Histoire: Héros des uns, méchants des autres (When our Thenardiers turn out to be heroes)

22 juin, 2020

Bernard Emile and his wife Yvonne

Cosette avec sa poupée chez les Thénardier | Paris MuséesJean Valjean, Cosette et son seau | Paris Musées
One man’s hero is another man’s villain. Dicton anglais
Il n’est rien sur la terre de si humble qui ne rende à la terre un service spécial ; il n’est rien non plus de si bon qui, détourné de son légitime usage, ne devienne rebelle à son origine et ne tombe dans l’abus. La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action. Shakespeare (Père Laurence, Roméo et Juliette, II, 3)
The difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective goodness…is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss. Hence a strange and frustrating contradiction: that absolute goodness is often surprisingly ineffective, while compromised, splintered and ambiguous goodness, one that is touched and stained by evil, is the only kind that may set limits to mass murder. And while absolute evil is indeed defined by its consistent one-dimensionality, this more mundane sort of wickedness, the most prevalent sort, contains within itself also seeds of goodness that may be stimulated and encouraged by the example of the few dwellers of these nether regions who may have come to recognize their own moral potential. Omer Bartov
Countrymen is a fascinating study in the ambiguity of virtue. (…) There simply are no general answers to the question of why humans behave as they do in times of extremity. What Lidegaard’s story really demonstrates is that history and context are all. Denmark was Denmark: that is all one can truthfully say. Lidegaard makes the argument, in his conclusion, that had resistance been as strong elsewhere in Europe as it was in Denmark, the Nazis might never have been able to drive the Final Solution to its conclusion. (…) Countrymen is a story about a little country that did the right thing for complicated reasons, and got away with it for equally complicated reasons. It is a story that reinforces an old truth: solidarity and decency depend on a dense tissue of connection among people, on long-formed habits of the heart, on resilient cultures of common citizenship, and on leaders who marshal these virtues by their example. In Denmark, this dense tissue bound human beings together and indirect rule made it impossible for the Germans to rip it apart. Elsewhere in Europe, by contrast, it was destroyed in stages, first by ghettoizing and isolating the Jewish people and then by insulating bystanders from the full horror of Nazi intentions. Once Jews had been stripped of citizenship, property, rights, and social existence—once they could appeal only to the common humanity of persecutors and bystanders alike—it was too late. There is a sobering message in Lidegaard’s tale for the human rights era that came after these abominations. If a people come to rely for their protection on human rights alone, on the mutual recognition of common humanity, they are already in serious danger. The Danish story seems to tell us that it is not the universal human chain that binds peoples together in extremity, but more local and granular ties: the particular consciousness of time, place, and heritage that led a Danish villager to stand up to the Gestapo and say no, it will not happen here, not in our village. This extraordinary story of one small country has resonance beyond its Danish context. Countrymen should be read by anyone seeking to understand what precise set of shared social and political understandings can make possible, in times of terrible darkness, acts of civil courage and uncommon decency. Michael Ignatieff
Le bilan final – la perte de 25% de Juifs vivant en France, y compris 15% des citoyens juifs de France, dont de nombreux enfants – est plus lourd qu’il ne l’aurait été sans la participation de l’administration et de certains citoyens français. (…) il faut «s’élever contre l’idée qui se répand actuellement que Vichy a essayé dès le début d’épargner les Juifs anciennement établis en France. Il est vrai qu’en 1942, Vichy tente à quelques reprises de faire déporter les étrangers avant les citoyens français, mais ces efforts sont tardifs et peu efficaces. [Et au lieu] de se demander pourquoi tant de Juifs ont survécu en France (…) il faudrait plutôt se demander pourquoi tant ont péri. Robert Paxton
Ces êtres appartenaient à cette classe bâtarde composée de gens grossiers parvenus et de gens intelligents déchus, qui est entre la classe dite moyenne et la classe dite inférieure, et qui combine quelques-uns des défauts de la seconde avec presque tous les vices de la première, sans avoir le généreux élan de l’ouvrier ni l’ordre honnête du bourgeois. C’étaient de ces natures naines qui, si quelque feu sombre les chauffe par hasard, deviennent facilement monstrueuses. Il y avait dans la femme le fond d’une brute et dans l’homme l’étoffe d’un gueux. Tous deux étaient au plus haut degré susceptibles de l’espèce de hideux progrès qui se fait dans le sens du mal. Il existe des âmes écrevisses reculant continuellement vers les ténèbres, rétrogradant dans la vie plutôt qu’elles n’y avancent, employant l’expérience à augmenter leur difformité, empirant sans cesse, et s’empreignant de plus en plus d’une noirceur croissante. Cet homme et cette femme étaient de ces âmes-là. Victor Hugo (Les Misérables, 1862)
Thénardier est le patronyme d’une famille « misérable » que Victor Hugo met en scène et décrit dans son roman Les Misérables (1862). On découvre le couple aubergiste à Montfermeil quand Fantine lui confie la garde de sa fille Cosette qu’il va honteusement exploiter comme bonne à tout faire. À cette époque-là, le couple a deux petites filles, Éponine et Azelma, puis un garçon, Gavroche. Les Thénardier auront encore deux fils dont ils se débarrasseront et dont on ne connaîtra jamais les prénoms. Après la mort de Fantine, Jean Valjean soustrait Cosette à leur emprise moyennant une coquette somme d’argent. Après la faillite de leur auberge, on les retrouve à Paris se faisant passer pour la famille Jondrette, car le couple, accointé avec le milieu interlope et participant à divers faits criminels, se cache de la police tandis qu’il exploite ses filles pour pratiquer la mendicité. C’est le hasard qui mettra à nouveau la famille Thénardier en présence de Jean Valjean. (…) Le père est un ancien soldat devenu sergent et médaillé à la bataille de Waterloo grâce à la méprise du colonel Pontmercy qui, revenu à lui alors que Thénardier était occupé à le dépouiller (comme il le faisait sur tous les cadavres du champ de bataille), a cru que celui-ci le secourait. De ce fait, Thénardier se fait passer pour un bon samaritain (ayant échappé au risque d’être pris et fusillé comme pilleur), d’où le nom de son auberge qu’il affiche comme une gloire. Fantine ne peut pas garder son enfant, car elle retourne à Montreuil-sur-Mer, sa ville natale, pour y chercher du travail et, en 1818, une mère célibataire était rejetée par la société. Les Thénardier acceptent de prendre Cosette en pension moyennant le paiement de 7 francs par mois. Fantine « confie » un peu trop rapidement Cosette aux Thénardier après avoir aperçu la mère Thénardier attentionnée avec ses fillettes. Contrairement à la promesse qu’ils ont faite à Fantine de bien s’occuper de Cosette, ils jalousent cette jolie enfant, l’asservissent et la maltraitent. Cosette ne vit plus que dans la crainte et la tristesse tandis que le couple Thénardier réclame des sommes de plus en plus élevées à Fantine qui, pour continuer à leur verser une pension mensuelle devenue exorbitante, et après avoir perdu son emploi, vend ses cheveux et ses dents de devant, puis, à bout de ressources, va jusqu’à se faire fille publique avant de mourir en février 1823. Leur auberge fait faillite en 1828 après que Jean Valjean a réussi à arracher Cosette à leurs griffes (en la leur achetant) pour se réfugier à Paris à la fin de l’année 1823. Les Thénardier réapparaissent à Paris (année 1830), s’étant défaits, moyennant finances, de leurs deux plus jeunes fils, et ont changé de nom, ils sont désormais la « famille Jondrette » avec leurs enfants Azelma, Éponine et Gavroche. Ils vivent d’expédients avant de devenir les pires des malfrats en s’acoquinant avec la bande Patron-Minette. Dès le début, le couple Thénardier est décrit comme fourbe et sans scrupules, mais on peut penser que c’est un effet de la misère. Victor Hugo rend le ménage Thénardier antipathique alors qu’il s’apitoie sur leurs enfants exploités sans vergogne. Pour survivre, le couple n’hésite pas à recourir à toutes sortes de moyens criminels, du plus léger au rédhibitoire (exploitation éhontée de la pauvreté, vols, cambriolages, agressions, voire assassinat). De ce fait, la famille côtoie différents milieux interlopes (banditisme, prostitution), ce qui permet à Hugo de se pencher sur les causes sociales de ces comportements, de faire réfléchir le lecteur et de l’inciter à ne pas condamner systématiquement certains agissements (digression Le Mauvais Pauvre). Thénardier et sa fille Azelma, survivant à leur famille en juin 1833 (on ignore ce que sont devenus les deux plus jeunes fils perdus de vue durant l’insurrection de juin 1832), quittent la France pour s’expatrier aux États-Unis. L’injustice et le crime n’étant pas spécifiquement français, avec l’argent donné par Marius pour qu’ils disparaissent de leur vie (la vie de Cosette et Marius), homme de bien, l’ancien exploiteur de Fantine et de Cosette y devient trafiquant d’esclaves. Tout au long du roman, les destins de Jean Valjean, de Cosette, de Marius, ne cessent de croiser ceux des Thénardier qui joueront, en bien et en mal, un rôle essentiel dans la vie des trois protagonistes. (…) Ce nom aurait été inspiré à Victor Hugo par Louis Jacques Thénard, son contemporain et chimiste renommé, qui était opposé à la réduction du temps de travail des enfants proposée par Hugo.  Wikipedia
Pour le nouveau président de la Commission, ce n’était pas nécessaire de s’être comporté comme un héros pour obtenir l’honneur. Le grand nombre des cas signalés à Yad Vashem èroved qu’il y avait eu une réelle implication de nombreuses personnes, gens du commun, dans la tentative d’arracher les Juifs à l’extermination. Faire connaitre leurs histoires signifiait réfuter le mythe selon lequel l’opposition contre le nazisme était un acte impossible, que ce n’était pas une possibilité concrète d’aider les persécutés sans courir de risques extrêmes. Plusieurs fois, une petite intervention avait suffi pour empêcher une grande tragédie. C’est pourquoi il est important de valoriser publiquement chaque geste d’opposition qui a été fait en faveur des Juifs dans l’Europe occupée par les Nazis. (…) Mais comment juger qui a sauvé un juif et tué un autre homme après la guerre ? Ou la femme qui a caché les persécutés, alors qu’elle se prostituait avec les fonctionnaires nazis ? Ou ceux qui ont sauvé des dizaines de Juifs en Pologne sans nullement abandonner leurs opinions antisémites ? Ou également ceux qui ont aidé en échange d’argent ? Wikipedia
Cette médaille qui honore la famille Bernard honore aussi les habitants de Collonges-sous-salève. Représentant de la communauté israélite d’Annecy

Héros des uns, méchants des autres..

En ces temps devenus fous de furie et d’hystérie déboulonnatrice

Retour avec cette nouvelle édition retrouvée hier sur Facebook …

Du fameux livre de Paxton et Marrus il y a cinq ans …

Où contre la thèse révisionniste de Zemmour …

Créditant le régime de Pétain, à l’inverse de la Hollande ou de la Belgique, du sauvetage de quelque 75% de « ses » Juifs ….

Paxton rappelle dans sa nouvelle préface que le bilan final – dont de nombreux enfants – est plus lourd qu’il ne l’aurait été sans la participation de l’administration et de certains citoyens français …

Sur un souvenir personnel …

Rappelant l’irréductible ambiguïté du bien …

Avec ces gens connus dans mon enfance comme Thénardiers …

Et redécouverts bien après comme bons samaritains …

Yvonne Bernard et son mari Emile

Comité français pour Yad vashem

Emile et Yvonne Bernard, des adventistes du septième jour pratiquants possédaient une ferme dans le village de Collonges-sous-Salève en Haute-Savoie près de la frontière suisse. Les réfugiés juifs de Marseille savaient que ces personnes aidaient ceux qui devaient traverser la frontière clandestinement.

Peu après l’invasion du sud de la France par les Allemands, Raymond Katz, âgé de dix-sept ans, un refugié juif de Strasbourg, arriva en train de Marseille à Collonges. Il arriva sain et sauf à la ferme des Bernard le 25 novembre 1942. Emile et Yvonne Bernard l’accueillirent pendant deux jours sans rien attendre en retour. Alors qu’il était chez eux, un couple de Juifs âgés arriva à la ferme et fut également accueilli.

La nuit du deuxième jour, Emile Bernard proposa à Raymond Katz de lui faire traverser la frontière et  passer en Suisse. Il mit ses deux mains sur la tête du jeune homme et le bénit avant de partir. Raymond Katz marchait à environ cinquante mètres derrière Emile Bernard jusqu’à ce que ce dernier s’arrête et lui montre où traverser. Raymond Katz réussit à passer la frontière suisse. Les Allemands patrouillaient 24 heures sur 24 le long de la frontière qui séparait les deux pays et c’est grâce à sa très bonne connaissance de la région qu’Emile Bernard put guider Raymond vers un point de passage accessible.

Après la guerre, les Bernard furent totalement opposés à accepter la moindre reconnaissance de leurs actes de sauvetage. C’est seulement après leur décès qu’ils purent être honorés pour leurs actes nobles et courageux.

Le 3 Avril 2006 l’Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Monsieur Emile Bernard et son épouse Yvonne.

Voir aussi:

Bernard Emile & Yvonne

Yad vashem

Emile and Yvonne Bernard, pious Seventh Day Adventists, owned a farm in the village of Collonges Sous Salève (Haute Savoie) close to the Swiss border. Their names were known among the Jewish refugees in Marseilles as people who helped those in need smuggle across the border. One day, not long after the Germans occupied the south of France, 17-year-old Raymond Katz, a Jewish refugee from Strasbourg, traveled by train from Marseilles to Collonges. He arrived safely at the Bernards’ farm on November 25, 1942. They opened their home to him and hosted him for two days without expecting or receiving anything in return. While he was there, an elderly Jewish couple arrived at the farm and they too were taken into the farmhouse. At nightfall of the second day, Emile invited Katz to embark on his journey. Placing both his hands on the young man’s head, Bernard blessed him and they set out on their way. Katz kept about 50 meters behind Bernard until the latter stopped at a certain point and showed him where to cross. Katz successfully crossed the border into Switzerland. The Germans patrolled the border between France and Switzerland around the clock and it was because of Bernard’s intimate knowledge of the area that he was able to direct Katz to a suitable crossing point.
After the war, the Bernards were strenuously opposed to accepting any recognition for their rescue efforts; it was only after they both passed away that they could be honored for their noble and brave deeds.
On April 3, 2006, Yad Vashem recognized Emile and Yvonne Bernard as Righteous Among the Nations.
Voir enfin:

Vichy et les Juifs : Robert Paxton persiste et signe

L’historien américain publie ce 14 octobre aux côtés de Michael Marrus une seconde édition de la publication de 1981. Cette version actualisée vient contredire l’idée répandue depuis quelques temps, selon laquelle Pétain aurait protégé des Juifs français.

Hugo-Pierre Gausserand et Jacques de Saint Victor

Impossible d’évoquer la question du régime de Vichy et de son rapport à la «question juive», comme l’écrivait Jean-Paul Sartre en 1946, sans évoquer l’auteur Robert Paxton. Historien américain, il publie en 1973 dans le cadre de ses études le fruit de ses recherches quant au rôle du gouvernement de Pétain dans la Shoah, La France de Vichy.

Avec cette parution, Robert Paxton venait remettre en cause certaines versions plus favorables au régime de Vichy. S’appuyant sur de nombreuses archives, ses travaux devinrent très vite une référence. Pourtant, à l’époque, l’historien connaît un déferlement de haine en France, jusqu’à se voir empêché de s’exprimer à la télévision.

Telle une piqûre de rappel, il publie ce 14 octobre une seconde version de l’ouvrage Vichy et les Juifs qu’il co-signait en 1981 aux côtés de Michael Marrus. Ces travaux réédités ont pour ambition de tordre le cou aux récentes thèses selon lesquelles Pétain et son régime politique auraient protégé des Juifs français de la Shoah.

Une réponse au révisionnisme

La principale cible sous-entendue de ce réquisitoire? Eric Zemmour. L’éditorialiste, auteur du bestseller Le suicide français, est devenu le fer de lance de cette nouvelle lecture, «pétainiste» pour certains. Dans son essai, et, le 4 octobre 2014 sur le plateau d’On n’est pas couché, il déclarait: «Pétain a sauvé des Juifs français», ajoutant qu’une large majorité de ceux-là n’avaient pas connu le sort tragique des millions d’autres dans les autres pays occupés par les nazis.

Paxton et Marrus, dans la préface de leur nouveau livre, précisent: «Le bilan final – la perte de 25% de Juifs vivant en France, y compris 15% des citoyens juifs de France, dont de nombreux enfants – est plus lourd qu’il ne l’aurait été sans la participation de l’administration et de certains citoyens français». Les deux historiens ne reviennent pas sur la grande différence avec ce qui s’est passé dans d’autres pays, notamment en Hollande ou en Belgique, où la population juive a quasiment été entièrement décimée.

Selon eux, il faut «s’élever contre l’idée qui se répand actuellement que Vichy a essayé dès le début d’épargner les Juifs anciennement établis en France». Ils admettent cependant: «Il est vrai qu’en 1942, Vichy tente à quelques reprises de faire déporter les étrangers avant les citoyens français», ce qu’avait défendu Eric Zemmour, mais, ajoutent les deux historiens, «ces efforts sont tardifs et peu efficaces».

Les deux auteurs concluent sur une considération plus morale qu’historique, en trouvant «fâcheux que certains continuent de se demander pourquoi tant de Juifs ont survécu en France. Etant donné les opportunités de survie, il faudrait plutôt se demander pourquoi tant ont péri».

Robert Paxton dédie cette réédition «aux Français anonymes et admirables» ayant aidé les Juifs persécutés. L’auteur de La France de Vichy de conclure: «Beaucoup de Français en ont ras-le-bol de ces histoires et préfèrent ne plus y penser.»


APRES L’HYSTERIE COLLECTIVE DU VIRUS CHINOIS, LE PSYCHODRAME DU RACISME POLICIER ! (Spot the error when against all evidence, our new flagellants demonize an imaginary systemic racism and add to both our divisions and the killings when the police withdraw from where they’re most needed)

10 juin, 2020
Jews of color on what MLK Day means to them in 2019 – J.pol/ - Biden - Politically Incorrect - 4chanDemocrats attacked for cultural appropriation, publicity stunt after Kente cloth kneeling - Tampa DispatchAll 4 officers involved in George Floyd's death are now in custody - YouTubeViolent protests in Los Angeles tear through Jewish neighborhood – The ForwardPétition · Eric Zemmour, xénophobe, doit être banni des médias ! · Change.orgDéboulonnage statue esclavagiste BristolChurchill statue defaced with 'was a racist' graffiti during Black Lives Matter protests - Republic World
Shocking footage shows US police officers laughing, mocking restrained man who died in custodyHer Name Is Justine Damond: In 2017, A Somalian Minneapolis Police Officer Murdered A White Woman Reporting A Possible Sexual Assault | Blog Posts | VDARE.com

Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. Roland Gary
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Te rends-tu compte que le passé a été aboli jusqu’à hier ? S’il survit quelque part, c’est dans quelques objets auxquels n’est attaché aucun mot, comme ce bloc de verre sur la table. Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. La chose faite, aucune preuve ne subsiste. La seule preuve est à l’intérieur de mon cerveau et je n’ai aucune certitude qu’un autre être humain quelconque partage mes souvenirs. De toute ma vie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de tenir la preuve réelle et concrète. Des années après. Winston (1984, George Orwell)
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Les Flagellants (nommés disciplinati ou battuti au Moyen Âge) étaient des groupes ambulants de fidèles qui se donnaient la discipline collectivement en public. Leur mouvement atteignit son apogée durant le XIIIe siècle et le XIVe siècle en Europe occidentale. Ceux qui y prenaient part pensaient que la pratique de la flagellation leur permettrait d’expier leurs péchés, atteignant ainsi la perfection, de manière à être acceptés au royaume des cieux après l’Apocalypse. Ils allaient en procession par les villes, nus jusqu’à la ceinture et armés d’un fouet dont ils se flagellaient publiquement, en chantant des cantiques, pour expier leurs péchés.(…) Les circonstances dans lesquelles les premières manifestations massives de flagellants ont eu lieu sont significatives. À la suite de la famine de 1258 et de ce qu’on supposera être une manifestation de la peste en 1259, la situation de l’Italie était particulièrement difficile à l’époque. (…) Le mouvement des flagellants avait repris des proportions considérables en 1349. Ceci était dû à l’une des plus grandes épidémies de peste du Moyen Âge : la dite Peste noire (introduite par des hordes mongoles en 1346-1347). Celle-ci fut interprétée, dans la perspective médiévale, comme un châtiment divin contre les pêchés commis par les humains. Les processions de flagellants étaient mises en avant comme un effort pour détourner ce châtiment. La zone de développement du mouvement se situa principalement en Europe centrale, de la Pologne à l’Allemagne et jusqu’aux Pays-Bas et à la France. Les flagellants se déplaçaient entre villes par bandes de cinquante à cinq cents hommes ou plus. Plusieurs régions furent prises l’une après l’autre d’une grande agitation où le mouvement prenait une grande importance avant de s’éteindre peu à peu. (…) Les Juifs furent aussi victimes des mêmes persécutions que les clercs, mais sur une tout autre échelle. Durant le grand massacre des Juifs qui suivit la Peste Noire (cf par exemple le Pogrom de Strasbourg), les flagellants jouèrent un rôle considérable. Les premiers massacres ont eu lieu en fin mars 1349 lorsqu’une partie de la population porta des accusations d’empoisonnement des puits contre les Juifs. Une seconde vague de terreur fut déclenchée par la propagande des flagellants quatre mois plus tard en juillet 1349. Des groupes de flagellants pénétrèrent à Francfort où ils se ruèrent sur le quartier juif et massacrèrent des juifs avec l’aide de la population locale. Les autorités municipales étaient si troublées par cet incident qu’elles expulsèrent les pénitents de la ville et renforcèrent les portes afin que cela ne se reproduise pas. Wikipedia
Les aspirations nationales doivent être respectées, les peuples ne peuvent être dominés et gouvernés que par leur propre consentement. L’auto-détermination n’est pas simplement un mot, c’est un principe d’action impératif que les hommes d’État ignoreront désormais à leurs risques et périls. Woodrow Wilson
La paix à laquelle nous invitent les Anglo-Américains n’est rien moins qu’un statu quo destiné à servir leurs intérêts… La vraie nature du conflit actuel est une lutte entre des puissances établies et des puissances non encore établies… Au début, l’Angleterre et la France colonisèrent des régions du monde « moins civilisées » et ont entretenu une situation de monopole sur leur exploitation. La conséquence fut que l’Allemagne et les nations venues après furent laissées sans terre à acquérir ni espace pour s’agrandir.(…) Si leur politique prévaut, le Japon qui est un petit pays sans ressource et incapable de consommer ses propres productions n’aura pas d’autre choix que de détruire ce statu quo pour espérer survivre, exactement comme l’Allemagne… Nous devons exiger tous les pouvoirs pour ouvrir les portes de leurs colonies aux autres, de sorte que toutes les nations puissent avoir un accès égal aux marchés et aux ressources naturelles des zones colonisées. Il est également impératif que le Japon insiste sur l’éradication des discriminations raciales. Prince Konoe
Je veux bien admettre l’égalité des Japonais en tant que nation, et aussi l’égalité des individus d’homme à homme. Mais je ne peux admettre les conséquences auxquelles nous devrons faire face si nous vous ouvrons notre pays. Ce n’est pas que nous ne les tenons pour être inférieurs à nous mais simplement parce que nous ne les voulons pas. Économiquement, ce sont des facteurs perturbants parce qu’ils acceptent des salaires bien inférieurs au minimum pour lequel nos compatriotes acceptent de travailler. Peu importe s’ils se mélangent bien avec notre peuple. Nous ne voulons donc pas qu’ils puissent épouser nos femmes. Ceci est une opinion personnelle. Je ne veux pas vous offenser. Notre législation n’est pas dirigée spécialement contre les Japonais. Les sujets britanniques en Inde subissent cela de la même manière. Il est impossible que nous puissions formuler une modification à votre amendement parce qu’aucune modification concevable ne saura jamais satisfaire chacun d’entre nous. W. M. Hughes
Versailles’ mixed legacy is even further complicated by a little-known attempt by Japan, one of the emerging players at the table, to move the world forward on the issue of racial equality. Japan asked for, and nearly got approved, a clause in the treaty that would have affirmed the equality of all nations, regardless of race. For all of the history forged, some historians believe the great powers missed a pivotal opportunity to fashion a much different 20th century. A driving force behind that vision for the future and the lofty ambitions of the treaty was U.S. President Woodrow Wilson, the lead negotiator at the Paris Peace Conference. In 1918, a few months before he set sail for Paris, Wilson addressed Congress to lay out his now-famous principle of self-determination, an idea that would guide the Versailles negotiations and the final treaty that emerged: « National aspirations must be respected; peoples may now be dominated and governed only by their own consent. ‘Self-determination’ is not a mere phrase. It is an imperative principle of actions which statesmen will henceforth ignore at their peril. » Looking back, contradictions abound in Wilson’s decree. Japan’s Racial Equality Proposal would have strengthened Wilson’s call for self-governance and equal opportunity. Yet, when the victors signed the treaty, that language was nowhere to be found. « At the bottom of all of this is the idea that certain people of color cannot be trusted and people of color do not deserve a place, not only on the world stage but also in our own communities, » says professor Chris Suh who studies Asian American history. (…) Following its victory in the Russo-Japanese War in 1905 and then its participation as an Allied power during World War I, Japan rose as a mighty player on the world stage. Seeking to solidify that new power, the Japanese delegation at the Versailles negotiations sought to add language about racial equality into the proposed treaty’s preamble. Its immediate goals were to strengthen its diplomatic standing and earn an equal seat at the table. (…) To be clear, historians say the Japanese were not seeking universal racial suffrage or improving the plight of black Americans, for example. But, the added language would have meant that Japanese immigrants coming to the U.S. could be treated the same as white European immigrants. France got behind the proposal. Italy championed it. Greece voted in favor. But Australia pushed back. The British dominion had instituted a White Australia Policy in 1901 limiting all nonwhite immigration. Australian Prime Minister William Morris Hughes strong-armed the rest of the British delegation into opposing the proposed clause and eventually got Wilson’s support too. Wilson came up with a way of killing the proposal without ever openly saying he opposed it. The U.S. president imposed a « unanimity ruling » that effectively squashed the racial equality language even though a majority of the nations supported it. As chairman of the League of Nations Commission, Wilson had approved a number of other issues at the conference without such a unanimous vote. His call for consensus was not a petition for democracy. It was a shrewd calculation. Wilson’s top priority at the conference was seeing the League of Nations created and the treaty ratified. The last thing he wanted was to alienate the British delegation, and he was not willing to let the Racial Equality Proposal derail those efforts. But, in a nod to appease Japan, he supported its demand to keep war-acquired territories like Shantung. Though scholars disagree on the exact reasons for the opposition by Australia and the U.S., many say the key factor was migration. The racial equality clause represented « one of the first attempts to establish … the unprecedented principle of free and open migration, » says Frederick Dickinson, a University of Pennsylvania professor of Japanese history. Japan’s industrialization and falling mortality rates created an overpopulation problem. Following the 1882 Chinese Exclusion Act, which prohibited Chinese laborers from immigrating to America, contractors on the West Coast brought Japanese migrants over to fill their need for inexpensive labor. In 1907, the U.S. and Japan had negotiated the « Gentlemen’s Agreement, » which was designed to address the growing Japanese emigration rate. In it, Japan agreed to curb how many migrants it sent over, if the U.S. would desegregate Asian and white children in San Francisco public schools. Unlike the unilateral Chinese Exclusion Act, the Gentleman’s Agreement gave Japan some say in Japanese immigration to the United States. This agreement didn’t maintain order for long. Anti-Japanese sentiment was spreading up and down the West Coast, and lawmakers there called for stricter legislation. California passed the Alien Land Law of 1913, which prohibited Japanese immigrants from owning land. And so, by the end of World War I and the negotiations in Paris, Americans feared waves of Japanese immigrants. When word of the Japanese proposal reached Washington, pressure mounted from lawmakers to reject the clause. Democratic California Sen. James Phelan sent a telegram to the U.S. delegation in Paris, writing: « Believe western Senators and others will oppose any loophole by which oriental people will possess such equality with white race in United States. It is vital question of self-preservation. » With mounting pressure on the homefront and from Britain and its dominions, Wilson killed the proposal. The Japanese lost their bid for racial equality. Ultimately, the treaty Wilson had staked his presidency on was rejected by Congress. He suffered a stroke later in 1919, did not seek a third term and died three years after leaving office. The same year as Wilson’s death, in 1924, President Calvin Coolidge unilaterally banned all Japanese immigration with the Johnson-Reed Act. (…) The interwar years saw increased Japanese aggression as it attempted to gobble up more land and further assert its power on a global level. Japan became an imperial power consumed with nationalism and militarism. Japan struggled to resettle its burgeoning population. Its invasion of Manchuria, a region in China, in 1931, led to the resettlement of hundreds of thousands of farmers and migrants there. Ishiwara Kanji, the architect of the invasion, called for a « racial paradise » in this newly established puppet state. (…) Beyond the bloodshed in the Pacific, the domestic toll waged on Japanese Americans has lived on in infamy. More than 100,000 Japanese Americans were forcibly relocated from their homes and incarcerated during what has been called Japanese internment. The U.S. later acknowledged that it was on the wrong side of history, betraying its values of justice and liberty: The 1988 Civil Liberties Act, enacted by Congress, said that the government’s actions against Japanese Americans « were motivated largely by racial prejudice, wartime hysteria, and a failure of political leadership. » « Obviously whenever people think of Japanese American discrimination in the United States, the big thing that comes to mind is the World War II incarceration, » says David Inoue, executive director of the Japanese American Citizens League. But the Racial Equality Proposal demonstrates that incarceration camps are not the whole story. He sees this proposal as « part of a whole continuum of discrimination that had begun years before and even we see it continuing today … in other communities that are discriminated against. » NPR
Peut-être que la prise de conscience la plus tragique de la réalité survint lorsqu’il devint clair pour moi que la guerre ne se contentait pas de dévaster les espoirs des pauvres dans le pays. Elle envoyait aussi leurs fils, leurs Frères et leurs maris combattre et mourir dans des proportions extraordinairement élevées par rapport au reste de la Population. Nous prenions de jeunes noirs, estropiés par notre société, et nous les envoyions à 10 000 kilomètres de là pour garantir des libertés en Asie du Sud Est dont ils ne bénéficient pas eux-mêmes dans le sud-ouest de la Géorgie ou dans Harlem Est. Nous avons été placés de manière répétée devant l’ironie cruelle de regarder sur nos écrans des jeunes garçons noirs et blancs tuer et mourir ensemble pour un pays où il ne leur était pas permis de s’asseoir côte à côte dans les mêmes écoles. Nous les avons vus, dans une même solidarité brutale, mettre le feu aux huttes d’un pauvre village, mais nous réalisons qu’ils ne vivraient jamais dans le même bloc à Détroit. Je ne pouvais pas rester silencieux devant une si cruelle manipulation des pauvres. Ma troisième raison provient de mon expérience dans les ghettos du Nord durant ces trois dernières années et notamment, ces trois derniers étés. En marchant parmi les jeunes gens en colère, rejetés et désespérés, je leur ait dit que les cocktails Molotov et les fusils ne résoudraient pas leurs problèmes. J’ai essayé de leur offrir ma plus profonde compassion tout en conservant ma conviction que le changement social le plus significatif vient à travers l’action non violente. Mais, demandaient-ils, et le Vietnam ? Ils demandaient si notre pays n’utilisaient pas lui-même une dose massive de violence pour résoudre ses problèmes, pour apporter les changements qu’il souhaitait. Leurs questions ont fait mouche, et j’ai su que je ne pourrai jamais plus élever ma voix contre la violence des opprimés dans les ghettos sans avoir auparavant parlé haut et clair au plus grand pourvoyeur de violence du monde aujourd’hui – mon propre gouvernement. (…) Si l’âme de l’Amérique était empoisonnée, l’autopsie, en partie, révélerait le mot « Vietnam ». L’âme de l’Amérique ne sera pas sauvée aussi longtemps que le pays détruira les espoirs des hommes à travers le monde. Que pensent les paysans vietnamiens lorsque nous nous allons avec les propriétaires terriens et que nous refusons de traduire en actes nos nombreux discours concernant une réforme agraire ? Que pensent-ils alors que nous essayons nos dernières armes sur eux, tout comme les Allemands ont essayé leurs nouveaux médicaments et tortures dans les camps de concentration en Europe ? Martin Luther King
In recent speeches and statements the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. has linked his personal opposition to the war in Vietnam with the cause of Negro equality in the United States. The war, he argues, should be stopped not only because it is a futile war waged for the wrong ends but also because it is a barrier to social progress in this country and therefore prevents Negroes from achieving their just place in American life. This is a fusing of two public problems that are distinct and separate. By drawing them together, Dr. King has done a disservice to both. The moral issues in Vietnam are less clear-cut than he suggests; the political strategy of uniting the peace movement and the civil rights movement could very well be disastrous for both causes. Because American Negroes are a minority and have to overcome unique handicaps of racial antipathy and prolonged deprivation, they have a hard time in gaining their objectives even when their grievances are self-evident and their claims are indisputably just. As Dr. King knows from the Montgomery bus boycott and other civil rights struggles of the past dozen years, it takes almost infinite patience, persistence and courage to achieve the relatively simple aims that ought to be theirs by right. The movement toward racial equality is now in the more advanced and more difficult stage of fulfilling basic rights by finding more jobs, changing patterns of housing and upgrading education. The battle grounds in this struggle are Chicago and Harlem and Watts. The Negroes on these fronts need all the leadership, dedication and moral inspiration that they can summon; and under these circumstances to divert the energies of the civil rights movement to the Vietnam issue is both wasteful and self-defeating. Dr. King makes too facile a connection between the speeding up of the war in Vietnam and the slowing down of the war against poverty. The eradication of poverty is at best the task of a generation. This « war » inevitably meets diverse resistance such as the hostility of local political machines, the skepticism of conservatives in Congress and the intractability of slum mores and habits. The nation could afford to make more funds available to combat poverty even while the war in Vietnam continues, but there is no certainly that the coming of peace would automatically lead to a sharp increase in funds. Furthermore, Dr. King can only antagonize opinion in this country instead of winning recruits to the peace movement by recklessly comparing American military methods to those of the Nazis testing « new medicine and new tortures in the concentration camps of Europe. » The facts are harsh, but they do not justify such slander. Furthermore, it is possible to disagree with many aspects of United States policy in Vietnam without whitewashing Hanoi. As an individual, Dr. King has the right and even the moral obligation to explore the ethical implications of the war in Vietnam, but as one of the most respected leaders of the civil rights movement he has an equally weighty obligation to direct that movement’s efforts in the most constructive and relevant way. There are no simple or easy answers to the war in Vietnam or to racial injustice in this country. Linking these hard, complex problems will lead not to solutions but to deeper confusion. Walter Lippmann (NYT, April 7, 1967)
American history is not all glorious… George Washington was a slave owner. We need to call slave owners out for what they are. Whether we think they were protecting American freedom or not, he wasn’t protecting my freedoms. To me, I don’t care if it’s a George Washington statue or Thomas Jefferson, they all need to come down. Angela Rye (CNN)
Le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays. Nikole Hannah-Jones
Je voterais pour Joe Biden même s’il faisait bouillir des bébés et les mangeait. Ce n’était pas mon candidat, mais reprendre la Maison Blanche est si important. (…) Que vous croyiez ou non Tara Reade… vous devriez voter pour Joe Biden s’il est le candidat. … Nous n’avons pas le luxe de ne pas participer aux élections pour nous sentir moralement purs ou pour envoyer un message sur les agressions sexuelles et #BelieveWomen. Cela n’aidera en rien les femmes. Ou n’importe qui d’autre. Katha Pollitt
I know that [concerns over having no law enforcement] comes from a place of privilege. For those of us for whom the system is working, I think we need to step back and imagine what it would feel like to already live in that reality where calling the police may mean more harm is done. Lisa Bender (Minneapolis city council president)
I remember when I was being gang-raped & beaten by a mob in Egypt, would have been great to have a police force to call then. Would that have been my white privilege talking? Lara Logan (CNN)
Over the years, I have repeatedly warned in these columns that the refusal of the political establishment to defend the integrity of the western nation and its culture has opened the way for noxious forces to occupy the vacuum. We’ve seen this in both the spread through the west of jihadi Islam and the rise across Europe of political parties and groups with racist or fascist backgrounds and antecedents. In the current convulsions triggered by the violent death of George Floyd in American police custody, this baleful development has reached a crisis point. As The Times reports today, thuggish groups across the country have begun organising to “protect” monuments and war memorials after statues of Winston Churchill and Queen Victoria were defaced, the Cenotaph in London attacked and other statues, including the one of Sir Francis Drake in Plymouth, vandalised. This isn’t remotely surprising. The establishment is effectively standing back from, or even condoning or actively assisting, a sustained and organised onslaught which is taking place against not just a number of stone images but a culture’s historic memory. The stage is therefore set for a confrontation in which violent thugs from the right pitch themselves against violent thugs from the left – with the political establishment having fled the cultural battleground in order to cower, wringing its hands, at a distance. Following the toppling and dumping in Bristol harbour of the statue of slave trader and philanthropist Edward Colston, an act of vandalism and criminal damage with which the area’s police superintendent sympathised and about which he said the police were right to do nothing, an activist group called “Topple the Racists” has drawn up a list of about 60 memorials associated with slavery or colonialism which it wants destroyed. Falling meekly or even enthusiastically into line, 130 local councils run by the Labour party are to consider which ones they think should be removed on the grounds of “inappropriateness”. In 2001 in Afghanistan, the Taliban pulled down ancient statues including the world’s tallest standing Buddhas. This was greeted with utter horror in the west. It rightly described the outrage as a crime against historical memory, an attempt to destroy a culture by erasing the evidence of its history and replacing that culture by a fanatical dogma that brooked no challenge. Yet now the British establishment is kow-towing to a movement which is behaving like the Taliban, pulling down statues and other artefacts in order to erase aspects of British history as the product of a rotten society that’s institutionally racist and so must be supplanted by another. The death of Floyd, under the the knee of a police officer who pressed down on his neck for almost nine minutes, was shocking and it’s right that this officer and three others involved in this death are being brought to justice. And of course there’s racial prejudice in Britain. But so there is in every single society, in the developing world as well as in the west. Slavery was not invented by the west but has been practised across the world. It was the British and Americans who, having participated in it, eventually abolished it in their societies, while it remains practised in parts of the developing world even today. The smear that the west is institutionally racist is designed to both facilitate and obscure the real agenda of overturning capitalist society because it is white and therefore deemed intrinsically evil – which of course is itself a racist agenda. Yet instead of resisting this ignorant and wicked movement, its appeasers have been literally abasing themselves before the mob. In the past, violent anti-white racism was represented by the black power movement. Despite the support of certain posturing celebrities, black power activists were generally perceived as dangerous, violent, far-left troublemakers. It would have been unthinkable for mainstream British politicians, let alone the police, to give the clenched fist black power salute. That would have been regarded as treasonous insurrection. Yet an updated version of this is precisely what’s been happening in Britain. The new Labour Party leader, Sir Keir Starmer, and his deputy, Angela Rayner, released a picture of themselves supporting Black Lives Matter, the activist group behind many of these demonstrations, by “taking the knee”, the gesture promoted by certain black American footballers to show their contempt for white society and America. (…) These people have all been literally kneeling down in submission to an ideology which is anti-white and anti-west – and at the direction of Black Lives Matter, a racist, anti-white, anti-west violent revolutionary movement whose aim is the overthrow of white western society. These images of the British police symbolically capitulating to the erasure of British history and the defamation of the west have furnished sickening evidence that many of those tasked with protecting society have surrendered instead to cultural terrorism. Meanwhile, anyone who opposes this dogma of black victimology and points out the defamatory lies at its core will be called a racist and their livelihood placed in jeopardy. In America, people are losing their jobs for even questioning any of this. The prominent footballer Drew Brees, who despite publicly opposing racism also opposed taking a knee during the playing of the national anthem on the grounds that he would “never agree with anybody disrespecting the flag of the United States of America”, was forced to apologise in a display of ritual humiliation On Twitter, the malevolent, the moronic and the mentally unhinged are out in force similarly seeking to intimidate, smear and ruin any who stand up to this cultural totalitarianism. And then there’s the deeply sinister Commission for Diversity in the Public Realm set up by London’s mayor, Sadiq Khan, to consider the appropriateness of the capitals’ statues, murals, street names and other memorials. Channelling Mao, the Taleban and the French revolutionary terror, Mayor Khan can surely leave no-one in any doubt that this committee will reduce diversity by aiming selectively to erase those bits of British history of which it disapproves. In Khan’s words: “…our statues, road names and public spaces reflect a bygone era. It is an uncomfortable truth that our nation and city owes a large part of its wealth to its role in the slave trade…” (…) So will this commission erase memorials to all historic British figures with an obnoxious side to their achievements? Will its destroy the statues of the Labour politicians Keir Hardie or Ernest Bevin, or Karl Marx, who were all antisemites? Or the playwright George Bernard Shaw who promoted eugenics? Or the parliamentary titan Oliver Cromwell who massacred the Irish? Or Britain’s greatest Liberal prime minister, William Gladstone, whose family, like so many prominent people in previous, very different era was involved in slavery? That last question already has an answer. Liverpool university has agreed yesterday to rename its Gladstone Hall, which houses student accommodation. Bim Afolami, the Tory MP for Hitchin and Harpenden, tweeted in response: “This is all going completely nuts. When will this stop??” When indeed. As George Orwell wrote in 1984 about a state under totalitarian tyranny: “Every record has been destroyed or falsified, every book rewritten, every picture has been repainted, every statue and street building has been renamed, every date has been altered. And the process is continuing day by day and minute by minute. History has stopped. Nothing exists except an endless present in which the Party is always right. » Or as the future US president Ronald Reagan said even more pertinently in 1975: ‘If fascism ever comes to America, it will come in the name of liberalism”. (…) Bad things happen not just because bad people do them but because otherwise decent people lack the courage to stop them; or because they indulge in fantasies that the agenda is basically good but has been “hijacked” by a few thugs; or that they agree with the ends but purse their lips at the violent means; or because of a myriad other excuses that the spineless and the misguided always provide for “taking a knee” to the destroyers of worlds. Melanie Phillips
The cause of death was listed as “cardiopulmonary arrest complicating law enforcement subdual, restraint, and neck compression.” It went on to list “other significant conditions: Arteriosclerotic and hypertensive heart disease; fentanyl intoxication; recent methamphetamine use.” In other words, George Floyd fit the description of what is known in the law as an eggshell victim. The doctrine of the eggshell victim holds that a defendant is fully liable for injuries he inflicts on a plaintiff even if the plaintiff had a preexisting condition that made him more susceptible to being injured. But for this doctrine to apply, it must be shown that the defendant was acting unlawfully when he caused the injury. This is where things get murky and begin to escape the confines of the narrative. Police officers, but few others, know that “I can’t breathe” is the universal complaint of the resisting arrestee. Police officers also know, as most others do not, that handcuffed suspects can fight and escape, especially when officers are confronted by hostile onlookers. Defense attorneys will argue, not without evidence, that Floyd died not because of the application of unlawful force, but rather that it was his own resistance to lawful force, exacerbated by his documented medical conditions and drug use, that triggered a fatal heart attack. Fentanyl and methamphetamines can and often do bring about fatal arrhythmias even absent the type of exertions attributed to Floyd in the complaint. Yes, there came a point when Floyd ceased to struggle and should have been brought to a seated position. Was it this failure to follow what has for decades been standard police procedure that caused Floyd’s death, or did his struggling stop only when the fatal heart attack occurred? These are questions medical experts on both sides will testify about at trial, but for convictions the prosecutors must prove beyond a reasonable doubt that Chauvin was the proximate cause of Floyd’s death and that the others assisted him in the act. In all my years as a police officer I have never seen the seeds of reasonable doubt planted in the very pages of a criminal complaint as they have been here. As I wrote of Michael Slager four years ago, it is not a question of whether Chauvin and the others were right or wrong, but rather of how wrong they were. Murder is a serious charge that requires serious evidence. As things now stand, I don’t think the prosecutors have it. Jack Dunphy
We’ve never seen anything like it, at all. … I don’t even know how to put it into context. It’s beyond anything that we’ve ever seen before. When CPD has to turn its attention elsewhere and there’s suddenly this vacuum that opens up, you also unfortunately see a picture like you saw with [last] weekend where you see an absurd amount of carnage, people getting injured and killed. Max Kapustin (senior research director at the Chicago crime lab)
We didn’t find evidence for anti-Black or anti-Hispanic disparity in police use of force across all shootings, and, if anything, found anti-White disparities when controlling for race-specific crime. Researchers at the University of Maryland and Michigan State University
When I look at cities in which the investigation was preceded by a viral event, homicide goes up considerably. Total crime goes up considerably.” What happens is that police effectively pull back. They don’t stop doing their jobs, but they become less proactive and curb their interactions with civilians. In Chicago, there was a 90% drop in police-civilian contacts immediately after the announcement of an investigation, and “Baltimore literally went to zero” after a probe was announced there. In cities where these contacts fell the most, homicides increased the most. Sadly, the decision to launch departmentwide state and federal inquiries into the deaths of Brown, McDonald and Gray resulted in numerous additional deaths. Mr. Fryer said that because of changes in police behavior following investigations in these and other cities, “my estimates show that we lost a thousand more lives, most of them black as well, because of an increase in homicides. I never would have guessed that if police stopped putting in the effort, that homicides would change like this. You hear some people say ‘Oh, we want to police our own neighborhoods, get out.’ No, you don’t want that. I guess I always knew it was a foolish idea, but I didn’t realize it was this deadly. Roland Fryer (Harvard)
Des hommes et des femmes se font massacrer (par la police) quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau. Camélia Jordana
Le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. Virginie Despentes
Hourra ! Le peuple des États-Unis est en ébullition. Eh ! Vous ! Ceux qui avez trouvé la révolution citoyenne au Soudan trop exotique pour vous concerner, la révolution citoyenne à Beyrouth et à Alger trop arabes, celle du Chili trop latino, celle de Hong-Kong trop asiatique pour vous représenter ! Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez ! voyez ! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York. La gilet-jaunisation est entrée au cœur de l’Empire. Voici que surgissent des millions de chômeurs, des abandonnés privés de tout accès aux réseaux collectifs sans lesquels la vie est impossible, humiliés à longueur d’année par des flics racistes, manipulés par des politiciens sans conscience. Ils forment désormais un volcan qui vient de faire sa première éruption. Et ce n’est que le début d’une histoire qui va durer. Non, les USA ne sont pas le roc qu’ils donnent à voir. (…) Bon d’accord, je ne retiens pas ce rire moqueur qui me vient. C’est celui d’un « Frenchie surrender », putois notoire et ses French fries. Car c’est ainsi que nous avons été caricaturés aux USA depuis notre refus de participer à leur lamentable deuxième guerre du Golfe. L’état d’esprit anti-français se déchaina alors jusqu’à l’absurde : vider des bouteilles de vin dans les égouts et vouloir rebaptiser les frites, de « French fries » en je ne sais quoi. Oui la rigolade : voir la Maison blanche s’éteindre pour devenir invisible pendant que le président Trump se cache à la cave ! « Salut Trump tu as le bonjour de Cuba, de Venezuela, de Salvador Allende, de Patrice Lumumba, et même du Che » ! Sans oublier Edgard Snowden, Julian Assange et les torturés de Guantanamo, les asphyxiés du waterboarding, le supplice de la baignoire, qui ne serait pas une torture puisque l’actuelle cheffe de la CIA la pratiquait elle-même il y a peu ! À son tour : à la cave ! Le persécuteur des peuples dans le noir ! Ce n’est pas cher payé pour l’instant. Retenez ceci comme un avis d’observateur de longue date : tout ce qui advient aux USA arrive ensuite chez nous dans la décennie qui suit. Parfois plus vite. Qu’il s’agisse des modes, de la politique ou de faits sociaux. Le fin tissu qui nous unit n’est pas seulement économique, militaire ou ce que l’on voudra. Il est continuellement alimenté par les séries télévisées, le cinéma, les matrices narratives, les images de référence. Que cela plaise ou non, qu’on soit d’accord ou pas, il s’agit d’un effet de système profondément ancré. On peut ne pas s’être rendu compte que toutes les social-démocraties européennes répétaient soudainement les mantras clintonistes, ne pas avoir vu Sarkozy répéter en boucle à Rome et à Ryad les absurdités du « choc des civilisations » et ne pas savoir que l’autrice qui écrivait les discours, Emmanuelle Mignon les recopiait directement de Samuel Huntington, ne pas avoir vu le sommet du quai d’Orsay virer néo-conservateur. Mais quand les émeutes urbaines ont éclaté en France, quand on a vu Halloween et Black Friday occuper des millions d’esprits superficiels qui voudraient vivre comme dans une série US ? Non : rien ? Peut-être même qu’il en est encore pour ne pas savoir que Cédric Chouviat est mort d’un geste de policier comme celui commis contre Georges Floyd et que personne n’a été ni suspendu ni inculpé de quoi que ce soit. Et Adama Traoré et… et… Zineb Redouane, vieille dame abattue à sa fenêtre et qui est morte parait-il non de la grenade qu’elle a reçue dans la figure au quatrième étage à Marseille mais d’un arrêt du cœur imprévisible sur la table d’opération !… Peut-être d’autres n’ont-ils pas remarqué que les éborgnements de manifestants ne sont pas des bavures mais un fait désormais universel. Au fond, peu importe. Aucune alerte, aucune mise en garde n’aura jamais rien produit dans notre pays à part des heures de prêchi-prêcha haineux contre toute forme d’opposition et de dénigrement personnalisé contre les fortes têtes pourchassées sans répit les Jérôme Rodriguez, Taha Bouhafs, Drouet, Dufresne, Wamen et ainsi de suite et pour finir avec Camélia Jordana. Je ne sais comment dire combien cela me désole. Car la suite est écrite. Et ceux qui me lisent savent la lire. Aux USA, le fil des révolutions citoyennes est resté net : fermentation politique longue depuis Occupy et les Anonymous, évènement fortuit (la mort de Georges Floyd), union sans parti ni représentant, revendication égalitaire (« la vie des Noirs compte »), mobilisation universaliste, non communautaire pour la première fois depuis longtemps, mot d’ordre polysémique fédérateur (« je ne peux plus respirer »). Oui mais voilà : il s’agit des USA et de la première saison de l’après Covid-19. Elle ouvre la crise sociale monstrueuse qui va déferler. Les USA déjà désemparés, inondés de dollars de planche à billets, sans projet collectif, labourés par les socs contraires du petit peuple social et du petit peuple facho. Les USA paralysés par la gélatine du parti démocrate qui a eu la peau de Sanders pour ce néant qu’est Joe Biden. Les USA où les latinos seront dans une poignée d’années la plus importante minorité devant les afro-américains et les beaux blancs protestants. Les USA où le catholicisme sera bientôt la première religion chrétienne du pays modifiant ainsi la matrice spirituelle d’un pays où la religion est sur chaque billet de banque avec la formule « in God we trust ». Les USA et leur dollar bidon, leur État fédéral bringuebalant. Bref, les USA chancelant vont faire vaciller le monde. Trump voudrait interdire les anti-Fas, pendant que des miliciens d’extrême-droite en armes défilent dans les rues. Ils contrôlent ici ou là et les passants, comme nos identitaires dans le métro de Lyon et dans des bus à Lille pendant que les castors pyromanes pérorent loin de toute réalité « faire barrage ! faire barrage ! ». Les événements nord-américains sont décisifs. Ils nous obligent à faire un point réaliste. Si l’extrême droite « suprémaciste » l’emporte aux USA, ce sera bien autre chose que ce qu’elle a déjà fait en Pologne, Hongrie, Autriche, au Brésil, en Inde ou aux Philippines. Si les nôtres se donnent une expression politique capable d’être majoritaire, tout devient possible dans la civilisation humaine. Ayez grand soin de vous monsieur Bernie Sanders ! L’Histoire ne ferme jamais boutique. Jean-Luc Mélenchon
En réponse aux dérives identitaristes de la gauche américaine, une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains sonnent la révolte. C’est le premier grand coup porté à la gauche racialiste américaine. Depuis les années 1970, ses représentants, universitaires et militants (les deux vont souvent de pair), ne ménagent pas leur peine pour imposer leurs représentations comme grille de lecture exclusive des phénomènes sociaux. Si, depuis lors, leurs idées ont incontestablement progressé, allant jusqu’à irriguer le débat public en France, elles se heurtent aujourd’hui à la résistance d’un projet intellectuel ambitieux. 1776, en référence à la déclaration d’indépendance des États-Unis, est une réponse d’intellectuels essentiellement afro-américains à une initiative commune du New-York Times et de plusieurs historiens noirs, visant à réécrire l’histoire américaine à la lumière de l’esclavage Tout commence au mois d’août 2019, lorsque le quotidien new-yorkais aux opinions très-avancées développe le projet 1619. Dans une édition spéciale de 100 pages, publiée à l’occasion des 400 ans de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, le New York Times Magazine propose une relecture de la fondation des États-Unis « telle qu’elle s’est véritablement déroulée » — le ton est donné. Cette vaste entreprise de rééducation idéologique, bouffie de repentance, entend faire de l’arrivée en bateau d’une vingtaine d’esclaves africains à Port Comfort en Virginie (Colonie britannique d’Amérique du Nord, NDLR), « le véritable acte de naissance de l’Amérique ». Dans la classe politique et les cénacles académiques, le projet reçoit un accueil mitigé. De nombreux historiens s’émeuvent d’un détournement voire d’une falsification de l’histoire au nom de l’idéologie raciale. Toutefois, l’influence du Times est telle que ces observations critiques sont remisées à l’arrière-plan. Conçu à l’origine comme un projet médiatique interactif, composé de productions diverses (essais, poésies, photographies, articles…), 1619 se mue en une puissante machine à propagande. Le journal noue ainsi une collaboration avec le très “inclusif” Pulitzer center pour porter ce projet dans les écoles, bibliothèques et musées ; plusieurs centaines de milliers d’exemplaires du magazine et un supplément spécial y ont été distribués gratuitement. Last but no least, l’initiatrice du projet Nikole Hannah-Jones, réalise une tournée nationale de conférences dans les écoles pour expliquer à son jeune public que « le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays ». Pendant plusieurs mois, à grand renfort de matraquage publicitaire, 1619 impose son point de vue à la société américaine : l’histoire des États-Unis doit être exclusivement comprise comme une lutte des Blancs pour l’hégémonie et une dévalorisation systémique des noirs. Naturellement, quiconque récuse ce récit mythologique raciste passe pour blasphémateur. Devant la réécriture et la confiscation de l’histoire des États-Unis par des idéologues obnubilés par la question raciale, une cinquantaine d’intellectuels, essentiellement afro-américains, ont décidé de se soulever. En janvier 2020, Robert Woodson, figure chrétienne conservatrice et ancien conseiller de campagne George W. Bush lance le projet 1776 en réponse à 1619. Cette fois, les grands médias ne se pressent pour relayer cette initiative portée en partie par des historiens universitaires. Loin d’eux l’idée de nier le passé esclavagiste des États-Unis, simplement, ils contestent l’idée selon laquelle l’asservissement des noirs constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire du pays. Car pour parvenir à une telle conclusion, les promoteurs du projet 1619 ont eu recours à un grand nombre de sophismes et de falsifications. Entre autres contre-vérités, l’on apprend ainsi que, de tout temps, les noirs Américains ont combattu seuls pour leur liberté, que la guerre de Sécession est sans lien avec la libération des esclaves ou encore que le maintien de l’esclavage est le principal moteur de la guerre d’indépendance – cette liste n’est pas exhaustive. Les auteurs du contre-projet 1776 soutiennent a contrario que les inégalités structurelles qui persistent aux États-Unis résultent moins d’un problème de race que d’une logique de classes. Aussi, sont-ils pour le moins hostiles à un mouvement comme Black Lives Matter et les concepts qu’il charrie : appropriation culturelle, privilège blanc, racisme institutionnel, fragilité blanche. Selon eux, cette grille de lecture ethnocentrée est une machine à créer du ressentiment et de la culpabilité, là où la solution se trouve dans la solidarité interraciale. Deux semaines après la mort de George Floyd et les émeutes raciales qui s’en sont ensuivies, la confrontation entre ces deux visions résonne avec une certaine acuité. Au fond, les États-Unis ont désormais le choix entre deux projets de société : le premier, pétri de “bonnes intentions” — donc de racisme compassionnel – considère les afro-américains comme un bloc monolithique d’individus, victimes par essence et mus par les mêmes aspirations. Le second, refuse les assignations identitaires, croit au libre arbitre et défend une vision unitaire de la société. Entre le New York Times et l’universalisme, il faut choisir. Victor-Isaac Anne
Puisque nous en sommes au chapitre de la comptabilité morbide et raciale, la même journaliste révélait le 9 mai qu’en 2018, 2925 noirs étaient tués et que 2600 de leurs meurtriers étaient noirs. Mme Owens précisait également que «les hommes noirs tuaient deux fois plus les blancs que les hommes blancs tuaient des noirs». Puisqu’on doit apparemment sombrer dans ce racialisme permanent et obsessionnel, pourquoi donc les chiffres que je viens de livrer relèveraient-il de l’indicible? Avançons donc plus avant dans ce système pervers et sélectif, et souvenons-nous par exemple de la mort de Tony Timpa. Comme le pauvre George Floyd, il a été étouffé à mort par des flics très rigolards en dépit de ses supplications: «Vous êtes en train de me tuer». Exactement la même abomination. Mais dans ce dernier cas, ni violences, ni pillages. Ni foule médiatique déchaînée. C’est que Tony était blanc. Il faut également évoquer cet anti-trumpisme primaire qui fait que dans les premières heures du chaos, beaucoup ici en France auraient aimé lui faire porter le chapeau. Difficile quand on sait que l’appareil d’État du Minnesota est démocrate et que le mouvement Black Lives Matters est une réaction à la violence policière déplorée sous Obama. Puis-je également, sans offenser le courant médiatique principal, faire observer que les mêmes, il y a quelques jours, taxaient d’extrême-droitistes dangereux ceux qui, en Amérique, au nom de la liberté, refusaient tout confinement? À croire que le virus, malin mais compatissant, respecterait une sainte trêve en permettant les rassemblements en nombre. La même licence aura été accordée aux milliers d’étrangers sans papiers qui ont défilé sans entraves samedi dans les rues de Paris dans un silence médiatique impeccable. Ainsi, en France, lorsque des Français sont massacrés par centaines par le fanatisme ou le racisme, parfois antisémite, de l’islamisme, s’ensuivent des marches blanches forcément «dignes et silencieuses». Point de colères noires avec violences et pillages obligatoires. Je voudrais enfin écrire les lignes qui viennent pour faire réfléchir. Je n’aurais pas la stupidité de vouloir ignorer, au-delà de sa violence, un courant raciste dans la police américaine. Mais à quoi sert une généralisation abusive sauf à déclencher la guerre des races? Ici en France, par un mimétisme stupide, une artiste a évoqué les massacres que la police française commettrait à raison de la couleur de peau. Si on se regarde les choses rationnellement, imagine-t-on la réaction encolérée de certains policiers français qui, pour ne pas être racistes, ne sont pas tous des pianistes distingués? Sartre, dans ses Réflexions sur la question juive, a écrit des lignes pénétrantes sur la propension de l’être injustement caricaturé à vouloir parfois ressembler à sa caricature. Le racialisme pervers gagne chaque jour un peu plus, par mimétisme, la société française. Montre-moi de quelle couleur de peau tu es, et je te dirai si je te hais. La différence raciale devient obsessionnelle. Et le racisme, très équitablement partagé sur la planète, serait pourtant la propriété monopolistique du blanc. Déjà, sur la radio d’État, la racialisation devient un outil d’investigation journalistique. C’est ainsi que le 27 mai, le rédacteur en chef numérique de France Inter écrivait tranquillement: «Nous avons demandé à neuf personnes racisées de réagir aux propos de Camélia Jordana». Et à la suite, les photos et réactions de neuf personnes noires ou maghrébines. Je voudrais, pour conclure, écrire que je ne me fais aucune illusion sur la portée d’un raisonnement qui s’adresse à la raison. Le racialisme sélectif s’adresse aux bas instincts alimentés par cette rage idéologique que suit la foule médiatique déchaînée avec un plaisir hystérique. La race est de retour, via l’antiracisme sélectif gauchisant qui est au XXIe siècle ce que le racisme droitisant était au XIXe siècle. La guerre des races est avancée. Gilles-William Goldnadel
L’émotion doit inspirer la réflexion, mais elle ne peut pas dispenser de la connaissance. Car il y a les chiffres: selon la base de données du Washington Post, deux fois plus de Blancs (2416) que de Noirs (1263) ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. Certes, comme le souligne très justement le journal Libération, le rapport s’inverse totalement en proportion de la population: les Noirs représentent 13 % de la population américaine, et les Blancs 76 %. Mais dans ce pays où les policiers ont la gâchette d’autant plus facile que les armes sont partout, on ne saurait parler d’un «racisme systémique» ou structurel des forces de l’ordre. Il y a aussi l’histoire: la guerre de Sécession, le mouvement des droits civiques qui a aboli la ségrégation, l’Affirmative Action dans les universités pour asseoir dans les faits l’égalité formelle des droits, l’apologie des minorités par le politiquement correct, les deux mandats à la Maison-Blanche de Barack Obama. Il y a enfin ces autres images: le maire afro-américain de Houston annonçant les obsèques dans sa ville de George Floyd ou encore la maire afro-américaine d’Atlanta apostrophant avec véhémence les émeutiers qui discréditaient la protestation par le pillage des magasins de vêtements ou de matériel informatique. Des élus noirs dirigent aujourd’hui deux anciens bastions du ségrégationnisme. Les suprémacistes ont bien perçu ce grand basculement: s’ils sortent aujourd’hui du bois, s’ils hurlent «You will not replace us!», c’est qu’ils craignent de voir l’Amérique leur échapper et de devenir tôt ou tard minoritaires. (…) Saisis d’une véritable frénésie mimétique, des manifestants, à Paris et dans la plupart des villes françaises, brandissent les mêmes pancartes qu’en Amérique: «I can’t breathe», «No Justice, no Peace», «Black Lives Matter». Il y a certes des racistes dans la police et ils doivent être sévèrement sanctionnés, car, forts du pouvoir que leur confère l’uniforme, ils ne se privent pas de harceler et de nuire. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a raison: on ne saurait tolérer l’intolérable. Mais il faut être d’une insigne mauvaise foi pour en conclure que la police dans notre pays exerce une terreur raciste sur les populations issues de l’immigration africaine ou maghrébine. La réalité, en effet, est tout autre. Dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur: ils sont attirés, comme les pompiers dans des guets-apens, victimes de tirs de mortiers, attaqués à coups de barres de fer, de jets de pierre du haut des toits, ou de plaques d’égouts du haut des passerelles. Lorsque en 2007, à Villiers-le-Bel, des «jeunes» ont tiré sur eux à balles réelles, ils n’ont pas riposté. Résultat: des dizaines de blessés parmi les policiers, aucun parmi les manifestants. Hantée par les émeutes de 2005 qui ont embrasé le pays, leur hiérarchie demande aux hommes de terrain de tout faire pour éviter l’accident ou la bavure: tout faire, c’est-à-dire ne rien faire contre les rodéos urbains ou les matchs de foot sauvages dans les dernières semaines du confinement. Ce qui caractérise notre temps, ce n’est pas l’omniprésence et l’omnipotence de l’État policier, c’est la faiblesse et la démission de l’État dans ce qu’on n’appelle pas pour rien les territoires perdus de la République. Et puis enfin, si racisme institutionnel il y avait, les manifestants crieraient-ils «policiers assassins!» au nez et à la barbe des forces de l’ordre? Si l’État était autoritaire, ou simplement s’il faisait respecter ses lois, des clandestins défileraient-ils dans Paris sans craindre d’être mis en garde à vue, ni a fortiori renvoyés manu militari dans leur pays d’origine? S’ils ne jouissaient pas d’une totale impunité, des rappeurs raconteraient-ils comment Brigitte, femme de flic, se fait gaiement «éclaté la teush» par «tous les jeunes de la cité» ? L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite. Sous l’effet d’un meurtre atroce commis à Minneapolis, Minnesota, on interviewe avec déférence le membre du groupe La Rumeur qui évoquait, en 2002 «les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété», et on en vient à prendre pour argent comptant la déclaration éhontée de la chanteuse Camélia Jordana: «Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Je ne parle pas des manifestants, mais des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.» Des violences policières ont certes émaillé l’année 2019, en réponse à la violence extrême de certains manifestants. Mais qui visaient-elles? Qui ont-elles mutilé ou éborgné? Des «gilets jaunes», c’est-à-dire des Français d’origine française, gentiment désignés sous le nom de «souchiens» par la porte-parole des Indigènes de la République. À l’image de ce qui se passe à Yale, à Columbia ou à Berkeley, la civilisation occidentale est désormais sur la sellette dans la plupart des universités du Vieux Continent. Les Dead White European Males sont pointés du doigt. D’eux et de leur culture vient tout le mal qui s’est répandu sur la terre: l’esclavage, le colonialisme, le sexisme et la LGBTphobie. Étudier cette culture, c’est désormais la mettre en accusation, la déconstruire, ruiner son prestige, pour permettre aux minorités de retrouver leur fierté et à la diversité culturelle de s’épanouir sans entraves. D’où l’écho rencontré par la mort de George Floyd, à Paris, aussi bien qu’à Stockholm ou à Montréal. Les nouvelles générations ont cru reconnaître dans le flegme féroce de l’assassin le visage de l’Occident qu’ils avaient appris à honnir. Mathieu Bock-Côté rappelle dans son dernier livre, que des étudiants du King’s College de Londres, ayant dénoncé «la collection d’hommes blancs de plus de 50 ans portant la barbe» qui formait le grand statuaire à la porte de l’établissement, celui-ci a été remplacé par «un statuaire conforme à l’idéologie diversitaire». Et dans un article de David Haziza, j’apprends que les élèves les plus avancés de Columbia proclamaient tout récemment qu’il fallait en finir avec un programme d’enseignement dont la blanchité, à les en croire, expliquait la persistance des meurtres racistes. Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident: tel est, par-delà la révolte contre les violences policières, l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme. (…) L’antiracisme n’est plus, hélas, la défense de l’égale dignité des personnes, mais une idéologie, une vision du monde. Dans cette vision, les traites négrières non occidentales n’ont pas leur place, ni l’antisémitisme arabo-musulman, ni celui d’une partie de la communauté noire américaine, ni les manifestations de Chinois et de Vietnamiens de Paris contre des insultes et des agressions où les Blancs n’avaient aucune part. Le raciste devient celui qui voit ce qu’il voit au lieu de fermer les yeux sur le scandale de l’impensable. Entre la réalité et le système idéologique, on a intérêt, pour ne pas être frappé d’infamie, à choisir le système. L’antiracisme s’est donc transformé de fond en comble et l’hospitalité a changé de sens: à l’heure de la grande migration, il ne s’agit plus d’accueillir les nouveaux venus en les intégrant dans la civilisation européenne, il s’agit d’exposer les tares de cette civilisation pour rendre justice à ceux qu’elle a si longtemps traités par le mépris et exploités sans vergogne. (…) La mauvaise conscience bourgeoise a conduit un grand nombre d’intellectuels à se ranger dans le camp de la classe ouvrière. Ils expiaient ainsi leurs privilèges et trouvaient une rédemption dans le combat pour l’égalité. Dans la gauche radicale d’aujourd’hui, la honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise mais ce privilège-là colle à la peau. La honte est donc inexpiable. Pour elle, il n’y a pas de rédemption. Et ceux qu’elle affecte mettent un point d’honneur à rester confinés à la date où leur université célèbre la disparition des Blancs de l’espace public en organisant pour eux, ou plutôt contre eux, une «journée d’absence». Le soupçon de condescendance entachant toutes leurs paroles et toutes leurs actions, ils n’ont d’autres issues que de se taire, de s’effacer, ou de réciter indéfiniment le catéchisme qui les condamne. Cet autoracisme est la pathologie la plus consternante et la plus grotesque de notre époque. (…) On parle beaucoup, depuis le début de la pandémie, du monde d’avant et du monde d’après. Mais on oublie, en annonçant cette grande césure, que le monde d’avant était déjà très engagé dans la liquidation culturelle du vieux monde. À la sortie du confinement, le processus se poursuit, et même s’accélère. Alain Finkielkraut
Que font des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs pour leur demander pardon ? Ils se reprochent d’avoir jusque-là bénéficié, à leur insu, de droits qui étaient refusés à leurs frères de couleur. Or, ces « droits », s’il existent, ne sont pas légaux. La ségrégation est révolue depuis longtemps aux Etats-Unis. Les « droits » dont ils parlent sont des usages, des moeurs, des pratiques et toutes les manies d’une société dont les couleurs se sont toujours vécues comme séparables. Il y a peut-être tout à changer dans la société américaine, mais il n’y a rien à abolir ici. L’ennemi n’est pas une loi. L’ennemi est une attitude. Et contrairement à une loi injuste qu’on peut abroger, une attitude est indéfiniment renouvelable. Il y aura toujours des Blancs racistes et des flics violents. De sorte que le sentiment d’un « racisme systémique » trouvera toujours, dans une sortie déplorable ou dans un crime abject, une raison d’être et de s’enflammer. Pour le dire autrement : la faute dont les « Blancs » croient endosser le fardeau est très exactement insoluble. Elle ne se dissout pas dans un changement qu’on pourrait identifier et qui permettrait de passer à autre chose. Au Blanc qu’on accuse (ou qui s’accuse) en tant que blanc d’être le complice de l’oppression systémique des noirs, aucune rédemption n’est promise. La plainte est infinie. (…) Que font des Noirs qui reçoivent, debout, les supplications et les macérations de leurs frères blancs ? Et qui accordent leur pardon à des gens dont le crime n’est pas d’être coupables mais d’être blancs ? Ils accréditent l’idée que leur couleur est une faute. (…) Le but d’un tel pardon n’est pas le pardon. Le but d’un tel « pardon » est d’étendre la culpabilité à l’infini, d’ancrer l’idée que la couleur des autres est une faute universelle (pour le dire comme l’impitoyable loup de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. – Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens… ») et d’ajouter à la misère du pénitent la splendeur de leur propre clémence. Qui dit « je te pardonne » au type qui n’est pas coupable ne pardonne rien du tout, mais fabrique de toutes pièces une culpabilité infinie dont lui seul, par la grâce du pardon qu’il adore accorder, se trouve créditeur. (…) Dans ce combat déguisé en déclaration d’amour, les pénitents blancs n’ont pas dit leur dernier mot. Car de même qu’on écrase celui qu’on pardonne, on continue de traiter en enfant celui dont on implore le pardon. Que laissent-ils entendre, ces gentils blancs, en se sentant eux-mêmes coupables des crimes d’un autre blanc ? Qu’ils sont encore, en tant que blancs, responsables des malheurs de la communauté noire, qu’en somme ils sont de mauvais maîtres dont les anciennes victimes ont raison de se sentir irresponsables. Sous la génuflexion des Blancs, c’est la condescendance qui s’exprime. Sous cette pénitence monocolore, c’est encore le paternalisme qui parle. Bref, sous le spectacle merveilleux de gens qui se promettent de s’aimer, sous la contrition des repentants qui reçoivent l’absolution des mains de leurs victimes présumées, on assiste en vérité à la continuation de la guerre, sous d’autres formes, entre des communautés qui se prennent pour des identités. Toutes les conditions de la haine sont réunies dans cette image irénique. Tous les éléments du problème se trouvent à vif dans ce moment qui se vit comme une solution. En tout cas, on est bien loin de Martin Luther King, de sa génuflexion libératrice et, surtout, de « l’armée bi-raciale » qu’il appelle de ses voeux… (…) Le problème en France vient du fait qu’il existe objectivement des discriminations (sociales, morales et ethniques) à l’embauche, à la location ou à l’entrée des boîtes de nuit, mais que, comme par ailleurs, en République, sur le papier, « l’identité » sexuelle, religieuse ou ethnique n’est pas une sorte de handicap qui ouvre l’accès à des droits spécifiques, les gens qui sont victimes de discrimination ont l’impression – et en un sens à juste titre – que l’Etat les abandonne à leur sort. Et ils demandent à la loi de corriger ce qu’elle corrige déjà (mais qu’elle peine à rectifier en profondeur) en faisant du racisme un délit. En somme, ils demandent à la loi d’aller plus loin que l’affirmation abstraite de l’égalité entre tous les citoyens, pour s’en prendre à nos consciences de blancs et en extirper le racisme à la racine. Seulement, pour ce faire, pour qu’ils aient le sentiment que la loi s’attaque au « racisme systémique » en tuant nos « moeurs coloniales », il faudrait supprimer la présomption d’innocence, il faudrait systématiquement condamner pour racisme toute personne refusant un logement ou un emploi à une personne de couleur, imposer une parité sur fond de mélanine, et nantir légalement certains Français de privilèges qu’on refuserait aux autres. Bref, nous cesserions collectivement, et légalement, d’être libres et égaux. Comme tous les extrémismes dopés aux bons sentiments, ces adeptes croient démocratiser notre démocratie en la présentant comme un « Etat totalitaire et esclavagiste », alors qu’en demandant à la loi de corriger des consciences ou de réprimer des réflexes, c’est très exactement une dictature qu’ils appellent de leurs voeux. Si la « communauté juive », par exemple, avait raisonné comme les manifestants du 2 juin, elle aurait vu dans les assassinats de Mireille Knoll, d’Ilan Halimi ou de Sarah Halimi l’expression d’un « antisémitisme systémique », et dans les atermoiements du Parquet la preuve qu’il n’y a aucune différence entre le régime de Vichy et la République. Or si, comme la négrophobie, l’antisémitisme est viscéral et éternel en France, il n’est pas douteux qu’il vaut mieux y être Juif (ou Noir) en 2020 qu’en 1940. Et que, si combat il y a, c’est un combat judiciaire et juridique qu’il faut mener. En France, l’antisémitisme est virulent, mais un policier juif n’est pas vu pour autant par d’autres Juifs comme un « vendu » qui travaille avec « l’Etat antisémite ». (…) Au début de son sketch sur le « CRS arabe », mimant un poivrot franchouillard, Coluche fait valoir qu’ « un bougnoule, c’est toujours un bougnoule, même en CRS ». Quelle différence avec les manifestants qui disent « Un flic, c’est toujours un flic, même noir » ? Comme, sous prétexte de « convergence des luttes », la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes, la police qui a longtemps été présentée comme le bras armé d’un « Etat bourgeois » est devenue, aux yeux des mêmes et de leurs successeurs, le bras armé d’un « Etat raciste ». Un tel dogme a besoin d’un sophisme. Le sophisme est : il y a des crimes racistes dans la police française (ce qui est incontestable), donc LA police française est « systémiquement » raciste (ce qu’une grande majorité d’interpellations démentent). Un tel raisonnement n’est pas un raisonnement, mais l’érection illégitime de cas particuliers en une vérité générale et a priori qui ne voit dans les contre-exemples aucune objection mais qui, en revanche, à chaque drame, s’exclame « je vous l’avais bien dit ! » En cela, il est symptomatique que le comité « Justice et vérité pour Adama » reprenne le nom du « Comité pour la vérité et la justice » crée par les maoïstes François Ewald et Serge July au moment de l’affaire de Bruay-en-Artois. Le but d’Ewald et July, à l’époque, était d’appeler au lynchage, et d’ancrer dans les consciences, à coup de témoignages de procès d’intention (« Il n’y a qu’un bourgeois pour faire ça ») et grâce aux sales méthodes du juge Pascal (qui, opposé au secret de l’instruction, diffusait les photos de l’arrestation du coupable présumé), le sentiment que le notaire Pierre Leroy était « par définition » le meurtrier de Brigitte Dewevre. Or, quel est le but du nouveau comité « vérité et justice » ? D’ancrer dans les consciences, à coup de manifestations aux slogans abstraits (« Pas de justice, pas de paix ! ») le sentiment que la police française est raciste et meurtrière. Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît, et qu’il appelle « justice » l’autre vérité, la vérité qu’il exige, que cette « vérité » soit vraie ou non. Reste qu’au-delà de sa sottise, le geste de traiter de collabo un flic noir est, de la part des manifestants, parfaitement contradictoire. Comment peuvent-ils déplorer la sous-représentation des Noirs dans les médias ou dans la fonction publique, tout en tenant un policier noir pour un vendu ou un « bounty » (noir dehors, blanc dedans) ? Là encore, le problème qu’ils posent est insoluble ! Comme une houle qui ne croise aucun récif, une telle plainte – qui laisse le choix entre le sentiment de ne pas être représenté et l’exclusion de ceux dont la carrière invalide ce sentiment – s’est arrangée pour ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin de sa colère, et pour balayer comme autant d’apparences trompeuses et de trahisons discrètes l’ensemble des objections qu’elle reçoit. On peut le comprendre : le problème des manifestants n’est pas que la France soit raciste. Leur problème est qu’elle ne l’est pas suffisamment. Et que, loin d’être l’avant-garde d’un monde meilleur, ils sont les fossoyeurs d’une démocratie qui n’a rien contre eux. On a tort, en cela, de qualifier de « débordements » les incidents qui ont émaillé ce rassemblement car, sans être planifiée bien sûr, la violence est inscrite dans l’esprit-même d’un telle manifestation. Pour une raison simple : celui qui manifeste contre un (imaginaire) « Etat raciste » ne vit pas sa propre violence comme un crime mais comme un geste libérateur. En réalité, plus que libératrice, la violence est créatrice. Comme le pardon du Noir au Blanc a aussi pour but de fabriquer l’éternelle culpabilité de ce dernier, la violence du manifestant ne sert qu’à témoigner de la violence qu’il a subie. Plus on casse des vitres, plus cela signifie qu’on est la victime d’un Etat raciste. Comme dit Virginie Despentes dans sa « Lettre à ses amis blancs » : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés… » C’est l’un des paradoxes, et pas le moindre, de l’hyper-démocratie victimaire où chacun voit ce qu’il veut : la violence réelle est masquée par la violence dont elle se prétend la conséquence… Pour le dire simplement : si je vous agresse, ça veut dire que VOUS êtes coupables et que JE suis victime, et que, pour cette raison, vous devez me comprendre avant de me juger, sous peine d’être un fasciste ! C’est parfait. (…) Madame Jordana a tout à tort, à mon avis, d’en faire une loi, et d’ériger de rares tragédies en considérations générales sur l’âme du flic Français. Le problème n’est pas ce qu’elle dit, mais la valeur de vérité absolue qu’elle donne à ce qui (en ce qui la concerne) n’est même pas un témoignage. Car ce faisant, tout comme les blancs pénitents ou les manifestants du 2 juin, elle raisonne à l’envers : son diagnostic n’est pas un diagnostic mais une vérité a priori qui, pour cette raison, se donne comme infalsifiable. Comment voulez-vous contredire un sentiment ? Comment voulez-vous dire qu’elle a tort à une personne qui prend son impression pour la règle ? Un sentiment qui se prend pour une vérité dégénère inévitablement en dogme. Et un dogme est immunisé contre les objections. En particulier un dogme bien-pensant qui, pour devancer les coups, présente toute objection comme une abjection : si vous dites que Camelia Jordana a tort, c’est que vous fermez les yeux sur la violence que vous ne subissez pas. Bing. Que répondre à ça ? Camelia Jordana s’est proposée de débattre avec le ministre de l’Intérieur en personne, mais elle n’a pas ouvert le débat, elle a tué le débat en le réduisant à la défense (ou l’attaque) d’une opinion péremptoire ! Si, dans les échanges qui ont suivi ce qu’elle a dit, chacun est resté fermement campé sur son catéchisme et, loin de dialoguer, les antipodes n’ont fait qu’affirmer leur détestation mutuelle, c’est que les conditions du débat étaient absentes du débat. Débattre, ce n’est pas présenter ce qu’on croit comme une vérité absolue, pour mettre les autres, ensuite, au défi de nous donner tort. Débattre, c’est douter de ce qu’on croit au point d’écouter un autre discours que le sien. Peine perdue. (…) Si Virginie Despentes se promène dans les rues de Dakar, Bamako ou Kingston, elle aura plus de mal à oublier qu’elle est blanche. Est-ce à dire que le Sénégal, le Mali ou la Jamaïque sont racistes ? Et que les Noirs y sont privilégiés ? Il y a d’autres choses, plus intéressantes, dans sa lettre. D’abord, cette phrase en apparence absurde : « En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. » Les gens qui lui ont répondu en dressant la liste de tous ceux, de Gaston Monerville à Sibeth N’Diaye, dont le parcours contredit Virginie Despentes, commettent deux erreurs. La première est de rentrer dans son jeu, et de compter les noirs ministres (comme on compte les noirs à la télé, ou à la cérémonie des Césars), autrement dit : de transformer la couleur en critère d’évaluation. L’autre erreur est de la prendre au sérieux. Virginie Despentes n’est pas née demain. Elle sait très bien qu’il y a eu et qu’il y a des ministres « noirs » dans un pays où la couleur n’est pas une compétence. Seulement, elle ne les « voit » pas. La couleur de leur peau est masquée par leur costume républicain. Pour le dire simplement : puisqu’être noir empêche d’être ministre dans notre « France raciste », alors en devenant ministre, un noir cesse d’être noir. Comme le jour et la nuit, la fonction de ministre et la noirceur de la peau s’excluent aux yeux de la manichéo-daltonienne. On ne peut pas être l’un et l’autre. En cela, Virginie Despentes est bien fondée à dire qu’elle n’a « jamais vu » de ministre noir. Son erreur n’est pas de dire ce qu’elle sent, mais, comme Camelia Jordana, d’ériger sa propre cécité en perception universelle. (…) ce serait drôle si ce n’était désolant pour Madame El Moaddem, que BFM a traitée comme une vieille chaussette. Mais à toute chose, malheur est bon : une telle mésaventure est aussi l’occasion donnée, pour l’intéressée, de comprendre qu’elle est exactement la victime de la logique identitaire qui lui fait dire, ordinairement, qu’on devrait inviter les « concernés » sur les plateaux de télé, qu’on est mal placé pour parler des problèmes qu’on ne rencontre pas, et qu’en somme, la couleur des gens est en elle-même une compétence. A ce compte-là, dans un monde où la couleur (appelée « identité ») est une garantie de l’opinion, il est normal qu’on désinvite Nassira El Moaddem au profit de Maboula Soumahoro, qui (aux yeux de certains) est une meilleure interprète dans le même rôle. Madame El Moaddem s’indigne qu’on lui dise que sa présence en plateau eût fait « doublon ». Elle a raison. C’est scandaleux. D’autant qu’elle avait certainement d’autres choses à dire que Madame Soumahoro. Mais quand on invite les gens à raison de leur allure et non de leur compétence, on se moque de ce qu’ils ont à dire, et des nuances éventuelles. « Noire, arabe, on s’en fout, tant que ça fait concerné » se dit-on dans les rédacs attentives à draguer une clientèle identitaire… Bref, c’est l’arroseuse arrosée. Madame El Moadden, qui a souvent été la victime du racisme, est pour la première fois peut-être, victime du racialisme. J’avoue ne pas voir la différence entre les deux, mais c’est probablement que je ne suis pas concerné. « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. » Si les journalistes avaient lu cette phrase, peut-être se seraient-ils mieux conduits ? Raphaël Enthoven
Nous avons tendance à imaginer, contre toute évidence, que la socialisation peut tous nous débarrasser de l’intolérance et nous apprendre un plus grand respect de la différence, si seulement nous avions la volonté, les ressources et la possibilité de fournir les bonnes expériences. (…) Selon cette compréhension de la réalité, les différents peuvent rester aussi différents qu’ils le souhaitent et les intolérants finiront tolérants par les vertus de l’éducation. Mais tous les indicateurs montrent que l’exposition à la différence, les discours sur la différence et le fait d’applaudir la différence – autant de marques de fabrique de la démocratie libérale – sont les meilleurs moyens d’exaspérer ceux qui sont foncièrement intolérants et de garantir l’expression accrue de leurs prédispositions dans des attitudes et des comportements manifestement intolérants. (…) Paradoxalement, il semblerait donc que le meilleur moyen de juguler l’intolérance envers la différence soit d’exhiber nos ressemblances, d’en discuter, de les applaudir. (…) Au bout du compte, rien n’inspire plus la tolérance chez l’intolérant qu’une abondance de croyances, de pratiques, de rituels, d’institutions et de processus communs et fédérateurs. (…) En définitive, rien n’inspire une plus grande tolérance de la part des intolérants qu’une abondance de croyances, pratiques, rituels, institutions et processus communs et unificateurs. Et malheureusement, rien n’est plus sûr de susciter une expression accrue de leurs prédispositions latentes que ‘l’éducation multiculturelle’, les politiques bilingues et la non-assimilation. En fin de compte, notre célébration criante et notre insistance absolue sur l’autonomie individuelle et la diversité sans contrainte poussent ceux qui sont par nature les moins équipés à vivre confortablement dans une démocratie libérale non pas aux limites de leur tolérance, mais à leurs extrêmes intolérants. Karen Stenner
Si vous avez des tirs de policiers qui deviennent viraux en ligne, mais qui ne sont pas suivis d’enquête (…), rien ne change – les niveaux d’activité policière et de criminalité sont à peu près les mêmes. Mais si vous avez des tirs de policiers qui deviennent viraux et qui font l’objet d’une enquête, les activités de la police chutent et la criminalité augmente de façon spectaculaire. Roland Fryer (Harvard)
Trump est le seul à attirer l’attention sur cette violence qui touche majoritairement les Noirs. Cela dit, il surestime le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le crime. La police est avant tout une affaire locale. (…) 26% des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Doit-on en déduire que les flics sont racistes? Non. Simplement, ils interviennent avant tout dans les quartiers en proie à la criminalité. Or c’est là que résident les minorités. D’où un risque accru de confrontation avec la population noire ou latino. A Chicago, les Afro-Américains représentent un tiers de la population, mais sont responsables de 75% des fusillades. Ce n’est pas un jugement, juste une statistique. (…) Depuis qu’un jeune Noir a été abattu par la police à Ferguson, en 2014, l’association Black Lives Matter « vend » l’idée que les policiers sont intrinsèquement racistes. Le débat est pollué par le tabou sur la criminalité noire. Alors sommes-nous autorisés à parler des victimes?  Les Blacks sont six fois plus souvent victimes d’homicides que les Blancs et les Latinos. En 2016, 20 enfants noirs ont été blessés ou tués à Chicago. S’ils avaient été blancs, le scandale aurait été énorme. Mais comme ce sont des Noirs tués par des Noirs, tout le monde s’en fiche… Heather Mac Donald
Les Blancs et Hispaniques représentent par exemple 58,9% des personnes arrêtées pour «crime grave». Les mêmes couleurs de peau constituent 56,7% des personnes tuées par la police, selon les données du portail statistique Statista, compilant quatre années jusqu’à juin 2020*. Les pourcentages sont proches, tendant à indiquer que les drames lors d’arrestations ne concernent pas spécifiquement les personnes de ces deux ethnies. Les Afro-Américains constituent quant à eux 37,5% des prévenus pour crime grave, et 22,1% des personnes que la police a tuées en voulant procéder à leur arrestation. Le pourcentage de victimes de police est donc plus faible chez les Afro-Américains, par rapport à leur proportion lors des arrestations. Bien sûr, les tirs létaux par les forces de l’ordre recouvrent des situations très différentes (bavures, individus armés ou non, etc.). Nul ne saurait déduire, à l’aune de ces pourcentages, à l’innocence ou la culpabilité présumée d’un policier tueur. Mais si l’on s’en tient aux chiffres de la criminalité et des arrestations, il semble difficile de conclure à un quelconque racisme systémique de la part des forces de l’ordre américaines. (…) la spécialiste Heather MacDonald (…) prend appui sur une analyse judiciaire des données de la police de Philadelphie, ayant établi en 2015 que les policiers blancs étaient moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs et hispaniques. D’autres études vont en ce sens, comme celle de l’économiste d’Harvard Roland G. Fryer qui concluait en 2016 (puis à nouveau en 2018) à l’absence de preuves d’une «discrimination raciale lors des tirs de police». Pour Heather MacDonald, «toutes les analyses contraires oublient de prendre en compte les taux de crime et le comportement des civils, avant et pendant les interactions avec la police. Luc Lenoir
90% des meurtres de Noirs sont commis par d’autres Noirs, là est le vrai drame! A la violence extrême des délinquants répond celle des policiers, brutaux envers tout le monde sans distinction. C’est la violence globale de ce pays qui est à prendre en compte : n’importe quel retraité de 75 ans peut sortir une arme lors d’un contrôle! Ecoutez le Drill, la musique des gangs juvéniles ethniques des États-Unis. Ce sont des appels au meurtre par des rappeurs rendus fous par un usage massif d’alcool et de Concentrate (marijuana ultra-puissante). Tels sont les angelots qu’affrontent au quotidien les polices des métropoles américaines. Xavier Raufer
La vie de la population noire des États-Unis n’a jamais été facile et ne l’est pas plus aujourd’hui. (…) Mais aux difficultés qu’éprouve cette population, se surajoute l’attitude de la gauche académique et médiatique qui, par pur moralisme, ne s’indigne que des seuls homicides de Noirs commis par la police américaine ou par des Blancs ; considérant donc – absurdement – que les non-Noirs du pays constituent un meurtrier et tout-puissant Ku-Klux-Klan, voué à exterminer les Afro-Américains. Récemment encore, L’Express souligne ainsi que 1,5% des Noirs américains de 20 à 24 ans meurent sous les tirs de la police – fait consternant – mais tait que, constamment et de longue date, ± 90% des Noirs américains sont assassinés par d’autres Noirs. Sans doute y-a-t-il des raisons à cela, mais l’énormité même du pourcentage devrait pousser les commentateurs à exposer cet essentiel fait brut. Or la théorie du”privilège blanc” tient justement à cela : pour qu’elle soit vraie, il faut et il suffit que TOUTE la police et TOUTE la justice des États-Unis soient implicitement ou ouvertement racistes, agissant et jugeant à 100% contre les Noirs. Soulignons ici que cette idéologie du”privilège blanc” n’est pas celle de la population noire en général ; certes, soucieuse de ne pas servir de cible à tout propos, elle est sinon (sous l’influence de ses puissantes Églises) plutôt conservatrice et répressive en matière de sécurité et de justice, maints sondages le montrent. Le « privilège blanc » est plutôt l’apanage de jeunes gens riches, blancs mais torturés de haine de soi et de ludions médiatiques de toutes couleurs. Avant d’examiner les faits et données disponibles, rappelons aussi que depuis une décennie, toute la société américaine, justice et polices incluses, subit l’étouffant tsunami du « politiquement correct »… diversité… inclusif… etc.; tout fait ethnique y éprouvant le sourcilleux contrôle (sans doute bénéfique, vu le passé du pays) de Black Lives Matter et cent groupes analogues; quand cependant, les statistiques ethniques-raciales y restent permises. (…) à l’échelle des États-Unis entiers, de méticuleuses recherches des analystes du ministère fédéral de la Justice et du FBI sur la période 1976-2005, établissent le fait terrible que dans plus de 90% des cas, l’assassin d’un Noir est un autre Noir; et que les jeunes hommes afro-américains ont 20 fois plus de morts que leur proportion dans la pyramide américaine des âges et des ethnies. Et si les choses ont évolué depuis 2005, c’est plutôt en pire. Imaginons que les injonctions médiatico-académiques soient à 100% suivies d’effet et qu’on en finisse, par la prévention ou la répression, avec les meurtres commis par des policiers ou des Blancs racistes: sur cent homicides de Noirs, on en supprimerait 8 ou 9; sinon, la tuerie continuerait comme avant. Est-ce un objectif décent ? Ou faut-il, sur la base de faits réels, traiter ce drame dans sa profondeur humaine ? Xavier Raufer

Après l’hystérie collective du coronavirus, le psychodrame du racisme systémique !

Au lendemain d’un confinement aveugle qui a vu, sans compter les dommages économiques et sociaux, des sommets d’hystérie et de psychose collective

Comment ne pas voir …

Suite à l’interpellation ayant mal tourné (pour des raisons personnelles et donc non « systémiques » ?), d’un ancien délinquant multirécidiviste ayant tenté de faire passer un faux billet et ayant résisté à son arrestation …

Mais peut-être fragilisé par ses problèmes de circulation et les drogues ingérées

Sous prétexte qu’il était noir et que le principal policier était blanc alors que ce dernier était accompagné d’un autre blanc mais aussi d’un noir et d’un asiatique

La nouvelle hystérie collective qui revient entre déboulonnages de statues, autodafés matériels et culturels et appels au démantèlement de la police mais aussi meurtres

Avec cette nouvelle génération de génuflexants et flagellants qui avec son lot d’antisémitisme comme au Moyen-Age …

Après la France et maintenant l‘Espagne, suit périodiquement les épidémies …

Et qui, contre l’évidence des faits mais année électorale oblige, n’a plus que le mot racisme à la bouche …

Alors qu’étude après étude, l’on sait qu’il n’y a pas de discrimination raciale lors des tirs de police et même que les policiers blancs sont moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs ou hispaniques …

Et que, loin de faire diminuer la violence, la diabolisation de la police qui suit les quelques cas d’usage disproportionné de la force par celle-ci la fait augmenter en poussant lesdits policiers au retrait dans les zones où elles sont le plus nécessaires …

Sans compter, comme l’a montré la psychologue Karen Stenner …

Que loin de mettre un terme à l’intolérance …

Les célébrations de la différence et de la diversité comme ‘l’éducation multiculturelle’, les politiques bilingues ou la non-assimilation ne font que l’exaspérer …

Alors que comme l’avait montré le pasteur Martin Luther King avant de se fourvoyer dans le pacifisme radical

Oubliant qu’au Vietnam comme au Japon, les races de couleur ont elles aussi leur volonté de puissance …

Ce sont nos ressemblances et l’ensemble des croyances, pratiques, rituels et institutions que nous avons en commun …

Qu’il faudrait, au lieu de les fouler au pied comme nos enfants gâtés à la Kaepernick avec le drapeau national, les mettre en avant … ?

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel
Xavier Raufer
Sécurité globale
Cairn
2019/4 (N° 20)

La vie de la population noire des États-Unis n’a jamais été facile et ne l’est pas plus aujourd’hui. Pour s’en persuader, il suffit de visiter les lieux où d’usage elle vit, quartiers où, comme à Chicago, son espoir de vie peut être de trente ans plus bref que dans les secteurs blancs-riches de la ville ; et de voir qu’en 2017 encore, 38% des enfants noirs fréquentent des écoles où moins de 10% des élèves sont blancs (l’apartheid, c’est ça).

Mais aux difficultés qu’éprouve cette population, se surajoute l’attitude de la gauche académique et médiatique qui, par pur moralisme, ne s’indigne que des seuls homicides de Noirs commis par la police américaine ou par des Blancs ; considérant donc – absurdement – que les non-Noirs du pays constituent un meurtrier et tout-puissant Ku-Klux-Klan, voué à exterminer les Afro-Américains.

Récemment encore, L’Express souligne ainsi que 1,5% des Noirs américains de 20 à 24 ans meurent sous les tirs de la police – fait consternant – mais tait que, constamment et de longue date, ± 90% des Noirs américains sont assassinés par d’autres Noirs. Sans doute y-a-t-il des raisons à cela, mais l’énormité même du pourcentage devrait pousser les commentateurs à exposer cet essentiel fait brut. Or la théorie du”privilège blanc” tient justement à cela : pour qu’elle soit vraie, il faut et il suffit que TOUTE la police et TOUTE la justice des États-Unis soient implicitement ou ouvertement racistes, agissant et jugeant à 100% contre les Noirs.

Soulignons ici que cette idéologie du”privilège blanc” n’est pas celle de la population noire en général ; certes, soucieuse de ne pas servir de cible à tout propos, elle est sinon (sous l’influence de ses puissantes Églises) plutôt conservatrice et répressive en matière de sécurité et de justice, maints sondages le montrent. Le « privilège blanc » est plutôt l’apanage de jeunes gens riches, blancs mais torturés de haine de soi et de ludions médiatiques de toutes couleurs.

Avant d’examiner les faits et données disponibles, rappelons aussi que depuis une décennie, toute la société américaine, justice et polices incluses, subit l’étouffant tsunami du « politiquement correct »… diversité… inclusif… etc.; tout fait ethnique y éprouvant le sourcilleux contrôle (sans doute bénéfique, vu le passé du pays) de Black Lives Matter et cent groupes analo-gues; quand cependant, les statistiques ethniques-raciales y restent permises.

Reste que dans la statistique américaine, « race », « ethnicité » ou « origine » ne vont pas de soi, recensements ou sondages opérant par auto-déclaration. On dit par exemple « X personnes se considèrent comme d’origine hispanique », mais un Hispanique peut aussi se déclarer Blanc. Et ceux qu’évidemment, nous dirions métis en Europe, comptent comme Noirs aux États-Unis.

Voici donc, pour éclairer le débat, l’éventail racial donné par le dernier recensement national des États-Unis (1/07/2016):

•Blancs (hors hispaniques): 61,3%

•Hispaniques/Latinos: 17,8%

•Noirs/Afro-Américains: 13,3%

•Asiatiques: 5,7%

•Amérindiens: 1,3%

•Métis, NSP: 0,4%

•Insulaires du Pacifique: 0,2%.

Dernier point méthodologique: nous comptons plus bas des individus, interpellés, mis en cause ou inculpés, ce qui ne préjuge bien sûr pas de leur culpabilité.

Mais aux États-Unis, les Cours fédérales jugeant les serious crimes, homicides, viols, vols avec armes, etc., ont en 2016 condamné 91,2% des inculpés, 8,8% étant innocentés – donc, taux d’adéquation correct1.

Qui plus est, deux taux, élucidation des crimes dans un sens, récidives dans l’autre, renforcent le tableau général mis en cause-culpabilité:

• Taux d’élucidation des crimes graves (« serious crimes ») aux États-Unis en 2017:

•Homicides: 61,6% (chiffre noir, 38,4%)

•Viols: 34,5% (chiffre noir, 65,5%)

•Vols avec armes: 29,7% (chiffre noir, 70,3%)

• Taux de récidive après trois ans:•États-Unis: 68%

•Comparaison avec la France et l’Allemagne: respectivement 48 et 46%.

Surreprésentation des Noirs dans les statistiques criminelles américaines2(FBI-UCR, 2016)

Total des arrestations aux États-Unis (toutes infractions) en 2016: 8 421 481

Total des arrestations pour serious crimes3aux États-Unis en 2016: 408 873,Sur ces 408 873 crimes graves, total des arrestations « par race ou origine »:

•Prévenus se disant, ou déclarés, Blancs et hispaniques: 241 063

•Prévenus se disant, ou déclarés, Afro-Américains: 153 341

•Prévenus … Amérindiens, Asiatiques ou insulaires du Pacifique: 14 416

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel 149

Proportion ethnique des inculpés pour les homicides commis aux États-Unis en 2016:

•Blancs et hispaniques: 44,7% du total

•Afro-Américains: 52,6%

•Amérindiens, Asiatiques ou insulaires du Pacifique: 2,7%

Coups de projecteurs sur cette surreprésentation

État de l’Illinois (UCR-Illinois) – Blancs, 64%, Noirs, 14%.2017: 1 010 homicides dans l’État, dont 650 à Chicago.

Pour ces 1 010 homicides, 409 mis en cause; voici leur race, telle que figurant au dossier: Noirs, 271 (66% du total); Blancs, 83; Hispaniques, 54.

État du Connecticut (UCR-Con.) Blancs, 71%; Noirs 10%.105 homicides recensés dans cet État en 2017.

Pourcentage ethnique des homicides élucidés (un coupable a été trouvé puis condamné): Blancs, 28%; Noirs, 58% des mises en examen et 40% des condamna-tions, Asiatique: 1 cas.

Ville de Seattle et King County (Étude du Public Health Department de la ville, homicides par armes à feu, 2010-2016).

Rappel, l’administration locale se situe politique-ment quelque part entre libérale-libertaire et socialiste.Blancs dans le comté, 76%; Noirs, 7%.

69 homicides par armes à feu, 2010 à 2016; mis en cause, 39 Noirs, 56% des inculpés.

Ville de Pittsburgh – Étude du Pittsburgh Police Department (PPD) et de la mairie, 2010 à 2015. Rappel, sur les 5 derniers chefs du PPD, 3 sont Afro-Américains.

Blancs, 65%; Noirs, 26%.2010-2015: sur 100 victimes d’homicides, 85 sont noires.- sur 100 victimes d’homicides non élucidés, 97 sont noires.

2018: victimes des 58 homicides: Noirs, 50, Blancs, 8.Inculpés pour ces 58 homicides: Noirs, 24; Blancs, 7.

Ville de Saint-Louis – Noirs, 49%; Blancs, 43%.

Données du Saint-Louis Police Department, 1er semestre 2019: 110 homicides dont 99 Noirs. Inculpations pour 41 de ces homi-cides: Noirs, 37 (90% du total); Blancs, 4.

Ville de Cincinnati – Blancs, 49%; Noirs, 45%.2018: 63 homicides; victimes noires, 84%; blanches, 14%. Pour ces homicides, 30 inculpations: Noirs, 58%; Blancs, 17%; la race est absente de 25% des dossiers.

2017: 74 homicides; victimes noires, 85%; blanches, 14%. Pour ces homicides, 21 inculpations: Noirs, 71%; Blancs, 5%; la race est absente de 23% des dossiers.

Les Noirs sont-ils spécialement visés par la justice des États-Unis ?5

Individus jugés par une Cour fédérale de justice, année fiscale 2016, caractéristiques démographiques – race ou origine hispanique.

Cas considérés: 63 593 (formant donc 100% du total)

•Blancs: 20,9%,

•Afro-Américains: 19,8%

•Hispaniques-Latinos: 55,7%!!

•Amérindiens, 2,2%

•Asiatiques+Pacifique: 1,3

•NSP: 1%.

Plus largement maintenant, à l’échelle des États-Unis entiers, de méticuleuses recherches des analystes du ministère fédéral de la Justice et du FBI sur la période 1976-2005, établissent le fait terrible que dans plus de 90% des cas, l’assassin d’un Noir est un autre Noir; et que les jeunes hommes afro-américains ont 20 fois plus de morts que leur proportion dans la pyramide américaine des âges et des ethnies. Et si les choses ont évolué depuis 2005, c’est plutôt en pire.

Imaginons que les injonctions médiatico-académiques soient à 100% suivies d’effet et qu’on en finisse, par la prévention ou la répression, avec les meurtres commis par des policiers ou des Blancs racistes: sur cent homicides de Noirs, on en supprimerait 8 ou 9; sinon, la tuerie continuerait comme avant.

Est-ce un objectif décent ? Ou faut-il, sur la base de faits réels, traiter ce drame dans sa profondeur humaine ?

Comparaison avec l’ensemble Angleterre+Pays de Galles (E+W)

Pays anglo-saxon, au système judiciaire proche de celui des États-Unis, mais ne souffrant sans doute pas des mêmes biais culturels.

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel 151

Dernier recensement de la population de E+W: Blancs, 83, 35%; Asiatiques, 6,69%, (dont originaires du sous-continent indien, 5,87% et Chinois, 0,82%); Noirs, 2,81%.

 

 

 

 

Sources :

L’Express+Afp – 6/08/2019 « Aux États-Unis, les noirs encourent plus de risques d’être tués par la police »

Reported Crime – Cincinnati – 25/07/2019 (by month),

Wellcome Open Research – 25/06/2019 « A systematic review of criminal recidivism rates worldwide, 3 years update – Denis Yuknenko, Seena Fazel, dept. of psychiatry, Oxford U.; Shivpriya Sridhar, U-North Carolina, Chapel Hill, NC,

The Guardian – 23 Jun 2019 – ’It’s totally unfair: Chicago, where the rich live 30 years longer than the poor » – (Blancs: ± 90 ans, Noirs, ± 60 ans),

NBC News – 11/03/2019 « White parents are enabling school segregation if it doesn’ hurt their own kids »,Seattle and King County –

Public health – March 2019 « Firearm deaths among residents of King County and Seattle, 2012-1016 »,Federal Justice Statistics, 2015-2016 – January 2019,

State of Connecticut – 2017 « Crime in Connecticut – Annual report of the Uniform Crime Reporting, Dept. of emergency services and public protection, Crimes analysis unit »,

FBI – Uniform Crime Report, 2016 « Crime in the United States »,UK Crime Statistics – Year 2014 « Race and criminal justice system.

Notes

1. Sur 2474 cas en 2016, dernières données disponibles; Cf. « Table 6, Disposition and case-processing time of defendants in cases terminated in US District Courts, FY 2016 ».

2. FBI – Uniform Crime Report – 2016 (compile les statistiques et données de 13 049 services de police divers, la population américaine étant cette année-là de ± 257 113 000 individus. Le tableau ici considéré est « Table 21 – Arrests by race and ethnicity ».

3. – Homicides… coups & blessures ayant entraîné la mort… viols… vols avec armes ou vols violents. Dans tous les cas, il s’agit bien sûr des infractions connues des autorités, hors « chiffre noir ».

4. Nous avons choisi cet échantillon plutôt au nord des États-Unis, les données de sa part méridionale étant parfois encore entachées de tropismes « sudistes ». Au nord, nous avons pris des États et villes à léquilibre racial très divers (de 10% à majorité de Noirs), pour donner une vision large du problème.

5. Federal Justice Statistics – Table 5 – Demographic characteristics of defendants charged in US Federal District court, Fiscal Year 2016 – race or hispanic origin (caractéristiques démographiques des inculpés par une cour fédérale de justice US).

Voir aussi:

Interview

« Non, les flics américains ne sont pas racistes »
Heather Mac Donald, spécialiste de la police et auteur de War on Cops (« Guerre contre les flics », 2016) pourfend la bien-pensance.
Propos recueillis par Axel Gyldén
L’Express
14/03/2017

Que dire du tweet de Trump sur la criminalité à Chicago?

Heather Mac Donald. J’applaudis. Trump est le seul à attirer l’attention sur cette violence qui touche majoritairement les Noirs. Cela dit, il surestime le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le crime. La police est avant tout une affaire locale.

La police est-elle raciste?

H. M. D. 26% des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Doit-on en déduire que les cops [flics] sont racistes? Non. Simplement, ils interviennent avant tout dans les quartiers en proie à la criminalité. Or c’est là que résident les minorités.

D’où un risque accru de confrontation avec la population noire ou latino. A Chicago, les Afro-Américains représentent un tiers de la population, mais sont responsables de 75% des fusillades. Ce n’est pas un jugement, juste une statistique.

L' »effet Ferguson », c’est quoi?

H. M. D. Depuis qu’un jeune Noir a été abattu par la police à Ferguson, en 2014, l’association Black Lives Matter « vend » l’idée que les policiers sont intrinsèquement racistes. Le débat est pollué par le tabou sur la criminalité noire. Alors sommes-nous autorisés à parler des victimes?

Les Blacks sont six fois plus souvent victimes d’homicides que les Blancs et les Latinos. En 2016, 20 enfants noirs ont été blessés ou tués à Chicago. S’ils avaient été blancs, le scandale aurait été énorme. Mais comme ce sont des Noirs tués par des Noirs, tout le monde s’en fiche…

Voir également:

Crimes et abus policiers : ce que disent les statistiques ethniques aux États-Unis

DÉCRYPTAGE – Le mouvement «Black Lives Matter» fonde ses accusations contre les forces de l’ordre sur une analyse biaisée de la délinquance américaine.

Luc Lenoir
Le Figaro
9 juin 2020

Les «cops» américains devront-ils, comme les manifestants, mettre un genou à terre? Ces derniers jours, de nombreux médias ont analysé les données concernant la probabilité d’un homicide policier en fonction de la race de la victime, les statistiques ethniques étant autorisées aux États-Unis. Avec un verdict terrible selon eux : les Noirs auraient de grands risques de mourir d’une balle de police, tandis que les Blancs jouiraient au contraire d’un «privilège» en la matière, comme dans d’autres domaines. Mais peu se sont intéressés à l’analyse de la criminalité, qui donne pourtant logiquement des clés pour juger plus finement du comportement des forces de l’ordre. En jeu, l’accusation par le mouvement Black Lives Matter d’un «racisme systémique» des forces de police américaines.

Dans une note publiée par le portail Cairn en février dernier, le criminologue Xavier Raufer revenait en détail sur les «crimes graves» («serious crimes») constatés outre-atlantique : homicides, coups et blessures ayant entraîné la mort, viols, vols avec armes ou vols violents. Sans négliger les difficultés de certaines communautés afro-américaines, et soulignant d’abord l’état d’«apartheid» dans lequel se trouve le pays, Xavier Raufer souligne une surreprésentation manifeste «des Noirs dans les statistiques criminelles américaines», constat obligatoire pour comprendre ensuite la situation policière du pays. Sur les 408.873 arrestations pour «serious crime» en 2016, 241.063 prévenus se définissaient blancs ou hispaniques, et 153.341 Afro-Américains. Une proportion de 37,5% du total, supérieure aux 13,3% d’Afro-Américains recensés dans la population américaine.

Rapportés à la population, les membres déclarés ou se disant Afro-Américains ont donc davantage de risque de tomber dans la criminalité et d’être arrêtés pour cela (la relation entre mise en cause et culpabilité finale étant avérée dans 91,2% des cas, selon la justice américaine). Dans l’Illinois, les Noirs représentent ainsi 14% de la population, mais 66% des mis en cause pour homicide en 2017. À Seattle et dans le comté de King, on dénombre 6% de Noirs mais 56% parmi les inculpés pour crime. À Pittsburgh, où Xavier Raufer souligne que trois des cinq derniers chefs du Police Department sont eux-mêmes Afro-Américains, il y a 26% de Noirs dans la ville, mais sur les 58 homicides en 2018, 24 inculpés sont noirs contre 7 blancs.

Loin de conclure à une délinquance «des Noirs» sui generis, Xavier Raufer souligne auprès du Figaro que le premier constat préoccupant est celui d’une criminalité touchant principalement les… Afro-Américains : «90% des meurtres de Noirs sont commis par d’autres Noirs, là est le vrai drame!». Concernant le conflit qui oppose les manifestants du mouvement Black Lives Matter à la police, le directeur d’étude au CNAM rétorque que le climat général de violence aux États-Unis concerne toutes les communautés: «A la violence extrême des délinquants répond celle des policiers, brutaux envers tout le monde sans distinction. C’est la violence globale de ce pays qui est à prendre en compte : n’importe quel retraité de 75 ans peut sortir une arme lors d’un contrôle!» Xavier Raufer insiste toutefois sur la culture de violence qui imprègne certaines communautés noires des grandes agglomérations : «écoutez le Drill, la musique des gangs juvéniles ethniques des États-Unis. Ce sont des appels au meurtre par des rappeurs rendus fous par un usage massif d’alcool et de Concentrate (marijuana ultra-puissante). Tels sont les angelots qu’affrontent au quotidien les polices des métropoles américaines».

La police tue-t-elle certains prévenus plus que d’autres?

Mais ces derniers représentent-ils l’ensemble des Noirs arrêtés? La surreprésentation statistique suffit-elle pour donner un blanc-seing à la police, quand elle tue un prévenu? On peut ici comparer l’ethnie des personnes tuées par la police, pour vérifier si telle ou telle communauté est particulièrement visée. Les Blancs et Hispaniques représentent par exemple 58,9% des personnes arrêtées pour «crime grave». Les mêmes couleurs de peau constituent 56,7% des personnes tuées par la police, selon les données du portail statistique Statista, compilant quatre années jusqu’à juin 2020*. Les pourcentages sont proches, tendant à indiquer que les drames lors d’arrestations ne concernent pas spécifiquement les personnes de ces deux ethnies. Les Afro-Américains constituent quant à eux 37,5% des prévenus pour crime grave, et 22,1% des personnes que la police a tuées en voulant procéder à leur arrestation. Le pourcentage de victimes de police est donc plus faible chez les Afro-Américains, par rapport à leur proportion lors des arrestations.

Bien sûr, les tirs létaux par les forces de l’ordre recouvrent des situations très différentes (bavures, individus armés ou non, etc.). Nul ne saurait déduire, à l’aune de ces pourcentages, à l’innocence ou la culpabilité présumée d’un policier tueur. Mais si l’on s’en tient aux chiffres de la criminalité et des arrestations, il semble difficile de conclure à un quelconque racisme systémique de la part des forces de l’ordre américaines.

Une conclusion partagée par la spécialiste Heather MacDonald (chercheuse et auteur du best-seller War on Cops – La Guerre aux Flics, 2016), dans un article du Wall Street Journal. La chercheuse du Manhattan Institute prend appui sur une analyse judiciaire des données de la police de Philadelphie, ayant établi en 2015 que les policiers blancs étaient moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs et hispaniques. D’autres études vont en ce sens, comme celle de l’économiste d’Harvard Roland G. Fryer qui concluait en 2016 (puis à nouveau en 2018) à l’absence de preuves d’une «discrimination raciale lors des tirs de police».

Une désescalade de la violence est-elle possible?

Pour Heather MacDonald, «toutes les analyses contraires oublient de prendre en compte les taux de crime et le comportement des civils, avant et pendant les interactions avec la police». Et d’appeler au calme : «Les policiers de Minneapolis qui ont arrêté George Floyd doivent répondre de leur utilisation disproportionnée de la force et de leur indifférence cruelle à sa détresse. Les entraînements de police doivent mettre les bouchées doubles sur les tactiques de désescalade». Un constat partagé par Xavier Raufer, qui entrevoit quelques solutions techniques: «Il faudrait engager un dialogue, ne serait-ce que sur le maintien de l’ordre. Interroger les criminels, comprendre ce qui les a fait se tenir tranquille ou sortir de leurs gonds lors de leur arrestation, et adapter les techniques comportementales de la police.» Suffisant pour faire l’économie d’une vraie réflexion sur les divisions communautaires américaines? «Certainement pas», s’inquiète toutefois l’essayiste français, en écho à la conclusion de son homologue américaine : «la mort de Floyd ne doit pas saper la légitimité du maintien de l’ordre aux États-Unis, sans quoi nous continuerons sur un chemin vers le chaos».


*Les chiffres des arrestations datent de 2016, tandis que ceux des tués par la police sont établis entre 2017 et 2020. Néanmoins, les tendances de criminalité par ethnies n’ont pas changé sur l’ensemble de la période.

Voir de même:

Alain Finkielkraut: « La honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise »

GRAND ENTRETIEN – Le philosophe voit dans l’actualité qui a suivi la mort de George Floyd le déploiement d’un nouvel antiracisme qui tient moins à promouvoir l’égale dignité des personnes qu’à déconstruire l’hégémonie occidentale dans les pays occidentaux eux-mêmes.

Eugénie Bastié
10 juin 2020

Les images terribles de la mort de George Floyd, tué par un policier américain blanc, ont fait le tour du monde. L’émotion légitime s’est transformée en une «frénésie mimétique» ne tenant plus compte du réel, argumente cependant le philosophe*, qui met en garde contre l’importation de problématiques américaines dans notre pays à l’histoire bien différente. La dénonciation d’un «racisme systémique» et de violences policières racistes oublie que «dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur».

Alain Finkielkraut voit dans le moment présent le déploiement d’un nouvel antiracisme qui tient moins à promouvoir l’égale dignité des personnes qu’à déconstruire l’hégémonie occidentale dans les pays occidentaux eux-mêmes. La notion de «privilège blanc» est une forme d’ «autoracisme» qui perpétue, sous une nouvelle forme, la mauvaise conscience de la classe bourgeoise.

LE FIGARO. – L’homicide de George Floyd par un policier américain, qui a été filmé, a déclenché des émeutes partout aux États-Unis. En réponse, Donald Trump a annoncé sa volonté de rétablir «la loi et l’ordre». Que vous inspire cette Amérique à feu et à sang?

Alain FINKIELKRAUT. – Ce qui nous distingue des hommes d’autrefois, c’est que nous sommes devenus des spectateurs. Nous voyons les événements dont nos prédécesseurs prenaient connaissance par le récit oral ou par la lecture. Ce «nous» ne souffre plus guère d’exceptions: où que nous habitions, nous sommes, par la grâce de l’écran, aux premières loges. L’image de George Floyd méthodiquement asphyxié par un policier de Minneapolis a fait le tour du monde et elle est insoutenable. «I can’t breathe», haletait, suppliant, l’homme noir, tandis que son bourreau blanc, imperturbable et même arrogant, appuyait le genou sur sa nuque jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je comprends les Américains qui sont spontanément descendus dans la rue pour exprimer leur dégoût, leur honte et leur colère. Mais je me pose aussi cette question: la vérité de l’Amérique est-elle tout entière déductible de cette image?

La question noire demeure la grande tragédie de l’histoire américaine, mais elle ne se résume pas à l’assassinat de George Floyd

L’émotion doit inspirer la réflexion, mais elle ne peut pas dispenser de la connaissance. Car il y a les chiffres: selon la base de données du Washington Post, deux fois plus de Blancs (2416) que de Noirs (1263) ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. Certes, comme le souligne très justement le journal Libération, le rapport s’inverse totalement en proportion de la population: les Noirs représentent 13 % de la population américaine, et les Blancs 76 %. Mais dans ce pays où les policiers ont la gâchette d’autant plus facile que les armes sont partout, on ne saurait parler d’un «racisme systémique» ou structurel des forces de l’ordre. Il y a aussi l’histoire: la guerre de Sécession, le mouvement des droits civiques qui a aboli la ségrégation, l’Affirmative Action dans les universités pour asseoir dans les faits l’égalité formelle des droits, l’apologie des minorités par le politiquement correct, les deux mandats à la Maison-Blanche de Barack Obama.

Il y a enfin ces autres images: le maire afro-américain de Houston annonçant les obsèques dans sa ville de George Floyd ou encore la maire afro-américaine d’Atlanta apostrophant avec véhémence les émeutiers qui discréditaient la protestation par le pillage des magasins de vêtements ou de matériel informatique. Des élus noirs dirigent aujourd’hui deux anciens bastions du ségrégationnisme. Les suprémacistes ont bien perçu ce grand basculement: s’ils sortent aujourd’hui du bois, s’ils hurlent «You will not replace us!», c’est qu’ils craignent de voir l’Amérique leur échapper et de devenir tôt ou tard minoritaires. Ces apeurés forment le cœur de l’électorat de Donald Trump. Et celui-ci, au lieu de parler à la nation tout entière, s’adresse en priorité à eux. Il trahit, en jetant ainsi de l’huile sur le feu, sa mission présidentielle.

La question noire demeure la grande tragédie de l’histoire américaine, mais elle ne se résume pas à l’assassinat de George Floyd.

La crise aux États-Unis a occasionné en France un regain de la dénonciation des violences policières racistes à l’égard des minorités, s’appuyant notamment sur le cas d’Adama Traoré. Faut-il s’inquiéter de l’importation en France des problématiques américaines?

Saisis d’une véritable frénésie mimétique, des manifestants, à Paris et dans la plupart des villes françaises, brandissent les mêmes pancartes qu’en Amérique: «I can’t breathe», «No Justice, no Peace», «Black Lives Matter». Il y a certes des racistes dans la police et ils doivent être sévèrement sanctionnés, car, forts du pouvoir que leur confère l’uniforme, ils ne se privent pas de harceler et de nuire. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a raison: on ne saurait tolérer l’intolérable.

Mais il faut être d’une insigne mauvaise foi pour en conclure que la police dans notre pays exerce une terreur raciste sur les populations issues de l’immigration africaine ou maghrébine. La réalité, en effet, est tout autre. Dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur: ils sont attirés, comme les pompiers dans des guets-apens, victimes de tirs de mortiers, attaqués à coups de barres de fer, de jets de pierre du haut des toits, ou de plaques d’égouts du haut des passerelles. Lorsque en 2007, à Villiers-le-Bel, des «jeunes» ont tiré sur eux à balles réelles, ils n’ont pas riposté. Résultat: des dizaines de blessés parmi les policiers, aucun parmi les manifestants. Hantée par les émeutes de 2005 qui ont embrasé le pays, leur hiérarchie demande aux hommes de terrain de tout faire pour éviter l’accident ou la bavure: tout faire, c’est-à-dire ne rien faire contre les rodéos urbains ou les matchs de foot sauvages dans les dernières semaines du confinement. Ce qui caractérise notre temps, ce n’est pas l’omniprésence et l’omnipotence de l’État policier, c’est la faiblesse et la démission de l’État dans ce qu’on n’appelle pas pour rien les territoires perdus de la République.

L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite

Et puis enfin, si racisme institutionnel il y avait, les manifestants crieraient-ils «policiers assassins!» au nez et à la barbe des forces de l’ordre? Si l’État était autoritaire, ou simplement s’il faisait respecter ses lois, des clandestins défileraient-ils dans Paris sans craindre d’être mis en garde à vue, ni a fortiori renvoyés manu militari dans leur pays d’origine? S’ils ne jouissaient pas d’une totale impunité, des rappeurs raconteraient-ils comment Brigitte, femme de flic, se fait gaiement «éclaté la teush» par «tous les jeunes de la cité» ?

L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite. Sous l’effet d’un meurtre atroce commis à Minneapolis, Minnesota, on interviewe avec déférence le membre du groupe La Rumeur qui évoquait, en 2002 «les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété», et on en vient à prendre pour argent comptant la déclaration éhontée de la chanteuse Camélia Jordana: «Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Je ne parle pas des manifestants, mais des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.» Des violences policières ont certes émaillé l’année 2019, en réponse à la violence extrême de certains manifestants. Mais qui visaient-elles? Qui ont-elles mutilé ou éborgné? Des «gilets jaunes», c’est-à-dire des Français d’origine française, gentiment désignés sous le nom de «souchiens» par la porte-parole des Indigènes de la République.

Vous avez écrit que l’antiracisme serait «le communisme du XXIe siècle». Cela explique-t-il pourquoi une large partie de l’intelligentsia se rue vers ce nouvel opium?

À l’image de ce qui se passe à Yale, à Columbia ou à Berkeley, la civilisation occidentale est désormais sur la sellette dans la plupart des universités du Vieux Continent. Les Dead White European Males sont pointés du doigt. D’eux et de leur culture vient tout le mal qui s’est répandu sur la terre: l’esclavage, le colonialisme, le sexisme et la LGBTphobie. Étudier cette culture, c’est désormais la mettre en accusation, la déconstruire, ruiner son prestige, pour permettre aux minorités de retrouver leur fierté et à la diversité culturelle de s’épanouir sans entraves. D’où l’écho rencontré par la mort de George Floyd, à Paris, aussi bien qu’à Stockholm ou à Montréal.

Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident : tel est l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme

Les nouvelles générations ont cru reconnaître dans le flegme féroce de l’assassin le visage de l’Occident qu’ils avaient appris à honnir. Mathieu Bock-Côté rappelle dans son dernier livre, que des étudiants du King’s College de Londres, ayant dénoncé «la collection d’hommes blancs de plus de 50 ans portant la barbe» qui formait le grand statuaire à la porte de l’établissement, celui-ci a été remplacé par «un statuaire conforme à l’idéologie diversitaire». Et dans un article de David Haziza, j’apprends que les élèves les plus avancés de Columbia proclamaient tout récemment qu’il fallait en finir avec un programme d’enseignement dont la blanchité, à les en croire, expliquait la persistance des meurtres racistes.

Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident: tel est, par-delà la révolte contre les violences policières, l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme.

Le XXe siècle et son cortège sanglant semblait avoir fait disparaître la question de la race, au profit de l’utopie cosmopolite. Comment expliquer que celle-ci ait fait son grand retour dans le débat public? L’antiracisme est-il devenu fou?

L’antiracisme n’est plus, hélas, la défense de l’égale dignité des personnes, mais une idéologie, une vision du monde. Dans cette vision, les traites négrières non occidentales n’ont pas leur place, ni l’antisémitisme arabo-musulman, ni celui d’une partie de la communauté noire américaine, ni les manifestations de Chinois et de Vietnamiens de Paris contre des insultes et des agressions où les Blancs n’avaient aucune part. Le raciste devient celui qui voit ce qu’il voit au lieu de fermer les yeux sur le scandale de l’impensable. Entre la réalité et le système idéologique, on a intérêt, pour ne pas être frappé d’infamie, à choisir le système.

L’antiracisme s’est donc transformé de fond en comble et l’hospitalité a changé de sens: à l’heure de la grande migration, il ne s’agit plus d’accueillir les nouveaux venus en les intégrant dans la civilisation européenne, il s’agit d’exposer les tares de cette civilisation pour rendre justice à ceux qu’elle a si longtemps traités par le mépris et exploités sans vergogne.

On voit de plus en plus de «Blancs» s’excuser pour leurs «privilèges». Que vous inspire ce phénomène? Que sous-entend la notion de «racisme systémique»?

La mauvaise conscience bourgeoise a conduit un grand nombre d’intellectuels à se ranger dans le camp de la classe ouvrière. Ils expiaient ainsi leurs privilèges et trouvaient une rédemption dans le combat pour l’égalité. Dans la gauche radicale d’aujourd’hui, la honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise mais ce privilège-là colle à la peau. La honte est donc inexpiable. Pour elle, il n’y a pas de rédemption. Et ceux qu’elle affecte mettent un point d’honneur à rester confinés à la date où leur université célèbre la disparition des Blancs de l’espace public en organisant pour eux, ou plutôt contre eux, une «journée d’absence». Le soupçon de condescendance entachant toutes leurs paroles et toutes leurs actions, ils n’ont d’autres issues que de se taire, de s’effacer, ou de réciter indéfiniment le catéchisme qui les condamne. Cet autoracisme est la pathologie la plus consternante et la plus grotesque de notre époque.

Pendant plusieurs mois les guerres culturelles et identitaires semblaient avoir été suspendues par la crise du coronavirus, mais elles repartent de plus belle… Est-ce le signe que rien n’a vraiment changé?

On parle beaucoup, depuis le début de la pandémie, du monde d’avant et du monde d’après. Mais on oublie, en annonçant cette grande césure, que le monde d’avant était déjà très engagé dans la liquidation culturelle du vieux monde. À la sortie du confinement, le processus se poursuit, et même s’accélère.

* De l’Académie française. Dernier ouvrage paru: À la première personne (Gallimard, 2019).

Voir de plus:

Raphaël Enthoven : « On ne corrige pas le racisme en inversant le rapport de force »

« Racisme systémique », « privilège blanc », comité Adama, Despentes… Le philosophe analyse comment « la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes ».
Propos recueillis par Thomas Mahler

L’Express : « Hourra ! Le peuple des Etats-Unis est en ébullition » a salué Jean-Luc Mélenchon sur son site, avant de se réjouir d’une « gilet-jaunisation (…) entrée au coeur de l’Empire ». Peut-on se féliciter d’une telle situation après la mort de George Floyd ?

Raphaël Enthoven : Comme souvent, les tribunes de Mélenchon renseignent sur l’humeur du tribun, plus que sur l’état du monde. Or, son humeur est la même depuis 2017. Mauvaise. Ronchon Mélenchon. A dire vrai, en trois ans, après avoir dilapidé d’un coup son capital de sympathie en se prenant pour la République au lieu de se soumettre à la loi, Saint-Jean-Luc est passé de la mauvaise humeur à l’humeur mauvaise de celui qui, voyant s’éloigner l’horizon de sa gloire, se trouve réduit, faute d’incarner l’avenir, à prédire l’apocalypse, applaudir la sédition, défendre des factieux, dénoncer des complots imaginaires, cracher sur des élus, justifier la violence illégitime et répandre, de sa plume, autant qu’il peut, les gouttes d’huile qui lui restent sur un feu dont il n’espère même plus tirer les marrons…

Certains politiques entrent dans l’Histoire parce qu’après avoir accompli de grandes choses, ils sont partis au bon moment. D’autres, à l’inverse, accèdent à la postérité parce qu’après avoir tout échoué, ils persistent à s’accrocher au manche et s’éteignent de leur vivant. Il n’est pas dit que les seconds soient moins légendaires que les premiers. On aurait pu se souvenir de Mélenchon comme d’un héros de la République (parmi d’autres) et il restera comme un avatar (parmi d’autres) de Pierre Poujade ou du général Boulanger. C’est déjà ça.

« Take a knee » est d’abord le geste de Martin Luther King qui prit le temps de la prière, aux cotés d’autres défenseurs des droits civils, le 1er février 1965, devant le Palais de Justice du Comté de Dallas (Alabama). Et il est essentiel de rappeler qu’il prie à cet instant. Autrement dit : qu’il ne se soumet qu’à Dieu. Car en cela, sa révolte est d’abord un amour, son humilité est un courage et sa génuflexion n’est qu’une meilleure façon de redresser la tête. Qui s’agenouille devant Dieu sait aussi s’insurger contre le mal que l’homme fait à l’homme : « Au coeur de ma révolte, écrivait Camus, dormait un consentement.  » Au-delà des lois iniques, et d’une justice humaine qui croit se bander les yeux alors qu’elle est aveugle, il y a LA Justice, et le sentiment d’obéir à la nécessité quand on se décide à changer le monde. C’est en consentant à LA justice (divine) que Martin Luther King trouve la force de s’opposer à l’injustice légale. Camus encore (en substance) : c’est parce qu’il dit oui que l’homme révolté est en mesure de dire non. Le geste de Martin Luther King est la belle version d’Antigone (qui refuse la loi des hommes et se sacrifie au nom d’une loi supérieure, en bravant l’injuste interdiction d’enterrer son frère) : sa foi est, pour le meilleur, la source vive d’un courage qui défie l’injustice, qu’aucune menace n’intimide et qu’aucune police n’ébranle.

C’est dans ce sillage, sublime, que s’inscrit Colin Kaepernic qui, aux dépens de sa carrière, choisit (lors d’un match de préparation de la NFL) de s’agenouiller pendant l’hymne américain. La colère dont il témoigne est aux antipodes de la haine : « Je ne suis pas antiaméricain. J’aime les Etats-Unis (…) Je veux aider à rendre l’Amérique meilleure. » En somme, Kaepernic refuse d’aimer son pays aux dépens de la justice elle-même. Camus, toujours : dans les Lettres à un ami allemand, le philosophe écrit « je voudrais pouvoir aimer mon pays tout en aimant la justice. Je ne veux pas pour lui de n’importe quelle grandeur, fût-ce celle du sang ou du mensonge. C’est en faisant vivre la justice que je veux le faire vivre.  » De fait, c’est mal aimer son pays que d’en gommer les infamies. C’est trahir sa nation que d’en masquer les crimes. Tout comme Martin Luther King affirmait paradoxalement la liberté en s’agenouillant devant Dieu, Kaepernic défend paradoxalement son pays en dénonçant ses crimes et en s’inclinant devant ses victimes. Son patriotisme est, à tous égards, plus respectable (et plus aimant) que les érections patriotiques d’un président qui croit défendre son pays quand il veut « virer » les « fils de pute » qui osent le critiquer.

C’est le même amour de son pays, exigeant et soucieux de justice, qui porta Willy Brandt à s’agenouiller devant le Mémorial du Ghetto de Varsovie en demandant pardon pour les crimes de l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. A ceci près que, tout comme les policiers américains qui, depuis quelques jours, à travers tout le pays, se mettent à genoux devant les manifestants, le chancelier ouest-allemand s’agenouillait en qualité de « responsable » et non plus de victime.

Aucun Blanc n’est responsable, en tant que Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc

Et faites-vous une différence entre les génuflexions de Martin Luther King, de Kaepernic, de Willy Brandt ou des policiers américains, et celle des Blancs qui ont cru bon de s’agenouiller devant les Noirs de leur quartier (ou de leur immeuble) pour leur demander pardon ?

La différence est considérable. Qu’un athlète se sente responsable des injustices dont son statut le préserve, qu’un chancelier se sente responsable des atrocités commises par ses prédécesseurs nazis (et néanmoins élus), qu’un policier ait honte, en tant que policier, de voir un collègue assassiner un homme dans la rue, c’est une évidence. Dans les trois cas, la génuflexion est une élévation, une extension du domaine de la responsabilité aux hommes qui savent souffrir des douleurs qu’ils n’ont pas infligées ou qui leur ont été épargnées.

Mais qu’un Blanc ait honte, en qualité de Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc, c’est une connerie. Pour une raison simple : on ne choisit pas la couleur de sa peau. Et, à moins d’avoir joui sans s’en indigner, en tant que Blanc, des privilèges d’une loi raciale (ce qu’on peut dire de certains Afrikaners ou de certains Américains jusque dans les années 60), aucun Blanc n’est responsable, en tant que Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc. Il n’y a pas lieu de demander pardon à qui que ce soit, à ce titre.

Pour autant, ceux qui voient là-dedans du « racisme inversé » vont trop vite en besogne. Car l’Histoire existe, et elle doit peser dans l’évaluation d’une image : on ne peut pas mettre sur le même plan des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs et des Noirs qui s’agenouillent devant des Blancs. Des siècles d’esclavage et de tortures ne sont pas comparables à ce genre de cérémonies qui s’achèvent en général par une prière commune, où tout le monde est à genoux. Reste que, sans être le reflet des Noirs que leurs esclavagistes mettaient à genoux, les Blancs pénitents offrent une image détestable, dont la hideur saute aux yeux quand on la dépouille de ses bons sentiments.

C’est-à-dire ?

Que font des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs pour leur demander pardon ? Ils se reprochent d’avoir jusque-là bénéficié, à leur insu, de droits qui étaient refusés à leurs frères de couleur. Or, ces « droits », s’il existent, ne sont pas légaux. La ségrégation est révolue depuis longtemps aux Etats-Unis. Les « droits » dont ils parlent sont des usages, des moeurs, des pratiques et toutes les manies d’une société dont les couleurs se sont toujours vécues comme séparables. Il y a peut-être tout à changer dans la société américaine, mais il n’y a rien à abolir ici. L’ennemi n’est pas une loi. L’ennemi est une attitude. Et contrairement à une loi injuste qu’on peut abroger, une attitude est indéfiniment renouvelable. Il y aura toujours des Blancs racistes et des flics violents. De sorte que le sentiment d’un « racisme systémique » trouvera toujours, dans une sortie déplorable ou dans un crime abject, une raison d’être et de s’enflammer. Pour le dire autrement : la faute dont les « Blancs » croient endosser le fardeau est très exactement insoluble. Elle ne se dissout pas dans un changement qu’on pourrait identifier et qui permettrait de passer à autre chose. Au Blanc qu’on accuse (ou qui s’accuse) en tant que blanc d’être le complice de l’oppression systémique des noirs, aucune rédemption n’est promise. La plainte est infinie.

Comment pouvez-vous dire qu’aucune rédemption n’est promise, alors que l’enjeu est précisément de demander et d’obtenir le pardon des Noirs ?

Que font des Noirs qui reçoivent, debout, les supplications et les macérations de leurs frères blancs ? Et qui accordent leur pardon à des gens dont le crime n’est pas d’être coupables mais d’être blancs ? Ils accréditent l’idée que leur couleur est une faute. Ils se conduisent comme les gens qui disent « je ne déteste pas les homosexuels puisque j’ai en moi une grande faculté de pardon » (Christine Boutin). Le but d’un tel pardon n’est pas le pardon. Le but d’un tel « pardon » est d’étendre la culpabilité à l’infini, d’ancrer l’idée que la couleur des autres est une faute universelle (pour le dire comme l’impitoyable loup de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. – Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens… ») et d’ajouter à la misère du pénitent la splendeur de leur propre clémence. Qui dit « je te pardonne » au type qui n’est pas coupable ne pardonne rien du tout, mais fabrique de toutes pièces une culpabilité infinie dont lui seul, par la grâce du pardon qu’il adore accorder, se trouve créditeur.

Donc, c’est une inversion du rapport de forces, qui ne résout pas le problème ?

Pas seulement. Dans ce combat déguisé en déclaration d’amour, les pénitents blancs n’ont pas dit leur dernier mot. Car de même qu’on écrase celui qu’on pardonne, on continue de traiter en enfant celui dont on implore le pardon. Que laissent-ils entendre, ces gentils blancs, en se sentant eux-mêmes coupables des crimes d’un autre blanc ? Qu’ils sont encore, en tant que blancs, responsables des malheurs de la communauté noire, qu’en somme ils sont de mauvais maîtres dont les anciennes victimes ont raison de se sentir irresponsables. Sous la génuflexion des Blancs, c’est la condescendance qui s’exprime. Sous cette pénitence monocolore, c’est encore le paternalisme qui parle. Bref, sous le spectacle merveilleux de gens qui se promettent de s’aimer, sous la contrition des repentants qui reçoivent l’absolution des mains de leurs victimes présumées, on assiste en vérité à la continuation de la guerre, sous d’autres formes, entre des communautés qui se prennent pour des identités. Toutes les conditions de la haine sont réunies dans cette image irénique. Tous les éléments du problème se trouvent à vif dans ce moment qui se vit comme une solution. En tout cas, on est bien loin de Martin Luther King, de sa génuflexion libératrice et, surtout, de « l’armée bi-raciale » qu’il appelle de ses voeux…

Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît…

Le comité Adama a importé l’émotion suscitée par la mort de George Floyd en organisant une manifestation de 20 000 personnes devant le Palais de Justice, interdite pour des motifs sanitaires. Au-delà des cas distincts d’Adama Traoré et George Floyd, les situations en France et aux Etats-Unis sont-elles comparables ?

Il faut faire la différence entre les gens qui, de bonne foi, redoutent que la France ne devienne l’Amérique, et défilent (à bon droit) dans le but de conjurer cette possibilité, et certains organisateurs de la manifestation qui, en toute mauvaise foi, aimeraient que ce soit le cas, et rêvent que les situations soient identiques. Car elles ne le sont pas.

D’abord, quoiqu’on pense du « plaquage ventral », en l’absence d’images, et face à des expertises contradictoires, nul n’est en mesure, techniquement, à l’heure où nous discutons, d’affirmer qu’Adama Traoré a subi un sort comparable au martyre de George Floyd. Dans ces conditions, crier que c’est la « même chose », c’est faire offense à la mémoire des deux, en instrumentalisant la mort du premier, et en minorant, de fait, le calvaire du second.

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Mais surtout : même si c’était le cas, même si Adama Traoré était tombé, comme c’est arrivé à Malik Oussekine, sur des policiers manifestement meurtriers, il n’y aurait pas moins de différences entre les Etats-Unis, où le communautarisme et l’attribution de droits spécifiques répondent au racisme (comme si le favoritisme rectifiait la haine, alors qu’il l’alimente), et notre sublime République, dont la raison d’être est de ne pas entrer dans ce jeu de miroirs, et dont la survie dépend de la capacité à ne pas céder à un engrenage où la haine répond à la haine, et l’identitarisme répond au racisme.

Le problème en France vient du fait qu’il existe objectivement des discriminations (sociales, morales et ethniques) à l’embauche, à la location ou à l’entrée des boîtes de nuit, mais que, comme par ailleurs, en République, sur le papier, « l’identité » sexuelle, religieuse ou ethnique n’est pas une sorte de handicap qui ouvre l’accès à des droits spécifiques, les gens qui sont victimes de discrimination ont l’impression – et en un sens à juste titre – que l’Etat les abandonne à leur sort. Et ils demandent à la loi de corriger ce qu’elle corrige déjà (mais qu’elle peine à rectifier en profondeur) en faisant du racisme un délit. En somme, ils demandent à la loi d’aller plus loin que l’affirmation abstraite de l’égalité entre tous les citoyens, pour s’en prendre à nos consciences de blancs et en extirper le racisme à la racine. Seulement, pour ce faire, pour qu’ils aient le sentiment que la loi s’attaque au « racisme systémique » en tuant nos « moeurs coloniales », il faudrait supprimer la présomption d’innocence, il faudrait systématiquement condamner pour racisme toute personne refusant un logement ou un emploi à une personne de couleur, imposer une parité sur fond de mélanine, et nantir légalement certains Français de privilèges qu’on refuserait aux autres. Bref, nous cesserions collectivement, et légalement, d’être libres et égaux. Comme tous les extrémismes dopés aux bons sentiments, ces adeptes croient démocratiser notre démocratie en la présentant comme un « Etat totalitaire et esclavagiste », alors qu’en demandant à la loi de corriger des consciences ou de réprimer des réflexes, c’est très exactement une dictature qu’ils appellent de leurs voeux.

Si la « communauté juive », par exemple, avait raisonné comme les manifestants du 2 juin, elle aurait vu dans les assassinats de Mireille Knoll, d’Ilan Halimi ou de Sarah Halimi l’expression d’un « antisémitisme systémique », et dans les atermoiements du Parquet la preuve qu’il n’y a aucune différence entre le régime de Vichy et la République. Or si, comme la négrophobie, l’antisémitisme est viscéral et éternel en France, il n’est pas douteux qu’il vaut mieux y être Juif (ou Noir) en 2020 qu’en 1940. Et que, si combat il y a, c’est un combat judiciaire et juridique qu’il faut mener. En France, l’antisémitisme est virulent, mais un policier juif n’est pas vu pour autant par d’autres Juifs comme un « vendu » qui travaille avec « l’Etat antisémite ».

Vous faites référence à la vidéo virale du policier noir que certains manifestants du 2 juin ont traité de « bounty » et de « vendu »…

Au début de son sketch sur le « CRS arabe », mimant un poivrot franchouillard, Coluche fait valoir qu’ « un bougnoule, c’est toujours un bougnoule, même en CRS ». Quelle différence avec les manifestants qui disent « Un flic, c’est toujours un flic, même noir » ? Comme, sous prétexte de « convergence des luttes », la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes, la police qui a longtemps été présentée comme le bras armé d’un « Etat bourgeois » est devenue, aux yeux des mêmes et de leurs successeurs, le bras armé d’un « Etat raciste ». Un tel dogme a besoin d’un sophisme. Le sophisme est : il y a des crimes racistes dans la police française (ce qui est incontestable), donc LA police française est « systémiquement » raciste (ce qu’une grande majorité d’interpellations démentent). Un tel raisonnement n’est pas un raisonnement, mais l’érection illégitime de cas particuliers en une vérité générale et a priori qui ne voit dans les contre-exemples aucune objection mais qui, en revanche, à chaque drame, s’exclame « je vous l’avais bien dit ! »

En cela, il est symptomatique que le comité « Justice et vérité pour Adama » reprenne le nom du « Comité pour la vérité et la justice » crée par les maoïstes François Ewald et Serge July au moment de l’affaire de Bruay-en-Artois. Le but d’Ewald et July, à l’époque, était d’appeler au lynchage, et d’ancrer dans les consciences, à coup de témoignages de procès d’intention (« Il n’y a qu’un bourgeois pour faire ça ») et grâce aux sales méthodes du juge Pascal (qui, opposé au secret de l’instruction, diffusait les photos de l’arrestation du coupable présumé), le sentiment que le notaire Pierre Leroy était « par définition » le meurtrier de Brigitte Dewevre. Or, quel est le but du nouveau comité « vérité et justice » ? D’ancrer dans les consciences, à coup de manifestations aux slogans abstraits (« Pas de justice, pas de paix ! ») le sentiment que la police française est raciste et meurtrière. Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît, et qu’il appelle « justice » l’autre vérité, la vérité qu’il exige, que cette « vérité » soit vraie ou non.

Reste qu’au-delà de sa sottise, le geste de traiter de collabo un flic noir est, de la part des manifestants, parfaitement contradictoire. Comment peuvent-ils déplorer la sous-représentation des Noirs dans les médias ou dans la fonction publique, tout en tenant un policier noir pour un vendu ou un « bounty » (noir dehors, blanc dedans) ? Là encore, le problème qu’ils posent est insoluble ! Comme une houle qui ne croise aucun récif, une telle plainte – qui laisse le choix entre le sentiment de ne pas être représenté et l’exclusion de ceux dont la carrière invalide ce sentiment – s’est arrangée pour ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin de sa colère, et pour balayer comme autant d’apparences trompeuses et de trahisons discrètes l’ensemble des objections qu’elle reçoit.

On peut le comprendre : le problème des manifestants n’est pas que la France soit raciste. Leur problème est qu’elle ne l’est pas suffisamment. Et que, loin d’être l’avant-garde d’un monde meilleur, ils sont les fossoyeurs d’une démocratie qui n’a rien contre eux. On a tort, en cela, de qualifier de « débordements » les incidents qui ont émaillé ce rassemblement car, sans être planifiée bien sûr, la violence est inscrite dans l’esprit-même d’un telle manifestation. Pour une raison simple : celui qui manifeste contre un (imaginaire) « Etat raciste » ne vit pas sa propre violence comme un crime mais comme un geste libérateur. En réalité, plus que libératrice, la violence est créatrice. Comme le pardon du Noir au Blanc a aussi pour but de fabriquer l’éternelle culpabilité de ce dernier, la violence du manifestant ne sert qu’à témoigner de la violence qu’il a subie. Plus on casse des vitres, plus cela signifie qu’on est la victime d’un Etat raciste. Comme dit Virginie Despentes dans sa « Lettre à ses amis blancs » : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés… » C’est l’un des paradoxes, et pas le moindre, de l’hyper-démocratie victimaire où chacun voit ce qu’il veut : la violence réelle est masquée par la violence dont elle se prétend la conséquence… Pour le dire simplement : si je vous agresse, ça veut dire que VOUS êtes coupables et que JE suis victime, et que, pour cette raison, vous devez me comprendre avant de me juger, sous peine d’être un fasciste ! C’est parfait.

Virginie Despentes érige sa propre cécité en perception universelle

L’actrice et chanteuse Camélia Jordana avait déjà dénoncé les violences policières en expliquant que « des hommes et des femmes se font massacrer (par la police) quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau »…

Camelia Jordana n’a pas tort de dire qu’il arrive, en France, d’être massacré par la police pour « nulle autre raison que sa couleur de peau ». Car une telle chose est déjà arrivée. Et arrivera de nouveau. Rarement. En revanche, Madame Jordana a tout à tort, à mon avis, d’en faire une loi, et d’ériger de rares tragédies en considérations générales sur l’âme du flic Français. Le problème n’est pas ce qu’elle dit, mais la valeur de vérité absolue qu’elle donne à ce qui (en ce qui la concerne) n’est même pas un témoignage. Car ce faisant, tout comme les blancs pénitents ou les manifestants du 2 juin, elle raisonne à l’envers : son diagnostic n’est pas un diagnostic mais une vérité a priori qui, pour cette raison, se donne comme infalsifiable. Comment voulez-vous contredire un sentiment ? Comment voulez-vous dire qu’elle a tort à une personne qui prend son impression pour la règle ? Un sentiment qui se prend pour une vérité dégénère inévitablement en dogme. Et un dogme est immunisé contre les objections. En particulier un dogme bien-pensant qui, pour devancer les coups, présente toute objection comme une abjection : si vous dites que Camelia Jordana a tort, c’est que vous fermez les yeux sur la violence que vous ne subissez pas. Bing. Que répondre à ça ? Camelia Jordana s’est proposée de débattre avec le ministre de l’Intérieur en personne, mais elle n’a pas ouvert le débat, elle a tué le débat en le réduisant à la défense (ou l’attaque) d’une opinion péremptoire ! Si, dans les échanges qui ont suivi ce qu’elle a dit, chacun est resté fermement campé sur son catéchisme et, loin de dialoguer, les antipodes n’ont fait qu’affirmer leur détestation mutuelle, c’est que les conditions du débat étaient absentes du débat. Débattre, ce n’est pas présenter ce qu’on croit comme une vérité absolue, pour mettre les autres, ensuite, au défi de nous donner tort. Débattre, c’est douter de ce qu’on croit au point d’écouter un autre discours que le sien. Peine perdue.

Dans sa « Lettre adressée à mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème… », Virginie Despentes a développé la notion de « privilège blanc » : « Car le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur ». Que pensez-vous de cette notion ?

Si Virginie Despentes se promène dans les rues de Dakar, Bamako ou Kingston, elle aura plus de mal à oublier qu’elle est blanche. Est-ce à dire que le Sénégal, le Mali ou la Jamaïque sont racistes ? Et que les Noirs y sont privilégiés ?

Il y a d’autres choses, plus intéressantes, dans sa lettre. D’abord, cette phrase en apparence absurde : « En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. » Les gens qui lui ont répondu en dressant la liste de tous ceux, de Gaston Monerville à Sibeth N’Diaye, dont le parcours contredit Virginie Despentes, commettent deux erreurs. La première est de rentrer dans son jeu, et de compter les noirs ministres (comme on compte les noirs à la télé, ou à la cérémonie des Césars), autrement dit : de transformer la couleur en critère d’évaluation. L’autre erreur est de la prendre au sérieux. Virginie Despentes n’est pas née demain. Elle sait très bien qu’il y a eu et qu’il y a des ministres « noirs » dans un pays où la couleur n’est pas une compétence. Seulement, elle ne les « voit » pas. La couleur de leur peau est masquée par leur costume républicain. Pour le dire simplement : puisqu’être noir empêche d’être ministre dans notre « France raciste », alors en devenant ministre, un noir cesse d’être noir. Comme le jour et la nuit, la fonction de ministre et la noirceur de la peau s’excluent aux yeux de la manichéo-daltonienne. On ne peut pas être l’un et l’autre. En cela, Virginie Despentes est bien fondée à dire qu’elle n’a « jamais vu » de ministre noir. Son erreur n’est pas de dire ce qu’elle sent, mais, comme Camelia Jordana, d’ériger sa propre cécité en perception universelle.

L’autre chose passionnante de cette lettre (dont je m’indigne que son auteure ne l’ait pas rédigée en écriture inclusive), c’est la comparaison qu’ose l’écrivaine entre Assa Traoré et Antigone. A première vue, elle n’a pas tort. Comme Antigone (qui brave la loi pour ensevelir son frère Polynice), Assa Traoré brave les institutions pour honorer la mémoire de son frère, le « premier homme » (Adama). Sauf que les deux situations et les deux héroïnes ne sont pas comparables. Du tout. Polynice, frère d’Antigone, n’est pas une (possible) victime de la police mais la victime de son propre frère, Etéocle, avec qui il s’est entretué devant les murs de Thèbes. Et nul ne menace, jusqu’à nouvel ordre, de « murer vivante » Assa Traoré si elle persiste à contredire la dernière expertise en date, comme Antigone fut murée vivante pour avoir enseveli son frère malgré l’interdiction de son oncle Créon, le roi de Thèbes. Enfin, comme le rappelle Despentes, « Antigone n’est plus seule. Elle a levé une armée. La foule scande : Justice pour Adama…  » Mais Antigone à la tête d’une armée, ce n’est plus Antigone, c’est (peut-être) Créon !

« Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste »

Ancienne directrice du Bondy Blog, Nassira El Moaddem s’est plainte à la suite de sa désinvitation d’un plateau de télévision parce qu’elle faisait « doublon » avec une autre militante antiraciste, Maboula Soumahoro. N’est-ce pas une illustration de la logique identitaire à l’oeuvre aujourd’hui ?

Oui, ce serait drôle si ce n’était désolant pour Madame El Moaddem, que BFM a traitée comme une vieille chaussette. Mais à toute chose, malheur est bon : une telle mésaventure est aussi l’occasion donnée, pour l’intéressée, de comprendre qu’elle est exactement la victime de la logique identitaire qui lui fait dire, ordinairement, qu’on devrait inviter les « concernés » sur les plateaux de télé, qu’on est mal placé pour parler des problèmes qu’on ne rencontre pas, et qu’en somme, la couleur des gens est en elle-même une compétence. A ce compte-là, dans un monde où la couleur (appelée « identité ») est une garantie de l’opinion, il est normal qu’on désinvite Nassira El Moaddem au profit de Maboula Soumahoro, qui (aux yeux de certains) est une meilleure interprète dans le même rôle. Madame El Moaddem s’indigne qu’on lui dise que sa présence en plateau eût fait « doublon ». Elle a raison. C’est scandaleux. D’autant qu’elle avait certainement d’autres choses à dire que Madame Soumahoro. Mais quand on invite les gens à raison de leur allure et non de leur compétence, on se moque de ce qu’ils ont à dire, et des nuances éventuelles. « Noire, arabe, on s’en fout, tant que ça fait concerné » se dit-on dans les rédacs attentives à draguer une clientèle identitaire… Bref, c’est l’arroseuse arrosée. Madame El Moadden, qui a souvent été la victime du racisme, est pour la première fois peut-être, victime du racialisme. J’avoue ne pas voir la différence entre les deux, mais c’est probablement que je ne suis pas concerné. « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. » Si les journalistes avaient lu cette phrase, peut-être se seraient-ils mieux conduits ?

Justement, que peut nous apprendre Chien blanc, le roman de Romain Gary sur le racisme et l’antiracisme ?

Tout. Toutes les idées, toutes les aberrations et tous les protagonistes de l’époque que nous vivons se retrouvent dans ce chef-d’oeuvre de Gary, qui revient sur les émeutes raciales en Amérique à la fin des années 60.

Les Blancs paternalistes et pénitents qui portent comme une tare la couleur de leur peau et n’ont pas assez de genoux pour se soumettre ni de cendres à se mettre sur la tête y feront connaissance avec leurs ancêtres, « libéraux engagés dans la lutte pour les droits civiques » qui organisent des réunions dans la maison d’un professeur d’art dramatique dont l’enjeu est d’informer les blancs riches (à qui on soutire de l’argent) du « degré atteint par la haine des blancs dans le psychisme des enfants noirs » et où, pour ce faire, on fait venir des enfants noirs qu’une dame blanche oblige à dire, à contre-coeur, devant des militants blancs émerveillés, qu’elle est une « sale blanche », une « diablesse aux yeux bleus », et qu’il la « hait plus que tout « . Les mêmes trouveront en Jean Seberg (avec qui Romain Gary est marié et vit dans une villa à Los Angeles) leur Sainte-Patronne : car tous les jours, dans sa villa, Seberg accueille et subventionne des cohortes de groupuscules racialistes qui lui font les poches tout en la persuadant qu’elle ne donnera jamais assez.

Les gens qui prennent la France pour l’Amérique gagneront à suivre le Narrateur, que son parcours conduit des émeutes sanglantes en Californie aux gentilles barricades de Mai 68, pour comprendre que toutes les grenouilles ne deviennent pas des boeufs.

Les théoriciens de la convergence des luttes et les sociologues avides d’excuser les prédations en cas d’émeutes raciales ou sociales trouveront dans la description de la « société de provocation » un hymne à leurs certitudes : « J’appelle société de provocation toute société d’abondance qui se livre à l’exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation par la publicité… tout en laissant en marge une fraction importante de la population… » Comment s’étonner, se demande Gary, si « un jeune noir du ghetto, cerné de Cadillac et de magasins de luxe, bombardé par une publicité frénétique » finit par se ruer à la première occasion sur « les étalages béants derrière les vitres brisées » ?

Enfin, les gens qui traitent de « vendus » les policiers noirs, qui confondent George Floyd et Adama Traoré, les doctrinaires d’un « Etat systémiquement raciste », bref, les gens qui croient qu’on corrige le racisme en inversant le rapport de forces entre deux communautés trouveront leur ancêtre véritable en la personne de Keys, le gardien de zoo dont tout le travail consiste, par la peur, à transformer un chien dressé pour tuer les noirs en un chien dressé pour tuer les blancs. C’est même l’humanité tout entière qui trouve un reflet sans appel dans la tragédie du berger Allemand Batka à qui son maître, Gary, veut apprendre à « mordre tout le monde » et « pas seulement les noirs », alors que Keys veut en faire un « chien noir.  » Or, c’est Keys qui l’emporte, et au lieu de mordre (et d’aimer) tout le monde, Batka se met à mordre uniquement les Blancs. A l’issue de ces métamorphoses, ne sachant plus où donner des dents, et à l’image d’une République qu’on croit pacifier en la présentant comme une dictature, le chien meurt de douleur et d’indécision devant la porte de l’ancien maître qu’il n’arrive pas à vouloir mordre. Voici l’oeuvre de Keys. Et après lui, de tous les militants qui communautarisent le rapport de forces et croient que la haine autorise la haine : « Des Noirs comme vous, dit Gary, qui trahissent leurs frères en nous rejoignant dans la haine, perdent la seule bataille qui vaille la peine d’être gagnée. »

Projet 1776, l’anti Black Lives Matter porté par des conservateurs afro-américains

Victor-Isaac Anne
Valeurs actuelles
09/06/2020

En réponse aux dérives identitaristes de la gauche américaine, une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains sonnent la révolte.

C’est le premier grand coup porté à la gauche racialiste américaine. Depuis les années 1970, ses représentants, universitaires et militants (les deux vont souvent de pair), ne ménagent pas leur peine pour imposer leurs représentations comme grille de lecture exclusive des phénomènes sociaux. Si, depuis lors, leurs idées ont incontestablement progressé, allant jusqu’à irriguer le débat public en France, elles se heurtent aujourd’hui à la résistance d’un projet intellectuel ambitieux. 1776, en référence à la déclaration d’indépendance des États-Unis, est une réponse d’intellectuels essentiellement afro-américains à une initiative commune du New-York Times et de plusieurs historiens noirs, visant à réécrire l’histoire américaine à la lumière de l’esclavage.

Une falsification de l’histoire

Tout commence au mois d’août 2019, lorsque le quotidien new-yorkais aux opinions très-avancées développe le projet 1619. Dans une édition spéciale de 100 pages, publiée à l’occasion des 400 ans de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, le New York Times Magazine propose une relecture de la fondation des États-Unis « telle qu’elle s’est véritablement déroulée » — le ton est donné.

Cette vaste entreprise de rééducation idéologique, bouffie de repentance, entend faire de l’arrivée en bateau d’une vingtaine d’esclaves africains à Port Comfort en Virginie (Colonie britannique d’Amérique du Nord, NDLR), « le véritable acte de naissance de l’Amérique ». Dans la classe politique et les cénacles académiques, le projet reçoit un accueil mitigé. De nombreux historiens s’émeuvent d’un détournement voire d’une falsification de l’histoire au nom de l’idéologie raciale. Toutefois, l’influence du Times est telle que ces observations critiques sont remisées à l’arrière-plan. Conçu à l’origine comme un projet médiatique interactif, composé de productions diverses (essais, poésies, photographies, articles…), 1619 se mue en une puissante machine à propagande. Le journal noue ainsi une collaboration avec le très “inclusif” Pulitzer center pour porter ce projet dans les écoles, bibliothèques et musées ; plusieurs centaines de milliers d’exemplaires du magazine et un supplément spécial y ont été distribués gratuitement. Last but no least, l’initiatrice du projet Nikole Hannah-Jones, réalise une tournée nationale de conférences dans les écoles pour expliquer à son jeune public que « le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays ». 

Pendant plusieurs mois, à grand renfort de matraquage publicitaire, 1619 impose son point de vue à la société américaine : l’histoire des États-Unis doit être exclusivement comprise comme une lutte des Blancs pour l’hégémonie et une dévalorisation systémique des noirs. Naturellement, quiconque récuse ce récit mythologique raciste passe pour blasphémateur.

Projet contre projet

Devant la réécriture et la confiscation de l’histoire des États-Unis par des idéologues obnubilés par la question raciale, une cinquantaine d’intellectuels, essentiellement afro-américains, ont décidé de se soulever. En janvier 2020, Robert Woodson, figure chrétienne conservatrice et ancien conseiller de campagne George W. Bush lance le projet 1776 en réponse à 1619. Cette fois, les grands médias ne se pressent pour relayer cette initiative portée en partie par des historiens universitaires.

Loin d’eux l’idée de nier le passé esclavagiste des États-Unis, simplement, ils contestent l’idée selon laquelle l’asservissement des noirs constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire du pays. Car pour parvenir à une telle conclusion, les promoteurs du projet 1619 ont eu recours à un grand nombre de sophismes et de falsifications. Entre autres contre-vérités, l’on apprend ainsi que, de tout temps, les noirs Américains ont combattu seuls pour leur liberté, que la guerre de Sécession est sans lien avec la libération des esclaves ou encore que le maintien de l’esclavage est le principal moteur de la guerre d’indépendance – cette liste n’est pas exhaustive.

Les auteurs du contre-projet 1776 soutiennent a contrario que les inégalités structurelles qui persistent aux États-Unis résultent moins d’un problème de race que d’une logique de classes. Aussi, sont-ils pour le moins hostiles à un mouvement comme Black Lives Matter et les concepts qu’il charrie : appropriation culturelle, privilège blanc, racisme institutionnel, fragilité blanche. Selon eux, cette grille de lecture ethnocentrée est une machine à créer du ressentiment et de la culpabilité, là où la solution se trouve dans la solidarité interraciale.

Deux semaines après la mort de George Floyd et les émeutes raciales qui s’en sont ensuivies, la confrontation entre ces deux visions résonne avec une certaine acuité. Au fond, les États-Unis ont désormais le choix entre deux projets de société : le premier, pétri de “bonnes intentions” — donc de racisme compassionnel – considère les afro-américains comme un bloc monolithique d’individus, victimes par essence et mus par les mêmes aspirations. Le second, refuse les assignations identitaires, croit au libre arbitre et défend une vision unitaire de la société. Entre le New York Times et l’universalisme, il faut choisir.

An excerpt from “Shame”

Shelby Steele

1776

When I traveled to Africa back in 1970, it was partly because I had been more and more seduced by this great looming idea of America’s characterological evil. It was such a summary judgment, and, at the time, still new and audacious. It had not existed in the original civil rights movement of the 1950s and early 1960s. Martin Luther King Jr. had never charged America with an inherent and intractable evil. He had lived in good faith with America, believing in reform and the innate goodwill of the American character, even as he also lived under constant threat of assassination. Still, when his assassination actually came to pass—with almost macabre predictability—young blacks, like myself (and many whites as well), saw it as a final straw. The evil character of America would always prevail over decency.

I came of age—in my early twenties—precisely when this idea began to take hold. Suddenly it was everywhere among the young. Belief in America’s evil was the new faith that launched you into a sophistication that your parents could never understand. And in linking you to the disaffection of your generation, it made youth itself into a group identity that bore witness to the nation’s evil and that, simultaneously, embraced a new “counterculture” innocence. Coming out of this identity, you owed nothing to your parent’s conventional expectations for your life. You could go to medical or law school if you wanted, but you could also roll in the mud at Woodstock, do drugs, or join a commune.

A result of this generation’s explicit knowledge of America’s historical evils was to make social and political morality a more important measure of character than private morality. In the 1950s, your private morality was the measure of your character; in the 1960s, your stance against war, racism, and sexism became far more important measures—so important that you were granted a considerable license in the private realm. Sleep with whomever you wanted, explore your sexuality, expand your mind with whatever drug you liked, forgo marriage, follow your instincts and impulses as inner truths, enjoy hedonism as a kind of radical authenticity. The only important thing was that you were dissociated from American evil. Dissociation from this evil became a pillar of identity for my generation.

But I was from the working class. I had put myself through college. I couldn’t afford to bank my life on the dramatic notion that America was characterologically evil unless it was actually true. Africa was a continent full of new countries that had banked their fate on precisely this view of their former oppressors. I wanted to see some of these countries then led by a generation of charismatic men who had won hard-fought revolutions against their Western oppressors—Jomo Kenyatta of Kenya, Kwame Nkrumah of Ghana, and Léopold Sédar Senghor of Senegal. They were all seen as redeemers— redeemers—the selfless founding fathers of newly independent nations. And, having thrown off the yoke of colonialism, there was the expectation that their countries would begin to flourish.

But in fact, they were not flourishing. We left Algeria in the middle of the night and landed the next morning on the other side of the Sahara Desert in Lagos, Nigeria, where we—along with all the passengers on our flight—were held at gunpoint in the airport for several hours for mysterious reasons having to do with the Biafran War. Finally, we made it to Nkrumah’s Ghana, which only looked more and more bedraggled and directionless—a sharp contrast to the revolutionary glory that Kwame Nkrumah had projected around the world. (Kwame was fast becoming a popular name for male babies among black Americans.) Food was scarce and unrelievedly bad even in the American hotel in the capital city of Accra. You saw chickens pecking for food in open sewers, and then at dinner, you wondered at the gray meat on your plate smothered in nondescript brown gravy. Then there were ten days in Dakar, Senegal, where Senghor, the father of “negritude,” was president. But it wasn’t “negritude” that made Dakar a little more bearable than Accra. There were still some French there, and it was their fast-fading idea of Dakar as an African Paris that meant better food and the hint of café society.

The Africa we saw was, at best, adrift. The Africans themselves—as opposed to the Middle Eastern and European shopkeepers and middlemen—looked a little abandoned. Today I would say they were stuck in placelessness. They obviously didn’t want to go back to their colonial past, yet, except for a small, educated elite, they had no clear idea of how to move into the future. They had wanted self-determination, but they had not been acculturated to modernity. How does one do self-determination without fully understanding the demands of the modern world?

In Dakar, an enterprising middle-aged man—someone who would surely have owned his own business had he been born in America—appeared every day outside our hotel trying to sell us the same malformed and unfinished wooden sculpture. Every day a different story and a different price attached to this “sculpture.” The man was charming and quick, but I also sensed anger and impatience just beneath the surface. He scared me a little. One morning, out of sheer frustration, I gave him five dollars (a lot of money then), but then walked away without taking the sculpture. Within a minute, I felt a tug on my sleeve. Angrily, he pushed the money and the ugly little sculpture back into my hands—as if to be rid of not only me but also a part of himself he couldn’t stand. Then he stormed off. I had hurt his pride, and I felt terrible. I chased him down, gave him the money again, and took the sculpture (which I have to this day). His umbrage was still visible, but he accepted the deal.

In 1970, I had no way of understanding an encounter like this. Now a few things are clear. I was conspicuously American. My voluminous Afro only drove that point home. Thus I was an emissary from modernity itself. When I gave him money without taking his sculpture, I didn’t just devalue him and his culture; I virtually mocked his historical circumstance by reminding him of what he already knew: that he was outside of history, that he was not of the modern world and had nothing really to offer me that I wanted or needed. Yes, the world by then knew that African art could be world-class. Picasso, among others, had brought its genius to the West. But he would not have known about Picasso or even much about the art of woodcarving within his own culture. He wanted to be a tradesman, a businessman. But his ignorance even of what he was selling sabotaged his entrepreneurialism. So when I gave him money but rejected his statue, I treated him like a beggar to whom one gives alms, not like a businessman.

And wouldn’t a man like this—and the millions like him all across Africa, the Middle East, and the Third World generally—soon be in need of a politics to fight back with. Wouldn’t he need a political identity that lessened the sting of his individual humiliation by making him a member of an aggrieved collective? Wouldn’t some ideology or other—nationalism, cultural nationalism, pan-Africanism, some version of Marxism, negritude, Islamism, jihadism, any idea of “unity” that merges the individual with the group—come into play to console individual alienation by normalizing it, by making it a collective rather than individual experience? Your humiliation does not reflect on you. You languish outside of history—hawking shapeless pieces of ebony on the streets of Dakar—because you belong to a people who were pushed out of history and exploited, first by colonialism and then by neocolonialism.

Placelessness literally demands a political identity that collectivizes people, one that herds them into victim-focused identities and consoles them with a vague myth of their own human superiority. Léopold Senghor, the first president of newly independent Senegal and the father of “negritude,” said, “Far from seeing in one’s blackness inferiority, one accepts it; one lays claim to it with pride; one cultivates it lovingly.” Marcus Garvey, a popular racialist black American leader in the 1920s, said, “Negroes, teach your children that they are the direct descendants of the greatest and proudest race who ever peopled the earth.” The Islamic extremism that so threatens the world today operates by the same formula: devout followers of Allah are superior to their decadent former oppressors (mere infidels) in the West. The feminism that came out of the 1960s argued that if women were victimized by male chauvinism, they were also superior to men in vital ways. (“If women ruled the world there would be no wars” was a feminist mantra in the 1970s.)

All these identities assign a “place” against the experience of placelessness by giving the formerly oppressed an idea both of their victimization and their superiority. This “places” them back into the world and into the flow of history. You are somebody, these identities say. You were simply overwhelmed by your oppressor’s determination to exploit you. Thus the consoling irony at the heart of victimization: you possess inherent human supremacy to those who humiliated you.

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But there is a price for this consolation: all these victim-focused identities are premised on a belief in the characterological evil of America and the entire white Western world. This broad assumption is the idea that makes them work, which makes for that sweet concoction of victimization and superiority. So the very people who were freed by America’s (and the West’s) acknowledgment of its past wrongs then made that acknowledgment into a poetic truth that they could build their identities in reaction to. Once America’s evil became “poetic” (permanently true), the formerly oppressed could make victimization an ongoing feature of their identity—despite the fact that their actual victimization had greatly declined.

And think of all the millions of people across the world who can find not only consolation in such an identity but also self-esteem, actual entitlements, and real political power—and not just the poor and dark-skinned people of the world but also the Park Avenue feminist, the black affirmative-action baby from a well-heeled background, and white liberals generally who seek power through an identification with America’s victims. Today, all these identities are leverage in a culture contrite over its past.

The point is that these identities—driven by the need for “place,” esteem, and power—keep the idea of American/ Western characterological evil alive as an axiomatic truth in the modern world, as much a given as the weather. In other words, this charge of evil against the white West is one of the largest and most influential ideas of our age—and this despite the dramatic retreat of America and the West from these evils. The scope and power of this idea—its enormous influence in the world—is not a measure of its truth or accuracy; it is a measure of the great neediness in the world for such an idea, for an idea that lets the formerly oppressed defend their esteem, on the one hand, and pursue power in the name of their past victimization, on the other. It is also an idea that gave a contrite white America (and the Western world) new and essentially repentant liberalism.

In this striking vision of the white Western world as characterologically evil, both the former dark-skinned victims of this evil and its former white perpetrators found a common idea out of which to negotiate a future. This vision restored esteem to the victims (simply by acknowledging that they were victims rather than inferiors) and gave them a means to power; likewise, it opened a road to redemption and power for the former white perpetrators. This notion of America’s characterological evil became the basis of a new social contract in America.

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Not much of this was clear to me in 1970 as we traveled through Africa. But one thing did become clearer as the trip progressed. Back home, I had been flirting with real radicalism—not radicalism to the point of violence, but radicalism nonetheless. For me that meant living a life that would presume America’s evil and that would be forever disdainful toward and subversive of traditional America. It meant I would be a radical liberal living in bad faith with my country—“in it but not of it,” as we used to say back then. So here in my early twenties I genuinely wondered if the subversive life wasn’t the only truly honorable life. Wouldn’t it be “selling out” (the cardinal sin of the counterculture) to look past America’s evil and cast my fate in the mainstream?

On some level I knew, even at the time, that the trip to Africa was an attempt to resolve this dilemma. I wanted to see real radicalism in the faces of people in a society where it had actually come to hold sway. I wanted to see what it looked like as a governing reality in a real society. And this is pretty much what I accomplished on that trip. I didn’t understand placelessness at the time, or the pursuit of esteem through grandiose identities. But, beginning with our encounter with the Black Panthers in Algiers, I knew that I was seeing what I needed to see. And I began to feel a growing certainty within myself. My dilemma was resolving itself. The more we traveled—a month and a half in all—the firmer my certainty became. And when we at last boarded the plane in Dakar headed for New York, I felt at peace. I was clear. The American mainstream would be my fate.

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The clarity I found that trip was based on one realization: I learned that America, for all its faults failings, was not intractably evil. In the Black Panther villa in Algiers, on those balmy afternoons eating the local shrimp, I spent time with the people who banked their entire lives on America’s inherent evil—and on the inherent evil of capitalism. On one level, they were glamorous figures, revolutionaries ensconced in a lavish villa provided by the new radical government of Algeria. The impression was of a new and more perfect world order just around the corner, and these special people with the moral imagination to see it coming would soon be marching in victory.

Yet I could see that as human beings they were homesick and in despair. As revolutionaries, they were impotent and hopelessly lost. It was like seeing a pretty woman whose smile unfolds to reveal teeth black with rot. They had no future whatsoever, and so they were chilling to behold. We had all grown up in segregation. We all had war stories. And we all had legitimate beefs against America. But to embrace the idea that America and capitalism were permanent oppressors was self-destructive and indulgent. It cut us off from both the past and the future.  It left us in the cul-de-sac of placelessness, though I could not have described this way at the time. But I could see even then that someone like DC had gotten himself into the same cul-de-sac as the street hawker selling chunks of wood as art in Dakar. They were both languishing in a truly existential circumstance. And they were both consoled by a faith in the evil of America and the West.

Looking back, I now think of DC as a cautionary tale, an essentially softhearted man who had allowed himself to be captured by a bad idea—that his country was irretrievably evil.  Unlike most other Black Panthers, he ended up living and long—if strained—life. Soon after I met him, the Algerian government began to tire of supporting the Black Panthers in their fast-fading glory while so many Algerians languished in poverty. At the end of July 1972, another American black, George Wright, along with four other men and women, hijacked a plane in America en route to Miami and then extorted a $1 million ransom from the Federal Bureau of Investigation. The hijackers ordered the pilots to take them to Boston and then Algeria. Eldridge Cleaver wanted the money and wrote an open letter to Houari Boumediene, the president of Algeria, in effect asking the government to continue supporting the cause of black American liberation. But the Algerian government recovered the ransom money and returned it to American authorities. Algeria’s romance with the black American revolutionaries was over.

DC, who by then had made hay of his French lessons, made his way to France, where he lived for the rest of his life in exile from America and the San Francisco Bay Area that he so loved.  Wanted always by the FBI, he lived an underground life even in France. He worked as a house painter in Paris and did other odd jobs. He ended up in Camps-sur-l’Agly, France, where, at the age of seventy-four, after a day spent working in his garden, he apparently died in his sleep.

I was lucky.  After one of my radical kitchen-table rants against America toward the end of the 1960s, my father—the son of a man born in slavery—had said to me: “You know, you shouldn’t underestimate America. This is a strong country.” I protested, started on racism once again. He said, “No, it’s strong enough to change. You can’t imagine the amount of change I’ve seen in my own lifetime.

Voir encore:

“Taking a knee” to the destroyers of worlds

Over the years, I have repeatedly warned in these columns that the refusal of the political establishment to defend the integrity of the western nation and its culture has opened the way for noxious forces to occupy the vacuum.

We’ve seen this in both the spread through the west of jihadi Islam and the rise across Europe of political parties and groups with racist or fascist backgrounds and antecedents.

In the current convulsions triggered by the violent death of George Floyd in American police custody, this baleful development has reached a crisis point.

As The Times reports today, thuggish groups across the country have begun organising to “protect” monuments and war memorials after statues of Winston Churchill and Queen Victoria were defaced, the Cenotaph in London attacked and other statues, including the one of Sir Francis Drake in Plymouth, vandalised.

This isn’t remotely surprising. The establishment is effectively standing back from, or even condoning or actively assisting, a sustained and organised onslaught which is taking place against not just a number of stone images but a culture’s historic memory.

The stage is therefore set for a confrontation in which violent thugs from the right pitch themselves against violent thugs from the left – with the political establishment having fled the cultural battleground in order to cower, wringing its hands, at a distance.

Following the toppling and dumping in Bristol harbour of the statue of slave trader and philanthropist Edward Colston, an act of vandalism and criminal damage with which the area’s police superintendent sympathised and about which he said the police were right to do nothing, an activist group called “Topple the Racists” has drawn up a list of about 60 memorials associated with slavery or colonialism which it wants destroyed. Falling meekly or even enthusiastically into line, 130 local councils run by the Labour party are to consider which ones they think should be removed on the grounds of “inappropriateness”.

In 2001 in Afghanistan, the Taliban pulled down ancient statues including the world’s tallest standing Buddhas. This was greeted with utter horror in the west. It rightly described the outrage as a crime against historical memory, an attempt to destroy a culture by erasing the evidence of its history and replacing that culture by a fanatical dogma that brooked no challenge.

Yet now the British establishment is kow-towing to a movement which is behaving like the Taliban, pulling down statues and other artefacts in order to erase aspects of British history as the product of a rotten society that’s institutionally racist and so must be supplanted by another.

The death of Floyd, under the the knee of a police officer who pressed down on his neck for almost nine minutes, was shocking and it’s right that this officer and three others involved in this death are being brought to justice.

And of course there’s racial prejudice in Britain. But so there is in every single society, in the developing world as well as in the west. Slavery was not invented by the west but has been practised across the world. It was the British and Americans who, having participated in it, eventually abolished it in their societies, while it remains practised in parts of the developing world even today.

The smear that the west is institutionally racist is designed to both facilitate and obscure the real agenda of overturning capitalist society because it is white and therefore deemed intrinsically evil – which of course is itself a racist agenda.

Yet instead of resisting this ignorant and wicked movement, its appeasers have been literally abasing themselves before the mob.

In the past, violent anti-white racism was represented by the black power movement. Despite the support of certain posturing celebrities, black power activists were generally perceived as dangerous, violent, far-left troublemakers. It would have been unthinkable for mainstream British politicians, let alone the police, to give the clenched fist black power salute. That would have been regarded as treasonous insurrection.

Yet an updated version of this is precisely what’s been happening in Britain. The new Labour Party leader, Sir Keir Starmer, and his deputy, Angela Rayner, released a picture of themselves supporting Black Lives Matter, the activist group behind many of these demonstrations, by “taking the knee”, the gesture promoted by certain black American footballers to show their contempt for white society and America.

In similar fashion, no less than the chief constable of Kent “took the knee” along with numerous other police officers – some as the direct result of mass bullying. At Oriel college, Oxford, which for years has been resisting a campaign to remove its statue of Cecil Rhodes, demonstrators renewing their campaign chanted “Kneel, kneel, kneel” – and a police officer duly sank down on one knee.

These people have all been literally kneeling down in submission to an ideology which is anti-white and anti-west – and at the direction of Black Lives Matter, a racist, anti-white, anti-west violent revolutionary movement whose aim is the overthrow of white western society.

These images of the British police symbolically capitulating to the erasure of British history and the defamation of the west have furnished sickening evidence that many of those tasked with protecting society have surrendered instead to cultural terrorism.

Meanwhile, anyone who opposes this dogma of black victimology and points out the defamatory lies at its core will be called a racist and their livelihood placed in jeopardy.

In America, people are losing their jobs for even questioning any of this. The prominent footballer Drew Brees, who despite publicly opposing racism also opposed taking a knee during the playing of the national anthem on the grounds that he would “never agree with anybody disrespecting the flag of the United States of America”, was forced to apologise in a display of ritual humiliation.

On Twitter, the malevolent, the moronic and the mentally unhinged are out in force similarly seeking to intimidate, smear and ruin any who stand up to this cultural totalitarianism.

And then there’s the deeply sinister Commission for Diversity in the Public Realm set up by London’s mayor, Sadiq Khan, to consider the appropriateness of the capitals’ statues, murals, street names and other memorials.

Channelling Mao, the Taleban and the French revolutionary terror, Mayor Khan can surely leave no-one in any doubt that this committee will reduce diversity by aiming selectively to erase those bits of British history of which it disapproves. In Khan’s words: “…our statues, road names and public spaces reflect a bygone era. It is an uncomfortable truth that our nation and city owes a large part of its wealth to its role in the slave trade…”

So the Mayor of London now stands revealed as someone who hates his nation. For if it was indeed created, as he so misleadingly claims, by a great evil then how can it be anything other than evil itself? Feeling at last the wind in his sails supplied by the rage and contempt of the mob on the streets, he intends to abolish the nation’s birthright to the evidence of its own past and construct its future in the image he will determine.

So will this commission erase memorials to all historic British figures with an obnoxious side to their achievements? Will its destroy the statues of the Labour politicians Keir Hardie or Ernest Bevin, or Karl Marx, who were all antisemites?

Or the playwright George Bernard Shaw who promoted eugenics? Or the parliamentary titan Oliver Cromwell who massacred the Irish? Or Britain’s greatest Liberal prime minister, William Gladstone, whose family, like so many prominent people in previous, very different era was involved in slavery?

That last question already has an answer. Liverpool university has agreed yesterday to rename its Gladstone Hall, which houses student accommodation. Bim Afolami, the Tory MP for Hitchin and Harpenden, tweeted in response: “This is all going completely nuts. When will this stop??”

When indeed. As George Orwell wrote in 1984 about a state under totalitarian tyranny: “Every record has been destroyed or falsified, every book rewritten, every picture has been repainted, every statue and street building has been renamed, every date has been altered. And the process is continuing day by day and minute by minute. History has stopped. Nothing exists except an endless present in which the Party is always right.”

Or as the future US president Ronald Reagan said even more pertinently in 1975: ‘If fascism ever comes to America, it will come in the name of liberalism”.

Well, here it is, on both sides of the pond.

Bad things happen not just because bad people do them but because otherwise decent people lack the courage to stop them; or because they indulge in fantasies that the agenda is basically good but has been “hijacked” by a few thugs; or that they agree with the ends but purse their lips at the violent means; or because of a myriad other excuses that the spineless and the misguided always provide for “taking a knee” to the destroyers of worlds.

Voir enfin:

EXCLUSIVE: A new start turns to a tragic end for George Floyd, who moved to Minneapolis determined to turn his life around after being released from prison in Texas

George Floyd moved to Minnesota to start a new life shortly after being released from prison in Texas, but his pursuit of a better life ended tragically when he died during a violent arrest, according to court records obtained by DailyMail.com.

Floyd was left gasping for breath when a white officer kneeled on his neck for eight minutes while arresting him for allegedly paying with a fake $20 bill at a convenience store on Monday evening.

All four cops involved in his arrest have been fired as outraged citizens across the country demand they be charged over the father-of-two’s death.

None of the officers could have been aware of Floyd’s more than a decade-old criminal history at the time of the arrest.

The 46-year-old moved to the city in 2014 and worked as a bouncer at a local restaurant, leaving behind his past in the Houston area.

Floyd had made changes to his lifestyle and a recent video has emerged of him pleading with younger generations to make good choices and to stop gun violence.

He had been there himself years ago, first being arrested in his 20s for theft and then a later arrest for armed robbery before he turned his life around.

George Floyd moved to Minnesota to start a new life shortly after being released from prison in Texas, but his pursuit of a better life ended tragically when he died during a violent arrest, according to court records obtained by DailyMail.com

Floyd had been sentenced to five years in prison in 2009 for aggravated assault stemming from a robbery where Floyd entered a woman’s home, pointed a gun at her stomach and searched the home for drugs and money, according to court records

Floyd had at least five stints in jail. In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses

Floyd had at least five stints in jail. In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses

All four cops involved in his arrest have been fired as outraged citizens across the country demand they be charged over the father-of-two’s death. None of the officers could have been aware of Floyd’s more than a decade-old criminal history at the time of the arrest

Floyd had moved to Minneapolis in 2014 to start fresh and find a job but was left gasping for breath when a white officer knelt on his neck for eight minutes while arresting Floyd for allegedly paying with a fake $20 bill at a convenience store on Monday evening

The final straw for Floyd came after serving five years in prison in 2009 for aggravated assault stemming from a robbery in 2007 where he entered a woman’s home, pressed a gun into her stomach and searched the home for drugs and money, according to court records.

Floyd pleaded guilty to the robbery where another suspect posed as a worker for the local water department, wearing a blue uniform in an attempt to gain access to the woman’s home, according to the charging document.

But when the woman opened the door, she realized he was not with the water department and attempted to close the door, leading to a struggle.

At that time, a Ford Explorer pulled up to the home and five other males exited the car and went up to the front door.

The report states the largest of the group, who the victim later identified as Floyd, ‘forced his way inside the residence, placed a pistol against the complainant’s abdomen, and forced her into the living room area of the residence.

‘This large suspect then proceeded to search the residence while another armed suspect guarded the complainant, who was struck in the head and sides by this second armed suspect with his pistol while she screamed for help.’

Not finding any drugs or money at the house, the men took jewelry and the woman’s cell phone and fled in their car. A neighbor who witnessed the robbery took down the car’s license plate number.

Later, police tracked down the car and found Floyd behind the wheel. He was later identified by the woman as the large suspect who placed a gun against her stomach and forced her into her living room, the document states.

The 46-year-old was working as a bouncer at a local restaurant and known in local music circles, leaving behind his past in the Houston area where he had just been released from jail

Floyd served 10 months at Harris County jail for a theft offense

Floyd pleaded guilty to the first degree felony and was sentenced in April 2009 to five years in prison.

Prior to that, Floyd was sentenced to 10 months in state jail for possession of cocaine. He had been charged in December 2005 for having less than one gram of the controlled substance.

However, a few months later the charge was updated to possession with intent to deliver a controlled substance, amending the amount Floyd allegedly had to more than four grams of cocaine.

But according to court records, Floyd was able to have the charge reverted back to possession of cocaine less than a gram.

Floyd had two other cocaine offenses, receiving an eight month-sentence stemming from an October 2002 arrest and was sentenced to 10 months from a 2004 arrest.

Floyd was arrested in April 2002 for criminal trespassing and was sentenced to 30 days in jail.

He did another stint for theft with a firearm in August 1998. He served 10 months at Harris County jail.

In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses.

Despite his checkered past, it seems that Floyd had turned his life around before his death on Monday. A heartbreaking video emerged online of Floyd encouraging the younger generation to put an end to gun violence

Floyd was arrested in April 2002 for criminal trespassing and was sentenced to 30 days in jail

After his last arrest in 2007, Floyd moved to Minneapolis in 2014 shortly after his prison release.

Christopher Harris, one of Floyd’s lifelong friends, said Floyd moved to the city to start over to find a job, telling the Atlanta Journal Constitution: ‘He was looking to start over fresh, a new beginning. He was happy with the change he was making.’

Indeed, it seems that Floyd had turned his life around before his death on Monday.

A heartbreaking video emerged online of Floyd encouraging the younger generation to put an end to gun violence.

The undated video was circulated on Twitter on Wednesday as protesters descended on the streets of Minneapolis for a second night calling for the arrest of the cops involved in his death.

Floyd is seen addressing the camera directly as he speaks out about the need for gun violence to end.

‘It’s clearly the generation after us that’s so lost, man,’ he says before telling them to ‘come home’.

Christopher Harris, one of Floyd’s lifelong friends, said Floyd moved to the city to start over to find a job, telling the Atlanta Journal Constitution: ‘He was looking to start over fresh, a new beginning. He was happy with the change he was making’

Floyd, a father of two, died after a white police officer knelt on his neck for eight minutes in an incident that was captured on video and has sparked violent protests and riots in the city that left one looter dead.

In widely circulated footage of his arrest, Floyd was seen on the ground with his hands cuffed behind his back as white officer Derek Chauvin pinned him to the pavement until he lost consciousness and later died.

Minneapolis Mayor Jacob Frey said on Thursday that he considers Floyd’s death to be a murder.

‘I’m not a prosecutor, but let me be clear. The arresting officer killed someone,’ he told CBS.

‘He’d be alive today if he were white.’ The facts that I’ve seen, which are minimal, certainly lead me down the path that race was involved.’

 

Voir enfin:

Chronique enthousiaste : Gilet-jaunisation aux USA

L’Ere du peuple

Hourra ! Le peuple des États-Unis est en ébullition. Eh ! Vous ! Ceux qui avez trouvé la révolution citoyenne au Soudan trop exotique pour vous concerner, la révolution citoyenne à Beyrouth et à Alger trop arabes, celle du Chili trop latino, celle de Hong-Kong trop asiatique pour vous représenter ! Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez ! voyez ! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York. La gilet-jaunisation est entrée au cœur de l’Empire. Voici que surgissent des millions de chômeurs, des abandonnés privés de tout accès aux réseaux collectifs sans lesquels la vie est impossible, humiliés à longueur d’année par des flics racistes, manipulés par des politiciens sans conscience. Ils forment désormais un volcan qui vient de faire sa première éruption. Et ce n’est que le début d’une histoire qui va durer.

Non, les USA ne sont pas le roc qu’ils donnent à voir. Remontent en moi les souvenirs. Ma génération a pu voir les USA quitter leur ambassade à Saïgon dans une totale débandade, jeter à la mer hélicoptères et avions par-dessus bord de leurs navires de guerre parce que leurs collaborateurs locaux avaient tout envahi. Nous avons vu les USA qui avaient promis de « ramener le Vietnam à l’âge de la pierre » selon l’expression de l’abject général Westmorland, les USA vaincus à plate couture par l’inflexible patriotisme du petit peuple et de ses bodoïs, gazés, napalmisés, massacrés en masse et en détail. Le peuple américain peut tout lui aussi.

Bon d’accord, je ne retiens pas ce rire moqueur qui me vient. C’est celui d’un « Frenchie surrender », putois notoire et ses French fries. Car c’est ainsi que nous avons été caricaturés aux USA depuis notre refus de participer à leur lamentable deuxième guerre du Golfe. L’état d’esprit anti-français se déchaina alors jusqu’à l’absurde : vider des bouteilles de vin dans les égouts et vouloir rebaptiser les frites, de « French fries » en je ne sais quoi. Oui la rigolade : voir la Maison blanche s’éteindre pour devenir invisible pendant que le président Trump se cache à la cave ! « Salut Trump tu as le bonjour de Cuba, de Venezuela, de Salvador Allende, de Patrice Lumumba, et même du Che » ! Sans oublier Edgard Snowden, Julian Assange et les torturés de Guantanamo, les asphyxiés du waterboarding, le supplice de la baignoire, qui ne serait pas une torture puisque l’actuelle cheffe de la CIA la pratiquait elle-même il y a peu ! À son tour : à la cave ! Le persécuteur des peuples dans le noir ! Ce n’est pas cher payé pour l’instant.

Retenez ceci comme un avis d’observateur de longue date : tout ce qui advient aux USA arrive ensuite chez nous dans la décennie qui suit. Parfois plus vite. Qu’il s’agisse des modes, de la politique ou de faits sociaux. Le fin tissu qui nous unit n’est pas seulement économique, militaire ou ce que l’on voudra. Il est continuellement alimenté par les séries télévisées, le cinéma, les matrices narratives, les images de référence. Que cela plaise ou non, qu’on soit d’accord ou pas, il s’agit d’un effet de système profondément ancré. On peut ne pas s’être rendu compte que toutes les social-démocraties européennes répétaient soudainement les mantras clintonistes, ne pas avoir vu Sarkozy répéter en boucle à Rome et à Ryad les absurdités du « choc des civilisations » et ne pas savoir que l’autrice qui écrivait les discours, Emmanuelle Mignon les recopiait directement de Samuel Huntington, ne pas avoir vu le sommet du quai d’Orsay virer néo-conservateur. Mais quand les émeutes urbaines ont éclaté en France, quand on a vu Halloween et Black Friday occuper des millions d’esprits superficiels qui voudraient vivre comme dans une série US ? Non : rien ? Peut-être même qu’il en est encore pour ne pas savoir que Cédric Chouviat est mort d’un geste de policier comme celui commis contre Georges Floyd et que personne n’a été ni suspendu ni inculpé de quoi que ce soit. Et Adama Traoré et… et… Zineb Redouane, vieille dame abattue à sa fenêtre et qui est morte parait-il non de la grenade qu’elle a reçue dans la figure au quatrième étage à Marseille mais d’un arrêt du cœur imprévisible sur la table d’opération !… Peut-être d’autres n’ont-ils pas remarqué que les éborgnements de manifestants ne sont pas des bavures mais un fait désormais universel.

Au fond, peu importe. Aucune alerte, aucune mise en garde n’aura jamais rien produit dans notre pays à part des heures de prêchi-prêcha haineux contre toute forme d’opposition et de dénigrement personnalisé contre les fortes têtes pourchassées sans répit les Jérôme Rodriguez, Taha Bouhafs, Drouet, Dufresne, Wamen et ainsi de suite et pour finir avec Camélia Jordana. Je ne sais comment dire combien cela me désole. Car la suite est écrite. Et ceux qui me lisent savent la lire.

Aux USA, le fil des révolutions citoyennes est resté net : fermentation politique longue depuis Occupy et les Anonymous, évènement fortuit (la mort de Georges Floyd), union sans parti ni représentant, revendication égalitaire (« la vie des Noirs compte »), mobilisation universaliste, non communautaire pour la première fois depuis longtemps, mot d’ordre polysémique fédérateur (« je ne peux plus respirer »). Oui mais voilà : il s’agit des USA et de la première saison de l’après Covid-19. Elle ouvre la crise sociale monstrueuse qui va déferler. Les USA déjà désemparés, inondés de dollars de planche à billets, sans projet collectif, labourés par les socs contraires du petit peuple social et du petit peuple facho. Les USA paralysés par la gélatine du parti démocrate qui a eu la peau de Sanders pour ce néant qu’est Joe Biden. Les USA où les latinos seront dans une poignée d’années la plus importante minorité devant les afro-américains et les beaux blancs protestants. Les USA où le catholicisme sera bientôt la première religion chrétienne du pays modifiant ainsi la matrice spirituelle d’un pays où la religion est sur chaque billet de banque avec la formule « in God we trust ». Les USA et leur dollar bidon, leur État fédéral bringuebalant. Bref, les USA chancelant vont faire vaciller le monde. Trump voudrait interdire les anti-Fas, pendant que des miliciens d’extrême-droite en armes défilent dans les rues. Ils contrôlent ici ou là et les passants, comme nos identitaires dans le métro de Lyon et dans des bus à Lille pendant que les castors pyromanes pérorent loin de toute réalité « faire barrage ! faire barrage ! ».

Les événements nord-américains sont décisifs. Ils nous obligent à faire un point réaliste. Si l’extrême droite « suprémaciste » l’emporte aux USA, ce sera bien autre chose que ce qu’elle a déjà fait en Pologne, Hongrie, Autriche, au Brésil, en Inde ou aux Philippines. Si les nôtres se donnent une expression politique capable d’être majoritaire, tout devient possible dans la civilisation humaine. Ayez grand soin de vous monsieur Bernie Sanders ! L’Histoire ne ferme jamais boutique.

Voir par ailleurs:

Dr. King’s Error
Walter Lippman
NYT
April 7, 1967

In recent speeches and statements the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. has linked his personal opposition to the war in Vietnam with the cause of Negro equality in the United States. The war, he argues, should be stopped not only because it is a futile war waged for the wrong ends but also because it is a barrier to social progress in this country and therefore prevents Negroes from achieving their just place in American life.

This is a fusing of two public problems that are distinct and separate. By drawing them together, Dr. King has done a disservice to both. The moral issues in Vietnam are less clear-cut than he suggests; the political strategy of uniting the peace movement and the civil rights movement could very well be disastrous for both causes.

Because American Negroes are a minority and have to overcome unique handicaps of racial antipathy and prolonged deprivation, they have a hard time in gaining their objectives even when their grievances are self-evident and their claims are indisputably just. As Dr. King knows from the Montgomery bus boycott and other civil rights struggles of the past dozen years, it takes almost infinite patience, persistence and courage to achieve the relatively simple aims that ought to be theirs by right.

The movement toward racial equality is now in the more advanced and more difficult stage of fulfilling basic rights by finding more jobs, changing patterns of housing and upgrading education. The battle grounds in this struggle are Chicago and Harlem and Watts. The Negroes on these fronts need all the leadership, dedication and moral inspiration that they can summon; and under these circumstances to divert the energies of the civil rights movement to the Vietnam issue is both wasteful and self-defeating. Dr. King makes too facile a connection between the speeding up of the war in Vietnam and the slowing down of the war against poverty. The eradication of poverty is at best the task of a generation. This « war » inevitably meets diverse resistance such as the hostility of local political machines, the skepticism of conservatives in Congress and the intractability of slum mores and habits. The nation could afford to make more funds available to combat poverty even while the war in Vietnam continues, but there is no certainly that the coming of peace would automatically lead to a sharp increase in funds.

Furthermore, Dr. King can only antagonize opinion in this country instead of winning recruits to the peace movement by recklessly comparing American military methods to those of the Nazis testing « new medicine and new tortures in the concentration camps of Europe. » The facts are harsh, but they do not justify such slander. Furthermore, it is possible to disagree with many aspects of United States policy in Vietnam without whitewashing Hanoi.

As an individual, Dr. King has the right and even the moral obligation to explore the ethical implications of the war in Vietnam, but as one of the most respected leaders of the civil rights movement he has an equally weighty obligation to direct that movement’s efforts in the most constructive and relevant way.

There are no simple or easy answers to the war in Vietnam or to racial injustice in this country. Linking these hard, complex problems will lead not to solutions but to deeper confusion.


Corbyn/Mélenchon: La synthèse mène au désastre (A long tradition of communist accommodation with antisemitism: how the demagogues from the race-card playing left made the private prejudices of conservative Muslim voters respectable)

17 décembre, 2019

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L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite ; (il) donne la permission d’être démocratiquement antisémite. Qui dit mieux ? Il est désormais possible de haïr les Juifs au nom du progressisme ! Il y a de quoi avoir le vertige : ce renversement bienvenu, cette introuvable inversion ne peuvent qu’enfermer Israël dans une nouvelle solitude. Vladimir Jankélévitch
La nation juive n’est pas civilisée, elle est patriarchale, n’ayant point de souverain, n’en reconnaissant aucun en secret, et croyant toute fourberie louable, quand il s’agit de tromper ceux qui ne pratiquent pas sa religion. Elle n’affiche pas ses principes, mais on les connaît assez. Un tort plus grave chez cette nation, est de s’adonner exclusivement au trafic, à l’usure, et aux dépravations mercantiles […] Tout gouvernement qui tient aux bonnes mœurs devrait y astreindre les Juifs, les obliger au travail productif, ne les admettre qu’en proportion d’un centième pour le vice: une famille marchande pour cent familles agricoles et manufacturières; mais notre siècle philosophe admet inconsidérément des légions de Juifs, tous parasites, marchands, usuriers, etc.Charles Fourier (Analyse de la civilisation, 1848)
Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. Pierre-Joseph Proudhon (1849)
Observons le Juif de tous les jours, le Juif ordinaire et non celui du sabbat. Ne cherchons point le mystère du Juif dans sa religion, mais le mystère de sa religion dans le Juif réel. Quelle est donc la base mondaine du judaïsme ? C’est le besoin pratique, l’égoïsme. Quel est le culte mondain du Juif ? C’est le trafic. Quelle est la divinité mondaine du Juif ? C’est l’argent. Karl Marx
L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister. Karl Marx
Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique . […] En France, l’influence politique des Juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre. Jean Jaurès (La question juive en Algérie, Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895)
Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès (Discours au Tivoli, 1898)
Le Brexit et Trump étaient inextricablement liés en 2016 et ils sont inextricablement liés aujourd’hui. Johnson annonce une grande victoire de Trump. Les classes populaires sont fatiguées de leurs élites de new York, de Londres et de Bruxelles, qui leur expliquent comment vivre et comment faire. (…) Si les démocrates n’en tirent pas les leçons, Trump voguera vers une victoire à la Reagan en 1984. Steve Bannon
Avec Johnson, on se retrouve paradoxalement avec une bonne chance d’avoir une social-démocratie modérée. La victoire de Johnson pourrait être, comme le Brexit en 2016, l’indicateur d’une tendance capable de se répéter à nouveau outre-Atlantique. Dans les deux cas, les deux hommes ont été incroyablement sous-estimés par leurs adversaires et les observateurs, qui les ont volontiers présentés comme des clowns. Mais Boris Johnson n’a pas le caractère brutal de Trump et son côté incontrôlable. Il offre de ce point de vue un visage optimiste et décent à la révolte populiste et montre à la droite européenne qu’il est possible de la chevaucher sans quelle dérive vers quelque chose d’illibéral. C’est une bonne nouvelle. David Goodhart
Donald Trump, in his telling, could have shot somebody on Fifth Avenue and won. Boris Johnson could mislead the queen. He could break his promise to get Britain out of Europe by Oct. 31. He could lie about Turks invading Britain and the cost of European Union membership. He could make up stories about building 40 new hospitals. He could double down on the phantom $460 million a week that Brexit would deliver to the National Health Service — and still win a landslide Tory electoral victory not seen since Margaret Thatcher’s triumph in 1987. The British, or at least the English, did not care. Truth is so 20th century. They wanted Brexit done; and, formally speaking, Johnson will now take Britain out of Europe by Jan. 31, 2020, even if all the tough decisions on relations with the union will remain. Johnson was lucky. In the pathetic, emetic Jeremy Corbyn, the soon-to-depart Labour Party leader, he faced perhaps the worst opposition candidate ever. In the Tory press, he had a ferocious friend prepared to overlook every failing. In Brexit-weary British subjects, whiplashed since the 2016 referendum, he had the perfect receptacle for his “get Brexit done.” (…) The British working class, concentrated in the Midlands and the North, abandoned Labour and Corbyn’s socialism for the Tories and Johnson’s nationalism. In the depressed provinces of institutionalized precariousness, workers embraced an old Etonian mouthing about unleashed British potential. Not a million miles from blue-collar heartland Democrats migrating to Trump the millionaire and America First demagogy. That’s not the only parallel with American politics less than 11 months from the election. Johnson concentrated all the Brexit votes. By contrast, the pro-Remain vote was split between Corbyn’s internally divided Labour Party, the hapless Liberal Democrats, and the Scottish National Party. For anybody contemplating the divisions of the Democratic Party as compared with the Trump movement’s fanatical singleness of purpose, now reinforced by the impeachment proceedings, this can only be worrying. The clear rejection of Labour’s big-government socialism also looks ominous for Democrats who believe the party can lurch left and win. The British working class did not buy nationalized railways, electricity distribution and water utilities when they could stick it to some faceless bureaucrat in Brussels and — in that phrase as immortal as it is meaningless — take back their country. (…)That’s the story of our times. Johnson gets and fits those times better than most. He’s a natural. “Brexit and Trump were inextricably linked in 2016, and they are inextricably linked today,” Steve Bannon told me. “Johnson foreshadows a big Trump win. Working-class people are tired of their ‘betters’ in New York, London, Brussels telling them how to live and what to do. Corbyn the socialist program, not Corbyn the man, got crushed. If Democrats don’t take the lesson, Trump is headed for a Reagan-like ’84 victory.” I still think Trump can be beaten, but not from way out left and not without recognition that, as Hugo Dixon, a leader of the now defeated fight for a second British referendum, put it: “There is a crisis of liberalism because we have not found a way to connect to the lives of people in the small towns of the postindustrial wasteland whose traditional culture has been torn away.” Johnson, even with his 80-seat majority, has problems. His victory reconciled the irreconcilable. His moneyed coterie wants to turn Britain into free-market Singapore on the Thames. His new working-class constituency wants rule-Britannia greatness combined with state-funded support. That’s a delicate balancing act. The breakup of Britain has become more likely. The strong Scottish National Party showing portends a possible second Scottish referendum on independence. (…) As my readers know, I am a passionate European patriot who sees the union as the greatest achievement of the second half of the 20th century, and Britain’s exit as an appalling act of self-harm. But I also believe in democracy. Johnson took the decision back to the people and won. His victory must be respected. The fight for freedom, pluralism, the rule of law, human rights, a free press, independent judiciaries, breathable air, peace, decency and humanity continues — and has only become more critical now that Britain has marginalized itself irreversibly in a fit of nationalist delusion. Roger Cohen
Britain’s election on December 12th was the most unpredictable in years—yet in the end the result was crushingly one-sided. As we went to press the next morning, Boris Johnson’s Conservative Party was heading for a majority of well over 70, the largest Tory margin since the days of Margaret Thatcher. Labour, meanwhile, was expecting its worst result since the 1930s. Mr Johnson, who diced with the possibility of being one of Britain’s shortest-serving prime ministers, is now all-powerful. The immediate consequence is that, for the first time since the referendum of 2016, it is clear that Britain will leave the European Union. By the end of January it will be out—though Brexit will still be far from “done”, as Mr Johnson promises. But the Tories’ triumph also shows something else: that a profound realignment in British politics has taken place. Mr Johnson’s victory saw the Conservatives taking territory that Labour had held for nearly a century. The party of the rich buried Labour under the votes of working-class northerners and Midlanders. After a decade of governments struggling with weak or non-existent majorities, Britain now has a prime minister with immense personal authority and a free rein in Parliament. Like Thatcher and Tony Blair, who also enjoyed large majorities, Mr Johnson has the chance to set Britain on a new course—but only if his government can also grapple with some truly daunting tasks. Mr Johnson was lucky in his opponent. Jeremy Corbyn, Labour’s leader, was shunned by voters, who doubted his promises on the economy, rejected his embrace of dictators and terrorists and were unconvinced by his claims to reject anti-Semitism. But the result also vindicates Mr Johnson’s high-risk strategy of targeting working-class Brexit voters. Some of them switched to the Tories, others to the Brexit Party, but the effect was the same: to deprive Labour of its majority in dozens of seats. Five years ago, under David Cameron, the Conservative Party was a broadly liberal outfit, preaching free markets as it embraced gay marriage and environmentalism. Mr Johnson has yanked it to the left on economics, promising public spending and state aid for struggling industries, and to the right on culture, calling for longer prison sentences and complaining that European migrants “treat the UK as though it’s basically part of their own country.” Some liberal Tories hate the Trumpification of their party (the Conservative vote went down in some wealthy southern seats). But the election showed that they were far outnumbered by blue-collar defections from Labour farther north. This realignment may well last. The Tories’ new prospectus is calculated to take advantage of a long-term shift in voters’ behaviour which predates the Brexit referendum. Over several decades, economic attitudes have been replaced by cultural ones as the main predictor of party affiliation. Even at the last election, in 2017, working-class voters were almost as likely as professional ones to back the Tories. Mr Johnson rode a wave that was already washing over Britain. Donald Trump has shown how conservative positions on cultural matters can hold together a coalition of rich and poor voters. And Mr Johnson has an extra advantage in that his is unlikely to face strong opposition soon. Labour looks certain to be in the doldrums for a long time.The Economist
En juin 2016, le coup de tonnerre du Brexit avait précédé l’ouragan Trump, révélant le caractère transatlantique de la révolte nationaliste et populiste qui souffle sur l’Occident. Trois ans plus tard, la retentissante victoire de Boris Johnson annonce-t-elle à son tour une nouvelle prouesse de Donald Trump en novembre 2020? Beaucoup en Amérique accueillent l’idée avec horreur, mais certains commencent à envisager sérieusement l’hypothèse, en observant l’obstination avec laquelle ses électeurs lui restent fidèles, de la même manière que les électeurs du Brexit sont restés fidèles à leur désir de «sortir» de l’Union européenne. Les dérapages de Trump et les gigantesques efforts de ses adversaires pour lui ôter toute légitimité sont loin d’avoir fait bouger les lignes, peut-être même le contraire, à en croire de récents sondages favorables au président américain. Au Royaume-Uni, le slogan résolu de Boris Johnson, «Faisons le Brexit», a de son côté fait merveille, malgré tous les efforts des partisans du maintien dans l’Union qui voient leur rêve de « nouveau référendum » à nouveau fracassé. « Le Brexit et Trump étaient inextricablement liés en 2016 et ils sont inextricablement liés aujourdhui. Johnson annonce une grande victoire de Trump. Les classes populaires sont fatiguées de leurs élites de new York, de Londres et de Bruxelles; qui leur expliquent comment vivre et comment faire. (…) Si les démocrates n’en tirent pas les leçons, Trump voguera vers une victoire à la Reagan en 1984, déclare l’idéologue du national-populisme américain Steve Bannon à l’éditorialiste du New York Times Roger Cohen », qui semble partager à contre-coeur partager son pronostic.Même si on fait difficilement plus américain que Donald Trump, ni plus britannique que Boris Johnson, il y a incontestablement des parallèles saisissants entre les deux hommes et ils sont loin de se limiter à leur tignasse blonde, qui fait le régal des photographes. Premier point commun, les deux hommes appartiennent à l’élite « libérale » de leur pays, mais se sont définis en patriotes réalistes, surfant sur le désir viscéral du retour à la nation de l’électorat et offrant la promesse d’un pays « reprenant le contrôle » de son destin. Tous deux ont également joué de leurs personnalités hétérodoxes et charismatiques pour passer allègrement le Rubicon du politiquement correct et se poser en défenseurs du « petit peuple », grand perdant de la globalisation et de l’ouverture des frontières à l’immigration. Allant à rebours de la doxa du libre-échange pur et dur, ils ont engagé à la hussarde une redéfinition révolutionnaire de l’ADN de leur partis respectifs, instaurant un virage à gauche sur la question du commerce et du protectionnisme, tout en se situant à droite sur les questions sociétales et culturelles. La carte de leur électorat s’en trouve alors métamorphosée par le ralliement à la bannière conservatrice de régions traditionnellement acquises au Labour britannique ou au parti démocrate américain. De ce point de vue, l’humeur de la classe ouvrière des Midlands et du nord de l’Angleterre est presque un copié-collé du ressenti des ouvriers déclassés de l’industrie sidérurgique d l’Ohio ou de la Pennsylvanie. Boris comme Donald ont aussi séduit les petites villes et le pays rural, ce pays dit « périphérique » qui est en réalité « majoritaire », rappelle Christophe Guilluy. « Avec Johnson, on se retrouve paradoxalement avec une bonne chance d’avoir une soicial-démocratie modérée », note l’essayiste David Goodhart. Comme Steve Bannon, l’intellectuel anglais n’exclut pas que la victoire de Johnson soit, comme le Brexit en 2016, ‘l’indicateur d’une tendance capable de se répéter à nouveau outre-Atlantique ». Dans les deux cas, les deux hommes ont été incroyablement sous-estimés par leurs adversaires et les observateurs, qui les ont volontiers présentés comme des clowns, souligne l’intellectuel. Laure Mandeville
While Ken Livingstone was forcing startled historians to explain that Adolf Hitler was not a Zionist, I was in Naz Shah’s Bradford. A politician who wants to win there cannot afford to be reasonable, I discovered. He or she cannot deplore the Israeli occupation of the West Bank and say that the Israelis and Palestinians should have their own states. They have to engage in extremist rhetoric of the “sweep all the Jews out” variety or risk their opponents denouncing them as “Zionists”. George Galloway, who, never forget, was a demagogue from the race-card playing left rather than the far right, made the private prejudices of conservative Muslim voters respectable. Aisha Ali-Khan, who worked as Galloway’s assistant until his behaviour came to disgust her, realised how deep prejudice had sunk when she made a silly quip about David Miliband being more “fanciable” than Ed. Respect members accused her of being a “Jew lover” and, all of a sudden in Bradford politics, that did not seem an outrageous, or even an unusual, insult. Where Galloway led, others followed. David Ward, a now mercifully forgotten Liberal Democrat MP, tried and failed to save his seat by proclaiming his Jew obsession. Nothing, not even the murder of Jews, could restrain him. At one point, he told his constituents that the sight of the Israeli prime minister honouring the Parisian Jews whom Islamists had murdered made him “sick”. (He appeared to find the massacre itself easier to stomach.)Naz Shah’s picture of Israel superimposed on to a map of the US to show her “solution” for the Israeli-Palestinian conflict was not a one-off but part of a race to the bottom. But Shah’s wider behaviour as an MP – a “progressive” MP, mark you – gives you a better idea of how deep the rot has sunk. She ignored a Bradford imam who declared that the terrorist who murdered a liberal Pakistani politician was a “great hero of Islam” and concentrated her energies on expressing her “loathing” of liberal and feminist British Muslims instead. (…) Liberal Muslims make many profoundly uncomfortable. Writers in the left-wing press treat them as Uncle Toms, as Shah did, because they are willing to work with the government to stop young men and women joining Islamic State. While they are criticised, politically correct criticism rarely extends to clerics who celebrate religious assassins. As for the antisemitism that allows Labour MPs to fantasise about “transporting” Jews, consider how jeering and dishonest the debate around that has become. When feminists talk about rape, they are not told as a matter of course “but women are always making false rape accusations”. If they were, they would suspect that their opponents wanted to deny the existence of sexual violence. Yet it is standard in polite society to hear that accusations of antisemitism are always made in bad faith to delegitimise justifiable criticism of Israel. I accept that there are Jews who say that all criticism of Israel is antisemitic. For her part, a feminist must accept that there are women who make false accusations of rape. But that does not mean that antisemitism does not exist, any more than it means that rape never happens. Challenging prejudices on the left wing is going to be all the more difficult because, incredibly, the British left in the second decade of the 21st century is led by men steeped in the worst traditions of the 20th. When historians had to explain last week that if Montgomery had not defeated Rommel at El Alamein in Egypt then the German armies would have killed every Jew they could find in Palestine, they were dealing with the conspiracy theory that Hitler was a Zionist, developed by a half-educated American Trotskyist called Lenni Brenner in the 1980s. When Jeremy Corbyn defended the Islamist likes of Raed Salah, who say that Jews dine on the blood of Christian children, he was continuing a tradition of communist accommodation with antisemitism that goes back to Stalin’s purges of Soviet Jews in the late 1940s. It is astonishing that you have to, but you must learn the worst of leftwing history now. For Labour is not just led by dirty men but by dirty old men, with roots in the contaminated soil of Marxist totalitarianism. If it is to change, its leaders will either have to change their minds or be thrown out of office. Put like this, the tasks facing Labour moderates seem impossible. They have to be attempted, however, for moral as much as electoral reasons. (…) Not just in Paris, but in Marseille, Copenhagen and Brussels, fascistic reactionaries are murdering Jews – once again. Go to any British synagogue or Jewish school and you will see police officers and volunteers guarding them. I do not want to tempt fate, but if British Jews were murdered, the leader of the Labour party would not be welcome at their memorial. The mourners would point to the exit and ask him to leave. If it is incredible that we have reached this pass, it is also intolerable. However hard the effort to overthrow it, the status quo cannot stand. Nick Cohen
Corbyn (…) a dû subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud (parti d’extrême droite de Netanyahou en Israël). Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires. (…) Tel est le prix pour les « synthèses » sous toutes les latitudes. Ceux qui voudraient nous y ramener en France perdent leur temps. En tous cas je n’y céderai jamais pour ma part. Retraite à point, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogantes des communautaristes du CRIF : c’est non. Et non c’est non. Jean-Luc Mélenchon
Most people I know who used to be staunch Labour are now saying no way Jeremy Corbyn. It’s not our party any more. Same label, different bottle. Steve Hurt (engineer)
Because they hate Corbyn that much. The biggest message they can send to him is to elect a Tory government. Activist
Jeremy Corbyn and his supporters have talked a good deal about winning back these working class voters, but his policy positions haven’t been designed to appeal to them. I’m not just talking about his ambivalence on Brexit—there’s a widespread feeling among voters who value flag, faith and family that Corbyn isn’t one of them. Toby Young
It’s the same story across England—working class electors deserting Labour en masse. We won’t have a breakdown of how people voted according to income and occupation for a while yet, but a few of the opinion polls in the run-up to election day contained some astonishing findings. For instance, a Deltapoll survey for the Mail on Sunday last month showed the Conservatives outpolling Labour by 49 per cent to 23 per cent in the C2DE social grades—the bottom half of the National Readership Survey classification system that ranks people according to their occupation. That is to say, people in the bottom half of the NRS distribution—skilled, semi-skilled and unskilled manual workers, state pensioners and people on benefits—were intending to vote Conservative rather than Labour by a ratio of more than two to one. (Exit polls suggest the actual figure was closer to 1.5 to one.) A taste of things to come was provided on Tuesday when a clandestine recording was released of Jon Ashworth MP, Labour’s shadow health spokesman, telling a friend how “dire” things were for the party outside urban, metropolitan areas. “It’s abysmal out there,” he said. “They can’t stand Corbyn and they think Labour’s blocked Brexit.” Ashworth described the electoral map of Britain as “topsy turvey,” a reference not just to the anticipated losses in traditional Labour areas, but to the uptick in support for Labour in middle class cities like Canterbury. One of the other startling features of the opinion polls was Labour’s lead among graduates. As a general rule, the higher the concentration of graduates in an area, the more likely it was to skew Left on Thursday—and vice versa. (Labour held on to Canterbury.) The crumbling of the ‘Red Wall’ is the big story of this election and some commentators are describing it as a “one off.” The conventional wisdom is that working class voters have “lent” their votes to the Conservatives and, barring an upset, will give them back next time round. It’s Brexit, supposedly, that has been the game-changer—an excuse leapt on by Corbyn’s outriders in the media, who are loathe to blame Labour’s defeat on their man. If you look at the working class constituencies that turned blue, most of them voted to leave the European Union in 2016 by a significant margin—Great Grimsby, for instance, an English sea port in Yorkshire, where Leave outpolled Remain by 71.45 to 28.55 per cent. Labour’s problem, according to this analysis, is that it didn’t commit to taking Britain out of the EU during the campaign but instead said it would negotiate a new exit deal and then hold a second referendum in which the public would be able to choose between that deal and Remain. This fudge may have been enough to keep graduates on side, but it alienated working class Leave voters in England’s rust belt. This analysis doesn’t bear much scrutiny. To begin with, the desertion of Labour by its working class supporters—and its increasing popularity with more affluent, better educated voters—is a long-term trend, not an aberration. The disappearance of Labour’s traditional base isn’t just the story of this election, but one of the main themes of Britain’s post-war political history. At its height, Labour managed to assemble a coalition of university-educated liberals in London and the South and low-income voters in Britain’s industrial heartlands in the Midlands and the North—“between Hampstead and Hull,” as the saying goes. But mass immigration and globalization have driven a wedge between Labour’s middle class and working class supporters, as has Britain’s growing welfare bill and its membership of the European Union. Jeremy Corbyn and his supporters have talked a good deal about winning back these working class voters, but his policy positions haven’t been designed to appeal to them. I’m not just talking about his ambivalence on Brexit—there’s a widespread feeling among voters who value flag, faith and family that Corbyn isn’t one of them. Before he became Labour leader in 2015, he was an energetic protestor against nearly every armed conflict Britain has been involved in since Suez, including the Falklands War. He’s also called for the abandonment of Britain’s independent nuclear deterrent, the withdrawal of the UK from NATO and the dismantling of our security services—not to mention declining to sing the National Anthem at a Battle of Britain service in 2015. From the point of view of many working class voters, for whom love of country is still a deeply felt emotion, Corbyn seems to side with the country’s enemies more often than he does with Britain. Corbyn’s victory in the Labour leadership election was followed by a surge in party membership— from 193,754 at the end of 2014 to 388,103 by the end of 2015. But the activists he appeals to are predominantly middle class. According to internal Party data leaked to the Guardian, a disproportionate number of them are “high status city dwellers” who own their own homes. A careful analysis of the policies set out in Labour’s latest manifesto reveals that the main beneficiaries of the party’s proposed increase in public expenditure—which the Conservatives costed at an eye-watering £1.2 trillion—would be its middle class supporters. For instance, the party pledged to cut rail fares by 33 per cent and pay for it by slashing the money spent on roads. But only 11 per cent of Britain’s commuters travel by train compared to 68 per cent who drive—and the former tend to be more affluent than the latter. Corbyn also promised to abolish university tuition fees at a cost of £7.2 billion per annum, a deeply regressive policy which, according to the Institute of Fiscal Studies, would benefit middle- and high-earning graduates with “very little” upside for those on low incomes. It’s also worth noting that Corbyn’s interests and appearance—he’s a 70-year-old vegetarian with a fondness for train-drivers’ hats who has spent his life immersed in protest politics—strike many working class voters as “weird,” a word that kept coming up on the doorstep according to my fellow canvasser in Newcastle. He’s also presided over the invasion of his party by virulent anti-Semites and Labour is currently in the midst of an investigation by Britain’s Equality and Human Rights Commission thanks to his failure to deal with this. One of his supporters has already blamed the Jews for Labour’s defeat. But Corbyn isn’t the main reason C2DE voters have turned away from Labour, any more than Brexit is. Rather, they’ve both exacerbated a trend that’s been underway for at least 45 years, which is the fracturing of the “Hampstead and Hull” coalition and the ebbing away of Labour’s working class support. Another, related phenomenon that’s been overlooked is that these “topsy turvey” politics are hardly unique to Britain. Left-of-center parties in most parts of the Anglosphere, as well as other Western democracies, have seen the equivalent of their own ‘Red Walls’ collapsing. One of the reasons Scott Morrison’s Liberals confounded expectations to win the Australian election last May was because Bill Shorten’s Labour Party was so unpopular in traditional working class areas like Queensland, and support for socially democratic parties outside the large cities in Scandinavia has cratered over the past 15 years or so. Thomas Piketty, the French Marxist, wrote a paper about this phenomenon last year entitled ‘Brahmin Left vs Merchant Right: Rising Inequality and the Changing Structure of Political Conflict’ and it’s the subject of Capital and Ideology, his new book. His hypothesis is that politics in the US, Britain, and France—he confines his analysis to those three countries—is dominated by the struggle between two elite groups: the Brahmin Left and the Merchant Right. He points out that left-wing parties in the US, Britain and France used to rely on ‘nativist’ voters to win elections—low education, low income—but since the 1970s have begun to attract more and more ‘globalist’ voters—high education, high income (with the exception of the top 10 per cent of income earners). The nativists, meanwhile, have drifted to the Right, forming a coalition with the business elite. He crunches the data to show that in the US, from the 1940s to the 1960s, the more educated people were, the more likely they were to vote Republican. Now, the opposite is true, with 70% of voters with masters degrees voting for Hilary in 2016. “The trend is virtually identical in all three countries,” he writes. In Piketty’s view, the electoral preferences of the post-industrial working class—the precariat—is a kind of false consciousness, often engendered by populist snake-charmers like Matteo Salvini and Viktor Orban. He’s intensely suspicious of the unholy alliance between super-rich “merchants” and the lumpen proletariat, and similar noises have been made about the levels of support Boris has managed to attract. Plenty of better writers than me — Douglas Murray, John Gray — have debunked the notion that the only reason low-income voters embrace right-wing politics is because they’re drunk on a cocktail of ethno-nationalism and false hope (with Rupert Murdoch and Vladimir Putin taking turns as mixologists). It surely has more to do with the Left’s sneering contempt for the “deplorables” in the flyover states as they shuttle back and forth between their walled, cosmopolitan strongholds. As Corbyn’s policy platform in Britain’s election showed, left-wing parties now have little to offer indigenous, working class people outside the big cities—and their activists often add insult to injury by describing these left-behind voters as “privileged” because they’re white or cis-gendered or whatever. So long as parties like Labour pander to their middle-class, identitarian activists and ignore the interests of the genuinely disadvantaged, they’ll continue to rack up loss after loss. Get woke, go broke. Will the Democrats learn fdrom Labour’s mistake and make Jo Biden the candidate—or even Pete Buttigieg? I wouldn’t bet on it. The zealots of the post-modern Left have a limitless capacity to ignore reality even when it’s staring them in the face. As I said to a friend last night after the election results starting rolling in, fighting political opponents like Jeremy Corbyn is a bit like competing in a round-the-world yacht race against a team that thinks the earth is flat. It can be kind of fun, even exhilarating. But until they acquire a compass and learn how to read a map, it’s not really a fair fight. Toby Young
C’est signe de naïveté que voir dans l’enseignement de la Shoah le moyen de faire reculer l’antisémitisme. Asséner l’histoire de la Shoah aux élèves comme une forme de catéchisme moral censé les protéger de l’antisémitisme est un non-sens. D’une part, parce que la compassion ne protège de rien : dans nos sociétés, une émotion chasse l’autre. D’autre part, parce qu’à force d’asséner cette histoire sous une forme moraliste on semble oublier que tout catéchisme provoque le rejet. On semble oublier aussi qu’on alimente une concurrence mémorielle qui nourrit le communautarisme. Enfin, qu’enfermer le peuple juif dans une essence de victime ne protège pas de la violence, mais tout au contraire y expose davantage. Georges Bensoussan
Je sais bien que les gens en ont par dessus de la tête de ces juifs qui se plaignent de l’antisémitisme, comme s’il n’y avait pas de trucs plus importants dans la vie. Qu’un type qui avait un peu abusé du chichon jette une vieille dame par dessus son balcon en hurlant qu’elle est le diable, qu’un autre mitraille des petits enfants dans une école confessionnelle ou qu’un troisième fasse un carton sur les clients d’un supermarché casher, et paf, les voilà à nouveau en train de jérémier sur les plateaux de télé…Forcément, ça agace. Regardez les élections en Grande-Bretagne, la gauche les perd dans les grandes largeurs, vraisemblablement parce que son programme de collectivisation des moyens de production était naze et son leader aussi charismatique et enthousiasmant qu’un bonnet de nuit en pilou, eh bien qui entend-on pousser des hauts-cris ? Les juifs. Et pourquoi donc ? Parce que pour l’état-major du Labour, les porteurs de kippa seraient en réalité les deus ex machina de la défaite. Mais bon sang, si on ne peut plus accuser les juifs d’être derrière tout ce qui ne nous fait pas plaisir dans la vie sans les entendre se lamenter devant leur mur, où va-t-on ? Et puis, franchement, il doit avoir un peu raison quelque part, l’ancien maire de Londres Ken Livingstone, lorsqu’il évoque ce satané « vote juif » sans lequel Corbyn serait aujourd’hui Premier ministre à la place de cette crapule de Boris Johnson. D’accord, il n’y a que 300 000 juifs dans tout le pays, les socialistes ont perdu par 4 millions de voix, mais on imagine tout de même que pour un « peuple élu », manipuler un scrutin doit être un jeu d’enfant… D’ailleurs, même notre gauche radicale à nous est d’accord avec l’analyse : les juifs, ils sont tous de droite. Ces Marx, ces Trotski, ces Mendès-France, ces Krivine, ces Cohn-Bendit, ces Bernie Sanders… Tous des fachos notoires. Du coup, on comprend que Mélenchon pousse un coup de gueule sur son blog en commentant le terrible résultat : chez nos voisins du dessus, la gauche a été laminée à cause du « grand rabbin et des réseaux d’influence du Likoud » (un parti politique israélien dont tous les juifs à travers le monde deviennent membres de droit dès leur circoncision). Mieux encore, c’est le Crif français, avec ses « oukases arrogantes » qui imposent « des génuflexions », qui a certainement tenu la main de ces pauvres électeurs britanniques. Fichu cosmopolitisme… D’autant plus que le point de vue de l’insoumis en chef doit être pas mal répandu : zéro réaction chez nos politiques de droite ou de gauche à ses propos ; pas le moindre froncement de sourcil dans la presse « comme il faut »… Un vrai « détail de l’histoire », son commentaire outragé façon Protocole des sages de Sion. Alors, est-ce qu’il est antisémite, le Méluche ? Au sens où, il rêverait d’une solution ultime au problème que pose la terrible engeance dont j’ai moi-même presque honte de faire partie ? Évidemment non. Les antisémites, les vrais, sont de droite (comme les juifs d’ailleurs, mais c’est pour ça qu’on a inventé le mot paradoxe). Non, il n’est pas antisémite. Il constate juste que les juifs utilisent leurs immenses moyens de pression financiers et médiatiques pour accomplir leurs noirs desseins colonialistes et qu’il est temps d’arrêter de se mettre à plat ventre devant eux par faiblesse. C’est tout. On ne va pas en faire un cheddar. Mélenchon, en fait, il dit juste tout haut ce que les gens pensent tout bas, comme le suggérait un autre bateleur d’estrade autrefois. Il dit juste que si Corbyn a perdu, c’est à cause du Crif, des rabbins, du Likoud et des oukases ! Prenez-vous ça dans la gueule, les juifs ! Si vous pensez vraiment qu’on n’a pas vu votre petit jeu ! Retournez manger votre pain azyme dans vos synagogues et arrêtez de vous mettre en travers de la justice sociale, non mais ! Hughes Serraf
Si la volte-face récente de Jean-Luc Mélenchon est un calcul électoraliste, alors ce calcul est une erreur. Car lorsque la Maison Mélenchon multiplie les ententes avec des activistes communautaristes, du strict point de vue électoraliste elle se tire une balle dans chaque pied: d’une, cela ne lui fait rien gagner du côté des Français de confession musulmane ; de deux, cela lui fait perdre massivement des électeurs de gauche qui, musulmans ou pas, sont restés fermes sur la défense de la laïcité et de l’égalité femmes-hommes. Il existe cependant une autre hypothèse que le calcul électoraliste: celle de l’erreur provoquée par un fonctionnement à la va-vite. Peut-être que tous ces députés LFI ont signé en bloc l’appel à marcher contre l’islamophobie parce qu’ils n’ont pas lu le texte avec suffisamment d’attention: ils ont donc cru signer un appel antiraciste habituel, sans en repérer les ambiguïtés. Et aussi, parce qu’ils ne se sont pas renseignés sur les idées d’une partie des porteurs du texte, idées pour le moins problématiques quand on est de gauche. Puis, après coup, Jean-Luc Mélenchon aura tenté de limiter la casse en trouvant des explications plus ou moins vraisemblables à cette catastrophique sortie de route. Toujours est-il que tout cela est incompréhensible venant de Jean-Luc Mélenchon, lui qui plaida rigoureusement contre le concept d’islamophobie au motif qu’on doit avoir, je cite, «le droit de ne pas aimer l’islam». Du reste, il n’y aurait eu aucune polémique et aucun problème si la marche et l’appel à manifester avaient invoqué le racisme anti-maghrébins ou le racisme anti-musulmans, plutôt que ce concept d’islamophobie dont le sens et la légitimité sont l’objet de controverses. Toute cette affaire, c’est vraiment dommage. Car assurément, lors de cette marche, plusieurs milliers de gens ont défilé sincèrement contre le racisme et pas du tout pour le communautarisme d’une partie des initiateurs. Chez LFI et ailleurs, les activistes communautaristes sont en réalité très peu nombreux. Et comme je vous le disais à l’instant, la population qu’ils prétendent défendre, dans sa très large majorité, ne veut pas de leurs idées. Pour compenser cette faiblesse numérique et ce rejet de leurs thèses par ceux qu’ils disent représenter, ils pratiquent donc un entrisme très agressif: partis, facultés, syndicats, médias, etc. Lorsqu’une structure va bien, les activistes communautaristes n’arrivent pas à y avoir une influence: leur entrisme a par exemple échoué dans presque tous les grands médias. Lorsqu’une structure est affaiblie ou en crise, en revanche, ils parviennent à y prendre pied: c’est arrivé à des petits partis et à des syndicats. Or, précisément, après deux années d’erreurs accumulées, la Maison Mélenchon est extrêmement affaiblie. C’est un astre mort, pareil à ces étoiles dont vous percevez encore la lumière alors qu’elles sont déjà éteintes. Au lendemain de la présidentielle de 2017, elle pouvait mobiliser au moins 50 000 militants de terrain dans toute la France pour une opération d’envergure nationale. Actuellement, elle peut difficilement en mobiliser 5 000 et peine à constituer des listes en vue des élections municipales de 2020. L’influence croissante des activistes communautaristes est un signe supplémentaire du fait que la Maison Mélenchon est affaiblie. Dans ce contexte, alors que les activistes communautaristes étaient encore fermement contenus en marge de l’appareil LFI juste après la présidentielle de 2017, aujourd’hui ils y prospèrent. Ce qui ne fait que faciliter la chute de la Maison Mélenchon puisque encore une fois, ni les Français en général, ni les Français de confession musulmane en particulier, ne veulent du communautarisme. Autrement dit, plutôt qu’un problème en soi, l’influence croissante des activistes communautaristes est plutôt un signe supplémentaire du fait que la Maison Mélenchon est affaiblie: l’hémorragie électorale, l’exode massif de militants, l’autodestruction de l’image d’homme d’État de Jean-Luc Mélenchon, ont probablement fait trop de dégâts pour que cela soit réparable. J’ai rejoint La France insoumise à l’été 2017. Je l’ai fait par idéal, parce que j’étais profondément d’accord avec le programme du mouvement: L’Avenir en commun. J’étais très enthousiaste et je me suis mis à la disposition du mouvement pour aider. Charlotte Girard, responsable du programme, m’a confié la formation politique des militants en tandem avec Manon Le Bretton. Pendant un an je ne me suis occupé que de cela. J’étais dans mon coin, et ce d’autant plus que le fonctionnement de l’appareil central est extrêmement cloisonné. Je n’avais des contacts avec le siège que pour des questions logistiques, et de temps en temps pour valider le planning ou les intervenants. Et puis, en été 2018, m’étant porté volontaire pour être l’un des candidats LFI à l’élection européenne, j’ai commencé à fréquenter régulièrement l’appareil central, avec des réunions de coordination, des échanges fréquents avec des cadres, etc. C’est à partir de là que j’ai eu de plus en plus de voyants rouges allumés, au fur et à mesure de ce que je voyais. C’est bien simple: la Maison Mélenchon pratique systématiquement en interne le contraire des valeurs qu’elle affiche. C’est orwellien. Dans les paroles, elle plaide pour une vraie démocratie, pour le respect des droits de l’opposition, pour l’émancipation humaine. Dans les actes, en interne, elle pratique le fonctionnement dictatorial, l’interdiction d’exprimer une parole critique sous peine d’encourir une «purge», et des façons de traiter les gens qui souvent sont humainement détestables. Je raconte par exemple dans un chapitre de mon livre comment les lanceurs d’alerte, qui exigeaient de passer à un fonctionnement démocratique, ont été systématiquement placardisés, calomniés, bannis, ou un mélange des trois. On m’objecte parfois que les tendances dictatoriales de Jean-Luc Mélenchon étaient évidentes dès 2017. Mais ce n’est pas vrai. Dès 2017, certes, chacun voyait qu’il était manifestement un homme à poigne et sujet à des grosses colères. Mais le fonctionnement interne systématiquement dictatorial de LFI, lui, n’était pas encore connu du grand public. On m’objecte plus souvent que ma désillusion aurait dû être plus rapide. Mais c’est négliger plusieurs choses. D’abord, le travail de lucidité est ralenti par le problème du double langage permanent des cadres de l’appareil: telle instance verrouillée est déguisée en instance aux participants «tirés au sort» ; tel congrès où il est interdit de proposer un autre texte que celui de la direction, est déguisé en exercice de démocratie participative ; telle purge pour se débarrasser d’un cadre trop critique, est déguisée en mesure disciplinaire «pour avoir tenu des propos sexistes» ; et ainsi de suite. Il faut donc le temps d’identifier une novlangue interne systématique et d’identifier la réalité autoritaire, centralisée, verrouillée, qu’elle sert à cacher. Ensuite, comme je vous le disais l’appareil est extrêmement opaque, cloisonné. Et les cadres ont souvent peur d’exprimer leurs critiques même entre eux. Comprendre le fonctionnement réel de la machine est donc matériellement difficile – et prend d’autant plus de temps. Enfin, si des dizaines de milliers de militants ont mis du temps avant de quitter La France insoumise, c’est aussi à cause du déni. Quand vous rejoignez un mouvement par idéal, vous devez d’abord épuiser en vous toutes les autres explications possibles, même tordues, avant d’accepter de regarder en face que c’est une vaste escroquerie politique qui trahit l’idéal au nom duquel vous vous êtes engagé. Au premier tour de la présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon a frôlé les 20 % malgré sa stratégie, et non pas grâce à elle. Au départ, la Maison Mélenchon a décidé de faire, par rapport à la campagne de 2012, ce qu’on appelle en marketing un «rebranding». Ils ont abandonné le vocabulaire, le message et les symboles de la campagne «Fier d’être de gauche» de 2012. Ils ont remplacé tout cela par une campagne «Fédérer le peuple contre les 1%», avec un message au-delà du clivage gauche-droite, apaisé sur la forme. C’est ce qu’on appelle la stratégie du «populisme de gauche». Jean-Luc Mélenchon est resté malgré lui un candidat d’union de la gauche. Résultat: cela a échoué. En janvier 2017, Jean-Luc Mélenchon reconstitue en intentions de vote son score de la présidentielle de 2012, ce qui signifie que malgré un changement profond de message et de mise en scène, c’est encore l’électorat de gauche radicale qu’il réunifie. Se produit alors cet effet-domino: quelques points d’électorat de centre-gauche abandonnent progressivement le vote Hamon pour le vote Macron, essentiellement par peur de Marine Le Pen et dans l’idée qu’Emmanuel Macron sera un meilleur candidat de barrage au FN. Ce qui fait baisser Benoît Hamon de 17 à 12-13, jusqu’à se trouver à touche-touche avec Jean-Luc Mélenchon. Par conséquent l’effet «vote utile de gauche», qui protège habituellement le candidat du PS contre tout rival de gauche, ne joue plus. Arrivent les débats de premier tour de la présidentielle: Hamon et Mélenchon disent en substance la même chose, mais Mélenchon est meilleur sur le fond et sur la forme. Mélenchon passe donc de quelques points devant Hamon dans les sondages – vraisemblablement un transfert d’électorat «aile gauche du PS». Enfin, dans la dernière ligne droite, Mélenchon étant devenu le candidat le mieux placé à gauche, l’effet «vote utile de gauche» se reconstitue dans la dernière ligne droite à son avantage, et le catapulte à presque 20 %. Il faut souligner que bien sûr, cette montée en puissance n’aurait pas été possible sans les talents d’orateur du candidat, son charisme hors normes, et son grand talent de pédagogue politique sur scène. Toujours est-il qu’ainsi, ce que Jean-Luc Mélenchon a dit, c’est qu’il allait fédérer le peuple par-delà le clivage gauche-droite – mais ce qu’il a fait, c’est être malgré lui un candidat d’union de la gauche. Une fois qu’on a compris cela, on comprend aussi que, lorsque la Maison Mélenchon a interprété ce score comme un nouveau socle de 20 % d’adhésion à la stratégie du «populisme de gauche», c’était une erreur. Puisque Jean-Luc Mélenchon avait été, certes malgré lui, un candidat d’union de la gauche, il fallait former une coalition de type «Front populaire» dès les législatives. Au lieu de cela, La France insoumise a préféré partir seule au combat des législatives, ce qui a mécaniquement abouti à un groupe parlementaire croupion. De même, pendant deux ans, le message politique martelé en boucle, celui de l’appel au soulèvement populaire, n’a correspondu qu’aux attentes de l’électorat de gauche radicale: c’est-à-dire moitié moins que les 20 % de 2017, ce qui a contribué à rétrécir l’espace électoral de LFI. La situation politique de l’Europe est très diverse, sans qu’on constate une dynamique commune à tout le continent. À cela s’ajoute un problème spécifique d’illisibilité du cap fixé. Par exemple, il fut tour à tour question de refuser les alliances avec d’autres forces de gauche, puis de les souhaiter, puis de les refuser à nouveau, et ainsi de suite. Autre exemple, concernant la stratégie «plan A plan B» face à l’Union européenne, il en a existé de 2017 à 2019 presque autant d’interprétations qu’il existe de porte-paroles de LFI. À la longue, cette ligne erratique a nécessairement conduit à ce que des électeurs, rendus méfiants par le flou, se détournent de LFI. rien n’indique un grand effondrement européen de la gauche. 2019 a vu plusieurs victoires. En Espagne, les législatives ont été gagnées par la gauche sociale-démocrate et elle vient de signer un accord de principe avec la gauche radicale pour gouverner ensemble. Au Portugal, les législatives ont été gagnées par la coalition sortante de gauche. En Italie, sans passer par des législatives, un nouveau gouvernement a été installé, sur une coalition du Mouvement 5-Etoiles et de la gauche. On pourrait ainsi multiplier les exemples. On pourrait cependant multiplier aussi les exemples de succès de la droite et dans une moindre mesure de l’extrême droite. Ni vague brune, ni vague bleue, ni vague rose, ni vague rouge: la situation politique de l’Europe, aujourd’hui, est tout simplement très diverse, sans qu’on constate une dynamique commune à tout le continent. Thomas Guénolé
L’antisémitisme de la gauche est un sujet tabou. Depuis longtemps, elle s’est dressée en pourfendeuse du racisme, forcément de droite, oubliant, par exemple, que la chambre du Front Populaire avait voté les pleins pouvoirs à Pétain, vite rejoint à Vichy par Laval, Déat, Marquet, Doriot, Luchaire, Belin et Bousquet. S’il y eut un antijudaïsme catholique, des antisémitismes agnostique (Voltaire) et protestant (Luther), l’un des plus virulents avec celui de l’extrême droite fut révolutionnaire et socialiste. Dans La question juive, Marx dénonce «l’essence du judaïsme et la racine de l’âme juive, l’opportunité et l’intérêt personnel qui se manifeste dans la soif de l’argent». Dans une lettre à Engels, il décrit le socialiste allemand Ferdinand Lassalle comme «un vrai juif de la frontière slave, (…) sa manie de masquer le juif crasseux de Breslau sous toutes sortes de pommades et de fard». Proudhon, qui va inspirer Jaurès, dénonce «l’ennemi du genre humain», une «race» qu’ «il faut renvoyer en Asie ou exterminer» . Staline, idole, sa vie entière, du PCF, lance en 1948 une campagne «anti-cosmopolite», prélude aux exécutions des «blouses blanches» et des intellectuels juifs «incapables de comprendre le caractère national russe». Dans l’entre-deux-guerres, les «néo-socialistes», tous pacifistes, sont aussi à l’œuvre chez nous: Déat souligne le «byzantinisme» de Léon Blum et sa «passivité tout orientale» ; c’est l’époque où la SFIO est accusée de subir une «dictature juive», et que le maire de Bordeaux, Marquet, lui reproche de «pousser à la guerre pour l’URSS et la juiverie». Mais parmi les figures emblématiques de l’antisémitisme de gauche, Jaurès tient une place de choix. Le sujet est tabou par excellence, tant l’idole du socialisme français est encaustiquée! Son journal, La Petite République, désigne le député Reinach comme un «juif ignoble» . Lors de son voyage en Algérie, en avril 1895, Jaurès décrit les juifs qui, «par l’usure, l’infatigable activité commerciale et l’abus de l’influence politique, accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois publics (…). Ils tiennent une grande partie de la presse, les grandes institutions financières, et quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus» . Son historien «officiel», Gilles Candar, excusera la diatribe par la «fatigue» de son auteur! L’explication, si facile, par le «contexte» ne tient pas: Clemenceau ne tiendra jamais de tels propos. Dans son discours au Tivoli en 1898, Jaurès est plus caricatural encore: «nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, (…) manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion» . Longtemps convaincu de la culpabilité de Dreyfus, qui aurait échappé à la peine capitale grâce «au prodigieux déploiement de la puissance juive», Jaurès dénonce à la tribune de la Chambre la «bande cosmopolite»! Il sera d’ailleurs sanctionné pour ses propos! Après avoir, une dernière fois, souligné que «l’odeur du ghetto est souvent nauséabonde» , Jaurès opère un revirement tardif lors du procès de Zola, assigné en Justice par le Président Félix Faure en représailles du «J’accuse» paru dans L’Aurore. Devenu dreyfusard, Jaurès, le repenti, obtiendra le soutien financier magnanime du banquier Louis Dreyfus pour son journal l’Humanité… Anne Hidalgo envisageait de débaptiser la rue Alain pour les accents antisémites du journal intime du philosophe. Le fera-t-elle aussi pour Jaurès? L’antisionisme est-il aujourd’hui pour les islamo-gauchistes le cache-sexe de l’antisémitisme? La cause palestinienne est en tout cas mal servie! On se souviendra seulement que les enfants de Marx ont pris, comme Edwy Plenel, dans son journal «Rouge», la défense «inconditionnelle» des terroristes de Septembre Noir. Ceux qui, en 1973, aux JO de Munich, ont assassiné onze athlètes israéliens. Un acte «justifié», disait Sartre, parce que c’étaient des soldats. Bernard Carayon
Il faut distinguer deux choses. L’antisionisme est-il une forme d’antisémitisme dicible ? Et faut-il légiférer en la matière ? Il y a donc deux réponses distinctes. En premier lieu, définir l’antisionisme : c’est l’hostilité à l’idée d’un État juif. Les premiers milieux antisionistes, c’est à l’intérieur du monde juif qu’on les trouve et de bords opposés, d’une part dans les milieux de l’orthodoxie religieuse, de tendance hassidique ou non, d’autre part dans les milieux de la gauche juive, socialiste révolutionnaire ou issue du mouvement bundiste (le parti socialiste juif ouvrier, ndlr) né en 1897, l’année du premier congrès sioniste. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs parallèlement et même immédiatement de voir se déclencher un antisionisme virulent du côté de l’Église catholique et des milieux d’extrême droite. Il faut rappeler que les Protocoles des Sages de Sion ont été rédigés dans la foulée du premier congrès sioniste. Ils sont nés du fantasme d’une domination universelle des Juifs à partir du projet de création d’un « foyer national » juif. S’il s’agit de s’opposer à la création d’un État juif, l’antisionisme est donc un débat légitime jusqu’au 14 mai 1948. Ensuite, il perd toute raison d’être puisque l’État existe. Si la polémique persiste, alors cela signifie en bonne logique que l’on est opposé à l’existence de l’État d’Israël. Et dans ce cas, on n’est plus dans un débat politique mais dans un projet meurtrier parce que la disparition d’un Etat, c’est le mot doucereux pour dire expulsions, spoliations et massacres. En ce sens, et depuis 1948, le débat sur la validité ou non du sionisme est clos puisque l’État est là. On peut certes continuer à discuter à l’infini sur ce qu’a représenté le projet sioniste, son bien-fondé ou non, mais on ne peut plus remettre en cause son résultat pratique, la création d’un Etat et d’une société nouvelle forte de neuf millions d’habitants. Pour autant, faut-il légiférer ? Je ne crois pas. L’antisionisme joue d’une ambiguïté, celle de faire croire qu’il se limite à la critique de la politique israélienne quand, en réalité, c’est le droit à l’existence de ce pays que l’antisionisme remet en cause, quelle que soit la politique de ses dirigeants et les concessions qu’ils feront demain. La critique de la politique israélienne, c’est autre chose, ce n’est pas de l’antisionisme ni de l’antisémitisme mais tout simplement la critique légitime de la politique d’un État. Légiférer dans ce domaine est une erreur dès lors que l’on n’a pas expliqué correctement ce que recouvrait le mot antisionisme, un appel à la destruction d’un État et non la critique de sa politique. Légiférer va conférer en effet un caractère intouchable à l’État juif qui ne peut qu’alimenter le fantasme complotiste. Il vaut mieux expliquer comment l’antisémitisme qui n’est plus dicible depuis Auschwitz se dissimule derrière le mot sioniste, comment le mot juif est systématiquement remplacé par le mot sioniste dans une démarche mystificatrice. Pour percer à jour cette supercherie intellectuelle, l’arsenal législatif contre l’antisémitisme suffisait amplement. Je crois surtout que la diabolisation de l’État d’Israël est l’héritage laissé par l’intense propagande communiste. Reste aussi qu’on aura mis cinquante ans à découvrir cette mystification. Léon Poliakov l’avait dit dès 1968, l’antisionisme militant était le refus à peine masqué de l’existence d’un Etat juif. Et plus encore dix ans plus tard le philosophe Vladimir Jankélévitch qui s’exprimait en ces termes : « L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite ; (il) donne la permission d’être démocratiquement antisémite. Qui dit mieux ? Il est désormais possible de haïr les Juifs au nom du progressisme ! Il y a de quoi avoir le vertige : ce renversement bienvenu, cette introuvable inversion ne peuvent qu’enfermer Israël dans une nouvelle solitude [1]. » La doxa actuelle a fait de l’antisionisme un de ses credo de base pour des raisons profondes. Je ne pense pas qu’une loi puisse infléchir cette tendance. Il est préférable de la comprendre pour désamorcer la part inquiétante de ce raisonnement spécieux. Je crois surtout que la diabolisation de l’État d’Israël est l’héritage laissé par l’intense propagande communiste, aujourd’hui oubliée, en particulier celle de l’ex-Union soviétique qui entre les années 1950 et 1990, a produit une immense « littérature » anti-israélienne imprégnée du vieil antisémitisme russe mâtiné d’anticapitalisme. La diabolisation de l’État juif tient aussi au nouveau rapport de force démographique qui s’est instauré en Europe par le biais d’une immigration arabo-musulmane importante, en particulier en France, le pays qui abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe (25% des musulmans d’Europe vivent en France) comme aussi la plus importante communauté juive. Dans leur immense majorité, cette immigration vient du monde arabe et en particulier du Maghreb où la haine de l’État d’Israël est diffuse et quotidienne, en particulier en Algérie. Par surcroit, cette récusation a été sourdement et silencieusement favorisée par la culpabilité née de la Shoah. Dans un autre ordre d’idées, l’État d’Israël a été fondé après la Seconde Guerre mondiale à contre-courant du principe de l’État-nation. Il représente le principe même de l’identité nationale, de la filiation et des racines, un principe qui a été puissamment récusé en Europe par le multiculturalisme dominant. On en veut à l’Etat juif de représenter le principe de l’État-nation dont beaucoup considèrent qu’il est porteur de guerre. D’un autre bord, on lui en veut aussi d’avoir perpétué ce qui est perdu en Europe aujourd’hui et dont on garde une nostalgie mais qui est difficile à dire en ce temps de pensée correcte : l’identité culturelle, l’enracinement et l’amour de la patrie. Des mots qui pourraient vous classer d’emblée à l’extrême droite dans ce tribunal permanent qu’est devenue la vie intellectuelle dans la France d’aujourd’hui. Je reviens sur cette diabolisation de l’État d’Israël comme forme sécularisée, profane et dicible, de l’antique stigmatisation du signe juif qui a participé à la matrice culturelle de l’Europe chrétienne. La restauration de l’indépendance nationale juive est le démenti infligé à l’abaissement d’Israël, partie intrinsèque de la théologie chrétienne comme de la théologie musulmane. Malédiction de l’origine… Il est difficile de sortir de ce moule. Ce n’est toutefois pas impossible à la condition de mettre les mots pour ne plus être parlé par ces mythologies. Il faut faire ici un sort particulier à la passion anti-israélienne qui anime certains Juifs de la diaspora dans leur relation torturée à leur identité juive. Je trouve particulièrement fallacieux d’avancer, par exemple, que les Juifs qui ne vivent pas en Israël sont antisionistes. Non, ils sont au mieux a-sionistes, certainement pas antisionistes. Avoir fait un autre choix que celui de s’établir dans l’État d’Israël ne signifie pas qu’on récuse le projet sioniste, mais simplement qu’on a d’autres attaches, d’autres enracinements, d’autres intérêts et d’autres filiations qui nous interdisent d’émigrer. Ce tour de passe-passe sémantique (tout Juif qui n’habite pas Israël est décrété « antisioniste ») participe d’une logique strictement idéologique. Près de 52% des Juifs du monde vivent aujourd’hui en Israël. En 1948, c’était à peine 5%. L’effectif du peuple juif dans le monde n’est pas de seize millions d’individus mais de treize millions au maximum. Sur ce chiffre, plus de 6,5 millions vivent aujourd’hui dans l’État juif. La seconde incohérence est de continuer à raisonner comme à l’époque d’avant l’État juif. Car la naissance de l’État d’Israël a modifié considérablement l’identité juive, l’identité de tous les Juifs du monde et pas seulement des Juifs citoyens israéliens. Y compris les plus hostiles au concept d’État juif. On est étonné que des militants antisionistes de profession, qui se situent généralement à gauche, se montrent aussi étrangers à la dialectique. Car la création de l’État d’Israël a bouleversé le regard que les Juifs portent sur leur propre identité, elle leur a donné une assurance et une force qu’ils ne connaissaient pas jusque-là. Elle les a transformés. C’est aussi pourquoi l’immense majorité d’entre eux est attachée à la vie et à la survie de l’État juif même s’ils n’ont aucune intention de s’y installer. Qu’on interroge les communautés juives de par le monde et l’on verra combien l’attachement à l’État d’Israël est puissant et va au-delà des vicissitudes de tel ou tel gouvernement, il est ancré dans la quasi-totalité des communautés juives de la diaspora en dépit du regard critique qu’elles peuvent porter sur la politique de l’État juif. Son existence est devenue chose vitale pour la quasi-totalité des Juifs du monde. Qu’on se souvienne par exemple des mots de Raymond Aron à ce sujet à la veille de la Guerre des Six Jours en 1967. Trois points me semblent essentiels. En premier lieu, cette augmentation de 74 % en 2018, une année où il n’y a pas eu de conflit majeur entre Israël et ses voisins, malgré quelques flambées de fièvre avec le Hamas à Gaza, rien toutefois qui ressemble à une véritable guerre comme en 2014, et a fortiori comme en 2006 avec le Hezbollah au Liban. Autrement dit, connecter perpétuellement la flambée d’actes antijuifs commis en France avec le conflit israélo-arabe est un leurre. L’antisémitisme qui sévit aujourd’hui en France se nourrit de lui-même, il peut certes être aggravé par l’actualité proche-orientale mais il n’en est pas né. Il n’a pas été créé par elle. Il est endogène. En matière d’actes agressifs, leurs auteurs sont connus et pour l’essentiel, sinon l’immense majorité d’entre eux, ils ne viennent pas de l’extrême droite. On s’abstiendra donc de désigner les antisémites tout en condamnant bien sûr l’antisémitisme. En deuxième lieu, l’arsenal législatif français est suffisant pour punir sévèrement les auteurs d’actes délictueux. C’est au pouvoir politique et à la justice de faire leur travail. De ne pas tergiverser sur la nature antisémite de crimes pour lesquels, on le sait, une dimension antisémite était avérée comme dans le cas de Sarah Halimi dont l’agresseur a traversé l’appartement de ses voisins maliens sans leur faire de mal pour aller frapper « la Juive » de l’immeuble qu’il bat à mort en la traitant de Sheitan (diable en arabe) avant de la défenestrer. Si ce n’était qu’une bouffée délirante, il s’en serait pris au premier voisin venu. Ce ne fut pas le cas : c’était à « la Juive » qu’il en voulait et à elle seule. Et jusqu’à ce jour, près de trois ans après les faits, on continue à débattre du caractère antisémite ou non de l’agression. En d’autres termes, si l’arsenal législatif suffit, mais si les actes ne suivent pas, c’est que la volonté politique est faible et qu’elle s’appuie sur cette maladie répandue mais qui prend en France une forme aiguë : le déni. Cette faiblesse a des causes profondes, mais elle est camouflée par des discours de compassion, souvent émouvants, qui de la droite à la gauche nous signifient que « la France sans les Juifs ne saurait être la France ». Dans la réalité, on a oublié ce sondage récent, il y a deux ans à peine, qui nous montrait que 67 % des Français étaient indifférents au départ des Juifs. Certes, seule une minorité infime s’en réjouissait et un bon tiers le déplorait. Mais le chiffre de 67 % était là, écrasant qui montrait la force de l’indifférence, ce moteur du malheur. Je doute fort que la loi puisse faire quoique en matière d’évolution sociétale. Nous sommes en présence d’une vague de fond, elle porte à terme l’abandon des Juifs sans qu’entre ici une part d’antisémitisme militant. Cet abandon n’est d’ailleurs que le signe avancé d’une fracturation et d’une désaffiliation françaises plus vastes. Mais c’est un autre sujet. En troisième lieu, c’est signe de naïveté que voir dans l’enseignement de la Shoah le moyen de faire reculer l’antisémitisme. Asséner l’histoire de la Shoah aux élèves comme une forme de catéchisme moral censé les protéger de l’antisémitisme est un non-sens. D’une part, parce que la compassion ne protège de rien : dans nos sociétés, une émotion chasse l’autre. D’autre part, parce qu’à force d’asséner cette histoire sous une forme moraliste on semble oublier que tout catéchisme provoque le rejet. On semble oublier aussi qu’on alimente une concurrence mémorielle qui nourrit le communautarisme. Enfin, qu’enfermer le peuple juif dans une essence de victime ne protège pas de la violence, mais tout au contraire y expose davantage. Georges Bensoussan
 Attention: une synthèse peut en cacher une autre !
Au lendemain du véritable triomphe de Boris Johnson et des Conservateurs britanniques …
Et surtout du désastre du leader travailliste Jeremy Corbyn …
Pendant que refusant d’y reconnaitre le funeste résultat de décennies de radicalisation à l’instar de l’ancien maire de Londres travailliste Jonathan Livingstone, Jean-Luc Mélenchon y va de sa dénonciation des tentatives de synthèse de Corbyn avec la gauche modérée du parti …
Et après avoir défilé le mois dernier contre la prétendue islamophobie, achève son coming out antisémite dans une violente dénonciation des « ukases arrogantes (sic) des communautaristes du CRIF » …
Comment ne pas y voir, du Brexit à l’élection de Trump – et avant sa probable réélection – jusqu’au mouvement des gilets jaunes en France, la continuation d’une révolte de toute une classse ouvrière et moyenne abandonnée par la gauche boboïsée et caviardisée ?
Et comment ne pas se réjouir de ces électeurs de cette même classe …
Qui déjouant toutes les accusations de xénophobie et de racisme dont ils sont régulièrement l’objet …
Ont su au nom des valeurs oubliées de leur classe des « trois F » (family, faith and flag) …
Retrouver le simple sens de la décence qu’oublient justement aujourd’hui leurs accusateurs de gauche …
Et démasquer enfin, de Livingstone à Galloway et Corbyn …
Mais aussi de Marx, Proudhon, Guesde, Jaurès et Lénine et Staline …
Cachée derrière le cache-sexe de l’antisionisme qui, puisque l’État d’Israël existe comme le rappelle Georges Bensoussan, ne vise plus que la disparition d’un Etat, et les expulsions, spoliations et massacres qu’elle suppose …
Cette nouvelle et pourtant si ancienne synthèse du fameux socialisme des imbéciles
Contre laquelle toute nouvelle législation comme le catéchisme moral ne fera que relancer le fantasme complotiste …
Entre la prétendue gauche antifasciste et antiraciste et les plus radicaux des immigrés musulmans dont il lorgnent les votes ?

L’antisionisme est-il un antisémitisme ? Grand entretien avec Georges Bensoussan

Désespérant et indéracinable, l’antisémitisme progresse en France, en Europe et aux Etats-Unis. Une résolution assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme a été adoptée par le Parlement, suscitant une vive polémique. Le décryptage de Georges Bensoussan.

Cet entretien avec l’historien Georges Bensoussan apporte un nouvel éclairage sur un débat sulfureux. Rappelant que l’antisémitisme se dissimule effectivement derrière le mot sioniste, il doute néanmoins de l’efficacité d’une loi faussement protectrice qui risque au contraire d’alimenter le fantasme complotiste.

Georges Bensoussan est historien et auteur de nombreux ouvrages, tant sur la mémoire du génocide que sur la situation des juifs dans les pays arabes. Après le prémonitoire Les territoires perdus de la République (2002), il a dirigé l’ouvrage Une France soumise (Albin Michel, 2017) A paraître en janvier : L’alliance israélite universelle. Juifs d’Orient, Lumieres d’Occident (Albin Michel).


Marianne : Quel regard portez-vous sur la loi assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme, qui fait polémique ?

Georges Bensoussan : Il faut distinguer deux choses. L’antisionisme est-il une forme d’antisémitisme dicible ? Et faut-il légiférer en la matière ? Il y a donc deux réponses distinctes. En premier lieu, définir l’antisionisme : c’est l’hostilité à l’idée d’un État juif. Les premiers milieux antisionistes, c’est à l’intérieur du monde juif qu’on les trouve et de bords opposés, d’une part dans les milieux de l’orthodoxie religieuse, de tendance hassidique ou non, d’autre part dans les milieux de la gauche juive, socialiste révolutionnaire ou issue du mouvement bundiste (le parti socialiste juif ouvrier, ndlr) né en 1897, l’année du premier congrès sioniste. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs parallèlement et même immédiatement de voir se déclencher un antisionisme virulent du côté de l’Église catholique et des milieux d’extrême droite. Il faut rappeler que les Protocoles des Sages de Sion ont été rédigés dans la foulée du premier congrès sioniste. Ils sont nés du fantasme d’une domination universelle des Juifs à partir du projet de création d’un « foyer national » juif.

S’il s’agit de s’opposer à la création d’un État juif, l’antisionisme est donc un débat légitime jusqu’au 14 mai 1948. Ensuite, il perd toute raison d’être puisque l’État existe. Si la polémique persiste, alors cela signifie en bonne logique que l’on est opposé à l’existence de l’État d’Israël. Et dans ce cas, on n’est plus dans un débat politique mais dans un projet meurtrier parce que la disparition d’un Etat c’est le mot doucereux pour dire expulsions, spoliations et massacres. En ce sens, et depuis 1948, le débat sur la validité ou non du sionisme est clos puisque l’État est là. On peut certes continuer à discuter à l’infini sur ce qu’a représenté le projet sioniste, son bien-fondé ou non, mais on ne peut plus remettre en cause son résultat pratique, la création d’un Etat et d’une société nouvelle forte de neuf millions d’habitants.

Pour autant, faut-il légiférer ?

Je ne crois pas. L’antisionisme joue d’une ambiguïté, celle de faire croire qu’il se limite à la critique de la politique israélienne quand, en réalité, c’est le droit à l’existence de ce pays que l’antisionisme remet en cause, quelle que soit la politique de ses dirigeants et les concessions qu’ils feront demain. La critique de la politique israélienne, c’est autre chose, ce n’est pas de l’antisionisme ni de l’antisémitisme mais tout simplement la critique légitime de la politique d’un État. Légiférer dans ce domaine est une erreur dès lors que l’on n’a pas expliqué correctement ce que recouvrait le mot antisionisme, un appel à la destruction d’un État et non la critique de sa politique. Légiférer va conférer en effet un caractère intouchable à l’État juif qui ne peut qu’alimenter le fantasme complotiste. Il vaut mieux expliquer comment l’antisémitisme qui n’est plus dicible depuis Auschwitz se dissimule derrière le mot sioniste, comment le mot juif est systématiquement remplacé par le mot sioniste dans une démarche mystificatrice. Pour percer à jour cette supercherie intellectuelle, l’arsenal législatif contre l’antisémitisme suffisait amplement.

Je crois surtout que la diabolisation de l’État d’Israël est l’héritage laissé par l’intense propagande communiste

Reste aussi qu’on aura mis cinquante ans à découvrir cette mystification. Léon Poliakov l’avait dit dès 1968, l’antisionisme militant était le refus à peine masqué de l’existence d’un Etat juif. Et plus encore dix ans plus tard le philosophe Vladimir Jankélévitch qui s’exprimait en ces termes : « L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite ; (il) donne la permission d’être démocratiquement antisémite. Qui dit mieux ? Il est désormais possible de haïr les Juifs au nom du progressisme ! Il y a de quoi avoir le vertige : ce renversement bienvenu, cette introuvable inversion ne peuvent qu’enfermer Israël dans une nouvelle solitude [1]. »

Cette mesure votée à l’instigation du député Sylvain Maillard souhaitait lutter contre une préoccupante diabolisation d’Israël…

La doxa actuelle a fait de l’antisionisme un de ses credo de base pour des raisons profondes. Je ne pense pas qu’une loi puisse infléchir cette tendance. Il est préférable de la comprendre pour désamorcer la part inquiétante de ce raisonnement spécieux.

Je crois surtout que la diabolisation de l’État d’Israël est l’héritage laissé par l’intense propagande communiste, aujourd’hui oubliée, en particulier celle de l’ex-Union soviétique qui entre les années 1950 et 1990, a produit une immense « littérature » anti-israélienne imprégnée du vieil antisémitisme russe mâtiné d’anticapitalisme.

La diabolisation de l’État juif tient aussi au nouveau rapport de force démographique qui s’est instauré en Europe par le biais d’une immigration arabo-musulmane importante, en particulier en France, le pays qui abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe (25% des musulmans d’Europe vivent en France) comme aussi la plus importante communauté juive. Dans leur immense majorité, cette immigration vient du monde arabe et en particulier du Maghreb où la haine de l’État d’Israël est diffuse et quotidienne, en particulier en Algérie.

D’autres facteurs d’explication ne s’y ajoutent-ils pas ? La haine de l’État d’Israël renvoie également à une disposition très ancienne dans la culture occidentale…

Oui : la stigmatisation du signe juif. Par surcroit, cette récusation a été sourdement et silencieusement favorisée par la culpabilité née de la Shoah. Dans un autre ordre d’idées, l’État d’Israël a été fondé après la Seconde Guerre mondiale à contre-courant du principe de l’État-nation. Il représente le principe même de l’identité nationale, de la filiation et des racines, un principe qui a été puissamment récusé en Europe par le multiculturalisme dominant. On en veut à l’Etat juif de représenter le principe de l’État-nation dont beaucoup considèrent qu’il est porteur de guerre. D’un autre bord, on lui en veut aussi d’avoir perpétué ce qui est perdu en Europe aujourd’hui et dont on garde une nostalgie mais qui est difficile à dire en ce temps de pensée correcte : l’identité culturelle, l’enracinement et l’amour de la patrie. Des mots qui pourraient vous classer d’emblée à l’extrême droite dans ce tribunal permanent qu’est devenue la vie intellectuelle dans la France d’aujourd’hui.

La diabolisation de l’État juif tient aussi au nouveau rapport de force démographique qui s’est instauré en Europe par le biais d’une immigration arabo-musulmane importante, en particulier en France

Je reviens sur cette diabolisation de l’État d’Israël comme forme sécularisée, profane et dicible, de l’antique stigmatisation du signe juif qui a participé à la matrice culturelle de l’Europe chrétienne. La restauration de l’indépendance nationale juive est le démenti infligé à l’abaissement d’Israël, partie intrinsèque de la théologie chrétienne comme de la théologie musulmane. Malédiction de l’origine… Il est difficile de sortir de ce moule. Ce n’est toutefois pas impossible à la condition de mettre les mots pour ne plus être parlé par ces mythologies.

L’antisionisme est par ailleurs hautement revendiqué par des cercles juifs, se proclamant tels et se réclamant des souffrances passées pour stigmatiser l’État hébreu…

Il faut faire ici un sort particulier à la passion anti-israélienne qui anime certains Juifs de la diaspora dans leur relation torturée à leur identité juive. Je trouve particulièrement fallacieux d’avancer, par exemple, que les Juifs qui ne vivent pas en Israël sont antisionistes. Non, ils sont au mieux a-sionistes, certainement pas antisionistes. Avoir fait un autre choix que celui de s’établir dans l’État d’Israël ne signifie pas qu’on récuse le projet sioniste, mais simplement qu’on a d’autres attaches, d’autres enracinements, d’autres intérêts et d’autres filiations qui nous interdisent d’émigrer. Ce tour de passe-passe sémantique (tout Juif qui n’habite pas Israël est décrété « antisioniste ») participe d’une logique strictement idéologique. Près de 52% des Juifs du monde vivent aujourd’hui en Israël. En 1948, c’était à peine 5%. L’effectif du peuple juif dans le monde n’est pas de seize millions d’individus mais de treize millions au maximum. Sur ce chiffre, plus de 6,5 millions vivent aujourd’hui dans l’État juif.

La seconde incohérence est de continuer à raisonner comme à l’époque d’avant l’État juif. Car la naissance de l’État d’Israël a modifié considérablement l’identité juive, l’identité de tous les Juifs du monde et pas seulement des Juifs citoyens israéliens. Y compris les plus hostiles au concept d’État juif. On est étonné que des militants antisionistes de profession, qui se situent généralement à gauche, se montrent aussi étrangers à la dialectique. Car la création de l’État d’Israël a bouleversé le regard que les Juifs portent sur leur propre identité, elle leur a donné une assurance et une force qu’ils ne connaissaient pas jusque-là. Elle les a transformé. C’est aussi pourquoi l’immense majorité d’entre eux est attachée à la vie et à la survie de l’État juif même s’ils n’ont aucune intention de s’y installer. Qu’on interroge les communautés juives de par le monde et l’on verra combien l’attachement à l’État d’Israël est puissant et va au-delà des vicissitudes de tel ou tel gouvernement, il est ancré dans la quasi-totalité des communautés juives de la diaspora en dépit du regard critique qu’elles peuvent porter sur la politique de l’État juif. Son existence est devenue chose vitale pour la quasi-totalité des Juifs du monde. Qu’on se souvienne par exemple des mots de Raymond Aron à ce sujet à la veille de la Guerre des Six Jours en 1967.

Les actes antisémites ont augmenté de 74 % en 2018. Croyez-vous à des mesures capables d’endiguer le phénomène ? Si oui, lesquelles ?

Trois points me semblent essentiels.

En premier lieu, cette augmentation de 74 % en 2018, une année où il n’y a pas eu de conflit majeur entre Israël et ses voisins, malgré quelques flambées de fièvre avec le Hamas à Gaza, rien toutefois qui ressemble à une véritable guerre comme en 2014, et a fortiori comme en 2006 avec le Hezbollah au Liban. Autrement dit, connecter perpétuellement la flambée d’actes antijuifs commis en France avec le conflit israélo-arabe est un leurre. L’antisémitisme qui sévit aujourd’hui en France se nourrit de lui-même, il peut certes être aggravé par l’actualité proche-orientale mais il n’en est pas né. Il n’a pas été créé par elle. Il est endogène. En matière d’actes agressifs, leurs auteurs sont connus et pour l’essentiel, sinon l’immense majorité d’entre eux, ils ne viennent pas de l’extrême droite. On s’abstiendra donc de désigner les antisémites tout en condamnant bien sûr l’antisémitisme.

C’est au pouvoir politique et à la justice de faire leur travail. De ne pas tergiverser sur la nature antisémite de crimes pour lesquels, on le sait, une dimension antisémite était avérée comme dans le cas de Sarah Halimi

En deuxième lieu, l’arsenal législatif français est suffisant pour punir sévèrement les auteurs d’actes délictueux. C’est au pouvoir politique et à la justice de faire leur travail. De ne pas tergiverser sur la nature antisémite de crimes pour lesquels, on le sait, une dimension antisémite était avérée comme dans le cas de Sarah Halimi dont l’agresseur a traversé l’appartement de ses voisins maliens sans leur faire de mal pour aller frapper « la Juive » de l’immeuble qu’il bat à mort en la traitant de Sheitan (diable en arabe) avant de la défenestrer. Si ce n’était qu’une bouffée délirante, il s’en serait pris au premier voisin venu. Ce ne fut pas le cas : c’était à « la Juive » qu’il en voulait et à elle seule. Et jusqu’à ce jour, près de trois ans après les faits, on continue à débattre du caractère antisémite ou non de l’agression.

En d’autres termes, si l’arsenal législatif suffit, mais si les actes ne suivent pas, c’est que la volonté politique est faible et qu’elle s’appuie sur cette maladie répandue mais qui prend en France une forme aiguë : le déni. Cette faiblesse a des causes profondes, mais elle est camouflée par des discours de compassion, souvent émouvants, qui de la droite à la gauche nous signifient que « la France sans les Juifs ne saurait être la France ». Dans la réalité, on a oublié ce sondage récent, il y a deux ans à peine, qui nous montrait que 67 % des Français étaient indifférents au départ des Juifs. Certes, seule une minorité infime s’en réjouissait et un bon tiers le déplorait. Mais le chiffre de 67 % était là, écrasant qui montrait la force de l’indifférence, ce moteur du malheur.

Je doute fort que la loi puisse faire quoique en matière d’évolution sociétale. Nous sommes en présence d’une vague de fond, elle porte à terme l’abandon des Juifs sans qu’entre ici une part d’antisémitisme militant. Cet abandon n’est d’ailleurs que le signe avancé d’une fracturation et d’une désaffiliation françaises plus vastes. Mais c’est un autre sujet.

Enfermer le peuple juif dans une essence de victime ne protège pas de la violence, mais tout au contraire y expose davantage

En troisième lieu, c’est signe de naïveté que voir dans l’enseignement de la Shoah le moyen de faire reculer l’antisémitisme. Asséner l’histoire de la Shoah aux élèves comme une forme de catéchisme moral censé les protéger de l’antisémitisme est un non-sens. D’une part, parce que la compassion ne protège de rien : dans nos sociétés, une émotion chasse l’autre. D’autre part, parce qu’à force d’asséner cette histoire sous une forme moraliste on semble oublier que tout catéchisme provoque le rejet. On semble oublier aussi qu’on alimente une concurrence mémorielle qui nourrit le communautarisme. Enfin, qu’enfermer le peuple juif dans une essence de victime ne protège pas de la violence, mais tout au contraire y expose davantage.


[1] In Quelque part dans l’inachevé, entretiens avec Béatrice Berlowitz,Gallimard, 1978, p.143.

 Voir aussi:

Mélenchon et le poison antisémite : la fin d’un républicain

Les démons antisémites de la gauche anticapitaliste ont décidément du mal à mourir. Jean-Luc Mélenchon vient d’y ajouter sa pierre.

La peste ou le choléra ? C’est un peu le choix qui s’offrait aux Britanniques opposés au Brexit lors du vote pour les législatives du 12 décembre dernier. Impossible de finasser avec un scrutin à un tour, il fallait voter utile. Mais entre un Corbyn sur une ligne archéo-socialiste et démagogique, nageant dans les eaux troubles de l’antisémitisme, et un Boris Johnson déterminé à mener le Brexit jusqu’à bout, en trouvant un accord avec l’Union européenne, avait-on vraiment le choix ?

On peut déplorer la victoire éclatante des conservateurs lorsqu’on est attaché à l’Europe et qu’on regrette le Brexit. On ne peut que se réjouir de l’échec cuisant de Jeremy Corbyn lorsqu’on est attaché à l’Europe démocratique. La Grande-Bretagne, qui incarna l’honneur de l’Europe dans la bataille contre le nazisme, gouvernée par un antisémite ? Un scénario glaçant qui heureusement ne s’est pas réalisé.

« Ukases arrogantes des communautaristes du CRIF »

Commentant sur son blog la défaite de Jeremy Corbyn, son compagnon de lutte, Jean-Luc Mélenchon, commence par une analyse politique qui ne manque pas d’intérêt. À l’inverse de ceux qui pensent que c’est le radicalisme de Jeremy Corbyn qui l’a mené à la défaite, le patron de la France insoumise estime au contraire que c’est parce qu’il n’a pas osé être l’homme d’un véritable Brexit de gauche qu’il a perdu. Le flou, les tentatives de rapprochement et de synthèse avec la gauche modérée du parti, les ambivalences de son discours : tout cela a désarçonné le vote populaire qui a préféré (en partie) se rallier au Brexit clair et net de Boris Johnson.

Et puis brusquement, Mélenchon commet la faute : « Corbyn a dû subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud (parti d’extrême droite de Netanyahou en Israël). Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires ». Et pour finir la grandiose estocade : « Retraite à point, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogantes des communautaristes du CRIF : c’est non. Et non c’est non. »

Le CRIF ? Le Conseil Représentatif des Institutions juives de France ? Le CRIF, ennemi du peuple français comme le grand rabbin d’Angleterre et les réseaux du Likoud sont les ennemis du peuple anglais ? Le CRIF, responsable du malheur du peuple au même titre que les institutions européennes ? Que l’Allemagne honnie ? Le CRIF, allié du capitalisme et de l’ultralibéralisme ?

Les démons antisémites de la gauche anticapitaliste

Il ne manque plus qu’un montage photo avec la banque Rothschild, les sacs de dollars et le drapeau israélien ; mais cela a déjà été fait en 2017 par Gérard Filoche, qui avait posté sur son compte Twitter un consternant visuel accusant Emmanuel Macron de collusion avec le capital. (Tweet qu’il avait retiré face au tollé provoqué.)

Les démons antisémites de la gauche anticapitaliste (celle de Guesde, de Proudhon et même de Jaurès) ont décidément du mal à mourir. Jean-Luc Mélenchon vient d’y ajouter sa pierre. Car contrairement à ce qu’affirme le leader de la France insoumise, Jeremy Corbyn n’a pas dû « subir » une grossière accusation d’antisémitisme « à travers le grand rabbin d’Angleterre ». Jeremy Corbyn a un lourd passif de déclarations antisémites et de proximité avec des antisémites et des négationnistes notoires.

«  La dérive antisémite du parti travailliste n’est pas un fantasme : sa haine d’Israël et son obsession pro-palestinienne ont conduit aux extrêmes. »

La dérive antisémite du parti travailliste n’est pas un fantasme : sa haine d’Israël et son obsession pro-palestinienne ont conduit aux extrêmes. Des militants juifs ont été chassés du parti, soupçonnés de sionisme. Luciana Berger, dont le grand-oncle fut le ministre travailliste de la nationalisation du charbon, a quitté le parti.

Tout comme Louise Ellman, connue pour son combat de défense de l’hôpital public de Liverpool, qui démissionna après 55 ans de militantisme, ne supportant plus d’être la cible des militants pro-palestiniens à l’intérieur du parti. Meurtris par les commentaires antisémites virulents postés sur Facebook par les militants et sympathisants du Labour, de nombreux juifs ont quitté le Labour, devenu pour eux « institutionnellement antisémite ».

Le Labour de Corbyn s’est compromis dans l’antisémitisme

Jeremy Corbyn et sa grande bienveillance pour le Hamas et le Hezbollah. Jeremy Corbyn déposant une gerbe de fleurs sur la tombe des terroristes du groupe Septembre Noir, responsables de la mort de 11 athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972.

Jeremy Corbyn qui déclarait en 2013 : « Les sionistes britanniques ont clairement deux problèmes. Premièrement, ils ne veulent pas étudier l’histoire et deuxièmement, bien qu’ayant vécu dans ce pays depuis très longtemps, probablement toute leur vie, ils ne comprennent pas non plus l’ironie anglaise. » Comprendre : ce pays qui n’est pas le leur, cette culture qui n’est pas la leur, puisqu’ils sont juifs.

« Jean-Luc Mélenchon a brûlé ses derniers vaisseaux républicains. Il a basculé dans le clientélisme de bas étage. »

Tout cela n’a rien à voir avec une « grossière » campagne d’intimidation du grand rabbin d’Angleterre. Tout cela constitue une faute morale du Labour qui s’est compromis dans l’antisémitisme depuis que Corbyn en a pris la tête. Le nier est de l’aveuglement idéologique. Dénoncer le lobby juif représenté par le CRIF, allié de la finance et ennemi du peuple, c’est exactement se mettre au même niveau que Corbyn.

Qu’espère Jean-Luc Mélenchon ? Sauver son parti en se ralliant à la bannière de l’antisionisme dont on sait qu’il représente une permission d’être « démocratiquement antisémite » selon la formule utilisée en 1978 par le philosophe Vladimir Jankélévitch : « L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite ; (il) donne la permission d’être démocratiquement antisémite. » (1)

Il fut un temps où la radicalité de la France insoumise, son lyrisme révolutionnaire, sa passion robespierriste n’empêchaient pas de nous imaginer, sur quelques points essentiels comme la laïcité, l’égalité hommes-femmes, le combat contre le racisme et l’antisémitisme, dans une même famille républicaine. La défense par Jean-Luc Mélenchon de la République, de la nation, des valeurs humanistes de la France était, pensait-on, sincère. Cette époque est révolue. Jean-Luc Mélenchon a perdu tous ses repères.

La France insoumise préfère le déshonneur à ses valeurs pour éviter l’échec. Elle aura les deux.

Il a brûlé ses derniers vaisseaux républicains. Il a basculé dans le clientélisme de bas étage. Il s’est définitivement rallié à l’aile la plus anti-républicaine de son parti. Celle de l’islamo-gauchisme clientéliste qui espère rallier les voix des musulmans en plébiscitant la lutte contre l’« islamophobie », alors que ce terme est une génuflexion de la gauche envers la religion et non pas un engagement contre le racisme.

Celle qui pointe le « lobby juif et sioniste » de façon infamante en espérant caresser dans le sens du poil ceux qui, dans les quartiers, sont les familiers de ces thèses antisémites. Celle du courant décolonialiste « racisé », acquis aux thèses indigénistes, découpant la France en communautés. Celle du courant qui n’hésite pas à creuser les haines identitaires, à pêcher sur les terres du Rassemblement national, à renier l’universalisme dont la France des Lumières et la gauche humaniste sont issues.

La France insoumise espère-t-elle ainsi freiner la dégringolada qu’elle subit aux élections depuis deux ans ? C’est un calcul perdant. Elle préfère le déshonneur à ses valeurs pour éviter l’échec. Elle aura les deux.

1 Cité par George Bensoussan dans l’interview réalisée par Martine Gozlan in Marianne, 14 décembre 2019.

 Voir de plus:

L’antisémitisme, une histoire vieille comme la gauche

FIGAROVOX/ANALYSE – Bernard Carayon, auteur de Comment la gauche a kidnappé Jaurès, rappelle à quel point l’antisémitisme a pu trouver sa place dans la pensée de certains hommes de gauche.

Bernard Carayon

Bernard Carayon est avocat, maire (LR) de Lavaur et ancien député du Tarn. Il est l’auteur de Comment la gauche a kidnappé Jaurès (Privat, 2014).


L’antisémitisme de la gauche est un sujet tabou. Depuis longtemps, elle s’est dressée en pourfendeuse du racisme, forcément de droite, oubliant, par exemple, que la chambre du Front Populaire avait voté les pleins pouvoirs à Pétain, vite rejoint à Vichy par Laval, Déat, Marquet, Doriot, Luchaire, Belin et Bousquet. S’il y eut un antijudaïsme catholique, des antisémitismes agnostique (Voltaire) et protestant (Luther), l’un des plus virulents avec celui de l’extrême droite fut révolutionnaire et socialiste. Dans La question juive, Marx dénonce «l’essence du judaïsme et la racine de l’âme juive, l’opportunité et l’intérêt personnel qui se manifeste dans la soif de l’argent». Dans une lettre à Engels, il décrit le socialiste allemand Ferdinand Lassalle comme «un vrai juif de la frontière slave, (…) sa manie de masquer le juif crasseux de Breslau sous toutes sortes de pommades et de fard».

Proudhon, qui va inspirer Jaurès, dénonce «l’ennemi du genre humain», une «race» qu’ «il faut renvoyer en Asie ou exterminer» . Staline, idole, sa vie entière, du PCF, lance en 1948 une campagne «anti-cosmopolite», prélude aux exécutions des «blouses blanches» et des intellectuels juifs «incapables de comprendre le caractère national russe».

Parmi les figures emblématiques de l’antisémitisme de gauche, Jaurès tient une place de choix.

Dans l’entre-deux-guerres, les «néo-socialistes», tous pacifistes, sont aussi à l’œuvre chez nous: Déat souligne le «byzantinisme» de Léon Blum et sa «passivité tout orientale» ; c’est l’époque où la SFIO est accusée de subir une «dictature juive», et que le maire de Bordeaux, Marquet, lui reproche de «pousser à la guerre pour l’URSS et la juiverie».

Mais parmi les figures emblématiques de l’antisémitisme de gauche, Jaurès tient une place de choix. Le sujet est tabou par excellence, tant l’idole du socialisme français est encaustiquée! Son journal, La Petite République, désigne le député Reinach comme un «juif ignoble» . Lors de son voyage en Algérie, en avril 1895, Jaurès décrit les juifs qui, «par l’usure, l’infatigable activité commerciale et l’abus de l’influence politique, accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois publics (…). Ils tiennent une grande partie de la presse, les grandes institutions financières, et quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus» . Son historien «officiel», Gilles Candar, excusera la diatribe par la «fatigue» de son auteur! L’explication, si facile, par le «contexte» ne tient pas: Clemenceau ne tiendra jamais de tels propos.

Dans son discours au Tivoli en 1898, Jaurès est plus caricatural encore: «nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, (…) manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion» . Longtemps convaincu de la culpabilité de Dreyfus, qui aurait échappé à la peine capitale grâce «au prodigieux déploiement de la puissance juive», Jaurès dénonce à la tribune de la Chambre la «bande cosmopolite»! Il sera d’ailleurs sanctionné pour ses propos! Après avoir, une dernière fois, souligné que «l’odeur du ghetto est souvent nauséabonde» , Jaurès opère un revirement tardif lors du procès de Zola, assigné en Justice par le Président Félix Faure en représailles du «J’accuse» paru dans L’Aurore. Devenu dreyfusard, Jaurès, le repenti, obtiendra le soutien financier magnanime du banquier Louis Dreyfus pour son journal l’Humanité…

Anne Hidalgo envisageait de débaptiser la rue Alain pour les accents antisémites du journal intime du philosophe. Le fera-t-elle aussi pour Jaurès?

Un doute sur le diagnostic ? Il est possible de demander une nouvelle analyse.

On se souviendra seulement que les enfants de Marx ont pris, comme Edwy Plenel la défense des terroristes de Septembre Noir.

L’antisionisme est-il aujourd’hui pour les islamo-gauchistes le cache-sexe de l’antisémitisme? La cause palestinienne est en tout cas mal servie! On se souviendra seulement que les enfants de Marx ont pris, comme Edwy Plenel, dans son journal «Rouge», la défense «inconditionnelle» des terroristes de Septembre Noir. Ceux qui, en 1973, aux JO de Munich, ont assassiné onze athlètes israéliens. Un acte «justifié», disait Sartre, parce que c’étaient des soldats.

Voir encore:

Mélenchon et les élections britanniques : le grand rabbin, le Crif et le Likoud ont-ils fait chuter la gauche ?

Hugues Serraf
14 décembre 2019

Je sais bien que les gens en ont par dessus de la tête de ces juifs qui se plaignent de l’antisémitisme, comme s’il n’y avait pas de trucs plus importants dans la vie. Qu’un type qui avait un peu abusé du chichon jette une vieille dame par dessus son balcon en hurlant qu’elle est le diable, qu’un autre mitraille des petits enfants dans une école confessionnelle ou qu’un troisième fasse un carton sur les clients d’un supermarché casher, et paf, les voilà à nouveau en train de jérémier sur les plateaux de télé…

Forcément, ça agace.

Regardez les élections en Grande-Bretagne, la gauche les perd dans les grandes largeurs, vraisemblablement parce que son programme de collectivisation des moyens de production était naze et son leader aussi charismatique et enthousiasmant qu’un bonnet de nuit en pilou, eh bien qui entend-on pousser des hauts-cris ? Les juifs. Et pourquoi donc ? Parce que pour l’état-major du Labour, les porteurs de kippa seraient en réalité les deus ex machina de la défaite.

Mais bon sang, si on ne peut plus accuser les juifs d’être derrière tout ce qui ne nous fait pas plaisir dans la vie sans les entendre se lamenter devant leur mur, où va-t-on ?

Et puis, franchement, il doit avoir un peu raison quelque part, l’ancien maire de Londres Ken Livingstone, lorsqu’il évoque ce satané « vote juif » sans lequel Corbyn serait aujourd’hui Premier ministre à la place de cette crapule de Boris Johnson. D’accord, il n’y a que 300 000 juifs dans tout le pays, les socialistes ont perdu par 4 millions de voix, mais on imagine tout de même que pour un « peuple élu », manipuler un scrutin doit être un jeu d’enfant…

D’ailleurs, même notre gauche radicale à nous est d’accord avec l’analyse : les juifs, ils sont tous de droite. Ces Marx, ces Trotski, ces Mendès-France, ces Krivine, ces Cohn-Bendit, ces Bernie Sanders… Tous des fachos notoires. Du coup, on comprend que Mélenchon pousse un coup de gueule sur son blog en commentant le terrible résultat : chez nos voisins du dessus, la gauche a été laminée à cause du « grand rabbin et des réseaux d’influence du Likoud » (un parti politique israélien dont tous les juifs à travers le monde deviennent membres de droit dès leur circoncision). Mieux encore, c’est le Crif français, avec ses « oukases arrogantes » qui imposent « des génuflexions », qui a certainement tenu la main de ces pauvres électeurs britanniques. Fichu cosmopolitisme…

D’autant plus que le point de vue de l’insoumis en chef doit être pas mal répandu : zéro réaction chez nos politiques de droite ou de gauche à ses propos ; pas le moindre froncement de sourcil dans la presse « comme il faut »… Un vrai « détail de l’histoire », son commentaire outragé façon Protocole des sages de Sion.

Alors, est-ce qu’il est antisémite, le Méluche ? Au sens où, il rêverait d’une solution ultime au problème que pose la terrible engeance dont j’ai moi-même presque honte de faire partie ? Évidemment non. Les antisémites, les vrais, sont de droite (comme les juifs d’ailleurs, mais c’est pour ça qu’on a inventé le mot paradoxe). Non, il n’est pas antisémite. Il constate juste que les juifs utilisent leurs immenses moyens de pression financiers et médiatiques pour accomplir leurs noirs desseins colonialistes et qu’il est temps d’arrêter de se mettre à plat ventre devant eux par faiblesse. C’est tout. On ne va pas en faire un cheddar.

Mélenchon, en fait, il dit juste tout haut ce que les gens pensent tout bas, comme le suggérait un autre bateleur d’estrade autrefois. Il dit juste que si Corbyn a perdu, c’est à cause du Crif, des rabbins, du Likoud et des oukases ! Prenez-vous ça dans la gueule, les juifs ! Si vous pensez vraiment qu’on n’a pas vu votre petit jeu ! Retournez manger votre pain azyme dans vos synagogues et arrêtez de vous mettre en travers de la justice sociale, non mais !

Corbyn : la synthèse mène au désastre

J’avoue que je ne suis pas étonné par le terrible revers électoral du parti travailliste et de Jeremy Corbyn. Il doit servir de leçon.

Première leçon : l’avant-gardisme bien-pensant ne mène nulle part. Ils ont fait du Tsípras avant même d’être élu. Annoncer qu’il voulait un nouveau référendum sur le Brexit, c’était inviter ceux qui veulent le Brexit à voter directement pour ceux qui le mettent en œuvre. Surtout que Corbyn a précisé qu’en cas de vote, il ne s’en mêlerait pas. On ne pouvait faire pire. À quoi bon des leaders qui ne s’engagent pas à propos de l’avenir de leur pays ? Les bastions ouvriers du nord qui votaient PS ont basculé dans le vote conservateur parce que ceux-ci leur garantissaient le Brexit. C’était toujours ça de pris !

Deuxième leçon. Pourquoi ont-ils fait une aussi grossière faute ? C’est le résultat des jeux d’appareils internes au Labour. Le Labour, c’est le PS anglais. Corbyn aurait du le refondre totalement au lieu de composer avec lui. Ou bien le quitter. Les vieux appareils bureaucratiques comme le Labour Party produisent des jeux d’appareils et rien de plus. Construire son raisonnement politique en fonction des points d’équilibre interne, c’est se tromper à coup sûr. Les problèmes comme les solutions sont dans les masses populaires, leurs attentes, leur volonté, leurs besoins. C’est là que Corbyn aurait du aller chercher ses consignes. Il a voulu plaire aux importants. En vain.

Corbyn a passé son temps à se faire insulter et tirer dans le dos par une poignée de députés blairistes. Au lieu de riposter, il a composé. Il a du subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud (parti d’extrême droite de Netanyahou en Israël). Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires.

Cette envie de bonne réputation, je l’ai vue de près. Quand je lui ai rendu visite, nous avons parlé en espagnol de ce qui se passait dans le monde. Il a publié un communiqué à ma sortie se félicitant de notre intérêt commun pour l’investissement public dans les entreprises. Ce genre de façon, je l’ai connu souvent. À l’étranger et en France. Ça ne mène nulle part ceux qui les adoptent. Au contraire. Les gens sérieux regardent en coin et comprennent qu’il y a anguille sous roche. Comment croire que nous ayons discuté d’investissement public alors que reposait sur nous l’espoir d’une bascule de notre famille dans le camp du changement des règles du jeu du monde ?

Tel est le prix pour les « synthèses » sous toutes les latitudes. Ceux qui voudraient nous y ramener en France perdent leur temps. En tous cas je n’y céderai jamais pour ma part. Retraite à point, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogante des communautaristes du CRIF : c’est non. Et non c’est non.

Voir par ailleurs:

Britain’s Labour Party Got Woke—And Now It’s Broke

Quillette
December 13, 2019

The Conservatives’ resounding victory in yesterday’s British General Election won’t come as a surprise to anyone who spent time canvassing in the ‘Red Wall.’ That’s the name given to a thick wedge of seats in the Midlands and North of England, some of which have been held by the Labour Party for over 75 years. Seats like Penistone and Stockbridge in Sheffield, once the home of the British steel industry, and Bishop Auckland in County Durham, a former coal town. Both turned blue in this election, as did a large number of seats in Labour’s post-industrial heartland. Not so much a ‘Red Wall’ now as a Mondrian painting made up of blue and red squares. It was the voters in those constituencies—many of them working minimum wage jobs and living in social housing—that provided Boris Johnson’s Conservatives with their highest number of seats since 1983.

Not that they have much love for the blond-haired leader. A friend of mine was standing as the Conservative candidate in Newcastle upon Tyne North, where the Labour incumbent won a 10,000 majority two years ago, and I knocked on a few doors for him last week. Every person I spoke to said they were going to vote Tory. In some cases, it was because they wanted to “get Brexit done,” which has been the Conservatives’ endlessly repeated campaign slogan over the past six weeks, but in others it was because of their visceral dislike for Labour’s leader.

“Most people I know who used to be staunch Labour are now saying no way Jeremy Corbyn,” said Steve Hurt, an engineer. “It’s not our party any more. Same label, different bottle.”

According to the activist I was with, that had been the reaction wherever he went. He had knocked on 100 doors in a council estate earlier that day and all but three people he’d spoken to told him they intended to vote Conservative—and this in a city where 26 per cent of the population are among the most deprived in England. I asked why, if these electors disliked Corbyn, they didn’t simply abstain? Why were they planning to brave the elements on a cold day in December to vote for a party led by an old Etonian toff?

“Because they hate Corbyn that much,” he said. “The biggest message they can send to him is to elect a Tory government.”

It’s the same story across England—working class electors deserting Labour en masse. We won’t have a breakdown of how people voted according to income and occupation for a while yet, but a few of the opinion polls in the run-up to election day contained some astonishing findings. For instance, a Deltapoll survey for the Mail on Sunday last month showed the Conservatives outpolling Labour by 49 per cent to 23 per cent in the C2DE social grades—the bottom half of the National Readership Survey classification system that ranks people according to their occupation. That is to say, people in the bottom half of the NRS distribution—skilled, semi-skilled and unskilled manual workers, state pensioners and people on benefits—were intending to vote Conservative rather than Labour by a ratio of more than two to one. (Exit polls suggest the actual figure was closer to 1.5 to one.)

A taste of things to come was provided on Tuesday when a clandestine recording was released of Jon Ashworth MP, Labour’s shadow health spokesman, telling a friend how “dire” things were for the party outside urban, metropolitan areas. “It’s abysmal out there,” he said. “They can’t stand Corbyn and they think Labour’s blocked Brexit.”

Ashworth described the electoral map of Britain as “topsy turvey,” a reference not just to the anticipated losses in traditional Labour areas, but to the uptick in support for Labour in middle class cities like Canterbury. One of the other startling features of the opinion polls was Labour’s lead among graduates. As a general rule, the higher the concentration of graduates in an area, the more likely it was to skew Left on Thursday—and vice versa. (Labour held on to Canterbury.)

The crumbling of the ‘Red Wall’ is the big story of this election and some commentators are describing it as a “one off.” The conventional wisdom is that working class voters have “lent” their votes to the Conservatives and, barring an upset, will give them back next time round. It’s Brexit, supposedly, that has been the game-changer—an excuse leapt on by Corbyn’s outriders in the media, who are loathe to blame Labour’s defeat on their man.

If you look at the working class constituencies that turned blue, most of them voted to leave the European Union in 2016 by a significant margin—Great Grimsby, for instance, an English sea port in Yorkshire, where Leave outpolled Remain by 71.45 to 28.55 per cent. Labour’s problem, according to this analysis, is that it didn’t commit to taking Britain out of the EU during the campaign but instead said it would negotiate a new exit deal and then hold a second referendum in which the public would be able to choose between that deal and Remain. This fudge may have been enough to keep graduates on side, but it alienated working class Leave voters in England’s rust belt.

This analysis doesn’t bear much scrutiny. To begin with, the desertion of Labour by its working class supporters—and its increasing popularity with more affluent, better educated voters—is a long-term trend, not an aberration. The disappearance of Labour’s traditional base isn’t just the story of this election, but one of the main themes of Britain’s post-war political history. At its height, Labour managed to assemble a coalition of university-educated liberals in London and the South and low-income voters in Britain’s industrial heartlands in the Midlands and the North—“between Hampstead and Hull,” as the saying goes. But mass immigration and globalization have driven a wedge between Labour’s middle class and working class supporters, as has Britain’s growing welfare bill and its membership of the European Union.

At the October election in 1974, 49 per cent of skilled workers (C2) and 57 per cent of semi-skilled and unskilled workers (DE) voted Labour; by 2010, those numbers had fallen to 29 per cent and 40 per cent respectively. Among middle class voters (ABC1), support for the Conservatives fell over the same time period from 56 per cent in 1974 to 39 per cent in 2010. In 1974, Labour enjoyed a 23-point lead among skilled working class voters (C2), but by 2010 the Conservatives had overtaken them in this demo to lead by eight points—a pattern repeated in 2017. Among graduates, by contrast, Labour led by 17 points in 2017, up from a two-point lead in 2015. (See this data table compiled by Ipsos MORI, a polling company.)

Jeremy Corbyn and his supporters have talked a good deal about winning back these working class voters, but his policy positions haven’t been designed to appeal to them. I’m not just talking about his ambivalence on Brexit—there’s a widespread feeling among voters who value flag, faith and family that Corbyn isn’t one of them. Before he became Labour leader in 2015, he was an energetic protestor against nearly every armed conflict Britain has been involved in since Suez, including the Falklands War. He’s also called for the abandonment of Britain’s independent nuclear deterrent, the withdrawal of the UK from NATO and the dismantling of our security services—not to mention declining to sing the National Anthem at a Battle of Britain service in 2015. From the point of view of many working class voters, for whom love of country is still a deeply felt emotion, Corbyn seems to side with the country’s enemies more often than he does with Britain.

Corbyn’s victory in the Labour leadership election was followed by a surge in party membership— from 193,754 at the end of 2014 to 388,103 by the end of 2015. But the activists he appeals to are predominantly middle class. According to internal Party data leaked to the Guardian, a disproportionate number of them are “high status city dwellers” who own their own homes.

A careful analysis of the policies set out in Labour’s latest manifesto reveals that the main beneficiaries of the party’s proposed increase in public expenditure—which the Conservatives costed at an eye-watering £1.2 trillion—would be its middle class supporters.

For instance, the party pledged to cut rail fares by 33 per cent and pay for it by slashing the money spent on roads. But only 11 per cent of Britain’s commuters travel by train compared to 68 per cent who drive—and the former tend to be more affluent than the latter. Corbyn also promised to abolish university tuition fees at a cost of £7.2 billion per annum, a deeply regressive policy which, according to the Institute of Fiscal Studies, would benefit middle- and high-earning graduates with “very little” upside for those on low incomes.

It’s also worth noting that Corbyn’s interests and appearance—he’s a 70-year-old vegetarian with a fondness for train-drivers’ hats who has spent his life immersed in protest politics—strike many working class voters as “weird,” a word that kept coming up on the doorstep according to my fellow canvasser in Newcastle. He’s also presided over the invasion of his party by virulent anti-Semites and Labour is currently in the midst of an investigation by Britain’s Equality and Human Rights Commission thanks to his failure to deal with this. One of his supporters has already blamed the Jews for Labour’s defeat.

But Corbyn isn’t the main reason C2DE voters have turned away from Labour, any more than Brexit is. Rather, they’ve both exacerbated a trend that’s been underway for at least 45 years, which is the fracturing of the “Hampstead and Hull” coalition and the ebbing away of Labour’s working class support.

Another, related phenomenon that’s been overlooked is that these “topsy turvey” politics are hardly unique to Britain. Left-of-center parties in most parts of the Anglosphere, as well as other Western democracies, have seen the equivalent of their own ‘Red Walls’ collapsing. One of the reasons Scott Morrison’s Liberals confounded expectations to win the Australian election last May was because Bill Shorten’s Labour Party was so unpopular in traditional working class areas like Queensland, and support for socially democratic parties outside the large cities in Scandinavia has cratered over the past 15 years or so.

Thomas Piketty, the French Marxist, wrote a paper about this phenomenon last year entitled ‘Brahmin Left vs Merchant Right: Rising Inequality and the Changing Structure of Political Conflict’ and it’s the subject of Capital and Ideology, his new book. His hypothesis is that politics in the US, Britain, and France—he confines his analysis to those three countries—is dominated by the struggle between two elite groups: the Brahmin Left and the Merchant Right. He points out that left-wing parties in the US, Britain and France used to rely on ‘nativist’ voters to win elections—low education, low income—but since the 1970s have begun to attract more and more ‘globalist’ voters—high education, high income (with the exception of the top 10 per cent of income earners). The nativists, meanwhile, have drifted to the Right, forming a coalition with the business elite. He crunches the data to show that in the US, from the 1940s to the 1960s, the more educated people were, the more likely they were to vote Republican. Now, the opposite is true, with 70% of voters with masters degrees voting for Hilary in 2016. “The trend is virtually identical in all three countries,” he writes.

In Piketty’s view, the electoral preferences of the post-industrial working class—the precariat—is a kind of false consciousness, often engendered by populist snake-charmers like Matteo Salvini and Viktor Orban. He’s intensely suspicious of the unholy alliance between super-rich “merchants” and the lumpen proletariat, and similar noises have been made about the levels of support Boris has managed to attract.

The Conservatives didn’t win in Hull or Hampstead on Thursday, but the party polled 43.6 per cent of the popular vote, which is its highest share since 1979. Labour, meanwhile, saw its seat tally fall to 203, the Party’s worst result since 1935.

Plenty of better writers than me—Douglas Murray, John Gray—have debunked the notion that the only reason low-income voters embrace right-wing politics is because they’re drunk on a cocktail of ethno-nationalism and false hope (with Rupert Murdoch and Vladimir Putin taking turns as mixologists). It surely has more to do with the Left’s sneering contempt for the “deplorables” in the flyover states as they shuttle back and forth between their walled, cosmopolitan strongholds. As Corbyn’s policy platform in Britain’s election showed, left-wing parties now have little to offer indigenous, working class people outside the big cities—and their activists often add insult to injury by describing these left-behind voters as “privileged” because they’re white or cis-gendered or whatever. So long as parties like Labour pander to their middle-class, identitarian activists and ignore the interests of the genuinely disadvantaged, they’ll continue to rack up loss after loss. Get woke, go broke.

Will the Democrats learn from Labour’s mistake and make Jo Biden the candidate—or even Pete Buttigieg? I wouldn’t bet on it. The zealots of the post-modern Left have a limitless capacity to ignore reality even when it’s staring them in the face. As I said to a friend last night after the election results starting rolling in, fighting political opponents like Jeremy Corbyn is a bit like competing in a round-the-world yacht race against a team that thinks the earth is flat. It can be kind of fun, even exhilarating. But until they acquire a compass and learn how to read a map, it’s not really a fair fight.

Voir aussi:

Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise: les raisons d’un naufrage

FIGAROVOX/ENTRETIEN – C’est le livre qui fait trembler les dirigeants de La France insoumise. Dans un essai intitulé La chute de la Maison Mélenchon, Thomas Guénolé accuse le parti de Jean-Luc Mélenchon de pratiques dictatoriales, et lui reproche une stratégie vouée à l’échec.

Alexandre Devecchio

Thomas Guénolé est politologue, maître de conférences à Sciences Po et docteur en Science politique (CEVIPOF). Ancien membre de La France Insoumise,il vient de publier La Chute de la Maison Mélenchon: Une machine dictatoriale vue de l’intérieur (Albin Michel, novembre 2019).


FIGAROVOX.- En participant à la marche contre l’islamophobie de dimanche dernier, Jean-Luc Mélenchon semble précipiter la chute que vous annoncez dans votre livre. Comment expliquez-vous la participation de celui qui récusait le terme d’«islamophobie» il y a encore peu? S’agit-il d’un calcul électoraliste à courte vue ou est-il prisonnier d’une partie de sa base?

Thomas GUÉNOLÉ.- Les enquêtes d’opinion les plus récentes indiquent qu’aujourd’hui, près des trois quarts des Français de confession musulmane ne veulent pas que des règles religieuses musulmanes s’imposent aux lois de la République. 70 % soutiennent le principe de laïcité. Plus largement, la très large majorité ne souhaitent pas être une «communauté musulmane» à part: ils demandent juste à être des citoyens à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres. Et d’ailleurs, toutes les tentatives de lancer un «parti des musulmans», sans exception, se sont soldées par des raclées électorales.

Autrement dit, il est manifeste que l’écrasante majorité des Français de confession musulmane ne veulent pas du communautarisme ; et que les activistes communautaristes ne sont donc absolument pas représentatifs des gens qu’ils prétendent représenter.

Par conséquent, si la volte-face récente de Jean-Luc Mélenchon est un calcul électoraliste, alors ce calcul est une erreur. Car lorsque la Maison Mélenchon multiplie les ententes avec des activistes communautaristes, du strict point de vue électoraliste elle se tire une balle dans chaque pied: d’une, cela ne lui fait rien gagner du côté des Français de confession musulmane ; de deux, cela lui fait perdre massivement des électeurs de gauche qui, musulmans ou pas, sont restés fermes sur la défense de la laïcité et de l’égalité femmes-hommes.

Mélenchon se tire une balle dans chaque pied.

Il existe cependant une autre hypothèse que le calcul électoraliste: celle de l’erreur provoquée par un fonctionnement à la va-vite. Peut-être que tous ces députés LFI ont signé en bloc l’appel à marcher contre l’islamophobie parce qu’ils n’ont pas lu le texte avec suffisamment d’attention: ils ont donc cru signer un appel antiraciste habituel, sans en repérer les ambiguïtés. Et aussi, parce qu’ils ne se sont pas renseignés sur les idées d’une partie des porteurs du texte, idées pour le moins problématiques quand on est de gauche. Puis, après coup, Jean-Luc Mélenchon aura tenté de limiter la casse en trouvant des explications plus ou moins vraisemblables à cette catastrophique sortie de route.

Toujours est-il que tout cela est incompréhensible venant de Jean-Luc Mélenchon, lui qui plaida rigoureusement contre le concept d’islamophobie au motif qu’on doit avoir, je cite, «le droit de ne pas aimer l’islam». Du reste, il n’y aurait eu aucune polémique et aucun problème si la marche et l’appel à manifester avaient invoqué le racisme anti-maghrébins ou le racisme anti-musulmans, plutôt que ce concept d’islamophobie dont le sens et la légitimité sont l’objet de controverses.

Toute cette affaire, c’est vraiment dommage. Car assurément, lors de cette marche, plusieurs milliers de gens ont défilé sincèrement contre le racisme et pas du tout pour le communautarisme d’une partie des initiateurs.

Quand vous étiez cadre de LFI, vous étiez l’un des rares à être très clair et très ferme dans le refus de toute compromission avec les communautaristes. Quel est aujourd’hui le poids du courant indigéniste à l’intérieur du mouvement?

Chez LFI et ailleurs, les activistes communautaristes sont en réalité très peu nombreux. Et comme je vous le disais à l’instant, la population qu’ils prétendent défendre, dans sa très large majorité, ne veut pas de leurs idées. Pour compenser cette faiblesse numérique et ce rejet de leurs thèses par ceux qu’ils disent représenter, ils pratiquent donc un entrisme très agressif: partis, facultés, syndicats, médias, etc.

Lorsqu’une structure va bien, les activistes communautaristes n’arrivent pas à y avoir une influence: leur entrisme a par exemple échoué dans presque tous les grands médias. Lorsqu’une structure est affaiblie ou en crise, en revanche, ils parviennent à y prendre pied: c’est arrivé à des petits partis et à des syndicats.

Or, précisément, après deux années d’erreurs accumulées, la Maison Mélenchon est extrêmement affaiblie. C’est un astre mort, pareil à ces étoiles dont vous percevez encore la lumière alors qu’elles sont déjà éteintes. Au lendemain de la présidentielle de 2017, elle pouvait mobiliser au moins 50 000 militants de terrain dans toute la France pour une opération d’envergure nationale. Actuellement, elle peut difficilement en mobiliser 5 000 et peine à constituer des listes en vue des élections municipales de 2020.

L’influence croissante des activistes communautaristes est un signe supplémentaire du fait que la Maison Mélenchon est affaiblie.

Dans ce contexte, alors que les activistes communautaristes étaient encore fermement contenus en marge de l’appareil LFI juste après la présidentielle de 2017, aujourd’hui ils y prospèrent. Ce qui ne fait que faciliter la chute de la Maison Mélenchon puisque encore une fois, ni les Français en général, ni les Français de confession musulmane en particulier, ne veulent du communautarisme.

Autrement dit, plutôt qu’un problème en soi, l’influence croissante des activistes communautaristes est plutôt un signe supplémentaire du fait que la Maison Mélenchon est affaiblie: l’hémorragie électorale, l’exode massif de militants, l’autodestruction de l’image d’homme d’État de Jean-Luc Mélenchon, ont probablement fait trop de dégâts pour que cela soit réparable.

Au-delà de cette dérive précise, vous dénoncez «le fonctionnement dictatorial du mouvement». Pourquoi l’avoir soutenu si longtemps?

J’ai rejoint La France insoumise à l’été 2017. Je l’ai fait par idéal, parce que j’étais profondément d’accord avec le programme du mouvement: L’Avenir en commun. J’étais très enthousiaste et je me suis mis à la disposition du mouvement pour aider. Charlotte Girard, responsable du programme, m’a confié la formation politique des militants en tandem avec Manon Le Bretton. Pendant un an je ne me suis occupé que de cela. J’étais dans mon coin, et ce d’autant plus que le fonctionnement de l’appareil central est extrêmement cloisonné. Je n’avais des contacts avec le siège que pour des questions logistiques, et de temps en temps pour valider le planning ou les intervenants.

Et puis, en été 2018, m’étant porté volontaire pour être l’un des candidats LFI à l’élection européenne, j’ai commencé à fréquenter régulièrement l’appareil central, avec des réunions de coordination, des échanges fréquents avec des cadres, etc. C’est à partir de là que j’ai eu de plus en plus de voyants rouges allumés, au fur et à mesure de ce que je voyais.

Telle purge pour se débarrasser d’un cadre trop critique, est déguisée en mesure disciplinaire « pour avoir tenu des propos sexistes  » ; et ainsi de suite.

C’est bien simple: la Maison Mélenchon pratique systématiquement en interne le contraire des valeurs qu’elle affiche. C’est orwellien. Dans les paroles, elle plaide pour une vraie démocratie, pour le respect des droits de l’opposition, pour l’émancipation humaine. Dans les actes, en interne, elle pratique le fonctionnement dictatorial, l’interdiction d’exprimer une parole critique sous peine d’encourir une «purge», et des façons de traiter les gens qui souvent sont humainement détestables. Je raconte par exemple dans un chapitre de mon livre comment les lanceurs d’alerte, qui exigeaient de passer à un fonctionnement démocratique, ont été systématiquement placardisés, calomniés, bannis, ou un mélange des trois.

On m’objecte parfois que les tendances dictatoriales de Jean-Luc Mélenchon étaient évidentes dès 2017. Mais ce n’est pas vrai. Dès 2017, certes, chacun voyait qu’il était manifestement un homme à poigne et sujet à des grosses colères. Mais le fonctionnement interne systématiquement dictatorial de LFI, lui, n’était pas encore connu du grand public.

On m’objecte plus souvent que ma désillusion aurait dû être plus rapide. Mais c’est négliger plusieurs choses.

D’abord, le travail de lucidité est ralenti par le problème du double langage permanent des cadres de l’appareil: telle instance verrouillée est déguisée en instance aux participants «tirés au sort» ; tel congrès où il est interdit de proposer un autre texte que celui de la direction, est déguisé en exercice de démocratie participative ; telle purge pour se débarrasser d’un cadre trop critique, est déguisée en mesure disciplinaire «pour avoir tenu des propos sexistes» ; et ainsi de suite. Il faut donc le temps d’identifier une novlangue interne systématique et d’identifier la réalité autoritaire, centralisée, verrouillée, qu’elle sert à cacher.

Ensuite, comme je vous le disais l’appareil est extrêmement opaque, cloisonné. Et les cadres ont souvent peur d’exprimer leurs critiques même entre eux. Comprendre le fonctionnement réel de la machine est donc matériellement difficile – et prend d’autant plus de temps.

Enfin, si des dizaines de milliers de militants ont mis du temps avant de quitter La France insoumise, c’est aussi à cause du déni. Quand vous rejoignez un mouvement par idéal, vous devez d’abord épuiser en vous toutes les autres explications possibles, même tordues, avant d’accepter de regarder en face que c’est une vaste escroquerie politique qui trahit l’idéal au nom duquel vous vous êtes engagé.

Jean-Luc Mélenchon avait réuni 19 % des suffrages à la présidentielle. Comment expliquez-vous son effondrement? Cela tient-il à sa personnalité ou à un problème de stratégie?

Au premier tour de la présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon a frôlé les 20 % malgré sa stratégie, et non pas grâce à elle.

Au départ, la Maison Mélenchon a décidé de faire, par rapport à la campagne de 2012, ce qu’on appelle en marketing un «rebranding». Ils ont abandonné le vocabulaire, le message et les symboles de la campagne «Fier d’être de gauche» de 2012. Ils ont remplacé tout cela par une campagne «Fédérer le peuple contre les 1%», avec un message au-delà du clivage gauche-droite, apaisé sur la forme. C’est ce qu’on appelle la stratégie du «populisme de gauche».

Jean-Luc Mélenchon est resté malgré lui un candidat d’union de la gauche.

Résultat: cela a échoué. En janvier 2017, Jean-Luc Mélenchon reconstitue en intentions de vote son score de la présidentielle de 2012, ce qui signifie que malgré un changement profond de message et de mise en scène, c’est encore l’électorat de gauche radicale qu’il réunifie.

Se produit alors cet effet-domino: quelques points d’électorat de centre-gauche abandonnent progressivement le vote Hamon pour le vote Macron, essentiellement par peur de Marine Le Pen et dans l’idée qu’Emmanuel Macron sera un meilleur candidat de barrage au FN. Ce qui fait baisser Benoît Hamon de 17 à 12-13, jusqu’à se trouver à touche-touche avec Jean-Luc Mélenchon. Par conséquent l’effet «vote utile de gauche», qui protège habituellement le candidat du PS contre tout rival de gauche, ne joue plus.

Arrivent les débats de premier tour de la présidentielle: Hamon et Mélenchon disent en substance la même chose, mais Mélenchon est meilleur sur le fond et sur la forme. Mélenchon passe donc de quelques points devant Hamon dans les sondages – vraisemblablement un transfert d’électorat «aile gauche du PS». Enfin, dans la dernière ligne droite, Mélenchon étant devenu le candidat le mieux placé à gauche, l’effet «vote utile de gauche» se reconstitue dans la dernière ligne droite à son avantage, et le catapulte à presque 20 %.

Il faut souligner que bien sûr, cette montée en puissance n’aurait pas été possible sans les talents d’orateur du candidat, son charisme hors normes, et son grand talent de pédagogue politique sur scène.

Toujours est-il qu’ainsi, ce que Jean-Luc Mélenchon a dit, c’est qu’il allait fédérer le peuple par-delà le clivage gauche-droite – mais ce qu’il a fait, c’est être malgré lui un candidat d’union de la gauche. Une fois qu’on a compris cela, on comprend aussi que, lorsque la Maison Mélenchon a interprété ce score comme un nouveau socle de 20 % d’adhésion à la stratégie du «populisme de gauche», c’était une erreur.

Puisque Jean-Luc Mélenchon avait été, certes malgré lui, un candidat d’union de la gauche, il fallait former une coalition de type «Front populaire» dès les législatives. Au lieu de cela, La France insoumise a préféré partir seule au combat des législatives, ce qui a mécaniquement abouti à un groupe parlementaire croupion. De même, pendant deux ans, le message politique martelé en boucle, celui de l’appel au soulèvement populaire, n’a correspondu qu’aux attentes de l’électorat de gauche radicale: c’est-à-dire moitié moins que les 20 % de 2017, ce qui a contribué à rétrécir l’espace électoral de LFI.

La situation politique de l’Europe est très diverse, sans qu’on constate une dynamique commune à tout le continent.

À cela s’ajoute un problème spécifique d’illisibilité du cap fixé. Par exemple, il fut tour à tour question de refuser les alliances avec d’autres forces de gauche, puis de les souhaiter, puis de les refuser à nouveau, et ainsi de suite. Autre exemple, concernant la stratégie «plan A plan B» face à l’Union européenne, il en a existé de 2017 à 2019 presque autant d’interprétations qu’il existe de porte-paroles de LFI. À la longue, cette ligne erratique a nécessairement conduit à ce que des électeurs, rendus méfiants par le flou, se détournent de LFI.

La chute de LFI s’inscrit-elle dans un effondrement européen plus large de la gauche, et ceci qu’elle soit sociale-démocrate, radicale ou populiste?

Non, rien n’indique un grand effondrement européen de la gauche. 2019 a vu plusieurs victoires. En Espagne, les législatives ont été gagnées par la gauche sociale-démocrate et elle vient de signer un accord de principe avec la gauche radicale pour gouverner ensemble. Au Portugal, les législatives ont été gagnées par la coalition sortante de gauche. En Italie, sans passer par des législatives, un nouveau gouvernement a été installé, sur une coalition du Mouvement 5-Etoiles et de la gauche. On pourrait ainsi multiplier les exemples. On pourrait cependant multiplier aussi les exemples de succès de la droite et dans une moindre mesure de l’extrême droite. Ni vague brune, ni vague bleue, ni vague rose, ni vague rouge: la situation politique de l’Europe, aujourd’hui, est tout simplement très diverse, sans qu’on constate une dynamique commune à tout le continent.

Family, faith and flag

The Labour Party lost four million voters in England between 1997 and 2010. To win them back, it nee

New Statesman
7 April 2011

Not so long ago, few people outside the academic world had heard of Maurice Glasman. Since the turn of the year, however, when he was unexpectedly ennobled by Ed Miliband, the London Metropolitan University lecturer has been much discussed and even hailed as the “intellectual godfather” of a new kind of left-wing thinking.

To win again in England, argue Glasman and others like him, Labour needs to look back to before 1945, to a time before the left fell in love with big government, and to a forgotten « conservative socialism that places family, faith and work at the heart of a new politics of reciprocity, mutuality and solidarity ». Just as Phillip Blond’s short-lived « Red Tory » boom captured the imagination of commentators a couple of years ago, so what Glasman calls « Blue Labour » has become the subject of admiring features, including a special edition of BBC Radio 4’s Analysis that was broadcast on 21 March.

Like many other intellectual exercises in self-renewal, Glasman’s vision, which strives to capture a sense of Englishness amid the hurly-burly of globalisation, has something deeply backward-looking about it (see profile, page 34). The narrow political self-interest is hardly surprising. Between 1997 and 2010, as David Mili­band noted in a strikingly Glasmanesque piece for this magazine last summer, Labour lost four million English voters and 137 English MPs. By the time Gordon Brown faced the electorate, the party had lost the ability to talk to the people it once took for granted – not just aspirational Middle England, but also thousands of white working-class people in cities who looked instead to the Conservatives or the British National Party, or stayed at home. Once again, Labour is in danger of turning into a party of the industrial north and the Celtic fringe.

Beyond that, however, Glasman’s emphasis on looking back seems eminently familiar. Talking to the BBC, Roy Hattersley dismissed Blue Labour as an exercise in mere nostalgia, mocking “the idea of Arcadian England, the idea that there was some mythical time when we all loved each other”. And yet, contrary to what we might think, nostalgia has long been a central part of the left-wing political tradition. Despite the forward-looking, modernising connotations of the name, “progressives” have enjoyed looking back. As early as 1883, Henry Hyndman, the founder of the Social Democratic Federation and populariser of Marxism, insisted that he saw himself as working in a distinctly English radical tradition dating back to the Peasants’ Revolt, the Wars of the Roses and the 16th-century Commotion Time uprisings. “Tyler, Cade, Ball, Kett . . .” he wrote, “read to me like sound English names: not a foreigner in the whole batch. They all held opinions which our capitalist-landlord House of Commons would denounce as direct pla­giarism from ‘foreign revolutionists’. We islanders have been revolutionists, however, and will be again, ignorant as our capitalists are of the history of the people.”

Hyndman made an unlikely heir to the English radical tradition. The son of a rich businessman, he attended Trinity College, Cambridge and played cricket for Sussex, making him probably the only Marxist to have been a first-class right-handed batsman. He funded the Social Democrats almost single-handedly, their fortunes waxing and waning with his investments. A staunch anti-capitalist, he was also a committed patriot, his support for the First World War horrifying many of his colleagues. He stood for parliament five times, losing on everyoccasion, not least because he alienated voters by bombarding them with Virgil – in the original Latin. Even so, his example has echoed down the decades.

In the 1950s and 1960s, the Marxist historians E P Thompson and Christopher Hill celebrated “the long and tenacious revolutionary tradition of the British commoner”, stretching from the Lollards to the Levellers and on to the Chartists and the suffragettes.

Amid the apocalyptic headlines and candle-lit evenings of the three-day week in 1974, Tony Benn immersed himself in books on the English Revolution, lamenting that « the Levellers lost and Cromwell won, and Harold Wilson or Denis Healey is the Cromwell of our day, not me ». Five years ago, promoting his radical English manifesto The Progressive Patriot, the folk singer Billy Bragg told readers that their freedoms « had to be fought for, from the Peasants’ Revolt to the Diggers and the Levellers, to the Chartists and the suffragettes ».

Given that the idea of a radical English tradition is so deeply embedded in the left’s collective memory, it is odd that people keep insisting it has been forgotten. To be fair, Labour in recent years has hardly been a party struggling under the weight of its own nostalgia. Tony Blair often seemed embarrassed even to recall that his party had a history before 1994, and despite Brown’s doctorate in history and eagerness to tell us about his “values”, he rarely harked back to the party’s past. Perhaps it is not surprising that, since their Scottish-educated masters left the stage, Labour’s bright young Englishmen are so keen to look backwards.

And yet it is hard, rereading David Miliband’s hymn of praise to a “specifically English story that points to the battle for social justice born of a proud tradition of personal liberty and independence”, to resist the feeling that this is merely another exercise in myth-making.

In truth, the idea of a golden thread of English radical action, stretching through the generations, is deeply problematic. Much of what we know about England’s most celebrated radical leaders comes from their opponents; after all, Wat Tyler and Jack Cade left no memoirs. As the historian Edward Vallance points out in his brilliantly provocative Radical History of Britain (2009), the idea of a simple « continuum of radicalism » is flawed.

Take, for example, the Peasants’ Revolt of 1381. It was, after all, a tax revolt – something we now associate more with the right than the left – originating in some of England’s most prosperous counties: Essex, Kent and Norfolk. Many of the rebels were not peasants: according to contemporary accounts, the first leader of the protests was a local landowner, Thomas Baker, while another leading agitator, Geoffrey Litster, held the title of bailiff and was a literate local official.

When the protesters arrived in London, they soon became absorbed in what Vallance calls “a carnivalesque orgy of violence and destruction”, particularly targeted at foreigners and immigrants. They are said to have butchered and beheaded 35 Flemish weavers in one street alone. Perhaps this is an exaggeration; even so, the rebels do not sound like the medieval equivalent of Guardian readers.

Look closely at the other early moments in the great radical tradition, and you will find the story is much the same. Jack Cade’s rebellion in 1450 was motivated not by crusading proto-socialist idealism, but by exasperation at Henry VI’s weak government and the loss of England’s conquests abroad. There were plenty of peasants among the rebels, but there were also shopkeepers, craftsmen and landowners, including a knight and two MPs.

Robert Kett – whose anti-enclosures rebellion in Norfolk a century later so impressed Norwich’s Labour aldermen of the 1940s that they put up a plaque in his honour – was a big local landowner and, by the standards of the day, a very rich man. He had even previously enclosed common land, and joined the rebels only after a rival landowner bribed them to smash up his enclosures.

Then there are Tony Benn’s favourite English radicals, the Levellers, whose martyrdom is celebrated every year in the faintly implausible surroundings of the Cotswold town of Burford. To him, these Roundhead ultras “anticipated by a century and a half the main ideas of the American and French Revolutions”.

It is certainly easy to see why the story of the Leveller mutineers, shot by Cromwell in Burford, would appeal to Benn, who spent much of the mid-1970s fulminating against the betrayal of socialism by such well-known conservative figures in Labour as Harold Wilson, James Callaghan and Michael Foot. Unfortunately, the notion of the Levellers as cuddly proto-Marxists has been long since debunked.

Many historians see the civil wars of the 1640s and 1650s as essentially a religious conflict, rather than one comprehensible in modern ideological or economic terms. Far from being an early rehearsal for Labour’s 1983 election manifesto, the 1647 Putney Debates – which were voted the « most neglected radical event in British history » in a recent Guardian competition – consisted largely of detailed discussions about army policy, understandable only within the context of the civil war.

Even the nickname « Levellers » was deeply resented by many of the protesters, who disliked the implication that they were opposed
to private ownership. They had « never had it in [their] thoughts to level men’s estates », wrote their spokesmen John Lilburne, Richard Overton and William Walwyn in 1649.

Finally, whatever Benn might think, there is no evidence that the Levellers influenced subsequent radicals, whether in Britain, France or America. Far from being celebrated, they remained forgotten until the 20th century.

It would be easy to go through the radical pantheon, picking holes and pointing out embarrassing family secrets, from the social arrogance of the Georgian populist John Wilkes (“I have given orders to keep away from the house and gardens all the rabble … You would start at the number of little thefts they make”) to the snobbery of the feminist Mary Wollstonecraft (“I have turned impatiently to the poor . . . but alas! what did I see! a being scarcely above the brutes”). Underpinning much of this, however, is a broader point that should make uncomfortable reading for many progressives. For while we typically see left-wing commitment in terms of enthusiasm for government intervention, most radicals in the English tradition were deeply and instinctively hostile to the state.

Take Thomas Spence, the 18th-century revolutionary who coined the phrase “the rights of man” long before Thomas Paine. Like so many others after him, Spence thought that private ownership of land was the source of England’s woes, but he never contemplated a grand system of centralised state ownership. Instead, he was an avowed localist, arguing that each parish should hold the land in trust: a case, one might think today, of parochialism taken to the extreme.

Indeed, many radicals were far less comfortable with collectivism than the idea of a golden tradition might lead us to think, largely because they had such distrust for the common people. Political associations, wrote the first modern anarchist, William Godwin, in the 1790s, were inherently dangerous: conviviality might easily turn into disorder, and there was “nothing more barbarous, cruel and bloodthirsty than the triumph of a mob”. The task of change, he thought, should be left to “a few favoured minds” – the classic position of the well-born and high-minded. You can imagine Sidney and Beatrice Webb nodding vigorously.

Yet it does not necessarily follow that the modern left has nothing to learn from such forerunners. Although we think of Labour as the liberal-minded, reforming champion of state intervention, it was not ever thus. As another academic, Martin Pugh, pointed out in his bracingly revisionist account of the party’s history published last year, there is a forgotten, pre-1945, even pre-1918 Labour story – just as Maurice Glasman argues. Glasman’s formula “Blue Labour” is well chosen precisely because Conservatives and Conservatism played such an important role in the party’s origins. That may sound odd, because Labour and the Tories are supposed to be implacable enemies. Surely Labour emerged as the working-class heir to Victorian Liberalism, picking up the baton of opposition to the Conservative ruling classes? Not at all. We remember that Foot and Benn came from a long line of Liberal nonconformists, yet often forget that many of Labour’s best-known figures came from public-school Tory, not Liberal, backgrounds.

Clement Attlee, who was educated at Hailey­bury and Oxford, was a Tory until he saw the poverty in the East End after becoming a manager at a children’s charitable foundation in Limehouse in his early twenties. Stafford Cripps, whose father was a Conservative MP, moved to the left only in his twenties, shocked by the plight of what he called “the poor slum-beings”. Hugh Dalton, son of John Neale Dalton, tutor tothe future George V, was another convert. At Eton, he later recalled, he was a “Joe Chamberlainite, a Tory Democrat, a self-confessed imperialist”, but when he went up to King’s College, Cambridge, he fell in with a more left-wing crowd, among them John Maynard Keynes, and became a keen member of the Fabian Society. Hugh Gaitskell came from a Conservative-voting family, as did Blair, the son of a Conservative Party activist in the north-east of England.

Seen in the light of the political journeys many Labour titans have made, talk of Blue Labour seems rather less outlandish. And there is more. In its early years, Labour often seemed a markedly conservative rather than socialist party. At the very first meeting of the Independent Labour Party in 1893, Ben Tillett, the future TUC president and MP for Salford, warned that if it was to be called “the Socialist Party he would repudiate it”. “The great mass of British workmen,” the meeting agreed, “do not understand Socialism and have rather a prejudice against it.” Other pioneers held similarly robust views, not least the supremely conser­vative socialist Robert Blatchford, whose bestselling left-wing manifesto Merrie England, published the following year, traduced “lily-livered Methodists”.

As David Marquand put it in the New Statesman last April, early socialists such as Blatchford « drew on a long line of working-class Toryism: a rollicking, rambunctious, fiercely patriotic and earthy tradition, at odds both with the preachy nonconformist conscience that saturated the culture of provincial liberalism and with the patronising, ‘we-know-best’ preconceptions of metropolitan intellectuals ».

Even at this early stage, they dreaded the influence of the well-meaning, clean-living recruits flooding over from the Liberal Party. If the ex-Liberals could select a king, warned Tillett, “he would be a feminist, a temperance crank, a nonconformist charlatan . . . an anti-sport, an anti-jollity advocate, a teetotaller, as well as a general wet blanket”. We can all think of people like that, some of them not so far away from the Labour leadership.

In this context, Blue Labour’s evocations of English voluntarism and self-help sound less like heretical borrowings from Margaret That­cher’s old speechwriters and more like a throwback to Labour’s early days.

The hard-drinking Ernest Bevin, a patriotic West Countryman who said that his foreign policy was to “take a ticket at Victoria Station and go anywhere I damn well please”, and who insisted that Britain have its own nuclear deterrent with a “bloody Union Jack on top of it”, would no doubt have agreed with Glasman’s prescription that, to win in England, Labour must wrap itself in “family, faith and the flag”.

The truth is that Glasman’s talk of « reciprocity, mutuality and solidarity », and even his vaguely Daily Mail-ish noises about the challenge of immigration in white working-class neighbourhoods, probably echo Labour’s founding values more closely than the anguish of the liberal elite. The academic is withering about the left’s record after 1945, which he calls « elitist, managerial [and] bureaucratic ». However, it was this managerial and bureaucratic mindset that built hundreds of thousands of homes, established the National Health Service and virtually eradicated the extreme poverty and disease that had blighted many lives before the Second World War.

All the same, it is hard to resist the feeling that Labour still suffers too much from a kind of knee-jerk Fabianism, preferring to meddle from Whitehall rather than to enable people to help themselves locally. To pick one small but telling example, we often forget that it was Harold Wilson’s 1970s Labour government that first toyed with the idea of allowing tenants to buy their council houses, even going so far as to have it discussed among ministers.

Years later, Wilson’s senior policy adviser Bernard Donoughue reflected that he had been desperate to give people “the freedom to decorate their homes as they wished and, very important, to move in pursuit of employment . . . It infuriated me when I raised this issue with my local Kentish Town Labour Party and was dismissed out of hand by a bunch of mainly left-wing activists, many of whom were prosperously middle-class and enjoyed the benefits of owning their own homes in nearby Hampstead and Camden Town.”

This was Blatchford and the Methodists all over again. The Methodists won; council house sales were shelved because they were deemed inegalitarian. “It was an own goal,” Donou­ghue’s Downing Street colleague Gavyn Davies conceded. “A monumental own goal.” Selling council houses – which would have allowed Wilson and his colleagues to plough the proceeds back into more social housing for the poor – is exactly the kind of counter-intuitive policy that their 21st-century successors need in order to rebuild their support in the English south and Midlands. For if the Labour leadership is serious about winning back even half of the four million English voters lost since 1997, sentimental evocations of a romanticised, radical tradition, or fond reminiscences of the Tolpuddle Martyrs and the miners’ strike, will not be enough.

Instead, a healthy scepticism about the capacity of the state, a renewed enthusiasm for localism and self-help and respect for working-class anxieties would go a long way. Contrary to what we often think, these values are not alien to the Labour Party’s history or to the English radical tradition; they are part of their DNA. Strange as it may sound, if the party of the left wants to reconnect with its heritage and win again in England, it needs to rediscover its forgotten conservatism.

Dominic Sandbrook is a contributing writer of the New Statesman

Voir de plus:

Laure Mandeville: «Entre le vote Trump et le vote Johnson, un saisissant parallèle»

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Les deux hommes appartiennent à l’élite «libérale» de leur pays, mais se sont définis en patriotes réalistes.

Laure Mandeville
Le Figaro

En juin 2016, le coup de tonnerre du Brexit avait précédé l’ouragan Trump, révélant le caractère transatlantique de la révolte nationaliste et populiste
qui souffle sur l’Occident. Trois ans plus tard, la retentissante victoire de Boris Johnson annonce-t-elle à son tour une nouvelle prouesse de Donald Trump en novembre 2020?

Beaucoup en Amérique accueillent l’idée avec horreur, mais certains commencent à envisager sérieusement l’hypothèse, en observant l’obstination avec laquelle ses électeurs lui restent fidèles, de la même manière que les électeurs du Brexit sont restés fidèles à leur désir de «sortir» de l’Union européenne. Les dérapages de Trump et les gigantesques efforts de ses adversaires pour lui ôter toute légitimité sont loin d’avoir fait bouger les lignes, peut-être même le contraire, à en croire de récents sondages favorables au président américain. Au Royaume-Uni, le slogan résolu de Boris Johnson, «Faisons le Brexit», a de son côté fait merveille, malgré tous les efforts des partisans du maintien dans l’Union qui voirnt leur rêve de « nouveau référendum » à nouveau fracassé.

« Le Brexit et Trump étaient inextricablement liés en 2016 et ils sont inextricablement liés aujourdhui. Johnson annonce une grande victoire de Trump. Les classes populaires sont fatiguées de leurs élitesde new York, de Londres et de Bruxelles; qui leur expliquent comment vivre et comment faire. (…) Si les démocrates n’en tirent pas les leçons, Trump voguera vers une victoire à la Reagan en 1984, déclare l’idéologue du national-populisme américain Steve Bannon à l’éditorialiste du New York Times Roger Cohen », qui semble partager à contrecoeur partager son pronostic.

Même si on fait difficilement plus américain que Donald Trump, ni plus britannique que Boris Johnson, il y a incontestablement des parallèles saissssants entre les deux hommes et ils sont loin de se limiter à leur tignasse blonde, qui fait le régal des photographes. Premier point commun, les deux hommes appartiennent à l’élite « libérale » de leur pays, mais se sont définis en patriotes réalistes, surfant sur le désir viscéral du retour à la nation de l’électorat et offrant la promesse d’un pays « reprenant le contrôle » de son destin. Tous deux ont également joué de leurs personnalités hétérodoxes et charismatiques pour passer allègrement le Rubicon du politiquement correct et se poser en défenseurs du « petit peuple », grand perdant de la globalisation et de l’ouverture des frontières à l’immigration. Allant à rebours de la doxa du libre-échange pur et dur, ils ont engagé à la hussarde une redéfinition révolutionnaire de l’ADN de leur partis respectifs, instaurant un virage à gauche sur la question du commerce et du protectionnsime, tout en se situant à droite sur les questions sociétales et culturelles. La carte de leur électorat s’en trouve alors métamorphosée par le ralliement à la bannière conservatrice de régions traditonnellement acquises au Labour britannique ou au parti démocrate américain. De ce point de vue, l’humeur de la classe ouvrière des midlands et du nord de l’Angleterre est presque un copié-collé du ressenti des ouvriers déclassés de l’industrie sidérurgique d l’Ohio ou de la Pennsylvannie. Boris comme Donald ont aussi séduit les petites villes et le pays rural, ce pays dit « périphérique » qui est en réalité « majoritaire », rappelle Christophe Guilluy. « Avec Johnson, on se retrouve paradoxalement avec une bonne chance d’avoir une soicial-démocratie modérée », note l’essayiste David Goodhart.

Comme steve Bannon, l’intellectuel anglais n’exclut pas que la vicroire de Johnson soit, comme le brexit en 2016, ‘l’indicateur d’une tendance capable de se répéter à nouveau outre-Atlantique ». Dans les deux cas, les deux hommes ont été incroyablement sous-estimés par leurs adversaires et les observateurs, qui les ont volontiers présentés comme des clowns, souligne l’intellectuel. Mais Boris Johnson n’a pas « le caractère brutal de Trump et son côté incontrôlable », insiste Goodhart. Il offre de ce point de vue « un visage otpimiste et décent » à la révolte populiste et montre à la droite européenne qu’ « il est possible de la chevaucher sans quelle dérive vers quelque chose d’illibéral ». C’est une bonne nouvelle », conclut-il.

Voir encore:

Boris Johnson and the Coming Trump Victory in 2020
In the postindustrial wasteland, the working class embraced an old Etonian mouthing about unleashed British potential.
Roger Cohen
NYT
Dec. 13, 2019

Donald Trump, in his telling, could have shot somebody on Fifth Avenue and won. Boris Johnson could mislead the queen. He could break his promise to get Britain out of Europe by Oct. 31. He could lie about Turks invading Britain and the cost of European Union membership. He could make up stories about building 40 new hospitals. He could double down on the phantom $460 million a week that Brexit would deliver to the National Health Service — and still win a landslide Tory electoral victory not seen since Margaret Thatcher’s triumph in 1987.

The British, or at least the English, did not care. Truth is so 20th century. They wanted Brexit done; and, formally speaking, Johnson will now take Britain out of Europe by Jan. 31, 2020, even if all the tough decisions on relations with the union will remain. Johnson was lucky. In the pathetic, emetic Jeremy Corbyn, the soon-to-depart Labour Party leader, he faced perhaps the worst opposition candidate ever. In the Tory press, he had a ferocious friend prepared to overlook every failing. In Brexit-weary British subjects, whiplashed since the 2016 referendum, he had the perfect receptacle for his “get Brexit done.”

Johnson was also skillful, blunting Nigel Farage’s far-right Brexit Party, which stood down in many seats, took a lot of Labour votes in the seats where it did run, and ended up with nothing. The British working class, concentrated in the Midlands and the North, abandoned Labour and Corbyn’s socialism for the Tories and Johnson’s nationalism.

In the depressed provinces of institutionalized precariousness, workers embraced an old Etonian mouthing about unleashed British potential. Not a million miles from blue-collar heartland Democrats migrating to Trump the millionaire and America First demagogy.

That’s not the only parallel with American politics less than 11 months from the election. Johnson concentrated all the Brexit votes. By contrast, the pro-Remain vote was split between Corbyn’s internally divided Labour Party, the hapless Liberal Democrats, and the Scottish National Party. For anybody contemplating the divisions of the Democratic Party as compared with the Trump movement’s fanatical singleness of purpose, now reinforced by the impeachment proceedings, this can only be worrying.

The clear rejection of Labour’s big-government socialism also looks ominous for Democrats who believe the party can lurch left and win. The British working class did not buy nationalized railways, electricity distribution and water utilities when they could stick it to some faceless bureaucrat in Brussels and — in that phrase as immortal as it is meaningless — take back their country.

It’s a whole new world. To win, liberals have to touch people’s emotions rather than give earnest lessons. They have to cease being arid. They have to refresh and connect. It’s not easy.

Facebook reaches about one-third of humanity. It is more powerful than any political party — and it’s full of untruths, bigotry and nonsense. As Sacha Baron Cohen, the British actor, said last month of the social media behemoths: “The truth is that these companies won’t fundamentally change because their entire business model relies on generating more engagement, and nothing generates more engagement than lies, fear and outrage.”

That’s the story of Brexit, a national tragedy. That’s the story of Johnson, the man of no convictions. That’s the story of Trump, who makes puppets of people through manipulation of outrage and disregard for truth. That’s the story of our times. Johnson gets and fits those times better than most. He’s a natural.

“Brexit and Trump were inextricably linked in 2016, and they are inextricably linked today,” Steve Bannon told me. “Johnson foreshadows a big Trump win. Working-class people are tired of their ‘betters’ in New York, London, Brussels telling them how to live and what to do. Corbyn the socialist program, not Corbyn the man, got crushed. If Democrats don’t take the lesson, Trump is headed for a Reagan-like ’84 victory.”

I still think Trump can be beaten, but not from way out left and not without recognition that, as Hugo Dixon, a leader of the now defeated fight for a second British referendum, put it: “There is a crisis of liberalism because we have not found a way to connect to the lives of people in the small towns of the postindustrial wasteland whose traditional culture has been torn away.”

Johnson, even with his 80-seat majority, has problems. His victory reconciled the irreconcilable. His moneyed coterie wants to turn Britain into free-market Singapore on the Thames. His new working-class constituency wants rule-Britannia greatness combined with state-funded support. That’s a delicate balancing act. The breakup of Britain has become more likely. The strong Scottish National Party showing portends a possible second Scottish referendum on independence.

This time I would bet on the Scots bidding farewell to little England. And then there’s the small matter of what Brexit actually means. Johnson will need all his luck with that.

As my readers know, I am a passionate European patriot who sees the union as the greatest achievement of the second half of the 20th century, and Britain’s exit as an appalling act of self-harm. But I also believe in democracy. Johnson took the decision back to the people and won. His victory must be respected. The fight for freedom, pluralism, the rule of law, human rights, a free press, independent judiciaries, breathable air, peace, decency and humanity continues — and has only become more critical now that Britain has marginalized itself irreversibly in a fit of nationalist delusion.

Voir enfin:

Britain’s election
Victory for Boris Johnson’s all-new Tories

The Conservatives’ capture of the north points to a realignment in British politics. Will it last?

The Economist
December 13, 2019
Britain’s election on December 12th was the most unpredictable in years—yet in the end the result was crushingly one-sided. As we went to press the next morning, Boris Johnson’s Conservative Party was heading for a majority of well over 70, the largest Tory margin since the days of Margaret Thatcher. Labour, meanwhile, was expecting its worst result since the 1930s. Mr Johnson, who diced with the possibility of being one of Britain’s shortest-serving prime ministers, is now all-powerful.
 
The immediate consequence is that, for the first time since the referendum of 2016, it is clear that Britain will leave the European Union. By the end of January it will be out—though Brexit will still be far from “done”, as Mr Johnson promises. But the Tories’ triumph also shows something else: that a profound realignment in British politics has taken place. Mr Johnson’s victory saw the Conservatives taking territory that Labour had held for nearly a century. The party of the rich buried Labour under the votes of working-class northerners and Midlanders.
 
After a decade of governments struggling with weak or non-existent majorities, Britain now has a prime minister with immense personal authority and a free rein in Parliament. Like Thatcher and Tony Blair, who also enjoyed large majorities, Mr Johnson has the chance to set Britain on a new course—but only if his government can also grapple with some truly daunting tasks.
 
Mr Johnson was lucky in his opponent. Jeremy Corbyn, Labour’s leader, was shunned by voters, who doubted his promises on the economy, rejected his embrace of dictators and terrorists and were unconvinced by his claims to reject anti-Semitism.
 
But the result also vindicates Mr Johnson’s high-risk strategy of targeting working-class Brexit voters. Some of them switched to the Tories, others to the Brexit Party, but the effect was the same: to deprive Labour of its majority in dozens of seats.
 
Five years ago, under David Cameron, the Conservative Party was a broadly liberal outfit, preaching free markets as it embraced gay marriage and environmentalism. Mr Johnson has yanked it to the left on economics, promising public spending and state aid for struggling industries, and to the right on culture, calling for longer prison sentences and complaining that European migrants “treat the UK as though it’s basically part of their own country.” Some liberal Tories hate the Trumpification of their party (the Conservative vote went down in some wealthy southern seats). But the election showed that they were far outnumbered by blue-collar defections from Labour farther north.
 
This realignment may well last. The Tories’ new prospectus is calculated to take advantage of a long-term shift in voters’ behaviour which predates the Brexit referendum. Over several decades, economic attitudes have been replaced by cultural ones as the main predictor of party affiliation. Even at the last election, in 2017, working-class voters were almost as likely as professional ones to back the Tories. Mr Johnson rode a wave that was already washing over Britain. Donald Trump has shown how conservative positions on cultural matters can hold together a coalition of rich and poor voters. And Mr Johnson has an extra advantage in that his is unlikely to face strong opposition soon. Labour looks certain to be in the doldrums for a long time. The Liberal Democrats had a dreadful night in which their leader, Jo Swinson, lost her seat.
 
Yet the Tories’ mighty new coalition is sure to come under strain. With its mix of blue collars and red trousers, the new party is ideologically incoherent. The northern votes are merely on loan. To keep them Mr Johnson will have to give people what they want—which means infrastructure, spending on health and welfare, and a tight immigration policy. By contrast, the Tories’ old supporters in the south believe that leaving the EU will unshackle Britain and usher in an era of freewheeling globalism. Mr Johnson will doubtless try to paper over the differences. However, whereas Mr Trump’s new coalition in America has been helped along by a roaring economy, post-Brexit Britain is likely to stall.
 
Any vulnerabilities in the Tories’ new coalition will be ruthlessly found out by the trials ahead. Brexit will formally happen next month, to much fanfare. Yet the difficult bit, negotiating the future relationship with Europe, lies ahead. The hardest arguments, about whether to forgo market access for the ability to deregulate, have not begun. Mr Johnson will either have to face down his own Brexit ultras or hammer the economy with a minimal EU deal.
 
As he negotiates the exit from one union he will face a crisis in another. The Scottish National Party won a landslide this week, taking seats from the Tories, and expects to do well in Scottish elections in 2021. After Brexit, which Scots voted strongly against, the case for an independence referendum will be powerful. Yet Mr Johnson says he will not allow one. Likewise in Northern Ireland, neither unionists nor republicans can abide the prime minister’s Brexit plans. All this will add fuel to a fight over whether powers returning from Brussels reside in Westminster or Belfast, Cardiff and Edinburgh. The judiciary is likely to have to step in—and face a hostile prime minister whose manifesto promises that the courts will not be used “to conduct politics by another means or to create needless delays”.
 
Led all that way for birth or death?
There is no doubting the strength of Mr Johnson’s position. He has established his personal authority by running a campaign that beat most expectations. His party has been purged of rebels, and their places taken by a new intake that owes its loyalty to him personally. Having lost control of Parliament for years, Downing Street is once more in charge.
 
Mr Johnson will be jubilant about the scale of his victory, and understandably so. But he should remember that the Labour Party’s red wall has only lent him its vote. The political realignment he has pulled off is still far from secure.

 


Bouddhisme: Attention, une religion de paix peut en cacher une autre ! (After Islam’s jihadists, Burma’s ultra-nationalist monks are a tragic reminder that in times of crisis even the most peaceful of religious doctrines can turn homicidal)

8 juillet, 2019

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Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Jésus (Jean 14: 27)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume; il y aura de grands tremblements de terre, et, en divers lieux, des pestes et des famines; il y aura des phénomènes terribles, et de grands signes dans le ciel.(…) Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, il y aura de l’angoisse chez les nations qui ne sauront que faire, au bruit de la mer et des flots. Jésus (Luc 21: 10-25)
Ne prenez pas le mal à la légère en disant ‘il ne m’atteindra pas’. Même un pot d’eau finit par se remplir de gouttes de pluie. De même, l’innocent absorbant goutte par goutte finit par se remplir de mal. Gautama Bouddha
Comme une mère protègerait son unique enfant au risque de sa propre vie, cultivons un amour sans limite envers tous les êtres.  Que ces pensées d’amour infini imprègnent le monde tout entier, dessus, dessous, de toutes parts, sans obstacle, sans haine ni inimitié. Metta sutta (hymne de l’amour universel)
Le Bouddha se situe souvent au-delà du Bien et du Mal. Ses paroles devraient nous permettre de limiter les mécaniques du Mal. Texte lu par Bulle Ogier (Le Vénérable W)
Une croyance populaire dit que si on peut tuer un animal, on peut aussi tuer un homme. Nous, les bouddhistes, nous nous opposons au sacrifice des animaux. Texte par Bulle Ogier (Le Vénérable W)
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
L’éthique de la victime innocente remporte un succès si triomphal aujourd’hui dans les cultures qui sont tombées sous l’influence chrétienne que les actes de persécution ne peuvent être justifiés que par cette éthique, et même les chasseurs de sorcières indonésiens y ont aujourd’hui recours. La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. René Girard
Les pays européens devraient accueillir ces réfugiés et leur fournir de l’éducation et des formations, l’objectif étant qu’ils rentrent chez eux avec des compétences particulières. Ils seront eux-mêmes mieux, je pense, dans leur propre pays. Mieux vaut garder l’Europe pour les Européens. Tenzyn Gyatso (Dalai Lama)
Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)
En réalité, leurs mosquées ne sont pas des lieux de culte comme nos monastères. Ce sont des bases de guerre pour planifier des attaques contre les non-musulmans. J’ai deviné l’intention des musulmans qui est de convertir le monde entier à l’islam. D’ailleurs, on peut voir sur Youtube, quand les membres de l’EI décapitent un chrétien, ils montrent un doigt, c’est-à-dire qu’il doit y avoir un seul Dieu dans le monde. Du fait que les musulmans ls entrent et s’installent dans les pays d’Europe, ils envahissent le monde. Et les dirigeants comme Merkel et compagnie les acceptent sans tenir compte de l’avis du peuple. Aux USA, si le peuple veut rester en paix et en sécurité, il doit choisir Donald Trump. Ashin Wirathu
L’Hitler de Birmanie est bouddhiste et ses juifs sont les musulmans rohingyas. David Aaronovitch
Les caractéristiques des poissons-chats d’Afrique sont : ils grandissent très vite. Ils se reproduisent très vite aussi. Et puis ils sont violents. Ils mangent les membres de leur propre espèce et détruisent les ressources naturelles de leur environnement. Les musulmans sont exactement comme ces poissons. Ashin Wirathu
Si on peut tuer un animal, on peut tuer un homme. Ashin Wirathu
Une foule excitée peut devenir incontrôlable. Cela peut exploser. Ma Ba Tha intervient quand les « kalars » embêtent les bouddhistes. Une fois le problème réglé et les « kalars » sanctionnés, la foule se calme. Voilà le rôle de Ma BA TA. Ashin Wirathu
Nous ne ciblons pas délibérément les entreprises [musulmanes]. Ils tuent des animaux car ils pensent que cela les rend méritants. C’est la principale différence entre eux et nous. Kyaw Sein Win (Ma Ba Tha)
Les musulmans sont des fauteurs de troubles. Ils prétendent garder des couteaux dans leurs mosquées pour les sacrifices d’animaux, mais nous, nous savons qu’ils peuvent s’en servir à tout moment contre nous. Ti Ti Win (professeure de mathématiques, 55 ans)
Notre région est confrontée au risque de perdre son bétail. Les kalars ont déjà tué des milliers de vaches. Vous savez pourquoi ? Ils s’entraînent pour nous égorger ensuite. Pyinyeinda (moine d’Athoke)
En tant que bouddhiste, je m’oppose au massacre de bétail. Par conséquent, j’ai accepté les demandes des moines qui mènent cette campagne. Je les ai aidés à obtenir les licences des abattoirs. Thein Aung (chef du gouvernement de la région d’Ayeyarwady)
Lors de nos deux premières descentes, nous avons découvert que plus de vaches étaient tuées que ne l’autorise la loi. Nous avons donc fait pression sur les autorités municipales pour qu’elles mettent sur liste noire le propriétaire musulman. Elles ont fini par le faire et il a dû fermer son abattoir. Win Shwe
On ne peut plus acheter de bœuf dans toute la région d’Ayeyarwady. Si on veut du bœuf halal, il faut que quelqu’un le fasse venir de Rangoon. Restaurateur musulman de la ville de Kyaungon. David Aaronovitch
Il faut resituer ces discours dans le contexte planétaire, de la progression de l’islamophobie. Une idée s’est installée en Birmanie, selon laquelle le bouddhisme des origines s’inscrivait dans une aire géographique comprenant une large partie de l’Asie, de l’Afghanistan à la Malaisie, englobant l’Inde, et qu’il ne concerne plus aujourd’hui que l’Asie du Sud-Est et le Sri Lanka pour la branche du Theravada, du fait de la pression de l’Islam. Bénédicte Brac de la Perrière
Le groupe « 969 » fait partie de mouvements réactionnels liés à des problèmes identitaires. On a le sentiment d’être agressé par des marges, on réagit en se protégeant. C’est une manière de se définir contre l’autre. Le bouddhisme est dans ce cas une arme symbolique. Raphaël Logier (IEP d’Aix-en-Provence)
Face à la progression de l’islamophobie en Europe, aux États-Unis et ailleurs, le film rappelle que même la doctrine religieuse la plus pacifique risque, si elle est mal interprétée, d’être exploitée à des fins destructrices. The Hollywood reporter
Dès son origine, le bouddhisme insiste sur la compassion envers autrui : le premier bouddhisme, dit Theravâda, toujours présent en Asie du Sud-Est et au Sri Lanka, met l’accent sur une introspection personnelle qui doit permettre de comprendre la nature de nos rapports avec l’autre. Il n’y a pas de dogme fondamental, en dehors de quelques notions issues de l’hindouisme. Il n’existe pas non plus d’autorité ecclésiastique ultime. Ces deux traits font qu’il est de prime abord difficile de parler d’orthodoxie, et à plus forte raison de fondamentalisme bouddhique. Les bouddhismes, par nature pluriels, ont su accueillir en leur sein les doctrines les plus diverses. Plus tard, le bouddhisme Mahâyâna (« grand véhicule »), aujourd’hui répandu en Chine, en Corée, au Japon et au Viêtnam, prône la compassion pour tous les êtres, même les pires. Ce sentiment de communion est fondé sur la croyance en la transmigration des âmes, laquelle conduit les êtres à renaître en diverses destinées, humaines et non-humaines. Le Mahâyâna insiste sur la présence d’une nature de bouddha en tout être. Quant au bouddhisme Vajrayâna (ésotérique, tantrique), issu du Mahâyâna et aujourd’hui localisé au Tibet et en Mongolie, il offre une vision grandiose de l’univers tout entier, qui n’est autre que le corps du Bouddha cosmique. A l’époque contemporaine, compassion et tolérance sont devenues, en partie par la personne médiatique du dalaï-lama actuel, icône moderne du bouddhisme tibétain, l’image de marque même du bouddhisme dans son ensemble. Les penseurs bouddhistes ont rapidement élaboré des concepts propres à expliquer divers degrés de vérité. Le Bouddha lui-même, selon un enseignement ultérieurement synthétisé, notamment par le Mahâyâna, prêchait ainsi une vérité conventionnelle (accessible à tous), adaptée aux facultés limitées de ses auditeurs, réservant la vérité ultime à une élite spirituelle. Ce recours constant à des expédients salvifiques (upâya), balisant des voies différentes et plus ou moins difficiles d’accès au salut, rend le dogmatisme difficile, car tout dogme relève du domaine de la parole, donc de la vérité conventionnelle. Ces théories vont faciliter diverses formes de syncrétisme ou de synthèse, comme celles de Zhiyi (539-597) et de Guifeng Zongmi (780-841) en Chine, de Kûkai (774-835) au Japon, et de Tsong-kha-pa (1357-1419) au Tibet. Il s’agit généralement d’une sorte de syncrétisme militant, par lequel les cultes rivaux (religion bön au Tibet, confucianisme et taoïsme en Chine, shinto au Japon…) sont intégrés à un rang subalterne dans un système dont le point culminant est la doctrine de l’auteur. Ces élaborations aboutissent rapidement à faire du bouddhisme un polythéisme, qui assimile et mêle dans ses panthéons les dieux des religions qui lui préexistaient (de l’hindouisme, du bön, du taoïsme…). Au demeurant, la pratique n’a pas toujours été aussi harmonieuse que la théorie. (…) Mais c’est surtout en raison de son évolution historique que le bouddhisme est conduit à faire des accrocs à ses grands principes. Le principal écueil réside dans les rapports de cette religion avec les cultures qu’elle rencontre au cours de son expansion. L’attitude des bouddhistes envers les religions locales est souvent décrite comme un exemple classique de tolérance. Il s’agit en réalité d’une tentative de mainmise : les dieux indigènes les plus importants sont convertis, les autres sont rejetés dans les ténèbres extérieures, ravalés au rang de démons et, le cas échéant, soumis ou détruits par des rites appropriés. Certes, le processus est souvent représenté dans les sources bouddhiques comme une conversion volontaire des divinités locales. Mais la réalité est fréquemment toute autre, comme en témoignent certains mythes, qui suggèrent que le bouddhisme a parfois cherché à éradiquer les cultes locaux qui lui faisaient obstacle. C’est ainsi que le Tibet est « pacifié » au viiie siècle par le maître indien Padmasambhava, lorsque celui-ci soumet tous les « démons » locaux (en réalité, les anciens dieux) grâce à ses formidables pouvoirs. Un siècle auparavant, le premier roi bouddhique Trisong Detsen a déjà soumis les forces telluriques (énergies terrestres de nature « magique » qui influencent individus et habitats), symbolisées par une démone, dont le corps recouvrait tout le territoire tibétain, en « clouant » celle-ci au sol par des stûpas (monuments commémoratifs et souvent centres de pèlerinage) fichés aux douze points de son corps. Le temple du Jokhang à Lhasa, lieu saint du bouddhisme tibétain, serait le « pieu » enfoncé en la partie centrale du corps de la démone, son sexe. Ce symbolisme, décrivant la « conquête » bouddhique comme une sorte de soumission sexuelle, se retrouve dans un des mythes fondateurs du bouddhisme tantrique, la soumission du dieu Maheshvara par Vajrapâni, émanation terrifiante du bouddha cosmique Vairocana. Maheshvara est l’un des noms de Shiva, l’un des grands dieux de la mythologie hindoue. Ce dernier, ravalé par le bouddhisme au rang de démon, n’a commis d’autre crime que de se croire le Créateur, et de refuser de se soumettre à Vajrapâni, en qui il ne voit qu’un démon. Son arrogance lui vaut d’être piétiné à mort ou, selon un pieux euphémisme, « libéré », malgré la molle intercession du bouddha Vairocana pour freiner la fureur destructrice de son avatar Vajrapâni. Pris de peur, les autres démons (dieux hindous) se soumettent sans résistance. Dans une version encore plus violente, le dieu Rudra (autre forme de Shiva) est empalé par son redoutable adversaire. Le mythe de la soumission de Maheshvara se retrouve au Japon, même si, dans ce dernier pays, les choses se passent dans l’ensemble de manière moins violente. Certes, on voit ici aussi de nombreux récits de conversions plus ou moins forcées des dieux autochtnones. Mais bientôt, une solution plus élégante est trouvée, avec la théorie dite « essence et traces » (honji suijaku). Selon cette théorie, les dieux japonais (kami) ne sont que des « traces », des manifestations locales dont l’« essence » (honji) réside en des bouddhas indiens. Plus besoin de conversion, donc, puisque les kamis sont déjà des reflets des bouddhas. Paradoxalement, la notion d’absolu dégagée par la spéculation bouddhique va permettre aux théoriciens d’une nouvelle religion, le soi-disant « ancien » shinto, de remettre en question la synthèse bouddhique au nom d’une réforme purificatrice et nationaliste. A terme, ce fondamentalisme shinto mènera à la « révolution culturelle » de Meiji (1868-1873), au cours de laquelle le bouddhisme, dénoncé comme religion étrangère, verra une bonne partie de ses temples détruits ou confisqués. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la religion officielle japonaise réinvestit les mythes shintos et s’organise autour du culte de l’Empereur divinisé, descendant du plus important kami national, la déesse du Soleil. Par contre-coup, le bouddhisme à son tour se réfugie dans un purisme teinté de modernisme, qui rejette comme autant de « superstitions » les croyances locales. (…) En théorie, le principe de non-dualité si cher au bouddhisme Mahâyâna semble pourtant impliquer une égalité entre hommes et femmes. Dans la réalité monastique, les nonnes restent inférieures aux moines, et sont souvent réduites à des conditions d’existence précaires. (…) Le bouddhisme a par ailleurs longtemps imposé aux femmes toutes sortes de tabous. La misogynie la plus crue s’exprime dans certains textes bouddhiques qui décrivent la femme comme un être pervers, quasi démoniaque. Perçues comme foncièrement impures, les femmes étaient exclues des lieux sacrés, et ne pouvaient par exemple faire de pèlerinages en montagne. Pire encore, du fait de la pollution menstruelle et du sang versé lors de l’accouchement, elles étaient condamnées à tomber dans un enfer spécial, celui de l’Etang de Sang. Le clergé bouddhique offrait bien sûr un remède, en l’occurrence les rites, exécutés, moyennant redevances, par des prêtres. Car le bouddhisme, dans sa grande tolérance, est censé sauver même les êtres les plus vils… (…) Il faut enfin mentionner les luttes intestines qui opposent, au sein de la secte Tendai (tendance majoritaire du bouddhisme japonais du viiie au xiiie siècle), les factions du mont Hiei et du Miidera. A diverses reprises, les monastères des deux protagonistes sont détruits par les « moines-guerriers » du rival. Les raids périodiques de ces armées monacales sur la capitale, Kyôto, défrayent les chroniques médiévales. C’est seulement vers la fin du xvie siècle qu’un guerrier à bout de patience, Oda Nobunaga (1534-1582), décide de raser ces temples et de passer par le fil du sabre les fauteurs de troubles. (…) Avec la montée des nationalismes au xixe siècle, le bouddhisme s’est trouvé confronté à une tendance fondamentaliste. Certes, la chose n’était pas tout à fait nouvelle. Dans le Japon du xiiie siècle, lors des invasions mongoles (elles-mêmes légitimées par les maîtres bouddhiques de la cour de Kûbilaï Khân), les bouddhistes japonais invoquèrent les « vents divins » (kamikaze) qui détruisirent l’armada ennemie. Ils mirent également en avant la notion du Japon « terre des dieux » (shinkoku), qui prendra une importance cruciale dans le Japon impérialiste du xxe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, les bouddhistes japonais devaient soutenir l’effort de guerre, mettant leur rhétorique au service de la mystique impériale. Même Daisetz T. Suzuki, le principal propagateur du zen en Occident, se fera le porte-parole de cette idéologie belliciste. Plus récemment, c’est à Sri Lanka que cet aspect agonistique a pris le dessus, avec la revendication d’indépendance de la minorité tamoule, qui a conduit depuis 1983 à de sanglants affrontements entre les ethnies sinhala et tamoule. Le discours des Sinhalas constitue l’exemple le plus approchant d’une apologie bouddhique de la guerre sainte. Certes, il s’agit d’un fondamentalisme un peu particulier, puisqu’il repose sur un groupe ethnique plutôt que sur un texte sacré. Il existe bien une autorité scripturaire, le Mahâvamsa, chronique mytho-historique où sont décrits les voyages magiques du Bouddha à Sri Lanka, ainsi que la lutte victorieuse du roi Duttaghâmanî contre les Damilas (Tamouls) au service du bouddhisme. Le Mahâvamsa sert ainsi de caution à la croyance selon laquelle l’île et son gouvernement ont traditionnellement été sinhalas et bouddhistes. C’est notamment dans ses pages qu’apparaît le terme de Dharma-dîpa (île de la Loi bouddhique). Il ne restait qu’un pas, vite franchi, pour faire de Sri Lanka la terre sacrée du bouddhisme, qu’il faut à tout prix défendre contre les infidèles. Ce fondamentalisme est avant tout une idéologie politique. Mentionnons pour finir un cas significatif, puisqu’il met en cause la personne même du dalaï-lama, le personnage qui personnifie aux yeux de la plupart l’image même de la tolérance bouddhique. Il s’agit du culte d’une divinité tantrique du nom de Dorje Shugden, esprit d’un ancien lama, rival du cinquième dalaï-lama, et assassiné par les partisans de celui-ci, adeptes des Gelugpa, au xviie siècle. Par un étrange retour des choses, cette divinité était devenue le protecteur de la secte des Gelugpa, et plus précisément de l’actuel Dalaï-Lama, jusqu’à ce que ce dernier, sur la base d’oracles délivrés par une autre divinité plus puissante, Pehar, en vienne à interdire son culte à ses disciples. Cette décision a suscité une levée de boucliers parmi les fidèles de Shugden, qui ont reproché au dalaï-lama son intolérance. Inutile de dire que les Chinois ont su exploiter cette querelle à toutes fins utiles de propagande. L’histoire a été portée sur les devants de la scène après le meurtre d’un partisan du dalaï-lama par un de ses rivaux, il y a quelques années. Par-delà les questions de personne et les dissensions politiques, ce fait divers souligne les relations toujours tendues entre les diverses sectes du bouddhisme tibétain. Même s’il ne saurait être question de nier l’existence au coeur du bouddhisme d’un idéal de paix et de tolérance, fondé sur de nombreux passages scripturaux, ceux-ci sont contrebalancés par d’autres sources selon lesquelles la violence et la guerre sont permises lorsque le Dharma bouddhique est menacé par des infidèles. Dans le Kalacakra-tantra par exemple, texte auquel se réfère souvent le dalaï-lama, les infidèles en question sont des musulmans qui menacent l’existence du royaume mythique de Shambhala. A ceux qui rêvent d’une tradition bouddhique monologique et apaisée, il convient d’opposer, par souci de vérité, cette part d’ombre. Bernard Faure
En Birmanie, où la population est majoritairement bouddhiste, la minorité musulmane représente environ 5 % des habitants. Dans le delta de l’Irrawaddy, les musulmans vivent essentiellement des activités liées aux abattoirs et au commerce du bœuf. Actuellement, les entreprises musulmanes sont la cible de l’islamophobie que propagent les extrémistes bouddhistes, dont la voix a beaucoup gagné en puissance avec l’ouverture politique de la Birmanie. Depuis fin 2013, une campagne soutenue par Ma Ba Tha [association birmane “pour la protection de la race et de la religion”, créée en juin 2013] a forcé à fermer des dizaines d’abattoirs et d’usines de transformation de viande tenus par des musulmans dans la région d’Ayeyarwady [région du sud de la Birmanie]. Des milliers de vaches ont été enlevées de force à leurs propriétaires musulmans. Les commerces de certains musulmans ont vu leurs revenus s’effondrer. Des documents officiels que nous avons obtenus et des entretiens avec des représentants de l’Etat révèlent que les hauts fonctionnaires soutiennent cette croisade. (…) En 2014, en raison de la pénurie de bétail et du renforcement des restrictions gouvernementales, les populations musulmanes du delta de l’Irrawaddy n’ont pas pu fêter l’Aïd el-Kébir, lors duquel des vaches sont sacrifiées selon la tradition islamique. Kyaw Sein Win, un porte-parole de Ma Ba Tha au siège de Rangoon, affirme que sauver des vies est un aspect central de la philosophie bouddhiste. “Nous ne ciblons pas délibérément les entreprises [musulmanes]. Ils tuent des animaux car ils pensent que cela les rend méritants. C’est la principale différence entre eux et nous”, a-t-il déclaré à Myanmar Now. L’appel à un boycott des entreprises musulmanes a reçu peu d’écho dans les villes, mais la campagne contre les sacrifices, qui repose sur l’aversion traditionnelle des bouddhistes pour l’abattage des vaches, a porté auprès des fidèles du delta de l’Irrawaddy. Dans cette région, cœur de la riziculture birmane, des dizaines de milliers de musulmans, pour la plupart commerçants en ville, vivent aux côtés d’environ six millions de riziculteurs, bouddhistes en majorité. Traditionnellement, les agriculteurs birmans utilisent les vaches et les bœufs comme animaux de trait. Ils ne les vendent aux abattoirs que pour gagner rapidement une importante somme d’argent, en vue d’un mariage ou pour payer un traitement médical. Ma Ba Tha n’a pas demandé aux agriculteurs de ne plus vendre leur bétail. Sa stratégie consiste à s’emparer des licences des abattoirs. En 2014, les moines radicaux du delta de l’Irrawaddy ont créé l’organisation Jivitadana Thetkal (“Sauver des vies”), qui appelle les monastères de la région à collecter chacun environ 100 dollars dans leur congrégation afin de permettre le rachat des licences. (…) Les moines bouddhistes radicaux ont prononcé des sermons enflammés dans les villages du delta pour propager l’idée que l’abattage de vaches constitue un affront au bouddhisme et participe de l’objectif musulman d’exterminer le bétail. (…) En 2014, le groupe a collecté environ 25 000 dollars grâce à des dons publics pour racheter six licences d’abattoirs, mais la plus chère de la ville restait inabordable. Pour atteindre leur objectif, ils ont décidé de prouver que l’abattoir ne respectait pas les quotas de sa licence. (….) Win Shwe et ses compagnons revendiquent également la saisie de plus de 4 000 animaux vivants dans le delta depuis début 2014. Beaucoup de ces bêtes ont ensuite été données à des agriculteurs pauvres de la région pour devenir des animaux de trait, à condition qu’ils s’engagent à ne pas les tuer ou les vendre. Au milieu de l’année 2014, selon des documents obtenus par Myanmar Now, des militants ont toutefois reçu l’accord des autorités pour mettre en œuvre un nouveau plan visant à envoyer le bétail saisi à des populations bouddhistes de Maungdaw, dans l’Etat d’Arakan, à environ 500 km au nord-ouest du delta de l’Irrawaddy. Cette localité très pauvre, la plus à l’ouest du pays, est située sur la frontière avec le Bangladesh. Les musulmans y sont plus nombreux que les bouddhistes. La frontière, que Ma Ba Tha se plaît à appeler “la porte occidentale” du pays, est sous le strict contrôle du gouvernement. Selon la presse, des centaines d’Arakanais qui vivaient dans l’est du Bangladesh se sont réinstallés de l’autre côté de la frontière depuis 2012. Les autorités birmanes ont envoyé les membres de cette ethnie bouddhiste vivre dans des “villages modèles” à Maungdaw, dans ce qui ressemble à une tentative d’accroître la population bouddhiste dans la zone. (…) Cette mesure avait pour but de “protéger la porte occidentale contre l’afflux de musulmans”, selon Win Shwe. “Sans cette porte occidentale, le territoire sera inondé de Bengalis [musulmans du Bangladesh]”, déclare Sein Aung dans un bureau richement décoré d’emblèmes nationalistes, dont des drapeaux portant des swastikas bouddhistes. Sean Turnell, professeur d’économie à l’université Macquarie de Sydney, en Australie, explique que le boycott qui touche les entreprises musulmanes nuit à l’image de la Birmanie sur la scène internationale, notamment auprès des investisseurs potentiels qui s’inquiètent de l’instabilité politique. (…) Devant son restaurant, une immense affiche est placardée : une vache y est représentée, accompagnée d’un verset à la gloire du rôle mythique de l’animal en tant que “mère” de l’humanité. Une image probablement posée par des sympathisants de Ma Ba Tha. La plupart des musulmans qui vivent dans le delta de l’Irrawaddy n’osent pas dénoncer la campagne de peur de subir des représailles de Ma Ba Tha. Myanmar Now
Those who believe that all Buddhists respect their religion’s core principles of peace and tolerance should take a look at The Venerable W (Le Venerable W), director Barbet Schroeder’s eye-opening chronicle of one Burmese monk’s long campaign of racism and violence against his country’s minority Muslim population. The third part in a “trilogy of evil” that began in 1974 with General Idi Amin Dada and continued in 2007 with a look at the controversial French lawyer Jacques Verges in Terror’s Advocate, this scathing portrait gets up close and personal with Ashin Wirathu, the self-appointed spiritual leader of Myanmar’s anti-Muslim crusade. Speaking openly to the camera, Wirathu propagates xenophobia and bigotry against a group that represents only a fraction of the local population, yet have been subject to decades of persecution by both the monk’s followers and the military-controlled Burmese government. The result has been hundreds of deaths, thousands of homes burned to the ground and tens of thousands of Muslims displaced — all of it in the name of a religion that asks, according to one translation of the Metta Sutta, to “cultivate boundless love to all that live in the whole universe.” (…) At a time when Islamophobia is on the rise in Europe, the U.S. and elsewhere, his film is a reminder that even the most peaceful of religious doctrines can, if twisted in the wrong way, be used as a veritable source of evil. (…) Wirathu operates out of the city of Mandalay, a third of whose inhabitants consist of monks or monks-in-training. In the late 90s he formed the “969” movement and began delivering racist sermons to his disciples, referring to Muslims as “kalars” (the equivalent of the n-word) and claiming they are a subspecies who don’t deserve Myanmar citizenship, that their businesses should be boycotted and that they should be banned from intermarriage with Buddhists. Although prejudice against the Rohingya Muslim community, which is based in the western part of Myanmar bordering Bangladesh, dates back to before Wirathu’s time, he has helped accelerate a campaign resulting in many, many deaths and the mass destruction of property. In order to fuel the fire, he often highlights incidents where Muslims have attacked Buddhists (in one case, the rape and murder of a woman), distributing propaganda videos on DVD and backing riots where Rohingyas are driven from their homes while the armed forces stand idly by. What’s especially disturbing about Schroeder’s inquiry is how, on one hand, Wirathu can be seen expounding the peaceful tenets of Buddhism to his followers, while on the other he preaches a holy war meant to ostracize — and indirectly, destroy — an entire segment of the population. The man himself sees no contradiction in the two, simply believing that Muslims are a lesser race unworthy of the basic human rights accorded to Buddhists. While the situation in Myanmar is particularly extreme, Schroeder reveals at one point how, even in a Western nation like France, the perception of Islam’s grip on society versus the reality of that grip is highly exaggerated. Terrorist attacks like those that occurred in Paris in 2015 only help to augment fears and nationalistic tendencies, which is why a candidate like Marine Le Pen was able to capture more than a third of the vote in France’s recent presidential runoff. The Burmese authorities have made some attempts to quell the tide of Islamophobic sentiment, banning the “969” group and jailing Wirathu for several years. But after his release, the popular monk managed to form a new movement, promoting a series of “protection of race and religion bills” that seem to be the first step toward a modern version of the Nuremberg Laws of Nazi Germany. One of those laws has already been enacted, while the government continues to persecute the Rohingyas throughout the land. (…) In a place where Buddhists currently represent more than 90 percent of the populace, it’s unthinkable how a religion that preaches so much love can, in this case, yield so much hate. The Hollywood reporter
Everyone knows that Buddhism is the religion of peace, love and understanding. So there’s something deeply wrong about a Buddhist monk who calmly spouts anti-Muslim hate speech and incites ethnic riots. The monk in question, an influential Burmese figure known as the Venerable Wirathu, is the subject of the powerful third and final installment of Swiss director Barbet Schroeder’s ‘Axis of Evil’ documentary trilogy, which began in 1974 with General Idi Amin Dada: A Self Portrait, and continued in 2007 with Terror’s Advocate, a portrait of controversial lawyer Jacques Vergès. It’s the shocking disjunct between his religion and the rabid nationalism of his sermons, writings and declarations that powers Schroeder’s conventional but nevertheless effective long hard stare into the eyes of intolerance. However, this is also a chilling corrective to accounts of Burma that paint its recent history simply as a fight between courageous pro-democracy forces led by Aung San Suu Kyi (by no means a heroine in this particular story) and a repressive military regime. In the era of Trump (Wirathu is a fan), Farage and Le Pen, it also shines timely light on the mechanisms of nationalistic rhetoric. (…) Draped in saffron robes, his face rarely betraying any emotion, Wirathu is presented partly through outtakes from an interview Schroeder filmed with him in the library of the Mandalay monastery which he heads. The ‘venerable’ monk talks openly about what he sees to be the Muslim threat to Buddhist purity, calmly spouting racial slurs about their breeding capacity, the rape of ‘our women’, animalistic nature and accumulation of wealth that carry terrifying echoes of Nazi anti-Semitic slurs. He repeats the same message to the young monks he teaches and to the crowds of followers who turn out to watch him preach on tacky makeshift stages amidst garlands of flowers and gilt Buddhas. Schroeder’s method at first is simply to dwell on the awful fascination of the ‘Fascist Buddhist’ paradox, with passages promoting the brotherhood of man from the religion’s sacred texts, voiced by veteran French actress Bulle Ogier, underlining the contradiction. Wirathu’s rise from provincial obscurity to ethnic rabble-rouser is then charted, mixing his own account with testimony from a mix of interviewees – who will include two Burmese Buddhist masters who have served prison time, like ‘W’, but for far more noble causes. Wirathu’s nine-year stretch for inciting ethnic hatred came after a spate of 2003 riots in his hometown of Kyaukse and elsewhere which involved lynchings and burnings of Muslim mosques, shops and houses. The mood of the film turns darker in its second half, when Wirathu returns with even greater vitriol to the campaign trail after his release in 2012. News and mobile phone footage captures some of the pogroms launched against Burma’s persecuted Rohingya Muslim minority, mostly in Rakhine state: a scene in which a Buddhist monk beats a Musilm to a pulp with a makeshift club is difficult to erase. By now we’ve worked out what the monk really is. Forget the robes: he’s a classic extremist politician, fanning tensions through the crudest of rhetoric (including a DVD restaging of the rape of a Buddhist girl produced under the aegis of his Ma Ba Tha nationalist movement), then visiting the affected regions to ‘restore order’ and guarantee security. Shot on the hoof, under the noses of a repressive regime, The Venerable W is a fine, stirring documentary about ethnic cleansing in action. Screen daily
Loin de l’image d’Epinal d’un bouddhiste éthéré et tolérant, la religion phare d’Asie est, dans des pays comme le Sri Lanka ou la Birmanie, sous l’influence grandissante de moines nationalistes aux sermons agressifs, notamment contre les musulmans. La semaine dernière, dernier exemple en date de violences intercommunautaires: des foules bouddhistes ont mené des émeutes anti-musulmanes ayant fait au moins trois morts au Sri Lanka. Non loin de là, en Birmanie, secouée par la crise des musulmans rohingyas, la figure de proue du nationalisme bouddhiste, le moine Wirathu, a renoué avec ses sermons enflammés. Il avait été interdit de prise de parole publique après s’être réjoui du meurtre d’un avocat musulman. Et en Thaïlande voisine, où le nationalisme bouddhiste est néanmoins bien moins fort, un moine a fait scandale après avoir appelé à incendier les mosquées. Pour Michael Jerryson, spécialiste des questions de religion à l’université américaine de Youngstown et auteur d’un récent livre sur bouddhisme et violence, cette religion n’échappe pas à la justification de la violence par des prétextes religieux. (…) Et la menace, selon ces bouddhistes soucieux de préserver la prédominance de leur religion dans leur pays, c’est l’islam. Et ce même si les musulmans y sont ultra-minoritaires, de l’ordre de quelques pour cent. La destruction des statues de bouddhas de Bamiyan par les talibans en Afghanistan a profondément marqué l’imaginaire bouddhiste. Et l’ambiance globale de « guerre contre le terrorisme » contribue à l’islamophobie, à laquelle l’Asie n’échappe pas. Même si les minorités musulmanes sont implantées depuis des générations dans ces pays, les moines bouddhistes nationalistes agitent la menace de taux de natalité très élevés (c’est le cas des Rohingyas de Birmanie) – qui à plus ou moins long terme conduiront à une supplantation démographique comme en Malaisie ou en Indonésie. En Birmanie, le moine Wirathu s’est fait le grand prêtre de ce complot musulman visant à éradiquer le bouddhisme – avec des discours si enflammés que sa page Facebook a été fermée. (…) Au SriLanka, les militants bouddhistes tentent eux aussi de s’affirmer politiquement, n’hésitant pas à prendre la tête de manifestations et à en découdre avec la police. Les Tigres tamouls n’étant plus considérés comme une menace depuis leur défaite en 2009, les musulmans, qui ne représentent que 10 % de la population, se sont retrouvés la cible des nationalistes bouddhistes. Figure de proue du mouvement BBS (pour « Buddhist force »), le moine srilankais Galagodaatte Gnanasara, libéré sous caution, est sous le coup de poursuites pour discours de haine et insulte au coran. (…) En Thaïlande, ce mouvement d’idée a moins prise, dans un pays où le clergé bouddhiste est globalement discrédité par des scandales de corruption et de détournements de donations. (…) Cela n’empêche pas les tensions, notamment autour de l’extrême-sud de la Thaïlande, en proie à une rébellion indépendantiste musulmane qui s’en est parfois pris à des moines. Mais cela n’a rien à voir avec ce qui se passe en Birmanie, où, si les moines ne prennent pas eux mêmes les armes, des groupes de civils influencés par leurs idées se forment. Les moines n’agissent pas directement mais « justifient les violences menées par d’autres, que ce soient des milices, des civils, la police ou l’armée », analyse Iselin Frydenlund, de l’Ecole de théologie de Norvège. En Birmanie par exemple, des milices bouddhistes sont accusés de s’être livrées à des exactions contre les Rohingyas lors de ce que l’ONU décrit comme une campagne d' »épuration ethnique », qui a poussé à l’exil au Bangladesh voisin de près de 700.000 Rohingyas. Le Point
Fasciné depuis toujours par le bouddhisme, cette « religion athée qui permet le pessimisme », il est allé en Birmanie, à la rencontre d’Ashin Wirathu. Auprès de ce bonze plein de haine zen qui appelle à l’extermination des populations musulmanes, il boucle sa trilogie du mal, entamée en 1974 avec Général Idi Amin Dada et poursuivie en 2007 avec L’Avocat de la terreur. Selon Barbet Schroeder, le thème du mal est «inépuisable, inséparable de l’humanité, particulièrement pour le 20e siècle sans parler du 21e qui a l’air de vouloir faire de la haine et du mensonge des sujets incontournables». Au terme d’un tournage difficile, dangereux, prématurément interrompu par une situation de plus en plus instable en Birmanie, le cinéaste ramène Le Vénérable W., un documentaire édifiant et terrifiant. Contrairement à son habitude, Barbet Schroeder ne s’est pas contenté de filmer l’agent du mal et de laisser le spectateur découvrir la réalité dans son effrayante nudité. Parce que la Birmanie est méconnue, lointaine, et que la situation politique y est terriblement instable, entre la junte, la présidente Aung San Suu Kyi aux positions ambiguës, les Rohingyas, la minorité musulmane et une centaine d’autres ethnies, le cinéaste a rencontré des journalistes, des moines désapprouvant la croisade de Wirathu. Il a aussi ressemblé des documents d’archives, reportages TV ou fichiers de téléphone portables. Dès 2001, Wirathu prononce de virulents sermons islamophobes. En 2003, suite à des émeutes musulmanes, il est condamné à 25 ans de prison, dont il sort en 2012, suite à une amnistie générale. A la tête du mouvement 969, interdit en 2013 et aussitôt remplacé par Ma Ba Tha, il incite à la haine, monte en épingle des faits divers, propage des fake news. Il affirme que les musulmans (4% de la population birmane) qui «se reproduisent comme des lapins» (slogan dans une manifestation) mettent en péril l’équilibre de la nation. Des foules de moines en robe safran défilent, chantent des chanson nationalistes, éructent de haine, incendient les mosquées et tabassent les gens à mort, pendant que l’armée regarde à côté… Les maisons brûlent par milliers, des corps s’entassent sur des bûchers funéraires. Lorsqu’elles tombent entre les mains des fanatiques, toutes les religions tournent à l’horreur. Le film se termine sur les images d’une rue pakistanaise embrasée par la colère. Une guerre de religion entre bouddhiste et musulmans serait une belle façon de pepétuer au 21e siècle l’obscurantisme du Moyen Age… Le Temps
Le lieu commun veut que le bouddhisme échappe à toute violence. Découvert en Occident au XIXème siècle, il y est surtout perçu comme une philosophie reposant sur des pratiques spirituelles. Pourtant, depuis plusieurs années, cette image est mise à mal. En Birmanie, pays peuplé à 90% de bouddhistes, des moines développent des discours violents et extrémistes à l’encontre des musulmans. Parmi eux, le bonze Ashin Wirathu, surnommé le « Ben Laden » birman et leader d’un groupe nationaliste appelé Ma Ba Tha, « l’Association pour la protection de la race et de la religion ». Depuis août dernier, ces moines sont sous le feu des projecteurs en raison des atrocités commises contre les Rohingyas, minorité ethnique musulmane et apatride qui vit majoritairement dans l’État de l’Arakan, dans l’ouest du pays. (…) Partagée par 500 millions d’adeptes en Asie, cette religion, perçue en Occident de manière simpliste comme une philosophie non-violente reposant sur des pratiques comme la méditation, a en fait une réalité complexe. On ne peut pas parler du bouddhisme au singulier. Il existe en fait trois grandes écoles correspondant à trois zones géographiques bien distinctes. L’école Vajrayana, très minoritaire, est pratiquée au Tibet. C’est la plus connue en Occident. L’école Mahayana ou « bouddhisme du grand véhicule » est implantée en Corée, en Chine, au Japon et dans une grande partie du Vietnam. En Birmanie, comme en Thaïlande, au Laos, au Cambodge ou encore au Sri Lanka, on pratique le bouddhisme Theravada ou « bouddhisme du petit véhicule ». Le bouddhisme Theravada est aussi appelé « la voie des Anciens » : c’est l’école la plus ancienne et la plus proche du bouddhisme primitif. Ses adeptes suivent un enseignement traditionnel pour atteindre le Nirvana, étape de perfection ultime, qui se traduit par la capacité à se détacher de tout sentiment. Il s’agit de sortir du monde terrestre en se détachant des réalités « impermanentes », écrit Henri Tincq.« D’où le développement d’une spiritualité, dans le theravâda, du « non-attachement », puissante chez les moines, qui s’interdisent toute activité mondaine. » Les moines ne travaillent pas, ne se font pas à manger et dépendent ainsi complètement des dons de la population laïque. Face à cette population bouddhiste majoritaire, 6% des 53 millions de Birmans sont chrétiens et 4% sont musulmans. Dans les pays de tradition Theravada, les nations se sont souvent constituées en s’appuyant sur une légitimité religieuse. La Birmanie ne fait pas exception. « En 1980, le régime de Ne Win a recréé le Sangha, le clergé birman. Il en a centralisé l’administration et l’a placé sous l’autorité du pouvoir politique, rappelle l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. Plus tard, les militaires ont utilisé la religion pour justifier leur présence au pouvoir. » Ainsi, quand bien même les moines birmans ne devraient pas participer à la vie politique du pays, leur clergé est bel et bien politisé. Ce constat fait, il est plus simple de comprendre le développement d’un discours nationaliste parmi les moines. « Il y a des liens fermement établis entre les nationalismes sud-asiatiques et le bouddhisme, depuis le mouvement de décolonisation du XIXe siècle, et dès le début du XXe siècle un peu partout en Asie du Sud-Est », explique l’anthropologue Lionel Obadia. En 2007, lors de la « Révolution de Safran », des manifestations de moines sont réprimées violemment par l’armée pour avoir protesté pacifiquement contre la hausse des prix initiée par la junte militaire. Pour l’universitaire britannique Paul Fuller, spécialisé dans l’étude du bouddhisme, cela participe encore à renforcer le lien entre nationalisme et bouddhisme. « Jusqu’alors, pour la majorité des Birmans, être un bon bouddhiste, c’était respecter les doctrines du calme mental, du non-attachement et de la compassion, explique Paul Fuller dans un entretien à Asialyst. La Révolution de Safran montre au grand jour l’implication politique des moines et fait naître une nouvelle idée : pour être un bon bouddhiste, il faut aussi agir pour le bien de son pays. » De là se répand une théorie : pour être un bon birman, il faut être un bon bouddhiste. « Les nationalistes s’appuient sur cette idée pour justifier leurs violences : ils luttent pour la protection du bouddhisme et donc, a fortiori, pour la culture birmane. » Enfin, depuis 2011 et l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Thein Sein puis, de façon encore plus frappante depuis 2015 et l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, les discours nationalistes se font de plus en plus visibles. Pour cause, les mutations politiques et l’ouverture du pays après des années de repli sur lui-même ont entraîné une perte de repères pour la population et renforce la peur d’une disparition progressive de la culture birmane. Par ailleurs, les discours nationalistes sont désormais diffusés beaucoup plus amplement au sein de la population du fait de la démocratisation de l’usage des réseaux sociaux, qui permet de faire transmettre des messages jusqu’alors passés sous silence. (…) En 2011, des affiches et des autocollants portant l’inscription « 969 » apparaissent un peu partout en Birmanie. Ces chiffres, qui font référence aux trois joyaux du Bouddha, donnent leur nom à un mouvement nationaliste et anti-islamique dirigé par un moine de Mandalay, Ashin Wirathu. À travers cette campagne d’affichage, le bonze incite les Birmans à acheter uniquement dans des magasins tenus par des bouddhistes et à boycotter ceux tenus par des musulmans. Alors que le mouvement se répand, des violences à l’encontre des musulmans touchent l’ensemble du pays. En mars 2013, des émeutes éclatent à Meiktila, dans le centre du pays. Pendant trois jours, des magasins et des habitations appartenant à des musulmans sont saccagés. 40 personnes sont tuées. D’autres émeutes similaires ont lieu dans la région de Bagan puis de Rangoun. Jugé responsable de ces violences, le mouvement « 969 » est interdit. Les leaders ne l’entendent pas de cette oreille. En 2013, peu après l’interdiction du mouvement 969, émerge un groupe nommé Ma Ba Tha, ou « Association pour la protection de la race ou de la religion ». Grâce à des centaines de cellules qui quadrillent le territoire national, Ma Ba Tha devient rapidement le plus important des groupes nationalistes bouddhistes. À l’approche des élections législatives de 2015, Ma Ba Tha parvient à développer un réel pouvoir politique. Grâce à un fort lobbying, il fait passer quatre lois entre mai et août, en pleine campagne pour les élections. Ces lois, qui visent clairement les musulmans, permettent un contrôle des naissances dans certaines régions et pour certaines minorités ethniques. Pour se convertir à une autre religion que le bouddhisme ou pour se marier avec une non bouddhiste, il faudra désormais l’accord des autorités locales. Enfin, la polygamie et l’infidélité sont interdites et passibles d’emprisonnement. Plusieurs ONG, comme Human Rights Watch, dénoncent alors des lois « discriminatoires » qui « ignorent les droits humains fondamentaux ». En Birmanie, leur adoption entraîne un mois de festivités organisées par Ma Ba Tha. A noter que maintenant, il faut nommer Ma Ba Tha, la fondation philanthropique Buddhadhamma. L’été dernier, le conseil des grands maîtres du Sangha Maha Nayaka, dont les membres sont choisis par le gouvernement, a demandé à Ma Ba Tha de cesser toutes activités. Les moines leaders ont refusé d’obtempérer et ont simplement changé de nouveau le nom de leur organisation. (….) Une théorie persiste dans l’esprit de nombreux Birmans depuis le début des années 1990 : l’Islam mettrait en péril le bouddhisme. « De nombreux moines et politiciens birmans ont inlassablement répété ces dernières années que l’Islam, perçu comme expansionniste, est une menace. L’Islam écraserait une culture bouddhiste fragile et la société s’en retrouverait ébranlée », explique le journaliste Francis Wade à Asialyst, auteur de l’ouvrage Myanmar’s Enemy Within: Buddhist Violence and the Making of a Muslim « Other ». En mars 2011, la destruction des bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan, par des Talibans afghans, renforce encore cette thèse. Les Musulmans sont ainsi perçus comme un ennemi intérieur qui viole les femmes, qui les force à se marier et à se convertir à l’Islam, qui vole les terres des bouddhistes, etc. « Il faut resituer ces discours dans le contexte planétaire, de la progression de l’islamophobie. Une idée s’est installée en Birmanie, selon laquelle le bouddhisme des origines s’inscrivait dans une aire géographique comprenant une large partie de l’Asie, de l’Afghanistan à la Malaisie, englobant l’Inde, et qu’il ne concerne plus aujourd’hui que l’Asie du Sud-Est et le Sri Lanka pour la branche du Theravada, du fait de la pression de l’Islam », explique l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. (…) Cette peur est exacerbée depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi. Ma Ba Tha considère que la Prix Nobel de la Paix est « soumise » aux désirs de la communauté internationale et qu’elle souhaite privilégier les minorités religieuses et ethniques au détriment de la foi bouddhiste et des « vrais » Birmans (…)  L’État de l’Arakan, où vivent des milliers de Rohingyas musulmans, symbolise la frontière entre l’Asie bouddhiste et l’Asie musulmane. De nombreux Birmans pensent ainsi que si les bouddhistes de l’Arakan ne protègent pas leurs frontières et n’empêchent pas les Musulmans d’entrer, alors la Birmanie et le reste de l’Asie du Sud-Est deviendra inévitablement musulmane. Depuis 1982, les Rohingyas sont d’ailleurs considérés comme des immigrés illégaux et on leur refuse la citoyenneté. Ils sont apatrides. En août dernier, le Haut-Commissariat de l’ONU dénonçait ainsi des décennies de « violations persistantes et systématiques des droits de l’homme » envers les Rohingyas. L’ethnie n’est pas la seule visée. Depuis 2011, le sentiment anti-musulman s’est développé sur l’ensemble du territoire comme l’ont montré les campagnes d’affichage du mouvements « 969 » et les violentes manifestations qui suivirent visant ouvertement les musulmans. La crise qui touche actuellement les Rohingyas n’est cependant pas qu’un conflit religieux. Les Rohingyas sont perçus comme une menace pour la sécurité intérieure du pays. L’attaque de postes-frontières par des rebelles de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh, qui a fait douze morts en août dernier, a renforcé cette perception. C’est d’ailleurs cet événement qui a mis le feu aux poudres et entraîné une vague de répression sans précédent de la communauté. Au moins 354 villages rohingyas ont été partiellement ou entièrement détruits depuis le 25 août, selon Human Rights Watch. L’ONU, de son côté, dénonce des exactions perpétrées par l’armée birmane. Au total, près de 650 000 Rohingyas ont fui le pays et s’entassent désormais dans des camps au Bangladesh souffrant de malnutrition sévère. (…) Un « Ben Laden », un « Hitler », le « visage de la haine » : voilà les surnoms du moine Ashin Wirathu, une figure tutélaire de Ma Ba Tha. Depuis 2001, le moine de 48 ans déverse sa haine contre les musulmans. Très actif sur les réseaux sociaux, il inonde ses pages de messages où il accuse les musulmans de meurtre ou de viol sans la moindre preuve. (…) Le bonze n’est jamais avare en outrances. Cette réputation sulfureuse lui a valu de faire la Une du Time en 2013. Le journal titrait alors, à côté de son portrait, « Le visage de la terreur bouddhiste ». Plus récemment, Wirathu a été l’objet d’un documentaire de Barbet Schroeder, Le vénérable W, où le réalisateur essaie de comprendre comment un moine censé prôner la compassion et la tolérance peut tomber dans la haine. Dans le documentaire de Shroeder, le bonze apparaît en 2003 en train de distribuer des tracts à des jeunes à Kyauske, sa ville natale. Quelques semaines plus tard, des émeutes éclatent dans la ville faisant onze morts. Wirathu est arrêté et condamné à 25 ans de prison pour incitation à la haine. Il est amnistié en 2012 par le nouveau gouvernement civil du président Thein Sein. Dès sa sortie, il lance le mouvement « 969 ». S’appuyant sur des images d’archives et des interviews du bonze, le documentaire montre un Wirathu qui voue un quasi-culte à Donald Trump et espère convaincre des dangers de l’Islam à travers le monde. Cet été, alors que le documentaire sort en salles en France, Wirathu, lui, connaît des difficultés dans son pays. Fin janvier 2017, il est allé trop loin : après le meurtre d’un avocat musulman et conseiller juridique de la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi, il a remercié les quatre suspects du meurtre sur sa page Facebook et s’est dit « soulagé pour l’avenir du bouddhisme dans son pays ». En mars dernier, le clergé bouddhiste a soumis le bonze au silence. Il a désormais interdiction de « se livrer à des sermons à travers la Birmanie jusqu’au 9 mars 2018 ». Depuis, le moine apparait en public la bouche recouverte d’un adhésif. (…) Il faut nuancer le pouvoir réel de Ma Ba Tha qui, même s’il est influent, reste un groupe minoritaire dans un pays où le clergé est, certes conservateur, mais pas ouvertement xénophobe. Il est perçu, avant tout, comme un mouvement destiné à la protection et à la promotion du bouddhisme dans un pays en pleine mutation et grâce à cela, il jouit d’une image positive au sein de la population. Dans un rapport de l’International Crisis Group publié en septembre dernier, le think tank américain rappelle que, pour beaucoup de Birmans, diffuser les valeurs du bouddhisme (compassion, charité, etc.) permettrait d’établir la paix entre les ethnies. C’est donc un paradoxe : les détracteurs dénoncent un groupe promouvant des discours de haine, tandis que les défenseurs vantent un mouvement promouvant la paix. Par ailleurs, beaucoup adhèrent au mouvement pour ses nombreuses actions sociales sans adhérer aux discours nationalistes qui y sont prêchés. Ma Ba Tha est en effet parvenu à rassembler de nombreux soutiens en s’affirmant comme un véritable acteur social en Birmanie. La charité a toujours été une valeur bouddhiste : les moines ont un rôle d’accueil et d’aide aux pauvres, aux personnes âgées et aux malades. Lors des importantes inondations dans le nord du pays en 2015, les membres de Ma Ba Tha ont apporté une aide conséquente aux populations en organisant des levée de fonds ou en se rendant au chevet des victimes. De même, le groupe a financé en partie la restauration de pagodes détruites à Bagan lors d’un tremblement de terre en 2016. L’association est aussi connue pour ses nombreuses actions en faveur de l’éducation. Elle a permis la construction de plusieurs écoles Dhamma. Ces « écoles du dimanche » délivrent un enseignement bouddhiste aux enfants, notamment à travers l’apprentissage du pâli, la langue des textes anciens. Enfin, cela peut étonner : Ma Ba Tha compte de nombreuses femmes dans ses rangs. Ces dernières sont engagées dans des grandes campagnes d’information pour sensibiliser les femmes des zones rurales sur leurs droits en matière de mariage et de pratiques religieuses. Beaucoup affirment donc intégrer Ma Ba Tha pour des raisons féministes. Dans certaines régions où les populations se sentent délaissées par le gouvernement sur l’éducation ou la santé, Ma Ba Tha devient ainsi la meilleure solution alternative. (…)  Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi a mis en oeuvre des efforts considérables pour tenter de faire taire les voix nationalistes. Preuve en est, il a poussé le clergé birman à interdire le mouvement « 969 » puis plus récemment Ma Ba Tha. Il faut dire que la Prix Nobel de la Paix est souvent la cible des critiques de ces moines nationalistes qui lui reprochent de servir les intérêts de la communauté internationale avant ceux de son pays. Ils critiquent ses discours de réconciliation nationale qu’ils voient comme une porte ouverte aux dérives islamiques mettant en péril de bouddhisme. Lors des élections de 2015, la plupart des dirigeants de Ma Ba Tha n’ont pas officiellement affirmé leur soutien à un candidat. En revanche, le président de l’association de l’époque, Ashin Thiloka, avait appelé à voter pour le candidat qui « protégerait les lois sur la race et la religion ». Ashin Wirathu, lui, avait explicitement appelé à voter pour le Parti de l’Union et du Développement, principal rival de la Ligue nationale pour la Démocratie. Les efforts du gouvernement sont néanmoins restés inefficaces. Dès l’interdiction de Ma Ba Tha, le mouvement est réapparu sous un nouveau nom. Ashin Wirathu a interdiction de prêcher, il diffuse donc de vieux enregistrement de ses discours lors de meetings… Selon l’International Crisis Group, ces interdictions gouvernementales permettent même de mettre de l’eau au moulin de Wirathu. « Chaque fois que le gouvernement interdit un de ces groupes, la théorie du bouddhisme en danger se renforce donnant plus de légitimité aux discours nationalistes. Au lieu d’être sur la défensive, le gouvernement devrait redéfinir la place du bouddhisme dans la Birmanie actuelle », analyse le think tank. (…)  Lorsqu’Ashin Wirathu lance sa campagne « 969′, des moines créent au Sri Lanka le parti Bodu Bala Sena (BBS), « Force du pouvoir bouddhiste ». Comme Ma Ba Tha, ils développent une rhétorique violente à l’encontre de l’Islam. Dans le pays, la plupart des bouddhistes appartiennent à l’ethnie cingalaise qui représente les trois quarts de la population. « Le pays appartient aux Cingalais, ce sont eux qui ont créé cette civilisation et sa culture ! explique un moine membre du mouvement à la BBC. Nous devons rendre le pays aux Cingalais. Nous nous battrons jusqu’au bout. » Ma Ba Tha et le BBS s’affichent d’ailleurs comme des alliés : en 2014, Wirathu avait reçu un accueil triomphal à Colombo de la part des moines du BBS. Les idées de Ma Ba Tha trouvent aussi un écho en Thaïlande où le sud du pays est en proie à une rébellion séparatiste musulmane. Certains moines ont ainsi à plusieurs reprises mis en avant le « danger de l’islam », appelant à faire du bouddhisme une religion d’État. Quelques-uns de ces religieux ont d’ailleurs appelé à réserver aux musulmans séparatistes du sud du pays « le même sort qu’aux Rohingyas ». (…) Figure iconique du bouddhisme et chef spirituel des bouddhistes tibétains, le Dalaï-lama n’a aucune autorité sur les pratiquants de l’école Theravâda. Il n’est donc qu’une voix de la communauté internationale parmi tant d’autres. En juillet 2014, il avait condamné Ma Ba Tha et son homologue sri-lankais BBS, exhortant « les bouddhistes de ces pays à avoir à l’esprit l’image du Bouddha avant de commettre ces crimes ». Et d’ajouter : « Le Bouddha prêche l’amour et la compassion. Si le Bouddha était là, il protégerait les musulmans des attaques des bouddhistes. » En septembre dernier, lui qui ne s’est pas rendu en Birmanie depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, a explicitement pris la défense des Rohingyas, plaidant que Bouddha aurait « aidé ces pauvres Musulmans ». Un mois plus tard, une autre voix religieuse s’est exprimée sur le sujet : le Pape François. En visite pour la première fois en Birmanie, il a prononcé un discours très engagé devant des représentants politiques et de la société civile. Il a appelé à « construire un ordre social juste, réconcilié et inclusif » qui garantit « le respect des droits de tous ceux qui considèrent cette terre comme leur maison. (…) François avait au préalable accepté de ne pas prononcer le mot « Rohingya », sur la demande expresse des catholiques birmans, par peur des représailles. Cyrielle Cabot

Attention: une religion de paix peut en cacher une autre !

En ces temps proprement apocalyptiques

Où semblent vouloir se rappeler de plus en plus régulièrement à notre bon souvenir …

Tant le climat et son désormais légendaire « changement » ou, de la Californie à la Sicile, les plaques tectoniques elle-mêmes …

Que, précisément sur les lignes de fracture entre islam et les autres grandes religions, d’israël à la Birmanie mais aussi au Sri Lanka et en Thaïlande et sans compter chiisme et sunnisme, les mouvements tectoniques religieux …

A l’heure où du Yemen à la Syrie, au Liban et en Israël et entre deux annonces de rayage de la carte, la Révolution islamique continue à mettre l’ensemble du Moyen-Orient à feu et à sang …

Ou entre destructions de bouddhas ou d’églises, décapitations en direct, crucifixions et mise en esclavage sexuel et de la Syrie à l’Irak, l’Afghanistan ou le Sri Lanka, la religion d’amour, de tolérance et de paix poursuit sa marche expansionniste …

Et où en Occident, les mêmes parangons de vertu progressiste qui au nom de la défense de l’environnement appellent à la restriction démographique en Europe commanditent, entre mariage, PMA et bientôt GPA pour tous ou au nom des droits des animaux attaques de laboratoires ou de boucheries, des bateaux pour aider les trafiquants humains à approvisonner les eros centers de Rome ou de Berlin …

Ou les mêmes belles âmes qui vivent grassement de la représentation cinématographique, numérique ou médiatique de la violence …

Comme de l’exploitation de la main d’oeuvre bon marché qui avec leurs encouragements déferle désormais sans contrôle sur nos plages et nos frontières …

Nous font la morale sur nos prétendues crispations et manque d’ouverture face à la destruction non seulement, comme nous en avertissait tout récemment encore le Dalai Lama, de nombre de nos emploi mais, entre deux attentats ou agressons sexuelles, de nos modes de vie et cultures …

Comment ne pas voir …

Les limites des prétendues analyses de nos médias, anthropologues ou documentaristes

Qui après avoir, contre toute évidence historique, réduit le bouddhisme à la religion par excellence de la paix …

Nous présentent sauf rares exceptions l’actuel conflit interethnique en Birmanie …

Entre une majorité dont l’aversion au sang versé va jusqu’à la vénération de « vaches sacrées » …

Et une minorité éleveuse de bétail toujours adepte des sacrifices sanglants …

Comme au moment où la croix gammée bascule est sur le point de basculer du côté de sa forme inversée nazie, le simple dévoiement d’un bouddhisme par essence pacifique par la figure tristement célèbre du moine Ashin Wirathu

Tout récemment visé, après son instrumentalisation par la junte au pouvoir, par un mandat d’arrêt pour sédition par son propre gouvernement …

Et qualifié alternativement dans les médias occidentaux de « Ben Laden birman », « Hitler bouddhiste », « visage du terrorisme bouddhiste », « haine en robe safran » ou « fan de Trump » …

Face aux nouveaux juifs et victimes, entre deux attaques de postes-frontières par d’un groupe de rebelles dit « de l’Armée du salut »,  d’une « progression planétaire de l’islamophobie » ?

Cyrielle Cabot

Asialyst

Le lieu commun veut que le bouddhisme échappe à toute violence. Découvert en Occident au XIXème siècle, il y est surtout perçu comme une philosophie reposant sur des pratiques spirituelles. Pourtant, depuis plusieurs années, cette image est mise à mal. En Birmanie, pays peuplé à 90% de bouddhistes, des moines développent des discours violents et extrémistes à l’encontre des musulmans. Parmi eux, le bonze Ashin Wirathu, surnommé le « Ben Laden » birman et leader d’un groupe nationaliste appelé Ma Ba Tha, « l’Association pour la protection de la race et de la religion ». Depuis août dernier, ces moines sont sous le feu des projecteurs en raison des atrocités commises contre les Rohingyas, minorité ethnique musulmane et apatride qui vit majoritairement dans l’État de l’Arakan, dans l’ouest du pays. Quelles sont les caractéristiques du bouddhisme pratiqué en Birmanie ? Comment expliquer le développement de ce discours radical ? Quelle est la réponse du gouvernement d’Aung San Suu Kyi ?

1. Qu’est ce que le bouddhisme Theravada, la religion majoritaire de Birmanie ?

En Birmanie, 90% de la population est de confession bouddhiste. Partagée par 500 millions d’adeptes en Asie, cette religion, perçue en Occident de manière simpliste comme une philosophie non-violente reposant sur des pratiques comme la méditation, a en fait une réalité complexe.
On ne peut pas parler du bouddhisme au singulier. Il existe en fait trois grandes écoles correspondant à trois zones géographiques bien distinctes. L’école Vajrayana, très minoritaire, est pratiquée au Tibet. C’est la plus connue en Occident. L’école Mahayana ou « bouddhisme du grand véhicule » est implantée en Corée, en Chine, au Japon et dans une grande partie du Vietnam. En Birmanie, comme en Thaïlande, au Laos, au Cambodge ou encore au Sri Lanka, on pratique le bouddhisme Theravada ou « bouddhisme du petit véhicule ».
Le bouddhisme Theravada est aussi appelé « la voie des Anciens » : c’est l’école la plus ancienne et la plus proche du bouddhisme primitif. Ses adeptes suivent un enseignement traditionnel pour atteindre le Nirvana, étape de perfection ultime, qui se traduit par la capacité à se détacher de tout sentiment. Il s’agit de sortir du monde terrestre en se détachant des réalités « impermanentes », écrit Henri Tincq.« D’où le développement d’une spiritualité, dans le theravâda, du « non-attachement », puissante chez les moines, qui s’interdisent toute activité mondaine. » Les moines ne travaillent pas, ne se font pas à manger et dépendent ainsi complètement des dons de la population laïque.
Face à cette population bouddhiste majoritaire, 6% des 53 millions de Birmans sont chrétiens et 4% sont musulmans.

2. Comment le bouddhisme s’est-il radicalisé ?

Dans les pays de tradition Theravada, les nations se sont souvent constituées en s’appuyant sur une légitimité religieuse. La Birmanie ne fait pas exception. « En 1980, le régime de Ne Win a recréé le Sangha, le clergé birman. Il en a centralisé l’administration et l’a placé sous l’autorité du pouvoir politique, rappelle l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. Plus tard, les militaires ont utilisé la religion pour justifier leur présence au pouvoir. » Ainsi, quand bien même les moines birmans ne devraient pas participer à la vie politique du pays, leur clergé est bel et bien politisé.
Ce constat fait, il est plus simple de comprendre le développement d’un discours nationaliste parmi les moines. « Il y a des liens fermement établis entre les nationalismes sud-asiatiques et le bouddhisme, depuis le mouvement de décolonisation du XIXe siècle, et dès le début du XXe siècle un peu partout en Asie du Sud-Est », explique l’anthropologue Lionel Obadia. En 2007, lors de la « Révolution de Safran », des manifestations de moines sont réprimées violemment par l’armée pour avoir protesté pacifiquement contre la hausse des prix initiée par la junte militaire. Pour l’universitaire britannique Paul Fuller, spécialisé dans l’étude du bouddhisme, cela participe encore à renforcer le lien entre nationalisme et bouddhisme. « Jusqu’alors, pour la majorité des Birmans, être un bon bouddhiste, c’était respecter les doctrines du calme mental, du non-attachement et de la compassion, explique Paul Fuller dans un entretien à Asialyst. La Révolution de Safran montre au grand jour l’implication politique des moines et fait naître une nouvelle idée : pour être un bon bouddhiste, il faut aussi agir pour le bien de son pays. » De là se répand une théorie : pour être un bon birman, il faut être un bon bouddhiste. « Les nationalistes s’appuient sur cette idée pour justifier leurs violences : ils luttent pour la protection du bouddhisme et donc, a fortiori, pour la culture birmane. »
Enfin, depuis 2011 et l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Thein Sein puis, de façon encore plus frappante depuis 2015 et l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, les discours nationalistes se font de plus en plus visibles. Pour cause, les mutations politiques et l’ouverture du pays après des années de repli sur lui-même ont entraîné une perte de repères pour la population et renforce la peur d’une disparition progressive de la culture birmane. Par ailleurs, les discours nationalistes sont désormais diffusés beaucoup plus amplement au sein de la population du fait de la démocratisation de l’usage des réseaux sociaux, qui permet de faire transmettre des messages jusqu’alors passés sous silence.

3. Comment est né Ma Ba Tha, le principal groupe radical bouddhiste ?

*Matthew Walton and Susan Hayward, « Contesting Buddhist Narratives: Democratization, Nationalism, and Communal Violence in Myanmar », in Policy Studies n°71, East-West Center, Honolulu, Hawaï.

En 2011, des affiches et des autocollants portant l’inscription « 969 » apparaissent un peu partout en Birmanie. Ces chiffres, qui font référence aux trois joyaux du Bouddha, donnent leur nom à un mouvement nationaliste et anti-islamique dirigé par un moine de Mandalay, Ashin Wirathu. À travers cette campagne d’affichage, le bonze incite les Birmans à acheter uniquement dans des magasins tenus par des bouddhistes et à boycotter ceux tenus par des musulmans. Alors que le mouvement se répand, des violences à l’encontre des musulmans touchent l’ensemble du pays. En mars 2013, des émeutes éclatent à Meiktila, dans le centre du pays. Pendant trois jours, des magasins et des habitations appartenant à des musulmans sont saccagés. 40 personnes sont tuées. D’autres émeutes similaires ont lieu dans la région de Bagan puis de Rangoun. Jugé responsable de ces violences, le mouvement « 969 » est interdit. Les leaders ne l’entendent pas de cette oreille. En 2013, peu après l’interdiction du mouvement 969, émerge un groupe nommé Ma Ba Tha, ou « Association pour la protection de la race ou de la religion ». Grâce à des centaines de cellules qui quadrillent le territoire national, Ma Ba Tha devient rapidement le plus important des groupes nationalistes bouddhistes*.

À l’approche des élections législatives de 2015, Ma Ba Tha parvient à développer un réel pouvoir politique. Grâce à un fort lobbying, il fait passer quatre lois entre mai et août, en pleine campagne pour les élections. Ces lois, qui visent clairement les musulmans, permettent un contrôle des naissances dans certaines régions et pour certaines minorités ethniques. Pour se convertir à une autre religion que le bouddhisme ou pour se marier avec une non bouddhiste, il faudra désormais l’accord des autorités locales. Enfin, la polygamie et l’infidélité sont interdites et passibles d’emprisonnement. Plusieurs ONG, comme Human Rights Watch, dénoncent alors des lois « discriminatoires » qui « ignorent les droits humains fondamentaux ». En Birmanie, leur adoption entraîne un mois de festivités organisées par Ma Ba Tha.
A noter que maintenant, il faut nommer Ma Ba Tha, la fondation philanthropique Buddhadhamma. L’été dernier, le conseil des grands maîtres du Sangha Maha Nayaka, dont les membres sont choisis par le gouvernement, a demandé à Ma Ba Tha de cesser toutes activités. Les moines leaders ont refusé d’obtempérer et ont simplement changé de nouveau le nom de leur organisation.

4. Pourquoi les bouddhistes birmans s’en prennent-ils aux Musulmans ?

Une théorie persiste dans l’esprit de nombreux Birmans depuis le début des années 1990 : l’Islam mettrait en péril le bouddhisme. « De nombreux moines et politiciens birmans ont inlassablement répété ces dernières années que l’Islam, perçu comme expansionniste, est une menace. L’Islam écraserait une culture bouddhiste fragile et la société s’en retrouverait ébranlée », explique le journaliste Francis Wade à Asialyst, auteur de l’ouvrage Myanmar’s Enemy Within: Buddhist Violence and the Making of a Muslim « Other ». En mars 2011, la destruction des bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan, par des Talibans afghans, renforce encore cette thèse. Les Musulmans sont ainsi perçus comme un ennemi intérieur qui viole les femmes, qui les force à se marier et à se convertir à l’Islam, qui vole les terres des bouddhistes, etc.
« Il faut resituer ces discours dans le contexte planétaire, de la progression de l’islamophobie. Une idée s’est installée en Birmanie, selon laquelle le bouddhisme des origines s’inscrivait dans une aire géographique comprenant une large partie de l’Asie, de l’Afghanistan à la Malaisie, englobant l’Inde, et qu’il ne concerne plus aujourd’hui que l’Asie du Sud-Est et le Sri Lanka pour la branche du Theravada, du fait de la pression de l’Islam », explique l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. « Le groupe « 969 » fait partie de mouvements réactionnels liés à des problèmes identitaires. On a le sentiment d’être agressé par des marges, on réagit en se protégeant. C’est une manière de se définir contre l’autre. Le bouddhisme est dans ce cas une arme symbolique », résume ainsi Raphaël Logier, directeur de l’Observatoire du religieux à l’IEP d’Aix-en-Provence.
Cette peur est exacerbée depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi. Ma Ba Tha considère que la Prix Nobel de la Paix est « soumise » aux désirs de la communauté internationale et qu’elle souhaite privilégier les minorités religieuses et ethniques au détriment de la foi bouddhiste et des « vrais » Birmans.

5. Pourquoi les Rohingyas cristallisent-ils cette haine contre les musulmans ?

L’État de l’Arakan, où vivent des milliers de Rohingyas musulmans, symbolise la frontière entre l’Asie bouddhiste et l’Asie musulmane. De nombreux Birmans pensent ainsi que si les bouddhistes de l’Arakan ne protègent pas leurs frontières et n’empêchent pas les Musulmans d’entrer, alors la Birmanie et le reste de l’Asie du Sud-Est deviendra inévitablement musulmane. Depuis 1982, les Rohingyas sont d’ailleurs considérés comme des immigrés illégaux et on leur refuse la citoyenneté. Ils sont apatrides. En août dernier, le Haut-Commissariat de l’ONU dénonçait ainsi des décennies de « violations persistantes et systématiques des droits de l’homme » envers les Rohingyas. L’ethnie n’est pas la seule visée. Depuis 2011, le sentiment anti-musulman s’est développé sur l’ensemble du territoire comme l’ont montré les campagnes d’affichage du mouvements « 969 » et les violentes manifestations qui suivirent visant ouvertement les musulmans.
La crise qui touche actuellement les Rohingyas n’est cependant pas qu’un conflit religieux. Les Rohingyas sont perçus comme une menace pour la sécurité intérieure du pays. L’attaque de postes-frontières par des rebelles de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh, qui a fait douze morts en août dernier, a renforcé cette perception. C’est d’ailleurs cet événement qui a mis le feu aux poudres et entraîné une vague de répression sans précédent de la communauté. Au moins 354 villages rohingyas ont été partiellement ou entièrement détruits depuis le 25 août, selon Human Rights Watch. L’ONU, de son côté, dénonce des exactions perpétrées par l’armée birmane. Au total, près de 650 000 Rohingyas ont fui le pays et s’entassent désormais dans des camps au Bangladesh souffrant de malnutrition sévère.

6. Qui est Ashin Wirathu, le « Ben Laden » birman ?

Un « Ben Laden », un « Hitler », le « visage de la haine » : voilà les surnoms du moine Ashin Wirathu, une figure tutélaire de Ma Ba Tha. Depuis 2001, le moine de 48 ans déverse sa haine contre les musulmans. Très actif sur les réseaux sociaux, il inonde ses pages de messages où il accuse les musulmans de meurtre ou de viol sans la moindre preuve. Lors de ses prêches au vitriol, on peut entendre : « Vaut-il mieux épouser un clochard ou un musulman ? » Réponse : « Un clochard ! » Et d’ajouter : « Et vaut-il mieux se marier avec un chien ou avec un musulman ? » Réponse : « Un chien, car, contrairement au musulman, un chien ne vous demandera jamais de changer de religion… » Le bonze n’est jamais avare en outrances. Cette réputation sulfureuse lui a valu de faire la Une du Time en 2013. Le journal titrait alors, à côté de son portrait, « Le visage de la terreur bouddhiste ». Plus récemment, Wirathu a été l’objet d’un documentaire de Barbet Schroeder, Le vénérable W, où le réalisateur essaie de comprendre comment un moine censé prôner la compassion et la tolérance peut tomber dans la haine.
Dans le documentaire de Shroeder, le bonze apparaît en 2003 en train de distribuer des tracts à des jeunes à Kyauske, sa ville natale. Quelques semaines plus tard, des émeutes éclatent dans la ville faisant onze morts. Wirathu est arrêté et condamné à 25 ans de prison pour incitation à la haine. Il est amnistié en 2012 par le nouveau gouvernement civil du président Thein Sein. Dès sa sortie, il lance le mouvement « 969 ». S’appuyant sur des images d’archives et des interviews du bonze, le documentaire montre un Wirathu qui voue un quasi-culte à Donald Trump et espère convaincre des dangers de l’Islam à travers le monde.
Cet été, alors que le documentaire sort en salles en France, Wirathu, lui, connaît des difficultés dans son pays. Fin janvier 2017, il est allé trop loin : après le meurtre d’un avocat musulman et conseiller juridique de la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi, il a remercié les quatre suspects du meurtre sur sa page Facebook et s’est dit « soulagé pour l’avenir du bouddhisme dans son pays ». En mars dernier, le clergé bouddhiste a soumis le bonze au silence. Il a désormais interdiction de « se livrer à des sermons à travers la Birmanie jusqu’au 9 mars 2018 ». Depuis, le moine apparait en public la bouche recouverte d’un adhésif.

7. Ces groupes radicaux ont-ils beaucoup d’adeptes ?

Il faut nuancer le pouvoir réel de Ma Ba Tha qui, même s’il est influent, reste un groupe minoritaire dans un pays où le clergé est, certes conservateur, mais pas ouvertement xénophobe. Il est perçu, avant tout, comme un mouvement destiné à la protection et à la promotion du bouddhisme dans un pays en pleine mutation et grâce à cela, il jouit d’une image positive au sein de la population. Dans un rapport de l’International Crisis Group publié en septembre dernier, le think tank américain rappelle que, pour beaucoup de Birmans, diffuser les valeurs du bouddhisme (compassion, charité, etc.) permettrait d’établir la paix entre les ethnies. C’est donc un paradoxe : les détracteurs dénoncent un groupe promouvant des discours de haine, tandis que les défenseurs vantent un mouvement promouvant la paix.
Par ailleurs, beaucoup adhèrent au mouvement pour ses nombreuses actions sociales sans adhérer aux discours nationalistes qui y sont prêchés. Ma Ba Tha est en effet parvenu à rassembler de nombreux soutiens en s’affirmant comme un véritable acteur social en Birmanie. La charité a toujours été une valeur bouddhiste : les moines ont un rôle d’accueil et d’aide aux pauvres, aux personnes âgées et aux malades. Lors des importantes inondations dans le nord du pays en 2015, les membres de Ma Ba Tha ont apporté une aide conséquente aux populations en organisant des levée de fonds ou en se rendant au chevet des victimes. De même, le groupe a financé en partie la restauration de pagodes détruites à Bagan lors d’un tremblement de terre en 2016.
L’association est aussi connue pour ses nombreuses actions en faveur de l’éducation. Elle a permis la construction de plusieurs écoles Dhamma. Ces « écoles du dimanche » délivrent un enseignement bouddhiste aux enfants, notamment à travers l’apprentissage du pâli, la langue des textes anciens. Enfin, cela peut étonner : Ma Ba Tha compte de nombreuses femmes dans ses rangs. Ces dernières sont engagées dans des grandes campagnes d’information pour sensibiliser les femmes des zones rurales sur leurs droits en matière de mariage et de pratiques religieuses. Beaucoup affirment donc intégrer Ma Ba Tha pour des raisons féministes. Dans certaines régions où les populations se sentent délaissées par le gouvernement sur l’éducation ou la santé, Ma Ba Tha devient ainsi la meilleure solution alternative.

8. Que fait le gouvernement d’Aung San Suu Kyi pour lutter contre ces groupes ?

Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi a mis en oeuvre des efforts considérables pour tenter de faire taire les voix nationalistes. Preuve en est, il a poussé le clergé birman à interdire le mouvement « 969 » puis plus récemment Ma Ba Tha. Il faut dire que la Prix Nobel de la Paix est souvent la cible des critiques de ces moines nationalistes qui lui reprochent de servir les intérêts de la communauté internationale avant ceux de son pays. Ils critiquent ses discours de réconciliation nationale qu’ils voient comme une porte ouverte aux dérives islamiques mettant en péril de bouddhisme.
Lors des élections de 2015, la plupart des dirigeants de Ma Ba Tha n’ont pas officiellement affirmé leur soutien à un candidat. En revanche, le président de l’association de l’époque, Ashin Thiloka, avait appelé à voter pour le candidat qui « protégerait les lois sur la race et la religion ». Ashin Wirathu, lui, avait explicitement appelé à voter pour le Parti de l’Union et du Développement, principal rival de la Ligue nationale pour la Démocratie.
Les efforts du gouvernement sont néanmoins restés inefficaces. Dès l’interdiction de Ma Ba Tha, le mouvement est réapparu sous un nouveau nom. Ashin Wirathu a interdiction de prêcher, il diffuse donc de vieux enregistrement de ses discours lors de meetings… Selon l’International Crisis Group, ces interdictions gouvernementales permettent même de mettre de l’eau au moulin de Wirathu. « Chaque fois que le gouvernement interdit un de ces groupes, la théorie du bouddhisme en danger se renforce donnant plus de légitimité aux discours nationalistes. Au lieu d’être sur la défensive, le gouvernement devrait redéfinir la place du bouddhisme dans la Birmanie actuelle », analyse le think tank.

9. Existe-t-il des mouvements similaires dans d’autres pays asiatiques ?

*Mikael Gravers, « Anti-Muslim Buddhist Nationalism in Burma and Sri Lanka », in Contemporary Buddhism.

Lorsqu’Ashin Wirathu lance sa campagne « 969′, des moines créent au Sri Lanka le parti Bodu Bala Sena (BBS), « Force du pouvoir bouddhiste ». Comme Ma Ba Tha, ils développent une rhétorique violente à l’encontre de l’Islam. Dans le pays, la plupart des bouddhistes appartiennent à l’ethnie cingalaise qui représente les trois quarts de la population. « Le pays appartient aux Cingalais, ce sont eux qui ont créé cette civilisation et sa culture ! explique un moine membre du mouvement à la BBC. Nous devons rendre le pays aux Cingalais. Nous nous battrons jusqu’au bout. » Ma Ba Tha et le BBS s’affichent d’ailleurs comme des alliés : en 2014, Wirathu avait reçu un accueil triomphal à Colombo de la part des moines du BBS*.

Les idées de Ma Ba Tha trouvent aussi un écho en Thaïlande où le sud du pays est en proie à une rébellion séparatiste musulmane. Certains moines ont ainsi à plusieurs reprises mis en avant le « danger de l’islam », appelant à faire du bouddhisme une religion d’État. Quelques-uns de ces religieux ont d’ailleurs appelé à réserver aux musulmans séparatistes du sud du pays « le même sort qu’aux Rohingyas ».

10. Quelle est la position du Dalaï-lama ?

Figure iconique du bouddhisme et chef spirituel des bouddhistes tibétains, le Dalaï-lama n’a aucune autorité sur les pratiquants de l’école Theravâda. Il n’est donc qu’une voix de la communauté internationale parmi tant d’autres. En juillet 2014, il avait condamné Ma Ba Tha et son homologue sri-lankais BBS, exhortant « les bouddhistes de ces pays à avoir à l’esprit l’image du Bouddha avant de commettre ces crimes ». Et d’ajouter : « Le Bouddha prêche l’amour et la compassion. Si le Bouddha était là, il protégerait les musulmans des attaques des bouddhistes. » En septembre dernier, lui qui ne s’est pas rendu en Birmanie depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, a explicitement pris la défense des Rohingyas, plaidant que Bouddha aurait « aidé ces pauvres Musulmans ».
Un mois plus tard, une autre voix religieuse s’est exprimée sur le sujet : le Pape François. En visite pour la première fois en Birmanie, il a prononcé un discours très engagé devant des représentants politiques et de la société civile. Il a appelé à « construire un ordre social juste, réconcilié et inclusif » qui garantit « le respect des droits de tous ceux qui considèrent cette terre comme leur maison. (…) L’avenir de la Birmanie doit être la paix, une paix fondée sur le respect de la dignité et des droits de tout membre de la société, sur le respect de tout groupe ethnique et de son identité, sur le respect de l’Etat de droit et d’un ordre démocratique qui permette à chaque individu et à tout groupe – aucun n’étant exclu – d’offrir sa contribution légitime au bien commun », a insisté le Souverain Pontif. François avait au préalable accepté de ne pas prononcer le mot « Rohingya », sur la demande expresse des catholiques birmans, par peur des représailles.
A propos de l’auteur
Jeune journaliste diplômée de l’école du CELSA (Paris-Sorbonne), Cyrielle Cabot est passionnée par l’Asie du Sud-Est, en particulier la Thaïlande, la Birmanie et les questions de société. Elle est passée par l’Agence-France Presse à Bangkok, Libération et Le Monde.

Voir aussi:

Birmanie. Au cœur de la croisade antimusulmane des bouddhistes radicaux

Représentant à peine 5 % de la population, la minorité musulmane birmane fait l’objet d’une campagne de discrimination orchestrée par des bouddhistes radicaux. Ils réclament notamment la fermeture des abattoirs et commerces tenus par les musulmans.

En Birmanie, où la population est majoritairement bouddhiste, la minorité musulmane représente environ 5 % des habitants. Dans le delta de l’Irrawaddy, les musulmans vivent essentiellement des activités liées aux abattoirs et au commerce du bœuf. Actuellement, les entreprises musulmanes sont la cible de l’islamophobie que propagent les extrémistes bouddhistes, dont la voix a beaucoup gagné en puissance avec l’ouverture politique de la Birmanie.

Depuis fin 2013, une campagne soutenue par Ma Ba Tha [association birmane “pour la protection de la race et de la religion”, créée en juin 2013 – lire aussi encadré à la fin de l’article] a forcé à fermer des dizaines d’abattoirs et d’usines de transformation de viande tenus par des musulmans dans la région d’Ayeyarwady [région du sud de la Birmanie]. Des milliers de vaches ont été enlevées de force à leurs propriétaires musulmans. Les commerces de certains musulmans ont vu leurs revenus s’effondrer. Des documents officiels que nous avons obtenus et des entretiens avec des représentants de l’Etat révèlent que les hauts fonctionnaires soutiennent cette croisade.

Lwin Tun, 49 ans, a investi dans les secteurs du bâtiment, de l’immobilier et de l’hôtellerie, à la fois dans le delta et dans la région de Rangoon. Selon lui, les actions de Ma Ba Tha menacent gravement ses intérêts. “La campagne appelant à un boycott des entreprises gérées par des musulmans dure depuis quelque temps, affirme-t-il. Des tracts sont distribués. La police le sait, mais ne fait rien.

En 2014, en raison de la pénurie de bétail et du renforcement des restrictions gouvernementales, les populations musulmanes du delta de l’Irrawaddy n’ont pas pu fêter l’Aïd el-Kébir, lors duquel des vaches sont sacrifiées selon la tradition islamique. “Ces actions sont une infraction directe à nos droits religieux fondamentaux, martèle Al Haji Aye Lwin, responsable du Centre islamique de Rangoon. D’après moi, les entreprises [musulmanes] perdent dans l’ensemble 30 % de leur chiffre d’affaires.

Kyaw Sein Win, un porte-parole de Ma Ba Tha au siège de Rangoon, affirme que sauver des vies est un aspect central de la philosophie bouddhiste. “Nous ne ciblons pas délibérément les entreprises [musulmanes]. Ils tuent des animaux car ils pensent que cela les rend méritants. C’est la principale différence entre eux et nous”, a-t-il déclaré à Myanmar Now.

Minorité musulmane

L’appel à un boycott des entreprises musulmanes a reçu peu d’écho dans les villes, mais la campagne contre les sacrifices, qui repose sur l’aversion traditionnelle des bouddhistes pour l’abattage des vaches, a porté auprès des fidèles du delta de l’Irrawaddy. Dans cette région, cœur de la riziculture birmane, des dizaines de milliers de musulmans, pour la plupart commerçants en ville, vivent aux côtés d’environ six millions de riziculteurs, bouddhistes en majorité.

Traditionnellement, les agriculteurs birmans utilisent les vaches et les bœufs comme animaux de trait. Ils ne les vendent aux abattoirs que pour gagner rapidement une importante somme d’argent, en vue d’un mariage ou pour payer un traitement médical. Ma Ba Tha n’a pas demandé aux agriculteurs de ne plus vendre leur bétail. Sa stratégie consiste à s’emparer des licences des abattoirs.

En 2014, les moines radicaux du delta de l’Irrawaddy ont créé l’organisation Jivitadana Thetkal (“Sauver des vies”), qui appelle les monastères de la région à collecter chacun environ 100 dollars dans leur congrégation afin de permettre le rachat des licences. “Nous soutenons cette campagne menée par Jivitadana Thetkal, a déclaré le porte-parole Kyaw Sein Win. La plupart de ses membres appartiennent aussi à Ma Ba Tha, mais le siège ne leur donne aucune instruction directe.

Moines radicaux

Les moines bouddhistes radicaux ont prononcé des sermons enflammés dans les villages du delta pour propager l’idée que l’abattage de vaches constitue un affront au bouddhisme et participe de l’objectif musulman d’exterminer le bétail. “Soyons vigilants, avertissent les paroles d’une chanson jouée lors de ces manifestations. Moines bouddhistes et civils, ne soyez plus passifs. Si vous le restez, notre race et notre religion disparaîtront.

Pyinyeinda, 65 ans soutient le mouvement. “Notre région est confrontée au risque de perdre son bétail. Les kalars ont déjà tué des milliers de vaches”, affirme ce moine d’Athoke, employant un terme péjoratif pour qualifier les personnes qui ont des origines indiennes [les nationalistes contestent aux musulmans leurs origines birmanes]. “Vous savez pourquoi ? Ils s’entraînent pour nous égorger ensuite.”

Assis à un bureau sur lequel sont entassés de nombreux livres pour enfants qui reprennent les préceptes du Ma Ba Tha, le chef du gouvernement de la région d’Ayeyarwady, Thein Aung, reconnaît qu’il a approuvé la réduction de moitié du prix de vente des licences des abattoirs à l’organisation radicale et qu’il a soutenu ces opérations. Cet ancien général nommé à son poste par le président Thein Sein en 2011 précise :

En tant que bouddhiste, je m’oppose au massacre de bétail. Par conséquent, j’ai accepté les demandes des moines qui mènent cette campagne. Je les ai aidés à obtenir les licences des abattoirs” .

Il explique que son administration envoie des unités spéciales pour mener des arrestations si les militants signalent des infractions. Les membres de Ma Ba Tha ont ainsi commencé à surveiller les abattoirs et le transport de bétail en vue d’y faire des descentes. Ils dénoncent des infractions présumées aux licences qui limitent le nombre d’animaux pouvant être tués.

Un document officiel de 2014 donne l’ordre aux agents administratifs de 26 localités de coopérer avec les membres de Ma Ba Tha qui surveillent les abattoirs. Dans les villages et les petites villes du delta de l’Irrawaddy, rares sont ceux qui s’aventurent dans le dédale de rizières et de cours d’eau après la tombée de la nuit. Mais à Kyonpyaw, à 150 kilomètres environ de Rangoon, Win Shwe, un secrétaire local de Ma Ba Tha, agit de nuit avec la coopération d’un groupe de moines et de civils.

En 2014, le groupe a collecté environ 25 000 dollars grâce à des dons publics pour racheter six licences d’abattoirs, mais la plus chère de la ville restait inabordable. Pour atteindre leur objectif, ils ont décidé de prouver que l’abattoir ne respectait pas les quotas de sa licence. “Cette usine n’était autorisée à abattre qu’une vache par jour. Quand nous voyions des signes suspects, comme un trop grand nombre de vaches menées à l’intérieur, nous courions vers le bâtiment depuis notre cachette pour vérifier ce qui se passait”, explique-t-il lors d’une interview dans un café local. Win Shwe raconte fièrement :

Lors de nos deux premières descentes, nous avons découvert que plus de vaches étaient tuées que ne l’autorise la loi. Nous avons donc fait pression sur les autorités municipales pour qu’elles mettent sur liste noire le propriétaire musulman. Elles ont fini par le faire et il a dû fermer son abattoir”.

Win Shwe et ses compagnons revendiquent également la saisie de plus de 4 000 animaux vivants dans le delta depuis début 2014. Beaucoup de ces bêtes ont ensuite été données à des agriculteurs pauvres de la région pour devenir des animaux de trait, à condition qu’ils s’engagent à ne pas les tuer ou les vendre.

Au milieu de l’année 2014, selon des documents obtenus par Myanmar Now, des militants ont toutefois reçu l’accord des autorités pour mettre en œuvre un nouveau plan visant à envoyer le bétail saisi à des populations bouddhistes de Maungdaw, dans l’Etat d’Arakan, à environ 500 km au nord-ouest du delta de l’Irrawaddy.

Cette localité très pauvre, la plus à l’ouest du pays, est située sur la frontière avec le Bangladesh. Les musulmans y sont plus nombreux que les bouddhistes. La frontière, que Ma Ba Tha se plaît à appeler “la porte occidentale” du pays, est sous le strict contrôle du gouvernement.

Pression démographique

Selon la presse, des centaines d’Arakanais qui vivaient dans l’est du Bangladesh se sont réinstallés de l’autre côté de la frontière depuis 2012. Les autorités birmanes ont envoyé les membres de cette ethnie bouddhiste vivre dans des “villages modèles” à Maungdaw, dans ce qui ressemble à une tentative d’accroître la population bouddhiste dans la zone.

Par un courrier daté d’août 2014, les autorités de la région d’Ayeyarwady ont notifié à plusieurs localités qu’elles avaient accepté une demande de l’Association des jeunes bouddhistes de Rangoon de rassembler une centaine de vaches pour les envoyer à Maungdaw depuis le port de Maubin, dans le delta. Cette mesure avait pour but de “protéger la porte occidentale contre l’afflux de musulmans”, selon Win Shwe.

Sans cette porte occidentale, le territoire sera inondé de Bengalis [musulmans du Bangladesh]”, déclare Sein Aung dans un bureau richement décoré d’emblèmes nationalistes, dont des drapeaux portant des swastikas bouddhistes. Sein Aung, qui se qualifie de bouddhiste arakanais, est un ancien agent du renseignement militaire. Il dirige à Shwepyithar la branche de l’Association des jeunes bouddhistes de Rangoon.

Pénurie de bœuf hallal

Sean Turnell, professeur d’économie à l’université Macquarie de Sydney, en Australie, explique que le boycott qui touche les entreprises musulmanes nuit à l’image de la Birmanie sur la scène internationale, notamment auprès des investisseurs potentiels qui s’inquiètent de l’instabilité politique. “A petite échelle, il semble que toutes sortes de sociétés soient touchées, des petits commerces aux transporteurs, en passant par des bailleurs de fonds”, précise-t-il.

Un restaurateur musulman de la ville de Kyaungon, dans le delta, affirme que son chiffre d’affaires est passé de 100 dollars à 20 dollars environ à la suite du boycott. Cet homme, qui souhaité garder l’anonymat, a expliqué qu’il ne pouvait plus fournir de bœuf halal à ses clients et confie :

On ne peut plus acheter de bœuf dans toute la région d’Ayeyarwady. Si on veut du bœuf halal, il faut que quelqu’un le fasse venir de Rangoon”.

Devant son restaurant, une immense affiche est placardée : une vache y est représentée, accompagnée d’un verset à la gloire du rôle mythique de l’animal en tant que “mère” de l’humanité. Une image probablement posée par des sympathisants de Ma Ba Tha. La plupart des musulmans qui vivent dans le delta de l’Irrawaddy n’osent pas dénoncer la campagne de peur de subir des représailles de Ma Ba Tha. Certains expliquent que la population musulmane ne peut que se faire discrète, dans l’espoir que la vague actuelle de nationalisme bouddhiste finisse par reculer. “Nous n’avons aucun pays où fuir, résume Khin Maung, responsable d’une mosquée à Kyaungon. Nous sommes tous nés ici, et c’est ici que nous avons grandi.”

Swe Win

POUR EN SAVOIR PLUS

L’Association pour la protection de la race et de la religion, Ma Ba Tha, a gagné du terrain avec l’avènement de la démocratie birmane. Elle a été créée en juin 2013 à la suite d’affrontements qui avaient opposé des bouddhistes et des musulmans, en 2012. Son deuxième congrès s’est tenu en juin 2015 et aurait, selon l’organisation, attiré 6 800 moines et civils. Ma Ba Tha a alors publié un communiqué affirmant qu’elle appellerait le gouvernement à interdire aux musulmans de sacrifier des animaux dans le cadre de manifestations religieuses. Les détracteurs de Ma Ba Tha font valoir que ses activités ne sont pas représentatives de l’ensemble du clergé bouddhiste en Birmanie, qui compte 250 000 membres, selon les données officielles. Les moines associés à Ma Ba Tha ont publiquement accusé le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), d’être incapable de protéger le bouddhisme.

Wirathu, le moine bouddhiste islamophobe visé par un mandat d’arrêt

Une plainte pour sédition a été déposée le 28 mai contre le moine bouddhiste U Wirathu. Le religieux encourt la prison à vie.

U Wirathu avait acquis une notoriété planétaire en 2013 quand le magazine américain Time avait décidé de publier son portrait en couverture sous le titre sans appel : “Le visage du terrorisme bouddhiste”. En rupture avec l’image de tolérance communément associée au bouddhisme, le moine assumait haut et fort ses propos haineux, pour ne pas dire ses appels au crime, dirigés contre les musulmans. En 2017, il avait été interdit de prêche pendant une année en raison de “ses discours de haine contre des religions”, selon le communiqué de l’autorité supervisant la sangha, la communauté des moines bouddhistes.

Aujourd’hui, ce sont des propos visant Aung San Suu Kyi qui semblent lui valoir ses ennuis avec la justice, rapporte le site Myanmar Now. “Mardi après-midi [28 mai], San Min, du Département de l’administration générale, a déposé une plainte contre le moine [pour sédition]”, précise le site. La loi sur la sédition, qui “interdit tout ce qui peut conduire à la haine ou à un outrage du gouvernement”, prévoit des peines allant jusqu’à la prison à perpétuité.

Tournée de meetings

Myanmar Now dit ne pas connaître avec certitude les faits reprochés au moine. “Wirathu a animé récemment à travers le pays une série de meetings pour dénoncer la volonté du gouvernement civil d’amender la Constitution de 2008, qui octroie aux généraux des pouvoirs étendus.” Et, durant l’un de ces rassemblements à Myeik, dans l’extrême sud de la Birmanie, il s’en serait pris à Aung San Suu Kyi, de facto à la tête du pays :

Lorsque des commissions sont mises sur pied, elles le sont avec des étrangers. Ceux qui la conseillent sont tous des étrangers. Ceux qui l’accompagnent sont tous des étrangers.”

Avant d’ajouter : “Ceux qui couchent avec…” Wirathu se serait alors arrêté, provoquant des éclats de rire parmi les 300 personnes venues l’écouter.

U Wirathu est rattaché à un monastère de Mandalay. Myanmar Now dit ne pas savoir où il se trouve actuellement. Mais un juge aurait ordonné à la police de l’amener à Rangoun avant le 4 juin.

Voir par ailleurs:

« Le Vénérable W. », le bouddhiste qui avait la haine

Après ses documentaires consacrés à Idi Amin Dada et Jacques Vergès, l’étonnant Barbet Schroeder boucle sa «trilogie du mal» auprès de Wirathu, le moine birman qui appelle à l’extermination des musulmans

Barbet Schroeder est insaisissable, puisqu’il a touché avec une égal talent le documentaire (Koko le gorille qui parle), la série télé (Mad Men), le cinéma d’auteur (La ValléeMaîtresseLes Tricheurs…) et le cinéma hollywoodien (Le Mystère von BülowJ. F. partagerait appartement).

Barbet Schroeder est infatigable. More (1969), son premier long métrage, film culte, scrute la face d’ombre de l’utopie hippie, incarnée par un jeune couple sombrant à Ibiza dans l’enfer des paradis artificiels; en 2014, le dispensable Amnesia retourne où tout avait commencé, à Ibiza, comme un couvercle qui se referme.

A 76 ans, le cinéaste d’origine suisse a pourtant repris la route. Fasciné depuis toujours par le bouddhisme, cette «religion athée qui permet le pessimisme», il est allé en Birmanie, à la rencontre d’Ashin Wirathu. Auprès de ce bonze plein de haine zen qui appelle à l’extermination des populations musulmanes, il boucle sa trilogie du mal, entamée en 1974 avec Général Idi Amin Dada et poursuivie en 2007 avec L’Avocat de la terreur.

Selon Barbet Schroeder, le thème du mal est «inépuisable, inséparable de l’humanité, particulièrement pour le 20e siècle sans parler du 21e qui a l’air de vouloir faire de la haine et du mensonge des sujets incontournables». Au terme d’un tournage difficile, dangereux, prématurément interrompu par une situation de plus en plus instable en Birmanie, le cinéaste ramène Le Vénérable W., un documentaire édifiant et terrifiant.

Maisons incendiées

Contrairement à son habitude, Barbet Schroeder ne s’est pas contenté de filmer l’agent du mal et de laisser le spectateur découvrir la réalité dans son effrayante nudité. Parce que la Birmanie est méconnue, lointaine, et que la situation politique y est terriblement instable, entre la junte, la présidente Aung San Suu Kyi aux positions ambiguës, les Rohingyas, la minorité musulmane et une centaine d’autres ethnies, le cinéaste a rencontré des journalistes, des moines désapprouvant la croisade de Wirathu. Il a aussi ressemblé des documents d’archives, reportages TV ou fichiers de téléphone portables.

Dès 2001, Wirathu prononce de virulents sermons islamophobes. En 2003, suite à des émeutes musulmanes, il est condamné à 25 ans de prison, dont il sort en 2012, suite à une amnistie générale. A la tête du mouvement 969, interdit en 2013 et aussitôt remplacé par Ma Ba Tha, il incite à la haine, monte en épingle des faits divers, propage des fake news. Il affirme que les musulmans (4% de la population birmane) qui «se reproduisent comme des lapins» (slogan dans une manifestation) mettent en péril l’équilibre de la nation.

Religions tournant à l’horreur

Des foules de moines en robe safran défilent, chantent des chanson nationalistes, éructent de haine, incendient les mosquées et tabassent les gens à mort, pendant que l’armée regarde à côté… Les maisons brûlent par milliers, des corps s’entassent sur des bûchers funéraires. Lorsqu’elles tombent entre les mains des fanatiques, toutes les religions tournent à l’horreur.

Le film se termine sur les images d’une rue pakistanaise embrasée par la colère. Une guerre de religion entre bouddhiste et musulmans serait une belle façon de pepétuer au 21e siècle l’obscurantisme du Moyen Age…

Voir aussi:

Documentaire. “Le Vénérable W” : Barbet Schroeder scrute le doux visage de la haine

Après le dictateur ougandais Amin Dada et l’avocat de la terreur Jacques Vergès, le cinéaste Barbet Schroeder s’est rendu en Birmanie pour clore sa trilogie sur le mal. Il y a rencontré le moine Wirathu, à l’origine de violentes campagnes islamophobes dans le pays. Son fascinant documentaire, Le Vénérable W., sort le 7 juin, en partenariat avec Courrier international.

“Les caractéristiques des poissons-chats d’Afrique sont : ils grandissent très vite. Ils se reproduisent très vite aussi. Et puis ils sont violents. Ils mangent les membres de leurpropre espèce et détruisent les ressources naturelles de leur environnement. Les musulmans sont exactement comme ces poissons.”

Les mots sont assénés d’un ton calme, parfaitement assuré. Celui qui les prononce face caméra, en ouverture du Vénérable W., est loin d’être un obscur inconnu en Birmanie. Le moine Ashin Wirathu est aussi devenu célèbre à l’étranger quand, en 2013, Time, le célèbre magazine américain, l’a mis à sa une avec pour titre “Le visage du terrorisme bouddhiste”.

Le nettoyage ethnique en train de se faire

Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes, le documentaire que lui consacre le cinéaste suisse Barbet Schroeder a laissé les critiques médusés. Comme le relève The Hollywood Reporter :

Face à la progression de l’islamophobie en Europe, aux États-Unis et ailleurs, [le] film rappelle que même la doctrine religieuse la plus pacifique risque, si elle est mal interprétée, d’être exploitée à des fins destructrices.”

Barbet Schroeder a pu suivre Wirathu et s’entretenir avec lui pendant une quinzaine d’heures. Il le montre déclamer ses prêches devant des ouailles fascinées et attentives. Alternant avec ces images, d’autres, insoutenables et provenant souvent de films tournés par des témoins indignés, donnent à voir le résultat de ses discours de haine : des quartiers incendiés, des magasins pillés et des hommes battus à mort lors des pogroms islamophobes qui ont éclaté dans le pays au cours des quinze dernières années. “C’est un documentaire à la fois excellent et dérangeant, qui montre le nettoyage ethnique en train de se faire”, commente le magazine spécialisé Screen international.

Comme le résume le quotidien suisse Le Temps, un implacable mécanisme s’est mis en branle à partir de celui qui dirige le mouvement xénophobe Ma Ba Tha : “Dès 2001, Wirathu prononce de virulents sermons islamophobes. En 2003, après des émeutes antimusulmanes, il est condamné à vingt-cinq ans de prison, dont il sort en 2012, à la suite d’une amnistie générale. À la tête du mouvement 969 [une référence aux trois joyaux du bouddhisme, présentée comme l’opposé cosmologique de 786, qui signifie pour les musulmans “Au nom d’Allah clément et miséricordieux”], interdit en 2013 et aussitôt remplacé par Ma Ba Tha, il incite à la haine, monte en épingle des faits divers, propage des fake news [“fausses informations”]. Il affirme que les musulmans (4 % de la population birmane) […] mettent en péril l’équilibre de la nation.”

En 2015, le mouvement Ma Ba Tha a obtenu l’adoption de quatre lois discriminatoires contre les musulmans, qui interdisent la polygamie, limitent les conversions et les mariages interreligieux et permettent le contrôle des naissances. La sangha, communauté des moines, a demandé, le 23 mai 2016, la dissolution de Ma Ba Tha. Wirathu lui-même est interdit de prêche depuis février 2017. Il avait remercié l’assassin de Ko Ni, un avocat musulman et proche conseiller d’Aung San Suu Kyi, assassiné le 29 janvier à Rangoon.

En bref

AUNG SAN SUU KYI, L’INSOUTENABLE SILENCE

Certains espéraient que la prise de fonctions du premier gouvernement civil de l’histoire du pays, en avril 2016, appaiserait les tensions islamophobes. Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix et égérie des opposants à la junte, a été promue conseillère spéciale de l’État, déclarant vouloir faire de la résolution des conflits ethniques sa priorité. Mais, un an plus tard, la minorité musulmane désespère de l’entendre condamner les exactions dont elle est la cible. “L’héroïne de la démocratie apparaît incapable d’arrêter les atrocités commises par les forces de l’ordre”, dénonce The Irrawaddy, un journal fondé par la dissidence. “Aung San Suu Kyi n’est pas défenseuse des droits de l’homme, mais une femme politique. Raison pour laquelle elle reste silencieuse”, justifie pour sa part l’hebdomadaire Frontier Myanmar. L’armée conserve constitutionnellement son autonomie face aux autorités civiles.

Voir également:

Birmanie: mandat d’arrêt contre le moine extrémiste Wirathu

AFP/Le Point

Qui est Wirathu, le moine birman décrit comme « le visage du terrorisme bouddhiste » ?
Le bonze extrémiste a pour cible depuis des années la minorité musulmane de Birmanie, les Rohingyas, contre qui il multiplie les déclarations de haine. Il est aujourd’hui visé par un mandat d’arrêt des autorités birmanes.
M.F.
Nouvel Obs
29 mai 2019

Il est considéré comme le « visage du terrorisme bouddhiste ». Le moine ultranationaliste Ashin Wirathu est depuis mardi sous le coup d’un mandat d’arrêt pour incitation à la haine émis par les autorités birmanes. L’homme a fait de sa haine de l’islam et des musulmans un combat permanent. Mais qui se cache derrière ce sinistre moine ?

Malgré son visage calme et serein, il est décrit comme le « Ben Laden birman », ou encore le « Hitler bouddhiste ». Ashin Wirathu, 50 ans, a acquis une renommée internationale pour ses propos islamophobes durant le massacre des Rohingyas en Birmanie.

Le moine est en rupture totale avec l’image habituellement tolérante des bouddhistes. Il est le leader du mouvement 969 et un membre influent de l’association Ma Ba Tha, qui ont prôné le boycott des commerces musulmans et l’interdiction des mariages interreligieux, sans que le gouvernement birman ne réagisse.

Une haine sans limite pour les Rohingyas

Il avait déjà été arrêté et condamné à vingt-cinq ans de prison en 2003 pour avoir prêché l’extrémisme et distribué des livres interdits. Il a finalement été libéré en 2012, profitant de l’ouverture du pays et d’une amnistie nationale.

Depuis, il multiplie les déclarations haineuses à l’encontre des Rohingyas, ethnie musulmane minoritaire et persécutée en Birmanie. Son but : « protéger » son pays majoritairement bouddhiste d’une menace d’« islamisation », alors que les musulmans représentent moins de 5 % de sa population.

En 2013, le moine apparaît dans son habit grenat sur la couverture du magazine américain « Time », où il est décrit comme « le visage du terroriste bouddhiste ». Sans concession, il y déclare sa haine des Rohingyas :

« [Les musulmans] se reproduisent si vite, ils volent nos femmes et les violent […] Ils aimeraient occuper notre pays mais je ne les laisserai pas. » Sous couvert de séances d’éducation religieuse, le bonze distille son discours islamophobe sur les réseaux sociaux et en DVD. Pendant des années et au travers de multiples campagnes de diffamation, il a attisé la haine qui a conduit aux affrontements intercommunautaires et à ce que l’ONU qualifie de « génocide » des Rohingyas. Plus de 740 000 membres d’entre eux ont fui au Bangladesh voisin depuis août 2017.

« S’ils veulent m’arrêter, ils peuvent le faire »

Il n’a eu de cesse, depuis, de défier la hiérarchie bouddhiste et le gouvernement birman, au sein duquel se trouve Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix. De plus en plus influent, il a réussi à convaincre cette dernière de ne présenter aucun candidat musulman sur les listes de son parti pour les élections générales de 2015. L’image de celle-ci en a pris un coup.

L’homme, que rien ne semblait pouvoir arrêter, a finalement connu un revers en 2017 lorsque le clergé bouddhiste a interdit son mouvement Ma Ba Tha. Qu’à cela ne tienne : cinq jours plus tard, il revient avec la « Fondation Philanthropique Buddha Dhamma », copie conforme de son précédent mouvement à ceci près qu’il compte désormais des laïcs.

Fervent défenseur des militaires, il s’était insurgé en octobre dernier contre un possible procès des généraux birmans devant la justice internationale pour le drame rohingya.

« Le jour où la Cour pénale internationale vient ici, Wirathu aura un pistolet » à la main, avait-il assuré.Wirathu paraissait intouchable : ce mandat d’arrêt mettra peut-être fin à ses agissements. L’homme, qui vit la plupart du temps dans son monastère de Mandalay, dans le centre du pays, n’a pas encore été arrêté par la police : « S’ils veulent m’arrêter, ils peuvent le faire », a-t-il déclaré mercredi au média en ligne Irrawady.

Voir de plus:

‘The Venerable W’ (‘Le Venerable W’): Film Review | Cannes 2017

Director Barbet Schroeder (‘Barfly,’ ‘Terror’s Advocate’) documents the controversial Buddhist leader of a deadly anti-Muslim campaign in Myanmar.

The Hollywood reporter

5/20/2017 

Those who believe that all Buddhists respect their religion’s core principles of peace and tolerance should take a look at The Venerable W (Le Venerable W), director Barbet Schroeder’s eye-opening chronicle of one Burmese monk’s long campaign of racism and violence against his country’s minority Muslim population.

The third part in a “trilogy of evil” that began in 1974 with General Idi Amin Dada and continued in 2007 with a look at the controversial French lawyer Jacques Verges in Terror’s Advocate, this scathing portrait gets up close and personal with Ashin Wirathu, the self-appointed spiritual leader of Myanmar’s anti-Muslim crusade.

Speaking openly to the camera, Wirathu propagates xenophobia and bigotry against a group that represents only a fraction of the local population, yet have been subject to decades of persecution by both the monk’s followers and the military-controlled Burmese government. The result has been hundreds of deaths, thousands of homes burned to the ground and tens of thousands of Muslims displaced — all of it in the name of a religion that asks, according to one translation of the Metta Sutta, to “cultivate boundless love to all that live in the whole universe.”

The Venerable W, which consists of interviews with Wirathu and some of his most outspoken critics, as well as footage of riots, beatings, burnings and killings that have taken place since the 1970s, reveals that the 75-year-old Schroeder is still a fearless explorer of the darkest facets of our society. At a time when Islamophobia is on the rise in Europe, the U.S. and elsewhere, his film is a reminder that even the most peaceful of religious doctrines can, if twisted in the wrong way, be used as a veritable source of evil. A premiere in Cannes should give this vital documentary the attention it deserves.

Wirathu operates out of the city of Mandalay, a third of whose inhabitants consist of monks or monks-in-training. In the late 90s he formed the “969” movement and began delivering racist sermons to his disciples, referring to Muslims as “kalars” (the equivalent of the n-word) and claiming they are a subspecies who don’t deserve Myanmar citizenship, that their businesses should be boycotted and that they should be banned from intermarriage with Buddhists.

Although prejudice against the Rohingya Muslim community, which is based in the western part of Myanmar bordering Bangladesh, dates back to before Wirathu’s time, he has helped accelerate a campaign resulting in many, many deaths and the mass destruction of property. In order to fuel the fire, he often highlights incidents where Muslims have attacked Buddhists (in one case, the rape and murder of a woman), distributing propaganda videos on DVD and backing riots where Rohingyas are driven from their homes while the armed forces stand idly by.

What’s especially disturbing about Schroeder’s inquiry is how, on one hand, Wirathu can be seen expounding the peaceful tenets of Buddhism to his followers, while on the other he preaches a holy war meant to ostracize — and indirectly, destroy — an entire segment of the population. The man himself sees no contradiction in the two, simply believing that Muslims are a lesser race unworthy of the basic human rights accorded to Buddhists.

While the situation in Myanmar is particularly extreme, Schroeder reveals at one point how, even in a Western nation like France, the perception of Islam’s grip on society versus the reality of that grip is highly exaggerated. Terrorist attacks like those that occurred in Paris in 2015 only help to augment fears and nationalistic tendencies, which is why a candidate like Marine Le Pen was able to capture more than a third of the vote in France’s recent presidential runoff.

The Burmese authorities have made some attempts to quell the tide of Islamophobic sentiment, banning the “969” group and jailing Wirathu for several years. But after his release, the popular monk managed to form a new movement, promoting a series of “protection of race and religion bills” that seem to be the first step toward a modern version of the Nuremberg Laws of Nazi Germany. One of those laws has already been enacted, while the government continues to persecute the Rohingyas throughout the land.

Like in his portraits of Verges and Idi Amin, Schroeder has an unflinching way of capturing the propos and rationale of Wirathu without any filter whatsoever. Ace editor Nelly Quettier (Holy Motors) juxtaposes the lengthy one-on-one interview with found footage of devastated villages and grisly beatings, revealing how Wirathu’s teachings resonate through the widespread violence that has afflicted Myanmar for several decades now, and that will likely continue in the near future. In a place where Buddhists currently represent more than 90 percent of the populace, it’s unthinkable how a religion that preaches so much love can, in this case, yield so much hate.

Production companies: Les Films du Losange, Bande a Part Films
Director: Barbet Schroeder
Producer: Margaret Menegoz
Director of photography: Victoria Clay Mendoza
Editor: Nelly Quettier
Composer: Jorge Arriagada
Venue: Cannes Film Festival (Special Screenings)
Sales: Les Films du Losange

In French, Burmese, Rohingya, Spanish
107 minutes

‘The Venerable W’: Cannes Review

Dir Barbet Schroeder. France. Switzerland. 2017. 100mins.

Everyone knows that Buddhism is the religion of peace, love and understanding. So there’s something deeply wrong about a Buddhist monk who calmly spouts anti-Muslim hate speech and incites ethnic riots. The monk in question, an influential Burmese figure known as the Venerable Wirathu, is the subject of the powerful third and final installment of Swiss director Barbet Schroeder’s ‘Axis of Evil’ documentary trilogy, which began in 1974 with General Idi Amin Dada: A Self Portrait, and continued in 2007 with Terror’s Advocate, a portrait of controversial lawyer Jacques Vergès.

Shot on the hoof, under the noses of a repressive regime, The Venerable W is a fine, stirring documentary about ethnic cleansing in action

It’s the shocking disjunct between his religion and the rabid nationalism of his sermons, writings and declarations that powers Schroeder’s conventional but nevertheless effective long hard stare into the eyes of intolerance.

However, this is also a chilling corrective to accounts of Burma that paint its recent history simply as a fight between courageous pro-democracy forces led by Aung San Suu Kyi (by no means a heroine in this particular story) and a repressive military regime. In the era of Trump (Wirathu is a fan), Farage and Le Pen, it also shines timely light on the mechanisms of nationalistic rhetoric. That should be enough to guarantee The Venerable W some sort of foothold in mature, doc-friendly markets despite its potentially niche subject matter, and it appears ripe for VOD distribution.

Draped in saffron robes, his face rarely betraying any emotion, Wirathu is presented partly through outtakes from an interview Schroeder filmed with him in the library of the Mandalay monastery which he heads. The ‘venerable’ monk talks openly about what he sees to be the Muslim threat to Buddhist purity, calmly spouting racial slurs about their breeding capacity, the rape of ‘our women’, animalistic nature and accumulation of wealth that carry terrifying echoes of Nazi anti-Semitic slurs. He repeats the same message to the young monks he teaches and to the crowds of followers who turn out to watch him preach on tacky makeshift stages amidst garlands of flowers and gilt Buddhas.

Schroeder’s method at first is simply to dwell on the awful fascination of the ‘Fascist Buddhist’ paradox, with passages promoting the brotherhood of man from the religion’s sacred texts, voiced by veteran French actress Bulle Ogier, underlining the contradiction. Wirathu’s rise from provincial obscurity to ethnic rabble-rouser is then charted, mixing his own account with testimony from a mix of interviewees – who will include two Burmese Buddhist masters who have served prison time, like ‘W’, but for far more noble causes. Wirathu’s nine-year stretch for inciting ethnic hatred came after a spate of 2003 riots in his hometown of Kyaukse and elsewhere which involved lynchings and burnings of Muslim mosques, shops and houses.

The mood of the film turns darker in its second half, when Wirathu returns with even greater vitriol to the campaign trail after his release in 2012. News and mobile phone footage captures some of the pogroms launched against Burma’s persecuted Rohingya Muslim minority, mostly in Rakhine state: a scene in which a Buddhist monk beats a Musilm to a pulp with a makeshift club is difficult to erase.

By now we’ve worked out what the monk really is. Forget the robes: he’s a classic extremist politician, fanning tensions through the crudest of rhetoric (including a DVD restaging of the rape of a Buddhist girl produced under the aegis of his Ma Ba Tha nationalist movement), then visiting the affected regions to ‘restore order’ and guarantee security. Shot on the hoof, under the noses of a repressive regime, The Venerable W is a fine, stirring documentary about ethnic cleansing in action.

Production companies: Les Films du Losange, Bande à Part

International sales: Les Films di Losange, b.vincent@filmsdulosange.fr

Producers: Margaret Menegoz, Lionel Baier

Cinematography: Victoria Clay Mendoza

Editor: Nelly Quettier

Music: Jorge Arriagada

Narration: Bulle Ogier

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Days of Discontent

  • The Irrawaddy
  • 30 March 2017

RANGOON — Burma’s first civilian government since 1962 is facing growing discontent at home and abroad. One year has passed since the National League for Democracy (NLD)-led administration was sworn in and serious soul searching by its leaders is urgently needed.

That is, if government leaders are actually willing to listen to the people who pinned all their hopes on them and elected them to office.

The country’s de facto leader Daw Aung San Suu Kyi and her cabinet ministers need to seriously tackle the country’s ills and work to repair past mistakes and blunders. If not, they will face tougher opposition as Burma’s people become disillusioned.

Under Daw Aung San Suu Kyi’s administration, the conflict in Burma’s North has intensified and confidence and trust between the State Counselor and ethnic leaders has greatly eroded. She has alienated ethnic groups and, as a result, the peace process is on the verge of derailment. When taking office, she claimed achieving peace was a priority of her government.

Daw Aung San Suu Kyi’s relations with the Burma Army commander-in-chief Snr-Gen Min Aung Hlaing are strained and her perceived lack of action to fix the country’s sluggish economy has increased widespread dissatisfaction.

Understandably, people are disappointed. But that doesn’t mean the public are unsympathetic. Many people understand that the new civilian government has faced daunting challenges as it inherited a country that languished under decades of repressive and corrupt military dictatorship.

Many NLD supporters have expressed concerns about the current state of affairs in good faith. They want this government to succeed and to move the country forward, as does the international community.

Once considered a darling of the West for her relentless pursuit of democratic reform in Burma, Daw Aung San Suu Kyi now faces an almost daily onslaught from international media.

The Nobel Peace Prize winner’s international image suffered a heavy blow when the UN reported evidence of crimes against humanity committed against Rohingya Muslims in northern Arakan State.

Burma’s democracy hero has appeared powerless to stop government security forces committing atrocities. Meanwhile, many people in Burma do not accept the Rohingya as one of Burma’s ethnic groups, insisting that they are illegal migrants from Bangladesh, and referring to them as “Bengali.”

The government’s lack of a clear economic policy and the appointment of loyal but ineffective cabinet ministers have caused concern among the business community inside and outside of Burma. Ministers have been accused of lacking experience and having no vision to push their ministries in a productive direction.

Burma is located between two giant neighbors, China and India, and it has great potential to move forward. But the economy is slowing and there is little action to intervene from those supposedly running the country.

Worryingly, under the democratically elected government, arrests and detention of critics, journalists, and activists have continued as both the military and the civilian government increasingly turn to the draconian Article 66(d) of Burma’s Telecommunications Act.

Government leaders have been accused of being media shy and even lacking respect for the media. They forget that it was local and independent media that played a major role in 2015’s historic elections.

Daw Aung San Suu Kyi, her “puppet” president U Htin Kyaw, and other senior government leaders have failed to hold one press conference in the first year of taking office.

Pundits have been questioning what has gone wrong with Daw Aung San Suu Kyi’s government and its policies: Was the NLD unprepared or did its leaders lose their vision and become complacent?

There is growing criticism the State Counselor acts haughtily and views herself as above others—including both political opposition members and important allies. She has burned a number of bridges and caused allies to flee.

Perhaps, as the daughter of Gen Aung San—independence hero, politician, and founding father of Burma’s armed forces—she feels entitled to solve the country’s issues and assumes everybody will follow her.

But this is not the case. She is not Gen Aung San and she has no control over the armed forces. There is a structural problem with Burma’s government—the military continues to control the key ministries of defense, home, and border affairs, as well as 25 percent of seats in all parliaments and the all-powerful General Administration Department.

In the eyes of some businesspeople and politicians, the NLD is operating a caretaker government with little executive power.

Members of the public, particularly everyday people such as farmers and workers, have not witnessed significant change in the first year of the new government.

It is time to stop living under the illusion that Daw Aung San Suu Kyi and her government will match expectations and bring about miraculous, concrete, change. It is time instead to ask the government to act decisively, and it is time to hold it accountable for its mistakes.

If the government has the will to listen, it will review its year of shabby governance, shake up its cabinet, and change its direction.

Living in blind hope for what the State Counselor and her government can achieve must stop here.

Voir encore:

Questioning the official line on Rakhine

The government’s blanket rejection of abuse allegations in Maungdaw and refusal to conduct a serious investigation may be popular in Myanmar, but will make it harder to address the issues underpinning the insurgency.

Oliver Slow

FRONTIER

January 19, 2017

JANUARY 9 marked three months since coordinated attacks were launched on police outposts in northern Rakhine State, leading to a heavy security crackdown, a block on humanitarian aid and a shift in the dynamics of what was already an incredibly complex issue.

In the months since the military “clearance operations” began in response to the attacks, security forces have killed an estimated 100 suspected attackers and arrested another 600, according to state media. Some have since been released and others sentenced, but no details of their charges, sentences or trials have been made public.

At the same time, about a dozen security forces have been killed by the militant group, which has been named as Harakah al-Yaqin (Faith Movement). Meanwhile, almost all humanitarian aid has been cut off to an already vulnerable population – about 150,000 people in the area were regular recipients of United Nations assistance.

Hundreds, possibly thousands, of properties have been burned to the ground and the UN says 34,000 Muslims, most of whom self-identify as Rohingya, have fled across the border into Bangladesh.

A number of those fleeing into Bangladesh have accused military personnel of using disproportionate force during their operations, including mass rape, arbitrary arrests, burning of homes and villages, and extra-judicial killings. The government and military have consistently denied all charges.

Daw Aye Aye Soe, spokesperson for Myanmar’s Ministry of Foreign Affairs, which is headed by Daw Aung San Suu Kyi, told IRIN in December that the security operation had been conducted “with very much restraint” and that “regarding rape, ethnic cleansing – it’s completely false.” She also questioned the number of people reported to have fled to Bangladesh, saying a figure of 20,000 or 30,000 is “blown out of proportion”.

But the government has come under significant pressure to allow independent observers into the region. In December, representatives from 13 private and state media organisations were given limited access to the affected area on a government-sponsored trip. Despite repeated requests, Frontier was refused permission to participate.

On December 23, two days after speaking with reporters who were part of the trip, the decapitated body of a Muslim man, U Shu Na Myar, was found near his home.

Just hours after his body was found, and before any suspects had been reported arrested, the Facebook page of the State Counsellor’s office, which is also headed by Aung San Suu Kyi, published a post with the headline “Truth teller beheaded” in English.

An accompanying article written in Myanmar said the man had “told media there was no case of arson by the military and police forces, no rape and no unjust arrests”.

This blanket denial of any wrongdoing by authorities has been typical of the approach taken by the military and the government since the security operations began.

It may well have been the case that Shu Na Myar was killed by the militants. But as Frontier has consistently stated in recent months, such vigorous denials do no one any favours; they only heap more suspicion on the security response and create further divisions in an already volatile region.

If there really has been no wrongdoing by the security forces then the government must allow an independent and credible investigation committee (and the committee formed in December and headed by vice president U Myint Swe is nothing of the sort) to look into the facts on the ground.

The blanket denial approach has been discredited by the emergence on December 31 of a video showing police abusing Muslim villagers. Shot on November 5 in Kotankauk village in Maungdaw, the video shows why the government should respond to abuse allegations seriously, rather than questioning the motives of those making the complaints, or those publishing them.

Local opinion

The government’s response to the October 9 attacks may have attracted criticism abroad, but at home its approach is supported overwhelmingly. Much of the Myanmar population believes that the security forces have committed no wrongdoing.

Any accusations of human rights abuses are regarded as lies made either by the international media or the Rohingya to elicit public sympathy for their plight.

The international media in particular has attracted the scorn of the Myanmar public and authorities. One opinion piece in state-controlled media accused international media of working “hand in glove” with the attackers, a frankly absurd accusation.

There has, however, been some sloppy reporting from some international outlets, most notably the story published by the UK’s Daily Mail in December about a video purporting to show a young Rohingya boy being tasered by a Tatmadaw soldier. The report was incorrect and the incident had in fact taken place in Cambodia.

Some said the report was proof that the international media was deliberately manipulating the situation to portray Myanmar in a negative light, but anyone who is familiar with the Daily Mail’s editorial values will no doubt be aware that it was just another example of the publication failing to adhere to the most basic journalistic principles.

At the same time, some have used doctored images to try and build support for the Rohingya cause. On January 3, the Global New Light of Myanmar carried a front-page article headlined “Fabricated stories, misleading pictures about Rakhine cause global criticism”.

It included five photos that it said were being incorrectly captioned and shared on social media “in an attempt to cause misunderstandings about Myanmar”. This has in fact done the cause a disservice, as it encourages sceptics to dismiss credible reports in mainstream media out of hand as pro-Rohingya propaganda.

In private conversations, Myanmar friends have told me that they view the international coverage of the issue as a deliberate attack on the country’s reputation. It is nothing of the sort. What is being questioned is the official narrative from an institution – that is, the Tatmadaw – that has a well-established track record of carrying out human rights abuses against ethnic minorities (as well as the majority Bamar) for many years.

As the International Crisis Group report, Myanmar: A New Muslim Insurgency in Rakhine State, noted, the clearance operations in northern Rakhine State appear to employ methods “akin to [the Tatmadaw’s] standard counter-insurgency ‘four cuts’ strategy developed in the 1960s to cut off rebel forces from their four main support sources” – namely food, funds, intelligence and recruits.

The tactic, the report said, involves cordoning off territory for concentrated operations, a “calculated policy of terror” to force populations to move, destruction of villages in sensitive areas, and the confiscation and destruction of food stocks that might support insurgents.

There is no conspiracy in the international media and no deliberate attempt to make Myanmar “look bad”. Many of the journalists questioning the government’s narrative have a deep fondness for the country, as do I. But that does not mean the claims from the government or the military should be accepted on face value, as the incontrovertible truth.

Questioning the official line

So why is the military’s version of events accepted by so much of the Myanmar public without question? After all, there remains a deeply held distrust of the military as a result of its decades of economic mismanagement and repressive rule.

A major reason is the support of Aung San Suu Kyi. The State Counsellor maintains significant domestic popularity and her apparent acceptance of the military’s narrative has given it much greater credibility.

While she has said very little about the situation in Rakhine State, on the rare occasions that she has publicly discussed it her language has been pro-military and dismissive of international “meddling” in Myanmar’s internal affairs. For those who held her in such high regard as a defender of human rights, it has been a disappointing response.

But as Aung San Suu Kyi has pointed out herself, she is a politician, not a human rights defender, and this forms another part of the reason she is not speaking out. There is of course the issue that the military still wields significant power, and to criticise it would put serious strains on an already fraught relationship. But it is also important to note that those who identify as Rohingya are generally disliked within the country.

As has been well documented, the Rohingya term is rejected by much of the population, who regard them as “Bengali” immigrants from Bangladesh. To be perceived as speaking out in defence of the Rohingya would potentially lose her party significant political support. More nationalistic parties – most notably the Union Solidarity and Development Party and the Arakan National Party – would be quick to exploit these perceptions.

There is the third theory, though: that, like much of the population, she simply does not believe that the accusations being made are true.

Another reason for the widespread support of the security operation is that the October 9 attacks are regarded as an attack on the country’s sovereignty by a “foreign” force. We saw a similar sentiment in February 2015 when the Myanmar National Democratic Alliance Army, a Kokang armed group, attacked military outposts in the north of the country.

While an official ethnic group, the Kokang are closely related to Han Chinese (some would say they are Han Chinese), and the offensive was launched from Chinese territory. Unsurprisingly, it was regarded as an attack by a foreign force on the country’s sovereignty – a view that the Tatmadaw encouraged – and support for the military spiked as a result.

Rape accusations

Human rights groups and international media outlets have reported accusations of rape being conducted by Tatmadaw soldiers on Rohingya women fleeing the violence.  The government has vehemently dismissed these allegations.

In fact, minutes after the December 23 post on the State Counsellor’s page about the decapitated Muslim man in Rakhine State, a new post was published accusing Rohingya women of fabricating stories of rape. The post was published under the headline “fake rape”.

Dozens, perhaps hundreds, of women have made the accusations and they should not be dismissed so flippantly by the government, especially given the Tatmadaw’s track record.

In 2014, the Women’s League of Burma released a report saying that more than 100 women and girls have been raped by Myanmar’s military since the 2010 election. “Due to restrictions on human rights documentation, WLB believes there are only a fraction of the actual abuses taking place,” the group said in a statement.

The report added that majority of the cases were reported in ethnic minority areas. For many years, civil society groups, particularly those operating in ethnic minority areas, have published reports of Tatmadaw soldiers raping women.

In 2011, Aung San Suu Kyi herself said that rape was being used as a tool of war in Myanmar. In a video for the Nobel Women’s Initiative, she said: “Rape is used in my country as a weapon against those who only want to live in peace, who only want to assert their basic human rights. It is used as a weapon by armed forces to intimidate the ethnic nationalities and to divide our country. This is how I see it. Every case of rape divides our country.”

Despite this, the rape accusations are now dismissed out of hand. In November, a Rakhine parliamentarian told the BBC that Myanmar soldiers couldn’t have possible raped Rohingya women because “they are very dirty” and have a “low standard of living”.

It is a viewpoint that has seeped into the public conscious too. In private conversations I have heard it uttered that the Rohingya women are “not attractive” and therefore would not be raped. Apart from being ugly language, it also ignores the fact that rape is more often about showing power over a particular person, or group of people, than sexual attraction.

There is no doubting that the situation in Rakhine State is incredibly complex, and the local Rakhine population understandably feel some fear about the new insurgency there. But progress needs to be made, and blanket denials do not help. A serious plan needs to be put in place to start to build trust between communities there again.

Voir encore:

 

 

Pâques sanglantes au Sri Lanka. Près de 300 morts et 500 blessés dans une série d’attentats quasi simultanés contre des cibles catholiques ou étrangères. Probablement un record de tous les temps — hormis le 11 Septembre — pour le nombre de tués par terrorisme, dans un seul pays et en une seule journée.

Dans un État insulaire pourtant dominé par les confessions bouddhiste et hindouiste, c’est la « piste islamiste » qui ressort ! Une fois de plus, et là où on ne l’attendait pas…

Trois ans après le carnage anti-chrétien de Lahore, au Pakistan (plus de 70 morts dans un parc, le jour de Pâques 2016), deux ans après le massacre du dimanche des Rameaux en Égypte (attentats anti-coptes dans deux villes, dont Alexandrie, plus de 40 morts), l’horreur pascale frappe à nouveau.

Dans tous ces cas, la majorité des victimes sont chrétiennes, et la main criminelle islamiste.

Avec des preuves qu’il dit détenir, le gouvernement de Colombo (épaulé par Interpol et le FBI) accuse un mouvement extrémiste musulman local, le National Thowheeth Jama’ath (sigle NTJ, ou « Association nationale monothéiste »). Mais devant le caractère finement coordonné des attentats, il ajoute aussitôt qu’il y a, derrière, « un réseau international sans lequel ces attaques n’auraient pas pu réussir ».

Les cibles choisies et le modus operandi pointent en effet dans cette direction.

Dans ce pays, les confessions chrétienne et musulmane sont plutôt marginales. Mais elles se retrouvent propulsées acteurs principaux du drame…

On trouve au Sri Lanka 7 ou 8 % de catholiques et quelque 10 % de musulmans. La majorité cingalaise, surtout associée au bouddhisme, représente près des trois quarts de la population totale, tandis que la minorité tamoule (hindouiste) fait entre 12 et 15 %.

Le Sri Lanka a un passé violent. De 1979 à 2009, ce fut un pays coupé en deux, avec un mouvement insurrectionnel qui terrorisait sa propre population. Face à celui-ci, un État central également féroce, à son tour impitoyable dans la victoire et la vengeance contre la minorité tamoule.

On dit que les Tigres de l’Eelam tamoul (LTTE), qui voulaient séparer le nord du reste du pays, ont le douteux honneur d’avoir inventé, dans les années 1970, le kamikaze moderne avec sa ceinture explosive.

Aujourd’hui, les LTTE ne sont plus. Leur guerre avec Colombo était une affaire locale, nationale, territoriale. Assez peu religieuse, et non reliée à des réseaux, hormis le racket des communautés tamoules de l’étranger. Au XXIe siècle, la méthode du kamikaze a fait florès, reprise par la filière islamiste. Une filière qui, aujourd’hui, pénètre un territoire où elle n’existait pas encore il y a peu. Le Sri Lanka cingalo-tamoul, bouddhiste-hindouiste, avec une histoire périphérique et régionale… devient soudain le théâtre de l’une des plus grandes attaques islamistes de l’histoire moderne.

Autour du Sri Lanka, il y a tout un contexte en Asie, avec la remontée des tensions intercommunautaires et interconfessionnelles.

Il y a l’hindouisme radical, incarné par le premier ministre indien, Narendra Modi. Dans la campagne électorale qui s’achève, il a joué sa réélection en agitant la carte communautaire et confessionnelle. L’idéal laïque du « mahatma » Gandhi paraît bien éloigné…

En Birmanie, il y a des bouddhistes haineux — cela existe — qui appuient l’oppression militaire menée depuis des années contre la minorité musulmane des Rohingyas.

On le voit, aucune confession n’a le monopole de cette résurgence hideuse. Mais la palme de l’activisme, en ce début de XXIe siècle, revient sans conteste à l’islam radical.

En Indonésie, premier pays musulman du monde avec ses 265 millions d’habitants, longtemps terre d’une religion syncrétique et souple, les récentes élections ont donné à voir une ascension spectaculaire. Celle d’un islam militant, intolérant, qui « fait la police » contre les citoyens.

Cette remontée a infecté jusqu’aux grands partis politiques : le président, Joko Widodo, naguère une incarnation de la tolérance, vient de gagner sa réélection au prix de compromissions avec les radicaux.

Aux Philippines, l’insurrection islamiste du sud, violente et intransigeante, ne se dément pas malgré les rodomontades du président, Rodrigo Duterte. Au Bangladesh, la Ligue Awami, grand parti historique et laïque, s’allie maintenant aux religieux pour se maintenir…

Laïcité, laïcité, que deviens-tu ?

Voir aussi:

La montée de la rhétorique bouddhiste nationaliste en Asie

AFP/le Point

Birmanie : quand le bouddhisme prêche la haine

Le moine Ashin Wirathu est le plus influent des prêcheurs de haine en Birmanie. Une haine anti-Rohingya et plus largement islamophobe, loin des idéaux de non-violence et de tolérance attachés au bouddhisme. Alors que la police birmane a émis ce mardi un mandat d’arrêt à son encontre, nous publions ici l’intégralité de notre reportage sur le bouddhisme radical au pays d’Aung San Suu Kyi paru en avril 2017. Une enquête au cours de laquelle nos journalistes Manon Quérouil et Véronique de Viguerie ont rencontré l’énigmatique « Vénérable ».

Dans sa robe safran, face caméra, Ashin Wirathu ne se départit jamais de son petit sourire satisfait, même pour dire les pires atrocités. Barbet Schroeder le laisse déblatérer. Les musulmans ? « Comme les poissons-chats en Afrique, ils se reproduisent très vite et se mangent entre eux. » Le bouddhisme ? « Une armée dont naissent des combattants. Il doit agir comme un rempart contre l’islam. » Les Rohingya (minorité musulmane apatride persécutée en Birmanie depuis des décennies) ? « Il n’y a jamais eu d’ethnie rohingya dans l’histoire. Aussi, on le sait, c’est pour obtenir de l’aide internationale qu’ils brûlent leurs maisons. »

Images d’archives, images amateurs, entretiens, rapports et cartes à l’appui, Barbet Schroeder illustre et décortique avec finesse l’engrenage du mal : incitation à la haine et à la « protection de la race », propagande, culte de la personnalité… Une mécanique sidérante qui, en Birmanie, conduit aux persécutions dont sont victimes les minorités musulmanes, à commencer par les Rohingya. Glaçant (il est d’ailleurs interdit aux moins de 12 ans), le documentaire n’en est pas moins captivant.

Notre journaliste Manon Querouil, elle, n’est pas près d’oublier sa rencontre avec Ashin Wirathu. Elle se souvient d’avoir commis une « belle bourde » en s’installant sur une chaise face à lui. « D’un geste du bras, il m’a signifié que je devais prendre place à terre, à un niveau inférieur au maître. J’ai dû mener toute mon interview à même le sol ! » En revanche, ce pro de la communication s’est prêté sans regimber à l’objectif de notre photographe, Véronique de Viguerie. Voici leur reportage.

Ces bouddhistes qui prêchent la haine

Septembre 2016. En un clin d’œil, le temple de Sulamuni est arraché à sa torpeur millénaire et transformé en fourmilière. Sur la pointe de leurs pieds nus, comme le veut la tradition bouddhiste, des centaines de fidèles bondissent pour échapper aux morsures du sol brûlant, franchissent en courant le cordon de sécurité et se précipitent au chevet du plus célèbre monument de Bagan, hélas privé de sa toiture et de sa flèche. La capitale du premier royaume birman, superbe site archéologique aux 2 000 pagodes construites entre le XIe et le XIIIe siècle, a été gravement endommagée par un tremblement de terre le mois précédent. Bientôt, les travaux officiels de reconstruction commenceront. En attendant, entonnant à pleins poumons l’air guilleret de l’hymne national birman, une foule prend d’assaut les échafaudages en bois et commence à déplacer de lourdes pierres sous un soleil de plomb. Juché sur un monticule de gravats, impérial dans sa robe safran, Ashin Wirathu joue avec naturel les chefs de chantier. Un téléphone à chaque oreille, le moine distribue ses consignes tout en prenant la pose pour les admirateurs qui l’accompagnent dans tous ses déplacements. Le leader charismatique de Ma Ba Tha, l’acronyme birman du Comité pour la protection de la race et de la religion, semble dans son élément sous les flashes qui crépitent et dans les forêts de portables qui s’érigent sur son passage.

Estrade, mégaphones, cameramen accrédités : chacune des apparitions publiques de Wirathu fait l’objet d’une mise en scène très éloignée de l’exigence ascétique de la religion. Ce jour-là, un drone sillonne même le ciel pour immortaliser l’événement – bourdonnement incongru dans la quiétude de ce lieu sacré. Pourtant, la consigne est de rester discret. C’est au terme de longues tractations que les portes du temple, fermées au public en attendant les travaux de rénovation, se sont ouvertes pour Wirathu et ses supporters. Et le gouvernement, visiblement soucieux que se propage la nouvelle de cette clique d’archéologues dilettantes sur un site candidat à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial, a simplement demandé au bonze adepte des réseaux sociaux de ne publier aucune photo sur son compte Facebook… Cet épisode en dit long sur l’influence de Wirathu, passé à la postérité en juillet 2013 en faisant la couverture du magazine Time, dont le numéro a été interdit de parution en Birmanie et au Sri Lanka. Titre du dossier : « Le visage de la terreur bouddhiste. » Des termes a priori antagonistes, pourtant réconciliés par le moine iconoclaste à coups de discours haineux et de déclarations islamophobes.

Synonyme, aux yeux du monde, de paix et de tolérance, le bouddhisme n’échappe pas à une dérive fondamentaliste qui s’est développée sur la base d’un rejet violent d’une autre religion : l’islam. En Birmanie, au Sri Lanka, en Thaïlande ou en Inde, certains moines incitent à la violence envers les musulmans, vandalisent leurs commerces et brûlent les mosquées. Une hostilité dont les racines plongent dans un lointain passé : « La destruction des grands centres bouddhistes par les musulmans aux XIIe et XIIIe siècles a été vécue comme un traumatisme historique qui a forcément laissé des traces », estime Sofia Stril-Rever, indianiste et biographe française du Dalaï-lama (avec lequel elle a cosigné l’ouvrage Nouvelle réalité, éd. des Arènes, 2016). L’université bouddhiste de Nalanda, dans le nord de l’Inde, rasée au XIe siècle par les musulmans, a d’ailleurs été récemment reconstruite. Mille ans plus tard. « Un besoin d’exorciser ce passé », explique Sofia Stril-Rever. Le dynamitage, il y a quinze ans en Afghanistan, des bouddhas de Bamyan par les talibans, et plus généralement l’essor de la mouvance islamiste radicale, ont contribué à l’émergence d’un courant fondamentaliste au sein du bouddhisme.

L’opinion occidentale ignore souvent tout des subtilités de cette religion traversée par trois courants principaux (le mahayana, le theravada et le vajrayana), eux-mêmes divisés en plusieurs écoles de pensée. En Birmanie où, d’après le recensement publié l’an dernier, 88 % de la population pratique le bouddhisme – essentiellement theravada – selon le recensement réalisé en 2014, religion et identité nationale sont étroitement liées. Les moines sont les gardiens du culte et de la nation. Et ce, depuis longtemps. Quand le pays se libéra de la tutelle britannique, en janvier 1948, les militaires qui accédèrent au pouvoir n’avaient qu’une obsession : préserver l’unité d’un pays caractérisé par sa pluralité ethnique, avec 137 minorités officiellement reconnues. Pour y parvenir, la junte s’est appuyée sur le sangha, la hiérarchie bouddhiste, en échange de la construction de monuments religieux et de dons publics particulièrement généreux.

Mais en 2007, la « révolution de safran », initiée par des milliers de moines en colère (contre la flambée des prix du pétrole, notamment) et réprimée dans le sang, a installé une distance avec le pouvoir et initié le processus de démocratisation. Tout en modifiant l’équilibre des forces au sein de la communauté monastique : « Au lendemain de la révolution, les religieux les plus progressistes ont été purgés du clergé ou se sont exilés pour échapper à la répression militaire, créant un vide au sein du sangha et permettant aux éléments les plus conservateurs de prendre le dessus », analyse Kirt Mausert, chercheur à l’Institut pour l’engagement politique et civique (iPACE), à Rangoun.

Dans les années 2000, des moines originaires de l’Etat Mon, dans le sud du pays, ont lancé une campagne baptisée 969 – un chiffre sacré faisant référence aux trois joyaux du Bouddha – qui appelait au boycottage des commerces musulmans. Ashin Wirathu, fils d’un chauffeur de bus et d’une femme au foyer originaire de la région de Mandalay, prit la tête du mouvement à sa sortie de prison en janvier 2012, après avoir purgé une peine de onze ans pour incitation à la haine raciale. 969 fut interdit un an plus tard suite à de violentes émeutes interraciales. Alors, Wirathu créa Ma Ba Tha pour poursuivre sa croisade contre les musulmans.

Surfant sur une peur millénaire de déclin de la société, le groupe ultranationaliste connaît une croissance spectaculaire : il revendique aujourd’hui plus de dix millions de sympathisants (sur cinquante et un millions de Birmans), ainsi que 300 bureaux régionaux. Ses sources de financement sont obscures. Officiellement, Ma Ba Tha tire l’essentiel de ses revenus de ses activités de prêche et des donations de la communauté bouddhiste. Mais en réalité, le groupe dispose de moyens colossaux que le denier du culte ne suffit pas à expliquer : « Il faut voir le faste déployé à chaque congrégation « , note Htet Khaung Linn. Ce reporter au Myanmar Now, un quotidien en ligne, estime la fortune du groupement à « plusieurs millions de dollars » – les moines ne possédant rien en leur nom propre – et pointe certains cronies, les businessmen richissimes proches de la junte, comme des mécènes importants, mais discrets.

Cet argent est mis au service d’une propagande qui cible principalement les 1 500 000 Rohingya de l’Etat d’Arakan, dans l’ouest du pays. Depuis 1982, cette minorité musulmane ne fait plus partie des ethnies reconnues par la Constitution. Aujourd’hui, les enfants rohingya n’ont même plus droit à un certificat de naissance. Dans un silence assourdissant, ces apatrides survivent pour la plupart grâce à l’aide alimentaire internationale, dans un agglomérat de camps et de villages de désolation. L’emploi même du terme « Rohingya », qui signifie « habitant du Rohang », ancien nom de l’Arakan pour les musulmans de ces régions, est un point de contentieux. Selon les autorités, il s’agit de « Bengalis », des immigrés illégaux qui se seraient inventé une identité pour revendiquer des droits sur le sol birman. Certains historiens estiment qu’ils seraient de lointains descendants de soldats et de commerçants arabes, turcs ou bengalis convertis à l’islam au XVe siècle. Mais pour la majorité des Birmans, ils ont été importés du Bangladesh voisin par des colons britanniques à la fin du XIXe siècle.

Parmi la foule réunie à Bagan, plusieurs volontaires venus prêter main-forte au chantier arborent des tee-shirts avec un logo « No Rohingya ». « Personne n’en veut ici ! » affirme Ko Htein Lin, un petit commerçant de 36 ans qui a adhéré au mouvement 969 en 2012. A l’époque, des émeutes avaient secoué l’Arakan suite au viol d’une bouddhiste attribué à un musulman. Un point de fracture qui a marqué le début d’une série de massacres de Rohingya, accompagnés d’amalgames dangereux et de la crainte répandue d’une supposée progression de l’islam dans le pays. Les résultats du recensement de 2014, publiés en juillet dernier, montrent qu’en réalité la part de la population musulmane est restée plutôt stable en trente ans, passant de 3,9 % en 1983 à 4,3 % (simple estimation officielle, les Rohingya, apatrides, n’ayant pas été formellement recensés). Des chiffres têtus, qui ne suffisent pas à rassurer les bouddhistes. « Les musulmans se reproduisent à la vitesse de l’éclair pour mieux nous envahir. Nous avons besoin de Ma Ba Tha pour préserver notre race ! » La sentence émane d’une coquette octogénaire aux manières exquises, sanglée dans un sarong rose dans lequel elle tente de dissimuler un dos bossu. Mme Sadhama est une inconditionnelle de la première heure de Wirathu, qu’elle héberge gracieusement dans son petit hôtel de Bagan avec sa garde rapprochée.

Le Vénérable est là, comme un coq en pâte, sirotant un thé face à la jungle environnante, les yeux perdus dans le soleil couchant. Des joues rondes, l’œil pétillant et un sourire d’enfant, l’incarnation de la « terreur bouddhiste » n’a pas le physique de l’emploi. Comme pour mieux contredire cette étiquette d’extrémiste qui lui colle à la toge, le bonze ne se départit jamais d’un masque de bonté impénétrable. Contrairement à la plupart de ses coreligionnaires, il est entré en religion sur le tard, à l’âge de 16 ans : « Mes parents avaient d’autres ambitions pour moi, dit-il. Ils me rêvaient roi, pas moine. » Au fil des ans, Wirathu est parvenu à concilier ambitions personnelles et familiales, devenant en quelque sorte… le roi des moines. La formule le fait sourire, lui qui ne cache pas son appétence pour le pouvoir. Au monastère, le postulant délaissait volontiers les écrits de Bouddha pour des ouvrages de géopolitique, et se passionnait pour les manipulations et les coups tordus auxquels se livraient la CIA et le KGB au plus fort de la guerre froide. « Ces récits d’espionnage ont forgé mon sens tactique autant que ma conscience politique », confie-t-il.

Pas question de céder à l’attentisme. Wirathu cherche coûte que coûte à diffuser ses idées en occupant le terrain. Son opération de restauration du patrimoine en témoigne, mais également ses collectes de sang, ses programmes de microcrédits ou d’assistance juridique. Sous son patronage, le premier établissement d’enseignement supérieur entièrement gratuit du pays a vu le jour en juin dernier à Ngwe Nant Thar, dans le district de Rangoun. Cent cinquante élèves en uniforme impeccable y étudient dans un calme impressionnant. L’immense bâtiment flambant neuf, construit grâce à une donation d’un riche homme d’affaires, tranche avec les établissements scolaires publics insalubres qui remontent à l’époque coloniale. Ma Ba Tha étend ses tentacules dans toutes les sphères de la société birmane, distillant au passage ses mantras islamophobes (comme : « Il vaut mieux épouser un chien qu’un musulman. ») Son centre monastique de Mandalay, le plus grand du pays, accueille 2 800 élèves qui reçoivent les enseignements de Bouddha. Et ceux, plus personnels, du maître des lieux. A l’entrée, un panneau tapissé de photos d’exactions imputées à des groupes djihadistes accueille le visiteur (voir photo ci-dessous). Des images insoutenables de têtes coupées et de cadavres sanguinolents, devant lesquelles le ballet des novices passe, sans plus les remarquer.

Mais le goût de la provocation dont fait preuve Wirathu commence à embarrasser le comité de direction de Ma Ba Tha qui, depuis la victoire de la Ligue nationale démocratique – le parti dirigé par la Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi – aux élections de novembre 2015, prend ses distances avec ce trublion médiatique. Aujourd’hui, le docteur U Thaw Parka, porte-parole officiel du groupe, tient à préciser que les déclarations de Wirathu « n’engagent que lui », et se désole de cette image d’ »extrémistes en robe » que ses partisans donnent dans les médias. Le groupe cherche à mettre en avant ses oeuvres sociales et délègue les actions politiques à des formations ultranationalistes comme l’Union des moines patriotes.

Ce groupe de jeunes bonzes virulents, qui reste discret sur ses effectifs, est à l’origine d’une série de manifestations organisées à Rangoun en septembre dernier. Leur but : protester contre la mission d’observation consacrée à la situation des Rohingya dans l’Etat d’Arakan, confiée à l’ancien secrétaire général de l’ONU. « Nous ne voulons pas de Kofi Annan, ce fils de p… », s’égosillait au micro, lors d’une de ces manifestations, U Thu Seikkta, secrétaire du mouvement et candidat sérieux à la réincarnation de la « terreur bouddhiste », sous des traits plus juvéniles. Le moine de 29 ans ne cache d’ailleurs pas son admiration pour Wirathu, son illustre aîné, et n’hésite pas à présenter les Moines patriotes comme le « bras armé » de Ma Ba Tha : « Bouddha a dit que nous devions protéger notre pays, explique-t-il. Je pense que c’est de la responsabilité des moines de défendre l’identité nationale. »

Quelques jours avant, le groupe a organisé le rachat et la libération de centaines de vaches et de moutons qui étaient destinés aux sacrifices pour l’Aïd el-Kébir. Depuis des années, cette fête religieuse, l’une des plus importantes pour les musulmans, cristallise les tensions entre communautés. Les lieux autorisés pour le sacrifice des moutons sont de plus en plus restreints et confinés en bordure des villes. C’est le cas à Meiktila. Dans cette ville endormie d’environ 900 000 habitants dans le centre du pays, l’importante communauté musulmane s’apprête à de discrètes célébrations pour l’Aïd. En 2013, elle a été au coeur d’une flambée de violence avec des citadins bouddhistes, causant la mort d’au moins une cinquantaine de personnes.

« La première nuit, une horde de bouddhistes armés de couteaux a débarqué dans notre quartier, se souvient Shansull Nisa, 70 ans. Ils jetaient des pierres contre nos fenêtres en hurlant, nous étions terrifiés. Nous avons été plus de 2 000 à fuir pour trouver refuge au stade de football. Si des moines ne nous avaient pas escortés, nous serions tous morts… » La vieille dame, les cheveux gris et les ongles orangés de henné, raconte son histoire, sans pathos. Cette nuit-là, elle a perdu son mari, son fils, son petit-fils de 6 ans et sa petite-fille de 9 ans, lynchés par une foule en furie. Elle n’a jamais regagné sa maison et vit toujours, comme une dizaine de familles, sous une tente près du stade, où elle ressasse son chagrin et son incompréhension. « Nos agresseurs sont les mêmes personnes avec lesquelles nous lavions chaque jour nos vêtements dans la rivière. » Aujourd’hui, la jungle a envahi la mosquée centenaire de Meiktila. Après les émeutes, le cimetière musulman a été rasé par des bulldozers pour y construire un centre d’affaires – resté vide depuis –, et des pans entiers de quartiers restent fantômes.

Depuis cette époque, la confiance n’est jamais revenue. Du côté des bouddhistes, elle a laissé place à un racisme ordinaire. Ti Ti Win, 55 ans, est professeure de mathématiques. Une femme sans histoires, habitée par la peur, mais aussi par la haine : « Les musulmans sont des fauteurs de troubles, affirme-t-elle. Ils prétendent garder des couteaux dans leurs mosquées pour les sacrifices d’animaux, mais nous, nous savons qu’ils peuvent s’en servir à tout moment contre nous. » Ti Ti Win rêve à voix haute d’une Birmanie débarrassée de ses musulmans. Sa voisine, Daw Puu Suu, 51 ans, aussi : « Nous n’avons rien à faire avec eux, dit-elle. Leur simple vision me met mal à l’aise. » Meiktila est désormais coupée en deux par une frontière invisible. Sur la vingtaine de mosquées que comptait la ville, seules trois restent autorisées.

« Depuis 2013, nous sommes traités comme une menace pour la sécurité nationale », se désole l’imam Mu Ishaquel, qui a vu trente et un des élèves de la madrasa du centre-ville où il enseignait brûlés vifs lors des attaques. L’homme se souvient de ce temps pourtant pas si lointain où il dormait dans les monastères et aidait les moines à traduire du sanskrit des textes sacrés. Aujourd’hui, le religieux dit avoir peur de marcher seul dans la rue avec sa barbe fournie. Il enlève sa calotte quand il voyage et rêve de quitter le pays. Des « cartes vertes » ont récemment été distribuées aux musulmans de Meiktila en remplacement de leurs papiers d’identité détruits lors des émeutes. Elles leur confèrent un statut de citoyen associé et les privent de nombreux droits, comme celui d’aller à l’université, de monter une entreprise ou encore de se présenter à des élections. « Nous sommes nés ici ! s’insurge l’imam. C’est une insulte, une façon de nous tuer une seconde fois. » Un racisme institutionnalisé.

Le signe, aussi, que les religieux bouddhistes extrémistes ont su se faire entendre du pouvoir. En 2015, dans l’indifférence générale, quatre lois ont été entérinées par le Parlement. Particularité : c’est le comité exécutif de Ma Ba Tha qui les a rédigées. Elles interdisent les conversions et les mariages entre une bouddhiste et un musulman, et imposent un délai minimum de trois ans entre chaque naissance dans les régions à majorité musulmane. Comme beaucoup de musulmans, Ismaël, un professeur de Rangoun (qui préfère rester anonyme), avait eu l’espoir que les choses s’améliorent avec la victoire écrasante de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, aux élections législatives en novembre 2015, pour laquelle la communauté a massivement voté.

Aujourd’hui, son constat est amer : « Nous ne sommes absolument pas protégés par ce nouveau gouvernement, qui cherche avant tout à ménager les militaires et les moines, dit-il. Les bouddhistes restent des citoyens de première classe, les chrétiens, de seconde classe, les musulmans, de troisième classe. Quant aux Rohingya, ils sont carrément en enfer ! » Perçue dans un premier temps comme un camouflet pour Ma Ba Tha, qui avait activement soutenu le gouvernement sortant, la victoire d’Aung San Suu Kyi ne constitue pas le rempart attendu contre les violences religieuses. Comme le prouve l’assassinat, le 29 janvier dernier, de Kyi Ko Ni, conseiller juridique de la « dame de Rangoun » et grande voix de la tolérance dans le pays. Cet avocat musulman cherchait notamment à faire réviser les quatre lois sur la race et la religion, et travaillait à la rédaction d’un texte législatif afin de criminaliser les discours de haine. Un rempart juridique pour barrer la route aux mouvements extrémistes, après la flambée de violence de la fin de l’année dernière.

Le 8 octobre 2016, des postes de police installés à la frontière avec le Bangladesh ont été pris pour cible par de petits groupes d’assaillants rohingya. L’attaque, qui a causé la mort de neuf policiers, a été revendiquée dans une vidéo reprenant les codes de l’Etat islamique. La violence djihadiste serait-elle en train de gagner le far west birman ? Aucune preuve n’en a été apportée, mais l’armée n’a pas attendu confirmation pour se livrer à des représailles, faisant des centaines de morts. En février, les Nations unies ont publié un rapport accablant sur les meurtres et les viols perpétrés contre les civils rohingya dans la région de Maungdaw, dans le nord de l’Etat d’Arakan. Lors de sa visite en France en septembre, le Dalaï-lama déclarait que « si la haine continue de répondre à la haine, la haine ne cessera jamais ». Les moines en robe safran feront-ils mine de l’ignorer ?

Voir enfin:

Pogroms that we cannot ignore

The  JC

April 21, 2013

The Holocaust, as we know, was not a sudden event and nor is it – as some well-meaning (mostly) religious people often suggest – incomprehensible. Its scale, its ambition was what was remarkable about it. How it came about is not amazing at all.

The most important precondition for the attempt to murder all of Europe’s Jews was successfully to depict them as a malign « other »- as not-quite-people who, by existing, represented an existential threat to the majority. So historic ideas about Jewish separateness and hostility to the « goodness » of Christ and Christianity became, in the modern era, ideas about the illegitimate accretion of power, the undermining of the natural community and conspiracies.

The tropes of ancient antisemitism slowly morphed into those of modern antisemitism and as they did, prepared the way for what came later. The early brickwork for the gas chambers was laid in the acts of exclusion and literal stigma: the word « Jew » in passports, laws about what jobs Jews could do, the boycotting of Jewish businesses, the depictions in cartoons and films.

Of course, you knew this and if you have to read another article about the Holocaust you’ll scream. Doesn’t he have anything else to write about etc? I understand. But I have a very specific reason for having tried your patience with the above. It is to compare the process of « othering » the Jews with what is happening to a group of Muslims in Burma.

To give a very brief recapitulation. In western Burma there are hundreds of thousands of « Rohingya » Muslims, originally from Bengal. The majority population is Buddhist and ethnically Burmese and for years Burmese governments have refused to recognize the Rohingya as Burmese citizens. They have, however, nowhere else to go and have built lives for themselves in the Arakan province.

For years there has been a campaign against them by Burmese nationalists, including that strange phenomenon, Buddhist extremists. But what have been dubbed « tensions » have become something else. In the last few months, in what can only be described as pogroms, Rohingyas have seen mosques and shops taken over and their houses burned. Some have been murdered. Hundreds of thousands have been displaced, many to internal refugee camps.

But what must worry any Jew with a memory is the language of the persecutors. One of the leaders of the anti-Rohingya campaign is a Buddhist monk from Mandalay, who preaches a message that is horribly familiar. Take these elements from a recent speech:

Wirathu warns that the Buddhist public needs to adopt a « nationalist mindfulness » in everything it does, otherwise the « Kalars » (a derogatory term for ethnic Bengalis) will take over. These « Kalars » and their influence have prevented Aung San Suu Kyi speaking out for true Burmese people. Muslims are taking over important positions in politics. Now Rangoon is at risk of falling into the Muslims’ hands. And, of course, Muslims only think of their own interests.

He cites examples of Buddhist religious sensitivities being assaulted by Muslims and Muslim businessmen and asserts that no-one « will protect the Buddhist faith ». So Buddhists must act. « We must do business or otherwise interact with only our kind: same race and same faith » shopping only at shops marked with the sign of a Buddhist owner. Buddhists must use Buddhist owned buses even when Muslim buses are cheaper, « otherwise the enemy’s power will rise ».

« Consider that extra you have to pay, » he exhorts, « as your contribution to your race and faith ». Finally, « once we have won this battle we will move on to other targets ».

Wirathu is a modern Nazi, is he not? Which means we know where this one is going and where, if nothing is done, it may end up.

Voir enfin:

Le bouddhisme, une religion tolérante ?

Bernard Faure
Sciences humaines

Juin-Juillet-Août 2003

La cause semble entendue : le bouddhisme est une religion tolérante, sinon « la » religion de la tolérance. Mais cette tolérance – au demeurant discutable – est-elle liée à la nature du bouddhisme, ou est-elle le fruit de nécessités historiques et politiques ?

Dès son origine, le bouddhisme insiste sur la compassion envers autrui : le premier bouddhisme, dit Theravâda, toujours présent en Asie du Sud-Est et au Sri Lanka, met l’accent sur une introspection personnelle qui doit permettre de comprendre la nature de nos rapports avec l’autre (pour les débuts du bouddhisme, voir l’article, pp. 22-25 ; pour son histoire, voir la carte p. 26 et l’encadré, pp. 30-31). Il n’y a pas de dogme fondamental, en dehors de quelques notions issues de l’hindouisme. Il n’existe pas non plus d’autorité ecclésiastique ultime. Ces deux traits font qu’il est de prime abord difficile de parler d’orthodoxie, et à plus forte raison de fondamentalisme bouddhique. Les bouddhismes, par nature pluriels, ont su accueillir en leur sein les doctrines les plus diverses.

Plus tard, le bouddhisme Mahâyâna (« grand véhicule »), aujourd’hui répandu en Chine, en Corée, au Japon et au Viêtnam, prône la compassion pour tous les êtres, même les pires. Ce sentiment de communion est fondé sur la croyance en la transmigration des âmes, laquelle conduit les êtres à renaître en diverses destinées, humaines et non-humaines. Le Mahâyâna insiste sur la présence d’une nature de bouddha en tout être.

Quant au bouddhisme Vajrayâna (ésotérique, tantrique), issu du Mahâyâna et aujourd’hui localisé au Tibet et en Mongolie, il offre une vision grandiose de l’univers tout entier, qui n’est autre que le corps du Bouddha cosmique. A l’époque contemporaine, compassion et tolérance sont devenues, en partie par la personne médiatique du dalaï-lama actuel, icône moderne du bouddhisme tibétain, l’image de marque même du bouddhisme dans son ensemble.

Les penseurs bouddhistes ont rapidement élaboré des concepts propres à expliquer divers degrés de vérité. Le Bouddha lui-même, selon un enseignement ultérieurement synthétisé, notamment par le Mahâyâna, prêchait ainsi une vérité conventionnelle (accessible à tous), adaptée aux facultés limitées de ses auditeurs, réservant la vérité ultime à une élite spirituelle. Ce recours constant à des expédients salvifiques (upâya), balisant des voies différentes et plus ou moins difficiles d’accès au salut, rend le dogmatisme difficile, car tout dogme relève du domaine de la parole, donc de la vérité conventionnelle.

Un syncrétisme militant

Ces théories vont faciliter diverses formes de syncrétisme ou de synthèse, comme celles de Zhiyi (539-597) et de Guifeng Zongmi (780-841) en Chine, de Kûkai (774-835) au Japon, et de Tsong-kha-pa (1357-1419) au Tibet. Il s’agit généralement d’une sorte de syncrétisme militant, par lequel les cultes rivaux (religion bön au Tibet, confucianisme et taoïsme en Chine, shinto au Japon…) sont intégrés à un rang subalterne dans un système dont le point culminant est la doctrine de l’auteur. Ces élaborations aboutissent rapidement à faire du bouddhisme un polythéisme, qui assimile et mêle dans ses panthéons les dieux des religions qui lui préexistaient (de l’hindouisme, du bön, du taoïsme…). Au demeurant, la pratique n’a pas toujours été aussi harmonieuse que la théorie. On observe par exemple dans le bouddhisme chinois et japonais, entre les viiie et xiiie siècles de notre ère, une tendance marquée par l’adoption d’une pratique unique (par exemple la méditation assise, ou la récitation du nom du bouddha Amida), censée subsumer toutes les autres. Ainsi de certaines écoles du courant de l’amidisme, chinois et japonais, qui postulent que celui qui récite simplement une formule cultuelle au moment de mourir se voit garantir sa réincarnation au paradis de la Terre pure.

Mais c’est surtout en raison de son évolution historique que le bouddhisme est conduit à faire des accrocs à ses grands principes. Le principal écueil réside dans les rapports de cette religion avec les cultures qu’elle rencontre au cours de son expansion. L’attitude des bouddhistes envers les religions locales est souvent décrite comme un exemple classique de tolérance. Il s’agit en réalité d’une tentative de mainmise : les dieux indigènes les plus importants sont convertis, les autres sont rejetés dans les ténèbres extérieures, ravalés au rang de démons et, le cas échéant, soumis ou détruits par des rites appropriés. Certes, le processus est souvent représenté dans les sources bouddhiques comme une conversion volontaire des divinités locales. Mais la réalité est fréquemment toute autre, comme en témoignent certains mythes, qui suggèrent que le bouddhisme a parfois cherché à éradiquer les cultes locaux qui lui faisaient obstacle.

C’est ainsi que le Tibet est « pacifié » au viiie siècle par le maître indien Padmasambhava, lorsque celui-ci soumet tous les « démons » locaux (en réalité, les anciens dieux) grâce à ses formidables pouvoirs. Un siècle auparavant, le premier roi bouddhique Trisong Detsen a déjà soumis les forces telluriques (énergies terrestres de nature « magique » qui influencent individus et habitats), symbolisées par une démone, dont le corps recouvrait tout le territoire tibétain, en « clouant » celle-ci au sol par des stûpas (monuments commémoratifs et souvent centres de pèlerinage) fichés aux douze points de son corps. Le temple du Jokhang à Lhasa, lieu saint du bouddhisme tibétain, serait le « pieu » enfoncé en la partie centrale du corps de la démone, son sexe.

Ce symbolisme, décrivant la « conquête » bouddhique comme une sorte de soumission sexuelle, se retrouve dans un des mythes fondateurs du bouddhisme tantrique, la soumission du dieu Maheshvara par Vajrapâni, émanation terrifiante du bouddha cosmique Vairocana. Maheshvara est l’un des noms de Shiva, l’un des grands dieux de la mythologie hindoue. Ce dernier, ravalé par le bouddhisme au rang de démon, n’a commis d’autre crime que de se croire le Créateur, et de refuser de se soumettre à Vajrapâni, en qui il ne voit qu’un démon. Son arrogance lui vaut d’être piétiné à mort ou, selon un pieux euphémisme, « libéré », malgré la molle intercession du bouddha Vairocana pour freiner la fureur destructrice de son avatar Vajrapâni. Pris de peur, les autres démons (dieux hindous) se soumettent sans résistance. Dans une version encore plus violente, le dieu Rudra (autre forme de Shiva) est empalé par son redoutable adversaire. Le mythe de la soumission de Maheshvara se retrouve au Japon, même si, dans ce dernier pays, les choses se passent dans l’ensemble de manière moins violente. Certes, on voit ici aussi de nombreux récits de conversions plus ou moins forcées des dieux autochtnones. Mais bientôt, une solution plus élégante est trouvée, avec la théorie dite « essence et traces » (honji suijaku). Selon cette théorie, les dieux japonais (kami) ne sont que des « traces », des manifestations locales dont l’« essence » (honji) réside en des bouddhas indiens. Plus besoin de conversion, donc, puisque les kamis sont déjà des reflets des bouddhas.

Paradoxalement, la notion d’absolu dégagée par la spéculation bouddhique va permettre aux théoriciens d’une nouvelle religion, le soi-disant « ancien » shinto, de remettre en question la synthèse bouddhique au nom d’une réforme purificatrice et nationaliste. A terme, ce fondamentalisme shinto mènera à la « révolution culturelle » de Meiji (1868-1873), au cours de laquelle le bouddhisme, dénoncé comme religion étrangère, verra une bonne partie de ses temples détruits ou confisqués. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la religion officielle japonaise réinvestit les mythes shintos et s’organise autour du culte de l’Empereur divinisé, descendant du plus important kami national, la déesse du Soleil. Par contre-coup, le bouddhisme à son tour se réfugie dans un purisme teinté de modernisme, qui rejette comme autant de « superstitions » les croyances locales.

Le bouddhisme, les femmes et les hérésies

Comme on l’a vu, la métaphore qui inspire les récits de conversions des divinités locales est souvent celle de la soumission sexuelle. Dans ces récits, le bouddhisme est fondamentalement mâle, tandis que les cultes locaux sont souvent féminisés. La question des rapports du bouddhisme et des femmes constitue un autre cas de dissonance entre la théorie et la pratique.

L’histoire commence d’ailleurs assez mal. La tradition rapporte que le Bouddha refusa initialement, dans l’ordre qu’il venait de fonder, sa propre tante et mère adoptive, Mahâprâjapati. C’est après l’intervention réitérée de son disciple et cousin bien-aimé Ânanda que le Bouddha aurait fini par consentir à accepter l’ordination des femmes, non sans imposer à celles-ci quelques règles particulièrement sévères (en raison de l’extrême imperfection féminine). En outre, il prédit que, du fait de leur présence, la Loi (Dharma) bouddhique était condamnée à décliner au bout de cinq siècles.

En théorie, le principe de non-dualité si cher au bouddhisme Mahâyâna semble pourtant impliquer une égalité entre hommes et femmes. Dans la réalité monastique, les nonnes restent inférieures aux moines, et sont souvent réduites à des conditions d’existence précaires. Avec l’accès des cultures asiatiques à la modernité, les nonnes revendiquent une plus grande égalité. Toutefois, leurs tentatives se heurtent à de fortes résistances de la part des autorités ecclésiastiques. Tout récemment, les médias ont rapporté le cas d’une nonne thaïe physiquement agressée par certains moines pour avoir demandé une amélioration du statut des nonnes.

Le bouddhisme a par ailleurs longtemps imposé aux femmes toutes sortes de tabous. La misogynie la plus crue s’exprime dans certains textes bouddhiques qui décrivent la femme comme un être pervers, quasi démoniaque. Perçues comme foncièrement impures, les femmes étaient exclues des lieux sacrés, et ne pouvaient par exemple faire de pèlerinages en montagne. Pire encore, du fait de la pollution menstruelle et du sang versé lors de l’accouchement, elles étaient condamnées à tomber dans un enfer spécial, celui de l’Etang de Sang. Le clergé bouddhique offrait bien sûr un remède, en l’occurrence les rites, exécutés, moyennant redevances, par des prêtres. Car le bouddhisme, dans sa grande tolérance, est censé sauver même les êtres les plus vils…

La notion d’hérésie n’est que rarement employée dans le bouddhisme, et elle ne déboucha pas sur les excès de fanatisme familiers à l’Occident. On parle parfois des « maîtres d’hérésie » vaincus par le Bouddha, et en particulier de l’« hérésie personnaliste » ou « substantialiste », qui remettait en question le principe de l’absence de moi. Mais ces événements ne donnèrent pas lieu à des autodafés – peut-être parce qu’ils se développèrent au sein de traditions orales.

Le bouddhisme chinois se caractérise par une forte tendance syncrétique. Une exception est celle du chan (qui deviendra le zen au Japon) de l’école dite du Sud. Cette dernière rejette l’approche doctrinale traditionnelle, qualifiée de gradualiste, selon laquelle la délivrance ne s’acquiert qu’à la suite d’un long processus de méditation, au nom d’un éveil subit qui postule que la délivrance peut intervenir à n’importe quel moment. Le chef de file de l’école du Sud, Shenhui (670-762), s’en prend violemment à ses rivaux de l’école Chan du Nord en 732. Son activisme, exceptionnel parmi les bouddhistes chinois, lui vaut d’être envoyé en exil.

Au Japon, où les courants doctrinaux ont eu tendance à se durcir en « sectes », on trouve des exemples d’intolérance plus familiers à un observateur occidental. Ainsi, la secte de la Terre pure (Nembutusu), fondée par Hônen Shônin (1133-1212), dont les disciples, dans leur dévotion exclusive au bouddha Amida, jugent inutiles les anciens cultes (aux autres bouddhas, mais surtout aux kamis japonais) – minant par là-même les fondements religieux de la société médiévale. C’est pour réagir contre cette intransigeance, qui a conduit certains des adeptes de cette secte à l’iconoclasme, que ses rivaux la dénoncent et cherchent à la faire interdire. Hônen Shônin est envoyé en exil en 1207, et sa tombe est profanée quelques années plus tard.

Quant au maître zen Dôgen (1200-1253), fondateur de la secte Sôtô, il s’en prend à l’« hérésie naturaliste » – terme sous lequel il désigne pêle-mêle l’hindouïsme, le taoïsme, le confucianisme, et un courant rival du sien, l’école de Bodhidharma (Darumashû). Les termes par lesquels il condamne deux moines chinois, assassins présumés du patriarche indien Bodhidharma, en les qualifiant notamment de « chiens », sont caractéristiques d’un nouvel état d’esprit polémique. Une telle attitude a de quoi surprendre chez un maître en principe « éveillé », que l’on a voulu présenter comme l’un des principaux philosophes japonais.

Cet esprit se retrouve chez Nichiren (1222-1282), fondateur de la secte du même nom, qui se prend pour un prophète persécuté. Nichiren dénonce en particulier le zen comme une « fausse doctrine » qui n’attire que les dégénérés. Mais aucune des autres écoles du bouddhisme japonais ne trouve grâce à ses yeux. A l’en croire, « les savants du Tendai et du Shingon flattent et craignent les patrons du nembutsu et du zen ; ils sont comme des chiens qui agitent la queue devant leurs maîtres, comme des souris qui ont peur des chats » (Georges Renondeau, La Doctrine de Nichiren, Puf, 1953).

Il faut enfin mentionner les luttes intestines qui opposent, au sein de la secte Tendai (tendance majoritaire du bouddhisme japonais du viiie au xiiie siècle), les factions du mont Hiei et du Miidera. A diverses reprises, les monastères des deux protagonistes sont détruits par les « moines-guerriers » du rival. Les raids périodiques de ces armées monacales sur la capitale, Kyôto, défrayent les chroniques médiévales. C’est seulement vers la fin du xvie siècle qu’un guerrier à bout de patience, Oda Nobunaga (1534-1582), décide de raser ces temples et de passer par le fil du sabre les fauteurs de troubles.

Fondamentalismes bouddhiques

Les rapports du bouddhisme et de la guerre sont complexes. Dans les pays où il constituait l’idéologie officielle, il fut tenu de soutenir l’effort de guerre. Il existe également dans le bouddhisme tantrique un arsenal important de techniques magiques visant à soumettre les démons. Il fut toujours tentant d’assimiler les ennemis à des hordes démoniaques, et de chercher à les soumettre par le fer et le feu rituel.

Avec la montée des nationalismes au xixe siècle, le bouddhisme s’est trouvé confronté à une tendance fondamentaliste. Certes, la chose n’était pas tout à fait nouvelle. Dans le Japon du xiiie siècle, lors des invasions mongoles (elles-mêmes légitimées par les maîtres bouddhiques de la cour de Kûbilaï Khân), les bouddhistes japonais invoquèrent les « vents divins » (kamikaze) qui détruisirent l’armada ennemie. Ils mirent également en avant la notion du Japon « terre des dieux » (shinkoku), qui prendra une importance cruciale dans le Japon impérialiste du xxe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, les bouddhistes japonais devaient soutenir l’effort de guerre, mettant leur rhétorique au service de la mystique impériale. Même Daisetz T. Suzuki, le principal propagateur du zen en Occident, se fera le porte-parole de cette idéologie belliciste.

Plus récemment, c’est à Sri Lanka que cet aspect agonistique a pris le dessus, avec la revendication d’indépendance de la minorité tamoule, qui a conduit depuis 1983 à de sanglants affrontements entre les ethnies sinhala et tamoule. Le discours des Sinhalas constitue l’exemple le plus approchant d’une apologie bouddhique de la guerre sainte. Certes, il s’agit d’un fondamentalisme un peu particulier, puisqu’il repose sur un groupe ethnique plutôt que sur un texte sacré. Il existe bien une autorité scripturaire, le Mahâvamsa, chronique mytho-historique où sont décrits les voyages magiques du Bouddha à Sri Lanka, ainsi que la lutte victorieuse du roi Duttaghâmanî contre les Damilas (Tamouls) au service du bouddhisme. Le Mahâvamsa sert ainsi de caution à la croyance selon laquelle l’île et son gouvernement ont traditionnellement été sinhalas et bouddhistes. C’est notamment dans ses pages qu’apparaît le terme de Dharma-dîpa (île de la Loi bouddhique). Il ne restait qu’un pas, vite franchi, pour faire de Sri Lanka la terre sacrée du bouddhisme, qu’il faut à tout prix défendre contre les infidèles. Ce fondamentalisme est avant tout une idéologie politique.

Mentionnons pour finir un cas significatif, puisqu’il met en cause la personne même du dalaï-lama, le personnage qui personnifie aux yeux de la plupart l’image même de la tolérance bouddhique. Il s’agit du culte d’une divinité tantrique du nom de Dorje Shugden, esprit d’un ancien lama, rival du cinquième dalaï-lama, et assassiné par les partisans de celui-ci, adeptes des Gelugpa, au xviie siècle. Par un étrange retour des choses, cette divinité était devenue le protecteur de la secte des Gelugpa, et plus précisément de l’actuel Dalaï-Lama, jusqu’à ce que ce dernier, sur la base d’oracles délivrés par une autre divinité plus puissante, Pehar, en vienne à interdire son culte à ses disciples. Cette décision a suscité une levée de boucliers parmi les fidèles de Shugden, qui ont reproché au dalaï-lama son intolérance. Inutile de dire que les Chinois ont su exploiter cette querelle à toutes fins utiles de propagande. L’histoire a été portée sur les devants de la scène après le meurtre d’un partisan du dalaï-lama par un de ses rivaux, il y a quelques années. Par-delà les questions de personne et les dissensions politiques, ce fait divers souligne les relations toujours tendues entre les diverses sectes du bouddhisme tibétain.

Même s’il ne saurait être question de nier l’existence au coeur du bouddhisme d’un idéal de paix et de tolérance, fondé sur de nombreux passages scripturaux, ceux-ci sont contrebalancés par d’autres sources selon lesquelles la violence et la guerre sont permises lorsque le Dharma bouddhique est menacé par des infidèles. Dans le Kalacakra-tantra par exemple, texte auquel se réfère souvent le dalaï-lama, les infidèles en question sont des musulmans qui menacent l’existence du royaume mythique de Shambhala. A ceux qui rêvent d’une tradition bouddhique monologique et apaisée, il convient d’opposer, par souci de vérité, cette part d’ombre.

BERNARD FAURE

Professeur à l’université de Stanford, Californie. Auteur notamment de Bouddhisme , Liana Levi, 2001 ; Bouddhismes, philosophies et religions , Flammarion, 1998.

Vingt-cinq siècles de bouddhisme

Le bouddhisme est né d’une réforme de la religion védique. Les trois grandes traditions bouddhistes visent à atteindre la fin des douleurs, engendrées par la succession des vies sur terre, par l’accès à l’état de sainteté.

– La première version du bouddhisme (theravâda, ou voie des anciens, appelée par dérision « petit véhicule » par ses adversaires issus de la réforme mahâyâna) défend que seuls les moines peuvent accéder au salut. De l’Inde, le theravâda a conquis toute l’Asie du Sud-Est. S’il a survécu au Laos, en Thaïlande, au Cambodge et au Myanmar, il a été supplanté par l’islam en Indonésie et Malaisie.

– La réforme mahâyâna (« grand véhicule ») stipule que chacun peut accéder au salut par une vie de mérites. Le mahâyâna a gagné la Chine, puis la Corée et le Japon, n’hésitant pas à se fondre dans de vastes systèmes syncrétiques destinés à lui assurer son succès par l’élaboration de cosmogonies compatibles avec les cultes qui lui préexistaient (taoïsme, confucianisme et culte des ancêtres en Chine ; taoïsme, confucianisme et chamanisme en Corée ; shinto – culte des esprits proche du chamanisme dans sa version d’origine – au Japon…).

– Quant au vajrayâna (« véhicule de diamant »), ou lamaïsme, ou encore bouddhisme tantrique, qui prône le salut par l’étude ésotérique, il est surtout présent au Tibet et en Mongolie. Issu du mahâyâna, il a souvent intégré dans son culte des éléments des religions indigènes : bön au Tibet, chamanisme en Mongolie.

Le bouddhisme compte aujourd’hui, selon les estimations, de 300 à 600 millions d’adeptes, dont 50 à 100 millions pour le theravâda (Sud-Est asiatique), le solde étant mahâyâna (dont la Chine, avec 100 à 250 millions d’adeptes). Le vajrayâna regroupe de 10 à 20 millions de pratiquants. La production littéraire des diverses écoles en Occident, par laquelle on peut se documenter sur le bouddhisme, est d’importance variée : l’essentiel est produit par une école tibétaine et une ou deux écoles du zen… des courants minoritaires au regard du bouddhisme tel qu’il est pratiqué dans le monde.

L’EXPANSION DU BOUDDHISME

Au départ limité au nord de l’Inde, le bouddhisme n’est alors présent que par la voie du theravâda. Sa doctrine se répand en Inde, à Sri Lanka et à l’ensemble du Sud-Est asiatique, tant continental qu’insulaire, mais aussi en Mongolie. Mais très vite, à partir du siècle suivant, une réforme le divise en deux grands courants qui vont eux-mêmes se fragmenter en multiples écoles, ou sectes. C’est donc le bouddhisme mahâyâna qui se répand en Chine dès le iie siècle de notre ère, par le biais des routes commerciales qui convergent vers Chang’an, capitale de l’empire Tang du viie au xe siècle). De là, il atteint rapidement la Corée et le Japon, des pays sous influence culturelle de l’empire du Milieu.

LE CAS JAPONAIS

Dans un premier temps, des moines chinois importent au pays du Soleil levant les doctrines de leurs écoles et fondent six sectes (copiées sur les modèles continentaux) à Nara, capitale impériale. L’empereur Kammu, au viiie siècle, désireux de contrer l’ascendant de ces sectes, déplace la capitale à Kyôto et favorise l’expansion de deux sectes « officielles », Tendai et Shingon, influencées par le tantrisme et le shinto.

Jusqu’au xiiie siècle, le bouddhisme reste réservé à l’élite, le peuple demeure shinto. Mais l’implantation de l’amidisme, propagé depuis la Chine, la fondation du nichirénisme et l’arrivée du zen propagent le bouddhisme dans toutes les couches sociales.

– L’amidisme postule que tout un chacun peut accéder au salut pour peu qu’il adhère à un credo très simple, qui parfois se rapproche de la magie (récitation d’une formule).

– Le nichirénisme voit dans les autres écoles un danger pour l’unité du bouddhisme, qu’il importe de combattre par tous les moyens. Il emprunte à l’amidisme son dogme simplifié.

– Le zen, plus élitiste, prône la recherche du salut par le dépouillement et la méditation.

Aujourd’hui, on estime approximativement que, sur 90 millions de Japonais officiellement bouddhistes, 30 sont amidistes, 30 sont nichirénistes, 14 sont shingon, 6 sont zen, 5 sont tendai, le solde se répartissant entre quelques dizaines d’autres mouvements.

LAURENT TESTOT


Identités: Mains jaunes contre keffiehs (Identity politics comes to France)

23 mars, 2019
Julien-Dray (PS), Jean-Luc-Mélenchon (PG) et Marie-Noëlle-Lienemann (PS)Image result for Main d'or Dieudonné
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Alors, pour m’sentir appartenir A un peuple, à une patrie J’porte autour de mon cou sur mon cuir Le keffieh noir et blanc et gris Je m’suis inventé des frangins Des amis qui crèvent aussi. Renaud (1983)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas. Thérèse d’Avila
Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. Oscar Wilde
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. G.K. Chesterton
Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
SOS Racisme. SOS Baleines. Ambiguïté : dans un cas, c’est pour dénoncer le racisme ; dans l’autre, c’est pour sauver les baleines. Et si dans le premier cas, c’était aussi un appel subliminal à sauver le racisme, et donc l’enjeu de la lutte antiraciste comme dernier vestige des passions politiques, et donc une espèce virtuellement condamnée. Jean Baudrillard (1987)
On se demande souvent quelle idéologie va remplacer le socialisme. Mais elle est déjà là, sous nos yeux : c’est l’antiracisme […] Comme toutes les idéologies, celle de l’antiracisme se propose non de servir ceux qu’elle prétend délivrer, mais d’asservir ceux qu’elle vise à enrôler […] Agissant par la terreur et non par la raison, cet antiracisme fabrique plus de racistes qu’il n’en guérit […] L’antiracisme idéologique, qu’il faut soigneusement distinguer de l’antiracisme effectif et sincère, attise les divisions entre les humains au nom de leur fraternité proclamée.  Jean-François Revel (1999)
Comme on pouvait s’y attendre, les pays islamiques qui punissent l’apostasie, persécutent légalement leurs minorités non-musulmanes autochtones et n’ont jamais remis en question la violence islamique légale de la Charia, des ahadith de la Sira et du Coran (jurisprudence et textes sacrés musulmans), dénoncent de concert la « diabolisation des musulmans » en Occident ». Pour ces indignés à sens unique, l’attentat de Christchurch ne serait que l’aboutissement prévisible de l’islamophobie coupable de cet Occident post-colonial honni. Ainsi que le réclament depuis trois décennies les 57 pays de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), super Lobby intergouvernemental panislamique reconnu par les Nations Unies et piloté par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turque néo-ottomane, le massacre de Christchurch est un nouveau prétexte pour réitérer l’exigence liberticide de limitation de la liberté d’expression en matière d’islam régulièrement portée à l’ONU sous couvert de lutte contre la « diffamation des religions ». Sur son compte Twitter, Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères iranien, a très officiellement pointé du doigt cette « liberté d’expression » criminelle de l’Occident qui serait à l’origine des actes meurtriers anti-musulmans. Des propos qui font rire ou pleurer quand on sait qu’ils émanent d’un régime de Mollahs qui arrivent juste devant l’Arabie saoudite et après la Chine chaque année parmi les trois premiers pays pratiquant le plus d’assassinats d’Etat… Mais l’Iran est concurrencé sur ce terrain par la Turquie du néo-sultan irascible Recep Tayyip Erdogan, qui ne rate lui non plus jamais une occasion de fustiger les Européens complexés. C’est ainsi que le même islamiste vigilant, d’habitude si prudent vis-à-vis du Géant chinois qui a pourtant tué et torturé des centaines de milliers de musulmans ouïgours, a déclaré qu’« avec cet attentat, l’hostilité envers l’islam (…) a franchi les limites du harcèlement individuel pour atteindre le niveau d’une tuerie de masse. Il apparaît clairement que la vision portée par le tueur (…) est en train de gagner du terrain en Occident comme un cancer ». Étonnant propos de la part d’un Erdogan qui avait ouvertement menacé Benoit XVI après son discours de Ratisbonne ; qui nie catégoriquement le génocide arménien (dont la reconnaissance est punie pénalement en Turquie) ; qui soutient les terroristes du Hamas et les Frères musulmans ; qui a aidé Daech et Al-Qaïda en Syrie, et qui n’a jamais reconnu le caractère christianophobe des massacres de chrétiens survenus ces dernières années en Turquie (Malatya, Trébizonde, meurtres de Hrant Dink, des Prélats Santoro et Padovese, etc)… Pour ce qui est du grand imam d’Al-Azhar, Cheikh Ahmed al-Tayeb, à la tête de la plus grande université religieuse du monde musulman sunnite, où l’on enseigne la légitimé du Jihad offensif, l’infériorité des non-musulmans, les châtiments corporels et autres lapidations, il a déclaré que « ces attaques sont le résultat de la prolifération du discours islamophobe dans plusieurs pays, y compris dans ceux qui sont réputés pour la coexistence de leur population », désignation à peine voilée des pays occidentaux. On croit ici rêver, quand on sait à quel point l’université d’Al-Azhar, infiltrée depuis des décennies par les Frères musulmans et le salafisme, comme l’a déploré le Président égyptien Al-Sissi lui-même, a cautionné théologiquement les attaques violentes perpétrées quotidiennement contre les Coptes chrétiens. Al-Azhar a d’ailleurs toujours refusé d’excommunier les terroristes jihadistes dès lors que ceux-ci ne professaient pas d’hérésies, se limitant à condamner leurs « actions ici-bas », bien évidemment totalement étrangères à l’islam. CQFD, circulez, rien à voir… En France, le militant islamiste-nationaliste pro-Erdogan Ahmet Ogras, Président sortant du Conseil Français du Culte musulman, a surenchéri dans cette logique liberticide anti-occidentale : « Cette tragédie abjecte démontre une fois de plus que l’islamophobie est un mal qu’il faut combattre sans relâche, tout comme les paroles médiatiques déversées par des prêcheurs de haine ». Une allusion à peine voilée aux Zemmour, Finkielkraut ou autres « islamophobes » de Charlie Hebdo accusés de distiller la « haine envers les musulmans » sous prétexte qu’ils dénoncent l’intolérance et la violence chariatiques. Plus explicite encore, le Collectif contre l’islamophobie en France a demandé aux autorités de « prendre leurs responsabilités (…) Les discours islamophobes diffusés dans nos médias n’y ont pas leur place et ont des conséquences concrètes sur la vie des musulmans de France. Faire l’apologie de la théorie du grand remplacement, permettre à des idéologues/éditorialistes/journalistes/politiques de distiller leurs discours à longueur de journée est absolument dangereux. Il faut que cela cesse et les médias français ont un rôle à jouer dans la lutte contre l’islamophobie ». Bref, ceux-là mêmes qui sont idéologiquement liés aux Frères musulmans et adhèrent au suprémacisme islamiste ont trouvé dans les attentats anti-musulmans un prétexte rêvé pour exiger définitivement l’exclusion du débat démocratique de tous ceux qui feraient obstacle à leurs desseins prosélytes-conquérants. Aux Etats-Unis, le lobby islamique américain pro-Frères musulmans, le CAIR (Council of American and islamic Relations), qui vante officiellement la charia et est lié au Hamas palestinien, réclame comme le Collectif contre l’islamophobie en France, que soit « criminalisée l’islamophobie ». A contrario, l’auteur de ces lignes a préféré les paroles, bien plus dignes, du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui a déclaré dans un communiqué officiel, « les musulmans de France sont choqués par cette violence meurtrière qui se manifeste à l’autre bout du monde et prient Dieu que la paix soit préservée dans notre pays ». D’une manière générale, l’attitude de récupération obscène de la douleur des victimes musulmanes de la part de pôles officiels de l’islam mondial, a été faite sienne par la Gauche marxiste/bobo-islamiquement correcte, laquelle a redoublé d’exigences liberticides en incriminant globalement la droite conservatrice et les populismes identitaires, même les plus pacifistes et parlementaristes, pointés comme « idéologiquement coupables » : c’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon, qui n’a jamais dénoncé la haine meurtrière anti-chrétiens en pays islamiques, a fustigé « la haine des musulmans qui est aussi un poison mortel dans nos sociétés », tandis que Ian Brossat, tête de liste PCF pour les européennes, a dénoncé « l’extrême droite qui tue, ses idées nauséabondes qui sèment la mort. Ne jamais l’oublier et les combattre pied à pied ». D’une manière générale, les « islamo-gauchistes », ces idéologues rouges alliés des fascistes verts, ont même accusé Donald Trump, Matteo Salvini et Victor Orban d’être les « vrais responsables » de ce « climat » anti-muslims, sous prétexte que le psychopathe/serial killer Breton Tarrant aurait cité la théorie du « Grand Remplacement » de Renaud Camus – qui n’a pourtant jamais appelé au meurtre – et aurait motivé sa barbarie vindicative par le refus de l’immigration extra-européenne. A ce titre, c’est donc Alain Finkielkraut qui devrait être lui aussi accusé, avec Zemmour ou d’autres intellectuels médiatiques, d’avoir inspiré des futurs Tarrant, puisque l’académicien a lui-même cautionné le théoricien remplaciste qualifié « d’extrême-droite » pourtant issu, comme Finkielkraut, de la gauche… Et si l’on suit le même raisonnement de chasse aux sorcières, tous ceux qui remettent nettement en question l’islam, y compris les musulmans athées ou laïques eux-mêmes comme Malika Sorel, Boualem Sansal, Kamel Daoud, Walid al-Husseini ou Zineb el Rhazoui, sans oublier les gauchistes blasphémateurs de Charlie Hebdo, seraient responsables des actes anti-musulmans de Tarrant ou avant lui de Breivik. Récupérant elle aussi un fait monstrueux commis par un fanatique australien, mais qui critiquait les partis politiques populistes parlementaires « trop modérés » (et jugeait Marine Le Pen « insipide »), Najat Vallaud-Belkacem, ex-ministre de l’Éducation de François Hollande, a dénoncé dans un tweet « l’indignation hypocrite de ceux qui ont contribué, année après année, à promouvoir ça ». Illustrant son tweet de couvertures de grands médias comme Valeurs actuelles, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Marianne, Courrier international, revue L’Histoire, l’ex-ministre connue pour son moralisme progressiste sélectif, a même parlé de « nausée » à propos de cette presse « coupable » d’avoir contribué à promouvoir le climat d’islamophobie qui aurait permis l’attentat de Christchurch. Dans ce cas, pour suivre la même logique d’amalgame d’habitude pourtant interdite en cas d’attentats islamistes, que doit penser Madame Vallaud-Belkacem de ses anciens compères socialistes François Hollande et Gérard Collomb, qui ont tous deux dénoncé le séparatisme islamiste et la montée du communautarisme dans les banlieues hors contrôle ? (…) En réalité, et en dépit même des centaines d’attaques commises par les terroristes arabo-musulmans et des jihadistes en Occident depuis les années 1980 (terrorisme palestinien ; iranien ; GIA ; Al-Qaïda ; Daech), les actes terroristes anti-musulmans dans le monde occidental ont été jusque-là extrêmement rares. On peut même affirmer que les Occidentaux ont fait preuve d’une grande retenue en ne répondant presque jamais de façon réciproquement barbare aux jihadistes. Certes, les cas du Canada et de la Nouvelle Zélande sont là pour montrer que des Blancs judéo-chrétiens peuvent eux aussi se comporter « comme » les pires jihadistes. Mais en quoi des actes anti-musulmans commis dans des pays tolérants et multiculturels comme la Nouvelle Zélande ou le Canada devraient être imputés à des Français, des Anglais, des « populistes » italiens ou des électeurs de Donald Trump, comme certains bien-pensants ont essayé de le faire ? Depuis quand nos sociétés démocratiques fondées sur la liberté et la responsabilité individuelles ont-elles rétabli de délit et la faute collectives ? Au nom de quoi les « coupeurs de langues » de l’organisation de la Coopération islamique (OCI), du CCIF, de l’Université Al-Azhar, sans oublier le néo-Sultan Erdogan osent-ils blâmer des Français, des Italiens, des Hongrois, des citoyens américains ou même des « islamophobes » pacifiques ou des « populistes » occidentaux hostiles à l’immigrationnisme alors que eux-mêmes cautionnent des institutions théocratiques qui enseignent la légitimité du Jihad, de la charià et de la conquête islamique ? N’importe quel observateur intellectuellement honnête peut aisément constater que la violence terroriste anti-chrétienne en pays islamique est bien plus banalisée et impunie que l’inverse. Et si dans la même période récente, des chrétiens de pays islamiques avaient commis contre des Musulmans le centième des meurtres perpétrés par des jihadistes en « pays chrétien », on n’ose même pas imaginer le nombre de chrétiens qui auraient été massacrés en représailles dans les rues, les églises et jusque dans leurs maisons. D’ailleurs, alors même que les chrétiens en pays arabo-musulmans ne perpètrent jamais d’actes terroristes et constituent au contraire des minorités soumises et pacifiques (dhimmitude), ils sont déjà régulièrement pris pour cibles par des fanatiques musulmans : Chrétiens des pays arabes (Irak, Egypte, Arabie saoudite-Yémen, Mauritanie, Soudan, Maghreb, etc), de Turquie (génocide arménien toujours, persécution des syriaques-araméens), du Pakistan (les milliers d’Asa Bibi martyrisées), sans oublier les autres minorités régulièrement persécutées et massacrées au nom de la Charià : Yézidis d’Irak, chiites, Alévis, régulièrement attaqués, kidnappés, rackettés, victimes d’attentats ou officiellement brimés. Face à la tentative obscène de récupération (par les « coupeurs de langues » verts, roses et rouges) du drame des musulmans massacrés en Nouvelle Zélande, et face à l’incroyable tentative de culpabilisation/disqualification morale des défenseurs de la civilisation judéo-chrétienne orchestrée par tous ceux qui voudraient rendre les Français patriotes collectivement coupables des horreurs de Christchurch, quelques chiffres peuvent aider à garder raison : Rien que pour la France, 7 au 9 janvier 2015: attaques de Charlie Hebdo, 22 morts ; 26 juin 2015, à Saint-Quentin-Fallavier, un Français décapité par un jihadiste ; 13-14 novembre 2015 : attentats de Paris, 137 morts ; 13 juin 2016, Magnanville, un policier et sa femme assassinés par un jihadiste. 14 juillet 2016: un Mohamed Lahouaiej-Bouhlel massacre 86 personnes ; 26 juillet 2016, Normandie, 2 djihadistes égorgent un prêtre âgé de 86 ans en pleine messe dans son église. 1er octobre 2017: un musulman a poignardé à mort deux jeunes femmes dans une gare de Marseille ; 23 mars 2018, Trèbes, trois morts ; 12 mai 2018, Paris, un franco-tchétchène poignardé à mort un piéton et en a blessé plusieurs autres ; 11 décembre 2018: À Strasbourg, un homme armé a ouvert le feu juste devant le marché de Noël, faisant 5 morts et 11 blessés. Total, rien qu’en France, en quatre ans : 261 morts et moult blessés lors d’attaques de musulmans contre des non-musulmans. Et heureusement, AUCUNE représailles meurtrière contre des Musulmans dans les rues ou les Mosquées. Par contre , des menaces de morts par milliers contre les intellectuels musulmans modérés ou « infidèles » qui dénoncent les « coupeurs de têtes ». Alexandre del Valle
Oui toutes nos pensées vont aux victimes de l’abject attentat de #Christchurch , et oui cela devrait tous nous rassembler. Mais découvrir ici des messages d’indignation hypocrite y compris de ceux qui ont contribué, année après année, à promouvoir ça:👇… Comment dire ? Nausée. Najat Vallaud-Belkacem
L’échec de la gauche, c’est d’avoir agité des slogans antiracistes ou paternalistes qui n’ont mené nulle part. La Marche des Beurs en 1983, n’a pas abouti à l’élection de députés de la #diversité, mais à celle de Julien Dray !  Aurélien Taché (député En marche)
L’antisémitisme ne vient pas du Coran mais de l’ignorance. Aurélien Taché
Pourquoi elle devrait enlever [son voile] au moment de ses interventions publiques, c’est peut-être la question qu’on devrait se poser. Aurélien Taché
J’ai été élevé en écoutant Renaud, en mangeant de l’entrecôte, mais j’aime aussi le rap et les kébabs. On peut être dans une forme de cosmopolitisme. 
Aurélien Taché
Le drapeau tricolore renvoie au régiment […] est-ce bien le rôle de l’école de se transformer en caserne ? Aurélien Taché
Les mêmes qui disaient que les « gilets jaunes », c’était la France périphérique, disent soudain « ah, ce sont les banlieues et les musulmans » qui sont responsables de l’antisémitisme au sein de ce mouvement. Ça m’a frappé en entendant Eric Ciotti, Michel Onfray ou Eric Zemmour. Il y a un retour glaçant de l’antisémitisme. C’est le thermomètre de la haine dans une société. Mais on ne combat pas cette haine en faisant des musulmans des quartiers populaires un autre bouc émissaire. C’est trop commode, cela permet aux élites de ne pas trop s’interroger sur leur part de responsabilité. Il y a un antisémitisme en banlieue. Mais il ne prend pas sa source dans l’immigration ou dans les versets du Coran, comme j’entends Manuel Valls le dire. Il la prend dans l’ignorance et le sentiment anti-élites. Aurélien Taché
Il faut des listes vraiment inclusives aux prochaines municipales » parce qu’il n’y a « pas un Noir ou un Arabe parmi les maires des cinquante plus grosses villes. Aurélien Taché
Une partie de la production des historiens, les articles scientifiques notamment, s’adresse à un cercle restreint, en raison de la nature pointue ou technique de ces articles, publiés dans des revues spécialisées. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’histoire ne doit pas être vulgarisée et diffusée auprès du plus grand nombre. C’est l’autre face du boulot d’historien. (…) Je ne suis cependant pas certain que cela soit du domaine de l’historien principalement que de mener cette contre-offensive. Evidemment que le boulot des historiens est de battre en brèche ces discours, mais cela ne doit pas relever d’eux seuls. On n’en appelle pas à un astrophysicien pour contrecarrer les délires sur la « terre plate ». Vidal-Naquet soulignait déjà cela en demandant si il fallait en appeler à un astrophysicien pour contrecarrer quelqu’un affirmant que la lune est faite de fromage. Le discours négationniste sur la Shoah, ou sur les autres génocides, est tout aussi grotesque d’un point de vue intellectuel que de prétendre que la terre est plate. (…)Dans le domaine de l’histoire, les lieux communs qui relèvent du café du commerce ne manquent pas, comme « L’histoire est écrite par les vainqueurs » ou « L’histoire est subjective ». « L’histoire écrite par les vainqueurs » signifie que ce sont ceux qui gagnent qui dictent le cours des évènements, mais on fait dire à cette phrase que ce sont les vainqueurs qui écrivent la « vérité »: autrement dit les « Alliés à Nuremberg ont écrit une version de l’histoire ». Quant à la supposée subjectivité de l’histoire, ou qu’en histoire il n’y aurait pas de vérité, c’est de la pseudo-philosophie de bas étage : l’histoire repose sur des faits en premier lieu, qui ne relèvent en rien de la « subjectivité ». Adolf Hitler est nazi. C’est un fait. Il est chancelier du Reich. C’est un fait. Il a clamé sa haine des Juifs. C’est un fait. Etc. Environ 5,7 millions de juifs ont été assassinés. C’est un fait. De la même manière que la terre est ronde. La méthode négationniste est simple. On prend un élément, en général microscopique, on le nie avec des arguments pseudo-scientifiques, puis on décrète que puisque tel témoignage comporte un élément décrété faux alors tout l’évènement est faux. Retranscrit dans d’autres domaines ça donne : la perruque de Louis XIV n’était pas blanche alors qu’un témoin l’a décrite comme telle, c’est donc la preuve que Louis XIV n’existe pas. Ou alors que Jésus n’a pu marcher sur l’eau, ce qui est la preuve que Jésus n’a pas existé, et donc que le christianisme n’existe pas. Si certains veulent croire que Jésus a marché sur l’eau cela relève du domaine de la religion et de la croyance. En revanche factuellement ce n’est pas cela qui autorise à nier l’existence de Jésus. Reste qu’avec le développement d’Internet qui facilite et démultiplie la diffusion de théories complotistes, on assiste à une explosion des remises en cause scientifiques et désormais d’autres sciences, comme la médecine par exemple, sont concernées. Si la négation de la Shoah est au cœur du négationnisme et du complotisme, les remises en cause des sciences se multiplient et trouvent une audience importante, une sorte de nouvelle forme de luddisme. On est face à un immense café du commerce, où différentes attitudes coexistent : pour certains c’est la crédulité, pour d’autres l’envie d’être un « sachant » – « à moi on me la fait pas, je suis pas dupe » – qui défie une narration frappée du sceau de l’ « officialité », tandis que pour d’autres, c’est un moyen politique pur et simple, comme les négationnistes, de diffuser un message de propagande. (…) Il s’agit d’un simple constat, non d’une remise en cause de ce qui est devenu un élément central de nos sociétés. Le luddisme qu’on peut constater n’est d’ailleurs pas dénué de contradictions : on utilise le progrès (Internet) pour dénoncer le progrès dans d’autres domaines. Pas plus que le « café  du commerce » ne remet en cause les lieux de convivialité que sont les troquets. Mais on peut aisément constater que toute parole se vaut et que tout un chacun est expert en tout. Si on prend la part négative des réseaux sociaux, aujourd’hui ils fédèrent, unissent, mettent en rapport des gens qui étaient autrefois isolés : un militant d’extrême droite s’achetait Minute ou Rivarol, avait quelques potes avec qui vomir sa haine, mais dans des cercles limités. Mais ce constat a aussi des pans positifs (…) il permet aussi l’expression dans des sociétés muselées, et a permis d’unir les oppositions dans les pays arabes qui ont connu des soulèvements. D’ailleurs la recherche elle-même a été transformée en profondeur avec Internet, on pourrait même dire bouleversée. Par exemple, il y a encore 20 ans, il fallait se farcir des fichiers-tiroirs en bibliothèques et centres d’archives pour connaître l’existence de publications, ou dépouiller des publications telles que L’Année philologique. Une partie de la qualité des recherches résidait dans la capacité à trouver ce qui existait. Aujourd’hui il suffit de deux mots clés dans une base de données, sans bouger de chez soi… Il est aussi patent que l’extrême droite a su se saisir avec une rapidité impressionnante des moyens qu’offre internet. Dès la fin des années 1990 les sites néo-nazis et autres pullulaient. Ce n’était pas joué d’avance, mais en revanche il faut constater que pour un site luttant contre le négationnisme, il y en a 100 qui le diffusent. (…) Tite-Live a écrit une histoire de Rome il y a 2 000 ans. Ce qui n’empêche pas que depuis 2 000 ans les historiens continuent à écrire l’histoire de Rome. Jusqu’au début des années 1980 les historiens étudiant la Shoah étaient très peu nombreux. Ce n’est que depuis une trentaine d’années que le champ a connu une véritable explosion scientifique. La chute de l’URSS a rendu accessibles des montagnes d’archives non exploitées jusque-là par exemple. Ensuite, cette histoire est en perpétuelle évolution, comme celle du nazisme ou de la Seconde Guerre mondiale, s’affine ou s’approfondit. C’est l’un des paradoxes du sujet, d’un côté il est omniprésent, de l’autre peu étudié. En France, le nombre de spécialistes de la Shoah ou de l’histoire du nazisme est assez limité, même si aujourd’hui il tend à croître. Ensuite, il y a une forme de paradoxe assez impressionnant sur ce sujet – et qui vaut plus largement pour le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Malgré l’omniprésence du sujet dans la société, il y a pas mal de malentendus et d’incompréhensions, notamment en raison de la confusion entre le système concentrationnaire – avec notamment les images de ce qui a été découvert en 1945 qui se sont profondément ancrées dans les représentations – et la « solution finale », qui se déroule ailleurs. Ces représentations très fortes qui se sont fixées au sortir de la guerre demeurent prédominantes, alors que les travaux des historiens depuis plus de 50 ou 60 ans dans certains cas ont permis de mieux comprendre et distinguer les choses. Le meilleur exemple réside sans doute dans le fait, que depuis les travaux de Raul Hilberg les historiens parlent de « centres de mise à mort », alors que l’expression qui demeure profondément ancrée est celle de « camp d’extermination ». Celle-ci est hautement problématique à bien des égards, à commencer par la contradiction absolue entre les deux termes : un camp est un lieu où l’on rassemble une population, pour la détenir par exemple – camp de concentration – alors que l’assassinat de masse ne nécessite pas de « camp », ce sont des sites qui sont destinés à tuer toute personne qui y est acheminée, et qui sont donc de taille réduite, avec peu de structures. Les négationnistes, d’ailleurs, utilisent certaines de ces représentations et exploitent les confusions. La réduction de la Shoah aux chambres à gaz dans les représentations leur permet de dire « pas de chambres à gaz donc pas de Shoah », alors que plus de la moitié des victimes n’ont jamais franchi le seuil d’une chambre à gaz mais ont été exécutées autrement. Même chose en utilisant des éléments propres au système concentrationnaire pour expliquer que la Shoah, qui se déroule en dehors de ce système, n’est pas possible. (…) Cela participe d’un affinement de la connaissance, d’une meilleure compréhension des mécanismes. Regarder les « marges » permet d’éclairer l’ensemble. Parmi les gars du PPF qui distribuent les tracts « mort aux juifs » en 1940 on en retrouve en 1943-1944 qui chassent les juifs en France pour réaliser la « solution finale ». Autrement dit, si je m’intéresse à Auschwitz, je m’intéresse aussi à ceux qui y « arrivent », et la manière dont ils arrivent là. Comment et à cause de qui un juif de Grenoble se retrouve à Drancy puis à Auschwitz ? (…) L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique. On en a eu un exemple lors de la campagne présidentielle avec la disqualification de Macron comme « banquier », utilisée tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche. Il y a 15 ans, il aurait été brocardé comme technocrate, c’est un pur produit de l’ENA. Mais son passage chez Rothschild devient une tache. Aurait-il exercé au Crédit Agricole ou à la Banque postale, je doute qu’il aurait été qualifié de banquier. Là on a eu une floraison de termes chez les auto-proclamés « anti-système » – qui ont tous pourtant des cursus forts semblables et sont présents en politique depuis des décennies – pour dénoncer « la banque », « l’oligarchie » etc. Le recours à cette terminologie n’a rien d’anodin, et chez certains – évidemment pas pour tous – elle renvoie plus qu’implicitement à l’antisémitisme. C’est d’ailleurs éclairant à ce sujet, de voir que certains historiens et intellectuels ont pointé les problèmes que posait le recours à ces termes mais que cela n’a eu aucune conséquence, pas même la moindre interrogation ou distanciation. Ce sont surtout les années 1930 et la Seconde Guerre mondiale qui ont ancré l’idée que l’antisémitisme était propre à l’extrême droite et au nazisme. Mais en 1940, au moment de la défaite et du vote des pleins pouvoirs, on voit des attaques antisémites contre Blum qui viennent d’élus de la SFIO, par exemple. Si on regarde la Collaboration, et l’Ultra Collaboration, on voit qu’il y a pas mal de gens venant de la gauche. Il faut cependant faire attention sur ce point, que l’on retrouve par exemple exploité par Zemmour : Vichy serait la gauche. Ceci est faux, l’adhésion se faisant sur un programme d’extrême droite, maurrassien, la « Révolution nationale », voire pour les ultras comme les PPF ou les membres du RNP de Déat, sur des programmes proches du nazisme. Mais même du côté du PC on peut voir des tracts, notamment en 40-41, où l’antisémitisme n’est pas très loin. En soi, l’antisémitisme se retrouve partout sur l’échiquier politique. Au sortir de la guerre, l’antisémitisme est disqualifié et n’a plus voix au chapitre sur la scène politique occidentale. Pourtant dès 1944 en URSS, et surtout à partir de 1948, le régime soviétique multiplie les attaques antisémites, qui ensuite se retrouvent dans tout le bloc communiste. Sauf qu’officiellement, ce ne sont pas les Juifs qui sont visés, mais les « sionistes ». Bref, on renomme, c’est validé un peu partout et ça passe sans soulever de problèmes pour les communistes en dehors du bloc soviétique. De 1948 à 1968 on multiplie les purges contre les Juifs, les procès, les assassinats et les expulsions, tout ça sous vernis de la lutte contre les « agents sionistes » ou les « cosmopolites sans racines », selon la terminologie d’alors. Réinscrit dans l’histoire de l’antisémitisme, ça n’a rien d’original. C’est juste une déclinaison du juif qui est par essence sans patrie, ou de l’agent de l’étranger, qui a toujours existé: affaire Dreyfus, « coup de poignard dans le dos » pour expliquer la défaite de l’Allemagne en 1918 etc. Pour l’antisémitisme français au moment de Dreyfus, le juif est l’agent des Allemands, pour les Allemands en 1918, le Juif c’est l’agent des bolcheviques ou de la France, pour Staline, le Juif c’est l’agent d’Israël. L’antisémitisme est pratique, il explique tout : le communisme c’est les juifs, le capital c’est les juifs. Chacun y trouve son explication. Et c’est adaptable à tout : la colonisation ? Les Juifs. L’esclavage ? Pareil. Dans les années 1990 le Sida en Afrique c’était les Juifs, et les attaques de requins en mer Rouge au début des années 2010 un coup du Mossad pour flinguer le tourisme en Egypte. A chaque nouvelle crise, le discours s’adapte. On a vu fleurir les théories impliquant Israel dans la crise au Venezuela, et ces théories venaient des défenseurs de Maduro, pas vraiment l’extrême droite, même si in fine la collusion a fini par se faire. L’antisémitisme, pas plus que le racisme au demeurant, n’est propre à un bord politique. Ce sont ses usages et la manière dont il est assumé qui peuvent éventuellement être différents. Quoique sur l’antisémitisme, à gauche l’ « antisionisme » est bien pratique pour s’adonner à un antisémitisme non assumé ouvertement – et en disant cela je ne délégitime en rien le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat ou celui de critiquer les politiques israéliennes. (…) cela ne devrait pas être. Mais c’est malheureusement le cas, tant « l’antisionisme » se drape dans une bonne conscience, qui souvent échappe aux gens. D’ailleurs toute la phase soviétique et communiste du mot est intégralement effacée pour lui donner des atours de noblesse et cela va jusqu’à des discours qui affirment que le Bund, par exemple, était contre le mouvement sioniste, et que c’est la preuve que l’antisionisme n’est pas antisémite. Mais le Bund non seulement combattait férocement l’antisémitisme, il revendiquait aussi l’existence d’une nation juive autonome en Pologne (ou dans les Pays baltes). Les antisionistes eux, nient l’existence des Juifs, sinon à leurs propres conditions. « On vous tolère, mais ne mouftez pas trop ». Le Bund, comme les sionistes, revendiquent le fait juif et l’existence d’une nation juive. Les antisionistes dénient aux juifs le droit de se définir, et s’arrogent ce droit. Il suffit de voir le succès du livre de Shlomo Sand, qui explique que “le peuple juif est une invention”. La belle affaire. Ce constat on peut le faire pour n’importe quel peuple, ou pour prendre un terme plus adéquat, pour n’importe quelle nation, à commencer par la France. Chaque nation repose sur des mythes fondateurs auxquels se rallient ceux qui s’y retrouvent. D’ailleurs l’usage de ce terme n’est pas sans faire penser à une théorie de comptoir qui a fait florès : « l’antisémitisme ne vise pas que les Juifs, mais aussi les Arabes, qui sont sémites aussi ». Passons rapidement sur le fait que l’antisémitisme, tel qu’il a été défini par les antisémites eux-mêmes, n’a jamais visé que les seuls Juifs, pour aller à l’autre point, bien plus intéressant : les sémites n’existent pas. Les Arabes, pas plus que les Juifs ne sont sémites, c’est une construction racialiste reprise par le racisme, et développée à partir de l’existence d’un groupe de langue dit sémitique, où se retrouvent l’hébreu, l’araméen, le phénicien, l’arabe ou encore l’amharique. D’ailleurs cette création d’une « race juive » a été un moyen pour dire que « les » Juifs formaient un tout, un groupe ethnique : les juifs d’Allemagne bien « blancs » étaient donc de la même « race » que les Juifs d’origine arabe du Yemen ou d’Egypte, que les Juifs noirs d’Ethiopie ou que les Juifs turcs de Crimée. Bref, l’antisémitisme vise à créer une unité ethnique (« raciale ») entre des groupes religieux ou nationaux qui n’ont en commun que leur religion et les récits qui en découlent – même pas une culture commune, parce que quel rapport entre la carpe farcie et la brick au thon ? Entre le pastrami et l’amba ? L’antisémitisme constitue, sous une double forme, un inverse du racisme : là où le racisme prétend la supériorité sur d’autres, lesquels sont définis par une appartenance ethnique visible, l’antisémitisme, lui, dénonce le danger de domination d’une race invisible, puisque non identifiable (sinon pour son appétence pour la carpe farcie, mais les Polonais aiment bien aussi… Pareil d’ailleurs pour la brick au thon, que juifs et musulmans du Maghreb aiment bien) Mais surtout, cette théorie « des Arabes qui seraient des sémites », largement prégnante à l’extrême gauche, voire à gauche (et elle est sur le devant de la scène par exemple en ce moment parmi certains défenseurs de Corbyn, qui excipent de cela pour nier l’antisémitisme au sein du Labour) montre le degré d’imprégnation des constructions racistes chez ceux là. Pour nier l’antisémitisme (et donc in fine le justifier tout en le niant) ils maintiennent une fiction raciste concernant les Arabes… (…) Jusqu’à récemment ce qui prévalait largement était le racisme anti-arabe, nourri notamment à la fois par le colonialisme français en Afrique du Nord puis ensuite par le ressentiment né de la décolonisation chez certains Français. Auquel s’ajoute un autre élément, celui de la méconnaissance du fait musulman. En France, Arabe a été très largement synonyme de musulman: si t’es musulman t’es arabe, si t’es arabe t’es musulman. Et depuis quelques années, si t’es musulman t’es islamiste. Et donc in fine, arabe= islamiste. Au moment des attentats de 2015, des commentateurs expliquaient que les attentats avaient été exclusivement commis par des Arabes (quid de Coulibaly ?). Comme si l’adhésion à une idéologie assassine dépendait d’une appartenance ethnique. Alors que le racisme se fonde avant tout sur une supposée infériorité, là on voit un passage à autre chose en effet. Et en outre, le « musulman » est très largement interchangeable. Il suffit de se rappeler que Nicolas Sarkozy ignorait en 2007 si Al-Qaïda était chiite ou sunnite pour avoir une illustration de la méconnaissance qui prédomine à ce sujet. L’espace géographique peuplé par des musulmans, qui va de l’Afrique aux confins de l’Asie, est vu comme un grand tout, unique, et conçu à travers notre héritage, à nous Français, avant tout à travers « l’Arabe » qui incarne cet ensemble menaçant. Maintenant avec le terme d’islamophobie on a quelque chose d’intéressant. Il est décrié par certains, et utilisé par d’autres pour disqualifier toute critique contre la religion musulmane. Mieux vaut s’écarter de ces prises de position et s’interroger sur autre chose : est-ce que le terme est opérant pour désigner un phénomène particulier ? Et là la réponse est claire : oui, on voit l’apparition d’idées qui feraient des musulmans les membres d’un grand tout, à la manœuvre dans l’ombre, complotant dans tel ou tel but. Et à cet égard on a quelque chose de nouveau, dont les ressorts ne sont plus ceux du racisme, à savoir un regard depuis le haut vers quelqu’un d’inférieur, mais des ressorts qui ne sont pas sans rappeler ceux de l’antisémitisme : un danger fondé sur une puissance fantasmée. Ce phénomène là est récent. Si on prend en regard l’antisémitisme, il est constitué très largement d’invariants, que l’on retrouve en permanence, depuis des siècles: le juif et l’argent, le juif comploteur, le juif dépravé sexuel etc. (…) Soros remplace chez certains Rothschild, mais on reste sur les mêmes ressorts. Or, à côté du racisme anti-arabe, on voit apparaître de nouveaux fantasmes, un glissement vers « le Musulman », paré de tout un ensemble de menaces. Un Pakistanais serait de mèche avec un Français parce qu’ils sont tout deux musulmans, on a la mise en place d’un fantasme particulier qui n’est plus le racisme et qu’il faut qualifier pour ce qu’il est. Maintenant si l’analogie peut prévaloir dans certains cas, elle a ses limites. D’abord prétendre que l’islamophobie a remplacé l’antisémitisme est absurde. L’antisémitisme se porte terriblement bien en Europe, et à part quelques négateurs à l’extrême-gauche, qui montrent que leur universalisme et leur combat anti-raciste à non seulement des limites mais qu’ils ont aussi quelques complaisances avec l’antisémitisme, personne ne le conteste aujourd’hui. Ensuite, on peut aisément constater que l’antisémitisme demeure la principale matrice explicative en matière complotiste, par exemple. Que la Hongrie d’Orban, pour être xénophobe et raciste, n’en a pas moins fait de Soros la figure principale de la « menace anti-hongroise ». (…) Dans les années 1980 et 1990 on a assisté à une séquence importante, où les travaux des historiens (Paxton, Klarsfeld…) mais aussi l’opinion publique ont très largement permis de voir en face la réalité des responsabilités. Le discours de Chirac au Vel d’Hiv en 1995, puis d’autres mesures qui ont suivi, ont donné l’impression que la question était réglée. Et d’un point de vue scientifique elle l’est. Sauf que depuis une dizaine d’années, on assiste à une sorte de retour en arrière, porté par Zemmour et d’autres. On a un peu tout. « Vichy a protégé les juifs français » – il suffit de lire la loi du 3 octobre 1940, dite « statut des juifs », ou celle du 22 juillet 1941 sur « l’élimination de l’influence juive dans l’économie nationale » pour démonter cela. Sans même avoir à rappeler que la majorité des enfants au Vel d’Hiv en 1942 étaient nés en France ou que la rafle de janvier 1943 à Marseille est menée par la police française contre des Juifs français. Ou alors « Vichy c’est pas la France » – auquel il suffit de répondre par une question : c’est quoi la France ? la Saint-Barthélémy c’est pas la France ? La colonisation non plus ? etc. Et il ne s’agit pas d’une spécificité française, même si on a dedans des débats franco-français. Ce qui se passe par exemple en Pologne aujourd’hui en est un exemple. Ou en Russie concernant la période stalinienne en est autre. Ou aux Etats-Unis. Nombre de pays connaissent ce genre de phase, au gré des climats qui y règnent et des phases de raidissement nationalistes. (…) Près d’un million de juifs ont été exécutés entre fin 1941 et début 1942 par les unités allemandes, sans aucun « collaborateur juif ». Les allemands n’ont aucun besoin de « collaborateurs juifs » pour le processus de destruction, mais en revanche ils ont besoin des collaborateurs locaux, des nationalistes, qui de la France aux Pays baltes en passant par l’Ukraine, ont eux très largement aidé à la réalisation de la “solution finale”. (…) La création des Judenrat, ces « conseils juifs » mis en place par les Allemands à la tête des ghettos pour servir d’interface et gérer « l’interne », n’est ni plus ni moins que la reprise d’une méthode mise en œuvre dans le système concentrationnaire, consistant à confier la gestion d’une partie de l’interne, ce qui se passe dans le camp, à des détenus. Pourtant là personne ne vient exciper de « collaborateurs » parmi les prisonniers pour faire porter la culpabilité sur les victimes. D’ailleurs, parmi les membres des Judenrat, à côté de gens qui se sont révélées être des crapules, l’immense majorité a joué un rôle important, en aidant les organisation de résistance dans les ghettos par exemple, ou en tentant de faire face aux Allemands. Tal Bruttman
En France, l’émergence du terme « identité » en politique date des années 2000, avec notamment le « ministère de l’identité française » voulu par Nicolas Sarkozy. Dans ce contexte, c’est un mot connoté « de droite », avec la défense de ce que les anthropologues nomment une « culture » (mode de vie, représentations collectives, valeurs…) et qui est perçu, à tort ou à raison, comme menacé, entre autres par l’immigration. Dans le même temps, les revendications « identitaires » sont montées en puissance dans les pays de tradition multiculturelle, qui définissent la citoyenneté non en fonction de l’appartenance commune à un collectif de haut niveau, telle la nation – c’est la conception républicaine française –, mais en fonction de l’appartenance à des collectifs partiels, des « communautés » telles que la religion, la région, la race, le sexe, voire la sexualité. C’est le cas aux États-Unis et au Canada, où le mot « identité » est devenu central dans le répertoire des « libéraux », c’est-à-dire de la gauche. Là, l’identité est associée non à la conservation des acquis, comme dans le cas de « l’identité nationale » en France, mais à la dénonciation des inégalités liées à ces affiliations à la fois imposées (par la naissance) et revendiquées. Celles-ci tendent à remplacer les traditionnelles inégalités de niveau de vie, de pouvoir et de chances associées aux classes populaires. Les opprimés sont devenus des victimes, et ne sont plus des prolétaires mais des Noirs ou des Arabes, des femmes, des homosexuels… Bref : l’utilisation politique de la problématique identitaire penche plutôt à droite lorsqu’elle est revendiquée au nom d’un groupe considéré comme dominant et plutôt à gauche dans le cas contraire. C’est dire que la réduction de l’identité à une question politique n’a guère de sens, surtout lorsqu’on connaît – et c’est, en partie, l’objet de mon livre – les très riches éclairages que cette notion apporte dans le domaine des sciences sociales et humaines : anthropologie, sociologie, psychologie, histoire, philosophie… Nathalie Heinich
Vue depuis les États-Unis, où je vis, la politique d’identité (identity politics) a subi ses flux et reflux. Elle a été souvent marquée « à gauche ». Aujourd’hui, toutefois, la croyance dans la fondation par l’identité est devenue une routine de la plupart des mouvements ; ainsi, le trumpisme est surtout une politique d’identité blanche. Une autre nouveauté relative, depuis une quinzaine d’années, est la victoire de ce que le collectif de femmes afro-américaines Combahee River (qui, en 1977, et de manière fondatrice, a revendiqué l’expression politique d’identité) nommait le séparatisme – une position que ces militantes rejetaient d’ailleurs explicitement. Or l’identitarisme contemporain instaure l’idée d’une juxtaposition sans dialogue des « comme nous ». Il n’y a guère à espérer du côté de l’intersection des identités, car « l’intersectionnel » a tôt fait de se refermer en une nouvelle catégorie, qui a soudain ses attributs, ses caractères, ses obligations… En fait, la machine à identité made in USA fonctionne à plein régime en ce moment, et, en plus des revendications classiques, on assiste à la création de tout un tas de nouvelles identités : identités d’allergique,… Laurent Dubreuil
Bienvenue dans le monde de la politique d’identité, qui, d’Amérique jusqu’ici, est en passe de devenir notre horizon commun. Selon la bonne nouvelle identitaire répandue chaque seconde par le brouhaha de la communication et le babil des « réseaux sociaux » , nous agissons, vivons et pensons en tant que catégories, au besoin croisées (par exemple homme blanc juif, LGTBQ) et volontiers blessées. Comme le révèle son expérience américaine et préfiguratrice, qui diffuse à partir du foyer des universités, la politique d’identité conforte l’avènement d’un despotisme démocratisé, où le pouvoir autoritaire n’est plus entre les seules mains du tyran, du Parti ou de l’Etat, mais à la portée d’êtres manufacturés et interconnectés que traversent des types de désirs totalitaires. Cet ordre mondialisé est une dictature moralisatrice qui distribue les prébendes en fonction du même, qui remplace le dialogue par le soliloque plaintif et la vocifération, qui interdit, qui censure l’inattendu – dont les arts – au nom du déjà-dit et des comme-nous. Malgré son succès grandissant, une telle entreprise peut encore être défaite, à condition, du moins, d’en vouloir comprendre les manifestations contemporaines. Gallimard
Misère (entraînant et expliquant la révolte et la violence) ? faux ! D’après l’Insee, la Seine-Saint-Denis est le quinzième département le plus riche de France – compte non tenu, par définition, de l’économie souterraine qui l’irrigue. En y ajoutant les milliards de la drogue, le “9-3” est sans doute en réalité parmi les cinq départements les plus riches de France. Quels sont à l’inverse les plus pauvres ? L’Ariège (91e), le Cantal (92e) et la Creuse (96e). Ajoutons un taux de pauvreté de 19 % dans un tiers des départements ruraux de France métropolitaine – c’est-à-dire plus élevé que dans le “9-3”. Plus largement, souligne lumineusement le géographe Christophe Guilluy, « 85 % des ménages pauvres ne vivent pas dans les quartiers sensibles et… la majorité des chômeurs de longue durée se répartit sur l’ensemble du territoire ». Or, où brûlent les voitures ? Où tire-t-on à la kalachnikov sur les policiers ? Dans la Creuse ou en Seine-Saint-Denis ? Les pauvres “assignés à résidence”, dans de lointains territoires de relégation ? Archifaux, là encore ! À l’échelle du Bassin parisien dans son entier, la Seine-Saint-Denis est dans une position confortablement centrale, non dans une lointaine bordure – et dans les “zones urbaines sensibles” (Zus) de ce département, comme dans celles des autres de la région parisienne, la mobilité de la population est la plus élevée de France (taux de mobilité de 61 %, selon l’Observatoire national des Zus). Les quartiers sensibles représentent la jeunesse, la France rurale n’étant plus peuplée que de paysans âgés ? Faux ! Ces quartiers et cités ne rassemblent que 9 % de la jeunesse (l’Insee, toujours), la France périphérique au contraire (grande banlieue et villes-satellites des métropoles) abritant un jeune sur trois de 18-24 ans – et ce, avec un taux de criminalité fort bas. Ajoutons que l’espace rural (18 % de la population métropolitaine, 11 millions d’habitants) compte désormais 32 % d’ouvriers, 27 % d’employés – et seulement 7 % d’agriculteurs… sans que nulle déprédation ou exaction ne s’y commette, ou presque. Industrielle ou rurale, cette France périurbaine est celle des précaires, agriculteurs percevant les minima sociaux, ouvriers pauvres, travailleurs à temps partiel. Cette “France des plans sociaux” abrite les nouvelles classes populaires évincées des grandes métropoles (centre-ville et première couronne) – désormais fiefs de la bourgeoisie-bohème (“bobo”) et des immigrés récents. Or quoique victime de la recomposition sociale du territoire, cette France périphérique est calme. Malgré une pauvreté invisible, la délinquance y est rare et la criminalité, plutôt exceptionnelle. Avec une insondable morgue, les journalistes “tendance bobo” dénigrent cependant cette France périphérique et sa “logique de repli”. Alors que, pour ces populations victimes de la mondialisation et de la prédation financière, il s’agit, tout au contraire, d’une demande de protection. (…) on ne peut édifier de politique efficace sur des concepts erronés. Pourtant, c’est ce que l’on fait depuis trente ans sous le nom – déjà absurde – de “politique de la ville”. Comme de l’eau dans un trou, cette “politique” déverse des milliards d’euros dans des programmes immobiliers opaques et dans d’incontrôlables subventions : 550 millions d’euros en 2012 pour la politique de la ville ; 390 millions pour la “cohésion sociale et l’égalité des chances”, nom fort noble pour ce qui ressemble souvent à du racket ou du chantage à l’émeute. À la lumière des réalités que je viens d’énoncer, c’est cette politique-là, d’abord, qu’il faut revoir de fond en comble. Administré à partir d’un faux diagnostic, un médicament n’a aucune chance, jamais, de faire le moindre effet ! Xavier Raufer
Au début des années 80, « les Beurs deviennent trop subversifs ». La Marche pour l’Egalité et les multiples formes d’action qui l’ont précédé ou suivi donnent aux jeunes issus de l’immigration une formidable visibilité qui inquiète, dans un contexte politique mouvant. L’abandon des promesses qui avaient conduit Mitterrand au pouvoir et l’adoption d’une politique de rigueur ne suscite pas la mobilisation sociale qu’espérait l’extrême gauche. La tendance politique dominante, notamment au sein de la jeunesse lycéenne et étudiante, n’est plus à la contestation mais plutôt à la désaffection vis-à-vis de l’engagement politique tandis qu’avec le recul des paradigmes marxistes s’imposent les idéologies molles de la défense des droits de l’homme et du progrès « sociétal ». La droite, par contre, progresse. Elle remporte plusieurs élections municipales partielles et repart à l’offensive comme en témoignent les gigantesques manifestations pour « l’école libre ». Le Front national connaît, quant à lui, ses premières grandes victoires (élections européennes). La « bête immonde » resurgit, craignent de nombreux secteurs de la gauche, assimilant la nouvelle situation à la montée du fascisme dans les années 30. Pour beaucoup, la lutte antifasciste devient la priorité de l’heure et l’antiracisme devient l’arme de cette lutte, d’autant plus efficace leur semble-t-il qu’un antiracisme moral et englobant peut permettre un large rassemblement de forces et remobiliser la jeunesse sur des « valeurs de gauche ». Dans ce contexte, le mouvement « beur » pose incontestablement problème. L’irruption des enfants de l’immigration sur la scène publique inquiète. Il alimenterait le discours du Front national. Il embarrasse le pouvoir socialiste déterminé à restreindre l’immigration, mais il peut constituer aussi une nouvelle ressource électorale pour la gauche. D’une part, parce que de nombreux jeunes issus de l’immigration ont le droit de vote mais également parce que la problématique antiraciste qui est la sienne suscite la sympathie de larges franges de la jeunesse. Il s’agit dès lors de l’encadrer, de neutraliser ses tendances les plus contestataires et d’aseptiser son discours. « Convergence 84 révéla, écrivent Ahmed Boubeker et Nicolas Beau, une réelle capacité de mobilisation des cités. Personne pourtant pour canaliser cette révolte. Une place était à prendre ; message vite compris par Harlem Désir et ses potes : le jour même de l’arrivée de Convergence, 5000 badges « Touche pas à mon pote » de SOS-Racisme étaient vendus. L’idée du mélange, débarrassée de ses relents égalitaires, était reprise par Harlem Désir : « Vivons avec nos ressemblances, quelles que soient nos différences » : ce slogan de Convergence permettait à chacun, français ou immigré, de s’exprimer, sans complexes, sur la société multiraciale. Les beurs avaient perdu ce monopole. Avec SOS-Racisme, la société française reprenait la parole. Le relais était passé. » C’est, en effet, à l’occasion de la seconde Marche, organisée par « Convergence 84 » que le petit groupe constitué autour de Julien Dray, transfuge de la LCR au Parti socialiste, apparaît sur la scène publique en diffusant massivement la fameuse petite main jaune. Mogniss Abdallah y voit un «talisman, hybride de la main de Fatma et de l’étoile jaune des Juifs sous le nazisme ». Alors que les jeunes issus de l’immigration avaient manifesté contre le racisme particulier dont ils sont l’objet, SOS met en avant une vision exclusivement moralisante et non politique du racisme, détachée de l’histoire sociale et politique concrète. La référence implicite à l’étoile jaune n’est pas non plus innocente. Elle n’est pas sans lien avec le « choix exclusif de l’UEJF comme co-fondatrice de l’association » suppose Mogniss Abdallah. En décembre 1983, de nombreux marcheurs étaient fiers de porter le Keffieh, symbole du peuple palestinien. Le « talisman » de SOS suggère, quant à lui, que la question palestinienne ne serait qu’un conflit entre juifs et arabes soluble dans l’antiracisme. M.Abdallah décrypte également le slogan « Touche pas à mon pote ». Celui-ci met « en scène un Français (anti-raciste) s’adressant à un autre Français (raciste, donc souvent suspect d’accointance avec le FN) pour protéger son « pote » issu de l’immigration. Le « pote » devient par un spectaculaire retournement de situation le spectateur passif d’un enjeu politique franco-français où il est question de cordon sanitaire anti-FN ou d’un « front républicain » pour des échéances électorales et les « combinazzione » à venir ». Sadri Khiari
Aurélien Taché (…) est au sein du parti jupitérien un beau spécimen du progressiste multiculturaliste, idéologiquement structuré par un passage au PS et à l’Unef. Dans une interview donnée à l’Obs prenant prétexte de l’antisémitisme, devenu cet accablant marronnier médiatique depuis vingt ans, le député Taché enfile tous les poncifs de la pensée postmoderne : relativisme intégral, dégoût du national, adoration de la diversité, culte victimaire et dévotion pénitentielle. (…) Mais le pompon, c’est sa solution pour déraciner l’antisémitisme criminel chez « ces jeunes » dont il consent à admettre qu’il en existe quelques uns qui posent problème : « leur enseigner des récits de mémoire partagée entre juifs et musulmans ». Le simple terme « récits de mémoire partagée » en dit long sur l’intox. Plutôt qu’une « mémoire partagée » autour d’habitudes folkloriques communes (le henné et les youyous dans les mariages, le couscous-boulette du vendredi soir) ou d’anecdotes personnelles (« au Maroc, en 1950, ma voisine musulmane venait allumer le feu le jour de shabbat, comme on s’entendait bien ! »), je propose des cours d’histoire. Surtout d’histoire précoloniale, c’est-à-dire avant que le Français ne vienne jouer les arbitres et place le maître musulman en situation de colonisé ; avant que le Français et sa République, avec l’Alliance israélite universelle dans ses bagages, ne viennent ouvrir aux juifs du Maghreb les portes de l’émancipation. Là ce sera autre chose peut-être en termes de « récits de mémoire partagée ». On parlerait du statut du dhimmi et de la condition juive en terre d’islam depuis les conquêtes au VIIe siècle, de l’insécurité permanente et des pogroms, des Juifs de cour pour protéger la communauté et de la vie de misère dans le mellah avant la création du ghetto européen médiéval, du port de signes distinctifs avant que la Chrétienté ne s’y mette avec sa rouelle, des synagogues détruites quand elles étaient plus hautes que la mosquée, des juifs interdits de voyager à dos d’animaux nobles réservés au maître musulman. L’histoire permettra aussi, bien sûr, de raconter ces moments où la condition des juifs, ici ou là en terre d’Islam, fut un peu moins pire que dans la Chrétienté. Mais on finira sur les conditions de l’expulsion entre 1948 et 1970 du million de juifs du monde islamique, eux qui comme les chrétiens, étaient présents au Maghreb, en Egypte, en Iran, en Turquie avant l’islam… Organiser des sessions de contes pour petits enfants dans les banlieues sur la radieuse coexistence judéo-islamique révèle bien l’ignorance de nos « élites » quant aux imaginaires véhiculés par des siècles d’antijudaïsme auquel est venu s’adjoindre l’antisémitisme européen – on leur rappellera que Drumont fut élu député d’Alger à la suite des émeutes antisémites de la ville en 1898. Il faudra aussi apprendre à « ces jeunes ignorants » ce qu’ils doivent en termes d’antisémitisme à un personnage comme le grand mufti de Jérusalem. Amin al-Husseini fit la jonction entre l’antijudaïsme islamique, le nationalisme arabe et le racisme nazi en se faisant le relai vers le monde arabophone de la propagande antijuive de son ami Adolf Hitler, depuis sa radio de Berlin entre 1941 et 1945. Fait prisonnier par les Français, il put s’échapper tranquillement en mai 1946 pour rejoindre l’Egypte… On pourrait ensuite leur lire des extraits de la littérature du fondateur des Frères musulmans Hassan al-Banna, le papi de Tariq Ramadan, ou de Sayyid Qutb dont la violence remiserait Céline au rang de comique dieudonnesque. Certes, cela risque de ne pas s’harmoniser avec « les récits de mémoire partagée » dont rêve Aurélien Taché, sur les bons conseils, dit-il, de Benjamin Stora qui aurait l’oreille du président. (…) On peut rejoindre au moins Aurélien Taché sur un point : la gauche n’a fait « qu’agiter des slogans antiracistes et paternalistes qui n’ont mené nulle part ». Mais la suite de son analyse est édifiante… La faute à qui ? A Julien Dray, qui a surfé sur la marche des Beurs de 1983 pour se faire élire, explique le député LaREM. Dray à lui tout seul, c’est la gauche qui a « cocufié » (sic) les banlieues. Ca ne va pas aider à y lutter contre l’antisémitisme, ce « populisme des imbéciles » ! De toute façon, pour Aurélien Taché, les populations de ces quartiers n’ont strictement aucune responsabilité dans la situation calamiteuse dans laquelle elles se trouvent depuis plus de trois générations. Chômage, échec scolaire, absence de qualification pour le marché de l’emploi, salafisation des modes de vie coexistant avec les trafics en tous genres. Tout cela est la faute, en vrac, « des élites », de « l’Etat qui a abandonné ces quartiers », du « républicanisme guerrier » qui produit des tensions communautaires, du « modèle assimilationniste » qui est « la négation de l’autre ». (…) Mais on y vient à la promotion des quotas ethniques. C’est d’ailleurs ce que l’on préfère chez les progressistes multiculturalistes : cette appétence antiraciste pour la racialisation, ce goût moraliste pour l’ethnicisation des individus, histoire d’assigner « chacune et chacun, toutes et tous » à leur petite boutique communautaire respective. Pour Aurélien Taché, il faut « des listes vraiment inclusives aux prochaines municipales » parce qu’il n’y a « pas un Noir ou un Arabe parmi les maires des cinquante plus grosses villes ». Parce que c’est une obligation démocratique l’ethnicisation des élus ? Et il faudrait des quotas selon la taille des municipalités ? Quid des Asiatiques par exemple ? Jean Coumet, maire du 13ème arrondissement de Paris doit en toute hâte céder sa place ; à moins que les « Asiatiques » de l’arrondissement n’aient rien revendiqué ! M. Taché a l’indignation républicaine sélective : tous ces Français en situation de handicap, bien plus nombreux que toutes les minorités assemblées, subissent une exclusion sociale, éducative, professionnelle, culturelle et politique autrement plus violente que les « Noirs et les Arabes des quartiers » dont se préoccupe exclusivement M. Taché ? En outre, ses affirmations sont contredites par la réalité du terrain : les Français issus de l’immigration sont acteurs de la vie politique locale dans la plupart des « quartiers ». Dans certaines équipes municipales, ils sont tout à fait « représentés » et certains y ont d’ailleurs un poids politique indéniable. Quand on veut s’engager en politique en banlieue, c’est possible et ça paye. Ca se monnaye même parfois : une petite place d’adjoint en échange d’une aide pour obtenir les suffrages de tel ou tel quartier, de telle ou telle « communauté » ; mais passons sur ce clientélisme dans ces quartiers où on se fait élire avec 70% d’abstention !Après tout, pourquoi s’étonner des idées de M. Taché, lui qui exprimait son enthousiasme au projet de « transférer la souveraineté de la France au niveau européen » (Les terriens du dimanche, C8, 2 décembre 2018), annonçant d’ailleurs que ce serait « le cœur des propositions » de LaREM aux Européennes de mai prochain. Il faut avoir de l’audace quand on est un grand homme politique : pourquoi ne pas transférer carrément notre souveraineté à l’ONU ? D’ailleurs M. Taché aimerait que l’on y cède notre siège à notre partenaire allemand… Notre député, ennemi des « néorépublicains », regrette être « souvent seul à [s’]exprimer sur ce terrain », mais il dit « recevoir beaucoup d’encouragements ». Et n’est ce pas finalement ce qu’il y a de plus inquiétant ? Barbara Lefebvre

Nous étions identitaires et nous ne le savions pas !

A l’heure où face à la propre créature de leur docteur Frankenstein après huit années d’obamamanie galopante ..

Un parti démocrate américain en état de corbynisation avancée avec ses nouvelles députées antisémites …

Croule littéralement, entre femmes, noirs, Latino, homos, hindous, végans sous la diversité désormais de rigueur de ses candidatures

Et où suite au carnage de Christchurch, les compagnons de route du djihad et leurs nombreux idiots utiles occidentaux …

N’ont pas manqué de faire l’amalgame qu’ils dénonçaient jusque là pour l’islam et les barbaries islamistes habituelles …

Entre les attentats anti-musulmans et tous ceux qui tentent de s’opposer à l’islamisation et à l’immigration incontrôlée …

Comment ne pas (re)voir …

Avec la récente polémique déclenchée par le député néo-macronien Aurélien Taché

Dénonçant, au nom d’une paternalissime défense des banlieues, l’instrumentalisation électoraliste de l’antiracisme par ses anciens petits camarades du PS …

Hier entre keffiehs, main d’or et main de Fatma jaune (nouvel avatar de l’étoile jaune) …

Et aujourd’hui gilets jaunes et progressistes multiculturalistes …

Cette Amérique que nous avions « si longtemps appelée de nos voeux » ?

Aurélien Taché, l’anti-République bon chic bon genre

Barbara Lefebvre
Causeur
4 mars 2019

Aurélien Taché, qui a comparé le port du voile chez les musulmanes de 12 ans à celui du serre-tête chez les « jeunes catholiques », vilipende un supposé « néorépublicanisme » hostile aux musulmans. Dans son interview à L’Obs, le député du Val d’Oise montre qu’il est davantage au service des « quartiers » qu’à celui de la France.

Dans tous partis politiques, il est utile de trouver des spécimens : un homme ou une femme qui incarne la catégorie idéologique à laquelle il appartient. Chez LaREM, structure politique liquide, on en trouve de toutes les sortes. Si on soutient ce parti, on trouvera cela vivifiant, original, progressiste ; si on est habité par ces « passions tristes » réfractaires au changement, on y verra une absence de colonne vertébrale idéologique, un fourre-tout qui n’a qu’un crédo : le néolibéralisme. Pourquoi d’ailleurs y aurait-il un socle de pensées politiques articulées quand Emmanuel Macron est à lui seul une idée, une abstraction postmoderne, un concept qui s’est très bien vendu sur le marché en crise de la démocratie représentative, celle où l’on peut se faire élire grâce à la conjonction bienheureuse de « la peste brune » et de l’abstention.

« Macroniser les esprits »

Mais attention, maintenant que LaREM est aux manettes, pas question de la jouer petits bras. Certains élus, comme Aurélien Taché, ont bien l’intention de « mener la bataille culturelle et de macroniser les esprits ». M. Taché est au sein du parti jupitérien un beau spécimen du progressiste multiculturaliste, idéologiquement structuré par un passage au PS et à l’Unef. Dans une interview donnée à l’Obs prenant prétexte de l’antisémitisme, devenu cet accablant marronnier médiatique depuis vingt ans, le député Taché enfile tous les poncifs de la pensée postmoderne : relativisme intégral, dégoût du national, adoration de la diversité, culte victimaire et dévotion pénitentielle. Mais avec une certaine agressivité qui fait dire à ses collègues qu’il devrait « être à la France insoumise ». Il leur répond qu’il préfère LaREM où ne survivent plus « de néomarxistes ». Si l’on suit bien : Aurélien Taché récuse « les anciennes idéologies » mais n’hésite pas à en imiter la mécanique. Car affirmer vouloir « macroniser les esprits », qu’est-ce sinon de la manipulation mentale de masse, la fabrication d’un consentement à la pensée unique, prélude au parti unique ? Le progressiste Taché semble avoir des projets peu respectueux de la pluralité des opinions qui régissent un Etat un tant soit peu démocratique…

La République en marche, la « vraie » gauche

A travers la figure d’Aurélien Taché, qui vient notamment de faire plier Jean-Michel Blanquer souhaitant interdire aux parents accompagnateurs d’activités scolaires de porter des signes religieux ostentatoires, on cerne les contours de ce qu’est « l’aile gauche » de LaREM. Et elle s’avère plutôt proche de Benoit Hamon, Clémentine Autain et Danièle Obono. L’influence d’Aurélien Taché est à suivre car la gauche (ex PS, PRG, EELV, DVG) est la tendance politique la plus représentée au sein des élus LaREM, avec 126 députés dont 83 anciens élus/militants socialistes. Seuls 48 députés LaREM viennent de la droite et 17 du centre. Autant dire que si Taché prend le leadership sur le gros tiers des députés de gauche LaREM, qui plus est dans un contexte de politique centre-droite du Grand Chef et son gouvernement Philippe, ça pourrait tanguer. Mais, on peut aussi faire le pari que M. Taché va adopter la méthode classique du « gauchisme culturel » : prendre le pouvoir par l’influence idéologique à petits pas, en ciblant notamment la centaine d’élus novices, « ni droite ni gauche », sans réelle structure idéologique. Certains de ces « marcheurs » engagés auprès d’Emmanuel Macron après avoir été envoûtés par son charme robotique semblent, depuis Benalla et les gilets jaunes, donner des signes de sortie de la transe hypnotique commencée en 2017. Des contestations apparaissent, pour l’heure étouffées par le duo des pères fouettards Legendre-Ferrand. Mais il y a donc une clientèle potentielle pour le député Taché qui dit « irriter ceux qui ont une sensibilité néorépublicaine » ; késako le « néorépublicanisme » ?

Aurélien Taché, djihadologue

Il égrène dans l’Obs quelques unes des thématiques chères à la « gauche moraline » : politique de la ville et sa discrimination positive, récusation d’une sécession identitaire des banlieues, déni sur l’antisémitisme islamique, lutte contre les réacs de tous bords de Valls à Le Pen, promotion de la société inclusive. Il dit avoir « rejoint Emmanuel Macron le jour où [il l’a] entendu dire qu’il fallait que les élites s’interrogent sur leur part de responsabilités quand des jeunes font le choix de partir en Syrie ». C’est vrai ça : « J’ai pas de boulot, parce que j’ai pas de diplôme donc je vais faire le djihad en Syrie », voici bien un réflexe naturel en effet… Nos « élites » devraient être traduites devant les juges pour avoir contraint, par leur politique irresponsable, cette part de notre belle jeunesse de France à se lancer dans le djihadisme ! Il faut remercier Aurélien Taché de nous ouvrir les yeux sur cette nouvelle causalité du djihadisme.

Comme j’imagine qu’Aurélien Taché ne s’abaisse pas à lire autre chose que des auteurs estampillés de gauche, je lui conseillerai de lire Jean Birnbaum qui a le mérite d’avoir ouvert les yeux comme en témoignent ces deux derniers essais, Un silence religieux et La religion des faibles. Cela aiderait notre combattif député à penser la relation de sa « gauche morale » avec l’islam, et de là avec l’immigration de masse induite par ce progressisme néolibéral qu’il affirme chérir. Or cette idéologie au service des flux (des marchandises, des capitaux, des hommes, des identités) n’a en rien constitué un progrès, ni une libération, elle a approvisionné en « choses » le capitalisme financiarisé des nomades en costumes qui considèrent que les Etats-nations ne sont que des territoires de transit, des carrefours, des hubs.

Le peuple des « victimes » et « le populisme des imbéciles »

Le prétexte de l’entretien est l’antisémitisme, c’est donc par cela qu’il s’ouvre longuement. Mais après les condamnations d’usage, M. Taché botte vite en touche. On croirait alors lire une interview d’un responsable du CFCM, de la mosquée de Paris, voire du CCIF : accuser des idéologues musulmans de propager la haine antijuive, accuser certains musulmans de passer à l’acte criminel au nom d’un islam judéophobe délirant, c’est faire de tous les « musulmans des quartiers populaires un autre bouc émissaire ». C’est vrai ça, il n’y a que le Juif qui mérite d’être un bouc émissaire, qui a la force de l’expérience pour supporter l’opprobre, les jets de pierre, les coups de boule d’une racaille qui lui hurle « sale yahoud » ! Notre député, qui semble aussi un sociologue expert des banlieues, déclare que l’antisémitisme en banlieue ne « prend pas sa source dans l’immigration ou dans les versets du Coran […] mais dans l’ignorance et le sentiment anti-élites ». C’est vrai ça, les « élites » juives ont trop de pouvoir en France et cela suscite la jalousie d’une masse d’ignorants. Taché appelle cela « le populisme des imbéciles ». C’est pratique le populisme, ça n’a qu’un visage indistinct, celui du « peuple », ça évite de désigner les responsables des attaques et des meurtres de seize Français juifs depuis 2003.

C’est un peu embarrassant tout de même pour M. Taché – mais le journaliste de l’Obs n’allait quand même pas le lui faire remarquer – que tous les assassins de juifs en France depuis le meurtre de Sébastien Selam jusqu’à celui de Mireille Knoll soient tous des personnes issues de l’immigration maghrébine ou sub-saharienne de confession musulmane. « Le populisme des imbéciles » dites-vous M. Taché ? Rassurez-nous : l’islamisme criminel n’a rien à voir avec l’islam, n’est-ce pas ?

L’enseignement des « jeunes ignorants »

Le Coran et surtout les hadiths qui constituent le substrat politico-théologique de l’antijudaïsme islamique n’ont rien à voir avec le réel. Circulez ! C’est d’ailleurs pourquoi le 9 décembre 2017, place de la République, des musulmans assemblés pour défendre « la cause palestinienne » criaient «  Khaybar Khaybar ya yahoud, Jaych Mhammad saoufa ya’ud » c’est-à-dire un appel à tuer les juifs comme le fit le prophète Mohamed avec ceux de l’oasis de Khaybar en 628, bataille inaugurale de l’islam comme système théocratique. Extermination des hommes et jeunes garçons juifs, femmes violées, enfants réduits en esclavage. Le 9 décembre 2017, à Paris, qu’on ne vienne pas parler d’importation du conflit israélo-palestinien, c’est bien l’importation de l’imaginaire islamiste : celui où les juifs sont de toute éternité voués à finir comme ceux de Khaybar, ces falsificateurs de la parole divine. Et certains s’étonnent encore que juif et sioniste soient absolument synonymes dans cette nébuleuse fréro-salafiste si influente ? Voilà ce que nombre d’imams de ce courant prêchent dans de nombreuses mosquées françaises. Mais M. Taché répond : « Musulmans de banlieue bouc émissaires », « il ne faut pas exagérer » cet antisémitisme des banlieues.

Mais le pompon, c’est sa solution pour déraciner l’antisémitisme criminel chez « ces jeunes » dont il consent à admettre qu’il en existe quelques uns qui posent problème : « leur enseigner des récits de mémoire partagée entre juifs et musulmans ». Le simple terme « récits de mémoire partagée » en dit long sur l’intox. Plutôt qu’une « mémoire partagée » autour d’habitudes folkloriques communes (le henné et les youyous dans les mariages, le couscous-boulette du vendredi soir) ou d’anecdotes personnelles (« au Maroc, en 1950, ma voisine musulmane venait allumer le feu le jour de shabbat, comme on s’entendait bien ! »), je propose des cours d’histoire. Surtout d’histoire précoloniale, c’est-à-dire avant que le Français ne vienne jouer les arbitres et place le maître musulman en situation de colonisé ; avant que le Français et sa République, avec l’Alliance israélite universelle dans ses bagages, ne viennent ouvrir aux juifs du Maghreb les portes de l’émancipation. Là ce sera autre chose peut-être en termes de « récits de mémoire partagée ».

Une autre histoire

On parlerait du statut du dhimmi et de la condition juive en terre d’islam depuis les conquêtes au VIIe siècle, de l’insécurité permanente et des pogroms, des Juifs de cour pour protéger la communauté et de la vie de misère dans le mellah avant la création du ghetto européen médiéval, du port de signes distinctifs avant que la Chrétienté ne s’y mette avec sa rouelle, des synagogues détruites quand elles étaient plus hautes que la mosquée, des juifs interdits de voyager à dos d’animaux nobles réservés au maître musulman. L’histoire permettra aussi, bien sûr, de raconter ces moments où la condition des juifs, ici ou là en terre d’Islam, fut un peu moins pire que dans la Chrétienté. Mais on finira sur les conditions de l’expulsion entre 1948 et 1970 du million de juifs du monde islamique, eux qui comme les chrétiens, étaient présents au Maghreb, en Egypte, en Iran, en Turquie avant l’islam…

Organiser des sessions de contes pour petits enfants dans les banlieues sur la radieuse coexistence judéo-islamique révèle bien l’ignorance de nos « élites » quant aux imaginaires véhiculés par des siècles d’antijudaïsme auquel est venu s’adjoindre l’antisémitisme européen – on leur rappellera que Drumont fut élu député d’Alger à la suite des émeutes antisémites de la ville en 1898. Il faudra aussi apprendre à « ces jeunes ignorants » ce qu’ils doivent en termes d’antisémitisme à un personnage comme le grand mufti de Jérusalem. Amin al-Husseini fit la jonction entre l’antijudaïsme islamique, le nationalisme arabe et le racisme nazi en se faisant le relai vers le monde arabophone de la propagande antijuive de son ami Adolf Hitler, depuis sa radio de Berlin entre 1941 et 1945. Fait prisonnier par les Français, il put s’échapper tranquillement en mai 1946 pour rejoindre l’Egypte… On pourrait ensuite leur lire des extraits de la littérature du fondateur des Frères musulmans Hassan al-Banna, le papi de Tariq Ramadan, ou de Sayyid Qutb dont la violence remiserait Céline au rang de comique dieudonnesque. Certes, cela risque de ne pas s’harmoniser avec « les récits de mémoire partagée » dont rêve Aurélien Taché, sur les bons conseils, dit-il, de Benjamin Stora qui aurait l’oreille du président.

Salauds de pauvres contre gentils pauvres

Après tout, cet antisémitisme n’est-ce pas la faute à la misère économique, c’est ce que nous assène Aurélien Taché : « Ce n’est pas non plus dans la France périphérique mais dans les quartiers et les grandes villes que se concentre la pauvreté. » L’inénarrable équation « pauvreté = perméabilité à l’antisémitisme », que ne l’a-t-on entendue répétée par ceux qui ne veulent pas se fatiguer à lire des ouvrages d’histoire. Ils seraient mieux renseignés sur la longue durée de la haine antijuive, la pluralité de ses motifs, loin de se réduire aux aléas économiques. Cela fait longtemps que les historiens ont montré que la jalousie sociale n’était pas la cause prédominante de l’obsession antijuive. C’est un peu comme l’équation « pauvreté = délinquance et criminalité », ignorant que l’immense majorité des pauvres ne tombe pas dans la routine des trafics. Mais cette majorité silencieuse-là on ne veut pas trop la voir car elle réduit à néant « la culture de l’excuse », rente morale de tant de bien-pensants. Et quand cette France des travailleurs pauvres descend dans la rue ou se fixe sur un rond-point, le beauf sert de « plouc émissaire » (Ph. Murray). Autre question adressée à M. Taché : le taux de pauvreté chez les agriculteurs est de 25% (moyenne nationale 14%), observe-t-on chez eux un goût particulier pour la vulgate antijuive ? Quand les petits exploitants manifestent, crient-ils « mort aux juifs » ?

On peut rejoindre au moins Aurélien Taché sur un point : la gauche n’a fait « qu’agiter des slogans antiracistes et paternalistes qui n’ont mené nulle part ». Mais la suite de son analyse est édifiante… La faute à qui ? A Julien Dray, qui a surfé sur la marche des Beurs de 1983 pour se faire élire, explique le député LaREM. Dray à lui tout seul c’est la gauche qui a « cocufié » (sic) les banlieues. Ca ne va pas aider à y lutter contre l’antisémitisme, ce « populisme des imbéciles » !

« J’ai été élevé en écoutant Renaud, en mangeant de l’entrecôte, mais j’aime aussi le rap et les kébabs. »

De toute façon, pour Aurélien Taché, les populations de ces quartiers n’ont strictement aucune responsabilité dans la situation calamiteuse dans laquelle elles se trouvent depuis plus de trois générations. Chômage, échec scolaire, absence de qualification pour le marché de l’emploi, salafisation des modes de vie coexistant avec les trafics en tous genres. Tout cela est la faute, en vrac, « des élites », de « l’Etat qui a abandonné ces quartiers », du « républicanisme guerrier » qui produit des tensions communautaires, du « modèle assimilationniste » qui est « la négation de l’autre ». Yassine Belattar, sors de ce corps !

Mais Aurélien Taché ne fait pas que dénoncer. Il a des solutions fondées sur sa propre expérience : « J’ai été élevé en écoutant Renaud, en mangeant de l’entrecôte, mais j’aime aussi le rap et les kébabs. On peut être dans une forme de cosmopolitisme. » Les référentiels culturels qui semblent définir l’identité nationale de M. Taché sont du plus bel effet postmoderne et se passent de commentaires. D’ailleurs, il ne faut pas trop compter sur cet élu de la République pour rendre hommage aux emblèmes de la nation. Pour lui le drapeau tricolore « renvoie au régiment […] est-ce bien le rôle de l’école de se transformer en caserne ? » Il préfère citer Jean Zay qualifiant le drapeau national de « saloperie tricolore ». Sauf que comme son collègue Griveaux sur France Inter confondant Bloch et Maurras, Taché se prend les pieds dans le tapis de l’histoire politique complexe des années 1930 ! Zay a bien écrit un poème en 1924 (il avait 19 ans) intitulé Drapeau dans lequel il exprimait avec virulence son désenchantement patriotique après la Grande guerre. Poème qu’il a ensuite décrit comme un pastiche. Son texte de jeunesse ne fut jamais publié avant que la presse maurrassienne ne s’en saisisse en 1932 pour dénoncer l’antipatriotisme du jeune député du Loiret, futur ministre de l’Education. Le poème sera relayé par Céline en 1938 avec son « Je vous Zay ! » puis par la diplomatie antisémite de Vichy pour démasquer « ce Zay juif-bolchévique-antipatriote ». Dans les faits, Zay avait été élevé dans le protestantisme, était un Radical profondément patriote. M. Taché reprend donc à son compte la propagande antijuive des années 1930 contre Zay… Une fois encore, j’adresse une supplique à nos hommes politiques dont les références historiques ressemblent à de lointains souvenirs de bachotage Sciences Po : évitez d’utiliser des citations historiques dont vous ne maîtrisez ni les termes, ni le contexte ! Heureusement que le journaliste de l’Obs ne l’a pas lancé sur la Marseillaise, sinon on aurait eu droit à la dénonciation du « sang impur » et l’impérieuse nécessité de réécrire notre hymne pour l’adapter aux nouveaux visages de la France.

Le vote ethnique et la fin de la souveraineté par Aurélien Taché

Mais on y vient à la promotion des quotas ethniques. C’est d’ailleurs ce que l’on préfère chez les progressistes multiculturalistes : cette appétence antiraciste pour la racialisation, ce goût moraliste pour l’ethnicisation des individus, histoire d’assigner « chacune et chacun, toutes et tous » à leur petite boutique communautaire respective. Pour Aurélien Taché, il faut « des listes vraiment inclusives aux prochaines municipales » parce qu’il n’y a « pas un Noir ou un Arabe parmi les maires des cinquante plus grosses villes ». Parce que c’est une obligation démocratique l’ethnicisation des élus ? Et il faudrait des quotas selon la taille des municipalités ? Quid des Asiatiques par exemple ? Jean Coumet, maire du 13ème arrondissement de Paris doit en toute hâte céder sa place ; à moins que les « Asiatiques » de l’arrondissement n’aient rien revendiqué ! M. Taché a l’indignation républicaine sélective : tous ces Français en situation de handicap, bien plus nombreux que toutes les minorités assemblées, subissent une exclusion sociale, éducative, professionnelle, culturelle et politique autrement plus violente que les « Noirs et les Arabes des quartiers » dont se préoccupe exclusivement M. Taché ? En outre, ses affirmations sont contredites par la réalité du terrain : les Français issus de l’immigration sont acteurs de la vie politique locale dans la plupart des « quartiers ». Dans certaines équipes municipales, ils sont tout à fait « représentés » et certains y ont d’ailleurs un poids politique indéniable. Quand on veut s’engager en politique en banlieue, c’est possible et ça paye. Ca se monnaye même parfois : une petite place d’adjoint en échange d’une aide pour obtenir les suffrages de tel ou tel quartier, de telle ou telle « communauté » ; mais passons sur ce clientélisme dans ces quartiers où on se fait élire avec 70% d’abstention !

Après tout, pourquoi s’étonner des idées de M. Taché, lui qui exprimait son enthousiasme au projet de « transférer la souveraineté de la France au niveau européen » (Les terriens du dimanche, C8, 2 décembre 2018), annonçant d’ailleurs que ce serait « le cœur des propositions » de LaREM aux Européennes de mai prochain. Il faut avoir de l’audace quand on est un grand homme politique : pourquoi ne pas transférer carrément notre souveraineté à l’ONU ? D’ailleurs M. Taché aimerait que l’on y cède notre siège à notre partenaire allemand… Notre député, ennemi des « néorépublicains », regrette être « souvent seul à [s’]exprimer sur ce terrain », mais il dit « recevoir beaucoup d’encouragements ». Et n’est ce pas finalement ce qu’il y a de plus inquiétant ?

Voir aussi:

Le député Aurélien Taché, ou « Monsieur laïcité » chez LREM, défend la responsable voilée de l’Unef
Hadrien Mathoux
Marianne
21/05/2018

Au contraire de Gérard Collomb et Marlène Schiappa, le député macroniste du Val-d’Oise a défendu le choix de Maryam Pougetoux, responsable de l’Unef à Paris-IV, de porter le voile islamique. Ancien responsable de l’Unef, Aurélien Taché juge que les « valeurs progressistes » portées par le syndicat sont compatibles avec le vêtement de sa porte-parole.

Visiblement, tout le monde n’est pas d’accord en Macronie sur l’affaire du voile de Maryam Pougetoux. Symbole de l’absence de ligne du parti au pouvoir concernant la laïcité ? Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, a jugé que le hijab porté par la responsable de la section du syndicat Unef à Paris-IV était « choquant« , relevant même pour lui d’une forme de « prosélytisme« . La secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa, s’est dite « interpellée » par un « signe manifeste de promotion de l’islam politique« . Pour Aurélien Taché, député LREM de l’Oise, il n’y a au contraire aucun problème à ce que la porte-parole du syndicat étudiant de gauche arbore un voile islamique lui couvrant les cheveux, les oreilles et le cou.

Interrogé sur Europe 1 ce lundi 21 mai, le jeune (33 ans) parlementaire a rappelé que Maryam Pougetoux ne portait pas uniquement son voile lorsqu’elle représentait l’Unef, mais probablement tout le temps. « Pourquoi elle devrait enlever [son voile] au moment de ses interventions publiques, c’est peut-être la question qu’on devrait se poser« , juge l’élu, avant de rappeler que lui-même a été responsable de l’Unef à Limoges et qu’il n’aurait « pas forcément aimé que des responsables politiques viennent dire quel responsable on devait élire ou choisir.«  Une réponse qui esquive le débat principal, rappellent les journalistes d’Europe 1, soit « l’opportunité pour une responsable syndicale étudiante de porter le voile. »

Cette relance est l’occasion pour Aurélien Taché d’aller un peu plus loin et de s’engager sur sa vision de la laïcité : « Le président de la République a dit une chose intéressante sur la laïcité, il a dit que c’était l’Etat qui était neutre et pas la société. Moi je continue à me mettre dans cette logique-là. » Avant, une nouvelle fois, de tenter de détourner quelque peu le débat, en faisant allusion à une critique qui n’a pas été émise : « Et qu’est-ce qu’il y a derrière cette question, il y a la question de savoir si elle serait suffisamment française ou une bonne Française ? » Aurélien Taché est alors une nouvelle fois recadré par les journalistes, qui l’interrogent sur « l’incompatibilité des valeurs portées par ce voile, un hijab, avec les valeurs progressistes portées par l’Unef.« 

Le député LREM confirme alors sa défense résolue de Maryam Pougetoux : « Pour moi, les valeurs progressistes c’est que des femmes puissent prendre des responsabilités, que quand on fasse ses études on s’engage dans un syndicat étudiant, on va manifester contre des réformes, même si c’est des réformes que moi je défends. Pour moi les valeurs progressistes elles sont de cet ordre-là, donc je ne vois pas la difficulté tant qu’on est bien sur quelqu’un qui répond au mandat que lui ont confié ses camarades et mène les luttes étudiantes que ce syndicat juge utiles. » La question du voile islamique de la responsable de l’Unef n’est pas politique pour Aurélien Taché. Elle relève « du choix individuel, Maryam Pougetoux a eu l’occasion de s’en expliquer, elle a fait un choix qui est le sien et qu’il faut pouvoir respecter« .
Invité de l’émission « Les Grandes Gueules » sur RMC ce lundi 21 mai, il a poursuivi sur sa lancée : « L’islam est la deuxième religion de France ! Ce voile, c’est son identité ! » Les nombreuses citoyennes musulmanes ne portant pas le voile apprécieront…

Le « Monsieur laïcité » de La République en Marche

Au-delà du fait qu’elle le met en opposition avec deux figures du gouvernement, cette prise de position du député du Val-d’Oise est intéressante, car Aurélien Taché est le « Monsieur laïcité » de la République en Marche. En novembre dernier, il appelait son camp à « s’emparer des thèmes de la laïcité et de l’islam » dans une interview au Monde. En février, il a également rendu un rapport sur l’intégration des étrangers arrivant en France. Proche d’Emmanuel Macron, il revendique tenir une ligne proche du président en matière de laïcité, et le délégué général de LREM Christophe Castaner l’a chargé de réfléchir à la question pour structurer la vision du parti sur ce sujet.

Or toutes les prises de position d’Aurélien Taché en la matière révèlent un rapport très « ouvert« , voire souple, à ce principe républicain. Ainsi, dans son entretien au Monde, il définit sa vision de la laïcité en rappelant que « face au fait religieux, l’Etat doit se mettre en position d’abstention » et « respecter une stricte neutralité, en laissant aux citoyens le droit de croire ou non et de pratiquer leurs cultes« . Jamais, dans sa longue réponse, il ne sera question de la non-immixtion des religions dans les affaires publiques, ou des dangers que peuvent représenter les communautarismes pour la République.

Aurélien Taché a démontré un même sens des priorités dans une rencontre avec le quotidien La Croix : « Si vous me demandiez ce que serait une clé de l’égalité, je répondrais : ‘Qu’on ne discrimine pas le droit de croire’« , affirme le député. Le droit de ne pas croire est ici en dehors de la réflexion. Se faisant plus offensif, le jeune macroniste et ancien socialiste affirme même que « la liberté de conscience, ce n’est pas uniquement la liberté de ne pas croire« , et prévient que pour lui, « le vide spirituel ne doit pas être remplacé par une espèce de religion républicaine« . Il va même jusqu’à dire qu’il a toujours « trouvé assez décevant l’anticléricalisme et l’athéisme » dans lesquels il a été élevé.

De quoi l’amener à défendre un modèle multiculturaliste plus proche des pays anglo-saxons que de la tradition républicaine française ? Pour parler intégration, l’un des interlocuteurs favoris d’Aurélien Taché est l’humoriste controversé Yassine Belattar. Il l’a ainsi invité à une soirée de discussions autour des banlieues qu’il a organisée à l’Assemblée Nationale. Et n’a pas hésité à partager cette saillie sur Twitter : « Si Obama avait dû faire carrière en France, il serait encore à la machine à café« .

Voir également:

Christchurch et la responsabilité des opposants à l’islamisation : quand soudain, l’amalgame devient possible
Alexandre del Valle
Valeurs actuelles
18 mars 2019

Les attentats barbares commis le 15 mars dernier contre des musulmans en Nouvelle Zélande, qui ont fait 49 morts, constituent la plus terrible attaque jamais commise en Occident contre des musulmans. Une attaque monstrueuse, dont les images froidement auto-filmées par l’assassin Brenton Tarrant donnent la nausée. Quelles leçons tirer de ces attentats ? Pour nombre d’adeptes du politiquement ou de l’islamiquement correct, ils seraient la “preuve” que la “libération de la parole islamophobe” ou “anti-immigration”, notamment en réaction aux attentats islamistes “injustement” attribués à des musulmans et à l’islam, est dangereuse et qu’il conviendrait de la limiter à nouveau. Alexandre del Valle réagit ici aux indignations sélectives de ceux qui de coutume refusent tout “amalgame” entre la charia islamique et les attentats jihadistes et qui, en revanche, n’hésitent pas à faire l’amalgame entre les attentats anti-musulmans et les partis ou penseurs hostiles à l’islamisation et à l’immigration incontrôlée, deux poids deux mesures.

Il va sans dire que le carnage perpétré le 15 mars à Christchurch (Nouvelle-Zélande), dans deux mosquées (49 morts) – second évènement majeur de ce type depuis la fusillade à la mosquée de Québec en 2017 (six morts) – est monstrueux, inqualifiable, condamnable et que ses auteurs méritent les peines les plus sévères. Il est clair que RIEN ne doit être fait pour minimiser la portée de cet attentat barbare et que ces 56 morts musulmans tués par des suprémacistes blancs ou « islamophobes » ces deux dernières années au Québec et en Nouvelle Zélande sont bien évidemment 56 morts de trop, quand bien même ce chiffre est mille fois inférieur au nombre de chrétiens/non-musulmans massacrés chaque année en pays musulmans.

L’hypocrite indignation sélective des pôles islamiques mondiaux qui dénoncent « l’islamophobie » des Occidentaux mais pratiquent la haine anti-mécréants chez eux

Comme on pouvait s’y attendre, les pays islamiques qui punissent l’apostasie, persécutent légalement leurs minorités non-musulmanes autochtones et n’ont jamais remis en question la violence islamique légale de la Charia, des ahadith de la Sira et du Coran (jurisprudence et textes sacrés musulmans), dénoncent de concert la « diabolisation des musulmans » en Occident ». Pour ces indignés à sens unique, l’attentat de Christchurch ne serait que l’aboutissement prévisible de l’islamophobie coupable de cet Occident post-colonial honni. Ainsi que le réclament depuis trois décennies les 57 pays de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), super Lobby intergouvernemental panislamique reconnu par les Nations Unies et piloté par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turque néo-ottomane, le massacre de Christchurch est un nouveau prétexte pour réitérer l’exigence liberticide de limitation de la liberté d’expression en matière d’islam régulièrement portée à l’ONU sous couvert de lutte contre la « diffamation des religions ». Sur son compte Twitter,  Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères iranien, a très officiellement pointé du doigt cette « liberté d’expression » criminelle de l’Occident qui serait à l’origine des actes meurtriers anti-musulmans. Des propos qui font rire ou pleurer quand on sait qu’ils émanent d’un régime de Mollahs qui arrivent juste devant l’Arabie saoudite et après la chine chaque année parmi les trois premiers pays pratiquant le plus d’assassinats d’Etat…

Mais l’Iran est concurrencé sur ce terrain par la Turquie du néo-sultan irascible Recep Tayyip Erdogan, qui ne rate lui non plus jamais une occasion de fustiger les Européens complexés. C’est ainsi que le même islamiste vigilant, d’habitude si prudent vis-à-vis du Géant chinois qui a pourtant tué et torture des centaines de milliers de musulmans ouïgours, a déclaré qu’« avec cet attentat, l’hostilité envers l’islam (…) a franchi les limites du harcèlement individuel pour atteindre le niveau d’une tuerie de masse. Il apparaît clairement que la vision portée par le tueur (…) est en train de gagner du terrain en Occident comme un cancer ».

Al-Azhar a toujours refusé d’excommunier les terroristes jihadistes dès lors que ceux-ci ne professaient pas d’hérésies, se limitant à condamner leurs « actions ici-bas », bien évidemment totalement étrangères à l’islam.

Étonnant propos de la part d’un Erdogan qui avait ouvertement menacé Benoit XVI après son discours de Ratisbonne ; qui nie catégoriquement le génocide arménien (dont la reconnaissance est punie pénalement en Turquie) ; qui soutient les terroristes du Hamas et les Frères musulmans ; qui a aidé Daech et Al-Qaïda en Syrie, et qui n’a jamais reconnu le caractère christianophobe des massacres de chrétiens survenus ces dernières années en Turquie (Malatya, Trébizonde, meurtres de Hrant Dink, des Prélats Santoro et Padovese, etc)… Pour ce qui est du grand imam d’Al-Azhar, Cheikh Ahmed al-Tayeb, à la tête de la plus grande université religieuse du monde musulman sunnite, où l’on enseigne la légitimé du Jihad offensif, l’infériorité des non-musulmans, les châtiments corporels et autres lapidations, il a déclaré que « ces attaques sont le résultat de la prolifération du discours islamophobe dans plusieurs pays, y compris dans ceux qui sont réputés pour la coexistence de leur population », désignation à peine voilée des pays occidentaux. On croit ici rêver, quand on sait à quel point l’université d’Al-Azhar, infiltrée depuis des décennies par les Frères musulmans et le salafisme, comme l’a déploré le Président égyptien Al-Sissi lui-même, a cautionné théologiquement les attaques violentes perpétrées quotidiennement contre les Coptes chrétiens. Al-Azhar a d’ailleurs toujours refusé d’excommunier les terroristes jihadistes dès lors que ceux-ci ne professaient pas d’hérésies, se limitant à condamner leurs « actions ici-bas », bien évidemment totalement étrangères à l’islam. CQFD, circulez, rien à voir…

En France, le militant islamiste-nationaliste pro-Erdogan Ahmet Ogras, Président sortant du Conseil Français du Culte musulman, a surenchérit dans cette logique liberticide anti-occidentale : « Cette tragédie abjecte démontre une fois de plus que l’islamophobie est un mal qu’il faut combattre sans relâche, tout comme les paroles médiatiques déversées par des prêcheurs de haine ». Une allusion à peine voilée aux Zemmour, Finkielkraut ou autres « islamophobes » de Charlie Hebdo accusés de distiller la « haine envers les musulmans » sous prétexte qu’ils dénoncent l’intolérance et la violence chariatiques. Plus explicite encore, le Collectif contre l’islamophobie en France a demandé aux autorités de « prendre leurs responsabilités (…) Les discours islamophobes diffusés dans nos médias n’y ont pas leur place et ont des conséquences concrètes sur la vie des musulmans de France. Faire l’apologie de la théorie du grand remplacement, permettre à des idéologues/éditorialistes/journalistes/politiques de distiller leurs discours à longueur de journée est absolument dangereux. Il faut que cela cesse et les médias français ont un rôle à jouer dans la lutte contre l’islamophobie ».

Bref, ceux-là mêmes qui sont idéologiquement liés aux Frères musulmans et adhèrent au suprémacisme islamiste ont trouvé dans les attentats anti-musulmans un prétexte rêvé pour exiger définitivement l’exclusion du débat démocratique de tous ceux qui feraient obstacle à leurs desseins prosélytes-conquérants. Aux Etats-Unis, le lobby islamique américain pro-Frères musulmans, le CAIR (Council of American and islamic Relations), qui vante officiellement la charia et est lié au Hamas palestinien, réclame comme le Collectif contre l’islamophobie en France, que soit « criminalisée l’islamophobie ». A contrario, l’auteur de ces lignes a préféré les paroles, bien plus dignes, du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui a déclaré dans un communiqué officiel, « les musulmans de France sont choqués par cette violence meurtrière qui se manifeste à l’autre bout du monde et prient Dieu que la paix soit préservée dans notre pays ».

La gauche islamiquement correcte solidaire des « coupeurs de langues » islamistes

D’une manière générale, l’attitude de récupération obscène de la douleur des victimes musulmanes de la part de pôles officiels de l’islam mondial, a été faite sienne par la Gauche marxiste/bobo-islamiquement correcte, laquelle a redoublé d’exigences liberticides en incriminant globalement la droite conservatrice et les populismes identitaires, même les plus pacifistes et parlementaristes, pointés comme « idéologiquement coupables » : c’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon, qui n’a jamais dénoncé la haine meurtrière anti-chrétiens en pays islamiques, a fustigé « la haine des musulmans qui est aussi un poison mortel dans nos sociétés », tandis que Ian Brossat, tête de liste PCF pour les européennes, a dénoncé « l’extrême droite qui tue, ses idées nauséabondes qui sèment la mort. Ne jamais l’oublier et les combattre pied à pied ».

D’une manière générale, les « islamo-gauchistes », ces idéologues rouges alliés des fascistes verts, ont même accusé Donald Trump, Matteo Salvini et Victor Orban d’être les « vrais responsables » de ce « climat » anti-muslims, sous prétexte que le psychopathe/serial killer Breton Tarrant aurait cité la théorie du « Grand Remplacement » de Renaud Camus – qui n’a pourtant jamais appelé au meurtre – et aurait motivé sa barbarie vindicative par le refus de l’immigration extra-européenne. A ce titre, c’est donc Alain Finkielkraut qui devrait être lui aussi accusé, avec Zemmour ou d’autres intellectuels médiatiques, d’avoir inspiré des futurs Tarrant, puisque l’académicien a lui-même cautionné le théoricien remplaciste qualifié « d’extrême-droite » pourtant issu, comme Finkielkraut, de la gauche… Et si l’on suit le même raisonnement de chasse aux sorcières, tous ceux qui remettent nettement en question l’islam, y compris les musulmans athées ou laïques eux-mêmes comme Malika Sorel, Boualem Sansal, Kamel Daoud, Walid al-Husseini ou Zineb el Rhazoui, sans oublier les gauchistes blasphémateurs de Charlie Hebdo, seraient responsables des actes anti-musulmans de Tarrant ou avant lui de Breivik.

Récupérant elle aussi un fait monstrueux commis par un fanatique australien, mais qui critiquait les partis politiques populistes parlementaires « trop modérés » (et jugeait Marine Le Pen « insipide »), Najat Vallaud-Belkacem, ex-ministre de l’Éducation de François Hollande, a dénoncé dans un tweet « l’indignation hypocrite de ceux qui ont contribué, année après année, à promouvoir ça ». Illustrant son tweet de couvertures de grands médias comme Valeurs actuelles, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Marianne, Courrier international, revue L’Histoire, l’ex-ministre connue pour son moralisme progressiste sélectif, a même parlé de « nausée » à propos de cette presse « coupable » d’avoir contribué à promouvoir le climat d’islamophobie qui aurait permis l’attentat de Christchurch. Dans ce cas, pour suivre la même logique d’amalgame d’habitude pourtant interdite en cas d’attentats islamistes, que doit penser Madame Vallaud-Belkacem de ses anciens compères socialistes François Hollande et Gérard Collomb, qui ont tous deux dénoncé le séparatisme islamiste et la montée du communautarisme dans les banlieues  hors contrôle ?

Que répondre à cette nouvelle forme islamiquement correcte de reductio ad hitlerum

En réalité, et en dépit même des centaines d’attaques commises par les terroristes arabo-musulmans et des jihadistes en Occident depuis les années 1980 (terrorisme palestinien ; iranien ; GIA ; Al-Qaïda ; Daech), les actes terroristes anti-musulmans dans le monde occidental ont été jusque-là extrêmement rares. On peut même affirmer que les Occidentaux ont fait preuve d’une grande retenue en ne répondant presque jamais de façon réciproquement barbare aux jihadistes. Certes, les cas du Canada et de la Nouvelle Zélande sont là pour montrer que des Blancs judéo-chrétiens peuvent eux aussi se comporter « comme » les pires jihadistes.

Mais en quoi des actes anti-musulmans commis dans des pays tolérants et multiculturels comme la Nouvelle Zélande ou le Canada devraient être imputés à des Français, des Anglais, des « populistes » italiens ou des électeurs de Donald Trump, comme certains bien-pensants ont essayé de le faire ? Depuis quand nos sociétés démocratiques fondées sur la liberté et la responsabilité individuelles ont-elles rétabli de délit et la faute collectives ? Au nom de quoi les « coupeurs de langues » de l’organisation de la Coopération islamique (OCI), du CCIF, de l’Université Al-Azhar, sans oublier le néo-Sultan Erdogan osent-ils blâmer des Français, des Italiens, des Hongrois, des citoyens américains ou même des « islamophobes » pacifiques ou des « populistes » occidentaux hostiles à l’immigrationnisme alors que eux-mêmes cautionnent des institutions théocratiques qui enseignent la légitimité du Jihad, de la charià et de la conquête islamique ?

N’importe quel observateur intellectuellement honnête peut aisément constater que la violence terroriste anti-chrétienne en pays islamique est bien plus banalisée et impunie que l’inverse. Et si dans la même période récente, des chrétiens de pays islamiques avaient commis contre des Musulmans le centième des meurtres perpétrés par des jihadistes en « pays chrétien », on n’ose même pas imaginer le nombre de chrétiens qui auraient été massacrés en représailles dans les rues, les églises et jusque dans leurs maisons. D’ailleurs, alors même que les chrétiens en pays arabo-musulmans ne perpètrent jamais d’actes terroristes et constituent au contraire des minorités soumises et pacifiques (dhimmitude), ils sont déjà régulièrement pris pour cibles par des fanatiques musulmans : Chrétiens des pays arabes (Irak, Egypte, Arabie saoudite-Yémen, Mauritanie, Soudan, Maghreb, etc), de Turquie (génocide arménien toujours, persécution des syriaques-araméens), du Pakistan (les milliers d’Asa Bibi martyrisées), sans oublier les autres minorités régulièrement persécutées et massacrées au nom de la Charià : Yézidis d’Irak, chiites, Alévis, régulièrement attaqués, kidnappés, rackettés, victimes d’attentats ou officiellement brimés.

Un chrétien vivant en pays musulman a 143 fois plus de risques d’être tué par un musulman qu’un musulman risque de l’être par un chrétien dans un pays occidental…

Face à la tentative obscène de récupération (par les « coupeurs de langues » verts, roses et rouges) du drame des musulmans massacrés en Nouvelle Zélande, et face à l’incroyable tentative de culpabilisation/disqualification morale des défenseurs de la civilisation judéo-chrétienne orchestrée par tous ceux qui voudraient rendre les Français patriotes collectivement coupables des horreurs de Christchurch, quelques chiffres peuvent aider à garder raison :

Rien que pour la France, 7 au 9 janvier 2015: attaques de Charlie Hebdo, 22 morts ; 26 juin 2015, à Saint-Quentin-Fallavier, un Français décapité par un jihadiste ; 13-14 novembre 2015 : attentats de Paris, 137 morts ; 13 juin 2016, Magnanville, un policier et sa femme assassinés par un jihadiste. 14 juillet 2016: un Mohamed Lahouaiej-Bouhlel massacre 86 personnes ; 26 juillet 2016, Normandie, 2 djihadistes égorgent un prêtre âgé de 86 ans en pleine messe dans son église. 1er octobre 2017: un musulman a poignardé à mort deux jeunes femmes dans une gare de Marseille ; 23 mars 2018, Trèbes, trois morts ; 12 mai 2018, Paris, un franco-tchétchène poignardé à mort un piéton et en a blessé plusieurs autres ; 11 décembre 2018: À Strasbourg, un homme armé a ouvert le feu juste devant le marché de Noël, faisant 5 morts et 11 blessés. Total, rien qu’en France, en quatre ans : 261 morts et moult blessés lors d’attaques de musulmans contre des non-musulmans. Et heureusement, AUCUNE représailles meurtrière contre des Musulmans dans les rues ou les Mosquées. Par contre , des menaces de morts par milliers contre les intellectuels musulmans modérés ou « infidèles » qui dénoncent les « coupeurs de têtes ».

Si l’on compare le nombre de musulmans victimes de meurtres terroristes en Occident avec le nombre de chrétiens tués dans ce même genre d’actes en pays islamique, la probabilité pour les 30 millions de musulmans qui vivent en Occident d’être victimes d’une attaque est d’environ un sur dix millions par an.

D’après Srdja Trifkovic, auteur d’une étude intitulée « New Zealand attacks : repercussions and perspective », parue dans le magazine Chronicles, le 15 mars dernier : « Dans un pays à majorité musulmane, environ un chrétien sur 70 000 est assassiné par un musulman juste parce qu’il est ce qu’il est chrétien, ce qui signifie qu’un chrétien vivant en pays musulman a 143 fois plus de risques d’être tué par un musulman qu’un musulman risque de l’être par un chrétien dans un pays occidental… ».

Et si l’on compare le nombre de musulmans victimes de meurtres terroristes en Occident avec le nombre de chrétiens tués dans ce même genre d’actes en pays islamique, la probabilité pour les 30 millions de musulmans qui vivent en Occident d’être victimes d’une attaque est d’environ un sur dix millions par an, certes, un sur dix millions de trop, mais rien de comparable avec les 4000 victimes du jihadisme en Occident depuis le 11 septembre 2001 et avec les dizaines de milliers de chrétiens massacrés depuis les années dans les pays musulmans depuis la même date.

Autre signe : les communautés chrétiennes, pourtant autochtones, et non immigrées ou issues de la colonisation, ont été réduites à une peau de chagrin ces dernières décennies, sans parler de la détérioration de leurs droits et sécurité, tandis que les communautés musulmanes d’Occident enregistrent depuis la même période la plus grande progression numérique qui soit, passant dans les années 1950 de quasiment 0 % à des taux de 10 à 20 % de la population en Belgique, Allemagne, Suède, Pays-Bas, Grande-Bretagne, etc. Comparons donc ce qui est comparable, et arrêtons donc de généraliser, battre notre coulpe et affirmer à tort que les musulmans d’Europe seraient aussi persécutés et victimes de la haine que les chrétiens et autres minorités en terre islamique : cette affirmation est simplement indécente.

Voir encore:

Marche SOS Racisme… des potes qui nous voulaient du bien

Le succès de SOS-Racisme a généralement été appréhendé comme une simple opération de « récupération », concoctée dans les cabinets de Mitterrand et favorisée par « l’immaturité » des mouvements « beurs ». Dans sa thèse sur le traitement médiatique de l’association anti-raciste, P. Juhem [1] a mis en lumière les multiples déterminations qui ont rendu possible la « récupération ». Plutôt que de recourir à l’hypothèse fantaisiste d’une vaste manipulation engagée par une sorte de « comité central » des médias dominé par les socialistes, il a tenté de repérer les logiques spécifiques au champ médiatique, la pluralité des facteurs (enjeux internes, compétitions, stratégies commerciales, évolution du profil idéologique des journalistes, etc.), qui ont convergé pour aboutir à une gigantesque campagne de promotion de SOS-Racisme, sans minimiser, pour autant, la volonté politique de certains responsables socialistes – en premier lieu, Mitterrand – et l’efficacité de leurs interventions dans un contexte favorable.

Les énormes subventions reçues, le soutien de plus en plus affirmé de la gauche, des médias et de nombreux intellectuels ont incontestablement contribué, en effet, au succès de SOS-Racisme. On doit y voir également l’effet de dispositifs propres au système postcolonial. La « récupération » apparaît comme une menace inhérente à celui-ci – ce qui ne signifie pas inévitable – et non pas comme le seul produit d’intérêts politiques circonstanciés et de stratégies habilement menées. On a parfaitement raison de condamner de ce point de vue la politique du PS mais il est tout aussi important de saisir pourquoi, malgré leur bonne volonté, de nombreux militants antiracistes ont pu jouer le jeu d’une entreprise d’exclusion/inclusion.

Au début des années 80, « les Beurs deviennent trop subversifs » [2]. La Marche pour l’Egalité et les multiples formes d’action qui l’ont précédé ou suivi donnent aux jeunes issus de l’immigration une formidable visibilité qui inquiète, dans un contexte politique mouvant. L’abandon des promesses qui avaient conduit Mitterrand au pouvoir et l’adoption d’une politique de rigueur ne suscite pas la mobilisation sociale qu’espérait l’extrême gauche. La tendance politique dominante, notamment au sein de la jeunesse lycéenne et étudiante, n’est plus à la contestation mais plutôt à la désaffection vis-à-vis de l’engagement politique tandis qu’avec le recul des paradigmes marxistes s’imposent les idéologies molles de la défense des droits de l’homme et du progrès « sociétal ». La droite, par contre, progresse. Elle remporte plusieurs élections municipales partielles et repart à l’offensive comme en témoignent les gigantesques manifestations pour « l’école libre ». Le Front national connaît, quant à lui, ses premières grandes victoires (élections européennes). La « bête immonde » resurgit, craignent de nombreux secteurs de la gauche, assimilant la nouvelle situation à la montée du fascisme dans les années 30. Pour beaucoup, la lutte antifasciste devient la priorité de l’heure et l’antiracisme devient l’arme de cette lutte, d’autant plus efficace leur semble-t-il qu’un antiracisme moral et englobant peut permettre un large rassemblement de forces et remobiliser la jeunesse sur des « valeurs de gauche ».

Dans ce contexte, le mouvement « beur » pose incontestablement problème. L’irruption des enfants de l’immigration sur la scène publique inquiète. Il alimenterait le discours du Front national. Il embarrasse le pouvoir socialiste déterminé à restreindre l’immigration, mais il peut constituer aussi une nouvelle ressource électorale pour la gauche. D’une part, parce que de nombreux jeunes issus de l’immigration ont le droit de vote mais également parce que la problématique antiraciste qui est la sienne suscite la sympathie de larges franges de la jeunesse. Il s’agit dès lors de l’encadrer, de neutraliser ses tendances les plus contestataires et d’aseptiser son discours. « Convergence 84 révéla, écrivent Ahmed Boubeker et Nicolas Beau, une réelle capacité de mobilisation des cités. Personne pourtant pour canaliser cette révolte. Une place était à prendre ; message vite compris par Harlem Désir et ses potes : le jour même de l’arrivée de Convergence, 5000 badges « Touche pas à mon pote » de SOS-Racisme étaient vendus. L’idée du mélange, débarrassée de ses relents égalitaires, était reprise par Harlem Désir : « Vivons avec nos ressemblances, quelles que soient nos différences » : ce slogan de Convergence permettait à chacun, français ou immigré, de s’exprimer, sans complexes, sur la société multiraciale. Les beurs avaient perdu ce monopole. Avec SOS-Racisme, la société française reprenait la parole. Le relais était passé. » [3] C’est, en effet, à l’occasion de la seconde Marche, organisée par « Convergence 84 » que le petit groupe constitué autour de Julien Dray, transfuge de la LCR au Parti socialiste, apparaît sur la scène publique en diffusant massivement la fameuse petite main jaune. Mogniss Abdallah y voit un «talisman, hybride de la main de Fatma et de l’étoile jaune des Juifs sous le nazisme » [4]. Alors que les jeunes issus de l’immigration avaient manifesté contre le racisme particulier dont ils sont l’objet, SOS met en avant une vision exclusivement moralisante et non politique du racisme, détachée de l’histoire sociale et politique concrète. La référence implicite à l’étoile jaune n’est pas non plus innocente. Elle n’est pas sans lien avec le « choix exclusif de l’UEJF comme co-fondatrice de l’association » [5] suppose Mogniss Abdallah. En décembre 1983, de nombreux marcheurs étaient fiers de porter le Keffieh, symbole du peuple palestinien. Le « talisman » de SOS suggère, quant à lui, que la question palestinienne ne serait qu’un conflit entre juifs et arabes soluble dans l’antiracisme. M.Abdallah décrypte également le slogan « Touche pas à mon pote ». Celui-ci met « en scène un Français (anti-raciste) s’adressant à un autre Français (raciste, donc souvent suspect d’accointance avec le FN) pour protéger son « pote » issu de l’immigration. Le « pote » devient par un spectaculaire retournement de situation le spectateur passif d’un enjeu politique franco-français où il est question de cordon sanitaire anti-FN ou d’un « front républicain » pour des échéances électorales et les « combinazzione » à venir » [6]. Le racisme apparaît ainsi comme un rapport inter-individuel, une forme d’hétérophobie portée par l’extrême-droite. L’antiracisme devient une posture éthique, un combat qui se déroule entre Blancs.

Si le discours de SOS évoluera progressivement au fur et à mesure de l’enracinement du mouvement et des nouveaux enjeux politiques qui se poseront à lui, à sa fondation, la nouvelle association s’attache à se présenter comme a-politique, ni trop de gauche ni de droite. « Alors que quelques années auparavant un mouvement se proclamant « apolitique » aurait rencontré l’opposition de toutes les organisations politiques et antiracistes « de gauche », note P. Juhem (…), au contraire en 1985, l’affichage de « l’apolitisme » du mouvement est la condition de sa réussite, à la fois à l’égard de journalistes qui se réjouissent de la « fin des idéologies » et vis-à-vis de jeunes qui sont proportionnellement plus nombreux qu’auparavant à être indifférents à l’égard de « la politique ».» [7] SOS apparaît ainsi comme le cadre idéal pour mobiliser la jeunesse et canaliser la révolte des banlieues.

La finalité de l’association antiraciste est double. Il s’agit d’inclure les « beurs » dans des logiques politiques qui ne sont pas les leurs et d’exclure du champ politique ceux qui développent une orientation en rupture avec le consensus antiraciste basé sur l’intégration individuelle. Cette exclusion se réalise par diverses procédures. La première est évidemment de donner à SOS une légitimité qu’elle n’a pas en la présentant comme l’héritière de la Marche de 1983[8]. La seconde consiste à marginaliser les mouvements autonomes qui n’ont guère d’alliés dans le champ politique blanc ni, évidemment, de subventions. Le soutien gigantesque dont bénéficie SOS lui permet alors d’occuper tout l’espace antiraciste. Les mouvements autonomes sont soumis, quant à eux, à une terrible injonction qui contribuera à aggraver les dissensions en leur sein : se résoudre à une alliance avec SOS, c’est-à-dire accepter son hégémonie et les enjeux (blancs) qui sont les siens, ou prendre le risque de l’isolement avec – déjà – l’accusation de diviser le mouvement antiraciste. Ainsi, si SOS ne parvient pas à s’implanter réellement dans les cités, elle réussira néanmoins à gagner des militants comme Kaïssa Titous et Malik Lounès qui se résignent à y voir le seul cadre de regroupement possible et espèrent avoir suffisamment d’influence pour en changer l’orientation. « Lors du premier congrès de SOS-Racisme à Epinay-sur-Seine en 1986, rapporte P. Juhem, le principal débat aura lieu entre, d’une part, Julien Dray et la direction historique de l’association et, d’autre part, Kaïssa Titous qui, soutenue par les militants de la LCR, tentera de constituer au sein de SOS une tendance « beur », attachée à défendre la spécificité des « jeunes issus de l’immigration maghrébine ». D’autres batailles seront menées, notamment pour que l’association antiraciste prenne partie en faveur du peuple palestinien ou s’oppose à l’engagement des troupes françaises lors de la première guerre du Golfe. Mais ces batailles, si elles n’ont pas toujours été sans résultats, ne pouvaient pas rendre la parole à ceux qui en avaient été exclus.

Au principe de SOS, il y a en effet l’exclusion des « Beurs » du champ politique ou leur implication dans des enjeux qui leur sont extérieurs. SOS n’existe que comme cadre de mobilisation et de pression au sein du jeu des forces politiques blanches en instrumentalisant les problématiques de l’immigration et du racisme. Les « beurs » sont appelés à y trouver leur place à la condition de s’insérer dans les enjeux du champ politique blanc et de ne pas en bousculer les règles. SOS n’a pas « récupéré » le mouvement pour l’égalité au sens où elle s’est contentée d’en prendre la direction ; en exploitant ses ambivalences, elle l’a projeté dans le plan politique blanc. Ce faisant, elle a retourné le mouvement contre lui-même.

Source : ce texte est extrait du livre de Sadri Khiari, Pour une politique de la racaille.Immigré-e-s, indigènes, jeunes de banlieue, que nous recommandons vivement.

[1] Juhem, P., Thèse de science politique : « SOS-Racisme, histoire d’une mobilisation « apolitique ». Contribution à une analyse des transformations des représentations politiques après 1981 ».

[2] Bouamama, S., Dix ans de marche des Beurs. Histoire d’un mouvement avorté, Desclée de Brouwer, 1994, p.4

[3] Ibidem, p.91

[4] Ibid., p.69

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] « SOS-Racisme est le premier mouvement de masse de l’après-guerre fondé sur des résolutions d’ordre exclusivement éthique. Il ne propose aucun projet de société, ne nourrit aucune ambition politique. Ses adhérents, pour la plupart des jeunes, ne se font guère d’illusions sur l’état du monde, […].Ils ne croient pas davantage aux promesses d’un monde lointain », Marek Halter, La main ouverte, Le Monde, 16 juin 1985 (cité par P. Juhem).

[8] « À la fin de 1984, il n’y a pas d’organisation nationale ou de porte-parole qui puisse revendiquer représenter l’ensemble des « jeunes issus de l’immigration ». Lorsque SOS-Racisme apparaît les journalistes peuvent, sans risque d’être démentis, faire de l’association l’héritière des « marches » et la représentante naturelle des « beurs ». » Ibidem.

Voir par ailleurs:

Tal Bruttmann: L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique

Entretiens by Nadia Meziane & Tal Bruttmann

Un entretien avec Tal Bruttmann historien, spécialiste de la Shoah.

LC : Commençons par la fin. Quand on te demande pour qui tu écris, tu dis «  pour ceux qui veulent savoir ». Et tu ajoutes, à propos de certains de tes articles, qu’ils sont lus à peu près autant que des poèmes en auto-édition. A côté de ça, une bonne partie de l’activité négationniste a consisté ces vingt dernières années à penser et à mettre en œuvre, ce qu’on pourrait appeler une contre-éducation populaire. Eux, pour imposer leur propagande, ont massifié les mensonges sur le nazisme et le génocide, ont réussi à exploser toutes les barrières sociales qui font que plein de gens n’ont même pas l’idée de s’intéresser à l’Histoire. Est-ce qu’à un moment, en tant qu’historien, tu ne t’interroges pas avec tes collègues sur la nécessité et l’intérêt d’organiser une contre-offensive tout aussi massive ?

Une partie de la production des historiens, les articles scientifiques notamment, s’adresse à un cercle restreint, en raison de la nature pointue ou technique de ces articles, publiés dans des revues spécialisées. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’histoire ne doit pas être vulgarisée et diffusée auprès du plus grand nombre. C’est l’autre face du boulot d’historien. Mais on ne peut forcer personne à lire. Sauf que l’essentiel de la vulgarisation en histoire passe de fait par d’autres biais, comme les documentaires à la télé, voire des revues grand public. Et entre un livre qu’il faut aller acquérir, ou emprunter dans une bibliothèque puis lire, et une page internet, pour beaucoup c’est la seconde option qui est la plus simple.

Reste que si on en vient à la question du négationnisme, les ressources en ligne existent: ce sont notamment les sites des musées et autres institutions, ou encore des sites dus à des initiatives personnelles comme PHDN ou anti-rev qui existent depuis pratiquement 20 ans. Dans les années 1970-1980 les historiens comme Georges Wellers ou Pierre Vidal-Naquet ont démonté les arguments négationnistes. Mais dans l’argumentaire bien huilé du négationnisme il y a les « historiens officiels » et les « historiens qui disent la vérité », en l’occurrence eux. Tout historien est disqualifié d’office puisqu’il « participe du complot visant à perpétuer le mensonge ».

On touche là sans doute du doigt quelque chose qui est propre à l’histoire : de toutes les sciences c’est celle qui intéresse le plus grand nombre et au sujet de laquelle tout un chacun pense qu’il peut donner son avis

Je ne suis cependant pas certain que cela soit du domaine de l’historien principalement que de mener cette contre-offensive. Evidemment que le boulot des historiens est de battre en brèche ces discours, mais cela ne doit pas relever d’eux seuls. On n’en appelle pas à un astrophysicien pour contrecarrer les délires sur la « terre plate ». Vidal-Naquet soulignait déjà cela en demandant si il fallait en appeler à un astrophysicien pour contrecarrer quelqu’un affirmant que la lune est faite de fromage. Le discours négationniste sur la Shoah, ou sur les autres génocides, est tout aussi grotesque d’un point de vue intellectuel que de prétendre que la terre est plate.

L’histoire n’est pas écrite par les vainqueurs

On touche là sans doute du doigt quelque chose qui est propre à l’histoire : de toutes les sciences c’est celle qui intéresse le plus grand nombre et au sujet de laquelle tout un chacun pense qu’il peut donner son avis, l’histoire ne paraissant pas être une science à l’instar des maths ou de la physique. Qui irait donner son avis sur la théorie de la relativité ?

Dans le domaine de l’histoire, les lieux communs qui relèvent du café du commerce ne manquent pas, comme « L’histoire est écrite par les vainqueurs » ou « L’histoire est subjective ». « L’histoire écrite par les vainqueurs » signifie que ce sont ceux qui gagnent qui dictent le cours des évènements, mais on fait dire à cette phrase que ce sont les vainqueurs qui écrivent la « vérité »: autrement dit les « Alliés à Nuremberg ont écrit une version de l’histoire ». Quant à la supposée subjectivité de l’histoire, ou qu’en histoire il n’y aurait pas de vérité, c’est de la pseudo-philosophie de bas étage : l’histoire repose sur des faits en premier lieu, qui ne relèvent en rien de la « subjectivité ». Adolf Hitler est nazi. C’est un fait. Il est chancelier du Reich. C’est un fait. Il a clamé sa haine des Juifs. C’est un fait. Etc. Environ 5,7 millions de juifs ont été assassinés. C’est un fait. De la même manière que la terre est ronde.

La méthode négationniste est simple. On prend un élément, en général microscopique, on le nie avec des arguments pseudo-scientifiques, puis on décrète que puisque tel témoignage comporte un élément décrété faux alors tout l’évènement est faux. Retranscrit dans d’autres domaines ça donne : la perruque de Louis XIV n’était pas blanche alors qu’un témoin l’a décrite comme telle, c’est donc la preuve que Louis XIV n’existe pas. Ou alors que Jésus n’a pu marcher sur l’eau, ce qui est la preuve que Jésus n’a pas existé, et donc que le christianisme n’existe pas. Si certains veulent croire que Jésus a marché sur l’eau cela relève du domaine de la religion et de la croyance. En revanche factuellement ce n’est pas cela qui autorise à nier l’existence de Jésus.

Reste qu’avec le développement d’Internet qui facilite et démultiplie la diffusion de théories complotistes, on assiste à une explosion des remises en cause scientifiques et désormais d’autres sciences, comme la médecine par exemple, sont concernées. Si la négation de la Shoah est au cœur du négationnisme et du complotisme, les remises en cause des sciences se multiplient et trouvent une audience importante, une sorte de nouvelle forme de luddisme. On est face à un immense café du commerce, où différentes attitudes coexistent : pour certains c’est la crédulité, pour d’autres l’envie d’être un « sachant » – « à moi on me la fait pas, je suis pas dupe » – qui défie une narration frappée du sceau de l’ « officialité », tandis que pour d’autres, c’est un moyen politique pur et simple, comme les négationnistes, de diffuser un message de propagande.

Parlons Internet

LC : Tu parles de « luddisme », mais en même temps, toi-même tu es dans une attitude très ambivalente vis à vis d’internet, et notamment des réseaux sociaux.
Tu dis « le développement d’internet facilite et démultiplie la diffusion de théories complotistes », mais était-ce vraiment joué d’avance ? En réalité, les négationnistes ont aussi saisi avant beaucoup d’autres les opportunités offertes par une technologie qui a bouleversé les rapports sociaux. De fait, ils n’ont pas été luddistes, au moins sur ce plan là.
Et ce que tu appelles «  le grand café du commerce », c’est à dire notamment les réseaux sociaux, ont aussi aidé à forger une conscience progressiste à travers le monde, notamment lors des révolutions arabes. Donc ce qui est un moyen utilisé par les fascistes peut aussi être un moyen pour la démocratisation du savoir. Est-ce que les clichés sur le « café du commerce » n’alimentent pas ceux du « chercheur dans sa tour d’ivoire », et réciproquement ?

Il s’agit d’un simple constat, non d’une remise en cause de ce qui est devenu un élément central de nos sociétés. Le luddisme qu’on peut constater n’est d’ailleurs pas dénué de contradictions : on utilise le progrès (Internet) pour dénoncer le progrès dans d’autres domaines.

Pas plus que le « café  du commerce » ne remet en cause les lieux de convivialité que sont les troquets. Mais on peut aisément constater que toute parole se vaut et que tout un chacun est expert en tout. Si on prend la part négative des réseaux sociaux, aujourd’hui ils fédèrent, unissent, mettent en rapport des gens qui étaient autrefois isolés : un militant d’extrême droite s’achetait Minute ou Rivarol, avait quelques potes avec qui vomir sa haine, mais dans des cercles limités. Mais ce constat a aussi des pans positifs, comme celui que tu viens d’évoquer : il permet aussi l’expression dans des sociétés muselées, et a permis d’unir les oppositions dans les pays arabes qui ont connu des soulèvements.

D’ailleurs la recherche elle-même a été transformée en profondeur avec Internet, on pourrait même dire bouleversée. Par exemple, il y a encore 20 ans, il fallait se farcir des fichiers-tiroirs en bibliothèques et centres d’archives pour connaître l’existence de publications, ou dépouiller des publications telles que L’Année philologique. Une partie de la qualité des recherches résidait dans la capacité à trouver ce qui existait. Aujourd’hui il suffit de deux mots clés dans une base de données, sans bouger de chez soi…

Il est aussi patent que l’extrême droite a su se saisir avec une rapidité impressionnante des moyens qu’offre internet. Dès la fin des années 1990 les sites néo-nazis et autres pullulaient. Ce n’était pas joué d’avance, mais en revanche il faut constater que pour un site luttant contre le négationnisme, il y en a 100 qui le diffusent.

On n’a vraiment pas déjà tout dit sur la Shoah?

LC : Aujourd’hui, pas mal de gens pensent très sincèrement qu’on a tout dit sur la Shoah, que c’est un des domaines de recherche les plus explorés, et aussi qu’ils savent l’essentiel. Qu’est ce qu’on ne sait pas, qu’est ce qui a été approfondi ces quinze dernières années, et qu’avais tu envie d’approfondir, au départ ?

Tite-Live a écrit une histoire de Rome il y a 2 000 ans. Ce qui n’empêche pas que depuis 2 000 ans les historiens continuent à écrire l’histoire de Rome. Jusqu’au début des années 1980 les historiens étudiant la Shoah étaient très peu nombreux. Ce n’est que depuis une trentaine d’années que le champ a connu une véritable explosion scientifique. La chute de l’URSS a rendu accessibles des montagnes d’archives non exploitées jusque-là par exemple.

Ensuite, cette histoire est en perpétuelle évolution, comme celle du nazisme ou de la Seconde Guerre mondiale, s’affine ou s’approfondit. C’est l’un des paradoxes du sujet, d’un côté il est omniprésent, de l’autre peu étudié. En France, le nombre de spécialistes de la Shoah ou de l’histoire du nazisme est assez limité, même si aujourd’hui il tend à croître.

Ensuite, il y a une forme de paradoxe assez impressionnant sur ce sujet – et qui vaut plus largement pour le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Malgré l’omniprésence du sujet dans la société, il y a pas mal de malentendus et d’incompréhensions, notamment en raison de la confusion entre le système concentrationnaire – avec notamment les images de ce qui a été découvert en 1945 qui se sont profondément ancrées dans les représentations – et la « solution finale », qui se déroule ailleurs. Ces représentations très fortes qui se sont fixées au sortir de la guerre demeurent prédominantes, alors que les travaux des historiens depuis plus de 50 ou 60 ans dans certains cas ont permis de mieux comprendre et distinguer les choses.

Le meilleur exemple réside sans doute dans le fait, que depuis les travaux de Raul Hilberg les historiens parlent de « centres de mise à mort », alors que l’expression qui demeure profondément ancrée est celle de « camp d’extermination ». Celle-ci est hautement problématique à bien des égards, à commencer par la contradiction absolue entre les deux termes : un camp est un lieu où l’on rassemble une population, pour la détenir par exemple – camp de concentration – alors que l’assassinat de masse ne nécessite pas de « camp », ce sont des sites qui sont destinés à tuer toute personne qui y est acheminée, et qui sont donc de taille réduite, avec peu de structures.

Les négationnistes, d’ailleurs, utilisent certaines de ces représentations et exploitent les confusions. La réduction de la Shoah aux chambres à gaz dans les représentations leur permet de dire « pas de chambres à gaz donc pas de Shoah », alors que plus de la moitié des victimes n’ont jamais franchi le seuil d’une chambre à gaz mais ont été exécutées autrement. Même chose en utilisant des éléments propres au système concentrationnaire pour expliquer que la Shoah, qui se déroule en dehors de ce système, n’est pas possible.

LC : Quand on te lit, c’est un peu déconcertant, parce que très souvent, il y a quand même une distinction assez nette entre les historiens de la « grande » Histoire et ceux qui s’attachent à décrypter des « épisodes » locaux au sein de cette grande Histoire. Toi, tu as écrit sur Auschwitz, mais aussi fouiné dans les tracts locaux de sections du PPF pour battre en brèche l’idée selon laquelle en France, il n’y aurait pas eu de collaborateurs politisés de la mise en œuvre physique des persécutions antisémites, et tu le fais en partant de ce qui est généralement considéré comme anecdotique. Dans tout cela, quel est ton fil conducteur ?

Il y a sans doute là un effet générationnel. Je suis loin d’être le seul à réaliser ce genre de travaux – et nous sommes quelques uns à mettre en œuvre la microhistoire dans le champ. D’une certaine façon le cadre général est connu très largement grâce aux travaux des historiens des 60 premières années, de Léon Poliakov à Serge Klarsfeld en passant par Raul Hilberg par exemple. Sans ce cadre général, ce qui est fait aujourd’hui ne serait pas possible.

Cela participe d’un affinement de la connaissance, d’une meilleure compréhension des mécanismes. Regarder les « marges » permet d’éclairer l’ensemble. Parmi les gars du PPF qui distribuent les tracts « mort aux juifs » en 1940 on en retrouve en 1943-1944 qui chassent les juifs en France pour réaliser la « solution finale ». Autrement dit, si je m’intéresse à Auschwitz, je m’intéresse aussi à ceux qui y « arrivent », et la manière dont ils arrivent là. Comment et à cause de qui un juif de Grenoble se retrouve à Drancy puis à Auschwitz ?

Il y a 15 ans, il aurait été brocardé comme technocrate, c’est un pur produit de l’ENA. Mais son passage chez Rothschild devient une tache. Aurait-il exercé au Crédit Agricole ou à la Banque postale, je doute qu’il aurait été qualifié de banquier.

LC : Quand tu ressors les vieux tracts du PPF, les déclarations incendiaires, non seulement de Doriot, mais aussi de ses bases locales, c’est forcément douloureux pour des lecteurs de gauche antiraciste, parce que beaucoup de ces militantes et activistes violents venaient comme Doriot, non pas de l’extrême-droite mais du camp censé lui faire face. Il y a toute une tradition très partiale dans le champ politique qui vise à cantonner l’antisémitisme issu de certaines gauches à un « accident », à quelque chose de pas très significatif en terme d’importance au sein des structures de Vichy mais aussi de la collaboration active à tous les échelons. Pour toi, est ce que c’était anecdotique ou important, au contraire ?

L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique. On en a eu un exemple lors de la campagne présidentielle avec la disqualification de Macron comme « banquier », utilisée tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche. Il y a 15 ans, il aurait été brocardé comme technocrate, c’est un pur produit de l’ENA. Mais son passage chez Rothschild devient une tache. Aurait-il exercé au Crédit Agricole ou à la Banque postale, je doute qu’il aurait été qualifié de banquier. Là on a eu une floraison de termes chez les auto-proclamés « anti-système » – qui ont tous pourtant des cursus forts semblables et sont présents en politique depuis des décennies – pour dénoncer « la banque », « l’oligarchie » etc. Le recours à cette terminologie n’a rien d’anodin, et chez certains – évidemment pas pour tous – elle renvoie plus qu’implicitement à l’antisémitisme. C’est d’ailleurs éclairant à ce sujet, de voir que certains historiens et intellectuels ont pointé les problèmes que posait le recours à ces termes mais que cela n’a eu aucune conséquence, pas même la moindre interrogation ou distanciation.

Ce sont surtout les années 1930 et la Seconde Guerre mondiale qui ont ancré l’idée que l’antisémitisme était propre à l’extrême droite et au nazisme. Mais en 1940, au moment de la défaite et du vote des pleins pouvoirs, on voit des attaques antisémites contre Blum qui viennent d’élus de la SFIO, par exemple.

Pour l’antisémitisme français au moment de Dreyfus, le juif est l’agent des Allemands, pour les Allemands en 1918, le Juif c’est l’agent des bolcheviques ou de la France, pour Staline, le Juif c’est l’agent d’Israël.

Si on regarde la Collaboration, et l’Ultra Collaboration, on voit qu’il y a pas mal de gens venant de la gauche. Il faut cependant faire attention sur ce point, que l’on retrouve par exemple exploité par Zemmour : Vichy serait la gauche. Ceci est faux, l’adhésion se faisant sur un programme d’extrême droite, maurrassien, la « Révolution nationale », voire pour les ultras comme les PPF ou les membres du RNP de Déat, sur des programmes proches du nazisme. Mais même du côté du PC on peut voir des tracts, notamment en 40-41, où l’antisémitisme n’est pas très loin. En soi, l’antisémitisme se retrouve partout sur l’échiquier politique.

Sous le vernis de la lutte contre “l’agent sioniste”

Au sortir de la guerre, l’antisémitisme est disqualifié et n’a plus voix au chapitre sur la scène politique occidentale. Pourtant dès 1944 en URSS, et surtout à partir de 1948, le régime soviétique multiplie les attaques antisémites, qui ensuite se retrouvent dans tout le bloc communiste. Sauf qu’officiellement, ce ne sont pas les Juifs qui sont visés, mais les « sionistes ».

Bref, on renomme, c’est validé un peu partout et ça passe sans soulever de problèmes pour les communistes en dehors du bloc soviétique. De 1948 à 1968 on multiplie les purges contre les Juifs, les procès, les assassinats et les expulsions, tout ça sous vernis de la lutte contre les « agents sionistes » ou les « cosmopolites sans racines », selon la terminologie d’alors.

Réinscrit dans l’histoire de l’antisémitisme, ça n’a rien d’original. C’est juste une déclinaison du juif qui est par essence sans patrie, ou de l’agent de l’étranger, qui a toujours existé: affaire Dreyfus, « coup de poignard dans le dos » pour expliquer la défaite de l’Allemagne en 1918 etc. Pour l’antisémitisme français au moment de Dreyfus, le juif est l’agent des Allemands, pour les Allemands en 1918, le Juif c’est l’agent des bolcheviques ou de la France, pour Staline, le Juif c’est l’agent d’Israël.

L’antisémitisme est pratique, il explique tout : le communisme c’est les juifs, le capital c’est les juifs. Chacun y trouve son explication. Et c’est adaptable à tout : la colonisation ? Les Juifs. L’esclavage ? Pareil. Dans les années 1990 le Sida en Afrique c’était les Juifs, et les attaques de requins en mer Rouge au début des années 2010 un coup du Mossad pour flinguer le tourisme en Egypte.

A chaque nouvelle crise, le discours s’adapte. On a vu fleurir les théories impliquant Israel dans la crise au Venezuela, et ces théories venaient des défenseurs de Maduro, pas vraiment l’extrême droite, même si in fine la collusion fini par se faire.

L’antisémitisme, pas plus que le racisme au demeurant, n’est propre à un bord politique. Ce sont ses usages et la manière dont il est assumé qui peuvent éventuellement être différents. Quoique sur l’antisémitisme, à gauche l’ « antisionisme » est bien pratique pour s’adonner à un antisémitisme non assumé ouvertement – et en disant cela je ne délégitime en rien le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat ou celui de critiquer les politiques israéliennes.

LC : « Et en disant cela je ne délégitime en rien le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat ou celui de critiquer les politiques israéliennes. ». C’est frappant que tu ajoutes cette phrase, parce que c’est devenu quasiment obligatoire, dans le débat, dès qu’on critique les instrumentalisations antisémites de la dénonciation de la politique israélienne. Comme si la lutte contre cet antisémitisme là ou même le simple fait de le constater était forcément suspect de cacher un autre racisme. Pourquoi continuer à se justifier ? Est-ce que tu penses que la victoire des antisémites est à ce point écrasante qu’on doive forcément en passer par là ?

Tu as totalement raison, cela ne devrait pas être. Mais c’est malheureusement le cas, tant « l’antisionisme » se drape dans une bonne conscience, qui souvent échappe aux gens. D’ailleurs toute la phase Soviétique et communiste du mot est intégralement effacée pour lui donner des atours de noblesse et cela va jusqu’à des discours qui affirment que le Bund, par exemple, était contre le mouvement sioniste, et que c’est la preuve que l’antisionisme n’est pas antisémite. Mais le Bund non seulement combattait férocement l’antisémitisme, il revendiquait aussi l’existence d’une nation juive autonome en Pologne (ou dans les Pays baltes).

Les antisionistes eux, nient l’existence des Juifs, sinon à leurs propres conditions. « On vous tolère, mais ne mouftez pas trop ». Le Bund, comme les sionistes, revendiquent le fait juif et l’existence d’une nation juive. Les antisionistes dénient aux juifs le droit de se définir, et s’arrogent ce droit. Il suffit de voir le succès du livre de Shlomo Sand, qui explique que “le peuple juif est une invention”. La belle affaire. Ce constat on peut le faire pour n’importe quel peuple, ou pour prendre un terme plus adéquat, pour n’importe quelle nation, à commencer par la France. Chaque nation repose sur des mythes fondateurs auxquels se rallient ceux qui s’y retrouvent.

Les antisémites existent, “les sémites” en revanche, ça n’existe pas

D’ailleurs l’usage de ce terme n’est pas sans faire penser à une théorie de comptoir qui a fait florès : « l’antisémitisme ne vise pas que les Juifs, mais aussi les Arabes, qui sont sémites aussi ».

Passons rapidement sur le fait que l’antisémitisme, tel qu’il a été défini par les antisémites eux-mêmes, n’a jamais visé que les seuls Juifs, pour aller à l’autre point, bien plus intéressant : les sémites n’existent pas. Les Arabes, pas plus que les Juifs ne sont sémites, c’est une construction racialiste reprise par le racisme, et développée à partir de l’existence d’un groupe de langue dit sémitique, où se retrouvent l’hébreu, l’araméen, le phénicien, l’arabe ou encore l’amharique.

D’ailleurs cette création d’une « race juive » a été un moyen pour dire que « les » Juifs formaient un tout, un groupe ethnique : les juifs d’Allemagne bien « blancs » étaient donc de la même « race » que les Juifs d’origine arabe du Yemen ou d’Egypte, que les Juifs noirs d’Ethiopie ou que les Juifs turcs de Crimée. Bref, l’antisémitisme vise à créer une unité ethnique (« raciale ») entre des groupes religieux ou nationaux qui n’ont en commun que leur religion et les récits qui en découlent – même pas une culture commune, parce que quel rapport entre la carpe farcie et la brick au thon ? Entre le pastrami et l’amba ? L’antisémitisme constitue, sous une double forme, un inverse du racisme : là où le racisme prétend la supériorité sur d’autres, lesquels sont définis par une appartenance ethnique visible, l’antisémitisme, lui, dénonce le danger de domination d’une race invisible, puisque non identifiable (sinon pour son appétence pour la carpe farcie, mais les Polonais aiment bien aussi… Pareil d’ailleurs pour la brick au thon, que juifs et musulmans du Maghreb aiment bien)

Pour nier l’antisémitisme (et donc in fine le justifier tout en le niant) ils maintiennent une fiction raciste concernant les Arabes…

Mais surtout, cette théorie « des Arabes qui seraient des sémites », largement prégnante à l’extrême gauche, voire à gauche (et elle est sur le devant de la scène par exemple en ce moment parmi certains défenseurs de Corbyn, qui excipent de cela pour nier l’antisémitisme au sein du Labour) montre le degré d’imprégnation des constructions racistes chez ceux là. Pour nier l’antisémitisme (et donc in fine le justifier tout en le niant) ils maintiennent une fiction raciste concernant les Arabes…

LC : Tu soulignes à juste titre le succès de la banalité pourtant profondément raciste « Les Arabes sont aussi des sémites ». Et aussi la spécificité de l’antisémitisme, comme dénonciation du danger de domination d’une race « invisible ». Or, depuis une quinzaine d’années, d’autres racismes ont subi une mutation importante: ce qui est appelé « islamophobie » est aussi un discours qui vise des gens qui n’ont souvent rien d’autre en commun qu’une religion, souvent supposée d’ailleurs, chez des issus de l’immigration.
Et elle les désigne aussi comme les agents d’un complot mondial censé amener à la domination totale, non seulement au plan religieux, mais aussi économique. Il arrive d’ailleurs de plus en plus souvent que les thèses conspirationnistes antisémites et islamophobes se rejoignent dans un récit commun où Soros, alternative de plus en plus courante à Rothschild, est aussi l’allié du complot islamiste en même temps qu’il est symbole du complot Juif.
Dans le champ politique d’aucuns nient cette parenté et la cette jonction des narratifs en dénonçant le concept même d’islamophobie. D’autres affirment au contraire que l’islamophobie à remplacé l’antisémitisme ». Dans les deux cas, l’un ou l’autre racisme est nié ou remis en cause. Que penses-tu de l’analogie entre islamophobie et antisémitisme , est-elle juste historiquement, même partiellement et quelles sont ses limites selon toi ?

Jusqu’à récemment ce qui prévalait largement était le racisme anti-arabe, nourri notamment à la fois par le colonialisme français en Afrique du Nord puis ensuite par le ressentiment né de la décolonisation chez certains Français. Auquel s’ajoute un autre élément, celui de la méconnaissance du fait musulman. En France, Arabe a été très largement synonyme de musulman: si t’es musulman t’es arabe, si t’es arabe t’es musulman. Et depuis quelques années, si t’es musulman t’es islamiste. Et donc in fine, arabe= islamiste. Au moment des attentats de 2015, des commentateurs expliquaient que les attentats avaient été exclusivement commis par des Arabes (quid de Coulibaly ?). Comme si l’adhésion à une idéologie assassine dépendait d’une appartenance ethnique.

Alors que le racisme se fonde avant tout sur une supposée infériorité, là on voit un passage à autre chose en effet. Et en outre, le « musulman » est très largement interchangeable. Il suffit de se rappeler que Nicolas Sarkozy ignorait en 2007 si Al-Qaïda était chiite ou sunnite pour avoir une illustration de la méconnaissance qui prédomine à ce sujet. L’espace géographique peuplé par des musulmans, qui va de l’Afrique aux confins de l’Asie, est vu comme un grand tout, unique, et conçu à travers notre héritage, à nous Français, avant tout à travers « l’Arabe » qui incarne cet ensemble menaçant.

Islamophobie

Maintenant avec le terme d’islamophobie on a quelque chose d’intéressant. Il est décrié par certains, et utilisé par d’autres pour disqualifier toute critique contre la religion musulmane. Mieux vaut s’écarter de ces prises de position et s’interroger sur autre chose : est-ce que le terme est opérant pour désigner un phénomène particulier ? Et là la réponse est claire : oui, on voit l’apparition d’idées qui feraient des musulmans les membres d’un grand tout, à la manœuvre dans l’ombre, complotant dans tel ou tel but.

Et à cet égard on a quelque chose de nouveau, dont les ressorts ne sont plus ceux du racisme, à savoir un regard depuis le haut vers quelqu’un d’inférieur, mais des ressorts qui ne sont pas sans rappeler ceux de l’antisémitisme : un danger fondé sur une puissance fantasmée. Ce phénomène là est récent. Si on prend en regard l’antisémitisme, il est constitué très largement d’invariants, que l’on retrouve en permanence, depuis des siècles: le juif et l’argent, le juif comploteur, le juif dépravé sexuel etc.

Comme tu le pointes, Soros remplace chez certains Rothschild, mais on reste sur les mêmes ressorts. Or, à côté du racisme anti-arabe, on voit apparaître de nouveaux fantasmes, un glissement vers « le Musulman », paré de tout un ensemble de menaces. Un Pakistanais serait de mèche avec un Français parce qu’ils sont tout deux musulmans, on a la mise en place d’un fantasme particulier qui n’est plus le racisme et qu’il faut qualifier pour ce qu’il est.

la Hongrie d’Orban, pour être xénophobe et raciste, n’en a pas moins fait de Soros la figure principale de la « menace anti-hongroise »

Maintenant si l’analogie peut prévaloir dans certains cas, elle a ses limites. D’abord prétendre que l’islamophobie a remplacé l’antisémitisme est absurde. L’antisémitisme se porte terriblement bien en Europe, et à part quelques négateurs à l’extrême-gauche, qui montrent que leur universalisme et leur combat anti-raciste à non seulement des limites mais qu’ils ont aussi quelques complaisances avec l’antisémitisme, personne ne le conteste aujourd’hui.

Ensuite, on peut aisément constater que l’antisémitisme demeure la principale matrice explicative en matière complotiste, par exemple. Que la Hongrie d’Orban, pour être xénophobe et raciste, n’en a pas moins fait de Soros la figure principale de la « menace anti-hongroise ».

LC : A la fin des années 1990, on pouvait penser qu’enfin, en France, le boulot était fait sur la responsabilité de l’Etat et d’une partie de la population française dans la collaboration et la complaisance avec les nazis, mais aussi dans l’élaboration de politiques autonomes de persécutions. Vingt ans après, des tribuns racistes comme Zemmour rencontrent un écho énorme lorsqu’ils reprennent des thèses sur Pétain qui aurait « aidé les Juifs », des responsables de partis politiques de gauche explosent toutes les limites en revenant au « Vichy, ce n’était pas la France ». Parfois même, on a l’impression que Paxton n’a jamais rien écrit qui vaille la peine d’être retenu. Ces aller-retour, et ces batailles jamais gagnées sont elles une spécificité française ?

Dans les années 1980 et 1990 on a assisté à une séquence importante, où les travaux des historiens (Paxton, Klarsfeld…) mais aussi l’opinion publique ont très largement permis de voir en face la réalité des responsabilités. Le discours de Chirac au Vel d’Hiv en 1995, puis d’autres mesures qui ont suivi, ont donné l’impression que la question était réglée. Et d’un point de vue scientifique elle l’est.

Retour en arrière, histoire et historiens en danger

Sauf que depuis une dizaine d’année, on assiste à une sorte de retour en arrière, porté par Zemmour et d’autres. On a un peu tout. « Vichy a protégé les juifs français » – il suffit de lire la loi du 3 octobre 1940, dite « statut des juifs », ou celle du 22 juillet 1941 sur « l’élimination de l’influence juive dans l’économie nationale » pour démonter cela. Sans même avoir à rappeler que la majorité des enfants au Vel d’Hiv en 1942 étaient nés en France ou que la rafle de janvier 1943 à Marseille est menée par la police française contre des Juifs français. Ou alors « Vichy c’est pas la France » – auquel il suffit de répondre par une question : c’est quoi la France ? la Saint-Barthélémy c’est pas la France ? La colonisation non plus ? etc.

Et il ne s’agit pas d’une spécificité française, même si on a dedans des débats franco-français. Ce qui se passe par exemple en Pologne aujourd’hui en est un exemple. Ou en Russie concernant la période stalinienne en est autre. Ou aux Etats-Unis. Nombre de pays connaissent ce genre de phase, au gré des climats qui y règnent et des phases de raidissement nationalistes.

LC : Tu évoques la Pologne et la loi votée récemment qui criminalise de fait l’expression de la vérité historique sur le génocide et les conditions de sa réalisation. Comment les historiens polonais envisagent-ils la suite, se sentent-ils concrètement et immédiatement en danger ? Comment s’organise la résistante à la fois locale et internationale à cette loi ? Quel est le pouvoir concret du gouvernement polonais sur des lieux de mémoire et d’histoire comme Auschwitz, actuellement, sont-ils seuls décideurs ou la communauté internationale a-t-elle un pouvoir sur leur fonctionnement quotidien et le contenu présenté aux visiteurs ?

Les historiens polonais sont en première ligne et la cible directe de ces lois, alors qu’ils ont effectué un travail remarquable depuis 20 ans, faisant de la Pologne le pays qui était à la pointe de l’historiographie de la Shoah. D’ailleurs ces historiens et historiennes reflétaient un mouvement important au sein de la population polonaise, qui de manière remarquable s’est saisie de son passé après la chute du régime communiste. En quelques années, la Pologne a fait le même chemin que la France en 50 ans. Cette Pologne là existe toujours, mais elle est en but aux nationalistes au pouvoir.

Pourtant les mobilisations existent, aussi bien sur le sujet de l’antisémitisme que sur d’autres, comme les droits des femmes. Mais on est face à un régime qui gouverne en direction de son électorat et donc qui bombe le torse face à l’international et dénonce les « antinationaux du parti de l’étranger ». Les historiens sont effectivement en danger, et pas seulement en Pologne. Leurs conférences sont régulièrement parasitées et interrompues, comme pour Jan Gross à Paris récemment, et des dénonciations et autres attaques sont réalisées par les représentants diplomatiques à destination des universités de ces chercheurs qui travaillent hors de Pologne. Ils disposent d’ailleurs de relais locaux qui attaquent aussi les historiens non polonais, y compris en France.

Et la pression sur les musées en Pologne est très très forte à l’heure actuelle. Le projet du musée de Gdansk, consacré à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en a été un exemple précoce. Alors que le musée allait ouvrir, tout a été arrêté, le directeur brutalement remplacé et la nature du même du musée remise en cause, car jugé pas assez favorable à un récit « national » correct aux yeux du pouvoir.

Les Allemands n’ont aucun besoin de « collaborateurs juifs » pour le processus de destruction.

LC:Depuis « Eichmann à Jérusalem » et les propos d’Hannah Arendt sur les « collaborateurs Juifs » qui font partie des contenus très partagés par les antisémites, ces questions-là font l’objet d’une fascination malsaine, et aussi d’un jeu relativiste pratiqué par beaucoup de forces politiques, qui se jettent sur ce genre de choses pour accréditer l’idée qu’après tout les victimes étaient aussi des bourreaux.
Comment fait-on en tant qu’historien pour affronter la récupération politique de certains aspects de la recherche sur le génocide ? Est-ce que c’est un sujet ou est ce que tu t’en fous ?

D’un point de vue historique ce n’est plus un sujet, la question est réglée depuis longtemps – que le sujet ait interpellé après la guerre, qu’Arendt s’y soit intéressé, est une chose légitime initialement, participant de la compréhension des mécanismes de la mise en place de la « solution finale ». Mais pas mal d’éléments sont alors méconnus ou pas pris en compte. Près d’un million de juifs ont été exécutés entre fin 1941 et début 1942 par les unités allemandes, sans aucun « collaborateur juif ». Les allemands n’ont aucun besoin de « collaborateurs juifs » pour le processus de destruction, mais en revanche ils ont besoin des collaborateurs locaux, des nationalistes, qui de la France aux Pays baltes en passant par l’Ukraine, ont eux très largement aidé à la réalisation de la “solution finale”.

La question des Judenrat

La question rejoint en fait le point précédent, l’histoire avance, mais les usages « politiques » restent ou reviennent. Effectivement c’est une marotte qui est assez flagrante chez les antisémites, on pourrait même dire un marqueur intangible. Et ceci pour une raison très simple. La création des Judenrat, ces « conseils juifs » mis en place par les Allemands à la tête des ghettos pour servir d’interface et gérer « l’interne », n’est ni plus ni moins que la reprise d’une méthode mise en œuvre dans le système concentrationnaire, consistant à confier la gestion d’une partie de l’interne, ce qui se passe dans le camp, à des détenus.

Pourtant là personne ne vient exciper de « collaborateurs » parmi les prisonniers pour faire porter la culpabilité sur les victimes. D’ailleurs, parmi les membres des Judenrat, à côté de gens qui se sont révélées être des crapules, l’immense majorité a joué un rôle important, en aidant les organisation de résistance dans les ghettos par exemple, ou en tentant de faire face aux Allemands. Quant aux risques de récupération politique, ils sont faibles : ce qui est récupéré en général est écrit pour l’être avant tout, cf. par exemple Zemmour.

LC:Tu as écrit pas mal de choses sur l’histoire des récits de la Shoah dans ce qu’on appelle la culture de masse, les comics ou les séries télévisées américaines. Globalement, comment évalues tu l’importance de cette culture de masse dans la construction des représentations et des connaissances sur la Shoah et le nazisme, quantitativement et qualitativement ?

Le sujet est très très présent, et on pourrait même dire depuis très longtemps, dans la culture populaire. Le cinéma ou la littérature s’en sont saisis dès la fin des années 1940. Si on prend la BD, le sujet devient important au tournant des années 1970-1980, d’abord avec les X-Men, puis avec Maus. Depuis des centaines de titres de bande dessinée ont abordé la Shoah. Quant aux séries télés, le sujet est présent depuis des décennies, depuis les séries de fiction (Star Trek, Magnum…) jusqu’aux séries historiques. La série Holocaust en 1978 a joué un rôle considérable dans le monde occidental dans la prise de conscience concernant la Shoah, et a eu un impact colossal. Et quand on regarde aujourd’hui Holocaust, historiquement ce n’est pas si mal.

Les X-Men constituent un exemple intéressant: la Shoah et Auschwitz sont au cœur des adaptations au cinéma d’un comics, dont la trame initiale est une allégorie de l’antisémitisme lorsque la série fut créé par Jack Kirby et Stan Lee en 1963. Puis la Shoah est explicitement évoquée début 1980, justement après le déclencheur Holocaust. On voit comment un objet de culture populaire en irrigue d’autres.

Et aujourd’hui, les X-Men participent à la construction de la connaissance de pas mal de gens, mine de rien, et ce n’est pas un problème que la fiction irrigue de la connaissance. Quand de tels vecteurs  se saisissent du sujet de manière sérieuse, entendu ici comme disant des choses exactes (le Auschwitz qui est montré est l’Auschwitz authentique), il n’y a rien à redire. Et mieux vaut une bonne allégorie qu’un mauvais documentaire, et les mauvais documentaires ne manquent pas…


Mépris de classe: Qui veut être traité de déplorable ou de Dupont Lajoie ? (Jaws for sharks: 40 years of hollywoodization and they put you in the basket of racist deplorables and bitter clingers)

25 octobre, 2018

Deliverance Poster

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Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers. Jésus (Matthieu 20: 16)
The line it is drawn, the curse it is cast. The slow one now will later be fast as the present now will later be past. The order is rapidly fadin’ and the first one now will later be last for the times they are a-changin. Bob Dylan
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Alexis de Tocqueville
Deliverance did for them what Jaws, another well-known movie, would later do for sharks. Daniel Roper (North Georgia Journal)
Depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. Pasolini
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises.  Bourdieu
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
What I take to be the film’s statement (upper case). This has to do with the threat that people like the nonconforming Wyatt and Billy represent to the ordinary, self-righteous, inhibited folk that are the Real America. Wyatt and Billy, says the lawyer, represent freedom; ergo, says the film, they must be destroyed. If there is any irony in this supposition, I was unable to detect it in the screenplay written by Fonda, Hopper and Terry Southern. Wyatt and Billy don’t seem particularly free, not if the only way they can face the world is through a grass curtain. As written and played, they are lumps of gentle clay, vacuous, romantic symbols, dressed in cycle drag. The NYT (1969)
Since Easy Rider is the film that is said finally to separate the men from the boys – at a time when the generation gap has placed a stigma on being a man – I want to point out that those who make heroes of Wyatt and Billy (played by Peter Fonda and Dennis Hopper) have a reasonably acrid dose to swallow at the start of the picture. Wyatt and Billy (names borrowed from the fumigated memory of the two outlaws of the Old West) make the bankroll on which they hope to live a life of easy-riding freedom by smuggling a considerable quantity of heroin across from Mexico and selling it to a nutty looking addict in a goon-chauffered Rolls Royce. Pulling off one big job and thereafter living in virtuous indolence is a fairly common dream of criminals, and dope peddling is a particularly unappetizing way of doing it. Is it thought O.K. on the other side of the gap, to buy freedom at that price? If so, grooving youth has a wealth of conscience to spend. (…) Wyatt and Billy are presented as attractive and enviable; gentle, courteous, peaceable, sliding through the heroic Western landscape on their luxurious touring motorcycles (with the swag hidden in one of the gas tanks). It is true that they come to a bloody end, gunned down by a couple of Southern rednecks for their long hair. But it is not retribution; indeed, they might have passed safely if the cretins in the pickup truck had realized that they were big traders on holiday. (…) The hate is that of Fonda, Hopper and Southern, they hate the element in American life that tries to destroy anyone who fails to conform, who demands to ride free. And it is quite right that they should. But Wyatt and Billy are more rigidly conformist, their life more narrowly obsessive than that of any broker’s clerk on the nine to five. The Nation (2008)
Easy Rider (1969) is the late 1960s « road film » tale of a search for freedom (or the illusion of freedom) in a conformist and corrupt America, in the midst of paranoia, bigotry and violence. Released in the year of the Woodstock concert, and made in a year of two tragic assassinations (Robert Kennedy and Martin Luther King), the Vietnam War buildup and Nixon’s election, the tone of this ‘alternative’ film is remarkably downbeat and bleak, reflecting the collapse of the idealistic 60s. Easy Rider, one of the first films of its kind, was a ritualistic experience and viewed (often repeatedly) by youthful audiences in the late 1960s as a reflection of their realistic hopes of liberation and fears of the Establishment. The iconographic, ‘buddy’ film, actually minimal in terms of its artistic merit and plot, is both memorialized as an image of the popular and historical culture of the time and a story of a contemporary but apocalyptic journey by two self-righteous, drug-fueled, anti-hero (or outlaw) bikers eastward through the American Southwest. Their trip to Mardi Gras in New Orleans takes them through limitless, untouched landscapes (icons such as Monument Valley), various towns, a hippie commune, and a graveyard (with hookers), but also through areas where local residents are increasingly narrow-minded and hateful of their long-haired freedom and use of drugs. The film’s title refers to their rootlessness and ride to make « easy » money; it is also slang for a pimp who makes his livelihood off the earnings of a prostitute. However, the film’s original title was The Loners. [The names of the two main characters, Wyatt and Billy, suggest the two memorable Western outlaws Wyatt Earp and Billy the Kid – or ‘Wild Bill’ Hickcock. Rather than traveling westward on horses as the frontiersmen did, the two modern-day cowboys travel eastward from Los Angeles – the end of the traditional frontier – on decorated Harley-Davidson choppers on an epic journey into the unknown for the ‘American dream’.] According to slogans on promotional posters, they were on a search: A man went looking for America and couldn’t find it anywhere… Their costumes combine traditional patriotic symbols with emblems of loneliness, criminality and alienation – the American flag, cowboy decorations, long-hair, and drugs. (…) Easy Rider surprisingly, was an extremely successful, low-budget (under $400,000), counter-cultural, independent film for the alternative youth/cult market – one of the first of its kind that was an enormous financial success, grossing $40 million worldwide. Its story contained sex, drugs, casual violence, a sacrificial tale (with a shocking, unhappy ending), and a pulsating rock and roll soundtrack reinforcing or commenting on the film’s themes. Groups that participated musically included Steppenwolf, Jimi Hendrix, The Band and Bob Dylan. The pop cultural, mini-revolutionary film was also a reflection of the « New Hollywood, » and the first blockbuster hit from a new wave of Hollywood directors (e.g., Francis Ford Coppola, Peter Bogdanovich, and Martin Scorsese) that would break with a number of Hollywood conventions. It had little background or historical development of characters, a lack of typical heroes, uneven pacing, jump cuts and flash-forward transitions between scenes, an improvisational style and mood of acting and dialogue, background rock ‘n’ roll music to complement the narrative, and the equation of motorbikes with freedom on the road rather than with delinquent behaviors. However, its idyllic view of life and example of personal film-making was overshadowed by the self-absorbent, drug-induced, erratic behavior of the filmmakers, chronicled in Peter Biskind’s tell-all Easy Riders, Raging Bulls: How the Sex-Drugs-and Rock ‘N Roll Generation Saved Hollywood (1999). And the influential film led to a flurry of equally self-indulgent, anti-Establishment themed films by inferior filmmakers, who overused some of the film’s technical tricks and exploited the growing teen-aged market for easy profits. (…) Death seems to be the only freedom or means to escape from the system in America where alternative lifestyles and idealism are despised as too challenging or free. The romance of the American highway is turned menacing and deadly. Filmsite
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qui se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Part of the reason that our politics seems so tough right now, and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time, is because we’re hard-wired not to always think clearly when we’re scared. Barack Obama
I do think that when you combine that demographic change with all the economic stresses that people have been going through because of the financial crisis, because of technology, because of globalization, the fact that wages and incomes have been flatlining for some time, and that particularly blue-collar men have had a lot of trouble in this new economy, where they are no longer getting the same bargain that they got when they were going to a factory and able to support their families on a single paycheck. You combine those things, and it means that there is going to be potential anger, frustration, fear. Some of it justified, but just misdirected. I think somebody like Mr. Trump is taking advantage of that. That’s what he’s exploiting during the course of his campaign. Barack Hussein Obama
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton (2016)
My mother is not watching. She said she doesn’t watch white award shows because you guys don’t thank Jesus enough. That’s true. The only white people that thank Jesus are Republicans and ex-crackheads. Michael Che
Populism might even be seen as idealistic, another wing of ‘post-materialistic’ politics more normally associated with the environmental movement; a quest for meaning and collective identity in a secular, individualistic modern world. When people in Sunderland voted for Brexit apparently against their material interests it was considered stupid; when affluent people vote for higher taxes it is considered admirable. David Goodhart
The Remain campaign was all about money and how much people would lose if Britain exited the EU. The Leave campaign was all about restoring a semblance of meaning to people’s lives, despite not having much money. As a vote for something more than money – for pride, belonging, community, identity, a sense of “home” – it was a rejection of the market. We might not much like some elements of this “vote for meaning”, but it was a vote with the heart, rather than the wallet. The result was a reminder that people need something in their lives that feels more important than money – especially, perhaps, when they have little prospect of having much. Charles Leadbeater
Rire général, même chez les sans-dents. François Hollande
Dans les sociétés dans mes dossiers, il y a la société Gad : il y a dans cet abattoir une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées ! On leur explique qu’elles n’ont plus d’avenir à Gad et qu’elles doivent aller travailler à 60 km ! Ces gens n’ont pas le permis ! On va leur dire quoi ? Il faut payer 1.500 euros et attendre un an ? Voilà, ça ce sont des réformes du quotidien, qui créent de la mobilité, de l’activité ! Emmanuel Macron
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
You often hear men say, “Why don’t they just leave?” [. . .] And I ask them, how many of you seen the movie Deliverance? And every man will raise his hand. And I’ll say, what’s the one scene you remember in Deliverance? And every man here knows exactly what scene to think of. And I’ll say, “After those guys tied that one guy in that tree and raped him, man raped him, in that film. Why didn’t the guy go to the sheriff? What would you have done? “Well, I’d go back home get my gun. I’d come back and find him.” Why wouldn’t you go to the sheriff? Why? Well, the reason why is they are ashamed. They are embarrassed. I say, why do you think so many women that get raped, so many don’t report it? They don’t want to get raped again by the system. Joe Biden
Trump’s message resonates with working class stiffs who believe that, despite his wealth, he understands them and their concerns. When he speaks, they understand him. There’s no complex grammar to parse. And there’s none of the phony folksiness you get from the Dems, none of the sho-nuffs and y’alls from a Hillary. To many ordinary Americans, Trump represents the promise of America as a land where everyone should have an opportunity to make it to the top if he works hard enough. These are the folks who gave the last election to Barak Obama because he made this promise, and now they’re disillusioned. (…) Many Ruling Class Republicans seem to suffer from Trump Derangement Syndrome. To these folks, the Trump-Kelly dust-up was the last straw. Writing in the Post, Jennifer Rubin bellyaches that Trump “whines,” “bellyaches,” and “complains.” Even (gasp!) “during the debate.” Trump had the unmitigated chutzpah to call out a member of the sacred media priesthood when she was behaving unprofessionally towards him. Genteel Republicans don’t do that. As is his wont, Trump readily admits the obvious. “I’m the most fabulous whiner…. and I keep whining and whining until I win.” And win he did, Most candidates beg the media to cover them. The reverse is true with Trump. After the dust-up with Kelly, it was Trump who black-listed Fox when he was doing the Sunday news shows, and Fox begged him to come back and make up. Wanna bet that in the future a debate moderator will think twice before treating Trump unfairly? (…) George Will is not the only Ruling Class Republican to express contempt for Donald Trump. And some express even more contempt for those who like him. Writing for National Review Online, Charles C. Cooke calls Trump a “virus.” (What is it with these misophobics?) and those who like him are ill, infected. You can recognize them because “by their dull, unreflective, often ovine behavior, they resemble binary and nuanceless drones.” Nuanceless? Choosing Trump for the presidential nomination, explains Cooke, is “comparable…to a person’s choosing a disabled man to run in a marathon.” Who would do something like that? Oh, wait. The disabled do compete in marathons, and have done so with pride since 1972. I’m sure that Cooke didn’t intend to diss the disabled. The problem for Ruling Class Conservatives like Will and Cooke, is that the Left has emasculated them. They tremble lest they let slip a faux pas that the Left can jump upon. They must at all times show that their Conservatism is “intellectually respectable and politically palatable,” and worry that Trump will make them look bad to the Liberals and their media. They are unable to grasp the fact that, notwithstanding all their efforts, the Left will never regard them as respectable and palatable. To achieve that goal, they must first become Liberals themselves. Trump makes it clear that he doesn’t give a damn what Liberals think of us. And everyday people of all political persuasions applaud when he stands up to the self-important elitist media, just as they did with Newt Gingrich in 2012. It’s time for the Right to man-up. Emulate Donald Trump and the Canadians. Esther Goldberg
After the election, in liberal, urban America, one often heard Trump’s win described as the revenge of the yahoos in flyover country, fueled by their angry “isms” and “ias”: racism, anti-Semitism, nativism, homophobia, Islamophobia, and so on. Many liberals consoled themselves that Trump’s victory was the last hurrah of bigoted, Republican white America, soon to be swept away by vast forces beyond its control, such as global migration and the cultural transformation of America into something far from the Founders’ vision. As insurance, though, furious progressives also renewed calls to abolish the Electoral College, advocating for a constitutional amendment that would turn presidential elections into national plebiscites. Direct presidential voting would shift power to heavily urbanized areas—why waste time trying to reach more dispersed voters in less populated rural states?—and thus institutionalize the greater economic and cultural clout of the metropolitan blue-chip universities, the big banks, Wall Street, Silicon Valley, New York–Washington media, and Hollywood, Democrat-voting all. Barack Obama’s two electoral victories deluded the Democrats into thinking that it was politically wise to jettison their old blue-collar appeal to the working classes, mostly living outside the cities these days, in favor of an identity politics of a new multicultural, urban America. Yet Trump’s success represented more than simply a triumph of rural whites over multiracial urbanites. More ominously for liberals, it also suggested that a growing minority of blacks and Hispanics might be sympathetic with a “country” mind-set that rejects urban progressive elitism. For some minorities, sincerity and directness might be preferable to sloganeering by wealthy white urban progressives, who often seem more worried about assuaging their own guilt than about genuinely understanding people of different colors. Trump’s election underscored two other liberal miscalculations. First, Obama’s progressive agenda and cultural elitism prevailed not because of their ideological merits, as liberals believed, but because of his great appeal to urban minorities in 2008 and 2012, who voted in solidarity for the youthful first African-American president in numbers never seen before. That fealty wasn’t automatically transferable to liberal white candidates, including the multimillionaire 69-year-old Hillary Clinton. Obama had previously lost most of America’s red counties, but not by enough to keep him from winning two presidential elections, with sizable urban populations in Wisconsin, Michigan, Ohio, and Pennsylvania turning out to vote for the most left-wing presidential candidate since George McGovern. Second, rural America hadn’t fully raised its electoral head in anger in 2008 and 2012 because it didn’t see the Republican antidotes to Obama’s progressive internationalism as much better than the original malady. Socially moderate establishmentarians like the open-borders-supporting John McCain or wealthy businessman Mitt Romney didn’t resonate with the spirit of rural America—at least not enough to persuade millions to come to the polls instead of sitting the elections out. Trump connected with these rural voters with far greater success than liberals anticipated. Urban minorities failed in 2016 to vote en bloc, in their Obama-level numbers; and rural Americans, enthused by Trump, increased their turnout, so that even a shrinking American countryside still had enough clout to win. What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness. Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world. In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior. Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed. As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully. In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity. Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office. Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality. To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals. Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America. Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns. In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history. Victor Davis Hanson
Né à Detroit dans les années 1950, j’ai grandi dans une famille où personne n’avait fréquenté l’université. Lorsque j’ai obtenu une bourse pour l’université du Michi­gan, j’ai été confronté à un snobisme de gauche qui méprisait la classe ouvrière, son attache­ment à la famille, la religion. Cette gauche caviar a suscité chez moi une forte réaction. Mark Lilla
Une des nombreuses leçons à tirer de la présidentielle américaine et de son résultat détestable, c’est qu’il faut clore l’ère de la gauche « diversitaire ». Hillary Clinton n’a jamais été aussi excellente et stimulante que lorsqu’elle évoquait l’engagement des États-Unis dans les affaires du monde et en quoi il est lié à notre conception de la démocratie. En revanche, dès qu’il s’agissait de politique intérieure, elle n’avait plus la même hauteur de vue et tendait à verser dans le discours de la diversité, en en appelant explicitement à l’électorat noir, latino, féminin et LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans). Elle a commis là une erreur stratégique. Tant qu’à mentionner des groupes aux États-Unis, mieux vaut les mentionner tous. Autrement, ceux que l’on a oubliés s’en aperçoivent et se sentent exclus. C’est exactement ce qui s’est passé avec les Blancs des classes populaires et les personnes à fortes convictions religieuses. Pas moins des deux tiers des électeurs blancs non diplômés du supérieur ont voté pour Donald Trump, de même que plus de 80 % des évangéliques blancs. (…) l’obsession de la diversité à l’école et dans la presse a produit à gauche une génération de narcissiques, ignorant le sort des personnes n’appartenant pas aux groupes auxquels ils s’identifient, et indifférents à la nécessité d’être à l’écoute des Américains de toutes conditions. Dès leur plus jeune âge, nos enfants sont incités à parler de leur identité individuelle, avant même d’en avoir une. Au moment où ils entrent à l’université, beaucoup pensent que le discours politique se réduit au discours de la diversité, et on est consterné de voir qu’ils n’ont pas d’avis sur des questions aussi éternelles que les classes sociales, la guerre, l’économie et le bien commun. L’enseignement de l’histoire dans les écoles secondaires en est grandement responsable, car les programmes adoptés plaquent sur le passé le discours actuel de l’identité et donnent une vision déformée des grandes forces et des grands personnages qui ont façonné notre pays (les conquêtes du mouvement pour les droits des femmes, par exemple, sont réelles et importantes, mais on ne peut les comprendre qu’à la lumière des accomplissements des Pères fondateurs, qui ont établi un système de gouvernement fondé sur la garantie des droits). Quand les jeunes entrent à l’université, ils sont incités à rester centrés sur eux-mêmes par les associations étudiantes, par les professeurs ainsi que par les membres de l’administration qui sont employés à plein temps pour gérer les « questions de diversité » et leur donner encore plus d’importance. La chaîne Fox News et d’autres médias de droite adorent railler la « folie des campus » autour de ces questions, et il y a le plus souvent de quoi. Cela fait le jeu des démagogues populistes qui cherchent à délégitimer le savoir aux yeux de ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur un campus. Comment expliquer à l’électeur moyen qu’il y a censément urgence morale à accorder aux étudiants le droit de choisir le pronom personnel par lequel ils veulent être désignés ? Comment ne pas rigoler avec ces électeurs quand on apprend qu’un farceur de l’université du Michigan a demandé à se faire appeler « Sa majesté » ? Cette sensibilité à la diversité sur les campus a déteint sur les médias de gauche, et pas qu’un peu. L’embauche de femmes et de membres des minorités au titre de la discrimination positive dans la presse écrite et l’audiovisuel est une formidable avancée sociale – et cela a même transformé le visage des médias de droite. Mais cela a aussi contribué à donner le sentiment, surtout aux jeunes journalistes et rédacteurs en chef, qu’en traitant de l’identité ils avaient accompli leur travail. (…) Combien de fois, par exemple, nous ressert-on le sujet sur le « premier ou la première X à faire Y » ? La fascination pour les questions d’identité se retrouve même dans la couverture de l’actualité internationale qui est, hélas, une denrée rare. Il peut être intéressant de lire un article sur le sort des personnes transgenre en Égypte, par exemple, mais cela ne contribue en rien à informer les Américains sur les puissants courants politiques et religieux qui détermineront l’avenir de l’Égypte et, indirectement, celui de notre pays. (…) Mais c’est au niveau de la stratégie électorale que l’échec de la gauche diversitaire a été le plus spectaculaire, comme nous venons de le constater. En temps normal, la politique nationale n’est pas axée sur ce qui nous différencie mais sur ce qui nous unit. Et nous choisissons pour la conduire la personne qui aura le mieux su nous parler de notre destin collectif. Ronald Reagan a été habile à cela, quoiqu’on pense de sa vision. Bill Clinton aussi, qui a pris exemple sur Reagan. Il s’est emparé du Parti démocrate en marginalisant son aile sensible aux questions d’identité, a concentré son énergie sur des mesures de politique intérieure susceptibles de bénéficier à l’ensemble de la population (comme l’assurance-maladie) et défini le rôle des États-Unis dans le monde d’après la chute du mur de Berlin. En poste pour deux mandats, il a ainsi été en mesure d’en faire beaucoup pour différentes catégories d’électeurs membres de la coalition démocrate. La politique de la différence est essentiellement expressive et non persuasive. Voilà pourquoi elle ne fait jamais gagner des élections – mais peut en faire perdre. L’intérêt récent, quasi ethnologique, des médias pour l’homme blanc en colère en dit autant sur l’état de la gauche américaine que sur cette figure tant vilipendée et, jusqu’ici, dédaignée. Pour la gauche, une lecture commode de la récente élection présidentielle consisterait à dire que Donald Trump a gagné parce qu’il a réussi à transformer un désavantage économique en colère raciste – c’est la thèse du whitelash, du retour de bâton de l’électorat blanc. C’est une lecture commode parce qu’elle conforte un sentiment de supériorité morale et permet à la gauche de faire la sourde oreille à ce que ces électeurs ont dit être leur principale préoccupation. Cette lecture alimente aussi le fantasme selon lequel la droite républicaine serait condamnée à terme à l’extinction démographique – autrement dit, que la gauche n’a qu’à attendre que le pays lui tombe tout cuit dans l’assiette. Le pourcentage étonnamment élevé du vote latino qui est allé à M. Trump est là pour nous rappeler que plus des groupes ethniques sont établis depuis longtemps aux États-Unis, moins leur comportement électoral est homogène. Enfin, la thèse du whitelash est commode parce qu’elle disculpe la gauche de ne pas avoir vu que son obsession de la diversité incitait les Américains blancs, ruraux, croyants, à se concevoir comme un groupe défavorisé dont l’identité est menacée ou bafouée. Ces personnes ne réagissent pas contre la réalité d’une Amérique multiculturelle (en réalité, elles ont tendance à vivre dans des régions où la population est homogène). Elles réagissent contre l’omniprésence du discours de l’identité, ce qu’elles appellent le « politiquement correct ». La gauche ferait bien de garder à l’esprit que le Ku Klux Klan est le plus ancien mouvement identitaire de la vie politique américaine, et qu’il existe toujours. Quand on joue au jeu de l’identité, il faut s’attendre à perdre. Il nous faut une gauche postdiversitaire, qui s’inspire des succès passés de la gauche prédiversitaire. Cette gauche-là s’attacherait à élargir sa base en s’adressant aux Américains en leur qualité d’Américains et en privilégiant les questions qui concernent une vaste majorité d’entre eux. Elle parlerait à la nation en tant que nation de citoyens qui sont tous dans le même bateau et doivent se serrer les coudes. Pour ce qui est des questions plus étroites et symboliquement très chargées qui risquent de faire fuir des électeurs potentiels, notamment celles qui touchent à la sexualité et à la religion, cette gauche-là procéderait doucement, avec tact et sens de la mesure. Les enseignants acquis à cette gauche-là se recentreraient sur la principale responsabilité politique qui est la leur dans une démocratie : former des citoyens engagés qui connaissent leur système politique ainsi que les grandes forces et les principaux événements de leur histoire. Cette gauche postdiversitaire rappellerait également que la démocratie n’est pas qu’une affaire de droits ; elle confère aussi des devoirs à ses citoyens, par exemple le devoir de s’informer et celui de voter. Une presse de gauche postdiversitaire commencerait par s’informer sur les régions du pays dont elle a fait peu de cas, et sur les questions qui les préoccupent, notamment la religion. Et elle s’acquitterait avec sérieux de sa responsabilité d’informer les Américains sur les grandes forces qui régissent les relations internationales. J’ai été invité il y a quelques années à un congrès syndical en Floride pour parler du célèbre discours du président Franklin D. Roosevelt de 1941 sur les quatre libertés. La salle était bondée de représentants de sections locales – hommes, femmes, Noirs, Blanc, Latinos. Nous avons commencé par chanter l’hymne national puis nous nous sommes assis pour écouter un enregistrement du discours de Roosevelt. J’observais la diversité des visages dans l’assistance et j’étais frappé de voir à quel point ces personnes si différentes étaient concentrées sur ce qui les rassemblait. Et, en entendant Roosevelt invoquer d’une voix vibrante la liberté d’expression, la liberté de culte, la liberté de vivre à l’abri du besoin et la liberté de vivre à l’abri de la peur – des libertés qu’il réclamait « partout dans le monde » – cela m’a rappelé quels étaient les vrais fondements de la gauche américaine moderne. Mark Lilla
Dix jours à peine après l’élection de Trump, Lilla publie une tribune dans le New York Times, où il étrille la célébration univoque de la diversité par l’élite intellectuelle progressiste comme principale cause de sa défaite face à Trump. «Ces dernières années, la gauche américaine a cédé, à propos des identités ethniques, de genre et de sexualité, à une sorte d’hystérie collective qui a faussé son message au point de l’empêcher de devenir une force fédératrice capable de gouverner […], estime-t-il. Une des nombreuses leçons à tirer de la présidentielle américaine et de son résultat détestable, c’est qu’il faut clore l’ère de la gauche diversitaire.» De cette diatribe à succès, l’universitaire a fait un livre tout aussi polémique, The Once and Future Liberal. After Identity Politics, dont la traduction française vient d’être publiée sous le titre la Gauche identitaire. L’Amérique en miettes (Stock). Un ouvrage provocateur destiné à sonner l’alerte contre le «tournant identitaire» pris par le Parti démocrate sous l’influence des «idéologues de campus», «ces militants qui ne savent plus parler que de leur différence.» «Une vision politique large a été remplacée par une pseudo-politique et une rhétorique typiquement américaine du moi sensible qui lutte pour être reconnu», développe Lilla. Dans son viseur : les mouvements féministes, gays, indigènes ou afro comme Black Lives Matter («le meilleur moyen de ne pas construire de solidarité»). Bref, tout ce qui est minoritaire et qui s’exprime à coups d’occupation de places publiques, de pétitions et de tribunes dans les journaux est fautif à ses yeux d’avoir fragmenté la gauche américaine. L’essayiste situe l’origine de cette «dérive» idéologique au début des années 70, lorsque la Nouvelle Gauche interprète «à l’envers» la formule «le privé est politique», considérant que tout acte politique n’est rien d’autre qu’une activité personnelle. Ce «culte de l’identité» et des «particularismes» issus de la révolution culturelle et morale des Sixties a convergé avec les révolutions économiques sous l’ère Reagan pour devenir «l’idéologie dominante.» «La politique identitaire, c’est du reaganisme pour gauchiste», résume cet adepte de la «punchline» idéologico-politique. Intellectuel au profil hybride, combattant à la fois la pensée conservatrice et la pensée progressiste, Lilla agace plus à gauche qu’à droite où sa dénonciation de «l’idéologie de la diversité», de «ses limites» et «ses dangers» est perçue comme l’expression ultime d’un identitarisme masculin blanc. Positionnement transgressif qu’on ferait volontiers graviter du côté de la «nouvelle réaction», ce qu’il réfute. (…) L’essai de Lilla peut se lire comme un avertissement lancé à la gauche intellectuelle française, aujourd’hui divisée entre «républicanistes» et « décoloniaux ». Libération
Notre situation est parfaitement paradoxale. Jamais les ennemis de l’Union européenne n’ont eu à ce point le sentiment de toucher au but, de presque en voir la fin, et cependant jamais, je le crois, les peuples d’Europe n’ont été plus sérieusement, plus gravement attachés à l’Union. Quel malentendu! Voilà bien l’un des plus fâcheux résultats de notre incapacité à discuter, de notre nouvelle inclination pour la simplification à outrance des points de vue. L’hypothèse d’un repli nationaliste procède d’une erreur d’interprétation. Il n’y a pas de demande de repli nationaliste, mais une demande de protection, de régulation politique, de contrôle du cours des choses. C’est une demande de puissance publique qui ne heurte pas l’idée européenne. C’est en refusant de répondre à cette demande éminemment légitime et recevable que l’Union finira par conduire les Européens à revenir, la mort dans l’âme, au dogme nationaliste. (…) Trump marque le retour d’une figure classique mais oubliée chez nous, celle de l’homme d’État qui n’a d’intérêt que pour son pays. Il assume une politique de puissance. (…) [ souligner le clivage avec l’Europe de l’Est] C’est un risque politique, sur le plan national comme sur le plan européen. (…) La double défaite signifierait a posteriori l’imprudence du pari et pèserait sur les deux niveaux, européen et national en affaiblissant dangereusement le président. (…) Du côté des gouvernements, cessons de surjouer l’opposition frontale. (…) nous devons accepter cet attachement viscéral des Européens à leur patrimoine immatériel, leur manière de vivre, leur souveraineté, parfois si récente ou retrouvée depuis si peu et si chèrement payée. Dominique Reynié
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…) C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %. Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social. Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. Christophe Guilluy
La société ouverte (…), c’est la grande fake news de la mondialisation. Quand on regarde les choses de près, les gens qui vendent le plus la société ouverte sont ceux qui vivent dans le plus grand grégarisme social, ceux qui contournent le plus la carte scolaire, ceux qui vivent dans l’entre-soi et qui font des choix résidentiels qui leur permettent à la fin de tenir le discours de la société ouverte puisque de toute façon, ils ont, eux, les moyens de la frontière invisible. Et précisément, ce qui est à l’inverse la situation des catégories modestes, c’est qu’elles n’ont pas les moyens de la frontière invisible. Ca n’en fait pas des xénophobes ou des gens qui sont absolument contre l’autre. Ca fait simplement des gens qui veulent qu’un Etat régule. Christophe Guilluy
Que nous dit Christophe Guilluy ? Que la scission est aujourd’hui consommée entre une élite déconnectée et une classe populaire précarisée. Et que la classe moyenne, qu’il définit comme « une classe majoritaire dans laquelle tout le monde était intégré, de l’ouvrier au cadre », est un champ de ruines. Ce dernier point est affirmé, répété, martelé, « implosion d’un modèle qui n’intègre plus les classes populaires, qui constituaient, hier, le socle de la classe moyenne occidentale et en portait les valeurs ». Dès lors, les groupes sociaux en présence « ne font plus société ». C’est là le sens du titre, « No Society », reprise qui n’a rien d’innocente d’un aphorisme de feu la Première ministre britannique Margaret Thatcher – déjà responsable du célèbre Tina, « There is no alternative » –, dont la politique néolibérale agressive, véritable plan de casse sociale dans les années 1980, définit toujours le modèle outre-Manche. Guilluy se fait lanceur d’alerte. Il constate, à l’instar de l’économiste Thomas Piketty, dont il cite les travaux à plusieurs reprises, le fossé toujours plus large qui sépare les catégories les plus aisées, des classes défavorisées. Une situation qui induit une nouvelle géographie sociale et politique. Et explique, selon lui, l’insécurité culturelle s’ajoutant à l’insécurité sociale, la vague populiste qui balaie la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne, les États-Unis et aujourd’hui le Brésil. Pour l’auteur, comme pour d’autres analystes, l’élection de Trump n’est pas un accident, mais l’aboutissement d’un processus que les élites, drapées dans « un mépris de classe », auraient voulu renvoyer aux marges. Ce qui fâche politiques, chefs d’entreprise et médias ? Cette propension à mettre tout le monde dans le même sac, tous complices de défendre, « au nom du bien commun », une idéologie néolibérale jugée destructrice. Et de masquer les vrais problèmes à l’aide d’éléments de langage. Guilluy conspue les 0,1 %, ces superpuissances économiques, tentées par l’anarcho-capitalisme, qui siphonnent les richesses mondiales. Tout comme il rejette la métropolisation des territoires, encouragée par l’Europe, qui tend à concentrer les créations d’emplois dans les zones urbaines, alors même que les classes populaires en sont rejetées par le coût du logement et une fiscalité dissuasive. Effondrement du modèle intégrateur, ascenseur social en berne… Cette France à qui on demande de traverser la rue attend vainement, selon lui, que le feu repasse au vert pour elle. Guilluy la crédite cependant d’un « soft power », capacité, amplifiée par les réseaux sociaux, à remettre sur la table les sujets qui fâchent, ceux-là mêmes que les élites aimeraient conserver sous le tapis. Une donnée que les tribuns populistes, de droite comme de gauche, ont bien intégrée, s’en faisant complaisamment chambre d’écho. Sud Ouest
The slide in his popularity – Macron is now more unpopular than his predecessor, François Hollande, at the same stage – is a dire warning to “globalists”. It comes at a time when Trump’s popularity among his voters is relatively stable by comparison and the American economy is growing. Macron’s fate could have far-reaching consequences for Europe’s political future. What makes the contrast between Trump’s and Macron’s fortunes so striking is that the two presidents have so much in common. Both found electoral success by breaking free of their own side: Macron from the left and Trump from mainstream Republicanism; they both moved beyond the old left-right divide. Both realised that we were seeing the disappearance of the old western middle class. Both grasped that, for the first time in history, the working people who make up the solid base of the lower middle classes live, for the most part, in regions that now generate the fewest jobs. It is in the small or middling towns and vast stretches of farmland that skilled workers, the low-waged, small farmers and the self-employed are concentrated. These are the regions in which the future of western democracy will be decided. But the similarities end there. While Trump was elected by people in the heartlands of the American rustbelt states, Macron built his electoral momentum in the big globalised cities. While the French president is aware that social ties are weakening in the regions, he believes that the solution is to speed up reform to bring the country into line with the requirements of the global economy. Trump, by contrast, concluded that globalisation was the problem, and that the economic model it is based on would have to be reined in (through protectionism, limits on free trade agreements, controls on immigration, and spending on vast public infrastructure building) to create jobs in the deindustrialised parts of the US. It could be said that to some extent both presidents are implementing the policies they were elected to pursue. Yet, while Trump’s voters seem satisfied, Macron’s appear frustrated. Why is there such a difference? This has as much to do with the kind of voters involved as the way the two presidents operate politically. Trump speaks to voters who constitute a continuum, that of the old middle class. It is a body of voters with clearly expressed demands – most call for the creation of jobs, but they also want the preservation of their social and cultural model. Macron’s problem, on the other hand, is that his electorate consists of different elements that are hard to keep together. The idea that Macron was elected just by the big city “winners” isn’t accurate: he also attracted the support of many older voters who are not especially receptive to the economic and societal changes the president’s revolution demands.This holds true throughout Europe. Those who support globalisation often tend to forget a vital fact: the people who vote for them aren’t just the ones on the winning side in the globalisation stakes or part of the new, cool bourgeoisie in Paris, London or New York, but are a much more heterogeneous group, many of whom are sceptical about the effects of globalisation. In France, for example, most of Macron’s support came in the first instance from the ranks of pensioners and public sector workers who had been largely shielded from the effects of globalisation. (…) These developments are an illustration of the political difficulty that Europe’s globalising class now finds itself in. From Angela Merkel to Macron, the advocates of globalisation are now relying on voters who cling to a social model that held sway during the three decades of postwar economic growth. Thus their determination to accelerate the adaptation of western societies to globalisation automatically condemns them to political unpopularity. Locked away in their metropolitan citadels, they fail to see that their electoral programmes no longer meet the concerns of more than a tiny minority of the population – or worse, of their own voters. They are on the wrong track if they think that the “deplorables” in the deindustrialised states of the US or the struggling regions of France will soon die out. Throughout the west, people in “peripheral” regions still make up the bulk of the population. Like it or not, these areas continue to represent the electoral heartlands of western democracies. Christophe Guilluy
La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. (…)  En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille. (…) On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives. (…)  ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés. (…) Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. (…) L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés. (…) Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la par