Gilet-jaunisme: Plaza nous prend pour des pigeons (Amazon France vs. Le Bon coin France: Who’ll finally listen to a middle class that between rising taxes, low-wage jobs, increasing distance between home and work, explosion of single-parent families, runaway immigration and ever more sophisticated and expensive new needs, keeps losing ground ?)

18 mai, 2019
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Image result for slogans gilets jaunes C'est la goutte d'essence qui fait déborder le vase-Image may contain: 1 personThere’s something really dangerous happening to us out there. We’re slowly getting split up into two different Americas. Things are gettin’ taken away from people that need them and given to people that don’t need them, and there’s a promise getting broken. In the beginning the idea was that we all live here a little bit like a family, where the strong can help the weak ones, the rich can help the poor ones. I don’t think the American dream was that everybody was going to make it or that everybody was going to make a billion dollars, but it was that everybody was going to have an opportunity and the chance to live a life with some decency and some dignity and a chance for some self-respect. So I know you gotta be feelin’ the pinch down here where the rivers meet. Bruce Springsteen
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Plaza nous prend pour des pigeons. Il pense que tout le monde peut se payer une double vasque, mais nous on ne peut pas avoir de crédit pour se payer une salle de bains. Nous ne sommes pas du même monde. Didier (gilet jaune de Seine-et-Marne, agent administratif)
Il vend un “american way of life” à la française. Mais c’est inaccessible pour nous. Ouahiba (gilet jaune de Montreuil, intérimaire dans la restauration collective)
Je considère que j’ai apporté les réponses aux Françaises et aux Français sur ce qui avait conduit à ce mouvement, le 10 décembre et dans la conférence de presse que j’ai donnée. Je crois que celles et ceux qui continuent aujourd’hui à faire cela, il n’y a plus de débouché politique. Nous avons fait notre part du travail, je pense que maintenant, chacun doit aller voter aux élections, quand il porte des idées, se présenter aux élections et c’est beaucoup plus difficile de proposer un projet pour que d’être contre tout le reste. On n’avance pas en étant contre. Aujourd’hui, je vois beaucoup de gens qui sont contre. Que celles et ceux qui ont une autre vision de ce que doit devenir le pays, la dessinent politiquement, lui donnent forme et se présentent aux élections. La démocratie, ça ne se joue pas le samedi après-midi. Emmanuel Macron
Eh bien, donnez-leur du biocarburant! Brigitte Macron
Je ne pense pas vendre du rêve. Le prix moyen des maisons que nous vendons est de 350 000 euros. Ça reste correct. (…) Quand j’ai vu qu’on avait réussi à récolter 1 milliard d’euros en deux jours pour Notre-Dame, j’étais un peu écœuré. J’aurais préféré qu’on donne cet argent aux gilets jaunes. Stéphane Plaza
Lorsque le président Donald Trump a été élu, nombreux étaient ceux (y compris des prix Nobel d’économie) qui soutenaient que l’économie américaine allait s’écrouler et les marchés financiers dégringoler. Quand on a vu que la croissance revenait (en fait, il y a eu un ralentissement lors des deux dernières années d’Obama!), les mêmes ont affirmé que ça n’allait pas durer, que la croissance serait éphémère et que la récession ne saurait tarder! Dans son éditorial du 8 avril dernier publié dans le New York Times, le prix Nobel d’économie Paul Krugman s’obstine et écrit que Trump s’en prend à la Fed (la Banque centrale américaine) parce que l’impact des baisses d’impôts et des suppressions des réglementations n’aurait été que de la «poudre aux yeux» et n’aurait servi qu’à retarder la récession. Or on apprenait il y a quelques jours que l’économie affiche un taux de croissance à 3.2 % au premier trimestre 2019, largement au-dessus des prévisions. Malgré le «shutdown» de janvier, la croissance est tirée par les exportations et les investissements privés, très importants depuis 2017, ainsi que par les réformes dues à l’administration Trump. La baisse de la fiscalité des entreprises et des ménages, les réductions et suppressions de normes et de réglementations, en particulier environnementales, ont donné de l’air et plus de libertés aux entrepreneurs qui ont choisi d’investir. D’où les fortes créations d’emplois ainsi que les hausses des salaires sur un marché du travail où la main-d’œuvre se fait rare. (…) La croissance économique américaine lors des quatre derniers trimestres a été supérieure à 3 % en taux annuel alors que dans des pays européens comme la France et l’Allemagne, elle a tourné autour de 1.5 %. Après l’annonce du taux de croissance, les dernières données sur l’emploi (Labor Statistics, 4 mai) sont aussi impressionnantes: l’économie a créé 263 000 emplois supplémentaires en avril, le taux de chômage ayant chuté à 3,6%, le plus bas taux enregistré depuis cinq décennies. Mais la meilleure nouvelle est que les plus gros bénéficiaires de ce marché du travail libéré sont les personnes qui ont connu des difficultés au cours des années de croissance lente d’Obama, c’est-à-dire les personnes peu qualifiées. Les statistiques montrent que les Américains le moins diplômés bénéficient d’une croissance plus rapide des salaires et de l’emploi. (…) en avril, la hausse du salaire horaire moyen mensuel des travailleurs non qualifiés était de 0,3%, contre 0,2% pour tous les travailleurs. Le gain salarial sur 12 mois est de 3,4% pour les moins qualifiés, contre 3,2% pour l’ensemble des employés. (…) N’en déplaise aux égalitaristes et autres progressistes, ce sont bien la croissance économique et les créations d’emplois qui font reculer la pauvreté et réduisent les inégalités. Il y aura toujours des économistes comme Paul Krugman pour critiquer la politique économique du président Trump ou – ils sont plus rares aujourd’hui – pour attribuer les fruits de cette croissance au président Obama). Mais difficile de nier les faits économiques éternellement. Certes, on peut s’inquiéter de certaines positions protectionnistes de M. Trump mais la récente rencontre avec le Premier ministre japonais augure plutôt de belles perspectives de libre-échange entre les deux pays sans forcément passer par les organisations internationales. (…) L’économie mais aussi les conclusions du fameux rapport Mueller sur les prétendues collusions avec les Russes lors des élections de 2016 ont beaucoup renforcé le président américain face à ses détracteurs, et pas seulement. Nicolas Lecaussin (Institut de Recherches Economiques et Fiscales)
Les Iraniens, le peuple iranien, ils sont fatigués de quatre décennies de politiques agressives de la république islamique. (…) C’est vrai que les Américains (…) ont relancé toute une série de sanctions extrêmement lourdes qui a fait souffrir d’abord les Iraniens, il faut le dire, ensuite les dirigeants de la République islamique. Cela dit, on ne peut pas nier qu’il y a eu une certaine efficacité dans les sanctions. Les Gardiens de la Révolution islamique n’ont plus du tout la possibilité de nourrir, de payer leur proxies, leurs groupes radicaux dans la région. (…) En fait, l’impasse est ailleurs (…) les dirigeants iraniens sont parfaitement prêts à négocier avec Trump (…) Mais ils veulent avoir des négociations cachées (…) parce que leur identité, l’identité de la République islamique est essentiellement centrée sur leur animosité contre les Américains et les Israéliens. (…) Les Européens ont un peu trop encouragé les Iraniens, les dirigeants iraniens. En soutenant l’accord de 2015 (…) qui (…) ne touchait pas toutes les politiques agressives du régime dans la région (…) ils ont un peu trop encouragé les dirigeants iraniens qui sont devenus trop téméraires face aux Américains. Ca fait un an qu’ils avaient quand même la possibilité de (…) faire profil bas, mais ils ont tapé sur le tambour de guerre depuis un an. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, la situation est catastrophique, mais les dirigeants iraniens aussi, ils sont responsables de la situation actuelle. Mahnaz Shirali
L’Hexagone entre ainsi pour la première fois dans le quintette de tête, à la cinquième place, derrière les États-Unis, l’Allemagne, le Canada et le Royaume-Uni. L’Hexagone vole la place du géant chinois, touché par la guerre commerciale, le ralentissement de sa croissance et les inquiétudes sur le niveau d’endettement des entreprises nationales. Frappé par un ralentissement économique de grande ampleur, le Japon a également reculé dans le classement; «La confiance des investisseurs s’est légèrement renforcée depuis l’élection du président Emmanuel Macron en mai 2017», note le cabinet, pour lequel «les récentes manifestations anti-gouvernementales type «gilets jaunes» à travers le pays n’ont pas affecté l’opinion» des décideurs économiques. Ces derniers restent en effet focalisés sur les changements de fond et les réformes en cours, dont la loi Pacte, validée en avril à l’Assemblée. Pour le cabinet, «l’amélioration de l’environnement des entreprises a été une priorité absolue du gouvernement», et ces transformations en cours, de même que la baisse de l’impôt sur les sociétés, constituent une base solide rassurant les décideurs. «La France reste compétitive en termes d’indicateurs poussant à investir», conclut donc le cabinet, qui souligne les atouts de l’Hexagone en matière d’innovation, de technologie de pointe et de taux d’imposition (grâce à la trajectoire à la baisse décidée à horizon 2025). Autant d’atouts dont bénéficie le pays, par exemple en attirant des fonds du titan pharmaceutique américain Merck&Co, qui a mis 3,25 milliards de dollars sur la table pour avaler le groupe Antelliq, spécialisé dans la santé animale. Ces conclusions rejoignent les estimations d’autres experts, interrogés par Le Figaro il y a quelques semaines. À l’époque, le responsable du baromètre sur l’attractivité de la France du cabinet d’audit EY, Marc Lhermitte, expliquait que la situation était «problématique mais pas dramatique»: un investisseur réfléchit en effet plutôt sur le long terme et privilégie les transformations de fond affectant un pays plutôt que ses événements ponctuels, si tant est que ceux-ci n’altèrent pas les réformes défendues par l’exécutif. «Sur le moyen terme, la question reste de savoir si le gouvernement pourra poursuivre la transformation du modèle économique et social français avec des réformes comme la baisse de l’impôt sur les sociétés, les retraites, les dépenses publiques, le coût du travail», précisait l’expert. Le Figaro
La croissance économique a été légèrement plus forte que prévu l’an dernier en France, malgré la grève à la SNCF et le mouvement des « gilets jaunes ». Une bonne nouvelle pour le gouvernement, même si l’activité devrait ralentir cette année. Selon des chiffres définitifs publiés jeudi soir par l’Insee, la progression du produit intérieur brut (PIB) a atteint 1,7% en 2018, soit 0,1 point de plus que ce qui avait été jusque-là annoncé. Il s’agit de la deuxième révision à la hausse de la croissance française par l’organisme public, qui avait évalué la progression du PIB 2018 à 1,5% dans une première estimation publiée fin janvier. A l’origine de cette nouvelle correction: le niveau plus élevé que prévu de la consommation des ménages. Elle a progressé de 0,9% au lieu de 0,8%, en raison d’une progression notable du pouvoir d’achat (1,4%). Autre élément favorable: l’évolution des exportations, qui ont augmenté de 3,5% au lieu de 3,3%, permettant à la balance commerciale de peser positivement sur l’activité (0,7 point au lieu de 0,6 point). « 0,7 point de contribution du commerce extérieur à la croissance, on n’avait pas vu ça depuis très longtemps », assure à l’AFP Denis Ferrand, directeur de l’institut de recherche Rexecode. L’investissement des entreprises, de son côté, est resté solide, mais néanmoins plus faible qu’attendu: selon l’Insee, il a progressé de 2,8% l’an dernier, au lieu de 2,9%. (…) Selon l’Insee, le taux de chômage a reculé de 0,1 point au premier trimestre, à 8,7% de la population active en France entière (hors Mayotte), soit son plus bas niveau depuis début 2009. La France a par ailleurs fait cette année son entrée dans le « top 5 » des pays les plus attractifs pour les investissements internationaux, selon le classement annuel du cabinet A.T. Kearney publié lundi. Le nouveau chiffre de croissance, qui ne modifie pas le niveau du déficit public pour 2018 (2,5%), reste cependant inférieur à la moyenne de l’Union européenne (1,9%) ainsi qu’à la moyenne de la zone euro (1,8%). Il s’affiche par ailleurs en repli par rapport à 2017, où la croissance a atteint selon l’Insee 2,3% en données brutes (2,4% en données corrigées des jours ouvrés), soit 0,1 point de plus qu’annoncé. Un ralentissement notable, qui devrait se poursuivre cette année. La croissance devrait retomber à 1,4% selon la Banque de France. Et même à 1,3% d’après l’OCDE, en raison du ralentissement de l’activité mondiale. Capital
S’il suscite beaucoup de fantasmes, le terme « black bloc » ne désigne en réalité qu’une méthode de manifestation mise au point par des militants de la gauche radicale et insurrectionnelle. Pendant les défilés auxquels ils participent, ces individus – d’abord dispersés dans le cortège – se vêtent de noir, se masquent le visage, puis se réunissent pour créer « une sorte d’énorme drapeau noir, tissé d’êtres humains. Ils forment ainsi un bloc compact permettant à chacun de préserver son anonymat. Il n’y a pas un seul black bloc, mais des black blocs, qui se forment à un instant T dans des manifestations puis qui se dissolvent avec elles. Paradoxalement, c’est cette couverture médiatique inédite qui a participé à l’exportation du phénomène. A chaque fois qu’il y a un sommet international, les militants anticapitalistes locaux décident d’imiter cette tactique. (…) C’est lors de ce mouvement [manifestations contre la loi Travail] qu’est apparu ce qu’on appelle maintenant le ‘cortège de tête’. Contrairement aux autres mobilisations, où les black blocs se constituaient habituellement au milieu des manifestations derrière les cortèges plus traditionnels de syndicats, ils ont réussi à s’imposer au premier rang. C’est une vraie particularité française qui donne au black bloc une grande visibilité. Contrairement aux autres mobilisations, où les black blocs se constituaient habituellement au milieu des manifestations derrière les cortèges plus traditionnels de syndicats, ils ont réussi à s’imposer au premier rang. C’est une vraie particularité française qui donne au black bloc une grande visibilité.  Ils se mettent en scène et essaient d’adopter l’image que les médias et les autorités donnent d’eux : celle de l’ennemi public numéro 1. Avec le black bloc, la cible est le message. On retrouve aussi des féministes et des militants queer radicaux dans le black bloc. On pense souvent le black bloc en termes masculins, mais il regroupe de plus en plus de femmes, ce qu’on ne remarque pas forcément à cause des vêtements noirs. Les black blocs ont investi les contre-sommets internationaux orchestrés par les organisations altermondialistes, auxquelles ils ne s’identifient pourtant pas. Mais ils venaient parce qu’ils partageaient avec elles une colère et des intérêts. C’est sans doute la même chose avec les ‘gilets jaunes’. Francis Dupuis-Déri (politologue)
Ces personnes sont souvent très éduquées et exercent des professions intellectuelles supérieures. C’était notamment le cas après le 1er-Mai où un homme de 29 ans, diplômé de la prestigieuse Ecole centrale et occupant un emploi de consultant rémunéré 4 200 euros par mois, figurait sur le banc des prévenus. Olivier Cahn
La tradition, chez les participants au black bloc, c’est ‘on attaque le matériel, on ne fait pas de victimes’. [les vitres brisées de l’hôpital Necker pour enfants et l’incendie d’une banque dans un immeuble d’habitation] C’est quelque chose que l’on ne voyait pas avant. Peut-être le fait de jeunes manifestants encore peu aguerris aux pratiques du black bloc. Cela montre en tout cas que le mouvement n’est pas uniforme. On retrouve dans le black bloc toutes les composantes de la gauche révolutionnaire anticapitaliste, des anarchistes, des marxistes révolutionnaires, des écologistes radicaux ou des autonomes.  Il est faux de dire que le black bloc est uniquement constitué de fils de profs. Quand on observe les cortèges à Paris, on se rend compte que les profils sont assez bigarrés. C’est assez logique qu’ils participent à un mouvement populaire comme celui des ‘gilets jaunes' », (…) le même processus a été observé lors des manifestations contre la loi Travail. Le discours du black bloc, c’est de dire que les manifestations traditionnelles n’apportent rien puisqu’elles ne font pas fléchir le pouvoir. On est exactement dans cette configuration avec les « gilets jaunes ».  Mais le black bloc n’est pas une organisation politique. Ses participants rejettent d’ailleurs toutes les structures partisanes, c’est un point commun qu’ils ont avec les ‘gilets jaunes’. » Sylvain Boulouque (historien spécialiste de l’anarchisme)
J’ai regardé les premières cartes qui avaient été faites par l’IFOP concernant les ronds-points occupés par les Gilets jaunes. Ce qui était frappant, c’était la parfaite corrélation avec celle de la France périphérique, développée autour d’un indicateur de fragilité sociale Ce qui est très intéressant c’est que cette carte fait exploser toutes les typologies traditionnelles : la division est-ouest entre la France industrielle et la France rurale par exemple. En réalité, le mouvement est parti de partout, aussi bien dans le sud-ouest que dans le nord-est, on voit donc quelque chose qui correspond exactement à la France périphérique, c’est-à-dire à la répartition des catégories modestes et populaires dans l’espace. Cette typologie casse celle de la France du vide qui n’est plus pertinente et cela nous montre bien les effets d’un modèle économique nouveau qui est celui de la mondialisation. C’est pour cela que je dis que le mouvement des Gilets jaunes n’est pas une résurgence de la révolution française ou de mai 68, cela est au contraire quelque chose de très nouveau : cela correspond à l’impact de la mondialisation sur la classe moyenne au sens large : de l’ouvrier au cadre supérieur. La classe moyenne ce ne sont pas seulement les professions intermédiaires, c’est un ensemble, ce sont les gens qui travaillent et qui ont l’impression de faire partie d’un tout, peu importe qu’il y ait des inégalités de salaires. (…) Ce qui était malsain dans l’analyse qui en a été fait, cela a été le moment ou l’on a dit « en réalité, ils ne sont pas pauvres ». On opposait une nouvelle fois les pauvres aux classes populaires alors que la presque totalité des pauvres sont issus des classes populaires. Il y a un lien organique entre eux. Quand on prend ces catégories, ouvriers, employés, paysans etc.…ils peuvent être pauvres, au chômage, et même quand ils ont un emploi, ils savent très bien que la case pauvreté est toute proche sur l’échiquier.  Surtout, ils ont un frère, un cousin, un grand parent, un ami, un voisin qui est pauvre. On oublie toujours de dire que la pauvreté n’est pas un état permanent, il y a un échange constant entre classes populaires et pauvreté. Opposer ces catégories, c’est refuser ce lien organique entre pauvres et travailleurs modestes. C’est donc ne rien comprendre à ce qui se joue actuellement. (…) Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est une dysfonction entre l’économie et la société. Et cela est la première fois. Avant, l’économie faisait société, c’était les 30 glorieuses avec un modèle économique qui intègre tout le monde et qui bénéficie à l’ensemble de la société. Là, nous avons un modèle qui peut créer de la richesse mais qui ne fait pas société. Le modèle économique mondialisé, parce qu’il n’a pas de limites, frappe les catégories sociales les unes après les autres. Après les employés, il y a les professions intermédiaires, les jeunes diplômés, et après nous aurons les catégories supérieures. La seule chose qui protège les catégories supérieures est qu’elles vivent aujourd’hui dans des citadelles. C’est ce qui fait aussi que la baisse du soutien des Français au mouvement des Gilets jaunes touche ces catégories-là. Mais cela n’empêche pas que le socle électoral d’Emmanuel Macron se restreint comme peau de chagrin, cela est mécanique. Depuis les années 80, on a souvent compensé ces destructions d’emplois sur ces territoires par des emplois publics, mais les gens ont parfaitement compris que ce modèle était à bout de souffle. Les fonctionnaires de catégorie B et C, qui sont présents dans le mouvement, ont compris que cela était fini, qu’ils n’auraient plus d’augmentations de salaires ou que leurs enfants ne pourront plus en profiter. On a bien là une angoisse d’insécurité sociale qui s’est généralisée à l’ensemble de ces catégories qui étaient, hier, totalement intégrées à la classe moyenne, et cela démontre bien comment un mouvement parti des marges est devenu majoritaire. Cela est la limite du modèle économique néolibéral. Je n’aurais aucun problème à adhérer au modèle néolibéral, s’il fonctionnait. On a vu comment cela avait commencé, ouvriers d’abord, paysans etc.. Et aujourd’hui, des gens que l’on pensait finalement sécurisés sont touchés ; petite fonction publique et retraités. Or, ce sont les gens qui ont, in fine, élu Emmanuel Macron. Son effondrement vient de ces catégories-là. Mais les classes populaires n’ont rien contre les riches, ils jouent au loto pour devenir riches, la question est simplement de pouvoir vivre décemment avec son salaire et d’être respecté culturellement. Nous payons réellement 30 années de mépris de classe, d’ostracisation, d’insultes en direction du peuple. (…) C’est ce que ne comprennent pas les libéraux. Je crois que le débat –libéral-pas libéral- est vain. Si je dis qu’il y a un problème avec ce modèle dans ces territoires, alors on me dit que je suis pour la suppression des métropoles ou que je suis favorable à un retour à une économie administrée. Et surtout, ce qui est intolérable, c’est que je cliverais la société en termes de classes sociales. En relisant récemment une biographie de Margaret Thatcher, je me suis rendu compte que le plus gros reproche fait aux travaillistes et aux syndicats dans les années 70 était justement de cliver la société à partir des classes sociales. L’argument était de dire qu’ils sont de mauvais Anglais parce qu’ils fracturent l’unité nationale. Ce qui est génial, c’est que nous voyons aujourd’hui exactement les mêmes réactions avec la France périphérique. Une arme sur la tempe, on vous dit d’arrêter de parler des inégalités. Ils veulent bien que l’on parle de pauvres mais cela ne va pas plus loin. Mais quand on regarde finement les choses, Emmanuel Macron n’aurait pas pu être élu sans le niveau de l’État providence français. À la fin il passe, évidemment parce qu’il fait le front des bourgeoisies et des catégories supérieures, des scores soviétiques dans les grandes métropoles mais aussi et surtout parce que la majorité de la fonction publique a voté pour lui, tout comme la majorité des retraités a voté pour lui. C’est-à-dire les héritiers des 30 glorieuses et surtout le cœur de la redistribution française. Emmanuel Macron se tire deux balles dans le pied en attaquant la fonction publique et les retraités. Nous assistons à un suicide en direct. C’est ce qui explique qu’il soit très vite passé de 65 à 25%. Finalement, et paradoxalement, le modèle français ne résiste au populisme et perdure dans le sens de la dérégulation néolibérale que grâce à un État providence fort. Mais en l’absence d’un État providence- ce que veulent les libéraux- nous aurons alors le populisme. (…) J’en veux à la production intellectuelle et universitaire parce qu’à partir du moment ou on met les marges en avant, les journalistes vont suivre cette représentation en allant voir une femme isolée dans la Creuse qui vit avec 500 euros, en se disant qu’elle est Gilet jaune, tout cela pour se rendre finalement compte qu’elle ne manifeste pas. Parce que quand on est pauvre, on n’a même pas l’énergie de se mobiliser, le but est de boucler la journée. Historiquement, les mouvements sociaux n’ont jamais été portés par les pauvres, et cela ne veut pas dire qu’ils ne soutiennent pas le mouvement. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des journalistes qui vont dans les salons des Gilets jaunes pour vérifier s’ils ont un écran plat, un abonnement Netflix, ou un IPhone. Ils sont prêts à les fouiller, cela est dingue. Lors des manifestations de 1995, les journalistes ne sont pas allés vérifier si les cheminots avaient un écran 16/9e chez eux, ou quand il y a eu les émeutes des banlieues, de vérifier si le mec qui brule une voiture vit chez lui avec une grande télé ou pas. Cette façon de délégitimer un mouvement est une grande première. C’est la première fois que l’on fait les poches des manifestants pour savoir s’ils ont de l’argent ou pas, et s’il y en a, on considère que cela n’est pas légitime. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que si on gagne le revenu médian à 1700 euros, la perspective est que, même si cela va aujourd’hui, cela ne va pas aller demain. L’élite n’a toujours pas compris que les gens étaient parfaitement capables de faire un diagnostic de leurs propres vies. Cette condescendance dit un gigantesque mépris de classe. J’ai moi-même été surpris, je ne pensais pas que cela irait si vite. En quelques heures, les Gilets jaunes sont devenus antisémites, homophobes, racistes, beaufs… Et là encore, on voit bien que l’antiracisme et l’antifascisme sont devenus une arme de classe. (…) Nicolas Mathieu vient d’avoir le prix Goncourt avec son livre « Leurs enfants après eux », dont il dit qu’il s’agissait du roman de la France périphérique. Le combat culturel est en cours. Cela gagne le champ littéraire, culturel et médiatique. Les Gilets jaunes ont gagné l’essentiel, ils ont gagné la bataille de la représentation. On ne pourra plus faire comme si cette France n’existait pas, comme si la France périphérique était un concept qui ne pouvait pas être incarné par des gens. Si nous sommes encore démocrates nous sommes obligés de le prendre en compte. Ce qu’il faut espérer, c’est que les élites se rendent compte que les peuples occidentaux sont encore relativement paisibles. Le mouvement réel de la société, que nous constatons partout dans le monde occidental, et que nous ne pourrons pas arrêter, continue d’avancer, de se structurer, et que cela est de la responsabilité des élites d’y répondre. Ils n’ont pas d’autre choix, celui de l’atterrissage en douceur. Je crois que ce qui vient d’arriver, c’est que le rapport de force vient de changer, la peur a changé de camp. Aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Europe, maintenant, ils ont le peuple sur le dos. Et puis il y a une vertu à tout cela, prendre en compte les aspirations des plus modestes, c’est pour moi le fondement de la démocratie, c’est-à-dire donner du pouvoir à ceux qui n’en ont pas plutôt que de renforcer le pouvoir de ceux qui l’ont déjà. (…) Nous avons eu en direct ce qui essentiel pour moi ; la fracture culturelle gigantesque entre tout le monde d’en haut au sens large et la France périphérique. Ce qui s’est déployé sous nos yeux, ce n’est pas seulement la fracture sociale et territoriale mais plus encore cette fracture culturelle. L’état de sidération de l’intelligentsia française rappelle clairement celle de l’intelligentsia britannique face au Brexit, et cela est la même chose aux Etats-Unis avec l’élection de Donald Trump. Cette sidération a déclenché immédiatement l’emploi des armes de l’antifascisme, parce qu’ils n’ont rien d’autre. Ils ont découvert la dernière tribu d’Amazonie et – incroyable -elle est potentiellement majoritaire. C’est un mouvement très positif, contraire à toute l’analyse intellectuelle qui voit le peuple dans le repli individualiste, qui refuse le collectif, ou dans des termes comme celui de la « droitisation de la société française » alors que les gens demandent des services publics et un État providence. Après, on pointe le fait qu’ils sont contre l’immigration, ce à quoi on peut répondre « comme tout le monde », soit une très large majorité de Français. Le plus important est que nous avons sous les yeux un peuple qui veut faire société et des élites qui ne veulent plus faire société, comme je le disais dans « No Society » (Flammarion). C’est un moment de rupture historique entre un monde d’en haut, intellectuels, politiques, showbiz etc.… qui a peur de son propre peuple. Ils ne veulent plus faire société avec un peuple qu’ils méprisent. C’est la thèse de Christopher Lasch de la « sécession des élites ». On le voit aussi avec le discours anti-média des Gilets jaunes qui ne fait que répondre à 30 ans d’invisibilisation de ces catégories. Les classes populaires n’étaient traitées qu’au travers des banlieues et ils payent aujourd’hui ce positionnement. C’est un mouvement fondamentalement collectif et du XXI siècle. Ce qui est très nouveau, c’est que c’est un mouvement social du « No Society », c’est-à-dire sans représentants, sans intellectuels, sans syndicats, etc. Cela n’est jamais arrivé. Tout mouvement social est accompagné par des intellectuels mais pour la première fois nous ne voyons personne parler en leur nom. Cela révèle 30 ans de sécession du monde d’en haut. Le peuple dit « votre modèle ne fait pas société », tout en disant « nous, majorité, avec un large soutien de l’opinion malgré les violences, voulons faire société ». Et en face, le monde d’en haut, après le mépris, prend peur. Alors que les gens ne font que demander du collectif. (…) Les politiques pensent qu’en agglomérant des minorités ils font disparaître une majorité. Or, les minorités restent des minorités, on peut essayer de les agglomérer, mais cela ne fait pas un tout. Il est très intéressant de suivre l’évolution de la popularité de Donald Trump et d’Emmanuel Macron à ce titre. Trump garde son socle électoral alors que Macron s’est effondré, comme Hollande s’est effondré avant lui. Cela veut dire que l’on peut être élu avec un agglomérat de minorités, cadres supérieurs, minorités ethniques ou sexuelles -c’est à dire la stratégie Terra Nova – et cela peut éventuellement passer avec un bon candidat d’extrême droite en face. Mais cela ne suffit pas. Cela est extrêmement fragile. Quel rapport entre les catégories supérieures boboïsées de Paris et les banlieues précarisées et islamisées qui portent un discours traditionnel sur la société ? Quel rapport entre LGBT et Islam ? Et cela, c’est pour longtemps. Ils n’ont pas compris que les pays occidentaux, précisément parce qu’ils sont devenus multiculturels, vont de plus en plus s’appuyer sur un socle qui va être celui de la majorité relative. L’électorat de Donald Trump est une majorité relative mais cela est malgré tout ce que l’on appelait la classe moyenne dans laquelle des minorités peuvent aussi se reconnaitre. On a présenté les Gilets jaunes comme étant un mouvement de blancs « Ah..ils sont blancs », comme si cela était une surprise de voir des blancs dans les zones rurales françaises. Mais ce que l’on ne voit pas, c’est que beaucoup de Français issus de l’immigration participent à ce mouvement et qu’ils ne revendiquent aucune identité, ils sont totalement dans l’assimilation. Ils font partie d’un tout qui s’appelle la classe moyenne, ou l’ancienne classe moyenne. Le mouvement a été très fort à la Réunion, on voit donc bien que cela n’est pas ethnique. Mais cela a été présenté comme cela parce que cela permettait d’avoir le discours sur l’antiracisme et l’antifascisme. Il y a eu une ostracisation des Gilets jaunes par la gauche bienpensante parce que trop blancs, mais il y aussi eu une mise à l’écart et un mépris très fort de la part de la bourgeoisie de droite. C’est la même posture que vis-à-vis du White Trash américain : ils sont pauvres et ils sont blancs, c’est la honte de la société. (…) La question culturelle et ethnique existe, je veux bien que l’on clive, mais ce qui est intéressant c’est de voir que par exemple qu’un juif de Sarcelles rejette le CRIF ou Bernard-Henri Levy. C’est fondamental parce que cela dé-essentialise la communauté juive. C’est la même fracture que l’on retrouve dans toute la société. De la même manière, les musulmans ne se retrouvent absolument pas plus dans les instances musulmanes que dans Jamel Debbouze. Et à ce propos, ce que l’on voit le plus souvent, c’est que le destin des gens issus des classes populaires qui parviennent à s’élever, c’est de trahir. C’est banalement ce qui se passe parce que cette trahison permet l’adoubement. Edouard Louis fait son livre en ciblant sa propre famille, alors il fait la une des magazines. On a vu le même phénomène aux Etats-Unis avec le livre de J.D. Vance (Hillbilly Elegy), qui est quand même plus intéressant, mais il décrit aussi le « White Trash » en disant que la classe ouvrière américaine n’est quand même pas terrible, qu’ils sont fainéants, qu’ils boivent et qu’ils se droguent, et cela lui a permis d’accéder au New York Times. En rejetant son propre milieu. Je n’ai pas de jugement moral sur les classes populaires, je prends les Français tels qu’ils sont. Je ne demande à personne d’arrêter de penser ce qu’il pense, notamment sur l’immigration. De toute façon cette question va être réglée parce que 80% des Français veulent une régulation, et qu’on ne peut pas penser cette question comme on le faisait dans les années 60, parce que les mobilités ont évolué. La question n’est même plus à débattre. Les gens que je rencontre en Seine Saint Denis qui sont majoritairement d’origine maghrébine ou sub-saharienne veulent l’arrêt de l’immigration dans leurs quartiers. C’est une évidence. Il ne faut pas oublier que les deux candidats de 2017 rejetaient le clivage gauche droite. Les gens se positionnent par rapport à des thématiques comme la mondialisation ou l’État providence, et de moins en moins sur un clivage gauche droite. Aujourd’hui, des gens comme ceux qui sont avec Jean-Luc Mélenchon ou avec Laurent Wauquiez veulent réactiver ce clivage. En faisant cela, ils se mettent dans un angle mort. Gauche et droite sont minoritaires. Jean-Luc Mélenchon a derrière lui la gauche identitaire qui dit – »nous sommes de gauche »- mais cela lui interdit de rayonner sur ce monde populaire. La question est donc celle du débouché politique, mais tout peut aller très vite. L’Italie a basculé en 6 mois. (…) À la fin des années 90, j’avais fait une analyse croisée sur la relance de politique de la ville et les émeutes urbaines. On voyait bien que toutes les émeutes urbaines génèrent une relance des politiques de la ville. La réalité est ce que cela marche. Et surtout, le mouvement des Gilets jaunes n’existerait pas en France et dans le monde sans les violences aux Champs-Élysées. Le New York Times a fait sa Une parce qu’il y avait cela, parce que cela est parfaitement corrélé à ce qu’est la communication aujourd’hui. Il y a cette violence et il faut la condamner. Mais cela veut aussi dire que nous ne sommes plus au XXe siècle. C’est tout le mythe du mouvement social qui est ringardisé. Réunir des gens à République et les faire manifester jusqu’à Bastille avant qu’ils ne rentrent chez eux, c’est fini. C’est aussi une réécriture du mouvement social qui est en train de se réaliser. Christophe Guilluy
Le mouvement a été l’incarnation charnelle du concept de France périphérique. La carte des ronds-points de novembre, c’est exactement la géographie de cette France-là: c’est-à-dire une géographie complètement dispersée. Ce n’est pas seulement la France rurale contre la France urbaine, ni la France du Nord et de l’Est contre la France du Sud et de l’Ouest, mais c’est bien tout cela à la fois : un phénomène plus large qui imprègne l’ensemble du territoire et est potentiellement majoritaire. Ce que j’avais voulu montrer avec ce concept de France périphérique, c’est justement que nous n’arrêtons pas de travailler sur des marges, des fractions, des minorités sans nous intéresser à une catégorie beaucoup plus importante en termes de taille et de poids : les classes populaires, socle de l’ancienne classe moyenne. Ces classes populaires, ce sont à la fois les ouvriers, les indépendants, les paysans, des actifs, des chômeurs, des jeunes, des retraités : l’ensemble des catégories modestes. (…) Depuis quarante ans, la société française est représentée comme une addition de minorités et analysée à partir de ces dernières. Le mouvement des « gilets jaunes » casse cette représentation et vient contredire ces analyses qui véhiculent l’idée qu’au fond la France et donc le peuple n’existe pas. On se rend compte, avec la vague des « gilets jaunes » en France mais aussi la vague des brexiters au Royaume-Uni ou des trumpistes aux États-Unis, que le peuple existe et c’est d’ailleurs ce qui explique le soutien majoritaire des « gilets jaunes » dans l’opinion. Le peuple est en train d’imposer une vaste recomposition politique. Car, sur les ronds-points, il y avait des ouvriers qui hier votaient à gauche, des paysans qui hier votaient à droite, des urbains et des ruraux, des jeunes, des actifs et, pour la première fois même, des retraités. Ils formaient hier le socle d’une classe moyenne occidentale intégrée. Celle-ci s’est totalement affranchie des appartenances gauche-droite traditionnelles. Le renversement est historique. Une part importante des deux Français sur trois de Giscard, hier intégrée économiquement et représentée politiquement et culturellement, ont basculé dans une contestation durable du modèle dominant. Tenter d’analyser ce mouvement comme un phénomène conjoncturel est une absurdité. Il est au contraire le produit du temps long et devrait s’inscrire durablement dans l’avenir. (…) De la même manière que les brexiters ne vont pas s’évanouir dans la nature. Les Britanniques ont cru qu’en gagnant du temps les classes populaires allaient abandonner. Et cela explique la percée spectaculaire du Brexit Party. Nigel Farage surfe sur le « gilet-jaunisme » britannique ! Farage, qui a créé un parti avec trois bouts de ficelle, pèse davantage en six mois que les tories et les travaillistes réunis, qui existent depuis des siècles. Cela veut dire qu’il s’appuie sur un socle et ce socle s’appelle le peuple. La question du morcellement est piégeante, c’est une lecture ultralibérale qui tend à justifier l’abandon du bien commun et in fine à invisibiliser un conflit vertical entre le haut et le bas. Évidemment que la société se commnautarise et que c’est inquiétant, mais cela ne doit pas éluder le phénomène majeur du XXIe siècle, qui est la recomposition d’une majorité dont le socle est composé par les classes populaires et moyennes. Elles ont fait un diagnostic concernant la mondialisation. Après y avoir adhéré, elles ont pu constater que celle-ci les appauvrissait socialement et les fragilisait culturellement. Elles ne vont pas changer d’avis de sitôt. (…) Tout mouvement social depuis vingt ans génère malheureusement de la violence. Ce n’est pas le propre des «gilets jaunes ». Certains « gilets jaunes » ont compris que cette violence faisait parti de la communication au XXIe siècle. Tout le monde la condamne, mais elle permet de faire la une du New York Times. Cependant, elle est d’abord et avant tout le fait des black blocs, qui viennent maintenant perturber toutes les manifestations depuis plusieurs années. Et qui sont ces black blocs ? Des enfants de la bourgeoisie ! Par ailleurs, si les « gilets jaunes » étaient réellement une tribu parmi d’autres, cela ferait longtemps que les médias n’en parleraient plus et ils n’auraient pas autant inquiété les politiques. Le soutien d’une très grande partie des Français encore aujourd’hui montre au contraire la profondeur de ce mouvement dans la société. La stratégie du monde d’en haut est toujours la même. Quand un phénomène populiste se produit, il est présenté comme accidentel et minoritaire. Les brexiters ? « Des vieux retraités xénophobes du Yorkshire ! » Sauf que c’est la majorité du peuple britannique qui a voté pour le Brexit ! On a utilisé exactement les mêmes procédés rhétoriques pour les « gilets jaunes » : « fumeurs de clopes qui roulent en diesel », « poujadistes », « peste brune » et enfin « nouveaux barbares attaquant les hôpitaux ». Depuis les années 80, une certaine bourgeoisie morcelle et « minoritarise » pour mieux invisibiliser les classes moyennes et populaires majoritaires (comme hier la bourgeoisie traditionnelle mettait en avant les pauvres pour mieux minorer le prolétariat). Mais l’addition des minorités ne fait pas une majorité. C’est ce qui explique la défaite de Clinton face à Trump même si ce dernier n’a gagné qu’avec une majorité relative. (Une majorité relative sera toujours plus puissante que l’addition de minorités…) Ce n’est pas un hasard non plus si Macron s’effondre en six mois dans les sondages tandis que Trump se maintient. La victoire de Macron est une construction intellectuelle « terranovesque » qui repose sur du sable tandis que Trump bénéficie d’une base solide. Je pense que, paradoxalement, nous sommes en train de sortir de la société liquide. Les observateurs ont beaucoup insisté sur le caractère disparate des revendications des « gilets jaunes »… Je crois au contraire que la France périphérique qu’on ne voulait pas voir est apparue physiquement. Ce qu’on voit très bien se mettre en place en Occident, c’est cette recomposition. Un phénomène incroyablement collectif. Cela fait quarante ans qu’on nous parle du « vivre ensemble », du « bien commun », des « valeurs de la République »… Mais cela ne fonctionne pas comme cela dans la vie réelle. Dans la vie réelle, il y a des gens qui vivent sur les mêmes territoires et qui partagent ou non des choses. Or ce qu’on a vu, c’est que, contrairement à ce qu’on disait, les classes populaires ne se réduisent pas à des catégories atomisées, individualistes, sans volonté politique ou sans énergie. Tout cela est faux. On a vu des gens se réunir avec une même perception des effets du modèle mondialisé dans leurs villes, leurs villages, leurs vies réelles. Et cette perception, c’est que ce modèle ne marche pas. Et ça, c’est irrépressible. On peut faire tous les grands débats du monde, leur point de vue ne changera pas car cela fait quarante ans qu’ils vivent la mondialisation et c’est sur ce vécu qu’il fonde leur diagnostic. Ce diagnostic n’est pas spécifique à la France : c’est celui des classes populaires dans l’ensemble des pays développés. Cela passe par le Brexit en Grande-Bretagne, par Trump aux États-Unis, par Salvini en Italie, par les « gilets jaunes » en France. Cela prend des formes différentes dans chaque pays, mais cela se fera car c’est le mouvement réel de la société. Macron avait imaginé que la France périphérique serait le cimetière de la classe moyenne française, comme Clinton avait imaginé que l’Amérique périphérique serait le cimetière de la classe moyenne américaine. Ils pensaient que nos territoires allaient se transformer en zone touristique avec des assistés sociaux qui remplieraient leur caddie au hard discount du coin. Mais la classe moyenne occidentale ne veut pas et ne va pas mourir. En cela, le mouvement des « gilets jaunes » est d’abord un mouvement existentiel et c’est pourquoi il ne rentre pas dans la case « mais quelles sont vos revendications ? ». C’est un mouvement qui dit une chose simple : « nous existons ». La question de la démocratie et de la représentation est centrale. Il faut enfin faire exister cette France-là qui, encore une fois, est majoritaire. Pas pour annihiler la France d’en haut, mais parce qu’il est impossible de faire société sans le peuple. (…) Au début, ce qui était frappant sur les ronds-points, c’est qu’il y avait des « gilets jaunes » de droite, de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche et des abstentionnistes. Le peuple tel que nous le connaissons en famille, où l’on peut s’engueuler à l’apéro mais où on termine le repas ensemble. La question des minorités est d’ailleurs intéressante. On a beaucoup dit que le mouvement était « blanc ». Les « minorités » n’étaient pas majoritaires sur les ronds-points car elles ne le sont pas dans la France périphérique, mais elles étaient bien présentes. Simplement, elles ne sont pas venues en portant leur identité en étendard. Elles n’étaient pas imprégnées de l’« idéologie universitaire ». Elles faisaient partie de la famille, du peuple. Personne ne s’est jamais interrogé sur la couleur ou l’identité de Priscillia Ludosky, qui a pourtant lancé le mouvement. Elle-même n’y a jamais fait référence. Mais, à partir du moment où un mouvement issu de la France périphérique, qui se déroule sur les ronds-points, est aspiré par les grandes métropoles, il devient autre chose. Le mouvement des « gilets jaunes » a ainsi été imprégné par la sociologie des grandes métropoles. Il est d’abord devenu beaucoup plus politique. Car les grandes métropoles sont les lieux où le politique s’exerce encore et où le clivage droite-gauche existe toujours, c’est d’ailleurs pourquoi le monde journalistique ou universitaire y croit encore. Certains habitants des grandes métropoles sont devenus acteurs des manifestations, notamment des gens qui travaillent dans la fonction publique, qui sont traditionnellement plus proches de la gauche ou de l’extrême gauche. Les manifs des « gilets jaunes », qui à l’origine étaient des manifs de la France périphérique, sont ainsi devenues des manifs de gauche. Priscillia Ludosky l’a compris. C’est pour cela qu’elle a dit qu’il fallait relocaliser le mouvement dans la France périphérique, que c’était là que se trouvait sa légitimité. Elle a parfaitement raison et c’est là aussi qu’il est le plus puissant car il est dispersé. Un mouvement est faible lorsqu’il est concentré. La concentration dans les grandes métropoles l’a affaibli. Mais même en région parisienne, même dans les grandes métropoles, beaucoup de « gilets jaunes » sont conscients de cette récupération et ne souhaitent pas, par exemple, que La France insoumise ou la CGT noyautent le mouvement. Cela montre que les « gilets jaunes » ne sont pas manipulables et pas arrêtables. Cela rend le mouvement très complexe pour le gens de gauche, mais aussi pour les gens de droite. Il n’entre dans aucune des représentations traditionnelles, qui sont en train de s’effondrer. Cela reflète aussi la recomposition politique actuelle avec une incapacité de la droite et de la gauche à s’adresser aux marges populaires. Notamment parce qu’il est absurde de séparer le social et le culturel, comme le font la gauche et la droite aujourd’hui. Le mouvement est à la fois social et culturel. Et les gens ne reviendront vers les partis traditionnels que si cette double dimension est prise au sérieux. De même que Macron arrive en tête ou en deuxième position aux élections européennes, cela ne changera rien aux fondamentaux de la société française. (…) Macron me semble peu crédible car il a des représentations et un logiciel hérités des années 80. L’idée que la société est un patchwork de communautés, que le libéralisme va faire ruisseler de la richesse sur tout le monde. Lors du grand débat, il est apparu comme un Bernard Tapie qui aurait fait l’ENA. Nous sommes pourtant en train de sortir des années 80. Maintenant, il va falloir penser un modèle alternatif qui passera notamment par le développement de la gouvernance locale. À long terme, c’est le seul moyen de sortir de la crise des « gilets jaunes ». Cela ne sera pas simple. Cela fait quarante ans qu’on massacre les classes populaires, ce n’est pas en quatre mois qu’on va trouver les réponses. D’autant que nous avons une classe politique qui a été conçue pour représenter une classe moyenne intégrée. C’est long de réécrire des programmes politiques en répondant à une demande nouvelle qui est la demande sociale, territoriale et culturelle d’un monde d’en bas qui n’est plus représenté. Les partis ont tendance à représenter quelque chose qui n’existe plus. D’où la fin du Parti socialiste et la difficulté pour la droite de dépasser les 15 %. Il faut commencer par accepter un diagnostic simple : il existe un peuple en Grande-Bretagne, il existe un peuple aux États-Unis et, même, il existe un peuple en France. Christophe Guilluy
Si nous voulons être intraitables avec le populisme, il nous faut l’être avec ses causes. (…) Mon constat, qui vaut pour l’ensemble du monde occidental, est que dans les quinze dernières années les enjeux socio-culturels sont devenus aussi importants que les enjeux socio-économiques. Nos sociétés s’interrogent désormais sur des questions qui dépassent la satisfaction des besoins matériels, comme l’identité, et plus seulement sur les inégalités et la taille de l’État. C’est l’objet de ma réflexion, qui expose une division de valeurs émergentes dans nos pays – et avant tout au Royaume-Uni – entre les Somewheres et les Anywheres. Les Anywheres réussissent bien à l’école, sont passés par une bonne université et travaillent dans les grandes villes, parfois à l’étranger ; les Somewheres sont plus enracinés et se définissent par leur appartenance à des groupes et des lieux déterminés. C’est une division schématique, car chaque groupe présente une grande variété, mais j’ai inventé ces dénominations, pas les valeurs qu’elles représentent. (…) Depuis quinze ans, les classes sociales ont progressivement convergé sur les questions socio-économiques – tout le monde accepte plus ou moins l’économie de marché régulée – et divergé sur les questions socio-culturelles. La différenciation de valeurs que je décris recoupe partiellement les différences de classe, mais pas entièrement. Ensuite, le système éducatif des pays développés a connu une expansion très importante, donc une expansion du nombre d’Anywheres. Il y a toujours eu des Anywheres et des Somewheres, mais les Anywheres représentaient une couche relativement fine au sommet de la société, qui avait de l’influence mais ne dominait pas la société. Ce n’est plus le cas. (…) Ces deux visions du monde sont entièrement légitimes. Cependant, j’estime que le point de vue des Anywheres est devenu trop dominant : ils ont imposé des valeurs qui s’appliquent avant tout à eux et décident trop largement pour les autres. (…) En premier lieu, à la mobilité sociale et à la réussite scolaire. Loin de moi l’idée que les classes populaires doivent « rester à leur place ». Je crois à la méritocratie et à la mobilité mais, collectivement, nous avons fini par y croire à l’exclusion de tout autre chose, et d’une façon très étroite. (…) tout le monde n’en a pas envie ! Il ne faut pas empêcher les gens d’être mobiles, mais il faut comprendre que, si on y attache trop d’importance, on dévalorise tous ceux qui ne le sont pas et qui constituent la majorité de nos sociétés. Les êtres humains ont besoin de se sentir reconnus et valorisés. Or aujourd’hui les critères que nous utilisons pour reconnaître la valeur des gens, comme la réussite scolaire ou les capacités cognitives, sont réducteurs. Que fait-on de l’expérience et du caractère, tout aussi légitimes ? (…) [« économie de la connaissance »] Voilà un concept typiquement Anywhere ! Il est d’ailleurs indissociable de l’expansion de l’éducation supérieure, qui a grossi au détriment des formations plus techniques, comme l’apprentissage. Aujourd’hui, 45 % des élèves restent dans la filière générale après 16 ans ; si vous n’en faites pas partie, vous êtes considéré comme un raté. Nous n’avons pas construit d’alternative prestigieuse à cette voie. (…) Le concept d’« ouverture », et en particulier la libre circulation illimitée des personnes : autant elle est bénéfique aux Anywheres, autant elle nuit aux Somewheres. Elle fait baisser les salaires des moins qualifiés, qui se prennent la mondialisation en pleine figure. Les sondages sont sans ambiguïté : 75 % de la population pense que l’immigration est trop élevée. (…) Il faut faire la distinction entre la libre circulation des biens, que je défends, et celle des personnes. (…) L’immigration a des conséquences culturelles, produit des changements rapides de notre environnement. Or la grande divergence entre Anywheres et Somewheres est leur réaction au changement. Le sociologue Talcott Parsons opposait identité « assignée » et « construite ». Plus vous réussissez, plus votre identité provient de vos réalisations personnelles. Votre identité se fait « portable ». Mais, si votre identité provient de vos caractéristiques assignées, de votre lieu et groupe d’origine, le changement vous déstabilise davantage. (…) cette idéologie, sous couvert de progressisme, peut être démoralisante. Et elle produit un paradoxe : ce sont les Anywheres qui vivent de la façon la plus conservatrice – ils sont beaucoup plus susceptibles de se marier et de vivre dans des environnements stables. Inversement, nombre de valeurs libérales sont vécues avec réticence par les Somewheres. Les Anywheres infligent leur idéologie aux Somewheres sans la vivre eux-mêmes. (…) Parce que l’État providence – que je défends, car je suis social-démocrate – ne les y incite pas. (…) Par exemple, notre politique familiale est clairement hostile à la famille. Dans mon pays, il n’y a ni quotient familial ni allocations décentes. Tout cela a eu un impact plus négatif sur les foyers de Somewheres que d’Anywheres. Dans 20 % des foyers les plus pauvres, la chance pour un enfant d’être élevé par ses deux parents à l’âge de 4 ans est dix fois inférieure à celle des enfants des 20 % des foyers les plus riches. Par ailleurs, l’opinion publique méprise les femmes au foyer et moque le concept de « soutien de famille masculin ». Nous avons vécu une grande libéralisation des mœurs dans les années 1960 et c’est une bonne chose. Mais cela ne veut pas dire que les gens aspirent à une société où les hommes et les femmes sont identiques. 70 % des femmes britanniques souhaitent avoir un soutien de famille masculin quand elles ont des enfants en bas âge. (…) La dichotomie de valeurs que je décris a créé un conflit politique. Les Somewheres avaient été poussés hors de la politique, certains allant jusqu’à cesser de voter. Comme les Anywheres ont mauvaise conscience, ils donnent parfois la parole aux Somewheres. Résultat : un référendum est venu mettre à terre leurs présupposés. (…) [Les Somewheres] sont des « populistes décents ». Certains sont de vrais xénophobes. Mais ce sont des gens modernes – beaucoup soutiennent les droits des minorités ou le mariage homosexuel. Ils partagent une vision du monde vaguement libérale, même s’ils tiennent à leurs appartenances. (…) Il faut ramener la voix des Somewheres en politique. Les Anywheres doivent montrer plus d’intelligence émotionnelle et de retenue, et se garder de toujours poursuivre leurs propres intérêts au détriment de ceux des autres. Il faudrait décentraliser davantage la politique et repenser la politique familiale. Surtout, il faut restaurer le contrat social national : mettre fin à la liberté de circulation sans limites et offrir de véritables formations aux métiers techniques. Le Brexit offre une chance pour le faire. David Goodhart
Bien qu’ils travaillent, il leur est de plus en plus difficile de suivre la cadence et de disposer de tous les biens de consommation d’une classe moyenne aisée : smartphone, voiture, télévision dernier cri, cuisine tendance, etc. » (…) En clair, ce mouvement a d’abord mobilisé toute une France du « back-office », pour reprendre l’expression de Denis Maillard (c’est-à-dire les métiers de la logistique, des transports, du care…), qui fait tourner la machine économique, qui n’est pas assistée, mais qui dit : « Nous, on bosse, mais on n’y arrive plus. » Bien qu’ils travaillent, il leur est de plus en plus difficile de suivre la cadence et de disposer de tous les biens de consommation d’une classe moyenne aisée : smartphone, voiture, télévision dernier cri, cuisine tendance, etc. (…) En réalité, nous avons là l’illustration chimiquement pure d’une des principales contradictions internes de la société occidentale. Les standards de consommation ne cessent d’être rehaussés alors que beaucoup d’emplois proposés et créés le sont dans des secteurs qui ne versent pas des salaires permettant d’accéder au « must have ». Dans les années 1960-1970, dans une France fortement industrialisée, toute une partie des catégories populaires a pu s’arrimer à la classe moyenne, c’est ce que l’on a appelé le « compromis fordiste » (Ford ayant théorisé qu’il fallait suffisamment payer les ouvriers pour que ces derniers puissent acheter les voitures qui sortaient de ses usines, NDLR). Mais aujourd’hui, tout le bas de la classe moyenne est en train de décrocher. Les causes de ce décrochage sont plurielles et de nature différente : hausse des prélèvements obligatoires diminuant le salaire disponible, création d’emplois se faisant d’abord dans des secteurs à faible valeur ajoutée et moins syndiqués, donc moins bien payés. Il faut aussi évoquer l’augmentation croissante de la distance domicile/travail qui a fait flamber la facture carburant de nombreux ménages, mais également l’explosion des familles monoparentales, phénomènes très peu pris en compte dans le débat public, mais pourtant majeurs… Un phénomène comme la crise des Gilets jaunes nous oblige à sortir d’une lecture unidimensionnelle. Il faut croiser les données et les regards (politique, économique, culturel, sociologique…), sinon, on passe à côté de sa signification profonde. (…) cette partie de la société qui travaille, mais éprouve un sentiment de déclassement. Il ne s’agit pas des catégories les plus modestes, ce sont plutôt des Français juste au niveau de la ligne de flottaison. (…) Jean-François Sirinelli, dans son ouvrage Révolutions, écrit que, jusque dans les années 1960, nous étions dans une société du bonheur différé, il fallait semer avant de récolter, serrer les dents en attendant que cela porte ses fruits pour nous ou pour nos enfants. Aujourd’hui, nous sommes dans une société d’individus, où le « moi, ici et maintenant » prime tout le reste. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y a des revendications de différente nature, mais il y a aussi de ça. On veut posséder les biens de consommation que j’évoquais plus haut, car sinon cela signifie qu’on n’appartient plus à la classe moyenne et qu’on est un citoyen-consommateur de seconde zone. En l’espace de 50 ans, on est passé de la messe dominicale au dimanche chez Ikea… La consommation a acquis une place centrale dans notre société. L’individu se définit de plus en plus par ce qu’il consomme et non plus par ses croyances ou ses valeurs. Depuis les Trente Glorieuses, la France a progressivement adopté le modèle d’une société organisée autour d’une vaste classe moyenne… dont la déclinaison en termes de style de vie est la « suburb » américaine. Mais au pavillon de banlieue et au barbecue des débuts se sont greffés les écrans plats, la seconde voiture, la cuisine américaine et la douche à l’italienne qu’on voit dans les émissions de Stéphane Plaza. Le ticket d’entrée dans la classe moyenne devient de plus en plus élevé. Toute une partie de la population prend conscience que cet horizon-là n’est plus pour elle, mais c’est pourtant ce qu’on lui vend matin, midi et soir comme étant le « way of life » normal pour ceux qui travaillent. On a là le terreau psychosociologique sur lequel s’est déclenché le mouvement des Gilets jaunes… (… ) Ils se bricolent un mode de vie de classe démoyennisée. On assiste ainsi à l’essor d’une « économie de la débrouille ». On tente de réduire le coût de la vie quotidienne pour pouvoir continuer à rester dans la course. On opte pour des marques moins prestigieuses. Voyez le succès de l’enseigne Dacia qui a vendu au total plus d’un million de véhicules en France alors qu’elle était à l’origine destinée aux pays émergents… Ces Français fréquentent les hard discount plutôt que les supermarchés traditionnels. Derrière la recherche des prix bas pointent également en filigrane le rejet du « big business » et de la « world company » et une demande de localisme. Lidl l’a très bien compris puisque l’enseigne a lancé une vaste campagne mettant en avant le fait qu’elle se fournissait auprès de producteurs locaux. La grande distribution, Amazon et les bobos, tout ça aux yeux de cette classe démoyennisée, ce sont les « anywhere » de David Goodhart, tandis qu’elle se voit comme plus enracinée. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les Gilets jaunes réclament que le kérosène des avions empruntés par les « anywhere » soit désormais taxé au même titre que le gasoil qu’ils mettent dans leur Sandero pour aller travailler. (…) C’est toujours l’opposition « somewhere contre anywhere ». Leboncoin, tout est dit dans le nom même du site qui est une trouvaille marketing géniale. On se vend des objets entre nous, à l’échelle du canton, dans un rayon de quelques kilomètres. L’acheteur se déplace en personne au domicile du vendeur et a, parfois, même le droit à un café. Amazon, c’est une entreprise ultra-capitaliste qui fait travailler des gens dans de grands entrepôts déshumanisés et qui sert ses clients par l’intermédiaire de livreurs qui ont des obligations de rendement intenables. Ce sont des flux immenses qui quadrillent la planète. eBay avait dit « on amènera le monde à vos pieds ». Amazon, c’est un peu pareil. Nous avons là deux modèles radicalement différents dans leur fonctionnement, mais aussi dans les valeurs qu’ils véhiculent. (…) Toutes les classes sociales sont effectivement sur leboncoin qui est l’un des premiers sites marchands du pays. Mais tout le monde n’entretient pas le même rapport et n’y cherche pas la même chose. La fréquentation de ce site n’est pas uniquement conditionnée par la recherche de la bonne affaire. Il y a aussi une dimension plus idéologique (je ne veux pas passer par des intermédiaires qui prélèvent des marges importantes) et un aspect moral : ce n’est pas parce qu’un objet ne me sert plus que je dois le jeter. Les personnes se définissant comme Gilets jaunes affichent un taux de fréquentation du Boncoin nettement plus élevé que la moyenne. C’est le signe qu’ils pratiquent davantage cette « économie de la débrouille ». À côté du succès phénoménal du Boncoin, l’engouement pour les vide-greniers, les faillitaires et autres déstockeurs constituent d’autres symptômes éloquents du développement de cette « économie de la débrouille ». On peut également citer l’essor de l’autoentrepreneuriat (on se crée son propre job à défaut d’en trouver un ou pour compléter son salaire trop faible), mais aussi le recours de plus en plus fréquent aux crédits à la consommation, dont les encours ont explosé au cours des 30 dernières années, selon la Banque de France, ou bien encore la chasse aux promotions avec « les émeutes au Nutella » survenues quelques mois avant le déclenchement de la crise des Gilets jaunes. (…) On est revenu à des prix du carburant au même niveau, voire au-dessus de ceux pratiqués au déclenchement de la crise des Gilets jaunes ; les prix de l’immobilier continuent d’augmenter dans les métropoles et leurs premières couronnes, renvoyant les ménages modestes toujours plus loin ; du fait de l’évolution de notre économie, ce sont d’abord les secteurs peu rémunérateurs de la logistique, des services à la personne et de l’intérim qui concentrent les créations d’emploi ; et les pouvoirs publics semblent incapables de faire baisser significativement les prélèvements obligatoires. Tout concourt donc à ce que le poids des dépenses contraintes continue de progresser. Dans ce contexte, des pans entiers des petites classes moyennes se trouvent pris à la gorge, car, dans le même temps, le marché crée sans cesse de nouveaux besoins ou des produits plus sophistiqués et plus chers. (…) Nous assistons de mon point de vue depuis une trentaine d’années [à]une scission au sein même du bloc central de la société. (…) Ces deux parties du bloc central se croisent, mais moins fréquemment au supermarché, qui est moins qu’avant le passage obligé. Pour la classe démoyennisée désormais, il y a Lidl, Aldi ou leboncoin quand la classe moyenne supérieure se tourne vers Naturalia et se fait livrer par Deliveroo. L’apparition et le renforcement des phénomènes dont nous avons parlé nous incitent à penser que le phénomène de « démoyennisation » est un processus qui va se renforcer au fil du temps accroissant l’archipellisation de la société française. Jérome Fourquet
Et si la crise des gilets jaunes n’était – à son commencement, en tout cas – « que » le symptôme de la prise de conscience douloureuse, violente, par une partie de la société, d’une France socialement fragmentée ?  Comment, dans ces conditions, ne pas protester quand on sent que l’on décroche ? Comment se cramponner coûte que coûte au peloton de tête dont les standards – façons de se loger, de se vêtir, de se distraire, etc. – deviennent de plus en plus étincelants, onéreux, hors d’atteinte, donc ? Dans une note rédigée pour la Fondation Jean-Jaurès et intitulée « L’adieu à la grande classe moyenne : la crise des gilets jaunes, symptôme de la « démoyennisation » », Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop et auteur de « L’archipel français » (Seuil), poursuit son étude méticuleuse des modes de vie d’une société en plein morcellement. Cette fois, les gilets jaunes constituent son point de départ. Partisan d’une lecture pluridimensionnelle du mouvement (politique, économique, sociologique, culturelle), Fourquet a voulu décortiquer, dit-il, « cette partie de la société qui travaille mais éprouve un sentiment de déclassement », preuve vivante de ce qu’il appelle « le phénomène de démoyennisation ». Peinant désormais à acquérir les biens de consommation de la classe moyenne supérieure, cette France du « back office » (l’expression est de Denis Maillard, auteur d’« Une colère française », cité par Fourquet), exerçant souvent des métiers liés à la logistique, aux transports, à l’aide à la personne, développe son propre « way of life » pour rester dans la course toujours plus folle à la consommation. « Depuis les Trente Glorieuses, la France a progressivement adopté le modèle d’une société organisée autour d’une vaste classe moyenne… dont la déclinaison en termes de style de vie est la « suburb » américaine, avance Fourquet. Mais au pavillon de banlieue et au barbecue des débuts se sont greffés les écrans plats, la seconde voiture, la cuisine américaine et la douche à l’italienne qu’on voit dans les émissions de Stéphane Plaza. Le ticket d’entrée dans la classe moyenne devient de plus en plus élevé. Toute une partie de la population prend conscience que cet horizon-là n’est plus pour elle, mais c’est pourtant ce qu’on lui vend matin, midi et soir comme étant le standard normal pour ceux qui travaillent. » Plus que leurs salaires et leurs catégories socioprofessionnelles, c’est presque une façon de consommer, d’économiser, et donc de voir le monde, qui rapproche les membres de cette société en voie de « démoyennisation ». Plus on se retrouve en marge, plus on développe des circuits parallèles de consommation. A cette « France du Boncoin », de la débrouille, du marché secondaire s’opposerait donc une France des clients d’Amazon, plus favorisée, plus mondialisée, plus macroniste aussi, peut-être. Une France qui, même en commandant les petits pots bio de ses enfants et son savon noir sur le site américain de commerce en ligne, peut s’offrir la cuisine avec verrière et carreaux de ciment repérée dans une émission de Stéphane Plaza sans compter ses sous. Une France qui achète sur Amazon tandis que certains membres de la France du Boncoin y travaillent comme cariste ou comme livreur. « On notera d’ailleurs à ce propos qu’Amazon, en tant que représentant et acteur majeur de la mondialisation économique, a été particulièrement ciblé par les gilets jaunes », écrit Jérôme Fourquet dans sa note. Et de citer l’action commando organisée le 22 décembre 2018 contre la plateforme Amazon de Montélimar ou le blocage d’un entrepôt de Saran le 16 janvier, vraisemblablement à la suite de la diffusion d’un reportage de « Capital » sur le géant américain. Mais si cette classe « démoyennisée » fustige les entreprises ultracapitalistes, développe son propre modèle et son propre style de vie, elle n’a pas encore renoncé à posséder les biens de consommation standards « car, sinon, cela signifie qu’on n’appartient plus à la classe moyenne et qu’on est un citoyen-consommateur de seconde zone », note Fourquet. Alors que les classes favorisées ont fait sécession, vivant en vase clos, d’après une précédente note de Fourquet pour la Fondation Jean-Jaurès, publiée en février 2018, elles continuent d’influencer les moins favorisées. Pour le pire ? Le Point

Attention: une hémiplégie peut en cacher une autre !

En ce 27e samedi consécutif de mobilisation gilets jaunes …

Et de son lot habituel d’enfants gâtés qui, comme aux plus beaux jours de la poétique insurrectionnelle d’il y a 50 ans , jouent à casser le samedi leurs jouets des autres jours …

Comment ne pas voir l’étrange hémiplégie …

De médias qui en fidèles échos de nos gouvernants …

N’ont pas de mots assez doux …

Pour célébrer, avec 8,4% et un recul de 0, 1% (hors Mayotte), le retour du chômage d’il y a dix ans

Comme l’accession de la France à la 5e place devant la Chine des pays les plus attractifs pour les investissements étrangers …

Et de mots assez forts pour dénoncer …

Un président américain qui avec 3,6% et le plus bas niveau de chômage depuis 50 ans (minorités comprises) et une croissance supérieure à 3 %

S’acharne sur un régime iranien qui depuis 40 ans opprime sa population et met le Moyen-orient à feu et à sang …

Et un Etat policier chinois qui, entre la répression de ses minorités et la militarisation des espaces maritimes de ses voisins et sous prétexte de développement, pille en toute impunité depuis bientôt 20 ans la propriété intellectuelle de ses prétendus partenaires occidentaux …

Mais surtout comme le rappellent les sociologues  français et britannique Jérome Fourquet et David Goodhart dans Le Point cette semaine …

Dans une France qui a remplacé la « messe dominicale » par le « dimanche chez Ikea » …

Entre hausse des taxes, emplois sous-payés et moins syndiqués, augmentation croissante de la distance domicile/travail, explosion des familles monoparentales et nouveaux besoins toujours plus sophistiqués et plus chers …

Leur singulière cécité sur l’écart que ces progrès célébrés de la globalisation ne peuvent manquer d’aggraver entre la « France d’Amazon » et celle du « Bon coin » …

Et surtout sur fond de débat interdit sur l’insécurité culturelle entrainée par une immigration hors de contrôle …

La fin quasiment programmée de cette classe moyenne qui en assez d’être les éternels pigeons de Stéphane Plaza ?

EXCLUSIF. « Le ticket d’entrée dans la classe moyenne devient de plus en plus élevé »

ENTRETIEN. Après « L’Archipel français », le sondeur Jérôme Fourquet revient avec une étude pour la Fondation Jean-Jaurès sur la « démoyennisation » de notre société.

Propos recueillis par Laureline Dupont

Le Point
La réponse de Stéphane Plaza à la note de Jérôme Fourquet

L’animateur de M6 (« Recherche appartement ou maison », « Maison à vendre », « Chasseurs d’appart ») symbolise malgré lui un monde dont une partie de ses téléspectateurs se sentent désormais exclus. « Alors que ses émissions sont très regardées, le standing qu’elles véhiculent et qu’elles érigent en norme est objectivement inatteignable pour toute une partie de la population », écrit Jérôme Fourquet. Ce qui finit par en agacer certains. « Plaza nous prend pour des pigeons. Il pense que tout le monde peut se payer une double vasque, mais nous on ne peut pas avoir de crédit pour se payer une salle de bains. Nous ne sommes pas du même monde », ironise Didier, gilet jaune de Seine-et-Marne qui travaille comme agent administratif. « Il vend un “american way of life” à la française. Mais c’est inaccessible pour nous », témoigne encore Ouahiba, gilet jaune de Montreuil, en intérim dans la restauration collective. L’intéressé, lui, se défend :« Je ne pense pas vendre du rêve. Le prix moyen des maisons que nous vendons est de 350 000 euros. Ça reste correct. » Correct ? Peut-être, mais bien trop élevé pour beaucoup. « Quand j’ai vu qu’on avait réussi à récolter 1 milliard d’euros en deux jours pour Notre-Dame, j’étais un peu écœuré. J’aurais préféré qu’on donne cet argent aux gilets jaunes », ajoute l’animateur en gage de soutien§ Hugo Domenach

Voir de plus:

Christophe Guilluy : « Les Gilets jaunes ont gagné la bataille, les élites ne pourront plus faire comme si cette France n’existait pas »
Dans un grand entretien pour Atlantico, le géographe de la France périphérique donne en exclusivité son analyse du mouvement qui a ébranlé le pays et la République.
Atlantico

26 janvier 2019

Atlantico : Le mouvement des Gilets jaunes a été beaucoup commenté ces dernières semaines au travers du prisme du concept de France périphérique. Pouvez-vous revenir sur ce concept ?

Christophe Guilluy : Le concept de France périphérique traite de la répartition dans l’espace des classes populaires. Lorsque j’ai réalisé cette répartition au début des années 2000, je travaillais sur les classes populaires de banlieues, ce qui vient invalider les critiques qui voudraient voir dans la France périphérique un concept d’exclusion de la France des banlieues. La réalité est qu’à partir du moment où l’on travaille sur les classes populaires de banlieues, soit 7% de la population, on sait qu’il manque quelque chose, c’est-à-dire tout le reste. Ce qui était frappant lorsqu’on a fait les premières cartes de cette représentation était que ces territoires étaient toutes les périphéries des grandes métropoles mondialisées : les périphéries de la mondialisation. Il y a donc un aspect géographique, un aspect social, un aspect économique – parce que l’on retrouve les territoires les moins dynamiques économiquement – et puis, et surtout, un aspect culturel, puisque ce sont des catégories qui sont sorties des écrans radar de la classe politique, du monde intellectuel, du monde universitaire et du monde syndical.

C’est pour cela que j’avais annoncé, au début des années 2000, que s’il y avait un mouvement social, la contestation viendrait de ces territoires, de cette géographie, de cette sociologie, et que celle-ci pourrait être politique, sociale, ou les deux à la fois. Cela était le thème du livre. Et en partant de ce principe d’un territoire et d’une géographie, on retrouve la dynamique de toute la vague de populisme qui touche l’Europe occidentale ou les Etats-Unis.

Il est important de dire que cette géographie n’est pas celle de la pauvreté. Il y a des pauvres parmi eux mais je n’oppose pas les pauvres aux classes populaires. Cela est d’ailleurs très intéressant de constater qu’un des moyens d’invisibiliser les classes populaires a été de mettre en avant les pauvres, et notamment les nouveaux pauvres que sont les immigrés. Il y a eu une instrumentalisation des immigrés et des minorités par la bourgeoisie pour se protéger des classes populaires. Cette instrumentalisation de la pauvreté – consciente pour une minorité mais majoritairement inconsciente par le biais d’une approche bienveillante et morale – était déjà présente au XIXe siècle, quand les pauvres étaient mis en avant par le paternalisme, tout en masquant la masse du prolétariat. Il s’agissait de diviser cet ensemble majoritaire que sont les classes populaires qui peuvent être pauvres ou travailleuses. Le prolétariat devait se taire et arrêter de demander plus de protection sociale ou des salaires plus élevés parce qu’ils étaient mieux lotis que les pauvres. C’est exactement le discours de la nouvelle bourgeoisie, qui est plutôt de gauche aujourd’hui, et j’y inclus une large part du monde intellectuel et universitaire. La technique est exactement la même.

Quand je suis arrivé avec mon concept de France périphérique, ce qui a vraiment énervé, c’est que je dise qu’il y avait là un potentiel majoritaire. La France périphérique n’est pas la marge, contrairement à ce qui était annoncé dans les premiers jours du mouvement des Gilets jaunes. Cela était la même technique ; de désigner « les marges », ce qui voulait dire en creux que « tout va bien » pour la société : alors « ne changeons rien ».  Ce qui est terrible, c’est que c’est la gauche qui a beaucoup porté ce discours autour des marges et des minorités, pour mieux attaquer le prolétariat. Ce dont je me suis rendu compte, c’est que les gens du parti socialiste avaient beaucoup de problèmes avec l’idée d’un conflit de classes. Et on retrouve la même fracturation autour du concept de France périphérique. Une bourgeoisie de gauche a refusé le concept parce qu’il était potentiellement majoritaire, il rappelait l’existence d’un prolétariat, d’un peuple. Il rappelait à tous ces gens que le modèle qu’ils prônaient avait des limites, parce qu’il n’intégrait pas le plus grand nombre.

Quel lien faites-vous entre France périphérique et Gilets Jaunes ?

J’ai regardé les premières cartes qui avaient faites par l’IFOP concernant les ronds-points occupés par les Gilets jaunes. Ce qui était frappant, c’était la parfaite corrélation avec celle de la France périphérique, développée autour d’un indicateur de fragilité sociale Ce qui est très intéressant c’est que cette carte fait exploser toutes les typologies traditionnelles : la division est-ouest entre la France industrielle et la France rurale par exemple. En réalité, le mouvement est parti de partout, aussi bien dans le sud-ouest que dans le nord-est, on voit donc quelque chose qui correspond exactement à la France périphérique, c’est-à-dire à la répartition des catégories modestes et populaires dans l’espace. Cette typologie casse celle de la France du vide qui n’est plus pertinente et cela nous montre bien les effets d’un modèle économique nouveau qui est celui de la mondialisation. C’est pour cela que je dis que le mouvement des Gilets jaunes n’est pas une résurgence de la révolution française ou de mai 68, cela est au contraire quelque chose de très nouveau : cela correspond à l’impact de la mondialisation sur la classe moyenne au sens large : de l’ouvrier au cadre supérieur. La classe moyenne ce ne sont pas seulement les professions intermédiaires, c’est un ensemble, ce sont les gens qui travaillent et qui ont l’impression de faire partie d’un tout, peu importe qu’il y ait des inégalités de salaires.

Comment avez-vous accueilli les différentes analyses qui ont pu être faites du mouvement ?

Ce qui était malsain dans l’analyse qui en a été fait, cela a été le moment ou l’on a dit « en réalité, ils ne sont pas pauvres ». On opposait une nouvelle fois les pauvres aux classes populaires alors que la presque totalité des pauvres sont issus des classes populaires. Il y a un lien organique entre eux. Quand on prend ces catégories, ouvriers, employés, paysans etc.…ils peuvent être pauvres, au chômage, et même quand ils ont un emploi, ils savent très bien que la case pauvreté est toute proche sur l’échiquier.  Surtout, ils ont un frère, un cousin, un grand parent, un ami, un voisin qui est pauvre. On oublie toujours de dire que la pauvreté n’est pas un état permanent, il y a un échange constant entre classes populaires et pauvreté. Opposer ces catégories, c’est refuser ce lien organique entre pauvres et travailleurs modestes. C’est donc ne rien comprendre à ce qui se joue actuellement.

Quelles sont les causes du diagnostic que vous dressez ?

Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est une dysfonction entre l’économie et la société. Et cela est la première fois. Avant, l’économie faisait société, c’était les 30 glorieuses avec un modèle économique qui intègre tout le monde et qui bénéficie à l’ensemble de la société. Là, nous avons un modèle qui peut créer de la richesse mais qui ne fait pas société.

Le modèle économique mondialisé, parce qu’il n’a pas de limites, frappe les catégories sociales les unes après les autres. Après les employés, il y a les professions intermédiaires, les jeunes diplômés, et après nous aurons les catégories supérieures. La seule chose qui protège les catégories supérieures est qu’elles vivent aujourd’hui dans des citadelles. C’est ce qui fait                aussi que la baisse du soutien des français au mouvement des Gilets jaunes touche ces catégories-là. Mais cela n’empêche pas que le socle électoral d’Emmanuel Macron se restreint comme peau de chagrin, cela est mécanique.

Depuis les années 80, on a souvent compensé ces destructions d’emplois sur ces territoires par des emplois publics, mais les gens ont parfaitement compris que ce modèle était à bout de souffle. Les fonctionnaires de catégorie B et C, qui sont présents dans le mouvement, ont compris que cela était fini, qu’ils n’auraient plus d’augmentations de salaires ou que leurs enfants ne pourront plus en profiter. On a bien là une angoisse d’insécurité sociale qui s’est généralisée à l’ensemble de ces catégories qui étaient, hier, totalement intégrées à la classe moyenne, et cela démontre bien comment un mouvement parti des marges est devenu majoritaire. Cela est la limite du modèle économique néolibéral. Je n’aurais aucun problème à adhérer au modèle néolibéral, s’il fonctionnait. On a vu comment cela avait commencé, ouvriers d’abord, paysans etc.. Et aujourd’hui, des gens que l’on pensait finalement sécurisés sont touchés ; petite fonction publique et retraités. Or, ce sont les gens qui ont, in fine, élu Emmanuel Macron. Son effondrement vient de ces catégories-là.

Mais les classes populaires n’ont rien contre les riches, ils jouent au loto pour devenir riches, la question est simplement de pouvoir vivre décemment avec son salaire et d’être respecté culturellement. Nous payons réellement 30 années de mépris de classe, d’ostracisation, d’insultes en direction du peuple.

Vous soulignez l’impossibilité de la coexistence entre la démocratie et un modèle économique qui ne profite plus à la majorité…

C’est ce que ne comprennent pas les libéraux. Je crois que le débat –libéral-pas libéral- est vain. Si je dis qu’il y a un problème avec ce modèle dans ces territoires, alors on me dit que je suis pour la suppression des métropoles ou que je suis favorable à un retour à une économie administrée. Et surtout, ce qui est intolérable, c’est que je cliverais la société en termes de classes sociales. En relisant récemment une biographie de Margaret Thatcher, je me suis rendu compte que le plus gros reproche fait aux travaillistes et aux syndicats dans les années 70 était justement de cliver la société à partir des classes sociales. L’argument était de dire qu’ils sont de mauvais anglais parce qu’ils fracturent l’unité nationale. Ce qui est génial, c’est que nous voyons aujourd’hui exactement les mêmes réactions avec la France périphérique. Une arme sur la tempe, on vous dit d’arrêter de parler des inégalités. Ils veulent bien que l’on parle de pauvres mais cela ne va pas plus loin.

Mais quand on regarde finement les choses, Emmanuel Macron n’aurait pas pu être élu sans le niveau de l’État providence français. À la fin il passe, évidemment parce qu’il fait le front des bourgeoises et des catégories supérieures, des scores soviétiques dans les grandes métropoles mais aussi et surtout parce que la majorité de la fonction publique a voté pour lui, tout comme la majorité des retraités a voté pour lui. C’est-à-dire les héritiers des 30 glorieuses et surtout le cœur de la redistribution française. Emmanuel Macron se tire deux balles dans le pied en attaquant la fonction publique et les retraités. Nous assistons à un suicide en direct. C’est ce qui explique qu’il soit très vite passé de 65 à 25%. Finalement, et paradoxalement, le modèle français ne résiste au populisme et perdure dans le sens de la dérégulation néolibérale que grâce à un État providence fort. Mais en l’absence d’un État providence- ce que veulent les libéraux- nous aurons alors le populisme.

Comment expliquez-vous que ce diagnostic de la France périphérique ait été aussi tardif ?
J’en veux à la production intellectuelle et universitaire parce qu’à partir du moment ou on met les marges en avant, les journalistes vont suivre cette représentation en allant voir une femme isolée dans la creuse qui vit avec 500 euros, en se disant qu’elle est Gilet jaune, tout cela pour se rendre finalement compte qu’elle ne manifeste pas. Parce que quand on est pauvre, on n’a même pas l’énergie de se mobiliser, le but est de boucler la journée. Historiquement, les mouvements sociaux n’ont jamais été portés par les pauvres, et cela ne veut pas dire qu’ils ne soutiennent pas le mouvement.

Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des journalistes qui vont dans les salons des Gilets jaunes pour vérifier s’ils ont un écran plat, un abonnement Netflix, ou un IPhone. Ils sont prêts à les fouiller, cela est dingue. Lors des manifestations de 1995, les journalistes ne sont pas allés vérifier si les cheminots avaient un écran 16/9e chez eux, ou quand il y a eu les émeutes des banlieues, de vérifier si le mec qui brule une voiture vit chez lui avec une grande télé ou pas. Cette façon de délégitimer un mouvement est une grande première. C’est la première fois que l’on fait les poches des manifestants pour savoir s’ils ont de l’argent ou pas, et s’il y en a, on considère que cela n’est pas légitime. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que si on gagne le revenu médian à 1700 euros, la perspective est que, même si cela va aujourd’hui, cela ne va pas aller demain.

L’élite n’a toujours pas compris que les gens étaient parfaitement capables de faire un diagnostic de leurs propres vies. Cette condescendance dit un gigantesque mépris de classe. J’ai moi-même été surpris, je ne pensais pas que cela irait si vite. En quelques heures, les Gilets jaunes sont devenus antisémites, homophobes, racistes, beaufs… Et là encore, on voit bien que l’antiracisme et l’antifascisme sont devenus une arme de classe.

Le climat général d’une prise de conscience vous donne-t-il l’impression que les choses pourraient changer ?
Nicolas Mathieu vient d’avoir le prix Goncourt avec son livre « Leurs enfants après eux », dont il dit qu’il s’agissait du roman de la France périphérique. Le combat culturel est en cours. Cela gagne le champ littéraire, culturel et médiatique. Les Gilets jaunes ont gagné l’essentiel, ils ont gagné la bataille de la représentation. On ne pourra plus faire comme si cette France n’existait pas, comme si la France périphérique était un concept qui ne pouvait pas être incarné par des gens. Si nous sommes encore démocrates nous sommes obligés de le prendre en compte. Ce qu’il faut espérer, c’est que les élites se rendent compte que les peuples occidentaux sont encore relativement paisibles. Le mouvement réel de la société, que nous constatons partout dans le monde occidental, et que nous ne pourrons pas arrêter, continue d’avancer, de se structurer, et que cela est de la responsabilité des élites d’y répondre. Ils n’ont pas d’autre choix, celui de l’atterrissage en douceur. Je crois que ce qui vient d’arriver, c’est que le rapport de force vient de changer, la peur a changé de camp. Aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Europe, maintenant, ils ont le peuple sur le dos. Et puis il y a une vertu à tout cela, prendre en compte les aspirations des plus modestes, c’est pour moi le fondement de la démocratie, c’est-à-dire donner du pouvoir à ceux qui n’en ont pas plutôt que de renforcer le pouvoir de ceux qui l’ont déjà.

Qu’est-ce que le mouvement des Gilets jaunes vous a appris ?

Nous avons eu en direct ce qui essentiel pour moi ; la fracture culturelle gigantesque entre tout le monde d’en haut au sens large et la France périphérique. Ce qui s’est déployé sous nos yeux, ce n’est pas seulement la fracture sociale et territoriale mais plus encore cette fracture culturelle. L’état de sidération de l’intelligentsia française rappelle clairement celle de l’intelligentsia britannique face au Brexit, et cela est la même chose aux Etats-Unis avec l’élection de Donald Trump. Cette sidération a déclenché immédiatement l’emploi des armes de l’antifascisme, parce qu’ils n’ont rien d’autre. Ils ont découvert la dernière tribu d’Amazonie et – incroyable -elle est potentiellement majoritaire.

C’est un mouvement très positif, contraire à toute l’analyse intellectuelle qui voit le peuple dans le repli individualiste, qui refuse le collectif, ou dans des termes comme celui de la « droitisation de la société française » alors que les gens demandent des services publics et un État providence. Après, on pointe le fait qu’ils sont contre l’immigration, ce à quoi on peut répondre « comme tout le monde », soit une très large majorité de Français. Le plus important est que nous avons sous les yeux un peuple qui veut faire société et des élites qui ne veulent plus faire société, comme je le disais dans « No Society » (Flammarion). C’est un moment de rupture historique entre un monde d’en haut, intellectuels, politiques, showbiz etc.… qui a peur de son propre peuple. Ils ne veulent plus faire société avec un peuple qu’ils méprisent. C’est la thèse de Christopher Lasch de la « sécession des élites ». On le voit aussi avec le discours anti-média des Gilets jaunes qui ne fait que répondre à 30 ans d’invisibilisation de ces catégories. Les classes populaires n’étaient traitées qu’au travers des banlieues et ils payent aujourd’hui ce positionnement.

C’est un mouvement fondamentalement collectif et du XXI siècle. Ce qui est très nouveau, c’est que c’est un mouvement social du « No Society », c’est-à-dire sans représentants, sans intellectuels, sans syndicats, etc. Cela n’est jamais arrivé. Tout mouvement social est accompagné par des intellectuels mais pour la première fois nous ne voyons personne parler en leur nom. Cela révèle 30 ans de sécession du monde d’en haut. Le peuple dit « votre modèle ne fait pas société », tout en disant « nous, majorité, avec un large soutien de l’opinion malgré les violences, voulons faire société ». Et en face, le monde d’en haut, après le mépris, prend peur. Alors que les gens ne font que demander du collectif.

Vous insistez beaucoup sur cette dimension majoritaire… ?

Les politiques pensent qu’en agglomérant des minorités ils font disparaître une majorité. Or, les minorités restent des minorités, on peut essayer de les agglomérer, mais cela ne fait pas un tout. Il est très intéressant de suivre l’évolution de la popularité de Donald Trump et d’Emmanuel Macron à ce titre. Trump garde son socle électoral alors que Macron s’est effondré, comme Hollande s’est effondré avant lui. Cela veut dire que l’on peut être élu avec un agglomérat de minorités, cadres supérieurs, minorités ethniques ou sexuelles -c’est à dire la stratégie Terra Nova – et cela peut éventuellement passer avec un bon candidat d’extrême droite en face. Mais cela ne suffit pas. Cela est extrêmement fragile. Quel rapport entre les catégories supérieures boboïsées de Paris et les banlieues précarisées et islamisées qui portent un discours traditionnel sur la société ? Quel rapport entre LGBT et Islam ? Et cela, c’est pour longtemps. Ils n’ont pas compris que les pays occidentaux, précisément parce qu’ils sont devenus multiculturels, vont de plus en plus s’appuyer sur un socle qui va être celui de la majorité relative. L’électorat de Donald Trump est une majorité relative mais cela est malgré tout ce que l’on appelait la classe moyenne dans laquelle des minorités peuvent aussi se reconnaitre.

On a présenté les Gilets jaunes comme étant un mouvement de blancs « Ah..ils sont blancs », comme si cela était une surprise de voir des blancs dans les zones rurales françaises. Mais ce que l’on ne voit pas, c’est que beaucoup de Français issus de l’immigration participent à ce mouvement et qu’ils ne revendiquent aucune identité, ils sont totalement dans l’assimilation. Ils font partie d’un tout qui s’appelle la classe moyenne, ou l’ancienne classe moyenne. Le mouvement a été très fort à la Réunion, on voit donc bien que cela n’est pas ethnique. Mais cela a été présenté comme cela parce que cela permettait d’avoir le discours sur l’antiracisme et l’antifascisme. Il y a eu une ostracisation des Gilets jaunes par la gauche bienpensante parce que trop blancs, mais il y aussi eu une mise à l’écart et un mépris très fort de la part de la bourgeoisie de droite. C’est la même posture que vis-à-vis du White Trash américain : ils sont pauvres et ils sont blancs, c’est la honte de la société.

Le clivage de classe domine-t-il, selon vous, les autres clivages qui touchent la société ?
La question culturelle et ethnique existe, je veux bien que l’on clive, mais ce qui est intéressant c’est de voir que par exemple qu’un juif de Sarcelles rejette le CRIF ou Bernard-Henri Levy. C’est fondamental parce que cela dé-essentialise la communauté juive. C’est la même fracture que l’on retrouve dans toute la société. De la même manière, les musulmans ne se retrouvent absolument pas plus dans les instances musulmanes que dans Jamel Debbouze.

Et à ce propos, ce que l’on voit le plus souvent, c’est que le destin des gens issus des classes populaires qui parviennent à s’élever, c’est de trahir. C’est banalement ce qui se passe parce que cette trahison permet l’adoubement. Edouard Louis fait son livre en ciblant sa propre famille, alors il fait la une des magazines. On a vu le même phénomène aux Etats-Unis avec le livre de J.D. Vance (Hillbilly Elegy), qui est quand même plus intéressant, mais il décrit aussi le « White Trash » en disant que la classe ouvrière américaine n’est quand même pas terrible, qu’ils sont fainéants, qu’ils boivent et qu’ils se droguent, et cela lui a permis d’accéder au New York Times. En rejetant son propre milieu.

Je n’ai pas de jugement moral sur les classes populaires, je prends les Français tels qu’ils sont. Je ne demande à personne d’arrêter de penser ce qu’il pense, notamment sur l’immigration. De toute façon cette question va être réglée parce que 80% des Français veulent une régulation, et qu’on ne peut pas penser cette question comme on le faisait dans les années 60, parce que les mobilités ont évolué. La question n’est même plus à débattre. Les gens que je rencontre en Seine Saint Denis qui sont majoritairement d’origine maghrébine ou sub-saharienne veulent l’arrêt de l’immigration dans leurs quartiers. C’est une évidence.

Il ne faut pas oublier que les deux candidats de 2017 rejetaient le clivage gauche droite. Les gens se positionnent par rapport à des thématiques comme la mondialisation ou l’État providence, et de moins en moins sur un clivage gauche droite. Aujourd’hui, des gens comme ceux qui sont avec Jean-Luc Mélenchon ou avec Laurent Wauquiez veulent réactiver ce clivage. En faisant cela, ils se mettent dans un angle mort. Gauche et droite sont minoritaires. Jean-Luc Mélenchon a derrière lui la gauche identitaire qui dit – »nous sommes de gauche »- mais cela lui interdit de rayonner sur ce monde populaire. La question est donc celle du débouché politique, mais tout peut aller très vite. L’Italie a basculé en 6 mois.

Vous n’avez pas évoqué les violences du mouvement, comment les « comprendre » ?

À la fin des années 90, j’avais fait une analyse croisée sur la relance de politique de la ville et les émeutes urbaines. On voyait bien que toutes les émeutes urbaines génèrent une relance des politiques de la ville. La réalité est ce que cela marche. Et surtout, le mouvement des Gilets jaunes n’existerait pas en France et dans le monde sans les violences aux Champs-Élysées. Le New York Times a fait sa Une parce qu’il y avait cela, parce que cela est parfaitement corrélé à ce qu’est la communication aujourd’hui. Il y a cette violence et il faut la condamner. Mais cela veut aussi dire que nous ne sommes plus au XXe siècle. C’est tout le mythe du mouvement social qui est ringardisé. Réunir des gens à République et les faire manifester jusqu’à Bastille avant qu’ils ne rentrent chez eux, c’est fini. C’est aussi une réécriture du mouvement social qui est en train de se réaliser.

Christophe Guilluy est géographe. Chercheur auprès de collectivités locales et d’organismes publics, il est également le coauteur, avec Christophe Noyé, de « L’Atlas des nouvelles fractures sociales en France » (Autrement, 2004).

Voir encore:

Pourquoi Trump remporte des victoires envers et contre tous
Nicolas Lecaussin
Le Figaro
07/05/2019

FIGAROVOX/TRIBUNE – La cote de popularité de Trump franchit la barre des 45%. Nicolas Lecaussin rappelle que cette popularité est aussi liée aux succès économiques de Trump, qu’il salue en expliquant que les facteurs à l’origine de la bonne santé américaine devraient inspirer d’autres leaders politiques, en particulier français.

Nicolas Lecaussin est Directeur de l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales) et vient de publier Les donneurs de leçons aux Editions du Rocher.

Lorsque le président Donald Trump a été élu, nombreux étaient ceux (y compris des prix Nobel d’économie) qui soutenaient que l’économie américaine allait s’écrouler et les marchés financiers dégringoler. Quand on a vu que la croissance revenait (en fait, il y a eu un ralentissement lors des deux dernières années d’Obama!), les mêmes ont affirmé que ça n’allait pas durer, que la croissance serait éphémère et que la récession ne saurait tarder! Dans son éditorial du 8 avril dernier publié dans le New York Times, le prix Nobel d’économie Paul Krugman s’obstine et écrit que Trump s’en prend à la Fed (la Banque centrale américaine) parce que l’impact des baisses d’impôts et des suppressions des réglementations n’aurait été que de la «poudre aux yeux» et n’aurait servi qu’à retarder la récession. Or on apprenait il y a quelques jours que l’économie affiche un taux de croissance à 3.2 % au premier trimestre 2019, largement au-dessus des prévisions. Malgré le «shutdown» de janvier, la croissance est tirée par les exportations et les investissements privés, très importants depuis 2017, ainsi que par les réformes dues à l’administration Trump.

La baisse de la fiscalité des entreprises et des ménages, les réductions et suppressions de normes et de réglementations, en particulier environnementales, ont donné de l’air et plus de libertés aux entrepreneurs qui ont choisi d’investir. D’où les fortes créations d’emplois ainsi que les hausses des salaires sur un marché du travail où la main-d’œuvre se fait rare.

Le premier trimestre a également été marqué par le ralentissement de l’inflation, l’indice des prix des achats intérieurs bruts augmentant de seulement 0,8%. C’est le rythme le plus lent depuis le premier trimestre 2016. Même avec la récente hausse des prix du pétrole, il n’existe aucun risque d’inflation et la Réserve fédérale ne devrait pas relever ses taux d’intérêt.

La croissance économique américaine lors des quatre derniers trimestres a été supérieure à 3 % en taux annuel alors que dans des pays européens comme la France et l’Allemagne, elle a tourné autour de 1.5 %.

Après l’annonce du taux de croissance, les dernières données sur l’emploi (Labor Statistics, 4 mai) sont aussi impressionnantes: l’économie a créé 263 000 emplois supplémentaires en avril, le taux de chômage ayant chuté à 3,6%, le plus bas taux enregistré depuis cinq décennies. Mais la meilleure nouvelle est que les plus gros bénéficiaires de ce marché du travail libéré sont les personnes qui ont connu des difficultés au cours des années de croissance lente d’Obama, c’est-à-dire les personnes peu qualifiées.

Les statistiques montrent que les Américains le moins diplômés bénéficient d’une croissance plus rapide des salaires et de l’emploi. Le secteur de la construction par exemple a créé 33 000 emplois le mois dernier et 256 000 au cours de la dernière année (2018). Le ministère du Travail a indiqué que la productivité des travailleurs avait augmenté de 3,6% au quatrième trimestre et de 2,4% par rapport à l’année dernière à la même époque, soit le taux le plus rapide enregistré depuis 2010. Parallèlement, en avril, la hausse du salaire horaire moyen mensuel des travailleurs non qualifiés était de 0,3%, contre 0,2% pour tous les travailleurs. Le gain salarial sur 12 mois est de 3,4% pour les moins qualifiés, contre 3,2% pour l’ensemble des employés. Même le salaire minimum est en forte hausse et les décisions politiques n’y sont pour rien. Dans 21 états américains, le salaire de base augmente régulièrement grâce au marché. La société Amazon vient même de fixer le salaire minimum à 15 dollars/l’heure et ses diverses sociétés ont fait de même.

N’en déplaise aux égalitaristes et autres progressistes, ce sont bien la croissance économique et les créations d’emplois qui font reculer la pauvreté et réduisent les inégalités.

Il y aura toujours des économistes comme Paul Krugman pour critiquer la politique économique du président Trump ou – ils sont plus rares aujourd’hui – pour attribuer les fruits de cette croissance au président Obama). Mais difficile de nier les faits économiques éternellement. Certes, on peut s’inquiéter de certaines positions protectionnistes de M. Trump mais la récente rencontre avec le Premier ministre japonais augure plutôt de belles perspectives de libre-échange entre les deux pays sans forcément passer par les organisations internationales. Pour le moment, les facteurs à l’origine de la bonne santé de l’économie américaine devraient inspirer d’autres leaders politiques, en particulier français.

L’économie mais aussi les conclusions du fameux rapport Mueller sur les prétendues collusions avec les Russes lors des élections de 2016 ont beaucoup renforcé le président américain face à ses détracteurs, et pas seulement.

Voir enfin:

L’article à lire pour comprendre ce qu’est vraiment un black bloc
Mobilisation contre la loi Travail, 1er-Mai, « gilets jaunes »… Des black blocs font régulièrement incursion dans les manifestations. Mais qui sont et que veulent ces militants d’ultragauche vêtus de noir ?
Kocila Makdeche
France Télévisions
19/04/2019

Ils sont la bête noire du gouvernement. Le 16 mars, lors du 18e samedi de manifestation des « gilets jaunes », des centaines de militants de la gauche radicale et insurrectionnelle ont mis à sac des boutiques de luxe sur Champs-Elysées et ont caillassé les forces de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a immédiatement pointé du doigt « les black blocs », des manifestants tous vêtus de noir de façon à rester anonymes.

Manifestations contre la loi Travail, 1er-Mai… Depuis quelques années, les cortèges voient régulièrement se former des black blocs, qui occasionnent à chaque fois d’importants dégâts. Que réclament-ils en s’attaquant aux banques et aux forces de l’ordre ? Qui sont ces militants d’ultragauche qui se cachent sous des masques ? Franceinfo lève le voile.

Bon, c’est quoi un black bloc ?

S’il suscite beaucoup de fantasmes, le terme « black bloc » ne désigne en réalité qu’une méthode de manifestation mise au point par des militants de la gauche radicale et insurrectionnelle. Pendant les défilés auxquels ils participent, ces individus – d’abord dispersés dans le cortège – se vêtent de noir, se masquent le visage, puis se réunissent pour créer « une sorte d’énorme drapeau noir, tissé d’êtres humains », explique le politologue Francis Dupuis-Déri, auteur d’un livre remarqué sur le sujet, Les Black blocs : la liberté et l’égalité se manifestent (Lux, 2019). « Ils forment ainsi un bloc compact permettant à chacun de préserver son anonymat. »

Il n’y a pas un seul black bloc, mais des black blocs, qui se forment à un instant T dans des manifestations puis qui se dissolvent avec elles.Francis Dupuis-Déri, politologueà franceinfo

Les participants défilent alors derrière des banderoles aux slogans anticapitalistes ou anti-Etat. « Certains renforcent leurs banderoles avec des plaques de bois, ce qui nous permet de nous protéger des tirs de LBD et des coups de matraque », explique à franceinfo Isidore*, un militant anarcho-communiste de l’ouest de la France. Cette configuration permet aussi « d’éviter la fragmentation du bloc », indique une note du Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN), ajoutant que, dans ce contexte, « l’interpellation d’un individu est rendue difficile voire impossible ». 

D’où vient ce type de manifestation ?

Sortons les livres d’histoire. Ce type de manifestation est né en Allemagne, au tout début des années 1980. Le Mur est toujours debout et, à Berlin-Ouest, des militants autonomes ont investi des squats. Quand les autorités tentent d’évacuer ces lieux, certains occupants creusent des tranchées, volent des bulldozers pour dresser des barricades et n’hésitent pas à en découdre avec la police. Pour ne pas être identifiés, les squatteurs manifestent en groupe, vêtus de noir et le visage dissimulé par un masque. Lors des procès, les juges parlent de « Schwarzer Block », « black bloc » en allemand.

Cette « tactique » se diffuse au sein du milieu anarcho-punk, via la musique et les fanzines. De petits black blocs apparaissent alors ponctuellement aux Etats-Unis et au Canada, jusqu’à un sommet de l’OMC à Seattle, en 1999. Les militants altermondialistes, qui tentent de bloquer le centre des congrès où se tient l’évènement, sont aspergés de gaz lacrymogène par la police. En réponse, un black bloc constitué de plusieurs centaines de manifestants affronte les forces de l’ordre et fracasse les vitrines des banques et des multinationales de la ville. Les images, spectaculaires, font le tour du monde. Les chaînes de télévision baptisent l’évènement « la bataille de Seattle » et évoquent des « saccages anarchistes ».

« Paradoxalement, c’est cette couverture médiatique inédite qui a participé à l’exportation du phénomène, explique Francis Dupuis-Déri. A chaque fois qu’il y a un sommet international, les militants anticapitalistes locaux décident d’imiter cette tactique. » Réunions du FMI à Prague ou à Washington en 2000sommet du G8 à Gênes en 2001… On retrouve des black blocs lors de tous ces événements.

Et en France, c’est arrivé quand ?

Un black bloc se forme à l’occasion d’un sommet de l’Union européenne à Nice, en 2000, mais la première mobilisation d’ampleur a lieu en 2009 à Strasbourg, en marge d’un sommet de l’Otan. D’après les chiffres de la préfecture, 2 000 manifestants attaquent un ancien poste de douane, l’office du tourisme et des distributeurs de billets.

Logiquement, on retrouve ces formations dans les ZAD, notamment à Notre-Dame-des-Landes ou lors de la mobilisation contre le barrage de Sivens, au cours de laquelle Rémi Fraisse a été tué par une grenade lancée par les gendarmes. Les black blocs prennent une ampleur inédite en 2016, pendant les manifestations contre la loi Travail« C’est lors de ce mouvement qu’est apparu ce qu’on appelle maintenant le ‘cortège de tête' », explique Francis Dupuis-Déri.

Contrairement aux autres mobilisations, où les black blocs se constituaient habituellement au milieu des manifestations derrière les cortèges plus traditionnels de syndicats, ils ont réussi à s’imposer au premier rang. C’est une vraie particularité française qui donne au black bloc une grande visibilité.Francis Dupuis-Déri, politologueà franceinfo

Depuis, des black blocs se forment régulièrement lors de manifestations. Cela a été le cas le 1er mai 2018 ou le 16 mars dernier, quand « gilets jaunes » et black blocs ont attaqué de nombreuses enseignes des Champs-Elysées, dont le célèbre restaurant Fouquet’s. Des événements qui ont causé le limogeage du préfet de police de Paris, Michel Delpuech.

Mais pourquoi ils cassent tout ?

Manifestations des « gilets jaunes », mobilisations d’agriculteurs, blocages de lycées… En France, il n’est pas rare que les mouvements sociaux occasionnent de la « casse ». Mais les participants aux black blocs ont la particularité de revendiquer la violence et de la placer au centre de leur action. « Ils se mettent en scène et essaient d’adopter l’image que les médias et les autorités donnent d’eux : celle de l’ennemi public numéro 1, analyse Francis Dupuis-Déri. Avec le black bloc, la cible est le message. »

« On s’en prend à ce que l’on considère comme des outils de l’oppression capitaliste : les banques, les assurances, les panneaux de publicité, les enseignes de multinationales », nous énumère Isidore*. « Nous attaquons des emblèmes, des entités matérielles et non des individus (…) Ces actions replacent l’humain comme valeur fondamentale face aux objets tant adulés par le capitalisme », peut-on lire sur un texte de revendication retrouvé sur le McDonald’s saccagé lors du 1er-Mai.

« La tradition, chez les participants au black bloc, c’est ‘on attaque le matériel, on ne fait pas de victimes' », explique Sylvain Boulouque, historien spécialiste de l’anarchisme. Pourtant, deux épisodes récents semblent déroger à cette règle : les vitres brisées de l’hôpital Necker pour enfants pendant les manifestations contre la loi Travail à Paris et l’incendie d’une banque située dans un immeuble d’habitation, le 16 mars dernier, toujours à Paris. « C’est quelque chose que l’on ne voyait pas avant, remarque l’historien. Peut-être le fait de jeunes manifestants encore peu aguerris aux pratiques du black bloc. Cela montre en tout cas que le mouvement n’est pas uniforme. » 

Ce ne sont pas tous des anarchistes ?

Ce n’est pas aussi simple, d’après les spécialistes. « On retrouve dans le black bloc toutes les composantes de la gauche révolutionnaire anticapitaliste », décrypte Sylvain Boulouque, citant pêle-mêle « des anarchistes, des marxistes révolutionnaires, des écologistes radicaux ou des autonomes ». 

Ce dernier terme renvoie à un courant d’ultragauche prônant la lutte, parfois violente, pour vivre en autonomie vis-à-vis de l’Etat et de l’économie capitaliste. Par extension, l’expression « mouvance anarcho-autonome » est utilisée par les autorités – de façon souvent imprécise, comme le souligne L’Humanité – pour qualifier toute cette galaxie d’ultragauche, des zadistes de Notre-Dame-des-Landes au  « groupe de Tarnac » en passant par les participants aux black blocs.

« On retrouve aussi des féministes et des militants queer radicaux dans le black bloc, ajoute Francis Dupuis-Déri. On pense souvent le black bloc en termes masculins, mais il regroupe de plus en plus de femmes, ce qu’on ne remarque pas forcément à cause des vêtements noirs. » 

Quel est le profil des manifestants du black bloc ?

C’est la grande question. Interrogé sur ce point, Isidore répond du tac au tac : « Les médias sont obsédés par l’idée de dresser un profil sociologique type des participants aux black blocs. La réalité, c’est qu’on retrouve sous les cagoules tous ceux qui subissent ou constatent la violence étatique : des prolétaires, des étudiants, des intellectuels, des personnes racisées des quartiers populaires, des femmes… » Une mystique de la révolte anonyme et populaire que l’on retrouve régulièrement dans les publications liées aux black blocs. Ainsi, un communiqué de militants italiens affirmait : « Voulez-vous voir les visages sous les foulards, les casques, les cagoules ? Ce sont les mêmes qui vous versent un loyer pour des logements décrépits. »

Ce sont les visages qui préparent votre cappuccino, ce sont les visages de celles et ceux dont le sang est drainé par la précarité, dont la vie est de la merde, et qui n’en peuvent plus.Un communiqué de militants italiens

Cette description tranche avec les profils que l’on retrouve à la barre, lorsque des procès de black blocs sont médiatisés. Comme le note le chercheur Olivier Cahn, ces personnes sont souvent très éduquées et exercent des professions intellectuelles supérieures. C’était notamment le cas après le 1er-Mai où un homme de 29 ans, diplômé de la prestigieuse Ecole centrale et occupant un emploi de consultant rémunéré 4 200 euros par mois, figurait sur le banc des prévenus.

Faut-il, pour autant, faire de ces cas une généralité ? « Quand ils parviennent à interroger des black blocs, les journalistes ont logiquement tendance à tendre le micro à des personnes qui leur ressemblent sociologiquement. C’est la même chose pour moi qui suis chercheur. C’est une loupe déformante à laquelle il faut être attentif », alerte Francis Dupuis-Déri. Même mise en garde du côté de Sylvain Boulouque : « Il est faux de dire que le black bloc est uniquement constitué de fils de profs. Quand on observe les cortèges à Paris, on se rend compte que les profils sont assez bigarrés. » 

Qu’est-ce qu’ils font dans les manifestations de « gilets jaunes » ?

Historiquement, on retrouve régulièrement des black blocs dans les mouvements sociaux dont les revendications correspondent aux combats de la gauche radicale. « Les black blocs ont investi les contre-sommets internationaux orchestrés par les organisations altermondialistes, auxquelles ils ne s’identifient pourtant pas. Mais ils venaient parce qu’ils partageaient avec elles une colère et des intérêts. C’est sans doute la même chose avec les ‘gilets jaunes' », analyse Francis Dupuis-Déri.

« C’est assez logique qu’ils participent à un mouvement populaire comme celui des ‘gilets jaunes' », estime de son côté Sylvain Boulouque, rappelant que le même processus a été observé lors des manifestations contre la loi Travail.

Le discours du black bloc, c’est de dire que les manifestations traditionnelles n’apportent rien puisqu’elles ne font pas fléchir le pouvoir. On est exactement dans cette configuration avec les « gilets jaunes ».Sylvain Boulouque, historienà franceinfo

Mais je croyais que les « gilets jaunes » rejetaient toutes les organisations politiques…

C’est en effet le mot d’ordre depuis le début du mouvement, le 17 novembre dernier. « Mais le black bloc n’est pas une organisation politique, rappelle Sylvain Boulouque. Ses participants rejettent d’ailleurs toutes les structures partisanes, c’est un point commun qu’ils ont avec les ‘gilets jaunes’. »

Les rapports entre les « gilets jaunes » et les militants du black bloc ont d’abord été compliqués, les premiers accusant les deuxièmes d’être responsables des violences survenues lors des premiers samedis de manifestation et de donner une mauvaise image du mouvement. Aujourd’hui, la situation semble s’être inversée : en observant les débats sur les groupes Facebook des « gilets jaunes », on constate une sympathie grandissante des manifestants à l’adresse du black bloc. « Au début, j’étais contre, mais au bout d’un moment, à force de voir des ‘jaunes’ pacifistes mutilés par les forces de l’ordre, j’ai compris que c’était eux qui avaient raison », estime Nicolas, un « gilet jaune » originaire de l’Oise.

Ce rapprochement a atteint un sommet le 16 mars, quand des « gilets jaunes » et des militants du black bloc se sont retrouvés côte à côte sur les Champs-Elysées dans une brutale démonstration de force commune. Christophe Castaner a d’ailleurs dénoncé une « immense complaisance » des « gilets jaunes » vis-à-vis des « 1 500 black blocs » présents dans le cortège.

J’ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ?

Le black bloc n’est pas un courant politique mais une manière de manifester. En France, on a pu observer des black blocs pendant des manifestations de « gilets jaunes » à Paris, Bordeaux, Toulouse ou Nantes, donnant lieu à des scènes de guérilla urbaine. Chaque fois, une multitude de militants issus de la gauche radicale et insurrectionnelle, vêtus de noir pour rester anonymes, se réunissent derrière des banderoles aux slogans anticapitalistes et anti-Etat. Une tactique née en Allemagne dans les années 1980 et utilisée pour affronter la police, considérée comme le bras armé d’un Etat autoritaire, et détruire les vitrines des banques et les panneaux publicitaires, symboles à leurs yeux de l’oppression capitaliste.

Ces violences ont atteint un niveau inédit lors du 18e samedi de mobilisation des « gilets jaunes », le 16 mars, avec l’incendie d’une banque et du Fouquet’s. Sur les réseaux sociaux, certains appellent à de nouveaux épisodes insurrectionnels, notamment le 1er-Mai. De quoi inquiéter le gouvernement, qui a fustigé « l’immense complaisance » des « gilets jaunes » vis-à-vis des black blocs.

COMPLEMENT:

Christophe Guilluy: « La classe moyenne occidentale ne veut pas et ne va pas mourir »

Alexandre Devecchio
Le Figaro
19/05/2019

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Pour le géographe, on aurait tort de vouloir trop rapidement refermer la page des «gilets jaunes». Selon lui, le mouvement n’est que le symptôme d’une recomposition populiste beaucoup plus large qui touche toutes les démocraties occidentales. Et la question du retour des peuples sera l’enjeu majeur des décennies, voire du siècle à venir…

L’auteur de «No society. La fin de la classe moyenne occidentale» (Flammarion) aurait pu passer ces six derniers mois 24 heures sur 24 sur les plateaux de télévision. En effet, avant tout le monde, Christophe Guilluy avait vu l’existence et la révolte de la France périphérique dont le mouvement des «gilets jaunes» a été l’incarnation vivante. Mais plutôt que de jouer les prophètes médiatiques, le géographe a préféré se taire. Pour mieux observer, mais aussi pour laisser enfin la parole aux «invisibles». Six mois après le début du mouvement, alors que celui-ci s’est essoufflé et abîmé dans la violence, il en dresse un premier bilan.

FIGAROVOX.- Six mois après, quel regard portez-vous sur le mouvement des Gilets jaunes?

Christophe GUILLUY.- Le mouvement a été l’incarnation charnelle du concept de France périphérique. La carte des ronds-points de novembre, c’est exactement la géographie de cette France-là: c’est-à-dire une géographie complètement dispersée. Ce n’est pas seulement la France rurale contre la France urbaine, ni la France du Nord et de l’Est contre la France du Sud et de l’Ouest, mais c’est bien tout cela à la fois : un phénomène plus large qui imprègne l’ensemble du territoire et est potentiellement majoritaire. Ce que j’avais voulu montrer avec ce concept de France périphérique, c’est justement que nous n’arrêtons pas de travailler sur des marges, des fractions, des minorités sans nous intéresser à une catégorie beaucoup plus importante en termes de taille et de poids : les classes populaires, socle de l’ancienne classe moyenne. Ces classes populaires, ce sont à la fois les ouvriers, les indépendants, les paysans, des actifs, des chômeurs, des jeunes, des retraités : l’ensemble des catégories modestes.

(…)

Depuis quarante ans, la société française est représentée comme une addition de minorités et analysée à partir de ces dernières. Le mouvement des « gilets jaunes » casse cette représentation et vient contredire ces analyses qui véhiculent l’idée qu’au fond la France et donc le peuple n’existe pas. On se rend compte, avec la vague des « gilets jaunes » en France mais aussi la vague des brexiters au Royaume-Uni ou des trumpistes aux États-Unis, que le peuple existe et c’est d’ailleurs ce qui explique le soutien majoritaire des « gilets jaunes » dans l’opinion. Le peuple est en train d’imposer une vaste recomposition politique. Car, sur les ronds-points, il y avait des ouvriers qui hier votaient à gauche, des paysans qui hier votaient à droite, des urbains et des ruraux, des jeunes, des actifs et, pour la première fois même, des retraités. Ils formaient hier le socle d’une classe moyenne occidentale intégrée. Celle-ci s’est totalement affranchie des appartenances gauche-droite traditionnelles. Le renversement est historique. Une part importante des deux Français sur trois de Giscard, hier intégrée économiquement et représentée politiquement et culturellement, ont basculé dans une contestation durable du modèle dominant. Tenter d’analyser ce mouvement comme un phénomène conjoncturel est une absurdité. Il est au contraire le produit du temps long et devrait s’inscrire durablement dans l’avenir.

(…)

De la même manière que les brexiters ne vont pas s’évanouir dans la nature. Les Britanniques ont cru qu’en gagnant du temps les classes populaires allaient abandonner. Et cela explique la percée spectaculaire du Brexit Party. Nigel Farage surfe sur le « gilet-jaunisme » britannique ! Farage, qui a créé un parti avec trois bouts de ficelle, pèse davantage en six mois que les tories et les travaillistes réunis, qui existent depuis des siècles. Cela veut dire qu’il s’appuie sur un socle et ce socle s’appelle le peuple. La question du morcellement est piégeante, c’est une lecture ultralibérale qui tend à justifier l’abandon du bien commun et in fine à invisibiliser un conflit vertical entre le haut et le bas. Évidemment que la société se commnautarise et que c’est inquiétant, mais cela ne doit pas éluder le phénomène majeur du XXIe siècle, qui est la recomposition d’une majorité dont le socle est composé par les classes populaires et moyennes. Elles ont fait un diagnostic concernant la mondialisation. Après y avoir adhéré, elles ont pu constater que celle-ci les appauvrissait socialement et les fragilisait culturellement. Elles ne vont pas changer d’avis de sitôt.

(…)

Tout mouvement social depuis vingt ans génère malheureusement de la violence. Ce n’est pas le propre des «gilets jaunes ». Certains « gilets jaunes » ont compris que cette violence faisait parti de la communication au XXIe siècle. Tout le monde la condamne, mais elle permet de faire la une du New York Times. Cependant, elle est d’abord et avant tout le fait des black blocs, qui viennent maintenant perturber toutes les manifestations depuis plusieurs années. Et qui sont ces black blocs ? Des enfants de la bourgeoisie ! Par ailleurs, si les « gilets jaunes » étaient réellement une tribu parmi d’autres, cela ferait longtemps que les médias n’en parleraient plus et ils n’auraient pas autant inquiété les politiques. Le soutien d’une très grande partie des Français encore aujourd’hui montre au contraire la profondeur de ce mouvement dans la société. La stratégie du monde d’en haut est toujours la même. Quand un phénomène populiste se produit, il est présenté comme accidentel et minoritaire. Les brexiters ? « Des vieux retraités xénophobes du Yorkshire ! » Sauf que c’est la majorité du peuple britannique qui a voté pour le Brexit ! On a utilisé exactement les mêmes procédés rhétoriques pour les « gilets jaunes » : « fumeurs de clopes qui roulent en diesel », « poujadistes », « peste brune » et enfin « nouveaux barbares attaquant les hôpitaux ». Depuis les années 80, une certaine bourgeoisie morcelle et « minoritarise » pour mieux invisibiliser les classes moyennes et populaires majoritaires (comme hier la bourgeoisie traditionnelle mettait en avant les pauvres pour mieux minorer le prolétariat). Mais l’addition des minorités ne fait pas une majorité. C’est ce qui explique la défaite de Clinton face à Trump même si ce dernier n’a gagné qu’avec une majorité relative. (Une majorité relative sera toujours plus puissante que l’addition de minorités…) Ce n’est pas un hasard non plus si Macron s’effondre en six mois dans les sondages tandis que Trump se maintient. La victoire de Macron est une construction intellectuelle « terranovesque » qui repose sur du sable tandis que Trump bénéficie d’une base solide. Je pense que, paradoxalement, nous sommes en train de sortir de la société liquide. Les observateurs ont beaucoup insisté sur le caractère disparate des revendications des « gilets jaunes »… Je crois au contraire que la France périphérique qu’on ne voulait pas voir est apparue physiquement. Ce qu’on voit très bien se mettre en place en Occident, c’est cette recomposition. Un phénomène incroyablement collectif. Cela fait quarante ans qu’on nous parle du « vivre ensemble », du « bien commun », des « valeurs de la République »… Mais cela ne fonctionne pas comme cela dans la vie réelle. Dans la vie réelle, il y a des gens qui vivent sur les mêmes territoires et qui partagent ou non des choses. Or ce qu’on a vu, c’est que, contrairement à ce qu’on disait, les classes populaires ne se réduisent pas à des catégories atomisées, individualistes, sans volonté politique ou sans énergie. Tout cela est faux. On a vu des gens se réunir avec une même perception des effets du modèle mondialisé dans leurs villes, leurs villages, leurs vies réelles. Et cette perception, c’est que ce modèle ne marche pas. Et ça, c’est irrépressible. On peut faire tous les grands débats du monde, leur point de vue ne changera pas car cela fait quarante ans qu’ils vivent la mondialisation et c’est sur ce vécu qu’il fonde leur diagnostic. Ce diagnostic n’est pas spécifique à la France : c’est celui des classes populaires dans l’ensemble des pays développés. Cela passe par le Brexit en Grande-Bretagne, par Trump aux États-Unis, par Salvini en Italie, par les « gilets jaunes » en France. Cela prend des formes différentes dans chaque pays, mais cela se fera car c’est le mouvement réel de la société. Macron avait imaginé que la France périphérique serait le cimetière de la classe moyenne française, comme Clinton avait imaginé que l’Amérique périphérique serait le cimetière de la classe moyenne américaine. Ils pensaient que nos territoires allaient se transformer en zone touristique avec des assistés sociaux qui remplieraient leur caddie au hard discount du coin. Mais la classe moyenne occidentale ne veut pas et ne va pas mourir. En cela, le mouvement des « gilets jaunes » est d’abord un mouvement existentiel et c’est pourquoi il ne rentre pas dans la case « mais quelles sont vos revendications ? ». C’est un mouvement qui dit une chose simple : « nous existons ». La question de la démocratie et de la représentation est centrale. Il faut enfin faire exister cette France-là qui, encore une fois, est majoritaire. Pas pour annihiler la France d’en haut, mais parce qu’il est impossible de faire société sans le peuple.

(…)

Au début, ce qui était frappant sur les ronds-points, c’est qu’il y avait des « gilets jaunes » de droite, de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche et des abstentionnistes. Le peuple tel que nous le connaissons en famille, où l’on peut s’engueuler à l’apéro mais où on termine le repas ensemble. La question des minorités est d’ailleurs intéressante. On a beaucoup dit que le mouvement était « blanc ». Les « minorités » n’étaient pas majoritaires sur les ronds-points car elles ne le sont pas dans la France périphérique, mais elles étaient bien présentes. Simplement, elles ne sont pas venues en portant leur identité en étendard. Elles n’étaient pas imprégnées de l’« idéologie universitaire ». Elles faisaient partie de la famille, du peuple. Personne ne s’est jamais interrogé sur la couleur ou l’identité de Priscillia Ludosky, qui a pourtant lancé le mouvement. Elle-même n’y a jamais fait référence. Mais, à partir du moment où un mouvement issu de la France périphérique, qui se déroule sur les ronds-points, est aspiré par les grandes métropoles, il devient autre chose. Le mouvement des « gilets jaunes » a ainsi été imprégné par la sociologie des grandes métropoles. Il est d’abord devenu beaucoup plus politique. Car les grandes métropoles sont les lieux où le politique s’exerce encore et où le clivage droite-gauche existe toujours, c’est d’ailleurs pourquoi le monde journalistique ou universitaire y croit encore. Certains habitants des grandes métropoles sont devenus acteurs des manifestations, notamment des gens qui travaillent dans la fonction publique, qui sont traditionnellement plus proches de la gauche ou de l’extrême gauche. Les manifs des « gilets jaunes », qui à l’origine étaient des manifs de la France périphérique, sont ainsi devenues des manifs de gauche. Priscillia Ludosky l’a compris. C’est pour cela qu’elle a dit qu’il fallait relocaliser le mouvement dans la France périphérique, que c’était là que se trouvait sa légitimité. Elle a parfaitement raison et c’est là aussi qu’il est le plus puissant car il est dispersé. Un mouvement est faible lorsqu’il est concentré. La concentration dans les grandes métropoles l’a affaibli. Mais même en région parisienne, même dans les grandes métropoles, beaucoup de « gilets jaunes » sont conscients de cette récupération et ne souhaitent pas, par exemple, que La France insoumise ou la CGT noyautent le mouvement. Cela montre que les « gilets jaunes » ne sont pas manipulables et pas arrêtables. Cela rend le mouvement très complexe pour le gens de gauche, mais aussi pour les gens de droite. Il n’entre dans aucune des représentations traditionnelles, qui sont en train de s’effondrer. Cela reflète aussi la recomposition politique actuelle avec une incapacité de la droite et de la gauche à s’adresser aux marges populaires. Notamment parce qu’il est absurde de séparer le social et le culturel, comme le font la gauche et la droite aujourd’hui. Le mouvement est à la fois social et culturel. Et les gens ne reviendront vers les partis traditionnels que si cette double dimension est prise au sérieux. De même que Macron arrive en tête ou en deuxième position aux élections européennes, cela ne changera rien aux fondamentaux de la société française.

(…)

Macron me semble peu crédible car il a des représentations et un logiciel hérités des années 80. L’idée que la société est un patchwork de communautés, que le libéralisme va faire ruisseler de la richesse sur tout le monde. Lors du grand débat, il est apparu comme un Bernard Tapie qui aurait fait l’ENA. Nous sommes pourtant en train de sortir des années 80. Maintenant, il va falloir penser un modèle alternatif qui passera notamment par le développement de la gouvernance locale. À long terme, c’est le seul moyen de sortir de la crise des « gilets jaunes ». Cela ne sera pas simple. Cela fait quarante ans qu’on massacre les classes populaires, ce n’est pas en quatre mois qu’on va trouver les réponses. D’autant que nous avons une classe politique qui a été conçue pour représenter une classe moyenne intégrée. C’est long de réécrire des programmes politiques en répondant à une demande nouvelle qui est la demande sociale, territoriale et culturelle d’un monde d’en bas qui n’est plus représenté. Les partis ont tendance à représenter quelque chose qui n’existe plus. D’où la fin du Parti socialiste et la difficulté pour la droite de dépasser les 15 %. Il faut commencer par accepter un diagnostic simple : il existe un peuple en Grande-Bretagne, il existe un peuple aux États-Unis et, même, il existe un peuple en France.

 


Mode: Les sionistes ont même inventé le look WASP ! (50 years of Ralph Lauren: How a Brooklyn-born son of Russian-Jewish immigrants almost single-handedly sold America and the world the old money New England look)

17 mars, 2019
Cheveux blancs, peau bronzée, sourire conquérant. Le petit Ralph Lifschitz - Lauren est un pseudo - s'est constitué un personnage taillé pour la publicité. Une image idéalisée de l'Amérique qui tapisse son bureau comme ses boutiques. https://scontent-cdt1-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/10407816_10152590664390071_4019207009613686867_n.jpg?_nc_cat=107&_nc_ht=scontent-cdt1-1.xx&oh=dde54470b8d9ecba6716cdd408368e75&oe=5D0BB99F
https://i.pinimg.com/originals/59/b7/6e/59b76ec056faf8a0816d30ef1b00e1c7.jpgImage result for RALPH LAUREN PREPPY LOOKhttps://i.pinimg.com/originals/43/58/30/43583079d810c463669af4caa33bd32e.jpghttps://i2.wp.com/comm396-s16.ascjclass.org/wp-content/uploads/sites/20/2017/10/Royalty-Lauren-Ad-2.jpghttps://i0.wp.com/www.ivy-style.com/wp-content/uploads/2014/10/wallpaper.jpg https://timedotcom.files.wordpress.com/2015/09/lauren.jpeghttps://i.etsystatic.com/14608849/r/il/019bbc/1608803273/il_fullxfull.1608803273_gcnp.jpg
https://scontent-cdt1-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/53800891_10205836926759399_8735189174769942528_n.jpg?_nc_cat=102&_nc_ht=scontent-cdt1-1.xx&oh=c37a4e6722113f4bbe9fa2ad18dd2c9a&oe=5D0C3BD6

Au début, on me disait : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? » Ralph Lauren
There were also people who thought that because I was Jewish, I had no right to create these preppy clothes. Harvard, Yale, Princeton. Ralph Lauren
Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? Mayo Methot
The novels of F. Scott Fitzgerald, for example are peopled with earnest heroes who hailed from the Midwest but who came to play in the racy world of New York via Princeton or Yale. Cooke
Not only will I not say that again, but I’ll be more thoughtful going forward in the way that I talk about our marriage, and also the way in which I acknowledge the truth of the criticism that I have enjoyed white privilege. So yes, I think the criticism is right on. My ham-handed attempt to try to highlight the fact that Amy has the lion’s share of the burden in our family — that she actually works but is the primary parent in our family, especially when I served in Congress, especially when I was on the campaign trail — should have also been a moment for me to acknowledge that that is far too often the case, not just in politics, but just in life in general. I hope as I have been in some instances part of the problem, I can also be part of the solution. Beto O’Rourke
It was the second apology O’Rourke made during the podcast. The first was for his writings as a teenager when he was a member of a group of activist hackers. Those writings, which came under the pseudonym « Psychedelic Warlord » and included a piece of fiction from a killer’s point of view, were revealed in a Reuters report. He said he was « mortified to read it now, incredibly embarrassed … whatever my intention was as a teenager doesn’t matter. » « I have to look long and hard at my actions, at the language I have used, and I have to constantly try to do better, » he said. The comments came as O’Rourke responded to a question about how he would combat white supremacy. O’Rourke criticized President Donald Trump, saying that Mexican and Muslim children « internalize it » when the President attacks them with a broad brush. He also criticized Trump’s response to the violence at a white supremacists’ rally in Charlottesville, Virginia, in 2017. « We also have to confront this racism, this xenophobia, this nativism and this hatred, or else I’m confident it will consume us. And so calling it out is part of it, and then setting an example of how we want to treat each other, » he said. CNN
The Vanity Fair cover photo of Beto O’Rourke, taken by Annie Leibovitz, is an apparent homage to the famous Time magazine portrait of Ronald Reagan when he was chosen as Man of the Year in 1980. (…) Reagan was shown in a blue shirt and jeans with a brown leather belt and his hands on his hips. (…) O’Rourke, a former Democratic Texas congressman, was photographed with a light-blue shirt, tucked into a pair of jeans and a leather belt. He is standing next to his truck on a dirt road and has his hands on his hips. (…) O’Rourke is entering a crowded field of candidates for the Democratic nomination. The latest Real Clear Politics average puts O’Rourke a distant 6th place with 5.3 percent. Former Vice President Joe Biden, who has not yet announced a bid, leads the pack in the high-20’s with Sen. Bernie Sanders, I-Vt., sitting in second place. O’Rourke exemplifies a new normal. None of the other major white progressive candidates—Bernie Sanders, Elizabeth Warren, or Kirsten Gillibrand—invoked God in their presidential announcements either. (Amy Klobuchar, who is running as a comparative moderate, did.) Today’s white liberals don’t only talk about faith less than their predecessors did. They talk about it in a strikingly different way. Earlier Democrats invoked religion as a source of national unity. (…) The implication was that religious observance was something Americans of both parties shared. Today, by contrast, progressive white candidates more often cite religion as a source of division. In his announcement video, O’Rourke boasted that during his Senate campaign in Texas, “people allowed no difference, however great or however small, to stand between them and divide us. Whether it was religion or gender or geography or income, we put our labels and our differences aside.” The only reference to faith in Warren’s announcement speech was an acknowledgment that “we come from different backgrounds. Different religions.” The lone reference in Sanders’s was a call for “ending religious bigotry.” While white progressives once described religion as something that brought Americans together, they’re now more likely to describe it as something that drives them apart. It’s not hard to understand why. For starters, the percentage of white Democrats who express no religious affiliation has skyrocketed. According to unpublished data tabulated for me last year by the Public Religion Research Institute (PRRI), 8 percent of white Democrats expressed no religious affiliation in 1990. By 2016, the figure was 33 percent. In 1990, white self-described liberals were 39 points more likely to describe themselves as Protestant than as religiously unaffiliated. By 2016, religiously unaffiliated beat Protestant by nine points. Secular Democrats haven’t only grown more numerous. They’ve also become some of the party’s most motivated activists. As The Atlantic’s Emma Green has noted, a PRRI poll taken last August and September found that Democrats who shun organized religion were more than twice as likely to have attended a political rally in the previous year than Democrats who identify with a religious group. The other reason liberal candidates more often describe religion as a source of division is the rise of Islamophobia and anti-Semitism. Before Donald Trump, Republican religious discourse was more ecumenical. The 2000 Republican convention featured a Muslim prayer, and George W. Bush regularly spoke about Americans who attended a “church, synagogue, or mosque.” In such an environment, it was easier for Democrats to depict an America divided by race, class, and gender but unified by religious faith, even if different Americans expressed that faith in different ways. Today, by contrast, since more Americans don’t practice a religion, and the president demonizes some of those who do, it’s more natural to describe religion as a rift to be overcome. But while there are legitimate reasons to talk about religion less (America has become a less religious country) and to describe it more negatively (religious bigotry has risen sharply), doing so could hurt Democrats such as O’Rourke in their efforts to defeat Trump. According to a 2016 Pew Research Center poll, while a small plurality of Democrats thinks politicians talk about religion too much, Republicans overwhelmingly think politicians talk about it too little. Among those Republicans are devout Christians who agree with Trump on abortion but consider him a detestable human being, and might be lured into voting against him by a Democrat who both spoke compellingly about a guiding faith and appeared to live by it. Democratic candidates might be tempted to pursue an opposite strategy: employing secular rhetoric to rouse their secular base. But the Democratic base isn’t overwhelmingly secular; it’s partly secular and partly religious. Republicans, by contrast, are overwhelmingly religious. Which may explain why, according to a 2017 study in the Journal for the Scientific Study of Religion, candidates who were perceived as secular experienced a “drop in Republican support that … was not balanced by an increase in Democratic support.” That’s partly because of African Americans. While many white Democrats want politicians to speak about religion less, black Democrats overwhelmingly want them to speak about it more. When asked in 2016 whether political leaders were talking about “their faith and prayer” too much or too little, black Protestants said “too little” by a larger margin than even Republicans. While only 41 percent of Democrats said it was very or somewhat important that a president shared their religious views, among black Protestants, the figure was 72 percent, again even higher than among Republicans. (…) For Harris and Booker, whose path to the Democratic nomination requires winning the black vote, religious language is a necessity. And the same religious language that helps them win over African Americans in the primary may help them win over Republicans in the general election. In their appetite for public professions of faith, black Democrats and white Republicans are similar. It’s white liberals who stand out. White progressives such as O’Rourke, Sanders, and Warren tacitly recognize that religion is no longer the force for national unity it once was. For Harris and Booker, the intriguing possibility is that it’s still unifying enough to propel them to the White House. The Atlantic
Let us count the ways in which college admissions are corrupt. They are corrupted by the reserving of spots for ‘legacy’ applicants. To qualify for one of these highly selective non-competitive places, you need to be born with forebears who attended your choice of college, and to be able to sit straight without drooling out of either corner of your mouth. Legacy places are essentially affirmative action for the wealthier sort of white people. They should not be confused with a more recent form of corruption, affirmative action for the wealthier sort of non-white people. Reserving a certain number of spots on the basis of race was originally intended to assist the upward mobility of black people, many of whose ancestors having been owned by the ancestors of the people who still monopolize legacy admissions. But these days, affirmative action effectively preserves the class advantages of any non-white applicant with good-enough SAT scores, and at the expense of a poorer non-white applicant. The exceptions to this rule are American applicants of East Asian and Indian background. These hard-working children of hard-working immigrants are penalized for their hard work and family values, and have to get higher SAT scores than other racial groups, especially African Americans. It is an inarguable fact that if America’s top colleges admitted students solely by academic merit and potential, their entire intake would be of Chinese and Indian extraction, with a sprinkling of Jews to make the jokes. All colleges rig the racial profile of their intake by explicitly racist measures. The Ivy League adds an extra layer of racial screening by insisting on ‘character’, which means impersonating the manners of white people. This is an elaborately cruel form of corruption which has grown out of the corruption of affirmative action, itself a corrective to the earlier corruption of college admissions by race and class. As William ‘Rick’ Singer is alleged to know, college admissions are openly corrupted by sporting ability. I’ve taught in what are laughably sold as top liberal arts colleges. Almost all the students on sports scholarships are semi-literate. They sleep through their lectures, which is understandable, given their rigorous training schedules. They pay their less athletic fellow students to write their papers for them, which is also understandable, given their selfless donation of their sporting talent to the community. They just sit there like sleepy bears, giving off a faint whiff of locker rooms and vanilla protein shake as they twiddle with their cellphones. College admissions are also corrupted by admitting foreign students who can’t speak or write English, but whose parents are willing to pay top dollar. It’s an open secret that many mainland Chinese and South Korean applicants to ‘top liberal arts colleges’ don’t write their application essays; either that, or their English goes into reverse after sending off the essays. But, just as you can’t fire an athlete, you can’t send the foreign students home. Finally, colleges are begging to be corrupted by donations. The more colleges replace merit with profiling on the basis of racial background, family connections, economic origin, or sporting ability, the greater the squeeze on the remaining places. This creates an incentive for bribery by ‘donation’. When colleges claim that they’re not swayed by donations, they’re lying. If they were serious about reducing the scope for bribery, they’d refuse to accept donations from families with applications active or imminent. William Deresiewicz, one of the few people to have taught at an American university and spoken honestly about the hollowing of the system, wrote a book in 2014 called Excellent Sheep. Deresiewicz believes that the risk-averse selection strategies of elite colleges have created a narrow and risk-averse elite. It now turns out that elite colleges do admit a wide and risk-embracing pool of applicants with low SAT scores — providing their parents pay a bit extra, or a lot. Everything is for sale in the American university except a decent liberal education. Money talks, and merit comes last. Huffman, Loughlin and the other parents are in court not just because they seem to have been blessed with children of inordinate stupidity, but because they grasped the rules of college corruption perfectly, and played the game the wrong way, and perhaps too well. William ‘Rick’ Singer knew the system so well that he created a simulacrum of the admissions process. He invented a fake charity, which is what most private colleges are. He paid competent students to sit entry exams, which happens all the time. He cut deals with sports coaches, rather than the coaches and the scouts cutting deals with the family. He obtained sports scholarships for students who didn’t lift a finger or a bat once they were in. And, like the elite schools, he extracted a fortune from suckers. When he gets out of prison, a brilliant career awaits, possibly as dean of a liberal arts college in Vermont. Dominic Green
Ralph Lifschitz, dit Ralph Lauren (né le 14 octobre 1939 à New York), est un entrepreneur et un styliste américain, fondateur de la marque homonyme ; il est également un symbole du style preppy et du prêt-à-porter américain. Ralph Lauren est né dans le Bronx à New York, de parents immigrés juifs de Russie : Frank et Frida Lifschitz. Son père était peintre en bâtiment. Il habite dans le même quartier que Calvin Klein, de deux ans son cadet. Les deux enfants se connaissent alors simplement de vue. Ils se soutiendront par la suite dans leur carrière respective. Dès son plus jeune âge, Ralph commença à travailler après l’école pour s’acheter d’élégants et onéreux costumes. (…) À l’âge de seize ans, Ralph et son frère aîné Jerry changent leur nom de famille Lifschitz en Lauren, à cause de moqueries de leurs camarades de classe sur ce patronyme. Le choix de « Lauren » viendrait de l’actrice Lauren Bacall, une incarnation du « rêve américain ». Certains considèrent pourtant ce changement comme un déni de leur héritage juif mais Ralph jugeait cela nécessaire pour le succès. Il étudie la gestion au City College de New York, qu’il quitta après deux ans, sans diplôme. De 1962 à 1964, il sert dans l’Armée américaine, affecté dans un centre d’entrainement, Fort Dix dans le New Jersey. (…) Passionné de mode et sans avoir étudié dans une école de stylisme, il devient vendeur dans différentes boutiques. Il se fait embaucher chez Brooks Brothers en tant que vendeur, dans leur boutique de Madison Avenue. Ses idées de nouvelles formes et couleurs n’étant pas retenues, il décide de créer une collection de cravates, très larges et à rayures, en expliquant que c’est à travers des cravates que les hommes de l’époque pouvaient s’exprimer. Ces cravates sont fabriquées à son compte et il démarche lui-même des magasins. Après un premier refus, Bloomingdale’s accepte de les vendre. (…) souhaitant créer sa propre marque, fasciné par le style chic des WASP (sans pour autant rêver de faire partie de ce monde) ainsi que du « rêve américain » (…) Il (…) emprunte 50 000 dollars (…), ce qui lui permet d’ouvrir une boutique de cravates où il vend notamment sa propre marque nommée Polo. Un an plus tard, il élargit à la vente de chemises et autres vêtements pour homme. (…) il crée, à la demande de sa femme, une ligne pour les femmes taillée dans un style masculin. Cette ligne voit pour la première fois l’emblème de la marque : le cavalier joueur de polo. En 1972, il diffuse ses fameux polos à manches courtes sortis dans plus de 24 coloris. Les polos deviennent bientôt un classique. Ralph Lauren gagne la reconnaissance du public en fournissant la garde-robe du film Gatsby le Magnifique. En 1984, il transforme la « Rhinelander Mansion », l’ancienne maison des photographes Edgar de Evia et Robert Denning, en vitrine pour Polo Ralph Lauren. Au cours des années 1980, il se lance dans la production d’accessoires pour la maison, afin de diversifier la gamme de produits de sa compagnie. C’est plus tard dans les années 1990, qu’il lance la ligne Polo Sport avec laquelle il connaît un grand succès. De cette marque Polo, il y a aussi des incontournables comme la chemise Oxford Col pointe boutonne, les pantalons Chinos, les deux très preppy, les vestes en tweed, les chemises en denim et en chambray. Le 11 juin 1997, la marque Ralph Lauren entre en bourse, au New York Stock Exchange, avec pour symbole RL. En 2007, Ralph Lauren a 35 boutiques aux États-Unis et 23 villes distribuent Ralph Lauren Purple Label. (…) En 2014, l’entreprise compte plus de 300 boutiques dans 80 pays, pèse 13 milliards de dollars en bourse et génère 6,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Ralph et sa femme Ricky, personnalité des Hamptons, ont deux fils et une fille (…) En 2012, sa fortune est estimée 7,5 milliards de dollars, ce qui la classe comme la 122e personne la plus riche au monde. (…) Il possède une villa à la Jamaïque, un manoir dans le Connecticut, une maison dans les Hamptons, un ranch dans le Colorado et un appartement dans l’Upper East Side, à Manhattan. (…) Ralph Lauren est aussi connu pour être un collectionneur automobile de sport et de luxe. Il est d’ailleurs fasciné par leur esthétique et l’histoire des concepteurs comme Enzo Ferrari ou Ettore Bugatti. Il possède, en 2011, 70 voitures de collection, qui sont stockées à Katonah, dans l’État de New York. (…) 17 des voitures de sa collection ont été exposées deux fois à Paris au Musée des arts décoratifs. Ces voitures, dont certaines ont plus de 80 ans, retracent l’histoire de l’automobile sportive de 1929 à 1996. (…) La Polo Ralph Lauren Foundation soutient des initiatives de traitement du cancer, d’assistance et d’éducation dans les communautés défavorisées. Wikipedia
Betty Joan Perske naît le 16 septembre 1924 dans le quartier du Bronx à New York. Elle est la fille unique de Natalie (née Weinstein-Bacal), une secrétaire, et de William Perske, un vendeur. Ses deux parents sont issus de l’immigration juive de l’Europe centrale. Lauren Bacall rapporte dans ses mémoires que sa mère, née à Ellis Island, a ses racines en Roumanie et son père est né dans le New Jersey de parents immigrés originaires de la région de Valojyn en Biélorussie. Elle confie également qu’elle aurait fait de ses origines sa force intérieure. Betty n’a que cinq ans quand ses parents divorcent. Elle est alors élevée par sa mère, qui la pousse à apprendre la danse et la comédie. Elle ne voit plus beaucoup son père et est très proche de sa mère. Elle décide de prendre le deuxième nom roumain de sa mère, Bacall. À l’adolescence, pendant ses études secondaires à la Julia Richman High School (en) à New York, Lauren Bacall entame une carrière de mannequin au Garment Center. Parallèlement, elle fait de petites apparitions sur scène à Broadway. En 1941, elle quitte l’école et commence des études à l’American Academy of Dramatic Arts, où elle côtoie Kirk Douglas, alors qu’elle cumule un emploi d’ouvreuse de cinéma et de mannequin. Engagée par le magazine Harper’s Bazaar en 1942 comme mannequin, elle en fait la couverture en mars 1943. Elle apparaît aussi dans Vogue. Elle se fait remarquer pour « sa grâce féline, ses cheveux blond épais et ses yeux bleu-verts ». Elle fait ses débuts sur les planches à Broadway en 1942, à l’âge de 17 ans dans Johnny 2 X 4. (…) Durant la période où elle continue à être mannequin, la femme d’Howard Hawks, Nancy, tombe sur la couverture du Harper’s Bazaar Magazine et presse son mari de lui faire passer une audition pour Le Port de l’angoisse. Cette dernière voit en elle la possibilité de réaliser l’ambition de son mari qui consiste à « créer » un nouveau profil de star de cinéma. (…) Hawks lui fait changer son prénom pour Lauren et Perske adopte définitivement le deuxième nom de sa mère, Bacall ; Lauren Bacall devient son nom de scène définitif (il y ajoute un « l », le nom de jeune fille de sa mère étant « Bacal »). Nancy Hawks la prend sous son aile. Nancy lui apprend à s’habiller de manière sophistiquée, la guide en matière d’élégance, dans ses goûts et manières. Howard Hawks demande à Bacall de s’entraîner à avoir une voix plus basse, profonde et sexy. Lorsqu’il l’emmène à Hollywood, il lui fait prendre des cours auprès d’un moniteur vocal pour abaisser la tonalité de sa voix et en faire l’archétype de la femme fatale. Lorsqu’Howard Hawks lui annonce qu’elle aura pour partenaire Humphrey Bogart, Lauren Bacall ne se montre guère enthousiaste, indiquant qu’elle aurait préféré jouer avec Cary Grant12. Le tournage est marqué par deux événements importants pour Bacall. Premièrement, elle est terrifiée par la caméra et garde la tête baissée contre sa poitrine, levant seulement les yeux pour regarder son partenaire. C’est de là que lui vient son surnom « The Look ». Ceci reste comme sa marque de fabrique. Deuxièmement, sa relation avec Bogart quitte le registre professionnel et les deux acteurs entament une relation amoureuse, au grand dam de Hawks. L’alchimie entre les deux acteurs est visible à l’écran et la réplique de Bacall à Bogart « Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve ? Vous rapprochez vos lèvres comme ça et vous soufflez ! » est classée à la 34e place dans le « Top 100 » des répliques les plus mémorables de l’American Film Institute. Le film est un succès et, à seulement dix-neuf ans, avec sa voix rauque si particulière, sa carrière est lancée. Elle va désormais « incarner la femme fatale du film noir et de la comédie sophistiquée, personnifiant un idéal de beauté à la fois androgyne et féminin ». (…) Lauren Bacall épouse Humphrey Bogart le 21 mai 1945 à Mansfield, dans l’Ohio. Pour elle, il quitte sa femme Mayo Methot, qui lança à Lauren Bacall : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » (…)  Lauren a 20 ans et Bogart 45 ans. (…) Lauren Bacall était la cousine germaine de Shimon Peres, né Szymon Perski, ancien président de l’État d’Israël et Lauréat du prix Nobel de la paix. Wikipedia
Preppy ou preppie, souvent utilisé sous le diminutif prep, est un style vestimentaire à tendance sportswear, un courant de mode, ayant pour origine les milieux de l’upper class (en) WASP de la Côte Est des États-Unis aux environs des années 1950, puis répandu entre autres dans les Hamptons plus au sud. Ce style, au départ élitiste par ses origines, est l’héritier de l’Ivy League apparu dans le groupe éponyme des grandes universités américaines ainsi que du Bobby-soxer. Son étymologie vient de « preparatory » (élève de classe préparatoire à l’université ; le terme est inventé par Erich Segal dans les années 1970, où ce style devient un classique après la sortie du film Love Story et le lancement peu de temps après d’une collection du styliste Ralph Lauren parmi ses premières. Ses représentants, pour la plupart de grandes entreprises américaines de prêt-à-porter, sont principalement l’historique J. Press (en) symbole du style Ivy League à l’origine, Brooks Brothers1, Paul Stuart (en), le mondialement connu Tommy Hilfiger, Ralph Lauren, également Fred Perry, marque immortalisée par Kennedy, J.Crew et Kate Spade dans une moindre mesure, ou plus récemment Vineyard Vines ainsi que le styliste Marc Jacobs. Pour les marques d’origine européenne, Lacoste, qui a rencontré un grand succès aux États-unis, ou plus tard Daniel Crémieux, sont des entreprises emblématiques de ce style. Le look preppy se caractérise symboliquement pour les hommes par des mocassins type « penny loafer » ou des chaussures-bateau (tels que ceux de la marque Sebago), un pantalon Chino ou type Nantucket Reds, un polo ou une chemise Oxford, une cravate reprenant les couleurs de l’université. Par extension, une sweat-shirt également aux couleurs de l’université et à larges écritures, ou une veste anglaise Barbour peuvent être un élément classique de la tenue définie comme « preppie ». Pour les femmes, des sandales en cuir aux pieds, le short ou la robe (notamment celles de Lilly Pulitzer), ou une jupe le plus souvent à motifs tartan. Les vêtements ont parfois un rapport avec les sports, dont le tennis ou le bateau ; Tommy Hilfiger précise que « l’esprit marin est la base même du preppy américain, ce style sportswear que l’on adopte chez nous, même pour aller travailler. » Le preppy, bien que très différent par ses symboles vestimentaires, est parfois comparé au « Bon chic bon genre ». Wikipedia
New England is home to four colleges that comprise the Ivy League athletic conference: Harvard, Yale, Brown and Dartmouth. The other colleges – Princeton, Cornell, University of Pennsylvania and Columbia – are also in the Northeast. In the conformist 1950s, students at these colleges popularized the Ivy League look, which had its roots in the conservative styles of New England. For men, the Ivy League look consisted of a suit with a narrow-shouldered unfitted jacket, worn with a button-down shirt, skinny tie, and penny loafers (preferably Bass Weejuns). Charcoal gray and olive were the preferred colors. Chinos and tweed blazers offered a casual alternative. The look spread beyond campuses to young men in all parts of suburban America where details such as buckle straps from Ivy trousers were transplanted to caps, shirts, and shoes. High school students wore a more extreme four-button jacket bearing the name « Jivey Ivy. » By 1960, most men sported modified Ivy models that incorporated unpadded shoulders, narrow lapels, and tapered trousers. Brooks Brothers, a citadel of conservatism, came to the forefront as the Ivy League style became popular. When the young John Fitzgerald Kennedy, a senator from Massachusetts, became the president of the United States, the Ivy League look reached the White House. Ivy League women wore cashmere twin sets, Shetland sweaters, or blazers with kilts or tweed skirts. In the summer, blouses with peter pan collars were worn with Bermuda shorts. A pearl necklace set off any outfit. The Ivy look is well bred, understated, but not fussy. Many New England men and women held to the conservative, classic styles that compromised the Ivy League look during the sartorial upheavals of the 1960s and 1970s. In the late 1970s, conservative styles once again seemed right for the times, and the Ivy League look resurfaced as the preppy look. The essential ingredients for the male preppy wardrobe included a conservative gray flannel suit, preferably made by Brooks Brothers, a long-time favorite label of New Englanders. For less formal wear, button-down oxford shirts or Lacoste polo shirts worn with khakis or corduroys sufficed. Other favorites included Harris Tweed jackets, down vests, Burberry tench coasts, L.L. Bean field coats, and camel hair Polo coats. Preppy women wore female versions of masculine styles: khaki, flannel, or corduroy slacks; a kilt or plaid skirt, a blazer or tweed jacket; and a Shetland or Fair-Isle sweater over a ruffle-necked white blouse or cotton turtleneck. Preppy styles for women were rather androgynous: female versions of the men’s styles produced by the same companies. Both genders wore clothes of Indian madras, a cotton plaid fabric that had first become popular in the early 1960s. Shoes common to both men and women were loafers or Sperry Top-Siders (boat shoes). Socks were optional. Men donned wing tips for dressy affairs while women wore simple pumps.vLike the Ivy League look before it, the preppy look emphasized the wearing of classic fabrics from natural fibers. The only departure from conservative dressing was the bright pink and green color combinations seen in preppy ensembles. Preppy clothes were well made, with attention to detail. Brand names were important. The American designer Ralph Lauren has built a financial empire on fashions inspired by this old money New England look. Michael Sletcher
The clothes look good in magazines, but look older in stores. I would never buy Polo at full price. Christina
Sometimes, I hear designers from older generations saying, ‘Oh, fashion needs to make women dream. I feel that this is really difficult today. I think it’s dated. Fashion shouldn’t make you dream in 2016. It should just be there, for us to wear. Gvasalia
Lauren built a career by brazenly positioning himself as the quintessential interpreter of the American zeitgeist. More than any designer, he has used America’s mythology — our secular religion — for profit. In doing so, he has displayed a keen understanding of our cultural symbols. He can parse the difference between a pair of blue jeans worn with cowboy boots and those worn with a black leather jacket. He sees the romance in a prairie skirt or a well-worn Native American blanket. He knows what it means in our racially conflicted society to photograph a dark-skinned, athletic black man in his preppiest, old-money brand. And he knows how a bright-eyed blonde feeds our vision of Mayflower blue bloods. And as consumers, we have bought into those symbols and made Lauren an extremely wealthy man. The Washington Post
Entering the Rhinelander Mansion on New York’s Upper East Side is like quietly opening a window into Ralph Lauren’s mind. Many describe Lauren’s superpower as his ability to turn his wildest dreams into reality, and inside that mansion, Ralph Lauren’s original flagship location, his dreams are made real in every nook and cranny of the place. Each room presents one lavish scene after the next, and it’s not hard to imagine Lauren himself toiling at the displays to make sure everything sits just right. Spaces are small and illuminated with candles and the softest of lighting, beckoning shoppers to linger. A glass of water arrives on a small silver platter, garnished with a single slice of lemon, just for you. It’s stunningly clear here, walking slowly up a staircase lined with oil paintings from the company’s collection, that Ralph Lauren is a lifestyle. No detail is left to chance: Ralph Lauren ties are fanned out on a table in front of a bar stacked high with Ralph Lauren shirts, next to a case of monogrammed Ralph Lauren cufflinks. Ralph Lauren briefcases are placed next to Ralph Lauren paperweights on a Ralph Lauren desk topped with Ralph Lauren stationery, positioned underneath a giant, glittering chandelier that can’t possibly — but maybe? — be branded Ralph Lauren. Everything, right down to the 82,000 square feet of mahogany hauled in for the mansion’s renovation in the 1980s, reeks of style and status and money. Old money. [but] Once you leave the giant department stores of New York City and head to the malls of suburbia, Ralph Lauren becomes a few racks of Oxfords, polos, and pleated pants. Reliably found in your local Dillard’s, and just as reliably found on sale. (…) Most shoppers haven’t encountered the totality of Ralph Lauren’s world. How could they? Since the early 2000s, Ralph Lauren Corporation has owned and operated at least 25 different brands. It’s a staggering list: Polo Ralph Lauren, Polo Jeans, Polo Golf, Pink Pony, Purple Label, Blue Label, Black Label, Ralph by Ralph Lauren, Lauren Ralph Lauren, Lauren for Men, Women’s Collection, RRL, RLX, Rugby, Denim & Supply, Club Monaco, Chaps, Ralph Lauren Childrenswear, Ralph Lauren Watches, Ralph Lauren Fine Jewelry, American Living, Ralph Lauren Home, Lauren Home, Ralph Lauren Paint, and Lauren Spa. Not all are still in operation. For the shoppers who actually are familiar with the company’s multitude of lines, it’s still exhausting. « The identity of the brand gets lost, » laments Efney Hall, who has been shopping Ralph Lauren for over a decade. Lauren has stepped aside to make way for a new CEO, Stefan Larsson — the first person besides Lauren to ever hold that title in the company’s 50-year history. The company has been in the process of whittling down the brand list and there are plans to refocus on just three main lines: Ralph Lauren (the new umbrella label for Women’s Collection and Purple Label), Polo Ralph Lauren, and Lauren Ralph Lauren. At the same time that Ralph Lauren is reevaluating its structure and bringing in fresh leadership, it also has to contend with the fact that the specific style of Americana that’s so deeply embedded in every inch of the brand isn’t something shoppers are clamoring to align themselves with now. If the privileged, preppy aesthetic that Lauren built his company around is no longer the height of aspiration, what will the future of Ralph Lauren look like? Ralph Lauren did not grow up living the lifestyle that would later make him a billionaire. No, Ralph Lauren was born Ralph Lifshitz, a shy Jewish kid who lived in a small, two-bedroom apartment in the Bronx with his parents and three siblings. In Genuine Authentic: The Real Life of Ralph Lauren, writer Michael Gross paints a picture of young Ralph as a dreamer, never one to run with the crowd. « If white bucks were in fashion, he wore saddle shoes, » a former classmate told Gross. « When we wore crew necks, he wore V-necks. He was always a step ahead. » lLauren’s perception of taste and class was constructed by what he saw around him, according to Gross. His richer friends’ parents drove convertibles, went on European vacations, and had country club memberships. In films, he watched Gary Cooper, Cary Grant, and Fred Astaire glide across the screen, wearing beautiful suits and getting the girls every time. (…) However, Lauren’s mother had set a strict path for Ralph: he was to be a rabbi. (…) At 19, he and his brother Jerry changed their last name from Lifshitz to Lauren. (As Gross reports it, Ralph polled friends on two alternatives, London or Lauren; he was personally partial to London.) In the official document filed for the name change, the reason listed was confusion over people, both at school and at work, who shared the same last name. In reality, Lifshitz had the word « shit » in it and Ralph’s plans for himself did not include dealing with that for the rest of his life. (…) Lauren had no professional training in design, but he believed so deeply in his wild ties that other people did too. He caught the attention of Norman Hilton, one of the biggest names in the menswear industry at the time, who eventually became the first investor in Lauren’s business. Polo Fashions, Inc., named after the posh sport (not the shirts Lauren would later become famous for), launched in 1968 and, as Hilton’s son Nick remembers it, his father poured $75,000 into the startup. By the end of his first year running Polo Fashions, Lauren had expanded from ties into full suits that the Daily News Record (a menswear trade publication that was later folded into WWD) featured alongside heavyweights like Bill Blass and Oleg Cassini. (…) It was then that he decided to change the name on his labels from Polo Fashions to Polo by Ralph Lauren, in part to imitate how other designers were using their own names on their womenswear labels. And then, for the launch of women’s button-down shirts, the company added a new design element: a small embroidered polo player. It was an overnight success. (…) As Lauren’s business grew, buoyed in large part by the ‘80s prep revival, the polo player became an integral part of the women’s and men’s lines, including on the polo shirts that became a signature of the Ralph Lauren look. Chaps was the first of many extensions that Ralph Lauren would experiment with. Chaps was Lauren’s answer to Polo knockoffs that were flooding the market. He couldn’t stop the knockoffs from being produced, so he created a cheaper line to compete with them. The company also expanded quickly through a number of licensing partnerships, a relatively easy way to put the Ralph Lauren name on a variety of products without having to deal with manufacturing any of it. (…) Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd. (…) Ralph Lauren went public in 1997 and continued to thrive throughout the early 2000s, opening new lines seemingly on a whim. (…) By 2012, Ralph Lauren stock was trading at more than $170 per share, having shot up by $100 in five years. There was so much faith in the success of the company. (…) The company employed approximately 25,000 people in 2012, and was reporting $6.8 billion in sales and net profits of $681 million. Then came the slide and Ralph Lauren’s literal and metaphorical stock began to tumble. Shares fell nearly 50 percent from a high point of $192 in May 2013 to $82 in February 2016. Sales were still holding steady, but profits slid drastically. (…) Ralph Lauren is going through operational struggles during not only a tumultuous period in the retail industry, but also a time that’s seeing a cultural shift away from what the brand stands for. The prep aesthetic has always smacked of privilege, something accessible primarily to white people with trust funds and monogrammed shirtsleeves. Now, the WASP lifestyle that completely captivated Lauren as a young entrepreneur is considered out of touch at best, offensive and oppressive at worst. Take, for instance, the media’s reaction to the company’s Olympic uniform designs this year. Headlines announcing the kits included: « Ralph Lauren’s Olympic Uniforms Are Straight Out of Prep School Hell »; « USA’s Olympic Uniforms Are WASPy Bullshit »; « Team USA’s Official Olympic Uniforms are Peak Vanilla »; and Racked’s own contribution, « I Need More From Team USA’s Olympic Uniforms ». The Daily Mail rounded up the best tweets from the debacle. (…) Today’s shoppers are interested in more democratic clothing options — options that are casual, practical, and mass. Athleisure is a $97 billion business in the US, accounting for nearly one-third of the entire apparel, footwear, and accessories market. Vetements, the French design collective led by Demna Gvasalia that no one can stop talking about, is making a killing off of what can best be described as incredibly ordinary clothing. (…) The counterculture revolution of the late ‘60s and ‘70s ushered in an era of long hair and bell bottoms as a response to the conservative style of the ‘50s. Then, in the ‘80s, Lauren led a massive preppy revival that other traditional menswear retailers like Brooks Brothers and J.Press also felt the effects of. This aligned with the Reagan era, a time when conservative politics replaced the freewheeling ideals of the previous two decades. When Lisa Birnbaum published The Preppy Handbook in 1980, it was meant to satirize the prep scene that was reemerging, but ended up being regarded as a literal handbook. The Financial Times described Ralph Lauren as the greatest fashion beneficiary of the book, saying he « cashed in as the preppy wannabe’s clothier. » Then the pendulum swung back away from prepsters in the ‘90s, when grunge became the go-to cool kid look. But in the early aughts, prep was popular yet again. Birnbaum published a sequel to the Handbook called True Prep. Lauren’s business was on an upswing. Abercrombie & Fitch had infiltrated every high school in America. (…) And now, here we are again, back at a place where anti-establishment sentiment runs deep. How does a company like Ralph Lauren react to these cultural ebbs and flows? By giving its take on whatever the look of the moment is. (…) Patricia Mears, the deputy director of the museum at the Fashion Institute of Technology, remembers observing how Lauren’s merchandise morphed to speak to different generations when she was conducting research for a book and exhibition on Ivy style at FIT in 2012. Racked
L’empire Ralph Lauren était à l’origine une ligne de cravates! Près de 40 ans après sa création, la marque est devenue un symbole américain, au même titre que Coca-Cola ou Ford. Ce qui l’inspire: les symboles américains, le cinéma, l’univers des cow-boys, des personnalités comme Ernest Hemingway et F. Scott Fitzgerald… (…) Jamais provocant, toujours propret, le style Ralph Lauren a séduit par son alliage de praticité et d’élégance discrète. Refusant de jouer le jeu de la mode périssable, Ralph Lauren a préféré produire des pièces indémodables, comme son célèbre polo. Dans les années 70, lorsqu’il se lance dans le prêt-à-porter féminin, il crée des pièces élégantes et simples. Ses tailleurs sont soignés, ses chemisiers impeccables et ses jupes toujours bien taillées. Résultat, la marque preppy a fini par représenter la bonne société américaine, prospère et distinguée. Utilisant à foison le bleu, le blanc et le rouge (les couleurs du drapeau américain), Ralph Lauren cultivera avec soin cette image très américaine, puisant notamment ses références dans l’univers du western (le jean, le cuir et les imprimés Navajos…). Homme d’affaire redoutable, il diversifiera ses activités dans les années 80, produisant également des accessoires pour la maison. Dans les années 90, sentant que les Américains se préoccupent de plus en plus de leur santé et de leur forme physique, Ralph Lauren lancera sa ligne Polo Sport qui connaît un important succès populaire depuis. Elle (Québec)
Qui ne se souvient pas des sweats estampillés Harvard et des pulls nonchalamment posés sur les épaules d’Ali MacGraw et de Ryan O’Neal dans Love Story? En 1970, Erich Segal inventait le terme « preppy ». Abréviation de « preparatory » (élève de classe préparatoire ), ce mot décrivait les jeunes Wasp (White Anglo-Saxon protestants) acceptés dans l’une des huit prestigieuses universités de l’Ivy League, sur la côte Est. Selon Segal, « l’une des caractéristiques du preppy est qu’il s’habille parfaitement au naturel »: chemises de polo, manteaux Barbour et chaussures de voile étaient les icônes d’un style populaire depuis 1933, lorsque les chemises brodées d’un crocodile créées par René Lacoste devinrent le dernier cri aux Etats-Unis. Prenant la relève pendant les années 1950 et 1960, des marques comme Brooks Brothers, J. Press et Fred Perry s’installent dans les campus et habillent les Kennedy. Le look est déjà devenu un classique quand, deux ans après la publication de Love Story, le jeune Ralph Lauren dévoile sa première collection complète pour femme: une allure 100% East Coast. Le créateur inspirera Perry Ellis ou Tommy Hilfiger, et même l’écrivain Lisa Birnbach (Ivy Leaguer invétérée elle-même), qui en 1980 publie Official Preppy Handbook, un guide satirique pour aspirants au prepdom aussitôt devenu un best-seller. « Ce style bostonien est facile à porter tout en étant très élégant », commente Gildas Loaëc, directeur artistique de Kitsuné, lui-même vêtu d’un sweat « I was in college Kitsuné ». « On parle beaucoup de son retour, ces dernières saisons, mais le preppy est un style intemporel. Il est simplement devenu plus médiatisé, donc moins associé à un certain statut social. » L’Express
Lauren Bacall a envoûté le cinéma hollywoodien par sa voix grave et son regard bleu glacé pendant plus de 60 ans de carrière. Née le 16 septembre 1924 à New York, Betty Joan Perske de son vrai nom est la fille unique d’immigrants juifs roumano-polonais, de la famille de l’ancien président israélien Shimon Peres. Une couverture du Harper’s Bazaar et quelques photos de mode à l’intérieur du magazine ont décidé de son destin, en mars 1943. Elle a dix-neuf ans, se partage entre mannequinat, petit boulot d’ouvreuse et cours d’art dramatique, dans son New York natal. La femme de Howard Hawks remarque ce physique altier, visage aux traits aigus, regard vert perçant sous les arcades sourcilières prononcées. Elle presse son mari d’auditionner la jeune beauté pour son prochain film, Le Port de l’angoisse(To Have and Have Not). Betty dit parfaitement son texte ; mais elle est si intimidée qu’elle baisse le menton tout en levant les yeux vers la caméra. Ainsi naissent les légendes: elle sera «the look», ce fameux regard en dessous, étrangement direct et mystérieux. Il y passe de la sensualité et de l’insolence, du défi et de la distance. La future star dispose encore d’un atout que ne laissaient pas soupçonner les photos: sa voix grave, aux intonations presque rauques, que Hawks lui fait aussitôt travailler. Elle s’appelle encore Betty, mais elle a déjà pris le nom de jeune fille de sa mère: Bacal. De son père, qui les a abandonnées quand elle était enfant, elle ne veut plus entendre parler. Howard Hawks, cinéaste Pygmalion qui la prend sous contrat pour sept films, lui fait ajouter un «l» à Bacal, choisit le prénom de Lauren. Dès sa première apparition à l’écran, la voilà prête à devenir la nouvelle femme fatale des films noirs qui connaissent alors leur âge d’or. Un autre Pygmalion l’attend sur le tournage: son partenaire, Humphrey Bogart, alors au sommet de sa gloire. Il a 44 ans, il est marié à l’actrice Mayo Methot, il boit trop. Le coup de foudre est réciproque, et la passion qui dévore les personnages déborde vite hors champ. Les luttes entre gaullistes et pétainistes dans les eaux de Fort-de-France, qui servent d’intrigue au Port de l’angoisse, ont laissé un souvenir plus obscur que la rencontre éclatante de sensualité et d’insolence du patron de bateau et de l’aventurière. Et la réplique fameuse: «Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve?» Cet aplomb garçonnier, cette distinction un brin voyou, ça on ne l’avait pas encore vu. La manière Bacall de traiter la séduction en bonne camarade est restée inégalée. (…) Dans les années 1950, Lauren Bacall se tourne vers la comédie, où son élégance sûre d’elle-même, sa drôlerie, son côté abrupt, un peu masculin, font merveille. Negulesco lui offre Comment épouser un millionnaire etLes femmes mènent le monde, Minnelli La Femme modèle. Elle y interprète une dessinatrice de mode mondaine, genre d’emploi qu’elle retrouvera plus tard dans Misery de Rob Reiner (1990) etPrêt-à-porter de Robert Altman (1994). (…) Pour que les choses soient claires, elle a écrit deux autobiographies, Par moi-même (éditions Stock) etSeule (éditions Michel Lafon), qui en est le complément. Des titres éloquents. Elle y raconte ses origines de fille d’émigrés juifs, roumains, allemands et polonais (elle était la cousine de Shimon Pérès), le brusque départ de son père, qu’elle refusera de revoir quand il ressurgira des années plus tard, les hommes de sa vie: après Bogart, il y a eu Sinatra, qui l’a plaquée goujatement, Jason Robards, épousé en 1961, dont elle divorcera huit ans plus tard à cause de son alcoolisme. «J’ai passé seule la plus grande partie de ma vie», a-t-elle observé. Elle trouvait que les hommes intelligents et spirituels se faisaient rares. Howard Hawks avait sans doute raison de penser que, plus qu’une actrice, Bacall était une personnalité. Un fier tempérament. Elle portait l’indépendance et les volutes de fumée comme personne. Le Figaro
Avec Bogart, elle formait le couple le plus mythique de Hollywood. Pendant plus de cinquante ans, elle a continué sa route sans lui, avant de s’éteindre à 89 ans. Elle a tout d’une princesse, mais elle est née d’un représentant de commerce et d’une émigrée juive roumaine du Bronx. Il a l’air d’un dur mais il est fils de bourgeois, cousin d’aristocrates anglais. Dès leur premier film, elle est la lumière et lui, l’ombre. Entre Lauren Bacall et Humphrey Bogart, tout commence par une réplique culte, « Vous n’aurez qu’à me siffler », lancée en 1943 sur le plateau du « Port de l’angoisse », d’une voix rauque, travaillée à la cigarette pendant trois semaines. Ce n’était que le signe extérieur d’un aplomb qui annonçait une ère nouvelle. Mais face au héros tragique, bagarreur de 44 ans qui savait si bien encaisser les vacheries du destin, elle avait, en la prononçant, le menton qui tremblait. Tant pis, elle le regarderait par en dessous pour assurer son équilibre. Une panthère qui surveille sa proie. Ainsi naquit son surnom, « The Look ». Du fond de son désespoir tranquille, Bogie a deviné la bluffeuse hors pair, qui joue comme si elle avait un brelan d’as… En réalité, elle en est encore à courir après l’ombre de papa, disparu dans la jungle où se perdent les hommes infidèles. Lauren adule sa mère. Elle survit de petits boulots : ouvreuse, mannequin dans les grands magasins, c’est-à-dire portemanteau. Il lui a fallu renoncer à l’école de théâtre, car on n’y donnait pas de bourse aux filles. Un garçon lui a déjà fait du gringue : Kirk Douglas. Mais elle a gardé ses distances. Peut-être a-t-elle deviné que, au fond, elle n’était pas son genre : pas de seins, pas de fesses, trop grands pieds. C’est l’époque où Marilyn se fait refaire le nez, la poitrine, et teindre en blonde. Une gueule de fantasme. Lauren Bacall mise sur la différence. Une jeune vierge au visage de femme fatale qui s’impose dans le style de la copine insolente et affranchie, elle qui connaît si mal les hommes. (…) La troisième Mme Bogart est, comme les autres, une actrice (…) Mayo Methot (…) A Lauren, elle lancera : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » (…) L’alcool est alors un attribut essentiel de la virilité.  (…) Elle avait 33 ans quand Bogie est mort. Pendant plus d’un demi-siècle, elle a porté vaillamment le fantôme écrasant, ça ne l’a pas empêchée d’épouser un autre acteur, Jason Robards, qui disparaissait pendant des nuits entières de beuverie. Elle a eu un troisième enfant, des amants, elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure. (…) La solitude, Lauren Bacall l’a apprivoisée, elle qui disait : « J’ai passé bien plus d’années sans Bogart qu’avec lui. Mais après sa mort, je me suis mise à penser et agir comme lui. Je suis un peu devenue lui. » Paris Match
J’adorais les vieux vêtements de l’armée, j’allais en acheter dans les surplus. J’avais des idées fixes. Par exemple, je voulais une veste indienne avec des franges. Il n’y en avait pas dans les magasins mais c’est ce que je voulais. Comme j’étais très athlétique, je portais aussi des vêtements de sport. J’allais beaucoup au cinéma, j’étais un fan de westerns. J’aimais Frank Sinatra, Fred Astaire, Cary Grant. Les films, les livres, les vitrines des magasins, les gens que je regardais, tout cela était dans ma tête, je fabriquais des histoires sans forcément m’en rendre compte. Peut-être parce que j’ai hérité de mon père peintre le sens du style et des couleurs, ces histoires se traduisaient sous une forme esthétique. Le sport, le western, les ranchers, les ouvriers… J’étais comme « romancé » par différentes vies. Au début, on me disait souvent : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? Pour un cow-boy, pour un gentleman-farmer anglais ? » Je répondais : « L’Amérique s’est faite avec des rêves. » (…) Je suis passé entre les gouttes de ces époques. A ce moment-là, je formais mon style. Je retrouvais mes copains, on fumait, j’étais bohème, je portais la barbe et des baskets, mais je n’étais pas contestataire, pas hippie. J’avais les cheveux courts. Je n’ai pas fui l’armée, j’ai fait mon service militaire. Les hippies sont venus après moi, quand j’étais trop vieux pour l’être. J’aimais profondément l’Amérique comme je continue à l’aimer. (…) Il ne faut pas non plus exagérer. J’ai eu une enfance très heureuse, avec beaucoup d’amis. On n’était pas riches, je me rappelle avoir eu très envie d’un vélo et que mes parents n’avaient pas de quoi me l’offrir, mais je ne me sentais pas pauvre. J’étais juste comme tout le monde, attiré par ce que l’on n’a pas. Les pauvres rêvent de ce qu’ils pourraient s’acheter avec de l’argent. Les Chinois rêvent de s’habiller en Gucci. Et moi, je rêvais d’une veste à franges qui n’existait que dans les films ! (…) J’aime le sport, je voulais ce symbole. J’étais fan de baseball mais ça n’aurait pas collé. Je voulais un sport plus stylé. Avec le polo, je pensais au play-boy dominicain Porfirio Rubirosa, collectionneur de femmes illustres, qui nous faisait envie. Je n’avais jamais joué au polo mais l’image de ce sport correspondait à ce qui me faisait rêver. Les chevaux, le côté play-boy, athlétique, esthétique, romantique. (…) Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. (…) Je fais de l’antimode. J’ai mélangé le goût de l’Amérique pour la nouveauté au goût de l’Europe pour ce qui ne se démode pas. La veste en jean simple et bien coupée est un symbole de mon style. Mes vêtements correspondent à ce que je rêvais d’être, or je me rêve en différents personnages. En cow-boy, en athlète, en gentleman-farmer de la campagne anglaise, chacun n’étant pas conforme à la réalité mais à l’idée que je m’en fais. Je vois un gentleman farmer en boots et blouson de moto, il est comme ça dans mon rêve. Le style, c’est un rôle d’acteur, la représentation que vous vous faites de vous-même. Je me vends dans mes rôles, je me vends dans mes rêves. Je vends un idéal. Ralph Lauren
Mon père est moins un styliste qu’un écrivain ou un cinéaste qui utilise les vêtements pour raconter des histoires. David Lauren
On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. Bruce WeberL’aventure a commencé là, 3220 Steuben Avenue, en plein cœur du Bronx, dans ce petit immeuble de cinq étages de brique rouge, avec ses escaliers métalliques dégringolant en biais sur la façade. C’est là que Ralph Lifschitz grandit avec sa soeur et ses deux frères après que ses parents, des juifs russes originaires de Pinsk, en Biélorussie, eurent choisi de tout quitter pour débarquer à New York. America ! America ! Le pays de la liberté et de tous les possibles, ils en avaient rêvé comme tant d’autres au point de s’entasser sur un bateau et de se jeter, affamés, dans la cacophonie des immigrés d’Ellis Island. Le père est peintre en bâtiment, artiste peintre à ses heures, le quartier du Bronx est alors ce qu’ils trouvent de mieux pour leurs moyens, avec ses rues calmes et ses grands parcs boisés. Une ambiance tranquille de la middle class américaine, aujourd’hui cernée, quelques pâtés de maison plus loin, par des zones délabrées et des repaires de dealers. Près d’un siècle plus tard, à 73 ans, Ralph le New-Yorkais est un pur produit de l’Amérique. De l’épopée de ses parents, il se rend compte qu’il ne sait au fond pas grand-chose. Sont-ils partis avant ou après la révolution de 1917 ? Qu’ont-ils fui ? Il l’ignore. Ils n’étaient pas du genre à s’attarder sur le passé. On ne parlait pas yiddish à la maison mais sa mère, pratiquante, veillait au maintien des fêtes juives. (…) Même son propre nom ne le retient pas. A l’école qu’il fréquentait, juste à côté de l’appartement de Steuben Avenue, ce patronyme suscitait les moqueries. A la récré, haut-lieu des cruautés collectives, « Lifschitz » se transformait en gros mot, « Lif-shit », à coups de gros rires gras. Ralph Lifschitz a 16 ans quand il décide d’abandonner cette consonance encombrante. Le choix du pseudo lui vient sans peine. Le jeune homme juge plus commode de conserver ses initiales et il admire Lauren Bacall, l’une des incarnations de son rêve américain. Deux bonnes raisons pour décider du sort de sa métamorphose. En un tour de main, Ralph Lifschitz devient Ralph Lauren. (…) Il y avait certes de l’ambition chez ce gamin du Bronx qui s’obstinait comme un fou à jouer au baseball et au basket-ball, malgré son 1,68 m. Il adorait le basket. Il courait comme un mille-pattes et compensait son handicap de taille par l’adresse et la stratégie. Il rêvait aussi d’être Joe DiMaggio, le champion de baseball qui avait épousé Marilyn. Ou une star de cinéma comme Cary Grant, son autre idole. (…) Qui aurait pu deviner que ce nom deviendrait celui de l’une des marques de vêtements les plus célèbres et les plus vendues dans le monde ? Que Ralph Lifschitz serait un jour le créateur de Polo Ralph Lauren, une multinationale cotée en Bourse, employant plus de 26 000 personnes et dont le chiffre d’affaires, 6,7 milliards de dollars (plus de 5 milliards d’euros) en 2013, dépasse celui des autres entreprises de vêtements de luxe, loin devant Giorgio Armani, son premier concurrent ? Que le petit cavalier de polo serait le logo universel des élites et des classes moyennes aisées de toute la planète, jusqu’aux Libanais qui avaient fui la guerre civile et arboraient leurs chemises « RL » en s’autobaptisant « Réfugiés de Luxe » ? S’il y a un mythe Ralph Lauren, il est dans ce chic populaire qui fonde son épopée de self made man. Une histoire si américaine. (…) La 122e fortune mondiale selon le magazine Forbes (classement 2012), avec une fortune évaluée à 7,5 milliards de dollars, est un homme doux et courtois, cool et raffiné, comme son immense bureau empli d’objets beaux et insolites. Une immense photographie de rodéo prise d’en haut, une bicyclette en chrome et cuir, des fauteuils design conçus par lui, des livres, des avions, tout un monde. (…) un immense patio tout en boiseries vernies et à la lumière tamisée, tel un vieil hôtel anglais, avec fauteuils clubs, canapés en cuir, lustres, peintures anciennes, sculptures d’animaux en bronze, pieds de lampe cuivrés, livres et magazines d’art sur les tables, coupelles de Smarties et autres bonbons colorés. Et des photos de Ralph Lauren, bien sûr. (…) C’est le péché mignon et le paradoxe de ce petit homme, pourtant curieux des autres et apparemment modeste : rares sont les murs de ses bureaux ou de ses boutiques, ou les pages de ses catalogues, où l’on ne retrouve pas plusieurs portraits géants de lui aux côtés de photos de cow-boys, de légendes d’Hollywood ou de voitures de collection. Ralph Lauren à cheval, Ralph Lauren sur la plage avec sa femme et ses enfants, Ralph Lauren jouant avec son chien, Ralph Lauren en blouson d’aviateur sur fond de villa atlantique, Ralph Lauren habillé en cow-boy dans son ranch du Colorado, Ralph Lauren en blazer et col roulé dans un intérieur cosy, Ralph Lauren au volant d’un roadster… Ralph Lauren himself, paisible, abouti, comme un emblème de sa réussite et de ses rêves. Un visage taillé pour le cinéma et les publicités des magazines : cheveux très blancs, peau très bronzée, yeux très clairs, paupières lourdes, sourire décontracté… Dans le Bronx déjà, il s’était concocté un style. Un de ses voisins d’alors s’en souvient bien : un dénommé Calvin Klein, né Richer Klein. Il a grandi dans les mêmes rues, à quelques pâtés de maison de la famille Lifschitz. (…) Il ne sait pas dessiner. Mais il a ses rêves en tête. Une certaine idée de l’Amérique, un brassage confus de ses grands mythes, les mêmes qui avaient donné à ses parents la force de s’exiler. Il rêve de la conquête de l’Ouest. Il rêve du chic vestimentaire de la haute société WASP (White, Anglo-Saxon, Protestant) – nom américain donné aux premiers arrivés, blancs et protestants -, de ce que raconte le cinéma sur le look des étudiants des campus et l’ambiance des country clubs. Il rêve de ce que lui, l’enfant de la classe moyenne juive du Bronx, ne pouvait espérer posséder. (…) A force d’acheter en série des chemises de chez Brooks Brothers, son magasin préféré, il se fait embaucher dans une boutique de la marque sur Madison Avenue. Il fourmille d’idées, suggère de nouvelles formes, d’autres couleurs. Personne ne l’écoute. Pourquoi prêter attention à ce petit vendeur qui n’y connaît rien et n’a même pas fait d’école de dessin ? Lui voit ses idées sortir chez les autres. Et rumine son obsession : faire des cravates très larges. Il les a bien en tête, entrevues dans de vieux films et de vieilles photos de magazines. Il aime le style des années 1930, 1940, 1950, les vêtements des étudiants de la Ivy League (le peloton des meilleures universités), ce look Preppy de la Nouvelle-Angleterre, la manière dont la jeunesse aisée s’habillait sur les campus. (…) Il en fait fabriquer pour son compte, très larges avec des rayures, et démarche lui-même les grands magasins vêtu d’une veste en jean, ses cravates dans des sacs. Chez Bloomingdale’s, on regarde ça d’un air circonspect. OK pour les diffuser, à condition qu’elles soient plus étroites, et estampillées de leur label à eux. (…) Six mois plus tard, Bloomingdale’s le rappelle et lui prend ses cravates larges à rayures. (…) Ralph Lauren (…) emprunte 50 000 dollars et ouvre une ligne de cravates sous son propre label, Polo. Un succès. Il a 26 ans. Au bout d’un an, il élargit sa collection aux chemises et autres vêtements pour hommes, pas encore aux modèles pour femmes et enfants. Le petit joueur de polo fait son apparition. (…) Il fallait sans doute cela, être né juif dans le Bronx, pour avoir envie du contraire, les tenues décontractées arborées le week-end par les riches WASP, devenues les symboles de l’élite privilégiée, cultivée et raffinée de la Côte est. Il fallait peut-être naître pauvre dans le Bronx pour prendre conscience que les vêtements de sport représentaient une esthétique. Pour admirer ce style au point d’avoir été choisi par le réalisateur Jack Clayton pour habiller Robert Redford et Mia Farrow dans son Gatsby le Magnifique (1974), ou par Woody Allen pour Annie Hall (1977). Mais ce ne sont pas les WASP qui fascinent Ralph Lauren. Ce qu’il cherche depuis ses débuts à Steuben Avenue, c’est un style. « Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, explique-t-il, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. » Le photographe Bruce Weber, chargé des campagnes publicitaires Ralph Lauren depuis plus de quarante ans, renchérit : « On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. » Ralph Lauren vient d’annoncer qu’il serait le mécène unique de la restauration de l’Ecole des beaux-arts à Paris pendant deux ans. Une manière de s’ancrer davantage dans la capitale de la mode pour cet Américain pur jus déjà décoré en 2010 de la Légion d’honneur par le président Nicolas Sarkozy, un fan notoire de ses chemises. Le style Ralph Lauren est à l’image de l’homme : sans artifice, cool et fondamentalement heureux. Quand les créateurs de mode dessinent des vêtements, lui dessine sa vie rêvée, un style de vie inspiré du bonheur. De son enfance à son immense succès, rien n’a jamais semblé compliqué à l’enfant du Bronx. Il n’est pas un artiste, pas un créateur, ne prétend pas l’être : il observe, il détourne, il reproduit. Cela donne des vêtements élégants mais pas compliqués et pour tous publics, du sportswear aux habits de soirée, du décontracté à l’ultra-chic. Sophistiqués mais sans effet de coupes ou de motifs. Du western aux universités de la Ivy League, cela raconte l’histoire d’une Amérique fantasmée, se donne à tout le monde, jamais à la mode. (…) Celui qui ne sait toujours pas dessiner un croquis a sa façon bien à lui de faire du stylisme : en racontant à ses équipes les histoires qu’il imagine. (…) La 122e fortune mondiale sort peu, ne s’échappe de son travail qu’avec sa famille, ses chevaux et ses voitures de collection, dans l’une de ses cinq propriétés : sa villa à la Jamaïque, son manoir dans le Connecticut, sa maison dans les Hamptons, son ranch dans le Colorado, son logement principal du Upper East Side à Manhattan. Il est fier de sa famille : de son fils producteur, de sa fille qui a fondé une boutique de bonbons à Manhattan, de son autre fils, David, son possible successeur à la tête de l’empire. De sa femme Ricky, qu’il avait rencontrée chez son ophtalmologiste en 1964 et qui est « toujours la plus belle », comme il le constate fièrement à voix haute à l’occasion des cérémonies. De ses boeufs dont il exporte les steaks pour son restaurant français, Ralph’s, attenant à la boutique du boulevard Saint-Germain. Les plus chers de Paris. Il y a un mystère Ralph Lauren. Sa vie, à l’exception d’une tumeur au cerveau dont il a réchappé, ressemble à un conte de fées. Son empire, il l’a bâti sans effort apparent. (…)On laisse le Gatsby de la Côte est sur le seuil de son patio aux boiseries vernies. Demain, il sera un autre de ses personnages, avec jeans, bottes et chapeau de cow-boy, dans son ranch du Colorado. Le Monde

Après l’école, Supermanl’humourla fête nationale, Thanksgiving, les droits civiques, les Harlem globetrotters et le panier à trois points, le soft power, l’Amérique, le génocide et même eux-mêmes  et sans parler des chansons de Noël et de la musique pop ou d’Hollywood, la littérature, les poupées Barbie… le look WASP  !

A l’heure où face à la double menace du rouleau compresseur Trump et de la corbynisation de leur propre aile gauche …

Les Démocrates nous refont le coup du Reagan de gauche

Mais en plus jeune et, air du temps politiquement correct oblige, avec juste ce qu’il faut de culpabilité à la fois blanche et chrétienne

Et où, avec le nouveau scandale, nos médias font mine de découvrir le secret de polichinelle …

Du contournement systématique, face à la concurrence des nouveaux juifs d’Asie et derrière les dérives et le dévoiement de l’affirmative action et du système de « legacy », de la méritocracie universitaire par nos élites donneuses de leçon …

Devinez qui …

De ses racines judéo-russes de fils de violoniste devenu peintre en bâtiment …

Et de sa fréquentation assidue du cinéma et des terrains de polo …

A réussi presque à lui tout seul et, même au risque de la saturation, pendant si longtemps …

A incarner à l’instar de son ainée de Hollywood et coreligionnaire du Bronx à qui il empruntera le nom lui aussi emprunté

Ce fameux rêve américain repris en fait du look WASP …

Tant du côté BCBG universitaire dit « preppy » …

Que du côté cowboy avec la version américaine du gentleman-farmer ?

Ralph Lauren, pur produit de l’Amérique

Il aurait voulu être Cary Grant mais a bâti son empire dans la mode. Ce fils d’immigrés juifs russes élevé dans le Bronx a réussi à vendre au monde entier l’image d’une Amérique fantasmée.

Marion Van Renterghem

Le Monde

23 août 2013

L’aventure a commencé là, 3220 Steuben Avenue, en plein cœur du Bronx, dans ce petit immeuble de cinq étages de brique rouge, avec ses escaliers métalliques dégringolant en biais sur la façade. C’est là que Ralph Lifschitz grandit avec sa soeur et ses deux frères après que ses parents, des juifs russes originaires de Pinsk, en Biélorussie, eurent choisi de tout quitter pour débarquer à New York. America ! America ! Le pays de la liberté et de tous les possibles, ils en avaient rêvé comme tant d’autres au point de s’entasser sur un bateau et de se jeter, affamés, dans la cacophonie des immigrés d’Ellis Island. Le père est peintre en bâtiment, artiste peintre à ses heures, le quartier du Bronx est alors ce qu’ils trouvent de mieux pour leurs moyens, avec ses rues calmes et ses grands parcs boisés. Une ambiance tranquille de la middle class américaine, aujourd’hui cernée, quelques pâtés de maison plus loin, par des zones délabrées et des repaires de dealers.

Près d’un siècle plus tard, à 73 ans, Ralph le New-Yorkais est un pur produit de l’Amérique. De l’épopée de ses parents, il se rend compte qu’il ne sait au fond pas grand-chose. Sont-ils partis avant ou après la révolution de 1917 ? Qu’ont-ils fui ? Il l’ignore. Ils n’étaient pas du genre à s’attarder sur le passé. On ne parlait pas yiddish à la maison mais sa mère, pratiquante, veillait au maintien des fêtes juives. « L’Amérique incite à regarder devant soi, pas derrière, constate leur fils. Il y a trop à faire quand on arrive ici. Les gens ne vous demandent jamais d’où vous venez. Mes parents étaient très gentils, peu éduqués, autodidactes, et ils se sont battus pour aller de l’avant. Je suis comme eux : je vis dans le présent, je pense à ce que j’ai à faire ici et maintenant, je ne me retourne pas. »

Même son propre nom ne le retient pas. A l’école qu’il fréquentait, juste à côté de l’appartement de Steuben Avenue, ce patronyme suscitait les moqueries. A la récré, haut-lieu des cruautés collectives, « Lifschitz » se transformait en gros mot, « Lif-shit », à coups de gros rires gras. Ralph Lifschitz a 16 ans quand il décide d’abandonner cette consonance encombrante. Le choix du pseudo lui vient sans peine. Le jeune homme juge plus commode de conserver ses initiales et il admire Lauren Bacall, l’une des incarnations de son rêve américain. Deux bonnes raisons pour décider du sort de sa métamorphose. En un tour de main, Ralph Lifschitz devient Ralph Lauren.

COW-BOY

Il y avait certes de l’ambition chez ce gamin du Bronx qui s’obstinait comme un fou à jouer au baseball et au basket-ball, malgré son 1,68 m. Il adorait le basket. Il courait comme un mille-pattes et compensait son handicap de taille par l’adresse et la stratégie. Il rêvait aussi d’être Joe DiMaggio, le champion de baseball qui avait épousé Marilyn. Ou une star de cinéma comme Cary Grant, son autre idole. « Mais je n’étais pas assez beau », dit-il avec coquetterie en attendant d’être contredit. Bref : sa carrière de sportif n’était pas convaincante, il ne prenait pas la voie d’Hollywood, il n’était pas particulièrement bon à l’école, n’avait rien à voir avec le stylisme, ne savait pas dessiner…

Qui aurait pu deviner que ce nom deviendrait celui de l’une des marques de vêtements les plus célèbres et les plus vendues dans le monde ? Que Ralph Lifschitz serait un jour le créateur de Polo Ralph Lauren, une multinationale cotée en Bourse, employant plus de 26 000 personnes et dont le chiffre d’affaires, 6,7 milliards de dollars (plus de 5 milliards d’euros) en 2013, dépasse celui des autres entreprises de vêtements de luxe, loin devant Giorgio Armani, son premier concurrent ? Que le petit cavalier de polo serait le logo universel des élites et des classes moyennes aisées de toute la planète, jusqu’aux Libanais qui avaient fui la guerre civile et arboraient leurs chemises « RL » en s’autobaptisant « Réfugiés de Luxe » ? S’il y a un mythe Ralph Lauren, il est dans ce chic populaire qui fonde son épopée de self made man. Une histoire si américaine.

Le mythe, en ce jour caniculaire du mois de juillet, porte un costume crème et une cravate noire, des chaussures noires, une chevalière en argent à l’annulaire. « Je suis plus souvent en jeans et en boots, mais il fait si chaud aujourd’hui… », dit-il comme pour s’excuser. La 122e fortune mondiale selon le magazine Forbes (classement 2012), avec une fortune évaluée à 7,5 milliards de dollars, est un homme doux et courtois, cool et raffiné, comme son immense bureau empli d’objets beaux et insolites. Une immense photographie de rodéo prise d’en haut, une bicyclette en chrome et cuir, des fauteuils design conçus par lui, des livres, des avions, tout un monde.

Il nous a conviée au 650 Madison Avenue, plus au sud que le pâté de maisons où sont réunies quelques-unes de ses somptueuses boutiques sur la même avenue de Manhattan. L’entrée est celle d’un banal gratte-ciel new-yorkais jusqu’à ce que l’ascenseur s’ouvre sur une autre planète : un immense patio tout en boiseries vernies et à la lumière tamisée, tel un vieil hôtel anglais, avec fauteuils clubs, canapés en cuir, lustres, peintures anciennes, sculptures d’animaux en bronze, pieds de lampe cuivrés, livres et magazines d’art sur les tables, coupelles de Smarties et autres bonbons colorés. Et des photos de Ralph Lauren, bien sûr.

C’est le péché mignon et le paradoxe de ce petit homme, pourtant curieux des autres et apparemment modeste : rares sont les murs de ses bureaux ou de ses boutiques, ou les pages de ses catalogues, où l’on ne retrouve pas plusieurs portraits géants de lui aux côtés de photos de cow-boys, de légendes d’Hollywood ou de voitures de collection. Ralph Lauren à cheval, Ralph Lauren sur la plage avec sa femme et ses enfants, Ralph Lauren jouant avec son chien, Ralph Lauren en blouson d’aviateur sur fond de villa atlantique, Ralph Lauren habillé en cow-boy dans son ranch du Colorado, Ralph Lauren en blazer et col roulé dans un intérieur cosy, Ralph Lauren au volant d’un roadster… Ralph Lauren himself, paisible, abouti, comme un emblème de sa réussite et de ses rêves. Un visage taillé pour le cinéma et les publicités des magazines : cheveux très blancs, peau très bronzée, yeux très clairs, paupières lourdes, sourire décontracté…

Dans le Bronx déjà, il s’était concocté un style. Un de ses voisins d’alors s’en souvient bien : un dénommé Calvin Klein, né Richer Klein. Il a grandi dans les mêmes rues, à quelques pâtés de maison de la famille Lifschitz. « On n’était pas amis, il avait deux ans de moins que moi, on se disait bonjour mais ce n’est qu’une fois devenus célèbres que nous nous sommes souvenus l’un de l’autre. On s’est toujours soutenus », raconte Ralph Lauren. « Il était plus âgé que moi mais je me souviens très précisément de lui, a rapporté de son côté Calvin Klein à l’occasion d’une conférence en 2011. Il s’habillait toujours de manière originale. Moi, j’étais plus marginal, plus provoc. Je voulais ressembler à un dur, comme James Dean. Ralph, lui, avait l’air de venir d’ailleurs. »

ÊTRE INDÉPENDANT

Ralph Lauren, en effet, ne s’habillait pas comme les autres. Toujours soigné, une façon d’être élégant sans luxe apparent, détournant des uniformes de leur usage premier : les vestes militaires, les polos des équipes locales de baseball et de basket-ball auxquelles il appartenait. « J’adorais les vieux vêtements de l’armée, explique-t-il, j’allais en acheter dans les surplus. J’avais des idées fixes. Par exemple, je voulais une veste indienne avec des franges. Il n’y en avait pas dans les magasins mais c’est ce que je voulais. Comme j’étais très athlétique, je portais aussi des vêtements de sport. J’allais beaucoup au cinéma, j’étais un fan de westerns. J’aimais Frank Sinatra, Fred Astaire, Cary Grant. Les films, les livres, les vitrines des magasins, les gens que je regardais, tout cela était dans ma tête, je fabriquais des histoires sans forcément m’en rendre compte. Peut-être parce que j’ai hérité de mon père peintre le sens du style et des couleurs, ces histoires se traduisaient sous une forme esthétique. Le sport, le western, les ranchers, les ouvriers… J’étais comme « romancé » par différentes vies. Au début, on me disait souvent : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? Pour un cow-boy, pour un gentleman-farmer anglais ? » Je répondais : « L’Amérique s’est faite avec des rêves. » »

Ralph Lauren a 20 ans quand commence l’explosion des Sixties, il a une trentaine d’années quand se généralise le mouvement hippie. Il a vécu une enfance heureuse dans le Bronx, il traîne désormais à Manhattan sur fond d’explosion des libertés individuelles, d’émancipation des femmes, de reconnaissance des droits civiques, de contestation de la guerre du Vietnam, de l’ordre établi, des élites, de la rigidité morale. Il s’amuse et profite de la vie sans prendre part à l’agitation politique. Au rock d’Elvis et de Jerry Lee Lewis il préfère les mélodies de Frank Sinatra et de Bob Dylan, et les paroles révoltées des Protest Songs ne sont pas sa préoccupation première. Ralph Lauren est déjà ailleurs, dans son monde à lui. « Je suis passé entre les gouttes de ces époques, explique-t-il. A ce moment-là, je formais mon style. Je retrouvais mes copains, on fumait, j’étais bohème, je portais la barbe et des baskets, mais je n’étais pas contestataire, pas hippie. J’avais les cheveux courts. Je n’ai pas fui l’armée, j’ai fait mon service militaire. Les hippies sont venus après moi, quand j’étais trop vieux pour l’être. J’aimais profondément l’Amérique comme je continue à l’aimer. »

Il ne sait pas dessiner. Mais il a ses rêves en tête. Une certaine idée de l’Amérique, un brassage confus de ses grands mythes, les mêmes qui avaient donné à ses parents la force de s’exiler. Il rêve de la conquête de l’Ouest. Il rêve du chic vestimentaire de la haute société WASP (White, Anglo-Saxon, Protestant) – nom américain donné aux premiers arrivés, blancs et protestants -, de ce que raconte le cinéma sur le look des étudiants des campus et l’ambiance des country clubs. Il rêve de ce que lui, l’enfant de la classe moyenne juive du Bronx, ne pouvait espérer posséder. « Il ne faut pas non plus exagérer, nuance-t-il. J’ai eu une enfance très heureuse, avec beaucoup d’amis. On n’était pas riches, je me rappelle avoir eu très envie d’un vélo et que mes parents n’avaient pas de quoi me l’offrir, mais je ne me sentais pas pauvre. J’étais juste comme tout le monde, attiré par ce que l’on n’a pas. Les pauvres rêvent de ce qu’ils pourraient s’acheter avec de l’argent. Les Chinois rêvent de s’habiller en Gucci. Et moi, je rêvais d’une veste à franges qui n’existait que dans les films ! »

Il est pressé de travailler, d’être indépendant, de gagner sa vie, de s’acheter une voiture de sport et de porter des vestes en tweed comme au cinéma. Il commence des études de gestion qu’il ne termine pas, fait son service dans un camp d’entraînement de l’armée à Fort Dix (New Jersey) puis, sans aucun diplôme, cumule les petits boulots. Il est animateur pour enfants, vendeur dans des magasins de mode. « J’étais bon vendeur, raconte-t-il. J’étais facilement convaincant car je ne travaillais que dans les magasins que j’aimais, pour vendre les vêtements que j’aimais. Cela a toujours été mon principe dans la vie : ne vendre aux autres que ce que je voulais pour moi-même. »

A force d’acheter en série des chemises de chez Brooks Brothers, son magasin préféré, il se fait embaucher dans une boutique de la marque sur Madison Avenue. Il fourmille d’idées, suggère de nouvelles formes, d’autres couleurs. Personne ne l’écoute. Pourquoi prêter attention à ce petit vendeur qui n’y connaît rien et n’a même pas fait d’école de dessin ? Lui voit ses idées sortir chez les autres. Et rumine son obsession : faire des cravates très larges. Il les a bien en tête, entrevues dans de vieux films et de vieilles photos de magazines. Il aime le style des années 1930, 1940, 1950, les vêtements des étudiants de la Ivy League (le peloton des meilleures universités), ce look Preppy de la Nouvelle-Angleterre, la manière dont la jeunesse aisée s’habillait sur les campus.

SANS ARTIFICE

Les cravates larges. Il est le seul à les vouloir. Il en fait fabriquer pour son compte, très larges avec des rayures, et démarche lui-même les grands magasins vêtu d’une veste en jean, ses cravates dans des sacs. Chez Bloomingdale’s, on regarde ça d’un air circonspect. OK pour les diffuser, à condition qu’elles soient plus étroites, et estampillées de leur label à eux. « J’ai refusé, raconte Ralph Lauren, j’ai refermé mon sac et je suis parti. J’étais content de moi. » Six mois plus tard, Bloomingdale’s le rappelle et lui prend ses cravates larges à rayures.

En 1967, un entrepreneur de mode, Norman Hilton, remarque ses cravates. Il lui fait une offre : « Accepteriez-vous de travailler pour moi ? – Non, lui répond le jeune homme, je veux créer ma propre maison. » Ralph Lauren lui emprunte 50 000 dollars et ouvre une ligne de cravates sous son propre label, Polo. Un succès. Il a 26 ans. Au bout d’un an, il élargit sa collection aux chemises et autres vêtements pour hommes, pas encore aux modèles pour femmes et enfants. Le petit joueur de polo fait son apparition. « J’aime le sport, je voulais ce symbole. J’étais fan de baseball mais ça n’aurait pas collé. Je voulais un sport plus stylé. Avec le polo, je pensais au play-boy dominicain Porfirio Rubirosa, collectionneur de femmes illustres, qui nous faisait envie. Je n’avais jamais joué au polo mais l’image de ce sport correspondait à ce qui me faisait rêver. Les chevaux, le côté play-boy, athlétique, esthétique, romantique… »Il fallait sans doute cela, être né juif dans le Bronx, pour avoir envie du contraire, les tenues décontractées arborées le week-end par les riches WASP, devenues les symboles de l’élite privilégiée, cultivée et raffinée de la Côte est. Il fallait peut-être naître pauvre dans le Bronx pour prendre conscience que les vêtements de sport représentaient une esthétique. Pour admirer ce style au point d’avoir été choisi par le réalisateur Jack Clayton pour habiller Robert Redford et Mia Farrow dans son Gatsby le Magnifique (1974), ou par Woody Allen pour Annie Hall (1977).

Mais ce ne sont pas les WASP qui fascinent Ralph Lauren. Ce qu’il cherche depuis ses débuts à Steuben Avenue, c’est un style. « Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, explique-t-il, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. » Le photographe Bruce Weber, chargé des campagnes publicitaires Ralph Lauren depuis plus de quarante ans, renchérit : « On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. » Ralph Lauren vient d’annoncer qu’il serait le mécène unique de la restauration de l’Ecole des beaux-arts à Paris pendant deux ans. Une manière de s’ancrer davantage dans la capitale de la mode pour cet Américain pur jus déjà décoré en 2010 de la Légion d’honneur par le président Nicolas Sarkozy, un fan notoire de ses chemises.

Le style Ralph Lauren est à l’image de l’homme : sans artifice, cool et fondamentalement heureux. Quand les créateurs de mode dessinent des vêtements, lui dessine sa vie rêvée, un style de vie inspiré du bonheur. De son enfance à son immense succès, rien n’a jamais semblé compliqué à l’enfant du Bronx. Il n’est pas un artiste, pas un créateur, ne prétend pas l’être : il observe, il détourne, il reproduit. Cela donne des vêtements élégants mais pas compliqués et pour tous publics, du sportswear aux habits de soirée, du décontracté à l’ultra-chic. Sophistiqués mais sans effet de coupes ou de motifs. Du western aux universités de la Ivy League, cela raconte l’histoire d’une Amérique fantasmée, se donne à tout le monde, jamais à la mode.

« Je fais de l’antimode, explique l’entrepreneur. J’ai mélangé le goût de l’Amérique pour la nouveauté au goût de l’Europe pour ce qui ne se démode pas. La veste en jean simple et bien coupée est un symbole de mon style. Mes vêtements correspondent à ce que je rêvais d’être, or je me rêve en différents personnages. En cow-boy, en athlète, en gentleman-farmer de la campagne anglaise, chacun n’étant pas conforme à la réalité mais à l’idée que je m’en fais. Je vois un gentleman farmer en boots et blouson de moto, il est comme ça dans mon rêve. Le style, c’est un rôle d’acteur, la représentation que vous vous faites de vous-même. Je me vends dans mes rôles, je me vends dans mes rêves. Je vends un idéal. » Selon son fils David, directeur de la communication et du marketing de l’empire, Ralph Lauren était même « très déçu, la première fois qu’il est allé en Angleterre, de constater que les gentlemen-farmers n’étaient pas habillés comme il l’avait imaginé. Mon père, analyse-t-il, est moins un styliste qu’un écrivain ou un cinéaste qui utilise les vêtements pour raconter des histoires ».

Celui qui ne sait toujours pas dessiner un croquis a sa façon bien à lui de faire du stylisme : en racontant à ses équipes les histoires qu’il imagine. « Généralement, je décris un film, un monde, un truc très romanesque. Par exemple, je pense à une fille et je me dis : « elle était riche, elle a perdu son argent. Elle est très séduisante mais n’a plus les moyens de s’habiller. Elle est cool. Elle trouve des fripes et elle les arrange elle-même. » J’explique ça à mon équipe. Ils prennent des notes et ils créent les habits pour cette fille-là. »

122e FORTUNE MONDIALE

Ralph Lauren est content de lui. « Voilà quarante-sept ans que je fais ce métier avec succès. Je me demande comment j’ai été capable de faire tout ça. » La 122e fortune mondiale sort peu, ne s’échappe de son travail qu’avec sa famille, ses chevaux et ses voitures de collection, dans l’une de ses cinq propriétés : sa villa à la Jamaïque, son manoir dans le Connecticut, sa maison dans les Hamptons, son ranch dans le Colorado, son logement principal du Upper East Side à Manhattan. Il est fier de sa famille : de son fils producteur, de sa fille qui a fondé une boutique de bonbons à Manhattan, de son autre fils, David, son possible successeur à la tête de l’empire. De sa femme Ricky, qu’il avait rencontrée chez son ophtalmologiste en 1964 et qui est « toujours la plus belle », comme il le constate fièrement à voix haute à l’occasion des cérémonies. De ses boeufs dont il exporte les steaks pour son restaurant français, Ralph’s, attenant à la boutique du boulevard Saint-Germain. Les plus chers de Paris.

Il y a un mystère Ralph Lauren. Sa vie, à l’exception d’une tumeur au cerveau dont il a réchappé, ressemble à un conte de fées. Son empire, il l’a bâti sans effort apparent. « On dit que le business est un monde de durs, moi je pense qu’on peut réussir sans être une brute », confie-t-il. Tout a l’air facile. Il y a chez lui la fluidité du geste des grands sportifs qu’il rêvait d’être : l’aboutissement d’un travail acharné dont on ne voit pas l’effort. « J’ai eu beaucoup de chance dans la vie. » Que deviendra sa société après lui ? « Je ne sais pas. Je n’ai jamais rien planifié. J’ai pu me construire une carrière sans argent, à partir d’un rêve, en vendant des cravates. ça m’a toujours réussi. » On laisse le Gatsby de la Côte est sur le seuil de son patio aux boiseries vernies. Demain, il sera un autre de ses personnages, avec jeans, bottes et chapeau de cow-boy, dans son ranch du Colorado.

Ces marques emblématiques milieu de gamme du style américain sont aujourd’hui dessinées par des femmes. Une nouvelle vie?
Fabrice Paineau
L’Express styles
05/06/2014

Ils étaient beiges, ils étaient brillants. Les Américains et leur paradoxe. A la fin des années 1970, la mode américaine peut se résumer à ces deux nuances. D’un côté, cette envie WASP qui définit tout un mode de vie propre et distingué -un esprit vain dans un corps sain? De l’autre, la débauche disco et paillettes du Studio 54, avec l’émergence folle de nouveaux créateurs américains. Puis Gap. Le meilleur d’une entreprise d’uniformisation où le jean, le chino et la chemise blanche dessinent une ligne de goût de New York à San Francisco.

C’est dans cette ville de Californie du Nord que naît ce titan du denim pour tous, en 1969, parce que son créateur, Daniel Fisher, ne trouve pas le bon jean adapté à sa morphologie -et à sa taille. Gap comme fossé ou fossé des générations et la réponse la plus juvénile à une Amérique qui s’émancipe dans ses moeurs. De ce géant du textile naîtront d’autres modèles du retailing, qui inspireront les voisins d’en face comme Club Monaco, filiale de Ralph Lauren, ou encore J.Crew.

La mode américaine s’émancipe

Mais il aura fallu plus de soixante-dix ans d’une toujours jeune histoire du textile américain pour que Gap et consorts émergent. Car tout commence avec ce Portrait de Madame X du peintre John Singer Sargent (1856-1925). Elle est belle, son profil est altier, ses épaules sont dénudées et sa silhouette est mince. Voilà peut-être le premier acte d’une mode américaine qui privilégie les courbes, le corps et le confort d’une nation tout entière vouée à l’effort, donc au sport. La mode américaine naît de cette ambition.

L’émergence des titans de l’édition mode apparaît à cette même période: Harper’s Bazaar est créé en 1863 et Condé Nast rachète un petit magazine, en 1908, Vogue, pour en faire la publication de référence de la haute société. Laquelle commence à voyager et converse sur la nouvelle éthique du goût. Edna Woodman Chase devient la rédactrice en chef de Vogue et le photographe Edward Steichen remplace la luxuriance embuée des images de mode du baron de Meyer. La photographie de Steichen rehausse la simplicité graphique de l’Art déco, dans ses décors mais aussi dans le choix des tenues présentées. Si la mode européenne est toujours maîtresse, la crise économique de 1929 incite à un protectionnisme de taille. Les matières premières sont désormais américaines, comme le cuir ou le coton, qui va bientôt dominer le monde.

Les couturiers américains apparaissent. Ils se nomment Mainbocher ou Charles James, d’origine anglaise. A l’ouest, la machine à rêves s’emballe. Hollywood devient le puits sans fond de toutes les images iconiques, et l’empire cinéma impressionne déjà les pages des magazines de mode, embellies par la photographie de Cecil Beaton. Les stars commencent à diffuser leur aura médiatique, et, si « glamour » est un terme anglophone, des figures comme celles de Katharine Hepburn -son indépendance de style très boyish: un pantalon, des chaussures plates- vont condenser en images cette simplicité. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la plupart des maisons françaises stoppent leur activité. L’Amérique en profite pour proposer une garde-robe plus fonctionnelle et adéquate aux femmes impliquées dans l’effort de guerre. Des créatrices comme Claire McCardell ou Claire Potter ne tarderont pas à anticiper cette nouvelle soif de conquête féminine. Un corps sain dans des formes simples.

En 1961, Jackie Bouvier-Kennedy devient la première dame des Etats-Unis et porte les créations de jeune designers comme Arnold Scaasi, Pauline Trigère, Oleg Cassini… Suivront des noms comme ceux de Bill Blass, Oscar de la Renta, Geoffrey Beene. En 1971, Grace Mirabella a remplacé Diana Vreeland à la tête de Vogue. Elle conçoit une mode plus simple, plus dynamique, pleine de conseils pratiques pour répondre à cette attente qui lie le monde domestique à une ère plus technologique. Et la mode s’adapte, plus naturelle, plus casual dans ses propositions. Un certain sens du minimalisme s’impose, et des créateurs comme Calvin Klein ou encore Perry Ellis se chargent de radicaliser la silhouette. Un vêtement pur pour une allure simple.

Le succès de Gap, J.Crew, Club Monaco

La marque Gap arrive à bon port en 1969 pour exprimer toute cette volonté d’exalter les basiques: le charme propre et authentique du jean ou du tee-shirt hérité du vestiaire de James Dean, déjà piqué aux ancêtres les cow-boys. Gap garde dans un premier temps le parfum de l’émancipation hippie des étudiants de Berkeley et des événements bruyants de Woodstock. Plus pour longtemps. L’as du marketing Millard Drexler relooke toute la chaîne des magasins en 1983 et modifie l’attitude Gap. Sharon Stone s’affiche en jupe Vera Wang et chemisier blanc Gap à la cérémonie des Oscars de 1998. Gapinc., le groupe, est avant tout l’empire fondateur d’une mode « low high fashion » qui combine petits prix à une qualité de vêtements construits sur le rêve américain. Elle ouvrira la voie à d’autres modèles du fast retailing comme Club Monaco ou J.Crew, deux sociétés dirigées par des femmes inspirantes et qui s’implanteront bientôt en France.

Rebekka Bay et Gap

Elle est blonde, Rebekka Bay. Elle présente tous les signes d’une Nordique qui privilégie le port de vêtements simples à l’architecture douce comme sa liquette blanche. En 2006, elle est à l’origine du concept COS, pensé par le groupe H&M, où le minimalisme de créateurs peut se concevoir à petits prix. Les innovations techniques sont aussi au rendez-vous. Elle conçoit un style fonctionnel, ultracitadin et des matières nouvelles qui s’adaptent au classicisme de coupes radicales très épurées. Peu d’imprimés chez COS, mais du bleu marine, du noir, du gris. Après des études à la Designskolen Kolding, au Danemark, Rebekka devient conseillère auprès de marques comme Dunhill ou COS. Son leitmotiv depuis son arrivée chez Gap, en 2012: retrouver la force des authentiques et souligner l’intérêt contemporain de tels produits à travers une vision reboostée de l’americana. Rebekka Bay contrôle toutes les lignes, jusqu’au label 1969, implanté à Los Angeles.Et son pari semble réussi pour le printemps-été 2014, avec un grand retour du denim aux coupes plus ajustées. Le traitement des matières joue sur un délavé serein, avec cet esprit eighties aux couleurs tendres. Il y a autant de Céline que de Helmut Lang dans cette nouvelle proposition qui cherche la pièce iconique, pour femme comme pour homme.

Jenna Lyons et J.Crew

Elle est presque une star, Jenna. De par son allure identifiable entre toutes, celle d’une grande fille avec de grandes lunettes à monture noire. Médiatique, Jenna Lyons apparaît lors des Fashion Weeks ou en guest-star dans la série Girls, de Lena Dunham. En 2013, elle figure dans le classement des 100 personnalités les plus influentes du monde du magazine Time. Son parcours est limpide: cette fille de Palos Verdes, en Californie, diplômée de la Parsons School de New York, est entrée directement chez J.Crew en 1990 puis a gravi tous les échelons de l’assistante ultramotivée. Après avoir été nommée directrice de la création en 2007, elle devient présidente en 2010. Deux ans plus tard, le chiffre d’affaires de J.Crew dépasse les 2,2 milliards de dollars.

Son succès? Michelle Obama déclare, en avril 2008, « trouver de jolies choses sur le site de la marque » lors de son apparition à l’émission de télévision The Tonight Show.Le lendemain, le site explose dès dix heures du matin. En outre, J.Crew privilégie et soutient les créateurs maison, proposant des lignes développées en interne, comme celle du responsable du prêt-à-porter homme, Todd Snyder. Pour enrichir cette démarche, J.Crew s’est mis en quête de pièces fortes et intemporelles, de la Stan Smith d’Adidas à d’authentiques chaussures patinées en provenance du Kentucky, qu’elle vend dans son réseau de boutiques. Jenna Lyons est de toutes les attentions car, sous son influence, J.Crew développe une mode différente. Les imprimés comme les basiques se complètent et composent un vestiaire contemporain très new-yorkais. Acheter une pièce J.Crew est aujourd’hui devenu aussi crédible que porter du Proenza Schouler, le tout étant adoubé par des blogueurs reconnus comme Tommy Ton.

Caroline Belhumeur et Club Monaco

Club Monaco est à l’origine une marque canadienne créée par Joe Mimran et Alfred Sung en 1985. Son expansion commence par les Etats-Unis, avec une première implantation sur la côte Ouest, à Los Angeles. En 1999, le groupe Polo Ralph Lauren en fait l’acquisition, mais le label garde son indépendance de ton. Caroline Belhumeur est à la tête du prêt-à-porter féminin depuis 1999. Pour cette Anglaise née à Bristol, la formation s’est faite sur les bancs de la Kensington University, puis elle atterrit chez Calvin Klein et Theory. Les collections de Club Monaco émanent de choix personnels qu’elle désire faire partager à tous: une mode au classicisme évident avec un « twist » créateur et européen. Fan de musique punk mais aussi d’architecture new-yorkaise, Caroline Belhumeur donne une touche unique à des vêtements fonctionnels qui évoquent le charme d’une échappée dans les Hamptons. Pièces clefs: un trench, un pull d’homme en cachemire et une veste en cuir.

Voir encore:

Ralph Lauren’s American Dream

The iconic brand is struggling. How did we get here, and what happens next?

Entering the Rhinelander Mansion on New York’s Upper East Side is like quietly opening a window into Ralph Lauren’s mind. Many describe Lauren’s superpower as his ability to turn his wildest dreams into reality, and inside that mansion, Ralph Lauren’s original flagship location, his dreams are made real in every nook and cranny of the place.


 

Each room presents one lavish scene after the next, and it’s not hard to imagine Lauren himself toiling at the displays to make sure everything sits just right. Spaces are small and illuminated with candles and the softest of lighting, beckoning shoppers to linger. A glass of water arrives on a small silver platter, garnished with a single slice of lemon, just for you.

It’s stunningly clear here, walking slowly up a staircase lined with oil paintings from the company’s collection, that Ralph Lauren is a lifestyle. No detail is left to chance: Ralph Lauren ties are fanned out on a table in front of a bar stacked high with Ralph Lauren shirts, next to a case of monogrammed Ralph Lauren cufflinks. Ralph Lauren briefcases are placed next to Ralph Lauren paperweights on a Ralph Lauren desk topped with Ralph Lauren stationery, positioned underneath a giant, glittering chandelier that can’t possibly — but maybe? — be branded Ralph Lauren. Everything, right down to the 82,000 square feet of mahogany hauled in for the mansion’s renovation in the 1980s, reeks of style and status and money. Old money.

Twenty blocks away, inside the Lord & Taylor on Fifth Avenue, the dream gets a little murkier. Lauren Ralph Lauren dominates one of the women’s floors, and while the gold-plated signage is shiny and the tan leather couches comfy, the endless sea of khaki dresses belted at the waist are not so much impressive as they are predictable. There are no nooks nor crannies filled with odds and ends from Ralph’s archives; nothing begs a pause. Jammed up in between racks of floral fit ‘n’ flare dresses and rows of athleisure, it’s harder to see Ralph Lauren’s appeal. A similar scene unfolds on the sales floor at the Herald Square Macy’s, a short 10-minute walk away.

Once you leave the giant department stores of New York City and head to the malls of suburbia, Ralph Lauren becomes a few racks of Oxfords, polos, and pleated pants. Reliably found in your local Dillard’s, and just as reliably found on sale.

« The clothes look good in magazines, but look older in stores, » says Christina, a 31-year-old from Long Island, flipping through a rack of button-down shirts at Macy’s. She likens the brand to Michael Kors — oversaturated and devalued. « I would never buy Polo at full price. »

Jan Freemantle, a tourist visiting New York from Sydney, Australia, recalled how her husband used to bring her back Polo shirts picked up on business trips to California before she could find the brand in Sydney. Polo was all she knew about Ralph Lauren until recently, when on a trip to Aspen, she came across a Ralph Lauren store that carried the Purple Label and Collection lines. « It was so nice, but so expensive, » she says.

Most shoppers haven’t encountered the totality of Ralph Lauren’s world. How could they? Since the early 2000s, Ralph Lauren Corporation has owned and operated at least 25 different brands. It’s a staggering list: Polo Ralph Lauren, Polo Jeans, Polo Golf, Pink Pony, Purple Label, Blue Label, Black Label, Ralph by Ralph Lauren, Lauren Ralph Lauren, Lauren for Men, Women’s Collection, RRL, RLX, Rugby, Denim & Supply, Club Monaco, Chaps, Ralph Lauren Childrenswear, Ralph Lauren Watches, Ralph Lauren Fine Jewelry, American Living, Ralph Lauren Home, Lauren Home, Ralph Lauren Paint, and Lauren Spa. Not all are still in operation.

Ralph Lauren is clearly a man who knows how to build an empire, but right now, the empire is in turmoil.

For the shoppers who actually are familiar with the company’s multitude of lines, it’s still exhausting. « The identity of the brand gets lost, » laments Efney Hall, who has been shopping Ralph Lauren for over a decade. She likes it for its classic, elegant appeal, but she’s noticed that lately, the fit of the pants has changed. She finds herself skimming over the brand’s Lauren Ralph Lauren racks. She’s over it.

Ralph Lauren is clearly a man who knows how to build an empire, but right now, the empire is in turmoil. Layoffs have struck the company two years in a row, eliminating 750 jobs in 2015 and another 1,000 this summer. (One former Ralph Lauren designer commented to a colleague on Instagram in June: « Glad you survived the RL Hunger Games this week! »)

Lauren has stepped aside to make way for a new CEO, Stefan Larsson — the first person besides Lauren to ever hold that title in the company’s 50-year history. The company has been in the process of whittling down the brand list and there are plans to refocus on just three main lines: Ralph Lauren (the new umbrella label for Women’s Collection and Purple Label), Polo Ralph Lauren, and Lauren Ralph Lauren.

At the same time that Ralph Lauren is reevaluating its structure and bringing in fresh leadership, it also has to contend with the fact that the specific style of Americana that’s so deeply embedded in every inch of the brand isn’t something shoppers are clamoring to align themselves with now. If the privileged, preppy aesthetic that Lauren built his company around is no longer the height of aspiration, what will the future of Ralph Lauren look like?


Ralph Lauren did not grow up living the lifestyle that would later make him a billionaire. No, Ralph Lauren was born Ralph Lifshitz, a shy Jewish kid who lived in a small, two-bedroom apartment in the Bronx with his parents and three siblings. In Genuine Authentic: The Real Life of Ralph Lauren, writer Michael Gross paints a picture of young Ralph as a dreamer, never one to run with the crowd. « If white bucks were in fashion, he wore saddle shoes, » a former classmate told Gross. « When we wore crew necks, he wore V-necks. He was always a step ahead. »

Lauren’s perception of taste and class was constructed by what he saw around him, according to Gross. His richer friends’ parents drove convertibles, went on European vacations, and had country club memberships. In films, he watched Gary Cooper, Cary Grant, and Fred Astaire glide across the screen, wearing beautiful suits and getting the girls every time.

« I grew up playing a lot of basketball, reading, and living at the movies, » Lauren said in an old interview that Gross unearthed for the book. « I guess they influenced my taste level. I liked the good things and the good life. I did not want to be a phony. I just wanted more than I had. »

However, Lauren’s mother had set a strict path for Ralph: he was to be a rabbi. He shuttled between secular public schools and Jewish yeshivas during his youth, eventually convincing his mother to allow him to transfer from Manhattan Talmudical Academy, where he was on the Hebrew teacher-in-training track, to DeWitt Clinton High School, an all-boys public school. In his senior yearbook, listed right below his extra-curricular participation in « Lunch Room Squad » and « Health Ed. Squad, » Lauren declared what he wanted to be when he grew up: a millionaire.

At 19, he and his brother Jerry changed their last name from Lifshitz to Lauren. (As Gross reports it, Ralph polled friends on two alternatives, London or Lauren; he was personally partial to London.) In the official document filed for the name change, the reason listed was confusion over people, both at school and at work, who shared the same last name. In reality, Lifshitz had the word « shit » in it and Ralph’s plans for himself did not include dealing with that for the rest of his life.

College was never a big draw for Lauren, who dropped out of the City College of New York school system after three years. He was drafted into the Army and served for two years, but the military, with all its rules and regulations, wasn’t a good fit either. After the Army, he kicked off his career as a salesman, first for glove companies. Then he got into ties.

« I liked the good things and the good life. I did not want to be a phony. I just wanted more than I had. »

Lauren got his first shot at professional tie design at Rivetz & Co., a high-end neckwear company. It didn’t go over well. « Rivetz was a traditional firm, » David Price, whose father used to own the Rivetz & Co. business, explains. « They were doing all sorts of crazy pinks and oranges and all the Ralph colors, and the industry and the customer base at Rivetz thought it was just atrocious. »

But instead of backing down, Lauren went from Rivetz to Beau Brummell Cravats, where his boss, Ned Brower, let him sell his own ties — colorful, wide, and expensive — out of a drawer in the showroom. Lauren had no professional training in design, but he believed so deeply in his wild ties that other people did too. He caught the attention of Norman Hilton, one of the biggest names in the menswear industry at the time, who eventually became the first investor in Lauren’s business. Polo Fashions, Inc., named after the posh sport (not the shirts Lauren would later become famous for), launched in 1968 and, as Hilton’s son Nick remembers it, his father poured $75,000 into the startup. By the end of his first year running Polo Fashions, Lauren had expanded from ties into full suits that the Daily News Record (a menswear trade publication that was later folded into WWD) featured alongside heavyweights like Bill Blass and Oleg Cassini.

The company was a critical success from the beginning, although according to Nick Hilton, it was always almost bankrupt in its first few years. In 1970, Lauren won his first Coty Award (the predecessor to the CFDA Awards) for menswear, and he launched womenswear after that. In Ralph Lauren: The Man Behind the Mystique, author Jeffrey Trachtenberg describes how the move into womenswear transformed Lauren’s business. It was then that he decided to change the name on his labels from Polo Fashions to Polo by Ralph Lauren, in part to imitate how other designers were using their own names on their womenswear labels. And then, for the launch of women’s button-down shirts, the company added a new design element: a small embroidered polo player. It was an overnight success.

« The polo player became the new status symbol for women, » Raleigh Glassberg, the buyer who purchased Ralph’s first women’s shirts for Bloomingdale’s, told Trachtenberg. The shirts were as pricey as Lauren’s ties, but it didn’t matter. Everybody wanted one. As Lauren’s business grew, buoyed in large part by the ‘80s prep revival, the polo player became an integral part of the women’s and men’s lines, including on the polo shirts that became a signature of the Ralph Lauren look.

Chaps was the first of many extensions that Ralph Lauren would experiment with. Chaps was Lauren’s answer to Polo knockoffs that were flooding the market. He couldn’t stop the knockoffs from being produced, so he created a cheaper line to compete with them.

The company also expanded quickly through a number of licensing partnerships, a relatively easy way to put the Ralph Lauren name on a variety of products without having to deal with manufacturing any of it.

« The bulk of the company’s profits come from royalties on its extremely lucrative licensing agreements, which lend the Ralph Lauren name to manufacturers of eyewear, fragrance, furniture, and a range of apparel, » the New York Times‘ Stephanie Strom reported in the mid-’90s. « Polo Ralph Lauren only manufactures its men’s sportswear, coats, and furnishing lines; all other Ralph Lauren products, ranging from towels and sheets to shoes and sunglasses, are manufactured by others under license. »

The article also noted the voracity with which Lauren launched new lines, started new partnerships, and continually built upon his vision. « The sheer number of new ideas coming out of Mr. Lauren’s head at a time when the fashion industry seems to be satisfied with endlessly regurgitating old looks gives him an edge, » Strom writes. « In the last year alone, he has started RRL, Polo Sport, a line of Polo Sport skin treatments, and the Ralph label. »

As Lauren’s empire grew, the accolades kept coming. According to the CFDA, Lauren is the first and only designer to win four of the CFDA’s top honors: the CFDA Lifetime Achievement Award (1991), the CFDA Womenswear Designer of the Year Award (1995), the Menswear Designer of the Year Award (1996), and the CFDA Award for Humanitarian Leadership (1998).

Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd.

« Insecurity can sometimes make a man do bold things, » Cathy Horyn wrote in a profile of Ralph Lauren for the Washington Post. « It can make him create not one world but many worlds. And it can make him think that what he has done is not only good but better. The upshot has been rather intriguing: a quarter-century of glorious ephemera from a designer who can’t draw so much as a sleeve. Never could. »

In that profile, Lauren couldn’t help but describe his legacy in broad, sweeping strokes. « Did I lift America up a little bit? Did I give it a little bit of quality? Because we were known for polyester. People don’t remember that. You couldn’t buy good things here. America is mass, » he told Horyn.

« And so, as I traveled around and got more sophisticated, I started to see what wasn’t there, and I became more nationalistic. Every year of my life. And I’d think, ‘Why is this country so insecure about what it is?’ So, my thing became more than clothes. It became bigger. It became — America. »

Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd.

The Lo Lifes, a Brooklyn gang officially founded in 1988, used to make a show out of shoplifting Ralph Lauren from department stores around New York City back when they first formed; now, it’s more about appreciating the Lifshitz to Lauren, self-made billionaire element of the designer’s story, as well as showing off vast collections of archival pieces. (Vice interviewed a Lo Life member who at one point had over 1,000 items.) However, the Lo Lifes’ influence on Lauren’s brand, specifically its place in hip-hop, isn’t officially recognized by the company.

« All together, it makes for a potent folk history of capitalist sedition, » Jon Caramanica wrote of the group. « In a time when Polo was being made for and marketed to the aspirational white middle class, some of the most rigorously sourced collections were sitting in closets in the Brooklyn housing projects. »

That’s not to say the company totally eschewed diversity. Ralph Lauren is credited with catapulting Tyson Beckford to supermodel status, making him the first black male model to hold that title. Beckford’s Polo ads were lauded when they first appeared, and the Times ran a story on his breakout success. « I believe I’m setting a good example, » Beckford told the paper. « The Polo ad says that I’m not a basketball star or a rap star, but an all-American type. It separates me from those stereotypes, which is good. »

« Lauren built a career by brazenly positioning himself as the quintessential interpreter of the American zeitgeist, » Robin Givhan later wrote in The Washington Post. « More than any designer, he has used America’s mythology — our secular religion — for profit. In doing so, he has displayed a keen understanding of our cultural symbols. He can parse the difference between a pair of blue jeans worn with cowboy boots and those worn with a black leather jacket. He sees the romance in a prairie skirt or a well-worn Native American blanket. He knows what it means in our racially conflicted society to photograph a dark-skinned, athletic black man in his preppiest, old-money brand. And he knows how a bright-eyed blonde feeds our vision of Mayflower blue bloods. And as consumers, we have bought into those symbols and made Lauren an extremely wealthy man. »


Ralph Lauren went public in 1997 and continued to thrive throughout the early 2000s, opening new lines seemingly on a whim. « At Ralph Lauren, there wasn’t that outside perspective, » says a former designer who requested anonymity since he still works in the industry. « We all, including myself, had our heads up our own asses. It was just so great to be there that even if we were doing something that we couldn’t validate based off of the competitive landscape it was like, ‘Well, this is Ralph Lauren. We can do what we want.’ We set the tone. »

By 2012, Ralph Lauren stock was trading at more than $170 per share, having shot up by $100 in five years. There was so much faith in the success of the company. « Everybody was just feeling the effects of the money that was rolling in, and that it was on a steady incline, » says the former designer. The company employed approximately 25,000 people in 2012, and was reporting $6.8 billion in sales and net profits of $681 million.

Then came the slide and Ralph Lauren’s literal and metaphorical stock began to tumble. Shares fell nearly 50 percent from a high point of $192 in May 2013 to $82 in February 2016. Sales were still holding steady, but profits slid drastically.

« I used to feel really good about working for that company, but there was so much uncertainty for so long and the lack of communication from the top down was almost absurd. »

Underlying problems with the company’s organizational structure became more pronounced as the good times gave way to struggling years. « People were just so unhappy, » says the former designer. « I used to feel really good about working for that company, but there was so much uncertainty for so long and the lack of communication from the top down was almost absurd. You didn’t even know what your job was, you didn’t know what your role was. You didn’t know if you were going to have a brand the next day. »

Several former employees pointed to that lack of communication as a real point of frustration within their departments. « It was like nowhere I had ever worked before, » says an employee who worked in materials sourcing for the company’s volume brands. « Everyone worked in silos. Manufacturers had one job that they were specific to and the designers only had to report to other designers and we really were kind of bumping into each other trying to do our own jobs. It was really inefficient. »

Compared to other retail companies where she had worked, the former employee was surprised by how many managers were assigned to each department. « Ralph is a very, very top heavy company, » she explains. « It was a lot of management and not a lot of doers, which is a huge problem. »

The organizational problems had long bled into the company’s dealings with its wholesale accounts. Michael Schumann, the owner of furniture retailer Traditions, eventually cut ties with Ralph Lauren after years of headaches associated with selling Ralph Lauren Home products in his stores.

« It was no longer worth it to put up with the bullshit in order to have the name, which was too bad, » says Schumann. He recalled how Ralph Lauren Home would issue beautiful, hardbound catalogs to stores and then not refresh them for two years since it was too costly to produce the books every six months when new collections would come out.

The rules around where and how to advertise the product were extra strenuous; Ralph Lauren’s logo had to be twice the size of the retailer’s logo, and ads could only be placed in premium locations. Schumann found success selling Lauren Home, a less expensive line, but then Ralph Lauren implemented a rule that Lauren Home and Ralph Lauren Home couldn’t be sold in the same store. « It was just impossible to work with these people, » Schumann says.

Ralph Lauren’s managerial structure was broken, relationships were being severed, the quarterly financial reports got more and more alarming, and Ralph Lauren himself wasn’t the same radical young guy wooing customers to buy into his dream lifestyle. Change was needed.

For years, David Lauren, Ralph’s only child who works at the company, was assumed to be the heir apparent. In 2006, The New York Observer wrote that it was « clear » Lauren would run the company at some point. Fast Company mentioned « industry-wide speculation » that he would take the throne in a 2011 profile. In 2014, Business of Fashion noted that many in the industry pegged the son as the father’s successor.

But when the time came for Ralph Lauren to relinquish his CEO title, David Lauren’s name wasn’t called. Instead, it was Stefan Larsson, a young retail industry darling who built his career at H&M and wowed the industry with a successful three-year stint as the brand president of Old Navy, who would inherit the crown.

When Lauren and Larsson tell the story of how they met, it often includes the tale of a magical first dinner together. Both walked in wondering what the hell they were doing there, both came out knowing that this partnership needed to happen. Larsson is a young star just as Lauren was back in the day, and Larsson has entrepreneurial roots as well — he started his own company to put himself through business school, according to the Financial Times.

Larsson also passed the most crucial test, in Lauren’s eyes. « He understands what dreams are, » Lauren told the Associated Press when Larsson’s new role was announced. (Ralph Lauren declined to make Lauren, Larsson, or any other executives available for comment for this story.)

« In terms of where Stefan is, I saw that he had the background and the excitement and the energy and the knowledge that I don’t have. »

David Lauren still retains his position as a company executive and a member of the board of directors, and if the new dynamic is awkward, it only comes through a little bit. At the company’s inaugural Investor Day presentation in early June, where Larsson laid out his plan for the future of the company, Lauren took the stage for about 20 minutes to talk about the brand history and endorse Larsson.

« I’ve had great people in my company over the years, wonderful people, » Lauren told analysts in the meeting. « But whether someone’s going to carry the CEO flag was a different thing because I’m entrusting my baby to him. And that baby has to grow up. And that baby is in the front row, David on the one hand and uh, Stefan on the other. But in terms of where Stefan is, I saw that he had the background and the excitement and the energy and the knowledge that I don’t have. »

Larsson spent nine months from the point of the initial CEO announcement last September to the Investor Day this summer to take stock of the business and figure out what needed to change.

For those watching the turnaround, there’s a lot of optimism about the possibilities under Larsson’s leadership. « When you look at Stefan and some of his core competences and what he brings to the table, it’s his ability to truly understand and diagnose a weakness within a company and go forth and make the necessary changes, » says Jerry Sheldon, an analyst for IHL Consulting Group.

« He really seems to have an understanding of consumers and is able to articulate that understanding, turn it into a business strategy, and execute on that strategy in a very effective way, » notes Sheldon.

First up, Larsson is assembling a new executive team filled with people from companies like H&M and Amazon. New blood will likely be just what Ralph Lauren needs. In recent years, employees witnessed how the old guard, which had been in their roles for years and years, weren’t cultivating an innovative environment anymore. There was also a sense that Lauren could not be questioned.

« When Ralph has an idea and starts something, nobody ever stands up and says, ‘Hey, this is not right. This is not the way to go,' » notes the former designer. « Everybody just kind of kneels to every word that comes out of his mouth. And when he personally would ask for opinions and direction, people had it and they didn’t voice it until he was out of the room, and that was just the way that it went for years and years. »

« If anything, I see the old management team as being beholden to Ralph and that was probably part of the problem, » says Paul Swinand, a retail analyst for Morningstar. « It wasn’t that he had lost his touch or that he was too old — you might have thought that — but it also might have been that the old management team was not trying to go out and create anything new, they were just trying to get along and finish out their last few years. »

Larsson’s public diagnosis of the company’s problems was unveiled via the aptly-named Way Forward plan. The main points include a new, more hands-off employee structure (eliminating three levels of management), cutting down the time from initial development of a product to getting it on the sales floor to nine months (down from 15), improving communication between departments, and focusing on three core brands while maintaining a smaller stable of secondary ones. The Way Forward also detailed 1,000 job cuts and 50 retail store closures.

« From a nostalgic, brand-loving perspective, I feel sad about the layoffs, and I’m very fearful that this will be like the JCPenney situation from a few years back, » says a former employee in Ralph Lauren’s digital operations, who requested anonymity. « But from the business side, it makes a lot of sense to me. Our department did not need three managers. »

Larsson is also pulling back from outlet stores, a market where Ralph Lauren had previously been expanding, and cutting down on promotional activity to try and retrain customers not to associate discounts with the brand.

« If anything, I see the old management team as being beholden to Ralph and that was probably part of the problem. »

In addition, Ralph Lauren has a huge wholesale business which accounts for nearly half of the company’s overall revenue. Macy’s in particular is a significant Ralph Lauren buyer; that account alone accounts for about 25 percent of the company’s wholesale revenue. But Macy’s reported a terrible financial quarter in May, and it doesn’t look like it will be making a comeback anytime soon.

« The department store channel is losing market share in general, » says John Kernan, an analyst with Cowen & Company, « and Ralph Lauren, the brand, needs to find new channels of distribution like Amazon and other areas where they can grow. »


Ralph Lauren is going through operational struggles during not only a tumultuous period in the retail industry, but also a time that’s seeing a cultural shift away from what the brand stands for. The prep aesthetic has always smacked of privilege, something accessible primarily to white people with trust funds and monogrammed shirtsleeves. Now, the WASP lifestyle that completely captivated Lauren as a young entrepreneur is considered out of touch at best, offensive and oppressive at worst.

Take, for instance, the media’s reaction to the company’s Olympic uniform designs this year. Headlines announcing the kits included: « Ralph Lauren’s Olympic Uniforms Are Straight Out of Prep School Hell« ; « USA’s Olympic Uniforms Are WASPy Bullshit« ; « Team USA’s Official Olympic Uniforms are Peak Vanilla« ; and Racked’s own contribution, « I Need More From Team USA’s Olympic Uniforms« . The Daily Mail rounded up the best tweets from the debacle. The comments on Ralph Lauren’s own Instagram post of the outfits were littered with prep jokes of varying degrees of wit.

« The uniforms couldn’t play more into the world’s most unflattering stereotypes of Americans unless they added cigars dangling out of the athletes’ mouths, Bibles tucked under their arms, and $100 bills falling out of their pockets, » Christina Cauterucci wrote for Slate.

Christian Chensvold, founder of the website Ivy Style and a regular contributor to Ralph Lauren’s RL Magazine, broached the subject in a series of posts last fall that questioned whether the Ivy League look was still politically correct. This included a satirical post that imagined a social justice warrior responding to different aspects of Ivy style (example: « Dinner jacket: Offensive to the underfed »); some readers were not amused.

The spring 2016 Polo Ralph Lauren presentation during New York Fashion Week. Photo: Fernanda Calfat/Getty Images

« I would imagine that some of your readers would certainly find ‘club ties’ exclusive and elitist, » one commenter wrote, referring to a line joking that club ties should be banned for their exclusionary symbolism. Club ties, identified by their repeating motifs, actually did historically denote membership to elite clubs. « I know clothing itself is not elitist; it is the choice behind what we wear that speaks volumes about who were [sic] are. »

Later on, when Chensvold published an April Fools’ post detailing how preppy style had been banned from college campuses due to the classism and racism that it signified, plenty of readers thought it was real news.

Today’s shoppers are interested in more democratic clothing options — options that are casual, practical, and mass. Athleisure is a $97 billion business in the US, accounting for nearly one-third of the entire apparel, footwear, and accessories market. Vetements, the French design collective led by Demna Gvasalia that no one can stop talking about, is making a killing off of what can best be described as incredibly ordinary clothing. Its spring 2017 show, held during haute couture week in Paris, featured collaborations with 18 different brands including Juicy Couture and Carhartt.

« Sometimes, I hear designers from older generations saying, ‘Oh, fashion needs to make women dream,' » Gvasalia told W in an interview earlier this year. « I feel that this is really difficult today. I think it’s dated. Fashion shouldn’t make you dream in 2016. It should just be there, for us to wear. » It’s not hard to imagine Lauren burying his head in his hands over that one.

« It could become a social liability to look really old money and traditional, to wear this kind of stuff. »

« Ten years from now, when fashion is coming back around in its cycle and these young people are now well into their careers — assuming they have careers with the economy and their crippling student loan debt — when they become 35 years old, are they going to be wearing navy blazers and Alden tasseled loafers and striped ties because that epitomizes success and so forth? I don’t know, » says Chensvold.

« Theoretically, it could be a version of what we had in the late 1960s with the counterculture revolution, » he continues. « This is an election year; the country is more polarized than ever. It could become a social liability to look really old money and traditional, to wear this kind of stuff. »

Rebecca Tuite, the author of Seven Sisters Style, a book chronicling the history of the women’s equivalent to Ivy League style before many of the actual Ivies were co-ed, sees what’s happening now as a less vitriolic version of the backlash to ‘80s prep.

The counterculture revolution of the late ‘60s and ‘70s ushered in an era of long hair and bell bottoms as a response to the conservative style of the ‘50s. Then, in the ‘80s, Lauren led a massive preppy revival that other traditional menswear retailers like Brooks Brothers and J.Press also felt the effects of. This aligned with the Reagan era, a time when conservative politics replaced the freewheeling ideals of the previous two decades. When Lisa Birnbaum published The Preppy Handbook in 1980, it was meant to satirize the prep scene that was reemerging, but ended up being regarded as a literal handbook. The Financial Times described Ralph Lauren as the greatest fashion beneficiary of the book, saying he « cashed in as the preppy wannabe’s clothier. »

Then the pendulum swung back away from prepsters in the ‘90s, when grunge became the go-to cool kid look. But in the early aughts, prep was popular yet again. Birnbaum published a sequel to the Handbook called True Prep. Lauren’s business was on an upswing. Abercrombie & Fitch had infiltrated every high school in America.

« For some, the Lauren prep has become cliché, but actually I think that there is so much genius involved in his reinvention of preppy traditions and that is why whenever the preppy trend circles back to the top, it’s Ralph Lauren who is right there, front and center, leading the pack, » Tuite explains in an email. « He offers a closet full of preppy staples that perennially sell well, but can still bring a fresh take on a well-trod fashion path. »

And now, here we are again, back at a place where anti-establishment sentiment runs deep. How does a company like Ralph Lauren react to these cultural ebbs and flows? By giving its take on whatever the look of the moment is. In a roundup of old Ralph Lauren advertisements, Vanity Fair captioned a ‘90s ad featuring a cropped long sleeve top and a denim maxi skirt as: « Ralph Lauren did grunge?! »

Patricia Mears, the deputy director of the museum at the Fashion Institute of Technology, remembers observing how Lauren’s merchandise morphed to speak to different generations when she was conducting research for a book and exhibition on Ivy style at FIT in 2012.

« When we were looking at images for the book, one of the things that we saw was a more recent photo shoot with young men, handsome, Ralph Lauren-esque. They were wearing certain things like beautiful crested navy blue blazers, but then they also had knitted caps like what you’d see on surfers or skaters, » says Mears. « Ralph was very smart about incorporating things like skate culture into a look that is still going to include the cornerstones of the Ralph Lauren vocabulary. It will still have chino pants or a navy blazer, but the T-shirt and the hat and some of the other accessories are going to be much more cutting-edge and something that a twentysomething today can relate to. »

Recently, some of Ralph Lauren’s lines have a boho feel in accordance with current trends. Carly Heitlinger, the blogger behind The College Prepster, says she doesn’t consider Ralph Lauren a traditional prep brand based on the current women’s merchandise, because it is so fashion-forward.

« A lot of their designs are a little bit trendier, a lot of crochet and knit, » says Heitlinger. « I’m sure you could find a piece or two within each collection that fit into more classic, traditional outfits like the button-downs, but there’s a lot of trendier stuff in there too. I think they really embraced this bohemian look. » She isn’t buying much from the brand these days, but says she would shop it more if it moved back towards its traditional prep roots.

No matter how the brand may change under its new CEO, Lauren’s own effect on fashion will always be far-reaching. So many designers have come up under his tutelage, from Vera Wang to Thom Browne to Tory Burch. His reputation in the industry precedes him.

« I asked Marc Jacobs one day, ‘Who’s your favorite designer?,' » says Mears. « At first when he said Ralph Lauren, I thought that was an interesting choice, but then he elaborated that there’s no person in the world who has done a better job of galvanizing that classical American look and turning it into an empire. When you see a Ralph Lauren piece you really know you’re looking at Ralph Lauren. He said that he’s probably the best designer in the world at that. »

And as the company looks forward, Lauren is adamant that Ralph Lauren will continue to be « a part of life, » as he told analysts at that Investor Day meeting. « This is about creativity, about life, » he said. « It’s not did we make a new shirt, look at us, we made a shirt with three buttons. It’s about living. It’s about dreams. And everyone has a dream. »

Erika Adams is a Racked contributor.

Editor: Julia Rubin


Voir par ailleurs:

Lauren Bacall, légende d’Hollywood, est morte

VIDÉOS – L’héroïne mythique du film noir, qui a formé avec Humphrey Bogart un couple légendaire, est décédée à 89 ans.

Une légende d’Hollywood s’en est allée. Lauren Bacall est décédée mardi à New York à 89 ans. «C’est avec un profond chagrin mais avec beaucoup de gratitude pour sa vie incroyable que nous confirmons le décès de Lauren Bacall», a indiqué mardi soir sa famille. Le site TMZ, spécialisé dans la vie des célébrités, a précisé que l’actrice était décédée chez elle à New York «d’un accident cardio-vasculaire massif». Elle habitait le Dakota, un célèbre immeuble en bordure de Central Park.

Lauren Bacall a envoûté le cinéma hollywoodien par sa voix grave et son regard bleu glacé pendant plus de 60 ans de carrière. Née le 16 septembre 1924 à New York, Betty Joan Perske de son vrai nom est la fille unique d’immigrants juifs roumano-polonais, de la famille de l’ancien président israélien Shimon Peres. Une couverture du Harper’s Bazaar et quelques photos de mode à l’intérieur du magazine ont décidé de son destin, en mars 1943. Elle a dix-neuf ans, se partage entre mannequinat, petit boulot d’ouvreuse et cours d’art dramatique, dans son New York natal. La femme de Howard Hawks remarque ce physique altier, visage aux traits aigus, regard vert perçant sous les arcades sourcilières prononcées. Elle presse son mari d’auditionner la jeune beauté pour son prochain film,Le Port de l’angoisse(To Have and Have Not). Betty dit parfaitement son texte ; mais elle est si intimidée qu’elle baisse le menton tout en levant les yeux vers la caméra. Ainsi naissent les légendes: elle sera «the look», ce fameux regard en dessous, étrangement direct et mystérieux. Il y passe de la sensualité et de l’insolence, du défi et de la distance.

Coup de foudre

La future star dispose encore d’un atout que ne laissaient pas soupçonner les photos: sa voix grave, aux intonations presque rauques, que Hawks lui fait aussitôt travailler. Elle s’appelle encore Betty, mais elle a déjà pris le nom de jeune fille de sa mère: Bacal. De son père, qui les a abandonnées quand elle était enfant, elle ne veut plus entendre parler. Howard Hawks, cinéaste Pygmalion qui la prend sous contrat pour sept films, lui fait ajouter un «l» à Bacal, choisit le prénom de Lauren. Dès sa première apparition à l’écran, la voilà prête à devenir la nouvelle femme fatale des films noirs qui connaissent alors leur âge d’or. Comme Vénus sortant de l’onde, Bacall sort de l’ombre.

Un autre Pygmalion l’attend sur le tournage: son partenaire, Humphrey Bogart, alors au sommet de sa gloire. Il a 44 ans, il est marié à l’actrice Mayo Methot, il boit trop. Le coup de foudre est réciproque, et la passion qui dévore les personnages déborde vite hors champ. Les luttes entre gaullistes et pétainistes dans les eaux de Fort-de-France, qui servent d’intrigue au Port de l’angoisse, ont laissé un souvenir plus obscur que la rencontre éclatante de sensualité et d’insolence du patron de bateau et de l’aventurière. Et la réplique fameuse: «Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve?» Cet aplomb garçonnier, cette distinction un brin voyou, ça on ne l’avait pas encore vu. La manière Bacall de traiter la séduction en bonne camarade est restée inégalée.

Bogart divorce pour épouser Bacall en 1945. L’année suivante, Howard Hawks les réunit de nouveau à l’écran dans Le Grand Sommeil. Une histoire de chantage très embrouillée où l’inspecteur Marlowe s’éprend de la superbe Vivian. Ils tourneront encore deux beaux films noirs ensemble, Les Passagers de la nuit de Delmer Daves (1947) et Key Largo de John Huston (1948). Ils auront deux enfants, Stephen, né en 1949, et Leslie, en 1952. Leur amour conjugal fera rêver l’Amérique, jusqu’à la mort d’Humphrey Bogart, emporté par un cancer en 1957. «Avant de le rencontrer, je pensais tomber sur un type plutôt grossier», a raconté Lauren Bacall, qui aurait préféré tourner avec Cary Grant. «J’ignorais qu’il avait une excellente éducation, lisait beaucoup, parlait bien. C’est une chance extraordinaire d’avoir été formée par un homme de son âge, et les amis de sa génération, comme Gregory Peck, David Niven ou Noel Coward, qui avait un esprit fou».

Dans les années 1950, Lauren Bacall se tourne vers la comédie, où son élégance sûre d’elle-même, sa drôlerie, son côté abrupt, un peu masculin, font merveille. Negulesco lui offre Comment épouser un millionnaire etLes femmes mènent le monde, Minnelli La Femme modèle. Elle y interprète une dessinatrice de mode mondaine, genre d’emploi qu’elle retrouvera plus tard dans Misery de Rob Reiner (1990) etPrêt-à-porter de Robert Altman (1994).

Une personnalité

Après la mort d’Humphrey Bogart, elle revient vivre à New York, et on la retrouve sur scène à Broadway dans Goodbye Charlie, Fleur de cactus, La Femme de l’annéeou Applause, comédie musicale d’après Eve de Mankiewicz, qui lui vaudra un Tony Award en 1970. L’œuvre est diffusée à la télévision où Lauren Bacall fait aussi carrière, jusqu’à la série des Soprano: elle y tient son propre rôle. Elle ne cessera jamais de travailler au cinéma. Mais duCrime de l’Orient-Express, àDogville etManderlay de Lars von Trier, le cinéma ne lui offrira plus de très grands rôles. Elle restera la star auréolée de son passé légendaire, qui donne de l’éclat à un générique. Et qui continue à faire son métier, sans vaine nostalgie. Sa bravoure et sa franchise la font couper court: «Les jours anciens étaient merveilleux, mais ils sont passés. Occupons-nous d’aujourd’hui.»

Pour que les choses soient claires, elle a écrit deux autobiographies, Par moi-même(éditions Stock) etSeule (éditions Michel Lafon), qui en est le complément. Des titres éloquents. Elle y raconte ses origines de fille d’émigrés juifs, roumains, allemands et polonais (elle était la cousine de Shimon Pérès), le brusque départ de son père, qu’elle refusera de revoir quand il ressurgira des années plus tard, les hommes de sa vie: après Bogart, il y a eu Sinatra, qui l’a plaquée goujatement, Jason Robards, épousé en 1961, dont elle divorcera huit ans plus tard à cause de son alcoolisme. «J’ai passé seule la plus grande partie de ma vie», a-t-elle observé. Elle trouvait que les hommes intelligents et spirituels se faisaient rares. Howard Hawks avait sans doute raison de penser que, plus qu’une actrice, Bacall était une personnalité. Un fier tempérament. Elle portait l’indépendance et les volutes de fumée comme personne.


Ses principaux films:

-»To Have and Have not» (Le port de l’angoisse, 1944), Howard Hawks

-»Confidential Agent» (1945), Herman Shumlin

-»The Big Sleep» (Le grand sommeil, 1946), Howard Hawks

-»Dark Passage (Les passagers de la nuit, 1947), Delmer Daves

-»Key Largo» (1948), John Huston

-»Young Man with a Horn» (La femme aux chimères, 1950), Michael Curtiz

-»Bright Leaf» (le roi du tabac, 1950), Michael Curtiz

-»How to marry a millionaire» (1953), Jean Negulesco

-»Woman’s world» (Les femmes mènent le monde, 1954), Jean Negulesco

-»The cobweb» (La toile d’araignée, 1955), Vincente Minnelli

-»Blood Alley» (L’allée sanglante, 1955), William Wellman

-»Written on the wind» (Ecrit sur du vent, 1956), Douglas Sirk

-»Designing woman» (La femme modèle, 1957), Vincente Minnelli

-»The gift of love» (La femme que j’aimais, 1958), Jean Negulesco

-»Shock Treatment» (1964), Denis Sanders

-»Sex and the single girl» (Une vierge sur canapé, 1964), Anthony Quinn

-»Harper» (Détective privé, 1966), Jack Smight

-»Murder on the Orient Express» (Le crime de l’Orient Express, 1974), Sydney Lumet

-»The shootist» (Le dernier des géants, 1976), Don Siegel

-»The fan» (Fanatique, 1981), Edward Bianchi

-»Misery» (1990), Rob Reiner

-»Prêt-à-porter» (1994), Robert Altman

-»Le jour et la nuit» (1997), Bernard-Henri Lévy

-»Dogville» (2003), Lars von Trier

-»Manderlay» (2005), Lars von Trier

-»The Forger» (2012), Lawrence Roeck, son dernier film en tant qu’actrice

Voir de plus:

« The Look »Lauren Bacall: un certain regard Danièle Georget
Paris Match

Avec Bogart, elle formait le couple le plus mythique de Hollywood. Pendant plus de cinquante ans, elle a continué sa route sans lui, avant de s’éteindre à 89 ans.

Elle a tout d’une princesse, mais elle est née d’un représentant de commerce et d’une émigrée juive roumaine du Bronx. Il a l’air d’un dur mais il est fils de bourgeois, cousin d’aristocrates anglais. Dès leur premier film, elle est la lumière et lui, l’ombre. Entre Lauren Bacall et Humphrey Bogart, tout commence par une réplique culte, « Vous n’aurez qu’à me siffler », lancée en 1943 sur le plateau du « Port de l’angoisse », d’une voix rauque, travaillée à la cigarette pendant trois semaines. Ce n’était que le signe extérieur d’un aplomb qui annonçait une ère nouvelle. Mais face au héros tragique, bagarreur de 44 ans qui savait si bien encaisser les vacheries du destin, elle avait, en la prononçant, le menton qui tremblait. Tant pis, elle le regarderait par en dessous pour assurer son équilibre. Une panthère qui surveille sa proie. Ainsi naquit son surnom, « The Look ».

Du fond de son désespoir tranquille, Bogie a deviné la bluffeuse hors pair, qui joue comme si elle avait un brelan d’as… En réalité, elle en est encore à courir après l’ombre de papa, disparu dans la jungle où se perdent les hommes infidèles. Lauren adule sa mère. Elle survit de petits boulots : ouvreuse, mannequin dans les grands magasins, c’est-à-dire portemanteau. Il lui a fallu renoncer à l’école de théâtre, car on n’y donnait pas de bourse aux filles. Un garçon lui a déjà fait du gringue : Kirk Douglas. Mais elle a gardé ses distances. Peut-être a-t-elle deviné que, au fond, elle n’était pas son genre : pas de seins, pas de fesses, trop grands pieds. C’est l’époque où Marilyn se fait refaire le nez, la poitrine, et teindre en blonde. Une gueule de fantasme. Lauren Bacall mise sur la différence. Une jeune vierge au visage de femme fatale qui s’impose dans le style de la copine insolente et affranchie, elle qui connaît si mal les hommes.

Timide, Bogart l’a embrassée sans prévenir

Comme il est timide, Bogart l’a embrassée sans prévenir, après trois semaines de tournage et d’innombrables plaisanteries. Dans sa loge, il lui a pris le menton puis lui a tendu une pochette d’allumettes pour qu’elle y inscrive son numéro de téléphone. Il n’y avait pas de caméra pour filmer la scène. C’est Lauren qui l’a racontée dans ses Mémoires, « Par moi-même » (éd. Stock, 1979).Ce n’était pourtant pas dans les habitudes de Bogie, ces amours de tournage. Lui, quand il aime, il épouse. Souvent. La troisième Mme Bogart est, comme les autres, une actrice. Qu’est-ce qui lui a plu en Mayo Methot ? Ses joues d’écureuil ou sa détermination à ne jamais le laisser boire tout seul ? C’est un vrai pilier de bar, mauvaise comme les habitués des saloons dans les westerns. Mme Bogart a l’habitude de balancer cendrier et bouteille à la tête du gentleman de « Casablanca ». Elle hurle comme un ivrogne. A Lauren, elle lancera : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » Bref, elle donne à Bogie toutes les raisons de boire. Ce dont il lui est reconnaissant. L’alcool est alors un attribut essentiel de la virilité. Ça ne dérange pas Lauren. Et même, elle suit… A Paris Match, en 2005, elle déclare : « J’ai d’abord tenté l’orange blossom, gin-jus d’orange. Pas terrible. Ensuite, l’aquavit on the rocks, qui me rendait malade. Je ne détestais pas le brandy, qui faisait anglais. Je me suis mise au Martini sur glace, très dilué. Puis le Jack Daniel’s… Aujourd’hui, je suis plutôt vodka. Mais, franchement, l’alcool ne me convient pas. » Elle ira jusqu’à l’accompagner sur son bateau où elle a le mal de mer…

Il l’appelle « Slim » (Mince) ou « Baby ». Elle lui dit « Steve », comme dans le film, et reste à son côté quand il joue aux échecs, ou fait des grimaces pour le faire rire. A la sortie des studios, il la rejoint dans sa voiture, comme un lycéen. Et, parfois, quand il est soûl, il l’appelle au milieu de la nuit pour lui donner rendez-vous sur la Route 101 où elle le découvre à 4 heures du matin, un énorme tournesol à la boutonnière. Il la traite en amante autant qu’en copain, et elle, en homme de sa vie. Ce qui n’échappe pas à Howard Hawks, le réalisateur qui lui a donné sa chance après avoir vu sa photo à la une de « Harper’s Bazaar ». Jaloux, il lui fait la morale, critique son jeu, lui affirme qu’elle est en train de tout gâcher pour un type qui, le film terminé, ne se souviendra même plus d’elle… et elle répond d’une voix de petite fille que personne ne lui connaît : « Mais Howard, qu’est-ce qu’on fait quand on a un type dans la peau ? » Howard Hawks n’avait que la mauvaise foi du mauvais perdant. En réalité, il faudra à peine un an pour que Bogart quitte sa femme. Il épouse Lauren en mai 1945. Cela aurait pu être la plus belle noce de Hollywood. Mais il choisit pour la cérémonie une ferme, dans une petite ville de l’Ohio. Devant le juge, ils se tiennent par la main, avec les genoux qui flageolent. Un bonheur de midinette pour des héros de film noir.

Leurs deux enfants passeront toujours après Bogie qui ne supporte pas d’être sans elle

Leur première vraie dispute résonne quand elle lui apprend qu’elle est enceinte : « Il vociféra qu’il ne m’avait pas épousée pour me perdre au profit d’un enfant. Qu’aucun enfant n’allait se mettre entre lui et moi. » Ils en auront deux, Stephen, en 1949, et Leslie, en 1952. Et Lauren respectera sa promesse. Ils passeront toujours après Bogie qui ne supporte pas d’être seul, sans elle : à l’époque de « The African Queen », l’aîné se retrouve près de sa nurse morte, victime d’une crise cardiaque, sur le tarmac de l’aéroport où ils viennent de s’envoler pour New York. Et alors… on lui enverra sa grand-mère. « Il avait longtemps dit : “Je n’ai pas d’enfants parce qu’ils ne boivent pas”, confie Stephen dans un documentaire de Bertrand Tessier (pour OCS). Nous avions juste commencé à être plus proches quand il est tombé malade. »

Bogart a toujours su que le bonheur ne durait pas. Sa grandeur, c’était de montrer que ça ne l’empêchait pas de vivre, qu’il avait les tripes pour affronter le destin. Son destin à lui, ce sera juste avant le tournage de « Plus dure sera la chute », en 1956, un cancer de l’œsophage. L’alcool, le tabac. Entre sa première opération et sa mort, à 57 ans, onze mois vont s’écouler, à souffrir, à ne plus manger, à ne plus pouvoir marcher. Ensemble, ils ne voudront rien savoir de la tumeur, de la bombe au cobalt, de la moutarde à l’azote, ce dérivé du gaz moutarde avec lequel on tente encore l’impossible… Jusqu’à la fin, Bogart ferraille avec les chroniqueurs qui balancent qu’il est incurable : « Comme on dit, je ne me suis jamais si bien porté… Il ne me manque qu’une douzaine de kilos que certains d’entre vous, à coup sûr, pourraient avantageusement me céder. » Quand elle l’emmène à l’hôpital, maintenant c’est elle qui porte la valise, avec, à l’intérieur, la bouteille de scotch et le jeu d’échecs, et elle qui lui dit : « J’aime beaucoup que tu t’appuies sur moi, c’est la première fois en douze ans. » Il est passé aux cigarettes à bout filtre. Et du whisky au Martini, mais, à Noël, elle lui offre un pyjama et une veste d’intérieur. Bogie ne sera plus jamais un homme debout.

Elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure

Leur dernière nuit, ils vont la passer ensemble le 12 janvier 1957. Elle a pris l’habitude de dormir dans une alcôve pour ne pas le déranger mais, ce soir-là, il lui demande de rester, il a peur. C’est une nuit sans répit, à lui tenir la main pendant qu’il suffoque. Bogie tombe dans le coma le lendemain pendant qu’elle emmène les enfants « à l’école du dimanche », le catéchisme des protestants. Il lui avait pourtant dit de ne pas s’éloigner… On s’étonnera que, le jour de l’enterrement, elle n’ait pas versé une larme. Elle était pourtant méconnaissable avec ses paupières gonflées sous son petit béret noir. Sans voilette, sans lunettes, toute droite. Qui connaissait Lauren Bacall ? Pour Hollywood, elle est devenue la veuve, celle qui rappelle l’absent et, pire encore, qui montre combien la vie est cruelle, bien plus que l’imaginent les scénaristes. Elle restera néanmoins une star à qui l’on demanda toute sa vie pourquoi elle tenait tant à travailler, ce qu’elle fit jusqu’à 87 ans. « Pour payer mon loyer », répondait-elle en souriant.

Elle avait 33 ans quand Bogie est mort. Pendant plus d’un demi-siècle, elle a porté vaillamment le fantôme écrasant, ça ne l’a pas empêchée d’épouser un autre acteur, Jason Robards, qui disparaissait pendant des nuits entières de beuverie. Elle a eu un troisième enfant, des amants, elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure. Elle avait pourtant tourné la page, retrouvé New York, le très chic immeuble Dakota devant lequel John Lennon fut assassiné. Le temps des studios était mort depuis longtemps, il fallait s’habituer à voir Lauren Bacall dans des seconds rôles ou des séries télé. Heureusement, restait le théâtre. Et son plus grand succès, « Applause », à New York et Londres. C’était l’adaptation du film de Mankiewicz « Eve » (1950), avec Bette Davis, la star qu’elle avait tant admirée, enfant, et qui lui confiait, à 15 ans : « Il faut que vous soyez bien sûre de votre vocation… car, voyez-vous, j’ai deux Oscars sur ma cheminée, mais ils ne me tiennent pas chaud par les froides soirées d’hiver. » La solitude, Lauren Bacall l’a apprivoisée, elle qui disait : « J’ai passé bien plus d’années sans Bogart qu’avec lui. Mais après sa mort, je me suis mise à penser et agir comme lui. Je suis un peu devenue lui. »

Voir encore:

Book Reviews
The Very Jewish Love Story Behind Erich Segal’s ‘Love Story’
How the famed writer’s unrequited passion for Janet Sussman led to the era-defining best-seller, and how Segal, who died six years ago this week, never got over her
Paula Young Lee
Tablet

January 14, 2016

“What can you say about a 25-year-old girl who died?” reads the opening line of Erich Segal’s 1970 best-seller Love Story. Well, for starters, Jenny—or the real-life model for Segal’s fictional tragic heroine—didn’t die. Her name is Janet, she’s Jewish, and she’s alive and well and living in New York City.

In 1998, a series of misreported conversations made it sound as if Al Gore had claimed that he and then-wife Tipper had inspired the young couple at the center of Love Story: the preppy Oliver Barrett IV, and working-class ingénue, Jennifer Cavilleri. A woman named Janet Sussman stepped forward as the “real” Jenny, which was a revelation of such proportions that Maureen Dowd wrote about it in her column for the New York Times, People Magazine ran a feature story, Inside Edition interviewed her, and Oprah later followed up with a taped special segment. But these quick takes only scratched the surface of what turns out to be a more revealing—and very Jewish—story, involving a youthful love triangle in Midwood and an author who would transform unrequited love into a book that made him rich and famous.

Janet Sussman grew up in Flatbush, the younger daughter of intellectual Russian-Polish immigrants who came to the United States with the help of Zionist organizations. The family was part of what her older sister Deborah called “the Tribe,” a close-knit social circle dedicated to raising money to help establish a Jewish homeland. That circle included the Gartners, the parents of a boy named Gideon, with whom Janet shared the same piano teacher, Roberta Berlin. From the time they were “eight, nine, ten years old, we were performing together in recitals playing four-hand piano duets,” Janet recalled, when I spoke with her recently.

Around the same time, she started attending Camp Kinderwelt (Yiddish for “children’s world”), a sleep-away summer camp for boys and girls aged six to fifteen located in Highland Mills, New York. It operated in tandem with Unser Camp (“our camp”), a resort that attracted Yiddish intellectuals and artists—theater actors, directors, poets, and teachers. Established in the late 1920s, Kinderwelt accommodated about 500 campers and counselors at its height. All that remains of Kinderwelt today is a website run by Suzanne Pulier, who was a camper in the late 1940 and ’50s at the same time as Janet. Suzanne recalls that Janet’s nickname was “Machine-Gun.” Suzanne explains: “Apparently she had a laugh that sounded like that and was very contagious. I know many a boy had a big crush on her!”

Suzanne’s memories concur with those of Marty “Smitty” Smith, who remembers Janet as being “very pretty, part of the ‘with-it’ group,” who sang for Saturday services and Friday night Shabbat. Suzanne clarifies: “We sometimes performed in Yiddish for the Unser Camp adults, we walked through their camp on Shabbat showing off our white clothes for the evening’s religious services and we sang for the adults when they had events in the Literashe Vinkel (the little amphitheater).” Janet also played the piano to accompany the singing.

In 1952, while at camp, 15-year-old Janet received an unexpected love letter from a 17-year-old schoolmate in Brooklyn. It was a seven-page confession that he loved her with all the force a love-struck teenager could muster. He felt compelled to write because he was about to leave for college, and feared he’d lost his chance to go on a date with her. He dreamed they would get married in ten years. He dreamed that she would just write back. He worried that he was foolish to confess, because so many other guys were also in love with her.

***

In the early 1950s, Janet Sussman attended Midwood High School along with Gideon Gartner and Erich Segal. (Allan Konigsberg, class of ’53, was at Midwood with them too. He would later become known as Woody Allen.) Erich was the same age as Janet but a grade ahead of her, and Gideon, who wrote her the seven-page love letter, was two years older but three grades ahead. Inside the social ecology of Midwood High, there was very little overlap between Erich and Gideon, and no points of intersection between Janet and Erich.

Now an undergraduate at M.I.T., Gideon was always calling her, trying to get her to go out with him. When that failed, he began writing her letters. But Janet was not interested in him. “I had work to do!” Janet exclaims in tones of mild indignation. She was too busy with friends, singing, and her studies to bother with a boyfriend. With lifelong best friend Helen Mones, Janet would play guitars once a week; they also sang together in the All-City Chorus, which brought together students from all five boroughs.

So, when Janet began receiving more anonymous valentines, she didn’t think anything of it. “In those days,” she explains, “life was what happened. You didn’t question things. I got letters. I figured that everybody got letters.” The letters started in 1954, when she was 17 years old, and a junior in high school. “And then he started to sign his letters to me,” Janet says. The new letter-writer, Erich Segal, would keep writing her letters for the next 16 years.

Janet knew who Erich was, of course. Everybody knew him as the Mayor of Midwood, the equivalent of the student body president. But she had no idea how she came to his attention. He didn’t hang out by her locker or participate in chorus. She didn’t see him at all during her normal daily routines.

Unbeknownst to Janet at the time, Erich had asked Dick Kolbert to find out about her. Dick was class of ’55, a junior, and into basketball. Erich was class of ’54, a senior, a star of track and field. Dick sat next to Janet in English class and had played Algernon to her Cecily in the student production of Oscar Wilde’s play The Importance of Being Earnest. Dick’s secret assignment was to “ask her questions, find out if she had a boyfriend, what she said about him, that sort of thing,” and to report back to Erich what he’d learned. “It became clear that Erich was stuck on Janet,” Dick says crisply, “and Janet did not reciprocate.”

The following year, “Old Kolbert” succeeded Erich as Mayor of Midwood. A dignified man who speaks carefully, Dick doesn’t doubt that Erich based “Jenny” on Janet. There were too many similarities between them. And he believes that Erich’s feelings were sincere. “Teenagers really do experience genuine love,” he muses. “Even if it’s love at a distance. He may have been a little self-dramatizing, but he was genuinely smitten.” Though he wouldn’t reveal any details, Dick confirmed that Erich subsequently wrote “a long letter to him, pouring out his heart” regarding the depths of his feelings for Janet and asked him to burn it after reading. And so he did.

***

Dick Kolbert remembers that Janet was very pretty, but that it was Marge Cama who was voted “Prettiest Girl” in their graduating class at Midwood. The difference was that Janet had, “well … something,” he offered vaguely. “If there was a Geiger counter, she would be towards the top.”

Teenage boys may have been drawn to Janet’s artless good looks, but it was that ineffable quality of being your own person that made them fall in love with her. When Janet’s sister Deborah was 14, she wrote a strangely revealing essay about her then 8-year-old sibling. “Her tiny pug nose and tinkling laugh are two of the factors which gave her the titles, ‘Mis-Chief’ and ‘Machine-Gun,’ ” Deborah wrote of her sister in third grade. “I often wonder how she acts with male friends of her own age, and why they are so attached to her.”

Deborah titled the English-class essay “A Female Casanova” on account of the fact that Janet had a “boyfriend”–another third-grader named Ronald, who briefly became sick and stayed at home, leaving room for “Richard” to move in. Yet Deborah was perplexed. What qualities did Janet possess that made boys become infatuated with her? Nobody I spoke to about Janet’s years at Camp Kinderwelt or Midwood High School described her as a flirt, “boy crazy,” or any variation thereof. Rather, her response to male attention seems consistently to have been amused bafflement, followed by indifference.

In high school, Janet shared Erich’s letters with her other life-long best friend, Diana Stone. Diana lived across the street from the Sussmans’ home in Brooklyn, and she and Janet were as close as sisters. With a note of incredulity in her voice, Janet exclaims: “I think Diana even tried to persuade me to relent, just a little!” To no avail. She wasn’t rude to Erich, Janet stresses. But she never went out with him. Yet Erich’s letters kept coming.

At Barnard, Janet double-majored in music and French. An accomplished pianist, she composed the entrance music to Barnard’s “Greek Games” as well as a second piece for the dance portion, choreographed by Tobi Bernstein (today the distinguished dance critic Tobi Tobias). “This piece became the soundtrack to our childhood,” Janet’s youngest child, Aleba, states, “as it was the one piece she would turn to again and again when playing the piano for pleasure and not for work. We loved it so much—it totally captures her passion. It has very intricate syncopation amid gorgeous melodies.” A serious student, Janet took a composition class with Otto Luening across the street at Columbia University. This very small class included two future winners of the Pulitzer Prize for music composition: John Corigliano, who was also in Janet’s class at Midwood High School; and Charles Wuorinen, who “sat in the back row alone all the time,” Janet elaborates. “We all knew he was the genius of geniuses.”

By fall of 1959, she had graduated from college and finished up a summer at the Cummington School of the Arts in Massachusetts. She then found a job working as an administrative assistant for Columbia Records in New York City. Meanwhile, her older sister Deborah, a protégée of Ray and Charles Eames, had been on a Fulbright year in Ulm, Germany, and had moved on to Paris, where she settled into her new job as a graphic designer for chic department store Galeries Lafayette. Deborah wanted her baby sister to come visit.

It was time for Janet to make a choice. She had a good entry-level job at a business where she might have a future if she stayed—but Paris beckoned. After hemming and hawing, she finally gave notice to her bosses at Columbia Records and joined her sibling for a stint of seven months in Europe. On June 8, 1960, Deborah wrote to their parents:

after five weeks, i cannot imagine being without her. i was amazed and impressed, and so are others, at her insights and awarenesses of people. she has developed very highly intellectually, equaled (need one say?) by her beauty. yet i think that being far from home and her usual routines is the best thing she could do right now, in order to learn a certain independence.
Deborah’s letter made no mention of the man from Midwood High who was planning on delivering himself to their doorstep in the 18th arondissement the very next day, flowers in hand, with plans to take her baby sister out for her birthday, which happened to be close enough to his birthday, too. Erich Segal and Janet were Geminis, the sign of the Twins, born one week apart: June 9 for her, and June 16 for him. Erich had written Janet to let her know of his plans, but he’d not heard from her in two weeks since his last letter, he complained, and had no idea if she would be there when he arrived.

He had reason to fret. If Janet wasn’t exactly avoiding him, she wasn’t waiting breathlessly either. The sisters had driven to South of France, to the French Riviera, taking the routes favored by truck drivers because the food along the way was cheap and good. As for Erich, she says, he was “on his own.” It didn’t help his case that her sister “didn’t think he was important,” Janet relates with a rueful laugh. Ever decisive, Deborah summed Erich up and cut him down in three words: “He’s so short!” Janet concurs that he was short of stature, but with a “magnificent face.” When the three of them eventually ended up having dinner in Paris at the home of Erich’s aunt and uncle, “I was on good behavior,” Janet says lightly. “Deborah—ahem—wasn’t.” The formal meal turned into a scene from Hannah and Her Sisters à la française, with Janet being her charming and effervescent self, and Deborah blurting out caustic remarks in impeccable French.

Deborah, Erich, and Janet on the French Riviera, 1960.
That Janet agreed to dine with Erich’s relatives did not turn her into his girlfriend. “I wasn’t rude,” she exclaimed indignantly. “But he made every effort to see me, and I made none to see him.” Erich flew back to the United States, his love unrequited. And he kept sending her letters. From Cambridge, Massachusetts: a postcard mailed to her in Paris. From New York City: a telegram to her in Paris. From Barrow, Alaska: a letter addressed to her in Brooklyn. From somewhere over the friendly skies: a letter on American Airlines’ stationary, scrawled on a return flight from a Passover visit with his mother and family. From his office at Harvard University, where he’d obtained his undergraduate, Master’s, and doctoral degrees and then joined the faculty: a letter to her in Brooklyn, written in a ruled blue book used for exams. And so on.

Janet still has dozens of letters in her possession. They are full of chatty details of the non-events of the quotidian, using charming terms of endearment, little doodles, and clever puns in Latin, Greek, French, and Hebrew. During Janet’s sojourn in Paris, he visited her parents in Brooklyn. “Erich spoke Russian with my father, Polish to my mother, and Yiddish to my grandmother,” Janet recalls about that visit. Her parents approved of him, and they were thrilled when he told them he would be visiting her. From Paris, Erich sent a letter to Irving and Ruth Sussman to update them on the status of his visit with their daughters, including a description of that interesting supper with his relatives.

Following Erich’s departure from Paris, Janet had remained in France. She was nearing the end of her funds, so she began to look for a job. She found one close by in the 19th arondissement, working with a record company called Etablissements Atlas. Her job was to translate the French information on record labels into English. After two months, her bosses offered her a permanent position in London, where the company was opening a new office. But Janet didn’t take the London job, and she didn’t stay in Paris. Instead, both she and her sister decided to return permanently to the United States, sailing home on a ship called La Liberté. The voyage lasted a week. Upon their arrival, both sisters came back to the family home in Brooklyn, but Deborah immediately began readying to depart for California, where she would resume working for Ray and Charles Eames.

As it turned out, Erich Segal wasn’t the only suitor writing Janet earnest letters. Gideon was sending them too, and he had the home field advantage. “He was one of our own, part of the Rambam club,” Janet explained: “This was one of the arms of the Labor Zionist Federation, with the goal of establishing a nascent Israel. I inherited that fervor from my father.” And if, in high school, Gideon was a typical skinny teenager, Janet recalled, “he came back from college to Brooklyn, transformed.”

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By October 1960, Janet had started a new job working as the assistant to Geraldine Souvaine, producer of the Metropolitan Opera’s Saturday Afternoon radio broadcasts. When Gideon called and asked her out again, her heart didn’t leap with giddy anticipation. Still, she accepted his invitation—in her mind, a kind of pro forma social ritual, the sort of meetup owed to someone whose parents knew your parents and participated in the same groups. “We’d never before been on a date. When he showed up, he was like a stranger,” Janet says in lingering tones of wonderment. “He was my piano partner but he’d been a boy, then. I came back from Europe and he was a man. I was suddenly romantically attracted to him. I admired his broad shoulders,” Janet laughed, a 78-year-old grandmother suddenly girlish again, “and that was it!” A few months after their first date, he and Janet married.

They’d planned a traditional big wedding in a synagogue, but Janet’s father Irving was hospitalized at Maimonides Hospital with a hip injury and suffering from what would later be diagnosed as the early stages of Parkinson’s. Janet related: “In the Jewish tradition, you don’t postpone the wedding, so we brought the wedding to him. The rabbi came, and the ceremony was held in the hospital. It was very small, just family and close friends. We left the next day for our honeymoon in Puerto Rico.”

It was a marriage between families, joined together inside a community that had supported them since they were small. They’d known each other nearly their entire lives yet had fallen in love as adults. By the time they wed, Janet’s childhood piano partner had pursued her for eight years, and it was the third time she’d resigned her job and walked away from a potential career. She was almost 24 years old.

Erich saw the wedding announcement in the paper and wrote Janet a letter to congratulate her. Still, his letters kept coming.

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The newlyweds moved to Tel Aviv and lived there for four years. Janet remembered this as a wonderful, emotionally fulfilling period in their lives. Gideon’s extended family in Tel Aviv had embraced her. She learned to speak Hebrew fluently and was thrilled to be having healthy babies—first Perry, then Sabrina—born 16 months apart. For a period of eight months, Gideon was transferred to Paris; then the family returned to Tel Aviv. Perry was too young then to remember specifics, but he recalled that his father was “incredibly ambitious,” displaying the drive that would lead him to found the Gartner Group (now Gartner, Inc.), the first of several successful companies that would establish him as one of the pioneers in the new industry of information technology. Returning to the United States, they eventually settled in Mamaroneck, New York, where their third child, Aleba, was born.

And Janet and Gideon wrote each other love letters. Throughout their marriage, they communicated through music, and regularly exchanged letters—sometimes mailed, often left on each other’s pillows—that paint a complex, profound, private portrait of a marriage. But if one wonders what set Gideon apart from Janet’s other suitors, this simple line may explain it: “To you,” she wrote to Gideon in a letter of 1961, “I’m real.”

Now a married woman with three children, Janet started receiving notes and letters again. She knew who was sending them. Erich had become a professor of Greek and Latin literature at Yale and had also met with success as a Hollywood screenwriter. She figured Erich for a prolific writer who’d simply gotten in the habit of writing down and mailing his thoughts to her. Every once in a while, she responded with a brief note and didn’t ponder the matter any further. Meanwhile, in 1968, her sister Deborah co-founded the pioneering environmental design/graphic arts firm Sussman/Prejza, which became one of the most influential design companies in the country.

In 1969, Janet’s entire young family was sound asleep when the phone rang at 3 a.m. It was Erich Segal. “He was soused,” Janet recalled. “He told me that he’d just written his final love letter to me and that it was over a hundred pages long.” That last, very long letter was Love Story. A shortish novel, it became the best-selling book of 1970 and made Erich an instant millionaire. When the film exploded the following year, Erich invited Janet to accompany him to the Plaza Hotel in New York City, where she dined with him and the film’s stars, Ryan O’Neal and Ali MacGraw, as well as the producer, Robert Evans. Janet recalled: “Gideon said I could go—however, he stipulated that I couldn’t be identified to the press as ‘Jenny’.” She attended the fête as the “mystery woman.”

In the silence, the mystery surrounding Janet’s identity merely thickened, until that fateful conversation in 1998 which transformed Tipper from Tennessee into Jenny from Rhode Island. As result of that story, Erich stated publicly that Oliver Barrett IV had been partly inspired by fellow Harvard student Al Gore, the son of a senator and a WASP product of prep schooling, but he’d given Oliver the personality of Gore’s roommate, Tommy Lee Jones, the poet-cowboy actor from Texas. But what about Jenny?

Though Erich never came out and declared in so many words, “Janet Sussman is Jenny Cavilleri,” he admitted as much in an extensive interview for the May 1971 edition of the Italian magazine Oggi. In addition to describing his changed romantic prospects in the wake of sudden wealth and fame, he confessed his feelings for “Jenny” at length. “When you lose the woman you love,” he said, “it is over for you, whether she leaves you for another man, or she dies. You are still alone. It was at this point that I started thinking about Love Story. That’s why in the book, Jennifer dies, because for me she had died.”

The interview included a photograph of Erich and Janet on the Promenade des Anglais on that trip to France in 1960. The caption, in Italian, identifies Janet as “Jennifer, the muse,” and states plainly that the woman in the photo, Janet, is the inspiration for Love Story. Like “Jenny” as described in Love Story, Janet was: “beautiful. And brilliant … loved Mozart, and Bach. And the Beatles.” Was affectionately called “Four-Eyes,” hated her glasses and removed them at every opportunity. Was a music major, though Janet went to Barnard and also majored in French, whereas “Jenny” attended Radcliffe. Jenny/Janet was an accomplished pianist, an intellectual in the habit of biting her nails, quick with sarcastic retorts, especially with men, and she often used the word “stupid” to express her impatience.

It’s fun to re-read Love Story in light of the history shared by Janet and Erich, as it turns his prose into something far more confessional and intimate. “Either way I don’t come first,” Oliver complains on the very first page, “which for some stupid reason bothers the hell out of me.” “I would like to say a word about our physical relationship,” Oliver begins chapter 5. “For a strangely long while there wasn’t any.” But Jenny is working-class Italian American, and Oliver is a wealthy WASP. Or, as Jenny says, “Ollie, you’re a preppie millionaire, and I’m a social zero.” There is nothing of Jewishness in the novel, which instead celebrates Anglo-American culture and values to the point of pandering. Jewish identity comes up only twice in the book, first when Oliver remarks that the editor of the Harvard Law Review, Joel Fleishman, wasn’t very articulate; and second, when Oliver graduates from law school and is job hunting in New York City. He declares:

I enjoyed one inestimable advantage in competing for the best legal spots. I was the only guy in the top ten who wasn’t Jewish. (And anyone who says it doesn’t matter is full of it). Christ, there are dozens of firms who will kiss the ass of a WASP who can merely pass the bar.

Given that Erich’s father and grandfather were rabbis, this is a curious statement that suggests he envied structural whiteness even as he prided himself on succeeding on his own intellectual merits. In his mind, nonetheless, WASP status seems to have been tied up with better success with women. In the Oggi interview, Erich described one of his final in-person conversations with the “real” Jenny, i.e., Janet, which took place at a restaurant following the book’s release. In it, he not only confirmed to her that she’d inspired the character, but believed that if he’d only been an Oliver in real life, “we would have gotten married”—an assumption that has no basis in Janet Sussman’s subsequent life.

Janet still seems amazed that she had such an impact on Segal and even more confounded that this story would have resonated so strongly with the public. “It was only many years later,” Aleba remarked, “that I realized how difficult it must have been for my mom to be the invisible muse, the real-life healthy living inspiration for this dead heroine in this impossibly huge best-seller and film. She never ever expressed this, but how could she not feel the frustration? They must have had a silent agreement not to make a big deal out of it, in part out of respect to my dad and us three kids.” (After 17 years of marriage, Janet and Gideon divorced, the way couples do once the children are out of the house. Though there have been suitors over the decades since that split, she has not gotten remarried.) Her middle child, Sabrina, clarified: “She had—has, really—no idea how surprising it was that she resisted Erich without thinking much of it. She has a way of doing that, living her life on her own terms, even as others seek to be part of it.”

Voir également:

Maybe Jenny Cavilleri didn’t die of a mysterious disease.

Maybe she got divorced and moved to Greenwich, where she is alive and well and playing the piano in a chamber music trio.

Janet Sussman Gartner loves Beethoven, Bach and the Beatles. She bites her nails. And, at 60, this mother of three still enjoys putting Harvard preppies in their place.

In this case, the preppie is the Vice President. Mrs. Gartner has come forward to say that she, not Tipper Gore, is the model for the saucy but doomed heroine in  »Love Story. »

 »They used to call me the girl with sparkle, » said Mrs. Gartner, who offered as proof pictures of herself with Erich Segal, a copy of the Italian magazine, Oggi, in which Mr. Segal is quoted saying Janet is Jenny, and a bunch of old  »Sweet Suss » love letters signed  »Erich, »  »Segal » and  »the Kosher Liberace. »

 »The whole world kept saying to me, ‘You didn’t die,’  » she says.  »Well, I didn’t marry him, either. »

It may seem odd that people are so eager to associate themselves with the most treacly book and movie in modern times. It may seem odd that I keep writing about the most treacly book and movie in modern times. But then, I live in a city that has gone gaga over a puppy.

First the Vice President, to warm up his image, planted the notion that he and Tipper were the models for Oliver Barrett IV and Jenny Cavilleri. But Mr. Segal reined him in, making it clear that Tommy Lee Jones was the model for the sensitive, studly part of the character, while Al got the neurotic father-fixated part, and Tipper got zip.

That raised the question: Why not Tommy Lee Jones for President? Doesn’t America deserve the cool roommate? (And Will Smith for Vice President!)

Now Mrs. Gartner is laying claim to Jenny. What’s next? Are we getting into Anastasia territory? Will a line of Italian men step forward to say they inspired Phil Cavilleri, Jenny’s saintly dad?

In a 1970 interview with The Times, Mr. Segal said he had used the story of a Yale student whose wife had died, but had based Jenny’s personality on a flame from his Harvard days who did not go to Radcliffe.

Mrs. Gartner says she was good friends with Mr. Segal when they were both at Midwood High School in Brooklyn (along with Woody Allen) and later, when she was at Barnard and he was at Harvard. She said they once traveled through the south of France with her sister, but she did not reciprocate the infatuation of her  »brilliant suitor. »  »I was an idiotic young woman, a pretty girl, I had a million boyfriends and I threw them out like the garbage at the end of every day. »

One night, several years into her marriage to a computer executive, she said, an excited Erich called her at 3 A.M.  »My husband was disturbed. Erich said, ‘I just wrote you a 250-page love letter.’ When the movie opened, it was a heady time. He re-entered my life, and invited me to go out to dinner at Trader Vic’s in New York. We were at a large circular table with Ali MacGraw and Ryan O’Neal sipping out of a common huge drink with long straws. I thought, ‘Life can’t get any better than this. Janet Gartner from Mamaroneck is Jenny.’ Now everyone has forgotten. »

Mr. Segal would not confirm or deny Mrs. Gartner’s claim. He sent a fax from London saying:  »I would be very happy if you did not write this piece. And extremely grateful. » When my assistant reached him by phone and asked if Janet was Jenny, he again avoided a yes or no:  »Can’t you just say that I’d already left the office? »

Mrs. Gartner said Mr. Segal had made her a lower-class Italian to spice up the story with class and religious conflict.  »We both had Jewish immigrant families. He was brought up as an Orthodox Jew, I a Conservative Jew. »

She still cherishes the  »dazzling » love letters with the English-French puns, and a poem about a Passover and a satyr.

She says Mr. Segal never told her who inspired Oliver. But she’s ready to get on my  »Tommy Lee Jones for President » bandwagon.  »He’s the most irresistible man on the earth, » she says.

Voir encore:

IT WAS A DARK AND STORMY NIGHT—well, it was dark anyway—when Janet Sussman Gartner learned she was the inspiration for high school classmate Erich Segal’s first novel. Gartner, her husband and three children were sound asleep in their Ma-maroneck, N.Y., home in 1969, when the telephone practically exploded at 3 a.m. “Hey, Sussy” crooned a seductive voice. “I just wrote you a 258-page love letter.” It was Segal, then a Yale professor, freshly stoked on completing the manuscript the world would soon know as Love Story. He had taken the essence of Gartner, her razor-sharp wit, playful sexiness and love of music, and created Radcliffe student Jenny Cavilleri, the leukemia-stricken heroine of his bittersweet weeper about an Ivy League romance that ends in Jenny’s death. The novel became the best-selling book of 1970 and a 1970 box office smash starring Ali MacGraw and Ryan O’Neal. “I remember feeling like a jolt of electricity went through me,” recalls Gartner. “I didn’t sleep the rest of the night. I was too overcome with what I realized I meant to him.”

Gartner, 60, kept mum about being Segal’s inspiration, but, she says, Al Gore’s clumsy assertion last month that he and wife Tipper were the models for the book’s couple proved too much to bear in silence. (Gore has since declared it all a misunderstanding.) The idea that Tipper Gore was Jenny, Gartner says, “is the most preposterous thing I ever heard.”

Segal, 60, now married and living in England, isn’t talking. But in a 1971 article on the author, the Italian magazine Oggi identified Gartner in a photo (with Segal in France in 1960) as the woman who had inspired Jenny—without naming her. And, Gartner says, Segal took her to dinner with actress MacGraw in New York City just after the film’s release. Segal recently said that he never met Tipper but that the character of Oliver Barrett was based both on Gore and actor Tommy Lee Jones, Gore’s Harvard roommate.

All these years, Gartner shared her secret only with family and friends. “I grew up knowing that my mother was Jenny,” says daughter Aleba, 31, a publicist. “It was kind of legend in our house.” But Gartner says that she and her husband, Gideon, 62 and CEO of Giga Information Group in Cambridge, Mass., kept quiet because “it seemed a little bit awkward to have my identity known” while she was married and Segal was single.

Though they never dated, Gartner and Segal were close friends from their days at Brooklyn’s Midwood High School in the 1950s. Raised by intellectual immigrants from Poland and Russia, Janet Sussman was quick-witted and outspoken. Like the fictional Jenny, she played piano and, like her own mother, spoke three languages. “I’m not a shrinking violet,” she says. “Someone once coined me ‘the girl with the sparkle’.”

In 1954 the smitten Segal enrolled at Harvard, from whence he filled Gartner’s Brooklyn mailbox with dozens of letters, which she still treasures. “Darling Suss, sweeter than halvah,” he wrote. But Gartner did not return his affection. “He was a very great friend, and my admiration for him was boundless, but I did not share his emotions,” Gartner recalls.

She entered Barnard College in 1955, and in 1960, a year after graduating, she joined her older sister Deborah in Paris for a seven-month sojourn. Segal followed, Gartner says, with intentions of winning her over. The romance never blossomed, and in 1961 she married Gideon Gartner, another high school pal. Though Segal continued corresponding—and he never had to say he was sorry—his tone changed from lovelorn to friendly. Eventually the two fell out of touch. End of story?

Not quite. Gartner, now divorced and living in a Greenwich, Conn., apartment, supports herself as a pianist and music coach. She believes Jenny’s death was a metaphor for Segal’s failing to win her in real life. Indeed, Segal told Oggi that losing the woman you love is the same “whether she’s left you for another or whether she’s died.” Gartner admits she sometimes wonders what might have been had she married Segal. For one thing, he might not have created the greatest hankie wringer in modern literature. “If I had dated him and everything had been fine, I’m not going to say he never would have written Love Story,” muses the muse. “But the need to write it may have been less.”

SOPHFRONIA SCOTT GREGORY

JENNIFER LONGLEY in Connecticut

Voir enfin:

The Rise And Fall Of The Ivy League Look

On October 1st something began bubbling in my subconscious. Ivy Style had reached its four-year anniversary, the MFIT exhibit had recently opened, and the accompanying book had been published.

I found that after four years of trying to look at this topic as objectively as possible, and talking to the men who were actually there during the heyday — Richard Press, Bruce Boyer, Charlie Davidson and Paul Winston — something unanswered remained.

I started thinking about Brooks Brothers and the college campus, which was chosen as the focal point of the MFIT exhibit, wondering about the connection between these two things. I soon found myself asking the most fundamental question: How do we explain how the Ivy League Look came about?

It’s easy to make generalizations, but hard to precisely articulate.

I next began thinking about the interplay between clothiers and their customers, focusing on the why as much as the what. Buttondown oxfords, plain-front trousers with cuffs, rep and knit ties — these are the whats, but what are the whys behind them? The answer couldn’t be simply “because that’s what Brooks Brothers sold,” when Brooks Brothers sold so much more that never became part of the Ivy League Look.

I telephoned Charlie Davidson and told him I was working on a piece though wasn’t sure where it was going. I started by asking him, “What portion of the Ivy League Look comes from Brooks Brothers, and what comes from the culture of young men on campus?” When Charlie, who’s been selling these clothes since 1948, responded, “That’s a good question,” I knew I was on to something.

The following essay is the result of my investigation. What began as an attempt to articulate Ivy’s origins grew into an overview about the whole broad arc of Ivy, how it codified and how it shattered into the complex “post-Ivy” era we’re in today.

In it I will argue:

• The Ivy League Look was as much about styling as the ingredients. And while the ingredients were relatively fixed and admitted new items slowly, the styling came from the campus and was always in a state of flux.

• It was the casual nature of the college environment and the importance of dressing down that led men in the 1930s to prefer rougher, casual fabrics — oxford cloth shirts, brushed Shetland sweaters, Harris Tweed jackets, flannel trousers — that has been the standard of good, understated taste for men on the East Coast ever since.

• The Ivy League Look included clothes for every occasion, from resort to formalwear, from city to country. However, the country element influenced the city far more than the other way around, and remains the most lasting influence of the genre.

• The Ivy League Look can be said to go through the stages of birth, maturity and decline, corresponding to specific points on a timeline.

• Once the look in its original, purist form ceased to be fashionable on campus, it ceased to be fashionable in society as a whole.

This lengthy piece will be presented throughout the week in five parts. New installments will be added at the bottom to preserve one cohesive post and comment thread.  — CC

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The Rise And Fall Of The Ivy League Look
Christian Chensvold

Part One: The Rise

In the late 1930s a new shoe became an instant hit on the Yale campus. First seen in Palm Beach in 1936, the “Weejun” penny loafer by GH Bass & Co. was immediately embraced by the students of New Haven. By 1940, the shoe store Barrie Limited was advertising its Horween penny loafers in the Yale Daily News, saying the shoe had “taken the university by storm.”

From the moment it appeared the penny loafer was an “instant classic” for wearers of the Ivy League Look, according to Charlie Davidson, 86-year-old proprietor of The Andover Shop in Harvard Square. Yet how do we explain the shoe’s overnight success, when so many shoes had come before and so many more would come later? For a genre of clothing that was slow to develop, that is characterized by its conservatism and supposed resistance to fads, this love-at-first-sight seems odd. Stranger still, the penny loafer was no temporary trend like the raccoon coat of the ’20s or the buckle-back chino of the mid-‘50s. Its place in the genre of clothing called the Ivy League Look remains to this day. It literally was an instant classic, embraced wholeheartedly and never relinquished.

Those Yalies who first donned the penny loafer in the late ’30s must have seen something special in the shoe, an inherent attractiveness and a harmony with the clothes they got next door at J. Press. “Casual slip-on shoes of the moccasin type are by far the most popular with students,” syndicated fashion columnist Bert Bacharach would later write in his 1955 book “Right Dress,” suggesting it was the penny loafer’s casualness of design — moccasin-style with no brogueing, laces, tassels, wings, nor anything else associated with a business shoe — that accounted for its instant appeal.

One thing’s for certain, however: No manufacturer could have anticipated or dictated the Weejun’s instant success. Something more mysterious and elusive was at work, the process of taste-driven natural selection by the closed culture of Eastern Establishment students of the 1930s. Young men and their peers, not clothing brands or magazine editors, decided what was fashionable.

Though it later achieved and lost mainstream popularity, the penny loafer remains available today at a wide range of prices, supported by both lifelong wearers and a steady supply of new converts. Typically paired with argyle socks in the 1930s, penny loafers were worn with white athletic socks in the ’50s and then sockless in the ’60s, the same item worn differently with each new decade.

The Ivy League Look is not simply a tailoring style accompanied by a specific group of furnishings and accessories. It consists of much more than just sack jackets, buttondown oxfords and penny loafers. It also consists of the taste-driven ethos that led some items to be accepted into the genre while others were rejected, and of a certain way of wearing the items that developed in the various upper-middle-class communities of the East Coast in the first half of the 20th century, chief among them the college campus.

“People made things a classic, not manufacturers,” says Davidson. “It’s people who made some things accepted and not others, otherwise how do we account for all the things that failed?”

Brooks Brothers And Ivy’s Big Bang

The Ivy League Look did not appear suddenly, but developed over time. “It was 30 or 40 years in the making without anyone knowing it would one day be called the Ivy League Look,” says Davidson. Although the clothing genre codified gradually, and while the lines that form the genre’s perimeters are debatable, there was something akin to an Ivy Big Bang, an instigating act that gave birth to this style of dress. And that is the introduction in 1895 of Brooks Brothers’ No. 1 Sack Suit.

Just as the jacket is the foundation of tailored clothing, this single item — natural shoulders, three button (after 1918, according to the Brooks Brothers book “Generations of Style,” by John William Cooke), dartless, with no waist suppression and paired with straight unpleated trousers — formed the blueprint for what would eventually become the Ivy League Look. And throughout the first half of the 20th century Brooks Brothers would continue to introduce a host of English items  — the buttondown oxford, Shetland sweater, polo coat, rep ties, argyle socks — that became staples of the Ivy genre.

But Brooks Brothers also offered countless other items — yachting and hunting regalia, double-breasted tapered suits, and other overtly English items less easily Americanized — that were never embraced into the Ivy League Look. Why? For the simple reason that they would have been out of place in a campus environment, the fertile ground where the style would codify and flourish, and where, as we’ll see, an air of casualness and nonchalance was paramount.

So while Brooks Brothers offered everything within the genre, it also offered much more. The Ivy League Look is narrower than the Brooks Brothers catalog (catalog here referring to what the company offered from roughly 1920-1970), and for this reason one could argue that Brooks Brothers’ smaller rival J. Press was a purer Ivy retailer, in that it offered a broader selection (such as in campus-oriented tweeds) within narrower perimeters. Brooks Brothers was Ivy and much more; J. Press was strictly Ivy.

England provided Brooks Brothers with many overcoats to sell to the gentlemen of America. But starting around 1910, one came to dominate the Ivy League Look above all others: the polo coat, another example of taste-driven natural selection at work.

According to Esquire’s Encyclopedia of Men’s Fashion, which draws heavily on historic articles from Apparel Arts and Men’s Wear, camel hair coats were noted for their dominance at the Yale-Princeton football game of 1929, having usurped the powerful but short-lived raccoon coat trend. Cooke writes, “This sporty camel hair garment… becomes the rage on college campuses during the Roaring Twenties.” Decades later, Bacharach would note, “Camel’s-hair polo coats are still the favorite type of outer wear among college men.”

The collegiate popularity of the raccoon coat in the 1920s, which fashion historian Deirdre Clemente has traced to Princeton, is a perfect example of a huge trend that was nevertheless selected for extinction, while the polo coat survived, indeed still available from retailers such as Brooks Brothers, J. Press, Ralph Lauren and O’Connell’s. The coat’s longevity is surely due to its sporting associations and easy ability to style informally — all things that would resonate with young men. It certainly looks more at home on the sidelines of a football field, as coach Vince Lombardi demonstrated throughout his career, and as dramatized in the movie “School Ties,” where polo coats are worn at a tailgate party for a prep school football game. Somehow a Chesterfield just wouldn’t look the same.

With the pink oxford, which rose to prominence in 1955 (the “year for pink” according to LIFE Magazine), Brooks Brothers once again introduced a new item into the Ivy genre. But it could never have anticipated the pairing a pink oxford with evening dress, as Chipp’s Paul Winston has recounted wearing, and which is, for lack of a better expression, a very Ivy thing to do (Charlie Davidson also recalls wearing a buttondown oxford with black tie, albeit a white one, which illustrates Chipp’s penchant for the “go-to-hell” look). Winston’s gesture serves as a perfect example of the styling side of things: Brooks provided the item, and the people found innovative ways of wearing it.

In summary, we can say that Brooks Brothers was the primary provider of the Ivy League Look’s raw ingredients, while the culture — meaning the world of young men competing and conforming sartorially in their WASPy East Coast environment — provided the styling. With each new decade Brooks Brothers showed what to wear, while young men, who drive fashion, showed how the items could be worn. As a wholly arbitrary fractional breakdown, we could say that 2/3 of the Ivy League Look was raw materials, which were relatively fixed and admitted new items slowly, while 1/3 was styling, which was in a constant state of flux.

Town And Country, Or Wall Street And Campus

As the Ivy League Look developed, references to Brooks Brothers increasingly focused on two specific realms: the college campus and the world of finance. In his essay on Brooks Brothers collected in the book “Elegance,” G. Bruce Boyer succinctly notes, “The Brooks Brothers suit seemed to peg a man somewhere between Wall Street and his country house, by way of the Ivy League.”

In a 1932 article, the New Yorker mentions the same two worlds: “Of course, Brooks still have their tables piled with the good old soft-roll, high-lapel sack coats that have been the accepted college and bond-salesman uniform for so long.” Presumably those bond salesmen, like Yalie Nick Carraway in “The Great Gatsby,” picked up the taste for Ivy while at school. “The novels of F. Scott Fitzgerald, for example,” writes Cooke, “are peopled with earnest heroes who hailed from the Midwest but who came to play in the racy world of New York via Princeton or Yale.”

This 1929 ad for Wallach Brothers also mentions the connection between the world of finance and the style-setting universities of Princeton and Yale:

As young men graduated from school to take their place in the world, including the financial industry, their clothing would change from country to town. Writing on Ivy League students in her 1939 book “Men Can Take It,” Elizabeth Hawes notes:

The conventional costume for all the right people is a pair of flannel or tweed trousers and a coat that does not match. When I asked them whether they were going to dress in their quite comfortable tweed for work when they left college, they responded firmly “no.” They were absolutely clear on that issue. They said they were training themselves — or being trained — to take their places in the world, and the required costume would be a neat business suit.

Although it was based in New York, Brooks Brothers specifically merchandised for the college man and sold to him via an army of traveling salesmen who frequented the prep schools and colleges of the Northeast. An 1898 Princeton football program includes an advertisement from Brooks Brothers, with copy reading, “Our stock for the present season continues, we believe, to show improvement, and will be found complete in all the little particulars that go to make the well-dressed man.”

This Brooks Brothers ad appeared in the University of Pennsylvania’s 1926 yearbook:

Brooks Brothers continuously revamped its youth-targeted line throughout the 20th century, adding its University Shop in 1957 and replacing that with Brooksgate in 1974. It’s current Flatiron shop is merely the latest incarnation of a century-long catering to young men as well as their fathers.

The Ivy League Look was for both town and country, Wall Street and campus, but, as we’ll learn, the campus element proved to be the more lasting influence of the two.

The New Guard

Although Charlie Davidson is the oldest-living, still-working purveyor of the genre, he doesn’t consider himself old guard. The Ivy League Look was in full bloom in the 1930s, he notes, well before his founding of The Andover Shop in 1948. At the time Davidson considered himself to be offering clothing within an already established genre, yet targeted at the local geography. This sentiment is echoed by Richard Press, who says that J. Press’ locations outside of New York were meant to provide Brooks Brothers items in areas with an Ivy League campus (Cambridge, Princeton), but no Brooks; only Columbia had that.

As George Frazier put it in 1960, “Around the turn of the century, Arthur Rosenberg, then the foremost tailor in New Haven, began to exploit this [Brooks Brothers] style among Yale undergraduates, and, not long afterwards, J. Press, also of New Haven, fell into line.”

These smaller retailers outside New York took the Brooks Brothers template and focused more on the country side of the genre rather than town. And yet all these other players who used the ingredients that Brooks Brothers had provided felt that taste and small differences distinguished them. “We all thought our taste was better than our competitors,” says Davidson. “Norman Hilton, for example, had exquisite taste, and when you get to the commercialization of the Ivy League Look, he’s at the forefront.”

The most important and lasting clothier providing Brooks-based style for college towns was J. Press. Press’ difference from Brooks is summed up by Episcopal Archbishop of New York Paul Moore, Jr., who writes that Jacobi Press’ “tweeds were a little softer and flashier than Brooks Brothers tweed, his ties a little brighter.”

Richard Press, former J. Press president and grandson of the founder, has also stressed Press’ emphasis on country rather than town. “I think that one of the major differences between Brooks Brothers and J. Press,” he states in his 2011 Q&A with Ivy-Style.com, “beyond the obvious size, was that we were known as a campus store, whereas Brooks Brothers was much more urban.” Indeed, the merchandise for J. Press’ New York store was less purist than its campus shops. “If you look at our brochures,” says Press, “you’ll see that the two-button darted suit was sold only in the New York store, and it probably represented 40 percent of our suit sales there.”

While Brooks Brothers, originator of the Ivy League Look’s ingredients, was based in New York, New Haven is the top candidate for Ivy’s spiritual home. In a 2004 article entitled “The Yale Man,” the New York Times writes, “‘Natural shoulder’ was what men’s magazines called the Yale look, and for decades the clothing stores near campus at Elm and York Streets in New Haven were the natural-shoulder capital of the universe.”

Style setting also thrived in New Haven. “Students and their professors enunciated a new style,” says Press, “with their dirty white bucks, horn rimmed glasses, Owl Shop pipes, raccoon coats, J. Press snap brim hats, stuff that was too informal and sporty for Brooks. Big difference between city and campus wear and Brooks pushed the former, the rest the latter.”

Finally there was the issue of price: “Perhaps most important issue for the proliferation of Ivy,” says Press, “Brooks was too expensive. J. Press and competitors adapted to the more restricted allowances of the campus population and worked below Brooks price points.”

Although these new-guard clothiers used the template created by Brooks Brothers, they did so in the cultural environment where the Ivy League Look’s styling was at its most fertile: the campus. And because these clothiers and the student body were part of the same community, they had a close, symbiotic relationship. Students needed the clothiers to get what they wanted (and to want things they’d never seen before), and clothiers needed to find out what was popular. As a result, Ivy clothiers never left their eye off college men. In 1962, Sports Illustrated notes, “Representatives of the New Haven tailoring establishments—J. Press, Fenn-Feinstein, Chipp, Arthur Rosenberg, et al.—entrain for Cambridge to render biennial obeisance and to see what the young gentlemen are wearing.”

Earlier, in a 1938 article entitled “Princeton Boys Dress In Uniform,” LIFE Magazine writes, “The fact of the matter is that tailors and haberdashers watch Princeton students closely [and] admit they are style leaders.”

Clothiers also made sure college men knew they cared deeply about student tastes. This ad by Irv Lewis, a clothier serving Cornell, explicitly elucidates the relationship:

“The key element of successful campus shops,” Richard Press summarizes, “was their ability to establish personal relationships with students, faculty, coaches and administration. Brooks Brothers in New York and Boston was too diffused, and while each top customer had his clothing man, it changed from floor to floor, from furnishings to shoe department.”

College Students, “The Best-Dressed Men To Be Found Anywhere”

Bert Bachrach states that before World War II many clothing experts considered college students “the best-dressed men to be found anywhere.” The following passage, from a 1933 Apparel Arts article entitled “Clothes For College,” is a prewar reference to this very thing:

Today the college man is looked upon as a leader of fashion, a man who dresses inconspicuously and correctly for all occasions, thanks to the leadership of smart Eastern Universities, which have a metropolitan feeling, or at least are near enough to metropolitan areas for the students to feel all the influences of sophisticated living. We can thank the present-day “collegiate” element for the return to popularity of the tail coat, for the white buckskin shoes, for the gray flannel slacks with odd jackets, and for various other smart fashions which are typical of university men today.

For on-campus wear there is a general acceptance of country clothes in the typical British manner, such as odd slacks and tweed jackets, country brogues and felt hats. This is the way the undergraduates at smart Universities and prep schools dress today during classes.

Another Apparel Arts article from the same year shows that the Eastern Establishment virtues of being dressed down from a formal perspective and dressed up from a casual one most likely have their origin in the collegiate approach to dress that reached fruition in the ’30s. The article includes the quote “a perfect example of the studied negligence that is taken as the standard of good taste among college men,” and goes on to say:

The American University man is justly famed for representing, as a class, a high standard of excellence in personal appearance. Much of the secret of this distinction lies in the fact that the first thing the freshman learns is the importance of never looking “dressed up,” while always looking well dressed. Recently the tendency toward an effect of “careful carelessness” has been emphasized through the trend toward rough, almost shaggy, fabrics for town and campus wear.

The Ivy League Look’s emphasis on rough, hearty fabrics comes from students’ penchant for rustic, country clothes over more starched and pressed town clothes:

There’s a trend toward rougher suitings on all the eastern campuses. Early last fall fashion observers reported the growing popularity, particularly at Princeton and Yale, of rough tweedy type fabrics for all general knock-about campus wear — in fact for all except strictly town purposes. Worn smartly with either flannel, gabardine or other type of slacks, these rough fabrics of the Shetland or Harris variety showed a considerably increased acceptance on the part of the fashion leaders during the Palm Beach season.

Writing in the Saturday Evening Post in the 1930s, Arthur van Vlissingen states that trends aren’t dictated by manufacturers, who couldn’t afford to gamble on a fad that may fail, and that men only embraced a new item once they saw other men wearing it. These style setters were often found “at the places where the country’s leisured and socially prominent loaf, such places as Palm Beach and Newport” (coincidentally Brooks Brothers’ first two locations outside New York), and the college campus. “The fashions in clothing worn by our male population, between the ages of 14 and perhaps 25,” he writes, “usually get their start at Princeton.”

Vlissingen proceeds with the following sartorial breakdown of the Ivy League’s Big Three:

Harvard is a very large university, in a great city which influences the students’ styles heavily. [But] it holds to a tradition of careless dress—well-made clothes seldom dry-cleaned and never pressed. Yale is more compact and more finicky, but New Haven is also a large city. Princeton is in a smaller town, off by itself where it can incubate a style effectively. Practically every Princeton student is well dressed, whereas only one-third or so of the Yale men can qualify by our standards.

As these passages illustrate, if college men of the 1930s — the fortunate few able to afford school in the midst of the Great Depression — were among the nation’s best dressed, they achieved this status despite an insistence on never looking too dressed up by the standards of their time. Elements of the Ivy League Look, such as the penny loafer and polo coat, were embraced into the genre because compared to other footwear and outerwear options they were relatively casual. This certainly holds true for the buttondown shirt, which Bachrach calls the shirt of choice for college men because “the construction of the shirt, which allows the collar to roll rather than lie flat, provides the casual touch which young men like.”

In regards to tailored clothing, Bachrach suggests that the prized Ivy color of charcoal was embraced for its ability to take a beating without looking dirty:

The most important style set by the colleges in recent years has been suits and slacks in charcoal, a gray so dark in tone that it approaches black. This color has become almost a uniform at Harvard, Yale and Princeton. It is practical for a suit since it rarely shows dirt or signs of wear.

If men at Ivy’s Big Three were style setters for the whole nation, that can hardly be said of Columbia, the most interesting sartorial case among the Ancient Eight. For despite its location in the city of Brooks Brothers, Columbia is seldom if ever mentioned for style reasons. As a commuter school, Columbia’s student body differed from the other schools, but one can also conclude that a certain amount of distance from the metropolis was necessary for the styling side of the Ivy League Look to flourish.

This passage from Tobias Wolff’s novel “Old School,” set at a prep school in 1960, serves as a dramatization of how Columbia was viewed compared to the other Ivies:

I wanted out. That was partly why I’d chosen Columbia. I liked how the city seethed up against the school, mocking its theoretical seclusion with hustle and noise, the din of people going and getting and making. Things that mattered at Princeton or Yale couldn’t possibly withstand this battering of raw, unironic life. You didn’t go to eating clubs at Columbia, you went to jazz clubs. You had a girlfriend — no, a lover — with psychiatric problems, and friends with foreign accents. You read newspapers on the subway and looked at tourists with a cool, anthropological gaze. You said cross town express. You said the Village. You ate weird food. No other boy in my class would be going there.

In contrast, “Princeton was especially isolated and characterized by a particularly fervent and insular culture,” writes Patricia Mears in “Ivy Style: Radical Conformists.” Princeton also had the most affluent student body, with 80 percent coming from private schools during the inter-war years. “Although it lay part way between New York City and Philadelphia, Princeton was more geographically isolated than its rivals Harvard and Yale. Its campus was situated in a rural environment, surrounded by acres of bucolic farmland. As such, Princeton relied more intensely on its internally crafted society. The blend of wealth, manners, and aristocratic social construct proved to be the breeding ground for the creation of the elegant Ivy style.”

The Way You Wear Your Hat

The popular term employed during its heyday, the Ivy League Look, is interesting for its inclusion of the word “look.” While there are references to “an Ivy League suit” from the period, the popular term was “look,” not “tailoring” or “clothes.” This broader term suggests that there is more than just clothing involved, but also a proper haircut, and if not a particular social context, then at least all-American good looks. In the 1964 film “Ride The Wild Surf,” Barbara Eden’s character refers to her love interest as “Mr. Ivy League” for his handsomeness, poise and “scrubbed” appearance as much as his conservative clothing.

“Look” is also broad enough to encapsulate how the items are worn, since that is as much a part of dressing in a certain style as the components themselves. This illustration from a 1926 Vanity Fair article on collegiate dress includes a caption stating that Harvard men had their own way of pushing their hats “into a shape never conceived by hat manufacturers”:

Hawes includes several passages attesting to Harvard men’s predilection for an affected Old Money look:

At Harvard they have something called “white-shoe boys.” I gather it is okay to be one if you feel that way. It appears to be the Harvard idea carried to its furthest extreme. These are the sloppiest and worst-dressed of all the Harvard men, I was told. They wear dirty black and white shoes which turn up at the toes, black or white socks and gray flannels, very unpressed, tweed coats — and collars and ties, of course… The thing that distinguishes a “white-shoe boy” is his shoes — and the fact he has the guts to wear them and still feel okay socially.

In 1869 Harvard challenged Oxford to the first of its boat races, and it’s possible that the English influence on Harvard goes back to these sporting competitions. Hawes continues:

The coat should have leather pads on the elbows. These are often put right onto new coats. This is because the country gentlemen of old England have a habit of preserving their tweed coats for generations, mending them from time to time with leather pads and what not. The Harvard boys, not to be outdone by old English exponents of the finer things in life, are going them one better.

After noting that Yale students are much better dressed, Hawes adds, “I think the superiority complex of Harvard probably led them originally into the oldest clothes as a form of snobbishness.” Nevertheless, “I might add that the [men’s wear] trade does not consider Harvard as any source of style ideas at all.”

Russell Lynes’ 1953 Esquire article on the “shoe hierarchy” at Yale further emphasizes how much of the Ivy League Look came down to the elusive qualities of attitude:

… the social smoothies — butterflies in button-down collars — short haired, unbespectacled and with unextinguishable but slightly bored smiles. They wear the current college uniform, Ivy League version, but they wear it with an air of studied casualness, as though they would be at home and socially acceptable anywhere in whatever they had on. The uniform, of course, is the familiar khaki pants, white bucks, or possibly dirty white sneakers, a slightly frayed blue or white button-down Oxford shirt, no necktie, and a grey sweater which the wearer expects you to assume was knitted for him by a girl. On occasions that demand a gesture of formality, dark grey flannels without pleats supplant the khaki pants, a necktie (either regimental stripes or club tie) is worn, and so is a tweed jacket with vent, pocket flaps, ticket pocket, and three buttons. For bucks substitute well-shined cordovan in season. For city wear the uniform is a dark grey flannel suit; the haberdashery stays much the same.

Charlie Davidson also stresses what he calls the “attitude” long associated with wearers of the Ivy League Look, which he describes as a nonchalant approach to dress combined with poise and an air of self-assurance. Whether this poise is real or feigned is up for debate. “The Ivy League Look was a way of life more than anyone has been able to put a finger on,” he says. “In the beginning it was a very closed kind of thing, and so much of it was the attitude of not caring too much and being very assured of their station — and of having the right clothes.”

From the codifying period of the ’30s to the heyday of the ’50s and ’60s, the styling component of the Ivy League Look was constantly changing with each new group of classmen. For a young man to be considered well dressed by his peers in the ’30s or cool in the ’50s, it wasn’t enough just to choose the right items. They also had to be worn in the way that was then fashionable. And what was fashionable was always shifting, and emanated from campus culture.

For example, on page 59 of the 1965 book “Take Ivy,” a student strolls the Princeton campus wearing olive-colored shorts, penny loafers with no socks, and a buttondown oxford with the sleeves down, all topped by the neat haircut that epitomizes the era. He has used the ingredients the genre but put them together in a way that expresses both his personal whims as well as the style of his era, and nothing in the image suggests that a retailer, manufacturer or fashion editor told him to put together his outfit this way.

For a cinematic dramatization, the 1956 film “Tea And Sympathy” shows students styled uniformly in a combination of buckle-back khakis, white canvas sneakers, blue oxford shirts and gray crewneck sweatshirts. For that group of students in that particular location at that particular time, the juxtaposition of a dress shirt with a piece of athletic wear was evidently a style imperative.

This leads us to yet one more inexplicable preference in the Ivy clothing genre worth mentioning: The crewneck sweater. While V-necks and cardigans were always offered by Ivy clothiers, somehow the crewneck became the standard cut, even when worn with a necktie, as the Yale student below demonstrates:

It was something the youngsters picked up early; this outfit is also notable for how the components are put together as much as the items themselves:

It should come as no surprise that the preference for the crewneck can also be traced to style setting at Princeton, where a freshman orientation guide, for reasons unexplained, admonished the younglings not to wear V-neck sweaters. Much later, in his 1983 book “Class,” Paul Fussell would wryly explain why the crewneck is upper middle and the V-neck merely middle.

The Ivy League Look should not be thought of as merely a collection of ingredients. Equally important are the cultural forces that led certain ingredients to be embraced into the genre over others, even though this importance is difficult to trace, clouded as it is in the mists of fashion. Then there’s the element of how the items were worn, an equally vital element of the Ivy League Look. All the elements are a reflection of the tastes and cultural values of the Eastern Establishment, and the tastes and values, specifically, of college men during the interwar years.

The Legacy Of The Heyday

The 1959 movie “The Young Philadelphians” provides a helpful dramatic illustration of one character’s transition from country to town, or from campus to law firm, while still dressing within the confines of the Ivy League Look.

In campus scenes the protagonist, played by Paul Newman, wears a boxy corduroy sack jacket, slim flood-length khakis, white socks and penny loafers. Once he becomes a practicing lawyer, he dons a conservative gray suit, rep tie, pinned-collar shirt and lace-up shoes. While both jackets are undarted and natural shoulder, and all his clothes could have come from the same place, stylistically — in the simplest terms — he’s gone from the campus side of the genre to the Brooks Brothers side, or more from the styling-driven side to the product-driven side, or from an emphasis on how to wear the items correctly to how to select them correctly.

The book “Generations Of Style” includes a Brooks Brothers timeline, and while the listing for 1961 is oversimplified, it nevertheless makes the point that the campus-oriented side of the genre is the more lasting and influential: “A new style of casual, conservative dress defines the country: khakis, Shetland crewnecks, and button-down shirts set the tone… Campus style predominates, with the corporate ‘Man in the Gray Flannel Suit’ now being replaced by the more casual dress: penny loafers, Argyle socks, and tartan plaid sportcoats and shirts.”

Today, when a man passes you today on Madison Avenue and you notice how “Ivy/preppy/trad/whatever” he looks, he’s probably wearing loafers, flannels, a three-button sportcoat, buttondown oxford, and conservative necktie. You’re far more likely to see a man dressed this way than in the far more anachronistic business ensemble of worsted gray sack suit, white pinned club collar and longwings, and if you did, you’d be more likely to say “how IBM” or “how ‘Mad Men’” than “how Ivy League.”

The association of the Ivy League Look with the campus is so strong that even in the downfall year of 1967 an arch-sybarite like Hugh Hefner would remind his biographer of a dapper undergrad:

Black-haired, intense, slightly under six feet, he looks, in his often-photographed costume of white button-down shirt, orange cardigan sweater, slacks, loafers and pipe, like a college senior on his way to class.

Men who wear this genre of clothing today — by whatever name they call it — owe an equal debt to the illustrious firm of Brooks Brothers for introducing so many of the raw elements, and to the countless anonymous college men from the first half of the 20th century who codified the components of the Ivy League Look for future generations.

Part Two: The Fall

From Young Men’s Clothes To Old Men’s

In “Decline of the West,” Oswald Spengler argues that all cultural expressions go through the organic stages of birth, maturity and decadence. The Ivy League Look is certainly an expression of culture, and for it I’d suggest a birth of 1895, a golden age in the 1930s when the style was limited and aristocratic, a democratic silver age during the ‘50s and ‘60s when it was popular, and an end to the silver age in 1967, followed by a gradual decline into our present postmodern era.

This decline was expressed in a variety of ways, and the legacy of the genre is characterized by a range of conflicting manifestations, from the irrelevance of contemporary J. Press and the sack suit, to the generic “timelessness” of blazers, khakis, buttondowns and striped ties available from retailers as mundane as Lands’ End, and to fashion industry pastiche exemplified by some of the more outré items by Thom Browne, Ralph Lauren Rugby, and various neo-prep brands.

If the Ivy League Look didn’t die, then certainly a kind of descent into decadence occurred, which is attested by the mere fact that Brooks Brothers, instigators of Ivy’s big bang with its No. 1 Sack Suit, no longer offers the very item that gave birth to the entire genre, but instead sells a fashion novelty version called the Cambridge.

Furthermore, Brooks Brothers and J. Press long ago changed owners and merchandising strategies and can no longer be counted on to reliably provide what were once genre-distinguishing traits such as natural shoulder and collar roll.

But the death of Ivy can’t be blamed entirely on manufacturers, who simply cater to the needs of the culture as expressed in the marketplace. The Ivy League Look was once a vibrant, dynamic style that was an expression of the values of the Eastern Establishment. Later it was good, smart, current taste for a larger portion of the population. If Ivy is no longer available today in its original form, it is because fashion, which reflects society, has changed. The inversion of values that took place during the cultural revolution of the late ’60s, a topic that has been explored exhaustively by cultural historians and which is too big to discuss here, created a new cultural engine that drove fashion from the bottom up rather than top down.

While in the ’50s and early ’60s many actors and pop singers wore the Ivy League Look as a smart and current style, this was no longer the case after the upheaval of the late ’60s. When pop singers did take up a version of the look, as Dexys Midnight Runners did in 1985, it was the preppier version of the look then current. It was also the temporary costume of entertainers who had radically different looks before and after. In the 1950s and ’60s, pop icons could wear white bucks, buttondowns, neckties and soft-shouldered jackets and come across as sharp and with it. But with contemporary music groups such as Vampire Weekend, or in the films of Wes Anderson, Ivy staples come across as irony.

A glance through “Take 8 Ivy,” the sequel to “Take Ivy,” shows Ivy League students of the 1970s wearing the same plebeian sneakers, jeans and t-shirts worn by every other young person in America.

In assigning an arbitrary date for the end of Ivy, I suggest the year 1967. The change that occurred that year — the year of the infamous “Summer of Love” — is summed up tersely and dramatically in the following passage from “The Final Club” by Geoffrey Wolff (Princeton, ’59). The year 1967 witnessed a sartorial dismantling that was complete by 1968, when a new era was in full flower-child bloom:

Lining the second-floor hall were group portraits of Ivy members, and Nathaniel paused to examine them. Till 1967 the club sections were photographed indoors, in the billiard room; dress was uniform — dark suits, white shirts, Ivy ties. In 1967 a white suit was added here, an open collar there. In 1968 the insolent, smirking group moved outside, and was tricked out in zippered paramilitary kit, paratroop boots, tie-dye shirts, shoulder-length locks, and not a necktie in view.

Although the broader culture was changing rapidly and the hippie movement was spreading, the new open admissions standards at elite universities were changing the student body. Style-setting schools such as Princeton and Yale were no longer populated predominantly by kids who had gone to prep school, where they were forced to wear a jacket and tie every day and maintain a neat haircut. Schools were also dropping their jacket-and-tie dining hall dress codes. It’s impossible to underestimate the pace of social change in the late ’60s; the Ivy League Look, in its original guise, was slated for extinction, and the name attached to it during its popular silver age would fall into almost immediate archaism.

But what’s most important here is that once the Ivy League Look ceased to be fashionable on campus, it ceased to be fashionable period. More specifically, one could argue that once guys at Princeton stopped wearing it, it was over. The campus had always been the stronghold of the look, the place where it flourished for six decades, and was necessary for the look’s broader cultural relevance. Smart young men from the middle class and above had wanted to dress this way for 50 years. Originally it was a small number; later it was larger. Now suddenly no young people wanted to dress this way.

Other symbolically interesting things also occurred in 1967. Brooks Brothers’ president left the company after serving 21 years, all throughout the Ivy heyday, and Ralph Lauren goes into business. These two events are like two sides of the same coin. The man who helmed Brooks Brothers throughout its glorious postwar heyday retires, while Ralph Lauren launches his career. It’s an eerie foreshadowing of the role reversal that would happen over the ensuing decades, during which so much of Lauren’s merchandise would be closer in spirit, style and quality to classic Brooks Brothers than Brooks Brothers’ contemporary merchandise.

Within a few years of 1967 the UPI was calling the look dead, as in this story from 1971:

The Ivy League look as it used to be called died in the recent fashion revolution and the slope-shouldered, three-button jacket is almost a thing of the past. The suits and sports jackets being worn are strictly for special occasions.

Once it was no longer fashionable, the Ivy League Look, to return to the big bang metaphor, experienced a kind of supernova that shattered it into parts, which varied depending on wearer and context.

J. Press and Brooks Brothers continued, yet their clientele would gradually grow older as the look ossified from being young and current to being old and stodgy. J. Press stayed truer to the look, but as society changed rapidly around it, J. Press experienced a complete inversion in its relation to the broader culture, becoming what most would consider a provider of old men’s clothes, when from its founding in 1902 until 1967 it catered largely to young men.

The Twilight Of Ivy And Dawn Of Preppy

Some young people did continue to shop at the same clothiers and wear much of the genre’s items, but fashion was changing rapidly and the new version of youthful, Eastern Establishment style came to be known as preppy. The new generation had a much more casual approach to dress, reflecting changes in society as a whole. This passage from Alison Lurie’s “The Language Of Clothes” from 1979 shows how many of the Ivy League Look’s sportier items were being worn with a new attitude:

What distinguished the Preppie Look from the country-club styles of the 1950s was the range of its wearers. These casual garments were now being worn not only by adolescents in boarding schools and Ivy League colleges, but by people in their thirties and forties, many of whom would have considered such styles dreary rather than chic a few years earlier. Moreover, the Preppie Look was now visible in places and on occasions that in the 1950s would have demanded more formal clothing. Preppies of both sexes in madras check shirts and chino pants and Shetland sweaters could be seen eating lunch in elegant restaurants, in the offices of large corporations and at evening parties-as well as in class and on the tennis courts.

During the preppy ’70s, just as it had been previously, styling and the items themselves were equally important. Lurie notes that the preppy look was distinguished as much by its items as by their combinations, which included novel layering tricks such as jersey turtlenecks or polo shirts worn under oxford buttondowns, accented by a sweater draped around the neck.

As WASPs were gradually losing their stranglehold on power and influence, becoming shameful reminders of the old boys’ club elitism, their taste and lifestyle was beginning to be fetishized and marketed. In 1980 Lisa Birnbach released her detailed look into the culture of the preppy Northeastern upper-middle class, “The Official Preppy Handbook,” and the book so fascinated the nation it became a best-seller. At the same time the rise continued for Ralph Lauren, the doppelganger figure who can be seen as both saving the Ivy League Look from extinction by keeping alive the taste for it, albeit repackaged as fashion, and as commodifying totems of what were once expressions of culture. In “Taste: The Secret Meaning Of Things,” Stephen Bayley suggests that some kind of cultural line had been crossed following the fall of the Ivy League Look and the advent of postmodern, post-Ivy consumerism:

Ralph Lauren was after what Brooks Brothers once had, but packaged it more effectively so as to anticipate, appeal to and satisfy hitherto unrecognized longings among consumers. Interestingly, his critics (easily outnumbered by his happy customers) invoke arguments against him which echo the sumptuary laws of Renaissance Florence and England: “How does a working-class Jew from Mosholu Parkway dare pass off the tribal costumes of the Ivy League as if he owned them?”

Each fall season Ralph Lauren continues to pay tribute to the Ivy heyday with a few retro replicas. These typically tweed sportcoats come with such distinguishing Ivy details as natural shoulders, 3/2 rolls, patch pockets, swelled edges and lapped seams. However, they differ considerably from the kind of quotidian mufti once available at the Yale Co-op in that they have darted chests and carry a $1,300 price tag.

The other fragments that resulted from Ivy’s supernova are the category of vintage clothing anachronism, in which guys with hip sensibilities seek out heyday specimens prized for their authenticity, and the postmodern parody category, in which fashion designers (not haberdashers or merchandisers, the previous creators of the products) take the classic grey sack suit and turn it into a cartoonish gimmick, as in the case of Thom Browne.

Ivy-Style.com’s readership reflects this broad range of motivations for wearing the style, from the J. Press-clad fuddy duddy to the updated traditionalist in Ralph Lauren tweeds and flannels, and from the prep-with-a-twist fashion guy in Gant to the midcentury retro-eccentric dressed head to toe in vintage. It’s a perfectly postmodern incohesive mishmash of taste, temperament and social background all able to find in this genre of clothing something that resonates.

A Rose By Any Other Name

As the Ivy League Look fell into its death throes of cultural relevance, its name became immediately old fashioned. Originally it doesn’t seem to have had a name. “Natural shoulder” seems to have been the closest actually used by clothiers and their customers. The assiduous reporting by the media in the 1930s of what guys at Princeton were wearing is noteworthy for the detailed descriptions of the clothing combined with the complete lack of any attempt to give the style a name. “University fashions” was a typical headline for Apparel Arts, or “campus wear.”

The term “Ivy League Look” came into popularity in the ’50s, perhaps entering the popular lexicon as the result of LIFE Magazine’s 1954 story “The Ivy Look Heads Across US.” After 1967, once the clothes ceased to be fashionable, the term certainly became archaic. Fortunately a new word — for the broader culture — arrived at at just the right time to describe the latest version of the youthful Northeastern upper-middle-class look. “Preppy,” which entered the popular vocabulary in 1970 via the hit film “Love Story,” had a fresh ring to it.

Since its fashion moment in the ’80s, the term “preppy” has become gradually watered down to the point of meaninglessness, with almost no connection to the style and values of the people it described in 1970. Yet despite the efforts of the MFIT’s “Ivy Style” book and exhibit, not to mention Ivy-Style.com, preppy remains closer to the tongue, however bitter it tastes, than “Ivy League” when describing this genre of clothing. If you see someone walking down the street dressed head to toe in J. Press, says Charlie Davidson, “you wouldn’t even say he looks very Ivy, you’d say he looks very preppy, or something like that.”

The struggle for just what to call the post-Ivy remnants of the genre in a way that doesn’t sound girly, as preppy does today, or archaic and elitist, as does the Ivy League Look, accounts for the adoption in certain quarters of the term “trad.” On the surface trad sounds like a snappy and contemporary replacement, but with no historical tradition behind the term, trad quickly became a futile exercise on Internet message boards with endless debates about what qualified as trad and what didn’t, and with each opinion more subjective than the last.

It’s worth noting that in Japan and England, where the clothes were not an expression of their own dynamic and changing cultures, the clothes continued to be called “Ivy,” and much of the styling remained frozen in its heyday form.

With the Ivy League Look reaching full fruition in the 1930s and ending as a current and relevant fashion in 1967, its full flowering spans just three decades. Indeed, there are more years that have passed since the end of the heyday than the years from codification to heyday’s end.

The golden age was the 1930s, when the look was only available from a small number of clothiers and worn by a relatively small number of men. By 1957, in the middle of the silver age of widespread popularity, the look was already considered to be in decline by the old guard. In the April 7, 1957 edition of Town Topics, Princeton’s community newspaper, Princeton-based clothiers lamented a slide in formality among the student body. “You’ve got more of a cross section now,” concluded Joseph Cox of Douglas MacDaid, “not so many rich kids.”

The mass popularity of Ivy during heyday, with all of the department store knock-offs that Richard Press likes to dismiss as “Main Street Ivy,” actually holds within it the seeds of the look’s demise. For fashion is fickle, and Ivy fell from mainstream popularity into irrelevance practically overnight. While it’s true that the establishment was abandoning the look, at least among the younger members, it’s also the case that the middle class no longer had the desire to ape the establishment, at least not overtly. Brooks Brothers and J. Press stuck to their guns as much as possible and for as long as possible, watching their clientele slowly ossify, and Main Street clothiers quickly changed with the winds of fashion.

However, the silver age also cemented Ivy’s legacy in the “classic” and “timeless” sense. It continues — by whatever name and in iterations that conform with contemporary style — to be worn by anyone with the taste for it. And good taste should be available to anyone with the sensibility to appreciate it.
 Natural-shouldered tweed jackets, grey flannel trousers, oxford-cloth buttondowns, rep and knit ties, argyle socks, tassel and penny loafers, polo coats, Shetland sweaters, side-parted haircuts and horn-rimmed glasses still carry all the baggage, good and bad, that this Northeastern, upper-middle-class, “Ivy/preppy/trad/whatever” look will always have.

The farther you go into postmodern parody, of course, the less baggage the look carries, because in this case it’s just fashion, which is another way of saying it doesn’t mean much. But the straight-up wearer of the Ivy League Look, who projects his natural shoulder and rolled collar with utmost

Voir enfin:

Thirty years ago, The Official Preppy Handbook cracked the Wasp code-and went on to become a huge best-seller. In an excerpt from the update, True Prep, the author, along with designer Chip Kidd, covers the inevitable changes that are piercing blissful bubbles from Deer Isle to Jackson Hole.

We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events.
PREPPY FASHION RULE NO. 1 We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events.

Wake up, Muffy, we’re back.

O.K., now where were we?

Oh yes. It was 1980, and Ronald Reagan was heading to his improbable victory over Jimmy Carter. We wondered whether joining a club before your 30th birthday made you into a young fuddy-duddy, we considered the importance of owning a dress watch—one thing led to another, and before the year was over, our project became … The Official Preppy Handbook. Yes. That was us. We enjoyed every minute that we still remember, but we seemed to have misplaced a number of brain cells in the process.

Though we maintained that this world has changed little since 1635, when the Boston Latin School was founded, you knew we were exaggerating slightly. And as our world spins faster and faster and we use up more natural resources, and scientists keep finding more sugar substitutes, we have to think about how life in the 21st century affects our safe and lovely bubble.

The New Preppy: Let these 22 style icons teach you the new rules.

Muffy van Winkle, you’ve napped long enough. It’s been 30 years! It doesn’t seem possible, does it? Despite changes and crises, the maid quitting, running out of vodka, your NetJets account being yanked, and the Internet, it’s still nice to be prep.

And as we have gotten a bit older and a teensy bit wiser, the world has become much smaller. We are all interconnected, intermarried, inter-everything’d. The great-looking couple in the matching tweed blazers and wide-wale orange corduroy trousers are speaking … Italian. On Melrose Avenue! Whereas once upon a time it was unlikely Europeans would be attracted to our aesthetic, now they’ve adapted it and made it their own. (They’re the women with no hips, in case you were wondering.)

Let’s begin at the beginning of the year. Here are our resolutions. You’ll catch on.

No drinking at lunch.

Call Grandmother once a week.

Get Belgian shoes re-soled (thinnest Cat’s Paw rubber).

Sign up for tennis team at the club.

Actually go to team practices.

Have gravy boat re-engraved.

Find Animal House and return to Netflix.

Send in donation for class gift this year.

And send in write-up for class notes.

Finally use Scully & Scully credit—maybe Pierpont’s next wedding?

Drive mother to cemetery at least once this year.

Order new stationery before supply runs out. (Find die!)

Luggage tags!

Download phone numbers into the thingy.

New Facebook picture?

Work on goals.

Work on topspin.

Get Katharine to do community service somehow.

Clean gutters or get someone to do them.

Repair hinge on broken shutter. Or else!

Finally hire portrait artist for Whimsy. (She’s 84 in dog years; not much time left.)

Who We Are Now

Formerly Wasp. Failing that, white and heterosexual. One day we became curious or bored and wanted to branch out, and before you knew it, we were all mixed up.

Well, that’s the way we like it, even if Grandmother did disapprove and didn’t go to the wedding ceremony. (Did she ever stop talking about the “barefoot and pregnant bride”? Ever?) And now one of our nieces, MacKenzie, is a researcher at the C.D.C. in Atlanta and is engaged to marry the loveliest man … Rajeem, a pediatrician who went to Duke. And Kelly is at Smith, and you know what that means. And our son Cal is married to Rachel, and her father the cantor married them in a lovely ceremony. Katie, our daughter, is a decorative artist living in Philadelphia with Otis, who is a professor of African-American studies at Swarthmore. And then there’s Bailey, our handsome little nephew. Somehow, all he wants to do is ski, meet girls, and drink bee

Well, there’s one out of five.

Fashion Rules

We know that many of you understand the principles of preppy style. But just to be sure, let’s review them again.

We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events (not that there is much difference) without changing.

We generally underdress. We prefer it to overdressing.

Your underwear must not show. Wear a nude-colored strapless bra. Pull up your pants. Wear a belt. Do something. Use a tie!

We do not display our wit through T-shirt slogans.

Every single one of us—no matter the age or gender or sexual preference—owns a blue blazer.

We take care of our clothes, but we’re not obsessive. A tiny hole in a sweater, a teensy stain on the knee of our trousers, doesn’t throw us. (We are the people who brought you duct-taped Blucher moccasins.)

We do, however, wear a lot of white in the summer, and it must be spotless.

Don’t knock seersucker till you’ve tried it. (Between Memorial Day and Labor Day, unless you live in Palm Beach or Southern California, or the southern Mediterranean, please.)

Bags and shoes need not match.

Jewelry should not match, though metals should.

On the other hand, your watch doesn’t have to be the same metal as your jewelry.

And you can wear gold with a platinum wedding band and/or engagement ring.

Men’s jewelry should be restricted to a handsome watch, a wedding band if he is American and married, and nothing else. If he has a family-crest ring, it may be worn as well. For black-tie, of course, shirt studs and matching cuff links are de rigueur.

Nose rings are never preppy.

Neither (shudder) are belly-button piercings.

Nor are (two shudders) tongue studs.

And that goes for ankle bracelets.

Tattoos: Men who have been in a war have them, and that’s one thing. (Gang wars don’t count.) Anyone else looks like she is trying hard to be cool. Since the body ages, if you must tattoo, find a spot that won’t stretch too much. One day you will want to wear a halter-necked backless gown. Will you want everyone at the party to know you once loved John Krasinski?

Sneakers (a.k.a. tennis shoes, running shoes, trainers) are not worn with skirts.

Men may wear sneakers with linen or cotton trousers to casual summer parties.

Women over the age of 15 may wear a simple black dress. Women over the age of 21 must have several in rotation.

High-heel rule: You must be able to run in them—on cobblestones, on a dock, in case of a spontaneous foot race.

Clothes can cost any amount, but they must fit. Many a preppy has an item from a vintage shop or a lost-and-found bin at the club that was tailored and looks incredibly chic.

Do not fret if cashmere is too pricey. Preppies love cotton and merino-wool sweaters.

We do not wear our cell phones or BlackBerrys suspended from our belts. (That includes you, President Obama.)

Real suspenders are attached with buttons. We do not wear the clip versions.

Learn how to tie your bow tie. Do not invest in clip-ons.

Preppies are considerate about dressing our age. It is for you, not for us.

Men, if you made the mistake of buying Tevas or leather sandals, please give them to Goodwill.

You may, however, wear flip-flops to the beach if your toes are presentable. Be vigilant!

Pareos (sarongs) are for the beach, not for the mall. (Even if it’s near the beach.)

Riding boots may be worn by non-riders; cowboy boots may be worn by those who have never been on a horse. However, cowboy hats may not be worn by anyone who isn’t technically a cowboy or a cowgirl.

You may wear a Harvard sweatshirt if: you attended Harvard, your spouse attended Harvard, or your children attend Harvard. Otherwise, you are inviting an uncomfortable question.

If your best friend is a designer (clothes, accessories, jewelry), you should wear a piece from his or her collection. If his or her taste and yours don’t coincide, buy a piece or two to show your loyal support—but don’t wear them.

Every preppy woman has a friend who is a jewelry designer.

No man bags.

Preppies don’t perm their hair.

Preppy men do not believe that comb-overs disguise anything.

You can never go wrong with a trench coat.

Sweat suits are for sweating. You can try to get away with wearing sweats to carpool, to pick up the newspaper, or to drive to the dump, but last time you were at the dump, the drop-dead-attractive widower from Maple Lane was there, too.

And finally:

The best fashion statement is no fashion statement.

Logology

Sometime in the 1980s the cart began leading the horse. Don’t look at us; preppies were certainly not to blame. Fashion followers mistakenly thought the logo was the point. (This is the place at which we would write “LOL,” except we loathe “LOL.”)

But wearing a logo-laden outfit or accessory points to the wearer’s painful insecurity. If you think you are being ironic, think again.

Here’s the rule of thumb: The first logo that preppies loved was the Lacoste crocodile. It belonged to the French tennis star René Lacoste, whose nickname was Le Crocodile. It was an authentic, since he himself wore la chemise in 1927, after having been the top tennis player in the world in 1926 and 1927. (He won seven grand-slam singles titles in France, Britain, and the U.S. In 1961 he also invented the first metal tennis racket, which was sold in this country as the Wilson T2000.)

The shirts, made by La Société Chemise Lacoste, became an international sensation in 1933. Initially they had long tails, crocodiles of 2.8 centimeters in width, and embroidered labels with the size in French: Patron, Grand Patron, etc. There was no need (not then nor now) to change the size of the beast.

Fred Perry, the British tennis champion of the 1930s, put his laurel-wreath logo in blue on white polo shirts in 1952 (a few years after inventing the sweatband). Fred Perry shirts were successful immediately.

Brooks Brothers introduced its golden-fleece logo as the company symbol in 1850, but, for casual sport shirts, they sold the Chemise Lacoste until the 1960s. Then they stopped selling Lacostes and segued into men’s polo-style shirts with the golden fleece embroidered. Until 1969, the sheep suspended by golden ribbons was made only in men’s sizes.

Ralph Lauren was already making men’s wear when, in 1971, he embroidered a little man astride a polo pony on the cuff of some women’s shirts. The ponies, 1 1/4 inches high, moved onto his many colored cotton polo shirts in 1972. The logo, now one of the world’s best known, somehow grows up to five inches high (“BIG PONY”) though sometimes stays small.

Vineyard Vines’ little pink whale appeared in 1998, and so far the whale has shown admirable restraint in staying 1.05 inches wide by 0.43 inches high (as per the universal style guide).

When labels began to understand the strong appeal their logos offered, they went wild. Gone were the subtle stripes, woven ribbons, tiny metal trademarks, and interior decoration that had been prized. Now the logos took growth hormones, and there seemed nothing too big or too crass to sell. Today’s customer is more discerning and somewhat disgusted. Removing logos has become something of a hobby for purists.

When Juicy Couture arrived, emblazoning bottoms with the word “juicy” on its pricey sweatpants, we were dismayed when our daughters thought they wanted them. We steered them back to sanity. We believe that the Juicy Couture tracksuit phenomenon signals the end of civilization as we know it. Nothing less.

The Biggest Change in 30 Years

If, in 1980, you had whispered to friends that within the next few decades America would elect a thin, black, preppy, basketball-playing lawyer to be president, they would have laughed at you and exhaled in your face, inside the restaurant or club where you were sitting. And, if you predicted that one day all our children would have little portable phones stuck in their pockets so that they could not answer us when we called them from our little phones, we would have again exhaled in your face—indoors—and said you were talking science fiction.

Still, to our minds nothing is more sci-fi than the fact that preppies in the 21st century all wear the unnatural fibers we collectively refer to as “fleece.” We always thought our reliance on natural “guaranteed to wrinkle” fibers was our right and our trademark. If it’s hot or humid, we’d just roll up our all-cotton long-sleeved shirts. But now we wear polyester fleece, and its offspring, recycled water bottles.

The revolution began in 1981, at a company then called Malden Mills in Lawrence, Massachusetts, manufacturers of textiles including the wool for uniforms in World War II. A place like Malden Mills is populated by textile engineers who spitball, “mess around with fabrics,” and then refine, according to spokesman Nate Simmons. They work collaboratively with clothing manufacturers, as they did in this case with Patagonia. What came off the looms in the early 80s was pure synthetic, soft, quick-wicking, quick-drying, and machine-washable. It did not fade, and changed the wardrobes of athletes forever. Its Malden name was Polarfleece; its Patagonia name was Synchilla.

Frugal Dos and Frugal Don’ts

Do keep repairing old appliances to try to extend their lives. Don’t store them on your front porch or driveway. Invest in great-fitting, well-made shoes. (Italian-made shoes are nice.) Your feet will thank you. Keep re-soling them. Subscribe to a concert, opera, or ballet series. Buy season tickets to basketball. Pairs of tickets you can’t use make great no-occasion gifts. Some nonprofit institutions accept them as tax-deductible donations. Buy very cheap plane tickets to Europe on discount Web sites. Stay at your friend’s grand villa for three weeks. Oh, make it four. Buy him a house gift and pay for dinner a couple of times. Let him win one tennis match every now and then. Complain about the heat.

Have your trustee dump an allowance in your checking account every month. Walk seven blocks out of your way (or drive, if necessary) to the A.T.M. of your bank, so you are not charged that extra $1.95–$3.00 withdrawal fee. Leave the office a little early to take the off-peak commuter train. (Even though you live in one of the 10 most affluent Zip Codes in the United States.)

Travel

We travel, and we’re rather good at it. Some of us have traveled from a very early age, even if it’s been just back and forth from Princeton and Newport. We may travel to see relatives, to take a semester away, or to go to rehab. We go to Europe because it’s there, and there is so very much to learn from Europeans.

In Europe, we learn how to kiss people on both cheeks, how to do math when we convert the dollar into the euro, and how to make ourselves understood in adverse conditions. We get to practice the little bits of foreign languages we’ve retained from school, and to see that Italian men can carry off the sweater-around-their-shoulders look easily

  • Thou shalt not fly first-class.
  • Thou shalt use thy frequent-flier miles whenever possible.
  • Thou mayest fly business class if thy destination is more than five hours away.
  • On board, the wine will not be fine; therefore drinkest beer or spirits.
  • Naturellement, thou never wearest shorts, sweatpants, or flip-flops on an airplane, and thou shalt attempt not to sit next to a miscreant in such garments.
  • If thou takest a sleeping pill, thou must try not to snore, Pookie.
  • Thou must not complain about jet lag.
  • Thou must take loads of photographs.
  • Thou art encouraged to rent cars in strange places and get into colorful misunderstandings with local drivers.
  • If there is a Harry’s Bar at thy destination, thou shalt eat there. (Try the carpaccio and the cannelloni.)
  • Exotic locations are to be encouraged.
  • Thou must not try to lose thy passport, but, indeed, it could happen, and will provide dinner-table fodder for many happy years to come.
  • Although thou art traveling in order to “broaden thy horizons” and meet different kinds of people, thou will prefer looking up friends of friends who are also traveling.
  • Thou shalt tryest the tonic water in other lands, as it tastes different from thy domestic tonic water.
  • Thou will always have (had) a wonderful time.

Our private economic code is useful when on the road. As stated before, we do not waste money on first-class travel. Unless McKinsey or Aunt Toot is footing the bill, we fly coach. (On the other hand, it would be rude to turn down a no-expense upgrade.) It is consistent with everything we’ve been talking about. First class lasts several hours but costs a fortune. On the other hand, we have been known to splurge on luxury hotels. Wouldn’t it be better to apply those savings to a wonderful room in a wonderful hotel? (Or, at the very least, a small room facing a wall in a wonderful hotel?)

If you cannot stay at the wonderful hotel with the famous bar, you must at least drink at the famous bar. Lunch is also lovely there. During holiday, we always drink at lunch, and, of course, we “walk it off.” Lunchtime drinking is not an obligation, but, well, yes it is. You’re on vacation, the ultimate in prep experiences!

Prep Careers for the New Millennium

Preppies realize society’s need for enterprise. They go to college with the idea of a career—or, should we say, their parents’ idea of a career—planted firmly in their minds. This is why so many of them attend law school. They also understand their need for income. One gets a bad reputation if one is derelict with one’s club dues. As the 21st century unfurls, herewith a vital list of jobs that help preppies maintain their rightful positions in their world:

Alumni director. For the good of your school.

Development officer. Ditto.

Dog-walker entrepreneur. Accommodates Lake Forest, Rollins, and dropouts.

Party planner/publicist. The perfect job for girls who won’t be working after they get engaged.

Nursery-school assistant teacher. But not over the age of 30.

Contributing editor, Vogue. Consuela’s mother works for Anna.

Senator. For policy wonks.

Entrepreneur (Serial. One day one of your ideas will take off.)

Ne’er-do-well. Uncle Tony.

Caterer. Use Mummy’s recipe for chicken potpies as your signature.

Decorator. Who doesn’t love chintz?

Residential-real-estate broker. Sell Bradford a lovely house; marry Bradford, and decorate your new house.

Golf pro. Self-evident.

Art restorer. Very good for part-time artists.

Divorcée. ‘Nuff said.

Anchorman or -woman. Remember to remove your makeup when you meet friends after work for drinks.

Curator. Requires many trips to EuropeAu pair. How Princess Diana got her start.

President. Good perks, bad hours.

Vineyard owner. Ultimate career move.

Tennis pro. Will keep you fit through your 30s and 40s.

C.I.A. operative. Yalies in particular.

Decorative painter. Learn how to make anything faux bois.

Ski bum. Self-evident.

Former Careers We Won’t Be Seeing Again Soon

Assistant editor. It’s called the recession, Greer.

Media escort. No more book tours; there-fore, no more escorts.

Fund-raising. Should rebound by 2015.

Investment-banker trainee. Might rebound by 2020.

Travel agent. Expedia.

Preps Need Not Apply

Doctor. Presumes caring about strangers. Exception: Orthopedic surgeon.

Research doctor. Atrophies your God-given social skills.

Computer scientist. No.

C.P.A. Really no.

Missionary. See “Doctor.”

Sex worker. See “When pigs fly.”

Any job requiring the question “Fries with that?” Only at the club during the summer before junior year—of high school.

Governor. Possibility of a sex scandal too great.

Engineer. Choo-choo or the other kind.

Fact-checker. Facts, shmacts.

Manny. N.O.K.D.

Meteorologist. Too science-y.

Excerpted fromTrue Prep,by Lisa Birnbach with Chip Kidd, to be published this month by Knopf; © 2010 by Island of Mommy Inc. and Charles Kidd.


Barbie/60e: Les sionistes ont même inventé les poupées Barbie ! (From high-end German call girl to America’s iconic Barbie doll, sexist and anorexic scourge of the feminists or shameful Jewish symbol of decadence of the perverted West)

9 mars, 2019
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Ruth and Elliot Handler, both raised in Colorado, pose with an early version of Barbie. Photo courtesy of Mattel
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A création 1959, poupée Barbie coûtait 3$. Aujourd’hui faut débourser, moyenne, dollars.
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Barbie (Andy Warhol, 1985)
https://file1.bibamagazine.fr/var/bibamagazine/storage/images/culture/evenements/une-exposition-sur-les-poupees-barbie-a-paris-53395/405188-1-fre-FR/Une-exposition-sur-les-poupees-Barbie-a-Paris_width1024.png

Checking out the barbies in Prague (Aug. 2013)Les poupées Barbie juives, avec leurs vêtements révélateurs, leurs postures, accessoires et outils honteux sont un symbole de la décadence de l’Occident perverti. Prenons garde à ces dangers et faisons très attention. Comité saoudien pour la promotion de la vertu et la prévention du vice
It is no problem that little girls play with dolls. But these dolls should not have the developed body of a woman and wear revealing clothes. These revealing clothes will be imprinted in their minds and they will refuse to wear the clothes we are used to as Muslims. Sheik Abdulla al-Merdas (Riyadh mosque preacher)
Saudi Arabia’s religious police have declared Barbie dolls a threat to morality, complaining that the revealing clothes of the « Jewish » toy — already banned in the kingdom — are offensive to Islam. The Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice, as the religious police are officially known, lists the dolls on a section of its Web site devoted to items deemed offensive to the conservative Saudi interpretation of Islam. « Jewish Barbie dolls, with their revealing clothes and shameful postures, accessories and tools are a symbol of decadence to the perverted West. Let us beware of her dangers and be careful, » said a message posted on the site. A spokesman for the Committee said the campaign against Barbie — banned for more than 10 years — coincides with the start of the school year to remind children and their parents of the doll’s negative qualities. Speaking to The Associated Press by telephone from the holy city of Medina, he claimed that Barbie was modeled after a real-life Jewish woman. Although illegal, Barbies are found on the black market, where a contraband doll could cost $27 or more. Sheik Abdulla al-Merdas, a preacher in a Riyadh mosque, said the muttawa, the committee’s enforcers, take their anti-Barbie campaign to the shops, confiscating dolls from sellers and imposing a fine. Fox news
Born a busty, bathing suit-clad  »teen-age fashion model » in the 1959 Mattel catalogue, Barbie in the book is shown dressed for success as  »Campus Belle, »  »Career Girl » and  »Student Teacher » in the mid-1960’s; as a nurse and a doctor by 1973, and, most recently, as a silver-gilded astronaut and glitter rock star. (…) While her critics may say she is no more than a mannequin, Billy Boy refers to Barbie as a  »life style. »  »Every woman has a Barbie quality about her, » he said. Marilyn Motz, a professor of popular culture at Bowling Green State, has a different view.  »The whole point of the Barbie doll is that she owns things and buys things, » said Professor Motz, who published a study of Barbie in 1983. She said that the doll, if copied to scale as a life-size woman, would have a torso measuring 33 inches at the bust, 18 inches at the waist and 28 inches at the hips – a feminine ideal that, she pointed out, is  »almost not possible anatomically. » NYT (1987)
Barbie, the fashion doll famous around the world, celebrates her 60th anniversary on Saturday with new collections honoring real-life role models and careers in which women remain under-represented. It is part of Barbie’s evolution over the decades since her debut at the New York Toy Fair on March 9, 1959. To mark the milestone, manufacturer Mattel Inc created Barbie versions of 20 inspirational women from Japanese tennis star Naomi Osaka to British model and activist Adwoa Aboah. The company also released six dolls representing the careers of astronaut, pilot, athlete, journalist, politician and firefighter, all fields in which Mattel said women are still under-represented. Barbie is a cultural icon celebrated by the likes of Andy Warhol, the Paris Louvre museum and the 1997 satirical song “Barbie Girl” by Scandinavian pop group Aqua. She was named after the daughter of creator Ruth Handler. Barbie has taken on more than 200 careers from surgeon to video game developer since her debut, when she wore a black-and-white striped swimsuit. After criticism that Barbie’s curvy body promoted an unrealistic image for young girls, Mattel added a wider variety of skin tones, body shapes, hijab-wearing dolls and science kits to make Barbie more educational. Barbie is also going glamorous for her six-decade milestone. A diamond-anniversary doll wears a sparkly silver ball gown. Reuters
Barbie Millicent Roberts, from Wisconsin US, is celebrating her 60th birthday. She is a toy. A doll. Yet she has grown into a phenomenon. An iconic figure, recognised by millions of children and adults worldwide, she has remained a popular choice for more than six decades – a somewhat unprecedented feat for a doll in the toy industry. She is also, arguably, the original “influencer” of young girls, pushing an image and lifestyle that can shape what they aspire to be like. (…) When Barbie was born many toys for young girls were of the baby doll variety; encouraging nurturing and motherhood and perpetuating the idea that a girl’s future role would be one of homemaker and mother. Thus Barbie was born out of a desire to give girls something more. Barbie was a fashion model with her own career. The idea that girls could play with her and imagine their future selves, whatever that may be, was central to the Barbie brand. However, the “something more” that was given fell short of empowering girls, by today’s standards. And Barbie has been described as “an agent of female oppression”. The focus on play that imagined being grown up, with perfect hair, a perfect body, a plethora of outfits, a sexualised physique, and a perfect first love (in the equally perfect Ken) has been criticised over the years for perpetuating a different kind of ideal – one centred around body image, with dangerous consequences for girls’ mental and physical health. (…) Exposure to unhealthy, unrealistic and unattainable body images is associated with eating disorder risk. Indeed, the increasing prevalence of eating disorder symptoms in non-Western cultures has been linked to exposure to Western ideals of beauty. Barbie’s original proportions gave her a body mass index (BMI) so low that she would be unlikely to menstruate and the probability of this body shape is less than one in 100,000 women. (…) With growing awareness of body image disturbances and cultural pressures on young girls, many parents have begun to look for more empowering toys for their daughters. Barbie’s manufacturer, Mattel, has been listening, possibly prompted by falling sales, and in 2016 a new range of Barbies was launched that celebrated different body shapes, sizes, hair types and skin tones. (…) If Barbie was about empowering girls to be anything that they want to be, then the Barbie brand has tried to move with the times by providing powerful role playing tools for girls. (…) Such changes can have a remarkable impact on how young girls imagine their career possibilities, potential futures, and the roles that they are expected to take. Mattel’s move to honour 20 women role models including Japanese Haitian tennis player Naomi Osaka – currently the world number one – with her own doll is a positive step in bringing empowering role models into the consciousness of young girls. Gemma Witcomb
Ruth Moskowicz was born into a family of Russian Jewish immigrants in Denver, Colorado in 1916. She married her high school boyfriend, an artistic young man named Elliot Handler, and they moved to Los Angeles in 1938. After her husband decided to make their furniture out of two new plastics, Lucite and Plexiglas, Ruth ambitiously suggested that he turn furniture making into a business. (…) During World War II, the Handlers started a company, Mattel, combining Elliot’s name with the last name of their partner, Harold Matson. On weekends home from wartime duties at Camp Robert, California, Elliot made toy furniture for Ruth to sell. (…) The Handlers took their two teenagers — Barbara and Ken — on a trip to Europe in 1956. There, they saw a doll that looked like an adult woman, vastly different from the baby dolls most little girls owned. Ruth was inspired. Three years later, Mattel’s version, Barbie, would debut, with a wardrobe of outfits that could be purchased separately. In 1960, the Handlers took Mattel public, with a valuation of $10 million ($60.3 million in 2003 dollars). It was on its way to the Fortune 500, and Barbie quickly became an icon, with ever-changing wardrobe and career options that mirrored women’s changing aspirations. PBS
Ruth Mosko (…) was born November 4, 1916, to Jacob Joseph Mosko (née Moskowicz), a blacksmith, and Ida Rubinstein, a housewife. Ruth was the youngest of 10 children. Her father arrived at Ellis Island in 1907. After telling immigration officials that he was a blacksmith, he was sent to Denver, the center of the railroad industry. In 1908, his wife, Ida, arrived in America with their six children and joined her husband in Colorado. (…) In 1941 Ruth left her secretarial job at Paramount to work with her husband, who was designing and making furniture and household accessories out of the new acrylic materials, Lucite and Plexiglas. Her husband produced the pieces and she did the selling. (…) In 1945, they (…) and Harold “Matt” Matson started Mattel Creations, joining elements of Matt’s and Elliot’s names. Under the Mattel moniker, the two partners began fabricating dollhouse furniture. Ruth continued to run the marketing department. Due to his poor health, Matt soon sold his share to Elliot. The company had its first hit toy in 1947 with a ukulele called Uke-A-Doodle. That proved such a success that Mattel switched to making nothing but toys. Ruth drove Mattel’s business decisions, while her husband nurtured new toys. (…) After watching her daughter, Barbara, ignore her baby dolls to play make-believe with paper dolls representing adult women, Ruth realized there may be a niche for a three-dimensional doll that encouraged girls to imagine the future. When visiting Germany in 1956, Ruth saw a doll that looked like a teenager, and this doll inspired her to follow her dream. Mattel’s designers spent several years creating Ruth’s doll using the German doll as an inspiration. Barbie Millicent Roberts debuted at the American Toy Fair in New York City in 1959. Ruth named the blond 11-and-a-half-inch doll for her daughter, who was a 17-year-old attending a local Los Angeles high school. Dressed in a black and white striped swimsuit with the necessary accessories of sunglasses, high-heeled shoes and gold-colored hoop earrings, Barbie’s body was not only shapely but also had a movable head, arms and legs. Barbie had a chic wardrobe that had to be purchased separately and updated regularly. Barbie was a marketing sensation. Within a year of her introduction in 1959, Barbie became the biggest selling fashion doll of all time. Sales increased with the introduction of different Barbie dolls and accessories. Barbie became a staple in the toy chests of little girls everywhere. It was Ruth’s marketing genius that changed toy marketing when she acquired the rights to produce the popular “Mickey Mouse Club” products in 1955. The cross-marketing promotion became common practice for future companies. Barbie made her first television appearance on the “The Mickey Mouse Club.” This marketing technique helped sell 351,000 Barbie dolls in the first year at $3 each. Barbie quickly became an icon, with her ever-changing wardrobe and career options that mirrored women’s changing aspirations. (…) Over the years, Barbie changed jobs more than 75 times, becoming a dentist, a paleontologist, an Air Force fighter pilot, a World Cup soccer competitor, a firefighter and a candidate for president. Even in demanding positions, though, Barbie retained her fashion sense. She was joined by friends and family over the years, including Ken, Midge, Skipper and Christie. Barbie kept up with current trends in hairstyles, makeup and clothing. (…) Barbie’s world is more than a doll and accessories. Kids today can use their high-tech gadgets and interactive smartphones and apps to personalize their Barbie doll experience. Other licensed products include books, apparel, home furnishings and home electronics. She even has a YouTube site and a Facebook page. But Barbie’s popularity doesn’t stop there. The Musée des Arts Décoratifs, which is affiliated with the Louvre in Paris, held a Barbie exhibit in 2016. The exhibit featured 700 Barbie dolls displayed on two floors, as well as works by contemporary artists and documents (newspapers, photos, video) representing Barbie. Barbie has become a popular collectible among adults. Collectors prize early numbered Barbie dolls from 1969 and the 1990’s, as well as a range of rare and special editions of the iconic toy. Over the past few years, Mattel transformed Barbie, and she now may look a bit more like those who play with her, curves and all. The new 2016 Barbie Fashionistas doll line includes four body types (the original and three new bodies), seven skin tones, 22 eye colors, 24 hairstyles and countless on-trend fashions and accessories. With these changes, Barbie added diversity and more variety in styles, fashions, shoes and accessories. Mattel claims girls everywhere will now have infinitely more ways to spark their imagination and play out their stories. Cyndy Thomas Klepinger
When Ruth Handler (formerly Moskowitz) traveled to Switzerland in 1956 with her family, her husband Elliot and their children Barbara and Kenneth, they came across a small figurine, blonde, thin, and tall at 11 inches (28 cm), whose name was Lilli. The Lilli doll was a novelty item for adults. The all-American Barbie doll, named for little Barbara Handler of course, which debuted in 1959 would become a mass-produced doll for young girls (and also boys, we don’t judge, and neither should you) and end up being the most popular doll in the history of toys. The Ken doll, which debuted a few years later, was named for Ruth Handler’s son Kenneth, of course. Ruth Handler’s story, and Barbie’s, is part and parcel of the American story. The daughter of Polish-Jewish immigrants, Ruth Moskowitz was born the youngest of 10 children in Denver, Colorado. As a teenager she was sent to be a shop-girl in her aunt’s store, where she not only learned the basics of running a business, but to love it. During her marriage to Elliot Handler, the two formed a business in plastic and wood, making props and toys for Hollywood studios and toy shops nationwide. Along with another business partner, the Handlers formed “Mattel”. In 1959, after three years of development, Barbie sprang fully formed into the world, bathing suit and all. Barbie was a child’s toy with adult outfits, accessories, and most importantly – a job. (…) The Barbie doll was the first doll aimed at girls that was an adult, not a doll in the shape of a baby or a doll that was a child, but a doll with which the young girl could play at being a grown up and dress up with her most loyal doll companion. The Barbie doll doesn’t “look” Jewish. But her heritage is Jewish and full of chutzpah. Ruth Handler was ambitious and held her own in the so-called man’s world of business. She thought of young girls not merely as consumers, but as the future generation of women in America and all around the world. Well, almost all. Back in 2003 Saudi officials declared the “Jewish Barbie Dolls” a threat to morality. Though Barbie’s Jewish roots are bleached blonde, Ruth Handler and consequently Barbie is particularly Jewish-American. Just by immigrating from Europe, changing her name and weaving herself into the very fabric of American life, the Barbie doll became international and a part of culture that is both inspired and inspirational. Melodie Barron
Ruth Handler (née le 4 novembre 1916, décédée le 27 avril 2002) est une femme d’affaires américaine qui a révolutionné l’industrie du jouet en 1959 en créant la poupée Barbie, du nom de sa fille Barbara, et la poupée Ken du nom de son fils Kenneth. La poitrine opulente, la taille fine et les longues jambes de Barbie allaient totalement à l’encontre du style rond et asexué des poupées de l’époque et firent date, par leur audace et leur réalisme, dans l’histoire du jouet pour petites filles. Née Ruth Mosko, Ruth Handler était la plus jeune des dix enfants d’une famille d’immigrants judéo-polonais. Avec son époux Elliot Handler et le designer Harold Mattson, elle avait créé Mattel en 1945, un nom formé du Matt de Mattson et du El d’Elliot. (…) Ruth Handler avait constaté que sa fille Barbara, une préado de 10 ans, préférait jouer avec ses poupées de papier qu’avec ses poupées de petite fille et qu’elle leur octroyait des rôles d’adultes. Forte de cette observation Ruth voulut produire une poupée en plastique d’apparence adulte, mais son mari et M. Matson ont pensé que le jouet serait invendable. Lors d’un voyage en Europe du couple, Ruth découvre la poupée allemande Bild Lilli (qui était en fait un jouet gag pour adultes créé d’après le personnage de BD Lilli qui paraissait dans le journal Bill Zeitung) dans un magasin suisse et la ramène à la maison. Une fois rentrée donc, Ruth Handler retravaille le design de la poupée et la baptise Barbie en référence à sa fille Barbara. Barbie fait ses débuts à la foire de jouet de New York, le 9 mars 1959. La poupée est vite devenue un immense succès, lançant les Handlers et leur société de jouets vers la gloire et la fortune. Par la suite ils ajouteraient un petit ami pour Barbie nommé Ken, en référence à Kenneth, leur fils. D’autres personnages viendront enrichir la gamme « des amis et de la famille ». Le monde de Barbie prenait forme. Ruth Handler a plus tard affirmé que, lorsqu’elle a acheté « Bild Lilli », elle ignorait que c’était un jouet pour adulte. Ruth Handler a expliqué qu’elle a pensé que cela « était important pour l’estime d’une fille qu’elle joue avec une poupée avec une poitrine adulte » et Barbie a été créée pour jouer ce rôle. Si la poupée commercialisée à l’origine était transposée à taille humaine, ses mensurations auraient été assez irréalistes et de nombreux critiques ont prétendu que les mesures ont été basées sur la fantaisie masculine plutôt que la métrique humaine réelle. Au fil des années les mensurations peu réalistes de Barbie ont continué à être controversées, avec beaucoup de théories qui expliquent que de jouer avec une poupée Barbie diminue l’estime de soi et complexe les petites filles. En réponse à ces critiques, à la fin des années 1990, Mattel a ajusté le tour de poitrine en le diminuant et a augmenté le tour de taille, même si ces nouvelles mensurations sont encore loin des femmes réelles. Wikipedia
Barbie est une poupée de 29 cm commercialisée depuis 1959 par Mattel, une société américaine de jouets et jeux. Elle reprenait la forme adulte, les cheveux blonds et le principe de Bild Lilli, première poupée mannequin lancée en Allemagne un peu plus tôt. Si la Barbie caractéristique est blonde aux cheveux longs et aux traits européens, sa couleur de cheveux varie en fait considérablement et son type ethnique s’est diversifié dès 1967 et plus systématiquement à partir de 1980, si bien qu’à ce jour il existe une Barbie pour à peu près tous les groupes ethniques du monde. Elle exerce de multiples métiers et professions tels que : docteur, enseignante, jockey, vétérinaire, hôtesse de l’air, Chevalier du Roi, Première-Dame (CNN) etc. En 1997, Mattel a vendu sa milliardième poupée Barbie. En 2009, et malgré une forte baisse des ventes due à la concurrence, la poupée a généré plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires. En fin d’année 2015, un petit garçon apparait pour la 1re fois dans une des publicités de la marque, vantant les qualités de la Barbie habillée par l’entreprise de mode italienne Moschino3. Cette publicité qui a créé l’événement au niveau mondial, est alors acclamée par la critique, tandis que la Barbie Moschino, elle, se retrouve très vite en rupture de stock. En 2016, face à l’accélération de la chute des ventes de Barbie, Mattel va beaucoup plus loin dans sa démarche de diversification, en lançant trois nouvelles silhouettes de Barbie aux côtés de la Barbie traditionnelle ; l’une de ces nouvelles silhouettes, baptisée en anglais « Curvy » (« arrondie »), propose une Barbie bien en chair, presque dodue, assez éloignée de la Barbie d’origine. (…) Mattel est une société américaine de jouets et jeux fondée en 1945 par Harold Matson et Elliot Handler, d’où le nom de l’entreprise : Mat+Ell = Mattel. C’est la femme d’Elliot Handler, Ruth Handler, qui créa Barbie (diminutif de leur fille Barbara) en 1959 en reprenant les caractéristiques de Bild Lilli, une poupée allemande avec un corps d’adulte, des cheveux blonds et une garde-robe contemporaine, prototype de la poupée mannequin. La première poupée Barbie a été présentée à l’American International Toy Fair de New York le 9 mars 1959 par sa créatrice Ruth Handler. Le succès presque immédiat de ce nouveau genre de poupée poussa son époux et un associé à créer la société Mattel Creations. La poupée Barbie avec sa poitrine opulente, sa taille fine et ses longues jambes allaient, en effet, totalement à l’encontre du style rond et asexué des poupées de l’époque. En cela, elle fut la seconde poupée au corps adulte après la Bild Lilli. En effet, en 1951, le dessinateur Reinhard Beuthin crée pour une bande-dessinée dans le magazine allemand Bild Zeitung une poupée : la Bild Lilli. Quatre ans plus tard, l’entreprise Hauser commercialise la poupée. Lors d’un voyage en famille à Lucerne en Suisse en 1956, Barbara, la fille de Elliot et Ruth Handler, réclama à ses parents un jouet peu commun pour l’époque : une poupée mannequin du nom de Lilli. Ce jouet au regard taquin et à forte poitrine intrigua Ruth Handler, mais, ce n’est seulement qu’en observant sa fille jouer des heures durant avec la poupée Lilli que la directrice de Mattel décida de produire ce même jouet aux États-Unis. Ainsi, la famille Handler ramena Lilli dans ses valises sur le continent américain et trois ans plus tard, Mattel lança son nouveau jouet : la poupée Barbie, qui, excepté quelques modifications au niveau du maquillage, était la parfaite réplique de la poupée allemande Lilli. Le succès de Barbie se répand dans tous les États-Unis comme une trainée de poudre, et très vite, la nouvelle poupée de Mattel envahit les magasins de jouets européens. En 1963, Rolf Hausser, directeur de l’entreprise de jouets O&M Hausser et créateur de Lilli, découvre avec surprise sa poupée dans une vitrine de magasin de jouets à Nuremberg la copie parfaite de sa Lilli rebaptisée Barbie. Rolf, décida dans un premier temps de poursuivre le géant Mattel en justice, mais raisonné par son frère et compte tenu du peu de ressources financières de la petite entreprise allemande, les poursuites furent abandonnées. En 1964, Rolf Hausser vendit les droits de la poupée Lilli à Mattel pour sauver l’entreprise familiale qui fit faillite malgré tout quelques années plus tard. Barbie est le diminutif de Barbara, le prénom de la fille de Ruth Handler20. Ses mensurations, initialement hypertrophiées, sont ramenées à des proportions plus habituelles au fil des années. (…) En (…) 1986 (…) Des Barbie représentant le monde entier sont également commercialisées : la Barbie japonaise, la Barbie indienne, la Barbie hispanique (qui sera connue comme Theresa, une des amies de Barbie) la Barbie allemande, la Barbie irlandaise… (…) En 2016, la Barbie traditionnelle aux longues jambes, à la poitrine imposante et à la taille ultra-fine se voit concurrencée par trois Barbie nouvelles : « Tall » (grande et longiligne), « Petite » (toute menue), et « Curvy » (« bien en chair », avec moins de poitrine, mais un petit ventre rond, des hanches plus larges, ainsi que des fesses et des cuisses arrondies). Ces évolutions, qui constituent en fait une révolution de l’approche marketing de la marque au point que Barbie « Curvy » fait la couverture de Time Magazine, résultent d’une remise en cause rendue indispensable par la perte de part de marché des poupées Barbie (ventes en baisse de 16 % en 2014, après une chute de 6 % l’année précédente), accentuée encore par la perte de la licence Disney pour commercialiser la poupée Elsa tirée de La Reine des neiges, et récupérée par Hasbro ; cette perte représente pour Mattel une perte de chiffre d’affaires évaluée à 500 millions de dollars. Cependant, cet abandon de la silhouette traditionnelle de Barbie présente d’intéressantes possibilités de développement, dans la mesure où il entraînera un renouvellement accéléré de la garde-robe : Barbie « Curvy » ne peut en effet pas enfiler les vêtements de la Barbie traditionnelle. La nouvelle démarche de la marque vise à se rapprocher de la réalité de la population féminine américaine en abandonnant une partie des stéréotypes véhiculés par Barbie, au profit de nouveaux canons de beauté popularisés par des personnalités telles que Mariah Carey, Kim Kardashian, Beyoncé, Christina Hendricks31, Meghan Trainor, voire Melissa McCarthy et sa ligne de vêtements en « taille plus ».Développé dans le plus grand secret sous le nom de code de « Project Dawn »31, ce virage radical n’est pas sans risque : les clientes habituelles peuvent se sentir trahies, et les mères des petites filles à qui on offre une Barbie « Curvy » peuvent y voir une critique voilée de l’embonpoint de leur progéniture33. De plus, ce changement de stratégie va constituer un cauchemar logistique pour gérer dans la pratique ces nouvelles variantes, sans même parler des problèmes qu’il a fallu résoudre pour traduire les trois nouvelles appellations dans des douzaines de langues différentes. Face à la chute des ventes, cependant, Mattel n’avait plus le choix. Et les difficultés à affronter ne font que refléter le statut d’icône américaine qu’a atteint Barbie depuis bien des années, puisque 92 % des Américaines ont possédé une Barbie entre l’âge de 3 ans et l’âge de 12 ans. Toujours est-il que, selon Le Journal de Montréal qui publie les images de ces nouvelles « Barbie Fashionistas », « la nouvelle Barbie « Curvy » pourrait changer la façon dont les femmes se perçoivent ». Parallèlement aux poupées Barbie disponibles dans les grandes surfaces et à destination des enfants, la société Mattel commercialise depuis les années 1990 des poupées Barbie de collection. La marque s’inspire principalement de la culture populaire de masse telle que : le cinéma, la musique et la télévision, afin de créer une gamme exclusivement basée autour de ces disciplines. Ces poupées Barbie à tirage limité sont vendues dans des magasins spécialisés à un prix beaucoup plus élevé. (…) D’autres poupées Barbie sont habillées par de grands couturiers110, avec, entre autres, pour les cinquante ans de Barbie en 2009, cinquante créateurs qui ont participé au relooking de celle-ci. : Givenchy, Oscar de la Renta (1998), Karl Lagerfeld111 (2009), Calvin Klein, Versace, Vera Wang, Christian Dior (1995 et 1997), Louis Vuitton112 (2011), Yves Saint Laurent, Christian Louboutin, Jean Paul Gaultier (2 poupées), Robert Mackie, Chantal Thomass et plus récemment en 2014 : une « barbie » Karl Lagerfeld, etc. (…) Barbie est fréquemment associée au monde de la joaillerie, pour l’édition de poupées en éditions limitées. Ainsi, la poupée Barbie neuve la plus chère est celle créée par Stefano Canturi130 présentée en Australie en 2010, avec un tarif de 500 000 dollars. Le précédent record pour le prix unitaire datait de 2008 avec une poupée à 94 800 dollars présentée au Mexique. (…) En Arabie saoudite, pour justifier l’interdiction des poupées Barbie dans le royaume, le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice (organisme chargé de la police religieuse) déclara : « Les poupées Barbie juives, avec leurs vêtements révélateurs, leurs postures, accessoires et outils honteux sont un symbole de la décadence de l’Occident perverti. Prenons garde à ces dangers et faisons très attention. » Pour les psychiatres, Barbie est un fantasme d’adulte mais pas de petites filles. Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer présente le designer de Barbie, Jack Ryan, comme un pervers sexuel. Pour l’essayiste, Barbie serait l’incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. Des parents l’accusent de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie. La pédopsychiatre Gisèle George et la psychanalyste Claude Halmos rejettent l’idée que Barbie ait un quelconque pouvoir, cette dernière va plus loin en disant que la construction psychique d’un enfant dépend des adultes et non pas des objets qui l’entourent. Cette polémique persiste, et des chercheurs en médecine montrent que les mensurations de Barbie ne sont pas compatibles avec une vie normale, et qu’elle conduit à adopter des conduites alimentaires anorexiques. Fin 2013, une campagne est lancée en vue de promouvoir l’image d’une Barbie plus « ronde ». En 1992, Mattel commercialise la Teen Talk Barbie : elle peut émettre quelques phrases « comme les ados » à propos de shopping, vêtements, pizzas etc. La phrase : « Math class is tough! » (« Les maths, c’est dur ! ») attire la réprobation de l’Association américaine des femmes diplômées des universités (AAUW). Mattel retire rapidement la phrase du « répertoire » de Barbie. Par contre la phrase : « Allons faire les courses après l’école » ne fut jamais retirée de l’exemplaire français de la Teen Talk Barbie malgré les réticences de l’AAUW. Hugo Chávez, le président vénézuélien, a proposé de fabriquer des « poupées avec des visages d’Indiens » pour remplacer « la Barbie, qui n’a rien à voir avec notre culture »141. En 2010, la sortie de Barbie Vidéo Girl suscite l’inquiétude du FBI. Cette poupée équipée d’une caméra et d’un écran LCD pourrait être utilisée selon l’agence comme un moyen détourné de produire du contenu pédopornographique. Durant le premier semestre 2012, Barbie fait de la politique, mais sans prendre parti, avec la commercialisation de la poupée Yes She Can. La même année, Valeria Lukyanova se fait remarquer par les médias du monde entier en se faisant surnommer la « Barbie vivante ». À la suite de la publication d’un rapport en octobre 2013144, les associations Peuples Solidaires et China Labor Watch ont lancé une campagne pour dénoncer les conditions de travail des ouvrières et ouvriers chinois qui fabriquent les poupées Barbie. La campagne « Barbie ouvrière » a été lancée peu avant Noël 2013 afin de sensibiliser les consommateurs et de faire pression sur l’entreprise Mattel. Wikipedia
Lilli est une poupée mannequin produite de 1955 à 1961 par la société allemande O. & M. Hausser. Elle apparaît pour la première fois en 1952 dans une bande dessinée publiée dans le journal allemand Bild Zeitung. Sa morphologie adulte, ses cheveux implantés et sa fabrication en matière plastique avec plusieurs trousseaux de vêtements contemporains en tissus, ont été repris aux États-Unis pour devenir la poupée Barbie. À l’origine, Lilli est un personnage de bande dessinée créé par Reinhard Beuthien. Elle fait sa première apparition le 24 juin 1952 dans le journal Bild Zeitung. Devant le succès remporté par ce personnage, Bild décide d’en faire une poupée pour la commercialiser en tant que mascotte. Le journal fait alors appel à la société allemande O. & M. Hausser, un fabricant de jouets établi à Neustadt et dirigé par les frères Rolf et Kurt Hausser. Créée par Max Weissbrodt, la poupée Lilli est lancée le 12 août 1955. O. & M. Hausser lui adjoint des meubles ainsi qu’une garde-robe conséquente inspirée de la mode des années 50, dessinée par Martha Maar et confectionnée par la société 3M Puppenfabrik. Avec son corps de jeune femme sexy, sa bouche sensuelle, son maquillage et ses yeux « en coulisse », Lilli tranche avec les poupées-fillettes et les poupons joufflus. Elle promeut un nouveau modèle : la poupée mannequin. Des poupées-femmes existaient déjà avant l’apparition de Lilli mais dans la plupart des cas elles n’étaient pas considérées comme des jouets et n’étaient pas destinées aux enfants.L’arrivée de Barbie sur le marché du jouet va lui être fatale. Lors d’un séjour en Europe, Ruth Handler, co-fondatrice de la société Mattel avec son mari Elliot, découvre la poupée Lilli dans une boutique suisse. De retour aux États-Unis, Ruth Handler décide de s’en inspirer pour créer la poupée Barbie. Wikipedia
On s’en doutait, les mensurations de la poupée Barbie de Mattel sont inapplicables à un humain. Le site anglais rehabs.co a décidé de se pencher sur la question en comparant le corps de Barbie à celui d’une Américaine moyenne. Cette étude fait partie d’un rapport sur les désordres alimentaires et les problèmes des jeunes filles avec leur image. Le verdict est sans appel : si Barbie était en chair et en os, elle serait en très mauvaise santé. Son cou est beaucoup trop long et 15 cm plus fin que celui d’une femme normale. Sans ce soutien, sa tête tombe donc sur le côté. Avec une taille de 40 cm, impossible de loger tous les organes. Adieu l’estomac et une bonne partie de l’intestin. Sa taille est également trop fine puisqu’elle ne représenterait que 56% des hanches. Ses jambes, elles, sont anormalement longues et beaucoup trop maigres. Résultat, avec des chevilles de 15 cm, soit la même taille du pied d’un enfant de trois ans, elle ne tiendrait pas debout. Impossible de marcher donc, ni même de se soutenir avec les mains, car des poignets de 7,6 cm ne sont pas suffisants pour porter son corps. Si Barbie était vivante, elle serait donc constamment allongée, et ne pourrait pas survivre longtemps à cause de ses problèmes d’organes. Top santé
Mais vous ne vous rendez pas compte à quoi on s’est heurtés quand on a introduit Barbie en France il y a vingt-cinq ans. Aux mêmes comportements de refus que ceux qui avaient accueilli Barbie dix ans plus tôt aux Etats-Unis. Cette première poupée sexuée, en pleine Amérique puritaine, elle ne passait pas du tout. Nous avons mis dix ans à remonter la pente. Robert Gerson (Mattel France)
Certes, celui qui a conçu la Barbie n’avait pas une once de féminisme : il a projeté l’image d’un objet sexuel, d’après un prototype américain à la Jane Mansfield. En revanche, on ne peut pas donner à Barbie un pouvoir qu’elle n’a pas : une poupée ne peut pas influer sur l’orientation sexuelle, professionnelle, ou quoi que ce soit d’autre… Gisèle George (pédopsychiatre)
Il est devenu courant d’accuser les objets : la violence serait de la faute de la télé, l’anorexie, celle de Barbie… mais on oublie l’essentiel : la construction psychique d’un enfant dépend des adultes qui l’entourent. Une petite fille conçoit la féminité à travers ce que sa mère ressent et vit pour elle-même, et à travers la façon dont son père ou un compagnon masculin considère sa mère. Claude Halmos (psychanalyste)
Si Playmobil fait l’unanimité auprès des parents, ce n’est pas le cas de Barbie, la plus célèbre des poupées, qui a fêté ses 50 ans en 2009 et s’est retrouvée, cette année encore, parmi les cadeaux les plus offerts aux petites filles pour Noël. Avec ses mensurations improbables – soit 95-45-82 à l’échelle humaine -, Barbie est accusée de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie. Dans l’Hexagone, de plus en plus de mamans répugnent à l’offrir à leurs filles. Avec 3 millions de poupées vendues par an en France sur une cible de… 3 millions de petites filles âgées de 2 à 9 ans, le fabricant Mattel n’est pourtant pas encore aux abois. « 80 % de l’offre Barbie et ses accessoires, château, voiture, chevaux… est renouvelé chaque année », explique Arnaud Roland-Gosselin, directeur marketing de Mattel France. De quoi entretenir l’intérêt des petites consommatrices, qui possèdent, chacune, une moyenne de douze poupées. Dernière excentricité marketing en date, la sortie, pour les fêtes de fin d’année, d’une Barbie chaussée par le créateur Christian Louboutin : 115 euros le modèle avec ses escarpins à semelle rouge. En 2009, Barbie aura été à l’honneur : les plus grands créateurs lui ont consacré un défilé en février lors de la semaine de la mode à New York, un livre-coffret luxueux retraçant sa saga a été édité chez Assouline et les studios Universal ont annoncé qu’elle allait bientôt être l’héroïne d’une superproduction hollywoodienne. Pour autant, la poupée n’a pas fêté son cinquantième anniversaire en toute sérénité. Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel (« Jouet-Monstre : le grand méchant monde de Mattel ») et publié aux Etats-Unis chez Wiley-Blackwell, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer écorne sérieusement le mythe. Auteur de la biographie non autorisée de Bill et Hillary Clinton, Jerry Oppenheimer présente dans son ouvrage le père de Barbie, Jack Ryan, comme un pervers sexuel. Pour l’essayiste, Barbie serait l’incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. De quoi effrayer encore davantage les mamans ? (…) Les enfants ne voient pas le jouet au premier degré, comme les adultes, assure pour sa part Patrice Huerre, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital d’Antony (Hauts-de-Seine) et auteur de Place au jeu : jouer pour apprendre à vivre (Nathan, 144 pages, 14,95 euros). « Les enfants ne sont pas empêchés de rêver par la forme d’un objet, la preuve : d’un caillou, ils font un bolide », précise Patrice Huerre. En revanche, certains jouets, en rupture avec leur époque, peuvent, selon le psychiatre, avoir un pouvoir d’anticipation, comme la littérature de fiction. « Barbie, ce fantasme d’adulte, anticipe sur la révolution sexuelle, Mai 68, la contraception, et l’émancipation des femmes…, estime-t-il. Elle est entrée en résonance avec une attente implicite des enfants, qui sont ensuite devenus les adolescents des années 1968 ». Le médecin a coorganisé cette année au Musée des arts décoratifs de Paris une exposition intitulée « Quand je serai grand, je serai… » Dans ce cadre, il avait été demandé à 600 enfants de dire ce qu’ils aimeraient faire plus tard, et de désigner les jouets symbolisant le mieux leurs aspirations. On y trouvait en bonne place la fameuse Barbie. Le Monde
La milliardième Barbie va être vendue cette année. La maison Mattel, qui fabrique la poupée mannequin, a annoncé cette nouvelle de poids la semaine dernière, en la lestant d’autres chiffres considérables: six millions de Barbie vendues chaque année en France, une progression de 20% entre 1995 et 1996, six poupées en moyenne entre les mains de chaque fillette de ce pays. Une affaire qui marche, en somme. Et pourtant, comme à chaque fois qu’elle convoque la presse pour parler de Barbie, la firme s’est armée d’une escouade de spécialistes de l’enfance: psychologue, sociologue, pédiatre, professeur » Pour dire quoi? Que Barbie est «un jeu de rêve pour une meilleure adaptation à la réalité» (Armelle Le Bigot, chargée d’études), qu’elle est un «facteur de structuration de la personnalité chez la petite fille» (Dominique Charton, psychothérapeute), que «l’intérêt de Barbie est d’être liée aux évolutions sociales de la deuxième moitié du XXe siècle» (Gilles Brougère, professeur de sciences de l’éducation à Paris-Nord). En résumé, parents, «ne vous inquiétez pas »» (Edwige Antier, pédiatre). S’inquiéter? Bigre » Il y aurait donc lieu de se faire du souci quand une gamine joue aux Barbie. C’est en tout cas ce que Mattel semble indiquer en s’évertuant ainsi à se justifier. (…) Dans le dossier de presse, Gilles Brougère rappelle qu’«à cette époque, Barbie, plus qu’aujourd’hui, sentait le soufre.» De son côté, Armelle Le Bigot, qui écoute depuis des années des mères pour le compte de Mattel, se souvient que «les premières réactions des mamans étaient plutôt musclées. Elles nous parlaient de « cette bonne femme, « cette Américaine, « cette pute» » Par bonheur pour Mattel, les premières utilisatrices de Barbie ont grandi, sont devenues parfois mères à leur tour et c’est cette génération-là qui cause aujourd’hui dans les panels d’Armelle Le Bigot. Désormais, c’est du tout-cuit. «Barbie est dédiabolisée», diagnostique la chargée d’études. Les mères seraient même rassurées de voir que leurs filles, même en caleçon et baskets, «rêvent de belles robes et de paillettes, comme elles au même âge». Ces changements n’ont pas bousculé l’approche prudente des dirigeants de Mattel France. Interrogé sur cette stratégie défensive, le PDG finit par admettre que «non, Barbie ne dérange plus». Et ajoute: «Je me demande si ce n’est pas moi qui me fais un peu de cinéma de temps en temps. » Sibylle Vincendon
Barbie idéalisée, un peu trop parfaite, a sans doute existé à une certaine époque mais elle appartient aujourd’hui au passé. Pour nous, toutes les filles sont belles, quelles que soient leur silhouette, leur taille, la couleur de leurs cheveux, et les poupées doivent être le reflet de cette diversité. Robert Best (designer en chef chez Mattel)
Barbie est bien plus qu’un simple jouet, elle est un personnage emblématique de notre culture et de notre société. L’engouement pour Barbie s’est appuyé sur l’univers très vite créé par Mattel autour du personnage, avec sa famille, ses amis, ses activités, une savante alchimie qui permet aux enfants de projeter leur imagination dans toutes les situations. Anne Monier (Musée des Arts Décoratifs)
C’est la poupée la plus célèbre du monde, et sans doute aussi la plus critiquée, pour ses mensurations improbables et son inatteignable perfection. Barbie se dévoile dans une exposition inédite à Paris qui raconte l’histoire de cette icône de beauté de 29 centimètres. « Barbie est bien plus qu’un simple jouet, elle est un personnage emblématique de notre culture et de notre société », explique à l’AFP Anne Monier, commissaire de l’exposition (jusqu’au 18 septembre au Musée des Arts Décoratifs), la première de cette ampleur dans un musée français. Quelque 700 poupées y sont présentées avec autant de tenues. Avec ses cheveux blond platine, ses jambes interminables et sa poitrine généreuse, Barbie s’est distinguée dès sa naissance, il y a 57 ans, par sa ressemblance avec une jeune femme adulte, une révolution dans le monde des poupons qui régnaient jusqu’alors en maîtres dans les coffres à jouets. Oeuvre de l’Américaine Ruth Handler, épouse du cofondateur de la société Mattel, qui lui donna le prénom de sa fille Barbara, elle fit sa première apparition publique le 9 mars 1959, à la foire du jouet de New York, avant de connaître un immense succès commercial, d’abord aux Etats-Unis puis en Europe. Le cap du milliard de Barbie vendues dans le monde a été franchi dans le monde en 1997. Au fil des années, la reine des poupées a élargi la palette de ses compétences, des plus classiques aux plus insolites: infirmière, top modèle, danseuse, gymnaste mais aussi astronaute (elle a posé le pied sur la Lune avant Neil Armstrong) ou encore présidente des Etats-Unis. Cette gloire planétaire va apporter à Barbie son lot de controverses, ses détracteurs lui reprochant de renvoyer une image trop stéréotypée de la femme, celle d’une européenne, active, blonde et mince. Des psychiatres ont affirmé qu’elle était un fantasme d’adulte avant d’être un jouet de petites filles. Des parents l’ont accusée d’encourager l’anorexie chez les adolescentes. Des scientifiques sont allés jusqu’à démontrer que si Barbie était une vraie femme, elle pèserait 49 kilos et mesurerait 175 cm, son tour de taille ferait 45 cm et ses pieds 21 cm. Ils en ont conclu que la pauvre créature serait alors obligée de marcher à quatre pattes car ses pieds et ses jambes ne pourraient pas la porter. En 2009, le journaliste américain Jerry Oppenheimer écorne sévèrement l’image de la belle – qui célébrait cette année-là son cinquantième anniversaire – en la décrivant comme l’incarnation du fantasme ultime de son designer: une call-girl de luxe, à la taille ultra fine, aux seins en obus et au visage enfantin. « La Barbie idéalisée, un peu trop parfaite, a sans doute existé à une certaine époque mais elle appartient aujourd’hui au passé », assure à l’AFP Robert Best, designer en chef chez Mattel. « Pour nous, toutes les filles sont belles, quelles que soient leur silhouette, leur taille, la couleur de leurs cheveux, et les poupées doivent être le reflet de cette diversité », poursuit-il. Témoin de cette volonté, les trois nouvelles versions lancées par Mattel en début d’année: la grande, la petite, et surtout la ronde, une Barbie potelée, tout en courbes, qui s’éloigne de la poupée d’origine pour s’approcher de Madame Tout Le Monde. Une stratégie visant aussi à endiguer l’érosion des ventes. L’enseigne américaine a déjà fait plusieurs tentatives pour ouvrir Barbie à la différence, sans pour autant faire évoluer ses mensurations. En 1980, elle avait commercialisé Black Barbie, une Barbie noire. L’arrivée des trois nouvelles silhouettes a été célébrée par l’hebdomadaire américain Time qui a mis Barbie en couverture en janvier avec cette question, posée par la poupée elle-même: « A présent, peut-on arrêter de parler de mon corps ? » Le Parisien
La poupée traverse les générations. Depuis sa création, 1 milliard de modèles ont été vendus dans le monde et chaque année, environ 58 millions de poupées sont achetées. En 1959, la poupée californienne, produite par Mattel, débarque dans les foyers comme un pavé dans la marre. Pour la première fois, une poupée type adulte et sexualisée vient casser les modèles traditionnels des poupées enfantines. Emerge alors un jouet aux allures de femme irréaliste : des jambes interminables, une poitrine pulpeuse et une taille de guêpe. Barbie a alors des proportions inhumaines. Face aux critiques récurrentes, et surtout à la chute des ventes, Mattel opère une petite révolution en 2015 : les premières poupées à corpulences dites “normales” sont commercialisées. Aujourd’hui, Barbie n’est plus seulement cette mannequin blonde californienne au teint hâlé. Moins stéréotypée, elle est blonde, brune, rousse, à la peau noire, blanche, métisse… Elle met des pantalons et des jupes, travaille au McDo, danse ou dirige une entreprise. Selon la marque, 55% des poupées vendues dans le monde n’auraient ni les cheveux blonds, ni les yeux bleus. La marque s’efforce de déconstruire les clichés sexistes de sa poupée, parfois non sans mal. En novembre 2014, Mattel sort Barbie, je peux être une ingénieure informatique, un livre qui dépeint une jeune femme nulle en informatique et incapable de faire quoique ce soit sans l’aide de ses amis masculins… Face à la polémique, Mattel présente ses excuses et retire le livre de la vente. Les Echos
Puisant dans les collections des Arts Décoratifs et dans les archives inédites de la maison Mattel®, l’exposition s’efforce d’offrir deux lectures possibles, pour les enfants en évoquant la pure jubilation d’un jouet universellement connu, et pour les adultes, en replaçant cette figure phare depuis 1959 dans une perspective historique et sociologique. 700 Barbies sont ainsi déployées sur 1500m2, aux côtés d’œuvres issues des collections du musée (poupées, tenues), mais également d’œuvres d’artistes contemporains, de documents (journaux, photographies, vidéo) qui contribuent à contextualiser les « vies de Barbie ». Au-delà d’être un jouet, Barbie est le reflet d’une culture et de son évolution. On l’a d’abord associée à l’American way of life avant d’incarner une dimension plus universelle, épousant les changements sociaux, politiques, culturels. Elle évolue dans le confort moderne tout en épousant de nouvelles causes, questionnant les stéréotypes, haïe pour ce qu’elle représenterait d’une femme idéalisée, et pourtant autonome et indépendante, adoptant toutes ambitions de l’époque contemporaine. Ses silhouettes, ses coiffures, ses costumes, sont le fruit de quelques secrets de fabrication dont certains sont révélés pour l’occasion à travers maquettes ou témoignages de ceux qui font le succès de Barbie. Un succès qui tient à la capacité de la poupée à suivre l’évolution de son époque pour se renouveler tout en restant la même. Un succès qui imprègne la culture populaire depuis sa création jusqu’à nos jours, mais qui inspire aussi les artistes. Certains, comme Andy Warhol, en ont fait le portrait quand d’autres l’ont largement détourné. Nombreux sont les créateurs qui ont croisé son chemin de passionnée de mode, pour laquelle chacun a déjà imaginé les tenues les plus extravagantes ou les plus élégantes. Quelques-unes de ses robes de collections sont ainsi signées par des couturiers, parmi lesquels Thierry Mugler, Christian Lacroix, Jean Paul Gaultier, Agnès B, Cacharel ou encore Christian Louboutin. Sa garde-robe déployée pour l’occasion sur plusieurs mètres de cimaises n’est autre que le reflet de la mode dont le musée sortira en contrepoint quelques-unes des pièces les plus parlantes. Musée des Arts décoratifs
When I set out to write about the fascinating behind-the-scenes story of the “doll wars”, at the centre of it was the doll that has dominated the pink toy shelves for three generations — Barbie. I wanted to uncover her secret history and how she has battled to keep her image and her near-monopoly market power for over five decades. The story of Barbie begins with Ruth Handler, born Ruth Moskowicz, the youngest of ten children, born in 1916 to a Jewish-Polish family in Colorado. Her father, a blacksmith, emigrated from Poland, finding work in Denver and sending for his wife and children two years later. The Moskowiczs were extremely poor and, when Ruth’s mother became ill, Ruth’s sister turned surrogate mother, which some people misinterpreted: “It has been suggested to me once or twice that this supposed ‘rejection’ by my mother may have been what spurred me to become the kind of person who always has to prove herself. This seems like utter nonsense.” Nonsense or not, the doll she claims to have invented would never become a mother. Rather, Barbie was destined to live the early dreams of Hertopia: a self-realised woman on her own. Ruth founded Mattel with her husband Elliot Handler, whom she had met at a Jewish youth dance in 1929. They married and had a daughter and a son, Barbara and Kenneth — the dolls Barbie and Ken were born later. In 1956, during a family trip to Switzerland, Handler came across a German doll called Bild Lilli. Lilli was a popular doll in post-war Germany but she was not a child’s plaything, she was an adult toy based on a cartoon. Bluntly, Lilli dolls were designed for sex-hungry German men who bought her for girlfriends and mistresses in lieu of flowers, or as a suggestive gift. Her promotional brochures had such phrases as “Gentlemen prefer Lilli. Whether more or less naked, Lilli is always discreet.” In Switzerland, Handler tucked Lilli in her suitcase, brought her back to the Mattel headquarters in California and launched Barbie based on her image. The story of Barbie’s success is inextricably tied to her secret past. A multimillion-dollar campaign began, led by another controversial Jewish immigrant, Ernst Ditcher, an Austrian psychologist turned American marketing guru. Dr Dichter used Freudian psychology to convince mothers to bring a hyper-sexualised adult doll into the hearts and minds of little girls. The Barbie campaign, along with many other consumer marketing campaigns he led, made him the nemesis of mid-century feminists. Dichter’s notorious reputation was based on his manipulation of human desire. He applied psychoanalysis to selling, forever shaping America’s consumption fetishism: a desire to own stuff — which has yet to subside. As Barbie’s sales soared, Lilli’s owners sued unsuccessfully for patent infringement. Until the early 2000s, Barbie reigned supreme. The challenge, when it came, was from a different doll, and another Jewish entrepreneur. In 1995, Islamic fundamentalists in Kuwait issued a fatwa against Barbie, a ruling under Islamic law prohibiting the buying or selling of this she-devil. In 2003, when Saudi Arabia outlawed the sale of Barbie dolls, the Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice announced that the “Jewish Barbie” is the symbol of decadence to the perverted West. Orly Lobel
So it turns out Barbie’s original design was based on a German adult gag-gift escort doll named Lilli. That’s right, she wasn’t a dentist or a surgeon, an Olympian gymnast, a pet stylist or an ambassador for world peace. And she certainly wasn’t a toy for little girls… Unbeknownst to most, Barbie actually started out life in the late 1940s as a German cartoon character created by artist Reinhard Beuthien for the Hamburg-based tabloid, Bild-Zeitung. The comic strip character was known as “Bild Lilli”, a post-war gold-digging buxom broad who got by in life seducing wealthy male suitors. She was famously quick-witted and known to talk back when it came to male authority. In one cartoon, Lilli is warned by a policeman for illegally wearing a bikini out on the sidewalk. Lilli responds, “Oh, and in your opinion, what part should I take off?” She became so popular that in 1953, the newspaper decided to market a three-dimensional version which was sold as an adult novelty toy, available to buy from bars, tobacco kiosks and adult toy stores. They were often given out as bachelor party gag gifts and dangled from a car’s rearview mirror. Parents considered the doll inappropriate for children and a German brochure from the 1950s described Lilli as “always discreet,” and with her impressive wardrobe, she was “the star of every bar”. She did indeed have such a wide range of outfits and accessories you could buy for her, that eventually little girls began wanting her as a playdoll too. While toy factories tried to cash in on her popularity with children, Lilli still remained a successful adult novelty, especially outside of Germany. A journalist for The New Yorker magazine, Ariel Levy, later referred to Lilli as a “sex doll”. In the 1950s, one of the founders of Mattel, Ruth Handler (pictured above), was travelling to Europe and bought a few Lilli dolls to take home. She re-worked the design of the doll and later debuted Barbie at the New York toy fair on March 9, 1959. Mattel acquired the rights to Bild Lilli in 1964, and production of the German doll ceased. (Funny how Barbie’s lighter skin tone was just about the only noticeable change in the early days). (…) So which version would you prefer? Barbie’s ballsy European precursor or Mattel’s squeaky clean lookalike? MessyNessy

Après l’école, Supermanl’humourla fête nationale, Thanksgiving, les droits civiques, les Harlem globetrotters et le panier à trois points, le soft power, l’Amérique, le génocide et même eux-mêmes  et sans parler des chansons de Noël et de la musique pop ou d’Hollywood, la littérature… les poupées Barbie  !

Corps de jeune femme sexy, bouche sensuelle, maquillage, yeux « en coulisse », silhouette élancée, poitrine pulpeuse, taille de guêpe, jambes interminables, pute, call-girl de luxe, seins en obus, visage enfantin, objet sexuel,  prototype américain à la Jane Mansfield, fantasme d’adulte, qui fausse l’image de la femme, encourage l’anorexie, mensurations improbables, proportions inhumaines, inatteignable perfection, icône de beauté, image trop stéréotypée de la femme, européenne, active, blonde et mince, vêtements révélateurs, postures, accessoires et outils honteux, menace morale, symbole de la décadence de l’Occident perverti, Américaine, juive …

Au lendemain de la fête des droits de la femme …

Et en ce 60e anniversaire de la poupée Barbie

Devinez par qui a été (re)créée …

A partir de la sulfureuse mascotte pour hommes tirée d’une bande dessinée du tabloid allemand Bild …

Et avant sa renaissance, politiquement correct et diversité obligent il y a trois ans, en modèle aux multiples professions, formes et tailles de la femme moderne aux 27 teints de peau, 22 couleurs d’yeux et 24 coiffures …

Comme, avant elle l’ultime repoussoir Disney, sa muséification française …

Cette ultime icône de la beauté américaine…

Devenue épouvantail préféré des féministes et des psys …

Et symbole juif, pour les diverses polices religieuses des Etats musulmans, de la « décadence de l’Occident perverti » ?

Saudi Religious Police Say Barbie Is a Moral Threat
Fox News
September 10, 2003

DUBAI, United Arab Emirates —  Saudi Arabia’s religious police have declared Barbie dolls a threat to morality, complaining that the revealing clothes of the « Jewish » toy — already banned in the kingdom — are offensive to Islam.

The Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice, as the religious police are officially known, lists the dolls on a section of its Web site devoted to items deemed offensive to the conservative Saudi interpretation of Islam.

« Jewish Barbie dolls, with their revealing clothes and shameful postures, accessories and tools are a symbol of decadence to the perverted West. Let us beware of her dangers and be careful, » said a message posted on the site.

A spokesman for the Committee said the campaign against Barbie — banned for more than 10 years — coincides with the start of the school year to remind children and their parents of the doll’s negative qualities.

Speaking to The Associated Press by telephone from the holy city of Medina (search), he claimed that Barbie was modeled after a real-life Jewish woman.

Although illegal, Barbies are found on the black market, where a contraband doll could cost $27 or more.

Sheik Abdulla al-Merdas, a preacher in a Riyadh mosque, said the muttawa, the committee’s enforcers, take their anti-Barbie campaign to the shops, confiscating dolls from sellers and imposing a fine.

« It is no problem that little girls play with dolls. But these dolls should not have the developed body of a woman and wear revealing clothes, » al-Merdas said.

« These revealing clothes will be imprinted in their minds and they will refuse to wear the clothes we are used to as Muslims. »

U.S.-based Mattel Inc. (search), which has been making the doll since 1959, did not immediately return a phone call seeking comment.

Women in Saudi Arabia must cover themselves from head to toe with a black cloak in public. They are not allowed to drive and cannot go out in public unaccompanied by a male family member.

Other items listed as violations on the site included Valentine’s Day gifts, perfume bottles in the shape of women’s bodies, clothing with logos that include a cross, and decorative copies of religious items or text — offensive because they could be damaged and thus insult Islam.

An exhibition of all the offensive items is found in Medina, and mobile tours go around to schools and other public areas in the kingdom.

The Committee acts as a monitoring and punishing agency, propagating conservative Islamic beliefs according to the teachings of the puritan Wahhabi (search) sect, adhered to the kingdom since the 18th century, and enforcing strict moral code.

Voir aussi:

Meet Lilli, the High-end German Call Girl Who Became America’s Iconic Barbie Doll

MessyNessy
January 29, 2016

So it turns out Barbie’s original design was based on a German adult gag-gift escort doll named Lilli. That’s right, she wasn’t a dentist or a surgeon, an Olympian gymnast, a pet stylist or an ambassador for world peace. And she certainly wasn’t a toy for little girls…

Unbeknownst to most, Barbie actually started out life in the late 1940s as a German cartoon character created by artist Reinhard Beuthien for the Hamburg-based tabloid, Bild-Zeitung. The comic strip character was known as “Bild Lilli”, a post-war gold-digging buxom broad who got by in life seducing wealthy male suitors.

She was famously quick-witted and known to talk back when it came to male authority. In one cartoon, Lilli is warned by a policeman for illegally wearing a bikini out on the sidewalk. Lilli responds, “Oh, and in your opinion, what part should I take off?”

She became so popular that in 1953, the newspaper decided to market a three-dimensional version which was sold as an adult novelty toy, available to buy from bars, tobacco kiosks and adult toy stores. They were often given out as bachelor party gag gifts and dangled from a car’s rearview mirror.

Parents considered the doll inappropriate for children and a German brochure from the 1950s described Lilli as “always discreet,” and with her impressive wardrobe, she was “the star of every bar”. She did indeed have such a wide range of outfits and accessories you could buy for her, that eventually little girls began wanting her as a playdoll too. While toy factories tried to cash in on her popularity with children, Lilli still remained a successful adult novelty, especially outside of Germany. A journalist for The New Yorker magazine, Ariel Levy, later referred to Lilli as a “sex doll”.

In the 1950s, one of the founders of Mattel, Ruth Handler (pictured above), was travelling to Europe and bought a few Lilli dolls to take home. She re-worked the design of the doll and later debuted Barbie at the New York toy fair on March 9, 1959.

Mattel acquired the rights to Bild Lilli in 1964, and production of the German doll ceased. (Funny how Barbie’s lighter skin tone was just about the only noticeable change in the early days).

And the rest is a history you’re a little more familiar with, and no doubt one Mattel is a little more comfortable with…

So which version would you prefer? Barbie’s ballsy European precursor or Mattel’s squeaky clean lookalike?

Voir également:

Barbie Millicent Roberts, from Wisconsin US, is celebrating her 60th birthday. She is a toy. A doll. Yet she has grown into a phenomenon. An iconic figure, recognised by millions of children and adults worldwide, she has remained a popular choice for more than six decades – a somewhat unprecedented feat for a doll in the toy industry.

She is also, arguably, the original “influencer” of young girls, pushing an image and lifestyle that can shape what they aspire to be like. So, at 60, how is the iconic Barbie stepping up to support her fellow women and girls?

When Barbie was born many toys for young girls were of the baby doll variety; encouraging nurturing and motherhood and perpetuating the idea that a girl’s future role would be one of homemaker and mother. Thus Barbie was born out of a desire to give girls something more. Barbie was a fashion model with her own career. The idea that girls could play with her and imagine their future selves, whatever that may be, was central to the Barbie brand.

However, the “something more” that was given fell short of empowering girls, by today’s standards. And Barbie has been described as “an agent of female oppression”. The focus on play that imagined being grown up, with perfect hair, a perfect body, a plethora of outfits, a sexualised physique, and a perfect first love (in the equally perfect Ken) has been criticised over the years for perpetuating a different kind of ideal – one centred around body image, with dangerous consequences for girls’ mental and physical health.

Body image

Toys have a significant influence on the development of children, far beyond innocent play. Through play, children mimic social norms and subtle messages regarding gender roles, and stereotypes can be transmitted by seemingly ubiquitous toys. Early studies in the 1930s by Kenneth and Mamie Clark showed how young black girls would more often choose to play with a white doll rather than a black doll, as the white doll was considered more beautiful – a reflection of internalised feelings as a result of racism.

The same supposition – that girls playing with Barbie may internalise the unrealistic body that she innocently promotes – has been the subject of research and what is clear is that parents are often unaware of the potential effects on body image when approving toys for their children.

A group of UK researchers in 2006 found that young girls aged between five-and-a-half and seven-and-a-half years old who were exposed to a story book with Barbie doll images had greater body dissatisfaction and lower body esteem at the end of the study compared to young girls who were shown the same story with an Emme doll (a fashion doll with a more average body shape) or a story with no images.

More worrying, there were no differences between groups of girls aged five-and-a half and eight-and-a-half years of age, with all girls showing heightened body dissatisfaction. Another study ten years later found that exposure to Barbie dolls led to a higher thin-ideal internalisation, supporting findings that girls exposed to thin dolls eat less in subsequent tests.

Exposure to unhealthy, unrealistic and unattainable body images is associated with eating disorder risk. Indeed, the increasing prevalence of eating disorder symptoms in non-Western cultures has been linked to exposure to Western ideals of beauty. Barbie’s original proportions gave her a body mass index (BMI) so low that she would be unlikely to menstruate and the probability of this body shape is less than one in 100,000 women.

Changing shape

With growing awareness of body image disturbances and cultural pressures on young girls, many parents have begun to look for more empowering toys for their daughters. Barbie’s manufacturer, Mattel, has been listening, possibly prompted by falling sales, and in 2016 a new range of Barbies was launched that celebrated different body shapes, sizes, hair types and skin tones.

These have not been without criticism; the naming of the dolls based on their significant body part (curvy, tall, petite) is questionable and again draws attention to the body, while “curvy” Barbie, with her wider hips and larger thighs, remains very thin. Despite this, these additions are a welcome step in the right direction in allowing girls to play with Barbie dolls that provide more diversity.

More than a body

If Barbie was about empowering girls to be anything that they want to be, then the Barbie brand has tried to move with the times by providing powerful role playing tools for girls. No longer is Barbie portrayed in roles such as the air hostess – or, when promoted to pilot, still dressed in a feminine and pink version of the uniform. Modern pilot Barbie is more appropriately dressed, with a male air steward as a sidekick.

Such changes can have a remarkable impact on how young girls imagine their career possibilities, potential futures, and the roles that they are expected to take. Mattel’s move to honour 20 women role models including Japanese Haitian tennis player Naomi Osaka – currently the world number one – with her own doll is a positive step in bringing empowering role models into the consciousness of young girls.

Children who are less stereotyped in their gender and play are less likely to be stereotyped in their occupations and are more creative. But of course, society needs to mirror this. In the week when Virgin Atlantic abolished the requirement to wear make up for female cabin crew, the arduous journey away from constraining female body and beauty ideals could slowly be taking off. But in a culture where female ageing is now an aesthetic pressure felt by many, perhaps Mattel will show us diversity in age and womanhood? Happy 60th birthday to the still 20-year-old looking Barbie.

Voir de même:

(Reuters) – Barbie, the fashion doll famous around the world, celebrates her 60th anniversary on Saturday with new collections honoring real-life role models and careers in which women remain under-represented.

It is part of Barbie’s evolution over the decades since her debut at the New York Toy Fair on March 9, 1959.

To mark the milestone, manufacturer Mattel Inc created Barbie versions of 20 inspirational women from Japanese tennis star Naomi Osaka to British model and activist Adwoa Aboah.

The company also released six dolls representing the careers of astronaut, pilot, athlete, journalist, politician and firefighter, all fields in which Mattel said women are still under-represented.

Barbie is a cultural icon celebrated by the likes of Andy Warhol, the Paris Louvre museum and the 1997 satirical song “Barbie Girl” by Scandinavian pop group Aqua. She was named after the daughter of creator Ruth Handler.

Barbie has taken on more than 200 careers from surgeon to video game developer since her debut, when she wore a black-and-white striped swimsuit. After criticism that Barbie’s curvy body promoted an unrealistic image for young girls, Mattel added a wider variety of skin tones, body shapes, hijab-wearing dolls and science kits to make Barbie more educational.

Barbie is also going glamorous for her six-decade milestone. A diamond-anniversary doll wears a sparkly silver ball gown.

Voir de plus:

Un milliard de Barbie adoptées. Mal acceptée il y a vingt-cinq ans, la poupée ne fait plus peur aux mères.
Sibylle Vincendon
Libération
28 juin 1997

La milliardième Barbie va être vendue cette année. La maison Mattel, qui fabrique la poupée mannequin, a annoncé cette nouvelle de poids la semaine dernière, en la lestant d’autres chiffres considérables: six millions de Barbie vendues chaque année en France, une progression de 20% entre 1995 et 1996, six poupées en moyenne entre les mains de chaque fillette de ce pays. Une affaire qui marche, en somme. Et pourtant, comme à chaque fois qu’elle convoque la presse pour parler de Barbie, la firme s’est armée d’une escouade de spécialistes de l’enfance: psychologue, sociologue, pédiatre, professeur » Pour dire quoi? Que Barbie est «un jeu de rêve pour une meilleure adaptation à la réalité» (Armelle Le Bigot, chargée d’études), qu’elle est un «facteur de structuration de la personnalité chez la petite fille» (Dominique Charton, psychothérapeute), que «l’intérêt de Barbie est d’être liée aux évolutions sociales de la deuxième moitié du XXe siècle» (Gilles Brougère, professeur de sciences de l’éducation à Paris-Nord). En résumé, parents, «ne vous inquiétez pas »» (Edwige Antier, pédiatre).

S’inquiéter?

Bigre » Il y aurait donc lieu de se faire du souci quand une gamine joue aux Barbie. C’est en tout cas ce que Mattel semble indiquer en s’évertuant ainsi à se justifier. «Mais vous ne vous rendez pas compte à quoi on s’est heurtés quand on a introduit Barbie en France il y a vingt-cinq ans», s’exclame Robert Gerson, le PDG de Mattel France. «Aux mêmes comportements de refus que ceux qui avaient accueilli Barbie dix ans plus tôt aux Etats-Unis. Cette première poupée sexuée, en pleine Amérique puritaine, elle ne passait pas du tout » Nous avons mis dix ans à remonter la pente.» Dans le dossier de presse, Gilles Brougère rappelle qu’«à cette époque, Barbie, plus qu’aujourd’hui, sentait le soufre.» De son côté, Armelle Le Bigot, qui écoute depuis des années des mères pour le compte de Mattel, se souvient que «les premières réactions des mamans étaient plutôt musclées. Elles nous parlaient de « cette bonne femme, « cette Américaine, « cette pute» » Par bonheur pour Mattel, les premières utilisatrices de Barbie ont grandi, sont devenues parfois mères à leur tour et c’est cette génération-là qui cause aujourd’hui dans les panels d’Armelle Le Bigot. Désormais, c’est du tout-cuit. «Barbie est dédiabolisée», diagnostique la chargée d’études. Les mères seraient même rassurées de voir que leurs filles, même en caleçon et baskets, «rêvent de belles robes et de paillettes, comme elles au même âge». Ces changements n’ont pas bousculé l’approche prudente des dirigeants de Mattel France. Interrogé sur cette stratégie défensive, le PDG finit par admettre que «non, Barbie ne dérange plus». Et ajoute: «Je me demande si ce n’est pas moi qui me fais un peu de cinéma de temps en temps»;

Voir de même:

Pour les psychiatres, Barbie est un fantasme d’adulte mais pas de petites filles
Si Barbie s’est retrouvée, cette année encore, parmi les cadeaux les plus offerts aux petites filles pour Noël, elle est accusée de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie.
Véronique Lorelle
Le Monde
29 décembre 2009

Si Playmobil fait l’unanimité auprès des parents, ce n’est pas le cas de Barbie, la plus célèbre des poupées, qui a fêté ses 50 ans en 2009 et s’est retrouvée, cette année encore, parmi les cadeaux les plus offerts aux petites filles pour Noël. Avec ses mensurations improbables – soit 95-45-82 à l’échelle humaine -, Barbie est accusée de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie. Dans l’Hexagone, de plus en plus de mamans répugnent à l’offrir à leurs filles.
Avec 3 millions de poupées vendues par an en France sur une cible de… 3 millions de petites filles âgées de 2 à 9 ans, le fabricant Mattel n’est pourtant pas encore aux abois. « 80 % de l’offre Barbie et ses accessoires, château, voiture, chevaux… est renouvelé chaque année », explique Arnaud Roland-Gosselin, directeur marketing de Mattel France.
De quoi entretenir l’intérêt des petites consommatrices, qui possèdent, chacune, une moyenne de douze poupées. Dernière excentricité marketing en date, la sortie, pour les fêtes de fin d’année, d’une Barbie chaussée par le créateur Christian Louboutin : 115 euros le modèle avec ses escarpins à semelle rouge.
En 2009, Barbie aura été à l’honneur : les plus grands créateurs lui ont consacré un défilé en février lors de la semaine de la mode à New York, un livre-coffret luxueux retraçant sa saga a été édité chez Assouline et les studios Universal ont annoncé qu’elle allait bientôt être l’héroïne d’une superproduction hollywoodienne. Pour autant, la poupée n’a pas fêté son cinquantième anniversaire en toute sérénité.
Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel (« Jouet-Monstre : le grand méchant monde de Mattel ») et publié aux Etats-Unis chez Wiley-Blackwell, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer écorne sérieusement le mythe. Auteur de la biographie non autorisée de Bill et Hillary Clinton, Jerry Oppenheimer présente dans son ouvrage le père de Barbie, Jack Ryan, comme un pervers sexuel. Pour l’essayiste, Barbie serait l’incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. De quoi effrayer encore davantage les mamans ?
« Certes, celui qui a conçu la Barbie n’avait pas une once de féminisme : il a projeté l’image d’un objet sexuel, d’après un prototype américain à la Jane Mansfield, estime Gisèle George, pédopsychiatre, auteur de La Confiance en soi de votre enfant (Odile Jacob, 2008, 227 p., 7,50 euros). En revanche, on ne peut pas donner à Barbie un pouvoir qu’elle n’a pas : une poupée ne peut pas influer sur l’orientation sexuelle, professionnelle, ou quoi que ce soit d’autre… »
Pouvoir d’anticipation
Un point de vue que partage Claude Halmos, psychanalyste et écrivain. « Il est devenu courant d’accuser les objets : la violence serait de la faute de la télé, l’anorexie, celle de Barbie… mais on oublie l’essentiel : la construction psychique d’un enfant dépend des adultes qui l’entourent. » Selon la psychanalyste, « une petite fille conçoit la féminité à travers ce que sa mère ressent et vit pour elle-même, et à travers la façon dont son père ou un compagnon masculin considère sa mère ».Les enfants ne voient pas le jouet au premier degré, comme les adultes, assure pour sa part Patrice Huerre, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital d’Antony (Hauts-de-Seine) et auteur de Place au jeu : jouer pour apprendre à vivre (Nathan, 144 pages, 14,95 euros).
« Les enfants ne sont pas empêchés de rêver par la forme d’un objet, la preuve : d’un caillou, ils font un bolide », précise Patrice Huerre.
En revanche, certains jouets, en rupture avec leur époque, peuvent, selon le psychiatre, avoir un pouvoir d’anticipation, comme la littérature de fiction. « Barbie, ce fantasme d’adulte, anticipe sur la révolution sexuelle, Mai 68, la contraception, et l’émancipation des femmes…, estime-t-il. Elle est entrée en résonance avec une attente implicite des enfants, qui sont ensuite devenus les adolescents des années 1968″.
Le médecin a coorganisé cette année au Musée des arts décoratifs de Paris une exposition intitulée « Quand je serai grand, je serai… » Dans ce cadre, il avait été demandé à 600 enfants de dire ce qu’ils aimeraient faire plus tard, et de désigner les jouets symbolisant le mieux leurs aspirations. On y trouvait en bonne place la fameuse Barbie.
Voir de plus:

On s’en doutait, les mensurations de la poupée Barbie de Mattel sont inapplicables à un humain. Le site anglais rehabs.co a décidé de se pencher sur la question en comparant le corps de Barbie à celui d’une Américaine moyenne. Cette étude fait partie d’un rapport sur les désordres alimentaires et les problèmes des jeunes filles avec leur image. Le verdict est sans appel : si Barbie était en chair et en os, elle serait en très mauvaise santé.

Son cou est beaucoup trop long et 15 cm plus fin que celui d’une femme normale. Sans ce soutient, sa tête tombe donc sur le côté. Avec une taille de 40 cm, impossible de loger tous les organes. Adieu l’estomac et une bonne partie de l’intestin. Sa taille est également trop fine puisqu’elle ne représenterait que 56% des hanches. Ses jambes, elles, sont anormalement longues et beaucoup trop maigres.

Résultat, avec des chevilles de 15 cm, soit la même taille du pied d’un enfant de trois ans, elle ne tiendrait pas debout. Impossible de marcher donc, ni même de se soutenir avec les mains, car des poignets de 7,6 cm ne sont pas suffisants pour porter son corps.

Si Barbie était vivante, elle serait donc constamment allongée, et ne pourrait pas survivre longtemps à cause de ses problèmes d’organes.

Voir encore:

Blonde et icône à la fois, la poupée Barbie entre au musée à Paris

Le Parisien
10 mars 2016

C’est la poupée la plus célèbre du monde, et sans doute aussi la plus critiquée, pour ses mensurations improbables et son inatteignable perfection. Barbie se dévoile dans une exposition inédite à Paris qui raconte l’histoire de cette icône de beauté de 29 centimètres.
« Barbie est bien plus qu’un simple jouet, elle est un personnage emblématique de notre culture et de notre société », explique à l’AFP Anne Monier, commissaire de l’exposition (jusqu’au 18 septembre au Musée des Arts Décoratifs), la première de cette ampleur dans un musée français. Quelque 700 poupées y sont présentées avec autant de tenues.
Avec ses cheveux blond platine, ses jambes interminables et sa poitrine généreuse, Barbie s’est distinguée dès sa naissance, il y a 57 ans, par sa ressemblance avec une jeune femme adulte, une révolution dans le monde des poupons qui régnaient jusqu’alors en maîtres dans les coffres à jouets.
Oeuvre de l’Américaine Ruth Handler, épouse du cofondateur de la société Mattel, qui lui donna le prénom de sa fille Barbara, elle fit sa première apparition publique le 9 mars 1959, à la foire du jouet de New York, avant de connaître un immense succès commercial, d’abord aux Etats-Unis puis en Europe. Le cap du milliard de Barbie vendues dans le monde a été franchi dans le monde en 1997.
« L’engouement pour Barbie s’est appuyé sur l’univers très vite créé par Mattel autour du personnage, avec sa famille, ses amis, ses activités, une savante alchimie qui permet aux enfants de projeter leur imagination dans toutes les situations », explique Anne Monier.
Au fil des années, la reine des poupées a élargi la palette de ses compétences, des plus classiques aux plus insolites: infirmière, top modèle, danseuse, gymnaste mais aussi astronaute (elle a posé le pied sur la Lune avant Neil Armstrong) ou encore présidente des Etats-Unis.
Cette gloire planétaire va apporter à Barbie son lot de controverses, ses détracteurs lui reprochant de renvoyer une image trop stéréotypée de la femme, celle d’une européenne, active, blonde et mince.
– Call-girl de luxe… –
Des psychiatres ont affirmé qu’elle était un fantasme d’adulte avant d’être un jouet de petites filles. Des parents l’ont accusée d’encourager l’anorexie chez les adolescentes.
Des scientifiques sont allés jusqu’à démontrer que si Barbie était une vraie femme, elle pèserait 49 kilos et mesurerait 175 cm, son tour de taille ferait 45 cm et ses pieds 21 cm.
Ils en ont conclu que la pauvre créature serait alors obligée de marcher à quatre pattes car ses pieds et ses jambes ne pourraient pas la porter.
En 2009, le journaliste américain Jerry Oppenheimer écorne sévèrement l’image de la belle – qui célébrait cette année-là son cinquantième anniversaire – en la décrivant comme l?incarnation du fantasme ultime de son designer: une call-girl de luxe, à la taille ultra fine, aux seins en obus et au visage enfantin.
« La Barbie idéalisée, un peu trop parfaite, a sans doute existé à une certaine époque mais elle appartient aujourd’hui au passé », assure à l’AFP Robert Best, designer en chef chez Mattel.
« Pour nous, toutes les filles sont belles, quelles que soient leur silhouette, leur taille, la couleur de leurs cheveux, et les poupées doivent être le reflet de cette diversité », poursuit-il.
Témoin de cette volonté, les trois nouvelles versions lancées par Mattel en début d’année: la grande, la petite, et surtout la ronde, une Barbie potelée, tout en courbes, qui s’éloigne de la poupée d’origine pour s’approcher de Madame Tout Le Monde. Une stratégie visant aussi à endiguer l’érosion des ventes.
Les nouvelles Barbie disposeront de 27 teints de peau, 22 couleurs d’yeux et 24 coiffures.
L’enseigne américaine a déjà fait plusieurs tentatives pour ouvrir Barbie à la différence, sans pour autant faire évoluer ses mensurations. En 1980, elle avait commercialisé Black Barbie, une Barbie noire.
L’arrivée des trois nouvelles silhouettes a été célébrée par l’hebdomadaire américain Time qui a mis Barbie en couverture en janvier avec cette question, posée par la poupée elle-même: « A présent, peut-on arrêter de parler de mon corps ? »

Voir aussi:

60 ans après, Barbie a bien changé

TIMELINE // Barbie célèbre ses 60 ans cette année. Si la poupée américaine n’a pas pris de ride, elle a néanmoins subi quelques modifications.

Camille Wong
Les Echos
03/01/2019

La poupée traverse les générations. Depuis sa création, 1 milliard de modèles ont été vendus dans le monde et chaque année, environ 58 millions de poupées sont achetées. En 1959, la poupée californienne, produite par Mattel, débarque dans les foyers comme un pavé dans la marre. Pour la première fois, une poupée type adulte et sexualisée vient casser les modèles traditionnels des poupées enfantines.

Emerge alors un jouet aux allures de femme irréaliste : des jambes interminables, une poitrine pulpeuse et une taille de guêpe. Barbie a alors des proportions inhumaines. Face aux critiques récurrentes, et surtout à la chute des ventes, Mattel opère une petite révolution en 2015 : les premières poupées à corpulences dites “normales” sont commercialisées.

Aujourd’hui, Barbie n’est plus seulement cette mannequin blonde californienne au teint hâlé. Moins stéréotypée, elle est blonde, brune, rousse, à la peau noire, blanche, métisse… Elle met des pantalons et des jupes, travaille au McDo, danse ou dirige une entreprise. Selon la marque, 55% des poupées vendues dans le monde n’auraient ni les cheveux blonds, ni les yeux bleus.

La marque s’efforce de déconstruire les clichés sexistes de sa poupée, parfois non sans mal. En novembre 2014, Mattel sort Barbie, je peux être une ingénieure informatique, un livre qui dépeint une jeune femme nulle en informatique et incapable de faire quoique ce soit sans l’aide de ses amis masculins… Face à la polémique, Mattel présente ses excuses et retire le livre de la vente.

Voir également:

How Jewish is Barbie?

Orly Lobel’s new book examines the doll’s history – and the many broiguses she’s been caught up in

April 5, 2018

When I was a little girl, my mother videotaped me playing with Barbie dolls and other toys. It was my short-lived acting career but it was a prelude to my real career: it was research.

My mother is a psychology professor at Tel-Aviv University and she ran studies all over the world showing me having fun with girl toys and boy toys. She then asked participants questions about my intellect, popularity, abilities and found that without exception whether she ran the study in Israel or Europe or Asia or North America, the result was the same. When I was shown playing with the boy toys I was perceived as more intelligent and more likely to be a leader in my social group. When I was playing with Barbies and other girly toys the subjects of her studies thought less of me.

Needless to say, a side-effect of her research was inadvertently turning her daughter into a critic of the toy industry and our gendered culture from a very early age. Years passed and I became a military commander in the IDF, a lawyer, a law professor, an author and a mother, and the insights I learned from those early psychology experiments persisted: how we play matters. Toys are a serious business.

When I set out to write about the fascinating behind-the-scenes story of the “doll wars”, at the centre of it was the doll that has dominated the pink toy shelves for three generations — Barbie. I wanted to uncover her secret history and how she has battled to keep her image and her near-monopoly market power for over five decades. The story of Barbie begins with Ruth Handler, born Ruth Moskowicz, the youngest of ten children, born in 1916 to a Jewish-Polish family in Colorado.

Her father, a blacksmith, emigrated from Poland, finding work in Denver and sending for his wife and children two years later. The Moskowiczs were extremely poor and, when Ruth’s mother became ill, Ruth’s sister turned surrogate mother, which some people misinterpreted: “It has been suggested to me once or twice that this supposed ‘rejection’ by my mother may have been what spurred me to become the kind of person who always has to prove herself. This seems like utter nonsense.” Nonsense or not, the doll she claims to have invented would never become a mother. Rather, Barbie was destined to live the early dreams of Hertopia: a self-realised woman on her own. Ruth founded Mattel with her husband Elliot Handler, whom she had met at a Jewish youth dance in 1929. They married and had a daughter and a son, Barbara and Kenneth the dolls Barbie and Ken were born later. In 1956, during a family trip to Switzerland, Handler came across a German doll called Bild Lilli. Lilli was a popular doll in post-war Germany but she was not a child’s plaything, she was an adult toy based on a cartoon. Bluntly, Lilli dolls were designed for sex-hungry German men who bought her for girlfriends and mistresses in lieu of flowers, or as a suggestive gift. Her promotional brochures had such phrases as “Gentlemen prefer Lilli. Whether more or less naked, Lilli is always discreet.”

In Switzerland, Handler tucked Lilli in her suitcase, brought her back to the Mattel headquarters in California and launched Barbie based on her image. The story of Barbie’s success is inextricably tied to her secret past. A multimillion-dollar campaign began, led by another controversial Jewish immigrant, Ernst Ditcher, an Austrian psychologist turned American marketing guru. Dr Dichter used Freudian psychology to convince mothers to bring a hyper-sexualised adult doll into the hearts and minds of little girls.

The Barbie campaign, along with many other consumer marketing campaigns he led, made him the nemesis of mid-century feminists. Dichter’s notorious reputation was based on his manipulation of human desire. He applied psychoanalysis to selling, forever shaping America’s consumption fetishism: a desire to own stuff — which has yet to subside.

As Barbie’s sales soared, Lilli’s owners sued unsuccessfully for patent infringement. Until the early 2000s, Barbie reigned supreme. The challenge, when it came, was from a different doll, and another Jewish entrepreneur.

When I first tried to interview Isaac Larian, the man who introduced Bratz to the world, I hit a wall. His company, MGA’s communications department told me that it had no obligation to talk about its affairs.

I continued trying to contact him when, one day, out of the blue, I received the following e-mail: “Dear Orly, I understand that you are writing a book about [Mattel/MGA] and have talked to some of the lawyers and jurors in this case. Mattel’s stated goal (since they aren’t able to compete and innovate) was to ‘litigate MGA to death.’ Mattel has a history of using litigation to stifle innovation. . . . This time they faced a persistent Iranian Jewish immigrant who stood up to them and prevailed. I would be happy to discuss further detail as I was personally involved from day 1 in this case. Thanks & Best Regards, Isaac Larian CEO MGA Entertainment”.

Larian was positioning himself in the battle against Mattel, now the largest toy-maker in the world, and in his correspondence with me, as the underdog Jewish immigrant entrepreneur.

His email signature ended with the mantra “Fortune Favors the Bold”. This is his favourite maxim, which he has also placed in strategic spots on MGA’s walls, such as the corporate boardroom where I interviewed him.

Boldness is at the heart of Larian’s personality. Nevertheless, along with his loudly defiant nature, Larian has a soft side, which he is confident enough to display. He weeps in public, writes poetry, enjoys fashion and, well, loves his dolls. Mattel’s early days parallel MGA’s — Ruth Handler’s immigrant rags-to-riches story and her statements about being bold shows that she had far more in common with Isaac Larian than with Robert Eckert, the CEO of Mattel during the Barbie-Bratz battles, which ended, after eight years, in a bitter and costly stalemate.

In 1995, Islamic fundamentalists in Kuwait issued a fatwa against Barbie, a ruling under Islamic law prohibiting the buying or selling of this she-devil.

In 2003, when Saudi Arabia outlawed the sale of Barbie dolls, the Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice announced that the “Jewish Barbie” is the symbol of decadence to the perverted West.

Voir de même:


Attention: une américanisation peut en cacher une autre ! (Like causes, like effects: while the Trump-loathing left spirals out of control, the Trump-inspired right fights back against the destabilizing effects of globalization on both sides of the Atlantic)

27 février, 2019
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Là où le péché abonde, la grâce surabonde. Paul (Romains 5 : 20)
Où est le péril, croît, le salutaire aussi. Hölderlin
Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. Christophe Guilluy
Déclarer que le tombeau des Patriarches est une mosquée, que donc mes ancêtres Abraham, Isaac et Jacob ont été islamisés il y a plus de 3500 ans, que le Mont sur lequel se dressait le Temple de Salomon est un lieu islamique, relèvent du négationnisme le plus antisémite ou le plus analphabète. Le soutien à la fiction « palestinienne », l’apport français au financement des terroristes arabes, le soutien à l’enseignement de la haine dans les livres scolaires financés par l’Union Européenne dépassent le cadre de la simple critique à l’égard la politique israélienne. Les agissements intempestifs du Consulat français de Jérusalem et son soutien permanent au terrorisme anti israélien ne se situent pas dans le cadre d’une diplomatie normale. Les votes permanents de la France automatiques de soutien à toute motion contre l’Etat d’Israël, la politique munichoise de soumission aux Ayatollah iraniens ne sont pas de simples postures politiques. Elles sont le véritable révélateur d’un antisémitisme d’Etat que les définitions et les législations de Mr Macron ne pourront pas masquer… Jacques Kupfer
Je ne voulais pas me mêler à ce qui m’est apparu comme un concours général d’hypocrisie. Je ne voulais pas manifester à côté de tous ces faux culs, champions de l’arrière-pensée, au premier rang desquels figurent les partis de gauche, qui s’accusent d’ailleurs réciproquement de chercher à récupérer le mouvement de protestation. Bien qu’ils se soient mis à part du rassemblement général, je vise notamment et directement Jean-Luc Mélenchon, et ses affidés de «La France insoumise» et leurs proches, les Thomas Guénolé ou Aude Lancelin, et toute la mouvance de l’islamo-gauchisme, qui font des Musulmans, ces «prolétaires» du XXIe siècle», les victimes du «sionisme», lui-même émanation du capitalisme israélo-européen. Car, l’antisionisme est bien, comme l’a dit Emmanuel Macron, la forme réinventée de l’antisémitisme. N’a-t-on pas vu l’autre jour un énergumène en jaune crachant sa haine contre Alain Finkielkraut, et le menaçant de la punition de Dieu, ce qui est la rhétorique et les mots mêmes des islamistes. Mélenchon et les autres se disent grands pourfendeurs de l’antisémitisme, mais…Et ce «mais» fait toute leur imposture. Ils ont une étiquette de gauche. Mais Doriot et Déat l’avaient aussi…. Ceux-là sont à l’extrême de la duplicité. Mais il en est d’autres, plus sournois, dont l’attitude est aussi le symptôme de la gangrène qui se développe dans une partie de la gauche. Je pense naturellement à la déclaration ignominieuse de Jean-Pierre Mignard, l’avocat proche de François Hollande, qui a dit en somme que Finkielkraut avait bien mérité ce qui lui était arrivé. Comment l’ancien président de la République n’a-t-il pas su trouver les mots pour condamner les propos de son ami? J’en viens à préférer le comportement de Marine Le Pen qui, au moins dans ce cas, ne semble pas jouer les hypocrites… Pierre Weill
I give interracial couples a look. Daggers. They get uncomfortable when they see me on the street. Hand in hand and arm in arm. I just hope they’re on in it for the sex mythology. Spike Lee
Now I’m in a space where, being on Pose, I’m invited to red carpets and I have something to say through clothes. My goal is to be a walking piece of political art every time I show up. To challenge expectations. What is masculinity? What does that mean? Women show up every day in pants, but the minute a man wears a dress, the seas part. It happened to me at the Golden Globes [when I wore a pink cape], and I was like, really? Y’all trippin’? I stopped traffic! That Globes outfit changed everything for me. I had the courage to push the status quo. I believe men on the red carpet would love to play more. This industry masquerades itself as inclusive, but actors are afraid to play, because if they show up as something outside of the status quo, they might be received as feminine, and, as a result, they won’t get that masculine job, that superhero job. And that’s the truth. I’ve been confronted with that. I’ve always wanted to wear a ball gown, I just didn’t know when. I was inspired [this past New York Fashion Week] because there’s a conversation happening about inclusion and diversity. There were so many people of different races and voices. At Palomo Spain, genderless boys floated down the runway in gorgeous chiffon dresses and capes. It was lovely. Fashion has the ability to touch people in a different way. I also went to Christian Siriano’s show. I’ve loved him ever since he was on Project Runway. He was the first person who understood that everybody wears clothes—not just size zeros. He’s become the go-to person for all of the Hollywood women who are rejected by the fashion industry. The fashion industry rejects you if you’re above a size four, it’s ridiculous! I’ve always wanted to work with [Siriano]. I got this Oscars gig [hosting a red carpet pre-show], and at his party after the show, I just dropped it in his ear and said, “Do you think you’d have time to make me a gown?” And he said, “AAAAA-BSOLUTELY.” We wanted to play between the masculine and the feminine. This look was interesting because it’s not drag. I’m not a drag queen, I’m a man in a dress. He came up with a tux on the top, and a ballgown that bursts out at the bottom. I wore it with Rick Owens shoes. Rick is very gender-bending and rock’n’roll. It’s a high, 6-inch chunky boot that makes me feel really grounded. And I rocked some Oscar Heyman fine jewelry with it. They’re known for colored jewels and gemstones. I wore their brooches for my Golden Globes look. Billy Porter
The Jussie Smollett case, in which a young black, gay actor has apparently concocted a tale of being attacked by two white men wearing MAGA hats and shouting anti-gay slurs, is just the latest example of how desperately media elites want to confirm their favored narrative about America: that the country is endemically and lethally racist, sexist, and homophobic, and that the election of Donald Trump both proves and reinforces such bigotry. The truth: as instances of actual racism get harder and harder to find, the search to find such bigotry becomes increasingly frenzied and unmoored from reality. Smollett made a not-irrational wager that a patently preposterous narrative about an anti-black, anti-gay hate crime at 2 a.m. in subzero Chicago would be embraced by virtually the entirety of the mainstream media, leading Democratic politicians, Hollywood, and academia, with no one in these cohorts bothering to fact-check his narrative or entertain even armchair skepticism toward it. He also presumed, again with good reason, that to claim victim status would catapult him to the highest echelons of public admiration and accomplishment. And he was right. Kamala Harris and Cory Booker called it a “modern-day lynching.” Joe Biden warned that “we must no longer give this hate safe harbor,” his implication being that we need to stop winking at such racist attacks. If Beale Street Could Talk’s Barry Jenkins lamented, “This what all that hateful mongering has wrought. Are you PROUD???”  Good Morning America interviewed Smollett without asking a single critical question about his story. (…) Even the Chicago Police Department was reluctant to express any skepticism toward the Smollett narrative until it had overwhelming evidence of the hoax, since to question the ubiquity of racism today is to invite accusations of racism. Yet the CPD, along with their law enforcement brethren, are surely aware of what the data say regarding hate crimes. In 2017, the FBI reported an additional 1,000 hate crimes from 2016, for a total of 7,000. But an additional 1,000 police agencies participated in hate-crime reporting in 2017, as Reason’s Robby Soave has pointed out, so it’s not clear that that increase is real or simply a result of more reporting. Even if real, 7,000 “hate crimes” in a country this large is an infinitesimal number. And the definition of a hate crime is highly political: very little black-on-white street crime gets classified as such, though hatred for whites undoubtedly drives a considerable fraction of this activity. (Between 2012 and 2015, blacks committed more than 85 percent of interracial violent victimizations between blacks and whites.) The Smollett case is a rerun of the Covington hoax, which mobilized an identical longing on the part of the media and political elites to confirm the narrative of American racism, now exacerbated in the era of Trump. Native American activist Nathan Phillips concocted an outright lie about his interaction with the Covington Catholic High School students, and he, too, became an instant, revered celebrity. Then as now, public figure after public figure announced that MAGA hats were the very symbol of white supremacy. Alyssa Milano declared that “the MAGA hat is the new white hood.” New York Times columnist Charles Blow called MAGA hats the “new iconography of white supremacy.” Other recent credulously received phony claims of white racism include the Jazmine Barnes case in Houston and racial-profiling charges against a South Carolina cop. Andy Ngo has collected many more. Now that Smollett’s story is falling apart, he is clinging to his victim identity any way he can: his lawyers say that he feels “victimized” by reports that he played a role in the assault. The Smollett and Covington cases, and others, are grounded in the #BelieveSurvivors mantra of the Kavanaugh hearings: the Left demands utter credence toward any claim of racism and sexism, and the merest act of questioning these claims or trying to pin down details is regarded as hateful. Anti-racism—preferably of a performative nature—is now the national religion of white elites, who would rather blame themselves (and the deplorables) for nonexistent racism than speak honestly about the behavioral problems and academic skills gaps that lead to ongoing socioeconomic disparities.  The Senate just passed an anti-lynching bill, backed by Senators Kamala Harris, Cory Booker, and Tim Scott—as if lynchings were a fact of our current reality. Don’t be surprised if Democrats appropriate funding for a new underground railroad. The current anti-racist frenzy is the product of a poisoned academic culture that has declared war on Western Civilization and that teaches students, more than anything else, how to hate—to hate the greatest accomplishments of our civilization, to hate America, and to hate one another. We continue to play with fire. Heather Mac Donald
The Democratic Party is now in the hands of newcomer establishment figures such as Senators Corey Booker, Kirsten Gillibrand, Kamala Harris, Mazie Hirono; socialist Bernie Sanders and Elizabeth Warren; newly elected representatives Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, and Rashida Tlaib; and activists like Linda Sasour, Al Sharpton, Maxine Waters, and the usual Hollywood celebrities—all of whom Sen. Minority Leader Chuck Schumer, Speaker Nancy Pelosi, and former Vice President Joe Biden futilely try to appease. The result is that on almost every issue, the answer to Trump is neither liberal nor progressive, but nihilistic. The logical extreme alone ensures revolutionary purity even as it would result in chaos and destruction. (…) Why has the Democratic Party veered so sharply to the hard Left to the point of anarchism? If Donald Trump is the catalyst, the genesis of the new radicalism preceded him. The half-century obsession with identity politics, especially tribal identification and victimhood, taught an entire generation that one’s essence is defined by superficial appearance or lineage, not innate character. For about a half century, universities have eroded inductive and empirical education. Instead, deduction and advocacy took its place—and to such a degree that to question man-made global warming, the dogma of racial separatism and chauvinism, radical abortion, or gay marriage became taboo and proof of near criminality. (…) Most of the nihilistic positions are also funded by wealthy Americans on behalf of poor Americans. Rich leftwing activism reflects a an almost Medieval desire for penance and exemption. Progressive philanthropists virtue-signal their class solidarity without real costs to their own privilege, while assuaging abstract guilt. In other words, never have the representatives of the very rich and the subsidized poor been so eager to make the middle classes pay for their agendas. (…) In sum, the emerging alternative to Trump is not Democratic pragmatism, but an angry nihilism that is as incoherent as it is destructive. Victor Davis Hanson
Trump was greeted by the Washington media and intellectual establishment as if he were the first beast in the Book of Revelation, who arose “out of the sea, having seven heads and ten horns, and upon his horns ten crowns, and upon his heads the name of blasphemy.” Besides the Washington press and pundit corps, Donald Trump faced a third and more formidable opponent: the culture of permanent and senior employees of the federal and state governments, and the political appointees in Washington who revolve in and out from business, think tanks, lobbying firms, universities, and the media. (…) Never before in the history of the presidency had a commander in chief earned the antipathy of the vast majority of the media, much of the career establishments of both political parties, the majority of the holders of the nation’s accumulated personal wealth, and the permanent federal bureaucracy. And lived to tell the tale. Victor Davis Hanson
There have been so far about three general reactions to the concocted Jussie Smollett psychodrama. One, and the most common, has been apprehension that Smollett’s lies will discredit future real incidents of hate crimes against gays and minorities. This could be a legitimate concern, given the tensions within a multiracial society. Yet, in fact, there is no evidence in the past that false reports (some lists of such fake hate crimes put the number at around 400) have had such an effect—either on spiking real hate crimes, suppressing reporting, discouraging police investigations, or preventing even more race-crime hoaxes. As Heather Mac Donald has recently once again noted, the 2017 upswing in reported hate crimes from the prior year may well be largely because an additional 1,000 police agencies were for the first time reporting such crimes. Mac Donald also notes that a “hate crime”—a micro percentage of reported violent crime—is narrowly defined not to include general interracial violent victimization, a category in which African-Americans on average commit 85 percent of such crimes. From Tawana Brawley to the Covington kids, fictive accounts of race-based bias and violence have not stopped purported victims from believing that they, too, could invent such incidents and win credibility—to say nothing of profitable attention. After all, the publicity of the Duke Lacrosse or Covington hoaxes did not suggest to Jussie Smollett that he would not be found credible. In fact, the opposite may be true. The more we hear of fake hate crimes, the more we will likely hear of future fake hate crimes. Nor did the spate of prior fake racist crimes discourage quite influential media and celebrity grandees from rushing to embrace the unlikely narrative. (…) Yet much of the nation believed all that and more. Politicians and celebrities did so within minutes. Many did not give up such credence, even as Smollett refused to hand over his cell phone records, which he had cited as electronic proof of the attack, given he supposedly was on the phone at the time with his manager, thus memorializing the attack. If you had any doubt about Smollett’s fiction, he reminds us again that such unbelief says more about you than him: “It feels like if I had said it was a Muslim, or a Mexican, or someone black, I feel like the doubters would have supported me much more. A lot more. And that says a lot about the place that we are in our country right now.” (…) None of recent concocted racially motivated attacks have had any effect in demolishing public credibility about even the most improbable allegations of such assaults. Indeed, in our Orwellian world of racial melodrama, those who rushed to judgment to condemn Donald Trump and his supporters for Smollett’s suffering, turned 180 degrees on hearing the news of the Smollett fabrication. They now soberly and judiciously warned us not to do what they had just done. Instead America was “to wait for all the facts” and not “rush to judgement” in assuming that Smollett was guilty of fraud. Smollett has shown that the most absurd narratives imaginable will continue to gain credence because they fill a deep psychological, cultural—and, yes, careerist—need for millions in the country to believe that hate crimes are epidemic, that they are the currency of the Right, and that they can only be addressed by more government scrutiny of a particular class of victimizers such as the Duke Lacrosse team, the Covington kids, or Smollett’s mythic red-hatted Trump racists. (…) In 2019 America, the number of those likely victimized far outnumbers the shrinking pool of likely victimizers. The rewards and publicity for being a concocted victim of a frenzied Trump supporter far outweigh the possible downside of fabricating the entire incident. As we saw with the Kavanaugh and Covington fiascoes, if a crime could or should be true, then it more or less is. A second reaction was the far more legitimate worry that thousands of hours of careful police work were squandered, as resources were diverted from real crime investigations. Although so far, the overburdened Chicago police have been careful in downplaying this redirection in limited resources, it was no doubt gargantuan.Yet Smollett’s supporters almost immediately questioned the police department’s ethics when authorities ever so cautiously hinted that the facts and Smollett’s own behavior did not line up with a racist attack. Smollett’s probable preemptive O.J. Simpson-like defense will run contrary to facts, but he has learned that ginning up popular furor against the police can, at worst, lead to leverage in plea bargaining and, at  best, turn potential local jurors into nullifying social justice warriors. (…) Yet the third, most important, and most ignored reaction was that in some sense Smollett himself was a racist and had committed a hate crime. His farce is yet another example that it is now largely permissible to slur and smear millions of purported Trump supporters, as either defined by their stereotyped race and gender or their red hats (with or without a logo). As pundits and talking heads nearly wept on screen in their worries about future potential hate crimes that might now not be taken seriously, they abjectly ignored the real hate crime that had just occurred. In truth, Smollett had done his best to ignite some sort of popular racially driven vendetta against conservative white male voters, previously known as “clingers,” “crazies,” “deplorables,” and “irredeemables” who, our elites warn, smell up Walmart, gross America out with toothless smiles, and should be swapped out for new immigrants. (…) Given that the Smollett myth followed so closely after the Covington kids fiction, we can surmise that Smollett counted on two popular reactions: the left-wing public was still thirsty for more “proof” of MAGA white hatred, even if poorly scripted and logically implausible; and, second, Smollett was not much worried about any serious consequences if he should be caught once again in a made-up hate crime. To paraphrase CNN anchorwoman Brooke Baldwin, who in careerist fashion immediately sought to gin up popular outrage over the Smollett “hate crime” attack: “This is America, 2019.” Baldwin is right in her inference that we really are suffering from a national illness—and her own fact-free, careerist-driven editorializing and others like it are the proof. Victor Davis Hanson
The hate attack on Empire star Jussie Smollett is now alleged to be a hoax. That shouldn’t surprise anyone. Smollett’s story was bizarre, bordering on the absurd. (…) How many Trump supporters even exist in the downtown of a city that went 83% for Hillary Clinton — and how many of them watch « Empire? » How many guys looking for a fight carry rope and bottles of bleach around with them? That this case turned out to be a hoax shouldn’t come as too big of a shock. A great many hate crime stories turn out to be hoaxes. Simply looking at what happened to the most widely reported hate crime stories over the past 4-5 years illustrates this: not only the Smollett case but also the Yasmin Seweid, Air Force Academy, Eastern Michigan, Wisconsin-Parkside, Kean College, Covington Catholic, and “Hopewell Baptist burning” racial scandals all turned out to be fakes. And, these cases are not isolated outliers. Doing research for a book, Hate Crime Hoax, I was able to easily put together a data set of 409 confirmed hate hoaxes. An overlapping but substantially different list of 348 hoaxes exists at fakehatecrimes.org, and researcher Laird Wilcox put together another list of at least 300 in his still-contemporary book Crying Wolf. To put these numbers in context, a little over 7,000 hate crimes were reported by the FBI in 2017 and perhaps 8-10% of these are widely reported enough to catch the eye of a national researcher. Why do hoaxers hoax? In some cases, the motivations are tawdry and financial. Jussie Smollett allegedly wanted to make himself a sympathetic figure to boost his salary. However, the motivations of many hoaxers are honorable if misguided. In college campus hate hoax cases (Kean College, U-Chicago), the individuals responsible almost invariably say that they staged incidents to call attention to real incidents of racist violence on campus. Certainly, the media giants that leap to publicize hate crime stories later revealed to be fakes, and the organizations that line up to defend their “victims” — the Southern Poverty Law Center, Black Lives Matter, CAIR — think that they are providing a public service by fighting bigotry. However, hate crime hoaxers are “calling attention to a problem” that is a very small part of total crimes. There is very little brutally violent racism in the modern USA. There are less than 7,000 real hate crimes reported in a typical year. Inter-racial crime is quite rare; 84% of white murder victims and 93% of Black murder victims are killed by criminals of their own race, and the person most likely to kill you is your ex-wife or husband. When violent inter-racial crimes do occur, whites are at least as likely to be the targets as are minorities. Simply put, Klansmen armed with nooses are not lurking on Chicago street corners. In this context, what hate hoaxers actually do is worsen generally good race relations, and distract attention from real problems. As Chicago’s disgusted top cop, Police Superintendent Eddie Johnson, pointed out yesterday, skilled police officers spent four weeks tracking down Smollett’s imaginary attackers — in a city that has seen 28 murders as of Feb. 9th, according to The Chicago Tribune. We all, media and citizens alike, would be better served to focus on real issues like gun violence and the opiate epidemic than on fairy tales like Jussie’s. Wilfred Reilly (Kentucky State University)
Le patriotisme, c’est de l’amour, un sentiment profond que l’on a ou que l’on n’a pas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne le ressent pas chez Emmanuel Macron, ni à l’égard de la France, ni à l’égard des Français. Marine le Pen
L’Europe des peuples a maintenant son étendard. Marine Le Pen
Réveillons-nous également pour dire que le patriotisme est une valeur cardinale du vivre ensemble. Lors de la coupe du monde 2014, arrivant chez un couple d’amis pour regarder un match des bleus, mon fils de 8 ans avait à la main un drapeau Bleu-Blanc-Rouge. La maîtresse de maison, brillante avocate, me dit « cela fait un peu FN, non? ». Cette réaction d’une femme intelligente illustre la bien-pensance ambiante dans laquelle nous nous étions collectivement conditionnés. Au lendemain des attentats, cette amie me fit remarquer que je n’avais pas mis le drapeau français à ma fenêtre pour répondre à la demande de François Hollande. Je lui répondis qu’il était bien gentil de la part du Président de nous demander de mettre un drapeau au balcon mais c’était faire preuve d’amnésie. C’était bien vite oublier que depuis des décennies la gauche de SOS racisme, à commencer par l’ancien Premier secrétaire du PS, vouait aux gémonies toute référence à la nation. Le PS et ses acolytes ont, ces trente dernières années, volontairement voulu associer les patriotes à des nationalistes. Cela a été le fruit d’une stratégie électorale alliant sectarisme et cynisme. Sectarisme afin de s’autoproclamer comme les seuls détenteurs des valeurs républicaines. Cynisme pour faire monter le FN. Vincent Roger (Conseiller régional (LR) d’Ile-de-France, conseiller du 4e arrondissement de Paris, soutien de François Fillon pour la primaire de la droite)
The Green Book is a black story and for a white man to steal that legacy and name for a film that has little or nothing to do with The Green Book is unacceptable. We have always had our stories and our history stolen from us and told through the lens of whiteness and this film is Hollywood’s latest example. Roger Ross Williams
On a le respect de la patrie sans aller vers le nationalisme. (…) Les écoles sont des écoles, ce ne sont pas des casernes. Michel Larivé (La France insoumise)
Sous l’Amérique d’aujourd’hui perce la France de demain. La « flexibilité » à l’américaine — de l’emploi, des horaires d’ouverture des magasins, du départ à la retraite, de la vie familiale désynchronisée —, on connaît déjà. Voici maintenant la revendication de « lieux sûrs », de l’entre-soi, du « droit » de se promener en pyjama dans la rue, des pronoms aussi fluides que le genre. En attendant l’addiction sur ordonnance, la prescription de pilules pour améliorer les résultats scolaires, l’épuration de la littérature, la prohibition de la danse « sexuellement agressive » et du port du sombrero. En huit histoires, toutes de première main, ce livre raconte l’Amérique comme vous ne l’avez jamais vue, la France telle que vous ne la connaissez pas… encore. Présentation de l’éditeur
Les Démocrates comme les Républicains ont à nouveau tenté d’instrumentaliser à leur profit les revendications identitaires qui dominent et divisent la société américaine depuis des années. Les premiers sont convaincus qu’il y a un stock de votes en leur faveur à récupérer chez les “minorités” (Noirs, Latinos, femmes, musulmans, homosexuels) et au lieu de concentrer leurs efforts et leurs discours sur le contenu de leur programme économique et politique, ils se dispersent dans le clientélisme. Les seconds se posent en défenseurs d’une identité américaine blanche et chrétienne menacée. Des deux côtés, on part du principe que l’électeur voudra voter pour une personne qui lui ressemble, et non pas pour une personne dont les idées le convainquent. Et gare aux traîtres! En 2017, un sénateur noir républicain s’est ainsi fait insulter comme “house negro” – nègre de case – parce qu’il soutenait la candidature d’un membre blanc de son parti au poste de ministre de la Justice. À l’inverse, certains de mes amis ne sont plus les bienvenus chez leurs parents pour avoir soutenu Hillary Clinton à la présidentielle de 2016. (…) Je crois que le pays est divisé depuis longtemps et que l’avènement de Trump n’a fait que mettre en lumière le malaise profond de la société américaine. (…) Plus encore qu’ailleurs, la fracture est béante entre de grands gagnants de la mondialisation et des gens “largués”. (…) Alors parfois, des parents sont même prêts à donner des amphétamines à leurs enfants, dès le CP, pour qu’ils obtiennent de bonnes notes. Dans la communauté noire, les aînés convaincus qu’il suffisait d’être honnête et laborieux, de «filer doux» pour réussir, sont moqués par une jeunesse qui se radicalise. Je vous donne un autre exemple de la panique ambiante: à la fin des années soixante, une large majorité d’Américains se déclarait très optimiste sur l’avenir multiracial du pays. En 2001, 70% des Noirs et 62% des Blancs pensaient encore que les relations avec l’autre communauté étaient bonnes. En 2016, avant l’élection de Donald Trump, ils n’étaient plus que 49% des Noirs et 55% des Blancs. (…) La classe politique mais aussi les réseaux sociaux alimentent une vision catastrophiste et spectrale de la réalité. Chacun vit dans sa cave identitaire, sans vue sur l’extérieur et des faits relativement rares prennent une importance disproportionnée dès qu’ils sont massivement diffusés: quand la vidéo d’un homme noir abattu par la police pour avoir traversé en dehors des clous devient virale, le sentiment d’injustice est décuplé. Quand la nouvelle d’un enfant retrouvé assassiné dans les toilettes d’une station-service est commentée ad nauseam à la sortie de chaque école du pays, la peur du prédateur pédophile gagne les foyers. 60% des Américains sont convaincus que la criminalité augmente alors que, selon le FBI, le taux de crimes violents a chuté de 43% depuis 1993. Le danger réel diminue mais le sentiment être en danger augmente, ce qui incite au repli sur soi et sa communauté. (…) L’abondance de l’information disponible donne l’illusion du contrôle, alors qu’elle est en réalité le combustible d’une anxiété souvent paranoïaque. On croit pouvoir tout savoir, tout comprendre tout seul, on se méfie des experts et des intermédiaires – médecins, journalistes – dont la compétence nous rassurait auparavant. D’autres causes de l’anxiété sont la nécessité de s’adapter à des changements de plus en plus rapides, la désagrégation de la cellule familiale, la baisse de la religiosité, la précarisation de l’emploi ou encore l’obsession du risque zéro. Dans un pays riche, on finit par être beaucoup plus angoissé à l’idée que “quelque chose pourrait nous arriver” que dans un pays pauvre ou, objectivement, les risques encourus – de maladie, d’accident – sont infiniment plus élevés. 18% des Américains souffrent officiellement de troubles anxieux contre seulement 10% en France, où le chiffre est cependant en hausse. Vous verrez que la France va être gagnée par cette maladie (…) L’espérance de vie a diminué pour la seconde année consécutive aux États-Unis à cause d’une épidémie qui touche toutes les classes sociales: depuis 1999, 350 000 Américains sont morts d’une overdose d’opioïdes. Ces médicaments contre la douleur, efficaces et bon marché dans un pays où se soigner coûte très cher, ont été massivement prescrits pendant des années en dépit de leur fort potentiel addictif. En cause, une collusion avérée entre des laboratoires pharmaceutiques et des médecins rémunérés pour promouvoir leurs opioïdes, mais aussi la demande croissante des patients de ne pas avoir mal. Malgré les efforts des pouvoirs publics, l’épidémie n’a pas diminué en 2017: pour les trois millions d’accro aux opioïdes que comptent les États-Unis, il est facile de se procurer les pilules, importées de Chine, sur le Dark Web, l’internet caché. (…) La classe ouvrière et la classe moyenne américaine souffrent des répercussions d’un ultralibéralisme que, Bernie Sanders mis à part, les Démocrates n’ont jamais vraiment dénoncé, quand ils ne l’ont pas eux aussi encouragé. Leur langage de solidarité est sélectif — il cible certaines «communautés» au détriment d’autres – et hypocrite puisque ces élites tirent leur rente de situation d’une mondialisation débridée qui est à l’origine du malheur de leurs concitoyens. Or, quand on vient dire à un type qui se tue à la tâche sur un chantier mais n’a pas de quoi se payer le dentiste qu’il est un “blanc privilégié”, il ne faut pas s’étonner qu’il le prenne mal. Cela explique aussi, bien sûr, le succès de Donald Trump. (…) Sincèrement, je trouve que les relations entre hommes et femmes sont plus agréables en France qu’aux États-Unis. Metoo va sans doute aggraver la défiance qui existe déjà ici entre les deux sexes. D’ailleurs, MeToo n’a pas été initié par les féministes radicales. C’est le prolongement d’un mouvement amorcé depuis longtemps sur les campus américains et connu sous le nom de Title IX, nom d’une mesure adoptée en 1972 pour obliger les universités à financer à parts égales les équipes de sport féminines et masculines. Au fil des ans, son application s’est étendue à la lutte contre le harcèlement sexuel et les discriminations. Title IX a fait beaucoup pour l’égalité entre les sexes mais les meilleures intentions sont souvent perverties. La question du consentement, largement reprise par MeToo, l’illustre: est-il raisonnable, par exemple, qu’une femme puisse retirer son consentement après l’acte sexuel parce que, le lendemain, elle apprend que son partenaire lui a menti sur sa situation matrimoniale? (…) Vous n’imaginez pas (…) à quel point les féministes sont divisées. Les plus radicales ne cherchent pas à en finir avec le patriarcat mais à prendre leur revanche en instaurant le matriarcat. L’homme blanc de plus de 50 ans est la cible préférée (…) ce genre de féminisme, si l’on peut dire, n’est pas une alternative au trumpisme puisqu’il est lui aussi, une manifestation de la «fracturation identitaire» qui mine les États-Unis. Géraldine Smith
Le livre s’intitulait Scènes de la vie future. Georges Duhamel décrivait l’Amérique qu’il avait visitée en 1929 ; une société rongée par le matérialisme, le consumérisme, le puritanisme (en pleine prohibition). Il s’effrayait de l’influence américaine sur une France qui ne demandait qu’à être contaminée par les virus venus d’outre-Atlantique. L’ouvrage publié en 1930 connut un immense succès. Sans le savoir, Duhamel avait inventé un genre éditorial en soi : le vu en Amérique, bientôt en France. (…) Comme dans son précédent ouvrage, qui racontait l’échec du « vivre ensemble » dans le XIe arrondissement de Paris, [Géraldine Smith] s’avère une bobo contrariée par le réel, mais qui a le mérite, contrairement à la plupart de ses pairs, de ne pas refuser de voir ce qu’elle voit. On peut lui reprocher ses illusions, pas son honnêteté intellectuelle. Bien sûr, elle ne décèle dans ce qu’elle dénonce que « des effets pervers » d’idées justes, puisque provenant du fonds idéaliste de gauche, sans comprendre — ou admettre — que c’est son idéalisme de gauche qui est pervers. Géraldine Smith est une des innombrables incarnations contemporaines de la fameuse phrase de Bossuet : « Dieu rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » Pourtant, à part Dieu, personne n’a envie de rire après avoir lu ce qu’elle raconte. Installée depuis dix ans en Caroline du Nord, elle nous montre une Amérique toujours plus riche avec toujours plus de pauvres ; avec moins de chômeurs que jamais, mais toujours moins de protection sociale aussi. Le travail du dimanche désagrège une vie de famille déjà minée par le divorce de masse ; le règne du « cool » dans les vêtements fait songer à la célèbre phrase d’Einstein sur « l’Amérique passée directement de la barbarie à la décadence ». Un Américain sur quatre va quotidiennement au fast-food ; et les autres se nourrissent de pizzas ou de sushis avalés n’importe comment, n’importe où, à n’importe quelle heure. Bien la peine de dépenser des milliards de dollars dans des campagnes contre l’obésité ! Le chapitre sur les enfants traités par amphétamines pour obtenir de meilleurs résultats scolaires fait froid dans le dos. Un médecin explique : « Notre société a décidé que modifier l’environnement de l’enfant coûterait trop cher. Nous avons donc décidé de modifier l’enfant. » Un professeur de psychiatrie analyse les conséquences du laxisme des parents et des profs : « À l’école, on punissait les enfants qui ne restaient pas assis. Aujourd’hui, on les envoie en thérapie et on les drogue. » Pas étonnant que l’Amérique soit aussi le pays où des millions de malades sont devenus de véritables « drogués » après qu’on les eut soignés avec des dérivés de l’opium pour atténuer les effets de la douleur. Le pays également où des parents conduisent leurs enfants de 10 ans chez des médecins afin que ceux-ci bloquent par des traitements chimiques leur puberté, parce que leur fille ne se sent pas à l’aise dans son identité de genre. Mais c’est à l’université, sur les campus que le monde entier leur envie, que l’Amérique fabrique son avenir. Et le nôtre. Un avenir paradoxal, à la fois hyperprotecteur et hyperconflictuel. La protection de tous ceux qui ne peuvent supporter les « microagressions » concernant leur sexe, leur genre, leur couleur de peau, leurs origines. Ceux-là ont le droit à des « trigger warnings » (déclencheurs d’alerte) et des « lecteurs de sensibilité » pour éviter tout ce qui pourrait les choquer : « Les livres ne sont pas le lieu où un lecteur doit faire face à une représentation nocive ou stéréotypée de ce qu’il est. » En clair, les femmes ne doivent plus lire Madame Bovary, les Juifs ne s’aventureront plus dans la lecture de Rebatet ou de Barrès, ou même de Balzac ou Voltaire ; les homosexuels ne chanteront plus du Brassens ou du Brel et les hétérosexuels ne liront pas Jean Genet. Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées, disait le dicton populaire d’antan. C’est exactement ce que nous montre Géraldine Smith, lorsqu’elle nous relate la mésaventure de son fils et d’un de ses amis noirs, à qui la « fraternité noire » (sorte de confrérie étudiante, NDLR) interdit de s’installer ensemble dans le campus. Ou ces femmes noires qui refusent la promiscuité avec les femmes blanches accusées d’être des « privilégiées ». Ou ces filles qui s’écrient : « Stop! You are making me really unconfortable! » [Arrêtez ! Vous me mettez vraiment mal à l’aise ! »] dès qu’elles ont un désaccord avec un garçon. Ou cet étudiant sanctionné par l’université pour une « danse sexuellement agressive ». L’Amérique qui sort de ce tableau édifiant est à rebours des idéaux de ceux qui l’ont forgée : les féministes et les militants noirs organisent leur propre ségrégation. Les existentialistes les plus fanatiques inventent l’essentialisme des races et des genres le plus implacable. Ressuscitent le vieux principe de l’apartheid : « séparé, mais égal ». Comme le reconnaît, effarée, Géraldine Smith : « Les parents noirs cherchaient à se fondre dans l’Amérique blanche ; leurs enfants les accusent de [blanchissement/lavage à blanc] “white washing” ; les premiers luttaient pour le droit de s’asseoir à la même table, les seconds veulent qu’on leur dresse une table de même taille, mais séparée. » Elle voit juste : tout ce qu’elle décrit viendra en France — y est déjà. Nous allons vivre une nouvelle vague d’américanisation : après celle des années 30 (décrite par Georges Duhamel), celle de l’après-guerre (le yé-yé et la société de consommation), celle des années 80 (McDonald’s et antiracisme multiculturel), nous subirons celle qui vient : séparation de plus en plus conflictuelle des races et des sexes. Comme si, contrairement à tous les lieux communs progressistes, c’était le patriarcat blanc, assis sur la civilisation occidentale, qui s’avérait en dépit de ses limites et de ses crimes le plus « inclusif », car porteur d’une raison universaliste, héritée de l’Antiquité grecque, romaine et chrétienne. Georges Duhamel l’aurait volontiers expliqué à Géraldine Smith, qui ne l’aurait sans doute pas cru. Eric Zemmour

Attention: une américanisation peut en cacher une autre !

A l’heure où entre la dénonciation d’un film multi-oscarisé célébrant l’amitié entre un pianiste noir et son chauffeur blanc

Et la multiplication, sans compter l’effet de la meilleure prise en compte de vraies aggressions qui restent statistiquement marginales, des fausses agressions racistes ou homophobes …

La gauche américaine s’enferme chaque jour un peu plus ouvertement dans la pseudo-politique et le maximalisme du communautarisme racial ou sexuel

Et qu’entre un drapeau national à l’intérieur même des écoles dénoncé par la gauche comme casernisation

Et un drapeau inversé d’étoiles bleues sur fond jaune …

Les idées trop vite enterrées du Front national font, entre deux concours d’hypocrisie de nos pompiers-pyromanes, un retour fracassant

Comment ne pas voir …

Ces « scènes de la vie future » qui, comme le rappelle bien le dernier livre de Géraldine Smith, ne devraient en effet pas manquer d’arriver en France …

Mais aussi, ce qu’elle semble oublier, l’autre côté de ces effets logiques du choix du modèle économique mondialisé …

A savoir leur contestation depuis longtemps décrite par le géographe Christophe Guilluy …

Et bien anticipée par un prétendu idiot du village comme Trump …

Car issue des mêmes territoires géographiques et catégories sociales …

Aujourd’hui marginalisés mais encore numériquement majoritaires … ?

Éric Zemmour : «Scènes de la vie future»
Eric Zemmour
Le Figaro
31/10/2018

CHRONIQUE – Dans un livre très documenté, Géraldine Smith offre une description apocalyptique du progressisme américain qui transforme le pays en enfer. Et qui a déjà contaminé la France.

Le livre s’intitulait Scènes de la vie future. Georges Duhamel décrivait l’Amérique qu’il avait visitée en 1929 ; une société rongée par le matérialisme, le consumérisme, le puritanisme (en pleine prohibition). Il s’effrayait de l’influence américaine sur une France qui ne demandait qu’à être contaminée par les virus venus d’outre-Atlantique. L’ouvrage publié en 1930 connut un immense succès. Sans le savoir, Duhamel avait inventé un genre éditorial en soi : le vu en Amérique, bientôt en France.

Géraldine Smith n’a ni l’élégance littéraire, ni la vaste culture, ni la hauteur de vue de son lointain prédécesseur. Son style journalistique est sans goût ni saveur, mais il a le mérite d’être concret et pédagogique. Ses analyses sont pauvres, mais ses descriptions sont riches. Comme dans son précédent ouvrage, qui racontait l’échec du « vivre ensemble » dans le XIe arrondissement de Paris, notre observatrice s’avère une bobo contrariée par le réel, mais qui a le mérite, contrairement à la plupart de ses pairs, de ne pas refuser de voir ce qu’elle voit. On peut lui reprocher ses illusions, pas son honnêteté intellectuelle. Bien sûr, elle ne décèle dans ce qu’elle dénonce que « des effets pervers » d’idées justes, puisque provenant du fonds idéaliste de gauche, sans comprendre — ou admettre — que c’est son idéalisme de gauche qui est pervers. Géraldine Smith est une des innombrables incarnations contemporaines de la fameuse phrase [approximative, voir [1]] de Bossuet : « Dieu rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

Pourtant, à part Dieu, personne n’a envie de rire après avoir lu ce qu’elle raconte. Installée depuis dix ans en Caroline du Nord, elle nous montre une Amérique toujours plus riche avec toujours plus de pauvres ; avec moins de chômeurs que jamais, mais toujours moins de protection sociale aussi. Le travail du dimanche désagrège une vie de famille déjà minée par le divorce de masse ; le règne du « cool » dans les vêtements fait songer à la célèbre phrase d’Einstein sur « l’Amérique passée directement de la barbarie à la décadence ». Un Américain sur quatre va quotidiennement au fast-food ; et les autres se nourrissent de pizzas ou de sushis avalés n’importe comment, n’importe où, à n’importe quelle heure. Bien la peine de dépenser des milliards de dollars dans des campagnes contre l’obésité ! Le chapitre sur les enfants traités par amphétamines pour obtenir de meilleurs résultats scolaires fait froid dans le dos. Un médecin explique : « Notre société a décidé que modifier l’environnement de l’enfant coûterait trop cher. Nous avons donc décidé de modifier l’enfant. » Un professeur de psychiatrie analyse les conséquences du laxisme des parents et des profs : « À l’école, on punissait les enfants qui ne restaient pas assis. Aujourd’hui, on les envoie en thérapie et on les drogue. » Pas étonnant que l’Amérique soit aussi le pays où des millions de malades sont devenus de véritables « drogués » après qu’on les eut soignés avec des dérivés de l’opium pour atténuer les effets de la douleur. Le pays également où des parents conduisent leurs enfants de 10 ans chez des médecins afin que ceux-ci bloquent par des traitements chimiques leur puberté, parce que leur fille ne se sent pas à l’aise dans son identité de genre.

Mais c’est à l’université, sur les campus que le monde entier leur envie, que l’Amérique fabrique son avenir. Et le nôtre. Un avenir paradoxal, à la fois hyperprotecteur et hyperconflictuel. La protection de tous ceux qui ne peuvent supporter les « microagressions » concernant leur sexe, leur genre, leur couleur de peau, leurs origines. Ceux-là ont le droit à des « trigger warnings » (déclencheurs d’alerte) et des « lecteurs de sensibilité » pour éviter tout ce qui pourrait les choquer : « Les livres ne sont pas le lieu où un lecteur doit faire face à une représentation nocive ou stéréotypée de ce qu’il est. » En clair, les femmes ne doivent plus lire Madame Bovary, les Juifs ne s’aventureront plus dans la lecture de Rebatet ou de Barrès, ou même de Balzac ou Voltaire ; les homosexuels ne chanteront plus du Brassens ou du Brel et les hétérosexuels ne liront pas Jean Genet. Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées, disait le dicton populaire d’antan. C’est exactement ce que nous montre Géraldine Smith, lorsqu’elle nous relate la mésaventure de son fils et d’un de ses amis noirs, à qui la « fraternité noire » (sorte de confrérie étudiante, NDLR) interdit de s’installer ensemble dans le campus. Ou ces femmes noires qui refusent la promiscuité avec les femmes blanches accusées d’être des « privilégiées ». Ou ces filles qui s’écrient : « Stop! You are making me really unconfortable! » [Arrêtez ! Vous me mettez vraiment mal à l’aise ! »] dès qu’elles ont un désaccord avec un garçon. Ou cet étudiant sanctionné par l’université pour une « danse sexuellement agressive ». L’Amérique qui sort de ce tableau édifiant est à rebours des idéaux de ceux qui l’ont forgée : les féministes et les militants noirs organisent leur propre ségrégation. Les existentialistes les plus fanatiques inventent l’essentialisme des races et des genres le plus implacable. Ressuscitent le vieux principe de l’apartheid : « séparé, mais égal ». Comme le reconnaît, effarée, Géraldine Smith : « Les parents noirs cherchaient à se fondre dans l’Amérique blanche ; leurs enfants les accusent de [blanchissement/lavage à blanc] “white washing” ; les premiers luttaient pour le droit de s’asseoir à la même table, les seconds veulent qu’on leur dresse une table de même taille, mais séparée. »

Elle voit juste : tout ce qu’elle décrit viendra en France — y est déjà. Nous allons vivre une nouvelle vague d’américanisation : après celle des années 30 (décrite par Georges Duhamel), celle de l’après-guerre (le yé-yé et la société de consommation), celle des années 80 (McDonald’s et antiracisme multiculturel), nous subirons celle qui vient : séparation de plus en plus conflictuelle des races et des sexes. Comme si, contrairement à tous les lieux communs progressistes, c’était le patriarcat blanc, assis sur la civilisation occidentale, qui s’avérait en dépit de ses limites et de ses crimes le plus « inclusif », car porteur d’une raison universaliste, héritée de l’Antiquité grecque, romaine et chrétienne. Georges Duhamel l’aurait volontiers expliqué à Géraldine Smith, qui ne l’aurait sans doute pas cru.

VU EN AMÉRIQUE BIENTÔT EN FRANCE.
de Géraldine Smith,
paru chez Stock,
17 octobre 2018,
à Paris
257 pages,
19,50 €.
ISBN-13 : 978-2234083745

Voir également:

The Frenzied Search for Racism

Elites bought Jussie Smollett’s story because it confirmed their cherished narrative about a hateful America.

Heather Mac Donald

City journal

February 18, 2019

The Jussie Smollett case, in which a young black, gay actor has apparently concocted a tale of being attacked by two white men wearing MAGA hats and shouting anti-gay slurs, is just the latest example of how desperately media elites want to confirm their favored narrative about America: that the country is endemically and lethally racist, sexist, and homophobic, and that the election of Donald Trump both proves and reinforces such bigotry.

The truth: as instances of actual racism get harder and harder to find, the search to find such bigotry becomes increasingly frenzied and unmoored from reality.

Smollett made a not-irrational wager that a patently preposterous narrative about an anti-black, anti-gay hate crime at 2 a.m. in subzero Chicago would be embraced by virtually the entirety of the mainstream media, leading Democratic politicians, Hollywood, and academia, with no one in these cohorts bothering to fact-check his narrative or entertain even armchair skepticism toward it. He also presumed, again with good reason, that to claim victim status would catapult him to the highest echelons of public admiration and accomplishment. And he was right. Kamala Harris and Cory Booker called it a “modern-day lynching.” Joe Biden warned that “we must no longer give this hate safe harbor,” his implication being that we need to stop winking at such racist attacks. If Beale Street Could Talk’s Barry Jenkins lamented, “This what all that hateful mongering has wrought. Are you PROUD???”  Good Morning America interviewed Smollett without asking a single critical question about his story.

The examples are as numerous as the retractions will be minimal.

Even the Chicago Police Department was reluctant to express any skepticism toward the Smollett narrative until it had overwhelming evidence of the hoax, since to question the ubiquity of racism today is to invite accusations of racism. Yet the CPD, along with their law enforcement brethren, are surely aware of what the data say regarding hate crimes. In 2017, the FBI reported an additional 1,000 hate crimes from 2016, for a total of 7,000. But an additional 1,000 police agencies participated in hate-crime reporting in 2017, as Reason’s Robby Soave has pointed out, so it’s not clear that that increase is real or simply a result of more reporting. Even if real, 7,000 “hate crimes” in a country this large is an infinitesimal number. And the definition of a hate crime is highly political: very little black-on-white street crime gets classified as such, though hatred for whites undoubtedly drives a considerable fraction of this activity. (Between 2012 and 2015, blacks committed more than 85 percent of interracial violent victimizations between blacks and whites.)

The Smollett case is a rerun of the Covington hoax, which mobilized an identical longing on the part of the media and political elites to confirm the narrative of American racism, now exacerbated in the era of Trump. Native American activist Nathan Phillips concocted an outright lie about his interaction with the Covington Catholic High School students, and he, too, became an instant, revered celebrity. Then as now, public figure after public figure announced that MAGA hats were the very symbol of white supremacy. Alyssa Milano declared that “the MAGA hat is the new white hood.” New York Times columnist Charles Blow called MAGA hats the “new iconography of white supremacy.” Other recent credulously received phony claims of white racism include the Jazmine Barnes case in Houston and racial-profiling charges against a South Carolina cop. Andy Ngo has collected many more. Now that Smollett’s story is falling apart, he is clinging to his victim identity any way he can: his lawyers say that he feels “victimized” by reports that he played a role in the assault.

The Smollett and Covington cases, and others, are grounded in the #BelieveSurvivors mantra of the Kavanaugh hearings: the Left demands utter credence toward any claim of racism and sexism, and the merest act of questioning these claims or trying to pin down details is regarded as hateful. Anti-racism—preferably of a performative nature—is now the national religion of white elites, who would rather blame themselves (and the deplorables) for nonexistent racism than speak honestly about the behavioral problems and academic skills gaps that lead to ongoing socioeconomic disparities.  The Senate just passed an anti-lynching bill, backed by Senators Kamala Harris, Cory Booker, and Tim Scott—as if lynchings were a fact of our current reality. Don’t be surprised if Democrats appropriate funding for a new underground railroad.

The current anti-racist frenzy is the product of a poisoned academic culture that has declared war on Western Civilization and that teaches students, more than anything else, how to hate—to hate the greatest accomplishments of our civilization, to hate America, and to hate one another.

We continue to play with fire.

Voir de même:

Yes, ‘This Is America, 2019’

Victor Davis Hanson
American greatness
February 24th, 2019

There have been so far about three general reactions to the concocted Jussie Smollett psychodrama.

One, and the most common, has been apprehension that Smollett’s lies will discredit future real incidents of hate crimes against gays and minorities. This could be a legitimate concern, given the tensions within a multiracial society.

Yet, in fact, there is no evidence in the past that false reports (some lists of such fake hate crimes put the number at around 400) have had such an effect—either on spiking real hate crimes, suppressing reporting, discouraging police investigations, or preventing even more race-crime hoaxes.

As Heather Mac Donald has recently once again noted, the 2017 upswing in reported hate crimes from the prior year may well be largely because an additional 1,000 police agencies were for the first time reporting such crimes. Mac Donald also notes that a “hate crime”—a micro percentage of reported violent crime—is narrowly defined not to include general interracial violent victimization, a category in which African-Americans on average commit 85 percent of such crimes.

From Tawana Brawley to the Covington kids, fictive accounts of race-based bias and violence have not stopped purported victims from believing that they, too, could invent such incidents and win credibility—to say nothing of profitable attention. After all, the publicity of the Duke Lacrosse or Covington hoaxes did not suggest to Jussie Smollett that he would not be found credible. In fact, the opposite may be true. The more we hear of fake hate crimes, the more we will likely hear of future fake hate crimes.

Nor did the spate of prior fake racist crimes discourage quite influential media and celebrity grandees from rushing to embrace the unlikely narrative. After all, Americans were asked to believe without evidence that two venomous white men, with red MAGA hats, hooded, and deliberately prowling about at 2 a.m.  in subfreezing temperatures, in a liberal neighborhood of liberal Chicago (that went 83 percent for Hillary Clinton), were on the hunt for random minorities and gays, replete with customary ski-masks, lynching rope, and bleach.

And then, once the MAGA devils instinctively recognized a random early-morning passerby as a rather minor actor from a Fox TV series “Empire,” they would grow enraged and shout out racial and homophobic slurs and MAGA rah-rahs (“This is MAGA country!”)—incensed by their sudden recognition that their target was, in fact, the obviously world-famous Smollett (who said his white thuggish assaulters first yelled out “Empire!” then, to add clarity about their white fears of such a hit series, they added “F—ot Empire n—er!”).

Smollett, however, insists he stood defiant (“I don’t answer to Empire. My name ain’t Empire.”), in his role as a supposedly all-too-well known and despised actor in the alt-white world.

Further, we were asked to believe that in between blows from two much larger white demons, the relatively diminutive Smollett did not break off his phone call transmission. Instead, as he later described the fracas, he fought heroically back (“So I punched his ass right back. We started tussling”) and drove off the Trump-fueled monsters (“And I want a little gay boy who might watch this to see that I fought the f— back. I didn’t run off. They did.”), even as he was oblivious to the attempted lynching (“I noticed the rope around my neck and I started screaming”).

In addition, we were asked to believe that Smollett’s prior criminal conviction for providing police with false information during a DUI arrest, and the strange coincidence of receiving a recent death threat in the mail packaged with mysterious white powder (“In the letter, it had a stick figure hanging from a tree with a gun pointing toward it: ‘Smollett Jussie, you will die, black [bleep]. There was no address, but the return address said in big red letters, ‘MAGA.’“), would provide no useful context for these strange events.

Discrediting Hate Crimes?
Instead, Smollett fought off the racists for the greater good of America: “I have fought for love. I’m an advocate. I respect too much the people—who I am now one of those people—who have been attacked in any way. You do such a disservice when you lie about something like this.”

So do not dare question either the courage or the mettle of the crusading Smollett: “For me, the main thing was the idea that I somehow switched up my story, you know? And that somehow maybe I added a little extra trinket, you know, of the MAGA thing. I didn’t need to add anything like that. They called me a f—ot, they called me a n—er. There’s no which way you cut it. I don’t need some MAGA hat as the cherry on top of some racist sundae.”

Amen, Jussie.

Yet much of the nation believed all that and more. Politicians and celebrities did so within minutes. Many did not give up such credence, even as Smollett refused to hand over his cell phone records, which he had cited as electronic proof of the attack, given he supposedly was on the phone at the time with his manager, thus memorializing the attack. If you had any doubt about Smollett’s fiction, he reminds us again that such unbelief says more about you than him: “It feels like if I had said it was a Muslim, or a Mexican, or someone black, I feel like the doubters would have supported me much more. A lot more. And that says a lot about the place that we are in our country right now.”

Again, amen, it does say a lot, Jussie.

None of recent concocted racially motivated attacks have had any effect in demolishing public credibility about even the most improbable allegations of such assaults. Indeed, in our Orwellian world of racial melodrama, those who rushed to judgment to condemn Donald Trump and his supporters for Smollett’s suffering, turned 180 degrees on hearing the news of the Smollett fabrication. They now soberly and judiciously warned us not to do what they had just done. Instead America was “to wait for all the facts” and not “rush to judgement” in assuming that Smollett was guilty of fraud.

Smollett has shown that the most absurd narratives imaginable will continue to gain credence because they fill a deep psychological, cultural—and, yes, careerist—need for millions in the country to believe that hate crimes are epidemic, that they are the currency of the Right, and that they can only be addressed by more government scrutiny of a particular class of victimizers such as the Duke Lacrosse team, the Covington kids, or Smollett’s mythic red-hatted Trump racists.

(A cynic might have advised Smollett to have first checked that the anticipated surveillance cameras under which he staged the attack were pointing in the right direction, and that he should have ensured his “Empire”hirelings did not buy their sundry assault gear—masks, hats, etc.—all at the same store or at least not on film, and that Smollett himself should have not written them a traceable check for their services, and that he should have written into his script antifreeze dousing instead of household bleach that freezes at about 5 degrees.)

In 2019 America, the number of those likely victimized far outnumbers the shrinking pool of likely victimizers. The rewards and publicity for being a concocted victim of a frenzied Trump supporter far outweigh the possible downside of fabricating the entire incident. As we saw with the Kavanaugh and Covington fiascoes, if a crime could or should be true, then it more or less is.

Wasted Time and Money?
A second reaction was the far more legitimate worry that thousands of hours of careful police work were squandered, as resources were diverted from real crime investigations. Although so far, the overburdened Chicago police have been careful in downplaying this redirection in limited resources, it was no doubt gargantuan.Yet Smollett’s supporters almost immediately questioned the police department’s ethics when authorities ever so cautiously hinted that the facts and Smollett’s own behavior did not line up with a racist attack.

Smollett’s probable preemptive O.J. Simpson-like defense will run contrary to facts, but he has learned that ginning up popular furor against the police can, at worst, lead to leverage in plea bargaining and, at  best, turn potential local jurors into nullifying social justice warriors.

In lieu of either defense, he could turn to fallback defenses that he acted in a drug-induced diminished capacity and was not responsible for his actions—or that his jealous “Empire”duo secretly scouted out his nocturnal routines, were all the time covert Trump/MAGA converts, and, as traitors to their race and class, in envy of Smollett’s success, and as ingrates pounced despite receiving such generous financial help from him in the recent past.

Racism Against “Racists” Is Not Racism
Yet the third, most important, and most ignored reaction was that in some sense Smollett himself was a racist and had committed a hate crime.

His farce is yet another example that it is now largely permissible to slur and smear millions of purported Trump supporters, as either defined by their stereotyped race and gender or their red hats (with or without a logo). As pundits and talking heads nearly wept on screen in their worries about future potential hate crimes that might now not be taken seriously, they abjectly ignored the real hate crime that had just occurred. In truth, Smollett had done his best to ignite some sort of popular racially driven vendetta against conservative white male voters, previously known as “clingers,” “crazies,” “deplorables,” and “irredeemables” who, our elites warn, smell up Walmart, gross America out with toothless smiles, and should be swapped out for new immigrants.

Or as courageous Smollett described the motives for the faux-attack of his two Nigerian-American contractors, supposedly dressed up as Donald Trump’s white ogres, “I come really, really hard against 45”—that is, Donald Trump, the 45th president of the United States—“I come really hard against his administration, and I don’t hold my tongue. I could only go off of their words. I mean, who says, “f—ot Empire n—er,” “This is MAGA country, n—er,” ties a noose around your neck, and pours [frozen?] bleach on you? And this is just a friendly fight? I will never be the man that this did not happen to. Everything is forever changed.”

In fact, no one says that, Jussie, and no one ever did say that except you who scripted the dialogue.

Given that the Smollett myth followed so closely after the Covington kids fiction, we can surmise that Smollett counted on two popular reactions: the left-wing public was still thirsty for more “proof” of MAGA white hatred, even if poorly scripted and logically implausible; and, second, Smollett was not much worried about any serious consequences if he should be caught once again in a made-up hate crime.

To paraphrase CNN anchorwoman Brooke Baldwin, who in careerist fashion immediately sought to gin up popular outrage over the Smollett “hate crime” attack: “This is America, 2019.”

Baldwin is right in her inference that we really are suffering from a national illness—and her own fact-free, careerist-driven editorializing and others like it are the proof.

Voir de plus:

Survival at the White House

The administrative state took aim at Trump, but it has not been able to destroy himNo one in Washington called Donald J. Trump a “god” (as journalist Evan Thomas in 2009 had suggested of Obama) when he arrived in January 2017. No one felt nerve impulses in his leg when Trump talked, as journalist Chris Matthews once remarked had happened to him after hearing an Obama speech. And no newsman or pundit cared how crisply creased were Trump’s pants, at least in the manner that New York Times columnist David Brooks had once praised Obama’s sartorial preciseness. Instead, Trump was greeted by the Washington media and intellectual establishment as if he were the first beast in the Book of Revelation, who arose “out of the sea, having seven heads and ten horns, and upon his horns ten crowns, and upon his heads the name of blasphemy.”

Besides the Washington press and pundit corps, Donald Trump faced a third and more formidable opponent: the culture of permanent and senior employees of the federal and state governments, and the political appointees in Washington who revolve in and out from business, think tanks, lobbying firms, universities, and the media. Or as the legal scholar of the administrative state Philip Hamburger put it: “Although the United States remains a republic, administrative power creates within it a very different sort of government. The result is a state within the state — an administrative state within the Constitution’s United States.”

Since the U.S. post-war era, the growth of American state and federal government has been enormous. By 2017, there were nearly 3 million civilian federal workers, and another 1.3 million Americans in the uniformed military. Over 22 million local, state, and federal workers had made government the largest employment sector.

The insidious power of the unelected administrative state is easy to understand. After all, it governs the most powerful aspects of modern American life: taxes, surveillance, criminal-justice proceedings, national security, and regulation. The nightmares of any independent trucker or small-business person are being audited by the IRS, having communications surveilled, or being investigated by a government regulator or prosecutor.

The reach of the deep state ultimately is based on two premises. One, improper government-worker behavior is difficult to audit or at least to be held to account, given that it is protected by both union contracts and civil-service law. And, two, a government appointee or bureaucrat has the unlimited resources of the state behind him, while the targeted private citizen in a federal indictment, tax audit, or regulation violation not only does not, but is assumed also not to have the means even to provide an adequate legal defense.

In theory, the deep state should have been a nonpartisan meritocratic cadre of government officials who were custodians of a civil service that had often served Americans well and transcended changes in presidential administrations. The ranks of top government regulators, justices, executive officers, and bureaucrats would take advice, and often be drawn, from hallowed, supposedly apolitical East Coast institutions — the World Bank, the Council on Foreign Relations, the Federal Reserve, Ivy League faculties, Wall Street, and blue-chip Washington and New York law firms.

In fact, the deep state grew increasingly political, progressive, and internationalist. Its members and cultural outlook were shaped by the good life on the two coasts and abroad. And every four or eight years, it usually greeted not so much incoming Republican or Democratic presidents as much as fusion-party representatives with reputable résumés, past memberships in similar organizations, and outlooks identical to its own.

Then the disrupter Trump crashed in.

While the deep state was far too vast to be stereotypically monolithic in the Obama and Trump years, it was a general rule that it had admired Obama, who grew it, and it now loathed Trump, who promised to shrink it. Moreover, Trump did not, like most incoming and outgoing politicians, praise in Pavlovian fashion the institutions of Washington. Nothing to Trump was sacred. During and after the campaign, he blasted the CIA, the FBI, the IRS, and Department of Justice as either incompetent or prejudicial.

When Trump cited the Department of Veterans Affairs, it was to side with its victims, not its administrators or venerable history. In Trump’s mind, the problem with federal agencies was not just that they overreached and were weaponized, but that their folds of bureaucracy led to incompetency.

Trump was not so much critical as ignorant of the deep state’s rules and its supposed sterling record of stable governance. Trump proved willing to fire lifelong public servants. He ignored sober and judicious advice from Washington “wise men.” He appointed “crazy” outsiders skeptical of establishment institutions. He purged high government of its progressive activists. And he embraced deep-state heresies and blasphemies such as considering tariffs, questioning NATO, doubting the efficacy of NAFTA, whining about federal judges, and jawboning interest rates. He also left vacant key offices on the theory that one less deep-state voice was one less critic, and one less obstacle to undoing the Obama record.

In the meantime, establishment institutions provided the seasoned opposition to almost everything Trump did. They were likely the “senior officials” to whom an anonymous New York Times op-ed writer referred when he talked about an ongoing “resistance” inside the government to thwart the Trump agenda. In the conservative old days, a Republican president could call upon New York and Washington pundits and insiders — in the present generation, names such as David Brooks, David Frum, Bill Kristol, Bret Stephens, or George Will — for kitchen-cabinet advice. But now they were among Trump’s fiercest critics. Only in the matter of judicial appointments could Trump find seasoned and experienced conservatives eager to be appointed or advanced, and respected organizations such as the Federalist Society eager to help him ensure conservative justices.

As an initial result, Obama holdovers lingered everywhere in the executive branch and cabinet offices. They had no immediate desire to leave when obstruction, if caught, only won accolades. Almost immediately, Trump’s private phone calls with foreign leaders such as Mexican president Enrique Peña Nieto and Australian prime minister Malcolm Turnbull were leaked to the press and appeared as transcripts in the Washington Post.

In the 1970s, the military officer corps and the top ranks of the CIA, DOJ, and FBI were, in the eyes of the Left, synonymous with conspiracies like those in Seven Days in May and The Manchurian Candidate. Yet in 2016, these same institutions had been recalibrated by progressives as protectors of social justice against interlopers and bomb throwers such as Donald Trump. Whether it was scary or needed to have a secretive, unelected cabal inside the White House subverting presidential agendas depended on who was president.

During the Robert Mueller investigations, progressives usually defended the FISA-court-ordered intercepts of private citizens’ communications, despite the machinations taken to deceive FISA-court justices. Indeed, liberal critics suggested that to question how the multitude of conflicts of interest at the Obama DOJ and FBI had warped their presentations of the Steele dossier to the courts was in itself an obstruction of justice or downright unpatriotic.

News of FBI informants planted into the 2016 Trump campaign raised no eyebrows. Nor did the unmasking and leaking of the names of U.S. citizens by members of the Obama National Security Council. Former CIA director John Brennan and former director of national intelligence James Clapper soon became progressive pundits on cable news. While retaining their security clearances, they blasted Trump variously as a Russian mole, a foreign asset, treasonous, and a veritable traitor.

Both became liberal icons, despite their lucrative merry-go-rounds between Washington businesses and government service, and they sometimes lied under oath to Congress about all that and more.

On March 17, John Brennan, in objection to the firing of deputy director of the FBI, Andrew McCabe (who shortly would be found by the nonpartisan inspector general to have lied on four occasions to federal investigators, and was soon reportedly in legal jeopardy from a grand-jury investigation), tweeted about the current president of the United States: “When the full extent of your venality, moral turpitude, and political corruption becomes known, you will take your rightful place as a disgraced demagogue in the dustbin of history . . . America will triumph over you.”

In mid April, Brennan followed up with another attack on Trump: “Your kakistocracy [rule of the “worst people”] is collapsing after its lamentable journey. As the greatest Nation history has known, we have the opportunity to emerge from this nightmare stronger & more committed to ensuring a better life for all Americans, including those you have so tragically deceived.”

If such hysterics from the former head of the world’s premier spy agency and current MSNBC/NBC pundit seemed a near threat to a sitting president, then Samantha Power, former U.N. ambassador and a past ethics professor on the Harvard faculty, sort of confirmed that it really was: “Not a good idea to piss off John Brennan.”

Trump was warned by friends, enemies, and neutrals that his fight against the deep state was suicidal. Senate minority leader Chuck Schumer, just a few days before Trump’s inauguration, cheerfully forecast (in a precursor to Samantha Power’s later admonition) what might happen to Trump once he attacked the intelligence services: “Let me tell you: You take on the intelligence community — they have six ways from Sunday at getting back at you.”

Former administrative-state careerists were not shy about warning Trump of what was ahead. The counterterrorism analyst Phil Mudd, who had worked in the CIA and the FBI under Robert Mueller, warned CNN host Jake Tapper in August 2017 that “the government is going to kill” President Donald Trump. Kill? And what was the reason the melodramatic Mudd adduced for his astounding prediction? “Because he doesn’t support them.” Mudd then elaborated: “Let me give you one bottom line as a former government official. The government is going to kill this guy. The government is going to kill this guy because he doesn’t support them.” Mudd further clarified his assassination metaphor: “What I’m saying is government — people talk about the deep state — when you disrespect government officials who’ve done 30 years, they’re going to say, ‘Really?’”

It was difficult to ascertain to what degree Mudd was serious or exaggerating the depth of deep-state loathing of Trump.

Despite the predictions and expectations of nearly everyone associated with the establishment, in the first two years of his presidency, Trump has not resigned. He has not been impeached. He has not been indicted. He has not died or been declared non compos mentis. Trump did not govern as a liberal, as some of his Never Trump critics predicted. He had not been driven to seclusion by lurid exposés of his womanizing a decade earlier as a Manhattan television celebrity.

An administrative state, swamp, deep state, call it what you wish, was wrong about Trump’s nomination, his election, and his governance. It was right only in its warnings that he could be crude and profane, with a lurid past and an ethical necropolis of skeletons in his closet — a fact long ago factored and baked into his supporters’ votes.

At each stage, the erroneous predictions of the deep state prompted ever greater animus at a target that it could not quite understand, much less derail, and so far has not been able to destroy. By autumn 2018, the repetitive nightly predictions of cable-news pundits that the latest presidential controversy was a “bombshell,” or marked a “turning point,” or offered proof that “the walls were closing in,” or ensured that “impeachment was looming on the horizon,” had amounted to little more than monotonous and scripted groupthink.

Never before in the history of the presidency had a commander in chief earned the antipathy of the vast majority of the media, much of the career establishments of both political parties, the majority of the holders of the nation’s accumulated personal wealth, and the permanent federal bureaucracy.

And lived to tell the tale.

–This essay is adapted from Mr. Hanson’s new book, The Case for Trump, which Basic Books will publish in March.

Voir enfin:

Victor Davis Hanson
Hoover
February 18, 2019

As the 2020 election nears, there is as yet no coherent Democratic response to the Trump agenda. If Trump himself is unpopular and polarizing, his agenda is for the most part in sync with a majority of Americans who like the 3% annualized GDP growth; near-record peacetime unemployment; record natural gas and oil production; young, scholarly and constructionist justices; pro-Israel Mideast politics; and realism about NATO laxity, the flawed Iran Deal, and the Paris Climate Accord, Chinese mercantilism, and the past inability of the U.S. to translate battlefield victories abroad into lasting security and strategic advantages.

Yet hatred of Trump himself, as well as fear of a successful Trump agenda, has unhinged his opposition. From 2017-19, progressives sought to abort the Trump presidency through furor at his person and often pathetic attempts to invoke the Emoluments Clause, the 25th Amendment, the Logan Act, Articles of Impeachment, the Mueller special counsel investigation, former Deputy FBI Director Andrew McCabe’s counter-intelligence investigation of Trump, and cherry-picking federal justice to stay Trump initiatives. All failed. Now the Left has decided to offer not just invective, but a new array of alternatives—often of a radical sort that we have not seen or heard about since the 1960s.

The Democratic Party is now in the hands of newcomer establishment figures such as Senators Corey Booker, Kirsten Gillibrand, Kamala Harris, Mazie Hirono; socialist Bernie Sanders and Elizabeth Warren; newly elected representatives Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, and Rashida Tlaib; and activists like Linda Sasour, Al Sharpton, Maxine Waters, and the usual Hollywood celebrities—all of whom Sen. Minority Leader Chuck Schumer, Speaker Nancy Pelosi, and former Vice President Joe Biden futilely try to appease.

The result is that on almost every issue, the answer to Trump is neither liberal nor progressive, but nihilistic. The logical extreme alone ensures revolutionary purity even as it would result in chaos and destruction.

The new Democratic idea of Medicare for all is tantamount to Medicare for no one. Abolishing private insurance would crash the health-care system. Once everyone is let into the Medicare system–despite never having contributed to it–the entire notion of a generational and legal bond is shattered. If birth is to be rationed by radical abortionists, soon life will be too—and on the same premise that a supposed defective or unwanted infant is as much a burden to the family and society as is a sick or unproductive senior.

The leftwing rebuttal of Trump’s economic agenda is apparently not now a return to Obama tax schedules. Much less is it a point-by-point refutation of Trump’s efforts to reduce regulations and taxes.

Instead, new Democrats are calling for an unconstitutional “wealth tax” on the accumulation of already taxed income. They propose a radically new estate tax to confiscate already taxed income. And they envision new rates of 70% to 90% on the top brackets—on the logic that if the government does not get your savings account, or your estate, it can at least take your income.

The logic is again nihilistic: if lower taxes have created rare 3% per annum growth and near-record unemployment, then far higher taxes would do what exactly? Stall the economy to ensure a recession where everyone might be more equally poorer?

The country has long been divided on abortion, which has been legal by court decision for nearly half a century, with well over 50 million abortions performed since 1973. Half the country would still allow it; half want it ended.

A fourth of Americans would forbid it under all circumstances including rape of the mother; the other quarter of the public would allow it to the point of delivery—or even after.

Yet the new Democratic position, as we see from efforts in New York and Virginia and in other states, is well beyond extreme. As Virginia governor Ralph Northam articulated the new laxity: the mother and doctor after birth could in theory and in mutual consultation agree to kill the delivered infant—a position shared only by a few countries such as North Korea and China where it de facto occurs. Endangered species of snails, worms, and rodents in theory earn more protection from radical progressives than do third-trimester unborn babies and delivered infants, who can be deemed without legal protection.

Vastly expanded natural gas and oil production has ended the Persian Gulf stranglehold on US foreign policy. Cheap fuel has empowered the middle classes and helped to expand the economy as well as created trillions of dollars in national treasure.

Yet “The New Green Deal”, within a decade after its passing, would call for the end of the internal combustion engine, without ensuring that Americans have reasonable ground, air or sea transportation, affordable methods to heat and cool their homes, or the means to replace the sources of 83 percent of our generated electricity. Is the point to make power and fuel so expensive that few can use it—on the theory that the planet in 1840 was preferably cooler than it is now?

Again, these proposals are anarchic. They strain the imagination to find the most radical means necessary to destroy the very fabric of modern life as we know it, as if Venezuela, Cuba, and the old Soviet Union have taught us nothing.

According to a recent Yale-MIT joint study, nearly 20 million foreign nationals are currently residing in the U.S. illegally. In many places, the border is wide open. Local and state agencies are spending hundreds of billions of dollars to provide housing, food, education, legal counsel, and health care subsidies to those who crossed the border unlawfully. They do so often at the cost of shorting care to needy American citizens.

When immigration is illegal, en masse, non-meritocratic, and not diverse, then assimilation and integration lag, social tensions rise, and identity politics and tribalism are the result. Cynicism spreads among Americans who cannot, as illegal aliens do, pick and choose which federal laws they find inconvenient.  Legal would-be immigrants are considered veritable dunces, who wait years in line as lawbreakers cut in ahead of them.

What is new the Democratic solution for open borders? Forbid any border fence or wall, although border barriers were mainstream Democratic tenets during the passage of the Secure Fence Act of 2006? Abolish the bureau of Immigration and Custom Enforcement, currently the only impediment between an additional 40-50 million illegal arrivals, given that international polls suggest as many as half the populations of Central American and Mexico would prefer to emigrate to the United States?

Currently, students and graduates owe collectively about $1.5 trillion in school debt, largely as a result of spiraling college costs. Universities have long jacked up the rates of tuition, and room and board, above the rate of inflation. The assurance of government-backed student loans has proved a narcotic for prodigality, especially given that such ensured obligations were never predicated on the applicants’ ability to repay such indebtedness.

The responsible bipartisan solution might be to work with higher education to reduce costs. More competition is needed in the financial market place. More online education, and on-the-job training and trade schools, can offer alternatives to traditional higher education.

Radical reforms within universities might include truth in advertising about the costs versus the benefits of a bachelor’s degree.  Tenure should be replaced by periodic contracts.  A national exit exam is needed for the granting of a BA—a sort of exit ACT or SAT to ensure the degree means something. Future teachers should be able to substitute an academic MA for the School of Education’s monopoly over the teaching credential.

In contrast, the nihilist approach would be to cancel all student debt, and make college “free” for all. Thereby, we would send a message to those who forewent college and have been working since 18 that they must shoulder the burden of the educational debts of their peers. Universities would feel little need to reform. Students would be even less pressured to finish their studies in a normative four years or to concentrate on curriculum choices that guaranteed literacy and fact-based education.

Why has the Democratic Party veered so sharply to the hard Left to the point of anarchism?

If Donald Trump is the catalyst, the genesis of the new radicalism preceded him. The half-century obsession with identity politics, especially tribal identification and victimhood, taught an entire generation that one’s essence is defined by superficial appearance or lineage, not innate character.

For about a half century, universities have eroded inductive and empirical education. Instead, deduction and advocacy took its place—and to such a degree that to question man-made global warming, the dogma of racial separatism and chauvinism, radical abortion, or gay marriage became taboo and proof of near criminality.

But advocacy for generations of youth also came at a price of not learning history, languages, science, math, and literature, the age-old menu of broad liberal arts education.  And the result is reified by the emergence of Rep. Alexandria Ocasio-Cortez, whose arrogance and ignorance are emblematic of the worth of a costly Boston University degree. Never have self-professed radicals been so class-conscious in self-referencing their degrees from bourgeoisie institutions, and so vehement in espousing agendas about which they can provide no logical arguments or data.

Most of the nihilistic positions are also funded by wealthy Americans on behalf of poor Americans. Rich leftwing activism reflects a an almost Medieval desire for penance and exemption. Progressive philanthropists virtue-signal their class solidarity without real costs to their own privilege, while assuaging abstract guilt. In other words, never have the representatives of the very rich and the subsidized poor been so eager to make the middle classes pay for their agendas.

Finally, the new nihilism is often advanced through social media and the Internet. These are frighteningly intrusive media in which millions can electronically and anonymously bully, pontificate, and slander without consequence, and in the expectation that the more radical, the more instantaneous, and the more polarizing an argument, the more likely it will gain attention from the internet mob. We saw the dangers of the electronic mob in the smearing of the Covington high schoolers and the supposed “hate crime”  against Jussie Smollett.

Force-multipliers of this new thumbs-up/thumbs-down electronic absolutism are the providers themselves, such as Google, Facebook, Twitter, and Apple. In various ways, Silicon Valley has been caught censoring traditional views, warping searches to promote progressivism, and banning participants in asymmetrical partisan fashion.

In sum, the emerging alternative to Trump is not Democratic pragmatism, but an angry nihilism that is as incoherent as it is destructive.


Montée aux extrêmes: Vous avez dit République de la haine ? (Extreme democracy: from their country’s elites or their common people, Trump and Macron seem to attract more hatred than anyone can remember)

3 février, 2019
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Emmanuel Macron à l'Elysée le 9 février dernier.

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
L’exigence chrétienne a produit une machine qui va fonctionner en dépit des hommes et de leurs désirs. Si aujourd’hui encore, après deux mille ans de christianisme, on reproche toujours, et à juste titre, à certains chrétiens de ne pas vivre selon les principes dont ils se réclament, c’est que le christianisme s’est universellement imposé, même parmi ceux qui se disent athées. Le système qui s’est enclenché il y a deux millénaires ne va pas s’arrêter, car les hommes s’en chargent eux-mêmes en dehors de toute adhésion au christianisme. Le tiers-monde non chrétien reproche aux pays riches d’être leur victime, car les Occidentaux ne suivent pas leurs propres principes. Chacun de par le vaste monde se réclame du système de valeurs chrétien, et, finalement, il n’y en a plus d’autres. Que signifient les droits de l’homme si ce n’est la défense de la victime innocente? Le christianisme, dans sa forme laïcisée, est devenu tellement dominant qu’on ne le voit plus en tant que tel. La vraie mondialisation, c’est le christianisme! René Girard
Ça n’est pas la République des fusibles, la République de la haine. On ne peut pas être chef par beau temps. S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent le chercher. Je réponds au peuple français. Emmanuel Macron (24.07.2018)
Parce qu’on veut à tout prix se débarrasser de Trump. Joy Behar
Because we’re desperate to get Trump out of office. That’s why. I think the press jumps the gun a lot because we just — we have so much circumstantial evidence against this guy that we basically are hoping that Cohen has the goods and what have you and so it’s wishful thinking. Joy Behar
Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calme de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète, si j’oublie tout cela, ce sera le début de l’épreuve. Emmanuel Macron
Je n’ai pas souvenir que des gens aient été écartés pour des questions de morale, il n’y a pas eu de jury de moralité pour savoir si quelqu’un pouvait devenir ministre ou pas.  (…) Je n’ai pas demandé au Premier ministre si les ministres avaient fait l’objet de plainte regardée par les juges et classée sans suite parce que les faits étaient non établis et prescrits. (…) Il faut collectivement qu’on se méfie. La question est de savoir où commence le sérieux et où doit s’arrêter la nécessaire transparence et le jeu des contre-pouvoirs. On veut que les dirigeants soient exemplaires. On s’est donné des règles. Mais quand le but des contre-pouvoirs finit par être de détruire ceux qui exercent le pouvoir sans qu’il n’y ait de limite ni de principe, ce n’est plus une version équilibrée de la démocratie. Penser que quelque chose qui a été regardé, jugé, devrait, soit nous conduire à écarter quelqu’un du pouvoir, soit à l’empêcher d’exercer, ça devient une forme de République du soupçon. Emmanuel Macron
La première bataille, c’est de loger tout le monde dignement. Je ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois. C’est une question de dignité, une question d’humanité et d’efficacité. Emmanuel Macron
Je suis le fils de cette crise. Toutes les colères que vous évoquez aujourd’hui, ce sont elles qui m’ont porté. (…) On écrase tous nos débats en France sur la fiscalité. On pense qu’on règle tout par la fiscalité. On ne règle pas par la fiscalité les vrais inégalités de départ. J’ai supprimé l’ISF pour réindustrialiser le pays, créer de l’emploi. La vraie inégalité, c’est le chômage. Est-ce qu’il y a deux ans, on vivait mieux quand il y avait l’ISF, est-ce qu’il y avait moins de SDF ? Non. Je n’ai pas supprimé l’ISF pour faire des cadeaux à certains, c’est pour qu’ils réinvestissent dans le pays. Je n’ai pas pris l’engagement de campagne qu’il y ait zéro SDF. J’entends beaucoup ça mais je n’ai jamais dit ça. J’ai eu un mot sur les demandeurs d’asile qui dorment dehors. Emmanuel Macron (24.01.2109)
Nous n’avons pas réussi. Il y a des publics fragiles qui sont en dehors des politiques publiques mises en places et (…) la pression migratoire forte en fin de trimestre.  (…) ces dernières années, de nombreuses places en chambres d’hôtel ont été ouvertes (…) ce n’est pas une bonne mesure, car on laisse les gens loin de la socialisation. aujourd’hui, on diminue la part des chambres d’hôtel pour faire de la place aux pensions de famille. Ne plus avoir de personnes qui dorment dans la rue doit rester un objectif, on ne peut pas s’accommoder de cette situation. Emmanuel Macron
Selon les chiffres donnés par certaines associations, le nombre de sans-abri s’élève à 200.000 en France. Ce sont majoritairement des hommes seuls, auxquels s’ajoutent de plus en plus de familles, notamment des familles de migrants, en situation irrégulière ou en situation de demande d’asile. RTL
J’ai été élu par les Français. (…) Il y a des gens qui pensent comme ça, avec d’ailleurs, je dois dire, des relents de choses que j’aime pas beaucoup (…) Parce que derrière, ça s’appellerait la banque Dupont, il y aurait certainement moins d’arguments !  Et ça, ça me plait pas dans votre réflexion. Il y a des gens qui vous mettent comme ça un poinçon (…) Vous savez, je suis pas un héritier. Moi, je suis né à Amiens, il y a personne personne dans ma famille qui était banquier, ni politicien, ni énarque. Ce que je dois, je le dois à une famille qui m’a appris le sens de l’effort. Ceux qui m’ont élevé, qui m’ont éduqué et après, j’ai jamais lâché le morceau ! Donc, si j’étais né banquier d’affaires, vous pourriez me faire la leçon. Si j’étais né avec une petite cuillère dans la bouche ou fils de politicien, vous pourriez me faire la leçon, c’est pas le cas ! Donc je peux vous regarder en face. Vous pouvez ne pas aimer les banquiers, en attendant, vous aurez pas de prêt sans banquier. C’est comme ça !  Emmanuel Macron (24.01.2019)
The news obsesses over the recent government shutdown, the latest Robert Mueller arrest and, of course, fake news—from the BuzzFeed Michael Cohen non-story to the smears of the Covington Catholic High School students. But aside from the weekly hysterias, the world has dramatically changed since 2016 in ways we scarcely have appreciated. The idea that China systematically rigged trade laws and engaged in technological espionage to run up huge deficits is no longer a Trump, or even a partisan, issue. The world did not fall apart after the U.S. pulled out of the flawed Iran nuclear deal. Most yawned when the U.S. left the symbolic but empty Paris Climate Accord. Ditto when the U.S. moved its embassy in Israel from Tel Aviv to Jerusalem. There is also a growing, though little reported, consensus about what created the current economic renaissance: tax cuts, massive deregulation, recalibration of trade policy, tax incentives to bring back offshore capital, and dramatic rises in oil and natural gas production. Although partisan bickering continues over the extent of the upswing, most appreciate that millions of Americans are now back again working—especially minority youth—in a manner not seen in over a decade. For all the acrimony about illegal immigration, the government shutdown over the wall and the question of amnesties, most Americans also finally favor some sort of grand bargain compromise. The public seems to be agreeing that conservatives should get more border fencing or walls in strategic areas, an end to new illegal immigration and deportation for those undocumented immigrants with criminal records. Liberals in turn will likely obtain green cards for those long-time immigrants here illegally who have a work history and have not committed violent crimes. Both sides will be forced to agree that illegal immigration, sanctuary cities and open borders should end and legal immigration should be reformed. Today U.S. foreign policy actually reflects those paradoxes. The public supports a withdrawal from the quagmires in Afghanistan and Syria. But it also approved of bombing ISIS into retreat and muscular efforts to denuclearize North Korea. Two years ago, most Americans accepted that the European Union and NATO were sacrosanct status quo institutions beyond criticism. Today there is growing agreement that our NATO allies will only pay their fair share of mutual defense if they are forced to live up to their promises. Most Americans have now concluded that while the EU may be necessary to prevent another intra-European war, it is increasingly a postmodern, anti-democratic and unstable entity. (…) Trump has not changed his campaign reputation for being mercurial, crass and crude. But what has changed is the media’s own reputation in its hysterical reaction to Trump. Instead of empirical reporting, the networks and press have become unhinged. When reporting of the presidency has proved 90 percent negative, and false news stories are legion, the media are no longer seen as the remedy to Trump but rather an illness themselves. Since 2016, polls show that Americans have assumed that the proverbial mainstream media cannot be counted on for honest reporting but will omit, twist and massage facts and evidence for the higher “truth” of neutralizing the Trump presidency. When asked on “The View” why so often the liberal press keeps making up facts, “jumps the gun” and has to “walk stuff back when it turns out wrong,” Joy Behar honestly answered, “Because we’re desperate to get Trump out of office. That’s why.” Trump’s popularity is about where it was when he was elected—ranging on average from the low to mid-forties. But many of his policies have led to more prosperity and address festering problems abroad. And despite the negative news, they are widely supported, even—or especially—if Trump himself is not given proper credit for enacting most of them. Victor Davis Hanson
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Parfois, la durée du règne [du nouveau roi] est fixée dès le départ: les rois de Djonkon (…) régnaient sept ans à l’origine. Chez les Bambaras, le nouveau roi déterminait traditionnellement lui-même la longueur de son propre règne. On lui passait au cou une bande de coton, dont deux hommes tiraient les extrémités en sens contraire pendant qu’il extrayait d’une calebasse autant de cailloux qu’il pouvait en tenir. Ces derniers indiquaient le nombre d’années de son règne, à l’expiration desquelles on l’étranglait. (…) Le roi paraissait rarement en public. Son pied nu ne devait jamais toucher le sol, car les les récoltes en eussent été desséchées; il ne devait rien ramasser sur la terre non plus. S’il venait à tomber de cheval, on le mettait autrefois à mort. Personne n’avait le droit de dire qu’il était malade; s’il contractait une maladie grave, on l’étranglait en grand secret. . . . On croyait qu’il contrôlait la pluie et les vents. Une succession de sécheresses et de mauvaises récoltes trahissait une relâchement  de sa force et on l’étranglait en secret la nuit. Elias Canetti
Le roi ne règne qu’en vertu de sa mort future; il n’est rien d’autre qu’une victime en instance de sacrifice, un condamné à mort qui attend son exécution. (…) Prévoyante, la ville d’Athènes entretenait à ses frais un certain nombre de malheureux […]. En cas de besoin, c’est-à-dire quand une calamité s’abattait ou menaçait de s’abattre sur la ville, épidémie, famine, invasion étrangère, dissensions intérieures, il y avait toujours un pharmakos à la disposition de la collectivité. […] On promenait le pharmakos un peu partout, afin de drainer les impuretés et de les rassembler sur sa tête ; après quoi on chassait ou on tuait le pharmakos dans une cérémonie à laquelle toute la populace prenait part. […] D’une part, on […] [voyait] en lui un personnage lamentable, méprisable et même coupable ; il […] [était] en butte à toutes sortes de moqueries, d’insultes et bien sûr de violences ; on […] [l’entourait], d’autre part, d’une vénération quasi-religieuse ; il […] [jouait] le rôle principal dans une espèce de culte.  René Girard
Le roi a une fonction réelle et c’est la fonction de toute victime sacrificielle. Il est une machine à convertir la violence stérile et contagieuse en valeurs culturelles positives. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Le règne du roi n’est que l’entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent. Gil Bailie
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du «Fillongate», puis face à un adversaire «repoussoir», dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de «choisir»? Tandis que la France «d’en haut» célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir? Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style «jeunesse dorée», son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la «France d’en haut», médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains. Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec «En marche», une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel «hyperprésident» censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de «l’hyperprésidence» qui mène tout droit au statut de «coupable idéal» des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958. Maxime Tandonnet (07.05.2017)
La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle n’a rien d’une surprise. Il fallait s’y attendre. La vie politique française n’a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l’ascendant. Dans l’histoire, les hommes d’État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort (…) Dans mon livre les Parias de la République(Perrin, 2017), j’ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d’État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu’aux yeux de la postérité. Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l’autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d’une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l’État, le vertige de l’humiliation. La diabolisation des hommes politiques s’accélère: non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L’hécatombe est désormais inarrêtable… Sans aucun doute, le tour viendra d’Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d’une image. (…) Oui, il fallait s’attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l’emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille – et mauvaise – habitude française. Alexandre Millerand , Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l’Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets? Combien de fils et de fille «de» ont hérité de la position politique de leur père? 20% des parlementaires emploient un membre de leur famille. L’un des plus hauts responsables actuels de la République a l’habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l’évidence, cette pratique n’est pas à l’honneur de notre République. Mais tout le monde s’en est jusqu’à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s’est interrogé sur la nature et l’effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon. (…) L’homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l’impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase: «On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle. Mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis, rien de ce qui m’a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques». Peut-il réussir? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électoral: emprise de l’émotionnel ou choix d’un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s’imposer: l’urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d’idées et non plus l’émotion – entre haine et idolâtrie – autour de personnages publics. Maxime Tandonnet (30.01.2017)
Un homme d’État doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’État est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans Le Coup d’État permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de «caudillo, duce, führer…». C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle. (…) la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Édith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérantes. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la «réhabiliter» parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigt sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Édith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos. (…) Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias… (…) [François Fillon] a le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait tout acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultramédiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’État, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun. Maxime Tandonnet (13.01.2017)
La suppression de l’ISF symbolise à elle seule la fin de la solidarité des plus riches avec le reste de la société. Macron a aussi procédé à la création d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU ou flat-tax) sur les revenus du capital, mesure moins connue du grand public mais tout aussi importante. Non seulement, les riches ne sont plus concernés par la solidarité nationale mais en plus on les dispense de la progressivité de l’impôt sur les revenus du capital, c’est-à-dire de payer leurs impôts à hauteur de leur fortune. Que vous ayez seulement quelques actions, pour peu que vous en ayez, ou que vous soyez Bernard Arnault, vous paierez tous le même impôt forfaitaire. Avec Macron, les impostures se font en cascade. Car en répétant à l’envi que cet impôt forfaitaire était de 30 %, le gouvernement a oublié de préciser que ce chiffre comprend aussi le prélèvement social, la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie et le prélèvement de solidarité. Au final, l’impôt forfaitaire en tant que tel n’est que de 12,8 %. Cela signifie que le plus mal payé des contribuables paie plus en impôts sur le revenu que le plus riche des actionnaires sur chaque euro de dividendes perçus. (…) Plus encore que chez ses prédécesseurs, le profil d’Emmanuel Macron se prête à la sociologie bourdieusienne, son habitus étant en adéquation parfaite avec les conditions de la pratique de sa position sociale. Autrement dit, sa manière d’être et de gouverner est très liée au milieu dans lequel il évolue : celui du pouvoir et de l’argent. Le storytelling médiatico-politique qui a entouré son élection a voulu nous faire croire à un ovni politique, sans passif. Mais notre enquête, qui croise le contenu de sa politique sociale et économique avec sa trajectoire sociobiographique et les réseaux oligarchiques, démontre qu’il est bien un enfant du sérail, adoubé par les puissants et soutenu par de généreux donateurs. A sa sortie de l’ENA, il intègre l’inspection des finances sous la direction de Jean-Pierre Jouyet, une des figures centrales du maillage oligarchique français. Très vite, Macron participe à la fameuse «commission Attali» («pour la libéralisation de croissance») sous Sarkozy, où il rencontre les plus grands patrons. Il occupe ensuite un poste de directeur à la banque Rothschild et devient en même temps le meneur du volet économique de la campagne de François Hollande pour la présidentielle. Entre la création du CICE et le pacte de responsabilité, il imprègne ensuite le mandat socialiste de la politique de l’offre selon laquelle plus on donne aux entreprises, plus elles investissent dans l’appareil productif. Enfin, il se sert de son poste de ministre l’Economie pour concourir à la mandature suprême. (…) Macron est pieds et poings liés aux ultra-riches qui ont financé sa campagne. Il est leur obligé. Prenons une fois de plus l’exemple de la suppression de l’ISF. Cette mesure devait intervenir au 1er janvier 2018. Or sa suppression est une des premières décisions prises par Macron en octobre 2017. Cette façon de précipiter l’agenda politique néolibéral est symptomatique de la pression exercée par les puissants, les nantis, les actionnaires et les créanciers qui utilisent l’argent comme arme d’asservissement et de division des individus. Pour autant, les gilets jaunes font preuve d’une unité remarquable. En tant que sociologues, nous n’avions jamais imaginé qu’un jour un tel mouvement social surgirait. On s’est beaucoup fait à l’idée que les gens modestes, rivés aux urgences d’une vie quotidienne difficile, trouveraient leur bonheur dans l’achat d’un pavillon individuel installé à proximité d’un centre commercial. Comme si le bonheur était dans le magasin où l’on achète le dernier iPhone. C’était un leurre. Nous nous réjouissons de la colère qu’expriment les gilets jaunes. Elle ne s’arrêtera pas. Le processus est irréversible. Pour la première fois, ils ont permis d’interconnecter toutes les inégalités à partir d’une question à la fois de pouvoir d’achat et d’écologie. Ils ont mis en lumière l’imposture écologique du gouvernement. Nous savons désormais que seuls 19 % des recettes de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) seront directement dédiés à l’écologie. (…) En refusant d’être parqués sur le Champ-de-Mars le 24 novembre, ils ont attaqué les hauts lieux du pouvoir. Ils ont dénoncé l’agrégation spatiale des élites sociales dans les quartiers huppés. Cela s’est fait grâce au court-circuitage des corps intermédiaires, ne se laissant pas prendre au piège institutionnel. En se rassemblant aux abords des Champs-Elysées, les gilets jaunes ont fait le choix de ne pas s’attaquer à leurs patrons, puisqu’ils ne sont pas en grève, mais de s’adresser directement à Macron en tant que chef d’entreprise de la France. C’est Macron le capitaliste en chef qui mène la guerre de classes en France. «Le chef, c’est moi !» avait-il dit le 14 juillet 2017. C’est donc lui que les gilets jaunes interpellent. Logique. Maintenant, il faut espérer une convergence des luttes avec les syndicats, les cheminots et autres militants de gauche. Il faut être attentif à ne pas s’opposer les uns aux autres. Les gilets jaunes nous rendent le service du siècle. Monique Pinçon-Charlot
Les tyrans ont plus souvent suscité la passion et la fascination que la haine. (…) La haine personnelle qui s’attache aujourd’hui à la personne du président de la République est inédite. (…) L’explication par la seule politique semble insuffisante même s’il ne faut pas la négliger. Il est vrai que la concentration du pouvoir a pour effet de concentrer aussi les critiques et les indignations. On le sait, la Ve république confie l’essentiel du pouvoir à un monarque républicain élu par le peuple. Les révisions constitutionnelles n’ont cessé de renforcer le pouvoir du président, de l’élection au suffrage universel direct en 1962 à l’introduction du quinquennat et l’élection législative dans la foulée en 2000, sans oublier les effets de la pratique gouvernementale. En sorte que l’affaiblissement progressif des corps intermédiaires n’est pas seulement dû à la personnalité des présidents ou à leur appétit de pouvoir, mais des institutions elles-mêmes. En 1968, on s’inquiétait de ce qu’entre le général de Gaulle et Daniel Cohn-Bendit il n’y eût pas de corps intermédiaires et que la révolte des étudiants, qui souhaitaient entrer dans les dortoirs des filles, débouchât finalement sur une remise en cause de toutes les institutions. Pourtant, à l’époque, le Premier ministre négocia avec les syndicats les accords de Grenelle. Les partis politiques, en particulier le Parti communiste, pouvaient apparaître débordés par les manifestants gauchistes, mais ils organisaient encore les débats et les élections. L’élection continuait à définir la légitimité des gouvernants, seuls quelques gauchistes faisaient écho à la formule inoubliable de Jean-Paul Sartre, « élection piège à cons », quand le président de la République décida de dissoudre l’Assemblée nationale. Le Parti communiste se mit immédiatement en ordre de bataille pour organiser la campagne électorale et personne ne contesta la légitimité de l’Assemblée « introuvable » qui fut élue en juin 1968. Les institutions politiques n’ont pas changé mais aujourd’hui le délitement de la société de la démocratie qu’en empruntant à Montesquieu, j’ai appelée « extrême » est frappant. Toutes les institutions sont contestées. Seule la CFDT s’efforce héroïquement de contribuer aux débats publics, mais les autres syndicats, les partis traditionnels semblent épuisés, les pouvoirs locaux assurent la gestion et s’opposent au gouvernement central, le rôle des assemblées est affaibli et l’on n’est pas sûr qu’une dissolution de l’Assemblée nationale redonnerait une légitimité politique au président légitiment élu en 2017 et dont le mandat s’achève en 2022. Le mouvement des Gilets jaunes qui se veut sans chefs et sans organisation, purement « transversal », qui refuse de se plier aux règles qui organisent les manifestations et remet en cause la légitimité du président est à l’image d’une société qui, en profondeur, refuse les hiérarchies, l’autorité, les distinctions et les compétences. Lorsque le dialogue démocratique, qui fait appel à la raison commune, n’est plus possible, il reste la violence et la haine. La démocratie « extrême » donne à cette haine une forme particulière. Dans le monde de la passion de l’égalité et du refus de la reconnaissance des compétences, le président actuel n’est plus seulement celui qui concentre le pouvoir, et, à ce titre, concentre les critiques, comme les précédents présidents de la République. Il est celui qui tranche radicalement avec la passion égalitaire. Il est scandaleux qu’il soit aussi jeune et talentueux. De plus, il semble n’avoir connu ni les épreuves ni les échecs. Mitterrand n’a été élu qu’après une longue vie publique et deux échecs à l’élection présidentielle, Chirac n’est devenu président de la République qu’après de longues souffrances politiques et deux échecs : ces cicatrices l’ont comme rapproché de ses électeurs. Le terme d’arrogant, qui est en train de devenir une sorte d’adjectif homérique, traduit la haine à l’égard de celui qui n’a pas traversé les épreuves initiatiques. Le seul précédent qu’on puisse évoquer est celui de Valéry Giscard d’Estaing qui, à la fin de son septennat, a cristallisé une haine dont l’origine était comparable : personnalité politique talentueuse, brillant pédagogue, jeune et beau, à la silhouette athlétique. Mais cette haine fut beaucoup moins violente que celle à laquelle nous assistons aujourd’hui. La démocratie était alors moins « extrême ». La haine à l’égard de Nicolas Sarkozy était teintée d’agacement, mais sa vulgarité apparente et son goût affiché de l’argent et de la réussite matérielle n’étaient pas étrangers à ses électeurs ; si les intellectuels le trouvaient odieux, ce n’était pas le cas de la majorité de ses partisans. Quant à François Hollande, le sentiment dominant était le mépris plutôt que la haine. Or, le mépris donne des satisfactions, puisqu’il procure l’agréable impression que les autres ne nous sont pas supérieurs. Se sentir supérieur suscite un sentiment de confiance en soi – ce qui fait dire à certains anthropologues que notre appétence pour le malheur d’autrui serait un héritage des sociétés primitives. Il est difficile de mépriser l’actuel président de la République. Son électorat se recrute d’ailleurs parmi les plus diplômés et les plus assurés dans la vie sociale. En revanche, il est la victime de ce qu’on peut appeler une haine démocratique. La société démocratique, où toutes les fonctions sont formellement ouvertes à tous, suscite les espoirs et les ambitions. Elle multiplie en conséquence, à tous les niveaux le nombre des déçus et des humiliés. En organisant une concurrence générale qui ouvre formellement à tous toutes les possibilités et toutes les positions sociales, elle n’accorde plus d’excuses aux échecs inévitables que les individus n’ont plus la ressource d’expliquer par la volonté de Dieu, la naissance ou le destin. En proclamant l’égalité des chances et la méritocratie républicaine, elle déçoit inévitablement ceux qui ne réussissent pas, en nourrissant leur sentiment de l’injustice sociale et leurs ressentiments. Tous les démocrates sont jugés responsables de leurs propres échecs, alors que ceux-ci ont des causes sociales autant que personnelles. Les démocrates risquent donc de devenir insatisfaits et envieux. Ils font tous l’expérience de l’échec – même les anciens présidents de la République qui ne sont pas réélus – et nourrissent le ressentiment et la haine pour ceux qui sont trop évidemment et trop publiquement dotés par la nature des « talents » et des « vertus » qui, selon la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, sont les seules distinctions sociales légitimes et qui, ensuite, n’ont connu dans leur vie que les succès. Par leurs échecs avant leur élection, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient démontré une forme de proximité avec leurs électeurs. Il faut ajouter le rôle que jouent désormais les réseaux sociaux qui révèlent, sans aucun contrôle, des faits jugés d’autant plus scandaleux qu’on ne vérifie pas leur véracité et donnent une illusion de transparence et de compréhension sur des sujets, par définition complexes. La maîtrise dont a fait preuve le président de la République six heures devant des maires ruraux, démontrant sa connaissance des dossiers et même sa capacité à écouter et ses qualités de pédagogue, risque de renforcer cette image : il est trop jeune et trop intelligent. Arrogant en un mot… On peut craindre que nombre d’électeurs, devant ce spectacle, se sentent aussi humiliés que Mme Le Pen lors du fameux débat d’entre les deux tours de l’élection présidentielle. Lors de ce moment historique, combien d’entre eux, devant la supériorité aveuglante du futur Président de la République, se sont sentis solidaires d’une candidate écrasée par la compétence de son concurrent ? Comment alors répondre autrement que par la haine ? Dominique Schnapper

Quand il ne reste plus que la haine …

A l’heure de cet étrange et formidable chassé croisé …

Qui voit en dépit ou plutôt à cause de ses formidables succès économiques comme diplomatiques …

La tête d’un président américain littéralement mise à prix par les élites, presse comprise, de son propre pays …

Tandis que de ce côté-ci de l’Atlantique …

Désormais contraint de jouer les bateleurs de foire dans les sous-préfectures …

Le bénéficiaire du casse du siècle d’il y a à peine deux ans face au véritable assassinat politique de ses concurrents …

Se retrouve, via le mouvement des gilets jaunes, conspué depuis des mois par la base cette fois de sa population …

Comment ne pas voir …

Au-delà du « service du siècle », pour reprendre l’expression de la sociologue Monique Pinçon-Charlot, que nous rendent effectivement les gilets jaunes …

Avec la mise à jour non seulement de l’explosion d’inégalité que produit la mondialisation

Mais également face à ses perdants la profonde solidarité de classe et le mépris de ses gagnants  …

Cette montée aux extrêmes de la démocratie …

Que rappelle la sociologue Dominique Schnappner …

Ou poussé par la passion de l’égalité qu’avait si bien repéré Tocqueville …

Qui en organisant, égalité des chances et méritocratie républicaine obligent, une concurrence générale ouvrant formellement à tous toutes les possibilités et toutes les positions sociales …

Ne peut manquer de produire l’envie et le ressentiment parmi ses inévitables perdants et frustrés …

Et transformer pour les plus dotés comme l’avait rappelé René Girard …

Dans cet « entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent » qu’est (re)devenu, réseaux sociaux aidant, un mandat présidentiel …

La fascination des débuts en la plus grande des haines ?

Emmanuel Macron: pourquoi cette haine?
Dominique Schnapper
Telos
28 janvier 2019

Un souvenir de mars 1953, au début de ma classe d’hypokhâgne au lycée Fénelon : les larmes de l’une de mes camarades venue de Tunisie. Nous venions d’apprendre la mort de Staline. L’émotion était largement répandue, bien au-delà des militants du parti communiste. Les tyrans ont plus souvent suscité la passion et la fascination que la haine.
Un degré inédit de haine

La haine personnelle qui s’attache aujourd’hui à la personne du président de la République est inédite. A l’égard de leurs gouvernants, les Français ont manifesté au cours de l’histoire des sentiments divers et extrêmes, de l’admiration à l’attachement jusqu’à la détestation. On fait volontiers l’hypothèse que la mort de Louis XVI reste un impensé de notre histoire qui continue à marquer notre vie collective. Mais la passion autour de la personne d’Emmanuel Macron nous a pris par surprise. On peut évidemment critiquer sa politique ou son style personnel, pointer ses maladresses ou ses provocations, mais n’est-ce pas le cas de tous ceux qui sont dans l’action ?

L’explication par la seule politique semble insuffisante même s’il ne faut pas la négliger. Il est vrai que la concentration du pouvoir a pour effet de concentrer aussi les critiques et les indignations. On le sait, la Ve république confie l’essentiel du pouvoir à un monarque républicain élu par le peuple. Les révisions constitutionnelles n’ont cessé de renforcer le pouvoir du président, de l’élection au suffrage universel direct en 1962 à l’introduction du quinquennat et l’élection législative dans la foulée en 2000, sans oublier les effets de la pratique gouvernementale. En sorte que l’affaiblissement progressif des corps intermédiaires n’est pas seulement dû à la personnalité des présidents ou à leur appétit de pouvoir, mais des institutions elles-mêmes. En 1968, on s’inquiétait de ce qu’entre le général de Gaulle et Daniel Cohn-Bendit il n’y eût pas de corps intermédiaires et que la révolte des étudiants, qui souhaitaient entrer dans les dortoirs des filles, débouchât finalement sur une remise en cause de toutes les institutions. Pourtant, à l’époque, le Premier ministre négocia avec les syndicats les accords de Grenelle. Les partis politiques, en particulier le Parti communiste, pouvaient apparaître débordés par les manifestants gauchistes, mais ils organisaient encore les débats et les élections. L’élection continuait à définir la légitimité des gouvernants, seuls quelques gauchistes faisaient écho à la formule inoubliable de Jean-Paul Sartre, « élection piège à cons », quand le président de la République décida de dissoudre l’Assemblée nationale. Le Parti communiste se mit immédiatement en ordre de bataille pour organiser la campagne électorale et personne ne contesta la légitimité de l’Assemblée « introuvable » qui fut élue en juin 1968.

Les institutions politiques n’ont pas changé mais aujourd’hui le délitement de la société de la démocratie qu’en empruntant à Montesquieu, j’ai appelée « extrême » est frappant[1]. Toutes les institutions sont contestées. Seule la CFDT s’efforce héroïquement de contribuer aux débats publics, mais les autres syndicats, les partis traditionnels semblent épuisés, les pouvoirs locaux assurent la gestion et s’opposent au gouvernement central, le rôle des assemblées est affaibli et l’on n’est pas sûr qu’une dissolution de l’Assemblée nationale redonnerait une légitimité politique au président légitiment élu en 2017 et dont le mandat s’achève en 2022. Le mouvement des Gilets jaunes qui se veut sans chefs et sans organisation, purement « transversal », qui refuse de se plier aux règles qui organisent les manifestations et remet en cause la légitimité du président est à l’image d’une société qui, en profondeur, refuse les hiérarchies, l’autorité, les distinctions et les compétences.

Lorsque le dialogue démocratique, qui fait appel à la raison commune, n’est plus possible, il reste la violence et la haine. La démocratie « extrême » donne à cette haine une forme particulière. Dans le monde de la passion de l’égalité et du refus de la reconnaissance des compétences, le président actuel n’est plus seulement celui qui concentre le pouvoir, et, à ce titre, concentre les critiques, comme les précédents présidents de la République. Il est celui qui tranche radicalement avec la passion égalitaire. Il est scandaleux qu’il soit aussi jeune et talentueux. De plus, il semble n’avoir connu ni les épreuves ni les échecs. Mitterrand n’a été élu qu’après une longue vie publique et deux échecs à l’élection présidentielle, Chirac n’est devenu président de la République qu’après de longues souffrances politiques et deux échecs : ces cicatrices l’ont comme rapproché de ses électeurs. Le terme d’arrogant, qui est en train de devenir une sorte d’adjectif homérique, traduit la haine à l’égard de celui qui n’a pas traversé les épreuves initiatiques.

Le seul précédent qu’on puisse évoquer est celui de Valéry Giscard d’Estaing qui, à la fin de son septennat, a cristallisé une haine dont l’origine était comparable : personnalité politique talentueuse, brillant pédagogue, jeune et beau, à la silhouette athlétique. Mais cette haine fut beaucoup moins violente que celle à laquelle nous assistons aujourd’hui. La démocratie était alors moins « extrême ».

La haine à l’égard de Nicolas Sarkozy était teintée d’agacement, mais sa vulgarité apparente et son goût affiché de l’argent et de la réussite matérielle n’étaient pas étrangers à ses électeurs ; si les intellectuels le trouvaient odieux, ce n’était pas le cas de la majorité de ses partisans. Quant à François Hollande, le sentiment dominant était le mépris plutôt la haine. Or, le mépris donne des satisfactions, puisqu’il procure l’agréable impression que les autres ne nous sont pas supérieurs. Se sentir supérieur suscite un sentiment de confiance en soi – ce qui fait dire à certains anthropologues que notre appétence pour le malheur d’autrui serait un héritage des sociétés primitives. Il est difficile de mépriser l’actuel président de la République. Son électorat se recrute d’ailleurs parmi les plus diplômés et les plus assurés dans la vie sociale.
La haine démocratique

En revanche, il est la victime de ce qu’on peut appeler une haine démocratique. La société démocratique, où toutes les fonctions sont formellement ouvertes à tous, suscite les espoirs et les ambitions. Elle multiplie en conséquence, à tous les niveaux le nombre des déçus et des humiliés. En organisant une concurrence générale qui ouvre formellement à tous toutes les possibilités et toutes les positions sociales, elle n’accorde plus d’excuses aux échecs inévitables que les individus n’ont plus la ressource d’expliquer par la volonté de Dieu, la naissance ou le destin. En proclamant l’égalité des chances et la méritocratie républicaine, elle déçoit inévitablement ceux qui ne réussissent pas, en nourrissant leur sentiment de l’injustice sociale et leurs ressentiments. Tous les démocrates sont jugés responsables de leurs propres échecs, alors que ceux-ci ont des causes sociales autant que personnelles. Les démocrates risquent donc de devenir insatisfaits et envieux. Ils font tous l’expérience de l’échec – même les anciens présidents de la République qui ne sont pas réélus – et nourrissent le ressentiment et la haine pour ceux qui sont trop évidemment et trop publiquement dotés par la nature des « talents » et des « vertus » qui, selon la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, sont les seules distinctions sociales légitimes et qui, ensuite, n’ont connu dans leur vie que les succès. Par leurs échecs avant leur élection, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient démontré une forme de proximité avec leurs électeurs.

Il faut ajouter le rôle que jouent désormais les réseaux sociaux qui révèlent, sans aucun contrôle, des faits jugés d’autant plus scandaleux qu’on ne vérifie pas leur véracité et donnent une illusion de transparence et de compréhension sur des sujets, par définition complexes.

La maîtrise dont a fait preuve le président de la République six heures devant des maires ruraux, démontrant sa connaissance des dossiers et même sa capacité à écouter et ses qualités de pédagogue, risque de renforcer cette image : il est trop jeune et trop intelligent. Arrogant en un mot… On peut craindre que nombre d’électeurs, devant ce spectacle, se sentent aussi humiliés que Mme Le Pen lors du fameux débat d’entre les deux tours de l’élection présidentielle. Lors de ce moment historique, combien d’entre eux, devant la supériorité aveuglante du futur Président de la République, se sont sentis solidaires d’une candidate écrasée par la compétence de son concurrent ? Comment alors répondre autrement que par la haine ?

Voir aussi:

Interview

Les Pinçon-Charlot «Macron est l’obligé des ultra-riches»

Le storytelling médiatico-politique a voulu en faire un ovni politique, sans passif. Les deux sociologues affirment, au contraire, que la manière d’être et de gouverner du Président est très liée au milieu dans lequel il évolue : celui du pouvoir et de l’argent.

Simon Blin

Pas sûr que le dernier livre du couple de sociologues raccommode le Président avec les gilets jaunes. Huit ans après le Président des riches (2010), une enquête sur l’oligarchie dans la France de Sarkozy, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, ex-directeurs de recherche au CNRS engagés à gauche, poursuivent leur travail d’investigation sur les accointances du pouvoir avec le monde de l’argent dans le Président des ultra-riches (La Découverte). Résultat, le portrait d’un gouvernant toujours plus proche des plus fortunés et encore plus éloigné du reste de la société.

Que doit-on attendre du «grand débat national», lancé le 15 janvier par Emmanuel Macron, étant donné que les principales revendications des gilets jaunes en termes de justice fiscale, dont le rétablissement de l’ISF, ne seront pas discutées ?

Peu de choses. La suppression de l’ISF symbolise à elle seule la fin de la solidarité des plus riches avec le reste de la société. Macron a aussi procédé à la création d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU ou flat-tax) sur les revenus du capital, mesure moins connue du grand public mais tout aussi importante. Non seulement, les riches ne sont plus concernés par la solidarité nationale mais en plus on les dispense de la progressivité de l’impôt sur les revenus du capital, c’est-à-dire de payer leurs impôts à hauteur de leur fortune. Que vous ayez seulement quelques actions, pour peu que vous en ayez, ou que vous soyez Bernard Arnault, vous paierez tous le même impôt forfaitaire. Avec Macron, les impostures se font en cascade. Car en répétant à l’envi que cet impôt forfaitaire était de 30 %, le gouvernement a oublié de préciser que ce chiffre comprend aussi le prélèvement social, la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie et le prélèvement de solidarité. Au final, l’impôt forfaitaire en tant que tel n’est que de 12,8 %. Cela signifie que le plus mal payé des contribuables paie plus en impôts sur le revenu que le plus riche des actionnaires sur chaque euro de dividendes perçus.

A vous lire, ce tour de passe-passe fiscal semble faire partie du code génétique du Président.

Plus encore que chez ses prédécesseurs, le profil d’Emmanuel Macron se prête à la sociologie bourdieusienne, son habitus étant en adéquation parfaite avec les conditions de la pratique de sa position sociale. Autrement dit, sa manière d’être et de gouverner est très liée au milieu dans lequel il évolue : celui du pouvoir et de l’argent. Le storytelling médiatico-politique qui a entouré son élection a voulu nous faire croire à un ovni politique, sans passif. Mais notre enquête, qui croise le contenu de sa politique sociale et économique avec sa trajectoire sociobiographique et les réseaux oligarchiques, démontre qu’il est bien un enfant du sérail, adoubé par les puissants et soutenu par de généreux donateurs.

A sa sortie de l’ENA, il intègre l’inspection des finances sous la direction de Jean-Pierre Jouyet, une des figures centrales du maillage oligarchique français. Très vite, Macron participe à la fameuse «commission Attali» («pour la libéralisation de croissance») sous Sarkozy, où il rencontre les plus grands patrons. Il occupe ensuite un poste de directeur à la banque Rothschild et devient en même temps le meneur du volet économique de la campagne de François Hollande pour la présidentielle. Entre la création du CICE et le pacte de responsabilité, il imprègne ensuite le mandat socialiste de la politique de l’offre selon laquelle plus on donne aux entreprises, plus elles investissent dans l’appareil productif. Enfin, il se sert de son poste de ministre l’Economie pour concourir à la mandature suprême.

Derrière Emmanuel Macron, diriez-vous qu’il existe en pratique une solidarité de riches ?

C’est pire que cela. Macron est pieds et poings liés aux ultra-riches qui ont financé sa campagne. Il est leur obligé. Prenons une fois de plus l’exemple de la suppression de l’ISF. Cette mesure devait intervenir au 1er janvier 2018. Or sa suppression est une des premières décisions prises par Macron en octobre 2017. Cette façon de précipiter l’agenda politique néolibéral est symptomatique de la pression exercée par les puissants, les nantis, les actionnaires et les créanciers qui utilisent l’argent comme arme d’asservissement et de division des individus.

Pour autant, les gilets jaunes font preuve d’une unité remarquable. En tant que sociologues, nous n’avions jamais imaginé qu’un jour un tel mouvement social surgirait. On s’est beaucoup fait à l’idée que les gens modestes, rivés aux urgences d’une vie quotidienne difficile, trouveraient leur bonheur dans l’achat d’un pavillon individuel installé à proximité d’un centre commercial. Comme si le bonheur était dans le magasin où l’on achète le dernier iPhone. C’était un leurre. Nous nous réjouissons de la colère qu’expriment les gilets jaunes. Elle ne s’arrêtera pas. Le processus est irréversible. Pour la première fois, ils ont permis d’interconnecter toutes les inégalités à partir d’une question à la fois de pouvoir d’achat et d’écologie. Ils ont mis en lumière l’imposture écologique du gouvernement. Nous savons désormais que seuls 19 % des recettes de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) seront directement dédiés à l’écologie.

Les gilets jaunes s’en sont pris aux beaux quartiers sur lesquels vous enquêtez depuis trente ans. Avez-vous été surpris ?

Pas tant que ça. En refusant d’être parqués sur le Champ-de-Mars le 24 novembre, ils ont attaqué les hauts lieux du pouvoir. Ils ont dénoncé l’agrégation spatiale des élites sociales dans les quartiers huppés. Cela s’est fait grâce au court-circuitage des corps intermédiaires, ne se laissant pas prendre au piège institutionnel. En se rassemblant aux abords des Champs-Elysées, les gilets jaunes ont fait le choix de ne pas s’attaquer à leurs patrons, puisqu’ils ne sont pas en grève, mais de s’adresser directement à Macron en tant que chef d’entreprise de la France. C’est Macron le capitaliste en chef qui mène la guerre de classes en France. «Le chef, c’est moi !» avait-il dit le 14 juillet 2017. C’est donc lui que les gilets jaunes interpellent. Logique. Maintenant, il faut espérer une convergence des luttes avec les syndicats, les cheminots et autres militants de gauche. Il faut être attentif à ne pas s’opposer les uns aux autres. Les gilets jaunes nous rendent le service du siècle.

Voir également:

Affaire Hulot : Emmanuel Macron met en garde contre « la République du soupçon »

Mariana Grépinet

Paris Match

Pouvoir d’achat, Syrie, migrants et SDF, service national universel et exercice du pouvoir, le chef de l’Etat a répondu pendant 2 heures à une centaine de journalistes ce soir.

Pour la première fois depuis son élection en mai dernier, Emmanuel Macron avait accepté l’invitation de l’Association de la presse présidentielle (APP) qui réunit journalistes français et étrangers. Devant une centaine d’entre eux, pendant près de deux heures ce mardi soir, il a répondu à toutes les questions.

Affaire Hulot

« Je n’ai pas souvenir que des gens aient été écartés pour des questions de morale, il n’y a pas eu de jury de moralité pour savoir si quelqu’un pouvait devenir ministre ou pas », a expliqué Emmanuel Macron. Et d’ajouter, soutenant son ministre sans jamais le citer, « je n’ai pas demandé au Premier ministre si les ministres avaient fait l’objet de plainte regardée par les juges et classée sans suite parce que les faits étaient non établis et prescrits ». « Il faut collectivement qu’on se méfie, a exhorté le chef de l’Etat. La question est de savoir où commence le sérieux et où doit s’arrêter la nécessaire transparence et le jeu des contre-pouvoirs. On veut que les dirigeants soient exemplaires. On s’est donné des règles. Mais quand le but des contre-pouvoirs finit par être de détruire ceux qui exercent le pouvoir sans qu’il n’y ait de limite ni de principe, ce n’est plus une version équilibrée de la démocratie. Penser que quelque chose qui a été regardé, jugé, devrait, soit nous conduire à écarter quelqu’un du pouvoir, soit à l’empêcher d’exercer, ça devient une forme de République du soupçon. » Emmanuel Macron a évoqué l’affaire Cahuzac, pour insister « il ne faut pas tout confondre, si tout se vaut, on perdra beaucoup ». Et d’assurer encore à propos de son ministre de la Transition écologique : « Non, je n’étais pas au courant, car ce n’est pas une question que j’ai posée. »

La foi

Interrogé sur son rapport à la foi, Emmanuel Macron a confié « Je crois oui. Si on ne croit pas en sa bonne étoile, en son pays, en son action, on n’a pas le quotidien que j’ai aujourd’hui. Je crois en une forme de transcendance. Je respecte la place que les religions occupent dans notre société. Croire en des religions, en des formes métaphysiques fait partie de la vie en société. On ne doit pas gommer cette part irréductible. »

Loger tous les SDF

Emmanuel Macron a rappelé que son engagement de ne plus avoir d’hommes ou de femmes dans les rues ou dans les bois avant la fin 2017 avait été tenu en juillet dernier lors d’un discours relatif à l’accueil des migrants. Mais il a reconnu, ce qui est rare, son échec :« Nous n’avons pas réussi. » Il a avancé deux explications, l’existence de « publics fragiles qui sont en dehors des politiques publiques mises en places » et « la pression migratoire forte en fin de trimestre ». Le président a expliqué que ces dernières années, de nombreuses places en chambres d’hôtel avaient été ouvertes « ce n’est pas une bonne mesure, car on laisse les gens loin de la socialisation ». Et de poursuivre « aujourd’hui, on diminue la part des chambres d’hôtel pour faire de la place aux pensions de famille ». Et de conclure : « Ne plus avoir de personnes qui dorment dans la rue doit rester un objectif, on ne peut pas s’accommoder de cette situation. »

Service national universel

Dans un de ses rares traits d’humour, Emmanuel Macron a reconnu à demi-mots que la parole gouvernementale n’avait pas été claire à propos du service national universel. Il a donc lui-même confirmé que ce dernier serait bien obligatoire et universel, pour les hommes et les femmes donc. Sa forme pourra être civique mais ne sera pas militaire. Or, « ce qui coûte très cher, c’est un service militaire à l’ancienne où il faut loger pendant un temps donné des gens loin de leur famille », a souligné Macron. Le service national tel qu’il l’envisage, qui a « un intérêt en terme de cohésion nationale », aura un coût « mais ne sera pas prohibitif ». Il devrait durer entre 3 et 6 mois et pourra être plus long si on y intègre une composante service civique.

Rôle de son épouse Brigitte

« Dans la fonction qui est la mienne on ne gomme pas sa vie personnelle. Mon épouse Brigitte a une fonction de représentation indispensable, qu’elle assume et qui est utile sur le pays. Et elle s’engage, comme le prévoit la charte de l’été dernier, sur des causes qui lui tiennent à cœur où sa présence peut apporter quelque chose et qui sont en cohérence avec les priorités que j’ai pu définir », a explique Emmanuel Macron et de citer les deux causes sur lesquelles, selon lui « sa présence, son regard, son action peuvent aider, accélérer, faciliter » : « tous les sujets qui relèvent de l’éducation, et en particulier pour les jeunes enfants en situation de handicap » et « le sujet des violences faites aux personnes et plus particulièrement aux femmes ». « Mettre un coup de projecteur, venir aider une association, parrainer tel événement, faciliter les choses, en appui avec le rôle des ministres, est utile et pertinent », a assuré le chef de l’Etat.

L’épreuve du pouvoir

« Depuis que j’ai été élu, j’ai pris la mesure de la charge, du poids de celle-ci, de la part de solitude qu’elle implique, de la fin de l’innocence qu’elle décrète, mais je ne crois pas que ce soit une épreuve ; c’est faire », a expliqué le président en précisant qu’il ne se sentait pas autorisé « à prendre une forme de loisir ». « Il y a une part d’ascèse », a t il encore insisté. « Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calmes de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire. Une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète. Si j’oublie un seul instant tout cela, ce sera sans doute le début de l’épreuve. » Et de lâcher : « Il n’y a pas d’innocence et pas de répit, mais c’est au fond ce que j’ai souhaité, je ne me plaindrai pas. »

Voir par ailleurs:

Much Has Changed for the Better Since 2016—Not That Trump Will Get Credit

Victor Davis Hanson
American greatness
January 30th, 2019

 

The news obsesses over the recent government shutdown, the latest Robert Mueller arrest and, of course, fake news—from the BuzzFeed Michael Cohen non-story to the smears of the Covington Catholic High School students.

But aside from the weekly hysterias, the world has dramatically changed since 2016 in ways we scarcely have appreciated.

The idea that China systematically rigged trade laws and engaged in technological espionage to run up huge deficits is no longer a Trump, or even a partisan, issue.

In the last two years, a mainstream consensus has grown that China poses a commercial and mercantile threat to world trade, to its neighbors and to the very security of the United States—and requires a strong response, including temporary tariffs.

The world did not fall apart after the U.S. pulled out of the flawed Iran nuclear deal. Most yawned when the U.S. left the symbolic but empty Paris Climate Accord. Ditto when the U.S. moved its embassy in Israel from Tel Aviv to Jerusalem.

In retrospect, most Americans accept that such once controversial decisions were not ever all that controversial.

There is also a growing, though little reported, consensus about what created the current economic renaissance: tax cuts, massive deregulation, recalibration of trade policy, tax incentives to bring back offshore capital, and dramatic rises in oil and natural gas production.

Although partisan bickering continues over the extent of the upswing, most appreciate that millions of Americans are now back again working—especially minority youth—in a manner not seen in over a decade.

The Supreme Court and federal judges will be far more conservative for a generation—as Trump’s judicial nominations are uniformly conservative, mostly young and well qualified.

For all the acrimony about illegal immigration, the government shutdown over the wall and the question of amnesties, most Americans also finally favor some sort of grand bargain compromise.

The public seems to be agreeing that conservatives should get more border fencing or walls in strategic areas, an end to new illegal immigration and deportation for those undocumented immigrants with criminal records.

Liberals in turn will likely obtain green cards for those long-time immigrants here illegally who have a work history and have not committed violent crimes.

Both sides will be forced to agree that illegal immigration, sanctuary cities and open borders should end and legal immigration should be reformed.

Americans have paradoxically grown tired both of costly overseas interventions and perceptions of American weakness that led to the Libyan fiasco, the Syrian genocide, the rise of the ISIS caliphate, and Iranian-inspired terrorism.

Today U.S. foreign policy actually reflects those paradoxes. The public supports a withdrawal from the quagmires in Afghanistan and Syria. But it also approved of bombing ISIS into retreat and muscular efforts to denuclearize North Korea.

Two years ago, most Americans accepted that the European Union and NATO were sacrosanct status quo institutions beyond criticism. Today there is growing agreement that our NATO allies will only pay their fair share of mutual defense if they are forced to live up to their promises.

Europe is not stable and steady, but torn by Eastern European anger at open borders, Southern European resentment at the ultimatums of German banks, and acrimonious negotiations over the withdrawal of the United Kingdom from the EU.

Most Americans have now concluded that while the EU may be necessary to prevent another intra-European war, it is increasingly a postmodern, anti-democratic and unstable entity.

Trump has not changed his campaign reputation for being mercurial, crass and crude.

But what has changed is the media’s own reputation in its hysterical reaction to Trump. Instead of empirical reporting, the networks and press have become unhinged.

When reporting of the presidency has proved 90 percent negative, and false news stories are legion, the media are no longer seen as the remedy to Trump but rather an illness themselves.

Since 2016, polls show that Americans have assumed that the proverbial mainstream media cannot be counted on for honest reporting but will omit, twist and massage facts and evidence for the higher “truth” of neutralizing the Trump presidency.

When asked on “The View” why so often the liberal press keeps making up facts, “jumps the gun” and has to “walk stuff back when it turns out wrong,” Joy Behar honestly answered, “Because we’re desperate to get Trump out of office. That’s why.”

Trump’s popularity is about where it was when he was elected—ranging on average from the low to mid-forties. But many of his policies have led to more prosperity and address festering problems abroad.

And despite the negative news, they are widely supported, even—or especially—if Trump himself is not given proper credit for enacting most of them.


Musées: Beyonce made me do it (Like works of art themselves: With a little help from its music friends’ gospel of acquisition, the world’s top museum breaks its attendance record)

6 janvier, 2019

 


Image result for Radeau de la méduse géricaultImage result for Radeau de la méduse géricaultDétail de l'affiche annonçant l'exposition
Paolo Veronese 008.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2019/01/de3af-39344352_2284751188419864_7681177876476985344_n.jpgThe Carters – Apeshit
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
And moss grows fat on a rollin’ stone but that’s not how it used to be. Don McLean
The Obamas are “Becoming” — billionaires. The launch of Michelle Obama’s cross-country book tour for her new memoir, “Becoming,” last week is just the latest marker on the road to fabulous wealth for the former first couple, who are on their way to becoming a billion-dollar brand. In addition to a $65 million book advance and an estimated $50 million deal with Netflix, both of which she shares with husband Barack Obama, the former first lady is poised to rake in millions from appearances on her 10-city US tour and sales of merchandise connected to her autobiography. And like her husband, Michelle Obama is currently in demand as a speaker for corporations and nonprofits, commanding $225,000 per appearance, The Post has learned. Forbes estimated the couple made $20.5 million in salaries and book royalties between 2005 — when Barack Obama became a US senator and they first arrived in Washington — and 2016. They are now worth more than $135 million. And that figure does not include the cash they are raking in for public speaking. (…) Barack Obama currently rakes in $400,000 per speech, and earned at least $1.2 million for three talks to Wall Street firms in 2017. The fees come on top of his $207,800 annual presidential pension, which he began receiving as soon as he left office. (…) Prices for Obama’s appearance at Brooklyn’s Barclay’s Center next month currently range from $307 to $4,070, which includes a photo with Michelle Obama and a signed copy of “Becoming.” In addition to cash from appearances and book sales, Obama will reap the benefits of hawking 25 different items of merchandise connected to the book, many of which bear her likeness and feature inspirational messages. The items include T-shirts and hoodies, a $20 “Find Your Voice” mug, and “Find Your Flame and Keep It Lit” candles, which retail for $35 each. (…) Barack Obama raked in a combined $8.8 million for “The Audacity of Hope,” published in 2006, and his children’s book, which was released in 2010. He also made nearly $7 million from “Dreams from My Father.” In addition to their multimillion-dollar literary empire, the couple is set to reap the benefits of a creative production deal they signed with Netflix earlier this year. The $50 million, multi-year deal calls on the Obamas “to produce a diverse mix of content, including the potential for scripted series, unscripted series, docuseries, documentaries and features,” which will be broadcast in 190 countries, according to a statement from the streaming service, which has 125 million subscribers around the globe. NY Post
Step my money fast and go (Fast, fast, go) Fast like a Lambo (Skrrt, skrrt, skrrt) Crowd better savor (Crowd goin’ heavy) I can’t believe we made it (This is what we made, made) Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? (…) Rah, gimme my check Put some respeck on my check Or pay me in equity, pay me in equity We live it lavish, lavish I got expensive fabrics (…) You ain’t ownin’ this Don’t think they ownin’ this Bought him a jet Shut down Colette Phillippe Patek Get off my dick (…) Motor cade when we came through Presidential with the planes too One better get you with the residential Undefeated with the king too I said no to the Superbowl You need me, I don’t need you Every night we in the endzone Tell the NFL we in stadiums too Last night was a fucking zoo Stagediving in a pool of people Ran through Liverpool like a fucking Beatle Smoke gorilla glue like it’s fucking legal Tell the Grammy’s fuck that 0 for 8 shit Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? Beyonce and Jay-Z
I just want a Picasso, in my casa No, my castle I’m a hassa, no I’m a asshole I’m never satisfied, can’t knock my hustle I wanna Rothko, no I wanna brothel No, I want a wife that fuck me like a prostitute Let’s make love on a million, in a dirty hotel With the fan on the ceiling, all for the love of drug dealing Marble Floors, gold Ceilings Oh what a feeling, fuck it I want a billion Jeff Koons balloons, I just wanna blow up Condos in my condos, I wanna row of Christie’s with my missy, live at the MoMA Bacons and turkey bacons, smell the aroma Oh what a feeling Picasso Baby, Ca Picasso baby Ca ca Picasso Baby, Ca ca Picasso baby Oh what a feeling Picasso Baby, Ca Picasso baby Ca ca Picasso Baby, Ca ca Picasso baby It ain’t hard to tell I’m the new Jean Michel Surrounded by Warhols My whole team ball Twin Bugattis outside the Art Basel I just wanna live life colossal Leonardo Da Vinci flows Riccardo Tisci Givenchy clothes See me throning at the Met Vogueing on these niggas Champagne on my breath, yes House like the Louvre or the Tate Modern Because I be going ape at the auction Oh what a feeling Aw fuck it I want a trillion Sleeping every night next to Mona Lisa The modern day version With better features Yellow Basquiat in my kitchen corner Go ahead lean on that shit Blue You own it I never stuck my cock in the fox’s box but I’m still the man to watch, Hublot On my left hand or not I’m like god damn enough I put down the cans and they ran amok Niggas even talk about your baby crazy Eventually the pendulum swings Don’t forget America this how you made me Come through with the ‘Ye mask on Spray everything like SAMO I won’t scratch the Lambo What’s it gon take For me to go For you to see I’m the modern day Pablo Picasso baby … Jay-Z
Une piaule à cent millions, une montre à trois millions, ce sont les faits Pas de limite, faux, négro, t’est pas un patron, t’as un patron Des négros maltraités, toute cette merde me blesse, je le prends personnellement, les Négros préfèrent travailler pour le blanc que pour moi, travaillez plutôt pour moi Au moins vous ne prétendrez pas être au même niveau que moi, toute cette merde m’irrite  La fierté précède toujours la chute, c’est presque sûr Mes revenus sont bouleversants (bouleversants !) Les enquêtes disent que tu en es loin (vraiment loin) Chacun joue au boss, jusqu’au moment où il faut payer pour l’entreprise  Envoie les factures par-ci, sépare les hommes des garçons par-là
Nous mesurons le succès au nombre de personnes accomplies que tu côtoies…
Jay-Z
C’est pas compliqué, j’suis le boss, donc j’ai acheté un bolide à ma maman Mes arrière-arrière-petits-enfants sont déjà riches Et ça fait beaucoup de petits noirs sur ta liste du Forbes… Beyonce
La blaxploitation — ou blacksploitation — est un courant culturel et social propre au cinéma américain des années 1970 qui a revalorisé l’image des Afro-Américains en les présentant dans des rôles dignes et de premier plan et non plus seulement dans des rôles secondaires et de faire-valoir. Le mot est la contraction, sous forme de mot-valise, des mots « black » » (qui signifie noir) et « exploitation ». (…) Dans les productions blaxploitation, les films n’engageaient que des noirs et ne s’adressaient qu’à la même communauté sur des thèmes de prédilection en utilisant tous les stéréotypes possibles. Que ce soient les films policiers (trilogie des Shaft) ou les enquêtes par des détectives privés (Shaft, les nuits rouges de Harlem), le cinéma d’horreur (Blacula, le vampire noir, Abby), les arts martiaux (Black Belt Jones de Robert Clouse), le péplum (The Arena (en) de Steve Carver), le western (Boss Nigger), l’espionnage (Cleopatra Jones de Jack Starrett), le film politique engagé (The Spook Who Sat by the Door d’Ivan Dixon), le comique (Uptown Saturday Night). (…) Ces films sont populaires dans la communauté noire car ils montrent des acteurs afro-américains dans des situations d’hommes fiers et libres de leurs choix de vie. Ces personnages noirs résistent aux blancs et leur répondent. Le personnage noir est souvent associé au bien, et le blanc au mal.  Les films de la blaxploitation reflètent les aspirations des noirs aux droits civiques, leurs difficultés quotidiennes, mais aussi la prostitution, la drogue, la corruption, le racisme de la part des policiers, les viols… Une grande majorité des films de blaxploitation sont de qualité plutôt médiocres, souvent violents et remplis de clichés et préjugés. Ils parlent de prostitution, de drogue, et de meurtre, des stéréotypes repris depuis dans le gangsta rap. On y portrait également les macs flamboyants aussi appelés pimps. Wikipedia
I’d sit there in these art history survey classes and think, ‘but where are all the black people?’ I remember the first time I saw an image of Olympia flash on the screen as a graduate student. My heart was pounding and I wondered what would be said about the black servant … and was really concerned that nothing at all was mentioned. As I did that, I understood that she was not just the subject of Manet’s work, but of works by many successive generations of artists. As I looked more deeply into the archival and anecdotal material about her, I became aware of how extensive her legacy was with a pattern of images that exist across the last 160 or so years. This show is so relevant now. By rendering Laure visible and giving her a voice, it opens pathways for other women of color. Denise Murrell
The lyrics of Picasso Baby are a roll-call of artists, including Mark Rothko, Jean-Michel Basquiat, Jeff Koons and Francis Bacon. Art venues aren’t left out either: Christie’s, MoMA and Tate Modern are all referenced. Jay-Z grew up in one of the art capitals of the world, New York, but if the narratives of his early work are anything to go by, he wouldn’t have spent his weekends wandering around MoMA or the Met. The references to the art world in Picasso Baby show the evolution of Shawn Carter from Queens to Jay-Z, the global musician, businessman, and Mr Beyoncé: someone who can not only spend time wandering around MoMA, if he so chooses, but can go to Christie’s and buy the art on sale. The video for the song was entitled Picasso Baby: A Performance Art Film and was created at the Pace Gallery in New York. Inspired by (and featuring) Marina Abramović, Jay-Z invited members of the public up to perform with him over a period of six hours. ‘It ain’t hard to tell, I’m the new Jean-Michel Surrounded by Warhols, my whole team ball Twin Bugattis outside the Art Basel I just wanna live life colossal Leonardo da Vinci flows’. When performed live you’re able to witness the rare treat of hip-hop fans repeatedly yelling the chorus ‘Picasso Baby!’. Artuk
“Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? – Why museums need to encourage dialogue in gallery spaces and not just at lates because silence is more [intimidating] than the audience going ‘apeshit’ over an exhibition that touches their soul. Black Blossoms
Beyonce is helping museums increase their Black Audiences… any smart person in museum marketing team would see the opp and act quickly and correctly… #APESHIT. Blossoms
Brillante élève de David, l’artiste s’affirme ici avec audace : peindre la carnation noire était un exercice rare et peu enseigné car jugé ingrat. Le regard grave, la pose calme et le sein dénudé donnent au modèle anonyme la noblesse d’une allégorie, peut-être celle de l’esclavage récemment aboli. Le Louvre
Née à Paris le 18 décembre 1768, Marie Guillemine Leroulx-Delaville est la fille d’un fonctionnaire royal. Elle étudie d’abord avec Élisabeth Vigée-Lebrun vers 1781-1782 et, plus tard, vers 1786, avec Jacques-Louis David. Elle présente des portraits et des peintures de genre à l’Exposition de la Jeunesse, où elle débute en 1784, mais on trouve aussi des tableaux d’histoire parmi les oeuvres qu’elle expose aux Salons parisiens, de 1791 à 1812. (…) Connue pour ses portraits, Benoist avait de plus hautes aspirations, manifestes dans un autoportrait de ses débuts, où l’artiste, vêtue à l’antique, peint une copie du Bélisaire de David. A la fois portrait et peinture d’histoire, cette oeuvre mêle le style de ses deux maîtres: ombres et lumières douces, couleurs pâles avec des draperies aux plis lourds qui mettent en valeur le corps sous-jacent. Son oeuvre la plus célèbre est le Portrait d’une négresse (Salon de 1800). Inspiré par les oeuvres de David, ce tableau est une étude du clair et du foncé: une femme noire -probablement rencontrée dans la maison de son beau-frère, officier de marine qui s’était marié à la Guadeloupe- portant un vêtement et un turban blanc, et placée sur un fond clair. (…) À son meilleur, l’oeuvre de Benoist se caractérise par des poses élégantes, des gestes gracieux, des contours fluides mais fermes, des draperies disposées avec élégance et une utilisation harmonique des couleurs. Ses talents de portraitiste sont fréquemment relevés par les critiques et son Portrait d’une négresse est devenu l’icône de la femme noire du XIXe siècle. Grâce aux récentes recherches d’Oppenheimer, le talent de Benoist commence à être mieux reconnu. Vivian P. Cameron
Œuvre majeure dans la peinture française du XIXe siècle, Le Radeau de la Méduse fait figure de manifeste du Romantisme. Il représente un fait divers qui intéressa beaucoup Géricault pour ses aspects humains et politiques, le naufrage d’une frégate en 1816 près des côtes du Sénégal, avec à son bord plus de 150 soldats. Le peintre se documenta précisément puis réalisa de nombreuses esquisses avant de camper sa composition définitive qui illustre l’espoir d’un sauvetage. Géricault s’inspira du récit de deux rescapés de La Méduse, frégate de la marine royale partie en 1816 pour coloniser le Sénégal. Son commandement fut confié à un officier d’Ancien Régime qui n’avait pas navigué depuis plus de vingt ans, et qui ne parvint pas à éviter son échouage sur un banc de sable. Ceux qui ne purent prendre place sur les chaloupes en nombre insuffisant durent construire un radeau pour 150 hommes, emportés vers une odyssée sanglante qui dura 13 jours et n’épargna que 10 vies. A la détresse du naufrage s’ajoutèrent les règlements de comptes et l’abomination du cannibalisme. Géricault représente le faux espoir qui précéda le sauvetage des naufragés : le bateau parti à leur secours apparaît à l’horizon mais s’éloigne sans les voir. La composition est tendue vers cette espérance, dans un mouvement ascendant vers la droite qui culmine avec l’homme noir, figure de proue de l’embarcation. Géricault donne une vision synthétique de l’existence humaine abandonnée à elle même. (…) Le Radeau de Géricault est la vedette du Salon de 1819 : « Il frappe et attire tous les regards », (Le Journal de Paris) et divise les critiques. L’horreur, la terribilità du sujet, fascinent. Les chantres du classicisme disent leur dégoût pour cet « amas de cadavres », dont le réalisme leur paraît si éloigné du beau idéal, incarné par la Galatée de Girodet qui fait un triomphe la même année. En effet, Géricault exprime un paradoxe : comment faire un tableau fort d’un motif hideux, comment concilier l’art et le réel ? Coupin tranche « M. Géricault semble s’être trompé. Le but de la peinture est de parler à l’âme et aux yeux, et non pas de repousser. ». Le tableau a aussi ses zélateurs, comme Jal qui exalte en lui le sujet politique, le manifeste libéral (la promotion du « nègre », la critique de l’ultra-royalisme), et le tableau moderne, œuvre d’actualité. Pour Michelet, « c’est notre société toute entière qui embarqua sur ce radeau de la Méduse (…) ». Le Louvre
Le 2 juillet 1816, la frégate La Méduse s’échoue sur un banc de sable au large des côtes sénégalaises à la suite d’une erreur de navigation. Elle a près de 400 personnes à son bord – l’équipage, des fonctionnaires et deux compagnies de soldats. La Méduse fait partie d’une flottille envoyée de France au Sénégal pour y affirmer l’autorité du roi Louis XVIII. Les soldats sont des anciens des troupes napoléoniennes dont la monarchie cherche à se débarrasser par ce moyen. Le coupable du naufrage est le capitaine Hugues Duroy de Chaumareys, qui n’a obtenu ce commandement que parce qu’il est un émigré royaliste. Quand il monte à bord de La Méduse, il n’a plus navigué depuis vingt-cinq ans. Après avoir essayé de remettre à flot le navire, il est décidé de l’abandonner et de construire un radeau, les canots étant trop peu nombreux pour la foule des passagers. Le 5 juillet, les chaloupes, où sont les officiers et les fonctionnaires, et le radeau prennent la mer, les chaloupes étant censées remorquer le radeau. Très vite, Chaumareys ordonne de couper les cordes, abandonnant les 147 personnes entassées dessus. Pour cela et l’ensemble de ses fautes, il sera jugé en cour martiale en 1817, condamné à la prison et déchu de son grade et de ses décorations. Du 6 au 17 juillet, le radeau dérive. Quand L’Argus, autre navire de la flottille, le retrouve, il reste quinze survivants, dont cinq meurent dans les jours qui suivent. Entre-temps, les chaloupes ont atteint Saint-Louis du Sénégal sans peine. Sur le naufrage et sur ce qui s’est passé sur le radeau, deux rescapés, l’ingénieur-géographe Corréard et le chirurgien Savigny, publient, dès novembre 1817, un récit, réédité en 1818. On y apprend non seulement l’incompétence et la lâcheté de Chaumareys, mais aussi les combats sur le radeau entre hommes ivres et terrorisés. Le 9 juillet, il ne reste déjà plus qu’une trentaine de survivants. Le 13, ils jettent à la mer les malades et les blessés, dont la cantinière, une femme noire. Dès le 7 juillet, il a fallu recourir au cannibalisme pour se nourrir. On peut imaginer l’effet de ce livre, les implications politiques, l’émoi de l’opinion publique. Des gravures du drame circulent vite, et le Théâtre de la Porte-Saint-Martin en fait un mélodrame, joué en avril 1819. Le 25 août 1819, s’ouvre le Salon. Une toile, dont le titre a été censuré, suscite le scandale : Le Radeau de La Méduse, de Théodore Géricault, évidemment – « un jeune homme », écrit la critique, car il a 28 ans. Depuis, elle est demeurée au premier plan de l’histoire, au point même que l’on oublie trop souvent que Géricault est l’auteur d’autres chefs-d’oeuvre, un portraitiste et un dessinateur de premier ordre. (…) Sans hésiter longtemps, il choisit un moment décisif du récit de Corréard et Savigny, l’approche de l’Argus. Ce n’est pas le plus tragique, puisqu’il aurait pu peindre le carnage sur le radeau, les blessés jetés à la mer ou les scènes de cannibalisme. Il ne le fait pas parce que, dans ce cas, son oeuvre n’aurait pas été exposée au Salon, pour des raisons de décence. Mais il introduit des détails explicites, armes abandonnées, corps mutilés, plaies mal pansées. En attirant l’attention sur eux, l’exposition incite à une compréhension plus complète de tout ce qui constitue l’oeuvre, aussi bien du point de vue artistique que du point de vue politique et moral. Les dessins de musculatures d’après modèle confirment ce qui est flagrant au Louvre : Géricault se mesure en toute simplicité à Michel-Ange et démontre, face à l’hégémonie de David et du néoclassicisme, qu’il n’est pas obligatoire d’aller prendre dans l’histoire grecque et romaine ou dans la Bible des sujets héroïques et tragiques. Le présent en propose qu’il faut avoir l’audace de saisir et de porter aux dimensions d’une très grande toile. Delacroix et Manet s’en sont souvenus – Delacroix qui, du reste, pose pour l’un des naufragés. Autre remarque : Géricault place trois figures d’hommes noirs sur le radeau – et la cantinière jetée à l’eau -, alors qu’il n’y en avait en réalité qu’un seul. Cette décision est liée à la lutte contre la traite des Noirs, qui se pratique toujours alors en dépit de son interdiction supposée. La lecture politique en est précisée. On sait en effet que le Radeau est une œuvre hostile à la Restauration et aux émigrés, mais moins qu’elle est aussi une dénonciation de l’esclavage. Philippe Dagen
Géricault, revenant à Paris après un long voyage d’étude en Italie, découvre par hasard la première édition du naufrage qui date du 22 novembre 1817, il s’agit de la publication de deux survivants du naufrage, l’aide-chirurgien Henri Savigny et le gadzarts, ingénieur-géographe Alexandre Corréard16. Les horreurs du naufrage sont aussi connues du public grâce à l’indiscrétion du ministre de la police Élie Decazes qui relâche volontairement la censure en laissant le rapport de Savigny (destiné normalement uniquement aux autorités maritimes) parvenir à la presse, ce qui lui permet de torpiller le ministre ultra de la Marine François-Joseph de Gratet. Stupéfait de l’ampleur médiatique que prend le naufrage, Géricault pense que la réalisation d’une représentation picturale de l’événement pourrait contribuer à établir sa réputation. Après avoir pris la décision de réaliser le tableau, il entreprend des recherches approfondies avant de commencer la peinture. Au début de l’année 1818, il rencontre Savigny et Alexandre Corréard ; le récit de leur ressenti lors de l’expérience du naufrage influence grandement la tonalité du tableau final. (…) Lors de voyages effectués dans sa jeunesse, Géricault est déjà confronté à la vue de déments ou de pestiférés. Durant ses recherches préparatoires pour Le Radeau de La Méduse, son ambition de vérité historique et de réalisme vire à l’obsession d’observer le phénomène de rigidité cadavérique. Afin de réaliser la représentation la plus authentique possible des différents aspects de la chair des cadavres, il réalise plusieurs esquisses de dépouilles à la morgue de l’hôpital Beaujon, étudie le visage de patients sur le point de mourir, et emporte même dans son atelier quelques membres humains pour observer leur décomposition. Géricault dessine également une tête coupée empruntée à un asile et qu’il conserve dans le grenier de son atelier. Avec trois survivants, dont Savigny et Corréard, ainsi qu’avec le charpentier Lavillette, il construit un modèle réduit extrêmement détaillé du radeau, lequel est reproduit avec la plus grande fidélité sur la toile finale – même les espaces entre les planches sont représentés. Géricault fait également poser des modèles, réalise un dossier comportant de la documentation sur l’événement, copie des tableaux d’autres artistes s’approchant du même thème, et se rend au Havre pour y observer la mer et le ciel. Bien que fiévreux, il se rend très fréquemment sur la côte afin de voir des tempêtes balayer le littoral. En outre, son voyage en Angleterre, durant lequel il rencontre d’autres artistes, est l’occasion pour lui d’étudier divers éléments du paysage marin lors de la traversée de la Manche. Il dessine et peint plusieurs esquisses alors qu’il choisit quel moment il souhaite représenter dans le tableau final. La conception de l’œuvre est lente et difficile, car Géricault hésite même à choisir un moment emblématique du naufrage, qui rendrait au mieux l’intensité dramatique de l’événement. Parmi les scènes qu’il pense choisir se trouvent notamment la mutinerie contre les officiers, survenue le deuxième jour passé sur le radeau ; les actes de cannibalisme, qui ne surviennent qu’après quelques jours ; et le sauvetage. Géricault opte finalement pour l’instant, raconté par l’un des survivants, où les naufragés voient L’Argus approcher à l’horizon et tentent une première fois en vain de lui adresser un appel au secours. Le bateau est représenté par une petite forme de couleur grise au centre-droit du tableau. Comme l’exprime un des survivants, « nous passâmes de l’euphorie à une grande déception, à de profonds tourments ». Dans la mesure où le public est alors bien informé des causes du désastre, le choix de la scène relève d’une volonté de figurer les conséquences de l’abandon de l’équipage sur le radeau, en se focalisant sur l’instant où tout espoir semblait perdu – l’Argus paraît à nouveau deux heures après et secourt les survivants. Un critique remarque cependant que le tableau comporte plus de personnages qu’il ne devait y en avoir à bord du radeau au moment du sauvetage. De plus, l’auteur note que le sauvetage se déroule un matin ensoleillé, avec une mer calme : Géricault choisit cependant de peindre le radeau en pleine tempête, avec un ciel noir et une mer démontée, sans doute pour renforcer le caractère dramatique de la scène. (…) Géricault réalise une esquisse de la composition finale sur la toile. Il fait alors poser chaque modèle séparément, et peint les personnages à la suite les uns des autres, à l’inverse de la méthode traditionnelle suivant laquelle le peintre travaille d’emblée sur la composition entière. Son attention particulière portée à des éléments ainsi individualisés donne à l’œuvre « une matérialité troublante » et témoigne d’une recherche de théâtralité – ce que certains critiques de l’époque considèrent comme un défaut. (…) Le Radeau de La Méduse dépeint le moment où, après treize jours passés à dériver sur le radeau, les quinze survivants voient un bateau approcher au loin, alors même que l’état de l’embarcation de fortune est proche de la ruine. La monumentalité du format (491 cm × 716 cm) fait que les personnages en arrière-plan sont à échelle humaine, et que ceux au premier plan sont même deux fois plus grands qu’un homme : proches du plan de l’œuvre, entassés, les personnages créent un effet d’immersion du spectateur dans l’action du tableau. Le radeau de fortune semble sur le point de sombrer, voguant dans une mer déchaînée, tandis que les naufragés sont représentés totalement anéantis et désemparés. Un vieil homme tient la dépouille de son fils sur ses jambes ; un autre pleure de rage, abattu ; un cadavre sans jambes à gauche évoque les pratiques anthropophages qui ont eu lieu sur le radeau réel tandis que des taches éparses de rouge sang rappellent les affrontements. Plusieurs corps jonchent le radeau, au premier plan, sur le point de tomber à l’eau en raison des vagues. Les hommes au milieu de l’embarcation viennent d’apercevoir un bateau au loin ; l’un d’entre eux le montre du doigt, tandis qu’un membre africain de l’équipage, Jean-Charles, se tient debout sur une barrique vide et agite sa chemise en l’air afin d’attirer l’attention du navire. La composition picturale est essentiellement basée sur trois structures pyramidales. La première est formée par le mât et les cordes qui le tiennent. Elle englobe la seconde à la gauche du tableau, formée par des hommes morts ou désespérés. La troisième met en scène, à sa base, des cadavres et des mourants, desquels émergent les survivants ; à son sommet culmine l’espoir de sauvetage, avec la figure centrale d’un homme noir agitant sa chemise. Certains y ont vu une critique de l’Empire Colonial Français conservateur et esclavagiste. Géricault peint comme héros central un homme Noir. Son modèle sera Joseph, un Haïtien qui a posé pour lui et d’autres artistes. Il s’agit du premier héros de la peinture occidentale sans nom et vu de dos. Le tableau serait une œuvre hostile à la Restauration et aux émigrés, mais aussi une dénonciation de l’esclavage. C’est pourquoi Géricault y peint trois figures d’hommes noirs, alors qu’il n’y en aurait eu qu’un seul parmi les rescapés en plus d’une cantinière jetée à l’eau le 13 juillet en compagnie d’autres blessés. L’artiste semble prendre position contre la traite négrière, qui se pratique toujours malgré son interdiction supposée. Wikipedia
The video is stunning with its wide shots of halls of art with no tourists in them – only Jay-Z and Beyoncé standing looking serene, like works of arts themselves, in front of “The Mona Lisa.” And then the beat kicks in, with a shot of them on a staircase with nearly nude bodies strewn about the steps that contract and move to the rhythm. “I can’t believe we made it,” she sings, a little Autotune in her voice, over a hard-hitting beat. “This is why we thankful, hey, hell, see a crowd going apeshit.” The couple are shown in front of “The Winged Victory of Samothrace,” “The Coronation of Napoleon,” among many other famed pieces of priceless artworks and antiquities, while dancing and posing… Rolling Stone
From the off, shots of Beyoncé, Jay Z and the rest of the entirely black cast of dancers from the Ricky Saiz-directed video serve as responses to well-known pieces in the art canon. Almost obstructing the famous works behind them, kneeling, swaying and smiling in the process, black bodies directly challenge the limited portrayals of blackness that we’re used to seeing in museums and force us to take in an entirely new narrative, one that shies away from respectability and fosters an (often intensely capitalist) sense of the many virtues of blackness.In a clear challenge to celebrations of colonial rule and wealth, for example, we see a shot of a defiant Beyoncé dancing in formation against the backdrop of Jacques Louis David’s extravagant painting, The Coronation Of Napoleon. Here, Napoleon’s legacy and, by extension, David’s art is forced to take a backseat, making way instead for an indisputably black celebration of womanhood and Beyoncé’s own lavishness in the process. And with a nod to one of the most consistent themes of the album – black love – there are also shots of black couples embracing, as well as modern takes on Marie-Guillemine Benoist’s Portrait of a Negress, the only painting in the video that doesn’t depict a black subject as a slave. (…) Conversations about the lack of inclusion in art museums have long raged on, inspiring important, but typically short-lived, appeals to black people every once in a while. But rarely, as Black Blossoms said, do they extend beyond one-off lates and exhibitions. In a 2015/16 study of adults visiting museums in the UK, for example, black people were the least likely to have visited a museum in the past year, compared with white and Asian visitors. And, when collections do not focus solely on European art, curators of African art in larger institutions are typically white. (…) Just as Beyoncé and Jay Z have demonstrated, there is no reason why pop culture shouldn’t serve as a vehicle for bringing more black people into the fold when it comes to museums. By occupying what looks like the entirety of the Louvre, Beyoncé and Jay Z have made a clear a statement as any about the importance of taking up space in typically white institutions – institutions that, evidently, could learn a thing or two from them. Kuba Shand-Baptiste 
The six-minute “Apeshit” video is a feast of juxtapositions. Directed by Ricky Saiz, it opens with the image of a black man, in fashionably torn jeans and worn sneakers, with giant white wings attached to his back. He crouches outside the museum, like an artwork that has been brought to life and set loose. He rubs his hands, bells gong, and then a wide shot captures the celestial activity on the ceilings of the Galerie d’Apollon, filtered through a multi-colored glow of music-video light. Saiz slowly pans to our power couple. Wearing complementary suits—Beyoncé’s pink, Jay’s seafoam green—they are flanking the “Mona Lisa” once again. In the past, the Carters have been accused of being art fetishists. On “Drunk in Love,” Jay-Z raps that their foreplay ruined one of his Warhols; Beyoncé shot the music video for “7/11” on an iPhone in the Tribeca apartment that they once owned, where works by Richard Prince and David Hammons were unceremoniously on view. “Apeshit” is a gospel of acquisition, recalling in spirit the luxury-brand name-checking of the couple’s duet “Upgrade U,” from 2006. Twelve years ago, it was all about the Audemars Piguet watch; now it’s G8 jets and diamonds as translucent as glass. But the video is a display of something that can’t be so easily quantified: influence. Beyoncé and Jay-Z seem to suggest that their own footprint will be as indelible as that of the entire canon of Western art. (“My great-great-grandchildren already rich / That’s a lot of brown on your Forbes list,” Beyoncé raps, haughtily.) Saiz often captures the couple standing or sitting still, holding court with the same air of permanence as the art-historical treasures around them. In one exception, Beyoncé and her dancers, with a synchronicity that immediately recalls the choreography of “Formation,” body-roll in front of “The Coronation of Napoleon.” A crew of black women gyrating in front of a massive colonial scene is the sort of heavy-handed image that the Internet salivates over. Already, overheated readings of the “Apeshit” video have attempted to glom onto one of two opposing ideologies: either Beyoncé and Jay-Z are priests of capitalism who appreciate art only to the extent that it reflects their wealth, or they are radicals who have smuggled blackness into a space where it has traditionally been overlooked or exploited. Both interpretations seem to me too prescriptive, and belie the video’s actual verve. The Carters are omnivorous in their relationship to media, equally influenced by the Hellenistic era’s religious ecstasies as by Deana Lawson’s fantasies of black intimacy, by Pipilotti Rist’s warped ebullience as by the cultural legacy of Basquiat. Their engagement with the European canon housed in the Louvre, their physical proximity to it, shouldn’t be flattened into a shorthand for transgression. It is not presented that way. They are interested, instead, in playing with tableaux. Beyoncé does not blot out the Venus de Milo; she dances next to it. The Carters are not like the beleaguered black museum worker in Essex Hemphill’s poem “Visiting Hours,” “protecting European artwork / that robbed color and movement / from my life.” Jay-Z’s demand on his song “That’s My Bitch” to “Put some colored girls in the moma” is not only about correcting an erasure but about his own potential power to ordain a new status quo. It brings to mind the ambiguity in the project of Kehinde Wiley, whose years of situating everyday black men into settings of colonial wealth culminated in his portrait of the first black President. The Carters are their own protagonists in a grand narrative of establishing a black élite. But then there’s a tableau, reminiscent of a Deana Lawson composition, that briefly takes us into the transportive place of subversion. In the “Everything Is Love” album art, cribbed from a moment in the “Apeshit” video, the “Mona Lisa” is shown blurred in the distance, while in the foreground a black woman uses an Afro pick to freshen a man’s hair. That image gave me a primal political thrill. Beyoncé and Jay-Z have enlisted surrogates, knowing that the effect wouldn’t have been the same if the man and woman in the scene were them. Doreen St. Félix
The Carters’ latest offering is set in the Louvre – for one day the art gallery was occupied by people you usually never see in its paintings. (…) Beyoncé and her husband, Jay-Z, have arrived at the Louvre for a sightseeing day that coincides with the making of their Apeshit video. Referencing the Louvre’s world-renowned permanent collection, juxtaposed with contemporary dancers occupying this hallowed space, Apeshit makes some pithy, if scattershot, comments on racism, slavery and the dominance of western neoclassical aesthetic standards. (…) The video is topped and tailed by the Mona Lisa. Smirking, tight lipped, she side-eyes Jay-Z and Beyoncé, whose bright blaxploitation power suits outshine her matron’s weeds and announce that, just for one day, the Louvre is going to be occupied by people you usually never see in its paintings. You just know that Lisa’s going to call security. Dancers of all colours gyrate in front of the image of French pomp, Imperial arrogance and self-gratification: The Consecration of the Emperor Napoleon and the Coronation of Empress Joséphine. Of the painting, I’ve never seen so many white people in one place before and I’ve been to Bestival. That said, replacing painted, sprawled, objectified, naked, white, nameless, historical women with writhing, objectified, naked, nameless, 21st-century women of all colours (as they are 40 seconds later, when they’re lying like logs on the steps) doesn’t seem a great leap forward to me. One of the most potent moments is the image of the reclining Madame Recamier. Painted in the 1800s, it shows a rich wife in neo-classical garb reclining on a couch. Beyonce adds what is not in the picture but would have been: two black dancers posing as servants, in head-wraps, still and docile, at the woman’s feet; the silent, unremembered and invisible labour behind the woman’s wealth and finery. Indeed, Apeshit is partly a reminder of all the non-white faces that have been erased from history or dropped in tokenistically to add a bit of exotic colour. The aftermath of colonialism and slavery, and the ongoing scandal of the refugee crisis, is beautifully referenced in a shot of The Raft of the Medusa as Jay-Z sings: “Can’t believe we made it.” The Raft is an image of enslaved and subjugated people who have lost all hope but that of life; luckily for Beyoncé and Mister Beyoncé they are now “living lavish” on top of that. But how far have we come? Apeshit rounds off with the Portrait D’Une Négresse, whose sardonic look implies that plus ca change, plus c’est la meme chose. She and so many other women of colour have seen it all before, and the pace of change is painfully slow. Painted six years after the abolition of slavery, this woman is given a painting of her own – but remains nameless and inert, with one breast out for everyone to ogle. The Guardian

Comme de véritables oeuvres d’art eux-mêmes !

A l’heure où fort de ses 10 millions de visiteurs par  an, le premier musée d’art du monde …

Se vante du super coup de pub qu’il s’est payé l’an passé …

En y laissant le couple le plus glamour de la planète rap y tourner l’un de ses clips …

Pendant que du côté politique et les costards de mac en moins, la mousse pousse drue sur les ex-pierres qui roulent de Washington  …

Comment à l’image des foules en pâmoison auxquelles il y est fait question …

Ne pas s’extasier à notre tour …

Au-delà du sentiment certes compréhensible d’une population jusque là étrangement absente des couloirs du premier musée du monde …

Sinon mis à part la domestique ramenée de Guadeloupe au lendemain de la première abolition de l’esclavage par le beau-frère d’une ancienne élève de Vigé-Lebrun et David …

Ou la figure de proue alors proprement révolutionnaire du fameux Radeau suite au naufrage d’un navire parti rétablir la domination coloniale française en Afrique de l’Ouest …

A travers les rôles de serviteurs et d’esclaves que leur avaient imposés leurs revendeurs premièrement africains et arabes …

Devant ce cri du coeur de si américains nouveaux riches …

S’efforçant entre compte en banque, voitures de luxe, privilèges de jet setters, dévotion des fans qui leur ont permis d’en arriver là …

Et leurs costumes de macs et de bimbos comme leurs profondes paroles de bites et de putes …

De refaire ce que la blaxploitation avait fait pour le monde du cinéma des années 70 …

A savoir relire et réécrire du seul point de vue noir rien de moins que l’ensemble de l’histoire de l’art occidental ?

 

Grâce à Beyoncé et Jay-Z, le Louvre a battu son record de fréquentation
RTBF
3 janvier 2019

« Pour la première fois de son histoire, et je pense pour la première fois dans l’histoire des musées, plus de dix millions de visiteurs ont fréquenté le Louvre en 2018 « , a affirmé ce jeudi 3 janvier à l’AFP Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre.

Outre les travaux d’aménagement qui ont permis d’augmenter la capacité de l’accueil du musée, Le clip, Apes**t de Beyoncé et Jay-Z aurait également contribué au succès du Louvre.« Le clip de Beyoncé comme l’ouverture du musée du Louvre à Abu Dhabi a fait qu’on a beaucoup parlé du Louvre partout dans le monde », explique Jean-Luc Martinez au micro de Franceinfo. Résultat, ce sont plus de 10,2 millions de visiteurs qui se sont précipités cette année au musée. Le précédent record s’élevait à 9,7 millions de visiteurs en 2012.

Afin d’attirer un plus jeune public, le musée a également profité du succès d’Apes**t pour carrément  proposer une visite guidée thématique calquée sur le parcours de Jay-Z et Bey. De plus, le Louvre aimerait inviter ceux qui disposent d’un budget limité pour la culture en lançant une nocturne gratuite chaque premier samedi du mois. Un accompagnement sera même prévu dans certaines salles pour les plus frileux d’entre nous. « Il y a des gens qui ont peur de ne pas comprendre le musée; cette nocturne veut répondre à ce besoin (…) avec des explications, des commentaires, des spectacles, des concerts », souligne Jean-Luc Martinez. La première nocturne aura lieu le 5 janvier. Toutes les infos sont disponibles ici.

Voir aussi:

The Carters’ latest offering is set in the Louvre – for one day the art gallery was occupied by people you usually never see in its paintings. Here are some key moments to watch out for

Beyoncé and her husband, Jay-Z, have arrived at the Louvre for a sightseeing day that coincides with the making of their Apeshit video. Referencing the Louvre’s world-renowned permanent collection, juxtaposed with contemporary dancers occupying this hallowed space, Apeshit makes some pithy, if scattershot, comments on racism, slavery and the dominance of western neoclassical aesthetic standards. Here are a few key moments to look out for:

Mona Lisa

The Carters – Apeshit

The video is topped and tailed by the Mona Lisa. Smirking, tight lipped, she side-eyes Jay-Z and Beyoncé, whose bright blaxploitation power suits outshine her matron’s weeds and announce that, just for one day, the Louvre is going to be occupied by people you usually never see in its paintings. You just know that Lisa’s going to call security.

The Consecration of the Emperor Napoleon and the Coronation of Empress Joséphine

The Carters – Apeshit

Dancers of all colours gyrate in front of the image of French pomp, Imperial arrogance and self-gratification: The Consecration of the Emperor Napoleon and the Coronation of Empress Joséphine. Of the painting, I’ve never seen so many white people in one place before and I’ve been to Bestival. That said, replacing painted, sprawled, objectified, naked, white, nameless, historical women with writhing, objectified, naked, nameless, 21st-century women of all colours (as they are 40 seconds later, when they’re lying like logs on the steps) doesn’t seem a great leap forward to me.

The Carters – Apeshit

Portrait of Madame Récamier

The Carters – Apeshit

One of the most potent moments is the image of the reclining Madame Recamier. Painted in the 1800s, it shows a rich wife in neo-classical garb reclining on a couch. Beyonce adds what is not in the picture but would have been: two black dancers posing as servants, in head-wraps, still and docile, at the woman’s feet; the silent, unremembered and invisible labour behind the woman’s wealth and finery. Indeed, Apeshit is partly a reminder of all the non-white faces that have been erased from history or dropped in tokenistically to add a bit of exotic colour.

The Raft of the Medusa

The Raft of the Medusa (Le Radeau de la M duse), 1818-1819. Found in the collection of the Louvre, Paris.The Raft of the Medusa (Le Radeau de la M duse), 1818-1819. Artist: G ricault, Th odore (1791-1824) (Photo by Fine Art Images/Heritage Images/Getty Images) survival|G ricault|Th odore M duse|M duse

The aftermath of colonialism and slavery, and the ongoing scandal of the refugee crisis, is beautifully referenced in a shot of The Raft of the Medusa as Jay-Z sings: “Can’t believe we made it.” The Raft is an image of enslaved and subjugated people who have lost all hope but that of life; luckily for Beyoncé and Mister Beyoncé they are now “living lavish” on top of that.

Portrait D’Une Négresse

The Carters – Apeshit

But how far have we come? Apeshit rounds off with the Portrait D’Une Négresse, whose sardonic look implies that plus ca change, plus c’est la meme chose. She and so many other women of colour have seen it all before, and the pace of change is painfully slow. Painted six years after the abolition of slavery, this woman is given a painting of her own – but remains nameless and inert, with one breast out for everyone to ogle.

Voir de même:

The Power and Paradox of Beyoncé and Jay-Z Taking Over the Louvre

Doreen St. Félix

The NewYorker

June 19, 2018

In 2014, Beyoncé, Jay-Z, and their first daughter, Blue Ivy, went to the Louvre. It was a private tour, conducted on a Tuesday, the day the museum is closed to the public. (“Louvre Us Alone!” TMZ’s headline read.) The couple, both art lovers, documented the visit with a series of touristy selfies—re-creating the poses of the Hellenic statues around them—and sweet, staged candids, one of which showed the two swinging their daughter at the base of the Daru staircase, which leads to the Winged Victory of Samothrace. The most widely shared photograph showed Jay-Z and Beyoncé flanking the “Mona Lisa,” approximating her elusive expression. It was a playful dispatch from a marriage; were it not for the lack of crowds, the Carters might have seemed like any other giddy American family.

They aren’t. The music video for “Apeshit,” a song from “Everything Is Love,” their new joint album, finds Jay-Z and Beyoncé back in the Louvre, but much has changed since their visit in 2014. The album, which the couple surprise-released on Saturday, during their “On the Run II Tour,” completes a meditative trilogy about infidelity and forgiveness. The previous two installments, Beyoncé’s “Lemonade” and Jay-Z’s “4:44,” were labors of gut-wrenching introspection, chronicling the crisis in the couple’s marriage after Jay-Z’s admissions of cheating. “Everything Is Love,” by contrast, is slick and effervescent, triumphant, a return to the outlaw motif that the couple embraced years before. The storm has been weathered, Beyoncé and Jay-Z want us to know, and it has made their unit stronger. To celebrate, and to make ostentatiously official their consolidation of power, they’ve returned to the Louvre, not as tourists but as bosses.

The six-minute “Apeshit” video is a feast of juxtapositions. Directed by Ricky Saiz, it opens with the image of a black man, in fashionably torn jeans and worn sneakers, with giant white wings attached to his back. He crouches outside the museum, like an artwork that has been brought to life and set loose. He rubs his hands, bells gong, and then a wide shot captures the celestial activity on the ceilings of the Galerie d’Apollon, filtered through a multi-colored glow of music-video light. Saiz slowly pans to our power couple. Wearing complementary suits—Beyoncé’s pink, Jay’s seafoam green—they are flanking the “Mona Lisa” once again.

In the past, the Carters have been accused of being art fetishists. On “Drunk in Love,” Jay-Z raps that their foreplay ruined one of his Warhols; Beyoncé shot the music video for “7/11” on an iPhone in the Tribeca apartment that they once owned, where works by Richard Prince and David Hammons were unceremoniously on view. “Apeshit” is a gospel of acquisition, recalling in spirit the luxury-brand name-checking of the couple’s duet “Upgrade U,” from 2006. Twelve years ago, it was all about the Audemars Piguet watch; now it’s G8 jets and diamonds as translucent as glass. But the video is a display of something that can’t be so easily quantified: influence. Beyoncé and Jay-Z seem to suggest that their own footprint will be as indelible as that of the entire canon of Western art. (“My great-great-grandchildren already rich / That’s a lot of brown on your Forbes list,” Beyoncé raps, haughtily.) Saiz often captures the couple standing or sitting still, holding court with the same air of permanence as the art-historical treasures around them.

In one exception, Beyoncé and her dancers, with a synchronicity that immediately recalls the choreography of “Formation,” body-roll in front of “The Coronation of Napoleon.” A crew of black women gyrating in front of a massive colonial scene is the sort of heavy-handed image that the Internet salivates over. Already, overheated readings of the “Apeshit” video have attempted to glom onto one of two opposing ideologies: either Beyoncé and Jay-Z are priests of capitalism who appreciate art only to the extent that it reflects their wealth, or they are radicals who have smuggled blackness into a space where it has traditionally been overlooked or exploited. Both interpretations seem to me too prescriptive, and belie the video’s actual verve.

The Carters are omnivorous in their relationship to media, equally influenced by the Hellenistic era’s religious ecstasies as by Deana Lawson’s fantasies of black intimacy, by Pipilotti Rist’s warped ebullience as by the cultural legacy of Basquiat. Their engagement with the European canon housed in the Louvre, their physical proximity to it, shouldn’t be flattened into a shorthand for transgression. It is not presented that way. They are interested, instead, in playing with tableaux. Beyoncé does not blot out the Venus de Milo; she dances next to it. The Carters are not like the beleaguered black museum worker in Essex Hemphill’s poem “Visiting Hours,” “protecting European artwork / that robbed color and movement / from my life.” Jay-Z’s demand on his song “That’s My Bitch” to “Put some colored girls in the moma” is not only about correcting an erasure but about his own potential power to ordain a new status quo. It brings to mind the ambiguity in the project of Kehinde Wiley, whose years of situating everyday black men into settings of colonial wealth culminated in his portrait of the first black President. The Carters are their own protagonists in a grand narrative of establishing a black élite.

But then there’s a tableau, reminiscent of a Deana Lawson composition, that briefly takes us into the transportive place of subversion. In the “Everything Is Love” album art, cribbed from a moment in the “Apeshit” video, the “Mona Lisa” is shown blurred in the distance, while in the foreground a black woman uses an Afro pick to freshen a man’s hair. That image gave me a primal political thrill. Beyoncé and Jay-Z have enlisted surrogates, knowing that the effect wouldn’t have been the same if the man and woman in the scene were them.

In 2014, Beyoncé, Jay-Z, and their first daughter, Blue Ivy, went to the Louvre. It was a private tour, conducted on a Tuesday, the day the museum is closed to the public. (“Louvre Us Alone!” TMZ’s headline read.) The couple, both art lovers, documented the visit with a series of touristy selfies—re-creating the poses of the Hellenic statues around them—and sweet, staged candids, one of which showed the two swinging their daughter at the base of the Daru staircase, which leads to the Winged Victory of Samothrace. The most widely shared photograph showed Jay-Z and Beyoncé flanking the “Mona Lisa,” approximating her elusive expression. It was a playful dispatch from a marriage; were it not for the lack of crowds, the Carters might have seemed like any other giddy American family.

They aren’t. The music video for “Apeshit,” a song from “Everything Is Love,” their new joint album, finds Jay-Z and Beyoncé back in the Louvre, but much has changed since their visit in 2014. The album, which the couple surprise-released on Saturday, during their “On the Run II Tour,” completes a meditative trilogy about infidelity and forgiveness. The previous two installments, Beyoncé’s “Lemonade” and Jay-Z’s “4:44,” were labors of gut-wrenching introspection, chronicling the crisis in the couple’s marriage after Jay-Z’s admissions of cheating. “Everything Is Love,” by contrast, is slick and effervescent, triumphant, a return to the outlaw motif that the couple embraced years before. The storm has been weathered, Beyoncé and Jay-Z want us to know, and it has made their unit stronger. To celebrate, and to make ostentatiously official their consolidation of power, they’ve returned to the Louvre, not as tourists but as bosses.

The six-minute “Apeshit” video is a feast of juxtapositions. Directed by Ricky Saiz, it opens with the image of a black man, in fashionably torn jeans and worn sneakers, with giant white wings attached to his back. He crouches outside the museum, like an artwork that has been brought to life and set loose. He rubs his hands, bells gong, and then a wide shot captures the celestial activity on the ceilings of the Galerie d’Apollon, filtered through a multi-colored glow of music-video light. Saiz slowly pans to our power couple. Wearing complementary suits—Beyoncé’s pink, Jay’s seafoam green—they are flanking the “Mona Lisa” once again.

In the past, the Carters have been accused of being art fetishists. On “Drunk in Love,” Jay-Z raps that their foreplay ruined one of his Warhols; Beyoncé shot the music video for “7/11” on an iPhone in the Tribeca apartment that they once owned, where works by Richard Prince and David Hammons were unceremoniously on view. “Apeshit” is a gospel of acquisition, recalling in spirit the luxury-brand name-checking of the couple’s duet “Upgrade U,” from 2006. Twelve years ago, it was all about the Audemars Piguet watch; now it’s G8 jets and diamonds as translucent as glass. But the video is a display of something that can’t be so easily quantified: influence. Beyoncé and Jay-Z seem to suggest that their own footprint will be as indelible as that of the entire canon of Western art. (“My great-great-grandchildren already rich / That’s a lot of brown on your Forbes list,” Beyoncé raps, haughtily.) Saiz often captures the couple standing or sitting still, holding court with the same air of permanence as the art-historical treasures around them.

In one exception, Beyoncé and her dancers, with a synchronicity that immediately recalls the choreography of “Formation,” body-roll in front of “The Coronation of Napoleon.” A crew of black women gyrating in front of a massive colonial scene is the sort of heavy-handed image that the Internet salivates over. Already, overheated readings of the “Apeshit” video have attempted to glom onto one of two opposing ideologies: either Beyoncé and Jay-Z are priests of capitalism who appreciate art only to the extent that it reflects their wealth, or they are radicals who have smuggled blackness into a space where it has traditionally been overlooked or exploited. Both interpretations seem to me too prescriptive, and belie the video’s actual verve.

The Carters are omnivorous in their relationship to media, equally influenced by the Hellenistic era’s religious ecstasies as by Deana Lawson’s fantasies of black intimacy, by Pipilotti Rist’s warped ebullience as by the cultural legacy of Basquiat. Their engagement with the European canon housed in the Louvre, their physical proximity to it, shouldn’t be flattened into a shorthand for transgression. It is not presented that way. They are interested, instead, in playing with tableaux. Beyoncé does not blot out the Venus de Milo; she dances next to it. The Carters are not like the beleaguered black museum worker in Essex Hemphill’s poem “Visiting Hours,” “protecting European artwork / that robbed color and movement / from my life.” Jay-Z’s demand on his song “That’s My Bitch” to “Put some colored girls in the moma” is not only about correcting an erasure but about his own potential power to ordain a new status quo. It brings to mind the ambiguity in the project of Kehinde Wiley, whose years of situating everyday black men into settings of colonial wealth culminated in his portrait of the first black President. The Carters are their own protagonists in a grand narrative of establishing a black élite.

But then there’s a tableau, reminiscent of a Deana Lawson composition, that briefly takes us into the transportive place of subversion. In the “Everything Is Love” album art, cribbed from a moment in the “Apeshit” video, the “Mona Lisa” is shown blurred in the distance, while in the foreground a black woman uses an Afro pick to freshen a man’s hair. That image gave me a primal political thrill. Beyoncé and Jay-Z have enlisted surrogates, knowing that the effect wouldn’t have been the same if the man and woman in the scene were them.

Voir encore:

Apeshit has sparked an overdue conversation about blackness in art institutions

Beyoncé and Jay Z’s first single from their new album has already been heralded as a potential marketing tool for largely white art museums

Kuba Shand-Baptiste

The Pool

18.06.18

There’s a lot that can be said about Everything Is Love, Beyoncé and Jay Z’s latest highly anticipated joint project and fans have wasted no time in sharing conspiracy theories and wild analyses about the power couple’s latest effort since it dropped on Saturday evening. But perhaps the most interesting observation to have emerged over the last few days came from Black Blossoms, a platform dedicated to amplifying black womanhood in the art world.

Offering their own astute observations on Apeshit, the first single from the album, Black Blossoms tweeted about the video’s capacity to dramatically shift museums’ marketing approach towards the black community.

In a tweet accompanied by a screenshot from the video, in which the couple sit stoically before Jacques Louis David’s The Intervention of the Sabine Women, Black Blossoms said:

“Beyoncé is helping museums increase their Black Audiences… any smart person in museum marketing team would see the opp and act quickly and correctly… #APESHIT”

Examine the video closely – which, in keeping with the couple’s iconic status, was filmed in the Louvre, an institution that boasts an overwhelmingly white art collection – and it’s easy to see their point. From the off, shots of Beyoncé, Jay Z and the rest of the entirely black cast of dancers from the Ricky Saiz-directed video serve as responses to well-known pieces in the art canon.

Almost obstructing the famous works behind them, kneeling, swaying and smiling in the process, black bodies directly challenge the limited portrayals of blackness that we’re used to seeing in museums and force us to take in an entirely new narrative, one that shies away from respectability and fosters an (often intensely capitalist) sense of the many virtues of blackness.

There is no reason why pop culture shouldn’t serve as a vehicle for bringing more black people into the fold when it comes to museums

In a clear challenge to celebrations of colonial rule and wealth, for example, we see a shot of a defiant Beyoncé dancing in formation against the backdrop of Jacques Louis David’s extravagant painting, The Coronation Of Napoleon. Here, Napoleon’s legacy and, by extension, David’s art is forced to take a backseat, making way instead for an indisputably black celebration of womanhood and Beyoncé’s own lavishness in the process. And with a nod to one of the most consistent themes of the album – black love – there are also shots of black couples embracing, as well as modern takes on Marie-Guillemine Benoist’s Portrait of a Negress, the only painting in the video that doesn’t depict a black subject as a slave.

With the usual meticulous precision that fans are used to seeing in projects from the duo, Beyoncé and Jay Z have, as Black Blossoms observed, carved their own artistic standards as black artists, rather than playing into definitions of success as outlined by the white status quo.

Conversations about the lack of inclusion in art museums have long raged on, inspiring important, but typically short-lived, appeals to black people every once in a while. But rarely, as Black Blossoms said, do they extend beyond one-off lates and exhibitions.

In a 2015/16 study of adults visiting museums in the UK, for example, black people were the least likely to have visited a museum in the past year, compared with white and Asian visitors. And, when collections do not focus solely on European art, curators of African art in larger institutions are typically white.

“Have you ever seen the crowd goin’ apeshit? – Why museums need to encourage dialogue in gallery spaces and not just at lates because silence is more [intimidating] than the audience going ‘apeshit’ over an exhibition that touches their soul,” Black Blossoms´ tweeted.

And they’re right. Just as Beyoncé and Jay Z have demonstrated, there is no reason why pop culture shouldn’t serve as a vehicle for bringing more black people into the fold when it comes to museums. By occupying what looks like the entirety of the Louvre, Beyoncé and Jay Z have made a clear a statement as any about the importance of taking up space in typically white institutions – institutions that, evidently, could learn a thing or two from them.

Voir de plus:

Géricault, reporter du naufrage de « La Méduse »

Une exposition fait le point sur la genèse d’un des tableaux les plus politiques et polémiques du XIXe siècle.

Philippe Dagen

16 juillet 2012 

Le 2 juillet 1816, la frégate La Méduse s’échoue sur un banc de sable au large des côtes sénégalaises à la suite d’une erreur de navigation. Elle a près de 400 personnes à son bord – l’équipage, des fonctionnaires et deux compagnies de soldats. La Méduse fait partie d’une flottille envoyée de France au Sénégal pour y affirmer l’autorité du roi Louis XVIII. Les soldats sont des anciens des troupes napoléoniennes dont la monarchie cherche à se débarrasser par ce moyen. Le coupable du naufrage est le capitaine Hugues Duroy de Chaumareys, qui n’a obtenu ce commandement que parce qu’il est un émigré royaliste. Quand il monte à bord de La Méduse, il n’a plus navigué depuis vingt-cinq ans.Après avoir essayé de remettre à flot le navire, il est décidé de l’abandonner et de construire un radeau, les canots étant trop peu nombreux pour la foule des passagers. Le 5 juillet, les chaloupes, où sont les officiers et les fonctionnaires, et le radeau prennent la mer, les chaloupes étant censées remorquer le radeau. Très vite, Chaumareys ordonne de couper les cordes, abandonnant les 147 personnes entassées dessus. Pour cela et l’ensemble de ses fautes, il sera jugé en cour martiale en 1817, condamné à la prison et déchu de son grade et de ses décorations. Du 6 au 17 juillet, le radeau dérive. Quand L’Argus, autre navire de la flottille, le retrouve, il reste quinze survivants, dont cinq meurent dans les jours qui suivent. Entre-temps, les chaloupes ont atteint Saint-Louis du Sénégal sans peine.CANNIBALISMESur le naufrage et sur ce qui s’est passé sur le radeau, deux rescapés, l’ingénieur-géographe Corréard et le chirurgien Savigny, publient, dès novembre 1817, un récit, réédité en 1818. On y apprend non seulement l’incompétence et la lâcheté de Chaumareys, mais aussi les combats sur le radeau entre hommes ivres et terrorisés. Le 9 juillet, il ne reste déjà plus qu’une trentaine de survivants. Le 13, ils jettent à la mer les malades et les blessés, dont la cantinière, une femme noire. Dès le 7 juillet, il a fallu recourir au cannibalisme pour se nourrir.On peut imaginer l’effet de ce livre, les implications politiques, l’émoi de l’opinion publique. Des gravures du drame circulent vite, et le Théâtre de la Porte-Saint-Martin en fait un mélodrame, joué en avril 1819. Le 25 août 1819, s’ouvre le Salon. Une toile, dont le titre a été censuré, suscite le scandale : Le Radeau de La Méduse, de Théodore Géricault, évidemment – « un jeune homme« , écrit la critique, car il a 28 ans. Depuis, elle est demeurée au premier plan de l’histoire, au point même que l’on oublie trop souvent que Géricault est l’auteur d’autres chefs-d’oeuvre, un portraitiste et un dessinateur de premier ordre.
UNE ŒUVRE POLITIQUE ET UN MESSAGE CONTRE L’ESCLAVAGE
De même que l’on connaît le détail des événements, on connaît celui de la genèse de la peinture. C’est elle que retrace l’exposition actuelle, en une cinquantaine de dessins et d’études peintes. Pourquoi au Musée de Clermont-Ferrand ? Parce qu’y a été retrouvé récemment dans ses réserves un portrait d’homme, attribué à Géricault par Bruno Chenique, spécialiste de l’artiste et auteur de l’exposition. Celle-ci traite successivement de la composition, des travaux préparatoires pour les nus et leurs postures expressives, des études de visages et de celles que Géricault a consacrées à la décomposition des corps en peignant sur le motif des fragments anatomiques qui lui étaient donnés par l’hôpital Beaujon.Sans hésiter longtemps, il choisit un moment décisif du récit de Corréard et Savigny, l’approche de l’Argus. Ce n’est pas le plus tragique, puisqu’il aurait pu peindre le carnage sur le radeau, les blessés jetés à la mer ou les scènes de cannibalisme. Il ne le fait pas parce que, dans ce cas, son oeuvre n’aurait pas été exposée au Salon, pour des raisons de décence. Mais il introduit des détails explicites, armes abandonnées, corps mutilés, plaies mal pansées. En attirant l’attention sur eux, l’exposition incite à une compréhension plus complète de tout ce qui constitue l’oeuvre, aussi bien du point de vue artistique que du point de vue politique et moral.Les dessins de musculatures d’après modèle confirment ce qui est flagrant au Louvre : Géricault se mesure en toute simplicité à Michel-Ange et démontre, face à l’hégémonie de David et du néoclassicisme, qu’il n’est pas obligatoire d’aller prendre dans l’histoire grecque et romaine ou dans la Bible des sujets héroïques et tragiques. Le présent en propose qu’il faut avoir l’audace de saisir et de porter aux dimensions d’une très grande toile. Delacroix et Manet s’en sont souvenus – Delacroix qui, du reste, pose pour l’un des naufragés.Autre remarque : Géricault place trois figures d’hommes noirs sur le radeau – et la cantinière jetée à l’eau -, alors qu’il n’y en avait en réalité qu’un seul. Cette décision est liée à la lutte contre la traite des Noirs, qui se pratique toujours alors en dépit de son interdiction supposée. La lecture politique en est précisée. On sait en effet que le Radeau est une œuvre hostile à la Restauration et aux émigrés, mais moins qu’elle est aussi une dénonciation de l’esclavage.L’analyse et la démonstration sont donc efficaces et précises. Sans doute pour qu’elles le soient encore plus, les oeuvres sont prises dans un réseau dense de textes muraux et une scénographie très visible. Trop, beaucoup trop : cette insistance, cette indiscrétion, ces supports dessinés comme des « sucettes » pour affichage publicitaire gênent le regard et le distraient. Il est dommage qu’un projet dont la qualité scientifique et didactique est si certaine souffre d’une aussi vilaine présentation.


Géricault, au cœur de la création romantique. Etudes pour « Le Radeau de la Méduse »,Musée d’art Roger-Quilliot, place Louis-Deteix, Clermont-Ferrand (63). Tél. : 04-73-16-11-30. Du mardi au vendredi de 10 heures à 18 heures, samedi et dimanche de 10 heures à 12 heures et de 13 heures à 18 heures. Entrée : 5 €. Jusqu’au 2 septembre.

Voir par ailleurs:

Top sign of an art bubble? Jay Z raps about Warhol

Plenty of economists, art dealers and collectors have warned of an art bubble over the past year. But there is one sure sign that the art market is overdone: Jay Z is now rapping about Warhol, Basquiat and Art Basel.

“It ain’t hard to tell
I’m the new Jean-Michel
Surrounded by Warhols
My whole team ball
Twin Bugattis outside
Art Basel ”

Market guru James Grant quotes Jay Z’s “Picasso Baby” in his latest Grant’s Interest Rate Observer, arguing that prices in the contemporary art market may not be justified by long-term value. While well-hyped artists like Jeff Koons, Damien Hirst and Jean-Michel Basquiat are fetching eight-digit prices, it’s unclear whether their work will withstand the test of time, art critics and museums.

It’s hard to tell, for instance, whether one of Koons’ famous pieces, “New Hoover”—four vacuum cleaners in an acrylic case —will be valued as a work of genius or “just another vacuum cleaner,” Grant said.

“Modern art is valued in terms of modern money,” he wrote. The Fed’s low-interest-rate policies have driven the wealthy increasingly to collectibles of all kinds, including art, cars and jewels. “Miniature interest rates have reduced the opportunity cost of investing in any kind of nonyielding asset.”

And while Koons and Basquiat are hot now, they might end up like the English portraits of the early 19th century, whose frenzied boom was followed by a spectacular bust. Prices never recovered.

So how can a smart investor play the collectible game without getting sucked into the Koons hype?

Grant suggests buying historical documents: letters from Abraham Lincoln, bills signed by Thomas Jefferson and even public credit reports from Alexander Hamilton. Of course, prices for historical documents have soared along with art.

And a yellowed letter doesn’t look as good over the mansion mantelpiece than a Hirst or Barnett Newman. But the names Jefferson and Lincoln may be more likely to hold up over time.

“Sell Newman, we say, and Jeff Koons, too: buy the Founding Fathers and—as far as that goes—Abraham Lincoln,” Grant writes.

Voir aussi:

June 19, 2018

Beyoncé and Jay Z stunned the world on June 16 when they dropped their epic new joint album, Everything Is Love and the music video for the track, “Apesh-t.”

The majestic video features the power couple — who are billed on the album simply as “The Carters” — in none other than the Louvre, where they flex on the Mona Lisa in pastel suits and throw a dance party in front of the Great Sphinx of Tanis. Plus, if you were ever unsure that you needed Queen Bey to tell you that she needs to be paid in “equity” while reclining in front of the Winged Victory of Samothrace, consider this video all the confirmation that you’ll ever need.

Because the Carters had the entire Louvre and its incredible art collection at their disposal, it should come as no surprise that some of the world’s most prized artwork and the museum space plays a major role in the video.


Mur de Trump: Les bonnes clôtures font les bons voisins (Why can’t the misguided left see that building a wall makes Donald Trump the rule, not the exception, among world leaders ?)

2 janvier, 2019
pope
 image

Divided : Why We're Living in an Age of Walls, Hardback Book
Les bonnes clôtures font les bons voisins. Proverbe anglais
Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés. proverbe français
Aimez votre voisin mais n’abattez pas la haie. Autre proverbe français
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Je condamne le christia­nisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible de toutes les accusa­tions, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption possible. L’Église chrétienne n’épargna sur rien sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme (…) L’ « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancunes les plus basses, cet explosif de l’idée, qui finit par devenir Révo­lution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l’ordre social — c’est la dynamite chrétienne… (…) Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué (…) La pitié entrave en somme la loi de l’évolution qui est celle de la sélection. Elle comprend ce qui est mûr pour la disparition, elle se défend en faveur des déshérités et des condamnés de la vie. Par le nombre et la variété des choses manquées qu’elle retient dans la vie, elle donne à la vie elle-même un aspect sombre et douteux. On a eu le courage d’appeler la pitié une vertu (— dans toute morale noble elle passe pour une faiblesse —) ; on est allé plus loin, on a fait d’elle la vertu, le terrain et l’origine de toutes les vertus. Nietzsche
A l’origine, la guerre n’était qu’une lutte pour les pâturages. Aujourd’hui la guerre n’est qu’une lutte pour les richesses de la nature. En vertu d’une loi inhérente, ces richesses appartiennent à celui qui les conquiert. Les grandes migrations sont parties de l’Est. Avec nous commence le reflux, d’Ouest en Est. C’est en conformité avec les lois de la nature. Par le biais de la lutte, les élites sont constamment renouvelées. La loi de la sélection naturelle justifie cette lutte incessante en permettant la survie des plus aptes. Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Hitler
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
The gospel revelation gradually destroys the ability to sacralize and valorize violence of any kind, even for Americans in pursuit of the good. (…) At the heart of the cultural world in which we live, and into whose orbit the whole world is being gradually drawn, is a surreal confusion. The impossible Mother Teresa-John Wayne antinomy Times correspondent (Lance) Morrow discerned in America’s humanitarian 1992 Somali operation is simply a contemporary manifestation of the tension that for centuries has hounded those cultures under biblical influence. Gil Bailie
La Raison sera remplacée par la Révélation. À la place de la Loi rationnelle et des vérités objectives perceptibles par quiconque prendra les mesures nécessaires de discipline intellectuelle, et la même pour tous, la Connaissance dégénérera en une pagaille de visions subjectives (…) Des cosmogonies complètes seront créées à partir d’un quelconque ressentiment personnel refoulé, des épopées entières écrites dans des langues privées, les barbouillages d’écoliers placés plus haut que les plus grands chefs-d’œuvre. L’Idéalisme sera remplacé par Matérialisme. La vie après la mort sera un repas de fête éternelle où tous les invités auront 20 ans … La Justice sera remplacée par la Pitié comme vertu cardinale humaine, et toute crainte de représailles disparaîtra … La Nouvelle Aristocratie sera composée exclusivement d’ermites, clochards et invalides permanents. Le Diamant brut, la Prostituée Phtisique, le bandit qui est bon pour sa mère, la jeune fille épileptique qui a le chic avec les animaux seront les héros et héroïnes du Nouvel Age, quand le général, l’homme d’État, et le philosophe seront devenus la cible de chaque farce et satire. Hérode (Pour le temps présent, oratorio de Noël, W. H. Auden, 1944)
Just over 50 years ago, the poet W.H. Auden achieved what all writers envy: making a prophecy that would come true. It is embedded in a long work called For the Time Being, where Herod muses about the distasteful task of massacring the Innocents. He doesn’t want to, because he is at heart a liberal. But still, he predicts, if that Child is allowed to get away, « Reason will be replaced by Revelation. Instead of Rational Law, objective truths perceptible to any who will undergo the necessary intellectual discipline, Knowledge will degenerate into a riot of subjective visions . . . Whole cosmogonies will be created out of some forgotten personal resentment, complete epics written in private languages, the daubs of schoolchildren ranked above the greatest masterpieces. Idealism will be replaced by Materialism. Life after death will be an eternal dinner party where all the guests are 20 years old . . . Justice will be replaced by Pity as the cardinal human virtue, and all fear of retribution will vanish . . . The New Aristocracy will consist exclusively of hermits, bums and permanent invalids. The Rough Diamond, the Consumptive Whore, the bandit who is good to his mother, the epileptic girl who has a way with animals will be the heroes and heroines of the New Age, when the general, the statesman, and the philosopher have become the butt of every farce and satire. »What Herod saw was America in the late 1980s and early ’90s, right down to that dire phrase « New Age. » (…) Americans are obsessed with the recognition, praise and, when necessary, the manufacture of victims, whose one common feature is that they have been denied parity with that Blond Beast of the sentimental imagination, the heterosexual, middle-class white male. The range of victims available 10 years ago — blacks, Chicanos, Indians, women, homosexuals — has now expanded to include every permutation of the halt, the blind and the short, or, to put it correctly, the vertically challenged. (…) Since our newfound sensitivity decrees that only the victim shall be the hero, the white American male starts bawling for victim status too. (…) European man, once the hero of the conquest of the Americas, now becomes its demon; and the victims, who cannot be brought back to life, are sanctified. On either side of the divide between Euro and native, historians stand ready with tarbrush and gold leaf, and instead of the wicked old stereotypes, we have a whole outfit of equally misleading new ones. Our predecessors made a hero of Christopher Columbus. To Europeans and white Americans in 1892, he was Manifest Destiny in tights, whereas a current PC book like Kirkpatrick Sale’s The Conquest of Paradise makes him more like Hitler in a caravel, landing like a virus among the innocent people of the New World. Robert Hughes (24.06.2001)
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Bien avant qu’un intellectuel nazi ait annoncé ‘quand j’entends le mot culture je sors mon revolver’, les poètes avaient proclamé leur dégoût pour cette saleté de culture et politiquement invité Barbares, Scythes, Nègres, Indiens, ô vous tous, à la piétiner. Hannah Arendt (1949)
L’Occident s’achève en bermuda […] Craignez le courroux de l’homme en bermuda. Craignez la colère du consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui nous ont ramollis. Eh bien,nous lutterons comme des lions pour protéger notre ramollissement.  Chers djihadistes, chevauchant vos éléphants de fer et de feu, vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine. Mais c’est un magasin de porcelaine dont les propriétaires de longue date ont entrepris de réduire en miettes tout ce qui s’y trouvait entassé. […] Vous êtes les premiers démolisseurs à s’attaquer à des destructeurs. Les premiers incendiaires en concurrence avec des pyromanes. […] À la différence des nôtres, vos démolitions s’effectuent en toute illégalité et s’attirent un blâme quasi unanime. Tandis que c’est dans l’enthousiasme général que nous mettons au point nos tortueuses innovations et que nous nous débarrassons des derniers fondements de notre ancienne civilisation.  Chers djihadistes, nous triompherons de vous. Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. Philippe Muray
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
Ce concept de « droitisation » est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la « droitisation » consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se « droitise » en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du « transfrontiérisme » n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
The Secure Fence Act of 2006, which was passed by a Republican Congress and signed by President George W. Bush, authorized about 700 miles of fencing along certain stretches of land between the border of the United States and Mexico. (…) At the time the act was being considered, Barack Obama, Hillary Clinton and Chuck Schumer were all members of the Senate. (…) Obama, Clinton, Schumer and 23 other Democratic senators voted in favor of the act when it passed in the Senate by a vote of 80 to 19. (…) Currently, 702 miles of fencing separates the United States from Mexico, according to U.S. Customs and Border Protection. Trump plans for the wall are vague, but here’s what we know. He said the wall doesn’t need to run the nearly 2,000 miles of the border, but about 1,000 miles because of natural barriers. He said it could cost between $8 billion and $12 billion, be made of precast concrete, and rise 35 to 40 feet, or 50 feet, or higher. Experts have repeatedly told PolitiFact that the differences in semantics between a wall and a fence are not too significant because both block people. (…) A 2016 Associated Press report from the border described « rust-colored thick bars » that form « teeth-like slats » 18 feet high. « There are miles of gaps between segments and openings in the fence itself, » the report said. Trump criticized the 2006 fence as too modest during the 2016 campaign. (…) It’s also worth noting that the political context surrounding the 2006 vote was different, too. Democrats normally in favor of looser immigration laws saw the Secure Fence Act of 2006 as the lesser of two evils, according to a Boston Globe report that detailed the legislative process. Around that same time, the House passed legislation that would make any undocumented immigrant a felon. « It didn’t have anywhere near the gravity of harm, » Angela Kelley, who in 2006 was the legislative director for the National Immigration Forum, told the Boston Globe. « It was hard to vote against it because who is going to vote against a secure fence? And it was benign compared with what was out there. » Politifact
No country can exist without borders. Hillary and Obama have all but destroyed them; Trump must remind us how he will restore them. Walls throughout history have been part of the solution, from Hadrian’s Wall to Israel’s fence with the Palestinians. “Making Mexico pay for the wall” is not empty rhetoric, when $26 billion in remittances go back to Mexico without taxes or fees, largely sent from those here illegally, and it could serve as a source of funding revenue.Trump can supersede “comprehensive immigration” with a simple program: Secure and fortify the borders first; begin deporting those with a criminal record, and without a work history. Fine employers who hire illegal aliens. Any illegal aliens who choose to stay, must be working, crime-free, and have two years of residence. They can pay a fine for having entered the U.S. illegally, learn English, and stay while applying for a green card — that effort, like all individual applications, may or may not be approved. He should point out that illegal immigrants have cut in line in front of legal applicants, delaying for years any consideration of entry. That is not an act of love. Sanctuary cities are a neo-Confederate idea, and should have their federal funds cut off for undermining U.S. law. The time-tried melting pot of assimilation and integration, not the bankrupt salad bowl of identity politics, hyphenated nomenclature, and newly accented names should be our model of teaching new legal immigrants how to become citizens. Victor Davis Hanson
Securing national borders seems pretty orthodox. In an age of anti-Western terrorism, placing temporary holds on would-be immigrants from war-torn zones until they can be vetted is hardly radical. Expecting “sanctuary cities” to follow federal laws rather than embrace the nullification strategies of the secessionist Old Confederacy is a return to the laws of the Constitution. Using the term “radical Islamic terror” in place of “workplace violence” or “man-caused disasters” is sensible, not subversive. Insisting that NATO members meet their long-ignored defense-spending obligations is not provocative but overdue. Assuming that both the European Union and the United Nations are imploding is empirical, not unhinged. Questioning the secret side agreements of the Iran deal or failed Russian reset is facing reality. Making the Environmental Protection Agency follow laws rather than make laws is the way it always was supposed to be. Unapologetically siding with Israel, the only free and democratic country in the Middle East, used to be standard U.S. policy until Obama was elected. (…) Expecting the media to report the news rather than massage it to fit progressive agendas makes sense. In the past, proclaiming Obama a “sort of god” or the smartest man ever to enter the presidency was not normal journalistic practice. (…) Half the country is having a hard time adjusting to Trumpism, confusing Trump’s often unorthodox and grating style with his otherwise practical and mostly centrist agenda. In sum, Trump seems a revolutionary, but that is only because he is loudly undoing a revolution. Victor Davis Hanson
There was likely never going to be “comprehensive immigration reform” or any deal amnestying the DACA recipients in exchange for building the wall. Democrats in the present political landscape will not consent to a wall. For them, a successful border wall is now considered bad politics in almost every manner imaginable. Yet 12 years ago, Congress, with broad bipartisan support, passed the Secure Fence of Act of 2006. The bill was signed into law by then-President George W. Bush to overwhelming public applause. The stopgap legislation led to some 650 miles of a mostly inexpensive steel fence while still leaving about two-thirds of the 1,950-mile border unfenced. In those days there were not, as now, nearly 50 million foreign-born immigrants living in the United States, perhaps nearly 15 million of them illegally. Sheer numbers have radically changed electoral politics. Take California. One out of every four residents in California is foreign-born. Not since 2006 has any California Republican been elected to statewide office. The solidly blue states of the American Southwest, including Colorado, Nevada and New Mexico, voted red as recently as 2004 for George W. Bush. Progressives understandably conclude that de facto open borders are good long-term politics. Once upon a time, Democrats such as Hillary and Bill Clinton and Barack Obama talked tough about illegal immigration. They even ruled out amnesty while talking up a new border wall. In those days, progressives saw illegal immigration as illiberal — or at least not as a winning proposition among union households and the working poor. Democratic constituencies opposed importing inexpensive foreign labor for corporate bosses. Welfare rights groups believed that massive illegal immigration would swamp social services and curtail government help to American poor of the barrios and the inner city. So, what happened? Again, numbers. Hundreds of thousands of undocumented immigrants have flocked into the United States over the last decade. In addition, the Obama administration discouraged the melting-pot assimilationist model of integrating only legal immigrants. Salad-bowl multiculturalism, growing tribalism and large numbers of unassimilated immigrants added up to politically advantageous demography for Democrats in the long run. In contrast, a wall would likely reduce illegal immigration dramatically and with it future Democratic constituents. Legal, meritocratic, measured and diverse immigration in its place would likely end up being politically neutral. And without fresh waves of undocumented immigrants from south of the border, identity politics would wane. A wall also would radically change the optics of illegal immigration. Currently, in unsecured border areas, armed border patrol guards sometimes stand behind barbed wire. Without a wall, they are forced to rely on dogs and tear gas when rushed by would-be border crossers. They are easy targets for stone-throwers on the Mexican side of the border. A high wall would end that. Border guards would be mostly invisible from the Mexican side of the wall. Barbed wire, dogs and tear gas astride the border — the ingredients for media sensationalism — would be unnecessary. Instead, footage of would-be border crossers trying to climb 30-foot walls would emphasize the degree to which some are callously breaking the law. Such imagery would remind the world that undocumented immigrants are not always noble victims but often selfish young adult males who have little regard for the millions of aspiring immigrants who wait patiently in line and follow the rules to enter the United State lawfully. More importantly, thousands of undocumented immigrants cross miles of dangerous, unguarded borderlands each year to walk for days in the desert. Often, they fall prey to dangers ranging from cartel gangs to dehydration. Usually, the United States is somehow blamed for their plight, even though a few years ago the Mexican government issued a comic book with instructions on how citizens could most effectively break U.S. law and cross the border. The wall would make illegal crossings almost impossible, saving lives. Latin American governments and Democratic operatives assume that lax border enforcement facilitates the outflow of billions of dollars in remittances sent south of the border and helps flip red states blue. All prior efforts to ensure border security — sanctions against employers, threats to cut off foreign aid to Mexico and Central America, and talk of tamper-proof identity cards — have failed. Instead, amnesties, expanded entitlements and hundreds of sanctuary jurisdictions offer incentives for waves of undocumented immigrants. The reason a secure border wall has not been — and may not be — built is not apprehension that it would not work, but rather real fear that it would work only too well. Victor Davis Hanson
New House majority leader Nancy Pelosi reportedly spent the holidays at the Fairmont Orchid on Kona, contemplating future climate-change legislation and still adamant in opposing the supposed vanity border wall. But in a very different real world from the Fairmont Orchid or Pacific Heights, other people each day deal with the results of open borders and sanctuary jurisdictions. The results are often nihilistic and horrific. (…)These incidents, and less violent ones like them, are not all that rare in rural California. The narratives are tragically similar and hinge on our society’s assumptions of tolerance and its belief that entering and residing illegally in the United States are not really crimes. Fraudulent identification and fake names are not really felonious behaviors. Driving under the influence is no reason for deportation — all crimes that can ruin careers and have expensive consequences for citizens. Statisticians argue that immigrants commit fewer crimes than the native born, but never quite calibrate illegal immigrants into the equation (in part because no one has any idea who, where, or how many they are, as estimates range from 11 to 20 million) or note that second-generation native-born children of immigrants have much higher violent-crime rates than do their immigrant parents, and in circular fashion add to the general pool of violent Americans who then are used to contrast immigrants as less violent. Immorality is undermining, in Confederate fashion, federal law, and normalizing exemptions that allow felons such as Garcia and Arriaga to wreak havoc on the innocent and defenseless. Too often the architects of open borders and sanctuary jurisdictions are not on the front lines where the vulnerable suffer the all-too-real consequences of distant others, who can rely on their own far greater safety nets when their grand abstractions become all too concrete. And, finally, we forget that so often the victims of illegal aliens are (in California where one in four residents was not born in the U.S.) legal immigrants like officer Singh, and members of the Hispanic community like the late Mr. Soto. Polls show that support for open borders is not popular and most Americans want an end to illegal immigration and catch and release, as well as stricter enforcement of current federal immigration laws. Victor Davis Hanson
Donald Trump n’en finit plus de s’agacer à propos de la construction de son mur à la frontière mexicaine. Ce vendredi, il a menacé de fermer la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique si les démocrates du Congrès n’acceptaient pas de financer la construction d’un mur. (…) Un sujet qui a déjà provoqué un « shutdown » depuis une semaine, soit la paralysie partielle des administrations fédérales et qui a mis des centaines de milliers de fonctionnaires au chômage forcé. Tant que républicains et démocrates ne trouveront pas d’accord au Congrès, les financements de 25% des ministères et administrations fédérales resteront suspendus. Jeudi, les négociations ont encore échoué. Le président républicain exige cinq milliards de dollars pour construire le mur tandis que les démocrates refusent de le financer, mais ont proposé une enveloppe de plus d’un milliard pour d’autres mesures de sécurité à la frontière. Les républicains sont majoritaires au Congrès, mais avec 51 sièges au Sénat, ils ont besoin de soutiens démocrates pour atteindre les 60 voix sur 100 nécessaires afin d’approuver le Budget. Mais si la question cristallise autant, c’est que la mesure est symbolique de la présidence de Donald Trump. Lors la campagne, le milliardaire a construit sa popularité à coup de propositions chocs et fait de la lutte contre l’immigration l’une de ses priorités. « Je vais construire un grand mur sur notre frontière sud, et le Mexique paiera pour le construire. Prenez-en bien note », avait-il alors promis. Une promesse déjà bien entamée par le refus mexicain de financer la construction du mur. Le président américain a été contraint d’admettre que les Etats-Unis allaient lancer le projet avant même d’avoir l’assurance du financement mexicain. Selon un sondage de Politico, la base éle