Pauvreté: C’est notre tolérance qui diminue, imbécile ! (Contrary to much of the public perception, liberalization and globalization have not led to an increase in poverty rates)

3 décembre, 2016

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poverty2Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite. Jésus (Matthieu 6: 3)
Les justes lui répondront: Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi? Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 44-45)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
L’exigence chrétienne a produit une machine qui va fonctionner en dépit des hommes et de leurs désirs. Si aujourd’hui encore, après deux mille ans de christianisme, on reproche toujours, et à juste titre, à certains chrétiens de ne pas vivre selon les principes dont ils se réclament, c’est que le christianisme s’est universellement imposé, même parmi ceux qui se disent athées. Le système qui s’est enclenché il y a deux millénaires ne va pas s’arrêter, car les hommes s’en chargent eux-mêmes en dehors de toute adhésion au christianisme. Le tiers-monde non chrétien reproche aux pays riches d’être leur victime, car les Occidentaux ne suivent pas leurs propres principes. Chacun de par le vaste monde se réclame du système de valeurs chrétien, et, finalement, il n’y en a plus d’autres. Que signifient les droits de l’homme si ce n’est la défense de la victime innocente? Le christianisme, dans sa forme laïcisée, est devenu tellement dominant qu’on ne le voit plus en tant que tel. La vraie mondialisation, c’est le christianisme! René Girard
Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
La carte de juin (1967) est pour nous synonyme d’insécurité et de danger. Je n’exagère pas quand je dis que c’est pour nous comme une mémoire d’Auschwitz. Abba Eban (1969)
L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. France diplomatie
Le règlement n° 1169/2011 du 25 octobre 2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires prévoit que les mentions d’étiquetage doivent être loyales. Elles ne doivent pas risquer d’induire le consommateur en erreur, notamment sur l’origine des produits. Aussi, les denrées alimentaires en provenance des territoires occupés par Israël doivent-elles porter un étiquetage reflétant cette origine. En conséquence, la DGCCRF attire l’attention des opérateurs sur la communication interprétative relative à l’indication de l’origine des marchandises issues des territoires occupés par Israël depuis juin 1967, publiée au Journal officiel de l’Union européenne le 12 novembre 2015. Celle-ci précise notamment qu’en vertu du droit international le plateau du Golan et la Cisjordanie, y compris Jérusalem Est, ne font pas partie d’Israël. En conséquence, l’étiquetage des produits alimentaires, afin de ne pas induire en erreur le consommateur, doit indiquer de manière précise l’exacte origine des produits, que leur indication soit obligatoire en vertu de la réglementation communautaire ou qu’elle soit volontairement apposée par l’opérateur. En ce qui concerne les produits issus de Cisjordanie ou du plateau du Golan qui sont originaires de colonies de peuplement, une mention limitée à « produit originaire du plateau du Golan » ou « produit originaire de Cisjordanie » n’est pas acceptable. Bien que ces expressions désignent effectivement la zone ou le territoire au sens large dont le produit est originaire, l’omission de l’information géographique complémentaire selon laquelle le produit est issu de colonies israéliennes est susceptible d’induire le consommateur en erreur quant à la véritable origine du produit. Dans de tels cas, il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, l’expression « colonie israélienne » ou des termes équivalents. Ainsi, des expressions telles que « produit originaire du plateau du Golan (colonie israélienne) » ou « produit originaire de Cisjordanie (colonie israélienne) » peuvent être utilisées. Journal officiel de la République française (Avis aux opérateurs économiques relatif à l’indication de l’origine des marchandises issues des territoires occupés par Israël depuis juin 1967, 24 novembre 2016)
[cette nouvelle bourgeoisie] se présente comme différente mais sur les fondamentaux, elle fonctionne un peu comme la bourgeoisie d’avant. Elle vit là où ça se passe, c’est-à-dire dans les grandes métropoles, les secteurs économiques les mieux intégrés dans l’économie du monde. Elle est dans la reproduction sociale. On ne compte plus les fils de… Tout ça est renforcé par les dynamiques territoriales qui tendent à concentrer les nouvelles catégories supérieures dans les grands centres urbains avec une technique géniale qui est d’être dans le brouillage de classe absolu. (…) Cette bourgeoisie ne se définit pas comme une bourgeoisie. Elle refuse bien évidemment cette étiquette. C’est une bourgeoisie cool et sympa. D’où la difficulté pour les catégories populaires à se référer à une conscience de classe. Hier, vous aviez une classe ouvrière qui était en bas de l’échelle sociale mais qui pouvait revendiquer, s’affronter, ce qui est beaucoup plus compliqué aujourd’hui. On a des gens apparemment bienveillants, qui tendent la main et qui se servent beaucoup de la diversité et de l’immigration pour se donner une caution sociale. Mais quand on regarde les choses de près, ce sont en fait des milieux très fermés.(…) Ça, c’est dans les discours mais dans les faits, ce que l’on observe, c’est une spécialisation sociale des territoires. Un rouleau compresseur, celui des logiques foncières, tend à concentrer de plus en plus ces catégories supérieures alors même qu’elles nous expliquent que l’on peut être dispersé dans l’espace, que via le réseau numérique on peut vivre n’importe où. (…) Quand on prend sur le temps long, on voit bien qu’il y a une recomposition sociale du territoire qui nous dit exactement ce qu’est le système mondialisé. En gros, nous n’avons plus besoin, pour créer de la richesse, de ce qui était hier le socle de la classe moyenne : ces ouvriers, ces employés, ces petits indépendants, ces petits paysans. Avec le temps, ces catégories se trouvent localisées sur les territoires les moins dynamiques économiquement, qui créent le moins de richesses et d’emplois. C’est cette France périphérique de petites villes, de villes moyennes et de zones rurales. C’est un modèle que l’on retrouve partout en Europe. [Le mouvement des bonnets rouges en Bretagne] (…)  Ce qui m’a frappé, c’est que ce mouvement est parti de petites villes, de zones rurales et non pas de Rennes, Brest ou Nantes. Pourquoi ça part de là ? Parce ce que vous avez là des gens qui sont dans une fragilité sociale extrême. Quand ils ont du travail, ils ont peur de le perdre car il y a très peu de création d’activité. Le problème, c’est que tous les spécialistes des territoires pensent toujours à partir de la métropole.(…) C’est vrai que l’on nous parle toujours de la métropolisation comme d’un système très ouvert. On dit que par « ruissellement », les autres territoires vont en profiter. C’est tout l’argumentaire depuis 20 ans mais il faut bien constater qu’il n’y a pas de créations d’emplois sur ces territoires de la France périphérique. Certes, il y a de la redistribution à travers notamment les dotations mais ce n’est pas ça qui fait société. Les gens n’ont pas envie de tendre la main et attendre un revenu social. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la thématique du revenu universel est aussi bien portée par des libéraux de droite que de gauche. Il y a derrière l’idée que les gens ne retrouveront jamais du boulot.(…) On ne peut pas dire que le modèle économique ne marche pas. Il crée même beaucoup de richesses mais il ne fait plus société, il n’intègre pas le plus grand nombre. On est dans un temps particulier aujourd’hui, qui est le temps de la sortie de la classe moyenne. Les ouvriers et les employés, qui étaient le socle de la classe moyenne, sont pourtant majoritaires. Quand vous ajoutez villes moyennes, petites villes et zones rurales, vous arrivez à 60 % de la population. Il y a certes beaucoup de retraités sur ces territoires mais aussi plein de jeunes de milieux populaires qui sont bloqués, qui n’ont pas accès à la grande ville. Pendant un moment, la création d’emplois de fonctionnaires territoriaux a pu compenser ce phénomène mais aujourd’hui c’est fini. (politiquement) On le voit déjà. Trump aux États-Unis, c’est le vote de cette classe moyenne qui est en train de disparaître. Le Brexit, c’est exactement la Grande-Bretagne périphérique des petites villes et des zones rurales où vous avez l’ancienne classe ouvrière, qui paie l’adaptation au modèle économique mondialisé. Tout ça est très rationnel. On analyse toujours ces votes comme un peu irrationnels, protestataires. Il y a de la colère mais il y a surtout un diagnostic. On oublie toujours de dire que les gens des milieux populaires ont joué le jeu de la mondialisation et de l’adaptation mais pour rien. À la fin ils ont toujours de petits salaires avec des perspectives pour leurs enfants qui se réduisent. C’est ça qui se joue électoralement. On a des partis politiques qui ont été inventés pour représenter la classe moyenne qui n’existe plus aujourd’hui. Et le Front national n’a pas grand-chose à faire pour ramasser la mise. Il n’a même pas besoin de faire campagne. (…) Je fais vraiment un distinguo entre les élus d’en bas et ceux d’en haut. Les élus d’en bas comprennent très bien ce qui se passe. Ils connaissent leurs territoires. Mais il y a une classe politique d’en haut qui est complètement hors sol. Le clivage est vraiment à l’intérieur des partis. Christophe Guilluy
À l’heure où les plus diplômés accèdent au sommet de la pyramide de répartition des revenus et s’en sortent mieux que jamais, ceux qui n’ont pas suivi d’études au-delà du lycée sont confrontés au déclin de leurs revenus, de leur niveau de vie, et à l’assombrissement des perspectives qui sont les leurs et celles de leurs enfants. En effet, la classe moyenne américaine est aujourd’hui profondément affectée. (…) Le problème de fond réside en ce que les nouvelles technologies, au premier rang desquelles les technologies de l’information, ont véritablement transformé la nature du travail. Comme l’expliquent David Autor et David Dorn, de nombreux emplois moyennement qualifiés, moyennement rémunérés, et bénéficiant à la classe moyenne, ont aujourd’hui disparu. Les emplois nouvellement apparus sont désormais généreusement rémunérés pour les plus diplômés, et très faiblement rétribués pour ceux qui n’ont étudié que jusqu’au lycée. L’un des symptômes majeurs de cette évolution, parmi tant d’autres, réside dans la disparition des métiers d’usine correctement rémunérés. Le secteur manufacturier a perdu plus de deux millions d’emplois entre 2004 et 2014, et ne représente aujourd’hui qu’un peu plus de 8 % de l’emploi total – poursuivant sa longue descente observée depuis les années 1950. Cette tendance associée aux technologies se trouve par ailleurs accentuée par la baisse des coûts liés aux transports et à la communication, qui rend plus abordable la possibilité de transporter des marchandises sur de longues distances.  Le développement de réseaux de fournisseurs complexes facilite la délocalisation d’activités manufacturières en direction de pays au sein desquels les salaires sont moins élevés. Nombre de sociétés américaines ont fait de cette démarche l’une des principales composantes de leur stratégie d’entreprise, avec pour conséquence le déclin du secteur manufacturier américain, qui va de pair avec un déclin de la syndicalisation. Lorsqu’un salarié perd un emploi syndiqué à salaire et à avantages relativement élevés, il est bien souvent remplacé par un salarié moins bien payé, qui ne bénéficiera pas du même niveau d’avantages. Si la crise financière de 2008 a exacerbé les inégalités de revenus et la précarité économique, c’est notamment parce qu’elle a accéléré la disparition des emplois manufacturiers. Les arguments selon lesquels il s’avérait nécessaire, voire « optimal », de concentrer les aides financières publiques sur les banques et leurs dirigeants sont en réalité peu convaincants (du moins ailleurs qu’à Wall Street). Certes, les Américains les plus fortunés ont subi une perte considérable de richesse lorsque les prix des actifs se sont effondrés. Pour autant, ils ont depuis bénéficié d’une reprise solide du prix de leurs actions et de leurs biens immobiliers haut de gamme. (…) Autre perspective inquiétante, la prochaine vague technologique, qui verra par exemple se développer les véhicules sans conducteur, promet d’impacter considérablement les revenus et les opportunités de tous ceux qui aujourd’hui vivent de la livraison de marchandises ou du transport de passagers au moyen d’un véhicule. Par ailleurs, les progrès rapides de l’intelligence artificielle et de la robotique signifient que même si la production manufacturière américaine se stabilise, voire se redynamise, elle ne renouera jamais plus avec le volume d’emplois moyennement qualifiés observé autrefois. De même, cette automatisation annonce une diminution du nombre d’emplois actuellement bien rémunérés dans le secteur des services. Simon Johnson

Pour moi, le RMI était le retour de l’État à ses devoirs. Autant je pouvais admirer la charité chrétienne de l’abbé Pierre et la solidarité laïque de Coluche, autant j’étais convaincu que, dans un pays riche, c’est du devoir de l’État qu’aucun citoyen ne meure de froid ni de faim. Tel était l’objet du RMI, ouvert à tous sans condition de statut. En outre, fixé à un niveau évidemment inférieur au smic pour respecter la primauté du travail, le RMI ne coûte presque rien : une goutte d’eau dans l’océan des dépenses sociales, même avec un million de bénéficiaires. Cela dit, il ne nous avait pas échappé, dès sa création, que le RMI poserait deux problèmes. Le «I», tout d’abord, ce «I» de «insertion». Mis dans la loi pour rassurer les députés obsédés par le «délit de fainéantise», le dispositif d’insertion n’avait pas les moyens de traiter individuellement tous les RMIstes, ou alors le «I» de l’insertion aurait coûté beaucoup plus cher que le «RM» du revenu minimum. En outre, et surtout, il y avait une sorte de contradiction conceptuelle entre l’idée que tout citoyen a droit de manger et l’obligation d’insertion. Pour quelqu’un qui veut consacrer sa vie à écrire des poèmes ou à peindre des toiles qui ne se vendent pas, et qui se satisfait du RMI, que signifie l’insertion ? Si le RMI avait existé, peut-être que Van Gogh et Verlaine auraient un peu moins souffert ! Le revenu minimum, ensuite. Ma proposition personnelle n’était pas celle-là. C’était celle de l’impôt négatif : plus un citoyen est riche, plus il paie d’impôt positif ; plus un citoyen est pauvre, plus il reçoit d’impôt négatif. Il y a une échelle progressive, sans discontinuité. Le revenu minimum, lui, n’a pas cette qualité : on le donne à celui qui n’a rien et on l’enlève entièrement à celui qui retrouve un travail et un revenu. Dès qu’il gagne 100 € par son activité, il perd 100 € de son RMI. C’est évidemment fort peu motivant pour aller travailler. Une nouvelle étape du RMI est donc nécessaire, c’est le RSA, revenu de solidarité active, et c’est le grand mérite de Martin Hirsch, à partir de quelques expériences menées en région, d’avoir su proposer une réforme d’ensemble du système actuel vers un dispositif proche de l’impôt négatif, c’est-à-dire un dispositif où, comme pour tout impôt, on a toujours intérêt à gagner plus, car, comme on dit, «il en reste toujours quelque chose», ce qui n’était pas le cas du RMI. Mais, voilà le hic, le RSA est coûteux. Jusqu’à présent, on n’accompagne les bénéficiaires que jusqu’au moment où ils gagnent l’équivalent du RMI. Avec le RSA, on les accompagne au-delà du RMI et, compte tenu des besoins des travailleurs pauvres, non seulement jusqu’au smic, mais vraisemblablement un peu au-dessus du smic. Le calcul n’est pas sorcier : si on veut maintenir, par exemple, 50 € d’aide à celui qui gagne 100 € de plus, cela veut dire qu’on l’accompagne jusqu’à ce qu’il gagne deux fois le RMI, ce qui fait plus que le smic. Or il y a beaucoup de Français qui, à temps partiel ou à temps plein, sont à 20 ou 25 % autour du smic, au-dessus ou au-dessous. Même si le RSA ne donne à chacun qu’un petit complément, cela fait quand même un gros montant total, d’où le débat budgétaire actuel. Ce qu’on semble oublier dans ce débat, c’est que la totalité du RSA, je dis bien la totalité, va aux chômeurs ou aux travailleurs pauvres. C’est donc, à partir du RMI, la plus importante action de lutte contre la pauvreté jamais faite en France (et aussi dans l’Union européenne). (…) Il lui restera alors un dernier obstacle à franchir : la complexité. Moins simple par nature que le RMI, il devra, pour être efficace, être compréhensible et être compris. Contrairement à la prime pour l’emploi dont aucun bénéficiaire n’a jamais compris ni pourquoi, ni comment, ni quand il la touche, il faut que le salarié «s’approprie» le RSA en sachant à quels avantages il a droit et ce qu’il en garde chaque fois qu’il parvient à augmenter son revenu. C’est alors, et seulement alors, qu’il saura se bâtir un projet de réinsertion dans la société. Le «I» du RMI était passif, le «A» du RSA est actif, voilà ce qui fait toute la différence. Lionel Stoleru (2008)

Mr. Trump secured the White House in part by vowing to bring manufacturing jobs back to American shores. The president-elect has fixed on China as a symbol of nefarious trade practices while threatening to slap 45 percent punitive tariffs on Chinese imports. But many existing American manufacturing jobs depend heavily on access to a broad array of goods drawn from a global supply chain — fabrics, chemicals, electronics and other parts. Many of them come from China. (…) In short, Mr. Trump’s signature trade promise, one ostensibly aimed at protecting American jobs, may well deliver the reverse: It risks making successful American manufacturers more vulnerable by raising their costs. It would unleash havoc on the global supply chain, prompting some multinationals to leave the United States and shift manufacturing to countries where they can be assured of buying components at the lowest prices. (…) Trade experts dismiss Mr. Trump’s threat of tariffs as campaign bluster that will soon give way to pragmatic concerns about growth and employment. Between 1998 and 2006, the imported share of components folded into American manufacturing rose to 34 percent from 24 percent, according to one widely cited study. International law also limits the scope of what the Trump administration can do. Under the rules of the World Trade Organization, the United States cannot willy-nilly apply tariffs. It must develop cases industry by industry, proving that China is damaging American rivals through unfair practices. (…) But Mr. Trump has suggested taking the extraordinary step of abandoning the W.T.O. to gain authority to dictate terms. His successful strong-arming of Carrier, the air-conditioner company, which agreed to keep 1,000 jobs at a plant in Indiana rather than move them to Mexico, attests to his priorities in delivering on his trade promises. The people advising Mr. Trump on trade have records of advocating a pugnacious response to what they portray as Chinese predations. (…) But Mr. Navarro also cast the threat of tariffs as an opening gambit in a refashioning of trade positions. (…) Even if factory work does return to the United States, though, that is unlikely to translate into many paychecks. As automation spreads, robots are primed to secure most of the jobs. (…) In threatening tariffs, Mr. Trump is wielding a blunt instrument whose impacts are increasingly easy to evade by sophisticated businesses with operations across multiple borders. The geography of global trade is perpetually being redrawn. In China, factory owners, casting a wary eye on Mr. Trump, are accelerating their exploration of alternative locales with lower-wage workers across Southeast Asia and even as far away as Africa. In Vietnam, entrepreneurs are preparing for a potential surge of incoming investment from China should Mr. Trump take action. In Europe, factories that sell manufacturing equipment to China are watching to see if Mr. Trump will unleash trade hostilities that will damage global growth. (…) Seven years ago, the Obama administration accused China of unfairly subsidizing tires. It imposed tariffs reaching 35 percent. A subsequent analysis by the Peterson Institute for International Economics, a nonpartisan think tank, calculated the effect: Some 1,200 American tire-making jobs were preserved, but American consumers paid $1.1 billion extra for tires. That prompted households to cut spending at retailers, resulting in more than 2,500 net jobs lost. (…) The TAL Group claims to make one of every six dress shirts sold in the United States. It produces finished goods for Brooks Brothers, Banana Republic and J. Crew, operating 11 factories worldwide. If Mr. Trump places tariffs on China, the company will accelerate its shift to Vietnam, said TAL’s chief executive, Roger Lee. If that trade is disrupted, the work would flow to other low-cost countries like Bangladesh, India and Indonesia. Mr. Lee can envision no situation in which the physically taxing, monotonous work of making garments will go to the United States. “Where are you going to find the work force in the U.S. that is willing to work at factories?” Mr. Lee said. (…) The American textile industry is small and increasingly dominated by robots. The rest of the world holds billions of hands willing to work cheaply. (…) But the textile and apparel trades are relatively simple businesses. If the cost of making trousers becomes less appealing in China, a room full of sewing machines in Cambodia can quickly be filled with low-wage seamstresses. Industries involving precision machinery are not so easily reassembled somewhere else. An abrupt change to the economics would devastate factories that could not quickly line up alternative suppliers. American automakers are especially dependent on the global supply chain. Between 2000 and 2011, the percentage of imported components that went into exported American-made vehicles grew to 35 percent, from 24 percent, according to the Organization for Economic Cooperation and Development. The NYT
La vague réactionnaire qui submerge les démocraties occidentales est construite sur un mythe, celui d’un âge d’or… qui n’a jamais existé. Et sur un faux postulat selon lequel l’humanité serait en perdition. Ce qui semblait impossible s’est finalement produit. Donald Trump a gagné l’élection présidentielle américaine la plus détestable et la plus inquiétante de l’ère moderne. Elle a marqué l’irruption du populisme à une échelle sans précédent dans l’histoire de la démocratie américaine. Cette dernière n’est plus immunisée contre une maladie qui a ravagé l’Europe il y a quatre-vingt ans et a fait son retour dans l’ensemble du monde occidental et bien au-delà. Cette vague, apparemment irrésistible, a deux ressorts, la désignation d’un bouc émissaire et la négation de la réalité. Tous nos maux proviennent de l’étranger et des élites qui sont vendues à ces intérêts. Retrouver la grandeur passée, reprendre le contrôle de notre destin, renouer avec une société qui nous ressemble sont les slogans politiques de notre temps. On les retrouve aussi bien avec Donald Trump que parmi les partisans du Brexit, dans les partis d’extrême-droite européens, avec Vladimir Poutine en Russie, avec Recep Tayyip Erdogan en Turquie, avec Narenda Modi en Inde et même, à une autre échelle, avec Daech. L’islamisme politique n’a-t-il pas pour ambition de retrouver la prétendue pureté religieuse originelle et la puissance militaire qui lui est associée? Donald Trump promet de rendre «l’Amérique grande à nouveau». Vladimir Poutine entend renouer avec les ambitions impériales de la Russie tsariste et de l’URSS et Erdogan avec le destin de l’empire ottoman. Narenda Modi s’appuie sur un nationalisme hindou construit sur un affrontement avec l’Islam. Et les partisans du Brexit comme ceux de Marine Le Pen voient dans la fermeture des frontières et le rejet de l’immigration le moyen de revenir à un âge d’or de prospérité et d’entre soi. Un âge d’or qui n’a jamais existé. La pensée réactionnaire est toujours construite selon le même schéma, explique Mark Lilla, professeur à l’Université de Columbia et auteur d’un livre récent intitulé The Shipwrecked Mind: on Political Reaction («Naufrage intellectuel: la réaction politique»), dans le New York Times. Elle part de la description d’une période idéale, «un Etat où règne l’ordre et où les personnes partagent un même destin… Puis des idées étrangères promues par des intellectuels et des forces extérieures –écrivains, journalistes, professeurs, étrangers– détruisent cette harmonie. La trahison des élites est centrale dans tout mythe réactionnaire…». Désigner à la vindicte populaire le ou les responsables de nos malheurs, au hasard l’immigration, l’Europe, la finance cosmopolite, la mondialisation, le capitalisme, les Etats-Unis, la Chine, le sionisme, l’islam… est d’une redoutable efficacité politique. Sans doute plus encore à l’époque des réseaux sociaux et de l’omniprésence de l’information instantanée qui n’a pour seul horizon que la polémique artificielle du jour, rapidement effacée par celle du lendemain. Face à un monde compliqué et vide de sens, le «C’était mieux avant» apporte une réponse simpliste et réconfortante au sentiment de déclassement, d’abandon, d’aliénation et d’humiliation d’une partie grandissante de nos sociétés. Mais si la souffrance économique comme identitaire est bien réelle, la réponse qui consiste à désigner des responsables, les chasser… et revenir ainsi par magie à la grandeur et à l’harmonie passée est une dangereuse illusion. (…) La réponse à ces marchands d’illusion et de malheur existe, même si elle tarde à venir. Elle se trouve dans les enseignements de l’histoire et l’affirmation des faits. La réaction est construite sur un mythe, celui d’un passé fantasmé, et sur un faux postulat, l’humanité est en perdition. Les réactionnaires promettent d’effacer ce que la modernité aurait détruit d’une société harmonieuse à taille humaine. Ils affirment que leur pays et leur société ont fait fausse route, guidés par des élites apatrides, des ploutocrates, et qu’il faut revenir en arrière. Donald Trump ou Eric Zemmour s’insurgent contre un effondrement moral, politique et économique. Il n’existe pas. Les sociétés du siècle passé avaient leurs guerres, leurs mouvements sociaux, leur terrorisme, leur misère, leur violence, leurs discriminations, leurs laissés-pour-compte, leurs corrompus… La réalité objective de l’humanité ne correspond en rien au catastrophisme ambiant. Il n’y a tout simplement jamais eu sur terre de meilleure période pour être vivant, explique l’historien suédois Johan Norberg dans son livre Progress: Ten Reasons to Look Forward to the Future («Progrès: dix raisons d’attendre avec impatience l’avenir»). «L’humanité n’a jamais été plus riche, en bonne santé, libre, tolérante et éduquée», résume-t-il (…) L’espérance de vie moyenne dans le monde était de 31 ans en 1900. Elle est aujourd’hui de 71 ans. La Banque mondiale a défini le seuil de la misère extrême à un revenu équivalent à 2 dollars par jour. En 1800, 94% de nos ancêtres vivaient dans une pauvreté extrême. En 1990, 37% de la population mondiale se trouvait encore dans cette situation. Ce chiffre est revenu aujourd’hui à moins de 10%. Nous vivons dans l’ère la plus pacifique de l’histoire humaine. Le taux annuel d’homicide dans l’Europe médiévale était de 32 pour 100.000. A la fin du XXe siècle, ce chiffre est tombé à 1 pour 100.000. Le taux de mortalité de personnes ayant péri lors de conflits armés est passé de 195 par million en 1950 à 8 par million en 2013. En 1800, seuls 12% des adultes étaient capables de lire. En 1950, le niveau mondial d’alphabétisme était de 40%. Il est aujourd’hui de 86% et la différence entre les hommes et les femmes ne cesse de reculer. En 1990, il y avait 76 démocraties électorales. Il y en avait 125 en 2015. L’air de Londres est aujourd’hui aussi propre qu’au début de la révolution industrielle et les forêts s’étendent à nouveau en Europe. (…) Cela ne veut pas dire que notre planète soit un paradis. Que les sociétés ne sont pas fracturées par des transformations brutales qu’elles n’arrivent pas à surmonter. Mais personne ne veut voir la réalité des progrès spectaculaires de l’humanité. Nous préférons nous complaire dans les peurs, les fantasmes et l’annonce de catastrophes. (…) Les réactionnaires exploitent l’appauvrissement relatif de la classe moyenne et l’angoisse irrationnelle de l’avenir. Ils apportent une réponse absurde et dangereuse à de vrais problèmes nés de la mondialisation et de l’évolution technologique: l’angoisse culturelle et identitaire et la bipolarisation du marché du travail. Rendre moins douloureux le sentiment d’un déclin identitaire et culturel prend du temps. Cela se fait dans l’éducation, le respect et plus encore la connaissance de l’autre. Le paradoxe, c’est que la tolérance progresse en fait rapidement dans le monde, mais qu’il est difficile de le voir. La bipolarisation du marché du travail pose un problème encore plus grave aux sociétés, notamment occidentales. C’est ce qu’explique l’économiste Patrick Artus dans Le Point. «Les créations d’emplois se concentrent aux deux extrêmes, emplois qualifiés à rémunération élevée, emplois peu qualifiés à rémunération faible; entre ces deux extrêmes, les emplois intermédiaires (la classe moyenne) disparaissent progressivement…». La plupart des études montrent que cette division du marché du travail est plus liée à la technologie qu’à la mondialisation et aux délocalisations. C’est la technologie qui a chassé la main d’œuvre des campagnes puis des usines et aujourd’hui de bon nombre d’emplois intermédiaires dans les services. Ce phénomène va s’accélérer, avec par exemple le développement des véhicules autonomes et des robots. Un processus de destruction/création brutal. De nouveaux emplois apparaissent et apparaîtront –les besoins sont sans limites–, mais là encore il faudra du temps. Les États ont un rôle indispensable à jouer dans la formation et dans la protection, avec, pourquoi pas, l’instauration d’un revenu universel. S’ils ne le font pas, les marchands d’illusion ne sont pas prêts de disparaître. Eric Leser
In 1981, the year Ronald Reagan became America’s 40th President, 44.3 percent of the world lived in extreme poverty (i.e., less than $1.90 per person per day). Last year, it was 9.6 percent. That’s a decline of 78 percent. In East Asia, a region of the world that includes China, 80.6 percent of people lived in extreme poverty. Today, 4.1 percent do—a 95 percent reduction. Even in sub-Saharan Africa, a relatively under-performing region, the share of the population living on less than $1.9 per day dropped by 38 percent. When talking about U.S. poverty rates, it is important to keep in mind that extreme poverty in America is vanishingly rare. According to both the Nobel Prize-winning economist Angus Deaton and Cato’s Michael Tanner (who relied on U.S. Census Bureau data), the American poverty rate has moved between 15.2 and 11.3 percent over the last four decades. On three occasions (1983, 1993 and 2010) it reached over 15 percent of the population. Those were post-recession peaks that disappeared as soon as the economy recovered. In fact, America experienced her lowest poverty rate since 1974 in 2000, when openness of the American economy, as measured by the Fraser Institute’s Economic Freedom of the World index, was at its highest. Marian Tupy
More Americans believe in astrology and reincarnation than in progress. But poverty, malnutrition, illiteracy, child labour and infant mortality are falling faster than at any other time in human history. The risk of being caught up in a war, subjected to a dictatorship or of dying in a natural disaster is smaller than ever. Part of our problem is one of success. As we get richer, our tolerance for global poverty diminishes. So we get angrier about injustices. Charities quite rightly wish to raise funds, so they draw our attention to the plight of the world’s poorest. But since the Cold War ended, extreme poverty has decreased from 37 per cent to 9.6 per cent — in single digits for the first time in history. (…) The idea of the environment as a clean canvas being steadily spoilt by humanity is simplistic and wrong. As we become richer, we have become cleaner and greener. The quantity of oil spilt in our oceans has decreased by 99 per cent since 1970. Forests are reappearing, even in emerging countries like India and China. And technology is helping to mitigate the effects of global warming. (…) Conflicts always make the headlines, so we assume that our age is plagued by violence. We obsess over new or ongoing fights, such as the horrifying civil war in Syria — but we forget the conflicts that have ended in countries such as Colombia, Sri Lanka, Angola and Chad. We remember recent wars in Afghanistan and Iraq, which have killed around 650,000. But we struggle to recall that two million died in conflicts in those countries in the 1980s. The jihadi terrorist threat is new and frightening — but Islamists kill comparatively few. Europeans run a 30 times bigger risk of being killed by a ‘normal’ murderer — and the European murder rate has halved in just two decades. (…) In almost every way human beings today lead more prosperous, safer and longer lives — and we have all the data we need to prove it. So why does everybody remain convinced that the world is going to the dogs? Because that is what we pay attention to, as the thoroughbred fretters we are. The psychologists Daniel Kahneman and Amos Tversky have shown that people do not base their assumptions on how frequently something happens, but on how easy it is to recall examples. This ‘availability heuristic’ means that the more memorable an incident is, the more probable we think it is. And what is more memorable than horror? What do you remember best — your neighbour’s story about a decent restaurant which serves excellent lamb stew, or his warning about the place where he was poisoned and threw up all over his boss’s wife? (…) Bad news now travels a lot faster. Just a few decades ago, you would read that an Asian city with 100,000 people was wiped out in a cyclone on a small notice on page 17. We would never have heard about Burmese serial killers. Now we live in an era with global media and iPhone cameras everywhere. Since there is always a natural disaster or a serial murderer somewhere in the world, it will always top the news cycle — giving us the mistaken impression that it is more common than before. (…) Nostalgia, too, is biological: as we get older, we take on more responsibility and can be prone to looking back on an imagined carefree youth. It is easy to mistake changes in ourselves for changes in the world. Quite often when I ask people about their ideal era, the moment in world history when they think it was the most harmonious and happy, they say it was the era they grew up in. They describe a time before everything became confusing and dangerous, the young became rude, or listened to awful music, or stopped reading books in order to just play Pokémon Go. (…) The cultural historian Arthur Freeman observed that ‘virtually every culture, past or present, has believed that men and women are not up to the standards of their parents and forebears’. Is it a coincidence that the western world is experiencing this great wave of pessimism at the moment that the baby-boom generation is retiring? Johan Norberg
Le cercle des personnes que nous respectons et de qui nous nous soucions ne cesse de s’étendre. Traditionnellement, seule la tribu octroyait une dignité face aux autres. Puis ce sentiment s’est étendu aux villes et à la nation. Aujourd’hui, il nous arrive même, dans nos bons jours, de penser à l’humanité [rires]. Dans les années 1980, les hommes répondaient encore à ces questions comme si hommes et femmes étaient une tout autre espèce. Mais, plus les femmes ont fait la même chose que les hommes dans le monde du travail, plus il est devenu difficile de penser qu’ils leur sont supérieurs. (…) Il y a deux cents ans, il y avait plus d’égalité dans le monde, mais c’est parce que l’immense majorité d’entre nous était pauvre. L’indice de Gini était donc très bas. Puis, dans une minorité de pays, les gens ont commencé à avoir plus de libertés, ils sont devenus beaucoup plus riches : leur PIB par habitant a été multiplié par 20. Evidemment, vous introduisez ainsi une énorme inégalité dans le monde. Mais serait-il préférable que tout le monde soit resté pauvre ? Prenez la Chine. Il y a trente ans, c’était un pays très égalitaire, mais 90% de la population vivait dans l’extrême pauvreté, contre 10% aujourd’hui. Si vous ne vous concentrez que sur les inégalités, vous aurez l’impression que ça a empiré. Le progrès n’est jamais égalitaire. Il se concentre plus sur les régions côtières, dans les grandes villes. Cela dit, l’inégalité peut devenir un problème, surtout quand certains groupes commencent à se garantir des privilèges et prennent le contrôle du pouvoir. C’est ce qui s’est passé en Russie, où un petit groupe a pris en otage le gouvernement, faute de transparence. (…) Cette augmentation des inégalités est en partie le résultat de la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ce fut facile, car toute la technologie était à notre disposition. Mais cette croissance s’est essoufflée dans les années 1970 et il a fallu de nouvelles ressources de productivité, car il ne s’agissait plus simplement de mettre des briques au bon endroit, mais de développer des technologies de l’information et de ressources humaines. Cela a favorisé ceux qui étaient bons dans ces domaines par rapport aux travailleurs manuels. En même temps, il est utile de rappeler que, plus que votre salaire, l’important est ce que vous pouvez acheter. Même si vous n’avez pas augmenté vos revenus de manière importante depuis les armées 1980, vous avez eu accès à des technologies et à des services qui n’existaient pas dans le passé. Avant, seuls les riches pouvaient s’acheter une encyclopédie. Maintenant, on y a tous accès pour rien ! Comment chiffrer ça ? Ça n’apparaît pas dans les statistiques. Sans parler de la médecine, qui nous a donné près de dix années supplémentaires de vie. Les taux de criminalité se sont réduits, l’accès à la technologie a augmenté pour tout le monde. Bill Gates voyage de manière luxueuse et boit sans doute du meilleur vin que moi. Mais il utilise le même téléphone, il n’a pas un meilleur accès au savoir, ce qui est une première dans l’histoire de l’humanité. Et son espérance de vie n’est pas supérieure à la mienne. Dans notre vie de tous les jours, nous sommes en fait de plus en plus égaux. (…)  [l’dentité] C’est effectivement un facteur plus important que les données économiques. Si vous regardez les supporteurs de Donald Trump, ils ne sont pas au chômage, mais ils appartiennent à une classe blanche qui pense que son identité est en déclin car menacée par les minorités. Cela explique en grande partie l’essor des populismes en Europe et aux Etats-Unis. Les psychologues parlent d’un réflexe d’autorité. C’est un besoin de protection qui touche aussi l’éducation, la liberté sexuelle, les droits des minorités. C’est l’idée qu’on doit se reprendre en main. Je comprends ce sentiment, mais les conséquences en seraient terrifiantes, car tout le progrès dont nous parlons est dépendant de notre ouverture au monde. (…) Si nous construisons des murs, nous n’empêcherons pas le reste du monde d’innover et d’avoir de nouvelles idées. Ce serait se tirer une balle dans le pied. On a vu ça dans l’Histoire. Les civilisations qui, se sentant menacées, ont commencé à mettre des barrières sont celles qui ont entamé leur déclin. Les Arabes étaient très en avance sur l’Europe en matière de science et technologie, la Chine avait les caractères, de la poudre à canon et la boussole. Mais la dynastie Ming, qui a pris le pouvoir au XIVe siècle, était hostile à la technologie et aux étrangers, tandis que le monde islamique s’est refermé après les invasions mongoles, différant l’utilisation de l’imprimerie de trois cents ans. (…) Selon les sondages, dans les pays occidentaux, plus de personnes croient aux fantômes ou à l’astrologie qu’au progrès. Cette idée que l’âge d’or est dans le passé est une forme de nostalgie qui nous a toujours accompagnés. Quand je demande aux gens quelle était la meilleure période à leurs yeux, la plupart évoquent les années au cours desquelles ils ont grandi. A l’époque, ils n’avaient ni enfants ni responsabilités et ne se préoccupaient pas de toutes les choses qui peuvent mal tourner. Le monde, quand on est jeune, semble plus sûr. En grandissant, on appréhende le danger. Et il y a le déclin physique. Comme l’explique l’historien culturel Arthur Herman, il existe une fréquente confusion entre la détérioration à l’intérieur de votre corps et celle qui se produit à l’extérieur. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si nous sommes précisément au moment où la génération du baby-boom prend sa retraite. Aux Etats-Unis, beaucoup de gens sont persuadés que les années 1960 étaient une période d’harmonie. Mais n’y a-t-il pas eu la crise des missiles à Cuba, les assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, ainsi que des conflits raciaux dans chaque grande ville américaine ? Pourtant, aujourd’hui, la période fait figure de paradis perdu. (…) Il y a toujours un danger contre la raison. Cette explosion de peur contre le vaccin, l’un des plus grands sauveurs de vies de l’Histoire, montre qu’un recul peut arriver n’importe où. Quand les personnes ont l’impression que leur monde est chaotique et complexe, elles ne savent plus à qui faire confiance, donc il devient plus facile pour les complotistes et les religions de prospérer. (…) Quelle que soit leur cause, les critiques du progrès demandent à l’Etat plus de contrôle pour figer la situation. A gauche, il faut garder l’économie comme elle était ; à droite, c’est la culture qu’il faut préserver et, pour les écologistes, c’est l’environnement. Ils veulent tout stopper. Mais même le plus convaincu des réactionnaires ne voudrait pas revenir aux famines d’il y a deux cents ans. Quant aux écologistes, ils devraient être d’accord sur le fait que les plus grands problèmes environnementaux sont ceux qui ont tué des millions de personnes, parce qu’on n’avait pas d’électricité, qu’on était empoisonné par un mauvais air intérieur, qu’on polluait de façon traditionnelle l’eau et qu’on en mourait. Tous ces gens pensent qu’à ce moment précis de notre évolution on ne peut plus aller plus loin et qu’il faut tout préserver. (…) Les risques sont là et ils sont bien plus dangereux quand les gens ne comprennent pas ce que l’espèce humaine peut réaliser quand elle est libre. Je suis très effrayé par cette demande d’autorité, à droite comme à gauche, pour s’opposer à la mondialisation. Un grand pays européen peut élire un populiste, ce qui signifierait la fin de l’Union européenne telle qu’on l’a connue. Je suis donc un optimiste soucieux. Cela dit, je reste optimiste, car l’humanité a traversé dans l’Histoire des choses bien pires et est arrivée à les surmonter. L’humanité est résiliente et a beaucoup de pouvoirs. Johan Norberg
Attention: une ignorance peut en cacher une autre !

Au lendemain de la mort du mort du père du RMI Lionel Stoleru

Et accessoirement homme politique, économiste (polytechnique, Mines et Stanford) et chef d’orchestre français et victime, on s’en souvient du fait de ses origines juives roumaines, de l’antisémite Jean-Marie Le Pen

Alors qu’après l’accident industriel des années Obama mais aussi, technologie oblige, les risques de déclassement d’une bonne partie des classes moyennes …

Nombre de responsables politiques semblent tentés par un protectionnisme qui pourrait, si appliqué à l’instar de celle des années 30, nous ramener à la pire des grandes dépressions …

Pendant qu’au sein d’une Europe en train elle-même de remettre en question sa propre suppression des fontières internes face à la montée du terrorisme islamique et de l’immigration illégale. le Pays auto-proclamé des droits de l’homme ne ménage pas sa peine …

Pour imposer, au seul Etat israélien et par ailleurs allié revendiqué via la diplomatie et des mesures de marquage économique rappelant selon la formule consacrée « les heures les plus sombres de notre histoire », le retour à des frontières notoirement indéfendables face à des entités appelant explicitement à son annihilation …

Comment ne pas s’émerveiller …

Avec le dernier livre de l’historien de l’économie suédois Johan Norberg

Derrière en fait l’incroyable réduction de la pauvreté que connait notre monde depuis une cinquantaine d’années …

De cette étrange propension qui semble être la nôtre …

A mesure qu’augmentent notre niveau de richesse  …

Comme notre intolérance à la pauvreté …

Mais aussi certes les périls et les risques de régression …

A croire que tout va toujours plus mal dans le pire des mondes ?

Non, ce n’était pas mieux avant !

Enquête. Malgré les crises actuelles, l’humanité n’a jamais vécu aussi longtemps, avec autant de richesse, de liberté et de sécurité.

Thomas Mahler
Le Point
03/11/2016

En 2013, la fondation Gapminder proposa ce QCM à un panel d’Américains : « Durant les vingt dernières années, la proportion de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté… : 1) a presque doublé ; 2) est restée la même ; 3) s’est presque réduite de moitié ». Alors que deux tiers penchèrent pour l’hypothèse la plus pessimiste, seuls 5 % optèrent pour la réponse 3. Un sondage mené en 2016 par le cabinet d’études néerlandais Motivaction montre que 92 % des Français pensent eux aussi que la pauvreté a augmenté ou est restée stable depuis vingt ans. Les faits ? Selon la Banque mondiale…

Historien économique, membre de l’Institut Cato, Johan Norberg, 43 ans et allure de pop star, avait connu un succès international avec « Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste » en 2003, une réponse aux mouvements altermondialistes. Avec « Progress : Ten Reasons to Look Forward to the Future » (Oneworld), c’est contre le pessimisme de l’époque que l’auteur s’élève.

Le Point : Daech, Alep, le réchauffement climatique ou les robots qui tuent nos emplois font la une des journaux. Pourquoi alors affirmer que notre âge d’or, c’est maintenant ?

Johan Norberg : Je sais que l’époque a l’air horrible, mais c’a toujours été le cas quand vous regardez les problèmes dans le monde. Il y a cinquante ans, c’était le risque d’un désastre nucléaire imminent, les usines japonaises menaçant les nôtres, un niveau de crime élevé dans les villes… Le rôle des médias est d’en parler et de nous effrayer un peu. Mais nous avons aussi besoin d’une perspective historique plus longue, de statistiques, pour voir à quel point nous venons de loin. Objectivement, on n’a jamais vécu si longtemps, avec autant de richesse, de liberté et de sécurité.

Ça va vraiment mieux partout ?

Certains indicateurs baissent un peu et il y a de nouveaux risques. Le progrès n’a rien d’automatique. Le réchauffement climatique est un problème récent. L’essor du terrorisme sous cette forme est aussi inédit. Du point de vue du nombre de victimes, avec les groupes séparatistes et révolutionnaires, c’était pire dans les années 1970 en Europe occidentale. Aujourd’hui, Daech ne cible pas des officiels mais frappe au hasard. C’est ce qui nous terrifie. Face à ça, nous avons d’autant plus besoin de données objectives qui nous permettent de saisir que, même si les attentats sont terribles, c’est un petit risque pour notre vie comparé à d’autres. II faut vaincre les terroristes, mais ne pas paniquer.

Votre livre s’ouvre sur la nutrition. De 1950 à aujourd’hui, la population mondiale est passée de 2,5 à plus de 7 milliards d’habitants. Les néomalthusiens prédisaient alors des famines immenses…

Oui, ils ne pensaient pas qu’on pourrait augmenter les rendements agricoles, ce qui est arrivé avec la révolution verte. Puis ils nous ont expliqué que ces gens auraient d’autant plus d’enfants, les considérant comme des lapins tout juste bons à se reproduire. Ils ont totalement oublié l’intelligence humaine et notre capacité d’adaptation. Dans les années 1950, il y avait en moyenne 5 enfants par mère dans les pays en développement. Aujourd’hui, c’est environ 2,5. Ce qui est moins qu’à cette époque dans les pays riches !

Le pape François explique que, si la richesse globale a augmenté, la mondialisation n’a fait qu’accroître la pauvreté…

Le pape devrait faire relire ses discours [rires]. Il y a cette idée commune que les choses vont de mal en pis. J’ai demandé à des gens ce qu’ils pensent de la pauvreté et de la faim dans le monde. Chaque fois, la majorité se trompe. Ce n’est pas uniquement de l’ignorance, c’est une mauvaise idée préconçue qu’ils tirent de quelque part. Cette vue fataliste provient non seulement des néomalthusiens, mais aussi des écologistes, des anticapitalistes et des conservateurs, à droite, qui martèlent que les choses ont empiré. Tout est imputé à la mondialisation et au capitalisme. Mais, d’un point de vue statistique, on a réduit l’extrême pauvreté de 1,2 5 milliard de personnes depuis vingt-cinq ans, alors même que la population mondiale a augmenté de 2 milliards de personnes. A chaque minute où nous parlons, 100 personnes en sortent.

Certes, mais n’est-ce pas essentiellement dû à la Chine sortant du cauchemar maoïste?

La Chine a eu un impact formidable, mais il y a aussi l’Inde, l’Indonésie, le Vietnam, le Bangladesh, l’Amérique latine et aujourd’hui des pays de l’Afrique subsaharienne, qu’on considérait pourtant comme le continent sans espoir. Pour la première fois, l’extrême pauvreté est passée en Afrique subsaharienne au-dessous des 50%. Aujourd’hui, on en est à 35 %.

Le Niger, Haïti ou la République démocratique du Congo sont cependant plus pauvres qu’il y a cinquante ans…

C’est choquant. On doit se demander comment c’est possible dans un monde où le savoir, la technologie et la science croissent. Ces pays n’ont pas accès à l’économie mondiale. Certains ont été touchés par des guerres dévastatrices ; des régimes brutaux, comme au Zimbabwe, ont sciemment détruit tout ce qui était productif. Ce sont les pays les moins globalisés et les moins ouverts. C’est ça, le problème !

Dans tous les pays du monde, sans exception, les gens vivent plus longtemps qu’il y a cinquante ans. Comment l’expliquez-vous ?

Cela montre que la richesse et le PIB ne sont pas tout. Certains pays ont stagné ou régressé sur le plan économique, mais même eux ont connu des avancées considérables en termes de santé. Le plus grand facteur derrière le progrès, ce n’est pas l’augmentation des salaires, mais des prix plus bas permettant une vie meilleure et plus longue, ainsi qu’une diffusion des savoirs et de la technologie. Il est difficile d’inventer un vaccin contre la rougeole, mais, une fois créé, il est facile de l’utiliser à travers le monde. En 1800, pas un seul pays au monde n’avait une espérance de vie supérieure à 40 ans. Aujourd’hui, pas un seul pays n’a une espérance de vie inférieure. En Afrique, c’est d’autant plus encourageant que, après les dégâts des guerres, de la malaria et du VIH, l’espérance de vie est plus élevée que jamais. L’Ouganda, le Botswana ou le Kenya ont eu un gain de dix ans ces dix dernières années. C’est hallucinant !

En 1950, Il y avait 10,5 millions de lépreux. Il n’y a aujourd’hui plus que 200 000 cas chroniques.

C’est intéressant d’un point de vue psychologique. On s’est inquiété pour la lèpre, la rougeole. Récemment, c’était Ebola. Or, une fois qu’on a résolu un problème, on l’oublie et on se dit que le monde est pire que jamais lorsque apparaît un nouveau virus. Pourtant, Ebola a prouvé à quel point la science, une coopération internationale et les populations pouvaient réagir rapidement. Un scénario catastrophe prévoyait 1,4 million de morts au Libéria et en Sierra Leone. Mais, là encore, il se fondait sur l’idée néo-malthusienne, avec un fond raciste, que puisque ce sont des Africains ils sont comme des enfants, incapables de changer leurs habitudes. Alors que ces gens ont des téléphones portables et s’informent! Ils ont ainsi adapté leurs rites funéraires et le nombre de morts s’est limité à 30.000.

En matière d’environnement, on se dit qu’il ne peut pas y avoir de bonnes nouvelles…

Mon éditeur non plus ne pensait pas que ce chapitre fonctionnerait [rires], car c’est le plus contre-intuitif. Oui, tous ces problèmes environnementaux qui nous préoccupent sont réels : réchauffement climatique, éradication des espèces… Mais je me suis aussi intéressé à d’autres problèmes environnementaux complètement oubliés. En décembre 1952, le grand smog a tué près de 12.000 personnes à Londres. Aujourd’hui, l’air londonien est aussi propre qu’au Moyen Age. Depuis 1990, la forêt européenne croît à un rythme annuel de 0,3 %. La déforestation continue en Indonésie ou au Brésil, mais le taux mondial de déforestation annuel a ralenti, passant de 0,18 à 0,0009% depuis les années 1990. On a mesuré que, grâce à l’évolution des techniques agricoles, on a pu sauvegarder une surface forestière de deux fois l’Amérique du Sud depuis les années 1960. Bien sûr, on crée de nouveaux problèmes. Mais comment y faire face ? Plus un pays est riche, mieux il peut développer des technologies propres. Dans le classement des indices de performance environnementale, les pays Scandinaves sont en tête, alors que la Somalie, le Niger ou Haïti sont en queue. Les problèmes environnementaux dans ces pays ne proviennent pas de la technologie, mais de l’absence de technologie. Autrement dit, nous devons accélérer le progrès plutôt qu’adopter la décroissance, qui signifierait un retour à la pauvreté pour des millions de personnes, mais serait plus néfaste pour l’environnement. Car le pire qui puisse arriver, c’est l’utilisation de vieilles technologies, ce qui se pratique dans des pays africains ou en Asie. Il faut accélérer le processus pour qu’eux aussi y aient accès. Nous devons trouver de meilleures façons d’utiliser nos ressources, mais je rappelle que la plus importante est le cerveau humain, qui, très heureusement, est renouvelable.

En 1900, seulement 21 % de la population mondiale savaient lire. Aujourd’hui, c’est 86%…

Parmi tous ces chiffres, voilà la meilleure nouvelle ! Car cela concerne notre capacité à affronter les problèmes du futur. Si vous êtes illettrés, vous ne recevrez pas les informations en cas d’épidémie, vous ne saurez pas comment prendre le mieux possible soin de vos enfants et vous ne gagnerez pas plus d’argent. L’incroyable essor de ce taux d’alphabétisme stimule toutes les autres tendances. Mais c’est aussi ce qui, parfois, peut nous effrayer dans le monde occidental. Avant, nous étions les meneurs de revue. Nous étions les seuls à avoir la richesse, le savoir et la technologie, mais on a connu une sorte de révolution copernicienne. Nous pensions être au centre du monde, ce n’est plus le cas. Des enfants qui, simplement parce qu’ils étaient nés au mauvais endroit, n’auraient pas pu être le prochain Léonard de Vinci ou le prochain Bill Gates peuvent désormais mettre leur cerveau à contribution pour penser un nouveau médicament ou la prochaine technologie. C’est un immense espoir pour l’humanité.

L’esclavage est officiellement partout aboli. Mais, pour l’extrême gauche, le capitalisme a créé de nouvelles servitudes…

C’est parce que ces gens-là pensent que toute personne qui doit travailler est un esclave. Ce qui est l’opposé de la conception traditionnelle de l’esclavage, où, par la coercition, on volait la vie de la personne. Les pauvres qui occupent des emplois dont nous ne voudrions pas le font parce que c’est leur meilleure option. J’ai interrogé des travailleurs dans ces usines asiatiques qui produisent pour les marchés occidentaux. Evidemment, ils expliquent qu’ils préféreraient avoir des salaires plus élevés et de meilleures conditions, mais ils veulent aussi que leurs proches puissent y travailler, car les revenus sont supérieurs et les conditions moins difficiles que dans l’agriculture de subsistance ou que travailler comme domestique. C’est un tremplin pour sortir de la pauvreté, comme nous l’avons fait il y a cent cinquante ans et comme cela se passe au Bangladesh, où, avec l’industrie textile, la pauvreté a été diminuée de moitié depuis quinze ans.

Et le travail des enfants ?

Si vous pensez que le travail des enfants est quelque chose de nouveau, consultez les tapisseries et les témoignages du Moyen Age, où les enfants font partie intégrante de l’économie. Aujourd’hui, ça paraît bénin, car nous avons une représentation romantique de la ferme, comme si c’était un plaisir. Mais je peux vous assurer que cela n’était pas le cas à l’époque. Le travail des enfants a continué sous la révolution industrielle, mais à travers des œuvres comme celle de Dickens il y a eu une prise de conscience qui marqua le début du déclin. Aujourd’hui, en Inde comme au Vietnam, le travail des enfants baisse rapidement. Entre 1993 et 2006, la proportion des 10-14 ans travaillant au Vietnam est passé de 45 % à moins de 10 %. Au moment où les parents deviennent plus riches, la première chose qu’ils font est de ne plus envoyer leurs enfants travailler, car ils ne le faisaient pas par plaisir sadique, mais pour survivre. Historiquement, le capitalisme a donc permis de mettre un terme au travail des enfants, pas l’inverse.

Vous illustrez aussi les progrès en matière de racisme, de misogynie ou d’homophobie. En 1987, un Américain sur deux seulement pensait qu’il était mal de battre sa femme avec une ceinture ou un bâton. Dix ans plus tard, ils étalent 86 %…

Le cercle des personnes que nous respectons et de qui nous nous soucions ne cesse de s’étendre. Traditionnellement, seule la tribu octroyait une dignité face aux autres. Puis ce sentiment s’est étendu aux villes et à la nation. Aujourd’hui, il nous arrive même, dans nos bons jours, de penser à l’humanité [rires]. Dans les années 1980, les hommes répondaient encore à ces questions comme si hommes et femmes étaient une tout autre espèce. Mais, plus les femmes ont fait la même chose que les hommes dans le monde du travail, plus il est devenu difficile de penser qu’ils leur sont supérieurs.

Pour Angus Deaton, le progrès crée toujours des inégalités. Depuis 1980, celles-ci sont grandissantes dans les pays de l’OCDE…

Deaton a raison. Il y a deux cents ans, il y avait plus d’égalité dans le monde, mais c’est parce que l’immense majorité d’entre nous était pauvre. L’indice de Gini était donc très bas. Puis, dans une minorité de pays, les gens ont commencé à avoir plus de libertés, ils sont devenus beaucoup plus riches : leur PIB par habitant a été multiplié par 20. Evidemment, vous introduisez ainsi une énorme inégalité dans le monde. Mais, comme l’explique Deaton, ce n’est pas toujours une mauvaise chose. Serait-il préférable que tout le monde soit resté pauvre ? Prenez la Chine. Il y a trente ans, c’était un pays très égalitaire, mais 90% de la population vivait dans l’extrême pauvreté, contre 10% aujourd’hui. Si vous ne vous concentrez que sur les inégalités, vous aurez l’impression que ça a empiré. Le progrès n’est jamais égalitaire. Il se concentre plus sur les régions côtières, dans les grandes villes. Cela dit, l’inégalité peut devenir un problème, surtout quand certains groupes commencent à se garantir des privilèges et prennent le contrôle du pouvoir. C’est ce qui s’est passé en Russie, où un petit groupe a pris en otage le gouvernement, faute de transparence.

Thomas Piketty explique que la croissance a été mieux partagée après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’aux années 1970. Après, les inégalités de revenus se sont creusées…

Je suis l’un des rares à avoir lu son livre en entier [rires]. Cette augmentation des inégalités est en partie le résultat de la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ce fut facile, car toute la technologie était à notre disposition. Mais cette croissance s’est essoufflée dans les années 1970 et il a fallu de nouvelles ressources de productivité, car il ne s’agissait plus simplement de mettre des briques au bon endroit, mais de développer des technologies de l’information et de ressources humaines. Cela a favorisé ceux qui étaient bons dans ces domaines par rapport aux travailleurs manuels. En même temps, il est utile de rappeler que, plus que votre salaire, l’important est ce que vous pouvez acheter. Même si vous n’avez pas augmenté vos revenus de manière importante depuis les armées 1980, vous avez eu accès à des technologies et à des services qui n’existaient pas dans le passé. Avant, seuls les riches pouvaient s’acheter une encyclopédie. Maintenant, on y a tous accès pour rien ! Comment chiffrer ça ? Ça n’apparaît pas dans les statistiques. Sans parler de la médecine, qui nous a donné près de dix années supplémentaires de vie. Les taux de criminalité se sont réduits, l’accès à la technologie a augmenté pour tout le monde. Bill Gates voyage de manière luxueuse et boit sans doute du meilleur vin que moi. Mais il utilise le même téléphone, il n’a pas un meilleur accès au savoir, ce qui est une première dans l’histoire de l’humanité. Et son espérance de vie n’est pas supérieure à la mienne. Dans notre vie de tous les jours, nous sommes en fait de plus en plus égaux.

Au-delà des chiffres, il y a les questions culturelles. La mondialisation et l’immigration font craindre à certains de perdre leur identité.

C’est effectivement un facteur plus important que les données économiques. Si vous regardez les supporteurs de Donald Trump, ils ne sont pas au chômage, mais ils appartiennent à une classe blanche qui pense que son identité est en déclin car menacée par les minorités. Cela explique en grande partie l’essor des populismes en Europe et aux Etats-Unis. Les psychologues parlent d’un réflexe d’autorité. C’est un besoin de protection qui touche aussi l’éducation, la liberté sexuelle, les droits des minorités. C’est l’idée qu’on doit se reprendre en main. Je comprends ce sentiment, mais les conséquences en seraient terrifiantes, car tout le progrès dont nous parlons est dépendant de notre ouverture au monde.

D’où les oppositions aux traités de libre-échange…

Si nous construisons des murs, nous n’empêcherons pas le reste du monde d’innover et d’avoir de nouvelles idées. Ce serait se tirer une balle dans le pied. On a vu ça dans l’Histoire. Les civilisations qui, se sentant menacées, ont commencé à mettre des barrières sont celles qui ont entamé leur déclin. Les Arabes étaient très en avance sur l’Europe en matière de science et technologie, la Chine avait les caractères, de la poudre à canon et la boussole. Mais la dynastie Ming, qui a pris le pouvoir au XIVe siècle, était hostile à la technologie et aux étrangers, tandis que le monde islamique s’est refermé après les invasions mongoles, différant l’utilisation de l’imprimerie de trois cents ans.

Alors qu’un pays comme le Nigeria se montre très optimiste, les Occidentaux sont de plus en plus pessimistes. Comment l’expliquer ?

Selon les sondages, dans les pays occidentaux, plus de personnes croient aux fantômes ou à l’astrologie qu’au progrès. Cela vous rend un peu inquiet pour votre civilisation [rires]. Cette idée que l’âge d’or est dans le passé est une forme de nostalgie qui nous a toujours accompagnés. Quand je demande aux gens quelle était la meilleure période à leurs yeux, la plupart évoquent les années au cours desquelles ils ont grandi. A l’époque, ils n’avaient ni enfants ni responsabilités et ne se préoccupaient pas de toutes les choses qui peuvent mal tourner. Le monde, quand on est jeune, semble plus sûr. En grandissant, on appréhende le danger. Et il y a le déclin physique. Comme l’explique l’historien culturel Arthur Herman, il existe une fréquente confusion entre la détérioration à l’intérieur de votre corps et celle qui se produit à l’extérieur. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si nous sommes précisément au moment où la génération du baby-boom prend sa retraite. Aux Etats-Unis, beaucoup de gens sont persuadés que les années 1960 étaient une période d’harmonie. Mais n’y a-t-il pas eu la crise des missiles à Cuba, les assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, ainsi que des conflits raciaux dans chaque grande ville américaine ? Pourtant, aujourd’hui, la période fait figure de paradis perdu.

Les religions ou les superstitions peuvent-elles menacer le progrès ? Seuls 52 % des Français pensent que les vaccins ont des effets positifs…

Il y a toujours un danger contre la raison. Cette explosion de peur contre le vaccin, l’un des plus grands sauveurs de vies de l’Histoire, montre qu’un recul peut arriver n’importe où. Quand les personnes ont l’impression que leur monde est chaotique et complexe, elles ne savent plus à qui faire confiance, donc il devient plus facile pour les complotistes et les religions de prospérer.

Aujourd’hui, seuls les libéraux et quelques réformistes à gauche osent encore vanter le progrès…

Quelle que soit leur cause, les critiques du progrès demandent à l’Etat plus de contrôle pour figer la situation. A gauche, il faut garder l’économie comme elle était ; à droite, c’est la culture qu’il faut préserver et, pour les écologistes, c’est l’environnement. Ils veulent tout stopper. Mais même le plus convaincu des réactionnaires ne voudrait pas revenir aux famines d’il y a deux cents ans. Quant aux écologistes, ils devraient être d’accord sur le fait que les plus grands problèmes environnementaux sont ceux qui ont tué des millions de personnes, parce qu’on n’avait pas d’électricité, qu’on était empoisonné par un mauvais air intérieur, qu’on polluait de façon traditionnelle l’eau et qu’on en mourait. Tous ces gens pensent qu’à ce moment précis de notre évolution on ne peut plus aller plus loin et qu’il faut tout préserver.

Etes-vous confiant pour le futur ?

Parce que j’ai écrit un livre sur le progrès, je devrais être optimiste, mais je ne l’ai pas écrit pour dire : « Regardez, tout est génial, on peut être relax.» Non, je l’ai fait parce que j’ai un peu peur. Les risques sont là et ils sont bien plus dangereux quand les gens ne comprennent pas ce que l’espèce humaine peut réaliser quand elle est libre. Je suis très effrayé par cette demande d’autorité, à droite comme à gauche, pour s’opposer à la mondialisation. Un grand pays européen peut élire un populiste, ce qui signifierait la fin de l’Union européenne telle qu’on l’a connue. Je suis donc un optimiste soucieux. Cela dit, je reste optimiste, car l’humanité a traversé dans l’Histoire des choses bien pires et est arrivée à les surmonter. L’humanité est résiliente et a beaucoup de pouvoirs.

Propos recueillis par Thomas Mahler, Le Point du 3 novembre 2016

Voir aussi:

Combattre les réactionnaires

La vague réactionnaire qui submerge les démocraties occidentales est construite sur un mythe, celui d’un âge d’or… qui n’a jamais existé. Et sur un faux postulat selon lequel l’humanité serait en perdition.

Ce qui semblait impossible s’est finalement produit. Donald Trump a gagné l’élection présidentielle américaine la plus détestable et la plus inquiétante de l’ère moderne. Elle a marqué l’irruption du populisme à une échelle sans précédent dans l’histoire de la démocratie américaine. Cette dernière n’est plus immunisée contre une maladie qui a ravagé l’Europe il y a quatre-vingt ans et a fait son retour dans l’ensemble du monde occidental et bien au-delà.

Cette vague, apparemment irrésistible, a deux ressorts, la désignation d’un bouc émissaire et la négation de la réalité. Tous nos maux proviennent de l’étranger et des élites qui sont vendues à ces intérêts. Retrouver la grandeur passée, reprendre le contrôle de notre destin, renouer avec une société qui nous ressemble sont les slogans politiques de notre temps. On les retrouve aussi bien avec Donald Trump que parmi les partisans du Brexit, dans les partis d’extrême-droite européens, avec Vladimir Poutine en Russie, avec Recep Tayyip Erdogan en Turquie, avec Narenda Modi en Inde et même, à une autre échelle, avec Daech. L’islamisme politique n’a-t-il pas pour ambition de retrouver la prétendue pureté religieuse originelle et la puissance militaire qui lui est associée?

Donald Trump promet de rendre «l’Amérique grande à nouveau». Vladimir Poutine entend renouer avec les ambitions impériales de la Russie tsariste et de l’URSS et Erdogan avec le destin de l’empire ottoman. Narenda Modi s’appuie sur un nationalisme hindou construit sur un affrontement avec l’Islam. Et les partisans du Brexit comme ceux de Marine Le Pen voient dans la fermeture des frontières et le rejet de l’immigration le moyen de revenir à un âge d’or de prospérité et d’entre soi. Un âge d’or qui n’a jamais existé.

«La trahison des élites est centrale…»

La pensée réactionnaire est toujours construite selon le même schéma, explique Mark Lilla, professeur à l’Université de Columbia et auteur d’un livre récent intitulé The Shipwrecked Mind: on Political Reaction («Naufrage intellectuel: la réaction politique»), dans le New York Times. Elle part de la description d’une période idéale, «un Etat où règne l’ordre et où les personnes partagent un même destin… Puis des idées étrangères promues par des intellectuels et des forces extérieures –écrivains, journalistes, professeurs, étrangers– détruisent cette harmonie. La trahison des élites est centrale dans tout mythe réactionnaire…».

Désigner à la vindicte populaire le ou les responsables de nos malheurs, au hasard l’immigration, l’Europe, la finance cosmopolite, la mondialisation, le capitalisme, les Etats-Unis, la Chine, le sionisme, l’islam… est d’une redoutable efficacité politique. Sans doute plus encore à l’époque des réseaux sociaux et de l’omniprésence de l’information instantanée qui n’a pour seul horizon que la polémique artificielle du jour, rapidement effacée par celle du lendemain. Face à un monde compliqué et vide de sens, le «C’était mieux avant» apporte une réponse simpliste et réconfortante au sentiment de déclassement, d’abandon, d’aliénation et d’humiliation d’une partie grandissante de nos sociétés. Mais si la souffrance économique comme identitaire est bien réelle, la réponse qui consiste à désigner des responsables, les chasser… et revenir ainsi par magie à la grandeur et à l’harmonie passée est une dangereuse illusion.

Il faut appeler un chat un chat. Cette illusion a des relents fascistes, même si elle ne va pas jusqu’au rejet de la démocratie. Elle s’en rapproche «dans son opposition virulente… au libéralisme, dans sa suspicion envers le capitalisme et surtout dans la croyance que la nation, souvent définie en termes religieux et raciaux, représente la plus importante source d’identité des vrais citoyens», écrit le professeur Sheri Berman, de la Columbia University, dans Foreign Affairs:

«Comme leurs prédécesseurs, les extrémistes de droite d’aujourd’hui dénoncent les dirigeants démocratiquement élus comme inefficaces, impotents et faibles. Ils promettent de soutenir leur nation, la protéger de ses ennemis et redonner une raison d’être à des gens qui se sentent en butte à des forces qui les dépassent…»

Il n’y a pas d’effondrement moral, économique et politique

La réponse à ces marchands d’illusion et de malheur existe, même si elle tarde à venir. Elle se trouve dans les enseignements de l’histoire et l’affirmation des faits. La réaction est construite sur un mythe, celui d’un passé fantasmé, et sur un faux postulat, l’humanité est en perdition.

Les réactionnaires promettent d’effacer ce que la modernité aurait détruit d’une société harmonieuse à taille humaine. Ils affirment que leur pays et leur société ont fait fausse route, guidés par des élites apatrides, des ploutocrates, et qu’il faut revenir en arrière. Donald Trump ou Eric Zemmour s’insurgent contre un effondrement moral, politique et économique. Il n’existe pas. Les sociétés du siècle passé avaient leurs guerres, leurs mouvements sociaux, leur terrorisme, leur misère, leur violence, leurs discriminations, leurs laissés-pour-compte, leurs corrompus…

La réalité objective de l’humanité ne correspond en rien au catastrophisme ambiant. Il n’y a tout simplement jamais eu sur terre de meilleure période pour être vivant, explique l’historien suédois Johan Norberg dans son livre Progress: Ten Reasons to Look Forward to the Future («Progrès: dix raisons d’attendre avec impatience l’avenir»). «L’humanité n’a jamais été plus riche, en bonne santé, libre, tolérante et éduquée», résume-t-il.

Quelques exemples, parmi d’autres…

L’espérance de vie moyenne dans le monde était de 31 ans en 1900. Elle est aujourd’hui de 71 ans. La Banque mondiale a défini le seuil de la misère extrême à un revenu équivalent à 2 dollars par jour. En 1800, 94% de nos ancêtres vivaient dans une pauvreté extrême. En 1990, 37% de la population mondiale se trouvait encore dans cette situation. Ce chiffre est revenu aujourd’hui à moins de 10%.

Nous vivons dans l’ère la plus pacifique de l’histoire humaine. Le taux annuel d’homicide dans l’Europe médiévale était de 32 pour 100.000. A la fin du XXe siècle, ce chiffre est tombé à 1 pour 100.000. Le taux de mortalité de personnes ayant péri lors de conflits armés est passé de 195 par million en 1950 à 8 par million en 2013.

En 1800, seuls 12% des adultes étaient capables de lire. En 1950, le niveau mondial d’alphabétisme était de 40%. Il est aujourd’hui de 86% et la différence entre les hommes et les femmes ne cesse de reculer.

En 1990, il y avait 76 démocraties électorales. Il y en avait 125 en 2015. L’air de Londres est aujourd’hui aussi propre qu’au début de la révolution industrielle et les forêts s’étendent à nouveau en Europe.

Rupture technologique et repli identitaire

Cela ne veut pas dire que notre planète soit un paradis. Que les sociétés ne sont pas fracturées par des transformations brutales qu’elles n’arrivent pas à surmonter. Mais personne ne veut voir la réalité des progrès spectaculaires de l’humanité. Nous préférons nous complaire dans les peurs, les fantasmes et l’annonce de catastrophes. «Aucun journaliste ne sait plus ce qu’est une bonne nouvelle», faisait remarquer il y a quelques années le Dalaï-Lama.

Les réactionnaires exploitent l’appauvrissement relatif de la classe moyenne et l’angoisse irrationnelle de l’avenir. Ils apportent une réponse absurde et dangereuse à de vrais problèmes nés de la mondialisation et de l’évolution technologique: l’angoisse culturelle et identitaire et la bipolarisation du marché du travail.

Rendre moins douloureux le sentiment d’un déclin identitaire et culturel prend du temps. Cela se fait dans l’éducation, le respect et plus encore la connaissance de l’autre. Le paradoxe, c’est que la tolérance progresse en fait rapidement dans le monde, mais qu’il est difficile de le voir.

La bipolarisation du marché du travail pose un problème encore plus grave aux sociétés, notamment occidentales. C’est ce qu’explique l’économiste Patrick Artus dans Le Point. «Les créations d’emplois se concentrent aux deux extrêmes, emplois qualifiés à rémunération élevée, emplois peu qualifiés à rémunération faible; entre ces deux extrêmes, les emplois intermédiaires (la classe moyenne) disparaissent progressivement…». La plupart des études montrent que cette division du marché du travail est plus liée à la technologie qu’à la mondialisation et aux délocalisations.

C’est la technologie qui a chassé la main d’œuvre des campagnes puis des usines et aujourd’hui de bon nombre d’emplois intermédiaires dans les services. Ce phénomène va s’accélérer, avec par exemple le développement des véhicules autonomes et des robots. Un processus de destruction/création brutal. De nouveaux emplois apparaissent et apparaîtront –les besoins sont sans limites–, mais là encore il faudra du temps. Les États ont un rôle indispensable à jouer dans la formation et dans la protection, avec, pourquoi pas, l’instauration d’un revenu universel. S’ils ne le font pas, les marchands d’illusion ne sont pas prêts de disparaître.

Globalization and Poverty
The last forty years have seen a massive and historically unprecedented decline in global poverty
Marian Tupy
Reason
November 22, 2016

Remember the good life during the 1970s? If you do, your experience is not likely to have been a typical one. In fact, the economic liberalization and globalization that started in the late 1970s and accelerated in the 1980s, has led to a massive and historically unprecedented decline in global poverty. Contrary to much of the public perception, liberalization and globalization have not led to an increase in U.S. poverty rates, which continue to fluctuate within a comparatively narrow and, by historical standards, low, band.

Let us look at the global picture first. In 1981, the year Ronald Reagan became America’s 40th President, 44.3 percent of the world lived in extreme poverty (i.e., less than $1.90 per person per day). Last year, it was 9.6 percent. That’s a decline of 78 percent. In East Asia, a region of the world that includes China, 80.6 percent of people lived in extreme poverty. Today, 4.1 percent do—a 95 percent reduction. Even in sub-Saharan Africa, a relatively under-performing region, the share of the population living on less than $1.9 per day dropped by 38 percent.

Have those advances come at the expense of the American worker? They have certainly led to economic dislocation, but America’s poverty rate has remained relatively steady. When talking about U.S. poverty rates, it is important to keep in mind that extreme poverty in America is vanishingly rare. Instead, our poverty rate is determined by the U.S. Census Bureau « by comparing pre-tax cash income against a threshold that is set at three times the cost of a minimum food diet in 1963, updated annually for inflation using the Consumer Price Index. It’s also adjusted for family size, composition, and age of householder. »

According to both the Nobel Prize-winning economist Angus Deaton and Cato’s Michael Tanner (who relied on U.S. Census Bureau data), the American poverty rate has moved between 15.2 and 11.3 percent over the last four decades. On three occasions (1983, 1993 and 2010) it reached over 15 percent of the population. Those were post-recession peaks that disappeared as soon as the economy recovered.

In fact, America experienced her lowest poverty rate since 1974 in 2000, when openness of the American economy, as measured by the Fraser Institute’s Economic Freedom of the World index, was at its highest. Since then, America’s economy has become less free. Could that be the reason why the American recovery from the Great Recession was so sluggish and why America’s poverty rate has not retreated as fast as it did on previous occasions?

Voir encore:

Le RMI a 20 ans, place au revenu de solidarité active 
Pour Lionel Stoleru, l’ancien ministre, fondateur du revenu minimum d’insertion (RMI), revient sur les circonstances dans lesquelles celui-ci a été créé et se réjouit de voir le revenu de solidarité active (RSA) prendre forme.
Lionel Stoleru
Le Figaro
06/06/2008

D’une session de travail de six mois à la Brookings Institution à Washington en 1974, je revins avec une thèse en faveur de l’impôt négatif qui fit l’objet d’un livre Vaincre la pauvreté dans les pays riches. Quinze ans plus tard, en mai 1988, dans la «Lettre à tous les Français», le candidat Mitterrand écrivit que, s’il était élu, il «mettrait en œuvre le revenu minimum proposé par Lionel Stoleru». Effectivement, dès son élection, je fus appelé au gouvernement comme secrétaire d’État au Plan auprès de Michel Rocard, et, en six semaines, le projet de loi créant le RMI fut préparé. Au Parlement, il fut voté événement rare à l’unanimité (moins 3 voix) et, depuis, aucun gouvernement ne l’a jamais remis en cause.

Pour moi, le RMI était le retour de l’État à ses devoirs. Autant je pouvais admirer la charité chrétienne de l’abbé Pierre et la solidarité laïque de Coluche, autant j’étais convaincu que, dans un pays riche, c’est du devoir de l’État qu’aucun citoyen ne meure de froid ni de faim. Tel était l’objet du RMI, ouvert à tous sans condition de statut. En outre, fixé à un niveau évidemment inférieur au smic pour respecter la primauté du travail, le RMI ne coûte presque rien : une goutte d’eau dans l’océan des dépenses sociales, même avec un million de bénéficiaires.

Cela dit, il ne nous avait pas échappé, dès sa création, que le RMI poserait deux problèmes.

Le «I», tout d’abord, ce «I» de «insertion». Mis dans la loi pour rassurer les députés obsédés par le «délit de fainéantise», le dispositif d’insertion n’avait pas les moyens de traiter individuellement tous les RMIstes, ou alors le «I» de l’insertion aurait coûté beaucoup plus cher que le «RM» du revenu minimum. En outre, et surtout, il y avait une sorte de contradiction conceptuelle entre l’idée que tout citoyen a droit de manger et l’obligation d’insertion. Pour quelqu’un qui veut consacrer sa vie à écrire des poèmes ou à peindre des toiles qui ne se vendent pas, et qui se satisfait du RMI, que signifie l’insertion ? Si le RMI avait existé, peut-être que Van Gogh et Verlaine auraient un peu moins souffert !

Le revenu minimum, ensuite. Ma proposition personnelle n’était pas celle-là. C’était celle de l’impôt négatif : plus un citoyen est riche, plus il paie d’impôt positif ; plus un citoyen est pauvre, plus il reçoit d’impôt négatif. Il y a une échelle progressive, sans discontinuité.

Le revenu minimum, lui, n’a pas cette qualité : on le donne à celui qui n’a rien et on l’enlève entièrement à celui qui retrouve un travail et un revenu. Dès qu’il gagne 100 € par son activité, il perd 100 € de son RMI. C’est évidemment fort peu motivant pour aller travailler.

Une nouvelle étape du RMI est donc nécessaire, c’est le RSA, revenu de solidarité active, et c’est le grand mérite de Martin Hirsch, à partir de quelques expériences menées en région, d’avoir su proposer une réforme d’ensemble du système actuel vers un dispositif proche de l’impôt négatif, c’est-à-dire un dispositif où, comme pour tout impôt, on a toujours intérêt à gagner plus, car, comme on dit, «il en reste toujours quelque chose», ce qui n’était pas le cas du RMI.

Mais, voilà le hic, le RSA est coûteux. Jusqu’à présent, on n’accompagne les bénéficiaires que jusqu’au moment où ils gagnent l’équivalent du RMI. Avec le RSA, on les accompagne au-delà du RMI et, compte tenu des besoins des travailleurs pauvres, non seulement jusqu’au smic, mais vraisemblablement un peu au-dessus du smic. Le calcul n’est pas sorcier : si on veut maintenir, par exemple, 50 € d’aide à celui qui gagne 100 € de plus, cela veut dire qu’on l’accompagne jusqu’à ce qu’il gagne deux fois le RMI, ce qui fait plus que le smic.

Or il y a beaucoup de Français qui, à temps partiel ou à temps plein, sont à 20 ou 25 % autour du smic, au-dessus ou au-dessous. Même si le RSA ne donne à chacun qu’un petit complément, cela fait quand même un gros montant total, d’où le débat budgétaire actuel.

Ce qu’on semble oublier dans ce débat, c’est que la totalité du RSA je dis bien la totalité va aux chômeurs ou aux travailleurs pauvres. C’est donc, à partir du RMI, la plus importante action de lutte contre la pauvreté jamais faite en France (et aussi dans l’Union européenne). On pourrait penser que la gauche applaudirait ! Non, elle ne supporte pas que ce soit la droite qui le fasse et encore moins Martin Hirsch au sein de la droite. Puis-je rappeler que, quand nous avons créé le RMI, c’était un gouvernement de gauche, où, moi, je venais de la droite et où, «néanmoins», les députés de droite ont voté pour ? Qu’on se le dise !

Cela dit, à l’unanimité ou à la majorité, le RSA sera voté. Il lui restera alors un dernier obstacle à franchir : la complexité. Moins simple par nature que le RMI, il devra, pour être efficace, être compréhensible et être compris. Contrairement à la prime pour l’emploi dont aucun bénéficiaire n’a jamais compris ni pourquoi, ni comment, ni quand il la touche, il faut que le salarié «s’approprie» le RSA en sachant à quels avantages il a droit et ce qu’il en garde chaque fois qu’il parvient à augmenter son revenu. C’est alors, et seulement alors, qu’il saura se bâtir un projet de réinsertion dans la société. Le «I» du RMI était passif, le «A» du RSA est actif, voilà ce qui fait toute la différence.

Un écrivain désabusé disait : «Je ne laisserai personne dire que 20 ans, c’est le plus bel âge de la vie». Pour le RMI, ce sera le plus bel âge si, adulte, il devient le RSA.

Voir de même:

Propos recueillis par Yvon Corre
Qu’est-ce qui caractérise cette nouvelle bourgeoisie. Est-elle différente de l’ancienne ?
Elle se présente comme différente mais sur les fondamentaux, elle fonctionne un peu comme la bourgeoisie d’avant. Elle vit là où ça se passe, c’est-à-dire dans les grandes métropoles, les secteurs économiques les mieux intégrés dans l’économie du monde. Elle est dans la reproduction sociale. On ne compte plus les fils de… Tout ça est renforcé par les dynamiques territoriales qui tendent à concentrer les nouvelles catégories supérieures dans les grands centres urbains avec une technique géniale qui est d’être dans le brouillage de classe absolu. Que voulez-vous dire par brouillage de classe ?
Cette bourgeoisie ne se définit pas comme une bourgeoisie. Elle refuse bien évidemment cette étiquette. C’est une bourgeoisie cool et sympa. D’où la difficulté pour les catégories populaires à se référer à une conscience de classe. Hier, vous aviez une classe ouvrière qui était en bas de l’échelle sociale mais qui pouvait revendiquer, s’affronter, ce qui est beaucoup plus compliqué aujourd’hui. On a des gens apparemment bienveillants, qui tendent la main et qui se servent beaucoup de la diversité et de l’immigration pour se donner une caution sociale. Mais quand on regarde les choses de près, ce sont en fait des milieux très fermés. La mixité sociale, le vivre ensemble c’est donc pour vous un mythe ?
Ça, c’est dans les discours mais dans les faits, ce que l’on observe, c’est une spécialisation sociale des territoires. Un rouleau compresseur, celui des logiques foncières, tend à concentrer de plus en plus ces catégories supérieures alors même qu’elles nous expliquent que l’on peut être dispersé dans l’espace, que via le réseau numérique on peut vivre n’importe où. On assiste donc à une recomposition des territoires ?
Oui. Quand on prend sur le temps long, on voit bien qu’il y a une recomposition sociale du territoire qui nous dit exactement ce qu’est le système mondialisé. En gros, nous n’avons plus besoin, pour créer de la richesse, de ce qui était hier le socle de la classe moyenne : ces ouvriers, ces employés, ces petits indépendants, ces petits paysans. Avec le temps, ces catégories se trouvent localisées sur les territoires les moins dynamiques économiquement, qui créent le moins de richesses et d’emplois. C’est cette France périphérique de petites villes, de villes moyennes et de zones rurales. C’est un modèle que l’on retrouve partout en Europe. Le mouvement des bonnets rouges en Bretagne était-il une réaction à ce modèle ?

Complètement. Ce qui m’a frappé, c’est que ce mouvement est parti de petites villes, de zones rurales et non pas de Rennes, Brest ou Nantes. Pourquoi ça part de là ? Parce ce que vous avez là des gens qui sont dans une fragilité sociale extrême. Quand ils ont du travail, ils ont peur de le perdre car il y a très peu de création d’activité. Le problème, c’est que tous les spécialistes des territoires pensent toujours à partir de la métropole.

Vous êtes très critique sur la métropolisation. On dit pourtant qu’elle va profiter à tous les territoires ?
C’est vrai que l’on nous parle toujours de la métropolisation comme d’un système très ouvert. On dit que par « ruissellement », les autres territoires vont en profiter. C’est tout l’argumentaire depuis 20 ans mais il faut bien constater qu’il n’y a pas de créations d’emplois sur ces territoires de la France périphérique. Certes, il y a de la redistribution à travers notamment les dotations mais ce n’est pas ça qui fait société. Les gens n’ont pas envie de tendre la main et attendre un revenu social. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la thématique du revenu universel est aussi bien portée par des libéraux de droite que de gauche. Il y a derrière l’idée que les gens ne retrouveront jamais du boulot.

Mais n’est-ce pas plutôt le modèle économique qui ne fonctionne pas bien ?
On ne peut pas dire que le modèle économique ne marche pas. Il crée même beaucoup de richesses mais il ne fait plus société, il n’intègre pas le plus grand nombre. On est dans un temps particulier aujourd’hui, qui est le temps de la sortie de la classe moyenne. Les ouvriers et les employés, qui étaient le socle de la classe moyenne, sont pourtant majoritaires. Quand vous ajoutez villes moyennes, petites villes et zones rurales, vous arrivez à 60 % de la population. Il y a certes beaucoup de retraités sur ces territoires mais aussi plein de jeunes de milieux populaires qui sont bloqués, qui n’ont pas accès à la grande ville. Pendant un moment, la création d’emplois de fonctionnaires territoriaux a pu compenser ce phénomène mais aujourd’hui c’est fini.

Comment cela peut-il se traduire politiquement ?
On le voit déjà. Trump aux États-Unis, c’est le vote de cette classe moyenne qui est en train de disparaître. Le Brexit, c’est exactement la Grande-Bretagne périphérique des petites villes et des zones rurales où vous avez l’ancienne classe ouvrière, qui paie l’adaptation au modèle économique mondialisé. Tout ça est très rationnel. On analyse toujours ces votes comme un peu irrationnels, protestataires. Il y a de la colère mais il y a surtout un diagnostic. On oublie toujours de dire que les gens des milieux populaires ont joué le jeu de la mondialisation et de l’adaptation mais pour rien. À la fin ils ont toujours de petits salaires avec des perspectives pour leurs enfants qui se réduisent. C’est ça qui se joue électoralement. On a des partis politiques qui ont été inventés pour représenter la classe moyenne qui n’existe plus aujourd’hui. Et le Front national n’a pas grand-chose à faire pour ramasser la mise. Il n’a même pas besoin de faire campagne.

Les politiques ne voient-ils pas ce qui se passe ou ne veulent-ils pas le voir ?
Je fais vraiment un distinguo entre les élus d’en bas et ceux d’en haut. Les élus d’en bas comprennent très bien ce qui se passe. Ils connaissent leurs territoires. Mais il y a une classe politique d’en haut qui est complètement hors-sol. Le clivage est vraiment à l’intérieur des partis.

Voir de plus:

Lexington
The American Dream, RIP?
An economist asks provocative questions about the future of social mobility
The Economist
Sep 21st 2013

COULD America survive the end of the American Dream? The idea is unthinkable, say political leaders of right and left. Yet it is predicted in “Average is Over”, a bracing new book by Tyler Cowen, an economist. Mr Cowen is no stranger to controversy. In 2011 he galvanised Washington with “The Great Stagnation”, in which he argued that America has used up the low-hanging fruit of free land, abundant labour and new technologies. His new book suggests that the disruptive effects of automation and ever-cheaper computer power have only just begun to be felt.

It describes a future largely stripped of middling jobs and broad prosperity. An elite 10-15% of Americans will have the brains and self-discipline to master tomorrow’s technology and extract profit from it, he speculates. They will enjoy great wealth and stimulating lives. Others will endure stagnant or even falling wages, as employers measure their output with “oppressive precision”. Some will thrive as service-providers to the rich. A few will claw their way into the elite (cheap online education will be a great leveller), bolstering the idea of a “hyper-meritocracy” at work: this “will make it easier to ignore those left behind”.

Mr Cowen’s vision is neither warm nor fuzzy. In his future, mistakes and even mediocrity will be hard to hide: eg, an ever-expanding array of ratings will expose so-so doctors and also patients who do not take their medicines or otherwise spell trouble. Young men will struggle in a labour market that rewards conscientiousness over muscle. With incomes squeezed, many Americans will head to the sort of cheap, sun-baked sprawling exurbs that give the farmers’-market-and-bike-lanes set heartburn. Many will accept rotten public services in exchange for low taxes. This may sound a bit grim, but it reflects real-world trends: 60% of employers already check the credit ratings of job candidates; young male unemployment is high and migrants have been flooding to low-tax, low-service Texas for years.

The left is sure that inequality is a recipe for riots. Mr Cowen doubts it. The have-nots will be too engrossed in video games to light real petrol bombs. An ageing population will be rather conservative, he thinks. There will be lots of Tea-Party sorts among the economically left-behind. Aid for the poor will be slashed but benefits for the old preserved. He does not fear protectionism, as most jobs that can be sent overseas have already gone. He notes that the late 1960s, when society was in turmoil, was a golden age of income equality, while some highly unequal moments in history, including in medieval times, were rather stable.

Even if only a fraction of Mr Cowen’s vision comes to pass, he is too sanguine about the politics of polarisation. Inter-generational tensions fuelled 1960s unrest and would be back with a vengeance, this time in the form of economic competition for scarce resources. The Middle Ages were stable partly because peasants could not vote; an unhappy modern electorate, by contrast, would be prey to demagogues peddling simple solutions, from xenophobia to soak-the-rich taxes, or harsh, self-defeating crime policies. Yet Mr Cowen’s main point is plausible: gigantic shifts are under way, and they may be unstoppable.

Politicians are skittish about admitting this. Barack Obama calls America’s wealth gap “our great unfinished business”, describing a crisis of inequality decades in the making. Think of technology, he tells audiences, and how it has thinned the ranks of travel agents, bank clerks and other middle-class gateway jobs. At the same time, global competition has reduced workers’ bargaining power. People have “lost trust in the capacity of government to help them”, he sorrows. But then Mr Obama implies that political villainy is the real culprit. He accuses entrenched interests of working for years to spread a “great untruth”: that government intervention is either harmful or a plot to grab tax dollars from the squeezed middle and shower them on the undeserving poor. Politics risks becoming a “zero-sum game where a few do very well while struggling families of every race fight over a shrinking economic pie.”

Republicans are just as partisan. Senator Marco Rubio of Florida, a son of Cuban immigrants, likes to say that had he not been born in post-war America in an era of high social mobility, he would probably be a very opinionated bartender. At a “Defending the American Dream Summit” on August 30th he accused Mr Obama of smothering economic opportunity with a big-government nightmare of debts, “class-warfare” taxes, innovation-smothering regulation and over-generous welfare. While most are working harder than ever and barely keeping up, Mr Rubio growls, “some people” shun work because they can make almost as much from government benefits. In short, both sides never tire of explaining how the other is destroying the American Dream. Alas, neither can explain, convincingly, how to revive it.

What, Tyler, no revolt?

Asked about the limits of his power, Mr Obama mutters about “pushing back against the trends” squeezing middle America, rather than resolving them entirely. That, he argues, is better than the Republican right, who “want to accelerate” such trends.

For their part Republican leaders offer long-cherished shrink-the-government schemes, rebranded as plans to save the American Dream. They say that tax cuts and deregulation would trigger a private-sector investment boom. In truth, the links between investment and government policy are rarely so neat, and even such a boom might do little for middle-class wage stagnation.

Many voters remember a time when hard work was reliably rewarded with economic security. This was not really true in the 1950s and 60s if you were black or female, but the question still remains: what if Mr Cowen is right? What if the bottom 85% today are mostly doomed to stay there? In a country founded on hope, that would require something like a new social contract. Politicians cannot duck Mr Cowen’s conundrum for ever.

Voir de plus:

L’Amérique confrontée à la polarisation des emplois

Simon Johnson

Project Syndicate
Nov. 27, 2016

WASHINGTON, DC – L’un des problèmes majeurs de l’Amérique d’aujourd’hui – confirmé par la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle de début novembre – réside dans ce sentiment d’impuissance et d’insécurité que de nombreux Américains éprouvent face à la polarisation des emplois, laquelle résulte de la mondialisation et de l’avènement des nouvelles technologies. À l’heure où les plus diplômés accèdent au sommet de la pyramide de répartition des revenus et s’en sortent mieux que jamais, ceux qui n’ont pas suivi d’études au-delà du lycée sont confrontés au déclin de leurs revenus, de leur niveau de vie, et à l’assombrissement des perspectives qui sont les leurs et celles de leurs enfants. En effet, la classe moyenne américaine est aujourd’hui profondément affectée.

Si Trump l’a emporté, c’est en grande partie parce qu’il a su persuader les électeurs de Pennsylvanie, du Michigan, du Wisconsin, et d’ailleurs, que ses mesures politiques produiraient de meilleurs résultats au sein des communautés confrontées à la déliquescence du secteur manufacturier. En réalité, il faut s’attendre à ce que son administration, soutenue par les majorités républicaines des deux chambres du Congrès américain, ne parvienne qu’à aggraver la situation des Américains les plus éprouvés.

Le problème de fond réside en ce que les nouvelles technologies, au premier rang desquelles les technologies de l’information, ont véritablement transformé la nature du travail. Comme l’expliquent David Autor et David Dorn, de nombreux emplois moyennement qualifiés, moyennement rémunérés, et bénéficiant à la classe moyenne, ont aujourd’hui disparu. Les emplois nouvellement apparus sont désormais généreusement rémunérés pour les plus diplômés, et très faiblement rétribués pour ceux qui n’ont étudié que jusqu’au lycée. L’un des symptômes majeurs de cette évolution, parmi tant d’autres, réside dans la disparition des métiers d’usine correctement rémunérés. Le secteur manufacturier a perdu plus de deux millions d’emplois entre 2004 et 2014, et ne représente aujourd’hui qu’un peu plus de 8 % de l’emploi total – poursuivant sa longue descente observée depuis les années 1950.

Cette tendance associée aux technologies se trouve par ailleurs accentuée par la baisse des coûts liés aux transports et à la communication, qui rend plus abordable la possibilité de transporter des marchandises sur de longues distances.  Le développement de réseaux de fournisseurs complexes facilite la délocalisation d’activités manufacturières en direction de pays au sein desquels les salaires sont moins élevés. Nombre de sociétés américaines ont fait de cette démarche l’une des principales composantes de leur stratégie d’entreprise, avec pour conséquence le déclin du secteur manufacturier américain, qui va de pair avec un déclin de la syndicalisation. Lorsqu’un salarié perd un emploi syndiqué à salaire et à avantages relativement élevés, il est bien souvent remplacé par un salarié moins bien payé, qui ne bénéficiera pas du même niveau d’avantages.

Si la crise financière de 2008 a exacerbé les inégalités de revenus et la précarité économique, c’est notamment parce qu’elle a accéléré la disparition des emplois manufacturiers. Les arguments selon lesquels il s’avérait nécessaire, voire « optimal », de concentrer les aides financières publiques sur les banques et leurs dirigeants sont en réalité peu convaincants (du moins ailleurs qu’à Wall Street). Certes, les Américains les plus fortunés ont subi une perte considérable de richesse lorsque les prix des actifs se sont effondrés. Pour autant, ils ont depuis bénéficié d’une reprise solide du prix de leurs actions et de leurs biens immobiliers haut de gamme.

Dans un tel contexte, étant donné l’inquiétude qui régnait parmi de si nombreux Américains concernant leurs perspectives économiques, les efforts fournis par l’administration du président Barack Obama en direction du Partenariat transpacifique (TPP) n’ont clairement pas entendu la voix du peuple américain. Le gouvernement a fait valoir que le TPP permettrait la création d’un certain nombre d’emplois décents, et que ceux qui perdraient leur emploi en raison cet accord percevraient une « compensation ». Or, cette prétendue compensation se révèle systématiquement minime, considérée par beaucoup comme insignifiante. Ceci explique pourquoi Trump est parvenu à mobiliser d’importantes majorités au sein de si nombreux bastions ouvriers auparavant favorables à Obama.

Malheureusement, demain s’annonce encore plus difficile qu’aujourd’hui pour ces électeurs. Grâce à un contrôle sur la présidence et le Congrès, il faut s’attendre à ce que les républicains entreprennent trois démarches économiques majeures. La réduction de l’imposition des ménages et des entreprises favorisera principalement les Américains les plus fortunés. L’abrogation de la réforme de santé élaborée par Obama risque d’impacter sévèrement de nombreux Américains à faibles revenus, puisqu’ils ne pourront plus accéder à une couverture maladie abordable. Enfin, la déréglementation financière favorisera essentiellement les grandes banques internationales, encouragera la prise de risques, et pourrait bien poser les base d’une nouvelle crise à grande échelle. De même, les mesures commerciales agressives qu’envisage Donald Trump risquent d’aggraver la situation de l’emploi.

Dans le même temps, l’impact de toute relance efficace pour l’économie ne pourra être que très limité. Surchauffer l’économie – en engendrant au passage une plus forte inflation et des taux d’intérêts plus élevés – se révèle rarement bénéfique pour les individus les moins fortunés (songez aux années 1970).

L’une des promesses les plus substantielles de Trump consiste à rapatrier aux États-Unis les emplois de la classe moyenne, notamment dans le secteur manufacturier. Or, aucune composante de ses politiques, ou plus largement du programme des républicains, ne vient appréhender cette problématique sous-jacente que constitue le changement technologique. Autre perspective inquiétante, la prochaine vague technologique, qui verra par exemple se développer les véhicules sans conducteur, promet d’impacter considérablement les revenus et les opportunités de tous ceux qui aujourd’hui vivent de la livraison de marchandises ou du transport de passagers au moyen d’un véhicule.

Par ailleurs, les progrès rapides de l’intelligence artificielle et de la robotique signifient que même si la production manufacturière américaine se stabilise, voire se redynamise, elle ne renouera jamais plus avec le volume d’emplois moyennement qualifiés observé autrefois. De même, cette automatisation annonce une diminution du nombre d’emplois actuellement bien rémunérés dans le secteur des services.

Dans la mesure où les technologies conduisent au déplacement des travailleurs, les mesures protectionnistes de type dénonciation d’accords commerciaux et imposition de tarifs douaniers sur les produits chinois et mexicains ne permettront pas de rapatrier des emplois manufacturiers à rémunération élevée. Or, Donald Trump n’a pas prévu de plan B, ce qui signifie que cette polarisation américaine qui a conduit Donald Trump au pouvoir ne pourra qu’aller en s’aggravant.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir enfin:

HOLLAND, Mich. — While much of the American political class has been consumed with recriminations over the wrenching loss of manufacturing jobs, Chuck Reid has been quietly adding them.

His company, First Class Seating, makes recliner seats for movie theaters here at a factory on the shores of Lake Michigan. Since he bought the business three years ago, its work force has grown to 40 from 15.

But those jobs will be in jeopardy if President-elect Donald J. Trump follows through on his combative promises to punish countries he deems guilty of unfair trade.

Mr. Trump secured the White House in part by vowing to bring manufacturing jobs back to American shores. The president-elect has fixed on China as a symbol of nefarious trade practices while threatening to slap 45 percent punitive tariffs on Chinese imports.

In short, Mr. Trump’s signature trade promise, one ostensibly aimed at protecting American jobs, may well deliver the reverse: It risks making successful American manufacturers more vulnerable by raising their costs. It would unleash havoc on the global supply chain, prompting some multinationals to leave the United States and shift manufacturing to countries where they can be assured of buying components at the lowest prices.

“If you do this tomorrow, you would have a lot of disruption,” said Susan Helper, an economist at the Weatherhead School of Management at Case Western Reserve University in Cleveland. “The stuff that China now makes and the way they make it, it’s not trivial to replicate that.”

Mr. Reid takes pride in using American products. His designers here in Michigan dreamed up his sleek recliner. Local hands construct the frames using American-made steel, then affix molded foam from a factory in nearby Grand Rapids. They staple upholstery to hunks of wood harvested by timber operations in Wisconsin. They do all this inside a former heating and cooling equipment factory that shut down a decade ago when the work shifted to Mexico.

But the fabric for Mr. Reid’s seats arrives from China. So do the electronics in the “magic box” that enables moviegoers to control the recliner. Ditto, the plastic cup holders and the bolts and screws that hold the parts together. The motor is the work of a German company that makes it in Hungary, almost certainly using electronics from China.

Mr. Reid estimates that a 45 percent tariff on Chinese wares would raise the costs of making a recliner here by 20 percent.

Tariffs would give his factory an edge against American competitors that import even more from China. But his company would be vulnerable to competitors in Mexico, Colombia and Australia. They would be free to draw on China’s supply chain and sell their wares into the American market unhindered.

“Our chair would be priced out of the market,” Mr. Reid said. “If it impacts our sales, that puts jobs at risk.”

Trade experts dismiss Mr. Trump’s threat of tariffs as campaign bluster that will soon give way to pragmatic concerns about growth and employment. Between 1998 and 2006, the imported share of components folded into American manufacturing rose to 34 percent from 24 percent, according to one widely cited study.

International law also limits the scope of what the Trump administration can do. Under the rules of the World Trade Organization, the United States cannot willy-nilly apply tariffs. It must develop cases industry by industry, proving that China is damaging American rivals through unfair practices.

Talk of across-the-board tariffs is “pure theater,” said Marc L. Busch, an expert on international trade policy at Georgetown University in Washington. “It’s impossible to do. It violates the rule of law.”

But Mr. Trump has suggested taking the extraordinary step of abandoning the W.T.O. to gain authority to dictate terms. His successful strong-arming of Carrier, the air-conditioner company, which agreed to keep 1,000 jobs at a plant in Indiana rather than move them to Mexico, attests to his priorities in delivering on his trade promises.

The people advising Mr. Trump on trade have records of advocating a pugnacious response to what they portray as Chinese predations.

There is Dan DiMicco, the former chief executive of the American steel giant Nucor, who has long advocated punitive tariffs on Chinese goods. There is Peter Navarro, a senior policy adviser and co-author of a book titled “Death by China: Confronting the Dragon — A Global Call to Action.”

In an email on Friday, Mr. Navarro, the Trump transition team’s economic adviser, said that imposing steep tariffs on China was an essential step to begin to address the American trade deficit with China, which reached $365 billion last year. He blamed Chinese trade practices for “destroying entire industries, hollowing out entire communities” and “putting millions out of work.”

But Mr. Navarro also cast the threat of tariffs as an opening gambit in a refashioning of trade positions.

“Tariffs are not an end game but merely one of several negotiating tools to bring our trade back into balance,” he said, adding that Mr. Trump’s administration would do so “in a measured way.”

Mr. Navarro’s co-author, Greg Autry, a professor at the University of Southern California, said he assumed the Trump camp was dead serious about its threats to impose tariffs on China. The goal is to force manufacturers to come back to the United States as a condition of selling into the American market.

A full-on trade war between the world’s two largest economies would cost American jobs in the immediate term, Mr. Autry said, but eventually millions of new ones would be created as the United States again hummed with factory work.

“We moved our supply chain to Asia in about two decades,” he said. “You certainly can do it in the U.S. a whole lot faster. It’s going to take a few years, but it’s going to be a much better America.

Even if factory work does return to the United States, though, that is unlikely to translate into many paychecks. As automation spreads, robots are primed to secure most of the jobs.

At Mr. Reid’s factory, talk of a bountiful future through trade barriers resonates as dangerous nonsense. Mr. Reid has a business to run in the here and now. His customers are waiting for product. He must be able to tap the supply chain.

“You can’t just turn your ship around and bring that stuff back,” he said.

In threatening tariffs, Mr. Trump is wielding a blunt instrument whose impacts are increasingly easy to evade by sophisticated businesses with operations across multiple borders. The geography of global trade is perpetually being redrawn.

In China, factory owners, casting a wary eye on Mr. Trump, are accelerating their exploration of alternative locales with lower-wage workers across Southeast Asia and even as far away as Africa.

In Vietnam, entrepreneurs are preparing for a potential surge of incoming investment from China should Mr. Trump take action.

In Europe, factories that sell manufacturing equipment to China are watching to see if Mr. Trump will unleash trade hostilities that will damage global growth.

“Money and goods will always find their way, regardless of what barriers you put up,” said Ernesto Maurer, chairman of SSM, a Swiss maker of textile machinery that operates a factory in China. “You just make it more difficult and more expensive.”

The China Supply

In the southern Chinese city of Guangzhou, Jiang Jiacheng exudes confidence that China will continue to serve as the factory floor for the world — with tariffs or otherwise.

His company, the Guangzhou Shuqee Digital Tech Company, makes movie chairs, exporting about 20 percent of its wares to the United States. It is an exemplar both of China’s manufacturing prowess and of the conditions that make it a competitive threat.

Mr. Jiang pays his factory workers $290 a month. They work six days a week. Lax environmental rules allow him to dispose of pollutants cheaply.

The total cost of making one of his best-selling products, a cloth-lined movie chair, runs $72. He sells it for $116 to wholesalers who export to the United States.

Back in September, Mr. Jiang gathered with other Chinese movie chair manufacturers to discuss the alarming statements coming from Mr. Trump. The consensus view was not to worry.

“Once he takes up the post, he will certainly return things to the normal state,” Mr. Jiang said.

Still, he has a backup plan. Even before President Trump entered the lexicon, Mr. Jiang was exploring a transfer of some of his work to lower-cost places like Vietnam.

His company would not be the first to make the journey.

A dozen years ago, the United States Commerce Department accused China of dumping wooden bedroom furniture at below cost. It imposed protective tariffs.

For Lawrence M. D. Yen, who had a furniture factory in southern China, that was the impetus to move to Vietnam. Labor costs were cheaper.

Today, Mr. Yen’s company, Woodworth Wooden Industries, operates a factory in Cu Chi, on the outskirts of Ho Chi Minh City, a district best known for the elaborate tunnels used by Vietcong guerrillas in their battles against American forces.

This former hive of combat is now the workplace for 5,000 people making sofa beds, recliner chairs and bedroom furniture. Three-fourths of the products are destined for the United States, including Las Vegas casino resorts like Mandalay Bay and the MGM Grand.

Woodworth’s plant churns out more than 10,000 three-seater sofas each month. This year, the company opened a second Vietnam factory.

Arithmetic gives Mr. Yen confidence that Mr. Trump’s talk will be muted by the realities of the marketplace. Brands that deliver factory-made goods to American retailers have leaned heavily on Asian suppliers to secure low prices.

In pledging to bring manufacturing back, Mr. Trump is effectively pitting the interests of a relatively small group of people — those who work in factories — against hundreds of millions of consumers.

“The retail industry now employs an awful lot more people than apparel industries ever did,” said Pietra Rivoli, a trade expert at Georgetown.

Seven years ago, the Obama administration accused China of unfairly subsidizing tires. It imposed tariffs reaching 35 percent. A subsequent analysis by the Peterson Institute for International Economics, a nonpartisan think tank, calculated the effect: Some 1,200 American tire-making jobs were preserved, but American consumers paid $1.1 billion extra for tires. That prompted households to cut spending at retailers, resulting in more than 2,500 net jobs lost.

The TAL Group claims to make one of every six dress shirts sold in the United States. It produces finished goods for Brooks Brothers, Banana Republic and J. Crew, operating 11 factories worldwide. If Mr. Trump places tariffs on China, the company will accelerate its shift to Vietnam, said TAL’s chief executive, Roger Lee.

If that trade is disrupted, the work would flow to other low-cost countries like Bangladesh, India and Indonesia. Mr. Lee can envision no situation in which the physically taxing, monotonous work of making garments will go to the United States.

“Where are you going to find the work force in the U.S. that is willing to work at factories?” Mr. Lee said.

Supplying the Suppliers

Horgen, a Swiss village on the shores of Lake Zurich, seems far removed from the gritty industrial zones of Asia. With its gingerbread homes and mountain views, it looks more like a resort.

But Horgen is home to SSM, a company that has become an important supplier to Asia. Its machines turn polyester and other synthetic fibers into custom-designed threads. If the rise of textiles in Asia has been a gold rush, this Swiss company has been among those cashing in by making the picks and shovels.

Workers at the factory earn roughly 6,000 Swiss francs ($5,940) a month — some 10 times what SSM pays its workers at its Chinese factory. It makes its most sophisticated components in Switzerland and at another plant in Italy. It uses China for lower-grade machines.

The company sells virtually all of its products abroad, chiefly in Asia. It buys metal parts from the Czech Republic and Poland, electronic components from Malaysia, and electric motors from an American company that makes them at a factory in India. Another American company supplies software.

If the United States were to impose trade barriers on China, that might slow Chinese demand for Swiss-made textile machinery. That would potentially reduce Swiss purchases of American goods and services.

But Mr. Maurer struggles to see how this would create any jobs in the United States. The American textile industry is small and increasingly dominated by robots. The rest of the world holds billions of hands willing to work cheaply.

“Someone else will pick up the business,” Mr. Maurer said. “These markets are very fast.”

But the textile and apparel trades are relatively simple businesses. If the cost of making trousers becomes less appealing in China, a room full of sewing machines in Cambodia can quickly be filled with low-wage seamstresses.

Industries involving precision machinery are not so easily reassembled somewhere else. An abrupt change to the economics would devastate factories that could not quickly line up alternative suppliers.

American automakers are especially dependent on the global supply chain. Between 2000 and 2011, the percentage of imported components that went into exported American-made vehicles grew to 35 percent, from 24 percent, according to the Organization for Economic Cooperation and Development.

At EBW Electronics in Holland, Mich., workers in lab coats tend boxy soldering machines as they make circuitry for LED lights that go into cars. It buys tiny parts and slots them into circuit boards, which are sold to major automakers. Some 80 percent of the components are imported from China.

Even that number fails to capture the degree to which the company — and its 240 workers — depend on unfettered trade.

Pat LeBlanc, the chairman, pointed to a nib of metal on a circuit board. The silicon was extracted at a plant in Minnesota, then processed into a thin wafer at another factory in Massachusetts. The wafer was shipped to China for testing, cut into pieces at another Chinese factory, and then delivered to the Philippines for a chemical process. Then it went back to China to be put onto a reel that can be inserted into soldering machines here in Michigan.

“It literally is a global supply chain,” Mr. LeBlanc said.

Mr. Reid, the owner of the theater seating company, could not imagine having to buy everything from American suppliers.

Buying upholstery domestically would raise his fabric costs as much as 40 percent.

“All the componentry, all the cords, it all comes from China,” he said. “I don’t know that you could ever get all of that made in the United States. Some of these industries have just been abandoned.”

He wandered into the paint shop, where a worker was spraying chair backs. He picked up a can of paint and read the label: “Made in the U.S.A., with Global Materials.”

Voir par ailleurs:

En application d’une décision européenne, le ministère français de l’Economie a demandé aux distributeurs d’ajouter « colonie israélienne » sur les produits en provenance des colonies de Cisjordanie et du Golan.

L’Express/AFP

25/11/2016

Le boycott des produits des colonies alimente le courroux israélien envers Paris. La France a demandé aux distributeurs d’appliquer une décision de l’UE sur un étiquetage différencié des produits en provenance des territoires occupés par Israël, et l’Etat hébreu l’accuse de favoriser les boycotts anti-israéliens.

« Il est nécessaire d’ajouter l’expression ‘colonie israélienne' »

Le ministère français de l’Economie a avisé, jeudi, les opérateurs économiques qu’ils devaient ajouter « colonie israélienne » ou une mention équivalente sur les produits alimentaires fabriqués dans les colonies de Cisjordanie et du plateau du Golan occupés par Israël depuis 1967, selon Légifrance. Une étiquette disant seulement « produit originaire du plateau du Golan » ou de Cisjordanie « n’est pas acceptable », indique le document. « Il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, l’expression ‘colonie israélienne’ ou des termes équivalents »..

Le ministère français est l’un des tout premiers, sinon le premier, à mettre en oeuvre les consignes passées en novembre 2015 par l’Union européenne.

La Commission européenne avait alors approuvé l’application de l’étiquetage qui impose à tous les pays membres d’étiqueter les marchandises venues des colonies. Pour l’UE, comme la communauté internationale, elles ne font pas partie du territoire israélien, puisque « la colonisation est illégale au regard du droit international », comme le note le Quai d’Orsay qui précise que « L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. »

Au moment de l’annonce de la décision européenne, déjà, la mesure, qui concerne principalement des produits alimentaires (fruits, légumes, vins) et cosmétiques, avait provoqué la fureur du gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu.

« Deux poids, deux mesures aux dépens d’Israël »

Jeudi, le ministère israélien des Affaires étrangères a réagi dans un communiqué: « le gouvernement israélien condamne la décision » française. Le ministère juge encore « incompréhensible et même inquiétant que la France ait décidé de pratiquer deux poids, deux mesures aux dépens d’Israël » alors qu’il y a 200 querelles territoriales dans le monde.

Voir enfin:

Israël / Palestine : 9 clés pour comprendre la position de la France

France diplomatie
La France considère que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël.

Qui la France soutient-elle ?

1. La France est l’amie d’Israël et de la Palestine.

La France partage avec Israël des liens historiques, culturels et humains forts. La France a été l’un des premiers pays à reconnaître le nouvel État et à établir avec lui des relations diplomatiques, dès 1949. Depuis 65 ans, elle défend le droit d’Israël à exister, à vivre en sécurité et sa pleine appartenance à la communauté des nations souveraines. La relation bilatérale franco-israélienne se nourrit également de la présence en Israël d’une importante communauté française et francophone et en France de la première communauté juive d’Europe.

La France plaide de longue date en faveur de la création d’un État palestinien. Le 22 novembre 1974, la France a voté en faveur de la reconnaissance de l’OLP au sein de l’ONU en tant que membre observateur, réaffirmant les droits inaliénables du peuple palestinien. François Mitterrand a été le premier président français à exprimer devant la Knesset, en 1982, l’objectif de création d’un Etat palestinien. En 2010, la France a rehaussé le statut de la Délégation générale de Palestine en France, devenue la Mission de Palestine, avec à sa tête un Ambassadeur. Elle a voté en faveur du statut d’État observateur non-membre de la Palestine aux Nations Unies en novembre 2012, et en faveur de l’érection du drapeau palestinien à l’ONU en septembre 2015.

2. La France condamne sans réserve les actes terroristes qui visent à saboter les espoirs de paix.

La France condamne avec la plus grande fermeté tous les actes de violence et de terrorisme et appelle toutes les parties à combattre toutes les formes d’incitation à la haine. Aux côtés de ses partenaires européens, elle a engagé à plusieurs reprises l’ensemble des parties à s’abstenir de toute action susceptible d’aggraver la situation, que ce soit par incitation ou par provocation, et leur a demandé de condamner tout attentat qui serait perpétré et de respecter rigoureusement les principes de nécessité et de proportionnalité dans l’usage de la force.

Elle est indéfectiblement attachée à la sécurité d’Israël, c’est un principe cardinal de sa politique dans la région. C’est pourquoi elle appelle le Hamas, avec lequel elle n’entretient aucun contact et qui figure sur la liste européenne des organisations terroristes, à respecter les conditions posées par le Quartet : renonciation à la violence, reconnaissance du droit d’Israël à exister, reconnaissance des accords signés entre Israël et l’OLP.

La France a également appelé Israël au plein respect du droit international humanitaire et à faire preuve d’un « usage proportionné de la force », notamment lors de la guerre à Gaza de l’été 2014, qui a fait plus de 2 100 victimes.

3. La France condamne la colonisation, illégale en droit international.

L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. La colonisation est illégale au regard du droit international (notamment au regard de la IVe Convention de Genève et de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies), elle menace la viabilité de la solution des deux Etats et constitue un obstacle à une paix juste et durable. Entre 2002 et 2014, le nombre d’habitants dans les colonies israéliennes a augmenté en moyenne de 14 600 personnes par an. Entre 2004 et 2014, on a recensé en moyenne plus de nouvelles 2300 mises en chantier par an dans les colonies. Aujourd’hui, ce sont plus de 570 000 colons qui vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Des mesures concrètes ont été prises au niveau européen face à l’accélération de la colonisation. Les lignes directrices de l’UE adoptées en juillet 2013 excluent de tout financement européen depuis le 1er janvier 2014 les entités israéliennes actives dans les colonies. De nombreux Etats-membres, dont la France, ont publié des recommandations mettant en garde contre les risques financiers, juridiques et de réputation liés à la poursuite d’activités dans les colonies. L’Union européenne a également adopté, en novembre 2015, une notice interprétative sur l’étiquetage des produits des colonies, afin d’informer les consommateurs européens de la provenance des produits importés.

Quelle solution la France défend-elle ?

4. La France considère que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël.

La solution de deux Etats est la seule à même de répondre aux aspirations légitimes des Israéliens et des Palestiniens à la sécurité, a l’indépendance, à la reconnaissance et à la dignité. Dans cette perspective, la France a défini, avec ses partenaires européens, les paramètres qui doivent présider à une résolution du conflit :

  • des frontières basées sur les lignes de 1967 avec des échanges agréés de territoires équivalents ;
  • des arrangements de sécurité préservant la souveraineté de l’Etat palestinien et garantissant la sécurité d’Israël ;
  • une solution juste, équitable et agréée au problème des réfugiés ;
  • un arrangement faisant de Jérusalem la capitale des deux Etats.

5. La France considère que Jérusalem doit devenir la capitale des deux Etats, Israël et le futur Etat de Palestine.

Depuis 1967 et la conquête de la partie orientale de la ville par Israël lors de la guerre des six jours, Jérusalem est entièrement contrôlée par Israël. Dans l’attente d’un règlement négocié du conflit et en vertu de la légalité internationale, la France, comme l’ensemble de la communauté internationale, ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem. La France appelle à l’apaisement des tensions et en particulier au respect du statu quo sur les Lieux Saints. Toute remise en cause de ce statu quo serait porteuse de risques de déstabilisation importants.

Quelle est l’action de la France ?

6. La France plaide en faveur d’une mobilisation urgente et renouvelée de la communauté internationale.

Prenant acte de l’impasse actuelle du processus de paix, la France appelle à une mobilisation active de la communauté internationale afin de préserver la solution des deux Etats et de relancer une nouvelle dynamique de paix. Les acteurs internationaux, en particulier le Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne, Nations Unies), les membres permanents du Conseil de sécurité et les partenaires européens et régionaux, ont un rôle à jouer pour rétablir un horizon politique.

7. La France a lancé une initiative pour relancer le processus de paix.

La France a lancé une initiative en deux temps. Une réunion ministérielle a tout d’abord eu lieu à Paris le 3 juin, sans les Israéliens et les Palestiniens, pour réaffirmer l’engagement de la communauté internationale en faveur de la solution des deux Etats. Les principaux acteurs internationaux ainsi réunis se sont montrés prêts à s’engager pour créer un cadre et des incitations, afin de permettre la reprise de négociations crédibles. Une conférence internationale, à laquelle les parties seront invitées, sera organisée au second semestre 2016 à cette fin.

8. La France apporte son soutien à l’Autorité palestinienne et à Mahmoud Abbas qui défend le camp de la paix.

La France contribue activement au développement économique palestinien et à la consolidation des institutions du futur Etat palestinien. Elle consacre des sommes considérables (près de 400 M€ sur la période 2008-2014, et 40 M€ en 2015) à l’aide à la Palestine, dont environ un tiers en faveur de Gaza. La Palestine demeure le premier bénéficiaire de l’aide budgétaire française.

9. La France encourage la réconciliation inter-palestinienne.

Elle le fait en vue, notamment, de favoriser le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza, qui fera partie intégrante de l’Etat palestinien. Elle soutient le gouvernement d’entente nationale, sous l’autorité de Mahmoud Abbas, qui n’inclut aucun ministre du Hamas (placé par l’UE en 2003 sur la liste des organisations terroristes), et respecte les trois critères fixés par le Quartet : reconnaissance d’Israël, refus de la violence et acceptation des accords passés.


Election américaine: Attention, une incompétence peut en cacher une autre ! (Sick and tired of hearing about your damn bathrooms: Guess who alone passed the Castro death test)

30 novembre, 2016
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Manifestation contre Donald Trump, président élu, à New York, le 9 novembre.
Je suis un peu dépassé en ce qui concerne Reagan. Je me suis trompé sur son compte à tous les coups ! Je n’ai pas cru qu’il obtiendrait l’investiture (…) Je me sens disqualifié pour parler de Reagan. Je l’ai d’abord traité de tête de linotte. Mais, quand il a obtenu l’investiture, j’ai dû réviser mon jugement, et je l’ai appelé la super-tête de linotte, Après le débat avec Carter, j’ai pensé que c’était un acteur de troisième catégorie. Cet homme a du mal à retenir même les mots qu’on utilise en politique. Quant à comprendre les idées politiques, cela le dépasse. (…) Si Reagan était démocrate, je crois que je le préférerais à Carter. S’il partageait la philosophie de Carter, ce serait un gain non négligeable puisqu’un homme doué d’une personnalité malheureuse a été remplacé par un homme qui a une personnalité agréable. Mais il y a aussi des problèmes politiques véritables, et je ne pense pas que Reagan soit équipé pour les affronter. Il faudra attendre. (…) Je pense que nous allons connaître la loi martiale. Non pas demain, mais dans quelques années.(…) Une autre chose m’inquiète en Amérique, c’est que les gens deviennent non pas fascistes, mais qu’ils se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme. Norman Mailer (1980)
Le candidat républicain n’est pas qualifié pour être président. Je l’ai dit la semaine dernière. Il n’arrête pas de le démontrer. Le fait que Donald Trump critique une famille ayant fait des sacrifices extraordinaires pour ce pays, le fait qu’il ne semble pas avoir les connaissances de base autour de sujets essentiels en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, signifient qu’il est terriblement mal préparé pour ce poste. Barack Hussein Obama
Les Américains en ont marre de vos satanés e-mails, parlons des vrais problèmes aux Etats-Unis. Bernie Sanders
Pour paraphraser Bernie Sanders, les Américains en ont marre des satanés toilettes des progressistes. Mark Lilla
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Notre pays est en colère, je suis en colère et je suis prêt à endosser le manteau de la colère. Donald Trump
Aujourd’hui, le monde marque le passage d’un dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple pendant près de six décennies. L’héritage de Fidel Castro, ce sont les pelotons d’exécution, le vol, des souffrances inimaginables, la pauvreté et le déni des droits de l’homme. Même si les tragédies, les morts et la souffrance provoquées par Fidel Castro ne peuvent pas être effacées, notre administration fera tout ce qu’elle peut pour faire en sorte que le peuple cubain entame finalement son chemin vers la prospérité et la liberté. Même si Cuba demeure une île totalitaire, mon espoir est que cette journée marque un éloignement avec les horreurs endurées trop longtemps et une étape vers un avenir dans lequel ce magnifique peuple cubain vivra finalement dans la liberté qu’il mérite si grandement. Donald Trump
Dans une époque où des nations opprimées sont privées des droits humains fondamentaux, de la justice et de la liberté, il reste heureusement des hommes libres qui restent dans la lutte jusqu’à leurs tout derniers jours. Hassan Rohani
J’adresse mes condoléances au gouvernement révolutionnaire et à la nation de Cuba après la mort de son excellence Fidel Castro, le dirigeant de la Révolution cubaine et personnalité centrale de la lutte contre le colonialisme et l’exploitation et symbole de la lutte pour l’indépendance des nations opprimées. Mohammad Javad Zarif
Fidel Castro était un exemple stimulant pour beaucoup de pays. Fidel Castro était un véritable ami de la Russie. Vladimir Poutine
Fidel a défendu son territoire et affermi son pays alors qu’il subissait un blocus américain éprouvant. Malgré cela, il a mené son pays sur la voie de l’autosuffisance et du développement indépendant. Mikhail Gorbatchev
Le peuple chinois a perdu un camarade proche et un ami sincère. Xi Jinping
Cuba, notre amie, a réussi sous sa conduite à résister aux sanctions et aux campagnes d’oppression les plus fortes jamais vues dans notre histoire récente, devant un flambeau de la libération des peuples d’Amérique du Sud et du monde entier. Le nom de Fidel Castro vivra à jamais dans l’esprit des générations et inspirera ceux qui aspirent à une véritable indépendance et à une libération du joug du colonialisme et de l’hégémonie. Bachar Al Assad
L’Histoire sera comptable et jugera de l’impact énorme de cette figure singulière sur le peuple et le monde qui l’entourent. Barack Hussein Obama
Rosalynn et moi partageons nos sympathies avec la famille Castro et le peuple cubain à la mort de Fidel Castro. Nous nous souvenons avec tendresse de nos visites avec lui à Cuba et de son amour pour son pays. Nous souhaitons aux citoyens cubains la paix et la prospérité dans les années à venir. Jimmy Carter
C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris aujourd’hui la mort du président cubain ayant le plus longtemps exercé cette fonction. Fidel Castro, leader plus grand que nature, a consacré près d’un demi-siècle au service du peuple cubain. Révolutionnaire et orateur légendaire, M. Castro a réalisé d’importants progrès dans les domaines de l’éducation et des soins de santé sur son île natale. Bien qu’il était une figure controversée, ses supporters et ses détracteurs reconnaissaient son amour et son dévouement immenses envers le peuple cubain, qui éprouvait une affection profonde et durable pour “el Comandante”. Je sais que mon père était très fier de le considérer comme un ami, et j’ai eu l’occasion de rencontrer Fidel lorsque mon père est décédé. Ce fut aussi un véritable honneur de rencontrer ses trois fils et son frère, le président Raúl Castro, au cours de ma récente visite à Cuba. Au nom de tous les Canadiens, Sophie et moi offrons nos plus sincères condoléances à la famille et aux amis de M. Castro ainsi qu’aux nombreuses personnes qui l’appuyaient. Aujourd’hui, nous pleurons avec le peuple de Cuba la perte d’un leader remarquable. Justin Trudeau
 Fidel Castro était une des figures historiques du siècle dernier et l’incarnation de la Révolution cubaine. Avec la mort de Fidel Castro, le monde perd un homme qui était pour beaucoup un héros. Il a changé le cours de l’histoire et son influence s’est propagée bien au-delà. Fidel Castro demeure une des figures révolutionnaires du XXe siècle. Il appartiendra à l’histoire de juger son héritage. Jean-Claude Juncker
Fidel Castro était une figure du XXe siècle. Il avait incarné la révolution cubaine, dans les espoirs qu’elle avait suscités puis dans les désillusions qu’elle avait provoquées. Acteur de la guerre froide, il correspondait à une époque qui s’était achevée avec l’effondrement de l’Union soviétique. Il avait su représenter pour les cubains la fierté du rejet de la domination extérieure. François Hollande
Fidel Castro était un géant de la scène internationale. Aux yeux des militants de ma génération, il incarnait l’esprit de résistance à l’impérialisme américain et la volonté de construire par la révolution une société plus juste. (…) Son oeuvre contrastée sera longtemps discutée ou contestée. Mais on ne peut oublier qu’il restera pour des milliers de latinos américains le Libertador, celui qui aura réussi à faire fasse opiniâtrement à la toute puissance américaine. Jack Lang
Fidel ! Fidel ! Mais qu’est-ce qui s’est passé avec Fidel ? Demain était une promesse. Fidel ! Fidel ! L’épée de Bolivar marche dans le ciel. Jean-Luc Mélenchon
Avec la mort de Fidel Castro disparait  une énorme figure de l’histoire moderne, de l’indépendance nationale et du socialisme du XXe siècle. De la construction d’un système de santé et d’éducation de premier ordre à l’impressionnant bilan de sa politique étrangère, les réalisations de Castro ont été nombreuses. Malgré tous ses défauts, le soutien de Castro à l’Angola a joué un rôle crucial pour mettre fin à l’Apartheid en Afrique du Sud et il restera dans l’histoire comme à la fois un internationaliste et un champion de la justice sociale. Jeremy Corbyn
Sometimes I wonder if Jeremy Corbyn even knows what he’s saying half the time. So often, he appears to be operating on some kind of 1980s student-union auto-pilot. But this is no joke. The latest example of Corbyn’s arrested development is the most serious yet. We now have to recognise that a major political party in Britain is being led by a teenage romantic revolutionary who just happens to be in his sixties. Martin Bright
L’appareil de propagande de l’organisation terroriste Daech a diffusé une séquence vidéo mettant en scène un terroriste parlant français, qui appelle ceux qu’il a été convenu d’appeler les loups solitaires de l’organisation, de perpétrer des attaques au couteau et de poignarder les gens au hasard dans les lieux de grande affluence, dans les capitales et villes des pays qui participent à la coalition qui combat Daech au moyen orient. La vidéo appelle les éléments terroristes à se contenter des attaques à l’arme blanche et à ne pas s’encombrer des attaques aux armes lourdes. C’est, apparemment, ce qu’a décidé de faire l’homme qui a attaqué le campus d’Ohio, ce lundi. Tunisie numérique
Notre volonté, c’est qu’au terme de ses études, chaque étudiant du secondaire ait au minimum été confronté à l’histoire de la colonisation et de la décolonisation au Congo. Mais aussi à celle d’un autre pays ‘à la carte’, en fonction du public scolaire. Catherine Moureaux (députée PS Molenbeeck, Belgique)
Obama will be remembered by historians as the man who turned over the White House to Donald Trump, the man who let Putin unleash the forces of Hell in Syria and Ukraine, and the man who honored European values but made the world steadily less safe for them. That Putin took the occasion of Obama’s final tour to open a wide new air offensive in Syria and withdraw from the ICC even as his allies celebrated victories in Estonia, Moldova and Bulgaria only underlines what a foreign policy disaster the 44th President has been. Many world leaders like Obama; some pity him; few respect him as a leader (rather than as a man); none fear him. Most are too busy coping with the consequences of his failures to spend a lot of time thinking about him at this point in his presidency. Even Germany, whose cheering crowds once greeted Obama as an enlightened internationalist in the mold of John F. Kennedy, has gradually lost faith in the President.The early signs of struggle and factionalism in the Donald Trump transition, meanwhile, are leading many foreigners to suppose that the next American President will be another inconsequential bumbler. We must hope that they are wrong; not even the power of the United States can survive a long string of failed Presidents unscathed. Walter Russell Mead
Une statistique plus brutale marque pourtant mieux que les autres la marque de fabrique du vote républicain. C’est le vote du white male, de l’homme blanc. Seuls 37 % d’entre eux ont voté pour Kerry, contre 62 % pour Bush, un écart considérable qui est près du double de celui enregistré pour les femmes blanches. Bill Clinton avait lancé le concept des soccer moms, ces femmes qui emmènent leurs enfants au soccer(football au sens où nous l’entendons, mais qui est plus chic aux Etats-Unis que le football américain) et qui votent démocrate. Bush capture le vote du nascar dad, qu’on pourrait traduire par le « papa-bagnole, qui se passionne pour les courses automobiles d’Indianapolis et de Daytona. Dans le langage des stratèges électoraux, les nascar dads sont les électeurs mâles, sans études supérieures, qui votaient jadis pour les démocrates et votent désormais pour les républicains. Grâce au Watergate et à la diffusion des enregistrements faits à la Maison Blanche, on sait que Nixon avait clairement saisi l’opportunité de rallier à la cause républicaine les cols bleus choqués par Woodstock et autres manifestations du « déclin de la civilisation occidentale ». C’est Reagan qui pousse à son paroxysme cette capture du vote ouvrier, dont Bush junior récolte les fruits bien mieux que son père. Dans un article publié par la New York Review of Book, « The White Man Unburdened », l’homme blanc privé de son fardeau, l’écrivain Norman Mailer faisait la liste de tout ce que l’homme blanc a perdu au cours des trente dernières années : son statut, son salaire, son autorité, ses athlètes (blancs) préférés…, pour expliquer le ralliement à la guerre irakienne de Bush (voir aussi le texte d’Arlie Hochschild « Let them eat war » sur tomdispatch.com). Il n’est pas besoin d’une longue démonstration pour voir apparaître, derrière un langage différent (la religion, le droit au port d’armes…), les mêmes traits qui ont expliqué en France le vote ouvrier en faveur de Le Pen. Loin d’apparaître comme un continent bizarre, si loin désormais de l’Europe, l’Amérique est soumise à un processus identique. Les mots pour le dire ne sont pas les mêmes, mais c’est le même désamour entre la gauche et la classe ouvrière qui s’est joué des deux côtés de l’Atlantique, qui marque dans les deux cas l’aboutissement d’un long processus de déracinement du monde ouvrier. Daniel Cohen
Il n’y a de compétences que s’il y a des connaissances (…) la société française utilise la loi et le dogme républicains pour éviter toute transparence. La société française est malade de son rapport à la réalité. Tous ceux qui refusent les statistiques sont du côté de l’égalité formelle et veulent que rien ne change. Laurent Bigorgne (Institut Montaigne)
La vérité qui dérange, (…) c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte. L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale. (…) Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits. (…) Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes. Arnaud Leparmentier (Le Monde)
Les élites « qui apprécient le dynamisme et l’authenticité des quartiers ethniques avec leurs merveilleux restaurants (…) n’envoient pas leurs enfants dans les écoles pleines d’enfants immigrés qui ressemblent à des centres de détention juvénile. Matthew B. Crawford (Esprit, octobre 2016)
La tragique élection de Trump a l’avantage de clarifier la situation politique d’ensemble. Le Brexit n’était pas une anomalie. Autant qu’on le sache et qu’on se prépare pour la suite. Chacune des grandes nations qui ont initié le marché mondial se retire l’une après l’autre du projet. Le prolongement de cette démission volontaire est d’une clarté terrible : d’abord l’Angleterre ; six mois plus tard les Etats Unis, qui aspirent à la grandeur des années 1950. Et ensuite ? Si l’on suit les leçons de l’histoire, c’est probablement, hélas, au tour de la France, avant celui de l’Allemagne. Les petites nations se sont déjà précipitées en arrière : la Pologne, la Hongrie et même la Hollande, cette nation pionnière de l’empire global. L’Europe unie, ce prodigieux montage inventé après la guerre pour dépasser les anciennes souverainetés, se retrouve prise à contre-pied. C’est un vrai sauve-qui-peut : « Tous aux canots ! » Peu importe l’étroitesse des frontières pourvu qu’elles soient étanches. Chacun des pays qui ont contribué à cet horizon universel de conquête et d’émancipation va se retirer des institutions inventées depuis deux siècles. Il mérite bien son nom, l’Occident, c’est devenu l’empire du soleil couchant… Parfait, nous voilà prévenus et peut-être capables d’être un peu moins surpris. Car enfin, c’est bien l’incapacité à prévoir qui est la principale leçon de ce cataclysme : comment peut-on se tromper à ce point ? Tous les sondages, tous les journaux, tous les commentateurs, toute l’intelligentsia. C’est comme si nous n’avions aucun des capteurs qui nous auraient permis d’entrer en contact avec ceux que l’on n’a même pas pu désigner d’un terme acceptable : les « hommes blancs sans diplôme », les « laissés-pour-compte de la mondialisation » — on a même essayé les « déplorables ». C’est sans doute une forme de peuple, mais à qui nous n’avons su donner ni forme ni voix. Je reviens de six semaines sur les campus américains, je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces « autres gens », aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les Barbares aux portes d’Athènes. Nous, « l’intelligence », nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements. Bruno Latour
Un conseil aux candidats à la présidentielle en France : fuyez les artistes et les intellectuels. Ne leur demandez pas de faire campagne, ne les faites pas monter sur l’estrade. Surtout si vous avez envie de l’emporter. On doutait déjà qu’une actrice ou qu’un rockeur fassent gagner des voix. Mais on ne savait pas qu’ils pouvaient en faire perdre. C’est une leçon de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Jamais on n’a vu le monde culturel s’engager à ce point, en l’occurrence pour Hillary Clinton. Aucun candidat n’avait reçu autant d’argent. De cris d’amour aussi – sur scène, à la télévision, sur les réseaux sociaux. On a même eu droit à la chanteuse Katy Perry qui se déshabille dans une vidéo pour inciter à voter Clinton, ou Madonna promettre de faire une fellation aux indécis. En face, Trump n’avait personne ou presque. Il n’a reçu que 500 000 dollars (environ 470 000 euros) d’Hollywood contre 22 millions de dollars pour la candidate démocrate. Alors il a moqué ce cirque à paillettes, dénoncé le star system, donc le système. Et il a gagné. Clinton a joué à fond les étoiles les plus brillantes, et elle a perdu. Prenons sa fin de campagne. Le 4 novembre, elle monte sur scène avec le couple Beyoncé et Jay Z (300 millions d’albums vendus à eux deux), à Cleveland, dans l’Ohio. Le 5, Katy Perry chante pour elle à Philadelphie (Pennsylvanie). Le 7, veille du scrutin, elle apparaît dans un meeting/concert de Jon Bon Jovi et de Bruce Springsteen devant 40 000 personnes, toujours à Philadelphie, puis finit la soirée à minuit avec Lady Gaga à Raleigh, en Caroline du Nord. Dans tous ces Etats clés, elle a perdu. Dans le même temps, Donald Trump a multiplié les meetings sur les tarmacs d’aéroports en disant qu’il n’a pas besoin de célébrités, puisqu’il a « le peuple des oubliés » – du pays et de la culture – avec lui. L’historien américain Steven Laurence Kaplan s’est indigné des mots de Trump qualifiant untel de stupide, de débile, de névrosé ou de raté, et traitant des femmes de « grosses cochonnes ». Il a raison. Mais il aurait pu ajouter que des notables culturels ont qualifié le candidat républicain de brute (Chris Evans), d’immonde (Judd Apatow), de porc (Cher), de clown (Michael Moore) ou de psychopathe (Moby). Robert De Niro, avant le scrutin, voulait lui mettre son poing dans la gueule. Chaque injure a fait grossir le camp conservateur et fait saliver son candidat. Car deux mondes s’ignorent voire se méprisent, séparés par un Grand Canyon de haine. Non pas les riches face aux pauvres. La fracture est culturelle et identitaire. Ceux qui ont gagné se sentent exclus du champ culturel et universitaire, et souvent le méprisent. Les perdants leur rendent bien ce mépris, les jugeant réactionnaires, racistes, etc., sans même voir que le monde se droitise.(…) L’autocritique du vaste champ culturel pourrait aller plus loin, sur le terrain de l’hypocrisie. Celle des artistes d’abord, dont l’engagement, souvent imprégné de pathos, apaise leur conscience, mais est souvent perçu comme faisant partie de leur spectacle permanent, dont ils tirent profit, et dont ils se détachent aussi vite pour retrouver, une fois déculpabilisés, leur monde ultra-protégé. Le meilleur exemple est Madonna qui, durant la soirée qui précède le vote, s’est mêlée à des badauds new-yorkais (des convaincus) pour improviser un bref concert en finissant par « demain sauvez ce pays en votant Hillary ». Les intellectuels des campus, quant à eux, insupportent le vote Trump par leur façon de lui faire la morale, de défendre un modèle multiculturel comme s’il s’agissait d’un paradis de fleurs. Ils font culpabiliser les riches en leur disant d’être plus généreux et les pauvres en leur disant d’accepter leurs voisins étrangers, sans vraiment montrer l’exemple. (…) On l’aura compris, la France culturelle et multiculturelle – c’est la même – a beaucoup à apprendre de cette élection passée, et à craindre de celle de 2017. Si elle ne se bouge pas. Michel Guerrin
If progressives will not heed principle, then maybe they will heed arithmetic. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? President-elect Trump might have some thoughts on that. Kevin D. Williamson
L’immigration massive ayant été érigée en dogme moral et en nécessité économique, les classes moyennes occidentales ont vu surgir au sein de leurs villes, de leurs quartiers et de leurs écoles, parfois jusqu’à les dominer, des populations dont la culture est certes respectable mais, dans le cas de l’islam, radicalement distincte de la leur, dans son rapport aux femmes, à la liberté de conscience, à la démocratie. Cette immigration, dans la réalité des faits, n’est pas choisie, mais subie. Quand, après trente années de ce régime migratoire, les mêmes « gens ordinaires » constatent que des candidats à la migration se pressent toujours plus nombreux à leurs frontières, ils se posent légitimement la question de la perpétuation de leur mode de vie. Comment s’étonner que le dogme de l’immigration anarchique soit rejeté ? Cela indépendamment de la question du terrorisme (alors qu’il est par exemple établi que dix des douze auteurs des effroyables attentats de Paris, le 13 novembre 2015, se sont inflitrés en Europe comme migrants, cfr. Le Figaro, 12 novembre 2016). Pour compléter la tableau, relevons la guerre culturelle qui est menée aux classes moyennes, sur la seule foi du sexe et de la couleur de la peau. Examinons les deux aspects de ce Kulturkampf. D’abord, la théorie du genre, selon laquelle la distinction des sexes masculin et féminin est une invention culturelle (Judith Butler, Anne Fausto-Sterling). Au nom de cette idéologie, dans l’infini chatoiement de ses variétés académiques et médiatiques, des minorités sexuelles en sont venues à exiger l’éradication de la référence à l’hétérosexualité, vécue comme oppressive et stigmatisante. La revendication est de brouiller les genres, en les multipliant à l’infini, et de quitter la notion — statistiquement incontestable — de « normalité » hétérosexuelle. D’où ces polémiques, souvent émaillées de violences, pour décider de la question de savoir si les « queer » et transgenres peuvent, ou pas, accéder aux vestiaires sportifs, scolaires et toilettes de leur sexe biologique, ou de leur sexe choisi, ou les deux, et comment vérifier ? Des parents se posent légitimement la question de savoir si leur petite fille de six ou sept ans risque de croiser dans les toilettes une « femme » de 45 ans avec ce que l’on appelait autrefois un sexe masculin entre les jambes. Se fédère à ces polémiques l’hostilité de principe témoignée au garçon hétérosexuel, institué en dépositaire de la sexualité « du passé », ce qui justifie qu’il soit rééduqué dès la plus tendre enfance — à l’école —, discriminé lors de son entrée éventuelle à l’université, et que le moindre de ses gestes et paroles soit justiciable des tribunaux. Cette guerre du genre est menée avec autant d’âpreté que d’efficacité : la grande majorité des diplômés de l’enseignement supérieur américain et européen sont des femmes, et la réalité biologique de la binarité sexuelle est battue en brèche jusque dans nos textes de loi (Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe, 2011). Vient enfin la résurgence du racisme. D’abord, il y eut le discours anti-raciste, réprouvant le rejet d’une personne sur la seule foi de sa race. L’écrasante majorité des Occidentaux ont acquiescé à ce discours. Toutefois une rhétorique subtile s’est enclenchée, particulièrement dans des pays comme les Etats-Unis et la France, jusqu’à permettre, puis encourager, la mise en accusation des populations blanches. Ainsi des « safe spaces » se sont-ils multipliés sur les campus américains, c’est-à-dire des espaces réservés aux minorités, pour leur permettre de se soustraire à la présence réputée suffocante des Américains « caucasiens ». Dit autrement, les étudiants blancs se voient refuser l’accès de certaines zones du campus sur la seule foi de la couleur de leur peau. Paradoxal retournement d’un discours anti-raciste qui en vient à légitimer, souvent par la violence, des pratiques racialistes au sens strict. Ainsi du discours sur le « white privilege », soit l’idée qu’un Américain blanc est privilégié du seul fait de la couleur de sa peau, quels que soient ses origines et milieu social, et que la loi doit donc discriminer en sa défaveur, toujours sur la seule foi de la couleur de sa peau. Considérons ce répertoire de journalistes récemment créé sous l’égide du gouvernement francophone belge, dont l’objet est d’inclure d’une part les femmes, d’autre part les « hommes et femmes issus de la diversité », ce qui exclut qui ? Les hommes blancs, avec pour seul critère la couleur de leur peau. Racisme, vous avez dit proto-fascisme ? Qui ne voit que ces discours et pratiques reposent sur les notions de responsabilité raciale collective, et de responsabilité à travers les âges, soit très exactement les concepts qui ont, de tout temps, fondé l’antisémitisme, comme Sartre l’a montré dans ses Réflexions sur la question juive ? Ce racisme au nom de l’anti-racisme, les classes moyennes occidentales n’y consentent plus. Il est à noter que cette guerre sexuelle et racialiste menace les gens ordinaires, non seulement dans leurs conditions d’existence (impôt, normes, quartiers), mais dans leur être naturel (sexe, couleur de la peau). Qu’un rejet radical — une révolution, selon Stephen Bannon, éminence grise du nouveau président américain — se dessine, est-ce surprenant ? Drieu Godefridi
Nous sommes devenus habités par l’idée que nous ne sommes pas des citoyens qui ont été modelés par un certain nombre de pratiques et de traditions que nous chérissons parce que nous sommes membres d’un Etat qui est notre maison. Nous nous voyons plutôt comme les porteurs de telle ou telle identité, qui serait la seule chose importante à dire sur nous. Si l’on suit ce chemin, le but de l’Etat n’est plus d’être le médiateur des intérêts des citoyens, mais le distributeur de ressources basées sur ce qui vous est dû, en raison de votre identité. (…) Si vous êtes afro-américain, ne mentionnez pas s’il vous plaît  que vous croyez en Dieu et allez à l’église; la politique de l’identité ne laisse aucune place au christianisme – bien qu’elle s’incline devant une pureté imaginaire de l’islam. Femmes? Vous pouvez avoir des craintes sur la façon dont la prolifération des «identités» de genre pèse sur votre lutte unique pour équilibrer et pour donner un sens aux exigences conflictuelles de la vie familiale et professionnelle. Vous ne devez cependant rien dire. Toute identité de genre imaginée doit être respectée. Vous pensiez que vous étiez spéciales, mais vous ne l’êtes pas. Nous vivons dans un monde où tout est possible. Quiconque parle de limites, de contraintes, est «phobique» d’une manière ou d’une autre. L’esprit bourgeois qui a construit l’Amérique, l’intérêt de gagner beaucoup d’argent, d’avoir «réussi», de prendre des risques – avant tout la force de l’âme nécessaire pour affronter l’échec et revenir plus fort – sont méprisés. Personne n’ose parler dans un monde politiquement correct. Les sentiments pourraient être blessés; les gens peuvent se sentir «mal à l’aise». Les avertissements de contenus sensibles et les «espaces sûrs» occupent notre attention. La tâche dans le monde hautement chorégraphié de la «politique de l’identité» n’est pas de durcir mais de domestiquer. Pas de combats. Pas d’insultes auxquelles nous répondons avec force et confiance en soi et assurance. Même par le rire! Partout: les protections rendues possibles par le Grand Protecteur – l’Etat – car nous ne pouvons pas nous montrer à la hauteur de l’occasion. La grandeur importe; si nous voulons l’avoir, personnellement et en tant que pays, nous devons rejeter le discours politiquement correct qui, en nous protégeant de la souffrance, fait de nous sa victime à perpétuité. Sur chacune de ces questions – les frontières, l’immigration, l’intérêt national, l’esprit d’entreprise, le fédéralisme et le discours politiquement correct – Hillary Clinton répond avec la novlangue de « la mondialisation et de la politique de l’identité », le langage qui nous a donné un monde qui est à présent épuisé, vicié et irrécupérable. C’est contre ce genre de monde que les citoyens se révoltent. Et pas seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Grande-Bretagne. Les idées de «mondialisation» et de «politique de l’identité» qui nous ont fascinés après la guerre froide appartiennent maintenant à la poubelle de l’histoire. La question, plus importante que la question des personnalités de Hillary Clinton et de Donald Trump, est de savoir si nous aurons une nouvelle administration qui les autorise et essaie de résoudre nos problèmes à travers leur objectif. Joshua Mitchell
One of the many lessons of the recent presidential election campaign and its repugnant outcome is that the age of identity liberalism must be brought to an end. Hillary Clinton was at her best and most uplifting when she spoke about American interests in world affairs and how they relate to our understanding of democracy. But when it came to life at home, she tended on the campaign trail to lose that large vision and slip into the rhetoric of diversity, calling out explicitly to African-American, Latino, L.G.B.T. and women voters at every stop. This was a strategic mistake. If you are going to mention groups in America, you had better mention all of them. If you don’t, those left out will notice and feel excluded. Which, as the data show, was exactly what happened with the white working class and those with strong religious convictions. Fully two-thirds of white voters without college degrees voted for Donald Trump, as did over 80 percent of white evangelicals. (…) the fixation on diversity in our schools and in the press has produced a generation of liberals and progressives narcissistically unaware of conditions outside their self-defined groups, and indifferent to the task of reaching out to Americans in every walk of life. At a very young age our children are being encouraged to talk about their individual identities, even before they have them. By the time they reach college many assume that diversity discourse exhausts political discourse, and have shockingly little to say about such perennial questions as class, war, the economy and the common good. In large part this is because of high school history curriculums, which anachronistically project the identity politics of today back onto the past, creating a distorted picture of the major forces and individuals that shaped our country. (The achievements of women’s rights movements, for instance, were real and important, but you cannot understand them if you do not first understand the founding fathers’ achievement in establishing a system of government based on the guarantee of rights.) When young people arrive at college they are encouraged to keep this focus on themselves by student groups, faculty members and also administrators whose full-time job is to deal with — and heighten the significance of — “diversity issues.” Fox News and other conservative media outlets make great sport of mocking the “campus craziness” that surrounds such issues, and more often than not they are right to. Which only plays into the hands of populist demagogues who want to delegitimize learning in the eyes of those who have never set foot on a campus. How to explain to the average voter the supposed moral urgency of giving college students the right to choose the designated gender pronouns to be used when addressing them? How not to laugh along with those voters at the story of a University of Michigan prankster who wrote in “His Majesty”? This campus-diversity consciousness has over the years filtered into the liberal media, and not subtly. Affirmative action for women and minorities at America’s newspapers and broadcasters has been an extraordinary social achievement — and has even changed, quite literally, the face of right-wing media, as journalists like Megyn Kelly and Laura Ingraham have gained prominence. But it also appears to have encouraged the assumption, especially among younger journalists and editors, that simply by focusing on identity they have done their jobs. (…) How often, for example, the laziest story in American journalism — about the “first X to do Y” — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. (…) The media’s newfound, almost anthropological, interest in the angry white male reveals as much about the state of our liberalism as it does about this much maligned, and previously ignored, figure. A convenient liberal interpretation of the recent presidential election would have it that Mr. Trump won in large part because he managed to transform economic disadvantage into racial rage — the “whitelash” thesis. This is convenient because it sanctions a conviction of moral superiority and allows liberals to ignore what those voters said were their overriding concerns. It also encourages the fantasy that the Republican right is doomed to demographic extinction in the long run — which means liberals have only to wait for the country to fall into their laps. The surprisingly high percentage of the Latino vote that went to Mr. Trump should remind us that the longer ethnic groups are here in this country, the more politically diverse they become. Finally, the whitelash thesis is convenient because it absolves liberals of not recognizing how their own obsession with diversity has encouraged white, rural, religious Americans to think of themselves as a disadvantaged group whose identity is being threatened or ignored. Such people are not actually reacting against the reality of our diverse America (they tend, after all, to live in homogeneous areas of the country). But they are reacting against the omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by “political correctness.” Liberals should bear in mind that the first identity movement in American politics was the Ku Klux Klan, which still exists. Those who play the identity game should be prepared to lose it. (…) To paraphrase Bernie Sanders, America is sick and tired of hearing about liberals’ damn bathrooms. Mark Lilla (Columbia)
The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly. For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman (…) For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable. Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing (…) This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency. Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else? (…) I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office? But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups. Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody (…) Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them. (…) Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own. Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.” U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. » I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.  But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.” If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell. The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.  
La réaction de Barack Obama, l’islamo-gauchiste encore présent à la Maison Blanche, au moment de l’annonce du décès de Fidel Castro a été digne d’un disciple de Fidel Castro : prétendre tendre la main au peuple cubain tout en évoquant le statut “historique” d’un abject dictateur est méprisable. Le peuple cubain souffre sous le joug totalitaire depuis près de six décennies et lui tendre la main ne passe pas par l’évocation du statut “historique” du principal responsable de la souffrance subie. La réaction de Donald Trump a été infiniment plus digne, et a été celle d’un vrai Président des Etats Unis. Donald Trump a appelé le dictateur par son nom de dictateur, a rappelé ses multiples crimes, et a dit souhaiter la liberté pour les Cubains. La presse internationale, tout particulièrement en France, a, de manière générale, usé de mots élogieux pour décrire le mort. Elle continue, ce qui n’est pas étonnant. (…) L’ »ouverture” voulue ces dernières années par le pape François, pratiquée par Barack Obama, et, aussi, par le crétin de l’Elysée, est une façon de renflouer les caisses de la dictature, sans que rien n’ait changé aux pratiques de la dictature : c’est donc une assistance à dictature en danger, et un crime supplémentaire contre le peuple cubain. (…) La nostalgie de ceux qui parlent de Fidel le “révolutionnaire” est obscène : mais les gens de gauche sont souvent obscènes et n’ont aucun sens des valeurs éthiques les plus élémentaires. Ils marchent chaque jour sur des millions de cadavres suppliciés. Ils détestent Trump, élu démocratiquement, mais admirent l’assassin Fidel Castro comme ils ont admiré tant d’autres assassins : Lénine, Ho Chi Minh, Arafat, etc. Guy Millière

Et si pour une fois c’était les peuples qui avaient vu juste ?

A l’heure où après les avertissements des peuples qu’ont constitué, coup sur coup et contre tous les pronostics, les résultats du référendum britannique comme du véritable plébiscite de Trump ou de Fillon

Et la confirmation du véritable désastre qu’auront été, entre abandon criminel du Moyen-Orient et campagne aussi insignifiante que futile pour le mariage ou les toilettes pour tous, les politiques complètement déconnectées du réel de nos Obama, Hollande ou Merkel …

Nos donneurs de leçons en rajoutent sur l’incompétence du président-élu américain et, à défaut de pouvoir changer le peuple, appellent des deux côtés de l’Atlantique à contester dans la rue le résultat des urnes  …

Et qu’entre première présentatrice de télévision voilée au Canada et première candidate à l’élection de Miss America en burkini (ou était-ce homosexuelle ?) …

Ou entre deux attaques à la voiture-bélier ou pyromanes de nos chers réfugiés – pardon – loups solitaires auto-radicalisés via les consignes numériques de l’Etat islamique  …

Nos médias et nos élus (à quand après les cours islamiques  anglaises, les cours d’histoire aménagée selon l’origine des élèves ?) continuent à coup de « premières » leur matraquage multiculturaliste …

Devinez qui parmi l’ensemble des dirigeants de la planète …

Contre l’incroyable déni et auto-aveuglement de toute une génération d’élites nourries au petit lait de la mondialisation et de l’identité heureuses …

Et les tomberaux d’hommages qui ont salué la mort d’un des plus notoires dictateurs de la planète  ..

Aura eu le courage – ou le simple bon sens – d’appeler un chat un chat !

Fidel Castro, criminel contre l’humanité
Guy Millière

Dreuz

29 novembre 2016

La réaction de Barack Obama, l’islamo-gauchiste encore présent à la Maison Blanche, au moment de l’annonce du décès de Fidel Castro a été digne d’un disciple de Fidel Castro : prétendre tendre la main au peuple cubain tout en évoquant le statut “historique” d’un abject dictateur est méprisable.

Le peuple cubain souffre sous le joug totalitaire depuis près de six décennies et lui tendre la main ne passe pas par l’évocation du statut “historique” du principal responsable de la souffrance subie. La réaction de Donald Trump a été infiniment plus digne, et a été celle d’un vrai Président des Etats Unis. Donald Trump a appelé le dictateur par son nom de dictateur, a rappelé ses multiples crimes, et a dit souhaiter la liberté pour les Cubains.

La presse internationale, tout particulièrement en France, a, de manière générale, usé de mots élogieux pour décrire le mort. Elle continue, ce qui n’est pas étonnant.

Il faut donc le souligner une fois de plus.

Fidel Castro a été un dictateur féroce, dès son arrivée au pouvoir en 1959. Il s’est emparé de Cuba par la force des armes, y a installé un régime destructeur et barbare à la solde de l’Union Soviétique (et je le souligne : d’emblée à la solde de l’Union Soviétique). Il a fait assassiner des milliers d’opposants, en usant au commencement d’un exécuteur des basses oeuvres cruel et sadique appelé Ernesto Che Guevara, parti ensuite pratiquer le terrorisme en Afrique et en Amérique latine. Il a ravagé une économie qui, avant lui, était prospère, a provoqué une chute vertigineuse du niveau de vie du pays, aboli toutes les libertés, suscité l’exode de centaines de milliers de Cubains vers les Etats-Unis, volé des propriétés immobilières et des entreprises par centaines, transformé l’île en une grande prison.

Il faut le rappeler, Fidel Castro a failli provoquer une guerre mondiale en octobre 1962 quand il a accepté (ce qui était logique puisqu’il était un agent soviétique) l’installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, missiles braqués vers les Etats Unis en un temps où l’Union Soviétique affichait ses intentions destructrices vis-à-vis de la principale puissance du monde libre. Fidel Castro a demandé explicitement à l’époque à l’Union Soviétique d’utiliser les missiles nucléaires installés à Cuba pour détruire les Etats-Unis. Nikita Khrouchtchev a refusé.

Il faut le rappeler aussi, Fidel Castro est le seul et unique responsable de la rupture de toute relation commerciale ou autre entre Cuba et les Etats-Unis. A l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir, les Etats-Unis ont eu une attitude neutre, voire positive, vis-à-vis du nouveau régime : l’antipathie est vite venue, avec les exécutions sommaires, l’instauration de la dictature, la confiscation de toutes les entreprises américaines, la transformation de l’île en base soviétique.

Et il faut le dire : l’absence de toute relation entre Cuba et les Etats-Unis n’a jamais empêché Cuba sous Castro de commercer avec le reste du monde. La ruine économique de Cuba a une cause et une seule : la destruction de l’économie de marché et des structures de production du pays par des criminels sanguinaires, incompétents, vicieux, et méprisants envers l’être humain. Des gens tels qu’Hugo Chavez au Venezuela ou Jean-Luc Mélenchon s’il arrivait au pouvoir en France. Le crétin de l’Elysée, après avoir qualifié (comme Obama) Fidel Castro de grande figure historique, a incriminé l’embargo américain. Il aurait mieux fait d’incriminer les causes de la ruine de Cuba et de demander comme Trump un retour à la liberté à Cuba, mais le crétin en question étant socialiste, ce serait trop lui demander.

Il faut le dire : l’expédition de la Baie des Cochons fut une expédition libératrice qui aurait pu permettre au peuple cubain de retrouver la liberté face à la férocité qui s’abattait déjà sur lui. Elle a échoué à cause de la pusillanimité de John Kennedy, qui a retiré aux forces cubaines libres les moyens logistiques et l’appui qui leur avait été promis, cela au moment même où elles débarquaient. Si John Kennedy n’était pas mort à Dallas en 1963, le monde aurait fini par s’apercevoir qu’il était, outre un obsédé sexuel, un mauvais Président. Les Cubains de Floride se souviennent et savent que les démocrates sont, en général, des traîtres.

Il faut l’ajouter : le discours qui imprègne les grands médias aujourd’hui disant que, sous Battista, Cuba était un lieu de débauche et de prostitution est particulièrement infect. Cuba sous Battista avait un niveau de vie équivalent à celui de l’Italie de l’époque, et La Havane était une ville de casinos où la prostitution existait, une sorte de Las Vegas tropical. Des clubs de vacance existaient, les salaires allaient aux employés. Ces dernières années, quand les frères Castro ont eu besoin d’argent, des clubs de vacance ont ouvert, les salaires sont versés par les entreprises qui ont ouvert les clubs au gouvernement cubain, qui donne une pitance (20 dollars) équivalant à deux pour cent des salaires aux employés cubains utilisés, qui n’ont pas l’autorisation de ramener de la nourriture jetée dans les poubelles des clubs à leurs familles qui crèvent de faim. Les jeunes filles se prostituent pour un prix modique parce qu’elles crèvent de faim elles aussi.

Il faut l’ajouter : Fidel Castro n’a rien apporté au peuple cubain, sinon la souffrance et la mort. La médecine cubaine pour les Cubains est digne de celle du pire pays du tiers-monde (même les médicaments de base tels l’aspirine sont rationnés) tandis que des hôpitaux traitent, pour des sommes élevées de riches clients étrangers, tous les bénéfices allant au régime. Cuba était un pays très alphabétisé avant Castro, la différence est que l’alphabétisation désormais est totalement imprégnée de propagande léniniste monolithique.

L’ »ouverture” voulue ces dernières années par le pape François, pratiquée par Barack Obama, et, aussi, par le crétin de l’Elysée, est une façon de renflouer les caisses de la dictature, sans que rien n’ait changé aux pratiques de la dictature : c’est donc une assistance à dictature en danger, et un crime supplémentaire contre le peuple cubain.

La joie des Cubains de Floride est très logique et pleinement légitime. Les Cubains encore à Cuba ne peuvent exprimer la moindre joie sans risquer d’avoir à le payer cher.

La nostalgie de ceux qui parlent de Fidel le “révolutionnaire” est obscène : mais les gens de gauche sont souvent obscènes et n’ont aucun sens des valeurs éthiques les plus élémentaires. Ils marchent chaque jour sur des millions de cadavres suppliciés. Ils détestent Trump, élu démocratiquement, mais admirent l’assassin Fidel Castro comme ils ont admiré tant d’autres assassins : Lénine, Ho Chi Minh, Arafat, etc.

Que les cendres de Fidel Castro soient destinées à reposer là où se trouve la sépulture de José Marti, qui était un libéral, un démocrate, un défenseur de la liberté de parole, et qui est mort lors de la décolonisation de Cuba, menée grâce aux Etats-Unis en 1895, est une insulte à la mémoire de José Marti, dont Fidel Castro a piétiné l’héritage.

Voir aussi:

 While others fawn, Trump buries Castro with the truth

The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly.

For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman:

Today, the world marks the passing of a brutal dictator who oppressed his own people for nearly six decades. Fidel Castro’s legacy is one of firing squads, theft, unimaginable suffering, poverty and the denial of fundamental human rights.

While Cuba remains a totalitarian island, it is my hope that today marks a move away from the horrors endured for too long, and toward a future in which the wonderful Cuban people finally live in the freedom they so richly deserve.

For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable.

Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing:

Today, we offer condolences to Fidel Castro’s family, and our thoughts and prayers are with the Cuban people. For nearly six decades, the relationship between the United States and Cuba was marked by discord and profound political disagreements.

During my presidency, we have worked hard to put the past behind us, pursuing a future in which the relationship between our two countries is defined not by our differences but by the many things that we share as neighbors and friends — bonds of family, culture, commerce, and common humanity.

This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency.

Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else?

Indeed, his Secretary of State John Kerry, whose tenure has been distinguished by near-total capitulation to Iran, the world’s foremost state sponsor of terrorism, said of Castro: « We extend our condolences to the Cuban people today as they mourn the passing of Fidel Castro … He played an outsized role in their lives, and he influenced the direction of regional, even global affairs.”

I’d be outraged if I were not already asleep.

I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office?

But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups.

Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody:

“Fidel Castro was a larger than life leader who served his people for almost half a century.” Trudeau added that Castro was “Cuba’s longest serving President.”

Notice that Castro “served” rather than ruled, and that he was “President” and not « dictator.”

But Trudeau’s just getting started.

“While a controversial figure, both Mr. Castro’s supporters and detractors recognized his tremendous dedication and love for the Cuban people who had a deep and lasting affection for ‘el Comandante…” He continued. Castro was “a legendary revolutionary and orator” and that his death at 90 had brought him “deep sorrow.”

Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them.

As an American who loves Canada and has the privilege of hosting a national TV show there, “Divine Intervention,” I am embarrassed for the good people of Canada.

Trudeau’s revolting comments were rightly exposed by Senator Marco Rubio as “shameful and embarrassing,” and by Senator Ted Cruz as “slobbering adulation.”

Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own.

Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.”

U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. »

I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.

But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.”

If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell.

The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.

Boteach, “America’s Rabbi,” whom the Washington Post calls “the most famous Rabbi in America,” is founder of The World Values Network and is the international best-selling author of 31 books, including “The Israel Warrior,” which has just been published. Follow him on Twitter @RabbiShmuley.

Voir encore:

Fidel Castro: A Litmus Test Of American Political Thinking

Paul Roderick Gregory

Miami residents celebrate the death of Fidel Castro on November 26, 2016 in Miami, Florida. Cuba’s current President and younger brother of Fidel, Raul Castro, announced in a brief TV appearance that Fidel Castro had died at 22:29 hours on November 25 aged 90. (Gustavo Caballero/Getty Images)

Fidel Castro is dead at age 90. In power for more than a half century, his regime ruled the last planned socialist economy. (Unless we include quirky North Korea). In 1957, when Castro launched his Cuban revolution, Cuban GDP per capita equaled the Latin American average. On the day of Fidel’s death, it has fallen to less than half that average.  Over the fifty years of Castro’s communist rule, Cuba went from being among the more prosperous countries of Latin America to being among its poorest. When Fidel marched victoriously into Havana, it had fifty-eight national newspapers. Now it has six, all published by the Cuban communist party and its affiliates.

When Communism fell in the Soviet Union and Eastern Europe, advocates of Communism throughout the world shrugged. They argued that the Communist system is sound. The problem is that Communist countries have had the wrong leaders. Communist true believers, the world over, had to put their faith in Fidel and to hope that his example would spread Communism beyond Cuba’s shores – to countries like Venezuela and Nicaragua. Communist true believers looked at Fidel’s Cuba and praised its health-care and education systems, its income equality, and the fact that Cuba survived the U.S. embargo. They ignored the fact the Fidel remained in power thanks to repression of political opponents, his willingness to lose his most ambitious citizens as boat people to the US, and cheap oil as a client state of the USSR and then Venezuela.

Two decades back, only ten percent of Americans viewed Cuba favorably. On the day of Fidel’s death, more than half of Americans have a positive view of Cuba. The party divide is enormous: Three quarters of Democrats and one third of Republicans hold positive views of Cuba. In the 1960s, the New Left, with its ubiquitous Che posters, was enraptured by Castro and the Cuban model. More recent assessments by socialists fret that Cuba is not striving for a true form of socialism.

The American Left views Fidel as a veteran, battle-scarred in his battle against a US imperialism, bent on Cuba’s destruction. Despite all these obstacles, as stated by Bernie Sanders in 1985, people “forget that Castro educated their kids, gave their kids healthcare, and totally transformed society” in a “revolution of values.” The American Right sees Fidel’s Cuba as an oppressive one-party state that permits no dissent. It is managed by a regime that has run the economy into the ground, despite accomplishments in education and health care. Equality in Cuba means an equal right to poverty.

An oppressive dictator who imprisons opponents and forces his best-and-brightest to flee or a heroic leader thumbing his nose in the face of the global hegemon while providing his people with education and health, one thing is clear:  The Castro planned socialist economy has doomed the Cuban people to lives of poverty. If Cuba had simply matched the lackluster performance of Latin America, the Cuban people would have double the living standard they have today.

The rise in favorable American opinion about Cuba, especially among Democrats, reflects the leftward tilt of their thinking, and a naïve belief, as expressed by the Sanders campaign, that Democratic Socialism is possible. If so, let them give one real-world example, and not the phony Scandinavian model. Fidel knew otherwise and did not tinker with democracy, and he died in power. Gorbachev did not, and he was unceremoniously dumped from power. I imagine Raul Castro is aware of these facts.

Voir également:

The death of Fidel Castro is the perfect Rorschach test for our times.

Ryu Spaeth

The New Republic

November 26, 2016

What you thought of Castro, who died at the age of 90 on Friday, has always been a reflection of your politics, your nationality, and your age. He was a hero of the revolutionary left in Latin America, proving that a ragtag band of guerrillas could overthrow the Western Hemisphere’s hegemon. He was a communist stooge to the American officials who repeatedly tried to kill him, presiding over an outpost of the Soviet Union just off the coast of Florida. To Cubans themselves he was a dictator who impoverished the country, jailed and killed thousands of dissidents, and stripped citizens of their basic rights. And to those who came of age in the post-Cold War era, he was simultaneously a retro figure on a T-shirt and a cranky old man in an Adidas tracksuit.

The disintegration of the post-Cold War order—culminating in Brexit in Great Britain and the election of Donald Trump in the United States—has been mirrored in the chaotic response to Castro’s death. Jeremy Corbyn, the leader of Britain’s Labour Party, hailed Castro as a “champion of social justice,” which is decidedly more sympathetic than anything Tony Blair might have said. Paeans have poured in from predictable quarters (Brazil’s Dilma Rousseff, herself a one-time revolutionary) and those less so (Canada’s Justin Trudeau, the scion of a former prime minister). In the United States, a Democratic president who ushered in a new relationship with Cuba largely based on free market liberalization is being succeeded by a Republican businessman who has threatened to roll back this progress for a “better deal.”

What Trump and Cuban President Raul Castro plan to do now is the ultimate question hanging over Cuba in the wake of Fidel’s death. So far, Trump has indicated nothing more than that he is aware of the news, which we can all agree, even in these divided times, is a good start.

Voir encore:

Drieu Godefridi
Dreuz Info
24 novembre 2016
Le 8 novembre 2016 est une date historique. Elle marque l’accession prochaine à la présidence des Etats-Unis d’un homme, Donald J. Trump, qui, après le Brexit, incarne le surgissement sur la scène politique et culturelle occidentale d’une force nouvelle : les classes moyennes.

Ne sont-ce pas les classes moyennes qui, par définition, dominent la scène depuis les Trente Glorieuses ? Certes, mais la spécificité de la situation actuelle est que ces « gens ordinaires » que désigne le sociologue canadien Mathieu Bock-Côté se comportent désormais de façon politiquement cohérente. Avec une solidarité, une conscience de classe, comme disent les marxistes. Bref, elles votent en masse et en tant que telles.

« La démocratie est lente », constatait le communiste espagnol Denis Fernandez Récatala. De la survenance d’un problème à sa résolution par le mode démocratique — appropriation de la problématique par un parti, accession de ce parti au pouvoir, mise en œuvre d’une politique — s’écoulent souvent de longues années. Particulièrement lorsque le diagnostic est lui-même disputé.

Toutefois, certaines réalités économiques et culturelles sont devenues si prégnantes qu’elles ne peuvent plus être niées. Je soutiens que la révolte des classes moyennes occidentales est le fruit de la détérioration de ses conditions d’existence, dont les motifs sont similaires des deux côtés de l’Atlantique.

La taxation, dans nos pays, est confiscatoire. Depuis 1945, la part de richesse prélevée par l’Etat n’a cessé de croître. Même s’ils ignorent l’aphorisme de Frédéric Bastiat selon lequel « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde », les citoyens « sentent » que le système tourne à leurs dépens. Que l’Etat, pour octroyer telle prime, tel encouragement ou service, perçoit un impôt plus lourd que ne le serait le prix du service sans son intervention, car il doit rémunérer une pléthore d’agents, de partenaires et de clientèles. Cette réalité est d’autant moins tolérée qu’elle s’inscrit dans le contexte d’un « capitalisme de connivence » qui compense, avec l’argent des contribuables, et à coup de dizaines de milliards, les pertes abyssales d’un secteur financier dont les bénéfices sont privés.

Ayant payé son écot — de 50 à 65% de ses revenus, dans la plupart de nos pays — le citoyen dispose d’un capital résiduel. Ce capital, en principe il en use à sa guise, car nos régimes restent fondés sur le principe de l’autonomie de la volonté. Mais seulement en théorie. Car, à chaque instant le citoyen doit louvoyer et se glisser sous les clôtures électrifiées de normes toujours plus nombreuses. La gauche culturelle a longtemps soutenu, jusqu’à nos jours, que nous évoluons dans un univers capitaliste « dérégulé », dont la généalogie remonterait au règne de M. Reagan et de Mme Thatcher. Rien n’est plus faux. Que l’on regarde les chiffres de la production législative et réglementaire — disons normative — dans les pays européens et aux Etats-Unis, et l’on verra qu’aucun individu dans l’histoire de l’humanité ne s’est trouvé aussi étroitement sanglé de normes. L’Occidental est tel un Gulliver auquel on donne la liberté en titre, mais que l’on paralyse par mille liens. Ce n’est pas le lieu de produire des chiffres — je le ferai dans une étude comparative et historique à paraître — contentons-nous de relever que la France produit autant de normes chaque année que durant les cinq cent années qui vont du 13e siècle de Saint-Louis à la révolution de 1789. À ce formidable magma normatif en croissance exponentielle, vient encore s’agglutiner l’épaisse gangue des régulations que sécrètent les institutions européennes. Outre son caractère anti-économique, cette prolifération normative contraint, force et entrave les citoyens jusque dans les détails infimes et intimes de leur vie quotidienne.

La fiscalité et l’hyperinflation normative s’aggravent de la dégradation urbaine et scolaire. L’immigration massive ayant été érigée en dogme moral et en nécessité économique, les classes moyennes occidentales ont vu surgir au sein de leurs villes, de leurs quartiers et de leurs écoles, parfois jusqu’à les dominer, des populations dont la culture est certes respectable mais, dans le cas de l’islam, radicalement distincte de la leur, dans son rapport aux femmes, à la liberté de conscience, à la démocratie. Cette immigration, dans la réalité des faits, n’est pas choisie, mais subie. Quand, après trente années de ce régime migratoire, les mêmes « gens ordinaires » constatent que des candidats à la migration se pressent toujours plus nombreux à leurs frontières, ils se posent légitimement la question de la perpétuation de leur mode de vie. Comment s’étonner que le dogme de l’immigration anarchique soit rejeté ? Cela indépendamment de la question du terrorisme (alors qu’il est par exemple établi que dix des douze auteurs des effroyables attentats de Paris, le 13 novembre 2015, se sont inflitrés en Europe comme migrants, cfr. Le Figaro, 12 novembre 2016).

Pour compléter la tableau, relevons la guerre culturelle qui est menée aux classes moyennes, sur la seule foi du sexe et de la couleur de la peau. Examinons les deux aspects de ce Kulturkampf.

D’abord, la théorie du genre, selon laquelle la distinction des sexes masculin et féminin est une invention culturelle (Judith Butler, Anne Fausto-Sterling). Au nom de cette idéologie, dans l’infini chatoiement de ses variétés académiques et médiatiques, des minorités sexuelles en sont venues à exiger l’éradication de la référence à l’hétérosexualité, vécue comme oppressive et stigmatisante. La revendication est de brouiller les genres, en les multipliant à l’infini, et de quitter la notion — statistiquement incontestable — de « normalité » hétérosexuelle. D’où ces polémiques, souvent émaillées de violences, pour décider de la question de savoir si les « queer » et transgenres peuvent, ou pas, accéder aux vestiaires sportifs, scolaires et toilettes de leur sexe biologique, ou de leur sexe choisi, ou les deux, et comment vérifier ? Des parents se posent légitimement la question de savoir si leur petite fille de six ou sept ans risque de croiser dans les toilettes une « femme » de 45 ans avec ce que l’on appelait autrefois un sexe masculin entre les jambes. Se fédère à ces polémiques l’hostilité de principe témoignée au garçon hétérosexuel, institué en dépositaire de la sexualité « du passé », ce qui justifie qu’il soit rééduqué dès la plus tendre enfance — à l’école —, discriminé lors de son entrée éventuelle à l’université, et que le moindre de ses gestes et paroles soit justiciable des tribunaux. Cette guerre du genre est menée avec autant d’âpreté que d’efficacité : la grande majorité des diplômés de l’enseignement supérieur américain et européen sont des femmes, et la réalité biologique de la binarité sexuelle est battue en brèche jusque dans nos textes de loi (Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe, 2011).

Vient enfin la résurgence du racisme. D’abord, il y eut le discours anti-raciste, réprouvant le rejet d’une personne sur la seule foi de sa race. L’écrasante majorité des Occidentaux ont acquiescé à ce discours. Toutefois une rhétorique subtile s’est enclenchée, particulièrement dans des pays comme les Etats-Unis et la France, jusqu’à permettre, puis encourager, la mise en accusation des populations blanches. Ainsi des « safe spaces » se sont-ils multipliés sur les campus américains, c’est-à-dire des espaces réservés aux minorités, pour leur permettre de se soustraire à la présence réputée suffocante des Américains « caucasiens ». Dit autrement, les étudiants blancs se voient refuser l’accès de certaines zones du campus sur la seule foi de la couleur de leur peau. Paradoxal retournement d’un discours anti-raciste qui en vient à légitimer, souvent par la violence, des pratiques racialistes au sens strict. Ainsi du discours sur le « white privilege », soit l’idée qu’un Américain blanc est privilégié du seul fait de la couleur de sa peau, quels que soient ses origines et milieu social, et que la loi doit donc discriminer en sa défaveur, toujours sur la seule foi de la couleur de sa peau. Considérons ce répertoire de journalistes récemment créé sous l’égide du gouvernement francophone belge, dont l’objet est d’inclure d’une part les femmes, d’autre part les « hommes et femmes issus de la diversité », ce qui exclut qui ? Les hommes blancs, avec pour seul critère la couleur de leur peau. Racisme, vous avez dit proto-fascisme ? Qui ne voit que ces discours et pratiques reposent sur les notions de responsabilité raciale collective, et de responsabilité à travers les âges, soit très exactement les concepts qui ont, de tout temps, fondé l’antisémitisme, comme Sartre l’a montré dans ses Réflexions sur la question juive ? Ce racisme au nom de l’anti-racisme, les classes moyennes occidentales n’y consentent plus.

Il est à noter que cette guerre sexuelle et racialiste menace les gens ordinaires, non seulement dans leurs conditions d’existence (impôt, normes, quartiers), mais dans leur être naturel (sexe, couleur de la peau). Qu’un rejet radical — une révolution, selon Stephen Bannon, éminence grise du nouveau président américain — se dessine, est-ce surprenant ?

Tels sont les facteurs dont la conjugaison explique, selon moi, à la fois la détérioration des conditions de vie des classes moyennes occidentales, et leur révolte politique.

Voir de même:

The End of Identity Liberalism
Mark Lillanov
The New York Times
Nov. 18, 2016

It is a truism that America has become a more diverse country. It is also a beautiful thing to watch. Visitors from other countries, particularly those having trouble incorporating different ethnic groups and faiths, are amazed that we manage to pull it off. Not perfectly, of course, but certainly better than any European or Asian nation today. It’s an extraordinary success story.

But how should this diversity shape our politics? The standard liberal answer for nearly a generation now has been that we should become aware of and “celebrate” our differences. Which is a splendid principle of moral pedagogy — but disastrous as a foundation for democratic politics in our ideological age. In recent years American liberalism has slipped into a kind of moral panic about racial, gender and sexual identity that has distorted liberalism’s message and prevented it from becoming a unifying force capable of governing.

One of the many lessons of the recent presidential election campaign and its repugnant outcome is that the age of identity liberalism must be brought to an end. Hillary Clinton was at her best and most uplifting when she spoke about American interests in world affairs and how they relate to our understanding of democracy. But when it came to life at home, she tended on the campaign trail to lose that large vision and slip into the rhetoric of diversity, calling out explicitly to African-American, Latino, L.G.B.T. and women voters at every stop. This was a strategic mistake. If you are going to mention groups in America, you had better mention all of them. If you don’t, those left out will notice and feel excluded. Which, as the data show, was exactly what happened with the white working class and those with strong religious convictions. Fully two-thirds of white voters without college degrees voted for Donald Trump, as did over 80 percent of white evangelicals.

The moral energy surrounding identity has, of course, had many good effects. Affirmative action has reshaped and improved corporate life. Black Lives Matter has delivered a wake-up call to every American with a conscience. Hollywood’s efforts to normalize homosexuality in our popular culture helped to normalize it in American families and public life.

Have you changed anything in your daily life since the election? For example, have you tried to understand opposing points of view, donated to a group, or contacted your member of Congress? Your answer may be included in a follow up post.

But the fixation on diversity in our schools and in the press has produced a generation of liberals and progressives narcissistically unaware of conditions outside their self-defined groups, and indifferent to the task of reaching out to Americans in every walk of life. At a very young age our children are being encouraged to talk about their individual identities, even before they have them. By the time they reach college many assume that diversity discourse exhausts political discourse, and have shockingly little to say about such perennial questions as class, war, the economy and the common good. In large part this is because of high school history curriculums, which anachronistically project the identity politics of today back onto the past, creating a distorted picture of the major forces and individuals that shaped our country. (The achievements of women’s rights movements, for instance, were real and important, but you cannot understand them if you do not first understand the founding fathers’ achievement in establishing a system of government based on the guarantee of rights.)

When young people arrive at college they are encouraged to keep this focus on themselves by student groups, faculty members and also administrators whose full-time job is to deal with — and heighten the significance of — “diversity issues.” Fox News and other conservative media outlets make great sport of mocking the “campus craziness” that surrounds such issues, and more often than not they are right to. Which only plays into the hands of populist demagogues who want to delegitimize learning in the eyes of those who have never set foot on a campus. How to explain to the average voter the supposed moral urgency of giving college students the right to choose the designated gender pronouns to be used when addressing them? How not to laugh along with those voters at the story of a University of Michigan prankster who wrote in “His Majesty”?

This campus-diversity consciousness has over the years filtered into the liberal media, and not subtly. Affirmative action for women and minorities at America’s newspapers and broadcasters has been an extraordinary social achievement — and has even changed, quite literally, the face of right-wing media, as journalists like Megyn Kelly and Laura Ingraham have gained prominence. But it also appears to have encouraged the assumption, especially among younger journalists and editors, that simply by focusing on identity they have done their jobs.

Recently I performed a little experiment during a sabbatical in France: For a full year I read only European publications, not American ones. My thought was to try seeing the world as European readers did. But it was far more instructive to return home and realize how the lens of identity has transformed American reporting in recent years. How often, for example, the laziest story in American journalism — about the “first X to do Y” — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. No major news outlet in Europe would think of adopting such a focus.

But it is at the level of electoral politics that identity liberalism has failed most spectacularly, as we have just seen. National politics in healthy periods is not about “difference,” it is about commonality. And it will be dominated by whoever best captures Americans’ imaginations about our shared destiny. Ronald Reagan did that very skillfully, whatever one may think of his vision. So did Bill Clinton, who took a page from Reagan’s playbook. He seized the Democratic Party away from its identity-conscious wing, concentrated his energies on domestic programs that would benefit everyone (like national health insurance) and defined America’s role in the post-1989 world. By remaining in office for two terms, he was then able to accomplish much for different groups in the Democratic coalition. Identity politics, by contrast, is largely expressive, not persuasive. Which is why it never wins elections — but can lose them.

The media’s newfound, almost anthropological, interest in the angry white male reveals as much about the state of our liberalism as it does about this much maligned, and previously ignored, figure. A convenient liberal interpretation of the recent presidential election would have it that Mr. Trump won in large part because he managed to transform economic disadvantage into racial rage — the “whitelash” thesis. This is convenient because it sanctions a conviction of moral superiority and allows liberals to ignore what those voters said were their overriding concerns. It also encourages the fantasy that the Republican right is doomed to demographic extinction in the long run — which means liberals have only to wait for the country to fall into their laps. The surprisingly high percentage of the Latino vote that went to Mr. Trump should remind us that the longer ethnic groups are here in this country, the more politically diverse they become.

Finally, the whitelash thesis is convenient because it absolves liberals of not recognizing how their own obsession with diversity has encouraged white, rural, religious Americans to think of themselves as a disadvantaged group whose identity is being threatened or ignored. Such people are not actually reacting against the reality of our diverse America (they tend, after all, to live in homogeneous areas of the country). But they are reacting against the omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by “political correctness.” Liberals should bear in mind that the first identity movement in American politics was the Ku Klux Klan, which still exists. Those who play the identity game should be prepared to lose it.

We need a post-identity liberalism, and it should draw from the past successes of pre-identity liberalism. Such a liberalism would concentrate on widening its base by appealing to Americans as Americans and emphasizing the issues that affect a vast majority of them. It would speak to the nation as a nation of citizens who are in this together and must help one another. As for narrower issues that are highly charged symbolically and can drive potential allies away, especially those touching on sexuality and religion, such a liberalism would work quietly, sensitively and with a proper sense of scale. (To paraphrase Bernie Sanders, America is sick and tired of hearing about liberals’ damn bathrooms.)

Teachers committed to such a liberalism would refocus attention on their main political responsibility in a democracy: to form committed citizens aware of their system of government and the major forces and events in our history. A post-identity liberalism would also emphasize that democracy is not only about rights; it also confers duties on its citizens, such as the duties to keep informed and vote. A post-identity liberal press would begin educating itself about parts of the country that have been ignored, and about what matters there, especially religion. And it would take seriously its responsibility to educate Americans about the major forces shaping world politics, especially their historical dimension.

Some years ago I was invited to a union convention in Florida to speak on a panel about Franklin D. Roosevelt’s famous Four Freedoms speech of 1941. The hall was full of representatives from local chapters — men, women, blacks, whites, Latinos. We began by singing the national anthem, and then sat down to listen to a recording of Roosevelt’s speech. As I looked out into the crowd, and saw the array of different faces, I was struck by how focused they were on what they shared. And listening to Roosevelt’s stirring voice as he invoked the freedom of speech, the freedom of worship, the freedom from want and the freedom from fear — freedoms that Roosevelt demanded for “everyone in the world” — I was reminded of what the real foundations of modern American liberalism are.

Mark Lilla, a professor of the humanities at Columbia and a visiting scholar at the Russell Sage Foundation, is the author, most recently, of “The Shipwrecked Mind: On Political Reaction.”

Voir de plus:

An End of Identity Liberalism?
Kevin D. Williamson
The National review
November 27, 2016
Don’t count on it.
The New York Times, like Walt Whitman, contains multitudes and necessarily contradicts itself. In the Sunday edition there is an intelligent essay by Mark Lilla titled “The End of Identity Liberalism.” In the Times magazine is an essay by Alexander Fury asking “Can a Corset Be Feminist?” Lilla argues that the tiresomely omphaloskeptic identity politics of the contemporary Left is counterproductive, standing in the way of a genuine liberalism of principle and cosmopolitan broad-mindedness. He writes: “How often, for example, the laziest story in American journalism — about the ‘first X to do Y’ — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. No major news outlet in Europe would think of adopting such a focus.” If we were feeling generous, we could overlook the fact that such sterling progressives as Jonathan Chait began to question the value of identity politics right around the time that “Shut up, white man!” came to be accepted as an all-purpose response to columns by Jonathan Chait. Lilla’s understandably Europhilic column does not grapple with the demographic facts — that Switzerland is full of Swiss people and Mississippi isn’t — but his prescription for liberal reform is the right one, one that certainly would please conservatives even if it made no impression on the Left, which does not have very many liberals anymore. A liberal education system, Lilla writes, would acquaint students with the structures and dynamics of American government and prepare them for the duties of citizenship. A liberal press would take more than an “anthropological interest in the angry white male” and “would begin educating itself about parts of the country that have been ignored, and about what matters there, especially religion.” (Learning the elementary facts about firearms would be something, too.)
The most interesting and insightful part of Lilla’s essay is his argument that the right-leaning rural and small-town Americans are not in fact revolting against the fact of American diversity but against the “omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by ‘political correctness.’” That is exactly right. He ends with a salute to Franklin Roosevelt’s “Four Freedoms,” without getting into the messy fact that the Democratic party has declared open war on two of them — freedom of speech and freedom of worship — with Harry Reid’s Senate caucus having gone so far as to vote for repealing the First Amendment. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? How different is Alexander Fury’s essay on the corset, by comparison. Fury’s piece is the usual exercise in progressive moral panic: How should the right sort of people feel about corsets? (Kale? Juice cleanses? Whole Foods? Tesla automobiles?) The corset, Fury says, is not just another article of clothing, and one can feel a dreadful premonition of the abuse of the word “literally” before Fury gets around to writing it: “As opposed to merely transforming our perceptions of the figure, as with the padding and extensions of 18th-century pannier skirts, or the 19th-century bustle, the corset acted — and still acts — directly on the form, kneading and shifting flesh to literally carve out a new body for its wearer, no situps required.” We are all good liberals here, but I am confident that literally carving the human body remains a crime, even in New York. RELATED: Identity Politics Are Ripping Us Apart Fury’s version of things is the opposite of Lilla’s tolerant liberalism: To be the right sort of people, we must be feminists, and to be feminists, we must have opinions on . . . everything, and assign to the entirety of the universe moral gradations based upon the feminist position that all of the right sort of people must assume. Fury ultimately comes down as a corset libertarian: “A woman wearing a corset today is a symbol of empowerment, of sexual freedom, of control. She’s the one holding the laces, the one constructing her own femininity.” But the problem is less the answer than the question, and the question-begging — the identification of feminism with virtue and the hunt for heresy. More P.C. Culture Football and Fallacies Enemies of Language If You Need a Hotline to Handle Thanksgiving, Then You Actually Need to Get Over Yourself Lilla’s plea is probably doomed to fall upon deaf ears — or ears that are at the very least not listening. There is almost nothing that people enjoy so much as talking about themselves and all of the splendid ways in which they and their experiences are utterly unique, and it is very difficult to listen to others while talking about one’s self. Sir Richard Francis Burton wasn’t entirely wrong to conclude that “man never worshipped anything but himself.” But if progressives will not heed principle, then maybe they will heed arithmetic. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? President-elect Trump might have some thoughts on that. — Kevin D. Williamson is the roving correspondent for National Review.

Voir encore:

After Globalism and Identity Politics
Joshua Mitchell
Providence
August 29, 2016

Since the end of the Cold War, America has been mesmerized by two ideas that have given hazy coherence to the post-1989 world: “globalism” and “identity politics.” Formidable political movements in America and in Europe, still raucous and unrefined, now reject both ideas. Political and intellectual elites dismiss these movements because they believe the post-1989 world as they have understood it is still intact, and that no thoughtful person could think otherwise. Hence, the only-dumb-white-people-vote-for-Trump trope.

The “globalization” idea has expressions on both the Left and Right: on the Left, the emphasis has been on so-called “global norms” and culture; on the Right, the emphasis has been on so-called “free-trade” and democracy promotion through military means. Both sides believe in the inevitability of their idea of globalization. We live, however, in a world of states. In that world, the movement of cultural information and material goods has not been free-flowing, and really can never be. Regulatory agencies within the state, often captured by corporations who by virtue of economies of scale can afford large back-office compliance staff, determine what comes in and what stays out. NAFTA is hundreds of pages long. TPP is thousands of pages long. The real beneficiaries of these arrangements are state regulators and large corporations. They will always be in favor of so-called “free trade.” They both gain; but American workers generally do not. Consumers get cheaper goods, but a chasm opens up between those who are in on the game and those who are not. Standards of living fall for all but the few. Government grows. Corporations get rich. What happens to everybody else?

“Globalization” suggests a world where states matter little. If states matter little, then citizenship matters little. To assist in this diminishment of the importance of the state, we have become enthralled by the idea that we are not citizens who have been encultured into a certain set of practices and traditions that we hold dear because we are legal members of a state in which we find our home. Rather, we are bearers of this or that “identity,” which is the only really important thing about us. With this idea, the purpose of the state shifts from mediating the interests of lawful citizens (with a view to defending liberty and property) to disseminating resources based on what you deserve because of your “identity.” The “aggrieved” person is not an active citizen, encouraged to build a common world with his or her neighbors, but a passive victim who is to receive assistance from the state. The real debt of money does not matter, for the U.S. Government can go deeper into debt without cost. All that matters is that educators and politicians continue to chant about the debt you are owed because of your “identity.” In exchange, you, the identity-bearing citizen, must continue to chant about “global norms” and “free trade” that elites promise will redound to the benefit of all. And if it doesn’t, all is not lost, because even if the crony-capitalists and state regulators don’t do anything but line their own pockets, you will at least get the satisfaction that you are owed something because of your victim-status. They, who are getting rich while you are getting poor, tell you so. Indeed, the price of admission to their world, is that you should continue to be mesmerized by “globalization” and “identity politics.” Here, parenthetically, is the corruption at the heart of the American University, without which this configuration of ideas could not have come to prevail in the post-1989 world.

The upcoming Presidential campaign is about many things, not least the persons of Donald Trump and Hillary Clinton. In the midst of a world that longs for perfection, we find ourselves with two human-all-too-human candidates.

Beyond the lure or abhorrence of their character is the singular question: will the next Administration double-down on the mesmerizing configuration of “globalization” and “identity politics,” and in the process fortify the crony-capitalist class and those who think they profit from identity politics? Hillary Clinton and The Clinton Foundation are ground-zero for this configuration. Donald Trump opposes that configuration, on a good day gives inchoate expression of a genuine alternative, on a bad day blunders horribly, and will probably lose the upcoming national election.

The outlines of a genuine alternative involve the following correlated ideas, some of which have been clearly formulated in Trump’s campaign, while others have been lurking in it or are merely encouraged by it:

Because States are territories within which specific laws are enforced, borders matter. Borders mark where one set of laws begins and another set of laws ends. Tender-hearted sentiments about “universal humanity” cannot overrule this consideration. If mercy is shown, it is as an exception to generally-binding law, and not a repudiation of it. Borders matter.

Because the laws of States work only when people are acculturated to them and adopt them as their own, legal immigration of people from cultures not accustomed to the laws of the State and their practical foundation must proceed slowly, and with the understanding that it takes several generations to acculturate them. Immigration policy matters.
Because we live in a world of States, there will always be war. Therefore we must firmly establish who our allies are, and what we will do to defend them. In keeping with a somber view of the world, we cannot be driven by the dreamy ideals of universal world-around democracy in choosing our allies. Foreign policy is for the purpose of defending our own nation, not spending blood and treasure trying to persuade other nations to imitate our laws and ways. National interests, not so-called universal interests, matter.

Because the United States is composed of immigrants, admission into the Middle Class, made possible by robust economic growth, must be among the highest domestic priorities. Crony-capitalism diminishes growth by pre-determining permanent winners and permanent losers. So-called “free trade” agreements that benefit crony-capitalists eventually slow growth. Also slowing growth is the ever-increasing state regulation of nearly every aspect of daily life, which purports to protect us from harm. What good is such protection, however, when citizens cease to believe that they are responsible for themselves, their families, and their neighbors; and when the very spirit of entrepreneurship is undermined by it? The spirit of entrepreneurship, not just state-sponsored “care” of docile citizens, matters.

Because the sway of lobbyists in national politics grows in proportion to the growth of the federal government, the distorting power of lobbyists cannot be curtailed until the Constitutional limits on the federal government, established by the Founding Fathers, are observed anew. The federal government was set up to adjudicate certain issues, but not others. Those other issues—issues pertaining to the daily life of citizens—were to be adjudicated by state and local governments. When the purview of the federal government is extended beyond its original bounds, it becomes dysfunctional, and the power of the Executive and the Courts extends to compensate. This invites the tyranny of the Executive. The greater danger is not the person holding the Presidential office at any given time; the greater danger is the nature of the Executive office when the federal government grows disproportionally. Federalism and the decentralization of power matters.

Because “identity politics” undermines the idea of citizens who must engage one-another based not on their identity, but on “the content of their character” as Martin Luther King famously said, the politically correct speech that destroys citizenship and the possibility of any common accord about what personal and national greatness may involve must be roundly repudiated. PC speech is corrosive to the soul of America. It is humorless; it reduces all real “differences” to highly contrived, orchestrated, and controlled categories, the cost of straying from which is ostracism or worse. The Salem witch trials of 1692-93 have nothing on us today. America: ever involved in casting out the impure and the doubting. If you are African-American, please don’t mention that you believe in God and go to Church; identity politics allows no room for Christianity—though it bows before an imagined purity of Islam. Women? You may have apprehensions about how the proliferation of gender “identities” bears on your unique struggle to balance and to make sense of the conflicting demands of family and professional life. You, however, must say nothing. Every imagined gender identity is to be equally respected. You thought you were special, but you are not. We live in a world where all things are possible. Anyone who speaks of limits, of constraints, is “phobic” in one way or another. The bourgeois spirit that built America, the interest in making lots of money, in being “successful,” in taking risks—above all the strength of soul necessary to face failure and come back from it, stronger—these are held in contempt. No one dares speak up in a PC world. Feelings might be hurt; people may feel “uncomfortable.” Trigger warnings and “safe spaces” occupy our attention. The task in the highly choreographed world of “identity politics” is not to toughen up but to domesticate. No fights. No insults to which we respond with strength and self-assurance and overweening confidence. Indeed, with laughter! Everywhere: protections made possible by The Great Protector—the State—for by ourselves we cannot rise to the occasion. Greatness matters; if we are to have it, personally and as a country, we must cast off PC speech that in “protecting” us from suffering causes us to be its victim in perpetuity.

On each of these issues—borders, immigration, national interest, the spirit of entrepreneurship, federalism, and PC speech—Hillary Clinton responds with “globalization-and-identity-politics-SPEAK,” the language that has given us a world that is now exhausted, stale, and unredeemable. It is against this sort of world that citizens are revolting. And not just in the United States, but in Europe and Britain as well. The ideas of “globalization” and “identity politics” that mesmerized us in the aftermath of the Cold War now belong in the dust-bin of history. The question, bigger than the question of the personalities of Hillary Clinton and Donald Trump, is whether we will have one more Administration that authorizes them and tries to solve our problems through their lens.

Joshua Mitchell is a Professor of Government at Georgetown University. His most recent book is Tocqueville in Arabia: Dilemmas in a Democratic Age.

Voir de plus:

« Entre globalisés et passéistes, le match reste nul »

L’utopie d’un retour au passé et aux nations fortes des partisans de Donald Trump est aussi obsolète que celle de la mondialisation, estime le philosophe Bruno Latour.

Bruno Latour (Philosophe)

Le Monde

12.11.2016

La tragique élection de Trump a l’avantage de clarifier la situation politique d’ensemble. Le Brexit n’était pas une anomalie. Autant qu’on le sache et qu’on se prépare pour la suite. Chacune des grandes nations qui ont initié le marché mondial se retire l’une après l’autre du projet.

Le prolongement de cette démission volontaire est d’une clarté terrible : d’abord l’Angleterre ; six mois plus tard les Etats Unis, qui aspirent à la grandeur des années 1950. Et ensuite ? Si l’on suit les leçons de l’histoire, c’est probablement, hélas, au tour de la France, avant celui de l’Allemagne. Les petites nations se sont déjà précipitées en arrière : la Pologne, la Hongrie et même la Hollande, cette nation pionnière de l’empire global.

L’Europe unie, ce prodigieux montage inventé après la guerre pour dépasser les anciennes souverainetés, se retrouve prise à contre-pied. C’est un vrai sauve-qui-peut : « Tous aux canots ! » Peu importe l’étroitesse des frontières pourvu qu’elles soient étanches. Chacun des pays qui ont contribué à cet horizon universel de conquête et d’émancipation va se retirer des institutions inventées depuis deux siècles. Il mérite bien son nom, l’Occident, c’est devenu l’empire du soleil couchant…

Parfait, nous voilà prévenus et peut-être capables d’être un peu moins surpris. Car enfin, c’est bien l’incapacité à prévoir qui est la principale leçon de ce cataclysme : comment peut-on se tromper à ce point ? Tous les sondages, tous les journaux, tous les commentateurs, toute l’intelligentsia. C’est comme si nous n’avions aucun des capteurs qui nous auraient permis d’entrer en contact avec ceux que l’on n’a même pas pu désigner d’un terme acceptable : les « hommes blancs sans diplôme », les « laissés-pour-compte de la mondialisation » — on a même essayé les « déplorables ».

C’est sans doute une forme de peuple, mais à qui nous n’avons su donner ni forme ni voix. Je reviens de six semaines sur les campus américains, je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces « autres gens », aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les Barbares aux portes d’Athènes. Nous, « l’intelligence », nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements.

Deux bulles d’irréalisme

La vraie tragédie, c’est que ces autres vivent eux aussi dans une bulle, dans un monde du passé que la mutation climatique ne viendra pas déranger, qu’aucune science, aucune étude, aucun fait ne viendront ébranler. La preuve, c’est qu’ils ont avalé tous les mensonges de cet appel à la restauration d’un ordre ancien sans qu’aucun « fact-checker » n’émousse leur enthousiasme. Un Trump, ça trompe énormément, mais quel plaisir de se laisser tromper. Il ne faut pas compter sur eux pour jouer le rôle du bon peuple plein de bon sens et les pieds sur terre. Leurs idéaux sont encore plus éthérés que les nôtres.

Nous nous retrouvons donc avec des pays coupés en deux, chaque moitié devenue incapable de capter sa réalité aussi bien que celle de l’autre. Les premiers, disons les globalisés, croient encore que l’horizon de l’émancipation et de la modernité (souvent confondu avec le règne de la finance) ne va cesser de s’étendre en recouvrant la planète.

Les seconds ont décidé de se retirer sur l’Aventin en rêvant au retour d’un monde passé. Deux utopies par conséquent ; celle de l’avenir affrontée à celle du passé. Ce que figurait plutôt bien le choc Trump contre Clinton. Deux bulles d’irréalisme. Pour le moment, l’utopie du passé triomphe. Rien ne prouve que les choses se seraient arrangées durablement si l’utopie du futur avait triomphé.

Il s’est passé en effet quelque chose depuis vingt ans qui explique cette frénésie de déconnexions. Si l’horizon du globe ne peut plus attirer les masses, c’est que tout le monde a compris plus ou moins clairement qu’il n’y a pas de planète, je veux dire de vie réelle, matérielle correspondant à ces visions de terres promises. Il y a juste un an, la COP21 aura servi de déclaration solennelle à cette impossibilité : le global est trop vaste pour la terre.

Au-delà de ces limites, nos tickets ne sont plus valables. Quant au retour aux terroirs des anciens pays, il n’y faut pas compter davantage. Ils ont tous disparu. De toute façon, ils sont trop riquiqui pour y faire tenir la nouvelle terre. La mutation écologique est passée par là. Pas étonnant que les deux parties fassent assaut d’irréalisme.

L’éléphant est dans la pièce

Toute la question est maintenant de savoir si la tragédie du 8 novembre venant après celle du Brexit peut nous rendre capable d’éviter la suite. Autrement dit, peut-on s’éloigner des deux utopies, celle du global comme celle du retour à l’ancien sol ? Il faudrait pouvoir atterrir sur une terre un peu solide, réaliste et durable. Pour le moment hélas la crise écologique est l’éléphant dans la pièce mais on fait comme si de rien n’était, comme si le choix était de continuer courageusement à marcher en avant vers le futur ou à s’accrocher au passé. Trump et les siens ont même choisi de nier l’existence de cette crise.

Pourtant, à ma connaissance, personne n’a expliqué clairement que la globalisation était terminée et qu’il fallait de toute urgence se rapatrier vers une terre qui ne ressemble pas plus aux frontières protectrices des Etats-nations qu’à l’horizon infini de la mondialisation. Le conflit des utopies du passé et du futur ne doit plus nous occuper.

Ce qui compte, c’est comment apparier deux sortes de migrants : ceux qui se voient obligés par la mutation écologique de changer de monde en traversant les frontières et ceux qui se voient obligés de changer de monde sans pour autant avoir bougé — et que les frontières ne protègent plus.

Si nous ne parvenons pas à donner forme à cette terre et à rassurer ceux qui y migrent, jamais elle n’aura assez de puissance d’attraction pour contrebalancer les forces opposées de ceux qui rêvent encore de l’ancien globe ou de l’ancienne nation. Dans ce cas, une chose est sûre : en 2017, ce sera au tour de la France de rendre son tablier.

Voir encore:

« Conseil aux candidats à la présidentielle : fuyez les artistes et les intellectuels »

Aux Etats-Unis, les élites ignorent les partisans de Donald Trump. Mais sa victoire montre que le monde intellectuel a tout intérêt à faire une autocritique.

Michel Guerrin

Le Monde
18.11.2016

Un conseil aux candidats à la présidentielle en France : fuyez les artistes et les intellectuels. Ne leur demandez pas de faire campagne, ne les faites pas monter sur l’estrade. Surtout si vous avez envie de l’emporter.

On doutait déjà qu’une actrice ou qu’un rockeur fassent gagner des voix. Mais on ne savait pas qu’ils pouvaient en faire perdre. C’est une leçon de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche.

Jamais on n’a vu le monde culturel s’engager à ce point, en l’occurrence pour Hillary Clinton. Aucun candidat n’avait reçu autant d’argent. De cris d’amour aussi – sur scène, à la télévision, sur les réseaux sociaux. On a même eu droit à la chanteuse Katy Perry qui se déshabille dans une vidéo pour inciter à voter Clinton, ou Madonna promettre de faire une fellation aux indécis.

En face, Trump n’avait personne ou presque. Il n’a reçu que 500 000 dollars (environ 470 000 euros) d’Hollywood contre 22 millions de dollars pour la candidate démocrate. Alors il a moqué ce cirque à paillettes, dénoncé le star system, donc le système. Et il a gagné.

Un Grand Canyon de haine

Clinton a joué à fond les étoiles les plus brillantes, et elle a perdu. Prenons sa fin de campagne. Le 4 novembre, elle monte sur scène avec le couple Beyoncé et Jay Z (300 millions d’albums vendus à eux deux), à Cleveland, dans l’Ohio. Le 5, Katy Perry chante pour elle à Philadelphie (Pennsylvanie). Le 7, veille du scrutin, elle apparaît dans un meeting/concert de Jon Bon Jovi et de Bruce Springsteen devant 40 000 personnes, toujours à Philadelphie, puis finit la soirée à minuit avec Lady Gaga à Raleigh, en Caroline du Nord.

Dans tous ces Etats clés, elle a perdu. Dans le même temps, Donald Trump a multiplié les meetings sur les tarmacs d’aéroports en disant qu’il n’a pas besoin de célébrités, puisqu’il a « le peuple des oubliés » – du pays et de la culture – avec lui.

L’historien américain Steven Laurence Kaplan s’est indigné des mots de Trump qualifiant untel de stupide, de débile, de névrosé ou de raté, et traitant des femmes de « grosses cochonnes ». Il a raison. Mais il aurait pu ajouter que des notables culturels ont qualifié le candidat républicain de brute (Chris Evans), d’immonde (Judd Apatow), de porc (Cher), de clown (Michael Moore) ou de psychopathe (Moby). Robert De Niro, avant le scrutin, voulait lui mettre son poing dans la gueule. Chaque injure a fait grossir le camp conservateur et fait saliver son candidat.

Car deux mondes s’ignorent voire se méprisent, séparés par un Grand Canyon de haine. Non pas les riches face aux pauvres. La fracture est culturelle et identitaire. Ceux qui ont gagné se sentent exclus du champ culturel et universitaire, et souvent le méprisent.

Les perdants leur rendent bien ce mépris, les jugeant réactionnaires, racistes, etc., sans même voir que le monde se droitise. Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York et proche de Donald Trump, surfe sur cette fracture quand il dit que les campus américains sont truffés « de véritables crétins de gauchistes ».

Monde ultra-protégé

Dans une tribune publiée dès le 23 juillet sur le Huffington Post, le cinéaste Michael Moore a compris que hurler était contre-productif, et annoncé la victoire de Trump, en expliquant que le monde intellectuel vivait dans « une bulle ».

Dans nos pages, l’essayiste Paul Berman ajoute que cette élection traduit un « effondrement culturel » : les voix qui structurent une société ne sont plus écoutées. Toujours dans nos pages, le sociologue Bruno Latour a évoqué sa récente tournée des campus américains : « Je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces autres gens, aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les barbares aux portes d’Athènes. Nous, l’intelligence, nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements. »

L’autocritique du vaste champ culturel pourrait aller plus loin, sur le terrain de l’hypocrisie. Celle des artistes d’abord, dont l’engagement, souvent imprégné de pathos, apaise leur conscience, mais est souvent perçu comme faisant partie de leur spectacle permanent, dont ils tirent profit, et dont ils se détachent aussi vite pour retrouver, une fois déculpabilisés, leur monde ultra-protégé.

Le meilleur exemple est Madonna qui, durant la soirée qui précède le vote, s’est mêlée à des badauds new-yorkais (des convaincus) pour improviser un bref concert en finissant par « demain sauvez ce pays en votant Hillary ».

« Parler à des gens différents »

Les intellectuels des campus, quant à eux, insupportent le vote Trump par leur façon de lui faire la morale, de défendre un modèle multiculturel comme s’il s’agissait d’un paradis de fleurs. Ils font culpabiliser les riches en leur disant d’être plus généreux et les pauvres en leur disant d’accepter leurs voisins étrangers, sans vraiment montrer l’exemple.

Notre confrère Nicolas Truong racontait très bien cela dans Le Monde du 14 novembre. Il citait le philosophe Matthew B. Crawford (revue Esprit, octobre 2016), pour qui les élites « qui apprécient le dynamisme et l’authenticité des quartiers ethniques avec leurs merveilleux restaurants (…) n’envoient pas leurs enfants dans les écoles pleines d’enfants immigrés qui ressemblent à des centres de détention juvénile ».

On l’aura compris, la France culturelle et multiculturelle – c’est la même – a beaucoup à apprendre de cette élection passée, et à craindre de celle de 2017. Si elle ne se bouge pas.

Le directeur de la rédaction du New York Times, Dean Baquet, écrit qu’il faut aller sur le terrain pour « parler à des gens différents de ceux à qui nous parlons ». C’est vrai aussi, en France comme ailleurs, pour les gens de culture et les universitaires. D’autant qu’en France, nous avons une politique culturelle publique dont la priorité est de s’adresser à tous mais qui, toujours plus, bénéficie essentiellement aux riches. On l’a déjà écrit dans cette chronique. L’élection de Trump le confirme, hélas.

Voir de même:

Wasted Words

Obama’s Never-Ending Lecture Tour

Les vérités qui dérangent

Certains résultats de l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France « laissent pantois ». D’autres études devraient être menées pour savoir si une partie de la population est en « rébellion idéologique vis-à-vis du reste de la société française ».

Arnaud Leparmentier

Le Monde

Une vérité qui dérange. Chacun se rappelle le film d’Al Gore sur le réchauffement climatique, sorti en 2006. Prouver à force de graphiques et d’études, contre les lobbys, l’origine humaine du phénomène. La vérité qui dérange, c’est un peu la plume portée dans la plaie d’Albert Londres, une nécessité démocratique.

Et la vérité de la semaine, c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte.

L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale.

« La société française est malade de son rapport à la réalité »

Tabou brisé

C’est toutefois insuffisant. Il convient, tel Al Gore, de multiplier les enquêtes pour en savoir plus. Le gouvernement serait avisé de dépenser 150 000 euros pour poser une batterie de questions plus précises, pour savoir si la supériorité de la charia relève d’une conviction intime ou d’une volonté de supplanter l’ordre républicain ; si la polygamie est une revendication d’immigrants récents qui s’estompe bien vite, etc. Bref, savoir si une partie de la population est en « rébellion idéologique vis-à-vis du reste de la société française ».

Viendra ensuite l’analyse des causes – celles sociales, sont évidentes, lorsqu’on découvre que 30 % des musulmans de France sont inactifs non retraités et que l’on lit l’édifiante étude de France Stratégie sur les discriminations – puis les solutions. L’Institut Montaigne a fait ses propositions, très inclusives, d’autres peuvent être présentées. L’essentiel est d’accepter de travailler sur des données et de sortir du « on-fait-dire-aux-chiffres-ce-que-l’on-veut », gri-gri des obscurantistes des temps modernes.

Laurent Bigorgne, directeur général de l’Institut Montaigne, qui combat sans relâche les discriminations, voit bien le tabou brisé. « Il n’y a de compétences que s’il y a des connaissances, explique-t-il, déplorant que la société française utilise la loi et le dogme républicains pour éviter toute transparence. La société française est malade de son rapport à la réalité. Tous ceux qui refusent les statistiques sont du côté de l’égalité formelle et veulent que rien ne change. »

Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits.

L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain

Déni populiste

C’est l’objectif poursuivi par Jean Pisani-Ferry, directeur de France Stratégie : réduire le champ des désaccords aux remèdes, mais pas aux constats, comme c’est le cas désormais grâce aux chiffres du Conseil d’orientation des retraites. L’effort est parfois douloureux. « Sur les diagnostics, il ne faut pas avoir peur. Longtemps, le politiquement correct disait que l’euro nous avait protégés. Or la Suède se porte mieux que la zone euro », concède Pisani-Ferry, qui met en garde : « Avoir des zones d’ombre sur des phénomènes sociaux ou économiques qu’on ne regarde pas crée de la défiance. Aujourd’hui, la distance entre perception et réalité est énorme. » Ainsi, les Français ont le plus peur de tomber dans la pauvreté, alors que le taux de pauvreté y est l’un des plus faibles de la zone euro.

Cette exigence est d’autant plus forte que le monde occidental entre, selon Pisani, dans une « grande régression », avec les mensonges du Brexit et le phénomène Trump : « Le fact-checking sur Trump ne donne rien. Faire fortune en politique en niant la réalité, c’est très impressionnant, et cela va faire école. »

Certes, mais le déni populiste ne vient pas de nulle part. Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes.

Voir encore:

Voir enfin:

Norman Mailer, le président et le bourreau

Norman Mailer, le romancier du  » rêve américain « , a une passion pour les personnages-limites, auxquels il s’identifie volontiers : par exemple le président des États-Unis ou l’assassin Gary Gilmore, héros de son dernier livre.

Pierre Dommergues

Le Monde

01.12.1980

NORMAN MAILER, c’est d’abord un romancier. Comme cous les romanciers américains, il rêve d’écrire le  » grand roman américain « , cette mère qu’aucun d’eux n’a jamais rencontrée, mais qu’ils recherchent tous Mailer a néanmoins écrit plusieurs  » grands romans américains  » : les Nus et les Morts, en 1948, il avait alors vingt-cinq ans et ce fut la gloire du jour au lendemain. Puis Un rêve américain (1965), et Pourquoi sommes-nous au Vietnam ? (1967) Enfin, le plus accessible de tous, le Chant du bourreau, qui sort cette semaine aux éditions Laffont, où Mailer évoque l’histoire de Gary Gilmore, cet assassin qui refusa de faire appel et exigea d’être exécuté (1).

Mailer est aussi l’un des observateurs les plus attentifs de la scène américaine, dont il décrit les vibrations, les contradictions infinies. C’est toute l’Amérique que l’on retrouve dans ses interviews, ses articles, ses essais, ses romans – reportages. Le phénomène beatnik (Advertisements for Myself, 1959), les luttes contre la guerre du Vietnam (les Armées de la nuit, 1968), les conventions politiques (Miami and the Siege of Chicago, 1968), le problème du féminisme (le Prisonnier du sexe, 1971), l’impact sur l’imaginaire américain du débarquement sur la Lune (Bivouac sur la Lune, 1969).

 » Vous êtes le seul grand écrivain américain à vous être intéressé – jusqu’à l’obsession – aux présidents des États-Unis. Dès 1948, vous faisiez campagne pour Henry Wallace. Au début des années 60, vous écriviez un essai enthousiaste sur J.F. Kennedy (Presidential Papers 1963). Le spectre de Lyndon Johnson plane sur les Armées de la nuit (1968). Dans Saint George and the Godfather (1972), McGovern est le saint, Nixon le parrain. En 1976, vous publiez un entretien avec le président Carter dans le New York Times. Pourquoi cette fascination pour la race des présidents ?

– Je n’y ai encore jamais pensé. Ce sont sans doute les circonstances particulières de ma vie. Mon premier succès avec les Nus et les Morts (1948), mon brusque passage de l’obscurité à ce qui m’est apparu comme la lumière spectrale de la célébrité. Ma vie m’a toujours semblé étrange, différente de celle des autres. J’ai toujours été fasciné par ces gens qui pouvaient avoir mes problèmes, de façon parfois encore plus aiguë. Les présidents ont des existences artificielles. À vingt-cinq ans, j’ai découvert que ma vie était devenue parfaitement artificielle. Les gens ne réagissaient plus envers moi parce qu’ils m’aimaient ou qu’ils me détestaient. Tant qu’on est inconnu, les amitiés se forment sur une base organique. Les amis poussent sur le même terrain que vous. Ils ont la compatibilité des légumes qui ont levé côte à côte dans le même potager. Avec la célébrité, c’est comme si l’on vous transplantait dans la stratosphère. Vous devenez une plante hydroponique.

 » Une autre explication ? Ma conception de l’écrivain qui, pour moi, n’est rien d’autre qu’un calculateur – comme l’est un joueur professionnel. Il évalue sans cesse ses chances, examine les occasions, cherche à laisser sa trace. Les écrivains sont les derniers entrepreneurs du neuvième siècle. Donc, de mon point de vue de calculateur, j’avais une position idéale sur écrire sur ces gens. J’étais capable de les voir du dedans, alors que ceux qui écrivent sur les personnalités politiques ou sur les présidents acceptent généralement les airs que ces derniers se donnent. La terminologie, médiocre et ridicule, utilisée par les politiciens est, de surcroît, reprise par ces commentateurs qui tentent d’expliquer ces hommes politiques à la nation.

 » Les politiciens ne s’intéressent pas aux problèmes politiques, ce sont des acteurs. C’est encore plus vrai aux États-Unis qu’en Europe, où il y a une tradition politique. En Amérique, la politique est un sport à l’usage des très ambitieux. En Europe, où elle procède moins du vedettariat, la politique est aussi pus professionnelle. C’est une carrière raisonnable. On y trouve une certaine sécurité, absente de la vie américaine.

De l’audace

– Plus précisément, qu’est-ce qui vous a fasciné chez un Kennedy, un Johnson ou un Nixon ?

– Chez Kennedy, c’était une certaine audace. Dans les années 50, le seul fait de dire :  » Je veux me présenter à l’élection présidentielle, et j’ai mes chances  » était une hypothèse tout à fait remarquable. Kennedy a pris des risques. À l’époque, les hommes politiques étaient beaucoup plus circonspects en ce qui concerne la sexualité. Bien longtemps avant qu’on ait entendu parler de Kennedy, en tant que  » grand homme politique « , on connaissait le  » grand amant « .

 » Johnson avait potentiellement bien plus de valeur qu’il ne voulait le montrer. Mais c’était un hypocrite, et il avait un tel mépris du public que ça en devenait stupide. Malgré son intelligence et son astuce, il n’a jamais compris ce que Kennedy a réussi Ni que Kennedy l’avait battu parce qu’il était plus passionnant que lui. Johnson faisait tout pour maintenir les Américains dans l’ennui. C’est tout ce qu’il avait appris au Texas : ennuyer les gens ; et il a transposé cette pratique sur le plan national. Johnson a desservi le peuple américain. Pour moi, un président a le devoir d’être intéressant. C’est pour cela que Carter a été repoussé par les électeurs : il traitait le public américain comme une vache. Il prédigérait la nourriture avant de l’enfourner dans la panse de la bête.

 » Nixon ? Un jour que j’interviewais Kissinger – c’était à l’époque du Watergate, – il me dit combien il était dommage que je ne rencontre pas le président. Nixon, disait-il, m’aurait fasciné. C’était un homme sur lequel il faudrait écrire. Si lui, Kissinger, avait été écrivain, ajoutait le secrétaire d’État (c’est un des charmes de Kissinger : quand il est avec un écrivain, il lui donne l’impression qu’il aimerait écrire, et quand il est avec P.-D. G., qu’il aimerait, etc.). Bref, il me déclara que Nixon était aux portes de la grandeur, non seulement pour son époque, mais à l’égard de l’histoire, car il allait conclure la paix dans le monde, pour cinquante ans, pour un siècle peut-être. Ce petit Watergate, ce misérable grain de poussière dans un œil, allait le détruire pouce après pouce. Kissinger parlait avec une grande tristesse, car, en fin de compte, si Nixon avait fait la paix. Kissinger en aurait été le principal architecte.

 » J’ai beaucoup écrit sur Nixon, mais je ne suis pas d’accord avec Kissinger. Pour écrire un roman sur Nixon, il faudrait pouvoir vider sa propre tête. Je ne crois pas que j’en serai capable. Je ne le comprends pas suffisamment. De l’extérieur, oui, Mais c’est une chose de comprendre un personnage du dehors et une autre de pénétrer dans sa tête. C’est un saut périlleux. Je ne comprends pas comment un homme de sa trempe a pu se laisser flétrir. Chaque fois qu’il ouvrait la bouche pour faire un discours, c’était un échec esthétique. Il était particulièrement terne. Il aurait été l’un des plus mauvais acteurs du monde, car il était incapable de communiquer une émotion ou un sentiment sans l’afficher grossièrement. S’il disait que l’Amérique devait être forte, il brandissait le poing. S’il voulait exprimer sa joie à l’annonce d’une bonne nouvelle. Il souriait de toutes ses dents. Il faisait tout ce que les jeunes acteurs apprennent à ne plus faire après un premier cours d’art dramatique. Pourtant, quand il était jeune, il rêvait d’être acteur !

 » L’histoire des États-Unis aurait pu être différente si Nixon avait eu une personnalité agréable. Il a sans doute été le président le plus profond que nous ayons jamais eu. Oui, même s’il est aussi un fils de pute et une pourriture ! Il avait au moins une appréhension globale des réalités politiques. Seul Nixon pouvait faire la paix avec la Chine. Ce fut une étape extraordinaire.

Tête de linotte

– Et Reagan, le président élu ?

– Je suis un peu dépassé en ce qui concerne Reagan. Je me suis trompé sur son compte à tous les coups ! Je n’ai pas cru qu’il obtiendrait l’investiture, je pensais que Connally serait le gagnant. Je pensais aussi que ce serait un combat entre Kennedy et Connally. Je me sens disqualifié pour parler de Reagan. Je l’ai d’abord traité de tête de linotte. Mais, quand il a obtenu l’investiture, j’ai dû réviser mon jugement, et je l’ai appelé la super-tête de linotte, Après le débat avec Carter, j’ai pensé que c’était un acteur de troisième catégorie. Cet homme a du mal à retenir même les mots qu’on utilise en politique. Quant à comprendre les idées politiques, cela le dépasse.

 » Reagan concrétise une autre de mes idées, à savoir que le président dont l’Amérique a besoin est un leader et non plus un politicien. Il y a des limites à ce que peut faire un homme politique. La fonction de président relève en partie du cérémonial et en partie de l’organisation. Mais, en dernière analyse, le rôle principal du président est de donner un peu de chaleur, un peu d’humour, un peu d’énergie au peuple américain…

– Mais n’est-ce pas là ce que Reagan peut apporter ?

– Peut-être ! Si Reagan était démocrate, je crois que je le préférerais à Carter. S’il partageait la philosophie de Carter, ce serait un gain non négligeable puisqu’un homme doué d’une personnalité malheureuse a été remplacé par un homme qui a une personnalité agréable. Mais il y a aussi des problèmes politiques véritables, et je ne pense pas que Reagan soit équipé pour les affronter. Il faudra attendre.

– Si vous deviez rencontrer Reagan, quelles questions lui poseriez-vous ?

– On ne peut pas obtenir de réponse de Reagan. Beaucoup ont essayé. Comment peut-on parler de réduire les impôts et, en même temps, d’augmenter les dépenses militaires ? Si vous ne pouvez pas mener de front ces deux objectifs (et, pour l’instant, personne n’a montré comment), il est évident que l’on commencera par la remilitarisation qui apportera à l’Amérique un peu de prospérité pour quelque temps. Mais cela va également accroître le taux d’inflation et aussi l’impôt si on prétend équilibrer le budget. Alors va-t-on renverser la vapeur et renoncer au sacro-saint équilibre budgétaire, ou va-t-on, au contraire, réduire les dépenses sociales ?

 » Dans le second cas, cela équivaudrait à supprimer les ressources d’un très grand nombre de Noirs, et les villes américaines connaîtraient – disons dans deux ans peut-être – une situation critique. En effet, le libéralisme a acheté la colère des Noirs au cours des deux dernières décennies. Ils en ont maintenant pris l’habitude. Ils ont grandi avec un nouveau style de vie, que vous leur enlèveriez sans rien leur donner de substantiel à la place. Ils sont des millions. Et l’industrie de guerre ne va pas fournir l’équivalent sous forme d’emplois nouveaux. Alors que faire si les villes bougent une fois encore ?

 » Avec Reagan, je ne pourrais jamais aller aussi loin dans les questions. Il faudrait un entretien de cinq heures ! C’est un politicien qui connaît ses faiblesses mieux que son interlocuteur, et qui a l’art de la dérive. Mais la véritable réponse, je crois, serait la suivante :  » Que ces Noirs durcissent leurs positions, et on les matera.  » Je pense que nous allons connaître la loi martiale. Non pas demain, mais dans quelques années.

 » Je dois ajouter que je ne sais pas grand-chose en économie et que, comme la plupart des grands économistes d’aujourd’hui, je ne comprends pas ce qui se passe. Aussi n’est-il pas impossible que l’économie fonctionne un petit peu mieux, que l’Amérique émerge de certaines de ses difficultés et que, dans ce cas, l’ère de Reagan ne soit pas pire que celle d’Eisenhower. Une autre chose m’inquiète en Amérique, c’est que les gens deviennent non pas fascistes, mais qu’ils se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme.

 » Ma bête noire  »

– Vous avez toujours été hostile aux idéologies. Mais, aujourd’hui, alors que le libéralisme, le christianisme, le judaïsme, le radicalisme sont attaqués aussi violemment par la droite que par la gauche, en France comme aux États-Unis, quelle est votre attitude à leur égard ?

– Je ne pense pas qu’il existe une idéologie, quelle qu’elle soit, qui ait aujourd’hui la moindre utilité. Sa seule fonction est de permettre aux gens de poursuivre leur vie quotidienne en se raccrochant à quelques lambeaux. La plupart des gens ne peuvent pas vivre sans idéologie. Elles servent de garde-fou aux psychismes de millions de personnes. Mais, en ce qui concerne la façon de résoudre les problèmes à venir, il va falloir trouver de nouvelles sources, de nouvelles idées politiques.

 » Si je me représentais à des élections (2), je ne le ferais certainement pas sur la base d’idées reçues. Je choisirais un thème dément. Par exemple, l’impôt unique, un peu à la manière de Henry George (3), qui se proposait de substituer un impôt sur la terre à l’impôt sur le revenu et aux diverses taxes locales. Bien sûr, il ne s’agirait pas aujourd’hui d’un impôt sur la terre, ce serait injuste pour ceux qui en vivent, cela avantagerait systématiquement les revenus industriels. Je serais pour ma part, favorable à un impôt unique qui frappe, par exemple, les plastiques. Je considère que le plastique détruit notre niveau de vie, qu’il dégrade notre existence. C’est la peste des temps modernes. Il dilue la substance la plus intime de notre être. C’est ma bête noire (4). En s’appuyant sur la sensibilité écologique, nous pourrions concevoir une politique fondée sur l’idée que les gens se déterminent en fonction de la nocivité des substances qui les entourent. Les produits considérés comme les plus nocifs par consensus démocratique seraient les plus fortement imposés. Telle serait l’assiette de l’impôt.

 » Je ne veux même pas prendre en compte l’idée de communisme ou de capitalisme. Je suis prêt à m’accommoder du capitalisme, non pas parce que j’en suis épris, mais parce que le capitalisme est plus existentiel que le communisme. Pour certains, la gestion de leurs petites entreprises est le seul élément de créativité dans l’existence. J’en viens à l’idée que tout être qui mène une vie un tant soit peu créative est légèrement moins malheureux que celui qui mène une existence totalement dépourvue de créativité. C’est en ce sens que je peux m’entendre avec le petit capitalisme.

 » Je pense, par contre, que les sociétés multinationales ne sont que des vaisseaux de guerre, versions miniaturisées du communisme. Ce sont des États collectivistes, des enclaves dans la nation. De même que le communisme crée les principales difficultés en Union soviétique, de même le capitalisme multinational est à l’origine des principaux problèmes de l’Amérique. Il ne cesse de nous gaver de produits que nous n’aimons pas. Il nous impose des styles de vie. Il faut commencer par attaquer le mal à la racine. Un nouveau modèle d’imposition peut être une des voies pacifiques pour atteindre cet objectif.

 » Pourquoi pas moi ?  »

– Considérez-vous que l’on assiste, aujourd’hui, à un essor du conservatisme aux États-Unis et que Reagan a été élu par une nouvelle coalition qui exprime ce courant ?

– Il y a autour de Reagan quelques conservateurs sérieux qui ont des idées intéressantes. Le député Jack Kemp, par exemple, que, selon moi, Reagan aurait dû choisir comme vice-président. Je ne suis d’accord avec lui que sur très peu de points, mais c’est un conservateur intelligent.

– Un conservateur à la Edmund Burke ?

– Un jour, je me suis défini comme un  » conservateur de gauche « . J’avais dit que si l’on devait me demander : doit-on fusiller ces cinq hommes ou abattre ces cinq arbres, je répondrais : montrez-les-moi, mettez les hommes à gauche les arbres à droite… Le véritable conservatisme nous vient de Burke : il considérait que les grands chênes de la vieille Angleterre constituaient un héritage humain plus important que l’homme moderne lui-même.

 » Et pourtant, que croient les conservateurs américains d’aujourd’hui ? Que le gouvernement en soi est un mal et que moins il y en aura, plus grandes seront les chances de voir renaître la productivité et les activités créatrices ! Et ils sont prêts à dépouiller l’État d’une grande partie de ses pouvoirs.

 » Je ne pense pas que Reagan soit un conservateur véritable. Il représente tous ceux qui, en Amérique, ont pillé la nation depuis quarante ans et qui veulent la piller encore davantage. C’est le chef de file des  » Je veux ma part de gâteau, Joe « , dans un style un peu nouveau avec un saupoudrage de conservatisme, mais au fond, Reagan est un centriste, un homme de gouvernement. Il veut tout simplement que l’État donne encore plus aux super-riches et moins au super-pauvres. Le problème est que les gens qui sont au haut de l’échelle et qui s’approprient les trois quarts des dépouilles, du surplus si vous préférez, veulent désormais récupérer le dernier quart. Ils acceptent mal l’idée que ceux qui sont au bas de l’échelle aient, eux aussi, droit à une partie du gaspillage. Ils n’ont pas la moindre culpabilité à l’endroit des Noirs qu’ils ont maintenus en esclavage pendant des siècles. Mais les Noirs se sont habitués depuis les vingt dernières années à ce que le gouvernement les aide.  » Mec, pourquoi pas moi, pensent-ils, pourquoi je n’aurais pas ma part du gaspi ! « . Et, à mon avis, ils ont parfaitement raison.

Punks

– Et la classe moyenne dans ce schéma ?

– Elle a le grand avantage de prendre peu de risques et d’avoir beaucoup de sécurité. Son plus grand problème est de se mesurer au vice et de résister à son emprise. La classe moyenne ressemble à la race des prisonniers à vie : ou bien votre vie s’améliore, ou bien elle se détériore. Je n’ai pas de grande sympathie pour cette Amérique moyenne qui a pourtant subventionné le haut et le bas de l’échelle. J’aurai beaucoup plus d’estime à son endroit lorsqu’elle se rendra compte que l’élite lui prélève une part plus importante de ses ressources que les pauvres.

– Quels sont, aujourd’hui, les facteurs de revitalisation ? Dans la gamme des personnages qui, dans votre œuvre, vont du saint au psychopathe – et dont le  » White Negro  » (le Blanc au comportement de nègre) était pour vous le prototype dans les années 60, – quel serait aujourd’hui l’équivalent de ce héros existentiel sauvé par son ancrage dans le présent ?

– Je ne sais pas. Peut-être les adolescents qui vont dans les concerts punks. J’y suis allé trois ou quatre fois à New-York. Et j’y ai senti une sorte de ferment sauvage et révolutionnaire. J’ai été surpris de voir à quel point j’éprouvais de la sympathie pour eux, alors que, pour moi, cette musique est bruyante, vraiment assourdissante. Ces jeunes ont été élevés dans le boucan de la télé interrompue toutes les sept minutes par les publicités. Ils doivent trouver une forme de transgression à écouter du bruit ininterrompu. Le punk est la valve de sécurité de leurs nerfs déchiquetés. C’est une nouvelle explosion, encore plus intense, qui pulvérise les débris de la première. C’est là que subsiste une forme de rébellion qui ne peut pas être étouffée.

 » Je voudrais revenir à une autre raison pour laquelle je ne peux pas m’imaginer président des États-Unis. Cela voudrait dire en effet que les Américains auraient opté contre le réarmement. Un de mes thèmes serait de montrer qu’il est ridicule de poursuivre la course aux armes nucléaires. Il vaudrait mieux inviter les Soviétiques à venir chez nous. Rien ne détruirait plus rapidement leur système qu’une tentative de nous gouverner d’en haut et de l’extérieur. L’Amérique organiserait le plus puissant réseau de résistance que l’histoire ait jamais connu. Le communisme serait détruit de l’intérieur. Les Russes n’ont en fait aucun désir de contrôler les États-Unis. Ils sont trop préoccupés par la croissance de leur propre empire. Ils sont notoirement sous-équipés pour lutter contre les idéologies étrangères, et aucune ne l’est davantage que la nôtre avec sa profonde tradition individualiste.

Un roman

– La première partie de votre nouveau roman – le Chant du bourreau – est une très belle histoire d’amour entre un Roméo et une Juliette qui partagent leur temps entre la cavale et le pénitencier. Gary Gilmore, le protagoniste principal, n’est-il pas également une sorte de dissident, l’homme qui résiste aux manipulations des avocats qui veulent le sauver contre son gré et des journalistes qui veulent faire un scoop avec le récit en direct de son exécution ?

– C’est absolument exact. Gary est constamment manipulé. En prison, les processus de manipulation sont concentrés. Vous êtes manipulés par les autorités pénitentiaires, par certains codétenus, par des cliques à l’intérieur, par la famille à l’extérieur. Les prisonniers finissent par se considérer comme des condamnés plutôt que comme des détenus. Et ils partagent avec Gilmore cet élan de résistance.

 » Mais je me méfie de la dissidence. C’est un autre piège qui renforce encore le bras des fascistes à venir. Beaucoup de jeunes cassent tout ce qu’ils voient et détruisent toutes les idées. Est-ce parce que je vieillis ? Mais je ne trouve plus cela très amusant. Et puis on nous rabâche la vieille rengaine d’il y a cinquante ou cent ans : éduquez les masses afin qu’elles comprennent ce qui leur arrive. Comment les éduquer quand on sait à peine ce qui se passe, quand on comprend si mal ce qui arrive. Le monde était plus simple, il y a trente ans.

– Cette complexité explique-t-elle la place importante de la réalité dans votre fiction ? Le Chant du bourreau, comme le précise le sous-titre anglais, est l’histoire réelle de Gary Gilmore, exécuté en janvier 1977 dans le pénitencier de l’Utah.

– Dans ce livre, mon projet est de mettre à nu la réalité, 1e l’enregistrer telle qu’elle est, au mieux de mes capacités. J’ai voulu écrire un livre où l’on puisse reconnaître des détails sur l’espace, le temps, l’atmosphère. Quelques détails suffisent parfois à remettre un peu d’ordre dans le monde. S’il y avait cinq ou six livres comme celui-ci qui présentent différents aspects de la vie américaine, nous aurions peut-être une idée plus nette de l’Amérique. C’est ce que Balzac a entrepris pour la société française, à lui seul. Zola a poursuivi la tâche. Flaubert a hérité d’une vision restée globale jusqu’à Proust, qui lui ajoute encore une dimension nouvelle. C’est pourquoi les Français, à la différence des Américains, ont une vision d’ensemble de leur monde.

– On est frappé par la ressemblance entre Gary, ce condamné à mort qui avait fait la couverture de Newsweek il y a quatre ans, et vous-même tel que vous vous présentez dans vos essais et récits autobiographiques. Avez-vous tenté de  » maile-riser  » votre personnage ?

– Oui, au début. J’ai pensé que si j’avais commis un meurtre comme le sien, j’aurais agi comme lui – peut-être, car il est prétentieux d’affirmer qu’on pourrait être aussi courageux que lui. Peu de gens comprennent le courage qu’il faut pour aller jusqu’au bout de sa propre exécution. C’est un peu comme si vous étiez l’acteur principal d’une pièce et que, à la fin de la première, après avoir connu toutes les épreuves, vous vous avanciez vers le public pour que l’on vous exécute. C’est un geste ambitieux, même s’il y a quelque chose de tordu dans ce comportement. Au cours de mes recherches, après neuf mois de travail, j’ai su que je n’essaierais pas de façonner Gary à mon image. Au contraire, j’ai voulu qu’il ait une existence totalement indépendante de la mienne.

– Comment s’effectue pour vous le passage de la réalité, de l’autobiographie et de la biographie (les divers matériaux que vous utilisez) à la fiction ?

– Je viens de publier sur Marilyn Monroe un nouveau livre que j’appelle une  » fausse autobiographie  » ou  » pseudo-Mémoires « . J’essaie de raconter l’histoire de quelques années de sa vie, comme si elle parlait à son scribe ou à elle-même. C’est un exemple de l’imbrication biographie-fiction.

 » Les Armées de la nuit offre un deuxième cas de figure : c’est un reportage, si vous voulez, bien que je n’aime pas le terme. Il s’agit plutôt d’impressions en profondeur. La première partie, la plus longue, généralement considérée comme la plus réussie, est centrée autour de ce qui m’est arrivé pendant la marche sur le Pentagone en 1967. La seconde partie, plus courte, totalement objective, tente de cerner ce qui s’est passé à Washington au cours de la manifestation.

 » Le Chant du bourreau est totalement différent. Il n’y a rien d’autobiographique, c’est un véritable morceau d’écriture romanesque. La seule différence avec un roman traditionnel, c’est que les éléments constitutifs ne sont pas  » fictifs « , ils ne sont pas sortis de mon imagination. Mais l’essentiel de l’œuvre d’art est l’agencement de ces éléments, quelle que soit leur origine. En ce sens, le Chant du bourreau est un roman au sens le plus strict du terme, le travail d’un romancier qui fonctionne, j’ose l’espérer, à pleine vapeur ou presque…

Dieu

– Que signifie le titre ?

– Il y a deux significations principales sans rapport, l’une et l’autre, avec le problème de la peine capitale, ni avec l’exécution de Gilmore, au sens littéral. La première, c’est que Gilmore est le bourreau, le livre est donc le chant de Gilmore. La seconde, c’est que, en fin de compte, Dieu est notre exécuteur à tous, il choisit le moment de notre mort. Mais dans ce livre, que j’ai essayé d’écrire avec le maximum de distanciation, il ne s’agit pas d’un Dieu qui médite sur les événements, mais plutôt d’une voix romanesque qui vient de loin, qui émerge de ces merveilleux romans du dix-neuvième siècle écrits à la troisième personne, comme ceux de Thomas Hardy. On sent que ce n’est pas Dieu qui est présent, mais l’œil de la providence qui jette son regard sur le monde.

– Ce regard de Dieu, ce chant, n’est-ce pas aussi celui de Mailer, l’artiste ?

– Non, sauf si vous considérez que tout artiste, tout romancier, est à la fois une incarnation personnelle et une représentation de l’esprit. On ne peut pas écrire pendant trente ou quarante ans, comme je l’ai fait, sans participer à cette spiritualité abstraite. Il n’est pas impossible que tout ce que j’ai appris au cours de ces années sur le détachement de la voix de l’auteur se trouve en quelque sorte concentré dans cet ouvrage. Mes précédents romans sont plus personnels, plus individuels. Dans celui-ci, la distance est plus grande que jamais entre le matériau que j’ai utilisé et moi-même. C’est sans doute cette part neuve et inutilisée de moi-même qui explique ce détachement nouveau.  »


(1) Voir P. Dommergues,  » Un  » roman-vérité  » de Norman Mailer  » le Monde des livres, 28 décembre 1979.

(2) En 1969, Mailer est candidat à la mairie de New-York.

(3) Henry George est un économiste réformiste américain du dix-neuvième siècle, qui propose un système de l’impôt unique sur la terre, à une époque où commencent les grandes spéculations foncières en Californie

(4) En français dans l’entretien

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/archives/article/1980/12/01/norman-mailer-le-president-et-le-bourreau_2808528_1819218.html#D25wVIPCx1m7iuqv.99

Voir enfin:

Eric Brunet

18 novembre 2016

Je me souviens de ce célèbre expert des États-Unis, croisé dans les allées de BFM TV la veille de l’élection présidentielle américaine : « Éric, j’ai eu mes contacts à Washington. C’est plié : Hillary l’emporte avec plus de 55 % des voix. » J’en ris encore… Qui avait pris la peine, dans les semaines qui précédaient l’élection américaine, d’inviter les représentants de la campagne de Donald Trump en France ? Personne. Nous avons découvert leur visage le lendemain du 8 novembre. Alors que les démocrates se bousculaient sur nos plateaux de télévision depuis plus de quinze jours…

Aujourd’hui encore, l’état de sidération est total. Sondeurs et journalistes américains rasent les murs. Et avec eux, les soi-disant experts français. Pour calmer l’opinion publique, on esquisse quelques explications (les mêmes à chaque fois qu’un institut de sondage se trompe) : “un sondage est une photographie de l’opinion à un instant ‘t’, pas une prédiction” ; “les intentions de vote ne sont pas figées” ; “une fraction de l’électorat du candidat républicain n’a pas déclaré son vote, comme c’est parfois le cas pour le Front national en France” ; “il y avait beaucoup d’indécis…”

Pourtant, cet échec à capter le désarroi de l’électorat américain témoigne de l’hallucinant décalage entre un pays et ses élites médiatiques… « Comme tout le monde, nous nous sommes trompés », avouait Tony Romando, le propriétaire de Newsweek. Son magazine, comme la plupart des médias américains, n’avait même pas envisagé la victoire de Donald Trump (le jour de l’élection, 84 % des médias prédisaient la victoire de la candidate démocrate)… Rappelons que le site FiveThirtyEight.com estimait que Mme Clinton avait 70 % de chances de l’emporter. Rappelons que le Wisconsin et la Pennsylvanie étaient “journalistiquement” acquis à Hillary Clinton : le New York Times leur donnait respectivement 93 % et 89 % de chances de s’offrir à la candidate démocrate… et c’est Trump qui l’a emporté dans ces deux États. Rappelons que le lundi 7 novembre, veille de l’élection américaine, le Huffington Post donnait 1,6 % de chances de victoire à Donald Trump ! Et que la une de Newsweek, “Madam President”, était déjà imprimée. Il a fallu en fabriquer une autre en urgence…

« Les médias sont passés à côté […]. Les chiffres n’étaient pas seulement un mauvais guide, […] ils étaient comme une bretelle de sortie qui nous écarte de la réalité », confesse Jim Rutenberg, le critique média du New York Times. Certains journalistes se dédouanent en rejetant la faute sur les instituts de sondage, impuissants à anticiper la déferlante Trump : « J’ai cru dans les données en politique pendant trente ans et les données sont mortes ce soir », assène sur Twitter Mike Murphy de la chaîne NBC, ajoutant : « Je n’aurais pas pu me tromper davantage à propos de cette élection. »

Le plus étonnant, c’est que les journalistes américains ont labouré les États républicains pendant des mois. Ils ont rencontré des mineurs, interviewé des chômeurs, côtoyé la misère et le déclassement. Pourtant, aveuglés par le discours policé du biotope new-yorkais, par leur foi idéologique dans la candidate des élites, ils n’ont pas pris au sérieux ces “deplorables”. Selon le milliardaire Peter Thiel, soutien de Donald Trump, c’est une grossière erreur : « Les journalistes prennent toujours Trump au pied de la lettre mais sans le prendre au sérieux. Ses électeurs, en revanche, le prennent au sérieux mais ne le prennent pas au pied de la lettre. Par exemple, quand il propose de construire un mur à la frontière mexicaine, les journalistes exigent des détails, veulent savoir comment il va s’y prendre. Ses électeurs comprennent qu’il ne veut pas vraiment édifi er un mur. Ils entendent simplement qu’il propose une politique migratoire plus saine et plus intelligente. »

Les médias français devraient en prendre de la graine, car d’importantes élections se profilent dans notre pays…


Présidentielle américaine: C’est la gentrification, imbécile ! (Will Trump finally force the Left out of its shrinking cocoon?)

22 octobre, 2016
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gentrification
gentryparisMes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur (…) Sa vérité est en marche. (…) Dans la beauté des lys Christ est né de l’autre côté de l’océan, Avec dans sa poitrine la gloire qui nous transfigure vous et moi; Comme il est mort pour rendre les hommes saints, mourons pour rendre les hommes libres; Tandis que Dieu est en marche. Julia Ward Howe (The Battle hymn of the republic, 1861)
And don’t speak too soon for the wheel’s still in spin And there’s no tellin’ who that it’s namin’. For the loser now will be later to win For the times they are a-changin’.  Bob Dylan (1964)
And you never ask questions when God’s on your side. Bob Dylan
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
On ne peut comprendre la gauche si on ne comprend pas que le gauchisme est une religion. Dennis Prager
Il faut peut-être entendre par démocratie les vices de quelques-uns à la portée du plus grand nombre. Henry Becque
Sorel, for whom religion was important, drew a comparison between the Christian and the socialist revolutionary. The Christian’s life is transformed because he accepts the myth that Christ will one day return and usher in the end of time; the revolutionary socialist’s life is transformed because he accepts the myth that one day socialism will triumph, and justice for all will prevail. What mattered for Sorel, in both cases, is not the scientific truth or falsity of the myth believed in, but what believing in the myth does to the lives of those who have accepted it, and who refuse to be daunted by the repeated failure of their apocalyptic expectations. How many times have Christians in the last two thousand years been convinced that the Second Coming was at hand, only to be bitterly disappointed — yet none of these disappointments was ever enough to keep them from holding on to their great myth. So, too, Sorel argued, the myth of socialism will continue to have power, despite the various failures of socialist experiments, so long as there are revolutionaries who are unwilling to relinquish their great myth. That is why he rejected scientific socialism — if it was merely science, it lacked the power of a religion to change individual’s lives. Thus for Sorel there was “an…analogy between religion and the revolutionary Socialism which aims at the apprenticeship, preparation, and even the reconstruction of the individual — a gigantic task. Lee Harris
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
Si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité?  (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
Des hommes égaux en droits, en éducation, en fortune, et, pour tout dire en un mot, de condition pareille, ont nécessairement des besoins, des habitudes et des goûts peu dissemblables. Comme ils aperçoivent les objets sous le même aspect, leur esprit incline naturellement vers des idées analogues, et quoique chacun d’eux puisse s’écarter de ses contemporains et se faire des croyances à lui, ils finissent par se retrouver tous, sans le savoir et sans le vouloir, dans un certain nombre d’opinions communes. […] Si, dans le sein d’un peuple semblable, les influences individuelles sont faibles et presque nulles, le pouvoir exercé par la masse sur l’esprit de chaque individu, est très grand. […] Toutes les fois que les conditions sont égales, l’opinion générale pèse d’un poids immense sur l’esprit de chaque individu ; elle l’enveloppe, le dirige et l’opprime : cela tient à la constitution même de la société bien plus qu’à ses lois politiques. À mesure que tous les hommes se ressemblent davantage, chacun se sent de plus en plus faible en face de tous. Ne découvrant rien qui l’élève fort au-dessus d’eux et qui l’en distingue, il se défie de lui-même dès qu’ils le combattent ; non seulement il doute de ses forces, mais il en vient à douter de son droit, et il est bien près de reconnaître qu’il a tort, quand le plus grand nombre l’affirme. La majorité n’a pas besoin de le contraindre ; elle le convainc. De quelque manière qu’on organise les pouvoirs d’une société démocratique et qu’on les pondère, il sera donc toujours très difficile d’y croire ce que rejette la masse et d’y professer ce qu’elle condamne. Tocqueville
Tocqueville annonce (…) une sorte d’étouffement de la démocratie par elle-même, par l’achèvement extrême auquel elle parviendra. Tocqueville décrit ce stade suprême comme la dictature douce de l’opinion publique, comme l’âge de l’homogénéité des sentiments, des idées, des goûts, des moeurs, soumettant les citoyens à l’esclavage non d’une contrainte extérieure, mais de la tout-puissance de leur propre consentement mutuel. Plus se perfectionne la démocratie égalitaire, et plus spontanément les hommes qui la pratiquent se rassemblent entre eux, plus ils veulent tous librement les mêmes choses. La diversité se trouve peu à peu bannie de cette société, non plus par la censure mais par la désapprobation ou la simple indifférence. La toute-puissance de la majorité fait disparaître jusqu’au besoin de s’écarter de l’opinion dominante. L’homme original, dont l’esprit marche au rebours du commun, dépérit, quand il n’est pas mort-né, sans qu’on ait à le persécuter, faute d’audience, faute même de contradicteurs. Jean-François Revel
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Donald Trump, on the other hand, has no record of public service and no qualifications for public office. His affect is that of an infomercial huckster; he traffics in conspiracy theories and racist invective; he is appallingly sexist; he is erratic, secretive, and xenophobic; he expresses admiration for authoritarian rulers, and evinces authoritarian tendencies himself. He is easily goaded, a poor quality for someone seeking control of America’s nuclear arsenal. He is an enemy of fact-based discourse; he is ignorant of, and indifferent to, the Constitution; he appears not to read. (…) Trump is not a man of ideas. He is a demagogue, a xenophobe, a sexist, a know-nothing, and a liar. He is spectacularly unfit for office, and voters—the statesmen and thinkers of the ballot box—should act in defense of American democracy and elect his opponent. The Atlantic
Nous ne croyons pas dans un gouvernement, nous ne croyons pas à la bureaucratie ; c’est très américain. Les gens n’en ont rien à faire du programme politique de Donald Trump ou de Bernie Sanders. Ils sont très en colère, et le succès de Donald Trump est le résultat parfaitement logique de cette colère. Ce n’est ni un conservateur, ni un républicain- il a détruit le Parti républicain et tout le monde devrait l’en féliciter. Il a également détruit notre conception des médias. Ils ne disent pas les choses telles qu’elles sont, mais ils sont partiaux. Ils ont essayé de descendre Trump encore et encore parce qu’il ne respectait pas leurs petites règles sur la façon de se comporter, ce qu’on peut dire, ce qu’ils vont rapporter vous concernant. Il leur a dit d’aller se faire voir en leur affirmant qu’il allait être lui-même, et beaucoup de gens ont apprécié cette franchise. Ce n’est pas son discours qui intéresse, mais ce qu’il représente. C’est un homme qui parle sans contrainte ni censure, quitte à être contradictoire, et se permet ce qu’aucun autre politicien ne se permet. Cette attitude inédite lui vaut le soutien de personnes qui se sentaient jusqu’ici exclues du débat public, réduites au silence, notamment par la gauche, les progressistes et les libéraux bien-pensants dominés par le politiquement correct. Si l’on m’avait dit il y a dix ans que la gauche était plus autoritaire que la droite, plus encline à la censure… Mais c’est vrai, ils ont installé une sorte de police de la pensée, une idéologie du « vous devez penser comme nous » qui porte sur les nerfs de beaucoup d’Américains. J’en ai fait l’expérience moi-même à la parution d’American Psycho : ce ne sont pas les conservateurs qui se sont élevés contre le roman, mais les libéraux, les féministes, la gauche, les médias. Le surgissement de Donald Trump rééquilibre simplement la balance. Lui et Bernie Sanders sont les seuls candidats qui peuvent incarner la liberté aux yeux du public. Ce n’est certainement pas le cas de Hillary Clinton, même si c’est la mieux qualifiée pour diriger le pays. (…) Pour moi, la popularité de Donald Trump a à voir avec le premier amendement et la liberté d’expression : voilà quelqu’un qui dit ce qu’il pense, alors que de façon croissante les gens avaient le sentiment ne plus avoir le droit de le faire. Je ne sais pas jusqu’où il ira, mais personnellement, je le préfère de loin à Ted Cruz ou à Marco Rubio ! Bret Easton Ellis
2,5 millions de Français ne maîtrisent toujours pas aujourd’hui la langue de Molière. 15 % de la population présente sur le territoire (ce qui inclut les migrants de fraîche date) reste, aujourd’hui encore, illettrée dans notre pays. 7 % de la population si l’on ne prend en compte que la classe d’âge des 18-65 ans, de nationalité française. Mais avec des pointes à 20 % dans les territoires d’outre-mer ou les départements du nord de l’Hexagone et des chiffres presque aussi préoccupants en Poitou-Charentes et en Champagne-Ardenne. (…) La France, il est vrai, affiche un classement déplorable en matière d’alphabétisation. L’Hexagone reste au 22e rang (sur 24) au palmarès des pays de l’OCDE : au fond de la classe, près du radiateur.  Le Point
Selon nos informations, les naturalisations progressent à un rythme sans rapport avec celui constaté ces dernières années. Depuis début 2016, les naturalisations par décret ont déjà augmenté de 18 %, avec 40 198 bénéficiaires. Entre 2013 et 2015, elles avaient progressé de 17 % et le total des naturalisations d’environ 16 %, alors qu’il avait été divisé par deux entre 2010 et 2012. Le Quai d’Orsay reçoit par ailleurs, actuellement, environ 1 000 dossiers par semaine à traiter de la place Beauvau. Le ministère des Affaires étrangères intervient dans ce processus parce qu’il s’occupe de l’état-civil des Français et qu’une majorité des étrangers qui demandent à être naturalisés sont nés à l’étranger. Qui sont les nouveaux Français ? Sans surprise, Eurostat observe qu’ils viennent très majoritairement d’un pays extra-européen. C’est le cas pour 78 % d’entre eux. Les statistiques fournies par l’organisme européen indiquent également que les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) arrivent en tête devant la Turquie, le Sénégal et le Portugal. Tous ces dossiers sont donc reçus par la sous-direction de l’accès à la nationalité française du ministère de l’Intérieur, qui les « approuve » (ou non) et les adresse au service central de l’état civil du MAE pour « réalisation » de la partie état-civil. Fait rarissime, ce service a déjà un stock de 10 000 dossiers en attente, acceptés par le ministère de l’Intérieur. Causeur
Les «élites» françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique «républicaine». Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux Français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du «front républicain», orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer. Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard  va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner. Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens. Les élites devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Y-a-t-il une solution pour échapper à une telle issue? Avouons que cette responsabilité est celle des élites en place, ayant entonné depuis 30 ans le même refrain. A supposer cependant que nous voulions les sauver, nous pourrions leur donner le conseil suivant: leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. Ce faisant, elles auraient tort de se priver au passage de souligner la participation du Front national au dispositif, ce dernier s’étant prêté de bonne grâce, sous la houlette du Père, à l’incarnation de la victime émissaire. Il faut bien avouer que nos élites du PS comme de Les Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. Il n’est pas sûr non plus que le Front national soit prêt à reconnaître sa participation au dispositif. Il y aurait intérêt pourtant pour pouvoir accéder un jour à la magistrature suprême. Car si un tel aveu pourrait lui faire perdre d’un côté son «aura» anti-système, elle pourrait lui permettre de l’autre, une alliance indispensable pour dépasser au deuxième tour des présidentielles le fameux «plafond de verre». Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment. La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. (…) Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter! La deuxième solution, défendue par une partie des Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre? Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture «républicaine», initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession. Vincent Coussedière
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Donald Trump astounded the entire political class of America by becoming only the third person ever to gain the presidential nomination of a major American political party without having first been an elected official, a prominent military officer, or a cabinet member, and the first to do so in 76 years. (Wendell Willkie, in 1940, never had control of the Republicans and had little chance against Roosevelt.) Senator Rubio was correct to call it “a tsunami that only Mr. Trump saw coming,” but it was also a tsunami that he largely conjured up out of less turbulent air and intensified. He raised the Republican primary vote by 60 percent over 2012, and whatever happens from now on, his achievement is historic and there must have been some astute strategic calculations behind it. Yet Trump seems to have no concept of how to press the strategic advantage and stay clear of back alleys and side issues in which he can only dissipate his advantages. Like a not overly smart fighting bull, he allows the Democrats to cause him to charge diagonally past his real targets and squander political capital in nonsense. (…) The choice is still between more of the Bush-Clinton-Obama disaster decades or positive change. This is one of the defining moments of American history. If Donald doesn’t exploit the opportunity he has created from public resentment of the Clintons’ entitlement, from the flabby Republican Bush-McCain-Romney loser syndrome, and from Obama’s national power-dive in which two-thirds of Americans now think the country is going in the wrong direction, he will have only himself to blame. He must stop scowling, stop personalizing everything and being goaded like an oaf, and stay on message; if he does all that, he will make history. The writing is on the wall and if Donald Trump blows it now, he will deserve to be deposited on the crowded shelf of the trophies attesting to the political skill, determination, and chicanery of the Clintons and their vast, and now fearful, entourage. Conrad Black
Mr. Trump’s great historical role was to reveal to the Republican Party what half of its own base really thinks about the big issues. The party’s leaders didn’t know! They were shocked, so much that they indulged in sheer denial and made believe it wasn’t happening. The party’s leaders accept more or less open borders and like big trade deals. Half the base does not! It is longtime GOP doctrine to cut entitlement spending. Half the base doesn’t want to, not right now! Republican leaders have what might be called assertive foreign-policy impulses. When Mr. Trump insulted George W. Bush and nation-building and said he’d opposed the Iraq invasion, the crowds, taking him at his word, cheered. He was, as they say, declaring that he didn’t want to invade the world and invite the world. Not only did half the base cheer him, at least half the remaining half joined in when the primaries ended. The Republican Party will now begin the long process of redefining itself or continue its long national collapse. This is an epochal event. It happened because Donald Trump intuited where things were and are going. Since I am more in accord with Mr. Trump’s stands than not, I am particularly sorry that as an individual human being he’s a nut. Which gives rise to a question, for me a poignant one. What if there had been a Sane Donald Trump? Oh my God, Sane Trump would have won in a landslide. Peggy Noonan
Moi, je revendique la stigmatisation de Marine Le Pen. Manuel Valls
À l’Université, en France, nous en étions depuis 1968 à la chasse aux tabous, au nom du fameux «il est interdit d’interdire». Nous sacrifions au culte des briseurs de tabous. Chaque victoire était célébrée par une presse de plus en plus libertaire. Rappelez-vous Libération, première époque. Retrouvez quelques exemplaires «vintage» du journal Le Monde qui mettait à chaque fois le poids de sa réputation dans la bataille lorsqu’il s’agissait d’attaquer la conception «bourgeoise» de la famille ou de l’éducation. Aujourd’hui, les rédactions de ces quotidiens s’étrangleraient, sans doute, de rage en relisant les articles d’époque portant sur cette même conception de la famille. Les mêmes quotidiens se sont battus pour faire admettre le «mariage pour tous». Quel renversement! La logique aurait voulu qu’ils se prononcent contre toutes formes de mariage, y compris pour les individus de même sexe… De l’autre côté de l’Atlantique, lorsque je suis arrivé à l’Université de Boston, au début des années 1980, on s’appliquait au contraire à formuler de nouveaux interdits. La tyrannie s’exerçait sur le langage dans une grande partie du milieu académique, spécialement dans le domaine des sciences humaines (de la psychologie à la philosophie en passant par l’économie). Rapidement, cette tyrannie, au-delà des milieux académiques, a submergé toute la vie sociale. Dix ans plus tard, cette vague atteignit la France violemment. Le début du raz-de-marée. (…) Paradoxalement, la chasse aux tabous se révèle nocive pour la liberté de penser. Elle produit des êtres craintifs, ennemis du risque. Cette nouvelle génération «précautionneuse» souffre de pudibonderie. (…) Au nom de l’égalité réelle, nous assistons à l’alliance spectaculaire entre la technocratie et le moralisme sous prétexte de faire le bonheur de tous malgré eux. (…) Savez-vous qu’il faudrait éviter d’utiliser le mot «violer» dans l’expression «violer une loi» compte tenu de la résonance offensante que peut avoir le mot? Une tenue correcte est exigée du langage spécialement en matière de race, de culture et de religion. Le mot honni de «race» figure toujours dans la Constitution, malgré la logique de la loi Gayssot du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe. Sur cette loi, il y aurait beaucoup à dire. Paul Ricœur, Pierre Vidal-Naquet, Robert Badinter et beaucoup d’autres en ont amorcé le commentaire critique. Les minorités se sont emparées du politiquement correct. Raymond Boudon avait raison. Il s’agit d’un instrument de conquête du pouvoir, non par des majorités conformistes, mais par des minorités actives bien organisées qui répandent leur conformisme propre. Souvent de tonalité religieuse. (…) Venue de la gauche des campus, la critique du politiquement correct s’est retournée durant les années 1980. Bien avant Éric Zemmour en France, pour ne citer que lui, les milieux conservateurs aux États-Unis n’ont pas manqué de se moquer du langage tarabiscoté employé par souci, d’ailleurs illusoire, de préserver et de défendre les minorités. Ils ont montré qu’il s’agit d’une censure ou d’une auto-censure à peine déguisée. (…) Le destin du politiquement correct nous montre qu’il s’agit plus profondément d’une rhétorique de dissuasion. Cette logique de démobilisation collective s’est traduite par un dénigrement perpétuel d’une certaine pensée française. Celle que paradoxalement, l’Amérique n’en finit pas de fêter sous l’appellation de French theory. Les Foucault, Derrida, Bourdieu, Lacan ou Barthes… Aujourd’hui dans nos universités, notamment dans les sciences humaines, on ne trouve plus guère que des sous-produits de recherche américains. Voyez les études sur le «genre» ou «gender studies»! Un bien bel exemple de politiquement correct… (…)Aujourd’hui, par temps de mondialisation ou de globalisation, la doxa européenne cherche à protéger son niveau et son style de vie. Voyez les mouvements populistes dans les pays du Nord de l’Europe et en Allemagne même. Une page se tourne. La violence du langage s’exerce sans plus se dissimuler. Elle ne fait plus vraiment rire. Si l’on tue encore aujourd’hui au nom de Dieu, sur les pavés de nos grandes villes, c’est en grande partie la faute du politiquement correct. Mon ami André Comte-Sponville juge que l’avenir du politiquement correct, c’est la voie ouverte au populisme sous la forme la plus violente. Je le rejoins.(…) Un néo-puritanisme linguistique correspond à un moralisme radical. Il encaisse à ce jour sans difficulté les critiques dont il est la cible, mais il n’est pas exclu que l’exaspération qu’il suscite se transforme un jour en une franche colère qui signera sa défaite. Pensez à la victoire à la présidentielle de mai 2016 de Rodrigo Duterte aux Philippines ; il ferait passer Donald Trump pour le plus courtois des hommes (politiques). (…) Avec l’idée du modèle républicain, nous touchons à ce que j’appellerai le malentendu fondamental de la politique moderne en France. À la source de toutes les incompréhensions qui règnent entre le monde libéral anglo-saxon et nous-mêmes… On entend dire depuis plusieurs années que les valeurs de la République sont en danger, mais on ne dit pas exactement ce qu’elles sont. Elles seraient menacées par un parti dont on ne prononce pas le nom, mais qui est pourtant légal, et si j’en crois les sondages, le premier parti de France. Chacun s’accorde à chercher dans les discours du Front national, puisque c’est de lui qu’il s’agit, les «dérapages» dont il se rendrait responsable. C’est un mot-clé du politiquement correct. Un moyen d’intimidation qui laisse penser qu’il existerait une pensée unique, une voie droite par rapport à laquelle nous devrions tous être jugés. C’est prendre le risque d’un retournement violent. (…) Si l’on parle de la violence du langage en politique, on ne peut aujourd’hui contourner le «cas» Trump. Face à lui, Madame Clinton apparaît comme l’incarnation même du politiquement correct. Et lui, comme celle de l’incorrection grossière. Mais, on voit que les questions politiques graves qui se posent aux Etats-Unis dépassent de loin les aspects rhétoriques de la campagne. La violence du langage peut se traduire dans les deux registres extrémistes opposés. Les sociétés démocratiques, avides d’égalité, ont refusé à leurs citoyens le soutien d’une hiérarchie qui leur garantirait un lien stable avec leurs concitoyens. Les individus, livrés à eux-mêmes, isolés, ont perdu le sentiment chaleureux de la continuité entre générations. Alexis de Tocqueville avait vu juste lorsqu’il écrivait que «l’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part». La démocratie ramène ainsi chaque individu vers lui seul et «menace de le renfermer tout entier dans la solitude de son propre cœur». C’est l’équation même de l’individualisme démocratique. Cet individualisme a triomphé sur la base du démantèlement de la figure classique de l’ego. L’individu se trouve maintenant désingularisé. Il a perdu son histoire propre, ce qui faisait sa valeur à ses yeux. Chaque citoyen se révèle disposé à s’isoler de la masse de ses semblables, ce qui incite chacun à créer une petite société à son usage, abandonnant la grande société à elle-même. Voilà pourquoi les sociétés démocratiques suscitent le conformisme de citoyens soumis à la mécanique de l’individualisme de masse. Et cet individualisme-là se nourrit d’égoïsme – de compétition et d’indifférence. Il s’épanouit dans le narcissisme. Avec l’ensemble des questions que pose le déploiement du politiquement correct, la pensée s’est installée dans un exercice réflexif périlleux qui décide du sens que nous devrions accorder à nos existences. Allons-nous adapter notre vie aux exigences d’autrui? Allons-nous demander à autrui de s’adapter à nos exigences propres? Nous nous trouvons à la croisée des chemins. Dominique Lecourt
Never have liberal ideas been so firmly entrenched within America’s core elite institutions. Never have those institutions been so weak and uninfluential. (…) What liberals are struggling to come to grips with today is the enormous gap between the dominant ideas and discourse in the liberal worlds of journalism, the foundations, and the academy on the one hand, and the wider realities of American life on the other. Within the magic circle, liberal ideas have never been more firmly entrenched and less contested. Increasingly, liberals live in a world in which certain ideas are becoming ever more axiomatic and unquestioned even if, outside the walls, those same ideas often seem outlandish.Modern American liberalism does its best to suppress dissent and critique (except from the left) at the institutions and milieus that it controls. Dissent is not only misguided; it is morally wrong. Bad thoughts create bad actions, and so the heretics must be silenced or expelled. “Hurtful” speech is not allowed, and so the eccentricities of conventional liberal piety pile up into ever more improbable, ever more unsustainable forms. (…) But liberals today face more problems than cocooning. They face the problem that, even as the ideas in liberal institutions become ever more elaborate, intricate, and unsuited to the actual political world, liberal institutions are losing more of their power to shape public opinion and national debate. Forty years ago, the key liberal institutions were both less distanced from the rest of American society and significantly more able to drive the national agenda. The essentially likeminded, mainstream liberals who wrote and produced the major network news shows more or less controlled the outlets from which a majority of Americans got the news. There was no Drudge Report or Fox News in those days, much less an army of pesky fact checkers on the internet. When liberal media types decided that something was news, it was news. If the Sandy Hook massacre had taken place in 1975, it’s likely that the liberal take on gun violence would not have been challenged. But these days, an army of bloggers and a counter-establishment of policy wonks in right leaning think tanks are ready to respond to extreme events like Sandy Hook. (…) Liberal strategies don’t work anymore in part because liberal institutions are losing their power. Meanwhile, many liberals are in a tough emotional spot. They live in liberal cocoons, read cocooning news sources, and work in professions and milieus where liberal ideas are as prevalent and as uncontroversial as oxygen. They are certain that these ideas are necessary, important and just—and they can’t imagine that people have solid reasons for disagreeing with them. Yet these ideas are much less well accepted outside the bubble—and the bubbles seem to be shrinking. After the horrors of the George W. Bush administration, liberals believed that the nightmare of conservative governance had vanished, never to return. Aided by the immigration amnesty, an irresistible army of minority voters would enshrine liberal ideas into law and give Democrats a permanent lock on the machinery of an ever more powerful state.That no longer looks likely; we can all look forward to eloquent laments, wringing of hands, impassioned statements of faith as the realization sinks in. Walter Russell Mead
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…)  C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. (…) En  réalité,  [mixité  sociale » et « mixité  ethnique »] vont  rarement  ensemble.  En  région   parisienne,  on  peut  avoir  un  peu  de  mixité  sociale   sans mixité ethnique. La famille maghrébine en phase  d’ascension sociale achète un pavillon à proximité des  cités.  Par  ailleurs,  les  logiques  séparatistes  se  poursuivent  et  aujourd’hui  les  ouvriers,  les  cadres  de  la   fonction  publique  et  les  membres  de  la  petite  bourgeoisie  maghrébine  en  ascension  sociale  évitent  les   quartiers où se concentre l’immigration africaine.  Ça me fait penser à la phrase de Valls sur l’apartheid.  Il  devait  penser  à  Évry,  où  le  quartier  des  Pyramides   s’est  complètement  ethnicisé  :  là  où  vivaient  hier  des   Blancs et des Maghrébins, ne restent plus aujourd’hui  que des gens issus de l’immigration subsaharienne. En  réalité, tout le monde – le petit Blanc, le bobo comme  le Maghrébin en phase d’ascension sociale – souhaite  éviter  le  collège  pourri  du  coin  et  contourne  la  carte   scolaire. On est tous pareils, seul le discours change…  (…) À  catégories  égales,  la  mobilité  sociale  est  plus  forte   dans les grandes métropoles. C’est normal : c’est là que  se  concentrent  les  emplois.  Contrairement  aux  zones   rurales, où l’accès au marché de l’emploi et à l’enseignement  supérieur  est  difficile,  les  aires  métropolitaines   offrent   des   opportunités   y   compris   aux   catégories    modestes. Or ces catégories, compte tenu de la recomposition  démographique,  sont  aujourd’hui  issues  de   l’immigration. Cela explique l’intégration économique  et  sociale  d’une  partie  de  cette  population.  Évidemment,  l’ascension  sociale  reste  minoritaire  mais  c’est   une constante des milieux populaires depuis toujours :  quand on naît  « en bas » , on meurt  « en bas » .  (…) les   classes   populaires   immigrées   bénéficient    simplement  d’un  atout  :  celui  de  vivre   «  là  où  ça  se   passe  » .  Il  ne  s’agit  pas  d’un  privilège  résultant  d’une   politique  volontariste.  Tout  ça  s’est  fait  lentement.  Il   y  a  des  logiques  démographiques,  foncières  et  économiques.  Il  faut  avoir  à  l’esprit  que  la  France  périphérique  n’est  pas  100  %  blanche,  elle  comporte  aussi  des   immigrés, et puis il y a également les DOM-TOM, territoires ultrapériphériques !    (..) Notre  erreur  est  d’avoir  pensé  qu’on  pouvait  appliquer   le   modèle   mondialisé   économique   sans   obtenir   ses    effets  sociétaux,  c’est-à-dire  le  multiculturalisme  et  une   forme  de  communautarisme.  La  prétention  française,   c’était  de  dire  :   «  Nous,  gros  malins  de  Français,  allons   faire  la  mondialisation  républicaine  !  »   Il  faut  constater  que  nous  sommes  devenus  une  société  américaine   comme les autres. La laïcité et l’assimilation sont mortes  de  facto.  Il  suffit  d’écouter  les  élèves  d’un  collège  pour   s’en convaincre : ils parlent de Noirs, de Blancs, d’Arabes.  La société multiculturelle mondialisée génère partout les  mêmes tensions et paranoïas identitaires, nous sommes  banalement dans ce schéma en France. Dans ce contexte,  la question du rapport entre minorité et majorité est en  permanence  posée,  quelle  que  soit  l’origine.  Quand  ils   deviennent  minoritaires,  les  Maghrébins  eux-mêmes   quittent les cités qui concentrent l’immigration subsaharienne. Sauf que comme en France il n’y a officiellement  ni religion ni race, on ne peut pas en parler… Ceux qui  osent le faire, comme Michèle Tribalat, le paient cher.  (…)  La  création  de  zones  piétonnières  fait  augmenter les prix du foncier. Et les aménagements écolos des  villes correspondent, de fait, à des embourgeoisements.  Tous  ces  dispositifs  amènent  un  renchérissement  du   foncier  et  davantage  de  gentrification.  Pour  baisser   les prix ? Il faut moins de standing. Or la pression est  forte  :  à  Paris,  plus  de  40  %  de  la  population  active   est composée de cadres. C’est énorme ! Même le XX e arrondissement est devenu une commune bourgeoise.  Et  puis  l’embourgeoisement  est  un  rouleau  compresseur.  On  avait  pensé  que  certaines  zones  resteraient   populaires,  comme  la  Seine-et-Marne,  mais  ce  n’est   pas le cas. Ce système reproduit le modèle du marché  mondialisé,  c’est-à-dire  qu’il  se  sépare  des  gens  dont   on n’a pas besoin pour faire tourner l’économie.  (…) La  politique  municipale  de  Bordeaux  est  la  même   que  celle  de  Lyon  ou  de  Paris.  Il  y  a  une  logique  qui   est celle de la bourgeoisie mondialisée, qu’elle soit de  droite ou de gauche. Elle est libérale-libertaire, tantôt  plus libertaire (gauche), tantôt plus libérale (droite)…  (…) L’un des codes fondamentaux de la nouvelle bourgeoisie  est  l’ouverture.  Si  on  lâche  ce  principe,  on  est   presque  en  phase  de  déclassement.  Le  vote  populiste,   c’est  celui  des  gens  qui  ne  sont  plus  dans  le  système,   les  « ratés » , et personne, dans le milieu bobo, n’a envie  d’avoir  l’image  d’un  loser.  Le  discours  d’ouverture  de   la supériorité morale du bourgeois est presque un signe  extérieur  de  richesse.  C’est  un  attribut  d’intégration.   Aux yeux de la classe dominante, un homme tolérant est  quelqu’un qui a fondamentalement compris le monde. (…) Mais plus personne ne l’écoute ! Quand on regarde catégorie après catégorie, c’est un processus de désaffiliation  qui  s’enchaîne  et  se  reproduit,  incluant  notamment  le   divorce des banlieues avec la gauche. Le magistère de la  France d’en haut est terminé ! Électoralement, on le voit  déjà avec la montée de l’abstention et du vote FN. Le FN  existe  uniquement  parce  qu’il  est  capable  de  capter  ce   qui  vient  d’en  bas,  pas  parce  qu’il  influence  le  bas.  Ce   sont les gens qui influencent le discours du FN, et pas le  contraire ! Ce n’est pas le discours du FN qui imprègne  l’atmosphère  !  Le  Pen  père  n’était  pas  ouvriériste,  ce   sont les ouvriers qui sont allés vers lui. Le FN s’est mis  à parler du rural parce qu’il a observé des cartes électorales…  les  campagnes  sont  un  désert  politique  rempli   de Français dans l’attente d’une nouvelle offre. Bref, ce  système ne peut pas perdurer. (…) Si l’on regarde le dernier sondage Ipsos réalisé  dans  22  pays,  on  y  découvre  que  seulement  11  %  des   Français (dont beaucoup d’immigrés !) considèrent que  l’immigration est positive pour le pays. C’est marrant,  les  journalistes  sont  90  %  à  penser  le  contraire.  En   vérité, il n’y a plus de débat sur l’immigration : tout le  monde est d’accord sauf des gens qui nous mentent… (…)  Les   ministres   et   gouvernements    successifs  sont  pris  dans  la  même   contradiction  :  ils  ont  choisi  un   modèle économique qui crée de la  richesse,  mais  qui  n’est  pas  socialement   durable,   qui   ne   fait   pas    société.  Ils  n’ont  de  fait  aucune   solution,   si   ce   n’est   de   gérer   le   court terme en faisant de la redistribution.  La  dernière  idée  dans   ce  sens  est  le  revenu  universel,  ce   qui  fait  penser  qu’on  a  définitivement  renoncé  à  tout  espoir  d’un   développement  économique  de  la   France périphérique. Christophe Guilluy

C’est la gentrification, imbécile !

En ces temps étranges de victimisation triomphante et de prix Nobel de la paix sans paix et de littérature sans livres

A l’heure où à moins de trois semaines de la présidentielle américaine et pour cause de malpensance, le haro sur le candidat républicain se transforme en hallali et où tous les coups sont désormais permis pour l’abattre …

Et où de la Syrie aux Philippines, se confirment chaque jour un peu plus les conséquences catastrophiques des huit années de la politique des bons sentiments de l’Administration Obama …

Pendant que des deux côtés de l’Atlantique et sur fond d’immigration illégale galopante, s’accroit la polarisation entre des grandes métropoles toujours plus riches et des petites villes ou des périphéries en voie de paupérisation

Comment ne pas repenser aux analyses du politologue américain Walter Russell Mead …

Sur la véritable « coconisation » de la gauche américaine  …

Qui isolée dans sa nouvelle vulgate politiquement correcte et ses quartiers protégés de l’université et des médias qu’elle domine …

A littéralement abandonné les classes laborieuses paupérisées à leur sort en faveur des nouvelles « minorités » ethniques ou « sexuelles » et de leurs toujours plus futiles réformes « sociétales » (lutte contre le racisme, avortement, « mariage pour tous », contrôle des armes à feu, etc.) ?

Et comment ne pas voir, à l’instar de ces tristement fameuses présidentielles d’il y a 14 ans où l’on appelait notre jeunesse à voter escroc pour éviter le facho,  la même stigmatisation systématique à laquelle est soumise en France et en Europe toute pensée non conforme qualfiée immédiatement de « populiste » …

Et notamment comme le montre lumineusement le géographe français Christophe Giuluy dans son nouveau livre …

Cette nouvelle bourgeoisie mondialisée qui,  appuyée sur une toute une couche de statuts protégés (cadres de la fonction publique et retraités aisés) mais aussi d’immigrés pour les emplois subalternes (BTP, restauration, ménages) …

S’est emparée du discours moral comme des centre-villes qu’elle gentrifie pour marginaliser et rejeter dans non seulement le déclassement social mais les affres du racisme et du sexisme …

Toute une ancienne classe moyenne de « superflus invisibles »  (les tristements fameux « attachés aux armes et à la religion » d’Obama ou les « deplorables » d’Hillary Clinton) …

Accusés de ne pas accepter le multiculturalisme que leur impose ceux qui ont les moyens d’échapper à ses conséquences sur leur vie quotidienne ?

Avec son nouveau livre « Le crépuscule de la France d’en haut », le géographe le plus scandaleux de France débusque les intérêts de classe qui se cachent derrière le discours antiraciste de la bourgeoisie et décrypte le mépris des grands médias pour le petit peuple.

Causeur N° 39

19 octobre 2016

Propos recueillis par Daoud Boughezala, Élisabeth Lévy et Gil Mihaely

Causeur. La lutte entre les riches qui souhaitent le rester et les pauvres qui aimeraient l’être moins est une réalité vieille comme le capitalisme. Qu’y a-t-il de neuf dans notre situation – et dans Le Crépuscule de la France d’en haut, votre nouveau livre ?

Christophe Guilluy. Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte »« ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie.

C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations.

Ne s’agit-il pas avant tout d’une panne grave de l’ascenseur social ?

Bien sûr, mais pas seulement. C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer !

Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans.

La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population.

Comme le dit l’économiste Joan Robinson que vous citez, il y a pire que d’être exploité, c’est de ne pas être exploité. C’est un peu la situation de cette France périphérique : faute d’emploi, ses habitants n’ont même pas la possibilité d’être exploités !

Exactement. Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne.

Cependant le FN plafonne à 30 % de l’électorat ? Votre France périphérique serait-elle une minorité en voie de disparition ?

Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %.

Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement.

Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers.

Ces cadres capables de payer le prix d’un logement de centre-ville, ceux que vous appelez « les bobos », n’ont fondamentalement rien de méchant. Ils ne fomentent aucun complot et ne forment même pas une classe sociale douée d’une conscience et d’une volonté propres…

Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé.

C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien.

Et face à cette exclusion, comment réagit la France périphérique ?

La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible.

Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État.

Pourquoi ces Français paupérisés ne comptent-ils pas sur les HLM construites autour des grandes villes ? Pourquoi ne pas déménager à Aulnay-sous-Bois ou Grigny, où le logement est peu cher et le bassin d’emploi accessible ?

Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social.

Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes.

S’ils ne vont pas dans les banlieues, n’est-ce pas aussi pour ne pas vivre avec les immigrés ?

Tout à fait ! In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires.

Quand les politiques parlent de « mixité sociale », ils entendent en fait « mixité ethnique ». Quel est la réalité de l’une et de l’autre ?

En réalité, elles vont rarement ensemble. En région parisienne, on peut avoir un peu de mixité sociale sans mixité ethnique. La famille maghrébine en phase d’ascension sociale achète un pavillon à proximité des cités. Par ailleurs, les logiques séparatistes se poursuivent et aujourd’hui les ouvriers, les cadres de la fonction publique et les membres de la petite bourgeoisie maghrébine en ascension sociale évitent les quartiers où se concentre l’immigration africaine. Ça me fait penser à la phrase de Valls sur l’apartheid. Il devait penser à Évry, où le quartier des Pyramides s’est complètement ethnicisé : là où vivaient hier des Blancs et des Maghrébins, ne restent plus aujourd’hui que des gens issus de l’immigration subsaharienne.

En réalité, tout le monde – le petit Blanc, le bobo comme le Maghrébin en phase d’ascension sociale – souhaite éviter le collège pourri du coin et contourne la carte scolaire. On est tous pareils, seul le discours change…

Cependant, dans les grandes villes, des enfants d’immigrés accèdent à la classe moyenne, non ?

À catégories égales, la mobilité sociale est plus forte dans les grandes métropoles. C’est normal : c’est là que se concentrent les emplois. Contrairement aux zones rurales, où l’accès au marché de l’emploi et à l’enseignement supérieur est difficile, les aires métropolitaines offrent des opportunités y compris aux catégories modestes.

Or ces catégories, compte tenu de la recomposition démographique, sont aujourd’hui issues de l’immigration. Cela explique l’intégration économique et sociale d’une partie de cette population. Évidemment, l’ascension sociale reste minoritaire mais c’est une constante des milieux populaires depuis toujours : quand on naît « en bas », on meurt « en bas ».

On entend souvent des électeurs du FN dire qu’on n’en fait que pour les immigrés. Les classes populaires immigrées ont-elles été privilégiées par rapport aux classes populaires autochtones ?

Non, les classes populaires immigrées bénéficient simplement d’un atout : celui de vivre « là où ça se passe ». Il ne s’agit pas d’un privilège résultant d’une politique volontariste. Tout ça s’est fait lentement. Il y a des logiques démographiques, foncières et économiques. Il faut avoir à l’esprit que la France périphérique n’est pas 100 % blanche, elle comporte aussi des immigrés, et puis il y a également les DOM-TOM, territoires ultrapériphériques !

D’accord, mais il y a aussi des logiques culturelles de séparation. Dans une société assimilationniste et républicaine plutôt que multiculturelle, aurions-nous pu éviter un découpage ethnique du territoire ?

Il est impossible de répondre à une telle question ! Notre erreur est d’avoir pensé qu’on pouvait appliquer le modèle mondialisé économique sans obtenir ses effets sociétaux, c’est-à-dire le multiculturalisme et une forme de communautarisme. La prétention française, c’était de dire : « Nous, gros malins de Français, allons faire la mondialisation républicaine ! » Il faut constater que nous sommes une société américaine comme les autres.

La laïcité et l’assimilation sont mortes de facto. Il suffit d’écouter les élèves d’un collège pour s’en convaincre : ils parlent de Noirs, de Blancs, d’Arabes. La société multiculturelle mondialisée génère partout les mêmes tensions et paranoïas identitaires, nous sommes banalement dans ce schéma en France. Dans ce contexte, la question du rapport entre minorité et majorité est en permanence posée, quelle que soit l’origine.

Quand ils deviennent minoritaires, les Maghrébins eux-mêmes quittent les cités qui concentrent l’immigration subsaharienne. Sauf que comme en France il n’y a officiellement ni religion ni race, on ne peut pas en parler… Ceux qui osent le faire, comme Michèle Tribalat, le paient cher.

Dans la France idéale que construit cette « France d’en haut », la politique parisienne de la ville propre et festive permet en quelque sorte de couvrir l’exclusion des classes populaires d’un vernis branché ?

Oui. La création de zones piétonnières fait augmenter les prix du foncier. Et les aménagements écolos des villes correspondent, de fait, à des embourgeoisements. Tous ces dispositifs amènent un renchérissement du foncier et davantage de gentrification. Pour baisser les prix ? Il faut moins de standing. Or la pression est forte : à Paris, plus de 40 % de la population active est composée de cadres. C’est énorme ! Même le XXe arrondissement est devenu une commune bourgeoise.

Et puis l’embourgeoisement est un rouleau compresseur. On avait pensé que certaines zones resteraient populaires, comme la Seine-et-Marne, mais ce n’est pas le cas. Ce système reproduit le modèle du marché mondialisé, c’est-à-dire qu’il se sépare des gens dont on n’a pas besoin pour faire tourner l’économie.

À cet égard, y a-t-il une différence entre Paris et Bordeaux, Hidalgo et Juppé ?

La politique municipale de Bordeaux est la même que celle de Lyon ou de Paris. Il y a une logique qui est celle de la bourgeoisie mondialisée, qu’elle soit de droite ou de gauche. Elle est libérale-libertaire, tantôt plus libertaire (gauche), tantôt plus libérale (droite)…

À l’avenir, si le bobo subit les affres de la cohabitation avec les islamistes comme rue Jean-Pierre Timbaud à Paris, pourrait-il se radicaliser et se mettre à rêver d’un Geert Wilders français, quitte à développer un certain protectionnisme identitaire ?

Non. Un des codes fondamentaux de la nouvelle bourgeoisie, c’est l’ouverture. Si on lâche ce principe, on est presque en phase de déclassement. Le vote populiste, c’est celui des gens qui ne sont plus dans le système, les « ratés », et personne, dans le milieu bobo, n’a envie d’avoir l’image d’un loser. Le discours d’ouverture de la supériorité morale du bourgeois est presque un signe extérieur de richesse. C’est un attribut d’intégration. Aux yeux de la classe dominante, un homme tolérant est quelqu’un qui a fondamentalement compris le monde.

À vous écouter, on ne comprend pas pourquoi votre livre s’intitule Le Crépuscule de la France d’en haut… Cette bourgeoisie a l’air d’aller bien.

Mais plus personne ne l’écoute ! Quand on regarde catégorie après catégorie, c’est un processus de désaffiliation qui s’enchaîne et se reproduit, incluant notamment le divorce des banlieues avec la gauche. Le magistère de la France d’en haut est terminé ! Électoralement, on le voit déjà avec la montée de l’abstention et du vote FN.

Le FN existe uniquement parce qu’il est capable de capter ce qui vient d’en bas, pas parce qu’il influence le bas. Ce sont les gens qui influencent le discours du FN, et pas le contraire ! Ce n’est pas le discours du FN qui imprègne l’atmosphère ! Le Pen père n’était pas ouvriériste, ce sont les ouvriers qui sont allés vers lui.

Le FN s’est mis à parler du rural parce qu’il a observé des cartes électorales… les campagnes sont un désert politique rempli de Français dans l’attente d’une nouvelle offre. Bref, ce système ne peut pas perdurer. Après, comment tout cela va se structurer, je n’en sais rien !

Pourquoi le discours de Chevènement n’a-t-il pas convaincu cette France-là ?

Parce qu’il n’a pas voulu aller sur la question de l’immigration ! Si l’on regarde le dernier sondage Ipsos réalisé dans 22 pays, on y découvre que seulement 11 % des Français (dont beaucoup d’immigrés !) considèrent que l’immigration est positive pour le pays. C’est marrant, les journalistes sont 90 % à penser le contraire. En vérité, il n’y a plus de débat sur l’immigration : tout le monde est d’accord sauf des gens qui nous mentent…

Et les hommes politiques que vous rencontrez, que vous disent-ils ?

Les ministres et gouvernements successifs sont pris dans la même contradiction : ils ont choisi un modèle économique qui crée de la richesse, mais qui n’est pas socialement durable, qui ne fait pas société. Ils n’ont de fait aucune solution, si ce n’est de gérer le court terme en faisant de la redistribution. La dernière idée dans ce sens est le revenu universel, ce qui fait penser qu’on a définitivement renoncé à tout espoir d’un développement économique de la France périphérique.

Voir aussi:

Dominique Lecourt : «Le politiquement correct favorise le retour de toutes les violences»
Alexis Feertchak
Le Figaro
21/10/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Le philosophe Dominique Lecourt, élève de Canguilhem et d’Althusser, a accordé un entretien fleuve au FigaroVox. Le directeur de l’Institut Diderot dénonce un politiquement correct qui, par le droit, passe dangereusement des mots aux choses.

Dominique Lecourt est un philosophe français, ancien élève de Georges Canguilhem et Louis Althusser. Professeur émérite des Universités, président d’honneur des Presses Universitaires de France (PUF), ancien recteur d’Académie, il est directeur général de l’Institut Diderot depuis 2012. Auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages et de plusieurs grands dictionnaires, il a dernièrement publié L’Égoïsme. Faut-il vraiment penser aux autres? (éd. Autrement, 2015).


FIGAROVOX. – Récemment adoptée au Sénat, la loi Egalité et citoyenneté, qui contient une série de … 217 mesures pour la jeunesse, la mixité sociale ou contre les discriminations sociales, vante l’«égalité réelle». Imposer l’égalité réelle, n’est-ce pas prendre le risque d’une suspension excessive des libertés individuelles, de prolonger le politiquement correct des mots aux choses?

Dominique LECOURT. – Cette loi représente jusqu’à la caricature une conception de l’idée de démocratie qui s’est imposée dans notre pays depuis une trentaine d’années. C’est un grand bazar qui rassemble dans un désordre tragi-comique les interdits énoncés dont on attend aujourd’hui qu’ils règlent les mœurs. Prenons l’exemple de l’interdiction de la fessée comme outil éducatif et la condamnation qui frappe l’usage de paroles considérées comme blessantes parce que supposées contraires aux idéaux dogmatiques du «vivre ensemble». Il s’agit à mon sens du point d’orgue de cette frénésie normative, trop en vogue aujourd’hui, dont le caractère autoritaire fait l’objet d’une dénégation permanente de la part des intellectuels et des médias qui la répande. Par une grande hypocrisie, on annonce un progrès de la liberté de chacun au moment même où l’on prépare méticuleusement sa régression. Des mots aux choses, la distance ne saurait être abolie que par la contrainte. Cette conception débouche sur une pratique autoritaire du pouvoir politique. L’intimidation est son ressort principal. Voyez désormais le recours permanent aux tribunaux… Il ne manque pas d’associations qui se soient spécialisées dans ce type de chantage. Le trouble est profond. La suspicion systématique détruit la confiance indispensable à la vie en société!

Permettez que je vous donne un exemple. À l’Université, en France, nous en étions depuis 1968 à la chasse aux tabous, au nom du fameux «il est interdit d’interdire». Nous sacrifions au culte des briseurs de tabous. Chaque victoire était célébrée par une presse de plus en plus libertaire. Rappelez-vous Libération, première époque. Retrouvez quelques exemplaires «vintage» du journal Le Monde qui mettait à chaque fois le poids de sa réputation dans la bataille lorsqu’il s’agissait d’attaquer la conception «bourgeoise» de la famille ou de l’éducation. Aujourd’hui, les rédactions de ces quotidiens s’étrangleraient, sans doute, de rage en relisant les articles d’époque portant sur cette même conception de la famille. Les mêmes quotidiens se sont battus pour faire admettre le «mariage pour tous». Quel renversement! La logique aurait voulu qu’ils se prononcent contre toutes formes de mariage, y compris pour les individus de même sexe…

De l’autre côté de l’Atlantique, lorsque je suis arrivé à l’Université de Boston, au début des années 1980, on s’appliquait au contraire à formuler de nouveaux interdits. La tyrannie s’exerçait sur le langage dans une grande partie du milieu académique, spécialement dans le domaine des sciences humaines (de la psychologie à la philosophie en passant par l’économie). Rapidement, cette tyrannie, au-delà des milieux académiques, a submergé toute la vie sociale. Dix ans plus tard, cette vague atteignit la France violemment. Le début du raz-de-marée. Et un tsunami ne fait jamais déborder un vase, il le brise… Très vite, on a vu les personnels administratifs et enseignants des universités modifier leurs comportements, spécialement en présence de l’autre sexe. Plus personne ne ferme désormais la porte de son bureau pour recevoir un étudiant, au sens… générique du terme. Comme si, chaque enseignant, chaque membre du personnel enseignant ou administratif devait être considéré comme un violeur potentiel!

Paradoxalement, la chasse aux tabous se révèle nocive pour la liberté de penser. Elle produit des êtres craintifs, ennemis du risque. Cette nouvelle génération «précautionneuse» souffre de pudibonderie.

Ne confondons pas systématiquement inégalité et injustice. Au risque de choquer, je rappelle qu’il existe des inégalités qui ne sont nullement identifiables à des injustices. Prenons l’exemple des salaires. Le fait qu’une rémunération pour un travail soit indexée sur le mérite ne représente pas toujours une injustice, sauf, bien évidemment pour ceux qui ne reconnaissent pas la valeur du mérite… Prenons, cette fois-ci, l’exemple de mes collègues de l’Éducation nationale. Est-ce que l’ancienneté doit prévaloir sur la qualité du travail pour tout avancement, comme aujourd’hui? Le résultat n’est pas brillant…

Au nom de l’égalité réelle, nous assistons à l’alliance spectaculaire entre la technocratie et le moralisme sous prétexte de faire le bonheur de tous malgré eux.

Avant d’être reprise par les marxistes, l’expression «politiquement correct» a été lancée par la Cour suprême des Etats-Unis dès 1793. Jean-Claude Michéa considère d’ailleurs que le politiquement correct est le «triomphe de la juridification des relations humaines» contre la common decency défendue par Orwell. De quoi cette «juridification» serait-elle le signe?

Le mot de «juridification» désigne une construction correspondant à la standardisation des relations humaines. Est-ce le signe d’un progrès dans la liberté? C’est plutôt, à mes yeux, un symptôme liberticide. Prenons un exemple d’où le ridicule n’est pas absent. Savez-vous qu’il faudrait éviter d’utiliser le mot «violer» dans l’expression «violer une loi» compte tenu de la résonance offensante que peut avoir le mot? Une tenue correcte est exigée du langage spécialement en matière de race, de culture et de religion. Le mot honni de «race» figure toujours dans la Constitution, malgré la logique de la loi Gayssot du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe. Sur cette loi, il y aurait beaucoup à dire. Paul Ricœur, Pierre Vidal-Naquet, Robert Badinter et beaucoup d’autres en ont amorcé le commentaire critique. Les minorités se sont emparées du politiquement correct. Raymond Boudon avait raison. Il s’agit d’un instrument de conquête du pouvoir, non par des majorités conformistes, mais par des minorités actives bien organisées qui répandent leur conformisme propre. Souvent de tonalité religieuse. Face au séisme de l’affaire du licenciement d’une salariée portant un foulard islamique, Elisabeth Badinter a eu le courage et la force de défendre la direction de la crèche Baby-Loup, même si elle en a payé le prix. Cette crèche imposait une neutralité et le respect de la laïcité à son personnel.

Assisterions-nous, aujourd’hui, à la mort annoncée de l’euphémisation du monde, du règne des périphrases, des circonlocutions, à celles de toutes pratiques qui relèvent du contrôle social exercé par et sur le langage?

Venue de la gauche des campus, la critique du politiquement correct s’est retournée durant les années 1980. Bien avant Éric Zemmour en France, pour ne citer que lui, les milieux conservateurs aux États-Unis n’ont pas manqué de se moquer du langage tarabiscoté employé par souci, d’ailleurs illusoire, de préserver et de défendre les minorités. Ils ont montré qu’il s’agit d’une censure ou d’une auto-censure à peine déguisée.

Les années 1976-1978 marquent un tournant dans l’histoire de la philosophie, chez nous, en France. Les philosophes ont alors pris la posture du spectateur des événements et du «reporteur d’idées». Ils se sont déclarés «journalistes transcendantaux», pour reprendre l’expression de Maurice Clavel. Ils prétendaient s’élever au-dessus de la contingence du présent. J’ai déjà raconté comment j’ai vu Michel Foucault lui-même y céder un moment, fasciné par «la révolution du non-pouvoir» de l’ayatollah Khomeini… André Glucksmann poussa plus loin que les autres la logique de ce retrait. Dans Les Maîtres penseurs, il dénonce toute tentative de penser le monde afin de le transformer comme comportant une menace sournoise de totalitarisme, c’est-à-dire la ruine totale de la liberté. Vous n’avez peut-être pas en tête ses écrits. Je vous rappelle donc sa formule clé qui relève de la plus pure intimidation: «théoriser, c’est terroriser».

Résumons. Les philosophes n’auraient plus désormais qu’à faire écho aux événements sur le mode du jugement moral prononcé dans l’urgence. Vous n’aurez pas de mal à mettre un nom sur le plus célèbre de nos philosophes-chefs de guerre…

La philosophie dans les médias relèverait désormais du commentaire et de l’exhortation. Vous connaissez la petite musique: «Le monde va mal», «mais il irait peut-être plus mal encore si vous essayiez de le transformer». On nous a donc conseillé au nom de la philosophie de nous consoler et d’être heureux de notre petit bonheur d’Occidentaux. Le destin du politiquement correct nous montre qu’il s’agit plus profondément d’une rhétorique de dissuasion. Cette logique de démobilisation collective s’est traduite par un dénigrement perpétuel d’une certaine pensée française. Celle que paradoxalement, l’Amérique n’en finit pas de fêter sous l’appellation de French theory. Les Foucault, Derrida, Bourdieu, Lacan ou Barthes… Aujourd’hui dans nos universités, notamment dans les sciences humaines, on ne trouve plus guère que des sous-produits de recherche américains. Voyez les études sur le «genre» ou «gender studies»! Un bien bel exemple de politiquement correct…

Philippe Muray parlait de la «cage aux phobes» pour qualifier tous les interdits langagiers que le politiquement correct imposerait. Diriez-vous que le politiquement correct prospère encore ou finit par s’éroder sous le coup des critiques?

Ce discours de consolation ou d’exhortation tel qu’il a été pratiqué pour un temps avec succès n’avait de réel impact que par la crise qui grondait à l’horizon.

Aujourd’hui, par temps de mondialisation ou de globalisation, la doxa européenne cherche à protéger son niveau et son style de vie. Voyez les mouvements populistes dans les pays du Nord de l’Europe et en Allemagne même.

Une page se tourne. La violence du langage s’exerce sans plus se dissimuler. Elle ne fait plus vraiment rire. Si l’on tue encore aujourd’hui au nom de Dieu, sur les pavés de nos grandes villes, c’est en grande partie la faute du politiquement correct.

Mon ami André Comte-Sponville juge que l’avenir du politiquement correct, c’est la voie ouverte au populisme sous la forme la plus violente. Je le rejoins. Le temps de la consolation et de l’exhortation est révolu…

La force du politiquement correct tient à ce qu’il fait illusion. Il semble «s’éroder» alors même qu’il prospère. Porteur d’interdits, il se nourrit des dénonciations qui les visent. Un néo-puritanisme linguistique correspond à un moralisme radical. Il encaisse à ce jour sans difficulté les critiques dont il est la cible, mais il n’est pas exclu que l’exaspération qu’il suscite se transforme un jour en une franche colère qui signera sa défaite. Pensez à la victoire à la présidentielle de mai 2016 de Rodrigo Duterte aux Philippines ; il ferait passer Donald Trump pour le plus courtois des hommes (politiques).

Le modèle républicain traditionnel ne reconnaît pas l’existence de différentes communautés, mais seulement celle du peuple français. Le politiquement correct qui est l’arme de beaucoup de minorités sert-il le communautarisme et le multi-culturalisme?

Avec l’idée du modèle républicain, nous touchons à ce que j’appellerai le malentendu fondamental de la politique moderne en France. À la source de toutes les incompréhensions qui règnent entre le monde libéral anglo-saxon et nous-mêmes… On entend dire depuis plusieurs années que les valeurs de la République sont en danger, mais on ne dit pas exactement ce qu’elles sont. Elles seraient menacées par un parti dont on ne prononce pas le nom, mais qui est pourtant légal, et si j’en crois les sondages, le premier parti de France. Chacun s’accorde à chercher dans les discours du Front national, puisque c’est de lui qu’il s’agit, les «dérapages» dont il se rendrait responsable. C’est un mot-clé du politiquement correct. Un moyen d’intimidation qui laisse penser qu’il existerait une pensée unique, une voie droite par rapport à laquelle nous devrions tous être jugés. C’est prendre le risque d’un retournement violent.

Il est probablement possible de poser différemment la question sur le communautarisme, dans son fond idéologique. J’entends pas là que la pratique gestionnaire de la politique suscite, par réaction, dans un régime technocratique, une demande d’absolu que la politique ne peut ni ne veut satisfaire. Cette demande se trouve du coup canalisée, contre le système politique en vigueur, par tous ceux qui savent s’en saisir à leurs fins.

Dès lors que le pouvoir politique n’assume plus d’autre idéal que l’efficacité du fonctionnement de l’État (et de l’économie), les passions qui s’attachent chez tout être humain à «l’être ensemble» ne trouvent plus à s’épancher que dans le rassemblement en communautés. Et la haine alors s’écoule, porteuse de mort, de «communauté» à «communauté». Voilà pourquoi la démocratie que nous évoquons si volontiers se trouve réellement en danger.

Comment sortir de ce cercle? Peut-être en nous souvenant de ce qui se disait, sourdement, dans le mot de laïcité. Il ne s’agit pas d’un idéal philosophique, ni seulement d’un ensemble d’institutions et de lois qu’il s’agirait de «défendre». Elle aura d’abord été, la reconnaissance de la politique comme domaine d’idéaux et de valeurs librement assumés par des citoyens détenteurs à égalité de la souveraineté. Oui, dans une République, en régime démocratique, il y a non seulement nécessité vitale de séparer l’État et les religions, mais aussi de maintenir vivante l’idéalité des visées de la politique et le désir de renouveler sans cesse par un effort collectif de réflexion critique où chacun engage la part de soi qui appartient aux autres. Est-ce suffisant? Non. Car cette idéalité elle-même peut-être mise au service d’une fusion, d’une «communion», mortifère des citoyens avec le pouvoir d’État comme on l’a vu dans les régimes totalitaires (URSS, Allemagne nazie etc.). Il faut donc restituer tout son tranchant à la grande intuition qui nous vient de la Révolution française: il n’est, dans un tel régime nul autre principe valable de rassemblement des citoyens que celui de la «liberté». La liberté s’adressant par la bouche du pouvoir politique à tous les citoyens les vise comme individus. Elle prend donc appui sur l’infini des désirs de chacun, tout en l’invitant à n’en réaliser que la part qui peut se composer avec celle qu’y prennent nécessairement les autres. Passions et réflexion rationnelle se trouvent ainsi solidement couplées, l’une relançant perpétuellement l’autre ; et inversement. Ce principe permet de conjurer les deux risques majeurs et conjoints que court la démocratie si elle veut s’arracher à son sommeil technocratique: la fusion totalitaire dans le rassemblement autour d’idéaux politiques, prenant, sous forme d’absolu, la place de Dieu, et la sacralisation des hiérarchies sociales établies.

Le 17 septembre 2014, alors qu’il n’avait pas encore dévoilé les grandes lignes de son projet pour 2017, Alain Juppé défendait à l’Institut Diderot une position résolument anti-communautariste mettant en valeur l’idéal du «bien commun» comme mouvement dynamique de l’identité de la Nation dont nous avons reçu l’héritage. On discute depuis ardemment de l’idée d’«intégration» qu’il avançait: l’«identité heureuse». Cette idée, sous sa plume, se veut respectueuse des différences et particulièrement des différences religieuses.

Faudrait-il plutôt prôner celle d’ «assimilation»? Sans doute, si nous voulons surmonter les difficultés liées à l’usage dévoyé, par certains, du terme d’«intégration», faudrait-il forger un mot composé tel qu’«intégration/assimilation»?

De nombreux intellectuels médiatisés comme Michel Onfray ou Alain Finkielkraut sont accusés de faire le jeu du Front national, voire d’en être des «alliés objectifs». Est-il devenu impossible d’exercer de façon sereine la charge d’intellectuel dans le débat public?

C’est le risque de la médiatisation. Mon maître Georges Canguilhem y était tout à fait hostile. Aujourd’hui, réseaux sociaux aidant, on doit s’attendre à se trouver pris dans des batailles dont on peut regretter la hargne. Le débat, désormais, c’est la foire d’empoigne. Il s’agit de savoir qui va parler le plus fort. De là pourtant à remettre en usage la formule des «alliés objectifs» dont a abusé le Parti communiste en son temps… Il ne s’agit que d’une technique rhétorique destinée à disqualifier l’interlocuteur. Ce n’est pas une façon sereine de débattre, et très injuste à l’égard d’Alain Finkielkraut et même de Michel Onfray.

L’universitaire, aujourd’hui, est prêt à se soumettre à tous les conformismes, chacun rivalisant avec chacun pour être le premier à penser et agir comme tout le monde… On pense, ici encore, aux études sur le «genre», au phénomène des «gender studies»… Le problème, c’est leurs répercussions concrètes dans l’Éducation nationale, sur les élèves et les parents… Quant à l’emprise du système médiatique sur les intellectuels, elle va croissante…

A terme, le politiquement correct ne risque-t-il pas d’encourager les partis politiques les plus outranciers et in fine de libérer la violence du langage?

Si l’on parle de la violence du langage en politique, on ne peut aujourd’hui contourner le «cas» Trump. Face à lui, Madame Clinton apparaît comme l’incarnation même du politiquement correct. Et lui, comme celle de l’incorrection grossière. Mais, on voit que les questions politiques graves qui se posent aux Etats-Unis dépassent de loin les aspects rhétoriques de la campagne. La violence du langage peut se traduire dans les deux registres extrémistes opposés.

Les sociétés démocratiques, avides d’égalité, ont refusé à leurs citoyens le soutien d’une hiérarchie qui leur garantirait un lien stable avec leurs concitoyens. Les individus, livrés à eux-mêmes, isolés, ont perdu le sentiment chaleureux de la continuité entre générations. Alexis de Tocqueville avait vu juste lorsqu’il écrivait que «l’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part». La démocratie ramène ainsi chaque individu vers lui seul et «menace de le renfermer tout entier dans la solitude de son propre cœur». C’est l’équation même de l’individualisme démocratique. Cet individualisme a triomphé sur la base du démantèlement de la figure classique de l’ego. L’individu se trouve maintenant désingularisé. Il a perdu son histoire propre, ce qui faisait sa valeur à ses yeux. Chaque citoyen se révèle disposé à s’isoler de la masse de ses semblables, ce qui incite chacun à créer une petite société à son usage, abandonnant la grande société à elle-même. Voilà pourquoi les sociétés démocratiques suscitent le conformisme de citoyens soumis à la mécanique de l’individualisme de masse. Et cet individualisme-là se nourrit d’égoïsme – de compétition et d’indifférence. Il s’épanouit dans le narcissisme.

Avec l’ensemble des questions que pose le déploiement du politiquement correct, la pensée s’est installée dans un exercice réflexif périlleux qui décide du sens que nous devrions accorder à nos existences. Allons-nous adapter notre vie aux exigences d’autrui? Allons-nous demander à autrui de s’adapter à nos exigences propres? Nous nous trouvons à la croisée des chemins.

Voir également:

The once alternative city by the bay has become a playground for tech billionaires, so its artists are fleeing to an unlikely new home: la-la-land

 

Once upon a time it seemed San Francisco artists visited Los Angeles only on condition they were tripping on LSD, or some other hallucinogen.

How else to survive the concrete landscape and endless traffic, the airheads and flakes, the tinsel and hustle and sheer vapidity of a metropolis which considered la-la-land a compliment?

So the beat poets and hippies and all the other bohemians would make fleeting forays south before returning to their foggy bay area sanctuary with tales of sun-frizzled vulgarians.

Then everything changed.

“San Francisco turned into this billionaire playground. Everything I identified with was being pushed out. The community that I loved was crumbling and disappearing,” said Andrew Schoultz, a painter. “I just didn’t want to be in that city anymore. So I moved to LA.”

Schoultz, 41, who does installations and public murals, moved in 2014 and was among a group of bay area migrants featured in the new site 7×7. “It’s been very amazing. It was a good decision. A lot of art curators, galleries, museums don’t do San Francisco anymore.”

A community of San Francisco transplants – musicians, writers, designers, comedians – appears to be burgeoning, injecting fresh talent into a city which thrums with new museums, galleries, events and artistic experimentation, giving it plausible claim as the US’s cultural capital.

“I never thought LA would feel like home but it does. It was really easy to move here knowing I had more artist friends here than there,” said Jason Quever, founder of the indie pop band Papercuts, who relocated last spring.

“The Papercuts were a San Francisco institution for years. When Jason moved to LA that’s when I really knew San Francisco was over,” said Van Pierszalowski, 31, lead singer of the group Waters. He moved two years ago. “I’ve not looked back a single time. As soon as I moved here my music career greatly benefited. I felt the effects of being close to the epicentre of the industry.”

So I moved to LA: a phrase repeated by so many bay area migrants it sounds like an epitaph for bohemian San Francisco. The descendants of Jack London, Armistead Maupin, the Grateful Dead and Maya Angelou are fleeing a city they say has become unaffordable, imperilling its artistic identity.

“I love San Francisco but couldn’t find a studio space. It was stressful and exhausting always looking. I moved south because this is where the art world is happening,” said Melissa Fleis, 36, a fashion designer. “San Francisco is changing. It’s not the San Francisco I knew.”

A tech boom has flooded the city with programmers, executives and start-up entrepreneurs who work at the likes of Twitter and Zendesk, or shuttle daily to Apple, Facebook, Google and other campuses in Silicon Valley, 40 miles south.

They earn so much they are driving rents to record levels – an average one bedroom apartment goes for $3,866, a two-bedroom for $4,683. With even white collar professionals struggling to keep up many artists can barely rent a sofa, let alone a studio or exhibition space. A 25-year-old made national news in March for paying $400 a month to live in a wooden box in a friend’s living room.

Quever, of the Papercuts, said San Francisco was not artistically dead. “The city is too gorgeous and cool to totally write off because of tech bros. There are still people there making really cool music.”

Even so, many artists have boxed up their possessions and made the six-hour drive south . “I just felt San Francisco lost sight of that community and that LA is where it was happening,” said Fleis.

It is a common refrain also among New Yorkers who have flocked to LA, especially its revitalised downtown and eastern neighbourhoods such as Echo Park, Highland Park and Silver Lake where galleries and performance venues pop up like toast.

“A ton of people I know from Brooklyn have moved out here or thought about it,” said Kristen Liu-Wong, an illustrator. Before New York she lived in San Francisco. “The tech world has kind of taken over which I’m not super happy about, since every time I go back it seems like all the old spots I grew up with are vanishing.” Living in LA, she added, had eroded some of the stereotypes.

It remains a film industry town in thrall to celebrity, beauty and the siren call of fame. The Kardashians are aristocrats, unemployed actors wait tables and would-be screenwriters hog tables in Starbucks. But the pampered, nihilistic wasteland of Brett Easton Ellis’s novel Less Than Zero it is not.

The artsy influx has fuelled a thriving cultural mix including Hopscotch, an experimental opera performed in cars, hangout spaces like Melody Lounge, Lace and The Barn, and the spanking new $140m Broad museum of modern and contemporary art. The Los Angeles County Museum of Art (Lacma) is preparing for an ambitious $600m makeover.

“It’s a far more inspiring place to be creatively,” said Pierszalowski, the musician. “A lot of that is the sheer number of people here. Not just music – film, TV, comedy.”

The image of sharks in suits exploiting artists belied a supportive community, he said. “No one really cares about the money part of it. They just want to play music. It’s more easy to live here as an artist so people have more time, more resources.” Pierszalowski is assembling a new band under the name Van Williams. “In San Francisco that would’ve been so hard. Here it’s so easy, I’ve got my dream band.”

LA is also siphoning the Bay Area’s LGBT community with the help of Otherwild, a studio and event space, and bars like Silver Platter, Akbar and Moonlight Rollerway.

“LA is a sanctuary for artists and specifically queer artists,” said Stephen Meeneghan, 36, an acupuncturist and naturopathic doctor who recently received, along with his artist and designer partner Ashley, an eviction order to vacate their San Francisco apartment. “We’ve been trying to fight it but really there’s no way to do that. We’d like to still live in a city surrounded by cultural creatives. And LA is the solution to that.”

The role reversal comes with an ironic twist. The tech gentrification refugees are themselves part of a wave that is displacing residents, many poor and Latino, from downtown and eastern LA. Activists in Boyle Heights have staged noisy protests against perceived interlopers.

“They had scarves covering their mouths and video cameras,” said Fleis, the designer, who encountered a protest last weekend outside the Museum as Retail Space (MaRS). “People were in awe. They had to shut the gates to the gallery.”

A tip for newcomers: don’t marvel at cheap LA rents, because they’re not. Rents have soared in recent years. They still lag San Francisco but average incomes lag even more, so on that basis LA is actually less affordable.

“Whenever anyone, from anywhere, moves into my city with a Camry and a dream, I can feel my cost of living increase,” Megan Koester, a comedian and writer, said via email. Even unglamorous San Fernando Valley has become pricey. “I tried to find an apartment there … and everything was out of my range. Do you know how humbling it is to be priced out of the fucking Valley?”

San Francisco-esque cafes and restaurants were mushrooming, lamented Koester. “The kinds of places where pour over coffee is $7 and every table has a succulent on it. I don’t know if this can be blamed on the transplants, or on the fact that not just San Francisco, but the entirety of Earth, is becoming uninhabitable to anyone who doesn’t make their living writing code all goddamned day.”

Some Bay Area techies have joined the migration but settled mostly in Venice and Playa Vista, the so-called Silicon Beach on LA’s westside, sparking gentrification battles there too.

Johnny Chin, the founder of a start-up security service, Bannerman, said he adored LA but he had reassuring news for bohemian settlers who fear techies are hot on their heels.

“My passion for LA is not shared by my peers. Even those friends who are fairly rich now don’t want to go to LA.” For many tech lords Tinseltown still had the stain of old, fusty Hollywood, he said. “There’s still this stigma.”

As Tech Giants Push For Diversity, Blacks And Latinos Are Fleeing Once-Diverse San Francisco
Salvador Rodriguez

IBTimes

04/09/15

Resident Mayra Alvarado uses a loudspeaker to demand the owner of her apartment building to appear, during a demonstration in the Mission District in San Francisco last August. Alvarado was joined by tenants and neighbors after she and more than 20 other residents were ordered to vacate their residences. Photo: Robert Galbraith/Reuters
San Francisco has long been known as a mecca for diversity and the acceptance of all people, but lately its population numbers tell a different story. While the city continues growing from the latest tech boom, African-Americans and Latinos continue getting displaced, driven out of their homes and, in many cases, out of the city.

While the city’s population has grown from 776,700 in 2000 to 817,500 in 2013, the black population has fallen from 60,500 to just 48,000 in that same time frame, and now, African-Americans account for less than 6 percent of San Francisco’s total population, the U.S. Census Bureau says.

Latinos, meanwhile, have seen similar losses in San Francisco’s Mission District, a historically Hispanic neighborhood that has recently become an attractive hub for young tech workers. In 2000, more than 30,000 Latinos lived there, making up 50 percent of the Mission’s population, but in 2013, that number fell to 21,893, or 38.5 percent of the neighborhood’s total population, said a study by the Mission Economic Development Agency and the Council of Community Housing Organizations.

It’s been a year since many tech companies in Silicon Valley released workforce transparency reports laying bare a sorry track record in minority hiring and announced plans to be more inclusive. But the Bay Area’s changing demographics are working against them. Local African-American and Hispanic residents are employed only in minuscule numbers by the tech industry, and increasingly finding themselves priced out and forced to leave.

“We don’t want to continue to allow the displacement of the culture, of the life and the vitality of the city and of the Bay Area itself,” said Robbie Clark, the regional housing rights campaign lead organizer at Causa Justa Just Cause, an organization that fights for equal rights for black and Latino communities in San Francisco.

2 Percent

At many top tech companies in the region, African-Americans make up less than 5 percent of the workforce, and in San Francisco, there are only about 1,000 blacks working in tech, accounting for 2 percent of its more than 47,000 total tech workers, the Census Bureau says. By comparison, Jefferson County, Alabama, and East Baton Rouge Parish, Louisiana, each employ more than 2,250 black tech workers, making up 18 percent and 20 percent of their tech workforce, respectively.

At the root of the challenge for tech companies is that there are fewer African-Americans and Latinos with degrees in tech fields than there are whites and Asian-Americans. In 2012, underrepresented minorities earned 18.9 percent of bachelor’s degrees in science and engineering, the National Science Foundation says.

Over the past year tech companies have at least paid lip service to the issue. Some, like Twitter, have teamed up with diversity organizations and colleges that serve minority groups to improve their recruitment of African-Americans and Latinos. Others, meanwhile, have committed millions of dollars toward this cause. Apple, for example, donated more than $50 million to groups focused on increasing the number of minorities in the tech talent pool.

Twitter serves as a lightning rod in that it received tax breaks to move into a gleaming headquarters in a lower-income neighborhood in San Francisco without creating commensurate housing. “They’re bringing talent from all over the country, if not the world, and those new residents are displacing the old residents who are already here,” said Gabriel Medina, policy manager at the Mission Economic Development Agency.

When it released its first diversity report last year, Twitter revealed a workforce that is just 2 percent black and 3 percent Hispanic. Since then, it has identified at least one obstacle to hiring more African-Americans: over-reliance on referrals from current (mostly white) employees. Companies “need to start building a workforce that’s more representative of the nation that their company is in,” said Janet Van Huysse, Twitter’s vice president of diversity and inclusion.

Black Exodus

The challenge of hiring local minorities has become more difficult. San Francisco’s black population peaked at 96,000 in 1970, and since then, African-Americans have been leaving in waves. Lately, it’s been their exclusion from the tech boom that’s led to their exodus, often referred to as “Black Flight.” Additionally, African-Americans have seen their institutions of support — such as churches and cultural centers — replaced because of the high costs required to operate in the city.

Tech companies “bring their people in, eat up the housing and in the midst of all of that, they just scatter African-Americans” said Frederick Jordan, president of the San Francisco African-American Chamber of Commerce, saying he feels like “this is a city that doesn’t care about black folks.”

One of the stalwarts in the efforts to diversify high-paid tech jobs is Intel, which first publicly posted its workforce diversity figures in 2004. Intel in January announced a clearly defined plan to achieve full minority representation at all levels of the company by 2020. As part of this plan, Intel announced it would spend $300 million to fund various initiatives to increase the number of minorities available in the talent pool as well as tie its leaders’ bonus pay to the inclusiveness of their hiring.

“We’re treating it as a part of our business, and that’s how we do business,” said Gail Dundas, an Intel spokeswoman. “We look at what’s the problem that we need to solve and then set out a plan of action to solve that.”

But in many ways, racial diversity is becoming a victim of the Bay Area’s economic success. As more tech workers come into San Francisco and put more demand on housing, the price of rent keeps skyrocketing. In the Mission, the median rental of a one-bedroom apartment was $3,250 last summer, up 71 percent from 2011, says Priceonomics, a data company. For many low-income families, San Francisco’s rent prices have simply become too expensive and can’t be covered by the jobs that are afforded to them.

Changing Neighborhoods

For Latinos, the displacement is focused around the Mission District, which has been steadily gentrifying since the early 1990s. Once a landing spot for immigrant families, the Mission continues to grow whiter and its streets keep filling up with bars, coffee shops and restaurants that cater to more affluent people. Latinos are expected to account for just one-third of the neighborhood’s population by 2020, says the study by the Mission Economic Development Agency and the Council of Community Housing Organizations.

Mauricio Simbeck, CEO of Milagros de Mexico, a grocery store in the Mission, said he now stocks natural, organic items like what you might find at a Whole Foods Market in order to cater to its new type of customers.“The charm of the murals and some of the architecture, the charm of the Mexican restaurants and food and then you add to that the new restaurants and new coffee shops and new bars — it has become a very attractive neighborhood for young people,” he said.

David Miree, social justice and policy analyst for the San Francisco Human Rights Commission, said the city has introduced many programs to enhance the quality of African-Americans’ lives in the city. One of those was an internship program that connects minority youth with tech companies and prepares them for the job market.

“We just try to do programs that are targeted to the African-American community to instill a sense of pride and instill a sense of respect for the community that is still in San Francisco, and in hopes of also attracting new members of the African-American community to San Francisco,” Miree said.

But despite companies’ recent vows to increase diversity, the tech industry largely hasn’t done much to change the way it goes about hiring employees, said Wayne Sutton, general partner at Buildup.vc, a pre-accelerator for startups based in San Francisco. Sutton will be hosting a tech inclusion conference in San Francisco later this year.

“Overall, a lot has not changed,” Sutton said. “Culture barriers between blacks, Latinos and whites and Asians still exist. There’s a lot of conversations happening around diversity, but there’s still not a lot of tangible, what-everybody-can-do solutions we’ve seen effectively work in place.”

Manny Fernandez, CEO and co-founder of San Francisco angel investment platform Dreamfunded, said the tech world does care about the city’s diversity and hiring more minorities, but it’s impossible to improve workforce diversity figures overnight.

“I believe the tech world cares and understands the concerns. It just takes time to make a change,” Fernandez said.

Unless the region’s tech companies become more inclusive with their hiring, there is nothing being done to stop San Francisco from becoming a homogenous city, many experts said.

“At the same time people were getting beaten in Selma, Roy Clay was the manager of computer research and development at Hewlett-Packard, so that’s the history of what California should be and that’s why folks have always tried to get here so that they could have those opportunities,” said John William Templeton, author of “Our Roots Run Deep: The Black Experience In California.” “We need to restore that history and keep it from being turned into this fantasy camp for rich folks.”

Voir encore:

Quantifying the Changing Face of San Francisco
Dan Kopf

Priceonomics

Articles like « Is San Francisco Losing Its Soul?” or “San Francisco’s Alarming Tech Bro Boom: What Is the Price of Change?” have become the norm for describing the city. As the refrain goes, the rising cost of living in San Francisco is forcing out the city’s teachers, artists, and diversity, replaced by engineers and the 1% drawn by the tech boom.

Cities’ demographics are always changing, but many believe San Francisco’s transformation is uniquely extreme and damaging. Combine a booming economy with little housing development, and the increasing desire of young professionals to live in cities is a potent recipe for drastic movements of people. It has led to a city that some of its residents find unrecognizable.

But how much of this is sky is falling hyperbole? Does the reality match the perception?

It’s impossible to quantify the cultural changes to the city. But it is possible—using Census data—to test how much San Francisco’s demographics have been altered by new arrivals.

From 2010 to 2014 – the most recent period from which detailed data is available – an annual average of about 60,000 people migrated to San Francisco and 60,000 migrated out. Since San Francisco has around 800,000 residents, that 60,000 represents about 7.5% of the population. The city’s population grew only slightly during that period.

The difference between the 60,000 coming and going is the main factor that changes the demographic character of the city. It is also impacted by people getting older, dying, having children, or becoming wealthier or poorer due to the changes around them. But in and out migration is the most important factor.

So what are the most notable facts about these 60,000 people?

The American Community Survey, an annual collection of data from a representative sample of Americans, asks individuals about whether they migrated in the past year, and where they came from. This data allows us to identify San Francisco’s comers and goers. (Though the small number of people who left for other countries are not included because they are not part of the survey.)

The basic trends are what any San Francisco resident might expect. The people moving in are more likely to have higher levels of formal education, and they tend to be younger, White and Asian. The people moving out are less likely to have completed college, and they tend be older, African American and Hispanic.

Increased demand to live in San Francisco, and a housing supply that has barely budged, means change at a striking scale.

Workers at Google’s offices near San Francisco
From Working Class to Ivory Tower

One of the most remarkable differences between the 60,000 moving in and the 60,000 moving out is just how many more of the new arrivals have completed some form of higher education.

San Francisco is the home of technological innovation. The city and the surrounding area are home to the headquarters of Apple, Facebook, Google, Twitter, Uber, and Tesla. Compared to the large manufacturers of the past, these high-growth tech companies have an unusual need for white-collar knowledge workers.

This demand is the most likely explanation for San Francisco’s net increase of nearly 7,000 people per year—among those at least 22-years-old—with a college or postgraduate degree. This is in contrast to a net out migration of about 3,000 people without a college degree.

The table below displays an annual estimate of the net migration of people 22 to 49 who migrated in and out of the city. We chose this age group because this is the life period when adults are most likely to migrate. The numbers below are based on samples, so they are not exact. Generally, the net migration numbers in this article are likely to be accurate within 1,000 people.

It is important to remember that 4,500 additional college graduates does not mean that no college graduates left the city. In fact, 17,200 college graduates left for cheaper pastures. But another 21,700 college grads replaced them, leading to a net change of 4,500.

The Great Migration

San Francisco has long been one of the United States’ most diverse cities. Since World War II, it has been a city with large Asian, Hispanic, White and Black populations. Yet the city is in danger of almost entirely losing one of those groups.

Perhaps no aspect of the annual migration in and out of San Francisco is as notable as the mass “exodus” of African Americans.

San Francisco was 13.4% African American in 1970, but its population as of 2016 is less than 6% Black. The population has steadily declined, and the trend seems likely to continue. From 2010-2014, there was annual net out migration of around 2,000 African Americans from the city. That represents a 4.6% decline of the population every year.

The story of San Francisco’s declining black population is characterized more by a lack of in migration than an unusual amount of out migration. Just about 1 in 10 African Americans who live in San Francisco leave the city every year. This is not much greater than for Whites or Hispanics. This out migration is in some ways positive, in part representing an ability to leave the city that was not possible in the days of stronger housing discrimination.

The issue is that unlike other groups, African Americans are not moving to the city. There are likely a variety of issues behind this lack of in migration. African Americans moving to the Bay Area may prefer local alternatives like Oakland that have larger African American communities, and San Francisco may not be as racially sensitive as locals like to think. In addition, the tech industry is notoriously lacking in diversity.

The Hispanic population is also declining, but not at quite the rate of the African American population. Both of these declines are particularly pronounced when we look at the key age group of 22- to 49-year-olds, the period when adults are most likely to migrate.

City of Men

San Francisco is a particularly male city. It is home to the Castro, a center of American gay male culture, and the city’s main growth industry, tech, is heavily male.

The city was already unusually male in 2010, and the gender ratio skews more each year. Tech is a growing portion of San Francisco’s economy, and men make up about 75% of the city’s computer and math workers. That 75% ratio has been stable for years and has contributed to a growing wage gap between men and women in the city.

The table below shows a net in migration of 2,400 men per year, a 0.6% increase, while the female population remains the same. So essentially all of the small population increase in San Francisco from 2010 to 2014 came from men.

And just as we saw before with the trend for race and ethnicity changes, this is more striking for younger adults. Men in their 20s, 30s, and 40s are pouring into the city, increasing their total by 1.7% each year, while the number of women in this age group is barely changing. If that 1.7% growth continues for the next ten years, that would mean a nearly 20% increase in the number of young men.

The Kids Are Coming

Like many cities, San Francisco is getting younger.

After years of aging – the city was still getting older in the 2000s – San Francisco is getting younger in the 2010s. This is, in part, a manifestation of what the writer Alan Ehrenhalt calls The Great Inversion. This refers to the movement of young professionals into cities that have become more appealing due to the disappearance of “factory and warehouse grime and noise”, which is pricing out the working class and lower income families.

From 2010 to 2014, there was net annual in migration of 7,500 people 35 or under, and net out migration of over 5,000 for people 36 or over.

You might consider this normal. Of course young people come into the city for work and older people move out to find an affordable house near good schools.

But these migration patterns have not always held. When we analyzed data to see the typical in and out flows from 2005-2007, we found that there were an equal number of older and younger people leaving the city at that time. This was before the city’s most recent tech boom, and the city’s population was getting slightly smaller.

In fact, we found all of the major migratory trends happened faster from 2010 to 2014 than from 2005 to 2007. The following chart shows the annual change in the proportion of San Francisco that was made up of the following four groups: ages 35 and under, men, college graduates, and African Americans. We use change in proportion to make the two eras – one of which had in migration and the other out migration – comparable.

Data: American Community Survey
Newcomers Have More Money

You may have noticed that we have not discussed incomes.

Many of the changes in San Francisco are related to the increasing costs of housing. Migrants have little access to rent control, and the median monthly rent for a one bedroom apartment in San Francisco is north of $3,000.

Yet looking into the incomes of migrants is complex because income is so correlated to age, gender and education level. Also, the people who left San Francisco likely went to cities that have lower wages, so it’s not quite an apples to apples comparison.

We decided the best way to look at the issue was to analyze the difference in the incomes of incoming and outgoing workers, and to see whether the difference was greater from 2010-2014 than it was from 2005-2007. The chart below shows our findings. We excluded people who had no income. These income estimates are likely accurate within about $2,000, and are not adjusted for inflation, so these results should primarily be interpreted by the change in the income difference between the two periods.

Data: American Community Survey
San Francisco is becoming a more expensive place to live, and the people who can afford to move in are increasingly wealthier than people who move out. The income gap between incoming and outcoming migrants jumped from around $1,000 in 2005-2007 (which is statistically negligible) to an estimate of $4,000 from 2010-2014.

***

Although a large portion of the city is still born and raised in San Francisco, migration patterns are changing the demographics of San Francisco.

Big changes are nothing new in San Francisco. It happened after World War II, during the immigrant wave of the 1960s and 70s, and as a result of the Dot-com boom of the 1990s.

But some residents feel that what is happening now is different. That the city is no longer accessible to all who love it, and it is becoming a place primarily for the wealthy.

The ethics of how to respond to these changes is an open question.

The flourishing economy that has attracted migrants has also been good for many of the people who have stayed. San Francisco is one of the best cities in the United States in terms of upward mobility.

One response that would alleviate the need for out migration and still allow for in migration is more housing. Subsidized housing, market-rate housing, big apartment buildings that obscure views or create wind tunnels: these all probably help the city to retain those who want to stay.

Because of the relatively fixed housing supply, San Francisco is a zero sum game; if someone new comes to the city, they essentially must replace someone who already lives in the city. The result is a city that is younger, more educated, richer, and losing diversity at an alarming rate.

Voir par ailleurs:

Philippines. Washington risque-t-il de perdre son plus vieil allié en Asie ?

Courrier international

21/10/2016

En visite à Pékin, le président philippin Rodrigo Duterte a annoncé sa “séparation” d’avec les États-Unis, remettant en cause un partenariat vieux de soixante-dix ans.

Un “revers”, voire un “désastre” pour les États-Unis : tels étaient les mots de la presse américaine après la visite à Pékin, le 20 octobre, du président philippin Rodrigo Duterte, qui a entériné le rapprochement de son pays avec la Chine. “Une réconciliation spectaculaire, commente The Wall Street Journal, qui était en préparation depuis l’arrivée au pouvoir de M. Duterte en juin.”

“La Chine a enregistré une victoire diplomatique aux dépens des États-Unis, écrit le quotidien des affaires. Le président philippin a mis de côté le contentieux entre Manille et Pékin au sujet de la mer de Chine méridionale au profit d’un renforcement des liens économiques.”

Quelques heures après sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping jeudi, Rodrigo Duterte a annoncé sa “séparation” d’avec les États-Unis, “portant à de nouveaux sommets rhétoriques la prise de distance de Manille à l’égard d’un allié auquel il est lié par traité”.

Le président philippin a aussi répété une insulte proférée à l’endroit du chef de l’État américain Barack Obama, rapporte le journal, en l’appelant “fils de pute”.

Rapprochement économique

Pékin a offert à Manille plus de 9 milliards de dollars de prêts à faible taux, note The Wall Street Journal, citant des responsables philippins. Les deux pays boucleraient aussi des accords économiques d’une valeur de 13,5 milliards de dollars.

De son côté, Rodrigo Duterte a mis en veilleuse la décision, en juillet, d’une cour d’arbitrage internationale, qui avait rejeté les prétentions chinoises en mer de Chine méridionale. Une décision obtenue par son prédécesseur Benigno Aquino.

Selon une déclaration conjointe diffusée vendredi à Pékin sur le site de l’agence officielle Xinhua, la Chine et les Philippines sont convenues de tout mettre en œuvre pour “traiter pacifiquement les conflits qui les opposent en mer de Chine méridionale” et de définir “rapidement” un “code de conduite en mer de Chine méridionale”. Un “mécanisme bilatéral” de discussion de ces conflits doit être mis en place.

Un changement vertigineux d’orientation

“Les Philippines ont connu un changement vertigineux d’orientation de leur politique étrangère depuis que Rodrigo Duterte est devenu président”, résume le commentateur Max Boot dans Foreign Policy. Selon lui,
ce populiste vulgaire est en train de transformer la relation du pays avec les États-Unis d’une manière fondamentale et inquiétante.”

Comme le rappelle ce chercheur et éditorialiste conservateur, “les Philippines sont le plus vieil allié américain en Asie, et jusqu’à récemment l’un des plus proches. Les États-Unis ont exercé leur autorité sur le pays en tant que puissance coloniale de 1899 à 1942 et implanté leur culture dans l’archipel. […] En 1951, Washington et Manille ont signé un traité de défense mutuelle.”

Les Japonais dans l’expectative

Le président philippin doit être reçu du 25 au 27 octobre au Japon, autre allié majeur de Washington dans la région. Le ministre des Affaires étrangères nippon, Fumio Kishida, a affirmé à la presse qu’il “comptait sonder les intentions réelles du président philippin lors du dîner prévu la semaine prochaine”.

La visite devait se conclure par une rencontre avec l’empereur du Japon. Mais, “compte tenu des propos de M. Duterte, ainsi que de son attitude déplacée [il mâchait du chewing-gum devant Xi Jinping, ce qui a beaucoup choqué les internautes japonais], il n’est pas exclu que le ministère des Affaires étrangères annule la rencontre avec l’empereur”, relate la chaîne Fuji News Network.

Gabriel Hassan et Agnès Gaudu et Ysana Takino

Voir enfin:

Les dynamiques spatiales de la gentrification à Paris

Une carte de synthèse

Anne Clerval

Cybergeo

2010

1La notion de gentrification présente l’intérêt de mettre l’accent à la fois sur la dynamique des divisions sociales de l’espace et sur la complexité de leur agencement, entre changement social et changement urbain. Elle désigne une forme particulière d’embourgeoisement des quartiers populaires qui passe par la transformation de l’habitat, voire de l’espace public et des commerces. Analysée dès les années 1970 en Angleterre et en Amérique du Nord, cette notion a donné lieu à une abondante littérature internationale et commence à être étudiée en France (Bidou-Zachariasen, 2003 ; Fijalkow et Préteceille, 2006 ; Authier et Bidou-Zachariasen, 2008). Processus de conquête des quartiers populaires par les classes moyennes et supérieures, la gentrification peut être vue comme l’adaptation de l’espace urbain ancien à l’état actuel des rapports sociaux. Issu de facteurs structurels, ce processus n’en est pas moins conflictuel et suppose l’action volontaire d’acteurs variés (Clerval, 2008).

2En général, les chercheurs l’étudient à l’échelle locale du quartier (Smith, 1979 ; Beauregard, 1990 ; Vicario et Martínez Monje, 2003 ; Bernt et Holm, 2005) ou au niveau d’une ville dans son ensemble (Hamnett et Williams, 1980 ; Ley, 1986 ; Butler, Hamnett et Ramsden, 2008). Si la question des phases temporelles de la gentrification a été beaucoup discutée à partir du modèle de Timothy Pattison (1977), parfois même en comparant différents quartiers d’une même ville (Van Crieckingen et Decroly, 2003), il n’en va pas de même de ses dynamiques spatiales. Seul le cas de Londres apparaît suffisamment bien connu pour que certains travaux s’essaient à une synthèse de la progression de la gentrification dans le temps et dans l’espace de cette ville (Richard, 2001 ; Butler et Robson, 2003). Pour autant, cette synthèse ne donne pas lieu à une cartographie qui permettrait de visualiser les dynamiques spatiales de la gentrification à Londres depuis ses prémices.

3Le cas de la capitale française est beaucoup moins connu. Les transformations de l’espace social de Paris ont certes donné lieu à d’importants travaux au début du xxe siècle (Halbwachs, 1908) comme dans les années cinquante (Chombart de Lauwe, 1952), soixante (Coing, 1966) ou soixante-dix (Lojkine, 1972, Godard et al., 1973), en insistant en particulier sur le rôle des pouvoirs publics dans les processus d’embourgeoisement. Depuis la riche synthèse statistique de l’Atlas des Parisiens (Noin, 1984), peu de chercheurs ont poursuivi l’analyse de l’espace social parisien et franciliendans son ensemble (Préteceille, 2003 ; Rhein, 2007), et on connaît moins les dynamiques contemporaines de ces processus, notamment de ceux qui précèdent et dépassent les seules opérations publiques de revalorisation urbaine, comme la gentrification. Les quelques travaux qui lui ont été explicitement consacrés concernent un quartier en particulier comme le Marais (Carpenter et Lees, 1995), Belleville (Simon, 1994) ou la Goutte d’Or (Bacqué et Fijalkow, 2006).

4L’objet de cet article est de présenter une carte de synthèse (figure 6) de la progression de la gentrification à Paris depuis les années 1960. Cette carte est une interprétation d’analyses statistiques et d’enquêtes de terrain menées dans le cadre d’une thèse, qui confirment les travaux anglo-saxons analysant la gentrification comme un front pionnier (Smith, 1996 ; Atkinson et Bridge, 2005). Si ces travaux ont montré que la gentrification fonctionnait comme un processus de conquête sociale des quartiers populaires par les classes moyennes et supérieures, ils ne se sont pas appuyés sur une cartographie permettant de visualiser ses dynamiques spatiales. L’apport de cet article est de proposer cette cartographie pour Paris, élaborée à partir de sources variées et plus solides que la seule observation sur le terrain.

5Je présenterai tout d’abord la méthode que j’ai utilisée pour construire cette carte, puis je montrerai comment elle éclaire le processus de gentrification à Paris.

Une approche multiscalaire et rétrospective

6La construction de cette carte s’inscrit dans une approche globale de la gentrification qui s’est donné pour but de dégager à la fois les facteurs, les principaux acteurs et les conséquences sociales de ce processus. Pour permettre une analyse à la fois globale et détaillée de la gentrification, le choix a été fait de limiter le terrain d’étude à la seule ville de Paris : il ne s’agit pas de méconnaître la réalité de processus de gentrification en banlieue, mais de pouvoir retracer les prémices et les différentes phases du processus au centre de l’agglomération. La ville de Paris a été analysée dans son ensemble, à un niveau fin, à travers les données statistiques des trois derniers recensements généraux de la population (1982, 1990 et 1999). Cette analyse statistique a été complétée par des enquêtes de terrain menées entre 2004 et 2007 dans trois quartiers situés à des stades différents de gentrification : le faubourg Saint-Antoine (11e-12e), où le processus est en voie d’achèvement ; le faubourg du Temple (10e-11e), où il est en cours ; et Château Rouge (18e), où il commence (figure 1). La complémentarité des méthodes a permis une approche multiscalaire de la gentrification, en inscrivant la dynamique de chacun de ces quartiers dans le contexte plus large de l’ensemble de la ville, et ce depuis les années 1980. C’est à partir de cette démarche que l’on peut analyser spécifiquement les dynamiques spatiales de la gentrification à Paris, ce que l’étude d’un ou de plusieurs quartiers ne permet pas. En outre, le caractère rétrospectif des données rend possible une analyse temporelle du processus, enrichie par les témoignages des anciens habitants sur les prémices de la gentrification dans leur quartier : là encore, la complémentarité des méthodes permet de retracer l’histoire de la gentrification dans l’espace parisien. Néanmoins, comme celle-ci n’a pas commencé dans les années 1980, je me suis également appuyée sur les travaux de Daniel Noin et Yvan Chauviré dans l’Atlas des Parisiens (1984) pour y déceler les premières phases de la gentrification parisienne. Il s’agit là de sources hétérogènes et c’est pourquoi la carte de synthèse qui en est issue n’est pas une démonstration en soi mais une interprétation faisant la synthèse de ces différentes sources. L’objet de cet article est d’en présenter le mode de construction et les choix dont elle résulte.

Figure 1. Les trois terrains d’enquête (Clerval, 2008)

Les données statistiques utilisées

  • 1  Îlots regroupés pour l’information statistique : regroupement d’îlots rassemblant en général 2 000 (…)
  • 2  L’INSEE met à disposition des chercheurs les données des RGP à l’IRIS pour 1990 et 1999. L’Atelier (…)

7Cette carte de synthèse s’appuie donc d’abord sur un travail statistique et cartographique, mené au niveau de l’IRIS1 pour tout Paris. Les principales données que j’ai utilisées sont les catégories socioprofessionnelles (CS) détaillées de la population des ménages, les caractéristiques des logements et les nationalités de la population totale. Ces données sont issues des recensements généraux de la population de 1982, 1990 et 19992.

8Il n’est pas possible de reproduire ici l’ensemble des analyses statistiques et des cartes à partir desquelles a été construite la carte de synthèse finale. C’est pourquoi je présenterai ici la démarche générale, tout en développant le choix des données utilisées pour deux ensembles de cartes représentant la géographie des CS au niveau de l’IRIS (figures 4 et 5).

9Saisir les dynamiques de gentrification suppose d’analyser à la fois la géographie sociale et celle des logements. En ce qui concerne la première, j’ai choisi de travailler sur les CS plutôt que sur les revenus, pour deux raisons. D’une part, les CS détaillées permettent de saisir indirectement des positions de classe, en ne limitant pas l’information au seul capital économique comme le revenu, et donc inscrivent l’analyse dans le cadre général des rapports sociaux (Desrosières et Thévenot, 2002). D’autre part, la distribution des revenus est globalement corrélée à celle des CS et ces dernières peuvent être considérées comme un indicateur indirect des premiers (Coutrot, 2002). Ces CS peuvent être analysées dans différentes population de référence, le plus souvent dans la population active. Or, en utilisant les CS détaillées de la population active en 1990 et 1999, Edmond Préteceille (2007) doute de l’utilité de la notion de gentrification pour analyser les transformations sociales et urbaines de l’agglomération parisienne : en effet, à partir de cette population de référence, aucun IRIS parisien n’apparaît populaire en 1990 par rapport au reste de l’Île-de-France et il n’y aurait donc pas de gentrification proprement dite dans Paris entre 1990 et 1999. Pourtant, E. Préteceille suggère lui-même que le processus pourrait avoir commencé avant. Il apparaît donc nécessaire de remonter au moins jusqu’à 1982 pour le saisir. En outre, la population active présente l’inconvénient d’exclure de l’analyse sociale les retraités, qui représentent 18 % de la population totale de Paris en 1999. Or, la répartition sociale des retraités porte l’héritage des structures sociales passées et la part des catégories populaires (employés et ouvriers) est plus forte parmi eux que parmi la population active (figures 2 et 3).

  • 3  Par défaut, la personne de référence est l’homme. Malheureusement, le recensement ne permet pas de (…)

10C’est pourquoi j’ai fait le choix de travailler sur la population des ménages plutôt que sur la population active afin d’intégrer les retraités dans l’analyse sociale, mais aussi de prendre en compte le poids respectif des différents ménages. En effet, la population des ménages permet de classer l’ensemble des individus d’un ménage selon la CS de la personne de référence3 et d’intégrer la part des enfants dans l’analyse de la structure sociale. Elle offre une donc une représentation plus proche de la population résidente que la population active.

Figure 2. Répartition sociale comparée des actifs et des retraités en 1999 à Paris

Figure 2. Répartition sociale comparée des actifs et des retraités en 1999 à Paris

Figure 3. Répartition sociale comparée des actifs en 1982 et des retraités en 1999 à Paris

  • 4  Ces groupes sont au nombre de six : « artisans, commerçants, chefs d’entreprise », « cadres et pro (…)

11À partir des CS détaillées de la population des ménages, il est possible de recomposer les principaux groupes socioprofessionnels4 en y intégrant les retraités, dont on connaît l’occupation antérieure. On peut ainsi dresser des cartes de la géographie sociale des classes moyennes supérieures que représente le groupe des cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS). Celles-ci regroupent des professions fortement qualifiées, libérales ou situées en position dominante dans la hiérarchie des salariés (cadres A de la fonction publique par exemple). Il s’agit donc d’un groupe socioprofessionnel caractérisé par un fort capital culturel et des revenus moyens à supérieurs. C’est parmi eux que se recrutent principalement les gentrifieurs, mais aussi une partie de la bourgeoisie des Beaux quartiers. Les cartes de la figure 4 permettent de saisir la progression des CPIS dans l’espace parisien entre 1982 et 1999, des Beaux quartiers de l’Ouest aux arrondissements traditionnellement populaires de l’Est.

Figure 4. La part des cadres et professions intellectuelles supérieures (actifs ou retraités) parmi la population des ménages des IRIS parisiens en 1982, 1990 et 1999

12De la même façon, on peut dresser des cartes de la géographie des classes populaires, en regroupant les employés et les ouvriers, dont les niveaux de qualification et de revenus sont assez proches et qui forment souvent des ménages ensemble, le groupe des employés étant principalement féminin (Chauvel, 2001 ; Rhein, 2007). Ces cartes permettent de saisir le recul des classes populaires entre 1982 et 1999, reléguées en périphérie de la ville (figure 5).

Figure 5. La part des ouvriers et des employés (actifs ou retraités) parmi la population des ménages des IRIS parisiens en 1982, 1990 et 1999.

13Ces cartes présentent une structure générale opposant le centre à la périphérie, et la progression des classes moyennes et supérieures apparaît comme un processus de diffusion à partir des Beaux quartiers de l’Ouest, entraînant un recul concomitant des classes populaires selon le même itinéraire. Pour autant, il s’agit d’un processus de diffusion-expansion (Brown, 1968) des quartiers qui se gentrifient plus que d’une diffusion par migration des populations des Beaux quartiers. En effet, la grande bourgeoisie reste établie dans l’Ouest parisien et a plutôt tendance à étendre ses territoires de prédilection vers la banlieue Ouest. Les ménages des classes moyennes et supérieures qui s’installent de plus en plus à l’Est viennent tout autant du centre de Paris, de banlieue que de province : à un certain niveau de revenu ou d’apport financier pour l’achat d’un logement, les logements disponibles se situent de plus en plus à l’Est et au Nord de Paris au fur et à mesure que les années passent. Il faut donc bien entendre par diffusion, celle de la gentrification elle-même, plus que des classes sociales aisées. Il n’en reste pas moins que cette diffusion part des Beaux quartiers, comme une sorte de métamorphisme qui transforme progressivement les quartiers les plus proches et les mieux situés par rapport au centre.

14Cette structure centre-périphérie est confirmée par les analyses multivariées et notamment les typologies construites à partir de classifications ascendantes hiérarchiques, que ce soit sur les CS détaillées de la population des ménages ou sur les caractéristiques des logements selon la CS de la personne de référence du ménage (Clerval, 2008). L’analyse des caractéristiques des logements permet de saisir indirectement la gentrification en cours à travers la transformation des logements, même si la réhabilitation en tant que telle n’est pas mentionnée dans le recensement : la réduction du nombre de petits logements, des logements sans confort ou encore l’importance des ménages CPIS parmi les grands logements des quartiers populaires sont autant d’indices de la gentrification. Ces transformations du parc de logements accompagnent la progression des CPIS parmi la population des ménages de l’Est parisien.

15La progression du processus de proche en proche, du centre formé par le noyau bourgeois des Beaux quartiers à la périphérie du Nord-Est parisien, va dans le sens de l’interprétation de la gentrification comme un front pionnier (Smith, 1996). La diffusion de la gentrification dans les communes de banlieue proche, reliées au centre par le réseau de métro, depuis la fin des années 1990 (Collet, 2008) vient confirmer le modèle général centre-périphérie qui préside aux dynamiques de gentrification dans l’agglomération parisienne. Ce front pionnier n’est toutefois pas linéaire : les cartes des figures 4 et 5 permettent de saisir des avant-postes, par exemple autour du parc des Buttes Chaumont (19e), au nord-est de Paris, et des processus de contournement, notamment dans le centre de la rive droite, autour du faubourg Saint-Denis. Je reviendrai plus loin sur ces avant-postes. En ce qui concerne les quartiers contournés (dans un premier temps) par les dynamiques de gentrification, l’analyse de la géographie des nationalités de la population totale permet de montrer qu’il s’agit des quartiers dans lesquels la part de la population étrangère non communautaire est la plus forte. Ces quartiers se caractérisent également par un parc de logements très dégradés, moins propice à la gentrification que d’autres quartiers à l’habitat de meilleure qualité.

16L’analyse statistique à partir des données des recensements de 1982, 1990 et 1999 permet de saisir l’essentiel des dynamiques de gentrification en montrant qu’il s’agit d’un processus de diffusion, avec néanmoins des avant-postes et des logiques de contournement des quartiers les plus dégradés, par ailleurs investis par les populations étrangères venues des pays pauvres.

La comparaison avec l’Atlas des Parisiens

17Afin de bénéficier d’un plus grand recul historique, je me suis appuyée sur les travaux de D. Noin et Y. Chauviré (1984) à partir des recensements de 1962, 1968 et 1975. Ils utilisent les CS des actifs en 9 postes de l’ancienne nomenclature, au niveau des 80 quartiers parisiens. Les cartes qui en résultent ne peuvent donc pas être comparées terme à terme à celles que j’ai construites. Néanmoins, les typologies des quartiers en fonction de leur profil social, établies en 1962 et 1975, dressent une géographie sociale de Paris qui permet de deviner, en creux, les prémices de la gentrification, en particulier sur la rive gauche. Les auteurs saisissent bien l’embourgeoisement généralisé de cet espace à cette époque. A posteriori, on peut supposer qu’il conjugue des processus variés : d’une part, l’embourgeoisement d’espaces socialement mixtes et intermédiaires situés à proximité immédiate de quartiers bourgeois (le 5e et le 15e notamment), d’autre part la gentrification d’espaces populaires (le 13e et le quartier de Plaisance dans le 14e). On peut d’ailleurs penser que le premier processus correspond à la phase d’achèvement de la gentrification de quartiers jadis ouvriers comme à Javel (15e) ou Saint-Victor (5e), où il a commencé avec les remaniements haussmanniens du xixe siècle. Ces cartes permettent également de montrer que non seulement la rive droite n’est pas encore concernée par la gentrification en 1975 mais qu’au contraire, les quartiers populaires s’y renforcent dans le centre, probablement avec l’arrivée importante d’immigrants dans les années 1960.

18C’est donc à partir de ces cartes que j’ai dessiné l’avancée du front de gentrification dans les années 1960-1970.

Les enquêtes de terrain

19Enfin, pour compléter les analyses statistiques dont les données les plus récentes datent de 1999, je me suis appuyée sur les enquêtes de terrain menées dans les trois quartiers de la rive droite cités plus haut. Ces enquêtes ont conjugué trois méthodes différentes :

  • l’observation du quartier à travers le temps, avec une attention particulière pour l’habitat, les commerces et l’ambiance de la rue et des espaces publics, ainsi qu’aux représentations du quartier ;

    • 5  En tout, j’ai réalisé 80 entretiens, répartis de façon à peu près équivalente dans les trois quart (…)

    les entretiens semi-directifs5 intégrant des récits de vie avec les habitants de diverses classes sociales, anciennement ou récemment installés dans le quartier, mais également avec des acteurs privés (patron de café, agence immobilière, promoteur) et des acteurs publics (élus, chargés de missions de la Mairie) et associatifs (centres sociaux en particulier) ;

    • 6  Une centaine de questionnaires ont été envoyés en ciblant principalement les gentrifieurs potentie (…)

    les questionnaires aux habitants afin de compléter les entretiens6.

20À partir de l’observation et des témoignages recueillis auprès des habitants, j’ai pu saisir la progression du processus dans ces quartiers, mais aussi cerner les logiques de contournement qui la caractérisent dans les quartiers immigrés. Que ce soient les Maghrébins à la Goutte d’Or, les Africains à Château Rouge, les Turcs et les Pakistanais dans le faubourg Saint-Denis ou les Chinois à Belleville, les populations immigrées témoignent d’une capacité d’appropriation de l’espace, en particulier par les commerces, qui leur confère une grande visibilité dans ces quartiers. Cette forte implantation des immigrés dans l’habitat, les commerces et l’espace public d’un quartier forme un frein à la gentrification.

21Si les enquêtes de terrain représentent la source la plus partielle puisqu’elle ne permettent pas une vue générale aussi précise que les travaux statistiques, ce sont principalement l’observation sur le terrain et les témoignages des habitants qui permettent de déterminer quand la gentrification devient tangible dans un quartier. Il existe en effet un décalage entre l’arrivée des premiers gentrifieurs et la gentrification d’un quartier entier : le 5e arrondissement apparaît gagné par le front de gentrification dans les années 1960-1970 mais on peut en dater les prémices de l’important remaniement haussmannien des quartiers Saint-Victor et Sorbonne ; de la même façon, le faubourg Saint-Antoine n’est véritablement transformé par la gentrification que dans les années 1990, mais les premiers gentrifieurs s’y installent dès la fin des années 1970 (Bidou, 1984). La visibilité de la gentrification passe par la réhabilitation générale de l’habitat, la transformation des commerces, le fait qu’un quartier soit à la mode et attire des populations venues du reste de la ville, au moins dans les premiers temps. C’est à ce moment là qu’on peut considérer que le front pionnier de la gentrification a gagné tel ou tel quartier, même si les premiers gentrifieurs sont arrivés dix ou vingt ans auparavant. Enfin, c’est à partir des enquêtes et de la pratique régulière de l’espace parisien que j’ai pu tracer approximativement le front de gentrification dans les années 2000.

La construction de la carte

22Du point de vue du mode de figuration choisi, le dégradé met en valeur le caractère dynamique du processus : le front pionnier est figuré en bleu comme les Beaux quartiers puisqu’il s’agit d’un processus de conquête des quartiers populaires par les classes moyennes et supérieures. Néanmoins, la couleur s’estompe avec le temps pour rappeler que le profil social des gentrifieurs s’éloigne nettement de la bourgeoisie des Beaux quartiers. Comme la carte est statique, elle ne permet pas de figurer les vagues successives d’embourgeoisement qui se succèdent dans un même quartier : les ménages des classes moyennes qui forment les premiers gentrifieurs dans un quartier populaire sont progressivement remplacés par des ménages de plus en plus aisés. C’est ainsi que le profil social des Beaux quartiers a aujourd’hui gagné le 5e arrondissement et une partie du 9e, du 1er et du 15e. La gentrification est en effet un processus cumulatif dont la dynamique ne s’arrête pas même si elle peut avoir des rythmes différents selon les quartiers ou selon les périodes. D’une manière générale, le rythme de la gentrification apparaît plus lent à Paris qu’à Londres ou à New York, en raison du soutien tardif des politiques publiques à ces dynamiques (Clerval, 2008).

23Les aplats de couleur permettent de visualiser les pôles entre lesquels se déploie le font pionnier de la gentrification :

  • Le noyau historique des Beaux quartiers (en bleu) forme un pôle émetteur, même si ce ne sont pas leurs habitants qui vont s’installer ailleurs, mais plutôt des ménages des classes moyennes et supérieures qui s’installent à proximité, puis plus loin.

  • Les plus fortes concentrations actuelles de populations étrangères (en particulier, non communautaires), représentées en rouge, forment des pôles de résistance où la gentrification est plus lente qu’ailleurs, et autour desquels le front de gentrification effectue des contournements.

  • La couronne périphérique de logements sociaux (en jaune), qui parfois s’étend au cœur des arrondissements périphériques, correspond aux limites posées à la gentrification dans la ville de Paris, tant que le logement social n’est pas privatisé. Cela n’empêche pas que cette limite soit franchie en proche banlieue, par le biais des lignes de métro.

24Enfin, chaque ligne de front est précédée d’avant-postes, qui guident les dynamiques de gentrification, en particulier vers le Nord-Est parisien. Se voulant une carte de synthèse, le tracé des figurés est volontairement simplifié afin de mettre en valeur la forme générale de front pionnier de la gentrification.

Les dynamiques spatiales de la gentrification à Paris : un processus de diffusion à partir des Beaux quartiers

Figure 6. La progression du front de gentrification à Paris depuis les années 1960

25La carte qui résulte de ce travail (figure 6) permet donc de situer les différentes phases de gentrification dans l’espace parisien depuis les années 1960. Elle offre une représentation synthétique des dynamiques spatiales de la gentrification à Paris, en l’interprétant comme un processus de diffusion spatiale. Cette carte permet donc d’illustrer la forme spatiale que prend ce processus de conquête sociale et urbaine mis en évidence par la littérature anglo-américaine.

26À Paris, la gentrification apparaît d’abord comme une extension des Beaux quartiers dans les années 1960-1970, principalement sur la rive gauche. Dans l’habitat, cela se traduit par des modalités diverses : démolition et construction neuve dans le 15e arrondissement, à initiative privée ou publique (opérations Beaugrenelle-Front de Seine et Maine-Montparnasse) ; réinvestissement de l’habitat haussmannien dans les 1er, 9e et 14e ; réhabilitation de l’habitat ancien populaire dans les 5e et 6e (en particulier autour des rues Mouffetard et Saint-André-des-Arts) mais aussi dans les précédents arrondissements.

27Dans les années 1980, la gentrification s’étend et devient visible sur le reste de la rive gauche (13e et 14e), notamment à la suite d’autres opérations de rénovation ; elle gagne nettement la rive droite, dans les arrondissements centraux (1er et 4e) après la rénovation des Halles et la réhabilitation du Marais, et dans le 9e et le nord-ouest du 10e arrondissement en suivant l’axe haussmannien de la rue La Fayette. C’est aussi à cette époque que la périphérie du 12e, au sud-est de la place de la Nation, se transforme par le réinvestissement de l’habitat haussmannien et la construction neuve, à proximité du Bois de Vincennes. La gentrification du 12e arrondissement apparaît comme une relative exception à la logique de diffusion centre-périphérie puisqu’elle apparaît comme un foyer de diffusion sans continuité immédiate avec le reste du front. Cela s’explique à la fois par la qualité de l’habitat (importance de l’habitat haussmannien) et par la proximité du Bois de Vincennes et des communes de banlieue relativement aisées qui le bordent. La gentrification se poursuit dans cet arrondissement avec les opérations de rénovation de l’îlot Chalon dans les années 1980, puis de la ZAC Bercy dans les années 1990.

28La décennie 1990 correspond à l’achèvement de la gentrification sur la rive gauche, notamment dans les derniers interstices d’habitat ancien privé du 13e arrondissement comme sur la Butte-aux-Cailles, dont l’espace public est amélioré et embelli en devenant un « quartier tranquille » sous le mandat de Jean Tiberi. Depuis cette époque, la gentrification se concentre sur la rive droite et procède principalement par la réhabilitation du bâti. Dans les années 1990, la gentrification s’étend le long d’un axe transversal allant des Batignolles (17e) à Bercy (12e), en passant par les arrondissements centraux et péricentraux de rive droite, le Sentier et le quartier des portes Saint-Denis et Saint-Martin (à l’intersection des 2e, 3e et 10e) restant encore populaires parce qu’immigrés et industrieux. Dans les 10e et 11e arrondissements, le front de gentrification est encore en retrait au niveau du faubourg du Temple, lui-même investi par les populations immigrées.

  • 7  Littéralement, « gentrification par la construction neuve ».

29Dans les années 2000, la gentrification progresse toujours selon le même axe, gagnant largement les trois arrondissements périphériques du quart nord-est (18e, 19e et 20e). Si elle dépasse le faubourg du Temple et Belleville à l’est, et atteint Château Rouge au nord, elle est encore balbutiante dans les quartiers de la Chapelle (18e), la Villette et Pont-de-Flandre (19e), où la population étrangère est importante. Deux autres secteurs situés en arrière du front de gentrification basculent durant cette décennie : le Sentier et le quartier des portes Saint-Denis et Saint-Martin, autant sous la pression immobilière qu’avec l’aide de l’OPAH menée dans ce quartier entre 2000 et 2003 ; et le secteur Seine-Sud-Est avec l’achèvement de la ZAC Bercy en 2005 et l’avancée de la ZAC Paris Rive Gauche. On peut voir là l’effet de la transformation de ces anciens quartiers d’entrepôts à proximité des gares de Lyon et d’Austerlitz en de nouveaux pôles d’activités tertiaires, qui rapprochent ces opérations de la new-build gentrification7, même si des logements sociaux y sont prévus.

30Si la diffusion spatiale représente la modalité principale d’avancée du front pionnier de gentrification, elle a aussi ses avant-postes. Ce sont des espaces remarquables comme la Butte Montmartre (18e) ou les rares micro-quartiers pavillonnaires de l’Est parisien (la Mouzaïa à côté des Buttes-Chaumont, 19e, ou la Campagne à Paris près de la porte de Bagnolet, 20e), mais aussi des espaces verts – rares dans ces arrondissements du nord et de l’est – comme les Buttes-Chaumont (19e), le cimetière du Père-Lachaise (20e) ou le parc de la Villette (19e), et enfin les canaux (canal Saint-Martin, 10e, bassin de la Villette et canal de l’Ourcq, 19e). Tous ces espaces ont en commun de se distinguer fortement de la densité urbaine qui caractérise Paris et d’offrir un accès à la verdure, à l’eau ou à une vue dégagée. On saisit là l’importance du rôle des espaces verts dans la gentrification, et donc des politiques qui les favorisent. Seule la présence prépondérante des logements sociaux autour du parc de Belleville et sa situation en plein cœur d’un quartier immigré semble empêcher celui-ci de servir de pôle de fixation à la gentrification. À une échelle plus fine, d’autres espaces remarquables plus petits peuvent servir de tête de pont à la gentrification dans un quartier, comme les cours et les passages, partiellement ou complètement fermés et réhabilités.

31La progression de la gentrification n’est donc pas toujours continue. Elle opère parfois des contournements, en particulier des espaces marqués par une forte concentration de populations étrangères, comme une armée évitant un môle de résistance pour le prendre à revers. À cet égard, la progression de la gentrification en rive droite n’est pas sans rappeler la reconquête du Paris communard par l’armée versaillaise en 1871. Et comme elle, à l’échelle micro-locale, la gentrification gagne une rue ou deux, tandis que les « barricades » des rues voisines tiennent encore : la gentrification est à la fois diffuse, à travers les ménages qui acquièrent et réhabilitent un logement dans un quartier, comme autant de points distincts sur une carte, et concentrée, puisque ces points ont tendance à s’agglomérer autour d’une rue dont les commerces changent, à proximité d’une station de métro, dans le prolongement d’un espace remarquable. Plus la gentrification est avancée et se traduit par la réhabilitation des immeubles et la transformation des commerces, plus l’agglomération de ménages gentrifieurs est importante et se diffuse au-delà du noyau initial, servant de point d’appui aux plus audacieux pour aller s’installer plus loin, au rythme de l’augmentation des prix immobiliers.

Conclusion

32Cette carte a l’avantage de présenter une vision synthétique de la progression de la gentrification à Paris qui permet d’embrasser d’un seul regard son étendue spatiale et temporelle. Elle permet à la fois de ne pas limiter le processus aux quelques quartiers médiatisés de l’Est parisien comme la Bastille (11e) ou le quartier Sainte-Marthe (10e), et de saisir la complexité de ses dynamiques spatiales quand il entre en contact avec les centralités immigrées (Toubon et Messamah, 1990) que sont le faubourg Saint-Denis (10e), Belleville (19e-20e) ou la Goutte d’Or (18e).

33Fondée sur des analyses statistiques menées sur des données variées à un niveau fin et des enquêtes de terrain dans trois quartiers situés à des stades différents du processus, cette carte de synthèse restitue une interprétation de la gentrification comme un processus de diffusion, correspondant à la logique de front pionnier déjà mise en évidence ailleurs (Smith, 1996 ; Atkinson et Bridge, 2005).

34Elle est une invitation à dresser d’autres cartes du même type sur les villes qui connaissent un processus de gentrification, en particulier celles qui ont déjà été bien étudiées comme Londres, New York, Bruxelles ou Montréal. Pour ce qui est de Paris, la carte elle-même suggère une poursuite du processus au-delà du périphérique et de sa couronne de logements sociaux. Elle invite donc à poursuivre ce travail au niveau de l’agglomération entière pour saisir les spécificités de la gentrification et de ses dynamiques spatiales dans les espaces périphériques.

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Bibliographie

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Richard F., 2001, sous la direction de Guillon M., De la polarisation à la fragmentation socio-spatiale, processus de recomposition urbaine à Londres, thèse de doctorat en géographie, Poitiers, 413 p.

Simon P., 1994, sous la direction de Le Bras H., La Société partagée. Relations interethniques et interclasses dans un quartier en rénovation : Belleville (Paris, 20e), thèse de doctorat en sociologie, EHESS, 557 p.

Smith N., 1979, « Gentrification and capital: practice and ideology in Society Hill », Antipode, vol. 11, no3, 24-35.

Smith N., 1996, The New urban frontier: gentrification and the revanchist city, New York, Routledge, XX-262 p.

Toubon J.-C. et Messamah K. (dir.), 1990, Centralité immigrée : le quartier de la Goutte d’Or : dynamique d’un espace pluri-ethnique : succession, compétition, cohabitation, Paris, L’Harmattan, CIEMI, 764 p.

Van Criekingen M. et Decroly J.-M., 2003, « Revisiting the diversity of gentrification : neighbourood renewal processes in Brussels and Montréal », Urban Studies, vol.40, no12, 2451-2468.

Vicario L. et Martínez Monje P. M., 2003, « Another “Guggenheim effect” ? The generation of a potentially gentrifiable neighbourhood in Bilbao », Urban Studies, vol. 40, no 12, 2383-2400.
DOI : 10.1080/0042098032000136129

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Notes

1  Îlots regroupés pour l’information statistique : regroupement d’îlots rassemblant en général 2 000 habitants, qui constitue le niveau le plus fin de diffusion des données du recensement depuis 1999.

2  L’INSEE met à disposition des chercheurs les données des RGP à l’IRIS pour 1990 et 1999. L’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) m’a permis de disposer des données du RGP de 1982 à l’IRIS.

3  Par défaut, la personne de référence est l’homme. Malheureusement, le recensement ne permet pas de classer la population des ménages en fonction de la CS des deux adultes du ménage (quand il y en a deux). Ce croisement n’est possible que sur les seuls ménages, sans tenir compte de leur poids respectif, en fonction du nombre d’enfants notamment.

4  Ces groupes sont au nombre de six : « artisans, commerçants, chefs d’entreprise », « cadres et professions intellectuelles supérieures », « professions intermédiaires », « employés » et « ouvriers ».

5  En tout, j’ai réalisé 80 entretiens, répartis de façon à peu près équivalente dans les trois quartiers étudiés.

6  Une centaine de questionnaires ont été envoyés en ciblant principalement les gentrifieurs potentiels, avec un taux de retour de 30 %.

7  Littéralement, « gentrification par la construction neuve ».

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Titre Figure 2. Répartition sociale comparée des actifs et des retraités en 1999 à Paris
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Tourisme humanitaire: C’est pour les pains et les poissons, imbécile ! (From rice Christians to voluntourists and honeyteers: With the touristization of humanitarian work, both aid agencies and Christian missions rediscover the adverse effects of free lance aid work)

14 septembre, 2016

honeyteering
En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. Jésus (Jean 6: 26)
Accordez-moi aussi ce pouvoir, afin que celui à qui j’imposerai les mains reçoive le Saint Esprit. Simon le magicien (Actes 8: 19)
Our ancestors were Roman Catholics; they were made Protestants by the laird coming round with a man having a yellow staff, which would seem to have attracted more attention than his teaching, for the new religion went long afterward, perhaps it does so still, by the name of the religion of the yellow stick. David Livingstone
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Unfortunately, the Europeans’ devastating urge to do good can no longer be countered with reason. (…) The countries that have collected the most development aid are also the ones that are in the worst shape. (…) Huge bureaucracies are financed (with the aid money), corruption and complacency are promoted, Africans are taught to be beggars and not to be independent. In addition, development aid weakens the local markets everywhere and dampens the spirit of entrepreneurship that we so desperately need. As absurd as it may sound: Development aid is one of the reasons for Africa’s problems. If the West were to cancel these payments, normal Africans wouldn’t even notice. Only the functionaries would be hard hit. Which is why they maintain that the world would stop turning without this development aid. (…tons of corn are shipped to Africa … [corn that predominantly comes from highly-subsidized European and American farmers] … and at some point, this corn ends up in the harbor of Mombasa. A portion of the corn often goes directly into the hands of unsrupulous politicians who then pass it on to their own tribe to boost their next election campaign. Another portion of the shipment ends up on the black market where the corn is dumped at extremely low prices. Local farmers may as well put down their hoes right away; no one can compete with the UN’s World Food Program. (…) Why do we get these mountains of clothes? No one is freezing here. Instead, our tailors lose their livlihoods. They’re in the same position as our farmers. No one in the low-wage world of Africa can be cost-efficient enough to keep pace with donated products. In 1997, 137,000 workers were employed in Nigeria’s textile industry. By 2003, the figure had dropped to 57,000. The results are the same in all other areas where overwhelming helpfulness and fragile African markets collide. (…) If one were to believe all the horrorifying reports, then all Kenyans should actually be dead by now. But now, tests are being carried out everywhere, and it turns out that the figures were vastly exaggerated. It’s not three million Kenyans that are infected. All of the sudden, it’s only about one million. Malaria is just as much of a problem, but people rarely talk about that. (…) AIDS is big business, maybe Africa’s biggest business. There’s nothing else that can generate as much aid money as shocking figures on AIDS. AIDS is a political disease here, and we should be very skeptical. (…) So you end up with some African biochemist driving an aid worker around, distributing European food, and forcing local farmers out of their jobs. That’s just crazy. James Shikwati
« L’assistance est vraisemblablement la pire des catastrophes de la région, car elle rend possibles l’explosion démographique, les règlements de comptes interethniques, le financement de la guerre, la corruption et l’indifférence aux problèmes sociaux, notamment la précarité sanitaire. (…) L’Afrique a reçu pendant 45 ans plus de mille milliards de dollars, pour quel résultat! Denis-Clair Lambert
Le transfert de ressources des contribuables occidentaux est en fait beaucoup plus important, car dans le même temps les gouvernements locaux empruntent massivement, à faible taux d’intérêt, aux organisations internationales et sur les marchés financiers. Comme les pays prêteurs ont coutume d’annuler périodiquement la dette des pays les plus pauvres, ces derniers empruntent à nouveau. La partie de l’assistance sans remboursement, qualifiée d’aide publique au développement, a très rarement servi au développement de ces pays. Ce pactole nourrit 40 à 60 % des dépenses budgétaires des pays bénéficiaires et souvent la moitié du revenu national. La plus grande partie de ces fonds est destinée au soutien budgétaire, ce qui est une incitation à pérenniser ou accroître le déficit des comptes publics. (…) Il y a tant de donateurs : en moyenne 30 dans les nations d’Afrique et un nombre équivalent d’organisations non gouvernementales, que le programme des Nations Unies finit par reconnaître une véritable gabegie. En Tanzanie l’administration est supposée contrôler 650 projets, qui bien souvent ont le même objet, et pour lesquels il faut rédiger des milliers de rapports et envoyer des centaines de missions. La coordination, l’évaluation, le suivi deviennent des missions impossibles tant pour le pays donateur que pour ce pays récepteur. On ne sait pas combien ces pays reçoivent, chaque donataire expédie des dizaines de missions dans 30 ou 40 pays et ces experts payés au « per diem » finissent par coûter très cher, mais ils remplissent les avions et les hôtels ! L’Union européenne ne fait pas mieux, elle remplit les avions : les chefs de projet changent tous les six mois, comme leurs interlocuteurs, et l’on reprend la procédure à 0. À quoi sert cette assistance ? D’abord à payer les fonctionnaires et la solde des soldats, à satisfaire leur demande d’équipements militaires, puis à honorer les dépenses somptuaires des dirigeants. (…) Quel est le pays africain qui a reçu l’assistance internationale la plus massive depuis 1960 ? L’Éthiopie, suivie par le Soudan, ont reçu de l’Amérique et de l’URSS, de l’Europe et de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International, puis des ONG une assistance massive et stratégique, comme l’Afghanistan en Asie. Ces deux pays étaient cependant dirigés par des dictateurs sanguinaires et farouchement anti-occidentaux. Aujourd’hui le premier bénéficiaire est le Congo-Zaïre, suivi par la Tanzanie et toujours l’Éthiopie. (…) au sud du Sahel saharien la moitié des États sont confrontés à des guerres intestines, l’autre moitié étant riveraine de ces pays sert de refuge aux civils et aux mouvements insurrectionnels » … Denis-Clair Lambert
By Indianization, we are not demanding conversion of Muslims and Christians into Hindus. For the sake of unity and integrity of the country, we are demanding that Christians and Muslims should be indigenized, carrying Indian names. Acharya Giriraj Kishore (Indian Vice President)
What better way to start your married life together than to share a fulfilling, enriching voluntourism experience with your loved one whilst on honeymoon! You can bond together as a couple, enjoy luxury accommodation, and do what other honeymooners don’t get to do: interact meaningfully with the local people, and make a positive impact in their lives! Naturally there is also plenty of time to relax and explore – we can tailor-make your honeymoon volunteering to suit your exact preferences. Hands up holidays
 A 2008 study surveyed 300 organizations that market to would-be voluntourists and estimated that 1.6 million people volunteer on vacation, spending around $2 billion annually. A few are celebrities supporting their cause du jour, who drop in to meet locals and witness a project that often bears their name. Many more come to teach English during high school, college vacations or during a gap year. Others are sun-seeking vacationers who stay at beachside resorts but who also want to see “the real (name your country).” So they go into a community for an afternoon to help local women make beads, jewelry or clothes. Volunteering seems like an admirable way to spend a vacation. Many of us donate money to foreign charities with the hope of making the world a better place. Why not use our skills as well as our wallets? And yet, watching those missionaries make concrete blocks that day in Port-au-Prince, I couldn’t help wondering if their good intentions were misplaced. These people knew nothing about how to construct a building. Collectively they had spent thousands of dollars to fly here to do a job that Haitian bricklayers could have done far more quickly. Imagine how many classrooms might have been built if they had donated that money rather than spending it to fly down themselves. Perhaps those Haitian masons could have found weeks of employment with a decent wage. Instead, at least for several days, they were out of a job. (…) Sometimes, volunteering even causes real harm. Research in South Africa and elsewhere has found that “orphan tourism” — in which visitors volunteer as caregivers for children whose parents died or otherwise can’t support them — has become so popular that some orphanages operate more like opportunistic businesses than charities, intentionally subjecting children to poor conditions in order to entice unsuspecting volunteers to donate more money. Many “orphans,” it turns out, have living parents who, with a little support, could probably do a better job of raising their children than some volunteer can. And the constant arrivals and departures of volunteers have been linked to attachment disorders in children. There are some volunteers who possess specialized, sought-after skills, of course. (…) But not all volunteers come with an expertise like ophthalmology. (…) Perhaps we are fooling ourselves. Unsatisfying as it may be, we ought to acknowledge the truth that we, as amateurs, often don’t have much to offer. Perhaps we ought to abandon the assumption that we, simply by being privileged enough to travel the world, are somehow qualified to help ease the world’s ills. Because the mantra of “good intentions” becomes unworthy when its eventuality can give a South African AIDS orphan an attachment disorder or put a Haitian mason out of work. Jacob Kushner
More and more Americans are no longer taking a few weeks off to suntan and sightsee abroad. Instead they’re working in orphanages, building schools and teaching English. It’s called volunteer tourism, or « voluntourism, » and it’s one of the fastest growing trends in travel today. More than 1.6 million volunteer tourists are spending about $2 billion each year. But some people who work in the industry are skeptical of voluntourism’s rising popularity. They question whether some trips help young adults pad their resumes or college applications more than they help those in need. (…) Most volunteer tourists are women. They’re also young adults, between the ages of 20 and 25, says the industry consulting group Tourism, Research and Marketing, based in Glasbury, Wales. But more and more high school students are also traveling and volunteering. (…) That worldview for many American teens is a lot different than it was two decades ago, says Ken Jones, who owns Maximo Nivel, a volunteer tourism company out of Antigua. He got his start in the travel business, offering only Spanish-language classes. But young people today, he says, want a richer experience. (…) The industry has exploded in the past few years, says Theresa Higgs, who runs United Planet in Boston. The nonprofit offers what she calls a cultural immersion program. But Higgs is on the fence about whether the rise in popularity of « voluntourism » is a good thing. She’s heartened by the altruism of volunteers, but she’s worried about the flood of for-profit organizations bursting onto the scene. « What I think often gets lost is the host communities, » she says. « Are they gaining? Are they winning? Are they true partners in this? Or are they simply a means to an end to a student’s learning objective, to someone’s desire to have fun on vacation and learn something? » she asks. NPR
I think there are a combination of things. Post 2000s and with the recession and that sort of thing, young people are having difficulty in the job market. So instead of opting for sitting at home, trying to get a job, they opt for this volunteer tourism. They can travel cheaply. They can engage in activities that they find fulfilling. And they can build their resume. So it’s a sort of perfect storm of all truism and resume building. And I think, for me, one of the biggest perks to this is the recognition that volunteer tourism, while on the surface looks like something that’s going to benefit host communities, at the heart I think it’s about transforming the volunteer. It’s helping them see where they fit in the global scheme of things. (…) for me, when I’m looking at the research, there’s a full spectrum in terms of volunteer tourism. Those are those kinds of activities, but there are lots of other things going on. And my concern is that we throw the baby out with the bathwater because I think the volunteer tourism itself still offers some of the greatest potential for economic opportunity if you do it right. But I would agree that it’s not necessarily that form of volunteer tourism that does that best. (…) One of the things that’s really intriguing me right now is this idea of applying fair trade concepts to volunteer travel. So are the organizations creating opportunities for disadvantaged producers? Are the organizations pointing to ways in which they’re doing community capacity building? So those are sorts of – the framework that we’re looking at for organizations that are doing it right. (…) there has been a lot of negative press these days about volunteer tourism. And I kind of draw the analogy with ecotourism in the 80s because when it initially emerged, it was, you know – it was the greatest thing since sliced bread. And it was wonderful. And it was going to do great things for the environment. And then we had this sort of natural swinging of the pendulum to the other side, where all of a sudden we were pointing to bad examples. And we were saying, maybe not – this isn’t the best idea. And I’m seeing a very similar thing happening with volunteer tourism. And I guess what I hope for is that we find that happy medium and we find that place where we can, on one side, recognize the great examples of volunteer tourism that are out there but, on the other hand, take advantage of this time to really look critically at the various organizations that are there and to help them be accountable for their activities in these host communities. And that’s where I think you really need to do your homework, recognize whether the organization is transparent. Is the organization community centered? And all these things maximize the positive impacts while minimizing the negatives. Nancy McGehee (professor of hospitality and tourism, Virginia Tech)
Volunteers often have unfulfilling and disappointing experiences; volunteer placements can prevent local workers from getting much-needed jobs; hard-pressed institutions waste time looking after them and money upgrading facilities; and abused or abandoned children form emotional attachments to the visitors, who increase their trauma by disappearing back home after a few weeks. We feel that there are many opportunities for people to undertake meaningful volunteering in their own community, where they will receive proper training, support and supervision – without the need to pay a tour operator for the privilege. In the majority of cases people would be far better (and have a more rewarding experience) volunteering at home and spending their money on travelling and staying in places listed in our Ethical Travel Guide. Mark Watson
Basically, we failed at the sole purpose of our being there. It would have been more cost effective, stimulative of the local economy, and efficient for the orphanage to take our money and hire locals to do the work, but there we were trying to build straight walls without a level. Philippa Biddle
Helping out at an African nursery or digging trenches in rural India might have become a fashionable – and expensive – rite of passage for thousands of young people each year, but volunteers would often do more good staying at home and assisting communities on their own doorstep, a conference on ethical tourism will hear tomorrow. The growing trend for far-flung gap years often combining an element of work in a developing country has become one of the fastest-growing phenomena in the global travel industry. However, a leading UK charity is warning that whilst often well intentioned in their motives, altruistic young travellers can end up doing more harm than good to their host communities, even potentially fuelling child abuse. Mounting concern that the desire to work in orphanages in countries such as Cambodia and Nepal is actually be leading to the abandonment or even abduction of children from their parents to fuel the boom in eager tourists has led to calls for a radical rethink on the ethics of so-called volunteerism. (…) The charity’s executive director Mark Watson said that whilst the desire to help others was commendable – too many expensive commercial volunteering opportunities ended up exploiting both those offering help whilst harming the lives of those meant to be on the receiving end. The Independent
Voluntourism almost always involves a group of idealistic and privileged travelers who have vastly different socio-economic statuses vis–à–vis those they serve. They often enter these communities with little or no understanding of the locals’ history, culture, and ways of life. All that is understood is the poverty and the presumed neediness of the community, and for the purposes of volunteering, that seems to be enough. In my own experiences (…) this has led to condescending and superficial relationships that transform the (usually western) volunteer into a benevolent giver and the community members into the ever grateful receivers of charity. It makes for an extremely uncomfortable dynamic in which one begins to wonder if these trips are designed more for the spiritual fulfillment of the volunteer rather than the alleviation of poverty. (…) I couldn’t help feeling ashamed at the excessive praise and thanks we received from locals and those on the trip alike. I cringed as we took complimentary photos with African children whose names we didn’t know. We couldn’t even take full credit for building the houses because most of the work had already been done by community members. In fact, if anything we slowed down the process with our inexperience and clumsiness. And how many schools in the west would allow amateur college students to run their English classes for a day? What had I really done besides inflate my own ego and spruce up my resume? I had stormed into the lives of people I knew nothing about, I barely engaged with them on a genuine level, and worst of all, I then claimed that I had done something invaluable for them all in a matter of five days (of which most of the time was spent at hotel rooms, restaurants, and airports). An entire industry has sprouted out of voluntourism as it increases in popularity, possibly equal to the increase in global inequality. As the gap between rich and poor widens, so too it seems does the need for those of the global north to assuage the guilt of their privilege (paradoxically, guilt only seems to deepen as many realise the illusory effect of their impact), or to simply look good. The developing world has become a playground for the redemption of privileged souls looking to atone for global injustices by escaping the vacuity of modernity and globalisation. Ossob Mohamud
The debate about « voluntourism » – that unsightly word – has reared its cynical head yet again. Every so often the spotlight is turned on western students using their free time to help those less fortunate in developing countries, and much head-scratching and soul-searching ensues. Recently the Guardian published a piece by Somalian blogger Ossob Mohamud, with the headline Beware the ‘voluntourists’ doing good. She argues that the west is turning the developing world into « a playground » for the rich to « assuage the guilt of their privilege ». Mohamud clearly had a difficult volunteering experience. She says she felt ashamed at the excessive praise and thanks of locals, cringed as she took photos with African children whose names she did not know and was left feeling that she had simply inflated her ego and spruced up her resume. There is a discussion to be had about the merits or otherwise of overseas volunteering schemes which attract crowds of well-meaning westerners to build schools and playgrounds, teach English or care for orphans. But Mohamud’s insistence on drawing a wider social message from her own unsatisfactory trip is unfair and potentially damaging. Last summer I visited Uganda to report on the work of East African Playgrounds. The charity enlists British students to build play facilities and run sporting projects for primary school children. In just a few years it has grown to be self-sufficient, employing a team of young Ugandans as builders, to the point where the charity’s British founders will soon be able to step back and let it run itself. I witnessed the volunteers – students and recent graduates from UK universities – forming genuine friendships with the locals, developing emotional attachments to the children and becoming truly invested in their future. Cynics might that say when they return to Britain they leave it all behind and life moves on. But for many, volunteering can be life changing. (…) Undergraduates face a stark choice about how to spend their time before entering employment, particularly now that money is tight and jobs are scarce. Charities that invest in the developing world need keen, energetic, ambitious people to help them along. « Voluntourists » they may be – but their work can have a huge impact on their own lives and the lives of those they help. It would be an awful shame if they were put off. Sam Blackledge
Je viens ici car les volontaires sont jolies. Réfugié de Calais
The term “Rice Christians » (…) is used among the missionary community to describe nationals who make a profession of conversion (inauthentically or without true understanding) in order to get the product (clothing, food, rice) that is being delivered by the Western worker.  It seems that if you add the strings attached to the given supplies with the “don’t cause conflict or disagree” cultural value of the Asian country where we lived,  a subtle social game can quickly develop. It could go a bit like this: uneducated villagers, a little (or a lot) in awe of the white American, are provided with goods they desperately need, entertainment that encourages their kids, and attention by the wealthy Westerner, all of which they gladly accept. And at some point over the course of the event, the Westerners share honestly about their religion and eventually ask for public professions of faith. And, seriously, what’s an impoverished person, raised in a culture of respect, supposed to do in light of  this turn of events? In many ways, isn’t agreeing with the views of the outsider the most polite and most effective response for the national– the path that both provides for their families while still showing respect for their visitors? Perhaps, perhaps they become Rice Christians for the day. And maybe we missionaries don’t really give them many other options.  (…) I am by no means saying that the gospel can’t move mightily and quickly among a people group. I’m not saying that we should all begin to doubt the faith of those that come forward in evangelistic outreaches, either. I’m also not throwing short term missions under any kind of bus because I’ve seen this in both short and long-termers. I am saying, though, that perhaps we need to consider the position we put people in when we enter their worlds with gifts and programs. And perhaps we need to re-evaluate some of our “numbers.”  Laura Parker (Co-Founder/Editor, Former Aid Worker in SE Asia)
We’re very conscious of making ‘rice Christians’. Jehovah’s Witness missionary in Cambodia
My own sense is that some groups have probably come here and, out of zeal, have used methodologies that we wouldn’t feel comfortable with. There has been a tendency … to inflate [conversion] numbers, or to count them differently. It’s actually something we work quite hard to try and avoid, because that would not be the kind of faith that we’re looking for. (…) I think that the use of money is an area where we have to be hugely careful, so that these kinds of patron-client relationships are not established. (…) We limit the amount of money coming from the outside in terms of direct support [to churches]. My problem with this is when they try to wean themselves off, there’s already a bit of dependency, and they’ll often just look for another patron. David Manfred (Christian & Missionary Alliance)
Not only do we not use poverty as a lure to join the church; we invite members to donate [a] 10 percent [tithe] to help the church grow. Robert Winegar (Mormon mission President) .
It became apparent to me that [Cambodians] were coming to church but not wanting to take part in building the church. That’s why I no longer want to have a big structure and have them think that ‘this is the Western money train, I want to get on board’. (…) But Freeze said these mistakes were often a result of a lack of understanding of the local context, something that could be overcome through in-country experience. Most groups have genuine heart. But a lot of the problem here is a misunderstanding of culture. Michael Freeze (Baptist missionary)
It’s good to give, but you have to be very careful how you give. You come to Cambodia with SUVs and tonnes of rice, and that’s virtually bribery. (…) I believe that churches have made a lot of mistakes in terms of their focus on finance and on getting their numbers up. That’s where the church of Mormon comes in. They know how to work the system…. But all the money in the world can’t buy God. Independent Khmer-American pastor
Quand on est sérieux, il faut regarder quel est notre impact réel, prendre du recul. Toutes les conneries, je les ai faites. Dans la rue, je donnais à manger aux enfants cambodgiens, comme tous les touristes. Du coup, les gamins stagnaient en attendant le room service… Huit repas par jour. L’enfant est devenu une attraction touristique. Imaginez un turn-over permanent de Japonais, un flux d’adultes inconnus qui viendraient dans nos écoles pour apprendre des chants aux petits Français, enseigner leur langue, leur offrir du riz et les photographier avant de repartir. (…) Les volontaires étrangers veulent tous ouvrir des orphelinats. Seulement, il faut les remplir ! Alors, croyant bien faire, ils retirent les enfants aux familles cambodgiennes pauvres, expliquant que c’est mieux, qu’ils ne savent pas s’en occuper. C’est raciste, colonialiste. Et si on retirait aux Français leurs enfants au seul motif qu’ils sont trop pauvres ? (…) Ils viennent soit se construire un CV, soit se reconstruire parce qu’ils sont dans une mauvaise passe. Charge donc aux enfants étrangers de soigner les problèmes des Occidentaux. D’un point de vue marketing, l’orphelinat c’est facile à vendre. Mais pour que l’argent continue d’affluer, il ne faut pas qu’il soit investi, ce serait casser le produit. Le bâtiment doit rester pourri et les enfants avoir l’air malheureux.  (…) Nos volontaires font des travaux administratifs, des recherches, mènent des enquêtes. Il y a beaucoup à faire et peu d’occasions de selfies avec des enfants. Ce sont des professionnels locaux et expérimentés que nous salarions qui s’en occupent. Sébastien Marot (directeur de Friends International et ancien directeur marketing chez L’Oréal)
On remplace la planche à voile par un réfugié. (…) Dire à un jeune Blanc que même s’il n’a que le bac, il aura toujours un niveau supérieur aux professeurs et médecins locaux, c’est du racisme positif. Il faut lui remettre les pieds sur terre, on ne l’attend pas pour sauver l’Afrique, même si c’est sympa, même si ça fait rêver. (…) Soit le séjour se passe bien et les jeunes reviennent avec l’idée que les pays en développement sont un grand bac à sable ; soit cela se passe mal, et là c’est tout le secteur associatif qu’ils verront comme une vaste arnaque. (…) A l’étranger, le marché du travail souffre aussi, avec toute cette main-d’œuvre qui paye pour venir travailler. Pierre de Hanscutter (président fondateur de l’association francophone Service volontaire international)
L’envie d’engagement ne fléchit pas. Faire de l’humanitaire, c’est faire quelque chose de bien pour l’autre, c’est une attitude sociale légitime qui coexiste en parallèle d’un processus continu de professionnalisation. (…) Pourquoi vouloir fixer au voyage un autre but que la découverte de personnes, de paysages, de saveurs ? Faire du tourisme en se sentant investi d’une mission, pour être gentil, pour jouer au père Noël avec des livres, des stylos et des médicaments disqualifie le voyage en lui-même. La dissymétrie du rapport rend d’emblée la rencontre impossible. Ce n’est pas de l’ouverture, mais de la condescendance. (…) C’est Tintin au Congo. [Mais] Il ne faut pas casser l’élan, le désir de s’engager. Rony Brauman (ancien président de Médecins sans frontières)
C’est un safari exotique low cost, le premier du genre. Le dépaysement à moindres frais, sans partir de chez soi, en «faisant le bien» et en attirant sur soi l’admiration de ses amis Facebook : la visite du camp de réfugiés à Calais. The jungle, pour les initiés et ceux qui souhaitent en être, avec ses déclinaisons d’humour grinçant : la librairie The Jungle Books, la cabane de Baloo, les restaurants «New Kabul» et «British Hotel», des graffitis pleins de promesses comme «London Calling» et «Welcome to the UK», l’auto-proclamée ambassade du Koweït, un drapeau français célébrant avec ironie la chaleur et l’hospitalité hexagonales, des capsules vides de gaz lacrymogène qui décorent en guirlande la devanture d’un barbier de fortune… ici pas besoin de passeport, de visa ou d’autorisation d’entrée – il suffit de se conformer aux fouilles policières des véhicules à l’entrée. À certains moments «la jungle» a tout d’un zoo. Tandis que chacun, dans la ronde des touristes, photographes, journalistes, chercheurs, bénévoles, employés d’ONG et Calaisiens charitables, s’évertue à faire valoir la légitimité de sa présence, les migrants désœuvrés regardent, amers ou méfiants, avec apathie ou un embarras poli, défiler ce petit monde étrange dont les intentions réelles leur demeurent inconnues. Certains, plus que d’autres, ont une raison d’être ici. Ce sont les employés d’ONG et bénévoles dont le rôle est clairement défini et les compétences, professionnelles. Dans les regards de ces anonymes actifs se devine un mépris à peine dissimulé pour le reste des visiteurs de passage, parmi eux des jeunes qui se disent «réfugiés du capitalisme», comme on peut le lire sur le mur d’une des écoles improvisées ; de débonnaires babas cool qui veulent croire en une communauté des pauvres, laïque et multiculturelle, unie par la solidarité et la musique ; ou encore ceux qui se voient comme d’intrépides aventuriers qui ont le cran de vivre au milieu du camp, sont les amis des réfugiés jusqu’à finir par devenir, pour les plus obstinés d’entre eux, «l’un des leurs». Une tentative – louable mais illusoire – d’abolir le gouffre qui les sépare: les bénévoles, eux, pourront toujours rentrer chez eux par le prochain bus ou ferry pour 50€ et la présentation d’une carte d’identité. Les migrants, eux, auront besoin de quelques milliers (voire dizaine de milliers) d’euros pour quitter la «jungle». On donne des cours d’anglais ou de français, on s’amuse avec les enfants, on gratte sa guitare, on chante, jusqu’au moment où nos aventuriers se découragent, l’un après l’autre, ou doivent simplement regagner leurs pénates. Il y a aussi les bénévoles dont on ne sait pas s’ils font partie d’une association, d’une ONG, ou s’ils sont là à leur propre compte. On les croise tous les jours, à discuter avec des gens qui leur ressemblent et faire de grands sourires aux migrants qui les regardent avec curiosité, ou à jouer aux assistants sociaux, vaguement infantilisants, implorant les migrants de rejoindre leur «atelier de percussions» qui se résume à taper deux bâtons ensemble pour tuer le temps. «La jungle» abrite aussi des journalistes, plus ou moins indépendants, qui y passent un jour ou deux, prennent des photos et disparaissent. Et puis il y a les touristes. Qui jouent parfois aux apprentis reporters. Comme cette femme avec son Nikon D70 débarquant dans la cour de l’école de fortune, sans un bonjour pour prendre des photos. «Vous comptez en faire quoi, de ces photos ?» Et elle de répondre, d’un ton assuré qui se veut rassurant : «Ah mais moi c’est pas pour publier sur Facebook, hein ! C’est pour moi.» Un souvenir de vacances, donc. (…) Enfin vient le groupe d’amies, 18-20 ans, qui se partagent une barquette de frites en déambulant dans les rues passantes du campement, comme elles le feraient à Marrakech ou Bangkok, tout excitées à l’idée de vivre cette aventure hors du commun. Étrange et inattendu pot pourri, qui réunit ce que le tourisme a de pire, en ce lieu qui s’appelle «jungle» parce qu’il n’y règne aucune loi. Chacun s’arroge donc le loisir de faire comme bon lui semble. D’autant plus qu’on est ici chez soi — en Europe — sans l’être vraiment. Cette zone de non-droit, sans contrôle social, sans règles, est un jardin d’expérimentations en tout genre. Une cacophonie de charitabilisme. Le soir, les bénévoles regagnent l’auberge de jeunesse, les plus anciens dorment sur place, dans une caravane équipée d’un cadenas. (…) Cautère sur une jambe de bois, les bénévoles ? Au moins font-ils un peu de bien, à une toute petite échelle. Et sans doute de leur mieux. Nous autres ne pourrons même pas justifier moralement de notre présence, puisque le projet – mal préparé, mal organisé – n’aboutira pas. Il aura fait de nous des touristes améliorés, doués d’une certaine conscience éthique et, désormais, de regrets. (…) Une chose est sûre : on ne s’improvise pas humanitaire du jour au lendemain, et les bons sentiments ne suffisent pas. Quand l’État se désengage complètement, que le grand public préfère s’impliquer directement, on en arrive vite au safari. Au zoo participatif. À la jungle. Tara Bate (Salariée du secteur humanitaire, étudiante en anthropologie du développement)
Se prélasser aux Maldives pour son voyage de noces ? Dépassé. Le top de la tendance, c’est le honeyteering (de honeymoon et volunteering), la lune de miel humanitaire. A lire les témoignages, c’est inoubliable. Ça rapproche et ça soulage. Le phénomène ne touche pas seulement les couples fraîchement épousés. De plus en plus de particuliers donnent de leur temps de vacances pour faire du volontariat : c’est le tourisme humanitaire, ou «volontourisme». Plusieurs formules sont possibles, du groupe d’amis qui s’auto-organise et part distribuer du matériel collecté, ou donner un coup de main à une association locale à l’initiative individuelle, en passant par les «séjours humanitaires» clé en main. Les tour-opérateurs proposent ainsi des «circuits humanitaires», qui promettent de l’atypique, de l’authentique, de l’alternatif. Avec des étapes «solidarité», hors des sentiers battus : don de fournitures scolaires dans un petit village, journée dans un orphelinat, etc. (…) L’intention est louable. La critique s’avère, dès lors, délicate. «Il ne faut pas casser l’élan, le désir de s’engager», prévient Brauman. Les ONG ont lancé des campagnes de dissuasion du volontouriste, à l’instar de Solidarités International. «Tout le monde ne peut pas aider sur le terrain», disent les spots. Une série de faux entretiens d’embauche croustillants, avec notamment une hippie qui a «fait grave du baby-sitting», sait ce que c’est que de vivre sans douche à force de faire des festivals, «kiffe l’Afrique» et se dit prête à partir secourir «les enfants qui meurent de faim et ont besoin d’amour». Comme si les bons sentiments à l’égard d’une misère aussi lointaine qu’abstraite dispensaient de toute réflexion intellectuelle. (…) Le Cambodge compte plus d’orphelinats aujourd’hui qu’en 1979, au sortir de la guerre. Rien que ces huit dernières années, leur nombre a triplé. Six cents structures ont été dénombrées et le recensement n’est pas terminé… En trente ans, le nombre d’orphelins est passé de 7 000 à 47 000. En fait, selon l’Unicef, 74 % d’entre eux ont des parents. (…) Le mot «orphelin» déclenche l’arrivée massive de l’aide étrangère et des volontaires. (…) Le phénomène a gagné le Laos, la Thaïlande, la Birmanie. Au Cambodge, Friends International œuvre à la réintégration des enfants dans les familles, en partenariat avec l’Unicef et le gouvernement. Depuis cette année, des orphelinats sont fermés et l’ouverture de nouveaux établissements est gelée. (…) Reste le «séjour humanitaire» afin d’accéder à l’enfant exotique, pauvre et malade. Contre 2 000 euros en moyenne les quinze jours, au titre des frais de mission (transport, hébergement, repas, le tout dans un confort rudimentaire qui participe au charme de l’aventure), Projects Abroad promet par exemple de soigner des lépreux au Ghana ou d’accueillir les primo-arrivants sur les plages italiennes. Des «missions de volontariat» en «médecine générale», «soins infirmiers», «sage-femme»,«santé publique», «soins dentaires», accessibles «même sans qualification médicale» et à partir de 16 ans, insiste le site web de Projects Abroad. Et si les photos ne suffisaient pas (des jeunes Blancs en blouse et gantés de latex qui prennent des tensions, donnent des médicaments à des nourrissons, etc.), il y a les vidéos. Deux adolescentes danoises soignent les plaies purulentes de malades au Ghana. Elles voulaient une première expérience avant de passer le concours de médecine. Se faire la main, en quelque sorte. Leur meilleur souvenir ? Un accouchement compliqué, c’était «extraordinaire», «du sang partout». Au Pérou, une fille fait des points de suture, ravie : «Ça donne confiance en soi.» En Tanzanie, un garçon anglais, stéthoscope autour du cou, briefe des infirmières noires, regarde les radios, feuillette des dossiers. Au Mexique, une Suissesse enjouée enseigne le français à l’université. Trois classes. Les élèves sont plus vieux qu’elle, pas trop dur ? «Il suffit d’être motivée, d’avoir envie d’enseigner et d’être de bonne humeur. Ça suffit pour les Mexicains !»(…) Le SVI regrette le silence de l’ordre des médecins en France. (…) Projects Abroad est le leader du tourisme humanitaire. Un ensemble de structures appartenant à une holding domiciliée en Angleterre, Beech View Holdings Limited. La multinationale, arrivée sur le marché hexagonal voilà dix ans, n’a rien d’une ONG, si ce n’est le champ lexical. Six cents salariés, près de deux cents programmes, des dizaines de milliers de volontaires-clients dont les deux tiers ont moins de 30 ans. Son bénéfice net, en constante augmentation, s’élevait à 1,7 million de livres en 2012 (2 millions d’euros). (…) Qui sont ces volontouristes ? La sociologue Alizée Delpierre a enquêté durant trois ans chez Projects Abroad. Elle souligne le «rôle déterminant des parents», professions libérales, hauts-fonctionnaires, majoritairement aisés et résidant dans les beaux quartiers parisiens. «Ils redoutent généralement le secteur associatif, considéré comme un domaine de relégation. A ce prix-là, ils ont la garantie de l’entre-soi.» L’action humanitaire répond d’abord à «stratégie éducative», que la chercheuse détaille : «Les parents veulent que leur enfant acquière des compétences internationales, teste ses affinités avec un métier avant de payer une grande école, apprenne à se débrouiller seul ou soit confronté à la misère pour qu’il mesure combien il est privilégié…» Sur place, elle a vu des volontaires «déçus de constater le faible impact de leur action. Alors ils visitent, font du shopping». Comme des touristes tout court. Libération

Attention: un chrétien du riz peut en cacher un autre !

En ces temps étranges du post-christianisme triomphant …

Comment encore s’étonner, à l’instar de la tristement fameuse aide au développement, de cette nouvelle dérive des idées chrétiennes devenues folles

Ce tourisme dit humanitaire qui du volontourisme au honeyteering (lune de miel humanitaire) …

En arrive à l’exploit de faire payer des gens pour le droit de travailler bénévolement …

Tout en détruisant le marché du travail local entre selfies pour page Facebook et stratégies éducatives ou professionnelles …

Ou même en multipliant par sept sur le modèle des « chrétiens du riz » des missions chrétiennes d’antan …

La population des orphelinats d’un Cambodge en paix depuis 30 ans ?

Tourisme humanitaire : la vraie fausse pitié

Profiter de ses vacances pour aider les populations locales, l’idée est plutôt louable. Mais l’amateurisme et le cynisme de ce secteur en vogue inquiètent les ONG sérieuses.

Noémie Rousseau
Libération

15 août 2016

Se prélasser aux Maldives pour son voyage de noces ? Dépassé. Le top de la tendance, c’est le honeyteering (de honeymoon et volunteering), la lune de miel humanitaire. A lire les témoignages, c’est inoubliable. Ça rapproche et ça soulage. Le phénomène ne touche pas seulement les couples fraîchement épousés. De plus en plus de particuliers donnent de leur temps de vacances pour faire du volontariat : c’est le tourisme humanitaire, ou «volontourisme». Plusieurs formules sont possibles, du groupe d’amis qui s’auto-organise et part distribuer du matériel collecté, ou donner un coup de main à une association locale (lire notre reportage au Liban) à l’initiative individuelle, en passant par les «séjours humanitaires» clé en main. Les tour-opérateurs proposent ainsi des «circuits humanitaires», qui promettent de l’atypique, de l’authentique, de l’alternatif. Avec des étapes «solidarité», hors des sentiers battus : don de fournitures scolaires dans un petit village, journée dans un orphelinat, etc.

«L’envie d’engagement ne fléchit pas, observe Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières. Faire de l’humanitaire, c’est faire quelque chose de bien pour l’autre, c’est une attitude sociale légitime qui coexiste en parallèle d’un processus continu de professionnalisation.» Le célèbre médecin est plus critique quant à l’idée de coupler voyage et humanitaire. «Pourquoi vouloir fixer au voyage un autre but que la découverte de personnes, de paysages, de saveurs ? Faire du tourisme en se sentant investi d’une mission, pour être gentil, pour jouer au père Noël avec des livres, des stylos et des médicaments disqualifie le voyage en lui-même. La dissymétrie du rapport rend d’emblée la rencontre impossible. Ce n’est pas de l’ouverture, mais de la condescendance.»  

L’intention est louable. La critique s’avère, dès lors, délicate. «Il ne faut pas casser l’élan, le désir de s’engager», prévient Brauman. Les ONG ont lancé des campagnes de dissuasion du volontouriste, à l’instar de Solidarités International. «Tout le monde ne peut pas aider sur le terrain», disent les spots. Une série de faux entretiens d’embauche croustillants, avec notamment une hippie qui a «fait grave du baby-sitting», sait ce que c’est que de vivre sans douche à force de faire des festivals, «kiffe l’Afrique» et se dit prête à partir secourir «les enfants qui meurent de faim et ont besoin d’amour». Comme si les bons sentiments à l’égard d’une misère aussi lointaine qu’abstraite dispensaient de toute réflexion intellectuelle. «Quand on est sérieux, il faut regarder quel est notre impact réel, prendre du recul, explique Sébastien Marot, directeur de Friends International, qu’il a cofondé au Cambodge en 1994. Toutes les conneries, je les ai faites. Dans la rue, je donnais à manger aux enfants cambodgiens, comme tous les touristes. Du coup, les gamins stagnaient en attendant le room service… Huit repas par jour», se souvient cet ancien directeur marketing chez L’Oréal. Vingt-deux ans qu’il voit défiler dans les orphelinats les touristes humanitaires et autres volontaires en tout genre. «L’enfant est devenu une attraction touristique. Imaginez un turn-over permanent de Japonais, un flux d’adultes inconnus qui viendraient dans nos écoles pour apprendre des chants aux petits Français, enseigner leur langue, leur offrir du riz et les photographier avant de repartir.»

Lépreux au Ghana

Le Cambodge compte plus d’orphelinats aujourd’hui qu’en 1979, au sortir de la guerre. Rien que ces huit dernières années, leur nombre a triplé. Six cents structures ont été dénombrées et le recensement n’est pas terminé… En trente ans, le nombre d’orphelins est passé de 7 000 à 47 000. En fait, selon l’Unicef, 74 % d’entre eux ont des parents. «Les volontaires étrangers veulent tous ouvrir des orphelinats. Seulement, il faut les remplir ! Alors, croyant bien faire, ils retirent les enfants aux familles cambodgiennes pauvres, expliquant que c’est mieux, qu’ils ne savent pas s’en occuper. C’est raciste, colonialiste. Et si on retirait aux Français leurs enfants au seul motif qu’ils sont trop pauvres ?» interroge Sébastien Marot.

Le mot «orphelin» déclenche l’arrivée massive de l’aide étrangère et des volontaires. «Ils viennent soit se construire un CV, soit se reconstruire parce qu’ils sont dans une mauvaise passe. Charge donc aux enfants étrangers de soigner les problèmes des Occidentaux, tacle Marot. D’un point de vue marketing, l’orphelinat c’est facile à vendre. Mais pour que l’argent continue d’affluer, il ne faut pas qu’il soit investi, ce serait casser le produit. Le bâtiment doit rester pourri et les enfants avoir l’air malheureux.» Le phénomène a gagné le Laos, la Thaïlande, la Birmanie. Au Cambodge, Friends International œuvre à la réintégration des enfants dans les familles, en partenariat avec l’Unicef et le gouvernement. Depuis cette année, des orphelinats sont fermés et l’ouverture de nouveaux établissements est gelée. «Nos volontaires font des travaux administratifs, des recherches, mènent des enquêtes. Il y a beaucoup à faire et peu d’occasions de selfies avec des enfants. Ce sont des professionnels locaux et expérimentés que nous salarions qui s’en occupent.»

Reste le «séjour humanitaire» afin d’accéder à l’enfant exotique, pauvre et malade. Contre 2 000 euros en moyenne les quinze jours, au titre des frais de mission (transport, hébergement, repas, le tout dans un confort rudimentaire qui participe au charme de l’aventure), Projects Abroad promet par exemple de soigner des lépreux au Ghana ou d’accueillir les primo-arrivants sur les plages italiennes. «On remplace la planche à voile par un réfugié», s’indigne Pierre de Hanscutter, président et fondateur de l’association francophone Service volontaire international (SVI).

Des «missions de volontariat» en «médecine générale», «soins infirmiers», «sage-femme»,«santé publique», «soins dentaires», accessibles «même sans qualification médicale» et à partir de 16 ans, insiste le site web de Projects Abroad. Et si les photos ne suffisaient pas (des jeunes Blancs en blouse et gantés de latex qui prennent des tensions, donnent des médicaments à des nourrissons, etc.), il y a les vidéos. Deux adolescentes danoises soignent les plaies purulentes de malades au Ghana. Elles voulaient une première expérience avant de passer le concours de médecine. Se faire la main, en quelque sorte. Leur meilleur souvenir ? Un accouchement compliqué, c’était «extraordinaire», «du sang partout». Au Pérou, une fille fait des points de suture, ravie : «Ça donne confiance en soi.» En Tanzanie, un garçon anglais, stéthoscope autour du cou, briefe des infirmières noires, regarde les radios, feuillette des dossiers. Au Mexique, une Suissesse enjouée enseigne le français à l’université. Trois classes. Les élèves sont plus vieux qu’elle, pas trop dur ? «Il suffit d’être motivée, d’avoir envie d’enseigner et d’être de bonne humeur. Ça suffit pour les Mexicains !»

Holding

«C’est Tintin au Congo», résume Rony Brauman, «inquiet» et «révolté» par les dégâts sanitaires causés sur place et «l’exploitation cynique des bonnes volontés». Le SVI regrette le silence de l’ordre des médecins en France. «Dire à un jeune Blanc que même s’il n’a que le bac, il aura toujours un niveau supérieur aux professeurs et médecins locaux, c’est du racisme positif. Il faut lui remettre les pieds sur terre, on ne l’attend pas pour sauver l’Afrique, même si c’est sympa, même si ça fait rêver», soupire Pierre de Hanscutter.

Projects Abroad est le leader du tourisme humanitaire. Un ensemble de structures appartenant à une holding domiciliée en Angleterre, Beech View Holdings Limited. La multinationale, arrivée sur le marché hexagonal voilà dix ans, n’a rien d’une ONG, si ce n’est le champ lexical. Six cents salariés, près de deux cents programmes, des dizaines de milliers de volontaires-clients dont les deux tiers ont moins de 30 ans. Son bénéfice net, en constante augmentation, s’élevait à 1,7 million de livres en 2012 (2 millions d’euros). Contacté par Libération, Projects Abroad n’a pas donné suite.

Bac à sable

«Soit le séjour se passe bien et les jeunes reviennent avec l’idée que les pays en développement sont un grand bac à sable ; soit cela se passe mal, et là c’est tout le secteur associatif qu’ils verront comme une vaste arnaque», souligne Pierre de Hanscutter, inquiet des valeurs inculquées ainsi à ces citoyens en devenir. Il pointe un autre écueil : «A l’étranger, le marché du travail souffre aussi, avec toute cette main-d’œuvre qui paye pour venir travailler.»

Qui sont ces volontouristes ? La sociologue Alizée Delpierre a enquêté durant trois ans chez Projects Abroad. Elle souligne le «rôle déterminant des parents», professions libérales, hauts-fonctionnaires, majoritairement aisés et résidant dans les beaux quartiers parisiens. «Ils redoutent généralement le secteur associatif, considéré comme un domaine de relégation. A ce prix-là, ils ont la garantie de l’entre-soi.» L’action humanitaire répond d’abord à «stratégie éducative», que la chercheuse détaille : «Les parents veulent que leur enfant acquière des compétences internationales, teste ses affinités avec un métier avant de payer une grande école, apprenne à se débrouiller seul ou soit confronté à la misère pour qu’il mesure combien il est privilégié…» Sur place, elle a vu des volontaires «déçus de constater le faible impact de leur action. Alors ils visitent, font du shopping». Comme des touristes tout court.

Voir aussi:

Dans la «jungle», une faune charitable

Dans le camp de réfugiés de Calais, on croise des migrants mais aussi des touristes de plus ou moins bonne volonté.

Tara Bate , Salariée du secteur humanitaire, étudiante en anthropologie du développement
Libération
15 août 2016 

C’est un safari exotique low cost, le premier du genre. Le dépaysement à moindres frais, sans partir de chez soi, en «faisant le bien» et en attirant sur soi l’admiration de ses amis Facebook : la visite du camp de réfugiés à Calais. The jungle, pour les initiés et ceux qui souhaitent en être, avec ses déclinaisons d’humour grinçant : la librairie The Jungle Books, la cabane de Baloo, les restaurants «New Kabul» et «British Hotel», des graffitis pleins de promesses comme «London Calling» et «Welcome to the UK», l’auto-proclamée ambassade du Koweït, un drapeau français célébrant avec ironie la chaleur et l’hospitalité hexagonales, des capsules vides de gaz lacrymogène qui décorent en guirlande la devanture d’un barbier de fortune… ici pas besoin de passeport, de visa ou d’autorisation d’entrée – il suffit de se conformer aux fouilles policières des véhicules à l’entrée.

Un mépris à peine dissimulé

À certains moments «la jungle» a tout d’un zoo. Tandis que chacun, dans la ronde des touristes, photographes, journalistes, chercheurs, bénévoles, employés d’ONG et Calaisiens charitables, s’évertue à faire valoir la légitimité de sa présence, les migrants désœuvrés regardent, amers ou méfiants, avec apathie ou un embarras poli, défiler ce petit monde étrange dont les intentions réelles leur demeurent inconnues. Certains, plus que d’autres, ont une raison d’être ici. Ce sont les employés d’ONG et bénévoles dont le rôle est clairement défini et les compétences, professionnelles. Dans les regards de ces anonymes actifs se devine un mépris à peine dissimulé pour le reste des visiteurs de passage, parmi eux des jeunes qui se disent «réfugiés du capitalisme», comme on peut le lire sur le mur d’une des écoles improvisées ; de débonnaires babas cool qui veulent croire en une communauté des pauvres, laïque et multiculturelle, unie par la solidarité et la musique ; ou encore ceux qui se voient comme d’intrépides aventuriers qui ont le cran de vivre au milieu du camp, sont les amis des réfugiés jusqu’à finir par devenir, pour les plus obstinés d’entre eux, «l’un des leurs». Une tentative – louable mais illusoire – d’abolir le gouffre qui les sépare: les bénévoles, eux, pourront toujours rentrer chez eux par le prochain bus ou ferry pour 50€ et la présentation d’une carte d’identité. Les migrants, eux, auront besoin de quelques milliers (voire dizaine de milliers) d’euros pour quitter la «jungle». On donne des cours d’anglais ou de français, on s’amuse avec les enfants, on gratte sa guitare, on chante, jusqu’au moment où nos aventuriers se découragent, l’un après l’autre, ou doivent simplement regagner leurs pénates.

Un souvenir de vacances

Il y a aussi les bénévoles dont on ne sait pas s’ils font partie d’une association, d’une ONG, ou s’ils sont là à leur propre compte. On les croise tous les jours, à discuter avec des gens qui leur ressemblent et faire de grands sourires aux migrants qui les regardent avec curiosité, ou à jouer aux assistants sociaux, vaguement infantilisants, implorant les migrants de rejoindre leur «atelier de percussions» qui se résume à taper deux bâtons ensemble pour tuer le temps. «La jungle» abrite aussi des journalistes, plus ou moins indépendants, qui y passent un jour ou deux, prennent des photos et disparaissent.

Et puis il y a les touristes. Qui jouent parfois aux apprentis reporters. Comme cette femme avec son Nikon D70 débarquant dans la cour de l’école de fortune, sans un bonjour pour prendre des photos. «Vous comptez en faire quoi, de ces photos ?» Et elle de répondre, d’un ton assuré qui se veut rassurant : «Ah mais moi c’est pas pour publier sur Facebook, hein ! C’est pour moi.» Un souvenir de vacances, donc.

Mais ses modèles ne s’y soumettent pas toujours volontiers. L’un d’eux, refusant d’abord, décide finalement de tourner la séance de prise de vues en parodie. Il s’allonge de tout son long, lascivement, telle une odalisque enturbannée, et se laisse mitrailler, le visage figé, se moquant visiblement de l’avidité de sa spectatrice. Quelques minutes plus tard, elle guette un autre modèle, qui commente, malicieux : «Regarde-la celle-là ! Elle attend que je sois seul pour me demander de nouveau. Regarde comme elle est drôle !»

Enfin vient le groupe d’amies, 18-20 ans, qui se partagent une barquette de frites en déambulant dans les rues passantes du campement, comme elles le feraient à Marrakech ou Bangkok, tout excitées à l’idée de vivre cette aventure hors du commun.

Horde protéiforme

Étrange et inattendu pot pourri, qui réunit ce que le tourisme a de pire, en ce lieu qui s’appelle «jungle» parce qu’il n’y règne aucune loi. Chacun s’arroge donc le loisir de faire comme bon lui semble. D’autant plus qu’on est ici chez soi — en Europe — sans l’être vraiment. Cette zone de non-droit, sans contrôle social, sans règles, est un jardin d’expérimentations en tout genre. Une cacophonie de charitabilisme. Le soir, les bénévoles regagnent l’auberge de jeunesse, les plus anciens dorment sur place, dans une caravane équipée d’un cadenas.

«Ne dites rien à ces gens. Ils promettent des choses et partent sans jamais revenir. Ils viennent parce que c’est trop cher pour eux d’aller en Afghanistan, ici ils ont l’impression d’y être et c’est gratuit», dit un homme afghan. Il exprime le malaise de nombre d’occupants du camp. Face à lui, la horde protéiforme change de visage tous les jours. Le gouffre ne se referme pas. Et toujours les mêmes questions, rarement dans leurs langues : sur leurs origines, leur parcours, leur destination, les raisons de leur fuite, le prix du passage…

«Don’t ask me about my life, I don’t want to talk», peut-on lire, écrit au marqueur, sur une table d’extérieur, devant l’«école». «I hate journalists», nous a dit aujourd’hui un migrant somalien.

Comment se comporter et s’habiller dans ce no man’s land multiculturel, un territoire sur lequel seule la présence hostile des escadrons de CRS indique qu’on est France. Les bénévoles de longue date, dépositaires d’une forme d’autorité, conseillent aux visiteurs de porter des pantalons très larges, d’attacher leurs cheveux (voire de se couvrir la tête) et de porter des chemises amples. Est-ce pour éviter d’offenser les sensibilités culturelles supposées et sans doute surinterprétées de chacun ? Ou pour «se fondre dans le décor» ? La très grande majorité des bénévoles sont des femmes. Certaines faisant fi des recommandations, fument, cheveux lâchés, et plaisantent avec les réfugiés — tous des hommes — en leur passant parfois un bras sur l’épaule. Eux sont tantôt gênés, tantôt ravis : «je viens ici car les volontaires sont jolies», confie l’un d’eux. Les réfugiées, elles, restent dans des espaces clos, éventuellement avec leurs enfants, ou ne font que passer furtivement. On leur organise parfois des «ateliers beauté» pour qu’elles puissent se retrouver ensemble, en sécurité – car même si elles sont des réfugiées, elles demeurent des femmes et en tant que telles, on estime qu’elles doivent rester plaisantes à regarder et s’occuper de leur apparence. Tant pis si elles n’ont pas envie de l’être, attirantes, et restent cloîtrées pour éviter justement les regards souvent prédateurs. C’est le réflexe systématique des projets d’assistance dédiés aux femmes, l’atelier beauté. Et, en réalité, c’est la seule activité à laquelle elles participent, les cours de langue étant mixte – et donc, de facto, entièrement masculins.

Et nous ? Nous, nous sommes là, petite équipe de huit, qui ne savons pas trop ce que nous y faisons. Nous sommes payés pour mener des entretiens afin d’évaluer la faisabilité d’un projet de services financiers permettant d’épargner ou de transférer de l’argent. A la fin de la journée, on se raconte ce qu’on a fait et appris, on tire des conclusions sur les besoins et… on n’en fait rien. On recommence le lendemain. On récolte les mêmes histoires, peu ou prou. On note tout, bien consciencieusement, dans un carnet, et au terme de notre séjour, nous n’en ferons rien, faute de financement et d’appui institutionnel.

Des touristes améliorés

Cautère sur une jambe de bois, les bénévoles ? Au moins font-ils un peu de bien, à une toute petite échelle. Et sans doute de leur mieux. Nous autres ne pourrons même pas justifier moralement de notre présence, puisque le projet – mal préparé, mal organisé – n’aboutira pas. Il aura fait de nous des touristes améliorés, doués d’une certaine conscience éthique et, désormais, de regrets. Nous nous serons bornés à énumérer les évidences : nécessité de développer l’accès à l’éducation, à l’électricité, à Internet, et d’assurer la sécurité des occupants.

Une chose est sûre : on ne s’improvise pas humanitaire du jour au lendemain, et les bons sentiments ne suffisent pas. Quand l’État se désengage complètement, que le grand public préfère s’impliquer directement, on en arrive vite au safari. Au zoo participatif. À la jungle.

Tara Bate Salariée du secteur humanitaire, étudiante en anthropologie du développement

Voir également:

Money

NPR

July 31, 2014

As you plan — or even go — on your summer vacation, think about this: More and more Americans are no longer taking a few weeks off to suntan and sightsee abroad. Instead they’re working in orphanages, building schools and teaching English.

It’s called volunteer tourism, or « voluntourism, » and it’s one of the fastest growing trends in travel today. More than 1.6 million volunteer tourists are spending about $2 billion each year.

But some people who work in the industry are skeptical of voluntourism’s rising popularity. They question whether some trips help young adults pad their resumes or college applications more than they help those in need.

Judith Lopez Lopez, who runs a center for orphans outside Antigua, Guatemala, says she’s grateful for the help that volunteers give.

All visitors and volunteers get a big warm welcome when they walk in the doors of her facility, Prodesenh. It’s part orphanage, part after-school program and part community center.

Most of the kids at Prodesenh don’t have parents, Lopez says. They live with relatives. Some were abandoned by their mothers at birth. Others lost their fathers in accidents or to alcoholism.

There are three volunteers here now, all from the U.S. Lopez says they give the kids what they need most: love and encouragement.

One those volunteers is Kyle Winningham, who just graduated from the University of San Francisco with a degree in entrepreneurship. « Yeah, my real name is Kyle, but mi apodo aqui es Carlos, » he says.

Winningham didn’t have a job lined up after school, so he decided to spend his summer at Prodesenh. « When the kids have homework, I help with homework, » he says. « When they don’t, I generally help out with teaching a little bit of English. »

But today they are cooking. Lopez hands out bowls filled with bright red tomatoes, onions and mint. She’s teaching the kids to make salsa.

Haley Nordeen, an international relations major at American University in the District of Columbia, is also spending her entire summer at Prodesenh. During her first six weeks here, the 19-year-old helped build the newest addition to the center, a small library. Now she’s tutoring.

« I’ve met a lot of international relations majors here, so it seems like a trend, » Nordeen says.

Most volunteer tourists are women. They’re also young adults, between the ages of 20 and 25, says the industry consulting group Tourism, Research and Marketing, based in Glasbury, Wales. But more and more high school students are also traveling and volunteering.

Sam Daddono is a junior at Rumson-Fair Haven High School in New Jersey. His whole Spanish class is in Antigua, sharpening their Spanish skills. But they’re also hiking up the side of a volcano every morning to help tend to a coffee plantation — and learning about what life is like here in Guatemala.

« The way I view things now is a lot different than before, » Daddono says. « I’ve visited other countries, but I’ve never done hands-on work or really talked to the people about the problems that they face in their lives. »

That worldview for many American teens is a lot different than it was two decades ago, says Ken Jones, who owns Maximo Nivel, a volunteer tourism company out of Antigua. He got his start in the travel business, offering only Spanish-language classes. But young people today, he says, want a richer experience.

« It used to be beach and beer, » Jones says. « And now it’s, ‘Well, I want to come down and learn something and figure out how to help or be a part of something.’ It was more superficial 20 years ago, maybe. »

The industry has exploded in the past few years, says Theresa Higgs, who runs United Planet in Boston. The nonprofit offers what she calls a cultural immersion program.

But Higgs is on the fence about whether the rise in popularity of « voluntourism » is a good thing. She’s heartened by the altruism of volunteers, but she’s worried about the flood of for-profit organizations bursting onto the scene.

« What I think often gets lost is the host communities, » she says. « Are they gaining? Are they winning? Are they true partners in this? Or are they simply a means to an end to a student’s learning objective, to someone’s desire to have fun on vacation and learn something? » she asks.

Higgs urges travelers to do their homework and research companies, just as you would before giving to a charity or volunteering for any organization.

About a dozen youth from the United Church of Christ from Yarmouth, Maine, are learning how to count to 10 in the Mam language, from an elderly indigenous woman in Guatemala City. They are volunteering for a week at the nonprofit Safe Passage, which helps children and parents who live and work in the capital’s sprawling garbage dump.

It’s pouring rain outside, but 17-year-old Mary Coyne isn’t bummed. She’s glad she spent her summer vacation here instead of at the beach, she says. « Yeah, I’m not getting a tan and not eating ice cream, » Coyne says. « But it’s something different. It’s like your whole being is satisfied because of experiences like this. »

Voir encore:

The Voluntourist’s Dilemma

Several years ago, when I was working as a reporter based in Haiti, I came upon a group of older Christian missionaries in the mountains above Port-au-Prince, struggling with heavy shovels to stir a pile of cement and sand. They were there to build a school alongside a Methodist church. Muscular Haitian masons stood by watching, perplexed and a bit amused at the sight of men and women who had come all the way from the United States to do a mundane construction job.

Such people were a familiar sight: They were voluntourists. They would come for a week or two for a “project” — a temporary medical clinic, an orphanage visit or a school construction. A 2008 study surveyed 300 organizations that market to would-be voluntourists and estimated that 1.6 million people volunteer on vacation, spending around $2 billion annually. A few are celebrities supporting their cause du jour, who drop in to meet locals and witness a project that often bears their name. Many more come to teach English during high school, college vacations or during a gap year. Others are sun-seeking vacationers who stay at beachside resorts but who also want to see “the real (name your country).” So they go into a community for an afternoon to help local women make beads, jewelry or clothes.

Volunteering seems like an admirable way to spend a vacation. Many of us donate money to foreign charities with the hope of making the world a better place. Why not use our skills as well as our wallets? And yet, watching those missionaries make concrete blocks that day in Port-au-Prince, I couldn’t help wondering if their good intentions were misplaced. These people knew nothing about how to construct a building. Collectively they had spent thousands of dollars to fly here to do a job that Haitian bricklayers could have done far more quickly. Imagine how many classrooms might have been built if they had donated that money rather than spending it to fly down themselves. Perhaps those Haitian masons could have found weeks of employment with a decent wage. Instead, at least for several days, they were out of a job.

Besides, constructing a school is relatively easy. Improving education, especially in a place like Haiti, is not. Did the missionaries have a long-term plan to train and recruit qualified teachers to staff the school? Did they have a budget to pay those teachers indefinitely? Other school-builders I met in Haiti admitted they weren’t involved in any long-term planning, and I once visited a school built by an NGO that had no money left to pay the teachers. If these brick-laying voluntourists overlooked such things in their eagerness to get their hands dirty, they wouldn’t be the first.

Easing global poverty is an enormously complex task. To make so much as a dent requires hard, sustained work, and expertise. Even the experts sometimes get it wrong. Critics of the Red Cross’s post-earthquake work in Haiti argue that the half a billion dollars the organization raised for disaster relief was largely misspent. Multimillion-dollar projects undertaken by the U.S. government ultimately failed to help Haiti export its mangos or complete a new building for Haiti’s Parliament on time. If smart, dedicated professionals can fail to achieve lasting progress over a period of years, how then is an untrained vacationer supposed to do so in a matter of days?

Sometimes, volunteering even causes real harm. Research in South Africa and elsewhere has found that “orphan tourism” — in which visitors volunteer as caregivers for children whose parents died or otherwise can’t support them — has become so popular that some orphanages operate more like opportunistic businesses than charities, intentionally subjecting children to poor conditions in order to entice unsuspecting volunteers to donate more money. Many “orphans,” it turns out, have living parents who, with a little support, could probably do a better job of raising their children than some volunteer can. And the constant arrivals and departures of volunteers have been linked to attachment disorders in children.

There are some volunteers who possess specialized, sought-after skills, of course. In Port-au-Prince I lived across from a Catholic guesthouse where groups of mostly American volunteers would spend their first nights in Haiti. Often I’d join them for dinner to hear about their experiences. I remember meeting an ophthalmologist from Milwaukee, who had just spent a week in a remote town in Haiti performing laser eye surgery. He recounted the joy he felt at helping people who were going blind from cataracts to see.

But not all volunteers come with an expertise like ophthalmology. When I asked one of the women who ran that guesthouse why she moved to Haiti, she told me that “a long time ago I felt called to be here, and I came based on that, not knowing what I was going to do.” In many ways, this woman is typical of the sort of voluntourists I’ve encountered. Many are religious — the sort of people who cite passages from the Bible, the Torah or the Quran that encourage followers to help those in need. Surely, they say, “love thy neighbor” takes on a different meaning in a globalized world. To many of these people, simply experiencing a foreign culture is not enough. They must change that place for the better.

Perhaps we are fooling ourselves. Unsatisfying as it may be, we ought to acknowledge the truth that we, as amateurs, often don’t have much to offer. Perhaps we ought to abandon the assumption that we, simply by being privileged enough to travel the world, are somehow qualified to help ease the world’s ills. Because the mantra of “good intentions” becomes unworthy when its eventuality can give a South African AIDS orphan an attachment disorder or put a Haitian mason out of work.

I’ve come to believe that the first step toward making the world a better place is to simply experience that place. Unless you’re willing to devote your career to studying international affairs and public policy, researching the mistakes that foreign charities have made while acting upon good intentions, and identifying approaches to development that have data and hard evidence behind them — perhaps volunteering abroad is not for you.

Jacob Kushner reports on foreign aid and immigration in East and Central Africa and the Caribbean.

Voir de même:

Voluntourism is a ‘waste of time and money’ – and gappers are better off working in Britain
Campaigners hit out at gap years in developing countries
Jonathan Brown
The Independent
24 October 2014

Helping out at an African nursery or digging trenches in rural India might have become a fashionable – and expensive – rite of passage for thousands of young people each year, but volunteers would often do more good staying at home and assisting communities on their own doorstep, a conference on ethical tourism will hear tomorrow.

The growing trend for far-flung gap years often combining an element of work in a developing country has become one of the fastest-growing phenomena in the global travel industry.

However, a leading UK charity is warning that whilst often well intentioned in their motives, altruistic young travellers can end up doing more harm than good to their host communities, even potentially fuelling child abuse.

Mounting concern that the desire to work in orphanages in countries such as Cambodia and Nepal is actually be leading to the abandonment or even abduction of children from their parents to fuel the boom in eager tourists has led to calls for a radical rethink on the ethics of so-called volunteerism.

Delegates at a one-day conference at Braithwaite Hall in Croydon, south London, organised by Tourism Concern will seek to persuade prospective volunteers to think hard about their choice of destination.

The charity’s executive director Mark Watson said that whilst the desire to help others was commendable – too many expensive commercial volunteering opportunities ended up exploiting both those offering help whilst harming the lives of those meant to be on the receiving end.

“Volunteers often have unfulfilling and disappointing experiences; volunteer placements can prevent local workers from getting much-needed jobs; hard-pressed institutions waste time looking after them and money upgrading facilities; and abused or abandoned children form emotional attachments to the visitors, who increase their trauma by disappearing back home after a few weeks,” Mr Watson said.

“We feel that there are many opportunities for people to undertake meaningful volunteering in their own community, where they will receive proper training, support and supervision – without the need to pay a tour operator for the privilege. In the majority of cases people would be far better (and have a more rewarding experience) volunteering at home and spending their money on travelling and staying in places listed in our Ethical Travel Guide,” he added.

Among the speakers at the event is campaigner Philippa Biddle, who described taking part in a development project building an orphanage and library in Tanzania. She said each night local men dismantled the structurally unsound work they had done – relaying bricks and resetting timbers whilst the students slept.

“Basically, we failed at the sole purpose of our being there. It would have been more cost effective, stimulative of the local economy, and efficient for the orphanage to take our money and hire locals to do the work, but there we were trying to build straight walls without a level,” she recalled.

Laura Woodward of Raleigh International, a non-profit making sustainable development charity which works with young volunteers and communities around the world living in poverty, said few commercial organisations offered high quality placements that brought benefit to their host countries.

She said the conference was right to highlight concerns over voluntourism.

“It’s true that there are many fantastic volunteering opportunities for people in their own communities and we strongly encourage volunteers to take action in their own communities upon their return; indeed, this has become a fundamental element of our programmes. Whilst there are huge benefits to volunteering at home, there are still pressing issues across the globe where young, international volunteers can make a real difference,” she said.

Voir de plus:

I recently came across an interesting article questioning voluntourism and assessing whether it does more harm than good in communities of the global south. It reminded me of my own concerns with « voluntourism » that originated in my college years in which I had participated in Alternative Spring Breaks. It was considered an alternative to what most college students did on their vacations: spending idle time by the poolside. The university-organised trips sent students to spend a week in disadvantaged and poverty-stricken communities to volunteer. This could take the form of teaching English at the local school, assisting in building and beautifying new homes for residents, or environmental cleanups. Interspersed throughout the week were also touristy getaways and souvenir shopping. Although I had memorable and rewarding moments, I could never shake off the feeling that it was all a bit too self-congratulatory and disingenuous.

Voluntourism almost always involves a group of idealistic and privileged travelers who have vastly different socio-economic statuses vis–à–vis those they serve. They often enter these communities with little or no understanding of the locals’ history, culture, and ways of life. All that is understood is the poverty and the presumed neediness of the community, and for the purposes of volunteering, that seems to be enough. In my own experiences – also highlighted by the author of the article – this has led to condescending and superficial relationships that transform the (usually western) volunteer into a benevolent giver and the community members into the ever grateful receivers of charity. It makes for an extremely uncomfortable dynamic in which one begins to wonder if these trips are designed more for the spiritual fulfillment of the volunteer rather than the alleviation of poverty.

I couldn’t help feeling ashamed at the excessive praise and thanks we received from locals and those on the trip alike. I cringed as we took complimentary photos with African children whose names we didn’t know. We couldn’t even take full credit for building the houses because most of the work had already been done by community members. In fact, if anything we slowed down the process with our inexperience and clumsiness. And how many schools in the west would allow amateur college students to run their English classes for a day? What had I really done besides inflate my own ego and spruce up my resume? I had stormed into the lives of people I knew nothing about, I barely engaged with them on a genuine level, and worst of all, I then claimed that I had done something invaluable for them all in a matter of five days (of which most of the time was spent at hotel rooms, restaurants, and airports).

An entire industry has sprouted out of voluntourism as it increases in popularity, possibly equal to the increase in global inequality. As the gap between rich and poor widens, so too it seems does the need for those of the global north to assuage the guilt of their privilege (paradoxically, guilt only seems to deepen as many realise the illusory effect of their impact), or to simply look good. The developing world has become a playground for the redemption of privileged souls looking to atone for global injustices by escaping the vacuity of modernity and globalisation.

But does this address the root institutional and structural causes of the problem? I do not mean to deny, across the board, the importance of the work voluntourists do. Volunteers in developing countries fund and deliver great programmes that would not happen otherwise, but the sustainability and the effectiveness of the approach is what I question. Time and energy would be better spent building real solidarity between disparate societies based on mutual respect and understanding. Instead of focusing on surface symptoms of poverty, volunteers and the organisations that recruit them should focus on the causes that often stem from an unjust global economic order. Why not advocate and campaign for IMF and World Bank reforms? How about having volunteers advocate for their home country to change aggressive foreign and agricultural policies (such as subsidy programmes)? This might seem unrealistic but the idea is to get volunteers to understand their own (direct or indirect) role in global poverty. The idea is to get volunteers truly invested in ending poverty, and not simply to feel better about themselves.

Voir de même:

The Guardian
14 November 2010

By 10pm, the aptly named Bar Street is pulsating with tourists drawn to Siem Reap by the famous Cambodian ruins of Angkor Wat. As hip-hop blares from clubs, children playing traditional instruments are led along by men with placards reading: « Support our orphans. » The kids offer sweet smiles to the diners and drinkers and anyone making a donation is invited to visit the nearby orphanage, one of several in the city, and perhaps spend time working there.

This is the most direct attempt to lure tourists, seducing them with wide eyes and heart-wrenching stories of abandonment. Other orphanages rely on websites filled with pictures of happy children. Some have hooked up with guest-houses, taxi drivers and, best of all, western tour companies that offer voluntary work alongside the holiday of a lifetime.

But behind those smiles can lie untold misery. For in Cambodia, as in other parts of the globe, orphanages are a booming business trading on guilt. Some are even said to be kept deliberately squalid. Westerners take pity on the children and end up creating a grotesque market that capitalises on their concerns. This is the dark side of our desire to help the developing world.

Look again at those cute children. Those « orphans » might have been bought from impoverished parents, coerced from loving families or simply rented for the night. An official study found just a quarter of children in these so-called orphanages have actually lost both parents. And these private ventures are proliferating fast: the numbers increased by 65% in just three years.

Once again, clumsy attempts to do good end up harming communities we want to help. We have seen it with foreign aid, corrosive in so many countries by propping up despots, fostering corruption and destroying local enterprises. We have seen it with the dumping of cheap food and clothes, devastating industries and encouraging a dependency culture. And now we see it with « voluntourism », the fastest-growing sector of one of the fastest-growing industries on the planet.

Insiders call them guilt trips. All those teenagers heading off on gap years, fired up with enthusiasm. Those middle-aged professionals spending a small fortune to give something back to society. And those new retirees determined to spend their downtime spreading a little happiness.

Now the flipside of these well-intentioned dreams has been laid bare in an incendiary report by South African and British academics which focuses on « Aids orphan tourism » in southern Africa, but challenges many cherished beliefs.

The study reveals that short-term volunteer projects can do more harm than good. Wealthy tourists prevent local workers from getting much-needed jobs, especially when they pay to volunteer; hard-pressed institutions waste time looking after them and money upgrading facilities; and abused or abandoned children form emotional attachments to the visitors, who increase their trauma by disappearing back home. « The more I delved into it, the more disturbing I found it, » said Amy Norman, one of the researchers.

Development charities offering professionals the chance to use skills abroad have raised similar concerns; Voluntary Service Overseas even condemned this burgeoning industry as a new form of colonialism. VSO asked what right unqualified British teenagers had to impose their desire to do good at schools in developing countries. And Norman is correct: the more you look below the surface, the more these trips raise profound questions about misplaced idealism and misconceived attitudes.

In recent years, a disturbing form of slum tourism has taken off, with rich visitors sold a glimpse into the lives of the very poor. In Asia, unbelievably, tourists pay for trips to hand out food to impoverished rural families. In Africa, tour firms throw in a visit to an orphanage alongside a few days on the beach or watching wild animals. Critics argue that dropping in to take photographs of orphaned children, who may have seen parents recently waste to death, reduces them to the status of lions and zebras on the veld.

Many orphanages let tourists work with children. But what would we say if unchecked foreigners went into our children’s homes to cuddle and care for the kids? We would be shocked, so why should standards be lowered in the developing world? Yes, resources might be in short supply, but just as here, experts want children in the family environment or fostered in loving homes, not in the exploding number of substandard institutions.

As the authors of this report point out, the harsh truth is that « voluntourism » is more about the self-fulfilment of westerners than the needs of developing nations. Perhaps this is unsurprising in a world in which Madonna thinks it is fine to take children from African families.

In Ghana, just as in South Africa and Cambodia, there has been a boom in unregistered orphanages. Last year, police investigated one after the rape of an eight-month-old boy and discovered 27 of the 32 children were not orphans. A government study found up to 90% of the estimated 4,500 children in orphanages had at least one parent and only eight of the 148 orphanages were licensed. Unicef officials said children’s welfare was secondary to profits and it is thought less than one-third of income goes on child care.

Too many travellers carry a naively romantic idea of doing good alongside their luggage. « Unfortunately, they are led by their hearts and not their heads and unknowingly support environments that may be abusive to children, » said Mark Turgesen, international co-ordinator of ChildSafe Network, which protects children from abuse. Last month, the British owner of an orphanage near Siem Reap was charged with sexual assault of a teenage boy; up to 100 children were moved to a safe house by investigators.

Inevitably, the needs of impoverished communities are subverted by the demands of wealthy visitors. Alexia Nestora ran the North American arm of a major « voluntourism » group and admitted such firms loved orphanage stops. « They sell the best and are the most tearjerking projects to pitch to the media. Volunteers come away with the classic picture with an orphan and tell all their friends about their experience – as a business person I loved this. » However, she started to question their validity once she went into the field and discovered the work carried out by volunteers was often unnecessary, as admitted by organisers. « The funding they bring with them is the attractive part. »

The desire to engage with the world is laudable, as is the desire to volunteer. But we need to tread more carefully. Unless we have time and transferable skills, we might do better to travel, trade and spend money in developing countries. The rapid growth of « voluntourism » is like the rapid growth of the aid industry: salving our own consciences without fully examining the consequences for the people we seek to help. All too often, our heartfelt efforts to help only make matters worse.

Voir aussi:

The Exploitative Selfishness of Volunteering Abroad

Maya Wesby

Newsweek

8/18/15

This article first appeared on the Wilson Quarterly.

For college students, studying abroad offers the chance to travel, earn credit and gain work experience. Students may opt to take language-immersion courses or even earn grants for working on subject-based projects (for example, doing scientific research on the Great Barrier Reef or filming a documentary in Egypt).

Yet one type of study abroad involves volunteer work in developing nations, and willing participants can travel the world while gaining a sense of community alongside fellow volunteers and the native population.

While idealism and good intentions drive many of these volunteers, there exists the concept of “voluntourism,” or volunteer tourism, in which companies send volunteers abroad for the sake of profit and corporate advantage. In other words, travel is designed to benefit the sponsoring companies rather than disadvantaged communities.

It is done by selling international service experiences to young people, mostly students, and is branded as a way to enhance their résumés. While host communities benefit from the rise in tourism and labor, nongovernmental organizations (which often partner with funds-seeking volunteer organizations) benefit from their projects gaining international exposure in fields such as science, medicine and infrastructure.

The voluntourism industry, worth about $173 billion annually, originated in the fierce competition among nonprofit businesses, where a balance must be struck between money and mission—between their original philanthropic goals and the new commercialization methods organizations adopt to remain financially viable. Even as commercialization may pay for a nonprofit’s programmatic work, the strategy is something of a devil’s bargain. Commercial motives drive away focus on charitable actions and blur an organization’s reputation as an altruistic, friendly aid to developing communities. Voluntourism arose as a more palatable form of commercialization, earning income for a business while maintaining the illusion of clean-cut charity work.

The commercialization of charity gets more problematic when considering the demographics of volunteers and their hosts. Though sub-Saharan Africa is the primary destination for voluntourists, the visitors themselves—many of whom are recruited for the experience—are primarily white students from Europe, North America, Australia and New Zealand.

The gaps in culture, background and privilege are apparent on social media, where some participants post preening “selfies” with indigenous children and use hashtags like #InstagrammingAfrica to share a filtered version of their glamorous lives. It all seems to devalue the original purpose of volunteering abroad and makes one wonder if these participants’ motives were charitable at all.

Working in an underdeveloped region should result in meaningful change and an expansion of one’s worldview, not a new profile picture.

Selfishness instead of selflessness has harmed host communities. In Pacific Standard, Lauren Kascak argues that voluntourism in the medical field has brought local communities more harm than good.

A former voluntourist herself, Kascak found that Ghanaians were less likely to purchase health insurance since they knew every few months there would be a ready and willing supply of foreign volunteers to bring medication—leaving the community susceptible to disease during interims.

More troubling is the growing orphan tourism business in South Africa and Indonesia, where children are cared for and receive an education by the voluntourism organization and individuals. Some children, because their parents cannot send them to school, move into orphanages where tourists come to provide them with food and education.

A more suitable long-term solution would be to provide parents with the resources and knowledge to care for their children, or investing in a more permanent educational infrastructure, rather than focusing solely on short-term necessities.

Similarly misguided was an effort to build houses in a post-earthquake shattered Haiti. While the foreign volunteers were well-intentioned, they misplaced their focus; it was necessary to build stable homes, but the real problem was crippling, multigenerational poverty.

Lacking skills and employment to improve their condition, Haitian families continued to beg in the streets in the absence of tourists. The volunteers came and left, but nothing had really changed.

These examples reveal the core danger of voluntourism: It creates a dependency between host communities and Western societies rather than the infrastructure needed for sustainable self-reliance. Yet because the industry shows no signs of stopping, voluntourism can only be modified, and not eliminated.

To be effective, an ethical reformation of voluntourism must apply to the volunteers, the volunteer organizations and the host communities. One set of ethical standards for companies and individuals to abide by is known as Fair Trade Learning, principles that emphasize the benefits of exchange relationships, where all parties are in equal benefit.

With an equal benefit to all three parties—volunteers, nonprofits and hosts—voluntourism can continue as a mutually benefiting and rewarding experience that profits and saves the reputation of organizations, gives young Westerners a truly meaningful experience and lastingly improves the quality of life for developing communities.

Maya Wesby is a writer at the Wilson Quarterly, where this article first appeared.  

Sources: Alexandra Coghlan and Steve Noakes,“Towards an Understanding of the Drivers of Commercialisation in the Volunteer Tourism Sector,” Tourism Recreation Research 37(2) (2012): 123–131. Eric Hartman, Cody Morris Paris and Brandon Blache-Cohen,“Fair Trade Learning: Ethical Standards for Community-Engaged International Volunteer Tourism,” Tourism and Hospitality Research 14(1-2) (2014): 108–116.

Voir par ailleurs:

In defence of ‘voluntourists’


The Guardian
25 February 2013

The debate about « voluntourism » – that unsightly word – has reared its cynical head yet again. Every so often the spotlight is turned on western students using their free time to help those less fortunate in developing countries, and much head-scratching and soul-searching ensues.

Recently the Guardian published a piece by Somalian blogger Ossob Mohamud, with the headline Beware the ‘voluntourists’ doing good. She argues that the west is turning the developing world into « a playground » for the rich to « assuage the guilt of their privilege ».

Mohamud clearly had a difficult volunteering experience. She says she felt ashamed at the excessive praise and thanks of locals, cringed as she took photos with African children whose names she did not know and was left feeling that she had simply inflated her ego and spruced up her resume.

There is a discussion to be had about the merits or otherwise of overseas volunteering schemes which attract crowds of well-meaning westerners to build schools and playgrounds, teach English or care for orphans. But Mohamud’s insistence on drawing a wider social message from her own unsatisfactory trip is unfair and potentially damaging.

Last summer I visited Uganda to report on the work of East African Playgrounds. The charity enlists British students to build play facilities and run sporting projects for primary school children. In just a few years it has grown to be self-sufficient, employing a team of young Ugandans as builders, to the point where the charity’s British founders will soon be able to step back and let it run itself.

I witnessed the volunteers – students and recent graduates from UK universities – forming genuine friendships with the locals, developing emotional attachments to the children and becoming truly invested in their future. Cynics might that say when they return to Britain they leave it all behind and life moves on. But for many, volunteering can be life changing.
Mark Deeks, 28, was deeply affected by the experience, and is still shaken by the country’s poverty, healthcare and corrupt political system. When he returned to university he wrote his masters dissertation on gay rights in Uganda.

East African Playgrounds founder Tom Gill admits frustration that many quick-fix ‘gap year’ companies are « built to maximise profits and reduce costs wherever they can » without investing in communities. But, he says, many charities are working hard to counter this.

« Charity in its essence is a chance for those who have more than enough to help those who don’t have enough, » he says. « If privileged people stopped volunteering and making donations then what would happen to the work of thousands of charities worldwide?

« Volunteers play a vital role in the model of charities that are looking to become financially independent and self-sufficient. Charities that rely heavily on grants and trusts have almost all suffered reductions in donations, which has a huge impact on the ground with funding having to be pulled from grassroots projects.

« No approach is without its flaws, but it is vital that people do not group charities doing this well with companies who are putting very little into the developing world. »

Undergraduates face a stark choice about how to spend their time before entering employment, particularly now that money is tight and jobs are scarce. Charities that invest in the developing world need keen, energetic, ambitious people to help them along. « Voluntourists » they may be – but their work can have a huge impact on their own lives and the lives of those they help. It would be an awful shame if they were put off.

Voir par ailleurs:

Rice Christians and Fake Conversions

Laura Parker

A life overseas

January 28, 2013

I remember our first year on the field literally thinking, “No one is ever, ever going to come to faith in Christ, no matter how many years I spend here.” 

I thought this because for the first time in my life, I was face-to-face with the realities that the story of Jesus was so completely other to the people I was living among. Buddhism and the East had painted such a vastly different framework than the one I was used to that I was at a loss as to how to even begin to communicate the gospel effectively.

And so, the Amy-Carmichael-Wanna-Be that I was, I dug in and started learning the language. I began the long, slow process of building relationships with the nationals, and I ended up spending lots of time talking about the weather and the children in kitchens. And while over time, I became comfortable with helping cook the meal, I saw very little movement of my local friends towards faith.

But, then we started hearing about Western teams that came for short term trips or long-term missionaries who visited the villages around the city where we were living. Sometimes they would do vacation bible schools for the kids, other times they would show a film. Sometimes they would do a sermon or go door-to-door. Other times, they would help build a bathroom or a water well or a new church. (And these efforts were definitely noble, costly, and helpful on many levels.)

But the surprising thing for me was that these teams (both long and short term) seemed to come back with conversion stories. 

These Americans — many of whom didn’t know the language and hadn’t studied the culture– often came back thrilled to have witnessed several locals seemingly convert from Buddhism to Christianity.

After three days of ministry.

Here I was learning from living in the culture, that the leap from following Buddha to following Jesus was seemingly a gigantic one, yet it seemed that every time I turned around Western teams were having wild success in convincing nationals to make it.

And they would tell their stories or I would read them online, and I would immediately begin to shrink a little, or a lot.

What was I doing wrong? I obviously suck at being a missionary.  These were my logical conclusions.

About six months into our time overseas, I first heard the term “Rice Christians.”

The term is used among the missionary community to describe nationals who make a profession of conversion (inauthentically or without true understanding) in order to get the product (clothing, food, rice) that is being delivered by the Western worker.  It seems that if you add the strings attached to the given supplies with the “don’t cause conflict or disagree” cultural value of the Asian country where we lived,  a subtle social game can quickly develop.

It could go a bit like this: uneducated villagers, a little (or a lot) in awe of the white American, are provided with goods they desperately need, entertainment that encourages their kids, and attention by the wealthy Westerner, all of which they gladly accept. And at some point over the course of the event, the Westerners share honestly about their religion and eventually ask for public professions of faith.

And, seriously, what’s an impoverished person, raised in a culture of respect, supposed to do in light of  this turn of events? In many ways, isn’t agreeing with the views of the outsider the most polite and most effective response for the national– the path that both provides for their families while still showing respect for their visitors?

Perhaps, perhaps they become Rice Christians for the day.

And maybe we missionaries don’t really give them many other options. 

Note: I am by no means saying that the gospel can’t move mightily and quickly among a people group. I’m not saying that we should all begin to doubt the faith of those that come forward in evangelistic outreaches, either. I’m also not throwing short term missions under any kind of bus because I’ve seen this in both short and long-termers. I am saying, though, that perhaps we need to consider the position we put people in when we enter their worlds with gifts and programs. And perhaps we need to re-evaluate some of our “numbers.” 

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Thoughts on this? What is your opinion/experience with pairing the gospel with humanitarian aid? Can that become manipulative? In your area of the world, are people quick to receive the gospel?

Laura Parker, Co-Founder/Editor, Former Aid Worker in SE Asia

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Proselytising amid the poverty

3 September 2008

Cambodia’s relative religious freedoms have encouraged Christian groups to set up shop in the Kingdom, but they risk creating ‘rice Christians’ when they preach to the poor

Elders Jones and Henderson cycle calmly through Phnom Penh’s rush-hour traffic, Bible bags strapped to their backs, white cotton shirts snapping in the breeze. It is becoming a familiar sight in Cambodia: clean-cut young missionaries of the Church of Jesus Christ of Latter-Day Saints – better known as the Mormon Church – taking to the streets to spread the Word of the Lord.

As missionaries, Jones and Henderson are awake at five and proselytise until eight in the evening, seven days a week. Both are nearing the end of their gruelling two-year stints in Phnom Penh, but look back on their time here with no regrets. « My purpose is to welcome others to come into the Word of Christ, » Henderson said. « I wouldn’t be here if I didn’t love it. »

He said their work is helped by the natural curiosity of the Cambodian people. « There’s a lot of curiosity. There’s a great number of people who are willing to hear the message that we are sharing, » Henderson said.

Elder Jones, an Idaho native, agreed Cambodians’ friendliness was an advantage for the church, which was founded in the US in 1830 and has since grown into a global religion with over 13 million adherents.

« We just go and talk to them, » he said. « The Lord is in charge, and he’s taking care of things. »

With a local membership of over 8,000, Mormonism has led a significant demographic shift towards Christianity in Cambodia. According to the US State Department’s 2007 International Religious Freedom Report, Christians make up around two percent of Cambodia’s population (approximately 282,000 people), dispersed amongst 100 organisations.

Compared to more restrictive neighbouring countries like Vietnam and Laos, Cambodia has a relatively open climate for missionary work.

The law requires all religious groups to register with the Ministry of Cults and Religions if they wish to build places of worship or conduct religious activities. But according to the Religious Freedom report, « there is no penalty for failing to register, and in practice some groups do not. » Only 900 of Cambodia’s 2,400 churches are officially registered with the government.

Dok Narin, undersecretary of state at the ministry, said the constitution guaranteed freedom of religion and that there are few laws to regulating the day-to-day activities of missionaries. « We cannot control them, as we don’t have any special laws, » he said, adding that more regulation was desirable but difficult to balance with a commitment to religious freedom. « The ministry is planning laws to exercise more controls on religion, but we are afraid that it may affect the constitution, » he said.

« Rice Christians »

In February 2003, the government imposed a ban on door-to-door proselytising, but the continuing lack of firm regulations has created fresh temptations. Cambodia has long been plagued by rumours that Christians were exploiting the nation’s poverty to attract converts – a problem Christian leaders say goes to the heart of doing missionary work here.

« When a country like Cambodia opens up, you get greater freedoms to operate, » said Vernon Elvish, a missionary with the Jehovah’s Witnesses, who arrived here in 1992.

« In one way that’s a good thing, but then you can also get the bad side of that freedom coming in, » he said, adding that rumours of exploitation were hard to verify, but taken seriously.

« We’re very conscious of making ‘rice Christians’, » he said, referring to those who change religions on a material incentive. « Our organisation is purely a religious organisation…. We don’t even teach English here, so if they want to become a Jehovah’s Witness, it’s because they want to become a Jehovah’s Witness, not because they’re getting any material benefit out of it. »

David Manfred, a missionary with the Christian & Missionary Alliance (CAMA), founded in Cambodia in 1923, said the country’s openness made it tempting for some missionaries and that « rice Christians » were a constant concern.

« My own sense is that some groups have probably come here and, out of zeal, have used methodologies that we wouldn’t feel comfortable with, » Manfred told the Post. « There has been a tendency … to inflate [conversion] numbers, or to count them differently. It’s actually something we work quite hard to try and avoid, because that would not be the kind of faith that we’re looking for. »

Mormon mission President Robert Winegar said the church spent between US$400,000 and $1 million per year on charity and development programs, but that such activities were tightly sealed off from its religious work.

« In all of these [projects] we never talk about the church, » he said, adding that the church asked more of its members than its members asked of the church. « Not only do we not use poverty as a lure to join the church; we invite members to donate [a] 10 percent [tithe] to help the church grow, » he said.

Freelance missionaries

Some missionaries have gone further, distancing themselves from the large churches they say have made Christians dependent on foreign church money. Michael Freeze, a Baptist missionary who has worked in Cambodia since 2000, said that after four years of running a church in Phnom Penh, he became disillusioned and now focuses on small Bible study sessions.

« It became apparent to me that [Cambodians] were coming to church but not wanting to take part in building the church, » he said. « That’s why I no longer want to have a big structure and have them think that ‘this is the Western money train, I want to get on board’. »

An independent Khmer-American pastor, who declined to be named because of his associations with several organisations in Cambodia, agreed that the massive economic gap between Westerners and most Cambodians turned proselytising into an ethical minefield.

While outright bribes were rare, he said that economic dependency was hard to avoid.

« It’s good to give, but you have to be very careful how you give. You come to Cambodia with SUVs and tonnes of rice, and that’s virtually bribery, » he said.

The pastor said the financial concerns of some large churches had compromised their aims.

« If you build your foundation on money,  religion will crumble, » he said, singling out the Mormons for criticism.

« I believe that churches have made a lot of mistakes in terms of their focus on finance and on getting their numbers up. That’s where the church of Mormon comes in. They know how to work the system…. But all the money in the world can’t buy God. »

CAMA’s Manfred said that in terms of building local capacity and avoiding the pitfalls of dependency, the principles of effective missionary activity were similar to the principles of effective aid work. « I think that the use of money is an area where we have to be hugely careful, so that these kinds of patron-client relationships are not established, » he said.

Given the lack of government oversight, Manfred added, some Christian groups imposed a regime of regulation on themselves. CAMA has associated itself with the Evangelical Fellowship of Cambodia, an umbrella organisation representing a large number of missions, which has a stringent code of conduct prohibiting the use of material « enticements ».

« We limit the amount of money coming from the outside in terms of direct support [to churches], » he said.

« My problem with this is when they try to wean themselves off, there’s already a bit of dependency, and they’ll often just look for another patron. »

But Freeze said these mistakes were often a result of a lack of understanding of the local context, something that could be overcome through in-country experience. « Most groups have genuine heart, » he said. « But a lot of the problem here is a misunderstanding of culture. »

ADDITIONAL REPORTING BY HOR HAB

Voir également:

Baptists Tired of Being Swindled by Rice Christians

christianaggress 
April 27, 2016

Way of Life Baptist Publication

Recently a Baptist publication printed the following after being swindled by many Asian converts who they have attempted to « buy »: THE DANGER OF SUPPORTING NATIONAL PREACHERS. To channel a lot of funds to a national preacher in that part of the world is a serious mistake. Those people are incredibly poor, and an amount of money which to us is minuscule, to them can be a small fortune, and therefore a very great temptation. I have met dozens of Indian preachers who are channels for U.S. funds, and who have their hired « preacher boys » and evangelistic work. I have met very few who, in my estimation, were using the money properly for the spiritual health of the churches under their care. The tendency is for the following to happen: (1) The head preacher who is the funnel for the U.S. funds becomes wealthy in the eyes of his own people. He might seem poor to the preachers who visit from the States, but in the eyes of his own people, he has found a « gravy train. » It has perpetuated the concept in those lands that the best way to make a good living for a preacher is to get hooked into U.S. church funds. (2) The national preachers who are on the head preacher’s payroll become his hirelings. It is like welfare. They never seem to get off the dole. Year after year passes, and these evangelists and pastors remain salaried by U.S. churches via the largess of the « head preacher » rather than through the tithes and offerings of their own people. The « churches » they start never become self-supporting. They don’t pay the salary of their own workers. They don’t build their own buildings. They don’t even buy their own bicycles. I have often asked these men why the national churches are not supporting their own men. The answer invariably is that « they are too poor. » That tells me immediately that I am dealing with a man who desires to perpetuate the « welfare » system. Any church in any part of the world can support its own men at its own standard of living through the Lord’s program of tithes and offerings. Those who refuse to train the churches in this are creating welfare churches which will never be strong enough to stand on their own feet. This is NOT New Testament missions. THE DANGER OF BUILDING NATIONAL CHURCH BUILDINGS. It is a very serious mistake to fund church buildings for the nationals. On occasion, it might not be wrong to HELP another church to build its building, when it is plain that that congregation is doing all it can to build the building, and when it is plain that that congregation would eventually get its own building with or without outside help. But to channel U.S. church funds into church buildings in Asia (or elsewhere) is a very serious mistake. It will weaken those churches, at best. It is even possible that the churches which are so aided will never be true churches, being peopled only by « rice Christians. »

Missionaries Flock to China
George Wehrfritz and Lynette Clemetson
Newsweek

The children are dressed in their Sunday best when « Grandma Jane » arrives at the orphanage in rural Xinmi County. All 16 of them — girls in summer dresses, boys in pressed shirts — race out of their cramped apartments to meet her. Jane Marcum hugs and kisses each one, bantering in broken Mandarin about new haircuts and schoolwork. Together they enter the House of Hope. « When we found Wenwei, he had no smile, no joy, » the orphanage’s ebullient founder says about one of her charges. « His ears were frostbitten, and he had sores in his mouth. » Now he has a home and a future.

Until 1994 Marcum, now 58, taught high-school biology in Mound City, Kans. Then one day « God told me to move to China, » she remembers. A self-described « spiritual Christian, » she took early retirement, told her husband and two grown children she’d see them during summer holidays and journeyed to Henan province, where friends introduced her to Xinmi officials. Within three weeks, they had established the House of Hope. The whole operation costs less than $10,000 a year. Donors include Catholic nuns, a Baptist Sunday-school class from Missouri and the Wall Street Christian Church in Kansas, which gives $100 a month earned from a communal wheat field.When the United States and China established diplomatic relations in 1979, President Jimmy Carter asked Deng Xiaoping to reopen Christian churches, print Bibles and welcome back foreign missionaries. Deng granted the first two requests. China’s state-approved « patriotic » churches (both Catholic and Protestant) have since opened more than 37,000 churches and « meeting places » and have printed more than 22 million Bibles. Underground « house churches, » illegal congregations that refuse to register with the government, also thrive despite periodic crackdowns. Critics in the United States accuse China of persecuting Christians. But by some estimates, 50 million Chinese have been baptized since the late 1970s. Now it seems Beijing has quietly and unofficially granted Carter’s third wish.

Not since Mao Zedong declared American missionaries « spiritual aggressors » and expelled them 50 years ago have so many foreign Christians worked in China. Missionaries are still officially forbidden in China, and proselytizing is technically illegal. Nonetheless, more Christian activists are entering China openly. By some estimates, 10,000 foreign Christian workers now live in the country, more than half of them Americans.Behind this change is economics: Beijing’s rules no longer count for much in the cash-strapped provinces. As reformers unravel the socialist safety net, local leaders must find new ways to finance basic services like schools and health clinics. « Few local authorities will put bureaucratic hurdles in the way of… Christians who appear with bags full of money, » writes development expert Nicholas Young in the China Development Briefing, a bimonthly newsletter.It’s all a question of tactics. Hong Kong Christian Council member Philip Lam went to China in 1993 to propose Project Nehemiah, a plan to rebuild churches. At first, authorities bristled. « Nehemiah? » asked one official. « Is he a foreigner? » Lam explained that Nehemiah was an Old Testament prophet, but that didn’t help. Finally, Lam dropped the name Nehemiah. Authorities gave the OK. « You have to understand their sensitivity, » says Lam.Even after a half century of official atheism, some of the old missionary links remain. The small town of Hequ, in Shanxi province, counts a missionary as one of its local heroes. Peter Torjesen, a Norwegian evangelist, sheltered wartime refugees until the Japanese dive-bombed his mission in 1939, killing him. For that sacrifice, local communists proclaimed Torjesen a « people’s martyr. » In 1990 they invited his American offspring back to Shanxi to unveil a monument to their patriarch. Grandson Finn Torjesen, then a missionary in Indonesia, attended with 15 relatives and met Shanxi’s vice governor. « You are the picture of an old Chinese family, three generations gathered to honor an ancestor, » the official said. « We want your kind of people back in China. »The family returned in 1993, establishing an outpost for the Colorado-based Evergreen Family Friendship Service, a nonprofit humanitarian group. Volunteer physicians and teachers train « barefoot » village doctors and screen rural children for illnesses. « We’re here to live in the community, learn the language and do what the community wants us to do — but as Christians, » says Torjesen. David Vikner has a similar family story. The son and grandson of Lutheran missionaries, he fled the communist takeover as a toddler but later returned. Twice. In 1982 he taught English in Wuhan until suspicious officials asked him to leave. « They thought I was a spy, » he says, laughing. Seven years later, he became president of the United Board for Christian Higher Education in Asia, a nonprofit established in 1922 to unify missionary colleges in China. Since re-establishing links with the mainland, the board has worked with more than 100 Chinese universities, spending nearly $15 million. « We do not evangelize, » Vikner says.Why the disclaimers? Traditional stereotypes portray missionaries as opportunists who rode in on foreign gunboats and turned famine victims into « rice Christians. » Missionary health clinics and orphanages created a folklore about demons who « took blood from poor people and killed babies, » says Zhuo Xinping, a religion specialist at the Chinese Academy of Social Sciences. Little wonder that although today’s Christian charity work is without question a form of missionary activity, few Christians use the term. They stick to job descriptions like doctor, engineer, project director. »Teacher » is the most popular. The majority of foreign teachers working in China today are sponsored by Christian organizations. The Amity Foundation, a nonprofit Christian charity established under the state-sanctioned China Christian Council in 1985, now has more than 150 American instructors spread across the country. Amity’s guidelines admonish them to express their faith « through service rather than proselytization. » Yet many teachers bend, or defy, the ban on evangelism by sharing the gospel with curious students on a one-on-one basis or inviting them home for Bible study. « When the group got too big for my apartment we started meeting in the fields, » confides a teacher now living in China.Christian teachers are having such success that religious groups are stepping up recruitment efforts. The Lutheran Church-Missouri Synod, for example, runs an Internet ad seeking applicants for a program called TEAM (Teaching English as Ministry). The ad says the job is « the most ‘hands on’ type of ministry that is available for foreigners. » Insists a church spokesman: « We don’t permit overt evangelism. »Beijing isn’t blind to evangelism, overt or otherwise, but its strategy is to regulate missionaries and tap them for resources. For that reason, many Christians outside the country worry that it is too easy for local authorities to skim money from donations and that cooperating solely with official religious organizations weakens the underground church. « Everyone must do what God tells them to do, » says a Hong Kong Pentecostal minister whose followers smuggle Bibles into China and evangelize in rural areas. « I don’t criticize those other efforts, but we’re giving people the word of God in the way we feel is best. »Some Christian organizations are trying to have it both ways with « two track » China strategies. They advocate both official cooperation and clandestine assistance to unregistered house-church congregations. Last year, the Southern Baptist Convention faced a mutiny when missionary directors in East Asia proposed abandoning covert programs in China. After intense debate, the Baptists decided to keep their two-pronged approach. Beijing, which had followed the debate on a Baptist Web site, promptly cut all ties with the convention.While Western Christians bicker over strategies, Chinese Christianity — official and unofficial — is growing rapidly as people search for spiritual meaning in a post-Marxist society. Down a winding dirt road on the banks of the Mekong River, the Jinghong Church in China’s southern Yunnan province is bursting at the seams. « Jesus is all the world to me, » the congregation sang at one recent service as latecomers crowded in. The church holds three services every Sunday to accommodate a flock that is fast approaching 2,000. With funding from the Hong Kong Christian Council, the congregation hopes to build a new church this year. Local authorities are happy about the plan, because the new building will double as a lay training facility and community-service center. Elder Yu Di, a spirited preacher who rebuilt the congregation from a five-member underground church that met in her home in 1987, says the church has grown by testing the limits. « Before, there was no freedom for us. [The government] said Christianity was a foreign religion, » she says. « Now we can say our God is a universal God. »Vol. 20, No. 1

Voir enfin:

New Code of Conduct for Christian Witness
Mark R. Elliott
In January 2011 the Roman Catholic Pontifical Council for Inter-religious Dialogue, the World Council of Churches (representing mainline Protestant and Eastern Orthodox churches), and the World Evangelical Alliance agreed upon a new code of conduct for ethical, non-coercive sharing of the gospel. These church bodies, which collectively represent approximately two billion members, or 90 percent of the global Christian population, negotiated this path-breaking code of conduct in three consultations spanning a period of five years: May 2006, Lariano, Italy; August 2007, Toulouse, France; and January 2011, Bangkok, Thailand (www.internationalbulletin.org; pp. 194 and 196).In “Christian Witness in a Multi-Religious World: Recommendations for Conduct,” all parties concur that “Proclaiming the word of God and witnessing to the world is essential for every Christian. At the same time, it is necessary to do so according to gospel principles, with full respect and love for all human beings” (Preamble of “Christian Witness.” All citations to “Christian Witness” are taken from the text online at http://www.oikoumente.org/eng/a/en/news/news-management/article/1634/christians-reach-broad-co.html. Hereafter, all references are from this document unless otherwise noted.)The desired practical outcome for “Christian Witness” is to see churches and mission agencies “reflect on their current practices and…prepare, where appropriate, their own guidelines for their witness and mission” (Preamble). The document notes that “In some contexts, living and proclaiming the gospel is difficult, hindered or even prohibited, yet Christians are commissioned by Christ to continue…in their witness to him.” At the same time, “If Christians engage in inappropriate methods of exercising mission by resorting to deception and coercive means, they betray the gospel….Such departures call for repentance” (“A Basis for Christian Witness,” Points 5 and 6).The sections of “Christian Witness” entitled “Principles” and “Recommendations” provide a valuable blueprint for sharing the gospel with integrity. Key affirmations, with accompanying commentary by the East-West Church and Ministry Report in italics, may be summarized under five headings: I. fair representation of other confessions and faiths; II. disavowal of all forms of violence and coercion; III. advocacy for government impartiality in matters of faith; IV. calls for tolerance, respect, and inter-religious dialogue; and V. the need to distinguish between acts of mercy expected of all Christians and inappropriate allurements.
I. Fair Representation of Other Confessions and Faiths
To characterize other churches and religions fairly, “Christians should avoid misrepresenting [their] beliefs and practices” (Recommendation 3). “Any comment or critical approach should be made in a spirit of mutual respect, making sure not to bear false witness concerning other religions” (Principle 10). Appendix 3 of “Christian Witness” further urges that “Freedom of religion enjoins upon all of us the…non-negotiable responsibility to respect faiths other than our own, and never to denigrate, vilify or misrepresent them for the purpose of affirming superiority of our faith.” The ever-present temptation in making comparisons is to commend the example of the most praiseworthy spiritual paragons of one’s own tradition while omitting to mention or minimizing the significance of the shortcomings of one’s own confession. Individuals who have managed to abstain from unfair representations and comparisons include Plymouth Brethren evangelist Lord Radstock who scrupulously avoided criticism of Russian Orthodoxy in his preaching in St. Petersburg palaces; Don Fairbairn in his exemplary, balanced critique of Eastern Orthodoxy through Western Eyes; and Father Alexander Schmemann in his self-critical judgments as well as defense of his own tradition in The Historical Road of Eastern Orthodoxy and The Journals of Alexander Schmemann 1973-1983.
II. Disavowal of Violence and Coercion
“Christians are called to reject all forms of violence, even psychological or social, including the abuse of power in their witness. They reject violence, unjust discrimination or repression by any religious or secular authority, including the violation or destruction of places of worship, sacred symbols or texts” (Principle 6). Sad to say, the past two decades provide too many examples of violence motivated by religious intolerance in post-Soviet states: the murder of Father Alexander Men and other Orthodox priests; the murder of Korean Protestant missionaries in Siberia; Albanian destruction of Serbian Orthodox churches and monasteries (following earlier Serbian destruction of Albanian mosques); an Orthodox bishop in Ekaterinburg ordering the public burning of texts written by “suspect” theologians: Alexander Men, Alexander Schmemann, and John Meyendorff; and ongoing harassment of Russian Baptists and Pentecostals and vandalism of their houses of worship. (On murdered priests: East-West Church and Ministry Report 7 [Summer 1999]: 1; and Orthodoxy in the World, 28 May 2010; http://www.pravmir.com/article _987.html; on Korean Protestant missionary murders: East- West Church and Ministry Report 3 [Spring 1995], 4; on destruction of Serbian and Albanian religious sites: East-West Church and Ministry Report 12 [Summer 2004], 1-3; and 12 [Spring 2005], 15; on Orthodox book burning: East-West Church and Ministry Report 6 [Summer 1998], 11; on harassment of Russian Baptists and Pentecostals: Felix Corley, “Fined for Meeting for Worship,” Forum 18, 28 October 2011, http://www.forum18.org. For many additional examples of harassment search the Forum 18 online archive.)
III. Advocacy for Government Impartiality
Unfortunately, much of the religiously inspired mayhem in post-Soviet states is exacerbated by government partiality toward one or another favored faith. The text of “Christian Witness” speaks at length of the necessity of state neutrality regarding freedom of conscience: Christians are encouraged to “call on their governments to ensure that freedom of religion is properly and comprehensively respected, recognizing that in many countries religious institutions and persons are inhibited from exercising their mission” (Recommendation 5). “Religious freedom including the right to publicly profess, practice, propagate and change one’s religion flows from the very dignity of the human person which is grounded in the creation of all human beings in the image and likeness of God….Where any religion is instrumentalized for political ends, or where religious persecution occurs, Christians are called to engage in a prophetic witness denouncing such actions” (Principle 7).In post-Soviet territories, especially in the Caucasus and Central Asia, changing one’s religious allegiance from a majority to a minority faith is particularly fraught with danger. On this point, “Christian Witness” holds that followers of Christ “are to acknowledge that changing one’s religion is a decisive step that must be accompanied by sufficient time for adequate reflection and preparation, through a process ensuring full personal freedom” (Principle 11). Given existing state and societal pressures to maintain one’s identification with a majority faith, it must be recognized that freedom of conscience may be violated not only through improper pressure or inducement to change one’s religion, but also by improper pressure or inducement not to change one’s religion (Mark Elliott, “Evangelism and Proselytism in Russia: Synonyms or Antonyms?,” International Bulletin of Missionary Research 25 [April 2001], 72). Churches enjoying numerical superiority and/or state privilege typically have exploited their advantages in ways that have undermined freedom of conscience. As a rule, in such circumstances, minority faiths have faced persecution or discrimination. It should be pointed out that a lack of government impartiality in matters of faith has been the case not only in states with established churches (for example, Catholic Spain, Orthodox tsarist Russia, Lutheran Prussia, and Anglican England), but also in circumstances of informal church-state compacts, such as Protestant privilege in nineteenth-century America and Orthodox privilege in post-Soviet Russia.
IV. Calls for Tolerance, Respect, and Dialogue
The text of “Christian Witness” repeatedly addresses the need for tolerance, respect, and inter-religious dialogue: “Christians are called to commit themselves to work with all people in mutual respect, promoting together justice, peace and the common good. Inter-religious cooperation is an essential dimension of such commitment” (Principle 8). “In certain contexts, where years of tension and conflict have created deep suspicions and breaches of trust between and among communities, inter-religious dialogue can provide new opportunities for resolving conflicts, restoring justice, healing of memories, reconciliation and peace-building” (Recommendation 2).While the above commitments deserve wholehearted support, in the post-Soviet context it must be noted that respect, tolerance, and inter-religious dialogue are extremely rare commodities. In large measure, this sad circumstance is a function, at least in Russia, of a once-privileged Orthodoxy reasserting its claims to spiritual hegemony. Lord Acton’s famous aphorism, “Power corrupts and absolute power corrupts absolutely,” applies in Russia with a vengeance. The contrast between Eastern Orthodoxy in North America and in Russia is instructive. As a minority faith in the West, Orthodoxy benefits from, and seems genuinely agreeable to, the concept of full protections for freedom of conscience. In Russia, however, Orthodoxy accepts—and even lobbies the government for—ever-increasing legislative discrimination against Christians outside the fold of the Moscow Patriarchate. The only faiths Orthodoxy tolerates are those that have sworn off witness outside their historic ethnic constituency (Islam, Judaism, and Buddhism), hence their ceremonially privileged characterization, along with Russian Orthodoxy, as “traditional” religions in the preamble of Russia’s discriminatory 1997 law on religion. Generally speaking, those faiths that favor inter-religious dialogue are religious minorities that suffer legal and/or societal distrust and discrimination, for example, Muslims in post-9/11 America and Baptists, Pentecostals, and Methodists in present-day Russia. The fact is that Russian Orthodoxy has little interest in inter-religious dialogue because, in its privileged position, it sees nothing to gain from it. Traveling through Siberia in September 2011, this writer was struck repeatedly by the desire of Russian Protestants and Western missionaries (politically impotent) to dialogue with Russian Orthodox (politically privileged), but the latter will have no part in it. The existing power differential is all the more striking given the fact that Protestantism east of the Urals appears to be demographically much stronger than Orthodoxy. The author’s interviews with Professor Andrei Savin, Novosibirsk, and seven missionaries and Russian believers, 6-14 September 2011, provided the following denominational figures: 28 Protestant and 8 Orthodox churches in Khabarovsk; 19 Protestant and 4 Orthodox churches in Komsomolsk na Amure; and 65 Protestant and 27 Orthodox churches in Novosibirsk. The same Protestant majority applies in Sakhalin: Natalia Potapova, “Contemporary Religious Life on Sakhalin Island,” East-West Church and Ministry Report 13 (Summer 2005), 3. (In contrast, Irkutsk, the historic capital of Siberia, is home to 35 Orthodox churches compared to 28 Protestant: http://iemp.ru/uprav/hram/hram/php.)The text of “Christian Witness” urges that “relationships of respect and trust with people of different religions” be built “so as to facilitate deeper mutual understanding, reconciliation and cooperation” (Principle 12). Unfortunately, in practice, Orthodox in post-Soviet states require non-Orthodox to forswear Christian witness as a precondition for tolerance and cooperation.
V. Distinguishing Appropriate Acts of Compassion from Inappropriate Allurements
Finally, the text of “Christian Witness” commends demonstrations of Christ-like compassion, but not material enticements that could lead to conversions of convenience. “Christians are called to…serve others and in so doing to recognize Christ in the least of their sisters and brothers. Acts of service, such as providing education, health care, relief services and acts of justice and advocacy are an integral part of witnessing to the gospel. The exploitation of situations of poverty and need has no place in Christian outreach. Christians should denounce and refrain from offering all forms of allurements, including financial incentives and rewards, in their acts of service” (Principle 4). Similarly, “As an integral part of their witness to the gospel, Christians exercise ministries of healing. They are called to exercise discernment as they carry out these ministries, fully respecting human dignity and ensuring that the vulnerability of people and their need for healing are not exploited” (Principle 5).As praiseworthy as Principles 4 and 5 are, they give inadequate guidance in differentiating between biblically mandated compassion and service on the one hand and unjustifiable allurements on the other. The fact is that Russian Orthodox define any Protestant or Catholic educational or medical assistance or charitable act as a means of proselytizing and sheep stealing. In the 1990s a pastor from Florida called this writer outlining his church’s plan for an evangelistic campaign in Russia. Following a short-term preaching mission, those Russians who made professions of faith and who joined a new church plant were to be given a trip to their sister church in Florida so they could experience an evangelical worship service in America firsthand. To the best of my ability I tried to explain to this well-meaning but misguided pastor that his approach to cross-cultural ministry was bound to produce “rice Christians” drawn to “faith” by the enticing prospect of a free trip to an American vacationland. Conversely, just as a paid trip to Florida is an inappropriate allurement for new Russian converts, equally inappropriate is Orthodox insistence that no Protestant or Catholic act of charity is legitimate on what Orthodox define as their exclusive canonical territory, even in cases of charity extended to those who have no affiliation with Orthodoxy. In the mid-1990s an Orthodox priest visited an orphanage near Volgograd, advising the director not to accept assistance from Protestants. The director, who was not a believer, reacted angrily, asking the priest why he had not come to help, rather than criticize Protestants who did help. No fair-minded Christian would want to endorse the example of the Florida pastor or the Volgograd priest. Nevertheless, the line between commendable and exploitative acts of mercy and service can be quite fine and quite gray. Thus, the appendix of “Christian Witness” is right to note that “Each issue” addressed in this unique, multi-confessional document “is important in its own right and deserves more attention than can be given in these recommendations” (Appendix, Point 5). It would be most beneficial to have the text of “Christian Witness” serve as the basis of discussion for the formulation of a more detailed and nuanced code of conduct for evangelical missionaries wherever they may serve.
Mark R. Elliott is editor of the East-West Church and Ministry Report, Asbury University, Wilmore, Kentucky.

India’s Hindu Nationalists Seek To « Indianize » Christians

Worthy Christian News

May 11, 2001

SANTA ANA, CA (ANS) — In a fresh attack on Christians and Muslims, the Hindu nationalist Vishwa Hindu Parishad (VHP) has joined the Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) in demanding the « Indianization » of Christians and Muslims in the country.

On April 20, VHP Vice President Acharya Giriraj Kishore demanded that Christians and Muslims should be « indigenized » and be given Indian names.

« By Indianization, we are not demanding conversion of Muslims and Christians into Hindus. For the sake of unity and integrity of the country, we are demanding that Christians and Muslims should be indigenized, carrying Indian names, » Kishore said.

Last October, RSS chief K.S. Sudershan called on Christians and Muslims to cut their spiritual links with « foreign sources. »

In a separate development, the VHP’s international general secretary, Pravin Togadia, claimed that about 33,000 people had been converted to Christianity in the northern state of Sikkim in the last 25 years. Togadia said there were only a few Christians 25 years ago.

Meanwhile, the VHP says it is planning to revamp its image and highlight its « social work » component in the rural areas among the backward castes and tribals.

According to VHP’s chief of social projects, Sitaram Agarwal, the aim is to counter the influence of Christian missionaries. The VHP says the program has helped in checking conversions as « awareness » was being spread in the rural areas.

For more information on the ministry of Open Doors (who released this story,) write: Open Doors with Brother Andrew, PO Box 27001, Santa Ana, CA 92799 or call: (949) 752-6600. The Open Doors USA Web site can be found at http://www.opendoorsusa.org.


Soft power: Vous avez dit nation de boutiquiers ? (How Britain became a soft power superpower)

12 septembre, 2016

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Great Britain’s medal tally at the Summer Olympics
Gold  Silver Bronze
gbmedals riomedals britmedals rio-qui-paye-le-mieux-ses-athletes-web-tete-0211186866405 unnamed3 unnamed4 unnamed5 unnamed7 unnamed6 unnamed9Aller fonder un vaste empire dans la vue seulement de créer un peuple d’acheteurs et de chalands semble, au premier coup d’oeil, un projet qui ne pourrait convenir qu’à une nation de boutiquiers. C’est cependant un projet qui accomoderait extrêmement mal une nation toute composée de gens de boutique mais qui convient parfaitement bien à une nation dont le gouvernement est sous l’influence des boutiquiers. Adam Smith
L’ Angleterre est une nation de boutiquiers.
Napoléon
Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! Michaël D’Almeida
De l’Australie jusqu’à Trinidad et Tobago, le portrait de la reine Elisabeth II a orné les monnaies de 33 pays différents – plus que n’importe qui au monde. Le Canada fut le premier a utiliser l’image de la monarque britannique, en 1935, quand il a imprimé le portrait de la princesse, agée de 9 ans, sur son billet de 20 dollars. Au fil des années, 26 portraits d’Elisabeth II seront utilisés dans le Royaume-Uni et dans ses colonies, anciennes et actuelles et territoires – la plupart one été commandés dans le but express d’apparaitre sur des billets de banque. Toutefois, certains pays, comme la Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe), Malte ou les Fidji, se sont servis de portraits déjà existants. La Reine est souvent montrée dans une attitude formelle, avec sa couronne et son spectre, bien que le Canada ou l’Australie préfère la représenter dans une simple robe et un collier de perles. Et alors que de nombreux pays mettent à jour leurs devises afin de refléter l’âge de la Reine, d’autres aiment la garder jeune. Lorsque le Belize a redessiné sa monnaie en 1980, il a choisi un portrait qui avait déjà 20 ans. Time
Un grand nombre de nations a conservé la reine comme chef d’Etat et elle est donc toujours représentée sur les billets de banques de nombreux pays. La Reine est présente sur les billets de 33 pays. Peter Symes
Of 31 sports, GB finished on the podium in 19 – a strike rate of just over 61%. That percentage is even better if you remove the six sports – basketball, football, handball, volleyball, water polo and wrestling – Britain were not represented in. Then it jumps to 76%. The United States won medals in 22 sports, including 16 swimming golds. In terms of golds, GB were way ahead of the pack, finishing with at least one in 15 sports, more than any other country, even the United States. GB dominated track cycling, winning six of 10 disciplines and collecting 11 medals in total, nine more than the Dutch and Germans in joint second. GB also topped the rowing table, with three golds – one more than Germany and New Zealand – and were third in gymnastics, behind the US and Russia. BBC
On July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last. (…) Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.(…) Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. (…) But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now. The Economist
Although beaten to the top spot in this year’s index, the UK continues to boast significant advantages in its soft power resources. These include the significant role that continues to be played by both state-backed assets (i.e. BBC World Service, DfID, FCO and British Council) and private assets and global brands (e.g. Burberry and British Airways). Additionally, the British Council, institutions like the British Museum, and the UK’s higher education system are all pillars of British soft power. The UK’s rich civil society and charitable sector further contribute to British soft power. Major global organisations that contribute to development, disaster relief, and human rights reforms like Oxfam, Save the Children, and Amnesty International are key components in the UK’s overall ability to contribute to the global good – whether through the state, private citizens, or a network of diverse actors. The UK’s unique and enviable position at the heart of a number of important global networks and multi-lateral organisations continues to confer a significant soft power advantage. As a member of the G-7, G-20, UN Security Council, European Union, and the Commonwealth, Britain has a seat at virtually every international table of consequence. No other country rivals the UK’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the UK’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union. The soft power 30
The United States takes the top spot of the 2016 Soft Power 30, beating out last year’s first-place finisher, the United Kingdom. America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy – like ending the US’s stated commitment to nuclear non-proliferation. On the other hand, President Obama’s final year as Commander-in-Chief has been a busy one for diplomatic initiatives. The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the US abroad, as it finished higher in the international polling this year, compared to 2015. Perhaps not dragged down as much by attitudes to its foreign policy, the US’s major pillars of soft power have been free to shine, as measured in our Digital, Education, and Culture sub-indices. The US is home to the biggest digital platforms in the world, including Facebook, Twitter, and WhatsApp, and the US State Department sets the global pace on digital diplomacy. Likewise, the US maintains its top ranking in the Culture and Education sub-indices this year. The US welcomed over 74 million international tourists last year, many of whom are attracted by America’s cultural outputs that are seemingly omnipresent around the globe. In terms of education, the US has more universities in the global top 200 than any other country in the world, which allows it to attract more international students than any other country – by some margin as well. (…) Home to many of the biggest tech brands in the world, the US is the global leader in digital technology and innovation. The Obama Administration and State Department developed the theory and practice of online-driven campaigning and ‘digital diplomacy’. The way the US has developed and leveraged digital diplomacy, gives the nation a significant soft power boost. (…) It’s not just foreign policy that can drag down the image of America. Regular news stories of police brutality, racial tension, gun violence, and a high homicide rate (compared to other developed countries) all remind the world that America has its faults on the home front too. Speaking of which, the forthcoming Presidential election will have leaders in a lot of world capitals nervous at prospect of a Trump presidency. The soft power 30
With nearly 84 million tourists arriving annually, France maintains the title of the world’s most visited country. Yet while the strength of its cultural assets – the Louvre, its cuisine, the Riviera – have helped it hold onto this title, the country remains vulnerable. In the last year, France made headlines for the horrific terror attacks that shook its capital. Since the beginning of his mandate, President François Hollande has struggled to revitalise the French economy. Unemployment has risen steadily, and businesses are weary of France’s seemingly over-regulated and overprotective market. Its “new-blood” Minister of the Economy, Emmanuel Macron, is labouring to shake things up. His newly announced political movement, En Marche! (Forward) hopes to break party lines and revive the Eurozone’s second largest economy. Only time can tell if the initiative will pay dividends. Until then, France can still count on its unequalled diplomatic prowess to safeguard its position near the top of the Soft Power 30. It remains a global diplomatic force, asserting its presence through one of the most extensive Embassy networks. (…) France’s soft power strengths lie in a unique blend of culture and diplomacy. It enjoys, for historic reasons, links to territories across the planet, making it the only nation with 12 time zones. Its network of cultural institutions, linguistic union “la Francophonie” and network of embassies allow it to engage like no other. Its top rank in the Engagement sub-index comes as no surprise. (…) France continues to struggle as a result of the global financial crisis and President Hollande’s failure to lift the nation’s economic competitiveness has delayed its full recovery. Germany’s economy, in comparison, makes France look in need of reform. The soft power 30
Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans. Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000. « Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres. Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. (…)« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio » Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. » (…) Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984. Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ? La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps. Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années. Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque : « Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. » Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020. Le Monde
Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ? La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits. Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio (…) En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport. Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ». Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club », chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance. Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. En envoyant une délégation très étoffée (…) c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. (…) Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes). En préparant en priorité les JO La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. France infos

Vous avez dit nation de boutiquiers ?

Investissement massif issu de la loterie (400 millions), quasi-salarisation des athlètes (mais pas de primes individuelles),  mise exclusive et sans concession sur les seules disciplines gagnantes (35 millions d’euros pour le cyclisme,  1,5 million pour un tennis de table sans résultat), investissement dans la technologie de pointe et approche scientifique de la performance,  délégation très étoffée, priorité absolue aux JO (quitte à faire l’impasse sur les championnats du monde ou d’Europe) et concentration sur les sports les plus « payants »…

A l’heure où un pays à l’économie, la population et la superficie respectivement huit fois, cinq fois et 35 fois moindre fait quasiment jeu égal et avait même dépassé en influence ces deux dernières années la première puissance mondiale …

Et où avec l’auto-effacement  de ladite première puissance mondiale, le Moyen-Orient est à feu et à sang et une Russie et une Chine assoiffées de revanche menacent impunément les frontières de leurs voisins …

Comment ne pas voir l’ironie de la reprise et de la domination par l’ancienne puissance coloniale d’un concept (« sof power ») créé à l’origine par un Américain (Joseph Nye) en réponse à un historien britannique (Paul Kennedy) qui prédisait à la fin des années 80 l’inéluctabilité du déclin américain ?

Mais surtout le redoutable pragmatisme d’un pays qui il y a vingt ans ne finissait que 36e (pour une seule misérable médaille d’or) …

Et qui non content de laisser loin derrière (avec un avantage – excusez du peu – de pas moins de 18 médailles d’or !) une France au même poids démographique et économique …

Dépasse aujourd’hui en médailles la première population et la 2e puissance économique mondiales ?

Millions de la Loterie, choix drastiques et coups de chance : comment la Grande-Bretagne a raflé tant de médailles à RioLes Britanniques se sont hissés à la deuxième place du tableau des médailles, devant la Chine et la Russie. Mais comment ont-ils fait ?
Camille Caldini
France Tvinfos
21/08/2016Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ?En collectant des millions grâce à la Loterie
La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits.Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio, détaille le Guardian (en anglais). Les athlètes britanniques ont d’ailleurs été invités à dire tout le bien qu’ils pensaient de la Loterie nationale, « en insistant sur le lien entre l’achat d’un ticket et les chances de médailles », ajoute le quotidien.

En misant tout sur les gagnants

En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport.

Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ».

En investissant dans la technologie de pointe

Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club« , chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance.

Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. « Tout le monde regarde les vélos des autres », raconte en effet Laurent Gané, entraîneur de l’équipe de France de vitesse sur piste, au Monde. Et le relayeur Michaël D’Almeida le concède, dans le même quotidien : « Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! »

En envoyant une délégation très étoffée

La Chine le prouve à Rio, cela ne suffit pas. Mais c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. « Les pays les plus riches ont tendance à mieux réussir, non seulement parce qu’ils envoient davantage d’athlètes, mais aussi parce qu’ils sont mieux préparés », explique le journal canadien Toronto Star (article en anglais).

Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes).

En préparant en priorité les JO

La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) Et si le Royaume-Uni est aussi haut placé, c’est peut-être tout simplement grâce à cette stratégie du ‘tout pour les JO’. »  Cela semble payer. A Rio, le cyclisme a rapporté 12 médailles à la Team GB : 11 sur piste dont 6 en or, et une sur route. En 2008 et 2012, ils avaient déjà glané 8 médailles d’or.

La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. De là aux soupçons de dopage ou de tricherie technologique, il n’y a qu’un petit pas, que le coach français s’est retenu de faire, s’interrompant au milieu d’une phrase : « C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… »

En profitant des exclusions russes et des ratés chinois

Il faut bien l’admettre, il y a aussi une petite part de chance dans le succès de la Team GB, qui peut remercier la Russie et la Chine.

En 2012, la Russie talonnait la Grande-Bretagne, avec ses 81 médailles dont 23 en or. Pour Rio, le scandale du dopage organisé par l’Etat a contraint Moscou a réduire sa délégation : seulement 271 athlètes au lieu de 389 et aucun athlète paralympique. Conséquence directe : le compteur de médailles d’or russe s’est arrêté à 17. En athlétisme en particulier, cette absence russe a été une bénédiction pour la Team GB, qui avait terminé quatrième en 2012, derrière les Américains, les Russes et les Jamaïcains.

Un autre géant a trébuché à Rio, laissant à la Grande-Bretagne une chance de se hisser sur le podium final : la Chine. Le bilan mitigé de ses athlètes a presque tourné à l’affaire d’Etat à Pékin. La Chine a multiplié les contre-performances, au badminton, au plongeon et en gymnastique, des disciplines où elle a pourtant l’habitude de s’illustrer. L’équipe chinoise de gymnastique quitte Rio sans aucune médaille d’or, du jamais-vu depuis les JO de Los Angeles en 1984.

Voir aussi:

JO 2016 : comment les Britanniques ont acheté leurs médailles
Eric Albert

Le Monde

20.08.2016

La BBC est passée en mode surchauffe depuis une semaine. Sa « Team GB » réussit des Jeux olympiques impressionnants, engrange médaille après médaille, et les commentateurs de la chaîne publique se perdent en superlatifs et en compliments.
Avec 67 médailles, dont 27 en or, le Royaume-Uni a pris une surprenante deuxième place au tableau des nations, derrière les Etats-Unis (105 breloques) et loin devant la France – même population, même poids économique –, septième avec neuf médailles d’or.

Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans.

Système ultra-élitiste
Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000.

« Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres.

Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. Le mythique fair-play britannique appartient au passé.

« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio »
Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. »

L’équipe de plongeon britannique doit ainsi une fière chandelle à Tom Daley, médaillé de bronze à Londres. Grâce à ce succès sur le fil, la discipline a conservé son financement. Aujourd’hui, elle en récolte les fruits : à Rio, elle a déjà obtenu trois médailles, une de chaque couleur.

Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984.

Scandales de dopage
Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ?

La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps.

Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années.

Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque :

« Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. »
Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020.

Voir également:

Rio Olympics 2016: Team GB medal haul makes them a ‘superpower of sport’

Great Britain’s Olympic review

Great Britain is « one of the superpowers of Olympic sport » after its performance in Rio, according to UK Sport chief executive Liz Nicholl.

A total of 67 medals with 27 golds put Team GB second in the medal table – above China for the first time since it returned to the Games in 1984.

« It shows we are a force to be reckoned with in world sport, » Nicholl said.

Britain is the first country to improve on a home medal haul at the next Games, beating the 65 medals from London 2012.

They won gold medals across more sports than any other nation – 15 – and improved on their medal haul for the fifth consecutive Olympics.

The Queen offered her « warmest congratulations » for an « outstanding performance » in Rio, while the Duke and Duchess of Cambridge and Prince Harry said the team were an « inspiration to us all, young and old ».

The money behind the medals

UK Sport is the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports.

Team GB’s 67 medals in Brazil cost an average of just over £4m per medal in lottery and exchequer funding over the past four years – a reported cost of £1.09 per year for each Briton.

Nicholl added: « Half of the investment that we’re putting into Rio success also feeds into Tokyo [2020 Olympics]. We’re very confident that we’ve got a system here that’s working and that’s quite exceptional around the world. »

Chief executive of British Gymnastics Jane Allen told BBC Radio 5 live: « You wouldn’t want to be in some of the other countries at the moment, who are examining themselves.

« UK Sport has made those sports that receive the funding be accountable for their results. This is the end result in Rio – the country should expect a return for their investment, it is incredible. »

« It’s tough to imagine a stronger performance, » said Bill Sweeney, chief executive of the BOA.

« When you get into the [Olympic] village there’s been a real collective team spirit around Team GB – you just got a sense that this was a team that wanted to do something really special. »

Britain had been set a target by UK Sport to make Rio its most successful ‘away’ Olympics by beating the 47 medals from Beijing in 2008, but Nicholl said there had been an « aspirational » aim to surpass the achievements of London 2012.

Sweeney said he « wasn’t surprised » by the extent of the success, but that beating China « wasn’t on the radar » before the Games.

« China are a massive nation, aren’t they? Goodness knows how much money they spend on it, » he said.

« To be able to beat them is absolutely fantastic.

Sweeney said it would be difficult for Britain to replicate their position in the medal table at Tokyo 2020, at which he predicted hosts Japan, China, Russia and Australia would all improve.

How has China reacted?

China did top one table in Rio – that of fourth-place finishes, according to data from Gracenote Sports.

They had 25, with the US next on 20 and Britain third on 16.

Gracenote head of analysis Simon Gleave said China’s decline in medals from London 2012 « has been primarily due to the sports of badminton, artistic gymnastics and swimming ».

China Daily said: « In contrast with China’s previous obsession with gold medals, the general public is learning to enjoy the sports themselves rather than focusing on the medal count. Winning gold medals does not mean everything anymore in China. »

Swimmer Fu Yuanhui’s enthusiasm at winning a bronze medal « took Chinese viewers by surprise », said Global Times. « They are used to their athletes focusing in interviews on their desire to win glory for the country. »

Many users of the Chinese social media site Weibo posted messages using the hashtag #ThisTimeTheChinaTeamAreGolden, saying their athletes were still « the best » irrespective of their placing in their events.

Voir encore:

Rio Olympics 2016: How did Team GB make history?

Tom Fordyce

BBC

22 August 2016

It has been an Olympic fiesta like never before for Britain: their best medal haul in 108 years, second in the medal table, the only host nation to go on to win more medals at the next Olympics.

Never before has a Briton won a diving gold. Never before has a Briton won a gymnastics gold. There have been champions across 15 different sports, a spread no other country can get close to touching.

It enabled Liz Nicholl, chief executive of UK Sport, the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports, to declare on the final day of competition in Rio that Britain was now a « sporting superpower ».

Only 20 years ago, GB were languishing 36th in the Atlanta Olympics medal table, their entire team securing only a single gold between them. This is the story of a remarkable transformation.

Biased judges or gracious defeat? What China thinks of GB going second
‘Superpower’ Team GB a ‘world force’

Money talks

As that nadir was being reached back in 1996, the most pivotal change of all had already taken place.

The advent of the National Lottery in 1994, and the decision of John Major’s struggling government to allocate significant streams of its revenue to elite Olympic sport, set in motion a funding spree unprecedented in British sport.

From just £5m per year before Atlanta, UK Sport’s spending leapt to £54m by Sydney 2000, where Britain won 28 medals to leap to 10th on the medal table. By the time of London 2012 – third in the medal table, 65 medals – that had climbed to £264m. Between 2013 and 2017, almost £350m in public funds will have been lavished on Olympic and Paralympic sports.

It has reinvigorated some sports and altered others beyond recognition.

Gymnastics, given nothing at all before Atlanta, received £5.9m for Sydney and £14.6m in the current cycle. In Rio, Max Whitlock won two gymnastics golds; his team-mates delivered another silver and three bronzes.

As a talented teenage swimmer, Adam Peaty relied on fundraising events laid on by family and friends to pay for his travel and training costs. That changed in 2012, when he was awarded a grant of £15,000 and his coach placed on an elite coaching programme. In Rio he became the first British male to win a swimming gold in 28 years.

There are ethical and economic debates raised by this maximum sum game. Team GB’s 67 medals won here in Brazil cost an average of £4,096,500 each in lottery and exchequer funding over the past four years.
Average cost of Games to each Briton
As determined by the Sport Industry Research Centre

At a time of austerity, that is profligate to some. To others, the average cost of this Olympic programme to each Briton – a reported £1.09 per year – represents extraordinary financial and emotional value. Joe Joyce’s super-heavyweight silver medal on Sunday was the 700th Olympic and Paralympic medal won by his nation since lottery funding came on tap.

« The funding is worth its weight in gold, » says Nicholl.

« It enables us to strategically plan for the next Games even before this one has started and makes sure we don’t lose any time. We can maintain the momentum of success for every athlete with medal potential through to the next Games. »

All in the detail

The idea of marginal gains has gone from novelty to cliche over the past three Olympic cycles, but three examples from Rio underline how essential to British success it remains.

In the build-up to these Olympics, a PhD student at the English Institute of Sport named Luke Gupta examined the sleep quality of more than 400 elite GB athletes, looking at the duration of their average sleep, issues around deprivation and then individual athletes’ perception of their sleep quality.

His findings resulted in an upgrading of the ‘sleep environment’ in the Team GB boxing training base in Sheffield – 37 single beds replaced by 33 double and four extra-long singles; sheets, duvets and pillows switched to breathable, quick drying fabrics; materials selected to create a hypo-allergenic barrier to allergens in each bedroom.

« On average, the boxers are sleeping for 24 minutes longer each night, » says former Olympic bronze medallist and now consultant coach Richie Woodhall.

« When you add it up over the course of a cycle it could be as much as 29 or 30 days’ extra sleep. That can be the difference between winning a medal or going out in the first round. »

In track cycling, GB physio Phil Burt and team doctor Richard Freeman realised saddle sores were keeping some female riders out of training.

Their response? To bring together a panel of experts – friction specialist, reconstructive surgeons, a consultant in vulval health – to advise on the waxing and shaving of pubic hair. In the six months before Rio not a single rider complained of saddle sores.

Then there is the lateral thinking of Danny Kerry, performance director to the Great Britain women’s hockey team that won gold in such spectacular fashion on Friday.

« Everyone puts a lot of time into the physiological effects of hockey, but what we’ve done in this Olympic cycle is put our players in an extremely fatigued state, and then ask them to think very hard at the same time, » Kerry told BBC Sport.

« We call that Thinking Thursday – forcing them to consistently make excellent decisions under that fatigue. We’ve done that every Thursday for a year. »

Britain won that gold on a penalty shootout, standing firm as their Dutch opponents, clear favourites for gold, missed every one of their four attempts.
Virtuous circles

Success has bred British success.

That hockey team featured Helen and Kate Richardson-Walsh, in their fifth Olympic cycle, mentoring 21-year-old Lily Owsley, who scored the first goal in the final. A squad that won bronze in London were ready to go two better in Brazil.

« We’ve retained eight players who had medals around their necks already, » says Kerry. « We added another eight who have no fear.

« It gave us a great combination of those who know what it’s all about, and those who have no concept at all of what it’s all about, and have just gone out and played in ruthless fashion.

« We get carried away with some of the hard science around sport, but there’s so much value in how you use characters and how you bring those qualities and traits to the fore. You see that on the pitch. Leverage on the human beings as much as the science. »

In the velodrome, experience and expertise is being recycled with each successive Games.

Paul Manning was part of the team pursuit quartet that won bronze in Sydney, silver in Athens and gold in Beijing. As his riding career came towards the end, he was one of the first to graduate through the Elite Coaching Apprenticeship Programme, a two-year scheme that offered an accelerated route into high-performance coaching for athletes already in British Cycling’s system.

In Rio he coached the women’s pursuit team to their second gold in two Olympics, his young charge Laura Trott also winning omnium gold for the second Games in a row.

Then there is Heiko Salzwedel, head of the men’s endurance squad, back for his third spell with British Cycling having worked under the visionary Peter Keen from 2000 to 2002 and then Sir Dave Brailsford between 2008 and 2010.

Expertise developed, expertise retained. A culture where winning is expected, not just hoped for.

« We have got the talent in this country and we know that we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is now a system that provides the very best support for that talent. »

Competitive advantages

Funding has not flowed to all British sports equally, because in some there is a greater chance of success than others.

On Lagoa Rodrigo de Freitas, Britain’s rowers dominated the regatta, winning three gold medals and two silvers.

With 43 athletes they also had the biggest team of any nation there. Forty-nine of the nations there qualified teams of fewer than 10 athletes. Thirty-two had a team of just one or two rowers.

Only nine other nations won gold. In comparison, 204 nations were represented in track and field competition at Rio’s Estadio Olimpico, and 47 nations won medals.

British efforts in the velodrome, where for the third Olympics on the bounce they ruled the boards, were fuelled by a budget over the four years from London of £30.2m, up even from the £26m they received in funding up to 2012.

In comparison, the US track cycling team – which won team pursuit silver behind Britain’s women, and saw Sarah Hammer once again push Trott hard for omnium gold, has only one full-time staff member, director Andy Sparks.

Then there is the decline of other nations who once battled with Britain for the upper reaches of the medal table, and frequently sat far higher.

In 2012, Russia finished fourth with 22 golds. They were third in 2008 and third again in 2004.

This summer, despite escaping a total ban on their athletes in the wake of the World Anti-Doping Agency’s McLaren Report, they finished with 19 golds for fourth, permitted to enter only one track and field athlete, Darya Klishina.

Australia, Britain’s traditional great rivals? Eighth in 2012, sixth in Beijing, fourth in Athens, 10th here in Brazil.

In Rio, 129 different British athletes have won an Olympic medal.

It is a remarkable depth and breadth of talent – a Games where 58-year-old Nick Skelton won a gold and 16-year-old gymnast Amy Tinkler grabbed a bronze, a fortnight where Jason Kenny won his sixth gold at the age of 28 and Mo Farah won his ninth successive global track title.

The abilities of those men and women has been backed up by similar aptitude in coaching and support.

In swimming there is Rebecca Adlington’s former mentor, Bill Furniss, who has taken a programme that won just one silver and two bronzes in London and, with a no-compromise strategy, taken them to their best haul at an Olympics since 1908.

In cycling, there has been the key hire of New Zealand sprint specialist Justin Grace, the coach behind Francois Pervis’ domination at the World Championships, a critical influence on Kenny, Callum Skinner, Becky James and Katy Marchant.

« We have got the talent in this country, and we know we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is a system that provides the very best support for that talent. We do a lot in terms of people development. We are conscious when people are recruited to key positions as coaches they are not necessarily the finished article in their broader skills.

« We provide support so that coaches across sports can network and learn from each other. That improves their knowledge expertise and the support systems they’ve got. »

It is an intimidating thought for Britain’s competitors. After two decades of consistent improvement, Rio may not even represent the peak.

Voir encore:

‘Brutal but effective’: why Team GB has won so many Olympic medals

Sports that have propelled Britain up the medal table have received extra investment while others have had their funding cut altogether
Josh Halliday

15 August 2016

In the past 24 hours Team GB have rewritten their Olympic history, moving ahead of China into second place in the Rio 2016 medals table after winning a record-breaking five gold medals in a single day.
Team GB’s Olympic success: five factors behind their Rio medal rush

With Olympic champions in tennis, golf, gymnastics and cycling – and another assured in sailing – the team’s directors hailed national lottery funding and the legacy of London 2012 for the Rio goldrush. So how has funding in British sport changed in the run-up to Super Sunday?

UK Sport, which determines how public funds raised via the national lottery and tax are allocated to elite-level sport, has pledged almost £350m to Olympic and Paralympic sports between 2013 and 2017, up 11% on the run-up to London 2012.

Those sports that have fuelled the rise in Britain’s medal-table positions over the past eight years – athletics, boxing and cycling, for example – were rewarded with increased investment. “It’s a brutal regime, but it’s as crude as it is effective,” said Dr Borja Garcia, a senior lecturer in sports management and policy at Loughborough University.

Sports that failed to hit their 2012 medal target – including crowd-pleasers such as wrestling, table tennis and volleyball – either had their funding reduced or cut altogether. Has that affected their prospects in Rio? It may be too soon to tell, but so far swimming is the only sport that has won medals at this Olympics after having it funding cut post-2012.

The aim is quite simple: to ensure Great Britain becomes the first home nation to deliver more medals at the following away Games. As it stands after day nine on Sunday, Team GB has one more medal than at the equivalent stage in London – their most successful ever Games.

Swimming

Spearheaded by the gold medal-winning Adam Peaty, Team GB has already secured its biggest Olympic medal haul in the pool since 1984, but it was one of the elite sports to have its funding slashed from £25.1m to £20.8m after a disappointing London 2012, when its three medals missed the target of between five and seven.

With six medals so far in Rio – one gold and five silvers – it has already passed its target of five for this Olympic Games. Its national governing body, British Swimming, will hope to be rewarded for this success with an increase in funding before Tokyo 2020.

UK Sport funding for medal-winning Olympians is assured, but some of the clubs where they spend long hours training are struggling to survive. Peaty’s City of Derby swimming club was almost forced to close last year when two pools in the city shut down for nearly three months, its chairman, Peter Spink, said.

“If we hadn’t got the focus of the council back on to swimming, things would have got a lot worse for us,” he said. “Worst case, closure could have happened. I don’t think I felt we got that close fortunately but unless we did something drastic and worked our way through it then, if not closed, we would have been a very much diminished club.”

Steve Layton, the club’s secretary, credited the local authority for fixing a roof at one pool and reopening another that had previously been closed, but added that it was only a matter of time before one of the “not fit for purpose” facilities was permanently closed down.

The club is trying to raise sponsorship money through partnerships with local companies, he said, but has so far been unable to raise enough money to pay for coaches rather than rely on volunteers. The ultimate aim is to raise enough investment for an Olympic-standard 50m pool in Derby, so that the Adam Peatys of tomorrow are not confined to the city’s 25m pools.

“Swimming is not like football. It doesn’t draw the crowds and we are in times of austerity. We understand all that, but we are trying to get sponsorship to give us some support,” Layton said.

The grand rhetoric of an Olympic legacy after London 2012 did not add up to much for cities such as Derby, but Spink said he was hopeful now of more investment in swimming following Team GB’s success in Rio. “The legacy of the London Olympics was always a big thing. We saw that a little bit, but of late that has dwindled a bit. The issues we have in Derby demonstrate that there really wasn’t the appetite either in local or national government to fund sport in that way,” he said.

Cycling
Along with a knighthood for Bradley Wiggins, an increase in funding followed Team GB’s cycling success in London 2012. Their final tally of 12 medals exceeded the target of between six and 10, resulting in a boost to British Cycling’s coffers from £26m to £30.2m.

In Rio, Team GB has secured six medals – four gold and two silver – and smashed two world records, with both the women’s and men’s team pursuit taking gold. It is well on the way to reaching its final Rio target of between eight and 10 medals.

Gymnastics
Max Whitlock competes in the men’s pommel horse event final.

Max Whitlock’s heroics in the Olympics arena on Super Sunday ended a 116-year wait for a British gymnastics Olympic champion.

His double gold also boosted Team GB’s medal count in the sport to four, with Louis Smith winning silver in the pommel horse and Bryony Page becoming the first British woman to win an Olympic trampoline medal by claiming silver in Rio.

Having previously lost all of its elite-level funding, British gymnastics has experienced a steady increase in public investment over the past 20 years, from £5.9m at Sydney 2000 to £14.6m in the current cycle, after it benefited from a 36% funding increase after beating its medal target in London 2012.
Funding for individual athletes
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In addition to the funding given to each sport’s governing body, some elite stars – described by UK Sport as “podium-level athletes – also qualify for individual funding to help with living costs.

Medallists at the Olympic Games, senior world championships and Paralympics gold medallists can receive up to £28,000 a year in athlete performance awards funded by the national lottery.

Sportsmen and women who finish in the top eight in the Olympics can receive up to £21,500 a year. Future stars, those expected to win medals on the world or Olympic stage within four years, can get up to £15,000 a year.
Has it worked?

Most experts agree that UK Sports “no compromise” funding approach has underpinned Great Britain’s rise from 36th in the medal table in Atlanta in 1996 to third at London 2012.

“It’s a very rational, cold approach. Medals have gone up. British elite sport is certainly booming. The returns of medals per pound is there,” said Garcia.

Some critics, however, say UK Sport’s approach has gone too far and is damaging grassroots sport. They have argued that focusing disproportionately on sports such as cycling, sailing and rowing has meant those such as basketball risk withering because they were unable to demonstrate they would win a medal at either of the next two Olympics.
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“We can ask all the philosophical questions, which are valid. What about basketball, which has a lot of social potential in the inner cities? What about volleyball? What about fencing? Why focus on specific sports?” said Garcia.

“Participation is going down. Why do we invest all this money in all those medals? Just to get the medals? To get people active? To make Great Britain’s name known around the world? With a cold analysis of the objectives and the money invested, yes it has worked.

“I have some sympathy for UK Sport as an organisation. They were given the objectives and they delivered.”

In May, Sport England, which focuses on grassroots sport, unveiled a four-year strategy to target inactivity. More than a quarter of the population is officially defined as inactive because they do less than 30 minutes of activity a week, including walking.

The move is a lurch away from the earlier strategy, which was set before London 2012 and focused on getting more people to play more sport with only mixed results.

Severe cuts to local authority budgets are also squeezing resources at the grassroots level. Councils across England have been forced to make cuts since 2010, when grant funding for local authorities was cut by a fifth, more than twice the level of cuts to the rest of the UK public sector
Jazz Carlin celebrates after winning silver in the women’s 800m freestyle final.

Jazz Carlin celebrates winning silver in the women’s 800m freestyle final. Photograph: Ryan Pierse/Getty Images

Many smaller, older swimming pools are being closed at a time when more people are being inspired to get in the water, thanks in part to Team GB medal winners Jazz Carlin, Siobhan-Marie O’Connor and Peaty.

The Amateur Swimming Association (ASA) said this weekend that there had been a huge jump in the number of people searching online for their nearest leisure pool during the first few days of the Games.
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Alison Clowes, the ASA’s head of media, said 80,000 people had used its “poolfinder” app between 5 and 11 August – almost double the rate for the same period in July – and the ASA was getting dozens of phone inquiries too. “We’ve already seen a boost from our Olympic successes, which is great,” she said.

Meanwhile, the average level of swimming proficiency among schoolchildren requires improvement. ASA research shows that 52% of children leave school unable to swim 25 metres unaided.

Jennie Price, the chief executive of Sport England, said: “Watching our athletes achieving great things in Rio is truly inspirational, particularly for young people. Whether it encourages them to get more active, try something new or even strive for gold themselves one day, Team GB is making a massive contribution to sport back home.

“A relatively small number of sports feature regularly on prime-time TV, so for many the Olympic Games is the moment that catapults them onto the screens of the nation. We need to capitalise on that, for example with programmes like Backing the Best where Sport England supports young talented athletes at the beginning of their sporting careers.

“There will be new Max Whitlocks and Kath Graingers out there who Sport England will support through our funding of the talent system, but most won’t reach those heights. Our main aim is making sure all young people get a positive experience when they try a sport and whatever they choose to do, come away with the good basic skills and having had a great time.”

Soft power, hard power et smart power: le pouvoir selon Joseph Nye

Avec ce nouvel ouvrage, l’internationaliste américain poursuit sa réflexion sur la notion du pouvoir étatique au XXIe siècle. Après avoir défini le soft et le smart power, comment Joseph Nye voit-il le futur du pouvoir?

En Relations Internationales, rien n’exprime mieux le succès d’une théorie que sa reprise par la sphère politique. Au XXIe siècle, seuls deux exemples ont atteint cet état: le choc des civilisations de Samuel Huntington et le soft power de Joseph Nye. Deux théories américaines, reprises par des administrations américaines. Deux théories qui, de même, ont d’abord été commentées dans les cercles internationalistes, avant de s’ouvrir aux sphères politiques et médiatiques.

Le soft power comme réponse au déclinisme

Joseph Nye, sous-secrétaire d’Etat sous l’administration Carter, puis secrétaire adjoint à la Défense sous celle de Bill Clinton, avance la notion de soft power dès 1990 dans son ouvrage Bound to Lead. Depuis, il ne cesse de l’affiner, en particulier en 2004 avec Soft Power: The Means to Success in World Politics. Initialement, le soft power, tel que pensé par Nye, est une réponse à l’historien britannique Paul Kennedy qui, en 1987, avance que le déclin américain est inéluctable[1]. Pour Nye, la thèse de Kennedy est erronée ne serait-ce que pour une raison conceptuelle: le pouvoir, en cette fin du XXe siècle, a muté. Et il ne peut être analysé de la même manière aujourd’hui qu’en 1500, date choisie par Robert Kennedy comme point de départ de sa réflexion. En forçant le trait, on pourrait dire que l’Etat qui aligne le plus de divisions blindées ou de têtes nucléaires n’est pas forcément le plus puissant. Aucun déclin donc pour le penseur américain, mais plus simplement un changement de paradigme.

Ce basculement de la notion de puissance est rendu possible grâce au concept même de soft power. Le soft, par définition, s’oppose au hard, la force coercitive, militaire le plus généralement, mais aussi économique, qui comprend la détention de ressources naturelles. Le soft, lui, ne se mesure ni en « carottes » ni en « bâtons », pour reprendre une image chère à l’auteur. Stricto sensu, le soft power est la capacité d’un Etat à obtenir ce qu’il souhaite de la part d’un autre Etat sans que celui-ci n’en soit même conscient « Co-opt people rather than coerce them »[2].

Time to get smart ?

Face aux (très nombreuses) critiques, en particulier sur l’efficacité concrète du soft power, mais aussi sur son évaluation, Joseph Nye va faire le choix d’introduire un nouveau concept: le smart power. La puissance étatique ne peut être que soft ou que hard. Théoriquement, un Etat au soft power développé sans capacité de se défendre militairement au besoin ne peut être considéré comme puissant. Tout au plus influent, et encore dans des limites évidentes. A l’inverse, un Etat au hard power important pourra réussir des opérations militaires, éviter certains conflits ou imposer ses vues sur la scène internationale pour un temps, mais aura du mal à capitaliser politiquement sur ces «victoires». L’idéal selon Nye ? Assez logiquement, un (savant) mélange de soft et de hard. Du pouvoir « intelligent »: le smart power.

Avec son dernier ouvrage, The Future of Power, Joseph Nye ne révolutionne pas sa réflexion sur le pouvoir. On pourrait même dire qu’il se contente de la récapituler et de se livrer à un (intéressant) exercice de prospective… Dans une première partie, il exprime longuement sa vision du pouvoir dans les relations internationales (chapitre 1) et s’attache ensuite à différencier pouvoir militaire (chapitre 2), économique (chapitre 3) et, bien sûr, soft power (chapitre 4). La seconde partie de l’ouvrage porte quant à elle sur le futur du pouvoir (chapitre 5), en particulier à l’aune du «cyber» (internet, cyber war et cyber attaques étatiques ou provenant de la société civile, etc.). Dans son 6e chapitre, Joseph Nye en revient, une fois encore, à la question, obsédante, du déclin américain. La littérature qu’il a déjà rédigée sur le sujet ne lui semblant sûrement pas suffisante, Joseph Nye reprend donc son bâton de pèlerin pour nous expliquer que non, décidément, les Etats-Unis sont loin d’être en déclin.

Vers la fin des hégémonies

Et il n’y va pas par quatre chemins: la fin de l’hégémonie américaine ne signifie en rien l’abrupte déclin de cette grande puissance qui s’affaisserait sous propre poids, voire même chuterait brutalement. La fin de l’hégémonie des Etats-Unis est tout simplement celle du principe hégémonique, même s’il reste mal défini. Il n’y aura plus de Rome, c’est un fait. Cette disparation de ce principe structurant des relations internationales est la conséquence de la revitalisation de la sphère internationale qui a fait émerger de nouveaux pôles de puissance concurrents des Etats-Unis. De puissants Etats commencent désormais à faire entendre leur voix sur la scène mondiale, à l’image du Brésil, du Nigeria ou encore de la Corée du sud, quand d’autres continuent leur marche forcée vers la puissance comme la Chine, le Japon et l’Inde. Malgré cette multipolarité, le statut prééminent des Etats-Unis n’est pas en danger. Pour Joseph Nye, un déclassement sur l’échiquier n’est même pas une possibilité envisageable et les différentes théories du déclin américain nous apprendraient davantage sur la psychologie collective que sur des faits tangibles à venir. «Un brin de pessimisme est simplement très américain»[3] ose même ironiser l’auteur.

Même la Chine ne semble pas, selon lui, en mesure d’inquiéter réellement les Etats-Unis. L’Empire du milieu ne s’édifiera pas en puissance hégémonique, à l’instar des immenses empires des siècles passés. Selon lui, la raison principale en est la compétition asiatique interne, principalement avec le Japon. Ainsi, « une Asie unie n’est pas un challenger plausible pour détrôner les Etats-Unis »[4] affirme-t-ilLes intérêts chinois et japonais, s’ils se recoupent finalement entre les ennemis intimes, ne dépasseront pas les antagonismes historiques entre les deux pays et la Chine ne pourra projeter l’intégralité de sa puissance sur le Pacifique, laissant ainsi une marge de manœuvre aux Etats-Unis.

Cette réflexion ne prend cependant pas en compte la dimension involontaire d’une union, par exemple culturelle à travers les cycles d’influence mis en place par la culture mondialisée[5]. Enfin, la Chine devra composer avec d’autres puissances galopantes, telle l’Inde. Et tous ces facteurs ne permettront pas à la Chine, selon Joseph Nye, d’assurer une transition hégémonique à son profit. Elle défiera les Etats-Unis sur le Pacifique, mais ne pourra prétendre porter l’opposition sur la scène internationale.

De la stratégie de puissance au XXIe siècle

Si la fin des alternances hégémoniques, et tout simplement de l’hégémonie, devrait s’affirmer comme une constante nouvelle des relations internationales, le XXIe siècle ne modifiera pas complètement la donne en termes des ressources et formes de la puissance. La fin du XXe siècle a déjà montré la pluralité de ses formes, comme avec le développement considérable du soft power via la culture mondialisée, et les ressources, exceptées énergétiques, sont pour la plupart connues. Désormais, une grande puissance sera de plus en plus définie comme telle par la bonne utilisation, et non la simple possession, de ses ressources et vecteurs d’influence. En effet, «trop de puissance, en termes de ressources, peut être une malédiction plus qu’un bénéfice, si cela mène à une confiance excessive et des stratégies inappropriées de conversion de la puissance».[6]

De là naît la nécessité pour les Etats, et principalement les Etats-Unis, de définir une véritable stratégie de puissance, de smart power. En effet, un Etat ne doit pas faire le choix d’une puissance, mais celui de la puissance dans sa globalité, sous tous ses aspects et englobant l’intégralité de ses vecteurs. Ce choix de maîtriser sa puissance n’exclue pas le recours aux autres nations. L’heure est à la coopération, voire à la copétition, et non plus au raid solitaire sur la sphère internationale. Même les Etats-Unis ne pourront plus projeter pleinement leur puissance sans maîtriser les organisations internationales et régionales, ni même sans recourir aux alliances bilatérales ou multilatérales. Ils sont voués à montrer l’exemple en assurant l’articulation politique de la multipolarité. Pour ce faire, les Etats-Unis devront aller de l’avant en conservant une cohésion nationale, malgré les déboires de la guerre en Irak, et en améliorant le niveau de vie de leur population, notamment par la réduction de la mortalité infantile. Cohésion et niveau de vie sont respectivement vus par l’auteur comme les garants d’un hard et d’un soft power durables. A contrario, l’immigration, décriée par différents observateurs comme une faiblesse américaine, serait une chance pour l’auteur car elle est permettrait à la fois une mixité culturelle et la propagation de l’american dream auprès des populations démunies du monde entier.

En face, la Chine, malgré sa forte population, n’a pas la chance d’avoir de multiples cultures qui s’influencent les unes les autres pour soutenir son influence culturelle. Le soft power américain, lui, a une capacité de renouvellement inhérente à l’immigration de populations, tout en s’appuyant sur «[des] valeurs [qui] sont une part intrinsèque de la politique étrangère américaine»[7].

Ces valeurs serviront notamment à convaincre les « Musulmans mondialisés » («Mainstream Muslims») de se ranger du côté de la démocratie, plutôt que d’Etats islamistes. De même, malgré les crises économiques et les ralentissements, l’économie américaine, si elle ne sert pas de modèle, devra rester stable au niveau de sa production, de l’essor de l’esprit d’entreprise et surtout améliorer la redistribution des richesses sur le territoire. Ces enjeux amèneront «les Etats-Unis [à]redécouvrir comment être une puissance intelligente»(p.234).

Le futur du pouvoir selon Joseph Nye

L’ouvrage de Joseph Nye, s’il apporte des éléments nouveaux dans la définition contemporaine de la puissance, permet également d’entrevoir le point de vue d’un Américain -et pas n’importe lequel…- sur le futur des relations internationales. L’auteur a conscience que:

«Le XXIe siècle débute avec une distribution très inégale [et bien évidemment favorable aux Etats-Unis] des ressources de la puissance»[8]

Pour autant, il se montre critique envers la volonté permanente de contrôle du géant américain. Certes, les forces armées et l’économie restent une nécessité pour la projection du hard power, mais l’époque est à l’influence. Et cette influence, si elle est en partie culturelle, s’avère être aussi politique et multilatérale. Le soft power prend du temps dans sa mise-en-œuvre, notamment lorsqu’il touche aux valeurs politiques, telle la démocratie. Ce temps long est gage de réussite, pour Joseph Nye, à l’inverse des tentatives d’imposition par Georges Bush Junior, qui n’avait pas compris que  les nobles causes peuvent avoir de terribles conséquences.

Dans cette quête pour la démocratisation et le partage des valeurs américaines, la coopération interétatique jouera un rôle central. Pour lui, les Etats-Unis sont non seulement un acteur majeur, mais ont surtout une responsabilité directe dans le développement du monde. La puissance doit, en effet, permettre de lutter pour ses intérêts, tout en relevant les grands défis du XXIe siècle communs à tous, comme la gestion de l’islam politique et la prévention des catastrophes économiques, sanitaires et écologiques. Les Etats-Unis vont ainsi demeurer le coeur du système international et, Joseph Nye d’ajouter:

«penser la transition de puissance au XXIe siècle comme la conséquence d’un déclin des Etats-unis est inexact et trompeur […] L’Amérique n’est pas en absolu déclin, et est vouée à rester plus puissant que n’importe quel autre Etat dans les décennies à venir»[9]

Comment dès lors résumer le futur des relations internationales selon Joseph Nye? Les Etats-Unis ne déclineront pas, la Chine ne les dépassera pas, des Etats s’affirmeront sur la scène mondiale et le XXIe siècle apportera son lot d’enjeux sans pour autant mettre à mal le statut central des Etats-Unis dans la coopération internationale. Dès lors, à en croire l’auteur, le futur de la puissance ne serait-il pas déjà derrière nous?

1 — Naissance et déclin des grandes puissances, Payot, 1989

2 — Soft Power: The Means to Success in World Politics, Public Affairs, 2004, p. 5

3 — « A strand of cultural pessimism is simply very American » (p.156)

4 — « an allied Asia is not a plausible candidate to be the challenger that displaces the United-States » (p.166)

5 — Fregonese, Pierre-William, La hallyu coréenne ou l’opportunité d’un soft power asiatique, La Nouvelle Revue Géopolitique, n.122, août 2013

6 — « too much power (in terms of resources) can be a curse, rather than a benefit, if it leads to overconfidence and inappropriate strategies for power conversion » (p.207)

7 —« values are an intrinsic part of American foreign policy » (p.218)

8 — « The twenty-firt century began with a very unequal distribution of power resources » (p.157)

9 — « describing power transition in the twenty-first century as an issue of American decline is inaccurate and misleading […] America is not in absolute decline, and it is likely to remain more powerful than any single state in the coming decades ». (p.203)

 Voir aussi:

Power

Softly does it

The awesome influence of Oxbridge, One Direction and the Premier League

The Economist

Jul 18th 2015

HOW many rankings of global power have put Britain at the top and China at the bottom? Not many, at least this century. But on July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last.

Diplomats in Beijing won’t lose too much sleep over the index, compiled by Portland, a London-based PR firm, together with Facebook, which provided data on governments’ online impact, and ComRes, which ran opinion polls on international attitudes to different countries. But the ranking gathered some useful data showing where Britain still has outsized global clout.

Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.

Britain fared least well on enterprise, mainly because it spends a feeble 1.7% of GDP on research and development (South Korea, which came top, spends 4%). And the quality of its governance was deemed ordinary, partly because of a gender gap that is wider than that of most developed countries, as measured by the UN. Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. The political star of social media, according to the index, is Narendra Modi, India’s prime minister, whose Facebook page generates twice as many comments, shares and thumbs-ups as that of Barack Obama.

The index will cheer up Britain’s government, which has lately been accused of withdrawing from the world. But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now.

Voir également:

The U.S. Jumps to the Top of the World’s ‘Soft Power’ Index

Fortune

June 14, 2016

In an interview on Fox News on Monday, Donald Trump suggested that President Barack Obama was either weak, dumb, or nefarious, saying, “Look, we’re led by a man that either is not tough, not smart, or he’s got something else in mind.”

But President Obama’s work over the last eight years to reposition the U.S. as more diplomatic and less belligerent seems to be paying some dividends, at least according to a survey released today by the London PR firm Portland in partnership with Facebook.

In the Soft Power 30 report, an annual ranking of countries on their ability to achieve objectives through attraction and persuasion instead of coercion, the U.S. leapfrogged the U.K. and Germany to claim the top spot, while Canada, under its popular and photogenic new Prime Minister Justin Trudeau, jumped France to claim fourth place.

Based on a theory of global political power developed by Joseph Nye, a Harvard political science professor, the survey uses both polling and digital data to rank countries on more than 75 metrics gathered under the three pillars of soft power: political values, culture, and foreign policy.

According to survey author Jonathan McClory, the U.S.’s jump to the top spot had a lot to do with the fact that President Obama’s last year as Commander-in-Chief was “a busy one for diplomatic initiatives.”

“The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the U.S. abroad,” the author wrote.

The report also praised U.S. contributions in the digital world, via Facebook FB 0.81% , Twitter TWTR 0.11% , and the like, and the fact that it has more universities in the global top 200 than any other country.

The report did admit that U.S.’s rise was a bit odd, though, at least under current circumstances.

“America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy—like ending the U.S.’s stated commitment to nuclear non-proliferation,” the author wrote.

The U.K.’s slip from the top spot seemed to have more to do with U.S. strength than its own weakness. “The U.K. continues to boast significant advantages in its soft power resources,” the report notes. Indeed, U.K. Prime Minister David Cameron cited last year’s No. 1 ranking in the report as proof of his country’s international influence, the Financial Times reports.

But, the survey adds, Brexit could have devastating effects: “No other country rivals the U.K.’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the U.K.’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union.”

The ranking includes several surprising countries, like Russia (27th place). “With its annual military parades and occasional encroachments into European air and naval space, soft power might not spring to mind when thinking about the Russian Federation,” McClory writes. But, the report notes, Russia’s investment in the global, multilingual TV channel RT, as well as its diplomatic work in Syria, seem to be paying dividends.

Argentina climbed onto the list in the 30th and final spot, spurred by optimism that new, reform-minded President Mauricio Macri would further integrate it into the global diplomatic community. It was the only Latin American country other than Brazil to make the list.

 

It’s All About the Elizabeths

TIME

From Australia to Trinidad and Tobago, Queen Elizabeth II’s portrait has graced the currencies of 33 different countries — more than that of any other individual. Canada was the first to use the British monarch’s image, in 1935, when it printed the 9-year-old Princess on its $20 notes. Over the years, 26 different portraits of Elizabeth have been used in the U.K. and its current and former colonies, dominions and territories — most of which were commissioned with the direct purpose of putting them on banknotes. However, some countries, such as Rhodesia (now Zimbabwe), Malta and Fiji, used already existing portraits. The Queen is frequently shown in formal crown-and-scepter attire, although Canada and Australia prefer to depict her in a plain dress and pearls. And while many countries update their currencies to reflect the Queen’s advancing age, others enjoy keeping her young. When Belize redesigned its currency in 1980, it selected a portrait that was already 20 years old.

Voir de même:

The Portraits of Queen Elizabeth II
… as they appear on World Banknotes
Elizabeth Alexandra Mary of the House of Windsor has been Queen of the United Kingdom since 1952, when she succeeded her father, King George VI, to the throne. Queen Elizabeth II, as the head of the Commonwealth of Nations, is also Head of State to many countries in the Commonwealth. Although She remains Head of State to many countries, over the years many member nations of the Commonwealth have adopted constitutions whereby The Queen is no longer Head of State.

Queen Elizabeth’s portrait undoubtedly appeared more often on the banknotes of Great Britain’s colonies, prior to the colonies gaining independence and the use of her portrait is not as common as it once was. However, there are a number of nations who retain her as Head of State and she is still portrayed on the banknotes of numerous countries. The Queen has been depicted on the banknotes of thirty-three issuing authorities, as well as on an essay prepared for Zambia. The countries and issuing authorities that have used portraits of The Queen are (in alphabetical order):Australia
Bahamas
Belize
Bermuda
British Caribbean Territories
British Honduras
Canada
Cayman Islands
Ceylon
Cyprus
East African Currency Board
East Caribbean States
Falkland Islands
Fiji
Gibraltar
Great Britain (Bank of England)
Guernsey
Hong Kong
Isle of Man
Jamaica
Jersey
Malaya and North Borneo
Malta
Mauritius
New Zealand
Rhodesia and Nyasaland
Rhodesia
Saint Helena
Scotland (Royal Bank of Scotland)
Seychelles
Solomon Islands
Southern Rhodesia
Trinidad and Tobago
Zambia (essay only)

Arguably, there is some duplication in this list, depending on how it is viewed. Should British Honduras and Belize be counted as one issuing authority? If not, then perhaps Belize should be broken into ‘Government of Belize’, ‘Monetary Authority of Belize’ and ‘Central Bank of Belize’. Similar arguments can be made for the amalgamation of British Caribbean Territories and the East Caribbean States, or for splitting Southern Rhodesia into ‘Southern Rhodesia Currency Board’ and ‘Central Africa Currency Board’. Such decisions can be made by collectors for their own reference, but this list of countries should satisfy most collectors.

In total, there have been twenty-six portraits used on the various banknotes bearing the likeness of Queen Elizabeth. This study identifies the twenty-six individual portraits that have been used and also identifies the numerous varieties of the engravings, which are based on the portraits. The varieties of portraits on the banknotes are due, in the main, to different engravers, but there are some varieties due to different photographs from a photographic session being selected by different printers or issuing authorities.

The list that follows this commentary identifies the twenty-six portraits, the photographer or artist responsible for the portrait (where possible), and the date the portrait was executed. Portraits used on the banknotes come from one of several sources. Most are official photographs that are distributed regularly by Buckingham Palace for use in the media and in public places. Some of the portraits have been especially commissioned, usually by the issuing authority, although, in the case of the two paintings adapted for use on the notes (Portraits 9 and 19), it was not the issuing authority that commissioned the paintings. In the case of the portraits used by the Bank of England, a number of the portraits have been drawn by artists without specific reference to any single portrait.

It is interesting to observe that many portraits of Her Majesty have been used some years after they were originally executed. There is often a delay in presenting a portrait on a banknote that is to be issued to the public, because of the time required to produce a note from the design stage. Therefore, it is unusual to see a portrait appear on a banknote in less than two years after the original portrait was executed.

However, some portraits are introduced onto banknotes many years after they were taken. Portrait 9, which is based on the famous painting by Pietro Annigoni, was completed in 1955 but did not appear on a banknote until 1961. The last countries to introduce this portrait to their notes were the Seychelles and Fiji, who placed the portrait on their 1968 issues. Similarly, Portrait 17 was taken at the time of Her Majesty’s Silver Jubilee in 1977 and made its first appearance on the notes of New Zealand in 1981, but it was only introduced to the notes of the Cayman Islands in 1991. Perhaps the longest delay in using a portrait belongs to Belize. Portrait 13 was taken in 1960 and first used on the New Zealand banknotes in 1967, which is in itself a reasonable delay. Belize introduced the image to its banknotes in 1980, some twenty years after the portrait was taken.

Apart from the portrait of Queen Elizabeth as a young girl on the Canadian 20-dollar notes of 1935, the earliest portrait used on the banknotes is Portrait 6, which appears on the Canadian notes issued in 1954. The portrait used for the Canadian notes was taken in 1951 when Elizabeth was yet to accede to the throne. Undoubtedly there was a touch of nationalism is the choice of the portrait, as the photographer, Yousuf Karsh, was a Canadian. Karsh was born in Turkish Armenia but found himself working in Quebec at the age of sixteen for his uncle, who was a portrait photographer. Karsh became one of the great portrait photographers of the twentieth century and took numerous photographs of The Queen, although this is his only portrait of Her Majesty to appear on a banknote.

Portrait 6 is particularly famous because the original engraving of The Queen, which appeared on the 1954 Canadian issues, showed a ‘devil’s head’ in her hair. After causing some embarrassment to the Bank of Canada, the image was re-engraved and the notes reprinted. Notes with the modified portrait appeared from 1955.

While there have been some very famous photographers to have taken The Queen’s portrait, Dorothy Wilding is the photographer to have taken most portraits for use on world banknotes. Wilding had been a court photographer for King George VI and many of the images of the King that can be found on banknotes, coins and postage stamps throughout the Commonwealth were copied from her photographs. On the accession of Queen Elizabeth, Wilding was granted the same duty by the new monarch. Shortly after Elizabeth became Queen many photographs of the new monarch were taken by Wilding. These photographs were required for images that could be used on coins, stamps, banknotes and for official portraits that could be hung in offices and public places.

In her autobiography, In Pursuit of Perfection, Wilding says of the images she created:
‘Of all the stamps of Queen Elizabeth II reproduced from my photographs, I think the two most outstanding are the one-cent North Borneo, and our own little everyday 2½d. It is interesting to see that the Group of Fiji Islanders have chosen to use for some of their stamps the head taken from the full length portrait of Annigoni … and for the others, one of my standard portraits which have been commonly used throughout the Colonial stamp issue of the present reign.’
From her description of the postage stamps, it is possible that Wilding was unaware her images were also being used on banknotes. The image on the North Borneo stamp, preferred by Wilding, is very similar to Portrait 3 but taken at a slightly different angle. The image on the English 2½d stamp is similarly akin to Portrait 4.

Anthony Buckley was another prolific photographer of The Queen, and his work is well represented in the engravings of Her Majesty on the banknotes. An English photographer, most of Buckley’s portraits were taken in the 1960s and 1970s. His work has also been adapted for use on numerous postage stamps throughout the world.

One of the interesting aspects to the portraits of Queen Elizabeth, which appear on world banknotes, is the style of portrait chosen by each issuing authority. How does each issuing authority wish to portray The Queen? Some of the portraits are formal, showing The Queen as a regal person, and some show her in relatively informal dress. While most issuing authorities have chosen to show The Queen in formal attire, the Bank of Canada has always shown The Queen without any formal regalia and always without a tiara. It has been suggested that this may be due to a desire to appease the French elements of Canada.

Australia originally opted to show Her Majesty in formal attire. Portrait 5 shows a profile of The Queen wearing the State Diadem and Portrait 12 shows Her Majesty in the Regalia of the Order of the Garter. When preparations were being made to commission a portrait for the introduction of decimal currency into Australia, the Chairman of the Currency Note Design Group advised that, for the illustration of The Queen (Portrait 12), the ‘General effect [is] to be regal, rather than « domestic » …’ However, the most recent portrait used on Australian banknotes (Portrait 21) shows The Queen in informal attire, perhaps even displaying a touch of ‘domesticity’. This is possibly a reflection of changing attitudes to the monarchy in Australia.

While Canada and Australia may opt to use informal images of The Queen, most issuing authorities continue to depict Her Majesty regally. In many portraits she is depicted wearing the Regalia of the Order of the Garter. In other portraits she is often dressed formally, wearing Her Royal Family Orders. In most portraits she is wearing some of her famous jewellery. In the following descriptions of the portraits, various tiaras, diadems, necklaces and jewellery worn by Her Majesty are described, although not all items have been identified.

Of interest, in the following descriptions, are the differences observed in the same portraits engraved by different security printers. In several instances the same portrait has been use by different security printers and the rendition of the portrait is noticeably variant for the notes prepared by the different companies. Portrait 4 gives a good example of the different renditions of the Dorothy Wilding portrait by Bradbury Wilkinson, Thomas De La Rue, Waterlow and Sons, and Harrisons.

Another example can be seen in Portrait 16, which is used on banknotes issued by Canada and the Solomon Islands. In the engraving used by the Solomon Islands, prepared by Thomas De La Rue, The Queen looks severe, but on the Canadian notes prepared by the British American Bank Note Company and by the Canadian Bank Note Company there is a suggestion of a smile. The Canadian notes achieve the difference by including a subtle shaded area on Her Majesty’s left cheek, just to the right of her mouth.

While there have been thirty-three issuing authorities to have prepared banknotes bearing The Queen’s portrait (excluding the Zambian essay), Fiji has used the most number of portraits, being six in total. Three issuing authorities have used five portraits: the Bank of England, Bermuda, and Canada.

The following list of portraits is ordered by the date on which the banknotes, on which the portraits appear, were first released into circulation, rather than the date on which the portraits were executed. Where the portrait was used by more than one issuing authority, the list of issuing authorities is ordered by the date on which the authority first used the portrait. Next to each issuing authority are the reference numbers from the Standard Catalog of World Paper Money (SCWPM, Volume 2, Ninth Edition and Volume 3, Eighth Edition) that indicate those notes of the issuing authority which bear the portrait.

Voir de plus:

Queen Elizabeth II has, of course, been pictured on British currency for much of her reign, but she has also appeared on the money of various British Commonwealth states and Crown dependencies. With such a long reign and so many nations issuing money with her image on it over the years, there are enough banknote portraits to construct a sort of aging timeline for the Queen. The age given below for each portrait is her age when the picture was made, which is not always the same as the year the banknote was issued (more information can be found at this interesting site maintained by international banknote expert Peter Symes). Here is Elizabeth through the years, on money.

1. Canada, 20 dollars, age 8

Navonanumis

She was just a princess then. Her picture appeared on Canadian banknotes long before anything issued by the Bank of England.

2. Canada, 1 dollar, age 25

Lithograving

From a portrait taken by a Canadian photographer the year before she ascended the throne.

3.  Jamaica, 1 pound, age 26

Numismondo

Newly queen.

4. Mauritius, 5 rupees, age 29

CollectionPpyowb

From a painting commissioned in the 1950s by the Worshipful Company of Fishmongers, for Fishmongers’ Hall in London.

5. Cayman Islands, 100 dollars, age 34

Downies

Here she’s wearing the Russian style Kokoshnik tiara.

6. Australia, 1 dollar, age 38

Leftover Currency

Not long after this portrait was taken, she would meet the Beatles.

7. St. Helena, 5 pounds, age 40

MeBankNotes

Perfecting the art of looking casual while wearing bling.

8. Isle of Man, 50 pounds, age 51

Leftover Currency

More bling for this portrait from her Silver Jubilee.

9. Jersey, 1 pound, age 52

Leftover Currency

Wisdom, experience, soulful eyes.

10. Australia 5 dollars, age 58

Currency Guide

The confidence to go casual.

11. New Zealand, 20 dollars, age 60

1kpmr.com

Not the most flattering one. The green tint doesn’t help.

12. Gibraltar, 50 pounds, age 66

Leftover Currency

Silver hair and shiny diamonds. From a photograph taken at Buckingham Palace.

13. Fiji, 5 dollars, age 73

BanknoteWorld

More silver hair, more shiny diamonds, and not so much smoothing of the wrinkles.

14. Jersey, 100 pounds, age 78

Downies

Face lined, eyes sparkly. She is looking right at you, and she looks good.

15. Canada, 20 dollars, age 85

GDC.net

Back to Canada, where it all began, and where they like their Queen a bit laid back.


Multiculturalisme: Le problème, c’est qu’on refuse de voir ce à quoi on ne veut pas croire (After the liberals, it’s the bobos’s turn to get mugged by reality)

4 septembre, 2016
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Ban the burka, says majority of the British public
... meanwhile in the UK, Muslim women in traditional dress enjoy the weather on Brighton beachpiege-voilepiege-voile-2
 
https://i1.wp.com/www.pewresearch.org/files/2015/01/FT_15.01.14_MuslimPopulation420px.png

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Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas. Thérèse d’Avila
Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. Oscar Wilde
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. G.K. Chesterton
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente. Arthur Schopenhauer
Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde :on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
Un néoconservateur est un homme de gauche qui s’est fait agresser par la réalité. Un néolibéral est un homme de gauche qui s’est fait lui aussi agresser par la réalité, mais n’a pas porté plainte. Irving Kristol
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises. Bourdieu
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée. Bourdieu
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Aujourd’hui, dans le contexte d’un affrontement de civilisations donnant lieu à un conflit armé ayant fait en un an des centaines de victimes sur le territoire national, il est logique que reviennent au premier plan les exigences de l’ordre public, et le juge des référés a d’ailleurs invoqué «le contexte de l’état d’urgence et des récents attentats» pour justifier sa décision en la fondant sur «un risque de troubles à l’ordre public».  (…) L’islam est, par nature, politique. On ne saurait trop le rappeler: l’islam est un système total qui mêle le religieux, le politique, le juridique, la civilisation. L’islam est un code de droit qui prétend remplacer le droit du pays d’accueil. Si bien que toute concession faite à l’islam comme religion est un abandon consenti à l’islam comme système politico-juridique ainsi qu’à la civilisation islamique. Face à l’islam, la laïcité conçue comme neutralité ne suffit pas. Le cas de figure n’est pas le même qu’avec le catholicisme. Notre laïcité s’est certes construite contre l’Église, mais en accord avec les paroles fondatrices du christianisme: rendre à César et à Dieu ce qui leur revient respectivement. L’islam est au contraire l’anti-laïcité par excellence, si bien que notre État laïque devrait le combattre beaucoup plus durement qu’il n’a combattu le catholicisme. [La Corse] C’est un exemple des troubles à l’ordre public que peut entraîner cet étalage sur les plages françaises des pratiques identitaires islamiques. Surtout dans le contexte des récents massacres commis par des islamistes au nom de leur dieu. Par ailleurs, il est clair qu’en Corse où la population est restée plus près de son sol, plus ancrée dans ses villages, elle se montre plus réactive face au processus de la conquête islamiste non dite mais bien réelle dont l’Europe occidentale est l’objet. Cependant, même dans l’Hexagone, de plus en plus de gens ont conscience du lien qui existe entre les carnages des terroristes islamistes et le folklore identitaire arabo-musulman qui est le terreau où se nourrit le djihadisme. (…) Notre pays est actuellement en guerre, et s’il ne veut pas être vaincu dans cette guerre, il doit savoir contre qui et contre quoi il se bat. Pour ne pas perdre une guerre, il faut impérativement nommer l’ennemi. Or, en l’espèce, celui-ci est double: d’une part les djihadistes violents qui massacrent dans notre pays; et d’autre part, les djihadistes «civilisationnels», qui œuvrent inlassablement à rendre toujours plus présents sur notre sol leur civilisation, leurs règles et leur mode de vie. À moyen et long terme, le plus grand danger pour les Français est la conquête feutrée de la France par le djihadisme civilisationnel, conquête qui s’opère au nom des droits de l’homme. Les femmes qui portent des vêtements de bain islamiques sont des militantes de la conquête de notre pays par un groupe humain porteur d’une civilisation antagoniste. Cet été, les plages sont la nouvelle partie de notre territoire que visent à s’approprier les islamistes. Jean-Louis Harouel
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Le 1er août 2016, les ministres de l’Intérieur et du Logement ont publié un communiqué passé totalement inaperçu dans la torpeur de l’été mais d’une importance capitale sur le plan de l’évolution des mentalités et de l’idéologie politique française. Ce texte marque une inflexion de la conception française de l’immigration. Jusqu’alors, celle-ci était fondée sur la distinction entre l’immigration régulière et l’immigration illégale. La première, conforme à la loi, était destinée par exemple à accueillir des travailleurs dont la France peut avoir besoin, à former des étudiants dans l’intérêt de la France ou du pays d’origine, ou bien à assurer le principe d’unité familiale. Elle était évaluée à environ 200 000 personnes par an. En revanche, les migrants en situation irrégulière, entrés ou séjournant en infraction avec la loi, devaient impérativement repartir dans leur pays, volontairement ou par la contrainte. Tel était le principe. Cette différence, pour la première fois depuis que l’immigration est devenue un sujet politique au début des années 1980, semble désormais ni par l’Etat. Le migrant en situation irrégulière n’a plus vocation à être reconduit dans son pays, mais à être accueilli en France et pris en charge par la puissance publique, au même titre qu’un étranger en situation régulière ou qu’un citoyen français en difficulté. (…) Ce communiqué enterre donc de fait toute notion d’immigration irrégulière. Il abolit le clivage entre légalité et illégalité en matière d’immigration. Il va dans le sens de la loi du 7 mars 2016, dont les dispositions reviennent à rendre très difficiles l’application des mesures d’éloignement. Il proclame que la France a le devoir d’accueillir et de prendre en charge tout étranger sur son territoire, qu’il soit autorisé à entrer et à séjourner ou qu’il ne le soit pas. De facto, le principe ainsi proclamé abroge l’idée de frontière ou de respect du droit de l’entrée et de séjour. Les associations humanitaires, les idéologues, les partisans de la liberté totale d’immigrer en rêvaient depuis au moins quarante ans. M. Cazeneuve et Mme Cosse l’ont fait. La question est de savoir quel sera l’ampleur de l’appel d’air que cette transformation profonde de tous les fondements de la politique d’immigration française est susceptible provoquer à terme. Le communiqué annonce une France ouverte, qui n’éloigne plus ses migrants illégaux mais au contraire les accueille. Le potentiel d’émigration est élevé: des centaines de millions de personnes déshéritées et désœuvrées, dans ce monde en ébullition, ne songent qu’à trouver un point d’accueil. Reste à savoir si la France, qui compte cinq millions de chômeurs, de gigantesques problèmes de logement, des centaines de milliers de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, un millier de cités sensibles dévastées par la violence, l’exclusion, le communautarisme, l’islamisme radical, si cette France a les moyens d’accueillir une immigration supplémentaire. Mais pour M. Cazeneuve et Mme Cosse, c’est une autre affaire. Et ce n’est visiblement pas la leur. Alexis Théas
Les policiers incarnent l’Etat, l’ordre public, la loi. Ils sont un symbole de la France traditionnelle. Dans une société en voie de décomposition, gagnée par une pagaille généralisée, la police incarne ce qui reste de l’ordre et de la discipline. Dans les zones de non droit gangrenées par le trafic de drogue, la violence aveugle, le communautarisme islamiste, le policier est le dernier gardien de la civilisation contre la barbarie. Tuer des policiers, pour le terroriste islamiste a une signification suprême: en finir avec le dernier vestige de l’autorité sur le territoire français. Le fait que le massacre du couple ait lieu à son domicile a un sens encore plus lourd. La guerre contre le monde occidental et la France est totale, sans concession, sans limites: tuer des personnes jusque dans le plus intime du foyer. La bataille a pour objectif le massacre pour le massacre. Elle est tournée vers une logique d’extermination. Mais la condition du policier français comme cible de la haine ne se limite pas au terrorisme islamiste. D’autres lui ont montré la voie… «A l’unisson, la foule chante: tout le monde déteste la police» rapporte un quotidien national le 5 avril dernier en compte-rendu d’une manifestation lycéenne. Chaque année, près de 8000 policiers et gendarmes sont blessés et une vingtaine tués. Les policiers, les gendarmes, parfois les militaires, sont en première ligne de toutes les expressions du chaos social et de la désintégration de l’autorité: violence des migrants clandestins du Calaisis et dans les squats, émeutes dirigées contre la loi «travail», à Paris comme en province, occupation de la place de la République par Nuit debout, violences lycéennes, déchaînement de hooliganisme à l’occasion de l’euro de football… A ces désordres ponctuels s’ajoute le chaos permanent des zones de non-droit et des cités sensibles: chaque année, près de 10% des policiers exerçant dans les départements les plus difficiles de la région parisienne sont blessés. Comment 120 000 policiers et un peu moins de gendarmes peuvent-ils tenir face à une telle exposition, un tel traitement? Tel est l’un des mystère de la France contemporaine. A la suite des attentats de «Charlie», des manifestations de solidarité avec la police se sont exprimées. Elles apparaissent aujourd’hui éphémères et sans lendemain. Le problème fondamental de la police de France est qu’elle n’est pas soutenue dans sa mission de protection de la société contre la barbarie. Les policiers en service dans les cités sensibles vivent un calvaire quotidien que la société veut ignorer: insultes, crachats, menaces de viol contre les femme policières, violences physiques. Les médias ne parlent jamais de ce sujet. Le réflexe «de la France d’en haut», des élites médiatiques, conditionnées depuis mai 1968 à haïr l’Etat et l’autorité, est de présenter le policier en oppresseur et le trublion ou le délinquant en victime. Les images de manifestants blessés dans l’activité de maintien de l’ordre public abondent dans les unes de la presse et des médias. En revanche, celles de policiers à terre sont soigneusement occultées. On parle abondamment des bavures policières mais jamais du martyre que subissent les policiers. Dans les commissariats les plus exposés, les suicides de policiers ne sont pas rares. De même, la justice a fait le choix de banaliser la police en la traitant sur le même plan que les auteurs d’infraction. En cas de plainte d’un policier blessé, les juridictions le placent sur le même plan que leur agresseur dans le cadre d’un procès à égalité des parties, avec confrontation obligatoire. Le malaise de la police française vient de ce qu’elle ne se sent pas protégée par la justice. Quant au pouvoir socialiste, obnubilé par sa posture de «gauche», et l’obsession de conserver ou reconquérir la sympathie des groupuscules gauchisants, il ne s’empresse pas d’apporter un soutien ferme et résolu à la police devenue le bouc-émissaire de la France du chaos. Policiers blessés ou tués, commissariats pris d’assaut et saccagés, voitures de police incendiées: la police porte aujourd’hui seule le poids du chaos français, dans un climat d’aveuglement et de déni généralisé. Le retour de l’autorité sur le territoire national et le respect de la police sera sans nul doute l’enjeu fondamental des élections de 2017. Pour l’instant, les politiques dans leur ensemble ne l’ont pas encore compris. Alexis Théas
There was a fundamental problem with the decision that you can see rippling now throughout the West. Ms. Merkel had put the entire burden of a huge cultural change not on herself and those like her but on regular people who live closer to the edge, who do not have the resources to meet the burden, who have no particular protection or money or connections. Ms. Merkel, her cabinet and government, the media and cultural apparatus that lauded her decision were not in the least affected by it and likely never would be. Nothing in their lives will get worse. The challenge of integrating different cultures, negotiating daily tensions, dealing with crime and extremism and fearfulness on the street—that was put on those with comparatively little, whom I’ve called the unprotected. They were left to struggle, not gradually and over the years but suddenly and in an air of ongoing crisis that shows no signs of ending—because nobody cares about them enough to stop it. The powerful show no particular sign of worrying about any of this. When the working and middle class pushed back in shocked indignation, the people on top called them “xenophobic,” “narrow-minded,” “racist.” The detached, who made the decisions and bore none of the costs, got to be called “humanist,” “compassionate,” and “hero of human rights.” The larger point is that this is something we are seeing all over, the top detaching itself from the bottom, feeling little loyalty to it or affiliation with it. It is a theme I see working its way throughout the West’s power centers. At its heart it is not only a detachment from, but a lack of interest in, the lives of your countrymen, of those who are not at the table, and who understand that they’ve been abandoned by their leaders’ selfishness and mad virtue-signalling. On Wall Street, where they used to make statesmen, they now barely make citizens. CEOs are consumed with short-term thinking, stock prices, quarterly profits. They don’t really believe that they have to be involved with “America” now; they see their job as thinking globally and meeting shareholder expectations. In Silicon Valley the idea of “the national interest” is not much discussed. They adhere to higher, more abstract, more global values. They’re not about America, they’re about . . . well, I suppose they’d say the future. In Hollywood the wealthy protect their own children from cultural decay, from the sick images they create for all the screens, but they don’t mind if poor, unparented children from broken-up families get those messages and, in the way of things, act on them down the road. From what I’ve seen of those in power throughout business and politics now, the people of your country are not your countrymen, they’re aliens whose bizarre emotions you must attempt occasionally to anticipate and manage. In Manhattan, my little island off the continent, I see the children of the global business elite marry each other and settle in London or New York or Mumbai. They send their children to the same schools and are alert to all class markers. And those elites, of Mumbai and Manhattan, do not often identify with, or see a connection to or an obligation toward, the rough, struggling people who live at the bottom in their countries. In fact, they fear them, and often devise ways, when home, of not having their wealth and worldly success fully noticed. Affluence detaches, power adds distance to experience. I don’t have it fully right in my mind but something big is happening here with this division between the leaders and the led. It is very much a feature of our age. But it is odd that our elites have abandoned or are abandoning the idea that they belong to a country, that they have ties that bring responsibilities, that they should feel loyalty to their people or, at the very least, a grounded respect. I close with a story that I haven’t seen in the mainstream press. This week the Daily Caller’s Peter Hasson reported that recent Syrian refugees being resettled in Virginia, were sent to the state’s poorest communities. Data from the State Department showed that almost all Virginia’s refugees since October “have been placed in towns with lower incomes and higher poverty rates, hours away from the wealthy suburbs outside of Washington, D.C.” Of 121 refugees, 112 were placed in communities at least 100 miles from the nation’s capital. The suburban counties of Fairfax, Loudoun and Arlington—among the wealthiest in the nation, and home to high concentrations of those who create, and populate, government and the media—have received only nine refugees. Some of the detachment isn’t unconscious. Some of it is sheer and clever self-protection. At least on some level they can take care of their own. Peggy Noonan
I have a fund of similar stories from female friends in France. There’s the one who was insulted by two women in headscarves while out jogging because she had on a pair of shorts; the friend who no longer travels on the Paris metro after a certain hour because, as a Muslim, she’s fed up with being insulted by men of her religion because she dares to wear a skirt and blouse; and the one who sold her baby’s car seat through an ad in the local paper. The man met her asking price but refused to shake the hand of a woman. Then there are the cases outside my immediate milieu. On the first day of Ramadan this year a Muslim waitress in a Nice bar was assaulted by two men. ‘Shame on you for serving alcohol during Ramadan,’ one of them screamed, as he attacked her. ‘If I were God, I would have you hanged.’ Last year in Reims a young woman sunbathing in a public park was set upon by a gang of teenage girls. They objected to her bikini, reported the newspapers, although the town’s authorities insisted there was no ‘religious’ aspect to the attack. Few believed them. That’s because such incidents are becoming more common across France. There was a spate of similar confrontations last summer in Lyon This important point is blithely ignored by naive liberal writers, particularly those in Britain, who have little understanding of the extent of extremism in France, where 100 of the country’s 2,500 mosques are controlled by Salafists, the most puritanical Islamic ideology. The Salafists want all women covered, at all times, and the burkini is part of their strategy. It is a symbol of Islamic purity with a clear message: good Muslims wear the burkini, bad ones wear the bikini. Toleration of the burkini will only embolden France’s ‘police of mores’ in their campaign of coercion. The Spectator
You may have noticed that Cannes, Nice, and a dozen other beach towns in France have just now adopted regulations banning the Islamic “burkini,” or full-body female swimsuit, from their beaches. And, as a result, we are right now undergoing a new outbreak of the by-now traditional and even folkloric American consternation over France and its antipathy to certain kinds of Islamic attire—the American consternation that, for a dozen years now, has rested on a single unchanging and unexamined assumption, as if nothing has changed during all these years, and no new information has emerged. The assumption is that France wants to regulate Islamic attire because the French are fundamentally biased against their Muslim minority. The French are frightened of the “Other.” They are unrepentant in their imperialist and colonialist hatreds for the peoples of North Africa. They are, in short, hopelessly racist. (…) Now, the American commentaries are, to be sure, not wrong in every instance. But they are wrong fundamentally, and the ways in which they are wrong seem never to diminish or vary or to yield to new information—which ought to alert us to their folkloric quality—namely, their origin in a folk belief about America. This is the belief that America is the home of the free, and France is not, and any desire to arrange things differently from how we Americans do can only be an aggression against common sense. In reality, the Islamic veil has a history in France. The North African immigrants who began arriving in France after World War II and especially in the 1960s were not fundamentalists, and they were not Islamists, and they did not normally dress in ostentatiously Islamic clothes. In the 1980s, the Islamist movement began to prosper in North Africa, however, and, after a while, a few imams with Islamist affiliations made their way to the French immigrant suburbs and housing projects. The Islamists recruited disciples. And they set about constructing their dreamed-of Quranic community as best they could—their proposed return to an imaginary 7th-century Medina, their effort to keep women out of sight or under wraps, their theory of a supernaturally evil Jewish conspiracy, and everything else. And the first step in their program was, of course, to impose the Islamist dress code on women. This meant obliging women to dress in a style that is indigenous to the Arabian peninsula, though not to North Africa—in clothing that is designed to conceal the female form and face, which the Islamists describe as authentically Islamic. (…) The French controversy over the veil—which, in the French debate, has meant the Islamic headscarf or hijab, too—got underway not with the arrival of the Muslim immigrants, but with the arrival of the Islamists. (…) And the question of how to interpret this dispute became, very quickly, a national debate in France, with plausible arguments on both sides. To wit, pro-veil: Shouldn’t a woman and even a schoolgirl have the right to dress in accordance with her own religious conscience? Isn’t religious attire a matter of individual right and religious freedom? (…) To which the anti-veil argument replied: No, the veil has been brought into the schools as a maneuver by a radical movement to impose its dress code. The veil is a proselytizing device, intended to intimidate the Muslim schoolgirls and to claim a zone of Islamist power within the school. And the dress code is the beginning of something larger, which is the Islamist campaign to impose a dangerous new political program on the public school curriculum in France. This is the campaign that has led students in the suburban immigrant schools to make a series of new demands—the demand that Rousseau and certain other writers no longer be taught; the demand that France’s national curriculum on WWII, with its emphasis on lessons of the Holocaust, be abandoned; the demand that France’s curricular interpretation of Middle Eastern history no longer be taught; the demand that co-ed gym classes no longer be held, and so forth. The wearing of veils in the schools, then—this is the beginning of a larger campaign to impose an Islamist worldview on the Muslim immigrants, and to force the rest of society to step aside and allow the Islamists to have their way. From this standpoint, opposition to the veil is a defense of the schools, and it is a defense of freedom and civilization in France, and it is not an anti-immigrant policy. (…) Naturally, the hearings and the passage of a law (about school dress) and then another law a few years later (about full-face veils in public) and the issuing of various regulations did not bring the argument to an end. That is because these controversies are, by nature, without any obvious resolution. On one side, in France, there is good reason for immigrants and their allies to complain about imperialist holdovers and larger bigotries in the culture, and reason to worry that anti-Islamist laws and regulations may spill over into an anti-immigrant campaign. And there has been no shortage of pious Muslim women willing to say that, in their own instance, they are not victims of the Islamists, and they wish to wear Islamic attire strictly for reasons of individual religious conscience, regardless of what anyone might say. These arguments are unanswerable. Then again, the French public as a whole, ancestral Gauls and new arrivals alike, has had every reason to grow ever more frightened of the Islamist movement, which has grown over the years, until by now it has come to dominate the young generation in entire neighborhoods in the immigrant districts—which means the French as a whole have every reason to look for simple regulatory ways to discourage the movement, beginning with legislation against the Islamist dress code. This argument, too, is unanswerable. Here, then, is a debate that will not come to a close. And yet, to read some of the American reporters and commentators, you would suppose that France has been consumed with these continuing quarrels, and that France’s Muslim population as a whole has been shuddering in resentment over the laws and regulations. But France has not been consumed, and the Muslims as a whole have not been shuddering, even if some have been. The most controversial of the laws was the first one, banning ostentatious religious symbols in the schools—which led a good many people to predict that, once the law was put into effect, the French Muslims were going to react furiously. But only the Americans were furious. President Barack Obama himself denounced the law (in his Cairo speech of 2009). A great many French Muslims appear, on the other hand, to have accepted and approved the law. It was because Muslim parents do not want their children to be drawn into a reactionary medievalist religio-political cult. They want their daughters to grow up to be Muslim Frenchwomen with the rights and privileges of other Frenchwomen. If the Islamists and their dress code are suppressed in the schools, then, this can only be good. But then, some commentators have always found it difficult to remember that Islamists are not the voice of authenticity for the Muslim immigrants in France. The Islamists are a threat to the immigrants, as well as to everyone else. And if the laws and regulations succeed in making life harder for the Islamist movement, the great mass of the French Muslims will be the first to benefit. (…) It is true that, in France, people take their secularism a little further than Americans tend to do, and this is partly on historical grounds. In America, we worry about freedom of religion, but in France, where everyone remembers the Catholic past and the religious wars, people worry about freedom from religion. They do not want to be tyrannized by theological fanatics. The Islamist movement is, from this point of view, all too familiar to the French—one more clericalist current that wishes to imposes its theological doctrines on everyone else. And, in the face of the Islamist fanaticism, the French are grateful for their secularist traditions and laws. Then again, the French take their secularism a little further than we Americans do also because they are willing to grant government a larger administrative role than Americans tend to do. Americans are allergic to government regulation, or pretend to be, but the French do not even pretend to be. I realize that a great many Americans believe that, as a result of the French willingness to accept government regulation, France has become an impoverished Communist despotism. But have you been to France? Perhaps it is true that labor regulations have lately become an obstacle to high employment. Even so, France is, in many respects, a better-run country than the United States. And the French naturally look to the government to apply secularist principles even in areas of life that Americans might regard as outside the zone of government, local or national. The permissibility of religious attire, for instance. And the French see something attractive in their government regulations. (…) The entirely comprehensible and translatable laïcité, which is the secular republican ideal: This is what most French people want—even if some French people are bigots. The secular republican ideal is what most French Muslims want—even if some French Muslims have been seduced by the Islamist manias and hatreds. This is what the immigrants from North Africa came to France in hope of finding. The debate over how best to contain and suppress the Islamist movement has taken place within the framework of that idea. (…) In France, there is an ancient and curious habit of mindless and self-flattering anti-Americanism, and in America, there is an ancient and curious and equivalent habit of sneering mindlessly at the French. This is the American habit that, for a dozen years now, has led the American commentators to see in France’s republican secularism a racist attack on individual freedom, instead of an antiracist defense of individual freedom. Paul Berman
En Syrie, à la guerre contre Daech se superposent d’autres guerres où les alliés d’hier dont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Et inversement. Il n’y a pas une guerre mais des guerres en Syrie. Celle contre Daech, celle contre Bachar al-Assad et celle entre groupes rebelles. Au bout de cinq longues années de guerre civile, le pays est devenu une véritable mosaïque de factions armées. Forces Kurdes, islamistes ou rebelles « modérés », les alliances se font et se défont au gré des agendas politiques et militaires des uns et des autres, du rapport de force en présence ou des enjeux locaux. Les ennemis d’hier peuvent se retrouver les amis du jour et inversement. A cela s’ajoute les stratégies des puissances régionales et occidentales qui s’activent sur le terrain pour atteindre leurs objectifs parfois contradictoires : asseoir son hégémonisme régional ou lutter contre l’expansionnisme de Daech. Les deux pouvant s’entrechoquer. (…) Dans le nord de la Syrie, les Forces de protection du peuple (YPG) du Parti de l’union démocratique (PYD), proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) turc, dominent le terrain. Depuis octobre 2015, les YPG font partie des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), à dominante kurde, qui rassemble Kurdes, combattants arabes, Yézidis ou milices chrétiennes. Les FDS sont soutenus par Washington et Paris qui leur apportent l’appui de leurs aviations, du matériel (missiles, munitions) et formateurs sur le terrain dans leur guerre contre Daech.(…) Les YPG se sont donnés pour objectif la création d’un Kurdistan Syrien (Rojava) réunissant les trois cantons de Djézireh, Kobané et Afrin actuellement séparés des territoires kurdes par une zone de 65 km toujours aux mains de l’EI. Une réalisation que Recep Erdogan, le président Turc, ne veut voir aboutir pour rien au monde. L’opération lancée le 24 août par l’armée turque sur le territoire syrien, sous couvert de frapper des positions de Daech, n’a pour objectif que de stopper l’avancée des YPG  vers le canton d’Afrin, au nord-ouest de la Syrie. Afin d’éviter tout possibilité de constitution de ce Rojava. Marianne
Ce mercredi 24 août, l’armée turque a lancé ses soldats à l’assaut de Jarablos, ville syrienne frontalière de la Turquie, aux mains de l’EI depuis 2013. Sous le nom de code « Bouclier de l’Euphrate », le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a expliqué dans un communiqué que « les forces armées turques et les forces aériennes de la coalition internationale ont lancé une opération militaire visant à nettoyer le district de Jarablos de la province d’Alep de l’organisation terroriste Daech ». De son côté, le président Recep Erdogan, dans un discours à Ankara, a apporté une précision de taille : « Depuis quatre heures nos forces ont lancé une opération contre les groupes terroristes de Daech et du PYD ». Pour Erdogan, l’opération vise donc les combattants d’Abou Bakhr al Baghdadi mais aussi les Kurdes de Syrie de la branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD), les Forces de protection du peuple (YPG). Des Kurdes qui se battent pour eux-mêmes sur place contre Daech, ennemi visé par Erdogan. (…) Le nom de l’opération « Bouclier de l’Euphrate » est d’ailleurs loin d’être anodin. Depuis les premières réussites militaires des YPG, Erdogan avait bien signifié que l’Euphrate constituait une « ligne rouge » à ne pas franchir pour les Kurdes. Mais forts de leurs victoires répétées sur le terrain, les YPG, après la formation des FDS en octobre 2015, avaient reçu le soutien des Etats-Unis. Appui de taille qui leur avait permis de franchir le Rubicon. Jusqu’à ce surprenant revirement de l’état-major américain qui se range du côté de cette entrée en guerre de la Turquie contre les YPG. Joe Biden, le vice-président américain, en visite ce 24 août à Ankara, a ainsi déclaré que les kurdes syriens perdraient le soutien des Etats-Unis s’ils ne se retiraient pas de la rive ouest de l’Euphrate. Un tournant d’autant plus surprenant qu’aux côtés des soldats d’Erdogan, à en croire les autorités turques, combattent des supplétifs issus de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Marianne
The Muslim population in Britain has grown by more than 500,000 to 2.4 million in just four years, according to official research collated for The Times. The population multiplied 10 times faster than the rest of society, the research by the Office for National Statistics reveals. In the same period the number of Christians in the country fell by more than 2 million. Experts said that the increase was attributable to immigration, a higher birthrate and conversions to Islam during the period of 2004-2008, when the data was gathered. They said that it also suggested a growing willingness among believers to describe themselves as Muslims because the western reaction to war and terrorism had strengthened their sense of identity. Muslim leaders have welcomed the growing population of their communities as academics highlighted the implications for British society, integration and government resources. David Coleman, Professor of Demography at Oxford University, said: “The implications are very substantial. Some of the Muslim population, by no means all of them, are the least socially and economically integrated of any in the United Kingdom … and the one most associated with political dissatisfaction. You can’t assume that just because the numbers are increasing that all will increase, but it will be one of several reasonable suppositions that might arise.” Professor Coleman said that Muslims would naturally reap collective benefits from the increase in population. “In the growth of any population … [its] voice is regarded as being stronger in terms of formulating policy, not least because we live in a democracy where most people in most religious groups and most racial groups have votes. That necessarily means their opinions have to be taken and attention to be paid to them.” The Times (2009)
De l’attaque de « Charlie Hebdo » et de l’« Hyper casher » en janvier 2015 à la mort du père Jacques Hamel à Saint-Etienne-de-Rouvray, mardi 26 juillet, ce sont 236 personnes qui ont perdu la vie dans des attentats et attaques terroristes, qui ont également fait des centaines de blessés. Les décodeurs
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain». Géraldine Smith
Selon un sondage YouGov publié ce jeudi, la majorité des Britanniques défend une interdiction de la burka, et près de la moitié celle du burkini. Contrairement à la France, aucune loi ne défend en Grande-Bretagne le port du voile intégral. Le débat sur le burkini n’agite pas seulement la France. Tout l’été, entre rixes en Corse et avis du Conseil d’Etat, l’actualité a été accaparée par la polémique sur ces maillots de bain islamiques, qui couvrent l’intégralité du corps. De l’autre côté de la Manche, un sondage YouGov vient d’être dévoilé, qui montre que la majorité des citoyens britanniques sont opposés à la burqa et au burkini dans leur pays. 57% des personnes interrogées se disent ainsi favorables à une interdiction du voile intégral, qui cache également le visage de la femme, contre seulement 25% opposés à cette mesure. Concernant le burkini, 46% des sondés estiment qu’il devrait être interdit sur les plages, quand 30% pensent le contraire. L’institut de sondage précise que plus le sondé est jeune, plus il a tendance à être opposé à l’interdiction. En revanche, le sexe de la personne interrogé n’est pas déterminant dans sa réponse, puisque 56% des femmes soutiennent l’interdiction de la burqa pour 58% de l’ensemble des répondants. Au Royaume-Uni, aucune loi n’interdit pour l’instant le port de la burqa, contrairement à la France. Valeurs actuelles
Here in Britain, banning the burka is a topic of discussion in the UKIP leadership contest after candidate Lisa Duffy called for a ban on wearing them in public places. New research from YouGov suggests this would be a popular policy with a majority of the public (57%) supporting a ban on wearing the burka in the UK, whilst just 25% are against outlawing it. (…) Looking at attitudes to burkinis, again the UK is more in favour of banning them, although less strongly – 46% of people would support a burkini ban and 30% would oppose one. Looking elsewhere, YouGov has found a similar level of support for a burka ban in Germany (62% supporting a ban and 27% opposing), whilst in the US a ban is strongly opposed, with 59% of people opposing the ban and just 27% supporting it. YouGov (2016/08/31)
Vous parlez de Marianne ! Marianne, le symbole de la République ! Elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple ! Elle n’est pas voilée, parce qu’elle est libre ! C’est ça la République ! C’est ça Marianne ! C’est ça que nous devons toujours porter ! Manuel Vals
Y a tout un conflit sur la poitrine dénudée de Marianne…(…) En fait, progressivement, deux images de Marianne co-existent et sont concurrentes, car il y a deux conceptions de la république (…) Il y a la marianne « sage », cheveux attachés, seins couverts, pas d’arme, sagement assise (…) Et la Marianne révolutionnaire, cheveux détachés, bonnet phrygien, poitrine découverte, combattante et armée (…) La première est la Marianne des républicains libéraux conservateurs, la seconde des radicaux révolutionnaires. Mathilde Larrere
Manuel Valls, the Socialist prime minister, called the burkini an “enslavement” of women, and claimed it was part of a political project to impose Islamist rules on France. He noted that Marianne, a female figure symbolising the French nation, is classically depicted bare-breasted. The implication seemed to be that women in burkinis are un-French, while true French women go topless. The Economist
À l’étranger, l’interdiction du burkini sur certaines plages françaises a suscité une vague de critiques dans les pays anglo-saxons, qui perçoivent la mise à l’index de vêtements religieusement connotés comme un frein à l’intégration. «Absurdité française», a lancé l’éditorialiste David Aaronovitch dans le quotidien The Times en estimant que de telles interdictions ne pouvaient qu’être l’œuvre d’«esprits tordus» et créer plus de problèmes. Croiser au Royaume-Uni une femme intégralement voilée dans certaines villes ou quartiers à forte population musulmane n’est pas chose rare et ne déclenche pas les mêmes polémiques qu’en France. (…) Ce clivage entre Britanniques et Français s’explique par les différences culturelles entre les deux pays, entre politique d’assimilation à la française et multiculturalisme britannique, avance le Dr Sara Silvestri, de la City University de Londres. «Ces deux modèles d’intégration sont en crise: ils ne sont plus appliqués ou compris de manière claire et chaque pays regarde ce que fait l’autre pour en tirer des leçons», note-t-elle. La Croix
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent amers et qu’ils s’accrochent à leurs fusils ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ…David Brooks
Well, my joke is that I consider myself a bobo with bad grades. If I’d studied more, I would have gotten into Harvard and I could afford the big kitchen and all that. But I am a bobo in some sense. You know, the essence of bobo life is people who consider themselves sort of artistic or writers or intellectuals but find themselves in the world of making money, in the world of commerce. And so I certainly am in that. You know, I consider myself a writer, and I live for ideas and things like that. But I also want a big house, so I’m caught between money and spirituality. David Brooks
Robert Putnam a découvert que plus la diversité dans une communauté est grande, moins les gens votent et moins ils donnent à des associations caritatives et travaillent à des projets communautaires. (…) Dans une étude récente, Glaeser et son collègue Alberto Alesina ont démontré qu’à peu près la moitié de la différence dans les dépenses sociales entre les Etats-Unis et l’Europe — l’Europe dépense bien plus — peut être attribuée à la diversité ethnique plus grande de la population américaine. Michael Jonas
Pour le chercheur en sciences politiques de l’Université du Michigan, Scoot Page, dans les lieux de travail de haut niveau, les différentes manières de penser parmi des personnes de différentes cultures peuvent être un avantage. “puisqu’elles voient et appréhendent le monde différemment que vous, c’est provocant. Mais la fréquentation de personnes différentes peut stimuler la créativité de tous. Les équipes diverses tendent à être plus productives.” (…) Autrement dit, les membres de communautés plus diverses peuvent faire plus de bowling seuls, mais les tensions créatrices lâchées par ces différences dans le lieu de travail peuvent propulser ces mêmes endroits à la pointe de l’économie et de la culture créatrice. (…) Page appe