks the language of love and forbearance. But it is not hooking up that has created this atmosphere. Hooking up is either a faithful reflection of the culture, a Darwinian response to a world where half the marriages end in divorce, or it is an attempt at something new. Perhaps, this generation, by making sex less precious, less a commodity, will succeed in putting simple humanity back into sex. Why bring someone into your bed? Maybe because she is brilliant and has a whimsical sense of humor, or he is both sarcastic and vulnerable, and has beautiful eyes.

And perhaps as this generation grows up, they will come to relish other sides of an intimate relationship more than we have: the friendship, the shared humor, the familiar and loved body next to you in bed at night. This is the most hopeful outcome of the culture Stepp describes, but no less possible than the outcome she fears — a generation unable to commit, unable to weather storms or to stomach second place or really to love at all.


Médias: L’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules (When in doubt, blame the victim)

12 novembre, 2011
Parmi les hommes, ce sont ordinairement ceux qui réfléchissent le moins qui ont le plus le talent de l’imitation. Buffon
La tendance à l’imitation est vivace surtout chez les sauvages. Darwin
Comme la faculté d’imitation dépend de la faculté d’observation, elle se développera d’autant plus chez les animaux qu’ils seront plus intelligents. George John Romanes
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…)  l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) Le fascisme en Italie est arrivé au pouvoir en 1922 et il est demeuré puissant jusqu’à ce qu’il soit renversé par les Américains et les Anglais. L’islamisme est arrivé au pouvoir en divers endroits, commençant en 1979 avec l’Ajatollah Khomeini en Iran. Le baasisme est encore une autre variante de la même chose, et probablement que dans les jours à venir, en Irak, il sera renversé par les mêmes Américains et Anglais qui ont renversé Mussolini. L’islamisme est arrivé au pouvoir en Iran en 1979, et la révolution islamique en Iran était une vraie force mondiale. Alors l’islamisme est arrivé au pouvoir au Soudan et en Afghanistan, et pendant un moment il a semblé progressé tout à fait bien. Les Iraniens sont chi’ites et les autres pays sont sunnites, donc ce sont des dénominations différentes de l’Islam. Mais, cependant, c’était un mouvement qui jusqu’à récemment semblait avancer d’une manière traditionnelle — c’est-à-dire par la capture d’Etats. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. Paul Berman
It is the function of the novelist to tell timeless and universal truths through the device of a fashioned narrative. A story’s significance as a piece of art cannot be divorced from its message, any more than a society’s prospects for freedom and prosperity can be divorced from its underlying principles. The writer and the man are one and the same, as are the culture and its common beliefs. In my writing and in my life I have pursued a vision not only to inspire my readers but also to share my dream of what we can aspire to build here in our world. (…) There are those who in the name of the free market have supported Latin American dictatorships whose iron hand of repression was said to be necessary to allow business to function, betraying the very principles of human rights that free economies rest upon. Then there are those who have coldly reduced all questions of humanity to a matter of economics and see the market as a panacea. In doing so they ignore the role of ideas and culture, the true foundation of civilization. Without customs and shared beliefs to breathe life into democracy and the market, we are reduced to the Darwinian struggle of atomistic and selfish actors that many on the left rightfully see as inhuman. (…) What is lost on the collectivists, on the other hand, is the prime importance of individual freedom for societies to flourish and economies to thrive. This is the core insight of true liberalism: All individual freedoms are part of an inseparable whole. Political and economic liberties cannot be bifurcated.  (…) Many cling to hopes that the economy can be centrally planned. Education, health care, housing, money and banking, crime control, transportation, energy and far more follow the failed command-and-control model that has been repeatedly discredited. Some look to nationalist and statist solutions to trade imbalances and migration problems, instead of toward greater freedom. Mario Vargas Llosa
Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d’un Etat qui est depuis quinze ans en déficit chronique, je suis à la tête d’un Etat qui n’a jamais voté un budget en équilibre depuis vingt-cinq ans. Ça ne peut pas durer. François Fillon
Suite à une erreur technique, un message a été automatiquement diffusé à certains abonnés au portail de S&P Global Credit indiquant que la note de crédit de la France avait été changée. Ce n’est pas le cas. La note de la République française est inchangée à « AAA », assortie d’une perspective stable, et cet incident n’est pas lié à une quelconque activité de surveillance de la note. Communiqué Standard and Poor’s
Ne nous faisons pas d’illusion: sur les marchés, la dette (française) n’est déjà plus AAA. Jacques Attali
Not only are such Islamophobic antics futile and childish, but they also openly beg for the very violent responses from extremists their authors claim to proudly defy in the name of common good. What common good is served by creating more division and anger, and by tempting belligerent reaction? Bruce Crumley (Time magazine)
That was very, very objectionable to, you know, a majority of Muslims to see their religious leader depicted in any way, but certainly not in sort of a satirical, laughable fashion. You know, I heard a comment from a French Muslim who I think got it exactly right, which is that just because you can do this thing because you have a First Amendment right or you have a right to free expression in Western societies doesn’t mean you should do them. So I think I would hope we get to a place where we condemn this constant provocation. Why these provocations to a vast minority group inside of France? I think it’s irresponsible. (…) but, you know, I would defend to the last straw to do it. I just hope we get to a place where the people who do do this get condemned by society for constantly provoking crises that we don’t need right now. John Kitfield (National Public Radio)
The issue was not thought-provoking; it simply contributed to burgeoning anti-Muslim sentiment. What it should have been doing was pushing the conversation forward to confront the seemingly dormant but rampant institutional bigotry. After all, is that not the point of having a free press tradition in the first place? Romina Ruiz-Goiriena (France 24, Huffington post)
The original title of Crumley’s piece, still viewable in the website URL, was “Firebombed French Paper: A Victim of Islam, Or Its Own Obnoxious Islamaphobia?” If a reader, so offended by Crumley’s excuse-making for theocratic nutcases, bombs TIME’s Paris Bureau, would that make Crumley a “victim” of his own obnoxious cowardice? James Kirchick
What possible argument can those of us who shudder at the thought of arsonists torching Time, and immolating all who work there, now make in its defence? The latest issue contains a piece saying that the French satirical magazine Charlie Hebdo  deserved to have someone – maybe an Islamist, maybe not – firebomb its offices in Paris. Nick Cohen
But the right to blaspheme is not only under frontal assault. Writing about the attack on Charlie’s offices, Bruce Crumley, Paris bureau chief for Time magazine, did nothing to hide his contempt—not for the attackers, but for the magazine itself. « Not only are such Islamophobic antics futile and childish, » he wrote, « but they also openly beg for the very violent responses from extremists their authors claim to proudly defy in the name of common good. » James Kitfield, National Journal’s security correspondent, told NPR listeners that he wished the  « irresponsible » people who « do this get condemned by society for constantly provoking crises that we don’t need right now. » Such reactions cause one to wonder whether the deeper threat to free speech comes not from its avowed enemies but from its supposed practitioners. That itself is an old story in the West, something the American political thinker Paul Berman, writing about the pre-World War II indulgence of French Socialists for the Nazi regime, has called « the liberalism of denial. » Others might simply call it cowardice. Anne Jolis (WSJ)
In what I hope is part of the last gasps of the disorienting moral relativism that marked so many intellectuals during the aughts (’00s), Bruce Crumley was given the pages of Time Magazine to spin out a now classic critique based on the internalizing of “Islamophobia” as proposed by Muslims who want to avoid public criticism, something approaching the level of a dogma in journalistic circles. In response to the Charlie Hebdo firebombing, Crumley not only blamed Charlie Hebdo for the attack, but those political and intellectual figures in France who condemned the bombing. Richard Landes

A l’heure où, nous dit-on, la contagion de la crise atteint une France dont nos candidats de la dernière présidentielle admettaient déjà il y a quatre ans que les caisses étaient vides …

Et où, sous prétexte d’une apparente erreur de manipulation informatique et après les avoir tant critiquées pour ne pas avoir averti le monde des crises précédentes, chacun s’apprête à tirer sur le messager des  agences de  notation américaines (dont la 3e est d’ailleurs sous contrôle français)…

Pendant que, sous les effets de ladite crise, les appels se multiplient, notamment par rapport à la Chine ou à l‘islam, à toutes les lâchetés

Comment ne pas repenser à la célèbre analyse proustienne du lynchage mondain du salon Verdurin?

Où, derrière la plus insignifiante des conversations mondaines au sein de la frange la plus policée de l’Occident d’avant la sauvagerie de 14, un Proust longtemps rabaissé à la futilité de la mondanité dont il avait été au contraire, après en avoir guéri, le plus lucide des déconstructeurs …

Démonte parfaitement (quasi-ethnologiquement) non seulement le mécanisme de bouc émissaire (le ramenant brutalement à sa vérité primitive d’anthropophagie) mais aussi l’imitation (dont nos plus grands esprits, de Buffon à Darwin, ont toujours tant tenu à se démarquer) qui en est la source sans oublier la lâcheté sans laquelle celui-ci ne peut fonctionner …

Autrement dit, dans le génial raccourci de l’auteur de la Recherche,… cet instinct d’imitation et l’absence de courage qui gouvernent les sociétés comme les foules ?

Firebombed French Paper Is No Free Speech Martyr

Bruce Crumley

Time

November 2, 2011

Okay, so can we finally stop with the idiotic, divisive, and destructive efforts by “majority sections” of Western nations to bait Muslim members with petulant, futile demonstrations that “they” aren’t going to tell “us” what can and can’t be done in free societies? Because not only are such Islamophobic antics futile and childish, but they also openly beg for the very violent responses from extremists their authors claim to proudly defy in the name of common good. What common good is served by creating more division and anger, and by tempting belligerent reaction?

The difficulty in answering that question is also what’s making it hard to have much sympathy for the French satirical newspaper firebombed this morning, after it published another stupid and totally unnecessary edition mocking Islam. The Wednesday morning arson attack destroyed the Paris editorial offices of Charlie Hebdo after the paper published an issue certain to enrage hard-core Islamists (and offend average Muslims) with articles and “funny” cartoons featuring the Prophet Mohammed—depictions forbidden in Islam to boot. Predictably, the strike unleashed a torrent of unqualified condemnation from French politicians, many of whom called the burning of the notoriously impertinent paper as “an attack on democracy by its enemies.”

We, by contrast, have another reaction to the firebombing: Sorry for your loss, Charlie, and there’s no justification of such an illegitimate response to your current edition. But do you still think the price you paid for printing an offensive, shameful, and singularly humor-deficient parody on the logic of “because we can” was so worthwhile? If so, good luck with those charcoal drawings your pages will now be featuring.

Though police say they still don’t know who staged the apparent strike, the (sorry) inflammatory religious theme of the new edition has virtually everyone suspecting Muslim extremists were responsible. Which, frankly, is exactly why it’s hard not to feel it’s the kind of angry response–albeit in less destructive form– Charlie Hebdo was after in the first place. What was the point otherwise? Yet rather than issuing warnings to be careful about what one asks for, the arson prompted political leaders and pundits across the board to denounce the arson as an attack on freedom of speech, liberty of expression, and other rights central to French and other Western societies. In doing so they weren’t entirely alone. Muslim leaders in France and abroad also stepped up to condemn the action–though not without duly warning people to wait for police to identify the perpetrators before assigning guilt, especially via association.

The reasons for such concern were as obvious as the suspicions about who had staged the strike: the coarse and heavy-handed Islamist theme of the current edition of Charlie Hebdo. As part of its gag, the paper had re-named itself “Sharia Hebdo”. It also claimed to have invited Mohammed as its guest editor to “celebrate the victory” of the Islamist Ennahda party in Tunisia’s first free elections last week. In addition to satirical articles on Islam-themed topics, the paper contains drawings of Mohammed in cartoons featuring Charlie Hebdo’s trademark over-the-top (and frequently not “ha-ha funny”) humor. The cover, for example, features a crudely-drawn cartoon of the Prophet saying “100 Whip Lashes If You Don’t Die Of Laughter.” Maybe you had to be there when it was first sketched.

If that weren’t enough to offend Muslims sensitive to jokes about their faith, history helped raised hackles further. In 2007, Charlie Hebdo re-published the infamous (and, let’ face it, just plain lame) Mohammed caricatures initially printed in 2005 by Danish paper Jyllands-Posten. As intended, those produced outrage–and at times violent reaction–from Muslims around the world (not to mention repeated terror plots to kill illustrators responsible for the drawings). Apart from unconvincing claims of exercising free speech in Western nations where that right no longer needs to be proved, it’s unclear what the objectives of the caricatures were other than to offend Muslims—and provoke hysteria among extremists. After it’s 2007 reprinting of those, Charlie Hebdo was acquitted by a French court on inciting racial hatred charges lodged by French Islamic groups over those and other caricatures—including one run as the paper’s cover cartoon depicting Mohammed complaining “It’s Hard To Be Loved By (expletives)”. When it comes to Islam, Charlie Hebdo has a million of ’em—but they’re all generally as weak as they are needlessly provocative.

Editors, staff, fans, and apologists of Charlie Hebdo have repeatedly pointed out that the paper’s take-no-prisoners humor spares no religion, political party, or social group from its questionable humor. They’ve also tended to defend the publication during controversy as a kind of gut check of free society: a media certain to anger, infuriate, and offend just about everybody at some point or another. As such, Charlie Hebdo has cultivated its insolence proudly as a kind of public duty—pushing the limits of freedom of speech, come what may. But that seems more self-indulgent and willfully injurious when it amounts to defending the right to scream “fire” in an increasingly over-heated theater.

Why? Because like France’s 2010 law banning the burqa in public (and earlier legislation prohibiting the hijab in public schools), the nation’s government-sponsored debates on Islam’s place in French society all reflected very real Islamophobic attitudes spreading throughout society. Indeed, such perceived anti-Muslim action has made France a point of focus for Islamist radicals at home and abroad looking to harp on new signs of aggression against Islam. It has also left France’s estimated five million Muslims feeling stigmatized and singled out for discriminatory treatment—a resentment that can’t be have been diminished by seeing Charlie Hebdo’s mockery of Islam “just for fun” defended as a hallowed example of civil liberty by French pols. It’s yet to be seen whether Islamist extremists were behind today’s arson, but both the paper’s current edition, and the rush of politicians to embrace it as the icon of French democracy, raises the possibility of even moderate Muslims thinking “good on you” if and when militants are eventually fingered for the strike. It’s all so unnecessary.

It’s obvious free societies cannot simply give in to hysterical demands made by members of any beyond-the-pale group. And it’s just as clear that intimidation and violence must be condemned and combated for whatever reason they’re committed—especially if their goal is to undermine freedoms and liberties of open societies. But it’s just evident members of those same free societies have to exercise a minimum of intelligence, calculation, civility and decency in practicing their rights and liberties—and that isn’t happening when a newspaper decides to mock an entire faith on the logic that it can claim to make a politically noble statement by gratuitously pissing people off.

Defending freedom of expression in the face of oppression is one thing; insisting on the right to be obnoxious and offensive just because you can is infantile. Baiting extremists isn’t bravely defiant when your manner of doing so is more significant in offending millions of moderate people as well. And within a climate where violent response—however illegitimate—is a real risk, taking a goading stand on a principle virtually no one contests is worse than pointless: it’s pointlessly all about you.

So, yeah, the violence inflicted upon Charlie Hebdo was outrageous, unacceptable, condemnable, and illegal. But apart from the “illegal” bit, Charlie Hebdo’s current edition is all of the above, too.

Voir aussi:

Friday News Roundup – Hour 2

The Diane Rehm show

National Public Radio
04.11.11
(…)

KAY

11:53:48
Okay, Courtney.  I’ll give you another story that I’d like to get to just before we end the program.  France, the office of the weekly publication Charlie Hebdo was fire-bombed in France this week, why?

KUBE

11:54:00
Well, they had just completed this spoof issue that was guest edited by the Prophet Mohammad and it included images of him, cartoons of him.  You know, of course, this was also the same publication that in 2006 republished the cartoons that were in a Danish newspaper that caused tremendous unrest throughout the Middle East.  It’s a publication that continues to push the limits between satire and what they can get away with under freedom of expression, freedom of the press.

KUBE

11:54:34
And the problem is in France, it’s the largest Muslim population in Europe and there was an outcry.  There was…

KAY

11:54:43
No one’s claimed responsibility for the fire-bombing, is that right?

KUBE

11:54:44
Not yet.  And there was one of the editors even said something, well, this could have just been some drunk people.  We don’t know.  But the police think it was a Molotov cocktail and there have been threats against the people who work in the office so it appears to be targeted.  It appears to be because of this publication that was about to come out and has since now come out on another organization, another newspaper printed some of the cartoons along with an explanation for why they were doing it.

KUBE

11:55:07
You know as I said it’s a publication that’s known for pushing the limits and the only difference this time was the target and that was Mohammad, which, of course, in Islam, there’s not allowed to be representations of the Prophet Mohammad.  It’s a tremendous insult to Islam.  But the fact is this is a satirical publication and they have the right to express, to freedom of expression.

KAY

11:55:30
James, are we still in the situation, though, where something like this with Charlie Hebdo could cause knock-on effects as we saw with the Danish cartoons?  I mean, are the tensions still at that level?

KITFIELD

11:55:41
You know, I think the tensions are less now, but the tensions are — I mean, people died because of that earlier…

KAY

11:55:47
Right.

KITFIELD

11:55:47
…all over the world.  I mean, that was very, very objectionable to, you know, a majority of Muslims to see their religious leader depicted in any way, but certainly not in sort of a satirical, laughable fashion.  You know, I heard a comment from a French Muslim who I think got it exactly right, which is that just because you can do this thing because you have a First Amendment right or you have a right to free expression in Western societies doesn’t mean you should do them.  So I think I would hope we get to a place where we condemn this constant provocation.  Why these provocations to a vast minority group inside of France?  I think it’s irresponsible.

KAY

11:56:26
Particularly when you already have tensions with those…

KITFIELD

11:56:29
Right, and people can die.  I think it’s irresponsible, but, you know, I would defend to the last straw to do it.  I just hope we get to a place where the people who do do this get condemned by society for constantly provoking crises that we don’t need right now.

KAY

11:56:45
Okay.  Yeah, we certainly don’t need another crisis after all that we’ve been talking about this week, one crisis we don’t need with the fire-bombing of the magazine, Charlie Hebdo.  James Kitfield, senior correspondent with the National Journal, Courtney Kube, national security producer for NBC News and Robin Harding, U.S. economics editor, The Financial Times, thank you all so much for joining me.  It’s been an incredibly busy week yet another busy week on the international scene I suspect with everything that’s happening in Greece and Europe. We’re going to fill another hour easily next week as well.  Thank you all so much for joining me.

KUBE

11:57:14
Thank you.

KITFIELD

11:57:14
Thank you.

HARDING

11:57:14
Thank you.

KAY

11:57:14
I’m Katty Kay of the BBC.  I’ve been sitting in for Diane Rehm.  Diane is up in Maine, she’s on a station visit.  She will be back on Monday.  Thank you so much for listening all of you, do have a great weekend.
Voir également:

Charlie Hebdo, Firebombs and the Role of Satire

Romina Ruiz-Goiriena.

Assistant Producer, France24

Huffington post

11/2/11

Paris — At approximately 5 a.m. Wednesday morning, Stephane Charbonnier, better known as « Charb » to his readers, had a rude awakening. Overnight, the offices of the French satirical magazine Charlie Hebdo, where he serves as editor, had been the target of a firebombing. The website had also been hacked and the police were looking into the act.

For many, the publication has been an iconic soapbox for the far French left since its creation in 1960. Charlie Hebdo publishes weekly. Every issue is filled with comic strips, cartoons and caricatures that push the boundaries of everything taboo in France. Over the years, politicians, celebrities and even a dead Jesus Christ have fallen prey. But what could have angered someone so much to attack the weekly’s headquarters?

On Tuesday night, the magazine had finished the final printing of a special Arab Spring edition. Renamed Charia Hebdo for the occasion and playing on the word in French for Shariah law, the cover features a picture of the prophet Muhammad as ‘guest’ editor. Every spread of the 14-page newspaper insults Islam. making jokes about sodomy, the niqab and even scolds the idea that the rise of modern Islamic governments in newly liberated Libya and Tunisia can be democratic.

Regardless of the fact that authorities have not provided any more details, the event has already provoked public outcry.

The Associated Press quoted Mohammed Moussaoui, head of the French Council of the Muslim Faith, who disapproved of the publication for its depiction of the prophet but condemned the violence that had ensued. Meanwhile, Prime Minister François Fillon, said that « all attacks on the freedom of the press must be condemned with the greatest firmness. »

And so, here begins another chapter in the battle between the French ideal of laïcité (secularism) and Islam’s role in France.

Focusing on the wrong issue

Before the blast, media outlets were already speculating over how this week’s issue would depict the religion of five million French citizens. Following the attack, however, the conversation quickly shifted to discuss the intolerance for Islam’s critics and freedom of the press.

Charb defended the values of Charlie Hebdo. « There is no question of us giving in to Islamists. We are a news magazine and will continue commenting on the news. What we are doing is nothing like the polemical tone of the Muhammsd cartoons [in Denmark]. We approach this with our own sense of humor, » Charbonnier told France 24 in an interview during the breakfast show Live from Paris.

Nothing else was important. It did not matter that the publication fetishized over the different ways to wear the controversial veil, mocked Muhammad’s penis in a cartoon and scoffed at the recently elected Ennahda party in Tunisia. No, this was not demeaning, disrespectful or racist. This, by Charlie Hebdo’s definition, was satire: the kind that everyone had to accept as part of the French tradition.

Even the BBC’s Hugh Schofield wrote that publications like Charlie Hebdo are longstanding in French history, all the way to the scandal sheets that denounced Marie-Antoinette in the run-up to the French Revolution. In an almost apologist fashion Schofield wrote, « over the years, it [Charlie Hebdo] has printed examples which make today’s representations of Mohammed look like illustrations from a children’s book… police would be shown holding the dripping heads of immigrants; there would be masturbating nuns; popes wearing condoms, anything to make a point. So today when the paper’s staff say there is nothing unusually provocative about the Charia Hebdo issue they are being perfectly truthful. »

While this might be so, what is also inherently French is the country’s deeply rooted malaise with its Muslims citizens. Partly, because it has never really explored its colonialist legacy in North Africa nor has it established a body politic inclusive of minorities.

So whether the discussion of the day is about a niqab or the role of prayer, it is seen as something diametrically opposed to French values. The real conversation to be had is about how to create a more inclusive socially-just France.

The role of satire

By definition, satire is based on the premise that however serious the subject, it can achieve a greater effect if a society’s follies are held to ridicule. The greater purpose is constructive criticism. However, the Charia Hebdo number did everything to scorn the Arab Spring abroad and nothing to contest French clichés and institutional racism against Muslims.

The issue was not thought-provoking; it simply contributed to burgeoning anti-Muslim sentiment. What it should have been doing was pushing the conversation forward to confront the seemingly dormant but rampant institutional bigotry. After all, is that not the point of having a free press tradition in the first place?

Voir enfin:

A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU: SODOME ET GOMORRHE (MARCEL PROUST)

—Mon cher—collègue, dit-il à Brichot, après avoir délibéré dans son esprit si «collègue» était le terme qui convenait, j’ai une sorte de—désir pour savoir s’il y a d’autres arbres dans la—nomenclature de votre belle langue—française—latine—normande. Madame (il voulait dire Mme Verdurin quoiqu’il n’osât la regarder) m’a dit que vous saviez toutes choses. N’est-ce pas précisément le moment?—Non, c’est le moment de manger», interrompit Mme Verdurin qui voyait que le dîner n’en finissait pas. «Ah! bien; répondit le Scandinave, baissant la tête dans son assiette, avec un sourire triste et résigné. Mais je dois faire observer à Madame que, si je me suis permis ce questionnaire—pardon, ce questation—c’est que je dois retourner demain à Paris pour dîner chez la Tour d’Argent ou chez l’Hôtel Meurice. Mon confrère—français—M. Boutroux, doit nous y parler des séances de spiritisme—pardon, des évocations spiritueuses—qu’il a contrôlées.—Ce n’est pas si bon qu’on dit, la Tour d’Argent, dit Mme Verdurin agacée. J’y ai même fait des dîners détestables.—Mais est-ce que je me trompe, est-ce que la nourriture qu’on mange chez Madame n’est pas de la plus fine cuisine française?—Mon Dieu, ce n’est pas positivement mauvais, répondit Mme Verdurin radoucie. Et si vous venez mercredi prochain ce sera meilleur.—Mais je pars lundi pour Alger, et de là je vais à Cap. Et quand je serai à Cap de Bonne–Espérance, je ne pourrai plus rencontrer mon illustre collègue—pardon, je ne pourrai plus rencontrer mon confrère.» Et il se mit, par obéissance, après avoir fourni ces excuses rétrospectives, à manger avec une rapidité vertigineuse. Mais Brichot était trop heureux de pouvoir donner d’autres étymologies végétales et il répondit, intéressant tellement le Norvégien que celui-ci cessa de nouveau de manger, mais en faisant signe qu’on pouvait ôter son assiette pleine et passer au plat suivant: «Un des Quarante, dit Brichot, a nom Houssaye, ou lieu planté de houx; dans celui d’un fin diplomate, d’Ormesson, vous retrouvez l’orme, l’ulmus cher à Virgile et qui a donné son nom à la ville d’Ulm; dans celui de ses collègues, M. de La Boulaye, le bouleau; M. d’Aunay, l’aune; M. de Bussière, le buis; M. Albaret, l’aubier (je me promis de le dire à Céleste); M. de Cholet, le chou, et le pommier dans le nom de M. de La Pommeraye, que nous entendîmes conférencier, Saniette, vous en souvient-il, du temps que le bon Porel avait été envoyé aux confins du monde, comme proconsul en Odéonie? Au nom de Saniette prononcé par Brichot, M. Verdurin lança à sa femme et à Cottard un regard ironique qui démonta le timide.—Vous disiez que Cholet vient de chou, dis-je à Brichot. Est-ce qu’une station où j’ai passé avant d’arriver à Doncières, Saint–Frichoux, vient aussi de chou?—Non, Saint–Frichoux, c’est Sanctus Fructuosus, comme Sanctus Ferreolus donna Saint–Fargeau, mais ce n’est pas normand du tout.—Il sait trop de choses, il nous ennuie, gloussa doucement la princesse.—Il y a tant d’autres noms qui m’intéressent, mais je ne peux pas tout vous demander en une fois.» Et me tournant vers Cottard: «Est-ce que Mme Putbus est ici?» lui demandai-je. «Non, Dieu merci, répondit Mme Verdurin qui avait entendu ma question. J’ai tâché de dériver ses villégiatures vers Venise, nous en sommes débarrassés pour cette année.—Je vais avoir moi-même droit à deux arbres, dit M. de Charlus, car j’ai à peu près retenu une petite maison entre Saint–Martin-du-Chêne et Saint–Pierre-des-Ifs.—Mais c’est très près d’ici, j’espère que vous viendrez souvent en compagnie de Charlie Morel. Vous n’aurez qu’à vous entendre avec notre petit groupe pour les trains, vous êtes à deux pas de Doncières», dit Mme Verdurin qui détestait qu’on ne vînt pas par le même train et aux heures où elle envoyait des voitures. Elle savait combien la montée à la Raspelière, même en faisant le tour par des lacis, derrière Féterne, ce qui retardait d’une demi-heure, était dure, elle craignait que ceux qui feraient bande à part ne trouvassent pas de voitures pour les conduire, ou même, étant en réalité restés chez eux, puissent prendre le prétexte de n’en avoir pas trouvé à Doville-Féterne et de ne pas s’être senti la force de faire une telle ascension à pied. A cette invitation M. de Charlus se contenta de répondre par une muette inclinaison. «Il ne doit pas être commode tous les jours, il a un air pincé, chuchota à Ski le docteur qui, étant resté très simple malgré une couche superficielle d’orgueil, ne cherchait pas à cacher que Charlus le snobait. Il ignore sans doute que dans toutes les villes d’eau, et même à Paris dans les cliniques, les médecins, pour qui je suis naturellement le «grand chef», tiennent à honneur de me présenter à tous les nobles qui sont là, et qui n’en mènent pas large. Cela rend même assez agréable pour moi le séjour des stations balnéaires, ajouta-t-il d’un air léger. Même à Doncières, le major du régiment, qui est le médecin traitant du colonel, m’a invité à déjeuner avec lui en me disant que j’étais en situation de dîner avec le général. Et ce général est un monsieur de quelque chose. Je ne sais pas si ses parchemins sont plus ou moins anciens que ceux de ce baron.—Ne vous montez pas le bourrichon, c’est une bien pauvre couronne», répondit Ski à mi-voix, et il ajouta quelque chose de confus avec un verbe, où je distinguai seulement les dernières syllabes «arder», occupé que j’étais d’écouter ce que Brichot disait à M. de Charlus. «Non probablement, j’ai le regret de vous le dire, vous n’avez qu’un seul arbre, car si Saint–Martin-du-Chêne est évidemment Sanctus Martinus juxta quercum, en revanche le mot if peut être simplement la racine, ave, eve, qui veut dire humide comme dans Aveyron, Lodève, Yvette, et que vous voyez subsister dans nos éviers de cuisine. C’est l’«eau», qui en breton se dit Ster, Stermaria, Sterlaer, Sterbouest, Ster-en-Dreuchen.» Je n’entendis pas la fin, car, quelque plaisir que j’eusse eu à réentendre le nom de Stermaria, malgré moi j’entendais Cottard, près duquel j’étais, qui disait tout bas à Ski: «Ah! mais je ne savais pas. Alors c’est un monsieur qui sait se retourner dans la vie. Comment! il est de la confrérie! Pourtant il n’a pas les yeux bordés de jambon. Il faudra que je fasse attention à mes pieds sous la table, il n’aurait qu’à en pincer pour moi. Du reste, cela ne m’étonne qu’à moitié. Je vois plusieurs nobles à la douche, dans le costume d’Adam, ce sont plus ou moins des dégénérés. Je ne leur parle pas parce qu’en somme je suis fonctionnaire et que cela pourrait me faire du tort. Mais ils savent parfaitement qui je suis.» Saniette, que l’interpellation de Brichot avait effrayé, commençait à respirer, comme quelqu’un qui a peur de l’orage et qui voit que l’éclair n’a été suivi d’aucun bruit de tonnerre, quand il entendit M. Verdurin le questionner, tout en attachant sur lui un regard qui ne lâchait pas le malheureux tant qu’il parlait, de façon à le décontenancer tout de suite et à ne pas lui permettre de reprendre ses esprits. «Mais vous nous aviez toujours caché que vous fréquentiez les matinées de l’Odéon, Saniette?» Tremblant comme une recrue devant un sergent tourmenteur, Saniette répondit, en donnant à sa phrase les plus petites dimensions qu’il put afin qu’elle eût plus de chance d’échapper aux coups: «Une fois, à la Chercheuse.—Qu’est-ce qu’il dit», hurla M. Verdurin, d’un air à la fois écoeuré et furieux, en fronçant les sourcils comme s’il n’avait pas assez de toute son attention pour comprendre quelque chose d’inintelligible. «D’abord on ne comprend pas ce que vous dites, qu’est-ce que vous avez dans la bouche?» demanda M. Verdurin de plus en plus violent, et faisant allusion au défaut de prononciation de Saniette. «Pauvre Saniette, je ne veux pas que vous le rendiez malheureux», dit Mme Verdurin sur un ton de fausse pitié et pour ne laisser un doute à personne sur l’intention insolente de son mari.» J’étais à la Ch…, Che…—Che, che, tâchez de parler clairement, dit M. Verdurin, je ne vous entends même pas.»

Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois.

«Voyons, ce n’est pas sa faute, dit Mme Verdurin.—Ce n’est pas la mienne non plus, on ne dîne pas en ville quand on ne peut plus articuler.—J’étais à la Chercheuse d’esprit de Favart.—Quoi? c’est la Chercheuse d’esprit que vous appelez la Chercheuse? Ah! c’est magnifique, j’aurais pu chercher cent ans sans trouver», s’écria M. Verdurin qui pourtant aurait jugé du premier coup que quelqu’un n’était pas lettré, artiste, «n’en était pas», s’il l’avait entendu dire le titre complet de certaines oeuvres. Par exemple il fallait dire le Malade, le Bourgeois; et ceux qui auraient ajouté «imaginaire» ou «gentilhomme» eussent témoigné qu’ils n’étaient pas de la «boutique», de même que, dans un salon, quelqu’un prouve qu’il n’est pas du monde en disant: M. de Montesquiou–Fezensac pour M. de Montesquiou. «Mais ce n’est pas si extraordinaire», dit Saniette essoufflé par l’émotion mais souriant, quoiqu’il n’en eût pas envie. Mme Verdurin éclata: «Oh! si, s’écria-t-elle en ricanant. Soyez convaincu que personne au monde n’aurait pu deviner qu’il s’agissait de la Chercheuse d’esprit.» M. Verdurin reprit d’une voix douce et s’adressant à la fois à Saniette et à Brichot: «C’est une jolie pièce, d’ailleurs, la Chercheuse d’esprit.» Prononcée sur un ton sérieux, cette simple phrase, où on ne pouvait trouver trace de méchanceté, fit à Saniette autant de bien et excita chez lui autant de gratitude qu’une amabilité. Il ne put proférer une seule parole et garda un silence heureux. Brichot fut plus loquace. «Il est vrai, répondit-il à M. Verdurin, et si on la faisait passer pour l’oeuvre de quelque auteur sarmate ou scandinave, on pourrait poser la candidature de la Chercheuse d’esprit à la situation vacante de chef-d’oeuvre. Mais, soit dit sans manquer de respect aux mânes du gentil Favart, il n’était pas de tempérament ibsénien. (Aussitôt il rougit jusqu’aux oreilles en pensant au philosophe norvégien, lequel avait un air malheureux parce qu’il cherchait en vain à identifier quel végétal pouvait être le buis que Brichot avait cité tout à l’heure à propos de Bussière.) D’ailleurs, la satrapie de Porel étant maintenant occupée par un fonctionnaire qui est un tolstoïsant de rigoureuse observance, il se pourrait que nous vissions Anna Karénine ou Résurrection sous l’architrave odéonienne.—Je sais le portrait de Favart dont vous voulez parler, dit M. de Charlus. J’en ai vu une très belle épreuve chez la comtesse Molé.» Le nom de la comtesse Molé produisit une forte impression sur Mme Verdurin. «Ah! vous allez chez Mme de Molé», s’écria-t-elle. Elle pensait qu’on disait la comtesse Molé, Madame Molé, simplement par abréviation, comme elle entendait dire les Rohan, ou, par dédain, comme elle-même disait: Madame La Trémoïlle. Elle n’avait aucun doute que la comtesse Molé, connaissant la reine de Grèce et la princesse de Caprarola, eût autant que personne droit à la particule, et pour une fois elle était décidée à la donner à une personne si brillante et qui s’était montrée fort aimable pour elle. Aussi, pour bien montrer qu’elle avait parlé ainsi à dessein et ne marchandait pas ce «de» à la comtesse, elle reprit: «Mais je ne savais pas du tout que vous connaissiez Madame de Molé!» comme si ç‘avait été doublement extraordinaire et que M. de Charlus connût cette dame et que Mme Verdurin ne sût pas qu’il la connaissait. Or le monde, ou du moins ce que M. de Charlus appelait ainsi, forme un tout relativement homogène et clos. Autant il est compréhensible que, dans l’immensité disparate de la bourgeoisie, un avocat dise à quelqu’un qui connaît un de ses camarades de collège: «Mais comment diable connaissez-vous un tel?» en revanche, s’étonner qu’un Français connût, le sens du mot «temple» ou «forêt» ne serait guère plus extraordinaire que d’admirer les hasards qui avaient pu conjoindre M. de Charlus et la comtesse Molé. De plus, même si une telle connaissance n’eût pas tout naturellement découlé des lois mondaines, si elle eût été fortuite, comment eût-il été bizarre que Mme Verdurin l’ignorât puisqu’elle voyait M. de Charlus pour la première fois, et que ses relations avec Mme Molé étaient loin d’être la seule chose qu’elle ne sût pas relativement à lui, de qui, à vrai dire, elle ne savait rien. «Qu’est-ce qui jouait cette Chercheuse d’esprit, mon petit Saniette?» demanda M. Verdurin. Bien que sentant l’orage passé, l’ancien archiviste hésitait à répondre: «Mais aussi, dit Mme Verdurin, tu l’intimides, tu te moques de tout ce qu’il dit, et puis tu veux qu’il réponde. Voyons, dites, qui jouait ça? on vous donnera de la galantine à emporter», dit Mme Verdurin, faisant une méchante allusion à la ruine où Saniette s’était précipité lui-même en voulant en tirer un ménage de ses amis. «Je me rappelle seulement que c’était Mme Samary qui faisait la Zerbine, dit Saniette.—La Zerbine? Qu’est-ce que c’est que ça? cria M. Verdurin comme s’il y avait le feu.—C’est un emploi de vieux répertoire, voir le Capitaine Fracasse, comme qui dirait le Tranche Montagne, le Pédant.—Ah! le pédant, c’est vous. La Zerbine! Non, mais il est toqué», s’écria M. Verdurin. Mme Verdurin regarda ses convives en riant comme pour excuser Saniette. «La Zerbine, il s’imagine que tout le monde sait aussitôt ce que cela veut dire. Vous êtes comme M. de Longepierre, l’homme le plus bête que je connaisse, qui nous disait familièrement l’autre jour «le Banat». Personne n’a su de quoi il voulait parler. Finalement on a appris que c’était une province de Serbie.» Pour mettre fin au supplice de Saniette, qui me faisait plus de mal qu’à lui, je demandai à Brichot s’il savait ce que signifiait Balbec. «Balbec est probablement une corruption de Dalbec, me dit-il. Il faudrait pouvoir consulter les chartes des rois d’Angleterre, suzerains de la Normandie, car Balbec dépendait de la baronnie de Douvres, à cause de quoi on disait souvent Balbec d’Outre–Mer, Balbec-en-Terre. Mais la baronnie de Douvres elle-même relevait de l’évêché de Bayeux, et malgré des droits qu’eurent momentanément les Templiers sur l’abbaye, à partir de Louis d’Harcourt, patriarche de Jérusalem et évêque de Bayeux, ce furent les évêques de ce diocèse qui furent collateurs aux biens de Balbec. C’est ce que m’a expliqué le doyen de Doville, homme chauve, éloquent, chimérique et gourmet, qui vit dans l’obédience de Brillat–Savarin, et m’a exposé avec des termes un tantinet sibyllins d’incertaines pédagogies, tout en me faisant manger d’admirables pommes de terre frites.» Tandis que Brichot souriait, pour montrer ce qu’il y avait de spirituel à unir des choses aussi disparates et à employer pour des choses communes un langage ironiquement élevé, Saniette cherchait à placer quelque trait d’esprit qui pût le relever de son effondrement de tout à l’heure. Le trait d’esprit était ce qu’on appelait un «à peu près», mais qui avait changé de forme, car il y a une évolution pour les calembours comme pour les genres littéraires, les épidémies qui disparaissent remplacées par d’autres, etc… Jadis la forme de l’«à peu près» était le «comble». Mais elle était surannée, personne ne l’employait plus, il n’y avait plus que Cottard pour dire encore parfois, au milieu d’une partie de «piquet»: «Savez-vous quel est le comble de la distraction? c’est de prendre l’édit de Nantes pour une Anglaise.» Les combles avaient été remplacés par les surnoms. Au fond, c’était toujours le vieil «à peu près», mais, comme le surnom était à la mode, on ne s’en apercevait pas. Malheureusement pour Saniette, quand ces «à peu près» n’étaient pas de lui et d’habitude inconnus au petit noyau, il les débitait si timidement que, malgré le rire dont il les faisait suivre pour signaler leur caractère humoristique, personne ne les comprenait. Et si, au contraire, le mot était de lui, comme il l’avait généralement trouvé en causant avec un des fidèles, celui-ci l’avait répété en se l’appropriant, le mot était alors connu, mais non comme étant de Saniette. Aussi quand il glissait un de ceux-là on le reconnaissait, mais, parce qu’il en était l’auteur, on l’accusait de plagiat. «Or donc, continua Brichot, Bec en normand est ruisseau; il y a l’abbaye du Bec; Mobec, le ruisseau du marais (Mor ou Mer voulait dire marais, comme dans Morville, ou dans Bricquemar, Alvimare, Cambremer); Bricquebec, le ruisseau de la hauteur, venant de Briga, lieu fortifié, comme dans Bricqueville, Bricquebosc, le Bric, Briand, ou bien brice, pont, qui est le même que bruck en allemand (Innsbruck) et qu’en anglais bridge qui termine tant de noms de lieux (Cambridge, etc.). Vous avez encore en Normandie bien d’autres bec: Caudebec, Bolbec, le Robec, le Bec–Hellouin, Becquerel. C’est la forme normande du germain Bach, Offenbach, Anspach; Varaguebec, du vieux mot varaigne, équivalent de garenne, bois, étangs réservés. Quant à Dal, reprit Brichot, c’est une forme de thal, vallée: Darnetal, Rosendal, et même jusque près de Louviers, Becdal. La rivière qui a donné son nom à Dalbec est d’ailleurs charmante. Vue d’une falaise (fels en allemand, vous avez même non loin d’ici, sur une hauteur, la jolie ville de Falaise), elle voisine les flèches de l’église, située en réalité à une grande distance, et a l’air de les refléter.-Je crois bien, dis-je, c’est un effet qu’Elstir aime beaucoup. J’en ai vu plusieurs esquisses chez lui.-Elstir! Vous connaissez Tiche? s’écria Mme Verdurin. Mais vous savez que je l’ai connu dans la dernière intimité. Grâce au ciel je ne le vois plus. Non, mais demandez à Cottard, à Brichot, il avait son couvert mis chez moi, il venait tous les jours. En voilà un dont on peut dire que ça ne lui a pas réussi de quitter notre petit noyau. Je vous montrerai tout à l’heure des fleurs qu’il a peintes pour moi; vous verrez quelle différence avec ce qu’il fait aujourd’hui et que je n’aime pas du tout, mais pas du tout! Mais comment! je lui avais fait faire un portrait de Cottard, sans compter tout ce qu’il a fait d’après moi.-Et il avait fait au professeur des cheveux mauves, dit Mme Cottard, oubliant qu’alors son mari n’était pas agrégé. Je ne sais, Monsieur, si vous trouvez que mon mari a des cheveux mauves.-Ça ne fait rien, dit Mme Verdurin en levant le menton d’un air de dédain pour Mme Cottard et d’admiration pour celui dont elle parlait, c’était d’un fier coloriste, d’un beau peintre. Tandis que, ajouta-t-elle en s’adressant de nouveau à moi, je ne sais pas si vous appelez cela de la peinture, toutes ces grandes diablesses de compositions, ces grandes machines qu’il expose depuis qu’il ne vient plus chez moi. Moi, j’appelle cela du barbouillé, c’est d’un poncif, et puis ça manque de relief, de personnalité. Il y a de tout le monde là dedans.-Il restitue la grâce du XVIIIe, mais moderne, dit précipitamment Saniette, tonifié et remis en selle par mon amabilité. Mais j’aime mieux Helleu.-Il n’y a aucun rapport avec Helleu, dit Mme Verdurin.-Si, c’est du XVIIIe siècle fébrile. C’est un Watteau à vapeur, et il se mit à rire.—Oh! connu, archiconnu, il y a des années qu’on me le ressert», dit M. Verdurin à qui, en effet, Ski l’avait raconté autrefois, mais comme fait par lui-même. «Ce n’est pas de chance que, pour une fois que vous prononcez intelligiblement quelque chose d’assez drôle, ce ne soit pas de vous.—Ça me fait de la peine, reprit Mme Verdurin, parce que c’était quelqu’un de doué, il a gâché un joli tempérament de peintre. Ah! s’il était resté ici! Mais il serait devenu le premier paysagiste de notre temps. Et c’est une femme qui l’a conduit si bas! Ça ne m’étonne pas d’ailleurs, car l’homme était agréable, mais vulgaire. Au fond c’était un médiocre. Je vous dirai que je l’ai senti tout de suite. Dans le fond, il ne m’a jamais intéressée. Je l’aimais bien, c’était tout. D’abord, il était d’un sale. Vous aimez beaucoup ça, vous, les gens qui ne se lavent jamais?—Qu’est-ce que c’est que cette chose si jolie de ton que nous mangeons? demanda Ski.—Cela s’appelle de la mousse à la fraise, dit Mme Verdurin.—Mais c’est ra-vis-sant. Il faudrait faire déboucher des bouteilles de Château-Margaux, de Château-Lafite, de Porto.—Je ne peux pas vous dire comme il m’amuse, il ne boit que de l’eau, dit Mme Verdurin pour dissimuler sous l’agrément qu’elle trouvait à cette fantaisie l’effroi que lui causait cette prodigalité.—Mais ce n’est pas pour boire, reprit Ski, vous en remplirez tous nos verres, on apportera de merveilleuses pêches, d’énormes brugnons, là, en face du soleil couché; ça sera luxuriant comme un beau Véronèse.—Ça coûtera presque aussi cher, murmura M. Verdurin.—Mais enlevez ces fromages si vilains de ton, dit-il en essayant de retirer l’assiette du Patron, qui défendit son gruyère de toutes ses forces.—Vous comprenez que je ne regrette pas Elstir, me dit Mme Verdurin, celui-ci est autrement doué. Elstir, c’est le travail, l’homme qui ne sait pas lâcher sa peinture quand il en a envie. C’est le bon élève, la bête à concours. Ski, lui, ne connaît que sa fantaisie. Vous le verrez allumer sa cigarette au milieu du dîner.—Au fait, je ne sais pas pourquoi vous n’avez pas voulu recevoir sa femme, dit Cottard, il serait ici comme autrefois.—Dites donc, voulez-vous être poli, vous? Je ne reçois pas de gourgandines, Monsieur le Professeur», dit Mme Verdurin, qui avait, au contraire, fait tout ce qu’elle avait pu pour faire revenir Elstir, même avec sa femme. Mais avant qu’ils fussent mariés elle avait cherché à les brouiller, elle avait dit à Elstir que la femme qu’il aimait était bête, sale, légère, avait volé. Pour une fois elle n’avait pas réussi la rupture. C’est avec le salon Verdurin qu’Elstir avait rompu; et il s’en félicitait comme les convertis bénissent la maladie ou le revers qui les a jetés dans la retraite et leur a fait connaître la voie du salut. «Il est magnifique, le Professeur, dit-elle. Déclarez plutôt que mon salon est une maison de rendez-vous. Mais on dirait que vous ne savez pas ce que c’est que Mme Elstir. J’aimerais mieux recevoir la dernière des filles! Ah! non, je ne mange pas de ce pain-là. D’ailleurs je vous dirai que j’aurais été d’autant plus bête de passer sur la femme que le mari ne m’intéresse plus, c’est démodé, ce n’est même plus dessiné.—C’est extraordinaire pour un homme d’une pareille intelligence, dit Cottard.—Oh! non, répondit Mme Verdurin, même à l’époque où il avait du talent, car il en a eu, le gredin, et à revendre, ce qui agaçait chez lui c’est qu’il n’était aucunement intelligent.» Mme Verdurin, pour porter ce jugement sur Elstir, n’avait pas attendu leur brouille et qu’elle n’aimât plus sa peinture. C’est que, même au temps où il faisait partie du petit groupe, il arrivait qu’Elstir passait des journées entières avec telle femme qu’à tort ou à raison Mme Verdurin trouvait «bécasse», ce qui, à son avis, n’était pas le fait d’un homme intelligent. «Non, dit-elle d’un air d’équité, je crois que sa femme et lui sont très bien faits pour aller ensemble. Dieu sait que je ne connais pas de créature plus ennuyeuse sur la terre et que je deviendrais enragée s’il me fallait passer deux heures avec elle. Mais on dit qu’il la trouve très intelligente. C’est qu’il faut bien l’avouer, notre Tiche était surtout excessivement bête! Je l’ai vu épaté par des personnes que vous n’imaginez pas, par de braves idiotes dont on n’aurait jamais voulu dans notre petit clan. Hé bien! il leur écrivait, il discutait avec elles, lui, Elstir! Ça n’empêche pas des côtés charmants, ah! charmants, charmants et délicieusement absurdes, naturellement.» Car Mme Verdurin était persuadée que les hommes vraiment remarquables font mille folies. Idée fausse où il y a pourtant quelque vérité. Certes les «folies» des gens sont insupportables. Mais un déséquilibre qu’on ne découvre qu’à la longue est la conséquence de l’entrée dans un cerveau humain de délicatesses pour lesquelles il n’est pas habituellement fait. En sorte que les étrangetés des gens charmants exaspèrent, mais qu’il n’y a guère de gens charmants qui ne soient, par ailleurs, étranges. «Tenez, je vais pouvoir vous montrer tout de suite ses fleurs», me dit-elle en voyant que son mari lui faisait signe qu’on pouvait se lever de table. Et elle reprit le bras de M. de Cambremer. M. Verdurin voulut s’en excuser auprès de M. de Charlus, dès qu’il eut quitté Mme de Cambremer, et lui donner ses raisons, surtout pour le plaisir de causer de ces nuances mondaines avec un homme titré, momentanément l’inférieur de ceux qui lui assignaient la place à laquelle ils jugeaient qu’il avait droit. Mais d’abord il tint à montrer à M. de Charlus qu’intellectuellement il l’estimait trop pour penser qu’il pût faire attention à ces bagatelles: «Excusez-moi de vous parler de ces riens, commença-t-il, car je suppose bien le peu de cas que vous en faites. Les esprits bourgeois y font attention, mais les autres, les artistes, les gens qui «en sont» vraiment, s’en fichent. Or dès les premiers mots que nous avons échangés, j’ai compris que vous «en étiez»! M. de Charlus, qui donnait à cette locution un sens fort différent, eut un haut-le-corps. Après les oeillades du docteur, l’injurieuse franchise du Patron le suffoquait. «Ne protestez pas, cher Monsieur, vous «en êtes», c’est clair comme le jour, reprit M. Verdurin. Remarquez que je ne sais pas si vous exercez un art quelconque, mais ce n’est pas nécessaire. Ce n’est pas toujours suffisant. Degrange, qui vient de mourir, jouait parfaitement avec le plus robuste mécanisme, mais «n’en était» pas, on sentait tout de suite qu’il «n’en était» pas. Brichot n’en est pas. Morel en est, ma femme en est, je sens que vous en êtes…—Qu’alliez-vous me dire?» interrompit M. de Charlus, qui commençait à être rassuré sur ce que voulait signifier M. Verdurin, mais qui préférait qu’il criât moins haut ces paroles à double sens. «Nous vous avons mis seulement à gauche», répondit M. Verdurin. M. de Charlus, avec un sourire compréhensif, bonhomme et insolent, répondit: «Mais voyons! Cela n’a aucune importance, ici!» Et il eut un petit rire qui lui était spécial—un rire qui lui venait probablement de quelque grand’mère bavaroise ou lorraine, qui le tenait elle-même, tout identique, d’une aïeule, de sorte qu’il sonnait ainsi, inchangé, depuis pas mal de siècles, dans de vieilles petites cours de l’Europe, et qu’on goûtait sa qualité précieuse comme celle de certains instruments anciens devenus rarissimes. Il y a des moments où, pour peindre complètement quelqu’un, il faudrait que l’imitation phonétique se joignît à la description, et celle du personnage que faisait M. de Charlus risque d’être incomplète par le manque de ce petit rire si fin, si léger, comme certaines oeuvres de Bach ne sont jamais rendues exactement parce que les orchestres manquent de ces «petites trompettes» au son si particulier, pour lesquelles l’auteur a écrit telle ou telle partie. «Mais, expliqua M. Verdurin, blessé, c’est à dessein. Je n’attache aucune importance aux titres de noblesse, ajouta-t-il, avec ce sourire dédaigneux que j’ai vu tant de personnes que j’ai connues, à l’encontre de ma grand’mère et de ma mère, avoir pour toutes les choses qu’elles ne possèdent pas, devant ceux qui ainsi, pensent-ils, ne pourront pas se faire, à l’aide d’elles, une supériorité sur eux. Mais enfin puisqu’il y avait justement M. de Cambremer et qu’il est marquis, comme vous n’êtes que baron…—Permettez, répondit M. de Charlus, avec un air de hauteur, à M. Verdurin étonné, je suis aussi duc de Brabant, damoiseau de Montargis, prince d’Oléron, de Carency, de Viazeggio et des Dunes. D’ailleurs, cela ne fait absolument rien. Ne vous tourmentez pas, ajouta-t-il en reprenant son fin sourire, qui s’épanouit sur ces derniers mots: J’ai tout de suite vu que vous n’aviez pas l’habitude.»


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