Irak: Je ne prie pas pour cette paix là (Florence Taubman)

21 mars, 2005

US church protests Iraq war

Si la guerre peut être légitime, alors la paix peut être illégitime. C.S. Lewis
La paix, bien sûr, mais la démocratie et la liberté ne sont-elles pas aussi des valeurs précieuses pour les chrétiens? Florence Taubman

Continuant notre « journal de guerre rétrospectif », en ce (deuxième) jour-anniversaire du déclenchement de l’opération Iraqi Freedom, voici une voix peu connue en France, celle de la pasteure protestante Florence Taubman.

Peu connue mais importante car elle tranchait sur la manière dont la plupart des responsables des Eglises chrétiennes, à commencer par le Pape mais aussi, contrairement à des préjugés bien français, ceux des Etats-Unis (y compris pour la propre église de… Bush et Cheney !) ou de la Grande-Bretagne, se sont alignés sur les positions pacifistes de la majorité.

Et surtout une voix courageuse pour ne pas avoir hésité à remettre en cause l’amalgame ordinaire entre pacifisme et christianisme et à rappeler que « la paix ne devait pas être défendue à n’importe quel prix »:

Lire le reste de cette entrée »

Publicités

Irak: Shoot the messenger! (Alain Hertogue)

20 mars, 2005
QuagmireTVJe pense que c’est à cause de l’unanimité, tout le monde était contre la guerre, les gens étaient contents de lire dans les journaux combien la guerre était mauvaise, comme le président français l’avait prédit.
Dans la phase du Saddamgrad Patrice Claude et Rémy Ourdan du Monde ont inventé des atrocités, produit des témoignages en phase avec ce qu’ils ne pouvaient voir.
Sur les fedayyin de Saddam, les gardes les plus brutaux du dictateur, ses SS, Ourdain a dit que les fedayyin n’ont pas combattu parce qu’ils étaient effrayés de la façon dont les GI’s tuaient tout le monde, dont un grand nombre de civils. Alain Hertoghe

A la veille du deuxième anniversaire du lancement de l’intervention alliée en Irak, nous continuons notre sorte de « journal de guerre rétrospectif » avec probablement le seul journaliste de langue française qui ait résisté à « l’extraordinaire atmosphère nationaliste en France à ce moment là », le journaliste belge (Monnerat était… suisse !) Alain Hertoghe, qui démontera dans un livre (« La Guerre à Outrances ») cette formidable machine à désinformer qu’était devenue alors la presse française, au prix d’ailleurs de son poste (sur le site internet de La Croix) !

Du fait du silence gêné (ou complice ?) du reste de la presse française (Libération mis à part), c’est sur un média américain, FrontPageMagazine, que nous avons dû aller chercher cet entretien – très complet – de lui de l’année dernière (dans sa version française mais l’original est aussi en ligne) où il tente d’expliquer cette « extraordinaire atmosphère »:

Extraits:

Je pense que la raison pour laquelle la presse n’a pas dit la vérité sur la guerre est due à l’extraordinaire atmosphère, qui n’était ni un complot, ni une conspiration, collective ou individuelle pour désinformer les lecteurs. Les journalistes n’ont pas conservé la distance professionnelle sur ce qui arrivait. Il y a une sorte de nostalgie pour le temps ou la France était un grand joueur sur la scène internationale.

Les médias ont spontanément réagi par le silence à la sortie de mon livre.

Entretien lui-même:

Lire le reste de cette entrée »


Irak: Le consensus absolu génère toujours une suspicion (Ludovic Monnerat)

19 mars, 2005

No war on Iraq!Parmi les rares esprits forts qui ont résisté à l’étouffant consensus (encore renforcé par l’étroitesse de notre petit monde francophone !) de ces longs mois qui ont précédé et suivi l’intervention alliée en Irak, une place toute particulière à Ludovic Monnerat, cet officier de l’Armée suisse et conseiller militaire (ainsi que blogueur émérite !) qui, tout au long de la guerre et à l’été 2003 – dans un bilan aux allures aujourd’hui quasi-PROPHÉTIQUES ! – avait le culot de déclarer :

« à long terme les Américains ont déjà gagné leur pari: avec la multiplication de ces vecteurs modernes que sont le téléphone portable, les antennes satellites et le réseau Internet, la contagion des idées libérales et démocratiques a commencé. Plus rien ne sera comme avant. »

« ceux qui prédisent le désastre depuis une année devront tôt ou tard se livrer à un sérieux examen de conscience face à son absence chronique. »

Contre les surenchères catastrophistes de nos médias, il n’avait de cesse de remettre les choses en perspective et de rappeler tout ce que ceux-ci omettaient systématiquement.

Quelques petits exemples:

– sur les « catastrophiques » pertes américaines: 87% d’entre elles ne survenaient que sur 2 à 3% du territoire irakien ne représentant que moins de 30% de sa population (le fameux «triangle sunnite», entre Bagdad, Ramadi et Tikrit) …

– sur le « bourbier vietnamien »: une moyenne de 25 attaques quotidiennes à l’arme à feu et à l’explosif, ainsi que 40 incidents graves sur… un pays de 24 millions d’habitants ! et… pour une force de 160 000 hommes et femmes ! (contre, à titre de comparaison, 578 attaques juives par jour sur les troupes britanniques en Palestine entre 1946 et 1947 !).

– sur la « résistance populaire »: pour maintenir leurs attaques, les belligérents avaient dû augmenter leurs rémunérations de 250 $ pour une tentative et 1000 $ pour chaque succès, à… respectivement 1000 et 5000 $ ! (dans un pays où un médecin gagnait jusqu’ici 350 $ par an) …

– sur la réelle explosion de la criminalité à Bagdad: 470 morts par armes à feu en un mois pour une population de 5,6 millions d’habitants mais… 275 homicides par mois pour 3,2 millions d’habitants à… Johannesburg ! (sans oublier que des rafales lâchées pour célébrer la mort des deux fils aînés de Saddam pouvaient tuer à elles seules … 31 Irakiens et en blesser… 76 autres !).

– sur l’état désastreux des infrastructures: négligées depuis plus d’une décennie par… Saddam, l’Irak ne consommait avant-guerre que 4000 mégawatts d’électricité, contre 6000 MW au début du mois de juin ; or le réseau actuel peinait à atteindre durablement les 4000 MW, et serait incapable de dépasser 4500 …

– sur la catastrophique situation sanitaire: 20 millions de dollars pour l’ensemble des services de santé du pays dépensés par le régime de Saddam en 2002; budget du Ministère de la Santé pour le deuxième semestre 2003: … 210 millions !

– sur la haine anti-américaine de la population irakienne: selon les sondages 50% des Irakiens approuvaient la guerre menée par les coalisés contre le régime de Saddam, contre 27% qui s’y opposaient; et si 75% estimaient que l’Irak était un endroit plus dangereux « aujourd’hui », 9% déclaraient préférer vivre sous Saddam, 5% souhaitant un retour de Saddam et 6% l’arrivée au pouvoir des mollahs, contre 36% qui demandaient une démocratie à l’occidentale et 26% un régime islamique ayant adopté des principes de justice et de gouvernement modernes …

Et il concluait par un bilan qu’on ne peut s’empêcher de citer en entier :

« Bilan : la coalition en bonne voie

Quel bilan peut-on tirer de cette avalanche d’informations ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bourbier ou la déroute sont assez contraires à la réalité. Pour interpréter et comprendre une situation aussi complexe et changeante, il est nécessaire de prendre du recul par rapport aux aspérités ponctuelles de l’actualité – une émeute à Bassorah, une fusillade à Bagdad – et de s’intéresser aux mouvements de fond. Or ceux-ci vont majoritairement dans la même direction : les Américains ont sans cesse plus d’hommes, plus de moyens, plus d’appuis et plus de renseignements pour atteindre leurs objectifs, alors que leurs ennemis peinent à renouveler leurs ressources et préserver leur liberté d’action.

Contrairement à une opinion reçue, le temps joue donc en faveur de la coalition. D’une part, les pertes subies sont trop faibles pour que le soutien politique fléchisse, et l’attitude de la population irakienne est suffisamment positive pour que les efforts de reconstruction et de stabilisation soient suivis d’effets. /…/ Enfin, les infiltrations de combattants étrangers ne sont pas suffisantes pour mettre les formations américaines sur la défensive, perturber leurs activités et modifier leur comportement.

Les principales qualités dont font preuve les Américains en Irak sont la souplesse d’esprit et le pragmatisme : lorsque qu’une méthode ne fonctionne pas, lorsqu’une situation est bloquée, ils ne s’obstinent pas et recherchent une solution à la fois originale et acceptable. Le grand public l’ignore, mais il se passe des choses exceptionnelles en Irak. Une unité de Marines confrontée à une foule excitée par un imam extrémiste et hurlant des chants haineux s’est mise à son tour à chanter pour montrer l’absurde de la situation. Une section de paras prise dans une fusillade a détaché des hommes pour mettre à couvert plusieurs personnes âgées, et n’a plus été attaquée dans le quartier. Les exemples sont multiples.

Les Irakiens forment aujourd’hui un peuple en pleine confusion, qui a soif d’informations, de sécurité, de certitudes et d’améliorations, et qui doit réinventer au quotidien ou presque sa manière de vivre. On ne s’en doute guère, mais à long terme les Américains ont déjà gagné leur pari: avec la multiplication de ces vecteurs modernes que sont le téléphone portable, les antennes satellites et le réseau Internet, la contagion des idées libérales et démocratiques a commencé. Plus rien ne sera comme avant. Les erreurs commises par l’administrateur, le commandant de bataillon ou le soldat individuel seront vite oubliées ; la liberté d’expression et d’opinion marqueront à jamais les esprits.

Le plus grand danger à présent réside dans les fractures que connaît la société irakienne. Aux différences d’ethnie et d’obédience religieuse viennent en effet s’ajouter la fidélité à l’ancien régime ou la collaboration avec le nouveau, et les règlements de comptes contre les membres de l’ex-parti Ba’as et les auxiliaires des forces coalisées se chiffrent chaque mois par dizaines. Ce n’est guère un hasard si les ennemis de la coalition s’en prennent de plus en plus aux Irakiens, qui sont des cibles autrement moins dangereuses. Constituer un gouvernement suffisamment fort pour faire respecter l’ordre et suffisamment représentatif pour éviter une guerre civile ne sera guère aisé.

Des efforts considérables restent donc nécessaires pour transformer chaque jour un peu plus le pays. Les Etats-Unis continueront à perdre des soldats au fil des semaines, même s’ils subissent moins d’attaques ; tôt ou tard, la négligence ou la malchance permettra à une attaque d’être particulièrement efficace et de tuer des dizaines d’hommes. Pourtant, c’est uniquement en acceptant les pertes, en continuant à s’exposer et à s’investir que la coalition parviendra à se maintenir sur la bonne voie et à progressivement transférer ses responsabilités aux Irakiens. La patience n’est pas une qualité fréquente en Occident, mais la transformation du Proche-Orient l’exige.

Il reste à se demander pourquoi les médias s’obstinent à hurler au bourbier lorsque la réalité contredit une telle opinion. Entre l’envie de montrer qu’une intervention militaire ne peut réussir que dans le cadre de l’ONU, le besoin de dissimuler leurs propres erreurs quant à une «résistance» présumée de la population irakienne, l’influence néfaste d’experts enclins aux clichés plus qu’à l’analyse, et bien entendu une hostilité généralisée à la puissance américaine, les explications ne manquent pas. Quoi qu’il en soit, ceux qui prédisent le désastre depuis une année devront tôt ou tard se livrer à un sérieux examen de conscience face à son absence chronique. »

Contrairement aux litanies des médias, la stabilisation et la démocratisation de l’Irak sont en bonne voie

Ludovic Monnerat

Checkpoint

le 10 août 2003


Autre Forme de Capitulation Préventive: La Dhimmitude (Bat Ye’or)

16 mars, 2005

Cheese-eating surrender monkey chief (Chirac)Oui, c’est Chirak qui avait raison. L’Europe a beaucoup emprunté à l’islam:

l’esclavage des Africains, l’étoile jaune, le ghetto des Juifs …

Telles sont quelques unes des vérités longtemps occultées que révèle l’historienne britannique d’origine égyptienne, Bat Ye’or, dans son dernier livre «Eurabia : l’axe euro-arabe» et dans un entretien dans Le Point de cette semaine.

Mais qu’on avait pu découvrir dès mai 2003 – autre texte fort au milieu de ces longs mois d’unanimisme munichois – à nouveau grâce à upjf.org.

Morceaux choisis:

« L’Europe est devenue le nouveau continent de la dhimmitude, où on ne livre pas bataille parce que l’on s’est déjà soumis sans se battre. Cet engrenage s’est mis en marche dès 1974-1975, à l’instigation de la France » …

« La quasi-totalité du sol palestinien appartenait encore au sultan turc jusqu’en 1917. Les fellahs en étaient les simples métayers, ils n’en avaient pas la possession. »

« Leurs vêtements discriminatoires obligatoires les exposaient à la vindicte et aux insultes dans la rue (pièces de couleur cousues sur les vêtements). C’est d’ailleurs là l’origine de la rouelle imposée aux juifs en 1215 par le Concile de Latran. »

« Ils vivaient dans des ghettos dont on fermait les portes le soir. »

« Souvent accusés de collaborer avec les chrétiens de l’extérieur, les dhimmis chrétiens tentaient de détourner la colère islamique contre les juifs. »

« C’est une histoire de violence, d’esclavage, de souffrance, de viols, de déportations, d’humiliation. »

« L’Europe a alors élaboré le mythe andalou comme modèle de civilisation multiculturelle, âge d’or des trois religions. Tout ce qui concernait le djihad et la dhimmitude a été éliminé. »

« Selon l’islam, l’histoire biblique est une histoire islamique. Le judaïsme et le christianisme seraient des déformations ultérieures de la religion islamique, première et seule vraie religion. »

Lire le reste de cette entrée »


Diplomatie: Capitulation préventive et soviétisation des esprits (Looking back on Chirac’s weasel diplomacy)

15 mars, 2005
Weasels at the UN (Feb. 2003) C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)

Toujours à l’approche du deuxième anniversaire du déclenchement de l’Opération Liberté pour l’Irak et au moment où un début de « printemps arabe » semble s’annoncer dans toute la région, nous revenons sur cette étrange période et cette étrange passion qui nous ont saisis tous ou presque …

Avec la volonté de revisiter et de faire (re)connaitre – en une manière d’hommage – les quelques rares textes et articles qui avaient alors tenté de résister à la pression majoritaire, à cette sorte d’hystérie tour à tour anti-américaine et anti-israélienne …

Et quel meilleur texte, pour ouvrir cette petite remontée dans le temps, que celui d’une … soviétologue ! Françoise Thom, qui dans une tribune du Figaro (découverte bien plus tard en fait sur le site upjf.org), avait pour moi brusquement redonné tout son sens au réalisme socialiste de cette vieille façade de la Mairie de Montreuil, comme soudain réveillé par cette banderole d’un autre âge.

Quelle meilleure analyse de cette subite soviétisation des esprits que celle qui décrit une France ayant « chaussé les bottes de la défunte Union Soviétique », aux prises à une « malsaine communion française dans l’anti-américanisme » et à un ‘antibushisme’ ayant repris la place de l’ « antifascisme des années 30 et 40 »? Implacable analyse qui n’a en effet pas pris une ride et prend même un an plus tard une étrange coloration… prophétique !

La capitulation préventive
Françoise Thom
Le Figaro
Le 6 mai 2003

La France est devenue le pays du consensus à outrance. Dans aucun domaine ce consensus n’est aussi visible que dans celui de la politique étrangère. Et pourtant, dans aucun domaine les choix des dirigeants français ne devraient être davantage soumis à un examen critique et à un débat, étant donné leurs implications et leurs conséquences probables sur l’évolution du pays et celle de l’Europe.

Malheureusement, ce débat n’est guère possible, car les Français sont quotidiennement soumis au tir continu d’une presse bétonnée par le gaullo-gauchisme. Ils sentent instinctivement les dangers auxquels les exposent les orientations imprimées à la diplomatie française par le duo Chirac-Villepin. Ils sont mal à l’aise devant les bouleversements récents de l’ordre international et l’évolution intérieure de la France, mais leurs élus, intimidés par la pensée unique distillée à longueur d’émissions et d’articles, ne se font que rarement l’écho de l’inquiétude sourde éprouvée par la France d’en bas.

Dans ce qui a été fait, rien n’est réparable. Mais ce n’est pas une raison pour persévérer dans la fuite en avant. La page de la crise irakienne se tourne. Le moment est venu de faire une pause et de dresser le bilan de notre action récente.

Pour juger une politique étrangère, il faut se poser deux questions. La première est de savoir si cette politique favorise la réalisation des objectifs qu’elle s’est fixés. La seconde consiste à se demander si ces objectifs correspondent à l’intérêt réel du pays.

L’objectif prioritaire de la diplomatie française est le containment inconditionnel des Etats-Unis

Quoi que ceux-ci entreprennent, la France juge indispensable de leur mettre des bâtons dans les roues. Nos néo-gaullistes estiment que la France retrouvera un rang digne d’elle sur la scène internationale si elle prend la tête de l’opposition à l' »hyperpuissance » américaine.

La France chiraquienne est européenne parce qu’elle conçoit l’Europe comme un pôle rival des Etats-Unis, et elle se voit sans peine en position hégémonique dans cette Europe anti-américaine.

La France chiraquienne défend l’ONU, autrefois traité de « machin » par le général de Gaulle, parce que son siège au Conseil de Sécurité lui semble un instrument privilégié dans ce containment des Etats-Unis , tout en lui conférant un poids dans la communauté internationale, auquel ni ses succès économiques, ni son rayonnement culturel ne l’autorisent plus aujourd’hui à prétendre.

Ainsi donc, les buts que s’est assignés la politique étrangère chiraquienne sont la lutte contre l’ unilatéralisme américain, la transformation de la PESC de déclaration d’intention en réalité institutionnelle, l’élévation de la France au rang de puissance écoutée sur la scène mondiale.

Or, sur tous ces objectifs, la France a obtenu des résultats opposés à ceux qu’elle poursuivait.

L’obstruction française aux Nations-Unies, la tournée faite dans quatorze capitales par le ministre des Affaires Etrangères français pour bloquer le recours à la force contre Saddam, s’ajoutant à des camouflets plus anciens, comme l’attribution de la présidence de la commission des Droits de l’homme à la Libye, ont encore accentué le penchant, déjà prononcé, de l’administration américaine pour l’ unilatéralisme . Plus que jamais, les Etats-Unis se désintéressent de l’ONU. Or, l’expérience passée montre que, sans la puissance américaine, l’ONU n’a qu’une existence formelle. L’attitude française a donc sabordé les Nations-Unies, dont Paris prétendait réaffirmer le rôle.

De même, les persévérants efforts français pour saboter l’OTAN semblent avoir porté leurs fruits après le refus franco-allemand d’une assistance militaire de l’alliance à la Turquie. Là encore, le comportement français n’a fait qu’accentuer la pente déjà prononcée de l’administration Bush vers l’unilatéralisme.

Voyons maintenant les fruits de la diplomatie chiraquienne en Europe.

A lire le compte-rendu des nombreux débats qui agitent la convention européenne, on a l’impression que l’unité des Européens ne se fait que sur un point: la nécessité de contenir les ambitions de la France.

Paris s’est bercé de l’illusion de la résurrection du couple franco-allemand. Il suffit de lire la presse allemande pour se rendre compte qu’outre-Rhin, on nous en veut beaucoup d’avoir exploité un moment difficile pour l’Allemagne, l’isolement dans lequel Berlin s’est trouvé après une campagne électorale faisant appel à l’anti-américanisme. L’Allemagne a pris peur devant les outrances françaises

« Personne ne sait au juste ce qui pousse Chirac à s’opposer à ce point aux Etats-Unis. Cela ne peut que nous inquiéter. C’est une situation effrayante », a récemment déclaré Michael Glos, un représentant de la CSU [Pour l’attitude allemande voir l’article de Thibaut de Champris dans Le Figaro du 28 mars 2003].

La France s’ingénie à persuader Washington qu’elle ne partage pas la vision française d’une Europe opposée aux Etats-Unis. Lorsque la CDU reviendra au pouvoir, la France paiera la note des concessions arrachées à l’automne dernier.

La renaissance du couple franco-allemand a également suscité de vives réticences dans les pays d’Europe centrale et orientale, candidats à l’élargissement, qui depuis le sommet de Nice, comptaient sur l’Allemagne pour contrebalancer les tendances hégémoniques de Paris : appréhensions encore aggravées par les grossières diatribes du président français, laissant entendre que l’admission à l’UE devait être payée par une totale soumission à la vision française d’une Europe anti-américaine.

Cet axe Paris-Berlin se complétant d’une entente avec Moscou, on comprend pourquoi les pays de l’ex-bloc communiste se demandent s’il vaut vraiment la peine d’entrer dans une Europe où tous les slogans de l’ère soviétique, lutte pour la paix ,lutte contre le sionisme , lutte anti-impérialiste, acquis sociaux, sont revenus en force.

La brouille avec Londres compromet le deuxième projet qui tient à coeur aux dirigeants français, la construction d’une armée européenne. Sans collaboration franco-anglaise il ne peut y avoir d’armée européenne digne de ce nom. Là encore, l’orientation anti-atlantiste prise par Paris a non seulement étouffé dans l’oeuf la tentative de mettre sur pied une défense européenne, mais elle a considérablement affaibli Tony Blair, le plus pro-européen des dirigeants britanniques. Rien ne sert mieux la cause des europhobes d’outre-Manche que la fracassante diplomatie française.

En un mot, où qu’elle se soit tournée, la France a obtenu l’inverse de ce qu’elle recherchait.

Elle voulait une Europe unie antiaméricaine, elle a réussi à diviser le continent plus gravement qu’il ne l’a jamais été.

Elle ambitionnait d’être le chef de cette Europe, elle se trouve isolée aujourd’hui face à une coalition organisée d’Etats européens, elle est en froid avec l’Angleterre et brouillée avec ses soeurs latines, avec l’appui douteux d’une Allemagne réticente et celui d’une Russie plus encline au double jeu que jamais.

Elle s’est attiré l’inimitié dangereuse de l’Amérique, sans avoir assuré ses arrières.

Du point de vue même des objectifs qu’elle prétendait atteindre, la diplomatie chiraquienne est un accablant fiasco.

Reste maintenant à aborder le point fondamental, à savoir: dans quelle mesure les orientations de la diplomatie française correspondent aux intérêts réels de notre pays.

En politique étrangère, la France a, en quelque sorte, chaussé les bottes de la défunte Union Soviétique :

même politique d’obstruction à l’ONU,
même démagogie tiers-mondiste,
même alignement sur le monde arabe,
même ambition de prendre la tête d’une coalition d’Etats « anti-impérialistes » dirigée contre Washington.

La France a repris le vieux dessein eurasien de Primakov, consistant à créer un axe Paris-Berlin-Moscou-Pékin contre les Anglo-saxons, dessein auquel la Russie de Poutine a cessé de croire, mais qu’elle encourage à Paris car elle y voit un moyen d’améliorer ses positions dans ses négociations avec Washington.

L’obsession anti-américaine fait que la France n’est guère regardante quant à la nature des régimes auxquels elle accorde son appui au nom de la multipolarité . Irak, Algérie, Zimbabwe, Soudan : en un mot, la France semble s’entendre mieux avec les Etats-voyous et les Etats ratés qu’avec les Etats dont elle partage la civilisation. Elle prétend défendre le droit international en s’appuyant sur des Etats qui ignorent tout du droit.

L’analogie avec l’Union Soviétique va plus loin qu’il n’y paraît. En effet, la diplomatie française est moins inspirée par une Realpolitik cynique (d’où les échecs évoqués plus haut) que par une vision idéologique des choses. Son antiaméricanisme est la projection sur la scène internationale de son jacobinisme interne. La malsaine communion française dans l’anti-américanisme révèle le début de dérive totalitaire de notre pays, déjà perceptible au moment du deuxième tour des élections : Bush a remplacé Le Pen dans la fonction d’ennemi du peuple. L' »antibushisme » peut se comparer à l' »antifascisme » des années Trente et Quarante: il camoufle un consensus obligatoire de type communiste.

Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS.

En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur.

Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le « choc des civilisations » et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français.

Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de « l’engagement ». Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues.

De manière révélatrice, Dominique de Villepin a déclaré devant le parlement que la mission française était de mettre en échec « le libéralisme anglo-saxon ». Comme la plupart de leurs interlocuteurs arabes, les dirigeants français estiment plus urgent de se dresser contre les Etats-Unis, même quand ils ont raison, que de mettre en chantier les réformes qui permettraient de sauver leur Etat de la faillite.

Le plus grave dans tout ceci est que la passion anti-américaine a anesthésié les Français sur les conséquences de cette rupture délibérée avec le camp occidental.

Conséquences déjà perceptibles dans les débordements des manifestations pour la paix, dans le fait que l’Etat français est de moins en moins capable d’assurer la sécurité des biens et des personnes, à commencer par celle de nos concitoyens juifs. La représentation, dans les médias, des premiers jours de la guerre en Irak, avec sa propagande souvent ouvertement pro-Saddam, a été proprement irresponsable, au point d’alarmer les responsables du ministère de l’Intérieur : selon l’un d’entre eux,

« la médiatisation des cafouillages de la coalition en Irak nourrit, dans certains quartiers, une forme d’arrogance dont les policiers, sur le terrain, sont désormais les témoins… Il suffirait d’une étincelle pour que l’anti-américanisme dans les banlieues alimente des formes de violence incontrôlées » [Le Figaro du 3 avril 2003].

Les observateurs étrangers s’interrogent sur les causes de la folie française.

Au moment où la fragilité de l’Etat français devient perceptible pour tous, en l’absence de toute défense européenne crédible, est-il vraiment prudent de rompre avec notre allié américain, au point que celui-ci nous considère maintenant comme un ennemi ? Même la Russie a compris qu’elle avait intérêt à ne pas se brouiller avec l’Amérique, justement à cause de ses faiblesses internes. Elle reste antiaméricaine, au fond, mais elle adopte un profil bas, ravie de voir la France attirer sur elle les foudres de Washington – et cette tactique est payante: les médias américains, qui n’ont pas de mots trop durs pour condamner la France, trouvent mille excuses à Poutine.

La première explication du comportement de nos dirigeants est l’irresponsabilité – ils croient qu’ils n’auront de comptes à rendre à personne.

Cette irresponsabilité est poussée si loin qu’ils semblent s’étonner des conséquences de leurs actes : ainsi, ils ne s’attendaient pas à la flambée de francophobie aux Etats-Unis, étant persuadés qu’ils pouvaient multiplier les provocations contre Washington sans risquer de rétorsions. L’habitude de l’impunité en politique intérieure a fini par engendrer une politique étrangère désastreuse, exactement comme pour la défunte URSS.

Dans le cas français, il faut ajouter la futilité et la vanité, facteurs permanents de notre diplomatie.

La deuxième explication de la politique chiraquienne tient à l’inquiétude de la classe politique devant l’échec de plus en plus patent de l' »intégration républicaine ». Au lieu de faire face au péril, on se réfugie dans la dénégation.

On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif.

Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe.


Tintin au pays des Soviets (Back in the USSR: A war blog from France)

13 mars, 2005
Montreuil dit non à la guerre de BushMontreuil says no to Bush\'s war

I’m back in the USSR, Hey, You don’t know how lucky you are, boy, Back in the USSR… Paul McCartney

Nous venons d’atterrir à l’aéroport de Moscou-sur-Seine: veuillez retarder vos montres de… 50 ans!

En cette veille du 2e anniversaire de la 2e guerre d’Irak

Je retombe sur ce vieux cliché du fond de mes archives …

Cette banderole d’un autre âge d’un certain printemps 2003, sur la facade proprement soviétique de la mairie de Montreuil …

Comme un petit souvenir d’un séjour prolongé au pays des Soviets…

Et l’envie d’en préserver les traces de peur qu’avec le temps, on ne me croie tout simplement plus!


%d blogueurs aiment cette page :