Conflit israélo-palestinien: Attention, une occupation peut en cacher une autre (What about the other nakbas?)

Conquête de la Jordanie et de l'Egypte en 48C’est la « Transjordanie » (créée en 1922 par l’empire britannique) qui a occupé et annexé les territoires de Judée et Samarie et Jérusalem-Est lors d’une guerre de conquête en 1947-1948. Elle devint alors la « Jordanie » et les territoires occupés, la « Cisjordanie ». Aucun mouvement de libération palestinien ne se leva contre cette occupation, ni contre celle de la bande de Gaza par l’Egypte. La « Palestine » n’était pas encore née.
L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano
Attention: une occupation et une expulsion peuvent en cacher bien d’autres!
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Retrait de nationalité, discrimination juridique suite à l’arabisation ou islamisation de la fonction publique, isolement et séquestration, spoliation économique, boycotts, suspensions des relations postales avec Israël, refus de passeports et donc de libre circulation, destructions de synagogues et profanations de cimetières, pogroms (1920, 1929, 1936 et 1939 pour la seule Palestine mandataire) et assassinats, expulsion (Egypte, Irak, Libye, Algérie), exclusion (Tunisie, Maroc, Syrie-Liban, Turquie, Yemen, Iran) …

Alors que, pendant qu’ils préparent tranquillement leur bombe pour la solution finale, les mollahs viennent, dans un « discours du Caire à l’envers », de proposer un nouveau départ au Génuflexeur en chef avec leur « demande de rupture des relations américaines avec Israël » (ouvrant ainsi la voie à la « création immédiate d’un Etat palestinien ») …

Et que notre Dieudonné national est reçu par Ahmadinejad et annonce triomphalement le financement iranien d’un film contre l’Holocauste …

Retour, avec Shmuel Trigano et contre tant la légende noire d’Israël colonisant la Palestine et en expulsant les populations que celle, dorée, d’un âge d’or de tolérance des pays musulmans envers leurs populations non-musulmanes

Sur « le point aveugle de la conscience politique contemporaine », à savoir, derrière la fable de la Shoah comme seule justification de l’État d’Israël et la mystification de la dépossession consécutive des Palestiniens de leur propre territoire, l’Exode oublié des juifs du Moyen-Orient.

Qui, entre 1940 et 1970 (mais en fait dès 1920) et de l’Egypte à la Turquie et de l’Iran au Yemen, a vu l’expulsion, de terres où ils résidaient depuis plus de deux millénaires, de quelque 900 000 juifs dont les deux tiers rejoindront Israël, le reste se répartissant entre la France et les Amériques.

Et ce donc bien avant la création de l’Etat d’Israël puisqu’il s’agit en fait, avec la décomposition de l’Empire ottoman et de la naissance du nationalisme arabe (mais aussi du mouvement d’auto-détermination juif dit sionisme comme de celui des Arméniens qui aboutit à leur génocide), de la continuation du statut inférieur issu de l’islam (la dhimmitude) et d’une sorte de punition collective pour les guerres (perdues) menées par les pays arabes contre Israël …

Le tout derrière le prétexte du départ, largement volontaire, de Palestine de 600 000 refugiés palestiniens alors qu’existait déjà dès 1922 un Etat palestinien, à savoir la (Trans)Jordanie à population à 75% palestinienne.

Qui, profitant de la guerre des pays arabes de 1948-49 contre Israël, se trouva être avec l’Egypte et pendant près de 20 ans… la véritable puissance occupante des territoires récupérées en 1967 par les Israéliens!

Déconstruire l’idéologie dominante
Shmuel Trigano
Octobre 2009

POUR ILLUSTRER NOTRE PROPOS, CI-JOINT UNE MODELISATION DE LA FIN DU JUDAISME EN TERRES D’ISLAM (lien vers pdf)

Le saviez-vous ? 900 000 Juifs ont été exclus ou expulsés des Etats arabo-musulmans entre 1940 et 1970.

L’histoire de la disparition du judaïsme en terres d’islam est la clef d’une mystification politique de grande ampleur qui a fini par gagner toutes les consciences. Elle fonde le récit qui accable la légitimité et la moralité d’Israël en l’accusant d’un pseudo « péché originel ».

La fable

La fable est simpliste : le martyre des Juifs européens sous le nazisme serait la seule justification de l’État d’Israël. Sa « création » par les Nations Unies aurait été une forme de compensation au lendemain de la guerre. Cependant, elle aurait entraîné une autre tragédie, la « Nakba », en dépossédant les Palestiniens de leur propre territoire.

Dans le meilleur des cas, ce récit autorise à tolérer que cet État subsiste pour des causes humanitaires, malgré sa culpabilité congénitale. Cette narration a, de fait, tout pour sembler réaliste. Elle surfe sur le sentiment de culpabilité d’une Europe doublement responsable : de la Shoah et de l’imposition coloniale d’Israël à un monde arabe innocent.

Dans le pire des cas, cette narration ne voit en Israël qu’une puissance colonialiste qui doit disparaître. Ce qui explique l’intérêt d’accuser sans cesse Israël de génocide et de nazisme : sa seule « raison d’être » (la Shoah) est ainsi sapée dans son fondement. La « Nakba » est le pendant de la Shoah.

La synthèse politiquement correcte de ces deux positions extrêmes est trouvée dans la doctrine de l’État bi-national ou du « retour » des « réfugiés » qui implique que les Juifs d’Israël mettent en oeuvre leur propre destruction en disparaissant dans une masse démographique arabo-musulmane.

Les implications

Ce discours manichéen a plusieurs implications symboliques et idéologiques :
– Il délégitime l’État d’Israël et justifie sa destruction
– Il implique que les Juifs ne sont pas un peuple et qu’ils n’ont aucun lien avec la « Palestine »
– Il entraîne que leur constitution en nation est en soi une violence et une mystification
– Il leur interdit la jouissance du droit à l’autodétermination qui est le privilège de tout groupe humain quel qu’il soit.
– Il accuse le sionisme d’avoir mis fin à la « coexistence pacifique » judéo-arabe : il aurait été responsable du départ des Juifs des pays arabo-musulmans
– Il innocente par principe les Palestiniens et les Etats arabo-musulmans
-Il « autochtonise » les « Palestiniens » alors que l’adjectif « palestinien » désignait auparavant les Juifs du Yichouv. La « Palestine » d’aujourd’hui est, en effet, une invention récente qui date des années 1970.

Or, ce récit s’expose à une contradiction majeure
– La majorité de la population israélienne n’est ni originaire d’Europe ni rescapée de la Shoah, et ce, dès les années 1950. Originaire des pays arabo-musulmans, elle est partie prenante de l’histoire politique et humaine de la région.

La mystification

Le destin de cette population est significatif : entre les années 1940 et 1970 elle a été expulsée ou exclue et poussée au départ. 900 000 Juifs d’alors ont dû fuir des pays où ils étaient présents bien avant l’invasion islamique du VII° siècle: 600 000 se sont réinstallés en Israël, le reste, en majorité en France.

– Dans leur grande majorité, ces populations ne sont pas parties volontairement mais sous le coup d’un véritable « statut des Juifs », d’un antisémitisme d’État, souvent systématique, soutenu par un arsenal de lois et de règlements.

– Cet événement massif et considérable, concernant 10 pays, sur une longue période, commençant dans les années 1920 pour certaines régions, est l’objet d’une véritable mystification qui prend la forme du mythe de la symbiose judéo-arabe que toute l’histoire dément, y compris l’âge andalou.

– Ce mythe n’est pas inoffensif : il est la couverture d’un projet de destruction de l’État d’Israël et connaît une diffusion mondiale, dans les pays les plus éloignés de l’arène du conflit. Il retentit sur la condition des Juifs dans les pays occidentaux et sur la réception de l’islam en leur sein.

Il est temps de restaurer le récit historique juif !

Ce n’est pas une question de mémoire, ni de dignité ou de reconnaissance, mais une question politique qui engage la justice.

Car les populations concernées sont toujours vivantes : la plus grande partie des Juifs du monde arabo-musulman constitue la majorité des citoyens israéliens et des Juifs de France.

Ils ont été victimes de violences, de graves spoliations économiques et financières de la part des nouveaux Etats arabes.

L’histoire des 40 dernières années a montré que les passer sous silence se retournait nécessairement contre elles.

Leur présence en Israël n’est pas une cause humanitaire – même si leur expulsion en fit des réfugiés contraints de quitter leur pays et d’abandonner leurs biens. Réfugiés, ils le furent clairement au Yémen, en Irak, en Egypte, en Libye. Ailleurs, ils le furent objectivement si partir précipitamment, sous la menace, en abandonnant ses biens, définit la condition de réfugié.

L’enjeu inavoué

– Les Juifs du monde arabe constituaient une nation dominée, assignée au statut infâme de dhimmi. La seule tolérance qu’ils connurent dans ces pays fut l’époque coloniale où ils échappèrent à cette condition dégradante de parias.
– Il faut voir dans l’immigration de ces populations en Israël le processus d’autodétermination d’une nation dominée du monde arabo-musulman au moment même où le nationalisme arabe conduisait à la création d’Etats qui n’existaient pas auparavant.
– Cette autodétermination s’identifiait naturellement avec le sionisme en quête d’auto-émancipation.
– C’est ainsi que l’existence d’Israël et le sionisme sont perçus dans la perspective du monde arabo-musulman : comme la rébellion d’une nation dominée contre la loi de l’islam et la oumma. C’est la cause unique du conflit israélo-arabe.
– La Palestine n’a jamais été une entité politique, culturelle, identitaire. Il n’y a pas de « Palestine » avant l’instauration du mandat britannique par la Société des Nations, en 1920. Une partie des Palestiniens sont des immigrés du monde arabe, installés là, à la fin du XIX° siècle et au début du XX°, favorisés par la politique ottomane et attirés par la prospérité économique, apportée par les Juifs. Ils sont au plus aussi « palestiniens » que les Juifs. Yasser Arafat comme Edward Saïd étaient des Egyptiens.

C’est un tout autre paysage historique et politique qui transparaît sous la chape de plomb de la mystification.

– L’État d’Israël, reconnu en 1948 par le Conseil de sécurité, est aussi légitime que les États arabes, pure invention post-coloniale. Ils n’existaient pas auparavant. Avant la colonisation européenne, leurs territoires étaient sous le pouvoir colonial – mais musulman – de l’empire ottoman.
– Il n’a pas de dette envers les Palestiniens. Un échange de populations s’est produit à cette époque d’après guerre : en Europe pour environ 18 000 000 de personnes (dont le déplacement vers l’Allemagne de 12 000 000 de ressortissants d’origine allemande, provenant de 5 pays) ; en Asie, pour les 12,5 millions d’Indous et de Pakistanais à la suite de la sécession du Pakistan musulman en 1947-1948. Rappelons le transfert avant-guerre de 1,3 millions de Grecs et de 400 000 Turcs, de 200 000 Bulgares en 1923-1933, et combien d’autres échanges de populations dans le monde entier. Parmi elles, 900.000 Juifs et 600.000 Palestiniens.
– Par contre, la dette arabe est réelle: les biens juifs spoliés sont 500 fois supérieurs à ceux des Palestiniens.
– Les Palestiniens et les États arabes sont les seuls responsables de leur situation :

* Ils ont systématiquement refusé tous les partages de la Palestine mandataire alors que les Juifs l’acceptaient.
* Un Etat palestinien s’est néanmoins déjà créé sur les deux tiers de la Palestine : la Jordanie. 75% de sa population est « palestinienne », même si le pouvoir est aux mains d’une minorité bédouine qui n’hésita pas à massacrer les « réfugiés palestiniens» lors du dramatique « Septembre noir » de 1970 (10 000 morts, 110 000 blessés).
* C’est la « Transjordanie » (créée en 1922 par l’empire britannique) qui a occupé et annexé les territoires de Judée et Samarie et Jérusalem-Est lors d’une guerre de conquête en 1947-1948. Elle devînt alors la « Jordanie » et les territoires occupés, la « Cisjordanie ». Aucun mouvement de libération palestinien ne se leva contre cette occupation, ni contre celle de la bande de Gaza par l’Egypte. La « Palestine » n’était pas encore née.
* Les réfugiés palestiniens ne sont pas innocents : ils étaient partie prenante de l’agression des États arabes contre Israël. Leur départ ou expulsion est directement lié à cette situation.
* Les Juifs des 10 pays arabo-musulmans, n’étaient pas sur le terrain du conflit armé, ni ne constituaient une puissance menaçant les États arabes où ils résidaient.

– Les Etats arabes n’ont pas intégré les réfugiés palestiniens, à l’inverse d’Israël pour ses réfugiés, pour en faire des foyers de guerre permanents.
– Les Palestiniens, y compris les « modérés », refusent toujours aujourd’hui le partage du territoire mandataire restant après la création de la Transjordanie, en refusant à Israël le droit à son caractère national juif, alors qu’ils définissent la Palestine comme arabe et islamique, une terre où, selon leurs documents constitutionnels et leur pratique, il n’y aurait plus aucun juif et où il n’y a déjà quasiment plus de chrétiens.
– L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition.

L’enjeu contemporain

Le critère déterminant d’appréciation de la situation d’Israël n’est pas seulement la Shoah des Juifs d’Europe mais celle dont le monde arabo-islamique menace l’Etat d’Israël qui résume l’impasse tragique que le « statut des Juifs », mis en oeuvre lors de la fondation des nouveaux États arabes, y annonçait et que la création de l’État et sa victoire militaire ont suspendue.

Elle plane toujours sur sa tête et la menace nucléaire iranienne lui donne toute sa crédibilité.

Le peuple juif n’est pas une cause humanitaire mais un peuple de l’histoire et il a le droit à la souveraineté sur une terre qui a connu trois Etats juifs et depuis la plus haute antiquité, en un temps où ni le mot arabe, ni le mot islam n’étaient encore connus. La condition des Juifs n’est pas vouée à la marginalité ou à la soumission par on ne sait quelle fatalité.

Ces quelques vérités constituent le B-A BA d’une vision saine et objective de la situation, fondée sur la réalité des faits.
Tels sont les éléments historiques et politiques qui doivent inspirer le discours juif aujourd’hui. Il est temps de reprendre l’initiative morale, symbolique, idéologique du débat et du combat.

Document élaborant le modèle historique de la fin des communautés juives en terres d’islam .

Bibliographie de l’auteur :
La fin du judaïsme en terres d’islam, (livre collectif sous sa direction), Editions Denoël, 2009.
« L’exclusion des Juifs des pays arabes » (livre collectif sous sa direction), Pardès, 28/2000, Editions In Press.
« La mémoire sépharade » (livre collectif sous la direction de Hélène et Shmuel Trigano), Pardès, 34/2003.
Le Monde Sépharade, histoire et civilisation, (livre collectif en 2 tomes sous sa direction), Le Seuil, 2006.

Voir encore:

Exode oublié des Juifs des pays arabes

Shmuel Trigano

Le Nouvel observateur

22 Février 2002

Le Nouvel Observateur. — Vous avez récemment organisé, sous l’égide du Congrès juif européen, un colloque sur l’exclusion des Juifs des pays arabes intitulé «l’Exode oublié». Pourquoi ce colloque aujourd’hui?

Shmuel Trigano. — C’est l’évocation du droit au retour par les Palestiniens, dès avant la deuxième Intifada, qui a réveillé cette mémoire. Cette idée induisait l’immoralité fondamentale de l’existence de l’Etat d’Israël fondé en lieu et place d’un autre peuple. C’était aussi une dénégation de l’histoire de 60% des Israéliens. Une mémoire occultée et refoulée est revenue aux Juifs du monde arabe, aux descendants de ces 900 000 personnes qui ont dû quitter des pays dans lesquels ils étaient installés depuis fort longtemps, en y abandonnant tous leurs biens. Comme les Palestiniens, ils ont eux aussi les clés de leur maison quittée en catastrophe.

N. O. — Ces Juifs n’ont pas été tous expulsés. Certains sont partis d’eux-mêmes!

S. Trigano. — Dans certains pays, à travers un ensemble de procédures juridiques de privation de leur citoyenneté, ils se sont retrouvés exclus. Et cette exclusion les poussait inévitablement dehors. En Irak, il y a même eu des projets d’expulsion manu militari, de transfert par camions à travers la Jordanie. Au Yémen, la communauté juive s’est vu donner une courte période pour quitter les lieux, avant que toute émigration lui soit interdite. Elle fut dépouillée de tous ses biens par un subterfuge des autorités locales. En Egypte, les Juifs ont été peu à peu exclus de la vie économique, puis internés, leurs biens placés sous séquestre au point que la vie était devenue un enfer. Ici aussi ils sont partis avec une valise. Partir était un choix bloqué. Dans d’autres cas, ils partaient parce qu’ils avaient peur et sentaient qu’ils n’avaient plus d’avenir là où ils étaient.

N. O. — En Tunisie et au Maroc, les Juifs sont partis de leur plein gré…

S. Trigano. — Oui, on peut le dire. Mais il faut se demander pourquoi, en quelques années, un groupe humain décide de quitter un pays où il a un enracinement millénaire. Un choix aussi massif indique la nature de la réalité que l’on quitte.

N. O. — Le départ des Français d’Algérie puis l’émigration algérienne ont été aussi massifs?

S. Trigano. — La fin du pouvoir français y fut abrupte, au terme d’une guerre sanglante. La menace pesant sur les Européens après l’indépendance était réelle: les Juifs partirent avec l’exode de 1 million de personnes.

N. O. — Pour quelles raisons les Juifs ont-ils quitté les pays arabes?

S. Trigano. — Bien avant le départ des puissances coloniales et la création de l’Etat d’Israël, la xénophobie des mouvements nationalistes arabes avait créé un climat inquiétant. Depuis le début des années 40, en effet, le nationalisme arabe s’était développé et de plus en plus cristallisé autour de la question de la Palestine. Elle commençait à devenir une cause panarabe dès ce moment-là. Dès 1941, dans de nombreux endroits du monde arabe éclatent une série de pogroms et d’émeutes antijuives qui touchent plusieurs pays: en Irak en 1941 il y a le farhoud — le pogrom — à l’occasion duquel 180 Juifs sont assassinés à Bagdad. La majeure partie des Juifs d’Irak a pu s’en aller à l’occasion d’un pont aérien organisé par Israël au début des années 50: l’opération «Ezra et Néhémie». Les quelques milliers de Juifs irakiens qui sont restés ont continué d’être victimes de privations économiques, d’arrestations et de harcèlement et ont fini par partir. De semblables émeutes se produisirent à Tripoli en Libye en 1945, à Alep et à Aden en 1947. La plupart des Juifs de Syrie quittèrent ce pays dès 1944.

En 1948, la guerre déclarée par six Etats arabes à l’Etat d’Israël au lendemain de sa proclamation devait conduire à une aggravation de la condition juive, à la suite de la défaite arabe. De 1948 à 1949, des centaines de Juifs furent internés dans des camps en Egypte. En 1956, la nationalité égyptienne fut retirée aux «sionistes», ainsi définis. En 1957, leurs biens furent mis sous séquestre. En Irak, en 1948, le sionisme fut rangé dans la catégorie des crimes d’opinion, passible de sept ans de prison et d’une amende. En 1950, les Juifs furent privés de leur nationalité et, en 1951, dépouillés de leurs biens. Cette même année la synagogue de Bagdad, où les Juifs s’enregistraient pour l’émigration, fut la cible d’un attentat. Dans la péninsule Arabique, même expulsion, par la violence et l’intimidation.

N. O. — Quel était le statut des Juifs dans les pays arabes?

S. Trigano. — Dans la cité musulmane, le Juif, comme le chrétien, a un statut de «protégé». C’est un dhimmi. Il se voit accorder le droit de pratiquer sa religion à condition qu’il se soumette au pouvoir islamique et n’oublie pas sa condition inférieure. Les dhimmis devinrent les métayers de leurs propriétés, servant des rentes au pouvoir islamique. Ils payaient des taxes sur leur personne et se voyaient astreints à un ensemble de dispositions infériorisantes, concernant l’habillement, le comportement et même le port de chaussures. C’est le monde arabe qui a inventé la rouelle, ce signe distinctif des Juifs, ancêtre de l’étoile jaune, qu’a repris le Moyen Age européen et chrétien.

N. O. — Jusqu’à quand s’est prolongé ce statut ?

S. Trigano. — Jusqu’à la venue des pouvoirs coloniaux. Le paradoxe qui peut choquer le manichéisme tiers-mondiste, c’est que l’arrivée des pouvoirs coloniaux a représenté, pour ces minorités opprimées, une libération. Quand ces pouvoirs se retirèrent dans les années 50, l’enjeu était clair: la menace d’un retour à la condition dhimmie planait à nouveau. Le départ massif des Juifs fut un plébiscite du refus de cette régression.

N. O. — Dans quels pays arabes reste-t-il des Juifs?

S. Trigano. — Au Maroc, et de façon moindre en Tunisie. Il en reste aussi quelques milliers dans un pays islamique comme l’Iran. Mais autrement, tout le monde arabe est vide de ses Juifs. C’est comme un cataclysme qui aurait éradiqué leur présence de tout un univers.

N. O. — Peut-on appeler «réfugiés» tous ces Juifs qui ont quitté les pays arabes?

S. Trigano. — Si un réfugié est celui qui n’a pas de foyer, il est certain que ces Juifs-là n’étaient pas des réfugiés. Ils ont reçu immédiatement la citoyenneté israélienne et sont devenus rapidement des citoyens dans les pays de la diaspora où ils ont émigré. Mais si le réfugié est l’homme qui doit surmonter des obstacles pour fuir un pays dans lequel il est persécuté, où il est discriminé ou encore ne jouit pas de tous ses droits, alors effectivement ils ont été des réfugiés.

N. O. — Pensez-vous que l’exode des Juifs des pays arabes soit comparable à celui des Palestiniens?

S. Trigano. — De facto, oui. Il y a un échange de population entre d’un côté 600 000 Juifs déplacés des pays arabes qui ont émigré en Israël, de l’autre 540 000 Palestiniens déplacés après la création d’Israël, et qui se sont retrouvés dans plusieurs pays arabes. Ces 600 000 Juifs, comme on l’a dit, ont été dépouillés de tous leurs biens. Ils ont vécu les «camps de transit». Cela reste encore inconnu. Les Palestiniens l’occultent pour les besoins de leur cause. Ils apparaissent ainsi comme les seules victimes de ce grand chambardement que fut la fin des empires coloniaux dans cette région et la naissance des Etats arabes et d’Israël. Les Juifs, au contraire, ne se sont pas inscrits dans la concurrence des victimes. Leur légitimité historique suffisait à leur identité. Ce qui ne veut pas dire que le contentieux puisse être effacé.

Propos recueillis par Alain Chouffan

(*) A paraître: «l’Ebranlement d’Israël» (Seuil).

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5 Responses to Conflit israélo-palestinien: Attention, une occupation peut en cacher une autre (What about the other nakbas?)

  1. […] L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano […]

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  2. […] Le saviez-vous ? 900 000 Juifs ont été exclus ou expulsés des Etats arabo-musulmans entre 1940 et 1970. L’histoire de la disparition du judaïsme en terres d’islam est la clef d’une mystification politique de grande ampleur qui a fini par gagner toutes les consciences. Elle fonde le récit qui accable la légitimité et la moralité d’Israël en l’accusant d’un pseudo « péché originel ». La fable est simpliste : le martyre des Juifs européens sous le nazisme serait la seule justification de l’État d’Israël. Sa « création » par les Nations Unies aurait été une forme de compensation au lendemain de la guerre. Cependant, elle aurait entraîné une autre tragédie, la « Nakba », en dépossédant les Palestiniens de leur propre territoire. Dans le meilleur des cas, ce récit autorise à tolérer que cet État subsiste pour des causes humanitaires, malgré sa culpabilité congénitale. Cette narration a, de fait, tout pour sembler réaliste. Elle surfe sur le sentiment de culpabilité d’une Europe doublement responsable : de la Shoah et de l’imposition coloniale d’Israël à un monde arabe innocent.  Dans le pire des cas, cette narration ne voit en Israël qu’une puissance colonialiste qui doit disparaître. Ce qui explique l’intérêt d’accuser sans cesse Israël de génocide et de nazisme : sa seule « raison d’être » (la Shoah) est ainsi sapée dans son fondement. La « Nakba » est le pendant de la Shoah. La synthèse politiquement correcte de ces deux positions extrêmes est trouvée dans la doctrine de l’État bi-national ou du « retour » des « réfugiés » qui implique que les Juifs d’Israël mettent en oeuvre leur propre destruction en disparaissant dans une masse démographique arabo-musulmane. Shmuel Trigano […]

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  3. […] contrairement aux centaines de milliers de juifs expulsés des pays arabes,  les prétendus "réfugiés" palestiniens sont pour une bonne part […]

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  4. […] L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano […]

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  5. […] L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano […]

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