Liberté d’expression: Le droit d’offenser est sacré (The Right to Offend Is Sacred)

28 février, 2009
NYP's monkey cartoonFaudra qu’ils se trouvent quelqu’un d’autre pour rédiger leur prochain plan de relance. Sean Delonas
Je remarque une fois de plus que voter pour un noir parce qu’il est noir n’est pas un geste foncièrement raciste. Si j’appelle à voter pour un blanc parce qu’il est blanc il est probable que je risque la prison. Par ailleurs, quand vous connaissez la tradition “politique” de l’Illinois (État champion toutes catégories en matière de gangstérisme et de corruption) vous me permettrez d’émettre un doute sur les “mérites” de l’ami du Pasteur Wright, antisémite notoire qui a “formé” le sénateur Barack Hussein Obama. Maurice G. Dantec

A l’heure où en Amérique même ceux qui ont fait leur fonds de commerce d’insulter la majorité de leur propre pays nous refont au moindre prétexte le coup des caricatures de Mahomet

Et où l’auteur du hold up du siècle et ami personnel des mêmes multiplie les déclarations d’apaisement et de dhimmitude

Pendant que ses soutiens n’ont que le mot apartheid à la bouche quand les citoyens de la seule démocratie du Moyen-Orient sont les victimes du terrorisme ou de l’exclusion la plus systématique …

Et que, suivant leur exemple, d’autres en France même se la jouent dhimmi et boycott

Retour sur un de ces rares Français à n’être pas tombé dans l’Obamalâtrie générale et à oser, même si on est pas obligé de partager son enthousiasme pour Poutine, appeler un chat un chat …

La quatrième guerre mondiale a commencé
Entretien avec Maurice G. Dantec
Elisabeth Lévy
31 janvier 2009

Français de plume, nord-américain d’adoption, on pourrait sans le vexer, le qualifier d’occidentaliste. Ecrivain déjanté, catholique allumé et rocker habité, perpétuant la tradition des imprécateurs, Maurice G. Dantec est le dernier défenseur de George W. Bush.

Le monde entier se réjouit et croit que l’Amérique rebondit. Le monde entier sauf vous. Votre nature disons malicieuse vous pousserait-elle à détester ce que la plupart des gens aiment ?

N’est-ce pas plutôt l’inverse ? Les masses démocratisées ont le don d’opter pour tout ce qui me fait horreur. Quant à Barack Hussein Obama, on voit déjà la RealPolitik remplacer les beaux discours humanistes. Les Américains en avaient juste marre de se faire cracher au visage par tous les bobos de la planète, de l’extrême-rien à l’extrême-nul, alors qu’ils sont la forteresse du Monde Libre et qu’ils le savent. J’attends avec impatience le départ des soldats américains d’Irak: on assistera à une guerre civile interconfessionnelle de grande ampleur, avec des rebondissements intéressants entre l’Iran et le Pakistan, à côté, Gaza City ressemblera à un ball-trap. Lorsque les forces occidentales partiront d’Afghanistan, les Talibans seront de retour au pouvoir en moins d’un mois. Les mêmes qui ont voté (ou auraient voulu le faire) pour Obama pleureront alors à chaudes larmes sur le sort des femmes exécutées ou lapidées publiquement dans des stades bourrés de crétins barbus.

De bonnes âmes humanitaires iront peut-être jusqu’à le faire intervenir au sud-Soudan ?

Sur le plan économique, le Magicien d’Oz ne peut rien faire d’autre que de pratiquement tripler le déficit US en 2009, jusqu’à 1,2 trillions de dollars ! Its the economics, stupid ! Personnellement, ce début d’année m’enchante au plus haut point.

Vous remarquez que “promouvoir un homme politique par la couleur de sa peau” a quelque chose de raciste. Mais vous admettez sans doute que certaines populations ont souffert et souffrent encore du racisme, institutionnalisé ou non.

Je remarque une fois de plus que voter pour un noir parce qu’il est noir n’est pas un geste foncièrement raciste. Si j’appelle à voter pour un blanc parce qu’il est blanc il est probable que je risque la prison. Par ailleurs, quand vous connaissez la tradition “politique” de l’Illinois (État champion toutes catégories en matière de gangstérisme et de corruption) vous me permettrez d’émettre un doute sur les “mérites” de l’ami du Pasteur Wright, antisémite notoire qui a “formé” le sénateur Barack Hussein Obama.

“On ne voit pas en quoi le taux de mélanine de Barack Obama va l’aider à résoudre les problèmes de la première puissance du globe”, écrivez-vous. Sans doute. Mais outre qu’il ne va pas l’en empêcher non plus, qu’est-ce qui vous déplaît dans son programme ? Vous ne voulez pas d’un président noir ?

Si un noir Républicain s’était présenté, j’aurais appelé à voter pour lui. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas, personnellement je porte du noir tous les jours. Son programme ? Post-gauchisme californien + archéo-sociale-démocratie + culpabilisation du White Anglo-Saxon Protestant + politique étrangère sans réelle consistance + mensonges à ses propres partisans + comeback de la RealPolitik avant même son entrée en fonction + économie portnawak où protectionnisme se conjugue avec le capitalisme le plus effréné + candidat du gros pognon new-wave + valeurs progressistes-eugénistes + foi religieuse étrangement syncrétique + amitiés douteuses de crétins antisémites + incompétence governoriale + rhétorique d’avocaillon sorti de Harvard + Vendeur de Rêve comme on dit Vendeur d’automobiles d’occasion = ? Pas le moindre taux de mélanine là-dedans, je m’intéresse plus à la structuration neuronale. Vous n’avez pas compris qu’il sera amené à faire “bien pire” que George Walker Bush.

Avec la présidence Bush, vous saluez “la dernière souveraineté impériale qui menaçait le projet de gouvernement socialiste supranational de l’Onuzie”. Elle menaçait qui ou quoi à part l’Amérique elle-même ? Qui tremblait devant Bush ? Hu Jintao ? Poutine ? Même pas Bachar el-Assad. Sur quel front la sécurité mondiale a-t-elle progressé durant ces huit ans ?

Elle menaçait en premier lieu la dictature supranationale de l’ONU, et en ce sens cette souveraineté impériale défendait l’ensemble de tous les hommes libres de la planète, menacés par le communisme cool du 21e siècle, complice des criminels de guerre Talibans et des terroristes fanatiques de tout poil. De fait elle défendait surtout la liberté et la souveraineté des États-Unis, celle qui importe pour eux, après tout, que les autres se débrouillent avec leur “Big Mother”. J’indique aussitôt que cette guerre entre la Souveraineté Impériale et le supranationalisne Onuzi se concentre aux USA mais a lieu, évidemment, en tous points du globe. Ah bon, Al-Assad n’a pas compris en quoi la destitution de son frère ennemi du Baas irakien menaçait son propre pouvoir ? J’ai dû rater un épisode, d’où venaient, déjà, tous ces “insurgés” entre 2004 et 2007 ? Ah, oui, du Costa-Rica, j’oubliais. En quoi la sécurité mondiale a-t-elle progressé ? Mais je rêve ou quoi ? Vous n’avez pas compris que depuis le 11 septembre 2001, la récréation est terminée ? C’est la guerre, la IVe guerre mondiale, celle qui se mène sur tous les fronts à la fois. Il n’y a eu aucun attentat aux USA depuis sept ans justement, en revanche, il s’en est produit en Europe, on se demande pourquoi. Peut-être pas la même conception de la « sécurité », précisément. Rappelez-moi où se trouve votre Guantanamo Bay ?

Idem pour la grande croisade démocratique promise par les néo-conservateurs. Certes, le régime de Saddam Hussein a cédé la place à… on ne sait quoi, mais d’accord, c’est un progrès. Pour le reste, les mêmes dirigeants (ou leurs enfants) corrompus sont en place et, de surcroît, ils sont devenus indispensables à une Amérique affaiblie.

Ah, parce que vous pensez que démocratie et corruption sont incompatibles ? J’adore votre sens de l’humour. Indispensables à l’Amérique ? On entre dans le domaine du pur comique. C’est très exactement l’inverse, tous ces pays vivent grâce au pétrole que l’Occident leur achète et aux méga-subventions que les Etats-Unis leur versent pour éviter leur total effondrement. La destruction comme point préliminaire, disait Ernst Jünger. Je me contretape de ce qui succèdera à Saddam Hussein et à ce gouvernement de transition. Encore une fois, j’ai peur de me répéter, mais c’est la guerre, c’est-à-dire la propagation contrôlée du chaos. Cette guerre a été pliée militairement dès 2007, ce qui va en sortir sur le plan géopolitique risque d’être fort intéressant. Ce qui comptait c’était de foutre en l’air Saddam Hussein, en tant que tel, parce qu’il était justement le maillon faible de toute le dispositif. Ce qui arrivera à l’Irak, c’est aux Arabes, et aux Iraniens, de le décider. Connaissant ces pays et leurs principaux voisins, je parie sur une authentique catastrophe régionale, il suffira d’attendre que le prix du baril de brut vaille celui d’un bidon d’eau de vaisselle sale.

De même, votre Amérique qui fait peur aux “bobos du Grand club med internationaliste” est quand même un peu composée de born-again égarés qui pensent qu’il faut brûler Darwin et se faire justice soi-même.

Oui, oui, bien sûr, tout le monde sait que les 48 % d’Américains qui ont voté Mc Cain sont des crétins de “rednecks” ignares qui brûlent les livres de Darwin, et ceux de la Bibliothèque Rose, tous les matins en se levant, après un salut au drapeau devant une croix enflammée. D’autres poncifs typiquement français ? Quant au second amendement de la Constitution, il est heureusement indéboulonnable et il est ce qui fait de tout Américain un homme libre, c’est-à-dire un homme ayant le droit de porter une arme, comme à Sparte, ou Rome.

La guerre, écrivez-vous, est l’unique forme pensable du monde. Pour vous, on a l’impression qu’elle est surtout l’unique forme désirable. L’âge démocratique et consumériste est sans doute ennuyeux, mais que faire si c’est ce que veulent “les gens” ?

Rappelez-vous la conclusion de la lettre aux djihadistes de Muray : “Nous vaincrons. Parce que nous sommes les plus morts.” Ce que veulent “les gens” m’indiffère au plus haut point. Que voulaient “les gens” en 1940 ? Je cite Muray, certes que j’estime, mais ai-je le droit d’être parfois en désaccord avec lui ? On ne gagne rien quand on est mort, il subsistait peut-être une trace de nihilisme dans sa pensée. Ce sont les Bédouins djihadistes qui sont du côté de la Mort (rappelez-vous Madrid 2004), et où est sa victoire ? – demandait Saint Paul -, l’occident bobo-gauchiste n’en a même plus la force. Mais comme aux Thermopyles – 300 contre 10. 000 – la civilisation indo-européenne s’appuie toujours sur un petit nombre d’hommes libres (donc armés) contre des myriades d’esclaves.

Vous regrettez que l’Europe ait été incapable d’accueillir la Russie dans une Alliance transocéanique mais, sur ce point il y a eu une grande continuité de Clinton à Bush, d’Albright à Rice.

Vous êtes dans l’erreur sur ce point précis : Condoleezza Rice et l’ensemble de l’administration Bush ont multiplié les contacts avec la Russie de Poutine, rappelez-vous le discours à Moscou en 2003, lorsque la Russie a laissé l’intervention en Irak se dérouler. De multiples propositions ont été faites, mais le vieil establishment post-soviétique est resté bloqué sur l’époque de l’URSS, et Zeropa-Land n’a su produire ni le moindre geste significatif, ni la moindre proposition concrète. Par conséquent le projet du bouclier anti-missile fut perçu comme une provocation par Moscou. Si on rajoute l’arrogance “eurodémocratique” des Ukrainiens qui détournent le gaz en provenance de Russie et ne paient pas leurs traites et les Géorgiens qui veulent jouer les gros bras en Ossétie du Sud, on peut comprendre que les Russes commencent à s’énerver.

La guerre civile américaine entre une Gauche incarnant l’alliance des bourgeois pétris de mauvaise conscience et des minorités ethniques et une droite représentant les “petits blancs” est selon vous le modèle des guerres à venir. Faut-il en conclure qu’elles seront ethniques et sociales ?

Oui. Et transnationales, de surcroît.

Voir aussi:

The Right to Offend Is Sacred
Clyde Haberman
February 27, 2009

(ou The right to criticize (and offend) is one held dear, titre plus politiquement correct pour l’édition française)

NEW YORK: Scientists have found that about 98 percent of the human genome is similar to that of the chimpanzee. If anything, the relationship between a certain chimp and a man named Carl Wilhelm Baumgartner is even closer.

You may now be asking: Carl who? Stick around. But you may have heard about this chimpanzee.

It appeared in a grotesque cartoon that ran last week in The New York Post. This was after a real chimp had viciously attacked a woman in Connecticut and was then shot to death by police officers. The Post’s illustration, by Sean Delonas, shows a bullet-riddled chimp lying dead. Two officers stand over him. One holds a smoking gun while the other says, « They’ll have to find someone else to write the next stimulus bill. »

At a minimum, the drawing was thoroughly vulgar, even for an illustrator whose work is often synonymous with vulgarity.

But was it intentionally racist?

Protesters, led as usual by Al Sharpton, insist that it was. It was a direct attack on President Barack Obama, they say. Vile comparisons of blacks to chimpanzees and monkeys are as old as the republic. This chimp, in the critics’ view, clearly represented our first African-American president, the leading figure behind the new economic stimulus program. Worse, some protesters charge, the newspaper in effect said that Obama should be shot.

Nonsense, Post editors have replied: The point was merely that the stimulus plan was so ill-conceived, in their opinion, that it was as if it had been written by a chimpanzee. Nonetheless, feeling the heat, the newspaper ran an editorial apology of sorts.

In no way did it mollify the critics, who have called for, among other things, reader and advertiser boycotts of The Post.

As might be expected, not all African-Americans shared the outrage or felt that the cartoon was meant to represent Obama. Governor David Paterson of New York, who is black, said that he accepted The Post’s apology. As for the « invitation to assassination, » as the drawing was described by Benjamin Jealous, president of the NAACP, it is a federal crime to threaten the life of the president. If the Secret Service thought the cartoon amounted to a threat, its agents would presumably have descended on the newspaper. They haven’t.

The protests continue, though. Certainly, everyone has a right to refuse to buy a newspaper. But Sharpton has gone further. He wants the Federal Communications Commission to re-examine waivers to its media ownership rules that allow Rupert Murdoch to own two newspapers (The Post and The Wall Street Journal) and two television stations (WNYW and WWOR) in the New York area.

Normally when it comes to such waivers, the question is whether a single hand controls too many media outlets in a given market. But Sharpton has made editorial content the reason for asking the government to step in. « How can you continue to have these waivers, » he told a CNN interviewer, if you « don’t understand what would offend a large amount of African-Americans – and whites, by the way? »

Thus did he take the first step down a very slippery slope. The First Amendment protects even the most despicable form of expression from government interference. It is why the Supreme Court has upheld the right to burn a U.S. flag even though flag desecration is as offensive to many people as Sharpton says this cartoon was to him.

That brings us to Carl Wilhelm Baumgartner. We didn’t forget him.

He was born in Germany in 1895 and became a naturalized American in 1932. But he was an ardent admirer of Hitler and the Nazis. He was so outspoken that the government tried in World War II to strip him of his U.S. citizenship. The Supreme Court blocked that effort. In a memorable passage from his majority opinion in 1944, Justice Felix Frankfurter (who was Jewish and hardly enamored of Nazis) wrote:

« One of the prerogatives of American citizenship is the right to criticize public men and measures – and that means not only informed and responsible criticism but the freedom to speak foolishly and without moderation. » It is an American right, Frankfurter went on, to express « silly or even sinister-sounding views. »

In this regard, the cartoon chimp’s DNA, if you will, is no different from Baumgartner’s. If the government has no business going after a citizen because he reveres Hitler, it will probably want to think twice before taking on a newspaper because of a dopey drawing

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Espionnage: Connaissez-vous le colonel Mitrokhine? (The man who brought us the KGB’s crown jewels and uncovered the French Philby)

27 février, 2009
The Mitrokhin archivehttps://i2.wp.com/decitre.di-static.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/2/1/3/6/9782213632476FS.gifDans leur ouvrage la Décennie Mitterrand, qui vient de paraître, Pierre Favier et Michel Martin-Roland révèlent que le président français leur a confié, en février 1989, qu’il se demande  » si ces informations ne venaient pas en fait des Etats-Unis, qui voulaient ainsi tester la France socialiste et me tester personnellement. Je n’en ai aucune preuve, mais si tel était le cas, on devait avoir l’air malin, Cheysson [alors ministre des affaires étrangères] et moi, devant Reagan et Haig [secrétaire d’Etat américain] en leur révélant l’affaire »… Michel Tatu
Le Sdece est une prostituée que j’ai mise dans ma poche. Résident du KGB à Paris (conférence interne à Moscou, années 50)
L’URSS s’est très fortement consacrée à propager la révolution mondiale grâce au KGB à partir de la fin des années 1950. À la suite des auteurs, on peut même aller plus loin en reconnaissant que c’est sur ce terrain qu’ils ont remporté leur unique victoire contre les puissances occidentales et capitalistes. Que ce soit en Asie, en Amérique latine ou en Afrique, l’emprise des services soviétiques n’a cessé de croître. On est frappé à la lecture de cet ouvrage étonnant et parfois fascinant de constater que les soviétiques ont su recruter des sources souvent très bien placées dans les appareils d’État en formation des nouveaux pays post-coloniaux. L’habilité du KGB fut tout aussi nette au sein des mouvements nationalistes : ainsi Mitrokhine indique-t-il que Ouadi Haddad, militant du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et principal responsable de l’extension du terrorisme en Europe dans les années 1970, fut recruté par le KGB au tout début des années 1970. Il en fut de même pour un proche conseiller d’Arafat, Hani el-Hassan. On relèvera la rapidité de ces pénétrations : en Occident, les « grands » agents avaient été recrutés très tôt, dès les années 1930 (les Magnificent Five de Cambridge ou même la modeste secrétaire Melita Norwood) ou à la fin de la Deuxième Guerre mondiale (le français Georges Pâques à Alger en 1944). Les soviétiques avaient « environné » avec talent des individus de rang divers dont ils pensaient qu’ils pourraient être bien plus tard des agents précieux. Dans le Tiers Monde, le KGB eut moins de temps pour planifier les recrutements mais n’eut pas moins de succès. Les services crurent longtemps, l’ouvrage est là encore très intéressant, à leur succès : des délégations du KGB étaient encore présentes en Afrique au début des années 1990 avec des objectifs inchangés, alors que la politique d’aide militaire et technique soviétique avait disparu. Mais Andrew et Mitrokhine ne présentent pas un organisme omniscient : les erreurs d’appréciation furent nombreuses, les auto-intoxications également ainsi que la crainte de présenter des analyses réalistes mais déplaisantes aux hiérarques. Les deux auteurs confirment ainsi que, dans les régimes idéologiques, les organes de renseignement sont souvent puissants et efficaces mais sont soumis à un devoir idéologique qui les amène parfois à commettre les plus grandes erreurs d’appréciation. L’engouement pour l’étude de la Russie post-soviétique ne devrait pas faire oublier les gisements d’archives de l’époque antérieure et, en particulier, ceux des organes de renseignement. Les spécialistes, internationalistes, politistes ou historiens ont bien identifié les biais de ce type d’archives. En laissant de côté la pseudo-fonction ordalique des « révélations » à d’autres, les sciences sociales devraient s’intéresser à ce qui peut être tiré de l’étude du renseignement. La traduction des ouvrages d’Andrew et Mitrokhine et de mémoires offre aux chercheurs un matériau et des éléments d’analyse à prendre en compte. Les ouvrages antérieurs de Christopher Andrew, historien et internationaliste, ont été les premiers à inviter à la prise en compte de l’activité des organes de renseignement dans l’étude des relations internationales. Que ce soit sur les services britanniques (1985) ou américains (1995), cet éminent universitaire, animateur d’un séminaire de réputation mondiale à Cambridge, a montré que ce fait ne pouvait plus être ignoré. Invitation à dépasser une approche des relations internationales fondée sur les seuls organes diplomatiques et sur la diplomatie officielle (fût-elle secrète), l’œuvre d’Andrew est également une invitation implicite à dépasser une approche de l’État et du politique qui se limiterait à ses seules manifestations publicisées. Sébastien Laurent
Grâce à cet agent français du KGB (…) le Kremlin a eu accès à la majeure partie de la correspondance diplomatique française de 1945 à 1982 et peut-être même à son intégralité: courriers secrets des ministres des Affaires étrangères sous les IVe et Ve Républiques jusqu’au début du septennat de François Mitterrand; rapports des ambassadeurs à Paris; documents politico-militaires transmis par les Alliés au Quai-d’Orsay (…) Rendez-vous compte: presque toute la correspondance diplomatique d’un pays majeur de l’Otan pendant les trois quarts de la guerre froide! Christopher Andrew

Renseignements (4 au Sdece, 1 dans chaque service des DST, RG, Défense et Marine, et pendant 30 ans, un responsable du Chiffre au Quai d’Orsay!), haute administration, classe politique, (sans parler du PCF, 2 élus socialistes dont un ministre et un proche de Mitterrand), presse (nombre de journalistes dont 2 au Monde, 6 à l’AFP et les autres à L’Express), milieux intellectuels (dont le philosophe Kojève?), monde de l’industrie et de la haute technologie …

Il est peu de services parmi les plus sensibles, on le sait, qui « échappèrent à la curiosité » du KGB dans les décennies qui ont suivi la guerre.

Mais ce qu’on sait moins, c’est que ces informations ne seraient probablement jamais parvenues jusqu’à nous sans les révélations de transfuges soviétiques et héros méconnus de la Guerre froide.

Comme le colonel Vetrov, alias « Farewell » de notre billet d’hier qui, au-delà de l’incroyable moisson de renseignements qu’il fournit, via la DST, aux services de renseignements occidentaux sur l’état déplorable et le retard de la recherche soviétique, révéla aussi l’ampleur de la pénétration du KGB en Europe.

Ou surtout le fameux colonel Vassili Mitrokhine (merci Michael), décédé dans le quasi-anonymat il y a cinq ans, qui attendit lui la chute de l’Empire du Mal pour faire défection (la CIA croulant sous les transfuges) en Grande-Bretagne mais après avoir patiemment recopié des pages et des pages (pendant douze ans!) les archives de la Lubyanka et du KGB.

Et qui exposa, dans un livre co-écrit avec un historien britannique, comment les Soviétiques avaient infiltré la plupart des pays occidentaux (caches d’armes comprises !) et notamment la France où, profitant de ses nombreux relais du PCF et de ses compagnons de route issus des anciens réseaux de la Résistance et des anciens déportés, le KGB put installer ses agents d’influence jusqu’au plus haut niveau de l’Etat et de la société française et ce pendant des décennies après la guerre.

Ce qui pourrait d’ailleurs en partie expliquer les lointaines retombées de l’Affaire Falwell en France puisqu’on en reparla jusqu’à la fin des années 90 lors du procès des écoutes de l’Elysée où l’un des barbouzes de Mitterrand tenta d’utiliser ladite affaire pour justifier la mise sur écoutes du journaliste du Monde Edwy Plenel (suite à la publication en 1985, d’une enquête sur les services d’espionnage soviétique comme au même moment TF1 avec d’ailleurs la même source, l’ancien directeur de la DST Yves Bonnet).

Sans compter qu’on avait aussi appris dès 1990, à l’occasion de la sortie d’un livre sur Mitterrand (« La Décennie Mitterrand », Pierre Favier et Michel Martin-Roland), que le président lui-même avait eu des doutes sur toute l’opération qui pour lui avait été l’occasion, au sommet d’Ottawa de juillet 1981 avec Reagan pour la première fois, de « prouver à son allié américain que la France, malgré le 10 mai et la participation des communistes au premier gouvernement de gauche, n’était pas passée du côté des ‘rouges’ « .

Mais qui se demandait, après avoir limogé son directeur des Renseignements Yves Bonnet,  » si ces informations ne venaient pas en fait des Etats-Unis, qui voulaient ainsi tester la France socialiste et me tester personnellement » …

Révélations sur la supertaupe des Soviétiques à Paris
Le KGB en France
Vincent Jauvert
Le Nouvel Observateur
23 Septembre 1999

Pendant plus de trente ans, un employé du chiffre au Quai-d’Orsay a livré aux services secrets soviétiques l’essentiel de la correspondance diplomatique française. C’est l’étonnante découverte de l’historien Christopher Andrew dans les archives du KGB. Dans un livre* qui fait sensation en Grande-Bretagne, il révèle aussi d’autres opérations de l’agence de renseignement moscovite contre de Gaulle, Marchais ou Giscard. Entretien

Le Nouvel Observateur. _ Pour écrire votre livre, vous avez étudié les milliers de documents du KGB qu’un archiviste de l’organisation, le colonel Vassili Mitrokhine, a secrètement recopiés pendant douze ans et transmis dans six grosses malles aux services spéciaux britanniques en 1992. C’est ainsi, dans cette manne exceptionnelle, que vous avez découvert que le principal agent du KGB en France, la taupe numéro un à Paris pendant plus de trente ans, n’était ni un homme politique célèbre, ni un grand chercheur, ni un diplomate de renom, mais un modeste employé du Quai-d’Orsay.

Christopher Andrew. En effet, grâce à cet agent français du KGB dont le nom de code est, dans les archives de la Loubianka, JOUR, le Kremlin a eu accès à la majeure partie de la correspondance diplomatique française de 1945 à 1982 et peut-être même à son intégralité: courriers secrets des ministres des Affaires étrangères sous les IVe et Ve Républiques jusqu’au début du septennat de François Mitterrand; rapports des ambassadeurs à Paris; documents politico-militaires transmis par les Alliés au Quai-d’Orsay… Vous le voyez, JOUR a permis au KGB de réussir l’un des plus beaux coups de son histoire.

N. O. Jour est-il pour vous aussi important que Kim Philby, le grand agent double britannique?

C. Andrew. Probablement. Bien que les personnages soient très différents: Philby est une figure prééminente de l’establishment britannique alors que JOUR n’est, comme vous l’avez dit, qu’un modeste employé parmi des centaines d’autres au ministère des Affaires étrangères , leur apport au KGB est comparable. Rendez-vous compte: presque toute la correspondance diplomatique d’un pays majeur de l’Otan pendant les trois quarts de la guerre froide! D’ailleurs JOUR a été récompensé deux fois par Moscou. En 1957, il a été décoré de l’Ordre de l’Etoile rouge. Vingt-cinq ans après, en 1982, à la demande expresse d’Andropov, le patron du KGB devenu secrétaire général du Parti à la mort de Brejnev, JOUR, toujours actif, a été décoré de l’Ordre de l’Amitié entre les Peuples, une distinction très rare. Cette décoration, est-il précisé dans les archives, récompense «une longue et fructueuse coopération» avec le KGB. On peut donc dire que, malgré de grandes différences, JOUR peut être considéré comme le Philby français.

N. O. Mais, à la différence de Philby, JOUR n’a jamais été découvert.

C. Andrew. Pas à ma connaissance, en tout cas.

N. O. Les Britanniques ont-ils remis les archives le concernant à la DST?

C. Andrew. Je suppose que oui, mais je n’en ai aucune preuve.

N. O. Connaissez-vous le nom de JOUR?

C. Andrew. Non, il n’y a aucune mention de l’identité de JOUR dans les archives que j’ai lues.

N. O. Celles-ci fournissent néanmoins un certain nombre d’indications sur le personnage et les conditions de son recrutement?

C. Andrew. C’est vrai. JOUR était un officier du chiffre, c’est-à-dire qu’il était chargé de coder la correspondance diplomatique. Il a été recruté par le KGB en 1945, il avait alors 23 ans. A l’époque, la France était la troisième cible du KGB, après les Etats-Unis et son alliée privilégiée, la Grande-Bretagne. Dès novembre 1944, trois mois après la libération de Paris, la «Résidence» du KGB à Paris a reçu la directive de recruter tous azimuts dans l’Etat français et notamment au Quai-d’Orsay, où les communistes n’arrivaient pas à s’infiltrer. C’est dans ce cadre-là, sans que nous en sachions plus, que JOUR a été recruté.En demeurant actif jusqu’en 1982, il est devenu le chiffreur occidental qui est resté le plus longtemps au service du KGB, tous pays confondus. Pendant toutes ces années, il n’a jamais perdu le contact avec les services secrets soviétiques. En 1973, il a été envoyé en poste dans une ambassade de France à l’étranger. Là, il a continué à être «traité» par le KGB. Il communiquait avec son officier traitant par ce que l’on appelle dans le jargon des «boîtes aux lettres mortes», c’est-à-dire qu’il déposait les documents secrets dans un lieu défini à l’avance (une poubelle publique, une cabine téléphonique…) où quelques heures plus tard les hommes du KGB venaient les récupérer. En 1973, 1974 et 1975, JOUR a reçu le cadeau de Noël le plus important de tous les agents français: une prime de 4000 francs de l’époque (soit 20 000 francs d’aujourd’hui).

N. O. _ Grâce à lui, dites-vous, la plupart des câbles diplomatiques français les plus secrets étaient lus à Moscou.

C. Andrew. Dans les archives le concernant, on apprend que sa «production» était envoyée de Paris à Moscou par «conteneur spécial». Dans les années 50, le service chargé de traiter ces documents croulait sous leur nombre: il n’arrivait pas à les étudier tous!Il y avait à la fois des copies de dépêches mais aussi des documents permettant de «casser» les codes diplomatiques français et occidentaux. Ainsi, il apparaît que de 1968 à 1973 JOUR a fourni des informations sur les machines à chiffrer de l’ambassade de France à Moscou et surtout sur celle du quartier général de l’Otan à Bruxelles. Fin 1976, début 1977, il a facilité la pose de «micros» sur le nouveau télex de l’ambassade de France à Moscou. Cette «écoute» de la correspondance entre l’ambassadeur à Moscou et Paris a duré au moins six ans! Aussi le responsable de cette opération au KGB, Igor Maslov, a-t-il été décoré de l’Ordre de Lénine et été nommé patron de la 6e direction principale. Les années suivantes, de 1978 à 1982, JOUR a également permis au KGB de recruter pas moins de six officiers du chiffre français.

N. O. Les Soviétiques étaient donc au courant des moindres détails de la diplomatie française.

C. Andrew. En effet. Dans les archives de Vassili Mitrokhine, il apparaît clairement que dans les années 50 ils connaissaient les stratégies de la France dans les grandes négociations internationales (la fin de la guerre d’Indochine, Berlin…). Au moment de la crise des missiles de Cuba, en 1962, crise qui a failli déclencher la troisième guerre mondiale, les documents fournis par JOUR ont permis à Moscou de connaître très vite la position, très ferme, de De Gaulle.

N. O. Autre crise où le travail de JOUR a peut-être aidé un peu les Soviétiques: l’Afghanistan.

C. Andrew. C’est marginal mais amusant. En mai 1980, six mois après l’invasion soviétique, Giscard est le premier leader occidental à rencontrer Leonid Brejnev. Avant ce face-à-face, les conseillers du numéro un soviétique ont tout le loisir d’étudier les attentes, les positions, les stratégies de négociation du président français en lisant les dépêches reçues et envoyées par l’ambassade française à Moscou.

N. O. JOUR, avez-vous dit, avait 23 ans en 1945. Il est donc né en 1922. En 1982, il avait 60 ans. Il aurait aujourd’hui 77 ans. Est-il toujours vivant?

C. Andrew. Je l’ignore.

N. O. Evoquons maintenant le cas d’autres agents français du KGB. On a beaucoup parlé lors de la sortie de votre livre d’un journaliste français devenu député socialiste proche de François Mitterrand et qui, à la grande déception du KGB, n’a pas été nommé dans le gouvernement de Pierre Mauroy. Savez-vous qui est cet homme connu au KGB sous le nom de code «Gilbert» puis «Giles»?

C. Andrew. Pardonnez-moi, mais je ne veux faire aucun commentaire.

N. O. Dans le livre, vous écrivez que son nom figure dans les archives de Mitrokhine mais que pour des raisons juridiques, la peur du procès, vous ne divulguerez pas son identité. Les quelques éléments que vous donnez ainsi que la rumeur ont conduit certains à désigner Claude Estier, l’actuel patron du groupe socialiste au Sénat. Celui-ci a farouchement démenti. Que pouvez-vous dire?

C. Andrew. Rien.

N. O. Dans le livre, vous écrivez aussi qu’à sa décharge «Giles» a souvent évité de rencontrer son officier traitant.

C. Andrew. Mais j’ajoute que «Giles» est resté en contact avec son traitant même après l’élection de Mitterrand. L’officier, officiellement deuxième secrétaire à l’ambassade soviétique à Paris, Valetin Sidak, écrit à ses chefs que «Giles» lui a fourni des informations confidentielles sur «l’entourage proche» du nouveau président de la République.

N. O. Vous révélez aussi le cas d’un autre homme politique socialiste (nom de code: DROM) qui aurait été recruté en 1961 et payé 1500 francs par mois (c’est-à-dire plus de 12000 francs d’aujourd’hui). Vous dites aussi que l’homme s’est, semble-t-il, dénoncé à la DST en 1973, que son nom est dans les archives Mitrokhine, mais que vous ne le révélerez pas. S’agit-il de Charles Hernu?

C. Andrew. Je ne dirai rien sur DROM. Mais je peux affirmer qu’il n’y avait dans les archives aucune référence à Charles Hernu, aucun agent dont la biographie pouvait faire penser à Hernu.

N. O. Cela signifie-t-il que Charles Hernu n’a pas été un agent de l’Est?

C. Andrew. Pas nécessairement. Mitrokhine n’a pas eu accès à toutes les archives et il n’a pas recopié tout ce qu’il a vu de 1972 à 1984. Il était chargé de vérifier et d’enregistrer le transfert des archives de la Loubianka au nouveau siège de la première direction principale (celle de l’espionnage) à Yasenevo, dans la banlieue de Moscou. Il pouvait voir et lire tous les documents qui passaient mais n’avait pas le temps de tout retranscrire.

N. O. Il devait donc choisir selon ses centres d’intérêt.

C. Andrew. En premier lieu tout ce qui concernait l’«ennemi principal», les Etats-Unis, puis la lutte contre les dissidents, dont il se sentait très proche. Cela dit, la France était, on l’a vu, une cible importante pour le KGB, et Mitrokhine a noté beaucoup de choses à son sujet mais pas toujours avec tous les détails.

N. O. Qu’en est-il des prétendus agents du KGB dans l’entourage de De Gaulle? Plusieurs livres ont fait état des révélations d’un transfuge soviétique, Anatoli Golitsine, qui en 1961 aurait dit que des proches du Général seraient compromis.

C. Andrew. Il y a le cas désormais célèbre de l’homme d’affaires François Saar Demichel [NDLR: un proche de Michel Debré, le premier Premier ministre de De Gaulle], qui, d’après les archives de Mitrokhine, était sans conteste un agent du KGB (nom de code: NN) mais dont l’influence a été très modeste.

N. O. Sa veuve dément ces affirmations pourtant communément admises depuis plusieurs années. Même de Gaulle savait et disait que Saar Demichel était un agent soviétique [voir «l’Homme de l’ombre», de Pierre Péan, Fayard]. Et à part Saar Demichel?

C. Andrew. Aucun proche de De Gaulle n’apparaît dans les archives comme agent. En fait, Golitsine n’a jamais dit publiquement ce qu’il savait. Ces propos ont donc probablement été exagérés à chaque étape de leur reproduction.

N. O. Sauf sur un point, semble-t-il: la pénétration par le KGB des services secrets français et en particulier le Sdece.

C. Andrew. En effet. A la Libération, les communistes ont réussi à intégrer en grand nombre ce service. A tel point que dans les années 50 le résident du KGB à Paris a déclaré lors d’une conférence interne à Moscou: le Sdece est une «prostituée que j’ai mise dans ma poche». Au début des années 60, les archives Mitrokhine font état de quatre agents du KGB dans le service secret français et d’un à la DST. En revanche, il semble qu’au début des années 70 le Sdece n’était plus pénétré.

N. O. Pour revenir aux rumeurs sur l’entourage de De Gaulle, comment expliquez-vous qu’elles aient été si insistantes?

C. Andrew. C’est assez simple, je crois. Tout remonte à la décision de De Gaulle de faire sortir la France du commandement intégré de l’Otan en 1966. De manière surprenante, la droite atlantiste et le KGB ont eu la même explication de cet acte extrêmement culotté. La première a dit: cette décision si dangereuse pour la sécurité de la France ne peut être que le résultat de l’action des services secrets soviétiques. De son côté, le KGB affirmait exactement la même chose aux plus hautes instances soviétiques: c’est grâce à nous, à la campagne d’influence menée par la Résidence de Paris, que la France se détache de l’Alliance atlantique. A Moscou, à la Loubianka comme au bureau politique, on a été en effet convaincu que sans le KGB de Gaulle n’aurait pas sauté le pas. La convergence des explications est probablement la source de ces rumeurs, qui durent toujours.

N. O. Alors que le KGB n’est pour rien dans la décision de De Gaulle.

C. Andrew. Je le crois. C’est vrai, l’objectif premier du KGB à Paris dans les années 60 est bien, on le voit dans les archives, d’obtenir que la France quitte l’Otan. Mais ce n’est pas parce que cela arrive que l’action clandestine des Soviétiques a joué le moindre rôle. Pourquoi chercher des explications tortueuses, avoir une vision «complotière» de l’histoire, alors que de Gaulle a depuis son arrivée au pouvoir en 1958 expliqué maintes fois, en privé puis en public, pourquoi l’organisation de l’Otan ne lui convenait pas. C’est pourquoi je ne suis pas d’accord avec la thèse du livre dont on a beaucoup parlé en France il y a deux ans: «la France sous influence». Son auteur, Thierry Wolton, voyait dans l’action des Soviétiques la cause principale de la sortie de l’Otan. C’est à mon avis une vision erronée des causes et des effets.

N. O. Vous écrivez en revanche que le KGB a peut-être joué un certain rôle dans l’acceptation par l’opinion publique française de cette politique antiaméricaine.

C. Andrew. Peut-être, en effet. On voit paraître en France à la fin des années 60 et tout au long des années 70 beaucoup d’articles très antiaméricains, dont certains reprennent des thèmes ou des mensonges concoctés par le KGB. Est-ce à dire que tous les journalistes qui ont écrit les articles en question étaient des agents? Evidemment non. Beaucoup ont été abusés. Mais le KGB a recruté plusieurs journalistes français, dont deux au «Monde» au moins (KRON, un pigiste régulier, et MONGO, un correspondant en Afrique) et six à l’AFP. Leur action, consciente celle-là, a peut-être joué un rôle marginal même si les archives de Mitrokhine sont très pauvres sur des opérations précises concernant la sortie de l’Otan.

N. O. En fait, les opérations d’influence, le recrutement des journalistes étaient les missions premières du KGB à Paris dans les années 60-70.

C. Andrew. Oui, et c’est une particularité de la France et de l’Italie. Dans ces deux pays, le KGB a engagé beaucoup de moyens pour conquérir les «âmes». Au début des années 70, parmi les dix agents français les mieux notés par le KGB, sur une cinquantaine au total, six étaient des journalistes dont les noms de code étaient ANDRE, BROK, ARGUS, NANT, MARS et TUR. Il y avait aussi, outre le chiffreur JOUR, un responsable important d’un institut de recherche sur la politique internationale, un scientifique travaillant dans un laboratoire de recherches aéronautiques de l’Otan et un homme d’affaires agent recruteur.

N. O. _ Vous connaissez les identités de tous ces hommes, des journalistes en particulier, n’est-ce pas?

C. Andrew. Là encore je ne ferai, pardonnez-moi, aucun commentaire.

N. O. Trois journalistes (ANDRE, BROK et ARGUS, tous les trois de droite, semble-t-il) étaient particulièrement choyés par le KGB.

C. Andrew. Oui, au milieu des années 70, BROK était payé par le KGB plus de 100 000 francs par an (plus de 400 000 francs d’aujourd’hui). On le jugeait tellement important qu’il a rencontré secrètement cinq fois le responsable de la section France du KGB. ANDRE et ARGUS aussi étaient très bien rémunérés.

N. O. Pourquoi Moscou les jugeait-il si importants?

C. Andrew. Parce que le KGB était convaincu d’avoir grâce à eux une influence importante à des moments clés de la vie politique et de la diplomatie françaises. ANDRE avait, disent les archives, «accès au président Pompidou» et à son Premier ministre Pierre Messmer. Selon des notes du KGB, il aurait réussi à leur passer des informations falsifiées visant à accroître la suspicion de Pompidou envers les Etats-Unis. Cela a-t-il réussi? J’en doute fort, mais le Centre, le QG du KGB, l’a cru. A la même époque, une autre campagne de désinformation orchestrée par le KGB a échoué: l’opération «la Manche», dont le but était de pousser le président Pompidou à s’opposer à l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE.

N. O. Autre échec retentissant en France du service A, la direction de la désinformation du KGB: l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974.

C. Andrew. Oui. On a longtemps cru que le candidat favori de Moscou à cette époque était Giscard. Entre les deux tours de l’élection, l’ambassadeur soviétique à Paris lui a même rendu visite. Pourtant, pendant cette semaine-là, dix officiers du KGB ont mené cinquante-six opérations de désinformation contre Giscard [NDLR: son nom de code au KGB était KROT…]. Le candidat favori du KGB était en réalité François Mitterrand, le leader de l’Union de la Gauche.

N. O. Est-ce à dire que la démarche de l’ambassadeur était une diversion?

C. Andrew. Pas forcément. Malgré ce que l’on croit souvent, l’ambassadeur et le résident du KGB dans un pays sont souvent en très mauvais termes et n’appliquent pas la même politique. C’est peut-être ce qui s’est passé en 1974. En tout cas, nous avons connaissance du détail de deux opérations anti-Giscard. La première a été réalisée par le journaliste BROK. Sur ordre d’Andropov, le KGB a fabriqué un document «secret» américain expliquant à Giscard les meilleurs moyens de battre Mitterrand et Chaban. D’après les archives, ce document aurait été montré à Chaban grâce à BROK, avec l’objectif de rendre plus difficile une entente Giscard-Chaban pour le deuxième tour.

N. O. Ce n’était pas une opération forcément idiote…

C. Andrew. C’est vrai. La seconde en revanche était totalement stupide. Le Centre a décidé d’utiliser la mort d’une proche de Giscard en octobre pour le brouiller avec l’électorat juif. Il a rédigé de faux tracts d’un prétendu groupe sioniste revendiquant le meurtre de cette femme en représailles contre les actions de Giscard, ministre des Finances, envers des financiers juifs. Comme vous le savez, Giscard a gagné et rien ne montre, bien au contraire, que toutes ces manipulations sordides aient eu le moindre effet sur la campagne.

N. O. Autre cible surprenante du KGB en France: Georges Marchais!

C. Andrew. Hé oui, pendant les quelques années de l’eurocommunisme à la française, en 1976 et 1977, le KGB voulait abattre Marchais politiquement. Il a d’abord fait circuler au sein du PCF un faux document de la CIA révélant un prétendu complot américain pour détruire le Parti. Le but était de faire croire que Marchais mettait en danger le PC. Ensuite le KGB a sérieusement envisagé de faire publier les documents sur le passé de Marchais en Allemagne pendant la guerre, documents qu’il connaissait donc avant leur publication par Auguste Lecur. Mais le service secret soviétique est-il à l’origine de cette opération? Impossible de l’affirmer.

N. O. Quelle a été la position du KGB lors de l’élection présidentielle de 1981?

C. Andrew. C’est beaucoup moins clair qu’en 1974. Il semble que si le Centre avait une légère préférence pour Mitterrand, l’objectif premier du KGB était de décrédibiliser tous les candidats, y compris le patron du Parti socialiste. Parmi les plans d’action psychologique imaginés par la Résidence de Paris en 1981, il y avait «la mise en lumière des éléments pro-atlantiques et pro-israéliens» de la politique de Mitterrand. Là encore, je ne crois pas que les opérations du KGB aient joué le moindre rôle dans cette élection.

N. O. De manière surprenante, le KGB reconnaît enfin en 1981 son inefficacité en la matière.

C. Andrew. Oui, il confesse dans une note qu’il n’a désormais «pratiquement plus d’influence sur l’opinion publique française», ce qui est aveu de faiblesse extrêmement rare. En 1981, il met fin à la collaboration de BROK, qui restera probablement le journaliste occidental ayant travaillé le plus longtemps pour le KGB, trente-cinq ans.

N. O. _ Que fait alors le KGB à Paris?

C. Andrew. La seule chose qu’il sait vraiment faire: voler des secrets. La «ligne X» du KGB, la division chargée du renseignement technologique, devient extrêmement active. Au début des années 80, il y a à Paris deux fois plus d’agents de la ligne X que dans n’importe quelle capitale européenne.

N. O. Sont-ils efficaces cette fois?

C. Andrew. Oui. Au début des années 80, la France est après les Etats-Unis et l’Allemagne la troisième source de l’espionnage technologique soviétique. De France provenaient 8% des documents acquis par la ligne X. Leur cible favorite: Ariane et les missiles français. Mais ce n’est pas tout: une partie des secrets dérobés par le KGB dans des entreprises américaines provenaient d’agents français employés par ces firmes. C’est le cas notamment d’agents à IBM et Texas Instruments.

N. O. Mais dès 1982 ces infiltrations soviétiques dans les entreprises diminuent fortement à cause des révélations du transfuge Farewell, alias Vetrov, à la DST.

C. Andrew. Probablement. A la suite des révélations de Farewell, François Mitterrand a ordonné l’expulsion de la quarantaine d’officiers du KGB de Paris et tous les services de contre-espionnage sont en alerte. Cela a dû porter un coup très dur aux espions soviétiques. Mais Mitrokhine ayant quitté le service des archives en 1984, je n’ai pas d’éléments au-delà de cette année.

Propos recueillis par Vincent Jauvert
(*) «The Mitrokhin Archive. The KGB in Europe and the West», par Christopher Andrew et Vasili Mitrokhin, Penguin Press, 996 pages. Le livre sera publié en France par les Editions Fayard courant 2000.

LES AUTRES REVELATIONS DU LIVRE:
Pendant quarante ans, HOLA, nom de code de Melita Norwood, une vieille Anglaise âgée aujourd’hui de 87 ans, a été l’un des agents les plus importants du KGB en Grande-Bretagne. Elle lui a notamment donné de nombreuses informations sur le programme nucléaire britannique.
Le KGB a monté, efficacement, une vaste campagne de désinformation visant à faire croire que la CIA était la commanditaire de l’assassinat de Kennedy.
Autre réussite: amplifier les rumeurs sur J. Edgar Hoover, l’éternel patron du FBI, dépeint comme un homosexuel amateur de travestissement.
Martin Luther King ne plaisait pas au KGB, qui voulait accroître les tensions raciales aux Etats-Unis. Le service secret a fabriqué des documents faisant croire à une connivence entre King et Hoover. Le KGB a fournit des armes en quantité aux indépendantistes d’Irlande du Nord.

Voir aussi:

Le KGB avait tissé un vaste réseau d’influence en France
Alain Frachon
Le Monde
16.09.99

Les archives d’un transfuge, le colonel Vassili Mitrokhine, apportent de nombreuses révélations sur les activités des services secrets soviétiques en Europe. Au total, pas moins de cinquante agents français auraient travaillé pour le compte de la Résidence

Mis en vente en Grande-Bretagne sous le titre The Mitrokhin Archive, l’ouvrage coécrit par l’historien anglais Christopher Andrew et le colonel Vassili Mitrokhine, un ancien responsable des archives du KGB, apporte de nombreuses informations sur les activités des services secrets soviétiques en France. L’administration, les partis politiques, la presse, les milieux intellectuels, peu de secteurs sensibles échappaient à la curiosité des hommes de la Résidence, le bureau parisien du KGB. Se contentant le plus souvent de pseudonymes, le livre cite très peu de noms d’agents opérant en France. La description de l’un d’eux coïncide avec le contenu d’une note de la DST consacrée à « L’espionnage de l’Est et la gauche » dont Le Monde détient une copie. Son parcours évoque celui de Claude Estier, actuel président du groupe socialiste du Sénat. « Ce sont des inepties », nous a déclaré ce proche de François Mitterrand. La note de la DST identifie le philosophe Alexandre Kojève comme ayant travaillé pour les Soviétiques. (Lire aussi notre éditorial page 17.)

L’APPAREIL D’ÉTAT, si possible la haute administration, la classe politique, la presse et les milieux intellectuels, enfin le monde de l’industrie et de la haute technologie : à en croire Vassili Mitrokhine, ex-colonel des services secrets soviétiques, passé à l’Ouest, en Grande-Bretagne, en 1992, le KGB avait fait de Paris l’une de ses antennes les plus actives d’Europe occidentale depuis 1945. Le bureau parisien du KGB – la Résidence, selon l’appellation de ce milieu – entretenait pas moins de cinquante agents français. Il pratiquait l’espionnage sous toutes ses formes : travail de pénétration, de manipulation et de désinformation pour peser sur la vie publique, influencer les élections et gagner l’opinion à des positions favorables à l’URSS. Du moins est-ce là la thèse que défend M. Mitrokhine, qui fit une bonne partie de sa carrière au service des archives du KGB, dans un livre coécrit avec l’historien britannique Christopher Andrew.

L’ouvrage, The Mitrokhin Archives (996 pages) a été mis en vente mardi 14 septembre à Londres. Le chapitre consacré à la France contient certaines révélations et reprend des affaires déjà connues (Pathé et Farewell, par exemple). En voici un résumé articulé autour des milieux que la Résidence dit avoir pénétrés.

L’administration

La France de la IVe République est jugée par le KGB comme un terrain propice à l’espionnage. Les services de sécurité n’y sont pas très efficaces, juge le KGB, et, au sortir de la Résistance, la force du PCF, qui participe au gouvernement jusqu’en 1947, facilite le travail d’influence et de désinformation du personnel de la Résidence. « Les quelques années qui suivirent la Libération furent ainsi des années en or pour recruter des agents » au service de l’URSS. Au début des années 50, par exemple, les archives du KGB – que Mitrokhine a vues à Moscou, au Centre – mentionnent, « parmi les agents de bonne valeur », quatre membres du Sdece (noms de code : Nosenko, Shirokov, Korablev et Dubravin), un à la DST (Goryachev), un aux Renseignements généraux (Giz), un au Quai d’Orsay (Izvekov), un à la Défense (Lavrov), un au ministère de la marine (Pizho).

L’un des « hauts faits » de la Résidence fut le recrutement d’un responsable du Chiffre (envoi et réception des télégrammes codés du réseau diplomatique français) au ministère des affaires étrangères à Paris. Ce fonctionnaire (nom de code : Jour), recruté en 1945, a permis au KGB de fournir au Kremlin copie de tous les télégrammes échangés entre le Quai d’Orsay et ses ambassades à Washington et Moscou durant la crise des missiles de Cuba. Il sera en service durant trente ans.

Les milieux d’affaires

Le KGB se serait assuré les services d’un homme d’affaires français, François Saar-Demichel. Ancien de la Résistance, brièvement dans les services de renseignement français en 1947, il empoche à Moscou, en 1954, un contrat exclusif pour l’importation de pâte à papier soviétique. Un an plus tard, de nouveau en visite à Moscou, il est recruté par le KGB, avec pour mission d’utiliser ses contacts de la Résistance pour pénétrer et financer les milieux gaullistes à Paris. De Gaulle président, François Saar-Demichel sera reçu à l’Elysée (le livre ne dit pas à quel niveau). En mars 1965, il négociera la vente du système français de télévision en couleur Secam à la télévision soviétique. Interrogée par l’Agence France-Presse, sa veuve, Alice Saar-Demichel, a qualifié ces informations de « grotesques » : « Mon mari, qui est mort en 1991, n’a jamais été un agent soviétique. »

Les milieux politiques

La Résidence recrutait des agents d’influence dans les milieux politiques. Le livre mentionne « deux hommes politiques socialistes » recrutés durant la IVe République. « L’un [nom de code Gilbert puis Giles] passait pour être un proche du futur président François Mitterrand ; il avait été recruté par le STB (services de renseignement) tchécoslovaques en 1955 sous le nom de code de Roter, affirme l’ouvrage. Les contacts entre le KGB et Gilbert commencèrent un an plus tard. L’autre, au nom de code de Drom, fut d’abord approché par le KGB en 1959, recruté comme agent en 1961 et payé une pige forfaitaire de 1 500 francs durant les douze années suivantes. » « Le KGB perdra Drom, qu’il considère comme l’un de ses tous premiers agents au sein du Parti socialiste, en 1973, poursuivent les auteurs ; cette année-là, il fut donné à Drom des sommes substantielles pour régler ses dettes. Mais quelque temps plus tard, il passait pour être en contact avec la DST. » Tel qu’il est rapporté dans le livre, le parcours de « Gilbert-Giles » évoque celui de Claude Estier, actuel président du groupe socialiste du Sénat, qui dément avec force ce soupçon qui, de fait, n’est assorti d’aucune preuve (lire ci-dessous).

La presse et les milieux intellectuels

Là encore, c’est un terrain de recrutement d’agents d’influence. The Mitrokhin Archives insiste sur le cas d’André Ulmann, intellectuel, résistant, ancien déporté, créateur en 1946, « à l’aide de fonds soviétiques », de l’hebdomadaire La Tribune des nations, une publication consacrée aux questions internationales, et que l’antenne du KGB à Paris considérait comme « son journal ». La Tribune défend des positions diplomatiques qui sont celles de l’URSS. « Les archives du KGB révèlent qu’André Ulmann fut un membre secret du PCF, recommandé par la direction du parti à la Résidence, il fut recruté sous le nom de code d’agent Durant en 1946 », écrivent Mitrokhine et Andrew. Les auteurs ajoutent : « De 1946 à sa mort en 1970, Ulmann reçut un total de 3 552 100 francs de la part de la Résidence » pour éditer La Tribune. L’antenne du KGB à Paris faisait valoir au Centre, à Moscou, que le contenu d’articles comme ceux de La Tribune reflétait la qualité de son travail d’influence. La vérité, disent les auteurs, est que la Résidence exagérait fortement son rôle dans l’adoption par la France de positions diplomatiques qui ne déplaisaient pas à Moscou.

La Résidence s’intéressait à la presse. L’ouvrage, sans jamais citer de noms, affirme que l’antenne du KGB à Paris disposait d’agents d’influence dans au moins trois organes de presse, Le Monde, l’hebdomadaire L’Express et l’Agence France-Presse. La Résidence juge que six de ses meilleurs agents d’influence dans les années 60 et 70 étaient des journalistes. Elle faisait valoir son travail d’influence à Moscou en mettant, par exemple, en avant, « les préjugés prosoviétiques du Monde », dans les années 70, sur le Proche-Orient, l’Afrique ou l’Asie, les relations Est-Ouest : « Les notes prises par Mitrokhine à Moscou sur les contacts du KGB avec Le Monde identifient deux des grands journalistes du quotidien et plusieurs de ses collaborateurs. (…) Dans la plupart des cas, ils furent très certainement utilisés à leur insu pour disséminer la désinformation du KGB. »

En juillet 1981, Andropov, alors patron du KGB à Moscou, reçut un message de la direction du PCF l’exhortant à faire donner un visa à un journaliste du Monde pour qu’il puisse se rendre en Afghanistan ; le message, écrivent les auteurs, l’assurait que le reportage « serait sympathique » aux positions de l’URSS.

Sans dire pour quel organe de presse ils travaillaient, le livre cite deux journalistes – noms de code : Brok et André – connus dans les années 60 et 70, bien introduits au plus haut niveau de l’Etat français et qui furent, selon les auteurs, parmi les mieux payés et les plus actifs des agents d’influence du KGB à Paris. L’un d’entre eux, Brok, aurait été en relation personnelle avec des chefs du KGB à Moscou ; l’autre, André, « vétéran du journalisme », avait accès au président Georges Pompidou et à certains de ses ministres comme Pierre Messmer et Maurice Schumann. Rien ne prouve, répètent les auteurs, que les opérations d’intoxication et de désinformation ainsi menées furent couronnées du moindre succès.

Voir également:

Des révélations sur l’agent soviétique qui renseignait les services français
L’espion  » Farewell  » était-il manipulé par les Américains?
Michel Tatu
Le Monde
26.10.90

Deux ouvrages récents apportent des révélations nouvelles sur le mystérieux  » Farewell « , un agent soviétique ayant travaillé pour la France au début des années 80. Selon l’un d’entre eux pourtant, toute l’affaire aurait pu être le produit d’une  » manipulation  » américaine.

Le premier est le livre d’Oleg Gordievski, un agent du KGB travaillant pour la Grande-Bretagne puis  » exfiltré  » de Moscou vers ce pays en 1985 (1), et dont l’Evénement du jeudi publie des  » bonnes feuilles « . Il nous révèle le vrai nom de  » Farewell  » : Vladimir Ippolitovitch Vetrov, lieutenant-colonel du KGB, qui avait appris le français à l’université, puis en France, où il avait séjourné dans les années 60 en qualité d’agent du directoire T du KGB, chargé de l’espionnage technologique. Selon Gordievski, Vetrov aurait souffert d’une vie sentimentale tumultueuse, qui avait entraîné son interdiction de voyage à partir des années 70 et sa mutation au service des  » analyses  » du directoire T, grâce à quoi il aurait pu transmettre aux services français  » un véritable monceau de documents « .

Toujours selon Gordievski, la cause de l’arrestation de Vetrov, en 1981, aurait été non pas ses activités d’espionnage, mais un meurtre qu’il aurait commis à la suite d’une dispute sentimentale. Condamné à douze ans de prison, il aurait été exécuté quelque temps plus tard, sa trahison ayant été connue soit sur la base d’indices découverts par sa femme, soit à la suite d’une confession de sa part, rédigée en prison. Il est difficile de prendre pour paroles d’Evangile ces révélations, presque toutes présentées au conditionnel sur la foi des  » rumeurs  » qui couraient dans les couloirs de la première direction principale du KGB : Gordievski travaillait certes au service des archives de cette direction, mais il n’avait pas de contact direct avec Vetrov.

La seule certitude est que Vetrov ne fut  » opérationnel  » pour les services français que pendant environ un an, et aussi que M. Mitterrand, rencontrant Ronald Reagan pour la première fois au sommet d’Ottawa en juillet 1981, lui remit un important dossier sur les trouvailles de  » Farewell « . Il s’agissait pour lui de prouver à son allié américain que la France, malgré le 10 mai et la participation des communistes au premier gouvernement de gauche, n’était pas passée du côté des  » rouges « .

Le seul ennui est que le président français, depuis lors, éprouverait des doutes sur toute l’opération. Dans leur ouvrage la Décennie Mitterrand, qui vient de paraître, Pierre Favier et Michel Martin-Roland révèlent que le président français leur a confié, en février 1989, qu’il se demande  » si ces informations ne venaient pas en fait des Etats-Unis, qui voulaient ainsi tester la France socialiste et me tester personnellement. Je n’en ai aucune preuve, mais si tel était le cas, on devait avoir l’air malin, Cheysson [alors ministre des affaires étrangères] et moi, devant Reagan et Haig [secrétaire d’Etat américain] en leur révélant l’affaire… « 

Voir encore:

« Farewell », espion anticonformiste

MARCEL CHALET
Le Monde
14.02.97

Pour le responsable de l’opération, ce fut une remarquable tentative de pénétration et de dislocation d’un organe vital du KGB.

Témoignage

Dans la dure bataille que se livrent les services secrets, la vérité ne peut s’écrire que lorsque tous les acteurs ont quitté la scène. Nous n’en sommes pas encore là. Du côté français, Kostine a dû se contenter du témoignage d’un seul des personnages temporaires de l’affaire. Ce qui est peu. Du côté soviétique, il a eu plus de succès. Mais il est clair que chacun de ses interlocuteurs lui a livré sa propre version, ce qui explique les multiples contradictions, digressions et erreurs relevées dans le livre. Ce qui reste incontesté, c’est que « Farewell » a été, quelles qu’aient pu être ses motivations et ses états d’âme, l’instrument remarquable de la pénétration et de la dislocation, par le contre-espionnage français, d’un organe vital du KGB, et que la trahison s’est révélée catastrophique pour l’Union soviétique.

La manipulation de « Farewell » par la DST a bien été décidée au plus haut niveau de l’Etat. Seules les personnes devant impérativement en connaître ont été informées, ce qui réduit sensiblement la liste proposée par Kostine. Encore le nom et le poste officiel de la source sont-ils restés ignorés de la plupart d’entre elles, y compris moi-même, puisqu’ils ne pouvaient concerner que les acteurs participant à la conduite opérationnelle. La priorité a toujours été donnée, dans l’exploitation des renseignements obtenus, aux besoins nationaux. Contrairement à ce que Kostine affirme, « Farewell » était très désireux de savoir ses informations fournies rapidement aux Etats-Unis quand ce pays était impliqué.

C’est bien le rejet délibéré des procédés habituels de l’espionnage qui a permis d’assurer, pendant plusieurs mois, le succès de l’opération. Contrairement à ce que Kostine estime, les méthodes des services de renseignement étaient parfaitement connues de la DST, qui les a maintes fois démasquées dans le cadre d’une action de contre-espionnage dont l’ensemble des services spéciaux des deux côtés du rideau de fer a pu apprécier l’efficacité pendant la guerre froide. La DST a choisi de dérouter l’adversaire en agissant à Moscou de manière totalement non conventionnelle. C’est ainsi qu’elle a gagné. La DST aurait souhaité pouvoir exfiltrer sa source d’URSS en cas de péril. Mais il eût fallu pour le moins que « Farewell » y consentît. Il n’a jamais voulu en entendre parler, et il ne pouvait être question de l’enlever de force.

Nous avons regretté que notre agent ait été plus difficile à contrôler que nous ne pouvions l’imaginer. Fantasque, bravache, cyclothymique, caractériel, calé dans ses certitudes, menteur et provocateur occasionnel, il a toujours cherché à nous imposer sa manière de voir, se réfugiant dans une attitude fataliste quand lui étaient démontrés les dangers de son entreprise. L’alcool et, peut-être, un certain dérèglement de l’esprit ont joué dans cette affaire le rôle qu’ils jouent souvent, hélas, dans d’autres aventures humaines, en pesant sur la volonté, les réflexes, le comportement social et la capacité d’appréciation des situations.

Il est impossible de situer à un jour près la découverte de la trahison de « Farewell », et le livre de Kostine démontre que l’on peut à l’infini, avec toutes les apparences de l’authenticité, lui attribuer à la fois des dates et des raisons diverses. La vérité est simple : « farewell » lui-même, en tentant d’assassiner sa maîtresse et en poignardant à mort un passant, a fourni au KGB une occasion idéale de découvrir le deuxième personnage qui était en lui. Ce serait faire à ce service une injure imméritée que de le supposer incapable d’avoir exploité aussitôt tous les atouts que lui fournissait cet événement pour démasquer un traître dans ses rangs.

Le sort de « Farewell » était déjà scellé lors de sa première condamnation, et la DST le savait à la fin de 1982 de façon formelle. L’élimination de « Farewell » n’a pas pour autant coupé l’accès à certaines sources d’information sur les activités internes du KGB. Il restait pour ce dernier l’espoir de punir ceux qui avaient profité de la forfaiture de « Farewell ». Le KGB s’est employé à réaliser un montage, dont le livre de Kostine apporte une confirmation partielle : il a laissé filtrer l’information selon laquelle « Farewell » était simplement impliqué dans une affaire de droit commun pour attirer les manipulateurs français dans un piège et les prendre en flagrant délit à Moscou. A la fin de l’été 1982, plus aucun des protagonistes français de l’affaire n’était à Moscou et n’y serait revenu, quel que soit l’enrobage de l’appât. « Farewell » est bien allé à la mort avec un seul regret, celui de « ne pas avoir pu causer davantage de dégâts au KGB en servant la France ». Vitali Yourtchenko, l’un des anciens dirigeants du contre-espionnage au KGB, qui a participé à l’enquête sur la trahison de « Farewell » et qui en a été totalement déstabilisé, aurait été un témoin irremplaçable pour Kostine. Dommage, Kostine n’a pas pu le voir. A l’en croire, « il se terre dans sa datcha ». Je vais retourner dans la mienne et lire, encore une fois, l’ouvrage de Kostine sans désespérer d’y découvrir quelque chose de plus entre les lignes, et même quelque chose qu’il ne sait pas y avoir écrit.

Vasili Mitrokhin
The Times
January 29, 2004

KGB archivist who escaped to Britain and presented to the world an unprecedented insight into the workings of the Soviet system

One of the most spectacular defectors from Russia in terms of the “product” he brought with him when he came over in 1992, Vasili Mitrokhin first erupted into the public’s consciousness in September 1999 with the publication of his book The Mitrokhin Archive, written with Professor Christopher Andrew. Based on the unprecedented access he had had to KGB files through his work as the security organisation’s chief archivist from 1972 to 1984, this made a host of revelations about Soviet espionage and counter-espionage operations from the Bolshevik revolution of 1917 onwards.

Among the most fascinating of these was the revelation that an octogenarian grandmother, Melita Norwood, had been betraying British nuclear secrets to the Soviet Union for a period of 40 years from 1937. Such a disclosure led to a public furore which ended only with the Attorney-General of the day advising the Home Secretary, Jack Straw, that at such a distance a prosecution would be “inappropriate”.

Then there was the so-called “Romeo agent”, John Symonds, a detective sergeant in the Metropolitan Police, who, according to the archive, had fled the country when faced with corruption charges and had been recruited by the KGB in Morocco. After KGB “charm” training, his job thereafter was to seduce the employees of foreign embassies, with a view to obtaining secret information.

Among other revelations by Mitrokhin were plans to disrupt the 1969 investiture of the Prince of Wales, making it look like an MI5 plot to discredit Plaid Cymru, the Welsh nationalist party; a plot to injure and disfigure the defected Russian ballet dancers Rudolf Nureyev and Natalya Makarova, thus wrecking their careers; and details of hidden Soviet arms caches scattered throughout Western Europe and the US, to be used by agents and their pro-Soviet accomplices in the event of a war.

The Mitrokhin Archive also paraded a host of big American names, ranging from Henry Kissinger, whose phone calls to President Nixon the KGB claimed to have tapped, to Zbigniew Brzezinski, President Carter’s national security adviser, whom the KGB allegedly tried to recruit. At the other end of the scale were more spies, traitors and suspects: Robert Lipka, a clerk at the National Security Agency who spied for the Soviet Union in the 1960s and was jailed for 18 years; and Felix Bloch, the highest ranking State Department official ever to be investigated for espionage (he was sacked and stripped of his pension but the FBI never had enough evidence to charge him); as well as more detail about the familiar Burgess, Maclean and Philby.

It seemed an unprecedented treasure trove, as well as being a tremendous coup for British Intelligence. Mitrokhin had offered himself first to the CIA when leaving Russia via the Baltic States in the wake of the collapse of the Soviet Union. But the US agency was so overrun with defectors, each of whom had exotic claims to make about his or her fundamental importance to Western intelligence, that it turned him down. He therefore approached a British embassy, was welcomed with open arms and passed on to the Secret Intelligence Service (MI6) which brought him to London.

Sceptics nevertheless urged caution about the value of The Mitrokhin Archive. It was inevitably a heavily edited selection of Mitrokhin’s “six aluminium trunkfuls of notes” (some of which had been located by MI6 men after his departure from Moscow), worked on over a period of seven years. Some critics argued — the intelligence game being what it is — that the effect of the revelations was tendentious, that direct quotation was sparse, and that reference to specific documents was often absent.

Above all, the question was asked: what had led Mitrokhin to select and transcribe the particular documents he did — and what was he trying to prove? He had apparently become disillusioned with Communism in the early 1960s, when the changes promised by Khrushchev at the 20th party congress in 1956 had failed to materialise. Yet his defection, and the exposure of the evils of the Communist system, which he claimed as his goal, had had to wait for another 30 years, by which time that system had effectively ceased to exist — and had certainly ceased to be a threat to Western civilisation.

Nevertheless, The Mitrokhin Archive undoubtedly contained many vivid insights into the workings of the Soviet system, particularly at times when it came under pressures to which its ossified philosophy was not equal. Party reaction to the uncontrollable rumblings of the Solidarity period in Poland, for example, were vividly documented by the series of panic-stricken phone calls between the leadership and its servants in Warsaw.

Vasili Nikitich Mitrokhin was born in 1922 in Yurasovo in Ryazan oblast (province), the second of five children. His childhood was spent partly in Yurasovo and partly in Moscow, depending on where his father, a decorator, could find work and his large family could obtain food. This tended to mean that Mitrokhin spent most winters in Yurasovo, which imbued in him a deep love of the countryside.

After his secondary education, Mitrokhin entered an artillery school. With the German invasion of the Soviet Union in 1941 he moved to Kazakhstan, where he studied for a degree, graduating in law after first reading history. Towards the end of the war, Mitrokhin took his first job, in the military procurator’s office in Kharkov, Ukraine.

He then secured entry to the Higher Diplomatic Academy in Moscow, a three-year course, which ended with his recruitment in 1948 into the KI (Committee of Information), the name by which the Soviet external service was then known. In 1954 it was absorbed into the newly formed KGB (Committee of State Security).

Mitrokhin was shortly afterwards posted to the Middle East, an undercover assignment, which required extensive training and which lasted about three years until 1953. Back in the Moscow headquarters of the KGB, he was entrusted with operational work which involved occasional visits abroad under cover. In this capacity, he accompanied the Soviet team to the 1956 Olympic Games in Australia.

In the late 1950s, Mitrokhin was transferred from operational activities to the department responsible for the service’s archives. In this capacity he had a second foreign posting in East Berlin in the second half of the 1960s.

On his return to Moscow in 1972, he launched the project which was eventually to make available for public consumption the most comprehensive treasure trove of information from the KGB’s most secret files, stretching back to the time of the Bolshevik revolution, and covering most major aspects of the KGB’s work.

An idealistic Communist in his youth, Mitrokhin later claimed disillusionment at the failure of the Khrushchev reforms to take any meaningful shape. He maintained until the end of his life that he remained a communist at heart, but that this political philosophy had been corrupted by the Soviet leadership. The Soviet invasion of Czechoslovakia, which he witnessed at fairly close quarters from East Berlin, also made a deep impact.

His extensive reading of KGB files brought home even more starkly to him the criminality of the regime for which he was working. He decided therefore to make his own record of the files under his control in the hope that one day this could be brought to the notice of the Russian public.

He began taking detailed notes of the files which passed across his desk daily, initially hiding these in his shoes to evade security checks. At weekends he would regularly go to his dacha outside Moscow, where he secreted his notes in metal containers in cavities under the ground floor.

His access to top secret information was significantly increased when it was decided to move the external intelligence service — the First Chief Directorate of the KGB — to new premises on the outskirts of Moscow in 1974. This meant that there was a thorough review of all files transferred to the new premises, overseen by Mitrokhin himself. These included the most secret of all the KGB’s files, in which details of Directorate S “illegals” operations were held.

After his retirement from the KGB in 1984, he set about sorting out his notes into coherent form. He had never really expected that his archive would see the light of day, but as the momentous political developments in the Soviet Union began to undermine the unity of the country and the power of both the Communist Party and the KGB, his hopes grew.

He made an exploratory trip to Sakhalin in the Far East to see whether it might be possible to make his way with his archive to Japan. He travelled to Karelia to examine whether he could slip over the border into Finland. Then with the formal break-up of the Soviet Union in late 1991 and the re-establishment of the three independent Baltic states, he made his way there in March 1992, and after offering himself unsuccessfully to the CIA, established contact with the Secret Intelligence Service. He was finally brought out with his family by SIS in November 1992.

Lengthy initial debriefings in London were followed by a decision to publish The Mitrokhin Archive, a collaboration with Professor Andrew, of Cambridge University, one of the foremost academic authorities on intelligence and security matters. The book, covering KGB activities in the West and in Eastern Europe, including the Soviet Union itself, became an immediate international success on its publication in 1999. The FBI has described the archive as “the most complete and extensive intelligence ever received from any source”.

Other publications followed. In 2002, the Cold War International Historical Project in Washington published on the internet Mitrokhin’s work on Afghanistan. In January 2002 a KGB Lexicon was published by Frank Cass. At the time of his death, Mitrokhin had completed several other works about which he was negotiating with publishers.

Mitrokhin was a shy man, intensely private, who shunned publicity. Dedicated to his family, he was devastated when his wife, Nina, a doctor, died of motor neuron disease in 1999. To close friends he was charming, kind and generous. At heart he remained a man of simple tastes, never happier than when he was eating his own home-prepared vegetable soup.

Mitrokhin’s health had been in decline in recent months, but typically he insisted on continuing to work until he contracted pneumonia, from which he died.

He is survived by a son.

Vasili Mitrokhin, former KGB archivist, was born on March 3, 1922. He died on January 23, 2004, aged 81.

The Spy Scandal: Mitrokhin Archive – How MI6 stole details of KGB plots
Paul Lashmar and Kim Sengupta
Monday, 13 September 1999

IN DECEMBER 1992, MI6 ran a secret undercover mission to spirit a former KGB officer, Colonel Vasili Mitrokhin, and his wife out of Russia. MI6 was skilled at this. The former London KGB station chief Oleg Gordievsky had been brought out in the boot of a Saab by MI6 in the 1980s.

But the defection was hampered by the need to bring six large trunks buried in the garden of Col Mitrokhin’s dacha outside Moscow. MI6 officers, including renegade officer Richard Tomlinson, posing as workmen loaded them into a van. Mr Tomlinson was jailed two years ago after attempting to publish a book about his secret service exploits. He was released in April last year.

These trunks contained the « crown jewels », a KGB encyclopedia of their aims, tactics and agents. Thousands of files were copied from the KGB’s innermost archive. The MI6 operation to lift Mitrokhin was so successful Russian intelligence did not realise the retired archivist had gone for weeks and was in Britain, telling all to MI5 and MI6.

MI5 analysts could not believe their luck when they read the files. There are 25,000 pages of material on KGB operations, a unique insight of the Soviet world spy network.

The documents reveal what targets interested the Soviet Union for the 45 years of the Cold War and expose in gory detail the seduction and blackmail of weak foreign officials by agents. Even the murders of enemy agents are discussed.

Exposure of an 87-year-old great-grandmother in Bexleyheath and a former Scotland Yard detective as KGB spies is just the beginning. The documents, now to be examined by the Commons intelligence committee, are described as the West’s most complete picture of Soviet espionage.

Up to 12 more Britons recruited into the KGB will be unmasked this week. Professor Christopher Andrew said: « One will be a prominent public figure who is now dead. »

Other evidence will reveal how the Soviet Union preyed on the Concorde design team and built its ill-fated Concordski imitation. The Mitrokhin archive shows an aircraft engineer codenamed Ace handed over 900,000 pages of technical data and blueprints.

The files will help to identify KGB agents in Britain still « live » up to the fall of the Berlin Wall. This involves up to 100 Britons, agents or « helpers ».

There are details of the KGB’s supply of arms to the IRA in the 1970s and a plot to disrupt the investiture of the Prince of Wales, codenamed Operation Edding, to be perpetrated with Welsh extremists.

The archives also show the vengefulness of the Soviet machine towards those accused of betrayals. They considered maiming the ballet stars, Rudolf Nuryev and Natalya Makarova, who defected to the West in 1961 and 1970 respectively. The plan was abandoned because the KGB feared exposure and a wave of public opprobrium.

The files also show how the KGB planned to recruit President Carter’s national security advisor, Zbigniew Brzezinski and Cyrus Vance, who later became secretary of state. Both attempts failed.

The Soviets were successful in recording conversations between Henry Kissinger, at the time national security advisor to President Nixon, and diplomats, as well as his girlfriend. Listening devices were also planted inside the room used by the US Senate Foreign Relations Committee.

Spies placed in big US companies such as IBM and General electric ensured the KGB gathered secret commercial as well as defence information. The files show how Moscow regularly received plans for new tanks and aircraft.

The Soviet spying machine was so successful that nearly half of the defence development projects being undertaken in Russia were based on secrets stolen from the West.

The KGB considered sabotaging the Port of New York as well as targeting key infrastructure such as dams and electricity grids. They planted stories discrediting the integrity of the black civil rights leader Martin Luther King. And even considered causing an explosion in an Afro-American community that would have been blamed on white racists with the intention of destabilising American society.

Mrs Norwood, codenamed Hola, is believed to have recruited for the KGB. One is a civil servant codenamed Hunt. Through the 1970s he was paid for information on British weapons, and arms deals. Professor Andrew said there are many more files on the US than on Britain. « This reflects the greater number of operations the KGB undertook there, » he said. The US has just declassified the Venona code files, which unmasked Soviet agents in the 1940s and 1950s. These result from the cracking of Soviet military intelligence messages to Moscow.

There are believed to be 300 Soviet spies in Britain and America not yet publicly identified. The files reveal extensive penetration of America’s defence establishment. By 1975, the archive shows the KGB had 77 agents and 42 key contacts in US scientific and technical establishments, including those involved in nuclear arms.

Robert Lipka, an employee of the codebreaking National Security Agency who spied for the KGB, did immense damage to the West. He has been sentenced to 18 years, because of Mitrokhin’s material.

His files also reveal KGB officers were placed as special assistants to three successive UN secretary generals.

The Traitors Who Got Away

THE PROSECUTION of Melita Norwood is not a straightforward matter. There are others who leaked information to the Soviets and have not been prosecuted.

In 1996 the release of the American « Venona » files – deciphered Soviet messages from the Second World War and early Cold War – led to the unmasking of Theodore Hall, an American scientist working on the « Manhattan Project » to create the atomic bomb.

In 1996, Hall admitted that he passed information to the Soviet Union. He has never been prosecuted and lives in retirement in Cambridge, England.

Anthony Blunt (1907-1983) was the « Fourth Man » of the Cambridge spy ring. He acted as talent-spotter, supplying the names of likely recruits to the KGB. He confessed only when promised immunity from prosecution after the defection of Kim Philby in 1963.

However, Vasili Mitrokhin’s files have already resulted in successful prosecutions. Robert Lipka, who was an employee of the US’s top secret National Security Agency, was arrested by the FBI. He was recently prosecuted and jailed. It is understood he confessed to passing secrets to the Soviet Union in the 1960s.

COMPLEMENT (2010):

Chirstopher Andrew et Vassili Mitrokhine, Le KGB à l’assaut du Tiers Monde. Agression – corruption – subversion. 1945-1991

Paris, Fayard, 2008, 625 p.

Sébastien Laurent

04.05.2010

Trois ans après la parution de Mitrokhin Archive II [1] en Grande-Bretagne (2005), les éditions Fayard ont publié sa traduction sous un titre plus explicite : Le KGB à l’assaut du Tiers Monde. Agression – corruption – subversion. 1945-1991. Cet ouvrage est d’un genre inconnu en France : c’est le résultat d’une collaboration entre un ancien responsable du KGB, Vassili Mitrokhine, et un universitaire britannique, Christopher Andrew. Dans l’abondance d’ouvrages publiés après la disparition de l’Union soviétique, des types très variés de publication ont vu le jour. Ont ainsi paru, aidés par des journalistes (russes ou occidentaux), des mémoires d’anciens responsables soviétiques issus du monde politique ou du KGB – officiers supérieurs et généraux du KGB en fonction pendant les premières décennies de la guerre froide comme Pavel Soudoplatov [2] ou Alexandre Feklissov [3] ou même des dirigeants de premier plan comme le général du KGB Oleg Kalugin [4] –, des enquêtes de journalistes d’investigation russes et/ou étrangers à l’image de la collaboration entre Sergueï Kostine et Éric Raynaud sur Vladimir Vetrov [5] , mais aussi des ouvrages atypiques comme celui écrit par Christopher Andrew et Vassili Mitrokhine. L’universitaire britannique avait déjà travaillé dix ans plus tôt avec un transfuge du KGB, Oleg Gordievsky, exfiltré d’URSS vers la Grande-Bretagne en 1985 et publié trois ouvrages avec lui [6] . Mitrokhin Archive II est d’une autre ampleur. C’est, en outre, la dernière d’une série de collaborations entre les deux auteurs, l’ancien lieutenant-colonel du KGB Mitrokhine étant décédé en 2004.

Un archiviste du KGB passe à l’Ouest

Cette curieuse forme d’écriture à quatre mains est née avec une histoire qui a débuté comme un roman de John Le Carré. Retraité en 1984, Vassili Mitrokhine avait proposé en 1992 ses services aux Britanniques au cours d’un voyage en Lettonie. Comme un transfuge aux plus fortes heures de la guerre froide – qui venait pourtant de s’achever –, il gagna secrètement Londres avec sa famille. L’histoire aurait été sans grand intérêt à l’heure où Boris Eltsine venait d’arriver au Kremlin si ce n’était la spécialité de Mitrokhine : entré dans les services de renseignement en 1948, il avait été affecté en 1956 au service des archives du KGB, à celui de la première direction, c’est-à-dire la principale composante spécialisée sur le renseignement extérieur. Lorsqu’en 1972 le service déménagea du centre de Moscou à Iasenavo dans la banlieue, Mitrokhine commença à copier et photocopier de nombreux documents qu’il conservait ensuite dans sa datcha. Par ses fonctions et son grade, il avait eu accès aux dossiers des « illégaux », c’est-à-dire non pas aux agents officiels de nationalité soviétique sous couverture diplomatique, mais aux agents clandestins de nationalité étrangère. Cet archiviste du KGB, qui n’avait pas retenu l’attention des diplomates des États-Unis à qui il avait offert ses services avant les Britanniques, avait donc des connaissances rares et, comme telles, très précieuses pour les services de sécurité occidentaux. Les noms de centaines d’agents soviétiques donnés par Mitrokhine en ont fait un transfuge aussi précieux que le lieutenant-colonel Vladimir Vetrov qui avait livré aux services français, en 1981-1982, plus de 300 noms d’officiers du KGB [7] , mais Mitrokhine fut plus important peut-être car il permit l’identification d’illégaux. Il vint au Royaume-Uni accompagné de sa collection personnelle d’archives – soit « six conteneurs » de documents –, ensemble constitué au fil des douze années de sa fin de carrière. Traité par les services britanniques, MI5 et MI6, il fut mis en relation par le Gouvernement avec Christopher Andrew, professeur au Corpus Christi College de l’université de Cambridge et spécialiste mondialement reconnu du renseignement. L’ensemble des documents fut classifié par le gouvernement britannique.

Le temps des médias et des « révélations »

Au terme de quatre années de travail un volume fut publié en 1999 avec autorisation gouvernementale [8] . Les ventes des bonnes feuilles dans divers magazines se focalisèrent sur les « révélations » et la livraison des noms d’anciens agents soviétiques. La publication de Mitrokhin Archive eut un tel retentissement que l’Intelligence and Security Committee, organe hybride de contrôle parlementaire et exécutif dépendant du Gouvernement, fut invité à présenter un rapport spécifique au Parlement britannique en 2000, afin d’évaluer la fiabilité et la portée des documents du transfuge [9] . Mitrokhin Archive fut traduit dès l’année suivante par Fayard [10] , maison qui s’inscrit donc, avec la traduction du second volume en 2008, dans la continuité. L’ouvrage de 1999 livrant un certain nombre de noms d’agents de nationalité britannique, un début « d’affaire » eut lieu. C’est ainsi qu’une certaine Melita Norwood fut identifiée, à l’âge de 88 ans, comme ayant livré de nombreuses informations sur le programme nucléaire britannique. Malgré des aveux – télévisés – de la vieille dame recrutée à la fin des années 1930 et qui avait travaillé pour les soviétiques jusqu’à son départ à la retraite, un emballement médiatique certain et l’intervention de MPs en faveur de l’ouverture d’une procédure judiciaire, le procureur britannique refusa de poursuivre « Hola ». Il en fut de même pour les quelques autres agents survivants. En France, malgré la livraison de quelques noms de personnalités connues dont la plupart étaient décédées, il n’y eut pas non plus de poursuites. Beaucoup n’étaient connus que sous leurs noms de code et seuls des recoupements relativement hasardeux avaient permis aux médias français d’avancer des noms. Mitrokhin Archive établissait cependant que la France était une cible privilégiée du KGB en Europe continentale, ce que le journaliste-enquêteur Thierry Wolton avait déjà dénoncé en 1986 et 1997 [11] . Mais, en 1999, Mitrokhin Archive permettait d’effectuer une comparaison de la pénétration du KGB dans les divers pays européens donnant un fondement beaucoup plus solide à l’affirmation considérée auparavant comme politique et polémique. En Italie, autre cible du KGB, la parution de 1999 provoqua une mini-crise politique : une commission d’enquête parlementaire se réunit et publia en octobre 1999 une liste de 200 noms de personnes considérées comme ayant été en relation avec le KGB avec des degrés d’implication divers. Il n’y eut pas cependant de suites judiciaires. Cette dimension politico-médiatique de la publication de Mitrokhin Archive I en Europe illustre une limite des documents en possession de Mitrokhine qui n’étaient que des copies d’archives et, comme telles, n’avaient aucune valeur juridique. La publication en France en 1996 de documents d’archives tirés des services de sécurité roumains et accusant Charles Hernu d’avoir été un agent étranger avait déjà attiré l’attention sur les limites des « révélations » émanant d’anciens pays socialistes. La véracité de ces documents fut mise en cause, ce qui n’avait jamais été le cas pour Mitrokhine dont les deux livres, utilisant essentiellement des pseudonymes, sont par ailleurs beaucoup plus prudents. La vague « d’ouverture » des archives des pays de l’Est [12] apporta ainsi sur le rivage occidental de multiples documents dont l’exploitation, rarement soumise aux bonnes vieilles critiques interne et externe et aux règles de la contextualisation, fut prétexte à instruction de multiples procès post-mortem. Mais des travaux historiques rigoureux fondés sur les archives soviétiques démontrèrent l’ampleur, à partir des années 1930, des réseaux des services soviétiques en France [13] . Malgré ceux-ci, subsiste l’idée que l’histoire est un tribunal immatériel et permanent, vision renforcée par le fait que certains universitaires ont été conviés dans les prétoires. Assurément, l’histoire et les sciences sociales devraient veiller aux usages publics, mémoriels et judiciaires que l’on fait de ses activités de recherche. La discipline historique n’a pas vocation à se comporter en délatrice. Mais, en l’occurrence, l’essentiel n’est pas là : l’espionnage qui est, selon la formule fameuse, un « crime sans cadavre », laisse, dans une perspective judiciaire, peu de traces incontestables, malgré la patience des organes de contre-espionnage qui accumulent et sédimentent, parfois dans le temps long, des strates de documents. D’où l’impossibilité d’une quelconque exploitation judiciaire de Mitrokhine.

Un nouveau regard sur le KGB, l’URSS et la guerre froide

Limiter les deux ouvrages aux « révélations » de l’identité de certains agents, à l’instar de leur réception médiatique, serait toutefois très éloigné de leur apport contestable à l’histoire de l’URSS et de la guerre froide. Les deux ouvrages ont été conçus sur le même mode se présentant comme des histoires de l’action extérieure du KGB. La collaboration entre l’ancien kégébiste et le Dean britannique de l’étude académique du renseignement donne une forme originale aux livres dont le matériau est constitué par des ouvrages universitaires de soviétologie, dans une moindre mesure par des mémoires publiés, mais aussi et surtout sur la documentation personnelle amassée et exfiltrée par Mitrokhine. Comme le précédent livre, Le KGB à l’assaut du Tiers Monde utilise des identifications. Tout au long des chapitres construits autour des différentes zones d’expansion soviétique, les auteurs donnent les pseudonymes et, dans un certain nombre de cas, les noms des agents et des sources soviétiques. Mais les campagnes de désinformation, les « mesure actives » menées par le KGB sont également mentionnées et décrites. L’historien sait qu’on bâtit peu sur des « révélations » qui ont pourtant la faveur du grand public et des médias. Mais le repérage par les deux auteurs d’un grand nombre d’agents dont l’action est replacée dans le double contexte de l’URSS et du pays cible permet de prendre la mesure de ce qui n’a en fait jamais été étudié réellement, à savoir, la mise en œuvre de la politique extérieure soviétique. On connaissait celle-ci finalement de façon très superficielle, par les discours des dirigeants dont les inflexions idéologiques étaient censées marquer les évolutions de la diplomatie, par le repérage des moyens diplomatiques mis en œuvre dans divers pays. Cette approche, en l’absence de sources documentaires accessibles, privilégiait la diplomatie discursive et l’action du ministère des Affaires étrangères et laissait totalement dans l’ombre celle des services de renseignement extérieurs (KGB). Tout au plus n’était-elle évoquée que par une forme de kremlinologie spécifique au KGB, fondée sur les évolutions de carrière de ses principaux responsables. Les deux volumes des archives Mitrokhine permettent, pour la première fois, d’observer le KGB à l’œuvre tout au long de la guerre froide dans l’ensemble du monde. Le fait que Mitrokhine, officier du KGB, ait procédé dans la durée à une sélection – informée – de documents est un formidable atout pour la recherche sur l’Union soviétique : ce sont les agents et les « mesures actives » les plus importants qui sont valorisés. On peut donc penser que l’action du KGB fut plus ample encore. Ainsi, prend forme la para-diplomatie du KGB dont la mission était de propager la révolution dans le monde. Dès le congrès des peuples d’Orient de Bakou en 1920, l’URSS avait placé ses espoirs dans le monde colonisé. Mais le réalisme et les intérêts propres de la Russie avaient amené à la sanctuarisation de la Russie face aux puissances capitalistes et fascistes. C’est donc seulement après 1945 que l’Union soviétique victorieuse put véritablement passer de la théorie à la mise en œuvre pratique. Encore faut-il préciser, ainsi que le montrent Mitrokhine et Andrew, que le KGB ne se lança pleinement dans une action subversive dans le Tiers Monde qu’après la mort de Staline. L’arrivée de Khrouchtchev conjuguée à la maturation des mouvements nationaux et aux premières réalisations d’indépendance favorisa l’implication du KGB. À la différence du précédent livre, une trentaine d’années seulement est ici analysée. Il s’agit cependant de trois décennies marquées par un investissement sans précédent des services soviétiques. Le tiers-mondisme, le non-alignement et le choix de modèles socialistes de développement par de nombreux pays nouvellement indépendants, puis le début du terrorisme international dans les années 1970 ont offert autant de supports et d’occasions de rencontres entre l’URSS et le Tiers monde. Mitrokhine et Andrew parviennent sans difficulté à convaincre de leur thèse : l’URSS s’est très fortement consacrée à propager la révolution mondiale grâce au KGB à partir de la fin des années 1950. À la suite des auteurs, on peut même aller plus loin en reconnaissant que c’est sur ce terrain qu’ils ont remporté leur unique victoire contre les puissances occidentales et capitalistes. Que ce soit en Asie, en Amérique latine ou en Afrique, l’emprise des services soviétiques n’a cessé de croître. On est frappé à la lecture de cet ouvrage étonnant et parfois fascinant de constater que les soviétiques ont su recruter des sources souvent très bien placées dans les appareils d’État en formation des nouveaux pays post-coloniaux. L’habilité du KGB fut tout aussi nette au sein des mouvements nationalistes : ainsi Mitrokhine indique-t-il que Ouadi Haddad, militant du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et principal responsable de l’extension du terrorisme en Europe dans les années 1970, fut recruté par le KGB au tout début des années 1970. Il en fut de même pour un proche conseiller d’Arafat, Hani el-Hassan. On relèvera la rapidité de ces pénétrations : en Occident, les « grands » agents avaient été recrutés très tôt, dès les années 1930 (les Magnificent Five de Cambridge ou même la modeste secrétaire Melita Norwood) ou à la fin de la Deuxième Guerre mondiale (le français Georges Pâques à Alger en 1944). Les soviétiques avaient « environné » avec talent des individus de rang divers dont ils pensaient qu’ils pourraient être bien plus tard des agents précieux. Dans le Tiers Monde, le KGB eut moins de temps pour planifier les recrutements mais n’eut pas moins de succès. Les services crurent longtemps, l’ouvrage est là encore très intéressant, à leur succès : des délégations du KGB étaient encore présentes en Afrique au début des années 1990 avec des objectifs inchangés, alors que la politique d’aide militaire et technique soviétique avait disparu. Mais Andrew et Mitrokhine ne présentent pas un organisme omniscient : les erreurs d’appréciation furent nombreuses, les auto-intoxications également ainsi que la crainte de présenter des analyses réalistes mais déplaisantes aux hiérarques. Les deux auteurs confirment ainsi que, dans les régimes idéologiques, les organes de renseignement sont souvent puissants et efficaces mais sont soumis à un devoir idéologique qui les amène parfois à commettre les plus grandes erreurs d’appréciation.

L’engouement pour l’étude de la Russie post-soviétique ne devrait pas faire oublier les gisements d’archives de l’époque antérieure et, en particulier, ceux des organes de renseignement. Les spécialistes, internationalistes, politistes ou historiens ont bien identifié les biais de ce type d’archives. En laissant de côté la pseudo-fonction ordalique des « révélations » à d’autres, les sciences sociales devraient s’intéresser à ce qui peut être tiré de l’étude du renseignement. La traduction des ouvrages d’Andrew et Mitrokhine et de mémoires offre aux chercheurs un matériau et des éléments d’analyse à prendre en compte. Les ouvrages antérieurs de Christopher Andrew, historien et internationaliste, ont été les premiers à inviter à la prise en compte de l’activité des organes de renseignement dans l’étude des relations internationales. Que ce soit sur les services britanniques (1985) [14] ou américains (1995) [15] , cet éminent universitaire, animateur d’un séminaire de réputation mondiale à Cambridge, a montré que ce fait ne pouvait plus être ignoré. Invitation à dépasser une approche des relations internationales fondée sur les seuls organes diplomatiques et sur la diplomatie officielle (fût-elle secrète [16] ), l’œuvre d’Andrew est également une invitation implicite à dépasser une approche de l’État et du politique qui se limiterait à ses seules manifestations publicisées.

Notes :

[1] Christopher Andrew et Vasili Mitrokhin, The Mitrokhin Archive II: the KGB and the World, Londres-New York, Allen Lane, 2005, 676 p.

[2] Pavel Soudoplatov, Missions spéciales, Paris, Seuil, 1994, 611 p.

[3] Alexandre Feklissov, Confession d’un agent soviétique, Paris, Éditions du Rocher, 1999, 421 p.

[4] Oleg Kalugin, The First Directorate. My 32 Years in Intelligence and Espionage against the West, New York, St Martin’s Press, 1994, 374 p.

[5] .Sergueï Kostine et Éric Raynaud, Adieu Farewell, Paris, Robert Laffont, 2009, 430 p. Cf. Sébastien Laurent, « Adieu Farewell ? Histoire et histoires autour d’un épisode de la guerre froide. Note critique », Histoire@Politique. Politique, culture, société, http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=08&rub=comptes-rendus&item=227

[6] Christopher Andrew et Oleg Gordievsky, KGB: The Inside Story of its Foreign Operations from Lenin to Gorbachev, New York, Harper and Collins Publishers, 1990, 776 p. ; Christopher Andrew et Oleg Gordievsky, More ’instructions from the Centre’: Top Secret Files on KGB Global Operations, 1975-1985, Londres-Portland, F. Cass, 1992, 130 p. ; Christopher Andrew et Oleg Gordievsky, Comrade Kryuchkov’s Instructions: Top Secret Files on KGB Foreign Operations, 1975-1985, Stanford, Stanford University Press, 1993, 240 p. Le premier des trois ouvrages a été traduit en France (Le KGB dans le monde 1917-1990, Paris, Fayard, 1990, 755 p.).

[7] À la différence de Mitrokhine, il y eut, en France et aux États-Unis, à la suite des renseignements fournis par Vetrov, des expulsions et des arrestations au milieu des années 1980.

[8] Christopher Andrew et Vassili Mitrokhin, The Mitrokhin Archive. The KGB in Europe and the West, Londres, Penguin books, 2000 [1ère ed. : 1999], 995 p.

[9] Intelligence and Security Committee, The Mitrokhin Inquiry Report, June 2000. Rapport officiel publié par TSO et disponible sur : http://www.archive.official-documents.co.uk/document/cm47/4764/4764.htm

[10] Christopher Andrew et Vassili Mitrokhine, Le KGB contre l’Ouest 1917-1991, Paris, Fayard, 2000, 982 p.

[11] Cf. Thierry Wolton : Le KGB en France, Paris, Fayard, 1986, 310 p. ; Le Grand recrutement, Paris, Grasset, 1993, 397 p. ; La France sous influence : Paris-Moscou 30 ans de relations secrètes, Paris, Grasset, 1997, 506 p.

[12] Cf. Serge Wolikow (dir.), Une histoire en révolution ? Du bon usage des archives, de Moscou et d’ailleurs, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 1996, 315 p. ; et Sophie Coeuré, La Mémoire spoliée : les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique (de 1940 à nos jours), Paris, Payot, 2006, 270 p.

[13] Cf. parmi d’autres : Sabine Dullin, Des hommes d’influences : les ambassadeurs de Staline en Europe, 1930-1939, Paris, Payot, 2001, 383 p. ; et Sabine Jansen, Pierre Cot : un antifasciste radical, Paris, Fayard, 2002, 680 p.

[14] Christopher Andrew, Secret Service. The Making of the British Intelligence Community, Londres, William Heinemann, 1985, 616 p.

[15] Christopher Andrew, For the Presidents Eyes Only. Secret Intelligence and the American Presidency from Washington to Bush, Londres, Harper Collins Publishers, 1995, 660 p.

[16] Christopher Andrew soutint en 1968 son Ph.D. sur le rôle de Delcassé dans la construction de l’Entente Cordiale.


Espionnage: Connaissez-vous le colonel Vetrov? (A last farewell to the unknown Russian who single-handedly brought down the Evil Empire)

26 février, 2009
The Russian who killed the USSRQuand les historiens se pencheront sur les raisons de la fin de la Guerre froide, peut-être que Farewell recevra une note de bas de page. Elle serait méritée. Gus W. Weiss (CIA)

La bombe atomique, le B-29, le moteur Rolls-Royce Nene, la Silicon valley, le Concorde, la navette spatiale …

On savait depuis longtemps à quel point les Soviétiques avaient dépendu de leur espionnage pour une grande partie de leurs succès technologiques ou militaires.

Mais, ce n’est qu’au début des années 80 avec la défection du Colonel du KGB Vladimir Ippolitovitch Vetrov qui fournira sous le nom de code Farewell des milliers de documents et les noms de centaines d’agents soviétiques à une DST ébahie et, cerise sur le gâteau, une présidence Mitterrand contenant des (taupes?) communistes, que les services de renseignement occidentaux prendront enfin conscience de l’ampleur du problème.

Ce qui permettra non seulement de confirmer l’intuition reaganienne du délabrement de l’Union soviétique et de la possibilité de gagner la Guerre froide mais de fournir délibérément à ceux-ci de fausses informations et des technologies délibérément avariées et, avec le bluff partiel de la Guerre des étoiles, de précipiter définitivement leur chute.

Et le plus beau, c’est que, comme le montrait hier soir l’excellent documentaire d’Arte (avant la sortie d’un film à l’automne prochain) et quelles que soient ses défaillances par ailleurs, le colonel soviétique au nom de code tristement prémonitoire ne demandera jamais d’argent et paiera, au prix de sa vie, son incroyable trahison …

L’Affaire Farewell
Gilles Heuré
Télérama
21 février 2009

Au début des années 80, au moment où François Mitterrand et Ronald Reagan arrivent au pouvoir, une taupe soviétique révèle aux services secrets français que l’économie de l’URSS et son industrie militaire ne tiennent que grâce à l’espionnage pratiqué par le KGB. «Farewell» est le nom de code que donnent les Français à l’espion. Quelque 3000 documents stratégiques et les noms des principaux agents soviétiques opérant à l’Ouest sont ainsi livrés aux Français. Farewell est l’un des éléments qui ont fini par faire tomber le Mur de Berlin. Après des années de silence, certains des protagonistes de ces opérations sont en mesure de livrer leur témoignage. Agents du KGB, de la CIA et de la DST de l’époque sont aujourd’hui à la retraite et peuvent parler.
.

Documentaire-fiction (1 et 2/2) de Jean-François Delassus (France, 2008). 2 x 52 mn. Inédit.

Un homme seul peut-il faire basculer un régime ? En tout cas, il peut contribuer à le fissurer, comme le montre l’incroyable histoire de Farewell. Dans les années 60 et 70, Vladimir Vetrov, agent du KGB, officie au sein des ambassades d’URSS en France et au Canada. Mais, indiscipliné et surtout porté sur la boisson, il est rappelé à Moscou et placardisé. Vexé, il conçoit une haine du régime bureaucratique et décide de lui nuire en livrant des secrets scientifiques et militaires à la France. Stupéfaite par l’ampleur et la valeur des renseignements fournis, la DST informe la CIA de l’existence de cet espion, appelé « Farewell », qui ne demande même pas de rétribution financière. Données économiques, rapports secrets, liste d’agents du KGB… le lieutenant-colonel Vetrov donne tout, contrevenant aux règles classiques de l’espionnage (1).

Ce remarquable documentaire-fiction retrace le parcours de ce personnage grâce à une interprétation impeccable de l’acteur qui incarne Vetrov et une enquête minutieuse qui fait parler anciens responsables soviétiques, américains et français du milieu de l’espionnage. Cet espion hors normes aura permis aux pays occidentaux de comprendre la faiblesse d’un système jugé infaillible. Gilles Heuré

(1) Christian Carion tourne actuellement Farewell, un film inspiré de cette affaire, avec Emir Kusturica dans le rôle de Vetrov et Guillaume Canet en agent de la DST (sortie en salle à l’automne 2009).

Voir aussi:


LES SUITES DE FAREWELL (rediffusion)
Patrick Pesnot
France inter
samedi 13 juillet 2002

Jamais encore le cœur du système soviétique, le plus secret, le plus opaque, n’avait été pénétré ! Je veux parler du formidable appareil de renseignement mis en place par Moscou pour piller la technologie occidentale, pallier du même coup les faiblesses de l’industrie soviétique et faire des économies considérables en matière de recherche. C’était en 1981 : un colonel, tapi à la direction T (sciences et techniques) du Premier directorat du KGB, décidait soudain de révéler à l’Ouest l’ampleur de la pénétration soviétique dans les domaines les plus sensibles de la recherche et de la technologie. Francophile, ayant longtemps été en poste dans notre pays, cet homme choisissait de s’adresser à notre service de contre-espionnage, la DST. Grâce aux milliers de documents fournis mois après mois par cet espion, nos agents découvraient ainsi l’existence d’un organisme, le VPK, c’est à dire la Commission de l’industrie militaire, chargé de planifier et d’organiser systématiquement l’espionnage scientifique et technologique. Une collecte faite à la demande : les divers secteurs militaires et industriels faisaient connaître tous les ans leurs insuffisances ou leurs retards. A charge pour les agents des services secrets soviétiques infiltrés dans le monde entier de leur fournir les informations technologiques qui leur manquaient. Ce même VPK chiffrait aussi méthodiquement les économies ainsi réalisées : des millions de roubles, chaque année…

Monsieur X a déjà évoqué ici le dossier Farewell. Farewell étant le nom de code attribué par la DST à ce colonel du KGB qui s’appelait, on le sait aujourd’hui, Vladimir Ippolitovitch Vetrov. Et s’il a voulu revenir sur cette affaire extraordinaire, qui a été longtemps un des secrets les mieux gardés de la République, c’est parce que de nombreux points demeurent obscurs. Car même si, incontestablement, l’exploitation de la source Farewell a été un des succès les plus retentissants de nos services de renseignement, succès qui s’est traduit par l’expulsion de France de 47 pseudo-diplomates soviétiques, cette opération a peut-être aussi donné lieu à une ou plusieurs étranges opérations de désinformation.

Un mot encore avant d’écouter Monsieur X : Vetrov, alias Farewell, a été arrêté par la police soviétique en février 1982. Non pas pour espionnage mais pour une affaire de droit commun : le colonel, pris d’un accès de folie, a tenté de poignarder sa maîtresse et tué un policier. Mais Monsieur X ne croit pas à cette version. Pour lui, Farewell, aux abois, a imaginé un simulacre d’assassinat sur sa maîtresse : provisoirement emprisonné, pensait-il, il échapperait aux limiers du KGB qui, immanquablement, finiraient par le démasquer. Mais un policier s’est interposé. Un malencontreux grain de sable ! Vetrov a donc été condamné à 12 ans de prison et envoyé en Sibérie.

En Occident, nul ne sait alors ce qu’il est devenu. Sans nouvelles de leur espion, les hommes de la DST imaginent qu’il a été découvert et capturé. L’exploitation des renseignements qu’il a fournis peut alors commencer. Des espions soviétiques sont démasqués un peu partout dans le monde. Le KGB apprend ainsi l’existence d’une taupe au sein de son dispositif le plus secret… Vetrov finit par être démasqué. Extrait de sa prison sibérienne, il avoue. Condamné à mort, il aurait été fusillé au début de l’année 1985. Et j’emploie le conditionnel à dessein. Car, aujourd’hui encore, on ne sait pas si cet espion exceptionnel est réellement mort !

Voir également:

The Farewell Dossier
Duping the Soviets
Gus W. Weiss
CIA

We communists have to string along with the capitalists for a while. We need their credits, their agriculture, and their technology. But we are going to continue massive military programs and by the middle 1980s we will be in a position to return to a much more aggressive foreign policy designed to gain the upper hand in our relationship with the West. Leonid Brezhnev (remarks in 1971 to the Politburo at the beginning of détente)

During the Cold War, and especially in the 1970s, Soviet intelligence carried out a substantial and successful clandestine effort to obtain technical and scientific knowledge from the West. This effort was suspected by a few US Government officials but not documented until 1981, when French intelligence obtained the services of Col. Vladimir I. Vetrov, « Farewell, » who photographed and supplied 4,000 KGB documents on the program. In the summer of 1981, President Mitterrand told President Reagan of the source, and, when the material was supplied, it led to a potent counterintelligence response by CIA and the NATO intelligence services.

President Nixon and Secretary of State Kissinger conceived of détente as the search for ways of easing chronic strains in US-Soviet relations. They sought to engage the USSR in arrangements that would move the superpowers from confrontation to negotiation. Arms control, trade, and investment were the main substantive topics. The Soviets viewed détente as « peaceful coexistence » and as an avenue to improve their inefficient, if not beleaguered economy using improved political relations to obtain grain, foreign credits, and technology.(1) In pure science, the Soviets deserved their impressive reputation, and their space program demonstrated originality and accomplishment in rocket engineering–but they lacked production know-how necessary for long-term competition with the United States. Soviet managers had difficulty in translating laboratory results to products, quality control was poor, and plants were badly organized. Cost accounting, even in the defense sector, was hopelessly inadequate. In computers and microelectronics, the Soviets trailed Western standards by more than a decade.

Soviet S&T Espionage

The leadership recognized these shortcomings. To address the lag in technology, Soviet authorities in 1970 reconstituted and invigorated the USSR’s intelligence collection for science and technology. The Council of Ministers and the Central Committee established a new unit, Directorate T of the KGB’s First Chief Directorate, to plumb the R&D programs of Western economies. The State Committee on Science and Technology and the Military-Industrial Commission were to provide Directorate T and its operating arm, called Line X, with collection requirements. Military Intelligence (GRU), the Soviet Academy of Sciences, and the State Committee for External Relations completed the list of participants. The bulk of collection was to be done by the KGB and the GRU, with extensive support from the East European intelligence services. A formidable apparatus was set up for scientific espionage; the scale of this structure testified to its importance. The coming of détente provided access for Line X and opened new avenues for exploitation. Soviet intelligence took full advantage.

In the early 1970s, the Nixon administration had no comprehensive policy for economic relations with the USSR. The sale of strategic goods to Communist countries was governed by the Coordinating Committee of NATO (COCOM), which administered an Alliance-agreed list of products and data embargoed for sale. Nixon’s policy worked within this system, and, for the export of products exceeding the approved list, special exceptions were necessary. And, in a new set of commercial and scientific arrangements, the United States and the USSR set up joint technical commissions to assess prospects for cooperation. Topics included agriculture, nuclear energy, computers, and the environment. As Kissinger noted:

Over time, trade and investment may leaven the autarkic tendencies of the Soviet system, invite gradual association of the Soviet economy with the world economy, and foster a degree of interdependence that adds an element of stability to the political relationship.(2)

Beginning in 1972, delegations of Soviet specialists came to the United States to visit firms and laboratories associated with their commissions. Line X, ever alert, populated these delegations with its own people: in an agricultural delegation of 100 about one-third were known or suspected intelligence officers. On a visit to Boeing, a Soviet guest applied adhesive to his shoes to obtain metal samples. In another episode, the ranking scientists and managers of the Soviet computer and electronics industry obtained a visa for the specific purpose of visiting the Uranus Liquid Crystal Watch Company of Mineola, Long Island (a firm not among the Fortune 500). Three days before the delegation’s arrival, they requested an expansion of the itinerary to include nearly all US computer and semiconductor firms. This maneuver was done to observe (that is, collect) the latest technology, and it was executed at the last minute so that the Defense Department would not have time to object. It was legal–Line X had studied our regulations and turned them to its advantage.

To acquire the latest aircraft technology, the Soviets in 1973 proposed purchasing 50 Lockheed transports if the firm, then in financial difficulty, would build and equip a modern « aircraft city » in the USSR. A similar proposition was put to Boeing (it besieges the imagination to ponder Brezhnev appearing from the cabin of an Aeroflot 747). Line X practiced the venerable capitalist technique of playing off competitors, and, from this bidding, the Soviets sought to gain technical data for use at home. On a less lofty technical plane, in 1972 the Soviets surreptitiously bought 25 percent of the US grain harvest, using phone intercepts of the grain dealers’ network to listen to both sides of the market. The purchase led to higher grain prices for consumers, and taxpayers provided for a 25-percent-a bushel export subsidy. Those of us observing these arabesques began to question the USSR’s total commitment to the spirit of détente.

US Computer Export Policy

In late 1973, President Nixon asked his Council on International Economic Policy to determine which computers and associated production technology might be prudently sold to Communist countries. This study was necessary because détente implied the expansion of commercial opportunities with Eastern Europe and the USSR; a new and more liberal set of COCOM rules was required to fit these prospects, however illusory they may have been. Data processing was the most important product requiring review. I was put in charge of the project, and I was also made responsible for the broader problem of technology transfer. The computer study was the first review of technology policy within détente; it sought to assess the economic gain to the United States from computer sales set against the national security risk from those sales.

Not surprisingly, the study concluded that the USSR was short of computers and the means to pay for substantial computer imports. Our analysis presumed that the Soviets intended to use their foreign exchange to best advantage by purchasing the most powerful computers, those that also held the most national security risk (large computers were used for nuclear weapons calculations and cryptography). The report concluded that the export potential for American data processing to the USSR was small and the risk great if the more powerful computers were allowed for sale. The study recommended raising moderately the power of machines allowed for COCOM release, while at the same time restricting the sale of technology. Export of the largest computers was to be prohibited. In National Security Decision Memorandum (NSDM) 247, 14 March 1974, U. S. Policy on the Export of Computers to Communist Countries, President Nixon approved these recommendations, and they became the new export guidelines. As a result, the Soviets were excluded from importing significantly powerful Western computers, détente notwithstanding.

If the Soviets were to reach comparability with the United States in computers, their engineers would on their own now have to create designs and produce equipment. Line X would have to use its espionage resources to supplement what could be developed at home. NSDM 247 eliminated the West as an open source available to the Soviets, but Western intelligence was unaware of the collection apparatus the Soviets had deployed to obtain the technology.

Strong Suspicions and Skepticism

In the early 1970s, there were no US intelligence collection requirements for technology transfer and scientific espionage, and few, if any, reporting sources. But, by observing the behavior of Soviet delegations visiting US plants and by keeping in mind the clever 1972 grain purchase, a few government officials began to suspect that a master plan was in place to obtain our know-how. Direct evidence was nonexistent–only anecdotal clues were at hand. In their intelligence history, the Soviets could point to the success of the atom bomb spies, and they also had to their credit collection against industrial technology in Germany during the 1920s. After World War II, the Soviets copied the American B-29 and the Rolls-Royce Nene jet engine (the copy powered the MiG-15). Two former members of the Rosenberg network had set up the modern Soviet microelectronics industry. Soviet intelligence was professional at ferreting out science and technology and had the results to prove it. The Soviets were adept at copying foreign designs. In the style of Sherlock Holmes, the clues could almost speak for themselves: the USSR was behind in important technologies, their intelligence was accomplished at collection, and détente had opened a path.

Those suspicious of a Great Game in technology espionage found that the US Government was not 221 B Baker Street–we could make little headway in persuading officials in charge of intelligence requirements that the United States was facing a significant threat. We received discouraging responses to our pleas for help: « No evidence » of a grand design; « not usual Soviet practice; » « no requirements and no interest; » « no sources. » It seemed to have escaped these authorities that having no evidence does not mean it is not true. The system defied movement.

A few alert colleagues were dispersed among the executive departments. In one episode, the Department of Commerce discovered a Line X effort to obtain an embargoed computer through a dummy corporation set up for this one transaction;officials intercepted the shipping container and substituted sandbags. (A note was enclosed, but it would not be politically correct to quote it.) In 1975, the Apollo-Soyuz spacecraft docking was used to gain intelligence access to the US space program. This project was conceived by the Nixon administration as part of détente, and President Ford had no choice but to continue the effort. To the consternation of NASA, a few weeks before the launch counterintelligence suspected that one of the Cosmonauts was a KGB officer who had been collecting away over the course of the project.

Presidential Interest

President Carter was the first chief executive to take an interest in technology loss. During his administration, CIA had begun to report the diversion of computers from the West into the Soviet defense complex, and he wanted details. In response, the Agency assigned staff to this endeavor and produced a more complete picture of technology loss than had been available since the start of Directorate T. Carter also ordered the first comprehensive study of technology transfer, Presidential Review Memorandum 31, a document that only distantly addressed the threat from clandestine collection. It was largely a missed opportunity, but Carter responded to the Soviet invasion of Afghanistan by instituting sanctions, canceling several computer sales, and stopping equipment destined for the Kama River truck plant.

President Reagan came to office intent on reversing what he saw as the « window of vulnerability » favoring the Soviets in strategic weapons. He also believed that the USSR’s economy did not work and that the Soviet system was on the way to collapse. His intuition led him to believe the Cold War could be won. Joining Reagan’s NSC staff were those of us who thought similarly and entertained the idea that economic pressure would have some effect. The NSC staff sought to fashion policies to take advantage of the USSR’s low productivity, its lag in technology, oppressive defense burden, and inefficient economic structure. Reagan was the first president for whom this line of thought would have been even remotely acceptable.

A Defector in Place

Into the receptive climate of the Reagan administration came President Mitterrand, bearing news of Farewell–that is, Colonel Vetrov. In a private meeting associated with the July 1981 Ottawa economic summit, he told Reagan of the source and offered the intelligence to the United States. It was passed through Vice President Bush and then to CIA. The door had opened into Line X.

Vetrov was a 53-year-old engineer assigned to evaluate the intelligence collected by Directorate T, an ideal position for a defector in place. He had volunteered his services for ideological reasons. He supplied a list of Soviet organizations in scientific collection and summary reports from Directorate T on the goals, achievements, and unfilled objectives of the program. Farewell revealed the names of more than 200 Line X officers stationed in 10 KGB rezidents in the West, along with more than 100 leads to Line X recruitments.(3)

Upon receipt of the documents (the Farewell Dossier, as labeled by French Intelligence) CIA arranged for my access. Reading the material caused my worst nightmares to come true. Since 1970, Line X had obtained thousands of documents and sample products, in such quantity that it appeared that the Soviet military and civil sectors were in large measure running their research on that of the West, particularly the United States. Our science was supporting their national defense. Losses were in radar, computers, machine tools, and semiconductors. Line X had fulfilled two-thirds to three-fourths of its collection requirements–an impressive performance.

Interest in Technology Transfer

Overnight, technology transfer became a top priority, rising from the basement of Intelligence Community interest. CIA set up a Technology Transfer Intelligence Center, and the Pentagon created groups to assess damage and find ways to tighten technology controls. But careful study of Farewell’s material suggested that more than just a few committees could come out of this wealth of intelligence. With the Farewell reporting, CIA had the Line X shopping list for still-needed technology, and with the list American intelligence might be able to control for its purposes at least part of Line X’s collection, that is, turn the tables on the KGB and conduct economic warfare of our own.

I met with Director of Central Intelligence William Casey on an afternoon in January 1982. I proposed using the Farewell material to feed or play back the products sought by Line X, but these would come from our own sources and would have been  »improved, » that is, designed so that on arrival in the Soviet Union they would appear genuine but would later fail. US intelligence would match Line X requirements supplied through Vetrov with our version of those items, ones that would hardly meet the expectations of that vast Soviet apparatus deployed to collect them.

If some double agent told the KGB the Americans were alert to Line X and were interfering with their collection by subverting, if not sabotaging, the effort, I believed the United States still could not lose. The Soviets, being a suspicious lot, would be likely to question and reject everything Line X collected. If so, this would be a rarity in the world of espionage, an operation that would succeed even if compromised. Casey liked the proposal.

A Deception Operation

As was later reported in Aviation Week and Space Technology, CIA and the Defense Department, in partnership with the FBI, set up a program to do just what we had discussed: modified products were devised and « made available » to Line X collection channels. The CIA project leader and his associates studied the Farewell material, examined export license applications and other intelligence, and contrived to introduce altered products into KGB collection. American industry helped in the preparation of items to be « marketed » to Line X. Contrived computer chips found their way into Soviet military equipment, flawed turbines were installed on a gas pipeline, and defective plans disrupted the output of chemical plants and a tractor factory. The Pentagon introduced misleading information pertinent to stealth aircraft, space defense, and tactical aircraft.(4) The Soviet Space Shuttle was a rejected NASA design.(5) When Casey told President Reagan of the undertaking, the latter was enthusiastic. In time, the project proved to be a model of interagency cooperation, with the FBI handling domestic requirements and CIA responsible for overseas operations. The program had great success, and it was never detected.

In a further use of the Farewell product, Casey sent the Deputy Director of Central Intelligence to Europe to tell NATO governments and intelligence services of the Line X threat. These meetings led to the expulsion or compromise of about 200 Soviet intelligence officers and their sources, causing the collapse of Line X operations in Europe. Although some military intelligence officers avoided compromise, the heart of Soviet technology collection crumbled and would not recover. This mortal blow came just at the beginning of Reagan’s defense buildup, his Strategic Defense Initiative (SDI), and the introduction of stealth aircraft into US forces.

National Security Directive

On 17 January 1983, to define his policy for political, military, and economic relations with the USSR, Reagan approved National Security Decision Directive (NSDD) 75, U. S. Relations with the USSR, a document spelling out purposes, themes, and strategy for competing in the Cold War. It specified three policy elements: containment and reversal of Soviet expansionism, promotion of change in the internal system to reduce the power of the ruling elite, and engagement in negotiations and agreements that would enhance US interests. In economic policy, NSDD 75 highlighted the need to control technology; Farewell’s reports had moved those writing the Directive to put emphasis on preventing technology loss, and the President had agreed (so a KGB defector working for a foreign intelligence service put his stamp on a part of presidential policy). Later in 1983, Reagan proposed the SDI, which Gorbachev and the Soviet military took far more seriously than American commentators. SDI would, if deployed, place unacceptable economic and technical demands on the Soviet system. Even Reagan’s 1983 « evil empire » speech had its economic effect, for immediately thereafter the Soviet military asked for a budget increase, this on top of already-bloated defense expenditures.

Two events beyond presidential control dovetailed with NSDD 75. The Federal Reserve’s restrictive monetary policy of the early 1980s led to a fall in gold and primary product prices, sources of Soviet foreign exchange. And the discovery of Alaskan North Shore oil contributed to the 1986 fall in petroleum prices, cutting the revenues not only of OPEC but also of the USSR. Coincident events and deliberate government policy had the twin effects of adding to the burden on the Soviet system and of shifting the superpower competition to advanced technology, where the United States held a clear advantage.

Good-by to Farewell

About the time I met with Casey, Vetrov fell into a tragic episode with a woman and a fellow KGB officer in a Moscow park. In circumstances that are not clear, he stabbed and killed the officer and then stabbed but did not kill the woman. He was arrested, and, in the ensuing investigation, his espionage activities were discovered; he was executed in 1983. CIA had enough intelligence to institute protective countermeasures.

In 1985, the case took a bizarre turn when information on the Farewell Dossier surfaced in France. Mitterrand came to suspect that Vetrov had all along been a CIA plant set up to test him to see if the material would be handed over to the Americans or kept by the French. Acting on this mistaken belief, Mitterrand fired the chief of the French service, Yves Bonnet.(6)

An Important Contribution

In 1994, Gorbachev’s science adviser, Roald Sagdeev, wrote that in computers and microelectronics–the keys to modern civil and military technology–the Soviets trailed Western standards by 15 years and that the most striking indication of their backwardness was the absence of a domestically made supercomputer. The Soviets considered a supercomputer a « strategic attribute, » the lack of which was inexcusable for a superpower.(7) Line X did not acquire designs for such a machine, nor could Soviet computer scientists build one on their own–and NSDM 247 had stopped Western help. As for Farewell, his contribution led to the collapse of a crucial collection program at just the time the Soviet military needed it, and it resulted in a forceful and effective NATO effort to protect its technology. Along with the US defense buildup and an already floundering Soviet economy, the USSR could no longer compete, a conclusion reached by the Politburo in 1987.

When historians sort out the reasons for the end of the Cold War, perhaps Farewell will receive a footnote. It would be deserved.

NOTES

(1) Kissinger, Henry A. White House Years. Boston: Little, Brown and Company, 1979, pp. 1, 142.

(2) Kissinger on détente. Thomas G. Paterson and Dennis Merrill (Ed.), Major Problems in American Foreign Relations, Volume II, 1995, p. 600.

(3) For a primary source from a former KGB officer, see Oleg Gordievsky and Christopher Andrew, KGB: The Inside Story. New York, Harper Collins, 1991.

(4) Schweizer, Peter. Victory: The Reagan Administration’s Secret Strategy that Hastened the Collapse of the Soviet Union. New York: The Atlantic Monthly Press, 1995, pp. 187-90.

(5) Conversation with James Fletcher, Administrator, NASA.

(6) Porch, Douglas. The French Secret Services. New York: Farrar, Straus and Giroux, 1995, p. 448.

(7) Sagdeev, Roald Z. The Making of a Soviet Scientist. New York: Jolui Wiley & Sons, 1994, pp. 298-301.

Gus W. Weiss has served as a Special Assistant to the Secretary of Defense and as Director of International Economics for the National Security Council.


DOMCOM: Attention, un paradis fiscal peut en cacher bien d’autres (When in doubt, blame Switzerland!)

26 février, 2009
Tax heavens Offshore bankingTax rates by countryL’art de l’imposition consiste à plumer l’oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris. Jean-Baptiste Colbert
Mieux vaudrait la faillite d’entreprises mal gérées que de prolonger indéfiniment le gel du crédit. Anna Schwartz.
Tous les économistes ne sont pas devenus Keynésiens et tous ne considèrent pas que la dépense publique améliore la croissance. La dépense publique au temps de Franklin Roosevelt n’a pas sorti les Etats-Unis de la dépression des années 1930. Elle n’a pas sauvé l’économie japonaise dans les années 1990. Croire que la dépense publique aide l’économie, c’est un espoir que contredit l’expérience. Le retour à la croissance exige de supprimer les obstacles au travail, à l’épargne et à l’investissement: en particulier par la baisse durable des impôts. Ed Prescott et Vernon Smith (Prix Nobel d’économie)
Le secret qui permet aux gens d’abriter leur fortune, sans payer d’impôt comme il se doit, on ne peut pas le tolérer. C’est injuste pour ceux qui n’ont pas d’autre choix que de payer. C’est l’une des choses que la Suisse doit régler. Si elle veut faire partie de la communauté internationale, elle doit être ouverte. Alistair Darling (ministre des Finances britannique)
L’intérêt des scandales, l’a-t-on assez dit, c’est ce qu’ils révèlent sur ce qui passe le reste du temps pour la normalité.
.
5e place financière mondiale, 400 banques, gestion de 30% de la fortune privée mondiale (Suisse), 30% des fonds d’investissements européens, 1 600 milliards d’euros (Luxembourg), 65% de la fraude fiscale, 30% de la corruption, 10% du blanchiment, 1,2 trillons d’euros, moitié des flux internationaux des grandes entreprises (paradis fiscaux/bancaires), 10% pertes fiscales, 50 milliards d’euros, 3% du PIB (France) …

A l’heure où nos voisins suisses dont la première banque (UBS) vient de se faire pincer pour des pratiques douteuses suite à son installation sur le sol américain en 2001, sont, comme nos voisins luxembourgeois montrés du doigt pour complicité de fraude fiscale …

Au moment même (surprise!) où, pour faire passer leurs propres manquements et ceux de leurs banques renfloués massivement par les contribuables que nous sommes (et sans jamais, pour des pays comme la France, se poser la question du caractère quasi-confiscatoire de leur fiscalité officielle), les Etats occidentaux se décident enfin à s’attaquer aux paradis fiscaux et bancaires, sources significatives de leurs pertes de recettes fiscales mais aussi, comme l’ont montré la faillite des banques britannique et américaine Northern Rock et Bern Stearns, de l’instabilité bancaire internationale …

Retour, au lendemain du carnaval guadeloupéen, sur un aspect peu connu de la réalité française, mais, avec leurs statut de résident non domicilié ou de sociétés non résidentes, il y aurait probablement beaucoup à dire sur le Royaume-Uni ou les Etats-Unis …

A savoir l’existence (au-delà des fameuses défiscalisations des DOM ou de nos Monaco et Andorre) non seulement de nos petits paradis fiscaux, baptisés d’ailleurs depuis 2007 du nouveau patronyme de COM (collectivités d’outre mer, regroupant Mayotte, Saint-Barthélémy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna et Polynésie Française), mais le fait que l’Hexagone peut lui aussi servir de paradis fiscal… aux Suisses eux-mêmes!

Ces petits paradis fiscaux français qu’on laisse prospérer
Augustin Scalbert
Eco89
10/17/2008

Fillon veut s’attaquer à l’évasion fiscale et au blanchiment d’argent. L’outre-mer français est loin de donner l’exemple…

Les paradis fiscaux « ne doivent plus exister », a déclaré un François Fillon [1] emporté par la crise, le 14 octobre. Le Premier ministre pensait-il aux places off shore qu’abrite le territoire français ?

Selon les spécialistes, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Tahiti, Wallis-et-Futuna mais aussi des départements d’outre-mer peuvent fonctionner comme des paradis fiscaux, voire des places de blanchiment.

Difficile de quantifier l’ampleur du phénomène, puisqu’un paradis fiscal et une place off-shore sont, par définition, des « trous noir » de la finance mondiale. Au sens des différentes définitions adoptées par les instances internationales, les départements et collectivités d’outre-mer français ne sont ni l’un ni l’autre.

Et leur rôle est certainement lilliputien si on le compare à celui des places fortes de la finance dérégulée en Europe -Londres, Monaco, la Suisse ou les îles anglo-normandes- ou ailleurs -îles des Caraïbes, de l’océan Indien ou du Pacifique.

N’empêche. Mieux contrôler les zones d’ombre financières qui existent sur le territoire français est a priori plus facile que de s’attaquer aux règles fiscales des îles Caïman ou au secret bancaire du Liechtenstein.

« Dès qu’il y a défiscalisation, le fisc est moins présent »

Consultant auprès de l’ONU et de la Commission européenne, Michel Koutouzis est co-auteur (avec le magistrat Jean-François Thony) du « Que sais-je ? » sur le blanchiment (PUF, 2005). « Le B.A.-ba, c’est de se demander ce qu’est une place off-shore », dit-il. « C’est un endroit où existe un système économique et financier qui, pour une raison ou pour une autre, n’est pas régulé par les lois du pays auquel il appartient. »

Avec les différents régimes de défiscalisation [2] dont ils bénéficient, les départements (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion) et collectivités (Mayotte, Saint-Barthélémy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna, Polynésie Française) d’outre-mer sont dans ce cas-là, mais, en théorie, uniquement pour les contribuables français. Les COM (anciennement TOM) jouissent même d’une totale autonomie fiscale et douanière.

Loin des rivages -« off the shores » en anglais- de l’Hexagone, les contribuables français peuvent défiscaliser leurs investissements destinés à favoriser l’économie et le tourisme locaux. « Dès qu’il y a défiscalisation, le fisc est moins présent », note Michel Koutouzis. Et, logiquement, moins regardant sur l’origine des fonds.

Un rapport sénatorial [3] de 2002 sur « la défiscalisation dans les départements et les territoires d’outre-mer » pointait déjà « l’absence de procédures de contrôle et le nombre incertain de sanctions ».

« Vous pouvez utiliser les niches fiscales d’outre-mer pour faire fuir des capitaux »

Pour le journaliste Christian Chavagneux, rédacteur en chef adjoint à Alternatives Economiques et co-auteur (avec Ronen Palan) d’un « Repères » sur les paradis fiscaux (La Découverte, 2007), c’est évident :

« Vous pouvez utiliser les niches fiscales d’outre-mer pour faire fuir des capitaux, mais ces niches posent aussi la question du blanchiment. Dès que vous ouvrez des portes qui permettent légalement de réduire l’imposition, vous tentez des gens qui ont acquis des fonds illégalement de les réinvestir dans un circuit légal. »

Prenons le cas très emblématique de Saint-Martin, une île des Antilles qui a obtenu il y a un an (comme sa voisine Saint-Barthélémy) le statut de COM, alors qu’elle dépendait auparavant du département de la Guadeloupe.

La souveraineté de l’île est partagée entre la France et les Pays-Bas, mais aucune frontière ne sépare les deux territoires. Michel Koutouzis évoque la coopération entre les établissements bancaires des deux parties de l’île, et décrit des moyens beaucoup plus simples de blanchir de l’argent :

« Vous arrivez avec de l’argent noir dans un casino côté néerlandais. On vous dit de vous mettre à une table donnée pendant une heure. Le casino vous fait gagner une somme arrangée au préalable, une pratique courante dans les paradis fiscaux.

« Une fois vos gains récupérés, vous pouvez aller les investir côté français dans des projets immobiliers ou des marinas. »

Des projets immobiliers abandonnés après des faillites volontaires

Car les investissements dans le secteur de la navigation de plaisance font partie des niches fiscales en vigueur outre-mer. Outre le blanchiment, ce secteur est aussi utilisé pour l’évasion fiscale. « A Saint-Martin, on voit beaucoup de fleurons de l’industrie touristique déposer le bilan, ce qui donne des hôtels et des marinas vides ou inachevés », témoigne un journaliste en poste dans les Antilles.

Michel Koutouzis détaille un autre circuit :

« Une fois que vous avez investi de l’argent dans un projet touristique, vous vous déclarez en faillite. Vous pouvez ensuite récupérer l’argent et le transférer non loin de là, à Curaçao par exemple, sans aucun contrôle. »

C’est ainsi que le contribuable français finance des investissements vers des paradis fiscaux.

A Saint-Barth’, des people… et un statut fiscal en or

Non loin de Saint-Martin, on trouve l’île de Saint-Barthélémy, plus connue des milliardaires et des lecteurs de la presse people sous son gentil diminutif de « Saint-Barth ». En 2006, un article [4] du Monde Diplomatique montrait à quel point le statut fiscal de l’île -officialisé depuis- est préjudiciable au reste des contribuables antillais.

« Les habitants de Saint-Barthélémy ne voient pas du tout l’effet de ce statut sur leur niveau de vie. Au contraire, le coût de la vie a plutôt tendance à grimper », relève Michel Roy, directeur du plaidoyer international au Secours Catholique, qui fait partie de la plateforme paradis fiscaux et judiciaires [5] avec une dizaine d’ONG (dont Attac, le CCFD, Oxfam, Transparence International…).

Pour lui, l’Union européenne « doit réfléchir à d’autres moyens de d’aider ces territoires, au lieu d’en faire des places financières ».

Si elles favorisent le développement des territoires, les niches fiscales d’outre-mer ont donc aussi pour effet d’encourager l’évasion fiscale, voire le blanchiment d’argent sale. D’après le chercheur américain Raymond Baker, spécialiste des circuits noirs de la finance mondiale, l’argent qui passe par les paradis fiscaux est destiné pour 5% à la corruption, 30% au blanchiment, le reste concernant l’évasion et la fraude fiscale.

Selon ces critères, l’outre-mer français devrait donc entrer dans le débat actuel.

Voir aussi:

La France, paradis fiscal pour les Suisses?
Guirec Gombert
19/02/2009

La question semble étonnante, mais des retraités helvètes viennent bien s’installer en France pour échapper au fisc de leur pays.

Lieu de refuge pour les riches étrangers, la Suisse est pourtant elle aussi touchée par l’exil fiscal. Surprenant,des retraités choisissent la France pour des raisons fiscales, selon le journal «Swissinfo». Une faille dans le dispositif fiscal français leur permet en effet d’échapper à l’imposition des deux pays.

Zéro impôt

La législation suisse oblige les employés à cotiser à deux piliers pour se constituer leur retraite. Le premier sera versé à l’heure de la retraite sous forme de rente mensuelle. Mais pour le second la loi de prévoyance professionnelle – le salarié a le choix de le retirer sous forme de capital ou de rente. «Si le salarié vit en Suisse, il sera taxé entre 8% à 10% sur son capital, selon son canton de résidence, explique l’avocat suisse Pierre-Alain Guillaume, spécialisé en matière fiscale. Mais si vous vous installez en France avant de toucher le magot, vous bénéficiez d’une convention entre les deux pays pour éviter la double imposition.» Comme le droit français ne prévoit pas de taxer ce type de capital, les exilés suisses échappent à toute taxation sur cette somme et évitent également de payer l’impôt sur le revenu en Suisse. «Pour en bénéficier, il faut faire un transfert complet de résidence et s’installer au mois deux ans en France pour être certain de bénéficier de la convention fiscale», poursuit l’avocat. Les petits retraités seront les plus intéressés. «Le capital de prévoyance professionnelle va de 80 000 euros jusqu’à 5 millions d’euros et plus, précise Pierre-Alain Guillaume. Mais pour ceux qui ont un capital inférieur à 800 000 euros, c’est très attrayant de venir en France puisqu’ils ne seront pas soumis à l’impôt sur la fortune.»

Le bouclier fiscal intéressant pour les grosses fortunes

Les très grosses fortunes peuvent également profiter de la fiscalité française grâce à l’instauration du bouclier fiscal. En effet, la majorité des cantons suisses n’ont pas voté un tel plafonnement des impôts et ont conservé l’impôt sur la fortune (ISF). «L’ISF ‘mange’ la fortune de certains contribuables alors qu’ils touchent parfois un salaire relativement modeste», poursuit l’avocat. Certains clients exaspérés se demandent s’ils ne vont pas déménager.» Ainsi, une personne dont la fortune s’élève à plus de 6 millions d’euros «pourrait être intéressée par le bouclier fiscal en France». Enfin, théoriquement, car, vue d’ailleurs, la prudence est de mise. «L’instabilité fiscale de la France et le peu de recul sur le bouclier fiscal n’incitent pas encore les très riches à se jeter dans les bras du fisc français, explique l’avocat. Ils ont encore tout intérêt à déménager à Monaco, ou en Angleterre.»

Voir également:

FRAUDE FISCALE – Un rapport accablant pour la banque suisse UBS
Selon une enquête menée par les autorités américaines, quelque 80 gestionnaires de fortune de la banque suisse UBS, munis de visas touristiques, ont profité de réceptions mondaines, de régates ou de tournois de tennis organisés aux Etats-Unis pour rencontrer discrètement leurs clients ou en recruter de nouveaux. Ils leur ont ainsi « vendu des produits et des services qu’ils n’avaient, pour une part au moins, pas l’autorisation de fournir aux Etats-Unis », profitant du secret bancaire pour les aider à soustraire au fisc plusieurs millions de dollars, explique Le Temps.

Un rapport du Sénat « détaille le luxe des précautions prises (ordinateurs cryptés, documents antidatés, transferts d’argent anonymes, simulations d’interrogatoire par le FBI) pour aider les clients de l’UBS à dissimuler leurs fonds en Suisse », poursuit le quotidien de Genève. Selon le même rapport, l’UBS a reconnu gérer en Suisse 19 000 comptes d’Américains non déclarés au fisc.

Le secret bancaire en danger
Face aux déboires d’UBS avec la justice américaine, les autorités suisses se retrouvent devant un cas de conscience. Doivent-elles ou non céder aux pressions venues des Etats-Unis et de l’Union européenne et accepter de briser un tabou ?

Encore une fois, les fautes d’UBS obligent le pays à changer d’époque [poursuivie par la justice des Etats-Unis pour avoir aidé des citoyens américains à échapper au fisc, UBS se croyait sortie d’affaire. Le 18 février, la banque suisse avait en effet accepté de payer une amende de 780 millions de dollars et de livrer les noms de 250 clients. Mais Washington exige maintenant des informations sur 52 000 comptes secrets]

Juste avant le rebondissement judiciaire de jeudi soir, la réplique du séisme avait déjà surgi à Bruxelles : l’Union européenne réclame à l’avenir un traitement identique à celui consenti aux Américains. Les pressions étaient fortes, elles vont devenir écrasantes. Les déclarations de Nicolas Sarkozy ou d’Angela Merkel [qui souhaitent « moraliser les paradis fiscaux »], ces dernières semaines, ont bien montré les limites des amitiés traditionnelles : c’est au pur rapport de force que les cartes vont être rebattues. Et la Suisse vient d’admettre la faiblesse de sa position.

Voir enfin:

FRAUDE FISCALE – Les banques étrangères dans le collimateur de Washington
François Pilet
Le Temps
Courrier international
18 juil. 2008

Deux institutions, l’une helvète, l’autre liechtensteinoise, sont accusées d’avoir aidé de gros contribuables américains à échapper au fisc.
C’est le document que les banquiers suisses doivent lire toutes affaires cessantes. Du moins ceux qui ont (encore) des clients américains non déclarés. Dans un rapport de 114 pages dévoilé mercredi 16 juillet, le sous-comité du Sénat américain résume les griefs reprochés aux banques UBS [suisse] et LGT [liechtensteinoise], et en tire les premières conséquences.

Les deux banques sont accusées d’avoir usé de stratagèmes pour vider de leur substance par diverses manœuvres les accords de coopération signés avec le fisc américain (IRS). Le régime du Qualified Intermediary (QI) avait été introduit en 2000 par l’IRS pour taxer à la source les revenus des citoyens américains ayant placé leur argent à l’étranger. Selon ces accords signés en 2001 par les banques suisses, ces dernières s’engageaient à identifier les titulaires des comptes et à informer l’IRS des revenus dégagés. Avec une exception cependant. Selon les règles du QI, les comptes des citoyens américains ne doivent être déclarés que si ceux-ci y perçoivent les revenus d’une activité lucrative exercée aux Etats-Unis ou y ont déposé des titres américains.

Selon le rapport du Sénat, c’est sur cette notion que UBS et LGT ont joué pour éviter de transmettre l’identité de leurs clients les plus discrets. Après la signature des accords, les banques auraient proposé à ces clients de racheter leurs titres américains, ou de transférer les fonds sur les comptes de sociétés écrans.

« Ces actes, bien qu’ils ne violent pas directement les accords QI, ont clairement nui à leur efficacité en conduisant à la création de structures offshore », explique le rapport. « Celles-ci ont rendu plus facile l’évasion fiscale pour des citoyens américains. »

L’IRS a annoncé mercredi qu’il travaillait depuis deux ans à l’élaboration de nouvelles règles, plus strictes, qui entreront prochainement en vigueur. Les modifications évoquées reprennent les principales recommandations du rapport du Sénat:

– Le principe du QI se base sur une délégation de compétence de l’IRS aux établissements bancaires signataires. En retour, ceux-ci doivent se soumettre tous les trois ans à un audit indépendant. Le rapport du Sénat souligne que la notion de fraude, notamment fiscale, varie fortement dans les soixante-dix pays avec lesquels ont étré passés des accords QI. Il propose que les auditeurs soient désormais contraints de signaler au fisc tout soupçon de fraude selon la définition qu’en donne la loi américaine.

– L’exception qui découle de l’absence de titres américains dans le portefeuille du client serait annulée. La banque devra communiquer au fisc l’identité de tous ses clients américains.

– Les nouvelles règles imposeront aux établissements QI d’identifier les bénéficiaires réels des comptes détenus au nom de sociétés.

L’Association suisse des banquiers ne prendra position sur ces propositions que « lorsque des négociations seront engagées, de manière concrète, entre l’IRS et les banques suisses ». Pour l’instant, elle estime avoir affaire « à des recommandations de nature politique émanant de collaborateurs d’un sous-comité du Sénat qui n’ont ni caractère officiel ni portée contraignante ».


DOMTOM: On a brûlé Vaval (Were the Guadeloupe riots a kind of latter-day Carnaval de Romans?)

25 février, 2009
Vaval ka kité nou (Martinique carnaval)Carnaval de Romans (Le Roy Ladurie, 1979)Le Mardi gras (…) marque l’apogée du carnaval; un mannequin de paille, incarnant Carnaval, est jugé puis condamné à mort, généralement brûlé dans un grand brasier, parfois noyé ou décapité. Bouc émissaire de tous les maux de l’année passée, sa destruction marque le renouveau de l’année. Encyclopédie Encarta
Carnaval est (…) l’occasion d’expulser ses ennemis: pour les pauvres ce sont les riches; pour les dirigeants, les séditieux. L’arme utilisée est la satire, le monde à l’envers; le jugement du mannequin, puis sa destruction par le feu, est le mal que l’on détruit. (…) Sur les deux rives du Rhône, flambent alors les révoltes de paysans frappés par la misère, dépossédés de leurs terres. Le commerce est déstabilisé par les Guerres de Religion, les artisans romanais du cuir et du drap sont ruinés par la hausse des prix des peaux et de la laine. A ce tableau inquiétant, s’ajoutent les souvenirs de la Saint Barthélémy 1572 : les Protestants (Huguenots) recrutent encore chez ces artisans opposés à une bourgeoisie catholique; les autorités locales dénonçant l’influence des protestants. (…) En 1579, l’explosion paysanne est relayée par les citadins. De la simple diminution des impôts, les révoltés en exigent bientôt la disparition, alors que la noblesse est exemptée et que les riches trouvent des accommodements. Romans patrimoine
L’exemple de Romans fait apparaître le carnaval comme un « outil social » dont disposent les différents groupes au sein d’une collectivité pour exprimer les tensions et les antagonismes qui les dressent les uns contre les autres. Le carnaval n’est pas rite d’intégration ou rite de subversion; il est par essence ambivalent et présente simultanément les deux aspects; seul le contexte dans lequel il se déroule détermine le pôle qui l’emporte. Suzanne Chappaz-Wirthner
La violence le long de la ligne de tramway bordée de chênes Uptown a troublé ce qui avait été jusque là une journée de festivités plutôt paisible dans laquelle des centaines de milliers de personnes avaient fait la fête dans les rues en ce dernier jour du carnaval. Le NYT (sur les six victimes du Mardi gras de la Nouvelle–Orléans hier soir)
Souvenons-nous de la Révolution Française! Ségolène Royal
Le peuple de Guadeloupe nous a montré la voie à ce que pourrait être une grève générale ici pour imposer la répartition des richesses dont on a besoin. Olivier Besancenot
Les békés sont les mêmes là-bas et ici. Jean-Luc Mélenchon

1579-2009, même combat?

Comment ne pas repenser, en ce premier jour de Carême dit Mercredi des cendres et en ce lendemain de Mardi Gras et du véritable carnaval que vient d’offrir, avec dûs déguisements, mascarades et fêtes des fous, la Guadeloupe à sa chère Métropole …

A ces incroyable dérapages auxquels pouvait donner lieu au Moyen-Age (ou plus près de nous encore à Rio ou à La Nouvelle-Orléans) ces archaïques vestiges de fête sacrificielle …

Et notamment au tristement fameux Carnaval de Romans (magistralement décrit par l’historien Le Roy Ladurie) qui, il y a exactement 430 ans cette année, se transforma en véritable guerre des paysans et fit, dans la répression qui le suivit un an plus tard, plus de 1500 victimes?

Même contexte de grande insatisfaction populaire, mêmes profonds clivages au sein de la population, mêmes véritables et écrasantes « tailles et redevances » sur la consommation levés pour cause de monopole et pesant principalement sur les moins protégés, mêmes rancœurs toujours présentes des guerres qui ont marqué la fin de l’esclavage et scindent la population entre gros commerçants/propriétaires fonciers « Békés » et « Fonctionnaires » (équivalent moderne des artisans rassemblés en confréries), mêmes rivalités inter-corporations ou intersyndicales avec leurs « diables » et drapeaux rouges, noirs et blancs ou autres combats de coq, mêmes rituels de jeunes hommes traversant la ville en courant avec leurs brandons censés purifier la ville par le feu, même contagion aux « villages » alentour …

Les similitudes n’ont, on le voit (bilan sanglant heureusement mis à part), pas manqué.

Jusqu’à la réalité du différend où, derrière la vieille image de lutte des classes que voulaient nous imposer les excités de Métropole à la Royal ou Besancenot, le véritable règlement de compte en fait entre « patriciens » monopolistes et une prétendue classe de « plébéiens ».

Caste en réalité de fonctionnaires titulaires à la Domonta (directeur-adjoint de l’ANPE de son état) bien déterminés à défendre leurs privilèges sur le dos des véritables démunis, fonctionnaires non-titulaires, petits employés du privé et surtout, tout en bas de la chaine, chômeurs que leurs irresponsables revendications (les fameux 200 euros) vont enfermer un peu plus dans la misère …

Voir aussi:

« LE CARNAVAL DE ROMANS », CARNAVAL SANGLANT DE 1580

En 1979, l’historien Emmanuel Leroy Ladurie publiait un ouvrage consacré au carnaval de 1580 qui fit connaître à un large public un événement tragique de l’histoire romanaise.

Dans le calendrier du christianisme, la période de Carnaval ne peut être dissociée du «Temps du Carême », période de transition pour les futurs chrétiens qui sont tenus au jeûne avant de recevoir le baptême : 40 jours de jeûne et d’abstinence entre Mardi Gras et Pâques, marqués notamment par la privation de viande. Le Carnaval doit son nom à cet adieu à la bonne chère (carne vale). Carnaval est donc la période où les futurs chrétiens enterrent leur vie de païen : lors du Carême qui suit, les chrétiens renouvellent leur foi. A Romans, en 1580, la période carnavalesque commence par la Chandeleur (2 février) et la St Blaise (3 février), Mardi Gras tombant le 16 février ( Carême-Entrant, «Carmentrant » en patois romanais ).

Mais Carnaval est aussi l’héritier des fêtes des fous ou de l’âne, des fêtes païennes et égalitaires de la Rome antique dont il garde la violence et les excès. Carnaval s’inscrit également dans le folklore agraire car il marque la fin de l’hiver : à Romans, les danseurs imitent les gestes agricoles du battage aux fléaux. Ici apparaît le personnage important de « l’Ours de la Chandeleur » ; le 2 février, il sort de sa caverne où il hibernait : à Romans pour la Chandeleur 1580, le meneur de la révolte se déguise en ours.

Carnaval est enfin l’occasion d’expulser ses ennemis : pour les pauvres ce sont les riches; pour les dirigeants, les séditieux. L’arme utilisée est la satire, le monde à l’envers; le jugement du mannequin, puis sa destruction par le feu, est le mal que l’on détruit.

Au XVIe, Carnaval est l’occasion des reynages (confréries de métiers) où l’on désigne, dans les chants et l’ivresse, un roi de la fête qui dynamise les foules. Ces confréries, plus d’une dizaine à Romans, correspondent à différents métiers ou groupes sociaux : Saint Mathieu est celle de l’élite dirigeante, Maugouvert est « l’abbaye joyeuse » de la jeunesse dorée qui organise des danses et contrôle les mariages, la confrérie Saint Blaise est celle des cardeurs et drapiers.

En 1579, Romans est une ville d’environ 7500 habitants, isolée et protégée du monde rural extérieur par son rempart. Sur les deux rives du Rhône, flambent alors les révoltes de paysans frappés par la misère, dépossédés de leurs terres. Le commerce est déstabilisé par les Guerres de Religion, les artisans romanais du cuir et du drap sont ruinés par la hausse des prix des peaux et de la laine. A ce tableau inquiétant, s’ajoutent les souvenirs de la Saint Barthélémy 1572 : les Protestants (Huguenots) recrutent encore chez ces artisans opposés à une bourgeoisie catholique; les autorités locales dénonçant l’influence des protestants.

En 1579, l’explosion paysanne est relayée par les citadins. De la simple diminution des impôts, les révoltés en exigent bientôt la disparition, alors que la noblesse est exemptée et que les riches trouvent des accommodements. Le 3 février, à Romans, les artisans drapiers, de la confrérie de Saint Blaise, et les paysans élisent à leur tête Jean Serve dit Paumier. En juillet, la reine-mère Catherine de Médicis est à Romans, espérant que la présence de son armée rétablira l’ordre. C’est un échec. Les exactions reprennent après le départ des autorités royales, et se poursuivent dans les mois qui suivent.

Le Carnaval de 1580 approche bientôt. Déçus par une année de combat contre la noblesse et la bourgeoisie qui ne leur a rien apporté, les artisans et paysans manifestent leur révolte dans les rues de la ville en brandissant épées nues, robes mortuaires en menaçant : « avant trois jours, la chair du chrétien se vendra 6 deniers la livre », sous chrétien il faut lire « le riche, le puissant ». Fin janvier, Paumier s’assied d’autorité sur le siège consulaire (maire) dont il expulse les représentants, en particulier le juge Guérin, un des responsables des massacres de la St Barthélémy à Romans : c’est le monde à l’envers, thème essentiel de toutes les manifestations du folklore carnavalesque.

Les notables choisissent de répondre en jouant le jeu du Carnaval. Pour intimider les révoltés, ils se déguisent en roi, archevêque, « soldat suisse ». Bientôt, ils prêtent à la foule artisanale et paysanne, le dessein de les tuer tous pour « épouser leur femme et se partager leurs biens ». Justifiée ou non, cette peur suscite chez eux une réaction punitive préventive. La ville se divise en partis, ou royaumes (reynages), hostiles qui correspondent aux divers quartiers riches ou pauvres, et aux confessions religieuses. Chaque royaume choisit un animal-totem : le principal parti des artisans, avec Paumier, choisit d’être le « chapon »; les classes dirigeantes, avec Guérin, choisissent la «perdrix ». De part et d’autre, on organise joutes, bals, festins d’où partent des défis.

L’occasion du massacre est fournie, dans la nuit du lundi 15 au Mardi Gras, par l’ultime défilé des partisans de la perdrix qui se termine par un bal masqué. L’arrivée à ce bal de partisans du chapon, et les menaces qu’ils lancent à l’encontre des femmes des « gens de biens », apparaissent comme la dernière provocation que peuvent supporter ceux de la perdrix. Ces derniers s’arment et abattent Paumier « d’un coup d’épieu au visage, de deux coups de pistolet et de quelques coups d’épées ».Les autres chefs du parti populaire s’échappent en sautant les remparts, ou fuient à la nage dans l’Isère glacée. Les hommes de Guérin ayant, la veille, pris possession des portes des remparts, la ville est bouclée : une trentaine d’artisans sont massacrés ; les 1500 paysans des alentours, alertés par le tocsin, ne peuvent les sauver. Pendant trois mois, Guérin instruira les procès des survivants.

Ainsi s’achève le Carnaval de 1580 : tout est remis à l’endroit ; les classes dominantes retombent sur leurs pieds. Et, pour mieux affirmer cette remise en ordre, Guérin fait suspendre l’effigie de Paumier, « à l’envers, pieds en l’air, tête en bas ».

Voir aussi:

Le Carnaval de Romans
Danielle Montariol
professeur d’Histoire-Géographie

A plusieurs reprises, les carnavals donnèrent lieu à des affrontements entre le peuple et les classes dirigeantes.
Retrouver le quotidien, la hiérarchie sociale, les interdits, la misère, tournent parfois à la rébellion, voire à l’émeute.
Le mieux connu de ces carnavals tragiques est celui de Romans, dans le Dauphiné (actuel département de la Drôme), étudié par Emmanuel Le Roy Ladurie.

Le lundi 15 février 1580, veille du Mardi gras, dans cette ville de 7000 habitants, des émeutes sanglantes vont éclater puis dégénérer en un véritable bain de sang quand les villages des alentours entreront en scène.

Le cadre : les clivages au sein de la population urbaine sont très importants
– les impôts royaux, tailles et redevances levés pour frais de guerre sont énormes et ne pèsent, bien sûr, que sur les roturiers.
– les rancœurs des guerres de religion sont toujours présentes et scindent la population entre Huguenots, Ligueurs et Catholiques.
– les gens sont regroupés dans des associations, des corporations : les rivalités sont très importantes, et ont parfois des connotations sexuelles.
Par exemple, les groupes sont représentés par des animaux symboliques :
– ceux des riches sont sexués, aériens ( aigle, coq)
– ceux des pauvres, châtrés ( chapon ou mouton)…..

Les circonstances
Les esprits étaient échauffés depuis pas mal de temps et beaucoup souhaitaient « en découdre ».
De jeunes hommes traversent la ville en courant avec des flambeaux, les brandons : leur fonction de purification et de fécondation vise à tuer symboliquement les insectes parasites des arbres fruitiers, les rats, les mulots, et à protéger les récoltes et les couvées.
Il y avait donc effervescence dans la ville.
La présence d’une reine de Carnaval chez les riches, d’une femme, que les pauvres sont venus voir, alors qu’ils n’y étaient pas conviés va mettre le feu aux poudres.
Le combat va commencer vers 21/22 heures, entre bandes de riches et bandes de pauvres.
Les mouvements de panique qui vont se propager dans toute la ville, vont faire le reste.
On note 20 à 30 morts, ce qui est peu par rapport à ce qui va se passer les jours suivants. En effet, les villages alentour se révoltent à leur tour, la répression est effroyable : 1500 à 1800 hommes sont passés au fil de l’épée les 26 et 28 mars 1580. Il s’agit d’une véritable « guerre des paysans ».

Interprétation
S’agit-il vraiment d’une lutte, classe contre classe ? Riches contre pauvres ? Il semblerait que parmi les « acteurs », il n’y ait pas eu de véritables indigents. C’est plutôt un règlement de comptes « patriciens » contre « plébéiens ». L’élite contre le « peuple »..

Voir enfin:

Mardi gras
Encyclopédie Encarta

Mardi gras, fête précédant le Carême dans les pays et les communautés de religion catholique. En France, le Mardi Gras a lieu le dernier des trois jours gras précédant le Carême et il annonce l’approche du mercredi des Cendres et le début du jeûne. Il marque les dernières réjouissances et les derniers plaisirs de la bonne chère. En pratique, Mardi Gras est célébré pendant la semaine entière qui précède le Carême. On y voit des défilés spectaculaires de chars, des spectacles somptueux, des costumes raffinés, des bals masqués et des danses de rue.

À l’origine, Mardi Gras faisait partie des journées de carnaval qui avaient lieu dans tous les pays de religion catholique entre l’Épiphanie et le mercredi des Cendres. L’origine des carnavals remonte aux rites de fertilité du printemps de la période précédant l’ère chrétienne. Les fêtes de Mardi gras les plus célèbres se déroulent à La Nouvelle-Orléans (Louisiane), à Rio de Janeiro (Brésil), à Cologne (Allemagne) et à Nice.

Carnaval

1. Présentation

carnaval, période de festivités ayant lieu chaque année durant la période qui précède le Carême dans les pays de culture catholique.

2. Origines païennes

Le carnaval plonge ses racines dans de très anciennes coutumes païennes. Présentes dans les civilisations latine, germanique et nordique, les célébrations profanes marquent le sortir de l’hiver et le réveil de la nature, dans des sociétés où l’agriculture est le moyen essentiel de subsistance. Ainsi, bon nombre de fêtes profanes antiques donnent lieu à des sacrifices destinés à inciter les divinités à chasser le froid, à favoriser les cultures, à encourager la fécondité, etc.

Les célébrations liées au renouveau utilisent le symbole de l’inversion, qui s’incarne dans le passage de l’hiver au printemps, de la stérilité à la fécondité. La transition vers l’année nouvelle nécessite un passage par le chaos, synonyme de destruction, d’annihilation (de l’année précédente, des mauvais esprits, etc.), qui permet ensuite le renouveau. Les cultes d’Isis, pratiqués dans l’Égypte ancienne, mais également dans le monde antique jusqu’au ve siècle, portent cette idée de renouveau de la terre. Le carnaval dérive aussi de certaines fêtes de l’Antiquité romaine, comme la fête des Lupercales, qui avait lieu le 15 février de chaque année, et marquait le début d’une nouvelle année (jusqu’à l’instauration du calendrier julien par Jules César, en 46 av. J.-C., le début de l’année était le 1er mars) ; les Saturnales, qui avaient lieu autour du solstice d’hiver, étaient une période de renversement total, où les maîtres servaient leurs esclaves, et les esclaves se coiffaient du pileus (emblème de liberté) ; les institutions restaient fermées pendant trois jours, pendant lesquels la fête battait son plein au gré de cavalcades dans les rues et de banquets paillards.

3. La fête chrétienne

La chrétienté réglemente le carême au ive siècle, lors du premier concile de Nicée (325), et en fixe les règles de jeûne et les dates. La christianisation du calendrier, pour l’Église, est le moyen de lutter contre les rites païens en les intégrant à l’année liturgique, ce qui lui permet par la suite de les contrôler et de les orienter. L’origine du terme carnaval n’est pas certaine : une première hypothèse renvoie le terme à l’expression latine carnem levare, soit « ôter la viande », faisant référence à la privation de viande durant les quarante jours du carême ; la seconde hypothèse au contraire renvoie à l’expression carnis levamen, « soulagement de la chair », marquant plutôt la satisfaction du corps dans cette période d’abondance avant la privation — en portugais et en espagnol, cette célébration est nommée entrudo (« entrée »). Au Moyen Âge, une longue période de festivités s’étendait de Noël au mercredi des Cendres : fête des fous, fêtes de l’âne, fête des innocents, processions… La période de carnaval prend place dans cette période, et s’échelonne entre l’Épiphanie et le mercredi des Cendres ; elle permet à la population à la fois de célébrer les antiques fêtes marquant la fin de l’hiver, tout en se préparant au carême, mêlant ainsi étroitement le sacré et le profane. C’est également un moment de « décompression sociale », d’évacuation dans l’outrance des souffrances de l’année, et une revanche sur l’ordre social, notamment par l’inversion des rôles et la possibilité de se dissimuler derrière un déguisement ou un masque pour devenir, l’espace de quelques jours, une autre personne.

Au Moyen Âge, les célébrations de carnaval consistent en des mascarades et déguisements, de joyeux défilés dans les rues des villes et des banquets offerts au petit peuple ; tous les débordements sont permis, tant pour l’alcool, la viande, les épices, que pour la sexualité, contenue dans la sphère privée en temps normal. Farces licencieuses et comportements outrés sont de règle. L’Église et la noblesse sont moquées et ridiculisées par des saynètes parodiques. Les manifestations les plus importantes du carnaval se déroulent durant les « trois jours gras », c’est-à-dire pendant les trois jours précédant le mercredi des Cendres. Le Mardi gras, la veille, marque l’apogée du carnaval ; un mannequin de paille, incarnant Carnaval, est jugé puis condamné à mort, généralement brûlé dans un grand brasier, parfois noyé ou décapité. Bouc émissaire de tous les maux de l’année passée, sa destruction marque le renouveau de l’année.

De plus en plus policé, jugé comme un désordre à l’ordre public, puis attaqué par les philosophes du siècle des Lumières qui y voient une coutume barbare, le carnaval perdure tant bien que mal jusqu’à la fin du xixe siècle, mais perd au fil des siècles sa charge subversive pour ne survivre que sous une forme conventionnelle, plutôt réservée aux enfants (déguisements). Certaines villes conservent sous une forme ritualisée des formes du carnaval d’autrefois, comme, en Europe, le carnaval de Binche, de Zürich, de Dunkerque, ou de Bâle (qui est par ailleurs l’unique carnaval protestant à avoir survécu), et en Amérique du Sud les carnavals de Baranquilla (Colombie) ou de Oruro (Bolivie).

4. Une fête protéiforme et universelle

1. Diversité des carnavals

Le carnaval, fête populaire par excellence, s’est répandu sur toute la planète grâce à l’expansion du christianisme, bien que les significations religieuses se soient évanouies ou diluées. Chaque région, et même chaque ville a développé des coutumes particulières ; ainsi en Amérique latine, comme au Brésil ou au Mexique, le carnaval intègre des éléments religieux préexistants, et constitue une fête syncrétique (ainsi la procession de la Diablada, au Mexique, qui réunit de veilles légendes andines à une célébration catholique). D’un pays à l’autre, la saison du carnaval ne commence pas le même jour. Ainsi, en Bavière et en Autriche, ainsi qu’au Brésil, ou dans le nord de la France, il commence le 6 janvier, jour de l’Épiphanie. À Cologne et dans d’autres régions d’Allemagne, la saison débute le matin du 11 novembre, à 11 h 11. Les carnavals les plus célèbres sont le carnaval de La Nouvelle-Orléans aux États-Unis, le Carnaval de Venise en Italie, celui de Rio de Janeiro au Brésil et celui de Nice en France. Le carnaval de Notting Hill, dans l’ouest de Londres, attire chaque année près de deux millions de personnes.

2. Fonctions symboliques et sociales du carnaval

La célébration du carnaval, traditionnellement marquée par des bals masqués, des défilés de chars bariolés dans les rues et des cortèges costumés, remplit plusieurs fonctions sociales et symboliques. Le masque, et plus largement le déguisement, a un rôle crucial dans la célébration : selon l’analyse de Roger Caillois, « au Carnaval, le masque ne cherche pas à faire croire qu’il est un vrai marquis, un vrai toréador, un vrai Peau-Rouge, il cherche à faire peur et à mettre à profit la licence ambiante, elle-même le résultat du fait que le masque dissimule le personnage social et libère la personnalité véritable » (les Jeux et les Hommes, 1958). Si « l’homme masqué n’a aucune responsabilité » (ibidem), cette liberté ne dure que le temps de carnaval, et ne peut en aucun cas sortir de ce cadre. Le retour à une réalité normale, au poids de la hiérarchie sociale, aux interdits, à la misère, sont parfois douloureux et ont pu donner lieu à de violents affrontements dans des contextes difficiles, dont le mieux connu est le carnaval de Romans de 1580, étudié par Emmanuel Le Roy Ladurie (le Carnaval de Romans, 1979) : dans un contexte de grande insatisfaction populaire (impôts écrasants, rancœurs des guerres de Religion, rivalités inter-corporations), les émeutes entre « patriciens » et « plébéiens » font près de 1 500 morts.


Partis politiques: Au secours, la gauche ne revient pas! (Towards the israelization of the world?)

24 février, 2009
Royal in Guadeloupe
Besancenot (Guadeloupe demo)
Souvenons-nous de la Révolution Française! Ségolène Royal
Le peuple de Guadeloupe nous a montré la voie à ce que pourrait être une grève générale ici pour imposer la répartition des richesses dont on a besoin. Olivier Besancenot
Les békés sont les mêmes là-bas et ici. Jean-Luc Mélenchon
Antilles et métropole, yes we can! Slogan de manifestation de gauche
Aux Antilles comme en métropole, c’est tout un système économique, social, fiscal qui devrait être modernisé, afin de sortir d’un interventionnisme d’État qui infantilise la population et creuse les déficits publics. Or, c’est une politique inverse que semble vouloir suivre Nicolas Sarkozy qui, pour acheter la paix sociale, multiplie ces jours-ci les chèques en bois, en dépit des alertes de Bruxelles. Ivan Rioufol
Je pense qu’il y a un conflit entre les civilisations ici. Je pense que l’Occident aujourd’hui ressemble à l’Empire romain des 4e, 5e et 6e siècles : les barbares l’attaquent et pourraient le détruire. (…) L’Occident est plus fort mais il n’est pas évident qu’il sache comment repousser cette vague de haine. Le phénomène de pénétration musulmane de masse en Occident et leur colonisation là-bas crée une menace interne dangereuse. (…) Et nous sommes en première ligne. Exactement comme les Croisés, nous sommes la branche vulnérable de l’Europe dans cette région. Benny Morris (historien israélien)
Israël, toujours un peu en avance sur le mouvement, avait montré la voie: en moins d’un quart de siècle la gauche travailliste ne se trouva plus représenter que les nantis, les intellectuels, les artistes et les enseignants, alors que les défavorisés votent Likoud, Shas, ou Lieberman… Luc Rosenzweig

Au secours, la gauche ne revient pas!

Une Amérique tout récemment revenue à gauche (crise oblige) mais où le dhimmi préféré de ces dames est contraint par la cruelle réalité de révéler peu à peu ses vraies couleurs?

Une Suède repassée elle à droite mais qui se prépare, après Dubaï et toujours « pour les protéger », à mettre en quarantaine ses joueurs de tennis israéliens?

Une France où, pendant que nos Lang, Le Pen ou Villepin vont comme un certain Schroeder à la soupe chez les mollahs, la gauche en est réduite à envoyer ses Royal, Besancenot ou Bové retravailler dans les DOMTOM leurs numéros d’amuseurs publics?

Pendant que, privé de toute opposition réelle et alors que nos soldats, touristes ou automobilistes se font massacrer ou prendre en otage par les jihadistes, notre Sarkozy national a repris son bâton de dhimmi et de clientéliste chiraquien?

Retour, pour ceux qui seraient un peu désemparés par les récentes embardées de l’actualité internationale et française, sur une récente et magistrale tribune de l’ancien journaliste du Monde Luc Rosenzweig sur l’excellent site Causeur.

Où l’on comprend qu’à l’instar d’un Israël « toujours un peu en avance sur le mouvement », on assiste en fait au déclin historique (confirmé encore la semaine dernière en Israël même – merci le Hamas!) d’une gauche peu à peu réduite à sa portion congrue « de nantis, d’intellos, d’artistes et d’enseignants ».

Et qui, sortie de l’Histoire face à des travailleurs s’obstinant à vouloir travailler et gagner plus, plombe aussi par son désarroi une droite se retrouvant du coup « sans contradiction suffisamment stimulante pour exercer intelligemment le pouvoir »

C’était la Gauche
Quand c’est fini, c’est fini
Luc Rosenzweig
18 février 2009

Ancien journaliste au « Monde », Luc Rosenzweig est l’auteur de plusieurs essais dont « Lettre à mes amis propalestiniens » (La Martinière) et « Ariel Sharon » (Perrin).

Le “Longtemps, je me suis couché de bonne heure” de bon nombre de Françaises et de Français à la recherche de leur temps perdu pourrait bientôt être : “Longtemps, j’ai voté à gauche…” Les plus talentueux pourront alors commencer à évoquer dans la forme artistique de leur choix un monde disparu, pour le plus grand plaisir esthétique des générations futures.

La gauche est en train de sortir de l’Histoire, mais on la retrouvera, à coup sûr dans les romans, au cinéma, en BD, objet de mémoire et de thèses universitaires. Constater son décès n’est pas chose facile: son cœur a cessé de battre, son cerveau de fonctionner, ses poings de frapper, mais elle passe encore pour vivante dans les lieux où s’élaborent les représentations – instituts de sondages, IEP, services politiques des grands médias.

Et pourtant, tout observateur un peu attentif de la vie politique et intellectuelle de l’Europe et de ses dépendances devrait s’apercevoir que nous sommes en train de changer de paradigme.

La coïncidence du binôme sociologique dominant/dominé avec le binôme politique droite/gauche n’a certes jamais été totale, mais elle a tout de même permis, aussi imparfaite soit-elle, de structurer de manière plutôt satisfaisante la vie politique, et sociale et intellectuelle des démocraties au XXe siècle. Chacun la déclinait à sa manière, latine, scandinave ou britannique pour le plus grand bonheur des classes moyennes.

On lui doit une prospérité sans précédent, le développement inégalé dans l’Histoire des libertés publiques et individuelles, la protection collective contre les aléas de la vie, et surtout la fin de la guerre civile intra-européenne.

Ce modèle a néanmoins échoué à s’imposer à l’échelle mondiale : on serait bien en mal de distinguer où se situent la gauche et la droite, ou même le milieu, dans les régimes autoritaires et/ou corrompus qui sévissent dans la majorité des pays siégeant à l’ONU. Adversaire, puis régulatrice du capitalisme, la gauche n’est plus aujourd’hui que spectatrice d’un monde qu’elle a d’abord renoncé à changer, puis à comprendre.

Les premiers à déserter la gauche, en France et dans les pays comparables, ont été les ouvriers: ce sont eux qui ont pris en pleine figure l’échec tragique et, n’en déplaise à Badiou, sans doute définitif, de l’utopie communiste. Non seulement ils n’ont pas rejoint en masse les rangs de la social-démocratie, mais ils ont constitué, pendant les deux dernières décennies, les gros bataillons du Front National, qui fut un temps le premier parti ouvrier de France. Partout en Europe on voit surgir des partis populistes faisant leur pelote sur les angoisses du petit peuple.

Parallèlement, on pouvait constater que dans aucune des nouvelles démocraties nées de la chute du communisme, la gauche réformiste ne se constituait en porteuse légitime des intérêts des ouvriers et des salariés. Les partis dits sociaux-démocrates de ces pays étaient soit des usines de recyclage de l’ancienne nomenklatura bureaucratique, soit des versions centre-européennes du blairisme britannique. Dans le reste du monde, l’exception remarquable du Brésil de Lula ne doit pas masquer que la gauche politique s’est littéralement évaporée au Japon et en Corée, et qu’on ne saurait discerner la moindre émergence d’une social-démocratie dans les “petits dragons” asiatiques que sont Taïwan, Singapour ou l’Indonésie. Quant à la Russie, à l’exception d’un Parti communiste s’appuyant sur les vieux apparatchiks déshérités, le concept même de gauche y a disparu de l’espace public.

Israël, toujours un peu en avance sur le mouvement, avait montré la voie: en moins d’un quart de siècle la gauche travailliste se ne trouva plus représenter que les nantis, les intellectuels, les artistes et les enseignants, alors que les défavorisés votent Likoud, Shas, ou Lieberman…

Mais revenons chez-nous. Abandonnée des ouvriers, des marginaux, des exclus, appuyée sur sa seule base sociologique, la petite bourgeoisie intellectuelle, la gauche française fit encore un temps illusion. Le jospinisme des années 1997-2002 était la parfaite incarnation de cette nouvelle donne idéologique et politique interne à la gauche: sous la direction éclairée de la petite bourgeoisie intellectuelle, incarnée par les petits maîtres des sciences humaines triomphantes, la classe ouvrière allait accéder au paradis des 35 heures, des loisirs de qualité, de la multi-culturalité et du métissage portées au rang de valeurs suprêmes de la République. Seulement voilà: à plus de temps libre les ouvriers et assimilés préféraient plus d’argent, leurs choix esthétiques les tenaient éloignés des spectacles subventionnés, et ils se montraient indécrottablement rétifs au remplacement du référent national par son équivalent européen. De plus, ils n’étaient pas insensibles au discours sécuritaire de la droite et de l’extrême droite en raison de la dégradation de leurs conditions de vie dans les périphéries des grandes villes

Le résultat est bien connu : le 21 avril 2002 le ciel tombait sur la tête d’une gauche dès lors ramenée au plus petit dénominateur commun d’un antifascisme surjoué.

Seuls le mode de scrutin majoritaire et la prééminence de l’élection présidentielle allaient permettre au Parti socialiste de rester un recours pour l’expression de la mauvaise humeur chronique de l’électeur français (l’effet essuie-glace, qui chasse les sortants à chaque scrutin). Mais pendant qu’une nouvelle génération de notables socialistes s’installait confortablement aux commandes des villes, des départements et des régions, la droite et l’extrême gauche pillaient les vieilles armoires de la gauche pour rendre leurs boutiques plus attrayantes.

Depuis quelques années, Sarkozy, Cohn-Bendit et Besancenot se sont précipités sur tous les symboles laissés en déshérence. À moi Guy Môquet et le mythe du communisme patriotique ! À toi la flamme de mai 68 et le grand bond en avant sociétal ! À lui les derniers hochets de la panoplie du petit révolutionnaire. Une lutte féroce s’est engagée pour l’hégémonie politique et idéologique sur la petite bourgeoisie intellectuelle, celle qui est en train de se battre pour le maintien de ses positions économiques et symboliques dans la société, dans une joyeuse foire de surenchères corporatistes des “touche pas à…” mon école, ma fac, mon labo, mon hosto, mon posto…Sur les rangs, le PS canal historique (Martine Aubry), le PS canal mystique (Ségolène), la gauche allemande (Mélenchon qui se joue la fable de Lafontaine), la gauche verte, européiste et altermondialiste du trio Cohn-Bendit, Bové, Besset, et la petite bourgeoisie qui se rêve en réincarnation du prolétariat de papa rassemblée derrière le facteur et ses parrains de la IVe Internationale. Aussi longtemps qu’un vainqueur, en la personne d’un leader crédible et rassembleur ne sera pas sorti de cette mêlée confuse, la droite peut gouverner tranquille, avec cet inconvénient, pourtant, de ne pas avoir de contradiction suffisamment stimulante pour exercer intelligemment le pouvoir

C’est ce qui a conduit la droite sarkozienne de piquer, en plus des idées, des gens à gauche, et pas les plus mauvais. C’est d’autant plus simple qu’ils n’ont besoin d’aucun recyclage pour devenir immédiatement opérationnels, comme Kouchner ou Besson ou Jouyet: le pragmatisme sans rivage du président, son usage purement rhétorique du discours idéologique libéral, et son absence totale de révérence envers l’héritage gaulliste donne à la présence des “ralliés” une efficacité qui va au-delà de la petite manœuvre politicienne habituelle.

Pour retrouver le chemin du peuple, la gauche devra, elle, subir une telle mutation qu’elle en sortira méconnaissable. Si cela se produit, son premier geste, dès son retour au pouvoir, devra être d’élever une statue à Nicolas Sarkozy.


Gaza: Et si la disproportion pouvait sauver des vies? (Sometimes striking a heavy blow can save lives in the long run)

23 février, 2009
Gaza ruinsHamas human shieldsLaissez-les dire ‘Mort à Israël. Ca fait 43 ans que je suis dans ce magasin et je n’ai jamais eu aucun problème. J’ai rendu visite à ma famille en Israël, mais quand je vois quelque chose comme l’attaque sur Gaza, moi aussi, je manifeste en tant qu’iranien. Soleiman Sedighpoor (commerçant juif d’Estefahan, Iran)
Les attaques doivent être strictement limitées aux objectifs militaires. En ce qui concerne les biens, les objectifs militaires sont limités aux biens qui, par leur nature, leur emplacement, leur destination ou leur utilisation apportent une contribution effective à l’action militaire et dont la destruction totale ou partielle, la capture ou la neutralisation offre en l’occurrence un avantage militaire précis. Protocole additionnel aux Conventions de Genève (Protocole I, Article 52 Chapitre III, alinéa 2)
Ils tiraient des toits des maisons, des écoles, des magasins. Les mosquées étaient pleines d’armes, de munitions, d’explosifs et de missiles. Après avoir été touchée, la mosquée de Jabalya a continué à exploser pendant plusieurs minutes, explosion après explosion. C’était probablement l’un des plus grands entrepôts d’armes du Moyen-Orient, avec un grand nombre de missiles importés de Téhéran. Isaac Herzog (ministre israélien des affaires sociales)
 Ce qui est arrivé au quartier Dahiya de Beyrouth en 2006 arrivera à tous les villages qui servent de base à des tirs contre Israël. […] Nous ferons un usage de la force disproportionné et y causerons de grands dommages et destructions. De notre point de vue, il ne s’agit pas de villages civils, mais de bases militaires. […] Il ne s’agit pas d’une recommandation, mais d’un plan, et il a été approuvé.  Gadi Eisenkot (commandant israélien de la division nord)
Frapper un grand coup n’est pas nécessairement immoral. Parfois cela peut même sauver des vies à plus long terme, parce que si vous frappez un grand coup, vous réduisez les possibilités que la guerre dure longtemps ou d’un deuxième round. Avi Kober (expert israélien en affaires militaires)
Je ne crois pas qu’une armée ait jamais fait plus d’efforts dans l’histoire militaire pour réduire le nombre des civils blessés et des décès des personnes innocentes que ne le font actuellement les forces armées d’Israël à Gaza. Colonel Richard Kemp (ancien commandant des forces britanniques en Afghanistan)
Je crois qu’en raison de l’énorme destruction, les habitants de Gaza ont compris que cela ne mène nulle part. Quand la construction commencera – avec des fonds de l’Europe, de l’Arabie Saoudite et d’autres endroits – et que les gens auront reconstruit leurs maisons, je ne crois pas qu’ils accepteront d’y remettre des lance-roquettes le jour suivant. Regardez ce qui s’est passé au lendemain de la deuxième guerre du Liban. Le Hezbollah a multiplié les menaces mais n’a pas envoyé la moindre roquette cette fois. Pourquoi? Parce que les habitants du Sud-Liban dont les maisons avaient été détruites ont dit: ‘Pour quoi faire ? Pourquoi recommencer tout ça?’.
Après les erreurs de la deuxième guerre du Liban, les soldats avaient peur, la population israélienne avait peur, les médias ont averti que ce serait une guerre dure et sans précédent. Hamas avait averti: ‘Si vous entrez dans Gaza, nous en ferons votre cimetière; il y aura des mines et des guet-apens partout’. Donc il y avait une vraie peur. Cette crainte nous a fait frapper trop fort. Il n’y a aucun doute que des choses dures se sont produites là-bas. Mais d’un autre côté, quand vous comparez aux batailles récentes de par le monde, cela n’a pas été si extraordinaire. A Fallujah, par exemple, environ 6 000 personnes ou 2,3 % de la population de cette ville irakienne ont été tuées par les forces américaines; et les Irakiens n’avaient jamais tiré sur Washington ou New York. En comparaison, le nombre de victimes à Gaza a été très bas. A.B. Yehoshua (écrivain israélien pacifiste)
With an outbreak of hostilities, the IDF will need to act immediately, decisively, and with force that is disproportionate to the enemy’s actions and the threat it poses. Such a response aims at inflicting damage and meting out punishment to an extent that will demand long and expensive reconstruction processes. The strike must be carried out as quickly as possible, and must prioritize damaging assets over seeking out each and every launcher. Punishment must be aimed at decision makers and the power elite. In Syria, punishment should clearly be aimed at the Syrian military, the Syrian regime, and the Syrian state structure. In Lebanon, attacks should both aim at Hizbollah’s military capabilities and should target economic interests and the centers of civilian power that support the organization. Moreover, the closer the relationship between Hizbollah and the Lebanese government, the more the elements of the Lebanese state infrastructure should be targeted. Such a response will create a lasting memory among Syrian and Lebanese decision makers, thereby increasing Israeli deterrence and reducing the likelihood of hostilities against Israel for a an extended period. At the same time, it will force Syria, Hizbollah, and Lebanon to commit to lengthy and resource-intensive reconstruction programs. Recent discussion of “victory” and “defeat” in a future war against Hizbollah has presented an overly simplistic approach. The Israeli public must understand that overall success cannot be measured by the level of high trajectory fire against Israel at the end of the confrontation. The IDF will make an effort to decrease rocket and missile attacks as much as possible, but the main effort will be geared to shorten the period of fighting by striking a serious blow at the assets of the enemy. Israel does not have to be dragged into a war of attrition with Hizbollah. Israel’s test will be the intensity and quality of its response to incidents on the Lebanese border or terrorist attacks involving Hizbollah in the north or Hamas in the south. In such cases, Israel again will not be able to limit its response to actions whose severity is seemingly proportionate to an isolated incident. Rather, it will have to respond disproportionately in order to make it abundantly clear that the State of Israel will accept no attempt to disrupt the calm currently prevailing along its borders. Israel must be prepared for deterioration and escalation, as well as for a full scale confrontation. Such preparedness is obligatory in order to prevent long term attrition. The Israeli home front must be prepared to be fired upon, possibly with even heavy fire for an extended period, based on the understanding that the IDF is working to reduce the period of fighting to a minimum and to create an effective balance of deterrence. This approach is applicable to the Gaza Strip as well. There, the IDF will be required to strike hard at Hamas and to refrain from the cat and mouse games of searching for Qassam rocket launchers. The IDF should not be expected to stop the rocket and missile fire against the Israeli home front through attacks on the launchers themselves, but by means of imposing a ceasefire on the enemy. Gabi Siboni
Il y n’y a que deux moyens d’aborder la question d’une manière efficace: occuper le territoire sur la durée et affaiblir systématiquement l’ennemi, ou entrer en force et porter un coup rapide mais fulgurant. A Gaza, l’armée israélienne a choisi la deuxième option, et donc, elle a eu tout-à-fait raison en termes militaires d’employer une puissance de feu massive. Vous devez frapper dur, entrer et sortir vite et prendre l’ennemi par surprise. Et surtout, vous ne devez jamais vous excuser. Parce que si vous le faites, vous démoralisez votre propre camp avant même de commencer. En dépit de toute les critiques, la guerre du Liban de 2006 a été un succès, parce que le Hezbollah n’a pas réattaqué depuis. En d’autres termes, nous sommes parvenus à casser la volonté de combattre du Hezbollah et je pense qu’il y a une possibilité raisonnable d’arriver au même résultat avec le Hamas à Gaza, où la performance de Tsahal était meilleure et les pertes inférieures. Martin van Creveld (historien militaire)

« Disproportion« , « crimes de guerre », « génocide », « Hiroshima » …

Et si la « disproportion » pouvait justement sauver des vies?

Si, malgré les apparences et tous les efforts du Hamas, le bilan réel de victimes « civiles » de l’offensive israélienne sur Gaza le mois dernier se révèlera vraisemblablement beaucoup plus bas que prévu (500-600 au lieu des milliers annoncés) …

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La chose qui incarne le plus l’impression de disproportion et semble échapper à toute rationalité est l’ampleur quasi-dresdéenne des destructions.

D’où l’intérêt du dossier post-Gaza du Jerusalem Report de la semaine dernière.

D’abord sur le malentendu de l’exigence de proportion qui, selon les lois de la guerre elles-mêmes, ne vise pas l’égalisation des moyens et des pertes de chaque côté mais porte sur le rapport entre les pertes civiles et l’avantage militaire visé et atteint.

Il s’agit donc, pour la partie offensive, de prendre toutes les mesures pour limiter le nombre de victimes civiles (comme évidemment ses propres pertes), ce que, contre la stratégie délibérée de boucliers humains du Hamas, Israël a fait en avertissant à l’avance les civils de quitter les zones de combat et en utilisant les armes les plus précises possibles (y compris en bloquant mystérieusement les ondes de télécommandes pour les bombes commandées à distance!) pour atteindre les cibles militaires.

L’opération ne se révélant d’ailleurs pas nécessairement disproportionnée si on la compare à d’autres opérations du même genre (dix fois moins de victimes civiles pour cinq fois plus de population qu’à Falluja en novembre 2005).

Quant aux destructions physiques elles-mêmes, les bombardements israéliens ont d’abord systématiquement détruit l’appareil militaire et politico-administratif du Hamas lui-même mais aussi, du fait de leur stratégie délibérée de les piéger ou de les utiliser à des fins militaires (sites de lancement et de stockage de roquettes), nombre de bâtiments civils (mosquées, écoles, habitations), qui de ce fait perdaient leur statut protégé.

Reste l’aspect le plus difficile à comprendre (y compris pour nombre d’Israéliens ou amis d’Israël) et en tout cas le moins expliqué par nos médias, à savoir la doctrine Dahia, autrement dit le côté démonstration de force qu’a effectivement été l’opération.

Le fait, comme l’explique l’expert en affaires militaires Avi Kober, que la dimension fulgurante et massive d’une offensive peut même dans certains cas (sans parler de l’effet dissuasif pour l’ensemble des pays de la région!) « sauver des vies à plus long terme en réduisant la durée de la guerre ou la possibilité d’un deuxième round ».

Stratégie qui, contrairement à ce qui est dit et répété par nos médias et têtes pensantes à la mémoire courte, s’est révélé payante au Sud-Liban à l’été 2006, le Hezbollah n’ayant toujours pas réouvert les hostilités devant l’ampleur des destructions que son agression avait imposées à sa population.

Et qui devrait donc logiquement faire réfléchir à deux fois ce qui reste du Hamas ou en tout cas les priver pour un bon moment de nombre de toits ou de jardins pour leurs rampes de lancement de roquettes …

Extraits:

Les lois de la guerre prennent en considération le fait que des civils peuvent être blessés lors d’attaques de cibles militaires, mais insistent sur le fait que les attaquants doivent prendre des mesures pour s’assurer que le nombre de victimes civiles ne soit pas disproportionné par rapport à l’avantage militaire atteint. Par exemple, la force attaquante pourrait avertir les civils de quitter la zone de combat, et elle doit utiliser des armes capables de cibler exactement les cibles militaires, ce qu’Israël a fait. De même, les attaques des forces israéliennes contre des bâtiments civils tels que des mosquées, des écoles et des maisons d’habitation ne constituent pas des crimes de guerre parce que les bâtiments en question étaient utilisés à des fins militaires. Dans ce cas une structure civile perd son statut civil. Par exemple, si une mosquée est utilisée comme d’observation point ou pour stocker des munitions, elle perd sa protection en tant que mosquée. Cela peut sembler cruel, mais si après 22 jours de bombardement, tirs d’artillerie et d’offensive au sol Israel a tué moins de 1 000 civils, il est évident que ce n’était pas disproportionné. Robbie Sabel (expert en droit international)

Si l’armée israélienne avait employé moins de puissance de feu, cela lui aurait causé plus de pertes et aurait considérablement réduit l’impact dissuasif de l’operation. Toute la région nous observait : le Hezbollah, la Syrie et l’Iran. Je pense que la démonstration de force était très importante pour créer de la dissuasion, non seulement vis-à-vis du Hamas, mais dans la région dans son ensemble. Doron Almog (ancien commandant israélien)

The Post-war Legal Battle
Leslie Susser
Feb. 1, 2009
THE Jerusalem Post
The Jerusalem Report
February 16, 2009

The images on television screens across the world were harsh: the tiny bodies of children wrapped in green Hamas shrouds; a Palestinian doctor who had worked in Israel, distraught at the deaths of his three daughters and a niece; pandemonium as shrieking ambulances raced to hospitals; women in traditional garb sifting through the rubble of their bombed-out homes; the jagged concrete of mangled high-rise buildings; huge clouds of smoke billowing over the battle zone.

Across the bottom of the screens or in voice-overs, viewers were informed of the constantly rising death toll in Gaza: 220 on the first day, reaching a total of 1,285 and thousands more wounded by the time Israel’s 22-day war against Hamas was over.

Besides the general assumption of the Israel Defense Force’s responsibility for what was presented as an unnecessarily high human toll and unnecessarily widespread devastation, there were some specific criticisms of Israeli soldiers’ conduct in the fighting: that in some instances they had prevented evacuation of the wounded, fired indiscriminately at civilians, used white phosphorous shells that cause deep burns against human targets, all of which are violations not only of the ethics, but also of the laws of warfare.

Israel argues that its forces did all they could to avoid causing civilian casualties; that the army made a quarter of a million phone calls, sent text messages and dropped leaflets warning civilians to leave areas about to be attacked; that some missions were aborted because civilians might be hit; that when civilians were hit it was often because Hamas militiamen prevented them from moving out of the line of fire, and that it was always unintentional.

As for the white phosphorous, the IDF says it is used by armies all over the world in legal munitions for flares and smokescreens, but that it is investigating the firing by a reserve brigade of about 20 phosphorous shells in the Bet Lehiya area of northern Gaza where civilians may unintentionally have been hit. The IDF also says that preliminary investigations of incidents in which Israeli troops fired at a United Nations compound, an UNWRA school, the al Kuds hospital and a tall building housing foreign media all followed the same pattern: IDF troops came under fire from inside or adjacent to the locations, and fired back.

Beyond the specifics, some critics of Israel charge that its overwhelming military response was not proportional to Hamas rocket fire, which during the war caused only three Israeli civilian deaths. Others go further, accusing Israel of war crimes. Israeli officials dismiss these charges out of hand as part of an ongoing campaign of anti-Israel « lawfare, » in which attempts are made to criminalize anything Israel does, especially when it uses force to defend itself. They maintain that with its civilians fired on so persistently by Hamas and powerful regional enemies like Iran lying in wait for any sign of weakness, Israel had to find an effective response. And, they say, given the way Hamas deliberately used civilians as human shields, there is nothing Israel could have done to make the results less tragic.

As the dust settles, the question of whether Israel actually broke the rules of war and whether any of its soldiers will face judicial proceedings is one of the major issues that have come to the fore. Others are whether the abiding impact of Israel’s Gaza operation be enough to secure its war aims of deterring Hamas rocket fire and preventing the smuggling of new weapons into Gaza, and who will control the large-scale rehabilitation of Gaza, expected to cost at least $2 billion.

The Israeli government rejects all the war crimes allegations and a week after the cease-fire, it announced that it would give full legal backing to soldiers who might face such charges abroad. « The men and officers who were sent on missions in Gaza must know that they are safe from various tribunals, » Prime Minister Ehud Olmert declared, describing attempts to move against Israel in the international legal arena as « moral acrobatics. »

If any foreign government or organization does try to prosecute, experts say this is unlikely to be done through the International Criminal Court at The Hague: Israel is not a member state and and the alleged crimes were not committed in the territory of a member state. Therefore, any proceeding in the ICC would have to be mandated by the U.N. Security Council, and the chances of that happening tend to zero. That leaves the possibility of prosecution through what is called « universal jurisdiction, » in the national courts of countries like Britain, Belgium and Spain, which allow prosecution for war crimes committed anywhere in the world.

In the post-war legal battle, Israel and its supporters are already taking the offensive. Irwin Cotler, a Canadian member of parliament and a former justice minister, law professor at Montreal’s McGill University and head of the Canadian Jewish Congress, says Israel should argue that Hamas is guilty of at least six violations of international law: Deliberately targeting civilians; launching attacks from inside civilian areas like houses, schools, mosques and hospitals; abusing international symbols, like using ambulances to transport fighters (the perfidy principle); bringing children into armed conflict; inciting to genocide; and, through its systematic eight-year long attack on civilians, perpetrating a crime against humanity.

« This is an important case to make, » he says, « because it shifts onus of responsibility for the human tragedy in Gaza onto Hamas. » Israeli legal experts add another major Hamas violation: not allowing Red Cross or any other international player access to Israeli soldier Gilad Shalit for the more than two-and-a-half years he has been in Hamas captivity.

In any judicial process it faces, Israel will have to show that its forces met two criteria, which according to international law experts, armies must observe in a civilian war zone: discrimination — directing fire only at military targets — and proportionality. There is a common misconception that the latter means responding to enemy attacks with more or less equivalent force. In fact, the demand is quite different: that when attacking a military target, civilian casualties and damage should not be « clearly excessive in relation to the concrete and direct overall military advantage anticipated. » [Article 2(b)(iv) of the Rome statute of the International Criminal Court]. In other words, that when taking a military objective, an army must take care to inflict as little civilian damage as possible.

There is no demand for equivalence in weaponry or in casualty ratios between the warring parties. In other words, neither Israel’s use planes against rockets, or its having suffered far fewer casualties than the other side make it guilty of disproportionality. « The laws of war take into account that when attacking military targets civilians may be hurt, but insist that the attacking force take steps to ensure that civilian casualties will not be disproportionate to the military advantage achieved, » explains Robbie Sabel, an expert on international law at the Hebrew University and a former legal adviser to the foreign ministry.

For example, the attacking force could warn civilians to leave the battle zone, and it must use weapons capable of pinpointing the military targets. Israel, says Sabel, did both. Neither did the IDF’s attacks on civilian buildings, like mosques, schools and people’s homes constitute war crimes, because the buildings in question were being used for military purposes. « In that case a civilian structure loses its civilian status. For example, if a mosque is used as an observation point or to store ammunition, it loses its protection as a mosque, » Sabel tells The Report.

He maintains that in Gaza the IDF did its best to adhere strictly to the laws of modern warfare, with legal advisers in battle command centers to ensure real time compliance. « It may sound cruel, but if after 22 days of bombing, shelling and ground fighting Israel has killed less than 1,000 civilians, it was clearly not disproportionate, » he declares.

This raises the question of how other western armies have fared in densely populated battle zones. For example, on D-Day, when the allies stormed the Normandy coast on June 6 1944, 3,000 French civilians were killed by allied bombs and shells in a single day. But that was war in a different time and on a different scale.

A campaign very similar, in fact almost identical to the Gaza war in the urban military problems it posed was the U.S. Operation Phantom Fury in the Iraqi city of Fallujah in November and December 2004. About 5,000 insurgents under Abu Musab al-Zarqawi were embedded in the city of 300,000. An estimated 200,000 civilians heeded American warnings and fled before the fighting began. On November 7, the Americans launched a major air strike, followed by nine days of fierce ground fighting and another 37 of mopping up. Of the 200 mosques in the city, 66 used to cache arms were destroyed; about 30,000 buildings were demolished or significantly damaged; the estimated civilian death toll was 6,000.

In Gaza, with a population of 1.5 million (5 times that of Fallujah) and about 20,000 armed militiamen, 20 mosques were destroyed, 25,000 buildings demolished or damaged, and the estimated civilian death toll was 894 by the Palestinian count or 500-600 according to the Israelis, although they had nowhere to flee to, and some were hit in what had been designated as safe havens.

Indeed, the IDF’s efforts to keep civilian casualties to a minimum despite the risks and complexities of urban warfare have been hailed by some foreign experts as setting new standards for other armies. « I don’t think there’s ever been a time in the history of warfare when an army has made more efforts to reduce civilian casualties and deaths of innocent people than the IDF is doing today in Gaza, » Col. Richard Kemp, a former commander of British forces in Afghanistan, told the BBC while operation « Cast Lead » was in full flow.

Still, the IDF acknowledges that it used heavy fire to protect its soldiers moving forward and that it made mistakes. The fact that four of the nine Israeli soldiers killed in Gaza were hit by friendly fire attests to the difficulty of accurately distinguishing between fighters and civilians in a fast moving urban battle situation.

So what was the IDF’s modus operandi? How did it manage to move through the narrow streets and alleyways, the booby-trapped houses and tunnels, with so few casualties of its own? Maj.-Gen. (Res) Doron Almog, a former commander of the southern front responsible for Gaza, puts it down to a combination of high-grade intelligence and a battle plan that took Hamas by surprise at every stage: strategic surprise at the ferocity and duration of the operation; tactical surprise at the timing of the initial air-strike and at the way the IDF found counters to all aspects of a Hamas defense strategy based on human shields, booby-trapped buildings and secret tunnels, and at the modus operandi of the forces on the ground.

« After one swift pincer movement, Hamas fighters suddenly found themselves surrounded everywhere, » Almog, now chairman of Aleh Negev, a live-in facility in the south for the mentally disabled, tells The Report. « The IDF soldiers then moved forward behind camera-carrying unmanned aircraft, which located Hamas forces and directed accurate fire from the air and heavy artillery barrages at them. So that even before they engaged in close combat, the Hamas lost dozens of fighters. Many of the dead were company and battalion field commanders. They weren’t at the head of their troops, but were deliberately picked out and hit. Through these tactical, targeted assassinations, the chain of command was severely disrupted. If the army hadn’t operated in this way, we would have sustained dozens of casualties. »

There were other tactical surprises, too – for example, the way the IDF was able to drop a mysterious electronic screen over Gaza. Israelis in the immediate vicinity found they were unable to open their cars by remote control; Hamas militiamen were unable to detonate booby-trapped buildings and other remotely controlled explosive devices.

Had the IDF used less firepower, Almog says, it would have cost it more casualties and greatly undermined the operation’s deterrent impact. « Everyone in the region was watching us: Hizballah, Syria and Iran. I think the show of force was very important in creating deterrence, not only vis a vis Hamas, but in the region as a whole, » he says.

As they went forward, Israeli troops with cameras fixed to their helmets recorded the web of booby-trapped buildings and tunnels, the way Hamas used civilians as human shields and weapons stored in and being fired from civilian locations. The data will obviously be used by the IDF in analyzing the operation; but it could also be made available if ever legal proceedings are instituted against Israeli soldiers.

Israel’s chief argument in justifying and explaining the Palestinian civilian casualties is that the Hamas military machine was totally embedded in the civilian infrastructure. In an interview with The Jerusalem Report, Social Affairs Minister Isaac Herzog, a member of the war cabinet, points out that even Qassam missiles were fired from people’s homes. « They fired from the roofs of houses, from schools, from shops. The mosques were full of weapons, ammunition, explosives and missiles. After it was hit, the Jabalya mosque kept on exploding for several minutes, explosion after explosion. It was probably one of the biggest arms bunkers in the Middle East, with large numbers of missiles imported from Tehran, » says Herzog.

Could Israel have fought the war in Gaza any differently? Military historian Martin van Creveld, who has written about the inherent difficulty modern states have in fighting low intensity asymmetrical guerrilla wars, says there are only two ways of going about it effectively: Occupying the territory for a long time and systematically weakening the enemy, or going in hard and dealing a quick but overwhelming blow. In Gaza, the IDF chose the second option, and therefore, van Creveld argues, it was absolutely right in military terms to use massive firepower. « You must hit hard, move in and out quickly and take the enemy by surprise. And above all, you must not apologize. Because if you do, you demoralize your own side even before you start, » he declares.

Van Creveld argues that despite all the criticism, the 2006 Lebanon war was a success, because Hizballah has kept the peace ever since. « In other words, we managed to break Hizballah’s will to fight, and I think there is a reasonable chance of achieving the same objective with Hamas in Gaza, where the IDF performance was better and the price lower, » he says.

Not all top Israeli military analysts are as impressed by the IDF’s performance.
Avi Kober, an expert on military affairs at Bar Ilan University’s BESA Institute for Strategic Studies, points out that the results were achieved against a weak enemy, with a state-like infrastructure providing easy targets and without a strategic hinterland like the Hizballah has both in Lebanon and through its close ties with neighboring Syria. Kober also argues that the IDF and the Israeli political establishment are still in « post-heroic mode, » fearful of casualties, and therefore hesitant about fully committing the IDF. Still, he agrees that, in the case of Gaza, the decision to go for a short, sharp deterrent operation was correct. Moreover, he argues that striking a heavy blow is not necessarily mmoral. « Sometimes this can even save lives in the long run, because if you strike a heavy blow, you reduce the chances of the war going on for a long time or of a second round, » he tells The Report.

On the issue of whether the aims of the campaign were achieved or not, Kober is reasonably confident that Hamas will be deterred from quickly renewing its missile assaults on Israeli civilian targets, but he is less sure about the closure of weapons’ routes through Sinai into Gaza. « The Egyptians don’t really want to do the job, » he asserts.

Almog disagrees. He says the Egyptians are projecting much greater seriousness about blocking traffic through the cross-border tunnels. « It needs to be backed up with a lot of technology. I put up a two kilometer metal barrier when I was southern command head. With American expertise, now they could put up a cement barrier along the entire 14 kilometer Egyptian-Gaza border, 50 meters below ground and 30 meters above, with sensors and a water moat to make smuggling through the tunnels virtually impossible, » he says.

Herzog says the specifics of how the smuggling will be stopped are now under review, with the Americans and Europeans not only ready to provide technology in Sinai, but to intercept Iranian vessels carrying arms for Hamas on the high seas. If effective, the new measures could stifle the Hamas government: Herzog claims the tunnels were used not only to smuggle in weapons, but also much needed cash – $1 billion, mostly from Iran, since Hamas’s violent seizure of power in June 2007.

Still, Herzog rejects criticism – mainly from the right-wing opposition – that by agreeing to the cease-fire when it did, the government missed a golden opportunity to topple the Hamas regime. Going on with the operation would have meant staying in Gaza for at least a year, risking soldiers’ lives and having to provide for 1.5 million Gazans, he says. The reoccupation would have had the international community and the moderate governments in the region up in arms. And after it all, Hamas would still have been around. « When you take on operations like this you need to know your limitations, » he insists.

Herzog is the Israeli minister in charge of efforts to ameliorate the humanitarian suffering and ultimately to help rehabilitate Gaza. In the first week after the war, an international convoy of planes brought in large supplies of food and medicine which Israel transported into Gaza; 150 trucks a day were going in through the Kerem Shalom crossing point, the conveyor belt for wheat at Karni was reactivated, Israel repaired its side of the electricity grid and was helping with water purification and sewerage disposal. « Israel is sending in as much as the Palestinians can absorb, and there is no shortage of food or medicine, » Herzog says.

The international relief effort for Gaza is being directed by Sir John Holmes, the U.N. Under-Secretary-General for Humanitarian Affairs and Emergency Relief Coordinator. His brief is to assess the immediate needs of the people of Gaza and, on the basis of his report, to convene a conference calling for assistance from U.N. member states. One of the urgent items will be temporary shelter in the form of tents or prefabricated homes for the about 20,000 Gazans the war has left homeless. Further down the road, there will be a big donor conference to deal with the longer term reconstruction of Gaza.

The main problem facing Israel and the international community in the rehabilitation effort is how to prevent Hamas from hijacking relief supplies and, more importantly, the entire rebuilding operation. For example, Israel approved the dispatch of equipment for water purification, but pipes it sent in quickly disappeared, apparently lifted by militiamen for the manufacture of new Qassam rockets.

Israel is working behind the scenes for major reconstruction to be carried out through Palestinian President Mahmud Abbas’s Palestinian Authority. The hope is that this will rehabilitate the PA’s standing in Gaza, transform living standards and create conditions for a two state Israel-Palestine solution. « The whole world and we too are looking closely at developments to make sure that the Palestinian Authority benefits from rebuilding Gaza, not Hamas, » Herzog says.

He talks about « a grand international strategy » to bring the PA back into Gaza as rulers instead of Hamas, the first stage of which should be having the PA administer the border crossing points between Gaza and Israel, and between Gaza and Egypt.

Clearly, any full-fledged return of the PA to Gaza would be predicated on a national unity deal between Hamas and Abbas’s secular Fatah movement. Officially, this is still something Israel opposes. But Herzog hints at the possibility of a fresh approach, given Hamas’s much weakened state. « We will not interfere in internal Palestinian affairs, » he declares.

A week after the war, the government instructed Justice Minister Daniel Friedman to prepare Israel’s legal argument in the event of any it its nationals being brought to court. The fundamental question, though, goes beyond the legal. Basically, it is a case of competing narratives: Israel which sees itself fighting for its survival against powerful regional enemies, and critics who see it as a nation corrupted by the arrogance of power. The question the fighting in Gaza raises, not so much for the courts, but for the judgment of history is who, ultimately, is responsible for the slaughter of the innocents – Israel or Hamas. •

Voir aussi:

A Necessary War (Extract)
Leora Eren Frucht
The Jerusalem Post
Feb. 1, 2009
Extract from an article in Issue 22, February 16, 2009 of The Jerusalem Report

Toys are scattered on the floor and the walls are filled with framed photographs of grinning children in A.B. Yehoshua’s Ramat Gan apartment.

A resident of Haifa, Yehoshua uses this place for weekends to host his six grandchildren, all of whom live nearby. Seated comfortably on a striped sofa, he awaits their arrival with particular anticipation this weekend, the first since his sons, aged 34 and 39, have returned home. Both were called up for reserve duty during Israel’s recent offensive in Gaza (though neither entered the Gaza Strip). « I feel a great sense of calm and relief, » says the acclaimed author of nine novels, who taught comparative literature at Haifa University for many years.

Over the last few weeks, Yehoshua, 72, a longtime member of the peace camp, has written articles in newspapers abroad and at home justifying, in principle, the Israeli operation. The author, who vehemently objected to Israel’s first Lebanon war, has often been seen as the ethical voice of the leftwing, together with fellow writers Amos Oz and David Grossman.
The local daily Haaretz featured a passionate exchange of letters between Yehoshua and left-wing columnist Gideon Levy, who accused the Israel Prize-winning novelist of having lost his conscience in supporting the offensive that claimed the lives of so many Palestinian civilians and destroyed much of Gaza.

Dressed casually in a black turtleneck and black pants that contrast strikingly with his shock of silver-white hair, Yehoshua speaks with conviction, waving his hands frequently for emphasis. While he has no pangs of guilt for his position, he feels the force Israel employed in Gaza was greatly exaggerated and even constituted « an act of brutality. » Yet he maintains that the war itself was unavoidable and believes that ultimately it may well bring peace and a two-state solution a step closer.

« This war was necessary, » says Yehoshua emphatically. « A million people can’t be under the constant threat of rocket fire. It was a type of insanity, an impossible situation that was paralyzing Israel. I believe any other country would have acted the same way we did out of a moral responsibility to defend its people from rocket fire. »

In recent days, some observers, including even Prime Minister Ehud Olmert himself, have said that they cannot rule out the resumption of rocket fire from Gaza. But Yehoshua believes the war achieved its goal of restoring long-awaited quiet to southern Israel. « I believe that as a result of the enormous destruction, the residents of Gaza understood that this way doesn’t lead anywhere. When the construction starts – with funds from Europe, Saudi Arabia and other places – and people rebuild their houses, I don’t believe they will agree to place rocket launchers there the following day.

« Look at the aftermath of the Second Lebanon War, » he continues. The Hizballah made lots of threats but didn’t fire a single rocket this time. Why? Because the residents of south Lebanon whose homes were destroyed said, ‘For what? Why start this again?' »

Yet Yehoshua noted, as he has in the past, that the Palestinians of Gaza are destined to « be our neighbors forever. » He would like to see them return to work in Israel and maintains that « we must be cautious and measured in our relations with them. » But how did Operation Cast Lead, which reduced Gaza to shambles and killed entire families, fit the bill? « There is no doubt, » he says, « that in this war the army used an enormous amount of firepower in an exaggerated and even brutal way that resulted in the deaths of civilians. »

Indeed, Yehoshua, whose latest novel is entitled « Friendly Fire, » points to the number of incidents in which IDF soldiers were accidentally killed by their comrades as evidence of a lightness or lack of restraint in the use of firepower in Gaza.

The author, whose works frequently delve into the primitive forces that drive people, invokes fear to explain – « although not justify, » he emphasizes – what he views as Israel’s excessive and sometimes indiscriminate use of firepower in Gaza.

« After the shortcomings of the Second Lebanon War, the soldiers were afraid, the Israeli population was afraid, the media warned it would be a harsh and unprecedented war. Hamas said: ‘If you enter Gaza, we’ll make this your cemetery; there will be mines and ambushes everywhere.’ So there was real fear. That fear caused us to strike out excessively. »

Much of the destruction could have been avoided had Hamas expressed a willingness for a cease-fire, he suggests. « Let’s not forget – and this is one of the most astonishing things in the war – that Hamas did not ask for a cease-fire once in these three weeks despite all the destruction and death in Gaza. It seems as though they don’t have much mercy for their own people. If, after the first or second week, Hamas had asked for a mutual cease-fire, believe me, I would have gone from door to door to recruit people to come and hold a huge demonstration at Rabin Square to stop the war.

Their cry would have brought the peace camp out. »

In assessing the destruction in Gaza, Yehoshua puts the conflict in a broader international perspective. « There is no doubt that harsh things happened here. But then when you compare it with recent battles around the world, it is not that extraordinary, » he says, citing fighting in Georgia, the Balkans, Afghanistan and Iraq. He notes that in Fallujah, for instance, about 6,000 people or 2.3 percent of the population of that Iraqi town were killed by American forces « and the Iraqis never shot at Washington or New York. » By comparison, he continues, the number of casualties in Gaza was very low.

« Nevertheless, » he says, « for us, this was an act of brutality, which included a lack of proportionality and while I understand the reasons for it, I can’t justify it. » He hopes the IDF will examine its actions in order to give a detailed reckoning of instances in which the force used was necessary and instances in which « we erred. God is in the details, and justice is also in the details. »

Yehoshua, an outspoken critic of the settlements in Judea, Samaria and Gaza, says he is particularly angry at Hamas for « torpedoing peace. »

Voir également:

Israel warns Hizbullah war would invite destruction

IDF Northern Command chief says in any future war Israel would use ‘ disproportionate’ force on Lebanese villages from which Hizbullah will fire rockets at its cities. ‘From our standpoint, these are not civilian villages, they are military bases,’ Maj.-Gen. Eisenkot tells Yedioth Ahronoth

Reuters
10.03.08

Israel would use « disproportionate » force to destroy Lebanese villages from which Hizbullah guerrillas fired rockets at its cities in any future war, an Israeli general said in remarks published on Friday.

Speaking in Beirut in honor of al-Quds Day, Hizbullah secretary-general says, ‘No one has the authority to concede a grain of earth, wall or stone of the holy land’; adds his organization will continue resistance against Israel. ‘Today more can be done than ever before,’ he notes

« What happened in the Dahiya quarter of Beirut in 2006 will happen in every village from which Israel is fired on, » said Gadi Eisenkot, head of the army’s northern division.

Dahiya was a Hizbullah stronghold that Israel flattened in sustained air raids during a 34-day war with the Shiite group two years ago.

« We will apply disproportionate force on it (village) and cause great damage and destruction there. From our standpoint, these are not civilian villages, they are military bases, » Eisenkot told the Yedioth Ahronoth newspaper.

« This is not a recommendation. This is a plan. And it has been approved, » Eisenkot added.

Some 1,200 Lebanese and 159 Israelis were killed during the war, which was sparked by a Hizbullah cross-border attack against an Israeli army patrol.

‘Hizbullah building capabilities against us’
The army’s failure to halt daily barrages of rockets against Israeli cities during the war prompted a wave of criticism of military commanders as well as calls on Prime Minister Ehud Olmert to resign over his handling of the conflict.

Israel accused Hizbullah of firing rockets from civilian homes in southern Lebanon during the war, a claim echoed by human rights groups who also accused Israel of using excessive force that claimed the lives of innocent civilians.

Eisenkot said Hizbullah, backed by Iran and Syria, had significantly improved its rocket fire capability since the end of the war two years ago.

He rejected accusations that Israel was violating a UN-brokered ceasefire by sending aircraft on reconnaissance flights over Lebanon, saying the aerial missions were necessary given that Iran and Syria continue to arm Hizbullah in breach of the UN truce.

« Hizbullah is building capabilities against us that contravene the agreement signed by the Lebanese government at the end of the war, » said Eisenkot. « Therefore there is legitimacy to continue the flights over southern Lebanon and over Lebanon in general. »

Voir enfin:

Gabi Siboni
INSS Insight No. 74,
October 2, 2008

Not long ago Hizbollah leader Hassan Nasrallah was quoted as saying, “the Zionists will think ten thousand times before attacking Lebanon.” Nasrallah’s remark appears to have been in reference to Prime Minister Ehud Olmert’s declaration, made while visiting the IDF Home Front Command, that the IDF would face fewer limitations in future confrontations. Indeed, the pressure on Nasrallah seems to be taking its toll. The Hizbollah leader is beginning to internalize what he understands as a fundamental change in Israel’s approach in responding to a threat emanating from Lebanon.

Indeed, an updated Israeli security concept regarding Israel’s response to rocket and missile threats from Syria, Lebanon, and the Gaza Strip is gradually evolving. Now, more than two years after the Second Lebanon War, it appears that Israel’s immediate response after the July 2006 kidnapping attack significantly boosted its ability to deter Hizbollah and Syria from operating against Israel.

The current predicament facing Israel involves two major challenges. The first is how to prevent being dragged into an ongoing dynamic of attrition on the northern border similar to what in recent years developed along the border with the Gaza Strip. The second is determining the IDF’s response to a large scale conflict both in the north and in the Gaza Strip. These two challenges can be overcome by adopting the principle of a disproportionate strike against the enemy’s weak points as a primary war effort, and operations to disable the enemy’s missile launching capabilities as a secondary war effort.

With an outbreak of hostilities, the IDF will need to act immediately, decisively, and with force that is disproportionate to the enemy’s actions and the threat it poses. Such a response aims at inflicting damage and meting out punishment to an extent that will demand long and expensive reconstruction processes. The strike must be carried out as quickly as possible, and must prioritize damaging assets over seeking out each and every launcher. Punishment must be aimed at decision makers and the power elite. In Syria, punishment should clearly be aimed at the Syrian military, the Syrian regime, and the Syrian state structure. In Lebanon, attacks should both aim at Hizbollah’s military capabilities and should target economic interests and the centers of civilian power that support the organization. Moreover, the closer the relationship between Hizbollah and the Lebanese government, the more the elements of the Lebanese state infrastructure should be targeted. Such a response will create a lasting memory among Syrian and Lebanese decision makers, thereby increasing Israeli deterrence and reducing the likelihood of hostilities against Israel for a an extended period. At the same time, it will force Syria, Hizbollah, and Lebanon to commit to lengthy and resource-intensive reconstruction programs.

Recent discussion of “victory” and “defeat” in a future war against Hizbollah has presented an overly simplistic approach. The Israeli public must understand that overall success cannot be measured by the level of high trajectory fire against Israel at the end of the confrontation. The IDF will make an effort to decrease rocket and missile attacks as much as possible, but the main effort will be geared to shorten the period of fighting by striking a serious blow at the assets of the enemy.

Israel does not have to be dragged into a war of attrition with Hizbollah. Israel’s test will be the intensity and quality of its response to incidents on the Lebanese border or terrorist attacks involving Hizbollah in the north or Hamas in the south. In such cases, Israel again will not be able to limit its response to actions whose severity is seemingly proportionate to an isolated incident. Rather, it will have to respond disproportionately in order to make it abundantly clear that the State of Israel will accept no attempt to disrupt the calm currently prevailing along its borders. Israel must be prepared for deterioration and escalation, as well as for a full scale confrontation. Such preparedness is obligatory in order to prevent long term attrition. The Israeli home front must be prepared to be fired upon, possibly with even heavy fire for an extended period, based on the understanding that the IDF is working to reduce the period of fighting to a minimum and to create an effective balance of deterrence.

This approach is applicable to the Gaza Strip as well. There, the IDF will be required to strike hard at Hamas and to refrain from the cat and mouse games of searching for Qassam rocket launchers. The IDF should not be expected to stop the rocket and missile fire against the Israeli home front through attacks on the launchers themselves, but by means of imposing a ceasefire on the enemy.

By instilling proper expectations of the IDF response among the civilian population, Israel will be able to improve its readiness and the resilience of its citizens. Still, the IDF’s primary goal must nonetheless be to attain a ceasefire under conditions that will increase Israel’s long term deterrence, prevent a war of attrition, and leave the enemy floundering in expensive, long term processes of reconstruction.


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