Histoire: Et si les sorcières n’avaient tout simplement pas existé? (What if witches never existed ? )

franckenwitchkitchenDes imbéciles féroces s’acharnant à brûler des imbéciles crédules … Voltaire
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. (…) La sorcellerie n’existe pas (…) on ne passe pour sorcier qu’en vertu d’un système d’accusation. René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
La sorcière existe-t-elle ? Est-elle bénéfique ou dangereuse, faut-il voir en elle l’héroïque témoignage d’une autre forme d’intelligence, réprimée par les détenteurs du pouvoir, ou une pauvre idiote, une marginale, une vieille folle manipulée ? Quiconque s’est confronté aux textes reconnaîtra ces questions, auxquelles s’impose la nécessité de ne pas répondre trop précipitamment – sauf à simplifier les phénomènes et les textes du passé jusqu’à les rendre inintelligibles, à les enfermer dans une altérité opaque. S’il est impossible d’adhérer au système de croyance à la sorcellerie, comme au système qui guide sa répression, il est nécessaire de tenter de leur restituer une intelligibilité, de comprendre du moins ce qui les a rendus possibles, à quelles questions ou à quelles angoisses ils ont pu apparaître comme des réponses. Ou on ne verra jamais dans cette histoire que des imbéciles féroces s’acharnant à brûler des imbéciles crédules (pour reprendre des mots de Voltaire) ; et on s’étonnera de l’acharnement répressif d’un humaniste comme Bodin (dont Michel Porret analyse ici la réfutation de Jean Wier), avec sa Démonomanie des sorciers, « un des livres les plus attristants de cette époque », écrivait en 1948 Lucien Febvre, dans un article dont le titre formulait nettement le problème qui se pose aux historiens : Sorcellerie, sottise ou révolution mentale ? [10] Et on ne comprendra pas non plus la fascination qu’exercent encore aujourd’hui la sorcellerie, en particulier dans ses versions sataniques, et sa répression.
Dans cet effort pour comprendre ce qui révolte (Febvre parlait d’horreur et de dégoût), – mais qui souvent fascine –, on a le choix entre une approche externe, résolument rationaliste et matérialiste, qui verra par exemple dans la sorcière le produit de la misère et de l’oppression subie par le peuple des campagnes, et dans sa répression la volonté d’asseoir de nouveaux pouvoirs (qu’ils soient locaux ou centraux, ecclésiastiques ou laïques), voire de sordides règlements de comptes entre voisins. Et une approche plus empathique, qui cherchera à tenir compte des systèmes de croyance et de représentation du monde, et à penser le sens du recours à la sorcellerie (se défendre contre des forces et des maux angoissants et inexplicables, contre lesquels il n’apparaît pas d’autre remède ; soigner, transmettre des traditions, conserver un lien avec les forces de la nature), voire ce qui fonde le sens de la répression pour les persécuteurs (défendre le Bien, et l’ordre concret et symbolique d’un monde menacé, restaurer ou imposer une hiérarchie nécessaire). L’une et l’autre attitude pourront mettre l’accent sur le collectif, les affrontements et rapports de force sur l’horizon desquels intervient la sorcellerie (guerres de religion, centralisation…), ou plutôt sur l’individuel, en cherchant dans la sorcière (ou le sorcier) le produit d’une histoire singulière et de conflits psychiques. Dans les études concrètes, ces positions ne sont d’ailleurs pas aussi exclusives les unes des autres qu’elles peuvent apparaître en théorie. Le grand livre de Michelet a fait beaucoup à la fois pour la réintégration de la sorcière et de la sorcellerie dans une histoire commune, démarche que l’on peut par certains côtés considérer comme héritière des Lumières, rationaliste, et pré-ethnologique, mais il a fait plus encore pour l’édification d’un mythe – et combien durable ! – qui exalte dans la sorcière le Féminin, le Populaire, le lien à la Nature, les puissances de la vie et de la création persécutées par les pouvoirs mortifères de l’Église. De la défense de la sorcière contre les préjugés et une répression intolérante et cruelle à une réhabilitation qui la constitue en héroïne, – porteuse d’ailleurs de valeurs et de causes variables selon les auteurs et les moments historiques – , il n’y a qu’un pas, souvent franchi. Christine Planté

Et si les sorcières n’avaient tout simplement pas existé?

« Exaltation du Féminin, du Populaire, du lien à la Nature, des puissances de la vie et de la création persécutées par les pouvoirs mortifères de l’Église » de notre Michelet national ?

« Produit de la misère et de l’oppression par le Pouvoir ecclésiastique, laïque puis médical » de nos disciples de Foucault?

« Héroïne porteuse de nouvelles valeurs » et « emblème d’une créativité et d’une jouissance féminines réprimées » de nos féministes ?

« Vieille édentée chevauchant son balai » ou « faisant bouillir des petits enfants dans une marmite » mais (Halloween et Harry Potter obligent) plutôt « loufoque, différente et donc sympathique » de nos éditeurs de livres pour enfants … ?

Peut-on trouver plus exemplaire illustration que les sorcières de cette particularité tout occidentale et (post) moderne de la réhabilitation des victimes qui, en un retournement systématique, nous conduit à magnifier ce que les siècles précédents avaient réprimé?

Tel est tout l’intérêt d’un texte de Christine Planté (préface aux actes d’un colloque de 1999) qui montre la complexité de la question (notamment suite à l’effet de source, « l’essentiel des sources étant constitué d’archives répressives: traités démonologiques, minutes des procès, témoignages des juges et enquêteurs »).

Mais aussi donc certains des écueils évoqués ci-dessus (magnification inverse de la répression précédente) dans lesquels peuvent se fourvoyer nombre de réflexions et études actuelles sur la question.

Au risque de complètement passer à côté des réels progrès (« une véritable révolution épistémologique et juridique ») que pouvaient constituer pour l’époque la juridicisation ecclésiastique sur la justice populaire des (pour utiliser des termes modernes) « lynchages » et « pogroms ».

Ou plus tard la médicalisation comme avec Jean Wier à partir d’une première distinction des magiciens et des empoisonneurs (suivie à l’époque moderne par la psychiatrie avec les notions d’hystérie) sur… les bûchers!

Prises de position elles-mêmes non sans risque d’ailleurs pour ceux qui les prenaient, comme ce théologien (Guillaume Adeline) qui, « prêchant l’irréalité du sabbat, fut accusé en 1453 d’être lui-même sorcier démoniaque et finalement jeté au cachot ».

Mais tout aussi intéressante est la suggestion (en creux) de Christine Planté que lesdites sorcières n’avaient peut-être d’existence que ce qu’en disaient leurs bourreaux.

Ou, plus précisément et en reprenant la thèse de Girard, qu’à l’instar des pratiques imputées aux mêmes époques aux juifs ou aux cagots (notamment les accusations de meurtre rituel d’enfants pour en boire leur sang lors de cérémonies secrètes, comme en témoignent également les termes de « sabbat » ou « synagogue » souvent attribués aux rituels de sorcellerie), les pratiques qu’on leur reprochait étaient tout simplement, dans la plupart des cas, inventées de toutes pièces.

D’ailleurs, comme le rappelle un intéressant article, dans un numéro de l’Histoire de 1999, de deux chercheurs de Lausanne Martine Ostorero et Agostino Paravicini Bagliani (« Les sorcières ont un pays: les Alpes », L’Histoire, déc. 1999), il semble qu’avant de diffuser progressivement (entre les XVe et XVIIe siècles) à la Bourgogne et au reste de la France, ces persécutions massives soient issues (le premier récit de description du sabbat et de chasse aux sorciers – au départ c’était surtout des hommes – date de 1430, d’un certain Hans Fründ) d’une même région (l’arc Alpin à cheval entre la Suisse et l’Italie).

A savoir (comme pour les cagots) de régions particulièrement isolées (de montagnes et de hautes vallées du Piémont et du Dauphiné mais aussi du Val d’Aoste plus ou moins accessibles) qui avaient historiquement servi de refuges à des groupes hérétiques poursuivis par l’Inquisition.

Notamment les Vaudois (tenant leur nom non du canton suisse de Vaud mais de leur chef de file lyonnais Pierre de Vaux ou Valdo), adeptes du retour à l’Evangile mais aussi du sacerdoce universel (droit de prêcher pour tous y compris les femmes ! – lien possible avec le fait que 80% des sorciers brûlés étaient effectivement des femmes?) et contre lesquels le pape Innocent III avait lancé une croisade en 1209), qui, obligés de vivre dans la clandestinité, furent ainsi l’objet d’incompréhension et de répression de la part des habitants …

Sorcières et sorcelleries
Cahiers Masculin/Féminin de Lyon 2
sous la direction de Christine Planté
Préface

Que l’histoire de la sorcellerie, de sa répression et de ses représentations, soit traversée de la différence des sexes et mette en jeu un imaginaire du féminin, cela apparaît probablement à chacun comme une évidence qui n’appelle pas commentaire. On « appelle cette hérésie non des sorciers, mais des sorcières, car le nom se prend du plus important », écrivaient déjà en 1486 Institoris et Sprenger, qui intitulaient conséquemment leur ouvrage Malleus Maleficarum, ou Marteau des Sorcières [1]. Pierre de Lancre, en 1613 : « On a observé de tout temps qu’il y a plus de femmes sorcières que d’hommes » [2]. Michelet, dans l’introduction de La Sorcière, en 1862, rappelle d’emblée cette constante de la tradition démonologique, qu’il commente ainsi : « C’est le génie propre à la Femme et son tempérament. » [3] C’est en reprenant cette assimilation de La Femme et de La Sorcière, qu’elle revendique pour l’investir de valeurs positives, qu’une revue française liée aux mouvements de femmes des années 1970 adopte le titre de Sorcières – pour proclamer le droit des femmes à la libre disposition de leur corps, au désir, au plaisir et à la vie… Aujourd’hui, les travaux d’historiens spécialisés sur la sorcellerie conservent volontiers la sorcière dans le titre de leurs ouvrages : ainsi, après Caro Baroja, avec Les Sorcières et leur monde [4] ; Robert Muchembled, avec La Sorcière au village XVe-XVIIIe siècle, ou Le Roi et la Sorcière ; L’Europe des bûchers [5] ; ou encore la traduction française du livre de Carlo Ginzburg sous le titre Le Sabbat des sorcières [6]. Des romancières françaises ont ces dernières années fait d’elle une héroïne banalisée et une contemporaine presque ordinaire [7]. Tandis que les collections de livres pour enfants, qui ont de longue date proposé des personnages de sorcières, redoublent d’inventivité dans leur exploitation depuis la récente mode importée en France de fêter Halloween, avec une tendance notable à montrer la sorcière loufoque, différente, mais sympathique plutôt qu’exclusivement redoutable [8]. Devant cette avalanche de publications, on serait encore tenté d’écrire, comme faisait Michelet : « pour un sorcier, dix mille sorcières… »

Une telle évidence en dit peut-être autant sur la vision des femmes et du féminin que sur la réalité historique de la sorcellerie. Quant à celle-ci, l’enquête lui donne néanmoins à première vue une assise peu contestable, et semble confirmer jusqu’à un certain point la tradition démonologique : lors des grands procès en Europe, les femmes constituent environ 80 % des condamnées à mort [9]. Introduisons pourtant quelques nuances, car le rapport qui apparaît ainsi, de un à dix plutôt que de un à dix mille, indique bien l’agrandissement épique qui est un des traits constitutifs de la vision de Michelet, dont nous sommes encore largement les héritiers. Il existe par ailleurs suffisamment de contre-exemples pour interdire de réduire purement la sorcellerie à une manifestation du féminin, ou sa répression à la persécution de celui-ci, et pour conduire à s’interroger sur le sens d’une telle insistance – qui comporte aussi en creux sa vision du masculin, comme le montrent ici Michèle Clément, commentant la capacité attribuée, dans Le Marteau des Sorcières, à celles-ci de supprimer le membre viril ; et Michel Porret, montrant ce qui, dans la vision du médecin Jean Wier, rapproche sorcières et hommes-loups dans un même diagnostic de mélancolie. Étudiant les premiers textes écrits au XVe siècle sur le Sabbat, Catherine Chène et Martine Ostorero rappellent qu’ils ne visaient d’abord pas les femmes de façon spécifique. Le procès du Carroi de Marlou en Berry (1582-83), évoqué dans le parcours proposé par Nicole Jacques-Lefèvre, ne voit intervenir qu’une seule femme parmi les sorciers accusés de participer au sabbat. Quant aux pratiques étudiées par Jeanne Favret-Saada dans l’Ouest de la France au cours des années 1960, elles font apparaître des désorceleurs qui semblent se répartir de façon à peu près égale entre des deux sexes, et des ensorcelés exclusivement de sexe masculin, puisqu’il s’agit de chefs d’exploitations rurales, – leurs sorciers présumés étant eux aussi des hommes.

Une fois reconnue la présence d’une large majorité de femmes parmi les accusés de sorcellerie, reste à envisager les causalités qui peuvent rendre compte d’une telle prédominance. Comme on le verra rappelé dans plusieurs articles, les méfaits imputés aux sorcier(e)s ont largement à voir avec la sexualité, la reproduction, la transmission de la vie et la mort (stérilité, impuissance, fausses couches, maladies et mort suspectes), domaines qui traditionnellement relèvent, d’un point de vue symbolique et social, de la compétence des femmes. Plusieurs modèles explicatifs se succèdent et s’affrontent au cours des siècles, qui mettent en cause la nature diabolique de la femme (c’est le discours des démonologues), sa faiblesse physique, morale, ou mentale constitutive (c’est le point de vue des médecins, qui l’emportera peu à peu), sa prédisposition à la mélancolie – on dira plus tard à l’hystérie – , ou encore la volonté de répression de la part des hommes de fonctions et savoirs transmis de femmes en femmes (pratiques des accouchements, connaissance des plantes). Aujourd’hui, les historiens tendent à lier le moment de la plus forte répression de la sorcellerie à la progressive mise en place d’un État moderne. À quoi l’historien des idées doit ajouter, précaution de méthode inévitable qui cependant n’éclaire guère la compréhension du phénomène, le poids des représentations misogynes héritées, qu’elles soient savantes ou populaires… La question de la place des femmes ne peut donc, pas plus dans ce domaine que dans d’autres, être envisagée isolément de l’ensemble des enjeux sociaux, politiques, religieux et culturels. Elle ne l’est pas dans les différents articles de ce volume, qui ne lui accordent d’ailleurs pas tous la même importance, et pas nécessairement une attention première, qui en revanche la rencontrent comme incontournable sur le chemin d’une analyse de la sorcellerie.

L’interrogation sur les femmes dans la sorcellerie doit donc affronter toutes les questions de méthode relatives à l’étude de la sorcellerie de façon générale. À commencer par la difficulté d’accéder à quelque chose de l’expérience qui s’est jouée et a été désignée sous ce nom, l’essentiel des sources étant constitué d’archives répressives (traités démonologiques, minutes des procès, témoignages des juges et enquêteurs). Mais quelles pratiques réelles ces procès réprimaient-ils ? On peut arriver à douter qu’il y ait même eu pratiques, quelles qu’elles soient, et se demander si, en bien des cas, les crimes n’étaient pas inventés de toutes pièces (ce que suggère avec une grande efficacité Le Succube de Balzac, dont je propose plus loin une lecture). Mais on peut douter plus encore de la possibilité d’atteindre quelque faible part de ce qui a eu lieu, difficulté à laquelle s’affronte Nicole Jacques-Lefèvre, cherchant trace de la parole des accusées et de leurs singularités individuelles. Et si la sorcière n’existait tout simplement pas ? était un pur effet de construction répressive et discursive ? du regard des autres ? Il importe, devant une telle interrogation, de distinguer la sorcellerie sous ses formes chroniques, pourrait-on dire, (celles qu’étudie Jeanne Favret-Saada dans une société rurale européenne du XXe siècle, où d’aucuns la proclamaient disparue), du grand moment de la chasse aux Sorcières qui, de la fin du Moyen Âge à la naissance des Lumières, a multiplié les procès et les bûchers, mais aussi les discours et les représentations fantasmatiques (signature du pacte avec le Diable, vol nocturne, rassemblement du sabbat, rituel inversé), auxquelles nous pensons encore aujourd’hui spontanément quand il est question de sorcellerie. La vieille sorcière édentée chevauchant son balai ou faisant bouillir des petits enfants dans une marmite peut bien apparaître le produit d’un imaginaire satanique, et du développement de fantasmes forgés par la tradition de la démonologie et des procès. Ceci n’exclut pas qu’il y ait eu des pratiques mettant en jeu une relation au surnaturel, en dehors de, ou contre l’Église, sous des formes éventuellement moins spectaculaires, ou ritualisées tout autrement, pour les hommes et les femmes qui s’y adonnaient. Mais il semble bien que ce soit dans les représentations et dans la répression que se soit hyperboliquement accentuée la part des femmes, rapportée à la nature et à la sexualité féminines.

La sorcellerie et sa répression mettent en œuvre une vision du bien et du mal dans leur affrontement qui convoque toute une série d’autres dualismes – naturel/surnaturel ; divin/diabolique ; masculin/féminin… S’il importe de leur faire la place qui leur revient dans l’analyse, car ils structurent un rapport au monde, il est aussi indispensable de savoir sortir de ces mêmes dualismes, dans lesquels le commentateur court le risque de s’empiéger. Combien de textes sur la sorcellerie, non seulement littéraires mais à ambition historiographique, cèdent ainsi au pathos du défi désespéré à un ordre injuste, ou à celui de la torture et de la répression. La sorcière existe-t-elle ? Est-elle bénéfique ou dangereuse, faut-il voir en elle l’héroïque témoignage d’une autre forme d’intelligence, réprimée par les détenteurs du pouvoir, ou une pauvre idiote, une marginale, une vieille folle manipulée ? Quiconque s’est confronté aux textes reconnaîtra ces questions, auxquelles s’impose la nécessité de ne pas répondre trop précipitamment – sauf à simplifier les phénomènes et les textes du passé jusqu’à les rendre inintelligibles, à les enfermer dans une altérité opaque. S’il est impossible d’adhérer au système de croyance à la sorcellerie, comme au système qui guide sa répression, il est nécessaire de tenter de leur restituer une intelligibilité, de comprendre du moins ce qui les a rendus possibles, à quelles questions ou à quelles angoisses ils ont pu apparaître comme des réponses. Ou on ne verra jamais dans cette histoire que des imbéciles féroces s’acharnant à brûler des imbéciles crédules (pour reprendre des mots de Voltaire) ; et on s’étonnera de l’acharnement répressif d’un humaniste comme Bodin (dont Michel Porret analyse ici la réfutation de Jean Wier), avec sa Démonomanie des sorciers, « un des livres les plus attristants de cette époque », écrivait en 1948 Lucien Febvre, dans un article dont le titre formulait nettement le problème qui se pose aux historiens : Sorcellerie, sottise ou révolution mentale ? [10] Et on ne comprendra pas non plus la fascination qu’exercent encore aujourd’hui la sorcellerie, en particulier dans ses versions sataniques, et sa répression.

Dans cet effort pour comprendre ce qui révolte (Febvre parlait d’horreur et de dégoût), – mais qui souvent fascine –, on a le choix entre une approche externe, résolument rationaliste et matérialiste, qui verra par exemple dans la sorcière le produit de la misère et de l’oppression subie par le peuple des campagnes, et dans sa répression la volonté d’asseoir de nouveaux pouvoirs (qu’ils soient locaux ou centraux, ecclésiastiques ou laïques), voire de sordides règlements de comptes entre voisins. Et une approche plus empathique, qui cherchera à tenir compte des systèmes de croyance et de représentation du monde, et à penser le sens du recours à la sorcellerie (se défendre contre des forces et des maux angoissants et inexplicables, contre lesquels il n’apparaît pas d’autre remède ; soigner, transmettre des traditions, conserver un lien avec les forces de la nature), voire ce qui fonde le sens de la répression pour les persécuteurs (défendre le Bien, et l’ordre concret et symbolique d’un monde menacé, restaurer ou imposer une hiérarchie nécessaire). L’une et l’autre attitude pourront mettre l’accent sur le collectif, les affrontements et rapports de force sur l’horizon desquels intervient la sorcellerie (guerres de religion, centralisation…), ou plutôt sur l’individuel, en cherchant dans la sorcière (ou le sorcier) le produit d’une histoire singulière et de conflits psychiques. Dans les études concrètes, ces positions ne sont d’ailleurs pas aussi exclusives les unes des autres qu’elles peuvent apparaître en théorie. Le grand livre de Michelet a fait beaucoup à la fois pour la réintégration de la sorcière et de la sorcellerie dans une histoire commune, démarche que l’on peut par certains côtés considérer comme héritière des Lumières, rationaliste, et pré-ethnologique, mais il a fait plus encore pour l’édification d’un mythe – et combien durable ! – qui exalte dans la sorcière le Féminin, le Populaire, le lien à la Nature, les puissances de la vie et de la création persécutées par les pouvoirs mortifères de l’Église. De la défense de la sorcière contre les préjugés et une répression intolérante et cruelle à une réhabilitation qui la constitue en héroïne, – porteuse d’ailleurs de valeurs et de causes variables selon les auteurs et les moments historiques – , il n’y a qu’un pas, souvent franchi.

Or la question du féminin intervient de façon centrale dans ces difficultés, j’en prendrai deux exemples qui trouveront leur développement dans les articles qui suivent. Le premier concerne la querelle opposant Bodin à Jean Wier. Michel Porret montre quelle révolution épistémologique et juridique introduit Jean Wier dans le traitement des cas de sorcellerie, en imposant de distinguer les sorcières des magiciens et des empoisonneurs, et en faisant d’elles de pauvres femmes, des mélancoliques qui relèvent de la thérapie et non de la sanction violente de crimes sataniques. Dans sa perspective, celle d’une histoire de la médecine légale, et considéré dans les effets de sa position – il s’agit d’arracher les sorcières au bûcher – , Wier apparaît comme un défenseur des opprimées, un précurseur des Lumières, voire de la psychiatrie moderne. Face à lui, se déchaîne la « misogynie délirante » [11] de Bodin, qui cependant admettait dans les Six Livres de la République que la plus grande fragilité des femmes peut induire une plus grande clémence à leur égard, mais qui, de cette clémence, excepte la sorcellerie. Dira-t-on pour autant que Wier est du côté des femmes ? Des lectures féministes, au lieu de souligner la rupture décisive qu’introduit un tel point de vue, ont au contraire insisté sur les continuités des discours démonologique, médical, puis psychiatrique, qui mettent toujours en avant la même faiblesse, la même débilité constitutive de la femme – et d’une différence qui justifie sa position soumise dans la famille et dans l’État.

Bien entendu, on ne croit plus au Diable ; le danger cesse d’être compris sous une forme théologique, mais le nouveau diagnostic n’est pas moins redoutable que l’antique condamnation. Le Diable est en fait remonté de son enfer souterrain pour se voir assigner une résidence privilégiée : le ventre de la femme, et tout particulièrement la matrice écrivait Monique Schneider dans le n° 22 de la revue Sorcières [12], sensible à ce que « victoire de l’humanisme et triomphe de la lumière […] cachent mal le mépris radical qui caractérise la relève médicale ». Si on choisit d’entendre que la sorcière parle de l’inconscient et du désir, la déqualification de la sorcellerie, succédant à sa répression, peut aussi apparaître « comme une lumière qui ne veut plus rien savoir du feu dont elle s’est nourrie ». C’est en fait le même débat qu’on retrouve au cœur du féminisme au XXe siècle : aux femmes qui s’emparent de la figure de la sorcière pour la magnifier et en faire l’emblème d’une créativité et d’une jouissance féminines réprimées – geste que Xavière Gauthier rappelle dans son témoignage – , s’opposent les féministes qui soulignent que cette image est héritée d’un rapport de domination, et que cette sorcière créatrice et héroïque est, à tous points de vue, une création des hommes.

Ce volume, comme la journée d’étude de novembre 1999 dont il est issu, fait entendre une pluralité d’approches et de points de vue, portant tous sur la sorcellerie ou ses lectures dans le monde européen, et présentés en un parcours chronologique. Un premier ensemble d’articles porte sur le grand moment de la répression (XVe-XVIIe siècles), et combine réflexion historiographique et analyse de textes : Catherine CHÈNE et Martine OSTORERO étudient l’apparition progressive des topoi misogynes dans les premiers textes sur le Sabbat au début du XVe siècle. Michèle CLÉMENT s’interroge sur la capacité prêtée aux Sorcières par le Malleus de priver les hommes de leur virilité. Michel PORRET analyse la position originale de Wier et sa réfutation par Bodin. Nicole JACQUES-LEFÈVRE cherche à saisir des fragments d’histoires et de croyances individuelles dans un ensemble de textes démonologiques et juridiques allant du Marteau au Tableau de l’Inconstance de Pierre de Lancre.

Une deuxième partie s’attache à de plus proches périodes : j’étudie, avec le conte de Balzac intitulé Le Succube (1833), une des premières mises en récit proprement littéraires d’un procès de sorcellerie au XIXe siècle, montrant qu’au-delà du divertissement, Balzac propose une analyse particulièrement lucide. Xavière Gauthier évoque le projet et le contexte de la revue Sorcières qu’elle a fondée fin 1975 ; Jeanne Favret-Saada, dont le livre Les Mots, la mort, les sorts a en 1977 considérablement renouvelé l’approche ethnologique de la sorcellerie, analyse les procédures de désorcèlement employées à la fin des années 1960 dans le Bocage de l’Ouest français – dans lesquelles la distribution des tâches entre homme et femme est déterminée par le partage des rôles au sein de l’exploitation agricole et de la famille – comme des thérapies et des « institutions de rattrapage ». Il s’agit donc d’un numéro diachronique et interdisciplinaire, qui ne prétend bien sûr à aucune forme d’exhaustivité, mais cherche à faire entendre dans un même espace des méthodes et des types de réflexion que la structuration habituelle des champs du savoir fait peu dialoguer entre eux, et qui s’éclairent ainsi réciproquement, jusque dans leurs écarts et leurs divergences même.

[1] H. INSTITORIS et J. SPRENGER, Le Marteau des sorcières, trad. et éd. critique par A. Danet, Plon, 1973, p. 165

[2] P. De LANCRE, Tableau de l’Inconstance […], introduction et notes par N. Jacques-Chaquin, Aubier, 1982, p. 89

[3] J. MICHELET, La Sorcière, GF-Flammarion, 1966, p. 31.[Retour] 4. J. CARO BAJORA, Les Sorcières et leur monde, Gallimard, 1972 (1961, La Bruyas y su mundo)

[4] J. CARO BAJORA, Les Sorcières et leur monde, Gallimard, 1972 (1961, La Bruyas y su mundo)

[5] R. MUCHEMBLED, La Sorcière au village XVe-XVIIIesiècle, « Folio/Histoire », Gallimard, 1991 (1979) ; Le Roi et la Sorcière. L’Europe des bûchers, Desclée, 1993

[6] C. GINZBURG, Le Sabbat des sorcières, « Bibliothèque des histoires », Gallimard, 1992 (titre original : Storia notturna Una decifrazione del sabba, Giulio Einaudi Editore, Turin, 1989)

[7] Marie NDIAYE, La Sorcière, Minuit, 1996 ; Michèle GAZIER, Sorcières ordinaires, Calmann-Lévy, 1998

[8] La liste de titres est ici immense. Citons, presque au hasard, parmi des classiques : G. CHAULET, Fantômette et l’île de la sorcière, « Bibliothèque rose », Hachette, 1964 ; R. Dahl, Sacrées sorcières, « Mille soleils », Gallimard, 1984 ; M.-F GRILLOT-KANTER, M.-H. CARLIER, La Sorcière née du vinaigre, « Castor Poche », Flammarion, 1990. Parmi les parutions récentes : M. DESPLECHIN, Verte, L’École des loisirs, 1996 ; Jean-Loup CRAIPEAU, Mathieu BLANDIN, La Sorcière des Cantines, « Les trois loups – Faim de loup », Père Castor Flammarion, 1997 ; Gudule, « La Sorcière est dans l’école », Les Frousses de Zoé, « Bibliothèque rose », Hachette jeunesse, 1997 ; A. BERTRON, J. AZAM, Le Jardin de la sorcière, « J’aime lire », Bayard Presse Jeune, 1998 ; A. DEMOUZON, La Sorcière du congélateur et autres contes du gobe-mouches, « Kid pocket », Pocket jeunesse, 1998 ; Marie-Hélène DELVAL, La Sorcière qui avait peur de la nuit, « Les Belles histoires », Bayard poche, 1999… Le phénomène Harry Potter témoigne de cette fascination pour la sorcellerie, cette fois sous des figures non féminines

[9] R. Muchembled, La Sorcière au village, p. 13 ; Le Roi et la Sorcière, p. 155

[10] L. Febvre, « Sorcellerie, sottise ou révolution mentale ? », Les Annales, 1948-1, p. 12.

[11] « Jean Bodin », dans F. Collin, E. Pisier, E. Varilas, Les Femmes de Platon à Derrida. Anthologie critique, Plon, 2000, p. 171.

[12] M. Schneider, « La “pauvre créature“, sorcière évidée », Sorcières, n° 22, p. 93

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Voir aussi :

http://www.parutions.com/pages/1-4-5-3941.html

L’actualité du livre et du DVD
Histoire & Sciences socialeset Moyen-Age

Médiévales – n°44 – Le Diable en procès – Démonologie et sorcellerie à la fin du Moyen Âge
de collectif
Presses Universitaires de Vincennes 2003 / 18 €- 117.9 ffr. / 192 pages
ISBN : 2-84292-142-9
FORMAT : 15.5×22 cm

L’auteur du compte rendu: Olivier Marin, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, enseigne l’histoire du Moyen Age à l’Université Paris-Nord et au Séminaire Saint-Sulpice.

Diableries

Cette livraison de l’excellente revue Médiévales illustre le profond renouvellement que connaissent actuellement les études sur la sorcellerie. Le problème majeur qui se pose à l’historien est de comprendre comment et pourquoi la fin du Moyen Age inaugura les chasses aux sorcières et fit ainsi émerger le diable comme l’une des figures marquantes du premier âge moderne.

A la suite de Robert Muchembled, les historiens se sont d’abord intéressés en anthropologues à la répression de la culture populaire que les sorciers et les sorcières étaient censés incarner. Sans renier cette approche, l’équipe de Lausanne animée par Agostino Paravicini Bagliani et à laquelle appartient Martine Ostorero a récemment privilégié un retour aux sources produites par les démonologues, qu’ils fussent théologiens ou juristes. Le présent volume confirme cette tendance : le jeu des constructions savantes y compte plus que les pratiques folkloriques auxquelles celles-ci renvoient. Mais la principale originalité qui distingue cette publication réside ailleurs, dans le choix d’une chronologie longue courant du XIIIe au XVIIe siècle. Est d’une part relativisée la coupure de la Renaissance, qui dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres ne fait que prolonger, tout en le réinterprétant au besoin, l’héritage médiéval. A l’amont, le mérite des auteurs est de faire commencer l’enquête dès le XIIIe s., quand la scolastique commence à élaborer l’idée d’un pacte avec le diable et à justifier par ce biais l’assimilation de la sorcellerie à l’hérésie. Le lecteur dispose ainsi de perspectives suffisamment larges pour suivre le phénomène depuis ses lointains antécédents jusqu’à son extinction.

Viennent à l’appui sept études de cas, souvent érudites, voire peu accessibles au non-spécialiste, mais qui permettent de faire apparaître comme par un effet de grossissement des évolutions autrement imperceptibles. Particulièrement éclairant à cet égard est l’article que M. Ostorero consacre à Guillaume Adeline. Ce théologien ayant prêché l’irréalité du sabbat, il fut accusé en 1453 d’être lui-même sorcier démoniaque et finalement jeté au cachot ; on ne saurait mieux montrer comment une approche réaliste des «faits» démoniaques se substitua au cours du XVe siècle à l’ancienne tradition de scepticisme (sanctionnée par le canon Episcopi) qui prévalait jusqu’alors.

Comme cela est inévitable dans ce type de volume collectif, les autres contributions sont d’un intérêt inégal, mais l’ensemble se recommande par la grande variété des démarches adoptées. Le lecteur appréciera entre autres la large place qui est faite à l’historiographie, initiative fort bienvenue quand on sait combien les controverses des Lumières, puis du Kulturkampf, ont influencé notre vision rétrospective de la chasse aux sorcières. L’iconographie est également bien représentée grâce à la contribution de F. Mercier sur l’imagerie flamande du sabbat.

De ces articles disparates, il ressort néanmoins plusieurs conclusions communes. S’esquisse d’abord une géographie différentielle de la sorcellerie et de sa répression : à des régions froides qui ont peu ou prou ignoré les bûchers (Angleterre, Pologne) s’opposent des régions chaudes marquées, comme la Bourgogne et surtout l’arc alpin auquel la revue Heresis vient également de consacrer son numéro de l’automne/hiver 2003, par une poursuite aussi précoce que systématique des sorcières. Pour ce qui est de la chronologie, le volume corrobore l’hypothèse de Pierrette Paravy selon laquelle les années du concile de Bâle (1431-1449) jouèrent un rôle crucial en facilitant échanges et confrontations d’expériences entre les juges. Sur tous ces points, notre connaissance du sujet sort donc enrichie car plus sensible aux conjonctures locales et à leur arrière-plan politique.
Comme toute recherche en cours, celle-ci laisse en revanche diverses interrogations en suspens. Ainsi du rapport entre la culture des juges et les croyances propres à leurs victimes. Dans le sillage de Norman Cohn, la majorité des auteurs s’attachent surtout aux discours des premiers et à la création des stéréotypes qui s’y manifestent. Seule la passionnante étude que Jean-Patrice Boudet consacre à la magie rituelle permet de croiser les regards en donnant accès à deux listes de démons utilisées par les «nigromanciens» eux-mêmes, Le Livre des Esperitz et la Pseudomonarchia daemonum. On y voit s’exprimer sans fard une croyance dans la toute-puissance démoniaque, concurrente des pouvoirs en place, qui a pu donner matière aux spéculations des censeurs même si ceux-ci l’ont ensuite comprise dans leur propre langage et ont occulté les vertus bienfaisantes prêtées aux démons.

Sur ces interactions et ces conflits culturels, le numéro de Médiévales appelle donc de futurs approfondissements : ce n’est pas le moindre de ses mérites que de nous faire partager ainsi le provisoire qui marque le travail historique.

Olivier Marin
( Mis en ligne le 05/01/2004 )

Un commentaire pour Histoire: Et si les sorcières n’avaient tout simplement pas existé? (What if witches never existed ? )

  1. […] Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard […]

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