Virus de Wuhan: Le SARS-CoV-2 a des capacités de mutation hors norme (Guess why the Chinese Army super virus designed in a French laboratory with US funds is so virulent ?)

24 juillet, 2021
COVID lab-leak theory: 'rare' genetic sequence doesn't mean the virus was engineeredCoronavirus : aux origines françaises du laboratoire P4 de Wuhan - Le Parisienhttps://img.buzzfeed.com/buzzfeed-static/static/2020-04/30/13/campaign_images/4409ddeddc8f/past-coronavirus-research-grants-are-being-used-t-2-450-1588254389-6_dblbig.jpg?resize=1200:*Le retour à la normale, c’est peut-être 2022, 2023, mais nous aurons probablement un autre variant qui arrivera dans le courant de l’hiver, car le SARS-CoV-2 a des capacités de mutation hors norme. (…) On aurait pu tout fermer ou tout rouvrir, ça n’aurait rien changé, à cause des particularités du virus Delta. Jean-François Delfraissy (président du Conseil scientifique)
Comme dans toute controverse en science, il faut identifier les points de consensus afin de pouvoir étudier les désaccords. Côté consensus, toute la communauté scientifique reconnaît qu’il existe des Sars coronavirus circulant chez les chauves-souris apparentés au Sars-CoV-2 : ces virus sont des cousins. On trouve une petite dizaine d’entre eux, mais ils sont tous trop distants, génétiquement, pour être le parent direct de l’épidémie. Ces virus circulent majoritairement dans la province du Yunnan, au sud de la Chine, mais également dans des régions limitrophes de la province du Yunnan colonisées par les mêmes espèces de chauves-souris. Il est également établi que l’émergence de cas de pneumonie sévère traduisant la flambée épidémique du virus ont d’abord été détectés dans la ville de Wuhan, début janvier 2020, dans la province du Hubei. Des premiers cas sont décrits en décembre de manière absolument claire et incontestable, ce qui suggère une origine d’épidémie un peu plus précoce – et donc les experts datent le début de l’épidémie entre début septembre et fin octobre 2019. Voilà pour les points d’accord. En revanche, les points de divergence portent sur la succession d’évènements qui ont permis à des virus de chauves-souris d’acquérir, d’une part, la capacité de reconnaître efficacement les récepteurs présents sur les cellules humaines, et d’autre part, la capacité de transmission interhumaine, donc d’homme à homme. On sait que ces deux étapes constituent un goulot d’étranglement important mais, lorsque qu’un virus passe ces barrières successives, il peut alors se propager largement dans les populations humaines, donc devenir éventuellement épidémique ou pandémique. Le débat porte sur les mécanismes ayant permis ce franchissement de la barrière des espèces. Certains l’expliquent par la thèse zoonotique que j’ai évoquée précédemment. Mais d’autres suggèrent que l’épidémie pourrait être liée à la collecte d’échantillons de ces coronavirus dans les grottes du Yunnan où ils circulent. En effet, plusieurs laboratoires chinois travaillaient sur ce virus, afin de comprendre les mécanismes moléculaires permettant à ces derniers des franchissements de la barrière des espèces pour devenir des pathogènes humains. D’où l’hypothèse d’un accident de laboratoire contaminant éventuellement des personnels… et donnant les premiers patients. Cette hypothèse est sous-tendue par plusieurs arguments : d’abord, cette ville concentre les plus gros centres d’étude des coronavirus dans le monde. Par ailleurs, il est paradoxal de voir émerger une épidémie dans une ville de onze millions d’habitants environ, dont les experts chinois sur les coronavirus affirmaient depuis des années que celle-ci, Wuhan, était typiquement une ville où ce type d’émergence zoonotique ne pourrait pas avoir lieu parce qu’il n’y a pas ces contacts indispensables entre espèces sauvages, espèces domestiques et l’homme. (…) [L’hypothèse de l’accident de laboratoire] est basée, entre autres, sur le fait que le virus le plus proche actuellement connu, donc le RaTG13, a été échantillonné par un laboratoire de virologie localisé dans la zone où les premiers cas de Sars-CoV-2 ont été détectés, et où des travaux sur ces coronavirus émergents sont conduits. Des projets de recherche importants visaient à comprendre le mécanisme de franchissement de barrières d’espèces, c’est-à-dire justement à collecter des virus chez les chauves-souris, récolter des échantillons de manière à séquencer ces virus, essayer de mettre en culture ces virus dans des cellules et essayer de comprendre comment ces virus sont potentiellement capables d’infecter des cellules d’autres mammifères, incluant des cellules humaines. (…) Quand on fait de la construction moléculaire, on part évidemment de séquences naturelles dans un premier temps. Une fois qu’on a construit l’existant, on peut éventuellement, modifier une partie du génome ou échanger des morceaux de génome d’un virus avec le génome d’un autre virus, donc faire ce qu’on appelle des chimères – ou virus recombinant – pour essayer de comprendre quelles sont les fonctions spécifiques de tel ou tel fragment de génome, ou comment tel ou tel morceau de génome confère ou ne confère pas la capacité à infecter d’autres types cellulaires. Chez les coronavirus, par exemple, il y a une protéine qui joue un rôle majeur dans le franchissement de la barrière des espèces, c’est la protéine Spike qui est à la surface de la particule virale et donne l’aspect en couronne des virus. Il se trouve que les laboratoires de virologie de Wuhan ont démontré, à partir de 2016, qu’il existe chez certaines chauves-souris des virus avec des protéines Spike potentiellement capables d’infecter directement des cellules humaines sans nécessiter pour autant de passer par des hôtes intermédiaires. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, quand on parle de zoonose, les deux possibilités sont explorées par les scientifiques : soit une infection directe de l’homme par des virus de chauve-souris, qui donnent naissance à l’épidémie, soit une zoonose qui est liée à un mécanisme de débordement via l’infection d’une espèce intermédiaire. (…) Bien sûr, c’est compliqué. De tels travaux ne sont pas à la portée de n’importe quel laboratoire. Cela réclame d’abord de travailler dans des conditions de sécurité suffisantes. Les recommandations européennes sur les coronavirus (Sars-CoV-1 & 2 et Mers-CoV) imposent de travailler en laboratoire de type L3. Mais les méthodologies de modification des génomes avancent à une vitesse tout à fait incroyable, ce qui fait que des expériences qui duraient des mois, il y a encore dix ans, sont réalisables aujourd’hui en moins d’un mois par les laboratoires qui ont l’expertise – d’ailleurs, les autorités chinoises ont publié les premières séquences du Sars-CoV-2 vers le 12 janvier 2020, et un mois plus tard, un laboratoire suisse avait reconstruit un Sars-CoV-2 rigoureusement identique, juste sur la base de ces séquences récupérées dans une base de donnée… (…) Il est crucial, de mon point de vue, de comprendre l’origine de cette pandémie, parce qu’il y a des décisions collectives et mondiales à prendre qui seront complètement différentes si l’origine est zoonotique ou accidentelle. S’il y a eu passage par tel ou tel hôte intermédiaire, il faudra prendre des mesures de surveillance chez les animaux potentiellement infectés, donc potentiellement vecteurs de ces virus, avec à la clef des abattages systématiques, comme c’est le cas régulièrement pour la grippe aviaire. Et s’il s’avère que c’est un accident dû à des manipulations, alors il faut mieux encadrer les conditions expérimentales dans lesquelles sont faites les expériences dont on vient de parler. Par ailleurs, quelle que soit l’origine du virus, avec l’avancée rapide des nouveaux outils de biologie moléculaires, il est peut-être urgent de réfléchir de manière collective aux expériences qu’il est nécessaire de faire dans les laboratoires et à celles qu’il ne faut pas faire parce qu’elles sont trop dangereuses. Est-il raisonnable de construire dans des laboratoires, des virus potentiellement pandémiques chez l’homme qui, au départ, n’existent pas naturellement ? Ce débat éthique existe depuis les années 2010-12, quand des équipes américaines et hollandaises ont cherché à construire des virus de la grippe, potentiellement pandémiques, et cette fois-ci à partir d’un virus qui n’était pas particulièrement adapté à la transmission par aérosol. Le bénéfice qu’on escomptait de ces expériences était-il si important qu’on pouvait s’affranchir du risque de sa diffusion ? Ou, est-ce que, éthiquement, ces travaux devaient être considérés comme trop dangereux et donc interdits ? Voilà ce qui a conduit les États-Unis à décréter à partir de 2014 un moratoire sur ce type d’expérience. Ces arbitrages sont complexes, et il est nécessaire d ’évaluer les risques et les bénéfices potentiels des expériences, afin de définir des limites sans stériliser la recherche. (…) Le cœur du débat est là : les scientifiques sont peu habitués aux limitations a priori de leur domaine de recherche, et encore moins à ce que la société civile scrute leurs travaux. Cette manière de faire change progressivement, car il y a de plus en plus de comités d’éthique – en tout cas, pour tout ce qui concerne le domaine d’expérimentation humain et, désormais, les expérimentations animales. Mais il y a d’autres domaines de la science qui devraient être considérés comme critiques du point de vue éthique, c’est-à-dire dans lesquels on renoncerait éventuellement à la conduite de certaines expériences, ou alors où l’on favoriserait des stratégies alternatives moins dangereuses. Les virus n’ont pas de passeports ! Et donc, la gestion des risques biologiques ne peut plus être envisagée uniquement au niveau national. Cette question doit se traiter de manière internationale, si l’on veut la traiter correctement. Regardez le moratoire américain que j’évoquais : l’une des conséquences de cette nouvelle politique a été l’arrêt des expériences sur les coronavirus par les grands laboratoires sur le territoire américain. Ce qui a conduit, à la place, à l’intensification de ces recherches dans les laboratoires de Wuhan, par exemple, avec des financements américains… notamment, entre autres, via la EcoHealth Alliance ! Paradoxalement, le moratoire américain, qui pourrait être jugé comme une décision limitant les risques biologiques, a donc peut-être eu des effets pervers, en favorisant le déploiement de recherche dans des pays ou le contrôle des risque biologiques est moindre… (…) via l’association que je viens de mentionner. Il y a eu financement d’abord des collectes de virus, pour essayer d’échantillonner davantage les virus présents chez les chauves-souris, entre autres dans le Sud asiatique, mais il y a également eu financement d’expériences visant à être en capacité de cultiver ces virus, en cellules et dans des modèles animaux, pour comprendre les mécanismes de transfert zoonotique et pour essayer concevoir des vaccins permettant de protéger des futures zoonoses. L’intention de telles recherches est donc de prévoir les nouveaux virus potentiellement pandémiques pour mieux s’en prémunir… Sauf que justement, les expériences réalisées comportent des risques potentiels. Quand on réfléchit aux problèmes de pandémies et aux études sur les virus émergents, on ne peut, je le répète, pas envisager la problématique du seul point de vue national ou même continental – il faut nécessairement une vision globale et mondiale. Dans son Destin des maladies infectieuses, le microbiologiste Charles Nicolle écrivait en 1933 que « la connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires. Nous sommes frères parce que le même danger nous menace, solidaires parce que la contagion nous vient le plus souvent de nos semblables. » Cette analyse reste étonnamment d’actualité – et l’avenir ne manquera pas de nous rappeler cette vérité dans le contexte du déploiement des vaccins, avec les variants du Covid-19 qui se multiplient actuellement… Sans une stratégie globale et mondiale, on court après le virus avec des vaccinations éventuellement successives permettant de protéger une partie de la populatio, alors même que l’autre partie de la population, qui serait incorrectement vaccinée, constituerait finalement un réservoir de nouveaux variants. (…) Évidemment, la surpopulation mondiale a des conséquences… La pression sur les écosystèmes et la densification de la population aussi, avec pour répercussions l’augmentation des élevages d’animaux industriels, sources potentielles également de zoonose. On sait aussi que l’évolution des moyens de transport et de communication favorise la dissémination des épidémies, et nous avons vu la dissémination mondiale du Sars-CoV-2 en quelque mois. Donc l’ensemble de ces facteurs favorise l’intensification des zoonoses et la diffusion des maladies infectieuses nouvelles. On peut agir en régulant mieux les élevages industriels et les voyages internationaux. Mais il est également nécessaire d’interroger les pratiques de la biologie moléculaire moderne, qui nous permet de mieux lutter contres les maladies mais qui comporte, comme on vient de le voir, également des risques biologiques. On peut conclure à ce stade que même si l’origine de l’épidémie n’est pas encore élucidée – et même si l’identification risque de prendre du temps –, nous disposons déjà d’informations importantes sur des mécanismes potentiels d’émergence de pandémies. Il est par conséquent possible, dès aujourd’hui, de limiter ces risques en adaptant nos pratiques. Étienne Decroly

Devinez pourquoi le super virus de l’Armée chinoise conçu dans le laboratoire français de Wuhan et financé par les Américains est si virulent ?

Pour le virologue spécialiste du VIH, directeur de recherche au CNRS et membre de la Société française de virologie Étienne Decroly, la question de l’origine du Covid-19 n’est pas résolue. Et la thèse de la transmission par les chauves-souris (ou par un hôte intermédiaire, tel que le désormais tristement fameux pangolin) souffre de plusieurs incohérences. Le virus se serait-il bel et bien échappé d’un laboratoire de Wuhan ? Entretien sur un mystère toujours non résolu.

L’Organisation mondiale de la santé a rendu son rapport sur l’origine de la pandémie. Qu’en pensez-vous ? Que dit ce rapport – et que ne dit-il pas ?

Étienne Decroly : C’est une bonne nouvelle qu’un premier rapport soit enfin disponible. En un an de pandémie, l’OMS a pu envoyer une équipe en Chine pour essayer de comprendre ce qui s’est passé et découvrir les origines du virus. 17 experts mandatés par l’OMS ont rejoint 17 experts chinois pour analyser les résultats de l’enquête chinoise. La commission conclut que le mystère reste entier… et suggère que l’origine zoonotique – c’est-à-dire liée à la transmission d’un virus existant dans des espèces animales à l’espèce humaine – est la plus probable. Le virus se serait transmis à l’espèce humaine soit à partir des chauves-souris, qui sont un réservoir important de ces virus, soit en passant par une espèce intermédiaire (chat, lapin, vison, pangolin, civette, etc.). Toutefois, il faut noter que l’échantillonnage massif réalisé par les autorités chinoises n’a pas permis de confirmer cette présomption, ce qui a conduit le directeur de l’OMS à rappeler que toutes les hypothèses restaient sur la table – incluant celle d’un accident de laboratoire – et à proposer de constituer une nouvelle commission dont le pouvoir d’enquête serait élargi. Le processus d’enquête doit donc se poursuivre.

“Le directeur de l’OMS rappelle que toutes les hypothèses restent sur la table, incluant celle d’un accident de laboratoire. […] L’enquête doit donc se poursuivre” Étienne Decroly

Concernant l’espèce primordiale, on a immédiatement pensé aux chauves-souris ?

L’analyse des émergences précédentes de coronavirus a permis d’identifier les chauves-souris comme un réservoir jouant un rôle clé dans l’origine zoonotique des coronavirus. Dans la nature, des populations importantes de chauves-souris (dont il existe plus de 1 400 espèces) partagent les mêmes grottes, et différentes souches de coronavirus peuvent alors infecter simultanément le même animal, ce qui favorise les recombinaisons génétiques entre virus et décuple les possibilités d’évolution. Certaines souches ainsi générées sont parfois aptes à franchir la barrière des espèces et infectent d’autres espèces animales davantage au contact des population humaines. La transmission ultérieure aux humains est facilitée car ces « hôtes intermédiaires » sont d’une part génétiquement plus proche de l’homme, et d’autre part souvent des animaux d’élevage en contact direct avec les humains. Les virologistes sont capables de comprendre les mécanismes de transmission zoonotique par des analyses « phylogéniques » permettant de reconstruire l’arbre généalogique des virus. En comparant les séquences génomiques d’échantillons viraux de malades infectés par le Sars-CoV-2 [la dénomination officielle du Covid-19] au début de l’épidémie, on a observé un taux d’identité de 99,98 % entre les différents échantillons, ce qui signifiait que le virus avait récemment émergé chez l’humain. On a également constaté que ce génome était à 96 % identique à celui d’un virus de chauve-souris (RaTG13) collecté en 2013 à partir de fèces de l’animal et dont les séquences ne sont connues que depuis le mois de mars 2020. Le virus RaTG13, un cousin du Sars-CoV-2 (mais pas son parent direct) provient d’une mine de la province du Yunnan, où trois mineurs avaient succombé à une pneumonie sévère en 2012. Pour faire bref, le Sars-CoV-2 est génétiquement plus proche de souches virales qui ne se transmettaient jusqu’alors qu’entre chauves-souris. Il ne descend pas de souches humaines connues et n’a acquis que récemment la capacité de sortir de son réservoir animal naturel, donc, en l’occurrence, très probablement de la chauve-souris.

“Les virus n’ont pas de passeports ! La gestion des risques biologiques ne peut plus être envisagée uniquement au niveau national, il faut une stratégie globale et mondiale” Étienne Decroly

Alors pourquoi est-ce que le rapport n’écarte pas d’autres hypothèses ?

Le rapport évoque en mode mineur la possibilité d’une transmission via de la viande surgelée, infectée on ne sait trop comment, mais qui aurait l’avantage, vu de Chine, d’exonérer l’origine locale. Enfin, il considère l’hypothèse d’un accident de laboratoire comme très improbable. Toutefois, comme mentionné à l’instant, c’est le directeur général de l’OMS lui-même qui a pris le contrepied de la mission OMS-Chine, en déclarant à deux reprises que toutes les hypothèses restaient sur la table, y compris celle d’un virus échappé d’un labo.

Que traduit cette contradiction ?

Elle est le reflet d’une controverse géopolitique, bien sûr, mais également scientifique. Lorsque l’épidémie a émergé, la communauté scientifique a rapidement penché vers l’hypothèse d’une zoonose passant par un intermédiaire animal entre la chauve-souris et l’homme. D’abord, parce qu’aucune épidémie liée à une transmission directe de la chauve-souris à l’homme n’a jamais été démontrée. Ensuite, parce que l’histoire de l’interaction entre l’espèce humaine et les animaux témoigne de nombreux cas de transmissions de virus de certaines espèces animales vers l’espèce humaine en passant par des hôtes intermédiaires – à savoir, des animaux d’élevage ou des animaux sauvages en contact avec les populations. D’où l’hypothèse principale d’une transmission à l’humain via une espèce d’un hôte intermédiaire dans laquelle les virus peuvent évoluer puis être sélectionnés vers des formes susceptibles d’infecter des cellules humaines.

“Les contradictions des conclusions du rapport sont le reflet d’une controverse géopolitique, mais également scientifique” Étienne Decroly

Comment fait-on pour identifier l’hôte et son espèce? 

Habituellement, on analyse les relations phylogénétiques entre le nouveau virus et ceux provenant d’espèces animales vivant dans les régions proches de l’émergence ; cette méthode a permis d’établir que la civette, une sorte de petit félin, a été l’hôte intermédiaire du Sars-CoV en 2002, et que le dromadaire a été celui du Mers-CoV dix ans plus tard en Arabie Saoudite. Il était donc logique de supposer des mécanismes similaires pour le Sars-CoV-2.

Alors, où se situe la controverse que vous évoquiez ?

Comme dans toute controverse en science, il faut identifier les points de consensus afin de pouvoir étudier les désaccords. Côté consensus, toute la communauté scientifique reconnaît qu’il existe des Sars coronavirus circulant chez les chauves-souris apparentés au Sars-CoV-2 : ces virus sont des cousins. On trouve une petite dizaine d’entre eux, mais ils sont tous trop distants, génétiquement, pour être le parent direct de l’épidémie. Ces virus circulent majoritairement dans la province du Yunnan, au sud de la Chine, mais également dans des régions limitrophes de la province du Yunnan colonisées par les mêmes espèces de chauves-souris. Il est également établi que l’émergence de cas de pneumonie sévère traduisant la flambée épidémique du virus ont d’abord été détectés dans la ville de Wuhan, début janvier 2020, dans la province du Hubei. Des premiers cas sont décrits en décembre de manière absolument claire et incontestable, ce qui suggère une origine d’épidémie un peu plus précoce – et donc les experts datent le début de l’épidémie entre début septembre et fin octobre 2019. Voilà pour les points d’accord. En revanche, les points de divergence portent sur la succession d’évènements qui ont permis à des virus de chauves-souris d’acquérir, d’une part, la capacité de reconnaître efficacement les récepteurs présents sur les cellules humaines, et d’autre part, la capacité de transmission interhumaine, donc d’homme à homme. On sait que ces deux étapes constituent un goulot d’étranglement important mais, lorsque qu’un virus passe ces barrières successives, il peut alors se propager largement dans les populations humaines, donc devenir éventuellement épidémique ou pandémique. Le débat porte sur les mécanismes ayant permis ce franchissement de la barrière des espèces. Certains l’expliquent par la thèse zoonotique que j’ai évoquée précédemment. Mais d’autres suggèrent que l’épidémie pourrait être liée à la collecte d’échantillons de ces coronavirus dans les grottes du Yunnan où ils circulent. En effet, plusieurs laboratoires chinois travaillaient sur ce virus, afin de comprendre les mécanismes moléculaires permettant à ces derniers des franchissements de la barrière des espèces pour devenir des pathogènes humains. D’où l’hypothèse d’un accident de laboratoire contaminant éventuellement des personnels… et donnant les premiers patients. Cette hypothèse est sous-tendue par plusieurs arguments : d’abord, cette ville concentre les plus gros centres d’étude des coronavirus dans le monde. Par ailleurs, il est paradoxal de voir émerger une épidémie dans une ville de onze millions d’habitants environ, dont les experts chinois sur les coronavirus affirmaient depuis des années que celle-ci, Wuhan, était typiquement une ville où ce type d’émergence zoonotique ne pourrait pas avoir lieu parce qu’il n’y a pas ces contacts indispensables entre espèces sauvages, espèces domestiques et l’homme.

“Plusieurs laboratoires chinois essaient de comprendre les mécanismes permettant aux virus de franchir la barrière des espèces, et collectent des échantillons de coronavirus dans les grottes où ils circulent, chez les chauves-souris. D’où l’hypothèse d’un accident, et d’une éventuelle contamination des personnels” Étienne Decroly

Y compris sur les marchés ?

Le marché de Wuhan n’est pas un marché où l’on trouve beaucoup d’animaux sauvages. Mais au-delà de ce constat, on a comparé le sérum de personnes habitant à Wuhan avec d’autres dans la province du Yunnan, à 1 500 km de là, pour comparer la présence ou non d’anticorps capables de reconnaître des coronavirus tels que le Sars-CoV-1 [le « premier Sras », soit le syndrome respiratoire aigu sévère de 2002]. Ces études ont montré l’absence d’anticorps contre les Sars-CoV dans les sérums prélevés dans la région de Wuhan – alors que dans la province de Yunnan, on trouve selon les endroits entre 0,6% et 2,7% de sérums positifs. Cette observation indique qu’il y a des franchissements réguliers de la barrière d’espèce dans la province de Yunnan, mais pas à Wuhan. C’est d’ailleurs logique, puisque le Yunnan est une région agricole où les populations sont au contact des animaux sauvages et des chauves-souris. Et pour autant, ces franchissements réguliers de la barrière des espèces ne donnent pas lieu à des épidémies, probablement parce que ces virus ne sont pas adaptés à la transmission interhumaine : c’est le goulot d’étranglement que j’évoquais précédemment. D’où le mystère de cette naissance de l’épidémie à Wuhan puisque, primo, il n’y a pas de chauve-souris porteuses de coronavirus à Wuhan, et secundo, on ne trouve pas l’animal intermédiaire.

Et le pangolin, alors ?

Il est vrai que la découverte dans le génome de coronavirus infectant des pangolins d’une courte séquence génétique apparentée à celle qui permet au Sars-CoV-2 de reconnaître spécifiquement le récepteur ACE2 [l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2] afin pénétrer les cellules humaines (mécanisme dit de clé-serrure), a un temps fait penser qu’on tenait un possible hôte intermédiaire… mais le restant de son génome est trop distant du Sars-CoV-2 pour être un ancêtre direct. En effet, le taux d’identité entre les séquences de Sars-CoV-2 et celles issues du pangolin n’atteint que 90,3 %, ce qui est très inférieur aux taux habituellement observés entre les souches infectant l’humain et celles infectant l’hôte intermédiaire. En d’autres termes, le virus parental de l’épidémie pourrait être une sorte de chimère entre le virus de pangolin et les virus proches du RaTG13 présent dans les provinces du sud de la chine. Mais ces virus n’ont pas été identifiés à ce jour. Par ailleurs, il y a des inconsistances géographiques : les échantillons viraux de chauves-souris ont été recueillis dans le Yunnan, à près de 1 500 km de Wuhan, où a éclaté la pandémie, donc. Et des inconsistances écologiques : chauves-souris et pangolins évoluent dans des écosystèmes différents. Et l’on se demande bien à quelle occasion leurs virus auraient pu se recombiner.

“Le mystère de cette naissance de l’épidémie à Wuhan, c’est que primo, il n’y a pas de chauve-souris porteuses de coronavirus à Wuhan, et secundo, on ne trouve pas l’animal intermédiaire” Étienne Decroly

Exit le pangolin, donc. D’autres espèces pourraient-elles donc constituer le chaînon manquant ? 

En tout cas, on ne l’a pas identifiée jusqu’ici, malgré un échantillonnage assez important ! Pour vous donner une idée, le rapport de l’OMS évoque environ 80 000 prélèvements faits entre octobre 2019 et février 2020. Sur l’ensemble de ces prélèvements, aucun n’a été positif au Sars-CoV-2. Ce qui, évidemment, questionne l’hypothèse de l’origine zoonotique, parce qu’on s’attendrait à trouver quelques échantillons positifs au Sars-CoV-2 et soutenant cette hypothèse. Or pour l’instant, ce n’est pas le cas. L’absence de preuve n’est pas une preuve, mais cela invite à regarder avec plus d’attention d’autres hypothèses qui, au départ, étaient considérées comme moins favorables.

Dont le passage par de la viande congelée ?

En effet, il y a cette hypothèse dans le rapport de la Commission OMS-Chine, mais il y a peu d’arguments scientifiques « raisonnables » qui la soutiennent, dans la mesure où, à ma connaissance, il n’y a pas d’épidémie documentée de CoV passant par de la viande congelée. Disons qu’elle permet d’expliquer l’énigme d’une épidémie dans une ville de onze millions d’habitants dans laquelle les animaux infectés potentiellement ne sont pas particulièrement présents… Cela suggère que le virus a été « gelé » à un endroit, éventuellement en dehors de la Chine, avant d’être transporté jusqu’à Wuhan. Cette hypothèse est toutefois étayée par le fait qu’au moment où le CoV-2 circulait très largement dans la population humaine en 2020, des traces de CoV-2 ont été retrouvées sur des emballages de viande congelée… C’est une hypothèse politiquement satisfaisante, vue de Chine, mais scientifiquement, nous manquons d’éléments probants.

Reste l’hypothèse d’un accident ?

Cette hypothèse est basée, entre autres, sur le fait que le virus le plus proche actuellement connu, donc le RaTG13, a été échantillonné par un laboratoire de virologie localisé dans la zone où les premiers cas de Sars-CoV-2 ont été détectés, et où des travaux sur ces coronavirus émergents sont conduits. Des projets de recherche importants visaient à comprendre le mécanisme de franchissement de barrières d’espèces, c’est-à-dire justement à collecter des virus chez les chauves-souris, récolter des échantillons de manière à séquencer ces virus, essayer de mettre en culture ces virus dans des cellules et essayer de comprendre comment ces virus sont potentiellement capables d’infecter des cellules d’autres mammifères, incluant des cellules humaines.

“En laboratoire, on peut modifier une partie du génome d’un virus, ou en échanger des morceaux avec le génome d’un autre virus, pour essayer de comprendre quelles sont les fonctions spécifiques de tel ou tel fragment de génome. C’est ainsi qu’on crée des virus recombinants” Étienne Decroly

On peut en quelque sorte, passez-moi l’expression, bâtir un virus de toutes pièces ?

Quand on fait de la construction moléculaire, on part évidemment de séquences naturelles dans un premier temps. Une fois qu’on a construit l’existant, on peut éventuellement, modifier une partie du génome ou échanger des morceaux de génome d’un virus avec le génome d’un autre virus, donc faire ce qu’on appelle des chimères – ou virus recombinant – pour essayer de comprendre quelles sont les fonctions spécifiques de tel ou tel fragment de génome, ou comment tel ou tel morceau de génome confère ou ne confère pas la capacité à infecter d’autres types cellulaires. Chez les coronavirus, par exemple, il y a une protéine qui joue un rôle majeur dans le franchissement de la barrière des espèces, c’est la protéine Spike qui est à la surface de la particule virale et donne l’aspect en couronne des virus. Il se trouve que les laboratoires de virologie de Wuhan ont démontré, à partir de 2016, qu’il existe chez certaines chauves-souris des virus avec des protéines Spike potentiellement capables d’infecter directement des cellules humaines sans nécessiter pour autant de passer par des hôtes intermédiaires. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, quand on parle de zoonose, les deux possibilités sont explorées par les scientifiques : soit une infection directe de l’homme par des virus de chauve-souris, qui donnent naissance à l’épidémie, soit une zoonose qui est liée à un mécanisme de débordement via l’infection d’une espèce intermédiaire.

C’est compliqué, en labo, de transformer un virus pour qu’il puisse franchir des barrières ?

Oui, bien sûr, c’est compliqué. De tels travaux ne sont pas à la portée de n’importe quel laboratoire. Cela réclame d’abord de travailler dans des conditions de sécurité suffisantes. Les recommandations européennes sur les coronavirus (Sars-CoV-1 & 2 et Mers-CoV) imposent de travailler en laboratoire de type L3. Mais les méthodologies de modification des génomes avancent à une vitesse tout à fait incroyable, ce qui fait que des expériences qui duraient des mois, il y a encore dix ans, sont réalisables aujourd’hui en moins d’un mois par les laboratoires qui ont l’expertise – d’ailleurs, les autorités chinoises ont publié les premières séquences du Sars-CoV-2 vers le 12 janvier 2020, et un mois plus tard, un laboratoire suisse avait reconstruit un Sars-CoV-2 rigoureusement identique, juste sur la base de ces séquences récupérées dans une base de donnée…

“On peut agir en régulant mieux les élevages industriels et les voyages internationaux” Étienne Decroly

Est-ce si important de déterminer l’origine du virus ?

Il est crucial, de mon point de vue, de comprendre l’origine de cette pandémie, parce qu’il y a des décisions collectives et mondiales à prendre qui seront complètement différentes si l’origine est zoonotique ou accidentelle. S’il y a eu passage par tel ou tel hôte intermédiaire, il faudra prendre des mesures de surveillance chez les animaux potentiellement infectés, donc potentiellement vecteurs de ces virus, avec à la clef des abattages systématiques, comme c’est le cas régulièrement pour la grippe aviaire. Et s’il s’avère que c’est un accident dû à des manipulations, alors il faut mieux encadrer les conditions expérimentales dans lesquelles sont faites les expériences dont on vient de parler. Par ailleurs, quelle que soit l’origine du virus, avec l’avancée rapide des nouveaux outils de biologie moléculaires, il est peut-être urgent de réfléchir de manière collective aux expériences qu’il est nécessaire de faire dans les laboratoires et à celles qu’il ne faut pas faire parce qu’elles sont trop dangereuses. Est-il raisonnable de construire dans des laboratoires, des virus potentiellement pandémiques chez l’homme qui, au départ, n’existent pas naturellement ? Ce débat éthique existe depuis les années 2010-12, quand des équipes américaines et hollandaises ont cherché à construire des virus de la grippe, potentiellement pandémiques, et cette fois-ci à partir d’un virus qui n’était pas particulièrement adapté à la transmission par aérosol. Le bénéfice qu’on escomptait de ces expériences était-il si important qu’on pouvait s’affranchir du risque de sa diffusion ? Ou, est-ce que, éthiquement, ces travaux devaient être considérés comme trop dangereux et donc interdits ? Voilà ce qui a conduit les États-Unis à décréter à partir de 2014 un moratoire sur ce type d’expérience. Ces arbitrages sont complexes, et il est nécessaire d ’évaluer les risques et les bénéfices potentiels des expériences, afin de définir des limites sans stériliser la recherche.

“Il est crucial de comprendre l’origine de cette pandémie, parce qu’il y a des décisions collectives et mondiales à prendre qui seront complètement différentes si l’origine est zoonotique ou accidentelle” Étienne Decroly

D’où la nécessité d’une autorité transnationale ?

Le cœur du débat est là : les scientifiques sont peu habitués aux limitations a priori de leur domaine de recherche, et encore moins à ce que la société civile scrute leurs travaux. Cette manière de faire change progressivement, car il y a de plus en plus de comités d’éthique – en tout cas, pour tout ce qui concerne le domaine d’expérimentation humain et, désormais, les expérimentations animales. Mais il y a d’autres domaines de la science qui devraient être considérés comme critiques du point de vue éthique, c’est-à-dire dans lesquels on renoncerait éventuellement à la conduite de certaines expériences, ou alors où l’on favoriserait des stratégies alternatives moins dangereuses. Les virus n’ont pas de passeports ! Et donc, la gestion des risques biologiques ne peut plus être envisagée uniquement au niveau national. Cette question doit se traiter de manière internationale, si l’on veut la traiter correctement. Regardez le moratoire américain que j’évoquais : l’une des conséquences de cette nouvelle politique a été l’arrêt des expériences sur les coronavirus par les grands laboratoires sur le territoire américain. Ce qui a conduit, à la place, à l’intensification de ces recherches dans les laboratoires de Wuhan, par exemple, avec des financements américains… notamment, entre autres, via la EcoHealth Alliance ! Paradoxalement, le moratoire américain, qui pourrait être jugé comme une décision limitant les risques biologiques, a donc peut-être eu des effets pervers, en favorisant le déploiement de recherche dans des pays ou le contrôle des risque biologiques est moindre…

Les recherches dans les laboratoires de Wuhan étaient soutenues par des fonds américains ?

Oui, via l’association que je viens de mentionner. Il y a eu financement d’abord des collectes de virus, pour essayer d’échantillonner davantage les virus présents chez les chauves-souris, entre autres dans le Sud asiatique, mais il y a également eu financement d’expériences visant à être en capacité de cultiver ces virus, en cellules et dans des modèles animaux, pour comprendre les mécanismes de transfert zoonotique et pour essayer concevoir des vaccins permettant de protéger des futures zoonoses. L’intention de telles recherches est donc de prévoir les nouveaux virus potentiellement pandémiques pour mieux s’en prémunir… Sauf que justement, les expériences réalisées comportent des risques potentiels. Quand on réfléchit aux problèmes de pandémies et aux études sur les virus émergents, on ne peut, je le répète, pas envisager la problématique du seul point de vue national ou même continental – il faut nécessairement une vision globale et mondiale. Dans son Destin des maladies infectieuses, le microbiologiste Charles Nicolle écrivait en 1933 que « la connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires. Nous sommes frères parce que le même danger nous menace, solidaires parce que la contagion nous vient le plus souvent de nos semblables. » Cette analyse reste étonnamment d’actualité – et l’avenir ne manquera pas de nous rappeler cette vérité dans le contexte du déploiement des vaccins, avec les variants du Covid-19 qui se multiplient actuellement… Sans une stratégie globale et mondiale, on court après le virus avec des vaccinations éventuellement successives permettant de protéger une partie de la populatio, alors même que l’autre partie de la population, qui serait incorrectement vaccinée, constituerait finalement un réservoir de nouveaux variants.

“Il est peut-être urgent de réfléchir de manière collective aux expériences qu’il est nécessaire de faire dans les laboratoires et à celles qu’il ne faut pas faire parce qu’elles sont trop dangereuses” Étienne Decroly

Et d’ailleurs – cataloguez-vous le virus dans le règne du vivant ?

C’est, effectivement, aussi un débat scientifique actuel, et la réponse à la question dépend de la définition du vivant. Personnellement, je considère les virus comme vivants, parce qu’ils font partie de l’ensemble des processus biologiques qui sont soumis aux contraintes évolutives de la sélection naturelle. Et donc, ils sont capables d’évoluer sous contrainte.

Quand vous pensez aux dix, vingt ans à venir, comment imaginez-vous la coexistence avec les virus ?

L’espèce humaine a toujours coexisté avec des zoonoses et avec des pathogènes, et nous allons continuer à coexister. Cela fait partie des grands équilibres. Évidemment, la surpopulation mondiale a des conséquences… La pression sur les écosystèmes et la densification de la population aussi, avec pour répercussions l’augmentation des élevages d’animaux industriels, sources potentielles également de zoonose. On sait aussi que l’évolution des moyens de transport et de communication favorise la dissémination des épidémies, et nous avons vu la dissémination mondiale du Sars-CoV-2 en quelque mois. Donc l’ensemble de ces facteurs favorise l’intensification des zoonoses et la diffusion des maladies infectieuses nouvelles. On peut agir en régulant mieux les élevages industriels et les voyages internationaux. Mais il est également nécessaire d’interroger les pratiques de la biologie moléculaire moderne, qui nous permet de mieux lutter contres les maladies mais qui comporte, comme on vient de le voir, également des risques biologiques. On peut conclure à ce stade que même si l’origine de l’épidémie n’est pas encore élucidée – et même si l’identification risque de prendre du temps –, nous disposons déjà d’informations importantes sur des mécanismes potentiels d’émergence de pandémies. Il est par conséquent possible, dès aujourd’hui, de limiter ces risques en adaptant nos pratiques.


Culture « woke »: Les entreprises aussi ! (Back in the USSR: Racial dysphoria goes big-buck corporate and fully confirms Chesterton’s 100-year-old prophecy of a modern world full of the old Christian virtues gone mad)

1 juillet, 2021

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I’m back in the USSR, you don’t know how lucky you are boy, back in the US, back in the US, back in the USSR. Lennon-McCartney
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur. Rachel Dolezal
et nutritionniste C’était facile pour les Blancs de l’accepter en tant qu’Afro-Américaine parce qu’elle leur ressemblait, contrairement à une femme plus basanée aux cheveux crépus… De nombreuses femmes noires avaient le même message et n’ont pas reçu le même soutien. Kitara Johnson (NAACP)
J’ai essayé de m’enfuir de ma condition de Blanc et cherché à tout prix à ne pas être blanc. Je sais que ce n’est peut-être pas la bonne réaction, ou que c’est impossible, ou même que c’est un privilège de Blanc, de pouvoir essayer d’en réchapper et de faire ce qu’on veut. Converti à l’islam
Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier. Jess Row
Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. Pourquoi y a-t-il un tel double standard et une telle hypocrisie avec des gens qui me critiquent parce que je suis coréen. C’est la même chose que quelqu’un qui est né dans le mauvais corps et veut devenir un homme ou une femme. Je suis effectivement né dans le mauvais corps ! Oli London
Je sais que beaucoup de gens ne comprennent pas, mais je m’identifie en tant que coréen, je ne m’identifie pas comme britannique, et maintenant j’ai l’air coréen, je me sens coréen. (…) C’est ma culture, mon pays, (…) j’ai enfin eu le courage d’aller au bout de ma transition raciale, et j’en suis très heureux. (…) Pendant si longtemps je me suis senti prisonnier de mon corps. (…) J’ai vécu en Corée, je parle la langue (…) Si vous ne me connaissiez pas, vous penseriez que je suis coréen, et non un homme ni une femme, juste une personne. (…) J’espère que cette vidéo encouragera d’autres jeunes à toujours faire ce qui les rend heureux dans la vie, c’est mon message, soyez qui vous voulez être. Oli London
Oli London, influenceur Instagram qui s’identifie en tant que Coréen, a dépensé près de 150 000 euros pour ressembler à son idole K-Pop. Et relancé au passage les débats autour du transracialisme. Pour lui, c’était une évidence. Oli London est né dans le mauvais corps, celui d’un homme blanc britannique, alors que son moi profond est coréen. Au mois de juin, Oli London a fait son coming-out, celui d’une personne non-binaire coréenne. Après avoir subi 18 opérations de chirurgie esthétique étalées sur 8 ans pour avoir le physique le plus approchant possible de celui du chanteur Park Ji-Min du groupe BTS, il a également repris le prénom de l’artiste. Alors qu’Oli alias Ji-Min se félicite de sa transition, les critiques enflamment les réseaux sociaux et les médias, relançant les discussions autour du transracialisme. (…) Les critiques acérées pleuvent sur l’artiste qui se revendique désormais comme « le premier activiste transracial ». Oli London aka Ji-Min aurait même reçu en plus d’acerbes reproches (principalement de la part de « blancs de gauche », selon lui) des centaines de menaces de mort. En Corée, la transition fait ricaner, voire révolte franchement. Depuis plusieurs mois, Oli London est dans le collimateur de youtubeurs coréens qui accusent la jeune personne de fétichisation, d’appropriation culturelle, d’activisme performatif et d’exploitation, notamment à cause de la manière dont il présente la Corée dans ses clips. À ces critiques, Oli London oppose dans un tweet une question à laquelle il n’est guère aisé de répondre, et autour de laquelle philosophes et académiciens continuent de s’écharper. « Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. » (…) En 2015, « l’affaire Dolezal » secoue les États-Unis. Au détour d’une interview filmée, le pays découvre que Rachel Dolezal, responsable d’une section locale de la NAACP, association de défense des Afro-Américains, n’est pas noire comme elle le prétend, mais blanche. Après des mois de polémique, Rachel sort en 2017 In full color, un ouvrage très mal accueilli par les communautés afro-américaines dans lequel elle affirme qu’être noire correspond à son identité. « Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur », affirme-t-elle alors. Qu’en est-il alors ? Existe-t-il réellement des personnes « transraciales », au même titre qu’il existe des personnes « transgenres », nées avec un sexe biologique qui ne correspond pas à leur identité de genre ? Comme le rappelle Slate dans son article très fouillé, la question divise, empêtrée dans des notions d’auto-identification, de doubles standards, d’héritage culturel et de privilèges. Et la réponse est loin d’être évidente, opposant frontalement journalistes, militants, sociologues et intellectuels de tous bords. En 2017 déjà, la philosophe Rebecca Tuvel avait déchaîné les foudres de 800 universitaires en publiant dans une revue académique l’article « En défense du transracialisme », rappelant que la race est de toute façon avant tout une construction sociale… Laure Coromines
Quand le monde a changé, nous avons été trop lents à réagir. Nous devions arrêter d’être ce que veulent les hommes et être ce que veulent les femmes. Je savais que nous devions changer cette marque depuis longtemps, nous n’avions simplement pas le contrôle de l’entreprise pour pouvoir le faire. Pour le moment, je ne considère pas [les Anges] comme étant culturellement pertinents. Autrefois, la marque Victoria avait un seul objectif, qui s’appelait ‘sexy’. (…) [ce qui signifiait aussi] que la marque n’a jamais célébré la fête des mères. Martin Adams
Confrères diététiciens blancs : arrêtez, s’il vous plaît, de dire que le régime méditerranéen est la façon la plus « saine » de manger. Cela confirme la suprématie blanche. Kathleen Meehan (diététicienne et nutritionniste diplômée)
Le repas français est souvent représenté comme un rituel national auquel tous les citoyens peuvent participer à égalité. [Mais] les habitudes alimentaires sont façonnées par les normes des classes moyennes supérieures blanches. Mathilde Cohen (chargée de recherche au CNRS mais également maître de conférences à l’université du Connecticut aux États-Unis)
La gastronomie française, raciste? C’est ce qu’a expliqué une chercheuse dans une intervention qui suscite depuis la polémique sur les réseaux sociaux, à l’occasion de la «semaine doctorale intensive» organisée par l’École de Droit de l’Institut d’études politiques de Paris chaque année.  (…) La « blanchité alimentaire » participerait à « renforcer la blanchité comme identité raciale dominante », en s’imposant dans la société à l’aide du droit, si l’on en croit la chercheuse. Elle appuie son raisonnement sur deux exemples: d’un côté, les cantines scolaires établies aux XIXe siècle et justifiées par « un discours racialisé et eugéniste » auraient établi les «normes blanches et chrétiennes» comme normes par défaut. De l’autre, la nationalité française aurait été accordée en fonction de « perfomances blanches » dont font partie les habitudes alimentaires. «Les administrateurs coloniaux prêtaient attention aux modes de vie des postulants, y compris leurs habitudes alimentaires: mangeaient-ils du riz ou du pain? Mangeaient-ils au sol ou attablés?», poursuit la chercheuse. «Le droit contribue à marginaliser les minorités raciales et ethnologiques en accordant à la culture alimentaire blanche française le statut de régime alimentaire privilégié et juridiquement protégé », conclut-elle. Pour terminer, Mathilde Cohen déplore que ce «problème» dépasse largement la France, car, souligne-t-elle, «la cuisine française est dans de nombreux pays un modèle de technique culinaire et de gastronomie. » Le Figaro
Ce qui est vraiment stupéfiant, c’est l’hubris qui se reflète dans le Putsch judiciaire d’aujourd’hui. Antonio Scalia
La Cour n’est pas une législature. (…) Que le mariage homosexuel soit une bonne idée ne devrait pas nous concerner mais est du ressort de la loi. John Roberts
La justice française a été longtemps considérée comme soumise au pouvoir exécutif, et il était difficile de le contester. La catastrophe des années 80 qualifiées à juste titre d’«années fric» qui a vu une corruption massive investir le champ politique, a fini par provoquer de vives réactions dans la société française. C’est le triomphe du slogan «tous pourris» et un certain nombre de magistrats, à l’image de ce qui s’est passé en Italie avec l’opération «Mani pulite», ont vu là une opportunité pour s’émanciper de la soumission au pouvoir qu’on leur reprochait. Avec l’appui de l’opinion publique mais aussi de la presse, ils ont alors lancé une offensive contre une classe politique affaiblie. Dans un contexte de crise économique, les politiques incarnaient ceux dont les privilèges étaient insupportables, et il leur était reproché, souvent à juste titre, d’entretenir des rapports élastiques avec la morale publique. Alors, dans une lutte, vouée à l’échec, de reconquête de leur crédibilité, ils ont multiplié les textes destinés à restaurer leur image, mais qui ont eu surtout pour conséquence de les exposer et de les affaiblir. Ce fut bien sûr la fameuse loi sur le financement des partis politiques adoptée en 1990, qui eut le mérite de faire reculer la corruption qui en était auparavant l’outil principal. Désormais les partis recevaient des fonds publics en proportion de leurs résultats électoraux, mais la contrepartie était celle du contrôle part des organes dédiés et surtout par le juge. Il y eut également la multiplication des textes répressifs, chaque affaire politico-financière provoquant l’adoption de nouvelles lois, de nouvelles contraintes, et de nouvelles sanctions. Le problème a été aggravé par ce que les politiques eux-mêmes n’ont pas résisté à la tentation d’instrumentaliser les affaires judiciaires contre leurs adversaires, espérant, en ces temps de recul des clivages idéologiques, en percevoir des bénéfices politiques. Dans un premier temps ce fut la droite qui joua à ce petit jeu avant que l’alternance ne la ramène au pouvoir, où elle devint la cible d’offensives méthodiques, contre Jacques Chirac d’abord puis Nicolas Sarkozy ensuite. Méthodiques, parce qu’elles bénéficiaient d’une forte présence de la «gauche» socialiste au sein de la magistrature organisée dans les deux principales organisations syndicales que sont le Syndicat de la Magistrature (SM) et l’Union Syndicale des Magistrats (USM). C’est ainsi que l’on a entendu en permanence, comme une psalmodie, la revendication de «l’indépendance», sans jamais prononcer le mot «d’impartialité» dont l’indépendance ne devrait être que le moyen. De façon très paradoxale l’autonomie conquise par la magistrature est devenue l’outil de la partialité, celle-ci étant d’ailleurs revendiquée comme l’a montré la fameuse affaire du «mur des cons». La présidence de François Hollande a été le moyen pour lui de finaliser un dispositif directement politique avec la création au moment de l’affaire Cahuzac de deux outils essentiels. D’abord le Parquet National Financier (PNF), autorité de poursuite à compétence nationale qui permet de décider sur l’ensemble du territoire, qui sera poursuivi et qui ne le sera pas. La Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) ensuite, destinataire de toutes les informations financières concernant les élus, qui peuvent s’avérer bien utiles le moment venu. La nomination à sa tête d’un ami du parti socialiste fut une jolie confirmation. (…) Il est aujourd’hui difficile de nier que François Fillon a fait l’objet d’un traitement très particulier du haut appareil judiciaire à partir du 25 janvier 2017, le jour de la publication par le Canard enchaîné d’informations relatives à l’emploi d’attachée parlementaire de son épouse Pénélope. Rappelons que l’enquête préliminaire ouverte par le PNF l’a été en fin de matinée du même jour. Difficile d’être plus rapide! En janvier 2017 les sondages donnaient François Fillon à 24 % d’intentions de vote et Emmanuel Macron à 16 %. Pendant un mois et demi, ce fut un invraisemblable tintamarre politico-judiciaire, à base de violations grossières et orientées du secret de l’enquête, de la séparation des pouvoirs, et d’initiatives judiciaires absolument fulgurantes. Aucun magistrat ou avocat de bonne foi, ne peut prétendre avoir déjà vu une affaire pénale se dérouler de cette façon. François Fillon s’est certes très mal défendu, et a contribué à sa défaite, mais il ne serait pas non plus sérieux de prétendre que sans le raid judiciaire dont il a été l’objet, le résultat eût été le même. En tout cas, de la part de ceux qui étaient à la manœuvre, probablement à l’Élysée puis dans l’appareil judiciaire, c’était bien l’objectif poursuivi. Comme Éliane Houlette ancienne patronne du PNF l’a quasiment reconnu lors de son audition par une commission parlementaire en juin 2020. Emmanuel Macron fut secrétaire général adjoint de l’Élysée avant de devenir ministre de l’économie sous François Hollande. Il était perçu par l’opinion et l’essentiel du parti socialiste comme le successeur et l’héritier de celui-ci. La mansuétude dont je parle est tout à fait établie, si l’on pense à Kader Arif ministre de Hollande mis en examen en 2014 et dont on n’a plus jamais entendu parler, Bruno Le Roux éphémère ministre de l’intérieur démissionné pour des emplois d’attachés parlementaires familiaux, lui aussi mis en examen, et disparu dans un trou noir. Mais aussi les traitements judiciaires bienveillants dont ont bénéficié Richard Ferrand, Alexis Kohler, Ismael Emelien, François Bayrou, Sylvie Goulard, Jean-Paul Delevoye, et quelques autres. Alexandre Benalla n’a, jusqu’à présent, pas eu à se plaindre des rigueurs judiciaires qui ne l’ont pas empêché de violer allègrement son contrôle judiciaire et de poursuivre ses petits business. On peut aussi constater le refus de se pencher plus précisément sur les conditions financières de la campagne d’Emmanuel Macron. (…) Il n’a pas été nécessaire de donner des ordres puisque dans son ensemble l’appareil judiciaire s’est mis au service d’Emmanuel Macron. D’abord pour son arrivée au pouvoir, et ensuite pour l’exercice de celui-ci. Rappelons les poursuites judiciaires contre ses adversaires, comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en ont fait l’expérience. La mansuétude pour ses amis, et une répression de masse contre les mouvements sociaux, les gilets jaunes en savent quelque chose. Point n’est besoin pour cela d’un engagement pour un parti, mais c’est simplement l’expression d’une disponibilité idéologique et par conséquent politique pour l’actuel pouvoir en place. Incontestablement pour des raisons sociologiques et professionnelles, le corps des magistrats a des affinités avec ce pouvoir macroniste, dont on peut raisonnablement considérer qu’il rassemble le centre-droit et le centre-gauche. (…) La France est un pays hétérogène qui s’est constitué en tant que nation grâce à un État fort. La culture administrative y est traditionnellement beaucoup plus forte que la culture juridique, c’est incontestable. Une des conséquences et que l’on y préfère l’ordre à la justice. Et malheureusement ce tropisme est partagé par les magistrats qui se considèrent comme dépositaires de la protection d’un ordre plutôt que comme des arbitres chargés de trancher impartialement les contradictions qui naissent dans la société et qui leur sont soumises. La conséquence malheureuse réside dans un attachement insuffisant de l’opinion aux libertés publiques, et une méconnaissance des règles judiciaires en ce qu’elles sont d’abord là pour protéger les innocents. Ce qui explique la facilité avec laquelle on veut attribuer à la justice des objectifs et des fins qui ne sont pas les siens. Et la volonté de vouloir l’instrumentaliser. Les débats récents autour des questions de la pédophilie et de l’inceste reflètent malheureusement cette tendance. Le problème est aggravé par le fait que les élites de ce pays partagent cette culture comme le démontre l’exemple [de] l’ancienne ministre socialiste Juliette Méadel réclamant la suppression du «bénéfice du doute» en cas de délinquance sexuelle. Madame Méadel a été avocate avant de passer l’ENA, ce qui démontre que sept ans d’études juridiques et une prestation de serment ne protègent de rien… (…) Le problème est celui de la définition de la «mission sacrée» qui devrait être, il ne faut pas l’oublier, celle d’un arbitre impartial et qui a besoin par exemple en matière pénale du débat contradictoire pour se prononcer. Pour parvenir à élaborer une «vérité judiciaire» lui permettant de prendre une décision légitime. Par conséquent l’autorité de poursuite c’est-à-dire le parquet, et d’autre part les avocats devaient être perçus comme des auxiliaires de l’élaboration de cette vérité judiciaire. Dès lors qu’aujourd’hui le corps des magistrats ne se perçoit plus comme un corps d’arbitres impartiaux mais comme un outil porteur d’une responsabilité directement politique, les avocats sont de plus en plus perçus comme un obstacle. Il y a par exemple l’affaire de l’enquête secrète du PNF mettant sous surveillance une dizaine d’avocats pénalistes pendant six ans pour en témoigner. Malheureusement, de ce scandale, Éliane Houlette ancienne patronne du PNF soutenue par l’ensemble du corps a refusé catégoriquement de rendre des comptes. Il y a aussi les perquisitions dans les cabinets d’avocats devenues désormais pour certains magistrats instructeurs une pratique systématique. Et enfin n’oublions pas les attaques judiciaires directes contre ce secret professionnel des avocats réduit aujourd’hui à peau de chagrin avec l’appui de la Cour de cassation. On ne citera que le récent arrêt de la CEDH condamnant l’État français pour une décision de cette même Cour de cassation validant la diffusion par Mediapart d’une conversation enregistrée de Madame Bettencourt et de son avocat. (…) L’expérience a montré que la nomination d’un avocat comme ministre de la Justice ne garantissait pas grand chose. Et certains confrères n’ont pas laissé de souvenir marquant de leur passage place Vendôme, c’est le moins que l’on puisse dire. La nomination d’Eric Dupond Moretti à ce poste a constitué une surprise car il n’est guère apprécié par les magistrats et d’ailleurs l’affrontement n’a pas tardé. Comme l’a montré la plainte pour «prise illégale d’intérêts» déposée devant la Cour de justice de la république par deux organisations syndicales contre celui-ci. Cette réaction étonnante du refus par l’autorité judiciaire d’une décision du pouvoir exécutif a eu le mérite de démontrer l’existence de cette autonomie politique. Preuve que le soutien apporté par la justice à Emmanuel Macron dont j’ai tenté de démontrer l’existence, est le fruit non pas d’une soumission mais bien d’une connivence politique. Et que celle-ci ne lui est pas garantie dans la durée. (…) Un retour rapide sur la façon dont cette affaire s’est déroulée le démontre abondamment. Lors d’une émission le journaliste Jean-Jacques Bourdin, avait comparé le Front National à Daesh faisant vivement réagir Marine Le Pen et Gilbert Collard. Qui avaient alors, chacun de leur côté brièvement publié sur les réseaux des photos des exactions de l’organisation terroriste, assorties du commentaire: «Daesh, c’est ça!» Il s’est immédiatement trouvé un parquet pour chercher le moyen de mettre en cause judiciairement les deux parlementaires. Enquête préliminaire et ouverture d’une information judiciaire confiée à un juge du siège qui prononça prestement la mise en examen des horribles criminels. L’incrimination utilisée était celle prévue à l’article 227-24 du Code pénal, texte spécialement destiné à la protection de l’enfance! Détournement de procédure évident, qui vit le magistrat instructeur, naturellement plein de zèle, et alors que sa procédure n’en avait nul besoin, solliciter la mainlevée de l’immunité des deux parlementaires, immédiatement accordée par la majorité LREM. Puis multiplier les auditions, dont la presse était toujours la première informée, pendant la campagne de l’élection présidentielle de 2017, pour finir par faire convoquer les prévenus par un expert psychiatre chargé de déterminer si Marine Le Pen et Gilbert Collard devaient être astreints à un traitement inhibiteur de libido! Une ordonnance de non-lieu aurait mieux valu pour l’image de la justice. Mais, lutte contre un fascisme imaginaire oblige, on a assisté à un renvoi devant le tribunal correctionnel, à une audience ridicule où un parquet gêné a requis de simples amendes! Il faut ajouter que pour organiser cette manipulation, nul besoin de consignes du pouvoir. Se comportant en militants, ceux qui s’y sont livrés l’on fait spontanément. (…) Dans [la] fameuse «Affaire du siècle», l’État français a été considéré comme ayant commis une faute engageant sa responsabilité en ne respectant pas les objectifs qu’il s’était lui-même fixés en matière de la lutte contre le réchauffement climatique et pour n’avoir pas mis en œuvre les moyens afin d’y parvenir. Dans le système français, le juge administratif est chargé de contrôler les décisions de la sphère publique et dans son principe la décision rendue dans cette affaire n’est pas une première. Par exemple l’État a déjà été condamné, pour faute lourde pour n’avoir pas, interdit l’utilisation de l’amiante dès lors que les preuves scientifiques de sa dangerosité étaient indiscutables. Ou interdit les transfusions de sang non chauffé alors que l’on savait qu’il était susceptible de transmettre le virus du sida. La nouveauté avec la décision récente est que le tribunal administratif de Paris s’est donné en plus deux mois de délibéré pour prononcer des injonctions à l’égard de l’État. C’est-à-dire que le juge considère qu’il a le pouvoir de lui dire ce qu’il doit faire pour atteindre les objectifs qu’il s’est lui-même fixés. Cela change tout: si on comprend bien, la juridiction considère qu’elle ne doit pas se limiter au constat de la défaillance de l’État, mais prendre sa place pour décider les mesures à prendre. Le fait est que dans une interprétation excessive de «l’État de droit» on a enserré l’action de la puissance publique, normalement émanation de la souveraineté du peuple, dans un carcan de règles multiples qu’elles soient nationales, européennes ou internationales (par l’adhésion à des conventions du même nom).Et naturellement, cette nflation de normes qui s’imposent à l’État multiplie les possibilités d’intervention du juge, qui peut ainsi empiéter sur les prérogatives de la puissance publique. Dans la mesure où ces interventions judiciaires vont être à l’initiative de divers groupes de pressions, plus ou moins légitimes ou représentatifs, le risque de déséquilibre démocratique est réel. Régis de Castelnau
An explosion of fortune in 2020 is one of the few universal things in the amorphous industry of diversity consulting — a space as varied as its constellation of interrelated acronyms and ampersands implies. DEI and DE&I “diversity, equity, and inclusion” are more common than D&I, but many refer to the cause as I&D or DEIB (the B is for “belonging”). Portrayed by the right wing as a single-minded cult, DEI is in reality a loose federation of adherents, with a host of methodologies, competing for money and attention. DEI practitioners share a worldview — that workplaces can become more humane and just — but they are also rivals in a for-profit industry of their own making, with the same incentives of salespeople and marketers everywhere. Corporate America spends roughly $8 billion annually on diversity, according to a figure that gets passed around routinely — though that rough estimate was first cited in 2003, which means the true profitability of the market is uncharted. Certainly, after Floyd’s murder, the business became astronomically larger than ever. But instead of an industry finally coming into focus, thanks to unprecedented funding and momentum, what composes DEI feels even more dizzyingly diffuse, and its true beneficiaries remain in question. “It really is the Wild West,” Lily Zheng, a consultant in San Francisco who has amassed more than 23,000 followers on LinkedIn, tells me. “One of the major challenges of DEI is there’s no quality control. Anyone can call themselves a DEI practitioner. When your clients are these companies that are desperate to do anything and don’t quite understand how this works, ineffective DEI work can be lucrative. And we’re seeing cynicism pop up as a result, that DEI is just a shitty way in which companies burn money. And I’m like, Yeah, it can be.” If you work in an office, virtual or otherwise, chances are high you’ve been required to take a diversity-related training course. (…) There is a saying among professionals that HR is where DEI goes to die, and when they say it, they usually have something like these two characters in mind. (…) DEI consultants argue (out of self-interest, but persuasively) that the generalists in HR, tasked with organizing everything from commuter discounts to holiday parties, don’t have the skills to set norms around the most sensitive interactions in the office. (…) [It ] hearkens back to the origin of the corporate diversity movement: Title VII of the 1964 Civil Rights Act, which barred certain forms of discrimination at work. The earliest corporate training consisted of short sessions, led by HR departments, to remind managers of company policies. The goal was to protect corporations from litigation. In the late 1980s, as women and people of color entered the white-collar workforce in greater numbers, diversity efforts shifted. The advent of “sensitivity training” concerned the well-being of these newcomers in a variety of common scenarios that went beyond legal liability into the realms of appropriateness and respect. This evolution of the work required more than just knowledge of the law and gave way to a niche industry. Companies began hiring outsiders to tell them how to behave. (…) This new way of corporate thinking — that the thing called “diversity” was not a potential source of losses via litigation but rather a source of value in and of itself — led to the idea of “inclusion,” a necessary counterpart, through the late 1990s and early aughts. Companies were betting on an appeal to multicultural consumers as well as employees. Even some of the most staid institutions embraced new measures, like the NFL, whose Rooney Rule required every team with a head-coaching vacancy to interview at least one “diverse candidate.” (When the rule was instituted in 2003, there were three Black head coaches. Today, the number is still three.) Harris says that when he got started at what became Kaleidoscope, there were about 12 firms in the U.S. doing his kind of work; he estimates that there are now about 600 worldwide. In 2014, Google famously revealed its hiring data, showing dismal racial and gender disparities: 30 percent of employees globally were women, and black and Hispanic employees together made up just 5 percent of workers in the U.S. Facebook, Microsoft, and Apple soon published similarly stark numbers. The reckoning that followed, led by younger and more progressive tech workers, shaped the diversity-consulting industry as it existed when Floyd was murdered. Many contemporary DEI agencies are now focused on helping companies that profess to have progressive values live up to those ideals. This is referred to in DEI parlance as “alignment”: The idea is to jerk system operations into sync with make-the-world-better branding, like a diversity chiropractor. (…) It can be as contentious and awkward as therapy; one strategist recalls how, during a call on how bias impacts performance reviews, a white male CEO hung up when accused of potential prejudice, “like an angry teenager slamming the door on their parents.” If all goes well, the public results of consulting by Collective, for example, can look like this: A millennial media company ditches a logo that appears to feature a thin white woman. Or Peloton formalizes a structure for its employee resource groups to participate in marketing and branding discussions. The whole service, from assessment to implementation, can cost between $70,000 and $150,000. (…) Zheng can command $15,000 for a corporate speech, as can Wagner, who is hiring a publicist.(…) In August, a conservative journalist named Christopher Rufo wrote excitedly on Twitter about an “explosive” leak he had received from inside Sandia National Laboratories, a nuclear-weapons research facility in New Mexico. The documents concerned an event called “White Men’s Caucus on Eliminating Racism, Sexism, and Homophobia in Organizations” that had been conducted with Sandia’s largely white and male executives at a luxury resort. It had been led by a DEI consultancy called White Men As Full Diversity Partners. What Rufo published, under the headline “Nuclear Consequences,” was ultimately tame. There was an image showing the phrase WHITE MEN on a dry-erase board along with a word cloud of associated terms: MAGA hat, mass killings, beer, Founding Fathers, heart failure. Although Rufo referenced the participants being forced to “publicly recite” statements about their own privilege, most of the materials seem to have been generated by the participants themselves, including handwritten assessments about how much the workshop helped them feel as though they could be better people. Tucker Carlson, funneling the story into right-wing panic about critical race theory, called the event a “reeducation camp” with “mandatory Maoist struggle sessions.” Senator Josh Hawley wrote to the secretary of Energy that the material was “deeply disturbing.” President Donald Trump signed an executive order on diversity training, partly inspired by what had happened at Sandia. White Men As Full Diversity Partners is not, in reality, a shadowy cabal of fanatics. The group was founded in 1997 by two white men, Bill Proudman and Michael Welp, who had both been Outward Bound instructors for executive clients and shifted into diversity consulting. (Welp traveled to South Africa, doing ropes courses for newly integrated employees of mines, banks, and pharmaceutical companies, and later got a Ph.D.) They saw that women and nonwhite people bore the brunt of educating white men about race and gender and that there was value in white men being explicitly asked to learn on their own; it became the founding principle of their company. Though they lead all kinds of sessions for companies and not all of their consultants are white men, their best-known offering is the caucus, in which “white men rediscover their sense of mutual self-interest in a more inclusive world,” as Welp puts it. First, white men learn that they have a shared culture. (Facilitators show clips from films like Apollo 13 and Gran Torino.) They do exercises to establish empathy: Standing on one side of the room, participants take one step forward if they belong to a members-only country club but take a step back if they lived in a mobile home growing up. The company’s three-and-a-half-day program can cost north of $50,000. (…) Another horrific cycle of death, protest, and corporate spending occurred in March, when eight people, six of whom were Asian women, were shot to death in suburban Atlanta — the apex of months of anti-Asian violence. There was a rush for consultants who could translate, sometimes literally, systemic issues of oppression and bias faced by the Asian American and Pacific Islander community. “Almost everyone I know who has even the most basic knowledge of Asian American studies got trucked out on MSNBC, CNN,” says Kim Tran, an equity consultant, a community organizer, and a writer with a Ph.D. in ethnic studies. Corporations and brands seemed to react more nimbly to this spate of violence than they had to previous high-profile killings. “There’s a playbook now,” Tran says, “and it goes something like: A terrible thing happens to a marginalized community; then we put out a statement of outrage; then we do a listening session; and then we drop it until the next terrible thing.” After the shootings, Ad Age released a live blog “tracking how brands, agencies and media players are supporting AAPI communities and responding to anti-Asian sentiment.” Bridget Read
Rachel Dolezal est-elle une personne «transraciale», un peu comme il existe des personnes «transgenres», nées avec un sexe qui ne correspond pas à leur identité profonde de genre? C’est ainsi que se nomme l’intéressée, dans une interview à la NBC: «trans-noire», ce qui selon elle veut dire qu’elle n’est «pas née comme cela» mais que «c’est ce qu’[elle est] réellement». C’est depuis cette affaire que le mot «transracialisme» a pris ce sens, alors qu’il désignait avant aux États-Unis les enfants noirs adoptés par des familles blanches, ou inversement, les enfants blancs adoptés par des familles noires. Sur les réseaux sociaux et dans le monde académique, le débat fait rage. «Dolezal a menti sur elle-même et elle continue de mentir. En tant que femme trans je n’ai pas envie d’être comparée à une menteuse», s’insurge la YouTubeuse noire et transgenre Kat Blaque. En avril 2017, la philosophe Rebecca Tuvel publie un article intitulé «En défense du transracialisme» dans une revue académique, qui suscite un vif débat. «Puisque nous devrions accepter les décisions des individus trans de changer de sexe, alors nous devrions aussi accepter les décisions des individus transraciaux de changer de race», argumente-t-elle, déclenchant une lettre ouverte de près de 800 universitaires qui demandent la suspension de la publication, et la démission de la rédactrice en chef de la revue. Jesse Singal du New York Magazine parle de chasse aux sorcières, et Glenn Greenwald, le journaliste qui a publié les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, de «campagne hideuse». En France, les chercheurs et chercheuses que nous avons interrogées sont gênées aux entournures: «Le terme ne peut s’utiliser qu’avec précautions», confie Magali Bessone, professeure de philosophie politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, autrice en 2013 de Sans distinction de race? Une analyse critique du concept de race et de ses effets pratiques. «Ce n’est pas une catégorie que je mobiliserais, mais je ne dirai peut-être pas la même chose dans deux ans», nuance la politiste Audrey Célestine. Et les militantes aussi: «Concernant la “transracialité”, je me permets de vous suggérer de ne pas utiliser ce terme car il crée une analogie injustifiée avec la transidentité», nous écrit une membre d’un collectif afro-féministe. «Une violente farce», une «non notion», une «errance raciste et essentialisante», juge Ketsia Mutombo, présidente et co-fondatrice de l’association Féministes contre le cyberharcèlement. Mais d’abord, qu’entend-t-on par transracialisme? Les définitions données par les spécialistes que nous avons interviewées varient. «C’est le fait de passer d’une race à une autre», explique Magali Bessone. La philosophe définit le transracialisme comme une catégorie large, qui comprend par exemple le fait de passer de blanc à noir, tout comme le fait de passer de noir à blanc. Ce dernier phénomène est plus connu et fut utilisé par certaines personnes noires aux États-Unis durant la période de ségrégation constitutionnelle pour éviter les sanctions ou bénéficier d’avantages structurellement réservés aux Blancs. On l’appelle «passing». D’autres universitaires, comme Éric Fassin, choisissent de réserver le mot «transracialisme» au passage de blanc à noir: «C’est l’inverse du passing», déclare-t-il. On parle aussi parfois de passing inversé, justement pour désigner le passage de blanc à noir. Le phénomène du passing a engendré toute une série de romans autour des années 1920 sur ce phénomène, les passing novels. (…) Le passing, aujourd’hui, prend des formes plus diffuses. On retrouve des réminiscences de ce phénomène dans les nombreuses échoppes du quartier de Château Rouge à Paris, qui proposent des crèmes à l’hydroquinone, pour blanchir l’épiderme et bercer les espoirs de femmes noires. On appelle aussi ce phénomène le «teint Hollywood», selon l’historien Pap Ndiaye, teint que sont soupçonnées d’avoir adopté de nombreuses stars comme Beyoncé ou encore l’acteur Denzel Washington. Quant à Michael Jackson, il a toujours affirmé être atteint de vitiligo, une maladie qui dépigmente la peau par endroits. Son dermatologue, Arnold Klein, a lui-même affirmé qu’il l’avait «rendu blanc parce qu’il était malade». Outre blanchir sa peau, avoir un conjoint ou une conjointe blanche et des enfants métis est une autre façon de «passer», précise Pap Ndiaye. En Guadeloupe, les parents qui ont un enfant à peau plus claire sont encore parfois félicités, et l’enfant né qualifié de «po chapé», ce qui signifie «peau échappée, peau sauvée». «Comme dans les campagnes, on pouvait féliciter d’avoir eu un garçon plutôt qu’une fille», fait remarquer l’historien. Dans tous les cas, le mot transracialisme semble revêtir une dimension plus psychologique, tandis que le passing a un caractère stratégique, de survie dans un monde de dominants. «Cette démarche procède d’une forme d’intelligence des hiérarchies sociales: ces personnes ne souhaitent pas devenir blanches, elles souhaitent rester noires avec la peau plus claire», explique Pap Ndiaye. «C’est un changement de race essentiellement effectué pour des raisons économiques», détaille Magali Bessone. «Le passing n’est qu’un calcul, ça n’est pas un enjeu identitaire, c’est un enjeu de survie», complète Audrey Celestine. Si l’on comprend largement les raisons qui poussent un individu à vouloir passer pour blanc –favoriser une carrière, être moins sujet aux discriminations voire à certaines époques aux violences ou même à l’esclavage–, le chemin inverse semble beaucoup moins évident. Certes, aux États-Unis, il peut y avoir des avantages à être racialisé, pour bénéficier de places à l’université par exemple. Ou lorsqu’on évolue dans le milieu musical, notamment dans le blues, «où être noir est un avantage, par une sorte d’inversion des normes communes», souligne Pap Ndiaye. «Armstrong, je ne suis pas noir / Je suis blanc de peau» chantait Nougaro. Mais, socialement et économiquement, les désavantages sont bien plus nombreux, en raison des discriminations persistantes. Dans une étude publiée en 2013, des chercheuses ont pourtant montré que les personnes nées de couples bi-raciaux dont l’un est blanc, et l’autre noir, ont plutôt tendance à se déclarer comme noires. «Nous voyons un schéma inversé du passing par rapport à la période des lois Jim Crow [la période allant de 1876 à 1964, ndlr]», commentent les autrices de cette étude. Depuis les années 1960, dans le sillage du mouvement pour les droits civiques, ces personnes qu’en France on qualifierait de métisses s’affirment comme noires. D’abord parce qu’elles sont considérées comme noires par la société, mais aussi parce qu’elles le revendiquent. Parce qu’être noir n’est plus un objet de honte, mais au contraire, de fierté. Cette fierté entraînerait-elle, en parallèle, à mesure que s’affirment les minorités, certaines personnes blanches à désirer être non-blanches? En France, c’est ce que suggèrent les recherches de Juliette Galonnier. Cette sociologue a travaillé sur les conversions à l’islam en France et aux États-Unis dans le cadre de sa thèse en sociologie soutenue en juin 2017, et a pu interroger plusieurs personnes qui ne s’identifiaient plus comme blanches, par rejet du groupe dominant. C’est le cas par exemple de Noémie*, une jeune femme originaire du Gers, qu’elle a rencontrée en 2014, alors qu’elle avait 27 ans. Noémie ne se sent «pas française» raconte-t-elle, à cause de «l’histoire de l’esclavage, de la colonisation» et des «discriminations», qui la détachent de cette identité-là. Mais elle va plus loin qu’un simple rejet de son identité française. Au sortir de l’adolescence, captivée par un groupe de femmes portant le voile et discutant de féminisme musulman, elle commence à développer un réseau d’amis pratiquants. Elle se fascine alors pour la négritude et rencontre un jeune musulman originaire de Mauritanie. Un jour, en l’attendant à la sortie d’une mosquée, elle entend un appel à la prière, et sans savoir pourquoi, sans comprendre, se met à pleurer. Elle se convertit, quelques semaines après, à l’islam. Elle épouse ensuite son compagnon et commence à porter le voile. Elle bascule alors aux yeux des gens selon ses propres mots «de la majorité à la minorité»: «En quoi ça me fait plaisir que ça rejaillisse sur moi? répond-t-elle à la chercheuse qui l’interroge sur les discriminations qu’elle subit, selon le texte des entretiens que Slate a pu consulter. Je suis plus prisonnière de cette identité de petite Blanche française dominante qui m’horripile, parce qu’elle correspond pas à ce que j’ai dans mon cœur». Cette histoire montre qu’être perçue comme une personne blanche ou noire dépend aussi d’un certain contexte culturel et social, même si cela ne peut être bien sûr totalement indépendant de facteurs génétiques et biologiques (le taux de mélanine par exemple). Les femmes blanches qui se mettent à porter le voile ou les hommes blancs qui arborent une grande barbe «sont exposés à de nouvelles catégorisations raciales comme arabes et maghrébins», explique Juliette Galonnier, tout simplement parce que les musulmans en France aujourd’hui viennent à 80% d’Afrique du Nord. «Les gens font de nouvelles hypothèses sur leur origines ethniques.» Les exemples qui démontrent que la perception de la couleur de peau varie selon le contexte social, ou même historique, sont nombreux. On sait qu’à la fin du XVIIIe siècle, Benjamin Franklin, qui avait classé les humains en trois catégories, les «Noirs», les «Blancs» et les «Basanés», avait rangé les Suédoises et les Suédois chez… les Basanés, tout comme les Français et Françaises d’ailleurs. «Les Tchétchènes sont considérés comme noirs, parce que c’est un critère de dévalorisation… Et Malcolm X, quand il voyageait, s’était vu demander “pourquoi il s’intéressait tant aux Noirs”», raconte Pap Ndiaye. On sait aussi que les Irlandaises et Irlandais ont été associés aux Noirs aux États-Unis au XIXe siècle, parce qu’ils étaient pauvres et catholiques. La militante Angela Davis raconte comment elle parvenait à pénétrer dans des boutiques interdites aux Noires en parlant français, tout comme au début du XXe siècle, les Noirs du Temple de la science maure d’Amérique, qui se définissaient comme musulmans, réussissaient à entrer dans des wagons réservés aux Blancs grâce à leur garde-robe (turban pour les femmes et fez pour les hommes). Ceux-là même qui se définissaient comme «maures» avant tout refusaient d’ailleurs de cocher la case «negro» sur les formulaires. «La “race” mobilise deux caractéristiques: le phénotype et les relations de pouvoir. Et c’est dans la relation entre les deux que tout se joue», résume la philosophe Magali Bessone. «Les catégories de “blanc” ou “noir” existent dans un contexte social: être blanc ou noir en France c’est pas la même chose qu’aux États-Unis», abonde Audrey Célestine, qui elle-même a pu se rendre compte à quel point cette expérience varie. L’un de ses plus jeunes frères, à moitié algérien, et qu’on reconnaissait à Dunkerque comme quelqu’un d’origine maghrébine, s’est vu perçu comme un «blanc» à son arrivée en Guadeloupe, à un moment particulier où le territoire connaissait un état d’urgence, raconte-t-elle dans un livre publié en mai, Une famille française. «Aux Antilles, la blanchité ne se voit pas qu’à la couleur de peau mais aussi par la maîtrise du créole», commente la chercheuse. Dans What Blood Won’t Tell: A History of Race on Trial in America, une historienne américaine raconte les procès intentés au XIXe siècle par des esclaves pour essayer de prouver qu’ils étaient blancs. Ces procès tournaient moins autour de la fameuse «règle de la goutte de sang» («one-drop rule», la règle selon laquelle toute personne ayant un ancêtre noir était considérée comme noire) que des relations sociales ou encore de la «moralité» de ladite personne ou de son civisme. Alors qu’au contraire, aujourd’hui une personne considérée comme très blanche de peau, et qui dans d’autres pays serait très clairement considérée comme blanche, peut s’identifier, puisqu’il s’agit d’une auto-déclaration, comme étant noire aux États-Unis, en vertu de la survivance dans les consciences de la «règle de la goutte de sang». «Si Rachel Dolezal avait effectivement eu une ascendance (même éloignée) africaine-américaine, il est très probable que son cas n’aurait pas suscité un tel scandale et qu’on lui aurait reconnu beaucoup plus facilement le droit de se définir comme noire», estime Solène Brun, doctorante à Sciences-Po qui travaille sur les frontières ethno-raciales et la construction des identités. C’est à la lueur de ces expériences qu’on peut comprendre la réaction d’Arnaud Gauthier Fawas. Ce militant LGBT a fait rire internet et déchaîné des torrents de violence après ses propos sur le plateau d’Arrêt sur images, où il refusait d’être qualifié d’homme. Il refusait aussi d’être qualifié de blanc, malgré son apparence. Interpellé par un membre du collectif Stop au Pinkwashing qui déplorait «un plateau très blanc» (quatre personnes d’apparence masculine et blanches de peau), cet administrateur de l’Inter-LGBT a rétorqué que ce n’était pas le cas, parce qu’il a un parent libanais. «C’est intéressant qu’on interroge tous nos propres stéréotypes autour de la table. Parce que sans même m’avoir posé la question, vous supposez que je suis un homme. Et seulement par mon apparence vous estimez que je suis blanc. La frontière de nos propres stéréotypes est plus fluide que ce qu’on peut penser», a-t-il plaidé. D’une certaine manière, Arnaud Gauthier Fawas a raison. S’il est considéré comme blanc en France, il aurait très bien pu cocher une autre case aux États-Unis, et à coup sûr, sa remarque n’y aurait pas déclenché de telles réactions. Le cas de ce militant LGBT+ est bien différent de celui de Rachel Dolezal, mais interroge de la même manière: qu’est-ce qu’une ou un Blanc? Et qu’est-ce qu’une ou un Noir? Ou plus généralement, qu’est-ce qui fait qu’on est «racialisé»? Et peut-on choisir de se définir comme blanc ou noir, ou est-ce à la société de le faire? Ce qui choque, dans ces deux exemples, a un certain rapport avec la notion de «privilèges». Peut-être qu’Arnaud Gauthier Fawas n’est pas blanc, selon une définition «génétique» ou «héréditaire» très américaine de la chose, mais puisqu’il est perçu comme tel la plupart du temps, il bénéficie largement des «privilèges» qui vont avec, c’est-à-dire qu’il n’écope pas des discriminations dont souffrent en France les personnes perçues comme arabes ou noires. Peut-être a-t-il déjà vécu du racisme lié à son ascendance libanaise, mais cette raison paraît un peu faible pour compenser le fait qu’il y a bien quatre hommes perçus comme blancs sur le plateau d’Arrêt sur images… De même, la dissimulation de Rachel Dolezal, qu’elle relève initialement d’un sentiment sincère ou non, a irrité bon nombre de personnes qui ont jugé qu’elle n’avait pas subi des discriminations liées à sa couleur de peau dans son enfance, avant de «devenir» noire. Et surtout, que pouvoir choisir d’être noir ressemblait encore à un privilège de Blanc. (…) C’est aussi ce que répond l’un des convertis à l’islam interrogés par Juliette Galonnier, et qui ne s’identifie plus comme blanc. (…) Qu’en serait-il si chacun et chacune pouvait avoir entièrement la capacité à s’autodéfinir, sans trop de lien, ou un lien seulement faible, avec la réalité perçue et la réalité sociale vécue? Telle est la question que pose le geste d’Arnaud Gauthier Fawas, dont les implications ne sont pas sans difficultés. Au Brésil, les débats autour des quotas pour les citoyens et citoyennes noires de peau ont commencé à s’envenimer le jour où certains ont remarqué que davantage de personnes claires de peau postulaient. Voilà qui allait donc détruire une partie de l’effet recherché de ces politiques publiques… Les universités n’ont pas trouvé mieux, pendant un temps, que d’instaurer des «commissions de vérifications raciales», rappelant d’inquiétants souvenirs… On retrouve le même type de critiques s’agissant des personnes transgenres, dans une frange minoritaire des milieux féministes, qui reprochent aux femmes transgenres de pouvoir «choisir» leur sexe sans avoir vécu l’oppression qui va avec (alors que l’identité de genre est bien plus souvent présentée comme une nécessité intérieure, et non un choix, par les personnes trans elles-mêmes). Au Royaume-Uni, quand les conservateurs britanniques ont soutenu une réforme du changement d’état civil pour les personnes trans passant par une simple déclaration, nombre de ces Terf, pour «trans exclusionary radical feminists», se sont insurgées, dénonçant une ruse pour leur piquer des places sur les listes électorales. «L’auto-identification qui consiste à affirmer “je suis qui j’affirme être” pue l’autorité et la suprématie masculine», ont tonné une dizaine de femmes du Labour, indiquant que 300 d’entre elles avaient quitté le parti à cause de ces nouvelles règles. En France, ces positions ont moins d’audience dans les milieux féministes, mais elles existent, par exemple sous la plume d’une des figures du Mouvement de libération des femmes (MLF), Christine Delphy: «L’identité n’est pas quelque chose que l’on se forge tout seul, c’est quelque chose qui vous est imposé. […] Je pense que là-dedans il y a une négation de la réalité du genre, qui est quelque chose de social, et pas quelque chose de sexuel ou biologique. Et une négation de l’oppression des femmes», faisait valoir en mars la philosophe et sociologue dans l’émission «Vieille Branche» (…) Mais le regard sur la transidentité dans les milieux progressistes et féministes est très différent de celui sur le «transracialisme». Même si les personnes transgenres font l’objet d’une exclusion encore très forte au niveau social, les milieux progressistes et féministes prônent plutôt tolérance et compréhension à leur égard. La transidentité a récemment été retirée de la liste des maladies mentales, et fait l’objet de politiques publiques pour faciliter la vie des personnes trans. Il ne peut pas être encore question de politiques publiques s’agissant du transracialisme, phénomène ultra-minoritaire, dont on n’est même pas encore sûr qu’il ait une véritable existence, mais la réaction quant à ce phénomène en provenance de personnes issues de milieux progressistes voire universitaires interroge. Pourquoi le transracialisme n’est-il pas autant accepté que le transgenrisme? Ce qui étonne dans la virulence des attaques contre Rachel Dolezal, c’est que la «race», comme concept, est communément admise comme étant fictive, comme n’ayant pas d’assise biologique, et c’est précisément pour cela que le transracialisme devrait, selon cette logique, moins choquer que le transgenrisme, alors que le sexe continue d’être perçu comme une chose biologique. «Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur?» Signe de ce deux poids, deux mesures, l’Assemblée nationale vient d’inscrire dans la Constitution l’interdiction de la «distinction de sexe», au moment même où elle en supprimait le mot «race». S’il y a moins de «race» que de «sexe», pourquoi n’accepterait-on pas une certaine forme de fluidité entre les couleurs de peau, tout comme on accepte que les personnes trans puissent se sentir nées dans le mauvais sexe? C’est l’interrogation du sociologue américian Rogers Brubaker, dans un livre qui a reçu énormément de critiques, Trans: Gender and Race in an Age of Unsettled Identities. Rachel Dolezal a elle-même exploité cette comparaison, allant jusqu’à dire dans une interview avec la sociologue Ann Morning que le stigmate qui pèse sur les personnes «transraciales» serait plus grand, puisque, selon ses mots, «la fluidité de genre est plus largement acceptée que la fluidité de race». «Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur? Les races ont été créées par les Européens et ils avaient tort», affirme Albert Wilkerson, un homme que Rachel Dolezal appelle son «vrai» père, dans le documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté. Les arguments contre l’acceptation du transracialisme paraissent souvent faibles, et tombent assez facilement dès lors qu’on opère une comparaison avec la transidentité et qu’on regarde de près le cas de Rachel Dolezal. À ceux et celles qui lui reprochent d’avoir commis un «blackface» (soit de s’être approchée de cette pratique théâtrale au XIXe siècle dans laquelle des Blancs se grimaient en personnes de couleur pour en faire une caricature débile), on peut rétorquer que Rachel Dolezal est très loin de se moquer des Noirs. «Le black face est occasionnel, ce n’est pas la même chose que de vivre en Noir», acquiesce Éric Fassin. Peut-on reprocher à Rachel Dolezal de s’être approprié une culture, à la manière de ces chaînes internationales de vêtements qui plagient purement et simplement les traditions de pays dans lesquels par ailleurs elles menacent le commerce local? L’«appropriation culturelle» est un problème lorsqu’elle est faite «sans aucune conscience ni lien dans leur épaisseur avec la culture dont le vêtement est issu», relève Pap Ndiaye. «Quel degré de mélanine faudrait-il avoir pour avoir le droit de s’habiller ainsi?» pointe aussi l’historien, soulignant par là les limites d’une telle critique appliquée aux individus. Reproche-t-on à Rachel Dolezal d’accentuer les stéréotypes associés aux personnes noires, en adoptant des signes extérieurs à cette culture? Mais la même critique vaudrait alors pour les personnes trans, qui sont nombreuses, comme Caitlyn Jenner, à se délecter de longues robes et de talons hauts, réflexe qu’on peut comprendre simplement avec un peu d’humanité, puisque cet amour des signes féminins découle tout simplement du fait qu’ils leur ont été interdits pendant longtemps. Quant au «luxe de s’autodéfinir» que s’octroieraient les personnes blanches, ce «privilège» qu’elles auraient de se choisir noires, il tombe là aussi à l’eau lorsqu’on opère une comparaison avec la transidentité: qui connaît un peu le sujet sait que les personnes trans ne «choisissent» pas pour la plupart leur genre, elles le vivent et l’ont pour la plupart toujours vécu pleinement, depuis l’enfance. Douloureusement. Pour l’instant, puisque le sujet de la transracialité est encore totalement méconnu, il est très difficile de dire si les quelques cas relevés dans le monde ressortent d’une nécessité intérieure ou d’un choix délibéré. La biographie de Rachel Dolezal penche plutôt pour la première option. Une explication, plutôt qu’une justification, à ce double standard, tient sans doute à l’histoire des luttes féministes d’un côté, et antiracistes de l’autre. Comme le relève la docteure en sociologie Sarah Mazouz dans une recension du livre de Brubaker, les premières «ont affirmé la fluidité des catégories et la possible circulation d’une identité à une autre comme l’un des principaux instruments de remise en cause d’un ordre social genré et de ses hiérarchies», tandis que «le changement de race n’est pas un enjeu central des mouvements antiracistes». La «race», par ailleurs, à l’inverse du genre, est «inscrite dans une hérédité. Elle implique des ancêtres, une généalogie et une histoire, ce qui n’est, dans les grands traits, pas le cas du genre», explique aussi Solène Brun. Comme dit plus haut, certaines personnes métisses sont très fières de se revendiquer noires, car elles s’inscrivent dans cette histoire de luttes, retournant le stigmate en un atout de fierté. Qu’on puisse leur dérober ceci leur paraît parfaitement insupportable. Le genre semble relever par contraste d’une dimension plus intime. «La race me semble engager davantage d’emblée des communautés et des relations socio-politiques», suggère Magali Bessone. Si la transidentité est mieux acceptée (même si tout est relatif) dans les milieux féministes que le transracialisme, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a jamais vraiment eu, au fond, de «classe des femmes» solidairement unie contre la «classe des hommes», comme il y a eu une solidarité des Noirs contre l’oppression des Blancs. Parce que femmes et hommes ne peuvent vivre séparément, et ne l’ont jamais complètement fait, tandis qu’il a existé des quartiers complètement ségrégés, où Noirs et Blancs étaient séparés. Et parce que par conséquent une femme transgenre ou un homme transgenre ne peut être regardé –du moins par les femmes féministes– comme un «traître à sa classe», au même titre qu’un Noir ou un Blanc qui «passe» de l’autre côté pourrait l’être, à cause de cette histoire. Il faut relire Simone de Beauvoir, au début du Deuxième Sexe, pour le comprendre: «Le prolétariat pourrait se proposer de massacrer la classe dirigeante, un Juif, un Noir fanatiques pourraient rêver d’accaparer le secret de la bombe atomique et de faire une humanité tout entière juive, tout entière noire: même en songe la femme ne peut exterminer les mâles. Le lien qui l’unit à ses oppresseurs n’est comparable à aucun autre». Mais comprendre n’est pas justifier, et il n’est pas sûr qu’un jour les arguments contre le transracialisme ne finissent par tomber, comme ceux qui ont longtemps érigé la transidentité en «abomination». Si le cas de Rachel Dolezal est largement regardé comme de la mythomanie pathologique, il n’est pas exclu qu’un jour ce regard change. «C’est comme si elle vivait dans un futur encore non avéré», a écrit à propos d’elle le New York Times Magazine. Avons-nous aujourd’hui les lunettes pour voir le transracialisme? Rachel Dolezal est-elle une menteuse, ou une pionnière? «Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier», affirme Martin, le personnage de Your face in mine. Il faudra sans doute encore attendre quelques années pour voir si cette prédiction est juste. Aude Lorriaux
Depuis la mort de George Floyd, lors d’un contrôle de police à Minneapolis, des manifestations ont lieu partout aux États-Unis avec pour slogan Black Lives Matter, comme ici à Oklahoma City, le 31 mai 2020. Louboutin revendique (…) le lancement d’une nouvelle collection, « Walk a Mile in my Shoes », inspirée par la phrase de Martin Luther King, et une rencontre avec l’une des fondatrices du mouvement américain Black Lives Matter. Les bénéfices de la collection seront reversés à des organisations œuvrant pour la justice sociale, précise la société. Pour 995 euros, chacun peut ainsi s’offrir l’escarpin Free Walkie, qui « exprime cette saison l’empathie et la solidarité ». L’affaire paraît si caricaturale qu’elle prête d’abord à sourire, rappelant les outrances de l’antiracisme hollywoodien dépeints par Romain Gary ou l’essai au vitriol de Tom Wolf Radical Chic. Le romancier y décrivait une soirée mondaine donnée par le chef d’orchestre Leonard Bernstein dans son splendide appartement de Park Avenue en l’honneur des Black Panthers. La variation Louboutin apporte toutefois une nuance de poids: après les stars et les grands-bourgeois, ce sont désormais les entreprises qui se saisissent à pleines mains de la puissante bannière de l’antiracisme. Ce mouvement vient des États-Unis, où les grandes corporations, pour répondre aux attentes de leurs clients et jeunes recrues, mais surtout éviter toute recension critique par des associations militantes, tentent de coller au mieux à ce qu’elles identifient comme un socle commun d’aspirations de la société. Un tournant politique accentué par l’arrêt Citizens United de 2010, qui autorise les entreprises à financer les campagnes électorales. Ainsi s’est bâti un nouvel équilibre fragile où entreprises, politique et société civile, représentée par les associations, tentent ensemble d’organiser la vie de la cité. La décision, en mai 2019, de l’État de Géorgie d’adopter une loi restrictive sur l’avortement a parfaitement illustré ces nouveaux rapports de force. À l’annonce de la réforme, des activistes ont appelé sur les réseaux sociaux à boycotter entreprises et événements organisés en Géorgie. Les grands groupes ont embrayé, Netflix, Disney et Warner menaçant de stopper leurs tournages dans l’État. Une centaine de patrons ont ensuite manifesté leur opposition à la loi via une page dans le New York Times. Le texte a pour finir été bloqué, quelques mois plus tard, par un tribunal fédéral américain arguant de sa contradiction avec la jurisprudence de la Cour suprême. Depuis trois ans, c’est autour du mouvement woke, terme qui s’est répandu dans le sillage du mouvement Black Lives Matter contre les violences policières dont sont victimes les Noirs (sic) aux États-Unis, que se mobilisent les grands groupes américains. Pour gagner leurs galons woke, c’est-à-dire en état d’éveil face aux injustices sociales et raciales, les entreprises les plus motivées n’hésitent pas à organiser une forme de ségrégation entre leurs salariés. Les jeunes recrues à la peau blanche étant formées à prendre conscience de leurs privilèges tandis que les personnes de couleur sont invitées à se reconnaître dans le rôle de victimes. Au siège de Disney, en Californie, la direction des ressources humaines a par exemple constitué trois groupes affinitaires destinés de facto respectivement aux Latinos, aux Asiatiques et aux Noirs. Les employés blancs étant de leur côté incités à s’interroger entre autres sur les liens entre leur patrimoine et le « racisme structurel de la société américaine ». Le journaliste Christopher Rufo, à l’origine des révélations sur Disney, a même relaté l’existence dans certains groupes et administrations de stages de quasi-rééducation réservés aux hommes blancs hétérosexuels. Ces combats woke s’imposent au sein des grands groupes, essentiellement constitués de cadres urbains. Ils sont valorisés par les actionnaires institutionnels (fonds d’investissement, fonds de pensions, gestionnaire d’actifs…) qui identifient ces formations à des actions de lutte contre les discriminations, un des piliers de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises. Les sociétés cotées en Bourse tendent alors à s’y convertir pas à pas, avec plus ou moins d’enthousiasme et d’intensité. Ce n’est toutefois pas le cas de l’intégralité du capitalisme américain. Détenue par une famille de fervents chrétiens, la troisième enseigne de restauration rapide du pays, Chick-fil-A, reste par exemple parfaitement hermétique au mouvement. Le groupe conseille à ses franchisés de mener leur établissement «selon les principes de la Bible», ce qui passe notamment par une fermeture le dimanche. En Europe, les entreprises, fidèles à une tradition remontant au XIXe siècle, sont aussi fortement engagées sur les questions de responsabilité sociale et environnementale (RSE). (….) L’industrie cosmétique, directement exposée par ses produits à ces questions de couleur de peau, a ainsi franchi le Rubicon. En juin 2020, L’Oréal annonçait retirer «les mots blanc/blanchissant, clair de tous ses produits destinés à uniformiser la peau». Le français suivait son concurrent américain Johnson and Johnson, propriétaire notamment des marques Neutrogena, RoC ou Le Petit Marseillais, qui avait déclaré plus tôt abandonner la production de substances éclaircissantes commercialisées en Asie et au Proche-Orient. Le luxe, tétanisé par les procès en appropriation culturelle, suit également le mouvement de près, comme la campagne Louboutin le reflète. Gucci, une marque phare de Kering, s’est ainsi retrouvé au printemps 2019 dans la tempête, pour avoir lancé un col roulé décoré de larges lèvres rouges, jugé raciste, car pouvant évoquer une blackface, une caricature de visage noir. Afin de se faire pardonner, le groupe a multiplié les dons à des associations de lutte contre les discriminations et les séminaires de sensibilisation. Pour les entreprises, rejoindre la croisade woke peut s’apparenter à un très tentant, et économique, bain de jouvence marketing. La conversion exige toutefois un certain professionnalisme, comme la Poste espagnole l’a appris à ses dépens, en mai. Pour marquer l’anniversaire de la mort de George Floyd, lors de son arrestation par la police, le groupe a lancé une collection de timbre, les Equality Stamps, représentant différentes couleurs de peaux. Scandale immédiat car la valeur des timbres était corrélée à la clarté de la peau, variant de 0,70 euro pour celui représentant la peau noire à 1,60 euros pour le blanc. En France, le modèle universel républicain s’oppose frontalement à ces approches racialistes. La grande majorité des chefs d’entreprise, conscients de cette spécificité, se montrent prudents sur ces sujets et tendent plutôt à freiner l’enthousiasme de leurs jeunes directions de l’éthique et/ou de la diversité. L’intense polémique suscité par un tweet d’Évian s’excusant d’avoir fait la publicité de son eau en pleine journée de ramadan a bien démontré la réactivité épidermique d’une grande partie du public hexagonal devant les approches communautaristes.
Il est bien vu, ces jours-ci, de présenter Joe Biden comme un nouveau Roosevelt, ambitieux et pragmatique, courageux et modéré. Celui qui passait hier encore pour un gaffeur hasardeux prend désormais les traits du bon géronte, consacrant sa présidence à la réconciliation d’un pays fracturé. Mais cette image rassurante ne résiste pas à la réalé des faits et masque bien mal la nouvelle poussée de fièvre idéologique associée au wokisme qui traverse la société américaine, très présente dans l’aile gauche de son propre parti. (…) La nouvelle révolution américaine vient des campus mais n’y est plus cantonnée: son idéologie se déploie désormais dans les administrations publiques et privées. Et (…) c’est au nom du concept d’équité qu’elle se déploie. (…) Mais surtout, on ne saurait tolérer d’autre explication à la moindre disparité dans la représentation que par le «racisme systémique». Comment s’arracher à ce dernier? Par un travail constant de rééducation. Le journaliste Christopher Rufo a critiqué à plusieurs reprises au cours des dernières années les délires du «diversity training». Il l’a encore fait ces derniers jours en révélant que certains dirigeants masculins blancs de Lockheed Martin avaient dû participer à un séminaire sur plusieurs jours pour apprendre à reconnaître leur «privilège blanc» et apprendre à le déconstruire en se livrant au rituel de l’autocritique raciale. Au cœur du complexe militaro-industriel, le wokisme triomphe. Plus largement, dans une entreprise, un salarié refusant de participer à un tel séminaire s’autodésigne comme un suspect. La réingénierie sociale culmine dans une logique de purge. (…) Et comme «l’antiracisme» d’hier a inventé la discrimination positive, celui d’aujourd’hui engendre ce qu’on appellera la ségrégation positive. Ainsi, la mairesse démocrate noire de Chicago, Lori Lightfoot, pour marquer le deuxième anniversaire de son élection, a décidé de réserver ses entrevues personnalisées aux journalistes «racisés» – autrement dit, de ne pas en accorder aux Blancs. Au nom de la justice raciale elle revendiquait explicitement une nécessaire discrimination raciale contre les Blancs. On n’en sera pas surpris: Ibram X. Kendi, l’intellectuel de référence du racialisme, explique que la discrimination raciale n’est en rien condamnable, pour peu qu’elle produise de l’égalité raciale. Cette nouvelle idéologie américaine s’impose partout en Occident en traitant les pays qui y résistent en provinces rebelles à mater. L’expérience américaine, fondamentalement révolutionnaire, cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés, et plus encore pour celles prétendant suivre les évolutions de la modernité. Nos sociétés sont invitées à s’abolir pour renaître à elles-mêmes, purgées du mal par une nouvelle inquisition se réclamant de l’antiracisme révolutionnaire. (…) À l’échelle de l’histoire, et même s’il faut garder à l’esprit que toute comparaison a ses limites, on y verra un transfert du flambeau révolutionnaire, de l’URSS aux États-Unis, comme si avec la fin de la guerre froide, le fondamentalisme de la modernité avait renoué avec la première société qui a voulu se définir intégralement dans ses catégories. On se forme dans les universités américaines à la manière d’un détour dans le centre idéologique de l’empire et grâce aux programmes du Département d’État, on va faire un stage en diversité sur les deux côtes américaines comme on allait hier en pèlerinage dans les pays du socialisme réel. Comme Gide jadis, un grand écrivain s’y rendant pourrait bien en revenir, ensuite, en ramenant dans sa besace un ouvrage qu’il intitulerait Retour des USA, en comprenant que ce modèle conduit notre civilisation vers l’abîme pendant qu’un homme aux airs de bon grand-père croit lui apporter la paix pour notre temps. Mathieu Bock-Côté
Les scènes auxquelles nous assistons dans le sillage du «Black Lives Matter» aux États-Unis, en Grande- Bretagne, en France, comme un peu partout en Europe, pour solder une histoire accusée d’être «raciste» ne sont pas sans rappeler des aveuglements de sinistre mémoire. Du passé faisons table rase! Cette injonction célèbre de L’Internationale, le chant révolutionnaire né à l’époque de la Commune de Paris de 1871, peut être lourde de conséquences. (…) Toutes proportions gardées, et dans un contexte politique radicalement différent, la volonté destructrice du passé à laquelle nous assistons fait penser à la Chine maoïste des années 1960-1970 lorsque des cohortes de Gardes rouges s’en prenaient aux symboles de l’histoire. Certes, ces foules étaient téléguidées par un Mao à la reconquête d’un pouvoir qui lui avait été contesté après la gigantesque catastrophe du «Grand Bond en avant» (de 30 à 50 millions de morts selon les estimations) dont il était responsable. Certes, les violences des manifestants actuels ne peuvent naturellement pas être assimilées à celles des jeunes excités chinois qui agitaient leur petit Livre rouge en s’en prenant aux élites cultivées, coupables d’incarner le monde ancien, allant jusqu’à les mettre à mort, suivi de bacchanales où le foie du supplicié pouvait être mangé. Il n’empêche, la mise au pilori d’intellectuels, d’universitaires, aux États-Unis et ailleurs, qui ne se plient pas à la nouvelle doxa sur l’antiracisme, l’anticolonialisme, voire l’antisexisme, participe du même désir d’exclusion, de destruction, non de l’être mais de l’esprit, que complètent d’absurdes censures. «Sur une page blanche, tout est possible ; on peut y écrire et dessiner ce qu’il y a de plus nouveau et de plus beau», cette citation de Mao a servi d’argument aux Gardes rouges pour éradiquer l’histoire. Par ce mot d’ordre, le Grand Timonier voulait priver le peuple chinois de mémoire historique afin de le tailler à la mesure de sa propre démesure. Mao a tenté de mettre en œuvre le fameux aphorisme de Big Brother, dans le 1984 de George Orwell, qui exprime au mieux les vrais enjeux, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui: «Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir, celui qui contrôle le présent contrôle le passé.» (…) La charge antiraciste menée de nos jours s’accompagne d’une volonté de culpabiliser ceux qui n’ont pas la chance d’être né du bon côté de l’histoire nouvelle que l’on cherche à imposer. Voir des édiles, comme le maire de Minneapolis, implorer les manifestants pour qu’ils pardonnent son «privilège» d’être Blanc, renvoie pour le coup aux pires moments de la Révolution culturelle chinoise lorsque l’érudit devait avouer son amour des lettres anciennes avant d’être exécuté. L’autocritique est un classique du communisme. Il ne s’agissait pas de prouver la justesse de l’accusation mais de donner bonne conscience aux bourreaux chargés d’éliminer le coupable. Thierry Wolton

Back in the USSR !

Camps de rééducation, séances d’autocritique publique, dénonciations, excommunications, procès-spectacles, censure et auto-censure médiatique, purges périodiques, police de la pensée, inquisition, révisions de la langue,  déboulonnages de statues, effacement de photos, exportation de la révolution …

A l’heure où, après avoir gagné le sexe, la dysphorie s’attaque à présent à la race …
Et à coup de bistouri, un influenceur blanc peut devenir coréen
Tout comme pendant que la lingerie elle-même se wokise …
Un homme peut devenir reine de beauté
Le tout alors qu’avant d’envahir nos stades, l’un vient de remplacer l‘autre dans notre Constitution
Ou après avoir mis le feu à l’Amérique et au monde occidental …
Entre question raciale et épidémie …
Et au prix du hold up électoral du siècle …
Et de son lot classique de boucs émissaires
Un vieil apparatchik nous fait à présent le coup du réconciliateur d’un pays fracturé …
Comment ne pas voir le nouveau totalitarisme qui vient …
Avec l’aide, entre inflation des normes et simple connivence idéologique, de la politisation de la justice
Comme du système médiatique et, avec les réseaux sociaux, paramédiatique …
Où après le bolchévisme et le maoïsme de la Révolution culturelle chinoise …
C’est désormais nos propres entreprises
Qui entre rééducation idéologique, séances d’autocritique publique et excommunication numérique …
Et contre espèces sonnantes et trébuchantes
Sont gagnées par ce monde moderne, prophétisé par Chesterton il y a un siècle, rempli d’idées chrétiennes devenues folles ?

« Demander pardon pour ce qu’on est? Cela s’appelle l’autocritique communiste »

TRIBUNE – Si l’analogie a, Dieu merci, d’évidentes limites, il est difficile de ne pas songer à la Révolution culturelle chinoise en considérant les actes d’intimidation, les menaces voire la violence physique des activistes américains qui fustigent le «privilège blanc», argumente Thierry Wolton, essayiste, spécialiste du communisme.


Thierry Wolton est l’auteur, notamment, de «Une histoire mondiale du communisme», en trois volumes chez Grasset: «Les Bourreaux» (2015), «Les Victimes» (2016), «Les Complices» (2017).


Les scènes auxquelles nous assistons dans le sillage du «Black Lives Matter» aux États-Unis, en Grande- Bretagne, en France, comme un peu partout en Europe, pour solder une histoire accusée d’être «raciste» ne sont pas sans rappeler des aveuglements de sinistre mémoire. Du passé faisons table rase! Cette injonction célèbre de L’Internationale, le chant révolutionnaire né à l’époque de la Commune de Paris de 1871, peut être lourde de conséquences. Tourner la page d’hier, croire que l’on peut repartir de zéro pour bâtir un monde nouveau, forcément meilleur, est une tentation pour chaque génération, convaincue qu’elle peut faire mieux que ses prédécesseurs, que l’avenir lui appartient. Cette espérance, qui fait des vies de chacun un point de départ toujours renouvelé, peut néanmoins tourner au cauchemar si elle devient un impératif, destiné non plus à ouvrir les chemins de l’avenir mais à démolir systématiquement ce qui s’est fait auparavant, à renier l’histoire constitutive de ce que l’on est présentement. Faire du passé table rase au risque de l’amnésie ouvre la porte aux manipulations, faute de repères dans le temps.

Toutes proportions gardées, et dans un contexte politique radicalement différent, la volonté destructrice du passé à laquelle nous assistons fait penser à la Chine maoïste des années 1960-1970 lorsque des cohortes de Gardes rouges s’en prenaient aux symboles de l’histoire. Certes, ces foules étaient téléguidées par un Mao à la reconquête d’un pouvoir qui lui avait été contesté après la gigantesque catastrophe du «Grand Bond en avant» (de 30 à 50 millions de morts selon les estimations) dont il était responsable. Certes, les violences des manifestants actuels ne peuvent naturellement pas être assimilées à celles des jeunes excités Chinois qui agitaient leur petit Livre rouge en s’en prenant aux élites cultivées, coupables d’incarner le monde ancien, allant jusqu’à les mettre à mort, suivi de bacchanales où le foie du supplicié pouvait être mangé. Il n’empêche, la mise au pilori d’intellectuels, d’universitaires, aux États-Unis et ailleurs, qui ne se plient pas à la nouvelle doxa sur l’antiracisme, l’anticolonialisme, voire l’antisexiste, participe du même désir d’exclusion, de destruction, non de l’être mais de l’esprit, que complètent d’absurdes censures.

«Sur une page blanche, tout est possible ; on peut y écrire et dessiner ce qu’il y a de plus nouveau et de plus beau», cette citation de Mao a servi d’argument aux Gardes rouges pour éradiquer l’histoire. Par ce mot d’ordre, le Grand Timonier voulait priver le peuple chinois de mémoire historique afin de le tailler à la mesure de sa propre démesure. Mao a tenté de mettre en œuvre le fameux aphorisme de Big Brother, dans le 1984 de George Orwell, qui exprime au mieux les vrais enjeux, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui: «Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir, celui qui contrôle le présent contrôle le passé.» Ce n’est pas en épurant l’histoire des faits et des hommes qui déplaisent à la conscience du moment, qu’on peut la comprendre et en tirer les leçons.

La charge antiraciste menée de nos jours s’accompagne d’une volonté de culpabiliser ceux qui n’ont pas la chance d’être né du bon côté de l’histoire nouvelle que l’on cherche à imposer. Voir des édiles, comme le maire de Minneapolis, implorer les manifestants pour qu’ils pardonnent son «privilège» d’être Blanc, renvoie pour le coup aux pires moments de la Révolution culturelle chinoise lorsque l’érudit devait avouer son amour des lettres anciennes avant d’être exécuté. L’autocritique est un classique du communisme. Il ne s’agissait pas de prouver la justesse de l’accusation mais de donner bonne conscience aux bourreaux chargés d’éliminer le coupable.

La lutte contre le racisme est une noble cause qui rappelle la commune condition du genre humain, une évidence qui ne devrait pas avoir besoin d’être défendue. Faut-il pour autant que cette lutte cherche à instrumentaliser l’histoire comme si elle était coupable, comme si on pouvait la réécrire au goût du jour pour plaire aux plaignants du moment? La destruction de symboles d’un passé supposé raciste, le déboulonnage de quelques héros accusés d’actes, de propos racistes, la mise à l’index de chefs-d’œuvre qui ne correspondent plus aux canons à la mode, ne résoudront rien.

De tels actes servent tout au plus à assouvir des haines qui ne sont jamais de bonnes conseillères. Le jusqu’au-boutisme qui aboutit à la stigmatisation de ceux jugés coupables a priori donne au mouvement «antiraciste» actuel une orientation qui permet de douter de sa sincérité. Culpabiliser un Blanc parce qu’il est Blanc, quand il n’y est pour rien, est une stupidité et une inconvenance. S’excuser, demander pardon pour ce que l’on a fait soi-même, pour ce dont on s’est rendu coupable à titre individuel, certes oui, mais certainement pas pour ce que l’on est ou pour ce qui s’est produit plusieurs siècles avant votre naissance.

Tout passe. Les jeunes Chinois d’aujourd’hui ne font plus du passé table rase. Sur ordre du pouvoir national-communiste de Xi Jinping, ils encensent la glorieuse histoire de l’empire du Milieu, celle-là même que Mao voulait passer à la trappe. La roue de l’histoire tourne au rythme que les hommes lui donnent, les vérités d’aujourd’hui ne peuvent pas plus prétendre à l’éternité que celle d’hier, et probablement que celles de demain. Cela ne veut pas dire que les faits en eux-mêmes ne doivent pas être discutés, analysés, voire jugés, mais sans émoi et surtout sans diktat, pressions et menaces, quels qu’ils soient.

Voir aussi:

Mathieu Bock-Côté: «Rééducation à l’américaine»
CHRONIQUE – L’idéologie racialiste américaine cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés.
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
28/05/2021

Il est bien vu, ces jours-ci, de présenter Joe Biden comme un nouveau Roosevelt, ambitieux et pragmatique, courageux et modéré. Celui qui passait hier encore pour un gaffeur hasardeux prend désormais les traits du bon géronte, consacrant sa présidence à la réconciliation d’un pays fracturé. Mais cette image rassurante ne résiste pas à la réalité des faits et masque bien mal la nouvelle poussée de fièvre idéologique associée au wokisme qui traverse la société américaine, très présente dans l’aile gauche de son propre parti. Celle-ci n’est pas loin de considérer Joe Biden comme un président de transition, alors qu’une nouvelle garde s’installe dans un pays dont les coordonnées identitaires de base se transforment. Il laisse croire à un retour au calme alors que tout s’embrase.

La nouvelle révolution américaine vient des campus mais n’y est plus cantonnée: son idéologie se déploie désormais dans les administrations publiques et privées. Et comme le notait récemment Christopher Caldwell dans la National Review, c’est au nom du concept d’équité qu’elle se déploie. Le principe d’équité prétend accomplir l’égalité à l’américaine mais en fait le falsifie, en liquidant la référence à l’individu pour la reporter à l’échelle raciale: chaque groupe identifié par la bureaucratie diversitaire doit être représenté dans tous les domaines de l’existence sociale selon son poids dans la population, sans la moindre nuance. Le monde se laisse absorber par un fantasme mathématique. Mais surtout, on ne saurait tolérer d’autre explication à la moindre disparité dans la représentation que par le «racisme systémique».

Comment s’arracher à ce dernier? Par un travail constant de rééducation. Le journaliste Christopher Rufo a critiqué à plusieurs reprises au cours des dernières années les délires du «diversity training». Il l’a encore fait ces derniers jours en révélant que certains dirigeants masculins blancs de Lockheed Martin avaient dû participer à un séminaire sur plusieurs jours pour apprendre à reconnaître leur «privilège blanc» et apprendre à le déconstruire en se livrant au rituel de l’autocritique raciale. Au cœur du complexe militaro-industriel, le wokisme triomphe. Plus largement, dans une entreprise, un salarié refusant de participer à un tel séminaire s’autodésigne comme un suspect. La réingénierie sociale culmine dans une logique de purge.

La ségrégation positive

L’obsession raciale conduit à la ségrégation raciale. Et comme «l’antiracisme» d’hier a inventé la discrimination positive, celui d’aujourd’hui engendre ce qu’on appellera la ségrégation positive. Ainsi, la mairesse démocrate noire de Chicago, Lori Lightfoot, pour marquer le deuxième anniversaire de son élection, a décidé de réserver ses entrevues personnalisées aux journalistes «racisés» – autrement dit, de ne pas en accorder aux Blancs. Au nom de la justice raciale elle revendiquait explicitement une nécessaire discrimination raciale contre les Blancs. On n’en sera pas surpris: Ibram X. Kendi, l’intellectuel de référence du racialisme, explique que la discrimination raciale n’est en rien condamnable, pour peu qu’elle produise de l’égalité raciale.

Cette nouvelle idéologie américaine s’impose partout en Occident en traitant les pays qui y résistent en provinces rebelles à mater. L’expérience américaine, fondamentalement révolutionnaire, cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés, et plus encore pour celles prétendant suivre les évolutions de la modernité. Nos sociétés sont invitées à s’abolir pour renaître à elles-mêmes, purgées du mal par une nouvelle inquisition se réclamant de l’antiracisme révolutionnaire. L’individu habité par une névrose raciale et se convertissant à une identité de genre indéterminée est le nouveau visage du rêve américain.

À l’échelle de l’histoire, et même s’il faut garder à l’esprit que toute comparaison a ses limites, on y verra un transfert du flambeau révolutionnaire, de l’URSS aux États-Unis, comme si avec la fin de la guerre froide, le fondamentalisme de la modernité avait renoué avec la première société qui a voulu se définir intégralement dans ses catégories. On se forme dans les universités américaines à la manière d’un détour dans le centre idéologique de l’empire et grâce aux programmes du Département d’État, on va faire un stage en diversité sur les deux côtes américaines comme on allait hier en pèlerinage dans les pays du socialisme réel. Comme Gide jadis, un grand écrivain s’y rendant pourrait bien en revenir, ensuite, en ramenant dans sa besace un ouvrage qu’il intitulerait Retour des USA, en comprenant que ce modèle conduit notre civilisation vers l’abîme pendant qu’un homme aux airs de bon grand-père croit lui apporter la paix pour notre temps.

Voir également:

La culture « woke » s’immisce pas à pas dans les entreprises
ENQUÊTE – Aux États-Unis, les entreprises se sont converties à cet antiracisme militant, quitte à organiser une forme de ségrégation au sein de leurs salariés. Les patrons français gardent un regard critique sur le mouvement, même si quelques lignes commencent à céder.
Anne de Guigné
Le Figaro
27/06/2021

Assa Traoré le poing levé sur son canapé en hauts talons de la marque Louboutin. Publiée sur le compte Facebook du collectif La Vérité pour Adama, la photo s’agrémente d’un texte où la militante antiraciste évoque la mort de son frère Adama «il y a cinq ans entre les mains des gendarmes» avant de conclure sur un lyrique: «Je marcherai dans vos pas à tous les trois (les designers de la maison, NDLR), grandie par cette élégante création qui fait de moi une femme fière de ce que nous construisons ensemble. Justice pour tous».

L’ensemble a fait couler tant d’encre que la marque a dû préciser que l’emblématique jeune femme ne comptait pas parmi ses égéries. Louboutin revendique en revanche le lancement d’une nouvelle collection, «Walk a Mile in my Shoes», inspirée par la phrase de Martin Luther King, et une rencontre avec l’une des fondatrices du mouvement américain Black Lives Matter. Les bénéfices de la collection seront reversés à des organisations œuvrant pour la justice sociale, précise la société. Pour 995 euros, chacun peut ainsi s’offrir l’escarpin Free Walkie, qui «exprime cette saison l’empathie et la solidarité».

L’affaire paraît si caricaturale qu’elle prête d’abord à sourire, rappelant les outrances de l’antiracisme hollywoodien dépeints par Romain Gary ou l’essai au vitriol de Tom Wolf Radical Chic. Le romancier y décrivait une soirée mondaine donnée par le chef d’orchestre Leonard Bernstein dans son splendide appartement de Park Avenue en l’honneur des Black Panthers. La variation Louboutin apporte toutefois une nuance de poids: après les stars et les grands-bourgeois, ce sont désormais les entreprises qui se saisissent à pleines mains de la puissante bannière de l’antiracisme.

Appel au boycott

Ce mouvement vient des États-Unis, où les grandes corporations, pour répondre aux attentes de leurs clients et jeunes recrues, mais surtout éviter toute recension critique par des associations militantes, tentent de coller au mieux à ce qu’elles identifient comme un socle commun d’aspirations de la société. Un tournant politique accentué par l’arrêt Citizens United de 2010, qui autorise les entreprises à financer les campagnes électorales. Ainsi s’est bâti un nouvel équilibre fragile où entreprises, politique et société civile, représentée par les associations, tentent ensemble d’organiser la vie de la cité. La décision, en mai 2019, de l’État de Géorgie d’adopter une loi restrictive sur l’avortement a parfaitement illustré ces nouveaux rapports de force. À l’annonce de la réforme, des activistes ont appelé sur les réseaux sociaux à boycotter entreprises et événements organisés en Géorgie. Les grands groupes ont embrayé, Netflix, Disney et Warner menaçant de stopper leurs tournages dans l’État. Une centaine de patrons ont ensuite manifesté leur opposition à la loi via une page dans le New York Times. Le texte a pour finir été bloqué, quelques mois plus tard, par un tribunal fédéral américain arguant de sa contradiction avec la jurisprudence de la Cour suprême.

Depuis trois ans, c’est autour du mouvement woke, terme qui s’est répandu dans le sillage du mouvement Black Lives Matter contre les violences policières dont sont victimes les Noirs aux États-Unis, que se mobilisent les grands groupes américains. Pour gagner leurs galons woke, c’est-à-dire en état d’éveil face aux injustices sociales et raciales, les entreprises les plus motivées n’hésitent pas à organiser une forme de ségrégation entre leurs salariés. Les jeunes recrues à la peau blanche étant formées à prendre conscience de leurs privilèges tandis que les personnes de couleur sont invitées à se reconnaître dans le rôle de victimes. Au siège de Disney, en Californie, la direction des ressources humaines a par exemple constitué trois groupes affinitaires destinés de facto respectivement aux Latinos, aux Asiatiques et aux Noirs. Les employés blancs étant de leur côté incités à s’interroger entre autres sur les liens entre leur patrimoine et le «racisme structurel de la société américaine».

Stage de quasi-rééducation

Le journaliste Christopher Rufo, à l’origine des révélations sur Disney, a même relaté l’existence dans certains groupes et administrations de stages de quasi-rééducation réservés aux hommes blancs hétérosexuels. Ces combats woke s’imposent au sein des grands groupes, essentiellement constitués de cadres urbains. Ils sont valorisés par les actionnaires institutionnels (fonds d’investissement, fonds de pensions, gestionnaire d’actifs…) qui identifient ces formations à des actions de lutte contre les discriminations, un des piliers de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises. Les sociétés cotées en Bourse tendent alors à s’y convertir pas à pas, avec plus ou moins d’enthousiasme et d’intensité. Ce n’est toutefois pas le cas de l’intégralité du capitalisme américain. Détenue par une famille de fervents chrétiens, la troisième enseigne de restauration rapide du pays, Chick-fil-A, reste par exemple parfaitement hermétique au mouvement. Le groupe conseille à ses franchisés de mener leur établissement «selon les principes de la Bible», ce qui passe notamment par une fermeture le dimanche.

En Europe, les entreprises, fidèles à une tradition remontant au XIXe siècle, sont aussi fortement engagées sur les questions de responsabilité sociale et environnementale (RSE). Sur le Vieux Continent, comme aux États-Unis, la définition de la RSE a eu tendance à évoluer ; synonyme, il y a dix ans, d’un principe de responsabilité de l’impact de ses actions, la RSE dernière génération tend davantage vers la défense de valeurs. Les grands groupes, essentiellement de services, multiplient ainsi les actions en faveur de l’inclusivité et de la diversité, avec un fort accent en faveur de l’égalité hommes-femmes ou de la visibilité des personnes LGBT. À quelques exceptions près, ils conservent toutefois un pas de côté vis-à-vis de l’antiracisme à la sauce woke, se contentant d’inclure ces problématiques dans des formations plus larges aux discriminations.

Les lignes commencent toutefois à bouger. L’industrie cosmétique, directement exposée par ses produits à ces questions de couleur de peau, a ainsi franchi le Rubicon. En juin 2020, L’Oréal annonçait retirer «les mots blanc/blanchissant, clair de tous ses produits destinés à uniformiser la peau». Le français suivait son concurrent américain Johnson and Johnson, propriétaire notamment des marques Neutrogena, RoC ou Le Petit Marseillais, qui avait déclaré plus tôt abandonner la production de substances éclaircissantes commercialisées en Asie et au Proche-Orient. Le luxe, tétanisé par les procès en appropriation culturelle, suit également le mouvement de près, comme la campagne Louboutin le reflète. Gucci, une marque phare de Kering, s’est ainsi retrouvé au printemps 2019 dans la tempête, pour avoir lancé un col roulé décoré de larges lèvres rouges, jugé raciste, car pouvant évoquer une blackface, une caricature de visage noir. Afin de se faire pardonner, le groupe a multiplié les dons à des associations de lutte contre les discriminations et les séminaires de sensibilisation.

Pour les entreprises, rejoindre la croisade woke peut s’apparenter à un très tentant, et économique, bain de jouvence marketing. La conversion exige toutefois un certain professionnalisme, comme la Poste espagnole l’a appris à ses dépens, en mai. Pour marquer l’anniversaire de la mort de George Floyd, lors de son arrestation par la police, le groupe a lancé une collection de timbre, les Equality Stamps, représentant différentes couleurs de peaux. Scandale immédiat car la valeur des timbres était corrélée à la clarté de la peau, variant de 0,70 euro pour celui représentant la peau noire à 1,60 euros pour le blanc.

En France, le modèle universel républicain s’oppose frontalement à ces approches racialistes. La grande majorité des chefs d’entreprise, conscients de cette spécificité, se montrent prudents sur ces sujets et tendent plutôt à freiner l’enthousiasme de leurs jeunes directions de l’éthique et/ou de la diversité. L’intense polémique suscité par un tweet d’Évian s’excusant d’avoir fait la publicité de son eau en pleine journée de ramadan a bien démontré la réactivité épidermique d’une grande partie du public hexagonal devant les approches communautaristes. Les prochaines années, voire les prochains mois, s’annoncent délicates pour les chefs d’entreprise, qui devront naviguer entre les injonctions contradictoires de leur base française et de leurs contreparties anglo-saxonnes. Les crispations risquant de se cristalliser autour de l’épineuse question de la religion en entreprise.

Voir de même:

Brut lève 75 millions de dollars auprès de Murdoch, Pinault et Orange

Le média social français connu dans le monde entier, est valorisé autour de 300 millions de dollars.

Le tour de table du média social français Brut, devient l’un des plus chic de la planète média. Après avoir séduit Xavier Niel, Alexandre Mars et Bpifrance lors d’un tour de table de 40 millions de dollars en 2019, Brut accueille aujourd’hui à son capital James Murdoch (via son fonds Lupa Systems), François-Henri Pinault (via la holding Artémis), le fonds Tikehau et Orange Ventures qui est l’un des plus importants participants à ce tour de table.

Les sagas et les stratégies de l’éco. La vie et les coulisses des entreprises, du monde des affaires et de celles et ceux qui l’animent, par Bertille Bayart.

Tous ces investisseurs, anciens et nouveaux, apportent 75 millions de dollars d’argent frais à Brut sur la base d’une valorisation approchant les 300 millions de dollars. Les trois fondateurs, Guillaume Lacroix, Renaud Le Van Kim et Laurent Lucas, conservent cependant le contrôle de la société.

«Nous discutions depuis deux ans avec James Murdoch. Il nous apportera sa capacité de monter des deals stratégiques dans le monde entier. Il est, tout comme François Henri Pinault, très aligné sur les valeurs de Brut. De son côté, Orange Ventures nous aidera à nous développer en Afrique francophone» détaille Guillaume Lacroix, président de Brut. Jérôme Berger, patron d’Orange Ventures confirme «la présence d’Orange dans 18 pays d’Afrique et le lien avec 130 millions de clients sera un atout considérable pour le développement à la fois de la partie média et de la plateforme de SVOD de Brut».

Guillaume Lacroix souligne, par ailleurs, que le média social français est le premier à recevoir le label international Bcorp, attribuée par B Lab Europe, qui labellise les entreprises répondant à des normes sociales et environnementales rigoureuses. Ce label est de plus en plus exigé par les fonds d’investissement.

Depuis la création Brut sur Facebook en novembre 2016, le média social a conquis une audience planétaire. Plus de 300 millions d’internautes partagent chaque mois les vidéos de Brut sous titrées en langues locales. En 2020, le cap des 20 milliards de vidéos Brut visionnées a été franchi. Brut est très populaire en France, aux États-Unis et en Inde, auprès des jeunes de moins de 35 ans, grâce à une ligne éditoriale reposant sur des valeurs largement partagées par cette communauté : l’environnement, le droit des femmes, les genres ou encore la responsabilité des pouvoirs.

Le live streaming shopping

Aux côtés de ce média social, Brut a lancé en avril dernier, son service de streaming vidéo par abonnement BrutX, en France puis en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et récemment en Afrique francophone. Guillaume Lacroix, PDG de Brut, espère atteindre le million d’abonnés en 2023, avant d’étendre ce service dans le reste du monde.

Aujourd’hui, le groupe repose donc sur deux pieds : l’audience avec Brut et l’abonnement avec Brut X. L’apport d’argent frais va permettre d’accélérer les investissements sur ces deux premiers étages de fusée mais aussi d’en ajouter un troisième. Ainsi, Brut lance aux États-Unis, en Inde et en France, une plateforme de services et de conversation pour permettre aux jeunes créateurs du monde entier de promouvoir des contenus, des services ou même des marques en accord avec les valeurs de Brut. «Nous avons développé une influence dans le monde et maintenant nous voulons utiliser cette influence pour aider les jeunes créateurs. Grâce aux données récoltées auprès de nos communautés de fidèles, nous pouvons les aider à se construire des audiences sur les réseaux sociaux, à les monétiser et même à vendre des produits en live streaming shopping» précise Guillaume Lacroix.

L’arrivée d’investisseurs internationaux réputés, valide le modèle économique de Brut. L’ensemble pourrait atteindre un chiffre d’affaires compris entre 20 et 30 millions d’euros cette année et connaître une croissance supérieure à 200 % l’année prochaine. Déjà rentable en France et en Inde, le média social accélère ses investissements pour consolider sa position.

Soutenu dès sa création par Facebook et son créateur Mark Zuckerberg, Brut a été aussi célébré par Tim Cook, le patron d’Apple, lors de la dernière édition de Vivatech à Paris.

Voir encore:

Doing the Work at Work

What are companies desperate for diversity consultants actually buying?

As the sun went down on May 31, 2020, Kellie Wagner was packing up her Brooklyn apartment when she heard a roar: the chanting of thousands of Black Lives Matter marchers arriving in Fort Greene Park from a nearby rally at Barclays Center. It was the sixth day of nationwide protests in response to the murder of George Floyd, and the NYPD had already made several violent arrests.

Wagner was about to move to California, expecting a slow summer: The pandemic had caused half a million dollars in future business to dry up virtually overnight for Collective, the workplace-diversity consultancy she founded. Companies told her they no longer had the budget for her services. Wagner, who is 35, thought she might have to close up shop for good. Just before she left for the airport, she passed the remnants of a burned-out cop car, broken glass glittering on the sidewalk.

Two days later, Wagner was in Palm Springs — and her in-box was overrun with more than a hundred inquiries from prospective clients. Companies that had canceled on her two months prior were now desperate for help. There were a lot of white CEOs crying on the phone, Wagner recalls, because they had crash-read Robin DiAngelo’s White Fragility and were racked with guilt. There were heads of fashion and beauty brands whose Black employees had begun speaking out on social media about their companies’ racist cultures. What should the CEOs Slack to their staffs? What should they tweet to their customers? What wouldn’t get them criticized but would seem humble and aware — but not so humble and aware that they’d get criticized regardless?

It went on like that for a week, with Wagner in back-to-back-to-back intake calls. Another rush occurred on June 2, #BlackoutTuesday, when two Black entertainment executives called on companies, celebrities, and influencers to post a black square on their Instagram feeds to show solidarity with Black Lives Matter. Brands wanted Wagner’s advice on how best to participate in the campaign — and then, when many of them were excoriated for the low stakes of the gesture, they wanted her advice on how to apologize for it. “They were calling and saying, ‘Well, the black square didn’t work,’ ” Wagner says. “But when you make external statements and you haven’t cleaned up your own house, it’s so inauthentic. You’re asking to be dragged.”

Collective was even courted by the notoriously vulgar media company Barstool Sports, whose founder, Dave Portnoy, was known for provocations like comparing Colin Kaepernick to Osama bin Laden. Wagner said she would consider taking on Barstool as a client if Portnoy agreed to executive-leadership training. She never heard back. (Barstool disputes this.)

Across the country, consultants in the diversity business felt that same whiplash of pandemic bust turning into protest boom. Practitioners who were collecting unemployment received calls from the CEOs of major corporations looking to spend tens or hundreds of thousands of dollars publicly and fast. An in-house diversity professional in San Francisco who had been laid off in a five-minute Zoom meeting in March saw the company re-list his job in a lengthy, solemn Medium post. In Seattle, Tali Lavarry, a former corporate-event planner who had opened her consulting business a few months before statewide shutdowns began, was surviving on instant noodles and peanut-butter sandwiches when her phone started ringing; soon, she took on so many clients she had to hire four employees.

The onslaught was a jarring combination of exhilaration and chaos. One white male executive told Lavarry, “I think I handle colored people all right.” She politely disagreed. Wagner, who is Black, says she had “a kind of breakdown” a few weeks in. “I was having to exert all of this emotional energy to hold space for these white people, who were just waking up for the first time and being like, ‘Oh my God, racism exists.’ ” Still, the mad dash meant that within a quarter, she was able to scale up to 20 employees.

An explosion of fortune in 2020 is one of the few universal things in the amorphous industry of diversity consulting — a space as varied as its constellation of interrelated acronyms and ampersands implies. DEI and DE&I “diversity, equity, and inclusion” are more common than D&I, but many refer to the cause as I&D or DEIB (the B is for “belonging”). Portrayed by the right wing as a single-minded cult, DEI is in reality a loose federation of adherents, with a host of methodologies, competing for money and attention. DEI practitioners share a worldview — that workplaces can become more humane and just — but they are also rivals in a for-profit industry of their own making, with the same incentives of salespeople and marketers everywhere. Corporate America spends roughly $8 billion annually on diversity, according to a figure that gets passed around routinely — though that rough estimate was first cited in 2003, which means the true profitability of the market is uncharted.

Certainly, after Floyd’s murder, the business became astronomically larger than ever. But instead of an industry finally coming into focus, thanks to unprecedented funding and momentum, what composes DEI feels even more dizzyingly diffuse, and its true beneficiaries remain in question. “It really is the Wild West,” Lily Zheng, a consultant in San Francisco who has amassed more than 23,000 followers on LinkedIn, tells me. “One of the major challenges of DEI is there’s no quality control. Anyone can call themselves a DEI practitioner. When your clients are these companies that are desperate to do anything and don’t quite understand how this works, ineffective DEI work can be lucrative. And we’re seeing cynicism pop up as a result, that DEI is just a shitty way in which companies burn money. And I’m like, Yeah, it can be.

If you work in an office, virtual or otherwise, chances are high you’ve been required to take a diversity-related training course. Recently, workers at a multinational company clicked open one such module and encountered “Case Study No. 3: Ethnic Stereotype,” with a photo of a heavyset white man. This was “Michael,” a security guard who “clocks out for lunch from his post on the Upper East Side of Manhattan and sits down to eat in the employee lounge,” where Cindy, his colleague, notices he has only a small sandwich and some apple slices. Cindy needles Michael: “What kind of Italian are you?” she says. “That is the smallest sandwich I have ever seen! Throw some meat on that bread or bust out some pasta and gravy, you big paisan. You’re gonna be starved by the end of your shift!” The module invited workers to consider the ramifications of Cindy’s actions: “How do you think this makes Michael feel? Is Cindy implying that Michael needs to eat more food because he is Italian? Do you think Cindy’s comment could have offended others in the lounge?”

There is a saying among professionals that HR is where DEI goes to die, and when they say it, they usually have something like these two characters in mind. Cindy and Michael are diversity training as bad pornography: low budget, nonsensical, poorly written, too funny to be taken seriously. No one is learning anything meaningful or relevant about bias from this scene. (On Twitter, where it went viral, one user mockingly worried about the “italianx community.”) Its absurdity undermines the entire enterprise. DEI consultants argue (out of self-interest, but persuasively) that the generalists in HR, tasked with organizing everything from commuter discounts to holiday parties, don’t have the skills to set norms around the most sensitive interactions in the office. A security guard who actually took the Cindy-and-Michael training looked into it and told me that he’s pretty sure the video was created in-house by his company’s HR wing — specifically by a white woman from Pennsylvania named Jordyn.

The sandwich incident hearkens back to the origin of the corporate diversity movement: Title VII of the 1964 Civil Rights Act, which barred certain forms of discrimination at work. The earliest corporate training consisted of short sessions, led by HR departments, to remind managers of company policies. The goal was to protect corporations from litigation. In the late 1980s, as women and people of color entered the white-collar workforce in greater numbers, diversity efforts shifted. The advent of “sensitivity training” concerned the well-being of these newcomers in a variety of common scenarios that went beyond legal liability into the realms of appropriateness and respect. This evolution of the work required more than just knowledge of the law and gave way to a niche industry. Companies began hiring outsiders to tell them how to behave.

Doug Harris, the CEO of the Kaleidoscope Group, became a consultant during this wave and has witnessed every subsequent trend in the diversity Zeitgeist. In 1989, Harris was working in minority-talent recruitment when a white woman asked him to join her diversity-consulting firm. (He remembers thinking, “Wow, you can make money doing this?” It seemed like a natural extension of what he had been doing his whole life, as a Black man navigating nearly all-white environments, ever since he first got a scholarship to a prep school in Connecticut.) In 2006, he bought her out. “When I first started doing this work, people were staying out of trouble,” he says, describing the field’s iterations. “Somebody told a bad joke or something happened. And then it went to ‘being nice’: Don’t say anything wrong. Here’s all the dos and don’ts. And then it went to valuing differences, and that’s when the work really changed.”

This new way of corporate thinking — that the thing called “diversity” was not a potential source of losses via litigation but rather a source of value in and of itself — led to the idea of “inclusion,” a necessary counterpart, through the late 1990s and early aughts. Companies were betting on an appeal to multicultural consumers as well as employees. Even some of the most staid institutions embraced new measures, like the NFL, whose Rooney Rule required every team with a head-coaching vacancy to interview at least one “diverse candidate.” (When the rule was instituted in 2003, there were three Black head coaches. Today, the number is still three.) Harris says that when he got started at what became Kaleidoscope, there were about 12 firms in the U.S. doing his kind of work; he estimates that there are now about 600 worldwide.

In 2014, Google famously revealed its hiring data, showing dismal racial and gender disparities: 30 percent of employees globally were women, and Black and Hispanic employees together made up just 5 percent of workers in the U.S. Facebook, Microsoft, and Apple soon published similarly stark numbers. The reckoning that followed, led by younger and more progressive tech workers, shaped the diversity-consulting industry as it existed when Floyd was murdered.

Many contemporary DEI agencies are now focused on helping companies that profess to have progressive values live up to those ideals. This is referred to in DEI parlance as “alignment”: The idea is to jerk system operations into sync with make-the-world-better branding, like a diversity chiropractor. Wagner’s Collective is one of these outfits. She founded the company in 2017 after working at several tech firms where she saw CEOs profess to care about making workers happy; invariably, the Black employees were not.

Compared with more corporate enterprises like Kaleidoscope, consultancies like Collective tend to have sleeker branding. The people in their stock photos wear T-shirts and clear-framed eyeglasses instead of bad suits, and their websites, in pastel hues, often list the names of the Indigenous tribes on whose ancestral land they do business. They tend to use more overtly political terminology like “anti-racism.” The divide is somewhat generational. “I’m not a fan,” says Harris, though he employs young consultants who use the more confrontational approach. “They tell me, ‘Doug, you old, man. You’re dry.’ But I’m not in that world.”

Both Harris and Wagner, who primarily do operations strategy, share an aversion to DEI work’s lowest-hanging fruit: programs that sound nice and can be sold to multiple clients quickly without much alteration. One popular trend at Fortune 500 companies is requiring employees to take “unconscious-bias training,” a generalized lesson in how bias can affect behavior, and it’s profitable for those consultants who offer it. Collective doesn’t because many DEI practitioners suspect it doesn’t really work. Zheng, the consultant from San Francisco, has a form on their website that asks prospective clients “How did you hear about me?” Zheng doesn’t sign on with the ones who write something like “Google.”

The work done by people like Wagner, Harris, and Zheng is granular and unsexy. It can be as contentious and awkward as therapy; one strategist recalls how, during a call on how bias impacts performance reviews, a white male CEO hung up when accused of potential prejudice, “like an angry teenager slamming the door on their parents.” If all goes well, the public results of consulting by Collective, for example, can look like this: A millennial media company ditches a logo that appears to feature a thin white woman. Or Peloton formalizes a structure for its employee resource groups to participate in marketing and branding discussions. The whole service, from assessment to implementation, can cost between $70,000 and $150,000.

Many corporate clients, of course, don’t really want to change; they just want to look as if they are changing. For the consultants, doing flimsier, higher-volume work is a constant temptation. “Speaking is so much more lucrative than project work, just infinitely,” says Zheng, who has become a kind of DEI influencer on LinkedIn, where a new crop of self-proclaimed experts has flourished. Zheng can command $15,000 for a corporate speech, as can Wagner, who is hiring a publicist. “The money that I’m making from even my biggest client right now, for a year-plus of work, I could make in ten one-hour talks,” says Zheng. “When I’m having a bad day, sometimes I’m like, What if I quit and then talked about unconscious bias once a day and just rolled in money?

“Everybody wants to do new things, but people don’t want to stop doing old things,” Harris says. “I’ll say, ‘You really need to look at your insurance policies and how you’re giving out rates.’ Clients will say, ‘I ain’t going to mess with that. Let’s talk about allyship. Let’s talk about white fragility — that’d be a great topic.’ ” He adds, “You can make a lot of money in diversity being abstract.”

In August, a conservative journalist named Christopher Rufo wrote excitedly on Twitter about an “explosive” leak he had received from inside Sandia National Laboratories, a nuclear-weapons research facility in New Mexico. The documents concerned an event called “White Men’s Caucus on Eliminating Racism, Sexism, and Homophobia in Organizations” that had been conducted with Sandia’s largely white and male executives at a luxury resort. It had been led by a DEI consultancy called White Men As Full Diversity Partners.

What Rufo published, under the headline “Nuclear Consequences,” was ultimately tame. There was an image showing the phrase WHITE MEN on a dry-erase board along with a word cloud of associated terms: MAGA hat, mass killings, beer, Founding Fathers, heart failure. Although Rufo referenced the participants being forced to “publicly recite” statements about their own privilege, most of the materials seem to have been generated by the participants themselves, including handwritten assessments about how much the workshop helped them feel as though they could be better people.

Tucker Carlson, funneling the story into right-wing panic about critical race theory, called the event a “reeducation camp” with “mandatory Maoist struggle sessions.” Senator Josh Hawley wrote to the secretary of Energy that the material was “deeply disturbing.” President Donald Trump signed an executive order on diversity training, partly inspired by what had happened at Sandia.

White Men As Full Diversity Partners is not, in reality, a shadowy cabal of fanatics. The group was founded in 1997 by two white men, Bill Proudman and Michael Welp, who had both been Outward Bound instructors for executive clients and shifted into diversity consulting. (Welp traveled to South Africa, doing ropes courses for newly integrated employees of mines, banks, and pharmaceutical companies, and later got a Ph.D.) They saw that women and nonwhite people bore the brunt of educating white men about race and gender and that there was value in white men being explicitly asked to learn on their own; it became the founding principle of their company.

Though they lead all kinds of sessions for companies and not all of their consultants are white men, their best-known offering is the caucus, in which “white men rediscover their sense of mutual self-interest in a more inclusive world,” as Welp puts it. First, white men learn that they have a shared culture. (Facilitators show clips from films like Apollo 13 and Gran Torino.) They do exercises to establish empathy: Standing on one side of the room, participants take one step forward if they belong to a members-only country club but take a step back if they lived in a mobile home growing up. The company’s three-and-a-half-day program can cost north of $50,000.

Shock value is the point of the “White Men” name — a “wake-up call,” in their words. Though they have been doing it for more than two decades, their explicit, emotion-triggering tactics are in vogue alongside recent trends in the anti-racist community. But WMFDP’s founders are far from radicals. They are certainly not Marxists. Instead, they are pointedly apolitical. “We don’t turn this into the PC police, where all of a sudden, to work here, you have to think like I do. What we have to do is behave,” Proudman says. “We have to be respectful. We don’t have to love each other. Some of my best clients were at opposite ends of the political spectrum, and I’ve seen them be incredible champions around equity and inclusion without having to change their belief systems.”

This is why WMFDP is repeatedly invited to work with the federal government and some of the world’s most prominent companies. Last summer, after Jacob Blake was shot by a police officer in Wisconsin, major sports leagues suspended play. The National Hockey League was conspicuously late to act. Afterward, the NHL announced a suite of initiatives, including that all employees would participate in an “inclusion learning experience,” to be led by WMFDP.

The night before the press release went out, Akim Aliu received a call while walking his dog at home in Toronto. Aliu, who was born in Nigeria, is the co-founder of the Hockey Diversity Alliance, an independent group made up of current and former Black and brown players; the league wanted to know if the HDA would agree to be named in the release. Aliu was insulted. Months earlier, the HDA had submitted an eight-point plan asking the NHL to commit to several measures, including a promise that the employment of Black non-player personnel would rise to 10 percent before the end of the 2020–21 season. Talks between the groups disintegrated. (The NHL says they couldn’t agree on timing and other specifics.) In the end, the HDA did agree to the release, but it later severed ties with the league, calling its efforts “performative” in a blistering statement.

Aliu finds the dismissal of the NHL’s players in favor of outside consultants galling. “I’ll never understand how you can say no to players that are currently in your league and have been in your league,” he says, “but think you’re going to do it the right way with someone else that knows nothing about hockey, that knows nothing about being Black in hockey.”

That an organization with a name so rhetorically antagonistic to power is one of the most corporate-friendly DEI consultancies on the ground seems like an omen. I asked Proudman about Aliu and the HDA, and whether he ever felt like he, the consultant, was colluding — to use a DEI concept — with management against employees. “The whole notion that hiring a largely white company to go in to do that feels disingenuous — I absolutely understand the seeds of that,” he says. He had read about the HDA after the partnership was announced and some of its more “brutal” comments. “It’s part of the mosaic of how we have to come together and figure out how to do this work with one another,” he says. “This is what the work looks like.”

Another horrific cycle of death, protest, and corporate spending occurred in March, when eight people, six of whom were Asian women, were shot to death in suburban Atlanta — the apex of months of anti-Asian violence. There was a rush for consultants who could translate, sometimes literally, systemic issues of oppression and bias faced by the Asian American and Pacific Islander community. “Almost everyone I know who has even the most basic knowledge of Asian American studies got trucked out on MSNBC, CNN,” says Kim Tran, an equity consultant, a community organizer, and a writer with a Ph.D. in ethnic studies.

Corporations and brands seemed to react more nimbly to this spate of violence than they had to previous high-profile killings. “There’s a playbook now,” Tran says, “and it goes something like: A terrible thing happens to a marginalized community; then we put out a statement of outrage; then we do a listening session; and then we drop it until the next terrible thing.” After the shootings, Ad Age released a live blog “tracking how brands, agencies and media players are supporting AAPI communities and responding to anti-Asian sentiment.”

The diversity industry has evolved again, and one company at the forefront is Kindred. The start-up is more of a networking entity than a consultancy — it connects “purpose driven” leaders at businesses and nonprofits with experts in areas of environmental, social, and corporate governance. Ian Schafer, a co-founder, describes Kindred as a curation service and a platform. “A member said to me once, ‘You’re like the Peloton of corporate social responsibility,’ ” he says.

Schafer, who once worked in digital marketing for Harvey Weinstein’s Miramax (he says the toxic environment led him to leave and start his own creative agency), remembers thinking in 2015 that a new realm of possibility was opening in the corporate world. “Accountability was going to be the next great disruptor to business,” he says. The original idea was to create a kind of Davos-like event around that prediction. Kindred raised several million dollars and planned to hold its first major conference in the spring of 2020, with speakers including Chance the Rapper and the CEO of Ben & Jerry’s. Then came the pandemic. In October, Schafer and co-founder Elyssa Byck, who had worked in corporate strategy at BuzzFeed, relaunched the company with a new business model. Clients would charge “members” — entities from Casper to Wells Fargo — $3,500 to $7,000 annually for access to diversity experts (like Zheng) and their services, including speaker series and project planning. They also get to join a members-only Slack in which they can see one another’s contact information and collaborate. Companies like Verizon can purchase discounted “enterprise memberships” for large groups of employees. In December, in a joint effort with Kindred, Verizon’s Yahoo division announced a project called the “Allyship Pledge,” which connects “digital creators” with anti-racist activists and academics for four-hour talks. Participants received Allyship Pledge–branded swag, including a notebook and a water bottle.

Members can also access Kindred’s “Concierge” service and commission data analysis or research reports on “ESG topics.” They can appeal for emergency help via “Rapid Response Support” — say, if there is a brutal police killing and consumers or employees are demanding that management address it. Before the verdict in Derek Chauvin’s trial, Kindred members had the chance to book “office hours” with a former LAPD conflict-resolution specialist and mediator. “Where else can you get that?” Schafer says.

He is aware of the optics of running a business, he says, that focuses more explicitly on DEI so quickly after last summer. “I look like the problem that a lot of people have with the way that business does business just by the fact that I’m a cis straight white man. We aren’t here to be activists. We’re actually here to be very practical incrementalists.”

At least one consultant of color says they declined a partnership offer from Kindred. “It felt like they wanted us to do the heavy lifting and give them credibility,” the consultant says. “To have people with more resources and connections come in and take business away from us is really frustrating. It feels so opposite to the goal of equity — just because DEI is trending right now.”

As more money pours into the diversity industry, the products and services for sale are becoming ever more abstracted away from actual workers in pain. Steven Huang, a disillusioned consultant who wants to disrupt the field, plans to experiment with DEI and psychedelics, believing that CEOs who microdose might have an easier time opening their minds to accelerated change than sober ones. There is now DEI.AI, which reads emails for sensitivity, and DEI virtual reality. The right-wing nightmare is that militant “diversinistas” are taking over America’s most beloved institutions, changing the fabric of work life. The much more likely danger is that executives will become better at sounding as if they are onboard with a mandate of social transformation, while little material change happens for the people who need it most. Take Kroger, the grocery chain, which just released an update on its diversity efforts, noting that it had partnered with 107 new diverse suppliers in 2020, an increase of 91 percent. Chairman and CEO Rodney McMullen touted in a press release that “greater racial, gender, health, and wealth equity will drive true and long-lasting change and better outcomes in our country.” Three days later, the company revealed in a regulatory filing that McMullen made his biggest salary ever, $22.4 million, in 2020, while the median salary of workers fell 8 percent to $24,617. In the U.S., workers like stockists and checkout clerks are, of course, disproportionately people of color.

“Diversity, equity, and inclusion functions with the world as it is,” says Tran, “and not the world as we want it to be.”

There is one consultant with a small operation who has perhaps the best sounding board in the world for her efforts to improve it. Aida Davis’s aunt by marriage is Angela Davis, and she is the daughter of Alemayehu G. Mariam, an Ethiopian political scientist and human-rights scholar; her parents immigrated to the U.S. as political refugees, and she grew up in a working-class town near San Bernardino called Apple Valley. In college, Davis became an organizer with the Service Employees International Union and stayed in organizing for a decade. She runs her company, Decolonize Design, from L.A.

Davis founded the company in part as a rejection of DEI, she says, and created her own acronym: BDJ, for “belonging, dignity, and justice.” (There will soon be another J, for joy.) Instead of “tinkering around the edges” of the DEI industry, Davis says, her company is explicitly anti-assimilationist, with a worker-centric approach influenced by her time in the labor movement.

What does anti-assimilationist consulting look like? One example is Davis’s work with a well-known company. This chain’s locations are mostly owned by franchisees, who typically pick the music that is played in the stores — a practice that seems benign but can be overtly exclusionary. At one of these places, in the town where I went to college, the owners blasted classical music as a blatant attempt to deter local Black teenagers. No matter that the workers inside were also Black teenagers who might not have liked the music. The chain wanted to change the policy; at one point, Davis says, it considered devising a standardized playlist that would somehow represent artists from all backgrounds. Her company’s advice instead was to simply let the workers choose what they wanted to play. Now, everywhere in the country, they can.

The change Davis helped implement is remarkable in its specificity. In thinking about the freedom of that choice — to be able to play your own music in the place where you work — the buzzwords of belonging and community feel real again, reinscribed with meaning. They have a bearing on physical space. The strategy isn’t flashy, however; it isn’t a statement from the CEO or a huge donation. Nor is it scalable or something that can go viral. The company, on her recommendation, just gave something up.

Davis says she is still constantly in tension over what she does. She and members of her radical family have long conversations when she works with corporate clients. “I’m like, ‘Am I doing the wrong thing? Where do I stand? Am I selling out?’ ” she says. “They are philosophers, so I don’t get answers. I get more questions.”

Voir de plus:
États-Unis.

Pour avoir des chefs d’entreprise moins blancs, le temps des quotas est-il venu ?

Seuls quatre PDG sont noirs au sein des 500 entreprises les plus influentes des États-Unis, rappelle Bloomberg Businessweek. L’instauration de quotas, qui a déjà facilité l’accès des femmes à des postes de dirigeant, pourrait-elle aussi être une solution pour favoriser une plus grande diversité ? Le magazine économique s’est penché sur la question.

Parmi les rangées de visages blancs qui s’alignent à la une de Bloomberg Businessweek, seules quatre photos se démarquent du lot : celles des quatre PDG noirs que compte le classement “Fortune 500”, recensant les 500 premières entreprises des États-Unis en termes de chiffre d’affaires.

Une situation qui doit impérativement évoluer, estime Jide Zeitlin, PDG du groupe Tapestry, propriétaire de plusieurs sociétés de la mode et du luxe, et l’un des quatre visages noirs de ce classement : “Pas dans dix ans, pas dans quinze ans, mais dans l’année qui vient, ou dans un ou deux ans”, a-t-il récemment déclaré. Une nécessité rendue “encore plus urgente par le contexte des manifestations massives contre la violence policière et le racisme”, souligne le magazine économique.

Si les dirigeants noirs des grandes entreprises américaines se comptent sur les doigts d’une seule main, “ça ne s’améliore pas lorsqu’on regarde plus bas dans la hiérarchie”, poursuit le journal, qui cite Victor Ray, sociologue spécialiste des questions raciales à l’université de l’Iowa : “L’organigramme de la plupart des entreprises conventionnelles ressemble fort à ceux des plantations [exploitations agricoles où de très nombreux Africains-Américains ont été réduits en esclavage, dans le sud des États-Unis, jusqu’en 1865]. Les Noirs sont en bas de l’échelle.”

L’instauration de quotas en question

Alors, comment lutter efficacement contre ce problème ? s’interroge Bloomberg Businessweek. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra bien plus qu’un “engagement presque utopique” pour “atteindre une représentation juste”. C’est pourquoi le magazine explore la piste de “la coercition, ou pour être plus précis des quotas” :

Le mot provoque immédiatement un haussement de sourcils et hérisse le poil. Pour certains, il évoque une époque où les quotas étaient utilisés pour limiter l’embauche des Juifs et des personnes non blanches. Les chefs d’entreprise, qui se fondent sur les statistiques pour évaluer leur réussite, y deviennent allergiques lorsqu’elles concernent la race.”

Mais ces dernières semaines, le mouvement Black Lives Matter a sensiblement changé la donne, explique le média. Le 9 juin, la filiale nord-américaine du groupe allemand Adidas a par exemple annoncé qu’“au moins 30 % de ses futurs employés seraient noirs ou latinos” – il s’agit toutefois d’un simple objectif, et non d’un quota à proprement parler, précise le journal.

Or en matière d’égalité hommes-femmes, l’instauration de certains quotas a déjà commencé à faire ses preuves : la Californie, par exemple, a voté en 2018 une loi contraignant les entreprises cotées en Bourse et dont le siège social est dans cet État à avoir au moins une femme administratrice avant la fin de 2019. D’ici à la fin 2021, elles devront en compter au moins deux lorsque le conseil est composé de cinq personnes, et au moins trois, au-delà. Si la mesure était à l’origine impopulaire, elle a rencontré un franc succès. “Les femmes représentaient près de la moitié des nouveaux membres des conseils d’administration en Californie en 2019”, rapporte le titre.

Pour Bloomberg Businessweek, cette initiative a permis “ce qui est peut-être l’avancée la plus significative en termes de diversité ces dernières années”. Pour autant, nuance le média économique, “les quotas ne résoudront pas le racisme” et certaines problématiques ne disparaîtront pas avec leur instauration. Prenant l’exemple de la Norvège, où les femmes occupent aujourd’hui 42 % des sièges des conseils d’administration à la suite de l’instauration de quotas, le magazine souligne que “les hommes détiennent toujours la majorité du pouvoir exécutif”. De la même manière, une culture d’entreprise excluante à l’égard des Noirs peut perdurer malgré le fait qu’ils soient davantage embauchés : “Envoyer des personnes noires dans un environnement hostile n’est pas beaucoup mieux que de ne pas les embaucher du tout.”

Voir de plus:
Engagement.

Contre le racisme, les entreprises américaines doivent passer des discours aux actes

Courrier international

De nombreuses entreprises ont été promptes à dénoncer les ravages du racisme et des violences policières aux États-Unis à la suite de la mort de George Floyd à Minneapolis. Mais la presse note qu’il existe un certain décalage entre les discours et la réalité des actions menées pas ces firmes.

L’indignation, le rejet du racisme, la condamnation des violences policières et les appels à l’unité forgent les prises de position, ces derniers jours, de nombreuses entreprises aux États-Unis. Un soutien aux manifestants qui devient nécessaire pour des firmes “sous forte pression” qui “vendent des biens et des services au grand public”, explique Quartz. “Le temps où elles pouvaient rester silencieuses sur des sujets de société essentiels est révolu depuis longtemps.”

Mais donner de la voix et faire des promesses ne suffit pas. Ainsi, le Los Angeles Times dresse une liste non exhaustive des entreprises de haute technologie dont les prises de position récentes détonnent avec la réalité quotidienne. Facebook est la première cible du quotidien californien.

La réalité derrière le discours

Depuis le samedi 30 mai, des employés s’opposent à leur patron, Mark Zuckerberg, qui a refusé de retirer du réseau social un message publié par Donald Trump. Le célèbre PDG s’est défendu en promettant un don pour soutenir la justice raciale dans le pays. Pourtant, “ce n’est pas la première fois que Facebook est accusée d’avoir ‘un problème avec les Noirs’”. En 2018, un salarié, raconte le Los Angeles Times, avait publié un texte dénonçant le traitement des utilisateurs noirs de Facebook ainsi que des discriminations subies par des employés noirs.

Même décalage chez Amazon, qui dénonce le “traitement brutal et inéquitable” que subissent les minorités noires, tout en étant partenaire de “200 services de police”, par l’intermédiaire de sa société de surveillance à domicile, Ring, qui encourage l’utilisation d’une application de surveillance de voisinage critiquée pour des “problèmes de profilage racial”. Le Los Angeles Times relève le même genre de contradictions pour Google, Nextdoor ou encore Reddit.

Les entreprises, loin du compte en matière d’intégration sociale

Au-delà de ce décalage, la presse s’interroge sur la capacité des entreprises à agir sur l’intégration sociale des minorités aux États-Unis. Car, comme le note Quartz, les multinationales sont loin d’être exemplaires en matière de diversité. Chez Nike, “si 22 % de l’ensemble des employés sont noirs, […] cette proportion se réduit au fur et à mesure qu’on monte dans la hiérarchie. Parmi les directeurs, 10 % sont noirs et 77 % blancs.” En 2019, les conseils d’administration d’“environ 37 %” des grandes entreprises composant l’indice boursier S & P 500 ne comptaient aucun membre noir, poursuit le média économique, citant une étude du magazine Black Enterprise.

CNN Business rappelle que, dans le classement des 500 premières entreprises américaines du magazine Fortune, quatre seulement ont un PDG noir. “La vraie diversité doit se refléter au sommet”, proclame la chaîne de télévision.

“Prendre des mesures significatives contre le racisme”

Cette promotion de la diversité aurait sûrement “plus d’effet qu’un tweet” déclare le site Mashable.

Le lien entre les violences policières contre les Noirs et un monde des hautes technologies plus juste et avec plus de diversité ne semble pas évident. Pourtant, il existe.”

Ce manque de diversité au sein des entreprises n’est que le résultat, selon le site d’actualité, de la manière dont les “institutions maintiennent les personnes de couleur à distance des chances économiques”. Pour Wired, cela montre la “difficulté pour l’industrie [de la tech] de rompre avec ses racines et avec son histoire, faite de produits fabriqués par un certain type de personnes pour un certain type de personnes.”

Ainsi, la Harvard Business Review appelle les entreprises américaines à prendre des “mesures significatives contre le racisme” et à aller au-delà des discours consolants et des promesses.

Voir par ailleurs:

[Vidéo] Un influenceur blanc britannique dit avoir subi 18 opérations pour devenir non-binaire coréen “transracial”

Le jeune homme affirme se sentir coréen, mais être né dans le mauvais corps. Il a provoqué une vague d’indignation en Corée du Sud.

Jusqu’où peut-on aller dans l’autodétermination de sa propre identité sexuelle et même ethnique ? L’influenceur Oli London a, lui, été jusqu’à de multiples interventions de chirurgie esthétique pour passer de son visage de jeune Britannique blanc à celui de Coréen « non-binaire ». Il a annoncé dans une vidéo, publiée samedi 26 juin, avoir achevé sa « transition » après une nouvelle intervention du visage, afin de se faire notamment lifter le front et brider les yeux. Une démarche qui a choqué de nombreuses personnes, y compris la communauté coréenne.

Insulte à la culture coréenne

« Salut les gars ! Je suis finalement devenu coréen. J’ai accompli ma transition », a-t-il déclaré. Sur le modèle des transgenres, il affirme avoir été « piégé dans le mauvais corps » depuis l’enfance, à savoir celui d’un Anglais blanc, alors qu’il se sent coréen et en revendique la culture. « C’est le pire des sentiments d’être ainsi piégé et de ne pas pouvoir être soi-même. Mais enfin je suis coréen. Je peux être moi-même ».

Oli London affirme avoir subi 18 interventions et dépensé plus de 125 000 euros pour en arriver à ce résultat. Cela fait désormais 6 ans qu’il a annoncé vouloir modifier son visage, avec pour modèle un chanteur de K-Pop, Park Ji-min, dont il a d’ailleurs décidé d’adopter le prénom. Il avait même été jusqu’à annoncer son mariage avec… une image en carton de l’artiste.

La volonté de l’influenceur de se décréter une origine ethnique avait été largement critiquée en Corée du Sud. Les médias locaux avaient notamment dénoncé une insulte envers leur culture, ou une « banalisation » de l’identité coréenne sous prétexte que celle-ci est « à la mode ».

Voir de plus:
Transracialisme : un influenceur blanc se fait opérer pour « devenir » coréen

Laure Coromines
30 juin 2021

Oli London, influenceur Instagram qui s’identifie en tant que Coréen, a dépensé près de 150 000 euros pour ressembler à son idole K-Pop. Et relancé au passage les débats autour du transracialisme.

Pour lui, c’était une évidence. Oli London est né dans le mauvais corps, celui d’un homme blanc britannique, alors que son moi profond est coréen. Au mois de juin, Oli London a fait son coming-out, celui d’une personne non-binaire coréenne. Après avoir subi 18 opérations de chirurgie esthétique étalées sur 8 ans pour avoir le physique le plus approchant possible de celui du chanteur Park Ji-Min du groupe BTS, iel a également repris le prénom de l’artiste. Alors qu’Oli alias Ji-Min se félicite de sa transition, les critiques enflamment les réseaux sociaux et les médias, relançant les discussions autour du transracialisme.

« Soyez qui vous voulez être »

Dans une vidéo YouTube, Oli London explique depuis son lit sa démarche : « Je sais que beaucoup de gens ne comprennent pas, mais je m’identifie en tant que Coréen, je ne m’identifie pas comme Britannique, et maintenant j’ai l’air Coréen, je me sens Coréen. (…) C’est ma culture, mon pays, (…), j’ai enfin eu le courage d’aller au bout de ma transition raciale, et j’en suis très heureux. (…) Pendant si longtemps je me suis senti prisonnier de mon corps. (…) J’ai vécu en Corée, je parle la langue (…) Si vous ne me connaissiez pas, vous penseriez que je suis Coréen, et non un homme ni une femme, juste une personne. (…) J’espère que cette vidéo encouragera d’autres jeunes à toujours faire ce qui les rend heureux dans la vie, c’est mon message, soyez qui vous voulez être. »

Suite à cette annonce, les critiques acérées pleuvent sur l’artiste qui se revendique désormais comme « le premier activiste transracial ». Oli London aka Ji-Min aurait même reçu en plus d’acerbes reproches (principalement de la part de « Blancs de gauche », selon iel) des centaines de menaces de mort.

En Corée, la transition fait ricaner, voire révolte franchement. Depuis plusieurs mois, Oli London est dans le collimateur de youtubeurs coréens qui accusent la jeune personne de fétichisation, d’appropriation culturelle, d’activisme performatif et d’exploitation, notamment à cause de la manière dont iel présente la Corée dans ses clips.

À ces critiques, Oli London oppose dans un tweet une question à laquelle il n’est guère aisé de répondre, et autour de laquelle philosophes et académiciens continuent de s’écharper.

« Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. Pourquoi y a-t-il un tel double standard et une telle hypocrisie avec des gens qui me critiquent parce que je suis Coréen. C’est la même chose que quelqu’un qui est né dans le mauvais corps et veut devenir un homme ou une femme. Je suis effectivement né dans le mauvais corps ! »

L’affaire Dolezal et la question de l’identité raciale

En 2015, « l’affaire Dolezal » secoue les États-Unis. Au détour d’une interview filmée, le pays découvre que Rachel Dolezal, responsable d’une section locale de la NAACP, association de défense des Afro-Américains, n’est pas noire comme elle le prétend, mais blanche. Après des mois de polémique, Rachel sort en 2017 In full color, un ouvrage très mal accueilli par les communautés afro-américaines dans lequel elle affirme qu’être noire correspond à son identité. « Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur », affirme-t-elle alors.

Qu’en est-il alors ? Existe-t-il réellement des personnes « transraciales », au même titre qu’il existe des personnes « transgenres », nées avec un sexe biologique qui ne correspond pas à leur identité de genre ?

Comme le rappelle Slate dans son article très fouillé, la question divise, empêtrée dans des notions d’auto-identification, de doubles standards, d’héritage culturel et de privilèges. Et la réponse est loin d’être évidente, opposant frontalement journalistes, militants, sociologues et intellectuels de tous bords. En 2017 déjà, la philosophe Rebecca Tuvel avait déchaîné les foudres de 800 universitaires en publiant dans une revue académique l’article « En défense du transracialisme », rappelant que la race est de toute façon avant tout une construction sociale

À lire pour aller plus loin : Your face in mine, un roman de Jess Row sorti en 2014 racontant l’histoire d’un homme souffrant de « dysphorie raciale ».

Voir encore:

« Blanchité alimentaire »: Sciences Po sous le feu des critiques après les propos d’une chercheuse du CNRS

Le Figaro

Dans le cadre d’un séminaire organisé par Sciences Po Paris et l’Université de Nanterre, cette chercheuse a défendu le concept de «blanchité alimentaire» comme outil de «l’identité raciale dominante». L’école se défend, affirmant ne promouvoir «aucune théorie ni école de pensée particulière».

La gastronomie française, raciste? C’est ce qu’a expliqué une chercheuse dans une intervention qui suscite depuis la polémique sur les réseaux sociaux, à l’occasion de la «semaine doctorale intensive» organisée par l’École de Droit de l’Institut d’études politiques de Paris chaque année. «Le repas français est souvent représenté comme un rituel national auquel tous les citoyens peuvent participer à égalité», introduit-elle. Jusqu’ici, on ne saurait lui donner tort. Mathilde Cohen, chargée de recherche au CNRS mais également maître de conférences à l’université du Connecticut aux États-Unis, continue: «les habitudes alimentaires sont façonnées par les normes des classes moyennes supérieures blanches.»

La «blanchité alimentaire» participerait à «renforcer la blanchité comme identité raciale dominante», en s’imposant dans la société à l’aide du droit, si l’on en croit la chercheuse. Elle appuie son raisonnement sur deux exemples: d’un côté, les cantines scolaires établies aux XIXe siècle et justifiées par «un discours racialisé et eugéniste» auraient établi les «normes blanches et chrétiennes» comme normes par défaut. De l’autre, la nationalité française aurait été accordée en fonction de «perfomances blanches» dont font partie les habitudes alimentaires. «Les administrateurs coloniaux prêtaient attention aux modes de vie des postulants, y compris leurs habitudes alimentaires: mangeaient-ils du riz ou du pain? Mangeaient-ils au sol ou attablés?», poursuit la chercheuse. «Le droit contribue à marginaliser les minorités raciales et ethnologiques en accordant à la culture alimentaire blanche française le statut de régime alimentaire privilégié et juridiquement protégé», conclut-elle.

Pour terminer, Mathilde Cohen déplore que ce «problème» dépasse largement la France, car, souligne-t-elle, «la cuisine française est dans de nombreux pays un modèle de technique culinaire et de gastronomie.»

Sciences Po se défend

Des extraits de cette intervention ont été largement relayés sur les réseaux sociaux. Le logo de l’Institut d’études politiques de Paris, organisateur de l’événement, apparaît sur la vidéo en question, jetant le trouble sur une éventuelle approbation de ce discours par l’école. La séquence n’a pas manqué d’alimenter la polémique alors que le débat sur la prégnance de l’idéologie dite «woke» dans les universités françaises est plus que jamais d’actualité. Le député LR Eric Ciotti a par exemple regretté que l’école dont il est diplômé, «jadis d’ouverture et d’excellence, enseigne désormais des théories indigénistes, racialistes et totalement délirantes.»

Sciences Po a tenu à réagir sur Twitter en précisantne promouvoir «aucune théorie ni école de pensée particulière», soulignant que la chercheuse n’enseigne pas dans l’université parisienne. «Notre Université accueille, dans le cadre du débat scientifique, la pluralité des approches contemporaines des sciences humaines et sociales, dans le respect du cadre déontologique de la recherche». Le séminaire a accueilli «une cinquantaine de vidéos sur divers sujets», s’est défendu l’établissement.

Cette intervention controversée intervient après d’autres polémiques questionnant la place dans l’enseignement supérieur de cette idéologie «woke» venue d’Amérique. À la suite d’un article du Figaro paru en février dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal avait demandé au CNRS – dont est issue Mathilde Cohen – de dresser un «bilan de l’ensemble des recherches» afin de distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme. Si le travail est toujours en cours, un rapport a montré dernièrement l’hégémonie inquiétante du discours «racialiste» et «décoloniale» dans les facs.

En mai dernier, c’est l’organisation d’un «mois décolonial»  à Grenoble dont l’Université et l’IEP isérois étaient partenaires qui avait suscité la polémique. Sciences Po Grenoble avait demandé aux organisateurs «de retirer les marques de soutiens officiels de nos institutions».

Voir enfin:

Le transracialisme existe-t-il? (et pourquoi serait-il moins accepté que la transidentité?)

«L’affaire Dolezal» a mis sur le devant de la scène une question aussi intime que celle de l’identité de genre.

Kelly a perdu sa femme et sa fille dans un accident de voiture. Il revient à Baltimore, où il accepte un poste de manager dans une station de radio locale. Là-bas, sur le parking d’un supermarché asiatique, il croise un homme noir. Un étrange sentiment de familiarité le prend au corps. Cet homme-là, il le connaît, c’est certain. Mais impossible de dire qui il est précisément… «Kelly. Je parie que tu te demandes comment je connais ton nom. Kelly, c’est Martin.» L’homme s’approche, et alors le passé, soudain, ressurgit. Ce visage inconnu se superpose avec une figure ancienne. Celle d’un gringalet pâlichon, en Doc Martens et baggy noir, bassiste dans son groupe au lycée. Mais Martin était blanc. Il n’avait pas le même nez. Ni les mêmes cheveux. Ni l’air d’un Afro-Américain comme l’homme qui se tient en face de lui. «Chirurgie de réassignation raciale», lui répond Martin.

Dans Your face in mine, un roman sorti en 2014, raconte l’histoire fictive d’un homme qui souffre d’une maladie qui n’a sûrement encore jamais été diagnostiquée: «dysphorie raciale». Son identité intérieure n’est pas alignée sur son identité extérieure, ou sa «race», entendue dans tout cet article au sens sociologique (on est «racialisé» par autrui, par le regard et les attitudes des autres). À la manière des personnes trans. On a longtemps parlé en effet de «dysphorie de genre». Un terme clinique aujourd’hui délaissé pour sa connotation pathologique, au profit de l’expression «identité de genre».

Est-ce qu’on peut être noir ou noire de peau, et se sentir profondément blanc ou blanche, ou inversement, être blanc ou blanche de peau, et se sentir profondément noir ou noire? Un peu comme les personnes transgenres? Le roman de Jess Row, qui se situe dans un futur proche, soulève de profondes questions. Des questions d’autant plus troublantes qu’éclate aux États-Unis, à peine un an après sa parution, une affaire bien réelle: «l’affaire Dolezal».

«Cela a toujours été au fond de mon cœur»

Au moment où l’affaire éclate, Rachel Dolezal est responsable d’une section locale de la NAACP, l’une des plus anciennes associations de défense des personnes noires. Elle a les cheveux frisés, souvent attachés en tresses. Elle a la peau légèrement hâlée, portant parfois des tenues avec des motifs ethniques, comme cette robe. Elle se dit «noire», et personne ne remet en question cette affirmation. Lors du recensement, où aux États-Unis chaque personne auto-déclare sa «race», elle a coché des origines «blanches, noires et américano-indiennes» à la mairie de sa ville de résidence. Son combat est respecté. Rachel Dolezal est devenue une personnalité importante au sein de la communauté afro-américaine et du mouvement anti-raciste. Tout bascule pourtant lors d’une interview. Un journaliste lui montre la photo d’un homme noir que Rachel Dolezal a qualifié de «père» dans un post Facebook:
– Est-ce qu’il s’agit de votre père?
– Oui.
– Êtes-vous africaine-américaine?
– Que suggérez-vous par là? Je vous ai dit que c’était mon père.

Puis elle tourne les talons et s’enfuit. Rachel Dolezal a deux parents blancs, et n’a aucune origine afro-américaine.

Autour d’elle, beaucoup, beaucoup de gens ont été bernés. «Je me demande comment je n’ai rien vu», confie à Society un conseiller municipal. «Nous nous sentons manipulés», rapporte le journal local dans lequel elle écrivait. Rachel Dolezal a-t-elle monté ce bateau pour arracher un poste à la NAACP? Et pour obtenir un poste de professeure associée d’études africaines à l’université Eastern Washington? A-t-elle menti pour quelques privilèges? C’est ce qu’une partie des utilisateurs de réseaux sociaux et commentatrices suggèrent.

On aurait pu se contenter de cette explication, si l’histoire n’avait pas été un peu plus complexe. Car Rachel Dolezal n’est pas juste une personne mimant quelques attitudes afro-américaines et plaidant la mythomanie. Dans un livre, In full color, publié en 2017, elle affirme que noire est son identité profonde. «Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur», écrit-elle.

Rachel Dolezal naît dans une famille très religieuse, au terme d’un accouchement qui se passe très mal pour sa mère. «J’ai assimilé l’idée que j’avais commis une erreur ou bien que j’en étais une», explique-t-elle dans le documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté. À l’adolescence, ses parents adoptent quatre enfants, dont trois noirs. Ils sont battus au fouet et au pistolet à colle, selon leur propre témoignage. Rachel Dolezal ressent un profond désir de protection de ses frères et sœurs, et dit alors avoir un «déclic»: «J’ai voulu établir un pont… alors j’ai consulté des livres sur l’histoire des Noirs, des romans, et tout ce qui était écrit par des auteurs noirs […] Grâce à mes frères et sœurs c’est comme si j’avais un prétexte légitime pour poursuivre l’appel de mon âme.»

Bande-annonce du documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté.

Quand elle dessine, ce sont des personnages noirs. Et lorsqu’elle peut enfin quitter le domicile familial où ses parents, selon ses dires, essaient de «l’exorciser» de son «identité noire», la voilà qui file vers le Sud, à Jackson, une ville à 80% noire. «Elle ne s’est pas réveillée un matin en disant “je vais être noire”, cela s’est fait graduellement», affirme son fils Franklin, dans le documentaire de Laura Brownson. «J’ai commencé à me sentir noire quand j’ai eu la garde d’Izaiah», son frère puis fils adoptif, se souvient-elle. «Izaiah ne voulait pas se sentir adopté, elle a choisi cette voie pour renforcer son sentiment d’appartenance», suggère son autre fils, Franklin. De ses deux frères, le premier reconnaît à Rachel une profonde identité noire. L’autre avance qu’elle «n’a jamais perdu la conscience d’être blanche».

«Chasse aux sorcières»

Entre les deux versions, laquelle est vraie? Rachel Dolezal est-elle une personne «transraciale», un peu comme il existe des personnes «transgenres», nées avec un sexe qui ne correspond pas à leur identité profonde de genre? C’est ainsi que se nomme l’intéressée, dans une interview à la NBC: «trans-noire», ce qui selon elle veut dire qu’elle n’est «pas née comme cela» mais que «c’est ce qu’[elle est] réellement». C’est depuis cette affaire que le mot «transracialisme» a pris ce sens, alors qu’il désignait avant aux États-Unis les enfants noirs adoptés par des familles blanches, ou inversement, les enfants blancs adoptés par des familles noires.

Sur les réseaux sociaux et dans le monde académique, le débat fait rage. «Dolezal a menti sur elle-même et elle continue de mentir. En tant que femme trans je n’ai pas envie d’être comparée à une menteuse», s’insurge la YouTubeuse noire et transgenre Kat Blaque. En avril 2017, la philosophe Rebecca Tuvel publie un article intitulé «En défense du transracialisme» dans une revue académique, qui suscite un vif débat. «Puisque nous devrions accepter les décisions des individus trans de changer de sexe, alors nous devrions aussi accepter les décisions des individus transraciaux de changer de race», argumente-t-elle, déclenchant une lettre ouverte de près de 800 universitaires qui demandent la suspension de la publication, et la démission de la rédactrice en chef de la revue. Jesse Singal du New York Magazine parle de chasse aux sorcières, et Glenn Greenwald, le journaliste qui a publié les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, de «campagne hideuse».

«Bravo à Jesse Singal d’avoir dénoncé et discrédité cette campagne de salissage hideuse contre une professeure de philosophie.»

En France, les chercheurs et chercheuses que nous avons interrogées sont gênées aux entournures: «Le terme ne peut s’utiliser qu’avec précautions», confie Magali Bessone, professeure de philosophie politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, autrice en 2013 de Sans distinction de race? Une analyse critique du concept de race et de ses effets pratiques. «Ce n’est pas une catégorie que je mobiliserais, mais je ne dirai peut-être pas la même chose dans deux ans», nuance la politiste Audrey Célestine.

Et les militantes aussi: «Concernant la “transracialité”, je me permets de vous suggérer de ne pas utiliser ce terme car il crée une analogie injustifiée avec la transidentité», nous écrit une membre d’un collectif afro-féministe. «Une violente farce», une «non notion», une «errance raciste et essentialisante», juge Ketsia Mutombo, présidente et co-fondatrice de l’association Féministes contre le cyberharcèlement.

Transracialisme et «passing»

Mais d’abord, qu’entend-t-on par transracialisme? Les définitions données par les spécialistes que nous avons interviewées varient. «C’est le fait de passer d’une race à une autre», explique Magali Bessone. La philosophe définit le transracialisme comme une catégorie large, qui comprend par exemple le fait de passer de blanc à noir, tout comme le fait de passer de noir à blanc. Ce dernier phénomène est plus connu et fut utilisé par certaines personnes noires aux États-Unis durant la période de ségrégation constitutionnelle pour éviter les sanctions ou bénéficier d’avantages structurellement réservés aux Blancs. On l’appelle «passing». D’autres universitaires, comme Éric Fassin, choisissent de réserver le mot «transracialisme» au passage de blanc à noir: «C’est l’inverse du passing», déclare-t-il. On parle aussi parfois de passing inversé, justement pour désigner le passage de blanc à noir.

Le phénomène du passing a engendré toute une série de romans autour des années 1920 sur ce phénomène, les passing novels. Dans The autobiography of an ex-couloured man, publié en 1912, James Weldon Johnson raconte la vie d’un fils d’une mère noire et d’un riche homme blanc, qui réalise en entrant à l’école qu’il n’est pas considéré comme blanc. Moqué par ses camarades et par son professeur qui lui demande de ne pas s’asseoir sur des places réservées aux Blancs, il comprend le sort qui lui est réservé. Des années plus tard, il assiste au lynchage d’un homme noir et décide alors d’abandonner tout lien avec son passé pour «devenir» un homme blanc, et passer pour tel. Il renonce à sa mère et à sa famille maternelle. Ses enfants eux-mêmes croient qu’ils sont blancs. Il se dit heureux, mais le soir, lorsqu’il ouvre son manuscrit, «dernière trace d’un rêve évanoui», il ne peut s’empêcher de se dire qu’il a troqué son identité contre un «plat de lentilles».

James Weldon Johnson en 1932. | Carl Van Vechten via Wikimedia Commons License by

Le passing, aujourd’hui, prend des formes plus diffuses. On retrouve des réminiscences de ce phénomène dans les nombreuses échoppes du quartier de Château Rouge à Paris, qui proposent des crèmes à l’hydroquinone, pour blanchir l’épiderme et bercer les espoirs de femmes noires. On appelle aussi ce phénomène le «teint Hollywood», selon l’historien Pap Ndiaye, teint que sont soupçonnées d’avoir adopté de nombreuses stars comme Beyoncé ou encore l’acteur Denzel Washington. Quant à Michael Jackson, il a toujours affirmé être atteint de vitiligo, une maladie qui dépigmente la peau par endroits. Son dermatologue, Arnold Klein, a lui-même affirmé qu’il l’avait «rendu blanc parce qu’il était malade».

Outre blanchir sa peau, avoir un conjoint ou une conjointe blanche et des enfants métis est une autre façon de «passer», précise Pap Ndiaye. En Guadeloupe, les parents qui ont un enfant à peau plus claire sont encore parfois félicités, et l’enfant né qualifié de «po chapé», ce qui signifie «peau échappée, peau sauvée». «Comme dans les campagnes, on pouvait féliciter d’avoir eu un garçon plutôt qu’une fille», fait remarquer l’historien.

Dans tous les cas, le mot transracialisme semble revêtir une dimension plus psychologique, tandis que le passing a un caractère stratégique, de survie dans un monde de dominants. «Cette démarche procède d’une forme d’intelligence des hiérarchies sociales: ces personnes ne souhaitent pas devenir blanches, elles souhaitent rester noires avec la peau plus claire», explique Pap Ndiaye. «C’est un changement de race essentiellement effectué pour des raisons économiques», détaille Magali Bessone. «Le passing n’est qu’un calcul, ça n’est pas un enjeu identitaire, c’est un enjeu de survie», complète Audrey Celestine.

Le «plaisir» de basculer «de la majorité à la minorité»

Si l’on comprend largement les raisons qui poussent un individu à vouloir passer pour blanc –favoriser une carrière, être moins sujet aux discriminations voire à certaines époques aux violences ou même à l’esclavage–, le chemin inverse semble beaucoup moins évident. Certes, aux États-Unis, il peut y avoir des avantages à être racialisé, pour bénéficier de places à l’université par exemple. Ou lorsqu’on évolue dans le milieu musical, notamment dans le blues, «où être noir est un avantage, par une sorte d’inversion des normes communes», souligne Pap Ndiaye. «Armstrong, je ne suis pas noir / Je suis blanc de peau» chantait Nougaro.

Mais, socialement et économiquement, les désavantages sont bien plus nombreux, en raison des discriminations persistantes. Dans une étude publiée en 2013, des chercheuses ont pourtant montré que les personnes nées de couples bi-raciaux dont l’un est blanc, et l’autre noir, ont plutôt tendance à se déclarer comme noires. «Nous voyons un schéma inversé du passing par rapport à la période des lois Jim Crow [la période allant de 1876 à 1964, ndlr]», commentent les autrices de cette étude. Depuis les années 1960, dans le sillage du mouvement pour les droits civiques, ces personnes qu’en France on qualifierait de métisses s’affirment comme noires. D’abord parce qu’elles sont considérées comme noires par la société, mais aussi parce qu’elles le revendiquent. Parce qu’être noir n’est plus un objet de honte, mais au contraire, de fierté. Cette fierté entraînerait-elle, en parallèle, à mesure que s’affirment les minorités, certaines personnes blanches à désirer être non-blanches?

En France, c’est ce que suggèrent les recherches de Juliette Galonnier. Cette sociologue a travaillé sur les conversions à l’islam en France et aux États-Unis dans le cadre de sa thèse en sociologie soutenue en juin 2017, et a pu interroger plusieurs personnes qui ne s’identifiaient plus comme blanches, par rejet du groupe dominant. C’est le cas par exemple de Noémie*, une jeune femme originaire du Gers, qu’elle a rencontrée en 2014, alors qu’elle avait 27 ans. Noémie ne se sent «pas française» raconte-t-elle, à cause de «l’histoire de l’esclavage, de la colonisation» et des «discriminations», qui la détachent de cette identité-là. Mais elle va plus loin qu’un simple rejet de son identité française.

«Je suis plus prisonnière de cette identité de petite Blanche française dominante qui m’horripile»

Au sortir de l’adolescence, captivée par un groupe de femmes portant le voile et discutant de féminisme musulman, elle commence à développer un réseau d’amis pratiquants. Elle se fascine alors pour la négritude et rencontre un jeune musulman originaire de Mauritanie. Un jour, en l’attendant à la sortie d’une mosquée, elle entend un appel à la prière, et sans savoir pourquoi, sans comprendre, se met à pleurer. Elle se convertit, quelques semaines après, à l’islam. Elle épouse ensuite son compagnon et commence à porter le voile.

Elle bascule alors aux yeux des gens selon ses propres mots «de la majorité à la minorité»: «En quoi ça me fait plaisir que ça rejaillisse sur moi? répond-t-elle à la chercheuse qui l’interroge sur les discriminations qu’elle subit, selon le texte des entretiens que Slate a pu consulter. Je suis plus prisonnière de cette identité de petite Blanche française dominante qui m’horripile, parce qu’elle correspond pas à ce que j’ai dans mon cœur».

Être perçu comme blanc ou noir, une question de couleur et de relations sociales

Cette histoire montre qu’être perçue comme une personne blanche ou noire dépend aussi d’un certain contexte culturel et social, même si cela ne peut être bien sûr totalement indépendant de facteurs génétiques et biologiques (le taux de mélanine par exemple). Les femmes blanches qui se mettent à porter le voile ou les hommes blancs qui arborent une grande barbe «sont exposés à de nouvelles catégorisations raciales comme arabes et maghrébins», explique Juliette Galonnier, tout simplement parce que les musulmans en France aujourd’hui viennent à 80% d’Afrique du Nord. «Les gens font de nouvelles hypothèses sur leur origines ethniques.»

Les exemples qui démontrent que la perception de la couleur de peau varie selon le contexte social, ou même historique, sont nombreux. On sait qu’à la fin du XVIIIe siècle, Benjamin Franklin, qui avait classé les humains en trois catégories, les «Noirs», les «Blancs» et les «Basanés», avait rangé les Suédoises et les Suédois chez… les Basanés, tout comme les Français et Françaises d’ailleurs. «Les Tchétchènes sont considérés comme noirs, parce que c’est un critère de dévalorisation… Et Malcolm X, quand il voyageait, s’était vu demander “pourquoi il s’intéressait tant aux Noirs”», raconte Pap Ndiaye. On sait aussi que les Irlandaises et Irlandais ont été associés aux Noirs aux États-Unis au XIXe siècle, parce qu’ils étaient pauvres et catholiques.

La militante Angela Davis raconte comment elle parvenait à pénétrer dans des boutiques interdites aux Noires en parlant français, tout comme au début du XXe siècle, les Noirs du Temple de la science maure d’Amérique, qui se définissaient comme musulmans, réussissaient à entrer dans des wagons réservés aux Blancs grâce à leur garde-robe (turban pour les femmes et fez pour les hommes). Ceux-là même qui se définissaient comme «maures» avant tout refusaient d’ailleurs de cocher la case «negro» sur les formulaires.

Le Temple de la science maure de Chicago en 1928. Noble Drew Ali, le fondateur de l’organisation est au centre du permier rang en blanc. | MrHarman via Wikimedia Commons License by

«La “race” mobilise deux caractéristiques: le phénotype et les relations de pouvoir. Et c’est dans la relation entre les deux que tout se joue», résume la philosophe Magali Bessone. «Les catégories de “blanc” ou “noir” existent dans un contexte social: être blanc ou noir en France c’est pas la même chose qu’aux États-Unis», abonde Audrey Célestine, qui elle-même a pu se rendre compte à quel point cette expérience varie. L’un de ses plus jeunes frères, à moitié algérien, et qu’on reconnaissait à Dunkerque comme quelqu’un d’origine maghrébine, s’est vu perçu comme un «blanc» à son arrivée en Guadeloupe, à un moment particulier où le territoire connaissait un état d’urgence, raconte-t-elle dans un livre publié en mai, Une famille française. «Aux Antilles, la blanchité ne se voit pas qu’à la couleur de peau mais aussi par la maîtrise du créole», commente la chercheuse.

«Si Rachel Dolezal avait effectivement eu une ascendance africaine-américaine, son cas n’aurait pas suscité un tel scandale»

Dans What Blood Won’t Tell: A History of Race on Trial in America, une historienne américaine raconte les procès intentés au XIXe siècle par des esclaves pour essayer de prouver qu’ils étaient blancs. Ces procès tournaient moins autour de la fameuse «règle de la goutte de sang» («one-drop rule», la règle selon laquelle toute personne ayant un ancêtre noir était considérée comme noire) que des relations sociales ou encore de la «moralité» de ladite personne ou de son civisme.

Alors qu’au contraire, aujourd’hui une personne considérée comme très blanche de peau, et qui dans d’autres pays serait très clairement considérée comme blanche, peut s’identifier, puisqu’il s’agit d’une auto-déclaration, comme étant noire aux États-Unis, en vertu de la survivance dans les consciences de la «règle de la goutte de sang». «Si Rachel Dolezal avait effectivement eu une ascendance (même éloignée) africaine-américaine, il est très probable que son cas n’aurait pas suscité un tel scandale et qu’on lui aurait reconnu beaucoup plus facilement le droit de se définir comme noire», estime Solène Brun, doctorante à Sciences-Po qui travaille sur les frontières ethno-raciales et la construction des identités.

Être blanc, une question de privilèges

C’est à la lueur de ces expériences qu’on peut comprendre la réaction d’Arnaud Gauthier Fawas. Ce militant LGBT a fait rire internet et déchaîné des torrents de violence après ses propos sur le plateau d’Arrêt sur images, où il refusait d’être qualifié d’homme. Il refusait aussi d’être qualifié de blanc, malgré son apparence. Interpellé par un membre du collectif Stop au Pinkwashing qui déplorait «un plateau très blanc» (quatre personnes d’apparence masculine et blanches de peau), cet administrateur de l’Inter-LGBT a rétorqué que ce n’était pas le cas, parce qu’il a un parent libanais.

«C’est intéressant qu’on interroge tous nos propres stéréotypes autour de la table. Parce que sans même m’avoir posé la question, vous supposez que je suis un homme. Et seulement par mon apparence vous estimez que je suis blanc. La frontière de nos propres stéréotypes est plus fluide que ce qu’on peut penser», a-t-il plaidé.

D’une certaine manière, Arnaud Gauthier Fawas a raison. S’il est considéré comme blanc en France, il aurait très bien pu cocher une autre case aux États-Unis, et à coup sûr, sa remarque n’y aurait pas déclenché de telles réactions. Le cas de ce militant LGBT+ est bien différent de celui de Rachel Dolezal, mais interroge de la même manière: qu’est-ce qu’une ou un Blanc? Et qu’est-ce qu’une ou un Noir? Ou plus généralement, qu’est-ce qui fait qu’on est «racialisé»? Et peut-on choisir de se définir comme blanc ou noir, ou est-ce à la société de le faire?

Ce qui choque, dans ces deux exemples, a un certain rapport avec la notion de «privilèges». Peut-être qu’Arnaud Gauthier Fawas n’est pas blanc, selon une définition «génétique» ou «héréditaire» très américaine de la chose, mais puisqu’il est perçu comme tel la plupart du temps, il bénéficie largement des «privilèges» qui vont avec, c’est-à-dire qu’il n’écope pas des discriminations dont souffrent en France les personnes perçues comme arabes ou noires. Peut-être a-t-il déjà vécu du racisme lié à son ascendance libanaise, mais cette raison paraît un peu faible pour compenser le fait qu’il y a bien quatre hommes perçus comme blancs sur le plateau d’Arrêt sur images…

«Je sais que c’est un privilège de Blanc, de pouvoir essayer d’en réchapper et de faire ce qu’on veut»

De même, la dissimulation de Rachel Dolezal, qu’elle relève initialement d’un sentiment sincère ou non, a irrité bon nombre de personnes qui ont jugé qu’elle n’avait pas subi des discriminations liées à sa couleur de peau dans son enfance, avant de «devenir» noire. Et surtout, que pouvoir choisir d’être noir ressemblait encore à un privilège de Blanc. «C’était facile pour les Blancs de l’accepter en tant qu’Afro-Américaine parce qu’elle leur ressemblait, contrairement à une femme plus basanée aux cheveux crépus… De nombreuses femmes noires avaient le même message et n’ont pas reçu le même soutien», assure Kitara Johnson, membre de la NAACP, dans le documentaire de Laura Brownson.

C’est aussi ce que répond l’un des convertis à l’islam interrogés par Juliette Galonnier, et qui ne s’identifie plus comme blanc: «J’ai essayé de m’enfuire de ma condition de Blanc et cherché à tout prix à ne pas être blanc. Je sais que ce n’est peut-être pas la bonne réaction, ou que c’est impossible, ou même que c’est un privilège de Blanc, de pouvoir essayer d’en réchapper et de faire ce qu’on veut», dit-il en riant à la chercheuse.

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Les critiques sur le «choix» de la couleur de peau et celles contre les personnes trans

Qu’en serait-il si chacun et chacune pouvait avoir entièrement la capacité à s’autodéfinir, sans trop de lien, ou un lien seulement faible, avec la réalité perçue et la réalité sociale vécue? Telle est la question que pose le geste d’Arnaud Gauthier Fawas, dont les implications ne sont pas sans difficultés. Au Brésil, les débats autour des quotas pour les citoyens et citoyennes noires de peau ont commencé à s’envenimer le jour où certains ont remarqué que davantage de personnes claires de peau postulaient. Voilà qui allait donc détruire une partie de l’effet recherché de ces politiques publiques… Les universités n’ont pas trouvé mieux, pendant un temps, que d’instaurer des «commissions de vérifications raciales», rappelant d’inquiétants souvenirs…

«L’auto-identification qui consiste à affirmer “je suis qui j’affirme être” pue l’autorité et la suprématie masculine»

On retrouve le même type de critiques s’agissant des personnes transgenres, dans une frange minoritaire des milieux féministes, qui reprochent aux femmes transgenres de pouvoir «choisir» leur sexe sans avoir vécu l’oppression qui va avec (alors que l’identité de genre est bien plus souvent présentée comme une nécessité intérieure, et non un choix, par les personnes trans elles-mêmes). Au Royaume-Uni, quand les conservateurs britanniques ont soutenu une réforme du changement d’état civil pour les personnes trans passant par une simple déclaration, nombre de ces Terf, pour «trans exclusionary radical feminists», se sont insurgées, dénonçant une ruse pour leur piquer des places sur les listes électorales. «L’auto-identification qui consiste à affirmer “je suis qui j’affirme être” pue l’autorité et la suprématie masculine», ont tonné une dizaine de femmes du Labour, indiquant que 300 d’entre elles avaient quitté le parti à cause de ces nouvelles règles.

En France, ces positions ont moins d’audience dans les milieux féministes, mais elles existent, par exemple sous la plume d’une des figures du Mouvement de libération des femmes (MLF), Christine Delphy: «L’identité n’est pas quelque chose que l’on se forge tout seul, c’est quelque chose qui vous est imposé. […] Je pense que là-dedans il y a une négation de la réalité du genre, qui est quelque chose de social, et pas quelque chose de sexuel ou biologique. Et une négation de l’oppression des femmes», faisait valoir en mars la philosophe et sociologue dans l’émission «Vieille Branche» (à partir de 52’06):

Pourquoi les personnes «transraciales» sont-elles moins acceptées que les personnes transgenres?

Mais le regard sur la transidentité dans les milieux progressistes et féministes est très différent de celui sur le «transracialisme». Même si les personnes transgenres font l’objet d’une exclusion encore très forte au niveau social, les milieux progressistes et féministes prônent plutôt tolérance et compréhension à leur égard. La transidentité a récemment été retirée de la liste des maladies mentales, et fait l’objet de politiques publiques pour faciliter la vie des personnes trans. Il ne peut pas être encore question de politiques publiques s’agissant du transracialisme, phénomène ultra-minoritaire, dont on n’est même pas encore sûr qu’il ait une véritable existence, mais la réaction quant à ce phénomène en provenance de personnes issues de milieux progressistes voire universitaires interroge. Pourquoi le transracialisme n’est-il pas autant accepté que le transgenrisme?

Ce qui étonne dans la virulence des attaques contre Rachel Dolezal, c’est que la «race», comme concept, est communément admise comme étant fictive, comme n’ayant pas d’assise biologique, et c’est précisément pour cela que le transracialisme devrait, selon cette logique, moins choquer que le transgenrisme, alors que le sexe continue d’être perçu comme une chose biologique.

«Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur?»

Signe de ce deux poids, deux mesures, l’Assemblée nationale vient d’inscrire dans la Constitution l’interdiction de la «distinction de sexe», au moment même où elle en supprimait le mot «race». S’il y a moins de «race» que de «sexe», pourquoi n’accepterait-on pas une certaine forme de fluidité entre les couleurs de peau, tout comme on accepte que les personnes trans puissent se sentir nées dans le mauvais sexe? C’est l’interrogation du sociologue américian Rogers Brubaker, dans un livre qui a reçu énormément de critiques, Trans: Gender and Race in an Age of Unsettled Identities.

Rachel Dolezal a elle-même exploité cette comparaison, allant jusqu’à dire dans une interview avec la sociologue Ann Morning que le stigmate qui pèse sur les personnes «transraciales» serait plus grand, puisque, selon ses mots, «la fluidité de genre est plus largement acceptée que la fluidité de race».

«Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur? Les races ont été créées par les Européens et ils avaient tort», affirme Albert Wilkerson, un homme que Rachel Dolezal appelle son «vrai» père, dans le documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté.

Double standard

Les arguments contre l’acceptation du transracialisme paraissent souvent faibles, et tombent assez facilement dès lors qu’on opère une comparaison avec la transidentité et qu’on regarde de près le cas de Rachel Dolezal. À ceux et celles qui lui reprochent d’avoir commis un «blackface» (soit de s’être approchée de cette pratique théâtrale au XIXe siècle dans laquelle des Blancs se grimaient en personnes de couleur pour en faire une caricature débile), on peut rétorquer que Rachel Dolezal est très loin de se moquer des Noirs. «Le black face est occasionnel, ce n’est pas la même chose que de vivre en Noir», acquiesce Éric Fassin.

Peut-on reprocher à Rachel Dolezal de s’être approprié une culture, à la manière de ces chaînes internationales de vêtements qui plagient purement et simplement les traditions de pays dans lesquels par ailleurs elles menacent le commerce local? L’«appropriation culturelle» est un problème lorsqu’elle est faite «sans aucune conscience ni lien dans leur épaisseur avec la culture dont le vêtement est issu», relève Pap Ndiaye. «Quel degré de mélanine faudrait-il avoir pour avoir le droit de s’habiller ainsi?» pointe aussi l’historien, soulignant par là les limites d’une telle critique appliquée aux individus.

Reproche-t-on à Rachel Dolezal d’accentuer les stéréotypes associés aux personnes noires, en adoptant des signes extérieurs à cette culture? Mais la même critique vaudrait alors pour les personnes trans, qui sont nombreuses, comme Caitlyn Jenner, à se délecter de longues robes et de talons hauts, réflexe qu’on peut comprendre simplement avec un peu d’humanité, puisque cet amour des signes féminins découle tout simplement du fait qu’ils leur ont été interdits pendant longtemps.

Quant au «luxe de s’autodéfinir» que s’octroieraient les personnes blanches, ce «privilège» qu’elles auraient de se choisir noires, il tombe là aussi à l’eau lorsqu’on opère une comparaison avec la transidentité: qui connaît un peu le sujet sait que les personnes trans ne «choisissent» pas pour la plupart leur genre, elles le vivent et l’ont pour la plupart toujours vécu pleinement, depuis l’enfance. Douloureusement.

Pour l’instant, puisque le sujet de la transracialité est encore totalement méconnu, il est très difficile de dire si les quelques cas relevés dans le monde ressortent d’une nécessité intérieure ou d’un choix délibéré. La biographie de Rachel Dolezal penche plutôt pour la première option.

Hérédité vs intimité

Une explication, plutôt qu’une justification, à ce double standard, tient sans doute à l’histoire des luttes féministes d’un côté, et antiracistes de l’autre. Comme le relève la docteure en sociologie Sarah Mazouz dans une recension du livre de Brubaker, les premières «ont affirmé la fluidité des catégories et la possible circulation d’une identité à une autre comme l’un des principaux instruments de remise en cause d’un ordre social genré et de ses hiérarchies», tandis que «le changement de race n’est pas un enjeu central des mouvements antiracistes».

La «race», par ailleurs, à l’inverse du genre, est «inscrite dans une hérédité. Elle implique des ancêtres, une généalogie et une histoire, ce qui n’est, dans les grands traits, pas le cas du genre», explique aussi Solène Brun. Comme dit plus haut, certaines personnes métisses sont très fières de se revendiquer noires, car elles s’inscrivent dans cette histoire de luttes, retournant le stigmate en un atout de fierté. Qu’on puisse leur dérober ceci leur paraît parfaitement insupportable. Le genre semble relever par contraste d’une dimension plus intime. «La race me semble engager davantage d’emblée des communautés et des relations socio-politiques», suggère Magali Bessone.

Capture d’écran du documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté de Laura Brownson.

Si la transidentité est mieux acceptée (même si tout est relatif) dans les milieux féministes que le transracialisme, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a jamais vraiment eu, au fond, de «classe des femmes» solidairement unie contre la «classe des hommes», comme il y a eu une solidarité des Noirs contre l’oppression des Blancs. Parce que femmes et hommes ne peuvent vivre séparément, et ne l’ont jamais complètement fait, tandis qu’il a existé des quartiers complètement ségrégés, où Noirs et Blancs étaient séparés. Et parce que par conséquent une femme transgenre ou un homme transgenre ne peut être regardé –du moins par les femmes féministes– comme un «traître à sa classe», au même titre qu’un Noir ou un Blanc qui «passe» de l’autre côté pourrait l’être, à cause de cette histoire.

Il faut relire Simone de Beauvoir, au début du Deuxième Sexe, pour le comprendre: «Le prolétariat pourrait se proposer de massacrer la classe dirigeante, un Juif, un Noir fanatiques pourraient rêver d’accaparer le secret de la bombe atomique et de faire une humanité tout entière juive, tout entière noire: même en songe la femme ne peut exterminer les mâles. Le lien qui l’unit à ses oppresseurs n’est comparable à aucun autre».

«Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier.»

Mais comprendre n’est pas justifier, et il n’est pas sûr qu’un jour les arguments contre le transracialisme ne finissent par tomber, comme ceux qui ont longtemps érigé la transidentité en «abomination». Si le cas de Rachel Dolezal est largement regardé comme de la mythomanie pathologique, il n’est pas exclu qu’un jour ce regard change. «C’est comme si elle vivait dans un futur encore non avéré», a écrit à propos d’elle le New York Times Magazine.

Avons-nous aujourd’hui les lunettes pour voir le transracialisme? Rachel Dolezal est-elle une menteuse, ou une pionnière? «Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier», affirme Martin, le personnage de Your face in mine. Il faudra sans doute encore attendre quelques années pour voir si cette prédiction est juste.


Environnement: Comme les Aztèques qui tuaient toujours plus de victimes (While climate change turns into cargo cult science, what of our quasi-religious addiction to growth as the rest of the world demands its own American dream and our finite planet eventually runs out of resources ?)

2 mai, 2021

Cargo Cult Agile. Fred: Are you in a Cargo Cult? | by Tomas Kejzlar | Skeptical Agile

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Socialter N°34 Fin du monde, fin du mois, même combat ? - avril/mai 2019 - POLLEN DIFPOP
Students at the International School of Beijing playing in one of two domes with air-filtration systems for when smog is severeChinese millionaire and philanthropist Chen Guangbiao hands out cans of air during a publicity stunt on a day of heavy air pollution last week at a financial district in Beijing.DIEU EST AMERICAIN
Unsettled - BenBella Books
Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume; il y aura de grands tremblements de terre, et, en divers lieux, des pestes et des famines; il y aura des phénomènes terribles, et de grands signes dans le ciel. (…) Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, il y aura de l’angoisse chez les nations qui ne sauront que faire, au bruit de la mer et des flots. Jésus (Luc 21: 10-25)
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Ce sont les enjeux ! Pour faire un monde où chaque enfant de Dieu puisse vivre, ou entrer dans l’obscurité, nous devons soit nous aimer l’un l’autre, soit mourir. Lyndon Johnson (1964)
Interdire le DDT a tué plus de personnes qu’Hitler. Personnage d’un roman de  Michael Crichton (State of Fear, 2004)
Parents have scrambled to buy air purifiers. IQAir, a Swiss company, makes purifiers that cost up to $3,000 here and are displayed in shiny showrooms. Mike Murphy, the chief executive of IQAir China, said sales had tripled in the first three months of 2013 over the same period last year. Face masks are now part of the urban dress code. Ms. Zhang laid out half a dozen masks on her dining room table and held up one with a picture of a teddy bear that fits Xiaotian. Schools are adopting emergency measures. Xiaotian’s private kindergarten used to take the children on a field trip once a week, but it has canceled most of those this year. At the prestigious Beijing No. 4 High School, which has long trained Chinese leaders and their children, outdoor physical education classes are now canceled when the pollution index is high. (…) Elite schools are investing in infrastructure to keep children active. Among them are Dulwich College Beijing and the International School of Beijing, which in January completed two large white sports domes of synthetic fabric that cover athletic fields and tennis courts. The construction of the domes and an accompanying building began a year ago, to give the 1,900 students a place to exercise in both bad weather and high pollution, said Jeff Johanson, director of student activities. The project cost $5.7 million and includes hospital-grade air-filtration systems. Teachers check the hourly air ratings from the United States Embassy to determine whether children should play outside or beneath the domes. NYT
From gigantic domes that keep out pollution to face masks with fancy fiber filters, purifiers and even canned air, Chinese businesses are trying to find a way to market that most elusive commodity: clean air. An unprecedented wave of pollution throughout China (dubbed the “airpocalypse” or “airmageddon” by headline writers) has spawned an almost entirely new industry. The biggest ticket item is a huge dome that looks like a cross between the Biosphere and an overgrown wedding tent. Two of them recently went up at the International School of Beijing, one with six tennis courts, another large enough to harbor kids playing soccer and badminton and shooting hoops simultaneously Friday afternoon. The contraptions are held up with pressure from the system pumping in fresh air. Your ears pop when you go in through one of three revolving doors that maintain a tight air lock. The anti-pollution dome is the joint creation of a Shenzhen-based manufacturer of outdoor enclosures and a California company, Valencia-based UVDI, that makes air filtration and disinfection systems for hospitals, schools, museums and airports, including the new international terminal at Los Angeles International Airport. Although the technologies aren’t new, this is the first time they’ve been put together specifically to keep out pollution, the manufacturers say. (…) Since air pollution skyrocketed in mid-January, Xiao said, orders for domes were pouring in from schools, government sports facilities and wealthy individuals who want them in their backyards. He said domes measuring more than 54,000 square feet each cost more than $1 million. (…) Because it’s not possible to put a dome over all of Beijing, where air quality is the worst, people are taking matters into their own hands. Not since the 2003 epidemic of SARS have face masks been such hot sellers. Many manufacturers are reporting record sales of devices varying from high-tech neoprene masks with exhalation valves, designed for urban bicyclists, that cost up to $50 each, to cheap cloth masks (some in stripes, polka dots, paisley and some emulating animal faces). (…) In mid-January, measurements of particulate matter reached more than 1,000 micrograms per cubic meter in some parts of northeast China. Anything above 300 is considered “hazardous” and the index stops at 500. By comparison, the U.S. has seen readings of 1,000 only in areas downwind of forest fires. The U.S. Centers for Disease Control and Prevention reported last year that the average particulate matter reading from 16 airport smokers’ lounges was 166.6. The Chinese government has been experimenting with various emergency measures, curtailing the use of official cars and ordering factories and construction sites to shut down. Some cities are even considering curbs on fireworks during the upcoming Chinese New Year holiday, interfering with an almost sacred tradition. In the meantime, home air filters have joined the new must-have appliances for middle class Chinese. (…) Many distributors report panic buying of air purifiers. In China, home air purifiers range from $15 gizmos that look like night lights to handsome $6,000 wood-finished models that are supplied to Zhongnanhai, the headquarters of the Chinese Communist Party and to other leadership facilities. One model is advertised as emitting vitamin C to build immunity and to prevent skin aging. In a more tongue in cheek approach to the problem, a self-promoting Chinese millionaire has been selling soda-sized cans of, you guessed it, air. (…) “I want to tell mayors, county chiefs and heads of big companies,” Chen told reporters Wednesday, while giving out free cans of air on a Beijing sidewalk as a publicity stunt. “Don’t just chase GDP growth, don’t chase the biggest profits at the expense of our children and grandchildren. » LA Times
Plus la guerre froide s’éloigne, plus le nombre de conflits diminue. (…) il n’y a eu ainsi en 2010 que 15 conflits d’ampleur significative, tous internes. (…)  Grosso modo, le nombre de conflits d’importance a diminué de 60% depuis la fin de la guerre froide (…) outre le fait que les guerres sont plutôt moins meurtrières, en moyenne, qu’elles ne l’étaient jusque dans les années 1960, cette réduction trouve sa source essentiellement dans la diminution spectaculaire du nombre de guerres civiles. La fin des conflits indirects entre l’Est et l’Ouest, l’intervention croissante des organisations internationales et des médiateurs externes, et dans une certaine mesure le développement économique et social des États, sont les causes principales de cette tendance. S’y ajoutent sans doute (…) des évolutions démographiques favorables. Bruno Tertrais
Imaginez que [Fukushima] se soit produit dans un pays non-développé: le nombre de morts aurait été de 200 000. Le développement et la croissance nous protègent des catastrophes naturelles. Bruno Tertrais
Longtemps, les divinités représentèrent le lieu de cette extériorité. Les sociétés modernes ont voulu s’en affranchir: mais cette désacralisation peut nous laisser sans protection aucune face à notre violence et nous mener à la catastrophe finale. Jean-Pierre Dupuy
Nous vivons à la fois dans le meilleur et le pire des mondes. Les progrès de l’humanité sont réels. Nos lois sont meilleures et nous nous tuons moins les uns les autres. En même temps, nous ne voulons pas voir notre responsabilité dans les menaces et les possibilités de destruction qui pèsent sur nous. René Girard
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
L’interprétation que Dupuy et Dumouchel donnent de notre société me paraît juste, seulement un peu trop optimiste. D’après eux, la société de consommation constitue une façon de désamorcer la rivalité mimétique, de réduire sa puissance conflictuelle. C’est vrai. S’arranger pour que les mêmes objets, les mêmes marchandises soient accessibles à tout le monde, c’est réduire les occasions de conflit et de rivalité entre les individus. Lorsque ce système devient permanent, toutefois, les individus finissent par se désintéresser de ces objets trop accessibles et identiques. Il faut du temps pour que cette « usure » se produise, mais elle se produit toujours. Parce qu’elle rend les objets trop faciles à acquérir, la société de consommation travaille à sa propre destruction. Comme tout mécanisme sacrificiel, cette société a besoin de se réinventer de temps à autre. Pour survivre, elle doit inventer des gadgets toujours nouveaux. Et la société de marché engloutit les ressources de la terre, un peu comme les Aztèques qui tuaient toujours plus de victimes. Tout remède sacrificiel perd son efficacité avec le temps. René Girard
Certains spécialistes avancent le chiffre de vingt mille victimes par an au moment de la conquête de Cortès. Même s’il y avait beaucoup d’exagération, le sacrifice humain n’en jouerait pas moins chez les Aztèques un rôle proprement monstrueux. Ce peuple était constamment occupé à guerroyer, non pour étendre son territoire, mais pour se procurer les victimes nécessaires aux innombrables sacrifices recensés par Bernardino de Sahagun. Les ethnologues possèdent toutes ces données depuis des siècles, depuis l’époque, en vérité, qui effectua les premiers déchiffrements de la représentation persécutrice dans le monde occidental. Mais ils ne tirent pas les mêmes conclusions dans les deux cas. Aujourd’hui moins que jamais. Ils passent le plus clair de leur temps à minimiser, sinon à justifier entièrement, chez les Aztèques, ce qu’ils condamnent à juste titre dans leur propre univers. Une fois de plus nous retrouvons les deux poids et les deux mesures qui caractérisent les sciences de l’homme dans leur traitement des sociétés historiques et des sociétés ethnologiques. Notre impuissance à repérer dans les mythes une représentation persécutrice plus mystifiée encore que la nôtre ne tient pas seulement à la difficulté plus grande de l’entreprise, à la transfiguration plus extrême des données, elle relève “modernes sont surtout obsédés par le mépris et ils s’efforcent de présenter ces univers disparus sous les couleurs les plus favorables. (…) Les ethnologues décrivent avec gourmandise le sort enviable de ces victimes. Pendant la période qui précède leur sacrifice, elles jouissent de privilèges extraordinaires et c’est sereinement, peut-être même joyeusement, qu’elles s’avancent vers la mort. Jacques Soustelle, entre autres, recommande à ses lecteurs de ne pas interpréter ces boucheries religieuses à la lumière de nos concepts. L’affreux péché d’ethnocentrisme nous guette et, quoi que fassent les sociétés exotiques, il faut se garder du moindre jugement négatif. Si louable que soit le souci de « réhabiliter » des mondes méconnus, il faut y mettre du discernement. Les excès actuels rivalisent de ridicule avec l’enflure orgueilleuse de naguère, mais en sens contraire. Au fond, c’est toujours la même condescendance : nous n’appliquons pas à ces sociétés les critères que nous appliquons à nous-mêmes, mais à la suite, cette fois, d’une inversion démagogique bien caractéristique de notre fin de siècle. Ou bien nos sources ne valent rien et nous n’avons plus qu’à nous taire : nous ne saurons jamais rien de certain sur les Aztèques, ou bien nos sources valent quelque chose, et l’honnêteté oblige à conclure que la religion de ce peuple n’a pas usurpé sa place au musée planétaire de l’horreur humaine. Le zèle antiethnocentrique s’égare quand il justifie les orgies sanglantes de l’image visiblement trompeuse qu’elles donnent d’elles-mêmes. Bien que pénétré d’idéologie sacrificielle, le mythe atroce et magnifique de Teotihuacan porte sourdement témoignage contre cette vision mystificatrice. Si quelque chose humanise ce texte, ce n’est pas la fausse idylle des victimes et des bourreaux qu’épousent fâcheusement le néo-rousseauisme et le néo-nietzschéisme de nos deux après-guerres, c’est ce qui s’oppose à cette hypocrite vision, sans aller jusqu’à la contredire ouvertement, ce sont les hésitations que j’ai notées face aux fausses évidences qui les entourent. René Girard
Cargo cult: any of the religious movements chiefly, but not solely, in Melanesia that exhibit belief in the imminence of a new age of blessing, to be initiated by the arrival of a special “cargo” of goods from supernatural sources—based on the observation by local residents of the delivery of supplies to colonial officials. Tribal divinities, culture heroes, or ancestors may be expected to return with the cargo, or the goods may be expected to come through foreigners, who are sometimes accused of having intercepted material goods intended for the native peoples. If the cargo is expected by ship or plane, symbolic wharves or landing strips and warehouses are sometimes built in preparation, and traditional material resources are abandoned—gardening ceases, and pigs and foodstocks are destroyed. Former customs may be revived or current practices drastically changed, and new social organizations, sometimes imitative of the colonial police or armed forces, initiated. Encyclopaedia Britannica
Pur produit des sociétés dans lesquelles les élites ignorent que les processus culturels précèdent le succès, le Culte du Cargo, qui consiste à investir dans une infrastructure dont est dotée une société prospère en espérant que cette acquisition produise les mêmes effets pour soi, fut l’un des moteurs des emprunts toxiques des collectivités locales. L’expression a été popularisée lors de la seconde guerre mondiale, quand elle s’est exprimée par de fausses infrastructures créées par les insulaires et destinées à attirer les cargos.(…) Les collectivités ont développé une addiction à la dépense et, comme les ménages victimes plus ou moins conscientes des subprimes, elles ont facilement trouvé un dealer pour leur répondre. Les causes en sont assez évidentes : multiplication des élus locaux n’ayant pas toujours de compétences techniques et encore moins financières, peu ou pas formés, tenus parfois par leur administration devenue maîtresse des lieux, et engagés dans une concurrence à la visibilité entre la ville, l’agglomération, le département à qui voudra montrer qu’il construit ou qu’il anime plus et mieux que l’autre, dans une relation finalement assez féodale. (…) Il serait sans doute erroné de porter l’opprobre sur les élus locaux ou même sur les banques, car il s’agit là de la manifestation d’une tendance de fond très profonde et très simple qui a à faire avec le désir mimétique et le Culte du Cargo. Ce dernier fut particulièrement évident en Océanie pendant la seconde guerre mondiale, où des habitants des îles observant une corrélation entre l’appel du radio et l’arrivée d’un cargo de vivres, ou bien entre l’existence d’une piste et l’arrivée d’avions, se mirent à construire un culte fait de simulacre de radio et de fausses pistes d’atterrissage, espérant ainsi que l’existence de moyens ferait venir l’objet désiré. Il s’agit d’un phénomène général, comme par exemple en informatique lorsque l’on recopie une procédure que l’on ne comprend pas dans son propre programme, en espérant qu’elle y produise le même effet que dans son programme d’origine. (…) Bien que paradoxale, l’addiction à la dette est synchrone avec les difficultés financières et correspond peut-être inconsciemment à l’instinct du joueur à se “refaire”. Ce qui est toutefois plus grave est, d’une part, l’hallucination collective qui permet le phénomène de Culte du Cargo, mais aussi l’absence totale de contre-pouvoir à cette pensée devenue unique, voire magique. Le Culte du Cargo aggrave toujours la situation. La raison est aussi simple que diabolique : les prêtres du Culte du Cargo dépensent pour acheter des infrastructures similaires à ce qu’ils ont vu ailleurs dans l’espoir d’attirer la fortune sur leur tribu. Malheureusement, dans le même temps, les “esprits” qui restaient dans la tribu se sont enfuis ou se taisent devant la pression de la foule en attente de miracle. Alors, les élites, qui ignorent totalement que derrière l’apparent résultat se cachent des processus culturels complexes qu’ils ne comprennent pas, se dotent d’un faux aéroport ou d’une fausse radio et dilapident ainsi, en pure perte, leurs dernières ressources. Il serait injuste de penser que ce phénomène ne concerne que des populations peu avancées. En 1974, Richard Feynman dénonça la “Cargo Cult Science” lors d’un discours à Caltech. Les collectivités confrontées à une concurrence pour la population organisent agendas et ateliers (en fait des brainstormings) pour évoquer les raisons de leurs handicaps par rapport à d’autres. Il suit généralement une liste de solutions précédées de “Il faut” : de la Recherche, des Jeunes, des Cadres, une communauté homosexuelle, une patinoire, une piscine, le TGV, un festival, une équipe sportive onéreuse, son gymnase…Tout cela est peut-être vrai, mais cela revient à confondre les effets avec les processus requis pour les obtenir. Comme nul ne comprend les processus culturels qui ont conduit à ce qu’une collectivité réussisse, il est plus facile de croire que boire le café de George Clooney vous apportera le même succès. Rien de nouveau ici : la publicité et ses 700 milliards de dollars de budget mondial annuel manipule cela depuis le début de la société de consommation. Routes menant à des plateformes logistiques ou des zones industrielles jamais construites, bureaux vides, duplication des infrastructures (piscines, technopoles, pépinières…) à quelques mètres les unes des autres, le Culte du Cargo nous coûte cher : il faut que cela se voit, même si cela ne sert à rien. Malheureusement, les vraies actions de création des processus culturels et sociaux ne se voient généralement pas aussi bien qu’un beau bâtiment tout neuf. (…) Ainsi, les pôles de compétitivité marchent d’autant mieux qu’ils viennent seulement labelliser un système culturel déjà préexistant. Lorsqu’ils sont des créations dans l’urgence, en hydroponique, par la volonté rituelle de reproduire, leurs effets relèvent de l’espoir, non d’une stratégie. (…) Ainsi, la tentation française de copier les mesures allemandes qui ont conduit au succès, sans que les dirigeants français aient vraiment compris pourquoi, mais en espérant les mêmes bénéfices, peut être considérée comme une expression du Culte du Cargo. C’est en effet faire fi des processus culturels engagés depuis des décennies en Allemagne et qui ont conduit à une culture de la négociation sociale et à des syndicats représentatifs. (…) Contrairement à ce que veulent faire croire les prêtres du Culte du Cargo, les danses de la pluie ne marchent pas, il faut réfléchir. Luc Brunet
Je crois qu’il y a  quelque chose qui se passe. Il y a quelque chose qui est en train de changer et cela va changer à nouveau. Je ne pense pas que ce soit un canular, je pense qu’il y a probablement une différence. Mais je ne sais pas si c’est à cause de l’homme. (…) Je ne veux pas donner des trillions et des trillions de dollars. Je ne veux pas perdre des millions et des millions d’emplois. Je ne veux pas qu’on y perde au change. (…) Et on ne sait pas si ça se serait passé avec ou sans l’homme. On ne sait pas. (…) Il y a des scientifiques qui ne sont pas d’accord avec ça. (…) Je ne nie pas le changement climatique. Mais cela pourrait très bien repartir dans l’autre sens. Vous savez, on parle de plus de millions d’années. Il y en a qui disent que nous avons eu des ouragans qui étaient bien pires que ce que nous venons d’avoir avec Michael. (…) Vous savez, les scientifiques aussi ont leurs visées politiques. Président Trump (15.10.2018)
La « fin du monde » contre la « fin du mois ». L’expression, supposée avoir été employée initialement par un gilet jaune, a fait florès : comment concilier les impératifs de pouvoir d’achat à court terme, et les exigences écologiques vitales pour la survie de la planète ? La formule a même été reprise ce mardi par Emmanuel Macron, dans son discours sur la transition énergétique. « On l’entend, le président, le gouvernement, a-t-il expliqué, en paraphrasant les requêtes supposées des contestataires. Ils évoquent la fin du monde, nous on parle de la fin du mois. Nous allons traiter les deux, et nous devons traiter les deux. » (…) C’est dire que l’expression – si elle a pu être reprise ponctuellement par tel ou tel manifestant – émane en fait de nos élites boboïsantes. Elle correspond bien à la vision méprisante qu’elles ont d’une France périphérique aux idées étriquées, obsédée par le « pognon » indifférente au bien commun, là où nos dirigeants auraient la capacité à embrasser plus large, et à voir plus loin. Or, la réalité est toute autre : quand on prend le temps de parler à ces gilets jaunes, on constate qu’ils sont parfaitement conscients de la problématique écologique. Parmi leurs revendications, dévoilées ces derniers jours, il y a ainsi l’interdiction immédiate du glyphosate, cancérogène probable que le gouvernement a en revanche autorisé pour encore au moins trois ans. Mais, s’ils se sentent concernés par l’avenir de la planète, les représentants de cette France rurale et périurbaine refusent de payer pour les turpitudes d’un système économique qui détruit l’environnement. D’autant que c’est ce même système qui est à l’origine de la désindustrialisation et de la dévitalisation des territoires, dont ils subissent depuis trente ans les conséquences en première ligne. A l’inverse, nos grandes consciences donneuses de leçon sont bien souvent les principaux bénéficiaires de cette économie mondialisée. Qui est égoïste, et qui est altruiste ? Parmi les doléances des gilets jaunes, on trouve d’ailleurs aussi nombre de revendications politiques : comptabilisation du vote blanc, présence obligatoire des députés à l’Assemblée nationale, promulgation des lois par les citoyens eux-mêmes. Des revendications qu’on peut bien moquer, ou balayer d’un revers de manche en estimant qu’elles ne sont pas de leur ressort. Elles n’en témoignent pas moins d’un souci du politique, au sens le plus noble du terme, celui du devenir de la Cité. A l’inverse, en se repaissant d’une figure rhétorique caricaturale, reprise comme un « gimmick » de communication, nos élites démontrent leur goût pour le paraître et la superficialité, ainsi que la facilité avec laquelle elles s’entichent de clichés qui ne font que conforter leurs préjugés. Alors, qui est ouvert, et qui est étriqué ? Qui voit loin, et qui est replié sur lui-même ? Qui pense à ses fins de mois, et qui, à la fin du monde ? Benjamin Masse-Stamberger
In the South Seas there is a Cargo Cult of people. During the war they saw airplanes land with lots of good materials, and they want the same thing to happen now. So they’ve arranged to make things like runways, to put fires along the sides of the runways, to make a wooden hut for a man to sit in, with two wooden pieces on his head like headphones and bars of bamboo sticking out like antennas—he’s the controller—and they wait for the airplanes to land. They’re doing everything right. The form is perfect. It looks exactly the way it looked before. But it doesn’t work. No airplanes land. So I call these things Cargo Cult Science, because they follow all the apparent precepts and forms of scientific investigation, but they’re missing something essential, because the planes don’t land. Now it behooves me, of course, to tell you what they’re missing. But it would he just about as difficult to explain to the South Sea Islanders how they have to arrange things so that they get some wealth in their system. It is not something simple like telling them how to improve the shapes of the earphones. But there is one feature I notice that is generally missing in Cargo Cult Science. That is the idea that we all hope you have learned in studying science in school (…) It’s a kind of scientific integrity, a principle of scientific thought that corresponds to a kind of utter honesty—a kind of leaning over backwards. For example, if you’re doing an experiment, you should report everything that you think might make it invalid—not only what you think is right about it: other causes that could possibly explain your results; and things you thought of that you’ve eliminated by some other experiment, and how they worked—to make sure the other fellow can tell they have been eliminated. Details that could throw doubt on your interpretation must be given, if you know them. You must do the best you can—if you know anything at all wrong, or possibly wrong—to explain it. If you make a theory, for example, and advertise it, or put it out, then you must also put down all the facts that disagree with it, as well as those that agree with it. There is also a more subtle problem. When you have put a lot of ideas together to make an elaborate theory, you want to make sure, when explaining what it fits, that those things it fits are not just the things that gave you the idea for the theory; but that the finished theory makes something else come out right, in addition. In summary, the idea is to try to give all of the information to help others to judge the value of your contribution; not just the information that leads to judgment in one particular direction or another. The first principle is that you must not fool yourself—and you are the easiest person to fool. So you have to be very careful about that. After you’ve not fooled yourself, it’s easy not to fool other scientists… You just have to be honest in a conventional way after that. Richard Feynman (1974)
If it’s consensus, it isn’t science. If it’s science, it isn’t consensus. Period. Michael Crichton (2013)
Humans exert a growing, but physically small, warming influence on the climate. The results from many different climate models disagree with, or even contradict, each other and many kinds of observations. In short, the science is insufficient to make useful predictions about how the climate will change over the coming decades, much less what effect our actions will have on it. Dr. Steven E. Koonin
‘The Science,” we’re told, is settled. How many times have you heard it? Humans have broken the earth’s climate. Temperatures are rising, sea level is surging, ice is disappearing, and heat waves, storms, droughts, floods, and wildfires are an ever-worsening scourge on the world. Greenhouse gas emissions are causing all of this. And unless they’re eliminated promptly by radical changes to society and its energy systems, “The Science” says Earth is doomed.  Yes, it’s true that the globe is warming, and that humans are exerting a warming influence upon it. But beyond that — to paraphrase the classic movie “The Princess Bride” — “I do not think ‘The Science’ says what you think it says.”  For example, both research literature and government reports state clearly that heat waves in the US are now no more common than they were in 1900, and that the warmest temperatures in the US have not risen in the past fifty years. When I tell people this, most are incredulous. Some gasp. And some get downright hostile.  These are almost certainly not the only climate facts you haven’t heard. Here are three more that might surprise you, drawn from recent published research or assessments of climate science published by the US government and the UN:   Humans have had no detectable impact on hurricanes over the past century. Greenland’s ice sheet isn’t shrinking any more rapidly today than it was 80 years ago. The global area burned by wildfires has declined more than 25 percent since 2003 and 2020 was one of the lowest years on record.  Why haven’t you heard these facts before?  Most of the disconnect comes from the long game of telephone that starts with the research literature and runs through the assessment reports to the summaries of the assessment reports and on to the media coverage. There are abundant opportunities to get things wrong — both accidentally and on purpose — as the information goes through filter after filter to be packaged for various audiences. The public gets their climate information almost exclusively from the media; very few people actually read the assessment summaries, let alone the reports and research papers themselves. That’s perfectly understandable — the data and analyses are nearly impenetrable for non-experts, and the writing is not exactly gripping. As a result, most people don’t get the whole story. Policymakers, too, have to rely on information that’s been put through several different wringers by the time it gets to them. Because most government officials are not themselves scientists, it’s up to scientists to make sure that those who make key policy decisions get an accurate, complete and transparent picture of what’s known (and unknown) about the changing climate, one undistorted by “agenda” or “narrative.” Unfortunately, getting that story straight isn’t as easy as it sounds. (…) the public discussions of climate and energy [have become] increasingly distant from the science. Phrases like “climate emergency,” “climate crisis” and “climate disaster” are now routinely bandied about to support sweeping policy proposals to “fight climate change” with government interventions and subsidies. Not surprisingly, the Biden administration has made climate and energy a major priority infused throughout the government, with the appointment of John Kerry as climate envoy and proposed spending of almost $2 trillion dollars to fight this “existential threat to humanity.” Trillion-dollar decisions about reducing human influences on the climate should be informed by an accurate understanding of scientific certainties and uncertainties. My late Nobel-prizewinning Caltech colleague Richard Feynman was one of the greatest physicists of the 20th century. At the 1974 Caltech commencement, he gave a now famous address titled “Cargo Cult Science” about the rigor scientists must adopt to avoid fooling not only themselves. “Give all of the information to help others to judge the value of your contribution; not just the information that leads to judgment in one particular direction or another,” he implored.  Much of the public portrayal of climate science ignores the great late physicist’s advice. It is an effort to persuade rather than inform, and the information presented withholds either essential context or what doesn’t “fit.” Scientists write and too-casually review the reports, reporters uncritically repeat them, editors allow that to happen, activists and their organizations fan the fires of alarm, and experts endorse the deception by keeping silent.  As a result, the constant repetition of these and many other climate fallacies are turned into accepted truths known as “The Science.” Dr. Steven E. Koonin
Physicist Steven Koonin kicks the hornet’s nest right out of the gate in “Unsettled.” In the book’s first sentences he asserts that “the Science” about our planet’s climate is anything but “settled.” Mr. Koonin knows well that it is nonetheless a settled subject in the minds of most pundits and politicians and most of the population. Further proof of the public’s sentiment: Earlier this year the United Nations Development Programme published the mother of all climate surveys, titled “The Peoples’ Climate Vote.” With more than a million respondents from 50 countries, the survey, unsurprisingly, found “64% of people said that climate change was an emergency.” But science itself is not conducted by polls, regardless of how often we are urged to heed a “scientific consensus” on climate. As the science-trained novelist Michael Crichton summarized in a famous 2003 lecture at Caltech: “If it’s consensus, it isn’t science. If it’s science, it isn’t consensus. Period.” Mr. Koonin says much the same in “Unsettled.” The book is no polemic. It’s a plea for understanding how scientists extract clarity from complexity. And, as Mr. Koonin makes clear, few areas of science are as complex and multidisciplinary as the planet’s climate. (…) But Mr. Koonin is no “climate denier,” to use the concocted phrase used to shut down debate. The word “denier” is of course meant to associate skeptics of climate alarmism with Holocaust deniers. (…) Mr. Koonin makes it clear, on the book’s first page, that “it’s true that the globe is warming, and that humans are exerting a warming influence upon it.” The heart of the science debate, however, isn’t about whether the globe is warmer or whether humanity contributed. The important questions are about the magnitude of civilization’s contribution and the speed of changes; and, derivatively, about the urgency and scale of governmental response. (…) As Mr Koonin illustrates, tornado frequency and severity are also not trending up; nor are the number and severity of droughts. The extent of global fires has been trending significantly downward. The rate of sea-level rise has not accelerated. Global crop yields are rising, not falling. And while global atmospheric CO2 levels are obviously higher now than two centuries ago, they’re not at any record planetary high—they’re at a low that has only been seen once before in the past 500 million years. Mr. Koonin laments the sloppiness of those using local weather “events” to make claims about long-cycle planetary phenomena. He chastises not so much local news media as journalists with prestigious national media who should know better. (…) When it comes to the vaunted computer models, Mr. Koonin is persuasively skeptical. It’s a big problem, he says, when models can’t retroactively “predict” events that have already happened. And he notes that some of the “tuning” done to models so that they work better amounts to “cooking the books.” (…) Since all the data that Mr. Koonin uses are available to others, he poses the obvious question: “Why haven’t you heard these facts before?” (…) He points to such things as incentives to invoke alarm for fundraising purposes and official reports that “mislead by omission.” Many of the primary scientific reports, he observes repeatedly, are factual. Still, “the public gets their climate information almost exclusively from the media; very few people actually read the assessment summaries.” (…) But even if one remains unconvinced by his arguments, the right response is to debate the science. We’ll see if that happens in a world in which politicians assert the science is settled and plan astronomical levels of spending to replace the nation’s massive infrastructures with “green” alternatives. Never have so many spent so much public money on the basis of claims that are so unsettled. The prospects for a reasoned debate are not good. Mark P. Mills
La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice: il se peut que leur impair soit leur mérite. Hans Jonas
(Noah was tired of playing the prophet of doom and of always foretelling a catastrophe that would not occur and that no one would take seriously. One day,) he clothed himself in sackcloth and put ashes on his head. This act was only permitted to someone lamenting the loss of his dear child or his wife. Clothed in the habit of truth, acting sorrowful, he went back to the city, intent on using to his advantage the curiosity, malignity and superstition of its people. Within a short time, he had gathered around him a small crowd, and the questions began to surface. He was asked if someone was dead and who the dead person was. Noah answered them that many were dead and, much to the amusement of those who were listening, that they themselves were dead. Asked when this catastrophe had taken place, he answered: tomorrow. Seizing this moment of attention and disarray, Noah stood up to his full height and began to speak: the day after tomorrow, the flood will be something that will have been. And when the flood will have been, all that is will never have existed. When the flood will have carried away all that is, all that will have been, it will be too late to remember, for there will be no one left. So there will no longer be any difference between the dead and those who weep for them. If I have come before you, it is to reverse time, it is to weep today for tomorrow’s dead. The day after tomorrow, it will be too late. Upon this, he went back home, took his clothes off, removed the ashes covering his face, and went to his workshop. In the evening, a carpenter knocked on his door and said to him: let me help you build an ark, so that this may become false. Later, a roofer joined with them and said: it is raining over the mountains, let me help you, so that this may become false. Günther Anders
Si nous nous distinguons des apocalypticiens judéo-chrétiens classiques, ce n’est pas seulement parce que nous craignons la fin (qu’ils ont, eux, espérée), mais surtout parce que notre passion apocalyptique n’a pas d’autre objectif que celui d’empêcher l’apocalypse. Nous ne sommes apocalypticiens que pour avoir tort. Que pour jouir chaque jour à nouveau de la chance d’être là, ridicules mais toujours debout. Günther Anders
Quiconque tient une guerre imminente pour certaine contribue à son déclenchement, précisément par la certitude qu’il en a. Quiconque tient la paix pour certaine se conduit avec insouciance et nous mène sans le vouloir à la guerre. Seul celui qui voit le péril et ne l’oublie pas un seul instant se montre capable de se comporter rationnellement et de faire tout le possible pour l’exorciser. Karl Jaspers
To make the prospect of a catastrophe credible, one must increase the ontological force of its inscription in the future. But to do this with too much success would be to lose sight of the goal, which is precisely to raise awareness and spur action so that the catastrophe does not take place. Jean-Pierre Dupuy (The Paradox of Enlightened Doomsaying/The Jonah Paradox]
Annoncer que la catastrophe est certaine, c’est contribuer à la rendre telle. La passer sous silence ou en minimiser l’importance, à la façon des optimistes béats, conduit au même résultat. Ce qu’il faudrait, c’est combiner les deux démarches : annoncer un avenir destinal qui superposerait l’occurrence de la catastrophe, pour qu’elle puisse faire office de dissuasion, et sa non-occurrence, pour préserver l’espoir. C’est parce que la catastrophe constitue un destin détestable dont nous devons dire que nous n’en voulons pas qu’il faut garder les yeux fixés sur elle, sans jamais la perdre de vue. Jean-Pierre Dupuy
La modernité (…) repose sur la conviction que la croissance économique n’est pas seulement possible mais absolument essentielle. Prières, bonnes actions et méditation pourraient bien être une source de consolation et d’inspiration, mais des problèmes tels que la famine, les épidémies et la guerre ne sauraient être résolus que par la croissance. Ce dogme fondamental se laisse résumer par une idée simple : « Si tu as un problème, tu as probablement besoin de plus, et pour avoir plus, il faut produire plus ! » Les responsables politiques et les économistes modernes insistent : la croissance est vitale pour trois grandes raisons. Premièrement, quand nous produisons plus, nous pouvons consommer plus, accroître notre niveau de vie et, prétendument, jouir d’une vie plus heureuse. Deuxièmement, tant que l’espèce humaine se multiplie, la croissance économique est nécessaire à seule fin de rester où nous en sommes. (…) La modernité a fait du « toujours plus » une panacée applicable à la quasi-totalité des problèmes publics et privés – du fondamentalisme religieux au mariage raté, en passant par l’autoritarisme dans le tiers-monde. (…) La croissance économique est ainsi devenue le carrefour où se rejoignent la quasi-totalité des religions, idéologies et mouvements modernes. L’Union soviétique, avec ses plans quinquennaux mégalomaniaques, n’était pas moins obsédée par la croissance que l’impitoyable requin de la finance américain. De même que chrétiens et musulmans croient tous au ciel et ne divergent que sur le moyen d’y parvenir, au cours de la guerre froide, capitalistes et communistes imaginaient créer le paradis sur terre par la croissance économique et ne se disputaient que sur la méthode exacte. (…) De fait, on n’a sans doute pas tort de parler de religion lorsqu’il s’agit de la croyance dans la croissance économique : elle prétend aujourd’hui résoudre nombre de nos problèmes éthiques, sinon la plupart. La croissance économique étant prétendument la source de toutes les bonnes choses, elle encourage les gens à enterrer leurs désaccords éthiques pour adopter la ligne d’action qui maximise la croissance à long terme. Le credo du « toujours plus » presse en conséquence les individus, les entreprises et les gouvernements de mépriser tout ce qui pourrait entraver la croissance économique : par exemple, préserver l’égalité sociale, assurer l’harmonie écologique ou honorer ses parents. En Union soviétique, les dirigeants pensaient que le communisme étatique était la voie de la croissance la plus rapide : tout ce qui se mettait en travers de la collectivisation fut donc passé au bulldozer, y compris des millions de koulaks, la liberté d’expression et la mer d’Aral. De nos jours, il est généralement admis qu’une forme de capitalisme de marché est une manière beaucoup plus efficace d’assurer la croissance à long terme : on protège donc les magnats cupides, les paysans riches et la liberté d’expression, tout en démantelant et détruisant les habitats écologiques, les structures sociales et les valeurs traditionnelles qui gênent le capitalisme de marché. (….) Le capitalisme de marché a une réponse sans appel. Si la croissance économique exige que nous relâchions les liens familiaux, encouragions les gens à vivre loin de leurs parents, et importions des aides de l’autre bout du monde, ainsi soit-il. Cette réponse implique cependant un jugement éthique, plutôt qu’un énoncé factuel. Lorsque certains se spécialisent dans les logiciels quand d’autres consacrent leur temps à soigner les aînés, on peut sans nul doute produire plus de logiciels et assurer aux personnes âgées des soins plus professionnels. Mais la croissance économique est-elle plus importante que les liens familiaux ? En se permettant de porter des jugements éthiques de ce type, le capitalisme de marché a franchi la frontière qui séparait le champ de la science de celui de la religion. L’étiquette de « religion » déplairait probablement à la plupart des capitalistes, mais, pour ce qui est des religions, le capitalisme peut au moins tenir la tête haute. À la différence des autres religions qui nous promettent un gâteau au ciel, le capitalisme promet des miracles ici, sur terre… et parfois même en accomplit. Le capitalisme mérite même des lauriers pour avoir réduit la violence humaine et accru la tolérance et la coopération. (…) La croissance économique peut-elle cependant se poursuivre éternellement ? L’économie ne finira-t-elle pas par être à court de ressources et par s’arrêter ? Pour assurer une croissance perpétuelle, il nous faut découvrir un stock de ressources inépuisable. Une solution consiste à explorer et à conquérir de nouvelles terres. Des siècles durant, la croissance de l’économie européenne et l’expansion du système capitaliste se sont largement nourries de conquêtes impériales outre-mer. Or le nombre d’îles et de continents est limité. Certains entrepreneurs espèrent finalement explorer et conquérir de nouvelles planètes, voire de nouvelles galaxies, mais, en attendant, l’économie moderne doit trouver une meilleure méthode pour poursuivre son expansion. (…) La véritable némésis de l’économie moderne est l’effondrement écologique. Le progrès scientifique et la croissance économique prennent place dans une biosphère fragile et, à mesure qu’ils prennent de l’ampleur, les ondes de choc déstabilisent l’écologie. Pour assurer à chaque personne dans le monde le même niveau de vie que dans la société d’abondance américaine, il faudrait quelques planètes de plus ; or nous n’avons que celle-ci. (…) Une débâcle écologique provoquera une ruine économique, des troubles politiques et une chute du niveau de vie. Elle pourrait bien menacer l’existence même de la civilisation humaine. (…) Nous pourrions amoindrir le danger en ralentissant le rythme du progrès et de la croissance. Si cette année les investisseurs attendent un retour de 6 % sur leurs portefeuilles, dans dix ans ils pourraient apprendre à se satisfaire de 3 %, puis de 1 % dans vingt ans ; dans trente ans, l’économie cessera de croître et nous nous contenterons de ce que nous avons déjà. Le credo de la croissance s’oppose pourtant fermement à cette idée hérétique et il suggère plutôt d’aller encore plus vite. Si nos découvertes déstabilisent l’écosystème et menacent l’humanité, il nous faut découvrir quelque chose qui nous protège. Si la couche d’ozone s’amenuise et nous expose au cancer de la peau, à nous d’inventer un meilleur écran solaire et de meilleurs traitements contre le cancer, favorisant ainsi l’essor de nouvelles usines de crèmes solaires et de centres anticancéreux. Si les nouvelles industries polluent l’atmosphère et les océans, provoquant un réchauffement général et des extinctions massives, il nous appartient de construire des mondes virtuels et des sanctuaires high-tech qui nous offriront toutes les bonnes choses de la vie, même si la planète devient aussi chaude, morne et polluée que l’enfer. (…) L’humanité se trouve coincée dans une course double. D’un côté, nous nous sentons obligés d’accélérer le rythme du progrès scientifique et de la croissance économique. Un milliard de Chinois et un milliard d’Indiens aspirent au niveau de vie de la classe moyenne américaine, et ils ne voient aucune raison de brider leurs rêves quand les Américains ne sont pas disposés à renoncer à leurs 4×4 et à leurs centres commerciaux. D’un autre côté, nous devons garder au moins une longueur d’avance sur l’Armageddon écologique. Mener de front cette double course devient chaque année plus difficile, parce que chaque pas qui rapproche l’habitant des bidonvilles de Delhi du rêve américain rapproche aussi la planète du gouffre. (…) Qui sait si la science sera toujours capable de sauver simultanément l’économie du gel et l’écologie du point d’ébullition. Et puisque le rythme continue de s’accélérer, les marges d’erreur ne cessent de se rétrécir. Si, précédemment, il suffisait d’une invention stupéfiante une fois par siècle, nous avons aujourd’hui besoin d’un miracle tous les deux ans. (…) Paradoxalement, le pouvoir même de la science peut accroître ledanger, en rendant les plus riches complaisants. (…) Trop de politiciens et d’électeurs pensent que, tant que l’économie poursuit sa croissance, les ingénieurs et les hommes de science pourront toujours la sauver du jugement dernier. S’agissant du changement climatique, beaucoup de défenseurs de la croissance ne se contentent pas d’espérer des miracles : ils tiennent pour acquis que les miracles se produiront. (…) Même si les choses tournent au pire, et que la science ne peut empêcher le déluge, les ingénieurs pourraient encore construire une arche de Noé high-tech pour la caste supérieure, et laisser les milliards d’autres hommes se noyer. La croyance en cette arche high-tech est actuellement une des plus grosses menaces sur l’avenir de l’humanité et de tout l’écosystème. (…) Et les plus pauvres ? Pourquoi ne protestent-ils pas ? Si le déluge survient un jour, ils en supporteront le coût, mais ils seront aussi les premiers à faire les frais de la stagnation économique. Dans un monde capitaliste, leur vie s’améliore uniquement quand l’économie croît. Aussi est-il peu probable qu’ils soutiennent des mesures pour réduire les menaces écologiques futures fondées sur le ralentissement de la croissance économique actuelle. Protéger l’environnement est une très belle idée, mais ceux qui n’arrivent pas à payer leur loyer s’inquiètent bien davantage de leur découvert bancaire que de la fonte de la calotte glaciaire. (…) Même si nous continuons de courir assez vite et parvenons à parer à la foi l’effondrement économique et la débâcle écologique, la course elle-même crée d’immenses problèmes. (…) Sur un plan collectif, les gouvernements, les entreprises et les organismes sont encouragés à mesurer leur succès en termes de croissance et à craindre l’équilibre comme le diable. Sur le plan individuel, nous sommes constamment poussés à accroître nos revenus et notre niveau de vie. Même si vous êtes satisfait de votre situation actuelle, vous devez rechercher toujours plus. Le luxe d’hier devient nécessité d’aujourd’hui. (…) Le deal moderne nous promettait un pouvoir sans précédent. La promesse a été tenue. Mais à quel prix ? Yuval Harari
Les outils dont l’homme dispose aujourd’hui sont infiniment plus puissants que tous ceux qu’il a connus auparavant. Ces outils, l’homme est parfaitement capable de les utiliser de façon égoïste et rivalitaire. Ce qui m’intéresse, c’est cet accroissement de la puissance de l’homme sur le réel. Les statistiques de production et de consommation d’énergie sont en progrès constant, et la rapidité d’augmentation de ce progrès augmente elle aussi constamment, dessinant une courbe parfaite, presque verticale. C’est pour moi une immense source d’effroi tant les hommes, essentiellement, restent des rivaux, rivalisant pour le même objet ou la même gloire – ce qui est la même chose. Nous sommes arrivés à un stade où le milieu humain est menacé par la puissance même de l’homme. Il s’agit avant tout de la menace écologique, des armes et des manipulations biologiques. (…) Loin d’être absurdes ou impensables, les grands textes eschatologiques – ceux des Évangiles synoptiques, en particulier Matthieu, chapitre 24, et Marc, chapitre 13 –, sont d’une actualité saisissante. La science moderne a séparé la nature et la culture, alors qu’on avait défini la religion comme le tonnerre de Zeus, etc. Dans les textes apocalyptiques, ce qui frappe, c’est ce mélange de nature et de culture ; les guerres et rumeurs de guerre, le fracas de la mer et des flots ne forment qu’un. Or si nous regardons ce qui se passe autour de nous, si nous nous interrogeons sur l’action des hommes sur le réel, le réchauffement global, la montée du niveau la mer, nous nous retrouvons face à un univers où les choses naturelles et culturelles sont confondues. La science elle-même le reconnaît. J’ai voulu radicaliser cet aspect apocalyptique. Je pense que les gens sont trop rassurés. Ils se rassurent eux-mêmes. L’homme est comme un insecte qui fait son nid ; il fait confiance à l’environnement. La créature fait toujours confiance à l’environnement… Le rationalisme issu des Lumières continue aussi à rassurer. (…) La Chine a favorisé le développement de l’automobile. Cette priorité dénote une rivalité avec les Américains sur un terrain très redoutable ; la pollution dans la région de Shanghai est effrayante. Mais avoir autant d’automobiles que l’Amérique est un but dont il est, semble-t-il, impossible de priver les hommes. L’Occident conseille aux pays en voie de développement et aux pays les plus peuplés du globe, comme la Chine et l’Inde, de ne pas faire la même chose que lui ! Il y a là quelque chose de paradoxal et de scandaleux pour ceux auxquels ces conseils s’adressent. Aux États-Unis, les politiciens vous diront tous qu’ils sont d’accord pour prendre des mesures écologiques si elles ne touchent pas les accroissements de production. Or, s’il y a une partie du monde qui n’a pas besoin d’accroissement de production, c’est bien les États-Unis ; le profit individuel et les rivalités, qui ne sont pas immédiatement guerrières et destructrices mais qui le seront peut-être indirectement, et de façon plus massive encore, sont sacrées ; pas question de les toucher. Que faut-il pour qu’elles cessent d’être sacrées ? Il n’est pas certain que la situation actuelle, notamment la disparition croissante des espèces, soit menaçante pour la vie sur la planète, mais il y a une possibilité très forte qu’elle le soit. Ne pas prendre de précaution, alors qu’on est dans le doute, est dément. Des mesures écologiques sérieuses impliqueraient des diminutions de production. Mais ce raisonnement ne joue pas dans l’écologie, l’humanité étant follement attachée à ce type de concurrence qui structure en particulier la réalité occidentale, les habitudes de vie, de goût de l’humanité dite « développée ». René Girard

Attention: un culte du cargo peut en cacher un autre !

A l’heure où au nom d’une prétendue science hautement selective et de plus en plus douteuse

Et où après avoir ruiné, à coup de délocalisations et d’immigration sauvages,  leurs emplois et leurs vies …

Entre deux petites virées à l’autre bout du monde et des annonces de centaines de milliards de dépenses pour reverdir nos économies …

Nos ayatollahs du climat et intermittents du jetset « de la fin  du monde » font feu de tout bois contre la France ou l’Amérique « de la fin du mois » qui « fume des clopes et roule en diesel » …

Pendant que pour rattraper tant d’injustices face à l’inextricable dilemme entre environnement et emplois, nos populistes tentent de relancer encore plus fort la folle machine de la croissance à tout prix …

Ou nos nouveaux prêtres du transhumanisme multiplient littéralement les promesses en l’air sur l’éventuelle colonisation de l’une ou l’autre des autres planètes de notre système solaire …

Comment ne pas repenser …

Après le feu prix Nobel de physique américain Richard Feynman

Qui dès les années 70 nous en avait averti …

A la pseudoscience ou nouvelle pensée magique qu’est en train de devenir la science dont nos sociétés ont fait rien de moins qu’une nouvelle religion …

Qu’il avait en son temps qualifiée de « science du culte cargo » (improprement dit « culte du cargo » en français, en référence aux bateaux du même nom, alors que le mot anglais, proche du français « cargaison », fait en réalité référence aux marchandises ou aux biens matériels) …

Car ayant quitté, dans une approche non réfléchie et ritualiste, son enracinement dans l’expérience et de plus en plus tentée, sous la pression politique et médiatique, de ne garder que le nom et l’apparence de la méthode scientifique …

A la manière de ces sortes de versions modernisées des antiques danses de la pluie des habitants de certaines petites iles mélanésiennes de la seconde guerre mondiale…

Où observant une corrélation entre l’appel du radio et l’arrivée d’une cargaison de vivres et d’objets manufacturés ou entre l’existence d’une piste et l’arrivée d’avions …

Ces derniers s’étaient mis, on le sait, à construire un culte fait de simulacre de radio et de fausses pistes d’atterrissage, espérant ainsi que l’existence de moyens ferait venir les biens matériels occidentaux désirés tout en dilapidant, en pure perte, leurs propres maigres ressources ?

Mais comment ne pas voir aussi …

Avec de Jonas, Anders, Jaspers à Dupuy, nos penseurs du dilemme du prophète de malheur dont « l’impair pourrait être le mérite » …

Et notre regretté anthropologue français René Girard

Ou plus récemment l’historien israélien Yuval Harari

A la fois fascinés par la formidable capacité de notre monde moderne à désamorcer la puissance conflictuelle de la rivalité mimétique en rendant les mêmes marchandises accessibles à tous …

Et effrayés par la tout aussi formidable puissance des outils dont nous disposons …

Qui entre menace écologique, armes et manipulations biologiques proprement apocalyptiques

Menacent notre propre milieu naturel avec l’entrée dans la danse, mimétisme planétaire oblige, des milliards de Chinois, Indiens ou autres jusque là laissés pour compte  …

Dans une fuite en avant que suppose notre système même puisqu’il ne vit que par l’innovation et la croissance perpétuelles …

Et qui à terme, au nom de la désormais sacro-sainte croissance mais aussi du fait de la simple accoutumance poussant comme pour les drogues à toujours plus de consommation pour conserver les mêmes effets, ne peut qu’engloutir les ressources de la terre …

A la manière de ces Aztèques qui à la veille de leur inévitable défaite devant Cortès…

Multipliaient, jusqu’à des dizaines de milliers par an, le nombre des victimes de leurs sacrifices humains ?

Obama administration scientist says climate ‘emergency’ is based on fallacy

‘The Science,” we’re told, is settled. How many times have you heard it?

Humans have broken the earth’s climate. Temperatures are rising, sea level is surging, ice is disappearing, and heat waves, storms, droughts, floods, and wildfires are an ever-worsening scourge on the world. Greenhouse gas emissions are causing all of this. And unless they’re eliminated promptly by radical changes to society and its energy systems, “The Science” says Earth is doomed. 

Yes, it’s true that the globe is warming, and that humans are exerting a warming influence upon it. But beyond that — to paraphrase the classic movie “The Princess Bride” — “I do not think ‘The Science’ says what you think it says.”

For example, both research literature and government reports state clearly that heat waves in the US are now no more common than they were in 1900, and that the warmest temperatures in the US have not risen in the past fifty years. When I tell people this, most are incredulous. Some gasp. And some get downright hostile.

These are almost certainly not the only climate facts you haven’t heard. Here are three more that might surprise you, drawn from recent published research or assessments of climate science published by the US government and the UN:

  •  Humans have had no detectable impact on hurricanes over the past century.
  • Greenland’s ice sheet isn’t shrinking any more rapidly today than it was 80 years ago.
  • The global area burned by wildfires has declined more than 25 percent since 2003 and 2020 was one of the lowest years on record.

Why haven’t you heard these facts before?

Most of the disconnect comes from the long game of telephone that starts with the research literature and runs through the assessment reports to the summaries of the assessment reports and on to the media coverage. There are abundant opportunities to get things wrong — both accidentally and on purpose — as the information goes through filter after filter to be packaged for various audiences. The public gets their climate information almost exclusively from the media; very few people actually read the assessment summaries, let alone the reports and research papers themselves. That’s perfectly understandable — the data and analyses are nearly impenetrable for non-experts, and the writing is not exactly gripping. As a result, most people don’t get the whole story.

Policymakers, too, have to rely on information that’s been put through several different wringers by the time it gets to them. Because most government officials are not themselves scientists, it’s up to scientists to make sure that those who make key policy decisions get an accurate, complete and transparent picture of what’s known (and unknown) about the changing climate, one undistorted by “agenda” or “narrative.” Unfortunately, getting that story straight isn’t as easy as it sounds.

I should know. That used to be my job.

I’m a scientist — I work to understand the world through measurements and observations, and then to communicate clearly both the excitement and the implications of that understanding. Early in my career, I had great fun doing this for esoteric phenomena in the realm of atoms and nuclei using high-performance computer modeling (which is also an important tool for much of climate science). But beginning in 2004, I spent about a decade turning those same methods to the subject of climate and its implications for energy technologies. I did this first as chief scientist for the oil company BP, where I focused on advancing renewable energy, and then as undersecretary for science in the Obama administration’s Department of Energy, where I helped guide the government’s investments in energy technologies and climate science. I found great satisfaction in these roles, helping to define and catalyze actions that would reduce carbon dioxide emissions, the agreed-upon imperative that would “save the planet.”

But doubts began in late 2013 when I was asked by the American Physical Society to lead an update of its public statement on climate. As part of that effort, in January 2014 I convened a workshop with a specific objective: to “stress test” the state of climate science.

I came away from the APS workshop not only surprised, but shaken by the realization that climate science was far less mature than I had supposed. Here’s what I discovered:

Humans exert a growing, but physically small, warming influence on the climate. The results from many different climate models disagree with, or even contradict, each other and many kinds of observations. In short, the science is insufficient to make useful predictions about how the climate will change over the coming decades, much less what effect our actions will have on it. 

In the seven years since that workshop, I watched with dismay as the public discussions of climate and energy became increasingly distant from the science. Phrases like “climate emergency,” “climate crisis” and “climate disaster” are now routinely bandied about to support sweeping policy proposals to “fight climate change” with government interventions and subsidies. Not surprisingly, the Biden administration has made climate and energy a major priority infused throughout the government, with the appointment of John Kerry as climate envoy and proposed spending of almost $2 trillion dollars to fight this “existential threat to humanity.”

Trillion-dollar decisions about reducing human influences on the climate should be informed by an accurate understanding of scientific certainties and uncertainties. My late Nobel-prizewinning Caltech colleague Richard Feynman was one of the greatest physicists of the 20th century. At the 1974 Caltech commencement, he gave a now famous address titled “Cargo Cult Science” about the rigor scientists must adopt to avoid fooling not only themselves. “Give all of the information to help others to judge the value of your contribution; not just the information that leads to judgment in one particular direction or another,” he implored.

Much of the public portrayal of climate science ignores the great late physicist’s advice. It is an effort to persuade rather than inform, and the information presented withholds either essential context or what doesn’t “fit.” Scientists write and too-casually review the reports, reporters uncritically repeat them, editors allow that to happen, activists and their organizations fan the fires of alarm, and experts endorse the deception by keeping silent.

As a result, the constant repetition of these and many other climate fallacies are turned into accepted truths known as “The Science.”

This article is an adapted excerpt from Dr. Koonin’s book, “Unsettled: What Climate Science Tells Us, What It Doesn’t, and Why It Matters” (BenBella Books), out May 4.

Voir aussi:

‘Unsettled’ Review: The ‘Consensus’ On Climate
A top Obama scientist looks at the evidence on warming and CO2 emissions and rebuts much of the dominant political narrative.
Mark P. Mills
The Wall Street Journal
April 25, 2021

Physicist Steven Koonin kicks the hornet’s nest right out of the gate in “Unsettled.” In the book’s first sentences he asserts that “the Science” about our planet’s climate is anything but “settled.” Mr. Koonin knows well that it is nonetheless a settled subject in the minds of most pundits and politicians and most of the population.

Further proof of the public’s sentiment: Earlier this year the United Nations Development Programme published the mother of all climate surveys, titled “The Peoples’ Climate Vote.” With more than a million respondents from 50 countries, the survey, unsurprisingly, found “64% of people said that climate change was an emergency.”

But science itself is not conducted by polls, regardless of how often we are urged to heed a “scientific consensus” on climate. As the science-trained novelist Michael Crichton summarized in a famous 2003 lecture at Caltech: “If it’s consensus, it isn’t science. If it’s science, it isn’t consensus. Period.” Mr. Koonin says much the same in “Unsettled.”

The book is no polemic. It’s a plea for understanding how scientists extract clarity from complexity. And, as Mr. Koonin makes clear, few areas of science are as complex and multidisciplinary as the planet’s climate.

But Mr. Koonin is no “climate denier,” to use the concocted phrase used to shut down debate. The word “denier” is of course meant to associate skeptics of climate alarmism with Holocaust deniers. Mr. Koonin finds this label particularly abhorrent, since “the Nazis killed more than two hundred of my relatives in Eastern Europe.” As for “denying,” Mr. Koonin makes it clear, on the book’s first page, that “it’s true that the globe is warming, and that humans are exerting a warming influence upon it.”

The heart of the science debate, however, isn’t about whether the globe is warmer or whether humanity contributed. The important questions are about the magnitude of civilization’s contribution and the speed of changes; and, derivatively, about the urgency and scale of governmental response. Mr. Koonin thinks most readers will be surprised at what the data show. I dare say they will.

As Mr Koonin illustrates, tornado frequency and severity are also not trending up; nor are the number and severity of droughts. The extent of global fires has been trending significantly downward. The rate of sea-level rise has not accelerated. Global crop yields are rising, not falling. And while global atmospheric CO2 levels are obviously higher now than two centuries ago, they’re not at any record planetary high—they’re at a low that has only been seen once before in the past 500 million years.

Mr. Koonin laments the sloppiness of those using local weather “events” to make claims about long-cycle planetary phenomena. He chastises not so much local news media as journalists with prestigious national media who should know better. This attribution error evokes one of Mr. Koonin’s rare rebukes: “Pointing to hurricanes as an example of the ravages of human-caused climate change is at best unconvincing, and at worst plainly dishonest.”

When it comes to the vaunted computer models, Mr. Koonin is persuasively skeptical. It’s a big problem, he says, when models can’t retroactively “predict” events that have already happened. And he notes that some of the “tuning” done to models so that they work better amounts to “cooking the books.” He should know, having written one of the first textbooks on using computers to model physics phenomena.

Mr. Koonin’s science credentials are impeccable—unlike, say, those of one well-known Swedish teenager to whom the media affords great attention on climate matters. He has been a professor of physics at Caltech and served as the top scientist in Barack Obama’s Energy Department. The book is copiously referenced and relies on widely accepted government documents.

Since all the data that Mr. Koonin uses are available to others, he poses the obvious question: “Why haven’t you heard these facts before?” He is cautious, perhaps overly so, in proposing the causes for so much misinformation. He points to such things as incentives to invoke alarm for fundraising purposes and official reports that “mislead by omission.” Many of the primary scientific reports, he observes repeatedly, are factual. Still, “the public gets their climate information almost exclusively from the media; very few people actually read the assessment summaries.”

Mr. Koonin says that he knows he’ll be criticized, even “attacked.” You can’t blame him for taking a few pages to shadow box with his critics. But even if one remains unconvinced by his arguments, the right response is to debate the science. We’ll see if that happens in a world in which politicians assert the science is settled and plan astronomical levels of spending to replace the nation’s massive infrastructures with “green” alternatives. Never have so many spent so much public money on the basis of claims that are so unsettled. The prospects for a reasoned debate are not good. Good luck, Mr. Koonin.

Mr. Mills, a senior fellow at the Manhattan Institute, is the author of “Digital Cathedrals” and a forthcoming book on how the cloud and new technologies will create an economic boom.

Voir également:

ANTICIPATION

Culte du Cargo : contagion des collectivités aux Etats

Luc Brunet

MAP

Mars 2012

Pur produit des sociétés dans lesquelles les élites ignorent que les processus culturels précèdent le succès, le Culte du Cargo, qui consiste à investir dans une infrastructure dont est dotée une société prospère en espérant que cette acquisition produise les mêmes effets pour soi, fut l’un des moteurs des emprunts toxiques des collectivités locales. L’expression a été popularisée lors de la seconde guerre mondiale, quand elle s’est exprimée par de fausses infrastructures créées par les insulaires et destinées à attirer les cargos. En 2012, le Culte du Cargo tendra à se généraliser au niveau des Etats.

En septembre 2011, dans l’orbite des difficultés de DEXIA, les personnes qui ne lisent pas le GEAB découvraient avec stupéfaction que des milliers de collectivités locales étaient exposées à des emprunts toxiques1. En décembre, un rapport parlementaire français2 évalue le désastre à 19 Milliards d’euros, près du double de ce qu’estimait la Cours des Comptes six mois plus tôt. Les collectivités représentent, en France par exemple, 70% de l’investissement public3, soit 51,7 milliards d’euros en 2010 (-2,1% par rapport à 2009).

Les collectivités ont développé une addiction à la dépense4 et, comme les ménages victimes plus ou moins conscientes des subprimes, elles ont facilement trouvé un dealer pour leur répondre5. Les causes en sont assez évidentes : multiplication des élus locaux n’ayant pas toujours de compétences techniques et encore moins financières, peu ou pas formés, tenus parfois par leur administration devenue maîtresse des lieux, et engagés dans une concurrence à la visibilité entre la ville, l’agglomération, le département à qui voudra montrer qu’il construit ou qu’il anime plus et mieux que l’autre, dans une relation finalement assez féodale. L’Italie a prévu une baisse de 3 milliards d’euros des subventions aux collectivités, la Suède et le Royaume-Uni6(dont les collectivités avaient par ailleurs été exposées aux faillites des institutions financières islandaises7) s’engagent aussi dans un douloureux sevrage, dans l’optique de gagner en stabilité financière ce qui risque fort d’être perdu en autonomie.

Il serait sans doute erroné de porter l’opprobre sur les élus locaux ou même sur les banques, car il s’agit là de la manifestation d’une tendance de fond très profonde et très simple qui a à faire avec le désir mimétique et le Culte du Cargo. Ce dernier fut particulièrement évident en Océanie pendant la seconde guerre mondiale, où des habitants des îles observant une corrélation entre l’appel du radio et l’arrivée d’un cargo de vivres, ou bien entre l’existence d’une piste et l’arrivée d’avions, se mirent à construire un culte fait de simulacre de radio et de fausses pistes d’atterrissage, espérant ainsi que l’existence de moyens ferait venir l’objet désiré.

Il s’agit d’un phénomène général, comme par exemple en informatique lorsque l’on recopie une procédure que l’on ne comprend pas dans son propre programme, en espérant qu’elle y produise le même effet que dans son programme d’origine.

Un exemple emblématique est celui de Flint, Michigan. La fermeture brutale des usines General Motors a vu la patrie de Michael Moore perdre 25.000 habitants et se paupériser, la population étant pratiquement divisée par deux entre 1960 et 2010. Il s’agit évidemment là d’une distillation : la crise provoque l’évaporation de l’esprit (c’est-à-dire des talents) qui s’envole vers d’autres lieux plus prospères tandis que se concentrent les problèmes et la pauvreté dans la cité autrefois bénie par son parrain industriel. C’est alors que la bénédiction devient un baiser de la mort puisque, dans leur prospérité, ses élus n’ont pas réfléchi ni vu les tendances de fond pourtant évidentes de la mondialisation. C’est alors qu’arrive l’idée de Six Flags Autoworld. Ce parc d’attraction automobile, supposé être “La renaissance de la Grande Cité de Flint” selon le gouverneur du Michigan J. Blanchard, ouvre en 1984. Un an et 80 millions de dollars plus loin, le parc ferme et il sera finalement détruit en 1997.8

Bien que paradoxale, l’addiction à la dette est synchrone avec les difficultés financières et correspond peut-être inconsciemment à l’instinct du joueur à se “refaire”9. Ce qui est toutefois plus grave est, d’une part, l’hallucination collective qui permet le phénomène de Culte du Cargo, mais aussi l’absence totale de contre-pouvoir à cette pensée devenue unique, voire magique. Le Culte du Cargo aggrave toujours la situation.
La raison est aussi simple que diabolique : les prêtres du Culte du Cargo dépensent pour acheter des infrastructures similaires à ce qu’ils ont vu ailleurs dans l’espoir d’attirer la fortune sur leur tribu. Malheureusement, dans le même temps, les “esprits” qui restaient dans la tribu se sont enfuis ou se taisent devant la pression de la foule en attente de miracle. Alors, les élites, qui ignorent totalement que derrière l’apparent résultat se cachent des processus culturels complexes qu’ils ne comprennent pas, se dotent d’un faux aéroport ou d’une fausse radio et dilapident ainsi, en pure perte, leurs dernières ressources.
Il serait injuste de penser que ce phénomène ne concerne que des populations peu avancées. En 1974, Richard Feynman dénonça la “Cargo Cult Science” lors d’un discours à Caltech10.
Les collectivités confrontées à une concurrence pour la population organisent agendas et ateliers (en fait des brainstormings) pour évoquer les raisons de leurs handicaps par rapport à d’autres. Il suit généralement une liste de solutions précédées de “Il faut” : de la Recherche, des Jeunes, des Cadres, une communauté homosexuelle, une patinoire, une piscine, le TGV, un festival, une équipe sportive onéreuse, son gymnase…Tout cela est peut-être vrai, mais cela revient à confondre les effets avec les processus requis pour les obtenir.
Comme nul ne comprend les processus culturels qui ont conduit à ce qu’une collectivité réussisse, il est plus facile de croire que boire le café de Georges Clooney vous apportera le même succès. Rien de nouveau ici : la publicité et ses 700 milliards de dollars de budget mondial annuel manipule cela depuis le début de la société de consommation.
Routes menant à des plateformes logistiques ou des zones industrielles jamais construites, bureaux vides, duplication des infrastructures (piscines, technopoles, pépinières…) à quelques mètres les unes des autres, le Culte du Cargo nous coûte cher : il faut que cela se voit, même si cela ne sert à rien. Malheureusement, les vraies actions de création des processus culturels et sociaux ne se voient généralement pas aussi bien qu’un beau bâtiment tout neuf.
Le processus suit trois étapes et retour : crise, fuite ou éviction des rationnels, rituel de brainstorming puis Culte du Cargo et investissement, qui conduisent enfin à une aggravation de la crise.
Ainsi, les pôles de compétitivité marchent d’autant mieux qu’ils viennent seulement labelliser un système culturel déjà préexistant. Lorsqu’ils sont des créations dans l’urgence, en hydroponique, par la volonté rituelle de reproduire, leurs effets relèvent de l’espoir, non d’une stratégie. Le culte du Cargo est une façon pour les collectivités prises au sens large de ne pas se poser la question véritable : Est-ce que chacune d’entre elles peut de manière identique accéder au même destin dans la société de la connaissance ?
2012 : les Indiens fuient-ils les Amériques ?
Le monde occidental est, contrairement à l’idée reçue, une société dont le moteur est l’inégalité. La compétition pour l’attractivité de la “meilleure” population fait rage et elle a été, tout le XXème siècle, à l’avantage des Etats-Unis. Une des raisons profondes à l’étrange résilience du dollar et à la curieuse faiblesse de l’Euro est l’irrationnel pari de la plus grande attractivité des Etats-Unis pour les compétences.
Depuis la création du G20, il y a au moins quatre “New kids in Town”, les BRICs. Si l’un des révélateurs d’un engrenage de type cargo est la fuite des cerveaux, alors, même si elle ne bat pas encore son plein, l’Occident, et particulièrement les Etats-Unis, risque fort de perdre une part de ses élites asiatiques. La multiplication des études, notamment de la part des institutions académiques indiennes, est révélatrice quant à elle d’une actualité
Si beaucoup des informaticiens des Etats-Unis sont Indiens, parfois mal dans leur peau aux USA11, et qu’une part croissante est maintenant attirée par un retour121314 dans une Inde démocratique et en train de gérer son problème de corruption, les deux premières phases du processus sont déjà bien engagées.
Il reste l’étape du rituel de brainstorming visant à étudier les conditions du succès Suisse, Chinois ou autre, pour que les idées de dépenses les plus incohérentes soient lancées
2012 : Contagion du Culte du Cargo aux Etats
Les campagnes électorales de 2012 seront un révélateur. S’il reste encore quelques esprits pour dire que la mise en place, coûteuse et dérangeante, des actions visant à rétablir les processus culturels conduisant à la création de richesse concrète, c’est-à-dire vendables à d’autres, alors l’Occident aura vécu un de ses énièmes rebonds civilisationnels. Si nous observons des investissements déraisonnables d’un point de vue thermodynamique, dans des infrastructures énergétiques décoratives mais inefficaces, ou bien dans de faux projets d’apparat visant à renforcer l’attractivité perdue, il faudra boire jusqu’à la lie le jus amer de la crise.
Ainsi, la tentation française de copier les mesures allemandes qui ont conduit au succès, sans que les dirigeants français aient vraiment compris pourquoi, mais en espérant les mêmes bénéfices, peut être considérée comme une expression du Culte du Cargo. C’est en effet faire fi des processus culturels engagés depuis des décennies en Allemagne et qui ont conduit à une culture de la négociation sociale et à des syndicats représentatifs.
En période de crise, il faudrait toujours prouver l’utilité des actions, pas le caractère publicitaire qu’elles pourraient avoir. En 2012, il faudra sans doute, dans les pays où des élections vont avoir lieu, poser la question du pourquoi des investissements. Les candidats proposant de séduisants mais coûteux gadgets devront être questionnés par les journalistes sur leur analyse.15
Dernières nouvelles de Flint, en novembre 2011, le gouverneur confirme l’état d’urgence financière de la ville15. Contrairement à ce que veulent faire croire les prêtres du Culte du Cargo, les danses de la pluie ne marchent pas, il faut réfléchir.13
Voir de même:

Cargo Cult Science

Richard P. Feynman

Caltech

1974

Some remarks on science, pseudoscience, and learning how to not fool yourself. Caltech’s 1974 commencement address.

During the Middle Ages there were all kinds of crazy ideas, such as that a piece of rhinoceros horn would increase potency. (Another crazy idea of the Middle Ages is these hats we have on today—which is too loose in my case.) Then a method was discovered for separating the ideas—which was to try one to see if it worked, and if it didn’t work, to eliminate it. This method became organized, of course, into science. And it developed very well, so that we are now in the scientific age. It is such a scientific age, in fact, that we have difficulty in understanding how­ witch doctors could ever have existed, when nothing that they proposed ever really worked—or very little of it did.

But even today I meet lots of people who sooner or later get me into a conversation about UFO’s, or astrology, or some form of mysticism, expanded consciousness, new types of awareness, ESP, and so forth. And I’ve concluded that it’s not a scientific world.

Most people believe so many wonderful things that I decided to investigate why they did. And what has been referred to as my curiosity for investigation has landed me in a difficulty where I found so much junk to talk about that I can’t do it in this talk. I’m overwhelmed. First I started out by investigating various ideas of mysticism, and mystic experiences. I went into isolation tanks (they’re dark and quiet and you float in Epsom salts) and got many hours of hallucinations, so I know something about that. Then I went to Esalen, which is a hotbed of this kind of thought (it’s a wonderful place; you should go visit there). Then I became overwhelmed. I didn’t realize how much there was.

I was sitting, for example, in a hot bath and there’s another guy and a girl in the bath. He says to the girl, “I’m learning massage and I wonder if I could practice on you?” She says OK, so she gets up on a table and he starts off on her foot—working on her big toe and pushing it around. Then he turns to what is apparently his instructor, and says, “I feel a kind of dent. Is that the pituitary?” And she says, “No, that’s not the way it feels.” I say, “You’re a hell of a long way from the pituitary, man.” And they both looked at me—I had blown my cover, you see—and she said, “It’s reflexology.” So I closed my eyes and appeared to be meditating.

That’s just an example of the kind of things that overwhelm me. I also looked into extrasensory perception and PSI phenomena, and the latest craze there was Uri Geller, a man who is supposed to be able to bend keys by rubbing them with his finger. So I went to his hotel room, on his invitation, to see a demonstration of both mind reading and bending keys. He didn’t do any mind reading that succeeded; nobody can read my mind, I guess. And my boy held a key and Geller rubbed it, and nothing happened. Then he told us it works better under water, and so you can picture all of us standing in the bathroom with the water turned on and the key under it, and him rubbing the key with his finger. Nothing happened. So I was unable to investigate that phenomenon.

But then I began to think, what else is there that we believe? (And I thought then about the witch doctors, and how easy it would have been to check on them by noticing that nothing really worked.) So I found things that even more people believe, such as that we have some knowledge of how to educate. There are big schools of reading methods and mathematics methods, and so forth, but if you notice, you’ll see the reading scores keep going down—or hardly going up—in spite of the fact that we continually use these same people to improve the methods. There’s a witch doctor remedy that doesn’t work. It ought to be looked into: how do they know that their method should work? Another example is how to treat criminals. We obviously have made no progress—lots of theory, but no progress—in decreasing the amount of crime by the method that we use to handle criminals.

Yet these things are said to be scientific. We study them. And I think ordinary people with commonsense ideas are intimidated by this pseudoscience. A teacher who has some good idea of how to teach her children to read is forced by the school system to do it some other way—or is even fooled by the school system into thinking that her method is not necessarily a good one. Or a parent of bad boys, after disciplining them in one way or another, feels guilty for the rest of her life because she didn’t do “the right thing,” according to the experts.

So we really ought to look into theories that don’t work, and science that isn’t science.

I tried to find a principle for discovering more of these kinds of things, and came up with the following system. Any time you find yourself in a conversation at a cocktail party—in which you do not feel uncomfortable that the hostess might come around and say, “Why are you fellows talking shop?’’ or that your wife will come around and say, “Why are you flirting again?”—then you can be sure you are talking about something about which nobody knows anything.

Using this method, I discovered a few more topics that I had forgotten—among them the efficacy of various forms of psychotherapy. So I began to investigate through the library, and so on, and I have so much to tell you that I can’t do it at all. I will have to limit myself to just a few little things. I’ll concentrate on the things more people believe in. Maybe I will give a series of speeches next year on all these subjects. It will take a long time.

I think the educational and psychological studies I mentioned are examples of what I would like to call Cargo Cult Science. In the South Seas there is a Cargo Cult of people. During the war they saw airplanes land with lots of good materials, and they want the same thing to happen now. So they’ve arranged to make things like runways, to put fires along the sides of the runways, to make a wooden hut for a man to sit in, with two wooden pieces on his head like headphones and bars of bamboo sticking out like antennas—he’s the controller—and they wait for the airplanes to land. They’re doing everything right. The form is perfect. It looks exactly the way it looked before. But it doesn’t work. No airplanes land. So I call these things Cargo Cult Science, because they follow all the apparent precepts and forms of scientific investigation, but they’re missing something essential, because the planes don’t land.

Now it behooves me, of course, to tell you what they’re missing. But it would he just about as difficult to explain to the South Sea Islanders how they have to arrange things so that they get some wealth in their system. It is not something simple like telling them how to improve the shapes of the earphones. But there is one feature I notice that is generally missing in Cargo Cult Science. That is the idea that we all hope you have learned in studying science in school—we never explicitly say what this is, but just hope that you catch on by all the examples of scientific investigation. It is interesting, therefore, to bring it out now and speak of it explicitly. It’s a kind of scientific integrity, a principle of scientific thought that corresponds to a kind of utter honesty—a kind of leaning over backwards. For example, if you’re doing an experiment, you should report everything that you think might make it invalid—not only what you think is right about it: other causes that could possibly explain your results; and things you thought of that you’ve eliminated by some other experiment, and how they worked—to make sure the other fellow can tell they have been eliminated.

Details that could throw doubt on your interpretation must be given, if you know them. You must do the best you can—if you know anything at all wrong, or possibly wrong—to explain it. If you make a theory, for example, and advertise it, or put it out, then you must also put down all the facts that disagree with it, as well as those that agree with it. There is also a more subtle problem. When you have put a lot of ideas together to make an elaborate theory, you want to make sure, when explaining what it fits, that those things it fits are not just the things that gave you the idea for the theory; but that the finished theory makes something else come out right, in addition.

In summary, the idea is to try to give all of the information to help others to judge the value of your contribution; not just the information that leads to judgment in one particular direction or another.

The easiest way to explain this idea is to contrast it, for example, with advertising. Last night I heard that Wesson Oil doesn’t soak through food. Well, that’s true. It’s not dishonest; but the thing I’m talking about is not just a matter of not being dishonest, it’s a matter of scientific integrity, which is another level. The fact that should be added to that advertising statement is that no oils soak through food, if operated at a certain temperature. If operated at another temperature, they all will—including Wesson Oil. So it’s the implication which has been conveyed, not the fact, which is true, and the difference is what we have to deal with.

We’ve learned from experience that the truth will out. Other experimenters will repeat your experiment and find out whether you were wrong or right. Nature’s phenomena will agree or they’ll disagree with your theory. And, although you may gain some temporary fame and excitement, you will not gain a good reputation as a scientist if you haven’t tried to be very careful in this kind of work. And it’s this type of integrity, this kind of care not to fool yourself, that is missing to a large extent in much of the research in Cargo Cult Science.

A great deal of their difficulty is, of course, the difficulty of the subject and the inapplicability of the scientific method to the subject. Nevertheless, it should be remarked that this is not the only difficulty. That’s why the planes don’t land—but they don’t land.

We have learned a lot from experience about how to handle some of the ways we fool ourselves. One example: Millikan measured the charge on an electron by an experiment with falling oil drops and got an answer which we now know not to be quite right. It’s a little bit off, because he had the incorrect value for the viscosity of air. It’s interesting to look at the history of measurements of the charge of the electron, after Millikan. If you plot them as a function of time, you find that one is a little bigger than Millikan’s, and the next one’s a little bit bigger than that, and the next one’s a little bit bigger than that, until finally they settle down to a number which is higher.

Why didn’t they discover that the new number was higher right away? It’s a thing that scientists are ashamed of—this history—because it’s apparent that people did things like this: When they got a number that was too high above Millikan’s, they thought something must be wrong—and they would look for and find a reason why something might be wrong. When they got a number closer to Millikan’s value they didn’t look so hard. And so they eliminated the numbers that were too far off, and did other things like that. We’ve learned those tricks nowadays, and now we don’t have that kind of a disease.

But this long history of learning how to not fool ourselves—of having utter scientific integrity—is, I’m sorry to say, something that we haven’t specifically included in any particular course that I know of. We just hope you’ve caught on by osmosis.

The first principle is that you must not fool yourself—and you are the easiest person to fool. So you have to be very careful about that. After you’ve not fooled yourself, it’s easy not to fool other scientists. You just have to be honest in a conventional way after that.

I would like to add something that’s not essential to the science, but something I kind of believe, which is that you should not fool the layman when you’re talking as a scientist. I’m not trying to tell you what to do about cheating on your wife, or fooling your girlfriend, or something like that, when you’re not trying to be a scientist, but just trying to be an ordinary human being. We’ll leave those problems up to you and your rabbi. I’m talking about a specific, extra type of integrity that is not lying, but bending over backwards to show how you’re maybe wrong, that you ought to do when acting as a scientist. And this is our responsibility as scientists, certainly to other scientists, and I think to laymen.

For example, I was a little surprised when I was talking to a friend who was going to go on the radio. He does work on cosmology and astronomy, and he wondered how he would explain what the applications of this work were. “Well,” I said, “there aren’t any.” He said, “Yes, but then we won’t get support for more research of this kind.” I think that’s kind of dishonest. If you’re representing yourself as a scientist, then you should explain to the layman what you’re doing—and if they don’t want to support you under those circumstances, then that’s their decision.

One example of the principle is this: If you’ve made up your mind to test a theory, or you want to explain some idea, you should always decide to publish it whichever way it comes out. If we only publish results of a certain kind, we can make the argument look good. We must publish both kinds of result. For example—let’s take advertising again—suppose some particular cigarette has some particular property, like low nicotine. It’s published widely by the company that this means it is good for you—they don’t say, for instance, that the tars are a different proportion, or that something else is the matter with the cigarette. In other words, publication probability depends upon the answer. That should not be done.

I say that’s also important in giving certain types of government advice. Supposing a senator asked you for advice about whether drilling a hole should be done in his state; and you decide it would he better in some other state. If you don’t publish such a result, it seems to me you’re not giving scientific advice. You’re being used. If your answer happens to come out in the direction the government or the politicians like, they can use it as an argument in their favor; if it comes out the other way, they don’t publish it at all. That’s not giving scientific advice.

Other kinds of errors are more characteristic of poor science. When I was at Cornell. I often talked to the people in the psychology department. One of the students told me she wanted to do an experiment that went something like this—I don’t remember it in detail, but it had been found by others that under certain circumstances, X, rats did something, A. She was curious as to whether, if she changed the circumstances to Y, they would still do, A. So her proposal was to do the experiment under circumstances Y and see if they still did A.

I explained to her that it was necessary first to repeat in her laboratory the experiment of the other person—to do it under condition X to see if she could also get result A—and then change to Y and see if A changed. Then she would know that the real difference was the thing she thought she had under control.

She was very delighted with this new idea, and went to her professor. And his reply was, no, you cannot do that, because the experiment has already been done and you would be wasting time. This was in about 1935 or so, and it seems to have been the general policy then to not try to repeat psychological experiments, but only to change the conditions and see what happens.

Nowadays there’s a certain danger of the same thing happening, even in the famous field of physics. I was shocked to hear of an experiment done at the big accelerator at the National Accelerator Laboratory, where a person used deuterium. In order to compare his heavy hydrogen results to what might happen to light hydrogen he had to use data from someone else’s experiment on light hydrogen, which was done on different apparatus. When asked he said it was because he couldn’t get time on the program (because there’s so little time and it’s such expensive apparatus) to do the experiment with light hydrogen on this apparatus because there wouldn’t be any new result. And so the men in charge of programs at NAL are so anxious for new results, in order to get more money to keep the thing going for public relations purposes, they are destroying—possibly—the value of the experiments themselves, which is the whole purpose of the thing. It is often hard for the experimenters there to complete their work as their scientific integrity demands.

All experiments in psychology are not of this type, however. For example, there have been many experiments running rats through all kinds of mazes, and so on—with little clear result. But in 1937 a man named Young did a very interesting one. He had a long corridor with doors all along one side where the rats came in, and doors along the other side where the food was. He wanted to see if he could train the rats to go in at the third door down from wherever he started them off. No. The rats went immediately to the door where the food had been the time before.

The question was, how did the rats know, because the corridor was so beautifully built and so uniform, that this was the same door as before? Obviously there was something about the door that was different from the other doors. So he painted the doors very carefully, arranging the textures on the faces of the doors exactly the same. Still the rats could tell. Then he thought maybe the rats were smelling the food, so he used chemicals to change the smell after each run. Still the rats could tell. Then he realized the rats might be able to tell by seeing the lights and the arrangement in the laboratory like any commonsense person. So he covered the corridor, and, still the rats could tell.

He finally found that they could tell by the way the floor sounded when they ran over it. And he could only fix that by putting his corridor in sand. So he covered one after another of all possible clues and finally was able to fool the rats so that they had to learn to go in the third door. If he relaxed any of his conditions, the rats could tell.

Now, from a scientific standpoint, that is an A‑Number‑l experiment. That is the experiment that makes rat‑running experiments sensible, because it uncovers the clues that the rat is really using—not what you think it’s using. And that is the experiment that tells exactly what conditions you have to use in order to be careful and control everything in an experiment with rat‑running.

I looked into the subsequent history of this research. The subsequent experiment, and the one after that, never referred to Mr. Young. They never used any of his criteria of putting the corridor on sand, or being very careful. They just went right on running rats in the same old way, and paid no attention to the great discoveries of Mr. Young, and his papers are not referred to, because he didn’t discover anything about the rats. In fact, he discovered all the things you have to do to discover something about rats. But not paying attention to experiments like that is a characteristic of Cargo Cult Science.

Another example is the ESP experiments of Mr. Rhine, and other people. As various people have made criticisms—and they themselves have made criticisms of their own experiments—they improve the techniques so that the effects are smaller, and smaller, and smaller until they gradually disappear. All the parapsychologists are looking for some experiment that can be repeated—that you can do again and get the same effect—statistically, even. They run a million rats—no, it’s people this time—they do a lot of things and get a certain statistical effect. Next time they try it they don’t get it any more. And now you find a man saying that it is an irrelevant demand to expect a repeatable experiment. This is science?

This man also speaks about a new institution, in a talk in which he was resigning as Director of the Institute of Parapsychology. And, in telling people what to do next, he says that one of the things they have to do is be sure they only train students who have shown their ability to get PSI results to an acceptable extent—not to waste their time on those ambitious and interested students who get only chance results. It is very dangerous to have such a policy in teaching—to teach students only how to get certain results, rather than how to do an experiment with scientific integrity.

So I wish to you—I have no more time, so I have just one wish for you—the good luck to be somewhere where you are free to maintain the kind of integrity I have described, and where you do not feel forced by a need to maintain your position in the organization, or financial support, or so on, to lose your integrity. May you have that freedom. May I also give you one last bit of advice: Never say that you’ll give a talk unless you know clearly what you’re going to talk about and more or less what you’re going to say.

Voir de plus:

René Girard. « L’accroissement de la puissance de l’homme sur le réel m’effraie »

René Girard, propos recueillis par Juliette Cerf publié le 11 min

[Actualisation: René Girard est mort mercredi 4 novembre 2015, à l’âge de 91 ans] Auteur d’une théorie fertile et discutée, René Girard est un penseur inclassable qui vit aux Etats-Unis depuis 1947. Entre critique littéraire, théologie et anthropologie, il révèle les liens unissant la violence et le religieux, et construit une « science des rapports humains ».

Transdisciplinaire, la théorie du désir mimétique de René Girard repose sur l’idée que l’homme ne désire jamais par lui-même sinon en imitant les désirs d’un tiers pris pour modèle, le médiateur. Aux concepts abstraits et à la fixité, il a toujours préféré la matière des œuvres et le dynamisme des mécanismes, comme celui du bouc émissaire et du sacrifice. Né le 25 décembre 1923 à Avignon, ancien élève de l’École des chartes, venu « de nulle part » comme il aime à le dire, René Girard s’est d’abord intéressé au désir mimétique à travers la littérature (Mensonge romantique et vérité romanesque) avant de prendre pour objet les religions archaïques (La Violence et le Sacré) puis la Bible et le christianisme (Des choses cachées depuis la fondation du monde). Anthropologue autodidacte élu à l’Académie française en 2005, penseur chrétien converti par sa théorie – « Ce n’est pas parce je suis chrétien que je pense comme je le fais ; c’est parce que mes recherches m’ont amené à penser ce que je pense, que je suis devenu chrétien », a-t-il écrit –, René Girard a bâti une anthropologie du phénomène religieux. En insistant sur le passage des religions mythiques au christianisme, il invente une genèse de la culture.

Philosophie magazine : Votre parcours est atypique. Votre position  extérieure à l’université vous a-t-elle permis d’élaborer votre théorie transversale ?

René Girard : Oui, sans conteste, et cela remonte très tôt dans mon enfance. Je n’ai jamais rien appris dans les établissements d’enseignement. J’ai des souvenirs de mon entrée en classe de dixième à Avignon. Je vois encore la maîtresse, aussi peu terrifiante que possible. Elle m’a pourtant causé une véritable panique… Ma mère m’a retiré du lycée et j’ai passé mes premières années d’enseignement dans ce que mon père appelait une école de gâtés. Je suis retourné au lycée en sixième et je suis devenu terriblement chahuteur, si bien que je me suis fait renvoyer de l’année de philo. J’avais passé mon premier bac très médiocrement et j’ai fait ma classe de philo seul. J’ai obtenu une mention bien. À partir de là, mon père a considéré que j’étais le meilleur professeur de moi-même… En 1941, je suis parti pour la khâgne de Lyon. La situation était difficile, il y avait déjà des restrictions alimentaires, et je suis rentré chez mes parents. Mon père, qui était conservateur de la bibliothèque et du musée d’Avignon, m’a suggéré de préparer seul l’École des chartes. J’ai été reçu en 1943. Mais j’ai trouvé cela ennuyeux et suis parti pour les États-Unis en 1947, répondant à une offre d’assistant de français.

C’est la littérature qui est à la source de votre théorie.

«Le christianisme est, selon moi, à la source du scepticisme moderne, il est démystification»

Aux États-Unis, j’ai commencé à enseigner la littérature française. Mon idée première a été de me demander comment enseigner ces romans que, pour beaucoup, je n’avais pas lus. La critique littéraire était déjà très différentialiste ; il fallait découvrir dans les œuvres ce qui les rendait exceptionnelles, différentes les unes des autres. En lisant ces romans, ce qui m’a frappé au contraire, c’est la substance très analogue qui en émanait, de Stendhal à Proust par exemple. La même problématique sociale reparaissait sous un jour différent, mais avec des différences liées à la période plutôt qu’à la personnalité du romancier. Je suis arrivé à l’idée que s’il y a des modes et de l’Histoire, c’est parce que les hommes ont tendance à désirer la même chose. Ils imitent le désir les uns des autres. L’imitation, pour cette raison, est source de conflits. Désirer la même chose, c’est s’opposer à son modèle, c’est essayer de lui enlever l’objet qu’il désire. Le modèle se change en rival. Ces allers-retours accélèrent les échanges hostiles et la puissance du désir ; il y a donc chez l’homme une espèce de spirale ascendante de rivalité, de concurrence et de violence. Si la littérature a été un point de départ pour moi, c’est que le roman ne parle que des rapports concrets, des vraies relations humaines ; il ne monologue pas. C’est à partir de trois personnages que l’on peut parler correctement des rapports humains et jamais à partir d’un sujet seul. C’est la rivalité mimétique qui est première pour moi, non l’individu.

Vous reprochez à la philosophie de ne pas penser assez la relation. Que faire de l’intersubjectivité ?

L’intersubjectivité est la bonne direction mais elle est récente. Lévinas a bien compris le mimétisme ; il cite toujours cette parole talmudique formidable : si tout le monde est d’accord pour condamner un individu, libérez-le, il doit être innocent. L’accord contre lui est un accord mimétique. Dans le Talmud, il y a une conscience du mimétisme, de l’influence réciproque des hommes les uns sur les autres qui tranche complètement sur les religions antiques et en particulier sur la religion grecque. Cette dernière voit les individus comme des boules de billard, isolées les unes des autres. Nous avons vécu une longue période où la philosophie ne voyait que des différences ; la déconstruction et le structuralisme ont alors joué un rôle important. Pour moi, au fond, il n’y a que des identités méconnues. La méconnaissance que l’Amérique a de l’Europe est à cet égard frappante ; les Américains imaginent qu’il y a quelque chose de spécifiquement européen qu’ils n’ont pas et ne comprennent pas. En réalité, ils ne comprennent pas l’identité des réactions de part et d’autre ; les différences ne sont que des différences de situation, de pouvoir relatif. L’Europe fait la même chose vis-à-vis de l’Amérique : elle ne voit pas à quel point l’Amérique est la même chose que l’Europe. Chez les Américains, il y a quand même cette idée qu’on a immigré parce qu’on est des Européens ratés ; par conséquent, l’Amérique est en rivalité permanente, toujours en train de prouver à l’Europe qu’elle peut faire mieux qu’elle.

La violence est au cœur de votre anthropologie mimétique. Cet aspect conflictuel de l’imitation, la philosophie ne l’avait-elle pas déjà mis en lumière ?

Platon est le premier à avoir parlé de l’imitation. Il lui a accordé un rôle prodigieux : l’imitation, pour lui, est essentielle et dangereuse. Il la redoute. L’imitation, c’est le passage de l’essence à l’existence. Dans La République, il y a des textes extraordinaires sur les dangers des gardiens de la cité idéale s’imitant les uns les autres. L’hostilité de Platon envers la foule, qui est dans une imitation déréglée, déchaînée, est impressionnante. Platon est l’un des précurseurs de cette vision conflictuelle de l’imitation, mais il n’en révèle pas vraiment le mécanisme. Tout ceci disparaît avec Aristote qui rend l’imitation anodine et docile ; pour lui, l’imitation, c’est le peintre du dimanche voulant être aussi réaliste que possible ! Depuis Aristote, l’imitation est considérée comme une faculté, une technique assez stupide et dérisoire, qui joue un rôle dans l’éducation élémentaire.

Selon vous, la philosophie est idéaliste, essentialiste. Est-ce votre réalisme qui vous en éloigne ?

Oui, je pense que l’accent mis sur l’observation du réel dans le monde moderne a été quelque chose de très efficace, autant dans le danger que dans le bénéfice. Les outils dont l’homme dispose aujourd’hui sont infiniment plus puissants que tous ceux qu’il a connus auparavant. Ces outils, l’homme est parfaitement capable de les utiliser de façon égoïste et rivalitaire. Ce qui m’intéresse, c’est cet accroissement de la puissance de l’homme sur le réel. Les statistiques de production et de consommation d’énergie sont en progrès constant, et la rapidité d’augmentation de ce progrès augmente elle aussi constamment, dessinant une courbe parfaite, presque verticale. C’est pour moi une immense source d’effroi tant les hommes, essentiellement, restent des rivaux, rivalisant pour le même objet ou la même gloire – ce qui est la même chose. Nous sommes arrivés à un stade où le milieu humain est menacé par la puissance même de l’homme. Il s’agit avant tout de la menace écologique, des armes et des manipulations biologiques.

Dans Achever Clausewitz, vous ne cachez pas votre inquiétude face à ce climat « apocalyptique ».

«L’humanisme occidental ne voit pas que la violence se développe spontanément quand les hommes rivalisent pour un objet»

Loin d’être absurdes ou impensables, les grands textes eschatologiques – ceux des Évangiles synoptiques, en particulier Matthieu, chapitre 24, et Marc, chapitre 13 –, sont d’une actualité saisissante. La science moderne a séparé la nature et la culture, alors qu’on avait défini la religion comme le tonnerre de Zeus, etc. Dans les textes apocalyptiques, ce qui frappe, c’est ce mélange de nature et de culture ; les guerres et rumeurs de guerre, le fracas de la mer et des flots ne forment qu’un. Or si nous regardons ce qui se passe autour de nous, si nous nous interrogeons sur l’action des hommes sur le réel, le réchauffement global, la montée du niveau la mer, nous nous retrouvons face à un univers où les choses naturelles et culturelles sont confondues. La science elle-même le reconnaît. J’ai voulu radicaliser cet aspect apocalyptique. Je pense que les gens sont trop rassurés. Ils se rassurent eux-mêmes. L’homme est comme un insecte qui fait son nid ; il fait confiance à l’environnement. La créature fait toujours confiance à l’environnement… Le rationalisme issu des Lumières continue aussi à rassurer. Les rapports humains, l’humanisme des Lumières les juge stables ; il considère que les rapports hostiles entre individus sont exactement comme ces boules de billard qui s’entrechoquent : c’est la plus grosse ou la plus rapide qui l’emporte sur les autres. L’humanisme occidental ne voit pas que la violence est ce qui se développe spontanément entre les hommes lorsqu’ils rivalisent pour un objet. Clausewitz était un homme des Lumières, et ce n’est, à mon avis, que parce qu’il parle de la guerre qu’il saisit les rapports humains véritables ; libéré, il peut parler de la violence. Quand Clausewitz définit la guerre comme une montée aux extrêmes, il décrit un mécanisme très simple : lorsque nous nous bagarrons avec quelqu’un, nous allons toujours vers le pire, nos injures seront toujours plus violentes. Il se produit ce que nous appelons aujourd’hui une « escalade », escalation en anglais, une montée par échelle d’intensité.

Certains phénomènes contemporains relèvent-ils, pour vous, du mécanisme mimétique ?

La Chine a favorisé le développement de l’automobile. Cette priorité dénote une rivalité avec les Américains sur un terrain très redoutable ; la pollution dans la région de Shanghai est effrayante. Mais avoir autant d’automobiles que l’Amérique est un but dont il est, semble-t-il, impossible de priver les hommes. L’Occident conseille aux pays en voie de développement et aux pays les plus peuplés du globe, comme la Chine et l’Inde, de ne pas faire la même chose que lui ! Il y a là quelque chose de paradoxal et de scandaleux pour ceux auxquels ces conseils s’adressent. Aux États-Unis, les politiciens vous diront tous qu’ils sont d’accord pour prendre des mesures écologiques si elles ne touchent pas les accroissements de production. Or, s’il y a une partie du monde qui n’a pas besoin d’accroissement de production, c’est bien les États-Unis ; le profit individuel et les rivalités, qui ne sont pas immédiatement guerrières et destructrices mais qui le seront peut-être indirectement, et de façon plus massive encore, sont sacrées ; pas question de les toucher. Que faut-il pour qu’elles cessent d’être sacrées ? Il n’est pas certain que la situation actuelle, notamment la disparition croissante des espèces, soit menaçante pour la vie sur la planète, mais il y a une possibilité très forte qu’elle le soit. Ne pas prendre de précaution, alors qu’on est dans le doute, est dément. Des mesures écologiques sérieuses impliqueraient des diminutions de production. Mais ce raisonnement ne joue pas dans l’écologie, l’humanité étant follement attachée à ce type de concurrence qui structure en particulier la réalité occidentale, les habitudes de vie, de goût de l’humanité dite « développée ».

Vivons-nous dans une société de victimes ? Ce processus actuel de victimisation ressemble-t-il à celui que vous avez analysé dans Le Bouc émissaire ?

Notre société s’intéresse aux victimes et dénonce la victimisation collective d’individus innocents. Le besoin de bouc émissaire est si puissant que nous accusons toujours les gens de faire des boucs émissaires. Aujourd’hui, nous victimisons les victimisateurs ou ceux que nous jugeons comme tels. Dès que nous sommes hostiles à quelqu’un, nous l’accusons de faire des victimes, ce qui est très différent de l’hostilité qui structure les sociétés archaïques. Dans mon système, il y a deux types de religions. D’abord, les religions archaïques, qui sont fondées sur des crises de violence se résolvant par des phénomènes de bouc émissaire, c’est-à-dire par le choix d’une victime insignifiante mais dont on comprend, au regard des mythes, qu’elle n’est pas choisie au hasard : Œdipe est boiteux, il a attiré l’attention pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le parricide et l’inceste. Le fait religieux, c’est un bouc émissaire qui rassemble contre lui une communauté troublée et qui fait cesser ce trouble. Ce bouc émissaire apparaît très méchant, dangereux, mais aussi très bon et secourable puisqu’il ressoude la communauté et purge la violence. Il faut l’apaiser. Pour cela, on recommence prudemment sur des victimes désignées à l’avance qui n’appartiennent pas à la communauté, qui lui sont un peu extérieures ; c’est-à-dire qu’on fait des sacrifices, des moments de violence contrôlés, ritualisés. La religion protège ainsi les sociétés de la violence mimétique. Ensuite, le judaïque et le chrétien révèlent la vérité du système. Dans les sociétés archaïques, le système fonctionne parce qu’on ne le comprend pas. C’est ce que j’appelle la méconnaissance : avoir un bouc émissaire, c’est ne pas savoir qu’on l’a ; apprendre qu’on en a un, c’est le perdre. L’anthropologie moderne a compris que, d’une certaine manière, le drame dans le judaïque et le chrétien, et en particulier la crucifixion du Christ, a la même structure que les mythes. Mais ce que les antropologues n’ont pas vu, c’est que dans les mythes, la victime apparaît comme coupable, tandis que les Évangiles reconnaissent l’innocence de la victime sacrificielle. On peut les considérer comme une explication de la religion archaïque : mieux on comprend les Évangiles, plus on comprend qu’ils suppriment les religions. J’exalte le christianisme d’une façon paradoxale. Selon moi, il est à la source du scepticisme moderne. Il est révélation des boucs émissaires. Il est démystification.

Voir encore:

« Fin du monde » contre « fin du mois », la rhétorique méprisante de nos élites

En reprenant à son compte cette expression, Emmanuel Macron a illustré la vision caricaturale qu’ont nos dirigeants de la France périphérique.

Benjamin Masse-Stamberger

Marianne

La « fin du monde » contre la « fin du mois ». L’expression, supposée avoir été employée initialement par un gilet jaune, a fait florès : comment concilier les impératifs de pouvoir d’achat à court terme, et les exigences écologiques vitales pour la survie de la planète ? La formule a même été reprise ce mardi par Emmanuel Macron, dans son discours sur la transition énergétique. « On l’entend, le président, le gouvernement, a-t-il expliqué, en paraphrasant les requêtes supposées des contestataires. Ils évoquent la fin du monde, nous on parle de la fin du mois. Nous allons traiter les deux, et nous devons traiter les deux. »

L’expression a-t-elle effectivement été employée par des gilets jaunes ? Peut-être. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que nos élites se sont saisies avec gourmandise de cette dialectique rassurante, reprise comme une antienne sur tous les plateaux de télévision pour résumer la problématique soulevée par ce mouvement sans précédent. Les politiques eux-mêmes en ont fait leurs choux gras : l’expression avait déjà été employée par Nicolas Hulot le 22 novembre, lors de l’Emission politique sur France 2, puis par Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, le 24 novembre sur LCI enfin par Ségolène Royal le 25 novembre dernier, sur France 3. A vrai dire, elle avait même été utilisée par David Cormand, le secrétaire national d’Europe-Ecologie-Les Verts, sur France Info… dès le 4 septembre !

Quand on prend le temps de parler à ces gilets jaunes, on constate qu’ils sont parfaitement conscients de la problématique écologique

C’est dire que l’expression – si elle a pu être reprise ponctuellement par tel ou tel manifestant – émane en fait de nos élites boboïsantes. Elle correspond bien à la vision méprisante qu’elles ont d’une France périphérique aux idées étriquées, obsédée par le « pognon » indifférente au bien commun, là où nos dirigeants auraient la capacité à embrasser plus large, et à voir plus loin.

Or, la réalité est toute autre : quand on prend le temps de parler à ces gilets jaunes, on constate qu’ils sont parfaitement conscients de la problématique écologique. Parmi leurs revendications, dévoilées ces derniers jours, il y a ainsi l’interdiction immédiate du glyphosate, cancérogène probable que le gouvernement a en revanche autorisé pour encore au moins trois ans. Mais, s’ils se sentent concernés par l’avenir de la planète, les représentants de cette France rurale et périurbaine refusent de payer pour les turpitudes d’un système économique qui détruit l’environnement. D’autant que c’est ce même système qui est à l’origine de la désindustrialisation et de la dévitalisation des territoires, dont ils subissent depuis trente ans les conséquences en première ligne. A l’inverse, nos grandes consciences donneuses de leçon sont bien souvent les principaux bénéficiaires de cette économie mondialisée. Qui est égoïste, et qui est altruiste ?

Parmi les doléances des gilets jaunes, on trouve d’ailleurs aussi nombre de revendications politiques : comptabilisation du vote blanc, présence obligatoire des députés à l’Assemblée nationale, promulgation des lois par les citoyens eux-mêmes. Des revendications qu’on peut bien moquer, ou balayer d’un revers de manche en estimant qu’elles ne sont pas de leur ressort. Elles n’en témoignent pas moins d’un souci du politique, au sens le plus noble du terme, celui du devenir de la Cité. A l’inverse, en se repaissant d’une figure rhétorique caricaturale, reprise comme un « gimmick » de communication, nos élites démontrent leur goût pour le paraître et la superficialité, ainsi que la facilité avec laquelle elles s’entichent de clichés qui ne font que conforter leurs préjugés. Alors, qui est ouvert, et qui est étriqué ? Qui voit loin, et qui est replié sur lui-même ? Qui pense à ses fins de mois, et qui, à la fin du monde ?

Voir enfin:

LE GATEAU MIRACLE

Homo deus

Yuval Noah Harari

2015

/…/ La modernité (…) repose sur la conviction que la croissance économique n’est pas seulement possible mais absolument essentielle. Prières, bonnes actions et méditation pourraient bien être une source de consolation et d’inspiration, mais des problèmes tels que la famine, les épidémies et la guerre ne sauraient être résolus que par la croissance. Ce dogme fondamental se laisse résumer par une idée simple : « Si tu as un problème, tu as probablement besoin de plus, et pour avoir plus, il faut produire plus ! »

Les responsables politiques et les économistes modernes insistent : la croissance est vitale pour trois grandes raisons. Premièrement, quand nous produisons plus, nous pouvons consommer plus, accroître notre niveau de vie et, prétendument, jouir d’une vie plus heureuse. Deuxièmement, tant que l’espèce humaine se multiplie, la croissance économique est nécessaire à seule fin de rester où nous en sommes. En Inde, par exemple, la croissance démographique est de 1,2 % par an. Cela signifie que, si l’économie indienne n’enregistre pas une croissance annuelle d’au moins 1,2 %, le chômage augmentera, les salaires diminueront et le niveau de vie moyen déclinera. Troisièmement, même si les Indiens cessent de se multiplier, et si la classe moyenne indienne peut secontenter de son niveau de vie actuel, que devrait faire l’Inde de ses centaines demillions de citoyens frappés par la pauvreté ? Sans croissance, le gâteau reste dela même taille ; on ne saurait par conséquent donner plus aux pauvres qu’en prenant aux riches. Cela obligera à des choix très difficiles, et causera probablement beaucoup de rancœur, voire de violence. Si vous souhaitez éviter des choix douloureux, le ressentiment et les violences, il vous faut un gâteau plus gros.

La modernité a fait du « toujours plus » une panacée applicable à la quasi-totalité des problèmes publics et privés – du fondamentalisme religieux au mariage raté, en passant par l’autoritarisme dans le tiers-monde. Si seulement des pays comme le Pakistan et l’Égypte pouvaient soutenir une croissance régulière, leurs citoyens profiteraient des avantages que constituent voitures individuelles et réfrigérateurs pleins à craquer ; dès lors, ils suivraient la voie dela prospérité ici-bas au lieu d’emboîter le pas au joueur de pipeau fondamentaliste. De même, dans des pays comme le Congo et la Birmanie, lacroissance économique produirait une classe moyenne prospère, qui est le socle de la démocratie libérale. Quant au couple qui traverse une mauvaise passe, il serait sauvé si seulement il pouvait acquérir une maison plus grande (que mari et femme n’aient pas à partager un bureau encombré), acheter un lave-vaisselle (qu’ils cessent de se disputer pour savoir à qui le tour de faire la vaisselle) et suivre de coûteuses séances de thérapie deux fois par semaine.

La croissance économique est ainsi devenue le carrefour où se rejoignent la quasi-totalité des religions, idéologies et mouvements modernes. L’Union soviétique, avec ses plans quinquennaux mégalomaniaques, n’était pas moins obsédée par la croissance que l’impitoyable requin de la finance américain. De même que chrétiens et musulmans croient tous au ciel et ne divergent que sur le moyen d’y parvenir, au cours de la guerre froide, capitalistes et communistes imaginaient créer le paradis sur terre par la croissance économique et ne sedisputaient que sur la méthode exacte.

Aujourd’hui, les revivalistes hindous, les musulmans pieux, les nationalistes japonais et les communistes chinois peuvent bien proclamer leur adhésion à de valeurs et objectifs très différents : tous ont cependant fini par croire que la croissance économique est la clé pour atteindre leurs buts disparates. En 2014, Narendra Modi, hindou fervent, a ainsi été élu Premier ministre de l’Inde ; sonélection a largement été due au fait qu’il a su stimuler la croissance économiquedans son État du Gujarât et à l’idée largement partagée que lui seul pourrait ranimer une économie nationale léthargique. En Turquie, des vues analogues ontpermis à l’islamiste Recep Tayyip Erdoğan de conserver le pouvoir depuis 2003. Le nom de son parti – Parti de la justice et du développement – souligne sonattachement au développement économique ; de fait, le gouvernement Erdoğan aréussi à obtenir des taux de croissance impressionnants depuis plus de dix ans.

En 2012, le Premier ministre japonais, le nationaliste Shinzō Abe, est arrivé au pouvoir en promettant d’arracher l’économie japonaise à deux décennies de stagnation. À cette fin, il a recouru à des mesures si agressives et inhabituellesqu’on a parlé d’ « abenomie ». Dans le même temps, en Chine, le particommuniste a rendu hommage du bout des lèvres aux idéaux marxistes-léninistes traditionnels ; dans les faits, cependant, il s’en tient aux célèbresmaximes de Deng Xiaoping : « le développement est la seule vérité tangible » et « qu’importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape les souris ». Ce qui veut dire en clair : faites tout ce qui sert la croissance économique, même sicela aurait déplu à Marx et à Lénine.

À Singapour, comme il sied à cet État-cité qui va droit au but, cet axe de réflexion est poussé encore plus loin, au point que les salaires des ministres sontindexés sur le PIB. Quand l’économie croît, le salaire des ministres estaugmenté, comme si leur mission se réduisait à cela. Cette obsession de la croissance pourrait sembler aller de soi, mais c’est uniquement parce que nous vivons dans le monde moderne. Les maharajas indiens, les sultans ottomans, les shoguns de Kamakura et les empereurs Han fondaient rarement leur destin politique sur la croissance économique. Que Modi, Erdoğan, Abe et le président chinois Xi Jinping aient tous misé leur carrière sur la croissance atteste le statut quasi religieux que la croissance a fini par acquérir à travers le monde. De fait, on n’a sans doute pas tort de parler de religion lorsqu’il s’agit de la croyance dans la croissance économique : elle prétend aujourd’hui résoudre nombre de nos problèmes éthiques, sinon la plupart. La croissance économique étant prétendument la source de toutes les bonnes choses, elle encourage les gens à enterrer leurs désaccords éthiques pour adopter la ligne d’action qui maximise la croissance à long terme. L’Inde de Modi abrite des milliers de sectes, de partis, de mouvements et de gourous : bien que leurs objectifs ultimes puissent diverger, tous doivent passer par le même goulet d’étranglement de la croissance économique. Alors, en attendant, pourquoi ne pas tous se serrer les coudes ?

Le credo du « toujours plus » presse en conséquence les individus, les entreprises et les gouvernements de mépriser tout ce qui pourrait entraver la croissance économique : par exemple, préserver l’égalité sociale, assurer l’harmonie écologique ou honorer ses parents. En Union soviétique, lesdirigeants pensaient que le communisme étatique était la voie de la croissance laplus rapide : tout ce qui se mettait en travers de la collectivisation fut donc passé au bulldozer, y compris des millions de koulaks, la liberté d’expression et la mer d’Aral. De nos jours, il est généralement admis qu’une forme de capitalisme de marché est une manière beaucoup plus efficace d’assurer la croissance à long terme : on protège donc les magnats cupides, les paysans riches et la liberté d’expression, tout en démantelant et détruisant les habitats écologiques, les structures sociales et les valeurs traditionnelles qui gênent le capitalisme de marché.

Prenez, par exemple, une ingénieure logiciel qui touche 100 dollars par heure de travail dans une start-up de high-tech. Un jour, son vieux père fait un AVC. Il a besoin d’aide pour faire ses courses, la cuisine et même sa toilette. Elle pourrait installer son père chez elle, partir plus tard au travail le matin, rentrer plus tôt le soir et prendre soin personnellement de son père. Ses revenus et la productivité de la start-up en souffriraient, mais son père profiterait des soins d’une fille dévouée et aimante. Inversement, elle pourrait faire appel à une aide mexicaine qui, pour 12 dollars de l’heure, vivrait avec son père et pourvoirait à tous ses besoins. Cela ne changerait rien à sa vie d’ingénieure et à la start-up, et cela profiterait à l’aide et l’économie mexicaines. Que doit faire notre ingénieure ?

Le capitalisme de marché a une réponse sans appel. Si la croissance économique exige que nous relâchions les liens familiaux, encouragions les gens à vivre loin de leurs parents, et importions des aides de l’autre bout du monde, ainsi soit-il. Cette réponse implique cependant un jugement éthique, plutôt qu’unénoncé factuel. Lorsque certains se spécialisent dans les logiciels quand d’autresconsacrent leur temps à soigner les aînés, on peut sans nul doute produire plus de logiciels et assurer aux personnes âgées des soins plus professionnels. Mais la croissance économique est-elle plus importante que les liens familiaux ? En sepermettant de porter des jugements éthiques de ce type, le capitalisme de marchéa franchi la frontière qui séparait le champ de la science de celui de la religion.

L’étiquette de « religion » déplairait probablement à la plupart des capitalistes, mais, pour ce qui est des religions, le capitalisme peut au moins tenir la tête haute. À la différence des autres religions qui nous promettent un gâteau au ciel, le capitalisme promet des miracles ici, sur terre… et parfois même en accomplit. Le capitalisme mérite même des lauriers pour avoir réduit la violence humaine etaccru la tolérance et la coopération. Ainsi que l’explique le chapitre suivant, d’autres facteurs entrent ici en jeu, mais le capitalisme a amplement contribué à l’harmonie mondiale en encourageant les hommes à cesser de voir l’économie comme un jeu à somme nulle, où votre profit est ma perte, pour y voir plutôt une situation gagnant-gagnant, où votre profit est aussi le mien. Cette approche dubénéfice mutuel a probablement bien plus contribué à l’harmonie générale quedes siècles de prédication chrétienne sur le thème du « aime ton prochain » et « tends l’autre joue ».

De sa croyance en la valeur suprême de la croissance, le capitalisme déduit son commandement numéro un : tu investiras tes profits pour augmenter la croissance. Pendant le plus clair de l’histoire, les princes et les prêtres ont dilapidé leurs profits en carnavals flamboyants, somptueux palais et guerres inutiles. Inversement, ils ont placé leurs pièces d’or dans des coffres de fer, scellés et enfermés dans un donjon. Aujourd’hui, les fervents capitalistes se servent de leurs profits pour embaucher, développer leur usine ou mettre au point un nouveau produit.

S’ils ne savent comment faire, ils confient leur argent à quelqu’un qui saura : un banquier ou un spécialiste du capital-risque. Ce dernier prête de l’argent à divers entrepreneurs. Des paysans empruntent pour planter de nouveaux champs de blé ; des sous-traitants, pour construire de nouvelles maisons, des compagniesénergétiques, pour explorer de nouveaux champs de pétrole et les usinesd’armement, pour mettre au point de nouvelles armes. Les profits de toutes cesactivités permettent aux entrepreneurs de rembourser avec intérêts. Non seulement nous avons maintenant plus de blé, de maisons, de pétrole et d’armes, mais nous avons aussi plus d’argent, que les banques et les fonds peuvent denouveau prêter. Cette roue ne cessera jamais de tourner, du moins pas selon le capitalisme. Jamais n’arrivera un moment où le capitalisme dira : « Ça suffit. Il y a assez de croissance ! On peut se la couler douce. » Si vous voulez savoir pourquoi la roue capitaliste a peu de chance de s’arrêter un jour de tourner, discutez donc une heure avec un ami qui a accumulé 100 000 dollars et se demande qu’en faire.

« Les banques offrent des taux d’intérêt si bas, déplore-t-il. Je ne veux pasmettre mon argent sur un compte d’épargne qui rapporte à peine 0,5 % par an. Peut-être puis-je obtenir 2 % en bons du Trésor. L’an dernier, mon cousin Richie a acheté un appartement à Seattle, et son investissement lui a déjà rapporté 20 % ! Peut-être devrais-je me lancer dans l’immobilier, mais tout le monde parle d’une nouvelle bulle spéculative. Alors que penses-tu de la Bourse ? Un ami m’a dit que le bon plan, ces derniers temps, c’est d’acheter un fonds négocié en Bourse qui suit les économies émergentes comme le Brésil ou la Chine. » Il s’arrête un moment pour reprendre son souffle, et vous lui posez la questionsuivante : « Eh bien, pourquoi ne pas te contenter de tes 100 000 dollars ? » Il vous expliquera mieux que je ne saurais le faire pourquoi le capitalisme nes’arrêtera jamais.

On apprend même cette leçon aux enfants et aux adolescents à travers des jeux capitalistes omniprésents. Les jeux prémodernes, comme les échecs, supposaient une économie stagnante. Vous commencez une partie d’échecs avec seize pièces et, à la fin, vous n’en avez plus. Dans de rares cas, un pion peut être transformé en reine, mais vous ne pouvez produire de nouveaux pions ni métamorphoser vos cavaliers en chars. Les joueurs d’échecs n’ont donc jamais à  penser investissement. À l’opposé, beaucoup de jeux de société modernes et de jeux vidéo se focalisent sur l’investissement et la croissance.

Particulièrement révélateurs sont les jeux de stratégie du genre de Minecraft,Les Colons de Catane ou Civilizationde Sid Meier. Le jeu peut avoir pour cadre le Moyen Âge, l’âge de pierre ou quelque pays imaginaire, mais les principes restent les mêmes – et sont toujours capitalistes. Votre but est d’établir une ville,un royaume, voire toute une civilisation. Vous partez d’une base très modeste : juste un village, peut-être, avec les champs voisins. Vos actifs vous assurent un revenu initial sous forme de blé, de bois, de fer ou d’or. À vous d’investir ce revenu à bon escient. Il vous faut choisir entre des outils improductifs mais encore nécessaires, comme les soldats, et des actifs productifs, tels que des villages, des mines et des champs supplémentaires. La stratégie gagnante consiste habituellement à investir le strict minimum dans des produits de première nécessité improductifs, tout en maximisant vos actifs productifs. Aménager des villages supplémentaires signifie qu’au prochain tour vous disposerez d’un revenu plus important qui pourrait vous permettre non seulement d’acheter d’autres soldats, si besoin, mais aussi d’augmenter vos investissements productifs. Bientôt vous pourrez ainsi transformer vos villages en villes, bâtir des universités, des ports et des usines, explorer les mers et les océans, créer votre civilisation et gagner la partie.

LE SYNDROME DE L’ARCHE

La croissance économique peut-elle cependant se poursuivre éternellement ? L’économie ne finira-t-elle pas par être à court de ressources et par s’arrêter ? Pour assurer une croissance perpétuelle, il nous faut découvrir un stock de ressources inépuisable. Une solution consiste à explorer et à conquérir de nouvelles terres. Des siècles durant, la croissance de l’économie européenne et l’expansion du système capitaliste se sont largement nourries de conquêtes impériales outre-mer. Or le nombre d’îles et de continents est limité. Certains entrepreneurs espèrent finalement explorer et conquérir de nouvelles planètes, voire de nouvelles galaxies, mais, en attendant, l’économie moderne doit trouver une meilleure méthode pour poursuivre son expansion.

C’est la science qui a fourni la solution à la modernité. L’économie des renards ne saurait croître, parce qu’ils ne savent pas produire plus de lapins. L’économie des lapins stagne, parce qu’ils ne peuvent faire pousser l’herbe plus vite. Mais l’économie humaine peut croître, parce que les hommes peuvent découvrir des sources d’énergie et des matériaux nouveaux.

La vision traditionnelle du monde comme un gâteau de taille fixe présuppose qu’il n’y a que deux types de ressources : les matières premières et l’énergie. En vérité, cependant, il y en a trois : les matières premières, l’énergie et la connaissance. Les matières premières et l’énergie sont épuisables : plus vous les utilisez, moins vous en avez. Le savoir, en revanche, est une ressource en perpétuelle croissance : plus vous l’utilisez, plus vous en possédez. En fait,quand vous augmentez votre stock de connaissances, il peut vous faire accéder aussi à plus de matières premières et d’énergie. Si j’investis 100 millions de dollars dans la recherche de pétrole en Alaska et si j’en trouve, j’ai plus de pétrole, mais mes petits-enfants en auront moins. En revanche, si j’investis la même somme dans la recherche sur l’énergie solaire et que je découvre une nouvelle façon plus efficace de la domestiquer, mes petits-enfants et moi aurons davantage d’énergie.

Pendant des millénaires, la route scientifique de la croissance est restée bloquée parce que les gens croyaient que les Saintes Écritures et les anciennes traditions contenaient tout ce que le monde avait à offrir en connaissances importantes. Une société convaincue que tous les gisements de pétrole ont déjà été découverts ne perdrait pas de temps ni d’argent à chercher du pétrole. De même, une culture humaine persuadée de savoir déjà tout ce qui vaut la peine d’être su ne ferait pas l’effort de se mettre en quête de nouvelles connaissances. Telle était la position de la plupart des civilisations humaines prémodernes. La révolution scientifique a cependant libéré l’humanité de cette conviction naïve. La plus grande découverte scientifique a été la découverte de l’ignorance. Du jour où les hommes ont compris à quel point ils en savaient peu sur le monde, ils ont eu soudain une excellente raison de rechercher des connaissances nouvelles, ce qui a ouvert la voie scientifique du progrès.

À chaque génération, la science a contribué à découvrir de nouvelles sources d’énergie, de nouvelles matières premières, des machines plus performantes et des méthodes de production inédites. En 2017, l’humanité dispose donc de bien plus d’énergie et de matières premières que jamais, et la production s’envole. Des inventions comme la machine à vapeur, le moteur à combustion interne et l’ordinateur ont créé de toutes pièces des industries nouvelles. Si nous nous projetons dans vingt ans, en 2037, nous produirons et consommerons beaucoup plus qu’en 2017. Nous faisons confiance aux nanotechnologies, au géniegénétique et à l’intelligence artificielle pour révolutionner encore la production et ouvrir de nouveaux rayons dans nos supermarchés en perpétuelle expansion.

Nous avons donc de bonnes chances de triompher du problème de la rareté des ressources. La véritable némésis de l’économie moderne est l’effondrement écologique. Le progrès scientifique et la croissance économique prennent place dans une biosphère fragile et, à mesure qu’ils prennent de l’ampleur, les ondes de choc déstabilisent l’écologie. Pour assurer à chaque personne dans le mondele même niveau de vie que dans la société d’abondance américaine, il faudrait quelques planètes de plus ; or nous n’avons que celle-ci. Si le progrès et la croissance finissent par détruire l’écosystème, cela n’en coûtera pas seulement aux chauves-souris vampires, aux renards et aux lapins. Mais aussi à Sapiens. Une débâcle écologique provoquera une ruine économique, des troubles politiques et une chute du niveau de vie. Elle pourrait bien menacer l’existence même de la civilisation humaine.

Nous pourrions amoindrir le danger en ralentissant le rythme du progrès et de la croissance. Si cette année les investisseurs attendent un retour de 6 % sur leursportefeuilles, dans dix ans ils pourraient apprendre à se satisfaire de 3 %, puis de 1 % dans vingt ans ; dans trente ans, l’économie cessera de croître et nous nous contenterons de ce que nous avons déjà. Le credo de la croissance s’oppose pourtant fermement à cette idée hérétique et il suggère plutôt d’aller encore plus vite. Si nos découvertes déstabilisent l’écosystème et menacent l’humanité, il nous faut découvrir quelque chose qui nous protège. Si la couche d’ozone s’amenuise et nous expose au cancer de la peau, à nous d’inventer un meilleur écran solaire et de meilleurs traitements contre le cancer, favorisant ainsi l’essor de nouvelles usines de crèmes solaires et de centres anticancéreux. Si les nouvelles industries polluent l’atmosphère et les océans, provoquant un réchauffement général et des extinctions massives, il nous appartient de construire des mondes virtuels et des sanctuaires high-tech qui nous offriront toutes les bonnes choses de la vie, même si la planète devient aussi chaude, morne et polluée que l’enfer.

Pékin est déjà tellement polluée que la population évite de sortir, et que les riches Chinois dépensent des milliers de dollars en purificateurs d’air intérieur. Les super-riches construisent même des protections au-dessus de leur cour. En 2013, l’École internationale de Pékin, destinée aux enfants de diplomatesétrangers et de la haute société chinoise, est allée encore plus loin et a construitune immense coupole de 5 millions de dollars au-dessus de ses six courts detennis et de ses terrains de jeux. D’autres écoles suivent le mouvement, et le marché chinois des purificateurs d’air explose. Bien entendu, la plupart des Pékinois ne peuvent s’offrir pareil luxe, ni envoyer leurs enfants à l’École internationale.

L’humanité se trouve coincée dans une course double. D’un côté, nous nous sentons obligés d’accélérer le rythme du progrès scientifique et de la croissance économique. Un milliard de Chinois et un milliard d’Indiens aspirent au niveau de vie de la classe moyenne américaine, et ils ne voient aucune raison de brider leurs rêves quand les Américains ne sont pas disposés à renoncer à leurs 4×4 et à leurs centres commerciaux. D’un autre côté, nous devons garder au moins une longueur d’avance sur l’Armageddon écologique. Mener de front cette double course devient chaque année plus difficile, parce que chaque pas qui rapproche l’habitant des bidonvilles de Delhi du rêve américain rapproche aussi la planète du gouffre.

La bonne nouvelle, c’est que l’humanité jouit depuis des siècles de la croissance économique sans pour autant être victime de la débâcle écologique. Bien d’autres espèces ont péri en cours de route, et les hommes se sont aussi retrouvés face à un certain nombre de crises économiques et de désastres écologiques, mais jusqu’ici nous avons toujours réussi à nous en tirer. Reste qu’aucune loi de la nature ne garantit le succès futur. Qui sait si la science sera toujours capable de sauver simultanément l’économie du gel et l’écologie du point d’ébullition. Et puisque le rythme continue de s’accélérer, les marges d’erreur ne cessent de se rétrécir. Si, précédemment, il suffisait d’une invention stupéfiante une fois par siècle, nous avons aujourd’hui besoin d’un miracle tous les deux ans.

Nous devrions aussi nous inquiéter qu’une apocalypse écologique puisse avoirdes conséquences différentes en fonction des différentes castes humaines. Il n’ya pas de justice dans l’histoire. Quand une catastrophe s’abat, les pauvressouffrent toujours bien plus que les riches, même si ce sont ces derniers qui sontresponsables de la tragédie. Le réchauffement climatique affecte déjà la vie desplus pauvres dans les pays arides d’Afrique bien plus que la vie des Occidentauxplus aisés. Paradoxalement, le pouvoir même de la science peut accroître ledanger, en rendant les plus riches complaisants.

Prenez les émissions de gaz à effet de serre. La plupart des savants et un nombre croissant de responsables politiques reconnaissent la réalité du réchauffement climatique et l’ampleur du danger. Jusqu’ici, pourtant, cette reconnaissance n’a pas suffi à changer sensiblement notre comportement. Nous parlons beaucoup du réchauffement, mais, en pratique, l’humanité n’est pas prête aux sérieux sacrifices économiques, sociaux ou politiques nécessaires pour arrêter la catastrophe. Les émissions n’ont pas du tout diminué entre 2000 et 2010. Elles ont au contraire augmenté de 2,2 % par an, contre un taux annuel de 1,3 % entre 1970 et 2000(4). Signé en 1997, le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre visait à ralentir le réchauffement plutôt qu’à l’arrêter, mais le pollueur numéro un du monde, les États-Unis, a refusé de le ratifier et n’a fait aucun effort pour essayer de réduire de manière notable ses émissions, de peur de gêner sa croissance économique.

En décembre 2015, l’accord de Paris a fixé des objectifs plus ambitieux, appelant à limiter l’augmentation de la température moyenne à 1,5 degré au-dessus des niveaux préindustriels. Toutefois, nombre des douloureuses mesures nécessaires pour atteindre ce but ont été comme par hasard différées après 2030, ce qui revient de fait à passer la patate chaude à la génération suivante. Les administrations actuelles peuvent ainsi récolter les avantages politiques immédiats de leur apparent engagement vert, tandis que le lourd prix politique de la réduction des émissions (et du ralentissement de la croissance) est légué aux administrations futures. Malgré tout, au moment où j’écris (janvier 2016), il est loin d’être certain que les États-Unis et d’autres grands pollueurs ratifieront et mettront en œuvre l’accord de Paris. Trop de politiciens et d’électeurs pensent que, tant que l’économie poursuit sa croissance, les ingénieurs et les hommes de science pourront toujours la sauver du jugement dernier. S’agissant du changement climatique, beaucoup de défenseurs de la croissance ne se contentent pas d’espérer des miracles : ils tiennent pour acquis que les miracles se produiront.

À quel point est-il rationnel de risquer l’avenir de l’humanité en supposant que les futurs chercheurs feront des découvertes insoupçonnées qui sauveront la planète ? La plupart des présidents, ministres et PDG qui dirigent le monde sont des gens très rationnels. Pourquoi sont-ils disposés à faire un tel pari ? Peut-être parce qu’ils ne pensent pas parier sur leur avenir personnel. Même si les choses tournent au pire, et que la science ne peut empêcher le déluge, les ingénieurs pourraient encore construire une arche de Noé high-tech pour la caste supérieure, et laisser les milliards d’autres hommes se noyer. La croyance en cette arche high-tech est actuellement une des plus grosses menaces sur l’avenir de l’humanité et de tout l’écosystème. Les gens qui croient à l’arche high-tech ne devraient pas être en charge de l’écologie mondiale, pour la même raison qu’ilne faut pas confier les armes nucléaires à ceux qui croient à un au-delà céleste.

Et les plus pauvres ? Pourquoi ne protestent-ils pas ? Si le déluge survient un jour, ils en supporteront le coût, mais ils seront aussi les premiers à faire les frais de la stagnation économique. Dans un monde capitaliste, leur vie s’améliore uniquement quand l’économie croît. Aussi est-il peu probable qu’ils soutiennent des mesures pour réduire les menaces écologiques futures fondées sur le ralentissement de la croissance économique actuelle. Protéger l’environnement est une très belle idée, mais ceux qui n’arrivent pas à payer leur loyer s’inquiètent bien davantage de leur découvert bancaire que de la fonte de la calotte glaciaire.

FOIRE D’EMPOIGNE

Même si nous continuons de courir assez vite et parvenons à parer à la foi ’effondrement économique et la débâcle écologique, la course elle-même créed’immenses problèmes. Pour l’individu, elle se traduit par de hauts niveaux destress et de tension. Après des siècles de croissance économique et de progrèsscientifique, la vie aurait dû devenir calme et paisible, tout au moins dans lespays les plus avancés. Si nos ancêtres avaient eu un aperçu des outils et desressources dont nous disposons, ils auraient conjecturé que nous jouissons d’unetranquillité céleste, débarrassés de tout tracas et de tout souci. La vérité est trèsdifférente. Malgré toutes nos réalisations, nous sommes constamment pressés defaire et produire toujours plus.

Nous nous en prenons à nous-mêmes, au patron, à l’hypothèque, au gouvernement, au système scolaire. Mais ce n’est pas vraiment leur faute. C’est le deal moderne, que nous avons tous souscrit le jour de notre naissance. Dans le monde prémoderne, les gens étaient proches des modestes employés d’une bureaucratie socialiste. Ils pointaient et attendaient qu’un autre fasse quelque chose. Dans le monde moderne, c’est nous, les hommes, qui avons les choses en main, et nous sommes soumis jour et nuit à une pression constante.

Sur le plan collectif, la course se manifeste par des chambardements incessants. Alors que les systèmes politiques et sociaux duraient autrefois des siècles, aujourd’hui chaque génération détruit le vieux monde pour en construire un nouveau à la place. Comme le Manifeste communiste le montre brillamment,le monde moderne a absolument besoin d’incertitude et de perturbation. Toutes les relations fixes, tous les vieux préjugés sont balayés, les nouvelles structures deviennent archaïques avant même de pouvoir faire de vieux os. Tout ce qui est solide se dissipe dans l’air. Il n’est pas facile de vivre dans un monde aussi chaotique, et encore moins de le gouverner.

La modernité doit donc travailler dur pour s’assurer que ni les individus ni le collectif n’essaient de se retirer de la course, malgré la tension et le chaos qu’elle crée. À cette fin, elle brandit la croissance comme la valeur suprême au nom de laquelle on devrait tout sacrifier et braver tous les dangers. Sur un plan collectif, les gouvernements, les entreprises et les organismes sont encouragés à mesurer leur succès en termes de croissance et à craindre l’équilibre comme le diable. Sur le plan individuel, nous sommes constamment poussés à accroître nos revenus et notre niveau de vie. Même si vous êtes satisfait de votre situation actuelle, vous devez rechercher toujours plus. Le luxe d’hier devient nécessité d’aujourd’hui. Si autrefois vous viviez bien dans un appartement avec trois chambres, une voiture et un ordinateur fixe, aujourd’hui il vous faut une maison de cinq chambres, avec deux voitures et une nuée d’iPods, de tablettes et de smartphones.

Il n’était pas très difficile de convaincre les individus de vouloir plus. La cupidité vient facilement aux êtres humains. Le gros problème a été de convaincre les institutions collectives comme les États et les Églises d’accompagner le nouvel idéal. Des millénaires durant, les sociétés se sont efforcées de freiner les désirs individuels et de promouvoir une sorte d’équilibre. Il était notoire que les gens voulaient toujours plus pour eux-mêmes, mais le gâteau étant d’une taille fixe, l’harmonie sociale dépendait de la retenue. L’avarice était mauvaise. La modernité a mis le monde sens dessus dessous. Elle a convaincu les instances collectives que l’équilibre est bien plus effrayant que le chaos, et que comme l’avarice nourrit la croissance, c’est une force du bien. Dès lors, la modernité a incité les gens à vouloir plus, et a démantelé les disciplines séculaires qui tempéraient la cupidité.

Les angoisses qui en résultèrent furent largement apaisées par le capitalisme de marché : c’est une des raisons de la popularité de cette idéologie. Les penseurs capitalistes ne cessent de nous calmer : « Ne vous inquiétez pas, tout ira bien. Du moment que l’économie croît, la main invisible du marché pourvoira à tout. » Le capitalisme a donc sanctifié un système vorace et chaotique qui croît à pas de géant, sans que personne comprenne ce qui se passe et où nous courons. (Le communisme, qui croyait aussi à la croissance, pensait pouvoir empêcher le chaos et orchestrer la croissance par la planification. Après ses premiers succès, cependant, il s’est laissé largement distancer par la cavalcade désordonnée du marché.)

Il est de bon ton aujourd’hui, chez les intellectuels, de dénigrer le capitalisme. Puisqu’il domine le monde, nous ne devons rien négliger pour en saisir les insuffisances avant qu’elles ne produisent des catastrophes apocalyptiques. La critique du capitalisme ne doit pourtant pas nous aveugler sur ses avantages et ses réalisations. Il a été jusqu’ici un succès stupéfiant, du moins si nous ignorons les risques de débâcle écologique future, et si nous mesurons la réussite à l’aune de la production et de la croissance. Sans doute vivons-nous en 2017 dans un monde de stress et de chaos, mais les sombres prophéties d’effondrement et de violence ne se sont pas matérialisées, tandis que les scandaleuses promesses de croissance perpétuelle et de coopération mondiale s’accomplissent. Nous connaissons certes des crises économiques épisodiques et des guerres internationales, mais, à long terme, le capitalisme ne s’est pas seulement imposé, il a aussi réussi à surmonter la famine, les épidémies et la guerre. Des millénaires durant, prêtres, rabbins et muftis nous avaient expliqué que les hommes n’y parviendraient pas par leurs propres efforts. Puis sont venus les banquiers, les investisseurs et les industriels : en deux siècles, ils y sont arrivés !

Le deal moderne nous promettait un pouvoir sans précédent. La promesse a été tenue. Mais à quel prix ? En échange du pouvoir, le deal moderne attend de nous que nous renoncions au sens. Comment les hommes ont-ils accueilli cette exigence glaçante ? Obtempérer aurait pu aisément se traduire par un monde sinistre, dénué d’éthique, d’esthétique et de compassion. Il n’en reste pas moins vrai que l’humanité est aujourd’hui non seulement bien plus puissante que jamais, mais aussi beaucoup plus paisible et coopérative. Comment y sommes-nous parvenus ? Comment la morale, la beauté et même la compassion ont-elles survécu et fleuri dans un monde sans dieux, ni ciel, ni enfer ?

Une fois encore, les capitalistes sont prompts à en créditer la main invisible du marché. Pourtant, celle-ci n’est pas seulement invisible, elle est aussi aveugle : toute seule, jamais elle n’aurait pu sauver la société humaine. En vérité, même une foire d’empoigne générale ne saurait se passer de la main secourable d’un dieu, d’un roi ou d’une Église. Si tout est à vendre, y compris les tribunaux et la police, la confiance s’évapore, le crédit se dissipe et les affaires périclitent. Qu’est-ce qui a sauvé la société moderne de l’effondrement ? L’espèce humaine n’a pas été sauvée par la loi de l’offre et de la demande, mais par l’essor d’une nouvelle religion révolutionnaire : l’humanisme.

Voir par ailleurs:

In China, Breathing Becomes a Childhood Risk
Edward Wong
The New York Times
April 22, 2013

BEIJING — The boy’s chronic cough and stuffy nose began last year at the age of 3. His symptoms worsened this winter, when smog across northern China surged to record levels. Now he needs his sinuses cleared every night with saltwater piped through a machine’s tubes.

The boy’s mother, Zhang Zixuan, said she almost never lets him go outside, and when she does she usually makes him wear a face mask. The difference between Britain, where she once studied, and China is “heaven and hell,” she said.

Levels of deadly pollutants up to 40 times the recommended exposure limit in Beijing and other cities have struck fear into parents and led them to take steps that are radically altering the nature of urban life for their children.

Parents are confining sons and daughters to their homes, even if it means keeping them away from friends. Schools are canceling outdoor activities and field trips. Parents with means are choosing schools based on air-filtration systems, and some international schools have built gigantic, futuristic-looking domes over sports fields to ensure healthy breathing.

“I hope in the future we’ll move to a foreign country,” Ms. Zhang, a lawyer, said as her ailing son, Wu Xiaotian, played on a mat in their apartment, near a new air purifier. “Otherwise we’ll choke to death.”

She is not alone in looking to leave. Some middle- and upper-class Chinese parents and expatriates have already begun leaving China, a trend that executives say could result in a huge loss of talent and experience. Foreign parents are also turning down prestigious jobs or negotiating for hardship pay from their employers, citing the pollution.

There are no statistics for the flight, and many people are still eager to come work in Beijing, but talk of leaving is gaining urgency around the capital and on Chinese microblogs and parenting forums. Chinese are also discussing holidays to what they call the “clean-air destinations” of Tibet, Hainan and Fujian.

“I’ve been here for six years and I’ve never seen anxiety levels the way they are now,” said Dr. Richard Saint Cyr, a new father and a family health doctor at Beijing United Family Hospital, whose patients are half Chinese and half foreigners. “Even for me, I’ve never been as anxious as I am now. It has been extraordinarily bad.”

He added: “Many mothers, especially, have been second-guessing their living in Beijing. I think many mothers are fed up with keeping their children inside.”

Few developments have eroded trust in the Communist Party as quickly as the realization that the leaders have failed to rein in threats to children’s health and safety. There was national outrage in 2008 after more than 5,000 children were killed when their schools collapsed in an earthquake, and hundreds of thousands were sickened and six infants died in a tainted-formula scandal. Officials tried to suppress angry parents, sometimes by force or with payoffs.

But the fury over air pollution is much more widespread and is just beginning to gain momentum.

“I don’t trust the pollution measurements of the Beijing government,” said Ms. Zhang’s father, Zhang Xiaochuan, a retired newspaper administrator.

Scientific studies justify fears of long-term damage to children and fetuses. A study published by The New England Journal of Medicine showed that children exposed to high levels of air pollution can suffer permanent lung damage. The research was done in the 1990s in Los Angeles, where levels of pollution were much lower than those in Chinese cities today.

A study by California researchers published last month suggested a link between autism in children and the exposure of pregnant women to traffic-related air pollution. Columbia University researchers, in a study done in New York, found that prenatal exposure to air pollutants could result in children with anxiety, depression and attention-span problems. Some of the same researchers found in an earlier study that children in Chongqing, China, who had prenatal exposure to high levels of air pollutants from a coal-fired plant were born with smaller head circumferences, showed slower growth and performed less well on cognitive development tests at age 2. The shutdown of the plant resulted in children born with fewer difficulties.

Analyses show little relief ahead if China does not change growth policies and strengthen environmental regulation. A Deutsche Bank report released in February said the current trends of coal use and automobile emissions meant air pollution was expected to worsen by an additional 70 percent by 2025.

Some children’s hospitals in northern China reported a large number of patients with respiratory illnesses this winter, when the air pollution soared. During one bad week in January, Beijing Children’s Hospital admitted up to 9,000 patients a day for emergency visits, half of them for respiratory problems, according to a report by Xinhua, the state news agency.

Parents have scrambled to buy air purifiers. IQAir, a Swiss company, makes purifiers that cost up to $3,000 here and are displayed in shiny showrooms. Mike Murphy, the chief executive of IQAir China, said sales had tripled in the first three months of 2013 over the same period last year.

Face masks are now part of the urban dress code. Ms. Zhang laid out half a dozen masks on her dining room table and held up one with a picture of a teddy bear that fits Xiaotian. Schools are adopting emergency measures. Xiaotian’s private kindergarten used to take the children on a field trip once a week, but it has canceled most of those this year.

At the prestigious Beijing No. 4 High School, which has long trained Chinese leaders and their children, outdoor physical education classes are now canceled when the pollution index is high.

“The days with blue sky and seemingly clean air are treasured, and I usually go out and do exercise,” said Dong Yifu, a senior there who was just accepted to Yale University.

Elite schools are investing in infrastructure to keep children active. Among them are Dulwich College Beijing and the International School of Beijing, which in January completed two large white sports domes of synthetic fabric that cover athletic fields and tennis courts.

The construction of the domes and an accompanying building began a year ago, to give the 1,900 students a place to exercise in both bad weather and high pollution, said Jeff Johanson, director of student activities. The project cost $5.7 million and includes hospital-grade air-filtration systems.

Teachers check the hourly air ratings from the United States Embassy to determine whether children should play outside or beneath the domes. “The elementary schoolchildren don’t miss recess anymore,” Mr. Johanson said.

One American mother, Tara Duffy, said she had chosen a prekindergarten school for her daughter in part because the school had air filters in the classrooms. The school, called the 3e International School, also brings in doctors to talk about pollution and bars the children from playing outdoors during increases in smog levels. “In the past six months, there have been a lot more ‘red flag’ days, and they keep the kids inside,” said Ms. Duffy, a writer and former foundation consultant.

Ms. Duffy said she also checked the daily air quality index to decide whether to take her daughter to an outdoor picnic or an indoor play space.

Now, after nine years here, Ms. Duffy is leaving China, and she cites the pollution and traffic as major factors.

That calculus is playing out with expatriates across Beijing, and even with foreigners outside China. One American couple with a young child discussed the pollution when considering a prestigious foundation job in Beijing, and it was among the reasons they turned down the offer.

James McGregor, a senior counselor in the Beijing office of APCO Worldwide, a consulting company, said he had heard of an American diplomat with young children who had turned down a posting here. That was despite the fact that the State Department provides a 15 percent salary bonus for Beijing that exists partly because of the pollution. The hardship bonus for other Chinese cities, which also suffer from awful air, ranges from 20 percent to 30 percent, except for Shanghai, where it is 10 percent.

“I’ve lived in Beijing 23 years, and my children were brought up here, but if I had young children I’d have to leave,” Mr. McGregor said. “A lot of people have started exit plans.”

Voir aussi:

China entrepreneurs cash in on air pollution

 

BEIJING — Bad air is good news for many Chinese entrepreneurs.

From gigantic domes that keep out pollution to face masks with fancy fiber filters, purifiers and even canned air, Chinese businesses are trying to find a way to market that most elusive commodity: clean air.

An unprecedented wave of pollution throughout China (dubbed the “airpocalypse” or “airmageddon” by headline writers) has spawned an almost entirely new industry.

The biggest ticket item is a huge dome that looks like a cross between the Biosphere and an overgrown wedding tent. Two of them recently went up at the International School of Beijing, one with six tennis courts, another large enough to harbor kids playing soccer and badminton and shooting hoops simultaneously Friday afternoon.

The contraptions are held up with pressure from the system pumping in fresh air. Your ears pop when you go in through one of three revolving doors that maintain a tight air lock.

The anti-pollution dome is the joint creation of a Shenzhen-based manufacturer of outdoor enclosures and a California company, Valencia-based UVDI, that makes air filtration and disinfection systems for hospitals, schools, museums and airports, including the new international terminal at Los Angeles International Airport.

Although the technologies aren’t new, this is the first time they’ve been put together specifically to keep out pollution, the manufacturers say.

“So far there is no better way to solve the pollution problem,” said Xiao Long, the head of the Shenzhen company, Broadwell Technologies.

On a recent day when the fine particulate matter in the air reached 650 micrograms per cubic meter, well into the hazardous range, the measurement inside was 25. Before the dome, the international school, like many others, had to suspend outdoor activities on high pollution days. By U.S. standards, readings below 50 are considered “good” and those below 100 are considered “moderate.”

Since air pollution skyrocketed in mid-January, Xiao said, orders for domes were pouring in from schools, government sports facilities and wealthy individuals who want them in their backyards. He said domes measuring more than 54,000 square feet each cost more than $1 million.

“This is a product only for China. You don’t have pollution this bad in California,” Xiao said.

Because it’s not possible to put a dome over all of Beijing, where air quality is the worst, people are taking matters into their own hands.

Not since the 2003 epidemic of SARS have face masks been such hot sellers. Many manufacturers are reporting record sales of devices varying from high-tech neoprene masks with exhalation valves, designed for urban bicyclists, that cost up to $50 each, to cheap cloth masks (some in stripes, polka dots, paisley and some emulating animal faces).

“Practically speaking, people have no other options,” said Zhao Danqing, head of a Shanghai-based mask manufacturer that registered its name as PM 2.5, referring to particulate matter smaller than 2.5 micrograms.

The term, virtually unknown in China a few years ago, is now as much a feature of daily weather chitchat as temperature and humidity, and Zhao’s company has sold 1 million masks at $5 each since the summer.

Having China clean up the air would be preferable to making a profit from the crisis, Zhao said.

“When people ask me what is the future of our product, I tell them I hope it will be retired soon,” Zhao said.

A combination of windless weather, rising temperatures and emissions from coal heating has created some of the worst air pollution on record in the country.

In mid-January, measurements of particulate matter reached more than 1,000 micrograms per cubic meter in some parts of northeast China. Anything above 300 is considered “hazardous” and the index stops at 500. By comparison, the U.S. has seen readings of 1,000 only in areas downwind of forest fires. The U.S. Centers for Disease Control and Prevention reported last year that the average particulate matter reading from 16 airport smokers’ lounges was 166.6.

The Chinese government has been experimenting with various emergency measures, curtailing the use of official cars and ordering factories and construction sites to shut down. Some cities are even considering curbs on fireworks during the upcoming Chinese New Year holiday, interfering with an almost sacred tradition.

In the meantime, home air filters have joined the new must-have appliances for middle class Chinese.

“Our customers used to be all foreigners. Now they are mostly Chinese,” said Cathy Liu, a sales manager at a branch of Villa Lifestyles, a distributor of Swiss IQAir purifiers, which start at $1,600 here for a machine large enough for a bedroom. The weekend of Jan. 12, when the poor air quality hit unprecedented levels, the stock sold out, she said.

Many distributors report panic buying of air purifiers. In China, home air purifiers range from $15 gizmos that look like night lights to handsome $6,000 wood-finished models that are supplied to Zhongnanhai, the headquarters of the Chinese Communist Party and to other leadership facilities. One model is advertised as emitting vitamin C to build immunity and to prevent skin aging.

In a more tongue in cheek approach to the problem, a self-promoting Chinese millionaire has been selling soda-sized cans of, you guessed it, air.

Chen Guangbiao, a relentless self-promoter who made his fortune in the recycling business, claims to have collected the air from remote parts of western China and Taiwan. The cans, which are emblazoned with Chen’s name and labeled “fresh air,” sell for 80 cents each, with proceeds going to charity, he said.

“I want to tell mayors, county chiefs and heads of big companies,” Chen told reporters Wednesday, while giving out free cans of air on a Beijing sidewalk as a publicity stunt. “Don’t just chase GDP growth, don’t chase the biggest profits at the expense of our children and grandchild. »

 


Bienvenue au meilleur des mondes sanitaire ! (Building Jerusalem: As with post-war Britain, will the current coronavirus pandemic make us again forget Hayek and Churchill’s warnings about the road to serfhood ?)

19 mai, 2020

Knock, Jules Romains (théâtre en prose) - La Chanson GriseMülheim (Allemagne), 29 mars 2020 : des malades du coronavirus sont transportés de Metz vers L’Allemagne, par des hélicoptères militaires françaishttps://headtopics.com/images/2020/5/18/yahoonews/over-4-7-million-people-worldwide-have-tested-positive-for-the-coronavirus-and-more-than-315-000-peo-1262357506157948933.webp

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Comme ils continuaient à marcher en parlant, voici, un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l’un de l’autre, et Élie monta au ciel dans un tourbillon. Élisée pria, et dit: Éternel, ouvre ses yeux, pour qu’il voie. Et l’Éternel ouvrit les yeux du serviteur, qui vit la montagne pleine de chevaux et de chars de feu autour d’Élisée. 2 Rois 6: 16-17
Bien des gens qui se considèrent très au-dessus des aberrations du nazisme et qui en haïssent très sincèrement toutes les manifestations, travaillent en même temps pour des idéaux dont la réalisation mènerait tout droit à cette tyrannie abhorrée. Friedrich Hayek (La Route de la servitude, 1944)
Aucun système socialiste ne peut être établi sans une police politique, quelque forme de Gestapo. Winston Churchill (04.06. 1945)
Avançons dans ce combat dans l’esprit de William Blake: ‘Je ne cesserai jamais mon combat intérieur, et jamais mon épée ne dormira dans ma main, jusqu’à ce que nous ayons bâti Jérusalem sur les terres vertes et plaisantes d’Angleterre.’ Clement Attlee
Dans les temps anciens, ces pieds ont-ils foulé les vertes montagnes d’Angleterre ? Et le saint Agneau de Dieu a-t-il été Vu sur les prairies agréables de l’Angleterre ? Et la Face Divine a-t-elle Brillé sur nos collines couvertes de nuages ? Et Jérusalem a-t-elle été bâtie ici Parmi ces usines sombres et sataniques ? (…) Apportez-moi mon chariot de feu ! Je ne cesserai jamais mon combat intérieur, Et jamais mon épée ne dormira dans ma main, Jusqu’à ce que nous ayons bâti Jérusalem Sur les terres vertes et plaisantes d’Angleterre. William Blake
When Keynes died, Keynes and I were the best known economists. Then two things happened. Keynes died and was raised to sainthood, and I discredited myself by publishing The Road to Serfdom. And that changed the situation completely. And for the following 30 years, it was only Keynes who counted, and I was gradually almost forgotten. Friedrich von Hayek
Well, I came back in a troop ship in the summer of 1945, and I was a pilot in the Royal Air Force, and I was picked as a 19-year-old to be the Labor candidate. All these soldiers said, « Never again. We’re never going back to unemployment, the Great Depression, to fascism, to rearmament. We want to build a new society. Tony Benn (Labor candidate, 1945)
Churchill (..) got carried away with this Gestapo. And this, of course, was carrying things to absurdity — Gestapo in Britain. Ralph Harris (Institute of Economic Affairs, 1957-1987)
And did those feet in ancient time est un poème de William Blake, issu de la préface de Milton, et connu de nos jours sous le titre Jerusalem qui provient de son adaptation en hymne par Hubert Parry. Il est devenu l’un des plus fameux airs patriotiques anglais, au même titre que Rule Britannia et Land of Hope and Glory ; ensemble, ce sont les trois chants qui sont entonnés par l’assistance lors de la « Last Night of the Proms » et, en certaines occasions, font quasiment office d’hymne national anglais (l’Angleterre n’ayant pas d’hymne officiel). Il s’agit d’une référence à une visite qu’aurait faite, selon un récit apocryphe, Jésus, accompagné de Saint Joseph d’Arimathie, à Glastonbury, en Grande-Bretagne. Le « chariot of fire » (chariot de feu) auquel il est fait allusion est une référence biblique à la montée au ciel du prophète Élie (2 Rois 2:11). Cet hymne est souvent chanté dans les stades. (…) La phrase « Bring me my chariot of fire » a inspiré le titre du film Les Chariots de feu. Une chorale chante Jerusalem à la fin du film et une version apparaît dans la bande originale de ce film, chantée par les Ambrosian Singers superposée partiellement à une composition de Vangelis. Le titre du film devait être initialement Running jusqu’à ce que le scénariste vît une émission télévisée, Songs of Praise, incluant l’hymne, et décidât de changer le titre du film. L’hymne figure dans le film Quatre mariages et un enterrement, chanté par l’assistance lors du premier mariage. L’hymne est utilisé aussi dans La Solitude du coureur de fond. Dans le film Calendar Girls, les membres du Women’s Institute chantent Jerusalem à chacune de leurs réunions. Dans la série télévisée britannique The Casual Vacancy, les habitants de Pagford chantent Jerusalem lors de l’enterrement de Barry Fairbrother. (…) Le groupe de rock progressif britannique Emerson, Lake and Palmer en fait l’ouverture de leur album Brain Salad Surgery (1973). (…) Le roi George VI préférait Jerusalem à God Save the King. Wikipedia
Jerusalem is more than a hymn. It is almost our national anthem; as popular at rugby internationals as it is at earnest Labour party conferences; it is universal in its appeal. It’s also more than just the name of a magical place. It represents the British nation itself. Which is curious, when you consider the story of Jerusalem the place. The reason a hymn called Jerusalem stirs such patriotic fervour with us is because the city is not only the Holy City: on the one hand, everyone feels it belongs to them; on the other, it has a clearly defined special relationship to the British which is expressed in the hymn. But on purely geographical terms, no corner of the globe has seen such bloodshed, such fanaticism, such glory and such tragedy. Its history is that of the great religions and visions of mankind, Christian, Muslim and Jewish; and it symbolises the aspirations of the British to rule their empire. Yet how did it become the symbol of a perfect paradise? And more pertinently for us, how did it become so British? Don’t forget that by the 19th century, when William Blake wrote those now famous words, many were starting to regard Jerusalem as British – just as the Bible itself had somehow become a British classic. (…) By 70AD, the Romans under the Emperor Vespasian and his son Titus had ransacked Jerusalem, the assault culminating in the destruction of the Temple. The Jews became a despised and defeated people and the Christians separated forever from Judaism. Henceforth the Christians saw themselves as the new Israel, and Jerusalem not as a heap of ruins in Judaea but as the New Jerusalem, the perfect kingdom that would descend when Jesus returned for the Second Coming. To that end, when the Roman emperor Constantine the Great adopted Christianity, he restored a Christian Jerusalem, building the Church of the Holy Sepulchre around 329AD. From then on across Christian Europe, Jerusalem was no longer just a place. It was an idea, a vision, even a paradise that people read about in their Bibles. This impressive feat of clever marketing was so powerful that by 1096 hundreds of thousands of Christians travelled thousands of miles across Europe to conquer Jerusalem in the First Crusade. The city remained Christian for almost 100 years. In London, the Knights Templar built the Temple Church (seen in the film The Da Vinci Code) in the City based on their headquarters: the Dome of the Rock on Jerusalem’s Temple Mount – or Mount Moriah. Yet the Siege of Jerusalem in 1187, which resulted in the recapture of the city by the great Muslim leader Saladin, only intensified the Christian love of the city: Richard the Lionheart tried to rescue it, and Ye Olde Trip To Jerusalem in Nottingham, which claims to be the oldest pub in Britain, is said to date from Richard’s Third Crusade in 1189. He failed but all across the world people built their own Jerusalems: the king of Ethiopia built his, as did the tsars of Russia. Most towns had their own Jerusalem chapels and every knight dreamed of liberating the city or making the pilgrimage (this was probably the time that the village of Jerusalem in Lincolnshire got its name). Many Britons, King Henry IV among them, made the pilgrimage. In Chaucer’s Canterbury Tales the promiscuous Wife of Bath had been there several times When, in 1520, Martin Luther raised his protest against the Catholic church, his new Protestants returned to the fundamentals of the Bible with the result that British Protestants revered Jerusalem even more intensely. Oliver Cromwell and his Puritans saw themselves as the New Israelites and their sacred and pure Britain as a new Jerusalem. Meanwhile, the 1611 King James Bible gradually became a classic of English literature. After Cromwell’s death in 1658 these views survived. Puritans such as the Pilgrim Fathers sailed for America and saw the country as a New Jerusalem – John Winthrop, the first governor of Massachusetts, told the future Massachusetts Bay colonists that their new community would be a ‘city upon a hill’, a phrase taken from the Sermon on the Mount. Hence there are so many Jerusalems – or Salems – in America. In the late 18th century, Jerusalem, now a poverty-stricken but grandiose village ruled by the Ottoman Sultans, once again became fashionable: Napoleon Bonaparte tried to conquer it but was defeated with the help of the Royal Navy and the British hero, Sir Sidney Smith, who marched his men through the city. This was exactly the moment when Protestant Evangelism was spreading and rising again, not only in America but in Britain. In 1804, a brilliant engraver, poet and radical named William Blake opened his poem Milton with the prefatory verse that started, ‘And did those feet in ancient time’. Printed in 1808, the poem praised the brief heyday of a heavenly Jerusalem in pre-industrial England but it was inspired by a myth that the boy Jesus had once visited Britain with Joseph of Arimithea. It’s unlikely Jesus did visit Britain but the old myth was popular precisely because British Christians increasingly sought a direct link between Britain’s mission to civilise the world and Jerusalem. The Authorised Version of the Bible was now learned by every British schoolchild, who felt they knew more about King David than recent English history. During the 19th century British imperialists joined forces with British evangelists, an alliance personified by Lord Palmerston and his evangelical son-in-law Lord Shaftesbury, who wanted Britain to sponsor the return of the Jews to Jersusalem to accelerate the Second Coming and a Protestant Zion. Yet Blake’s poem, increasingly admired, was not widely known until World War I, when all these strands – the hymn, the British love of Jerusalem, the imperial British mission and evangelical vision of Jewish Return and Second Coming – came together. In 1916 the Poet Laureate Robert Bridges asked the composer Sir Hubert Parry to set Blake to music. Sir Edward Elgar orchestrated it and it was performed at a patriotic meeting, immediately becoming a hit. At this point, David Lloyd George, wartime Prime Minister, was ordering General Allenby to advance into Palestine and conquer Jerusalem as a ‘Christmas present for the British nation’. Lloyd George admitted that ‘I was taught more in school about the history of the Jews than about my own land.’ He and his Foreign Secretary Arthur Balfour backed the Jewish dream of a Jewish homeland – under British auspices. Indeed, cabinet minister Lord Curzon noted that ‘the Prime Minister talks about Jerusalem with almost the same enthusiasm as about his native Welsh hills!’ In December 1917, Britain conquered Jerusalem, which remained under its control until 1948. The British sponsored the Zionist dream of a Jewish homeland by encouraging Jewish immigration, but by the end of the Thirties, the increasing conflict between Zionists and Palestinians led to a British cap on Jewish immigration to Palestine. By then, Jerusalem the hymn, no longer linked to Blake’s radical sacred vision but a popular anthem, was adopted by Clement Attlee and his Labour Party in the 1945 election when he promised Britain as a New Jerusalem – an ideal socialistic sanctuary – for the working man. And while he won the election aided by the hymn, he failed to manage the real Jerusalem, which sank into civil war and saw the end of British rule. Attlee handed Palestine to the United Nations; Jerusalem descended into war out of which arose Israel. But Attlee did create his imperfect New Jerusalem – the welfare state and the NHS that we know today. And the hymn? Jerusalem remains, separate from its history, as the alternative British national anthem, beloved by rugby fans, Labour activists and patriots. One small irony is that Blake actually never entitled it Jerusalem, because he was working on another poem at the time called Jerusalem: The Emanation Of The Giant Albion. But no one remembers that one. Simon Sebag Montefiore
For anyone with what used to be called “progressive tendencies,” the best, if largely overlooked, book of last year was surely John Bew’s biography of Clement Attlee, the leader of the British Labour Party through the Second World War, and then Prime Minister in the first great postwar Labour government. Titled “Citizen Clem” in Britain (Oxford University Press published it here as “Clement Attlee: The Man Who Made Modern Britain”), it is a study in actual radical accomplishment with minimal radical afflatus—a story of how real social change can be achieved, providing previously unimaginable benefits to working people, entirely within an embrace of parliamentary principles as absolute and as heroic as any in the annals of democracy. Attlee was an unprepossessing man. “A modest man with much to be modest about,” Winston Churchill said of him once. Attlee had a modest mustache and came from a modest family, and had a modest demeanor—so much so that his modesty made him almost a joke figure. Even when he was Prime Minister, one wit noted that “an empty taxi drew up to 10 Downing Street and Attlee got out.” He was always regarded impatiently, even patronizingly, by his more charismatic colleagues on the left. (…) After the war, Attlee went to work as what would now be called a community organizer in the London slum of Stepney, which remained his spiritual home for the rest of his life. (…) Attlee came of age at a time when Marx was seen as only one, and not the most important, of the fathers of the socialist ideal. Attlee, who saw through and rejected the Soviet totalitarian model early, schooled himself on the British alternatives—on the works of William Morris and Edward Bellamy, who dreamed of rebelling against the regimentation that was implicit in the industrialized system rather than of simply switching around the hands that controlled it. William Blake was one of the names that Attlee most often cited. (It was he, as much as anyone, who made Blake’s mystic poem “Jerusalem” the anthem of the Labour Party.) This vision was in many ways unreal, but the unreality blossomed in practical terms: Attlee saw socialism as the pursuit of a nameably better life, not as a search for another master. “Citizenship” was his key term, and the ideal, as Bew explains, was one in which “the state and the individual needed to serve in the name of a broader democratic community.” (…) It was in the darkest days of 1940, though, that Attlee’s heroism and acuity came most to note. Attlee’s Labour Party had entered into a coalition government with Churchill’s Conservative Party when the Second World War broke out. Then, in late May of 1940, when the Conservative grandee Lord Halifax challenged Churchill, insisting that it was still possible to negotiate a deal with Hitler, through the good offices of Mussolini, it was the steadfast anti-Nazism of Attlee and his Labour colleagues that saved the day—a vital truth badly underdramatized in the current Churchill-centric film, “Darkest Hour,” as it has been in many a history book. (There were many, perhaps even a majority, on the Tory right more interested in preserving the peace and the British Empire than in opposing Hitler.) Had Labour been narrower in outlook, or implicitly pro-Soviet—at a time when Stalin was still tightly allied with Hitler—as were so many on the French left, the history of European civilization would be very different. Attlee remained Churchill’s chief ally throughout the war, but he was far from a complaisant one. When Churchill and Roosevelt were considering their declaration of the Atlantic Charter, it was Attlee, acting with a celerity and a clarity of purpose that belied his reputation for caution, who insisted on including “freedom from want” as one of its aims, making economic rights and, with them, a decent life for all, one of the official aims of the war. He was a mumbler, but he was no ditherer. In 1945, he led Labour to a stunning victory over Churchill, not ceasing for a moment in his admiration for his wartime role, nor ceding for a moment to what he perceived as his partner’s reactionary vision. (Churchill had the very bad idea in the campaign of attacking Labour as a quasi-totalitarian party, which everyone knew was nonsense.) The achievements of the first Labour government are still rightly legendary: a government that actually contained as ministers seven men who had begun their adult lives as working coal miners, brought in national health insurance, made the provision of housing central to its ends, and fought and mostly won the battle against unemployment. Imperfect as its accomplishments were—the virtues of nationalization proved less absolute than the ideologues imagined—it nonetheless empowered the working classes and, Bew writes, “set the ethical terms on which Britain’s new social contract was founded.” It is still a social contract in many ways intact, and was the background for the extraordinary cultural renaissance of working-class Britain in the nineteen-sixties and beyond. (…) At a moment when, for the first time in several generations, social democracy and even socialism itself are not dirty words but possible currents in American life, Attlee’s life recalls what real socialism is and can accomplish. After reading Bew’s book, one can’t help but think about the number of T-shirts sold here over the years bearing an image of Che (innumerable), compared with those bearing an image of Clem (presumably zero.) Yet one was a fanatic who helped make an already desperately violent and impoverished region still more violent and impoverished—and who believed in “hatred as an element of struggle”—and the other a quiet man who helped make a genuine revolution, achieving almost everything that Marx had dreamed of for the British working classes without a single violent civil act intervening. Adam Gopnik
Author Aldous Huxley once said, “A thoroughly scientific dictatorship will never be overthrown.” Even as we try to battle the COVID-19 pestilence, we may be contracting a more dangerous virus — hygienic fascism. This involves a process when our political leaders defer to a handful of “experts,” amid what Dr. Joseph Ladopo, an associate professor at the UCLA School of Medicine, describes as an atmosphere of “COVID-19-induced terror.” Ideologically, hygienic fascism is neither right nor left, nor is it simply a matter of taking necessary precautions. It is about imposing, over a long period of time, highly draconian regulations based on certain assumptions about public health. In large part, it regards science not so much as a search for knowledge but as revealed “truth” with definitive “answers.” Anyone opposed to the conventional stratagem, including recognized professionals, are largely banished as mindless Trumpistas, ignoramuses, or worse. Experience may show that debate and diversity of choices serve the public’s health and general well-being better than unchallenged rule by a few, largely unaccountable individuals. Even some non-Trumpians — like Elon Musk — see this as less an adherence to scientific standards than a “fascist” attempt to impose often impossible conditions on society and the economy, and without popular recourse. That these orders are often issued by the executive, and in the vast majority of states without legislative recourse, certainly follows an authoritarian pattern. The degree of social control being proposed often reveals staggering tunnel vision. Former Vice President Joe Biden’s adviser, Dr. Ezekiel Emmanuel, suggests that eradication of the virus will require a year or even 18 months of lockdown policies. This likely would catapult an already steep recession into something approaching a depression. Scientists and academics, it appears, may be less vulnerable to such a policy than, say, hotel workers, retail clerks or small business owners. Sometimes the controls being implemented are reminiscent of Orwell’s “1984.” People are being handcuffed for walking alone, playing catch with a child in a closed park or riding the waves alone at a closed beach. Officials, from Harris County, Texas, to New York, are urging neighbors to spy on and report each other. Some police departments are even experimenting with using drones to monitor adherence to stay-at-home orders, while Baltimore, one of the nation’s most crime-ridden cities, proposes using aircraft to control inappropriate behaviors. The current pandemic builds on a political tradition with origins in the writings of early 19th century philosopher Henry St. Simon. The French aristocrat considered scientists to be “superior to all other men” and the natural leaders of society. Such ideas later informed many progressives in that century, including H.G. Wells’s idea of a new elite that would replace democracy with “a higher organism,” which he called “the New Republic.” Contrary to the idea of Italy’s « Black Shirts » as being mere mindless brutes, science-fueled “futurism” constituted a critical part of the Italian fascist mythology, offering the prospect of merging the elements of “science and faith.” In the 1920s, Benito Mussolini was widely considered not a buffoon but, as the London Times suggested, a leader of a “spiritual revolution” uniting his historically fractious nation. Hitler’s regime, his armaments minister Albert Speer claimed, was the first dictatorship of a fully modern industrial state that used “instruments of technology” to impose a single ideology on its populace. Speer identified himself as the “the top representative of technocracy” that “used all its know-how in an assault on humanity.” Communists took a similar tack, espousing what they called “scientific socialism.” Lenin specifically wished to eradicate the last vestiges of “individualism” with the kind of conditioning perfected for dogs by Russian scientist I.P. Pavlov on Soviet workers and factories. These same ideas later were adopted by China, where the notion of rule by an educated elite — “an aristocracy of intellect” — has deep historical roots. China has used its growing  technical prowess both to monitor and to persecute dissenters, sometimes assisted by U.S. tech firms. It has applied technology both to suppress unapproved information about the infection and to control behaviors that could spread it. Privacy concerns are, of course, utterly ignored. Other authoritarian regimes, such as Russia and Turkey, have done the same.  Remarkably, despite China’s disastrous role in the pandemic’s evolution, many Westerners, such as some at CNN, increasingly consider China’s approach as superior to our predictably poorly coordinated, chaotic response. Oligarchs such as Bill Gates also apparently endorse China’s authoritarian approach. Others, particularly in our academic establishment, endorse censorship as superior to Western freedoms. Writing in The Atlantic, two law professors suggested that in the “debate over freedom or control,” China “was largely correct and the U.S. was wrong.” Still others have suggested, due to Trump’s often bumbling or ill-informed remarks, that networks not cover presidential press conferences. This same spirit is being embraced by some of the internet’s moguls — Twitter, Facebook, Google and YouTube — to monitor and censor comments, even those of medical professionals, that are not considered congruent with the accepted iteration of “science.” Although these efforts generally are aimed at the right, some liberals as well as many conservatives are frightened by the new drive for censorship. The notion of “brainwashing” the public already has been raised by climate-crusaders like former California governor Jerry Brown. Some environmentalists even see the nation’s lockdown as a “test run” for the kind of highly managed, centrally controlled society they consider necessary to preserve the planet’s health. We are entering a very dangerous time. The digital oligarchs and their allies continue to expand their sway over the struggling remnants of the analog economy. The pandemic offers them an unprecedented opportunity, as in China, to monitor citizens to an extent never before possible. Google and Apple already are working on a venture to track social distancing and contact tracing, and both separately are interested in collecting our medical records. Granting power to the “expert class” and to the technology elite represents a distinct peril for our democracy and constitutional order. Ultimately the issue comes down to human nature and the dangers of assuming that education, or erudition, make for better people, or smarter judgments. In the end, as Huxley noted, society has to answer the old Latin phrase, quis custodiet custodes — who watches the watchers? Joel Kotkin
It may be that the famous epidemiologist Neil Ferguson, who, until recently, was an important member of SAGE, has felt such pressures in his career. At one point in the pandemic he told a columnist for the New York Times that 1.1 million deaths was the “best case” for the US. In 2001 he blasted as “unjustifiably optimistic” a study suggesting that mad cow disease deaths “may peak at 100 cases per year in Britain and kill no more than a few thousand people in coming decades.” Rejecting this relatively optimistic view, he said deaths are in the long-term likely to be much higher at something only slightly less than 136,000. The true number as of June 2014 seems to have been 177. In 2005, he was alarmed by bird flu (H5N1). “Around 40 million people died in 1918 Spanish flu outbreak,” he told the Guardian. “There are six times more people on the planet now so you could scale it up to around 200 million people probably.” That’s a lot more than the World Health Organisation’s estimate for cumulative worldwide deaths, 2003-2020 of, ahem, 455. (…) Governments should recognise that their experts are, all of them, giving a partial perspective. Apparently, British and American policy was driven primarily by a report whose lead author was Neil Ferguson. That report seems to have considered only one danger: Covid. The one-sided analysis of that report may have left governments in the US and UK insensitive to the possibility that that lockdown itself might create its own fatalities, which might even end up larger than the number of Covid deaths. As economists never tire of reminding us, we are always facing tradeoffs and must adjust along all margins. Governments should also be more diligent in the pursuit of competing opinions. In his essay, “What is science?” Richard Feynman remarked “Science is the belief in the ignorance of experts.” A government that respects science should be sceptical of experts and, perhaps, more diligently seek out multiple viewpoints. In other words, when governments cannot leave the matters in the hands of the people, it should do what it can to simulate a competitive market for expert advice. A simulation is not the real thing, and we may grimly expect that in future crises governments will again fall victim to expert failure. But a greater effort to engage diversity of expert opinion within and across areas of expertise and a livelier scientific scepticism toward experts and their expertise may at least make expert failure less frequent and less severe. Roger Koppl
Vous me donnez un canton peuplé de quelques milliers d’individus neutres, indéterminés. Mon rôle, c’est de les déterminer, de les amener à l’existence médicale. Je les mets au lit, et je regarde ce qui va pouvoir en sortir : un tuberculeux, un névropathe, un artério-scléreux, ce qu’on voudra, mais quelqu’un, bon Dieu! quelqu’un! Rien ne m’agace comme cet être ni chair ni poisson que vous appelez un homme bien portant. (…) Votre objection me fait penser à ces fameux économistes qui prétendaient qu’une grande guerre moderne ne pourrait pas durer plus de six semaines. La vérité, c’est que nous manquons tous d’audace, que personne, pas même moi, n’osera aller jusqu’au bout et mettre toute une population au lit, pour voir, pour voir! Mais soit! Je vous accorderai qu’il faut des gens bien portants, ne serait-ce que pour soigner les autres, ou former, à l’arrière des malades en activité, une espèce de réserve. Ce que je n’aime pas, c’est que la santé prenne des airs de provocation, car alors vous avouerez que c’est excessif. Nous fermons les yeux sur un certain nombre de cas, nous laissons à un certain nombre de gens leur masque de prospérité. Mais s’ils viennent ensuite se pavaner devant nous et nous faire la nique, je me fâche. Dr. Knock
« Les “gilets jaunes”, c’était une crise sociopolitique. Là, on a affaire à une crise sanitaire qui débouche sur une énorme crise économique et sociale, c’est donc différent. Le point commun, c’est qu’il y a une mise en visibilité, un coup de projecteur sur des catégories qui étaient jusque-là invisibles : les “soutiers”, ceux qui occupent le compartiment machine de la France ou ce que Denis Maillard appelle le « back office ». La France les a découverts comme elle avait découvert les “gilets jaunes” de novembre 2018, avec leur vêtement (très justement nommé “vêtement de haute visibilité”) sur ces ronds-points de zone logistique où bien souvent ils travaillaient. Le coup de projecteur est comparable mais, en dépit d’un certain recouvrement sociologique (personnel soignant, chauffeurs, agents de maintenance, de logistique, d’entretien), ce ne sont pas forcément exactement les mêmes personnes. (…) Ceux qu’on a appelés les “premières” et les “secondes lignes” ont bénéficié d’une forte reconnaissance médiatique, politique et symbolique. La question est de savoir si cela va s’arrêter ou si cela va être pérenne. Je suis, hélas, assez sceptique. En 1945, on a demandé un énorme effort aux mineurs ; le Parti communiste, alors très puissant, avait été mis à contribution ; une affiche proclamait : “Mineur ! le sort de la France est entre tes mains”. Des records de production ont été battus ; et puis dès 1947-1948, la bataille du charbon ayant été gagnée, plus personne ne pensait à eux, la parenthèse s’est refermée et des grèves très dures ont éclaté dans les bassins houillers car on commençait à rogner les acquis que les mineurs avaient obtenus. Je pense que ça va se terminer de la même manière, d’autant qu’à l’époque la croissance allait revenir tandis qu’aujourd’hui nous sommes engagés dans une grave récession. Pour les primes et les revalorisations salariales, à mon avis, les salariés vont devoir attendre… Il y aura donc du ressentiment, notamment chez tous ceux qui “ont tenu leur poste” pendant l’épidémie. (…) La déception des mineurs avait donné lieu à des mouvements très durs, et durement réprimés. Là, on peut faire l’hypothèse que cela sera différent. Je lisais récemment le témoignage d’une employée de boulangerie qui se disait très amère : « Nous, nous n’avons pas de masques et personne ne pense à nous applaudir », se plaignait-elle. Elle se comparait à ses collègues des grandes surfaces, qui sont mieux protégés, aux soignants, qui ont été acclamés partout : je ne suis pas sûr qu’elle irait défiler demain avec eux. C’est ce que François Dubet appelle la « tyrannie des petites différences ». Malgré cela, deux choses sont certaines. La première est que le contexte global va être très dur ; il y aura de la frustration vis-à-vis des efforts consentis, des risques pris. Chez ceux qui sont restés en première ligne, la crainte de la contamination grimpait à 75 % (contre 35 % pour ceux qui télétravaillaient) : c’est énorme ! C’est vraiment le salaire de la peur. On se souvient que la grande distribution avait promis 1000 euros aux valeureux salariés qui avaient permis aux Français de continuer de s’approvisionner. Quand on regarde dans le détail, ça s’est assez rapidement enlisé dans les sables du concret. La prime dépendra du temps passé sur site, tout le monde ne pourra pas y être éligible, etc. Les “soutiers” se diront forcément qu’ils ont risqué leur peau et qu’on les paye avec des clopinettes. La seconde chose, qui dégonfle un peu l’idée d’une révolte à venir, est : quel mot d’ordre, justement, pour cette révolte ? “Tous unis contre le virus” ? C’est fait. “La France va mal” ? D’accord. “Le gouvernement a mal géré la crise” ? Très bien, et puis ? Ensuite, quelle structuration – cette fameuse structuration qui a tant manqué aux “gilets jaunes” ? Les mineurs que j’évoquais tout à l’heure constituaient une classe en soi mais aussi pour soi (pour reprendre la terminologie marxiste), très solidaire, alors que les déçus de demain seront très divers. Par ailleurs ce n’est jamais au pic de la crise que le mouvement se déploie. C’est trop tôt. Tout le monde a la tête dans le seau. Politiquement, on a payé 1929 en 1933 ou en 1936. (…) Je pense que de très nombreuses personnes seront surtout obnubilées par la question : comment sauver mon emploi ? comment sauver mon entreprise ? Cette urgence va s’imposer à tout le monde, de près ou de loin, et va reléguer au second plan toutes les grandes constructions intellectuelles sur le “jour d’après”. Tout le monde va être obnubilé par ça : comment traverser cette crise ? comment survivre à cette crise ? Les précédents historiques nous montrent d’ailleurs que ce n’est jamais au cœur d’une crise économique que se produisent les mouvements sociaux mais plutôt en sortie de crise. (…) Ce que l’on constate en premier lieu, c’est que cette crise sanitaire induit une gigantesque crise économique et sociale. Chaque matin voit un dirigeant de grand groupe (Air France, la Fnac, la SNCF ou d’autres) solliciter l’aide de l’État – donc des Français – pour atténuer les effets de pertes très lourdes que lui occasionne cet arrêt quasiment complet de l’économie. Donc il est certain qu’il y aura un avant et un après, ne serait-ce que pour cette raison : la France est gravement dans le rouge. On assistera sans doute à des changements dans certains domaines (recours plus fréquent au télétravail ou à l’e-commerce, par exemple) mais qui n’affecteront pas spectaculairement la physionomie de notre pays. (…) Je crois que nous nous trouvons dans un cycle d’évolution à long terme et que cette crise du Covid-19 ne fera qu’amplifier des tendances qui étaient déjà à l’œuvre. Prenons le cas de la consommation, qui est très révélatrice des imaginaires. Que distingue-t-on ? Les produits bio et les circuits courts, qui se portaient déjà bien, ont vu leurs ventes bondir lors du confinement. Les couches plutôt supérieures et urbaines de la société sont sensibles aux discours des écologistes, qui soutiennent que ce qui nous arrive valide leurs thèses, qu’il faut consommer “moins mais mieux”, qu’il faut prendre de la distance avec la vie d’avant, que le bonheur n’est pas dans l’accumulation de biens. Mais parallèlement, il existe une autre composante importante de la société, disons, pour faire simple, le bas des classes moyennes et les milieux populaires, dont la question est plutôt : comment rester dans le rythme de la consommation alors que mon budget va se trouver rogné par la crise ? Eux n’ont pas changé de philosophie mais ils vont devoir arbitrer entre un vouloir d’achat intact et un pouvoir d’achat en baisse. (…) Les files d’attente de voitures devant les restaurants McDonald’s drive qui avaient rouvert me semblent bien illustrer cette volonté de continuation. Toute une partie de la société veut que ça reprenne comme avant. Pour elle, la consommation est statutaire, elle signe son appartenance à la grande classe moyenne, alors que les “bobos” (pour faire court) ont un rapport différent à la consommation. Ces deux parties risquent d’entrer en conflit car ceux qui considèrent qu’il faut changer le monde, et qui dominent le débat public, voudront certainement convaincre les autres qu’il est criminel de continuer comme avant, ce à quoi ces derniers rétorqueront qu’ils ne se sentent pas coupables. Et dans la mesure où beaucoup d’entre eux ont continué à aller bosser malgré la menace du virus (quand les autres télétravaillaient en sécurité depuis chez eux), ils n’accepteront certainement pas de recevoir de leçons. N’oublions pas que l’étincelle pour les “gilets jaunes” a été la taxe carbone, c’est-à-dire le refus d’être sacrifiés sur l’autel du “sauvetage de la planète”. Il y aura un conflit de classes sur fond de vision de la société, et je crois qu’il peut être très dur. (…) J’imagine plutôt des quiproquos. On constate aujourd’hui un fort engouement pour le local, et aussi une forte demande de national. Les deux mouvements se ressemblent, mais on a d’un côté Pierre Rabhi, la sobriété heureuse, les néoruraux et les circuits courts, de l’autre le Rassemblement national, la protection des frontières, le “produisons français”… Il ne faut pas oublier que Marine Le Pen a fait du localisme le cœur de son discours aux européennes. Bien sûr, je ne vois pas ces mouvements se rejoindre et s’entendre mais les deux vont pousser vers “plus de local”. (…) Il y aura des bouffées de colère plus ou moins violentes, dans certains secteurs, dans certaines entreprises, à chaque mesure prise, à chaque avantage supprimé. On se souvient des cadres séquestrés, des menaces de destruction de sites, ces gestes ultimes de gens au bout du rouleau, dopés à l’énergie du désespoir, mais ce sera localisé, sporadique… Je me trompe peut-être mais je ne crois pas que ça puisse coaguler, ne serait-ce que parce que tout le monde n’aura pas vécu la même chose. Je ne parierais donc pas sur un bouleversement politique, plutôt sur la poursuite d’une lente aggravation de la situation. (…) Ce qui est certain, c’est que le jugement des Français est sévère, la confiance en chute libre, bien davantage qu’en Italie ou en Espagne, qui ont pourtant beaucoup souffert, elles aussi. En termes de popularité, Macron est bien en dessous de Conte, par exemple… En dépit des grands appels du genre « Nous sommes en guerre », cette idée de rassemblement derrière le drapeau, cette notion d’union nationale, en vérité, a beaucoup moins bien fonctionné chez nous que chez nos voisins. Déjà très contestés, l’exécutif et la majorité n’ont donc pas du tout capitalisé sur cette crise, bien au contraire. Leur chance est que le balancier qui oscillait traditionnellement de la majorité à l’opposition est lui aussi cassé. Les oppositions n’ont pas prouvé qu’elles auraient été plus pertinentes, plus à la hauteur. Marine Le Pen a conforté ses propres troupes, elle est toujours l’opposante en chef, à 20-25 %, ce qui n’est pas rien mais pas suffisant pour s’imposer. Les écologistes sont les seuls qui peuvent espérer capitaliser, si une partie de la population accepte l’idée que ce qui nous arrive est la preuve qu’ils avaient raison mais ça ne se verra que dans un ou deux ans et encore, ce n’est pas sûr. (…) Chacun voit dans cette crise ce qu’il veut y voir : ça ne serait pas arrivé “s’il y avait eu des frontières” (RN) ; “si l’hôpital public n’avait pas été cassé” (PS et LFI) ; “si nos finances publiques étaient saines” (LR) ; “si l’Europe avait été plus intégrée” (les pro-Union européenne) ; “si le monde était plus écolo” (EELV) ; etc. Aucun scénario ne se dessine. Celui de l’union derrière le président n’a pas eu lieu ; l’idée d’un gouvernement de salut public n’a généré de l’appétit que chez quelques personnes qui ne représentent qu’elles-mêmes. Le scénario du dévissage complet ne s’est pas produit, celui voyant l’émergence d’un leader populiste raflant la mise non plus. Je parie sur la persistance du statu quo instable de ‘l’archipel français’. Jérôme Fourquet
La Banque centrale européenne (BCE) souhaite que les banques de la zone euro sous sa supervision évaluent et rendent publics leurs risques climatiques, a annoncé ce mercredi l’institution de Francfort. Christine Lagarde estime que la BCE, qu’elle préside, doit elle aussi participer à la lutte contre le changement climatique, y compris via son pouvoir de supervision. Dans un guide relatif à sa consultation, en cours jusqu’au 25 septembre, la BCE indique que les établissements de crédit doivent communiquer leurs risques liés à l’environnement et au climat et inclure explicitement ces expositions dans leur structure de risques. Elles doivent aussi assigner une responsabilité à leur management sur ces sujets et soupeser ces risques dans l’élaboration de leur stratégie et en termes de réputation, lorsqu’elles sont associés à des secteurs polluants. La BCE souhaite que les banques se conforment à ces nouvelles orientations dès qu’elles seront finalisées, en fin de l’année. Elle leur demandera des comptes à partir de 2021, sans pour autant imposer dans l’immédiat des sanctions telles que des exigences de fonds propres supplémentaires. AGEFI
Je pense qu’avec Valentin, on a déjà eu le coronavirus, enfin le Covid-19. On était à Wuhan pour les Jeux mondiaux militaires fin octobre. Et, en fait, il s’avère qu’après on est tous tombés malades. Valentin a loupé trois jours d’entraînement. Moi j’ai été malade aussi. […] J’ai eu des trucs que je n’avais pas eus avant. On ne s’est pas plus inquiété que ça parce qu’on n’en parlait pas encore. Il y a beaucoup d’athlètes des Jeux mondiaux militaires qui ont été très malades. On a eu un contact avec le médecin militaire récemment qui nous a dit : je pense que vous l’avez eu parce qu’il y a beaucoup de gens de cette délégation qui ont été malades. Elodie Clouvel
Dans le village ils nettoyaient tout deux fois par jour et à minuit ils passaient au nettoyage des rues. Bob Bertemes
Ce sont des mots qui n’ont pas fait de bruit sur le moment. Pourtant, ils pourraient offrir un éclairage capital dans la difficile recherche des origines du Covid-19. Lors d’un entretien accordé le 25 mars au JT de la chaîne locale Télévision Loire 7, pour évoquer l’actualité liée au report des Jeux olympiques de Tokyo, Elodie Clouvel, la championne du monde de pentathlon moderne, a glissé une réponse précieuse. Ce témoignage pourrait s’avérer tout aussi troublant que l’analyse rétroactive de tests conservés à l’hôpital de Bondy qui a permis d’identifier un porteur du virus dès le 27 décembre en France. (…) Pour rappel, jusqu’à aujourd’hui, le premier cas reconnu de Covid-19, en Chine, remonte au 17 novembre. Les Jeux mondiaux militaires – près de 10 000 athlètes représentant 100 nations – se sont, eux, déroulés du 18 au 27 octobre. Ils étaient déjà apparus dans la chronologie des événements lorsque Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, avait laissé entendre sur Twitter, le 12 mars, que le coronavirus pourrait avoir été introduit par la délégation américaine y ayant participé. Ce mardi, BFMTV a aussi fait état, sous couvert d’anonymat, du témoignage d’un des 281 athlètes français présents à Wuhan et « tombé malade tout comme plusieurs membres de la délégation française » à son retour. Elodie Clouvel, de son côté, n’a pas souhaité donner suite à nos sollicitations pour reparler du sujet. Sa sortie médiatique du 25 mars n’aurait pas forcément été du goût de la hiérarchie militaire. Depuis, il a été d’ailleurs été demandé à la plupart des athlètes de ne plus répondre aux journalistes sur le sujet. Comme plusieurs nous l’ont confié : consigne leur a été donnée de renvoyer les questions à la direction de la communication des armées. (…) Dans un tel contexte, les Français n’ont aucune raison d’avoir été les seuls athlètes potentiellement contaminés. De nombreux malades ont ainsi été répertoriés au sein de la délégation suédoise forte d’une centaine de membres, dont certains victimes de fortes fièvres à leur retour. « Mais aucune des personnes testées n’a donné de résultat positif » a précisé mi-avril, au site NSD, le service de communication des forces armées suédoises. Le site de L’essentiel, rapporte, lui, les témoignages de certains sportifs luxembourgeois. Le nageur Julien Henx se souvient d’un contrôle infrarouge de température corporelle à la descente de l’avion. Le lanceur de poids Bob Bertemes se souvient que « dans le village ils nettoyaient tout deux fois par jour et à minuit ils passaient au nettoyage des rues ». Avant d’ajouter, au sujet du nageur Raphaël Stacchiotti : « Il a été malade là-bas. Depuis on le chambre en lui disant que c’était lui le premier cas. » Le Parisien
Ce pourrait être l’armée américaine qui a apporté l’épidémie à Wuhan. Soyez transparents. Les Etats-Unis nous doivent une explication. Zhao Lijian (porte-parole du ministère des Affaires étrangère chinois, 12 mars 2020)
Dans cette guerre de l’information, tout argument est bon à prendre. Déjà en février, des articles de presse faisant état de cinq cas d’hospitalisation d’athlètes étrangers lors de leur séjour à Wuhan avaient été exhumés. Zhang Dingyu, le directeur d’un grand hôpital de la ville, avait alors dû préciser qu’ils avaient fait des crises de paludisme.Désormais, ce sont les témoignages de sportifs étrangers qui ressortent. Plusieurs d’entre eux se demandent s’ils n’ont pas été contaminés lors de leur séjour dans la capitale du Hubei. Pas impossible, puisque la Chine a rétrospectivement tracé un cas remontant au 17 novembre, dont rien ne dit qu’il était le premier. Dans un entretien passé inaperçu et accordé fin mars à la chaîne locale Télévision Loire 7, la pentathlète française Elodie Clouvel racontait être tombée malade dans la foulée des Jeux mondiaux militaires, qui se sont tenus du 18 au 27 octobre, et avoir ressenti des symptômes inédits pour elle. Son compagnon, le champion du monde de pentathlon Valentin Belaud, s’est aussi senti mal à cette période. « Il y a beaucoup d’athlètes des Jeux mondiaux militaires qui ont été très malades, disait alors Elodie Clouvel. On a eu un contact avec le médecin militaire récemment qui nous a dit : “Je pense que vous l’avez eu, parce qu’il y a beaucoup de gens de cette délégation qui ont été malades.” » Depuis, l’athlète garde le silence et Télévision Loire 7 a supprimé l’interview de son site Internet « pour la préserver ». Les sportifs français ayant participé aux Jeux mondiaux militaires que Le Monde a pu contacter ont tous dit avoir reçu des consignes en ce sens. Ils renvoient au service de communication des armées et affirment n’être pas tombés malades pendant ou après la compétition. En Italie, la consigne de ne pas parler à la presse a également été formulée aux athlètes présents aux Jeux mondiaux militaires. Trop tard pour l’escrimeur Matteo Tagliariol, qui a assuré à la Gazzetta dello Sport que l’équipe nationale est « quasiment toute tombée malade ». « La maladie ne passait pas avec les antibiotiques, je n’ai été guéri que trois semaines plus tard et l’état de fatigue a duré plus longtemps encore. » Selon l’ancien champion olympique, l’infirmerie des Jeux militaires « ne délivrait plus d’aspirine. Les stocks étaient vides tant il y avait eu de demandes ». Jeudi, la section sportive de l’armée italienne a fait savoir qu’aucun cas suspect de Covid-19 n’avait été recensé parmi ses athlètes de retour de Chine. Aucun test n’a, dès lors, été pratiqué. En Suède, c’est de la base de Boden, près du cercle arctique, qu’est venue l’alerte, dès la mi-avril. Une médecin du régiment signale dans la presse locale que plusieurs athlètes, fiévreux, sont restés fatigués et incapables de s’entraîner plusieurs semaines au retour de Wuhan. D’autres bases suédoises ont rapporté le même phénomène. Cinq athlètes ont alors passé des tests sérologiques. Un seul a été diagnostiqué positif. Anders Nystedt, infectiologue en charge de l’épidémie de Covid-19 dans le nord de la Suède, a dit accueillir ces résultats avec précaution compte tenu des incertitudes quant aux tests sérologiques − ils permettent de dire qu’une personne a été contaminée, mais pas à quelle période. (…) La question est piégeuse pour l’armée. Réaliser des tests sérologiques sur l’ensemble des athlètes de la délégation permettrait seulement d’établir si certains ont été infectés, sans pouvoir définir la date de survenue. Or le virus a largement circulé dans la population française ces derniers mois, il est donc très probable, sur une délégation de quatre cents personnes, que plusieurs aient été infectées en France depuis, et non à Wuhan. Le doute subsisterait mais la désinformation chinoise ne se gênerait certainement pas pour y voir un nouvel élément à exploiter pour appuyer sa théorie d’une transmission étrangère. Au contraire, refuser de réaliser des tests malgré les interrogations posées publiquement par ses propres athlètes peut donner le sentiment qu’on ne veut pas aller au bout de l’histoire. Au risque de nourrir ainsi les thèses complotistes. Le Monde
Il convient de rappeler que lorsque le SRAS (également causé par un coronavirus) est apparu dans le sud de la Chine à la fin de l’année 2002, l’épidémie a été tenue secrète pendant plus d’un mois avant que les autorités chinoises reconnaissent le sérieux de la menace. De même, dans les premiers jours de l’épidémie de COVID-19, la police de Wuhan a fait taire les professionnels de la médecine qui tentaient de sonner l’alerte, et les rassemblements publics en grand nombre sont restés permis longtemps après que le danger de l’épidémie soit devenu évident.Selon une étude récente, si les autorités chinoises avaient publiquement reconnu la menace, et réagi correctement seulement trois semaines plus tôt, la propagation du COVID-19 aurait pu être réduite jusqu’à 95 %. Mais à cause de la négligence, de l’ignorance et de la censure qui prévalaient à ce moment crucial, le monde entier paye aujourd’hui un très lourd tribut.Si l’OMS a incontestablement joué un rôle important dans la lutte contre les menaces sanitaires mondiales au fil des années, elle aussi s’est vu reprocher son excès de bureaucratie et sa lenteur dans les réponses apportées. En effet, lors de la crise d’Ebola, ce sont les États-Unis, et pas l’OMS, qui sont intervenus pour empêcher un désastre encore plus étendu. (…) Dans le cas de la crise actuelle, même une fois apparu évident que le COVID-19 atteindrait un niveau de pandémie, la Chine a jugé utile d’empêcher Taïwan de participer aux discussions internationales sur la réponse à apporter. De même, les États-Unis continuent d’asséner des sanctions à l’Iran, compliquant la tâche du gouvernement iranien dans la gestion de l’épidémie au sein de ses frontières. Ces comportements sont tout simplement inacceptables, tant d’un point de vue humanitaire que macroéconomique. Qu’adviendra-t-il si le prochain virus inconnu et hautement contagieux apparaît à Taïwan ou en Iran ? Si des obstacles inutiles empêchent une réponse immédiate, nous ne retrouverons au stade auquel nous sommes aujourd’hui. Carl Bildt (ancien Premier ministre suédois)
Pour être honnête, je ne suis pas submergée et je ne l’ai jamais été. Pourtant, j’étais au « front », en « première ligne », comme on dit aujourd’hui. À l’hôpital, beaucoup considèrent qu’ils n’ont fait que leur boulot. Ils l’ont très bien fait, certains ont pris des risques, mais, à un moment, il faut dire les choses : on fait le job, et c’est normal. D’une certaine façon, c’est une chance que de pouvoir travailler, gagner sa vie et sortir de chez soi. Certains médecins, détournent à présent leur savoir et leur pouvoir pour alimenter une psychose collective qui va nous coûter cher sur le plan médical, social, psychologique et économique. » Et j’en veux à ceux qui diffusent des informations complexes, encore non abouties scientifiquement, contribuant à entretenir des peurs irrationnelles face à la maladie et à la mort. Notre boulot de médecin, c’est aussi de rassurer les gens. En tout cas, ce n’est certainement pas d’affoler la population au moment où beaucoup hésitent à renvoyer leurs enfants à l’école et à reprendre le travail. Tous les jours, je vois défiler dans mon cabinet des gens angoissés. L’autre jour, un étudiant en panique m’a confié ne pas être sorti de son studio durant six semaines, pas même pour aller faire ses courses. Des profs, des salariés me demandent des certificats pour ne pas retourner travailler. Je vois des patients effrayés, renfermés sur leurs angoisses de mort, qui préfèrent tout arrêter, garder leurs enfants à la maison plutôt que de ressortir, vivre, bosser, retrouver leurs proches et leurs amis. Je trouve ça triste. Quand on est en bonne santé, on ne devrait pas se complaire dans le confinement, le repli et la docilité. C’est pourquoi l’urgence est peut-être de redonner confiance aux gens, de les aider à retrouver le goût de vivre et d’être ensemble, plutôt que de dépendre d’un système lui-même à bout de souffle. (…) On apprend ça à la fac : la santé est un tout. Ce n’est pas seulement se prémunir d’une maladie ou d’une infirmité, c’est être bien dans son corps, sa tête, son environnement social et familial. On a sacrifié tout ça, et c’était nécessaire pour lutter contre cette fichue maladie, mais ça ne peut plus durer. Aujourd’hui, nous devons être raisonnables et ne pas oublier cette vision globale de la santé, si nous voulons tenir dans la durée. Le combat contre ce virus n’est pas terminé et nous allons continuer à faire de notre mieux pour protéger, dépister et soigner les personnes à risque atteintes du Covid-19. Mais notre boulot, c’est aussi de faire en sorte que la vie redémarre. Pas de faire peur aux gens à la télévision. Nous devons être des filtres, pas des générateurs d’angoisse. Je trouve ça triste cet endormissement généralisé, cette docilité, ce manque de révolte. Car quand on vous prend votre liberté, qu’on vous oblige à mettre un masque dans les transports, même si c’est indispensable, ce n’est pas quelque chose de normal, ni d’anodin. On a le droit de dire qu’on n’est pas content, qu’on est en colère, que c’est dur. On a le droit de se plaindre, ça fait du bien. Je déplore que certains médecins exagèrent en leur faveur la situation réelle dans les hôpitaux pour renforcer leur pouvoir, leur ego, et obtenir un intéressement financier. Or, il y a un décalage entre ce que rapportent certains médias et la réalité du terrain. Les internes que je côtoie me racontent leur stage hospitalier : les services qui ont été réorganisés pour accueillir les patients atteints du Covid ont été pleins durant deux ou trois semaines, au plus fort de la vague. Mais, depuis un mois, ce n’est plus du tout le cas. Les urgences sont désertes ; en tout cas, ceux qui, parmi mes patients, y ont fait un passage ont été traités plus rapidement que jamais. Je regrette donc de voir certains de mes confrères inquiéter davantage une population déjà à cran pour arriver à leurs fins, aussi légitimes soient-elles. Si ça continue, un jour, les gens nous diront : vous nous avez fait flipper pendant des semaines et ça se retournera contre nous ! certains urgentistes médiatiques qui en font des tonnes ; certains professeurs, souvent les mêmes, que l’on voit tout le temps à la télé, au point de se demander quand est-ce qu’ils sont dans leur service ». En même temps, je les comprend: quand on a hérité du statut de héros, on n’est pas pressé d’en sortir !. Elle dit : « Nous ne sommes peut-être que de petits généralistes, mais les patients, nous les voyons vivre, travailler, évoluer en famille. Et ce que je peux dire, c’est que beaucoup sont atrophiés par ce qu’ils vivent. Notre rôle est de les aider à en sortir. Le risque zéro n’existe pas. Certains patients viennent nous voir pour éviter d’avoir à en prendre en nous demandant un arrêt, par exemple. Ce que j’aimerais, c’est qu’ils assument ce risque, en tout cas quand leur santé le leur permet. À nous de faire en sorte que ce risque soit limité au maximum.Oui, il y aura sans doute une deuxième vague, mais je pense que les mesures mises en place permettront d’y faire face. De toute façon, on ne pourra pas s’empêcher de vivre indéfiniment. Il y a un équilibre à trouver entre le risque lié au virus et les risques que l’on prend en prolongeant l’enfermement. Dr Laurence Peignot
Ce qui m’inquiète, (…) c’est la disproportion entre la gravité – réelle mais limitée – de cette pandémie et l’espèce d’affolement qui semble s’être emparée des médias et, par eux, d’une partie de la population. « L’espoir renaît », dit-on depuis quelques jours. Mais quand avait-il disparu ? Faut-il rappeler que le taux de létalité du Covid-19 semble être de 1 ou 2 % et sans doute moins, si l’on tient compte des cas non diagnostiqués ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela laisse bon espoir à la plupart d’entre nous ! Tout se passe comme si nos journalistes découvraient soudain que nous sommes mortels. Vous parlez d’un scoop ! Les médias audiovisuels nous font le décompte, jour après jour, des victimes de la pandémie. Nous en sommes à 15 000 morts en France. C’est beaucoup. C’est trop. Mais enfin, faut-il rappeler qu’il meurt dans notre pays 600 000 personnes par an, dont, par exemple, 150 000 d’un cancer et, parmi ces derniers, plusieurs milliers d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes ? En quoi les 15 000 morts du Covid-19, dont la moyenne d’âge est de 81 ans, méritent-ils davantage notre compassion ou notre intérêt que les 600 000 autres ? Tous les humains sont égaux en droits et en dignité, mais toutes les morts ne se valent pas. Il est plus triste de mourir à 20 ou 30 ans que de mourir après 60 ans, ce qui est le cas de 95 % des décès liés à cette pandémie. Les jeunes n’osent pas trop en parler, de peur de sembler se désintéresser de leurs aînés. Mais moi, qui ai 68 ans, je peux le dire, et même je dois le dire : je me fais plus de soucis pour l’avenir de nos enfants – et pour la dette que nous allons leur laisser – que pour ma santé de presque septuagénaire ! Cela ne condamne pas le confinement, qui était sans doute nécessaire et que je respecte soigneusement. Mais cela veut dire que ses conséquences économiques, qui seront extrêmement lourdes, doivent aussi être prises en considération, notamment dans la détermination de sa durée. (….) La misère tue aussi, et plus que les virus. 9 millions de personnes meurent chaque année de malnutrition, dont 3 millions d’enfants. Imaginez que la crise économique qui s’annonce fasse augmenter ce chiffre de seulement 10 % : cela ferait 900 000 morts en plus, qui n’auront pas besoin d’un virus pour agoniser. Et dans notre pays, où le chômage commençait à reculer, quels seront les dégâts sociaux, politiques, humains de cette crise ? Je comprends que les médecins privilégient la santé, c’est leur boulot et leur vocation. Mais, quand je vois, sur nos écrans de télévision, dix médecins, voire plus, pour un économiste, je m’inquiète. La médecine coûte cher. Si nous avons l’une des meilleures médecines du monde, c’est parce que nous sommes un pays riche. Croire qu’on va pouvoir augmenter les dépenses de santé en ruinant notre économie, c’est un évident contresens. La médecine a besoin de moyens, souvent onéreux. Opposer médecine et économie est donc une sottise. Il faut, au contraire, les articuler et, dans toute la mesure du possible, les concilier. (…) Tout être humain mérite attention et respect. Il se trouve que les soignants sont en ce moment confrontés à des difficultés et à des risques fortement augmentés. Il est donc normal de s’en soucier davantage. Cela dit, le métier des enseignants, spécialement en collège, des policiers, des militaires, des éboueurs, des ouvriers, des paysans, des employés de supermarchés, etc. n’est pas non plus toujours facile ou gratifiant. Et les chômeurs, vous ne croyez pas qu’ils méritent aussi un peu plus d’attention ? Nous avons peut-être les meilleurs hôpitaux du monde. Qui oserait dire que nous avons les meilleures écoles, la meilleure formation professionnelle, le plus faible taux de chômage ? (…) C’est ce que j’appelle le pan-médicalisme : une idéologie, voire une civilisation, qui fait de la santé la valeur suprême (à la place, par exemple, de la justice, de la liberté ou de l’amour) et qui tend, dès lors, à déléguer à la médecine la gestion non seulement de nos maladies, ce qui est normal, mais de nos vies et de nos sociétés, ce qui est beaucoup plus inquiétant ! Ne tombons pas dans « l’ordre sanitaire » ni dans le « sanitairement correct » ! Dans une démocratie, c’est le peuple qui est souverain, ce sont ses élus qui font la loi, pas les experts. J’en viens à craindre une « chiraquisation » de la politique : éviter les sujets qui fâchent, renoncer à toute réforme impopulaire, ne plus s’occuper que de la santé et de la protection des Français – plan anticancer, plan pour la sécurité routière, plan contre Alzheimer, plan contre les épidémies… Contre quoi il faut rappeler que la politique est conflictuelle par essence. Quand tout le monde est d’accord pour dire que la santé vaut mieux que la maladie, ce n’est plus de la politique ! Attention de ne pas prendre modèle sur la Chine. Quand la politique se dissout dans la technocratie, qui est le règne des experts, la démocratie se meurt. (…) Quoi de plus naturel qu’un virus ? Ceux qui accusent les sciences et les techniques de tous les maux devraient y réfléchir. La peste noire, au XIVe siècle, a tué la moitié de la population européenne ; la grippe espagnole, en 1918-1919, a fait 50 millions de victimes dans le monde. Il est vraisemblable que le Covid-19, grâce au progrès scientifique, en fera beaucoup moins. Bref, adorons un peu moins la nature et félicitons un peu plus nos chercheurs. Mais n’oublions pas que le réchauffement climatique, qui est, lui, bien d’origine humaine, risque de faire beaucoup plus de morts que le coronavirus ! André Comte-Sponville
Ce qui est sûr, c’est que vu la gravité du moment, les réponses ne peuvent plus être celles d’avant. Je le dis comme un défi à la classe politique et à moi-même : les vraies solutions ne seront pas confortables. Elles remettent en cause une forme de lâcheté collective sur les dernières années. Cette lâcheté a consisté à ne pas changer grand-chose, à éviter certaines questions fondamentales. Elle a été partagée par tous les partis politiques, y compris le mien, et à certains égards par les citoyens. Personne, à aucun moment, n’a dit : il faut renverser la table. (…) On n’évitera pas d’interroger le libéralisme, c’est une évidence. Je le fais depuis un moment, quitte à passer pour un communiste. La question fondamentale est là : l’idée que l’argent serait la seule échelle de valeur, et que l’Etat n’a plus aucun rôle à jouer. On a tué l’idée d’Etat. On a dit qu’il était un problème, on l’a dépouillé et disqualifié. La crise le démontre, par exemple avec la  question des masques. Ensuite, il y a la question budgétaire : si on a détruit le système de santé, c’est parce qu’on a fait de cette question un dogme. Les valeurs ont été inversées : on s’est demandé comment tenir une doctrine budgétaire avant de se demander ce qu’il fallait faire pour le pays. Enfin, il y a le libre-échange non régulé. Peut-on parler d’«économie de guerre» et continuer d’acheter nos aliments à l’étranger ? Le vote du Ceta [traité de libre-échange entre le Canada et l’UE, ratifié par la France en 2019, ndlr] a été un moment de bascule. La politique a démissionné. Je me suis interrogé : depuis quand n’a-t-elle pas changé le cours de l’Histoire ? (…) En réinventant l’Etat, on fixera les secteurs stratégiques de la Nation : l’alimentation, la santé, la sécurité, la défense. Ces secteurs, qu’on a réduits à l’état de squelettes, ne peuvent pas être soumis au marché, ni à une doctrine budgétaire. Dans ces domaines, on ne joue pas aux contrôleurs de gestion : ils sont «hors limites» et doivent faire l’objet d’une stratégie nationale. Je crois à la planification : c’est un point d’accord avec la pensée communiste, qui l’a d’ailleurs appliquée avec les gaullistes. (…) Personne n’imagine d’ouvrir sans maîtrise les vannes budgétaires. On finance ces secteurs en revoyant notamment notre fiscalité et nos priorités. Ce que cette crise révèle, c’est que ce qui semblait impossible devient possible. Loger les sans-abri, cela fait des années qu’on nous dit qu’on ne sait pas faire. Et là, en quelques jours, on trouve des solutions. On redécouvre les salaires de misères des caissières, des infirmières, à côté des salaires fous dans certaines entreprises purement spéculatives. Je ne dis pas : «Prenons l’argent là où il est», mais… Cette crise va nous coûter des milliards d’euros. Tout l’argent public que nous avions économisé par étroitesse d’esprit sera effacé en quelques semaines. (…) Aujourd’hui, j’ai autant de questions que de réponses. Chez LR, cela fait tout de même quelques années qu’on s’interroge sur la question des salaires. C’est un grand mal de notre époque que de ne pas rémunérer à la bonne hauteur ceux qui mériteraient de l’être. Il faudra sur ce sujet une pensée radicalement révolutionnaire. Si des secteurs sont reconnus comme stratégiques, leurs travailleurs devront l’être aussi, avec la rémunération appropriée. On peut le faire en fonction du revenu d’activité de l’entreprise, des enjeux stratégiques du métier… Le gaullisme a des éléments de réponse, par exemple avec la grande idée de la participation. Une certitude : cela doit aller au-delà de la prime de 1 000 euros qui peut être distribuée ponctuellement. Ce n’est pas avec une petite prime qu’on s’en sortira. (…) Quand on pose la question de l’Etat, on pose forcément celle des frontières aussi. Il faut la relier, pas seulement aux enjeux migratoires, mais aussi aux mouvements de biens et des capitaux. Certes, si demain nous les fermions, nous ne pourrions plus nous alimenter. Mais le cœur du libre-échange, c’est la liberté du prix. Et sur les questions alimentaires, on doit pouvoir mettre en question cette liberté du prix. (…) Quand je me pose ces questions, je me dis : suis-je en train de me perdre dans mes valeurs politiques ? Ce qui est sûr, c’est que le confort serait de la boucler et de me passionner pour les petites mesures conjoncturelles. Ce serait une lâcheté coupable : si dire les choses doit me coûter un engagement politique, peu importe. Du reste, j’observe que cette doxa perd du terrain depuis quelques mois. Plus personne chez nous n’ignore que la société a changé, et je ne désespère pas de convaincre. Tout ce que je vous dis fait l’objet d’échanges avec notre président Christian Jacob et d’autres. On est nombreux à se dire que la politique est devenue minuscule. Même les plus réticents comprennent qu’on ne peut pas tout ramener à un tableur Excel. (…) Pour un chantier aussi grand, il va nous falloir un peu de temps. Quand le confinement sera terminé, on réunira des experts, des philosophes, des sociologues pour tout repenser autour d’une idée nouvelle, celle de l’Etat, et l’imaginer plus fort, plus protecteur. Avec deux urgences : la santé et l’alimentation. On doit en finir avec les petites mesurettes et autres «observatoires». (…) On en revient en fait à une idée fondamentale : le gaullisme, qui avait théorisé l’Etat protecteur et stratège. Un gaullisme moderne, car ce qui valait en 1940 ne vaut plus forcément aujourd’hui. Un des effets de cette crise est de me faire beaucoup relativiser l’esprit de clan. La droite à laquelle je crois sera capable de rassembler la grande majorité des Français, qu’ils soient foncièrement de droite et pas. L’enjeu, au fond, c’est la survie du politique, tous bords confondus. Mais cela ne pourra pas être porté par Emmanuel Macron. Ce qui est mort, c’est le «nouveau monde», il va disparaître avec l’eau du bain. Il ne pourra survivre à la crise de son propre modèle. C’est sa dernière lueur. Aurélien Pradié (secrétaire général du parti Républicain)
Depuis quelque temps, une petite musique socialisante retentit au sein du parti Les Républicains. Plusieurs de ses responsables avancent des propositions auxquelles même certains membres du Parti socialiste ne croient plus. Au nom de la supposée reconquête du politique sur l’économique, nous assistons à des idées qui décoiffent autant qu’elles posent question sur les objectifs poursuivis. Énième plan de relance, forte augmentation du SMIC, protectionnisme fermé, etc., sont autant de propositions qui sont justifiées au nom de la résolution des crises sociales et sanitaires que nous traversons, faisant fi des réalités que ces dernières décennies ont pourtant largement confirmées, et au risque de perdre définitivement toute crédibilité auprès d’une partie restante de son électorat. Le jeune député Aurélien Pradié, numéro 3 de LR, s’est fait récemment remarquer dans une interview donnée à Libération , en faisant part de sa «croyance en la planification, un point d’accord avec la pensée communiste», puis en proposant sur Twitter de «réfléchir à fixer un prix maximal pour 100 produits alimentaires de première nécessité». Soit ces propositions, aussi séduisantes puissent-elles être au premier abord, sont faites dans l’ignorance des principes fondamentaux d’économie et de l’histoire récente que le XXe siècle nous a enseigné ; soit elles sont le fruit d’une opposition mécanique à la majorité actuelle, considérant que le macronisme représente un «ultralibéralisme mondialisé dérégulé», aussi fantasmé que faux. Dans les deux cas, cela relève d’une grave erreur d’appréciation dans laquelle la droite doit à tout prix éviter de tomber. Nous nageons dans les confusions, la première d’entre elle consistant à penser qu’un peu de socialisme nous donnerait une bonne image sociale. Mais qui peut encore prétendre que le socialisme génère de bons résultats sociaux, à part ses derniers militants shootés à la dépense publique? La droite française, qui avait intellectuellement perdu dans bien des domaines ces dernières décennies, doit absolument abandonner ses derniers oripeaux socialistes, plutôt que de vouloir s’y rhabiller dans un anachronisme incompréhensible. Une autre erreur consiste à confondre État et étatisme, ou en d’autres termes l’État-régalien dont les droites occidentales sont culturellement et historiquement imprégnées, avec l’État-providence, dont nous voyons bien qu’il échoue lamentablement à l’aune de la crise du Coronavirus. À force de vouloir s’occuper de tout, l’État est partout sauf là où nous en avons besoin. Nul besoin de rajouter de nouvelles règles, contraintes et dépenses. Au contraire, nous devons nous en affranchir. Cadre et élu local LR (et auparavant UMP, depuis sa création), je ne peux laisser le parti politique auquel j’appartiens prendre le risque de s’éloigner de l’un des piliers fondamentaux qui est censé constituer toutes les droites occidentales, à savoir la défense des libertés économiques. Regardons autour de nous, il n’est nul besoin d’aller très loin. Qui s’en sort le mieux, à la fois en matière de politique économique et sociale, et particulièrement dans la gestion de la crise sanitaire que nous traversons actuellement? Qui nous envie notre fameux «modèle français», le meilleur au monde claironnait-on il n’y a pas si longtemps? Rapporté à son coût, il est devenu parmi les moins efficaces. Si l’on avait davantage fait confiance «aux forces du marché», nous ne serions pas arrivés dans cette situation. Nous le constatons bien à la lumière de la crise que nous traversons aujourd’hui. Notre système économique ne souffre pas de trop de libéralisme et de trop de libertés. Bien au contraire. Nous sommes victimes d’un État omnipotent, centralisé, suradministré, et incapable de répondre à la crise. Depuis maintenant 45 ans, nous sommes en déficit public structurel, faisons face à une dette publique qui ne cesse d’augmenter, avec à la clef un chômage élevé et une richesse qui s’accroît moins vite chez nous que chez nombre de nos voisins. Nos prélèvements obligatoires battent des records, et il faudrait que le confinement se prolonge davantage pour avoir le temps de lire entièrement notre Code du travail. Les protocoles sanitaires pour la réouverture des écoles, aussi anxiogènes qu’inadaptés à la situation, que les maires et directeurs d’écoles viennent de recevoir de l’Éducation nationale, sont à l’image de cette haute administration en décalage total avec les réalités locales. Laissons les initiatives privées et locales s’exprimer. On le constate d’ailleurs bien aujourd’hui. Qui réagit avec le plus d’agilité et d’adaptation à la crise sanitaire, dans un esprit de solidarité concrète, si ce ne sont les entreprises, les associations, et les collectivités locales? Si nous avons à défendre un patriotisme économique, celui-ci devra être offensif, et non pas défensif. Moins de règles, moins de contraintes, moins de lois, moins de dépenses publiques et moins d’impôts permettront à l’entrepreneuriat de se libérer des chaînes dont lesquels on l’enferme, à nos entreprises de gagner en souplesse et en compétitivité, et ainsi de mieux sortir durablement de l’importante crise économique et budgétaire qui nous attend. Quant aux propositions qui sentent bon le soviétisme, abandonnons-les immédiatement. Contrôler les prix ne fera qu’accroître la pénurie, comme la gestion piteuse des masques par l’Exécutif vient de nous le prouver. Et qui payera la facture in fine, si ce n’est le contribuable français, déjà le plus lourdement taxé au monde? Quant à planifier l’économie, quels qu’en soient les secteurs sélectionnés, certains s’y sont essayés, avec le succès que l’on sait. Oui, nous avons besoin d’un État fort, qui retrouve ses fondamentaux, et défende les Français, à commencer par leur sécurité. Non, nous n’avons plus besoin de cet État énarchique, impuissant à gérer la crise sanitaire actuelle, comme il est incapable de nous sortir de nos difficultés sociales qui se sont accumulées depuis des décennies. Il y va de la reconquête de notre électorat, et surtout du redressement de la France. Rémi Martial
Le plus dur à vivre, dans cette crise sanitaire, et le plus difficile à gérer, est l’état permanent d’incertitude qu’elle ne cesse d’entretenir. On apprend tous les jours des choses qu’on ignorait la veille sur ce virus ingouvernable qui rôde d’un pays à l’autre suivant un itinéraire capricieux et une cadence imprévisible. Au confinement total succède un confinement partiel. On ignore tout de ses lendemains, si ce n’est les présages d’une crise économique d’ampleur inédite et des drames qu’elle va entraîner. Ce déconcertant purgatoire à la durée indéterminée n’a pas empêché les professeurs de certitudes de proférer en rafales des prédictions définitives. Sur la fin de la mondialisation, comme si l’éradication du virus allait faire disparaître des systèmes de production étroitement connectés parce qu’il y va de leurs intérêts. Sur le naufrage programmé de l’Union européenne, dont les mesures d’urgence, pourtant, et le plan de sauvetage économique éclipsent de loin les pesanteurs et les divisions. Sur la nécessité de refonder l’«État jacobin», alors qu’une stratégie nationale en matière sanitaire n’est affaire ni de centralisation ni de système fédéral mais de prévoyance et de méthode. Et, bien sûr, sur la faillite du libéralisme, sans préciser lequel: le «néolibéralisme» nihiliste que la crise a durement éprouvé en effet ; ou le libéralisme inspiré de Montesquieu et de Tocqueville, qui fait des forces vives de la société le ressort de la vie nationale – à lire les sondages, ce sont surtout les maires et les entreprises que plébiscitent aujourd’hui les Français. Plus téméraire, Nicolas Hulot annonce carrément «un monde d’après» radicalement différent, dont il esquisse les contours par l’énumération rhapsodique d’une kyrielle de prévisions nébuleuses. Et de préciser: «Concilier fin du mois et fin du monde est un exercice très délicat.» Qui oserait le contredire? Au sortir d’une grande crise, l’espoir de savoir en tirer les leçons et de faire perdurer l’esprit de sacrifice et les solidarités qu’elle avait cimentés se heurte tôt ou tard à la grisaille des vieilles habitudes et à de nouvelles épreuves. En France, on s’était juré au moment de la Libération de ne pas retomber dans les errements du système politique d’avant-guerre, rendu largement responsable de la défaite. Deux ans plus tard, François Mauriac consigne dans son Journal cette note mélancolique: «Tout recommence. Tout demeure désespérément pareil […]. La IIIe République continue ; c’est la IVe qui est morte […]» Pendant les longues semaines d’autoréclusion, frustrés de nos libertés élémentaires, parfois dans des conditions très dures, les guerres culturelles qui occupaient hier notre quotidien paraissaient soudain dérisoires, picrocholines: les lamentations victimaires, la criminalisation de notre passé, l’interdit moral de prononcer des vérités décrétées incommodes et jusqu’aux débats homériques sur les droits des transgenres de choisir librement les vestiaires des hommes ou des femmes… On verra bientôt si tout va rester en effet «désespérément pareil». Aux vaticinateurs du «rien ne sera plus comme avant» fait écho le peloton des procureurs qui n’ont pas besoin de tout comprendre pour tout expliquer, puisque la crise valide ce qu’ils savent depuis toujours. Leur verdict est sans appel: ovation du corps médical qui brave l’épidémie, proscription des responsables qui n’ont su la contenir à défaut de l’empêcher. Et, déjà, des associations d’indignés dressent des listes de suspects et commencent à instruire leur procès politique. Le bilan des anomalies et des défaillances qui auront marqué cette crise sera établi le moment venu. Mais tant qu’on ignore comment opère le virus, que gouvernements et experts continuent de naviguer au jour le jour, il est prématuré de jouer bénévolement les épurateurs. Reste l’énigme de l’impréparation de nos pouvoirs publics, qui avaient pourtant mis en place tout un dispositif pour parer à une pandémie virale avant de l’abandonner. Le phénomène n’est pas aussi inhabituel qu’on imagine. Il renvoie à un trait inhérent à nos habitudes de penser et d’agir: nous privilégions le visible du court terme à l’«infamilier» d’un avenir insaisissable, surtout quand il engage des dépenses onéreuses. Des exemples? En 2004, une tempête tropicale cause de terribles destructions à l’île de Grenade en évitant de justesse le sud des États-Unis. L’alerte laisse de marbre les responsables américains. Huit mois plus tard, l’ouragan Katrina va dévaster La Nouvelle-Orléans avec les conséquences que l’on sait. En 1993, un attentat terroriste avorté visant les tours du World Trade Center provoque finalement peu de dégâts. L’émotion passée, les autorités baissent la garde malgré l’accumulation des renseignements alarmants qui peinent à se faire entendre: le 11 Septembre ne prendra par surprise, en haut lieu, que ceux qui ont refusé d’y croire. La même cécité volontaire a frappé le gouvernement israélien à la veille de la guerre du Kippour en octobre 1973. Depuis des mois, les alertes s’étaient multipliées sur une attaque conjointe des armées égyptienne et syrienne. Mais Jérusalem n’y voyait que des manœuvres. Politiques et militaires méprisaient les capacités de l’ennemi, sous-estimaient sa détermination et s’obstinaient à méconnaître les informations qui décrivaient en temps réel ce qui allait se produire. On observe le même genre de déni avec le coronavirus. Tant qu’il frappait ailleurs, même à nos portes, on a trouvé toujours une explication plausible pour croire les Français à l’abri: la Chine est bien loin, le système sanitaire en Italie est défaillant et sa population plus âgée que la nôtre, l’Espagne est trop décentralisée pour faire face à l’épidémie, l’Angleterre est une île… Là où n’existe plus l’empreinte mémorielle d’une expérience précédente, vécue ne serait-ce que par association, le déni continue d’aveugler jusqu’aux mieux avertis. En 2017, deux «behaviouristes» américains, Robert Meyer et Howard Kunreuther, ont publié une enquête au titre qui résume notre situation: Le Paradoxe de l’autruche: pourquoi on se prépare mal aux désastres. C’est ce syndrome de l’autruche qui pousse à construire des maisons dans des secteurs exposés aux calamités, à n’acheter des assurances qu’après avoir subi le fléau qu’elles devaient indemniser, à braver des mesures de sécurité en se croyant immunisés contre le malheur, à abandonner telle politique préventive parce que le désastre qu’elle est censée endiguer tarde à se produire. Les auteurs énumèrent les six «constituants» du «préjugé cognitif» qui travaille autant les individus que les gouvernements: myopie, amnésie, optimisme, inertie, simplifications sélectives, suivisme. La crise sanitaire que nous sommes en train de vivre ne fait qu’accuser ces traits familiers, auxquels notre humeur nationale ajoute, comme de juste, ses attributs propres. Ran Halévi
Face au virus, un spectre hante le monde : le gouvernement des experts. Les politiques ont cédé leur pouvoir à une technocratie médicale aux moyens titanesques. Les totalitarismes en rêvaient, nos démocraties l’ont fait. Le péril dont on s’effraie est rarement celui qui nous terrasse. Beaucoup d’entre nous s’inquiétaient de voir poindre dans nos pays une dictature du politiquement correct. D’autres dénonçaient la dictature des instances supranationales, du marché, de l’écologie ou de la précaution. Et puis, tout à coup, c’est une dictature sanitaire qui est en train de mettre la société au pas. En vérité, le totalitarisme peut prendre bien des formes, se développer pour bien des raisons. La raison sanitaire en est une, et semble-t-il des plus convaincantes. En ce début de XXIe siècle, elle a remplacé la mobilisation générale à visée guerrière dont nos ancêtres ont usé et abusé. Bien sûr, il ne faut pas nous laisser abuser par les mots, ni comparer l’incomparable. Le totalitarisme d’hier brisait les corps en même temps que les âmes. Celui d’aujourd’hui se contente de confisquer le pouvoir à son profit. Et notamment le pouvoir politique, qui est de plus en plus confié à des « experts » au prétexte de l’incompétence des populations. On est loin ici des tyrans assoiffés de sang que le siècle passé nous a appris à détester. Ce qui se profile à l’occasion de la crise du Covid-19, c’est plutôt le despote éclairé. Et éclairé par les savants en blouse blanche, cela va sans dire. Le président nous annonce solennellement que nous sommes en guerre… Le gouvernement renchérit dans la gravité de la situation… Les partis font taire leurs divisions… Les institutions installent des cellules de crise, qui publient à tout-va communiqués et recommandations… Les sociétés savantes s’alignent… Les policiers se répandent dans les rues et les gares pour contrôler les visas de sortie… Les journalistes sont au cœur de ce tintamarre qu’ils mettent en scène pour entretenir la ferveur populaire. Ils dénoncent les égoïsmes, appellent à l’unité nationale, morigènent les récalcitrants. Quant aux soignants, ils sont devenus les soldats d’un pouvoir qui prêche l’« effort de guerre », les nouveaux bergers traquant les brebis égarées – le Bien ! Pour sa propre protection, ils recommandent de mettre le peuple, pétrifié, au congélateur. Extatiques, ils apparaissent régulièrement sur les chaînes d’information en continu pour supplier la population : « Restez chez vous ! » Chaque soir à 20 heures sonnantes, on les applaudit en cadence. Voilà pourtant qu’on rappelle ces héros au « devoir de réserve » (en toutes lettres dans les dernières recommandations d’une des « cellules de crise » au plus haut niveau de l’AP-HP). La discipline, la discipline, la discipline, vous dit-on ! L’engouement est tel qu’il fait taire les rivalités traditionnelles au sein même de la corporation médicale. Personne pour remarquer le gigantesque transfert de moyens, et donc de pouvoir, qui s’opère au bénéfice de deux spécialités : la réanimation respiratoire et l’infectieux. (…) Bref, c’est la guerre, et la guerre demande des sacrifices à tout le monde, répète-t-on en boucle. Mais il faut voir plus loin que le dévouement admirable des soignants à une population en panique. Sans doute sont-ils des soldats… et le propre du soldat, c’est d’aspirer à monter en grade. Les médecins, prenant à cœur leur rôle d’officier, retrouvent l’espoir de renverser en leur faveur la « gouvernance » qui avait été confisquée par le corps administratif. Depuis des années ils souffraient de l’oppression d’une bureaucratie devenue toute-puissante, qui leur dictait ses réquisits : T2A, CCAM, management, business plan, rentabilité, économies, gestion des flux, compression du personnel… Avec la crise du Covid-19, aucune de ces vilaines contraintes économiques n’a plus cours. Le pouvoir médical est de retour. Terrifiés par une responsabilité qu’ils ne veulent surtout pas endosser (une responsabilité de vie et de mort), les administrateurs filent doux. Ils sont revenus à l’intendance, rôle qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Ils ne prêchent plus la discipline budgétaire. Au contraire, ils renchérissent dans les offres pour faciliter la vie de ceux qui montent au front. Masques, respirateurs, pousse-seringues, médicaments, personnel supplémentaire : c’est le moment de tout demander, ils lâcheront tout ! Quant aux décisions en temps réel, elles sont prises par l’état-major médical. (…) Et puisque les médecins ont repris le contrôle sur l’administration, ils n’hésitent pas à s’attaquer à la strate supérieure, le politique. Ils renversent les priorités à leur avantage : l’État social devient État sanitaire. Les naïfs qui se sont reposés sur notre infatigable vaillance vont apprendre à la connaître. On ne parlera pas coup d’État, mais l’idée d’un 18-Brumaire habite sans doute nos généraux, promus maréchaux par la force du chaos. Remarquons ainsi qu’Olivier Véran et son adjoint Jérôme Salomon ont complètement éclipsé les autres ministres, qui doivent ronger leur frein. S’il y en a une qui n’a pas eu le sens de l’histoire, c’est bien Agnès Buzyn ! Elle s’est repliée à l’arrière juste avant la bataille décisive. Dommage de se limoger soi-même pour une femme qui aspire manifestement au pouvoir… Passé le premier choc de l’épidémie, passés la sidération et l’engagement comme un seul homme, les citoyens se réveillent peu à peu. Ils essayent de comprendre. Comme toujours, les livres sont nos meilleurs alliés dans cette quête de sens. (…) Les Origines du totalitarisme d’Hannah Arendt nous aide à éclairer notre condition d’homme moderne, soumis aux pressions d’une dictature qui déborde la sphère politique pour étendre son emprise à la sphère privée, quadrillant la société tout entière. (…) Hayek (La Route de la servitude) nous enseigne comment le planisme tente, maintenant et toujours, de supplanter l’initiative individuelle, au prétexte d’établir une organisation supérieure et supérieurement efficace, c’est-à-dire supérieurement oppressive. Avec Jacques Ellul et son Système technicien, nous frémissons devant la puissance du Système, rendu irrésistible par ses caractéristiques cardinales : autonomie, unité, universalité, totalisation. Illich, dont la Nemesis médicale est si prémonitoire, nous avait déjà mis en garde contre le gouvernement des experts, la confiscation de la décision par la force publique, la tendance de l’État à gouverner bien au-delà du régalien pour régenter tous les aspects de notre vie, au mépris du principe de subsidiarité. Pour finir, nonobstant les immenses différences entre le totalitarisme d’hier et celui d’aujourd’hui, pris de vertige, n’hésitant pas à pousser à l’extrême les analogies guerrières, nous méditons avec Vassili Grossman sur le destin atroce du valeureux peuple russe qui, par sa lutte grandiose contre l’oppresseur nazi, forgea lui-même ses chaînes vis-à-vis du tyran stalinien (Vie et Destin)… Sommes-nous en train de renforcer nos propres chaînes, tenues bien serrées par un pouvoir plus souriant, mais non moins absolu ? Notons que toutes ces références analysent un système moderne, qui dispose de la technique et de la science, ce qu’on appelle la technoscience. Sans ces moyens matériels gigantesques, nés de la révolution scientifique qui prétend faire de l’homme le maître et possesseur de la nature, le totalitarisme serait bien incapable d’exercer une emprise illimitée sur les existences individuelles et collectives. La « révolution de l’information » ne fait qu’amplifier un mouvement déjà décrit par ces auteurs actifs au siècle précédent. (…) Le totalitarisme sanitaire peut compter pour se développer sur les moyens qui ont fait le succès des totalitarismes guerriers. Sa force de frappe, c’est la technoscience. Elle est chez elle dans nos hôpitaux, devenus, dans le dernier demi-siècle, des « plateaux techniques », c’est-à-dire des hauts lieux de la technologie. Ironie de la crise actuelle : elle frappera moins durement les pays les moins développés, où les échanges sont moins mondialisés, où le système de soin est moins organisé, où les gens sont moins dépendants des infrastructures lourdes. Dans ces pays, la maladie suivra son cours naturel : bénigne pour l’immense majorité de la population, qui est jeune et solide, mortelle pour les personnes âgées et fragiles, qui sont déjà en forte minorité du fait de l’absence de soutien médical sophistiqué. L’épidémie de Covid-19 se révélera probablement un formidable réducteur des inégalités entre les économies de la planète. Les pays les plus avancés s’effondreront les premiers… ou se confieront tout entiers à leurs bons pasteurs. Anne-Laure Boch

Vous reprendrez bien un peu de planification ?

A l’heure où après deux mois d’assignation à résidence …

Qui entre drones et hélicos, pistolet et caméras thermiques, ausweis et dénonciations …

Ressemblait si furieusement à de la résidence surveillée …

Avec en prime entre deux mensonges d’Etat et le chantage à la peur à jet continu de nos experts des plateaux télé …

L’abandon de la plupart de nos libertés fondamentales

Pour un nouveau virus chinois qui malgré les mensonges de Pékin (y compris sur les Jeux militaires de Wuhan d’octobre 2019) et la complicité de l’OMS …

Epargne 95% de ses victimes …

Et sur la base apparemment d’un seul rapport dont le principal chercheur s’était non seulement déjà magistralement trompé sur deux épidémies précédentes mais faisait aussi cette fois-ci l’impasse complète sur les dégâts collatéraux du confinement proposé …

Nous commençons à découvrir …

Derrière les prédictions tout aussi définitives les unes que les autres de nos professeurs de certitudes …

Sur cet avenir qui ne sera « plus jamais comme avant » …

Les catastrophiques conséquences qui s’annoncent …

D’un fiasco bureaucratique en train de virer au suicide économique

Sur fond de la lutte inévitable qui revient …

Quand  la France de la fin du monde qui a télétravaillé en sécurité depuis chez eux …

Va à nouveau tenter d’imposer à la France de la fin du mois qui a « continué à aller bosser malgré la menace du virus » …

Leur auto-sacrifice sur l’autel du “sauvetage de la planète” …

Comment ne pas voir …

Avec la neurochirurgienne Anne-Laure Boch

Mais cette fois avec un nouveau totalitarisme sanitaire …

Véritable « dictature du sanitariat » …

Avant celle du « climatoriat » …

Comme un étrange rappel de cette fin d’une autre guerre …

Où oubliant les avertissements conjugués d’Hayek comme de Churchill …

Et entreprenant à leur tour de rebâtir, contre les » usines sombres et sataniques », la Nouvelle Jérusalem de Blake …

Tant d’états à la suite de la Grande-Bretagne de Clement Attlee …

Reprirent en fait derrière les indéniables bienfaits de l’Etat Providence …

Donnant au passage à son pays la majestueuse beauté d’un quasi hymne national

La « route de la servitude » prophétisée par Hayek … ?

Le putsch des blouses blanches
Un nouveau totalitarisme sanitaire
Anne-Laure Boch
Causeur
26 avril 2020

Face au virus, un spectre hante le monde : le gouvernement des experts. Les politiques ont cédé leur pouvoir à une technocratie médicale aux moyens titanesques. Les totalitarismes en rêvaient, nos démocraties l’ont fait.

Le péril dont on s’effraie est rarement celui qui nous terrasse. Beaucoup d’entre nous s’inquiétaient de voir poindre dans nos pays une dictature du politiquement correct. D’autres dénonçaient la dictature des instances supranationales, du marché, de l’écologie ou de la précaution. Et puis, tout à coup, c’est une dictature sanitaire qui est en train de mettre la société au pas. En vérité, le totalitarisme peut prendre bien des formes, se développer pour bien des raisons. La raison sanitaire en est une, et semble-t-il des plus convaincantes. En ce début de XXIe siècle, elle a remplacé la mobilisation générale à visée guerrière dont nos ancêtres ont usé et abusé.

Bien sûr, il ne faut pas nous laisser abuser par les mots, ni comparer l’incomparable. Le totalitarisme d’hier brisait les corps en même temps que les âmes. Celui d’aujourd’hui se contente de confisquer le pouvoir à son profit. Et notamment le pouvoir politique, qui est de plus en plus confié à des « experts » au prétexte de l’incompétence des populations. On est loin ici des tyrans assoiffés de sang que le siècle passé nous a appris à détester. Ce qui se profile à l’occasion de la crise du Covid-19, c’est plutôt le despote éclairé. Et éclairé par les savants en blouse blanche, cela va sans dire.

Le président nous annonce solennellement que nous sommes en guerre… Le gouvernement renchérit dans la gravité de la situation… Les partis font taire leurs divisions… Les institutions installent des cellules de crise, qui publient à tout-va communiqués et recommandations… Les sociétés savantes s’alignent… Les policiers se répandent dans les rues et les gares pour contrôler les visas de sortie… Les journalistes sont au cœur de ce tintamarre qu’ils mettent en scène pour entretenir la ferveur populaire. Ils dénoncent les égoïsmes, appellent à l’unité nationale, morigènent les récalcitrants.

Quant aux soignants, ils sont devenus les soldats d’un pouvoir qui prêche l’« effort de guerre », les nouveaux bergers traquant les brebis égarées – le Bien ! Pour sa propre protection, ils recommandent de mettre le peuple, pétrifié, au congélateur. Extatiques, ils apparaissent régulièrement sur les chaînes d’information en continu pour supplier la population : « Restez chez vous ! » Chaque soir à 20 heures sonnantes, on les applaudit en cadence.

Voilà pourtant qu’on rappelle ces héros au « devoir de réserve » (en toutes lettres dans les dernières recommandations d’une des « cellules de crise » au plus haut niveau de l’AP-HP). La discipline, la discipline, la discipline, vous dit-on !

L’engouement est tel qu’il fait taire les rivalités traditionnelles au sein même de la corporation médicale. Personne pour remarquer le gigantesque transfert de moyens, et donc de pouvoir, qui s’opère au bénéfice de deux spécialités : la réanimation respiratoire et l’infectieux. À l’hôpital, siège d’éternelles luttes entre spécialités, les réanimateurs ont tout simplement le dessus – mettant en veille, au passage, le vieil antagonisme entre réanimateurs médicaux et anesthésistes-réanimateurs. Les chirurgiens, d’ordinaire si remuants, restent muets face à la réquisition des personnels, des respirateurs et des salles de surveillance postinterventionnelles indispensables à leur activité, réquisition qui les met au chômage, ipso facto. Les blocs opératoires ferment, les salles d’hospitalisation aussi, les interventions non urgentes sont déprogrammées… Sans qu’on sache quand on pourra reprendre une activité normale, ni comment on absorbera alors le gigantesque surplus accumulé. Personne n’ose défendre le droit des « autres patients » à être soignés, eux aussi. Il ne fait pas bon aujourd’hui être atteint d’une autre pathologie que le Covid-19. À peine entend-on murmurer le mot de « perte de chance » par les médecins des « autres spécialités » qui errent, désœuvrés, dans les couloirs vides de leurs services. Certains sont enrôlés dans d’autres domaines que le leur, en dépit de leur moindre compétence, et surtout au risque d’une contamination qui priverait « leurs » patients pour de bon.

Masques, respirateurs, médicaments, personnel : c’est le moment de tout demander, ils lâcheront tout !

Bref, c’est la guerre, et la guerre demande des sacrifices à tout le monde, répète-t-on en boucle.

Mais il faut voir plus loin que le dévouement admirable des soignants à une population en panique. Sans doute sont-ils des soldats… et le propre du soldat, c’est d’aspirer à monter en grade. Les médecins, prenant à cœur leur rôle d’officier, retrouvent l’espoir de renverser en leur faveur la « gouvernance » qui avait été confisquée par le corps administratif. Depuis des années ils souffraient de l’oppression d’une bureaucratie devenue toute-puissante, qui leur dictait ses réquisits : T2A, CCAM, management, business plan, rentabilité, économies, gestion des flux, compression du personnel… Avec la crise du Covid-19, aucune de ces vilaines contraintes économiques n’a plus cours. Le pouvoir médical est de retour. Terrifiés par une responsabilité qu’ils ne veulent surtout pas endosser (une responsabilité de vie et de mort), les administrateurs filent doux. Ils sont revenus à l’intendance, rôle qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Ils ne prêchent plus la discipline budgétaire. Au contraire, ils renchérissent dans les offres pour faciliter la vie de ceux qui montent au front. Masques, respirateurs, pousse-seringues, médicaments, personnel supplémentaire : c’est le moment de tout demander, ils lâcheront tout ! Quant aux décisions en temps réel, elles sont prises par l’état-major médical. L’extraordinaire réorganisation de l’hôpital, qui voit des services entiers apparaître en une journée, des transferts inédits de personnel et de matériel se concrétiser avant même qu’ils soient en projet, cet effort admirable doit tout aux médecins, rien aux administratifs.

Et puisque les médecins ont repris le contrôle sur l’administration, ils n’hésitent pas à s’attaquer à la strate supérieure, le politique. Ils renversent les priorités à leur avantage : l’État social devient État sanitaire. Les naïfs qui se sont reposés sur notre infatigable vaillance vont apprendre à la connaître. On ne parlera pas coup d’État, mais l’idée d’un 18-Brumaire habite sans doute nos généraux, promus maréchaux par la force du chaos. Remarquons ainsi qu’Olivier Véran et son adjoint Jérôme Salomon ont complètement éclipsé les autres ministres, qui doivent ronger leur frein. S’il y en a une qui n’a pas eu le sens de l’histoire, c’est bien Agnès Buzyn ! Elle s’est repliée à l’arrière juste avant la bataille décisive. Dommage de se limoger soi-même pour une femme qui aspire manifestement au pouvoir…

Passé le premier choc de l’épidémie, passés la sidération et l’engagement comme un seul homme, les citoyens se réveillent peu à peu. Ils essayent de comprendre. Comme toujours, les livres sont nos meilleurs alliés dans cette quête de sens. Sortons-en quelques-uns des rayons de notre bibliothèque – en ces temps de confinement, le président de la République lui-même nous y a encouragés.

Les Origines du totalitarisme d’Hannah Arendt nous aide à éclairer notre condition d’homme moderne, soumis aux pressions d’une dictature qui déborde la sphère politique pour étendre son emprise à la sphère privée, quadrillant la société tout entière. Avec Les Frères Karamazov de Dostoïevski nous vient l’idée que la crise actuelle signifie peut-être la victoire du Grand Inquisiteur. Hayek (La Route de la servitude) nous enseigne comment le planisme tente, maintenant et toujours, de supplanter l’initiative individuelle, au prétexte d’établir une organisation supérieure et supérieurement efficace, c’est-à-dire supérieurement oppressive. Avec Jacques Ellul et son Système technicien, nous frémissons devant la puissance du Système, rendu irrésistible par ses caractéristiques cardinales : autonomie, unité, universalité, totalisation. Illich, dont la Nemesis médicale est si prémonitoire, nous avait déjà mis en garde contre le gouvernement des experts, la confiscation de la décision par la force publique, la tendance de l’État à gouverner bien au-delà du régalien pour régenter tous les aspects de notre vie, au mépris du principe de subsidiarité. Pour finir, nonobstant les immenses différences entre le totalitarisme d’hier et celui d’aujourd’hui, pris de vertige, n’hésitant pas à pousser à l’extrême les analogies guerrières, nous méditons avec Vassili Grossman sur le destin atroce du valeureux peuple russe qui, par sa lutte grandiose contre l’oppresseur nazi, forgea lui-même ses chaînes vis-à-vis du tyran stalinien (Vie et Destin)… Sommes-nous en train de renforcer nos propres chaînes, tenues bien serrées par un pouvoir plus souriant, mais non moins absolu ?

Notons que toutes ces références analysent un système moderne, qui dispose de la technique et de la science, ce qu’on appelle la technoscience. Sans ces moyens matériels gigantesques, nés de la révolution scientifique qui prétend faire de l’homme le maître et possesseur de la nature, le totalitarisme serait bien incapable d’exercer une emprise illimitée sur les existences individuelles et collectives. La « révolution de l’information » ne fait qu’amplifier un mouvement déjà décrit par ces auteurs actifs au siècle précédent. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la médecine est partie prenante de l’arraisonnement de la nature et de la société par la technoscience. Entièrement, passionnément, la médecine moderne est technoscientifique. Elle est peut-être même la technoscience par excellence. À ce titre, ses serviteurs, les soignants et notamment les médecins, n’ont rien à redire aux méthodes qui ont fait de la technoscience l’alpha et l’oméga de la puissance politique moderne. Le totalitarisme sanitaire peut compter pour se développer sur les moyens qui ont fait le succès des totalitarismes guerriers. Sa force de frappe, c’est la technoscience. Elle est chez elle dans nos hôpitaux, devenus, dans le dernier demi-siècle, des « plateaux techniques », c’est-à-dire des hauts lieux de la technologie.

Ironie de la crise actuelle : elle frappera moins durement les pays les moins développés, où les échanges sont moins mondialisés, où le système de soin est moins organisé, où les gens sont moins dépendants des infrastructures lourdes. Dans ces pays, la maladie suivra son cours naturel : bénigne pour l’immense majorité de la population, qui est jeune et solide, mortelle pour les personnes âgées et fragiles, qui sont déjà en forte minorité du fait de l’absence de soutien médical sophistiqué. L’épidémie de Covid-19 se révélera probablement un formidable réducteur des inégalités entre les économies de la planète. Les pays les plus avancés s’effondreront les premiers… ou se confieront tout entiers à leurs bons pasteurs.

Autre ironie : devenus politiques, les médecins devront accepter les compromis voire les compromissions qui vont avec cette charge. Eux qui renâclaient contre le management ne pourront faire l’économie d’un petit cours… d’économie ! Tu me tiens, je te tiens par la barbichette… Espérons qu’ils n’y perdront pas leur âme, cette âme valeureuse qu’un grand chirurgien, René Leriche, nous avait appris à aimer (Philosophie de la chirurgie).

Cette crise se résoudra. L’effort de recherche est si monumental qu’il aboutira sans doute très vite à la mise au point d’un traitement, curatif ou préventif (un vaccin). D’ici là les morts seront bien morts, hélas. Et le pouvoir sera passé un peu plus aux mains d’une technocratie d’experts. Appartenant moi-même au corps médical, je ne peux être juge et partie. Les citoyens décideront si cette technocratie sanitaire est meilleure que l’autre, ou plus pesante encore.

Voir aussi:

Ran Halévi: «Pourquoi les professeurs de certitudes sur le “monde d’après” vont être démentis»

CHRONIQUE – Analyser en termes doctrinaux et péremptoires la crise que nous vivons est le meilleur moyen de ne pas la comprendre, car c’est notre imprévoyance qui est en cause et non un «système», argumente l’historien*.
Ran Halévi
Le Figaro
18 mai 2020

Le plus dur à vivre, dans cette crise sanitaire, et le plus difficile à gérer, est l’état permanent d’incertitude qu’elle ne cesse d’entretenir. On apprend tous les jours des choses qu’on ignorait la veille sur ce virus ingouvernable qui rôde d’un pays à l’autre suivant un itinéraire capricieux et une cadence imprévisible. Au confinement total succède un confinement partiel. On ignore tout de ses lendemains, si ce n’est les présages d’une crise économique d’ampleur inédite et des drames qu’elle va entraîner.

Ce déconcertant purgatoire à la durée indéterminée n’a pas empêché les professeurs de certitudes de proférer en rafales des prédictions définitives. Sur la fin de la mondialisation, comme si l’éradication du virus allait faire disparaître des systèmes de production étroitement connectés parce qu’il y va de leurs intérêts. Sur le naufrage programmé de l’Union européenne, dont les mesures d’urgence, pourtant, et le plan de sauvetage économique éclipsent de loin les pesanteurs et les divisions. Sur la nécessité de refonder l’«État jacobin», alors qu’une stratégie nationale en matière sanitaire n’est affaire ni de centralisation ni de système fédéral mais de prévoyance et de méthode. Et, bien sûr, sur la faillite du libéralisme, sans préciser lequel: le «néolibéralisme» nihiliste que la crise a durement éprouvé en effet ; ou le libéralisme inspiré de Montesquieu et de Tocqueville, qui fait des forces vives de la société le ressort de la vie nationale – à lire les sondages, ce sont surtout les maires et les entreprises que plébiscitent aujourd’hui les Français. Plus téméraire, Nicolas Hulot annonce carrément «un monde d’après» radicalement différent, dont il esquisse les contours par l’énumération rhapsodique d’une kyrielle de prévisions nébuleuses. Et de préciser: «Concilier fin du mois et fin du monde est un exercice très délicat.» Qui oserait le contredire?

Au sortir d’une grande crise, l’espoir de savoir en tirer les leçons et de faire perdurer l’esprit de sacrifice et les solidarités qu’elle avait cimentés se heurte tôt ou tard à la grisaille des vieilles habitudes et à de nouvelles épreuves. En France, on s’était juré au moment de la Libération de ne pas retomber dans les errements du système politique d’avant-guerre, rendu largement responsable de la défaite. Deux ans plus tard, François Mauriac consigne dans son Journal cette note mélancolique: «Tout recommence. Tout demeure désespérément pareil […]. La IIIe République continue ; c’est la IVe qui est morte […]» Pendant les longues semaines d’autoréclusion, frustrés de nos libertés élémentaires, parfois dans des conditions très dures, les guerres culturelles qui occupaient hier notre quotidien paraissaient soudain dérisoires, picrocholines: les lamentations victimaires, la criminalisation de notre passé, l’interdit moral de prononcer des vérités décrétées incommodes et jusqu’aux débats homériques sur les droits des transgenres de choisir librement les vestiaires des hommes ou des femmes… On verra bientôt si tout va rester en effet «désespérément pareil».

Aux vaticinateurs du «rien ne sera plus comme avant» fait écho le peloton des procureurs qui n’ont pas besoin de tout comprendre pour tout expliquer, puisque la crise valide ce qu’ils savent depuis toujours. Leur verdict est sans appel: ovation du corps médical qui brave l’épidémie, proscription des responsables qui n’ont su la contenir à défaut de l’empêcher. Et, déjà, des associations d’indignés dressent des listes de suspects et commencent à instruire leur procès politique.

Le bilan des anomalies et des défaillances qui auront marqué cette crise sera établi le moment venu. Mais tant qu’on ignore comment opère le virus, que gouvernements et experts continuent de naviguer au jour le jour, il est prématuré de jouer bénévolement les épurateurs.

Tant que le coronavirus frappait ailleurs, même à nos portes, on a trouvé toujours une explication plausible pour croire les Français à l’abri

Reste l’énigme de l’impréparation de nos pouvoirs publics, qui avaient pourtant mis en place tout un dispositif pour parer à une pandémie virale avant de l’abandonner. Le phénomène n’est pas aussi inhabituel qu’on imagine. Il renvoie à un trait inhérent à nos habitudes de penser et d’agir: nous privilégions le visible du court terme à l’«infamilier» d’un avenir insaisissable, surtout quand il engage des dépenses onéreuses.

Des exemples? En 2004, une tempête tropicale cause de terribles destructions à l’île de Grenade en évitant de justesse le sud des États-Unis. L’alerte laisse de marbre les responsables américains. Huit mois plus tard, l’ouragan Katrina va dévaster La Nouvelle-Orléans avec les conséquences que l’on sait. En 1993, un attentat terroriste avorté visant les tours du World Trade Center provoque finalement peu de dégâts. L’émotion passée, les autorités baissent la garde malgré l’accumulation des renseignements alarmants qui peinent à se faire entendre: le 11 Septembre ne prendra par surprise, en haut lieu, que ceux qui ont refusé d’y croire.

La même cécité volontaire a frappé le gouvernement israélien à la veille de la guerre du Kippour en octobre 1973. Depuis des mois, les alertes s’étaient multipliées sur une attaque conjointe des armées égyptienne et syrienne. Mais Jérusalem n’y voyait que des manœuvres. Politiques et militaires méprisaient les capacités de l’ennemi, sous-estimaient sa détermination et s’obstinaient à méconnaître les informations qui décrivaient en temps réel ce qui allait se produire.

On observe le même genre de déni avec le coronavirus. Tant qu’il frappait ailleurs, même à nos portes, on a trouvé toujours une explication plausible pour croire les Français à l’abri: la Chine est bien loin, le système sanitaire en Italie est défaillant et sa population plus âgée que la nôtre, l’Espagne est trop décentralisée pour faire face à l’épidémie, l’Angleterre est une île…

Là où n’existe plus l’empreinte mémorielle d’une expérience précédente, vécue ne serait-ce que par association, le déni continue d’aveugler jusqu’aux mieux avertis. En 2017, deux «behaviouristes» américains, Robert Meyer et Howard Kunreuther, ont publié une enquête au titre qui résume notre situation: Le Paradoxe de l’autruche: pourquoi on se prépare mal aux désastres. C’est ce syndrome de l’autruche qui pousse à construire des maisons dans des secteurs exposés aux calamités, à n’acheter des assurances qu’après avoir subi le fléau qu’elles devaient indemniser, à braver des mesures de sécurité en se croyant immunisés contre le malheur, à abandonner telle politique préventive parce que le désastre qu’elle est censée endiguer tarde à se produire. Les auteurs énumèrent les six «constituants» du «préjugé cognitif» qui travaille autant les individus que les gouvernements: myopie, amnésie, optimisme, inertie, simplifications sélectives, suivisme.

La crise sanitaire que nous sommes en train de vivre ne fait qu’accuser ces traits familiers, auxquels notre humeur nationale ajoute, comme de juste, ses attributs propres.

*Directeur de recherche au CNRS. Professeur au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond-Aron.

Voir également:

« La droite française doit faire le choix de la liberté économique »

FIGAROVOX/TRIBUNE – L’avenir de la droite ne passera pas par le socialisme et la planification, prévient le maire LR de Lèves Rémi Martial. La France doit selon lui faire davantage confiance au marché et rompre avec les dérives de l’étatisme et de la suradministration.

Rémi Martial

Rémi Martial est maire (LR) de Lèves, conseiller départemental d’Eure-et-Loir et professeur d’économie.

Le Figaro

Depuis quelque temps, une petite musique socialisante retentit au sein du parti Les Républicains. Plusieurs de ses responsables avancent des propositions auxquelles même certains membres du Parti socialiste ne croient plus. Au nom de la supposée reconquête du politique sur l’économique, nous assistons à des idées qui décoiffent autant qu’elles posent question sur les objectifs poursuivis.

Énième plan de relance, forte augmentation du SMIC, protectionnisme fermé, etc., sont autant de propositions qui sont justifiées au nom de la résolution des crises sociales et sanitaires que nous traversons, faisant fi des réalités que ces dernières décennies ont pourtant largement confirmées, et au risque de perdre définitivement toute crédibilité auprès d’une partie restante de son électorat.

Nous assistons à des idées qui décoiffent autant qu’elles posent question sur les objectifs poursuivis.

Le jeune député Aurélien Pradié, numéro 3 de LR, s’est fait récemment remarquer dans une interview donnée à Libération , en faisant part de sa «croyance en la planification, un point d’accord avec la pensée communiste», puis en proposant sur Twitter de «réfléchir à fixer un prix maximal pour 100 produits alimentaires de première nécessité».

Soit ces propositions, aussi séduisantes puissent-elles être au premier abord, sont faites dans l’ignorance des principes fondamentaux d’économie et de l’histoire récente que le XXe siècle nous a enseigné ; soit elles sont le fruit d’une opposition mécanique à la majorité actuelle, considérant que le macronisme représente un «ultralibéralisme mondialisé dérégulé», aussi fantasmé que faux. Dans les deux cas, cela relève d’une grave erreur d’appréciation dans laquelle la droite doit à tout prix éviter de tomber.

Arrêtons de faire la confusion entre socialisme et social, et entre étatisme et État

Nous nageons dans les confusions, la première d’entre elle consistant à penser qu’un peu de socialisme nous donnerait une bonne image sociale. Mais qui peut encore prétendre que le socialisme génère de bons résultats sociaux, à part ses derniers militants shootés à la dépense publique? La droite française, qui avait intellectuellement perdu dans bien des domaines ces dernières décennies, doit absolument abandonner ses derniers oripeaux socialistes, plutôt que de vouloir s’y rhabiller dans un anachronisme incompréhensible.

La droite française doit absolument abandonner ses derniers oripeaux socialistes.

Une autre erreur consiste à confondre État et étatisme, ou en d’autres termes l’État-régalien dont les droites occidentales sont culturellement et historiquement imprégnées, avec l’État-providence, dont nous voyons bien qu’il échoue lamentablement à l’aune de la crise du Coronavirus. À force de vouloir s’occuper de tout, l’État est partout sauf là où nous en avons besoin. Nul besoin de rajouter de nouvelles règles, contraintes et dépenses. Au contraire, nous devons nous en affranchir.

La liberté économique est l’un des piliers des droites occidentales

Cadre et élu local LR (et auparavant UMP, depuis sa création), je ne peux laisser le parti politique auquel j’appartiens prendre le risque de s’éloigner de l’un des piliers fondamentaux qui est censé constituer toutes les droites occidentales, à savoir la défense des libertés économiques.

Regardons autour de nous, il n’est nul besoin d’aller très loin. Qui s’en sort le mieux, à la fois en matière de politique économique et sociale, et particulièrement dans la gestion de la crise sanitaire que nous traversons actuellement? Qui nous envie notre fameux «modèle français», le meilleur au monde claironnait-on il n’y a pas si longtemps? Rapporté à son coût, il est devenu parmi les moins efficaces. Si l’on avait davantage fait confiance «aux forces du marché», nous ne serions pas arrivés dans cette situation.

Nous sommes victimes d’un État omnipotent, centralisé, suradministré, et incapable de répondre à la crise.

Nous le constatons bien à la lumière de la crise que nous traversons aujourd’hui. Notre système économique ne souffre pas de trop de libéralisme et de trop de libertés. Bien au contraire. Nous sommes victimes d’un État omnipotent, centralisé, suradministré, et incapable de répondre à la crise.

Depuis maintenant 45 ans, nous sommes en déficit public structurel, faisons face à une dette publique qui ne cesse d’augmenter, avec à la clef un chômage élevé et une richesse qui s’accroît moins vite chez nous que chez nombre de nos voisins. Nos prélèvements obligatoires battent des records, et il faudrait que le confinement se prolonge davantage pour avoir le temps de lire entièrement notre Code du travail.

Les protocoles sanitaires pour la réouverture des écoles, aussi anxiogènes qu’inadaptés à la situation, que les maires et directeurs d’écoles viennent de recevoir de l’Éducation nationale, sont à l’image de cette haute administration en décalage total avec les réalités locales.

Faisons confiance et donnons de l’air aux initiatives privées

Laissons les initiatives privées et locales s’exprimer. On le constate d’ailleurs bien aujourd’hui. Qui réagit avec le plus d’agilité et d’adaptation à la crise sanitaire, dans un esprit de solidarité concrète, si ce ne sont les entreprises, les associations, et les collectivités locales?

Si nous avons à défendre un patriotisme économique, celui-ci devra être offensif, et non pas défensif. Moins de règles, moins de contraintes, moins de lois, moins de dépenses publiques et moins d’impôts permettront à l’entrepreneuriat de se libérer des chaînes dont lesquels on l’enferme, à nos entreprises de gagner en souplesse et en compétitivité, et ainsi de mieux sortir durablement de l’importante crise économique et budgétaire qui nous attend.

Nous avons besoin d’un État fort, qui retrouve ses fondamentaux et défende les Français.

Quant aux propositions qui sentent bon le soviétisme, abandonnons-les immédiatement. Contrôler les prix ne fera qu’accroître la pénurie, comme la gestion piteuse des masques par l’Exécutif vient de nous le prouver. Et qui payera la facture in fine, si ce n’est le contribuable français, déjà le plus lourdement taxé au monde? Quant à planifier l’économie, quels qu’en soient les secteurs sélectionnés, certains s’y sont essayés, avec le succès que l’on sait.

Oui, nous avons besoin d’un État fort, qui retrouve ses fondamentaux, et défende les Français, à commencer par leur sécurité. Non, nous n’avons plus besoin de cet État énarchique, impuissant à gérer la crise sanitaire actuelle, comme il est incapable de nous sortir de nos difficultés sociales qui se sont accumulées depuis des décennies. Il y va de la reconquête de notre électorat, et surtout du redressement de la France.

Voir de même:

Relance

Planification, « révolution des salaires » : les idées-choc du numéro 3 de LR

Député du Lot et secrétaire général du parti Les Républicains, Aurélien Pradié appelle son parti à «renverser la table» pour l’après-épidémie.

Dominique Albertini

A 34 ans, il est l’un de ces nouveaux visages de LR, éclos dans l’une des périodes les plus incertaines de l’histoire de la droite. Nommé en octobre secrétaire général par le nouveau président de LR Christian Jacob, Aurélien Pradié s’est fait l’avocat d’une «droite sociale». Capable, prône-t-il, de s’adresser aux Français les plus fragiles, quitte à réviser plusieurs de ses certitudes traditionnelles. Dans un entretien à Libération, le député du Lot voit dans l’épidémie de coronavirus une occasion de précipiter cet aggiornamento. Traçant des pistes promises à de passionnés débats au sein du parti.

Centralité de l’Etat, critique de la mondialisation, relance budgétaire… Ces enjeux de la crise du coronavirus, la droite est-elle la mieux outillée pour les penser ?

Ce qui est sûr, c’est que vu la gravité du moment, les réponses ne peuvent plus être celles d’avant. Je le dis comme un défi à la classe politique et à moi-même : les vraies solutions ne seront pas confortables. Elles remettent en cause une forme de lâcheté collective sur les dernières années. Cette lâcheté a consisté à ne pas changer grand-chose, à éviter certaines questions fondamentales. Elle a été partagée par tous les partis politiques, y compris le mien, et à certains égards par les citoyens. Personne, à aucun moment, n’a dit : il faut renverser la table.

Quelles sont ces «questions» ?

On n’évitera pas d’interroger le libéralisme, c’est une évidence. Je le fais depuis un moment, quitte à passer pour un communiste. La question fondamentale est là : l’idée que l’argent serait la seule échelle de valeur, et que l’Etat n’a plus aucun rôle à jouer. On a tué l’idée d’Etat. On a dit qu’il était un problème, on l’a dépouillé et disqualifié. La crise le démontre, par exemple avec la question des masques.

Ensuite, il y a la question budgétaire : si on a détruit le système de santé, c’est parce qu’on a fait de cette question un dogme. Les valeurs ont été inversées : on s’est demandé comment tenir une doctrine budgétaire avant de se demander ce qu’il fallait faire pour le pays. Enfin, il y a le libre-échange non régulé. Peut-on parler d’«économie de guerre» et continuer d’acheter nos aliments à l’étranger ? Le vote du Ceta [traité de libre-échange entre le Canada et l’UE, ratifié par la France en 2019, ndlr] a été un moment de bascule. La politique a démissionné. Je me suis interrogé : depuis quand n’a-t-elle pas changé le cours de l’Histoire ?

Vous dites que certains services publics devraient échapper aux règles budgétaires ?

En réinventant l’Etat, on fixera les secteurs stratégiques de la Nation : l’alimentation, la santé, la sécurité, la défense. Ces secteurs, qu’on a réduits à l’état de squelettes, ne peuvent pas être soumis au marché, ni à une doctrine budgétaire. Dans ces domaines, on ne joue pas aux contrôleurs de gestion : ils sont «hors limites» et doivent faire l’objet d’une stratégie nationale. Je crois à la planification : c’est un point d’accord avec la pensée communiste, qui l’a d’ailleurs appliquée avec les gaullistes

On vous demandera, surtout dans votre parti, comment le financer.

Personne n’imagine d’ouvrir sans maîtrise les vannes budgétaires. On finance ces secteurs en revoyant notamment notre fiscalité et nos priorités. Ce que cette crise révèle, c’est que ce qui semblait impossible devient possible. Loger les sans-abri, cela fait des années qu’on nous dit qu’on ne sait pas faire. Et là, en quelques jours, on trouve des solutions. On redécouvre les salaires de misères des caissières, des infirmières, à côté des salaires fous dans certaines entreprises purement spéculatives. Je ne dis pas : «Prenons l’argent là où il est», mais… Cette crise va nous coûter des milliards d’euros. Tout l’argent public que nous avions économisé par étroitesse d’esprit sera effacé en quelques semaines.

Soignants, caissières, livreurs… La crise révèle à quel point notre société repose sur ces professions souvent mal reconnues et mal rémunérées. Mais que peuvent-ils attendre de la droite ?

Aujourd’hui, j’ai autant de questions que de réponses. Chez LR, cela fait tout de même quelques années qu’on s’interroge sur la question des salaires. C’est un grand mal de notre époque que de ne pas rémunérer à la bonne hauteur ceux qui mériteraient de l’être. Il faudra sur ce sujet une pensée radicalement révolutionnaire. Si des secteurs sont reconnus comme stratégiques, leurs travailleurs devront l’être aussi, avec la rémunération appropriée. On peut le faire en fonction du revenu d’activité de l’entreprise, des enjeux stratégiques du métier… Le gaullisme a des éléments de réponse, par exemple avec la grande idée de la participation. Une certitude : cela doit aller au-delà de la prime de 1 000 euros qui peut être distribuée ponctuellement. Ce n’est pas avec une petite prime qu’on s’en sortira.

Faut-il repenser le rôle des frontières ?

Quand on pose la question de l’Etat, on pose forcément celle des frontières aussi. Il faut la relier, pas seulement aux enjeux migratoires, mais aussi aux mouvements de biens et des capitaux. Certes, si demain nous les fermions, nous ne pourrions plus nous alimenter. Mais le cœur du libre-échange, c’est la liberté du prix. Et sur les questions alimentaires, on doit pouvoir mettre en question cette liberté du prix.

Comment faire valoir vos propositions dans un parti qui soutenait, il n’y a pas si longtemps, le programme très libéral de François Fillon ?

Quand je me pose ces questions, je me dis : suis-je en train de me perdre dans mes valeurs politiques ? Ce qui est sûr, c’est que le confort serait de la boucler et de me passionner pour les petites mesures conjoncturelles. Ce serait une lâcheté coupable : si dire les choses doit me coûter un engagement politique, peu importe. Du reste, j’observe que cette doxa perd du terrain depuis quelques mois. Plus personne chez nous n’ignore que la société a changé, et je ne désespère pas de convaincre. Tout ce que je vous dis fait l’objet d’échanges avec notre président Christian Jacob et d’autres. On est nombreux à se dire que la politique est devenue minuscule. Même les plus réticents comprennent qu’on ne peut pas tout ramener à un tableur Excel.

Comment LR va-t-il travailler sur l’après-crise ?

Pour un chantier aussi grand, il va nous falloir un peu de temps. Quand le confinement sera terminé, on réunira des experts, des philosophes, des sociologues pour tout repenser autour d’une idée nouvelle, celle de l’Etat, et l’imaginer plus fort, plus protecteur. Avec deux urgences : la santé et l’alimentation. On doit en finir avec les petites mesurettes et autres «observatoires».

Mais que serait l’identité de la droite après un tel aggiornamento ?

On en revient en fait à une idée fondamentale : le gaullisme, qui avait théorisé l’Etat protecteur et stratège. Un gaullisme moderne, car ce qui valait en 1940 ne vaut plus forcément aujourd’hui. Un des effets de cette crise est de me faire beaucoup relativiser l’esprit de clan. La droite à laquelle je crois sera capable de rassembler la grande majorité des Français, qu’ils soient foncièrement de droite et pas. L’enjeu, au fond, c’est la survie du politique, tous bords confondus. Mais cela ne pourra pas être porté par Emmanuel Macron. Ce qui est mort, c’est le «nouveau monde», il va disparaître avec l’eau du bain. Il ne pourra survivre à la crise de son propre modèle. C’est sa dernière lueur.

Voir de plus:

André Comte-Sponville : « Ne tombons pas dans le sanitairement correct »
ENTRETIEN. Le philosophe, auteur du « Petit Traité des grandes vertus », tempère l’affolement autour du coronavirus et redoute l’avènement des experts.
Propos recueillis par Catherine Golliau
Le Point
16/04/2020

La volonté de protéger la santé des plus âgés justifie-t-elle de mettre en danger l’avenir des plus jeunes, premières victimes d’une récession catastrophique due au confinement ? Avec son franc-parler habituel, le philosophe André Comte-Sponville (Traité du désespoir, La Vie humaine, Du tragique au matérialisme, etc.) pose la question qui fâche : la peur de la mort n’est-elle pas en train de condamner l’essor de la vie ?

Le Point : Que pensez-vous de la manière dont nos sociétés réagissent à cette pandémie de coronavirus ?

André Comte-Sponville : Elles réagissent fortement, efficacement, démocratiquement, et c’est plutôt rassurant. Les prévisions les plus pessimistes laissaient craindre 300 000 morts en France, plusieurs millions en Europe, et tout laisse penser que, grâce aux mesures qui ont été prises, les chiffres seront très inférieurs. Tant mieux !

Ce qui m’inquiète, en revanche, c’est la disproportion entre la gravité – réelle mais limitée – de cette pandémie et l’espèce d’affolement qui semble s’être emparée des médias et, par eux, d’une partie de la population. « L’espoir renaît », dit-on depuis quelques jours. Mais quand avait-il disparu ? Faut-il rappeler que le taux de létalité du Covid-19 semble être de 1 ou 2 % et sans doute moins, si l’on tient compte des cas non diagnostiqués ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela laisse bon espoir à la plupart d’entre nous ! Tout se passe comme si nos journalistes découvraient soudain que nous sommes mortels. Vous parlez d’un scoop ! Les médias audiovisuels nous font le décompte, jour après jour, des victimes de la pandémie. Nous en sommes à 15 000 morts en France. C’est beaucoup. C’est trop. Mais enfin, faut-il rappeler qu’il meurt dans notre pays 600 000 personnes par an, dont, par exemple, 150 000 d’un cancer et, parmi ces derniers, plusieurs milliers d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes ? En quoi les 15 000 morts du Covid-19, dont la moyenne d’âge est de 81 ans, méritent-ils davantage notre compassion ou notre intérêt que les 600 000 autres ? Tous les humains sont égaux en droits et en dignité, mais toutes les morts ne se valent pas. Il est plus triste de mourir à 20 ou 30 ans que de mourir après 60 ans, ce qui est le cas de 95 % des décès liés à cette pandémie. Les jeunes n’osent pas trop en parler, de peur de sembler se désintéresser de leurs aînés. Mais moi, qui ai 68 ans, je peux le dire, et même je dois le dire : je me fais plus de soucis pour l’avenir de nos enfants – et pour la dette que nous allons leur laisser – que pour ma santé de presque septuagénaire ! Cela ne condamne pas le confinement, qui était sans doute nécessaire et que je respecte soigneusement. Mais cela veut dire que ses conséquences économiques, qui seront extrêmement lourdes, doivent aussi être prises en considération, notamment dans la détermination de sa durée.

Certains vous diront qu’il est obscène de parler d’économie quand la santé est en jeu.

Ils auront tort ! La misère tue aussi, et plus que les virus. 9 millions de personnes meurent chaque année de malnutrition, dont 3 millions d’enfants. Imaginez que la crise économique qui s’annonce fasse augmenter ce chiffre de seulement 10 % : cela ferait 900 000 morts en plus, qui n’auront pas besoin d’un virus pour agoniser. Et dans notre pays, où le chômage commençait à reculer, quels seront les dégâts sociaux, politiques, humains de cette crise ? Je comprends que les médecins privilégient la santé, c’est leur boulot et leur vocation.

Mais, quand je vois, sur nos écrans de télévision, dix médecins, voire plus, pour un économiste, je m’inquiète. La médecine coûte cher. Si nous avons l’une des meilleures médecines du monde, c’est parce que nous sommes un pays riche. Croire qu’on va pouvoir augmenter les dépenses de santé en ruinant notre économie, c’est un évident contresens. La médecine a besoin de moyens, souvent onéreux. Opposer médecine et économie est donc une sottise. Il faut, au contraire, les articuler et, dans toute la mesure du possible, les concilier.

Nos contemporains sont-ils plus sages que les anciens face à la mort ?

Cela dépend lesquels, comme toujours ! Pourtant, la plupart sont plus sages au moins en ceci qu’ils ont moins peur de l’enfer. C’est d’ailleurs très caractéristique du moment : dans notre vieux pays chrétien, personne ne compte sur la prière pour faire reculer le virus, personne, ou presque personne, n’y voit un châtiment divin et la plupart de ceux qui ont peur de la mort craignent davantage le néant qu’une éventuelle damnation. J’y vois un progrès, qui est celui des Lumières. Pour le reste, la sagesse est toujours l’exception. Mais elle ne va pas, quelle que soit l’époque, sans acceptation de la mort. Montaigne l’a dit en une phrase : « Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant. » Plus nous verrons cette vérité en face, plus nous aimerons la vie, parce que nous prendrons davantage conscience de sa brièveté, de sa fragilité, de sa valeur.

Et les chômeurs, vous ne croyez pas qu’ils méritent aussi un peu plus d’attention ?

Pensez-vous que l’attention portée aujourd’hui aux soignants va durer ?

Tout être humain mérite attention et respect. Il se trouve que les soignants sont en ce moment confrontés à des difficultés et à des risques fortement augmentés. Il est donc normal de s’en soucier davantage. Cela dit, le métier des enseignants, spécialement en collège, des policiers, des militaires, des éboueurs, des ouvriers, des paysans, des employés de supermarchés, etc. n’est pas non plus toujours facile ou gratifiant. Et les chômeurs, vous ne croyez pas qu’ils méritent aussi un peu plus d’attention ? Nous avons peut-être les meilleurs hôpitaux du monde. Qui oserait dire que nous avons les meilleures écoles, la meilleure formation professionnelle, le plus faible taux de chômage ?

La santé va-t-elle devenir une valeur phare ?

Je le crains ! C’est ce que j’appelle le pan-médicalisme : une idéologie, voire une civilisation, qui fait de la santé la valeur suprême (à la place, par exemple, de la justice, de la liberté ou de l’amour) et qui tend, dès lors, à déléguer à la médecine la gestion non seulement de nos maladies, ce qui est normal, mais de nos vies et de nos sociétés, ce qui est beaucoup plus inquiétant ! Ne tombons pas dans « l’ordre sanitaire » ni dans le « sanitairement correct » ! Dans une démocratie, c’est le peuple qui est souverain, ce sont ses élus qui font la loi, pas les experts. J’en viens à craindre une « chiraquisation » de la politique : éviter les sujets qui fâchent, renoncer à toute réforme impopulaire, ne plus s’occuper que de la santé et de la protection des Français – plan anticancer, plan pour la sécurité routière, plan contre Alzheimer, plan contre les épidémies… Contre quoi il faut rappeler que la politique est conflictuelle par essence. Quand tout le monde est d’accord pour dire que la santé vaut mieux que la maladie, ce n’est plus de la politique ! Attention de ne pas prendre modèle sur la Chine. Quand la politique se dissout dans la technocratie, qui est le règne des experts, la démocratie se meurt.

Adorons un peu moins la nature et félicitons un peu plus nos chercheurs.

Le rapport à la nature va-t-il changer aussi ?

Quoi de plus naturel qu’un virus ? Ceux qui accusent les sciences et les techniques de tous les maux devraient y réfléchir. La peste noire, au XIVe siècle, a tué la moitié de la population européenne ; la grippe espagnole, en 1918-1919, a fait 50 millions de victimes dans le monde. Il est vraisemblable que le Covid-19, grâce au progrès scientifique, en fera beaucoup moins. Bref, adorons un peu moins la nature et félicitons un peu plus nos chercheurs. Mais n’oublions pas que le réchauffement climatique, qui est, lui, bien d’origine humaine, risque de faire beaucoup plus de morts que le coronavirus !

Voir encore:

Laurence Peignot, généraliste : « J’ai arrêté d’applaudir mes confrères »

TÉMOIGNAGE. Cette jeune médecin s’agace de voir certains collègues s’ériger en héros et entretenir la peur. « Redonnons à nos patients le goût de vivre. »

Nicolas Bastuck

Le Point

« On fait le job, et c’est normal »

« Ça va sûrement choquer que je dise ça, mais ceux qui se font passer pour des héros abusent », juge-t-elle. Ils seraient d’ailleurs minoritaires, parmi ses collègues, à prendre ces applaudissements vespéraux pour argent comptant. À l’écouter, ils seraient au contraire nombreux, comme elle, à être « un peu gênés avec ça ». « Personnellement, je n’ai juste pas fait grand-chose, par rapport à d’habitude. Pour être honnête, je ne suis pas submergée et je ne l’ai jamais été. Pourtant, j’étais au « front », en « première ligne », comme on dit aujourd’hui. » Elle poursuit : « À l’hôpital, beaucoup considèrent qu’ils n’ont fait que leur boulot. Ils l’ont très bien fait, certains ont pris des risques, mais, à un moment, il faut dire les choses : on fait le job, et c’est normal. D’une certaine façon, c’est une chance que de pouvoir travailler, gagner sa vie et sortir de chez soi. » Ça pique, on vous avait prévenus !

Mais pour le Dr Peignot, là n’est pas l’essentiel. « Certains médecins, pense-t-elle, détournent à présent leur savoir et leur pouvoir pour alimenter une psychose collective qui va nous coûter cher sur le plan médical, social, psychologique et économique. » Et pour le coup, elle « trouve ça dégueulasse ». Elle en veut à ceux qui « diffusent des informations complexes, encore non abouties scientifiquement, contribuant à entretenir des peurs irrationnelles face à la maladie et à la mort ».

« Notre boulot de médecin, c’est aussi de rassurer les gens. En tout cas, ce n’est certainement pas d’affoler la population au moment où beaucoup hésitent à renvoyer leurs enfants à l’école et à reprendre le travail. » « Tous les jours, s’inquiète-t-elle, je vois défiler dans mon cabinet des gens angoissés. L’autre jour, un étudiant en panique m’a confié ne pas être sorti de son studio durant six semaines, pas même pour aller faire ses courses. Des profs, des salariés me demandent des certificats pour ne pas retourner travailler. Je vois des patients effrayés, renfermés sur leurs angoisses de mort, qui préfèrent tout arrêter, garder leurs enfants à la maison plutôt que de ressortir, vivre, bosser, retrouver leurs proches et leurs amis. Je trouve ça triste. Quand on est en bonne santé, on ne devrait pas se complaire dans le confinement, le repli et la docilité. » C’est pourquoi, dit-elle, « l’urgence est peut-être de redonner confiance aux gens, de les aider à retrouver le goût de vivre et d’être ensemble, plutôt que de dépendre d’un système lui-même à bout de souffle ».

Elle évoque ses « cours de médecine ». « On apprend ça à la fac : la santé est un tout. Ce n’est pas seulement se prémunir d’une maladie ou d’une infirmité, c’est être bien dans son corps, sa tête, son environnement social et familial. On a sacrifié tout ça, et c’était nécessaire pour lutter contre cette fichue maladie, mais ça ne peut plus durer. Aujourd’hui, nous devons être raisonnables et ne pas oublier cette vision globale de la santé, si nous voulons tenir dans la durée. Le combat contre ce virus n’est pas terminé et nous allons continuer à faire de notre mieux pour protéger, dépister et soigner les personnes à risque atteintes du Covid-19. Mais notre boulot, c’est aussi de faire en sorte que la vie redémarre. Pas de faire peur aux gens à la télévision. Nous devons être des filtres, pas des générateurs d’angoisse. »

Angoisses et insomnies

Elle « commence seulement » à mesurer les conséquences insoupçonnées que deux mois de confinement ont produites chez ses patients. Elle cite, pêle-mêle, la dépression, la douleur physique, les insomnies, la peur de se faire soigner, les retards de diagnostic, l’isolement, les angoisses massives, « y compris chez les enfants ». « Le pire, c’est que personne n’ose se plaindre alors que ce qu’on vit est très difficile, même quand on n’est pas malade. »

Elle ne milite dans rien, si ce n’est dans un cours de théâtre ; elle n’est encartée à aucun parti. Mais elle trouve ça « triste », cet « endormissement généralisé, cette docilité, ce manque de révolte ». Car « quand on vous prend votre liberté, qu’on vous oblige à mettre un masque dans les transports, même si c’est indispensable, ce n’est pas quelque chose de normal, ni d’anodin. On a le droit de dire qu’on n’est pas content, qu’on est en colère, que c’est dur. On a le droit de se plaindre, ça fait du bien. C’est ce que je fais avec ma petite bafouille. »

Tout le monde a compris que nous étions indispensables. N’en rajoutons pas !

Hier, elle a « vu passer un tweet » dans lequel un urgentiste de l’AP-HP réclamait des fonds pour acheter des stéthoscopes. « Je me suis dit : il abuse carrément, ce mec. Des tas de gens sont dans la panade et attendent de pouvoir rebosser et, nous, on est en train de demander des sous en jouant sur la peur des gens. » Là encore, du haut de ses 33 ans et de son statut de « généraliste », elle a trouvé ça « dégueulasse ». Elle ironise : « Tout le monde a compris que nous étions indispensables. Ce n’est peut-être pas la peine d’en rajouter et d’en profiter ! »

Le calme aux urgences

« Je déplore que certains médecins exagèrent en leur faveur la situation réelle dans les hôpitaux pour renforcer leur pouvoir, leur ego, et obtenir un intéressement financier », poursuit-elle. « Or, il y a un décalage entre ce que rapportent certains médias et la réalité du terrain. Les internes que je côtoie me racontent leur stage hospitalier : les services qui ont été réorganisés pour accueillir les patients atteints du Covid ont été pleins durant deux ou trois semaines, au plus fort de la vague. Mais, depuis un mois, ce n’est plus du tout le cas. Les urgences sont désertes ; en tout cas, ceux qui, parmi mes patients, y ont fait un passage ont été traités plus rapidement que jamais. Je regrette donc de voir certains de mes confrères inquiéter davantage une population déjà à cran pour arriver à leurs fins, aussi légitimes soient-elles. Si ça continue, un jour, les gens nous diront : vous nous avez fait flipper pendant des semaines et ça se retournera contre nous ! »

Le risque zéro n’existe pas, aidons les patients à l’assumer.

Elle dit souvent « ils », mais de qui parle-t-elle, au juste ? « De certains urgentistes médiatiques qui en font des tonnes » ; de « certains professeurs, souvent les mêmes, que l’on voit tout le temps à la télé, au point de se demander quand est-ce qu’ils sont dans leur service ». En même temps, elle « les » comprend » « Quand on a hérité du statut de héros, on n’est pas pressé d’en sortir ! » ironise-t-elle. Elle dit : « Nous ne sommes peut-être que de petits généralistes, mais les patients, nous les voyons vivre, travailler, évoluer en famille. Et ce que je peux dire, c’est que beaucoup sont atrophiés par ce qu’ils vivent. Notre rôle est de les aider à en sortir. »

Deuxième vague

Les risques ? « Le risque zéro n’existe pas. Certains patients viennent nous voir pour éviter d’avoir à en prendre en nous demandant un arrêt, par exemple. Ce que j’aimerais, c’est qu’ils assument ce risque, en tout cas quand leur santé le leur permet. À nous de faire en sorte que ce risque soit limité au maximum. »

« Oui, il y aura sans doute une deuxième vague », mais le Dr Laurence Peignot pense que les mesures mises en place permettront d’y faire face. « De toute façon, on ne pourra pas s’empêcher de vivre indéfiniment. Il y a un équilibre à trouver entre le risque lié au virus et les risques que l’on prend en prolongeant l’enfermement. »

« Voilà, c’était mon petit coup de gueule », conclut-elle, soudainement un peu stressée par « les retombées » qu’il pourrait susciter. Elle soupire : « Ça vaut ce que ça vaut, mais il fallait que ça sorte. Il fallait que je le dise. »

Voir aussi:

La responsabilité d’informer
Carl Bildt
Conversation
Mar 25, 2020

STOCKHOLM – Une menace sans précédent exige une réponse sans précédent. Rarement les gouvernements, si ce n’est jamais, n’ont été contraints d’entrer en phase de gestion de crise aussi rapidement qu’ils l’ont fait ces dernières semaines. Jusqu’à présent, et à juste titre, l’effort se concentre sur les difficultés médicales, politiques et économiques les plus immédiates que soulève la pandémie de COVID-19. Peu à peu, l’attention des gouvernements devra néanmoins s’axer sur les conséquences à plus long terme de la crise, et sur la nécessité d’éviter que de telles catastrophes se reproduisent à l’avenir.

Plusieurs menaces sanitaires graves sont survenues au cours des vingt dernières années. Les épidémies de SRAS en 2003, de MERS en 2012, et d’Ebola en 2014-2016 ne sont que trois exemples d’épidémies qui ont nécessité une réponse multilatérale soutenue. Chaque épisode présente ses propres spécificités : le SRAS est apparu en Chine, le MERS en Arabie saoudite, et l’Ebola en Afrique de l’Ouest. Les leçons que nous en tirons sont néanmoins les mêmes. Les épidémies et l’apparition de nouvelles maladies deviennent de plus en plus probables à mesure de la croissance démographique, de l’urbanisation, de la déforestation, ainsi que des processus de production et de distribution qui voient s’agglutiner de nombreuses espèces différentes. Par ailleurs, l’expansion des chaînes d’approvisionnement mondiales et du commerce international, sans parler de la croissance du trafic aérien international, permettent aux maladies contagieuses de se propager à travers le monde plus rapidement que jamais.Au cours de la dernière décennie seulement, l’Organisation mondiale de la santé a été contrainte de déclarer l’état d’urgence sanitaire pas moins de six fois. De toute évidence, nous n’avons pas mis en œuvre les mesures nécessaires pour répondre aux nouvelles épidémies via une forme d’action rapide et décisive qui aurait pu empêcher l’épidémie de coronavirus de s’aggraver jusqu’à échapper à tout contrôle.Il convient de rappeler que lorsque le SRAS (également causé par un coronavirus) est apparu dans le sud de la Chine à la fin de l’année 2002, l’épidémie a été tenue secrète pendant plus d’un mois avant que les autorités chinoises reconnaissent le sérieux de la menace. De même, dans les premiers jours de l’épidémie de COVID-19, la police de Wuhan a les professionnels de la médecine qui tentaient de sonner l’alerte, et les rassemblements publics en grand nombre sont restés permis longtemps après que le danger de l’épidémie soit devenu évident.Selon une étude récente, si les autorités chinoises avaient publiquement reconnu la menace, et réagi correctement seulement trois semaines plus tôt, la propagation du COVID-19 aurait pu être réduite jusqu’à 95 %. Mais à cause de la négligence, de l’ignorance et de la censure qui prévalaient à ce moment crucial, le monde entier paye aujourd’hui un très lourd tribut.Si l’OMS a incontestablement joué un rôle important dans la lutte contre les menaces sanitaires mondiales au fil des années, elle aussi s’est vu reprocher son excès de bureaucratie et sa lenteur dans les réponses apportées. En effet, lors de la crise d’Ebola, ce sont les États-Unis, et pas l’OMS, qui sont intervenus pour empêcher un désastre encore plus étendu.

Quoi qu’il en soit, et même si nous choisissions de considérer cette fois l’intervention de l’OMS comme irréprochable, il est d’ores et déjà évident que nous avons besoin d’un mécanisme mondial beaucoup plus solide dans la gestion des menaces de pandémie. Avancer en vacillant d’une crise à une autre n’est tout simplement plus possible. Le COVID-19 est la pire pandémie observée depuis la grippe espagnole de 1918, et rien ne permet de penser que la prochaine ne sera pas encore plus effroyable.

Entre autres impératifs, il est indispensable qu’une nouvelle institution mondiale dispose de l’autorité et des moyens lui permettant d’intervenir de manière aussi intrusive que nécessaire pour tuer dans l’œuf toute épidémie contagieuse. Il sera politiquement difficile de trouver un accord autour de ce mécanisme, mais c’est clairement nécessaire pour empêcher les querelles diplomatiques insignifiantes d’entraver les efforts mondiaux de réponse aux pandémies.Dans le cas de la crise actuelle, même une fois apparu évident que le COVID-19 atteindrait un niveau de pandémie, la Chine a jugé utile d’empêcher Taïwan de participer aux discussions internationales sur la réponse à apporter. De même, les États-Unis continuent d’asséner des sanctions à l’Iran, compliquant la tâche du gouvernement iranien dans la gestion de l’épidémie au sein de ses frontières.Ces comportements sont tout simplement inacceptables, tant d’un point de vue humanitaire que macroéconomique. Qu’adviendra-t-il si le prochain virus inconnu et hautement contagieux apparaît à Taïwan ou en Iran ? Si des obstacles inutiles empêchent une réponse immédiate, nous ne retrouverons au stade auquel nous sommes aujourd’hui.Dans le cadre actuel, le devoir de rapporter les nouvelles menaces contagieuses aux autorités internationales telles que l’OMS incombe aux gouvernements nationaux. Une réforme essentielle pourrait ainsi consister à étendre cette obligation au personnel médical et de santé publique à tous les niveaux – en replaçant cette responsabilité de l’État dans les mains des individus. En plus de réduire le délai nécessaire à la mise en œuvre d’une réponse multilatérale, l’adoption d’un principe universel de « responsabilité d’informer » compliquerait la tâche des autorités nationales désireuses d’étouffer des informations considérées comme embarrassantes.Les frontières nationales se refermant actuellement en réaction à la crise du COVID-19, certains commentateurs parlent déjà de fin de la mondialisation. Or, les tendances de croissance démographique et d’urbanisation se poursuivront, et les virus ne s’arrêteront jamais aux considérations de passeports ou de frontières nationales. Au cours de la seule décennie écoulée, des menaces virales pour la stabilité et la prospérité mondiale ont émané de Chine, d’Afrique et de la péninsule arabique, ce qui démontre combien la prochaine pourrait apparaître n’importe où.L’heure est venue pour le monde de se rassembler pour convenir d’un nouveau système plus efficace de mise en garde et de réponse précoce. L’actuelle pandémie aurait pu être évitée. Il serait inexcusable que nous ne fournissions pas tous les efforts possibles pour prévenir l’apparition de la prochaine.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir encore:

Commanding heights

The Battle of ideas (episode one)

Chapter 6: Worldwide War

FRIEDRICH VON HAYEK: When Keynes died, Keynes and I were the best known economists. Then two things happened. Keynes died and was raised to sainthood, and I discredited myself by publishing The Road to Serfdom. And that changed the situation completely. And for the following 30 years, it was only Keynes who counted, and I was gradually almost forgotten.

Chapter 7: Planning the Peace

TONY BENN, Labor Candidate, 1945: Well, I came back in a troop ship in the summer of 1945, and I was a pilot in the Royal Air Force, and I was picked as a 19-year-old to be the Labor candidate. All these soldiers said, « Never again. We’re never going back to unemployment, the Great Depression, to fascism, to rearmament. We want to build a new society. »

RALPH HARRIS, Institute of Economic Affairs, 1957-1987: He got carried away with this Gestapo. And this, of course, was carrying things to absurdity — Gestapo in Britain!

Let’s go forward into this fight in the spirit of William Blake: « I will not cease from mental fight, nor shall the sword sleep in my hand, till we have built Jerusalem in England’s green and pleasant land.

Clement Attlee

JOHN MAYNARD KEYNES: If expenditure on armaments really does cure unemployment, a grand experiment has begun. Good may come out of evil. We may learn a trick or two which will come in useful when the day of peace comes.

NARRATOR: Now teaching at the London School of Economics, Hayek feared that Keynes’s brave new world was a big step in the wrong direction. He attacked the growing consensus by writing The Road to Serfdom. Sarcastically dedicated to « socialists of all parties, » it was a popular success. There was even a cartoon version of it.

Its message was simple and direct: Too much government planning means too much government power, and too much government power over the economy destroys freedom and makes men slaves. For Hayek, central planning was the first step to a totalitarian state.

GEOFFREY HARCOURT: Well, Hayek thought that since freedom was an absolute, you must let a competitive system just work itself out. And if at times that meant there was considerable unemployment, well, that’s what you had to put up with

ROBERT SKIDELSKY: Hayek always rejected macroeconomics. He rejected any government intervention during the Great Depression itself, whereas Keynes was an activist. He said in the long run we’re all dead, and in the long run if we allow things to go on without remedy, we get lots of Hitlers, lots of wars, and lots of Stalins. And who was right?

NARRATOR: Most people would have agreed with Keynes when he wrote this to Hayek.

JOHN MAYNARD KEYNES: What we want is not no planning, or even less planning. We almost certainly want more.

NARRATOR: In the battle of ideas, Hayek was on the losing side.

FRIEDRICH VON HAYEK: I had a fairly good reputation as an economic theorist in 1944 when I published The Road to Serfdom, and it was treated even by the academic community very largely as a malicious effort by a reactionary to destroy high ideals.

NARRATOR: With the world at war, Keynes traveled to Bretton Woods and a grand resort hotel. Here, delegates gathered from all over the world to organize the postwar economy.

The Bretton Woods Conference created the World Bank and the International Monetary Fund. They were designed to bring stability to the world economy and prevent the unemployment and the depression of 1930s.

Keynes’s idealism and humanity were an inspiration.

JOHN MAYNARD KEYNES: There has never been such a far-reaching proposal on so great a scale to provide employment in the present and increase productivity in the future. And I doubt if the world understands how big a thing we are bringing to birth.

NARRATOR: Keynes did not have long to live. Ill and overworked, his health gave way, but his reputation and influence outlived him.

FRIEDRICH VON HAYEK: When Keynes died, Keynes and I were the best known economists. Then two things happened. Keynes died and was raised to sainthood, and I discredited myself by publishing The Road to Serfdom. And that changed the situation completely. And for the following 30 years, it was only Keynes who counted, and I was gradually almost forgotten.

NARRATOR: The war was over, and the troops came marching home.

The final summit conference of the three wartime allies took place in a palace in the Berlin suburb of Potsdam. Truman, Churchill, and Stalin came to plan the peace and to redraw the map of Europe. Their different economic systems offered alternative paths to prosperity. But the Great Depression continued to cast its long shadow.

JEFFREY SACHS: There’s no doubt that at the end of World War II there was a tremendous loss of faith in the market economy. You had a feeling in large parts of the world, « We don’t want to go that way. We want to go a better way. »

NARRATOR: In Britain, the troops were coming home to a general election.

TONY BENN, Labor Candidate, 1945: Well, I came back in a troop ship in the summer of 1945, and I was a pilot in the Royal Air Force, and I was picked as a 19-year-old to be the Labor candidate. All these soldiers said, « Never again. We’re never going back to unemployment, the Great Depression, to fascism, to rearmament. We want to build a new society. »

NARRATOR: During the dark war years, Britain had been governed by a coalition of conservatives and socialists. Winston Churchill, the great wartime leader and head of the Conservative Party, expected an easy victory. Everywhere he went, huge crowds turned out to cheer the nation’s hero.

Heading the campaign against Churchill was Clement Attlee, leader of the Labor Party. Attlee argued that Britain had planned the war, and now planning would win the peace.

BARBARA CASTLE, Labor MP, 1945-1979: We knew that our people would never have withstood the bombardments and the loss of life and the hardship if they hadn’t been confident that their government was operating a policy of fair shares. We set out to ensure that this system of fair shares and the planning and controls continued after the war.

NARRATOR: Churchill, who was influenced by Hayek’s book The Road to Serfdom, opposed planning and controls.

WINSTON CHURCHILL: No socialist system can be established without a political police, some form of Gestapo.

RALPH HARRIS, Institute of Economic Affairs, 1957-1987: He got carried away with this Gestapo. And this, of course, was carrying things to absurdity — Gestapo in Britain!

NARRATOR: Attlee, a mild-mannered Christian Socialist, gave Churchill’s gaffe a sinister spin.

RALPH HARRIS: Attlee actually went out of his way to refer to this foreign professor with this august [name], Friedrich August von Hayek — this foreign chap with a slightly German accent.

NARRATOR: Britain went to the polls. The result was sensational.

BBC RADIO NEWS: Here is the state of the parties up to 3:00, in detail: Conservatives 180, Labor 364.

NARRATOR: Churchill was out. The people had voted for a new socialist Britain.

BARBARA CASTLE: The Labor Party swept to power simply because the vast majority of people, particularly those men and women in the fighting forces who’d lived through the dreadful Depression years of the ’30s, just said, « Churchill’s done a fine job of war leader, but we don’t trust him to win the peace. »

CLEMENT ATTLEE: What kind of society do you want?

NARRATOR: Attlee promised his party that they would build a new Jerusalem.

CLEMENT ATTLEE: Let’s go forward into this fight in the spirit of William Blake: « I will not cease from mental fight, nor shall the sword sleep in my hand, till we have built Jerusalem in England’s green and pleasant land. »

NARRATOR: William Blake’s hymn « Jerusalem » became an anthem for the Labor movement.

Voir aussi:

Never Mind Churchill, Clement Attlee Is a Model for These Times

Adam Gopnik
The New Yorker

January 3, 2018

For anyone with what used to be called “progressive tendencies,” the best, if largely overlooked, book of last year was surely John Bew’s biography of Clement Attlee, the leader of the British Labour Party through the Second World War, and then Prime Minister in the first great postwar Labour government. Titled “Citizen Clem” in Britain (Oxford University Press published it here as “Clement Attlee: The Man Who Made Modern Britain”), it is a study in actual radical accomplishment with minimal radical afflatus—a story of how real social change can be achieved, providing previously unimaginable benefits to working people, entirely within an embrace of parliamentary principles as absolute and as heroic as any in the annals of democracy.

Attlee was an unprepossessing man. “A modest man with much to be modest about,” Winston Churchill said of him once. Attlee had a modest mustache and came from a modest family, and had a modest demeanor—so much so that his modesty made him almost a joke figure. Even when he was Prime Minister, one wit noted that “an empty taxi drew up to 10 Downing Street and Attlee got out.” He was always regarded impatiently, even patronizingly, by his more charismatic colleagues on the left. Yet what emerges from this biography is a figure fully as admirable in his way—and, in some significant ways, more so—as the much-portrayed Churchill, who, teasing aside, came to admire Attlee as much as Attlee admired him. (Attlee actually fought at Gallipoli during the First World War, following Churchill’s maligned strategic initiative there—one that Attlee, though he saw it fail firsthand, always thought sound and daring, and undermined by its execution.)

After the war, Attlee went to work as what would now be called a community organizer in the London slum of Stepney, which remained his spiritual home for the rest of his life. Bew, a professor of history and foreign policy at King’s College, London, reminds us that Attlee came of age at a time when Marx was seen as only one, and not the most important, of the fathers of the socialist ideal. Attlee, who saw through and rejected the Soviet totalitarian model early, schooled himself on the British alternatives—on the works of William Morris and Edward Bellamy, who dreamed of rebelling against the regimentation that was implicit in the industrialized system rather than of simply switching around the hands that controlled it. William Blake was one of the names that Attlee most often cited. (It was he, as much as anyone, who made Blake’s mystic poem “Jerusalem” the anthem of the Labour Party.) This vision was in many ways unreal, but the unreality blossomed in practical terms: Attlee saw socialism as the pursuit of a nameably better life, not as a search for another master. “Citizenship” was his key term, and the ideal, as Bew explains, was one in which “the state and the individual needed to serve in the name of a broader democratic community.” Working his way through Labour’s already madly factional squabbles and splits, Attlee became leader by virtue of his obvious integrity and his ability to talk to all sides. (Then as now, purism was the affliction of the progressive-minded, with instant annihilation and excommunication promised for anyone who departed from what was seen at that moment as the true dogma; against this, Attlee denounced anyone who would “criticize and condemn all methods of social advance that do not directly square with his formulae.”)

It was in the darkest days of 1940, though, that Attlee’s heroism and acuity came most to note. Attlee’s Labour Party had entered into a coalition government with Churchill’s Conservative Party when the Second World War broke out. Then, in late May of 1940, when the Conservative grandee Lord Halifax challenged Churchill, insisting that it was still possible to negotiate a deal with Hitler, through the good offices of Mussolini, it was the steadfast anti-Nazism of Attlee and his Labour colleagues that saved the day—a vital truth badly underdramatized in the current Churchill-centric film, “Darkest Hour,” as it has been in many a history book. (There were many, perhaps even a majority, on the Tory right more interested in preserving the peace and the British Empire than in opposing Hitler.) Had Labour been narrower in outlook, or implicitly pro-Soviet—at a time when Stalin was still tightly allied with Hitler—as were so many on the French left, the history of European civilization would be very different.

Attlee remained Churchill’s chief ally throughout the war, but he was far from a complaisant one. When Churchill and Roosevelt were considering their declaration of the Atlantic Charter, it was Attlee, acting with a celerity and a clarity of purpose that belied his reputation for caution, who insisted on including “freedom from want” as one of its aims, making economic rights and, with them, a decent life for all, one of the official aims of the war. He was a mumbler, but he was no ditherer.

In 1945, he led Labour to a stunning victory over Churchill, not ceasing for a moment in his admiration for his wartime role, nor ceding for a moment to what he perceived as his partner’s reactionary vision. (Churchill had the very bad idea in the campaign of attacking Labour as a quasi-totalitarian party, which everyone knew was nonsense.) The achievements of the first Labour government are still rightly legendary: a government that actually contained as ministers seven men who had begun their adult lives as working coal miners, brought in national health insurance, made the provision of housing central to its ends, and fought and mostly won the battle against unemployment. Imperfect as its accomplishments were—the virtues of nationalization proved less absolute than the ideologues imagined—it nonetheless empowered the working classes and, Bew writes, “set the ethical terms on which Britain’s new social contract was founded.” It is still a social contract in many ways intact, and was the background for the extraordinary cultural renaissance of working-class Britain in the nineteen-sixties and beyond. The Beatles begin here.

Of course, Attlee, like any leader in a democracy, was far from perfect. He was as baffled about what to do in the Middle East as everyone else, but his eventual insistence on a parliamentary model in an independent India did mean that India, with all its vagaries and ups and downs, emerged into modernity with a stable polity and what are, by historical standards, minimal civil violence, at least since the war of partition that was part of its birth—certainly compared to the massacres and imposed famines of the Chinese experiment.

At a moment when, for the first time in several generations, social democracy and even socialism itself are not dirty words but possible currents in American life, Attlee’s life recalls what real socialism is and can accomplish. After reading Bew’s book, one can’t help but think about the number of T-shirts sold here over the years bearing an image of Che (innumerable), compared with those bearing an image of Clem (presumably zero.) Yet one was a fanatic who helped make an already desperately violent and impoverished region still more violent and impoverished—and who believed in “hatred as an element of struggle”—and the other a quiet man who helped make a genuine revolution, achieving almost everything that Marx had dreamed of for the British working classes without a single violent civil act intervening. It reminds one that the true progressive giants are radicals of the real—those who accept that democracy implies pluralism, and that a plural society is self-evidently made up of many people and kinds, only a few of them truly exploitative and criminal, most just pursuing their own version of the good life as tradition and conviction has offered it to them. The oscillation of power among them is not a sign of failure; it is a sign of life. Attlee’s example reminds us that it is possible to hold to moral absolutes—there was no peace possible with Hitler, and it was better to go down fighting than to try to make one—alongside an appetite for conciliation so abundant as to be more prolific, in William Blake’s positive sense, than merely pragmatic. This might be a good year to start selling T-shirts with a picture of this modest man, and the word “Clem!” upon them.

Adam Gopnik, a staff writer, has been contributing to The New Yorker since 1986. He is the author of, most recently, “A Thousand Small Sanities: The Moral Adventure of Liberalism.”

Voir de même:

And was Jerusalem builded here

(With help from Constantine the Great, the Knights Templar, the Labour Party…and the most stirring hymn of them all)

‘Jerusalem is more than a hymn. It is almost our national anthem,’ said Simon Sebag Montefiore

And did those feet in ancient time

Walk upon England’s mountains green

And was the holy lamb of God

On England’s pleasant pastures seen

Jerusalem is more than a hymn. It is almost our national anthem; as popular at rugby internationals as it is at earnest Labour party conferences; it is universal in its appeal. It’s also more than just the name of a magical place. It represents the British nation itself. Which is curious, when you consider the story of Jerusalem the place.
The reason a hymn called Jerusalem stirs such patriotic fervour with us is because the city is not only the Holy City: on the one hand, everyone feels it belongs to them; on the other, it has a clearly defined special relationship to the British which is expressed in the hymn.

But on purely geographical terms, no corner of the globe has seen such bloodshed, such fanaticism, such glory and such tragedy. Its history is that of the great religions and visions of mankind, Christian, Muslim and Jewish; and it symbolises the aspirations of the British to rule their empire. Yet how did it become the symbol of a perfect paradise? And more pertinently for us, how did it become so British?

Don’t forget that by the 19th century, when William Blake wrote those now famous words, many were starting to regard Jerusalem as British – just as the Bible itself had somehow become a British classic. This is how it happened.

And did the countenance divine

Shine forth upon our clouded hills

And was Jerusalem builded here

Among those dark satanic mills

First there is the word itself: in about 1900BC, the name Urasalim appears for the first time in some Egyptian inscriptions found in Luxor. It is the first version of the name. It may mean that Salem – the god of the evening star – has founded this place. What is likely is that this mountain site, remote and obscure, but with a sacred spring, was from the very start a shrine.

Centuries later, in about 1350BC, the name appears again as the Land of Jerusalem in letters from the king of Jerusalem to the Egyptian pharoah, his overlord.

But Jerusalem really owes its universal appeal to the Bible. For the Bible is, among other things, a biography of the city. The Old Testament tells how around 1000BC King David conquered Jerusalem, made it the capital of his united monarchy of Israelite tribes – and founded the Temple on Mount Moriah. This was the Temple where Jesus expelled the money-lenders, and it was Jesus who turned Jerusalem into a universal symbol.

Jesus saw himself as a Jewish prophet and radical reformer. He revered Jerusalem and regularly prayed in the Temple. He was meticulous in playing out the prophecies of the Jewish prophets during his last three days in Jerusalem that Christians call the Passion. The Gospels constantly cited Jerusalem and the Jewish scriptures as proof of the truth of his message.

By 70AD, the Romans under the Emperor Vespasian and his son Titus had ransacked Jerusalem, the assault culminating in the destruction of the Temple. The Jews became a despised and defeated people and the Christians separated forever from Judaism. Henceforth the Christians saw themselves as the new Israel, and Jerusalem not as a heap of ruins in Judaea but as the New Jerusalem, the perfect kingdom that would descend when Jesus returned for the Second Coming.

To that end, when the Roman emperor Constantine the Great adopted Christianity, he restored a Christian Jerusalem, building the Church of the Holy Sepulchre around 329AD. From then on across Christian Europe, Jerusalem was no longer just a place. It was an idea, a vision, even a paradise that people read about in their Bibles.

This impressive feat of clever marketing was so powerful that by 1096 hundreds of thousands of Christians travelled thousands of miles across Europe to conquer Jerusalem in the First Crusade. The city remained Christian for almost 100 years.

In London, the Knights Templar built the Temple Church (seen in the film The Da Vinci Code) in the City based on their headquarters: the Dome of the Rock on Jerusalem’s Temple Mount – or Mount Moriah.

Yet the Siege of Jerusalem in 1187, which resulted in the recapture of the city by the great Muslim leader Saladin, only intensified the Christian love of the city: Richard the Lionheart tried to rescue it, and Ye Olde Trip To Jerusalem in Nottingham, which claims to be the oldest pub in Britain, is said to date from Richard’s Third Crusade in 1189. He failed but all across the world people built their own Jerusalems: the king of Ethiopia built his, as did the tsars of Russia.

Most towns had their own Jerusalem chapels and every knight dreamed of liberating the city or making the pilgrimage (this was probably the time that the village of Jerusalem in Lincolnshire got its name). Many Britons, King Henry IV among them, made the pilgrimage. In Chaucer’s Canterbury Tales the promiscuous Wife of Bath had been there several times.

Bring me my bow of burning gold

Bring me my arrows of desire

Bring me my spear, O clouds unfold

Bring me my chariot of fire

When, in 1520, Martin Luther raised his protest against the Catholic church, his new Protestants returned to the fundamentals of the Bible with the result that British Protestants revered Jerusalem even more intensely. Oliver Cromwell and his Puritans saw themselves as the New Israelites and their sacred and pure Britain as a new Jerusalem. Meanwhile, the 1611 King James Bible gradually became a classic of English literature.

After Cromwell’s death in 1658 these views survived. Puritans such as the Pilgrim Fathers sailed for America and saw the country as a New Jerusalem – John Winthrop, the first governor of Massachusetts, told the future Massachusetts Bay colonists that their new community would be a ‘city upon a hill’, a phrase taken from the Sermon on the Mount. Hence there are so many Jerusalems – or Salems – in America.

In the late 18th century, Jerusalem, now a poverty-stricken but grandiose village ruled by the Ottoman Sultans, once again became fashionable: Napoleon Bonaparte tried to conquer it but was defeated with the help of the Royal Navy and the British hero, Sir Sidney Smith, who marched his men through the city.

This was exactly the moment when Protestant Evangelism was spreading and rising again, not only in America but in Britain. In 1804, a brilliant engraver, poet and radical named William Blake opened his poem Milton with the prefatory verse that started, ‘And did those feet in ancient time’. Printed in 1808, the poem praised the brief heyday of a heavenly Jerusalem in pre-industrial England but it was inspired by a myth that the boy Jesus had once visited Britain with Joseph of Arimithea. It’s unlikely Jesus did visit Britain but the old myth was popular precisely because British Christians increasingly sought a direct link between Britain’s mission to civilise the world and Jerusalem.

The Authorised Version of the Bible was now learned by every British schoolchild, who felt they knew more about King David than recent English history. During the 19th century British imperialists joined forces with British evangelists, an alliance personified by Lord Palmerston and his evangelical son-in-law Lord Shaftesbury, who wanted Britain to sponsor the return of the Jews to Jersusalem to accelerate the Second Coming and a Protestant Zion.

I will not cease from mental fight

Nor shall my sword sleep in my hand

Til we have built Jerusalem

In England’s green and pleasant land

Yet Blake’s poem, increasingly admired, was not widely known until World War I, when all these strands – the hymn, the British love of Jerusalem, the imperial British mission and evangelical vision of Jewish Return and Second Coming – came together. In 1916 the Poet Laureate Robert Bridges asked the composer Sir Hubert Parry to set Blake to music. Sir Edward Elgar orchestrated it and it was performed at a patriotic meeting, immediately becoming a hit.

Clement Attlee

Clement Attlee and his Labour Party adopted Jerusalem the hymn, in the 1945 election

At this point, David Lloyd George, wartime Prime Minister, was ordering General Allenby to advance into Palestine and conquer Jerusalem as a ‘Christmas present for the British nation’. Lloyd George admitted that ‘I was taught more in school about the history of the Jews than about my own land.’

He and his Foreign Secretary Arthur Balfour backed the Jewish dream of a Jewish homeland – under British auspices. Indeed, cabinet minister Lord Curzon noted that ‘the Prime Minister talks about Jerusalem with almost the same enthusiasm as about his native Welsh hills!’

In December 1917, Britain conquered Jerusalem, which remained under its control until 1948. The British sponsored the Zionist dream of a Jewish homeland by encouraging Jewish immigration, but by the end of the Thirties, the increasing conflict between Zionists and Palestinians led to a British cap on Jewish immigration to Palestine.

By then, Jerusalem the hymn, no longer linked to Blake’s radical sacred vision but a popular anthem, was adopted by Clement Attlee and his Labour Party in the 1945 election when he promised Britain as a New Jerusalem – an ideal socialistic sanctuary – for the working man. And while he won the election aided by the hymn, he failed to manage the real Jerusalem, which sank into civil war and saw the end of British rule.

Attlee handed Palestine to the United Nations; Jerusalem descended into war out of which arose Israel. But Attlee did create his imperfect New Jerusalem – the welfare state and the NHS that we know today.

And the hymn?

Jerusalem remains, separate from its history, as the alternative British national anthem, beloved by rugby fans, Labour activists and patriots.

One small irony is that Blake actually never entitled it Jerusalem, because he was working on another poem at the time called Jerusalem: The Emanation Of The Giant Albion. But no one remembers that one.

‘Jerusalem: The Biography’ by Simon Sebag Montefiore is published by Weidenfeld & Nicolson, priced at £25

Voir de plus:

God Save the Queen: MPs vote to introduce bill on new English anthem

Labour MP Toby Perkins proposes public consultation to choose national anthem for England, with Jerusalem the leading contender

MPs have voted to introduce a bill to parliament on whether or not England should be given its own official national anthem.

Using a 10-minute rule motion in parliament, the Labour MP Toby Perkins proposed that a public consultation be launched to decide which song would be best. MPs agreed on Wednesday that the bill should be given its second reading in parliament in March.

While Scotland and Wales have their own anthems, England does not, and God Save the Queen is usually sung at sporting events when an English team is playing. Northern Irish sports teams also usually sing the UK national anthem.

“I would like to say at the outset that I am neither a republican, nor an atheist nor an English nationalist … Members should detect no hostility in me towards God, her majesty the Queen, to God Save the Queen or to the United Kingdom,” said Perkins, MP for Chesterfield.

“Indeed it is precisely out of respect to preserving many of these things that I believe the time has come to consider the question of an English national anthem.”

Perkins added: “The level of interest in this confirms to me that an anthem for England is a movement whose time has come and, as is often the case, it is for us in this parliament to catch up with public opinion and allow the voice of England to be heard.”

David Cameron has previously said that Jerusalem – the musical setting of a William Blake poem – would be his choice for an English national anthem.

Jerusalem has proved the most popular choice in recent polls, and was chosen to be played for English athletes competing in the 2010 Commonwealth Games in Delhi following a month-long public vote. Edward Elgar’s Land of Hope and Glory often comes second in polls, and was used at the Commonwealth Games before 2010.

It was not the first time the issue has been heard in parliament. In April 2007 the Liberal Democrat MP Greg Mulholland introduced an early day motion calling for English sporting associations to “adopt an appropriate song that English sportsmen and women, and the English public, would favour when competing as England”.

And in 2006 the Conservative MP Daniel Kawczynski introduced an early day motion calling for Jerusalem to be given official status as the national anthem of England.

The 10-minute rule allows a backbench MP to make their case for a new bill in a speech lasting up to 10 minutes. MPs then vote on whether or not the bill should be introduced and, if successful, it goes on to have its second reading. Such bills rarely make it into the statute books.

The Queen’s cousin, Margaret Rhodes, told the Sunday Express: “We have been happily singing God Save the Queen for ever – I don’t see the need to change it. The Queen has always said she’s only there for as long as people want her, but I should think they’d think it’s rather rude. As far as I’m concerned it’s a silly idea.”

Opposing Perkins’s proposal, Conservative MP Jacob Rees-Mogg said: “What greater pleasure can there be for a true-born English man or true-born English woman to listen to our own national anthem?

“A national anthem for our whole country, for our whole United Kingdom, of which England is but a part, but an important part. And to listen to those words that link us to our sovereign, who is part of that chain that takes us back to our immemorial history.”

Ahead of Perkins’s speech to MPs, a protester in a white van adorned with England flags spent the morning driving around Parliament Square playing Jerusalem over a loudspeaker.

Perkins said that Jerusalem seemed to be an early favourite among members of the public who had engaged with him on the subject.

“I have no way of knowing whether there is a way of putting people off William Blake’s classic tune, but if there is I suspect driving round and round Parliament Square with a van blaring it out might be precisely the way to achieve that,” said Perkins. “I have to say you can’t always chose your friends in these matters.”

Voir encore:

Hygienic fascism: Turning the world into a ‘safe space’ — but at what cost?

Even as we try to battle the COVID-19 pestilence, we may be contracting a more dangerous virus — hygienic fascism. This involves a process when our political leaders defer to a handful of “experts,” amid what Dr. Joseph Ladopo, an associate professor at the UCLA School of Medicine, describes as an atmosphere of “COVID-19-induced terror.”

Ideologically, hygienic fascism is neither right nor left, nor is it simply a matter of taking necessary precautions. It is about imposing, over a long period of time, highly draconian regulations based on certain assumptions about public health. In large part, it regards science not so much as a search for knowledge but as revealed “truth” with definitive “answers.” Anyone opposed to the conventional stratagem, including recognized professionals, are largely banished as mindless Trumpistas, ignoramuses, or worse. Experience may show that debate and diversity of choices serve the public’s health and general well-being better than unchallenged rule by a few, largely unaccountable individuals.

Even some non-Trumpians — like Elon Musk — see this as less an adherence to scientific standards than a “fascist” attempt to impose often impossible conditions on society and the economy, and without popular recourse. That these orders are often issued by the executive, and in the vast majority of states without legislative recourse, certainly follows an authoritarian pattern.

Big Brother, the ‘Great Helmsman’ and us

The degree of social control being proposed often reveals staggering tunnel vision. Former Vice President Joe Biden’s adviser, Dr. Ezekiel Emmanuel, suggests that eradication of the virus will require a year or even 18 months of lockdown policies. This likely would catapult an already steep recession into something approaching a depression. Scientists and academics, it appears, may be less vulnerable to such a policy than, say, hotel workers, retail clerks or small business owners.

Sometimes the controls being implemented are reminiscent of Orwell’s “1984.” People are being handcuffed for walking aloneplaying catch with a child in a closed park or riding the waves alone at a closed beach. Officials, from Harris County, Texas, to New York, are urging neighbors to spy on and report each other. Some police departments are even experimenting with using drones to monitor adherence to stay-at-home orders, while Baltimore, one of the nation’s most crime-ridden cities, proposes using aircraft to control inappropriate behaviors.

The current pandemic builds on a political tradition with origins in the writings of early 19th century philosopher Henry St. Simon. The French aristocrat considered scientists to be “superior to all other men” and the natural leaders of society. Such ideas later informed many progressives in that century, including H.G. Wells’s idea of a new elite that would replace democracy with “a higher organism,” which he called “the New Republic.”

Contrary to the idea of Italy’s « Black Shirts » as being mere mindless brutes, science-fueled “futurism” constituted a critical part of the Italian fascist mythology, offering the prospect of merging the elements of “science and faith.” In the 1920s, Benito Mussolini was widely considered not a buffoon but, as the London Times suggested, a leader of a “spiritual revolution” uniting his historically fractious nation. Hitler’s regime, his armaments minister Albert Speer claimed, was the first dictatorship of a fully modern industrial state that used “instruments of technology” to impose a single ideology on its populace. Speer identified himself as the “the top representative of technocracy” that “used all its know-how in an assault on humanity.”

Communists took a similar tack, espousing what they called “scientific socialism.” Lenin specifically wished to eradicate the last vestiges of “individualism” with the kind of conditioning perfected for dogs by Russian scientist I.P. Pavlov on Soviet workers and factories. These same ideas later were adopted by China, where the notion of rule by an educated elite — “an aristocracy of intellect” — has deep historical roots.

The media is the messenger

China has used its growing  technical prowess both to monitor and to persecute dissenters, sometimes assisted by U.S. tech firms. It has applied technology both to suppress unapproved information about the infection and to control behaviors that could spread it. Privacy concerns are, of course, utterly ignored. Other authoritarian regimes, such as Russia and Turkey, have done the same.  Remarkably, despite China’s disastrous role in the pandemic’s evolution, many Westerners, such as some at CNN, increasingly consider China’s approach as superior to our predictably poorly coordinated, chaotic response. Oligarchs such as Bill Gates also apparently endorse China’s authoritarian approach.

Others, particularly in our academic establishment, endorse censorship as superior to Western freedoms. Writing in The Atlantic, two law professors suggested that in the “debate over freedom or control,” China “was largely correct and the U.S. was wrong.” Still others have suggested, due to Trump’s often bumbling or ill-informed remarks, that networks not cover presidential press conferences. This same spirit is being embraced by some of the internet’s moguls — Twitter, Facebook, Google and YouTube — to monitor and censor comments, even those of medical professionals, that are not considered congruent with the accepted iteration of “science.”

Although these efforts generally are aimed at the right, some liberals as well as many conservatives are frightened by the new drive for censorship. The notion of “brainwashing” the public already has been raised by climate-crusaders like former California governor Jerry Brown. Some environmentalists even see the nation’s lockdown as a “test run” for the kind of highly managed, centrally controlled society they consider necessary to preserve the planet’s health.

We are entering a very dangerous time. The digital oligarchs and their allies continue to expand their sway over the struggling remnants of the analog economy. The pandemic offers them an unprecedented opportunity, as in China, to monitor citizens to an extent never before possible. Google and Apple already are working on a venture to track social distancing and contact tracing, and both separately are interested in collecting our medical records.

Granting power to the “expert class” and to the technology elite represents a distinct peril for our democracy and constitutional order. Ultimately the issue comes down to human nature and the dangers of assuming that education, or erudition, make for better people, or smarter judgments. In the end, as Huxley noted, society has to answer the old Latin phrase, quis custodiet custodes — who watches the watchers?

Joel Kotkin is the Presidential Fellow in Urban Futures at Chapman University, Orange, Calif., and executive director of the Urban Reform Institute. He is the author of eight books, including “The Coming of Neo-Feudalism,” available May 12 from Encounter Books. You can follow him on Twitter @joelkotkin.

Voir enfin:

And did those feet in ancient time

Dans les temps anciens, ces pieds ont-ils
Foulé les vertes montagnes d’Angleterre ?
Et le saint Agneau de Dieu a-t-il été
Vu sur les prairies agréables de l’Angleterre ?

Et la Face Divine a-t-elle
Brillé sur nos collines couvertes de nuages ?
Et Jérusalem a-t-elle été bâtie ici
Parmi ces usines sombres et sataniques ?

Apportez-moi mon arc d’or flamboyant ;
Apportez-moi mes flèches de désir ;
Apportez-moi ma lance ; O nuées déployées !
Apportez-moi mon chariot de feu !

Je ne cesserai jamais mon combat intérieur,
Et jamais mon épée ne dormira dans ma main,
Jusqu’à ce que nous ayons bâti Jérusalem
Sur les terres vertes et plaisantes d’Angleterre

COMPLEMENT:

Jérôme Fourquet : “La France se dirige vers un conflit de classes sur fond de vision de la société

Directeur du département opinion de l’Ifop, auteur de l’Archipel français (Seuil), Jérôme Fourquet prédit un affrontement entre ceux qui veulent changer le monde et ceux qui souhaitent simplement que la vie reprenne son cours. Ce choc, qui pourra être brutal, se déroulera en outre dans un contexte dégradé où toutes les failles qui traversent la société se verront agrandies.

Valeurs actuelles. Vous avez beaucoup travaillé sur la crise des “gilets jaunes”. Quels points communs voyez-vous entre cette crise et celle que nous traversons aujourd’hui ?
Jérôme Fourquet. Les “gilets jaunes”, c’était une crise sociopolitique. Là, on a affaire à une crise sanitaire qui débouche sur une énorme crise économique et sociale, c’est donc différent. Le point commun, c’est qu’il y a une mise en visibilité, un coup de projecteur sur des catégories qui étaient jusque-là invisibles : les “soutiers”, ceux qui occupent le compartiment machine de la France ou ce que Denis Maillard appelle le « back office ». La France les a découverts comme elle avait découvert les “gilets jaunes” de novembre 2018, avec leur vêtement (très justement nommé “vêtement de haute visibilité”) sur ces ronds-points de zone logistique où bien souvent ils travaillaient. Le coup de projecteur est comparable mais, en dépit d’un certain recouvrement sociologique (personnel soignant, chauffeurs, agents de maintenance, de logistique, d’entretien), ce ne sont pas forcément exactement les mêmes personnes.

Les “premières” et “secondes lignes” ont bénéficié d’une forte reconnaissance médiatique. Est-ce que cela va s’arrêter ou être pérenne ? Je suis, hélas, assez sceptique.

Quelle va être l’attitude de ces nouveaux “gilets jaunes” ?
Ceux qu’on a appelés les “premières” et les “secondes lignes” ont bénéficié d’une forte reconnaissance médiatique, politique et symbolique. La question est de savoir si cela va s’arrêter ou si cela va être pérenne. Je suis, hélas, assez sceptique. En 1945, on a demandé un énorme effort aux mineurs ; le Parti communiste, alors très puissant, avait été mis à contribution ; une affiche proclamait : “Mineur ! le sort de la France est entre tes mains”. Des records de production ont été battus ; et puis dès 1947-1948, la bataille du charbon ayant été gagnée, plus personne ne pensait à eux, la parenthèse s’est refermée et des grèves très dures ont éclaté dans les bassins houillers car on commençait à rogner les acquis que les mineurs avaient obtenus. Je pense que ça va se terminer de la même manière, d’autant qu’à l’époque la croissance allait revenir tandis qu’aujourd’hui nous sommes engagés dans une grave récession. Pour les primes et les revalorisations salariales, à mon avis, les salariés vont devoir attendre… Il y aura donc du ressentiment, notamment chez tous ceux qui “ont tenu leur poste” pendant l’épidémie.

Pensez-vous que l’automne puisse être “chaud” ?
La déception des mineurs avait donné lieu à des mouvements très durs, et durement réprimés. Là, on peut faire l’hypothèse que cela sera différent. Je lisais récemment le témoignage d’une employée de boulangerie qui se disait très amère : « Nous, nous n’avons pas de masques et personne ne pense à nous applaudir », se plaignait-elle. Elle se comparait à ses collègues des grandes surfaces, qui sont mieux protégés, aux soignants, qui ont été acclamés partout : je ne suis pas sûr qu’elle irait défiler demain avec eux. C’est ce que François Dubet appelle la « tyrannie des petites différences ». Malgré cela, deux choses sont certaines. La première est que le contexte global va être très dur ; il y aura de la frustration vis-à-vis des efforts consentis, des risques pris. Chez ceux qui sont restés en première ligne, la crainte de la contamination grimpait à 75 % (contre 35 % pour ceux qui télétravaillaient) : c’est énorme ! C’est vraiment le salaire de la peur. On se souvient que la grande distribution avait promis 1000 euros aux valeureux salariés qui avaient permis aux Français de continuer de s’approvisionner. Quand on regarde dans le détail, ça s’est assez rapidement enlisé dans les sables du concret. La prime dépendra du temps passé sur site, tout le monde ne pourra pas y être éligible, etc. Les “soutiers” se diront forcément qu’ils ont risqué leur peau et qu’on les paye avec des clopinettes.
La seconde chose, qui dégonfle un peu l’idée d’une révolte à venir, est : quel mot d’ordre, justement, pour cette révolte ? “Tous unis contre le virus” ? C’est fait. “La France va mal” ? D’accord. “Le gouvernement a mal géré la crise” ? Très bien, et puis ? Ensuite, quelle structuration – cette fameuse structuration qui a tant manqué aux “gilets jaunes” ? Les mineurs que j’évoquais tout à l’heure constituaient une classe en soi mais aussi pour soi (pour reprendre la terminologie marxiste), très solidaire, alors que les déçus de demain seront très divers. Par ailleurs ce n’est jamais au pic de la crise que le mouvement se déploie. C’est trop tôt. Tout le monde a la tête dans le seau. Politiquement, on a payé 1929 en 1933 ou en 1936.

Vous ne croyez pas à la possibilité d’un “Grand Soir” ?
Je pense que de très nombreuses personnes seront surtout obnubilées par la question : comment sauver mon emploi ? comment sauver mon entreprise ? Cette urgence va s’imposer à tout le monde, de près ou de loin, et va reléguer au second plan toutes les grandes constructions intellectuelles sur le “jour d’après”. Tout le monde va être obnubilé par ça : comment traverser cette crise ? comment survivre à cette crise ? Les précédents historiques nous montrent d’ailleurs que ce n’est jamais au cœur d’une crise économique que se produisent les mouvements sociaux mais plutôt en sortie de crise.

Plus que par le grand soir, de très nombreuses personnes vont être obnubilées par la question “comment sauver mon emploi ?”

Pensez-vous néanmoins que cette pandémie aura changé le visage de la France ?
Ce que l’on constate en premier lieu, c’est que cette crise sanitaire induit une gigantesque crise économique et sociale. Chaque matin voit un dirigeant de grand groupe (Air France, la Fnac, la SNCF ou d’autres) solliciter l’aide de l’État – donc des Français – pour atténuer les effets de pertes très lourdes que lui occasionne cet arrêt quasiment complet de l’économie. Donc il est certain qu’il y aura un avant et un après, ne serait-ce que pour cette raison : la France est gravement dans le rouge. On assistera sans doute à des changements dans certains domaines (recours plus fréquent au télétravail ou à l’e-commerce, par exemple) mais qui n’affecteront pas spectaculairement la physionomie de notre pays.

Au-delà du travail, comment voyez-vous notre société évoluer dans les semaines, les mois à venir ?
Je crois que nous nous trouvons dans un cycle d’évolution à long terme et que cette crise du Covid-19 ne fera qu’amplifier des tendances qui étaient déjà à l’œuvre. Prenons le cas de la consommation, qui est très révélatrice des imaginaires. Que distingue-t-on ? Les produits bio et les circuits courts, qui se portaient déjà bien, ont vu leurs ventes bondir lors du confinement. Les couches plutôt supérieures et urbaines de la société sont sensibles aux discours des écologistes, qui soutiennent que ce qui nous arrive valide leurs thèses, qu’il faut consommer “moins mais mieux”, qu’il faut prendre de la distance avec la vie d’avant, que le bonheur n’est pas dans l’accumulation de biens. Mais parallèlement, il existe une autre composante importante de la société, disons, pour faire simple, le bas des classes moyennes et les milieux populaires, dont la question est plutôt : comment rester dans le rythme de la consommation alors que mon budget va se trouver rogné par la crise ? Eux n’ont pas changé de philosophie mais ils vont devoir arbitrer entre un vouloir d’achat intact et un pouvoir d’achat en baisse.

Quel fait vous a semblé significatif de cette volonté de permanence ?
Les files d’attente de voitures devant les restaurants McDonald’s drive qui avaient rouvert me semblent bien illustrer cette volonté de continuation. Toute une partie de la société veut que ça reprenne comme avant. Pour elle, la consommation est statutaire, elle signe son appartenance à la grande classe moyenne, alors que les “bobos” (pour faire court) ont un rapport différent à la consommation. Ces deux parties risquent d’entrer en conflit car ceux qui considèrent qu’il faut changer le monde, et qui dominent le débat public, voudront certainement convaincre les autres qu’il est criminel de continuer comme avant, ce à quoi ces derniers rétorqueront qu’ils ne se sentent pas coupables. Et dans la mesure où beaucoup d’entre eux ont continué à aller bosser malgré la menace du virus (quand les autres télétravaillaient en sécurité depuis chez eux), ils n’accepteront certainement pas de recevoir de leçons. N’oublions pas que l’étincelle pour les “gilets jaunes” a été la taxe carbone, c’est-à-dire le refus d’être sacrifiés sur l’autel du “sauvetage de la planète”. Il y aura un conflit de classes sur fond de vision de la société, et je crois qu’il peut être très dur.

Il y aura des bouffées de colère plus ou moins violentes, des gestes dopés à l’énergie du désespoir.

Ne peut-on imaginer néanmoins des points de convergence entre ces deux camps ?
J’imagine plutôt des quiproquos. On constate aujourd’hui un fort engouement pour le local, et aussi une forte demande de national. Les deux mouvements se ressemblent, mais on a d’un côté Pierre Rabhi, la sobriété heureuse, les néoruraux et les circuits courts, de l’autre le Rassemblement national, la protection des frontières, le “produisons français”… Il ne faut pas oublier que Marine Le Pen a fait du localisme le cœur de son discours aux européennes. Bien sûr, je ne vois pas ces mouvements se rejoindre et s’entendre mais les deux vont pousser vers “plus de local”.

Si elle ne donne pas naissance à un véritable mouvement, quelles formes pourra prendre la frustration que vous évoquiez plus haut ?
Il y aura des bouffées de colère plus ou moins violentes, dans certains secteurs, dans certaines entreprises, à chaque mesure prise, à chaque avantage supprimé. On se souvient des cadres séquestrés, des menaces de destruction de sites, ces gestes ultimes de gens au bout du rouleau, dopés à l’énergie du désespoir, mais ce sera localisé, sporadique… Je me trompe peut-être mais je ne crois pas que ça puisse coaguler, ne serait-ce que parce que tout le monde n’aura pas vécu la même chose. Je ne parierais donc pas sur un bouleversement politique, plutôt sur la poursuite d’une lente aggravation de la situation.

Pensez-vous que cette colère, pour sporadique qu’elle soit, puisse se retourner contre le gouvernement ?
Ce qui est certain, c’est que le jugement des Français est sévère, la confiance en chute libre, bien davantage qu’en Italie ou en Espagne, qui ont pourtant beaucoup souffert, elles aussi. En termes de popularité, Macron est bien en dessous de Conte, par exemple… En dépit des grands appels du genre « Nous sommes en guerre », cette idée de rassemblement derrière le drapeau, cette notion d’union nationale, en vérité, a beaucoup moins bien fonctionné chez nous que chez nos voisins. Déjà très contestés, l’exécutif et la majorité n’ont donc pas du tout capitalisé sur cette crise, bien au contraire. Leur chance est que le balancier qui oscillait traditionnellement de la majorité à l’opposition est lui aussi cassé. Les oppositions n’ont pas prouvé qu’elles auraient été plus pertinentes, plus à la hauteur. Marine Le Pen a conforté ses propres troupes, elle est toujours l’opposante en chef, à 20-25 %, ce qui n’est pas rien mais pas suffisant pour s’imposer. Les écologistes sont les seuls qui peuvent espérer capitaliser, si une partie de la population accepte l’idée que ce qui nous arrive est la preuve qu’ils avaient raison mais ça ne se verra que dans un ou deux ans et encore, ce n’est pas sûr.

Vous ne voyez donc pas les cartes politiques être redistribuées ?
Chacun voit dans cette crise ce qu’il veut y voir : ça ne serait pas arrivé “s’il y avait eu des frontières” (RN) ; “si l’hôpital public n’avait pas été cassé” (PS et LFI) ; “si nos finances publiques étaient saines” (LR) ; “si l’Europe avait été plus intégrée” (les pro-Union européenne) ; “si le monde était plus écolo” (EELV) ; etc. Aucun scénario ne se dessine. Celui de l’union derrière le président n’a pas eu lieu ; l’idée d’un gouvernement de salut public n’a généré de l’appétit que chez quelques personnes qui ne représentent qu’elles-mêmes. Le scénario du dévissage complet ne s’est pas produit, celui voyant l’émergence d’un leader populiste raflant la mise non plus. Je parie sur la persistance du statu quo instable de “l’archipel français”…

Voir par ailleurs:

Ce que l’on sait des Jeux mondiaux militaires de Wuhan, après lesquels plusieurs athlètes disent être tombés malades

Les questions autour de la rencontre sportive, qui a eu lieu en octobre 2019, posent un dilemme à l’armée française et viennent renforcer une campagne de désinformation chinoise pour nourrir l’hypothèse d’une origine américaine du coronavirus.

Harold Thibault, Nathalie Guibert et Clément Guillou

Le Monde
12 mai 2020

Les interrogations d’athlètes européens sur leur hypothétique contamination au Covid-19 lors des Jeux mondiaux militaires à Wuhan, qui se sont tenus en octobre 2019, posent un dilemme pour l’armée française et viennent renforcer une campagne de désinformation chinoise.

Au départ, il y a ce Tweet du porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Zhao Lijian : « Ce pourrait être l’armée américaine qui a apporté l’épidémie à Wuhan. Soyez transparents, écrivait-il le 12 mars. Les Etats-Unis nous doivent une explication. » La presse nationaliste lui emboîte aussitôt le pas. « Zhao se référait aux Jeux militaires de Wuhan », explique le Global Times, dans un article titré « L’armée américaine, victime ou transmetteur du virus ? ».

Une tentative un peu grossière de retourner les accusations, quand l’administration Trump parle de « virus chinois » et que Pékin se voit reprocher d’avoir fait taire les médecins qui avaient tenté de lancer l’alerte puis d’avoir tardé à informer le monde de la transmission interhumaine du Covid-19. Mais cette méthode n’est pas vaine : en Chine, le message passe. Les citoyens qui se demandent si le virus n’est pas une tentative de déstabilisation des Américains ne sont pas rares.

Crises de paludisme

Dans cette guerre de l’information, tout argument est bon à prendre. Déjà en février, des articles de presse faisant état de cinq cas d’hospitalisation d’athlètes étrangers lors de leur séjour à Wuhan avaient été exhumés. Zhang Dingyu, le directeur d’un grand hôpital de la ville, avait alors dû préciser qu’ils avaient fait des crises de paludisme.

Désormais, ce sont les témoignages de sportifs étrangers qui ressortent. Plusieurs d’entre eux se demandent s’ils n’ont pas été contaminés lors de leur séjour dans la capitale du Hubei. Pas impossible, puisque la Chine a rétrospectivement tracé un cas remontant au 17 novembre, dont rien ne dit qu’il était le premier.

Dans un entretien passé inaperçu et accordé fin mars à la chaîne locale Télévision Loire 7, la pentathlète française Elodie Clouvel racontait être tombée malade dans la foulée des Jeux mondiaux militaires, qui se sont tenus du 18 au 27 octobre, et avoir ressenti des symptômes inédits pour elle. Son compagnon, le champion du monde de pentathlon Valentin Belaud, s’est aussi senti mal à cette période. « Il y a beaucoup d’athlètes des Jeux mondiaux militaires qui ont été très malades, disait alors Elodie Clouvel. On a eu un contact avec le médecin militaire récemment qui nous a dit : Je pense que vous l’avez eu, parce qu’il y a beaucoup de gens de cette délégation qui ont été malades. »

Depuis, l’athlète garde le silence et Télévision Loire 7 a supprimé l’interview de son site Internet « pour la préserver ». Les sportifs français ayant participé aux Jeux mondiaux militaires que Le Monde a pu contacter ont tous dit avoir reçu des consignes en ce sens. Ils renvoient au service de communication des armées et affirment n’être pas tombés malades pendant ou après la compétition.

Visite de la ville

Pour la première fois de l’histoire des Jeux mondiaux militaires – créés en 1995 pour les sportifs rattachés à l’armée −, les quelque 10 000 participants étaient logés dans un ersatz de village olympique, composé d’une quinzaine de tours et d’infrastructures d’entraînement et de restauration. La délégation française, forte d’environ quatre cents personnes, logeait dans deux de ces bâtiments.

Certains ont profité du voyage pour visiter Wuhan. D’autres n’ont fait qu’un simple aller-retour pour cette compétition d’une importance relative. Alexis Bodiot, médaillé de bronze en cyclisme sur route, se souvient d’avoir visité la ville et pris le métro. Il dit n’avoir pas contracté de maladie sur place, pas plus que le reste de l’équipe de France de cyclisme. Il a ensuite regagné sa base de Creil… où le Covid-19 s’est répandu en février. « C’est dans mes bureaux qu’il y a eu le plus de cas, dit l’ex-cycliste professionnel. J’attends les résultats des tests sérologiques. Je n’ai pas eu de symptômes mais si jamais j’ai été contaminé, c’est à Creil, pas en octobre à Wuhan. »

En Italie, la consigne de ne pas parler à la presse a également été formulée aux athlètes présents aux Jeux mondiaux militaires. Trop tard pour l’escrimeur Matteo Tagliariol, qui a assuré à la Gazzetta dello Sport que l’équipe nationale est « quasiment toute tombée malade ». « La maladie ne passait pas avec les antibiotiques, je n’ai été guéri que trois semaines plus tard et l’état de fatigue a duré plus longtemps encore. » Selon l’ancien champion olympique, l’infirmerie des Jeux militaires « ne délivrait plus d’aspirine. Les stocks étaient vides tant il y avait eu de demandes ». Jeudi, la section sportive de l’armée italienne a fait savoir qu’aucun cas suspect de Covid-19 n’avait été recensé parmi ses athlètes de retour de Chine. Aucun test n’a, dès lors, été pratiqué.

Incapables de s’entraîner

En Suède, c’est de la base de Boden, près du cercle arctique, qu’est venue l’alerte, dès la mi-avril. Une médecin du régiment signale dans la presse locale que plusieurs athlètes, fiévreux, sont restés fatigués et incapables de s’entraîner plusieurs semaines au retour de Wuhan. D’autres bases suédoises ont rapporté le même phénomène. Cinq athlètes ont alors passé des tests sérologiques. Un seul a été diagnostiqué positif. Anders Nystedt, infectiologue en charge de l’épidémie de Covid-19 dans le nord de la Suède, a dit accueillir ces résultats avec précaution compte tenu des incertitudes quant aux tests sérologiques − ils permettent de dire qu’une personne a été contaminée, mais pas à quelle période.

Ces témoignages sont largement repris sur les réseaux sociaux chinois, où l’on y voit le commencement de preuve tant recherché. « Si, pour la France, cela a également débuté avec les Jeux militaires… alors [le virus] pourrait réellement avoir été apporté par l’armée américaine », extrapole un internaute, Zuo Luofu, sur Weibo, équivalent local de Twitter.

L’armée française a fait savoir, le 6 mai, que les athlètes de sa délégation n’avaient pas été testés et ne le seraient pas. « Il n’y a pas eu, au sein de la délégation française de cas déclarés auprès du Service de santé des armées (SSA) de grippe ou d’hospitalisation pendant et au retour des [Jeux], pouvant s’apparenter, a posteriori, à des cas de Covid-19 », faisait valoir le ministère.

La question est piégeuse pour l’armée. Réaliser des tests sérologiques sur l’ensemble des athlètes de la délégation permettrait seulement d’établir si certains ont été infectés, sans pouvoir définir la date de survenue. Or le virus a largement circulé dans la population française ces derniers mois, il est donc très probable, sur une délégation de quatre cents personnes, que plusieurs aient été infectées en France depuis, et non à Wuhan. Le doute subsisterait mais la désinformation chinoise ne se gênerait certainement pas pour y voir un nouvel élément à exploiter pour appuyer sa théorie d’une transmission étrangère. Au contraire, refuser de réaliser des tests malgré les interrogations posées publiquement par ses propres athlètes peut donner le sentiment qu’on ne veut pas aller au bout de l’histoire. Au risque de nourrir ainsi les thèses complotistes.


Virus de Wuhan: L’espèce ne survit que grâce aux sacrifices (Guess who just got pilloried for calling out the false dilemma of lives vs. money?)

31 mars, 2020


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Puis ils prirent Jonas, et le jetèrent dans la mer. Et la fureur de la mer s’apaisa. Jonas 1: 15
Le roi dit: Coupez en deux l’enfant qui vit, et donnez-en la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Alors la femme dont le fils était vivant sentit ses entrailles s’émouvoir pour son fils, et elle dit au roi: Ah! mon seigneur, donnez-lui l’enfant qui vit, et ne le faites point mourir. Jugement de Salomon (I Rois 3: 25-26)
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Jésus (Jean 15: 13)
Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. Que vous en semble? Si un homme a cent brebis, et que l’une d’elles s’égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s’est égarée Et, s’il la trouve, je vous le dis en vérité, elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. De même, ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il se perde un seul de ces petits. Jésus (Matthieu 18: 10-14)
Vous ne réfléchissez pas qu’il est dans votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas. Caïphe (Jean 11: 50)
Une nation ne se régénère que sur un  monceau de cadavres. Saint-Just
Qu’un sang impur abreuve nos sillons! Air connu
L’arbre de la liberté doit être revivifié de temps en temps par le sang des patriotes et des tyrans. Jefferson
Dionysos contre le ‘crucifié’ : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyre – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le ‘crucifié’ en tant qu’il est ‘innocent’, sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Adolf Hitler
Le marxisme doit mourir pour que la nation renaisse. Banderole de la Grand messe nazie de Berlin (1933)
Nul ne peut ne pas mourir, mais l’homme seul peut donner sa vie. André Malraux
La vérité, dit-on, est la première victime de la guerre. Philip Snowden (1916)
Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha. La foule sans tête était à la fête. Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas. C’est plus juste en somme d’abattre un seul homme. Ce jeune homme a dit la vérité. Il doit être exécuté. Guy Béart (1968)
L’éthique de la victime innocente remporte un succès si triomphal aujourd’hui dans les cultures qui sont tombées sous l’influence chrétienne que les actes de persécution ne peuvent être justifiés que par cette éthique, et même les chasseurs de sorcières indonésiens y ont aujourd’hui recours. La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Les banlieues ont inventé une nouvelle forme de sacrifice : la destruction de l’objet symbolique fondamental de la société de consommation qu’est l’automobile. On se passe les nerfs en détruisant des automobiles. C’est très mauvais. Je ne suis pas du tout partisan de cela, mais on ne s’en prend pas aux personnes. René Girard
Voici quelques semaines, nous connûmes en France, pour la seconde fois, des révoltes sans morts, des violences déchaînées sans victimes humaines. Avons-nous vu, nous, vieillards, témoins des horreurs de la guerre et à qui l’histoire enseigna, contre le message d’Abraham et de Jésus, le bûcher de Jeanne d’Arc ou celui de Giordano Bruno ; avons-nous vu les révoltés en question ne brûler, par mimétisme, que des automobiles ; avons-nous observé la police, postée devant eux, épargner aussi les vies humaines ? Je vois ici une suite immanquable de votre anthropologie, où la violence collective passa, jadis, de l’homme à l’animal et, maintenant, de la bête, absente de nos villes, à des objets techniques. Parmi ces révoltes fument des chevaux-vapeur. Michel Serres
Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter » la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier. » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ». » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne : » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de » bouc émissaire » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du » sacrifice parfait » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. René Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
Il me semblait que la définition traditionnelle de la Passion en termes de sacrifice fournissait des arguments supplémentaires à ceux qui voulaient assimiler le christianisme à une religion archaïque , et je l’ai longtemps rejetée. (…) Je voulais seulement dissiper chez les non-chrétiens et, de nos jours, chez les chrétiens eux-mêmes, l’équivoque entretenue par l’ambivalence du terme de ‘sacrifice’. Ce souci reste légitime à mes yeux mais il ne faut pas l’absolutiser. (…) le recours au même mot pour les deux types de sacrifice, si trompeur qu’il soit à un premier niveau, suggère, il me semble, quelque chose d’essentiel, à savoir l’unité paradoxale du religieux d’un bout à l’autre de l’histoire humaine. (…) Plus les extrêmes sont éloignés l’un de l’autre et plus leur union en un même mot, paradoxalement, suggère un au-delà de l’opposition. Le jugement de Salomon suggère cet au-delà. (…) Nous disons très bien nous-mêmes que la seconde femme sacrifie la rivalité à son enfant, alors que la première acceptait de sacrifier l’enfant à sa rivalité. Ce que dit le texte, c’est qu’on ne peut renoncer au sacrifice première manière, qui est sacrifice d’autrui, violence contre l’autre, qu’en assumant le risque du sacrifice deuxième manière, le sacrifice du Christ qui meurt pour ses amis. Le recours au même mot coupe court à l’illusion d’un terrain neutre complètement étranger à la violence. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère ‘post-chrétienne’ est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en ‘radicalisant’ le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et ‘radicalise’ le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Rappelons que, selon la tradition chinoise, les catastrophes naturelles peuvent annoncer que la dynastie régnante a perdu le « mandat du Ciel » et doit donc laisser la place. Jean-Philippe Béja
The world is in your debt. The people of that city have gone through an extraordinary period and they’re still going through it. Bruce Aylward (WHO)
Governments, citizens, media, key influencers and communities have an important role to play in preventing and stopping stigma surrounding people from China and Asia in general. WHO
Social stigma in the context of health is the negative association between a person or group of people who share certain characteristics and a specific disease. In an outbreak, this may mean people are labelled, stereotyped, discriminated against, treated separately, and/or experience loss of status because of aperceived linkwith a disease. Such treatment can negatively affect those with the disease, as well as their caregivers, family, friends and communities. People who don’t have the disease but share other characteristics with this group may also suffer from stigma. The current COVID-19 outbreak has provoked social stigma and discriminatory behaviours against people of certain ethnic backgrounds as well as anyone perceived to have been in contact with the virus. The level of stigma associated with COVID-19 is based on three main factors: 1) it is a disease that’s new and for which there are still many unknowns; 2) we are often afraid of the unknown; and 3) it is easy to associate that fear with ‘others’. It is understandable that there is confusion, anxiety, and fear among the public. Unfortunately, these factors are also fueling harmful stereotypes. Stigma can undermine social cohesion and prompt possible social isolation of groups, which might contribute to a situation where the virus is more, not less, likely to spread. This can result in more severe health problems and difficulties controlling a disease outbreak. WHO
When we give talks we’re careful to call it 1918 influenza – there’s no way its origin was Spain. There’s a joke that when an epidemic is said to emerge first in a place, it almost certainly didn’t. Except Wuhan might actually be right. Prof Julia Gog (Cambridge)
When did patient zero begin in US? How many people are infected? What are the names of the hospitals? It might be US army who brought the epidemic to Wuhan. Be transparent! Make public your data! US owe us an explanation! Zhao Lijian (Chinese foreign ministry spokesman)
It is highly irresponsible for some media to dub it « China virus ». We firmly oppose that. I want to stress two points. First, no conclusion has been reached yet on the origin of the virus, as relevant tracing work is still underway. The WHO has said many times that what we are experiencing now is a global phenomenon with its source still undetermined, and we should focus on containing it and avoid stigmatizing language toward certain places. The name COVID-19 was chosen by the WHO for the purpose of making no connections between the virus and certain places or countries. Dr. Zhong Nanshan, respiratory specialist and member of the Chinese Academy of Engineering, said that the epidemic was first reported in China but was not necessarily originated in China. Second, we should all say no to « information virus » and « political virus ». By calling it « China virus » and thus suggesting its origin without any supporting facts or evidence, some media clearly want China to take the blame and their ulterior motives are laid bare. The epidemic is a global challenge. The right move should be working together to fight it, which means no place for rumors and prejudice. We need science, reason and cooperation to drive out ignorance and bias.  Zhao Lijian (Chinese Foreign Ministry Spokesperson, March 4, 2020)
As China spares no efforts and makes huge sacrifices to fight the novel coronavirus (COVID-19) outbreak, some U.S. individuals and media outlets have alleged the virus « originated in China » and demanded an apology from the country. This kind of absurd argument smears the Chinese people and runs counter to the urgent need of international collaboration in the face of the epidemic. Such an argument, like a « political virus, » is even more dangerous than COVID-19. It reveals nothing but prejudice, arrogance and ignorance. The epidemic was first reported in China but that does not mean it necessarily originated in China, specialists have explained. The World Health Organization (WHO) has said many times that COVID-19 is a global phenomenon with its source still undetermined. The name COVID-19 was chosen by the WHO for the purpose of making no connections between the virus and certain places or countries. Moreover, no matter where the origin is, China and other countries hit by the epidemic are all victims of the virus and are faced with a serious battle against the outbreak. What is the point of blaming the victim and arguing that someone should apologize for it? However, there are people who ignore the facts, put political interests above public interests and science, spread rumors and incite ideological prejudices, even racial discrimination and xenophobia. What are they up to? Viruses know no borders. To protect the health and safety of the people across the world, the Chinese people have made huge sacrifices and major contributions. Since the outbreak, China has been fighting at the forefront against the epidemic. The country has taken the utmost effort to contain the epidemic and shared information and experience with the rest of the world. As WHO Director-General Tedros Adhanom Ghebreyesus said, China’s containment of the outbreak has bought time for the rest of the world. Bruce Aylward, an epidemiologist who recently headed the WHO-China Joint Mission on COVID-19, spelled out the impact of aggressive containment measures adopted by the Chinese government. He told reporters following his visit to Wuhan, the epicenter of the outbreak and an 11-million-metropolis that has been under lockdown for more than a month, that it is important to recognize the people of Wuhan. « The world is in your debt. » COVID-19 is a virus of humanity, not of any certain country. WHO has published data that over 17,000 cases have been confirmed in 88 countries and regions outside China by Friday, calling for early and aggressive measures to break the chain of transmission worldwide. As the saying goes, a small leak will sink a great ship. What we need in the face of the epidemic is not stigmatizing a country or attacking a country, but science, rationality and solidarity. These are the most powerful weapons against our common enemy. If there is anyone who owes the world an apology, it must be those who spread « political virus » that smears China. Xinhua
Despite the fact that the WHO has officially named this novel type of coronavirus, (a) certain American politician, disrespecting science and the WHO decision, jumped at the first chance to stigmatize China and Wuhan with it. We condemn this despicable practice. Geng Shuang
Given China’s relatively limited medical resources – its per capita number of intensive care beds and ventilators is far too small – Beijing can’t afford to fight a prolonged battle with the coronavirus. The county can only concentrate its fight on one front, and thus is transporting all the medical equipment it can there, and sending all the medical personnel it can as well. China can only mobilize its national medical resources to tackle the virus head-on in Wuhan. If this battle fails, the fate of the country is at stake. People in Wuhan and Hubei had no choice but to sacrifice themselves. This is the luck of the Chinese people and the misfortune of the people of Wuhan and Hubei. People blessed with luck need to be grateful. Wang Shuo
No less authority than the Chinese Communist Party said it came from Wuhan. So don’t take Mike Pompeo’s word for it. We have pretty high confidence that we know where this began. Mike Pompeo
We might be heading into first global recession caused by CCP mismanagement. Previous manmade disasters in China since 1949 never really spread outside the PRC’s borders in meaningful ways. This time looks to be different, and being the proximate cause of a global recession may not be helpful to the PRC’s global image and aspirations. And that is likely one of the reasons the propaganda apparatus and PRC officials are pushing so hard the idea that virus may not have originated in China. Now is not the time for apportioning blame, and the PRC government does deserve credit for its brutal, herculean and effective efforts to arrest the outbreak inside China, once it got past the initial coverup and missteps that allowed the epidemic to explode into something that threatens people everywhere. Bill Bishop
I think the consensus is still clearly that the virus did originate in China. This would appear to be a nationalist narrative aimed at countering criticism of the Chinese government for not better managing the outbreak in its early stages. Jane Duckett (University of Glasgow)
This is a propaganda effort aimed at the domestic audience. Among the Chinese public, there is a general awareness that delays in notifying the public led to many more infections in Wuhan. This campaign is aimed at distracting the public from the party’s delayed response. Victor Shih (UC, San Diego)
Tout ça, ce n’est pas de ma faute, c’est la faute de ceux d’en haut qui ne m’avaient pas donné le feu vert. Zhou Xianwang (maire de Wuhan)
Le point de départ de cette pandémie, c’est un marché ouvert de Wuhan dans lequel s’accumulent des animaux sauvages, serpents, chauves-souris, pangolins, conservés dans des caisses en osier. En Chine, ces animaux sont achetés pour la fête du Rat. Ils coûtent assez cher et ce sont des aliments de choix. Sur ce marché, ils sont touchés par les vendeurs, dépecés, alors qu’ils sont maculés d’urine et que les tiques et les moustiques font une sorte de nuage autour de ces pauvres animaux, par milliers. Ces conditions ont fait que quelques animaux infectés ont forcément infecté d’autres animaux en quelques jours. On peut faire l’hypothèse qu’un vendeur s’est blessé ou a touché des urines contaminantes avant de porter la main à son visage. Et c’est parti ! Ce qui me frappe toujours, c’est l’indifférence au point de départ. Comme si la société ne s’intéressait qu’au point d’arrivée : le vaccin, les traitements, la réanimation. Mais pour que cela ne recommence pas, il faudrait considérer que le point de départ est vital. Or c’est impressionnant de voir à quel point on le néglige. L’indifférence aux marchés d’animaux sauvages dans le monde est dramatique. On dit que ces marchés rapportent autant d’argent que le marché de la drogue. Au Mexique, il y a un tel trafic que les douaniers retrouvent même des pangolins dans des valises… (…) Les animaux sont (…) à l’origine de la plupart des crises épidémiques depuis toujours : le VIH, les grippes aviaires type H5N1, Ebola. Ces maladies virales viennent toujours d’un réservoir de virus animal. Et on ne s’y intéresse pratiquement pas. C’est la même chose pour la dengue. (…) C’est exactement comme le travail qui reste à faire sur les chauves-souris. Elles sont elles-mêmes porteuses d’une trentaine de coronavirus ! Il faut que l’on mène des travaux sur ces animaux. Evidemment, ce n’est pas très facile : aller dans des grottes, bien protégé, prendre des vipères, des pangolins, des fourmis, regarder les virus qu’ils hébergent, ce sont des travaux ingrats et souvent méprisés par les laboratoires. Les chercheurs disent : ‘Nous préférons travailler dans le laboratoire de biologie moléculaire avec nos cagoules de cosmonautes. Aller dans la jungle, ramener des moustiques, c’est dangereux.’ Pourtant, ce sont de très loin les pistes essentielles. Par ailleurs, on sait que ces épidémies vont recommencer dans les années à venir de façon répétée si on n’interdit pas définitivement le trafic d’animaux sauvages. Cela devrait être criminalisé comme une vente de cocaïne à l’air libre. Il faudrait punir ce crime de prison. Je pense aussi à ces élevages de poulet ou de porc en batterie que l’on trouve en Chine. Ils donnent chaque année de nouvelles crises grippales à partir de virus d’origine aviaire. Rassembler comme cela des animaux, ce n’est pas sérieux. C’est comme si l’art vétérinaire et l’art médical humain n’avaient aucun rapport. L’origine de l’épidémie devrait être l’objet d’une mobilisation internationale majeure. Il faut essayer de reconstituer le parcours épidémiologique qui fait que la chauve-souris tolère des coronavirus depuis des millions d’années, mais aussi qu’elle les disperse. Elle contamine ainsi d’autres animaux. Lorsque les chauves-souris sont accrochées dans les grottes et meurent, elles tombent par terre. Alors les serpents, les vipères en particulier, qui raffolent de leurs cadavres, les mangent. Tout comme les petits chauves-souriceaux enfants qui tombent et sont dévorés immédiatement par ces serpents qui sont donc probablement des hôtes intermédiaires des virus. En plus, il y a dans ces grottes des nuages de moustiques et de tiques et il faudrait essayer de voir quels sont les insectes qui sont aussi éventuellement transmetteurs du virus. Une autre hypothèse porte sur la transmission qui se produit quand les chauves-souris sortent la nuit manger des fruits, en particulier dans les bégoniacées. Elles ont un réflexe quasiment automatique, dès qu’elles déglutissent, elles urinent. Elles vont donc contaminer les fruits de ces arbres et les civettes, qui adorent les mêmes fruits, se contaminent en les mangeant. Les fourmis participent aux agapes et les pangolins – pour lesquels la nourriture la plus merveilleuse est constituée de fourmis – dévorent les fourmis et s’infectent à leur tour. C’est toute cette chaîne de contamination qu’il faut explorer. Les réservoirs de virus les plus dangereux sont probablement les serpents, car ce sont eux qui se nourrissent perpétuellement des chauves-souris, elles-mêmes porteuses des coronavirus. Il se pourrait donc que les serpents hébergent ces virus en permanence. Mais c’est justement cela qu’il faut savoir et vérifier. Il faudrait donc que des chercheurs capturent des chauves-souris, mais aussi qu’ils fassent le même travail sur les fourmis, les civettes, les pangolins et essayent de comprendre leur tolérance au virus. C’est un peu ingrat, mais essentiel. (…) Ce qui m’a frappé au Laos, où je vais souvent, c’est que la forêt primaire est en train de régresser parce que les Chinois y construisent des gares et des trains. Ces trains, qui traversent la jungle sans aucune précaution sanitaire, peuvent devenir le vecteur de maladies parasitaires ou virales et les transporter à travers la Chine, le Laos, la Thaïlande, la Malaisie et même Singapour. La route de la soie, que les chinois sont en train d’achever, deviendra peut-être aussi la route de propagation de graves maladies. Sur place, les grottes sont de plus en plus accessibles. Les humains ont donc tendance à s’approcher des lieux d’habitation des chauves-souris, qui sont de surcroît des aliments très recherchés. Les hommes construisent aussi désormais des parcs d’arbres à fruit tout près de ces grottes parce qu’il n’y a plus d’arbres en raison de la déforestation. Les habitants ont l’impression qu’ils peuvent gagner des territoires, comme en Amazonie. Et ils construisent donc des zones agricoles toutes proches de zones de réservoir de virus extrêmement dangereuses. (…) Le réseau des Instituts Pasteurs – qui existent dans plusieurs pays – est une structure que le monde nous envie. Mais des instituts comme celui du Laos ont besoin d’être aidé beaucoup plus qu’il ne l’est actuellement. Ces laboratoires ont du mal à boucler leur budget et ils ont aussi de la peine à recruter des chercheurs. La plupart d’entre eux préfèrent être dans leur laboratoire à l’Institut Pasteur à Paris ou dans un laboratoire Sanofi ou chez Merieux, mais se transformer en explorateur dans la jungle, il n’y a pas beaucoup de gens qui font cela. Or c’est ce que faisait Louis Pasteur, il allait voir les paysans dans les vignes, il allait voir les bergers et leurs moutons. Il sortait de son laboratoire. Tout comme Alexandre Yersin qui était sur le terrain, au Vietnam, quand il a découvert le bacille de la peste. (…) Parce que ce qui fascine les candidats au Prix Nobel, c’est de trouver un traitement ou un nouveau virus en biologie moléculaire et pas de reconstituer les chaînes épidémiologiques. Or les grandes découvertes infectieuses sont nées ainsi : l’agent du paludisme, le Plasmodium, a été découvert par un Français, Alphonse Laveran sur le terrain, en Tunisie. Et ce sont des recherches qui sont fondamentales et qui sont faites à une échelle qu’on a un peu oubliée. Comme si la vision micro avait fini par faire disparaître l’importance du macro. (…) La peste reste un exemple passionnant. Le réservoir de la peste, ce sont les rats. Il y a des populations de rats qui sont très résistantes et qui transmettent le bacille de la peste, mais s’en fichent complètement. Et puis, il y a des populations de rats très sensibles. Il suffit qu’un jour, quelques individus de la population de rats sensible rencontrent la population de rats qui est résistante pour qu’ils se contaminent. Les rats sensibles meurent. A ce moment là, les puces qui se nourrissent du sang des rats, désespérées de ne plus avoir de rats vivants, vont se mettre à piquer les hommes. Reconstituer ce tout début de la chaîne de transmission permet d’agir. Dans les endroits où la peste sévit encore, en Californie, à Madagascar, en Iran ou en Chine, lorsque l’on constate que quelques rats se mettent à mourir, c’est exactement le moment où il faut intervenir : c’est extrêmement dangereux car c’est le moment où les puces vont se mettre à vouloir piquer les humains. Dans les régions pesteuses, lorsque l’on voit des centaines de rats morts, c’est une véritable bombe. Heureusement, la peste est une maladie du passé. Il doit y avoir encore 4 000 ou 5 000 cas de peste dans le monde. Ce n’est pas considérable et puis les antibiotiques sont efficaces. Mais c’est un exemple, pour montrer que l’origine animale est fondamentale et toujours difficile à appréhender. Elle est néanmoins essentielle pour la compréhension et permet de mettre en place des politiques de prévention. Aujourd’hui, si l’on continue à vendre des animaux sauvages sur un marché, on est dans une situation délirante. Il faut appliquer le principe de précaution. (…) en Chine, notamment, cette convention internationale n’est pas respectée. Il faudrait créer une sorte de tribunal sanitaire international. On voit bien que si on demande à chaque pays de s’organiser nationalement, rien ne changera. La Chine a fait pression au début sur l’OMS pour qu’on ne dise pas qu’il s’agissait d’une pandémie. Elle a tenté de bloquer les choses, car elle contribue fortement au financement de l’OMS. Il serait donc important que ce soit un tribunal sanitaire totalement indépendant, comme un tribunal international pour les crimes de guerre, avec des inspecteurs indépendants qui vérifient ce qui se passe sur le terrain. Au Laos, dans la campagne, il y a beaucoup de marchés où les animaux sauvages sont vendus comme des poulets ou des lapins. Dans l’indifférence générale, car c’est la culture locale. Or la culture est la chose la plus difficile à faire évoluer dans un pays. Didier Sicard
Nous, les Cantonais, nous sommes convaincus depuis toujours que la viande de serpent guérit les maladies. En plus de cela, elle est nutritive et protège du rhume”. M. Qiu
L’appétit toujours plus grand des Cantonais pour les plats à base d’espèces rares pourrait bien entraîner l’éradication des pangolins, des serpents sauvages et autres salamandres géantes. (…) De nombreux Cantonais n’aiment rien tant que de prendre un bol de soupe au serpent bien chaude au petit déjeuner pour lutter contre le froid. (…) Le marché de la viande d’animaux sauvages est en plein essor. Ainsi, les restaurants font de bonnes affaires, même s’ils flirtent avec l’illégalité. Des espèces protégées comme les varans ou les pangolins sont chassées et vendues illégalement, puis finissent dans les assiettes des clients. La réputation qu’ont les Cantonais de manger des animaux sauvages n’est pas usurpée : cette tradition ancrée fait partie de la culture du Lingnan (la zone comprenant Canton et les provinces avoisinantes). Un salarié du bureau chinois de la Wildlife Conservation Society (WCS) affirme que les Cantonais “mangent absolument de tout” – les mets les plus recherchés étant des espèces en voie de disparition. Parmi les espèces les plus consommées à Canton, on trouve le varan, la salamandre géante de Chine, des serpents sauvages, des hiboux et le bruant auréole. Une fois préparé, un hibou entier peut valoir environ 1 800 yuans [221 euros]. Les pangolins se vendent à 500 yuans [61 euros] le jin [env. 500 grammes], les varans à environ 100 yuans [12 euros]. (…) Préparer ces mets délicats est une activité des plus sanguinaires. Un cuisinier d’un restaurant de Shenzhen (province de Canton), nous explique comment on tue et on prépare le pangolin : d’abord, on l’assomme d’un coup de marteau sur la tête, puis on le suspend au bout d’une corde, et on l’égorge à l’aide d’un couteau pour le saigner. Ensuite, on le plonge dans l’eau bouillante pour enlever les écailles – comme on plume un poulet. Puis, il faut le passer à feu doux pour enlever les poils fins. Enfin, on le vide, on le lave et on le cuit. La viande peut ensuite être braisée, cuite à la vapeur dans une soupe claire ou cuite en ragoût. “La plupart des habitués ne paient pas eux-mêmes la note, explique un patron de restaurant. Les hommes d’affaires qui doivent leur demander une faveur invitent lesdits habitués à dîner, soit pour étaler leur cash, soit pour régaler un fonctionnaire”. Et ce sont ces mêmes fonctionnaires qui protègent les restaurants où l’on vend de la viande illégale. La passion des Chinois pour la consommation d’animaux sauvages est liée aux propriétés médicinales qu’ils prêtent à ces aliments. D’anciens écrits médicaux attribuent de telles vertus à presque toutes les plantes et animaux – et même aux organes d’animaux, à leurs excréments, leurs humeurs, leur peau ou leurs plumes. La médecine chinoise considère que l’art médical et la nourriture puisent aux mêmes sources. Ces conceptions sont encore extrêmement répandues, et même les illettrés peuvent citer un certain nombre de “prescriptions” pour diverses affections : des alcools faits à partir de pénis de tigre ou de testicules de bélier pour la virilité, ou encore des os de tigre pour un squelette solide et des muscles vigoureux. Et il est généralement admis qu’on préserve mieux sa santé par son régime que par la médecine. Mais ces idées sont poussées de plus en plus loin. Presque toutes les plantes et les animaux rares ou inhabituels se voient maintenant conférer des propriétés médicinales ou nutritionnelles extraordinaires. (…) Feng Yongfeng, journaliste spécialisé dans l’environnement au Quotidien de Guangming, fait valoir que la plupart des bienfaits de ces aliments sont psychologiques. Il n’en reste pas moins que ces idées d’un autre âge entraînent encore l’abattage d’animaux sauvages. M. Luo, un habitant de Guangzhou avec qui nous nous sommes entretenus, reconnaît qu’il mange de la viande de ces animaux, mais qu’il aurait dû mal à changer ses habitudes du jour au lendemain. Par ailleurs, il estime que les autorités devraient davantage communiquer sur l’interdiction de consommer des espèces protégées. “Les pouvoirs publics et les médias ont incité les gens à ne pas manger d’aileron de requin, de pénis de tigre et de patte d’ours, alors je n’en mange pas”, concède-t-il. Mais il ajoute qu’il a mangé du pangolin pendant dix ans avant d’apprendre qu’il s’agissait d’une espèce protégée. A l’en croire, il faudrait dire clairement aux citoyens ce qu’ils peuvent et ce qu’ils ne peuvent pas manger.
La récente plainte déposée par Huawei France contre Valérie Niquet, chercheuse à la FRS et experte reconnue du monde asiatique, vient opportunément souligner la sensibilité du sujet et le caractère devenu épidermique de la question abordée par Antoine Izambard, journaliste au magazine économique Challenges. La Chine mène une politique expansionniste directement sous le contrôle de Xi Jinping et du Parti communiste chinois visant à établir un leadership mondial incontesté, et la France constitue une cible de choix de par sa puissance économique, industrielle et scientifique, même si celle-ci est en relatif déclin. Et ce n’est pas la reconnaissance historique de la RPC par le général de Gaulle en 1964 qui préserve encore notre pays des ambitions de Pékin et de l’emploi de méthodes plutôt discutables pour piller nos pépites technologiques. D’où l’intérêt de ce livre plutôt corrosif et remettant en cause certaines pratiques où l’aveuglement français laisse sans voix. S’appuyant sur des exemples et des faits très concrets, le constat est sévère en dévoilant de véritables failles sécuritaires. Les enjeux sont importants, car Pékin dispose d’une arme quasi absolue : sa puissance financière sans limites, lui permettant de financer toutes ses acquisitions et pouvant acheter une clientèle aveugle sur leurs compromissions potentielles. Antoine Izambard propose ainsi plusieurs approches illustrant ce rouleau compresseur chinois utilisant toutes les ressources du soft power, dont l’espionnage à outrance, notamment via l’envoi d’étudiants « bien sous tout rapport », mais qui permettent à Pékin de siphonner notre technologie. Le cas de Toulouse et de ses universités scientifiques en est une illustration. Pékin s’appuie aussi sur un réseau d’influenceurs, mêlant politiques, diplomates et hommes d’affaires souhaitant favoriser les échanges entre les deux pays, mais souvent à la naïveté confondante face à la prédation quasi systémique pilotée par la Chine. Le mirage du grand marché chinois a tant fasciné que les principes de précaution face à une future concurrence n’ont pas été respectés. Ainsi, nos laboratoires de recherche et nos universités accueillent pléthore d’étudiants et étudiantes dont certains sont très avides d’informations et pillent sans vergogne les travaux effectués. Curieusement, les universités à dominante SHS (sciences humaines et sociales) sont peu concernées, le risque étant pour le Parti communiste chinois d’avoir alors de futurs contestataires potentiels. Et si le rachat de grands crus bordelais peut contribuer à rééquilibrer notre balance commerciale, d’autres pratiques sont plus douteuses comme l’a démontré le fiasco autour de l’aéroport de Toulouse dont les propriétaires chinois ont pratiqué une gouvernance pour le moins baroque. Parmi les autres points soulevés par l’auteur, il y a l’intérêt suspect pour la Bretagne avec une présence importante dans les universités dont particulièrement l’UBO (université de Bretagne occidentale), mais aussi la présence d’un institut Confucius à Brest sur les 14 présents en France, deuxième port militaire de France avec notamment la Force océanique stratégique (Fost) basée dans la rade à l’île Longue. Cette coïncidence n’est pas due au hasard et soulève bien des interrogations. Il y a également le rachat du groupe Demos faisant de la formation professionnelle continue et qui possède entre autres la Revue d’études préparant les militaires à différents concours, avec environ 2 000 élèves par an, et dont le fichier pourrait être intéressant à exploiter. Faut-il pour autant cesser toute activité avec Pékin ? Ce serait impossible et inutile tant l’interdépendance est désormais irréversible. Par contre, il est urgent de faire preuve de plus de réalisme et d’exercer un contrôle accru sur les investissements chinois. Cela signifie également une réponse européenne plus solide et consciente des enjeux de souveraineté actuellement remis en cause par Pékin. En effet, les efforts chinois sont tous azimuts et visent également les instances internationales avec un succès certain favorisé par la candeur de nombreux États devenus « clients ». Ainsi, les Chinois sont à la tête de l’Organisation de l’aviation civile internationale (2015), de l’Union internationale des télécommunications (2018) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (2019), pouvant d’ores et déjà influer sur les normes de régulation internationales de demain dans des domaines clés. Cette mainmise sur ces organisations doit désormais inquiéter. (…) La lucidité est indispensable alors que la naïveté de certains dirigeants politiques et économiques est une faute, et fragilise notre indépendance et notre souveraineté. Jérôme Pellistrandi
Décidément la Chine est placée sous le signe des catastrophes sanitaires à répétition. En 2003, ce fut l’épidémie du SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère] qui se répandit à travers le monde et fit plus de huit cents morts. Durant l’année du cochon, qui vient de se terminer ce 24 janvier, ce sont plus de trois cents millions de porcs qui ont dû être abattus dans le pays, et maintenant que l’année du rat débute, on se demande si ce n’est pas la mauvaise habitude des gourmets chinois de rechercher des aliments « exotiques » comme le rat des bambous ou la chauve-souris qui ont provoqué l’irruption d’un nouveau virus mortel à Wuhan. Déjà en 2003, l’épidémie du SRAS avait été provoquée dans la province du Guangdong par la consommation de civettes qui avaient été infectées par les chauves-souris qui pullulent dans la province voisine du Yunnan. Quelles que soient les causes de l’épidémie, ce qui frappe le plus les observateurs, c’est la façon dont les autorités chinoises ne parviennent pas à se défaire d’un vieux réflexe bureaucratique issu de la tradition communiste : cacher les problèmes aussi longtemps que possible, afin d’éviter de porter la responsabilité du drame. La catastrophe de Tchernobyl est évoquée sur les réseaux chinois par les internautes qui discutent fiévreusement de l’évolution de ce qui ressemble de plus en plus à une pandémie. Si le gouvernement avait pris les mesures requises à temps, en serions-nous là aujourd’hui, se demandent-ils. L’épidémie du SRAS avait commencé à la fin de l’année 2002, mais il a fallu attendre que des victimes soient reconnues à Hongkong avant que Pékin ne décide de prendre des mesures à l’échelle nationale en février 2003. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, la liberté d’expression a été mise à rude épreuve. Aujourd’hui le seul média qui s’autorise encore à communiquer quelques informations est le journal en ligne Caixin. D’après ce média, le premier cas avéré de malade atteint par le coronavirus a été découvert à Wuhan le 8 décembre 2019. Les autorités locales ont choisi de ne pas transmettre l’information à la direction du Parti. A la fin du mois de décembre 2019, les autorités centrales commencent à s’inquiéter. Une information interne circule à Pékin, et des fuites parviennent à informer quelques Chinois actifs sur les réseaux. Le pot aux roses est dévoilé et c’est le 31 décembre seulement que les autorités de Wuhan envoient le virus pour le faire analyser à Pékin. Le 2 janvier, le virus est identifié et les annonces commencent : il y a bien une épidémie à Wuhan, mais « tout est sous contrôle ». Réaction locale ? Huit internautes sont accusés de « transmettre des rumeurs » et sont arrêtés à Wuhan. Aujourd’hui, l’exaspération de la population chinoise est à son comble. La décision de fermer la ville de Wuhan, ainsi qu’une dizaine de villes avoisinantes, c’est-à-dire à isoler près de soixante millions de Chinois passe d’autant plus mal qu’elle a été prise du jour au lendemain, et sans avertir au préalable la population. Et ceci dans les pires conditions, puisque le réveillon du Nouvel an était le 24 janvier et c’est le moment de l’année où plusieurs centaines de millions de migrants retournent dans leur village, et où de nombreux habitants de Wuhan sont en vacances. Les voyageurs dont la plaque d’immatriculation montrait qu’ils venaient de Wuhan ont été aussitôt interdits de séjour partout où ils passaient : ni les hôtels, ni les restaurants n’acceptaient de les laisser entrer dans leur établissement ! (…) Le problème fondamental en Chine aujourd’hui, c’est que plus personne ne croit en la parole officielle. Il existe du coup un nouveau type d’information privée créée par des intellectuels émigrés : des émissions sur YouTube commentent l’actualité chinoise avec un professionnalisme qui convainc le public chinois. Décryptant les reportages et l’actualité en Chine, ils parviennent à en donner une lecture objective. Désormais les seules informations non censurées viennent des réseaux sociaux. Avec des faits mais aussi des rumeurs même si colportées de bonne foi. Le nombre des contaminations n’en parait pas moins déjà beaucoup plus important que celui reconnu par les autorités. Le directeur de la faculté de médecine de Hongkong University assure que les malades se comptent par dizaine de milliers et non par milliers. Sans être démenti. Il a fallu attendre le 24 janvier pour que le gouvernement chinois se réunisse en urgence. Un groupe de commandement national a été créé pour gérer la crise, et le premier ministre Li Keqiang en a pris la direction. Il ne s’est rendu à Wuhan que le 27 janvier. Quelques jours plus tôt, le 20 janvier, le maire de Wuhan, qui n’a pourtant pas l’habitude de s’exprimer devant les médias, a accepté une interview de la chaîne officielle, CCTV 13, où il explique maladroitement pourquoi il n’a pas pu s’exprimer plus tôt. Traduction : « Tout ça, ce n’est pas de ma faute, c’est la faute de ceux d’en haut qui ne m’avaient pas donné le feu vert ». Comme l’écrivit en 2003 Liu Xiaobo [Prix Nobel de la paix 2010 mort en prison en juillet 2017] : « Les services de la santé du Parti communiste chinois ont caché des nouvelles déterminantes. Ce que ce genre de censure provoque, ce n’est pas seulement la mort de la presse, mais c’est aussi la vie des citoyens qui est mise en danger. » Cette déclaration n’a rien perdu de son actualité. Marie Holzman
La fête des morts en Chine, c’est le 5 avril. Il faut que les gens soient enterrés, qu’ils puissent pleurer leurs morts. Les autorités avaient décidé que, pendant le pic de l’épidémie, il n’était pas question de remettre les urnes des morts aux familles parce que tout cela était en pleine épidémie. Les gens ne pouvaient pas venir chercher les urnes, donc elles ont été empilées et ils n’ont commencé à les distribuer que là, il y a quelques jours.  Marie Holzman
I wondered if [the municipal health authority] got it wrong. I had never expected this kind of thing to happen in Wuhan, in central China.  If coronaviruses were the culprit, could they have come from our lab? (…) The Wuhan outbreak is a wake-up call.” (…) What we have uncovered is just the tip of an iceberg. Bat-borne coronaviruses will cause more outbreaks. We must find them before they find us. Dr. Shi Zhengli
A Chinese doctor who exposed the cover-up of China’s SARS outbreak in 2003 has been barred from traveling to the United States to collect a human rights award, a friend of the doctor and a human rights group said this week. The doctor, Jiang Yanyong, a retired surgeon in the People’s Liberation Army, was awarded the Heinz R. Pagels Human Rights of Scientists Award by the New York Academy of Sciences. (…) Dr. Jiang rose to international prominence in 2003, when he disclosed in a letter circulated to international news organizations that at least 100 people were being treated in Beijing hospitals for severe acute respiratory syndrome, or SARS. At the time, the Chinese medical authorities were asserting that the entire nation had only a handful of cases of the disease. The revelation prompted China’s top leaders to acknowledge that they had provided false information about the epidemic. The health minister and the mayor of Beijing were removed from their posts. SARS eventually killed more than 800 people worldwide, and the government came under international scrutiny for failing to provide timely information that medical experts said might have saved lives. Dr. Jiang was initially hailed as a hero in Chinese and foreign news media. He used his new prestige in 2004 to press China’s ruling Politburo Standing Committee to admit that the leadership had made a mistake in ordering the military to shoot unarmed civilians on June 3 and 4, 1989, when troops were deployed to suppress democracy protests that began in Tiananmen Square in Beijing. Dr. Jiang, who treated Beijing residents wounded in the 1989 assault, contended that the official line that the crackdown was necessary to put down a rebellion was false. His statement antagonized party leaders, who consider the crackdown a matter of enormous political sensitivity. Jiang Zemin, then the leader of the military, ordered the detention of Dr. Jiang, who spent several months in custody, people involved in his defense say. Dr. Jiang was eventually allowed to return to his home but remained under constant watch. He has not been allowed to accept press requests for interviews or to visit family members who live in the United States, friends and human rights groups say. NYT (2007)
The Chinese government locked down Wuhan on Jan. 23, halting all public transportation going in and out of the city. The following day an order was issued suspending group travel within China. But in a blunder that would have far reaching consequences, China did not issue an order suspending group travel to foreign countries until three days later, on Jan. 27. In retrospect, it was a painful mistake. This is what happened in those critical three days: The weeklong Lunar New Year string of holidays began on Jan. 24, with the outbound traffic peak lasting through Jan. 27. The Chinese government let the massive exodus of group travelers continue despite the public health crisis. No explanation has been given. Furthermore, while suspending group travel, China did nothing to limit individuals traveling overseas. Groups account for less than half of all Chinese tourists heading abroad. Chinese travelers journeyed to Japan, South Korea, Italy, Spain, France, the U.K., Australia, North America and South America, one planeload after another. This was happening while many restaurants in China were unable to open for business due to the outbreak. It is said that once abroad, many Chinese prolonged their vacations as much as possible to avoid having to return home. The number of infections gradually increased at popular winter destinations, such as Japan’s Hokkaido. In other destinations like Thailand, cases have surged in recent days. A considerable number of Chinese individual travelers were staying put in the Hokkaido capital of Sapporo in mid-February, even after the annual Snow Festival ended. (…) And as the doctor predicted, infections spread to many people, and across the world. Now we are seeing the « second wave » that the team talked about. After the first wave hit China, the outbreak went on a second wave across the world, especially in Europe. The number of deaths from the coronavirus in Italy, home to many Chinese residents, has topped 2,100. The delay in the Chinese government’s ban on group travel to foreign countries may have helped to double or possibly triple the number of people infected. In the days before Wuhan was locked down on Jan. 23, as many as 5 million of its 11 million citizens had already left the city, as the mayor and others have testified.
Nous ne savons pas quel sera le niveau de décès supplémentaires dans l’épidémie, à savoir, à la fin de l’année, quelle proportion de personnes décédées du coronavirus seraient décédées [de toute façon] ? Cela pourrait représenter jusqu’à la moitié ou les deux tiers des décès que nous voyons, car ce sont des personnes en fin de vie ou ayant des conditions sous-jacentes, donc ce sont des considérations à avoir. Les décès sont probablement peu susceptibles de dépasser 20 000 avec les stratégies de distanciation sociale, mais cela pourrait être considérablement inférieur à cela et c’est là qu’une analyse en temps réel sera nécessaire. Professeur Neil Ferguson
The situation is tough for young people. They were hit hard by the Great Recession, and their labour market situation has improved only little since. This is a problem we must address now urgently. Kicking it down the road will hurt our children and society as a whole. Current working-age, middle-class groups are increasingly concerned with their and their children’s job prospects. An increasing number of people think children in their country will be worse off financially than their parents. Angel Gurría (OECD)
We’ve never had, since the dawn of capitalism really, this situation of a population that is ageing so much and in some countries also shrinking, and we just don’t know whether we can continue growing the economy in the same way we once have. Prof Diane Coyle
La Génération Y (composée de ceux qui sont nés entre 1980 et 1995) est la grande oubliée des trente dernières années de croissance dans les pays développés. Les journalistes britanniques se sont penchés sur la vaste base de données du Luxembourg Income Study, et en ont tirés plusieurs enseignements très intéressants sur les niveaux de richesse des différentes générations dans huit pays développés (la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Allemagne, le Canada, l’Australie, l’Italie et l’Espagne). Dans tous ces pays, exceptés l’Australie, le revenu disponible (c’est à dire celui qui reste après avoir payé ses impôts) des vingtenaires a progressé beaucoup plus lentement que celui des Baby-boomers et retraités. Pire, dans certains pays comme la France et les Etats-Unis, le revenu disponible de la Génération Y est inférieur de 20% à la moyenne nationale. Alors qu’en 1978, les jeunes de cet âge avaient plutôt tendance à être plus riches que la moyenne ! La situation est complètement inédite et explique le sentiment croissant de déclassement ressentis par certains jeunes comme l’exprime Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, au Guardian : “Un nombre croissant de gens pensent que dans leur pays les enfants gagneront moins bien leur vie que leurs parents”. Pour expliquer cette progression déséquilibrée du revenu disponible, le quotidien britannique avance plusieurs causes : la crise économique et le chômage bien sûr qui empêchent les jeunes d’accéder à un poste stable et rémunérateur, mais aussi le poids croissant de la dette, surtout pour les diplômés aux Etats-Unis, et la hausse des prix de l’immobilier. Les conséquences de ces inégalités entre générations pourraient se révéler dramatiques. D’abord parce qu’elles menacent la cohésion sociale mais aussi parce qu’elles aggravent les inégalités entre classes sociales, les jeunes étant de plus en plus dépendants de l’aide de leurs parents à un moment clé de leur vie, celui du passage à l’âge adulte. Enfin, la faiblesse des revenus des jeunes adultes peut les contraindre à rester plus longtemps chez leurs parents, les empêchant ainsi de fonder leur propre famille. En Espagne par exemple, 8 jeunes sur 10 vivent encore chez leurs parents à trente ans. Cela risque d’avoir un impact négatif plus large sur la natalité dans les pays développés déjà confrontés à une population vieillissante. Les Echos
I turn 70 next week. (…) So I’m automatically in the high risk pool. (…) I’m living smart. Listening to the president, the CDC guidelines like all people should. But I’m not living in fear of covid19. What I’m living in fear of is what’s happening to this country. And you know no one reached out to me and said: as a senior citizen, are you willing to take a chance for your survival in exchange for keeping the America that all America loves for your children and grandchildren? And if that’s the exchange, I’m all in. And that doesn’t make me nobler or braver or anything like that. I just think there are lots of grandparents out there in this country like me — I have 6 grandchildren — that, what we all care about, and what we love more than anything are those children. And I want to live smart and see through this, but I don’t want the whole country to be sacrificed. And that’s what I see. I’ve talked to hundreds of people in just the last week, making calls all the time. And everyone says pretty much the same thing. That we can’t lose our whole country. We’re having an economic collapse. I’m also a small businesman, I understand it. And I talk to business people all the time. My heart is lifted tonight by what I heard the president say, because we can’t do more than one thing at a time. We can’t do two things. So, my message is that, let’s get back to work. Let’s get back to living, let’s be smart about it, and those of us who are 70-plus, we’ll take care of ourselves. But don’t sacrifice the country. (…) Look, I’m going to do everything I can to live. But if you said, ‘Are you willing to take a chance’ — you know and if I get sick, I’ll go and try to get better. But if I don’t, I don’t. And I’m not trying to think in any kind of morbid way. But I’m just saying that we’ve got a choice here. We’re going to be in a total collapse, recession, depression, collapse in our society if this goes on another several months. There won’t be any jobs to come back to for many people. So I’m going to be smart. I think all of my fellow grand parents out there, they’re going be smart. We all want to live, we all want to live with our grand children as long as we can. But the point is, our biggest gift we give to our country and our children and our grand children is the legacy of a country. And right now that is at risk. And I feel, as the president said, the mortality rate is so low, do we have to shut down the whole country for this? I think we can get back to work. And I think we should wait out this time. And if he says we need we need another week, I trust his judgment. But we have to have a time certainty. We can’t say in three months or six months or twelve months. These businesses can’t wait that long.(…) I’m optimistic. We’re going to make it. Dan Patrick (Texas Lieutenant-governor)
Obviously we put life and this virus first, as the president does, but we also have to measure that and weigh that with people losing their jobs and losing their businesses. As a senior citizen, my focus is on my grandchildren and your grandchildren and the entire next generation, that we have an America to leave them. And on the path that we are on right now, if we close down America, that American dream is going to disappear very quickly. (…) If he needs more time, let’s trust his judgment. (…)  when people go back to work they will be smarter. Dan Patrick (Texas Lieutenant-governor)
Êtes-vous prêt à prendre le risque afin de conserver l’Amérique que tout le monde aime pour vos enfants et petits-enfants ? Si c’est le deal, je suis prêt à me lancer. Je ne veux pas que tout le pays soit sacrifié. Dan Patrick (vice-gouverneur du Texas)
Ce qui me gêne le plus, c’est que le confinement vise surtout à protéger les plus vieux (moyenne d’âge des décès liés au Covid-19 : 81 ans), alors le coût immense sera payé par les actifs et leurs enfants. Je me fais plus de soucis pour les jeunes, et pour la dette que nous allons leur laisser, que pour ma santé de presque septuagénaire ! André Comte-Sponville
Plus je vieillis, moins j’ai peur de la mort. Et c’est normal : il est moins triste de mourir à 68 ans, c’est mon âge, qu’à 20 ans. Ensuite, parce que mes enfants sont moins exposés que moi. Je n’arrive pas, enfin, à m’effrayer d’une maladie qui n’est mortelle que pour 1 % des cas (un peu plus pour les gens de mon âge). Il meurt, en France, 600 000 personnes par an, dont 150 000 de cancer. En vérité, je crains beaucoup plus la maladie d’Alzheimer, dont mon père est mort après des années d’une tristesse infinie. Il y a 225 000 nouveaux cas d’Alzheimer chaque année, avec un taux de guérison de 0 %. (…) Même à deux, le confinement reste une privation de liberté – la plus grave, de très loin, que les gens de ma génération aient jamais connue ! J’ai dit qu’il fallait respecter scrupuleusement le confinement, et je le fais. Mais, comme tout le monde, j’ai hâte d’en sortir ! Heureusement qu’Emmanuel Macron n’a pas suivi l’avis de certains médecins, qui voulaient nous confiner, nous les vieux, pour une durée indéterminée ! (…) Ce sont les politiques qui décident, et c’est bien ainsi ! Qu’ils demandent l’avis des médecins, c’est d’évidence nécessaire. Mais ils doivent aussi demander celui des économistes, des chefs d’entreprise et des syndicats de salariés. Ce qui m’a inquiété, c’est qu’on n’entendait plus, sur nos radios et télévisions, que des médecins. Comme si c’étaient eux seuls qui devaient décider. Il n’en est rien ! La démocratie, c’est le pouvoir du peuple et de ses élus, pas celui des experts ! Attention de ne pas tomber dans ce que j’appelle l’« ordre sanitaire » (au sens où l’on parle d’« ordre moral ») ! (…) L’État paiera », dit Macron, et ce, « quel qu’en soit le coût ». Il a raison. Mais l’État, c’est nous. « Il n’y a pas d’argent magique », disait le même Macron avant la pandémie. Les 100 milliards d’euros dépensés pour soutenir nos entreprises, il faudra les financer. Notre dette publique qui s’envole, il faudra la rembourser. Ce qui me gêne le plus, c’est que le confinement vise surtout à protéger les plus vieux (moyenne d’âge des décès liés au Covid-19 : 81 ans), alors le coût immense sera payé par les actifs et leurs enfants. Je me fais plus de soucis pour les jeunes, et pour la dette que nous allons leur laisser, que pour ma santé de presque septuagénaire ! (…) Ce n’est pas le principe de précaution qui me gêne, quand il est bien appliqué. C’est plutôt ce que j’appelle le « pan-médicalisme » : faire de la santé la valeur suprême (ce qu’elle n’est pas : je mets plus haut la justice, l’amour ou la liberté). Cela conduit à déléguer à la médecine la gestion non seulement de nos maladies, ce qui est normal, mais aussi de nos vies et de notre société, ce qui est beaucoup plus inquiétant ! Souvenez-vous de ce dessin de Sempé : dans une église vide, une femme, seule devant l’autel, est en train de prier : « Mon Dieu, mon Dieu, j’ai tellement confiance en vous que, des fois, je voudrais vous appeler Docteur ! » Dieu est mort, vive la Sécu ! C’est une boutade, mais qui dit quelque chose d’essentiel. Ne comptez pas sur la médecine pour tenir lieu de morale, de politique ou de spiritualité ! Pour résoudre les maux de notre société, je compte plus sur la politique que sur la médecine. Pour guider ma vie, je compte plus sur moi-même que sur mon médecin. André Comte-Sponville
Imaginez que tout le corps médical, les soignants, fassent une grève totale pendant un an. Qu’est-ce qui se passe pour l’économie ? De gros problèmes ! Mais enfin il y a quand même du pain chez votre boulanger, de la viande chez votre boucher et de l’essence dans votre voiture. Autrement dit, si toute la médecine s’arrête, la vie continue. Imaginez à l’inverse que tout le monde fasse grève pendant un an sauf les médecins et les soignants. Qu’est-ce qui se passe ? Il n’y a plus de patients, il n’y a plus de médecins, tout le monde est mort de faim. Autrement dit, arrêtons de dire la santé, c’est formidable, l’économie, c’est mal, c’est de l’argent, c’est pour les méchants. Il n’y a pas de santé sans économie. André Comte-Sponville
Coronavirus : sacrifier les personnes âgées pour sauver l’économie ? Les propos chocs du vice-gouverneur du Texas La Dépêche
Selon Trump et ses amis, qui veulent remettre les travailleurs au boulot dès avril, le ralentissement de l’économie américaine est aussi dangereuse que le coronavirus. C’est aussi ce que pense Dan Patrick, le vice-gouverneur du Texas, qui a appelé les personnes âgées à aller travailler. Autrement dit, se sacrifier pour « conserver l’Amérique que tout le monde aime ». C’est vrai que les plus âgés sont aussi les plus susceptibles d’être touchée par le virus, alors foutu pour foutu, autant qu’ils aillent se tuer à la tâche ! « L’Amérique qu’on aime » : celle où les plus faibles sont sacrifiés sur l’autel des profits ? Convergences révolutionnaires
Covid-19: les grands parents prêts à «se sacrifier» afin de sauver l’économie, affirme un vice-gouverneur du Texas Le vice-gouverneur du Texas s’est déclaré prêt à donner sa vie plutôt que de voir l’économie américaine sombrer à cause des mesures sanitaires liées à la pandémie de Covid-19. Selon lui, «beaucoup de grands-parents» à travers le pays partagent cette position. Nombreux sont les Américains âgés qui sont prêts à «se sacrifier» afin d’empêcher la pandémie de coronavirus de porter un grave préjudice à l’économie nationale et par conséquent au bien-être de leurs petits-enfants, estime le vice-gouverneur du Texas Dan Patrick. «Mon message est le suivant: reprenons le travail, reprenons la vie normale, soyons intelligents, et ceux d’entre nous qui ont plus de 70 ans, nous nous occuperons de nous», a confié le responsable dans un entretien avec un journaliste de la chaîne Fox News. Lui-même âgé de 69 ans, il s’est dit prêt à mourir plutôt que de voir l’économie américaine détruite par les mesures sanitaires décrétées sur fond de pandémie. D’après lui, cette position est partagée par «beaucoup de grands-parents» à travers le pays. Sputnik
La crise sanitaire est rude pour les démocraties libérales. Impréparées face à une telle onde de choc, le défi est immense pour ces nations plus que jamais ouvertes à une mondialisation où le rôle de l’Etat se réduit à peau de chagrin. Désormais, les démocraties doivent résoudre une équation complexe ; entre garantie des libertés individuelles et efficacité de la gestion de la crise. L’action trop tardive des gouvernements européens lors des premières semaines a provoqué une propagation non maitrisée du Covid-19 sur plusieurs pays avec un foyer très actif en Italie. En France, le discours affirmant que le pays était largement équipé et que le virus n’était pas plus dangereux qu’une grippe saisonnière dominait largement. Comme du temps de la ligne Maginot et de la guerre éclair (Blitzkrieg), les certitudes d’une protection totalement étanche ont été battues en brèche par les faits. Désormais, la crise est au cœur du Vieux Continent et la politique de rigueur budgétaire et ses 3% de déficit semble bien dérisoire face aux funestes conséquences des fermetures de lits, des délocalisations de la production de denrées médicales et des baisses de commandes de masques. Au pied du mur, le gouvernement fait le choix d’un comité scientifique sur lequel il fonde ses décisions. Le rôle du politique est pourtant, en consultation étroite avec les experts, d’arbitrer selon des valeurs et avec humanité, il est impensable en démocratie de déléguer le pouvoir démocratique aux mêmes experts. En parallèle de cette gouvernance des experts, la tentation de la surveillance de masse devient l’un des remèdes qui s’instille insidieusement dans les esprits depuis quelques jours. Des drones sont ainsi déployés dans les rues de Nice ou Paris afin de rappeler à l’ordre les citoyens. Si ce type d’usages reste circonscrit en France, en Asie son usage est bien plus contestable. En Corée du Sud, la stratégie numérique d’identification des citoyens est mise en place et les déplacements des individus sont tracés et contrôlés à distance à l’aide des smartphones. A la manière des récits de science-fiction des années 1980, l’Asie du sud-est devient un terrain d’expérimentation pour une surveillance orwellienne profitant du climat de pandémie. Là-bas, les individus se déplacent sous l’œil acéré d’un « big brother étatique ». Partout dans le monde, le e-commerce devient incontournable en temps de crise et se donne quasiment une mission de service public auprès des citoyens ; derrière cette image vertueuse et bienveillante reste pourtant un nouveau pouvoir désormais incontournable, aux capacités de surveillance immenses. La France est aujourd’hui tentée d’emprunter cette voie. Certains experts réclament au comité scientifique français d’explorer ces mesures venues d’Asie. (…) Faire croire aux Français que face à la crise sanitaire, il serait incontournable de recourir à de telles méthodes constitue une grave menace. Ouvrir la voie à de telles mesures, quand bien même nous soyons face à une pandémie, est la garantie de décennies bien plus funestes à l’issue de la crise. Outre la dimension liberticide de la surveillance de masse, son efficacité très limitée doit être relevée. Les premiers retours d’expérience étrangers montrent que le confinement strict et la distribution massive de masques sont les seules façons d’endiguer le mal en attendant un remède. Ceci réclame de la part de la France deux réponses ; logistique et juridique. Le basculement réel et profond de l’économie nationale afin de mobiliser pleinement l’appareil productif (réquisition de sites industriels notamment) et l’utilisation de l’arsenal juridique dont la constitution de 1958 voulut par le Général de Gaulle permet de disposer en cas de crise. La sortie de crise nécessite un Etat fort s’inscrivant dans le strict respect des libertés publiques et dans une action politique au service des citoyens. C’est dans les temps de crise que les démocraties doivent demeurer des lueurs d’espoir, sans jamais éteindre leur humanité au nom d’une hypothétique rationalité, fussent-elles professées par des « experts ». L’après crise ne pourra se passer d’une réflexion collective, pour choisir les nouveaux fondamentaux qui demain orchestreront notre quotidien. Demain, l’expertise devra être citoyenne ! Paul Melun et Philippe Dorthe
Le Covid-19 prendra des milliers de vies et chaque vie perdue trop tôt est une mort de trop. Il fallait lutter de manière déterminée contre cette épidémie. Mais ne faut-il pas aussi raison garder? Selon les propos de Monsieur Macron, la situation prouverait que «la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe». N’est-ce pas l’inverse? Peut-être payons-nous aujourd’hui des décennies d’étatisation de la santé en France qui ont conduit à une insuffisance du nombre de généralistes et autres praticiens, des urgences en surchauffe permanente et des hôpitaux publics qui manquent de moyens par suite de quotas stupides imposés depuis des décennies aux examens de médecine, d’une sécurité sociale impotente et qui paupérise progressivement médecins et personnels hospitaliers, d’une politique centralisatrice, restrictive et néanmoins très onéreuse, représentant 11,2% du PIB en 2018, parmi les quatre pays dont le financement est le plus élevé de l’OCDE? Peut-on, doit-on faire confiance à cet État qui n’a pas prévu de stocks suffisants de masques et de tests, qui s’inquiète de l’insuffisance de lits respiratoire et tarde à en appeler aux lits inoccupés des hôpitaux privés? L’État ne sait pas tout! D’autres politiques étaient possibles. Sans confinement généralisé, la Corée du Sud et Taïwan, dont le système de santé est très largement privatisé, ont réussi à maîtriser la propagation de la maladie avec des distributions ou ventes massives de masques de protection et la multiplication des dépistages permettant un suivi des parcours du virus pour chaque patient. L’État pourtant s’institue désormais en grand ordonnateur. Puisqu’il a renvoyé les salariés chez eux et que d’autres utilisent leur droit de retrait, qui leur permet de quitter leur travail en cas de danger tout en étant payé, il lui faut venir au secours des entreprises en perdition. Va-t-il prendre en charge les loyers des commerces fermés, s’opposer aux cessations de paiement, réquisitionner… et à quel coût? Il a annoncé des dizaines de milliards et il en faudra peut-être des centaines… à la charge des contribuables bien sûr, car ce sont toujours eux qui payent à la fin. Pourtant, avec l’argent perdu par tant d’activités étouffées dans l’industrie et le commerce, combien d’autres vies aurions-nous pu sauver par la recherche, la découverte accélérée d’autres remèdes et vaccins? Et combien d’autres morts ou d’autres malades causeront indirectement ces faillites inévitables, le chômage qui s’ensuivra, la pauvreté et la détresse qui augmenteront? Il y a ce qui se voit et ce qui ne se voit pas! Mais l’État aura pris déjà soin des affaires de tous. Il se croira indispensable. Sûr que sa douce tyrannie est bonne, n’en profitera-t-il pas, comme en Chine, pour étendre son pouvoir sur les citoyens et bientôt sur leur esprit qu’il confinera aussi dans une pensée correcte? Pour le craindre, il suffit de lire le projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 selon lequel «la déclaration de l’état d’urgence sanitaire donne pouvoir au Premier ministre de prendre par décret pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, les mesures générales limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion et permettant de procéder aux réquisitions de tout bien et services nécessaires (…)». Il s’agit de nos libertés essentielles, constitutionnelles. Et on les supprime dans une loi d’urgence qui sera adoptée en catimini dans des hémicycles désertés par la peur! Il n’est pas sûr que ce soit conforme à la Constitution, mais qui osera s’y opposer puisque nous sommes en guerre! (…) Une nouvelle religion de précaution se sera répandue pour croire que l’héroïsme conduit à vivre chez soi s’il est dangereux d’en sortir. Tous se seront accoutumés à une présence publique plus tutélaire que jamais. Patrons, indépendants et salariés garderont tendue la main qui réclame l’aumône que l’État leur consent après en avoir prélevé le montant sur leur dos. Les libertés dédaignées seront amoindries et difficiles à recouvrer. Jean-Philippe Delsol
I’m deeply concerned that the social, economic and public health consequences of this near total meltdown of normal life” could be “graver than the direct toll of the virus itself. Dr. David Katz (Yale-Griffin Prevention Research Center)
Essentially, what flattening the curb does is keep people away from one another and away from the virus so the virus doesn’t spread. But you also don’t cultivate any immunity. If you do a really, effective job of locking everybody in place and preventing viral transmission, there’s still some low level potential for viral exposure out in the world. But very few of us get that exposure. The minute you release those clams and let people back into the world, we’re all vulnerable, so most of the models suggest that flattening the curve makes sense in phase one so you don’t overwhelm medical systems, for example, but you ve got to have a phase two. If you dont transition to a phase two, whenever you release the clamps, the virus is out in the world waiting for you, everybody’s vulnerable and that big peak in cases – that big peak you’re trying to avoid – it really just happens at a later date. (…) So let let me start by saying essentially what I reject, because I think we’re very polarized society. I think the way media hype things up actually amplifies the extremes. So one extreme, we ve got the lock everything down, hunker in a bunker, until a) there’s a vaccine, eighteen months or years or whenever; b) forever or c) you die of something else whichever comes first. That’s just horrible, it’s inhumane, makes no sense. But at the other extreme, we ve got the liberate blank fill in the name of the state, which is basically everybody in the water, including grandma, and never mind the riptides and the sharks, every man for himself. That’s also absurd. So in the middle, what you do is you identify who is at risk of a severe case of this infection and who’s not. Who is at risk of dying of this with a pretty high frequency and who’s at extremely low risk. So, this is just like risks we take every day: some young people will die of this, but sadly, tragically some young people die crossing the street or in a car crash every day. There are risks we willingly take on every day. Sweden’s approach is a little too close to the everybody in the water, don’t worry about the riptide end of the spectrum for my taste. I think we can do a little better. We can kind of look around the world and say: okay, if you don’t lock this down at all, if you don’t protect the vulnerable, mortality in Sweden does look to me to be higher, not massively higher than every place else, but higher. Why put those lives at risk. On the other hand, if you lock everything down, you destroy livelihoods, you destroy jobs. And what I was saying, and what I didn’t really think was a controversial oped at the beginning, is there’s really more than one way, Bill, for this situation, to hurt people or even kill them, and all of them are bad. And there’s more than one way to protect people and save them, and all of those are good. So one thing we want to do is keep those vulnerable to severe infection away from this nasty bug, but we don’t want to destroy people’s lives and livelihoods and means of feeding their families. And interestingly, I’m just back from three days in an emergency department, in the Bronx, where I was volunteering as a physician to support my colleagues who I applaud. You know they’ve been in there from the beginning, they’ll be there through the end. But this is exactly the view that prevails there, you know, there might be the notion that the frontline people, they’re much more concerned about staying away from the virus than they are about can we open society up. Not true, they’re parents. You know, I was talking to my colleague, who say I’m really struggling to balance my clinical duties with home schooling my kids. And think of a scenario like this: dad is a nurse, mom’s a paramedic. They’ve got two kids at home, and there’s no school, no daycare, no nannies, no au pairs, nothing for them to do. One of these frontline people who really wants to be in the battle has to stay home to take care of the kids and they’re really torn. So there’s a middle path and the middle path essentially is high risk people are protected from exposure, low risk people go out in the world early and here’s the odd part, though, that I think people have a hard time confronting and accepting we actually kind of want to get this and get it over with and be immune, because that is the path to the all clear that doesn’t require us to make way for a vaccine which optimistically is eighteen months away, but could be much longer.(…) But the simple fact is: we should come together in common cause, on common ground. Maybe there’s a real opportunity here for an American moment. that’s between the extremes of left and right, where we all say, yeah, actually, we want to save as many lives as possible. And one of the interesting things, Bill, is sort of the left side of the spectrum, the liberal ideology, that seems to be so resistant to talking at all about unemployment and the economy. But that’s the very same camp that tends to appreciate that the single leading driver of bad health outcomes is poverty. Social determinants of health are massively important, so, frankly, thirty million people unemployed, that falls disproportionately hard on the people, who can least bear the unemployed, wo are at most risk of food insecurity, who are at most risk of depression and addiction. All that’s important too, so maybe there is a real opportunity here to say: hey, there’s a middle path we’ve been neglecting it, it’s the way through this thing, and it leads to total harm minimization. We want to minimize deaths and severe cases of the infection We also want to minimize the fall out. The health fall out of societal collapse and economic ruin. (…) So from the beginning, we ve been posting materials, my colleagues and I, under the rubric total harm minimization, this is we want to achieve here. (…) But on the testing front, we’re making a mistake, Bill, because we do have testing. It’s not great by the way, one day, one of these twelve hours in the emergency room in the Bronx we admitted, maybe twenty people we were sure had Covid. You know there is no doubt about it. They absolutely positively had covered and either nineteen or twenty of them tested negative so that the testing not great and the false negative rate is high. Some of the tasks were pretty well there, certainly better than nothing and here’s the thing. What we are going to have any time soon is the capacity to test the whole population, but we deal with at all the time the CDC routinely does what’s called representative random sampling, randomly select people and make sure that day first, the gamut of age and so economics and zip code and health status, and you extrapolate the whole population. We could do that with ten thousand people, and we have the tests for that. So we really need grown ups in charge, need federal oversight. We need a commitment to getting the critical data and frightening. That could happen fast as the work of seventy two hours, in the absence of that were turning to state, so, for example, we just heard there is widespread testing in New York. I think the governor is doing a great job there and it looks like at least twenty percent of the population in Europe may have antibodies. Well, that’s close. The four million people and what that means is the death toll in New York, tragic though it is in again, These tests are real people and my condolences to the families, but just looking at the statistics for a minute, twenty thousand deaths out of four million people- that’s half a percent- you know what we’re starting to see that the mortality toll of this when you get the denominator, really small and I think the denominators even bigger than that, so we’re not totally blind yet I think we do have to fly in a bit of a fog but we’re not totally blind. (…) First of all, I just want people to understand. Again, I’m a physician, I do public health, I’m trained in epidemiology. It really still looks to me as it did that month ago, when I wrote my piece for the New York Times: 98 to 99 % of the cases of this infection are mild. Most people don’t even seem to know they have it, and this is true even in the emergency department. A small portion of the cases are potentially severe and that’s what makes your point so important, Bill. The severe cases occur in people who are old and people who are sick. Now, those things go together, but sadly in America, they also splay apart. There are a lot of young people with coronary disease, obesity, type 2 diabetes, hypertension. And by and large, those are diseases of lifestyle. I’m a past president of the American College of Lifestyle medicine. That’s what we advocate. Lifestyle is medicine because it can fix all of that. Here’s the interesting bit: the stuff we can’t sell to people: eat well, exercise, don’t smoke, don’t drink excessively, get enough sleep, manage your stress because it’s such potent medicine, we can’t sell it because the timeline for harm is too long. Essentially, heart disease stalks you in slow motion, type two diabetes stalks you in slow motion and our DNA is wired to fight or flight: if it’s not coming at me in minutes or days, I’m sort of blind to it. Well, Covid is coming at you in minutes and days and everybody is alarmed and all the same things are risk factors. So essentially, what this pandemic has done has turned America’s chronic health liabilities into an acute threat. There is an opportunity, a crisis is an opportunity, the very things that we’re always telling people to do to promote their long term health actually do fortify your immunity against this virus. If you start eating right, start fitting physical activity into your routine, if you get enough sleep, it can effect your immune system to function in hours, certainly in days and a whole lot in a span of weeks, there’s been no better time for America to get healthy. If I were one of the grown ups in charge of this mess, I would have a national health promotion campaign as part of what we do in an organised way look we’re all social distancing sheltering placed. Let’s make lemonade from the lemons. Let’s turn this into an opportunity to get healthy, it will protect you in the short run. It will protect your loved ones and when this is over we’ll be a healthier nation into the bargain. Dr. David Katz
By now, commentators have noted the similarities between our coronavirus crisis and the classic “trolley problem,” first formulated by the late philosopher Philippa Foot. Imagine there’s a runaway trolley heading straight for five people who will be killed. You’re standing next to a lever. If you pull it, the trolley will switch to a different track where only one person will be killed. Most people say the moral choice is to spare the five and sacrifice the one. This may be akin to how many conceive of extreme measures to limit the spread of the novel coronavirus: The right thing to do is to issue and enforce stay-at-home orders and shutter businesses for as long as it takes to spare the maximum number of people at greatest risk from the virus. For many of those who are certain that this is the only moral solution, the choice seems crystal clear. It appears to be a tradeoff between lives and money — that is, between a sacred value and a secular interest. This is what social scientist Philip Tetlock calls a “taboo tradeoff.” When a tradeoff is taboo, there is no discussion or debate possible. Choosing the sacred value is entirely uncontroversial. As New York Governor Andrew Cuomo put it, “I’m not willing to put a price on a human life,” and “we’re not going to accept a premise that human life is disposable.” (…) using this lens, skeptics aren’t the cold-hearted monsters they’re made out to be. It’s not that they care more about money than your grandmother’s life. Instead, they are thinking about the people who will suffer from unemployment, poverty, loneliness, and despair. And they are imagining some point in the future when an unknown number could die from increases in child and domestic abuse, addiction and overdose, unmet medical needs, suicide, and so on. Dr. David Katz of the Yale-Griffin Prevention Research Center articulated this view when he wrote about the “unemployment, impoverishment, and despair likely to result” from a long-term economic shutdown. He is “deeply concerned that the social, economic and public health consequences of this near total meltdown of normal life” could be “graver than the direct toll of the virus itself.” From this perspective, the tradeoff is not taboo. We aren’t talking about substituting lives for money, but one set of lives for another. We aren’t talking about substituting lives for money, but one set of lives for another. In all of these trolley scenarios tragedy ensues regardless of the choice. There is no happy solution. There are no uncontroversial answers. These are the hallmarks of a classic moral dilemma. (…) This brings us to the larger point. We urgently need to reject the idea that these choices are uncontroversial. It is all too easy to cast some people as saints and others as knaves. And we must get past the false debate of lives-versus-money. The harder but truer and more productive debate rejects casting moral aspersions. It involves recognizing that we share common goals but have different views about how to achieve them, based on our different ways of conceptualizing unknowables and prioritizing immediate versus future dangers. In order to solve pressing problems, we need to free our minds from the constraints that drive us to interpret and represent our ideological opponents’ ideas as attacks from enemies. Instead, we need to be able to use their ideas to test, strengthen, and build on our own. This requires habits of mind that in recent times we have practiced too seldom and valued too little: Approaching dissenters’ views with curiosity, critical thinking, intellectual humility, and a willingness to be wrong; using the principle of charity when evaluating ideological opponents’ ideas; thoroughly considering views before rejecting them; refusing to assign malign intentions to those whose ideas we dislike; accepting that for some problems there are no risk-free solutions; and welcoming dissent and disagreement as necessary to a functioning liberal democracy. One of the chief reasons these habits of a free mind are so essential is that without exercising them, we cannot even get to the point of having the right conversations. Having the right conversation doesn’t guarantee that we will get to the right answer, but at least it gives us a fighting chance. Pamela Paresky
Nous poursuivons nos efforts de préparation à la survenue d’une éventuelle pandémie, grâce à la constitution de stocks de masques et de vaccins. Nous serions, d’après certains observateurs, parmi les pays les mieux préparés au monde. Xavier Bertrand (ministre de la santé et des solidarités, 22 janvier 2007)
A la suite de l’épidémie de grippe aviaire (H5N1) de 2006 et à l’initiative du sénateur Francis Giraud (1932-2010), le gouvernement de l’époque a fait adopter, en mars 2007, une loi au titre prémonitoire : « Loi relative à la préparation du système de santé à des menaces sanitaires de grande ampleur ». Elle comportait deux dispositions essentielles. D’abord, la création du fameux corps de réserve sanitaire, sur lequel on ne s’attardera pas ici, et, ensuite, celle d’un nouvel établissement public, l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), dont la mission principale était « l’acquisition, la fabrication, l’importation, le stockage, la distribution et l’exportation des produits et services nécessaires à la protection de la population face aux mesures sanitaires graves », y compris bien sûr les vaccins et les fameux masques chirurgicaux et FFP2 ! La crise H5N1 avait en effet mis en évidence diverses faiblesses dans la réponse logistique de l’Etat. Les moyens dévolus à cette toute petite structure (17 agents en 2007 et 30 en 2015), cofinancée par l’Etat et l’Assurance-maladie, étaient considérables. On ne résiste pas à l’envie de citer l’inventaire estimé à un milliard d’euros qu’en fait l’exposé des motifs de la loi : 70 millions de vaccins antivarioliques et autant d’aiguilles, embouts et pipettes ; 81,5 millions de traitements d’antibiotiques en cas d’attaque bioterroriste de charbon, peste ou tularémie ; 11,7 millions de traitements antiviraux et 11,5 tonnes de substance active (oseltamivir) en cas de pandémie grippale ; 285 millions de masques de filtration de type FFP2 et 20 millions de boîtes de 50 masques chirurgicaux (soit le milliard de masques après lequel le ministre de la santé, Olivier Véran, court aujourd’hui) ; 2 100 respirateurs et bouteilles d’oxygène ; 20 équipements de laboratoires d’analyse (automates PCR et extracteurs ADN/ARN) ; 11 000 tenues de protection NRBC et accessoires. (…) Comment est-on passé de la pléthore à la pénurie ? L’événement majeur est, à mon sens, la crise du H1N1 de 2008-2009. Au-delà des critiques politiques virulentes et souvent injustes adressées à la ministre de l’époque, Roselyne Bachelot, elle a fait naître dans une partie de la haute administration de la santé le sentiment d’en avoir trop fait, d’avoir surestimé la crise et, finalement, d’avoir inutilement gaspillé des fonds publics au profit des laboratoires pharmaceutiques. L’horreur ! La Cour des comptes a estimé à près de 450 millions d’euros l’ensemble des dépenses d’achat spécifiquement liées à la lutte contre la grippe H1N1, y compris une indemnisation de 48,5 millions due aux laboratoires pour rupture unilatérale de contrat. L’Etat s’est ainsi convaincu qu’une réduction de la voilure était nécessaire, d’autant que le déficit de la Sécurité sociale avait atteint ces années-là des records « abyssaux » : 27 milliards d’euros en 2010 ! Le budget de l’Eprus a donc été drastiquement réduit, passant de 281 millions en 2007 – avant la crise H1N1 – à 25,8 millions en 2015 (10,5 pour l’Etat et 15,3 pour l’Assurance-maladie) selon un rapport du sénateur Francis Delattre. Parallèlement, les stocks ont été considérablement réduits en ne renouvelant pas, par exemple, des marchés concernant des biens arrivés à leur date de péremption. Estimée à 992 millions d’euros en 2010, la valeur du stock avait été réduite de moitié en 2014, à 472 millions, avant la disparition de l’établissement. (…) Outre ces questions économiques, la crise due au H1N1 a poussé à une réflexion sur la gouvernance du système de réponse aux crises sanitaire. Le ministère de la santé a toujours confiné l’Eprus dans une simple fonction logistique, sans aucune marge d’autonomie. La convention-cadre avec l’Etat précise que celui-ci ne peut réaliser aucune opération d’acquisition de produits de santé sans en avoir préalablement reçu l’ordre par le ministre chargé de la santé. (…) [soit] la disparition pure et simple de l’Eprus, qui est intégré en 2016 dans le nouvel Institut national de prévention, de veille et d’intervention en santé publique, plus connu sous son nom « commercial » de Santé publique France. Il rejoignait ainsi l’Institut de veille sanitaire (InVS) et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). Claude Le Pen
Lorsqu’une question se pose, il faut toujours avoir la prudence de considérer attentivement la question qui est posée et le contexte dans lequel elle est posée. Très souvent, c’est là que se trouve la réponse. On s’interroge il est vrai à propos de la question de savoir ce qu’il faut sauver en priorité : l’économie ou les vies humaines ? Cette question appelle quatre remarques. – En premier lieu, formulée telle quelle, cette question date. Donald Trump aux États Unis et Boris Johnson en Angleterre se la sont posée il y a plus d’une semaine déjà en clamant haut et fort qu’il fallait penser avant tout à sauver l’économie. La réalité s’est chargée d’apporter elle même la réponse. Face à l’afflux des malades dans les hôpitaux, face à l’inquiétude des populations, face au fait pour Boris Johnson d’avoir été testé comme étant positif au virus du Covid 19, que ce soit Donald Trump ou bien encore Boris Johnson, tous deux ont fait machine arrière en décidant 1). de s’occuper des vies humaines en mettant les moyens pour cela, 2). de sauver l’économie autrement, par une intervention de l’État allant contre le dogme libéral de sa non intervention dans l’économie.- Par ailleurs, il importe de ne pas oublier le contexte. Qui pose la question de savoir ce qu’il faut sauver ? Les plus grands dirigeants de la planète à savoir le Président des Etats-Unis et le Premier Ministre de Grande Bretagne. Quand ils se posent cette question, comment le font ils ? Sous la forme d’une grande annonce extrêmement médiatisée. Pour qui ? Pour rassurer les milieux financiers. Sur le moment, ce coup d’éclat a l’effet de communication escompté. Il crée un choc psychologique qui rassure les milieux économiques avant de paniquer l’opinion publique. Moralité : la question de savoir s’il faut sauver les vies humaines ou l’économie est un coup politique qui commence sur le ton grandiloquent d’une tragédie cornélienne avant de s’effondrer lamentablement. On veut nous faire croire que certaines questions sont essentielles. Vu ceux qui la posent et le ridicule des réponses qui lui sont apportées qu’il soit permis d’en douter – Dans la façon dont la question et posée, quelque chose ne va pas. On oublie le temps. Lorsque l’épidémie du Corona virus a commencé, désireux de ne pas freiner l’économie, les autorités françaises ont reculé le plus possible la décision du confinement avant de ne pas pouvoir faire autrement. La nécessité économique a alors précédé l’urgence sanitaire. Aujourd’hui, l’urgence sanitaire est devenue première et l’urgence économique a été placée en second. Jusqu’au pic de l’épidémie cela va être le cas. Le temps sanitaire va l’emporter sur le temps économique. Dès que la décrue épidémiologique commencera, le temps économique va reprendre ses droits. En conséquence de quoi, qui décide de ce qui doit se faire ou pas ? Ce n’est pas l’économie ni la vie, mais l’opportunité et, derrière elle, c’est l’être humain capable de juger et d’avoir de la sagesse. – On oublie enfin les hommes. Dans le Cid de Corneille, Rodrigue le héros, se demande s’il doit choisir son amour contre l’honneur de sa famille ou l’honneur de sa famille contre son amour. Au théâtre, cette alternative est admirable. Elle crée le spectacle. Avec l’épreuve que l’humanité endure, on fera du bien à tout le monde en évitant de basculer dans le théâtre. Si on ne s’occupe pas des vies humaines, il y aura des morts et avec eux une inquiétude collective ainsi qu’un drame social qui pèsera sur l’économie. Si on ne s’occupe pas d’économie, il y aura des morts et un drame économique qui pèsera sur les vivants. Si on choisit l’économie contre la santé, il y aura des morts. Si on choisit la santé contre l’économie, il y aura des morts. De toute façon quoi que l’on choisisse et que l’on sacrifie, ne croyons pas qu’il n’y aura pas de morts. Il y en aura. Il est possible toutefois de limiter la casse. Entre la richesse et la mort, on oublie quelque chose d’énorme qui est plus riche que la richesse et plus vivant que la mort : il s’agit de nous. Il s’agit des hommes. Il s’agit des vivants. Si nous avons la volonté chevillée au corps de nous en sortir et si nous sommes solidaires, nous serons capables de surmonter cette crise. Nous devons être humains et forts comme jamais nous ne l’avons été. Nous avons la possibilité de l’être. La solidarité avec le personnel soignant tous les soirs à 20h montre que nous sommes capables de solidarité. L’humour qui circule montre que nous sommes capables de créativité. En ces temps de distanciation sociale, nous sommes en train de fabriquer des proximités inédites, totalement nouvelles et créatrices. Notre instinct de vie a parfaitement compris le message qui est lancé par ce qui se passe : soyez proches autrement. Là se trouve la richesse et la vie qui permettront de relever le défi économique et sanitaire qui est lancé. (…) Il y a deux façons de mesurer. La première se fait par le calcul et les mathématiques en appliquant des chiffres et des courbes à la réalité. La seconde se fait par l’émotion, la sensation, la sensibilité. Quand quelque chose plaît, je n’ai pas besoin de chiffres et de courbes pour savoir que cela plaît. Quand cela déplaît également. Lorsque Donald Trump a compris qu’il fallait s’occuper de la question sanitaire aux États-Unis et pas simplement d’économie, il n’a pas eu cette révélation à la suite d’un sondage. Il n’a pas utilisé les compétences d’instituts spécialisés. La réaction ne se faisant pas attendre, il a été plus rapide que les chiffres, les courbes et les sondages en changeant immédiatement son discours. Il a été découvert récemment que l’intelligence émotionnelle est infiniment plus rapide que l’intelligence mathématique, abstraite et calculatrice. On peut sur le papier démontrer que l’humain coûte trop cher. Lorsque dans la réalité concrète on ne s’en occupe pas assez et mal, on a immédiatement la réponse. Donald Trump s’en est très vite aperçu. (…) On veut des règles pour répondre à la question de savoir comment décider qui doit vivre ou pas et qui doit mourir ou pas. Les règles en la matière sont au nombre de deux : la première qui fonde toute notre civilisation consiste à dire que, par principe, on soigne tout le monde et on sauve tout le monde. Pour éviter la folie monstrueuse des régimes qui décident que telle classe de la population a le droit de vivre et pas telle autre, on n’a pas trouvé autre chose. La seconde règle est empirique. Tout médecin vous dira qu’en matière de vie et de mort aucun médecin ne sait. Ce qu’il faut faire est dicté par chaque malade, jour après jour. A priori, un médecin sauve tout le monde et soigne tout le monde, jusqu’au moment où, basculant du soin et du sauvetage dans l’acharnement et de l’acharnement dans l’absurde, il décide d’arrêter de soigner et de sauver. Ainsi, un médecin aujourd’hui soigne une vielle dame de quatre-vingt cinq ans grabataire et atteinte d’Alzheimer. Maintenant si dans une situation d’extrême urgence il faut choisir entre un jeune de vingt ans et cette vieille dame, le médecin choisira le jeune en plaçant la vie qui commence avant celle qui se termine. Il fera comme les médecins faisaient au XIXème siècle quand il s’agissait de savoir si, lors d’un accouchement qui se passe mal, il faut choisir la mère ou l’enfant. Il choisira l’enfant. Choix déchirant, tragique, insupportable, n’ayant aucune valeur de règle, la responsabilité face à la vie étant la règle. Et ce, parce qu’il ne faut jamais l’oublier : on choisit toujours la vie deux fois : la première contre la mort et la seconde contre la folie. D’où la complexité du choix, choisir la vie contre la folie n’allant jamais de soi. Relever la complexité de ce choix est risqué. On l’a par exemple vu sur tweeter, où de tels commentaires ont déchaîné la colère des internautes. Pourtant si la population grogne lorsqu’elle voit la courbe du chômage monter et les premières conséquences d’une économie au ralenti se concrétiser, n’est-ce pas également parce qu’elle est consciente que équation est impossible ? (…) L’expérience ne se transmet pas. Pour une raison très simple : c’est en ne se transmettant pas qu’elle transmet le message le plus essentiel qui soit afin de surmonter les crises : aucune crise ne ressemble à une autre. Chaque crise étant singulière, chaque crise a un mode de résolution qui lui est propre et qu’elle doit inventer. Quand une crise est résolue, cela vient de ce que ceux qui la traversent ont su inventer la solution qu’il faut pour cette crise précise. Le message des crises est de ce fait clair. Il convient de les étudier afin de comprendre l’originalité qui a été déployée pour sortir de la crise afin de cultiver sa propre originalité. Pour sortir de la crise que nous endurons, nous allons inventer une solution inédite et c’est cette invention qui nous permettra de sortir de cette crise. Bertrand Vergely
Le choix est tout sauf évident – même s’il s’impose d’une façon majoritaire en faveur d’un confinement. Un choix est fait, dont nous ne mesurons pas toutes les conséquences : étouffer l’économie, la mettre sous cloche, faire porter sur les générations futures la santé des contemporains, plutôt que de laisser la pandémie se dérouler comme toutes les pandémies en protégeant les individus. D’une certaine manière, nous nous donnons le choix, nous croyons avoir le choix, pour être des économies riches et pour faire porter par la solidarité collective une grosse partie du coût de cet étouffement économique. Et, dans des économies plus libérales que les nôtres, comme les pays anglo-saxons, ce choix, quand il est fait en faveur du confinement, pèse plus lourdement sur les individus eux-mêmes. Certains économistes vont même jusqu’à considérer que dans le monde cette crise va provoquer 25 millions de chômeurs. Je note que la Japon, par exemple, pour être plus prévoyant, pour avoir plus de masques, pour avoir une discipline sociale plus grande, ne pratique pas (du moins jusqu’à présent) ce confinement massif. De toute évidence, dans sa culture, comme dans celles de beaucoup de pays asiatiques, le souci du collectif prend le pas sur le souci individuel. Et le sens du sacrifice semble être accepté plus facilement. Dès lors, quatre facteurs semblent entrer en ligne de compte pour opter, ou non, pour une mise en quarantaine sur plusieurs semaines, des travailleurs et de l’activité économique : un niveau de protection social plus ou moins important pour prendre en charge le coût économique de cet arrêt d’activité ; un sens plus ou moins fort du collectif au détriment de l’individuel ; une discipline sociale plus ou moins naturelle qui fait que la population accepte plus aisément les « gestes-barrières » édictés par les autorités ; une anticipation (ou non) des Etats de ce genre de risques avec toute la panoplie des outils nécessaires pour y faire face. De toute évidence, en France, ces quatre facteurs nous ont conduits à choisir, sans hésiter pour le confinement et la mise à l’arrêt de l’économie. Nous misons sur l’Etat-Providence ; l’individu est privilégié ; nous manquons de discipline collective ; l’incurie de l’Etat est flagrante en matière de prévoyance d’un risque sanitaire pandémique. (…) Mourir d’une épidémie et les situations de détresse sociale qui peuvent pousser certains individus au désespoir, ne sont pas du même ordre. Ne confondons pas tout. Par contre, il est vrai que ce qui est fait d’un côté, avec des mesures d’urgence, pour tenter de gérer une épidémie, au point d’appuyer sur le frein de l’économie, avec l’espoir qu’une fois la crise passée, l’économie pourra repartir d’une bonne allure, aura, indéniablement, des conséquences lourdes, durables sur l’Economie – avec des conséquences catastrophiques sur bien des secteurs. Lesquels ? Affaiblissement de la santé des entreprises. Crise de trésorerie. Paupérisation des travailleurs. Augmentation du chômage. Diminution des revenus d’un grand nombre de salariés. Et tout cela aura pour conséquence, dans l’année 2020 et aussi dans les années à venir, d’exclure certains travailleurs, de les marginaliser, de les contraindre à une misère sociale accrue. La France des « gilets jaunes », des zones périphériques, des précaires, des auto-entrepreneurs, des indépendants, va trinquer plus que celle des grands groupes ou de la fonction publique. Si nous étions cyniques (ou d’une lucidité froide), (mais nos sociétés ne le sont plus), nous aurions pu, collectivement, examiner le « coût » de deux stratégies : le confinement avec une décroissance massive et des conséquences négatives en chaîne sur les années à venir ; le maintien au ralenti de l’économie avec des mesures de protection individuelle massive. Une question n’est jamais posée, quand on compare la stratégie du Japon et celle de l’Europe : les choix faits l’ont-ils été par souci des populations et de la pandémie (avec un virus que nous ne connaissons pas et qui évolue d’une manière plus incontrôe que ce que nous pouvions penser au début) ou pour suppléer l’incurie des politiques de santé publiques qui n’ont pas prévu ce genre de situation et n’ont rien fait pour nous donner les moyens d’y faire face. Nous sommes ravis que la médecine, en France, puisse apparaître excellente quand il faut faire des opérations extraordinaires comme, dernièrement, séparer deux sœurs siamoises ou faire des reconstructions faciales ou même dépenser beaucoup d’argent pour des recherches sur des maladies rares qui touchent peu de monde. Ces technologies médicales de haute précision sont superbes. Mais, en même temps, n’a-t-on pas oublié de faire provision d’outils simples qui nous auraient permis, aujourd’hui, d’envisager autrement cette pandémie : des centaines de millions de masques de protection, de tests de dépistages, de gels hydro-alcooliques, des équipements de protection, des respirateurs artificiels…. N’a-t-on pas oublié d’anticiper et d’établir, par avance, des « plans orsec » contre les pandémies ? N’a-t-on pas, en voulant faire des économies de bout de chandelle sur les stocks sanitaires, mis en danger des soignants et autres intervenants de première ligne ? (…) l’équation est impossible. Les choix tragiques. Qui pourrait dire qu’il « accepte » des morts aujourd’hui pour éviter du chômage demain ? Qui pourrait assumer de mettre la santé de l’Economie avant celle des Français ? Qui pourrait ne pas prendre les mesures adaptées aujourd’hui pour préserver les entreprises ? Qui ? Personne. Surtout dans nos démocraties compassionnelles. Surtout quand on croit que tout est possible et que « la santé n’a pas de prix » – pour reprendre les mots du président de la République. Surtout quand on croit que la générosité de l’État (et donc de la France de demain qui devra payer les dettes d’aujourd’hui) est sans limite, sans fond, sans contrainte. L’Etat se croit généreux pour les Français d’aujourd’hui en multipliant les amortisseurs sociaux, les prises en charge collectives, en creusant les déficits alors qu’il ne fait qu’arbitrer, sans le dire, entre la France d’aujourd’hui (qui se protège) et la France de demain qui devra payer, en remboursant la dette, les protections d’aujourd’hui. Si l’équation est impossible, n’est-elle pas, cependant, au cœur du politique et des choix à faire – qui, comme il se doit, ont de multiples composantes. Souvent, le « en même temps » est impossible pour, à terme, n’être gagnant sur aucun des deux tableaux. S’agit-il de déclarer une impossible guerre à un ennemi invisible que nous portons tous sans le savoir, ou d’arbitrer entre deux choix impossibles. Dura lex, sed lex. Dure est la loi politique, mais telle est la loi du politique : faire des choix tragiques, tous plus improbables, loin des évidences, pour le salut d’une nation. Si les responsables politiques se posent la question comme Donald Trump l’a mis en évidence et comme le gouvernement français l’exprime avec plus de subtilité, les citoyens seront probablement de moins en moins au clair sur leurs propres sentiments au fur et à mesure que les effets sociaux se feront sentir. Et que nous enseigne l’expérience des crises précédentes ? (…) Ce principe nous dit quelque chose qui est vrai sur le papier et inapplicable tel quel dans la réalité. Quand on a affaire aux êtres humains, rien ne se règle uniquement par un choix rationnel. La raison en est simple. Quand on fait un choix optimal, on sacrifie forcément un certain nombre de choses. Quand ce sont des hommes que l’on sacrifie pour faire exister ce choix optimal, les sacrifiés tôt ou tard vont réagir Et, réagissant, ils peuvent pourrir la vie. L’histoire a sacrifié beaucoup de monde. Aujourd’hui encore, les sacrifiés et la descendance de ces sacrifiés continue de crier sa colère et sa souffrance. On parle d’économie et de choix optimal. C’est bien. Il faut être rationnel. Mais il ne faut jamais oublier que l’on parle d’économie et de choix optimal dans un cadre humain et pour les hommes. Si on n’en tient pas compte, on est sûr à un moment ou à un autre de se retrouver avec une addition salée. C’est la raison pour laquelle l’économie est toujours associée à la politique. (…) La philosophie nous apprend la prudence. Les Grecs l’appelaient du nom de sophrosune. La prudence n’est pas la frilosité de la pensée et de l’action mais son acuité, c’est-à-dire son sens du détail. Quand il s’agit d’évaluer une situation, il convient de tenir compte de tout. Ainsi, dans les choix qui nous sont proposés, il importe de penser avec l’urgence sanitaire, avec l’économie, mais aussi avec le temps et avec les hommes ainsi que leurs ressources qui sont immenses. Quant à la théologie, elle nous enseigne à aller au plus profond en ne perdant jamais de vue que l’humanité est reliée à un plan céleste qui ne nous abandonne jamais, malgré les apparences qui peuvent laisser croire le contraire. Il y a eu par le passé une théologie accusatrice qui pensait d’abord à culpabiliser les hommes à propos de ce qui leur arrive. La véritable théologie pense non pas à accuser mais à dire et à redire en permanence que le monde peut être sauvé. Beaucoup de personnes aujourd’hui rentrent en elles-mêmes à l’occasion du confinement en faisant la découverte de ressources d’une force incroyable. Puisqu’il est demandé d’aller vers l’intérieur, elles vont vers l’intérieur et là où il y avait désespoir et colère montent force, confiance, solidarité. Cela va bientôt être Pâques pour les chrétiens, Pâques pour les juifs et le ramadan pour les musulmans. Pâques est la fête de la victoire de la vie sur l’enfer. Aujourd’hui, sans le savoir, toute l’humanité est en train de vivre une formidable marche vers la victoire de la vie sur les enfers. Aussi n’y a t-t-il qu’une seule chose qu’il importe de se dire et de dire parce qu’elle est la plus sage et la plus spirituelle qui soit : plus que jamais restons forts et unis. En ce sens, comment choisir ? Comment choisit-on de préférer une mort à une autre ? Comment justifier un tel choix auprès d’une population bouleversée par la crise sanitaire qu’elle traverse ? (…) Si l’art de gouverner est impossible, la critique est facile – et pourtant elle est nécessaire et ne doit en rien être étouffée sous une « union nationale » un peu trop martiale. Il est sûr que fermer les frontières de l’Europe en mars, en pleine crise sanitaire, semble risible, quand il eut été plus efficace de prendre cette même mesure mi-janvier. Il est sûr qu’envoyer dix-sept tonnes, prélevées sur les stocks français de masques, gel et autres matériels de protection (et plus de cinquante en Europe) mi-février pour la Chine, avec l’espoir, avéré faux, de « contenir » le Corona là-bas, semble une décision presque criminelle, quand on constate que depuis lors des médecins de premières ligne sont morts faute de protection et que nombreux sont les fonctionnaires ou les membres des équipes médicales qui n’arrivent toujours pas à se protéger autant qu’ils le devraient. Il est sûr que les atermoiements du discours gouvernemental, que les informations contradictoires de certains, que les promesses non-tenues, depuis des semaines, sur l’arrivée de masques de protection qui « arrivent » qui «seront-là à disposition », qui « vont être livrés », ne font rien pour renforcer l’autorité de la parole politique. Il est sûr que les déclarations de Madame Buzyn indiquant, après coup, qu’elle avait prévenu le Premier ministre, fin janvier, que la crise allait être gravissime, et qu’il fallait donc différer les élections municipales de mars, donnent l’impression d’un amateurisme au plus haut niveau de l’État. Alors, aujourd’hui, s’il fallait tenir un autre discours, mettant l’accent sur l’économie et la santé des entreprises, personne ne comprendrait pourquoi maintenant. Et donc malheureusement, nous aurons et la crise sanitaire et la crise économique – sans parler de la crise de l’épargne que nous avons déjà subie. Il n’est plus possible de faire machine arrière. Nous allons payer tout cela pendant des années – avec une reprise poussive, des déficits massifs, un chômage de masse, une épargne amputée durablement et le risque d’un retour de l’inflation. (…) Le problème (et nous le découvrons brutalement avec cette crise sanitaire) est que nous payons aujourd’hui une double défaillance : une défaillance stratégique de nos politiques publiques qui ont, en Europe, favorisé la mondialisation au détriment des intérêts stratégiques nationaux, sans définir des secteurs à protéger et sans mettre en place, au niveau des pays ou de l’Europe, des coordinations en cas de risques sanitaires ; une défaillance des entreprises pharmaceutiques et de santé publique qui ont cru qu’elles pouvaient se délester de secteurs entiers jugés « peu rentables », comme les systèmes de protections, la fabrication des médicaments génériques, les masques. La Chine, « usine du monde », détient ces marchés et ne peuvent répondre quand le monde entier passe d’énorme commande. La mondialisation se retourne contre les Nations en cas de crise. Elle se grippe avec une pandémie mondiale. Et les individus nationaux paient le prix de cette mondialisation défaillante. Pour toutes ces raisons, nous n’avons plus la possibilité d’avoir le choix. Nos défaillances collectives nous font faire des choix malgré nous. L’Etat imprévoyant, l’Europe tatillonne pour les détails et aveugle sur les grands défis de santé publique et, pour finir, les entreprises médicales inconséquentes, soucieuses d’augmenter leurs profits, ont décidé à notre place. Ils nous ont privés du choix d’avoir le choix. Damien Le Guay
Rappelons-nous tout d’abord que nous abordons la pandémie avec le regard d’une société individualiste. Nos ancêtres de 1914 ont accepté la mort pour la défense de la patrie parce qu’ils avaient le sentiment d’être un chaînon dans une lignée. Ils défendaient la terre de leurs ancêtres et ils la défendaient pour leurs enfants. Quelques générations plus tôt, quand il y avait encore des épidémies régulières, on prenait des mesures de précaution, on soignait, mais on acceptait la mort éventuelle parce qu’on avait le sentiment d’appartenir à une société. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’un tout petit nombre de nos concitoyens qui a l’expérience de la guerre. Nous avons derrière nous 60 ans d’individualisme absolu. Le christianisme est devenu ultraminoritaire. Il s’agit donc, dans l’absolu, d’avoir « zéro mort ». Effectivement notre société semble prête à sacrifier l’économie. Sans se rendre compte que ce genre de mentalités n’amène pas le « zéro mort » mais une catastrophe sanitaire. Et qu’une crise économique aussi fait des morts. (…) L’une des leçons de la crise du COVID 19, c’est que nous avons sous nos yeux la preuve expérimentale des ravages causés par l’effondrement de l’Education Nationale. En particulier, l’enseignement de l’économie tel qu’il est dispensé dans nos lycées, depuis des années, très hostile à l’entreprise et incapable de faire comprendre la dynamique du capitalisme, aboutit aux discours que nous entendons aujourd’hui. Il y aurait des activités indispensables et d’autres qui ne le seraient pas ! En fait, une économie moderne repose sur un fonctionnement très complexe. Les fonctionnaires du Ministère de l’Economie ont pris peur quand ils ont vu le nombre de demandes de mise au chômage partiel ! Dans un Etat qui prélève et redistribue 57% du PIB, on redécouvre qu’il y a beaucoup plus d’emplois utiles que ce qu’on pensait ! Et l’on risque de découvrir, à ce rythme, qu’il y aura encore plus de personnes mourant du fait du ralentissement de l’économie qu’à cause de l’épidémie. On ne peut pas dire que l’histoire des crises et leur taux de mortalité ne soit pas connu: de la crise de 1929 à l’asphyxie de la Grèce par l’Eurogroupe depuis 2015, tout est documenté. (…) Nos gouvernants ne feront pas un choix, s’ils arbitrent entre deux maux. Actuellement, ils sont dans l’incapacité de choisir entre les personnes qu’ils doivent soigner quand elles arrivent à l’hôpital et qu’ils n’ont pas assez de lit. Donc ils appliquent une règle mécanique: au-dessus d’un certain âge, on n’est plus soigné. Ce n’est pas un choix, car choisir c’est faire exercice de sa liberté, c’est pouvoir se déterminer entre deux options. Pour pouvoir choisir, il faut « avoir le choix ». Nous pourrions choisir un type d’équilibre entre la lutte contre la pandémie et la protection de notre économie si nous avions agi en amont. Si nous avions fermé nos frontières, testé largement, distribué massivement des masques etc…Il ne peut pas y avoir, en bonne philosophie, de choix entre des catégories de morts qui seraient préférables. Quand on en est arrivé là c’est qu’on subit. En revanche, aujourd’hui, le gouvernement pourrait choisir d’autoriser la généralisation du traitement du Professeur Raoult. (…) En fait, je pense que le dilemme est entre le fatalisme et le désir d’échapper à un destin tracé. Rappelez-vous, il y a quelques semaines, Emmanuel Macron parlait des progrès « inexorables » de l’épidémie. Au contraire, Boris Johnson et Donald Trump, qui sont des lutteurs, des battants, des hommes de liberté, ont commencé par penser qu’il fallait laisser passer l’épidémie, en faisant confiance aux capacités d’immunisation de la population. Puis, ils ont compris que toutes les grippes ne se ressemblent pas et qu’il fallait prendre des mesures. Ils font passer leur société aux tests massifs et au confinement partiel. Le redémarrage de l’économie apparaîtra d’autant plus souhaitable à leurs concitoyens que l’épidémie aura été jugulée. Ce qui est à craindre en France, comme en Italie, c’est qu’on ait deux crises, sanitaire et économique, qui s’éternisent. (…) Si l’on se réfère à la tradition occidentale, née entre Jérusalem, Athènes et Rome, l’être humain est appelé à se libérer des déterminismes naturels ou sociaux. L’homme occidental est celui qui propose à toute l’humanité d’apprendre la liberté, c’est-à-dire le choix. De la Genèse, où l’homme se voit enjoindre de dominer la Création, à René Descartes (il nous faut devenir « comme maîtres et possesseurs de la nature »), on s’est efforcé d’émanciper l’individu. Le grand paradoxe du dernier demi-siècle a consisté dans l’introduction en Occident de philosophies profondément étrangères à la tradition de l’émancipation individuelle, des sagesses orientales à la vénération de la Terre-Mère. La crise du Coronavirus vient nous rappeler que la nature n’est pas cette force bienveillante envers l’humanité que décrivent les écologistes. Et le yoga et le New Age sont de peu de secours pour lutter contre la pandémie. Si j’avais à me tourner vers la théologie, pour dire la même pensée de l’émancipation individuelle, je citerais Saint Ignace: « Agis comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu ». Quand on voit nos dirigeants avoir comme premier mouvement l’interdiction de la participation à un enterrement mais aussi la fermeture des églises, on se dit que ceux qui ne savent plus agir ne savent plus croire. (…) Tout doit être fait pour sortir du fatalisme ! C’est la seule possibilité de se garder une marge de manoeuvre. Le scénario le plus probable, actuellement dans notre pays est au contraire le cumul des crises, du fait de la passivité des gouvernants, qui prennent des décisions toujours trop tardives. Nous en revenons à la complexité des sociétés modernes. Elle peut être maîtrisée à condition, d’une part, de savoir traiter les innombrables données générées par chaque individu, chaque secteur d’activité; à condition, d’autre part, d’intégrer toutes les dimensions du problème à résoudre dans une stratégie unifiée. Réunir ces deux conditions, c’est commencer à pouvoir choisir ce qui servira le mieux la société et l’économie. Edouard Husson
Puisque les ressources sont rares (et pas seulement les FFP2 et le PQ), nous avons besoin de l’analyse économique (l’oral de rattrapage du pêché originel). Car une seule chose est sûre dans un monde qui (à cause d’Eve !) connait la rareté : l’absence de calcul économique tue. Vous savez déjà que l’absence de calcul conduit à des décisions à l’aveuglette, émotives, au petit bonheur la chance : car vous vous souvenez de la présidence de François Hollande. Il se trouve que l’inefficacité est aussi meurtrière, comme un satané virus, mais en pire : car il n’y a pas de pause dans ce genre d’épidémie, et le R0 est monstrueux, surtout en France où on observe une application très sporadique de l’analyse économique, n’incluant pas une véritable réflexion sur la valeur implicite donnée à la vie humaine au-delà de quelques calculs dans le domaine de l’évaluation de grands projets de transports publics. Il y a inefficacité (et donc des vies inutilement perdues) lorsque les moyens ne sont pas affectés aux actions qui apportent le meilleur « rendement » en termes de nombre de vies sauvées, quel que soit le domaine d’action. Le fait de ne pas adopter une valeur unique de la vie humaine, appliquée de manière cohérente dans tous les domaines de l’action, conduit à la mort de nombreux individus qui auraient pu être sauvés avec les mêmes moyens. (…) C’est particulièrement bien documenté pour l’action publique. En effet, nous ne sommes plus seulement des enfants de Dieu, mais aussi des citoyens-contribuables de l’Etat Providence, et vu l’état des ressources publiques, si vous dépensez des milliards sur un projet de radars qui sauve peu de vies (les 80km/h sur les départementales pour consoler un premier ministre qui ne sert à rien), vous ne pourrez pas les utiliser pour un projet qui en sauverait plus (des masques, des tests, au hasard) mais qui passait jusqu’ici sous les radars médiatiques. Il existe pourtant en France une valeur tutélaire, officielle, de la vie humaine : elle a été fixée en 2013 à 3 millions d’euros par tête (rapport Quinet : Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective, « Éléments pour une révision de la valeur de la vie humaine », 2013), et évolue depuis au rythme de la croissance du PIB par habitant. Je ne suis pas un spécialiste mais cette valeur me parait raisonnable, dans la lignée des chiffres antérieurs de Marcel Boiteux, proche de la médiane européenne et proche de ce que les agents économiques révèlent dans leurs choix concrets (par exemple, en matière d’assurance). Ce chiffre circule surtout dans les administrations pour évaluer les gains liés à un investissement. On dit souvent que c’est du cynisme (le cynique connait le prix de chaque chose et la valeur d’aucune), porté par des économistes impitoyables, mais quand une deux voies peut devenir une trois ou quatre voies plus sûre, mais que cela coûte cher, comment pourrez vous savoir si vous faîtes un bon choix, sans une approximation du prix du temps, et sans une valeur monétaire de la vie ? Notez qu’il existe sur le marché deux méthodes principales pour ce type de calcul, et que la 2e méthode tend à remplacer la première : 1/ la méthode du capital humain perdu par la société lors d’un décès : une mesure monétaire et tangible, la somme de la production future de l’individu (ici, l’analyste financier vaut plus que le laveur de carreaux, c’est dire si ce n’est pas incontestable). Elle reste à la base de la détermination de la valeur de la vie dans le contexte judiciaire, comme le montre les indemnités accordées aux familles des victimes des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis (les indemnités ont varié en fonction des salaires espérés, de 300 000$ pour un individu de 65 ans qui gagnait 10 000$/an, à 4,35 millions de dollars pour un trentenaire gagnant 175.000$/an). On en reparlera peut-être lors du procès Buzin… 2/ la méthode du consentement à payer des individus pour éviter un accroissement de risque : la méthode moderne, qui gagne du terrain car elle part du terrain, des choix opérés par les agents. Aux Etats-Unis, les données issues du marché de l’emploi concluent à un prix de la vie d’environ 9 millions de dollars, c’est à dire qu’un emploi donnant une chance sur 10 000 de mourir dans l’année donnera lieu à une compensation de 900$/an (par rapport à un emploi équivalent sans risque). Cet ordre de grandeur est globalement repris par les agences de régulation US, sans que cela empêche un certain nombre d’incohérences (mais au moins peut-on trouver plus de données explicites chez eux que chez nous) (honte, soi dit en passant, sur notre Parlement, qui devrait s’occuper de l’évaluation des politiques publiques mais qui ne sait pas ce qu’est un taux d’actualisation ou une valeur implicite de la vie) (et honte à la « sécurité » routière, qui base le plus gros de sa propagande sur une étude ancienne et partielle, et fait fi des études nombreuses qui démontent la formule de Nilsson). Bref. Nous valons 3 millions, mais nous n’utilisons que très imparfaitement cette valeur pour améliorer nos décisions publiques. (…) Continuons notre tentative de réponse. Maintenant que nous savons ce que l’on vaut économiquement parlant (ou à peu près), nous pouvons nous faire une idée plus juste de certaines politiques publiques. Deux exemples. L’argent placé dans la protection nucléaire est largement excessif, depuis le début, et même en tenant compte de toutes les redondances nécessaires : l’atome provoquera toujours une peur irrationnelle. Il en va de même pour le Sida dans le domaine de la santé (nul besoin de suivre le professeur Raoult dans son idée que le vaccin est illusoire : la comparaison avec d’autres virus ou maladie moins richement dotés sur le plan budgétaire suffit largement). Comment se situe le Coronavirus dans cette échelle du nombre de vies sauvées par milliard dépensé ? Il nous faut dessiner les contours d’un arbitrage et d’un pic de protection (ce qui n’est pas évident à ce stade, répétons que notre approche est une TENTATIVE). Kip Viscusi est l’universitaire américain de référence sur le sujet du prix de la vie humaine, et son analyse défend l’existence d’une « borne haute » au-delà de laquelle les efforts de sécurité mandatés par la collectivité sont contre-productifs. Selon lui, la mise en œuvre d’une nouvelle régulation de sécurité s’assimile à une réaffectation de moyens, depuis des revenus privés « libres » vers une dépense contrainte visant au respect de la régulation. Or l’espérance de vie des individus s’améliore systématiquement avec leur niveau de revenus (en devenant plus riches, les hommes et les femmes allouent une part croissante de leurs moyens à la santé, réduisant leurs risques de mortalité ; la santé est un « bien supérieur »). Il existe dès lors un point au-delà duquel à trop réduire les revenus privés « libres », on aboutit à réduire l’espérance de vie de la population de l’équivalent d’une vie statistique : ce point se situerait entre 15 et 50 millions de dollars aux USA (donc autour de 15 millions d’euros chez nous, si j’applique les estimations officielles qui toutes considèrent qu’un Américain « vaut » entre deux et trois Français). Au moins une « vie statistique » serait perdue à chaque fois qu’une régulation imposerait 15 millions de dépenses contraintes par tête ; car toute régulation d’amélioration portant une valeur de la vie humaine supérieure à 15 millions d’euros va en fait augmenter le nombre de morts puisque la dépense contrainte de la régulation apporte moins de vies sauvées que la dépense « libre ». Appliquons ce raisonnement à la régulation en cours de division par 4 ou 5 des interactions sociales (le « confinement »). Je fais un vol de concept et de nombreuses approximations, mais ne sommes-nous pas dans l’urgence ?? Cette mesure de sécurité qu’est le confinement ne doit donc pas conduire à plus de 15 millions par mort, c’est-à-dire ne pas coûter à la fin plus de 15M x 20 000 (je suppose que c’est le nombre de morts que nous aurons, en scénario central, sous cette régulation, une fois comptabilisés les morts à domicile et dans les EPAD) = 300 milliards d’euros. Comme l’INSEE nous dit qu’un mois de confinement coûte à l’économie 3 points de PIB annuel, et que nous serons isolés disons 2 mois, le coût économique est de 6% de 2500 milliards, disons 150 milliards (je ne compte pas les atteintes à la croissance potentielle car ici le choc est de court terme, sans grand impact sur le capital humain ou sur le capital physique). Pour l’heure, nous respectons donc largement la norme de Viscusi. Mais de toute façon nous n’avons pas vraiment le choix : compte tenu de la nocivité du virus, de son caractère exponentiel et résilient, un confinement moindre n’allègerait pas du tout la note finale ; si un Français sur 3 chope le virus, et en appliquant une mortalité de 2% (hypothèse très conservatrice, car à ce moment là tout le système sanitaire et politique aura déjà sauté depuis longtemps…), cela donne 500 000 morts (dont au moins 100 000 appartenant à la force de travail, soit 5% de notre main d’œuvre), et alors le plafond de Viscusi se situerait à trois années de PIB pour le pays, c’est-à-dire plus que le coût de la dernière guerre mondiale (l’appareil industriel était encore là, il suffisait de demander à nos industriels de ne plus produire de chars pour les Allemands). En fait, sacrifier deux trimestres de croissance aujourd’hui est une OBLIGATION, pas seulement morale et religieuse, mais aussi économique, et encore plus si on factorise un peu la croissance de long terme. C’est comme ça. Il est vrai que vous avez dans l’autre sens trois fois plus de risques de décéder si vous êtes chômeur. Quand on nous dit que le chômage américain pourrait passer de 3% à 20% (c’est très exagéré mais cela vient du secrétaire mafieux au Trésor, Steven Mnuchin), cela doit peser dans la balance. La crise des opioïdes (qui pour la seule année 2016 a tué plus d’Américains que l’ensemble de leurs soldats morts au Vietnam) a eu pour base la désespérance d’une partie de l’Amérique qui ne bénéficiait pas de la reprise économique. Pierre Meneton de l’INSERM a conclu en 2015 à environ 14 000 décès par an dus au chômage en France (mais c’est surtout valable pour le chômage de longue durée, moins pour les chômeurs conjoncturels liés à une crise du type covid19). A cause des suicides, des addictions, d’un moindre recours au système de santé, etc. Pour mémoire, « on » a imposé de rouler à 80 km/h pour éviter (selon une règle de trois archi-contestable) 400 morts par an, mais passons. 14 000 morts chaque année multipliés par 1,5 millions (si la vie d’un chômeur vaut 50% de la vie d’un non-chômeur, je sens que je vais encore me faire des amis), cela donne une vingtaine de milliards d’euros : vous comprenez pourquoi je ne suis pas néo-autrichien en matière de politique monétaire, pourquoi je milite depuis des années pour une action contra-cyclique déterminée, et pour la fin d’une BCE sponsorisée par Dunlopilo. Car ce petit calcul morbide ne vaut que si les chômeurs conjoncturels se transforment massivement en chômeurs structurels : ce n’est pas un appel à ne pas respecter un confinement strict, c’est à appel à agir rapidement par la politique monétaire et par tous les canaux possibles. Et au final c’est bien ainsi qu’ont calculé les Chinois à la mi-janvier, eux qui n’ont pas trop lu le Talmud mais qui savent compter : ils auraient aimé réduire l’addition de court terme, qui les obligeait à renoncer à leur prévision de croissance 2020 (un 5,7% était nécessaire pour respecter l’engagement d’un doublement du produit national sur 2010-2020), qui les exposait à une crise sociale, et qui leur faisait perdre la face. Mais imaginez 20% de votre population atteinte d’un virus 30 fois plus mortel que la grippe, et sans pouvoir compter de façon sûre sur une solution vaccinale avant un an ou deux : ce n’est pas seulement l’économie qui aurait sauté, mais aussi le régime. Même embourgeoisé, le Parti a encore un certain sens de la conservation : après quelques hésitations, transactions et cafouillages (que nous reverrons en Europe puis aux USA dans les semaines suivantes…), il a tout arrêté pour que tout puisse repartir, façon Lampudesa. Si les responsables politiques se posent la question comme Donald Trump l’a mis en évidence et comme le gouvernement français l’exprime avec plus de subtilité, les citoyens seront probablement de moins en moins au clair sur leurs propres sentiments au fur et à mesure que les effets sociaux se feront sentir. (…) L’utilitarisme est vraiment une position dégueulasse, et conduit souvent à jouer avec le feu : tous les sociologues efféminés nous le disent à longueur de colonnes, de même que nos philosophes universitaires, qui n’ont jamais connu le moindre conflit en dehors de la dialectique et à qui on ne demande jamais de procéder à de vraies décisions en dehors de la notation des copies. Mais la situation pourrait devenir très tendue dans les jours à venir, et relever plus de Jack Bauer que de la revue du MAUSS. « La décision est l’art d’être cruel à temps ». Quand les choses tournent vraiment mal, à la guerre comme à la guerre : et l’utilitarisme revient, ce même utilitarisme qui vers 1945 a sauvé la vie d’un demi million de jeunes Américains, et des millions de Japonais sur des années, au prix de 150 000 morts japonais en 72 heures. Il n’y a pas beaucoup de belles plages sur les côtes nippones, et plein de jolies montagnes propices à la guérilla. Plaçons-nous toutefois dans le pire des scénarios pour nous rendre compte que l’utilitarisme et le calcul économique pur et dur auront bien du mal à passer, ou du moins que ce sera compliqué. Dans ce cadre du pire, et le temps que le vaccin soit produit à grande échelle (un temps considérable), on a deux solutions. Soit « on » choisit un principe de tirage au sort, soit « on » hiérarchise les individus en fonction de leur utilité sociale (c’est déjà ce que font nos réanimateurs, sans trop le dire). On retrouvera ce choix, au-delà des urgences, pour distribuer les doses de vaccin (ou de chloroquine) : la première méthode, le hasard, la file d’attente (disons la méthode soviético-athénienne) a le mérite d’être aveugle, et donc juste, puisque la justice est aveugle (en théorie). Mais ce n’est pas la méthode la plus efficace : ce rationnement par les quantités est très inférieur au rationnement par les prix ; et ce dernier est souvent aussi, au final, plus juste, tant il est vrai que certains dans la file d’attente seront « plus égaux que d’autres » (de nombreuses expériences, tout au long du XXe siècle…). Seulement voilà : un vaccin pricé, quoté ou mis aux enchères provoquerait des remous tels qu’il échouerait certainement. De plus, il faudra bien que tout le monde reçoive sa dose, au final : si la courbe épidémique a été maitrisée par le confinement, le vaccin n’aura qu’une valeur-temps, qui se prête plutôt bien à la file d’attente. Ajoutons que, dans nos sociétés, ce sont les vieux qui ont l’argent, ce qui reviendrait une nouvelle fois à les privilégier en cas de recours au marché, comme depuis 40 ans, sur tout, des finances publiques au combat contre une inflation qui n’existe plus ; rappelons qu’ils sont certes plus exposés, mais qu’ils incorporent moins de vie potentielle. (…) On sait par avance qu’une forme ou une autre de tirage au sort ou de file d’attente sera privilégiée, de sorte que l’espace du marché serait limité à un marché noir par internet où les plus riches, les plus averses au risque ou les plus impatients se soigneront (ou se feront rouler) sous les crachats des médias et du grand public. Ce n’est pas un optimum, au sens de Pareto ou de n’importe qui. Mais ce n’est qu’un scénario, ce n’est qu’une ébauche de réflexion sur ce thème délicat, et, après avoir commencé par le Talmud, finissons par le folklore yiddish : « on doit continuer de vivre, ne serait-ce que par curiosité’. Mathieu Mucherie

Hors du sacrifice point de salut !

En ces temps étranges …

Où pour faire la guerre, l’on se voit sommé par un gouvernement « En marche »… de rester chez soi !

Où, en un incroyable rituel 500 ans après les sanguinaires Aztèques, nos populations entières se voient conviées chaque soir à la même heure au décompte des victimes sacrificiées du jour …

Où reprenant les prédictions proprement apocalyptiques d’un expert britannique qui annonce à présent que du fait qu’elles étaient en fin de vie ou de leurs conditions sous-jacentes jusqu’à deux tiers des victimes du coronavirus seraient mortes n’importe comment à la fin de l’année

Le conseiller scientifique du président américain annonce à son pays et au monde entier la mort possible, pour sa propre nation, de l’équivalent des victimes combinées d’Hiroshima et de Nagasaki

Où la planète entière se lance au même moment dans la plus folle des surenchères au harakiri économique

Où l’origine géographique même d’un virus ne peut plus être mentionnée …

Alors qu’en un véritable  Etat voyou chinois prêt, comme la dernière fois après ses criminelles semaines de mensonges du départ, à reprendre ses pires habitudes

Et en train de régler définitivement à elle toute seule, en une sorte de potlatch proprement planétaire, le problème des espèces animales protégées

Un journal  confirme, ce qu’a pu représenter pour la ville-martyre de Wuhan, le prix du sauvetage des bouchers de Tiananmen

Comment ne pas voir …

Dans le scandale même qu’ont soulevé les propos chocs du vice-gouverneur du Texas …

Appelant non comme on l’a dit à sacrifier les personnes âgées sur l’autel des profits

Ni même à exiger que lesdites personnes âgées se sacrifient

Mais annonçant tout simplement sa résolution à lui et à d’autres membres de sa génération, à se battre, au prix de sa vie pour éviter le sacrifice de l’avenir de toute une génération

La vérité que tiennent tant à cacher, première victime de toute guerre comme on le sait, nos dirigeants les mieux-pensants …

Derrière la fausse alternative entre les vies et l’économie …

Et le véritable potlatch, en centaines de milliards d’euros sans compter nos libertés, qu’ils se préparent à faire …

A savoir comme le rappelait hier même le philosophe Damien Le Guay sur le site Atlantico …

Qu’une crise économique fait aussi des morts …

Et que derrière la générosité jour après jour exhibée de l’Etat pour ses citoyens peut aussi se cacher sans le dire …

Au-delà de la nécessité de dissimuler, à présent éclatante, l’incurie et l’imprévision de décennies …

Un « arbitrage entre la France d’aujourd’hui qui se protège et la France de demain qui devra payer, en remboursant la dette, les protections d’aujourd’hui » … ?

Mais surtout comment ne pas voir …

En cette veille de Pâques …

La vérité bien plus profonde enfin toute nue et crue …

Si brillamment redécouverte, cachée depuis la fondation du monde on s’en souvient, par le philosophe René Girard …

Et regrettée par à la fois Nietzche et Hitler …

Mais déjà évoquée bien avant tout au long des Ecritures sacrées juives…

Notamment dans le fameux jugement de Salomon …

Puis énoncée, sans le savoir nous dit le texte, par le sacrificateur Caïphe il y a 2 000 ans…

Et enfin parfaitement explicitée, en paroles comme dans le don suprême de sa propre vie, par le Christ lui-même …

A savoir contre « l’illusion d’un terrain neutre complètement étranger à la violence » …

L’incontournable fait …

Que l’ « on ne peut renoncer au sacrifice première manière, qui est sacrifice d’autrui, violence contre l’autre, qu’en assumant le risque du sacrifice deuxième manière, le sacrifice du Christ qui meurt pour ses amis »  ?

La palme du cynisme

Convergences révolutionnaires

30 mars 2020

Selon Trump et ses amis, qui veulent remettre les travailleurs au boulot dès avril, le ralentissement de l’économie américaine est aussi dangereuse que le coronavirus. C’est aussi ce que pense Dan Patrick, le vice-gouverneur du Texas, qui a appelé les personnes âgées à aller travailler. Autrement dit, se sacrifier pour « conserver l’Amérique que tout le monde aime ». C’est vrai que les plus âgés sont aussi les plus susceptibles d’être touchée par le virus, alors foutu pour foutu, autant qu’ils aillent se tuer à la tâche !

« L’Amérique qu’on aime » : celle où les plus faibles sont sacrifiés sur l’autel des profits ?

Voir aussi:

Sputnik

Le vice-gouverneur du Texas s’est déclaré prêt à donner sa vie plutôt que de voir l’économie américaine sombrer à cause des mesures sanitaires liées à la pandémie de Covid-19. Selon lui, «beaucoup de grands-parents» à travers le pays partagent cette position.

Nombreux sont les Américains âgés qui sont prêts à «se sacrifier» afin d’empêcher la pandémie de coronavirus de porter un grave préjudice à l’économie nationale et par conséquent au bien-être de leurs petits-enfants, estime le vice-gouverneur du Texas Dan Patrick.

«Mon message est le suivant: reprenons le travail, reprenons la vie normale, soyons intélligents, et ceux d’entre nous qui ont plus de 70 ans, nous nous occuperons de nous», a confié le responsable dans un entretien avec un journaliste de la chaîne Fox News

Lui-même âgé de 69 ans, il s’est dit prêt à mourir plutôt que de voir l’économie américaine détruite par les mesures sanitaires décrétées sur fond de pandémie. D’après lui, cette position est partagée par «beaucoup de grands-parents» à travers le pays.Selon les dernières évaluations de l’Université John-Hopkins, les États-Unis comptent pour le moment 46.450 cas confirmés d’infection au coronavirus, soit le troisième pays le plus touché au monde, ainsi que près de 600 décès.

Voir également:

Coronavirus : Le vice-gouverneur du Texas estime que les personnes âgées devraient se sacrifier pour l’économie

Dan Patrick, lieutenant-gouverneur du Texas (équivalent de vice-gouverneur), a estimé que les grands-parents, comme lui, devaient être prêts à mourir pour sauver l’économie du pays.

Invité lundi soir sur Fox News, il a assuré que le confinement de la population, et donc le ralentissement général de l’économie, était la plus grande menace pour les Etats-Unis.

«Êtes-vous prêt à prendre le risque [d’être malade] afin de conserver l’Amérique que tout le monde aime pour vos enfants et petits-enfants ?» a lancé celui qui est âgé de 69 ans et a six petits-enfants. «Si c’est le deal, je suis prêt à me lancer», a-t-il expliqué, assurant qu’il ne voulait pas «que tout le pays soit sacrifié».

Devant ce discours peu ordinaire, le journaliste a souhaité être sûr de ce que Dan Patrick pensait. «Donc, vous dites essentiellement que cette maladie pourrait vous tuer, mais que ce n’est pas la chose la plus effrayante pour vous. Il y a quelque chose qui serait pire que de mourir ?», a-t-il demandé. Ce à quoi le lieutenant-gouverneur répondu par l’affirmative.

Cette position du responsable républicain, qui peut paraître étonnante, est pourtant en accord avec celle de Donald Trump. Lundi, le président américain a exprimé des doutes sur les restrictions mises en place face au coronavirus, déplorant leur impact sur l’économie. «Nous ne pouvons laisser le remède être pire que le problème lui-même», a-t-il tweeté.

Voir de même:

Texas Lt. Gov. Dan Patrick spurns shelter in place, urges return to work, suggests grandparents should sacrifice

“My message is that let’s get back to work,” Patrick said on Fox News. “And those of us who are 70 plus, we’ll take care of ourselves. But don’t sacrifice the country.”

« Crise sanitaire: les libertés abandonnées ne seront pas retrouvées intactes »
Avec les meilleures intentions, l’Etat devient plus tutélaire que jamais, s’inquiète l’essayiste Jean-Philippe Delsol. Dans quel état sera, demain, la liberté en France?
Jean-Philippe Delsol
Le Figaro
30 mars 2020

Jean-Philippe Delsol est avocat et président de l’Institut de Recherches Économiques et Fiscales (think-tank libéral). Il a notamment publié Éloge de l’inégalité (Manitoba, 2019).


Le Covid-19 prendra des milliers de vies et chaque vie perdue trop tôt est une mort de trop. Il fallait lutter de manière déterminée contre cette épidémie. Mais ne faut-il pas aussi raison garder? Selon les propos de Monsieur Macron, la situation prouverait que «la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe». N’est-ce pas l’inverse? Peut-être payons-nous aujourd’hui des décennies d’étatisation de la santé en France qui ont conduit à une insuffisance du nombre de généralistes et autres praticiens, des urgences en surchauffe permanente et des hôpitaux publics qui manquent de moyens par suite de quotas stupides imposés depuis des décennies aux examens de médecine, d’une sécurité sociale impotente et qui paupérise progressivement médecins et personnels hospitaliers, d’une politique centralisatrice, restrictive et néanmoins très onéreuse, représentant 11,2% du PIB en 2018, parmi les quatre pays dont le financement est le plus élevé de l’OCDE?

Taïwan, dont le système de santé est très largement privatisé, a réussi à maîtriser la propagation de la maladie sans confinement généralisé

Peut-on, doit-on faire confiance à cet État qui n’a pas prévu de stocks suffisants de masques et de tests, qui s’inquiète de l’insuffisance de lits respiratoire et tarde à en appeler aux lits inoccupés des hôpitaux privés? L’État ne sait pas tout! D’autres politiques étaient possibles. Sans confinement généralisé, la Corée du Sud et Taïwan, dont le système de santé est très largement privatisé, ont réussi à maîtriser la propagation de la maladie avec des distributions ou ventes massives de masques de protection et la multiplication des dépistages permettant un suivi des parcours du virus pour chaque patient.

L’État pourtant s’institue désormais en grand ordonnateur. Puisqu’il a renvoyé les salariés chez eux et que d’autres utilisent leur droit de retrait, qui leur permet de quitter leur travail en cas de danger tout en étant payé, il lui faut venir au secours des entreprises en perdition. Va-t-il prendre en charge les loyers des commerces fermés, s’opposer aux cessations de paiement, réquisitionner… et à quel coût? Il a annoncé des dizaines de milliards et il en faudra peut-être des centaines… à la charge des contribuables bien sûr, car ce sont toujours eux qui payent à la fin.

Pourtant, avec l’argent perdu par tant d’activités étouffées dans l’industrie et le commerce, combien d’autres vies aurions-nous pu sauver par la recherche, la découverte accélérée d’autres remèdes et vaccins? Et combien d’autres morts ou d’autres malades causeront indirectement ces faillites inévitables, le chômage qui s’ensuivra, la pauvreté et la détresse qui augmenteront? Il y a ce qui se voit et ce qui ne se voit pas!

Sûr que sa douce tyrannie est bonne, l’État n’en profitera-t-il pas pour étendre son pouvoir sur les citoyens et bientôt sur leur esprit?

Mais l’État aura pris déjà soin des affaires de tous. Il se croira indispensable. Sûr que sa douce tyrannie est bonne, n’en profitera-t-il pas, comme en Chine, pour étendre son pouvoir sur les citoyens et bientôt sur leur esprit qu’il confinera aussi dans une pensée correcte? Pour le craindre, il suffit de lire le projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 selon lequel «la déclaration de l’état d’urgence sanitaire donne pouvoir au Premier ministre de prendre par décret pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, les mesures générales limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion et permettant de procéder aux réquisitions de tout bien et services nécessaires (…)». Il s’agit de nos libertés essentielles, constitutionnelles. Et on les supprime dans une loi d’urgence qui sera adoptée en catimini dans des hémicycles désertés par la peur! Il n’est pas sûr que ce soit conforme à la Constitution, mais qui osera s’y opposer puisque nous sommes en guerre!

Certes, je n’imagine pas que MM. Macron et Philippe instituent aujourd’hui un État totalitaire, mais ils habituent la politique française à ces mesures sur la base d’une situation décrétée d’urgence absolue dans des conditions qui ne le méritaient peut-être pas. Ils augurent mal de l’avenir pour lequel déjà ils parlent de nationaliser, de contrôler la production…

Les libertés dédaignées seront amoindries.

Une nouvelle religion de précaution se sera répandue pour croire que l’héroïsme conduit à vivre chez soi s’il est dangereux d’en sortir. Tous se seront accoutumés à une présence publique plus tutélaire que jamais. Patrons, indépendants et salariés garderont tendue la main qui réclame l’aumône que l’État leur consent après en avoir prélevé le montant sur leur dos. Les libertés dédaignées seront amoindries et difficiles à recouvrer. La puissance publique régnera et aura pris plaisir à son obésité. Sauf si nous savons réagir bien sûr et prendre mesure de toutes choses. Face au Coronavirus, gardons en tête ces mots de Corneille dans Polyeucte: «Je ne hais point la vie, et j’en aime l’usage, / Mais sans attachement qui sente l’esclavage.»

Voir encore:

Crise sanitaire : la dangereuse tentation de la surveillance de masse

Paul Melun et Philippe Dorthela mettent en garde contre la tentation de la surveillance de masse pour régler la crise en cours.

La crise sanitaire est rude pour les démocraties libérales. Impréparées face à une telle onde de choc, le défi est immense pour ces nations plus que jamais ouvertes à une mondialisation où le rôle de l’Etat se réduit à peau de chagrin. Désormais, les démocraties doivent résoudre une équation complexe ; entre garantie des libertés individuelles et efficacité de la gestion de la crise.

L’Europe en crise

L’action trop tardive des gouvernements européens lors des premières semaines a provoqué une propagation non maitrisée du Covid-19 sur plusieurs pays avec un foyer très actif en Italie. En France, le discours affirmant que le pays était largement équipé et que le virus n’était pas plus dangereux qu’une grippe saisonnière dominait largement. Comme du temps de la ligne Maginot et de la guerre éclair (Blitzkrieg), les certitudes d’une protection totalement étanche ont été battues en brèche par les faits.

Désormais, la crise est au cœur du Vieux Continent et la politique de rigueur budgétaire et ses 3% de déficit semble bien dérisoire face aux funestes conséquences des fermetures de lits, des délocalisations de la production de denrées médicales et des baisses de commandes de masques. Au pied du mur, le gouvernement fait le choix d’un comité scientifique sur lequel il fonde ses décisions. Le rôle du politique est pourtant, en consultation étroite avec les experts, d’arbitrer selon des valeurs et avec humanité, il est impensable en démocratie de déléguer le pouvoir démocratique aux mêmes experts.

Faire croire aux Français que face à la crise sanitaire il serait incontournable de recourir à de telles méthodes constitue une grave menace

En parallèle de cette gouvernance des experts, la tentation de la surveillance de masse devient l’un des remèdes qui s’instille insidieusement dans les esprits depuis quelques jours. Des drones sont ainsi déployés dans les rues de Nice ou Paris afin de rappeler à l’ordre les citoyens. Si ce type d’usages reste circonscrit en France, en Asie son usage est bien plus contestable. En Corée du Sud, la stratégie numérique d’identification des citoyens est mise en place et les déplacements des individus sont tracés et contrôlés à distance à l’aide des smartphones. A la manière des récits de science-fiction des années 1980, l’Asie du sud-est devient un terrain d’expérimentation pour une surveillance orwellienne profitant du climat de pandémie.

Là-bas, les individus se déplacent sous l’œil acéré d’un « big brother étatique ». Partout dans le monde, le e-commerce devient incontournable en temps de crise et se donne quasiment une mission de service public auprès des citoyens ; derrière cette image vertueuse et bienveillante reste pourtant un nouveau pouvoir désormais incontournable, aux capacités de surveillance immenses.

La France est aujourd’hui tentée d’emprunter cette voie. Certains experts réclament au comité scientifique français d’explorer ces mesures venues d’Asie. Face à cela Jacques Toubon le défenseur des droits appelle, à raison, à la plus grande prudence sur les libertés individuelles. Faire croire aux Français que face à la crise sanitaire il serait incontournable de recourir à de telles méthodes constitue une grave menace. Ouvrir la voie à de telles mesures, quand bien même nous soyons face à une pandémie, est la garantie de décennies bien plus funestes à l’issue de la crise.

Une tentation liberticide et inefficace

Outre la dimension liberticide de la surveillance de masse, son efficacité très limitée doit être relevée. Les premiers retours d’expérience étrangers montrent que le confinement strict et la distribution massive de masques sont les seules façons d’endiguer le mal en attendant un remède. Ceci réclame de la part de la France deux réponses ; logistique et juridique. Le basculement réel et profond de l’économie nationale afin de mobiliser pleinement l’appareil productif (réquisition de sites industriels notamment) et l’utilisation de l’arsenal juridique dont la constitution de 1958 voulut par le Général de Gaulle permet de disposer en cas de crise.

Demain, l’expertise devra être citoyenne !

La sortie de crise nécessite un Etat fort s’inscrivant dans le strict respect des libertés publiques et dans une action politique au service des citoyens. C’est dans les temps de crise que les démocraties doivent demeurer des lueurs d’espoir, sans jamais éteindre leur humanité au nom d’une hypothétique rationalité, fussent-elles professées par des « experts ». L’après crise ne pourra se passer d’une réflexion collective, pour choisir les nouveaux fondamentaux qui demain orchestreront notre quotidien. Demain, l’expertise devra être citoyenne !

Voir par ailleurs:

Two thirds of coronavirus victims may have died this year anyway, government adviser says

Professor Neil Ferguson said experts were now expecting around 20,000 deaths, although said it may turn out to be a lot less

Up to two thirds of people who die from coronavirus in the next nine months are likely to have died this year from other causes, a government advisor has said.

Professor Neil Ferguson, who is recovering at home from Covid-19, told the Science and Technology Committee that experts were now expecting around 20,000 deaths, although said it may turn out to be a lot less.

But he said that many of those deaths were likely to be old and seriously ill people who would have died from other conditions before the end of the year.

Appearing via videolink, and drinking from a Keep Calm and Carry On mug, Prof Ferguson said: “We don’t know what the level of excess deaths will be in the epidemic, in that, by the end of the year what proportion of people who died from covid would have died? It might be as much as half or two thirds of the deaths we see, because these are people at the end of their lives or have underlying conditions so these are considerations. Fatalities are probably unlikely to exceed 20,000 with social distancing strategies but it could be substantially lower than that and that’s where real time analysis will be needed.”

Prof Ferguson, who sits on the government’s Scientific Advisory Group for Emergencies (Sage) said that the decision to lockdown Britain had been taken because the NHS simply could not have coped with the surge in demand, which would have had a huge knock-on effect for other health services, potentially having unintended consequences.

He said that he expected the virus to peak within 2.5 to three weeks before tailing off and said that the warmer weather could also see transmision dip by up to 20 per cent.

The government’s strategy is to keep people apart to flatten the peak so that the health service can cope with the cases until a vacc