Bouddhisme: Attention, une religion de paix peut en cacher une autre ! (After Islam’s jihadists, Burma’s ultra-nationalist monks are a tragic reminder that in times of crisis even the most peaceful of religious doctrines can turn homicidal)

8 juillet, 2019

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Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Jésus (Jean 14: 27)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume; il y aura de grands tremblements de terre, et, en divers lieux, des pestes et des famines; il y aura des phénomènes terribles, et de grands signes dans le ciel.(…) Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, il y aura de l’angoisse chez les nations qui ne sauront que faire, au bruit de la mer et des flots. Jésus (Luc 21: 10-25)
Ne prenez pas le mal à la légère en disant ‘il ne m’atteindra pas’. Même un pot d’eau finit par se remplir de gouttes de pluie. De même, l’innocent absorbant goutte par goutte finit par se remplir de mal. Gautama Bouddha
Comme une mère protègerait son unique enfant au risque de sa propre vie, cultivons un amour sans limite envers tous les êtres.  Que ces pensées d’amour infini imprègnent le monde tout entier, dessus, dessous, de toutes parts, sans obstacle, sans haine ni inimitié. Metta sutta (hymne de l’amour universel)
Le Bouddha se situe souvent au-delà du Bien et du Mal. Ses paroles devraient nous permettre de limiter les mécaniques du Mal. Texte lu par Bulle Ogier (Le Vénérable W)
Une croyance populaire dit que si on peut tuer un animal, on peut aussi tuer un homme. Nous, les bouddhistes, nous nous opposons au sacrifice des animaux. Texte par Bulle Ogier (Le Vénérable W)
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
L’éthique de la victime innocente remporte un succès si triomphal aujourd’hui dans les cultures qui sont tombées sous l’influence chrétienne que les actes de persécution ne peuvent être justifiés que par cette éthique, et même les chasseurs de sorcières indonésiens y ont aujourd’hui recours. La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. René Girard
Les pays européens devraient accueillir ces réfugiés et leur fournir de l’éducation et des formations, l’objectif étant qu’ils rentrent chez eux avec des compétences particulières. Ils seront eux-mêmes mieux, je pense, dans leur propre pays. Mieux vaut garder l’Europe pour les Européens. Tenzyn Gyatso (Dalai Lama)
Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)
En réalité, leurs mosquées ne sont pas des lieux de culte comme nos monastères. Ce sont des bases de guerre pour planifier des attaques contre les non-musulmans. J’ai deviné l’intention des musulmans qui est de convertir le monde entier à l’islam. D’ailleurs, on peut voir sur Youtube, quand les membres de l’EI décapitent un chrétien, ils montrent un doigt, c’est-à-dire qu’il doit y avoir un seul Dieu dans le monde. Du fait que les musulmans ls entrent et s’installent dans les pays d’Europe, ils envahissent le monde. Et les dirigeants comme Merkel et compagnie les acceptent sans tenir compte de l’avis du peuple. Aux USA, si le peuple veut rester en paix et en sécurité, il doit choisir Donald Trump. Ashin Wirathu
L’Hitler de Birmanie est bouddhiste et ses juifs sont les musulmans rohingyas. David Aaronovitch
Les caractéristiques des poissons-chats d’Afrique sont : ils grandissent très vite. Ils se reproduisent très vite aussi. Et puis ils sont violents. Ils mangent les membres de leur propre espèce et détruisent les ressources naturelles de leur environnement. Les musulmans sont exactement comme ces poissons. Ashin Wirathu
Si on peut tuer un animal, on peut tuer un homme. Ashin Wirathu
Une foule excitée peut devenir incontrôlable. Cela peut exploser. Ma Ba Tha intervient quand les « kalars » embêtent les bouddhistes. Une fois le problème réglé et les « kalars » sanctionnés, la foule se calme. Voilà le rôle de Ma BA TA. Ashin Wirathu
Nous ne ciblons pas délibérément les entreprises [musulmanes]. Ils tuent des animaux car ils pensent que cela les rend méritants. C’est la principale différence entre eux et nous. Kyaw Sein Win (Ma Ba Tha)
Les musulmans sont des fauteurs de troubles. Ils prétendent garder des couteaux dans leurs mosquées pour les sacrifices d’animaux, mais nous, nous savons qu’ils peuvent s’en servir à tout moment contre nous. Ti Ti Win (professeure de mathématiques, 55 ans)
Notre région est confrontée au risque de perdre son bétail. Les kalars ont déjà tué des milliers de vaches. Vous savez pourquoi ? Ils s’entraînent pour nous égorger ensuite. Pyinyeinda (moine d’Athoke)
En tant que bouddhiste, je m’oppose au massacre de bétail. Par conséquent, j’ai accepté les demandes des moines qui mènent cette campagne. Je les ai aidés à obtenir les licences des abattoirs. Thein Aung (chef du gouvernement de la région d’Ayeyarwady)
Lors de nos deux premières descentes, nous avons découvert que plus de vaches étaient tuées que ne l’autorise la loi. Nous avons donc fait pression sur les autorités municipales pour qu’elles mettent sur liste noire le propriétaire musulman. Elles ont fini par le faire et il a dû fermer son abattoir. Win Shwe
On ne peut plus acheter de bœuf dans toute la région d’Ayeyarwady. Si on veut du bœuf halal, il faut que quelqu’un le fasse venir de Rangoon. Restaurateur musulman de la ville de Kyaungon. David Aaronovitch
Il faut resituer ces discours dans le contexte planétaire, de la progression de l’islamophobie. Une idée s’est installée en Birmanie, selon laquelle le bouddhisme des origines s’inscrivait dans une aire géographique comprenant une large partie de l’Asie, de l’Afghanistan à la Malaisie, englobant l’Inde, et qu’il ne concerne plus aujourd’hui que l’Asie du Sud-Est et le Sri Lanka pour la branche du Theravada, du fait de la pression de l’Islam. Bénédicte Brac de la Perrière
Le groupe « 969 » fait partie de mouvements réactionnels liés à des problèmes identitaires. On a le sentiment d’être agressé par des marges, on réagit en se protégeant. C’est une manière de se définir contre l’autre. Le bouddhisme est dans ce cas une arme symbolique. Raphaël Logier (IEP d’Aix-en-Provence)
Face à la progression de l’islamophobie en Europe, aux États-Unis et ailleurs, le film rappelle que même la doctrine religieuse la plus pacifique risque, si elle est mal interprétée, d’être exploitée à des fins destructrices. The Hollywood reporter
Dès son origine, le bouddhisme insiste sur la compassion envers autrui : le premier bouddhisme, dit Theravâda, toujours présent en Asie du Sud-Est et au Sri Lanka, met l’accent sur une introspection personnelle qui doit permettre de comprendre la nature de nos rapports avec l’autre. Il n’y a pas de dogme fondamental, en dehors de quelques notions issues de l’hindouisme. Il n’existe pas non plus d’autorité ecclésiastique ultime. Ces deux traits font qu’il est de prime abord difficile de parler d’orthodoxie, et à plus forte raison de fondamentalisme bouddhique. Les bouddhismes, par nature pluriels, ont su accueillir en leur sein les doctrines les plus diverses. Plus tard, le bouddhisme Mahâyâna (« grand véhicule »), aujourd’hui répandu en Chine, en Corée, au Japon et au Viêtnam, prône la compassion pour tous les êtres, même les pires. Ce sentiment de communion est fondé sur la croyance en la transmigration des âmes, laquelle conduit les êtres à renaître en diverses destinées, humaines et non-humaines. Le Mahâyâna insiste sur la présence d’une nature de bouddha en tout être. Quant au bouddhisme Vajrayâna (ésotérique, tantrique), issu du Mahâyâna et aujourd’hui localisé au Tibet et en Mongolie, il offre une vision grandiose de l’univers tout entier, qui n’est autre que le corps du Bouddha cosmique. A l’époque contemporaine, compassion et tolérance sont devenues, en partie par la personne médiatique du dalaï-lama actuel, icône moderne du bouddhisme tibétain, l’image de marque même du bouddhisme dans son ensemble. Les penseurs bouddhistes ont rapidement élaboré des concepts propres à expliquer divers degrés de vérité. Le Bouddha lui-même, selon un enseignement ultérieurement synthétisé, notamment par le Mahâyâna, prêchait ainsi une vérité conventionnelle (accessible à tous), adaptée aux facultés limitées de ses auditeurs, réservant la vérité ultime à une élite spirituelle. Ce recours constant à des expédients salvifiques (upâya), balisant des voies différentes et plus ou moins difficiles d’accès au salut, rend le dogmatisme difficile, car tout dogme relève du domaine de la parole, donc de la vérité conventionnelle. Ces théories vont faciliter diverses formes de syncrétisme ou de synthèse, comme celles de Zhiyi (539-597) et de Guifeng Zongmi (780-841) en Chine, de Kûkai (774-835) au Japon, et de Tsong-kha-pa (1357-1419) au Tibet. Il s’agit généralement d’une sorte de syncrétisme militant, par lequel les cultes rivaux (religion bön au Tibet, confucianisme et taoïsme en Chine, shinto au Japon…) sont intégrés à un rang subalterne dans un système dont le point culminant est la doctrine de l’auteur. Ces élaborations aboutissent rapidement à faire du bouddhisme un polythéisme, qui assimile et mêle dans ses panthéons les dieux des religions qui lui préexistaient (de l’hindouisme, du bön, du taoïsme…). Au demeurant, la pratique n’a pas toujours été aussi harmonieuse que la théorie. (…) Mais c’est surtout en raison de son évolution historique que le bouddhisme est conduit à faire des accrocs à ses grands principes. Le principal écueil réside dans les rapports de cette religion avec les cultures qu’elle rencontre au cours de son expansion. L’attitude des bouddhistes envers les religions locales est souvent décrite comme un exemple classique de tolérance. Il s’agit en réalité d’une tentative de mainmise : les dieux indigènes les plus importants sont convertis, les autres sont rejetés dans les ténèbres extérieures, ravalés au rang de démons et, le cas échéant, soumis ou détruits par des rites appropriés. Certes, le processus est souvent représenté dans les sources bouddhiques comme une conversion volontaire des divinités locales. Mais la réalité est fréquemment toute autre, comme en témoignent certains mythes, qui suggèrent que le bouddhisme a parfois cherché à éradiquer les cultes locaux qui lui faisaient obstacle. C’est ainsi que le Tibet est « pacifié » au viiie siècle par le maître indien Padmasambhava, lorsque celui-ci soumet tous les « démons » locaux (en réalité, les anciens dieux) grâce à ses formidables pouvoirs. Un siècle auparavant, le premier roi bouddhique Trisong Detsen a déjà soumis les forces telluriques (énergies terrestres de nature « magique » qui influencent individus et habitats), symbolisées par une démone, dont le corps recouvrait tout le territoire tibétain, en « clouant » celle-ci au sol par des stûpas (monuments commémoratifs et souvent centres de pèlerinage) fichés aux douze points de son corps. Le temple du Jokhang à Lhasa, lieu saint du bouddhisme tibétain, serait le « pieu » enfoncé en la partie centrale du corps de la démone, son sexe. Ce symbolisme, décrivant la « conquête » bouddhique comme une sorte de soumission sexuelle, se retrouve dans un des mythes fondateurs du bouddhisme tantrique, la soumission du dieu Maheshvara par Vajrapâni, émanation terrifiante du bouddha cosmique Vairocana. Maheshvara est l’un des noms de Shiva, l’un des grands dieux de la mythologie hindoue. Ce dernier, ravalé par le bouddhisme au rang de démon, n’a commis d’autre crime que de se croire le Créateur, et de refuser de se soumettre à Vajrapâni, en qui il ne voit qu’un démon. Son arrogance lui vaut d’être piétiné à mort ou, selon un pieux euphémisme, « libéré », malgré la molle intercession du bouddha Vairocana pour freiner la fureur destructrice de son avatar Vajrapâni. Pris de peur, les autres démons (dieux hindous) se soumettent sans résistance. Dans une version encore plus violente, le dieu Rudra (autre forme de Shiva) est empalé par son redoutable adversaire. Le mythe de la soumission de Maheshvara se retrouve au Japon, même si, dans ce dernier pays, les choses se passent dans l’ensemble de manière moins violente. Certes, on voit ici aussi de nombreux récits de conversions plus ou moins forcées des dieux autochtnones. Mais bientôt, une solution plus élégante est trouvée, avec la théorie dite « essence et traces » (honji suijaku). Selon cette théorie, les dieux japonais (kami) ne sont que des « traces », des manifestations locales dont l’« essence » (honji) réside en des bouddhas indiens. Plus besoin de conversion, donc, puisque les kamis sont déjà des reflets des bouddhas. Paradoxalement, la notion d’absolu dégagée par la spéculation bouddhique va permettre aux théoriciens d’une nouvelle religion, le soi-disant « ancien » shinto, de remettre en question la synthèse bouddhique au nom d’une réforme purificatrice et nationaliste. A terme, ce fondamentalisme shinto mènera à la « révolution culturelle » de Meiji (1868-1873), au cours de laquelle le bouddhisme, dénoncé comme religion étrangère, verra une bonne partie de ses temples détruits ou confisqués. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la religion officielle japonaise réinvestit les mythes shintos et s’organise autour du culte de l’Empereur divinisé, descendant du plus important kami national, la déesse du Soleil. Par contre-coup, le bouddhisme à son tour se réfugie dans un purisme teinté de modernisme, qui rejette comme autant de « superstitions » les croyances locales. (…) En théorie, le principe de non-dualité si cher au bouddhisme Mahâyâna semble pourtant impliquer une égalité entre hommes et femmes. Dans la réalité monastique, les nonnes restent inférieures aux moines, et sont souvent réduites à des conditions d’existence précaires. (…) Le bouddhisme a par ailleurs longtemps imposé aux femmes toutes sortes de tabous. La misogynie la plus crue s’exprime dans certains textes bouddhiques qui décrivent la femme comme un être pervers, quasi démoniaque. Perçues comme foncièrement impures, les femmes étaient exclues des lieux sacrés, et ne pouvaient par exemple faire de pèlerinages en montagne. Pire encore, du fait de la pollution menstruelle et du sang versé lors de l’accouchement, elles étaient condamnées à tomber dans un enfer spécial, celui de l’Etang de Sang. Le clergé bouddhique offrait bien sûr un remède, en l’occurrence les rites, exécutés, moyennant redevances, par des prêtres. Car le bouddhisme, dans sa grande tolérance, est censé sauver même les êtres les plus vils… (…) Il faut enfin mentionner les luttes intestines qui opposent, au sein de la secte Tendai (tendance majoritaire du bouddhisme japonais du viiie au xiiie siècle), les factions du mont Hiei et du Miidera. A diverses reprises, les monastères des deux protagonistes sont détruits par les « moines-guerriers » du rival. Les raids périodiques de ces armées monacales sur la capitale, Kyôto, défrayent les chroniques médiévales. C’est seulement vers la fin du xvie siècle qu’un guerrier à bout de patience, Oda Nobunaga (1534-1582), décide de raser ces temples et de passer par le fil du sabre les fauteurs de troubles. (…) Avec la montée des nationalismes au xixe siècle, le bouddhisme s’est trouvé confronté à une tendance fondamentaliste. Certes, la chose n’était pas tout à fait nouvelle. Dans le Japon du xiiie siècle, lors des invasions mongoles (elles-mêmes légitimées par les maîtres bouddhiques de la cour de Kûbilaï Khân), les bouddhistes japonais invoquèrent les « vents divins » (kamikaze) qui détruisirent l’armada ennemie. Ils mirent également en avant la notion du Japon « terre des dieux » (shinkoku), qui prendra une importance cruciale dans le Japon impérialiste du xxe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, les bouddhistes japonais devaient soutenir l’effort de guerre, mettant leur rhétorique au service de la mystique impériale. Même Daisetz T. Suzuki, le principal propagateur du zen en Occident, se fera le porte-parole de cette idéologie belliciste. Plus récemment, c’est à Sri Lanka que cet aspect agonistique a pris le dessus, avec la revendication d’indépendance de la minorité tamoule, qui a conduit depuis 1983 à de sanglants affrontements entre les ethnies sinhala et tamoule. Le discours des Sinhalas constitue l’exemple le plus approchant d’une apologie bouddhique de la guerre sainte. Certes, il s’agit d’un fondamentalisme un peu particulier, puisqu’il repose sur un groupe ethnique plutôt que sur un texte sacré. Il existe bien une autorité scripturaire, le Mahâvamsa, chronique mytho-historique où sont décrits les voyages magiques du Bouddha à Sri Lanka, ainsi que la lutte victorieuse du roi Duttaghâmanî contre les Damilas (Tamouls) au service du bouddhisme. Le Mahâvamsa sert ainsi de caution à la croyance selon laquelle l’île et son gouvernement ont traditionnellement été sinhalas et bouddhistes. C’est notamment dans ses pages qu’apparaît le terme de Dharma-dîpa (île de la Loi bouddhique). Il ne restait qu’un pas, vite franchi, pour faire de Sri Lanka la terre sacrée du bouddhisme, qu’il faut à tout prix défendre contre les infidèles. Ce fondamentalisme est avant tout une idéologie politique. Mentionnons pour finir un cas significatif, puisqu’il met en cause la personne même du dalaï-lama, le personnage qui personnifie aux yeux de la plupart l’image même de la tolérance bouddhique. Il s’agit du culte d’une divinité tantrique du nom de Dorje Shugden, esprit d’un ancien lama, rival du cinquième dalaï-lama, et assassiné par les partisans de celui-ci, adeptes des Gelugpa, au xviie siècle. Par un étrange retour des choses, cette divinité était devenue le protecteur de la secte des Gelugpa, et plus précisément de l’actuel Dalaï-Lama, jusqu’à ce que ce dernier, sur la base d’oracles délivrés par une autre divinité plus puissante, Pehar, en vienne à interdire son culte à ses disciples. Cette décision a suscité une levée de boucliers parmi les fidèles de Shugden, qui ont reproché au dalaï-lama son intolérance. Inutile de dire que les Chinois ont su exploiter cette querelle à toutes fins utiles de propagande. L’histoire a été portée sur les devants de la scène après le meurtre d’un partisan du dalaï-lama par un de ses rivaux, il y a quelques années. Par-delà les questions de personne et les dissensions politiques, ce fait divers souligne les relations toujours tendues entre les diverses sectes du bouddhisme tibétain. Même s’il ne saurait être question de nier l’existence au coeur du bouddhisme d’un idéal de paix et de tolérance, fondé sur de nombreux passages scripturaux, ceux-ci sont contrebalancés par d’autres sources selon lesquelles la violence et la guerre sont permises lorsque le Dharma bouddhique est menacé par des infidèles. Dans le Kalacakra-tantra par exemple, texte auquel se réfère souvent le dalaï-lama, les infidèles en question sont des musulmans qui menacent l’existence du royaume mythique de Shambhala. A ceux qui rêvent d’une tradition bouddhique monologique et apaisée, il convient d’opposer, par souci de vérité, cette part d’ombre. Bernard Faure
En Birmanie, où la population est majoritairement bouddhiste, la minorité musulmane représente environ 5 % des habitants. Dans le delta de l’Irrawaddy, les musulmans vivent essentiellement des activités liées aux abattoirs et au commerce du bœuf. Actuellement, les entreprises musulmanes sont la cible de l’islamophobie que propagent les extrémistes bouddhistes, dont la voix a beaucoup gagné en puissance avec l’ouverture politique de la Birmanie. Depuis fin 2013, une campagne soutenue par Ma Ba Tha [association birmane “pour la protection de la race et de la religion”, créée en juin 2013] a forcé à fermer des dizaines d’abattoirs et d’usines de transformation de viande tenus par des musulmans dans la région d’Ayeyarwady [région du sud de la Birmanie]. Des milliers de vaches ont été enlevées de force à leurs propriétaires musulmans. Les commerces de certains musulmans ont vu leurs revenus s’effondrer. Des documents officiels que nous avons obtenus et des entretiens avec des représentants de l’Etat révèlent que les hauts fonctionnaires soutiennent cette croisade. (…) En 2014, en raison de la pénurie de bétail et du renforcement des restrictions gouvernementales, les populations musulmanes du delta de l’Irrawaddy n’ont pas pu fêter l’Aïd el-Kébir, lors duquel des vaches sont sacrifiées selon la tradition islamique. Kyaw Sein Win, un porte-parole de Ma Ba Tha au siège de Rangoon, affirme que sauver des vies est un aspect central de la philosophie bouddhiste. “Nous ne ciblons pas délibérément les entreprises [musulmanes]. Ils tuent des animaux car ils pensent que cela les rend méritants. C’est la principale différence entre eux et nous”, a-t-il déclaré à Myanmar Now. L’appel à un boycott des entreprises musulmanes a reçu peu d’écho dans les villes, mais la campagne contre les sacrifices, qui repose sur l’aversion traditionnelle des bouddhistes pour l’abattage des vaches, a porté auprès des fidèles du delta de l’Irrawaddy. Dans cette région, cœur de la riziculture birmane, des dizaines de milliers de musulmans, pour la plupart commerçants en ville, vivent aux côtés d’environ six millions de riziculteurs, bouddhistes en majorité. Traditionnellement, les agriculteurs birmans utilisent les vaches et les bœufs comme animaux de trait. Ils ne les vendent aux abattoirs que pour gagner rapidement une importante somme d’argent, en vue d’un mariage ou pour payer un traitement médical. Ma Ba Tha n’a pas demandé aux agriculteurs de ne plus vendre leur bétail. Sa stratégie consiste à s’emparer des licences des abattoirs. En 2014, les moines radicaux du delta de l’Irrawaddy ont créé l’organisation Jivitadana Thetkal (“Sauver des vies”), qui appelle les monastères de la région à collecter chacun environ 100 dollars dans leur congrégation afin de permettre le rachat des licences. (…) Les moines bouddhistes radicaux ont prononcé des sermons enflammés dans les villages du delta pour propager l’idée que l’abattage de vaches constitue un affront au bouddhisme et participe de l’objectif musulman d’exterminer le bétail. (…) En 2014, le groupe a collecté environ 25 000 dollars grâce à des dons publics pour racheter six licences d’abattoirs, mais la plus chère de la ville restait inabordable. Pour atteindre leur objectif, ils ont décidé de prouver que l’abattoir ne respectait pas les quotas de sa licence. (….) Win Shwe et ses compagnons revendiquent également la saisie de plus de 4 000 animaux vivants dans le delta depuis début 2014. Beaucoup de ces bêtes ont ensuite été données à des agriculteurs pauvres de la région pour devenir des animaux de trait, à condition qu’ils s’engagent à ne pas les tuer ou les vendre. Au milieu de l’année 2014, selon des documents obtenus par Myanmar Now, des militants ont toutefois reçu l’accord des autorités pour mettre en œuvre un nouveau plan visant à envoyer le bétail saisi à des populations bouddhistes de Maungdaw, dans l’Etat d’Arakan, à environ 500 km au nord-ouest du delta de l’Irrawaddy. Cette localité très pauvre, la plus à l’ouest du pays, est située sur la frontière avec le Bangladesh. Les musulmans y sont plus nombreux que les bouddhistes. La frontière, que Ma Ba Tha se plaît à appeler “la porte occidentale” du pays, est sous le strict contrôle du gouvernement. Selon la presse, des centaines d’Arakanais qui vivaient dans l’est du Bangladesh se sont réinstallés de l’autre côté de la frontière depuis 2012. Les autorités birmanes ont envoyé les membres de cette ethnie bouddhiste vivre dans des “villages modèles” à Maungdaw, dans ce qui ressemble à une tentative d’accroître la population bouddhiste dans la zone. (…) Cette mesure avait pour but de “protéger la porte occidentale contre l’afflux de musulmans”, selon Win Shwe. “Sans cette porte occidentale, le territoire sera inondé de Bengalis [musulmans du Bangladesh]”, déclare Sein Aung dans un bureau richement décoré d’emblèmes nationalistes, dont des drapeaux portant des swastikas bouddhistes. Sean Turnell, professeur d’économie à l’université Macquarie de Sydney, en Australie, explique que le boycott qui touche les entreprises musulmanes nuit à l’image de la Birmanie sur la scène internationale, notamment auprès des investisseurs potentiels qui s’inquiètent de l’instabilité politique. (…) Devant son restaurant, une immense affiche est placardée : une vache y est représentée, accompagnée d’un verset à la gloire du rôle mythique de l’animal en tant que “mère” de l’humanité. Une image probablement posée par des sympathisants de Ma Ba Tha. La plupart des musulmans qui vivent dans le delta de l’Irrawaddy n’osent pas dénoncer la campagne de peur de subir des représailles de Ma Ba Tha. Myanmar Now
Those who believe that all Buddhists respect their religion’s core principles of peace and tolerance should take a look at The Venerable W (Le Venerable W), director Barbet Schroeder’s eye-opening chronicle of one Burmese monk’s long campaign of racism and violence against his country’s minority Muslim population. The third part in a “trilogy of evil” that began in 1974 with General Idi Amin Dada and continued in 2007 with a look at the controversial French lawyer Jacques Verges in Terror’s Advocate, this scathing portrait gets up close and personal with Ashin Wirathu, the self-appointed spiritual leader of Myanmar’s anti-Muslim crusade. Speaking openly to the camera, Wirathu propagates xenophobia and bigotry against a group that represents only a fraction of the local population, yet have been subject to decades of persecution by both the monk’s followers and the military-controlled Burmese government. The result has been hundreds of deaths, thousands of homes burned to the ground and tens of thousands of Muslims displaced — all of it in the name of a religion that asks, according to one translation of the Metta Sutta, to “cultivate boundless love to all that live in the whole universe.” (…) At a time when Islamophobia is on the rise in Europe, the U.S. and elsewhere, his film is a reminder that even the most peaceful of religious doctrines can, if twisted in the wrong way, be used as a veritable source of evil. (…) Wirathu operates out of the city of Mandalay, a third of whose inhabitants consist of monks or monks-in-training. In the late 90s he formed the “969” movement and began delivering racist sermons to his disciples, referring to Muslims as “kalars” (the equivalent of the n-word) and claiming they are a subspecies who don’t deserve Myanmar citizenship, that their businesses should be boycotted and that they should be banned from intermarriage with Buddhists. Although prejudice against the Rohingya Muslim community, which is based in the western part of Myanmar bordering Bangladesh, dates back to before Wirathu’s time, he has helped accelerate a campaign resulting in many, many deaths and the mass destruction of property. In order to fuel the fire, he often highlights incidents where Muslims have attacked Buddhists (in one case, the rape and murder of a woman), distributing propaganda videos on DVD and backing riots where Rohingyas are driven from their homes while the armed forces stand idly by. What’s especially disturbing about Schroeder’s inquiry is how, on one hand, Wirathu can be seen expounding the peaceful tenets of Buddhism to his followers, while on the other he preaches a holy war meant to ostracize — and indirectly, destroy — an entire segment of the population. The man himself sees no contradiction in the two, simply believing that Muslims are a lesser race unworthy of the basic human rights accorded to Buddhists. While the situation in Myanmar is particularly extreme, Schroeder reveals at one point how, even in a Western nation like France, the perception of Islam’s grip on society versus the reality of that grip is highly exaggerated. Terrorist attacks like those that occurred in Paris in 2015 only help to augment fears and nationalistic tendencies, which is why a candidate like Marine Le Pen was able to capture more than a third of the vote in France’s recent presidential runoff. The Burmese authorities have made some attempts to quell the tide of Islamophobic sentiment, banning the “969” group and jailing Wirathu for several years. But after his release, the popular monk managed to form a new movement, promoting a series of “protection of race and religion bills” that seem to be the first step toward a modern version of the Nuremberg Laws of Nazi Germany. One of those laws has already been enacted, while the government continues to persecute the Rohingyas throughout the land. (…) In a place where Buddhists currently represent more than 90 percent of the populace, it’s unthinkable how a religion that preaches so much love can, in this case, yield so much hate. The Hollywood reporter
Everyone knows that Buddhism is the religion of peace, love and understanding. So there’s something deeply wrong about a Buddhist monk who calmly spouts anti-Muslim hate speech and incites ethnic riots. The monk in question, an influential Burmese figure known as the Venerable Wirathu, is the subject of the powerful third and final installment of Swiss director Barbet Schroeder’s ‘Axis of Evil’ documentary trilogy, which began in 1974 with General Idi Amin Dada: A Self Portrait, and continued in 2007 with Terror’s Advocate, a portrait of controversial lawyer Jacques Vergès. It’s the shocking disjunct between his religion and the rabid nationalism of his sermons, writings and declarations that powers Schroeder’s conventional but nevertheless effective long hard stare into the eyes of intolerance. However, this is also a chilling corrective to accounts of Burma that paint its recent history simply as a fight between courageous pro-democracy forces led by Aung San Suu Kyi (by no means a heroine in this particular story) and a repressive military regime. In the era of Trump (Wirathu is a fan), Farage and Le Pen, it also shines timely light on the mechanisms of nationalistic rhetoric. (…) Draped in saffron robes, his face rarely betraying any emotion, Wirathu is presented partly through outtakes from an interview Schroeder filmed with him in the library of the Mandalay monastery which he heads. The ‘venerable’ monk talks openly about what he sees to be the Muslim threat to Buddhist purity, calmly spouting racial slurs about their breeding capacity, the rape of ‘our women’, animalistic nature and accumulation of wealth that carry terrifying echoes of Nazi anti-Semitic slurs. He repeats the same message to the young monks he teaches and to the crowds of followers who turn out to watch him preach on tacky makeshift stages amidst garlands of flowers and gilt Buddhas. Schroeder’s method at first is simply to dwell on the awful fascination of the ‘Fascist Buddhist’ paradox, with passages promoting the brotherhood of man from the religion’s sacred texts, voiced by veteran French actress Bulle Ogier, underlining the contradiction. Wirathu’s rise from provincial obscurity to ethnic rabble-rouser is then charted, mixing his own account with testimony from a mix of interviewees – who will include two Burmese Buddhist masters who have served prison time, like ‘W’, but for far more noble causes. Wirathu’s nine-year stretch for inciting ethnic hatred came after a spate of 2003 riots in his hometown of Kyaukse and elsewhere which involved lynchings and burnings of Muslim mosques, shops and houses. The mood of the film turns darker in its second half, when Wirathu returns with even greater vitriol to the campaign trail after his release in 2012. News and mobile phone footage captures some of the pogroms launched against Burma’s persecuted Rohingya Muslim minority, mostly in Rakhine state: a scene in which a Buddhist monk beats a Musilm to a pulp with a makeshift club is difficult to erase. By now we’ve worked out what the monk really is. Forget the robes: he’s a classic extremist politician, fanning tensions through the crudest of rhetoric (including a DVD restaging of the rape of a Buddhist girl produced under the aegis of his Ma Ba Tha nationalist movement), then visiting the affected regions to ‘restore order’ and guarantee security. Shot on the hoof, under the noses of a repressive regime, The Venerable W is a fine, stirring documentary about ethnic cleansing in action. Screen daily
Loin de l’image d’Epinal d’un bouddhiste éthéré et tolérant, la religion phare d’Asie est, dans des pays comme le Sri Lanka ou la Birmanie, sous l’influence grandissante de moines nationalistes aux sermons agressifs, notamment contre les musulmans. La semaine dernière, dernier exemple en date de violences intercommunautaires: des foules bouddhistes ont mené des émeutes anti-musulmanes ayant fait au moins trois morts au Sri Lanka. Non loin de là, en Birmanie, secouée par la crise des musulmans rohingyas, la figure de proue du nationalisme bouddhiste, le moine Wirathu, a renoué avec ses sermons enflammés. Il avait été interdit de prise de parole publique après s’être réjoui du meurtre d’un avocat musulman. Et en Thaïlande voisine, où le nationalisme bouddhiste est néanmoins bien moins fort, un moine a fait scandale après avoir appelé à incendier les mosquées. Pour Michael Jerryson, spécialiste des questions de religion à l’université américaine de Youngstown et auteur d’un récent livre sur bouddhisme et violence, cette religion n’échappe pas à la justification de la violence par des prétextes religieux. (…) Et la menace, selon ces bouddhistes soucieux de préserver la prédominance de leur religion dans leur pays, c’est l’islam. Et ce même si les musulmans y sont ultra-minoritaires, de l’ordre de quelques pour cent. La destruction des statues de bouddhas de Bamiyan par les talibans en Afghanistan a profondément marqué l’imaginaire bouddhiste. Et l’ambiance globale de « guerre contre le terrorisme » contribue à l’islamophobie, à laquelle l’Asie n’échappe pas. Même si les minorités musulmanes sont implantées depuis des générations dans ces pays, les moines bouddhistes nationalistes agitent la menace de taux de natalité très élevés (c’est le cas des Rohingyas de Birmanie) – qui à plus ou moins long terme conduiront à une supplantation démographique comme en Malaisie ou en Indonésie. En Birmanie, le moine Wirathu s’est fait le grand prêtre de ce complot musulman visant à éradiquer le bouddhisme – avec des discours si enflammés que sa page Facebook a été fermée. (…) Au SriLanka, les militants bouddhistes tentent eux aussi de s’affirmer politiquement, n’hésitant pas à prendre la tête de manifestations et à en découdre avec la police. Les Tigres tamouls n’étant plus considérés comme une menace depuis leur défaite en 2009, les musulmans, qui ne représentent que 10 % de la population, se sont retrouvés la cible des nationalistes bouddhistes. Figure de proue du mouvement BBS (pour « Buddhist force »), le moine srilankais Galagodaatte Gnanasara, libéré sous caution, est sous le coup de poursuites pour discours de haine et insulte au coran. (…) En Thaïlande, ce mouvement d’idée a moins prise, dans un pays où le clergé bouddhiste est globalement discrédité par des scandales de corruption et de détournements de donations. (…) Cela n’empêche pas les tensions, notamment autour de l’extrême-sud de la Thaïlande, en proie à une rébellion indépendantiste musulmane qui s’en est parfois pris à des moines. Mais cela n’a rien à voir avec ce qui se passe en Birmanie, où, si les moines ne prennent pas eux mêmes les armes, des groupes de civils influencés par leurs idées se forment. Les moines n’agissent pas directement mais « justifient les violences menées par d’autres, que ce soient des milices, des civils, la police ou l’armée », analyse Iselin Frydenlund, de l’Ecole de théologie de Norvège. En Birmanie par exemple, des milices bouddhistes sont accusés de s’être livrées à des exactions contre les Rohingyas lors de ce que l’ONU décrit comme une campagne d' »épuration ethnique », qui a poussé à l’exil au Bangladesh voisin de près de 700.000 Rohingyas. Le Point
Fasciné depuis toujours par le bouddhisme, cette « religion athée qui permet le pessimisme », il est allé en Birmanie, à la rencontre d’Ashin Wirathu. Auprès de ce bonze plein de haine zen qui appelle à l’extermination des populations musulmanes, il boucle sa trilogie du mal, entamée en 1974 avec Général Idi Amin Dada et poursuivie en 2007 avec L’Avocat de la terreur. Selon Barbet Schroeder, le thème du mal est «inépuisable, inséparable de l’humanité, particulièrement pour le 20e siècle sans parler du 21e qui a l’air de vouloir faire de la haine et du mensonge des sujets incontournables». Au terme d’un tournage difficile, dangereux, prématurément interrompu par une situation de plus en plus instable en Birmanie, le cinéaste ramène Le Vénérable W., un documentaire édifiant et terrifiant. Contrairement à son habitude, Barbet Schroeder ne s’est pas contenté de filmer l’agent du mal et de laisser le spectateur découvrir la réalité dans son effrayante nudité. Parce que la Birmanie est méconnue, lointaine, et que la situation politique y est terriblement instable, entre la junte, la présidente Aung San Suu Kyi aux positions ambiguës, les Rohingyas, la minorité musulmane et une centaine d’autres ethnies, le cinéaste a rencontré des journalistes, des moines désapprouvant la croisade de Wirathu. Il a aussi ressemblé des documents d’archives, reportages TV ou fichiers de téléphone portables. Dès 2001, Wirathu prononce de virulents sermons islamophobes. En 2003, suite à des émeutes musulmanes, il est condamné à 25 ans de prison, dont il sort en 2012, suite à une amnistie générale. A la tête du mouvement 969, interdit en 2013 et aussitôt remplacé par Ma Ba Tha, il incite à la haine, monte en épingle des faits divers, propage des fake news. Il affirme que les musulmans (4% de la population birmane) qui «se reproduisent comme des lapins» (slogan dans une manifestation) mettent en péril l’équilibre de la nation. Des foules de moines en robe safran défilent, chantent des chanson nationalistes, éructent de haine, incendient les mosquées et tabassent les gens à mort, pendant que l’armée regarde à côté… Les maisons brûlent par milliers, des corps s’entassent sur des bûchers funéraires. Lorsqu’elles tombent entre les mains des fanatiques, toutes les religions tournent à l’horreur. Le film se termine sur les images d’une rue pakistanaise embrasée par la colère. Une guerre de religion entre bouddhiste et musulmans serait une belle façon de pepétuer au 21e siècle l’obscurantisme du Moyen Age… Le Temps
Le lieu commun veut que le bouddhisme échappe à toute violence. Découvert en Occident au XIXème siècle, il y est surtout perçu comme une philosophie reposant sur des pratiques spirituelles. Pourtant, depuis plusieurs années, cette image est mise à mal. En Birmanie, pays peuplé à 90% de bouddhistes, des moines développent des discours violents et extrémistes à l’encontre des musulmans. Parmi eux, le bonze Ashin Wirathu, surnommé le « Ben Laden » birman et leader d’un groupe nationaliste appelé Ma Ba Tha, « l’Association pour la protection de la race et de la religion ». Depuis août dernier, ces moines sont sous le feu des projecteurs en raison des atrocités commises contre les Rohingyas, minorité ethnique musulmane et apatride qui vit majoritairement dans l’État de l’Arakan, dans l’ouest du pays. (…) Partagée par 500 millions d’adeptes en Asie, cette religion, perçue en Occident de manière simpliste comme une philosophie non-violente reposant sur des pratiques comme la méditation, a en fait une réalité complexe. On ne peut pas parler du bouddhisme au singulier. Il existe en fait trois grandes écoles correspondant à trois zones géographiques bien distinctes. L’école Vajrayana, très minoritaire, est pratiquée au Tibet. C’est la plus connue en Occident. L’école Mahayana ou « bouddhisme du grand véhicule » est implantée en Corée, en Chine, au Japon et dans une grande partie du Vietnam. En Birmanie, comme en Thaïlande, au Laos, au Cambodge ou encore au Sri Lanka, on pratique le bouddhisme Theravada ou « bouddhisme du petit véhicule ». Le bouddhisme Theravada est aussi appelé « la voie des Anciens » : c’est l’école la plus ancienne et la plus proche du bouddhisme primitif. Ses adeptes suivent un enseignement traditionnel pour atteindre le Nirvana, étape de perfection ultime, qui se traduit par la capacité à se détacher de tout sentiment. Il s’agit de sortir du monde terrestre en se détachant des réalités « impermanentes », écrit Henri Tincq.« D’où le développement d’une spiritualité, dans le theravâda, du « non-attachement », puissante chez les moines, qui s’interdisent toute activité mondaine. » Les moines ne travaillent pas, ne se font pas à manger et dépendent ainsi complètement des dons de la population laïque. Face à cette population bouddhiste majoritaire, 6% des 53 millions de Birmans sont chrétiens et 4% sont musulmans. Dans les pays de tradition Theravada, les nations se sont souvent constituées en s’appuyant sur une légitimité religieuse. La Birmanie ne fait pas exception. « En 1980, le régime de Ne Win a recréé le Sangha, le clergé birman. Il en a centralisé l’administration et l’a placé sous l’autorité du pouvoir politique, rappelle l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. Plus tard, les militaires ont utilisé la religion pour justifier leur présence au pouvoir. » Ainsi, quand bien même les moines birmans ne devraient pas participer à la vie politique du pays, leur clergé est bel et bien politisé. Ce constat fait, il est plus simple de comprendre le développement d’un discours nationaliste parmi les moines. « Il y a des liens fermement établis entre les nationalismes sud-asiatiques et le bouddhisme, depuis le mouvement de décolonisation du XIXe siècle, et dès le début du XXe siècle un peu partout en Asie du Sud-Est », explique l’anthropologue Lionel Obadia. En 2007, lors de la « Révolution de Safran », des manifestations de moines sont réprimées violemment par l’armée pour avoir protesté pacifiquement contre la hausse des prix initiée par la junte militaire. Pour l’universitaire britannique Paul Fuller, spécialisé dans l’étude du bouddhisme, cela participe encore à renforcer le lien entre nationalisme et bouddhisme. « Jusqu’alors, pour la majorité des Birmans, être un bon bouddhiste, c’était respecter les doctrines du calme mental, du non-attachement et de la compassion, explique Paul Fuller dans un entretien à Asialyst. La Révolution de Safran montre au grand jour l’implication politique des moines et fait naître une nouvelle idée : pour être un bon bouddhiste, il faut aussi agir pour le bien de son pays. » De là se répand une théorie : pour être un bon birman, il faut être un bon bouddhiste. « Les nationalistes s’appuient sur cette idée pour justifier leurs violences : ils luttent pour la protection du bouddhisme et donc, a fortiori, pour la culture birmane. » Enfin, depuis 2011 et l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Thein Sein puis, de façon encore plus frappante depuis 2015 et l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, les discours nationalistes se font de plus en plus visibles. Pour cause, les mutations politiques et l’ouverture du pays après des années de repli sur lui-même ont entraîné une perte de repères pour la population et renforce la peur d’une disparition progressive de la culture birmane. Par ailleurs, les discours nationalistes sont désormais diffusés beaucoup plus amplement au sein de la population du fait de la démocratisation de l’usage des réseaux sociaux, qui permet de faire transmettre des messages jusqu’alors passés sous silence. (…) En 2011, des affiches et des autocollants portant l’inscription « 969 » apparaissent un peu partout en Birmanie. Ces chiffres, qui font référence aux trois joyaux du Bouddha, donnent leur nom à un mouvement nationaliste et anti-islamique dirigé par un moine de Mandalay, Ashin Wirathu. À travers cette campagne d’affichage, le bonze incite les Birmans à acheter uniquement dans des magasins tenus par des bouddhistes et à boycotter ceux tenus par des musulmans. Alors que le mouvement se répand, des violences à l’encontre des musulmans touchent l’ensemble du pays. En mars 2013, des émeutes éclatent à Meiktila, dans le centre du pays. Pendant trois jours, des magasins et des habitations appartenant à des musulmans sont saccagés. 40 personnes sont tuées. D’autres émeutes similaires ont lieu dans la région de Bagan puis de Rangoun. Jugé responsable de ces violences, le mouvement « 969 » est interdit. Les leaders ne l’entendent pas de cette oreille. En 2013, peu après l’interdiction du mouvement 969, émerge un groupe nommé Ma Ba Tha, ou « Association pour la protection de la race ou de la religion ». Grâce à des centaines de cellules qui quadrillent le territoire national, Ma Ba Tha devient rapidement le plus important des groupes nationalistes bouddhistes. À l’approche des élections législatives de 2015, Ma Ba Tha parvient à développer un réel pouvoir politique. Grâce à un fort lobbying, il fait passer quatre lois entre mai et août, en pleine campagne pour les élections. Ces lois, qui visent clairement les musulmans, permettent un contrôle des naissances dans certaines régions et pour certaines minorités ethniques. Pour se convertir à une autre religion que le bouddhisme ou pour se marier avec une non bouddhiste, il faudra désormais l’accord des autorités locales. Enfin, la polygamie et l’infidélité sont interdites et passibles d’emprisonnement. Plusieurs ONG, comme Human Rights Watch, dénoncent alors des lois « discriminatoires » qui « ignorent les droits humains fondamentaux ». En Birmanie, leur adoption entraîne un mois de festivités organisées par Ma Ba Tha. A noter que maintenant, il faut nommer Ma Ba Tha, la fondation philanthropique Buddhadhamma. L’été dernier, le conseil des grands maîtres du Sangha Maha Nayaka, dont les membres sont choisis par le gouvernement, a demandé à Ma Ba Tha de cesser toutes activités. Les moines leaders ont refusé d’obtempérer et ont simplement changé de nouveau le nom de leur organisation. (….) Une théorie persiste dans l’esprit de nombreux Birmans depuis le début des années 1990 : l’Islam mettrait en péril le bouddhisme. « De nombreux moines et politiciens birmans ont inlassablement répété ces dernières années que l’Islam, perçu comme expansionniste, est une menace. L’Islam écraserait une culture bouddhiste fragile et la société s’en retrouverait ébranlée », explique le journaliste Francis Wade à Asialyst, auteur de l’ouvrage Myanmar’s Enemy Within: Buddhist Violence and the Making of a Muslim « Other ». En mars 2011, la destruction des bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan, par des Talibans afghans, renforce encore cette thèse. Les Musulmans sont ainsi perçus comme un ennemi intérieur qui viole les femmes, qui les force à se marier et à se convertir à l’Islam, qui vole les terres des bouddhistes, etc. « Il faut resituer ces discours dans le contexte planétaire, de la progression de l’islamophobie. Une idée s’est installée en Birmanie, selon laquelle le bouddhisme des origines s’inscrivait dans une aire géographique comprenant une large partie de l’Asie, de l’Afghanistan à la Malaisie, englobant l’Inde, et qu’il ne concerne plus aujourd’hui que l’Asie du Sud-Est et le Sri Lanka pour la branche du Theravada, du fait de la pression de l’Islam », explique l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. (…) Cette peur est exacerbée depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi. Ma Ba Tha considère que la Prix Nobel de la Paix est « soumise » aux désirs de la communauté internationale et qu’elle souhaite privilégier les minorités religieuses et ethniques au détriment de la foi bouddhiste et des « vrais » Birmans (…)  L’État de l’Arakan, où vivent des milliers de Rohingyas musulmans, symbolise la frontière entre l’Asie bouddhiste et l’Asie musulmane. De nombreux Birmans pensent ainsi que si les bouddhistes de l’Arakan ne protègent pas leurs frontières et n’empêchent pas les Musulmans d’entrer, alors la Birmanie et le reste de l’Asie du Sud-Est deviendra inévitablement musulmane. Depuis 1982, les Rohingyas sont d’ailleurs considérés comme des immigrés illégaux et on leur refuse la citoyenneté. Ils sont apatrides. En août dernier, le Haut-Commissariat de l’ONU dénonçait ainsi des décennies de « violations persistantes et systématiques des droits de l’homme » envers les Rohingyas. L’ethnie n’est pas la seule visée. Depuis 2011, le sentiment anti-musulman s’est développé sur l’ensemble du territoire comme l’ont montré les campagnes d’affichage du mouvements « 969 » et les violentes manifestations qui suivirent visant ouvertement les musulmans. La crise qui touche actuellement les Rohingyas n’est cependant pas qu’un conflit religieux. Les Rohingyas sont perçus comme une menace pour la sécurité intérieure du pays. L’attaque de postes-frontières par des rebelles de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh, qui a fait douze morts en août dernier, a renforcé cette perception. C’est d’ailleurs cet événement qui a mis le feu aux poudres et entraîné une vague de répression sans précédent de la communauté. Au moins 354 villages rohingyas ont été partiellement ou entièrement détruits depuis le 25 août, selon Human Rights Watch. L’ONU, de son côté, dénonce des exactions perpétrées par l’armée birmane. Au total, près de 650 000 Rohingyas ont fui le pays et s’entassent désormais dans des camps au Bangladesh souffrant de malnutrition sévère. (…) Un « Ben Laden », un « Hitler », le « visage de la haine » : voilà les surnoms du moine Ashin Wirathu, une figure tutélaire de Ma Ba Tha. Depuis 2001, le moine de 48 ans déverse sa haine contre les musulmans. Très actif sur les réseaux sociaux, il inonde ses pages de messages où il accuse les musulmans de meurtre ou de viol sans la moindre preuve. (…) Le bonze n’est jamais avare en outrances. Cette réputation sulfureuse lui a valu de faire la Une du Time en 2013. Le journal titrait alors, à côté de son portrait, « Le visage de la terreur bouddhiste ». Plus récemment, Wirathu a été l’objet d’un documentaire de Barbet Schroeder, Le vénérable W, où le réalisateur essaie de comprendre comment un moine censé prôner la compassion et la tolérance peut tomber dans la haine. Dans le documentaire de Shroeder, le bonze apparaît en 2003 en train de distribuer des tracts à des jeunes à Kyauske, sa ville natale. Quelques semaines plus tard, des émeutes éclatent dans la ville faisant onze morts. Wirathu est arrêté et condamné à 25 ans de prison pour incitation à la haine. Il est amnistié en 2012 par le nouveau gouvernement civil du président Thein Sein. Dès sa sortie, il lance le mouvement « 969 ». S’appuyant sur des images d’archives et des interviews du bonze, le documentaire montre un Wirathu qui voue un quasi-culte à Donald Trump et espère convaincre des dangers de l’Islam à travers le monde. Cet été, alors que le documentaire sort en salles en France, Wirathu, lui, connaît des difficultés dans son pays. Fin janvier 2017, il est allé trop loin : après le meurtre d’un avocat musulman et conseiller juridique de la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi, il a remercié les quatre suspects du meurtre sur sa page Facebook et s’est dit « soulagé pour l’avenir du bouddhisme dans son pays ». En mars dernier, le clergé bouddhiste a soumis le bonze au silence. Il a désormais interdiction de « se livrer à des sermons à travers la Birmanie jusqu’au 9 mars 2018 ». Depuis, le moine apparait en public la bouche recouverte d’un adhésif. (…) Il faut nuancer le pouvoir réel de Ma Ba Tha qui, même s’il est influent, reste un groupe minoritaire dans un pays où le clergé est, certes conservateur, mais pas ouvertement xénophobe. Il est perçu, avant tout, comme un mouvement destiné à la protection et à la promotion du bouddhisme dans un pays en pleine mutation et grâce à cela, il jouit d’une image positive au sein de la population. Dans un rapport de l’International Crisis Group publié en septembre dernier, le think tank américain rappelle que, pour beaucoup de Birmans, diffuser les valeurs du bouddhisme (compassion, charité, etc.) permettrait d’établir la paix entre les ethnies. C’est donc un paradoxe : les détracteurs dénoncent un groupe promouvant des discours de haine, tandis que les défenseurs vantent un mouvement promouvant la paix. Par ailleurs, beaucoup adhèrent au mouvement pour ses nombreuses actions sociales sans adhérer aux discours nationalistes qui y sont prêchés. Ma Ba Tha est en effet parvenu à rassembler de nombreux soutiens en s’affirmant comme un véritable acteur social en Birmanie. La charité a toujours été une valeur bouddhiste : les moines ont un rôle d’accueil et d’aide aux pauvres, aux personnes âgées et aux malades. Lors des importantes inondations dans le nord du pays en 2015, les membres de Ma Ba Tha ont apporté une aide conséquente aux populations en organisant des levée de fonds ou en se rendant au chevet des victimes. De même, le groupe a financé en partie la restauration de pagodes détruites à Bagan lors d’un tremblement de terre en 2016. L’association est aussi connue pour ses nombreuses actions en faveur de l’éducation. Elle a permis la construction de plusieurs écoles Dhamma. Ces « écoles du dimanche » délivrent un enseignement bouddhiste aux enfants, notamment à travers l’apprentissage du pâli, la langue des textes anciens. Enfin, cela peut étonner : Ma Ba Tha compte de nombreuses femmes dans ses rangs. Ces dernières sont engagées dans des grandes campagnes d’information pour sensibiliser les femmes des zones rurales sur leurs droits en matière de mariage et de pratiques religieuses. Beaucoup affirment donc intégrer Ma Ba Tha pour des raisons féministes. Dans certaines régions où les populations se sentent délaissées par le gouvernement sur l’éducation ou la santé, Ma Ba Tha devient ainsi la meilleure solution alternative. (…)  Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi a mis en oeuvre des efforts considérables pour tenter de faire taire les voix nationalistes. Preuve en est, il a poussé le clergé birman à interdire le mouvement « 969 » puis plus récemment Ma Ba Tha. Il faut dire que la Prix Nobel de la Paix est souvent la cible des critiques de ces moines nationalistes qui lui reprochent de servir les intérêts de la communauté internationale avant ceux de son pays. Ils critiquent ses discours de réconciliation nationale qu’ils voient comme une porte ouverte aux dérives islamiques mettant en péril de bouddhisme. Lors des élections de 2015, la plupart des dirigeants de Ma Ba Tha n’ont pas officiellement affirmé leur soutien à un candidat. En revanche, le président de l’association de l’époque, Ashin Thiloka, avait appelé à voter pour le candidat qui « protégerait les lois sur la race et la religion ». Ashin Wirathu, lui, avait explicitement appelé à voter pour le Parti de l’Union et du Développement, principal rival de la Ligue nationale pour la Démocratie. Les efforts du gouvernement sont néanmoins restés inefficaces. Dès l’interdiction de Ma Ba Tha, le mouvement est réapparu sous un nouveau nom. Ashin Wirathu a interdiction de prêcher, il diffuse donc de vieux enregistrement de ses discours lors de meetings… Selon l’International Crisis Group, ces interdictions gouvernementales permettent même de mettre de l’eau au moulin de Wirathu. « Chaque fois que le gouvernement interdit un de ces groupes, la théorie du bouddhisme en danger se renforce donnant plus de légitimité aux discours nationalistes. Au lieu d’être sur la défensive, le gouvernement devrait redéfinir la place du bouddhisme dans la Birmanie actuelle », analyse le think tank. (…)  Lorsqu’Ashin Wirathu lance sa campagne « 969′, des moines créent au Sri Lanka le parti Bodu Bala Sena (BBS), « Force du pouvoir bouddhiste ». Comme Ma Ba Tha, ils développent une rhétorique violente à l’encontre de l’Islam. Dans le pays, la plupart des bouddhistes appartiennent à l’ethnie cingalaise qui représente les trois quarts de la population. « Le pays appartient aux Cingalais, ce sont eux qui ont créé cette civilisation et sa culture ! explique un moine membre du mouvement à la BBC. Nous devons rendre le pays aux Cingalais. Nous nous battrons jusqu’au bout. » Ma Ba Tha et le BBS s’affichent d’ailleurs comme des alliés : en 2014, Wirathu avait reçu un accueil triomphal à Colombo de la part des moines du BBS. Les idées de Ma Ba Tha trouvent aussi un écho en Thaïlande où le sud du pays est en proie à une rébellion séparatiste musulmane. Certains moines ont ainsi à plusieurs reprises mis en avant le « danger de l’islam », appelant à faire du bouddhisme une religion d’État. Quelques-uns de ces religieux ont d’ailleurs appelé à réserver aux musulmans séparatistes du sud du pays « le même sort qu’aux Rohingyas ». (…) Figure iconique du bouddhisme et chef spirituel des bouddhistes tibétains, le Dalaï-lama n’a aucune autorité sur les pratiquants de l’école Theravâda. Il n’est donc qu’une voix de la communauté internationale parmi tant d’autres. En juillet 2014, il avait condamné Ma Ba Tha et son homologue sri-lankais BBS, exhortant « les bouddhistes de ces pays à avoir à l’esprit l’image du Bouddha avant de commettre ces crimes ». Et d’ajouter : « Le Bouddha prêche l’amour et la compassion. Si le Bouddha était là, il protégerait les musulmans des attaques des bouddhistes. » En septembre dernier, lui qui ne s’est pas rendu en Birmanie depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, a explicitement pris la défense des Rohingyas, plaidant que Bouddha aurait « aidé ces pauvres Musulmans ». Un mois plus tard, une autre voix religieuse s’est exprimée sur le sujet : le Pape François. En visite pour la première fois en Birmanie, il a prononcé un discours très engagé devant des représentants politiques et de la société civile. Il a appelé à « construire un ordre social juste, réconcilié et inclusif » qui garantit « le respect des droits de tous ceux qui considèrent cette terre comme leur maison. (…) François avait au préalable accepté de ne pas prononcer le mot « Rohingya », sur la demande expresse des catholiques birmans, par peur des représailles. Cyrielle Cabot

Attention: une religion de paix peut en cacher une autre !

En ces temps proprement apocalyptiques

Où semblent vouloir se rappeler de plus en plus régulièrement à notre bon souvenir …

Tant le climat et son désormais légendaire « changement » ou, de la Californie à la Sicile, les plaques tectoniques elle-mêmes …

Que, précisément sur les lignes de fracture entre islam et les autres grandes religions, d’israël à la Birmanie mais aussi au Sri Lanka et en Thaïlande et sans compter chiisme et sunnisme, les mouvements tectoniques religieux …

A l’heure où du Yemen à la Syrie, au Liban et en Israël et entre deux annonces de rayage de la carte, la Révolution islamique continue à mettre l’ensemble du Moyen-Orient à feu et à sang …

Ou entre destructions de bouddhas ou d’églises, décapitations en direct, crucifixions et mise en esclavage sexuel et de la Syrie à l’Irak, l’Afghanistan ou le Sri Lanka, la religion d’amour, de tolérance et de paix poursuit sa marche expansionniste …

Et où en Occident, les mêmes parangons de vertu progressiste qui au nom de la défense de l’environnement appellent à la restriction démographique en Europe commanditent, entre mariage, PMA et bientôt GPA pour tous ou au nom des droits des animaux attaques de laboratoires ou de boucheries, des bateaux pour aider les trafiquants humains à approvisonner les eros centers de Rome ou de Berlin …

Ou les mêmes belles âmes qui vivent grassement de la représentation cinématographique, numérique ou médiatique de la violence …

Comme de l’exploitation de la main d’oeuvre bon marché qui avec leurs encouragements déferle désormais sans contrôle sur nos plages et nos frontières …

Nous font la morale sur nos prétendues crispations et manque d’ouverture face à la destruction non seulement, comme nous en avertissait tout récemment encore le Dalai Lama, de nombre de nos emploi mais, entre deux attentats ou agressons sexuelles, de nos modes de vie et cultures …

Comment ne pas voir …

Les limites des prétendues analyses de nos médias, anthropologues ou documentaristes

Qui après avoir, contre toute évidence historique, réduit le bouddhisme à la religion par excellence de la paix …

Nous présentent sauf rares exceptions l’actuel conflit interethnique en Birmanie …

Entre une majorité dont l’aversion au sang versé va jusqu’à la vénération de « vaches sacrées » …

Et une minorité éleveuse de bétail toujours adepte des sacrifices sanglants …

Comme au moment où la croix gammée bascule est sur le point de basculer du côté de sa forme inversée nazie, le simple dévoiement d’un bouddhisme par essence pacifique par la figure tristement célèbre du moine Ashin Wirathu

Tout récemment visé, après son instrumentalisation par la junte au pouvoir, par un mandat d’arrêt pour sédition par son propre gouvernement …

Et qualifié alternativement dans les médias occidentaux de « Ben Laden birman », « Hitler bouddhiste », « visage du terrorisme bouddhiste », « haine en robe safran » ou « fan de Trump » …

Face aux nouveaux juifs et victimes, entre deux attaques de postes-frontières par d’un groupe de rebelles dit « de l’Armée du salut »,  d’une « progression planétaire de l’islamophobie » ?

Cyrielle Cabot

Asialyst

Le lieu commun veut que le bouddhisme échappe à toute violence. Découvert en Occident au XIXème siècle, il y est surtout perçu comme une philosophie reposant sur des pratiques spirituelles. Pourtant, depuis plusieurs années, cette image est mise à mal. En Birmanie, pays peuplé à 90% de bouddhistes, des moines développent des discours violents et extrémistes à l’encontre des musulmans. Parmi eux, le bonze Ashin Wirathu, surnommé le « Ben Laden » birman et leader d’un groupe nationaliste appelé Ma Ba Tha, « l’Association pour la protection de la race et de la religion ». Depuis août dernier, ces moines sont sous le feu des projecteurs en raison des atrocités commises contre les Rohingyas, minorité ethnique musulmane et apatride qui vit majoritairement dans l’État de l’Arakan, dans l’ouest du pays. Quelles sont les caractéristiques du bouddhisme pratiqué en Birmanie ? Comment expliquer le développement de ce discours radical ? Quelle est la réponse du gouvernement d’Aung San Suu Kyi ?

1. Qu’est ce que le bouddhisme Theravada, la religion majoritaire de Birmanie ?

En Birmanie, 90% de la population est de confession bouddhiste. Partagée par 500 millions d’adeptes en Asie, cette religion, perçue en Occident de manière simpliste comme une philosophie non-violente reposant sur des pratiques comme la méditation, a en fait une réalité complexe.
On ne peut pas parler du bouddhisme au singulier. Il existe en fait trois grandes écoles correspondant à trois zones géographiques bien distinctes. L’école Vajrayana, très minoritaire, est pratiquée au Tibet. C’est la plus connue en Occident. L’école Mahayana ou « bouddhisme du grand véhicule » est implantée en Corée, en Chine, au Japon et dans une grande partie du Vietnam. En Birmanie, comme en Thaïlande, au Laos, au Cambodge ou encore au Sri Lanka, on pratique le bouddhisme Theravada ou « bouddhisme du petit véhicule ».
Le bouddhisme Theravada est aussi appelé « la voie des Anciens » : c’est l’école la plus ancienne et la plus proche du bouddhisme primitif. Ses adeptes suivent un enseignement traditionnel pour atteindre le Nirvana, étape de perfection ultime, qui se traduit par la capacité à se détacher de tout sentiment. Il s’agit de sortir du monde terrestre en se détachant des réalités « impermanentes », écrit Henri Tincq.« D’où le développement d’une spiritualité, dans le theravâda, du « non-attachement », puissante chez les moines, qui s’interdisent toute activité mondaine. » Les moines ne travaillent pas, ne se font pas à manger et dépendent ainsi complètement des dons de la population laïque.
Face à cette population bouddhiste majoritaire, 6% des 53 millions de Birmans sont chrétiens et 4% sont musulmans.

2. Comment le bouddhisme s’est-il radicalisé ?

Dans les pays de tradition Theravada, les nations se sont souvent constituées en s’appuyant sur une légitimité religieuse. La Birmanie ne fait pas exception. « En 1980, le régime de Ne Win a recréé le Sangha, le clergé birman. Il en a centralisé l’administration et l’a placé sous l’autorité du pouvoir politique, rappelle l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. Plus tard, les militaires ont utilisé la religion pour justifier leur présence au pouvoir. » Ainsi, quand bien même les moines birmans ne devraient pas participer à la vie politique du pays, leur clergé est bel et bien politisé.
Ce constat fait, il est plus simple de comprendre le développement d’un discours nationaliste parmi les moines. « Il y a des liens fermement établis entre les nationalismes sud-asiatiques et le bouddhisme, depuis le mouvement de décolonisation du XIXe siècle, et dès le début du XXe siècle un peu partout en Asie du Sud-Est », explique l’anthropologue Lionel Obadia. En 2007, lors de la « Révolution de Safran », des manifestations de moines sont réprimées violemment par l’armée pour avoir protesté pacifiquement contre la hausse des prix initiée par la junte militaire. Pour l’universitaire britannique Paul Fuller, spécialisé dans l’étude du bouddhisme, cela participe encore à renforcer le lien entre nationalisme et bouddhisme. « Jusqu’alors, pour la majorité des Birmans, être un bon bouddhiste, c’était respecter les doctrines du calme mental, du non-attachement et de la compassion, explique Paul Fuller dans un entretien à Asialyst. La Révolution de Safran montre au grand jour l’implication politique des moines et fait naître une nouvelle idée : pour être un bon bouddhiste, il faut aussi agir pour le bien de son pays. » De là se répand une théorie : pour être un bon birman, il faut être un bon bouddhiste. « Les nationalistes s’appuient sur cette idée pour justifier leurs violences : ils luttent pour la protection du bouddhisme et donc, a fortiori, pour la culture birmane. »
Enfin, depuis 2011 et l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Thein Sein puis, de façon encore plus frappante depuis 2015 et l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, les discours nationalistes se font de plus en plus visibles. Pour cause, les mutations politiques et l’ouverture du pays après des années de repli sur lui-même ont entraîné une perte de repères pour la population et renforce la peur d’une disparition progressive de la culture birmane. Par ailleurs, les discours nationalistes sont désormais diffusés beaucoup plus amplement au sein de la population du fait de la démocratisation de l’usage des réseaux sociaux, qui permet de faire transmettre des messages jusqu’alors passés sous silence.

3. Comment est né Ma Ba Tha, le principal groupe radical bouddhiste ?

*Matthew Walton and Susan Hayward, « Contesting Buddhist Narratives: Democratization, Nationalism, and Communal Violence in Myanmar », in Policy Studies n°71, East-West Center, Honolulu, Hawaï.

En 2011, des affiches et des autocollants portant l’inscription « 969 » apparaissent un peu partout en Birmanie. Ces chiffres, qui font référence aux trois joyaux du Bouddha, donnent leur nom à un mouvement nationaliste et anti-islamique dirigé par un moine de Mandalay, Ashin Wirathu. À travers cette campagne d’affichage, le bonze incite les Birmans à acheter uniquement dans des magasins tenus par des bouddhistes et à boycotter ceux tenus par des musulmans. Alors que le mouvement se répand, des violences à l’encontre des musulmans touchent l’ensemble du pays. En mars 2013, des émeutes éclatent à Meiktila, dans le centre du pays. Pendant trois jours, des magasins et des habitations appartenant à des musulmans sont saccagés. 40 personnes sont tuées. D’autres émeutes similaires ont lieu dans la région de Bagan puis de Rangoun. Jugé responsable de ces violences, le mouvement « 969 » est interdit. Les leaders ne l’entendent pas de cette oreille. En 2013, peu après l’interdiction du mouvement 969, émerge un groupe nommé Ma Ba Tha, ou « Association pour la protection de la race ou de la religion ». Grâce à des centaines de cellules qui quadrillent le territoire national, Ma Ba Tha devient rapidement le plus important des groupes nationalistes bouddhistes*.

À l’approche des élections législatives de 2015, Ma Ba Tha parvient à développer un réel pouvoir politique. Grâce à un fort lobbying, il fait passer quatre lois entre mai et août, en pleine campagne pour les élections. Ces lois, qui visent clairement les musulmans, permettent un contrôle des naissances dans certaines régions et pour certaines minorités ethniques. Pour se convertir à une autre religion que le bouddhisme ou pour se marier avec une non bouddhiste, il faudra désormais l’accord des autorités locales. Enfin, la polygamie et l’infidélité sont interdites et passibles d’emprisonnement. Plusieurs ONG, comme Human Rights Watch, dénoncent alors des lois « discriminatoires » qui « ignorent les droits humains fondamentaux ». En Birmanie, leur adoption entraîne un mois de festivités organisées par Ma Ba Tha.
A noter que maintenant, il faut nommer Ma Ba Tha, la fondation philanthropique Buddhadhamma. L’été dernier, le conseil des grands maîtres du Sangha Maha Nayaka, dont les membres sont choisis par le gouvernement, a demandé à Ma Ba Tha de cesser toutes activités. Les moines leaders ont refusé d’obtempérer et ont simplement changé de nouveau le nom de leur organisation.

4. Pourquoi les bouddhistes birmans s’en prennent-ils aux Musulmans ?

Une théorie persiste dans l’esprit de nombreux Birmans depuis le début des années 1990 : l’Islam mettrait en péril le bouddhisme. « De nombreux moines et politiciens birmans ont inlassablement répété ces dernières années que l’Islam, perçu comme expansionniste, est une menace. L’Islam écraserait une culture bouddhiste fragile et la société s’en retrouverait ébranlée », explique le journaliste Francis Wade à Asialyst, auteur de l’ouvrage Myanmar’s Enemy Within: Buddhist Violence and the Making of a Muslim « Other ». En mars 2011, la destruction des bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan, par des Talibans afghans, renforce encore cette thèse. Les Musulmans sont ainsi perçus comme un ennemi intérieur qui viole les femmes, qui les force à se marier et à se convertir à l’Islam, qui vole les terres des bouddhistes, etc.
« Il faut resituer ces discours dans le contexte planétaire, de la progression de l’islamophobie. Une idée s’est installée en Birmanie, selon laquelle le bouddhisme des origines s’inscrivait dans une aire géographique comprenant une large partie de l’Asie, de l’Afghanistan à la Malaisie, englobant l’Inde, et qu’il ne concerne plus aujourd’hui que l’Asie du Sud-Est et le Sri Lanka pour la branche du Theravada, du fait de la pression de l’Islam », explique l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. « Le groupe « 969 » fait partie de mouvements réactionnels liés à des problèmes identitaires. On a le sentiment d’être agressé par des marges, on réagit en se protégeant. C’est une manière de se définir contre l’autre. Le bouddhisme est dans ce cas une arme symbolique », résume ainsi Raphaël Logier, directeur de l’Observatoire du religieux à l’IEP d’Aix-en-Provence.
Cette peur est exacerbée depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi. Ma Ba Tha considère que la Prix Nobel de la Paix est « soumise » aux désirs de la communauté internationale et qu’elle souhaite privilégier les minorités religieuses et ethniques au détriment de la foi bouddhiste et des « vrais » Birmans.

5. Pourquoi les Rohingyas cristallisent-ils cette haine contre les musulmans ?

L’État de l’Arakan, où vivent des milliers de Rohingyas musulmans, symbolise la frontière entre l’Asie bouddhiste et l’Asie musulmane. De nombreux Birmans pensent ainsi que si les bouddhistes de l’Arakan ne protègent pas leurs frontières et n’empêchent pas les Musulmans d’entrer, alors la Birmanie et le reste de l’Asie du Sud-Est deviendra inévitablement musulmane. Depuis 1982, les Rohingyas sont d’ailleurs considérés comme des immigrés illégaux et on leur refuse la citoyenneté. Ils sont apatrides. En août dernier, le Haut-Commissariat de l’ONU dénonçait ainsi des décennies de « violations persistantes et systématiques des droits de l’homme » envers les Rohingyas. L’ethnie n’est pas la seule visée. Depuis 2011, le sentiment anti-musulman s’est développé sur l’ensemble du territoire comme l’ont montré les campagnes d’affichage du mouvements « 969 » et les violentes manifestations qui suivirent visant ouvertement les musulmans.
La crise qui touche actuellement les Rohingyas n’est cependant pas qu’un conflit religieux. Les Rohingyas sont perçus comme une menace pour la sécurité intérieure du pays. L’attaque de postes-frontières par des rebelles de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh, qui a fait douze morts en août dernier, a renforcé cette perception. C’est d’ailleurs cet événement qui a mis le feu aux poudres et entraîné une vague de répression sans précédent de la communauté. Au moins 354 villages rohingyas ont été partiellement ou entièrement détruits depuis le 25 août, selon Human Rights Watch. L’ONU, de son côté, dénonce des exactions perpétrées par l’armée birmane. Au total, près de 650 000 Rohingyas ont fui le pays et s’entassent désormais dans des camps au Bangladesh souffrant de malnutrition sévère.

6. Qui est Ashin Wirathu, le « Ben Laden » birman ?

Un « Ben Laden », un « Hitler », le « visage de la haine » : voilà les surnoms du moine Ashin Wirathu, une figure tutélaire de Ma Ba Tha. Depuis 2001, le moine de 48 ans déverse sa haine contre les musulmans. Très actif sur les réseaux sociaux, il inonde ses pages de messages où il accuse les musulmans de meurtre ou de viol sans la moindre preuve. Lors de ses prêches au vitriol, on peut entendre : « Vaut-il mieux épouser un clochard ou un musulman ? » Réponse : « Un clochard ! » Et d’ajouter : « Et vaut-il mieux se marier avec un chien ou avec un musulman ? » Réponse : « Un chien, car, contrairement au musulman, un chien ne vous demandera jamais de changer de religion… » Le bonze n’est jamais avare en outrances. Cette réputation sulfureuse lui a valu de faire la Une du Time en 2013. Le journal titrait alors, à côté de son portrait, « Le visage de la terreur bouddhiste ». Plus récemment, Wirathu a été l’objet d’un documentaire de Barbet Schroeder, Le vénérable W, où le réalisateur essaie de comprendre comment un moine censé prôner la compassion et la tolérance peut tomber dans la haine.
Dans le documentaire de Shroeder, le bonze apparaît en 2003 en train de distribuer des tracts à des jeunes à Kyauske, sa ville natale. Quelques semaines plus tard, des émeutes éclatent dans la ville faisant onze morts. Wirathu est arrêté et condamné à 25 ans de prison pour incitation à la haine. Il est amnistié en 2012 par le nouveau gouvernement civil du président Thein Sein. Dès sa sortie, il lance le mouvement « 969 ». S’appuyant sur des images d’archives et des interviews du bonze, le documentaire montre un Wirathu qui voue un quasi-culte à Donald Trump et espère convaincre des dangers de l’Islam à travers le monde.
Cet été, alors que le documentaire sort en salles en France, Wirathu, lui, connaît des difficultés dans son pays. Fin janvier 2017, il est allé trop loin : après le meurtre d’un avocat musulman et conseiller juridique de la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi, il a remercié les quatre suspects du meurtre sur sa page Facebook et s’est dit « soulagé pour l’avenir du bouddhisme dans son pays ». En mars dernier, le clergé bouddhiste a soumis le bonze au silence. Il a désormais interdiction de « se livrer à des sermons à travers la Birmanie jusqu’au 9 mars 2018 ». Depuis, le moine apparait en public la bouche recouverte d’un adhésif.

7. Ces groupes radicaux ont-ils beaucoup d’adeptes ?

Il faut nuancer le pouvoir réel de Ma Ba Tha qui, même s’il est influent, reste un groupe minoritaire dans un pays où le clergé est, certes conservateur, mais pas ouvertement xénophobe. Il est perçu, avant tout, comme un mouvement destiné à la protection et à la promotion du bouddhisme dans un pays en pleine mutation et grâce à cela, il jouit d’une image positive au sein de la population. Dans un rapport de l’International Crisis Group publié en septembre dernier, le think tank américain rappelle que, pour beaucoup de Birmans, diffuser les valeurs du bouddhisme (compassion, charité, etc.) permettrait d’établir la paix entre les ethnies. C’est donc un paradoxe : les détracteurs dénoncent un groupe promouvant des discours de haine, tandis que les défenseurs vantent un mouvement promouvant la paix.
Par ailleurs, beaucoup adhèrent au mouvement pour ses nombreuses actions sociales sans adhérer aux discours nationalistes qui y sont prêchés. Ma Ba Tha est en effet parvenu à rassembler de nombreux soutiens en s’affirmant comme un véritable acteur social en Birmanie. La charité a toujours été une valeur bouddhiste : les moines ont un rôle d’accueil et d’aide aux pauvres, aux personnes âgées et aux malades. Lors des importantes inondations dans le nord du pays en 2015, les membres de Ma Ba Tha ont apporté une aide conséquente aux populations en organisant des levée de fonds ou en se rendant au chevet des victimes. De même, le groupe a financé en partie la restauration de pagodes détruites à Bagan lors d’un tremblement de terre en 2016.
L’association est aussi connue pour ses nombreuses actions en faveur de l’éducation. Elle a permis la construction de plusieurs écoles Dhamma. Ces « écoles du dimanche » délivrent un enseignement bouddhiste aux enfants, notamment à travers l’apprentissage du pâli, la langue des textes anciens. Enfin, cela peut étonner : Ma Ba Tha compte de nombreuses femmes dans ses rangs. Ces dernières sont engagées dans des grandes campagnes d’information pour sensibiliser les femmes des zones rurales sur leurs droits en matière de mariage et de pratiques religieuses. Beaucoup affirment donc intégrer Ma Ba Tha pour des raisons féministes. Dans certaines régions où les populations se sentent délaissées par le gouvernement sur l’éducation ou la santé, Ma Ba Tha devient ainsi la meilleure solution alternative.

8. Que fait le gouvernement d’Aung San Suu Kyi pour lutter contre ces groupes ?

Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi a mis en oeuvre des efforts considérables pour tenter de faire taire les voix nationalistes. Preuve en est, il a poussé le clergé birman à interdire le mouvement « 969 » puis plus récemment Ma Ba Tha. Il faut dire que la Prix Nobel de la Paix est souvent la cible des critiques de ces moines nationalistes qui lui reprochent de servir les intérêts de la communauté internationale avant ceux de son pays. Ils critiquent ses discours de réconciliation nationale qu’ils voient comme une porte ouverte aux dérives islamiques mettant en péril de bouddhisme.
Lors des élections de 2015, la plupart des dirigeants de Ma Ba Tha n’ont pas officiellement affirmé leur soutien à un candidat. En revanche, le président de l’association de l’époque, Ashin Thiloka, avait appelé à voter pour le candidat qui « protégerait les lois sur la race et la religion ». Ashin Wirathu, lui, avait explicitement appelé à voter pour le Parti de l’Union et du Développement, principal rival de la Ligue nationale pour la Démocratie.
Les efforts du gouvernement sont néanmoins restés inefficaces. Dès l’interdiction de Ma Ba Tha, le mouvement est réapparu sous un nouveau nom. Ashin Wirathu a interdiction de prêcher, il diffuse donc de vieux enregistrement de ses discours lors de meetings… Selon l’International Crisis Group, ces interdictions gouvernementales permettent même de mettre de l’eau au moulin de Wirathu. « Chaque fois que le gouvernement interdit un de ces groupes, la théorie du bouddhisme en danger se renforce donnant plus de légitimité aux discours nationalistes. Au lieu d’être sur la défensive, le gouvernement devrait redéfinir la place du bouddhisme dans la Birmanie actuelle », analyse le think tank.

9. Existe-t-il des mouvements similaires dans d’autres pays asiatiques ?

*Mikael Gravers, « Anti-Muslim Buddhist Nationalism in Burma and Sri Lanka », in Contemporary Buddhism.

Lorsqu’Ashin Wirathu lance sa campagne « 969′, des moines créent au Sri Lanka le parti Bodu Bala Sena (BBS), « Force du pouvoir bouddhiste ». Comme Ma Ba Tha, ils développent une rhétorique violente à l’encontre de l’Islam. Dans le pays, la plupart des bouddhistes appartiennent à l’ethnie cingalaise qui représente les trois quarts de la population. « Le pays appartient aux Cingalais, ce sont eux qui ont créé cette civilisation et sa culture ! explique un moine membre du mouvement à la BBC. Nous devons rendre le pays aux Cingalais. Nous nous battrons jusqu’au bout. » Ma Ba Tha et le BBS s’affichent d’ailleurs comme des alliés : en 2014, Wirathu avait reçu un accueil triomphal à Colombo de la part des moines du BBS*.

Les idées de Ma Ba Tha trouvent aussi un écho en Thaïlande où le sud du pays est en proie à une rébellion séparatiste musulmane. Certains moines ont ainsi à plusieurs reprises mis en avant le « danger de l’islam », appelant à faire du bouddhisme une religion d’État. Quelques-uns de ces religieux ont d’ailleurs appelé à réserver aux musulmans séparatistes du sud du pays « le même sort qu’aux Rohingyas ».

10. Quelle est la position du Dalaï-lama ?

Figure iconique du bouddhisme et chef spirituel des bouddhistes tibétains, le Dalaï-lama n’a aucune autorité sur les pratiquants de l’école Theravâda. Il n’est donc qu’une voix de la communauté internationale parmi tant d’autres. En juillet 2014, il avait condamné Ma Ba Tha et son homologue sri-lankais BBS, exhortant « les bouddhistes de ces pays à avoir à l’esprit l’image du Bouddha avant de commettre ces crimes ». Et d’ajouter : « Le Bouddha prêche l’amour et la compassion. Si le Bouddha était là, il protégerait les musulmans des attaques des bouddhistes. » En septembre dernier, lui qui ne s’est pas rendu en Birmanie depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, a explicitement pris la défense des Rohingyas, plaidant que Bouddha aurait « aidé ces pauvres Musulmans ».
Un mois plus tard, une autre voix religieuse s’est exprimée sur le sujet : le Pape François. En visite pour la première fois en Birmanie, il a prononcé un discours très engagé devant des représentants politiques et de la société civile. Il a appelé à « construire un ordre social juste, réconcilié et inclusif » qui garantit « le respect des droits de tous ceux qui considèrent cette terre comme leur maison. (…) L’avenir de la Birmanie doit être la paix, une paix fondée sur le respect de la dignité et des droits de tout membre de la société, sur le respect de tout groupe ethnique et de son identité, sur le respect de l’Etat de droit et d’un ordre démocratique qui permette à chaque individu et à tout groupe – aucun n’étant exclu – d’offrir sa contribution légitime au bien commun », a insisté le Souverain Pontif. François avait au préalable accepté de ne pas prononcer le mot « Rohingya », sur la demande expresse des catholiques birmans, par peur des représailles.
A propos de l’auteur
Jeune journaliste diplômée de l’école du CELSA (Paris-Sorbonne), Cyrielle Cabot est passionnée par l’Asie du Sud-Est, en particulier la Thaïlande, la Birmanie et les questions de société. Elle est passée par l’Agence-France Presse à Bangkok, Libération et Le Monde.

Voir aussi:

Birmanie. Au cœur de la croisade antimusulmane des bouddhistes radicaux

Représentant à peine 5 % de la population, la minorité musulmane birmane fait l’objet d’une campagne de discrimination orchestrée par des bouddhistes radicaux. Ils réclament notamment la fermeture des abattoirs et commerces tenus par les musulmans.

En Birmanie, où la population est majoritairement bouddhiste, la minorité musulmane représente environ 5 % des habitants. Dans le delta de l’Irrawaddy, les musulmans vivent essentiellement des activités liées aux abattoirs et au commerce du bœuf. Actuellement, les entreprises musulmanes sont la cible de l’islamophobie que propagent les extrémistes bouddhistes, dont la voix a beaucoup gagné en puissance avec l’ouverture politique de la Birmanie.

Depuis fin 2013, une campagne soutenue par Ma Ba Tha [association birmane “pour la protection de la race et de la religion”, créée en juin 2013 – lire aussi encadré à la fin de l’article] a forcé à fermer des dizaines d’abattoirs et d’usines de transformation de viande tenus par des musulmans dans la région d’Ayeyarwady [région du sud de la Birmanie]. Des milliers de vaches ont été enlevées de force à leurs propriétaires musulmans. Les commerces de certains musulmans ont vu leurs revenus s’effondrer. Des documents officiels que nous avons obtenus et des entretiens avec des représentants de l’Etat révèlent que les hauts fonctionnaires soutiennent cette croisade.

Lwin Tun, 49 ans, a investi dans les secteurs du bâtiment, de l’immobilier et de l’hôtellerie, à la fois dans le delta et dans la région de Rangoon. Selon lui, les actions de Ma Ba Tha menacent gravement ses intérêts. “La campagne appelant à un boycott des entreprises gérées par des musulmans dure depuis quelque temps, affirme-t-il. Des tracts sont distribués. La police le sait, mais ne fait rien.

En 2014, en raison de la pénurie de bétail et du renforcement des restrictions gouvernementales, les populations musulmanes du delta de l’Irrawaddy n’ont pas pu fêter l’Aïd el-Kébir, lors duquel des vaches sont sacrifiées selon la tradition islamique. “Ces actions sont une infraction directe à nos droits religieux fondamentaux, martèle Al Haji Aye Lwin, responsable du Centre islamique de Rangoon. D’après moi, les entreprises [musulmanes] perdent dans l’ensemble 30 % de leur chiffre d’affaires.

Kyaw Sein Win, un porte-parole de Ma Ba Tha au siège de Rangoon, affirme que sauver des vies est un aspect central de la philosophie bouddhiste. “Nous ne ciblons pas délibérément les entreprises [musulmanes]. Ils tuent des animaux car ils pensent que cela les rend méritants. C’est la principale différence entre eux et nous”, a-t-il déclaré à Myanmar Now.

Minorité musulmane

L’appel à un boycott des entreprises musulmanes a reçu peu d’écho dans les villes, mais la campagne contre les sacrifices, qui repose sur l’aversion traditionnelle des bouddhistes pour l’abattage des vaches, a porté auprès des fidèles du delta de l’Irrawaddy. Dans cette région, cœur de la riziculture birmane, des dizaines de milliers de musulmans, pour la plupart commerçants en ville, vivent aux côtés d’environ six millions de riziculteurs, bouddhistes en majorité.

Traditionnellement, les agriculteurs birmans utilisent les vaches et les bœufs comme animaux de trait. Ils ne les vendent aux abattoirs que pour gagner rapidement une importante somme d’argent, en vue d’un mariage ou pour payer un traitement médical. Ma Ba Tha n’a pas demandé aux agriculteurs de ne plus vendre leur bétail. Sa stratégie consiste à s’emparer des licences des abattoirs.

En 2014, les moines radicaux du delta de l’Irrawaddy ont créé l’organisation Jivitadana Thetkal (“Sauver des vies”), qui appelle les monastères de la région à collecter chacun environ 100 dollars dans leur congrégation afin de permettre le rachat des licences. “Nous soutenons cette campagne menée par Jivitadana Thetkal, a déclaré le porte-parole Kyaw Sein Win. La plupart de ses membres appartiennent aussi à Ma Ba Tha, mais le siège ne leur donne aucune instruction directe.

Moines radicaux

Les moines bouddhistes radicaux ont prononcé des sermons enflammés dans les villages du delta pour propager l’idée que l’abattage de vaches constitue un affront au bouddhisme et participe de l’objectif musulman d’exterminer le bétail. “Soyons vigilants, avertissent les paroles d’une chanson jouée lors de ces manifestations. Moines bouddhistes et civils, ne soyez plus passifs. Si vous le restez, notre race et notre religion disparaîtront.

Pyinyeinda, 65 ans soutient le mouvement. “Notre région est confrontée au risque de perdre son bétail. Les kalars ont déjà tué des milliers de vaches”, affirme ce moine d’Athoke, employant un terme péjoratif pour qualifier les personnes qui ont des origines indiennes [les nationalistes contestent aux musulmans leurs origines birmanes]. “Vous savez pourquoi ? Ils s’entraînent pour nous égorger ensuite.”

Assis à un bureau sur lequel sont entassés de nombreux livres pour enfants qui reprennent les préceptes du Ma Ba Tha, le chef du gouvernement de la région d’Ayeyarwady, Thein Aung, reconnaît qu’il a approuvé la réduction de moitié du prix de vente des licences des abattoirs à l’organisation radicale et qu’il a soutenu ces opérations. Cet ancien général nommé à son poste par le président Thein Sein en 2011 précise :

En tant que bouddhiste, je m’oppose au massacre de bétail. Par conséquent, j’ai accepté les demandes des moines qui mènent cette campagne. Je les ai aidés à obtenir les licences des abattoirs” .

Il explique que son administration envoie des unités spéciales pour mener des arrestations si les militants signalent des infractions. Les membres de Ma Ba Tha ont ainsi commencé à surveiller les abattoirs et le transport de bétail en vue d’y faire des descentes. Ils dénoncent des infractions présumées aux licences qui limitent le nombre d’animaux pouvant être tués.

Un document officiel de 2014 donne l’ordre aux agents administratifs de 26 localités de coopérer avec les membres de Ma Ba Tha qui surveillent les abattoirs. Dans les villages et les petites villes du delta de l’Irrawaddy, rares sont ceux qui s’aventurent dans le dédale de rizières et de cours d’eau après la tombée de la nuit. Mais à Kyonpyaw, à 150 kilomètres environ de Rangoon, Win Shwe, un secrétaire local de Ma Ba Tha, agit de nuit avec la coopération d’un groupe de moines et de civils.

En 2014, le groupe a collecté environ 25 000 dollars grâce à des dons publics pour racheter six licences d’abattoirs, mais la plus chère de la ville restait inabordable. Pour atteindre leur objectif, ils ont décidé de prouver que l’abattoir ne respectait pas les quotas de sa licence. “Cette usine n’était autorisée à abattre qu’une vache par jour. Quand nous voyions des signes suspects, comme un trop grand nombre de vaches menées à l’intérieur, nous courions vers le bâtiment depuis notre cachette pour vérifier ce qui se passait”, explique-t-il lors d’une interview dans un café local. Win Shwe raconte fièrement :

Lors de nos deux premières descentes, nous avons découvert que plus de vaches étaient tuées que ne l’autorise la loi. Nous avons donc fait pression sur les autorités municipales pour qu’elles mettent sur liste noire le propriétaire musulman. Elles ont fini par le faire et il a dû fermer son abattoir”.

Win Shwe et ses compagnons revendiquent également la saisie de plus de 4 000 animaux vivants dans le delta depuis début 2014. Beaucoup de ces bêtes ont ensuite été données à des agriculteurs pauvres de la région pour devenir des animaux de trait, à condition qu’ils s’engagent à ne pas les tuer ou les vendre.

Au milieu de l’année 2014, selon des documents obtenus par Myanmar Now, des militants ont toutefois reçu l’accord des autorités pour mettre en œuvre un nouveau plan visant à envoyer le bétail saisi à des populations bouddhistes de Maungdaw, dans l’Etat d’Arakan, à environ 500 km au nord-ouest du delta de l’Irrawaddy.

Cette localité très pauvre, la plus à l’ouest du pays, est située sur la frontière avec le Bangladesh. Les musulmans y sont plus nombreux que les bouddhistes. La frontière, que Ma Ba Tha se plaît à appeler “la porte occidentale” du pays, est sous le strict contrôle du gouvernement.

Pression démographique

Selon la presse, des centaines d’Arakanais qui vivaient dans l’est du Bangladesh se sont réinstallés de l’autre côté de la frontière depuis 2012. Les autorités birmanes ont envoyé les membres de cette ethnie bouddhiste vivre dans des “villages modèles” à Maungdaw, dans ce qui ressemble à une tentative d’accroître la population bouddhiste dans la zone.

Par un courrier daté d’août 2014, les autorités de la région d’Ayeyarwady ont notifié à plusieurs localités qu’elles avaient accepté une demande de l’Association des jeunes bouddhistes de Rangoon de rassembler une centaine de vaches pour les envoyer à Maungdaw depuis le port de Maubin, dans le delta. Cette mesure avait pour but de “protéger la porte occidentale contre l’afflux de musulmans”, selon Win Shwe.

Sans cette porte occidentale, le territoire sera inondé de Bengalis [musulmans du Bangladesh]”, déclare Sein Aung dans un bureau richement décoré d’emblèmes nationalistes, dont des drapeaux portant des swastikas bouddhistes. Sein Aung, qui se qualifie de bouddhiste arakanais, est un ancien agent du renseignement militaire. Il dirige à Shwepyithar la branche de l’Association des jeunes bouddhistes de Rangoon.

Pénurie de bœuf hallal

Sean Turnell, professeur d’économie à l’université Macquarie de Sydney, en Australie, explique que le boycott qui touche les entreprises musulmanes nuit à l’image de la Birmanie sur la scène internationale, notamment auprès des investisseurs potentiels qui s’inquiètent de l’instabilité politique. “A petite échelle, il semble que toutes sortes de sociétés soient touchées, des petits commerces aux transporteurs, en passant par des bailleurs de fonds”, précise-t-il.

Un restaurateur musulman de la ville de Kyaungon, dans le delta, affirme que son chiffre d’affaires est passé de 100 dollars à 20 dollars environ à la suite du boycott. Cet homme, qui souhaité garder l’anonymat, a expliqué qu’il ne pouvait plus fournir de bœuf halal à ses clients et confie :

On ne peut plus acheter de bœuf dans toute la région d’Ayeyarwady. Si on veut du bœuf halal, il faut que quelqu’un le fasse venir de Rangoon”.

Devant son restaurant, une immense affiche est placardée : une vache y est représentée, accompagnée d’un verset à la gloire du rôle mythique de l’animal en tant que “mère” de l’humanité. Une image probablement posée par des sympathisants de Ma Ba Tha. La plupart des musulmans qui vivent dans le delta de l’Irrawaddy n’osent pas dénoncer la campagne de peur de subir des représailles de Ma Ba Tha. Certains expliquent que la population musulmane ne peut que se faire discrète, dans l’espoir que la vague actuelle de nationalisme bouddhiste finisse par reculer. “Nous n’avons aucun pays où fuir, résume Khin Maung, responsable d’une mosquée à Kyaungon. Nous sommes tous nés ici, et c’est ici que nous avons grandi.”

Swe Win

POUR EN SAVOIR PLUS

L’Association pour la protection de la race et de la religion, Ma Ba Tha, a gagné du terrain avec l’avènement de la démocratie birmane. Elle a été créée en juin 2013 à la suite d’affrontements qui avaient opposé des bouddhistes et des musulmans, en 2012. Son deuxième congrès s’est tenu en juin 2015 et aurait, selon l’organisation, attiré 6 800 moines et civils. Ma Ba Tha a alors publié un communiqué affirmant qu’elle appellerait le gouvernement à interdire aux musulmans de sacrifier des animaux dans le cadre de manifestations religieuses. Les détracteurs de Ma Ba Tha font valoir que ses activités ne sont pas représentatives de l’ensemble du clergé bouddhiste en Birmanie, qui compte 250 000 membres, selon les données officielles. Les moines associés à Ma Ba Tha ont publiquement accusé le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), d’être incapable de protéger le bouddhisme.

Wirathu, le moine bouddhiste islamophobe visé par un mandat d’arrêt

Une plainte pour sédition a été déposée le 28 mai contre le moine bouddhiste U Wirathu. Le religieux encourt la prison à vie.

U Wirathu avait acquis une notoriété planétaire en 2013 quand le magazine américain Time avait décidé de publier son portrait en couverture sous le titre sans appel : “Le visage du terrorisme bouddhiste”. En rupture avec l’image de tolérance communément associée au bouddhisme, le moine assumait haut et fort ses propos haineux, pour ne pas dire ses appels au crime, dirigés contre les musulmans. En 2017, il avait été interdit de prêche pendant une année en raison de “ses discours de haine contre des religions”, selon le communiqué de l’autorité supervisant la sangha, la communauté des moines bouddhistes.

Aujourd’hui, ce sont des propos visant Aung San Suu Kyi qui semblent lui valoir ses ennuis avec la justice, rapporte le site Myanmar Now. “Mardi après-midi [28 mai], San Min, du Département de l’administration générale, a déposé une plainte contre le moine [pour sédition]”, précise le site. La loi sur la sédition, qui “interdit tout ce qui peut conduire à la haine ou à un outrage du gouvernement”, prévoit des peines allant jusqu’à la prison à perpétuité.

Tournée de meetings

Myanmar Now dit ne pas connaître avec certitude les faits reprochés au moine. “Wirathu a animé récemment à travers le pays une série de meetings pour dénoncer la volonté du gouvernement civil d’amender la Constitution de 2008, qui octroie aux généraux des pouvoirs étendus.” Et, durant l’un de ces rassemblements à Myeik, dans l’extrême sud de la Birmanie, il s’en serait pris à Aung San Suu Kyi, de facto à la tête du pays :

Lorsque des commissions sont mises sur pied, elles le sont avec des étrangers. Ceux qui la conseillent sont tous des étrangers. Ceux qui l’accompagnent sont tous des étrangers.”

Avant d’ajouter : “Ceux qui couchent avec…” Wirathu se serait alors arrêté, provoquant des éclats de rire parmi les 300 personnes venues l’écouter.

U Wirathu est rattaché à un monastère de Mandalay. Myanmar Now dit ne pas savoir où il se trouve actuellement. Mais un juge aurait ordonné à la police de l’amener à Rangoun avant le 4 juin.

Voir par ailleurs:

« Le Vénérable W. », le bouddhiste qui avait la haine

Après ses documentaires consacrés à Idi Amin Dada et Jacques Vergès, l’étonnant Barbet Schroeder boucle sa «trilogie du mal» auprès de Wirathu, le moine birman qui appelle à l’extermination des musulmans

Barbet Schroeder est insaisissable, puisqu’il a touché avec une égal talent le documentaire (Koko le gorille qui parle), la série télé (Mad Men), le cinéma d’auteur (La ValléeMaîtresseLes Tricheurs…) et le cinéma hollywoodien (Le Mystère von BülowJ. F. partagerait appartement).

Barbet Schroeder est infatigable. More (1969), son premier long métrage, film culte, scrute la face d’ombre de l’utopie hippie, incarnée par un jeune couple sombrant à Ibiza dans l’enfer des paradis artificiels; en 2014, le dispensable Amnesia retourne où tout avait commencé, à Ibiza, comme un couvercle qui se referme.

A 76 ans, le cinéaste d’origine suisse a pourtant repris la route. Fasciné depuis toujours par le bouddhisme, cette «religion athée qui permet le pessimisme», il est allé en Birmanie, à la rencontre d’Ashin Wirathu. Auprès de ce bonze plein de haine zen qui appelle à l’extermination des populations musulmanes, il boucle sa trilogie du mal, entamée en 1974 avec Général Idi Amin Dada et poursuivie en 2007 avec L’Avocat de la terreur.

Selon Barbet Schroeder, le thème du mal est «inépuisable, inséparable de l’humanité, particulièrement pour le 20e siècle sans parler du 21e qui a l’air de vouloir faire de la haine et du mensonge des sujets incontournables». Au terme d’un tournage difficile, dangereux, prématurément interrompu par une situation de plus en plus instable en Birmanie, le cinéaste ramène Le Vénérable W., un documentaire édifiant et terrifiant.

Maisons incendiées

Contrairement à son habitude, Barbet Schroeder ne s’est pas contenté de filmer l’agent du mal et de laisser le spectateur découvrir la réalité dans son effrayante nudité. Parce que la Birmanie est méconnue, lointaine, et que la situation politique y est terriblement instable, entre la junte, la présidente Aung San Suu Kyi aux positions ambiguës, les Rohingyas, la minorité musulmane et une centaine d’autres ethnies, le cinéaste a rencontré des journalistes, des moines désapprouvant la croisade de Wirathu. Il a aussi ressemblé des documents d’archives, reportages TV ou fichiers de téléphone portables.

Dès 2001, Wirathu prononce de virulents sermons islamophobes. En 2003, suite à des émeutes musulmanes, il est condamné à 25 ans de prison, dont il sort en 2012, suite à une amnistie générale. A la tête du mouvement 969, interdit en 2013 et aussitôt remplacé par Ma Ba Tha, il incite à la haine, monte en épingle des faits divers, propage des fake news. Il affirme que les musulmans (4% de la population birmane) qui «se reproduisent comme des lapins» (slogan dans une manifestation) mettent en péril l’équilibre de la nation.

Religions tournant à l’horreur

Des foules de moines en robe safran défilent, chantent des chanson nationalistes, éructent de haine, incendient les mosquées et tabassent les gens à mort, pendant que l’armée regarde à côté… Les maisons brûlent par milliers, des corps s’entassent sur des bûchers funéraires. Lorsqu’elles tombent entre les mains des fanatiques, toutes les religions tournent à l’horreur.

Le film se termine sur les images d’une rue pakistanaise embrasée par la colère. Une guerre de religion entre bouddhiste et musulmans serait une belle façon de pepétuer au 21e siècle l’obscurantisme du Moyen Age…

Voir aussi:

Documentaire. “Le Vénérable W” : Barbet Schroeder scrute le doux visage de la haine

Après le dictateur ougandais Amin Dada et l’avocat de la terreur Jacques Vergès, le cinéaste Barbet Schroeder s’est rendu en Birmanie pour clore sa trilogie sur le mal. Il y a rencontré le moine Wirathu, à l’origine de violentes campagnes islamophobes dans le pays. Son fascinant documentaire, Le Vénérable W., sort le 7 juin, en partenariat avec Courrier international.

“Les caractéristiques des poissons-chats d’Afrique sont : ils grandissent très vite. Ils se reproduisent très vite aussi. Et puis ils sont violents. Ils mangent les membres de leurpropre espèce et détruisent les ressources naturelles de leur environnement. Les musulmans sont exactement comme ces poissons.”

Les mots sont assénés d’un ton calme, parfaitement assuré. Celui qui les prononce face caméra, en ouverture du Vénérable W., est loin d’être un obscur inconnu en Birmanie. Le moine Ashin Wirathu est aussi devenu célèbre à l’étranger quand, en 2013, Time, le célèbre magazine américain, l’a mis à sa une avec pour titre “Le visage du terrorisme bouddhiste”.

Le nettoyage ethnique en train de se faire

Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes, le documentaire que lui consacre le cinéaste suisse Barbet Schroeder a laissé les critiques médusés. Comme le relève The Hollywood Reporter :

Face à la progression de l’islamophobie en Europe, aux États-Unis et ailleurs, [le] film rappelle que même la doctrine religieuse la plus pacifique risque, si elle est mal interprétée, d’être exploitée à des fins destructrices.”

Barbet Schroeder a pu suivre Wirathu et s’entretenir avec lui pendant une quinzaine d’heures. Il le montre déclamer ses prêches devant des ouailles fascinées et attentives. Alternant avec ces images, d’autres, insoutenables et provenant souvent de films tournés par des témoins indignés, donnent à voir le résultat de ses discours de haine : des quartiers incendiés, des magasins pillés et des hommes battus à mort lors des pogroms islamophobes qui ont éclaté dans le pays au cours des quinze dernières années. “C’est un documentaire à la fois excellent et dérangeant, qui montre le nettoyage ethnique en train de se faire”, commente le magazine spécialisé Screen international.

Comme le résume le quotidien suisse Le Temps, un implacable mécanisme s’est mis en branle à partir de celui qui dirige le mouvement xénophobe Ma Ba Tha : “Dès 2001, Wirathu prononce de virulents sermons islamophobes. En 2003, après des émeutes antimusulmanes, il est condamné à vingt-cinq ans de prison, dont il sort en 2012, à la suite d’une amnistie générale. À la tête du mouvement 969 [une référence aux trois joyaux du bouddhisme, présentée comme l’opposé cosmologique de 786, qui signifie pour les musulmans “Au nom d’Allah clément et miséricordieux”], interdit en 2013 et aussitôt remplacé par Ma Ba Tha, il incite à la haine, monte en épingle des faits divers, propage des fake news [“fausses informations”]. Il affirme que les musulmans (4 % de la population birmane) […] mettent en péril l’équilibre de la nation.”

En 2015, le mouvement Ma Ba Tha a obtenu l’adoption de quatre lois discriminatoires contre les musulmans, qui interdisent la polygamie, limitent les conversions et les mariages interreligieux et permettent le contrôle des naissances. La sangha, communauté des moines, a demandé, le 23 mai 2016, la dissolution de Ma Ba Tha. Wirathu lui-même est interdit de prêche depuis février 2017. Il avait remercié l’assassin de Ko Ni, un avocat musulman et proche conseiller d’Aung San Suu Kyi, assassiné le 29 janvier à Rangoon.

En bref

AUNG SAN SUU KYI, L’INSOUTENABLE SILENCE

Certains espéraient que la prise de fonctions du premier gouvernement civil de l’histoire du pays, en avril 2016, appaiserait les tensions islamophobes. Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix et égérie des opposants à la junte, a été promue conseillère spéciale de l’État, déclarant vouloir faire de la résolution des conflits ethniques sa priorité. Mais, un an plus tard, la minorité musulmane désespère de l’entendre condamner les exactions dont elle est la cible. “L’héroïne de la démocratie apparaît incapable d’arrêter les atrocités commises par les forces de l’ordre”, dénonce The Irrawaddy, un journal fondé par la dissidence. “Aung San Suu Kyi n’est pas défenseuse des droits de l’homme, mais une femme politique. Raison pour laquelle elle reste silencieuse”, justifie pour sa part l’hebdomadaire Frontier Myanmar. L’armée conserve constitutionnellement son autonomie face aux autorités civiles.

Voir également:

Birmanie: mandat d’arrêt contre le moine extrémiste Wirathu

AFP/Le Point

Qui est Wirathu, le moine birman décrit comme « le visage du terrorisme bouddhiste » ?
Le bonze extrémiste a pour cible depuis des années la minorité musulmane de Birmanie, les Rohingyas, contre qui il multiplie les déclarations de haine. Il est aujourd’hui visé par un mandat d’arrêt des autorités birmanes.
M.F.
Nouvel Obs
29 mai 2019

Il est considéré comme le « visage du terrorisme bouddhiste ». Le moine ultranationaliste Ashin Wirathu est depuis mardi sous le coup d’un mandat d’arrêt pour incitation à la haine émis par les autorités birmanes. L’homme a fait de sa haine de l’islam et des musulmans un combat permanent. Mais qui se cache derrière ce sinistre moine ?

Malgré son visage calme et serein, il est décrit comme le « Ben Laden birman », ou encore le « Hitler bouddhiste ». Ashin Wirathu, 50 ans, a acquis une renommée internationale pour ses propos islamophobes durant le massacre des Rohingyas en Birmanie.

Le moine est en rupture totale avec l’image habituellement tolérante des bouddhistes. Il est le leader du mouvement 969 et un membre influent de l’association Ma Ba Tha, qui ont prôné le boycott des commerces musulmans et l’interdiction des mariages interreligieux, sans que le gouvernement birman ne réagisse.

Une haine sans limite pour les Rohingyas

Il avait déjà été arrêté et condamné à vingt-cinq ans de prison en 2003 pour avoir prêché l’extrémisme et distribué des livres interdits. Il a finalement été libéré en 2012, profitant de l’ouverture du pays et d’une amnistie nationale.

Depuis, il multiplie les déclarations haineuses à l’encontre des Rohingyas, ethnie musulmane minoritaire et persécutée en Birmanie. Son but : « protéger » son pays majoritairement bouddhiste d’une menace d’« islamisation », alors que les musulmans représentent moins de 5 % de sa population.

En 2013, le moine apparaît dans son habit grenat sur la couverture du magazine américain « Time », où il est décrit comme « le visage du terroriste bouddhiste ». Sans concession, il y déclare sa haine des Rohingyas :

« [Les musulmans] se reproduisent si vite, ils volent nos femmes et les violent […] Ils aimeraient occuper notre pays mais je ne les laisserai pas. » Sous couvert de séances d’éducation religieuse, le bonze distille son discours islamophobe sur les réseaux sociaux et en DVD. Pendant des années et au travers de multiples campagnes de diffamation, il a attisé la haine qui a conduit aux affrontements intercommunautaires et à ce que l’ONU qualifie de « génocide » des Rohingyas. Plus de 740 000 membres d’entre eux ont fui au Bangladesh voisin depuis août 2017.

« S’ils veulent m’arrêter, ils peuvent le faire »

Il n’a eu de cesse, depuis, de défier la hiérarchie bouddhiste et le gouvernement birman, au sein duquel se trouve Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix. De plus en plus influent, il a réussi à convaincre cette dernière de ne présenter aucun candidat musulman sur les listes de son parti pour les élections générales de 2015. L’image de celle-ci en a pris un coup.

L’homme, que rien ne semblait pouvoir arrêter, a finalement connu un revers en 2017 lorsque le clergé bouddhiste a interdit son mouvement Ma Ba Tha. Qu’à cela ne tienne : cinq jours plus tard, il revient avec la « Fondation Philanthropique Buddha Dhamma », copie conforme de son précédent mouvement à ceci près qu’il compte désormais des laïcs.

Fervent défenseur des militaires, il s’était insurgé en octobre dernier contre un possible procès des généraux birmans devant la justice internationale pour le drame rohingya.

« Le jour où la Cour pénale internationale vient ici, Wirathu aura un pistolet » à la main, avait-il assuré.Wirathu paraissait intouchable : ce mandat d’arrêt mettra peut-être fin à ses agissements. L’homme, qui vit la plupart du temps dans son monastère de Mandalay, dans le centre du pays, n’a pas encore été arrêté par la police : « S’ils veulent m’arrêter, ils peuvent le faire », a-t-il déclaré mercredi au média en ligne Irrawady.

Voir de plus:

‘The Venerable W’ (‘Le Venerable W’): Film Review | Cannes 2017

Director Barbet Schroeder (‘Barfly,’ ‘Terror’s Advocate’) documents the controversial Buddhist leader of a deadly anti-Muslim campaign in Myanmar.

The Hollywood reporter

5/20/2017 

Those who believe that all Buddhists respect their religion’s core principles of peace and tolerance should take a look at The Venerable W (Le Venerable W), director Barbet Schroeder’s eye-opening chronicle of one Burmese monk’s long campaign of racism and violence against his country’s minority Muslim population.

The third part in a “trilogy of evil” that began in 1974 with General Idi Amin Dada and continued in 2007 with a look at the controversial French lawyer Jacques Verges in Terror’s Advocate, this scathing portrait gets up close and personal with Ashin Wirathu, the self-appointed spiritual leader of Myanmar’s anti-Muslim crusade.

Speaking openly to the camera, Wirathu propagates xenophobia and bigotry against a group that represents only a fraction of the local population, yet have been subject to decades of persecution by both the monk’s followers and the military-controlled Burmese government. The result has been hundreds of deaths, thousands of homes burned to the ground and tens of thousands of Muslims displaced — all of it in the name of a religion that asks, according to one translation of the Metta Sutta, to “cultivate boundless love to all that live in the whole universe.”

The Venerable W, which consists of interviews with Wirathu and some of his most outspoken critics, as well as footage of riots, beatings, burnings and killings that have taken place since the 1970s, reveals that the 75-year-old Schroeder is still a fearless explorer of the darkest facets of our society. At a time when Islamophobia is on the rise in Europe, the U.S. and elsewhere, his film is a reminder that even the most peaceful of religious doctrines can, if twisted in the wrong way, be used as a veritable source of evil. A premiere in Cannes should give this vital documentary the attention it deserves.

Wirathu operates out of the city of Mandalay, a third of whose inhabitants consist of monks or monks-in-training. In the late 90s he formed the “969” movement and began delivering racist sermons to his disciples, referring to Muslims as “kalars” (the equivalent of the n-word) and claiming they are a subspecies who don’t deserve Myanmar citizenship, that their businesses should be boycotted and that they should be banned from intermarriage with Buddhists.

Although prejudice against the Rohingya Muslim community, which is based in the western part of Myanmar bordering Bangladesh, dates back to before Wirathu’s time, he has helped accelerate a campaign resulting in many, many deaths and the mass destruction of property. In order to fuel the fire, he often highlights incidents where Muslims have attacked Buddhists (in one case, the rape and murder of a woman), distributing propaganda videos on DVD and backing riots where Rohingyas are driven from their homes while the armed forces stand idly by.

What’s especially disturbing about Schroeder’s inquiry is how, on one hand, Wirathu can be seen expounding the peaceful tenets of Buddhism to his followers, while on the other he preaches a holy war meant to ostracize — and indirectly, destroy — an entire segment of the population. The man himself sees no contradiction in the two, simply believing that Muslims are a lesser race unworthy of the basic human rights accorded to Buddhists.

While the situation in Myanmar is particularly extreme, Schroeder reveals at one point how, even in a Western nation like France, the perception of Islam’s grip on society versus the reality of that grip is highly exaggerated. Terrorist attacks like those that occurred in Paris in 2015 only help to augment fears and nationalistic tendencies, which is why a candidate like Marine Le Pen was able to capture more than a third of the vote in France’s recent presidential runoff.

The Burmese authorities have made some attempts to quell the tide of Islamophobic sentiment, banning the “969” group and jailing Wirathu for several years. But after his release, the popular monk managed to form a new movement, promoting a series of “protection of race and religion bills” that seem to be the first step toward a modern version of the Nuremberg Laws of Nazi Germany. One of those laws has already been enacted, while the government continues to persecute the Rohingyas throughout the land.

Like in his portraits of Verges and Idi Amin, Schroeder has an unflinching way of capturing the propos and rationale of Wirathu without any filter whatsoever. Ace editor Nelly Quettier (Holy Motors) juxtaposes the lengthy one-on-one interview with found footage of devastated villages and grisly beatings, revealing how Wirathu’s teachings resonate through the widespread violence that has afflicted Myanmar for several decades now, and that will likely continue in the near future. In a place where Buddhists currently represent more than 90 percent of the populace, it’s unthinkable how a religion that preaches so much love can, in this case, yield so much hate.

Production companies: Les Films du Losange, Bande a Part Films
Director: Barbet Schroeder
Producer: Margaret Menegoz
Director of photography: Victoria Clay Mendoza
Editor: Nelly Quettier
Composer: Jorge Arriagada
Venue: Cannes Film Festival (Special Screenings)
Sales: Les Films du Losange

In French, Burmese, Rohingya, Spanish
107 minutes

‘The Venerable W’: Cannes Review

Dir Barbet Schroeder. France. Switzerland. 2017. 100mins.

Everyone knows that Buddhism is the religion of peace, love and understanding. So there’s something deeply wrong about a Buddhist monk who calmly spouts anti-Muslim hate speech and incites ethnic riots. The monk in question, an influential Burmese figure known as the Venerable Wirathu, is the subject of the powerful third and final installment of Swiss director Barbet Schroeder’s ‘Axis of Evil’ documentary trilogy, which began in 1974 with General Idi Amin Dada: A Self Portrait, and continued in 2007 with Terror’s Advocate, a portrait of controversial lawyer Jacques Vergès.

Shot on the hoof, under the noses of a repressive regime, The Venerable W is a fine, stirring documentary about ethnic cleansing in action

It’s the shocking disjunct between his religion and the rabid nationalism of his sermons, writings and declarations that powers Schroeder’s conventional but nevertheless effective long hard stare into the eyes of intolerance.

However, this is also a chilling corrective to accounts of Burma that paint its recent history simply as a fight between courageous pro-democracy forces led by Aung San Suu Kyi (by no means a heroine in this particular story) and a repressive military regime. In the era of Trump (Wirathu is a fan), Farage and Le Pen, it also shines timely light on the mechanisms of nationalistic rhetoric. That should be enough to guarantee The Venerable W some sort of foothold in mature, doc-friendly markets despite its potentially niche subject matter, and it appears ripe for VOD distribution.

Draped in saffron robes, his face rarely betraying any emotion, Wirathu is presented partly through outtakes from an interview Schroeder filmed with him in the library of the Mandalay monastery which he heads. The ‘venerable’ monk talks openly about what he sees to be the Muslim threat to Buddhist purity, calmly spouting racial slurs about their breeding capacity, the rape of ‘our women’, animalistic nature and accumulation of wealth that carry terrifying echoes of Nazi anti-Semitic slurs. He repeats the same message to the young monks he teaches and to the crowds of followers who turn out to watch him preach on tacky makeshift stages amidst garlands of flowers and gilt Buddhas.

Schroeder’s method at first is simply to dwell on the awful fascination of the ‘Fascist Buddhist’ paradox, with passages promoting the brotherhood of man from the religion’s sacred texts, voiced by veteran French actress Bulle Ogier, underlining the contradiction. Wirathu’s rise from provincial obscurity to ethnic rabble-rouser is then charted, mixing his own account with testimony from a mix of interviewees – who will include two Burmese Buddhist masters who have served prison time, like ‘W’, but for far more noble causes. Wirathu’s nine-year stretch for inciting ethnic hatred came after a spate of 2003 riots in his hometown of Kyaukse and elsewhere which involved lynchings and burnings of Muslim mosques, shops and houses.

The mood of the film turns darker in its second half, when Wirathu returns with even greater vitriol to the campaign trail after his release in 2012. News and mobile phone footage captures some of the pogroms launched against Burma’s persecuted Rohingya Muslim minority, mostly in Rakhine state: a scene in which a Buddhist monk beats a Musilm to a pulp with a makeshift club is difficult to erase.

By now we’ve worked out what the monk really is. Forget the robes: he’s a classic extremist politician, fanning tensions through the crudest of rhetoric (including a DVD restaging of the rape of a Buddhist girl produced under the aegis of his Ma Ba Tha nationalist movement), then visiting the affected regions to ‘restore order’ and guarantee security. Shot on the hoof, under the noses of a repressive regime, The Venerable W is a fine, stirring documentary about ethnic cleansing in action.

Production companies: Les Films du Losange, Bande à Part

International sales: Les Films di Losange, b.vincent@filmsdulosange.fr

Producers: Margaret Menegoz, Lionel Baier

Cinematography: Victoria Clay Mendoza

Editor: Nelly Quettier

Music: Jorge Arriagada

Narration: Bulle Ogier

Voir de plus:

Days of Discontent

  • The Irrawaddy
  • 30 March 2017

RANGOON — Burma’s first civilian government since 1962 is facing growing discontent at home and abroad. One year has passed since the National League for Democracy (NLD)-led administration was sworn in and serious soul searching by its leaders is urgently needed.

That is, if government leaders are actually willing to listen to the people who pinned all their hopes on them and elected them to office.

The country’s de facto leader Daw Aung San Suu Kyi and her cabinet ministers need to seriously tackle the country’s ills and work to repair past mistakes and blunders. If not, they will face tougher opposition as Burma’s people become disillusioned.

Under Daw Aung San Suu Kyi’s administration, the conflict in Burma’s North has intensified and confidence and trust between the State Counselor and ethnic leaders has greatly eroded. She has alienated ethnic groups and, as a result, the peace process is on the verge of derailment. When taking office, she claimed achieving peace was a priority of her government.

Daw Aung San Suu Kyi’s relations with the Burma Army commander-in-chief Snr-Gen Min Aung Hlaing are strained and her perceived lack of action to fix the country’s sluggish economy has increased widespread dissatisfaction.

Understandably, people are disappointed. But that doesn’t mean the public are unsympathetic. Many people understand that the new civilian government has faced daunting challenges as it inherited a country that languished under decades of repressive and corrupt military dictatorship.

Many NLD supporters have expressed concerns about the current state of affairs in good faith. They want this government to succeed and to move the country forward, as does the international community.

Once considered a darling of the West for her relentless pursuit of democratic reform in Burma, Daw Aung San Suu Kyi now faces an almost daily onslaught from international media.

The Nobel Peace Prize winner’s international image suffered a heavy blow when the UN reported evidence of crimes against humanity committed against Rohingya Muslims in northern Arakan State.

Burma’s democracy hero has appeared powerless to stop government security forces committing atrocities. Meanwhile, many people in Burma do not accept the Rohingya as one of Burma’s ethnic groups, insisting that they are illegal migrants from Bangladesh, and referring to them as “Bengali.”

The government’s lack of a clear economic policy and the appointment of loyal but ineffective cabinet ministers have caused concern among the business community inside and outside of Burma. Ministers have been accused of lacking experience and having no vision to push their ministries in a productive direction.

Burma is located between two giant neighbors, China and India, and it has great potential to move forward. But the economy is slowing and there is little action to intervene from those supposedly running the country.

Worryingly, under the democratically elected government, arrests and detention of critics, journalists, and activists have continued as both the military and the civilian government increasingly turn to the draconian Article 66(d) of Burma’s Telecommunications Act.

Government leaders have been accused of being media shy and even lacking respect for the media. They forget that it was local and independent media that played a major role in 2015’s historic elections.

Daw Aung San Suu Kyi, her “puppet” president U Htin Kyaw, and other senior government leaders have failed to hold one press conference in the first year of taking office.

Pundits have been questioning what has gone wrong with Daw Aung San Suu Kyi’s government and its policies: Was the NLD unprepared or did its leaders lose their vision and become complacent?

There is growing criticism the State Counselor acts haughtily and views herself as above others—including both political opposition members and important allies. She has burned a number of bridges and caused allies to flee.

Perhaps, as the daughter of Gen Aung San—independence hero, politician, and founding father of Burma’s armed forces—she feels entitled to solve the country’s issues and assumes everybody will follow her.

But this is not the case. She is not Gen Aung San and she has no control over the armed forces. There is a structural problem with Burma’s government—the military continues to control the key ministries of defense, home, and border affairs, as well as 25 percent of seats in all parliaments and the all-powerful General Administration Department.

In the eyes of some businesspeople and politicians, the NLD is operating a caretaker government with little executive power.

Members of the public, particularly everyday people such as farmers and workers, have not witnessed significant change in the first year of the new government.

It is time to stop living under the illusion that Daw Aung San Suu Kyi and her government will match expectations and bring about miraculous, concrete, change. It is time instead to ask the government to act decisively, and it is time to hold it accountable for its mistakes.

If the government has the will to listen, it will review its year of shabby governance, shake up its cabinet, and change its direction.

Living in blind hope for what the State Counselor and her government can achieve must stop here.

Voir encore:

Questioning the official line on Rakhine

The government’s blanket rejection of abuse allegations in Maungdaw and refusal to conduct a serious investigation may be popular in Myanmar, but will make it harder to address the issues underpinning the insurgency.

Oliver Slow

FRONTIER

January 19, 2017

JANUARY 9 marked three months since coordinated attacks were launched on police outposts in northern Rakhine State, leading to a heavy security crackdown, a block on humanitarian aid and a shift in the dynamics of what was already an incredibly complex issue.

In the months since the military “clearance operations” began in response to the attacks, security forces have killed an estimated 100 suspected attackers and arrested another 600, according to state media. Some have since been released and others sentenced, but no details of their charges, sentences or trials have been made public.

At the same time, about a dozen security forces have been killed by the militant group, which has been named as Harakah al-Yaqin (Faith Movement). Meanwhile, almost all humanitarian aid has been cut off to an already vulnerable population – about 150,000 people in the area were regular recipients of United Nations assistance.

Hundreds, possibly thousands, of properties have been burned to the ground and the UN says 34,000 Muslims, most of whom self-identify as Rohingya, have fled across the border into Bangladesh.

A number of those fleeing into Bangladesh have accused military personnel of using disproportionate force during their operations, including mass rape, arbitrary arrests, burning of homes and villages, and extra-judicial killings. The government and military have consistently denied all charges.

Daw Aye Aye Soe, spokesperson for Myanmar’s Ministry of Foreign Affairs, which is headed by Daw Aung San Suu Kyi, told IRIN in December that the security operation had been conducted “with very much restraint” and that “regarding rape, ethnic cleansing – it’s completely false.” She also questioned the number of people reported to have fled to Bangladesh, saying a figure of 20,000 or 30,000 is “blown out of proportion”.

But the government has come under significant pressure to allow independent observers into the region. In December, representatives from 13 private and state media organisations were given limited access to the affected area on a government-sponsored trip. Despite repeated requests, Frontier was refused permission to participate.

On December 23, two days after speaking with reporters who were part of the trip, the decapitated body of a Muslim man, U Shu Na Myar, was found near his home.

Just hours after his body was found, and before any suspects had been reported arrested, the Facebook page of the State Counsellor’s office, which is also headed by Aung San Suu Kyi, published a post with the headline “Truth teller beheaded” in English.

An accompanying article written in Myanmar said the man had “told media there was no case of arson by the military and police forces, no rape and no unjust arrests”.

This blanket denial of any wrongdoing by authorities has been typical of the approach taken by the military and the government since the security operations began.

It may well have been the case that Shu Na Myar was killed by the militants. But as Frontier has consistently stated in recent months, such vigorous denials do no one any favours; they only heap more suspicion on the security response and create further divisions in an already volatile region.

If there really has been no wrongdoing by the security forces then the government must allow an independent and credible investigation committee (and the committee formed in December and headed by vice president U Myint Swe is nothing of the sort) to look into the facts on the ground.

The blanket denial approach has been discredited by the emergence on December 31 of a video showing police abusing Muslim villagers. Shot on November 5 in Kotankauk village in Maungdaw, the video shows why the government should respond to abuse allegations seriously, rather than questioning the motives of those making the complaints, or those publishing them.

Local opinion

The government’s response to the October 9 attacks may have attracted criticism abroad, but at home its approach is supported overwhelmingly. Much of the Myanmar population believes that the security forces have committed no wrongdoing.

Any accusations of human rights abuses are regarded as lies made either by the international media or the Rohingya to elicit public sympathy for their plight.

The international media in particular has attracted the scorn of the Myanmar public and authorities. One opinion piece in state-controlled media accused international media of working “hand in glove” with the attackers, a frankly absurd accusation.

There has, however, been some sloppy reporting from some international outlets, most notably the story published by the UK’s Daily Mail in December about a video purporting to show a young Rohingya boy being tasered by a Tatmadaw soldier. The report was incorrect and the incident had in fact taken place in Cambodia.

Some said the report was proof that the international media was deliberately manipulating the situation to portray Myanmar in a negative light, but anyone who is familiar with the Daily Mail’s editorial values will no doubt be aware that it was just another example of the publication failing to adhere to the most basic journalistic principles.

At the same time, some have used doctored images to try and build support for the Rohingya cause. On January 3, the Global New Light of Myanmar carried a front-page article headlined “Fabricated stories, misleading pictures about Rakhine cause global criticism”.

It included five photos that it said were being incorrectly captioned and shared on social media “in an attempt to cause misunderstandings about Myanmar”. This has in fact done the cause a disservice, as it encourages sceptics to dismiss credible reports in mainstream media out of hand as pro-Rohingya propaganda.

In private conversations, Myanmar friends have told me that they view the international coverage of the issue as a deliberate attack on the country’s reputation. It is nothing of the sort. What is being questioned is the official narrative from an institution – that is, the Tatmadaw – that has a well-established track record of carrying out human rights abuses against ethnic minorities (as well as the majority Bamar) for many years.

As the International Crisis Group report, Myanmar: A New Muslim Insurgency in Rakhine State, noted, the clearance operations in northern Rakhine State appear to employ methods “akin to [the Tatmadaw’s] standard counter-insurgency ‘four cuts’ strategy developed in the 1960s to cut off rebel forces from their four main support sources” – namely food, funds, intelligence and recruits.

The tactic, the report said, involves cordoning off territory for concentrated operations, a “calculated policy of terror” to force populations to move, destruction of villages in sensitive areas, and the confiscation and destruction of food stocks that might support insurgents.

There is no conspiracy in the international media and no deliberate attempt to make Myanmar “look bad”. Many of the journalists questioning the government’s narrative have a deep fondness for the country, as do I. But that does not mean the claims from the government or the military should be accepted on face value, as the incontrovertible truth.

Questioning the official line

So why is the military’s version of events accepted by so much of the Myanmar public without question? After all, there remains a deeply held distrust of the military as a result of its decades of economic mismanagement and repressive rule.

A major reason is the support of Aung San Suu Kyi. The State Counsellor maintains significant domestic popularity and her apparent acceptance of the military’s narrative has given it much greater credibility.

While she has said very little about the situation in Rakhine State, on the rare occasions that she has publicly discussed it her language has been pro-military and dismissive of international “meddling” in Myanmar’s internal affairs. For those who held her in such high regard as a defender of human rights, it has been a disappointing response.

But as Aung San Suu Kyi has pointed out herself, she is a politician, not a human rights defender, and this forms another part of the reason she is not speaking out. There is of course the issue that the military still wields significant power, and to criticise it would put serious strains on an already fraught relationship. But it is also important to note that those who identify as Rohingya are generally disliked within the country.

As has been well documented, the Rohingya term is rejected by much of the population, who regard them as “Bengali” immigrants from Bangladesh. To be perceived as speaking out in defence of the Rohingya would potentially lose her party significant political support. More nationalistic parties – most notably the Union Solidarity and Development Party and the Arakan National Party – would be quick to exploit these perceptions.

There is the third theory, though: that, like much of the population, she simply does not believe that the accusations being made are true.

Another reason for the widespread support of the security operation is that the October 9 attacks are regarded as an attack on the country’s sovereignty by a “foreign” force. We saw a similar sentiment in February 2015 when the Myanmar National Democratic Alliance Army, a Kokang armed group, attacked military outposts in the north of the country.

While an official ethnic group, the Kokang are closely related to Han Chinese (some would say they are Han Chinese), and the offensive was launched from Chinese territory. Unsurprisingly, it was regarded as an attack by a foreign force on the country’s sovereignty – a view that the Tatmadaw encouraged – and support for the military spiked as a result.

Rape accusations

Human rights groups and international media outlets have reported accusations of rape being conducted by Tatmadaw soldiers on Rohingya women fleeing the violence.  The government has vehemently dismissed these allegations.

In fact, minutes after the December 23 post on the State Counsellor’s page about the decapitated Muslim man in Rakhine State, a new post was published accusing Rohingya women of fabricating stories of rape. The post was published under the headline “fake rape”.

Dozens, perhaps hundreds, of women have made the accusations and they should not be dismissed so flippantly by the government, especially given the Tatmadaw’s track record.

In 2014, the Women’s League of Burma released a report saying that more than 100 women and girls have been raped by Myanmar’s military since the 2010 election. “Due to restrictions on human rights documentation, WLB believes there are only a fraction of the actual abuses taking place,” the group said in a statement.

The report added that majority of the cases were reported in ethnic minority areas. For many years, civil society groups, particularly those operating in ethnic minority areas, have published reports of Tatmadaw soldiers raping women.

In 2011, Aung San Suu Kyi herself said that rape was being used as a tool of war in Myanmar. In a video for the Nobel Women’s Initiative, she said: “Rape is used in my country as a weapon against those who only want to live in peace, who only want to assert their basic human rights. It is used as a weapon by armed forces to intimidate the ethnic nationalities and to divide our country. This is how I see it. Every case of rape divides our country.”

Despite this, the rape accusations are now dismissed out of hand. In November, a Rakhine parliamentarian told the BBC that Myanmar soldiers couldn’t have possible raped Rohingya women because “they are very dirty” and have a “low standard of living”.

It is a viewpoint that has seeped into the public conscious too. In private conversations I have heard it uttered that the Rohingya women are “not attractive” and therefore would not be raped. Apart from being ugly language, it also ignores the fact that rape is more often about showing power over a particular person, or group of people, than sexual attraction.

There is no doubting that the situation in Rakhine State is incredibly complex, and the local Rakhine population understandably feel some fear about the new insurgency there. But progress needs to be made, and blanket denials do not help. A serious plan needs to be put in place to start to build trust between communities there again.

Voir encore:

 

 

Pâques sanglantes au Sri Lanka. Près de 300 morts et 500 blessés dans une série d’attentats quasi simultanés contre des cibles catholiques ou étrangères. Probablement un record de tous les temps — hormis le 11 Septembre — pour le nombre de tués par terrorisme, dans un seul pays et en une seule journée.

Dans un État insulaire pourtant dominé par les confessions bouddhiste et hindouiste, c’est la « piste islamiste » qui ressort ! Une fois de plus, et là où on ne l’attendait pas…

Trois ans après le carnage anti-chrétien de Lahore, au Pakistan (plus de 70 morts dans un parc, le jour de Pâques 2016), deux ans après le massacre du dimanche des Rameaux en Égypte (attentats anti-coptes dans deux villes, dont Alexandrie, plus de 40 morts), l’horreur pascale frappe à nouveau.

Dans tous ces cas, la majorité des victimes sont chrétiennes, et la main criminelle islamiste.

Avec des preuves qu’il dit détenir, le gouvernement de Colombo (épaulé par Interpol et le FBI) accuse un mouvement extrémiste musulman local, le National Thowheeth Jama’ath (sigle NTJ, ou « Association nationale monothéiste »). Mais devant le caractère finement coordonné des attentats, il ajoute aussitôt qu’il y a, derrière, « un réseau international sans lequel ces attaques n’auraient pas pu réussir ».

Les cibles choisies et le modus operandi pointent en effet dans cette direction.

Dans ce pays, les confessions chrétienne et musulmane sont plutôt marginales. Mais elles se retrouvent propulsées acteurs principaux du drame…

On trouve au Sri Lanka 7 ou 8 % de catholiques et quelque 10 % de musulmans. La majorité cingalaise, surtout associée au bouddhisme, représente près des trois quarts de la population totale, tandis que la minorité tamoule (hindouiste) fait entre 12 et 15 %.

Le Sri Lanka a un passé violent. De 1979 à 2009, ce fut un pays coupé en deux, avec un mouvement insurrectionnel qui terrorisait sa propre population. Face à celui-ci, un État central également féroce, à son tour impitoyable dans la victoire et la vengeance contre la minorité tamoule.

On dit que les Tigres de l’Eelam tamoul (LTTE), qui voulaient séparer le nord du reste du pays, ont le douteux honneur d’avoir inventé, dans les années 1970, le kamikaze moderne avec sa ceinture explosive.

Aujourd’hui, les LTTE ne sont plus. Leur guerre avec Colombo était une affaire locale, nationale, territoriale. Assez peu religieuse, et non reliée à des réseaux, hormis le racket des communautés tamoules de l’étranger. Au XXIe siècle, la méthode du kamikaze a fait florès, reprise par la filière islamiste. Une filière qui, aujourd’hui, pénètre un territoire où elle n’existait pas encore il y a peu. Le Sri Lanka cingalo-tamoul, bouddhiste-hindouiste, avec une histoire périphérique et régionale… devient soudain le théâtre de l’une des plus grandes attaques islamistes de l’histoire moderne.

Autour du Sri Lanka, il y a tout un contexte en Asie, avec la remontée des tensions intercommunautaires et interconfessionnelles.

Il y a l’hindouisme radical, incarné par le premier ministre indien, Narendra Modi. Dans la campagne électorale qui s’achève, il a joué sa réélection en agitant la carte communautaire et confessionnelle. L’idéal laïque du « mahatma » Gandhi paraît bien éloigné…

En Birmanie, il y a des bouddhistes haineux — cela existe — qui appuient l’oppression militaire menée depuis des années contre la minorité musulmane des Rohingyas.

On le voit, aucune confession n’a le monopole de cette résurgence hideuse. Mais la palme de l’activisme, en ce début de XXIe siècle, revient sans conteste à l’islam radical.

En Indonésie, premier pays musulman du monde avec ses 265 millions d’habitants, longtemps terre d’une religion syncrétique et souple, les récentes élections ont donné à voir une ascension spectaculaire. Celle d’un islam militant, intolérant, qui « fait la police » contre les citoyens.

Cette remontée a infecté jusqu’aux grands partis politiques : le président, Joko Widodo, naguère une incarnation de la tolérance, vient de gagner sa réélection au prix de compromissions avec les radicaux.

Aux Philippines, l’insurrection islamiste du sud, violente et intransigeante, ne se dément pas malgré les rodomontades du président, Rodrigo Duterte. Au Bangladesh, la Ligue Awami, grand parti historique et laïque, s’allie maintenant aux religieux pour se maintenir…

Laïcité, laïcité, que deviens-tu ?

Voir aussi:

La montée de la rhétorique bouddhiste nationaliste en Asie

AFP/le Point

Birmanie : quand le bouddhisme prêche la haine

Le moine Ashin Wirathu est le plus influent des prêcheurs de haine en Birmanie. Une haine anti-Rohingya et plus largement islamophobe, loin des idéaux de non-violence et de tolérance attachés au bouddhisme. Alors que la police birmane a émis ce mardi un mandat d’arrêt à son encontre, nous publions ici l’intégralité de notre reportage sur le bouddhisme radical au pays d’Aung San Suu Kyi paru en avril 2017. Une enquête au cours de laquelle nos journalistes Manon Quérouil et Véronique de Viguerie ont rencontré l’énigmatique « Vénérable ».

Dans sa robe safran, face caméra, Ashin Wirathu ne se départit jamais de son petit sourire satisfait, même pour dire les pires atrocités. Barbet Schroeder le laisse déblatérer. Les musulmans ? « Comme les poissons-chats en Afrique, ils se reproduisent très vite et se mangent entre eux. » Le bouddhisme ? « Une armée dont naissent des combattants. Il doit agir comme un rempart contre l’islam. » Les Rohingya (minorité musulmane apatride persécutée en Birmanie depuis des décennies) ? « Il n’y a jamais eu d’ethnie rohingya dans l’histoire. Aussi, on le sait, c’est pour obtenir de l’aide internationale qu’ils brûlent leurs maisons. »

Images d’archives, images amateurs, entretiens, rapports et cartes à l’appui, Barbet Schroeder illustre et décortique avec finesse l’engrenage du mal : incitation à la haine et à la « protection de la race », propagande, culte de la personnalité… Une mécanique sidérante qui, en Birmanie, conduit aux persécutions dont sont victimes les minorités musulmanes, à commencer par les Rohingya. Glaçant (il est d’ailleurs interdit aux moins de 12 ans), le documentaire n’en est pas moins captivant.

Notre journaliste Manon Querouil, elle, n’est pas près d’oublier sa rencontre avec Ashin Wirathu. Elle se souvient d’avoir commis une « belle bourde » en s’installant sur une chaise face à lui. « D’un geste du bras, il m’a signifié que je devais prendre place à terre, à un niveau inférieur au maître. J’ai dû mener toute mon interview à même le sol ! » En revanche, ce pro de la communication s’est prêté sans regimber à l’objectif de notre photographe, Véronique de Viguerie. Voici leur reportage.

Ces bouddhistes qui prêchent la haine

Septembre 2016. En un clin d’œil, le temple de Sulamuni est arraché à sa torpeur millénaire et transformé en fourmilière. Sur la pointe de leurs pieds nus, comme le veut la tradition bouddhiste, des centaines de fidèles bondissent pour échapper aux morsures du sol brûlant, franchissent en courant le cordon de sécurité et se précipitent au chevet du plus célèbre monument de Bagan, hélas privé de sa toiture et de sa flèche. La capitale du premier royaume birman, superbe site archéologique aux 2 000 pagodes construites entre le XIe et le XIIIe siècle, a été gravement endommagée par un tremblement de terre le mois précédent. Bientôt, les travaux officiels de reconstruction commenceront. En attendant, entonnant à pleins poumons l’air guilleret de l’hymne national birman, une foule prend d’assaut les échafaudages en bois et commence à déplacer de lourdes pierres sous un soleil de plomb. Juché sur un monticule de gravats, impérial dans sa robe safran, Ashin Wirathu joue avec naturel les chefs de chantier. Un téléphone à chaque oreille, le moine distribue ses consignes tout en prenant la pose pour les admirateurs qui l’accompagnent dans tous ses déplacements. Le leader charismatique de Ma Ba Tha, l’acronyme birman du Comité pour la protection de la race et de la religion, semble dans son élément sous les flashes qui crépitent et dans les forêts de portables qui s’érigent sur son passage.

Estrade, mégaphones, cameramen accrédités : chacune des apparitions publiques de Wirathu fait l’objet d’une mise en scène très éloignée de l’exigence ascétique de la religion. Ce jour-là, un drone sillonne même le ciel pour immortaliser l’événement – bourdonnement incongru dans la quiétude de ce lieu sacré. Pourtant, la consigne est de rester discret. C’est au terme de longues tractations que les portes du temple, fermées au public en attendant les travaux de rénovation, se sont ouvertes pour Wirathu et ses supporters. Et le gouvernement, visiblement soucieux que se propage la nouvelle de cette clique d’archéologues dilettantes sur un site candidat à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial, a simplement demandé au bonze adepte des réseaux sociaux de ne publier aucune photo sur son compte Facebook… Cet épisode en dit long sur l’influence de Wirathu, passé à la postérité en juillet 2013 en faisant la couverture du magazine Time, dont le numéro a été interdit de parution en Birmanie et au Sri Lanka. Titre du dossier : « Le visage de la terreur bouddhiste. » Des termes a priori antagonistes, pourtant réconciliés par le moine iconoclaste à coups de discours haineux et de déclarations islamophobes.

Synonyme, aux yeux du monde, de paix et de tolérance, le bouddhisme n’échappe pas à une dérive fondamentaliste qui s’est développée sur la base d’un rejet violent d’une autre religion : l’islam. En Birmanie, au Sri Lanka, en Thaïlande ou en Inde, certains moines incitent à la violence envers les musulmans, vandalisent leurs commerces et brûlent les mosquées. Une hostilité dont les racines plongent dans un lointain passé : « La destruction des grands centres bouddhistes par les musulmans aux XIIe et XIIIe siècles a été vécue comme un traumatisme historique qui a forcément laissé des traces », estime Sofia Stril-Rever, indianiste et biographe française du Dalaï-lama (avec lequel elle a cosigné l’ouvrage Nouvelle réalité, éd. des Arènes, 2016). L’université bouddhiste de Nalanda, dans le nord de l’Inde, rasée au XIe siècle par les musulmans, a d’ailleurs été récemment reconstruite. Mille ans plus tard. « Un besoin d’exorciser ce passé », explique Sofia Stril-Rever. Le dynamitage, il y a quinze ans en Afghanistan, des bouddhas de Bamyan par les talibans, et plus généralement l’essor de la mouvance islamiste radicale, ont contribué à l’émergence d’un courant fondamentaliste au sein du bouddhisme.

L’opinion occidentale ignore souvent tout des subtilités de cette religion traversée par trois courants principaux (le mahayana, le theravada et le vajrayana), eux-mêmes divisés en plusieurs écoles de pensée. En Birmanie où, d’après le recensement publié l’an dernier, 88 % de la population pratique le bouddhisme – essentiellement theravada – selon le recensement réalisé en 2014, religion et identité nationale sont étroitement liées. Les moines sont les gardiens du culte et de la nation. Et ce, depuis longtemps. Quand le pays se libéra de la tutelle britannique, en janvier 1948, les militaires qui accédèrent au pouvoir n’avaient qu’une obsession : préserver l’unité d’un pays caractérisé par sa pluralité ethnique, avec 137 minorités officiellement reconnues. Pour y parvenir, la junte s’est appuyée sur le sangha, la hiérarchie bouddhiste, en échange de la construction de monuments religieux et de dons publics particulièrement généreux.

Mais en 2007, la « révolution de safran », initiée par des milliers de moines en colère (contre la flambée des prix du pétrole, notamment) et réprimée dans le sang, a installé une distance avec le pouvoir et initié le processus de démocratisation. Tout en modifiant l’équilibre des forces au sein de la communauté monastique : « Au lendemain de la révolution, les religieux les plus progressistes ont été purgés du clergé ou se sont exilés pour échapper à la répression militaire, créant un vide au sein du sangha et permettant aux éléments les plus conservateurs de prendre le dessus », analyse Kirt Mausert, chercheur à l’Institut pour l’engagement politique et civique (iPACE), à Rangoun.

Dans les années 2000, des moines originaires de l’Etat Mon, dans le sud du pays, ont lancé une campagne baptisée 969 – un chiffre sacré faisant référence aux trois joyaux du Bouddha – qui appelait au boycottage des commerces musulmans. Ashin Wirathu, fils d’un chauffeur de bus et d’une femme au foyer originaire de la région de Mandalay, prit la tête du mouvement à sa sortie de prison en janvier 2012, après avoir purgé une peine de onze ans pour incitation à la haine raciale. 969 fut interdit un an plus tard suite à de violentes émeutes interraciales. Alors, Wirathu créa Ma Ba Tha pour poursuivre sa croisade contre les musulmans.

Surfant sur une peur millénaire de déclin de la société, le groupe ultranationaliste connaît une croissance spectaculaire : il revendique aujourd’hui plus de dix millions de sympathisants (sur cinquante et un millions de Birmans), ainsi que 300 bureaux régionaux. Ses sources de financement sont obscures. Officiellement, Ma Ba Tha tire l’essentiel de ses revenus de ses activités de prêche et des donations de la communauté bouddhiste. Mais en réalité, le groupe dispose de moyens colossaux que le denier du culte ne suffit pas à expliquer : « Il faut voir le faste déployé à chaque congrégation « , note Htet Khaung Linn. Ce reporter au Myanmar Now, un quotidien en ligne, estime la fortune du groupement à « plusieurs millions de dollars » – les moines ne possédant rien en leur nom propre – et pointe certains cronies, les businessmen richissimes proches de la junte, comme des mécènes importants, mais discrets.

Cet argent est mis au service d’une propagande qui cible principalement les 1 500 000 Rohingya de l’Etat d’Arakan, dans l’ouest du pays. Depuis 1982, cette minorité musulmane ne fait plus partie des ethnies reconnues par la Constitution. Aujourd’hui, les enfants rohingya n’ont même plus droit à un certificat de naissance. Dans un silence assourdissant, ces apatrides survivent pour la plupart grâce à l’aide alimentaire internationale, dans un agglomérat de camps et de villages de désolation. L’emploi même du terme « Rohingya », qui signifie « habitant du Rohang », ancien nom de l’Arakan pour les musulmans de ces régions, est un point de contentieux. Selon les autorités, il s’agit de « Bengalis », des immigrés illégaux qui se seraient inventé une identité pour revendiquer des droits sur le sol birman. Certains historiens estiment qu’ils seraient de lointains descendants de soldats et de commerçants arabes, turcs ou bengalis convertis à l’islam au XVe siècle. Mais pour la majorité des Birmans, ils ont été importés du Bangladesh voisin par des colons britanniques à la fin du XIXe siècle.

Parmi la foule réunie à Bagan, plusieurs volontaires venus prêter main-forte au chantier arborent des tee-shirts avec un logo « No Rohingya ». « Personne n’en veut ici ! » affirme Ko Htein Lin, un petit commerçant de 36 ans qui a adhéré au mouvement 969 en 2012. A l’époque, des émeutes avaient secoué l’Arakan suite au viol d’une bouddhiste attribué à un musulman. Un point de fracture qui a marqué le début d’une série de massacres de Rohingya, accompagnés d’amalgames dangereux et de la crainte répandue d’une supposée progression de l’islam dans le pays. Les résultats du recensement de 2014, publiés en juillet dernier, montrent qu’en réalité la part de la population musulmane est restée plutôt stable en trente ans, passant de 3,9 % en 1983 à 4,3 % (simple estimation officielle, les Rohingya, apatrides, n’ayant pas été formellement recensés). Des chiffres têtus, qui ne suffisent pas à rassurer les bouddhistes. « Les musulmans se reproduisent à la vitesse de l’éclair pour mieux nous envahir. Nous avons besoin de Ma Ba Tha pour préserver notre race ! » La sentence émane d’une coquette octogénaire aux manières exquises, sanglée dans un sarong rose dans lequel elle tente de dissimuler un dos bossu. Mme Sadhama est une inconditionnelle de la première heure de Wirathu, qu’elle héberge gracieusement dans son petit hôtel de Bagan avec sa garde rapprochée.

Le Vénérable est là, comme un coq en pâte, sirotant un thé face à la jungle environnante, les yeux perdus dans le soleil couchant. Des joues rondes, l’œil pétillant et un sourire d’enfant, l’incarnation de la « terreur bouddhiste » n’a pas le physique de l’emploi. Comme pour mieux contredire cette étiquette d’extrémiste qui lui colle à la toge, le bonze ne se départit jamais d’un masque de bonté impénétrable. Contrairement à la plupart de ses coreligionnaires, il est entré en religion sur le tard, à l’âge de 16 ans : « Mes parents avaient d’autres ambitions pour moi, dit-il. Ils me rêvaient roi, pas moine. » Au fil des ans, Wirathu est parvenu à concilier ambitions personnelles et familiales, devenant en quelque sorte… le roi des moines. La formule le fait sourire, lui qui ne cache pas son appétence pour le pouvoir. Au monastère, le postulant délaissait volontiers les écrits de Bouddha pour des ouvrages de géopolitique, et se passionnait pour les manipulations et les coups tordus auxquels se livraient la CIA et le KGB au plus fort de la guerre froide. « Ces récits d’espionnage ont forgé mon sens tactique autant que ma conscience politique », confie-t-il.

Pas question de céder à l’attentisme. Wirathu cherche coûte que coûte à diffuser ses idées en occupant le terrain. Son opération de restauration du patrimoine en témoigne, mais également ses collectes de sang, ses programmes de microcrédits ou d’assistance juridique. Sous son patronage, le premier établissement d’enseignement supérieur entièrement gratuit du pays a vu le jour en juin dernier à Ngwe Nant Thar, dans le district de Rangoun. Cent cinquante élèves en uniforme impeccable y étudient dans un calme impressionnant. L’immense bâtiment flambant neuf, construit grâce à une donation d’un riche homme d’affaires, tranche avec les établissements scolaires publics insalubres qui remontent à l’époque coloniale. Ma Ba Tha étend ses tentacules dans toutes les sphères de la société birmane, distillant au passage ses mantras islamophobes (comme : « Il vaut mieux épouser un chien qu’un musulman. ») Son centre monastique de Mandalay, le plus grand du pays, accueille 2 800 élèves qui reçoivent les enseignements de Bouddha. Et ceux, plus personnels, du maître des lieux. A l’entrée, un panneau tapissé de photos d’exactions imputées à des groupes djihadistes accueille le visiteur (voir photo ci-dessous). Des images insoutenables de têtes coupées et de cadavres sanguinolents, devant lesquelles le ballet des novices passe, sans plus les remarquer.

Mais le goût de la provocation dont fait preuve Wirathu commence à embarrasser le comité de direction de Ma Ba Tha qui, depuis la victoire de la Ligue nationale démocratique – le parti dirigé par la Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi – aux élections de novembre 2015, prend ses distances avec ce trublion médiatique. Aujourd’hui, le docteur U Thaw Parka, porte-parole officiel du groupe, tient à préciser que les déclarations de Wirathu « n’engagent que lui », et se désole de cette image d’ »extrémistes en robe » que ses partisans donnent dans les médias. Le groupe cherche à mettre en avant ses oeuvres sociales et délègue les actions politiques à des formations ultranationalistes comme l’Union des moines patriotes.

Ce groupe de jeunes bonzes virulents, qui reste discret sur ses effectifs, est à l’origine d’une série de manifestations organisées à Rangoun en septembre dernier. Leur but : protester contre la mission d’observation consacrée à la situation des Rohingya dans l’Etat d’Arakan, confiée à l’ancien secrétaire général de l’ONU. « Nous ne voulons pas de Kofi Annan, ce fils de p… », s’égosillait au micro, lors d’une de ces manifestations, U Thu Seikkta, secrétaire du mouvement et candidat sérieux à la réincarnation de la « terreur bouddhiste », sous des traits plus juvéniles. Le moine de 29 ans ne cache d’ailleurs pas son admiration pour Wirathu, son illustre aîné, et n’hésite pas à présenter les Moines patriotes comme le « bras armé » de Ma Ba Tha : « Bouddha a dit que nous devions protéger notre pays, explique-t-il. Je pense que c’est de la responsabilité des moines de défendre l’identité nationale. »

Quelques jours avant, le groupe a organisé le rachat et la libération de centaines de vaches et de moutons qui étaient destinés aux sacrifices pour l’Aïd el-Kébir. Depuis des années, cette fête religieuse, l’une des plus importantes pour les musulmans, cristallise les tensions entre communautés. Les lieux autorisés pour le sacrifice des moutons sont de plus en plus restreints et confinés en bordure des villes. C’est le cas à Meiktila. Dans cette ville endormie d’environ 900 000 habitants dans le centre du pays, l’importante communauté musulmane s’apprête à de discrètes célébrations pour l’Aïd. En 2013, elle a été au coeur d’une flambée de violence avec des citadins bouddhistes, causant la mort d’au moins une cinquantaine de personnes.

« La première nuit, une horde de bouddhistes armés de couteaux a débarqué dans notre quartier, se souvient Shansull Nisa, 70 ans. Ils jetaient des pierres contre nos fenêtres en hurlant, nous étions terrifiés. Nous avons été plus de 2 000 à fuir pour trouver refuge au stade de football. Si des moines ne nous avaient pas escortés, nous serions tous morts… » La vieille dame, les cheveux gris et les ongles orangés de henné, raconte son histoire, sans pathos. Cette nuit-là, elle a perdu son mari, son fils, son petit-fils de 6 ans et sa petite-fille de 9 ans, lynchés par une foule en furie. Elle n’a jamais regagné sa maison et vit toujours, comme une dizaine de familles, sous une tente près du stade, où elle ressasse son chagrin et son incompréhension. « Nos agresseurs sont les mêmes personnes avec lesquelles nous lavions chaque jour nos vêtements dans la rivière. » Aujourd’hui, la jungle a envahi la mosquée centenaire de Meiktila. Après les émeutes, le cimetière musulman a été rasé par des bulldozers pour y construire un centre d’affaires – resté vide depuis –, et des pans entiers de quartiers restent fantômes.

Depuis cette époque, la confiance n’est jamais revenue. Du côté des bouddhistes, elle a laissé place à un racisme ordinaire. Ti Ti Win, 55 ans, est professeure de mathématiques. Une femme sans histoires, habitée par la peur, mais aussi par la haine : « Les musulmans sont des fauteurs de troubles, affirme-t-elle. Ils prétendent garder des couteaux dans leurs mosquées pour les sacrifices d’animaux, mais nous, nous savons qu’ils peuvent s’en servir à tout moment contre nous. » Ti Ti Win rêve à voix haute d’une Birmanie débarrassée de ses musulmans. Sa voisine, Daw Puu Suu, 51 ans, aussi : « Nous n’avons rien à faire avec eux, dit-elle. Leur simple vision me met mal à l’aise. » Meiktila est désormais coupée en deux par une frontière invisible. Sur la vingtaine de mosquées que comptait la ville, seules trois restent autorisées.

« Depuis 2013, nous sommes traités comme une menace pour la sécurité nationale », se désole l’imam Mu Ishaquel, qui a vu trente et un des élèves de la madrasa du centre-ville où il enseignait brûlés vifs lors des attaques. L’homme se souvient de ce temps pourtant pas si lointain où il dormait dans les monastères et aidait les moines à traduire du sanskrit des textes sacrés. Aujourd’hui, le religieux dit avoir peur de marcher seul dans la rue avec sa barbe fournie. Il enlève sa calotte quand il voyage et rêve de quitter le pays. Des « cartes vertes » ont récemment été distribuées aux musulmans de Meiktila en remplacement de leurs papiers d’identité détruits lors des émeutes. Elles leur confèrent un statut de citoyen associé et les privent de nombreux droits, comme celui d’aller à l’université, de monter une entreprise ou encore de se présenter à des élections. « Nous sommes nés ici ! s’insurge l’imam. C’est une insulte, une façon de nous tuer une seconde fois. » Un racisme institutionnalisé.

Le signe, aussi, que les religieux bouddhistes extrémistes ont su se faire entendre du pouvoir. En 2015, dans l’indifférence générale, quatre lois ont été entérinées par le Parlement. Particularité : c’est le comité exécutif de Ma Ba Tha qui les a rédigées. Elles interdisent les conversions et les mariages entre une bouddhiste et un musulman, et imposent un délai minimum de trois ans entre chaque naissance dans les régions à majorité musulmane. Comme beaucoup de musulmans, Ismaël, un professeur de Rangoun (qui préfère rester anonyme), avait eu l’espoir que les choses s’améliorent avec la victoire écrasante de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, aux élections législatives en novembre 2015, pour laquelle la communauté a massivement voté.

Aujourd’hui, son constat est amer : « Nous ne sommes absolument pas protégés par ce nouveau gouvernement, qui cherche avant tout à ménager les militaires et les moines, dit-il. Les bouddhistes restent des citoyens de première classe, les chrétiens, de seconde classe, les musulmans, de troisième classe. Quant aux Rohingya, ils sont carrément en enfer ! » Perçue dans un premier temps comme un camouflet pour Ma Ba Tha, qui avait activement soutenu le gouvernement sortant, la victoire d’Aung San Suu Kyi ne constitue pas le rempart attendu contre les violences religieuses. Comme le prouve l’assassinat, le 29 janvier dernier, de Kyi Ko Ni, conseiller juridique de la « dame de Rangoun » et grande voix de la tolérance dans le pays. Cet avocat musulman cherchait notamment à faire réviser les quatre lois sur la race et la religion, et travaillait à la rédaction d’un texte législatif afin de criminaliser les discours de haine. Un rempart juridique pour barrer la route aux mouvements extrémistes, après la flambée de violence de la fin de l’année dernière.

Le 8 octobre 2016, des postes de police installés à la frontière avec le Bangladesh ont été pris pour cible par de petits groupes d’assaillants rohingya. L’attaque, qui a causé la mort de neuf policiers, a été revendiquée dans une vidéo reprenant les codes de l’Etat islamique. La violence djihadiste serait-elle en train de gagner le far west birman ? Aucune preuve n’en a été apportée, mais l’armée n’a pas attendu confirmation pour se livrer à des représailles, faisant des centaines de morts. En février, les Nations unies ont publié un rapport accablant sur les meurtres et les viols perpétrés contre les civils rohingya dans la région de Maungdaw, dans le nord de l’Etat d’Arakan. Lors de sa visite en France en septembre, le Dalaï-lama déclarait que « si la haine continue de répondre à la haine, la haine ne cessera jamais ». Les moines en robe safran feront-ils mine de l’ignorer ?

Voir enfin:

Pogroms that we cannot ignore

The  JC

April 21, 2013

The Holocaust, as we know, was not a sudden event and nor is it – as some well-meaning (mostly) religious people often suggest – incomprehensible. Its scale, its ambition was what was remarkable about it. How it came about is not amazing at all.

The most important precondition for the attempt to murder all of Europe’s Jews was successfully to depict them as a malign « other »- as not-quite-people who, by existing, represented an existential threat to the majority. So historic ideas about Jewish separateness and hostility to the « goodness » of Christ and Christianity became, in the modern era, ideas about the illegitimate accretion of power, the undermining of the natural community and conspiracies.

The tropes of ancient antisemitism slowly morphed into those of modern antisemitism and as they did, prepared the way for what came later. The early brickwork for the gas chambers was laid in the acts of exclusion and literal stigma: the word « Jew » in passports, laws about what jobs Jews could do, the boycotting of Jewish businesses, the depictions in cartoons and films.

Of course, you knew this and if you have to read another article about the Holocaust you’ll scream. Doesn’t he have anything else to write about etc? I understand. But I have a very specific reason for having tried your patience with the above. It is to compare the process of « othering » the Jews with what is happening to a group of Muslims in Burma.

To give a very brief recapitulation. In western Burma there are hundreds of thousands of « Rohingya » Muslims, originally from Bengal. The majority population is Buddhist and ethnically Burmese and for years Burmese governments have refused to recognize the Rohingya as Burmese citizens. They have, however, nowhere else to go and have built lives for themselves in the Arakan province.

For years there has been a campaign against them by Burmese nationalists, including that strange phenomenon, Buddhist extremists. But what have been dubbed « tensions » have become something else. In the last few months, in what can only be described as pogroms, Rohingyas have seen mosques and shops taken over and their houses burned. Some have been murdered. Hundreds of thousands have been displaced, many to internal refugee camps.

But what must worry any Jew with a memory is the language of the persecutors. One of the leaders of the anti-Rohingya campaign is a Buddhist monk from Mandalay, who preaches a message that is horribly familiar. Take these elements from a recent speech:

Wirathu warns that the Buddhist public needs to adopt a « nationalist mindfulness » in everything it does, otherwise the « Kalars » (a derogatory term for ethnic Bengalis) will take over. These « Kalars » and their influence have prevented Aung San Suu Kyi speaking out for true Burmese people. Muslims are taking over important positions in politics. Now Rangoon is at risk of falling into the Muslims’ hands. And, of course, Muslims only think of their own interests.

He cites examples of Buddhist religious sensitivities being assaulted by Muslims and Muslim businessmen and asserts that no-one « will protect the Buddhist faith ». So Buddhists must act. « We must do business or otherwise interact with only our kind: same race and same faith » shopping only at shops marked with the sign of a Buddhist owner. Buddhists must use Buddhist owned buses even when Muslim buses are cheaper, « otherwise the enemy’s power will rise ».

« Consider that extra you have to pay, » he exhorts, « as your contribution to your race and faith ». Finally, « once we have won this battle we will move on to other targets ».

Wirathu is a modern Nazi, is he not? Which means we know where this one is going and where, if nothing is done, it may end up.

Voir enfin:

Le bouddhisme, une religion tolérante ?

Bernard Faure
Sciences humaines

Juin-Juillet-Août 2003

La cause semble entendue : le bouddhisme est une religion tolérante, sinon « la » religion de la tolérance. Mais cette tolérance – au demeurant discutable – est-elle liée à la nature du bouddhisme, ou est-elle le fruit de nécessités historiques et politiques ?

Dès son origine, le bouddhisme insiste sur la compassion envers autrui : le premier bouddhisme, dit Theravâda, toujours présent en Asie du Sud-Est et au Sri Lanka, met l’accent sur une introspection personnelle qui doit permettre de comprendre la nature de nos rapports avec l’autre (pour les débuts du bouddhisme, voir l’article, pp. 22-25 ; pour son histoire, voir la carte p. 26 et l’encadré, pp. 30-31). Il n’y a pas de dogme fondamental, en dehors de quelques notions issues de l’hindouisme. Il n’existe pas non plus d’autorité ecclésiastique ultime. Ces deux traits font qu’il est de prime abord difficile de parler d’orthodoxie, et à plus forte raison de fondamentalisme bouddhique. Les bouddhismes, par nature pluriels, ont su accueillir en leur sein les doctrines les plus diverses.

Plus tard, le bouddhisme Mahâyâna (« grand véhicule »), aujourd’hui répandu en Chine, en Corée, au Japon et au Viêtnam, prône la compassion pour tous les êtres, même les pires. Ce sentiment de communion est fondé sur la croyance en la transmigration des âmes, laquelle conduit les êtres à renaître en diverses destinées, humaines et non-humaines. Le Mahâyâna insiste sur la présence d’une nature de bouddha en tout être.

Quant au bouddhisme Vajrayâna (ésotérique, tantrique), issu du Mahâyâna et aujourd’hui localisé au Tibet et en Mongolie, il offre une vision grandiose de l’univers tout entier, qui n’est autre que le corps du Bouddha cosmique. A l’époque contemporaine, compassion et tolérance sont devenues, en partie par la personne médiatique du dalaï-lama actuel, icône moderne du bouddhisme tibétain, l’image de marque même du bouddhisme dans son ensemble.

Les penseurs bouddhistes ont rapidement élaboré des concepts propres à expliquer divers degrés de vérité. Le Bouddha lui-même, selon un enseignement ultérieurement synthétisé, notamment par le Mahâyâna, prêchait ainsi une vérité conventionnelle (accessible à tous), adaptée aux facultés limitées de ses auditeurs, réservant la vérité ultime à une élite spirituelle. Ce recours constant à des expédients salvifiques (upâya), balisant des voies différentes et plus ou moins difficiles d’accès au salut, rend le dogmatisme difficile, car tout dogme relève du domaine de la parole, donc de la vérité conventionnelle.

Un syncrétisme militant

Ces théories vont faciliter diverses formes de syncrétisme ou de synthèse, comme celles de Zhiyi (539-597) et de Guifeng Zongmi (780-841) en Chine, de Kûkai (774-835) au Japon, et de Tsong-kha-pa (1357-1419) au Tibet. Il s’agit généralement d’une sorte de syncrétisme militant, par lequel les cultes rivaux (religion bön au Tibet, confucianisme et taoïsme en Chine, shinto au Japon…) sont intégrés à un rang subalterne dans un système dont le point culminant est la doctrine de l’auteur. Ces élaborations aboutissent rapidement à faire du bouddhisme un polythéisme, qui assimile et mêle dans ses panthéons les dieux des religions qui lui préexistaient (de l’hindouisme, du bön, du taoïsme…). Au demeurant, la pratique n’a pas toujours été aussi harmonieuse que la théorie. On observe par exemple dans le bouddhisme chinois et japonais, entre les viiie et xiiie siècles de notre ère, une tendance marquée par l’adoption d’une pratique unique (par exemple la méditation assise, ou la récitation du nom du bouddha Amida), censée subsumer toutes les autres. Ainsi de certaines écoles du courant de l’amidisme, chinois et japonais, qui postulent que celui qui récite simplement une formule cultuelle au moment de mourir se voit garantir sa réincarnation au paradis de la Terre pure.

Mais c’est surtout en raison de son évolution historique que le bouddhisme est conduit à faire des accrocs à ses grands principes. Le principal écueil réside dans les rapports de cette religion avec les cultures qu’elle rencontre au cours de son expansion. L’attitude des bouddhistes envers les religions locales est souvent décrite comme un exemple classique de tolérance. Il s’agit en réalité d’une tentative de mainmise : les dieux indigènes les plus importants sont convertis, les autres sont rejetés dans les ténèbres extérieures, ravalés au rang de démons et, le cas échéant, soumis ou détruits par des rites appropriés. Certes, le processus est souvent représenté dans les sources bouddhiques comme une conversion volontaire des divinités locales. Mais la réalité est fréquemment toute autre, comme en témoignent certains mythes, qui suggèrent que le bouddhisme a parfois cherché à éradiquer les cultes locaux qui lui faisaient obstacle.

C’est ainsi que le Tibet est « pacifié » au viiie siècle par le maître indien Padmasambhava, lorsque celui-ci soumet tous les « démons » locaux (en réalité, les anciens dieux) grâce à ses formidables pouvoirs. Un siècle auparavant, le premier roi bouddhique Trisong Detsen a déjà soumis les forces telluriques (énergies terrestres de nature « magique » qui influencent individus et habitats), symbolisées par une démone, dont le corps recouvrait tout le territoire tibétain, en « clouant » celle-ci au sol par des stûpas (monuments commémoratifs et souvent centres de pèlerinage) fichés aux douze points de son corps. Le temple du Jokhang à Lhasa, lieu saint du bouddhisme tibétain, serait le « pieu » enfoncé en la partie centrale du corps de la démone, son sexe.

Ce symbolisme, décrivant la « conquête » bouddhique comme une sorte de soumission sexuelle, se retrouve dans un des mythes fondateurs du bouddhisme tantrique, la soumission du dieu Maheshvara par Vajrapâni, émanation terrifiante du bouddha cosmique Vairocana. Maheshvara est l’un des noms de Shiva, l’un des grands dieux de la mythologie hindoue. Ce dernier, ravalé par le bouddhisme au rang de démon, n’a commis d’autre crime que de se croire le Créateur, et de refuser de se soumettre à Vajrapâni, en qui il ne voit qu’un démon. Son arrogance lui vaut d’être piétiné à mort ou, selon un pieux euphémisme, « libéré », malgré la molle intercession du bouddha Vairocana pour freiner la fureur destructrice de son avatar Vajrapâni. Pris de peur, les autres démons (dieux hindous) se soumettent sans résistance. Dans une version encore plus violente, le dieu Rudra (autre forme de Shiva) est empalé par son redoutable adversaire. Le mythe de la soumission de Maheshvara se retrouve au Japon, même si, dans ce dernier pays, les choses se passent dans l’ensemble de manière moins violente. Certes, on voit ici aussi de nombreux récits de conversions plus ou moins forcées des dieux autochtnones. Mais bientôt, une solution plus élégante est trouvée, avec la théorie dite « essence et traces » (honji suijaku). Selon cette théorie, les dieux japonais (kami) ne sont que des « traces », des manifestations locales dont l’« essence » (honji) réside en des bouddhas indiens. Plus besoin de conversion, donc, puisque les kamis sont déjà des reflets des bouddhas.

Paradoxalement, la notion d’absolu dégagée par la spéculation bouddhique va permettre aux théoriciens d’une nouvelle religion, le soi-disant « ancien » shinto, de remettre en question la synthèse bouddhique au nom d’une réforme purificatrice et nationaliste. A terme, ce fondamentalisme shinto mènera à la « révolution culturelle » de Meiji (1868-1873), au cours de laquelle le bouddhisme, dénoncé comme religion étrangère, verra une bonne partie de ses temples détruits ou confisqués. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la religion officielle japonaise réinvestit les mythes shintos et s’organise autour du culte de l’Empereur divinisé, descendant du plus important kami national, la déesse du Soleil. Par contre-coup, le bouddhisme à son tour se réfugie dans un purisme teinté de modernisme, qui rejette comme autant de « superstitions » les croyances locales.

Le bouddhisme, les femmes et les hérésies

Comme on l’a vu, la métaphore qui inspire les récits de conversions des divinités locales est souvent celle de la soumission sexuelle. Dans ces récits, le bouddhisme est fondamentalement mâle, tandis que les cultes locaux sont souvent féminisés. La question des rapports du bouddhisme et des femmes constitue un autre cas de dissonance entre la théorie et la pratique.

L’histoire commence d’ailleurs assez mal. La tradition rapporte que le Bouddha refusa initialement, dans l’ordre qu’il venait de fonder, sa propre tante et mère adoptive, Mahâprâjapati. C’est après l’intervention réitérée de son disciple et cousin bien-aimé Ânanda que le Bouddha aurait fini par consentir à accepter l’ordination des femmes, non sans imposer à celles-ci quelques règles particulièrement sévères (en raison de l’extrême imperfection féminine). En outre, il prédit que, du fait de leur présence, la Loi (Dharma) bouddhique était condamnée à décliner au bout de cinq siècles.

En théorie, le principe de non-dualité si cher au bouddhisme Mahâyâna semble pourtant impliquer une égalité entre hommes et femmes. Dans la réalité monastique, les nonnes restent inférieures aux moines, et sont souvent réduites à des conditions d’existence précaires. Avec l’accès des cultures asiatiques à la modernité, les nonnes revendiquent une plus grande égalité. Toutefois, leurs tentatives se heurtent à de fortes résistances de la part des autorités ecclésiastiques. Tout récemment, les médias ont rapporté le cas d’une nonne thaïe physiquement agressée par certains moines pour avoir demandé une amélioration du statut des nonnes.

Le bouddhisme a par ailleurs longtemps imposé aux femmes toutes sortes de tabous. La misogynie la plus crue s’exprime dans certains textes bouddhiques qui décrivent la femme comme un être pervers, quasi démoniaque. Perçues comme foncièrement impures, les femmes étaient exclues des lieux sacrés, et ne pouvaient par exemple faire de pèlerinages en montagne. Pire encore, du fait de la pollution menstruelle et du sang versé lors de l’accouchement, elles étaient condamnées à tomber dans un enfer spécial, celui de l’Etang de Sang. Le clergé bouddhique offrait bien sûr un remède, en l’occurrence les rites, exécutés, moyennant redevances, par des prêtres. Car le bouddhisme, dans sa grande tolérance, est censé sauver même les êtres les plus vils…

La notion d’hérésie n’est que rarement employée dans le bouddhisme, et elle ne déboucha pas sur les excès de fanatisme familiers à l’Occident. On parle parfois des « maîtres d’hérésie » vaincus par le Bouddha, et en particulier de l’« hérésie personnaliste » ou « substantialiste », qui remettait en question le principe de l’absence de moi. Mais ces événements ne donnèrent pas lieu à des autodafés – peut-être parce qu’ils se développèrent au sein de traditions orales.

Le bouddhisme chinois se caractérise par une forte tendance syncrétique. Une exception est celle du chan (qui deviendra le zen au Japon) de l’école dite du Sud. Cette dernière rejette l’approche doctrinale traditionnelle, qualifiée de gradualiste, selon laquelle la délivrance ne s’acquiert qu’à la suite d’un long processus de méditation, au nom d’un éveil subit qui postule que la délivrance peut intervenir à n’importe quel moment. Le chef de file de l’école du Sud, Shenhui (670-762), s’en prend violemment à ses rivaux de l’école Chan du Nord en 732. Son activisme, exceptionnel parmi les bouddhistes chinois, lui vaut d’être envoyé en exil.

Au Japon, où les courants doctrinaux ont eu tendance à se durcir en « sectes », on trouve des exemples d’intolérance plus familiers à un observateur occidental. Ainsi, la secte de la Terre pure (Nembutusu), fondée par Hônen Shônin (1133-1212), dont les disciples, dans leur dévotion exclusive au bouddha Amida, jugent inutiles les anciens cultes (aux autres bouddhas, mais surtout aux kamis japonais) – minant par là-même les fondements religieux de la société médiévale. C’est pour réagir contre cette intransigeance, qui a conduit certains des adeptes de cette secte à l’iconoclasme, que ses rivaux la dénoncent et cherchent à la faire interdire. Hônen Shônin est envoyé en exil en 1207, et sa tombe est profanée quelques années plus tard.

Quant au maître zen Dôgen (1200-1253), fondateur de la secte Sôtô, il s’en prend à l’« hérésie naturaliste » – terme sous lequel il désigne pêle-mêle l’hindouïsme, le taoïsme, le confucianisme, et un courant rival du sien, l’école de Bodhidharma (Darumashû). Les termes par lesquels il condamne deux moines chinois, assassins présumés du patriarche indien Bodhidharma, en les qualifiant notamment de « chiens », sont caractéristiques d’un nouvel état d’esprit polémique. Une telle attitude a de quoi surprendre chez un maître en principe « éveillé », que l’on a voulu présenter comme l’un des principaux philosophes japonais.

Cet esprit se retrouve chez Nichiren (1222-1282), fondateur de la secte du même nom, qui se prend pour un prophète persécuté. Nichiren dénonce en particulier le zen comme une « fausse doctrine » qui n’attire que les dégénérés. Mais aucune des autres écoles du bouddhisme japonais ne trouve grâce à ses yeux. A l’en croire, « les savants du Tendai et du Shingon flattent et craignent les patrons du nembutsu et du zen ; ils sont comme des chiens qui agitent la queue devant leurs maîtres, comme des souris qui ont peur des chats » (Georges Renondeau, La Doctrine de Nichiren, Puf, 1953).

Il faut enfin mentionner les luttes intestines qui opposent, au sein de la secte Tendai (tendance majoritaire du bouddhisme japonais du viiie au xiiie siècle), les factions du mont Hiei et du Miidera. A diverses reprises, les monastères des deux protagonistes sont détruits par les « moines-guerriers » du rival. Les raids périodiques de ces armées monacales sur la capitale, Kyôto, défrayent les chroniques médiévales. C’est seulement vers la fin du xvie siècle qu’un guerrier à bout de patience, Oda Nobunaga (1534-1582), décide de raser ces temples et de passer par le fil du sabre les fauteurs de troubles.

Fondamentalismes bouddhiques

Les rapports du bouddhisme et de la guerre sont complexes. Dans les pays où il constituait l’idéologie officielle, il fut tenu de soutenir l’effort de guerre. Il existe également dans le bouddhisme tantrique un arsenal important de techniques magiques visant à soumettre les démons. Il fut toujours tentant d’assimiler les ennemis à des hordes démoniaques, et de chercher à les soumettre par le fer et le feu rituel.

Avec la montée des nationalismes au xixe siècle, le bouddhisme s’est trouvé confronté à une tendance fondamentaliste. Certes, la chose n’était pas tout à fait nouvelle. Dans le Japon du xiiie siècle, lors des invasions mongoles (elles-mêmes légitimées par les maîtres bouddhiques de la cour de Kûbilaï Khân), les bouddhistes japonais invoquèrent les « vents divins » (kamikaze) qui détruisirent l’armada ennemie. Ils mirent également en avant la notion du Japon « terre des dieux » (shinkoku), qui prendra une importance cruciale dans le Japon impérialiste du xxe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, les bouddhistes japonais devaient soutenir l’effort de guerre, mettant leur rhétorique au service de la mystique impériale. Même Daisetz T. Suzuki, le principal propagateur du zen en Occident, se fera le porte-parole de cette idéologie belliciste.

Plus récemment, c’est à Sri Lanka que cet aspect agonistique a pris le dessus, avec la revendication d’indépendance de la minorité tamoule, qui a conduit depuis 1983 à de sanglants affrontements entre les ethnies sinhala et tamoule. Le discours des Sinhalas constitue l’exemple le plus approchant d’une apologie bouddhique de la guerre sainte. Certes, il s’agit d’un fondamentalisme un peu particulier, puisqu’il repose sur un groupe ethnique plutôt que sur un texte sacré. Il existe bien une autorité scripturaire, le Mahâvamsa, chronique mytho-historique où sont décrits les voyages magiques du Bouddha à Sri Lanka, ainsi que la lutte victorieuse du roi Duttaghâmanî contre les Damilas (Tamouls) au service du bouddhisme. Le Mahâvamsa sert ainsi de caution à la croyance selon laquelle l’île et son gouvernement ont traditionnellement été sinhalas et bouddhistes. C’est notamment dans ses pages qu’apparaît le terme de Dharma-dîpa (île de la Loi bouddhique). Il ne restait qu’un pas, vite franchi, pour faire de Sri Lanka la terre sacrée du bouddhisme, qu’il faut à tout prix défendre contre les infidèles. Ce fondamentalisme est avant tout une idéologie politique.

Mentionnons pour finir un cas significatif, puisqu’il met en cause la personne même du dalaï-lama, le personnage qui personnifie aux yeux de la plupart l’image même de la tolérance bouddhique. Il s’agit du culte d’une divinité tantrique du nom de Dorje Shugden, esprit d’un ancien lama, rival du cinquième dalaï-lama, et assassiné par les partisans de celui-ci, adeptes des Gelugpa, au xviie siècle. Par un étrange retour des choses, cette divinité était devenue le protecteur de la secte des Gelugpa, et plus précisément de l’actuel Dalaï-Lama, jusqu’à ce que ce dernier, sur la base d’oracles délivrés par une autre divinité plus puissante, Pehar, en vienne à interdire son culte à ses disciples. Cette décision a suscité une levée de boucliers parmi les fidèles de Shugden, qui ont reproché au dalaï-lama son intolérance. Inutile de dire que les Chinois ont su exploiter cette querelle à toutes fins utiles de propagande. L’histoire a été portée sur les devants de la scène après le meurtre d’un partisan du dalaï-lama par un de ses rivaux, il y a quelques années. Par-delà les questions de personne et les dissensions politiques, ce fait divers souligne les relations toujours tendues entre les diverses sectes du bouddhisme tibétain.

Même s’il ne saurait être question de nier l’existence au coeur du bouddhisme d’un idéal de paix et de tolérance, fondé sur de nombreux passages scripturaux, ceux-ci sont contrebalancés par d’autres sources selon lesquelles la violence et la guerre sont permises lorsque le Dharma bouddhique est menacé par des infidèles. Dans le Kalacakra-tantra par exemple, texte auquel se réfère souvent le dalaï-lama, les infidèles en question sont des musulmans qui menacent l’existence du royaume mythique de Shambhala. A ceux qui rêvent d’une tradition bouddhique monologique et apaisée, il convient d’opposer, par souci de vérité, cette part d’ombre.

BERNARD FAURE

Professeur à l’université de Stanford, Californie. Auteur notamment de Bouddhisme , Liana Levi, 2001 ; Bouddhismes, philosophies et religions , Flammarion, 1998.

Vingt-cinq siècles de bouddhisme

Le bouddhisme est né d’une réforme de la religion védique. Les trois grandes traditions bouddhistes visent à atteindre la fin des douleurs, engendrées par la succession des vies sur terre, par l’accès à l’état de sainteté.

– La première version du bouddhisme (theravâda, ou voie des anciens, appelée par dérision « petit véhicule » par ses adversaires issus de la réforme mahâyâna) défend que seuls les moines peuvent accéder au salut. De l’Inde, le theravâda a conquis toute l’Asie du Sud-Est. S’il a survécu au Laos, en Thaïlande, au Cambodge et au Myanmar, il a été supplanté par l’islam en Indonésie et Malaisie.

– La réforme mahâyâna (« grand véhicule ») stipule que chacun peut accéder au salut par une vie de mérites. Le mahâyâna a gagné la Chine, puis la Corée et le Japon, n’hésitant pas à se fondre dans de vastes systèmes syncrétiques destinés à lui assurer son succès par l’élaboration de cosmogonies compatibles avec les cultes qui lui préexistaient (taoïsme, confucianisme et culte des ancêtres en Chine ; taoïsme, confucianisme et chamanisme en Corée ; shinto – culte des esprits proche du chamanisme dans sa version d’origine – au Japon…).

– Quant au vajrayâna (« véhicule de diamant »), ou lamaïsme, ou encore bouddhisme tantrique, qui prône le salut par l’étude ésotérique, il est surtout présent au Tibet et en Mongolie. Issu du mahâyâna, il a souvent intégré dans son culte des éléments des religions indigènes : bön au Tibet, chamanisme en Mongolie.

Le bouddhisme compte aujourd’hui, selon les estimations, de 300 à 600 millions d’adeptes, dont 50 à 100 millions pour le theravâda (Sud-Est asiatique), le solde étant mahâyâna (dont la Chine, avec 100 à 250 millions d’adeptes). Le vajrayâna regroupe de 10 à 20 millions de pratiquants. La production littéraire des diverses écoles en Occident, par laquelle on peut se documenter sur le bouddhisme, est d’importance variée : l’essentiel est produit par une école tibétaine et une ou deux écoles du zen… des courants minoritaires au regard du bouddhisme tel qu’il est pratiqué dans le monde.

L’EXPANSION DU BOUDDHISME

Au départ limité au nord de l’Inde, le bouddhisme n’est alors présent que par la voie du theravâda. Sa doctrine se répand en Inde, à Sri Lanka et à l’ensemble du Sud-Est asiatique, tant continental qu’insulaire, mais aussi en Mongolie. Mais très vite, à partir du siècle suivant, une réforme le divise en deux grands courants qui vont eux-mêmes se fragmenter en multiples écoles, ou sectes. C’est donc le bouddhisme mahâyâna qui se répand en Chine dès le iie siècle de notre ère, par le biais des routes commerciales qui convergent vers Chang’an, capitale de l’empire Tang du viie au xe siècle). De là, il atteint rapidement la Corée et le Japon, des pays sous influence culturelle de l’empire du Milieu.

LE CAS JAPONAIS

Dans un premier temps, des moines chinois importent au pays du Soleil levant les doctrines de leurs écoles et fondent six sectes (copiées sur les modèles continentaux) à Nara, capitale impériale. L’empereur Kammu, au viiie siècle, désireux de contrer l’ascendant de ces sectes, déplace la capitale à Kyôto et favorise l’expansion de deux sectes « officielles », Tendai et Shingon, influencées par le tantrisme et le shinto.

Jusqu’au xiiie siècle, le bouddhisme reste réservé à l’élite, le peuple demeure shinto. Mais l’implantation de l’amidisme, propagé depuis la Chine, la fondation du nichirénisme et l’arrivée du zen propagent le bouddhisme dans toutes les couches sociales.

– L’amidisme postule que tout un chacun peut accéder au salut pour peu qu’il adhère à un credo très simple, qui parfois se rapproche de la magie (récitation d’une formule).

– Le nichirénisme voit dans les autres écoles un danger pour l’unité du bouddhisme, qu’il importe de combattre par tous les moyens. Il emprunte à l’amidisme son dogme simplifié.

– Le zen, plus élitiste, prône la recherche du salut par le dépouillement et la méditation.

Aujourd’hui, on estime approximativement que, sur 90 millions de Japonais officiellement bouddhistes, 30 sont amidistes, 30 sont nichirénistes, 14 sont shingon, 6 sont zen, 5 sont tendai, le solde se répartissant entre quelques dizaines d’autres mouvements.

LAURENT TESTOT


Identités: Mains jaunes contre keffiehs (Identity politics comes to France)

23 mars, 2019
Julien-Dray (PS), Jean-Luc-Mélenchon (PG) et Marie-Noëlle-Lienemann (PS)Image result for Main d'or Dieudonné
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https://pbs.twimg.com/media/D1t-RlkXcAAN5mJ.jpgNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas. Thérèse d’Avila
Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. Oscar Wilde
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. G.K. Chesterton
Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
Comme on pouvait s’y attendre, les pays islamiques qui punissent l’apostasie, persécutent légalement leurs minorités non-musulmanes autochtones et n’ont jamais remis en question la violence islamique légale de la Charia, des ahadith de la Sira et du Coran (jurisprudence et textes sacrés musulmans), dénoncent de concert la « diabolisation des musulmans » en Occident ». Pour ces indignés à sens unique, l’attentat de Christchurch ne serait que l’aboutissement prévisible de l’islamophobie coupable de cet Occident post-colonial honni. Ainsi que le réclament depuis trois décennies les 57 pays de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), super Lobby intergouvernemental panislamique reconnu par les Nations Unies et piloté par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turque néo-ottomane, le massacre de Christchurch est un nouveau prétexte pour réitérer l’exigence liberticide de limitation de la liberté d’expression en matière d’islam régulièrement portée à l’ONU sous couvert de lutte contre la « diffamation des religions ». Sur son compte Twitter, Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères iranien, a très officiellement pointé du doigt cette « liberté d’expression » criminelle de l’Occident qui serait à l’origine des actes meurtriers anti-musulmans. Des propos qui font rire ou pleurer quand on sait qu’ils émanent d’un régime de Mollahs qui arrivent juste devant l’Arabie saoudite et après la Chine chaque année parmi les trois premiers pays pratiquant le plus d’assassinats d’Etat… Mais l’Iran est concurrencé sur ce terrain par la Turquie du néo-sultan irascible Recep Tayyip Erdogan, qui ne rate lui non plus jamais une occasion de fustiger les Européens complexés. C’est ainsi que le même islamiste vigilant, d’habitude si prudent vis-à-vis du Géant chinois qui a pourtant tué et torturé des centaines de milliers de musulmans ouïgours, a déclaré qu’« avec cet attentat, l’hostilité envers l’islam (…) a franchi les limites du harcèlement individuel pour atteindre le niveau d’une tuerie de masse. Il apparaît clairement que la vision portée par le tueur (…) est en train de gagner du terrain en Occident comme un cancer ». Étonnant propos de la part d’un Erdogan qui avait ouvertement menacé Benoit XVI après son discours de Ratisbonne ; qui nie catégoriquement le génocide arménien (dont la reconnaissance est punie pénalement en Turquie) ; qui soutient les terroristes du Hamas et les Frères musulmans ; qui a aidé Daech et Al-Qaïda en Syrie, et qui n’a jamais reconnu le caractère christianophobe des massacres de chrétiens survenus ces dernières années en Turquie (Malatya, Trébizonde, meurtres de Hrant Dink, des Prélats Santoro et Padovese, etc)… Pour ce qui est du grand imam d’Al-Azhar, Cheikh Ahmed al-Tayeb, à la tête de la plus grande université religieuse du monde musulman sunnite, où l’on enseigne la légitimé du Jihad offensif, l’infériorité des non-musulmans, les châtiments corporels et autres lapidations, il a déclaré que « ces attaques sont le résultat de la prolifération du discours islamophobe dans plusieurs pays, y compris dans ceux qui sont réputés pour la coexistence de leur population », désignation à peine voilée des pays occidentaux. On croit ici rêver, quand on sait à quel point l’université d’Al-Azhar, infiltrée depuis des décennies par les Frères musulmans et le salafisme, comme l’a déploré le Président égyptien Al-Sissi lui-même, a cautionné théologiquement les attaques violentes perpétrées quotidiennement contre les Coptes chrétiens. Al-Azhar a d’ailleurs toujours refusé d’excommunier les terroristes jihadistes dès lors que ceux-ci ne professaient pas d’hérésies, se limitant à condamner leurs « actions ici-bas », bien évidemment totalement étrangères à l’islam. CQFD, circulez, rien à voir… En France, le militant islamiste-nationaliste pro-Erdogan Ahmet Ogras, Président sortant du Conseil Français du Culte musulman, a surenchéri dans cette logique liberticide anti-occidentale : « Cette tragédie abjecte démontre une fois de plus que l’islamophobie est un mal qu’il faut combattre sans relâche, tout comme les paroles médiatiques déversées par des prêcheurs de haine ». Une allusion à peine voilée aux Zemmour, Finkielkraut ou autres « islamophobes » de Charlie Hebdo accusés de distiller la « haine envers les musulmans » sous prétexte qu’ils dénoncent l’intolérance et la violence chariatiques. Plus explicite encore, le Collectif contre l’islamophobie en France a demandé aux autorités de « prendre leurs responsabilités (…) Les discours islamophobes diffusés dans nos médias n’y ont pas leur place et ont des conséquences concrètes sur la vie des musulmans de France. Faire l’apologie de la théorie du grand remplacement, permettre à des idéologues/éditorialistes/journalistes/politiques de distiller leurs discours à longueur de journée est absolument dangereux. Il faut que cela cesse et les médias français ont un rôle à jouer dans la lutte contre l’islamophobie ». Bref, ceux-là mêmes qui sont idéologiquement liés aux Frères musulmans et adhèrent au suprémacisme islamiste ont trouvé dans les attentats anti-musulmans un prétexte rêvé pour exiger définitivement l’exclusion du débat démocratique de tous ceux qui feraient obstacle à leurs desseins prosélytes-conquérants. Aux Etats-Unis, le lobby islamique américain pro-Frères musulmans, le CAIR (Council of American and islamic Relations), qui vante officiellement la charia et est lié au Hamas palestinien, réclame comme le Collectif contre l’islamophobie en France, que soit « criminalisée l’islamophobie ». A contrario, l’auteur de ces lignes a préféré les paroles, bien plus dignes, du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui a déclaré dans un communiqué officiel, « les musulmans de France sont choqués par cette violence meurtrière qui se manifeste à l’autre bout du monde et prient Dieu que la paix soit préservée dans notre pays ». D’une manière générale, l’attitude de récupération obscène de la douleur des victimes musulmanes de la part de pôles officiels de l’islam mondial, a été faite sienne par la Gauche marxiste/bobo-islamiquement correcte, laquelle a redoublé d’exigences liberticides en incriminant globalement la droite conservatrice et les populismes identitaires, même les plus pacifistes et parlementaristes, pointés comme « idéologiquement coupables » : c’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon, qui n’a jamais dénoncé la haine meurtrière anti-chrétiens en pays islamiques, a fustigé « la haine des musulmans qui est aussi un poison mortel dans nos sociétés », tandis que Ian Brossat, tête de liste PCF pour les européennes, a dénoncé « l’extrême droite qui tue, ses idées nauséabondes qui sèment la mort. Ne jamais l’oublier et les combattre pied à pied ». D’une manière générale, les « islamo-gauchistes », ces idéologues rouges alliés des fascistes verts, ont même accusé Donald Trump, Matteo Salvini et Victor Orban d’être les « vrais responsables » de ce « climat » anti-muslims, sous prétexte que le psychopathe/serial killer Breton Tarrant aurait cité la théorie du « Grand Remplacement » de Renaud Camus – qui n’a pourtant jamais appelé au meurtre – et aurait motivé sa barbarie vindicative par le refus de l’immigration extra-européenne. A ce titre, c’est donc Alain Finkielkraut qui devrait être lui aussi accusé, avec Zemmour ou d’autres intellectuels médiatiques, d’avoir inspiré des futurs Tarrant, puisque l’académicien a lui-même cautionné le théoricien remplaciste qualifié « d’extrême-droite » pourtant issu, comme Finkielkraut, de la gauche… Et si l’on suit le même raisonnement de chasse aux sorcières, tous ceux qui remettent nettement en question l’islam, y compris les musulmans athées ou laïques eux-mêmes comme Malika Sorel, Boualem Sansal, Kamel Daoud, Walid al-Husseini ou Zineb el Rhazoui, sans oublier les gauchistes blasphémateurs de Charlie Hebdo, seraient responsables des actes anti-musulmans de Tarrant ou avant lui de Breivik. Récupérant elle aussi un fait monstrueux commis par un fanatique australien, mais qui critiquait les partis politiques populistes parlementaires « trop modérés » (et jugeait Marine Le Pen « insipide »), Najat Vallaud-Belkacem, ex-ministre de l’Éducation de François Hollande, a dénoncé dans un tweet « l’indignation hypocrite de ceux qui ont contribué, année après année, à promouvoir ça ». Illustrant son tweet de couvertures de grands médias comme Valeurs actuelles, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Marianne, Courrier international, revue L’Histoire, l’ex-ministre connue pour son moralisme progressiste sélectif, a même parlé de « nausée » à propos de cette presse « coupable » d’avoir contribué à promouvoir le climat d’islamophobie qui aurait permis l’attentat de Christchurch. Dans ce cas, pour suivre la même logique d’amalgame d’habitude pourtant interdite en cas d’attentats islamistes, que doit penser Madame Vallaud-Belkacem de ses anciens compères socialistes François Hollande et Gérard Collomb, qui ont tous deux dénoncé le séparatisme islamiste et la montée du communautarisme dans les banlieues hors contrôle ? (…) En réalité, et en dépit même des centaines d’attaques commises par les terroristes arabo-musulmans et des jihadistes en Occident depuis les années 1980 (terrorisme palestinien ; iranien ; GIA ; Al-Qaïda ; Daech), les actes terroristes anti-musulmans dans le monde occidental ont été jusque-là extrêmement rares. On peut même affirmer que les Occidentaux ont fait preuve d’une grande retenue en ne répondant presque jamais de façon réciproquement barbare aux jihadistes. Certes, les cas du Canada et de la Nouvelle Zélande sont là pour montrer que des Blancs judéo-chrétiens peuvent eux aussi se comporter « comme » les pires jihadistes. Mais en quoi des actes anti-musulmans commis dans des pays tolérants et multiculturels comme la Nouvelle Zélande ou le Canada devraient être imputés à des Français, des Anglais, des « populistes » italiens ou des électeurs de Donald Trump, comme certains bien-pensants ont essayé de le faire ? Depuis quand nos sociétés démocratiques fondées sur la liberté et la responsabilité individuelles ont-elles rétabli de délit et la faute collectives ? Au nom de quoi les « coupeurs de langues » de l’organisation de la Coopération islamique (OCI), du CCIF, de l’Université Al-Azhar, sans oublier le néo-Sultan Erdogan osent-ils blâmer des Français, des Italiens, des Hongrois, des citoyens américains ou même des « islamophobes » pacifiques ou des « populistes » occidentaux hostiles à l’immigrationnisme alors que eux-mêmes cautionnent des institutions théocratiques qui enseignent la légitimité du Jihad, de la charià et de la conquête islamique ? N’importe quel observateur intellectuellement honnête peut aisément constater que la violence terroriste anti-chrétienne en pays islamique est bien plus banalisée et impunie que l’inverse. Et si dans la même période récente, des chrétiens de pays islamiques avaient commis contre des Musulmans le centième des meurtres perpétrés par des jihadistes en « pays chrétien », on n’ose même pas imaginer le nombre de chrétiens qui auraient été massacrés en représailles dans les rues, les églises et jusque dans leurs maisons. D’ailleurs, alors même que les chrétiens en pays arabo-musulmans ne perpètrent jamais d’actes terroristes et constituent au contraire des minorités soumises et pacifiques (dhimmitude), ils sont déjà régulièrement pris pour cibles par des fanatiques musulmans : Chrétiens des pays arabes (Irak, Egypte, Arabie saoudite-Yémen, Mauritanie, Soudan, Maghreb, etc), de Turquie (génocide arménien toujours, persécution des syriaques-araméens), du Pakistan (les milliers d’Asa Bibi martyrisées), sans oublier les autres minorités régulièrement persécutées et massacrées au nom de la Charià : Yézidis d’Irak, chiites, Alévis, régulièrement attaqués, kidnappés, rackettés, victimes d’attentats ou officiellement brimés. Face à la tentative obscène de récupération (par les « coupeurs de langues » verts, roses et rouges) du drame des musulmans massacrés en Nouvelle Zélande, et face à l’incroyable tentative de culpabilisation/disqualification morale des défenseurs de la civilisation judéo-chrétienne orchestrée par tous ceux qui voudraient rendre les Français patriotes collectivement coupables des horreurs de Christchurch, quelques chiffres peuvent aider à garder raison : Rien que pour la France, 7 au 9 janvier 2015: attaques de Charlie Hebdo, 22 morts ; 26 juin 2015, à Saint-Quentin-Fallavier, un Français décapité par un jihadiste ; 13-14 novembre 2015 : attentats de Paris, 137 morts ; 13 juin 2016, Magnanville, un policier et sa femme assassinés par un jihadiste. 14 juillet 2016: un Mohamed Lahouaiej-Bouhlel massacre 86 personnes ; 26 juillet 2016, Normandie, 2 djihadistes égorgent un prêtre âgé de 86 ans en pleine messe dans son église. 1er octobre 2017: un musulman a poignardé à mort deux jeunes femmes dans une gare de Marseille ; 23 mars 2018, Trèbes, trois morts ; 12 mai 2018, Paris, un franco-tchétchène poignardé à mort un piéton et en a blessé plusieurs autres ; 11 décembre 2018: À Strasbourg, un homme armé a ouvert le feu juste devant le marché de Noël, faisant 5 morts et 11 blessés. Total, rien qu’en France, en quatre ans : 261 morts et moult blessés lors d’attaques de musulmans contre des non-musulmans. Et heureusement, AUCUNE représailles meurtrière contre des Musulmans dans les rues ou les Mosquées. Par contre , des menaces de morts par milliers contre les intellectuels musulmans modérés ou « infidèles » qui dénoncent les « coupeurs de têtes ». Alexandre del Valle
Oui toutes nos pensées vont aux victimes de l’abject attentat de #Christchurch , et oui cela devrait tous nous rassembler. Mais découvrir ici des messages d’indignation hypocrite y compris de ceux qui ont contribué, année après année, à promouvoir ça:👇… Comment dire ? Nausée. Najat Vallaud-Belkacem
L’échec de la gauche, c’est d’avoir agité des slogans antiracistes ou paternalistes qui n’ont mené nulle part. La Marche des Beurs en 1983, n’a pas abouti à l’élection de députés de la #diversité, mais à celle de Julien Dray !  Aurélien Taché (député En marche)
L’antisémitisme ne vient pas du Coran mais de l’ignorance. Aurélien Taché
Pourquoi elle devrait enlever [son voile] au moment de ses interventions publiques, c’est peut-être la question qu’on devrait se poser. Aurélien Taché
J’ai été élevé en écoutant Renaud, en mangeant de l’entrecôte, mais j’aime aussi le rap et les kébabs. On peut être dans une forme de cosmopolitisme. 
Aurélien Taché
Le drapeau tricolore renvoie au régiment […] est-ce bien le rôle de l’école de se transformer en caserne ? Aurélien Taché
Les mêmes qui disaient que les « gilets jaunes », c’était la France périphérique, disent soudain « ah, ce sont les banlieues et les musulmans » qui sont responsables de l’antisémitisme au sein de ce mouvement. Ça m’a frappé en entendant Eric Ciotti, Michel Onfray ou Eric Zemmour. Il y a un retour glaçant de l’antisémitisme. C’est le thermomètre de la haine dans une société. Mais on ne combat pas cette haine en faisant des musulmans des quartiers populaires un autre bouc émissaire. C’est trop commode, cela permet aux élites de ne pas trop s’interroger sur leur part de responsabilité. Il y a un antisémitisme en banlieue. Mais il ne prend pas sa source dans l’immigration ou dans les versets du Coran, comme j’entends Manuel Valls le dire. Il la prend dans l’ignorance et le sentiment anti-élites. Aurélien Taché
Il faut des listes vraiment inclusives aux prochaines municipales » parce qu’il n’y a « pas un Noir ou un Arabe parmi les maires des cinquante plus grosses villes. Aurélien Taché
Une partie de la production des historiens, les articles scientifiques notamment, s’adresse à un cercle restreint, en raison de la nature pointue ou technique de ces articles, publiés dans des revues spécialisées. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’histoire ne doit pas être vulgarisée et diffusée auprès du plus grand nombre. C’est l’autre face du boulot d’historien. (…) Je ne suis cependant pas certain que cela soit du domaine de l’historien principalement que de mener cette contre-offensive. Evidemment que le boulot des historiens est de battre en brèche ces discours, mais cela ne doit pas relever d’eux seuls. On n’en appelle pas à un astrophysicien pour contrecarrer les délires sur la « terre plate ». Vidal-Naquet soulignait déjà cela en demandant si il fallait en appeler à un astrophysicien pour contrecarrer quelqu’un affirmant que la lune est faite de fromage. Le discours négationniste sur la Shoah, ou sur les autres génocides, est tout aussi grotesque d’un point de vue intellectuel que de prétendre que la terre est plate. (…)Dans le domaine de l’histoire, les lieux communs qui relèvent du café du commerce ne manquent pas, comme « L’histoire est écrite par les vainqueurs » ou « L’histoire est subjective ». « L’histoire écrite par les vainqueurs » signifie que ce sont ceux qui gagnent qui dictent le cours des évènements, mais on fait dire à cette phrase que ce sont les vainqueurs qui écrivent la « vérité »: autrement dit les « Alliés à Nuremberg ont écrit une version de l’histoire ». Quant à la supposée subjectivité de l’histoire, ou qu’en histoire il n’y aurait pas de vérité, c’est de la pseudo-philosophie de bas étage : l’histoire repose sur des faits en premier lieu, qui ne relèvent en rien de la « subjectivité ». Adolf Hitler est nazi. C’est un fait. Il est chancelier du Reich. C’est un fait. Il a clamé sa haine des Juifs. C’est un fait. Etc. Environ 5,7 millions de juifs ont été assassinés. C’est un fait. De la même manière que la terre est ronde. La méthode négationniste est simple. On prend un élément, en général microscopique, on le nie avec des arguments pseudo-scientifiques, puis on décrète que puisque tel témoignage comporte un élément décrété faux alors tout l’évènement est faux. Retranscrit dans d’autres domaines ça donne : la perruque de Louis XIV n’était pas blanche alors qu’un témoin l’a décrite comme telle, c’est donc la preuve que Louis XIV n’existe pas. Ou alors que Jésus n’a pu marcher sur l’eau, ce qui est la preuve que Jésus n’a pas existé, et donc que le christianisme n’existe pas. Si certains veulent croire que Jésus a marché sur l’eau cela relève du domaine de la religion et de la croyance. En revanche factuellement ce n’est pas cela qui autorise à nier l’existence de Jésus. Reste qu’avec le développement d’Internet qui facilite et démultiplie la diffusion de théories complotistes, on assiste à une explosion des remises en cause scientifiques et désormais d’autres sciences, comme la médecine par exemple, sont concernées. Si la négation de la Shoah est au cœur du négationnisme et du complotisme, les remises en cause des sciences se multiplient et trouvent une audience importante, une sorte de nouvelle forme de luddisme. On est face à un immense café du commerce, où différentes attitudes coexistent : pour certains c’est la crédulité, pour d’autres l’envie d’être un « sachant » – « à moi on me la fait pas, je suis pas dupe » – qui défie une narration frappée du sceau de l’ « officialité », tandis que pour d’autres, c’est un moyen politique pur et simple, comme les négationnistes, de diffuser un message de propagande. (…) Il s’agit d’un simple constat, non d’une remise en cause de ce qui est devenu un élément central de nos sociétés. Le luddisme qu’on peut constater n’est d’ailleurs pas dénué de contradictions : on utilise le progrès (Internet) pour dénoncer le progrès dans d’autres domaines. Pas plus que le « café  du commerce » ne remet en cause les lieux de convivialité que sont les troquets. Mais on peut aisément constater que toute parole se vaut et que tout un chacun est expert en tout. Si on prend la part négative des réseaux sociaux, aujourd’hui ils fédèrent, unissent, mettent en rapport des gens qui étaient autrefois isolés : un militant d’extrême droite s’achetait Minute ou Rivarol, avait quelques potes avec qui vomir sa haine, mais dans des cercles limités. Mais ce constat a aussi des pans positifs (…) il permet aussi l’expression dans des sociétés muselées, et a permis d’unir les oppositions dans les pays arabes qui ont connu des soulèvements. D’ailleurs la recherche elle-même a été transformée en profondeur avec Internet, on pourrait même dire bouleversée. Par exemple, il y a encore 20 ans, il fallait se farcir des fichiers-tiroirs en bibliothèques et centres d’archives pour connaître l’existence de publications, ou dépouiller des publications telles que L’Année philologique. Une partie de la qualité des recherches résidait dans la capacité à trouver ce qui existait. Aujourd’hui il suffit de deux mots clés dans une base de données, sans bouger de chez soi… Il est aussi patent que l’extrême droite a su se saisir avec une rapidité impressionnante des moyens qu’offre internet. Dès la fin des années 1990 les sites néo-nazis et autres pullulaient. Ce n’était pas joué d’avance, mais en revanche il faut constater que pour un site luttant contre le négationnisme, il y en a 100 qui le diffusent. (…) Tite-Live a écrit une histoire de Rome il y a 2 000 ans. Ce qui n’empêche pas que depuis 2 000 ans les historiens continuent à écrire l’histoire de Rome. Jusqu’au début des années 1980 les historiens étudiant la Shoah étaient très peu nombreux. Ce n’est que depuis une trentaine d’années que le champ a connu une véritable explosion scientifique. La chute de l’URSS a rendu accessibles des montagnes d’archives non exploitées jusque-là par exemple. Ensuite, cette histoire est en perpétuelle évolution, comme celle du nazisme ou de la Seconde Guerre mondiale, s’affine ou s’approfondit. C’est l’un des paradoxes du sujet, d’un côté il est omniprésent, de l’autre peu étudié. En France, le nombre de spécialistes de la Shoah ou de l’histoire du nazisme est assez limité, même si aujourd’hui il tend à croître. Ensuite, il y a une forme de paradoxe assez impressionnant sur ce sujet – et qui vaut plus largement pour le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Malgré l’omniprésence du sujet dans la société, il y a pas mal de malentendus et d’incompréhensions, notamment en raison de la confusion entre le système concentrationnaire – avec notamment les images de ce qui a été découvert en 1945 qui se sont profondément ancrées dans les représentations – et la « solution finale », qui se déroule ailleurs. Ces représentations très fortes qui se sont fixées au sortir de la guerre demeurent prédominantes, alors que les travaux des historiens depuis plus de 50 ou 60 ans dans certains cas ont permis de mieux comprendre et distinguer les choses. Le meilleur exemple réside sans doute dans le fait, que depuis les travaux de Raul Hilberg les historiens parlent de « centres de mise à mort », alors que l’expression qui demeure profondément ancrée est celle de « camp d’extermination ». Celle-ci est hautement problématique à bien des égards, à commencer par la contradiction absolue entre les deux termes : un camp est un lieu où l’on rassemble une population, pour la détenir par exemple – camp de concentration – alors que l’assassinat de masse ne nécessite pas de « camp », ce sont des sites qui sont destinés à tuer toute personne qui y est acheminée, et qui sont donc de taille réduite, avec peu de structures. Les négationnistes, d’ailleurs, utilisent certaines de ces représentations et exploitent les confusions. La réduction de la Shoah aux chambres à gaz dans les représentations leur permet de dire « pas de chambres à gaz donc pas de Shoah », alors que plus de la moitié des victimes n’ont jamais franchi le seuil d’une chambre à gaz mais ont été exécutées autrement. Même chose en utilisant des éléments propres au système concentrationnaire pour expliquer que la Shoah, qui se déroule en dehors de ce système, n’est pas possible. (…) Cela participe d’un affinement de la connaissance, d’une meilleure compréhension des mécanismes. Regarder les « marges » permet d’éclairer l’ensemble. Parmi les gars du PPF qui distribuent les tracts « mort aux juifs » en 1940 on en retrouve en 1943-1944 qui chassent les juifs en France pour réaliser la « solution finale ». Autrement dit, si je m’intéresse à Auschwitz, je m’intéresse aussi à ceux qui y « arrivent », et la manière dont ils arrivent là. Comment et à cause de qui un juif de Grenoble se retrouve à Drancy puis à Auschwitz ? (…) L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique. On en a eu un exemple lors de la campagne présidentielle avec la disqualification de Macron comme « banquier », utilisée tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche. Il y a 15 ans, il aurait été brocardé comme technocrate, c’est un pur produit de l’ENA. Mais son passage chez Rothschild devient une tache. Aurait-il exercé au Crédit Agricole ou à la Banque postale, je doute qu’il aurait été qualifié de banquier. Là on a eu une floraison de termes chez les auto-proclamés « anti-système » – qui ont tous pourtant des cursus forts semblables et sont présents en politique depuis des décennies – pour dénoncer « la banque », « l’oligarchie » etc. Le recours à cette terminologie n’a rien d’anodin, et chez certains – évidemment pas pour tous – elle renvoie plus qu’implicitement à l’antisémitisme. C’est d’ailleurs éclairant à ce sujet, de voir que certains historiens et intellectuels ont pointé les problèmes que posait le recours à ces termes mais que cela n’a eu aucune conséquence, pas même la moindre interrogation ou distanciation. Ce sont surtout les années 1930 et la Seconde Guerre mondiale qui ont ancré l’idée que l’antisémitisme était propre à l’extrême droite et au nazisme. Mais en 1940, au moment de la défaite et du vote des pleins pouvoirs, on voit des attaques antisémites contre Blum qui viennent d’élus de la SFIO, par exemple. Si on regarde la Collaboration, et l’Ultra Collaboration, on voit qu’il y a pas mal de gens venant de la gauche. Il faut cependant faire attention sur ce point, que l’on retrouve par exemple exploité par Zemmour : Vichy serait la gauche. Ceci est faux, l’adhésion se faisant sur un programme d’extrême droite, maurrassien, la « Révolution nationale », voire pour les ultras comme les PPF ou les membres du RNP de Déat, sur des programmes proches du nazisme. Mais même du côté du PC on peut voir des tracts, notamment en 40-41, où l’antisémitisme n’est pas très loin. En soi, l’antisémitisme se retrouve partout sur l’échiquier politique. Au sortir de la guerre, l’antisémitisme est disqualifié et n’a plus voix au chapitre sur la scène politique occidentale. Pourtant dès 1944 en URSS, et surtout à partir de 1948, le régime soviétique multiplie les attaques antisémites, qui ensuite se retrouvent dans tout le bloc communiste. Sauf qu’officiellement, ce ne sont pas les Juifs qui sont visés, mais les « sionistes ». Bref, on renomme, c’est validé un peu partout et ça passe sans soulever de problèmes pour les communistes en dehors du bloc soviétique. De 1948 à 1968 on multiplie les purges contre les Juifs, les procès, les assassinats et les expulsions, tout ça sous vernis de la lutte contre les « agents sionistes » ou les « cosmopolites sans racines », selon la terminologie d’alors. Réinscrit dans l’histoire de l’antisémitisme, ça n’a rien d’original. C’est juste une déclinaison du juif qui est par essence sans patrie, ou de l’agent de l’étranger, qui a toujours existé: affaire Dreyfus, « coup de poignard dans le dos » pour expliquer la défaite de l’Allemagne en 1918 etc. Pour l’antisémitisme français au moment de Dreyfus, le juif est l’agent des Allemands, pour les Allemands en 1918, le Juif c’est l’agent des bolcheviques ou de la France, pour Staline, le Juif c’est l’agent d’Israël. L’antisémitisme est pratique, il explique tout : le communisme c’est les juifs, le capital c’est les juifs. Chacun y trouve son explication. Et c’est adaptable à tout : la colonisation ? Les Juifs. L’esclavage ? Pareil. Dans les années 1990 le Sida en Afrique c’était les Juifs, et les attaques de requins en mer Rouge au début des années 2010 un coup du Mossad pour flinguer le tourisme en Egypte. A chaque nouvelle crise, le discours s’adapte. On a vu fleurir les théories impliquant Israel dans la crise au Venezuela, et ces théories venaient des défenseurs de Maduro, pas vraiment l’extrême droite, même si in fine la collusion a fini par se faire. L’antisémitisme, pas plus que le racisme au demeurant, n’est propre à un bord politique. Ce sont ses usages et la manière dont il est assumé qui peuvent éventuellement être différents. Quoique sur l’antisémitisme, à gauche l’ « antisionisme » est bien pratique pour s’adonner à un antisémitisme non assumé ouvertement – et en disant cela je ne délégitime en rien le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat ou celui de critiquer les politiques israéliennes. (…) cela ne devrait pas être. Mais c’est malheureusement le cas, tant « l’antisionisme » se drape dans une bonne conscience, qui souvent échappe aux gens. D’ailleurs toute la phase soviétique et communiste du mot est intégralement effacée pour lui donner des atours de noblesse et cela va jusqu’à des discours qui affirment que le Bund, par exemple, était contre le mouvement sioniste, et que c’est la preuve que l’antisionisme n’est pas antisémite. Mais le Bund non seulement combattait férocement l’antisémitisme, il revendiquait aussi l’existence d’une nation juive autonome en Pologne (ou dans les Pays baltes). Les antisionistes eux, nient l’existence des Juifs, sinon à leurs propres conditions. « On vous tolère, mais ne mouftez pas trop ». Le Bund, comme les sionistes, revendiquent le fait juif et l’existence d’une nation juive. Les antisionistes dénient aux juifs le droit de se définir, et s’arrogent ce droit. Il suffit de voir le succès du livre de Shlomo Sand, qui explique que “le peuple juif est une invention”. La belle affaire. Ce constat on peut le faire pour n’importe quel peuple, ou pour prendre un terme plus adéquat, pour n’importe quelle nation, à commencer par la France. Chaque nation repose sur des mythes fondateurs auxquels se rallient ceux qui s’y retrouvent. D’ailleurs l’usage de ce terme n’est pas sans faire penser à une théorie de comptoir qui a fait florès : « l’antisémitisme ne vise pas que les Juifs, mais aussi les Arabes, qui sont sémites aussi ». Passons rapidement sur le fait que l’antisémitisme, tel qu’il a été défini par les antisémites eux-mêmes, n’a jamais visé que les seuls Juifs, pour aller à l’autre point, bien plus intéressant : les sémites n’existent pas. Les Arabes, pas plus que les Juifs ne sont sémites, c’est une construction racialiste reprise par le racisme, et développée à partir de l’existence d’un groupe de langue dit sémitique, où se retrouvent l’hébreu, l’araméen, le phénicien, l’arabe ou encore l’amharique. D’ailleurs cette création d’une « race juive » a été un moyen pour dire que « les » Juifs formaient un tout, un groupe ethnique : les juifs d’Allemagne bien « blancs » étaient donc de la même « race » que les Juifs d’origine arabe du Yemen ou d’Egypte, que les Juifs noirs d’Ethiopie ou que les Juifs turcs de Crimée. Bref, l’antisémitisme vise à créer une unité ethnique (« raciale ») entre des groupes religieux ou nationaux qui n’ont en commun que leur religion et les récits qui en découlent – même pas une culture commune, parce que quel rapport entre la carpe farcie et la brick au thon ? Entre le pastrami et l’amba ? L’antisémitisme constitue, sous une double forme, un inverse du racisme : là où le racisme prétend la supériorité sur d’autres, lesquels sont définis par une appartenance ethnique visible, l’antisémitisme, lui, dénonce le danger de domination d’une race invisible, puisque non identifiable (sinon pour son appétence pour la carpe farcie, mais les Polonais aiment bien aussi… Pareil d’ailleurs pour la brick au thon, que juifs et musulmans du Maghreb aiment bien) Mais surtout, cette théorie « des Arabes qui seraient des sémites », largement prégnante à l’extrême gauche, voire à gauche (et elle est sur le devant de la scène par exemple en ce moment parmi certains défenseurs de Corbyn, qui excipent de cela pour nier l’antisémitisme au sein du Labour) montre le degré d’imprégnation des constructions racistes chez ceux là. Pour nier l’antisémitisme (et donc in fine le justifier tout en le niant) ils maintiennent une fiction raciste concernant les Arabes… (…) Jusqu’à récemment ce qui prévalait largement était le racisme anti-arabe, nourri notamment à la fois par le colonialisme français en Afrique du Nord puis ensuite par le ressentiment né de la décolonisation chez certains Français. Auquel s’ajoute un autre élément, celui de la méconnaissance du fait musulman. En France, Arabe a été très largement synonyme de musulman: si t’es musulman t’es arabe, si t’es arabe t’es musulman. Et depuis quelques années, si t’es musulman t’es islamiste. Et donc in fine, arabe= islamiste. Au moment des attentats de 2015, des commentateurs expliquaient que les attentats avaient été exclusivement commis par des Arabes (quid de Coulibaly ?). Comme si l’adhésion à une idéologie assassine dépendait d’une appartenance ethnique. Alors que le racisme se fonde avant tout sur une supposée infériorité, là on voit un passage à autre chose en effet. Et en outre, le « musulman » est très largement interchangeable. Il suffit de se rappeler que Nicolas Sarkozy ignorait en 2007 si Al-Qaïda était chiite ou sunnite pour avoir une illustration de la méconnaissance qui prédomine à ce sujet. L’espace géographique peuplé par des musulmans, qui va de l’Afrique aux confins de l’Asie, est vu comme un grand tout, unique, et conçu à travers notre héritage, à nous Français, avant tout à travers « l’Arabe » qui incarne cet ensemble menaçant. Maintenant avec le terme d’islamophobie on a quelque chose d’intéressant. Il est décrié par certains, et utilisé par d’autres pour disqualifier toute critique contre la religion musulmane. Mieux vaut s’écarter de ces prises de position et s’interroger sur autre chose : est-ce que le terme est opérant pour désigner un phénomène particulier ? Et là la réponse est claire : oui, on voit l’apparition d’idées qui feraient des musulmans les membres d’un grand tout, à la manœuvre dans l’ombre, complotant dans tel ou tel but. Et à cet égard on a quelque chose de nouveau, dont les ressorts ne sont plus ceux du racisme, à savoir un regard depuis le haut vers quelqu’un d’inférieur, mais des ressorts qui ne sont pas sans rappeler ceux de l’antisémitisme : un danger fondé sur une puissance fantasmée. Ce phénomène là est récent. Si on prend en regard l’antisémitisme, il est constitué très largement d’invariants, que l’on retrouve en permanence, depuis des siècles: le juif et l’argent, le juif comploteur, le juif dépravé sexuel etc. (…) Soros remplace chez certains Rothschild, mais on reste sur les mêmes ressorts. Or, à côté du racisme anti-arabe, on voit apparaître de nouveaux fantasmes, un glissement vers « le Musulman », paré de tout un ensemble de menaces. Un Pakistanais serait de mèche avec un Français parce qu’ils sont tout deux musulmans, on a la mise en place d’un fantasme particulier qui n’est plus le racisme et qu’il faut qualifier pour ce qu’il est. Maintenant si l’analogie peut prévaloir dans certains cas, elle a ses limites. D’abord prétendre que l’islamophobie a remplacé l’antisémitisme est absurde. L’antisémitisme se porte terriblement bien en Europe, et à part quelques négateurs à l’extrême-gauche, qui montrent que leur universalisme et leur combat anti-raciste à non seulement des limites mais qu’ils ont aussi quelques complaisances avec l’antisémitisme, personne ne le conteste aujourd’hui. Ensuite, on peut aisément constater que l’antisémitisme demeure la principale matrice explicative en matière complotiste, par exemple. Que la Hongrie d’Orban, pour être xénophobe et raciste, n’en a pas moins fait de Soros la figure principale de la « menace anti-hongroise ». (…) Dans les années 1980 et 1990 on a assisté à une séquence importante, où les travaux des historiens (Paxton, Klarsfeld…) mais aussi l’opinion publique ont très largement permis de voir en face la réalité des responsabilités. Le discours de Chirac au Vel d’Hiv en 1995, puis d’autres mesures qui ont suivi, ont donné l’impression que la question était réglée. Et d’un point de vue scientifique elle l’est. Sauf que depuis une dizaine d’années, on assiste à une sorte de retour en arrière, porté par Zemmour et d’autres. On a un peu tout. « Vichy a protégé les juifs français » – il suffit de lire la loi du 3 octobre 1940, dite « statut des juifs », ou celle du 22 juillet 1941 sur « l’élimination de l’influence juive dans l’économie nationale » pour démonter cela. Sans même avoir à rappeler que la majorité des enfants au Vel d’Hiv en 1942 étaient nés en France ou que la rafle de janvier 1943 à Marseille est menée par la police française contre des Juifs français. Ou alors « Vichy c’est pas la France » – auquel il suffit de répondre par une question : c’est quoi la France ? la Saint-Barthélémy c’est pas la France ? La colonisation non plus ? etc. Et il ne s’agit pas d’une spécificité française, même si on a dedans des débats franco-français. Ce qui se passe par exemple en Pologne aujourd’hui en est un exemple. Ou en Russie concernant la période stalinienne en est autre. Ou aux Etats-Unis. Nombre de pays connaissent ce genre de phase, au gré des climats qui y règnent et des phases de raidissement nationalistes. (…) Près d’un million de juifs ont été exécutés entre fin 1941 et début 1942 par les unités allemandes, sans aucun « collaborateur juif ». Les allemands n’ont aucun besoin de « collaborateurs juifs » pour le processus de destruction, mais en revanche ils ont besoin des collaborateurs locaux, des nationalistes, qui de la France aux Pays baltes en passant par l’Ukraine, ont eux très largement aidé à la réalisation de la “solution finale”. (…) La création des Judenrat, ces « conseils juifs » mis en place par les Allemands à la tête des ghettos pour servir d’interface et gérer « l’interne », n’est ni plus ni moins que la reprise d’une méthode mise en œuvre dans le système concentrationnaire, consistant à confier la gestion d’une partie de l’interne, ce qui se passe dans le camp, à des détenus. Pourtant là personne ne vient exciper de « collaborateurs » parmi les prisonniers pour faire porter la culpabilité sur les victimes. D’ailleurs, parmi les membres des Judenrat, à côté de gens qui se sont révélées être des crapules, l’immense majorité a joué un rôle important, en aidant les organisation de résistance dans les ghettos par exemple, ou en tentant de faire face aux Allemands. Tal Bruttman
En France, l’émergence du terme « identité » en politique date des années 2000, avec notamment le « ministère de l’identité française » voulu par Nicolas Sarkozy. Dans ce contexte, c’est un mot connoté « de droite », avec la défense de ce que les anthropologues nomment une « culture » (mode de vie, représentations collectives, valeurs…) et qui est perçu, à tort ou à raison, comme menacé, entre autres par l’immigration. Dans le même temps, les revendications « identitaires » sont montées en puissance dans les pays de tradition multiculturelle, qui définissent la citoyenneté non en fonction de l’appartenance commune à un collectif de haut niveau, telle la nation – c’est la conception républicaine française –, mais en fonction de l’appartenance à des collectifs partiels, des « communautés » telles que la religion, la région, la race, le sexe, voire la sexualité. C’est le cas aux États-Unis et au Canada, où le mot « identité » est devenu central dans le répertoire des « libéraux », c’est-à-dire de la gauche. Là, l’identité est associée non à la conservation des acquis, comme dans le cas de « l’identité nationale » en France, mais à la dénonciation des inégalités liées à ces affiliations à la fois imposées (par la naissance) et revendiquées. Celles-ci tendent à remplacer les traditionnelles inégalités de niveau de vie, de pouvoir et de chances associées aux classes populaires. Les opprimés sont devenus des victimes, et ne sont plus des prolétaires mais des Noirs ou des Arabes, des femmes, des homosexuels… Bref : l’utilisation politique de la problématique identitaire penche plutôt à droite lorsqu’elle est revendiquée au nom d’un groupe considéré comme dominant et plutôt à gauche dans le cas contraire. C’est dire que la réduction de l’identité à une question politique n’a guère de sens, surtout lorsqu’on connaît – et c’est, en partie, l’objet de mon livre – les très riches éclairages que cette notion apporte dans le domaine des sciences sociales et humaines : anthropologie, sociologie, psychologie, histoire, philosophie… Nathalie Heinich
Vue depuis les États-Unis, où je vis, la politique d’identité (identity politics) a subi ses flux et reflux. Elle a été souvent marquée « à gauche ». Aujourd’hui, toutefois, la croyance dans la fondation par l’identité est devenue une routine de la plupart des mouvements ; ainsi, le trumpisme est surtout une politique d’identité blanche. Une autre nouveauté relative, depuis une quinzaine d’années, est la victoire de ce que le collectif de femmes afro-américaines Combahee River (qui, en 1977, et de manière fondatrice, a revendiqué l’expression politique d’identité) nommait le séparatisme – une position que ces militantes rejetaient d’ailleurs explicitement. Or l’identitarisme contemporain instaure l’idée d’une juxtaposition sans dialogue des « comme nous ». Il n’y a guère à espérer du côté de l’intersection des identités, car « l’intersectionnel » a tôt fait de se refermer en une nouvelle catégorie, qui a soudain ses attributs, ses caractères, ses obligations… En fait, la machine à identité made in USA fonctionne à plein régime en ce moment, et, en plus des revendications classiques, on assiste à la création de tout un tas de nouvelles identités : identités d’allergique,… Laurent Dubreuil
Bienvenue dans le monde de la politique d’identité, qui, d’Amérique jusqu’ici, est en passe de devenir notre horizon commun. Selon la bonne nouvelle identitaire répandue chaque seconde par le brouhaha de la communication et le babil des « réseaux sociaux » , nous agissons, vivons et pensons en tant que catégories, au besoin croisées (par exemple homme blanc juif, LGTBQ) et volontiers blessées. Comme le révèle son expérience américaine et préfiguratrice, qui diffuse à partir du foyer des universités, la politique d’identité conforte l’avènement d’un despotisme démocratisé, où le pouvoir autoritaire n’est plus entre les seules mains du tyran, du Parti ou de l’Etat, mais à la portée d’êtres manufacturés et interconnectés que traversent des types de désirs totalitaires. Cet ordre mondialisé est une dictature moralisatrice qui distribue les prébendes en fonction du même, qui remplace le dialogue par le soliloque plaintif et la vocifération, qui interdit, qui censure l’inattendu – dont les arts – au nom du déjà-dit et des comme-nous. Malgré son succès grandissant, une telle entreprise peut encore être défaite, à condition, du moins, d’en vouloir comprendre les manifestations contemporaines. Gallimard
Misère (entraînant et expliquant la révolte et la violence) ? faux ! D’après l’Insee, la Seine-Saint-Denis est le quinzième département le plus riche de France – compte non tenu, par définition, de l’économie souterraine qui l’irrigue. En y ajoutant les milliards de la drogue, le “9-3” est sans doute en réalité parmi les cinq départements les plus riches de France. Quels sont à l’inverse les plus pauvres ? L’Ariège (91e), le Cantal (92e) et la Creuse (96e). Ajoutons un taux de pauvreté de 19 % dans un tiers des départements ruraux de France métropolitaine – c’est-à-dire plus élevé que dans le “9-3”. Plus largement, souligne lumineusement le géographe Christophe Guilluy, « 85 % des ménages pauvres ne vivent pas dans les quartiers sensibles et… la majorité des chômeurs de longue durée se répartit sur l’ensemble du territoire ». Or, où brûlent les voitures ? Où tire-t-on à la kalachnikov sur les policiers ? Dans la Creuse ou en Seine-Saint-Denis ? Les pauvres “assignés à résidence”, dans de lointains territoires de relégation ? Archifaux, là encore ! À l’échelle du Bassin parisien dans son entier, la Seine-Saint-Denis est dans une position confortablement centrale, non dans une lointaine bordure – et dans les “zones urbaines sensibles” (Zus) de ce département, comme dans celles des autres de la région parisienne, la mobilité de la population est la plus élevée de France (taux de mobilité de 61 %, selon l’Observatoire national des Zus). Les quartiers sensibles représentent la jeunesse, la France rurale n’étant plus peuplée que de paysans âgés ? Faux ! Ces quartiers et cités ne rassemblent que 9 % de la jeunesse (l’Insee, toujours), la France périphérique au contraire (grande banlieue et villes-satellites des métropoles) abritant un jeune sur trois de 18-24 ans – et ce, avec un taux de criminalité fort bas. Ajoutons que l’espace rural (18 % de la population métropolitaine, 11 millions d’habitants) compte désormais 32 % d’ouvriers, 27 % d’employés – et seulement 7 % d’agriculteurs… sans que nulle déprédation ou exaction ne s’y commette, ou presque. Industrielle ou rurale, cette France périurbaine est celle des précaires, agriculteurs percevant les minima sociaux, ouvriers pauvres, travailleurs à temps partiel. Cette “France des plans sociaux” abrite les nouvelles classes populaires évincées des grandes métropoles (centre-ville et première couronne) – désormais fiefs de la bourgeoisie-bohème (“bobo”) et des immigrés récents. Or quoique victime de la recomposition sociale du territoire, cette France périphérique est calme. Malgré une pauvreté invisible, la délinquance y est rare et la criminalité, plutôt exceptionnelle. Avec une insondable morgue, les journalistes “tendance bobo” dénigrent cependant cette France périphérique et sa “logique de repli”. Alors que, pour ces populations victimes de la mondialisation et de la prédation financière, il s’agit, tout au contraire, d’une demande de protection. (…) on ne peut édifier de politique efficace sur des concepts erronés. Pourtant, c’est ce que l’on fait depuis trente ans sous le nom – déjà absurde – de “politique de la ville”. Comme de l’eau dans un trou, cette “politique” déverse des milliards d’euros dans des programmes immobiliers opaques et dans d’incontrôlables subventions : 550 millions d’euros en 2012 pour la politique de la ville ; 390 millions pour la “cohésion sociale et l’égalité des chances”, nom fort noble pour ce qui ressemble souvent à du racket ou du chantage à l’émeute. À la lumière des réalités que je viens d’énoncer, c’est cette politique-là, d’abord, qu’il faut revoir de fond en comble. Administré à partir d’un faux diagnostic, un médicament n’a aucune chance, jamais, de faire le moindre effet ! Xavier Raufer
Au début des années 80, « les Beurs deviennent trop subversifs ». La Marche pour l’Egalité et les multiples formes d’action qui l’ont précédé ou suivi donnent aux jeunes issus de l’immigration une formidable visibilité qui inquiète, dans un contexte politique mouvant. L’abandon des promesses qui avaient conduit Mitterrand au pouvoir et l’adoption d’une politique de rigueur ne suscite pas la mobilisation sociale qu’espérait l’extrême gauche. La tendance politique dominante, notamment au sein de la jeunesse lycéenne et étudiante, n’est plus à la contestation mais plutôt à la désaffection vis-à-vis de l’engagement politique tandis qu’avec le recul des paradigmes marxistes s’imposent les idéologies molles de la défense des droits de l’homme et du progrès « sociétal ». La droite, par contre, progresse. Elle remporte plusieurs élections municipales partielles et repart à l’offensive comme en témoignent les gigantesques manifestations pour « l’école libre ». Le Front national connaît, quant à lui, ses premières grandes victoires (élections européennes). La « bête immonde » resurgit, craignent de nombreux secteurs de la gauche, assimilant la nouvelle situation à la montée du fascisme dans les années 30. Pour beaucoup, la lutte antifasciste devient la priorité de l’heure et l’antiracisme devient l’arme de cette lutte, d’autant plus efficace leur semble-t-il qu’un antiracisme moral et englobant peut permettre un large rassemblement de forces et remobiliser la jeunesse sur des « valeurs de gauche ». Dans ce contexte, le mouvement « beur » pose incontestablement problème. L’irruption des enfants de l’immigration sur la scène publique inquiète. Il alimenterait le discours du Front national. Il embarrasse le pouvoir socialiste déterminé à restreindre l’immigration, mais il peut constituer aussi une nouvelle ressource électorale pour la gauche. D’une part, parce que de nombreux jeunes issus de l’immigration ont le droit de vote mais également parce que la problématique antiraciste qui est la sienne suscite la sympathie de larges franges de la jeunesse. Il s’agit dès lors de l’encadrer, de neutraliser ses tendances les plus contestataires et d’aseptiser son discours. « Convergence 84 révéla, écrivent Ahmed Boubeker et Nicolas Beau, une réelle capacité de mobilisation des cités. Personne pourtant pour canaliser cette révolte. Une place était à prendre ; message vite compris par Harlem Désir et ses potes : le jour même de l’arrivée de Convergence, 5000 badges « Touche pas à mon pote » de SOS-Racisme étaient vendus. L’idée du mélange, débarrassée de ses relents égalitaires, était reprise par Harlem Désir : « Vivons avec nos ressemblances, quelles que soient nos différences » : ce slogan de Convergence permettait à chacun, français ou immigré, de s’exprimer, sans complexes, sur la société multiraciale. Les beurs avaient perdu ce monopole. Avec SOS-Racisme, la société française reprenait la parole. Le relais était passé. » C’est, en effet, à l’occasion de la seconde Marche, organisée par « Convergence 84 » que le petit groupe constitué autour de Julien Dray, transfuge de la LCR au Parti socialiste, apparaît sur la scène publique en diffusant massivement la fameuse petite main jaune. Mogniss Abdallah y voit un «talisman, hybride de la main de Fatma et de l’étoile jaune des Juifs sous le nazisme ». Alors que les jeunes issus de l’immigration avaient manifesté contre le racisme particulier dont ils sont l’objet, SOS met en avant une vision exclusivement moralisante et non politique du racisme, détachée de l’histoire sociale et politique concrète. La référence implicite à l’étoile jaune n’est pas non plus innocente. Elle n’est pas sans lien avec le « choix exclusif de l’UEJF comme co-fondatrice de l’association » suppose Mogniss Abdallah. En décembre 1983, de nombreux marcheurs étaient fiers de porter le Keffieh, symbole du peuple palestinien. Le « talisman » de SOS suggère, quant à lui, que la question palestinienne ne serait qu’un conflit entre juifs et arabes soluble dans l’antiracisme. M.Abdallah décrypte également le slogan « Touche pas à mon pote ». Celui-ci met « en scène un Français (anti-raciste) s’adressant à un autre Français (raciste, donc souvent suspect d’accointance avec le FN) pour protéger son « pote » issu de l’immigration. Le « pote » devient par un spectaculaire retournement de situation le spectateur passif d’un enjeu politique franco-français où il est question de cordon sanitaire anti-FN ou d’un « front républicain » pour des échéances électorales et les « combinazzione » à venir ». Sadri Khiari
Aurélien Taché (…) est au sein du parti jupitérien un beau spécimen du progressiste multiculturaliste, idéologiquement structuré par un passage au PS et à l’Unef. Dans une interview donnée à l’Obs prenant prétexte de l’antisémitisme, devenu cet accablant marronnier médiatique depuis vingt ans, le député Taché enfile tous les poncifs de la pensée postmoderne : relativisme intégral, dégoût du national, adoration de la diversité, culte victimaire et dévotion pénitentielle. (…) Mais le pompon, c’est sa solution pour déraciner l’antisémitisme criminel chez « ces jeunes » dont il consent à admettre qu’il en existe quelques uns qui posent problème : « leur enseigner des récits de mémoire partagée entre juifs et musulmans ». Le simple terme « récits de mémoire partagée » en dit long sur l’intox. Plutôt qu’une « mémoire partagée » autour d’habitudes folkloriques communes (le henné et les youyous dans les mariages, le couscous-boulette du vendredi soir) ou d’anecdotes personnelles (« au Maroc, en 1950, ma voisine musulmane venait allumer le feu le jour de shabbat, comme on s’entendait bien ! »), je propose des cours d’histoire. Surtout d’histoire précoloniale, c’est-à-dire avant que le Français ne vienne jouer les arbitres et place le maître musulman en situation de colonisé ; avant que le Français et sa République, avec l’Alliance israélite universelle dans ses bagages, ne viennent ouvrir aux juifs du Maghreb les portes de l’émancipation. Là ce sera autre chose peut-être en termes de « récits de mémoire partagée ». On parlerait du statut du dhimmi et de la condition juive en terre d’islam depuis les conquêtes au VIIe siècle, de l’insécurité permanente et des pogroms, des Juifs de cour pour protéger la communauté et de la vie de misère dans le mellah avant la création du ghetto européen médiéval, du port de signes distinctifs avant que la Chrétienté ne s’y mette avec sa rouelle, des synagogues détruites quand elles étaient plus hautes que la mosquée, des juifs interdits de voyager à dos d’animaux nobles réservés au maître musulman. L’histoire permettra aussi, bien sûr, de raconter ces moments où la condition des juifs, ici ou là en terre d’Islam, fut un peu moins pire que dans la Chrétienté. Mais on finira sur les conditions de l’expulsion entre 1948 et 1970 du million de juifs du monde islamique, eux qui comme les chrétiens, étaient présents au Maghreb, en Egypte, en Iran, en Turquie avant l’islam… Organiser des sessions de contes pour petits enfants dans les banlieues sur la radieuse coexistence judéo-islamique révèle bien l’ignorance de nos « élites » quant aux imaginaires véhiculés par des siècles d’antijudaïsme auquel est venu s’adjoindre l’antisémitisme européen – on leur rappellera que Drumont fut élu député d’Alger à la suite des émeutes antisémites de la ville en 1898. Il faudra aussi apprendre à « ces jeunes ignorants » ce qu’ils doivent en termes d’antisémitisme à un personnage comme le grand mufti de Jérusalem. Amin al-Husseini fit la jonction entre l’antijudaïsme islamique, le nationalisme arabe et le racisme nazi en se faisant le relai vers le monde arabophone de la propagande antijuive de son ami Adolf Hitler, depuis sa radio de Berlin entre 1941 et 1945. Fait prisonnier par les Français, il put s’échapper tranquillement en mai 1946 pour rejoindre l’Egypte… On pourrait ensuite leur lire des extraits de la littérature du fondateur des Frères musulmans Hassan al-Banna, le papi de Tariq Ramadan, ou de Sayyid Qutb dont la violence remiserait Céline au rang de comique dieudonnesque. Certes, cela risque de ne pas s’harmoniser avec « les récits de mémoire partagée » dont rêve Aurélien Taché, sur les bons conseils, dit-il, de Benjamin Stora qui aurait l’oreille du président. (…) On peut rejoindre au moins Aurélien Taché sur un point : la gauche n’a fait « qu’agiter des slogans antiracistes et paternalistes qui n’ont mené nulle part ». Mais la suite de son analyse est édifiante… La faute à qui ? A Julien Dray, qui a surfé sur la marche des Beurs de 1983 pour se faire élire, explique le député LaREM. Dray à lui tout seul, c’est la gauche qui a « cocufié » (sic) les banlieues. Ca ne va pas aider à y lutter contre l’antisémitisme, ce « populisme des imbéciles » ! De toute façon, pour Aurélien Taché, les populations de ces quartiers n’ont strictement aucune responsabilité dans la situation calamiteuse dans laquelle elles se trouvent depuis plus de trois générations. Chômage, échec scolaire, absence de qualification pour le marché de l’emploi, salafisation des modes de vie coexistant avec les trafics en tous genres. Tout cela est la faute, en vrac, « des élites », de « l’Etat qui a abandonné ces quartiers », du « républicanisme guerrier » qui produit des tensions communautaires, du « modèle assimilationniste » qui est « la négation de l’autre ». (…) Mais on y vient à la promotion des quotas ethniques. C’est d’ailleurs ce que l’on préfère chez les progressistes multiculturalistes : cette appétence antiraciste pour la racialisation, ce goût moraliste pour l’ethnicisation des individus, histoire d’assigner « chacune et chacun, toutes et tous » à leur petite boutique communautaire respective. Pour Aurélien Taché, il faut « des listes vraiment inclusives aux prochaines municipales » parce qu’il n’y a « pas un Noir ou un Arabe parmi les maires des cinquante plus grosses villes ». Parce que c’est une obligation démocratique l’ethnicisation des élus ? Et il faudrait des quotas selon la taille des municipalités ? Quid des Asiatiques par exemple ? Jean Coumet, maire du 13ème arrondissement de Paris doit en toute hâte céder sa place ; à moins que les « Asiatiques » de l’arrondissement n’aient rien revendiqué ! M. Taché a l’indignation républicaine sélective : tous ces Français en situation de handicap, bien plus nombreux que toutes les minorités assemblées, subissent une exclusion sociale, éducative, professionnelle, culturelle et politique autrement plus violente que les « Noirs et les Arabes des quartiers » dont se préoccupe exclusivement M. Taché ? En outre, ses affirmations sont contredites par la réalité du terrain : les Français issus de l’immigration sont acteurs de la vie politique locale dans la plupart des « quartiers ». Dans certaines équipes municipales, ils sont tout à fait « représentés » et certains y ont d’ailleurs un poids politique indéniable. Quand on veut s’engager en politique en banlieue, c’est possible et ça paye. Ca se monnaye même parfois : une petite place d’adjoint en échange d’une aide pour obtenir les suffrages de tel ou tel quartier, de telle ou telle « communauté » ; mais passons sur ce clientélisme dans ces quartiers où on se fait élire avec 70% d’abstention !Après tout, pourquoi s’étonner des idées de M. Taché, lui qui exprimait son enthousiasme au projet de « transférer la souveraineté de la France au niveau européen » (Les terriens du dimanche, C8, 2 décembre 2018), annonçant d’ailleurs que ce serait « le cœur des propositions » de LaREM aux Européennes de mai prochain. Il faut avoir de l’audace quand on est un grand homme politique : pourquoi ne pas transférer carrément notre souveraineté à l’ONU ? D’ailleurs M. Taché aimerait que l’on y cède notre siège à notre partenaire allemand… Notre député, ennemi des « néorépublicains », regrette être « souvent seul à [s’]exprimer sur ce terrain », mais il dit « recevoir beaucoup d’encouragements ». Et n’est ce pas finalement ce qu’il y a de plus inquiétant ? Barbara Lefebvre

Nous étions identitaires et nous ne le savions pas !

A l’heure où face à la propre créature de leur docteur Frankenstein après huit années d’obamamanie galopante ..

Un parti démocrate américain en état de corbynisation avancée avec ses nouvelles députées antisémites …

Croule littéralement, entre femmes, noirs, Latino, homos, hindous, végans sous la diversité désormais de rigueur de ses candidatures

Et où suite au carnage de Christchurch, les compagnons de route du djihad et leurs nombreux idiots utiles occidentaux …

N’ont pas manqué de faire l’amalgame qu’ils dénonçaient jusque là pour l’islam et les barbaries islamistes habituelles …

Entre les attentats anti-musulmans et tous ceux qui tentent de s’opposer à l’islamisation et à l’immigration incontrôlée …

Comment ne pas (re)voir …

Avec la récente polémique déclenchée par le député néo-macronien Aurélien Taché

Dénonçant, au nom d’une paternalissime défense des banlieues, l’instrumentalisation électoraliste de l’antiracisme par ses anciens petits camarades du PS …

Hier entre keffiehs, main d’or et main de Fatma jaune (nouvel avatar de l’étoile jaune) …

Et aujourd’hui gilets jaunes et progressistes multiculturalistes …

Cette Amérique que nous avions « si longtemps appelée de nos voeux » ?

Aurélien Taché, l’anti-République bon chic bon genre

Barbara Lefebvre
Causeur
4 mars 2019

Aurélien Taché, qui a comparé le port du voile chez les musulmanes de 12 ans à celui du serre-tête chez les « jeunes catholiques », vilipende un supposé « néorépublicanisme » hostile aux musulmans. Dans son interview à L’Obs, le député du Val d’Oise montre qu’il est davantage au service des « quartiers » qu’à celui de la France.

Dans tous partis politiques, il est utile de trouver des spécimens : un homme ou une femme qui incarne la catégorie idéologique à laquelle il appartient. Chez LaREM, structure politique liquide, on en trouve de toutes les sortes. Si on soutient ce parti, on trouvera cela vivifiant, original, progressiste ; si on est habité par ces « passions tristes » réfractaires au changement, on y verra une absence de colonne vertébrale idéologique, un fourre-tout qui n’a qu’un crédo : le néolibéralisme. Pourquoi d’ailleurs y aurait-il un socle de pensées politiques articulées quand Emmanuel Macron est à lui seul une idée, une abstraction postmoderne, un concept qui s’est très bien vendu sur le marché en crise de la démocratie représentative, celle où l’on peut se faire élire grâce à la conjonction bienheureuse de « la peste brune » et de l’abstention.

« Macroniser les esprits »

Mais attention, maintenant que LaREM est aux manettes, pas question de la jouer petits bras. Certains élus, comme Aurélien Taché, ont bien l’intention de « mener la bataille culturelle et de macroniser les esprits ». M. Taché est au sein du parti jupitérien un beau spécimen du progressiste multiculturaliste, idéologiquement structuré par un passage au PS et à l’Unef. Dans une interview donnée à l’Obs prenant prétexte de l’antisémitisme, devenu cet accablant marronnier médiatique depuis vingt ans, le député Taché enfile tous les poncifs de la pensée postmoderne : relativisme intégral, dégoût du national, adoration de la diversité, culte victimaire et dévotion pénitentielle. Mais avec une certaine agressivité qui fait dire à ses collègues qu’il devrait « être à la France insoumise ». Il leur répond qu’il préfère LaREM où ne survivent plus « de néomarxistes ». Si l’on suit bien : Aurélien Taché récuse « les anciennes idéologies » mais n’hésite pas à en imiter la mécanique. Car affirmer vouloir « macroniser les esprits », qu’est-ce sinon de la manipulation mentale de masse, la fabrication d’un consentement à la pensée unique, prélude au parti unique ? Le progressiste Taché semble avoir des projets peu respectueux de la pluralité des opinions qui régissent un Etat un tant soit peu démocratique…

La République en marche, la « vraie » gauche

A travers la figure d’Aurélien Taché, qui vient notamment de faire plier Jean-Michel Blanquer souhaitant interdire aux parents accompagnateurs d’activités scolaires de porter des signes religieux ostentatoires, on cerne les contours de ce qu’est « l’aile gauche » de LaREM. Et elle s’avère plutôt proche de Benoit Hamon, Clémentine Autain et Danièle Obono. L’influence d’Aurélien Taché est à suivre car la gauche (ex PS, PRG, EELV, DVG) est la tendance politique la plus représentée au sein des élus LaREM, avec 126 députés dont 83 anciens élus/militants socialistes. Seuls 48 députés LaREM viennent de la droite et 17 du centre. Autant dire que si Taché prend le leadership sur le gros tiers des députés de gauche LaREM, qui plus est dans un contexte de politique centre-droite du Grand Chef et son gouvernement Philippe, ça pourrait tanguer. Mais, on peut aussi faire le pari que M. Taché va adopter la méthode classique du « gauchisme culturel » : prendre le pouvoir par l’influence idéologique à petits pas, en ciblant notamment la centaine d’élus novices, « ni droite ni gauche », sans réelle structure idéologique. Certains de ces « marcheurs » engagés auprès d’Emmanuel Macron après avoir été envoûtés par son charme robotique semblent, depuis Benalla et les gilets jaunes, donner des signes de sortie de la transe hypnotique commencée en 2017. Des contestations apparaissent, pour l’heure étouffées par le duo des pères fouettards Legendre-Ferrand. Mais il y a donc une clientèle potentielle pour le député Taché qui dit « irriter ceux qui ont une sensibilité néorépublicaine » ; késako le « néorépublicanisme » ?

Aurélien Taché, djihadologue

Il égrène dans l’Obs quelques unes des thématiques chères à la « gauche moraline » : politique de la ville et sa discrimination positive, récusation d’une sécession identitaire des banlieues, déni sur l’antisémitisme islamique, lutte contre les réacs de tous bords de Valls à Le Pen, promotion de la société inclusive. Il dit avoir « rejoint Emmanuel Macron le jour où [il l’a] entendu dire qu’il fallait que les élites s’interrogent sur leur part de responsabilités quand des jeunes font le choix de partir en Syrie ». C’est vrai ça : « J’ai pas de boulot, parce que j’ai pas de diplôme donc je vais faire le djihad en Syrie », voici bien un réflexe naturel en effet… Nos « élites » devraient être traduites devant les juges pour avoir contraint, par leur politique irresponsable, cette part de notre belle jeunesse de France à se lancer dans le djihadisme ! Il faut remercier Aurélien Taché de nous ouvrir les yeux sur cette nouvelle causalité du djihadisme.

Comme j’imagine qu’Aurélien Taché ne s’abaisse pas à lire autre chose que des auteurs estampillés de gauche, je lui conseillerai de lire Jean Birnbaum qui a le mérite d’avoir ouvert les yeux comme en témoignent ces deux derniers essais, Un silence religieux et La religion des faibles. Cela aiderait notre combattif député à penser la relation de sa « gauche morale » avec l’islam, et de là avec l’immigration de masse induite par ce progressisme néolibéral qu’il affirme chérir. Or cette idéologie au service des flux (des marchandises, des capitaux, des hommes, des identités) n’a en rien constitué un progrès, ni une libération, elle a approvisionné en « choses » le capitalisme financiarisé des nomades en costumes qui considèrent que les Etats-nations ne sont que des territoires de transit, des carrefours, des hubs.

Le peuple des « victimes » et « le populisme des imbéciles »

Le prétexte de l’entretien est l’antisémitisme, c’est donc par cela qu’il s’ouvre longuement. Mais après les condamnations d’usage, M. Taché botte vite en touche. On croirait alors lire une interview d’un responsable du CFCM, de la mosquée de Paris, voire du CCIF : accuser des idéologues musulmans de propager la haine antijuive, accuser certains musulmans de passer à l’acte criminel au nom d’un islam judéophobe délirant, c’est faire de tous les « musulmans des quartiers populaires un autre bouc émissaire ». C’est vrai ça, il n’y a que le Juif qui mérite d’être un bouc émissaire, qui a la force de l’expérience pour supporter l’opprobre, les jets de pierre, les coups de boule d’une racaille qui lui hurle « sale yahoud » ! Notre député, qui semble aussi un sociologue expert des banlieues, déclare que l’antisémitisme en banlieue ne « prend pas sa source dans l’immigration ou dans les versets du Coran […] mais dans l’ignorance et le sentiment anti-élites ». C’est vrai ça, les « élites » juives ont trop de pouvoir en France et cela suscite la jalousie d’une masse d’ignorants. Taché appelle cela « le populisme des imbéciles ». C’est pratique le populisme, ça n’a qu’un visage indistinct, celui du « peuple », ça évite de désigner les responsables des attaques et des meurtres de seize Français juifs depuis 2003.

C’est un peu embarrassant tout de même pour M. Taché – mais le journaliste de l’Obs n’allait quand même pas le lui faire remarquer – que tous les assassins de juifs en France depuis le meurtre de Sébastien Selam jusqu’à celui de Mireille Knoll soient tous des personnes issues de l’immigration maghrébine ou sub-saharienne de confession musulmane. « Le populisme des imbéciles » dites-vous M. Taché ? Rassurez-nous : l’islamisme criminel n’a rien à voir avec l’islam, n’est-ce pas ?

L’enseignement des « jeunes ignorants »

Le Coran et surtout les hadiths qui constituent le substrat politico-théologique de l’antijudaïsme islamique n’ont rien à voir avec le réel. Circulez ! C’est d’ailleurs pourquoi le 9 décembre 2017, place de la République, des musulmans assemblés pour défendre « la cause palestinienne » criaient «  Khaybar Khaybar ya yahoud, Jaych Mhammad saoufa ya’ud » c’est-à-dire un appel à tuer les juifs comme le fit le prophète Mohamed avec ceux de l’oasis de Khaybar en 628, bataille inaugurale de l’islam comme système théocratique. Extermination des hommes et jeunes garçons juifs, femmes violées, enfants réduits en esclavage. Le 9 décembre 2017, à Paris, qu’on ne vienne pas parler d’importation du conflit israélo-palestinien, c’est bien l’importation de l’imaginaire islamiste : celui où les juifs sont de toute éternité voués à finir comme ceux de Khaybar, ces falsificateurs de la parole divine. Et certains s’étonnent encore que juif et sioniste soient absolument synonymes dans cette nébuleuse fréro-salafiste si influente ? Voilà ce que nombre d’imams de ce courant prêchent dans de nombreuses mosquées françaises. Mais M. Taché répond : « Musulmans de banlieue bouc émissaires », « il ne faut pas exagérer » cet antisémitisme des banlieues.

Mais le pompon, c’est sa solution pour déraciner l’antisémitisme criminel chez « ces jeunes » dont il consent à admettre qu’il en existe quelques uns qui posent problème : « leur enseigner des récits de mémoire partagée entre juifs et musulmans ». Le simple terme « récits de mémoire partagée » en dit long sur l’intox. Plutôt qu’une « mémoire partagée » autour d’habitudes folkloriques communes (le henné et les youyous dans les mariages, le couscous-boulette du vendredi soir) ou d’anecdotes personnelles (« au Maroc, en 1950, ma voisine musulmane venait allumer le feu le jour de shabbat, comme on s’entendait bien ! »), je propose des cours d’histoire. Surtout d’histoire précoloniale, c’est-à-dire avant que le Français ne vienne jouer les arbitres et place le maître musulman en situation de colonisé ; avant que le Français et sa République, avec l’Alliance israélite universelle dans ses bagages, ne viennent ouvrir aux juifs du Maghreb les portes de l’émancipation. Là ce sera autre chose peut-être en termes de « récits de mémoire partagée ».

Une autre histoire

On parlerait du statut du dhimmi et de la condition juive en terre d’islam depuis les conquêtes au VIIe siècle, de l’insécurité permanente et des pogroms, des Juifs de cour pour protéger la communauté et de la vie de misère dans le mellah avant la création du ghetto européen médiéval, du port de signes distinctifs avant que la Chrétienté ne s’y mette avec sa rouelle, des synagogues détruites quand elles étaient plus hautes que la mosquée, des juifs interdits de voyager à dos d’animaux nobles réservés au maître musulman. L’histoire permettra aussi, bien sûr, de raconter ces moments où la condition des juifs, ici ou là en terre d’Islam, fut un peu moins pire que dans la Chrétienté. Mais on finira sur les conditions de l’expulsion entre 1948 et 1970 du million de juifs du monde islamique, eux qui comme les chrétiens, étaient présents au Maghreb, en Egypte, en Iran, en Turquie avant l’islam…

Organiser des sessions de contes pour petits enfants dans les banlieues sur la radieuse coexistence judéo-islamique révèle bien l’ignorance de nos « élites » quant aux imaginaires véhiculés par des siècles d’antijudaïsme auquel est venu s’adjoindre l’antisémitisme européen – on leur rappellera que Drumont fut élu député d’Alger à la suite des émeutes antisémites de la ville en 1898. Il faudra aussi apprendre à « ces jeunes ignorants » ce qu’ils doivent en termes d’antisémitisme à un personnage comme le grand mufti de Jérusalem. Amin al-Husseini fit la jonction entre l’antijudaïsme islamique, le nationalisme arabe et le racisme nazi en se faisant le relai vers le monde arabophone de la propagande antijuive de son ami Adolf Hitler, depuis sa radio de Berlin entre 1941 et 1945. Fait prisonnier par les Français, il put s’échapper tranquillement en mai 1946 pour rejoindre l’Egypte… On pourrait ensuite leur lire des extraits de la littérature du fondateur des Frères musulmans Hassan al-Banna, le papi de Tariq Ramadan, ou de Sayyid Qutb dont la violence remiserait Céline au rang de comique dieudonnesque. Certes, cela risque de ne pas s’harmoniser avec « les récits de mémoire partagée » dont rêve Aurélien Taché, sur les bons conseils, dit-il, de Benjamin Stora qui aurait l’oreille du président.

Salauds de pauvres contre gentils pauvres

Après tout, cet antisémitisme n’est-ce pas la faute à la misère économique, c’est ce que nous assène Aurélien Taché : « Ce n’est pas non plus dans la France périphérique mais dans les quartiers et les grandes villes que se concentre la pauvreté. » L’inénarrable équation « pauvreté = perméabilité à l’antisémitisme », que ne l’a-t-on entendue répétée par ceux qui ne veulent pas se fatiguer à lire des ouvrages d’histoire. Ils seraient mieux renseignés sur la longue durée de la haine antijuive, la pluralité de ses motifs, loin de se réduire aux aléas économiques. Cela fait longtemps que les historiens ont montré que la jalousie sociale n’était pas la cause prédominante de l’obsession antijuive. C’est un peu comme l’équation « pauvreté = délinquance et criminalité », ignorant que l’immense majorité des pauvres ne tombe pas dans la routine des trafics. Mais cette majorité silencieuse-là on ne veut pas trop la voir car elle réduit à néant « la culture de l’excuse », rente morale de tant de bien-pensants. Et quand cette France des travailleurs pauvres descend dans la rue ou se fixe sur un rond-point, le beauf sert de « plouc émissaire » (Ph. Murray). Autre question adressée à M. Taché : le taux de pauvreté chez les agriculteurs est de 25% (moyenne nationale 14%), observe-t-on chez eux un goût particulier pour la vulgate antijuive ? Quand les petits exploitants manifestent, crient-ils « mort aux juifs » ?

On peut rejoindre au moins Aurélien Taché sur un point : la gauche n’a fait « qu’agiter des slogans antiracistes et paternalistes qui n’ont mené nulle part ». Mais la suite de son analyse est édifiante… La faute à qui ? A Julien Dray, qui a surfé sur la marche des Beurs de 1983 pour se faire élire, explique le député LaREM. Dray à lui tout seul c’est la gauche qui a « cocufié » (sic) les banlieues. Ca ne va pas aider à y lutter contre l’antisémitisme, ce « populisme des imbéciles » !

« J’ai été élevé en écoutant Renaud, en mangeant de l’entrecôte, mais j’aime aussi le rap et les kébabs. »

De toute façon, pour Aurélien Taché, les populations de ces quartiers n’ont strictement aucune responsabilité dans la situation calamiteuse dans laquelle elles se trouvent depuis plus de trois générations. Chômage, échec scolaire, absence de qualification pour le marché de l’emploi, salafisation des modes de vie coexistant avec les trafics en tous genres. Tout cela est la faute, en vrac, « des élites », de « l’Etat qui a abandonné ces quartiers », du « républicanisme guerrier » qui produit des tensions communautaires, du « modèle assimilationniste » qui est « la négation de l’autre ». Yassine Belattar, sors de ce corps !

Mais Aurélien Taché ne fait pas que dénoncer. Il a des solutions fondées sur sa propre expérience : « J’ai été élevé en écoutant Renaud, en mangeant de l’entrecôte, mais j’aime aussi le rap et les kébabs. On peut être dans une forme de cosmopolitisme. » Les référentiels culturels qui semblent définir l’identité nationale de M. Taché sont du plus bel effet postmoderne et se passent de commentaires. D’ailleurs, il ne faut pas trop compter sur cet élu de la République pour rendre hommage aux emblèmes de la nation. Pour lui le drapeau tricolore « renvoie au régiment […] est-ce bien le rôle de l’école de se transformer en caserne ? » Il préfère citer Jean Zay qualifiant le drapeau national de « saloperie tricolore ». Sauf que comme son collègue Griveaux sur France Inter confondant Bloch et Maurras, Taché se prend les pieds dans le tapis de l’histoire politique complexe des années 1930 ! Zay a bien écrit un poème en 1924 (il avait 19 ans) intitulé Drapeau dans lequel il exprimait avec virulence son désenchantement patriotique après la Grande guerre. Poème qu’il a ensuite décrit comme un pastiche. Son texte de jeunesse ne fut jamais publié avant que la presse maurrassienne ne s’en saisisse en 1932 pour dénoncer l’antipatriotisme du jeune député du Loiret, futur ministre de l’Education. Le poème sera relayé par Céline en 1938 avec son « Je vous Zay ! » puis par la diplomatie antisémite de Vichy pour démasquer « ce Zay juif-bolchévique-antipatriote ». Dans les faits, Zay avait été élevé dans le protestantisme, était un Radical profondément patriote. M. Taché reprend donc à son compte la propagande antijuive des années 1930 contre Zay… Une fois encore, j’adresse une supplique à nos hommes politiques dont les références historiques ressemblent à de lointains souvenirs de bachotage Sciences Po : évitez d’utiliser des citations historiques dont vous ne maîtrisez ni les termes, ni le contexte ! Heureusement que le journaliste de l’Obs ne l’a pas lancé sur la Marseillaise, sinon on aurait eu droit à la dénonciation du « sang impur » et l’impérieuse nécessité de réécrire notre hymne pour l’adapter aux nouveaux visages de la France.

Le vote ethnique et la fin de la souveraineté par Aurélien Taché

Mais on y vient à la promotion des quotas ethniques. C’est d’ailleurs ce que l’on préfère chez les progressistes multiculturalistes : cette appétence antiraciste pour la racialisation, ce goût moraliste pour l’ethnicisation des individus, histoire d’assigner « chacune et chacun, toutes et tous » à leur petite boutique communautaire respective. Pour Aurélien Taché, il faut « des listes vraiment inclusives aux prochaines municipales » parce qu’il n’y a « pas un Noir ou un Arabe parmi les maires des cinquante plus grosses villes ». Parce que c’est une obligation démocratique l’ethnicisation des élus ? Et il faudrait des quotas selon la taille des municipalités ? Quid des Asiatiques par exemple ? Jean Coumet, maire du 13ème arrondissement de Paris doit en toute hâte céder sa place ; à moins que les « Asiatiques » de l’arrondissement n’aient rien revendiqué ! M. Taché a l’indignation républicaine sélective : tous ces Français en situation de handicap, bien plus nombreux que toutes les minorités assemblées, subissent une exclusion sociale, éducative, professionnelle, culturelle et politique autrement plus violente que les « Noirs et les Arabes des quartiers » dont se préoccupe exclusivement M. Taché ? En outre, ses affirmations sont contredites par la réalité du terrain : les Français issus de l’immigration sont acteurs de la vie politique locale dans la plupart des « quartiers ». Dans certaines équipes municipales, ils sont tout à fait « représentés » et certains y ont d’ailleurs un poids politique indéniable. Quand on veut s’engager en politique en banlieue, c’est possible et ça paye. Ca se monnaye même parfois : une petite place d’adjoint en échange d’une aide pour obtenir les suffrages de tel ou tel quartier, de telle ou telle « communauté » ; mais passons sur ce clientélisme dans ces quartiers où on se fait élire avec 70% d’abstention !

Après tout, pourquoi s’étonner des idées de M. Taché, lui qui exprimait son enthousiasme au projet de « transférer la souveraineté de la France au niveau européen » (Les terriens du dimanche, C8, 2 décembre 2018), annonçant d’ailleurs que ce serait « le cœur des propositions » de LaREM aux Européennes de mai prochain. Il faut avoir de l’audace quand on est un grand homme politique : pourquoi ne pas transférer carrément notre souveraineté à l’ONU ? D’ailleurs M. Taché aimerait que l’on y cède notre siège à notre partenaire allemand… Notre député, ennemi des « néorépublicains », regrette être « souvent seul à [s’]exprimer sur ce terrain », mais il dit « recevoir beaucoup d’encouragements ». Et n’est ce pas finalement ce qu’il y a de plus inquiétant ?

Voir aussi:

Le député Aurélien Taché, ou « Monsieur laïcité » chez LREM, défend la responsable voilée de l’Unef
Hadrien Mathoux
Marianne
21/05/2018

Au contraire de Gérard Collomb et Marlène Schiappa, le député macroniste du Val-d’Oise a défendu le choix de Maryam Pougetoux, responsable de l’Unef à Paris-IV, de porter le voile islamique. Ancien responsable de l’Unef, Aurélien Taché juge que les « valeurs progressistes » portées par le syndicat sont compatibles avec le vêtement de sa porte-parole.

Visiblement, tout le monde n’est pas d’accord en Macronie sur l’affaire du voile de Maryam Pougetoux. Symbole de l’absence de ligne du parti au pouvoir concernant la laïcité ? Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, a jugé que le hijab porté par la responsable de la section du syndicat Unef à Paris-IV était « choquant« , relevant même pour lui d’une forme de « prosélytisme« . La secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa, s’est dite « interpellée » par un « signe manifeste de promotion de l’islam politique« . Pour Aurélien Taché, député LREM de l’Oise, il n’y a au contraire aucun problème à ce que la porte-parole du syndicat étudiant de gauche arbore un voile islamique lui couvrant les cheveux, les oreilles et le cou.

Interrogé sur Europe 1 ce lundi 21 mai, le jeune (33 ans) parlementaire a rappelé que Maryam Pougetoux ne portait pas uniquement son voile lorsqu’elle représentait l’Unef, mais probablement tout le temps. « Pourquoi elle devrait enlever [son voile] au moment de ses interventions publiques, c’est peut-être la question qu’on devrait se poser« , juge l’élu, avant de rappeler que lui-même a été responsable de l’Unef à Limoges et qu’il n’aurait « pas forcément aimé que des responsables politiques viennent dire quel responsable on devait élire ou choisir.«  Une réponse qui esquive le débat principal, rappellent les journalistes d’Europe 1, soit « l’opportunité pour une responsable syndicale étudiante de porter le voile. »

Cette relance est l’occasion pour Aurélien Taché d’aller un peu plus loin et de s’engager sur sa vision de la laïcité : « Le président de la République a dit une chose intéressante sur la laïcité, il a dit que c’était l’Etat qui était neutre et pas la société. Moi je continue à me mettre dans cette logique-là. » Avant, une nouvelle fois, de tenter de détourner quelque peu le débat, en faisant allusion à une critique qui n’a pas été émise : « Et qu’est-ce qu’il y a derrière cette question, il y a la question de savoir si elle serait suffisamment française ou une bonne Française ? » Aurélien Taché est alors une nouvelle fois recadré par les journalistes, qui l’interrogent sur « l’incompatibilité des valeurs portées par ce voile, un hijab, avec les valeurs progressistes portées par l’Unef.« 

Le député LREM confirme alors sa défense résolue de Maryam Pougetoux : « Pour moi, les valeurs progressistes c’est que des femmes puissent prendre des responsabilités, que quand on fasse ses études on s’engage dans un syndicat étudiant, on va manifester contre des réformes, même si c’est des réformes que moi je défends. Pour moi les valeurs progressistes elles sont de cet ordre-là, donc je ne vois pas la difficulté tant qu’on est bien sur quelqu’un qui répond au mandat que lui ont confié ses camarades et mène les luttes étudiantes que ce syndicat juge utiles. » La question du voile islamique de la responsable de l’Unef n’est pas politique pour Aurélien Taché. Elle relève « du choix individuel, Maryam Pougetoux a eu l’occasion de s’en expliquer, elle a fait un choix qui est le sien et qu’il faut pouvoir respecter« .
Invité de l’émission « Les Grandes Gueules » sur RMC ce lundi 21 mai, il a poursuivi sur sa lancée : « L’islam est la deuxième religion de France ! Ce voile, c’est son identité ! » Les nombreuses citoyennes musulmanes ne portant pas le voile apprécieront…

Le « Monsieur laïcité » de La République en Marche

Au-delà du fait qu’elle le met en opposition avec deux figures du gouvernement, cette prise de position du député du Val-d’Oise est intéressante, car Aurélien Taché est le « Monsieur laïcité » de la République en Marche. En novembre dernier, il appelait son camp à « s’emparer des thèmes de la laïcité et de l’islam » dans une interview au Monde. En février, il a également rendu un rapport sur l’intégration des étrangers arrivant en France. Proche d’Emmanuel Macron, il revendique tenir une ligne proche du président en matière de laïcité, et le délégué général de LREM Christophe Castaner l’a chargé de réfléchir à la question pour structurer la vision du parti sur ce sujet.

Or toutes les prises de position d’Aurélien Taché en la matière révèlent un rapport très « ouvert« , voire souple, à ce principe républicain. Ainsi, dans son entretien au Monde, il définit sa vision de la laïcité en rappelant que « face au fait religieux, l’Etat doit se mettre en position d’abstention » et « respecter une stricte neutralité, en laissant aux citoyens le droit de croire ou non et de pratiquer leurs cultes« . Jamais, dans sa longue réponse, il ne sera question de la non-immixtion des religions dans les affaires publiques, ou des dangers que peuvent représenter les communautarismes pour la République.

Aurélien Taché a démontré un même sens des priorités dans une rencontre avec le quotidien La Croix : « Si vous me demandiez ce que serait une clé de l’égalité, je répondrais : ‘Qu’on ne discrimine pas le droit de croire’« , affirme le député. Le droit de ne pas croire est ici en dehors de la réflexion. Se faisant plus offensif, le jeune macroniste et ancien socialiste affirme même que « la liberté de conscience, ce n’est pas uniquement la liberté de ne pas croire« , et prévient que pour lui, « le vide spirituel ne doit pas être remplacé par une espèce de religion républicaine« . Il va même jusqu’à dire qu’il a toujours « trouvé assez décevant l’anticléricalisme et l’athéisme » dans lesquels il a été élevé.

De quoi l’amener à défendre un modèle multiculturaliste plus proche des pays anglo-saxons que de la tradition républicaine française ? Pour parler intégration, l’un des interlocuteurs favoris d’Aurélien Taché est l’humoriste controversé Yassine Belattar. Il l’a ainsi invité à une soirée de discussions autour des banlieues qu’il a organisée à l’Assemblée Nationale. Et n’a pas hésité à partager cette saillie sur Twitter : « Si Obama avait dû faire carrière en France, il serait encore à la machine à café« .

Voir également:

Christchurch et la responsabilité des opposants à l’islamisation : quand soudain, l’amalgame devient possible
Alexandre del Valle
Valeurs actuelles
18 mars 2019

Les attentats barbares commis le 15 mars dernier contre des musulmans en Nouvelle Zélande, qui ont fait 49 morts, constituent la plus terrible attaque jamais commise en Occident contre des musulmans. Une attaque monstrueuse, dont les images froidement auto-filmées par l’assassin Brenton Tarrant donnent la nausée. Quelles leçons tirer de ces attentats ? Pour nombre d’adeptes du politiquement ou de l’islamiquement correct, ils seraient la “preuve” que la “libération de la parole islamophobe” ou “anti-immigration”, notamment en réaction aux attentats islamistes “injustement” attribués à des musulmans et à l’islam, est dangereuse et qu’il conviendrait de la limiter à nouveau. Alexandre del Valle réagit ici aux indignations sélectives de ceux qui de coutume refusent tout “amalgame” entre la charia islamique et les attentats jihadistes et qui, en revanche, n’hésitent pas à faire l’amalgame entre les attentats anti-musulmans et les partis ou penseurs hostiles à l’islamisation et à l’immigration incontrôlée, deux poids deux mesures.

Il va sans dire que le carnage perpétré le 15 mars à Christchurch (Nouvelle-Zélande), dans deux mosquées (49 morts) – second évènement majeur de ce type depuis la fusillade à la mosquée de Québec en 2017 (six morts) – est monstrueux, inqualifiable, condamnable et que ses auteurs méritent les peines les plus sévères. Il est clair que RIEN ne doit être fait pour minimiser la portée de cet attentat barbare et que ces 56 morts musulmans tués par des suprémacistes blancs ou « islamophobes » ces deux dernières années au Québec et en Nouvelle Zélande sont bien évidemment 56 morts de trop, quand bien même ce chiffre est mille fois inférieur au nombre de chrétiens/non-musulmans massacrés chaque année en pays musulmans.

L’hypocrite indignation sélective des pôles islamiques mondiaux qui dénoncent « l’islamophobie » des Occidentaux mais pratiquent la haine anti-mécréants chez eux

Comme on pouvait s’y attendre, les pays islamiques qui punissent l’apostasie, persécutent légalement leurs minorités non-musulmanes autochtones et n’ont jamais remis en question la violence islamique légale de la Charia, des ahadith de la Sira et du Coran (jurisprudence et textes sacrés musulmans), dénoncent de concert la « diabolisation des musulmans » en Occident ». Pour ces indignés à sens unique, l’attentat de Christchurch ne serait que l’aboutissement prévisible de l’islamophobie coupable de cet Occident post-colonial honni. Ainsi que le réclament depuis trois décennies les 57 pays de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), super Lobby intergouvernemental panislamique reconnu par les Nations Unies et piloté par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turque néo-ottomane, le massacre de Christchurch est un nouveau prétexte pour réitérer l’exigence liberticide de limitation de la liberté d’expression en matière d’islam régulièrement portée à l’ONU sous couvert de lutte contre la « diffamation des religions ». Sur son compte Twitter,  Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères iranien, a très officiellement pointé du doigt cette « liberté d’expression » criminelle de l’Occident qui serait à l’origine des actes meurtriers anti-musulmans. Des propos qui font rire ou pleurer quand on sait qu’ils émanent d’un régime de Mollahs qui arrivent juste devant l’Arabie saoudite et après la chine chaque année parmi les trois premiers pays pratiquant le plus d’assassinats d’Etat…

Mais l’Iran est concurrencé sur ce terrain par la Turquie du néo-sultan irascible Recep Tayyip Erdogan, qui ne rate lui non plus jamais une occasion de fustiger les Européens complexés. C’est ainsi que le même islamiste vigilant, d’habitude si prudent vis-à-vis du Géant chinois qui a pourtant tué et torture des centaines de milliers de musulmans ouïgours, a déclaré qu’« avec cet attentat, l’hostilité envers l’islam (…) a franchi les limites du harcèlement individuel pour atteindre le niveau d’une tuerie de masse. Il apparaît clairement que la vision portée par le tueur (…) est en train de gagner du terrain en Occident comme un cancer ».

Al-Azhar a toujours refusé d’excommunier les terroristes jihadistes dès lors que ceux-ci ne professaient pas d’hérésies, se limitant à condamner leurs « actions ici-bas », bien évidemment totalement étrangères à l’islam.

Étonnant propos de la part d’un Erdogan qui avait ouvertement menacé Benoit XVI après son discours de Ratisbonne ; qui nie catégoriquement le génocide arménien (dont la reconnaissance est punie pénalement en Turquie) ; qui soutient les terroristes du Hamas et les Frères musulmans ; qui a aidé Daech et Al-Qaïda en Syrie, et qui n’a jamais reconnu le caractère christianophobe des massacres de chrétiens survenus ces dernières années en Turquie (Malatya, Trébizonde, meurtres de Hrant Dink, des Prélats Santoro et Padovese, etc)… Pour ce qui est du grand imam d’Al-Azhar, Cheikh Ahmed al-Tayeb, à la tête de la plus grande université religieuse du monde musulman sunnite, où l’on enseigne la légitimé du Jihad offensif, l’infériorité des non-musulmans, les châtiments corporels et autres lapidations, il a déclaré que « ces attaques sont le résultat de la prolifération du discours islamophobe dans plusieurs pays, y compris dans ceux qui sont réputés pour la coexistence de leur population », désignation à peine voilée des pays occidentaux. On croit ici rêver, quand on sait à quel point l’université d’Al-Azhar, infiltrée depuis des décennies par les Frères musulmans et le salafisme, comme l’a déploré le Président égyptien Al-Sissi lui-même, a cautionné théologiquement les attaques violentes perpétrées quotidiennement contre les Coptes chrétiens. Al-Azhar a d’ailleurs toujours refusé d’excommunier les terroristes jihadistes dès lors que ceux-ci ne professaient pas d’hérésies, se limitant à condamner leurs « actions ici-bas », bien évidemment totalement étrangères à l’islam. CQFD, circulez, rien à voir…

En France, le militant islamiste-nationaliste pro-Erdogan Ahmet Ogras, Président sortant du Conseil Français du Culte musulman, a surenchérit dans cette logique liberticide anti-occidentale : « Cette tragédie abjecte démontre une fois de plus que l’islamophobie est un mal qu’il faut combattre sans relâche, tout comme les paroles médiatiques déversées par des prêcheurs de haine ». Une allusion à peine voilée aux Zemmour, Finkielkraut ou autres « islamophobes » de Charlie Hebdo accusés de distiller la « haine envers les musulmans » sous prétexte qu’ils dénoncent l’intolérance et la violence chariatiques. Plus explicite encore, le Collectif contre l’islamophobie en France a demandé aux autorités de « prendre leurs responsabilités (…) Les discours islamophobes diffusés dans nos médias n’y ont pas leur place et ont des conséquences concrètes sur la vie des musulmans de France. Faire l’apologie de la théorie du grand remplacement, permettre à des idéologues/éditorialistes/journalistes/politiques de distiller leurs discours à longueur de journée est absolument dangereux. Il faut que cela cesse et les médias français ont un rôle à jouer dans la lutte contre l’islamophobie ».

Bref, ceux-là mêmes qui sont idéologiquement liés aux Frères musulmans et adhèrent au suprémacisme islamiste ont trouvé dans les attentats anti-musulmans un prétexte rêvé pour exiger définitivement l’exclusion du débat démocratique de tous ceux qui feraient obstacle à leurs desseins prosélytes-conquérants. Aux Etats-Unis, le lobby islamique américain pro-Frères musulmans, le CAIR (Council of American and islamic Relations), qui vante officiellement la charia et est lié au Hamas palestinien, réclame comme le Collectif contre l’islamophobie en France, que soit « criminalisée l’islamophobie ». A contrario, l’auteur de ces lignes a préféré les paroles, bien plus dignes, du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui a déclaré dans un communiqué officiel, « les musulmans de France sont choqués par cette violence meurtrière qui se manifeste à l’autre bout du monde et prient Dieu que la paix soit préservée dans notre pays ».

La gauche islamiquement correcte solidaire des « coupeurs de langues » islamistes

D’une manière générale, l’attitude de récupération obscène de la douleur des victimes musulmanes de la part de pôles officiels de l’islam mondial, a été faite sienne par la Gauche marxiste/bobo-islamiquement correcte, laquelle a redoublé d’exigences liberticides en incriminant globalement la droite conservatrice et les populismes identitaires, même les plus pacifistes et parlementaristes, pointés comme « idéologiquement coupables » : c’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon, qui n’a jamais dénoncé la haine meurtrière anti-chrétiens en pays islamiques, a fustigé « la haine des musulmans qui est aussi un poison mortel dans nos sociétés », tandis que Ian Brossat, tête de liste PCF pour les européennes, a dénoncé « l’extrême droite qui tue, ses idées nauséabondes qui sèment la mort. Ne jamais l’oublier et les combattre pied à pied ».

D’une manière générale, les « islamo-gauchistes », ces idéologues rouges alliés des fascistes verts, ont même accusé Donald Trump, Matteo Salvini et Victor Orban d’être les « vrais responsables » de ce « climat » anti-muslims, sous prétexte que le psychopathe/serial killer Breton Tarrant aurait cité la théorie du « Grand Remplacement » de Renaud Camus – qui n’a pourtant jamais appelé au meurtre – et aurait motivé sa barbarie vindicative par le refus de l’immigration extra-européenne. A ce titre, c’est donc Alain Finkielkraut qui devrait être lui aussi accusé, avec Zemmour ou d’autres intellectuels médiatiques, d’avoir inspiré des futurs Tarrant, puisque l’académicien a lui-même cautionné le théoricien remplaciste qualifié « d’extrême-droite » pourtant issu, comme Finkielkraut, de la gauche… Et si l’on suit le même raisonnement de chasse aux sorcières, tous ceux qui remettent nettement en question l’islam, y compris les musulmans athées ou laïques eux-mêmes comme Malika Sorel, Boualem Sansal, Kamel Daoud, Walid al-Husseini ou Zineb el Rhazoui, sans oublier les gauchistes blasphémateurs de Charlie Hebdo, seraient responsables des actes anti-musulmans de Tarrant ou avant lui de Breivik.

Récupérant elle aussi un fait monstrueux commis par un fanatique australien, mais qui critiquait les partis politiques populistes parlementaires « trop modérés » (et jugeait Marine Le Pen « insipide »), Najat Vallaud-Belkacem, ex-ministre de l’Éducation de François Hollande, a dénoncé dans un tweet « l’indignation hypocrite de ceux qui ont contribué, année après année, à promouvoir ça ». Illustrant son tweet de couvertures de grands médias comme Valeurs actuelles, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Marianne, Courrier international, revue L’Histoire, l’ex-ministre connue pour son moralisme progressiste sélectif, a même parlé de « nausée » à propos de cette presse « coupable » d’avoir contribué à promouvoir le climat d’islamophobie qui aurait permis l’attentat de Christchurch. Dans ce cas, pour suivre la même logique d’amalgame d’habitude pourtant interdite en cas d’attentats islamistes, que doit penser Madame Vallaud-Belkacem de ses anciens compères socialistes François Hollande et Gérard Collomb, qui ont tous deux dénoncé le séparatisme islamiste et la montée du communautarisme dans les banlieues  hors contrôle ?

Que répondre à cette nouvelle forme islamiquement correcte de reductio ad hitlerum

En réalité, et en dépit même des centaines d’attaques commises par les terroristes arabo-musulmans et des jihadistes en Occident depuis les années 1980 (terrorisme palestinien ; iranien ; GIA ; Al-Qaïda ; Daech), les actes terroristes anti-musulmans dans le monde occidental ont été jusque-là extrêmement rares. On peut même affirmer que les Occidentaux ont fait preuve d’une grande retenue en ne répondant presque jamais de façon réciproquement barbare aux jihadistes. Certes, les cas du Canada et de la Nouvelle Zélande sont là pour montrer que des Blancs judéo-chrétiens peuvent eux aussi se comporter « comme » les pires jihadistes.

Mais en quoi des actes anti-musulmans commis dans des pays tolérants et multiculturels comme la Nouvelle Zélande ou le Canada devraient être imputés à des Français, des Anglais, des « populistes » italiens ou des électeurs de Donald Trump, comme certains bien-pensants ont essayé de le faire ? Depuis quand nos sociétés démocratiques fondées sur la liberté et la responsabilité individuelles ont-elles rétabli de délit et la faute collectives ? Au nom de quoi les « coupeurs de langues » de l’organisation de la Coopération islamique (OCI), du CCIF, de l’Université Al-Azhar, sans oublier le néo-Sultan Erdogan osent-ils blâmer des Français, des Italiens, des Hongrois, des citoyens américains ou même des « islamophobes » pacifiques ou des « populistes » occidentaux hostiles à l’immigrationnisme alors que eux-mêmes cautionnent des institutions théocratiques qui enseignent la légitimité du Jihad, de la charià et de la conquête islamique ?

N’importe quel observateur intellectuellement honnête peut aisément constater que la violence terroriste anti-chrétienne en pays islamique est bien plus banalisée et impunie que l’inverse. Et si dans la même période récente, des chrétiens de pays islamiques avaient commis contre des Musulmans le centième des meurtres perpétrés par des jihadistes en « pays chrétien », on n’ose même pas imaginer le nombre de chrétiens qui auraient été massacrés en représailles dans les rues, les églises et jusque dans leurs maisons. D’ailleurs, alors même que les chrétiens en pays arabo-musulmans ne perpètrent jamais d’actes terroristes et constituent au contraire des minorités soumises et pacifiques (dhimmitude), ils sont déjà régulièrement pris pour cibles par des fanatiques musulmans : Chrétiens des pays arabes (Irak, Egypte, Arabie saoudite-Yémen, Mauritanie, Soudan, Maghreb, etc), de Turquie (génocide arménien toujours, persécution des syriaques-araméens), du Pakistan (les milliers d’Asa Bibi martyrisées), sans oublier les autres minorités régulièrement persécutées et massacrées au nom de la Charià : Yézidis d’Irak, chiites, Alévis, régulièrement attaqués, kidnappés, rackettés, victimes d’attentats ou officiellement brimés.

Un chrétien vivant en pays musulman a 143 fois plus de risques d’être tué par un musulman qu’un musulman risque de l’être par un chrétien dans un pays occidental…

Face à la tentative obscène de récupération (par les « coupeurs de langues » verts, roses et rouges) du drame des musulmans massacrés en Nouvelle Zélande, et face à l’incroyable tentative de culpabilisation/disqualification morale des défenseurs de la civilisation judéo-chrétienne orchestrée par tous ceux qui voudraient rendre les Français patriotes collectivement coupables des horreurs de Christchurch, quelques chiffres peuvent aider à garder raison :

Rien que pour la France, 7 au 9 janvier 2015: attaques de Charlie Hebdo, 22 morts ; 26 juin 2015, à Saint-Quentin-Fallavier, un Français décapité par un jihadiste ; 13-14 novembre 2015 : attentats de Paris, 137 morts ; 13 juin 2016, Magnanville, un policier et sa femme assassinés par un jihadiste. 14 juillet 2016: un Mohamed Lahouaiej-Bouhlel massacre 86 personnes ; 26 juillet 2016, Normandie, 2 djihadistes égorgent un prêtre âgé de 86 ans en pleine messe dans son église. 1er octobre 2017: un musulman a poignardé à mort deux jeunes femmes dans une gare de Marseille ; 23 mars 2018, Trèbes, trois morts ; 12 mai 2018, Paris, un franco-tchétchène poignardé à mort un piéton et en a blessé plusieurs autres ; 11 décembre 2018: À Strasbourg, un homme armé a ouvert le feu juste devant le marché de Noël, faisant 5 morts et 11 blessés. Total, rien qu’en France, en quatre ans : 261 morts et moult blessés lors d’attaques de musulmans contre des non-musulmans. Et heureusement, AUCUNE représailles meurtrière contre des Musulmans dans les rues ou les Mosquées. Par contre , des menaces de morts par milliers contre les intellectuels musulmans modérés ou « infidèles » qui dénoncent les « coupeurs de têtes ».

Si l’on compare le nombre de musulmans victimes de meurtres terroristes en Occident avec le nombre de chrétiens tués dans ce même genre d’actes en pays islamique, la probabilité pour les 30 millions de musulmans qui vivent en Occident d’être victimes d’une attaque est d’environ un sur dix millions par an.

D’après Srdja Trifkovic, auteur d’une étude intitulée « New Zealand attacks : repercussions and perspective », parue dans le magazine Chronicles, le 15 mars dernier : « Dans un pays à majorité musulmane, environ un chrétien sur 70 000 est assassiné par un musulman juste parce qu’il est ce qu’il est chrétien, ce qui signifie qu’un chrétien vivant en pays musulman a 143 fois plus de risques d’être tué par un musulman qu’un musulman risque de l’être par un chrétien dans un pays occidental… ».

Et si l’on compare le nombre de musulmans victimes de meurtres terroristes en Occident avec le nombre de chrétiens tués dans ce même genre d’actes en pays islamique, la probabilité pour les 30 millions de musulmans qui vivent en Occident d’être victimes d’une attaque est d’environ un sur dix millions par an, certes, un sur dix millions de trop, mais rien de comparable avec les 4000 victimes du jihadisme en Occident depuis le 11 septembre 2001 et avec les dizaines de milliers de chrétiens massacrés depuis les années dans les pays musulmans depuis la même date.

Autre signe : les communautés chrétiennes, pourtant autochtones, et non immigrées ou issues de la colonisation, ont été réduites à une peau de chagrin ces dernières décennies, sans parler de la détérioration de leurs droits et sécurité, tandis que les communautés musulmanes d’Occident enregistrent depuis la même période la plus grande progression numérique qui soit, passant dans les années 1950 de quasiment 0 % à des taux de 10 à 20 % de la population en Belgique, Allemagne, Suède, Pays-Bas, Grande-Bretagne, etc. Comparons donc ce qui est comparable, et arrêtons donc de généraliser, battre notre coulpe et affirmer à tort que les musulmans d’Europe seraient aussi persécutés et victimes de la haine que les chrétiens et autres minorités en terre islamique : cette affirmation est simplement indécente.

Voir encore:

Marche SOS Racisme… des potes qui nous voulaient du bien

Le succès de SOS-Racisme a généralement été appréhendé comme une simple opération de « récupération », concoctée dans les cabinets de Mitterrand et favorisée par « l’immaturité » des mouvements « beurs ». Dans sa thèse sur le traitement médiatique de l’association anti-raciste, P. Juhem [1] a mis en lumière les multiples déterminations qui ont rendu possible la « récupération ». Plutôt que de recourir à l’hypothèse fantaisiste d’une vaste manipulation engagée par une sorte de « comité central » des médias dominé par les socialistes, il a tenté de repérer les logiques spécifiques au champ médiatique, la pluralité des facteurs (enjeux internes, compétitions, stratégies commerciales, évolution du profil idéologique des journalistes, etc.), qui ont convergé pour aboutir à une gigantesque campagne de promotion de SOS-Racisme, sans minimiser, pour autant, la volonté politique de certains responsables socialistes – en premier lieu, Mitterrand – et l’efficacité de leurs interventions dans un contexte favorable.

Les énormes subventions reçues, le soutien de plus en plus affirmé de la gauche, des médias et de nombreux intellectuels ont incontestablement contribué, en effet, au succès de SOS-Racisme. On doit y voir également l’effet de dispositifs propres au système postcolonial. La « récupération » apparaît comme une menace inhérente à celui-ci – ce qui ne signifie pas inévitable – et non pas comme le seul produit d’intérêts politiques circonstanciés et de stratégies habilement menées. On a parfaitement raison de condamner de ce point de vue la politique du PS mais il est tout aussi important de saisir pourquoi, malgré leur bonne volonté, de nombreux militants antiracistes ont pu jouer le jeu d’une entreprise d’exclusion/inclusion.

Au début des années 80, « les Beurs deviennent trop subversifs » [2]. La Marche pour l’Egalité et les multiples formes d’action qui l’ont précédé ou suivi donnent aux jeunes issus de l’immigration une formidable visibilité qui inquiète, dans un contexte politique mouvant. L’abandon des promesses qui avaient conduit Mitterrand au pouvoir et l’adoption d’une politique de rigueur ne suscite pas la mobilisation sociale qu’espérait l’extrême gauche. La tendance politique dominante, notamment au sein de la jeunesse lycéenne et étudiante, n’est plus à la contestation mais plutôt à la désaffection vis-à-vis de l’engagement politique tandis qu’avec le recul des paradigmes marxistes s’imposent les idéologies molles de la défense des droits de l’homme et du progrès « sociétal ». La droite, par contre, progresse. Elle remporte plusieurs élections municipales partielles et repart à l’offensive comme en témoignent les gigantesques manifestations pour « l’école libre ». Le Front national connaît, quant à lui, ses premières grandes victoires (élections européennes). La « bête immonde » resurgit, craignent de nombreux secteurs de la gauche, assimilant la nouvelle situation à la montée du fascisme dans les années 30. Pour beaucoup, la lutte antifasciste devient la priorité de l’heure et l’antiracisme devient l’arme de cette lutte, d’autant plus efficace leur semble-t-il qu’un antiracisme moral et englobant peut permettre un large rassemblement de forces et remobiliser la jeunesse sur des « valeurs de gauche ».

Dans ce contexte, le mouvement « beur » pose incontestablement problème. L’irruption des enfants de l’immigration sur la scène publique inquiète. Il alimenterait le discours du Front national. Il embarrasse le pouvoir socialiste déterminé à restreindre l’immigration, mais il peut constituer aussi une nouvelle ressource électorale pour la gauche. D’une part, parce que de nombreux jeunes issus de l’immigration ont le droit de vote mais également parce que la problématique antiraciste qui est la sienne suscite la sympathie de larges franges de la jeunesse. Il s’agit dès lors de l’encadrer, de neutraliser ses tendances les plus contestataires et d’aseptiser son discours. « Convergence 84 révéla, écrivent Ahmed Boubeker et Nicolas Beau, une réelle capacité de mobilisation des cités. Personne pourtant pour canaliser cette révolte. Une place était à prendre ; message vite compris par Harlem Désir et ses potes : le jour même de l’arrivée de Convergence, 5000 badges « Touche pas à mon pote » de SOS-Racisme étaient vendus. L’idée du mélange, débarrassée de ses relents égalitaires, était reprise par Harlem Désir : « Vivons avec nos ressemblances, quelles que soient nos différences » : ce slogan de Convergence permettait à chacun, français ou immigré, de s’exprimer, sans complexes, sur la société multiraciale. Les beurs avaient perdu ce monopole. Avec SOS-Racisme, la société française reprenait la parole. Le relais était passé. » [3] C’est, en effet, à l’occasion de la seconde Marche, organisée par « Convergence 84 » que le petit groupe constitué autour de Julien Dray, transfuge de la LCR au Parti socialiste, apparaît sur la scène publique en diffusant massivement la fameuse petite main jaune. Mogniss Abdallah y voit un «talisman, hybride de la main de Fatma et de l’étoile jaune des Juifs sous le nazisme » [4]. Alors que les jeunes issus de l’immigration avaient manifesté contre le racisme particulier dont ils sont l’objet, SOS met en avant une vision exclusivement moralisante et non politique du racisme, détachée de l’histoire sociale et politique concrète. La référence implicite à l’étoile jaune n’est pas non plus innocente. Elle n’est pas sans lien avec le « choix exclusif de l’UEJF comme co-fondatrice de l’association » [5] suppose Mogniss Abdallah. En décembre 1983, de nombreux marcheurs étaient fiers de porter le Keffieh, symbole du peuple palestinien. Le « talisman » de SOS suggère, quant à lui, que la question palestinienne ne serait qu’un conflit entre juifs et arabes soluble dans l’antiracisme. M.Abdallah décrypte également le slogan « Touche pas à mon pote ». Celui-ci met « en scène un Français (anti-raciste) s’adressant à un autre Français (raciste, donc souvent suspect d’accointance avec le FN) pour protéger son « pote » issu de l’immigration. Le « pote » devient par un spectaculaire retournement de situation le spectateur passif d’un enjeu politique franco-français où il est question de cordon sanitaire anti-FN ou d’un « front républicain » pour des échéances électorales et les « combinazzione » à venir » [6]. Le racisme apparaît ainsi comme un rapport inter-individuel, une forme d’hétérophobie portée par l’extrême-droite. L’antiracisme devient une posture éthique, un combat qui se déroule entre Blancs.

Si le discours de SOS évoluera progressivement au fur et à mesure de l’enracinement du mouvement et des nouveaux enjeux politiques qui se poseront à lui, à sa fondation, la nouvelle association s’attache à se présenter comme a-politique, ni trop de gauche ni de droite. « Alors que quelques années auparavant un mouvement se proclamant « apolitique » aurait rencontré l’opposition de toutes les organisations politiques et antiracistes « de gauche », note P. Juhem (…), au contraire en 1985, l’affichage de « l’apolitisme » du mouvement est la condition de sa réussite, à la fois à l’égard de journalistes qui se réjouissent de la « fin des idéologies » et vis-à-vis de jeunes qui sont proportionnellement plus nombreux qu’auparavant à être indifférents à l’égard de « la politique ».» [7] SOS apparaît ainsi comme le cadre idéal pour mobiliser la jeunesse et canaliser la révolte des banlieues.

La finalité de l’association antiraciste est double. Il s’agit d’inclure les « beurs » dans des logiques politiques qui ne sont pas les leurs et d’exclure du champ politique ceux qui développent une orientation en rupture avec le consensus antiraciste basé sur l’intégration individuelle. Cette exclusion se réalise par diverses procédures. La première est évidemment de donner à SOS une légitimité qu’elle n’a pas en la présentant comme l’héritière de la Marche de 1983[8]. La seconde consiste à marginaliser les mouvements autonomes qui n’ont guère d’alliés dans le champ politique blanc ni, évidemment, de subventions. Le soutien gigantesque dont bénéficie SOS lui permet alors d’occuper tout l’espace antiraciste. Les mouvements autonomes sont soumis, quant à eux, à une terrible injonction qui contribuera à aggraver les dissensions en leur sein : se résoudre à une alliance avec SOS, c’est-à-dire accepter son hégémonie et les enjeux (blancs) qui sont les siens, ou prendre le risque de l’isolement avec – déjà – l’accusation de diviser le mouvement antiraciste. Ainsi, si SOS ne parvient pas à s’implanter réellement dans les cités, elle réussira néanmoins à gagner des militants comme Kaïssa Titous et Malik Lounès qui se résignent à y voir le seul cadre de regroupement possible et espèrent avoir suffisamment d’influence pour en changer l’orientation. « Lors du premier congrès de SOS-Racisme à Epinay-sur-Seine en 1986, rapporte P. Juhem, le principal débat aura lieu entre, d’une part, Julien Dray et la direction historique de l’association et, d’autre part, Kaïssa Titous qui, soutenue par les militants de la LCR, tentera de constituer au sein de SOS une tendance « beur », attachée à défendre la spécificité des « jeunes issus de l’immigration maghrébine ». D’autres batailles seront menées, notamment pour que l’association antiraciste prenne partie en faveur du peuple palestinien ou s’oppose à l’engagement des troupes françaises lors de la première guerre du Golfe. Mais ces batailles, si elles n’ont pas toujours été sans résultats, ne pouvaient pas rendre la parole à ceux qui en avaient été exclus.

Au principe de SOS, il y a en effet l’exclusion des « Beurs » du champ politique ou leur implication dans des enjeux qui leur sont extérieurs. SOS n’existe que comme cadre de mobilisation et de pression au sein du jeu des forces politiques blanches en instrumentalisant les problématiques de l’immigration et du racisme. Les « beurs » sont appelés à y trouver leur place à la condition de s’insérer dans les enjeux du champ politique blanc et de ne pas en bousculer les règles. SOS n’a pas « récupéré » le mouvement pour l’égalité au sens où elle s’est contentée d’en prendre la direction ; en exploitant ses ambivalences, elle l’a projeté dans le plan politique blanc. Ce faisant, elle a retourné le mouvement contre lui-même.

Source : ce texte est extrait du livre de Sadri Khiari, Pour une politique de la racaille.Immigré-e-s, indigènes, jeunes de banlieue, que nous recommandons vivement.

[1] Juhem, P., Thèse de science politique : « SOS-Racisme, histoire d’une mobilisation « apolitique ». Contribution à une analyse des transformations des représentations politiques après 1981 ».

[2] Bouamama, S., Dix ans de marche des Beurs. Histoire d’un mouvement avorté, Desclée de Brouwer, 1994, p.4

[3] Ibidem, p.91

[4] Ibid., p.69

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] « SOS-Racisme est le premier mouvement de masse de l’après-guerre fondé sur des résolutions d’ordre exclusivement éthique. Il ne propose aucun projet de société, ne nourrit aucune ambition politique. Ses adhérents, pour la plupart des jeunes, ne se font guère d’illusions sur l’état du monde, […].Ils ne croient pas davantage aux promesses d’un monde lointain », Marek Halter, La main ouverte, Le Monde, 16 juin 1985 (cité par P. Juhem).

[8] « À la fin de 1984, il n’y a pas d’organisation nationale ou de porte-parole qui puisse revendiquer représenter l’ensemble des « jeunes issus de l’immigration ». Lorsque SOS-Racisme apparaît les journalistes peuvent, sans risque d’être démentis, faire de l’association l’héritière des « marches » et la représentante naturelle des « beurs ». » Ibidem.

Voir par ailleurs:

Tal Bruttmann: L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique

Entretiens by Nadia Meziane & Tal Bruttmann

Un entretien avec Tal Bruttmann historien, spécialiste de la Shoah.

LC : Commençons par la fin. Quand on te demande pour qui tu écris, tu dis «  pour ceux qui veulent savoir ». Et tu ajoutes, à propos de certains de tes articles, qu’ils sont lus à peu près autant que des poèmes en auto-édition. A côté de ça, une bonne partie de l’activité négationniste a consisté ces vingt dernières années à penser et à mettre en œuvre, ce qu’on pourrait appeler une contre-éducation populaire. Eux, pour imposer leur propagande, ont massifié les mensonges sur le nazisme et le génocide, ont réussi à exploser toutes les barrières sociales qui font que plein de gens n’ont même pas l’idée de s’intéresser à l’Histoire. Est-ce qu’à un moment, en tant qu’historien, tu ne t’interroges pas avec tes collègues sur la nécessité et l’intérêt d’organiser une contre-offensive tout aussi massive ?

Une partie de la production des historiens, les articles scientifiques notamment, s’adresse à un cercle restreint, en raison de la nature pointue ou technique de ces articles, publiés dans des revues spécialisées. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’histoire ne doit pas être vulgarisée et diffusée auprès du plus grand nombre. C’est l’autre face du boulot d’historien. Mais on ne peut forcer personne à lire. Sauf que l’essentiel de la vulgarisation en histoire passe de fait par d’autres biais, comme les documentaires à la télé, voire des revues grand public. Et entre un livre qu’il faut aller acquérir, ou emprunter dans une bibliothèque puis lire, et une page internet, pour beaucoup c’est la seconde option qui est la plus simple.

Reste que si on en vient à la question du négationnisme, les ressources en ligne existent: ce sont notamment les sites des musées et autres institutions, ou encore des sites dus à des initiatives personnelles comme PHDN ou anti-rev qui existent depuis pratiquement 20 ans. Dans les années 1970-1980 les historiens comme Georges Wellers ou Pierre Vidal-Naquet ont démonté les arguments négationnistes. Mais dans l’argumentaire bien huilé du négationnisme il y a les « historiens officiels » et les « historiens qui disent la vérité », en l’occurrence eux. Tout historien est disqualifié d’office puisqu’il « participe du complot visant à perpétuer le mensonge ».

On touche là sans doute du doigt quelque chose qui est propre à l’histoire : de toutes les sciences c’est celle qui intéresse le plus grand nombre et au sujet de laquelle tout un chacun pense qu’il peut donner son avis

Je ne suis cependant pas certain que cela soit du domaine de l’historien principalement que de mener cette contre-offensive. Evidemment que le boulot des historiens est de battre en brèche ces discours, mais cela ne doit pas relever d’eux seuls. On n’en appelle pas à un astrophysicien pour contrecarrer les délires sur la « terre plate ». Vidal-Naquet soulignait déjà cela en demandant si il fallait en appeler à un astrophysicien pour contrecarrer quelqu’un affirmant que la lune est faite de fromage. Le discours négationniste sur la Shoah, ou sur les autres génocides, est tout aussi grotesque d’un point de vue intellectuel que de prétendre que la terre est plate.

L’histoire n’est pas écrite par les vainqueurs

On touche là sans doute du doigt quelque chose qui est propre à l’histoire : de toutes les sciences c’est celle qui intéresse le plus grand nombre et au sujet de laquelle tout un chacun pense qu’il peut donner son avis, l’histoire ne paraissant pas être une science à l’instar des maths ou de la physique. Qui irait donner son avis sur la théorie de la relativité ?

Dans le domaine de l’histoire, les lieux communs qui relèvent du café du commerce ne manquent pas, comme « L’histoire est écrite par les vainqueurs » ou « L’histoire est subjective ». « L’histoire écrite par les vainqueurs » signifie que ce sont ceux qui gagnent qui dictent le cours des évènements, mais on fait dire à cette phrase que ce sont les vainqueurs qui écrivent la « vérité »: autrement dit les « Alliés à Nuremberg ont écrit une version de l’histoire ». Quant à la supposée subjectivité de l’histoire, ou qu’en histoire il n’y aurait pas de vérité, c’est de la pseudo-philosophie de bas étage : l’histoire repose sur des faits en premier lieu, qui ne relèvent en rien de la « subjectivité ». Adolf Hitler est nazi. C’est un fait. Il est chancelier du Reich. C’est un fait. Il a clamé sa haine des Juifs. C’est un fait. Etc. Environ 5,7 millions de juifs ont été assassinés. C’est un fait. De la même manière que la terre est ronde.

La méthode négationniste est simple. On prend un élément, en général microscopique, on le nie avec des arguments pseudo-scientifiques, puis on décrète que puisque tel témoignage comporte un élément décrété faux alors tout l’évènement est faux. Retranscrit dans d’autres domaines ça donne : la perruque de Louis XIV n’était pas blanche alors qu’un témoin l’a décrite comme telle, c’est donc la preuve que Louis XIV n’existe pas. Ou alors que Jésus n’a pu marcher sur l’eau, ce qui est la preuve que Jésus n’a pas existé, et donc que le christianisme n’existe pas. Si certains veulent croire que Jésus a marché sur l’eau cela relève du domaine de la religion et de la croyance. En revanche factuellement ce n’est pas cela qui autorise à nier l’existence de Jésus.

Reste qu’avec le développement d’Internet qui facilite et démultiplie la diffusion de théories complotistes, on assiste à une explosion des remises en cause scientifiques et désormais d’autres sciences, comme la médecine par exemple, sont concernées. Si la négation de la Shoah est au cœur du négationnisme et du complotisme, les remises en cause des sciences se multiplient et trouvent une audience importante, une sorte de nouvelle forme de luddisme. On est face à un immense café du commerce, où différentes attitudes coexistent : pour certains c’est la crédulité, pour d’autres l’envie d’être un « sachant » – « à moi on me la fait pas, je suis pas dupe » – qui défie une narration frappée du sceau de l’ « officialité », tandis que pour d’autres, c’est un moyen politique pur et simple, comme les négationnistes, de diffuser un message de propagande.

Parlons Internet

LC : Tu parles de « luddisme », mais en même temps, toi-même tu es dans une attitude très ambivalente vis à vis d’internet, et notamment des réseaux sociaux.
Tu dis « le développement d’internet facilite et démultiplie la diffusion de théories complotistes », mais était-ce vraiment joué d’avance ? En réalité, les négationnistes ont aussi saisi avant beaucoup d’autres les opportunités offertes par une technologie qui a bouleversé les rapports sociaux. De fait, ils n’ont pas été luddistes, au moins sur ce plan là.
Et ce que tu appelles «  le grand café du commerce », c’est à dire notamment les réseaux sociaux, ont aussi aidé à forger une conscience progressiste à travers le monde, notamment lors des révolutions arabes. Donc ce qui est un moyen utilisé par les fascistes peut aussi être un moyen pour la démocratisation du savoir. Est-ce que les clichés sur le « café du commerce » n’alimentent pas ceux du « chercheur dans sa tour d’ivoire », et réciproquement ?

Il s’agit d’un simple constat, non d’une remise en cause de ce qui est devenu un élément central de nos sociétés. Le luddisme qu’on peut constater n’est d’ailleurs pas dénué de contradictions : on utilise le progrès (Internet) pour dénoncer le progrès dans d’autres domaines.

Pas plus que le « café  du commerce » ne remet en cause les lieux de convivialité que sont les troquets. Mais on peut aisément constater que toute parole se vaut et que tout un chacun est expert en tout. Si on prend la part négative des réseaux sociaux, aujourd’hui ils fédèrent, unissent, mettent en rapport des gens qui étaient autrefois isolés : un militant d’extrême droite s’achetait Minute ou Rivarol, avait quelques potes avec qui vomir sa haine, mais dans des cercles limités. Mais ce constat a aussi des pans positifs, comme celui que tu viens d’évoquer : il permet aussi l’expression dans des sociétés muselées, et a permis d’unir les oppositions dans les pays arabes qui ont connu des soulèvements.

D’ailleurs la recherche elle-même a été transformée en profondeur avec Internet, on pourrait même dire bouleversée. Par exemple, il y a encore 20 ans, il fallait se farcir des fichiers-tiroirs en bibliothèques et centres d’archives pour connaître l’existence de publications, ou dépouiller des publications telles que L’Année philologique. Une partie de la qualité des recherches résidait dans la capacité à trouver ce qui existait. Aujourd’hui il suffit de deux mots clés dans une base de données, sans bouger de chez soi…

Il est aussi patent que l’extrême droite a su se saisir avec une rapidité impressionnante des moyens qu’offre internet. Dès la fin des années 1990 les sites néo-nazis et autres pullulaient. Ce n’était pas joué d’avance, mais en revanche il faut constater que pour un site luttant contre le négationnisme, il y en a 100 qui le diffusent.

On n’a vraiment pas déjà tout dit sur la Shoah?

LC : Aujourd’hui, pas mal de gens pensent très sincèrement qu’on a tout dit sur la Shoah, que c’est un des domaines de recherche les plus explorés, et aussi qu’ils savent l’essentiel. Qu’est ce qu’on ne sait pas, qu’est ce qui a été approfondi ces quinze dernières années, et qu’avais tu envie d’approfondir, au départ ?

Tite-Live a écrit une histoire de Rome il y a 2 000 ans. Ce qui n’empêche pas que depuis 2 000 ans les historiens continuent à écrire l’histoire de Rome. Jusqu’au début des années 1980 les historiens étudiant la Shoah étaient très peu nombreux. Ce n’est que depuis une trentaine d’années que le champ a connu une véritable explosion scientifique. La chute de l’URSS a rendu accessibles des montagnes d’archives non exploitées jusque-là par exemple.

Ensuite, cette histoire est en perpétuelle évolution, comme celle du nazisme ou de la Seconde Guerre mondiale, s’affine ou s’approfondit. C’est l’un des paradoxes du sujet, d’un côté il est omniprésent, de l’autre peu étudié. En France, le nombre de spécialistes de la Shoah ou de l’histoire du nazisme est assez limité, même si aujourd’hui il tend à croître.

Ensuite, il y a une forme de paradoxe assez impressionnant sur ce sujet – et qui vaut plus largement pour le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Malgré l’omniprésence du sujet dans la société, il y a pas mal de malentendus et d’incompréhensions, notamment en raison de la confusion entre le système concentrationnaire – avec notamment les images de ce qui a été découvert en 1945 qui se sont profondément ancrées dans les représentations – et la « solution finale », qui se déroule ailleurs. Ces représentations très fortes qui se sont fixées au sortir de la guerre demeurent prédominantes, alors que les travaux des historiens depuis plus de 50 ou 60 ans dans certains cas ont permis de mieux comprendre et distinguer les choses.

Le meilleur exemple réside sans doute dans le fait, que depuis les travaux de Raul Hilberg les historiens parlent de « centres de mise à mort », alors que l’expression qui demeure profondément ancrée est celle de « camp d’extermination ». Celle-ci est hautement problématique à bien des égards, à commencer par la contradiction absolue entre les deux termes : un camp est un lieu où l’on rassemble une population, pour la détenir par exemple – camp de concentration – alors que l’assassinat de masse ne nécessite pas de « camp », ce sont des sites qui sont destinés à tuer toute personne qui y est acheminée, et qui sont donc de taille réduite, avec peu de structures.

Les négationnistes, d’ailleurs, utilisent certaines de ces représentations et exploitent les confusions. La réduction de la Shoah aux chambres à gaz dans les représentations leur permet de dire « pas de chambres à gaz donc pas de Shoah », alors que plus de la moitié des victimes n’ont jamais franchi le seuil d’une chambre à gaz mais ont été exécutées autrement. Même chose en utilisant des éléments propres au système concentrationnaire pour expliquer que la Shoah, qui se déroule en dehors de ce système, n’est pas possible.

LC : Quand on te lit, c’est un peu déconcertant, parce que très souvent, il y a quand même une distinction assez nette entre les historiens de la « grande » Histoire et ceux qui s’attachent à décrypter des « épisodes » locaux au sein de cette grande Histoire. Toi, tu as écrit sur Auschwitz, mais aussi fouiné dans les tracts locaux de sections du PPF pour battre en brèche l’idée selon laquelle en France, il n’y aurait pas eu de collaborateurs politisés de la mise en œuvre physique des persécutions antisémites, et tu le fais en partant de ce qui est généralement considéré comme anecdotique. Dans tout cela, quel est ton fil conducteur ?

Il y a sans doute là un effet générationnel. Je suis loin d’être le seul à réaliser ce genre de travaux – et nous sommes quelques uns à mettre en œuvre la microhistoire dans le champ. D’une certaine façon le cadre général est connu très largement grâce aux travaux des historiens des 60 premières années, de Léon Poliakov à Serge Klarsfeld en passant par Raul Hilberg par exemple. Sans ce cadre général, ce qui est fait aujourd’hui ne serait pas possible.

Cela participe d’un affinement de la connaissance, d’une meilleure compréhension des mécanismes. Regarder les « marges » permet d’éclairer l’ensemble. Parmi les gars du PPF qui distribuent les tracts « mort aux juifs » en 1940 on en retrouve en 1943-1944 qui chassent les juifs en France pour réaliser la « solution finale ». Autrement dit, si je m’intéresse à Auschwitz, je m’intéresse aussi à ceux qui y « arrivent », et la manière dont ils arrivent là. Comment et à cause de qui un juif de Grenoble se retrouve à Drancy puis à Auschwitz ?

Il y a 15 ans, il aurait été brocardé comme technocrate, c’est un pur produit de l’ENA. Mais son passage chez Rothschild devient une tache. Aurait-il exercé au Crédit Agricole ou à la Banque postale, je doute qu’il aurait été qualifié de banquier.

LC : Quand tu ressors les vieux tracts du PPF, les déclarations incendiaires, non seulement de Doriot, mais aussi de ses bases locales, c’est forcément douloureux pour des lecteurs de gauche antiraciste, parce que beaucoup de ces militantes et activistes violents venaient comme Doriot, non pas de l’extrême-droite mais du camp censé lui faire face. Il y a toute une tradition très partiale dans le champ politique qui vise à cantonner l’antisémitisme issu de certaines gauches à un « accident », à quelque chose de pas très significatif en terme d’importance au sein des structures de Vichy mais aussi de la collaboration active à tous les échelons. Pour toi, est ce que c’était anecdotique ou important, au contraire ?

L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique. On en a eu un exemple lors de la campagne présidentielle avec la disqualification de Macron comme « banquier », utilisée tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche. Il y a 15 ans, il aurait été brocardé comme technocrate, c’est un pur produit de l’ENA. Mais son passage chez Rothschild devient une tache. Aurait-il exercé au Crédit Agricole ou à la Banque postale, je doute qu’il aurait été qualifié de banquier. Là on a eu une floraison de termes chez les auto-proclamés « anti-système » – qui ont tous pourtant des cursus forts semblables et sont présents en politique depuis des décennies – pour dénoncer « la banque », « l’oligarchie » etc. Le recours à cette terminologie n’a rien d’anodin, et chez certains – évidemment pas pour tous – elle renvoie plus qu’implicitement à l’antisémitisme. C’est d’ailleurs éclairant à ce sujet, de voir que certains historiens et intellectuels ont pointé les problèmes que posait le recours à ces termes mais que cela n’a eu aucune conséquence, pas même la moindre interrogation ou distanciation.

Ce sont surtout les années 1930 et la Seconde Guerre mondiale qui ont ancré l’idée que l’antisémitisme était propre à l’extrême droite et au nazisme. Mais en 1940, au moment de la défaite et du vote des pleins pouvoirs, on voit des attaques antisémites contre Blum qui viennent d’élus de la SFIO, par exemple.

Pour l’antisémitisme français au moment de Dreyfus, le juif est l’agent des Allemands, pour les Allemands en 1918, le Juif c’est l’agent des bolcheviques ou de la France, pour Staline, le Juif c’est l’agent d’Israël.

Si on regarde la Collaboration, et l’Ultra Collaboration, on voit qu’il y a pas mal de gens venant de la gauche. Il faut cependant faire attention sur ce point, que l’on retrouve par exemple exploité par Zemmour : Vichy serait la gauche. Ceci est faux, l’adhésion se faisant sur un programme d’extrême droite, maurrassien, la « Révolution nationale », voire pour les ultras comme les PPF ou les membres du RNP de Déat, sur des programmes proches du nazisme. Mais même du côté du PC on peut voir des tracts, notamment en 40-41, où l’antisémitisme n’est pas très loin. En soi, l’antisémitisme se retrouve partout sur l’échiquier politique.

Sous le vernis de la lutte contre “l’agent sioniste”

Au sortir de la guerre, l’antisémitisme est disqualifié et n’a plus voix au chapitre sur la scène politique occidentale. Pourtant dès 1944 en URSS, et surtout à partir de 1948, le régime soviétique multiplie les attaques antisémites, qui ensuite se retrouvent dans tout le bloc communiste. Sauf qu’officiellement, ce ne sont pas les Juifs qui sont visés, mais les « sionistes ».

Bref, on renomme, c’est validé un peu partout et ça passe sans soulever de problèmes pour les communistes en dehors du bloc soviétique. De 1948 à 1968 on multiplie les purges contre les Juifs, les procès, les assassinats et les expulsions, tout ça sous vernis de la lutte contre les « agents sionistes » ou les « cosmopolites sans racines », selon la terminologie d’alors.

Réinscrit dans l’histoire de l’antisémitisme, ça n’a rien d’original. C’est juste une déclinaison du juif qui est par essence sans patrie, ou de l’agent de l’étranger, qui a toujours existé: affaire Dreyfus, « coup de poignard dans le dos » pour expliquer la défaite de l’Allemagne en 1918 etc. Pour l’antisémitisme français au moment de Dreyfus, le juif est l’agent des Allemands, pour les Allemands en 1918, le Juif c’est l’agent des bolcheviques ou de la France, pour Staline, le Juif c’est l’agent d’Israël.

L’antisémitisme est pratique, il explique tout : le communisme c’est les juifs, le capital c’est les juifs. Chacun y trouve son explication. Et c’est adaptable à tout : la colonisation ? Les Juifs. L’esclavage ? Pareil. Dans les années 1990 le Sida en Afrique c’était les Juifs, et les attaques de requins en mer Rouge au début des années 2010 un coup du Mossad pour flinguer le tourisme en Egypte.

A chaque nouvelle crise, le discours s’adapte. On a vu fleurir les théories impliquant Israel dans la crise au Venezuela, et ces théories venaient des défenseurs de Maduro, pas vraiment l’extrême droite, même si in fine la collusion fini par se faire.

L’antisémitisme, pas plus que le racisme au demeurant, n’est propre à un bord politique. Ce sont ses usages et la manière dont il est assumé qui peuvent éventuellement être différents. Quoique sur l’antisémitisme, à gauche l’ « antisionisme » est bien pratique pour s’adonner à un antisémitisme non assumé ouvertement – et en disant cela je ne délégitime en rien le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat ou celui de critiquer les politiques israéliennes.

LC : « Et en disant cela je ne délégitime en rien le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat ou celui de critiquer les politiques israéliennes. ». C’est frappant que tu ajoutes cette phrase, parce que c’est devenu quasiment obligatoire, dans le débat, dès qu’on critique les instrumentalisations antisémites de la dénonciation de la politique israélienne. Comme si la lutte contre cet antisémitisme là ou même le simple fait de le constater était forcément suspect de cacher un autre racisme. Pourquoi continuer à se justifier ? Est-ce que tu penses que la victoire des antisémites est à ce point écrasante qu’on doive forcément en passer par là ?

Tu as totalement raison, cela ne devrait pas être. Mais c’est malheureusement le cas, tant « l’antisionisme » se drape dans une bonne conscience, qui souvent échappe aux gens. D’ailleurs toute la phase Soviétique et communiste du mot est intégralement effacée pour lui donner des atours de noblesse et cela va jusqu’à des discours qui affirment que le Bund, par exemple, était contre le mouvement sioniste, et que c’est la preuve que l’antisionisme n’est pas antisémite. Mais le Bund non seulement combattait férocement l’antisémitisme, il revendiquait aussi l’existence d’une nation juive autonome en Pologne (ou dans les Pays baltes).

Les antisionistes eux, nient l’existence des Juifs, sinon à leurs propres conditions. « On vous tolère, mais ne mouftez pas trop ». Le Bund, comme les sionistes, revendiquent le fait juif et l’existence d’une nation juive. Les antisionistes dénient aux juifs le droit de se définir, et s’arrogent ce droit. Il suffit de voir le succès du livre de Shlomo Sand, qui explique que “le peuple juif est une invention”. La belle affaire. Ce constat on peut le faire pour n’importe quel peuple, ou pour prendre un terme plus adéquat, pour n’importe quelle nation, à commencer par la France. Chaque nation repose sur des mythes fondateurs auxquels se rallient ceux qui s’y retrouvent.

Les antisémites existent, “les sémites” en revanche, ça n’existe pas

D’ailleurs l’usage de ce terme n’est pas sans faire penser à une théorie de comptoir qui a fait florès : « l’antisémitisme ne vise pas que les Juifs, mais aussi les Arabes, qui sont sémites aussi ».

Passons rapidement sur le fait que l’antisémitisme, tel qu’il a été défini par les antisémites eux-mêmes, n’a jamais visé que les seuls Juifs, pour aller à l’autre point, bien plus intéressant : les sémites n’existent pas. Les Arabes, pas plus que les Juifs ne sont sémites, c’est une construction racialiste reprise par le racisme, et développée à partir de l’existence d’un groupe de langue dit sémitique, où se retrouvent l’hébreu, l’araméen, le phénicien, l’arabe ou encore l’amharique.

D’ailleurs cette création d’une « race juive » a été un moyen pour dire que « les » Juifs formaient un tout, un groupe ethnique : les juifs d’Allemagne bien « blancs » étaient donc de la même « race » que les Juifs d’origine arabe du Yemen ou d’Egypte, que les Juifs noirs d’Ethiopie ou que les Juifs turcs de Crimée. Bref, l’antisémitisme vise à créer une unité ethnique (« raciale ») entre des groupes religieux ou nationaux qui n’ont en commun que leur religion et les récits qui en découlent – même pas une culture commune, parce que quel rapport entre la carpe farcie et la brick au thon ? Entre le pastrami et l’amba ? L’antisémitisme constitue, sous une double forme, un inverse du racisme : là où le racisme prétend la supériorité sur d’autres, lesquels sont définis par une appartenance ethnique visible, l’antisémitisme, lui, dénonce le danger de domination d’une race invisible, puisque non identifiable (sinon pour son appétence pour la carpe farcie, mais les Polonais aiment bien aussi… Pareil d’ailleurs pour la brick au thon, que juifs et musulmans du Maghreb aiment bien)

Pour nier l’antisémitisme (et donc in fine le justifier tout en le niant) ils maintiennent une fiction raciste concernant les Arabes…

Mais surtout, cette théorie « des Arabes qui seraient des sémites », largement prégnante à l’extrême gauche, voire à gauche (et elle est sur le devant de la scène par exemple en ce moment parmi certains défenseurs de Corbyn, qui excipent de cela pour nier l’antisémitisme au sein du Labour) montre le degré d’imprégnation des constructions racistes chez ceux là. Pour nier l’antisémitisme (et donc in fine le justifier tout en le niant) ils maintiennent une fiction raciste concernant les Arabes…

LC : Tu soulignes à juste titre le succès de la banalité pourtant profondément raciste « Les Arabes sont aussi des sémites ». Et aussi la spécificité de l’antisémitisme, comme dénonciation du danger de domination d’une race « invisible ». Or, depuis une quinzaine d’années, d’autres racismes ont subi une mutation importante: ce qui est appelé « islamophobie » est aussi un discours qui vise des gens qui n’ont souvent rien d’autre en commun qu’une religion, souvent supposée d’ailleurs, chez des issus de l’immigration.
Et elle les désigne aussi comme les agents d’un complot mondial censé amener à la domination totale, non seulement au plan religieux, mais aussi économique. Il arrive d’ailleurs de plus en plus souvent que les thèses conspirationnistes antisémites et islamophobes se rejoignent dans un récit commun où Soros, alternative de plus en plus courante à Rothschild, est aussi l’allié du complot islamiste en même temps qu’il est symbole du complot Juif.
Dans le champ politique d’aucuns nient cette parenté et la cette jonction des narratifs en dénonçant le concept même d’islamophobie. D’autres affirment au contraire que l’islamophobie à remplacé l’antisémitisme ». Dans les deux cas, l’un ou l’autre racisme est nié ou remis en cause. Que penses-tu de l’analogie entre islamophobie et antisémitisme , est-elle juste historiquement, même partiellement et quelles sont ses limites selon toi ?

Jusqu’à récemment ce qui prévalait largement était le racisme anti-arabe, nourri notamment à la fois par le colonialisme français en Afrique du Nord puis ensuite par le ressentiment né de la décolonisation chez certains Français. Auquel s’ajoute un autre élément, celui de la méconnaissance du fait musulman. En France, Arabe a été très largement synonyme de musulman: si t’es musulman t’es arabe, si t’es arabe t’es musulman. Et depuis quelques années, si t’es musulman t’es islamiste. Et donc in fine, arabe= islamiste. Au moment des attentats de 2015, des commentateurs expliquaient que les attentats avaient été exclusivement commis par des Arabes (quid de Coulibaly ?). Comme si l’adhésion à une idéologie assassine dépendait d’une appartenance ethnique.

Alors que le racisme se fonde avant tout sur une supposée infériorité, là on voit un passage à autre chose en effet. Et en outre, le « musulman » est très largement interchangeable. Il suffit de se rappeler que Nicolas Sarkozy ignorait en 2007 si Al-Qaïda était chiite ou sunnite pour avoir une illustration de la méconnaissance qui prédomine à ce sujet. L’espace géographique peuplé par des musulmans, qui va de l’Afrique aux confins de l’Asie, est vu comme un grand tout, unique, et conçu à travers notre héritage, à nous Français, avant tout à travers « l’Arabe » qui incarne cet ensemble menaçant.

Islamophobie

Maintenant avec le terme d’islamophobie on a quelque chose d’intéressant. Il est décrié par certains, et utilisé par d’autres pour disqualifier toute critique contre la religion musulmane. Mieux vaut s’écarter de ces prises de position et s’interroger sur autre chose : est-ce que le terme est opérant pour désigner un phénomène particulier ? Et là la réponse est claire : oui, on voit l’apparition d’idées qui feraient des musulmans les membres d’un grand tout, à la manœuvre dans l’ombre, complotant dans tel ou tel but.

Et à cet égard on a quelque chose de nouveau, dont les ressorts ne sont plus ceux du racisme, à savoir un regard depuis le haut vers quelqu’un d’inférieur, mais des ressorts qui ne sont pas sans rappeler ceux de l’antisémitisme : un danger fondé sur une puissance fantasmée. Ce phénomène là est récent. Si on prend en regard l’antisémitisme, il est constitué très largement d’invariants, que l’on retrouve en permanence, depuis des siècles: le juif et l’argent, le juif comploteur, le juif dépravé sexuel etc.

Comme tu le pointes, Soros remplace chez certains Rothschild, mais on reste sur les mêmes ressorts. Or, à côté du racisme anti-arabe, on voit apparaître de nouveaux fantasmes, un glissement vers « le Musulman », paré de tout un ensemble de menaces. Un Pakistanais serait de mèche avec un Français parce qu’ils sont tout deux musulmans, on a la mise en place d’un fantasme particulier qui n’est plus le racisme et qu’il faut qualifier pour ce qu’il est.

la Hongrie d’Orban, pour être xénophobe et raciste, n’en a pas moins fait de Soros la figure principale de la « menace anti-hongroise »

Maintenant si l’analogie peut prévaloir dans certains cas, elle a ses limites. D’abord prétendre que l’islamophobie a remplacé l’antisémitisme est absurde. L’antisémitisme se porte terriblement bien en Europe, et à part quelques négateurs à l’extrême-gauche, qui montrent que leur universalisme et leur combat anti-raciste à non seulement des limites mais qu’ils ont aussi quelques complaisances avec l’antisémitisme, personne ne le conteste aujourd’hui.

Ensuite, on peut aisément constater que l’antisémitisme demeure la principale matrice explicative en matière complotiste, par exemple. Que la Hongrie d’Orban, pour être xénophobe et raciste, n’en a pas moins fait de Soros la figure principale de la « menace anti-hongroise ».

LC : A la fin des années 1990, on pouvait penser qu’enfin, en France, le boulot était fait sur la responsabilité de l’Etat et d’une partie de la population française dans la collaboration et la complaisance avec les nazis, mais aussi dans l’élaboration de politiques autonomes de persécutions. Vingt ans après, des tribuns racistes comme Zemmour rencontrent un écho énorme lorsqu’ils reprennent des thèses sur Pétain qui aurait « aidé les Juifs », des responsables de partis politiques de gauche explosent toutes les limites en revenant au « Vichy, ce n’était pas la France ». Parfois même, on a l’impression que Paxton n’a jamais rien écrit qui vaille la peine d’être retenu. Ces aller-retour, et ces batailles jamais gagnées sont elles une spécificité française ?

Dans les années 1980 et 1990 on a assisté à une séquence importante, où les travaux des historiens (Paxton, Klarsfeld…) mais aussi l’opinion publique ont très largement permis de voir en face la réalité des responsabilités. Le discours de Chirac au Vel d’Hiv en 1995, puis d’autres mesures qui ont suivi, ont donné l’impression que la question était réglée. Et d’un point de vue scientifique elle l’est.

Retour en arrière, histoire et historiens en danger

Sauf que depuis une dizaine d’année, on assiste à une sorte de retour en arrière, porté par Zemmour et d’autres. On a un peu tout. « Vichy a protégé les juifs français » – il suffit de lire la loi du 3 octobre 1940, dite « statut des juifs », ou celle du 22 juillet 1941 sur « l’élimination de l’influence juive dans l’économie nationale » pour démonter cela. Sans même avoir à rappeler que la majorité des enfants au Vel d’Hiv en 1942 étaient nés en France ou que la rafle de janvier 1943 à Marseille est menée par la police française contre des Juifs français. Ou alors « Vichy c’est pas la France » – auquel il suffit de répondre par une question : c’est quoi la France ? la Saint-Barthélémy c’est pas la France ? La colonisation non plus ? etc.

Et il ne s’agit pas d’une spécificité française, même si on a dedans des débats franco-français. Ce qui se passe par exemple en Pologne aujourd’hui en est un exemple. Ou en Russie concernant la période stalinienne en est autre. Ou aux Etats-Unis. Nombre de pays connaissent ce genre de phase, au gré des climats qui y règnent et des phases de raidissement nationalistes.

LC : Tu évoques la Pologne et la loi votée récemment qui criminalise de fait l’expression de la vérité historique sur le génocide et les conditions de sa réalisation. Comment les historiens polonais envisagent-ils la suite, se sentent-ils concrètement et immédiatement en danger ? Comment s’organise la résistante à la fois locale et internationale à cette loi ? Quel est le pouvoir concret du gouvernement polonais sur des lieux de mémoire et d’histoire comme Auschwitz, actuellement, sont-ils seuls décideurs ou la communauté internationale a-t-elle un pouvoir sur leur fonctionnement quotidien et le contenu présenté aux visiteurs ?

Les historiens polonais sont en première ligne et la cible directe de ces lois, alors qu’ils ont effectué un travail remarquable depuis 20 ans, faisant de la Pologne le pays qui était à la pointe de l’historiographie de la Shoah. D’ailleurs ces historiens et historiennes reflétaient un mouvement important au sein de la population polonaise, qui de manière remarquable s’est saisie de son passé après la chute du régime communiste. En quelques années, la Pologne a fait le même chemin que la France en 50 ans. Cette Pologne là existe toujours, mais elle est en but aux nationalistes au pouvoir.

Pourtant les mobilisations existent, aussi bien sur le sujet de l’antisémitisme que sur d’autres, comme les droits des femmes. Mais on est face à un régime qui gouverne en direction de son électorat et donc qui bombe le torse face à l’international et dénonce les « antinationaux du parti de l’étranger ». Les historiens sont effectivement en danger, et pas seulement en Pologne. Leurs conférences sont régulièrement parasitées et interrompues, comme pour Jan Gross à Paris récemment, et des dénonciations et autres attaques sont réalisées par les représentants diplomatiques à destination des universités de ces chercheurs qui travaillent hors de Pologne. Ils disposent d’ailleurs de relais locaux qui attaquent aussi les historiens non polonais, y compris en France.

Et la pression sur les musées en Pologne est très très forte à l’heure actuelle. Le projet du musée de Gdansk, consacré à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en a été un exemple précoce. Alors que le musée allait ouvrir, tout a été arrêté, le directeur brutalement remplacé et la nature du même du musée remise en cause, car jugé pas assez favorable à un récit « national » correct aux yeux du pouvoir.

Les Allemands n’ont aucun besoin de « collaborateurs juifs » pour le processus de destruction.

LC:Depuis « Eichmann à Jérusalem » et les propos d’Hannah Arendt sur les « collaborateurs Juifs » qui font partie des contenus très partagés par les antisémites, ces questions-là font l’objet d’une fascination malsaine, et aussi d’un jeu relativiste pratiqué par beaucoup de forces politiques, qui se jettent sur ce genre de choses pour accréditer l’idée qu’après tout les victimes étaient aussi des bourreaux.
Comment fait-on en tant qu’historien pour affronter la récupération politique de certains aspects de la recherche sur le génocide ? Est-ce que c’est un sujet ou est ce que tu t’en fous ?

D’un point de vue historique ce n’est plus un sujet, la question est réglée depuis longtemps – que le sujet ait interpellé après la guerre, qu’Arendt s’y soit intéressé, est une chose légitime initialement, participant de la compréhension des mécanismes de la mise en place de la « solution finale ». Mais pas mal d’éléments sont alors méconnus ou pas pris en compte. Près d’un million de juifs ont été exécutés entre fin 1941 et début 1942 par les unités allemandes, sans aucun « collaborateur juif ». Les allemands n’ont aucun besoin de « collaborateurs juifs » pour le processus de destruction, mais en revanche ils ont besoin des collaborateurs locaux, des nationalistes, qui de la France aux Pays baltes en passant par l’Ukraine, ont eux très largement aidé à la réalisation de la “solution finale”.

La question des Judenrat

La question rejoint en fait le point précédent, l’histoire avance, mais les usages « politiques » restent ou reviennent. Effectivement c’est une marotte qui est assez flagrante chez les antisémites, on pourrait même dire un marqueur intangible. Et ceci pour une raison très simple. La création des Judenrat, ces « conseils juifs » mis en place par les Allemands à la tête des ghettos pour servir d’interface et gérer « l’interne », n’est ni plus ni moins que la reprise d’une méthode mise en œuvre dans le système concentrationnaire, consistant à confier la gestion d’une partie de l’interne, ce qui se passe dans le camp, à des détenus.

Pourtant là personne ne vient exciper de « collaborateurs » parmi les prisonniers pour faire porter la culpabilité sur les victimes. D’ailleurs, parmi les membres des Judenrat, à côté de gens qui se sont révélées être des crapules, l’immense majorité a joué un rôle important, en aidant les organisation de résistance dans les ghettos par exemple, ou en tentant de faire face aux Allemands. Quant aux risques de récupération politique, ils sont faibles : ce qui est récupéré en général est écrit pour l’être avant tout, cf. par exemple Zemmour.

LC:Tu as écrit pas mal de choses sur l’histoire des récits de la Shoah dans ce qu’on appelle la culture de masse, les comics ou les séries télévisées américaines. Globalement, comment évalues tu l’importance de cette culture de masse dans la construction des représentations et des connaissances sur la Shoah et le nazisme, quantitativement et qualitativement ?

Le sujet est très très présent, et on pourrait même dire depuis très longtemps, dans la culture populaire. Le cinéma ou la littérature s’en sont saisis dès la fin des années 1940. Si on prend la BD, le sujet devient important au tournant des années 1970-1980, d’abord avec les X-Men, puis avec Maus. Depuis des centaines de titres de bande dessinée ont abordé la Shoah. Quant aux séries télés, le sujet est présent depuis des décennies, depuis les séries de fiction (Star Trek, Magnum…) jusqu’aux séries historiques. La série Holocaust en 1978 a joué un rôle considérable dans le monde occidental dans la prise de conscience concernant la Shoah, et a eu un impact colossal. Et quand on regarde aujourd’hui Holocaust, historiquement ce n’est pas si mal.

Les X-Men constituent un exemple intéressant: la Shoah et Auschwitz sont au cœur des adaptations au cinéma d’un comics, dont la trame initiale est une allégorie de l’antisémitisme lorsque la série fut créé par Jack Kirby et Stan Lee en 1963. Puis la Shoah est explicitement évoquée début 1980, justement après le déclencheur Holocaust. On voit comment un objet de culture populaire en irrigue d’autres.

Et aujourd’hui, les X-Men participent à la construction de la connaissance de pas mal de gens, mine de rien, et ce n’est pas un problème que la fiction irrigue de la connaissance. Quand de tels vecteurs  se saisissent du sujet de manière sérieuse, entendu ici comme disant des choses exactes (le Auschwitz qui est montré est l’Auschwitz authentique), il n’y a rien à redire. Et mieux vaut une bonne allégorie qu’un mauvais documentaire, et les mauvais documentaires ne manquent pas…


Mépris de classe: Qui veut être traité de déplorable ou de Dupont Lajoie ? (Jaws for sharks: 40 years of hollywoodization and they put you in the basket of racist deplorables and bitter clingers)

25 octobre, 2018

Deliverance Poster

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Easy Rider (Special Edition) (Sous-titres français)Résultat de recherche d'images pour "Easy Rider film poster rednecks"
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Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers. Jésus (Matthieu 20: 16)
The line it is drawn, the curse it is cast. The slow one now will later be fast as the present now will later be past. The order is rapidly fadin’ and the first one now will later be last for the times they are a-changin. Bob Dylan
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Alexis de Tocqueville
Deliverance did for them what Jaws, another well-known movie, would later do for sharks. Daniel Roper (North Georgia Journal)
Depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. Pasolini
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard
What I take to be the film’s statement (upper case). This has to do with the threat that people like the nonconforming Wyatt and Billy represent to the ordinary, self-righteous, inhibited folk that are the Real America. Wyatt and Billy, says the lawyer, represent freedom; ergo, says the film, they must be destroyed. If there is any irony in this supposition, I was unable to detect it in the screenplay written by Fonda, Hopper and Terry Southern. Wyatt and Billy don’t seem particularly free, not if the only way they can face the world is through a grass curtain. As written and played, they are lumps of gentle clay, vacuous, romantic symbols, dressed in cycle drag. The NYT (1969)
Since Easy Rider is the film that is said finally to separate the men from the boys – at a time when the generation gap has placed a stigma on being a man – I want to point out that those who make heroes of Wyatt and Billy (played by Peter Fonda and Dennis Hopper) have a reasonably acrid dose to swallow at the start of the picture. Wyatt and Billy (names borrowed from the fumigated memory of the two outlaws of the Old West) make the bankroll on which they hope to live a life of easy-riding freedom by smuggling a considerable quantity of heroin across from Mexico and selling it to a nutty looking addict in a goon-chauffered Rolls Royce. Pulling off one big job and thereafter living in virtuous indolence is a fairly common dream of criminals, and dope peddling is a particularly unappetizing way of doing it. Is it thought O.K. on the other side of the gap, to buy freedom at that price? If so, grooving youth has a wealth of conscience to spend. (…) Wyatt and Billy are presented as attractive and enviable; gentle, courteous, peaceable, sliding through the heroic Western landscape on their luxurious touring motorcycles (with the swag hidden in one of the gas tanks). It is true that they come to a bloody end, gunned down by a couple of Southern rednecks for their long hair. But it is not retribution; indeed, they might have passed safely if the cretins in the pickup truck had realized that they were big traders on holiday. (…) The hate is that of Fonda, Hopper and Southern, they hate the element in American life that tries to destroy anyone who fails to conform, who demands to ride free. And it is quite right that they should. But Wyatt and Billy are more rigidly conformist, their life more narrowly obsessive than that of any broker’s clerk on the nine to five. The Nation (2008)
 Easy Rider (1969) is the late 1960s « road film » tale of a search for freedom (or the illusion of freedom) in a conformist and corrupt America, in the midst of paranoia, bigotry and violence. Released in the year of the Woodstock concert, and made in a year of two tragic assassinations (Robert Kennedy and Martin Luther King), the Vietnam War buildup and Nixon’s election, the tone of this ‘alternative’ film is remarkably downbeat and bleak, reflecting the collapse of the idealistic 60s. Easy Rider, one of the first films of its kind, was a ritualistic experience and viewed (often repeatedly) by youthful audiences in the late 1960s as a reflection of their realistic hopes of liberation and fears of the Establishment. The iconographic, ‘buddy’ film, actually minimal in terms of its artistic merit and plot, is both memorialized as an image of the popular and historical culture of the time and a story of a contemporary but apocalyptic journey by two self-righteous, drug-fueled, anti-hero (or outlaw) bikers eastward through the American Southwest. Their trip to Mardi Gras in New Orleans takes them through limitless, untouched landscapes (icons such as Monument Valley), various towns, a hippie commune, and a graveyard (with hookers), but also through areas where local residents are increasingly narrow-minded and hateful of their long-haired freedom and use of drugs. The film’s title refers to their rootlessness and ride to make « easy » money; it is also slang for a pimp who makes his livelihood off the earnings of a prostitute. However, the film’s original title was The Loners. [The names of the two main characters, Wyatt and Billy, suggest the two memorable Western outlaws Wyatt Earp and Billy the Kid – or ‘Wild Bill’ Hickcock. Rather than traveling westward on horses as the frontiersmen did, the two modern-day cowboys travel eastward from Los Angeles – the end of the traditional frontier – on decorated Harley-Davidson choppers on an epic journey into the unknown for the ‘American dream’.] According to slogans on promotional posters, they were on a search: A man went looking for America and couldn’t find it anywhere… Their costumes combine traditional patriotic symbols with emblems of loneliness, criminality and alienation – the American flag, cowboy decorations, long-hair, and drugs. (…) Easy Rider surprisingly, was an extremely successful, low-budget (under $400,000), counter-cultural, independent film for the alternative youth/cult market – one of the first of its kind that was an enormous financial success, grossing $40 million worldwide. Its story contained sex, drugs, casual violence, a sacrificial tale (with a shocking, unhappy ending), and a pulsating rock and roll soundtrack reinforcing or commenting on the film’s themes. Groups that participated musically included Steppenwolf, Jimi Hendrix, The Band and Bob Dylan. The pop cultural, mini-revolutionary film was also a reflection of the « New Hollywood, » and the first blockbuster hit from a new wave of Hollywood directors (e.g., Francis Ford Coppola, Peter Bogdanovich, and Martin Scorsese) that would break with a number of Hollywood conventions. It had little background or historical development of characters, a lack of typical heroes, uneven pacing, jump cuts and flash-forward transitions between scenes, an improvisational style and mood of acting and dialogue, background rock ‘n’ roll music to complement the narrative, and the equation of motorbikes with freedom on the road rather than with delinquent behaviors. However, its idyllic view of life and example of personal film-making was overshadowed by the self-absorbent, drug-induced, erratic behavior of the filmmakers, chronicled in Peter Biskind’s tell-all Easy Riders, Raging Bulls: How the Sex-Drugs-and Rock ‘N Roll Generation Saved Hollywood (1999). And the influential film led to a flurry of equally self-indulgent, anti-Establishment themed films by inferior filmmakers, who overused some of the film’s technical tricks and exploited the growing teen-aged market for easy profits. (…) Death seems to be the only freedom or means to escape from the system in America where alternative lifestyles and idealism are despised as too challenging or free. The romance of the American highway is turned menacing and deadly. Filmsite
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qui se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Part of the reason that our politics seems so tough right now, and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time, is because we’re hard-wired not to always think clearly when we’re scared. Barack Obama
I do think that when you combine that demographic change with all the economic stresses that people have been going through because of the financial crisis, because of technology, because of globalization, the fact that wages and incomes have been flatlining for some time, and that particularly blue-collar men have had a lot of trouble in this new economy, where they are no longer getting the same bargain that they got when they were going to a factory and able to support their families on a single paycheck. You combine those things, and it means that there is going to be potential anger, frustration, fear. Some of it justified, but just misdirected. I think somebody like Mr. Trump is taking advantage of that. That’s what he’s exploiting during the course of his campaign. Barack Hussein Obama
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton (2016)
My mother is not watching. She said she doesn’t watch white award shows because you guys don’t thank Jesus enough. That’s true. The only white people that thank Jesus are Republicans and ex-crackheads. Michael Che
Rire général, même chez les sans-dents. François Hollande
Dans les sociétés dans mes dossiers, il y a la société Gad : il y a dans cet abattoir une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées ! On leur explique qu’elles n’ont plus d’avenir à Gad et qu’elles doivent aller travailler à 60 km ! Ces gens n’ont pas le permis ! On va leur dire quoi ? Il faut payer 1.500 euros et attendre un an ? Voilà, ça ce sont des réformes du quotidien, qui créent de la mobilité, de l’activité ! Emmanuel Macron
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
You often hear men say, “Why don’t they just leave?” [. . .] And I ask them, how many of you seen the movie Deliverance? And every man will raise his hand. And I’ll say, what’s the one scene you remember in Deliverance? And every man here knows exactly what scene to think of. And I’ll say, “After those guys tied that one guy in that tree and raped him, man raped him, in that film. Why didn’t the guy go to the sheriff? What would you have done? “Well, I’d go back home get my gun. I’d come back and find him.” Why wouldn’t you go to the sheriff? Why? Well, the reason why is they are ashamed. They are embarrassed. I say, why do you think so many women that get raped, so many don’t report it? They don’t want to get raped again by the system. Joe Biden
Trump’s message resonates with working class stiffs who believe that, despite his wealth, he understands them and their concerns. When he speaks, they understand him. There’s no complex grammar to parse. And there’s none of the phony folksiness you get from the Dems, none of the sho-nuffs and y’alls from a Hillary. To many ordinary Americans, Trump represents the promise of America as a land where everyone should have an opportunity to make it to the top if he works hard enough. These are the folks who gave the last election to Barak Obama because he made this promise, and now they’re disillusioned. (…) Many Ruling Class Republicans seem to suffer from Trump Derangement Syndrome. To these folks, the Trump-Kelly dust-up was the last straw. Writing in the Post, Jennifer Rubin bellyaches that Trump “whines,” “bellyaches,” and “complains.” Even (gasp!) “during the debate.” Trump had the unmitigated chutzpah to call out a member of the sacred media priesthood when she was behaving unprofessionally towards him. Genteel Republicans don’t do that. As is his wont, Trump readily admits the obvious. “I’m the most fabulous whiner…. and I keep whining and whining until I win.” And win he did, Most candidates beg the media to cover them. The reverse is true with Trump. After the dust-up with Kelly, it was Trump who black-listed Fox when he was doing the Sunday news shows, and Fox begged him to come back and make up. Wanna bet that in the future a debate moderator will think twice before treating Trump unfairly? (…) George Will is not the only Ruling Class Republican to express contempt for Donald Trump. And some express even more contempt for those who like him. Writing for National Review Online, Charles C. Cooke calls Trump a “virus.” (What is it with these misophobics?) and those who like him are ill, infected. You can recognize them because “by their dull, unreflective, often ovine behavior, they resemble binary and nuanceless drones.” Nuanceless? Choosing Trump for the presidential nomination, explains Cooke, is “comparable…to a person’s choosing a disabled man to run in a marathon.” Who would do something like that? Oh, wait. The disabled do compete in marathons, and have done so with pride since 1972. I’m sure that Cooke didn’t intend to diss the disabled. The problem for Ruling Class Conservatives like Will and Cooke, is that the Left has emasculated them. They tremble lest they let slip a faux pas that the Left can jump upon. They must at all times show that their Conservatism is “intellectually respectable and politically palatable,” and worry that Trump will make them look bad to the Liberals and their media. They are unable to grasp the fact that, notwithstanding all their efforts, the Left will never regard them as respectable and palatable. To achieve that goal, they must first become Liberals themselves. Trump makes it clear that he doesn’t give a damn what Liberals think of us. And everyday people of all political persuasions applaud when he stands up to the self-important elitist media, just as they did with Newt Gingrich in 2012. It’s time for the Right to man-up. Emulate Donald Trump and the Canadians. Esther Goldberg
After the election, in liberal, urban America, one often heard Trump’s win described as the revenge of the yahoos in flyover country, fueled by their angry “isms” and “ias”: racism, anti-Semitism, nativism, homophobia, Islamophobia, and so on. Many liberals consoled themselves that Trump’s victory was the last hurrah of bigoted, Republican white America, soon to be swept away by vast forces beyond its control, such as global migration and the cultural transformation of America into something far from the Founders’ vision. As insurance, though, furious progressives also renewed calls to abolish the Electoral College, advocating for a constitutional amendment that would turn presidential elections into national plebiscites. Direct presidential voting would shift power to heavily urbanized areas—why waste time trying to reach more dispersed voters in less populated rural states?—and thus institutionalize the greater economic and cultural clout of the metropolitan blue-chip universities, the big banks, Wall Street, Silicon Valley, New York–Washington media, and Hollywood, Democrat-voting all. Barack Obama’s two electoral victories deluded the Democrats into thinking that it was politically wise to jettison their old blue-collar appeal to the working classes, mostly living outside the cities these days, in favor of an identity politics of a new multicultural, urban America. Yet Trump’s success represented more than simply a triumph of rural whites over multiracial urbanites. More ominously for liberals, it also suggested that a growing minority of blacks and Hispanics might be sympathetic with a “country” mind-set that rejects urban progressive elitism. For some minorities, sincerity and directness might be preferable to sloganeering by wealthy white urban progressives, who often seem more worried about assuaging their own guilt than about genuinely understanding people of different colors. Trump’s election underscored two other liberal miscalculations. First, Obama’s progressive agenda and cultural elitism prevailed not because of their ideological merits, as liberals believed, but because of his great appeal to urban minorities in 2008 and 2012, who voted in solidarity for the youthful first African-American president in numbers never seen before. That fealty wasn’t automatically transferable to liberal white candidates, including the multimillionaire 69-year-old Hillary Clinton. Obama had previously lost most of America’s red counties, but not by enough to keep him from winning two presidential elections, with sizable urban populations in Wisconsin, Michigan, Ohio, and Pennsylvania turning out to vote for the most left-wing presidential candidate since George McGovern. Second, rural America hadn’t fully raised its electoral head in anger in 2008 and 2012 because it didn’t see the Republican antidotes to Obama’s progressive internationalism as much better than the original malady. Socially moderate establishmentarians like the open-borders-supporting John McCain or wealthy businessman Mitt Romney didn’t resonate with the spirit of rural America—at least not enough to persuade millions to come to the polls instead of sitting the elections out. Trump connected with these rural voters with far greater success than liberals anticipated. Urban minorities failed in 2016 to vote en bloc, in their Obama-level numbers; and rural Americans, enthused by Trump, increased their turnout, so that even a shrinking American countryside still had enough clout to win. What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness. Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world. In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior. Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed. As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully. In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity. Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office. Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality. To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals. Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America. Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns. In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history. Victor Davis Hanson
Né à Detroit dans les années 1950, j’ai grandi dans une famille où personne n’avait fréquenté l’université. Lorsque j’ai obtenu une bourse pour l’université du Michi­gan, j’ai été confronté à un snobisme de gauche qui méprisait la classe ouvrière, son attache­ment à la famille, la religion. Cette gauche caviar a suscité chez moi une forte réaction. Mark Lilla
Une des nombreuses leçons à tirer de la présidentielle américaine et de son résultat détestable, c’est qu’il faut clore l’ère de la gauche « diversitaire ». Hillary Clinton n’a jamais été aussi excellente et stimulante que lorsqu’elle évoquait l’engagement des États-Unis dans les affaires du monde et en quoi il est lié à notre conception de la démocratie. En revanche, dès qu’il s’agissait de politique intérieure, elle n’avait plus la même hauteur de vue et tendait à verser dans le discours de la diversité, en en appelant explicitement à l’électorat noir, latino, féminin et LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans). Elle a commis là une erreur stratégique. Tant qu’à mentionner des groupes aux États-Unis, mieux vaut les mentionner tous. Autrement, ceux que l’on a oubliés s’en aperçoivent et se sentent exclus. C’est exactement ce qui s’est passé avec les Blancs des classes populaires et les personnes à fortes convictions religieuses. Pas moins des deux tiers des électeurs blancs non diplômés du supérieur ont voté pour Donald Trump, de même que plus de 80 % des évangéliques blancs. (…) l’obsession de la diversité à l’école et dans la presse a produit à gauche une génération de narcissiques, ignorant le sort des personnes n’appartenant pas aux groupes auxquels ils s’identifient, et indifférents à la nécessité d’être à l’écoute des Américains de toutes conditions. Dès leur plus jeune âge, nos enfants sont incités à parler de leur identité individuelle, avant même d’en avoir une. Au moment où ils entrent à l’université, beaucoup pensent que le discours politique se réduit au discours de la diversité, et on est consterné de voir qu’ils n’ont pas d’avis sur des questions aussi éternelles que les classes sociales, la guerre, l’économie et le bien commun. L’enseignement de l’histoire dans les écoles secondaires en est grandement responsable, car les programmes adoptés plaquent sur le passé le discours actuel de l’identité et donnent une vision déformée des grandes forces et des grands personnages qui ont façonné notre pays (les conquêtes du mouvement pour les droits des femmes, par exemple, sont réelles et importantes, mais on ne peut les comprendre qu’à la lumière des accomplissements des Pères fondateurs, qui ont établi un système de gouvernement fondé sur la garantie des droits). Quand les jeunes entrent à l’université, ils sont incités à rester centrés sur eux-mêmes par les associations étudiantes, par les professeurs ainsi que par les membres de l’administration qui sont employés à plein temps pour gérer les « questions de diversité » et leur donner encore plus d’importance. La chaîne Fox News et d’autres médias de droite adorent railler la « folie des campus » autour de ces questions, et il y a le plus souvent de quoi. Cela fait le jeu des démagogues populistes qui cherchent à délégitimer le savoir aux yeux de ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur un campus. Comment expliquer à l’électeur moyen qu’il y a censément urgence morale à accorder aux étudiants le droit de choisir le pronom personnel par lequel ils veulent être désignés ? Comment ne pas rigoler avec ces électeurs quand on apprend qu’un farceur de l’université du Michigan a demandé à se faire appeler « Sa majesté » ? Cette sensibilité à la diversité sur les campus a déteint sur les médias de gauche, et pas qu’un peu. L’embauche de femmes et de membres des minorités au titre de la discrimination positive dans la presse écrite et l’audiovisuel est une formidable avancée sociale – et cela a même transformé le visage des médias de droite. Mais cela a aussi contribué à donner le sentiment, surtout aux jeunes journalistes et rédacteurs en chef, qu’en traitant de l’identité ils avaient accompli leur travail. (…) Combien de fois, par exemple, nous ressert-on le sujet sur le « premier ou la première X à faire Y » ? La fascination pour les questions d’identité se retrouve même dans la couverture de l’actualité internationale qui est, hélas, une denrée rare. Il peut être intéressant de lire un article sur le sort des personnes transgenre en Égypte, par exemple, mais cela ne contribue en rien à informer les Américains sur les puissants courants politiques et religieux qui détermineront l’avenir de l’Égypte et, indirectement, celui de notre pays. (…) Mais c’est au niveau de la stratégie électorale que l’échec de la gauche diversitaire a été le plus spectaculaire, comme nous venons de le constater. En temps normal, la politique nationale n’est pas axée sur ce qui nous différencie mais sur ce qui nous unit. Et nous choisissons pour la conduire la personne qui aura le mieux su nous parler de notre destin collectif. Ronald Reagan a été habile à cela, quoiqu’on pense de sa vision. Bill Clinton aussi, qui a pris exemple sur Reagan. Il s’est emparé du Parti démocrate en marginalisant son aile sensible aux questions d’identité, a concentré son énergie sur des mesures de politique intérieure susceptibles de bénéficier à l’ensemble de la population (comme l’assurance-maladie) et défini le rôle des États-Unis dans le monde d’après la chute du mur de Berlin. En poste pour deux mandats, il a ainsi été en mesure d’en faire beaucoup pour différentes catégories d’électeurs membres de la coalition démocrate. La politique de la différence est essentiellement expressive et non persuasive. Voilà pourquoi elle ne fait jamais gagner des élections – mais peut en faire perdre. L’intérêt récent, quasi ethnologique, des médias pour l’homme blanc en colère en dit autant sur l’état de la gauche américaine que sur cette figure tant vilipendée et, jusqu’ici, dédaignée. Pour la gauche, une lecture commode de la récente élection présidentielle consisterait à dire que Donald Trump a gagné parce qu’il a réussi à transformer un désavantage économique en colère raciste – c’est la thèse du whitelash, du retour de bâton de l’électorat blanc. C’est une lecture commode parce qu’elle conforte un sentiment de supériorité morale et permet à la gauche de faire la sourde oreille à ce que ces électeurs ont dit être leur principale préoccupation. Cette lecture alimente aussi le fantasme selon lequel la droite républicaine serait condamnée à terme à l’extinction démographique – autrement dit, que la gauche n’a qu’à attendre que le pays lui tombe tout cuit dans l’assiette. Le pourcentage étonnamment élevé du vote latino qui est allé à M. Trump est là pour nous rappeler que plus des groupes ethniques sont établis depuis longtemps aux États-Unis, moins leur comportement électoral est homogène. Enfin, la thèse du whitelash est commode parce qu’elle disculpe la gauche de ne pas avoir vu que son obsession de la diversité incitait les Américains blancs, ruraux, croyants, à se concevoir comme un groupe défavorisé dont l’identité est menacée ou bafouée. Ces personnes ne réagissent pas contre la réalité d’une Amérique multiculturelle (en réalité, elles ont tendance à vivre dans des régions où la population est homogène). Elles réagissent contre l’omniprésence du discours de l’identité, ce qu’elles appellent le « politiquement correct ». La gauche ferait bien de garder à l’esprit que le Ku Klux Klan est le plus ancien mouvement identitaire de la vie politique américaine, et qu’il existe toujours. Quand on joue au jeu de l’identité, il faut s’attendre à perdre. Il nous faut une gauche postdiversitaire, qui s’inspire des succès passés de la gauche prédiversitaire. Cette gauche-là s’attacherait à élargir sa base en s’adressant aux Américains en leur qualité d’Américains et en privilégiant les questions qui concernent une vaste majorité d’entre eux. Elle parlerait à la nation en tant que nation de citoyens qui sont tous dans le même bateau et doivent se serrer les coudes. Pour ce qui est des questions plus étroites et symboliquement très chargées qui risquent de faire fuir des électeurs potentiels, notamment celles qui touchent à la sexualité et à la religion, cette gauche-là procéderait doucement, avec tact et sens de la mesure. Les enseignants acquis à cette gauche-là se recentreraient sur la principale responsabilité politique qui est la leur dans une démocratie : former des citoyens engagés qui connaissent leur système politique ainsi que les grandes forces et les principaux événements de leur histoire. Cette gauche postdiversitaire rappellerait également que la démocratie n’est pas qu’une affaire de droits ; elle confère aussi des devoirs à ses citoyens, par exemple le devoir de s’informer et celui de voter. Une presse de gauche postdiversitaire commencerait par s’informer sur les régions du pays dont elle a fait peu de cas, et sur les questions qui les préoccupent, notamment la religion. Et elle s’acquitterait avec sérieux de sa responsabilité d’informer les Américains sur les grandes forces qui régissent les relations internationales. J’ai été invité il y a quelques années à un congrès syndical en Floride pour parler du célèbre discours du président Franklin D. Roosevelt de 1941 sur les quatre libertés. La salle était bondée de représentants de sections locales – hommes, femmes, Noirs, Blanc, Latinos. Nous avons commencé par chanter l’hymne national puis nous nous sommes assis pour écouter un enregistrement du discours de Roosevelt. J’observais la diversité des visages dans l’assistance et j’étais frappé de voir à quel point ces personnes si différentes étaient concentrées sur ce qui les rassemblait. Et, en entendant Roosevelt invoquer d’une voix vibrante la liberté d’expression, la liberté de culte, la liberté de vivre à l’abri du besoin et la liberté de vivre à l’abri de la peur – des libertés qu’il réclamait « partout dans le monde » – cela m’a rappelé quels étaient les vrais fondements de la gauche américaine moderne. Mark Lilla
Dix jours à peine après l’élection de Trump, Lilla publie une tribune dans le New York Times, où il étrille la célébration univoque de la diversité par l’élite intellectuelle progressiste comme principale cause de sa défaite face à Trump. «Ces dernières années, la gauche américaine a cédé, à propos des identités ethniques, de genre et de sexualité, à une sorte d’hystérie collective qui a faussé son message au point de l’empêcher de devenir une force fédératrice capable de gouverner […], estime-t-il. Une des nombreuses leçons à tirer de la présidentielle américaine et de son résultat détestable, c’est qu’il faut clore l’ère de la gauche diversitaire.» De cette diatribe à succès, l’universitaire a fait un livre tout aussi polémique, The Once and Future Liberal. After Identity Politics, dont la traduction française vient d’être publiée sous le titre la Gauche identitaire. L’Amérique en miettes (Stock). Un ouvrage provocateur destiné à sonner l’alerte contre le «tournant identitaire» pris par le Parti démocrate sous l’influence des «idéologues de campus», «ces militants qui ne savent plus parler que de leur différence.» «Une vision politique large a été remplacée par une pseudo-politique et une rhétorique typiquement américaine du moi sensible qui lutte pour être reconnu», développe Lilla. Dans son viseur : les mouvements féministes, gays, indigènes ou afro comme Black Lives Matter («le meilleur moyen de ne pas construire de solidarité»). Bref, tout ce qui est minoritaire et qui s’exprime à coups d’occupation de places publiques, de pétitions et de tribunes dans les journaux est fautif à ses yeux d’avoir fragmenté la gauche américaine. L’essayiste situe l’origine de cette «dérive» idéologique au début des années 70, lorsque la Nouvelle Gauche interprète «à l’envers» la formule «le privé est politique», considérant que tout acte politique n’est rien d’autre qu’une activité personnelle. Ce «culte de l’identité» et des «particularismes» issus de la révolution culturelle et morale des Sixties a convergé avec les révolutions économiques sous l’ère Reagan pour devenir «l’idéologie dominante.» «La politique identitaire, c’est du reaganisme pour gauchiste», résume cet adepte de la «punchline» idéologico-politique. Intellectuel au profil hybride, combattant à la fois la pensée conservatrice et la pensée progressiste, Lilla agace plus à gauche qu’à droite où sa dénonciation de «l’idéologie de la diversité», de «ses limites» et «ses dangers» est perçue comme l’expression ultime d’un identitarisme masculin blanc. Positionnement transgressif qu’on ferait volontiers graviter du côté de la «nouvelle réaction», ce qu’il réfute. (…) L’essai de Lilla peut se lire comme un avertissement lancé à la gauche intellectuelle française, aujourd’hui divisée entre «républicanistes» et « décoloniaux ». Libération
Notre situation est parfaitement paradoxale. Jamais les ennemis de l’Union européenne n’ont eu à ce point le sentiment de toucher au but, de presque en voir la fin, et cependant jamais, je le crois, les peuples d’Europe n’ont été plus sérieusement, plus gravement attachés à l’Union. Quel malentendu! Voilà bien l’un des plus fâcheux résultats de notre incapacité à discuter, de notre nouvelle inclination pour la simplification à outrance des points de vue. L’hypothèse d’un repli nationaliste procède d’une erreur d’interprétation. Il n’y a pas de demande de repli nationaliste, mais une demande de protection, de régulation politique, de contrôle du cours des choses. C’est une demande de puissance publique qui ne heurte pas l’idée européenne. C’est en refusant de répondre à cette demande éminemment légitime et recevable que l’Union finira par conduire les Européens à revenir, la mort dans l’âme, au dogme nationaliste. (…) Trump marque le retour d’une figure classique mais oubliée chez nous, celle de l’homme d’État qui n’a d’intérêt que pour son pays. Il assume une politique de puissance. (…) [ souligner le clivage avec l’Europe de l’Est] C’est un risque politique, sur le plan national comme sur le plan européen. (…) La double défaite signifierait a posteriori l’imprudence du pari et pèserait sur les deux niveaux, européen et national en affaiblissant dangereusement le président. (…) Du côté des gouvernements, cessons de surjouer l’opposition frontale. (…) nous devons accepter cet attachement viscéral des Européens à leur patrimoine immatériel, leur manière de vivre, leur souveraineté, parfois si récente ou retrouvée depuis si peu et si chèrement payée. Dominique Reynié
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…) C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %. Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social. Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. Christophe Guilluy
La société ouverte (…), c’est la grande fake news de la mondialisation. Quand on regarde les choses de près, les gens qui vendent le plus la société ouverte sont ceux qui vivent dans le plus grand grégarisme social, ceux qui contournent le plus la carte scolaire, ceux qui vivent dans l’entre-soi et qui font des choix résidentiels qui leur permettent à la fin de tenir le discours de la société ouverte puisque de toute façon, ils ont, eux, les moyens de la frontière invisible. Et précisément, ce qui est à l’inverse la situation des catégories modestes, c’est qu’elles n’ont pas les moyens de la frontière invisible. Ca n’en fait pas des xénophobes ou des gens qui sont absolument contre l’autre. Ca fait simplement des gens qui veulent qu’un Etat régule. Christophe Guilluy
Que nous dit Christophe Guilluy ? Que la scission est aujourd’hui consommée entre une élite déconnectée et une classe populaire précarisée. Et que la classe moyenne, qu’il définit comme « une classe majoritaire dans laquelle tout le monde était intégré, de l’ouvrier au cadre », est un champ de ruines. Ce dernier point est affirmé, répété, martelé, « implosion d’un modèle qui n’intègre plus les classes populaires, qui constituaient, hier, le socle de la classe moyenne occidentale et en portait les valeurs ». Dès lors, les groupes sociaux en présence « ne font plus société ». C’est là le sens du titre, « No Society », reprise qui n’a rien d’innocente d’un aphorisme de feu la Première ministre britannique Margaret Thatcher – déjà responsable du célèbre Tina, « There is no alternative » –, dont la politique néolibérale agressive, véritable plan de casse sociale dans les années 1980, définit toujours le modèle outre-Manche. Guilluy se fait lanceur d’alerte. Il constate, à l’instar de l’économiste Thomas Piketty, dont il cite les travaux à plusieurs reprises, le fossé toujours plus large qui sépare les catégories les plus aisées, des classes défavorisées. Une situation qui induit une nouvelle géographie sociale et politique. Et explique, selon lui, l’insécurité culturelle s’ajoutant à l’insécurité sociale, la vague populiste qui balaie la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne, les États-Unis et aujourd’hui le Brésil. Pour l’auteur, comme pour d’autres analystes, l’élection de Trump n’est pas un accident, mais l’aboutissement d’un processus que les élites, drapées dans « un mépris de classe », auraient voulu renvoyer aux marges. Ce qui fâche politiques, chefs d’entreprise et médias ? Cette propension à mettre tout le monde dans le même sac, tous complices de défendre, « au nom du bien commun », une idéologie néolibérale jugée destructrice. Et de masquer les vrais problèmes à l’aide d’éléments de langage. Guilluy conspue les 0,1 %, ces superpuissances économiques, tentées par l’anarcho-capitalisme, qui siphonnent les richesses mondiales. Tout comme il rejette la métropolisation des territoires, encouragée par l’Europe, qui tend à concentrer les créations d’emplois dans les zones urbaines, alors même que les classes populaires en sont rejetées par le coût du logement et une fiscalité dissuasive. Effondrement du modèle intégrateur, ascenseur social en berne… Cette France à qui on demande de traverser la rue attend vainement, selon lui, que le feu repasse au vert pour elle. Guilluy la crédite cependant d’un « soft power », capacité, amplifiée par les réseaux sociaux, à remettre sur la table les sujets qui fâchent, ceux-là mêmes que les élites aimeraient conserver sous le tapis. Une donnée que les tribuns populistes, de droite comme de gauche, ont bien intégrée, s’en faisant complaisamment chambre d’écho. Sud Ouest
The slide in his popularity – Macron is now more unpopular than his predecessor, François Hollande, at the same stage – is a dire warning to “globalists”. It comes at a time when Trump’s popularity among his voters is relatively stable by comparison and the American economy is growing. Macron’s fate could have far-reaching consequences for Europe’s political future. What makes the contrast between Trump’s and Macron’s fortunes so striking is that the two presidents have so much in common. Both found electoral success by breaking free of their own side: Macron from the left and Trump from mainstream Republicanism; they both moved beyond the old left-right divide. Both realised that we were seeing the disappearance of the old western middle class. Both grasped that, for the first time in history, the working people who make up the solid base of the lower middle classes live, for the most part, in regions that now generate the fewest jobs. It is in the small or middling towns and vast stretches of farmland that skilled workers, the low-waged, small farmers and the self-employed are concentrated. These are the regions in which the future of western democracy will be decided. But the similarities end there. While Trump was elected by people in the heartlands of the American rustbelt states, Macron built his electoral momentum in the big globalised cities. While the French president is aware that social ties are weakening in the regions, he believes that the solution is to speed up reform to bring the country into line with the requirements of the global economy. Trump, by contrast, concluded that globalisation was the problem, and that the economic model it is based on would have to be reined in (through protectionism, limits on free trade agreements, controls on immigration, and spending on vast public infrastructure building) to create jobs in the deindustrialised parts of the US. It could be said that to some extent both presidents are implementing the policies they were elected to pursue. Yet, while Trump’s voters seem satisfied, Macron’s appear frustrated. Why is there such a difference? This has as much to do with the kind of voters involved as the way the two presidents operate politically. Trump speaks to voters who constitute a continuum, that of the old middle class. It is a body of voters with clearly expressed demands – most call for the creation of jobs, but they also want the preservation of their social and cultural model. Macron’s problem, on the other hand, is that his electorate consists of different elements that are hard to keep together. The idea that Macron was elected just by the big city “winners” isn’t accurate: he also attracted the support of many older voters who are not especially receptive to the economic and societal changes the president’s revolution demands.This holds true throughout Europe. Those who support globalisation often tend to forget a vital fact: the people who vote for them aren’t just the ones on the winning side in the globalisation stakes or part of the new, cool bourgeoisie in Paris, London or New York, but are a much more heterogeneous group, many of whom are sceptical about the effects of globalisation. In France, for example, most of Macron’s support came in the first instance from the ranks of pensioners and public sector workers who had been largely shielded from the effects of globalisation. (…) These developments are an illustration of the political difficulty that Europe’s globalising class now finds itself in. From Angela Merkel to Macron, the advocates of globalisation are now relying on voters who cling to a social model that held sway during the three decades of postwar economic growth. Thus their determination to accelerate the adaptation of western societies to globalisation automatically condemns them to political unpopularity. Locked away in their metropolitan citadels, they fail to see that their electoral programmes no longer meet the concerns of more than a tiny minority of the population – or worse, of their own voters. They are on the wrong track if they think that the “deplorables” in the deindustrialised states of the US or the struggling regions of France will soon die out. Throughout the west, people in “peripheral” regions still make up the bulk of the population. Like it or not, these areas continue to represent the electoral heartlands of western democracies. Christophe Guilluy
La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. (…)  En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille. (…) On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives. (…)  ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés. (…) Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. (…) L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés. (…) Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés». (…) Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir. Christophe Guilluy
Les pays de l’OCDE, et plus encore les démocraties occidentales, répondent pleinement au projet que la Dame de fer appelait de ses vœux. Partout, trente ans de mondialisation ont agi comme une concasseuse du pacte social issu de l’après-guerre. La fin de la classe moyenne occidentale est actée. Et pas seulement en France. Les poussées de populisme aux Etats-Unis, en Italie, et jusqu’en Suède, où le modèle scandinave de la social-démocratie n’est désormais plus qu’une sorte de zombie, en sont les manifestations les plus évidentes. Personne n’ose dire que la fête est finie. On se rassure comme on peut. Le monde académique, le monde politique et médiatique, chacun constate la montée des inégalités, s’inquiète de la hausse de la dette, de celle du chômage, mais se rassure avec quelques points de croissance, et soutient que l’enjeu se résume à la question de l’adaptabilité. Pas celle du monde d’en haut. Les gagnants de la mondialisation, eux, sont parfaitement adaptés à ce monde qu’ils ont contribué à forger. Non, c’est aux anciennes classes moyennes éclatées, reléguées, que s’adresse cette injonction d’adaptation à ce nouveau monde. Parce que, cahin-caha, cela marche, nos économies produisent des inégalités, mais aussi plus de richesses. Mais faire du PIB, ça ne suffit pas à faire société. (…) Election de Trump, Brexit, arrivée au pouvoir d’une coalition improbable liant les héritiers de la Ligue du Nord à ceux d’une partie de l’extrême gauche en Italie. De même qu’il y a une France périphérique, il y a une Amérique périphérique, un Royaume-Uni périphérique, etc. La périphérie, c’est, pour faire simple, ces territoires autour des villes-mondes, rien de moins que le reste du pays. L’agglomération parisienne, le Grand-Londres, les grandes villes côtières américaines, sont autant de territoires parfaitement en phase avec la mondialisation, des sortes de Singapour. Sauf que, contrairement à cette cité-Etat, ces territoires disposent d’un hinterland, d’une périphérie. L’explosion du prix de l’immobilier est la traduction la plus visible de cette communauté de destin de ces citadelles où se concentrent la richesse, les emplois à haute valeur ajoutée, où le capital culturel et financier s’accumule. Cette partition est la traduction spatiale de la notion de ruissellement des richesses du haut vers le bas, des premiers de cordée vers les autres. Dans ce modèle, la richesse créée dans les citadelles doit redescendre vers la périphérie. Trente ans de ce régime n’ont pas laissé nos sociétés intactes. Ce sont d’abord les ouvriers et les agriculteurs qui ont été abandonnés sur le chemin, puis les employés, et c’est maintenant au tour des jeunes diplômés d’être fragilisés. Les plans sociaux ne concernent plus seulement l’industrie mais les services, et même les banques… Dans les territoires de cette France périphérique, la dynamique dépressive joue à plein : à l’effondrement industriel succède celui des emplois présentiels lequel provoque une crise du commerce dans les petites villes et les villes moyennes. Les gens aux Etats-Unis ou ailleurs ne se sont pas réveillés un beau matin pour se tourner vers le populisme. Non, ils ont fait un diagnostic, une analyse rationnelle : est-ce que ça marche pour eux ou pas. Et, rationnellement, ils n’ont pas trouvé leur compte. Et pas que du point de vue économique. S’il y a une exception française, c’est la victoire d’Emmanuel Macron, quand partout ailleurs les populistes semblent devoir l’emporter. (…) Emmanuel Macron est le candidat du front bourgeois. A Paris, il n’est pas anodin que les soutiens de François Fillon et les partisans de La Manif pour tous du XVIe arrondissement aient voté à 87,3 % pour le candidat du libéralisme culturel, et que leurs homologues bobos du XXe arrondissement, contempteurs de la finance internationale, aient voté à 90 % pour un banquier d’affaires. Mais cela ne fait pas une majorité. Si Emmanuel Macron l’a emporté, c’est qu’il a reçu le soutien de la frange encore protégée de la société française que sont les retraités et les fonctionnaires. Deux populations qui ont lourdement souffert au Royaume-Uni par exemple, comme l’a traduit leur vote pro-Brexit. Et c’est bien là le drame qui se noue en France. Car, parmi les derniers recours dont dispose la technocratie au pouvoir pour aller toujours plus avant vers cette fameuse adaptation, c’est bien de faire les poches des retraités et des fonctionnaires. Emmanuel Macron applique donc méticuleusement ce programme. Il semble récemment pris de vertige par le risque encouru pour les prochaines élections, comme le montre sa courbe de popularité, laquelle se trouve sous celle de François Hollande à la même période de leur quinquennat. Un autre levier, déjà mis en branle par Margaret Thatcher puis par les gouvernements du New Labour de Tony Blair, est la fin de l’universalité de la redistribution et la concentration de la redistribution. Sous couvert de faire plus juste, et surtout de réduire les transferts sociaux, on réduit encore le nombre de professeurs, mais on divise les classes de ZEP en deux, on limite l’accès des classes populaires aux HLM pour concentrer ce patrimoine vers les franges les plus pauvres, et parfois non solvables. De quoi fragiliser le modèle de financement du logement social en France, déjà mis à mal par les dernières réformes, et ouvrir la porte à sa privatisation, comme ce fut le cas dans l’Angleterre thatchérienne. (…) Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire dix fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
En 2016, Hillary Clinton traitait les électeurs de son opposant républicain, c’est-à-dire l’ancienne classe moyenne américaine déclassée, de « déplorables ». Au-delà du mépris de classe que sous-tend une expression qui rappelle celle de l’ancien président français François Hollande qui traitait de « sans-dents » les ouvriers ou employés précarisés, ces insultes (d’autant plus symboliques qu’elles étaient de la gauche) illustrent un long processus d’ostracisation d’une classe moyenne devenue inutile.  (…) Depuis des décennies, la représentation d’une classe moyenne triomphante laisse peu à peu la place à des représentations toujours plus négatives des catégories populaires et l’ensemble du monde d’en haut participe à cette entreprise. Le monde du cinéma, de la télévision, de la presse et de l’université se charge efficacement de ce travail de déconstruction pour produire en seulement quelques décennies la figure répulsive de catégories populaires inadaptées, racistes et souvent proches de la débilité. (…) Des rednecks dégénérés du film « Deliverance » au beauf raciste de Dupont Lajoie, la figure du « déplorable » s’est imposée dès les années 1970 dans le cinéma. La télévision n’est pas en reste. En France, les années 1980 seront marquées par l’émergence de Canal +, quintessence de ll’idéologie libérale-libertaire dominante. (…) De la série « Les Deschiens », à la marionnette débilitante de Johnny Hallyday des Guignols de l’info, c’est en réalité toute la production audiovisuelle qui donne libre cours à son mépris de classe. Christophe Guilluy
Étant donné l’état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des caommunautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. Christophe Guilluy
La réalisation [de « Dupont Lajoie »] ne se fit pas sans difficultés. Le film s’inspire en partie de la vague de meurtres racistes commis dans le sud de la France au début des années 1970, notamment à Marseille durant l’été 1973, mais également d’un fait divers réel s’étant déroulé à Grasse. Le sujet est encore très sensible dans le Var où Boisset souhaite tourner. Ses autorisations de tournage sont souvent retirées, et l’agressivité reste présente autour de l’équipe. (…) Le groupe extrémiste Charles Martel (qui a été notamment l’auteur d’un attentat à la bombe à Marseille en 1973) menace l’équipe de Boisset. Le camping, principal lieu de tournage, est caillassé, et reçoit même des grenades et des cocktails Molotov. Les figurants devant jouer les Maghrébins ne trouvent pas de logement, et l’acteur Mohamed Zinet est même agressé par un groupe de quatre personnes ; hospitalisé, il ne reprendra pas le tournage. Les figurants « blancs », bien que connaissant le scénario, auraient troqué leurs accessoires contre de vrais gourdins, supposant que leurs homologues maghrébins ont quelque chose à se reprocher. La censure veut l’interdire aux moins de seize ans, sauf si Boisset accepte trois coupes : une scène de dialogue, et deux plans (les images où l’on voit le sexe d’Isabelle Huppert, et celui où la tête de la victime de la ratonnade heurte le pavé). Boisset accepte sans sourciller : les plans n’existent pas dans le film, les scènes n’étant que suggérées par la mise en scène. Le film sort dans les salles en février 1975. Mal accueilli par ceux qui ne voulaient voir que l’aspect polémique du sujet, il est parfois soumis au refus des exploitants de salle, qui refusent de le diffuser, comme le patron du cinéma Pathé de la place Clichy, qui craint que le public arabe attiré par le film ne fasse fuir ses « habitués ». Les salles connaissent également des échauffourées à la sortie des séances. Ce film fut aussi un grand succès public, et l’œuvre la plus importante d’Yves Boisset. Il proposait une peinture sans complaisance de gens ordinaires, qui collectivement se laissent gagner par la haine raciste. Caricature et réalisme s’y confondent sans qu’il soit possible de les démêler. La qualité de la distribution assura le succès du film : Carmet en meurtrier lâche et raciste, Lanoux en fier à bras, beauf et ancien d’Algérie, des acteurs généralement sympathiques Marielle, Peyrelon, interprétant avec justesse des personnages aussi odieux qu’ordinaires, archétypes du fameux « Français moyen ». L’animation et jeu Intercamping animé par Léo Tartaffione (Jean-Pierre Marielle) était largement inspirée de l’émission télévisée Intervilles, le nom lui-même de Léo Tartaffione rappelant celui de Léon Zitrone. Wikipedia
Les Deschiens ont un style très personnel et reconnaissable : décor minimaliste (fond de couleur unie, très peu voire aucun élément de mobilier), costumes au kitsch volontaire (vêtements surannés, couleurs démodées, matières bon marché), cadrage immuable (séquences réalisées en plan fixe et en plan séquence). Les dialogues, en langage courant voire relâché, font surgir l’absurde dans le quotidien de personnages incarnant un certain bon sens populaire, mais dont l’ignorance ou l’étroitesse d’esprit vire souvent au burlesque. Les Deschiens font un usage comique des accents régionaux, chaque comédien représentant les stéréotypes d’une région. Ainsi, François Morel et Olivier Saladin représentent la Normandie (Orne pour François Morel et Seine-Maritime pour Olivier Saladin), Bruno Lochet la Sarthe, Philippe Duquesne le Nord-Pas-de-Calais, et Yolande Moreau la Belgique. M. Morel : c’est le personnage principal de la série. Il est extrêmement rationnel, attaché à la vie quotidienne, et n’entend jamais utiliser la technologie moderne. C’est le stéréotype du Français « moyen » et il est hermétique à la culture (principalement aux livres). M. Saladin : c’est un ami de M. Morel avec lequel il discute de toutes sortes de sujets. Il est la plupart du temps dans l’ombre de M. Morel et il cherche toujours à exprimer ses idées, bien qu’il ait du mal à les faire clairement comprendre. Yolande : la femme de M. Morel. Elle suit souvent les préceptes de son mari sur l’éducation de leurs enfants. Elle représente elle aussi un stéréotype : celui de la femme au foyer inculte. Olivier : le fils de M. Morel et de Yolande. Il essaye sans cesse de se cultiver en lisant des ouvrages de littérature classique (Gide, Yourcenar…) au grand dam de ses parents qui l’obligent à avoir des activités moins intellectuelles. Atmen « Atemen » Kelif : c’est « l’arabe de service » qui se fait maltraiter verbalement et physiquement par M. Morel et M. Duquesne. (…) Les auteurs des Deschiens ont été accusés de brocarder la France d’en-bas. François Morel a dit ne pas comprendre qu’on les ait en partie tenus responsables de l’échec de Lionel Jospin en 2002 parce qu’ils auraient « déculpabilisé la gauche bobo enfin autorisée à se moquer des pauvres ». Il attribue ce malentendu à leur réussite qui entraîne des commentaires mettant davantage en avant la portée politique de leurs sketchs que l’aspect humoristique. Gérard Guégan reproche aux Deschiens (et à « l’humour Canal+ » de cette époque) de rendre grotesque par la parodie une seule classe sociale : les ouvriers. Toutefois, les acteurs défendent une démarche théâtrale qui ne vise pas à stigmatiser les « petites gens », bien plutôt, à travers un miroir déformant, à nous renvoyer tous à l’aspect dérisoire de notre vie. Wikipedia
An old man with a straw hat and work shirt appeared at Lewis’ window, talking in. He looked like a hillbilly in some badly cast movie, a character actor too much in character to be believed. I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place. (…) There is always something wrong with people in the country, I thought. In the comparatively few times I had ever been in the rural South I had been struck by the number of missing fingers. Offhand, I had counted around twenty, at least. There had also been several people with some form of crippling or twisting illness, and some blind or one-eyed. No adequate medical treatment maybe. But there was something else. You’d think that farming was a healthy life, with fresh air and fresh food and plenty of exercise, but I never saw a farmer who didn’t have something wrong with him, and most of the time obviously wrong. The catching of an arm in a tractor park somewhere off in the middle of a field where nothing happened but that the sun blazed back more fiercely down the open mouth of one’s screams. And so many snakebites deep in the woods as one stepped over a rotten log, so many domestic animals suddenly turning and crushing one against the splintering side of a barn stall. I wanted none of it, and I didn’t want to be around where it happened either. But I was there, and there was no way for me to escape, except by water, from the country of nine-fingered people. James Dickey
They’re buildin’ a dam across the Cahulawassee River. They’re gonna flood a whole valley, Bobby (…) Dammit, they’re drownin’ the river…Just about the last wild, untamed, unpolluted, unf–ked up river in the South. Don’t you understand what I’m sayin’?…They’re gonna stop the river up. There ain’t gonna be no more river. There’s just gonna be a big, dead lake…You just push a little more power into Atlanta, a little more air-conditioners for your smug little suburb, and you know what’s gonna happen? We’re gonna rape this whole god-damned landscape. We’re gonna rape it. (…) We didn’t lose it – we sold it. Lewis Medlock (principal protagoniste de Delivrance)
 These are the men. Nothing very unusual about them. Suburban guys like you or your neighbor. Nothing very unusual about them until they decided to spend one weekend canoeing down the Cahulawassee River. Ed Gentry – he runs an art service, his wife Martha has a boy Dean. Lewis Medlock has real estate interests, talks about resettling in New Zealand or Uruguay. Drew Ballinger – he’s sales supervisor for a soft drink company. Bobby Trippe – bachelor, insurance and mutual funds. These are the men who decided not to play golf that weekend. Instead, they sought the river. Bande-annonce de Deliverance
Deliverance (1972) is British director John Boorman’s gripping, absorbing action-adventure film about four suburban Atlanta businessmen friends who encounter disaster in a summer weekend’s river-canoeing trip. It was one of the first films with the theme of city-dwellers against the powerful forces of nature. The exciting box-office hit, most remembered for its inspired banjo duel and the brutal, violent action (and sodomy scene), was based on James Dickey’s adaptation of his own 1970 best-selling novel (his first) of the same name – he contributed the screenplay and acted in a minor part as the town sheriff. (…) The increasingly claustrophobic, downbeat film, shot in linear sequence along forty miles of a treacherous river, has been looked upon as a philosophical or mythical allegory of man’s psychological and grueling physical journey against adversity. It came during the 70s decade when many other conspiracy or corruption-related films were made with misgivings, paranoia or questioning of various societal institutions or subject areas, such as the media (i.e., Dog Day Afternoon (1975), Network (1976)), politics (i.e., The Parallax View (1974), All the President’s Men (1976)), science (i.e., Capricorn One (1977), Coma (1978), The China Syndrome (1979)), and various parts of the US itself (i.e., Race with the Devil (1975), The Hills Have Eyes (1977), and later Southern Comfort (1981)). A group of urban dwellers test their manhood and courage, totally vulnerable in the alien wild, and pit themselves against the hostile violence of nature. At times, however, they are attracted to nature, and exhilarated and joyful about their experiences in the wild. (Director Boorman pursued the same complex eco-message theme of man vs. nature in other films, including Zardoz (1973) and The Emerald Forest (1985).) As they progress further and further along in uncharted territory down the rapids, the men ‘rape’ the untouched, virginal wilderness as they are themselves violated by the pristine wilderness and its degenerate, inbred backwoods inhabitants. Survivalist skills come to the forefront when civilized standards of decency and logic fail. (…) The river is the potent personification of the complex, natural forces that propel men further and further along their paths. It tests their personal values, exhibiting the conflict between country and city, and accentuates what has been hidden or unrealized in civilized society. The adventurers vainly seek to be ‘delivered’ from the evil in their own hearts, and as in typical horror films, confront other-worldly forces in the deep woods. The flooding of the region after the completion of a dam construction project alludes to the purification and cleansing of the sins of the world by the Great Flood. The film was also interpreted as an allegory of the US’ involvement in the Vietnam War – as the men (the US military) intruded into a foreign world (Southeast Asia), and found it was raped or confronted by wild forces it couldn’t understand or control.The film opens with voice-overs of the main characters discussing the « vanishing wilderness » and the corruption of modern civilization, while the credits play over views of the flooding of one of the last untamed stretches of land, and the imminent wiping out of the entire Cahulawassee River and the small town of Aintry. (…) They leave behind their business jobs and civilized values for their « last chance » to go back to unspoiled nature for a weekend of canoeing, hunting, and fishing, in northern Georgia’s scenic Appalachian wilderness. (…) More threatening than the untamed river are two evil, violent, primitive, degenerate and hostile mountain men, a gay hillbilly (Bill McKinney) and a grizzly, toothless man (Herbert « Cowboy » Coward) armed with a 12 gauge double-barreled shotgun who suddenly appear from the woods and confront the intruders. [The wilderness isn’t populated with romantic survivalists or enobled, heroic characters as in adventure stories, but sadistic brutes.] The two inexperienced, naive adventurers, assuming that the menacing backwoodsmen (who are harrassing them) are hiding a still to manufacture bootleg whiskey, promise not to tell anyone where it is located. Even away from his urban citified element, Ed maintains an inappropriate decorum of decency and ineffectually calls the animalistic rednecks ‘gentlemen’ (…) At shotgun point, in a nightmarish and frightening sequence, the two sexually-perverted rustics viciously target them. They order them up into the woods where they tie Ed (with his own belt) to a tree. The mountain man sexually humiliates Bobby – the chubby-faced, defenseless intruder into his territory. (…) Returning home, Ed is ‘delivered’ from the malevolent horrors of nature and reunited with his wife (Belinda Beatty) and son (Charlie Boorman, the director’s son who played a major role in The Emerald Forest (1985)). The final frightening image is of Ed, snapping awake next to his wife from a vivid nightmare of his journey. He is fearfully haunted by a white, bony hand (of the murdered Mountain Man) rising above the surface of the water of the newly-flooded wilderness. The man’s stiff, outstretched hand – pointing nowhere – serves as a signpost. Ed lies back in his wife’s arms – unable to rest and experience ‘deliverance’ from his recurring nightmare of their experience with extreme violence. Filmsite
And we all know what happens to funny city people in rural Georgia. Jon Stewart (The Daily Show)
We were portrayed as ignorant, backward, scary, deviant, redneck hillbillies. That stuck with us through all these years and in fact that was probably furthest from the truth. These people up here are a very caring, lovely people.  There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again. Stanley “Butch” Darnell  (Rabun County Commissioner)
Dickey’s novel created for readers an Appalachia that served as the site of a collective ‘nightmare,’ to use a term adopted by several of Dickey’s reviewers. The rape of city men by leering ‘hicks,’ central to the novel… became almost synonymous with popular conceptions of the mountain South. (…) Dickey preferred to claim that he grew up in the mountains. He attributed his blustery aggressiveness to his ‘North Georgia folk heritage’ and averred, ‘My people are all hillbillies. I’m only second-generation city.’” [But] though Dickey’s ancestors had indeed lived in mountainous Fannin County, Georgia, they were not the plain folks he made them out to be. He failed to acknowledge that they were slaveholders and among the largest landowners and wealthiest residents of the county. Dickey’s romantic — and racist — vision of Appalachia as a place apart stayed with him his entire life. (…) The consequences of fictional representation have never been more powerful for the imagination of mountainness — or perhaps even for southernness, ruralness, and ‘primitiveness’ more generically — than in the case of ‘Deliverance. (…) Indeed, it would be difficult to overstate the thoroughness with which ‘Deliverance,’ transformed by Dickey and director John Boorman into a film classic, has imbricated itself into Americans’ understanding and worldview. From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis. (…) Southern hopes for self-promotion were evident at the film’s premiere in Atlanta. “Dickey leaned over to say to Jimmy Carter, then the governor: ‘Ain’t no junior league movie is it, Governor?’ ‘It’s pretty rough,’ Carter agreed, ‘but it’s good for Georgia.’ Carter paused. ‘It’s good for Georgia. I hope.’” Emily Satterwhite
The release of “Deliverance” was, without question, a difficult time for rural Southerners. The mountaineers of “Deliverance” were “crippled misfits and savage sodomizers of the North Georgia wilderness” who terrorize the foursome of Atlanta canoeists who simply want to run the rapids of the fictitious Cahulawassee River. Indisputably the most influential film of the modern era in shaping national perceptions of southern mountaineers and rural life in general, Deliverance’s portrayal of degenerate, imbecilic, and sexually voracious predators bred fear into several generations of Americans.  As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’” (…) The film’s infamous scenes of sodomy at gunpoint and of a retarded albino boy lustily playing his banjo became such instantly recognizable shorthand for demeaning references to rural poor whites that comedians needed to say only ‘squeal like a pig’ or hum the opening notes of the film’s guitar banjo duet to gain an immediate visceral reaction from a studio audience. (…) To (the character) Lewis (and Dickey), the mountain folk’s very backwardness and social isolation has allowed them to retain a physical and mental toughness and to preserve a code of commitment to family and kin that has long ago been lost in the rush to a commodified existence. Lewis praised the ‘values’ passed down from father to son. But all of that meaning appeared to be lost in the film. Instead, Hollywood was much more interested in the horrific tale and captivating adventure of traveling down a North Georgia river being chased by crazed hillbillies. (…) Resentment grew even while the film was being made. As word of how the mountaineers were being portrayed spread, (James Dickey’s son) Christopher Dickey, who was staying with his family in a low-budget motel and had more contact with the local residents acting or working on the set than did Boorman and the lead actors staying in chalets at a nearby golf resort, began to fear for his safety. Shaped by a century of media depictions of brutally violent mountaineers, he worried that some ‘real mountain men’ with ‘real guns’ might ‘teach some of these movie people a lesson.’” Anthony Harkins (Western Kentucky University)
The movie, « Deliverance, » made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here. Locals say the film painted the county’s residents as deviant, uneducated mountain folk. (…) But despite any negative stereotypes, the Rabun County Convention and Visitor’s Bureau says more than a quarter-million people flock to the area each year to shoot the same rapids they saw come to life on the big screen. (…) County officials say tourism brings in $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget is about $17 million. These days, the county has an 80% high school graduation rate, and its average home price is more than $300,000. (…) The area has become a playground for high-end homeowners with lakefront property in the multimillion-dollar range on places like Lake Burton, which has 62 miles of shoreline. (…) Indeed, downtown shops and art galleries convey an image far from anything portrayed in the 1972 film. Jeanne Kronsoble (…) said (…) « When people build houses and they come here, they need art on their walls. » But despite this prosperity, the 40-year pain has managed to hang on, because so many people saw a fictional film. « There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again, » Darnell said. CNN
The portrait of mountain people as toothless, sexual deviants in a “country of nine-fingered people” was too much for many Southerners to accept. (…) By the time director John Boorman brought “Deliverance” to the big screen in 1972 starring Burt Reynolds as Lewis and Jon Voight as Ed, the damage to the South’s reputation was in full force. (…) Ironically, the movie’s most memorable line, “Squeal like a pig!” was never a part of the book. It was allegedly improvised by the actor during filming. But the South wanted to still promote Dickey, an accomplished Atlanta author, so articles in the Columbia Record and other South Carolina and Georgia newspapers frequently featured Dickey’s novel. The film version of “Deliverance” was also honored at the Atlanta film festival. (…) Although many people in the region still bristle at the movie’s portrayal of locals as ignorant hillbillies, there were some major benefits to the book and film. (…) Both helped create the more than $20 million rafting and outdoor sports industry along the Chattooga River in North Georgia. In 2012, the national media descended on Rabun County again when reporters quickly learned the film’s 40th anniversary was going to be celebrated during the Chattooga River Festival. (…) The Rabun County Convention and Visitor’s Bureau also pointed out that tourism brings in more than $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget was about $17 million at the time. (…) “It is hard to believe that 40 years have passed since this movie first brought fame to the Northeast Georgia Mountains,” Tanya Jacobson-Smith wrote on the grill’s website promoting the festival. “Much has happened over the years here in Rabun County Georgia and around the world. Some good, some bad. Some still believe the movie was a poor portrayal of this county and it’s people. Other’s believe it is at least part of what has helped this region survive.” (…) “When ‘Deliverance’ was released in 1972, it was for many outside the community their first introduction to the beauty of the Blue Ridge Mountains, and the ways of the people living and working in their shadow,” she wrote. “Many of us (myself included) saw the breathtaking beauty of this area for the first time via the big screen. We caught a glimpse into the lives of the people who inhabit this place, some good and some not so good. There are those who believe that ‘Deliverance’ made the mountain people seem ‘backwards, uneducated, scary, and even deviant.’ I believe there were also many who, like myself, saw a people of great strength, caring and compassion. A community knit together by hardship, sharing and caring for each other and willing to help anyone who came along. (…) Most importantly ‘Deliverance’ introduced the world to the natural beauty of this mountain region, the unforgettable sounds of the Appalachian music and the wild excitement of river rafting. Drawn here by what they saw on the big screen, tourists flocked to the area to see and experience for themselves the good things they had seen in the movie. (…) “Forty years later, people from all over the world still come to this area to experience the beauty and simplicity of mountain living,” she wrote. “It is here in these beautiful mountains that ‘strangers’ find a vibrant community of lifelong residents and newcomers, working together to maintain a quality of life that has been lost in much of today’s world.” (…) But there was also some growing pains. Thousands of “suburbanites” flocked to the river in search of whitewater thrills and exhibited what author Anthony Harkins calls “the Deliverance syndrome.” These individuals showed the “same lack of respect and reverence for the river that the characters in the film had displayed,” Harkins wrote, adding “to the shame of local guides, some even would make pig squeals when they reached the section of the river where the rape scene had been filmed.” Some of those individuals paid a price. “Seventeen people drowned on the river between 1972 and 1975, most with excessive blood-alcohol levels, until new regulations were imposed when the river was officially designated Wild and Scenic in 1974,” Harkins wrote. Stacey Edson
Since its release, [Deliverance] has provoked passionate critiques, inspired different analyses, and has become a cult phenomenon. The imagery, stereotypes, and symbols produced by the film still inform popular perceptions of the US South, even by those who have never actually watched it. (…) The “rise of the Sunbelt” brought Dixie economic and political power, creating a need for the reconfiguration of the traditional North vs. South identity dynamic. World War II government defense spending led to an impressive economic development of the region. The New South economy and the migration of people and jobs below the Mason-Dixon line produced rapid urbanization and industrialization, contributing to the rise of education and income levels and an upheaval to the system of racial segregation. (…) If the 1970s delivered films and television series that presented southern white working-class men as charming rebels, it also solidified the image of a degenerate « race » of underclass southern whites, marking the rise of the redneck nightmare movie. (…) According to The New Encyclopedia of Southern Culture, “Deliverance has powerfully shaped national perceptions of Appalachia, the South, and indeed all people and places perceived as ‘backwoods.’” It has done so, in no small part, by ushering in a host of similar films inaugurating a new subgenre in Hollywood and independent US cinema. (…) It has been spoofed, parodied, and referenced in countless movies, TV shows, and cartoons since its release. Furthermore, references to the film still serve as shorthand for poor white (especially southern) backwardness and degeneracy. (…) Deliverance seems to be a curse and a blessing to everyone and everything involved with it. It brought money and tourism to the region, but it also caused ecological problems and the death of several people who tried to emulate the film’s stars. It brought James Dickey fame and fortune but, according to his son, it also caused great personal and emotional damage to him and his family. It simultaneously popularized and stigmatized banjo music. And it helped create a fascination with (and prejudices against) poor, rural southern whites. Maybe that is quite fitting for a story that seemed to condemn while being inescapably part of a complicated moment in American history. Isabel Machado

Attention: un racisme peut en cacher un autre !

A l’heure où se déchaine, à la mesure de ses désormais indéniables succès en matière d’emploi et même de popularité, la véritable hystérie collective contre l’idiot du village de la Maison blanche …

Et où de ce côte-ci de l’Atlantique n’en finit pas de plonger, à la mesure de la déconvenue des retraités et fonctionnaires jusqu’ici protégés de la mondialisation à qui il devait son élection, la popularité du dernier défenseur du progressisme et de l’ouverture …

Pendant que nos valeureux journalistes découvrent des décennies après les faits l’islamisation de la société française

Retour après la conquête de l’espace sans drapeau et à l’instar du film américain de 1972 « Deliverance » (trois ans après déjà les victimes hippies de la vindicte « redneck » d' »Easy Rider« ) …

Ou de leurs avatars français comme « Dupont Lajoie » ou les Deschiens  à la télévision …

Sur ces décennies de délégitimation des classes populaires que rappelle dans son dernier livre le géographe français Christophe Guilluy …

Auxquelles nous devons, sur fond d’un évident mépris de classe, tant les tristement fameux « aigris accros aux armes et à la religion » d’un Obama que le « panier de déplorables » d’une Hillary Clinton ….

Ou plus près de chez nous les « sans-dents » d’un François Hollande et les « illettrés » d’un Emmanuel Macron …

Avec bien sûr, sur fond de migration massive et hors contrôle, les conséquences tant sur la sécurité culturelle que l’assimilation des nouveaux arrivants …

Mais que, signe de ce nouveau « soft power » des oubliés de la mondialisation amplifié par les réseaux sociaux et les nouveaux tribuns du populisme dont parle Guilluy, les élites semblent avoir de plus en plus de mal à conserver sous le tapis …

The Impact of “Deliverance”

Stacey Eidson
Metro spirit
April 15, 2015

Long before moviegoers watched in horror as actor Ned Beatty was forced to strip off his clothes and told to “squeal like a pig” during a film set in the rural mountains of North Georgia, there was the novel by Atlanta writer and poet James Dickey that started it all.

It’s been 45 years since “Deliverance” first hit the book shelves across this nation, but the profound impact that the tale of four suburban men canoeing down the dangerous rapids of a remote Georgia river and encountering a pair of deranged mountain men can still be felt today.

When the book was first released back in April of 1970, the reaction was definitely mixed, to say the least. Most critics praised the adventurous tale, describing the novel as “riveting entertainment” or a “monument to tall stories.”

The New York Times called the book a “double-clutching whopper” of a story that was a “weekend athlete’s nightmare.”

“Four men decide to paddle two canoes down the rapids of a river in northern Georgia to get one last look at pure wilderness before the river is dammed up and ‘the real estate people get hold of it,’” the New York Times book review stated in 1970.

But to the shock of the reader, the whitewater adventure turns into a struggle for survival when the character Bobby Trippe is brutally sodomized by a mountain man while his friend Ed Gentry is tied to a nearby tree.

“In the middle of the second day of the outing, two of the campers pull over to the riverbank for a rest,” the New York Times wrote in 1970. “Out of the woods wander two scrofulous hillbillies with a shotgun, and proceed to assault the campers with a casual brutality that leaves the reader squirming.

“It’s a bad situation inside an impossible one wrapped up in a hopeless one, with rapids crashing along between sheer cliffs and bullets zinging down from overhead. A most dangerous game.”

The New Republic described “Deliverance” as a powerful book that readers would not soon forget.

“I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place.”

“How a man acts when shot by an arrow, what it feels like to scale a cliff or to capsize, the ironic psychology of fear,” The New Republic review stated. “These things are conveyed with remarkable descriptive writing.”

But the Southern Review probably said it best by stating that “Deliverance” touched on the basic “questions that haunt modern urban man.”

The book spent 26 weeks on the New York Times best-selling hardback list, and 16 weeks on that newspaper’s paperback list.

Within two years, it had achieved its eighth printing and sold almost 2 million copies.

The novel was having an immediate impact on the image of northern Georgia, according to the book, “Dear Appalachia: Readers, Identity, and Popular Fiction since 1878” by author Emily Satterwhite.

“Dickey’s novel created for readers an Appalachia that served as the site of a collective ‘nightmare,’ to use a term adopted by several of Dickey’s reviewers,” Satterwhite wrote. “The rape of city men by leering ‘hicks,’ central to the novel… became almost synonymous with popular conceptions of the mountain South.”

The book is a tall tale written by a man raised in a wealthy neighborhood in Atlanta, who both loved and feared the mountains of North Georgia, according to Satterwhite.

“Dickey’s father, James II, was a lawyer who loved hunting and cockfighting; his North Georgia farm served as a refuge from his wife, her family inheritance and the Buckhead mansion and servants that her wealth afforded them even in the depths of the Great Depression,” Satterwhite wrote, adding that James Dickey, like his father, was also uncomfortable with his family’s wealth. “Dickey preferred to claim that he grew up in the mountains. He attributed his blustery aggressiveness to his ‘North Georgia folk heritage’ and averred, ‘My people are all hillbillies. I’m only second-generation city.’”

But that was far from the truth.

“Though Dickey’s ancestors had indeed lived in mountainous Fannin County, Georgia, they were not the plain folks he made them out to be,” Satterwhite wrote. “He failed to acknowledge that they were slaveholders and among the largest landowners and wealthiest residents of the county. Dickey’s romantic — and racist — vision of Appalachia as a place apart stayed with him his entire life.”

Dickey’s conflicting feeling about these so-called “mountain people” of North Georgia is evident in many of the conversations between two of the novel’s main characters, graphic artist Ed Gentry and outdoor survivalist Lewis Medlock.

In the beginning of the book, Lewis attempts to describe to Ed, the narrator of the novel and the character who is generally believed to be loosely based on Dickey himself, what makes the mountains of northern Georgia so special.

Lewis insists that there “may be something important in the hills.”

But Ed quickly fires back, “I don’t mind going down a few rapids with you and drinking a little whiskey by a campfire. But I don’t give a fiddler’s f*** about those hills.”

Lewis continues to try to persuade Ed by telling him about a recent trip he took with another friend, Shad Mackey, who got lost in these very same mountains.

“I happened to look around, and there was a fellow standing there looking at me,” Lewis said. “‘What you want, boy down around here?’ he said. He was skinny, and had on overall pants and a white shirt with the sleeves rolled up. I told him I was going down the river with another guy, and that I was waiting for Shad to show up.”

The man who stepped out of the woods was a moonshiner who, to Lewis’ surprise, offered to help.

“‘You say you got a man back up there hunting with a bow and arrow. Does he know what’s up there?’ he asked me. ‘No,’ I said. ‘It’s rougher than a night in jail in south Georgia,’ he said, ‘and I know what I’m talking about. You have any idea whereabouts he is?’ I said no, ‘just up that way someplace, the last time I saw him.’”

What happened next opened Lewis’ eyes to these mountain people, he told Ed.

“The fellow stood up and went over to his boy, who was about fifteen. He talked to him for a while, and then came about halfway back to me before he turned around and said, ‘Son, go find that man.’

“The boy didn’t say a thing. He went and got a flashlight and an old single-shot twenty-two. He picked up a handful of bullets from a box and put them in his pocket. He called his dog, and then he just faded away.”

Several hours later, the boy returned with Shad, who had broken his leg. When Lewis finishes his story, it’s obvious the tale means very little to Ed.

“That fellow wasn’t commanding his son against his will,” Lewis said. “The boy just knew what to do. He walked out into the dark.”

Ed quickly asks, “So?”

“So, we’re lesser men, Ed,” Lewis said. “I’m sorry, but we are.”

“From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis.”

When the pair reaches the fictitious mountain town of Oree, Georgia, in the novel, Ed is clearly even less impressed.

“An old man with a straw hat and work shirt appeared at Lewis’ window, talking in. He looked like a hillbilly in some badly cast movie, a character actor too much in character to be believed. I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place.”

As Lewis continues to negotiate with the mountain men, Ed becomes even more harsh in his description of Oree and its residents.

“There is always something wrong with people in the country, I thought. In the comparatively few times I had ever been in the rural South I had been struck by the number of missing fingers. Offhand, I had counted around twenty, at least. There had also been several people with some form of crippling or twisting illness, and some blind or one-eyed. No adequate medical treatment maybe. But there was something else. You’d think that farming was a healthy life, with fresh air and fresh food and plenty of exercise, but I never saw a farmer who didn’t have something wrong with him, and most of the time obviously wrong.

“The catching of an arm in a tractor park somewhere off in the middle of a field where nothing happened but that the sun blazed back more fiercely down the open mouth of one’s screams. And so many snakebites deep in the woods as one stepped over a rotten log, so many domestic animals suddenly turning and crushing one against the splintering side of a barn stall. I wanted none of it, and I didn’t want to be around where it happened either. But I was there, and there was no way for me to escape, except by water, from the country of nine-fingered people.”

The South Squeals Like a Pig

The portrait of mountain people as toothless, sexual deviants in a “country of nine-fingered people” was too much for many Southerners to accept.

“The consequences of fictional representation have never been more powerful for the imagination of mountainness — or perhaps even for southernness, ruralness, and ‘primitiveness’ more generically — than in the case of ‘Deliverance,’” Satterwhite wrote.

By the time director John Boorman brought “Deliverance” to the big screen in 1972 starring Burt Reynolds as Lewis and Jon Voight as Ed, the damage to the South’s reputation was in full force.

The movie, which was primarily filmed in Rabun County in North Georgia during the summer of 1971, grossed about $6.5 million in its first year and was considered a great success at home and internationally.

“Indeed, it would be difficult to overstate the thoroughness with which ‘Deliverance,’ transformed by Dickey and director John Boorman into a film classic, has imbricated itself into Americans’ understanding and worldview,” Satterwhite wrote. “From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis.”

Ironically, the movie’s most memorable line, “Squeal like a pig!” was never a part of the book. It was allegedly improvised by the actor during filming.

But the South wanted to still promote Dickey, an accomplished Atlanta author, so articles in the Columbia Record and other South Carolina and Georgia newspapers frequently featured Dickey’s novel. The film version of “Deliverance” was also honored at the Atlanta film festival.

“Southern hopes for self-promotion were evident at the film’s premiere in Atlanta,” Satterhite wrote. “Dickey leaned over to say to Jimmy Carter, then the governor: ‘Ain’t no junior league movie is it, Governor?’ ‘It’s pretty rough,’ Carter agreed, ‘but it’s good for Georgia.’ Carter paused. ‘It’s good for Georgia. I hope.’”

However, the success of “Deliverance” had such an impact on the Peach State, Carter decided to create a state film office in 1973 to ensure Georgia kept landing movie roles.

As a result, the film and video industry has contributed more than $5 billion to the state’s economy since the Georgia Film Commission was established.

But the release of “Deliverance” was, without question, a difficult time for rural Southerners, wrote Western Kentucky University professor Anthony Harkins, author of “Hillbilly: A Cultural History of an American Icon.”

The mountaineers of “Deliverance” were “crippled misfits and savage sodomizers of the North Georgia wilderness” who terrorize the foursome of Atlanta canoeists who simply want to run the rapids of the fictitious Cahulawassee River.

“Indisputably the most influential film of the modern era in shaping national perceptions of southern mountaineers and rural life in general, Deliverance’s portrayal of degenerate, imbecilic, and sexually voracious predators bred fear into several generations of Americans,” Harkins wrote. “As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’”

“As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’”

In fact, Harkins points out that Daniel Roper of the North Georgia Journal described the movie’s devastating local effect as “Deliverance did for them [North Georgians] what ‘Jaws’ did for sharks.”

“The film’s infamous scenes of sodomy at gunpoint and of a retarded albino boy lustily playing his banjo became such instantly recognizable shorthand for demeaning references to rural poor whites that comedians needed to say only ‘squeal like a pig’ or hum the opening notes of the film’s guitar banjo duet to gain an immediate visceral reaction from a studio audience,” Harkins writes.

Harkins believes that’s not at all what Dickey intended in writing both the book and the movie’s screenplay.

“To (the character) Lewis (and Dickey), the mountain folk’s very backwardness and social isolation has allowed them to retain a physical and mental toughness and to preserve a code of commitment to family and kin that has long ago been lost in the rush to a commodified existence,” Harkins wrote. “Lewis praised the ‘values’ passed down from father to son.”

But all of that meaning appeared to be lost in the film, Harkins wrote. Instead, Hollywood was much more interested in the horrific tale and captivating adventure of traveling down a North Georgia river being chased by crazed hillbillies.

The film was about the shock and fear of such an incident in the rural mountains that enthralled moviegoers.

“The film explicitly portrays Lewis (Burt Reynolds) shooting the rapist through the back with an arrow and the man’s shocked expression as he sees the blood smeared projectile protruding from his chest just before he dies violently,” Harkins wrote.

Surprisingly, Dickey seemed to thoroughly enjoy that scene in the film during the movie’s New York premiere, Harkins writes.

“Known for his outrageous antics and drunken public appearances, (Dickey) is said to have shouted out in the crowded theater, ‘Kill the son of a bitch!’ at the moment Lewis aims his fatal arrow,” Harkins wrote. “And then ‘Hot damn’ once the arrow found its mark.”

Many years later, Ned Beatty, the actor in the famous rape scene wrote an editorial for the New York Times called “Suppose Men Feared Rape.”

“‘Squeal like a pig.’ How many times has that been shouted, said or whispered to me since then?” wrote Beatty, who, according to Atlanta’s Creative Loafing would reply, “When was the last time you got kicked by an old man?”

Beatty wrote the editorial amid the outcry of 1989’s high-profile Central Park jogger rape case, and offered his experience with the snide catcalls, Creative Loafing reported.

“Somewhere between their shouts and my threats lies a kernel of truth about how men feel about rape,” he wrote. “My guess is, we want to be distanced from it. Our last choice would be to identify with the victim. If we felt we could truly be victims of rape, that fear would be a better deterrent than the death penalty.”

The Shock in Rabun County, Georgia

The rape of Ned Beatty’s character was easily the most memorable scene in the film, and, needless to say, many of the residents in Rabun County who were interviewed after the movie was released were less than thrilled.

“Resentment grew even while the film was being made,” Harkins wrote. “As word of how the mountaineers were being portrayed spread, (James Dickey’s son) Christopher Dickey, who was staying with his family in a low-budget motel and had more contact with the local residents acting or working on the set than did Boorman and the lead actors staying in chalets at a nearby golf resort, began to fear for his safety. Shaped by a century of media depictions of brutally violent mountaineers, he worried that some ‘real mountain men’ with ‘real guns’ might ‘teach some of these movie people a lesson.’”

Although many people in the region still bristle at the movie’s portrayal of locals as ignorant hillbillies, there were some major benefits to the book and film.

“That river doesn’t care about you. It’ll knock your brains out. Most of the people going up there don’t know about whitewater rivers. They are just out for a lark, just like those characters in ‘Deliverance.’ They wouldn’t have gone up there if I hadn’t written the book.”

Both helped create the more than $20 million rafting and outdoor sports industry along the Chattooga River in North Georgia.

In 2012, the national media descended on Rabun County again when reporters quickly learned the film’s 40th anniversary was going to be celebrated during the Chattooga River Festival.

“The movie, ‘Deliverance’ made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here,” CNN reported in 2012.

Rabun County Commissioner Stanley “Butch” Darnell told the media he was disgusted by the way the region was depicted in the film.

“We were portrayed as ignorant, backward, scary, deviant, redneck hillbillies,” he told CNN. “That stuck with us through all these years and in fact that was probably furthest from the truth. These people up here are a very caring, lovely people.”

“There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again,” he added.

The news media interviewed everyone, including Rabun County resident Billy Redden, who as a teen was asked to play the “Banjo boy” in the film.

“I don’t think it should bother them. I think they just need to start realizing that it’s just a movie,” Redden, who still lives in Rabun County and works at Walmart, told CNN in 2012. “It’s not like it’s real.”

The Rabun County Convention and Visitor’s Bureau also pointed out that tourism brings in more than $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget was about $17 million at the time.

Several local businesses embraced the 2012 festival including the owners of the Tallulah Gorge Grill.

The Tallulah Gorge is the very gorge that Jon Voight climbed out of near the end of the 1972 film and the owners of the Tallulah Gorge Grill wanted to celebrate that milestone.

“It is hard to believe that 40 years have passed since this movie first brought fame to the Northeast Georgia Mountains,” Tanya Jacobson-Smith wrote on the grill’s website promoting the festival. “Much has happened over the years here in Rabun County Georgia and around the world. Some good, some bad. Some still believe the movie was a poor portrayal of this county and it’s people. Other’s believe it is at least part of what has helped this region survive.”

Both thoughts are justified, Jacobson-Smith wrote.

“When ‘Deliverance’ was released in 1972, it was for many outside the community their first introduction to the beauty of the Blue Ridge Mountains, and the ways of the people living and working in their shadow,” she wrote. “Many of us (myself included) saw the breathtaking beauty of this area for the first time via the big screen. We caught a glimpse into the lives of the people who inhabit this place, some good and some not so good. There are those who believe that ‘Deliverance’ made the mountain people seem ‘backwards, uneducated, scary, and even deviant.’ I believe there were also many who, like myself, saw a people of great strength, caring and compassion. A community knit together by hardship, sharing and caring for each other and willing to help anyone who came along.”

She wrote that, as in any community, if people look hard enough and thoroughly examine its residents, they will find some bad, but most often they will find “a greater good that outshines the bad.”

“That is certainly the case here in the Northeast Georgia Mountains,” she wrote. “Most importantly ‘Deliverance’ introduced the world to the natural beauty of this mountain region, the unforgettable sounds of the Appalachian music and the wild excitement of river rafting. Drawn here by what they saw on the big screen, tourists flocked to the area to see and experience for themselves the good things they had seen in the movie.”

As a result, tourists filled hotels and campgrounds to capacity, tasted the local fare in restaurants and cafes and discovered the thrill of swimming in, or paddling on, the state’s beautiful rivers and lakes.

“Forty years later, people from all over the world still come to this area to experience the beauty and simplicity of mountain living,” she wrote. “It is here in these beautiful mountains that ‘strangers’ find a vibrant community of lifelong residents and newcomers, working together to maintain a quality of life that has been lost in much of today’s world.”

Over the years, Rabun County and surrounding North Georgia communities have embraced these changes. Some parts of the area have become a playground for high-end homeowners with multi-million-dollar lakefront property.

But there was also some growing pains.

Thousands of “suburbanites” flocked to the river in search of whitewater thrills and exhibited what author Anthony Harkins calls “the Deliverance syndrome.”

These individuals showed the “same lack of respect and reverence for the river that the characters in the film had displayed,” Harkins wrote, adding “to the shame of local guides, some even would make pig squeals when they reached the section of the river where the rape scene had been filmed.”

Some of those individuals paid a price.

“Seventeen people drowned on the river between 1972 and 1975, most with excessive blood-alcohol levels, until new regulations were imposed when the river was officially designated Wild and Scenic in 1974,” Harkins wrote.

Ironically, some people like to point out that “Deliverance” author James Dickey tried to warn people prior to his death in 1997 about their need to respect the rivers located in the mountains of North Georgia.

“That river doesn’t care about you. It’ll knock your brains out,” Dickey told the Associated Press in 1973. “Most of the people going up there don’t know about whitewater rivers. They are just out for a lark, just like those characters in ‘Deliverance.’ They wouldn’t have gone up there if I hadn’t written the book. There’s nothing I can do about it. I can’t patrol the river. But it just makes me feel awful.”

Voir aussi:

40 years later, ‘Deliverance’ still draws tourists, stereotypes
Rich Phillips
CNN
June 23, 2012

One look at the landscape and you know why people come here — running white water, along a portion of the Appalachian Trail.

This is Rabun County, Georgia. It was the residents’ own best-kept secret until the world discovered it by way of a 1972 movie.

The movie, « Deliverance, » made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here.
Locals say the film painted the county’s residents as deviant, uneducated mountain folk.
« We were portrayed as ignorant, backward, scary, deviant, redneck hillbillies, » said Rabun County Commissioner Stanley « Butch » Darnell.
« That stuck with us through all these years and in fact that was probably furthest from the truth. These people up here are a very caring, lovely people. »
This weekend, the film’s 40th anniversary will be celebrated at the Chattooga River Festival. A re-release of the iconic film on Blu-ray by Warner Home Video will play at the local drive-in on Saturday.
The film tells the story of four big-city guys who take a drive up to northern Georgia to canoe the white water of the Chattooga River that separates Georgia from South Carolina. It’s remembered for the dueling banjo scene at the beginning of the film, where one man, played by Ronnie Cox, plays a duet with a local teen, who is portrayed as inbred and mentally challenged.
« Dueling banjos, of course, was iconic, but then there’s the rape scene, too, » Cox said. « And for a lot of people it became a tough pill to swallow.
« Some people, I think they missed the artistic essence of it (the film), the value of it. »
But it’s the rape scene that seems to dominate any conversation about the film.
« You were in the middle of the Bible Belt, the biggest thing we had gong back then is we had square dancing at the Mountain City Playhouse, » said Darnell, the county commissioner.
But many people, like Billy Redden, say the local folks should put this behind them. The 40th anniversary means a lot to him. He’s 56 now, but 40 years ago, he was a student who was asked to play the « Banjo boy » after the film’s producers found him on a visit to his high school.
« I don’t think it should bother them. I think they just need to start realizing that it’s just a movie. It’s not like it’s real, » said Redden, who still lives in Rabun County.
But despite any negative stereotypes, the Rabun County Convention and Visitor’s Bureau says more than a quarter-million people flock to the area each year to shoot the same rapids they saw come to life on the big screen.
« It essentially started the white-water rafting industry in the Southeast,  » said Larry Mashburn, who owns Southeastern Expeditions, a rafting company.
County officials say tourism brings in $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget is about $17 million. These days, the county has an 80% high school graduation rate, and its average home price is more than $300,000.
« It’s allowed us to do things with our education system, with all these different services that we offer, we could not have offered, » Darnell said.
The area has become a playground for high-end homeowners with lakefront property in the multimillion-dollar range on places like Lake Burton, which has 62 miles of shoreline.
« Once people come to Rabun County, they don’t want to leave, » said Debra Butler, a real estate agent. « This is a lifestyle that you have here. It’s a way of life. ‘Deliverance’ depicts a backwoods, inbred kind of community. That is not Rabun County. »
Indeed, downtown shops and art galleries convey an image far from anything portrayed in the 1972 film. Jeanne Kronsoble’s Main Street Gallery in Clayton shows off a wide range of contemporary folk artists, many self-taught. She’s been open for 28 years.
« I became interested in contemporary folk art because of the things I’d seen up here, » she said. « When people build houses and they come here, they need art on their walls. »
Most believe « Deliverance » got it all started.
But despite this prosperity, the 40-year pain has managed to hang on, because so many people saw a fictional film. « There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again, » Darnell said.
Voir également:

Revisiting Deliverance
The Sunbelt South, the 1970s Masculinity Crisis, and the Emergence of the Redneck Nightmare Genre
Isabel Machado
June 19, 2017

1Introduction

On May 1, 2013, Vice President Joe Biden delivered the keynote speech at the Voices Against Violence event in Washington, D.C. Even though the VP had written the 1994 Violence Against Women Act, and therefore had the authority to speak about the subject, he decided to add a clumsy personal touch to his address:

You often hear men say, “Why don’t they just leave?” [. . .] And I ask them, how many of you seen the movie Deliverance? And every man will raise his hand. And I’ll say, what’s the one scene you remember in Deliverance? And every man here knows exactly what scene to think of. And I’ll say, “After those guys tied that one guy in that tree and raped him, man raped him, in that film. Why didn’t the guy go to the sheriff? What would you have done? “Well, I’d go back home get my gun. I’d come back and find him.” Why wouldn’t you go to the sheriff? Why? Well, the reason why is they are ashamed. They are embarrassed. I say, why do you think so many women that get raped, so many don’t report it? They don’t want to get raped again by the system.1

The plot of Deliverance (1972) is relatively simple and so familiar that the vice president of the United States used it as shorthand to convey the humiliation and horror of sexual assault in the celebration of the anniversary of an institution dedicated to help victims of domestic abuse. (In the film, four middle-class suburban men paddle down the Cahulawassee River to explore the Georgia Mountains’ wilderness before it is flooded by the construction of a dam. Their adventure turns into a nightmare when they come across two “inbred hillbillies” and one of the canoeists is violently raped. In order to survive the southern “heart of darkness,” the suburbanites must give in to their primal instincts and break a series of laws and moral codes.) But what exactly does Vice Pres. Biden’s reference to the film mean? Is Deliverance a story about survivalism? An ecological cautionary tale? An allegory of the rise of the Sunbelt? A thinly veiled homoerotic fantasy?

Since its release, the film has provoked passionate critiques, inspired different analyses, and has become a cult phenomenon. The imagery, stereotypes, and symbols produced by the film still inform popular perceptions of the US South, even by those who have never actually watched it. Readings of Deliverance have tended to privilege one particular interpretation, failing to fully grasp its relevance. The movie is a rich cultural text that provides historians with multiple ways to analyze the South, particularly concepts such as southern identity and masculinity.

What makes a film an important, iconic, cultural text? It is not simply a matter of popularity at the moment of its release. Deliverance premiered in New York on July 30, 1972, and was quite successful that year, but so were Deep Throat and What’s Up Doc? And it did not even closely approach the box office numbers achieved by The Godfather. The Blaxsploitation classic Super Fly (1972) premiered the same week and, by August 9, had made $145,000. Deliverance earned almost a third of that, making $45,023.2 The initial Variety review described it as a “heavy” and uneven version of a novel that would “divide audiences, making promotion a major challenge” for Warner Brothers.3 The two New York Times critics who reviewed Deliverance appear to have watched different films. Although Vincent Canby had some kind words about the film’s cinematography and performances, he calls it a “an action melodrama that doesn’t trust its action to speak louder than words.” Stephen Farber, however, saw an “uncompromising adventure movie” that “also happens to be the most stunning piece of moviemaking released this year.”4

This essay argues that an important cultural text needs to fulfill three criteria: 1) It reinforces or reworks ideas, images, and stereotypes of the past. 2) It captures the sociocultural spirit and anxieties of the present. And 3) it leaves a legacy that informs future representations. Deliverance accomplishes all of those. It dialogues with past representations of underclass white southerners; reflects and questions the historical moment in which it was produced and consumed; and, to this day, affects the way the region and its inhabitants are perceived and depicted. It can be read as a reflection of the reconfiguration of southern identity during the rise of the Sunbelt, but also as an expression of the perceived masculinity crisis of the 1970s. In addition, although other, more positive images of working-class white southerners were also emerging in the 1970s, the “ redneck nightmare” trope popularized by Deliverance became iconic and enduring.5

In general, studies of the South in film tend to either focus on a specific period and analyze how a particular set of films represent certain views or ideas, or to survey a larger time frame and show how images and perceptions have changed.6 This article proposes instead to analyze a single film, trying to glean from it the sociocultural climate of the period in which it was produced and consumed. Yet, it also connects Deliverance with past stereotypes, archetypes, and discourses, while considering how it affected future representations of underclass white southerners. It is not the objective of this study, however, to argue that this was the only portrayal of the South in celluloid in that period. Other contemporary texts presented very different images of the region.7

2The South as “Other”

In his seminal 1985 article about horror movies, film critic Robin Wood discusses how “the Other” in those texts has to be rejected and eliminated or rendered safe by assimilation. Wood contends that Otherness “functions not simply as something external to the culture or to the self, but also as what is repressed (but never destroyed) in the self and projected outwards in order to be hated and disowned.”8 He uses the depictions of Native Americans and white settlers in classical Westerns as examples of this process. Yet, strong parallels also exist in relation to representations of the South.

Scholars from different disciplines have demonstrated how the South and southerners have played the fundamental role of the “Other” in the establishment of an elevated national identity. Historian James Cobb has pointed out that the tendency to compare South and North “and to see the latter as the normative standard for the entire nation” can be dated at least as far back as to the earliest days of US independence.9 Geographer David R Jansson sees this process as “internal orientalism.”10 Film critic Godfrey Cheshire places Hollywood in the role of colonizer, while Southern Cultures editor Larry Griffin argues that there are as many different “Americas” as there are “Souths,” therefore, we need to question why a particular paradigm is chosen and think about the implications of that choice.11 In “The Quest for the Central Theme in Southern History,” David L. Smiley, suggests: “Perhaps a more fruitful question for students of the American South would be not what the South is or has been, but why the idea of the South began, and how it came to be accepted as axiomatic among Americans.”12 The same advice can also be applied to analyses of representations of Dixie in popular culture.

The stigmatization of a group as “the Other” always implies a relation of power.13 The negotiation of power in Deliverance happens not only on an interregional level, but also between classes. The new, educated, and “redeemed” Sunbelt white South needed to construct its own “Other.” In the post–civil rights era, African Americans, the other “Others,” seemed to be off limits. Hence, what better demographic group to serve this function than the historically stigmatized poor white southerners?14

3The Exoticization of “Poor White Trash”

They are “crackers,” “hillbillies,” and especially “rednecks,”‑all pejoratives bestowed by representatives of a long succession of southern hegemonies, then consumed and broadcast by Yankees who share hegemonic understanding and control communications media.15

Poor white trash, not a nickel in my jeans
Poor white trash, don’t know what lovin’ means
Poor white trash, never had no fun
Poor white trash, ain’t got no one.
In the swamp I live, in the swamp I die.
For poor white trash no one will cry.
16

Underclass southern whites complicate our understanding of US racial dynamics by challenging two important concepts: white supremacy and white privilege. The novel Deliverance describes the North Georgia region as “the country of the nine-fingered people.”17 James Dickey’s son, Christopher, says that this is “because there’s so much inbreeding and so many bad accidents (in the region) that everybody’s missing something.”18 In the film’s DVD audio commentary, director John Boorman notes that the people he encountered in the Georgia Mountains were “all hillbillies” whose “notorious” inbreeding he maladroitly explains: “The reason, I discovered up there, is that these are the descendants of white people who married Indians, and they were then ostracized by the Indians and the whites, and so they had to turn in on themselves, and this strange, hostile, inward-looking group grew up around that history. And you can see, in some of those people’s faces, traces of the Indian.”19 Although it is unclear where the director got this information, he is inadvertently employing the same rationale used to stigmatize and oppress underclass white southerners in the past.

Even prior to the Civil War, abolitionists and proslavery groups portrayed poor southern whites as people outside of a respectable white society.20 Both Harriet Beecher Stowe’s A Key to Uncle Tom’s Cabin (1854) and white supremacist Daniel R. Hundley’s Social Relations in Our Southern States (1860) have chapters entitled “Poor White Trash.” Stowe believed that slavery not only corrupted the “black working classes,” but also produced “a poor white population as degraded and brutal as ever existed in any of the most crowded districts of Europe.” She notes that this “inconceivably brutal” group of whites resemble “some blind, savage monster, which, when aroused, tramples heedlessly over everything in its way.”21Hundley sees underclass southern whites as the “laziest two-legged animals that walk erect on the face of the Earth” whose appearance was: lank, lean, angular, and bony, with . . . sallow complexion, awkward manners, and a natural stupidity or dullness of intellect that almost surpasses belief.”22 The focus on the appearance of poor whites is indicative of the association between poverty and physical deformity and the tendency to see poor whites as practically an inferior race. This rationale allowed southerners to ignore the structural barriers to upward mobility in a slave society. Hunley blames “bad blood” and not the “peculiar institution” for the degeneracy of poor whites.23

In 1926 Arthur H. Estabrook and Ivan E. McDougle published Mongrel Virginians: The Win Tribe, which examined a mixed-population group in the Blue Ridge Mountains of Western Virginia, not all that far from Deliverance country.24 According to Eastabrook and McDougle, “the white folks look down on them, as do the negroes, and this, with their dark skin color, has caused segregation from the general community.”25 As we have seen, Deliverance director John Boorman gave a similar explanation to the strange appearance of the people he used as extras in his film.

The general acceptance of eugenics laws and involuntary sterilization in the early twentieth century informed public perception of poor whites as potentially dangerous.26 Yet, the stigmatization of underclass whites also had some relatively positive outcomes. In 1909 John D. Rockefeller Sr. granted $1,000,000 to the creation of the Rockefeller Sanitary Commission for the Eradication of Hookworm Disease. Although they did not necessarily represent underclass southern whites negatively, hookworm crusaders provided one more instance in which this group of people would be perceived as a socially marginal “Other.”27 During the New Deal, another benevolent stereotype of underclass white southerners captured the country’s imagination as Rexford Tugwell instructed Roy Striker “to tell people about the lower third‑how ill-fed, ill-clothed and ill-housed they are.”28 In the hands of talented Farm Securities Administration (FSA) photographers like Walker Evans, Dorothea Lange, and Arthur Rothstein, southern tenants and sharecroppers were transformed into icons of New Deal populism, but the headlines accompanying the powerful images highlighted their exoticism: “Poverty’s Prisoners,” “Uncensored Views of Sharecroppers’ Misery,” or “Is This America?”29

Social realism in the US was not only manifested in the FSA photographs. The Depression also generated socially engaged literature, also known as “sharecropper realism,” which offered dignified depictions of southern sharecroppers.30 At the same time, however, poor southern whites were popularized by a different set of novels: the Southern Gothic literary tradition, which influenced the perception of poor white southerners not only on the printed page, but also on movie screens.31 It can be argued that the work of Flannery O’Connor, Erskine Caldwell, William Faulkner, Carson McCullers, among others, provided a more direct antecedent for the redneck nightmare genre.

These images, archetypes, and stereotypes, some dating back to the nineteenth century, have served as a template for the haunting images of the mountain people in Deliverance. The “creepy banjo boy” played by Billy Redden provides one of the most iconic images of the film. The scene is praised in the Variety review as a “very touching banjo and giutar [sic] duet between [Ronnie] Cox and a retarded.”32 According to J. W. Williamson, some of the local people “felt queasy about the filming of Mrs. Webb’s retarded granddaughter and the use of Billy Redden, who played the inbred banjoist.”33 Redden was a special-education student at the time of the shooting who would later enjoy the status of a local celebrity, having his picture taken with tourists and even resuming his “Hollywood career” three decades later by making a cameo playing banjo on Tim Burton’s Big Fish (2003).34 Much has been said about the “authenticity” of the scene, but little attention has been paid to the fact that the character is described in a second draft of film’s screenplay as “probably a half-wit, likely from a family inbred to the point of imbecility and Albinism.”35 Redden’s “face was powdered and his head was shaven for the part” to accentuate his exoticism.36 In the audio commentary over the scene with Mrs. Webb and her grandchild, director John Boorman states: “Look at this character now, this woman, look, the way they live there, that was just absolutely how it was. No set up in any way. It was just us peering through a window with a camera.”37 He ignores the process of pre-production that selected people and locations that fit the screenplay’s descriptions, the ideas and ambiance the filmmakers wanted to convey, and their assumptions about underclass rural southerners.

Ellen Glasgow criticized the Southern Gothic School for its exclusive focus on negative aspects of life in the South and for presenting its Gothic elements as pseudo-realism.38 Similar criticism has been made of Deliverance’s portrayal of the Georgia mountain folk. Former mayor of Clayton, Georgia, Edward Cannon Norton, told the Atlanta Journal-Constitution in 1990 that he “despises Deliverance” for the way it depicted his people, noting the film is “too filthy” and it “pictures us as a sorry lot of people.” S. K. Graham, who wrote the article quoting Mr. Norton, also notes that the film “played to every stereotype the mountaineers have tried to live down.”39

4A Sunbelt Allegory?

The “rise of the Sunbelt” brought Dixie economic and political power, creating a need for the reconfiguration of the traditional North vs. South identity dynamic. World War II government defense spending led to an impressive economic development of the region. The New South economy and the migration of people and jobs below the Mason-Dixon line produced rapid urbanization and industrialization, contributing to the rise of education and income levels and an upheaval to the system of racial segregation.40

Nevertheless, as Bruce J. Schulman has argued, the process that transformed the US South from the Cotton Belt to the Sunbelt did not affect the whole section equally: the Sunbelt had its “shadows.” In the decades that produced this drastic change, the coexistence of extreme poverty and prosperity led commentators to criticize the moniker.41 Federal intervention, Schulman notes, “ignited growth at the top,” neglecting “the poverty smoldering at the bottom.” Southern politicians and elites used their influence and supported federal programs for industrial development and agricultural subsidies, while opposing welfare programs.42 Therefore, the Sunbelt did not shine equally to everyone. In the 1970s as the New South reconstructed the image of a region “too busy to hate,” uneducated, underclass whites represented an unredeemed link to the section’s troublesome past. As Christopher Dickey notes, Deliverance “played with the tension between the new South and the old South. The new South was Atlanta. The old South up in the mountains was a whole different world. You didn’t have to drive far to hit it.”43

Jimmy Carter’s inauguration seemed to affirm the acceptance of the New South into the national fold.44 In 1976, the year Carter took office, a captivating representation of the southern redneck conquered the nation when Burt Reynolds’s Bo “Bandit” Darville charmed audiences in Smokey and the Bandit and a number of subsequent “Good Ol’ Boy” movies. Yet, Reynolds’s charming outlaws were not the only images of working-class white southern masculinity to emerge in that decade. If the 1970s delivered films and television series that presented southern white working-class men as charming rebels, it also solidified the image of a degenerate “race” of underclass southern whites, marking the rise of the redneck nightmare movie. Unlike previous films that associated southern evilness with racism, redneck nightmare films generally ignored the social context in which these terrifying “natives” exist. There is no reason why they are the way they are, and their deviance appears to be something congenital or fostered by the evil environment they inhabit. Early prototypes of the subgenre include the adaptation of William Faulkner’s Sanctuary (1931), The Story of Temple Drake (1933) and the exploitation cult classic Two Thousand Maniacs! (1964). The subgenre is solidified in the 1970s with films such as Easy Rider (1969), Deliverance (1972), Texas Chainsaw Massacre (1974), Macon County Line (1974), and Southern Comfort (1981).

Derek Nystrom argues that Hollywood’s white working-class southern men in the 1970s can only be understood in the context of the Sunbelt industrialization and urbanization. Nystrom analyzes the “move from redneck to the good ole boy” in representations of white working-class southern masculinity, placing Deliverance as a precursor to what he calls the “southern cycle” or as “an allegory of the Sunbelt’s rise.”45 Along with the transfer of economic and political power to the region, the rise of the Sunbelt also meant a shift from the unionized North to the antiunion South, a process that also contributed to the rise of the New Right. According to Nystrom, the role of class identity in the film’s “allegorical structure” must be considered in order to fully understand “the social history” of its production, identifying Deliverance as a key part of the period’s “larger cultural rearticulation of the South.” His analysis explains the “good ol’ boy” movies, but by placing Deliverance as an anomaly he obscures the film’s true legacy. Boorman’s film actually engendered a host of similar texts, affecting the way that poor southern whites are portrayed and represented.

Deliverance is a complex text, created by skillful artists, which complicates any easy reading of it as just a product of Sunbelt sociocultural angst. Although it has undoubtedly contributed to the stigmatization of underclass southern whites, it refuses to make the suburbanite protagonists the heroes of the story. The film’s opening sequence makes it very clear who attacks first. Lewis (Burt Reynolds) tells his companions that after the dam is built “there ain’t gon’ be no more river. There’s just gonna be a big, dead lake. . . . You just push a little more power into Atlanta, a little more air-conditioners for your smug little suburb, and you know what’s gonna happen? We’re gonna rape this whole god-damned landscape.46 We’re gonna rape it.” It can be argued, then, that the suburban Sunbelt is violating the wilderness and the “savage locals” are only retaliating. The plot also does not make it clear if the canoers’ actions are based on actual threat. Nevertheless, by producing the ultimate emasculating humiliation in the harrowing homosexual rape scene, the film essentially justifies any act of violence committed by its protagonists. When Christopher asked his father why was that scene in the story, James Dickey replied he “had to put the moral weight of murder on the suburbanites.”47

Although Deliverance refuses to have straightforward heroes and villains, the film’s publicity material clearly establishes with whom the audience should identify. Here is how the theatrical trailer introduces the characters: “These are the men, nothing very unusual about them. Suburban guys like you or your neighbor. Nothing very unusual about them until they decided to spend one weekend canoeing down the Cahulawassee River. . . . These are the men who decided not to play golf that weekend. Instead they sought the river.”48 Although the trailer proposes a more generically suburban identity for the protagonists, the film does not shy away from their “southerness.” A few years before the symbol had been reconfigured to symbolize carefree rebelliousness in good ol’ boy movies and television series, Lewis drives a car with a Confederate flag license plate. The trailer emphasizes the canoers’ middle-class suburban identity and contrasts them with the local rednecks, but it also makes it very clear that these are “men,” these are “guys.”

5Anxieties Over Masculinity

A few weeks after the film’s release, Life published an article about Jon Voight’s participation in Deliverance. The article has four images of the actor on the set. One larger, dominant image shows Voight climbing a cliff and describes the actor’s “nerve” to shoot the scene without a double. The smaller, central, picture shows him and Reynolds wrestling in the river and discusses their on-screen rivalry, noting how both men “pride themselves in being athletic.” The image on the lower right side shows “a dramatic white-water scene from the film.” The other small image, however, seems slightly out of place. It is a photo of Voight “relaxing with Marcheline Bertrand, the gentle, storybook pretty girl” he had recently married.49 Marcheline’s lovely, peaceful smile contrasts with the other images of intense male action. She is there to comfort her man. She presents no threat to his masculinity. And she is obviously not a part of the men’s sphere. If after some unforeseeable catastrophe that article were the only surviving artifact left of the 1970s, future investigators would have a hard time guessing that women were agitating for equality and against the patriarchy in the 1970s.50

Suburbanization and a pattern of domesticated consumer-oriented masculinity emerged by the 1950s, spawning the notion that US masculinity was in crisis. The social movements of the 1960s intensified that process, and by the 1970s a rhetoric proposing the emasculation of the white male was consolidated.51 The three cores of masculine identity‑breadwinning, soldiering, and heterosexuality‑were no longer guaranteed.52 Women started to gain prominence in the public sphere and to demand equal rights.53 As Steve Estes notes, the civil rights and Black Power movements defied the exclusion of African American males “from claiming their stake in American manhood.”54 The Gay Liberation movement defied heterosexual normalcy, counterculture challenged moral standards and family “values,” and the antiwar movement questioned the military service.55

These radical changes inspired the emergence of scientific, academic, and popular literature trying to deal with the perceived emasculation of American men. Magazines catering to this distressed male audience grew popular in the 1970s. A good example of this rhetoric in action is the advertisement for the revamped TRUE magazine: “One word describes the new TRUE magazine: MACHO. The honest-to-God American MAN deserves a magazine sans naked cuties, Dr. Spock philosophies, foppish, gutless ‘unisex’ pap, and platform shoes.” The ad advocates for the liberation the American male from the “sterile couches of pedantic psychiatrists” and from “the frivolous skirts of libbers.”56 In 1974 Ann Steinmann and David J. Fox published The Male Dilemma: How to Survive the Sexual Revolution. The book tries to find solutions for the crisis faced by American men in a rapidly changing society, in which for every gain made by women, “there is a corresponding loss of male power and prestige.”57 Sexual ambivalence, the authors argued, was affecting every aspect of men’s lives. Steinmann and Fox denounced the “highly mechanized, highly specialized society of the midcentury” in which males’ physical strength, individual expression, and moral codes are not appreciated, compromising their manhood.58 Furthermore, they contend, this world in which “the once clear-cut distinctions that separated men from women in their sexual and social roles have began to blur and break down” was not only detrimental to men. It caused constant marital conflict, venereal disease epidemics, “soaring” divorce and illegitimacy rates, and “the less identifiable atmosphere of object love, of sex for sex’s sake.”59

Deliverance is a crucial text to consider these issues, not only because of the onscreen story, but also because of how it was promoted, discussed, and criticized upon its release. Much of the film’s publicity revolved around the personalities of the men involved in its production. The set of Deliverance was a man’s world. According to Christopher Dickey, “It was like the whole film was becoming some kind of macho gamble in which each man had to prove he could take the risks the characters were running.”60 In promotional materials and interviews, cast members often complimented each other’s manly attributes: There are constant praises to Burt Reynolds’ physicality, Jon Voight’s courage and focus, and director John Boorman’s pushing them all to their limits. James Dickey’s persona also provided an important subtext for the film’s reception. Part suburbanite, part rugged outdoorsman, he was, according various commentators, a combination of the four protagonists’ qualities and defects. The Atlanta Journal-Constitution refers to him as “an almost mythical macho man in the Hemingway mold.”61 While describing the men involved in the picture, the documentary promo for the film’s release exudes testosterone. Dickey is as a man who “leaves his imprint on everything, and everybody he meets.” An accomplished college professor, he is “one of the major American poets of his generation” but also someone who has a “striking physical presence,” with the authority conferred by personal experience to write about “raging white water in a frail canoe, or hunting deer with a bow and arrow in the wilderness.” In the promo, Boorman compliments Reynolds’s “magnificent physique” and Dickey raves about the cast: “All I can say about these actors, Burt Reynolds and Jon Voight, and Ned Beatty and Ronny Cox is that every one of them’s got more guts than a burglar.” Even the film’s production is portrayed as a battle of wills between two powerful dominant males: the director and the author/screenwriter. Boorman describes his relationship with Dickey as “turbulent,” but boasts that he maintained his ground: “I can say that I went fifteen rounds with a champ and I’m still on my feet.”62 There were even rumors that they actually engaged in a fistfight that left the director with a broken nose and minus four teeth.63 The intense level of competition and conflict resolution through homosocial bonding was an important subtext in both the film’s plot and publicity.

In the 1970s, Joan Mellen assessed gender in US cinema with two influential books: Women and Their Sexuality in the New Film (1974) and Big Bad Wolves: Masculinity in the American Cinema (1977). Her work shows how Deliverance was already considered an important text for understanding gender and sexuality shortly after its release. Mellen sees the disappearance of women from 1970s films as a punishment for their new demands and gains and as a reflection of “the belief that a relationship of equals would lead to male impotence.”64 Ultimately she reads the film through a logic of repressed homosexual desire, saying that rape scene was “exciting because it evoked an act they would willingly perform on each other were they not so repressed and alienated by the false accouterments of civilization.”65 Yet, the assumption that class and location affect men’s ability to express their sexual desires is latent in her analysis. Mellen mentions “cultures where male physical feeling does not impair masculine identity” without providing any concrete examples, but also describes the suburbanites’ attackers as “two rural degenerates, men primitive enough to act out those forbidden sexual impulses ‘civilized’ men like our heroes deflect into more acceptable manifestations such as hunting and contact sports.”66 Interestingly, she does not mention the regional identity of the characters, talking about them in terms of archetypes of American masculinity or in psychoanalytical terms by interpreting the story as a reflection of repressed desires projected into the “ghoulish hillbillies” (or the men’s “id”), concluding that the film is a “Freudian fable of the dangers of our instinctual life.” Robert Armour provides a similar reading in “Deliverance: Four Variations of the American Adam” (1973), noting that violence of nature and raw sexual instincts are familiar to the “hillbillies,” for whom “sexual acts satisfy natural urges, whether they are committed with a man, woman, cousin, or pig.”67 The film worked so well because for contemporary readers and critics, the role of the “exotic southern Other” was confined to the rural, underclass whites, which meant they could identify with the Atlanta suburbanites.

Stephen Farber’s reading of Deliverance’s depiction of masculinity contrasts sharply with Mellen’s. The New York Times critic sees it as “a devastating critique of machismo.” He compares Deliverance to Sam Peckinpah’s Straw Dogs (1971), noting that “the heroes of both movies are decent, rather fastidious men forced to confront the violent nature in themselves.” Yet, he argues that whereas Peckinpah “clings to the code of the Old West, implying that in a savage world a baptism of blood is the first step to becoming a man,” Boorman makes “a sardonic comment against the sportsman mystique.” Farber concludes that Deliverance “is a major work, important for the artistic vision it brings to the urgent question of understanding and redefining masculinity.”68 Although Farber and Mellen have different opinions about the movie and come to different conclusions about its representation of masculinity, they both reveal how the film resonated with 1970s audiences and critics trying to deal with a “masculinity crisis.”

6The Legacy

Trying to establish a film’s popularity through box office figures and reviews alone can be tricky. It is possible to establish if it was widely seen or favorably reviewed, but that does not necessarily tell us who related to the film or how. What makes Deliverance such a relevant text is that it helped establish a subgenre (and a few tropes) in US cinema; it had a lasting impact on the people, the region, and even objects related to it; and it still serves as shorthand for poor white, and especially southern, scary backwardness and degeneracy.

Deliverance premiered on August 11, 1972, at the Atlanta International Film Festival. At 2:00 p.m. the following day a “Deliverance Seminar” was held.69 The Atlanta Journal-Constitution’s review was not exactly raving. Howell Raines called it a “peacock of a movie‑beautiful and proud, but rendered faintly ridiculous by an inflated sense of its own importance.” Raines praised the film’s action and photography, but was less impressed by its philosophical pretention. Nevertheless, he calls it the “most anxiously awaited film here since Gone with the Wind,” noting that more than 1,750 tickets were sold for its first local showing.70 Georgia’s governor, Jimmy Carter, along with the Atlanta’s vice mayor, Maynard Jackson, attended the screening. Also in attendance were James Dickey, Burt Reynolds (who came in a Playboy private airplane), and Hollywood director Otto Preminger. Reynolds was made honorary citizen of Atlanta at the event.71 Deliverance received the festival’s top award, the Golden Phoenix Best of the Festival prize. It also grabbed Best Director, Best Actor (Jon Voight), Best Supporting Actor (Ned Beatty), and Best Editor (Tom Priest).72 It then set in motion four decades of film production in Georgia. For the fiscal year of 2011 alone, the impact of that industry for the state’s economy was $2.4 billion.73 The movie made Burt Reynolds a bankable star, rescued Jon Voight’s career, and introduced two great theater performers to the movie screen: Ned Beatty and Ronny Cox.

Despite all that success, according to Christopher Dickey, “the book appeared in the stores in the summer of 1970 and quickly became a bestseller. The next summer, it was made into a movie with Jon Voight and Burt Reynolds. And after that, nothing good was the same.”74 Deliverance has left an ambiguous legacy to the region it made infamous. Environmental historian Timothy Silver notes that the film’s success “spawned a boom in tourism that inevitably led to overdevelopment, pollution, and a host of other environmental problems within the Chattooga watershed.”75 Only 7,600 people had floated down the Chattooga River in 1972. That number almost tripled the following year and reached an astounding 67,784 in 1989.76 The death of twenty-two rafters following the film’s release made the US Forest Services heighten safety restrictions in the area, but rafting has become the cornerstone of the region’s tourism industry.

Doug Woodward, a technical advisor on the set, who later founded Southeastern Expedition, notes that there was some strife in the relationship between cast and crew and the locals. He recalls that when the film’s producers returned to a previously selected location, the owner of the property told them, “I just read the book and you’re not shooting that filthy story on my place!”77 The Rabun County Board of Commissioners, Stan Darnell, had mixed feelings about the film. Referring to the infamous rape scene he remarks: “Everybody up here was kind of up in arms. They didn’t expect that one scene to be in there. But we got the rafting industry, and quite a few other movies came here and helped real estate, and other businesses around.”78 An Atlanta Journal-Constitution piece celebrating the twentieth anniversary of the novel explored this ambiguous legacy, noting that the movie had a positive effect on the region’s economy, boosting its tourism and putting it on the map for future film productions, while stigmatizing the local population. George Reynolds, a folklorist and music teacher who worked in the area, contends that the film affected the way that the people of the region perceived themselves, and how they “perceived the way the world sees them.”79

According to The New Encyclopedia of Southern Culture, “Deliverance has powerfully shaped national perceptions of Appalachia, the South, and indeed all people and places perceived as ‘backwoods.’”80 It has done so, in no small part, by ushering in a host of similar films inaugurating a new subgenre in Hollywood and independent US cinema.81 Although the redneck nightmare subgenre has antecedents that go as far back as the 1930s, it can be argued that Deliverance established its “semantic and syntactic” elements.82 It has been spoofed, parodied, and referenced in countless movies, TV shows, and cartoons since its release.

Furthermore, references to the film still serve as shorthand for poor white (especially southern) backwardness and degeneracy. On September 18, 2013, The Daily Show presented a sketch about a land dispute on the Georgia-Tennessee border. The clichéd piece interviewed “ignorant hillbillies” and ridiculed them for a quick laugh. When “reporter” Al Madrigal makes a silly Honey Boo Boo joke, one of the interviewees, Dade County, Georgia, executive chairman Ted Rumley tells him the issue is not “something to joke about.” The segment then cuts to five seconds of Deliverance footage with the voice over: “And we all know what happens to funny city people in rural Georgia.” No context is given. No introduction is made. Five seconds of the movie are enough to provide the joke’s punch line.83

One of the most interesting anecdotes about the film’s international appeal comes from anthropologist Jim Birckhead, who studies popular media and minority group identity, focusing on both Appalachia and Aboriginal Australia. Birckhead watched a play in the Australian Outback that had a vignette about southern snake handling, performed by the Wagga Wagga theater company. When the cast and crew realized that he was a “specialist” on the topic, they asked him if snake handlers are “inbred like Deliverance.” After inquiring where the play’s director and cast got information to build their characters, he finds out that they did not find actual literature on Holiness people, but rather relied on media representation of mountain people, especially Deliverance, which “conjured up for them lurid images of bizarre, grotesque, inbred ‘hillbillies.’”84

Deliverance seems to be a curse and a blessing to everyone and everything involved with it. It brought money and tourism to the region, but it also caused ecological problems and the death of several people who tried to emulate the film’s stars. It brought James Dickey fame and fortune but, according to his son, it also caused great personal and emotional damage to him and his family. It simultaneously popularized and stigmatized banjo music.85 And it helped create a fascination with (and prejudices against) poor, rural southern whites. Maybe that is quite fitting for a story that seemed to condemn while being inescapably part of a complicated moment in American history. President Jimmy Carter, who was the governor of the state made infamous by the feature summarized it well: “It’s pretty rough. But it’s good for Georgia . . . I hope.”86

A short documentary film on Deliverance from 1972, which includes footage of James Dickey and John Boorman discussing the film. Directed by Ronald Saland, written by Jay Anson, photographed by Marcel Brockman and Morris Cruodo, and edited by Welater Hess. A Professional Films/Robbins Nest Production

Isabel Machado is a Brazilian historian currently living in Monterrey, Mexico, while writing her PhD dissertation for the University of Memphis. Her two master’s‑in history (University of South Alabama) and film studies (University of Iowa)‑provided her the interdisciplinary lens through which she approaches cultural history. Her current research uses Mardi Gras as a vehicle for understanding social and cultural changes in Mobile, Alabama, in the second half of the twentieth century. On her breaks from academic work she directed documentaries that also explored her fascination with, and affection for, the US South, where she lived for most of the thirteen years she spent in the United States. Her film Rootsy Hip: Hip-Hop Alabama Folk (2009) is a portrait of struggling musicians in Mobile, Alabama, and a meditation on what it means to be a white young man who makes quintessentially African American music in the South. Grand Fugue on the Art of Gumbo (2011) uses Eugene Walter’s radio broadcasts as narration and takes a peek at the ingredients that compose the Gulf Coast and its signature cuisine.

Notes

  • A Portuguese version of this article will be published simultaneously by the academic journal O Olha da Historia (Brazil).
    1. “Dueling Banjos: Joe Biden Talks about ‘Man Rape’ in Deliverance.” Filmed May 2013. YouTube video, 1:36. Posted May 2013. http://www.youtube.com/watch?v=BSszgkaWMwY.
    2. “50 Top‑Grossing Films [Week ending August 9].” Variety, August 16, 1972, 11. It should be noted that even though Deliverance was released five days earlier, while Super Fly opened in two theaters, Deliverance was screened in only one that first week. “‘Fat City’ Fat Start 31G; ‘Deliverance’ Delivers Big First Days in NY; Nixon Spoof, Self‑Sold, Watched,” Variety, August 2, 1972, 8.
    3. “Deliverance,” Variety, July 19, 1972, 14.
    4. Stephen Farber, “Deliverance‑How It Delivers,” New York Times, August 20, 1972.
    5. “Redneck nightmare” films are those in which a person, or a group of people, travel to or through the US South and have dreadful things done to them by monstrous “natives.” For more on the definition and contextualization of the redneck nightmare subgenre/cycle see: Isabel Machado dos Santos Wildberger, “The Redneck Nightmare Film Genre: How and Why the South of Moonshine and Inbred Maniacs Replaced the South of Moonlight and Magnolias in Popular Imagination” (MA Thesis, University of South Alabama, 2013).
    6. For studies that follow the former approach, see Allison Graham, Framing the South: Hollywood, Television, and Race during the Civil Rights Struggle (Baltimore: John Hopkins University Press, 2001), Karen L. Cox, Dreaming of Dixie: How the South Was Created in American Popular Culture (Chapel Hill: University of North Carolina Press, 2011), and articles in Deborah E. Barker and Kathryn McKee eds., American Cinema and the Southern Imaginary (Athens: University of Georgia Press, 2011). For examples of the latter, see Edward Campbell Jr., The Celluloid South: Hollywood and the Southern Myth (Knoxville: University of Tennessee Press, 1981), Warren French, ed., The South and Film (Jackson: University Press of Mississippi, 1981), Jack Temple Kirby, Media‑Made Dixie: The South in the American Imagination (Baton Rouge: Louisiana State University Press, 1978), Larry Langman and David Ebner, eds., Hollywood’s Image of the South: A Century of Southern Films (Westport, Connecticut: Greenwood Press, 2001).
    7. Peter Applebome has contended that the country, and Hollywood in particular, “has Ping‑Ponged between views of the South as a hellhole of poverty, torment, and depravity and as an American Eden of tradition, strength, and grace.” This is an interesting analogy, but only if we disregard the fact that negative and positive images of the section tend to historically coexist rather that alternate. Tara McPherson might be closer to the mark when she notes that there seems to be a recurring “cultural schizophrenia about the South” in popular culture. See Peter Applebome, Dixie Rising: How the South Is Shaping American Values, Politics, and Culture (San Diego: Harcourt Brace, 1997), 11; Tara McPherson, Reconstructing Dixie: Race, Gender, and Nostalgia in the Imagined South (Durham: Duke University Press, 2003) 3.
    8. Robin Wood, “An Introduction to the American Horror Film,” in Movies and Methods Volume II, ed. Bill Nichols (Berkeley: University of California Press, 1985), 199.
    9. James C. Cobb, Away Down South: A History of Southern Identity (New York: Oxford University Press, 2005), 4.
    10. David R. Jansson, “Internal Orientalism in America: W. J. Cash’s The Mind of the South and the Spatial Construction of American National Identity,” Political Geography, vol. 22 (March 2003), 293‑316.
    11. Larry J. Griffin, “Southern Distinctiveness, Yet Again, or, Why America Still Needs the South,” Southern Cultures 6, no. 3 (2000): 47‑72. 68.
    12. David L Smiley, “The Quest for the Central Theme in Southern History,” in The New South, volume 2 of Major Problems in the History of the American South: Documents and Essays, ed. Paul D. Escott et al. (Boston: Houghton Mifflin, 1999), 18.
    13. J. F. Staszak, “Other/Otherness,” in International Encyclopedia of Human Geography, eds. Rob Kitchin and Nigel Thrift (Oxford: Elsevier, 2009), 43‑44.
    14. See Matt Wray, Not Quite White: White Trash and the Boundaries of Whiteness (Durham: Duke University Press, 2006).
    15. Jack Temple Kirby, The Countercultural South (Athens: University of Georgia Press, 1995), 56.
    16. This song is from the re‑edited version of the film Bayou, directed by Harold Daniels (1957). In 1961 the movie was revamped with more nudity and violence along with a prologue featuring a banjo player singing this tune. This new version was re‑baptized Poor White Trash. See https://youtu.be/H2ZFPW5Cm6s.
    17. James Dickey, Deliverance (Boston: Houghton Mifflin, 1970), 56.
    18. Christopher Dickey, Summer of Deliverance (New York: Touchstone, 1999), 164.
    19. John Boorman, audio commentary, Deliverance, directed by John Boorman (1972; Burbank, CA: Warner Home Video, 2007), DVD.
    20. Wray, Not Quite White, 48.
    21. Harriet Beecher Stowe, The Key to Uncle Tom’s Cabin (London: Clarke, Beeton, and Co., 1853), 365, 368.
    22. Daniel Robinson Hundley, Social Relations in Our Southern States (New York: Henry B. Price, 1860), 264
    23. Hunley contends that unlike the noble Cavaliers, the “thrifty Middle classes,” or “useful Yeomanry,” the poor white trash were descended from the “paupers and convicts whom Great Britain sent over to her faithful Virginia,” and of “indentured servants who were transported in great numbers from the mother country, or who followed their masters, the Cavaliers and Huguenots.” See Hundley, 264–65.
    24. Arthur H. Estabrook and Ivan E. McDougle, Mongrel Virginians: The Win Tribe (Baltimore: Williams & Wilkins Co., 1926).
    25. Wray, Not Quite White, 82
    26. Mongrel Virginians denunciation of the “degenerative” nature of interracial families helped justify stricter antimiscegenation marriage legislation, such as the Virginia Racial Integrity Act (1924), throughout the South. Interracial marriage had already been outlawed in Virginia since 1691, but what the new act added was a definition of whiteness. For more on this subject, see Gregory Michael Dorr, “Racial Integrity Laws of the 1920s,” in Encyclopedia Virginia, ed. Brendan Wolfe (Virginia Foundation for the Humanities, 2011), http://www.EncyclopediaVirginia.org/Racial_Integrity_Laws_of_the_1920s.
    27. By the turn of the twentieth century, there were estimates that least 40 percent of southerners, mostly poor whites, were infected with the hookworm parasite. See Thomas Waisley, “Public Health Programs in Early Twentieth-Century Louisiana,” Louisiana History: The Journal of the Louisiana Historical Association, 41, no. 1 (Winter, 2000), 41; William J. Cooper and Thomas E. Terril, The American South: A History, vol. 2, rev. ed. (New York: Rowman & Littlefield Publishers, 2009), 613.
    28. Tugwell was the director of the Resettlement Administration at the Information Division of the Agricultural Adjustment Administration, and Striker was chief of the Historical Section of the Information Division of the Resettlement Administration. See Richard D. MacCann, The People’s Films: A Political History of US Government Motion Pictures (New York: Hastings House Publishers, 1973), 60.
    29. Stuart Kidd, “FSA Photographers and the Southern Underclass, 1935–1943,” in Reading Southern Poverty Between the Wars, 1918–1939, ed. Richard Godden and Martin Crawford (Athens: University of Georgia Press, 2006).
    30. It includes works such as Edith Summers Kelly’s Weeds (1923) and Henry Kroll’s The Cabin in the Cotton (1931). See Jack Temple Kirby, The Countercultural South (Athens: University of Georgia Press, 1995).
    31. O’Connor’s work only had one major feature adaptation, John Huston’s Wise Blood (1979), but there were several adaptations of Faulkner’s fiction. The work of Erskine Caldwell has arguably generated some of the greatest sources of poor white southerner stereotypes. Two contemporary adaptations of well-known novels, directed by the same acclaimed Hollywood director, provide a good example of the impact of the southern gothic tradition of the portrayal of underclass southern whites. The Grapes of Wrath (1940) and Tobacco Road (1941) were both directed by John Ford, but the representations of the Joads and the Lesters could not be more contrasting; while the Okie family is dignified, the Georgia sharecroppers are a collection of hillbilly stereotypes.
    32. “Deliverance,” Variety, July 19, 1972, 14.
    33. J. W. Williamson, Hillbillyland: What the Movies Did to the Mountains and What the Mountains Did to the Movies (Chapel Hill: University of North Carolina Press, 1995), 195.
    34. Redden was also featured in a number of fortieth anniversary articles on Deliverance. See Rich Philips, “40 years later, Deliverance still draws tourists, stereotypes,” CNN.com, June 22, 2012, http://www.cnn.com/2012/06/22/us/deliverance-40-years/index.html?iref=allsearch; Charles Bethea, “Mountain Men: An Oral History of Deliverance,” Atlanta Magazine, September 01, 2011, http://www.atlantamagazine.com/great-reads/deliverance/.
    35. James Dickey, Deliverance, Screenplay Second Draft (January 11, 1971), 13. http://www.dailyscript.com/scripts/deliverance.pdf.
    36. S. Keith Graham, “Twenty Years after Deliverance: A Tale of a Mixed Blessing for Rabun County,” Atlanta Journal-Constitution, March 18, 1990, M4.
    37. Deliverance, directed by John Boorman (1972; Burbank, CA: Warner Home Video, 2007), DVD.
    38. Ellen Glasgow, “Heroes and Monsters,” Saturday Review of Literature, May 4, 1934, 4.
    39. Graham, M4.
    40. Robert P. Steed, Lawrence W. Moreland, and Tod A. Baker, eds., The Disappearing South? Studies in Regional Change and Continuity (Tuscaloosa: University of Alabama Press, 1990), 125.
    41. See Bruce J. Schulman, From Cotton South to Sunbelt: Federal Policy, Economic Development, and the Transformation of the South, 19381980 (New York: Oxford University Press, 1991) and Randall M. Miller and George E. Pozzetta, Shades of the Sunbelt: Essays on Ethnicity, Race, and the Urban South (New York: Greenwood Press, 1988).
    42. Schulman, From Cotton South to Sunbelt, 180.
    43. Christopher Dickey, Summer of Deliverance, 170.
    44. Jack Temple Kirby relates Carter’s political success to “the redemption of the white masses from pity and from racism.” See Kirby, Media-Made Dixie: The South in the American Imagination, 170.
    45. Derek Nystrom, Hard Hats, Rednecks, and Macho Men: Class in 1970s American Cinema (New York: Oxford University Press, 2009), 57.
    46. This association of the landscape with a violated body mirrors a previous scene in the screenplay (which did not make it to the final film), where Lewis calls Atlanta “that old whore.” See Deliverance, Boorman, and James Dickey, Deliverance, Screenplay Second Draft.
    47. Christopher Dickey, Summer of Deliverance, 180.
    48. Deliverance Theatrical Trailer, in Deliverance, Boorman.
    49. Joan Downs, “Ascent of a Reluctant Winner,” Life, August 15, 1972, 44.
    50. As an interesting side note: The same issue has an article about chess champion Bobby Fischer with the subhead, “The news from Reyjavik is that the Big Bad Wolf of chess has turned into Little Red Riding Hood.” See Brad Darrach, “Can This Be Bobby Fischer?,” Life, August 15, 1972, 42.
    51. K. Michael Prince, “Neoconfederates in the Basement: The League of the South and the Crusade against Southern Emasculation,” in White Masculinity in the Recent South, ed. Trent Watts (Baton Rouge: Louisiana State University Press, 2008), 235.
    52. Robert O. Self shows how the shift from “breadwinner liberalism” to “breadwinner conservatism,” a reaction to the gains made by nonwhites, women, and gay men and lesbians, would lead to a discourse of the defense of family values that would fuel the rise of the New Right and Religious Right. See Robert O. Self, All in the Family: The Realignment of American Democracy Since the 1960s (New York: Hill and Wang, 2012).
    53. Michael Kimmel, Manhood in America: A Cultural History (New York: Free Press, 1996), 262.
    54. Steve Estes shows that the relationship between white southern masculinity and sexual control was manifested in their violence against black men, which usually had sexual undertones, and that challenges to segregation also fueled male anxieties. See Steve Estes, “A Question of Honor: Masculinity and Massive Resistance to Integration” in White Masculinity in the Recent South, ed. Trent Watts (Baton Rouge: Louisiana State University Press, 2008), 111.
    55. See Kimmel, Manhood in America; Self, All in the Family.
    56. Kimmel, Manhood in America, 332n29.
    57. Ann Steinmann and David J. Fox, The Male Dilemma: How to Survive the Sexual Revolution (New York: Jason Aronson, 1974), ix.
    58. Steinmann and Fox, The Male Dilemma, 6.
    59. Steinmann and Fox, The Male Dilemma, 9.
    60. Christopher Dickey, Summer of Deliverance, 182.
    61. Graham, “Twenty Years after Deliverance.”
    62. Ronald Saland, The Dangerous World of Deliverance (short promo documentary,1972), in Deliverance, Boorman.
    63. Oliver Lyttelton, “5 Things You Might Not Know about Deliverance, Released 40 Years Ago Today,” Indiewire, July 30, 2012, http://blogs.indiewire.com/theplaylist/5-things-you-might-not-know-about-deliverance-released-40-years-ago-today-20120730.
    64. Joan Mellen, Big Bad Wolves: Masculinity in American Film (New York: Pantheon, 1977), 311.
    65. Mellen, Big Bad Wolves, 320
    66. Mellen, Big Bad Wolves, 318
    67. Robert Armour, “Deliverance: Four Variations of the American Adam,” Literature Film Quarterly 1, no. 3 (July 1973), 280–82.
    68. Farber, “Deliverance—How It Delivers.”
    69. Advertising for the festival on Atlanta Journal-Constitution, August 11, 1972.
    70. Howel Raines, “Deliverance—A Too-Proud Peacock,” Atlanta Journal-Constitution, August 20, 1972, 8-F.
    71. Sam Lucchese, “Burt Reynolds, Mister Nude, Flies to Atlanta (On Playboy’s Plane),” Variety, August 16, 1972, 7.
    72. It was also nominated for three Academy Awards: Best Picture, Best Director, and Best Film Editor in the 45th Annual Academy Awards (1973). Sam Lucchese, “Deliverance is Mostest of Bestest at Atlanta; Sounder and Tyson, Too,” Variety, August 23, 1972, 7. Scott Cain, “Deliverance Wins Top festival Prize,” Atlanta Journal-Constitution, August 20, 1972.
    73. Bethea, “Mountain Men.”
    74. Christopher Dickey, Summer of Deliverance, 14.
    75. Timothy Silver, “The Deliverance Factor,” Environmental History 12, no. 2 (April 2007), 371.
    76. Graham, “Twenty Years after Deliverance.”
    77. Bethea, “Mountain Men.”
    78. Bethea, “Mountain Men.”
    79. Graham, “Twenty Years after Deliverance.”
    80. Emily Satterwhite, “Deliverance,” in Media, vol. 18 of The New Encyclopedia of Southern Culture, ed. Allison Graham and Sharon Monteith, (Chapel Hill: University of North Carolina Press), 233.
    81. See Wildberger, “The Redneck Nightmare Genre.”
    82. For film scholar Rick Altman, the analysis of a film genre is only complete once we consider both its semantic (iconic codes) and syntactic (narrative construction) elements. See Rick Altman, Film/Genre (London, BFI, 1999).
    83. “Georgia vs. Tennessee,” The Daily Show with Jon Stewart, September 18, 2013, http://www.cc.com/video-clips/4txix4/the-daily-show-with-jon-stewart-georgia-vs–tennessee.
    84. Jim Birkhead, “On Snakes and People,” in Images of the South: Constructing a Regional Culture on Film and Video, ed. Karl G. Heider (Athens: University of Georgia Press), 1993.
    85. Timothy Silver noted that on a visit to favorite breakfast stop in the Appalachian Mountains he spotted T-shirts for sale that read, “Paddle faster. I think I hear banjo music.” Different versions of the T-shirt can also be easily found online. See Silver, “The Deliverance Factor.”
    86. Satterwhite, “Deliverance.”

Voir encore:

40 years later, ‘Deliverance’ causes mixed feelings in Georgia
Cory Welles
Market place
August 22, 2012

Tess Vigeland: When big movies are filmed in small towns, they can pour money into the local economy. Crews need to be fed, housed, moved about and entertained. Productions need extras, and every once in awhile a local gets cast in a speaking part. Some movies even leave a footprint long after the cameras are gone. Santa Barbara Wine Country saw a huge influx of tourists after « Sideways. »

But not every production leaves a sweet taste in locals’ mouths. Film producer Cory Welles and director Kevin Walker decided to make a documentary about one such movie, and the people it portrayed. Cory filed this story about her own film, « The Deliverance of Rabun County. »


Cory Welles: The folks in Rabun County, Ga., put on the Chattooga River Festival this past June to encourage people to visit and take care of their river. But it wasn’t the moonshine tastin’ or banjo pickin’ that got me out to this lush, green mountainous part of the state. It was “Deliverance.”

The movie was shot on and around the Chattooga 40 years ago this year, and they were using that as the hook for the festival.  What Sarah Gillespie and others who helped put the event together didn’t count on was how it would split the community.

Sarah Gillespie: We had a commissioners meeting, and someone stood up and was very emotional — very real feelings — and said that the movie had ruined her life.

I heard stories of people being passed up for jobs because they came from Rabun County. And those negative images have been reinforced by 40 years of “Deliverance” jokes.

But not everyone around has bad feelings about “Deliverance.” And that includes Billy Redden, the backwoods-looking boy who played Dueling Banjos with Ronny Cox in the film. Billy’s 55 years old now, and he says “Deliverance” was the best thing that ever happened to him. But that doesn’t mean he saw much money from it.

Billy Redden: I’d like to have all the money I thought I’d make from this movie. I wouldn’t be working at Walmart right now. And I’m struggling really hard to make ends meet.

Billy didn’t make alot from “Deliverance,” but Rabun County did. Before the movie came out, the number of people who visited the Chattooga was in the hundreds. Afterwards, it was in the tens of thousands. Rafting is now a $20 million industry here and tourism is the area’s number one source of revenue.  So you can understand why the organizers of the Chattooga River Festival decided to highlight the film.

But you can also understand the objections.

Tammy Whitmire: A lot of people tried to talk me into supporting this and so they justified it and said, « Tammy, but it’s making money, it’s tourism, it’s bringing people to the county, why does it matter how they get here? »

Tammy Whitmire is a county official who’s lived in the area since she was nine and married a man whose family has been here for 15 generations. But she refused to support the Chatooga River Festival because of “Deliverance.”

Whitmire: As long as they get here and spend their money, and my thought to that particularly is, you know you’re gonna sell what are you selling, to get those few dollars? Is it worth a few dollars? For people around the world to think that’s what we are here? No. Or for me, it is not worth it.

But it’s more than just a few dollars. Then-governor Jimmy Carter established a film commission in Georgia after “Deliverance” came out.  And since then, the state’s become one of the top five production destinations in the U.S. And it’s not just movie money that’s been drawn to this part of the state, it’s people with money. These days, million-dollar vacation homes line the shores of the area’s lakes.

You can understand why city-folk might want to have a place in these parts. The Chattooga is beautiful — unbelievably beautiful. On a raft ride down the river, our guide pointed to a tree-lined bank and said “That’s where the rape scene was filmed!” And 40 years after “Deliverance” hit theaters, that’s still the issue: Can this gorgeous river and the disturbing scenes that were filmed here ever be separated? Do they need to be?

Sarah Gillespie: “Deliverance” is a significant part of our history, good or bad. It’s a significant part of the river’s history.  It was filmed here. Stereotypes are stereotypes — they’re in every single movie that you’ll see in your life.

For what it’s worth, my partner Kevin and I found the stereotypes to be anything but true. We met so many great people in Rabun County — especially Billy Redden, the “banjo boy.”

Redden: We’re not a bad people up here, we’re a loving people. Rabun County is a pretty good town. It’s peaceful, not a lot of crime going on, just a real peaceful town. Everybody pretty much gets along with everybody.

I’m Cory Welles for Marketplace.

Voir de plus:

Deliverance (1972)

Background

Deliverance (1972) is British director John Boorman’s gripping, absorbing action-adventure film about four suburban Atlanta businessmen friends who encounter disaster in a summer weekend’s river-canoeing trip. It was one of the first films with the theme of city-dwellers against the powerful forces of nature.

The exciting box-office hit, most remembered for its inspired banjo duel and the brutal, violent action (and sodomy scene), was based on James Dickey’s adaptation of his own 1970 best-selling novel (his first) of the same name – he contributed the screenplay and acted in a minor part as the town sheriff.

The stark, uncompromising film was nominated for three Academy Awards (Best Picture, Best Director, and Best Film Editing), but went away Oscar-less. The beautifully-photographed film, shot entirely on location (in northern Georgia’s Rabun County that is bisected by the Chattooga River), was the least-nominated film among the other Best Picture nominees. Ex-stuntman Burt Reynolds took the role of bow-and-arrow expert Lewis after it was turned down by James Stewart, Marlon Brando, and Henry Fonda on account of its on-location hazards.

The increasingly claustrophobic, downbeat film, shot in linear sequence along forty miles of a treacherous river, has been looked upon as a philosophical or mythical allegory of man’s psychological and grueling physical journey against adversity. It came during the 70s decade when many other conspiracy or corruption-related films were made with misgivings, paranoia or questioning of various societal institutions or subject areas, such as the media (i.e., Dog Day Afternoon (1975), Network (1976)), politics (i.e., The Parallax View (1974), All the President’s Men (1976)), science (i.e., Capricorn One (1977), Coma (1978), The China Syndrome (1979)), and various parts of the US itself (i.e., Race with the Devil (1975), The Hills Have Eyes (1977), and later Southern Comfort (1981)).

A group of urban dwellers test their manhood and courage, totally vulnerable in the alien wild, and pit themselves against the hostile violence of nature. At times, however, they are attracted to nature, and exhilarated and joyful about their experiences in the wild. (Director Boorman pursued the same complex eco-message theme of man vs. nature in other films, including Zardoz (1973) and The Emerald Forest (1985).) As they progress further and further along in uncharted territory down the rapids, the men ‘rape’ the untouched, virginal wilderness as they are themselves violated by the pristine wilderness and its degenerate, inbred backwoods inhabitants. Survivalist skills come to the forefront when civilized standards of decency and logic fail.

The film’s taglines were tantalizing:

      • « This is the weekend they didn’t play golf. »
      • « Where does the camping trip end…and the nightmare begin…? »
      • « What did happen on the Cahulawassee River?

The river is the potent personification of the complex, natural forces that propel men further and further along their paths. It tests their personal values, exhibiting the conflict between country and city, and accentuates what has been hidden or unrealized in civilized society. The adventurers vainly seek to be ‘delivered’ from the evil in their own hearts, and as in typical horror films, confront other-worldly forces in the deep woods. The flooding of the region after the completion of a dam construction project alludes to the purification and cleansing of the sins of the world by the Great Flood. The film was also interpreted as an allegory of the US’ involvement in the Vietnam War – as the men (the US military) intruded into a foreign world (Southeast Asia), and found it was raped or confronted by wild forces it couldn’t understand or control.

The Story


The film opens with voice-overs of the main characters discussing the « vanishing wilderness » and the corruption of modern civilization, while the credits play over views of the flooding of one of the last untamed stretches of land, and the imminent wiping out of the entire Cahulawassee River and the small town of Aintry.

[The film’s trailer provides details about the foursome: « These are the men. Nothing very unusual about them. Suburban guys like you or your neighbor. Nothing very unusual about them until they decided to spend one weekend canoeing down the Cahulawassee River. Ed Gentry – he runs an art service, his wife Martha has a boy Dean. Lewis Medlock has real estate interests, talks about resettling in New Zealand or Uruguay. Drew Ballinger – he’s sales supervisor for a soft drink company. Bobby Trippe – bachelor, insurance and mutual funds. These are the men who decided not to play golf that weekend. Instead, they sought the river. »]

The four characters include:

      • Lewis Medlock (Burt Reynolds), a bow-hunter and avowed, macho survivalist and outdoorsman
      • Bobby Trippe (Ned Beatty in his film debut), an overweight insurance salesman
      • Drew Ballinger (Ronny Cox in his film debut), a guitar player and sales supervisor
      • Ed Gentry (Jon Voight, a star actor due to his appearance in Midnight Cowboy (1969)), married, runs an art service

Lewis lectures his friends and anxiously bemoans the dam construction that will soon destroy the (‘damned’ or ‘dammed’) Cahulawassee River and town. He urges his friends to take a ride down the river before a man-made lake will forever flood it:

…because they’re buildin’ a dam across the Cahulawassee River. They’re gonna flood a whole valley, Bobby, that’s why. Dammit, they’re drownin’ the river…Just about the last wild, untamed, unpolluted, unf–ked up river in the South. Don’t you understand what I’m sayin’?…They’re gonna stop the river up. There ain’t gonna be no more river. There’s just gonna be a big, dead lake…You just push a little more power into Atlanta, a little more air-conditioners for your smug little suburb, and you know what’s gonna happen? We’re gonna rape this whole god-damned landscape. We’re gonna rape it.

His friends Bobby, Ed, and Drew label Lewis’ views as « extremist. » In voice-over, Lewis coaxes his three, soft city-slicker friends to join him for a weekend canoe trip down the Cahulawassee River – to pit themselves against the US wilderness. (The film’s major poster declared: « This is the weekend they didn’t play golf. ») They leave behind their business jobs and civilized values for their « last chance » to go back to unspoiled nature for a weekend of canoeing, hunting, and fishing, in northern Georgia’s scenic Appalachian wilderness.

Their two cars, Lewis’ International Scout 4 x 4 and Drew’s station wagon with canoes strapped on top, drive into the hillbilly wilderness to their odyssey’s starting point:

We’re gonna leave Friday, from Atlanta. I’m gonna have you back in your little suburban house in time to see the football game on Sunday afternoon. I know you’ll be back in time to see the pom-pom girls at halftime ’cause I know that’s all you care about…Yeah, there’s some people up there that ain’t never seen a town before, no bigger than Aintry anyway. And then those woods are real deep. The river’s inaccessible except at a couple of points…This is the last chance we got to see this river. You just wait till you feel that white-water under you, Bobby…I’ll have you in the water in an hour.

The first view of the city-dwelling buddies in the film occurs when the vehicles pull into a junk-littered, backwoods area that appears « evacuated already. » The men reveal more of their believable personalities by their reactions to the community of mountain folk they meet in this first scene:

      • the virile, dark-haired, dare-devil, savvy, somewhat repulsive leader Lewis (a patch on his jacket identifies him as the Co-captain of a skydiving group
      • the chubby-overweight, comical, middle-class salesman Bobby
      • the soft-spoken, decent, liberal and intellectually-minded, gentle, guitar-strumming Drew
      • and the thoughtful, complex, timid, mild-mannered, pipe-smoking, curious Ed

From behind a dilapidated, squalid shanty building, the first primitive hillbilly emerges, suspicious that they are from the power company. Lewis asks the old mountain man (Ed Ramey) about hiring him to drive their two cars to a point downstream at their landing point of Aintry:

Lewis: We want somebody to drive ’em down to Aintry for us.
Man: Hell, you’re crazy.
Lewis: No s–t. Hey, fill that one up with gas, huh, OK?

As the mountain man pumps gas, Bobby ridicules the strange man’s repulsive look:

Say, mister, I love the way you wear that hat.

He is told: « You don’t know nuthin’. » Possible drivers are suggested to Lewis for hire: « You might get the Griner Brothers…They live back over that way. »

One of the film’s highlights is a lively, captivating banjo duel of bluegrass music, « Dueling Banjos » (actual title « Feudin’ Banjos » – arranged and played by Eric Weissberg with guitarist Steve Mandell). [The song was authored by Arthur « Guitar Boogie » Smith in the 50s, and copyrighted by the Combine Music Corp.] Drew begins by playing chords on his guitar. A deformed, retarded, albino hillbilly youngster (Billy Redden) (on banjo) appears on the porch and answers him. Under his breath, Bobby criticizes the cretinous hillbilly boy: « Talk about genetic deficiencies. Isn’t that pitiful? » From behind him, one of the backwoods folks asks: « Who’s pickin’ a banjo here? » The impromptu song is played as a rousing challenge between the two. Toward its furious ending, Drew admits to the grinning boy: « I’m lost. » When Drew, seen as a suspicious stranger, compliments the moon-faced winner when they are done – « God damn, you play a mean banjo, » the mute, inbred, half-witted boy resumes his stony stare, turns his head sharply, and refuses to shake hands with the interloping foreigner. Drew is obviously disappointed that the boy ignores him.

As Lewis drives to the nearby Griner Bros. garage, he ridicules Bobby’s means of making a living – insurance sales, thereby tempting fate: « I’ve never been insured in my life. I don’t believe in insurance. There’s no risk. » In an edgy, volatile encounter, Lewis bargains firmly with one of the grimy, poverty-stricken Griner brothers (Seamon Glass and Randall Deal) to have them drive their vehicles to Aintry for $40 – and receives a second ominous warning about the hazardous river:

Griner: Canoe trip?
Lewis: That’s right, a canoe trip.
Griner: What the hell you wanna go f–k around with that river for?
Lewis: Because it’s there.
Griner: It’s there all right. You get in there and can’t get out, you’re gonna wish it wasn’t.

Ed fears that they have pushed too hard: « Listen, Lewis, let’s go back to town and play golf…Lewis, don’t play games with these people. » With Ed as his passenger, Lewis races his Bronco against the Griner’s pickup truck to the river’s launch point a few miles away through the dense woods – in his station wagon, Drew follows at a safe distance behind with Bobby. The reflections of leaves from the colorful canopy above shrouds and obscures a clear view of Ed and Lewis through the windshield – the jostling ride frightens Ed: « Lewis, you son-of-a-bitch, why do we have to go so god-damned fast?…Lewis, you’re gonna kill us both, you son-of-a-bitch, before we ever see any water. » When they reach the peaceful water’s edge, Lewis philosophically contemplates the view:

Sometimes you have to lose yourself before you can find anything…A couple more months, she’ll all be gone…from Aintry on up. One big dead lake.

They finally venture onto the river in two canoes: Drew with Ed, and Bobby with Lewis. Through the trees, they are observed at the water’s edge by the Griners – inhabitants of the area before ‘civilization’ took over. The neophyte canoers are unsure of their direction:

Bobby: Which way are we goin’, this way or that?
Lewis: I think, uh, downstream would be a good idea, don’t you? Drew – you and Bobby see some rocks, you yell out now, right?…
Bobby: Lewis, is this the way you get your rocks off?

At first, their encounter with the river and nature is peaceful and tranquil as they paddle along – on a sunny day. Above them on a cross-walk bridge high above the placid river, the banjo-playing lad silently but intently watches them – the camera shooting from Drew’s perspective. Before the first of many, increasingly-exciting sequences on the water, Lewis stands upright in the canoe and announces: « This gonna be fun! » They confront the twisting and turning white-water rapids of the swift-moving Chattooga River. They are exuberant and euphoric after victoriously navigating the challenging but not overwhelming wild-flowing water – under Lewis’ expert instruction. Bobby is thrilled about shooting the rapids:

That’s the best – the second best sensation I ever felt.

But Ed isn’t as certain: « Damn, I thought we bought the farm there, for a while. » Lewis reminisces about how it must have been for the original pioneers, while Bobby foolishes thinks they’ve masterfully beaten the river:

Lewis: The first explorers saw this country, saw it just like us.
Drew: I can imagine how they felt.
Bobby: Yeah, we beat it, didn’t we? Did we beat that?
Lewis: You don’t beat it. You don’t beat this river.

With a high-powered bow-and-arrow fishing rod, Lewis takes aim at a fish, misses and then warns:

Machines are gonna fail and the system’s gonna fail…then, survival. Who has the ability to survive? That’s the game – survive.

Lewis remarks that the mild-mannered, secure-in-life Ed has all the comforts of civilization, but does he know how to survive in the wild like a man? His implication to his companion is that only the strong survive:

Ed: Well, the system’s done all right by me.
Lewis: Oh yeah. You gotta nice job, you gotta a nice house, a nice wife, a nice kid.
Ed: You make that sound rather s–tty, Lewis.
Lewis: Why do you go on these trips with me, Ed?
Ed: I like my life, Lewis.
Lewis: Yeah, but why do you go on these trips with me?
Ed: You know, sometimes I wonder about that.

The comrades camp at night by the river’s edge, setting up tents, sitting around a campfire, listening to Drew’s guitar playing, drinking beer, and roasting a fish that Lewis has speared. Bobby expresses some appreciation for the virgin river and the wilderness surrounding it:

Bobby: It’s true, Lewis, what you said. There’s somethin’ in the woods and in the water that we have lost in the city.
Lewis: We didn’t lose it. We sold it.
Bobby: Well, I’ll say one thing for the system – the system did produce the air-mattress. Or as it’s better known among we camping types the instant broad. And if you fellows will excuse me, I’m gonna go be mean to my air mattress.

Tension is heightened when Lewis senses « something or someone » in the blackness of the night around them. The three tenderfoots criticize Lewis’ affinity to nature as he disappears to investigate: « He wants to be one with nature and he can’t hack it. » Ed drunkenly philosophizes about their isolation from the world:

No matter what disasters may occur in other parts of the world, or what petty little problems arise…, no one can find us up here.

The next morning after rising early, Ed takes his bow and arrow and stalks a deer – emulating his buddy. But his hands tremble at the moment of the arrow’s release toward a live animal, and the shot veers into a tree trunk. Drew sensitively comments: « I don’t understand how anyone could shoot an animal. » Ed later explains his reason for faltering: « I lost control psychologically. » No longer intoxicated by the thrill of the outdoors, Bobby complains about his mosquito bites: « I got eaten alive last night. My bites have got bites…I’m a salesman, Ed. » Further down the river, Ed and Bobby become separated from the other two behind them. They pull their canoe out of the river when they decide to rest in the thick wilderness next to it.

More threatening than the untamed river are two evil, violent, primitive, degenerate and hostile mountain men, a gay hillbilly (Bill McKinney) and a grizzly, toothless man (Herbert « Cowboy » Coward) armed with a 12 gauge double-barreled shotgun who suddenly appear from the woods and confront the intruders. [The wilderness isn’t populated with romantic survivalists or enobled, heroic characters as in adventure stories, but sadistic brutes.] The two inexperienced, naive adventurers, assuming that the menacing backwoodsmen (who are harrassing them) are hiding a still to manufacture bootleg whiskey, promise not to tell anyone where it is located. Even away from his urban citified element, Ed maintains an inappropriate decorum of decency and ineffectually calls the animalistic rednecks ‘gentlemen’:

Mountain Man: What the hell you think you’re doin’?
Ed: Headin’ down river. A little canoe trip, headin’ for Aintry.
Mountain Man: Aintry?
Bobby: Sure, this river only runs one way, captain, haven’t you heard?
Mountain Man: You ain’t never gonna get down to Ain-.
Ed: Well, why not?
Mountain Man: ‘Cause. This river don’t go to Aintry. You done taken a wrong turn. See uh, this here river don’t go nowhere near Aintry.
Bobby: Where does it go, then?
Mountain Man: Boy, you are a lost one, ain’t ya?
Bobby: Well, hell, I guess this river comes out somewhere, don’t it? That’s where we’re goin’. Somewhere. Look, we don’t want any trouble here.
Ed: If you gentlemen have a still near here, hell, that’s fine with us.
Bobby: Why sure. We’d never tell anybody where it is. You know somethin’, you’re right, we’re lost. We don’t know where in the hell we are.
Toothless Man: A still?
Bobby: Right, yeah. You’re makin’ some whiskey up here. We’ll buy some from ya, we could use it, couldn’t we?
Mountain Man: Do you know what you’re talkin’ about?
Ed: We don’t know what we’re talkin’ about, honestly we don’t.
Mountain Man: No, no. You said somethin’ about makin’ whiskey, right? Isn’t that what you said?
Ed: We don’t know what you’re doin’ and we don’t care. That’s none of our business.
Mountain Man: That’s right. It’s none of your god-damned business, right.
Ed: We got quite a long journey ahead of us, gentlemen.
Toothless Man: Hold it. You ain’t goin’ no damn wheres.
Ed: This is ridiculous.
Toothless Man: Hold it, or I’ll blow your guts out all over these woods.
Ed: Gentlemen, we can talk this thing over. What is it you require of us?


At shotgun point, in a nightmarish and frightening sequence, the two sexually-perverted rustics viciously target them. They order them up into the woods where they tie Ed (with his own belt) to a tree. The mountain man sexually humiliates Bobby – the chubby-faced, defenseless intruder into his territory. He forces the fat salesman to first strip down to his underwear.

After a degrading roll around in the dirt and up a steep, leaf-strewn hillside while fondling and groping his prey, the mountain man/rapist makes Bobby squeal like a female sow before sodomizing him. Strapped against a tree, Ed helplessly watches in horror:

Mountain Man: Now, let’s you just drop them pants.
Bobby: Drop?
Mountain Man: Just take ’em right off.
Bobby: I-I mean, what’s this all about?
Toothless Man: Don’t say anything, just do it.
Mountain Man: Just drop ’em, boy! (To Ed – at knifepoint) You ever had your balls cut off, you f–kin’ ape?
Bobby: Lord.
Mountain Man: Look at there, that’s sharp. I bet it’d shave a hair.
Toothless Man: Why don’t ya try it and see?
Bobby: Lord, lord. Deliver us from all.
Toothless Man (To Bobby): Pull off that little ol’ bitty shirt there, too. (To Mountain Man) Did he bleed?
Mountain Man: He bled. (To Bobby) Them panties, take ’em off. (After attacking him) Get up, boy. Come on, get on up there.
Bobby: No, no, no. Oh, no. No. Don’t.
Mountain Man: Hey boy. You look just like a hog.
Bobby: Don’t, don’t.
Mountain Man: Just like a hog. Come here, piggy, piggy, piggy. (Holding Bobby’s nose as he straddled him from behind) Come on, piggy, come on, piggy, come on, piggy, give me a ride, a ride. Hey, boy. Get up and give me a ride.
Bobby: All right.
Mountain Man: Get up and give me a ride, boy.
Bobby: All right. All right.
Mountain Man: Get up! Get up there!
Bobby: All right. (His underwear was pulled off) Oh no, no!
Mountain Man: Looks like we got us a sow here, instead of a boar.
Bobby: Don’t. Don’t.
Mountain Man: What’s the matter, boy? I bet you can squeal. I bet you can squeal like a pig. Let’s squeal. Squeal now. Squeal. (Bobby’s ear was pulled)
Bobby: Wheeeeeeeeeeeeeee!
Mountain Man: Squeal. Squeal louder. Louder. Louder, louder. Louder! Louder! Louder! Get down now, boy. There, get them britches down. That’s that. You can do better than that, boy. You can do better than that. Come on, squeal. Squeal.

Lewis and Drew silently paddle up and come upon the scene of brutalization. Meanwhile, the Toothless Man (with a bare-gummed sneer on his face) prepares to order Ed to perform fellatio upon him at gunpoint: « He’s got a real purty mouth, ain’t he? » With his bow and arrow, Lewis shoots and kills the Mountain Man with one arrow that is shot through his back and protrudes from his chest. The Toothless Man drops his shotgun and scurries away into the woods, as the Mountain Man staggers around with the arrow through his body – and then falls dead.

Nervously and dramatically, the outsider-tourists argue about what to do next – should they report the killing to the authorities or submerge the evidence in the ground?

Lewis: What are we gonna do with him?
Drew: There’s not but one thing to do. Take the body down to Aintry. Turn it over to the Highway Patrol. Tell ’em what happened.
Lewis: Tell ’em what exactly?
Drew: Just what happened. This is justifiable homicide if anything is. They were sexually assaulting two members of our party at gunpoint. Like you said, there was nothin’ else we could do.
Ed: Is he alive?
Lewis: Not now. Well, let’s get our heads together. (To vengeful Bobby) Come on now, let’s not do anything foolish. Does anybody know anything about the law?
Drew: Look, I-I was on jury duty once. It wasn’t a murder trial.
Lewis: A murder trial? Well, I don’t know the technical word for it, Drew, but I know this. You take this man down out of the mountains and turn him over to the Sheriff, there’s gonna be a trial all right, a trial by jury.
Drew: So what?
Lewis: We killed a man, Drew. Shot him in the back – a mountain man, a cracker. It gives us somethin’ to consider.
Drew: All right, consider it, we’re listenin’.
Lewis: S–t, all these people are related. I’d be god-damned if I’m gonna come back up here and stand trial with this man’s aunt and his uncle, maybe his momma and his daddy sittin’ in the jury box. What do you think, Bobby? (Bobby rushes at the corpse, but is restrained) How about you, Ed?
Ed: I don’t know. I really don’t know.
Drew: Now you listen, Lewis. I don’t know what you got in mind, but if you try to conceal this body, you’re settin’ yourself up for a murder charge. Now that much law I do know! This ain’t one of your f–kin’ games. You killed somebody. There he is!
Lewis: I see him, Drew. That’s right, I killed somebody. But you’re wrong if you don’t see this as a game…Dammit, we can get out of this thing without any questions asked. We get connected up with that body and the law, this thing gonna be hangin’ over us the rest of our lives. We gotta get rid of that guy!…Anywhere, everywhere, nowhere.
Drew: How do you know that other guy hasn’t already gone for the police?
Lewis: And what in the hell is he gonna tell ’em, Drew, what he did to Bobby?
Drew: Now why couldn’t he go get some other mountain men? Now why isn’t he gonna do that? You look around you, Lewis. He could be out there anywhere, watchin’ us right now. We ain’t gonna be so god-damned hard to follow draggin’ a corpse.
Lewis: You let me worry about that, Drew. You let me take care of that. You know what’s gonna be here? Right here? A lake – as far as you can see hundreds of feet deep. Hundreds of feet deep. Did you ever look out over a lake, think about something buried underneath it? Buried underneath it. Man, that’s about as buried as you can get.
Drew: Well, I am tellin’ you, Lewis, I don’t want any part of it.
Lewis: Well, you are part of it!
Drew: IT IS A MATTER OF THE LAW!
Lewis: The law? Ha! The law?! What law?! Where’s the law, Drew? Huh? You believe in democracy, don’t ya?
Drew: Yes, I do.
Lewis: Well then, we’ll take a vote. I’ll stand by it and so will you.

Under stress, the normal demeanor of the urban professionals becomes more primal and crazed. Drew persuasively argues that they must take the body with them and lawfully report the incident as self-defense (a « justifiable homicide ») to the police. Drew is outvoted when the decent, pipe-smoking Ed casts the decisive vote in the ‘democratic’ process – a consequential vote that Drew calls « the most important decision of your whole life…We’re gonna have to live with this for the rest of our lives. » Lewis’ viewpoint eventually wins out with Ed’s collaboration – they decide to bury the man without reporting the incident (fearing the vengeful local residents wouldn’t accept their explanation and would be antagonistic toward them in a local trial). They expect that the waters of the future dam site would keep the corpse a secret and cover up their own awful crime. They add another dead creature to the soon-to-be dead wilderness.

To prepare for the burial, Lewis pulls the arrow out of the chest of Bobby’s attacker. The foursome awkwardly carry the body to a chosen gravesite. In a frenzy, they dig a grave with their bare hands, animalistically scratching and clawing with their hands. The gravediggers place the Mountain Man and the shotgun in the shallow grave, but the body’s stubborn, outstretched arm won’t willingly remain buried under the soft earth.

In haste, the panicked quartet anxiously race to their canoes to « paddle on down to Aintry to get the cars and go home. » As they descend and approach more frightening rapids downriver, Drew has neglected to put on his lifejacket. He rises, shakes his dazed head, loses his balance, topples and pitches (or falls) forward into the rough water in some noisy, churned-up rapids and disappears under the surface – he doesn’t resurface. Ed’s wooden canoe hits a large boulder, capsizes, and splinters into two pieces. The second canoe collides with it and also capsizes. All of the men are catapulted and spilled into a vicious set of cascading water and carried downstream in the frothy white foam. Lewis suffers an excruciatingly-painful right thighbone compound fracture when he strikes some underwater rocks – he cries out: « My leg’s broke. » With viscera (bone and flesh) hanging out of his pant’s leg where the wound was sustained, Lewis conjectures that « Drew was shot » by « that toothless bastard. » Clutching his leg and screaming in agony, Lewis finds refuge on some jagged rocks on the shoreline next to the river where high cliffs overlook them. Drew’s damaged guitar floats by in the water, as Ed vainly calls out for his companion – his voice echoes throughout the gorge’s canyons.

They paranoically suspect that they are the targets of gunshots, fired by the murdered man’s buddy poised high atop the towering cliff above them (« he’s right up there »). Ed surmises that they are retaliatory targets: « He’s gonna try and kill us, too. If he killed Drew, he’s gonna have to kill us. » The three are trapped in a gorge, feeling like sitting ducks [filmed at Tallulah Gorge]. Now they are compelled to play the deadly ‘game’ of survival. Ed yells at the group’s self-proclaimed leader who has suffered a debilitating fate:

Ed: What are we gonna do, Lewis? You’re the guy with the answers. What the hell do we do now?
Lewis: Now you get to play the game.
Ed: Lewis, you’re wrong.

Bobby is reduced to a fearful, whimpering weakling, and Lewis is so seriously injured that his leg must be splinted with a canoe paddle. Alone, Ed must provide active leadership and guide his friends to safety and civilization. He becomes changed forever by the struggle to survive in the malevolent, backwoods world. In a daring scene, he scales the face of the sheer rock cliff within the gorge in the darkness, with a bow and arrow on his back, to end the threat of a rifleman that he suspects shot Drew. Hanging precariously, he glances at his wallet’s picture of his wife and child – but they slip from his grasp. He fears: « God damn it, you’re never gonna get out of this gorge alive! »

Exhausted by the torturous climb, he falls asleep at the top, waking to the early morning light and a silhouetted glimpse of an unidentified mountaineer with a Winchester Model 1892 lever-action repeating rifle. He presumes the figure is the toothless man bent on revenge. Ed’s hands shake as he aims his bow and arrow. At the same instant the arrow releases, he slips on the rocks and painfully falls on his side onto one of his own arrows – it pierces his side. It first looks like he has missed his target. The hillbilly with the rifle staggers over to shoot his wounded attacker from point-blank range, but then falls dead from the arrow protruding through his neck.

Ed frantically searches inside the man’s mouth to identify him but remains uncertain whether he is the toothless man. He hurls both his bow and the man’s shotgun into the river far below, and then slowly lowers the corpse down the gorge’s cliff face at the end of a rope. When he uses the rope to rappel down the cliff, the line snaps and he is tossed into the river with the corpse. He is almost drowned under the surface when he becomes entangled with both the line and the clinging dead man. To hide any possible clues of the unknown killer, he later weights down the body with rocks and sinks it into the river.

The three finish their journey (with the seriously-wounded Lewis lying on the floor of the canoe). They locate Drew’s lifeless, drowned body along the way, lodged against a boulder and a fallen tree with his disfigured arm twisted behind his head. They scour his body for evidence of bullet wounds [whether he was shot or not remains uncertain], and then are also compelled to dispose of his weighted body at the bottom of the river:

Bobby: What are you going to do with Drew?
Ed: If a bullet made this, there are people who can tell.
Bobby: Oh God, there’s no end to it. I didn’t really know him.
Ed: Drew was a good husband to his wife Linda and you were a wonderful father to your boys, Drew – Jimmie and Billie Ray. And if we come through this, I promise to do all I can for ’em. He was the best of us.
Bobby: Amen.

In the final, jostling leg of the journey, the sides of their aluminum canoe scrape and crash against the rocks, causing severe pain for the incapacitated Lewis. At last, they return to civilization at Aintry, marked by junked cars at the river’s edge. Bobby is jubilant at the sight of rusted hulks of cars:

We made it. We made it, Ed. We made it. We’re back, Ed.

Tenaciously insistent that they all have the same story, Ed manufactures an explanatory alibi for their entire weekend:

Ed: Everything happened right here. Lewis broke his leg in those rapids there, and Drew drowned here.
Bobby: No, nothin’ happened here.
Ed: Bobby, listen to me. We got to stop them from lookin’ up river. It’s important that we get together on this thing. Do you understand?…We’re not out of this yet.

At Aintry, Ed is stunned to discover that the Griner brothers delivered their cars as they had arranged. After phoning for help, both Lewis and Ed are taken away in an ambulance for medical attention. Even the simplest signs of civilization (paper tissues and hot water) are appreciated by Ed who is obviously overwhelmed by his experience. In a local boarding house where they are placed by country lawmen, Bobby and Ed are served a home-cooked meal that includes corn, and a conversation about « the darndest-looking cucumber you ever seen. »

But they do not tell the local law officers what has really happened to them, and deny having any encounters with hillbillies. Bobby is worried that their story isn’t holding together: « We’re in trouble. They don’t believe us. » Even though Bobby claims he « told ’em like we said, » Ed doesn’t believe that his cowardly pal is telling the truth. Their story (that both Lewis’ broken leg and Drew’s drowning occurred at the end of the trip) contradicts the discovery of their shattered wooden canoe upstream. At the river’s edge, a skeptical Deputy Queen (Macon McCalman) and suspicious Aintry County Sheriff Ed Bullard (James Dickey) report a missing hunter in the woods (related by marriage to Deputy Queen) from a couple of days earlier, but the officials have no proof and « nothin’ to hold them for. » The Sheriff knowingly responds with an omen of their gruesome secrets:

Let’s just wait and see what comes out of the river.

As Ed and Bobby are driven back into town to the County Memorial Hospital to visit Lewis, the taxicab driver (Pete Ware) confirms their own guilt-ridden hopes:

All this land’s gonna be covered with water. Best thing ever happened to this town.

To their relief, when Lewis regains consciousness in the hospital, he confirms their story by claiming: « I don’t remember nuthin’. Nuthin' ». Before they leave Aintry, the smiling, omniscient Sheriff asks a few more biting questions and then offers home-grown advice:

Sheriff: How come you all end up with four life jackets?
Bobby: Didn’t we have an extra one?
Ed: No, Drew wasn’t wearin’ his.
Sheriff: Well, how come he wasn’t wearin’ it?
Ed: I don’t know.
Sheriff: Don’t ever do nothin’ like this again. Don’t come back up here.
Bobby: You don’t have to worry about that, Sheriff.
Sheriff: I’d kinda like to see this town die peaceful.

Ed and Bobby agree to not see each other for a while. Returning home, Ed is ‘delivered’ from the malevolent horrors of nature and reunited with his wife (Belinda Beatty) and son (Charlie Boorman, the director’s son who played a major role in The Emerald Forest (1985)).

The final frightening image is of Ed, snapping awake next to his wife from a vivid nightmare of his journey. He is fearfully haunted by a white, bony hand (of the murdered Mountain Man) rising above the surface of the water of the newly-flooded wilderness. The man’s stiff, outstretched hand – pointing nowhere – serves as a signpost. Ed lies back in his wife’s arms – unable to rest and experience ‘deliverance’ from his recurring nightmare of their experience with extreme violence.

Voir enfin:

Easy Rider (1969)

Easy Rider (1969) is the late 1960s « road film » tale of a search for freedom (or the illusion of freedom) in a conformist and corrupt America, in the midst of paranoia, bigotry and violence. Released in the year of the Woodstock concert, and made in a year of two tragic assassinations (Robert Kennedy and Martin Luther King), the Vietnam War buildup and Nixon’s election, the tone of this ‘alternative’ film is remarkably downbeat and bleak, reflecting the collapse of the idealistic 60s. Easy Rider, one of the first films of its kind, was a ritualistic experience and viewed (often repeatedly) by youthful audiences in the late 1960s as a reflection of their realistic hopes of liberation and fears of the Establishment.

The iconographic, ‘buddy’ film, actually minimal in terms of its artistic merit and plot, is both memorialized as an image of the popular and historical culture of the time and a story of a contemporary but apocalyptic journey by two self-righteous, drug-fueled, anti-hero (or outlaw) bikers eastward through the American Southwest. Their trip to Mardi Gras in New Orleans takes them through limitless, untouched landscapes (icons such as Monument Valley), various towns, a hippie commune, and a graveyard (with hookers), but also through areas where local residents are increasingly narrow-minded and hateful of their long-haired freedom and use of drugs. The film’s title refers to their rootlessness and ride to make « easy » money; it is also slang for a pimp who makes his livelihood off the earnings of a prostitute. However, the film’s original title was The Loners.

[The names of the two main characters, Wyatt and Billy, suggest the two memorable Western outlaws Wyatt Earp and Billy the Kid – or ‘Wild Bill’ Hickcock. Rather than traveling westward on horses as the frontiersmen did, the two modern-day cowboys travel eastward from Los Angeles – the end of the traditional frontier – on decorated Harley-Davidson choppers on an epic journey into the unknown for the ‘American dream’.]

According to slogans on promotional posters, they were on a search:

A man went looking for America and couldn’t find it anywhere…

Their costumes combine traditional patriotic symbols with emblems of loneliness, criminality and alienation – the American flag, cowboy decorations, long-hair, and drugs.

Both Peter Fonda and Dennis Hopper co-starred, Fonda produced, and 32 year old Hopper directed (his first effort). [It was produced by B.B.S. (formed by Bob Rafelson – the director of Five Easy Pieces (1970), Bert Schneider, and Steve Blauner), already known for the groundbreaking, surrealistic Head (1968), a cult masterpiece that starred the Monkees (from the popular TV series) and was co-written by unemployed actor Jack Nicholson.] Fonda (as lead actor), Hopper (as uncredited second unit director), and Jack Nicholson (as screenwriter) had participated in director Roger Corman’s low-budget, definitive LSD film The Trip (1967) a few years earlier. And Fonda had also starred in Roger Corman’s and American International’s ground-breaking The Wild Angels (1966) – a biker’s tale about the ‘Hell’s Angels’. The first scenes to be shot were on grainy 16 mm. in New Orleans (during Mardi Gras) on a budget of $12,000, afterwards followed by funds for a total budget of $380,000.

This follow-up film to The Wild Angels (1966) premiered at the 1969 Cannes Film Festival and won the festival’s award for the Best Film by a new director. The film received two Academy Award nominations: Best Original Screenplay (co-authored by Peter Fonda, Dennis Hopper, and Terry Southern – known previously for scripting Stanley Kubrick’s Dr. Strangelove, or… (1964)), and Best Supporting Actor for Jack Nicholson in one of his earlier, widely-praised roles as a drunken young lawyer.

Easy Rider surprisingly, was an extremely successful, low-budget (under $400,000), counter-cultural, independent film for the alternative youth/cult market – one of the first of its kind that was an enormous financial success, grossing $40 million worldwide. Its story contained sex, drugs, casual violence, a sacrificial tale (with a shocking, unhappy ending), and a pulsating rock and roll soundtrack reinforcing or commenting on the film’s themes. Groups that participated musically included Steppenwolf, Jimi Hendrix, The Band and Bob Dylan.

The pop cultural, mini-revolutionary film was also a reflection of the « New Hollywood, » and the first blockbuster hit from a new wave of Hollywood directors (e.g., Francis Ford Coppola, Peter Bogdanovich, and Martin Scorsese) that would break with a number of Hollywood conventions. It had little background or historical development of characters, a lack of typical heroes, uneven pacing, jump cuts and flash-forward transitions between scenes, an improvisational style and mood of acting and dialogue, background rock ‘n’ roll music to complement the narrative, and the equation of motorbikes with freedom on the road rather than with delinquent behaviors.

However, its idyllic view of life and example of personal film-making was overshadowed by the self-absorbent, drug-induced, erratic behavior of the filmmakers, chronicled in Peter Biskind’s tell-all Easy Riders, Raging Bulls: How the Sex-Drugs-and Rock ‘N Roll Generation Saved Hollywood (1999). And the influential film led to a flurry of equally self-indulgent, anti-Establishment themed films by inferior filmmakers, who overused some of the film’s technical tricks and exploited the growing teen-aged market for easy profits. Hopper’s success with this film gave him the greenlight from Universal Pictures (and $850,000) for his next project The Last Movie (1971) which ended up being a colossal failure, due in part to reports of drug-induced orgies during filming, and its year-long editing process (delayed by alleged use of psychedelic drugs for ‘inspiration’).

The Story


One morning, two free-wheeling, long-haired, social misfits/dropouts/hippies ride up to La Contenta Bar, south of the border in Mexico. With Jesus (Antonio Mendoza), they walk around the side of the bar through an auto-wrecking dump yard. After Jesus scoops out a small amount of white powder (cocaine) onto a mirror, they both sniff the dope. In Spanish, the thinner, calmer one chuckles: « Si pura vida (Yes, it’s pure life.) » Then, he hands a packet of money to Jesus who thumbs through it and smiles. The two bikers, who have presumably orchestrated the decision to buy the cocaine in Mexico, are given cases of the powder in the drug deal.

Before the film cuts to the next scene, the loud noise of a jet engine plays on the soundtrack. In the next scene of their dope deal, they are now in California where they have smuggled the drugs for sale to a dealer. The two are on an airport road next to the touch down point of jet planes at Los Angeles International Airport – the sound of approaching planes is excruciatingly loud. A Rolls Royce pulls into the frame with their Connection (Phil Spector, the famous rock and roll producer in a cameo role). While testing the white powder in the front seat of their white pickup truck, the Connection ducks every time a plane lands. In exchange for the drugs, the Bodyguard (Mac Mashourian) gives a large quantity of cash to one of the bikers in the front seat of the Rolls. The drug deal is finalized to the tune of Steppenwolf’s « The Pusher, » a song which is overtly against hard-drug pushers and dealing.

You know I smoked a lot of grass
Oh Lord, I popped a lot of pills
But I’ve never touched nothin’
That my spirit could kill
You know I’ve seen a lot of people walkin’ round
With tombstones in their eyes
But the pusher don’t care
Aw, if you live or if you die
God damn the Pusher
God damn, hey I say the Pusher
I said God damn, God damn the Pusher man.

With the stash of money they’ve made from selling drugs, they have financed their trip, including the purchase of high-handled motorcycles. One of them rolls up the banknotes and stuffs them into a long plastic tube that will be inserted snake-like into the tear-drop shaped gas tank of his stars-and-stripes decorated motorcycle. The two part-time drug dealers are:

  • a cool and introspective « Captain America » Wyatt (Peter Fonda) on a gleaming, silver-chromed low-riding bike with a ‘stars-and-stripes’ tear-drop gas tank, wearing a tight leather pants held at the waist by a round belt-buckle and a black leather jacket with an American flag emblazoned on the back; also with a ‘stars-and-stripes’ helmet
  • mustached and shaggy, long-haired Billy the Kid (Dennis Hopper), with a tan-colored bush hat, fringed buckskin jacket, shades, and an Indian necklace of animals’ teeth

Wyatt casts off his wristwatch to the ground, a literal and symbolic flourish that shows his new-found freedom and rejection of time constraints in modern society. As they take to the open road on their motorcycles, cross the Colorado River and pass through unspoiled buttes and sand-colored deserts, the credits begin to scroll, accompanied by the sound of the popular song by Steppenwolf: « Born To Be Wild. » It is the start of a beautiful adventure as they travel through memorable landscapes of America’s natural beauty, accompanied by the pounding of rock music.

Get your motor runnin’
Head out on the highway
Lookin’ for adventure
And whatever comes our way

Chorus 1
Yeah, darlin’ gonna make it happen
Take the world in a love embrace
Fire all of the guns at once and
Explode into space.

I like smoke and lightnin’
Heavy metal thunder
Racin’ with the wind
And the feelin’ that I’m under
Repeat of Chorus 1

Chorus 2
Like a true nature’s child
We were born, born to be wild
We can climb so high
I never wanna die.
Born to Be Wild
Born to Be Wild…

That evening, they are immediately rebuffed at a motel when they ask for a room – presumably because of their long hair, general unkempt and far-out appearance. The manager flashes the NO Vacancy sign at them. They camp out on the first leg of their cross-country odyssey to New Orleans, hoping to arrive there before the Mardi Gras celebration.

In the first of a number of campfire scenes, there is time for discussion and for short snatches of dialogue to illuminate the characters and themes of the film. In front of an open fire, Billy sings of his materialistic dreams:

I’m goin’ down to Mardi Gras
I’m gonna get me a Mardi Gras queen…

In contrast, Wyatt smokes on a joint and seems withdrawn and remote to Billy: « You’re pulling inside man. You’re getting a little distance tonight. » Wyatt explains that he is tired: « Yeah, well, I’m just getting my thing together. » The next morning, Wyatt wakens first, and explores a deserted, broken-down shed, and a drawer on the ground with a rusted compass and a withered piece of paper inside. He also looks at a frayed booklet with pages blown by the breeze.

They stop at a horse ranch to repair Wyatt’s flat tire on his bike – in symbolic, parallel juxtaposition – to a rancher who is shoeing his horse nearby. Although the loud sounding motorcycle makes the horses skittish, the rancher (Warren Finnerty), not intimidated by their odd appearance, admires Wyatt’s « good-looking machine. » Wyatt and Billy are invited to join the ranchhouse family (the rancher, his Mexican wife, and his many Mexican-American children) for an outdoor meal at the long dinner table. Wyatt respectfully compliments the rancher on his simple life of hard work, approves his self-sustaining piece of land (« nice spread »), and then clarifies his profound thoughts on his own attraction to the man’s commitment to building a comfortable life for his family – an embodiment of freedom and responsibility:

You’ve got a nice place. It’s not every man that can live off the land, you know. You do your own thing in your own time. You should be proud.

Soon restless and impatient with the domestic scene, they are on their way again through a wooded, mountainous area, while The Byrds’ « Wasn’t Born to Follow » plays on the soundtrack. Wyatt picks up a Stranger/hitchhiker (Luke Askew) and they ride up to an Enco gas station [at Sacred Mountain] to fill their tanks. Billy, who is paranoid and terrified of losing their one opportunistic chance at the good life, is nervous about having the Stranger help fill the tanks:

Billy: Hey man, everything that we ever dreamed of is in that teardrop gas tank – and you got a stranger over there pourin’ gasoline all over it. Man, all he’s got to do is turn and look over into it, man, and he can see that…
Wyatt: He won’t know what it is, man. He won’t know what it is. Don’t worry, Billy. Everything’s all right.

After filling both tanks, Wyatt holds out a bill, looking for someone to pay, but the hitchhiker dismisses him: « That’s all taken care of. » Wyatt is pleased: « I like that. » [There may be some pre-arranged payment scheme that the hitchhiker has with the owner of the gas station, but that is only speculation.] As they pull out onto the highway, the last shot cuts to the gas station building, where a poor Mexican girl looks out the window.

As they ride through more open desert terrain and the golden sun begins to set over Monument Valley, the Band’s « The Weight » is heard on the soundtrack:

I pulled into Nazareth, was feelin’ ’bout half-past dead
I just need some place, where I can lay my head
Hey Mister, can you tell me, where a man might find a bed
He just grinned and shook my hand, and ‘no’ was all he said
Take a load off, Fanny, take a load for free
Take a load off, Fanny, yeah, and you put the load right on me
I picked up my bag, I went lookin’ for a place to hide
Then I saw Carmen and the devil, walkin’ side by side
I said ‘Hey, Carmen, come on let’s go downtown’
She said, ‘I gotta go, but my friend can stick around’…

When night falls, they must camp again, choosing an ancient Pueblo Indian rock ruins. In the film’s second campfire scene, their figures are silhouetted against a beautiful Southwest sunset of many hues. They have a week left to get to New Orleans and the Mardi Gras. The evasive Stranger, whom they are taking to his commune, enigmatically reveals he was originally from the repression of the city:

It doesn’t make any difference what city. All cities are alike. That’s why I’m out here now…cause I’m from the city, a long way from the city – and that’s where I want to be right now.

The Stranger reprimands Billy for disrespecting the Indian graves directly underneath them: « The people this place belongs to are buried right under you. You could be a trifle polite…It’s a small thing to ask. » When Wyatt asks: « You ever want to be somebody else? », the Stranger replies: « I’d like to try Porky Pig. » Wyatt answers his own question: « I never wanted to be anybody else. »

The next day, the Stranger leads them to his New Mexico commune where hippies are gathered outside the buildings. The commune is the typical 60s embodiment of idealized dreams – another alternative style of living quite different from the world of the rancher. The bikers are immediately drawn into the commune without fear or prejudice – their dress and mode of speaking are at one with the counter-cultural commune. The Stranger is relieved to be home – he hugs and kisses one of the women and washes his face in a washbasin. Billy plays ‘cowboys and Indians’ with the hippie children, yelling: « Bang bang » as he exchanges imaginary gunfire with them. Foreshadowing future events, Billy cries out: « Pow, pow, pow. Ppttwanng. You can’t hit me, I’m invisible. I’m invisible. » But a big glob of mud hits him in the middle of his chest – an ominous foreshadowing.

Inside the barn/kitchen area of the commune building, Sarah (Sabrina Scharf) « raps » with the Stranger, concerned about more visitors and the burden they place on the hippie commune. The promise of Paradise in the commune is a lost dream:

We just can’t take anymore, Stranger. Just too many people dropping in. Oh, I’m not talking about you and your friends, you know that. And like the week before, Susan dropped in with twelve people from Easter City. She wanted to take ten pounds of rice with her…Well naturally, we had to say no…So she gets all up tight and she breaks out some hash – and she won’t give us any. Oh, and…that’s not all. The next morning, they went outside to start their bus and they couldn’t get it started…

A mime troupe in the commune has « gone down to the hot springs to bathe. » Joanne (Sandy Wyeth), one of the younger hippie girls, reads an interpretation from the I Ching and asks Lisa (Luana Anders) for help in understanding the passage:

Starting brings misfortune. Per-serverance brings danger. Not every demand for change in the existing order should be heeded. On the other hand, repeated and well-founded complaints should not fail to a hearing.

The members of the mime troupe return and interrupt the proceedings. Their self-conscious leader theatrically takes the role of the Devil:

Hear ye, hear ye, hear ye. We’ve come to play for our dinner. Or should I say, stay for our dinner. Or even slay for our dinner…We’ve come to drink your wine, taste your food and take pleasure in your women.

Sarah grabs the Devil and pulls him out of the kitchen – she gestures for the rest of the troupe to leave so she can prepare dinner [the women are delegated to do all the cooking!]. The barefooted Stranger walks across a dirt field and explains how the touchy-feely commune is life-affirming but barely surviving – commune members (would-be hippie farmers) are sowing seeds on unplowed, barren, sandy ground:

You see, what happened here is these people got here late in the summer. Too late to plant. But the weather was beautiful and it was easy livin’, and everything was fine. And then came that winter. There were forty or fifty of them here living in this one-room place down here. Nothing to eat – starvin’. Out by the side of the road lookin’ for dead horses…Anything they could get ahold of. Now there’s – there’s eighteen or twenty of them left and they’re city kids. Look at them. But they’re getting this crop in. They’re gonna stay here until it’s harvested. That’s the whole thing.

Wyatt asks: « You get much rain here, man? » Billy and Wyatt predict opposite outcomes for the stoned-out labors of the workers. Wyatt admires the brave determination of the inhabitants:

Billy: This is nothing but sand, man. They ain’t gonna make it, man. They ain’t gonna grow anything here.
Wyatt: They’re gonna make it. Dig, man. They’re gonna make it.

In one of the film’s more memorable scenes, the blessing before the meal, the camera begins a 360 degree pan around on the varied faces of a circle of people holding hands together inside the commune. The camera returns to Jack (Robert Walker, Jr.) who leads the group in an Eastern-style religious blessing for the meal, thanking God for « a place to make a stand »:

We have planted our seeds. We ask that our efforts be worthy to produce simple food for our simple taste. We ask that our efforts be rewarded. And we thank you for the food we eat from other hands – that we may share it with our fellow man and be even more generous when it is from our own. Thank you for a place to make a stand. (Amen.)

While the dance troupe, the Gorilla Theatre, entertains outdoors during the meal on a makeshift stage by singing « Does Your Hair Hang Low, » Lisa, who has taken a liking to Wyatt, sits with him against a rock. She opens by asking: « Are you an Aquarius? » Wyatt shakes his head. Then she guesses right: « Pisces. » Uneasy in the commune, Billy is not permitted to join a group including the Stranger and Sarah – one of the group holds a cross out in front of Billy and turns him away. The Stranger asks: « Who sent ya? » Billy, who is distrustful and confused by the commune’s values and unable to see any pay-off, turns back and walks over to Wyatt:

Whew. Man, look, I gotta get out of here, man. Now we – we got things we want to do, man, like – I just – uh – I gotta get out of here, man.

In exchange for the food they have eaten, Wyatt and Billy give Lisa and her friend Sarah a lift on their bikes « over across the canyon » to the hot springs. « I Wasn’t Born to Follow » by The Byrds is again heard as the group of four walk along the bank of a stream and then shed their clothes for a skinny-dip together in a rock grotto.

Back at the commune just before they leave, the Stranger solemnly offers Wyatt a small square object, a tab of acid (LSD): « When you get to the right place, with the right people, quarter this. You know, this could be the right place. The time’s running out. » Wyatt wants to stay in the idyllic setting, but Billy is impatient and restless and insists that they leave. Both drifters finally decide that they need to keep moving. Although Wyatt might stay and develop a relationship with Lisa, he realizes time is running out for them and they are compelled to continue their journey: « Yeah, I’m, I’m hip about time. But I just gotta go. »

Along the way, they soon find themselves in the middle of a parade composed of red-uniformed band members and majorettes marching down the main street of Las Vegas, New Mexico. A revolving red light on the top of a police car signals them to pull over. They are thrown in jail for crashing the parade and « paradin’ without a permit. » Billy objects vehemently as the jail cell door is closed on him:

You gotta be kidding. I mean, you know who this is, man? This is Captain America. I’m Billy. Hey, we’re headliners baby. We played every fair in this part of the country. I mean, for top dollar, too!

A star-patterned symbol drawn on the cell wall reads: « I LOVE GOD » among other graffiti drawings and inscribed names. Bill calls his captors: « Weirdo hicks. » A colorful white plaster plaque reads: « Jesus Christ – the same yesterday, to-day and forever. »

In an adjoining cell and lying on a cot, they meet a genial, drunken ACLU Southern lawyer, George Hanson (Jack Nicholson, in the role that made him famous). He is moaning to himself about his aching head and sleeping off a hangover: « All right now, George – what are you gonna do now? I mean, you promised these people now. You promised these people – and you promised these people and – . » George’s activist ambitions in the community have been derailed by his drinking problem. Although they’re « in the same cage here, » George, experienced with the ACLU, the rule of law, and reconciliation between opposing groups, will function as their redemption because counter-culturalists Billy and Wyatt appear scruffy and foreign-looking to the red-neck townspeople:

Well, you boys don’t look like you’re from this part of the country. You’re lucky I’m here to see that you don’t get into anything…Well, they got this here – see – uh – scissor-happy ‘Beautify America’ thing goin’ on around here. They’re tryin’ to make everybody look like Yul Brynner. They used – uh – rusty razor blades on the last two long-hairs that they brought in here and I wasn’t here to protect them. You see – uh – I’m – uh – I’m a lawyer. Done a lot of work for the A. C. L. U.

George, a synthesizing combination of liberal and conservative ideals who has been able to transcend his parochial surroundings, assures them that they can get out of jail and find freedom with his political connections – if they « haven’t killed anybody – at least nobody white. » For just $25 dollars, they are set free. After Wyatt thanks George with the words: « very groovy, » George turns toward the guards and repeats the phrase: « Very groovy. Very groovy. See there. I bet nobody ever said that to you. » A binge drinker, George appears to be a frequent visitor to the jail and knows all the guards very well. Regarded as a fellow good-ol-boy by the guards, he is able to keep his rowdy behavior a secret from his disappointed father (he is the son of a wealthy, powerful, influential figure).

Outside while looking at their « super-machines, » George toasts the day with a bottle of Jim Beam, accompanied by his elbow flapping on his side like a chicken:

Here’s to the first of the day, fellas. To ol’ D. H. Lawrence. Nik-nik-nik-f-f-f-Indians!

George is also interested in saving himself by escaping from the small town and joining them on their two to three day ride to New Orleans: « I must’ve started off to Mardi Gras six or seven times. Never got further than the state line. » He shows them a business card from his wallet that the Governor of Louisiana once gave him that eventually directs them to hedonistic, self-interested pleasures at a legendary whore house:

‘Madame Tinkertoy’s House of Blue Lights. Corner of Bourbon and Toulouse, New Orleans, Louisiana.’ Now this is supposed to be the finest whorehouse in the South. These ain’t no pork chops. These are U. S. Prime.

George presents the most unforgettable image of the film after he tells them: « Oh, oh, I’ve got a helmet. I’ve got a beauty. » He is grinning from ear to ear, wearing a gold football helmet with a blue center stripe, and riding on the back of Wyatt’s motorcycle, as « If You Want to Be A Bird » (by The Holy Modal Rounders) plays on the soundtrack. George sits up and flaps his arms.

Around the campfire that night, [the third campfire scene in the film and the first of two campfire scenes with George], George – wearing a ‘M’ letter sweater (another symbol of his traditional scholastic leanings, along with the football helmet) – takes another drink and again flaps his arms: « Nik, nik, nik, nik – Fire! » They turn George on to marijuana (« grass ») and he is soon encouraged to inhale a joint for the first time in his life after sniffing at it and expressing his doubts about lighting it up:

You- you mean marijuana. Lord have mercy, is that what that is? Well, let me see that. Mmmmm-mmm. Mmmm….I-I-I couldn’t do that. I mean, I’ve got enough problems with the – with the booze and all. I mean, uh, I – I can’t afford to get hooked…it-it-it leads to harder stuff.

Thinking it has « a real nice, uh, taste to it, » George gets high. In a hilarious conversation, his marijuana smoking prompts him to espouse his belief in aliens and UFOs:

That was a UFO, beamin’ back at ya. Me and Eric Heisman was down in Mexico two weeks ago – we seen forty of ’em flying in formation. They-they-they’ve got bases all over the world now, you know. They’ve been coming here ever since nineteen forty-six – when the scientists first started bouncin’ radar beams off of the moon. And they have been livin’ and workin’ among us in vast quantities ever since. The government knows all about ’em.

George describes more of his « crackpot idea » to Billy about how aliens from the planet Venus (from a « more highly evolved » society without war, money, or political leaders) have already landed on Earth. They don’t reveal themselves as living and working people because they are indistinguishable from normal human beings. Their mission is to help « people in all walks of life » to evolve into a higher destiny. In his theory, the US government leaders have repressed information about the extraterrestrials who represent the status quo:

Well, they are people, just like us – from within our own solar system. Except that their society is more highly evolved. I mean, they don’t have no wars, they got no monetary system, they don’t have any leaders, because, I mean, each man is a leader. I mean, each man – because of their technology, they are able to feed, clothe, house, and transport themselves equally – and with no effort…Why don’t they reveal themselves to us is because if they did it would cause a general panic. Now, I mean, we still have leaders upon whom we rely for the release of this information. These leaders have decided to repress this information because of the tremendous shock that it would cause to our antiquated systems. Now, the result of this has been that the Venutians have contacted people in all walks of life – all walks of life. (He laughs) Yes. It-it-it would be a devastatin’ blow to our antiquated systems – so now the Venutians are meeting with people in all walks of life – in an advisory capacity. For once man will have a god-like control over his own destiny. He will have a chance to transcend and to evolve with some equality for all.

They decide to save the rest of the joint for the next morning, as Wyatt advises: « It gives you a whole new way of looking at the day. »

The next morning, they continue on their trip and wind up entering a rural cafe/diner in a small Southern town, as three songs play on the soundtrack:

  • Don’t Bogart Me (by the Fraternity of Man)
  • If Six Was Nine (by the Jimi Hendrix Experience)
  • Let’s Turkey Trot (by Little Eva) – the selection on the jukebox in the diner

Local rednecks at one of the cafe’s booths look up at the non-conformist intruders, as the Deputy Sheriff (Arnold Hess, Jr.) rhetorically asks: « What the hell is this? Troublemakers? » His construction-site booth mate with a yellow cap, Cat Man (Hayward Robillard) adds: « You name it – I’ll throw rocks at it, Sheriff. » Teenage girls at the next booth are excited by the strangers in a different way, particularly for George: « Oh, I like the one in the red shirt with the suspenders » and for Wyatt: « Mmmm-mmm, the white shirt for me » and « look at the one with the black pants on. » In response to the attention, George and Billy make funny noises with their tongues and say: « Poontang! »

The dialogue between the Sheriff and Cat Man despises and ridicules the bikers’ long hair with crude insults:

Cat Man: Check that joker with the long hair.
Deputy: I checked him already. Looks like we might have to bring him up to the Hilton before it’s all over with.
Cat Man: Ha! I think she’s cute.
Deputy: Isn’t she, though. I guess we’d put him in the women’s cell, don’t you reckon?
Cat Man: Oh, I think we ought to put ’em in a cage and charge a little admission to see ’em.

Overhearing their ill-natured comments, George gracefully sighs at the two good ol’ boys: « Those are what is known as ‘country witticisms.’ One of the girls boldly suggests asking the bikers to take them for a ride and then is dared to « go ahead. » Other customers are also threatened and make loud asides about their appearance, insulting them as « weirdo degenerates » – the local townfolk are fearful of something they don’t understand:

Customer 1: You know, I thought at first that bunch over there, their mothers had maybe been frightened by a bunch of gorillas, but now I think they were caught.
Customer 2: I know one of them’s Alley-oop – I think. From the beads on him.
Customer 4: Well, one of them darned sure is not Oola.
Customer 1: Look like a bunch of refugees from a gorilla love-in.
Customer 2: A gorilla couldn’t love that.
Customer 1: Nor could a mother.
Customer 3: I’d love to mate him up with one of those black wenches out there.
Customer 4: Oh, now I don’t know about that.
Customer 3: Well, that’s about as low as they come. I’ll tell ya…Man, they’re green.
Customer 4: No, they’re not green, they’re white.
Customer 3: White? Huh!
Customer 4: Uh-huh.
Customer 3: Man, you’re color blind. I just gotta say that…
Customer 1: I don’t know. I thought most jails were built for humanity, and that won’t quite qualify.
Customer 2: I wonder where they got those wigs from.
Customer 1: They probably grew ’em. It looks like they’re standin’ in fertilizer. Nothin’ else would grow on ’em…
Customer 3: I saw two of them one time. They were just kissin’ away. Two males. Just think of it.

Feeling threatened by the « Yankee queers » and their alternative, non-conformist lifestyle, the narrow-minded Deputy and Cat Man suggest eliminating them:

Deputy: What’cha think we ought to do with ’em?
Cat Man: I don’t damn know, but I don’t think they’ll make the parish line.

George quickly loses his hungry appetite and Wyatt rises to « split » – the waitress has refused to serve them anyway. The teenage girls follow them outside and gather around to ask for a ride, but Billy changes his mind when he notices the Deputy peering out the cafe window at them – « the Man is at the window. »

At their next campsite around a campfire (because hotels and motels won’t accept them), the film’s fourth campfire scene, George (in a conversation with Billy) expresses the prophetic theme of the film – their threat to the Establishment and to Americans who are hypocritical about life, liberty, and the pursuit of happiness.

In his famous « this used to be a helluva good country » speech, George articulates the real reason for the hostility and resentment that they generate. Billy’s notion is that their non-conformist mode of dress and long hair spark intolerance. But lawyer George philosophizes that they represent something much deeper and more fearful – freedom, unconventionality, and experimentation in a materialistic, capitalistic society:

George: You know, this used to be a helluva good country. I can’t understand what’s gone wrong with it.
Billy: Huh. Man, everybody got chicken, that’s what happened, man. Hey, we can’t even get into like, uh, second-rate hotel, I mean, a second-rate motel. You dig? They think we’re gonna cut their throat or something, man. They’re scared, man.
George: Oh, they’re not scared of you. They’re scared of what you represent to ’em.
Billy: Hey man. All we represent to them, man, is somebody needs a haircut.
George: Oh no. What you represent to them is freedom.
Billy: What the hell’s wrong with freedom, man? That’s what it’s all about.
George: Oh yeah, that’s right, that’s what it’s all about, all right. But talkin’ about it and bein’ it – that’s two different things. I mean, it’s real hard to be free when you are bought and sold in the marketplace. ‘Course, don’t ever tell anybody that they’re not free ’cause then they’re gonna get real busy killin’ and maimin’ to prove to you that they are. Oh yeah, they gonna talk to you, and talk to you, and talk to you about individual freedom, but they see a free individual, it’s gonna scare ’em.
Billy: Mmmm, well, that don’t make ’em runnin’ scared.
George: No, it makes ’em dangerous.

George ends his confident words of wisdom with another flap of the arm and « nik, nik, nik, nik, nik, nik, nik – Swamp. » After they settle down in their sleeping bags, unidentified men [presumably the men from the cafe] ambush and attack them and beat them with baseball bats in the dark. Billy and Wyatt are both bloodied and bruised, but George has been clubbed to death. [Ironically, George as a lawyer from a rich family shared more in common with his local assassins than either Billy or Wyatt, but he is the one who is murdered.] Billy goes through George’s wallet, wondering what to do « with his stuff. » They find some money, his driver’s license, and his card to a New Orleans brothel: « He ain’t gonna be usin’ that. » As homage to their departed friend/companion, they immediately travel on.

The next scene abruptly finds them in a New Orleans restaurant, where they are served a fancy meal with wine (as the soundtrack plays « Kyrie Eleison » by The Electric Prunes). Thinking they’ll « go there for one drink » because George « would have wanted us to, » Billy and Wyatt make their way to the House of Blue Lights, the brothel/whorehouse – a place of institutionalized love that George dreamed of visiting. The interior of the whorehouse is decorated with sexual and religious paintings and with an ornate ceiling and chandelier. The salon has a few prostitutes seated on couchs, a pimp, a Madame, and a golden-haired woman who dances on a table. After snuggling and being entertained, Billy gets smashed and enjoys spending their drug money. Remote and out of touch, Wyatt stares off into space postulating: « If God did not exist, it would be necessary to invent him. » Wyatt looks up to an inscription on the wall which reads: « Death only closes a man’s reputation and determines it as good or bad. »

There is a momentary, quick flash forward – an aerial shot of a fire burning alongside a highway – it is the final image of the film – Wyatt’s motorcycle burns beside the road.

The Madame brings in two hookers, Mary (Toni Basil), a dark-haired woman who accompanies Wyatt, and Karen (Karen Black), the « tall one » who joins Billy. With the two prostitutes, they wander through the crowded Mardi Gras celebration in the streets, where there are large floats and revellers are singing and parading in costumes. (« When the Saints Go Marching In » plays in the background.) As the group moves down the street, Wyatt comes upon a dead dog lying at the curb – they stoop down to it.

Then, the bonded quartet enter a cemetery, a place of institutionalized death, where they all split the packet of the hallucinogenic drug LSD, given them earlier by the Stranger. Although the drug experience promises peace and enlightenment, the acid trip is a sacrament of confusion and disillusion.

A girl’s voice repeatedly recites religious creeds during the sequence:

I believe in God, Father Almighty, Creator of heaven and earth…Was crucified, died, and was buried. He descended into hell – the third day, he arose again from the dead. He ascended into heaven, to sitteth at the right hand of God – the Father Almighty. Creator of heaven and earth. I believe in God, Father Almighty, creator of heaven and earth. And in Jesus Christ – his only son, Our Lord. Received Holy Ghost. Born of the Virgin Mary, suffered under Pontius Pilate, was crucified, died, and was buried….Blessed art Thou amongst women, and blessed is the fruit of Thy womb, Jesus. Holy Mary, Mother of God, pray for us now…

Their drug trip/experience is a disjointed, distorted, purposely chaotic sequence of images, painful memories and sounds. Wyatt overlaps the creed with his own crude ramblings and eventually ends up sobbing: « Oh Mother why didn’t you tell me? Why didn’t anybody tell me anything?…What are you doing to me now?…Shut up!…How could you make me hate you so?…Oh God, I hate you so much. » Both women take off their clothes and pose nude in the cemetery while Wyatt embraces one of the marble statues. They frolic throughout the crypts, but ultimately they all share a sour, bad trip together. Both Mary and Karen scream and sob: « I’m going to die. I’m dead…Do you understand?…Oh dear God, please let it be. Please help me conceive a child…I’m right out here out of my head…Please God, let me out of here. I want to get out of here…You know what I mean…You wanted me…You wanted me ugly didn’t you? I know you johns – I know you johns. »

Toward the end of their restless, nomadic odyssey, they leave New Orleans and ride on eastward to Florida, accompanied by « Flash, Bam, Pow » by The Electric Flag.

At another campfire, the fifth and final campire scene [in the last scene before the film’s climax], Wyatt and Billy exchange deep thoughts about the freedom they have found on their journey pursuing the big drug score – « the big money. » Their rootless, drifting pursuit of the American dream and the promise of sex, drugs, and rock ‘n’ roll has been questionably successful, dissatisfying, transitory and elusive. Billy is unaware of the cost of their trip to his own soul. Wyatt believes there may have been another less destructive, less diversionary, more spiritually fulfilling way to search for their freedom rather than selling hard drugs, taking to the road and being sidetracked, and wasting their lives:

Billy (gleefully greedy): We’ve done it. We’ve done it. We’re rich. Wyatt. (Laughs) Yeah, man. (Laughs) Yeah. Clearly, we did it, man we did it. We did it. Huh. We’re rich, man. We’re retired in Florida, now, mister. (Chuckles) Whew.
Wyatt (introspectively): You know, Billy? We blew it.
Billy: What? Huh? Wha-wha-wha- That’s what it’s all about, man. I mean, like you know – I mean, you go for the big money, man, and then you’re free. You dig? (Laughs)
Wyatt: We blew it. Good night, man.

On the road again the next morning to the sound of « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) » (Bob Dylan’s tune sung by Roger McGuinn of the Byrds), they travel through more landscapes of America, scenes which reflect the regional diversity of the country and creeping industrial pollution.

The ending of the film is remarkably bleak, cynical and fatalistic. On one of the last stretches of roadside where American industry has not yet sprawled, two armed rednecks in a small pickup truck think they’ll have some fun with the two bikers:

Driver: Hey, Roy, look at them ginks!
Roy: Pull alongside, we’ll scare the hell out of ’em.

Roy reaches back and takes down his mounted shotgun from the back of the cab and aims it out the window at Billy:

Want me to blow your brains out? (Billy obscenely gestures with his ‘finger’) Why don’t you get a haircut?

A sudden shot-gun blasts Billy in the stomach and he is mortally wounded. His bike rolls and skids down the road. Wyatt stops and turns back toward Billy to help him:

Billy: Oh my God! (He gags)
Wyatt: Oh my God! I’m going for help Billy.
Billy: I got ’em. I’m gonna get ’em. (He sobs and moans)…Man, I-I’m gonna get ’em. Where are they now?

Middle America’s hatred for the long-haired cyclists is shown in the film’s famous ending. When Wyatt speeds down the road to seek help for his dying friend, the rednecks turn around and drive toward him – gunfire again blasts through the window and Wyatt’s bike flies through the air. [Significantly, Wyatt’s dead body doesn’t appear in the final scene.] The closing image (of the earlier flash-forward) is an aerial shot floating upwards above his motorcycle which is burning in flames by the side of the road. Death seems to be the only freedom or means to escape from the system in America where alternative lifestyles and idealism are despised as too challenging or free. The romance of the American highway is turned menacing and deadly.

The words of Ballad of Easy Rider (by Roger McGuinn of The Byrds) are heard under the rolling credits. The uneasy aerial camera shot pulls back on the winding river alongside the highway. The river – which extends to the hazy horizon – is the final image of the film before a fade-out to black. The ballad is about a man who only wanted to be free like the flowing river amidst America’s natural landscape:

The river flows, it flows to the sea
Wherever that river goes, that’s where I want to be
Flow river flow, let your waters wash down
Take me from this road to some other town
All I wanted was to be free
And that’s the way it turned out to be…

Voir par ailleurs:

« No Society » : l’essai au vitriol signé Christophe Guilluy
Le géographe prédit la fin de la classe moyenne occidentale. Et la poussée de vagues populistes générées par le système qui prétend la combattre
Philippe Belhache
Sud Ouest
25/10/2018

Faut-il brûler « No Society » ? La question se poserait presque, tant les réactions au brûlot de Christophe Guilluy sont parfois extrêmes, entre admiration béate et rejet affecté, récupération politique ou entreprise de décrédibilisation. L’auteur célébré de « La France périphérique », qui ouvrait sur une nouvelle appréhension de la société française, est aujourd’hui conspué par ceux qui l’ont jadis adoré. L’homme agace, il dérange. Il le sait, il en joue, brouille les cartes en refusant de débattre dans les colonnes de gauche du quotidien « Libération », répondant par ailleurs aux questions du pure player de droite Atlantico, alors même qu’il endosse le rôle de David face à ce Goliath protéiforme que représentent, pour lui, les élites.

L’homme agace, il dérange. Il le sait, il en joue, brouille les cartes

Christophe Guilluy est géographe. Mais son propos est ici tout autre. « No Society », ouvrage radical, volontiers polémiste, est sans ambiguïté un essai politique. Ce qui conduit les exégètes à s’interroger sur ses intentions. D’autant que ses travaux – qui ont permis de modéliser la montée du vote populiste en France sur la base du concept de France périphérique – sont récupérés par la quasi-totalité du champ politique, chacun en tirant les conclusions qui l’arrangent. À commencer par les mouvements d’extrême droite, qui y trouvent résonance à leurs théories, mais aussi à leur obsession complotiste.

Affirmé, répété, martelé

Que nous dit Christophe Guilluy ? Que la scission est aujourd’hui consommée entre une élite déconnectée et une classe populaire précarisée. Et que la classe moyenne, qu’il définit comme « une classe majoritaire dans laquelle tout le monde était intégré, de l’ouvrier au cadre », est un champ de ruines. Ce dernier point est affirmé, répété, martelé, « implosion d’un modèle qui n’intègre plus les classes populaires, qui constituaient, hier, le socle de la classe moyenne occidentale et en portait les valeurs».

Dès lors, les groupes sociaux en présence « ne font plus société ». C’est là le sens du titre, « No Society », reprise qui n’a rien d’innocente d’un aphorisme de feu la Première ministre britannique Margaret Thatcher – déjà responsable du célèbre Tina, « There is no alternative » –, dont la politique néolibérale agressive, véritable plan de casse sociale dans les années 1980, définit toujours le modèle outre-Manche.

Une nouvelle géographie

Guilluy se fait lanceur d’alerte. Il constate, à l’instar de l’économiste Thomas Piketty, dont il cite les travaux à plusieurs reprises, le fossé toujours plus large qui sépare les catégories les plus aisées, des classes défavorisées. Une situation qui induit une nouvelle géographie sociale et politique. Et explique, selon lui, l’insécurité culturelle s’ajoutant à l’insécurité sociale, la vague populiste qui balaie la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne, les États-Unis et aujourd’hui le Brésil. Pour l’auteur, comme pour d’autres analystes, l’élection de Trump n’est pas un accident, mais l’aboutissement d’un processus que les élites, drapées dans « un mépris de classe », auraient voulu renvoyer aux marges.

Ce qui fâche politiques, chefs d’entreprise et médias ? Cette propension à mettre tout le monde dans le même sac, tous complices de défendre, « au nom du bien commun », une idéologie néolibérale jugée destructrice. Et de masquer les vrais problèmes à l’aide d’éléments de langage. Guilluy conspue les 0,1 %, ces superpuissances économiques, tentées par l’anarcho-capitalisme, qui siphonnent les richesses mondiales. Tout comme il rejette la métropolisation des territoires, encouragée par l’Europe, qui tend à concentrer les créations d’emplois dans les zones urbaines, alors même que les classes populaires en sont rejetées par le coût du logement et une fiscalité dissuasive.

Effondrement du modèle intégrateur, ascenseur social en berne… Cette France à qui on demande de traverser la rue attend vainement, selon lui, que le feu repasse au vert pour elle. Guilluy la crédite cependant d’un « soft power », capacité, amplifiée par les réseaux sociaux, à remettre sur la table les sujets qui fâchent, ceux-là mêmes que les élites aimeraient conserver sous le tapis. Une donnée que les tribuns populistes, de droite comme de gauche, ont bien intégrée, s’en faisant complaisamment chambre d’écho.

« No Society. La fin de la classe moyenne occidentale », de Christophe Guilluy, éd. Flammarion, 240 p., 18 €.

Voir encore:

Trump’s poll ratings are better than Macron’s, after a year. Why?

The Guardian

A little over a year after coming to power, Emmanuel Macron is turning out to be just another run-of-the-mill disappointing French president. Like his predecessors, he has seen his popularity nosedive among his political base. This “Jupiter”, who embodied newness, youth and modernity, is now bogged down in forced reshuffles and goings-on that look very much like old-fashioned political manoeuvrings. Worse, despite claiming he would lead France to become the “start-up nation”, economic performance is poor. Growth is stagnant, unemployment isn’t falling and poverty is taking a firm hold. The disappointment is all the more acute because of the expectations Macron raised among those who rejected populism in favour of a candidate who both stood for good sense and could run the economy.

This turn of events isn’t just worrying for Macron, it’s worrying for those in Europe’s pro-globalisation camp who placed their faith in him to halt the wave of populism sweeping the western world. For them, after the twin shocks of the UK’s Brexit vote and Donald Trump’s election in the United States, Macron simply must succeed. The slide in his popularity – Macron is now more unpopular than his predecessor, François Hollande, at the same stage – is a dire warning to “globalists”. It comes at a time when Trump’s popularity among his voters is relatively stable by comparison and the American economy is growing. Macron’s fate could have far-reaching consequences for Europe’s political future.

What makes the contrast between Trump’s and Macron’s fortunes so striking is that the two presidents have so much in common. Both found electoral success by breaking free of their own side: Macron from the left and Trump from mainstream Republicanism; they both moved beyond the old left-right divide. Both realised that we were seeing the disappearance of the old western middle class.

Both grasped that, for the first time in history, the working people who make up the solid base of the lower middle classes live, for the most part, in regions that now generate the fewest jobs. It is in the small or middling towns and vast stretches of farmland that skilled workers, the low-waged, small farmers and the self-employed are concentrated. These are the regions in which the future of western democracy will be decided.

But the similarities end there. While Trump was elected by people in the heartlands of the American rustbelt states, Macron built his electoral momentum in the big globalised cities. While the French president is aware that social ties are weakening in the regions, he believes that the solution is to speed up reform to bring the country into line with the requirements of the global economy. Trump, by contrast, concluded that globalisation was the problem, and that the economic model it is based on would have to be reined in (through protectionism, limits on free trade agreements, controls on immigration, and spending on vast public infrastructure building) to create jobs in the deindustrialised parts of the US.

It could be said that to some extent both presidents are implementing the policies they were elected to pursue. Yet, while Trump’s voters seem satisfied, Macron’s appear frustrated. Why is there such a difference? This has as much to do with the kind of voters involved as the way the two presidents operate politically.

Trump speaks to voters who constitute a continuum, that of the old middle class. It is a body of voters with clearly expressed demands – most call for the creation of jobs, but they also want the preservation of their social and cultural model. Macron’s problem, on the other hand, is that his electorate consists of different elements that are hard to keep together.

The idea that Macron was elected just by the big city “winners” isn’t accurate: he also attracted the support of many older voters who are not especially receptive to the economic and societal changes the president’s revolution demands.This holds true throughout Europe. Those who support globalisation often tend to forget a vital fact: the people who vote for them aren’t just the ones on the winning side in the globalisation stakes or part of the new, cool bourgeoisie in Paris, London or New York, but are a much more heterogeneous group, many of whom are sceptical about the effects of globalisation. In France, for example, most of Macron’s support came in the first instance from the ranks of pensioners and public sector workers who had been largely shielded from the effects of globalisation.

They may dislike populism, but that doesn’t mean they have been won round to globalisation. It is among pensioners that the president’s popularity has fallen most dramatically over recent months. The Benalla scandal, when a presidential bodyguard beat up a leftwing protester, has tarnished his image. But Macron’s ratings were damaged much more by the first round of reforms he embarked on. These measures include an additional tax burden on pensioners and an overhaul of the rights of public sector workers.

So, while Trump appears to be delivering what his voters want, Macron is pushing through more and more measures that go against the wishes of his.

These developments are an illustration of the political difficulty that Europe’s globalising class now finds itself in. From Angela Merkel to Macron, the advocates of globalisation are now relying on voters who cling to a social model that held sway during the three decades of postwar economic growth. Thus their determination to accelerate the adaptation of western societies to globalisation automatically condemns them to political unpopularity. Locked away in their metropolitan citadels, they fail to see that their electoral programmes no longer meet the concerns of more than a tiny minority of the population – or worse, of their own voters.

They are on the wrong track if they think that the “deplorables” in the deindustrialised states of the US or the struggling regions of France will soon die out. Throughout the west, people in “peripheral” regions still make up the bulk of the population. Like it or not, these areas continue to represent the electoral heartlands of western democracies. By ignoring them, those who promote global economic solutions are deliberately shunning any meaningful involvement in politics. They limit themselves to supporting and managing implementation of the globalised economic model. With opinion polarising as it is now, such political passivity is suicidal. In France, voters are looking to President Macron to show that he can drive the political agenda, not just be a supporting actor to a movement that only benefits a minority. Macron promised to lead a “revolution” (the title of the book setting out his programme) but that has to be done through, and with, the forgotten regions of France – in other words through society itself.

Christophe Guilluy is the author of Twilight of the Elites: Prosperity, Periphery and the Future of France

Voir de plus:

Mark Lilla, procureur de la gauche multiculturelle
L’historien américain s’attire les foudres des démocrates aux Etats-Unis en dénonçant l’«idéologie de la diversité». Portrait d’une figure transgressive de la vie intellectuelle outre-Atlantique.
Simon Blin
Libération
11 octobre 2018

Bientôt deux ans après la défaite de Hillary Clinton face à Donald Trump, l’heure est au réglement de compte chez les démocrates américains, où le deuil de l’ère Obama semble encore lourd à porter. Une phase de reconstruction intellectuelle et politique dans laquelle Mark Lilla, historien des idées et professeur à Columbia University, détonne par l’âpreté de son propos, nettement plus conservateur que celui de ses congénères opposants à Trump classés à gauche – citons, entre autres, l’historien Timothy Snyder, le journaliste Ta-Nehisi Coates ou le politologue Yascha Mounk.

Dix jours à peine après l’élection de Trump, Lilla publie une tribune dans le New York Times, où il étrille la célébration univoque de la diversité par l’élite intellectuelle progressiste comme principale cause de sa défaite face à Trump. «Ces dernières années, la gauche américaine a cédé, à propos des identités ethniques, de genre et de sexualité, à une sorte d’hystérie collective qui a faussé son message au point de l’empêcher de devenir une force fédératrice capable de gouverner […], estime-t-il. Une des nombreuses leçons à tirer de la présidentielle américaine et de son résultat détestable, c’est qu’il faut clore l’ère de la gauche diversitaire.»

«Dérive».
De cette diatribe à succès, l’universitaire a fait un livre tout aussi polémique, The Once and Future Liberal. After Identity Politics, dont la traduction française vient d’être publiée sous le titre la Gauche identitaire. L’Amérique en miettes (Stock). Un ouvrage provocateur destiné à sonner l’alerte contre le «tournant identitaire» pris par le Parti démocrate sous l’influence des «idéologues de campus», «ces militants qui ne savent plus parler que de leur différence.» «Une vision politique large a été remplacée par une pseudo-politique et une rhétorique typiquement américaine du moi sensible qui lutte pour être reconnu», développe Lilla. Dans son viseur : les mouvements féministes, gays, indigènes ou afro comme Black Lives Matter («le meilleur moyen de ne pas construire de solidarité»). Bref, tout ce qui est minoritaire et qui s’exprime à coups d’occupation de places publiques, de pétitions et de tribunes dans les journaux est fautif à ses yeux d’avoir fragmenté la gauche américaine.

L’essayiste situe l’origine de cette «dérive» idéologique au début des années 70, lorsque la Nouvelle Gauche interprète «à l’envers» la formule «le privé est politique», considérant que tout acte politique n’est rien d’autre qu’une activité personnelle. Ce «culte de l’identité» et des «particularismes» issus de la révolution culturelle et morale des Sixties a convergé avec les révolutions économiques sous l’ère Reagan pour devenir «l’idéologie dominante.» «La politique identitaire, c’est du reaganisme pour gauchiste», résume cet adepte de la «punchline» idéologico-politique.

Intellectuel au profil hybride, combattant à la fois la pensée conservatrice et la pensée progressiste, Lilla agace plus à gauche qu’à droite où sa dénonciation de «l’idéologie de la diversité», de «ses limites» et «ses dangers» est perçue comme l’expression ultime d’un identitarisme masculin blanc. Positionnement transgressif qu’on ferait volontiers graviter du côté de la «nouvelle réaction», ce qu’il réfute.

A Paris, loin de la tempête médiatique new-yorkaise, chez son éditeur au cœur du Quartier latin, costume bleu marine d’intello-worldwide en promo et lunettes noires cerclées posées sur un visage imberbe, il se définit comme «liberal, centrist» (un «modéré de gauche», dirait-on en France). On lit aussi dans le New Yorker «démocrate à col bleu», ces «travailleurs» d’ateliers, usiniers et ouvriers du Midwest, frappés de plein fouet par la crise économique et oubliés par le Parti démocrate durant la présidentielle de 2016. Refusant toute étiquette, il revendique une «posture républicaine» et «universaliste», rêvant pour son pays d’un républicanisme à la française, intransigeant et farouchement laïque. De ce point de vue là, Mark Lilla est l’anti-Joan Scott, son homologue américaine, elle aussi francophile, dont le dernier livre la Religion de la laïcité (Flammarion) épingle a contrario l’utilisation «évolutive, opportuniste et de circonstance» de ce concept en France au nom de l’égalité entre les sexes.

Champ.
L’essai de Lilla peut se lire comme un avertissement lancé à la gauche intellectuelle française, aujourd’hui divisée entre «républicanistes» et «décoloniaux». Un signal à prendre au sérieux de la part d’une sommité académique qui connaît bien la France. Entre 1988 et 1990, le chercheur pose ses valises à Paris, où il fait la rencontre du cercle universitaire entourant François Furet, alors directeur du Centre d’études sociologiques et politiques Raymond-Aron. Décidément bien inspiré par la critique de la modernité, il publie en 1994 New French Thought. Political Philosophy, un recueil de textes consacré à la nouvelle pensée française façonnée par Marcel Gauchet, Luc Ferry ou Alain Renaut.

Plus globalement, Lilla est connu dans le champ intellectuel pour le regard neuf qu’il porte sur la pensée européenne. En 1993, son essai sur Giambattista Vico, G.B. Vico. The Making of an Antimodern, lui offre ses premières bribes de notoriété. «Lilla a pris le contre-pied des travaux de l’époque sur Vico, se souvient Alain Pons, spécialiste du philosophe italien, rencontré à Paris au début des années 90. Contrairement à la conception dominante qui place Vico dans la lignée d’un idéalisme hégélien, il a su déceler chez lui un fond à contre-courant des Lumières. Lecture inédite.»

Celui qui contribue à faire connaître Michel Houellebecq outre-Atlantique, «un écrivain qui dit la vérité sur la réalité», tient ce rôle d’entremetteur entre les deux continents. «C’est sa grande force, pointe le politologue et ex-compagnon de route parisien Philippe Raynaud. Contrairement à ses compatriotes, il ne s’intéresse pas exclusivement à ce qui est anglo-saxon. Il a sur la France un regard compréhensif.» Seule ombre au tableau de ses amitiés franco-américaines, une relation contrariée avec le philosophe Pierre Manent, qui a refusé poliment de répondre à nos questions. Leur lien se serait distendu après que Lilla a critiqué ses positions catholiques conservatrices dans la New York Review of Books. Quand ce n’est pas à son goût, ami ou pas, Lilla allume. «C’est un esprit indépendant, témoigne l’historien Marcel Gauchet, autre membre du centre Aron. Ce qui n’est pas forcément bien vu dans les milieux universitaires.»

Si son livre a reçu un accueil chaleureux dans la presse française, l’américaniste Denis Lacorne craint qu’il ne soit «mal lu, donc mal compris»,même s’il reconnaît à Lilla quelques «prises de positions musclées». Quitte à frôler l’injure à son propre public. Comme lorsqu’il dit que les étudiants de gauche s’intéressent plus à leur nombril qu’au reste du monde. «Une insulte à ses étudiants ? Je ne pense pas, réagit Lacorne. Lilla fait état d’une certaine difficulté de l’enseignement aux Etats-Unis. En retour, c’est lui qu’on traite de supremaciste blanc !»

Mark Lilla est blanc, il a 62 ans. Né à Detroit, père ouvrier chez Chevrolet et mère infirmière. Installée près de la frontière avec le Canada, sa famille est à l’entendre «un îlot progressiste» au milieu d’«un océan d’ouvriers blancs racistes.» Voir la classe ouvrière des années 60 sombrer dans sa version white trash pré-Trump lui fait dire : «Le racisme, je le connais mieux que mes étudiants noirs et pour la plupart tous bourgeois.» Pour payer ses études, Lilla fait éboueur «à l’arrière du camion-poubelle». Il obtient une bourse de l’université du Michigan et s’envole pour Harvard. Son entrée dans l’élite universitaire coïncide avec la fin de son époque «Jesus Freak», «ces hippies qui lisaient la Bible au lieu de fumer des joints». Sa rencontre avec le sociologue Daniel Bell, en 1979, le délivre pour de bon de l’emprise de la religion. «J’émergeais tout juste des brumes du fanatisme pentecôtiste, qui avait assombri mon adolescence, écrit-il en 2011 dans le trimestriel conservateur Commentaire […]. J’ai appris que ce que les convertis cherchent dans la foi est la chaleur.»

Autorité
A la longue, Lilla montre des occurrences biograhiques le baladant plus du côté des conservateurs que des réseaux intellectuels progressistes. C’est bien de cette facette et de son nouvel habit de pamphlétaire dont il est question depuis la parution de son essai. Le polémiste se serait-il substitué au chercheur à l’autorité planétaire ? «Il est ni plus ni moins polémique qu’avant, corrige Raynaud. Ce n’est pas un livre polémique mais un livre sur lequel on polémique. Mark Lilla se situe entièrement à l’intérieur de la gauche. Il veut son retour aux affaires en 2020.» L’intéressé assure que son essai est un «rappel à l’ordre» pour «renouer avec l’ambition d’un avenir commun.» On voudrait déclarer la guerre des gauches, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Voir enfin:

Dominique Reynié : « Il n’y a pas de demande de repli nationaliste, mais de protection »

Alain Barluet

INTERVIEW – Professeur des universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, Dominique ­Reynié analyse pour Le Figaro les frac­tures européennes.

LE FIGARO.- L’Europe est-elle aujourd’hui menacée d’implosion par les nationalismes?

Dominique REYNIÉ.- Notre situation est parfaitement paradoxale. Jamais les ennemis de l’Union européenne n’ont eu à ce point le sentiment de toucher au but, de presque en voir la fin, et cependant jamais, je le crois, les peuples d’Europe n’ont été plus sérieusement, plus gravement attachés à l’Union. Quel malentendu! Voilà bien l’un des plus fâcheux résultats de notre incapacité à discuter, de notre nouvelle inclination pour la simplification à outrance des points de vue. L’hypothèse d’un repli nationaliste procède d’une erreur d’interprétation.

Il n’y a pas de demande de repli nationaliste, mais une demande de protection, de régulation politique, de contrôle du cours des choses. C’est une demande de puissance publique qui ne heurte pas l’idée européenne. C’est en refusant de répondre à cette demande éminemment légitime et recevable que l’Union finira par conduire les Européens à revenir, la mort dans l’âme, au dogme nationaliste.

Quelles sont les principales causes des fractures européennes actuelles?

Il existe bien sûr des causes particulières à chacune de nos nations. Mais les causes communes dominent et c’est l’autre face du paradoxe, puisque ces causes, en tant qu’elles sont continentales, qu’elles nous sont communes, devraient nous fournir la matière d’un nouveau grand dessein européen. Considérons ici notre crise démographique. Chaque année, il y a en Europe plus de décès que de naissances. Pas une nation du continent n’est épargnée par ce terrible déficit. Les conséquences sont immenses, sur nos capacités économiques, scientifiques, militaires, sur nos budgets, etc.

Notre crise démographique est-elle la réponse des peuples européens à la question de leur rôle dans la nouvelle histoire? Ce ne sont pas les États qui font des enfants. Et ce n’est pas à coups d’incitations fiscales ou de médailles nationales que nous corrigerons cela. À l’échelle de l’histoire, il n’y a pas de plus pure démonstration de force que la démographie. On peut refuser le multiculturalisme, mais que vaut une culture nationale qui n’engendre plus de vivants? Notre perte de vitalité dans un monde bouillonnant est l’une des grandes causes du malaise européen, des peuples et de leurs États.

«Nous devons accepter cet attachement viscéral des Européens à leur patrimoine immatériel, leur manière de vivre, leur souveraineté, parfois si récente ou retrouvée depuis si peu et si chèrement payée»

Quel rôle a joué Trump?

Les Européens observent Trump. Ils ne l’aiment pas, mais ils le comprennent. Ils voient un chef d’État qui affirme la primauté de son pays et de son peuple. Trump marque le retour d’une figure classique mais oubliée chez nous, celle de l’homme d’État qui n’a d’intérêt que pour son pays. Il assume une politique de puissance. On verra ses résultats. Mais on ne doute pas que cette politique le conduirait à sacrifier l’intérêt européen s’il le fallait, et même les intérêts du monde. L’abandon des accords de Paris sur le climat a été une réussite de ce point de vue: c’est l’affirmation éclatante du retour à une politique égoïste sans fard. C’est la réponse à un monde que les démocraties ne dominent plus.

Les Européens regardent Trump comme ils regardent Xi Jinping: impossible de les aimer puisqu’ils sont redoutables et qu’ils jettent sur nous des regards de prédateurs. C’est bel et bien conscients de cela, de la faiblesse de leurs moyens s’ils avaient l’idée d’agir séparément, que les Européens restent attachés à l’Union, notre dernière condition pour survivre dans la grande bataille des politiques de puissance qui a commencé. Les Américains font ce qu’ils ont à faire pour eux-mêmes. À nous, les Européens, de faire ce qu’il nous revient de faire pour nous-mêmes, voilà ce que cherchent à dire aujourd’hui les Européens.

Macron a-t-il raison de souligner le clivage avec l’Europe de l’Est?

C’est un risque politique, sur le plan national comme sur le plan européen. Le risque peut être gagnant si le vote populiste, qui menace l’Union, amorce un reflux lors des élections européennes. À ce jour, ce n’est pas le plus probable. Mais on peut obtenir un résultat combinant une défaite européenne et une victoire nationale, si la liste LaREM termine en tête. La double défaite signifierait a posteriori l’imprudence du pari et pèserait sur les deux niveaux, européen et national en affaiblissant dangereusement le président.

Quelles pistes pour «réduire» les fractures européennes?

Du côté des gouvernements, cessons de surjouer l’opposition frontale. Elle est spectaculaire, médiatique, elle frappe les esprits. Autant l’Europe, avec son langage hermétique et ses représentants extraterritorialisés, ne sait jamais expliquer les bénéfices qu’elle permet pourtant, autant elle met en scène avec brio ses disputes. Les effets sont désastreux. Hélas, le retour de la modération n’aura pas lieu avant les européennes, ces excès étant supposés favoriser la mobilisation des bataillons électoraux. Il y a une impérieuse nécessité à mieux se comprendre. Orban et ses amis doivent comprendre que le respect des principes et des procédures qui fondent l’État de droit démocratique est au cœur du projet politique européen, il n’est pas négociable. Mais nous aussi nous devons accepter cet attachement viscéral des Européens à leur patrimoine immatériel, leur manière de vivre, leur souveraineté, parfois si récente ou retrouvée depuis si peu et si chèrement payée.

Voir par ailleurs:

Esther Goldberg
The American spectato

Thursday morning I prepared a lovely prune-based compote. My husband adores this dessert, but I wondered if I shouldn’t send it over to George Will’s house, as an act of mercy. For Will has never before seemed as constipated as he did in his Thursday morning column on Donald Trump, whom he describes as “an unprecedentedly and incorrigibly vulgar presidential candidate.”

What exactly does Will mean by “vulgar”? Is it an epithet that Washington arbiters of taste use to describe the regular vernacular and humor of everyday Americans? If you eschew complex ambiguity in favor of language that everyone can understand, does that make you vulgar?

In a nod to personal liberty, Will grants that Trump’s “squalid performance and its coarsening of civic life are costs of freedom that an open society must be prepared to pay.” Yes, democracy is like that. It is exuberant, and accommodates a glorious diversity of taste and expression. “Life, like a dome of many-colored glass,/Stains the white radiance of Eternity,” wrote Percy Bysshe Shelley in Adonias. I, for one, adore the stunning display of colors and shapes with which God endowed this world. There’s room here for the Trumps as well as the Wills. Eternity with its white radiance can wait.

Will describes Trump’s performance as “squalid,” and contends that he “coarsens” civic life. “Squalid,” with its connotations of filth and corruption—of something that requires sanitization—is a surprising choice of words. Surely, this is an overreaction. But then what kind of conservative would satisfy Will? Well, you’d have to go back 60 years, to a golden age when Bill Buckley made “conservatism intellectually respectable and politically palatable.” That would be the same Bill Buckley who, in a debate with Gore Vidal, exploded, “Now listen you queer. Stop calling me a crypto-Nazi or I’ll sock you in your goddamned face.” Even the most righteous of conservatives, then, have a coarse streak that emerges when they’re provoked. Rage is sometimes only a normal reaction, and the absence of passion in the face of slanderous provocation can be pathological.

Interestingly, Canadians are more tolerant than Americans of this sort of behavior from their politicians. In 1996, when Prime Minister Jean Chretien’s public address was disrupted and cut short by rowdy protesters, he plowed into the crowd, grabbed one of them by the neck and forced him to the ground. He then knocked the megaphone from the hands of a second protester, and went on his way. Canadians loved him for it. The neck-hold came to be known as the “Shawinigan handshake,” named for Chretien’s hometown. Today, an illustration of Chretien applying the famous handshake to a Canadian hockey personality graces the label of a microbrew, Shawinigan Handshake Pugnacious Strong Ale.

Trump’s message resonates with working class stiffs who believe that, despite his wealth, he understands them and their concerns. When he speaks, they understand him. There’s no complex grammar to parse. And there’s none of the phony folksiness you get from the Dems, none of the sho-nuffs and y’alls from a Hillary. To many ordinary Americans, Trump represents the promise of America as a land where everyone should have an opportunity to make it to the top if he works hard enough. These are the folks who gave the last election to Barak Obama because he made this promise, and now they’re disillusioned.

But Will can’t accept that these folks might be or become Republicans. To Will, these “Trumpites” are more plausible as vulgar Archie Bunker Democrats than they are as Republicans. So let’s ignore them.

But then I recall Will sniffing his nose at another déclassé Republican candidate and his supporters as “kamikaze conservatives.“ That was Ronald Regan, and Will invited him to form a third party and lead his mob of followers “into outer darkness.” Will acknowledged that while this “would cost the party some support…it would make the party seem cleansed.”

Cleansed? Sounds like an exorcism.

The pièce de résistance of Will’s article, though, comes when he prissily asks us to perform a thought experiment: “Try to imagine Trump in an Iowa living room, with a macaroon in one hand and cup of hot chocolate balanced on a knee, observing Midwestern civilities while talking about something other than himself.” This is going to be the new litmus test for any would-be leader of the Republican Party? “Yes, I can see the value in that as well. And could I have a splash more of your delicious chocolate?”

Many Ruling Class Republicans seem to suffer from Trump Derangement Syndrome. To these folks, the Trump-Kelly dust-up was the last straw. Writing in the Post, Jennifer Rubin bellyaches that Trump “whines,” “bellyaches,” and “complains.” Even (gasp!) “during the debate.” Trump had the unmitigated chutzpah to call out a member of the sacred media priesthood when she was behaving unprofessionally towards him. Genteel Republicans don’t do that.

As is his wont, Trump readily admits the obvious. “I’m the most fabulous whiner…. and I keep whining and whining until I win.”

And win he did, Most candidates beg the media to cover them. The reverse is true with Trump. After the dust-up with Kelly, it was Trump who black-listed Fox when he was doing the Sunday news shows, and Fox begged him to come back and make up. Wanna bet that in the future a debate moderator will think twice before treating Trump unfairly?

What Kelly had done, was to take out of context a joke that Trump had made on one of his Celebrity Apprentice shows. Adopting a confrontational tone—with blood coming out of her eyes—Kelly hurled at Trump the most asinine question that a moderator ever asked a presidential candidate. “You once told a contestant on ‘Celebrity Apprentice’ it would be a pretty picture to see her on her knees. Does that sound to you like the temperament of a man we should elect as president?”

Trump was clearly bewildered. There’d been many shows, and he didn’t remember everything that was said on every one of them.

The context in which Trump made this statement was a conversation he’d had with contestant Brande Roderick and rock star Bret Michaels.

“Brande came in here,” Michaels said on the show, “She got down on her knees and said, ‘I passionately want to do this—’”

“Excuse me, you dropped to your knees?” Trump interrupted.

“Yes,” Roderick responded.

“That must be a pretty picture, you dropping to your knees,” Trump said.

See anything demeaning in this banter? Brande didn’t. In fact, she was so outranged by the unfairness of Kelly’s nasty implications that she jumped to Trump’s defense: She didn’t remember the comment. Besides, this was a TV show; people were having fun being funny. And Trump had always treated her with respect. She’d witnessed the way he treats his daughter, “like a princess.” To Brande, the way a father treats his daughter reflects his attitude toward women generally. As a woman and a mother of a daughter, I can say that this is a very astute observation.

Then, another contestant, Omarosa Manigault-Stallworth who, during the Clinton administration, had worked in Al Gore’s office, leapt into the fray and described Kelly’s questioning as “the lowest form of journalism,” comparing it to “going through somebody’s trash and cherry-picking.” And contestant Katrina Campins piped up that it was unfair to criticize Trump for things he’d said when he was being an entertainer. Anybody but an overly intellectualized pundit could surely see that. It was clearly a joke!

The Stump for Trump girls got that it was a joke, but they were not amused at Kelly wasting valuable debate time on inanities. These are two African American ladies whose website boasts a delightful series of short videos where the sisters analyze issues facing Americans today, including the abysmal employment situation facing African Americans under Obama’s leadership. In their opinion, there are lots of urgent issues—including unemployment—that have much more salience than the one Kelly brought up. Based on all that they’d heard Trump say in the past, they thought that he was the best man to deal with the issues that affect the lives of every-day Americans.

George Will is not the only Ruling Class Republican to express contempt for Donald Trump. And some express even more contempt for those who like him. Writing for National Review Online, Charles C. Cooke calls Trump a “virus.” (What is it with these misophobics?) and those who like him are ill, infected. You can recognize them because “by their dull, unreflective, often ovine behavior, they resemble binary and nuancless drones.” Nuancless?

Choosing Trump for the presidential nomination, explains Cooke, is “comparable…to a person’s choosing a disabled man to run in a marathon.” Who would do something like that? Oh, wait. The disabled do compete in marathons, and have done so with pride since 1972. I’m sure that Cooke didn’t intend to diss the disabled.

The problem for Ruling Class Conservatives like Will and Cooke, is that the Left has emasculated them. They tremble lest they let slip a faux pas that the Left can jump upon. They must at all times show that their Conservatism is “intellectually respectable and politically palatable,” and worry that Trump will make them look bad to the Liberals and their media. They are unable to grasp the fact that, notwithstanding all their efforts, the Left will never regard them as respectable and palatable. To achieve that goal, they must first become Liberals themselves.

Trump makes it clear that he doesn’t give a damn what Liberals think of us. And everyday people of all political persuasions applaud when he stands up to the self-important elitist media, just as they did with Newt Gingrich in 2012. It’s time for the Right to man-up. Emulate Donald Trump and the Canadians.


« Zoos humains »: Arte invente la théorie du complot pour tous (It’s domination and racism, stupid ! – From commercial ethnological to colonial and missionary exhibitions, looking back at the very problematic indiscriminate use of the concept of the “human zoo”)

30 septembre, 2018

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Poster of an ethnological exposition in 1885 (picture-alliance/akg-images)

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Theodor Wonja Michael's parents (Familie Michael)

Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez les sépulcres des justes, et que vous dites: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Jésus (Matthieu 23: 29-31)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé. Il ne faut pas juger à l’aune de nos critères. (…) Je trouve… qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. (…) Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a d’autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu… Ils ne demandent à leurs prisonniers autre rançon que la confession et reconnaissance d’être vaincus ; mais il ne s’en trouve pas un, en tout un siècle, qui n’aime mieux la mort que de relâcher, ni par contenance, ni de parole, un seul point d’une grandeur de courage invincible ; il ne s’en voit aucun qui n’aime mieux être tué et mangé, que de requérir seulement de ne l’être pas. Ils les traitent en toute liberté, afin que la vie leur soit d’autant plus chère ; et les entretiennent communément des menaces de leur mort future, des tourments qu’ils y auront à souffrir, des apprêts qu’on dresse pour cet effet, du détranchement de leurs membres et du festin qui se fera à leurs dépens. Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’enfuir, pour gagner cet avantage de les avoir épouvantés, et d’avoir fait force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraie victoire. Montaigne
Etrange destinée, étrange préférence que celle de l’ethnographe, sinon de l’anthropologue, qui s’intéresse aux hommes des antipodes plutôt qu’à ses compatriotes, aux superstitions et aux mœurs les plus déconcertantes plutôt qu’aux siennes, comme si je ne sais quelle pudeur ou prudence l’en dissuadait au départ. Si je n’étais pas convaincu que les lumières de la psychanalyse sont fort douteuses, je me demanderais quel ressentiment se trouve sublimé dans cette fascination du lointain, étant bien entendu que refoulement et sublimation, loin d’entraîner de ma part quelque condamnation ou condescendance, me paraissent dans la plupart des cas authentiquement créateurs. (…) Peut-être cette sympathie fondamentale, indispensable pour le sérieux même du travail de l’ethnographe, celui-ci n’a-t-il aucun mal à l’acquérir. Il souffre plutôt d’un défaut symétrique de l’hostilité vulgaire que je relevais il y a un instant. Dès le début, Hérodote n’est pas avare d’éloges pour les Scythes, ni Tacite pour les Germains, dont il oppose complaisamment les vertus à la corruption impériale. Quoique évoque du Chiapas, Las Casas me semble plus occupé à défendre les Indiens qu’à les convertir. Il compare leur civilisation avec celle de l’antiquité gréco-latine et lui donne l’avantage. Les idoles, selon lui, résultent de l’obligation de recourir à des symboles communs à tous les fidèles. Quant aux sacrifices humains, explique-t-il, il ne convient pas de s’y opposer par la force, car ils témoignent de la grande et sincère piété des Mexicains qui, dans l’ignorance où ils se trouvent de la crucifixion du Sauveur, sont bien obligés de lui inventer un équivalent qui n’en soit pas indigne. Je ne pense pas que l’esprit missionnaire explique entièrement un parti-pris de compréhension, que rien ne rebute. La croyance au bon sauvage est peut-être congénitale de l’ethnologie. (…) Nous avons eu les oreilles rebattues de la sagesse des Chinois, inventant la poudre sans s’en servir que pour les feux d’artifice. Certes. Mais, d’une part l’Occident a connu lui aussi la poudre sans longtemps l’employer pour la guerre. Au IXe siècle, le Livre des Feux, de Marcus Graecus en contient déjà la formule ; il faudra attendre plusieurs centaines d’années pour son utilisation militaire, très exactement jusqu’à l’invention de la bombarde, qui permet d’en exploiter la puissance de déflagration. Quant aux Chinois, dès qu’ils ont connu les canons, ils en ont été acheteurs très empressés, avant qu’ils n’en fabriquent eux-mêmes, d’abord avec l’aide d’ingénieurs européens. Dans l’Afrique contemporaine, seule la pauvreté ralentit le remplacement du pilon par les appareils ménagers fabriqués à Saint-Étienne ou à Milan. Mais la misère n’interdit pas l’invasion des récipients en plastique au détriment des poteries et des vanneries traditionnelles. Les plus élégantes des coquettes Foulbé se vêtent de cotonnades imprimées venues des Pays-Bas ou du Japon. Le même phénomène se produit d’ailleurs de façon encore plus accélérée dans la civilisation scientifique et industrielle, béate d’admiration devant toute mécanique nouvelle et ordinateur à clignotants. (…) Je déplore autant qu’un autre la disparition progressive d’un tel capital d’art, de finesse, d’harmonie. Mais je suis tout aussi impuissant contre les avantages du béton et de l’électricité. Je ne me sens d’ailleurs pas le courage d’expliquer leur privilège à ceux qui en manquent. (…) Les indigènes ne se résignent pas à demeurer objets d’études et de musées, parfois habitants de réserves où l’on s’ingénie à les protéger du progrès. Étudiants, boursiers, ouvriers transplantés, ils n’ajoutent guère foi à l’éloquence des tentateurs, car ils en savent peu qui abandonnent leur civilisation pour cet état sauvage qu’ils louent avec effusion. Ils n’ignorent pas que ces savants sont venus les étudier avec sympathie, compréhension, admiration, qu’ils ont partagé leur vie. Mais la rancune leur suggère que leurs hôtes passagers étaient là d’abord pour écrire une thèse, pour conquérir un diplôme, puisqu’ils sont retournés enseigner à leurs élèves les coutumes étranges, « primitives », qu’ils avaient observées, et qu’ils ont retrouvé là-bas du même coup auto, téléphone, chauffage central, réfrigérateur, les mille commodités que la technique traîne après soi. Dès lors, comment ne pas être exaspéré d’entendre ces bons apôtres vanter les conditions de félicité rustique, d’équilibre et de sagesse simple que garantit l’analphabétisme ? Éveillées à des ambitions neuves, les générations qui étudient et qui naguère étaient étudiées, n’écoutent pas sans sarcasme ces discours flatteurs où ils croient reconnaître l’accent attendri des riches, quand ils expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur, – encore moins, sans doute, ne le font les ressources de la civilisation industrielle. À d’autres. Roger Caillois (1974)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Malgré le titre général, en effet, dès l’article 1, seules la traite transatlantique et la traite qui, dans l’océan Indien, amena des Africains à l’île Maurice et à la Réunion sont considérées comme « crime contre l’humanité ». Ni la traite et l’esclavage arabes, ni la traite interafricaine, pourtant très importants et plus étalés dans le temps puisque certains ont duré jusque dans les années 1980 (au Mali et en Mauritanie par exemple), ne sont concernés. Le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage est réduit, par la loi Taubira, à l’esclavage imposé par les Européens et à la traite transatlantique. (…) Faute d’avoir le droit de voter, comme les Parlements étrangers, des « résolutions », des voeux, bref des bonnes paroles, le Parlement français, lorsqu’il veut consoler ou faire plaisir, ne peut le faire que par la loi. (…) On a l’impression que la France se pose en gardienne de la mémoire universelle et qu’elle se repent, même à la place d’autrui, de tous les péchés du passé. Je ne sais si c’est la marque d’un orgueil excessif ou d’une excessive humilité mais, en tout cas, c’est excessif ! […] Ces lois, déjà votées ou proposées au Parlement, sont dangereuses parce qu’elles violent le droit et, parfois, l’histoire. La plupart d’entre elles, déjà, violent délibérément la Constitution, en particulier ses articles 34 et 37. (…) les parlementaires savent qu’ils violent la Constitution mais ils n’en ont cure. Pourquoi ? Parce que l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution par le Parlement, c’est le Conseil constitutionnel. Or, qui peut le saisir ? Ni vous, ni moi : aucun citoyen, ni groupe de citoyens, aucun juge même, ne peut saisir le Conseil constitutionnel, et lui-même ne peut pas s’autosaisir. Il ne peut être saisi que par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des Assemblées ou 60 députés. (…) La liberté d’expression, c’est fragile, récent, et ce n’est pas total : il est nécessaire de pouvoir punir, le cas échéant, la diffamation et les injures raciales, les incitations à la haine, l’atteinte à la mémoire des morts, etc. Tout cela, dans la loi sur la presse de 1881 modifiée, était poursuivi et puni bien avant les lois mémorielles. Françoise Chandernagor
La tendance à légiférer sur le passé (…) est née des procédures lancées, dans les années 1970, contre d’anciens nazis et collaborateurs ayant participé à l’extermination des juifs. Celles-ci utilisaient pour la première fois l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, votée en 1964. Elles devaient aboutir aux procès Barbie, Touvier et Papon. (…) L’innovation juridique des « procès pour la mémoire » se justifiait, certes, par l’importance et la singularité du génocide des juifs, dont la signification n’est apparue que deux générations plus tard. Elle exprimait cependant un changement radical dans la place que nos sociétés assignent à l’histoire, dont on n’a pas fini de prendre la mesure. Ces procès ont soulevé la question de savoir si, un demi-siècle après, les juges étaient toujours « contemporains » des faits incriminés. Ils ont montré à quel point la culture de la mémoire avait pris le pas, non seulement sur les politiques de l’oubli qui émergent après une guerre ou une guerre civile, afin de permettre une reconstruction, mais aussi sur la connaissance historique elle-même. L’illusion est ici de croire que la « mémoire » fabrique de l’identité sociale, qu’elle donne accès à la connaissance. Comment peut-on se souvenir de ce que l’on ignore, les historiens ayant précisément pour fonction, non de « remémorer » des faits, des acteurs, des processus du passé, mais bien de les établir ? Dans le cas du génocide des juifs, dans celui des Arméniens ou dans le cas de la guerre d’Algérie, encore pouvons-nous avoir le sentiment que ces faits appartiennent toujours au temps présent — que l’on soit ou non favorable aux « repentances ». L’identification reste possible de victimes précises, directes ou indirectes, et de bourreaux singuliers, individus ou Etats, à qui l’on peut demander réparation. Mais comment peut-on prétendre agir de la même manière sur des faits vieux de plusieurs siècles ? Comment penser sérieusement que l’on peut « réparer » les dommages causés par la traite négrière « à partir du XVe siècle » de la même manière que les crimes nazis, dont certains bourreaux habitent encore au coin de la rue ? (…) Pourquoi (…) promulguer une loi à seule fin rétroactive s’il n’y a aucune possibilité d’identifier des bourreaux, encore moins de les traîner devant un tribunal ? Pourquoi devons-nous être à ce point tributaires d’un passé qui nous est aussi étranger ? Pourquoi cette volonté d’abolir la distance temporelle et de proclamer que les crimes d’il y a quatre siècles ont des effets encore opérants ? Pourquoi cette réduction de l’histoire à la seule dimension criminelle et mortifère ? Et comment croire que les valeurs de notre temps sont à ce point estimables qu’elles puissent ainsi s’appliquer à tout ce qui nous a précédés ? En réalité, la plupart de ces initiatives relèvent de la surenchère politique. Elles sont la conséquence de la place que la plupart des pays démocratiques ont accordée au souvenir de la Shoah, érigé en symbole universel de la lutte contre toutes les formes de racisme. A l’évidence, le caractère universel de la démarche échappe à beaucoup. La mémoire de la Shoah est ainsi devenue un modèle jalousé, donc, à la fois, récusé et imitable : d’où l’urgence de recourir à la notion anachronique de crime contre l’humanité pour des faits vieux de trois ou quatre cents ans. Le passé n’est ici qu’un substitut, une construction artificielle — et dangereuse —, puisque le groupe n’est plus défini par une filiation passée ou une condition sociale présente, mais par un lien « historique » élaboré après coup, pour isoler une nouvelle catégorie à offrir à la compassion publique. Enfin, cette faiblesse s’exprime, une fois de plus, par un recours paradoxal à l’Etat, voie habituelle, en France, pour donner consistance à une « communauté » au sein de la nation. Sommé d’assumer tous les méfaits du passé, l’Etat se retrouve en même temps source du crime et source de rédemption. Outre la contradiction, cette « continuité » semble dire que l’histoire ne serait qu’un bloc, la diversité et l’évolution des hommes et des idées, une simple vue de l’esprit, et l’Etat, le seul garant d’une nouvelle histoire officielle « vertueuse ». C’est là une conception pour le moins réactionnaire de la liberté et du progrès. Henry Rousso
La loi (…) « portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » risque, surtout en ses articles 1 et 4, de relancer une polémique dans laquelle les historiens ne se reconnaîtront guère. En officialisant le point de vue de groupes de mémoire liés à la colonisation, elle risque de générer en retour des simplismes symétriques, émanant de groupes de mémoire antagonistes, dont l' »histoire officielle » , telle que l’envisage cette loi, fait des exclus de l’histoire. Car, si les injonctions « colonialophiles » de la loi ne sont pas recevables, le discours victimisant ordinaire ne l’est pas davantage, ne serait-ce que parce qu’il permet commodément de mettre le mouchoir sur tant d’autres ignominies, actuelles ou anciennes, et qui ne sont pas forcément du ressort originel de l’impérialisme ou de ses formes historiques passées comme le(s) colonialisme(s). L’étude scientifique du passé ne peut se faire sous la coupe d’une victimisation et d’un culpabilisme corollaire. De ce point de vue, les débordements émotionnels portés par les »indigènes de la République » ne sont pas de mise. Des êtres humains ne sont pas responsables des ignominies commises par leurs ancêtres ­ – ou alors il faudrait que les Allemands continuent éternellement à payer leur épisode nazi. C’est une chose d’analyser, par exemple, les « zoos humains » de la colonisation. C’en est une autre que de confondre dans la commisération culpabilisante le « divers historique », lequel ne se réduit pas à des clichés médiatiquement martelés. Si la colonisation fut ressentie par les colonisés dans le rejet et la douleur, elle fut aussi vécue par certains dans l’ouverture, pour le modèle de société qu’elle offrait pour sortir de l’étouffoir communautaire. (…)Les historiens doivent travailler à reconstruire les faits et à les porter à la connaissance du public. Or ces faits établissent que la traite des esclaves, dans laquelle des Européens ont été impliqués (et encore, pas eux seuls), a porté sur environ 11 millions de personnes (27,5 % des 40 millions d’esclaves déportés), et que les trafiquants arabes s’y sont taillé la part du lion : la »traite orientale » fut responsable de la déportation de 17 millions de personnes (42,5 % d’entre eux) et la traite « interne » effectuée à l’intérieur de l’Afrique, porta, elle, sur 12 millions (30 %). Cela, ni Dieudonné ni les « Indigènes » , dans leur texte victimisant à sens unique, ne le disent ­ – même si, à l’évidence, la traite européenne fut plus concentrée dans le temps et plus rentable en termes de nombre de déportés par an. (…) L’historien ne se reconnaît pas dans l’affrontement des mémoires. Pour lui, elles ne sont que des documents historiques, à traiter comme tels. Il ne se reconnaît pas dans l’anachronisme, qui veut tout arrimer au passé ; il ne se reconnaît pas dans le manichéisme, qu’il provienne de la »nostalgérie » électoraliste vulgaire qui a présidé à la loi du 23 février 2005, ou qu’il provienne des simplismes symétriques qui surfent sur les duretés du présent pour emboucher les trompettes agressives d’un ressentiment déconnecté de son objet réel. Gilbert Meynier
The enigmatic showman Martin Couney showcased premature babies in incubators to early 20th century crowds on the Coney Island and Atlantic City boardwalks, and at expositions across the United States. A Prussian-born immigrant based on the East coast, Couney had no medical degree but called himself a physician, and his self-promoting carnival-barking incubator display exhibits actually ended up saving the lives of about 7,000 premature babies. These tiny infants would have died without Couney’s theatrics, but instead they grew into adulthood, had children, grandchildren, great grandchildren and lived into their 70s, 80s, and 90s. This extraordinary story reveals a great deal about neonatology, and about life. (…) Drawing on extraordinary archival research as well as interviews, [Raffel’s] narrative is enhanced by her own reflections as she balanced her shock over how Couney saved these premature infants and also managed to make a living by displaying them like little freaks to the vast crowds who came to see them. Couney’s work with premature infants began in Europe as a carnival barker at an incubator exposition. It was there he fell in love with preemies and met his head nurse Louise Recht. Still, even allowing for his evident affection, making the preemies incubation a public show seems exploitative. But was it? In the 21st century, hospital incubators and NICUs are taken for granted, but over a hundred years ago, incubators were rarely used in hospitals, and sometimes they did far more harm than good.  Premature infants often went blind because of too much oxygen pumped into the incubators (Raffel notes that Stevie Wonder, himself a preemie, lost his sight this way). Yet the preemies Couney and his nurses — his wife Maye, his daughter Hildegard, and lead nurse Louise, known in the show as “Madame Recht” — cared for retained their vision. The reason? Couney was worried enough about this problem to use incubators developed by M. Alexandre Lion in France, which regulated oxygen flow. Today it is widely accept that every baby – premature or ones born to term – should be saved.  Not so in Couney’s time. Preemies were referred to as “weaklings,” and even some doctors believed their lives were not worth saving. While Raffel’s tale is inspiring, it is also horrific. She does not shy away from people like Dr. Harry Haiselden who, unlike Couney, was an actual M.D., but “denied lifesaving treatment to infants he deemed ‘defective,’ deliberately watching them die even when they could have lived.” (…) True, he was a showman, and during most of his career, he earned a good living from his incubator babies show, but Couney, an elegant man who fluently spoke German, French and English, didn’t exploit his preemies (Hildegard was a preemie too).  He gave them a chance at the lives they might not have been allowed to live. Couney used his showmanship to support all of this life-saving. He put on shows for boardwalk crowds, but he also, despite not having a medical degree, maintained his incubators according to high medical standards. In many ways, Couney’s practices were incredibly advanced. Babies were fed with breast milk exclusively, nurses provided loving touches frequently, and the babies were held, changed and bathed. (…) Yet the efforts of Dr. Couney’s his nurses went largely ignored by the medical profession and were only mentioned once in a medical journal. As Raffel writes in her book’s final page, “There is nothing at his  grave to indicate that [Martin Couney] did anything of note.” The same goes for Maye, Louise and Hildegard. Louise’s name was misspelled on her shared tombstone (Louise’s remains are interred in another family’s crypt), and Hildegard, whose remains are interred with Louise’s, did not even have her own name engraved on the shared tombstone. With the exception of Chicago’s Dr. Julius Hess, who is considered the father of neonatology, the majority of the medical establishment patronized and excluded Couney. Hess, though, respected Couney’s work and built on it with his own scientific approach and research; in the preface to his book Premature and Congenitally Diseased Infants, Hess acknowledges Couney “‘for his many helpful suggestions in the preparation of the material for this book.’” But Couney cared more about the babies than professional respect. His was a single-minded focus: even when it financially devastated him to do so, he persisted, so his preemies could live. National Book Review
Carl Hagenbeck had the idea to open zoos that weren’t only filled with animals, but also people. People were excited to discover humans from abroad: Before television and color photography were available, it was their only way to see them. Anne Dreesbach
The main feature of these multiform varieties of public show, which became widespread in late-nineteenth and early-twentieth century Europe and the United States, was the live presence of individuals who were considered “primitive”. Whilst these native peoples sometimes gave demonstrations of their skills or produced manufactures for the audience, more often their role was simply as exhibits, to display their bodies and gestures, their different and singular condition. In this article, the three main forms of modern ethnic show (commercial, colonial and missionary) will be presented, together with a warning about the inadequacy of categorising all such spectacles under the label of “human zoos”, a term which has become common in both academic and media circles in recent years. Luis A. Sánchez-Gómez
Between the 29th of November 2011 and the 3rd of June 2012, the Quai de Branly Museum in Paris displayed an extraordinary exhibition, with the eye-catching title Exhibitions. L’invention du sauvage, which had a considerable social and media impact. Its “scientific curators” were the historian Pascal Blanchard and the museum’s curator Nanette Jacomijn Snoep, with Guadalupe-born former footballer Lilian Thuram acting as “commissioner general”. A popular sportsman, Thuram is also known in France for his staunch social and political commitment. The exhibition was the culmination (although probably not the end point) of a successful project which had started in Marseille in 2001 with the conference entitled Mémoire colonial: zoos humains? Corps Exotiques, corps enfermés, corps mesurés. Over time, successive publications of the papers presented at that first meeting have given rise to a genuine publishing saga, thus far including three French editions, one in Italian, one in English and another in German. This remarkable repertoire is completed by the impressive catalogue of the exhibition. All of the book titles (with the exception of the catalogue) make reference to “human zoos” as their object of study, although in none of them are the words followed by a question mark, as was the case at the Marseille conference. This would seem to define “human zoos” as a well-documented phenomenon, the essence of which has been well-established. Most significantly, despite reiterating the concept, neither the catalogue of the exhibition, nor the texts drawn up by the exhibit’s editorial authorities, provide a precise definition of what a human zoo is understood to be. Nevertheless, the editors seem to accept the concept as being applicable to all of the various forms of public show featured in the exhibition, all of which seem to have been designed with a shared contempt for and exclusion of the “other”. Therefore, the label “human zoo” implicitly applies to a variety of shows whose common aim was the public display of human beings, with the sole purpose of showing their peculiar morphological or ethnic condition. Both the typology of the events and the condition of the individuals shown vary widely: ranging from the (generally individual) presentation of persons with crippling pathologies (exotic or more often domestic freaks or “human monsters”) to singular physical conditions (giants, dwarves or extremely obese individuals) or the display of individuals, families or groups of exotic peoples or savages, arrived or more usually brought, from distant colonies. The purpose of the 2001 conference had been to present the available information about such shows, to encourage their study from an academic perspective and, most importantly, to publicly denounce these material and symbolic contexts of domination and stigmatisation, which would have had a prominent role in the complex and dense animalisation mechanisms of the colonised peoples by the “civilized West”. A scientific and editorial project guided by such intentions could not fail to draw widespread support from academic, social and journalistic quarters. Reviews of the original 2002 text and successive editions have, for the most part, been very positive, and praise for what was certainly an extraordinary exhibition (the one of 2012) has been even more unanimous. However, most commentators have limited their remarks to praising the important anti-racist content and criticisms of the colonial legacy, which are common to both undertakings. Only a few authors have drawn attention to certain conceptual and interpretative problems with the presumed object of study, the “human zoos”, problems which would undermine the project’s solidity. (…) Although the public display of human beings can be traced far back in history in many different contexts (war, funerals and sacred contexts, prisons, fairs, etc…) the configuration and expansion of different varieties of ethnic shows are closely and directly linked to two historical phenomena which lie at the very basis of modernity: exhibitions and colonialism. The former began to appear at national contests and competitions (both industrial and agricultural). These were organised in some European countries in the second half of the eighteenth century, but it was only in the century that followed that they acquired new and shocking material and symbolic dimensions, in the shape of the international or universal exhibition.The key date was 1851, when the Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations was held in London. The triumph of the London event, its rapid and continuing success in France and the increasing participation (which will be outlined) of indigenous peoples from the colonies, paved the way from the 1880s for a new exhibition model: the colonial exhibition (whether official or private, national or international) which almost always featured the presence of indigenous human beings. However, less spectacular exhibitions had already been organised on a smaller scale for many years, since about the mid-nineteenth century. Some of these were truly impressive events, which in some cases also featured native peoples. These were the early missionary (or ethnological-missionary) exhibitions, which initially were mainly British and Protestant, but later also Catholic. Finally, the unsophisticated ethnological exhibitions which had been typical in England (particularly in London) in the early-nineteenth century, underwent a gradual transformation from the middle of the century, which saw them develop into the most popular form of commercial ethnological exhibition. These changes were initially influenced by the famous US circus impresario P.T. Barnum’s human exhibitions. Later on, from 1874, Barnum’s displays were successfully reinterpreted (through the incorporation of wild animals and groups of exotic individuals) by Carl Hagenbeck.The second factor which was decisive in shaping the modern ethnic show was imperial colonialism, which gathered in momentum from the 1870s. The propagandising effect of imperialism was facilitated by two emerging scientific disciplines, physical anthropology and ethnology, which propagated colonial images and mystifications amid the metropolitan population. This, coupled with robust new levels of consumerism amongst the bourgeoisie and the upper strata of the working classes, had a greater impact upon our subject than the economic and geostrategic consequences of imperialism overseas. In fact, the new context of geopolitical, scientific and economic expansion turned the formerly “mysterious savages” into a relatively accessible object of study for certain sections of society. Regardless of how much was written about their exotic ways of life, or strange religious beliefs, the public always wanted more: seeking participation in more “intense” and “true” encounters and to feel part of that network of forces (political, economic, military, academic and religious) that ruled even the farthest corners of the world and its most primitive inhabitants.It was precisely the convergence of this web of interests and opportunities within the new exhibition universe that had already consolidated by the end of the 1870s, and which was to become the defining factor in the transition. From the older, popular model of human exhibitions which had dominated so far, we see a reduction in the numbers of exhibitions of isolated individuals classified as strange, monstrous or simply exotic, in favour of adequately-staged displays of families and groups of peoples considered savage or primitive, authentic living examples of humanity from a bygone age. Of course, this new interest, this new desire to see and feel the “other” was fostered not only by exhibition impresarios, but by industrialists and merchants who traded in the colonies, by colonial administrators and missionary societies. In turn, the process was driven forward by the strongly positive reaction of the public, who asked for more: more exoticism, more colonial products, more civilising missions, more conversions, more native populations submitted to the white man’s power; ultimately, more spectacle. Despite the differences that can be observed within the catalogue of exhibitions, their success hinged to a great extent upon a single factor: the representation or display of human beings labelled as exotic or savage, which today strikes us as unsettling and distasteful. It can therefore be of little surprise that most, if not all, of the visitors to the Quai de Branly Museum exhibiton of 2012 reacted to the ethnic shows with a fundamental question: how was it possible that such repulsive shows had been organised? Although many would simply respond with two words, domination and racism, the question is certainly more complex. In order to provide an answer, the content and meanings of the three main models or varieties of the modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– will be studied. (…) The opposition that missionary societies encountered at nineteenth-century international exhibitions encouraged them to organise events of their own. The first autonomous missionary events were Protestant and possibly took place prior to 1851. In any case, this has been confirmed as the year that the Methodist Wesleyan Missionary Society organised a missionary exhibition (which took place at the same time as the International Exhibition). Small in size and very simple in structure, it was held for only two days during the month of June, although it provided the extraordinary opportunity to see and acquire shells, corals and varied ethnographic materials (including idols) from Tonga and Fiji. The exhibition’s aim was very specific: to make a profit from ticket sales and the materials exhibited and to seek general support for the missionary enterprise.Whether or not they were directly influenced by the international event of 1851, the modest British missionary exhibitions of the mid-nineteenth century began to evolve rapidly from the 1870s, reaching truly spectacular proportions in the first third of the twentieth century. This enormous success was due to a particular set of circumstances which were not true for the Catholic sphere. Firstly, the exhibits were a fantastic source of propaganda, and furthermore, they generated a direct and immediate cash income. This is significant considering that Protestant church societies and committees neither depended upon, nor were linked to (at least not directly or officially) civil administration and almost all revenue came from the personal contributions of the faithful. Secondly, because Protestants organised their own events, there was no reason for them to participate in the official colonial exhibitions, with which the Catholic missions became repeatedly involved once the old prejudices of government had fallen away by the later years of the nineteenth century. In this way, evangelical communities were able to maintain their independence from the imperial enterprise, yet in a manner that did not preclude them from collaborating with it whenever it was in their interests to do so.However, whether Catholic or Protestant, the main characteristic of the missionary exhibitions in the timeframe of the late-nineteenth and early-twentieth century, was their ethnological intent. The ethnographic objects of converted peoples (and of those who had yet to be converted) were noteworthy for their exoticism and rarity, and became a true magnet for audiences. They were also supposedly irrefutable proof of the “backward” and even “depraved” nature of such peoples, who had to be liberated by the redemptive missions which all Christians were expected to support spiritually and financially. But as tastes changed and the public began to lose interest, the exhibitions started to grow in size and complexity, and increasingly began to feature new attractions, such as dioramas and sculptures of native groups. Finally, the most sophisticated of them began to include the natives themselves as part of the show. It must be said that, but for rare exceptions, these were not exhibitions in the style of the famous German Völkerschauen or British ethnological exhibitions, but mere performances; in fact, the “guests” had already been baptized, were Christians, and allegedly willing to collaborate with their benefactors.Whilst the Protestant churches (British and North American alike) produced representations of indigenous peoples with the greatest frequency and intensity, it was (as far as we know) the (Italian) Catholic Church that had the dubious honour of being the first to display natives at a missionary exhibition, and did so in a clearly savagist and rudimentary fashion, which could even be described as brutal. This occurred in the religious section of the Italian-American Exhibition of Genoa in 1892. As a shocking addition to the usual ethnographic and missionary collections, seven natives were exhibited in front of the audience: four Fuegians and three Mapuches of both sexes (children, young and fully-grown adults) brought from America by missionaries. The Fuegians, who were dressed only in skins and armed with bows and arrows, spent their time inside a hut made from branches which had been built in the garden of the pavilion housing the missionary exhibition. The Mapuches were two young girls and a man; the three of them lived inside another hut, where they made handicrafts under the watchful eye of their keepers.The exhibition appears to have been a great success, but it must have been evident that the model was too simple in concept, and inhumanitarian in its approach to the indigenous people present. In fact, whilst subsequent exhibitions also featured a native presence (always Christianised) at the invitation of the clergy, the Catholic Church never again fell into such a rough presentation and representation of the obsolete and savage way of life of its converted. To provide an illustration of those times, now happily overcome by the missionary enterprise, Catholic congregations resorted to dioramas and sculptures, some of which were of superb technical and artistic quality.Although the Catholic Church may have organised the first live missionary exhibition, it should not be forgotten that they joined the exhibitional sphere much later than the evangelical churches. Also, a considerable number of their displays were associated with colonial events, something that the Protestant churches avoided. (…) Whilst it was the reformed churches that most readily incorporated native participation, they seemed to do so in a more sensitive and less brutalised manner than the Genoese Catholic Exhibition of 1892. (…) The exhibition model at these early-twentieth century Protestant events was very similar to the colonial model. Native villages were reconstructed and ethnographic collections were presented, alongside examples of local flora and fauna, and of course, an abundance of information about missionary work, in which its evangelising, educational, medical and welfare aspects were presented. Some of these were equally as attractive to the audience (irrespective of their religious beliefs) as contemporary colonial or commercial exhibitions. However, it may be noted that the participation of Christianised natives took a radically different form from those of the colonial and commercial world. Those who were most capable and had a good command of English served as guides in the sections corresponding to their places of origin, a task that they tended to carry out in traditional clothing. More frequently these new Christians assumed roles with less responsibility, such as the manufacture of handicrafts, the sale of exotic objects or the recreation of certain aspects of their previous way of life. The organisers justified their presence by claiming that they were merely actors, representing their now-forgotten savage way of life. This may very well have been the case. At the Protestant exhibitions of the 1920s and 1930s, the presence of indigens became progressively less common until it eventually disappeared. This notwithstanding, the organisers came to benefit from a living resource which complemented displays of ethnographic materials whilst being more attractive to the audience than the usual dioramas. This was a theatrical representation of the native way of life (combined with scenes of missionary interaction) by white volunteers (both men and women) who were duly made up and in some cases appeared alongside real natives. Some of these performances were short, but others consisted of several acts and featured dozens of characters on stage. Regardless of their form, these spectacles were inherent to almost any British and North American exhibition, although much less frequent in continental Europe.Since the 1960s, the Christian missionary exhibition (both Protestant and Catholic) has been conducted along very different lines from those which have been discussed here. All direct or indirect associations with colonialism have been definitively given up; it has broken with racial or ethnological interpretations of converted peoples, and strongly defends its reputed autonomy from any political groups or interests, without forgetting that the essence of evangelisation is to maximize the visibility of its educational and charitable work among the most disadvantaged. (…)The three most important categories of modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– have been examined. All three resorted, to varying degrees, to the exhibition of exotic human beings in order to capture the attention of their audience, and, ultimately, to achieve certain goals: be they success in business and personal enrichment, social, political or financial backing for the colonial enterprise, or support for missionary work. Whilst on occasion they coincided at the same point in time and within the same context of representation, the uniqueness of each form of exhibition has been emphasised. However, this does not mean that they are completely separate phenomena, or that their representation of exotic “otherness” is homogeneous.Missionary exhibitions displayed perhaps the most singular traits due to their spiritual vision. However, it is clear that many made a determined effort to produce direct, visual and emotional spectacles and some, in so doing, resorted to representations of natives which were very similar to those of colonial exhibitions. Can we speak then, of a convergence of designs and interests? I honestly do not think so. At many colonial exhibitions, organisers showed a clear intention to portray natives as fearsome, savage individuals (sometimes even describing them as cannibals) who somehow needed to be subjugated. Peoples who were considered, to a lesser or greater extent, to be civilised were also displayed (as at the interwar exhibitions). However, the purpose of this was often to publicise the success of the colonial enterprise in its campaign for “the domestication of the savage”, rather than to present a message of humanitarianism or universal fraternity. Missionary exhibitions provided information and material examples of the former way of life of the converted, in which natives demonstrated that they had abandoned their savage condition and participated in the exhibition for the greater glory of the evangelising mission. Moreover, they also became living evidence that something much more transcendent than any civilising process was taking place: that once they had been baptised, anyone, no matter how wild they had once been, could become part of the same universal Christian family.It is certainly true that the shows that the audiences enjoyed at all of these exhibitions (whether missionary, colonial or even commercial) were very similar. Yet in the case of the former, the act of exhibition took place in a significantly more humanitarian context than in the others. And while it is evident that indigenous cultures and peoples were clearly manipulated in their representation at missionary exhibitions, this did not mean that the exhibited native was merely a passive element in the game. And there is something more. The dominating and spectacular qualities present in almost all missionary exhibitions should not let us forget one last factor which was essential to their conception, their development and even their longevity: Christian faith. Without Christian faith there would have been no missionary exhibitions, and had anything similar been organised, it would not have had the same meaning. It was essential that authentic Christian faith existed within the ecclesiastical hierarchy and within those responsible for congregations, missionary societies and committees. But the faith that really made the exhibitions possible was the faith of the missionaries, of others who were involved in their implementation and, of course, of those who visited. Although it was never recognised as such, this was perhaps an uncritical faith, complacent in its acceptance of the ways in which human diversity was represented and with ethical values that occasionally came close to the limits of Christian morality. But it was a faith nonetheless, a faith which intensified and grew with each exhibition, which surely fuelled both Christian religiosity (Catholic and Protestant alike) and at least several years of missionary enterprise, years crucial for the imperialist expansionism of the West. It is an objective fact that the display of human beings at commercial and colonial shows was always much more explicit and degrading than at any missionary exhibition. To state what has just been proposed more bluntly: missionary exhibitions were not “human zoos”. However, it is less clear whether the remaining categories: are commercial and colonial exhibitions worthy of this assertion (human zoos), or were they polymorphic ethnic shows of a much greater complexity?The principal analytical obstacle to the use of the term “human zoo” is that it makes an immediate and direct association between all of these acts and contexts and the idea of a nineteenth-century zoo. The images of caged animals, growling and howling, may cause admiration, but also disgust; they may sometimes inspire tenderness, but are mainly something to be avoided and feared due to their savage and bestial condition. This was definitely the case for the organisers of the scientific and editorial project cited at the beginning of this article, so it can be no surprise that Carl Hagenbeck’s joint exhibitions of exotic animals and peoples were chosen as the frame of reference for human zoos. Although the authors state in the first edition that “the human zoo is not the exhibition of savagery but its construction” [“le zoo humain n’est pas l’exhibition de la sauvagerie, mais la construction de celle-ci”], the problem, as Blanckaert (2002) points out, is that this alleged construction or exhibitional structure was not present at most of the exhibitions under scrutiny, nor (and this is an added of mine) at those shown at the Exhibitions. Indeed, the expression “human zoo” establishes a model which does not fit with the meagre number of exhibitions of exotic individuals from the sixteenth, seventeenth or eighteenth centuries, nor with that of Saartjie Baartmann (the Hottentot Venus) of the early nineteenth century, much less with the freak shows of the twentieth century. Furthermore, this model can neither be compared to most of the nineteenth-century British human ethnological exhibitions, nor to most of the native villages of the colonial exhibitions, nor to the Wild West show of Buffalo Bill, let alone to the ruralist-traditionalist villages which were set up at many national and international exhibitions until the interwar period. Ultimately, their connection with many wandering “black villages” or “native villages” exhibited by impresarios at the end of the nineteenth century could also be disputed. Moreover, many of the shows organised by Hagenbeck number amongst the most professional in the exhibitional universe. The fact that they were held in zoos should not automatically imply that the circumstances in which they took place were more brutal or exploitative than those of any of the other ethnic shows.It is evident from all the shows which have been discussed, that the differential racial condition of the persons exhibited not only formed the basis of their exhibition, but may also have fostered and even founded racist reactions and attitudes held by the public. However, there are many other factors (political, economic and even aesthetic) which come into play and have barely been considered, which could be seen as encouraging admiration of the displays of bodies, gestures, skills, creations and knowledge which were seen as both exotic and seductive.In fact, the indiscriminate use of the very successful concept of “human zoo” generates two fundamental problems. Firstly it impedes our “true” knowledge of the object of study itself, that is, of the very varied ethnic shows which it intends to catalogue, given the great diversity of contexts, formats, persons in charge, objectives and materialisations that such enterprises have to offer. Secondly, the image of the zoo inevitably recreates the idea of an exhibition which is purely animalistic, where the only relationship is that which exists between exhibitor and exhibited: the complete domination of the latter (irrational beasts) by the former (rational beings). If we accept that the exhibited are treated merely as as more-or-less worthy animals, the consequences are twofold: a logical rejection of such shows past, present and future, and the visualization of the exhibited as passive victims of racism and capitalism in the West. It is therefore of no surprise that the research barely considers the role that these individuals may have played, the extent to which their participation in the show was voluntary and the interests which may have moved some of them to take part in these shows. Ultimately, no evaluation has been made of how these shows may have provided “opportunity contexts” for the exhibited, whether as commercial, colonial or missionary exhibitis. Whilst it is true that the exhibited peoples’ own voice is the hardest to record in any of these shows, greater effort could have been made in identifying and mapping them, as, when this happens, the results obtained are truly interesting. Before we conclude, it must be said that the proposed analysis does not intend to soften or justify the phenomenon of the ethnic show. Even in the least dramatic and exploitative cases it is evident that the essence of these shows was a marked inequality, in which every supposed “context of interaction” established a dichotomous relationship between black and white, North and South, colonisers and colonised, and ultimately, between dominators and dominated. My intention has been to propose a more-or-less classifying and clarifying approach to this varied world of human exhibitions, to make a basic inventory of their forms of representation and to determine which are the essential traits that define them, without losing sight of the contingent factors which they rely upon. Luis A. Sánchez-Gómez
Une théorie du complot (on parle aussi de conspirationnisme ou de complotisme) est un récit pseudo-scientifique, interprétant des faits réels comme étant le résultat de l’action d’un groupe caché, qui agirait secrètement et illégalement pour modifier le cours des événements en sa faveur, et au détriment de l’intérêt public. Incapable de faire la démonstration rigoureuse de ce qu’elle avance, la théorie du complot accuse ceux qui la remettent en cause d’être les complices de ce groupe caché. Elle contribue à semer la confusion, la désinformation, et la haine contre les individus ou groupes d’individus qu’elle stigmatise. (…) Derrière chaque actualité ayant des causes accidentelles ou naturelles (mort ou suicide d’une personnalité, crash d’avion, catastrophe naturelle, crise économique…), la théorie du complot cherche un ou des organisateurs secrets (gouvernement, communauté juive, francs-maçons…) qui auraient manipulé les événements dans l’ombre pour servir leurs intérêts : l’explication rationnelle ne suffit jamais. Et même si les événements ont une cause intentionnelle et des acteurs évidents (attentat, assassinat, révolution, guerre, coup d’État…), la théorie du complot va chercher à démontrer que cela a en réalité profité à un AUTRE groupe caché. C’est la méthode du bouc émissaire. (…) La théorie du complot voit les indices de celui-ci partout où vous ne les voyez pas, comme si les comploteurs laissaient volontairement des traces, visibles des seuls « initiés ». Messages cachés sur des paquets de cigarettes, visage du diable aperçu dans la fumée du World Trade Center, parcours de la manifestation Charlie Hebdo qui dessinerait la carte d’Israël… Tout devient prétexte à interprétation, sans preuve autre que l’imagination de celui qui croit découvrir ces symboles cachés. Comme le disait une série célèbre : « I want to believe ! » (…) La théorie du complot a le doute sélectif : elle critique systématiquement l’information émanant des autorités publiques ou scientifiques, tout en s’appuyant sur des certitudes ou des paroles « d’experts » qu’elle refuse de questionner. De même, pour expliquer un événement, elle monte en épingle des éléments secondaires en leur conférant une importance qu’ils n’ont pas, tout en écartant les éléments susceptibles de contrarier la thèse du complot. Son doute est à géométrie variable. (…) La théorie du complot tend à mélanger des faits et des spéculations sans distinguer entre les deux. Dans les « explications » qu’elle apporte aux événements, des éléments parfaitement avérés sont noués avec des éléments inexacts ou non vérifiés, invérifiables, voire carrément mensongers. Mais le fait qu’une argumentation ait des parties exactes n’a jamais suffi à la rendre dans son ensemble exacte !   (…) C’est une technique rhétorique qui vise à intimider celui qui y est confronté : il s’agit de le submerger par une série d’arguments empruntés à des champs très diversifiés de la connaissance, pour remplacer la qualité de l’argumentation par la quantité des (fausses) preuves. Histoire, géopolitique, physique, biologie… toutes les sciences sont convoquées – bien entendu, jamais de façon rigoureuse. Il s’agit de créer l’impression que, parmi tous les arguments avancés, « tout ne peut pas être faux », qu’ »il n’y a pas de fumée sans feu » (…) Incapables (et pour cause !) d’apporter la preuve définitive de ce qu’elle avance, la théorie du complot renverse la situation, en exigeant de ceux qui ne la partagent pas de prouver qu’ils ont raison. Mais comment démontrer que quelque chose qui n’existe pas… n’existe pas ? Un peu comme si on vous demandait de prouver que le Père Noël n’est pas réel. (…) A force de multiplier les procédés expliqués ci-dessus, les théories du complot peuvent être totalement incohérentes, recourant à des arguments qui ne peuvent tenir ensemble dans un même cadre logique, qui s’excluent mutuellement. Au fond, une seule chose importe : répéter, faute de pouvoir le démontrer, qu’on nous ment, qu’on nous cache quelque chose. #OnTeManipule !
Hoax[es], rumeurs, photos ou vidéos truquées… les fausses informations abondent sur internet. Parfois la désinformation va plus loin, et prend la forme de pseudo-théories à l’apparence scientifique qui vous mettent en garde : « On te manipule ! » A en croire ces « théoriciens » du complot, États, institutions et médias déploieraient des efforts systématiques pour tromper et manipuler les citoyens. Il faudrait ne croire personne… sauf ceux qui portent ces thèses complotistes ! Étrange, non ? Et si ceux qui dénoncent la manipulation étaient eux-mêmes en train de nous manipuler ? Oui, #OnTeManipule quand on invente des complots, quand on désigne des boucs émissaires, et quand on demande d’y croire, sans aucune preuve. Découvrez les bons réflexes à avoir pour garder son sens critique et prendre du recul par rapport aux informations qui circulent. On te manipule
Peintures, sculptures, affiches, cartes postales, films, photographies, moulages, dioramas, maquettes et costumes donnent un aperçu de l’étendue de ce phénomène et du succès de cette industrie du spectacle exotique qui a fasciné plus d’un milliard de visiteurs de 1800 à 1958 et a concerné près de 35 000 figurants dans le monde. À travers un vaste panorama composé de près de 600 oeuvres et de nombreuses projections de films d’archives, l’exposition montre comment ces spectacles, à la fois outil de propagande, objet scientifique et source de divertissement, ont formé le regard de l’Occident et profondément influencé la manière dont est appréhendé l’Autre depuis près de cinq siècles. L’exposition explore les frontières parfois ténues entre exotiques et monstres, science et voyeurisme, exhibition et spectacle, et questionne le visiteur sur ses propres préjugés dans le monde d’aujourd’hui. Si ces exhibitions disparaissent progressivement dans les années 30, elles auront alors accompli leur oeuvre : créer une frontière entre les exhibés et les visiteurs. Une frontière dont on peut se demander si elle existe toujours ? Musée du quai Branly
Pendant plus d’un siècle, les grandes puissances colonisatrices ont exhibé comme des bêtes sauvages des êtres humains arrachés à leur terre natale. Retracée dans ce passionnant documentaire, cette « pratique » a servi bien des intérêts. Ils se nomment Petite Capeline, Tambo, Moliko, Ota Benga, Marius Kaloïe et Jean Thiam. Fuégienne de Patagonie, Aborigène d’Australie, Kali’na de Guyane, Pygmée du Congo, Kanak de Nouvelle-Calédonie, ces six-là, comme 35 000 autres entre 1810 et 1940, ont été arrachés à leur terre lointaine pour répondre à la curiosité d’un public en mal d’exotisme, dans les grandes métropoles occidentales. Présentés comme des monstres de foire, voire comme des cannibales, exhibés dans de véritables zoos humains, ils ont été source de distraction pour plus d’un milliard et demi d’Européens et d’Américains, venus les découvrir en famille au cirque ou dans des villages indigènes reconstitués, lors des grandes expositions universelles et coloniales. S’appuyant sur de riches archives (photos, films, journaux…) ainsi que sur le témoignage inédit des descendants de plusieurs de ces exhibés involontaires, Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet restituent le phénomène des exhibitions ethnographiques dans leur contexte historique, de l’émergence à l’essor des grands empires coloniaux. Ponctué d’éclairages de spécialistes et d’universitaires, parmi lesquels l’anthropologue Gilles Boëtsch (CNRS, Dakar) et les historiens Benjamin Stora, Sandrine Lemaire et Fanny Robles, leur passionnant récit permet d’appréhender la façon dont nos sociétés se sont construites en fabriquant, lors de grandes fêtes populaires, une représentation stéréotypée du « sauvage ». Et comment, succédant au racisme scientifique des débuts, a pu s’instituer un racisme populaire légitimant la domination des grandes puissances sur les autres peuples du monde. Arte
On assiste au passage progressif d’un racisme scientifique à un racisme populaire, un passage qui n’est ni lié à la littérature ni au cinéma, puisque celui-ci n’existe pas encore, mais à la culture populaire, avec des spectateurs qu vont au zoo pour se divertir, sans le sentiment d’être idéologisés, manipulés. Pascal Blanchard
On payait pour voir des êtres hors norme, le frisson de la dangerosité faisait partie du spectacle. (… ) Imaginez ici des pirogues, un décorum de village lacustre wolof. Tout était fait pour donner au public l’illusion de voir le sauvage dans son biotope. C’est d’ailleurs dans ce décor factice que les frères Lumière tourneront leur douzième film, Baignade de nègres, comme s’ils étaient en Afrique… Pour le visiteur, cette représentation caricaturale du monde et de l’autre était perçue comme la réalité. (…) Ces articles et ces photos contribuent alors à la propagation de clichés et d’idées reçues sur le “sauvage”. Autant de représentations qui légitiment l’ordre colonial, popularisent la théorie et la hiérarchie des races, le concept de peuples “inférieurs” qu’il convient de faire entrer dans la lumière de la civilisation. (…) Ici, vous aviez la grande esplanade des exhibitions humaines. Celle-là même où avaient été placés les Fuégiens de Patagonie en 1881. Sur les photos que nous avons pu retrouver, on voit qu’ils sont installés sur une planche, en hauteur, sans doute à cause du froid et de l’humidité. Ils étaient arrivés en plein mois d’octobre et n’étaient quasiment pas vêtus. Beaucoup avaient attrapé des maladies pulmonaires. (…) Ils étaient enterrés sur place, dans le cimetière du zoo, au même rang que les animaux. Dans certains cas, les corps étaient envoyés à l’Institut médico-légal ou à la Société d’anthropologie de Paris, où le public payait pour assister à leur dissection. (…) Même pour les spécialistes, ce pan de l’histoire coloniale était considéré com­me un élément secondaire. (…) Il a fallu six mois pour obtenir l’autorisation de réaliser quelques séquences à l’intérieur du jardin, et nous ne l’avons eue que parce que nous avons menacé de filmer à travers les grilles… Pascal Blanchard
Grâce à l’historien Pascal Blanchard, que j’ai rencontré lors d’un colloque, à l’époque où je jouais à Barcelone. Après notre rencontre, il m’a envoyé un livre sur le sujet, et c’est comme ça que j’ai appris à connaître un peu mieux cette histoire des « zoos humains ». Une histoire extrêmement violente, dont les enjeux m’intéressent car elle permet de comprendre d’où vient le racisme, de saisir qu’il est lié à un conditionnement historique. (…) Les zoos humains sont le reflet d’un rapport de domination, celui de l’Occident sur le reste du monde. La domination de celui qui détient le pouvoir économique et militaire, et qui l’utilise pour que d’autres personnes, dominées, venues d’Asie, d’Océanie, d’Afrique, soient montrées comme des animaux dans des espaces clos, au nom notamment de la couleur de leur peau. (…) Ces exhibitions ont attiré des millions de spectateurs et ont ancré dans leur tête l’idée d’une hiérarchie entre les personnes, entre les prétendues « races » – la race blanche étant considérée comme supérieure. Les mécanismes de domination qui existent dans nos sociétés se sont construits petit à petit. La plupart des gens sont devenus racistes sans le savoir, ils ont été éduqués dans ce sens-là. Après avoir visité ces zoos humains, les populations occidentales étaient confortées dans l’idée qu’elles étaient supérieures, qu’elles incarnaient la « civilisation » face à des «  sauvages ». Lorsque je préparais l’exposition au Quai Branly, en 2011, je me suis rendu à Hambourg. Là-bas, sur le portail d’entrée du zoo, une sculpture représente des animaux et des hommes, mis au même niveau. C’est d’une violence totale. Mais cela permet aussi de comprendre pourquoi certains sont aujourd’hui encore dans le rejet de l’autre. Il reste des séquelles de ce passé, les barrières existent toujours dans nos sociétés. Comment ne pas penser à ces enclos quand on voit les murs qui se construisent autour de l’Europe ou aux Etats-Unis ? Les zoos humains permettent de nous éclairer sur ce que nous vivons aujourd’hui. (…) Mais ce n’est pas seulement l’évocation des zoos humains qui pose problème, c’est le passé en général. Ce passé lié à de la violence, au fait de s’accaparer des biens d’autrui. Mais, ce passé-là, nous devons nous l’approprier car il raconte l’histoire du monde actuel. Le regarder en face doit nous permettre de nous éclairer sur ce que nous sommes en train de vivre, pour essayer de choisir un futur différent. Dans nos sociétés, la chose la plus importante est-elle le profit, le fait de s’octroyer le bien des autres pour s’enrichir ? C’est important de se poser ces questions-là aujourd’hui. (…) Ces manifestations racistes dont vous parlez viennent directement des zoos humains. De cette histoire. Les gens ont été éduqués ainsi. Les cultures dans lesquelles il y a eu des zoos humains gardent ce complexe de supériorité, conscient ou inconscient, sur les autres cultures. Pour progresser, il faut savoir faire preuve d’autocritique. Dans le sport de haut niveau, c’est essentiel. Cela vaut aussi pour la société. Mais nos sociétés, françaises, européennes, portent très peu de critiques sur elles-mêmes. Très souvent, les gens ne veulent pas critiquer leur propre culture. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était persuadée d’être le phare de l’univers. Les zoos humains sont liés à l’histoire coloniale. Les gens ont souvent tendance à croire qu’après la colonisation il y a eu l’égalité. Mais non, il y a une culture de la domination qui perdure. Notre système économique ne fait-il pas en sorte qu’une minorité, qui vit bien, exploite une majorité, qui vit mal ? (…) Avant toute chose, je pense qu’il faut connaître notre passé pour mieux comprendre ce que nous vivons aujourd’hui. Pourquoi certaines personnes ne veulent-elles pas connaître cette histoire, de quoi ont-elles peur ? Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à une société, c’est de lui apprendre à connaître son histoire. Il n’y a que sur des bases solides que l’on peut construire un présent et un futur solides. Lilian Thuram
Entre 1877 et 1937, des millions de Parisiens se bousculèrent ici, à la lisière du bois de Boulogne, pour assister au spectacle exotique de Nubiens, Sénégalais, Kali’nas, Fuégiens, Lapons exposés devant le public parés de leurs attributs « authentiques » (lances, peaux de bêtes, pirogues, masques, bijoux…). On se pressait pour voir les « sauvages », des hommes, des femmes et des enfants souvent parqués derrière des grillages ou des barreaux, comme les animaux qui faisaient jusqu’alors la réputation du Jardin zoologique d’acclimatation. D’étranges étrangers, supposés non civilisés et potentiellement menaçants, à l’image de ces Kanaks présentés comme des cannibales et exhibés… dans la fosse aux ours. (…) Lorsque le directeur du Jardin d’acclimatation, le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire, organise les tout premiers « spectacles ethnologiques » en 1877 avec des Nubiens et des Esquimaux, il est en quête de nouvelles attractions pour remettre à flot son établissement. Quelques mois plus tôt, à Hambourg, un certain Carl Hagenbeck, marchand d’animaux sauvages, a connu un succès phénoménal en présentant une troupe de Lapons. Au bois de Boulogne, le premier ethnic show fait courir les foules. La fréquentation du jardin double, pour atteindre un million de visiteurs en un an. Certains dimanches, plus de soixante-dix mille personnes se pressent dans les allées. C’est le début d’une mode qui va gagner le monde entier, d’expositions coloniales en expositions universelles. Trente-cinq mille individus seront ainsi exhibés, attirant près d’un milliard et demi de curieux de l’Allemagne aux Etats-Unis, de la Grande-Bretagne au Japon. Pour le promeneur de 2018, impossible de deviner ce passé sinistre derrière les contours ripolinés du parc d’attractions. Les bâtiments de l’époque ont été démolis. Quant aux villages exotiques qui servaient de cadre aux « indigènes », ils étaient éphémères, un ailleurs succédant à un autre. Mais Pascal Blanchard, qui a compulsé des kilos d’images d’archives, n’a aucun mal à en faire ressurgir le souvenir face à ce paisible plan d’eau où patientent des barques (…) Une réalité dont on pouvait conserver le souvenir en s’offrant, après le show, ses produits dérivés, cartes postales, gravures ou coquillages samoans signés de la main des indigènes. Les exhibitions coloniales font le bonheur des anthropologues, qui se bousculent chaque matin avant l’arrivée du public et payent pour pouvoir observer et examiner les « spécimens », publiant ensuite des articles dans les revues les plus sérieuses. S’inspirant des clichés anthropométriques de la police, le photographe Roland Bonaparte constitue, lui, un catalogue de plusieurs milliers d’images « ethnographiques », dans lequel puiseront des générations de scientifiques. (…) Nombre d’exhibés sont ainsi morts dans les zoos humains. On estime entre trente-deux et trente-quatre le nombre de ceux qui auraient péri au Jardin d’acclimatation. » L’acte de décès était déposé à la mairie de Neuilly, mais les morts n’avaient le plus souvent pas de nom. C’est à la lettre « F » comme Fuégienne que les chercheurs ont retrouvé, sur les registres, la trace d’une fillette de 2 ans morte peu après son arrivée à Paris. Une des pièces du puzzle qu’il a fallu patiemment assembler pour reconstituer la mémoire des zoos humains, longtemps ignorée de tous. (…) Aujourd’hui encore, le sujet reste sensible, y compris pour la direction du Jardin d’acclimatation (géré par le groupe LVMH), comme l’a constaté Pascal Blanchard lors du tournage de son documentaire (…) En 2013, au terme d’un combat de cinq ans, les historiens, soutenus par Didier Daeninckx, Lilian Thuram et des élus du Conseil de Paris, ont obtenu que soit posée au Jardin d’acclimatation une plaque commémorative faisant état de ce qu’avaient été les « zoos humains », « symboles d’une autre époque où l’autre avait été regardé comme un “animal” en Occident ». Mais le visiteur doit avoir l’œil bien ouvert pour remarquer la discrète inscription un peu cachée dans les herbes, à l’extérieur de l’enceinte du jardin… Comme le signe d’un passé refoulé qui peine encore à atteindre la lumière. Télérama
Après l’antisémitismeArte invente le conspirationnisme pour tous !

« Grandes puissances colonisatrices »,  « exhibés comme des bêtes sauvages »,  « êtres humains arrachés à leur terre natale », « servi bien des intérêts », « curiosité d’un public en mal d’exotisme », « présentés comme des monstres de foire, voire comme des cannibales, « véritables zoos humains », « théâtre de cruauté », « exhibés involontaires », « représentation stéréotypée du ‘sauvage' », « racisme scientifique », « racisme populaire légitimant la domination des grandes puissances sur les autres peuples du monde », « voyages dans wagons à bestiaux », « histoire inventée de toutes pièces » et « mise en scène pour promouvoir la hiérarchisation des races et justifier la colonisation du monde », « page sombre de notre histoire », « séquelles toujours vivaces » …

Au lendemain, après l’exposition du Quai Branly de 2011, de la diffusion d’un nouveau documentaire sur les « zoos humains » …

Où, à grands coups d’anachronismes et de raccourcis entre le narrateur de couleur de rigueur (le joueur de football guadeloupéen Lilian Thuram sautant allégrement des « zoos humains » aux cris de singe des hooligans des stades de football ou aux actuelles barrières de sécurité contre l’immigration llégale « Comment ne pas penser à ces enclos quand on voit les murs qui se construisent autour de l’Europe ou aux Etats-Unis ? »), la musique angoissante et les appels incessants à l’indignation, l’on nous déploie tout l’arsenal juridico-victimaire de l’histoire à la sauce tribunal de l’histoire …

Où faisant fi de toutes causes accidentelles ou naturelles (maladies, mort ou suicide), plus aucun fait ne peut être que le « résultat de l’action d’un groupe caché » au détriment de l’intérêt de populations qui ne peuvent autres que victimes …

Où la mise en épingle de certains éléments (colonisation, suprémacisme blanc) éclipse systématiquement tout élément susceptible de contrarier la thèse présentée (comme, au-delà par exemple de l’incohérence d’hommes âpres au gain censés mettre inconsidérément en danger à l’instar des esclavagistes dont l’on tient tant à les rapprocher la vie d’exhibés ramenés à grand frais d’Afrique ou de Nouvelle-Calédonie, les « exhibitions » non commerciales à fins humanitaires comme par exemple celles des sociétés missionnaires chrétiennes, l’implication ou la volonté, sans compter ceux qui décidèrent de rester en Europe et y compris à s’y marier avec des Européennes, de membres du groupe « victime » eux-mêmes comme le riche recruteur sénégalais Jean Thiam ou la danseuse nue au tutu de bananes du Bal nègre et future tenancière du « zoo humain » de Milandes présentant à la planète entière sa tribu arc en ciel recomposée d’enfants de toutes les races et ethnies du monde devient comme par enchantement « déconstructrice » de la facticité du mythe du sauvage) …

Où, écartant toute possibilité de véritable curiosité autre que morbide ou raciste (quel racisme attribuer à l’exhibition préalable et même parallèle des « monstres » blancs des « freak shows », dont le cas certes singulier du Dr. autoproclamé Couney sauvant ainsi des milliers de bébés incubés ? ou qui des actuels parcs ethnographiques ou de tourisme industriel où des artisans blancs dument costumés rejouent pour les visiteurs les gestes de leurs aïeux supposés ?), l’on impute invariablement les pires motivations aux méchants colons ou public voués de ce fait à l’exécration publique …

Comment ne pas reconnaitre, dans cette énième tentative d’absolution du péché originel de collusion de l’ethnologie avec l’ordre colonial, nombre des ingrédients des théories du complot que dénonce le site gouvernemental « #On te manipule »

Sauf que bien sûr on n’est plus cette fois dans la vulgaire théorie du complot ….

Mais – c’est pour une bonne cause (« Plus jamais ça ! ») – la théorie du complot vertueuse ?

Dans ce jardin, il y avait un “zoo humain”
Virginie Félix
Télérama
29/09/2018

Au Jardin d’acclimatation, de 1877 à 1937, on a parqué et exhibé des êtres humains venus d’ailleurs. L’historien Pascal Blanchard cosigne pour Arte un documentaire remarquable sur ces “zoos humains”, théâtres de cruauté. Et revient sur les lieux où le racisme s’exprimait sans vergogne. A voir samedi 29 septembre, 20h50.

Neuilly ronronne sous le soleil de septembre. En ce mardi de fin d’été, on pénètre dans les allées du Jardin d’acclimatation comme dans une parenthèse enchantée. Des haut-parleurs crachotent une mélodie guillerette, les brumisateurs nimbent l’air d’un brouillard vaporeux et quelques bambins tournicotent devant les manèges. Mais, au milieu des voix d’enfants, celle de l’historien Pascal Blanchard vient jeter une ombre sur ce décor insouciant. Pour le chercheur, qui nous guide ce matin-là parmi les carrousels et les autos tamponneuses, la féerie du parc d’attractions cache une autre histoire, plus ancienne, aussi sombre que méconnue. Celle des zoos humains, ces « exhibitions ethnographiques » qui attirèrent les foules sur les pelouses du Jardin d’acclimatation à l’orée du XXe siècle, et auxquels il vient de consacrer, avec Bruno Victor-Pujebet, un magistral documentaire pour Arte.

On se pressait pour voir les “sauvages” 

Entre 1877 et 1937, des millions de Parisiens se bousculèrent ici, à la lisière du bois de Boulogne, pour assister au spectacle exotique de Nubiens, Sénégalais, Kali’nas, Fuégiens, Lapons exposés devant le public parés de leurs attributs « authentiques » (lances, peaux de bêtes, pirogues, masques, bijoux…). On se pressait pour voir les « sauvages », des hommes, des femmes et des enfants souvent parqués derrière des grillages ou des barreaux, comme les animaux qui faisaient jusqu’alors la réputation du Jardin zoologique d’acclimatation. D’étranges étrangers, supposés non civilisés et potentiellement menaçants, à l’image de ces Kanaks présentés comme des cannibales et exhibés… dans la fosse aux ours. « On payait pour voir des êtres hors norme, le frisson de la dangerosité faisait partie du spectacle », explique l’historien.

Une mode qui va gagner le monde entier

Lorsque le directeur du Jardin d’acclimatation, le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire, organise les tout premiers « spectacles ethnologiques » en 1877 avec des Nubiens et des Esquimaux, il est en quête de nouvelles attractions pour remettre à flot son établissement. Quelques mois plus tôt, à Hambourg, un certain Carl Hagenbeck, marchand d’animaux sauvages, a connu un succès phénoménal en présentant une troupe de Lapons. Au bois de Boulogne, le premier ethnic show fait courir les foules. La fréquentation du jardin double, pour atteindre un million de visiteurs en un an. Certains dimanches, plus de soixante-dix mille personnes se pressent dans les allées. C’est le début d’une mode qui va gagner le monde entier, d’expositions coloniales en expositions universelles. Trente-cinq mille individus seront ainsi exhibés, attirant près d’un milliard et demi de curieux de l’Allemagne aux Etats-Unis, de la Grande-Bretagne au Japon.

L’illusion de voir l’“indigène” dans son biotope

Pour le promeneur de 2018, impossible de deviner ce passé sinistre derrière les contours ripolinés du parc d’attractions. Les bâtiments de l’époque ont été démolis. Quant aux villages exotiques qui servaient de cadre aux « indigènes », ils étaient éphémères, un ailleurs succédant à un autre. Mais Pascal Blanchard, qui a compulsé des kilos d’images d’archives, n’a aucun mal à en faire ressurgir le souvenir face à ce paisible plan d’eau où patientent des barques : « Imaginez ici des pirogues, un décorum de village lacustre wolof. Tout était fait pour donner au public l’illusion de voir le sauvage dans son biotope. C’est d’ailleurs dans ce décor factice que les frères Lumière tourneront leur douzième film, Baignade de nègres, comme s’ils étaient en Afrique… Pour le visiteur, cette représentation caricaturale du monde et de l’autre était perçue comme la réalité. » Une réalité dont on pouvait conserver le souvenir en s’offrant, après le show, ses produits dérivés, cartes postales, gravures ou coquillages samoans signés de la main des indigènes.

La légitimation de l’ordre colonial 

Les exhibitions coloniales font le bonheur des anthropologues, qui se bousculent chaque matin avant l’arrivée du public et payent pour pouvoir observer et examiner les « spécimens », publiant ensuite des articles dans les revues les plus sérieuses. S’inspirant des clichés anthropométriques de la police, le photographe Roland Bonaparte constitue, lui, un catalogue de plusieurs milliers d’images « ethnographiques », dans lequel puiseront des générations de scientifiques. « Ces articles et ces photos contribuent alors à la propagation de clichés et d’idées reçues sur le “sauvage”. Autant de représentations qui légitiment l’ordre colonial, popularisent la théorie et la hiérarchie des races, le concept de peuples “inférieurs” qu’il convient de faire entrer dans la lumière de la civilisation. »

Au pied de la Fondation Vuitton, Pascal Blanchard désigne une large pelouse. « Ici, vous aviez la grande esplanade des exhibitions humaines. Celle-là même où avaient été placés les Fuégiens de Patagonie en 1881. Sur les photos que nous avons pu retrouver, on voit qu’ils sont installés sur une planche, en hauteur, sans doute à cause du froid et de l’humidité. Ils étaient arrivés en plein mois d’octobre et n’étaient quasiment pas vêtus. Beaucoup avaient attrapé des maladies pulmonaires. »

Les morts, enterrés sur place, n’avaient le plus souvent pas de nom

Nombre d’exhibés sont ainsi morts dans les zoos humains. On estime entre trente-deux et trente-quatre le nombre de ceux qui auraient péri au Jardin d’acclimatation. « Ils étaient enterrés sur place, dans le cimetière du zoo, au même rang que les animaux. Dans certains cas, les corps étaient envoyés à l’Institut médico-légal ou à la Société d’anthropologie de Paris, où le public payait pour assister à leur dissection. » L’acte de décès était déposé à la mairie de Neuilly, mais les morts n’avaient le plus souvent pas de nom. C’est à la lettre « F » comme Fuégienne que les chercheurs ont retrouvé, sur les registres, la trace d’une fillette de 2 ans morte peu après son arrivée à Paris. Une des pièces du puzzle qu’il a fallu patiemment assembler pour reconstituer la mémoire des zoos humains, longtemps ignorée de tous. « Même pour les spécialistes, ce pan de l’histoire coloniale était considéré com­me un élément secondaire. » Aujourd’hui encore, le sujet reste sensible, y compris pour la direction du Jardin d’acclimatation (géré par le groupe LVMH), comme l’a constaté Pascal Blanchard lors du tournage de son documentaire : « Il a fallu six mois pour obtenir l’autorisation de réaliser quelques séquences à l’intérieur du jardin, et nous ne l’avons eue que parce que nous avons menacé de filmer à travers les grilles… »

En 2013, au terme d’un combat de cinq ans, les historiens, soutenus par Didier Daeninckx, Lilian Thuram et des élus du Conseil de Paris, ont obtenu que soit posée au Jardin d’acclimatation une plaque commémorative faisant état de ce qu’avaient été les « zoos humains », « symboles d’une autre époque où l’autre avait été regardé comme un “animal” en Occident ». Mais le visiteur doit avoir l’œil bien ouvert pour remarquer la discrète inscription un peu cachée dans les herbes, à l’extérieur de l’enceinte du jardin… Comme le signe d’un passé refoulé qui peine encore à atteindre la lumière.


on aime passionnément Sauvages, au coeur des zoos humains, samedi 29 septembre, 20h50, Arte.

Voir aussi:

Lilian Thuram : “Les zoos humains permettent de comprendre d’où vient le racisme »
Virginie Félix
Télérama
29/09/2018

Engagé dans la lutte contre le racisme, l’ancien footballeur a été le commissaire d’une exposition consacrée aux zoos humains au musée du Quai Branly. Il évoque cette page sombre de notre histoire, et ses séquelles toujours vivaces, à l’occasion d’un documentaire coup de poing diffusé sur Arte.

Depuis qu’il a raccroché les crampons, l’ex-défenseur de l’équipe de France Lilian Thuram joue les attaquants sur le terrain de la lutte contre le racisme. En 2011, il fut le commissaire d’une exposition consacrée aux « zoos humains » organisée au musée du Quai Branly, mettant en lumière la violence de ces exhibitions de « sauvages » qui firent courir les foules dans le monde entier à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Alors qu’Arte consacre cette semaine un documentaire coup de poing à cette page d’histoire méconnue (Sauvages, au cœur des zoos humains), le footballeur devenu « passeur » explique pourquoi il est essentiel de mettre en lumière un passé qui dérange pour mieux en tirer les leçons.

Comment avez-vous découvert l’histoire des « zoos humains » ?
Grâce à l’historien Pascal Blanchard, que j’ai rencontré lors d’un colloque, à l’époque où je jouais à Barcelone. Après notre rencontre, il m’a envoyé un livre sur le sujet, et c’est comme ça que j’ai appris à connaître un peu mieux cette histoire des « zoos humains ». Une histoire extrêmement violente, dont les enjeux m’intéressent car elle permet de comprendre d’où vient le racisme, de saisir qu’il est lié à un conditionnement historique.

Qu’est-ce qui peut expliquer que certaines personnes se retrouvent ainsi exhibées dans des zoos, et que d’autres soient des visiteurs, de l’autre côté des barrières ?
Les zoos humains sont le reflet d’un rapport de domination, celui de l’Occident sur le reste du monde. La domination de celui qui détient le pouvoir économique et militaire, et qui l’utilise pour que d’autres personnes, dominées, venues d’Asie, d’Océanie, d’Afrique, soient montrées comme des animaux dans des espaces clos, au nom notamment de la couleur de leur peau.

“Les zoos humains permettent de nous éclairer sur ce que nous vivons aujourd’hui.”

Comment les zoos humains ont-ils participé à la fabrication d’un racisme populaire ?
Ces exhibitions ont attiré des millions de spectateurs et ont ancré dans leur tête l’idée d’une hiérarchie entre les personnes, entre les prétendues « races » – la race blanche étant considérée comme supérieure. Les mécanismes de domination qui existent dans nos sociétés se sont construits petit à petit. La plupart des gens sont devenus racistes sans le savoir, ils ont été éduqués dans ce sens-là. Après avoir visité ces zoos humains, les populations occidentales étaient confortées dans l’idée qu’elles étaient supérieures, qu’elles incarnaient la « civilisation » face à des «  sauvages ».

Lorsque je préparais l’exposition au Quai Branly, en 2011, je me suis rendu à Hambourg. Là-bas, sur le portail d’entrée du zoo, une sculpture représente des animaux et des hommes, mis au même niveau. C’est d’une violence totale. Mais cela permet aussi de comprendre pourquoi certains sont aujourd’hui encore dans le rejet de l’autre. Il reste des séquelles de ce passé, les barrières existent toujours dans nos sociétés. Comment ne pas penser à ces enclos quand on voit les murs qui se construisent autour de l’Europe ou aux Etats-Unis ? Les zoos humains permettent de nous éclairer sur ce que nous vivons aujourd’hui.

Avez-vous le sentiment que c’est aujourd’hui un sujet tabou, difficile à aborder ?Effectivement. Mais ce n’est pas seulement l’évocation des zoos humains qui pose problème, c’est le passé en général. Ce passé lié à de la violence, au fait de s’accaparer des biens d’autrui. Mais, ce passé-là, nous devons nous l’approprier car il raconte l’histoire du monde actuel. Le regarder en face doit nous permettre de nous éclairer sur ce que nous sommes en train de vivre, pour essayer de choisir un futur différent. Dans nos sociétés, la chose la plus importante est-elle le profit, le fait de s’octroyer le bien des autres pour s’enrichir ? C’est important de se poser ces questions-là aujourd’hui.

“Les gens ne veulent pas critiquer leur propre culture. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était persuadée d’être le phare de l’univers.”

Ce racisme populaire, en tant que footballeur, vous avez pu le voir s’exprimer dans les stades, par exemple à travers ces cris de singe des hooligans  ?
Ces manifestations racistes dont vous parlez viennent directement des zoos humains. De cette histoire. Les gens ont été éduqués ainsi. Les cultures dans lesquelles il y a eu des zoos humains gardent ce complexe de supériorité, conscient ou inconscient, sur les autres cultures.

Pour progresser, il faut savoir faire preuve d’autocritique. Dans le sport de haut niveau, c’est essentiel. Cela vaut aussi pour la société. Mais nos sociétés, françaises, européennes, portent très peu de critiques sur elles-mêmes. Très souvent, les gens ne veulent pas critiquer leur propre culture. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était persuadée d’être le phare de l’univers. Les zoos humains sont liés à l’histoire coloniale.

Les gens ont souvent tendance à croire qu’après la colonisation il y a eu l’égalité. Mais non, il y a une culture de la domination qui perdure. Notre système économique ne fait-il pas en sorte qu’une minorité, qui vit bien, exploite une majorité, qui vit mal ?

Le message que vous voulez faire passer est un message de réconciliation plutôt que de culpabilisation ?
Avant toute chose, je pense qu’il faut connaître notre passé pour mieux comprendre ce que nous vivons aujourd’hui. Pourquoi certaines personnes ne veulent-elles pas connaître cette histoire, de quoi ont-elles peur ? Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à une société, c’est de lui apprendre à connaître son histoire. Il n’y a que sur des bases solides que l’on peut construire un présent et un futur solides.


on aime passionnément Sauvages, au cœur des zoos humains, samedi 29 septembre, à 20h50, sur Arte.

Voir de plus:

Exemple à suivre La fondation Lilian Thuram. Éducation contre le racisme

Lilian Thuram

D’origine guadeloupéenne, Lilian Thuram a mené une carrière prestigieuse de footballeur de haut niveau (Champion du monde 1998, Champion d’Europe 2000), il détient le record de sélections en équipe de France masculine. Il est membre du Haut conseil à l’intégration et du collectif antiraciste « Devoirs de mémoires ».

Si la Fondation Lilian Thuram-Education contre le racisme [1][1] Cf. site internet de la Fondation : www.thuram.org existe, c’est avant tout le fruit d’une rencontre à Barcelone, lorsque j’étais footballeur professionnel. Invité chez le Consul de France, je rencontrai un publicitaire espagnol qui me demanda ce que j’aimerais faire après le football. Je lui répondis : « changer le monde ». Il sourit et me dit : « vous le pensez parce que vous êtes jeune, c’est une tâche difficile, impossible ». Un débat s’ensuivit.

Il m’interroge sur ma vision des choses. Je lui explique que, pour moi, le racisme perdure parce qu’on n’a jamais pris le temps de déconstruire son mécanisme, que c’est avant tout une invention de l’homme. Toute forme de racisme est une construction sociale. Nous portons toutes et tous des lunettes culturelles : nous ne regardons jamais l’autre de façon innocente. Nous sommes marqués par l’éducation reçue, par nos religions, l’histoire racontée dans notre propre pays. Quelques jours après, cet homme me téléphone pour me dire que je l’ai convaincu, qu’il souhaite me rencontrer pour me faire part de son expérience professionnelle et m’aider dans cette tâche. Il me convainc de créer une fondation, ce que je fais en mars 2008, en Espagne, où je réside alors.

Du « boche » à l’« arabe »

Vous et moi, nous sommes conditionnés ; aujourd’hui, notre propre imaginaire est avant tout le fruit de notre éducation – parentale, scolaire, environnementale – et, pour toute analyse, nous faisons appel à notre connaissance et à nos croyances. Pour essayer de vous expliquer l’impact des croyances collectives, je vais vous raconter deux histoires. Un jour, parlant de « Mes étoiles noires »[2][2] Lilian Thuram, « Mes étoiles noires, de Lucy à Barack… à une pharmacienne, elle me dit que ses parents normands avaient vu pour la première fois un homme noir en 1944, durant le débarquement. Elle me dit aussi que pendant toute son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte, elle avait été conditionnée à détester les « boches », et ce n’est que par la réflexion et la compréhension de cette histoire, qu’elle avait pu comprendre que tous les Allemands n’étaient pas méchants et, surtout, que les Allemands nés après cette guerre n’étaient pas responsables de ce qui s’était passé avant eux. Une autre histoire, celle de « Papy Dédé » : il a vingt ans quand on l’envoie faire la guerre en Algérie. Il explique qu’on l’a conditionné à détester l’« arabe ». Aujourd’hui il ne se dit pas Français, il se dit Homme du monde, car, selon lui, la France lui a menti.

« Les noirs sont forts en sport »

Le conditionnement se fait par la répétition. Répétée mille fois, une bêtise, quelle qu’elle soit, devient une vérité. Les scientifiques du XIXe siècle, les politiques, les intellectuels, les sociétés du spectacle, ont prétendu qu’il y avait plusieurs races ; aujourd’hui, tous les scientifiques sont d’accord pour affirmer qu’il n’y a qu’une espèce, l’Homo sapiens. Pourtant en 2010, les enfants, conditionnés par l’imaginaire collectif, disent qu’il existe une race noire, une jaune, une blanche, une rouge. A la question : « puisque vous pensez qu’il existe plusieurs races, quelles sont les qualités de chacune ? », ils répondent que « les Noirs sont plus forts en sport ». Est-ce anodin ? Sachant que dans notre imaginaire collectif, le corps est dissocié de l’esprit, si les noirs sont plus forts en sport, ils sont aussi moins intelligents. Mais n’est-ce pas compréhensible quand vous savez que c’est à l’école, par le biais de l’esclavage, de l’apartheid et de la colonisation que 80 % de la population française a entendu parler pour la première fois des Noirs ? Ne sommes-nous pas conditionnés de façon inconsciente à voir les personnes de couleur noire comme inférieures ?

Retour à Socrate

L’antisémitisme, par exemple, est d’abord une construction intellectuelle ; on a diabolisé les personnes de religion juive, on leur a attribué des caractéristiques précises à certaines époques de l’Histoire. Un autre exemple concerne les Amérindiens : les Espagnols débarquant aux Amériques avaient en tête tous les préjugés des Européens sur les autres peuples, ils les voyaient comme inférieurs, et c’est pour cela que toutes les entreprises de colonisation et d’esclavagisme ont été présentées comme autant d’œuvres civilisatrices. On prétend civiliser des personnes qui ne le sont pas ; dès lors, dans cette non-civilisation, se retrouve la construction d’une non-humanité de l’autre.

La Fondation veut expliquer avec insistance que le racisme n’est pas un phénomène naturel, c’est un phénomène intellectuel et culturel qui peut être éradiqué en profondeur. Mais cette éradication demande une vigilance car, dans toute société, il y a des tensions identitaires. Pourtant une idée simple pourrait nous aider dans cette éducation contre le racisme : « connais-toi toi-même », selon l’injonction de Socrate. Ce qui singularise notre espèce, c’est cette capacité exceptionnelle d’apprentissage : nous sommes programmés pour apprendre, ce qui explique l’origine de la diversité culturelle et pourquoi chaque être humain peut acquérir n’importe quelle culture. Cette idée doit être absolument développée dans tout discours sur la diversité humaine.

Ils sont ce qu’on leur a appris à être

La couleur de la peau d’une personne, son apparence physique n’ont rien à voir avec la langue qu’elle parle, la religion qu’elle pratique, les valeurs et les systèmes politiques qu’elle défend, ce qu’elle aime ou déteste.

C’est cette idée, pourtant simple, qu’un certain nombre de personnes ne comprend pas ou dont elles n’ont tout simplement pas conscience. Elles sont souvent essentialistes : elles croient, plus ou moins confusément, qu’une « nature physique » est reliée substantiellement à une « nature culturelle ». Elles naturalisent la culture. Un exemple de la version la plus radicale de cette croyance a été produit par l’idéologie nazie. Les racistes naturalisent la culture, comme le misogyne naturalise la femme (sa nature fait que sa place est déterminée), comme les homophobes naturalisent l’homosexualité (on naît homosexuel). C’est donc cette connexion « culture/nature » qu’il faut déconstruire.

Ce qu’il faut expliquer aux enfants, c’est qu’ils sont des constructions sociales et culturelles, qu’ils intègrent des modes de pensée, de façon consciente comme inconsciente, qu’ils sont bourrés de traits culturels qui n’ont rien à voir avec leurs patrimoines génétiques ni avec leur apparence physique. Ils sont ce qu’on leur a appris à être. Le problème fondamental du racisme est qu’il y a trop de personnes qui n’acceptent pas cette idée… Ils n’acceptent pas ou ne comprennent pas que les humains sont construits par d’autres humains.

Heureuse diversité

Nous devons apprendre vraiment à nous connaître nous-mêmes en tant qu’espèce, car nous sommes capables d’apprendre n’importe quoi, le pire comme le meilleur. Nous sommes très sensibles au conditionnement et avons, par nature, du mal à admettre que nous en sommes victimes et à accepter d’en changer. Nous sommes tous persuadés que nous détenons la Vérité. C’est ce qui explique que nous soyons parfois intolérants.

Fort heureusement, le côté positif de notre spécificité est de pouvoir « bricoler » ce qu’on apprend de nos semblables, d’où les changements culturels. Les femmes et les hommes d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec celles et ceux qui vivaient il y a quatre ou cinq générations ; nos ancêtres du Moyen Âge ne comprendraient rien au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. On voudrait nous faire croire que nous vivons une période de régression du vivre ensemble, mais heureusement c’est tout le contraire : dans l’inconscient collectif, la diversité n’a jamais été aussi présente.

Les enfants d’abord

Avant tout, j’aime aller régulièrement à la rencontre des enfants, dans les écoles principalement, pour les écouter et les interroger, m’inspirer de leurs expériences. La première grande action de la fondation a été la publication en janvier dernier de « Mes étoiles noires ». Nous avons préparé pour la mi-octobre un outil pédagogique multimédia pour les enseignants de CM1-CM2 et leurs élèves. Ce sera une proposition de contribution à l’éducation contre le racisme sous la forme de deux DVD et d’un livret. Il sera envoyé gratuitement à tous les enseignants qui en feront la demande, le moment venu. La troisième grande action est une exposition consacrée aux exhibitions, qui, entre 1880 et 1931, ont vu défiler près d’un milliard d’occidentaux devant 40 000 « indigènes » montrés dans des « zoos humains ». L’exposition aura lieu au musée du quai Branly, de fin novembre 2011 à mai 2012. Elle participera à la déconstruction du racisme dans nos imaginaires. Elle voyagera ensuite en Espagne, en Allemagne et en Suisse, puis, nous l’espérons, en Angleterre et aux Etats-Unis.

Notes

[1]

Cf. site internet de la Fondation : www.thuram.org

[2]

Lilian Thuram, « Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama », Editions Philippe Rey, 2010.

[3]

Avec le soutien de la banque CASDEN, de la MGEN (Mutuelle Générale de l’Education Nationale) et la Fondation du FC Barcelone.

Voir encore:

Human Zoos or Ethnic Shows? Essence and contingency in Living Ethnological Exhibitons
Luis A. Sánchez-Gómez
Facultad de Geografía e Historia, Universidad Complutense, Madrid, Spain
Culture & History Digital Journal
Dec. 22, 2013

INTRODUCTION

Between the 29th of November 2011 and the 3rd of June 2012, the Quai de Branly Museum in Paris displayed an extraordinary exhibition, with the eye-catching title Exhibitions. L’invention du sauvage, which had a considerable social and media impact. Its “scientific curators” were the historian Pascal Blanchard and the museum’s curator Nanette Jacomijn Snoep, with Guadalupe-born former footballer Lilian Thuram acting as “commissioner general”. A popular sportsman, Thuram is also known in France for his staunch social and political commitment. The exhibition was the culmination (although probably not the end point) of a successful project which had started in Marseille in 2001 with the conference entitled Mémoire colonial: zoos humains? Corps Exotiques, corps enfermés, corps mesurés. Over time, successive publications of the papers presented at that first meeting have given rise to a genuine publishing saga, thus far including three French editions (Bancel et al., 2002, 2004; Blanchard et al., 2011), one in Italian (Lemaire et al., 2003), one in English (Blanchard et al., 2008) and another in German (Blanchard et al., 2012). This remarkable repertoire is completed by the impressive catalogue of the exhibition (Blanchard; Boëtsch y Snoep, 2011). All of the book titles (with the exception of the catalogue) make reference to “human zoos” as their object of study, although in none of them are the words followed by a question mark, as was the case at the Marseille conference. This would seem to define “human zoos” as a well-documented phenomenon, the essence of which has been well-established. Most significantly, despite reiterating the concept, neither the catalogue of the exhibition, nor the texts drawn up by the exhibit’s editorial authorities, provide a precise definition of what a human zoo is understood to be. Nevertheless, the editors seem to accept the concept as being applicable to all of the various forms of public show featured in the exhibition, all of which seem to have been designed with a shared contempt for and exclusion of the “other”. Therefore, the label “human zoo” implicitly applies to a variety of shows whose common aim was the public display of human beings, with the sole purpose of showing their peculiar morphological or ethnic condition. Both the typology of the events and the condition of the individuals shown vary widely: ranging from the (generally individual) presentation of persons with crippling pathologies (exotic or more often domestic freaks or “human monsters”) to singular physical conditions (giants, dwarves or extremely obese individuals) or the display of individuals, families or groups of exotic peoples or savages, arrived or more usually brought, from distant colonies.[1]The purpose of the 2001 conference had been to present the available information about such shows, to encourage their study from an academic perspective and, most importantly, to publicly denounce these material and symbolic contexts of domination and stigmatisation, which would have had a prominent role in the complex and dense animalisation mechanisms of the colonised peoples by the “civilized West”. A scientific and editorial project guided by such intentions could not fail to draw widespread support from academic, social and journalistic quarters. Reviews of the original 2002 text and successive editions have, for the most part, been very positive, and praise for what was certainly an extraordinary exhibition (the one of 2012) has been even more unanimous.[2] However, most commentators have limited their remarks to praising the important anti-racist content and criticisms of the colonial legacy, which are common to both undertakings. Only a few authors have drawn attention to certain conceptual and interpretative problems with the presumed object of study, the “human zoos”, problems which would undermine the project’s solidity (Blanckaert, 2002; Jennings, 2005; Liauzu, 2005: 10; Parsons, 2010; McLean, 2012). Problems which may arise from the indiscriminate use of the concept of the “human zoo” will be discussed in detail at the end of this article.Firstly, however, a revision of the complex historical process underlying the polymorphic phenomenon of the living exhibition and its configurations will provide the background for more detailed study. This will consist of an outline of three groups which, in my view, are the most relevant exhibition categories. Although the public display of human beings can be traced far back in history in many different contexts (war, funerals and sacred contexts, prisons, fairs, etc…) the configuration and expansion of different varieties of ethnic shows are closely and directly linked to two historical phenomena which lie at the very basis of modernity: exhibitions and colonialism. The former began to appear at national contests and competitions (both industrial and agricultural). These were organised in some European countries in the second half of the eighteenth century, but it was only in the century that followed that they acquired new and shocking material and symbolic dimensions, in the shape of the international or universal exhibition.The key date was 1851, when the Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations was held in London. The triumph of the London event, its rapid and continuing success in France and the increasing participation (which will be outlined) of indigenous peoples from the colonies, paved the way from the 1880s for a new exhibition model: the colonial exhibition (whether official or private, national or international) which almost always featured the presence of indigenous human beings. However, less spectacular exhibitions had already been organised on a smaller scale for many years, since about the mid-nineteenth century. Some of these were truly impressive events, which in some cases also featured native peoples. These were the early missionary (or ethnological-missionary) exhibitions, which initially were mainly British and Protestant, but later also Catholic.[3] Finally, the unsophisticated ethnological exhibitions which had been typical in England (particularly in London) in the early-nineteenth century, underwent a gradual transformation from the middle of the century, which saw them develop into the most popular form of commercial ethnological exhibition. These changes were initially influenced by the famous US circus impresario P.T. Barnum’s human exhibitions. Later on, from 1874, Barnum’s displays were successfully reinterpreted (through the incorporation of wild animals and groups of exotic individuals) by Carl Hagenbeck.The second factor which was decisive in shaping the modern ethnic show was imperial colonialism, which gathered in momentum from the 1870s. The propagandising effect of imperialism was facilitated by two emerging scientific disciplines, physical anthropology and ethnology, which propagated colonial images and mystifications amid the metropolitan population. This, coupled with robust new levels of consumerism amongst the bourgeoisie and the upper strata of the working classes, had a greater impact upon our subject than the economic and geostrategic consequences of imperialism overseas. In fact, the new context of geopolitical, scientific and economic expansion turned the formerly “mysterious savages” into a relatively accessible object of study for certain sections of society. Regardless of how much was written about their exotic ways of life, or strange religious beliefs, the public always wanted more: seeking participation in more “intense” and “true” encounters and to feel part of that network of forces (political, economic, military, academic and religious) that ruled even the farthest corners of the world and its most primitive inhabitants.It was precisely the convergence of this web of interests and opportunities within the new exhibition universe that had already consolidated by the end of the 1870s, and which was to become the defining factor in the transition. From the older, popular model of human exhibitions which had dominated so far, we see a reduction in the numbers of exhibitions of isolated individuals classified as strange, monstrous or simply exotic, in favour of adequately-staged displays of families and groups of peoples considered savage or primitive, authentic living examples of humanity from a bygone age. Of course, this new interest, this new desire to see and feel the “other” was fostered not only by exhibition impresarios, but by industrialists and merchants who traded in the colonies, by colonial administrators and missionary societies. In turn, the process was driven forward by the strongly positive reaction of the public, who asked for more: more exoticism, more colonial products, more civilising missions, more conversions, more native populations submitted to the white man’s power; ultimately, more spectacle.Despite the differences that can be observed within the catalogue of exhibitions, their success hinged to a great extent upon a single factor: the representation or display of human beings labelled as exotic or savage, which today strikes us as unsettling and distasteful. It can therefore be of little surprise that most, if not all, of the visitors to the Quai de Branly Museum exhibiton of 2012 reacted to the ethnic shows with a fundamental question: how was it possible that such repulsive shows had been organised? Although many would simply respond with two words, domination and racism, the question is certainly more complex. In order to provide an answer, the content and meanings of the three main models or varieties of the modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– will be studied.

ETHNOLOGICAL COMMERCIAL EXHIBITIONS: LEISURE, BUSINESS AND ANTHROPOLOGICAL SCIENCE

Commercial ethnological exhibitions were managed by private entrepreneurs, who very often acted as de facto owners of the individuals they exhibited. With the seemingly-noble purpose of bringing the inhabitants of exotic and faraway lands closer to the public and placing them under the scrutiny of anthropologists and scholarly minds, these individuals organised events with a rather carnival-like air, whose sole purpose was very simple: to make money. Such exhibitions were held more frequently than their colonial equivalents, which they predated and for which they served as an inspiration. In fact, in some countries where (overseas) colonial expansion was delayed or minimal –such as Germany (Thode-Arora, 1989; Kosok y Jamin, 1992; Klös, 2000; Dreesbach, 2005; Nagel, 2010), Austria (Schwarz, 2001) or Switzerland (Staehelin, 1993; Minder, 2008)– and even in some former colonies –such as Brazil (Sánchez-Arteaga and El-Hani, 2010)– they were regular and popular events and could still be seen in some places as late as the 1950s. Even in the case of overseas superpowers, commercial exhibitions were held more regularly than the strictly-colonial variety, although it is true that they sometimes overlapped and can be difficult to distinguish from one another. This was the case in France (Bergougniou, Clignet and David, 2001; David, s.d.) and to an even greater extent in Great Britain, with London becoming a privileged place to experience them throughout the nineteenth century (Qureshi, 2011).Almost all of these exhibitions attracted their audiences with a clever combination of racial spectacle, erotism and a few drops of anthropological science, although there was no single recipe for a successful show. Dances, leaps, chants, shouts, and the blood of sacrificed animals were the fundamental components of these events, although they were also part of colonial exhibitions. All of these acts, these strange and unusual rituals, were as incomprehensible as they were exciting; as shocking as they were repulsive to the civilised citizens of “advanced” Europe. It is unsurprising that spectators were prepared to pay the price of admission, which was not cheap, in order to gain access to such extraordinary sights as these “authentic savages”. Over time, the need to attract increasingly demanding audiences, who quickly became used to seeing “blacks and savages” of all kinds in a variety of settings, challenged the entrepreneurs to provide ever more compelling spectacles.For decades the most admired shows on European soil were organised by Carl Hagenbeck (1844–1913), a businessman from Hamburg who was a seasoned wild animal showman (Ames, 2008). His greatest success was founded on a truly spectacular innovation: the simultaneous exhibition in one space (a zoo or other outdoor enclosure) of wild animals and a group of natives, both supposedly from the same territory, in a setting that recreated the environment of their place of origin. The first exhibition of this type, organised in 1874, was a great success, despite the relatively low level of exoticism of the individuals displayed: a group of Sami (Lap) men and women accompanied by some reindeer. Whilst not all of Hagenbeck’s highly successful shows (of which there were over 50 in total) relied upon the juxtaposition of humans and animals, all presented a racial spectacle of exotic peoples typically displayed against a backdrop of huts, plants and domestic ware, and included indigenous groups from the distant territories of Africa, the Arctic, India, Ceylon, and Southeast Asia. For many scholars Hagenbeck’s Völkerschauen or Völkerausstellungen constituted the paradigmatic example of a human zoo, which is also accepted by the French historians who organised the project under the same name. They tended to combine displays of people and animals and took place in zoos, so the analogy could not be clearer. Furthermore, the performances of the exhibited peoples were limited to songs, dances and rituals, and for the most part their activities consisted of little more than day-to-day tasks and activities. Therefore, little importance was attached to their knowledge or skills, but rather to the scrutiny of their gestures, their distinctive bodies and behaviours, which were invariably exotic but not always wild.However, despite their obvious racial and largely-racist components, Hagenbeck’s shows cannot be simply dismissed as human zoos. As an entrepreneur, the German’s objective was obviously to profit from the display of animals and people alike, and yet we cannot conclude that the humans were reduced to the status of animals. In fact, the natives were always employed and seem to have received fair treatment. Likewise, their display was based upon a premise of exoticism rather than savagery, in which key ideas of difference, faraway lands and adventure were ultimately exalted. Hagenbeck’s employees were apparently healthy; sometimes slender, as were the Ethiopians, or even athletic, like the Sudanese. In some instances (for example, with people from India and Ceylon) their greatest appeal was their almost-fantastic exoticism, with their rich costumes and ritual gestures being regarded as remarkable and sophisticated.Nevertheless, on many other occasions, people were displayed for their distinctiveness and supposed primitivism, as was the case on the dramatic tour of the Inuit Abraham Ulrikab and his family, from the Labrador Peninsula, all of whom fell ill and died on their journey due to a lack of appropriate vaccination. This is undoubtedly one of the best-documented commercial exhibitions, not because of an abundance of details concerning its organisation, but owing to the existence of several letters and a brief diary written by Ulrikab himself (Lutz, 2005). As can easily be imagined, it is absolutely exceptional to find information originating from one of the very individuals who featured in an ethnic show; not an alleged oral testimony collected by a third party, but their own actual voice. The vast majority of such people did not know the language of their exhibitors and, even if they knew enough to communicate, it is highly unlikely that they would have been able to write in it. All of this, coupled with the fact that the documents have been preserved and remain accessible, is almost a miracle.However, in spite the tragic fate of Ulrikab and his family, other contemporary ethnic shows were far more exploitative and brutal. This was the case with several exhibitions that toured Europe towards the end of the 1870s, whose victims included Fuegians, Inuits, primitive Africans (especially Bushmen and Pygmies) or Australian aboriginal peoples. Some were complex and relatively sophisticated and included the recreation of native villages; in others, the entrepreneur simply portrayed his workers with their traditional clothes and weapons, emphasising their supposedly primitive condition. Slightly less dramatic than these, but more racially stigmatising than Hagenbeck’s shows, were the exhibitions held at the Jardin d’Aclimatation in Paris, between 1877 and the First World War. A highly-lucrative business camouflaged beneath a halo of anthropological scientifism, the exhibitions were organised by the director of the Jardin himself, the naturalist Albert Geoffroy Saint-Hilaire (Coutancier and Barthe, 1995; Mason, 2001: 19–54; David, n.d.; Schneider, 2002; Báez y Mason, 2006). This purported scientific and educational institution enjoyed the attention of French anthropologists for a time; however, after 1886, the Anthropological Society in Paris distanced itself from something that was little more than it appeared to be: a spectacle for popular recreation which was hard to justify from an ethical point of view. In the case of many private enterprises from the 1870s and 1880s, in particular, shows can be described as moving away from notions of fantasy, adventure and exotism and towards the most brutal forms of exploitation. However, despite what has been said about France, Qureshi (2011: 278–279) highlights the role that ethnologists and anthropologists (and their study societies) played in Great Britain in approving commercial exhibitions of this sort. This enabled exhibitions to claim legitimacy as spaces for scientific research, visitor education and, of course, the advancement of the colonial enterprise.Leaving aside the displays of isolated individuals in theatres, exhibition halls, or fairgrounds (where the alleged “savage” sometimes proved to be a fraud), photographs and surviving information about the aforementioned commercial ethnological shows speak volumes about the relations which existed between the exhibitors and the exhibited. In nearly all cases the impresario was a European or North American, who wielded almost absolute control over the lives of their “workers”. Formal contracts did exist and legal control became increasingly widespread, especially in Great Britain, (Qureshi, 2011: 273) as the nineteenth century progressed. It is also evident, nevertheless, that this contractual relationship could not mask the dominating, exploitative and almost penitentiary conditions of the bonds created. Whether Inuit, Bushmen, Australians, Pygmies, Samoans or Fuegians, it is hard to accept that all contracted peoples were aware of the implications of this legal binding with their employer. Whilst most were not captured or kidnapped (although this was documented on more than one occasion) it is reasonable to be skeptical about the voluntary nature of the commercial relationship. Moreover, those very same contracts (which they were probably unable to understand in the first place) committed the natives to conditions of travel, work and accommodation which were not always satisfactory. Very often their lives could be described as confined, not only when performances were taking place, but also when they were over. Exhibited individuals were very rarely given leave to move freely around the towns that the exhibitions visited.The exploitative and inhuman aspects of some of these spectacles were particularly flagrant when they included children, who either formed part of the initial contingent of people, or swelled the ranks of the group when they were born on tour. On the one hand, the more primitive the peoples exhibited were, the more brutal their exhibition became and the circumstances in which it took place grew more painful. Conversely, conditions seemed to improve, albeit only to a limited extent, when individuals belonged to an ethnic group which was more “evolved”, “prouder”, held warrior status, or belonged to a local elite. This was true of certain African groups who were particularly resistant to colonial domination, with the Ashanti being a case in point. In spite of this, their subordinate position did not change.There was, however, a certain type of commercial show in which the relations between the employer and the employees went beyond the merely commercial. More professionalised shows often required natives to demonstrate skills and give performances that would appeal to the audience. This was the case in some (of the more serious and elaborate) circus contexts and dramatised spectacles, the most notable of which was the acclaimed Wild West show. Directed by William Frederick Cody (1846–1917), the famous Buffalo Bill, the show featured cowboys, Mexicans, and members of various Native American ethnic groups (Kasson, 2000). This attraction, and many others that followed in the wake of its success, could be considered the predecessors of present-day theme park shows. Many of the shows which continued to endure during the interwar period were in some measure similar to those of the nineteenth century, although they were unable to match the popularity of yesteryear. Whilst the stages were still set with reproduction native villages, as had been the case in the late-nineteenth and early-twentieth century, the exhibition and presentation of natives acquired a more fair-like and circus-like character, which harked back to the spectacles of the early-nineteenth century. Although it seems contradictory, colonial exhibitions at this time were in fact much larger and more numerous, as we shall see in the following section. It was precisely then, in the mid-1930s, that Nazi Germany, a very modern country with the most intensely-racist government, produced an ethnic show which illustrates the complexity of the human zoo phenomenon. The Deutsche Afrika-Schau (German African Show) provides an excellent example of the peculiar game which was played between owners, employees and public administrators, concerning the display of exotic human beings. The show, a striking and an incongruous fusion of variety spectacle and Völkerschau, toured several German towns between 1935 and 1940 (Lewerenz, 2006). Originally a private and strictly commercial business, it soon became a peculiar semi-official event in which African and Samoan men and women, resident in Germany, were legally employed to take part. Complicated and unstable after its Nazification, the show aimed to facilitate the racial control of its participants while serving as a mechanism of ideological indoctrination and colonial propaganda. Incapable of profiting from the show, the Nazi regime would eventually abolish it.After the Second World War, ethnic shows entered a phase of obvious decline. They were no longer of interest as a platform for the wild and exotic, mainly due to increasing competition from new and more accessible channels of entertainment, ranging from cinema to the beginnings of overseas tourism within Europe and beyond. While the occasional spectacle tried to profit from the ancient curiosity about the morbid and the unusual as late as the 1950s and even the 1960s, they were little more than crude and clumsy representations, which generated little interest among the public. Nowadays, as before, there are still contexts and spaces in which unique persons are portrayed, whether this is related to ethnicity or any other factor. These spectacles often fall into the category of artistic performances or take the banal form of reality TV.

COLONIAL EXHIBITIONS: LEISURE, BUSINESS AND INDOCTRINATION
This category of exhibition was organised by either public administrations or private institutions linked to colonial enterprise, and very often featured some degree of collaboration between the two. The main aim of these events was to exhibit official colonial projects and private initiatives managed by entrepreneurs and colonial settlers, which were supposedly intended to bring the wealth and well-being of the metropolis to the colonies. The presentation also carried an educational message, intended not only to reinforce the “national-colonial conscience” among its citizens, but also to project a powerful image of the metropolis to competing powers abroad. Faced with the likelihood that such content would prove rather unexciting and potentially boring for visitors, the organisers resorted to various additions which were considered more attractive and engaging. Firstly they devised a museum of sorts, in which ethnographic materials of the colonised peoples: their traditional dress, day-to-day objects, idols and weapons, were exhibited. These exotic and unusual pieces did draw the interest of the public, but, fearing that this would not be sufficient, the organisers knew that they could potentially sell thousands of tickets by offering the live display of indigenous peoples. If the exhibition was official, the natives constituted the ideal means by which to deliver the colonial message to the masses. In the case of private exhibitions, they were seen as the fastest and safest way to guarantee a show’s financial success.Raw materials and a variety of other objects (including ethnographic exhibitions) from the colonies were already placed on show at the Great Exhibition of 1851 in London. These items were accompanied by a number of individuals originating from the same territories, either as visitors or as participants in the relevant section of the exhibition. However, such people cannot be considered as exhibits themselves; neither can similar colonial visitors at the Paris (1855) or London (1862) exhibitions; nor the Paris (1867) and (1878) exhibitions, which featured important colonial sections. It was only at the start of the 1880s that Europeans were able to enjoy the first colonial exhibitions proper, whether autonomous or connected (albeit with an identity and an entity of their own) to a universal or international exhibition. It could be argued that the Amsterdam International Colonial and Export Exhibition of 1883 acted as a letter of introduction for this model of event (Bloembergen, 2006), and it was quickly followed by the London Colonial and Indian Exhibition of 1886 (Mathur, 2000) and, to a lesser though important extent, by the Madrid Philippines Exhibition of 1887 (Sánchez-Gómez, 2003). All three housed reproductions of native villages and exhibited dozens of individuals brought from the colonies. This was precisely what attracted the thousands of people who packed the venues. Such success would not have been possible by simply assembling a display of historical documents, photographs or ethnographic materials, no matter how exotic.Thereafter, colonial exhibitions (almost all of which featured the live presence of native peoples) multiplied, whether they were autonomous or connected with national or international exhibitions. In France many municipalities and chambers of commerce began to organise their own exhibits, some of which (such as the Lyon Exhibition of 1894) were theoretically international in scope, although some of the most impressive exhibits held in the country were the colonial sections of the Paris Universal Exhibition of 1889 (Palermo, 2003; Tran, 2007; Wyss, 2010) and 1900 (Wilson, 1991; Mabire, 2000; Geppert, 2010: 62–100). Equally successful were the colonial sections of the Belgian exhibitions of the last quarter of the nineteenth century, which displayed the products and peoples of what was called the Congo Independent State (later the Belgian Congo), which until 1908 was a personal possession of King Leopold II. The most remarkable was probably the 1897 Tervuren Exhibition, an annex of the Brussels International Exposition of the same year (Wynants, 1997; Küster, 2006). In Germany, one of the European capitals of commercial ethnological shows, several colonial exhibitions were orchestrated as the overseas empire was being built between 1884 and 1918. Among them, the Erste Deutsche Kolonialausstellung or First German Colonial Exhibition, which was organised as a complement to the great Berlin Gewerbeausstellung (Industrial Exhibition) of 1896, was particularly successful (Arnold, 1995; Richter, 1995; Heyden, 2002).As far as the United States was concerned, the country’s late but impetuous arrival as a world power was almost immediately heralded by the phenomenon of the World’s Fair, and the respective colonial sections (Rydell, 1984 y 1993; Rydell, Findling y Pelle, 2000). Whilst a stunning variety of ethnic performances were already on show at the 1893 Chicago World’s Fair, it was at Omaha, (1898) Buffalo, (1901) and above all at the 1904 Saint Louis Exhibition, that hundreds of natives were enthusiastically displayed with the purpose of publicising and gathering support for the complex and “heavy” civilising task (“The White Man’s Burden”) that the North American nation had to undertake in its new overseas possessions (Kramer, 1999; Parezo y Fowler, 2007).In principle, those natives who took part in the live section of a colonial exhibition did so of their own accord, whether they were allegedly savage or civilised individuals, and regardless of whether the show had been organised through concessions to private company owners or those who indirectly depended on public agencies. Although neither violence nor kidnapping has been recorded, it is highly unlikely that most of the natives who took up the invitation were fully aware of its implications: again, the great distances they had to travel, the discomforts they would endure and the situations in which they would be involved upon arrival in the metropolis.Until the early-twentieth century, the sole purpose of native exhibitions was to attract an audience and to show, with the exemplar of a “real” image, the inferior condition of the colonised peoples and the need to continue the civilising mission in the faraway lands from which they came. In all cases their living conditions in the metropolis were unlikely to differ greatly from those of the participants in purely commercial shows: usually residing inside the exhibition venue, they were rarely free to leave without the express permission of their supervisors. However, it must be said that conditions were considerably better for the individuals exhibited when the shows were organised by government agencies, who always ensured that formal contracts were signed, and were probably unlikely to house people in the truly gruesome conditions present in some domains of the private sector. In some cases, added circumstances can be inferred which reveal a clear interest in “doing things properly”, by developing an ethical and responsible show, no matter how impossible this was in practice. Perhaps the clearest example of this kind of event is the Philippines Exhibition which was organized in Madrid in 1887.The most striking feature of this exhibition was its stated educational purpose, to present a sample of the ethnic and social diversity of the archipelago. Other colonial exhibitions attempted to do the same, but in this case the intentions of the Spanish appeared to be more authentic and credible. Of course the aim was not to provide a lesson in island ethnography, but to prove the extent to which the Catholic Church had managed to convert the native population, and to show where savage tribes still existed. Representing the latter were, among others, several Tinguian and Bontoc persons (generically known as Igorots by the Spanish) and an Aeta person, referred to as a Negrito. Several Muslim men and women from Mindanao and the Joló (Sulu) archipelago (known to the Spanish as Moros or “Moors”) also took part in the exhibition, not because they were considered savages but on account of their pagan and unredeemed condition. Finally, as an example of the benefits of the colonial enterprise, Christian Filipinos (both men and women) were invited to demonstrate their artistic skill and craftsmanship and to sell their artisan products from various structures within the venue. All were legally employed and received regular payment until their return to the Philippines, which was very unusual for an exhibition at that time.However, despite the “good intentions” of the administration, an obvious hierarchy can be inferred from the spatial pattern through which the Filipino presence in Madrid was organised. Individuals considered savage lived inside the exhibit enclosure and were under permanent control; they could visit the city but always in a scheduled and closely-directed way. Muslims, however, did not live inside the park, but in boarding houses and inns. Their movements were also restricted, but this was justified on the basis of their limited knowledge of their surroundings. Christians also lodged at inns, and although they did enjoy a certain autonomy, their status as “special guests” imposed a number of official commitments and the compulsory attendance of events. Such differences became even more obvious, especially for the audience, not just because the savages lived inside the ranchería or native village, where they were exhibited, but also because their only purpose was to dance, gesture, eat and display their half-naked bodies. Muslims were not exhibited, nor did they have a clear or specific task to perform beyond merely “representing”. Christian men and women (cigar makers and artisans) simply performed their professional tasks in front of the audience, and were expected to complete a given timetable and workload as would any other worker.In the light of the above, it may be concluded that the Philippines Exhibition of 1887 (specifically the live exhibition section) was conducted in a manner which questions the simplistic concept of a human zoo that many historians apply to these spectacles. Although there were certain similarities with commercial shows, we must admit that the Spanish government made considerable efforts to ensure that the exhibition, and above all the participation of the Filipinos, was carried out in a relatively dignified fashion. It must be reiterated that this is not intended to project a benevolent image of nineteenth-century Spanish colonialism. The position of some of the exhibited, especially those considered savages, was not only subordinate but almost subhuman (almost being the key word), in spite of the fact that they received due payment and were relatively well fed. Moreover, we cannot forget that three of the participants (a Carolino man and woman, and a Muslim woman) died from diseases which were directly related to the conditions of their stay on the exhibition premises.As the twentieth century advanced, colonial shows changed their direction and content, although it was some time before these changes took effect. The years prior to the First World War saw several national colonial exhibitions (Marseille and Paris in 1906; London in 1911),[4] two binational exhibitions (London, 1908 and 1910)[5] and a trinational (London, 1909),[6] which became benchmarks for exhibition organisers during the interwar years. The early twentieth century also saw several national colonial sections, wich had varying degrees of impact, in three universal exhibitions organised in Belgium: Liège (1905), Brussels (1910) and Ghent (1913) and in several exhibitions organised in three different Italian cities, although none of these included a native section.[7] However, it was during the 1920s and 1930s that a true eclosion of national and international exhibitions, whose main focus was colonial or which included important colonial elements, occurred.[8] The time was not only ripe for ostentatious reasons, but also because the tension originated by certain European powers, especially Italy, encouraged a vindication of overseas colonies through the propaganda that was deployed at these events.For all these reasons, and in addition to many other minor events, national colonial exhibitions were staged in Marseille (1922), Wembley (1924–25),[9] Stuttgart (1928),[10] Koln (1934), Oporto (1934), Freiburg im Breisgau (1935), Como (1937),[11] Glasgow (1938),[12] Dresden (1939), Vienna (1940) and Naples (1940).[13] At an international colonial level, the most important was the 1931 Parisian Exposition Coloniale Internationale et des Pays d’Outre Mer. In addition, although they were not specialised international colonial exhibitions, outstanding and relevant colonial sections could be found at the Turin National Exhibition of 1928, the Iberian-American Exhibition of 1929, the Brussels Universal Exhibition of 1935, the Paris International Exhibition of 1937 and the Lisbon National Exhibition of 1940.At most of these events, a revised perspective of overseas territories was projected. Although, with some exceptions, metropolises continued to import indigenous peoples and persisted in presenting them as exotic, the focus was now shifted on to the results of the civilising process, as opposed to strident representations of savagery. This meant that it was no longer necessary for exhibited peoples to live at the exhibition venue. The aim was now to show the most attractive side of empire, and displays of the skills of its inhabitants, such as singing or dancing continued, albeit in a more serious, professional fashion. In principle, natives taking part in these exhibitions could move around more freely; in addition, they were all employed as any other professional or worker would be. However, once again the ethnic factor came into play, materialising under many different guises. For example, at the at the Paris Exhibition of 1931, people who belonged to “oriental civilisations” appeared at liberty to move around the venue, they were not put on display, and devoted their time to the activities for which they had been contracted (such as traditional songs and dances, handicrafts or sale of products). Once their working day was completed, they were free to visit the exhibition or travel around Paris. However, the same could not be said for the Guineans arriving at the Seville Ibero-American Exhibition of 1929, where they were clearly depicted in a savagist context, similar to the way in which Africans had been displayed in colonial and even commercial exhibitions in the nineteenth century (Sánchez-Gómez, 2006).Another interwar colonial exhibition which was unable to free itself from nineteenth-century stereotypes was the one held in Oporto in 1934, which included several living villages inhabited by natives, children included (Serén, 2001). Their presence in the city and the fact that they were displayed and lived within the same exhibition space was something that neither the press nor contemporary politicians saw fit to criticise. In fact it was the pretos (black African men) and especially pretas (black African women) who were the main attraction for thousands of visitors who thronged to the event, which was probably related to the fact that all the natives were bare-chested. Interestingly, the Catholic Church did not take offense, perhaps interpreting the women shown as being merely “black savages” who had little to do with chaste Portuguese women. Of course they had no objections to the exhibition of human beings either.Two interwar exhibitions (Seville and Oporto) have been cited as examples where the management of indigenous participants markedly resembled the practices of the nineteenth century. However, this should not imply that other events refrained from the (more or less) sophisticated manipulation of the native presence. The most significant example was the Parisian International Colonial Exhibition of 1931.[14] Some historians highlight the fact that the general organiser, Marshall Lyautey, managed to impose his criterion that the exhibition should not include displays of the traditional “black villages” or “indigenous villages” inhabited by natives. Although it is true that the official (French and International) sections did not include this feature,[15] there can be little doubt that this was a gigantic ethnic spectacle, where hundreds of native peoples (who were present in the city as artists, artisans or simply as guests) were exhibited and manipulated as a source of propaganda of the highest order for the colonial enterprise. This is just one more example, although a particularly significant one, of the multi-faceted character that ethnic shows acquired. It is difficult to define these simply on the basis of their brutality or “animal” characteristics, their closeness to Hagenbeck’s Völkerschauen or the anthropological exhibitions that were organised at the Jardin d’Acclimatation in late-nineteenth century Paris.The last major European colonial exhibition took place in the anachronistic Belgian Congo section of the Brussels Universal Exhibition of 1958, the first to be held after the Second World War.[16] In principle, its contents were organised around a discourse which defended the moral values of interracial fraternity and which set out to convince both Belgian society and the Congolese that Belgians were only in Congo to civilise, and not to exploit. In order to prove the authenticity of this discourse, the organisers went to great pains to avoid the jingoistic exoticism which had characterised most colonial exhibits thus far. In accordance with this, the event did not include the traditional, demeaning spectacle of natives living within the exhibition space. However, it did include an exotic section, where several dozen Congolese artisans demonstrated their skills to the audience and sold the products manufactured there in a context which was intended to be purely commercial. Unfortunately, the good will of the organisers was betrayed by an element of the public, who could not help confronting the Africans in a manner reminiscent of their grandparents back in 1897. This resulted in the artisans abruptly leaving the exhibition for Congo after being shocked by the insolence and bad manners of some of the visitors.The Congolese presence in Brussels was not limited to these artisans: almost seven hundred Africans arrived, two hundred of which were tourists who had been invited with the specific purpose of visiting the exhibition. Most of them were members of the “Association of African Middle Classes”, that is, they were part of the “evolved elite”. The remaining figures were made up of people who were carrying out some sort of task in the colonial section of the exhibition, whether as specialised workers, dancers, guides or as assistants in the various sections, perhaps including some members of the Public Force, made up of natives. The presence in Brussels of the tourists, in particular, was part of a policy of association, which, according to the organisers, was intended to prepare “the Congolese population for the complete realisation of their human destiny.” The Belgian population, in turn, would have the chance to become better acquainted with these people through a “direct, personal and free contact with the civilised Congolese” (Delhalle, 1985: 44). Neither this specific measure nor any others taken to bring blacks and whites closer seem to have had any practical effect whatsoever. In fact, although the Congolese visitors were cared for relatively well (although not without differences or setbacks), their movements during their stay in Brussels were under constant scrutiny, to prevent them from being “contaminated” by the “bad habits” of the metropolitan citizens.Despite everything mentioned thus far, or perhaps even because of it, the 1958 exhibition was an enormous public success, on a par with the colonial events of the past. This time, as before, it was predicated on a largely negative image of the Congolese population. Barely any critical voices were heard against the exhibiting model or the abuses of the colonial system, not even from the political left. Finally, as with earlier colonial exhibitions, it is obvious that what was shown in Brussels had little to do with the reality of life in Congo. In fact, as the exhibition closed down, in October 1958, Patrice Lumumba founded the Congolese National Movement. On the 11th of January of 1959, repression of the struggles for independence escalated into the bloody killings of Léopoldville, the colonial capital. Barely one year later, on the 30th of June 1960, Belgium formally acknowledged the independence of the new Democratic Republic of Congo; two years later Rwanda and Burundi followed.
MISSIONARY EXHIBITIONS: DOMINATION, FAITH AND SPECTACLE
The excitement that exhibitions generated in the second half of the nineteenth century provoked reactions from many quarters, including Christian churches. Of course, the event which shook Protestant propagandist sensibilities the hardest (as Protestants were the first to take part in the exhibition game) was the 1851 London Exhibition. However, the interest which both the Anglican Church and many evangelical denominations expressed in participating in this great event was initially met with hesitation and even rejection by the organisers (Cantor, 2011). Finally their participation was accepted, but only two missionary societies were authorised to officially become an integral part of the exhibition, and they could only do so as editors of printed religious works.The problems that were documented in London in 1851 continued to affect events organised throughout the rest of the century; in fact, the presence of the Christian churches was permitted on only two occasions, both in Paris, at the exhibitions of 1867 and 1900. At the first of these, it was only Protestant organisations that participated, as the Catholic Church did not yet recognise the importance of such an event as an exhibitional showcase. By the time of the second, which was the last great exhibition of the nineteenth century and one of the most grandiose of all time, the situation had changed dramatically; both Protestants and Catholics participated and the latter (the French Church, to be precise) did so with greater success than its Protestant counterpart.[18]The opposition that missionary societies encountered at nineteenth-century international exhibitions encouraged them to organise events of their own. The first autonomous missionary events were Protestant and possibly took place prior to 1851. In any case, this has been confirmed as the year that the Methodist Wesleyan Missionary Society organised a missionary exhibition (which took place at the same time as the International Exhibition). Small in size and very simple in structure, it was held for only two days during the month of June, although it provided the extraordinary opportunity to see and acquire shells, corals and varied ethnographic materials (including idols) from Tonga and Fiji.[19] The exhibition’s aim was very specific: to make a profit from ticket sales and the materials exhibited and to seek general support for the missionary enterprise.Whether or not they were directly influenced by the international event of 1851, the modest British missionary exhibitions of the mid-nineteenth century began to evolve rapidly from the 1870s, reaching truly spectacular proportions in the first third of the twentieth century. This enormous success was due to a particular set of circumstances which were not true for the Catholic sphere. Firstly, the exhibits were a fantastic source of propaganda, and furthermore, they generated a direct and immediate cash income. This is significant considering that Protestant church societies and committees neither depended upon, nor were linked to (at least not directly or officially) civil administration and almost all revenue came from the personal contributions of the faithful. Secondly, because Protestants organised their own events, there was no reason for them to participate in the official colonial exhibitions, with which the Catholic missions became repeatedly involved once the old prejudices of government had fallen away by the later years of the nineteenth century. In this way, evangelical communities were able to maintain their independence from the imperial enterprise, yet in a manner that did not preclude them from collaborating with it whenever it was in their interests to do so.However, whether Catholic or Protestant, the main characteristic of the missionary exhibitions in the timeframe of the late-nineteenth and early-twentieth century, was their ethnological intent (Sánchez-Gómez, 2013). The ethnographic objects of converted peoples (and of those who had yet to be converted) were noteworthy for their exoticism and rarity, and became a true magnet for audiences. They were also supposedly irrefutable proof of the “backward” and even “depraved” nature of such peoples, who had to be liberated by the redemptive missions which all Christians were expected to support spiritually and financially. But as tastes changed and the public began to lose interest, the exhibitions started to grow in size and complexity, and increasingly began to feature new attractions, such as dioramas and sculptures of native groups. Finally, the most sophisticated of them began to include the natives themselves as part of the show. It must be said that, but for rare exceptions, these were not exhibitions in the style of the famous German Völkerschauen or British ethnological exhibitions, but mere performances; in fact, the “guests” had already been baptized, were Christians, and allegedly willing to collaborate with their benefactors.Whilst the Protestant churches (British and North American alike) produced representations of indigenous peoples with the greatest frequency and intensity, it was (as far as we know) the (Italian) Catholic Church that had the dubious honour of being the first to display natives at a missionary exhibition, and did so in a clearly savagist and rudimentary fashion, which could even be described as brutal. This occurred in the religious section of the Italian-American Exhibition of Genoa in 1892 (Bottaro, 1984; Perrone, n.d.). As a shocking addition to the usual ethnographic and missionary collections, seven natives were exhibited in front of the audience: four Fuegians and three Mapuches of both sexes (children, young and fully-grown adults) brought from America by missionaries. The Fuegians, who were dressed only in skins and armed with bows and arrows, spent their time inside a hut made from branches which had been built in the garden of the pavilion housing the missionary exhibition. The Mapuches were two young girls and a man; the three of them lived inside another hut, where they made handicrafts under the watchful eye of their keepers.The exhibition appears to have been a great success, but it must have been evident that the model was too simple in concept, and inhumanitarian in its approach to the indigenous people present. In fact, whilst subsequent exhibitions also featured a native presence (always Christianised) at the invitation of the clergy, the Catholic Church never again fell into such a rough presentation and representation of the obsolete and savage way of life of its converted. To provide an illustration of those times, now happily overcome by the missionary enterprise, Catholic congregations resorted to dioramas and sculptures, some of which were of superb technical and artistic quality.Although the Catholic Church may have organised the first live missionary exhibition, it should not be forgotten that they joined the exhibitional sphere much later than the evangelical churches. Also, a considerable number of their displays were associated with colonial events, something that the Protestant churches avoided. This happened, for example, at the colonial exhibitions of Lyon (1894), Berlin 1896 (although this also involved Protestant churches) and Brussels-Tervuren (1897), as well as at the National Exhibition of 1898 in Turin. Years later, the great colonial (national and international) exhibitions of the interwar period continued to receive the enthusiastic and uncritical participation of Catholic missions (although some, as in 1931, included Protestant missions too). The most remarkable examples were the Iberian-American Exhibition of Seville in 1929, the International Exhibitions held at Amberes (1930) and Paris (1931), and the Oporto (1934) and Lisbon (1937 and 1940) National Exhibitions.[20] This colonial-missionary association did not prevent the Catholic Church from organising its own autonomous exhibitions, through which it tried to emulate and even surpass its more experienced Protestant counterpart. Their belated effort culminated in two of the most spectacular Christian missionary exhibitions of all time: the Vatican Missionary Exhibition of 1925 and the Barcelona Missionary Exhibition of 1929, which was associated with the great international show of that year (Sánchez-Gómez, 2007 and 2006). Although both events documented native nuns and priests as visitors, no humans were exhibited. Again, dioramas and groups of sculptures were featured, representing both religious figures and indigenous peoples. Let us return to the Protestant world. Whilst it was the reformed churches that most readily incorporated native participation, they seemed to do so in a more sensitive and less brutalised manner than the Genoese Catholic Exhibition of 1892. We know of their presence at the first North American exhibitions: one of which was held at the Ecumenical Conference on Foreign Missions, celebrated in New York in 1909 and, most significantly, at the great interdenominational The World in Boston Exhibition, in 1911 (Hasinoff, 2011). Native participation has also been recorded at the two most important British contemporary exhibitions: The Orient in London (held by the London Missionary Society in 1908) and Africa in the East (organised by the Church Missionary Society in 1909). Both exhibitions toured a number of British towns until the late 1920s, although for the most part without indigenous participation (Coombes, 1994; Cheang, 2006–2007).[21] However, the most spectacular Protestant exhibition, with hundreds of natives, dozens of stands, countless parades, theatrical performances, the latest thrill rides and exotic animals on display, was the gigantic Centenary Exhibition of American Methodist Missions, celebrated in Columbus in 1919 and popularly known as the Methodist’s World Fair (Anderson, 2006).The exhibition model at these early-twentieth century Protestant events was very similar to the colonial model. Native villages were reconstructed and ethnographic collections were presented, alongside examples of local flora and fauna, and of course, an abundance of information about missionary work, in which its evangelising, educational, medical and welfare aspects were presented. Some of these were equally as attractive to the audience (irrespective of their religious beliefs) as contemporary colonial or commercial exhibitions. However, it may be noted that the participation of Christianised natives took a radically different form from those of the colonial and commercial world. Those who were most capable and had a good command of English served as guides in the sections corresponding to their places of origin, a task that they tended to carry out in traditional clothing. More frequently these new Christians assumed roles with less responsibility, such as the manufacture of handicrafts, the sale of exotic objects or the recreation of certain aspects of their previous way of life. The organisers justified their presence by claiming that they were merely actors, representing their now-forgotten savage way of life. This may very well have been the case.At the Protestant exhibitions of the 1920s and 1930s, the presence of indigens became progressively less common until it eventually disappeared. This notwithstanding, the organisers came to benefit from a living resource which complemented displays of ethnographic materials whilst being more attractive to the audience than the usual dioramas. This was a theatrical representation of the native way of life (combined with scenes of missionary interaction) by white volunteers (both men and women) who were duly made up and in some cases appeared alongside real natives. Some of these performances were short, but others consisted of several acts and featured dozens of characters on stage. Regardless of their form, these spectacles were inherent to almost any British and North American exhibition, although much less frequent in continental Europe.Since the 1960s, the Christian missionary exhibition (both Protestant and Catholic) has been conducted along very different lines from those which have been discussed here. All direct or indirect associations with colonialism have been definitively given up; it has broken with racial or ethnological interpretations of converted peoples, and strongly defends its reputed autonomy from any political groups or interests, without forgetting that the essence of evangelisation is to maximize the visibility of its educational and charitable work among the most disadvantaged.
FINAL WORD
The three most important categories of modern ethnic show –commercial ethnological exhibitions, colonial exhibitions and missionary exhibitions– have been examined. All three resorted, to varying degrees, to the exhibition of exotic human beings in order to capture the attention of their audience, and, ultimately, to achieve certain goals: be they success in business and personal enrichment, social, political or financial backing for the colonial enterprise, or support for missionary work. Whilst on occasion they coincided at the same point in time and within the same context of representation, the uniqueness of each form of exhibition has been emphasised. However, this does not mean that they are completely separate phenomena, or that their representation of exotic “otherness” is homogeneous.Missionary exhibitions displayed perhaps the most singular traits due to their spiritual vision. However, it is clear that many made a determined effort to produce direct, visual and emotional spectacles and some, in so doing, resorted to representations of natives which were very similar to those of colonial exhibitions. Can we speak then, of a convergence of designs and interests? I honestly do not think so. At many colonial exhibitions, organisers showed a clear intention to portray natives as fearsome, savage individuals (sometimes even describing them as cannibals) who somehow needed to be subjugated. Peoples who were considered, to a lesser or greater extent, to be civilised were also displayed (as at the interwar exhibitions). However, the purpose of this was often to publicise the success of the colonial enterprise in its campaign for “the domestication of the savage”, rather than to present a message of humanitarianism or universal fraternity. Missionary exhibitions provided information and material examples of the former way of life of the converted, in which natives demonstrated that they had abandoned their savage condition and participated in the exhibition for the greater glory of the evangelising mission. Moreover, they also became living evidence that something much more transcendent than any civilising process was taking place: that once they had been baptised, anyone, no matter how wild they had once been, could become part of the same universal Christian family.It is certainly true that the shows that the audiences enjoyed at all of these exhibitions (whether missionary, colonial or even commercial) were very similar. Yet in the case of the former, the act of exhibition took place in a significantly more humanitarian context than in the others. And while it is evident that indigenous cultures and peoples were clearly manipulated in their representation at missionary exhibitions, this did not mean that the exhibited native was merely a passive element in the game. And there is something more. The dominating and spectacular qualities present in almost all missionary exhibitions should not let us forget one last factor which was essential to their conception, their development and even their longevity: Christian faith. Without Christian faith there would have been no missionary exhibitions, and had anything similar been organised, it would not have had the same meaning. It was essential that authentic Christian faith existed within the ecclesiastical hierarchy and within those responsible for congregations, missionary societies and committees. But the faith that really made the exhibitions possible was the faith of the missionaries, of others who were involved in their implementation and, of course, of those who visited. Although it was never recognised as such, this was perhaps an uncritical faith, complacent in its acceptance of the ways in which human diversity was represented and with ethical values that occasionally came close to the limits of Christian morality. But it was a faith nonetheless, a faith which intensified and grew with each exhibition, which surely fuelled both Christian religiosity (Catholic and Protestant alike) and at least several years of missionary enterprise, years crucial for the imperialist expansionism of the West. It is an objective fact that the display of human beings at commercial and colonial shows was always much more explicit and degrading than at any missionary exhibition. To state what has just been proposed more bluntly: missionary exhibitions were not “human zoos”. However, it is less clear whether the remaining categories: are commercial and colonial exhibitions worthy of this assertion (human zoos), or were they polymorphic ethnic shows of a much greater complexity?The principal analytical obstacle to the use of the term “human zoo” is that it makes an immediate and direct association between all of these acts and contexts and the idea of a nineteenth-century zoo. The images of caged animals, growling and howling, may cause admiration, but also disgust; they may sometimes inspire tenderness, but are mainly something to be avoided and feared due to their savage and bestial condition. This was definitely the case for the organisers of the scientific and editorial project cited at the beginning of this article, so it can be no surprise that Carl Hagenbeck’s joint exhibitions of exotic animals and peoples were chosen as the frame of reference for human zoos. Although the authors state in the first edition that “the human zoo is not the exhibition of savagery but its construction” [“le zoo humain n’est pas l’exhibition de la sauvagerie, mais la construction de celle-ci”] (Bancel et al., 2002: 17), the problem, as Blanckaert (2002) points out, is that this alleged construction or exhibitional structure was not present at most of the exhibitions under scrutiny, nor (and this is an added of mine) at those shown at the Exhibitions. L’invention du sauvage exhibit.Indeed, the expression “human zoo” establishes a model which does not fit with the meagre number of exhibitions of exotic individuals from the sixteenth, seventeenth or eighteenth centuries, nor with that of Saartjie Baartmann (the Hottentot Venus) of the early nineteenth century, much less with the freak shows of the twentieth century. Furthermore, this model can neither be compared to most of the nineteenth-century British human ethnological exhibitions, nor to most of the native villages of the colonial exhibitions, nor to the Wild West show of Buffalo Bill, let alone to the ruralist-traditionalist villages which were set up at many national and international exhibitions until the interwar period. Ultimately, their connection with many wandering “black