Mondial 2010: L’ignominie a changé de camp (This France team has shamed us all)

29 juin, 2010
Mais pourquoi faire à tout prix du foot une affaire de morale? Raymond Domenech (l’Express, le 24/11/2009)
Cette main – honteuse diront certains -, on peut la considérer avec les lunettes du concept de « Fortune morale » développée par Bernard Williams dans son ouvrage, assez ancien mais toujours remarquable, Moral Luck. Imaginons un peintre qui abandonne femme et enfants pour vivre sa passion. Que penser d’un tel comportement ? Si le peintre s’avère génial, nous lui pardonnerons facilement son comportement nous dit B. Williams ; qu’il s’avère médiocre et nous le blâmerons de la manière la plus intransigeante. Notre jugement se construit donc de manière rétroactive dans bien des cas : c’est en fonction du développement des faits que nous modifions notre manière de considérer l’acte en question…alors que l’acte lui-même reste toujours le même (Pis, on pourrait considérer que cet acte devrait être jugé en se replaçant précisément dans les circonstances du moment). Samuel Ferey (économiste, université de Nancy)
Nous étions plus que proches. C’est même lui qui m’a appris à tomber dans les surfaces de réparation, c’est vous dire. C’était pour Israël-France en Espoirs, je m’en souviens comme si c’était hier. Il m’a dit qu’il fallait faire comme les Italiens, tricher. Robert Pires
A la base, c’est Toto (Squillaci) qui va à la lutte de la tête. Moi, je suis derrière deux Irlandais. La balle rebondit, tape ma main, l’arbitre ne siffle pas… Thierry Henry
Ce qui fait le football et attire les gens au stade, c’est justement l’intensité dramatique du dernier match. Il y a eu une injustice? Oui, assurément, mais elle correspond à un fait de jeu, non à une tricherie. La vraie erreur, c’est celle de l’arbitre. Tous les anciens joueurs le reconnaissent. Les autres sont des donneurs de leçons qui ne connaissent rien au foot ni au sport de haut niveau. (…) Nous n’avons pas triché. Nous avons bénéficié d’une erreur d’arbitrage. (…) Mais pourquoi faire à tout prix du foot une affaire de morale? Ce sport a des règles qu’il faut respecter, bien sûr, mais il est aussi le reflet de la vie. Les intellos crient au scandale, mais, à ma connaissance, Thierry n’a pas commis un crime. Dans les vestiaires, les questions que se posaient les gars n’étaient pas d’ordre moral. Eux connaissent les erreurs d’arbitrage, ils en ont parfois été victimes. Leur priorité était plutôt de se dire: « Si on va au Mondial en jouant ainsi, on n’y fera rien! » C’est cela, et rien d’autre, la préoccupation des gens qui sont vraiment dans le milieu du foot. (…) En sport collectif, on entraîne tout le monde, les conséquences de tel ou tel acte rejaillissent sur beaucoup de gens. Cette forme d’idéalisme me fait sourire. Pour atteindre un objectif exceptionnel, on n’agit pas toujours de manière exceptionnelle. (…) De toute façon, je n’ai jamais rêvé d’être populaire. Le premier match que j’ai disputé pour Lyon, j’ai été hué pour avoir brisé la jambe d’un Niçois alors que je n’y étais pour rien. J’avais 18 ans, ça forge le caractère. Mon job, c’est de gagner, et ma fierté, d’être apprécié par les gens qui me connaissent vraiment. Les autres… Je préfère cela plutôt que d’être populaire et le roi des cons par-derrière. (…) Je suis dans un rôle: celui de sélectionneur. Je pratique une forme d’agressivité, je le reconnais. Je peux agacer, ça aussi, je le conçois. Il m’arrive de m’agacer moi-même! Avant une conférence de presse, je devine déjà les questions. Alors oui, je fais un peu d’humour, de la provoc, je joue parfois les cyniques, j’utilise ma palette de comédien pour ne pas exposer mes joueurs. (…) Je me souviens, en revanche, d’avoir expliqué comment fonctionnent les foules, en m’inspirant des écrits du sociologue Gustave Le Bon. La foule se nivelle par le bas. Dans un stade, on voit des types en costume-cravate se métamorphoser. Trois individus s’infiltrent, lancent des slogans hostiles, et tout bascule. Je n’invente rien: ce genre de manipulation existe en politique. Pourquoi pas dans le foot? Je me demande juste à qui profite le crime. (…) Alex Ferguson a failli être viré dix fois avant d’obtenir son palmarès avec Manchester United. Après la défaite de leur sélection contre nous lors de la Coupe du monde 2006, les Espagnols voulaient la peau de Luis Aragones. Sa fédération a tenu bon et, deux ans plus tard, son équipe était championne d’Europe! Pour moi et les dirigeants de la Fédération, l’essentiel, c’est de s’inscrire dans la durée. (…) Les résultats parlent: deux qualifications de suite pour la Coupe du monde, une finale disputée, ce n’est pas si mal! Mes prédécesseurs avaient eu droit au même reproche sur leur communication. (…) J’ai une âme de missionnaire. Evidemment, il m’est arrivé d’être fatigué. Et puis je dors et, le lendemain, c’est reparti. Jamais je n’ai démissionné, jamais je ne démissionnerai. Plus la pression est forte, plus je suis motivé. L’adversité est mon élément. Quand règne le calme plat, je m’ennuie, je m’inquiète, même. (…) Et si l’on me dit que c’est un retour à la « République des joueurs », je le revendique. [il tend le poing en un geste révolutionnaire.] Moi-même, quand j’étais footballeur, je ne voulais pas être l’exécuteur des décisions d’un entraîneur. J’oriente, je discute, mais je ne suis pas un dictateur. [C’est votre passé anar qui se réveille?] Il y a un peu de ça, oui. Sans le désordre complet. Mais si, à l’intérieur d’une équipe, il y a une énergie qui bouge, quitte à provoquer parfois des étincelles, je dis bravo. (…) Ce passé [fils d’un Catalan anti-franquiste réfugié en France lors de la guerre civile espagnole] a forgé en moi une grande force de caractère et une révolte permanente. Mon père était contestataire, révolté, provocateur. J’ai hérité de son tempérament, mais j’ai pu le canaliser grâce à mon métier. Je ne baisse jamais les bras. Quand j’ai une conviction, je m’y tiens. Raymond Domenech
Je n’ai regardé que le ballon, je l’ai vite capté et j’ai vite relancé.  Si j’avais regardé à droite ou à gauche, peut-être que cela aurait fait réfléchir l’arbitre. Manuel Neuer (gardien de but allemand, 27.06.10)
Non, le ballon n’a pas eu l’air de rentrer. Il est rentré. Vous l’avez vu. Nous l’avons vu. Même notre chat l’a vu! Jason Gay
Comme d’habitude, les partisans de la modernité ne comprennent pas pourquoi la Fédération internationale de football (FIFA), qui a laissé les terrains se transformer en plateaux de tournage pour percevoir ses droits de retransmission, s’obstine à rejeter le progrès.  (…) Ces grossières erreurs ont influé sur le cours de rencontres se jouant à quitte ou double. Les Mexicains ont été lésés à la 26e minute, à un moment où ils faisaient mieux que résister aux Argentins puisqu’un de leurs tirs avait échoué sur la transversale. Les Anglais, eux, seraient revenus à 2-2 avant la pause et se seraient moins exposés aux contres allemands en seconde mi-temps. Certes, l’Allemagne et l’Argentine ont dominé les débats. Mais il est dommage que leurs qualifications soient entachées de fautes d’arbitrage. (…)
Il demeure encore une opposition quasi philosophique. D’aucuns estiment que l’injustice est constitutive du football, qu’elle nourrit sa dramaturgie et permet de le distinguer du hockey sur glace ou du rugby moderne. Sans elle, il n’y aurait jamais eu ces mythes que sont la finale de la Coupe du monde 1966 (l’Angleterre sacrée grâce à un tir de Geoffrey Hurst qui, lui, n’avait vraisemblablement pas franchi la ligne de but), saint Patrick Battiston, martyr de Séville 1982, et évidemment toutes ces mains, celles de Dieu (Maradona), du diable (Vata) ou de la grenouille Thierry Henry. Pas non plus de Rudi Völler (comme son nom l’indique) s’effondrant dans la surface de réparation argentine pour que l’Allemagne remporte le Mondial 1990. Bruno Lesprit
J’ai pensé, devant cette honte, [que] ce que le football avait provoqué, c’est grave, pour la France, les éducateurs, les bénévoles, les partenaires, les supporteurs, qui nous font confiance, c’est encore plus grave que les mauvais résultats sportifs […]. Cinquante ans de valeurs se sont écroulés. Jean-Pierre Escalettes
Ce qu’il faut comprendre une bonne fois pour toutes, c’est que Raymond Domenech, c’est l’œuvre au noir. Sa mission n’était pas tant de construire, car il fallait surtout détruire. Il a été le seul à le voir, quitte à se couper l’oreille pour le bien du football français. Il fallait en finir avec le trop lourd héritage de 1998, déboulonner les idoles, casser les illusions. Brûler la terre devenue stérile… et offrir ainsi à son successeur le beau rôle, celui du bâtisseur. Le chevalier noir laisse donc la place au Président Blanc, mais Raymond Domenech est et restera le véritable artisan du futur de l’équipe de France. Il s’est sacrifié car les circonstances l’exigeaient.(…) Iconoclaste certainement, mais pas dans le sens que l’on croit, car l’image qu’il a cassée, ce n’est pas la sienne, c’est celle des Bleus, d’une équipe. En poussant à l’extrême le principe de la défaite, M. Domenech a fait exploser le système. Il nous a offert à tous un cadeau inestimable : de la distance, du recul par rapport à l’équipe de France. Il nous a libéré des Bleus. Erwan Le Du
Ça c’est bien les Français : les mecs, pendant 70 ans on gagne rien au foot, tout le monde s’en balance, c’est un sport de beaufs. Et d’un coup, en 98, on gagne et tout le monde est fan, et tout le monde a son avis, et tout ce beau monde de Footix débarque en croyant que la victoire en Coupe du monde, c’est normal. C’était juste la première fois de l’histoire, et la finale de Domenech, c’était juste la deuxième. On a vécu nos plus belles années, et de très loin. Les Anglais, z’ont pas vu la finale depuis 1966, les Espagnols sont puceaux, les Portugais itou, alors faut remettre un peu de contexte et arrêter de râler pour râler, sans rien connaître. Erwan Le Duc
L’émoi suscité par cette affaire est à la hauteur de la désillusion que l’opinion éprouve vis-à-vis de cette mythologie footballistique posée en 1998, et en rapport avec ce qu’elle figure. Par exemple la France black-blanc-beur du Mondial 1998: cela peut être traumatisant aujourd’hui pour l’opinion de se rendre compte que l’on se trouve dans un modèle totalement inversé. Cette équipe n’est finalement que l’incarnation de la désintégration. (…) Le football est une nouvelle religion populaire et évidemment lorsque les idoles sont déboulonnées ou s’auto-déboulonnent, plus rien ne fonctionne. La grande mythologie de 1998 est encore hyper-active dans la mémoire collective, les champions du monde eux-mêmes sont encore présents : sollicités, interviewés, filmés. Il n’y a qu’à voir par exemple Zinedine Zidane systématiquement filmé en tribunes lorsqu’il assiste aux matches. Cette image, mise en fond de toile, renvoit toujours à cette formidable victoire et rend d’autant plus pitoyable ce qui se passe aujourd’hui. C’est finalement dans cette tragi-comédie que le mythe contemporain s’épuise de sa petite mort. (…) En dix ans en France, on est passé d’une célébration unanime et totalement excessive, risible à l’époque, à cet espèce d’écroulement tout aussi risible. Une thématique essentielle soulevée par cette affaire est la question de l’impunité. Nous traversions une période particulière en matière sportive et singulièrement footballistique, dans laquelle la starification des joueurs leur conférait une certaine impunité. Que l’exclusion de Nicolas Anelka soit justifiée ou non aux yeux de l’opinion ou des instances fédérales, nous assistons, je pense, à une rupture de cette impunité. Souvenez-vous de Zidane donnant un coup de boule en finale du Mondial 2006 et qui n’a jamais été véritablement condamné pour cela. La figure n’a jamais été déboulonnée, au contraire elle a même été célébrée au travers de chansons populaires. Philippe Tetart (chercheur en histoire du sport à Sciences Po)
Le jour où, pour l’équipe de France, de battre mon cœur a cessé. (…) J’avais passionément aimé l’équipe de France (…) Le 18 novembre 2009, cet amour a brutalement cessé. Paul Yonnet
Les supporters n’ont pas l’habitude d’être les méchants du film. Quand on est amoureux de l’équipe de France, on sait ce que cela veut dire de se faire voler un match. On connaît Séville, l’ignoble Harald Schumacher et l’arbitre aveugle. Aujourd’hui, l’ignominie a changé de camp. (…) Avec Raymond Domenech et ses bleus (…) le football français est définitivement passé de l’autre côté du miroir. (…) On justifie la tricherie et l’absence de fair play par une soi-disant culture de la gagne à tout prix, quels que soient les moyens. (…) Le staff, les joueurs et la FFF sont prêts à tout. Maintenant on le sait. Bruno Godard

Attention: une imposture peut en cacher bien d’autres!

Fils d’un Catalan anti-franquiste réfugié en France, milieu ouvrier lyonnais, passé anar, 16 ans de joueur professionnels (2 titres de Coupe de France, 8 sélections en équipe nationale), entraineur de 2 équipes (Mulhouse, Lyon) puis de l’équipe nationale des Espoirs (moins de 21 ans), 1er sélectionneur français à avoir qualifié son équipe pour 3 grands tournois de suite, record de longévité pour un sélectionneur à la tête de l’équipe de France, recours à l’astrologie dans un milieu particulièrement superstitieux, arrogance et défi permanents, demande en mariage en direct, liste des 30, défaite contre l’équipe B de la Chine (84e mondiale), intello n’ayant pas eu son bac mais citant Gustave Le Bon et s’intéressant à la politique, au théâtre et au cinéma qui se rêvait président de la République, maitre de la manipulation et de l’affabulation, fausse réputation de mauvais garçon, refus de serrer la main du sélectionneur adverse  …

Joueurs aux tacles casseurs de tibias, coups de coudes, simulations, épingles à nourrice cachées dans les shorts (défenseurs italiens des années 70), frasques, prostitution, palaces, ipods vissés aux oreilles, insultes du sélectionneur (reprises hypocritiquement dans la presse), « putsch » des cadres de l’équipe grève de l’entrainement, doigt d’honneur aux journalistes (Gallas), démolition de porte de vestiaire à coup de pieds et coup de tête contre un adversaire (Zidane), pingrerie notoire (10 000 euros, de la part de joueurs multimillionnaires, pour  une association humanitaire)…

Alors qu’après l’ignominie de la main de Thierry Henry des qualifications et contre l’évidence de tous (arbitres exclus, interdits même de regarder l’écran géant du stade!), la Coupe du monde continue tranquillement d’aligner les erreurs flagrantes d’arbitrage (double main brésilienne, but anglais refusé, but argentin sur hors jeu) …

Et qu’après le retentissant naufrage de l’Equipe de France, la première tête est tombée de la Fédération française de football …

Retour, avec la biographie non autorisée du journaliste Bruno Godard (Domenech: histoires secrètes d’une imposture, 2010), sur « ce destin fait d’impostures, de chance insolente, de gloire, d’échecs, de talent, d’ombres et de mensonges » de celui par lequel le scandale est arrivé, le controversé sélectionneur Raymond Domenech.

Ou plutôt, derrière le fils du Catalan anti-franquiste au passé d’anar (un véritable Jérome Kerviel du football!) et un certain milieu footballistique, sur ce meilleur des mondes footballistique de la morale cynique du pas vu pas pris dont – et c’est tout à son honneur – ne se satisfera jamais toute une France de véritables amoureux du football.

Et ce même si derrière le côté réquisitoire fruit de l’amour déçu (véritable « coup de gueule », comme le nom de la collection), on devine bien la part d’illusion mais aussi la trop grande exigence d’un public qui tend à oublier les inévitables ratés et creux de la vague qui historiquement (comme pour les autres,  les dissensions internes n’empêchant d’ailleurs pas toujours les succès comme pour les Allemands en 74 et 90 ou les Italiens en 82 ou 2008) n’ont pas manqué d’entrecouper nos âges d’or.

Ainsi, la génération dorée des Fontaine, Kopa et Piantoni des années 50 fut précédée d’une longue période de vaches maigres (un certain 17 à 1 contre le Danemark  en 1908) et suivie  des cruelles désillusions des années 60  (1-0 à domicile contre les amateurs norvégiens en 1968 et 5-0 face à l’Angleterre en 1969).

De même que la génération du « carré magique » des Platini, Giresse, Tigana et Genghini/Fernandez qui nous donna l’Euro 84, la Coupe intercontinentale des nations et la médaille d’or aux Jeux olympiques d’Atlanta déboucha sur une dizaine d’années de déconvenues (décevante 3e place au Mondial 86, non-qualification pour les  Euro 88 et Mondiaux 90 et 94 et chute au 1er tour de l’Euro 1992 sous le règne d’un sélectionneur nomme Platini!)

Et qu’enfin, après à chaque fois une laborieuse et inquiétante série de matches préparatoires qui valut à un certain Aimé Jacquet ou à son successeur Roger Lemerre de longs mois de pilori médiatique, l’âge d’or des Bleus de Zidane Henry, Trezeguet, Anelka, Pires, Wiltord, Deschamps, Blanc, Petit, Thuram, Viera, Lizarazu, Barthez (Champions du Monde puis d’Europe 1998-2000) fut, comme on ne le sait que trop avant le désastre actuel en Afrique du sud, suivi de la longue période de douloureuse reconstruction des Lemerre, Santini et Domenech (sortie au 1er tour du mondial 2002 et, grâce au retour de Zidane, Makelele et Thuram au Mondial 2006, élimination en quart et au 1er tour des Euros 2004 et 2008) …

D’où, on l’imagine la tâche d’un Laurent Blanc qui, dès son premier match amical face à la Norvège du 11 août prochain puis les éliminatoires pour un particulièrement proche Euro 2012 en Pologne-Ukraine dès le 3 septembre (avec comme souvent des adversaires à sa portée comme la Biélorussie, la Bosnie-Herzégovine, la Roumanie, le Luxembourg ou l’Albanie, mais sans un Gourcuff suspendu pour son carton rouge contre l’Afrique du sud !), sera attendu au tournant.

Avant, ultime consolation et à défaut d’un Mondial 2014 au  Brésil probablement hors de portée (aucun pays européen n’en  a jamais jusqu’à présent gagné une hors du continent), l’Euro 2016 où la France sera qualifiée d’office en tant que pays organisateur mais aussi d’autant plus contrainte de briller …

Bruno Godard : “Un acteur raté qui s’invente sa propre histoire”

France Soir

19.01.10

Le journaliste de 39 ans assume ses coups de griffes contre Domenech.

FRANCE-SOIR. Pourquoi tant de haine ?

BRUNO GODARD. Je n’en ai pas contre lui, le personnage ne m’intéresse pas. En revanche, ce qui me dérange, c’est ce qu’il a fait à l’équipe de France et au football. J’ai grandi dans le culte du 18 novembre 1981, le coup franc somptueux de Platini qui nous envoie au Mondial, l’accolade des partenaires, Hidalgo porté en triomphe. Il y avait du panache, du rêve. Mes deux fils vont grandir avec le 18 novembre 2009 et cette main d’Henry contre l’Irlande. Henry, qui n’a pourtant rien d’un tricheur, n’est que le bras armé de Domenech. Sûr qu’on a plus de chances de commettre des braquages en traînant avec Jacques Mesrine qu’avec sœur Emmanuelle…

Que lui reprochez-vous exactement ?

Il représente tout ce que je déteste : l’argent non assumé, la manipulation, cette façon de briser des carrières, de mépriser le supporteur de base, cette provocation à deux balles, alors qu’il n’est qu’un salarié de la Fédération, rien de plus. Nous avons tous un droit de regard sur lui.

Verdict ?

Je n’ai déjà pas compris sa nomination. Dans mon enquête Les Bleus peuvent-ils vraiment gagner la Coupe du monde ? (vendue à 25.000 exemplaires), j’avais constaté que tout tournait autour de lui. Parce qu’il est manipulateur, cupide, provocateur, démagogique, prêt à tout pour s’accrocher à son poste. Surtout, ce n’est pas un bon technicien. Ce type intelligent, même s’il se croit plus malin qu’il ne l’est réellement, a profité des circonstances et s’invente sa propre histoire en permanence.

Est-ce vraiment lui la star de l’équipe ?

Oui. Il est plus connu que ses joueurs, surtout que l’on n’entend plus parler de Ribéry et qu’Henry, à cause de lui, est devenu un tricheur. Il a travaillé à écarter les cadres au fur et à mesure, pour rester tout seul en haut de l’affiche. Car Domenech adore être dans la lumière. Il a la chance de tomber sur une génération qui ne l’ouvre pas, car Henry n’est pas un vrai leader. Il n’aurait pas pu avoir un tel comportement avec Deschamps ou Blanc. Avec eux, Domenech ne serait plus depuis longtemps à la tête de l’équipe de France.

Il a tout de même été tout proche d’un sacre mondial en 2006…

Le destin est moche avec lui. Dès qu’il est proche de toucher le Graal, celui-ci se dérobe. Il y a une morale dans le foot. Quand tu gagnes de manière sale, tu le paies. Domenech n’est pas le seul coupable. La Fédération française, peuplée d’une bande d’incompétents, l’est au moins tout autant.

Selon vous, Domenech en rajoute pour impressionner sa compagne, la journaliste de M6 Estelle Denis…

Il est complètement fou d’elle. Elle adore José Mourinho (NDLR : l’entraîneur portugais de l’Inter de Milan), il fait tout pour lui ressembler. Un homme amoureux, ça fait des conneries. N’oubliez pas que Domenech a presque 60 ans, Estelle vingt-quatre ans de moins. Ils ne sont pas mariés, il est inquiet en permanence. Lui tout seul n’est rien, car il n’est ni beau, ni jeune, ni glamour. Ensemble, ils rêvent d’être des people. Drôle de couple…

Et le couple Domenech-Henry ?

Zidane a décidé en 2005 de revenir chez les Bleus, tout seul, également poussé par ses sponsors. Domenech n’y est pour rien, même s’il a feint de l’organiser. Ce sont deux ego, sauf que l’un a du génie, l’autre pas. Au Mondial 2006, ils avaient besoin l’un de l’autre.

Le bandeau de votre ouvrage précise « Le livre qui inquiète Domenech ». Et vous, êtes-vous inquiet ?

Non, même si nous avons reçu, l’éditeur et moi, un recommandé le 4 novembre, sur injonction de Domenech, précisant qu’il attaquerait en cas de diffamation ou d’atteinte à la vie privée. Comme un people… Depuis ce courrier, mystérieusement, des rendez-vous que j’avais ont été annulés. J’assume tout. Certains prétendent que je crache dans la soupe. Mais ce n’est pas ma soupe. Désolé, peut-être suis-je idéaliste mais moi, je mange autrement.

Est-il heureux ?

Impossible de l’être quand tout le monde vous déteste. Il ne maîtrise qu’un seul rôle : celui du mec méchant. Il cultive ce côté diable. C’est un acteur raté.

Et si vous le croisez demain ?

J’irai déjeuner avec lui, afin qu’il me démontre qu’il aime vraiment le foot !

Son agent d’image réplique : “Ce déferlement de haine sert ses intérêts”

Il est le cocréateur de VIP Consulting, agence spécialisée dans le management du droit d’image de célébrités. Parmi ses clients, Djibril Cissé, Jérôme Rothen, Samuel Eto’o, Aimé Jacquet, Alain Prost mais aussi Thierry Lhermitte, Jean-Marie Bigard ou David Hallyday. Frank Hocquemiller s’occupe également, depuis janvier 2009, de Raymond Domenech. Il n’a pas lu le pamphlet de Bruno Godard mais n’est pas inquiet d’éventuels dommages collatéraux en termes d’image. « Ce livre ne m’intéresse pas. Je ne le lirai pas. Cette mise à mort, ce lynchage médiatique systématique m’agace. Il me laisse d’ailleurs sans voix tellement il devient subjectif. Même votre pire ennemi n’a pas que des défauts… Je pense que ce livre va se planter, car il va trop loin dans la critique et en devient ridicule. »

Frank Hocquemiller ne se voile toutefois pas la face : « Je ne suis pas dupe, je suis conscient qu’une partie des gens sont contre Domenech, notamment des leaders d’opinion, des CSP+, d’après une étude très détaillée que j’ai commandée. Mais il a du potentiel. Son taux de notoriété est le plus élevé du pays derrière Nicolas Sarkozy. Adidas et SFR sont déjà des partenaires anciens de Domenech et ils ne sont pas près de le lâcher. D’autres marques devraient s’associer à lui. Ce déferlement de haine, paradoxalement, est en train de servir ses intérêts. Je sais aussi que, si la France brille au Mondial, beaucoup retourneront leur veste. »

http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/2010/01/20/un-livre-denonce-limposture-permanente-de-domenech-134667

Les avocats de Raymond Domenech avaient mis en garde l’éditeur dès le 4 novembre, mais le livre « Domenech, histoires secrètes d’une imposture » paraîtra malgré tout jeudi. Signé Bruno Godard, l’ouvrage pointe du doigt l’imposture permanente à laquelle se livre Domenech et son recours systématique à l’humiliation. Comme preuve, un extrait que nous publions en exclusivité sur Rue89 : l’interview du footballeur Robert Pires, l’un des moments forts du livre.

Téléchargez l’extrait du livreEn mai 2006, il publiait « Les Bleus peuvent-ils vraiment gagner la Coupe du monde ? » (Hugodoc, 15 000 exemplaires vendus).

Ce 21 janvier 2010, trois jours avant les 58 ans du sélectionneur des Bleus, il publie « Domenech, histoires secrètes d’une imposture », d’ores-et-déjà tiré à 40 000 exemplaires.

L’auteur : Bruno Godard, ancien rédacteur en chef de Rolling Stone France et du mensuel de football Grand Stade, à présent journaliste indépendant.

L’éditeur et l’auteur avaient reçu un recommandé le 4 novembre, sur injonction de Domenech, précisant qu’il attaquerait en cas de diffamation ou d’atteinte à la vie privée.

Charge contre le briseur de rêves

Bruno Godard est conforté par force enquêtes (auprès de Zidane et Thuram en 2006 et quelques témoins anonymes parmi lesquels on reconnaîtra Jean Tigana) et par des témoignages exclusifs, notamment les interviews cinglantes de Jean-Michel Larqué et Robert Pires.

Godard est devenu amoureux du football au moment où la France chantait « Les plus forts, évidemment c’est les Verts », au moment où les Bleus se constituaient un carré magique. C’est-à-dire avant le cynisme.

La couverture du livre « Domenech, histoires secrètes d’une imposture »Ne s’en prenant aucunement à l’intimité de Domenech, il fustige tout ce qui, chez lui, se voit et se calcule. Et avec Domenech, il y a de quoi faire.

Pour Godard, le « boss » des Bleus ne l’est plus depuis longtemps. Surtout depuis qu’il :

« A volé l’équipe de France aux supporters, tué la poule aux œufs d’or des annonceurs et brisé les rêves des enfants. »

En « bon anarchiste qu’il a toujours voulu être, il y prend du plaisir ». Les relations de Domenech à l’argent, c’est aussi un des angles de tir de Godard. Ce livre est la suite de celui de Jennifer Mendelewitsch.

Impostures à répétition

Mais le fil conducteur du livre, c’est l’imposture. Le livre porte sur ces petites interprétations, ces petits glissements de sens, ces mensonges, qui ont fait de lui un « briseur de jambes », et le sélectionneur des Bleus. Quelques exemples :

* Domenech joueur a bâti sa carrière sur une réputation de coupeur de jambes. Or, si le joueur était très rugueux, il n’a jamais brisé une guibole. C’est sur un seul fait de match que se fonde cette réputation. Et encore, ce 12 août 1970, ce n’est pas Domenech qui brise la jambe du défenseur niçois Metzner. Le vrai coupable, Jean Baeza, défenseur de Lyon avec Domenech, ne s’est jamais démasqué. Et Raymond, qui n’est pas un artiste, trouve là une occasion d’acquérir une réputation éternelle. Mais fausse. Un « assassin sans cadavre ».

* L’amitié avec Aimé Jacquet : c’est grâce à son ancien coéquipier, puis entraîneur, que Domenech sauvera toujours sa tête. Et trouvera du travail : à la Direction technique nationale, à la tête des Espoirs (1993-2004) puis des Bleus. Jusqu’à la rencontre avec l’actuel patron de la FFF, Jean-Pierre Escalettes.

* En pleine Coupe du monde 1994 aux USA, Domenech essaie de revendre au black des billets pour Bolivie-Corée du Sud. Billets qu’il n’a pas payés. L’affaire a été étouffée par la FFF.

* En 2005, lorsque Zidane revient chez les Bleus, Domenech téléphone à Thierry Henri et lui fait croire qu’il est pour quelque chose dans le retour du messie. Faux.

* Domenech, fils de républicain espagnol à l’image d’anarchiste, ne déteste pas l’argent. Déjà, en 1977, il gagnait 40 fois le Smic de l’époque. Sans être en rien supérieur à tout footballeur moyen.

Nourri de multiples infos et révélations ultra-vérifiées, le livre de Godard est une biographie à charge, une « bio non-autorisée », à l’anglo-saxonne.

C’est l’un des livres, avec celui de Jean-Michel Larqué, les plus attendus dans le monde du football en ce début d’année. Une biographie non-autorisée sur le personnage publique le plus détesté de France, il faillait y penser, Bruno Godard la fait.  A trois jours du 58ème  anniversaire du sélectionneur des Bleus, sort donc dans toutes les librairies une biographie qu’il aurait bien aimé faire interdire. Dès le 4 novembre, Raymond Domenech par le biais de son avocat avait envoyé une lettre à l’auteur et à la maison d’édition (JC Gawsewitch édition) précisant qu’il les attaquerait en cas de diffamation ou d’atteinte à la vie privée. Personne n’en a vraiment tenu compte, et cela a permit de faire de la publicité gratuite à un ouvrage qui est d’or et déjà édité à 40 000 exemplaires

Bruno Godard, journaliste indépendant, ancien rédacteur en chef de Rolling Stone et du mensuel de football Grand Stade, est l’auteur de nombreux essais sur le sport, dont Les Bleus peuvent-t-il gagner la coupe du Monde ? (Hugodoc, 2006), un ouvrage dont les nombreuses révélations avaient défrayé la chronique lors de la dernière coupe du Monde.

Présentation de l’éditeur :

Qui est vraiment Raymond Domenech, l’un des hommes les plus critiqués et les plus détestés de France ? Un provocateur ? Un imposteur ? Un franc-tireur ? Un rebelle ? Un véritable amoureux du football ? Un incompris ?

Grâce à une enquête approfondie dans l’entourage de l’équipe de France et à des témoignages exclusifs de joueurs et journalistes (exemple : Christophe Dugary, Jean-Michel Larqué, Robert Pirès qui s’exprime pour la 1re fois sur les raisons pour lesquelles il a été écarté), le journaliste sportif explique pourquoi les joueurs le détestent, mais ne disent rien.

Bruno Godard dresse un portrait sans concessions du sélectionneur des Bleus, à quelques mois du début de la coupe du Monde 2010. Il déconstruit le personnage de « rouleur de mécaniques » qu’il s’est donné : on apprend que quand il était joueur, il s’est laissé pousser la moustache façon « repris de justice » pour impressionner, mais il n’a jamais blessé personne. Il préférait se laisser pousser les ongles pour griffer les attaquants adverses.

Loin des biographies consensuelles des acteurs du sport, Histoires secrètes d’une imposture lève le voile sur les parts d’ombres de Raymond Domenech, l’homme qui ne s’aimait pas et qui voulait plus que tout être dans la lumière. Bruno Godard revient aussi sur les dessous de la fameuse demande en mariage et analyse le rôle et l’influence d’Estelle Denis dans sa vie.

Anecdotes inédites, témoignages de personnes dans l’entourage direct du sélectionneur mais aussi de journalistes qui suivent au jour le jour l’équipe de France, ce livre donnera toutes les clés aux passionnés du football pour mieux connaître l’homme qui se cache derrière la carapace d’orgueil créée au fil des années par le sélectionneur que tout le monde aime détester…

Voir également:

Critique

« Domenech. Histoires secrètes d’une imposture », de Bruno Godard : football, le réquisitoire

Zeliha Chaffin

Le Monde

24.06.10

Implacable, rusé, provocateur, Raymond Domenech, l’ex-entraîneur des Bleus, n’attire guère la sympathie du lecteur, ni sa pitié. Dans cette biographie non autorisée, écrite avant le Mondial, le journaliste Bruno Godard nous livre un portrait au vitriol du sélectionneur de l’équipe de France.

De ses débuts à l’Olympique lyonnais (OL), où il acquit la réputation de « défenseur tueur », à sa nomination à la tête des Bleus le 12 juillet 2004, le journaliste revient sur les mythes qui ont construit la légende Domenech.

Et alors que les espoirs d’ajouter une deuxième étoile au palmarès français se sont envolés avec les Bleus dans l’avion de retour vers Paris, l’heure est au « débriefing ». Ces débriefings qu’affectionnait tant le coach Domenech et qui ont si souvent laissé un goût amer aux Bleus comme l’avouent certains joueurs dans ce livre, sous couvert d’anonymat. Car même conspué par les supporteurs et les professionnels du foot, l’homme n’aura cessé de régner par la peur.

C’est ce qui a fait sa plus grande force. Déjà, dans ses jeunes années, alors défenseur à l’OL, il aime intimider ses adversaires. Pour « jouer son rôle de bête sanguinaire », il se laisse pousser la moustache et les ongles, raconte Bruno Godard. A défaut d’être le plus talentueux de son équipe, il décide d’être le plus rusé. « Le football, c’est la guerre », aime-t-il répéter. Pourtant, cette réputation de tueur, Raymond Domenech l’a usurpée. Il n’a jamais cassé de jambes ni donné de « soupe de phalanges », comme on le dit dans le monde du foot.

Avec une ironie mordante, Bruno Godard retrace la carrière du sélectionneur, revient sur les mensonges et les impostures qui l’ont jalonnée. Il mêle au récit biographique – nourri de témoignages de joueurs dont celui de Robert Pirès, de journalistes, de techniciens, ou de dirigeants – quelques éléments de réflexion personnelle.

Comment cet amoureux du ballon rond, né dans le quartier des Etats-Unis à Lyon, en 1952 et, après avoir vécu « l’enfance heureuse des classes populaires des années 60″, a-t-il pu devenir l' »homme le plus détesté de France », « manipulateur » et « avide de pouvoir » ? L’auteur fait ici la part belle aux détracteurs de l’entraîneur des Bleus. Sous sa plume, le Lyonnais devient le « briseur de rêves », cet homme impitoyable qui a conduit l’équipe de France à sa ruine, transformant « cette magnifique princesse en crapaud purulent ».

Au risque parfois d’oublier que le football est avant tout un jeu collectif et que les piètres performances des joueurs tricolores ne peuvent pas toutes être imputées au seul Raymond Domenech. Dans les faits, il reste à ce jour le seul sélectionneur français à avoir qualifié son équipe trois fois de suite pour de grands championnats internationaux (2006, 2008, 2010).

Le portrait est incisif. De ses méthodes d’entraînement façon « commando », aux relations ambiguës aux médias ou à l’argent, tout est passé au crible. Au mieux, l’auteur reconnaît-il que le sélectionneur fait preuve de courage face au flot de critiques.

A l’heure où la tragi-comédie sud-africaine s’achève, l’heure est au bilan. Avec une certitude : le football français a depuis longtemps cessé de faire rêver.

DOMENECH. HISTOIRES SECRÈTES D’UNE IMPOSTURE de Bruno Godard. Ed. J.-C. Gawsewitch, 256 p., 19,90 €

Voir aussi:

Briseurs de rêves

Le Monde

12.06.10

L’argent a englouti la magie et l’émotion

On nous a volé notre jeu. A deux reprises. La première fois, c’était en 1998. Au soir de la victoire de Zidane et des siens, la France s’est embrasée. Pour les gens de ma génération qui avaient été obligés de cacher leur amour du ballon rond comme une maladie honteuse, cette soirée et les semaines qui suivirent furent très difficiles à vivre. Avant ce 12 juillet, les amateurs de football étaient considérés, au mieux comme des incultes décérébrés, au pire comme de dangereux hooligans, ivres de bière et de violence.

Après le triomphe, le football est devenu glamour, presque chic. Dans les tribunes, les cadres supérieurs et les people ont remplacé les supporteurs de la première heure, ceux-là mêmes qui étaient raillés et vilipendés quelques mois plus tôt. Le coeur lourd, nous avons dû partager notre sport avec ces néosupporteurs…

Mais le football, notre football, nous a été volé à nouveau, et cette fois le délit est bien plus dramatique. Car c’est le jeu qui a été dérobé. Au fil de ces dix dernières années, le plaisir simple et enfantin du bruit du ballon qui caresse les filets est devenu accessoire. Les agents, les équipementiers et tous les criquets du sport business ont fini de dévorer ce qui faisait la saveur de notre passion. L’argent a définitivement remplacé la magie, les millions ont englouti l’émotion.

Aujourd’hui, bien plus qu’avant, seule la victoire compte. Le match Irlande-France de novembre 2009 est le reflet de ce larcin. Avant cette date, les Français symbolisaient le panache et le talent. La demi-finale contre la RFA à Séville en 1982 avait même permis aux Bleus de rentrer dans le Panthéon du sport mondial.

Les hommes de Platini étaient les valeureux, les chevaliers terrassés par d’ignobles tricheurs. La main de Thierry Henry nous a fait entrer dans le monde des bourreaux et des tueurs de rêve. Ce soir-là, les effusions de fin de match ont donné la nausée à ceux qui ont grandi dans l’idée naïve, presque romantique, que le football pouvait être plus noble et plus grand que la vie, où seuls les vainqueurs sont admirés. En sport, on pouvait sortir grandi d’une défaite.

En football, on pouvait mettre des étoiles dans les yeux d’un enfant en ratant un penalty. Avec cette équipe de France, le rêve est fini. Durant cette maudite soirée de novembre, dans les tribunes du Stade de France, pour la première fois de ma vie, j’ai eu un peu honte des Bleus. En une action, Thierry Henry est devenu un paria, un tricheur, alors que, tout au long de sa carrière, il n’avait jamais commis le moindre geste discutable.

Mais, ce jour-là, le buteur le plus prolifique de l’histoire des Bleus est devenu le bras armé des tueurs du jeu. Des tueurs de rêves. En fin de match, il a tenté de faire bonne figure en allant consoler des petits hommes en vert qui étaient devenus bien plus grands que lui. Devant la détresse des vaincus, comme tous les amoureux du football, je me suis senti plus irlandais que français.

Des intellectuels, des politiques ont justifié cette main du diable en affirmant que ce n’était finalement pas si grave et que l’important était de se qualifier pour la Coupe du monde. Bien entendu, cette main est anecdotique. Bien entendu, le football n’est pas une chose sérieuse. Mais cette main est aussi le symbole d’une époque où la fin justifie les moyens. Et où le résultat écrase la morale sur son passage. Les Bleus peuvent gagner la Coupe du monde ou être éliminés au premier tour, rien n’y fera. En tuant le talent, en anesthésiant la magie du jeu, ils ont cassé ce formidable jouet qu’est le football et qui n’aurait jamais dû tomber entre les mains d’hommes qui ont perdu leur âme d’enfant. Lorsque nous étions des poussins, au début des années 1980, on voulait devenir footballeur professionnel pour inscrire un but en finale de la Coupe du monde.

Aujourd’hui, un gamin de 10 ans souhaite signer dans un grand club pour s’offrir une voiture de sport et pour s’étaler, un jour prochain, au bras d’un mannequin dans les pages people des magazines. C’est ce fossé qui a précipité la fin de notre football. J’ai grandi avec Michel Platini et ses coups francs enroulés dans la lucarne. Je me suis endormi avec le maillot bleu frappé d’un coq énorme sur la poitrine ou avec le maillot qu’il portait à Nancy ou à Turin.

J’ai rêvé de ses ouvertures millimétrées et de ce sourire qui illuminait son visage quand il marquait. Je suis devenu un homme en admirant Cantona et ses gestes fous de rebelle du football. Je suis devenu père en regardant Zidane inscrire deux buts en finale de la Coupe du monde, puis en m’émerveillant devant un débordement de Pires et une volée de Trezeguet lors du triomphe des Bleus à l’Euro 2000.

Dans les stades ou devant un écran de télévision, j’ai vécu la joie, la déception, l’injustice, l’honneur et la gloire. Mes deux fils, eux, ne connaissent que les Bleus de Raymond Domenech. Un provocateur sans saveur, un sélectionneur sans idées, qui symbolise à merveille notre époque où le vide et le néant sont érigés en modèles.

Il y a quelques semaines, devant un match de foot, j’ai dû expliquer à mes fils les mots « proxénétisme » et « sollicitation de prostituée mineure ». J’ai entendu des gens « respectables » expliquer qu’il fallait laisser les joueurs tranquilles et que la Coupe du monde était tout de même plus importante qu’une sordide affaire de moeurs. Je les ai écoutés piétiner mes rêves d’enfant et tenter de briser ceux de mes fils.

Mais, heureusement, la partie n’est pas encore perdue. Car dans les yeux de mes fils qui marquent un but, le samedi matin, je vois cette lueur qui me dit que tout reste possible. Dans notre petit square, ils s’imaginent jouer dans un stade de 100 000 personnes. Ils vivent un songe éveillé que n’auront jamais connu Raymond Domenech et les âmes sombres du football moderne. Le rêve simple, banal et finalement exceptionnel d’un morceau de cuir qui permet aux hommes de ne jamais vraiment vieillir…

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Vive la France qui perd

VikashVikash Dhorasoo footballeur

Libération

27/06/2008

La semaine dernière, on a retrouvé la France qui perd. C’est le plus important. Finie la France qui doit toujours gagner, la page est peut-être tournée définitivement. Les derniers rescapés de 98 et tout ce qu’on a bien voulu nous faire avaler, hop, enfin à la cave. Fini le un, deux et trois zéro et la France black blanc beur post-coupe du monde. Finie la France qui gagne pour nous détourner de la réalité.

Et, même cette France qui perd, à 10 et face aux champions du monde, on lui a trouvé un peu de panache. Oui, Domenech a encore raté son coaching. Oui, Domenech joue avec deux récupérateurs, soit un de trop par rapport aux autres équipes du tournoi. Oui, Domenech. N’empêche : il peut être fier de ce qu’a fait cette équipe rajeunie – un seul champion du monde 98 sur le terrain pour son dernier match – qui s’est bagarrée, a pris des risques.

Le lendemain, la France s’est réveillée sans gueule de bois semble-t-il, comme si cette fin était attendue – espérée ? -, comme si finalement, ce n’était pas plus mal que ça se termine comme ça. Dans ces moments-là, les gens sont solidaires : ils cherchent un bouc émissaire. En l’occurrence, ils n’ont pas eu besoin de farfouiller bien loin : il s’est rendu tout seul. «Je demande Estelle en mariage.» Comme s’il voulait sauver ce qui était encore sauvable, comme s’il savait que tout le reste on allait bien finir par lui reprendre, tôt ou tard, que ça avait trop duré. On pourrait évidemment y voir une pirouette : Raymondo aurait fait le malin. Une ruse pour ne pas avoir à reconnaître ses erreurs, une manière de déplacer le propos, de tenter de mettre un peu de bons sentiments dans un truc qui allait, inéluctablement, virer bientôt à la boucherie et à la lapidation sur la place publique. Raté. Raymond n’est pas Sarkozy, Estelle n’est pas Carla. Bonne nouvelle. Raymond n’est pas très doué dans la manipulation : lorsqu’il tente de faire pleurer dans les chaumières après avoir renvoyé sept gars devant leur télé, sans faire de sentiments, en prenant les meilleurs (Gomis, Mandanda plutôt que Cissé, Landreau), il se sent obligé d’en rajouter une louche avec l’épisode des «anciens venus saluer les copains sur le départ». Landreau, son fidèle lieutenant, le désavouera publiquement : les copains n’étaient pas là. Tout le monde s’en foutait même sans doute un peu que ces sept-là rentrent chez eux avant le début de la fête.

Démasqué, Domenech !

Ce poste de sélectionneur, il le voulait plus que tout. Sa fille, née le jour de sa nomination, s’appelle Victoire, pas un hasard – surtout pour un mec qui ne compte que des défaites. Etre sélectionneur a un prix : Domenech a accepté de le payer, par ambition, goût du pouvoir et de l’argent. Il a adoubé le retour des anciens. Contre son gré. Il est devenu lisse (finis les poils sous les yeux), fade (où le décalage ? où le théâtre ?), une sorte de produit TF1 payé par le service public – et SFR pour arrondir les fins de «moi».

Et puis, mardi soir, Domenech a perdu ; pendant quatre ans, il aura gagné du temps. Domenech a commis beaucoup d’erreurs – techniques, tactiques, de communication – pendant quatre ans, mais il a toujours préservé un peu de suspense. Jusqu’à mardi et ce qui reste sans doute l’un des plus beaux suicides médiatiques depuis des lustres.

Le lendemain, on a rameuté les loups. Lizarazu, Petit, même Boghossian, tout 98, en choeur : «Domenech, dehors !» Deschamps, celui qui vote chasse, pêche et tradition, est là, déjà prêt pour le remplacer – en tant que sélectionneur, pas comme futur mari d’Estelle (espérons que ce ne soit pas un package). On parle aussi de Laurent Blanc. Les champions du monde n’en ont pas fini avec Domenech. Faut-il hurler avec les loups ou prendre le maquis ?

Evidemment, la deuxième solution : organiser la résistance, maintenant, pour que Domenech vive son histoire, celle de toute une génération. Le mec ouvert – et de gauche – que l’on appréciait a disparu le jour où d’autres, un soir de France-Côte-d’Ivoire, ont décidé de réapparaître. Ce 17 août, c’était écrit que la génération 98 aurait sa peau. Tôt ou tard, elle reprendrait le pouvoir. Après avoir flingué Lemerre et Santini, c’était au tour de Domenech. L’homme qu’on disait être celui de la reconstruction. Choisi pour sa connaissance des espoirs, donc des joueurs de demain. Et conservé dans son costume soudainement étriqué de sélectionneur sur l’autel du retour des anciens combattants. Avec qui il aura composé quatre ans durant, comme s’il fallait une décennie pour ouvrir un peu les fenêtres et chasser le fantôme de 98. Il est peut-être temps de sauver le soldat Raymond et, du même coup, le foot français.

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Domenech: « Jamais je ne démissionnerai »

Philippe Broussard, Géraldine Catalano

le 24/11/2009 à

Provocateur, autosatisfait, agaçant, souvent? Oui, tout cela. Mais aussi plus motivé que jamais et généreux en interview. Une semaine après la miraculeuse qualification des Bleus pour la Coupe du monde, le tollé mondial et le débat suscités par la faute de main volontaire de Thierry Henry contre l’Irlande, le sélectionneur le plus impopulaire de l’histoire du football français a choisi L’Express pour enfin donner sa version des faits et régler quelques comptes. Où il est question de Roselyne Bachelot, d’Eric Cantona, d’Alain Finkielkraut, d’argent, de sifflets, de demande en mariage et d’une certitude: peu importe que 4 Français sur 5 réclament sa démission, Raymond Domenech n’est pas, mais alors pas du tout, prêt à renoncer à son beau voyage en Afrique du Sud…

Avez-vous été surpris par l’ampleur de la polémique à propos de la main de Thierry Henry?

Oui, et cela m’a rendu fou de rage que l’on puisse traiter Thierry de cette façon. Je n’ai pas dormi pendant deux jours et je commence à peine à m’en remettre. Quand la France a écopé d’un carton rouge injustifié contre les Serbes, la Serbie n’a pas lancé une campagne pour dénigrer son équipe.

Il ne s’agissait pas du dernier match de qualification…

Ce qui fait le football et attire les gens au stade, c’est justement l’intensité dramatique du dernier match. Il y a eu une injustice? Oui, assurément, mais elle correspond à un fait de jeu, non à une tricherie. La vraie erreur, c’est celle de l’arbitre. Tous les anciens joueurs le reconnaissent. Les autres sont des donneurs de leçons qui ne connaissent rien au foot ni au sport de haut niveau. Des qualifications in extremis, on en a connu d’autres dans le football. Gérard Houllier [NDLR: ancien sélectionneur] me le disait l’autre jour: « Pour avoir le bac, il suffit d’avoir la moyenne. »

Domenech: « Jamais je ne démissionnerai »

Jean-Paul Guilloteau/L’Express

Même en trichant un peu?

Nous n’avons pas triché. Nous avons bénéficié d’une erreur d’arbitrage.

Des politiques aux intellectuels, beaucoup de personnalités se sont exprimées…

Mme Bachelot me demande de me « mobiliser ». Moi, je ne m’occupe pas de gérer un ministère, je ne m’occupe pas de la santé. Si c’est tout ce qui inquiète Mme Bachelot en France, qu’elle se rassure: je suis mobilisé. Quant à Alain Finkielkraut, c’est bien ce philosophe persuadé qu’il y a trop de Noirs dans l’équipe de France, n’est-ce pas? Allons… Le seul à avoir adopté une attitude honorable, c’est le président. Il a dit: « Laissez-moi à ma place », et il a eu raison. Que chacun reste à sa place.

N’est-ce pas une victoire amorale?

Mais pourquoi faire à tout prix du foot une affaire de morale? Ce sport a des règles qu’il faut respecter, bien sûr, mais il est aussi le reflet de la vie. Les intellos crient au scandale, mais, à ma connaissance, Thierry n’a pas commis un crime. Dans les vestiaires, les questions que se posaient les gars n’étaient pas d’ordre moral. Eux connaissent les erreurs d’arbitrage, ils en ont parfois été victimes. Leur priorité était plutôt de se dire: « Si on va au Mondial en jouant ainsi, on n’y fera rien! » C’est cela, et rien d’autre, la préoccupation des gens qui sont vraiment dans le milieu du foot.

Bixente Lizarazu, champion du monde en 1998, appartient au « milieu » et il a exprimé son malaise…

C’est bien gentil, les leçons de Bixente Lizarazu… Il est sympa, il a gagné quelque chose et j’en suis heureux pour lui, mais il ne doit pas oublier que lui aussi a vécu des moments difficiles, en 2002 par exemple.  Lizarazu prétend aussi que je refuse de parler football, tactique et technique. Il a tort. J’en parle, mais avec mes joueurs, pas avec lui. De toute façon, il ne pose pas de questions, il se contente de donner des avis. Les anciens joueurs qui se comportent comme des entraîneurs alors qu’ils n’ont jamais dirigé une équipe me laissent indifférent.

Domenech: « Jamais je ne démissionnerai »

Jean-Paul Guilloteau/L’Express

Et Eric Cantona, pour lequel vous êtes le pire entraîneur depuis Louis XVI?

Je ne savais pas que Louis XVI avait été sélectionneur… Je mets Cantona dans le même lot que les autres. Il est entraîneur de beach-soccer et n’a pas réussi à qualifier son équipe pour la Coupe du monde. Qu’il fasse preuve de décence!

Ne pensez-vous pas, comme une partie des Français, Arsène Wenger et Thierry Henry lui-même, que la solution la plus équitable aurait été de rejouer le match?

Non, cela aurait été impossible. Ou alors il faudrait le faire après chaque faute non signalée. Réglons le problème de l’arbitrage, c’est cela, le vrai débat.

Thierry Henry, qui s’est dit bouleversé par la polémique, a-t-il vraiment failli quitter les Bleus?

Non, je ne le crois pas, mais, quand je l’ai appelé, il était comme nous tous: abattu, surpris, sonné. J’ai un immense respect pour l’homme et le footballeur. « Titi » est l’un des joueurs les plus capés de l’histoire du foot français. Il nous qualifie pour le Mondial. Voilà des mois que, malgré sa blessure, il participe à tous nos matchs, au risque de se faire engueuler par son club de Barcelone. Les Bleus, c’est sa raison de vivre de footballeur, et on lui tombe dessus! C’est difficile à admettre, pour lui comme pour nous.

Ne pouvait-il pas reconnaître sa faute auprès de l’arbitre?

Au cours de la rencontre? J’ai vu cela une fois, c’était au tennis : le Suédois Wilander, sur une balle de match. Mais il menait au score, il avait une marge de sécurité. Et puis il était seul. En sport collectif, on entraîne tout le monde, les conséquences de tel ou tel acte rejaillissent sur beaucoup de gens. Cette forme d’idéalisme me fait sourire. Pouratteindre un objectift exceptionnel, on n’agit pas toujours de manière exceptionnelle.

Domenech: « Jamais je ne démissionnerai »

Jean-Paul Guilloteau/L’Express

Le montant de votre prime de qualification – 862 000 euros, selon France Football – fait, lui aussi, jaser…

En sortant du terrain, nous n’avions pas la moindre idée du montant de la prime qui nous était promise. Je ne le connais toujours pas, d’ailleurs. Ma seule certitude, c’est qu’il est inférieur au chiffre annoncé dans la presse. Le malaise suscité par l’argent dans le foot m’étonne toujours un peu. Au tennis, au golf, les sommes sont affichées et personne ne s’en offusque. En football, parce qu’il s’agit d’un sport populaire, on considère toujours l’argent gagné comme du vol. Pour quelle raison? Après la qualification, le patron du café d’en bas de chez moi m’a lancé: « Merci d’avoir pensé à mon chiffre d’affaires! » Un Mondial, c’est une excellente nouvelle pour toute l’économie.

Il n’empêche que votre impopularité pèse considérablement sur l’image des Bleus…

Pas plus que pour Aimé Jacquet, six mois avant la Coupe de 1998. Le climat autour du football est toujours passionnel. Il y a une frange anti-Domenech, je ne le nie pas, mais je peux sans problème prendre le métro ou aller au restaurant. De toute façon, je n’ai jamais rêvé d’être populaire. Le premier match que j’ai disputé pour Lyon, j’ai été hué pour avoir brisé la jambe d’un Niçois alors que je n’y étais pour rien. J’avais 18 ans, ça forge le caractère. Mon job, c’est de gagner, et ma fierté, d’être apprécié par les gens qui me connaissent vraiment. Les autres… Je préfère cela plutôt que d’être populaire et le roi des cons par-derrière.

Après la qualification, avez-vous eu envie, comme Diego Maradona, de régler vos comptes brutalement?

Non, parce que je suis déjà tourné vers l’Afrique du Sud. Je n’ai pas d’esprit de vengeance. Quand d’anciens sélectionneurs me parlent, alors là, oui, j’écoute, j’enregistre, même les reproches. Mais les autres ? Pourquoi se révolter contre des gens capables d’écrire tout un jour et son contraire le lendemain?

Pourquoi en faire un combat entre les médias et vous?

Mais ce n’est pas moi qui en fais un combat! A la limite, si on pouvait m’oublier, ce serait génial. Ce sont les joueurs qui disputeront la Coupe du monde. Moi, je vais juste les guider, les diriger et si, le 11 juillet, ils sont champions, j’applaudirai des deux mains.

En conférence de presse, vous jouez la comédie?

Je suis dans un rôle: celui de sélectionneur. Je pratique une forme d’agressivité, je le reconnais. Je peux agacer, ça aussi, je le conçois. Il m’arrive de m’agacer moi-même! Avant une conférence de presse, je devine déjà les questions. Alors oui, je fais un peu d’humour, de la provoc, je joue parfois les cyniques, j’utilise ma palette de comédien pour ne pas exposer mes joueurs.

Vous faites des petits dessins aussi, comme à Dublin dernièrement. Que représentaient-ils?

[Il sourit.] Des smileys, des bonshommes qui rient et d’autres qui font la tête. ça m’est venu comme ça…

Ca avait l’air d’agacer Thierry Henry.

Pas du tout! Il me connaît par coeur. Après chaque conférence de presse, il me glisse: « Coach, vous êtes fou! » Les autres aussi sont habitués à ma personnalité. Quand il ne se passe rien, ils sont étonnés.

Les critiques vous touchent-elles?

Oui, mais je dois faire abstraction. Les dégâts collatéraux ne sont pas sur moi: c’est mon métier, je suis payé pour ça. Mais j’ai des enfants, une femme, de la famille, des gens qui souffrent, car ils ne peuvent rien faire, eux.

Une telle hostilité est tout de même inédite dans le sport français.

C’est parce que je suis là depuis longtemps. A un moment, les « anti » se fédèrent et constituent une force. Les sifflets, je ne les entends plus, de toute façon. Je sais comment ils fonctionnent.

Vous les évoquiez en septembre dans le journal Metro, en comparant les siffleurs à des « cons ».

[Etonné.] Je n’ai jamais dit ça. En général, j’évite d’être vulgaire dans les interviews. Je me souviens, en revanche, d’avoir expliqué comment fonctionnent les foules, en m’inspirant des écrits du sociologue Gustave Le Bon. La foule se nivelle par le bas. Dans un stade, on voit des types en costume-cravate se métamorphoser. Trois individus s’infiltrent, lancent des slogans hostiles, et tout bascule. Je n’invente rien: ce genre de manipulation existe en politique. Pourquoi pas dans le foot? Je me demande juste à qui profite le crime.

Comprenez-vous qu’un grand nombre de supporters aient mal accepté votre maintien après l’Euro 2008?

Alex Ferguson a failli être viré dix fois avant d’obtenir son palmarès avec Manchester United. Après la défaite de leur sélection contre nous lors de la Coupe du monde 2006, les Espagnols voulaient la peau de Luis Aragones. Sa fédération a tenu bon et, deux ans plus tard, son équipe était championne d’Europe! Pour moi et les dirigeants de la Fédération, l’essentiel, c’est de s’inscrire dans la durée.

En 2008, votre fédération, justement, avait décidé de vous « recadrer ». En avez-vous tenu compte?

Je ne me suis pas senti « encadré ». On m’a demandé d’arrondir les angles. Je sais écouter les conseils quand ils sont cohérents.

Cela concernait surtout votre communication…

Je ne suis pas payé pour communiquer, mais pour que les Bleus aillent le plus loin possible. Je pense être un bon communicant interne. Ma relation avec eux est bonne, ils savent clairement ce que je pense. A l’extérieur, si c’est nécessaire, je m’exprime. Si ça ne l’est pas, je coupe. Et si cela ne sert pas l’équipe, je m’en fous. Les résultats parlent: deux qualifications de suite pour la Coupe du monde, une finale disputée, ce n’est pas si mal! Mes prédécesseurs avaient eu droit au même reproche sur leur communication.

Vous est-il tout de même arrivé, au plus fort des attaques, de vous demander ce que vous faisiez dans cette galère?

Non. J’ai une âme de missionnaire. Evidemment, il m’est arrivé d’être fatigué. Et puis je dors et, le lendemain, c’est reparti. Jamais je n’ai démissionné, jamais je ne démissionnerai. Plus la pression est forte, plus je suis motivé. L’adversité est mon élément. Quand règne le calme plat, je m’ennuie, je m’inquiète, même.

Reconnaissez-vous au moins des erreurs?

Voilà une question qui a le don de m’agacer. Mais c’est quoi, une erreur?

Par exemple, contre l’Irlande, laisser Thierry Henry s’imposer comme tireur de coups francs à la place de Gourcuff, ce qui a été interprété comme une prise de pouvoir par les joueurs.

Thierry compte plus de 100 sélections. C’est un patron sur le terrain. S’il sent certaines choses, c’est mon rôle de l’écouter. Et si l’on me dit que c’est un retour à la « République des joueurs », je le revendique. [il tend le poing en un geste révolutionnaire.] Moi-même, quand j’étais footballeur, je ne voulais pas être l’exécuteur des décisions d’un entraîneur. J’oriente, je discute, mais je ne suis pas un dictateur.

C’est votre passé anar qui se réveille?

Il y a un peu de ça, oui. Sans le désordre complet. Mais si, à l’intérieur d’une équipe, il y a une énergie qui bouge, quitte à provoquer parfois des étincelles, je dis bravo.

Après le fiasco de l’Euro 2008, plusieurs cadres, dont Patrick Vieira et Franck Ribéry, vous avaient soutenu. Depuis, on ne les entend plus. Que vous inspire ce silence?

Ils font bien de se taire. Des joueurs qui soutiennent publiquement un sélectionneur, c’est rare et c’est risqué, car, après, ils sont obligés d’assumer leur choix au-delà des changements de direction possibles.

La demande en mariage adressée en direct à votre compagne, Estelle Denis, après l’élimination contre l’Italie, en 2008, n’était-elle pas une autre erreur?

Oui, sans doute, mais comment peut-on regretter d’avoir dit à quelqu’un qu’on l’aime? Pendant une seconde, j’ai oublié le football. Je comprends que les supporters n’aient pas eu envie de m’entendre sur ma vie privée. Mais on oublie de dire qu’avant j’avais fait le bilan de l’Euro pendant trois minutes. Le moment était mal choisi, certes. Mais, ce jour-là, j’ai humanisé le football et oeuvré pour l’intérêt féminin pour ce sport. C’est beau, non? [Sourires.]

Votre compagne, elle, n’avait pas du tout apprécié…

J’ai commis l’erreur une fois de mettre en avant ma vie privÈée. On ne m’y reprendra plus. Je suis très discret, je ne vais jamais dans les soirÈées people. Je ne vais même plus aux premières de cinéma.

Vous êtes le fils d’un Catalan anti-franquiste réfugié en France lors de la guerre civile espagnole. Quelle est l’influence de cette histoire familiale sur votre manière de gérer les conflits?

Ce passé a forgé en moi une grande force de caractère et une révolte permanente. Mon père était contestataire, révolté, provocateur. J’ai hérité de son tempérament, mais j’ai pu le canaliser grâce à mon métier. Je ne baisse jamais les bras. Quand j’ai une conviction, je m’y tiens.

Compte tenu des conditions de la qualification et de l’hostilité du public, ne serait-il pas plus élégant, plus sage aussi, de vous retirer?

Permettez-moi d’inverser le raisonnement. Ne penserait-on pas alors: « Quel trouillard! Il choisit la fuite! »? Partir maintenant n’aurait aucun sens. Cela voudrait dire que j’ai rempli ma mission et que je me fiche de la suite, ce serait donner raison à mes détracteurs. Il faut que les gens arrêtent de rêver: je ne suis pas quelqu’un qui abandonne! Avec les joueurs, nous voulons réussir quelque chose de grand en Afrique du Sud. On va laisser passer un peu de temps, noter ce que disent les uns et les autres, et puis on va repartir.

Vous êtes rancunier?

Non, j’ai juste de la mémoire. Mais je ne me montre jamais agressif à l’encontre de mes adversaires. Méprisant, parfois, peut-être. Il m’arrive même de leur sourire. Et puis je passe à autre chose.

Le jour où vous publierez votre autobiographie…

Jusqu’ici, j’ai dit non, et ce n’est pas faute d’avoir été sollicité. Après 2010, peut-être… L’idée de livrer ma vérité me titille depuis un moment. J’écris surtout pour ne pas oublier. Presque tous les soirs, je m’installe à mon ordinateur afin de retranscrire à chaud les événements tels qu’ils se sont réellement passés.

Enfant, vous rêviez de devenir président de la République. A la réflexion, le métier de sélectionneur n’est-il pas plus exposé encore?

La différence, c’est qu’un président, à moins d’une catastrophe, est sûr de rester cinq ans. Un sélectionneur, lui, peut être obligé de passer à autre chose du jour au lendemain.

« Autre chose », pour vous, cela pourrait être quoi?

Président de la République! Syndicaliste, aussi. J’ai déjà pratiqué, mais je pense qu’il me reste assez d’énergie pour reprendre le combat.


Société: A Paris comme à Gaza, l’intifada vaincra! (Welcome to the brave new world of Gaza on the Seine!)

26 juin, 2010
Paris intifada
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Eric Hoffer
Il semble que le Danemark et tous les autres pays européens auront leurs bandes de Gaza. Etant donné ce trait psychologique fondamental des cultures islamiques -que des cultures et des religions différentes ne peuvent en aucun cas être égales – ces sociétés parallèles ne pourront jamais vivre en harmonie avec leur voisinage. Nicolai Sennels (psychologue danois)
Ils ont mis le feu à un bâtiment scolaire (…) Ils ont essayé d’incendier le commissariat, d’autres bâtiments ainsi que des voitures, mais essentiellement ils ont jeté des pierres et des briques sur la police et les pompiers. Personne n’a été blessé. Tout a débuté parce qu’un groupe de jeunes adultes s’est vu interdire de pénétrer dans une fête dans un collège. Ils se sont énervés et ont commencé à jeter des pierres à travers les vitres de l’école. Mats Eriksson (porte-parole de la police de l’ouest de Stockholm, 09.06.10)
Deux avocats belges, Me Georges-Henri Beauthier et Alexis Deswaef, ont annoncé, mercredi 23 juin, à Bruxelles, le dépôt d’une plainte pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre à l’encontre de 14 dirigeants politiques et militaires israéliens. Elle vise des actes commis à la fin 2008 et au début 2009 à Gaza, lors de l’opération militaire « Plomb durci ». La plainte cite, entre autres, Ehoud Olmert, Tzipi Livni et Ehoud Barak, respectivement premier ministre, ministre des affaires étrangères et ministre de la défense à l’époque des faits. Le vice-ministre de la défense et ancien général de Tsahal, Matan Vilnaï, est également cité, ainsi que divers hauts responsables de l’armée et des services de renseignement. Le Monde
L’affaire de la « flottille de la liberté », menée contre le blocus israélien de la bande de Gaza, a fait des vagues jusqu’au congrès de la Confédération syndicale internationale (CSI), réuni  de 21 au 25 juin à Vancouver (Canada). Près d’un mois après la sanglante opération israélienne qui a fait neuf morts parmi les militants pro-palestiniens, certains syndicats ont tenu à ce que le congrès prenne position. La rumeur d’une demande d’exclusion de la CSI du syndicat israélien Histadrut a même couru. (…) le principal syndicat sud-africain, la Cosatu, a proposé un amendement demandant que la CSI s’engage en faveur du boycottage d’Israël,  qualifié d' »Etat d’apartheid ». Pour Bheki Ntshalistshali, son président, « il est de la responsabilité du syndicalisme de forcer Israël à appliquer les résolutions des Nations unies et à lever l’embargo ». Le Monde
A Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, un renversement s’est produit : ces gamins que la police s’amuse de mois en mois à shooter ont à leur tour pris leurs aises avec ceux qui les ciblent. Ces quartiers submergés par une occupation devenue militaire ont, un temps, submergé les forces d’occupation. Les roueurs ont été roués. L’espace de deux soirées, la peur a changé de camp. Collectif de soutien aux tireurs de policiers de Villiers-le-Bel
Le vent a tourné, ça valait le coup d’être endurant. Pour la première fois, les plus hauts magistrats de ce pays viennent de reconnaître qu’il n’est pas diffamatoire de dire que « les rapports du ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces l’ordre sans que les assassins ne soient inquiétés ». Dominique Tricaud (avocat du rappeur incriminé)
A l’appui des propos d’Hamé sur les violences policières, l’historien Maurice Rajfus note ce qu’il nomme une «invariance» dans le comportement des forces de l’ordre. Entre 1977 et 2001, il a répertorié 196 morts. Depuis 1982, il en a relevé 80. «En majorité des jeunes mineurs, d’origine maghrébine qui avaient reçu une balle dans le dos ou la tête. La seule chose qu’on n’apprenne pas dans les écoles de police, c’est comment ne pas se servir de son arme», lance-t-il. Puis il conclut : «Il faut que les policiers cessent de considérer le reste de la population comme suspecte.» Vient ensuite Jean-Luc Einaudi, spécialiste des événements d’octobre 1961. Il parle de l’«écho» qui a résonné en lui dans les mots d’Hamé, à propos des «assassins non inquiétés». Ils lui rappellent cette «vaste tentative d’étouffement et de dissimulation des Algériens tués par des policiers» avant et après octobre 1961 – plus de 400 disparus -, ces 60 informations judiciaires ouvertes à la demande du préfet «toutes closes par des non-lieux». Libération
C’est finalement très banal qu’un président de la République aille dans un quartier de nos villes. Pourquoi ça devient un événement ? Pourquoi c’est à ce point dangereux qu’il faudrait qu’il n’y ait pas de médias? Pourquoi ça se passe sans que le maire de la commune en soit lui-même informé? C’est une «curieuse conception de la République. (…) il y aurait donc des zones de non-droit où il y aurait presque péril pour le président. François Hollande (Europe 1)
Vas te faire enculer connard, ici t’es chez moi! Jeune de 21 ans (Mot de bienvenue au président Sarkozy à la gare de St Denis)
On baise la France ! (…) Juifs dans les fours ! (…) Sarkozy le petit Juif ! (…) Obama le nègre des Juifs ! (…) Presse sioniste, presse collabo ! Cris de manifestants devant l’ambassade d’Israël, Paris, 31.05.10)
J’ai jamais vu ça! Finalement, pas besoin d’aller là-bas, l’Intifada à Paris, c’est terrible! Photographe de presse français qui a l’habitude des situations de guérilla
Sur la fréquence de la police, un officier hurle « Laissez faire ! » à ses hommes courbés sous un déluge de pierres. Jean-Paul Ney

Attention: une intifada peut en cacher une autre!

Appels au meurtre, pluie de pierres, vitrines brisées, scooters renversés, poubelles arrachées, pillages, provocations en tous genres, drapeaux et banderoles en arabe …

A l’heure où se confirme, des salles de concert de nos rockers aux prétoires de nos avocats et aux AG de nos syndicalistes, la belle unanimité de l’opinion publique mondiale contre le nouvel « Etat d’apartheid » pour avoir tenté de défendre son intégrité territoriale contre ceux qui appellent à son annihilation …

Et où le chef d’un Etat européen en est réduit aux visites-surprise de nuit sur certaines parties du territoire national …

Pendant qu’à l’occasion du procès aux assises des auteurs de tirs à l’arme à feu contre des fonctionnaires de police aux émeutes raciales de Villiers-le-Bel d’il y a 5 ans, nos belles âmes appellent explicitement à l’insurrection

Et que la cour de cassation française vient de donner raison à un rappeur poursuivi en justice pour un texte accompagnant l’un de ses disques traitant les policiers d’assassins …

Retour, avec un reportage-photo du journaliste Jean-Paul Ney sur le site Metula News Agency (merci Michael), sur un événement largement passé inaperçu de nos médias trop occupés avec l’Etat d’apartheid mais pourtant très instructif sur les lendemains qui chantent que pourraient bien nous préparer la fine fleur tant de notre intelligentsia et que de notre jeunesse

A savoir les véritables scènes d’intifada qu’ont vécu le 31 mai dernier, suite à l’attentat humanitaire de la flottille de Gaza, les forces de l’ordre tentant d’empêcher nos jeunes casseurs de transformer une petite section du quartier des Champs-Elysées en Gaza sur Seine

Hamas sur Seine

Jean-Paul Ney

Metula News Agency

25/06/10

(…)

Hamas sur Seine

J’ai couvert la seconde Intifada en 2000, à Gaza. Je n’avais jamais vu ça en France.

Depuis les émeutes de 2005, la presse est clairement et délibérément visée. Nous avons été traités de collaborateurs sionistes. La presse française ? C’est dire à quel point les émeutiers sont mal renseignés.

Cette violence physique et verbale, au cœur même de notre république, participe d’un phénomène inquiétant, qu’il importe de montrer, afin qu’il puisse être reconnu et considéré.

Au dernier jour de mai dernier, j’ai constaté – tout comme la police –  que les casseurs sont très bien organisés, et qu’ils restent toujours impunis.

A entendre les cris de « on baise la France », « Juifs dans les fours », et encore « Sarkozy le petit Juif » et « Obama le nègre des Juifs », n’importe qui de sensé comprendrait que le dialogue est à ce jour clairement impossible. Encore faudrait-il que le public soit autorisé à entendre ces slogans !

Si j’étais provocateur, j’ajouterais : « Dans ces conditions, il faudrait être drogué pour espérer qu’ils jouent bien au football », mais l’heure n’est pas du tout à la plaisanterie.

Le reportage photographique auquel je vous convie, tourné au centre de Paris, a été simplement ignoré par les media à qui nous l’avons proposé ; à la télévision française, ce sera le black-out to-tal.

On arrive à un temps où on va vous cataloguer politiquement – et vous stigmatiser – pour refuser de ne pas dissimuler les événements dont on a décidé, une fois pour toutes, qu’ils n’allaient pas exister. Ca n’est rien d’autre que l’omerta, à la dimension de l’information du XXIème siècle, d’une mafia politico-médiatique qui a peur.

Peur qu’en attaquant la police à coups de pavés amenés intentionnellement sur la scène des violences, l’un des émeutiers soit tué par une riposte, et que cela allume une Intifada en France, qui pourrait durer des mois.

C’est précisément pour cela que sur la fréquence de la police, un officier hurle « Laissez faire ! » à ses hommes courbés sous un déluge de pierres.

C’est pour cela que les lecteurs de la Ména seront pratiquement les seuls à connaître d’une émeute qui n’a, médiatiquement, pas eu lieu.

Pour cela que les « jeunes » jouissent désormais d’une sorte d’immunité, qui leur permet de se livrer à tous les excès, et qui met, ici et maintenant, nos droits fondamentaux en péril.

Paris, le 31 mai 2009. La « flottille de la paix » vient d’être arraisonnée par Israël A l’initiative de plusieurs collectifs propalestiniens, une manifestation « spontanée » se tient non loin de l’ambassade d’Israël en France.

C’est sur le rond-point des Champs-Elysées que tout commence : phrases assassines et insultantes, blocage de la circulation, déploiement d’un grand drapeau palestinien en pleine rue, et premières provocations contre les passants et les forces de l’ordre.

Les policiers commencent à être débordés par une vague en furie. Clairement, les jeunes issus de l’immigration, de toutes les origines (turcs, algériens, tunisiens), n’ont qu’une idée en tête, soufflée par les organisateurs au micro : atteindre l’ambassade d’Israël.

Ils forcent le passage ; premiers gaz lacrymogènes. Très vite les CRS sont dépassés, plusieurs policiers des quartiers proches sont appelés en renfort. L’avenue Matignon est à présent un champ de bataille.

Avenue Gabriel, non loin du restaurant « Le Berkeley » : la rapidité de déplacement et l’organisation des casseurs surprennent la police.

Alors que l’avenue est en bitume, éclate une véritable Intifada (guerre des pierres), apportées par les casseurs lors de leur descente sur Paris.

Alors qu’ils veulent rejoindre la rue Rabelais en passant par la rue Jean Mermoz, ces derniers sont stoppés par les gendarmes mobiles. La presse est aussi visée, insultée et menacée aux cris de « presse sioniste, presse collabo ».

La furie grossit à vue d’œil, des jeunes filles se joignent aux casseurs, les combats sont d’une rare violence.

Un photographe de presse français qui a l’habitude des situations de guérilla, affirme à ses confrères : « J’ai jamais vu ça ! Finalement, pas besoin d’aller là-bas, l’Intifada à Paris c’est terrible ! ».

Plusieurs policiers en civil sont pris à parti, certains déclarent qu’ils n’ont rien pu faire, seulement « sauver leur peau ».

Reculade des casseurs vers le rond-point des Champs-Elysées, après quarante minutes d’extrême violence, qui ont vu vitrines brisées, scooters renversés, poubelles arrachées et provocations en tous genres.

L’avenue Matignon est un champ de bataille. Aux casseurs d’origine arabo-musulmane se sont joints des jeunes de l’ultragauche, les « black-blocks », qui veulent en découdre à tout prix avec les forces de l’ordre.

Alors que plusieurs journalistes se trouvent du côté des casseurs, ils sont tous repoussés vers les CRS qui bloquent la rue Mermoz. Une pluie de pierres s’abat sur tout ce qui se trouve dans les environs.

Les CRS tentent une avancée, mais, très vite, ils reculent face à la taille des pierres et l’extrême dangerosité de la situation. Les tirs sont précis, il faut clairement slalomer entre les cailloux et garder toujours un œil vers le ciel.

C’est le chaos total sur le rond-point des Champs-Elysées ; plus aucun véhicule ne circule, les passants sont éloignés par les rares policiers en civil ; des pilleurs sévissent, plusieurs d’entre eux seront arrêtés.

Les casseurs commencent à démonter des grilles et de plus en plus de projectiles circulent de main en main vers les meilleurs lanceurs. Voilà plus de deux heures que la bataille rangée dure.

Dans la radio des CRS un message crépite clairement : « il faut laisser faire ».

Les gaz lacrymogènes et la fatigue font leur effet : peu à peu les casseurs se dispersent. Plusieurs jeunes déploient alors leurs drapeaux et des messages en arabe sur l’avenue Matignon.

Ils s’avancent vers la presse pour vociférer leur message de haine raciste et antirépublicaine. Les deniers casseurs sont simplement raccompagnés par la police vers les stations de métro.

Voir aussi:

Pour les cinq de Villiers-le-Bel

Par un collectif de soutien

Libération

21/06/10

A Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, un renversement s’est produit : ces gamins que la police s’amuse de mois en mois à shooter ont à leur tour pris leurs aises avec ceux qui les ciblent. Ces quartiers submergés par une occupation devenue militaire ont, un temps, submergé les forces d’occupation. Les roueurs ont été roués. L’espace de deux soirées, la peur a changé de camp. Comble de l’horreur, il paraît que les émeutiers étaient «organisés».

C’est cela l’événement de Villiers-le-Bel. Si l’ordre de ce monde s’affirme jusque dans les recoins les plus infimes de l’existence comme un ordre policier, cet ordre a été, en un point nommé Villiers-le-Bel, renversé. Or cet ordre du monde est celui sous lequel nous vivons tous, sous lequel nous étouffons. Quelle que soit l’aptitude du système à masquer l’étendue de son délabrement, chacun sent qu’il a fait son temps. Quand il s’effondrera finalement, Villiers-le-Bel entrera dans la longue chronique des soulèvements qui auront auguré de la fin d’un monde de malheur. Depuis deux siècles, l’histoire de France a cessé d’être la légende de ses rois pour devenir, un jour de 1789, celle de leur renversement. Elle a déserté les palais, et ses moments véritables ont lieu dans la rue, avec le peuple en armes, en grève ou en révolte. Elle tient désormais dans chacune de ces circonstances où la population, objet permanent de la sollicitude policière, cesse d’être la population et redevient le peuple. En novembre 2007, l’histoire était à Villiers-le-Bel. Dans ces moments politiques, les choses sont rendues à une simplicité aveuglante. On est soit du côté de la police, soit du côté du peuple. Il n’y a pas de tiers parti.

Aujourd’hui s’ouvrit à Pontoise le procès des prétendus «tireurs de Villiers-le-Bel». L’année dernière, le procès des premiers émeutiers avait été l’occasion d’une formidable unanimité journalistique contre les prévenus, et c’est le même phénomène qui se profile aujourd’hui. Comme Gambetta traitait la Commune d’«insurrection criminelle» et célébrait «le dévouement, la sagesse» des conseils de guerre chargés de liquider les communards, comme le bon Tocqueville louait durant le massacre de juin 1948 ces troupes qui «font admirablement leur devoir», les inculpés seront forcément présentés comme des délinquants-polygames-à-femme-en-burqa. On ne reculera devant aucune infamie pour justifier que l’on prenne ainsi le parti de forces de l’ordre qui, après avoir renversé deux enfants du quartier et entraîné leur mort, vont se plaindre devant le tribunal d’avoir reçu quelques plombs dans l’épaisseur de leurs gilets pare-balles.

Les cinq inculpés auraient aussi bien pu être tirés au sort parmi les jeunes de Villiers-le-Bel. C’eût été plus démocratique. Le dossier de l’accusation a été établi en utilisant des méthodes inqualifiables – des dénonciations anonymes et rémunérées, dont plusieurs ont été discréditées depuis, de simples déclarations faites au cours de gardes à vue de quatre jours et sous la pression que l’on imagine. Et c’est avec ce dossier, fait de témoignages douteux, que l’on s’apprête à requérir des dizaines d’années d’emprisonnement. Une justice qui avaliserait de tels procédés ne serait plus qu’une chambre d’enregistrement de l’arbitraire policier. Ce serait une nouvelle étape dans la «guerre totale aux bandes» où le pouvoir en place croit trouver son salut. Ce serait couvrir la vengeance privée de l’institution policière contre le peuple de Villiers-le-Bel.

Pour toutes ces raisons, nous disons que la justice n’a pas à connaître de ce dossier : on ne traîne pas un événement devant une cour d’assises. Nous refusons de laisser le gouvernement mener en notre nom cette stupide «guerre à la banlieue», aussi rentable soit-elle électoralement. Nous sommes lassés d’avance de cette mauvaise mise en scène. Nous appelons tous ceux qui nous entendent à manifester leur soutien aux inculpés et leur refus de cette justice.

Signataires : Pierre Alféri Ecrivain, Keny Arkana rappeuse, Miguel Benassayag Ecrivain, Rokhaya Diallo Militante associative et chroniqueuse, Dominique Grange Chanteuse, Eric Hazan Editeur, Hugues Jallon Editeur, Serge Quadruppani Ecrivain, Benjamin Rosoux Tarnacois,  Bob Siné Dessinateur, Jean-Marie Straub Cinéaste, Miss. Tic Artiste plasticienne, Rémy Toulouse Editeur, Dominique Tricaut Avocat, Antoine Volodine Ecrivain.


Flottille de Gaza: Ce chœur unanime de condamnations où pas une voix ne manque (One of the world’s oldest stories is playing out before our eyes)

25 juin, 2010
Image result for Goebbels Jews quotesLorsqu’un Sanhédrin s’est déclaré unanime pour condamner, l’accusé sera acquitté. Le Talmud
Mais il incombait aux Juifs, avec leur habitude de mentir jusqu’à l’extrême, et à leur organisation de combat marxiste, d’imputer précisément la responsabilité de cet effondrement à l’homme qui, seul, doué d’une force surhumaine de volonté et d’action, essayait d’épargner à la nation l’heure de l’affaissement complet et de la honte. Tandis que l’on stigmatisait Ludendorff en l’accusant de la perte de la guerre mondiale, les armes du droit moral furent retirées des mains du seul accusateur dangereux qui pût se dresser contre les traîtres à la patrie. On partit à cet égard de ce principe très juste que, du plus grand des mensonges, l’on croit toujours une certaine partie: la grande masse du peuple laisse en effet plus facilement corrompre les fibres les plus profondes de son cœur qu’elle ne se lancera, volontairement et consciemment, dans le mal: aussi, dans la simplicité primitive de ses sentiments, sera-t-elle plus facilement victime d’un grand mensonge que d’un petit. Elle ne commet elle-même, en général, que de petits mensonges, tandis qu’elle aurait trop de honte à en commettre de grands. Elle ne pourra pas concevoir une telle fausseté et elle ne pourra pas croire, même chez d’autres, à la possibilité de ces fausses interprétations, d’une impudence inouïe: même si on l’éclaire, elle doutera, hésitera longtemps et, tout au moins, elle admettra encore pour vraie une explication quelconque qui lui aura été proposée. Qu’il reste toujours quelque chose des plus impudents mensonges, c’est un fait que les plus grands artistes en tromperie et que les associations de trompeurs ne connaissent que trop bien et qu’ils emploient dès lors bassement. Ceux qui connaissent le mieux cette vérité sur les possibilités d’emploi du mensonge et de la dénonciation ont été de tous temps les Juifs. Leur existence n’est-elle pas déjà fondée sur un seul et grand mensonge, celui d’après lequel ils représentent une collectivité religieuse, tandis qu’il s’agit d’une race – et de quelle race! Un des plus grands esprits de l’humanité les a pour toujours stigmatisés dans une phrase d’une véracité profonde et qui restera éternellement juste: il les nomme « les grands maîtres du mensonge ». Qui ne veut pas reconnaître ce fait, ou qui ne veut pas y croire, ne pourra plus jamais contribuer en ce moment à la victoire de la vérité. Adolf Hitler (Mon combat, Volume 1, Chapitre 10)
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Messieurs, charbonnier est maître chez soi. Nous sommes un Etat souverain. Tout ce qu’a dit cet individu ne nous regarde pas. Nous faisons ce que nous voulons de nos socialistes, de nos pacifistes et de nos juifs, et nous n’avons à subir de contrôle ni de l’humanité ni de la SDN. Goebbels (Genève, 1933)
Dites-leur de foutre le camp de Palestine.(…) Souvenez-vous que ces gens-là sont occupés et qu’il s’agit de leur terre, que ce n’est pas l’Allemagne ni la Pologne (…) Il peuvent rentrer chez eux, en Allemagne, en Pologne, en Amérique et n’importe où ailleurs. Helen Thomas (mai 2010)
Qui pensait voilà vingt ans que Pretoria serait un jour en mesure de recevoir le gotha du foot mondial? Le pays, synonyme d’apartheid, était alors au ban des nations. Aujourd’hui, l’isolement d’Israël dans le monde grandit. Même si le pays reste une démocratie pour ses citoyens, il continue d’occuper des territoires, il contrôle les allées et venues en Cisjordanie et impose toujours un blocus à Gaza, en arraisonnant avec violence les navires qui s’en approchent. (…) Pourtant, comme le montre notre dossier, la fracture est de plus en plus évidente entre une grande partie de la diaspora juive et l’Etat hébreu. Si cette fracture s’élargit, Israël n’aura plus guère de cartes à jouer. Il lui restera à trouver son De Klerk, et à en finir avec un régime d’exception qui ne lui apporte que des déboires. Deux Etats ? Un Etat binational? Peu importe aujourd’hui. Parions seulement que les deux Etats pourront coorganiser le Mondial de 2030. Courrier international (17.06.10)
A Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, un renversement s’est produit : ces gamins que la police s’amuse de mois en mois à shooter ont à leur tour pris leurs aises avec ceux qui les ciblent. Ces quartiers submergés par une occupation devenue militaire ont, un temps, submergé les forces d’occupation. Les roueurs ont été roués. L’espace de deux soirées, la peur a changé de camp. Collectif de soutien aux tireurs de policiers de Villiers-le-Bel
Le vent a tourné, ça valait le coup d’être endurant. Pour la première fois, les plus hauts magistrats de ce pays viennent de reconnaître qu’il n’est pas diffamatoire de dire que « les rapports du ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces l’ordre sans que les assassins ne soient inquiétés ». Dominique Tricaud (avocat du rappeur incriminé)
Il est de bon ton de s’offusquer du blocus de Gaza par Israël  mais de mauvais goût de s’offusquer de l’attaque récente du Hamas d’une  école au seul prétexte qu’elle s’adressait aux  filles, ou des tirs de milliers de roquettes du Hamas aussi, prenant les villes israéliennes pour cibles. De mauvais goût aussi de critiquer l’armement et le financement de ce même Hamas par l’Iran. Le monde demande des investigations indépendantes à l’égard d’Israël, mais  ignore le Hamas. Cet état de fait s’explique par le manque d’autorité morale dont le monde souffre depuis des décennies. Aujourd’hui, en Occident, nous faisons montre d’une certaine réticence à engager toute notre force militaire dans une guerre pour ne pas être taxés d’impérialisme; nous hésitons même à garantir nos frontières pour ne pas paraitre racistes. Ne voulant non plus paraitre xénophobes, nous faisons, également, preuve d’une  réticence certaine à demander l’assimilation des nouveaux immigrés. Nous souffrons de voir l’enseignement donner la primauté à la civilisation occidentale de crainte d’apparaitre suprématistes. L’Occident, de nos jours, vit sur la défensive, et, pour assurer la légitimité de ses sociétés actuelles, doit constamment se dissocier des péchés de son passé, tels le racisme, l’exploitation économique, l’impérialisme, etc. Shelby Steele
Quel est ce chœur unanime de condamnations contre Israël ? Quel est cet ensemble vertueux qui désigne Israël comme le coupable absolu ? Quel est ce tribunal planétaire où pas une voix ne manque pour désigner à la vindicte publique le responsable de tous les maux de la planète ? (…) Il y a de la folie dans le moment présent. Il y a une haine qui ne dit rien de bon, qui n’annonce rien de bon et je crains que la tolérance planétaire à l’égard de ce président iranien ne ressemble à l’accueil tolérant qui fut fait à Goebbels à la SDN en 1938.  Combien de temps reste-t-il avant d’autres horreurs programmées? Marceline Loridan-Ivens

Epidémie d’annulations de concerts, pancartes de manifestations contre l’Etat-pirate, appel explicite de la plus ancienne journaliste accréditée à la Maison Blanche au renvoi des Juifs en Pologne, énième série de résolutions onusiennes condamnant Israël auxquelles s’associe ou  s’oppose mollement l’Administration Obama …

Retour, avec la cinéaste française Marceline Loridan-Ivens et le politologue noir-américain Shelby Steele, sur ces temps étranges et inquiétants d’inversion des valeurs où, à Gaza comme à Villiers-le-Bel, ce sont les autorités légitimes qui ont toujours tort.

D’où cet étrange ‘chœur unanime de condamnations’ dont se méfiait justement tant le Talmud jadis …

‘Où pas une voix ne manque pour désigner à la vindicte publique le responsable de tous les maux de la planète’…

Et cet abandon, par un Occident désarmé par ses propres dérives, qui en rappelle étrangement un autre il y a 70 ans devant Goebbels à la SDN …

Point de vue

Mais, que vous a fait Israël?

Marceline Loridan-Ivens, cinéaste

Le Monde

10.06.10

Quel est ce chœur unanime de condamnations contre Israël ? Quel est cet ensemble vertueux qui désigne Israël comme le coupable absolu ? Quel est ce tribunal planétaire où pas une voix ne manque pour désigner à la vindicte publique le responsable de tous les maux de la planète ? Il y aura même eu un imam iranien pour affirmer que l’éruption du volcan islandais était la punition divine des crimes du « régime sioniste ».

De Dominique de Villepin à Noam Chomsky, tous se sont précipités dans les télévisions pour dénoncer « l’incroyable crime » commis par les soldats israéliens ! Trop de bonne conscience tue la conscience. Trop, c’est trop ! Qu’est-ce que nous dit cet accablement ?

Qu’il y aurait un Etat de trop sur la terre ? Non, bien sûr ! Israël possède de nombreux amis qui lui écrivent des lettres d’amour, pleines de conseils en forme d’épitaphe. Il y a même une célèbre journaliste américaine qui conseille aux Israéliens de rentrer « chez eux ». Chez eux ? En Pologne, en Russie, en Algérie ! Pourquoi pas à Auschwitz tant qu’on y est ! Tant de sollicitude touche la vieille dame juive que je suis. Je crois que tous les Israéliens doivent être contents du constant intérêt qu’on leur témoigne et tous les juifs sont heureux de cette empathie sans cesse renouvelée. J’avais fait, il y a longtemps, le choix de la pensée universelle. Bien que je fus déportée parce que j’étais juive, j’ai cru que l’humanité, l’idée d’humanité, était plus forte que la charge des origines. Près de soixante ans plus tard, dois-je faire le constat de mon erreur ? Dois-je constater qu’être juif vous désigne jusqu’à la fin des temps comme le coupable des nations ? De quoi Israël est-il coupable ?

IL Y A UNE HAINE QUI N’ANNONCE RIEN DE BON

Même si la politique de son gouvernement est critiquable, est-ce de cela dont il est question ? Est-ce vraiment parce que cette opération militaire a été conduite et s’est mal terminée qu’il faille désigner ces soldats israéliens comme d’horribles assassins face à des agneaux turcs ? Pourquoi une telle mauvaise foi planétaire ? Pourquoi cette bonne conscience européenne à vil prix ? Pourquoi est-ce de l’Europe que fusent les critiques les plus virulentes ? De quelle morale cette Europe peut-elle se prévaloir ? Quelles bonnes grâces veut-elle s’attirer ? Et puis il y a la gauche, ma famille politique ! Qu’est-ce que c’est que ces alliances, ces rencontres avec ces fanatiques qui crient « Israël partira, Palestine vaincra ! » Quels sont ces supposés trotskystes qui font cortège commun avec ceux qui font la prière en pleine rue ! La gauche a-t-elle perdu la tête ? Croit-elle vraiment que le Hamas va émanciper les classes laborieuses comme on disait jadis ? Croit-elle vraiment que l’islamisme défend la liberté de conscience ? Croit-elle vraiment que dans les banlieues la haine des juifs fait partie des contradictions admissibles au sein du peuple ?

Il y a de la folie dans le moment présent. Il y a une haine qui ne dit rien de bon, qui n’annonce rien de bon et je crains que la tolérance planétaire à l’égard de ce président iranien ne ressemble à l’accueil tolérant qui fut fait à Goebbels à la SDN en 1938.  Combien de temps reste-t-il avant d’autres horreurs programmées ? Des larmes compassionnelles, les juifs et les Israéliens n’ont que faire. C’est pour cette raison qu’ils ont créé Israël. Est-ce cela qui vous dérange tant ?

Numéro tatoué sur le bras gauche à Auschwitz-Birkenau : 78750

Voir aussi:

Israël et la capitulation de l’Occident

Une des histoires les plus vieilles du monde est en train de se répéter sous nos yeux: celle des Juifs, boucs-émissaires.

Shelby Steele

The WSJ

21.06.10

traduction Gad (merci Aschkel)

La voix la plus intéressante émergeant de toutes les retombées de  l’incident de la flottille de Gaza est bien celle de l’ « opinion publique mondiale », bien connue pour  son ingérence et son ton moralisateur. Telle une caricature de maîtresse d’école, elle se dresse a chaque tournant, offensée, condamnant Israël, l’accusant d’avoir heurté une fois de plus la fibre morale du monde. Cette voix a pris du volume et a acquis une légitimité politique internationale, si bien que même la plus inepte des condamnations d’Israël lui donne une occasion de se féliciter.

Les groupes de Rock tels Elvis Costello, les Pixies, les Gorillaz et les Klaxons,  ayant annulé leur tournée d’été en Israël sont désormais entrés au Pantheon de la moralité. Un manifestant, lors d’une manifestation anti-israélienne à New York, brandissait une pancarte représentant le symbole de la tête de mort barrant le nom d’Israël. Helen Thomas,  correspondante à la Maison Blanche, qui a clamé bien haut que les Juifs devaient retourner d’où ils venaient,  en Pologne .. etc  représente l’incarnation la plus ignoble de cette voix de l’ opinion publique. Et bien entendu, les Nations-Unies et autres organisations internationales, toujours complaisantes, n’hésitent pas à ratifier toutes  les résolutions condamnant Israël. L’administration Obama, soit approuve, soit s’y oppose mais alors, avec un clin d’oeil accompagnateur.

Cette ségrégation d’Israël, plus ou moins totale, hors de la communauté des nations  est un fait nouveau. Les remarques  d’Helen Thomas toutes aussi abjectes et méprisables qu’elles soient ne sont-elles pas la preuve de cet effort final qui après avoir isolé Israël, veut maintenant lui retirer sa légitimité en tant que nation? Du déjà-vu a vous glacer le sang. Une des histoires les plus vieilles du monde est en train de se répéter sous nos yeux. Les Juifs redeviennent les boucs émissaires.

L' »opinion mondiale » oeuvre avec force pour identifier Israël à l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid (de la ségrégation, précisément), un pays ignorant toute loi morale. Elle projette ainsi une image d’Israël en tout point comparable à celle de l’Afrique du Sud, pays « intouchable », du temps de l’Apartheid et de la suprématie blanche.

L’opinion mondiale semble avoir dévié de l’optique du 20e siècle qui voyait dans le conflit israélo-palestinien une dispute territoriale compliquée et pénible pour ces deux peuples. De nos jours, le monde fait pencher la balance en faveur des Palestiniens en diabolisant un Israël plus puissant, plus « blanc » que ses voisins, un Israël devenu essentiellement  un pouvoir colonial occupant un peuple assiégé du tiers-monde.

C’est d’après ce modèle moral que certains milieux jugent désormais Israël, que ce soit au sens figuré ou au sens propre. Aucune importance accordée au fait qu’une grande partie du monde n’est pas dupe. Ce modèle est devenu le modèle par excellence, modèle des bonnes manières et du politiquement correct. Il est de bon ton de s’offusquer du blocus de Gaza par Israël  mais de mauvais goût de s’offusquer de l’attaque récente du Hamas d’une  école au seul prétexte qu’elle s’adressait aux  filles, ou des tirs de milliers de roquettes du Hamas aussi, prenant les villes israéliennes pour cibles. De mauvais goût aussi de critiquer l’armement et le financement de ce même Hamas par l’Iran. Le monde demande des investigations indépendantes à l’égard d’Israël, mais  ignore le Hamas.

Cet état de fait s’explique par le manque d’autorité morale dont le monde souffre depuis des décennies. Aujourd’hui, en Occident, nous faisons montre d’une certaine réticence à engager toute notre force militaire dans une guerre pour ne pas être taxés d’impérialisme; nous hésitons même à garantir nos frontières pour ne pas paraitre racistes. Ne voulant non plus paraitre xénophobes, nous faisons, également, preuve d’une  réticence certaine à demander l’assimilation des nouveaux immigrés. Nous souffrons de voir l’enseignement donner la primauté à la civilisation occidentale : foin de la suprématie! L’Occident, de nos jours, vit sur la défensive, et, pour assurer la légitimité de ses sociétés actuelles, doit constamment se dissocier des péchés de son passé, tels le racisme, l’exploitation économique, l’impérialisme, etc.

Lorsque les commandos israéliens ont abordé le dernier bateau de la flotille, ils ont été accueillis a coups de barres de fer. En tuant neuf de leurs agresseurs, ils se sont immédiatement retrouvés dans un monde privé de l’autorité morale qui leur aurait accordé le bénéfice du doute. Selon toute apparence, il s’agissait d’une unité de combat de choc envoyée par une nation du « premier monde », à majorité blanche, prête à abattre des militants pour la paix afin d’appliquer le blocus de Gaza et de ses habitants de couleur et appauvris.

Quelle ironie que de voir les Israéliens comparés à la Gestapo et ce aux yeux d’un monde occidental moralement compromis!

Cette comparaison ne correspond, bien sûr, nullement à  la réalité de l’Israël moderne. Israël ne cherche ni à occuper ni à opprimer et certainement pas à annihiler les Palestiniens afin d’instaurer une quelconque  suprématie atavique juive. Evoquer le passé honteux de l’Occident suffit à lui faire geler tout soutien à Israël.

Son manque d’assurance empêche l’Ouest de voir les Palestiniens tels qu’ils sont. Il vaut mieux les voir  tels qu’ils se présentent eux-mêmes, en peuple « occupé »,  privé de sa  souveraineté et de sa simple dignité humaine par un pays de colonisateurs occidentaux et blancs. L’Occident ne voulant pas être qualifié de raciste, ne s’oppose donc pas à cette caractérisation « néo-coloniale ».

Notre problème d’Occidentaux se comprend et s’explique : nous ne voulons pas perdre plus de notre autorité morale. Nous choisissons donc de fermer les yeux et d’ignorer par exemple que ce ne sont pas des doléances légitimes qui poussent  les Palestiniens ainsi qu’une grande partie du Moyen-Orient au militantisme et à la guerre, mais bien un sentiment d’infériorité intériorisé. Que les Palestiniens se trouvent comblés en devenant une nation souveraine et indépendante avec une capacité nucléaire en sus, cela ne les empêchera pas de se réveiller le lendemain toujours hantés par ce sentiment d’infériorité. Que ce soit pour le meilleur ou pour le pire, l’homme s’évalue maintenant par sa modernité.

Et la haine est le moyen le plus rapide pour  masquer son infériorité. Le problème, « ce sont les autres et pas moi! ». Victimisé, j’atteins une grandeur morale et humaine. Peu importe l’intelligence et la modernité de mon ennemi, à moi l’innocence qui caractérise les victimes. Même pauvre, mes mains restent propres. Mon sous- développement et ma pauvreté témoignent de ma supériorité morale, alors que la richesse de mon ennemi est la preuve de son inhumanité.

En d’autres termes, ma haine remplace mon amour-propre. Ce qui expliquerait pourquoi Yasser Arafat a rejeté l’offre d’Ehud Barak à « Camp David » en l’an 2000, alors que ce dernier offrait au premier plus de 90% des exigences  des Palestiniens. Accepter cette offre aurait signifié renoncer à la haine, à sa consolation et à sa signification profonde. Les Palestiniens et par extension, la plupart des Musulmans auraient été forcés de  se confronter à leur infériorité à l’égard de la modernité. Arafat savait fort bien que, sans la haine vis à vis des Juifs, le monde musulman perdrait la cohésion qui le définit. Il a donc dit non à la paix.

Que ce soit dans les banlieues de Paris et de Londres, à Kaboul ou Karachi, dans le quartier du Queens à New York ou bien à Gaza, cette réticence du monde musulman, cette attirance pour les consolations qu’offre la haine, représentent l’un des plus graves problèmes du monde actuel. Si le monde musulman ne peut se définir par sa ferveur pour la haine, celle-ci est bien devenue sa drogue, son opium qui le console de sa concurrence avec l’Occident, un Occident qui, impuissant face à ce problème difficile à résoudre, ne trouve rien de mieux que de réprimander Israël en le prenant comme bouc-émissaire. Ainsi s’exprime notre propre vulnérabilité.

Mr.Shelby Steele est un  » senior fellow » de l’Institut Hoover de l’Université de Stanford

Voir le texte original:

Israel and the Surrender of the West
One of the world’s oldest stories is playing out before our eyes: The Jews are being scapegoated again.
Shelby Steele
WSJ
June 21, 2010

The most interesting voice in all the fallout surrounding the Gaza flotilla incident is that sanctimonious and meddling voice known as « world opinion. » At every turn « world opinion, » like a school marm, takes offense and condemns Israel for yet another infraction of the world’s moral sensibility. And this voice has achieved an international political legitimacy so that even the silliest condemnation of Israel is an opportunity for self-congratulation.

Rock bands now find moral imprimatur in canceling their summer tour stops in Israel (Elvis Costello, the Pixies, the Gorillaz, the Klaxons). A demonstrator at an anti-Israel rally in New York carries a sign depicting the skull and crossbones drawn over the word « Israel. » White House correspondent Helen Thomas, in one of the ugliest incarnations of this voice, calls on Jews to move back to Poland. And of course the United Nations and other international organizations smugly pass one condemnatory resolution after another against Israel while the Obama administration either joins in or demurs with a wink.

This is something new in the world, this almost complete segregation of Israel in the community of nations. And if Helen Thomas’s remarks were pathetic and ugly, didn’t they also point to the end game of this isolation effort: the nullification of Israel’s legitimacy as a nation? There is a chilling familiarity in all this. One of the world’s oldest stories is playing out before our eyes: The Jews are being scapegoated again.

« World opinion » labors mightily to make Israel look like South Africa looked in its apartheid era—a nation beyond the moral pale. And it projects onto Israel the same sin that made apartheid South Africa so untouchable: white supremacy. Somehow « world opinion » has moved away from the old 20th century view of the Israeli-Palestinian conflict as a complicated territorial dispute between two long-suffering peoples. Today the world puts its thumb on the scale for the Palestinians by demonizing the stronger and whiter Israel as essentially a colonial power committed to the « occupation » of a beleaguered Third World people.

This is now—figuratively in some quarters and literally in others—the moral template through which Israel is seen. It doesn’t matter that much of the world may actually know better. This template has become propriety itself, a form of good manners, a political correctness. Thus it is good manners to be outraged at Israel’s blockade of Gaza, and it is bad manners to be outraged at Hamas’s recent attack on a school because it educated girls, or at the thousands of rockets Hamas has fired into Israeli towns—or even at the fact that Hamas is armed and funded by Iran. The world wants independent investigations of Israel, not of Hamas.

One reason for this is that the entire Western world has suffered from a deficit of moral authority for decades now. Today we in the West are reluctant to use our full military might in war lest we seem imperialistic; we hesitate to enforce our borders lest we seem racist; we are reluctant to ask for assimilation from new immigrants lest we seem xenophobic; and we are pained to give Western Civilization primacy in our educational curricula lest we seem supremacist. Today the West lives on the defensive, the very legitimacy of our modern societies requiring constant dissociation from the sins of the Western past—racism, economic exploitation, imperialism and so on.

When the Israeli commandos boarded that last boat in the flotilla and, after being attacked with metal rods, killed nine of their attackers, they were acting in a world without the moral authority to give them the benefit of the doubt. By appearances they were shock troopers from a largely white First World nation willing to slaughter even « peace activists » in order to enforce a blockade against the impoverished brown people of Gaza. Thus the irony: In the eyes of a morally compromised Western world, the Israelis looked like the Gestapo.

This, of course, is not the reality of modern Israel. Israel does not seek to oppress or occupy—and certainly not to annihilate—the Palestinians in the pursuit of some atavistic Jewish supremacy. But the merest echo of the shameful Western past is enough to chill support for Israel in the West.

The West also lacks the self-assurance to see the Palestinians accurately. Here again it is safer in the white West to see the Palestinians as they advertise themselves—as an « occupied » people denied sovereignty and simple human dignity by a white Western colonizer. The West is simply too vulnerable to the racist stigma to object to this « neo-colonial » characterization.

Our problem in the West is understandable. We don’t want to lose more moral authority than we already have. So we choose not to see certain things that are right in front of us. For example, we ignore that the Palestinians—and for that matter much of the Middle East—are driven to militancy and war not by legitimate complaints against Israel or the West but by an internalized sense of inferiority. If the Palestinians got everything they want—a sovereign nation and even, let’s say, a nuclear weapon—they would wake the next morning still hounded by a sense of inferiority. For better or for worse, modernity is now the measure of man.

And the quickest cover for inferiority is hatred. The problem is not me; it is them. And in my victimization I enjoy a moral and human grandiosity—no matter how smart and modern my enemy is, I have the innocence that defines victims. I may be poor but my hands are clean. Even my backwardness and poverty only reflect a moral superiority, while my enemy’s wealth proves his inhumanity.

In other words, my hatred is my self-esteem. This must have much to do with why Yasser Arafat rejected Ehud Barak’s famous Camp David offer of 2000 in which Israel offered more than 90% of what the Palestinians had demanded. To have accepted that offer would have been to forgo hatred as consolation and meaning. Thus it would have plunged the Palestinians—and by implication the broader Muslim world—into a confrontation with their inferiority relative to modernity. Arafat knew that without the Jews to hate an all-defining cohesion would leave the Muslim world. So he said no to peace.

And this recalcitrance in the Muslim world, this attraction to the consolations of hatred, is one of the world’s great problems today—whether in the suburbs of Paris and London, or in Kabul and Karachi, or in Queens, N.Y., and Gaza. The fervor for hatred as deliverance may not define the Muslim world, but it has become a drug that consoles elements of that world in the larger competition with the West. This is the problem we in the West have no easy solution to, and we scapegoat Israel—admonish it to behave better—so as not to feel helpless. We see our own vulnerability there.

Mr. Steele is a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution.

Voir par ailleurs:

Background: In this article, dated 21 January 1945, Goebbels makes his last lengthy published attack on the Jews, whom he claims are responsible for the misery caused by the war. There are hints of the Holocaust in Goebbels’ words.

The source: “Die Urheber des Unglücks der Welt,” Das Reich, 21 January 1945, pp. 1, 3.

The Creators of the World’s Misfortunes
by Joseph Goebbels
One could not understand this war if one did not always keep in mind the fact that International Jewry stands behind all the unnatural forces that our united enemies use to attempt to deceive the world and keep humanity in the dark. It is, so to speak, the mortar that holds the enemy coalition firmly together, despite its differences of class, ideology, and interests. Capitalism and Bolshevism have the same Jewish roots, two branches of the same tree that in the end bear the same fruit. International Jewry uses both in its own way to suppress the nations and keep them in its service. How deep its influence on public opinion is in all the enemy countries and many neutral nations is plain to see that it may never be mentioned in newspapers, speeches, and radio broadcasts. There is a law in the Soviet Union that punishes anti-Semitism — or in plain English, public education about the Jewish Question — by death. The expert in these matters is in no way surprised that a leading spokesman for the Kremlin said over the New Year that the Soviet Union would not rest until this law was valid throughout the world. In other words, the enemy clearly says that its goal in this war is to put the total domination of Jewry over the nations of the earth under legal protection, and to threaten even a discussion of this shameful attempt with the death penalty.

It is little different in the plutocratic nations. There the struggle against the impudent usurpation of the Jewish race is not punished by the executioner, but rather by death through economic and social boycott and by intellectual terror. This has the same effect in the end. Stalin, Churchill, and Roosevelt were made by Jewry. They enjoy its full support and reward it with their full protection. They present themselves in their speeches as upright men of civil courage, yet one never hears even a word against the Jews, even though there is growing hatred among their people as a result of this war, a hatred that is fully justified. Jewry is a taboo theme in the enemy countries. It stands outside every legal boundary and thus becomes the tyrant of its host peoples. While enemy soldiers fight, bleed, and die at the front, the Jews make money from their sacrifice on the stock exchanges and black markets. If a brave man dares to step forward and accuse the Jews of their crimes, he will be mocked and spat on by their press, chased from his job or otherwise impoverished, and be brought into public contempt. Even that is apparently not enough for the Jews. They want to bring Soviet conditions to the whole world, giving Jewry absolute power and freedom from prosecution. He who objects or even debates the matter gets a bullet in the back of his head or an axe through his neck. There is no worse tyranny than this. This is the epitome of the public and secret disgrace that Jewry inflicts on the nations that deserve freedom.

That is all long behind us. Yet it still threatens us in the distance. We have, it is true, entirely broken the power of the Jews in the Reich, but they have not given up. They did not rest until they had mobilized the whole world against us. Since they could no longer conquer Germany from within, they want to try it from without. Every Russian, English, and American soldier is a mercenary of this world conspiracy of a parasitic race. Given the current state of the war, who could still believe that they are fighting and dying at the front for the national interests of their countries! The nations want a decent peace, but the Jews are against it. They know that the end of the war would mean the dawning humanity’s knowledge of the unhealthy role that International Jewry played in preparing for and carrying out this war. They fear being unmasked, which has in fact become unavoidable and must inevitably come, just as the day follows the night. That explains their raging bursts of hatred against us, which are only the result of their fear and their feelings of inferiority. They are too eager, and that makes them suspicious. International Jewry will not succeed in turning this war to its advantage. Things are already too far along. The hour will come in which all the peoples of the earth will awake, and the Jews will be the victims. Here, too, things can only go so far.

It is an old, often-used method of International Jewry to discredit education and knowledge about its corrupting nature and drives, thereby depending on the weaknesses of those people who easily confuse cause with effect. The Jews are also masters at manipulating public opinion, which they dominate through their network of news agencies and press concerns that reaches throughout the world. The pitiful illusion of a free press is one of the methods they use to stupefy the publics of enemy lands. If the enemy press is as free as it pretends to be, let it take an open position, for or against, on the Jewish Question. It will not do that because it cannot and may not do so. The Jews love to mock and criticize everything except themselves, although everyone knows that they are most in need of public criticism. This is where the so-called freedom of the press in enemy countries ends. Newspapers, parliaments, statesmen, and church leaders must be silent here. Crimes and vices, filth and corruption are covered by the blanket of love. The Jews have total control of public opinion in enemy countries, and he who has that is also master of all of public life. Only the nations that have to accept such a condition are to be pitied. The Jews mislead them into believing that the German nation is backward. Our alleged backwardness is actually proof of our progress. We have recognized the Jews as a national and international danger, and from this knowledge have drawn compelling conclusions. This German knowledge will become the knowledge of the world at the end of this war. We think it our primary duty to do everything in our power to make that happen.

Humanity would sink into eternal darkness, it would fall into a dull and primitive state, were the Jews to win this war. They are the incarnation of that destructive force that in these terrible years has guided the enemy war leadership in a fight against all that we see as noble, beautiful, and worth keeping. For that reason alone the Jews hate us. They despise our culture and learning, which they perceive as towering over their nomadic worldview. They fear our economic and social standards, which leave no room for their parasitic drives. They are the enemy of our domestic order, which has excluded their anarchistic tendencies. Germany is the first nation in the world that is entirely free of the Jews. That is the prime cause of its political and economic balance. Since their expulsion from the German national body has made it impossible for them to shake this balance from within, they lead the nations they have deceived in battle against us from without. It is fine with them, in fact it is part of their plan, that Europe in the process will lose a large part of its cultural values. The Jews had no part in their creation. They do not understand them. A deep racial instinct tells them that since these heights of human creative activity are forever beyond their reach, they must attack them today with hatred. The day is not distant when the nations of Europe, yes, even those of the whole world, will shout: The Jews are guilty for all our misfortunes! They must be called to account, and soon and thoroughly!

International Jewry is ready with its alibi. Just as during the great reckoning in Germany, they will attempt to look innocent and say that one needs a scapegoat, and they are it. But that will no longer help them, just as it did not help them during the National Socialist revolution, The proof of their historical guilt, in details large and small, is so plain that it can no longer be denied even with the most clever lies and hypocrisy.

Who is it that drives the Russians, the English, and the Americans into battle and sacrifices huge numbers of human lives in a hopeless struggle against the German people? The Jews! Their newspapers and radio broadcasts spread the songs of war while the nations they have deceived are led to the slaughter. Who is it that invents new plans of hatred and destruction against us every day, making this war into a dreadful case of self-mutilation and self-destruction of European life and its economy, education and culture? The Jews! Who devised the unnatural marriage between England and the USA on one side and Bolshevism on the other, building it up and jealously ensuring its continuance? Who covers the most perverse political situations with cynical hypocrisy from a trembling fear that a new way could lead the nations to realize the true causes of this terrible human catastrophe? The Jews, only the Jews! They are named Morgenthau and Lehmann and stand behind Roosevelt as a so-called brain trust. They are named Mechett and Sasoon and serve as Churchill’s moneybags and order givers. They are named Kaganovitsch and Ehrenburg and are Stalin’s pacesetters and intellectual spokesmen. Wherever you look, you see Jews. They march as political commissars behind the Red army and organize murder and terror in the areas conquered by the Soviets. They sit behind the lines in Paris and Brussels, Rome and Athens, and fashion their reins from the skin of the unhappy nations that have fallen under their power.

That is the truth. It can no longer be denied, particularly since in their drunken joy of power and victory the Jews have forgotten their ordinarily so carefully maintained reserve and now stand in the spotlight of public opinion. They no longer bother, apparently believing that it is no longer necessary, that their hour has come. And this is their mistake, which they always make when think themselves near their great goal of anonymous world domination. Throughout the history of the nations, whenever this tragic situation developed, a good providence saw to it that the Jews themselves became the gravediggers of their own hopes. They did not destroy the healthy peoples, but rather the sting of their parasitic effects brought the realization of the looming danger to the forefront and led to the greatest sacrifices to overcome it. At a certain point, they become that power that always wants evil but creates good. It will be that way this time, too.

The fact that the German nation was the first on earth to recognize this danger and expel it from its organism is proof of its healthy instincts. It therefore became the leader of a world struggle whose results will determine the fate and the future of International Jewry. We view with complete calm the wild Old Testament tirades of hatred and revenge of Jews throughout the world against us. They are only proof that we are on the right path. They cannot unsettle us. We gaze on them with sovereign contempt and remember that these outbursts of hate and revenge were everyday events for us in Germany until that fateful day for International Jewry, 30 January 1933, when the world revolution against the Jews that threatened them not only Germany, but all the other nations, began.

It will not cease before it has reached its goal. The truth cannot be stopped by lies or force. It will get through. The Jews will meet their Cannae at the end of this war. Not Europe, but rather they will lose. They may laugh at this prophecy today, but they have laughed so often in the past, and almost as often they stopped laughing sooner or later. Not only do we know precisely what we want, we also know precisely what we do not want. The deceived nations of the Earth may still lack the knowledge they need, but we will bring it to them. How will the Jews stop that in the long run? They believe their power rests on sure foundations, but it stands on feet of clay. One hard blow and it will collapse, burying the creators of the misfortunes of the world in its ruins.


Michel Onfray: Le syndrome de la pendule arrêtée (France’s philosophical Pat Condell takes on Islam)

24 juin, 2010
Even a stopped clock gives a right time twice a day
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rend de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Malheureusement pour moi (…) mon éditeur ne me refuse rien. Beigbeder
Les athées ne commettent pas d’abominations au nom de l’athéisme. Richard Dawkins
Michel Onfray se rend-il compte que presque tout ce qu’il dit ne provient d’aucune source, d’aucune archive, mais de mémoires ou d’écrits apocryphes pour la plupart publiés au XIXe siècle par l’historiographie catholique et royaliste ? (…) La récupération de ce patrimoine et des arguments de l’extrême droite est malhonnête car, comme auteur, Onfray exerce une certaine responsabilité : en l’absence de notes de bas de page et d’une bibliographie sérieuse, il ne donne jamais à ses lecteurs les moyens de vérifier ses affirmations. (…) Lorsqu’elles sont commises par un des auteurs les plus médiatiques et les plus aimés du grand public et qu’elles passent inaperçues dans la critique, ces révisions de l’Histoire et ces dérives idéologiques participent d’un lent travail de sape contre les valeurs démocratiques. Sans conduire à dénigrer l’ensemble des initiatives d’Onfray, elles doivent donc être dénoncées avec la plus grande fermeté. On ne peut être spécialiste de tout. Michel Onfray ferait bien d’en tirer quelques enseignements. Guillaume Mazeau
Un temps, avec les “cafés philo”, on a cru que la philosophie envahissait les bistrots. Ce Traité d’athéologie remet les pendules à l’heure : c’est bien le café du commerce qui a investi la philosophie. Laurent Dandrieu
La méthodologie s’appuie sur le principe de la préfiguration : tout est déjà dans tout avant même la survenue d’un événement. Cela lui a permis d’affirmer des choses extravagantes : qu’Emmanuel Kant était le précurseur d’Adolf Eichmann – parce que celui-ci se disait kantien (…) -, que les trois monothéismes (judaïsme, christianisme et islam) étaient des entreprises génocidaires, que l’évangéliste Jean préfigurait Hitler et Jésus Hiroshima, et enfin que les musulmans étaient des fascistes (…). Fondateurs d’un monothéisme axé sur la pulsion de mort, les juifs seraient donc les premiers responsables de tous les malheurs de l’Occident. A cette entreprise mortifère, M. Onfray oppose une religion hédoniste, solaire et païenne, habitée par la pulsion de vie. (…) il retourne l’accusation de « science juive » prononcée par les nazis contre la psychanalyse pour faire de celle-ci une science raciste : puisque les nazis ont mené à son terme l’accomplissement de la pulsion de mort théorisée par Freud, affirme-t-il, cela signifie que celui-ci serait un admirateur de tous les dictateurs fascistes et racistes. Mais Freud aurait fait pire encore : en publiant, en 1939, L’Homme Moïse et la religion monothéiste, c’est-à-dire en faisant de Moïse un Egyptien et du meurtre du père un moment originel des sociétés humaines, il aurait assassiné le grand prophète de la Loi et serait donc, par anticipation, le complice de l’extermination de son peuple. (…) Bien qu’il se réclame de la tradition freudo-marxiste, Michel Onfray se livre en réalité à une réhabilitation des thèses paganistes de l’extrême droite française. (…) On est loin ici d’un simple débat opposant les partisans et les adeptes de la psychanalyse, et l’on est en droit de se demander si les motivations marchandes ne sont pas désormais d’un tel poids éditorial qu’elles finissent par abolir tout jugement critique. Elisabeth Roudinesco
Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques: haine de la raison et de l’intelligence, haine de la liberté, haine de tous les livres au nom d’un seul, haine de la vie… Michel Onfray
Hitler, disciple de saint Jean ! Michel Onfray
Gott mit uns procède des Écritures, notamment du Deutéronome, l’un des livres de la Torah. Michel Onfray
L’islam n’est pas une religion de paix, de tolérance et d’amour. (…) Si vous lisez le Coran, on n’est pas dans une logique républicaine mais plutôt inégalitaire, misogyne et antisémite. Michel Onfray

L’avantage avec les pendules arrêtées, c’est qu’on est au moins sûr que, deux fois par jour, elles indiquent l’heure exacte!

Amalgames, diabolisation, fantasme, légendes noires, révisionnisme, citations détournées de leur sens, sophismes, mensonges purs et simples, amnésie, non-sens, approximations, contradictions, erreurs manifestes, ignorances évidentes et contresens en matière de religion, , rumeurs, absence de sources, désinvolture vis à vis des sources ou sources bibliographiques largement dépassées  …

A l’heure où, pour fêter comme il se doit la Coupe du monde de football, nos chères petites têtes blondes ont repris leurs autodafés automobiles …

Qu’après le fameux limogeage de McArthur d’il y a 50 ans, le Généfluxeur en chef en est en un an à son 3e général en chef contre les jihadistes d’Afghanistan …

Et qu’entre deux déconstructions contre la philosophie, l’histoire ou tout dernièrement la psychanalyse, notre briseur d’idoles national prend courageusement position contre la prétendue religion de paix, de tolérance et d’amour …

Retour, avec Valeurs actuelles et la Croix, sur le grand œuvre dont ladite dénonciation est censée être la dernière application, à savoir le fameux Traité d’athéologie qui en 5 ans s’est déjà vendu à plus de 300 000 exemplaires.

Pour découvrir, derrière cette énième victime du syndrome Beigbeder et sans même l’avoir lu, le bon vieux recyclage des clichés les plus éculés de l’athéisme militant qui, outre-Manche ou de l’autre côté de l’Atlantique, a fait la fortune des déboulonneurs autoproclamés à la Richard Dawkins, Christopher Hitchens ou Pat Condell.

Mais aussi la resucée néopaganiste de nos grands antisémites, les  Juifs se retrouvant (surprise !) premiers responsables, via le monothéisme, le christianisme et l’islam ou la psychanalyse, des malheurs de l’Occident  …

Polémique

Michel Onfray, l’athéisme pour les nuls

Laurent Dandrieu

Valeurs actuelles

15/04/2005

Dans un essai qui se veut philosophique, Michel Onfray se contente de réactiver les vieux clichés antireligieux. Un livre qui est à la pensée ce que le micro-ondes est à la grande cuisine.

Ce qui est étonnant dans le succès du livre de Michel Onfray, ça n’est pas qu’il sacre un livre qui se veut anti-religieux : malgré l’émotion pontificale planétaire, nous savons bien que nous vivons dans une société post-religieuse. Ce qui frappe, c’est surtout que les héritiers de Voltaire se soient dotés d’un étendard aussi médiocre, qu’ils aient l’impression de penser en acquiesçant à ce festival de ressassements – comme, d’ailleurs, que les tenants du religieux aient le sentiment de faire de la métaphysique en assistant à l’une des bluettes syncrétistes d’Eric-Emmanuel Schmitt.

Qui s’attendrait en effet à affronter avec Onfray une controverse vigoureuse doit vite déchanter : malgré la volonté affichée de repenser l’athéisme, pas l’ombre ici d’une idée neuve, mais la sempiternelle litanie des polémique laïcardes et des sarcasmes matérialistes, débitée avec aigreur. Car si Onfray est, comme il le clame, un héritier de Nietzsche, c’est uniquement en ce qu’il est possédé par le ressentiment : malgré les Lumières et les essais des semblables d’Onfray, les religions conservent des millions d’adeptes, et cela rend visiblement malade notre “matérialiste hédoniste”. D’où le ton très bilieux d’un traité écrit par un théoricien du plaisir, sans jamais répondre à la question essentielle : pourquoi l’homme aurait-il au plus profond du cœur un désir absurde et vain ?

Certes, nous dit Onfray, ce n’est pas de leur faute si les croyants, ces aliénés, sont victimes de névroses. Mais il ne ménage pas sa haine aux « bourreaux » qui forcent leurs victimes à la génuflexion. Il est à déplorer qu’Onfray n’ait pas eu le courage de venir exposer cette assimilation de tout clergé à des exploiteurs sur l’un des plateaux où l’on rendait hommage à Jean-Paul II. Notons que la violence qu’il reproche aux religions devient soudainement légitime quand on l’exerce à leur encontre : ne cite-t-il pas avec admiration 1793 comme « un des rares moments dans le monde occidental où le christianisme a été mis à mal » – à grandes charrettées de guillotine, faut-il le rappeler ?

La rhétorique est à l’avenant : tous les moyens bons pour abattre l’infâme. Amalgame : parce que d’obscurs adorateurs de l’oignon ont des rites absurdes, les chrétiens sont priés de se sentir ridicules de s’abstenir symboliquement de viande le vendredi. Diabolisation : l’athéisme étant philosophique, le contredire, c’est être contre l’intelligence – fussiez-vous saint Thomas d’Aquin ou saint Augustin, qui ont au moins l’honneur d’être cités en passant : Onfray reproche aux chrétiens d’ignorer l’anthropologie, mais n’a pas lu René Girard. Fantasme : il invente pour mieux se faire peur un Vatican grand ordonnateur secret des génocides du XXe siècle et prônant la mise à mort des homosexuels.

Légende noire : il s’en tient sur les croisades ou l’inquisition à ce que lui en a dit sa concierge et, révisionniste, veut croire contre tous les historiens que Jésus n’a jamais existé. Ou encore citations détournées de leur sens, qui font de saint Paul un éradicateur de la science ; sophismes (les miracles sont de la magie, or la raison la condamne, donc la raison condamne la religion, CQFD) ; ou mensonges purs et simples, quand il affirme que l’Eglise n’a jamais condamné le nazisme (Pie XI n’a donc jamais publié Mit Brennender Sorge, 1937) ou secouru le moindre juif.

Et surtout, amnésie : pas plus qu’il ne se souvient que l’athéisme n’a pas engendré que la douceur – voir Staline (il est vrai que si Hitler était méchant, c’est qu’en fait il était encore plus catholique que le pape !), Onfray fait l’impasse sur des siècles de culture chrétienne, balayés d’un revers de phrase. Les pauvres ? l’Eglise n’a fait que les exploiter – exeunt mère Térésa ou saint François d’Assise. Les femmes ? universellement méprisées – et tant pis pour Jeanne d’Arc, Thérèse de Lisieux ou la Vierge Marie. L’Incarnation ? elle n’a pas pu exister, puisque l’Eglise haït le corps  (quel Dieu serait assez masochiste pour se doter de ce que sa religion condamne ?) D’ailleurs, c’est bien connu, Jésus ne mangeait jamais (page 157) !

On pourrait poursuivre longtemps cette liste de non-sens, d’approximations et d’erreurs manifestes qui tiennent lieu d’unique raisonnement. Un temps, avec les “cafés philo”, on a cru que la philosophie envahissait les bistrots. Ce Traité d’athéologie remet les pendules à l’heure : c’est bien le café du commerce qui a investi la philosophie.

Traité d’athéologie, de Michel Onfray, Grasset, 282 pages, 18,50 €.

Voir aussi:

La charge de Onfray contre la religion

Laurent Dandrieu

La Croix

02/03/2005

Les religions, particulièrement les monothéismes, seraient-elles animées par « une pulsion de mort généalogique » ? Auraient-elles en partage la « haine de la raison et de l’intelligence », et même la « haine de la liberté, haine de la vie… » ? C’est en tout cas la thèse qu’avance le très médiatique philosophe Michel Onfray, dans son « Traité d’athéologie » (Grasset)

TRAITÉ D’ATHÉOLOGIE

de Michel Onfray

Grasset, 282 p., 18,50 €

Depuis longtemps on n’avait pas vu une telle charge contre les religions. Toutes en prennent pour leur grade : Jésus est traité «d’ectoplasme», saint Paul d’«apôtre hystérique», la patristique de «bouillie patrologique»… Âmes sensibles s’abstenir. L’athéisme scientifique du marxisme était triste. Celui de Michel Onfray est volontiers provocateur et jubilatoire. En fait, de l’aveu même de personnes généralement peu disposées à faire de cadeau en matière religieuse, le résultat est affligeant. Le philosophe, qui jouit d’une certaine notoriété depuis sa rupture très médiatique avec l’éducation nationale, s’est donné comme but de fonder un «athéisme post-chrétien». Mais les erreurs, inexactitudes et contradictions abondent.

Un seul exemple : selon l’auteur, le libre arbitre doit être remis en cause. Pourquoi ? Parce qu’il aurait été créé par les religions pour culpabiliser l’homme ! Michel Onfray, promoteur d’une morale hédoniste, serait-il devenu déterministe ? En tout cas, une éthique post-chrétienne suppose, selon le philosophe, de se dissocier de tous les «athées chrétiens». Exit donc Paul Ricœur, mais aussi Luc Ferry, André Comte-Sponville, coupables de trop penser dans des catégories chrétiennes. Comme l’athéisme d’Onfray excommunie à la pelle, pas de quartier non plus pour Jankélévitch ou Levinas.

Une fois toutes les branches de la religion sciées, il reste à découper l’arbre. L’auteur entreprend le démontage de la «fabrication de la fiction» et «l’analyse du devenir planétaire de la névrose» avec l’aide bien involontaire du P. Mondésert, éminent patrologue, et de l’historien chrétien Henri-Irénée Marrou qui, tous les deux, ont dû se retourner dans leur tombe. La thèse est simple : Jésus n’a jamais existé. Toutes les mentions des textes antiques sont de purs «trucages intellectuels» (p. 149).

L’athéisme militant se doit d’être dégagé de toutes les chapelles

Jésus serait en réalité le patronyme de tous les juifs qui refusaient l’occupation romaine. Pour cristalliser la révolte, saint Marc aurait inventé le personnage. Le merveilleux aurait pris le dessus sur l’histoire. Bien entendu, pas un mot de l’auteur sur les recherches historico-critiques ni sur l’exégèse narrative. Michel Onfray voit dans les Évangiles d’abord un tissu de contradictions et d’invraisemblances, de reconstructions (Pilate) ou de fictions (la mise au tombeau).

Jusqu’à ce stade de l’ouvrage, on pense à un mauvais livre, antérieur à la crise moderniste. Mais le chrétien – évidemment en partie à cause de saint Paul – nous est présenté comme le prototype du «malade, misogyne, masochiste» (p. 166). Toutes les religions propageraient d’ailleurs la haine de l’intelligence et la démagogie. Dans ce cas, que propose le philosophe ? Surtout pas la laïcité ! Celle-ci ne ferait que faire persister la quintessence de l’éthique judéo-chrétienne. L’athéisme militant, à l’écart de toute forme de rationalisme (les francs-maçons apprécieront), se doit d’être dégagé de toutes les chapelles. C’est ce que l’auteur raconte aujourd’hui volontiers devant des salles de spectacle remplies… et payantes.

Un seul point mérite effectivement intérêt : depuis le 11 septembre 2001, il faut choisir son camp. Michel Onfray a choisi, lui, de se couper délibérément des croyants, mais aussi de beaucoup de philosophes. En définitive, son incompréhension de la religion est quasi-totale. Pour lui, le christianisme développerait l’angoisse et rendrait incapable de regarder la mort en face. Hélas pour Michel Onfray, c’est précisément tout le contraire.

Jean-François PETIT

***

Un « matérialiste hédoniste »

Michel Onfray, né en 1959, docteur en philosophie, a enseigné dans les classes de terminale d’un lycée technique de Caen pendant vingt ans, avant de démissionner de l’éducation nationale pour créer, en 2002, une «Université populaire» à Caen – une structure ouverte à tous et ne décernant pas de diplômes, et dont le but est de dispenser un enseignement philosophique.

Tenant d’une théorie qu’il qualifie de «matérialisme hédoniste», Michel Onfray l’a développée et argumentée dans de très nombreux ouvrages, depuis Le Ventre des philosophes, paru en 1989, jusqu’à Féeries anatomiques. Généalogie du corps faustien, paru en 2003, ouvrage dans lequel il plaidait pour une bioéthique résolument post-chrétienne. Entre ces deux, on peut mentionner notamment L’Art de jouir. Pour un matérialisme hédoniste (1991), L’œil nomade (1993), La Raison gourmande. Philosophie du goût (1995), Politique du rebelle. Traité de résistance et d’insoumission (1997), ou encore Théorie du corps amoureux. Pour une érotique solaire (2000) et Pour une esthétique cynique (2003). Des essais qui participent tous d’un plaidoyer pour la réhabilitation du corps et des sens, du désir et de la jouissance.

***

OPINION

Un manifeste anticlérical des anciens jours

Sur l’ouvrage de Michel Onfray, l’opinion de Philippe Capelle, doyen de la faculté de philosophie et directeur du laboratoire de philosophie de la religion à l’Institut catholique de Paris

La question de Dieu refait surface en philosophie aussi. Hegel avait raison, la philosophie vient toujours après. Non point que cette question y fût totalement délaissée, si l’on veut bien regarder par-delà les limites de l’Hexagone, notamment en Allemagne et dans les milieux anglo-saxons. Mais à l’exercice serein de réflexion auxquels ceux-ci sont habitués en cette matière, s’oppose, dans les milieux philosophiques médiatiques français, à quelques exceptions près, un propos de diatribe. Chez nous, Français, les ouvrages de référence en ce domaine sont très largement ignorés, au bénéfice de productions à effet rhétorique.

À cet égard, le Traité d’athéologie de Michel Onfray relève de la symptomatologie. D’après son titre, je m’attendais à une somme, qui eut été fort utile, sur les typologies de l’athéisme historique, ainsi qu’à une mise en perspective argumentée. En lieu et place : un propos féroce, incertain et injuste. Pour ma part, je me contenterai d’être direct. Je n’aurais guère pris la plume à vrai dire, si j’avais lu dans ce livre un nouveau prolongement des invectives nietzschéennes contre la religion, dont je ne nie point qu’en dépit de leur unilatéralisme, elles restent de salubrité publique.

Que la notion de Dieu ait servi et continue de servir les pouvoirs politiques, sexistes et économiques, la chose est d’une banalité cruelle, encore insuffisamment dénoncée. Encore faut-il préciser de quoi l’on parle et de quel Dieu il s’agit. Aussi, lorsque je lis : «Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l’intelligence, haine de la liberté, haine de tous les livres au nom d’un seul, haine de la vie…» (p. 95), je ne relève pas seulement l’insolence, j’aperçois la confusion et flaire l’ignominie. Je cite : «Hitler, disciple de saint Jean» ! (p. 201) ; le «Gott mit uns [des nazis] procède (!) des Écritures, notamment du Deutéronome, l’un des livres de la Torah» (p. 224) ; l’islam ? «Une vision du monde pas bien éloignée de celle de Hitler» (p. 243) !

Encore une fois, pas question de nier les dérives accidentelles ou certaines perversions structurelles dont les religions, soit dit en passant, n’ont pas le monopole. Mais Michel Onfray, premier problème, semble méconnaître la capacité, certes plus ou moins développée, à l’auto-transformation qu’attestent les religions dès avant et après les Lumières du XVIIIe siècle européen : abandon des sacrifices humains puis animaux, transformation du droit, rejet d’anciennes formulations catéchétiques, révision du code de la famille. Il ne voit pas non plus le processus de conversation interreligieuse activement engagé à l’échelle planétaire, notamment avec les religions orientales, et le bénéfice que l’humanité peut en attendre.

Hexagonal s’adressant à un groupe d’Hexagonaux, il nous délivre doctement quelques poncifs d’un autre siècle : «Les monothéismes préfèrent mille fois l’Ange à la Femme» (p. 134) ; mais a-t-il lu le texte johannique de l’Apocalypse ? L’Évangile de Marc «relève du registre clair de la propagande» ! (p. 154). Du Coran aux tours du 11 septembre, il n’y a que sacrifice de l’intelligence (p. 133). On n’est pas à une trivialité près : «Les juifs disposent de leur propre élevage de créatures ailées»… (p. 129).

Laissant de côté la hargne et la haine stupéfiantes, on enregistrera, à ce point, un second déficit qui affecte l’ensemble de l’ouvrage : aucune mention des différentes procédures herméneutiques mises en œuvre dans la constitution des textes religieux et requises pour leur compréhension. Rien sur les sciences des rédactions des textes et des genres littéraires – poétiques, narratifs et sapientiaux –, ou sur les méthodes exégétiques, toutes intégrées depuis belle lurette au sein de nombreuses pratiques théologiques. On n’est donc pas véritablement surpris en prenant connaissance, en fin d’ouvrage, des références bibliographiques quelque peu vieillottes auxquelles l’auteur s’est adossé. Et que dire de cette perle de scientificité : «Les ultra-rationalistes disent probablement vrai sur l’inexistence historique de Jésus» ! (p. 150).

Le projet de l’auteur se veut pourtant ambitieux : rien de moins que «d’augmenter la clarté des Lumières». Renoncer aux arrière-mondes religieux dont les philosophes des Lumières n’ont su se départir, stigmatiser l’athéisme chrétien dont témoignent résiduellement certains de nos penseurs contemporains, ce sera accéder enfin à la philosophie de toujours. Voltaire, Montesquieu, Kant, puis Onfray. Excusez du peu… Mais lorsqu’on veut, car tel est le cas, répondre à la question : «Qu’est-ce que les Lumières ?» posée par Kant, il faut reparcourir tout le champ historique qui les ont rendu possibles et relever leur lien indissociable avec l’épistémê judéo-chrétienne. De ce strict point de vue, les travaux d’un Marcel Gauchet donnent l’exemple. Mais Michel Onfray n’en a cure. Son radicalisme anhistorique ressemble davantage à un manifeste anticlérical des anciens jours, paré de la couleur des événements qui fondent à ses yeux le topos fondamentaliste de notre temps : l’islamisme terroriste et la politique judéo-chrétienne américaine…

D’où un aveuglement qui explique le troisième déficit de l’ouvrage et qui tient à ce parti pris aussi bien méthodologique qu’idéologique : le phénomène religieux ne saurait être compris à partir de lui-même car aucune vertu ne peut lui être reconnue ; seul un rationalisme total pourra projeter sur lui une critériologie interprétative adéquate… La logique des purs et de la purification n’est pas loin.

Mais il faut cesser là toute critique à l’endroit de l’ouvrage. Car il trahit un problème plus large et plus ancien que lui-même : l’absence au sein du système scolaire et universitaire français d’une formation de qualité à l’histoire et à l’essence du phénomène religieux. De ce déficit que Michel Onfray a sans doute cherché à combler par lui-même, mais dont il n’est pas indemne, pourra-t-on, et ce sera le mérite de sa tentative, tirer les leçons ?

Philippe CAPELLE

Voir enfin:

Essais

Onfray et le fantasme antifreudien

Elisabeth Roudinesco

Le Monde

16.04.10

Le philosophe signe un pamphlet contre le fondateur de la psychanalyse

Créateur d’une Université populaire à Caen, Michel Onfray s’est fait connaître pour avoir inventé une « contre-histoire de la philosophie » dont la méthodologie s’appuie sur le principe de la préfiguration : tout est déjà dans tout avant même la survenue d’un événement. Cela lui a permis d’affirmer des choses extravagantes : qu’Emmanuel Kant était le précurseur d’Adolf Eichmann – parce que celui-ci se disait kantien (Le Songe d’Eichmann, Galilée, 2008) -, que les trois monothéismes (judaïsme, christianisme et islam) étaient des entreprises génocidaires, que l’évangéliste Jean préfigurait Hitler et Jésus Hiroshima, et enfin que les musulmans étaient des fascistes (Traité d’athéologie, Grasset, 2005). Fondateurs d’un monothéisme axé sur la pulsion de mort, les juifs seraient donc les premiers responsables de tous les malheurs de l’Occident. A cette entreprise mortifère, M. Onfray oppose une religion hédoniste, solaire et païenne, habitée par la pulsion de vie.

C’est dans la même perspective, dit-il, qu’il a lu en cinq mois l’oeuvre complète de Freud puis rédigé ce Crépuscule d’une idole. Truffé d’erreurs, traversé de rumeurs, sans sources bibliographiques, l’ouvrage n’est que la projection des fantasmes de l’auteur sur le personnage de Freud. M. Onfray parle à la première personne pour avancer l’idée que Freud aurait perverti l’Occident en inventant, en 1897, un complot oedipien, c’est-à-dire un récit autobiographique qui ne serait que la traduction de sa propre pathologie. Il fait du théoricien viennois un « faussaire », motivé « par l’argent, la cruauté, l’envie, la haine ».

La figure du père

Face à cette figure qui lui sert de repoussoir, et dont il annonce le crépuscule, l’auteur revalorise la destinée des pères, et d’abord du sien propre. Et puisque Freud fut adoré de sa mère, M. Onfray considère que le fondateur de la psychanalyse était un pervers haïssant son père et ayant abusé psychiquement de ses trois filles (Mathilde, Sophie et Anna). L’appartement de Vienne était, selon lui, un lupanar et Freud un oedipe ne pensant qu’à coucher réellement avec sa mère puis à occire vraiment son père, afin de fabriquer des enfants incestueux pour mieux les violenter. Pendant dix ans, il aurait torturé sa fille Anna tout au long d’une analyse qui aurait duré de 1918 à 1929, et au cours de laquelle, chaque jour, il l’aurait incitée à devenir homosexuelle. La vérité est toute différente : Freud a bien analysé sa fille, mais la cure a duré quatre ans, et quand Anna a commencé à se rendre compte de son attirance pour les femmes, c’est elle qui a choisi son destin et Freud ne l’a pas tyrannisée : il a même fait preuve de tolérance.

Cédant à une rumeur inventée par Carl Gustav Jung, selon laquelle Freud aurait eu une liaison avec Minna Bernays, la soeur de sa femme Martha, M. Onfray en vient à imaginer, à la suite d’historiens américains du courant dit « révisionniste », que celui-ci l’aurait engrossée puis obligée à avorter. Aussi peu soucieux des lois de la chronologie que de celles de la procréation, M. Onfray situe cet événement en 1923. Or, à cette date, Minna était âgée de 58 ans et Freud de 67.

Et Michel Onfray d’ajouter que Freud aurait cédé à la tentation de subir une opération des canaux spermatiques destinée à augmenter sa puissance sexuelle afin de mieux jouir du corps de Minna. La réalité est toute différente : en 1923, Freud, qui vient d’apprendre qu’il est atteint d’un cancer, subit cette opération de ligature (dite de « Steinbach »), classique à l’époque, et dont on pensait qu’elle pouvait prévenir la récidive des cancers.

Si Freud est un pervers, sa doctrine devient alors le prolongement d’une perversion plus grave encore : elle serait, pour M. Onfray, le « produit d’une culture décadente fin de siècle qui a proliféré comme une plante vénéneuse ». L’auteur reprend ainsi une thématique connue depuis Léon Daudet et selon laquelle la psychanalyse serait une science parasitaire, conçue par un cerveau dégénéré et née dans une ville dépravée.

Dans la même veine, il retourne l’accusation de « science juive » prononcée par les nazis contre la psychanalyse pour faire de celle-ci une science raciste : puisque les nazis ont mené à son terme l’accomplissement de la pulsion de mort théorisée par Freud, affirme-t-il, cela signifie que celui-ci serait un admirateur de tous les dictateurs fascistes et racistes. Mais Freud aurait fait pire encore : en publiant, en 1939, L’Homme Moïse et la religion monothéiste, c’est-à-dire en faisant de Moïse un Egyptien et du meurtre du père un moment originel des sociétés humaines, il aurait assassiné le grand prophète de la Loi et serait donc, par anticipation, le complice de l’extermination de son peuple. Quand on sait que Freud soulignait que la naissance de la démocratie était liée à l’avènement d’une loi sanctionnant le meurtre originel et donc la pulsion de mort, on voit bien que l’argument d’un Freud assassin de Moïse et des juifs ne tient pas un instant.

Le bourreau et la victime

Refusant le principe fondateur de l’histoire des sciences, selon lequel les phénomènes pathologiques sont toujours des variations quantitatives des phénomènes normaux, M. Onfray essentialise l’opposition entre la norme et la pathologie pour soutenir que Freud n’est pas capable de distinguer le malade de l’homme sain, le pédophile du bon père et surtout le bourreau de la victime. Et du coup, à propos de l’extermination des quatre soeurs de Freud, il en conclut qu’à l’aune de la théorie psychanalytique, il est impossible « de saisir intellectuellement ce qui psychiquement distingue Adolfine, morte de faim à Theresienstadt, de ses trois autres soeurs disparues dans les fours crématoires en 1942 à Auschwitz et Rudolf Höss [le commandant du camp d’extermination], puisque rien ne les distingue psychiquement sinon quelques degrés à peine visibles ». Au passage, M. Onfray se trompe de camp : Rosa fut exterminée à Treblinka, Mitzi et Paula à Maly Trostinec. Et si la « solution finale » a bien saisi la famille Freud, ce n’est pas dans un tel face-à-face inventé de toutes pièces.

Bien qu’il se réclame de la tradition freudo-marxiste, Michel Onfray se livre en réalité à une réhabilitation des thèses paganistes de l’extrême droite française. Telle est la surprise de ce livre. Ainsi fait-il l’éloge de La Scolastique freudienne (Fayard, 1972), ouvrage de Pierre Debray-Ritzen, pédiatre et membre de la Nouvelle Droite, qui n’a jamais cessé de fustiger le divorce, l’avortement et le judéo-christianisme. Mais il vante aussi les mérites d’un autre ouvrage, issu de la même tradition (Jacques Bénesteau, Mensonges freudiens. Histoire d’une désinformation séculaire, Mardaga, 2002), préfacé par un proche du Front national, soutenu par le Club de l’Horloge : « Bénesteau, écrit-il, critique l’usage que Freud fait de l’antisémitisme pour expliquer sa mise à l’écart par ses pairs, son absence de reconnaissance par l’université, la lenteur de son succès. En fait de démonstration, il explique qu’à Vienne à cette époque nombre de juifs occupent des postes importants dans la justice et la politique. » Au terme de son réquisitoire, M. Onfray en vient à souscrire à la thèse selon laquelle il n’existait pas de persécutions antisémites à Vienne puisque les juifs étaient nombreux à des postes importants.

On est loin ici d’un simple débat opposant les partisans et les adeptes de la psychanalyse, et l’on est en droit de se demander si les motivations marchandes ne sont pas désormais d’un tel poids éditorial qu’elles finissent par abolir tout jugement critique. La question mérite d’être posée.


Mondial 2010: Les désormais flagrantes limites du mercenariat de l’identité (May an impure blood water our furrows!)

21 juin, 2010
French football team
Raft of the Medusa (Gericault)Mais si cette équipe ne représente pas la France, hélas, elle la reflète: avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du premier de la classe, Yoann Gourcuff. Elle nous tend un miroir terrible. Ce qui est arrivé à Domenech est le lot quotidien de nombreux éducateurs et de professeurs dans les cités dites sensibles. Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence. (…) On a voulu confier l’équipe de France à des voyous opulents et pour certains inintelligents, il faudra maintenant sélectionner des gentlemen. Alain Finkielkraut
L’émoi suscité par cette affaire est à la hauteur de la désillusion que l’opinion éprouve vis-à-vis de cette mythologie footballistique posée en 1998, et en rapport avec ce qu’elle figure. Par exemple la France black-blanc-beur du Mondial 1998: cela peut être traumatisant aujourd’hui pour l’opinion de se rendre compte que l’on se trouve dans un modèle totalement inversé. Cette équipe n’est finalement que l’incarnation de la désintégration. (…) Le football est une nouvelle religion populaire et évidemment lorsque les idoles sont déboulonnées ou s’auto-déboulonnent, plus rien ne fonctionne. La grande mythologie de 1998 est encore hyper-active dans la mémoire collective, les champions du monde eux-mêmes sont encore présents : sollicités, interviewés, filmés. Il n’y a qu’à voir par exemple Zinedine Zidane systématiquement filmé en tribunes lorsqu’il assiste aux matches. Cette image, mise en fond de toile, renvoit toujours à cette formidable victoire et rend d’autant plus pitoyable ce qui se passe aujourd’hui. C’est finalement dans cette tragi-comédie que le mythe contemporain s’épuise de sa petite mort. (…) En dix ans en France, on est passé d’une célébration unanime et totalement excessive, risible à l’époque, à cet espèce d’écroulement tout aussi risible.
Une thématique essentielle soulevée par cette affaire est la question de l’impunité. Nous traversions une période particulière en matière sportive et singulièrement footballistique, dans laquelle la starification des joueurs leur conférait une certaine impunité. Que l’exclusion de Nicolas Anelka soit justifiée ou non aux yeux de l’opinion ou des instances fédérales, nous assistons, je pense, à une rupture de cette impunité. Souvenez-vous de Zidane donnant un coup de boule en finale du Mondial 2006 et qui n’a jamais été véritablement condamné pour cela. La figure n’a jamais été déboulonnée, au contraire elle a même été célébrée au travers de chansons populaires. Philippe Tetart (chercheur en histoire du sport à Sciences Po)
L’engouement pour la Ligue 1 est lié à la place qu’a prise le sport-spectacle dans notre société. La liturgie autour des grands événements sportifs permet de constater qu’il existe toujours un lien social. Il entre du sacré dans ces manifestations. Autrefois, cette fonction était remplie par la religion, la dévotion à un roi, la guerre… Aujourd’hui, par le football notamment. Paul Yonnet
Il est peu probable que la compétition sportive de haut niveau soit le meilleur moyen de développer l’entente entre les peuples, la connaissance de l’autre, les relations pacifiques, d’abattre les préjugés culturels infondés. (…)  La rencontre sportive n’a pas pour fonction d’apaiser les esprits ni de les rendre meilleurs. Paul Yonnet

Attention: un naufrage peut en cacher un autre!

Mercenaires hommes-sandwich surpayés se vendant au plus offrant, salaires de PDG de multinationales (4 fois le patron de Danone pour Thierry Henry!), sous-régulation et arbitration poussant à la faute ou à la tricherie, clubs sans pratiquement aucun joueur local ou national (eg. Chelsea en 1999 ou Arsenal en 2005), propriétaires de clubs ou entraineurs y compris de l’équipe nationale étrangers (Chelsea, Angleterre) laissant comme seuls et ultimes garants de l’identité du club les supporters eux-mêmes, équipes nationales à 90% noires (France), transfuges nationaux (joueurs changeant de nationalité au gré des offres), conversion à l’islam de certains joueurs (notamment en France), sifflements systématiques d’hymnes nationaux, véritable climat de guerre ouverte avant ou suite à des rencontres (équipe togolaise en Angola, Turquie-Suisse, Egypte-Algérie), annulation d’épreuves ou d’hymnes nationaux pour raisons de sécurité …

Alors que s’ouvre le procès en assises de cinq jeunes issus de l’immigration pour tirs au fusil à pompe contre les forces de police lors des émeutes ethniques de Villiers-le-Bel de novembre 2007 …

Et au lendemain de la plus grande manifestation de la communauté chinoise de Belleville contre l’insécurité …

Comme, après l’interdiction de leur apéro saucisson pinard à la Goutte d’or, de centaines de manifestants dénonçaient place de l’Etoile l’islamisation et notamment l’appropriation des rues entières lors de prêches musulmans …

Pendant qu’à la même Goutte d’or étaient brûlés ou endommagés une demi-douzaine de véhicules suite au match Algérie-Angleterre dont la retransmission avait d’ailleurs, pour raisons de sécurité, été interdite sur l’écran géant du Trocadéro …

Et que dans plusieurs communes d’Ile de France sont signalés des vols et destructions de drapeaux français ou leur remplacement par des drapeaux algériens   …

Retour, avec un extrait du dernier livre du sociologue Paul Yonnet qui,  contre la désormais intenable fiction du football intégrateur, avait le mérite de rappeler que la compétition sportive de haut niveau n’est ni ‘le meilleur moyen de développer l’entente entre les peuples’ ni ‘d’apaiser les esprits’.

Et, quasi-prophétiquement à la veille du véritable accident industriel qu’est devenue sous nos yeux médusés l’équipe de France de football (mais la funeste main de notre Thierry Henry national – tristement imitée hier soir encore sous les yeux d’un arbitre français par le Brésil lui-même! – pouvait-elle augurer d’autre chose?), de pointer, sous les coups de boutoirs de la mondialisation et de l’ouverture au marché, les limites toujours plus criantes des grandes messes telles que la Coupe du monde de football comme substitut  des institutions du lien social qu’étaient autrefois l’Eglise, l’armée, les partis ou les syndicats

Et ce au moment même où, exacerbée par la même mondialisation toujours plus destructurante et des moyens de communication (dont une presse en mal de lecteurs jouant le double jeu de l’indignation-incitation) toujours plus puissants, la demande identitaire des peuples est plus forte que jamais

Extraits:

Le mécanisme, tout récent, qui a séparé l’identité de ceux qui la représentent, sans altérer les facultés d’identification, ce mécanisme qui, dans le cas le plus achevé, conduit une équipe à ne compter aucun représentant issu de l’identité qu’elle incarne, a-t-il des limites ? Apparemment, non ! Et pourtant, ces limites sont là devant nous. Il suffit de tourner un peu la tête pour les apercevoir. Ce ne sont pas les compétitions de clubs, là où le mécanisme de séparation des joueurs et de l’identité est de règle, qui sont les plus populaires : ni les championnats nationaux ni les coupes d’Europe des clubs. Ce que les peuples attendent, ce sont les grandes compétitions opposant les nations entre elles : Coupe du monde, Championnat d’Europe des nations, Coupe d’Afrique des nations2 – là où les joueurs sont revenus au bercail de leur identité propre, pour la défendre, transitivement, là où l’identification redevient ce qu’elle était, sans masque, sans faux-semblant, là où les joueurs évoluent sans publicité sur les maillots, sous leurs couleurs nationales, après avoir entendu, émus, et parfois chanté l’hymne national.

Ces compétitions internationales sont en plein développement, et elles ne cessent pratiquement jamais puisque, par exemple, les phases éliminatoires de la prochaine Coupe du monde commencent immédiatement après la fin du championnat d’Europe qui vient de s’achever, et ainsi de suite ; et la Coupe du monde, la plus grande manifestation sportive du monde contemporain (avec les Jeux olympiques, l’autre manifestation phare, mais qui est un assemblage de nombreux sports et ne saurait lui être directement comparée), compte toujours plus de nations sélectionnées (maintenant trente-deux). Autrement dit, tout se passe comme si les mercenaires de l’identité décompensaient en pouvant, régulièrement, défendre leur identité propre ; tout se passe comme si la disjonction de l’identité et de sa représentation dans les équipes de clubs n’était moralement et psychologiquement acceptable – tant pour les spectateurs que pour les joueurs – qu’à la condition de cette contrepartie, où ils se ressourcent, où l’idée même d’identité se ressource, où l’identité retrouve une cohérence et un sens.

Le mercenariat sportif produit de l’hostilité, outre les raisons déjà exposées, et aussi de l’indifférence, car il exerce une violence, immédiatement réprimée, sur la psychologie du spectateur, répression nécessaire pour que le processus d’identification puisse se mettre en marche. Pour que l’identification prenne, le supporter doit oublier que celui qui incarne le drapeau y est étranger et n’en a, au fond, pas grand-chose à faire. Il ne fait pas de doute que la généralisation du mercenariat pèse sur le climat global des rencontres sportives, elle engendre une frustration identitaire et augmente considérablement la liberté que s’octroient les spectateurs à l’égard des joueurs, elle élève le degré de réponse attendu par les supporters en termes de résultats et de comportements de ces joueurs.

En revanche, l’hostilité entre joueurs est potentiellement plus vive dans les rencontres où celui qui défend une identité lui appartient et la revendique. L’incident le plus grave enregistré lors de ces dernières années a été un guet-apens organisé par des joueurs et l’encadrement de l’équipe turque, aidés de quelques membres du personnel de sécurité, contre l’équipe de Suisse, à la fin d’un match qui éliminait, à Istanbul, la Turquie de la Coupe du monde 2006.

A la suite du climat de guerre ouverte dans lequel s’est déroulée cette rencontre Turquie-Suisse, qualificative pour la Coupe du monde, Joseph Blatter, le président de la FIFA (Fédération internationale de Football Association), a suggéré de supprimer l’exécution des hymnes nationaux avant les matchs. Les premiers à protester ont été les joueurs. Autrefois un instant de fraternité, l’exécution des hymnes est parfois devenue un moment d’extrême tension, qui prélude directement à l’entrée dans la tension compétitive proprement dite. Pour justifier sa proposition, J. Blatter a hélas indiqué « ne plus voir de sens » dans ces hymnes… En voilà un qui a tout compris, et sait bien qu’ils n’en ont que trop, peut-être. Supprimer les hymnes nationaux serait pour la structure chargée d’organiser les tournois entre nations se tirer une balle dans la jambe, car évacuer l’un des symboles les plus évidents, situé en outre à un moment initial très significatif, par lesquels une rencontre entre nations se différencie, ontologiquement, d’une rencontre entre clubs.

Ce qui a fondamentalement changé, pour les joueurs, par rapport à une période pas si lointaine où ils représentaient déjà la collectivité nationale, c’est le traitement iconographique de cette représentation : les gros plans sur le visage, durant l’exécution des hymnes, où ils sont en quelque sorte offerts, sans défense, aux regards des téléspectateurs. Or, ces derniers, qui ne chantent pas devant leur poste, en règle générale, à la différence du public de stade, réclament à cet instant des joueurs une sorte de témoignage minimal, un signe, considérant que cela fait partie de leur rôle de sportif représentant le pays. Ce témoignage, pour des raisons multiples, les joueurs ne sont pas toujours en mesure de le fournir. Mais ils ne peuvent ignorer dorénavant le revers de la médaille de la ferveur quasi religieuse qui les entoure : quand vous représentez une collectivité, que celle-ci vous observe en gros plan, et que le chant symbolisant cette collectivité s’élève en un moment solennel, quand 22 millions de Français, qui espèrent en vous, ont devant eux l’élite qui les incarne, vos réactions personnelles cessent d’appartenir au domaine privé.

Extrait d’Une main en trop, par Paul Yonnet
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L’Express
le 18/06/2010
Du vendredi 11 juin au dimanche 11 juillet, la Coupe du monde de football nous coupera-t-elle du monde ? Plus largement, les sports de masse nous distraient-ils de notre humaine condition ou bien, au contraire, nous en disent-ils long sur ses ressorts profonds ? Paul Yonnet est de ces sociologues qui s’évitent les facilités de seulement « dénoncer », dans le sport moderne, l’aliénation d’individus abrutis, sa dénaturation par l’argent ou le terreau d’expression d’un nationalisme d’un autre âge. Dans ses Huit leçons sur le sport (Gallimard, 2004), il montrait la part décisive prise par le sport dans la constitution du lien social, une fonction, hier encore, remplie par l’Eglise, l’armée, les partis, les syndicats… C’est pourquoi la main volontaire de Thierry Henry, qualifiant la France pour la Coupe du monde au détriment de l’Irlande, a si profondément choqué les neuf dixièmes des Français. De cet événement, de ce « jour où, pour l’équipe de France, de battre son coeur a cessé », Paul Yonnet tire un beau livre informé sur l’état du football et un grand livre sensible sur les infortunes de nos identités contemporaines.

Paul Yonnet est un sociologue dérangeant. D’abord, parce qu’il n’a pas de maître : ce qui est une condition nécessaire, sinon suffisante, pour faire une oeuvre originale. Ensuite, parce que sa carrière n’aura dépendu ni de l’Université, ni du CNRS, ni de toute autre institution académique, ce qui vaccine contre les conformismes. Excursionnant sociologiquement dans des domaines aussi variés que la mort, les loisirs, les jeux, la montagne, l’antiracisme, François Mitterrand ou Ferdinand Céline, analyste sagace de notre individualisme contemporain, Paul Yonnet soulève périodiquement la hargne des bien-pensants. Ce qui suggère qu’il pourrait bien penser juste.

Il est peu probable que la compétition sportive de haut niveau soit le meilleur moyen de développer l’entente entre les peuples, la connaissance de l’autre, les relations pacifiques, d’abattre les préjugés culturels infondés. Depuis les Jeux olympiques de l’Antiquité, la compétition sportive a pour fonction de symboliser l’affrontement des identités afin de les révéler. J’ai la grande tristesse de devoir répéter ici que l’affrontement est nécessaire, car c’est dans la confrontation sportive que réapparaît ce qui reste ordinairement caché, l’invisible de la communauté1. La rencontre sportive n’a pas pour fonction d’apaiser les esprits ni de les rendre meilleurs. Les réactions indignes, l’héroïsation croisée suscitées tant en France qu’en Italie par l’incident survenu entre Zidane et Materazzi lors de la finale de la Coupe du monde de football 2006, leur héroïsation parallèle, sont là pour le rappeler – de même que les chiffres insensés des forces de l’ordre et du personnel de sécurité mobilisés lors de la moindre manifestation sportive. Des parties importantes et variables du public vivent cependant cette activité de symbolisation identitaire dans une ambiance bon enfant, festive, souvent familiale. D’autres la surinvestissent d’enjeux violents, prémédités. Il y a des stades où l’ambiance est régulièrement effrayante, entre invectives, bagarres et jets d’objets. Toute activité humaine à caractère collectif passe par des régulations. Il incombe aux organisateurs et aux garants institutionnels de ces affrontements sportifs d’en déterminer les conditions, d’en contrôler les conséquences, d’en limiter les débordements, d’en assumer la responsabilité.

D’autant que les groupes de supporters, plus ou moins « ultra » selon le vocabulaire avancé par ces groupes eux-mêmes, jouent un rôle ambivalent vis-à-vis de l’identification. Ils sont révélateurs de l’identité, mais aussi obstacle à l’identification. Plus ces groupes ont une identité propre, et plus ils ont tendance à faire barrière à la dynamique naturelle de l’identification. Ils sont tiraillés entre le besoin d’affirmer un caractère dur de l’identité, que ne partagent pas forcément les autres membres composant la communauté que le club et l’équipe représentent, et le tropisme de l’unité (ou l’attraction qu’exerce sur eux l’unité). Pour éviter de céder trop facilement à ce tropisme, qui les engloutit dans une sorte d’indifférenciation, ils préméditent des actes témoignant d’une volonté de résistance. Les petits groupes veulent faire payer leur attachement « anormal » aux clubs. Ils veulent être « reconnus », ce qui les conduit à vouloir en permanence monnayer leur soutien, qui n’a rien d’inconditionnel. C’est pourquoi les mécanismes de l’identification ne peuvent être compris à partir de ces petits groupes : ils n’en sont ni la source ni le marqueur central ; ils peuvent la favoriser, comme ils peuvent l’enrayer. Le spectacle sportif peut être de ce point de vue considéré comme une dynamique identificatoire dont l’enjeu est, à chaque fois, de faire plier la résistance des groupes constitués de supporters. L’identification ne s’obtient pas par effet de contamination de leurs attitudes à l’ensemble, mais par fluidification dans l’ensemble. Sinon, c’est que le club est entré en crise.

Equipes nationales : le retour au bercail de l’identité…

Le mécanisme, tout récent, qui a séparé l’identité de ceux qui la représentent, sans altérer les facultés d’identification, ce mécanisme qui, dans le cas le plus achevé, conduit une équipe à ne compter aucun représentant issu de l’identité qu’elle incarne, a-t-il des limites ? Apparemment, non ! Et pourtant, ces limites sont là devant nous. Il suffit de tourner un peu la tête pour les apercevoir. Ce ne sont pas les compétitions de clubs, là où le mécanisme de séparation des joueurs et de l’identité est de règle, qui sont les plus populaires : ni les championnats nationaux ni les coupes d’Europe des clubs. Ce que les peuples attendent, ce sont les grandes compétitions opposant les nations entre elles : Coupe du monde, Championnat d’Europe des nations, Coupe d’Afrique des nations2 – là où les joueurs sont revenus au bercail de leur identité propre, pour la défendre, transitivement, là où l’identification redevient ce qu’elle était, sans masque, sans faux-semblant, là où les joueurs évoluent sans publicité sur les maillots, sous leurs couleurs nationales, après avoir entendu, émus, et parfois chanté l’hymne national.

Ces compétitions internationales sont en plein développement, et elles ne cessent pratiquement jamais puisque, par exemple, les phases éliminatoires de la prochaine Coupe du monde commencent immédiatement après la fin du championnat d’Europe qui vient de s’achever, et ainsi de suite ; et la Coupe du monde, la plus grande manifestation sportive du monde contemporain (avec les Jeux olympiques, l’autre manifestation phare, mais qui est un assemblage de nombreux sports et ne saurait lui être directement comparée), compte toujours plus de nations sélectionnées (maintenant trente-deux). Autrement dit, tout se passe comme si les mercenaires de l’identité décompensaient en pouvant, régulièrement, défendre leur identité propre ; tout se passe comme si la disjonction de l’identité et de sa représentation dans les équipes de clubs n’était moralement et psychologiquement acceptable – tant pour les spectateurs que pour les joueurs – qu’à la condition de cette contrepartie, où ils se ressourcent, où l’idée même d’identité se ressource, où l’identité retrouve une cohérence et un sens.
J’ajoute, pour prolonger l’analyse du chapitre précédent, que les compétitions internationales, où les identités s’affichent avec la simplicité qui fait de l’équipe d’Italie une équipe d’Italiens, de l’équipe d’Angleterre une équipe d’Anglais et de la France une équipe de Français, sont de loin les plus pacifiques – et pas seulement en raison des précautions d’organisation prises. Le mercenariat sportif produit de l’hostilité, outre les raisons déjà exposées, et aussi de l’indifférence, car il exerce une violence, immédiatement réprimée, sur la psychologie du spectateur, répression nécessaire pour que le processus d’identification puisse se mettre en marche. Pour que l’identification prenne, le supporter doit oublier que celui qui incarne le drapeau y est étranger et n’en a, au fond, pas grand-chose à faire. Il ne fait pas de doute que la généralisation du mercenariat pèse sur le climat global des rencontres sportives, elle engendre une frustration identitaire et augmente consi- dérablement la liberté que s’octroient les spectateurs à l’égard des joueurs, elle élève le degré de réponse attendu par les supporters en termes de résultats et de comportements de ces joueurs. En revanche, l’hostilité entre joueurs est potentiellement plus vive dans les rencontres où celui qui défend une identité lui appartient et la revendique. L’incident le plus grave enregistré lors de ces dernières années a été un guet-apens organisé par des joueurs et l’encadrement de l’équipe turque, aidés de quelques membres du personnel de sécurité, contre l’équipe de Suisse, à la fin d’un match qui éliminait, à Istanbul, la Turquie de la Coupe du monde 20063. On voit là encore comment la production de l’hostilité est déterminée par les conditions qui président à la compétition, et très précisément par la relation que les différents acteurs entretiennent avec l’identité – adhésion ou séparation.
La question des hymnes nationaux

A la suite du climat de guerre ouverte dans lequel s’est déroulée cette rencontre Turquie-Suisse, qualificative pour la Coupe du monde, Joseph Blatter, le président de la FIFA (Fédération internationale de Football Association), a suggéré de supprimer l’exécution des hymnes nationaux avant les matchs. Les premiers à protester ont été les joueurs. Autrefois un instant de fraternité, l’exécution des hymnes est parfois devenue un moment d’extrême tension, qui prélude directement à l’entrée dans la tension compétitive proprement dite. Pour justifier sa proposition, J. Blatter a hélas indiqué « ne plus voir de sens » dans ces hymnes… En voilà un qui a tout compris, et sait bien qu’ils n’en ont que trop, peut-être. Supprimer les hymnes nationaux serait pour la structure chargée d’organiser les tournois entre nations se tirer une balle dans la jambe, car évacuer l’un des symboles les plus évidents, situé en outre à un moment initial très significatif, par lesquels une rencontre entre nations se différencie, ontologiquement, d’une rencontre entre clubs.

Une polémique récurrente fait procès aux footballeurs français d’être les moins chantants lors de l’exécution de La Marseillaise. Un député, Jacques Myard, a même déposé une question écrite adressée au ministre de la Jeunesse et des Sports, le 19 avril 2004, en ce sens. J. Myard remarquait que, « de toutes les équipes en présence dans les rencontres internationales, les joueurs français sont ceux qui chantent le moins leur hymne national ». Prônant « un meilleur enthousiasme des footballeurs », il soulignait que chanter La Marseillaise, « symbole d’unité », pourrait avoir « des répercussions positives », notamment sur l’intégration. Il mettait le mutisme des joueurs au compte d’une ignorance des paroles et d’un manque d’habitude, imputables à l’école. Jean-François Lamour, le ministre, par ailleurs plusieurs fois champion olympique d’escrime, répondit en rappelant les règles et les actions de sensibilisation engagées auprès des fédérations de sports collectifs, assura que les sportifs français restaient « nombreux à manifester leur ferveur en chantant, que ce soit avant la compétition ou lors de la remise des médailles ». Il jugea « nécessaire » d’ajouter « que si le mutisme de certains s’explique par l’ignorance, il peut aussi être l’effet, pour d’autres, de la concentration ou de l’émotion ».
Pour un sportif de haut niveau, les moments qui précèdent le match sont en effet délicats. Il doit maîtriser ses émotions, ne pas s’épuiser nerveusement dans une débauche d’enthousiasme prématuré, rester concentré. Des équipes de football chantent leur hymne de façon disciplinée ; d’autres restent discrètes ; certaines accueillent leur hymne en ordre dispersé (tout en restant psychologiquement unies, c’est un peu le cas de l’équipe de France) ; des joueurs extériorisent, choisissent de donner à ce moment une claire valeur d’expression de leur engagement. Ce fut le cas de Lilian Thuram, avant la demi-finale de la Coupe du monde 2006 contre le Portugal, qui chanta à pleins poumons, les yeux fermés, une vibrante Marseillaise. On aurait tort de croire que ces observations attentives du comportement des joueurs durant l’exécution de leur hymne national sont propres au football, et qu’elles sont le fruit de soupçons liés aux origines de nombreux internationaux (bien que Jean-Marie Le Pen, le président du Front national, ait opéré ce lien il y a quelques années). Ainsi apprend-on que le 5 février 2004, avant la finale du championnat d’Europe de handball, France-Espagne, 1 Espagnol sur 14 chantait l’hymne de son pays, mais 12 Français sur 14 – les auteurs de l’observation paraissent ignorer qu’il n’y a pas de paroles officielles sur l’hymne espagnol, mais des propositions concurrentes, rien n’empêchant au demeurant de fredonner l’air ! Ainsi, avant tel match du onze tricolore, les internautes remarquent-ils, pour le stigmatiser, le mutisme de trois joueurs : Barthez, Ribéry et Zidane (des habitués). Ce qui a fondamentalement changé, pour les joueurs, par rapport à une période pas si lointaine où ils représentaient déjà la collectivité nationale, c’est le traitement iconographique de cette représentation : les gros plans sur le visage, durant l’exécution des hymnes, où ils sont en quelque sorte offerts, sans défense, aux regards des téléspectateurs. Or, ces derniers, qui ne chantent pas devant leur poste, en règle générale, à la différence du public de stade, réclament à cet instant des joueurs une sorte de témoignage minimal, un signe, considérant que cela fait partie de leur rôle de sportif représentant le pays4. Ce témoignage, pour des raisons multiples, les joueurs ne sont pas toujours en mesure de le fournir. Mais ils ne peuvent ignorer dorénavant le revers de la médaille de la ferveur quasi religieuse qui les entoure : quand vous représentez une collectivité, que celle-ci vous observe en gros plan, et que le chant symbolisant cette collectivité s’élève en un moment solennel, quand 22 millions de Français, qui espèrent en vous, ont devant eux l’élite qui les incarne, vos réactions personnelles cessent d’appartenir au domaine privé.

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1. Il y a d’autres moyens de révéler l’identité et de solliciter la manifestation de l’invisible de la société, mais si l’on accepte de recourir au sport pour en provoquer l’apparition, alors, il n’est d’autre moyen que d’organiser une compétition réglée, et donc un affrontement.

2. A titre d’illustration, en France, les huit meilleures audiences de télévision en 2006 ont été réalisées par des matchs de la Coupe du monde de football. La première place revient à la demi-finale France-Portugal, qui, le 5 juillet 2006, a réuni 22,2 millions de téléspectateurs, soit plus d’un Français sur trois. Mais France-Corée du Sud et France-Togo, qui n’étaient que des matchs de poule, ont fait des scores respectifs de 18,1 et 18,3 millions de téléspectateurs. Le quart de finale retour de la Champion’s League (Coupe d’Europe des clubs champions), Milan AC-Olympique lyonnais, a réuni 9,9 millions de téléspectateurs, le 8 avril 2006. L’écart, du simple au double, donne une idée de la distance séparant les deux ordres d’événements en termes de mobilisation de la société.

3. 16 novembre 2005. La Suisse a gagné 4-2. Un joueur suisse a été hospitalisé, gravement blessé. La police turque a frappé l’équipe de télévision turque qui tentait de filmer les incidents, laissant toute liberté aux agresseurs de s’en prendre aux Suisses. (Un incident de même nature a eu lieu avant le match Egypte-Algérie, en 2009, qualificatif pour la Coupe du monde en 2010.)

4. « Notre hymne est constitutif de notre identité. On doit donc le chanter », dit de son côté Samir Nasri en parlant de La Marseillaise (L’Equipe du 24 février 2010).
Copyright Editions de Fallois

Voir aussi:

Finkielkraut: « Des sales gosses boudeurs »

« Lorsque j’ai lu en toutes lettres l’agression verbale de Nicolas Anelka contre son sélectionneur, je cite: “Va te faire enculer, sale fils de pute”, j’ai été atterré mais pas étonné. Je voyais bien que l’ambiance entre les joueurs était empoisonnée. Je savais que Raymond Domenech n’avait aucune autorité sur son équipe, et l’arrogance je-m’en-foutiste de certains de ceux qu’on appelle les cadres, Ribéry, Anelka, Gallas, par exemple, était visible depuis plusieurs mois déjà. Les Français n’aimaient plus leur équipe et cet ultime outrage, combiné avec le doigt d’honneur de William Gallas, montre que les Français avaient raison.

Le sociologue Paul Yonnet, qui a écrit Une main en trop, dit que la compétition sportive permet aux individus de faire l’expérience de la vie ensemble, de rendre visible l’existence d’une communauté liée. Cette expérience, les joueurs de l’équipe de France s’appliquent à nous la rendre impossible. Ils cassent l’identification. A la différence des autres équipes nationales, ils refusent, en sales gosses boudeurs et trop riches, d’incarner leur nation.

Mais si cette équipe ne représente pas la France, hélas, elle la reflète: avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du premier de la classe, Yoann Gourcuff. Elle nous tend un miroir terrible. Ce qui est arrivé à Domenech est le lot quotidien de nombreux éducateurs et de professeurs dans les cités dites sensibles. Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence. Mais ine faut pas se complaire dans le pessimisme, cette équipe doit être reconstruite sur d’autres critères que ceux qui ont prévalu pendant l’ère de cet entraîneur sans style et sans âme qu’était Domenech. Jean-Alain Boumsong, l’un des grands joueurs qui n’ont pas été retenus pour cette Coupe du monde, en appelle à l’humilité. Il s’exprimait dans une langue irréprochable. On a voulu confier l’équipe de France à des voyous opulents et pour certains inintelligents, il faudra maintenant sélectionner des gentlemen. » Recueilli par A.F.

Voir enfin:

Equipe de France: « En dix ans on est passé d’une célébration excessive à un écroulement risible »
Le Monde
21.06.10

Philippe Tetart, chercheur en histoire du sport à Sciences Po, revient sur les affaires qui secouent le football français et son équipe de France. Il analyse cette crise comme le revers de la même médaille, celle de la victoire de 1998. « Le mythe collectif s’écroule, les idoles s’auto-déboulonnent », explique-t-il.

Que vous inspire la tourmente traversée par l’équipe de France ?

Tout d’abord, si cette affaire a pris une telle proportion, c’est que nous sommes face à une succession de rebondissements proprement hallucinante, mais aussi parce qu’on ressent aujourd’hui l’expression d’une immense désillusion par rapport au rêve qui s’est bâti de 1998, et qui ne cesse de se déliter depuis. L’histoire du sport est animée et traversée par ce que Roland Barthes aurait appelé des petites mythologies. Parfois, de grandes mythologies apparaissent avec l’émergence de figures tutélaires qui incarnent la France. Par exemple Marcel Cerdan qui dans la France de l’après-guerre représentait l’image du relèvement, du combattant ou encore de la nécessité de reconstruire. L’équipe de France de 1998 incarne quelque chose de cet ordre-là, quelque chose qui tient à une image de grandeur à laquelle l’opinion est très attachée.

Par conséquent, l’émoi suscité par cette affaire est à la hauteur de la désillusion que l’opinion éprouve vis-à-vis de cette mythologie footballistique posée en 1998, et en rapport avec ce qu’elle figure. Par exemple la France black-blanc-beur du Mondial 1998 : cela peut être traumatisant aujourd’hui pour l’opinion de se rendre compte que l’on se trouve dans un modèle totalement inversé. Cette équipe n’est finalement que l’incarnation de la désintégration.

La réaction de l’opinion ne vous paraît-elle pas démesurée ?

Les gens semblent très en colère, très mobilisés. Cela me paraît être le signe d’une préoccupation collective notable, extrêmement surprenante, voire inquiétante. Mais on peut prolonger cette réflexion, et se demander si la part d’émotion suscitée par la victoire de 1998 n’est pas totalement liée à autre chose que la performance sportive. Si elle ne portait pas en elle l’inquiétude des gens face à l’avenir ?

Le football est une nouvelle religion populaire et évidemment lorsque les idoles sont déboulonnées ou s’auto-déboulonnent, plus rien ne fonctionne. La grande mythologie de 1998 est encore hyper-active dans la mémoire collective, les champions du monde eux-mêmes sont encore présents : sollicités, interviewés, filmés. Il n’y a qu’à voir par exemple Zinedine Zidane systématiquement filmé en tribunes lorsqu’il assiste aux matches. Cette image, mise en fond de toile, renvoit toujours à cette formidable victoire et rend d’autant plus pitoyable ce qui se passe aujourd’hui. C’est finalement dans cette tragi-comédie que le mythe contemporain s’épuise de sa petite mort.

La déroute de 2010 ne serait donc que le revers de la médaille de la victoire de 1998 ?

Je pense effectivement que c’est la même histoire. Cette histoire ouverte en 1998 est en train de se refermer et va devenir un pan important de la mémoire collective qui marquera l’opinion. En dix ans en France, on est passé d’une célébration unanime et totalement excessive, risible à l’époque, à cet espèce d’écroulement tout aussi risible. C’est très intéressant d’un point de vue sociologique, anthropologique et historique. Et puis, tout cela est porté par une espèce de dramaturgie, propre au sport, par cette capacité du football à incarner le drame. Tous les ingrédients du drame sont réunis : le mythe de la victoire, la reproduction de cette victoire en 2000, puis des zones d’ombre, de creux et de turbulences, avant le miracle de 2006 et enfin l’écroulement actuel. Ce scénario en lui-même captive l’opinion et l’hypermédiatisation fait que l’on ne peut échapper à cela.

Comment expliquez-vous cette identification de l’opinion avec l’équipe de France ?

Le constat n’est pas neuf, je ne suis pas le premier à le faire mais avec le recul, ancien, de la croyance religieuse, couplée à la perte de repères dans les horizons politiques, le sport, s’il ne remplace rien, n’en constitue pas moins un espace de défoulement et de croyance collective. Toutefois il ne faut pas imaginer que le foot puisse apporter des solutions bien sûr.

Que pensez-vous de ces discours qui font de l’équipe de France le symbole de la nation ?

Je ne dis pas qu’il faut être patriotique, cocardier, chauvin voire nationaliste dès lors qu’on revêt la tunique tricolore, mais je crois qu’il faut prendre la mesure que depuis un siècle, le sport est un l’un des outils de la représentation des nations, de la grandeur et de la puissance d’une nation. La responsabilité politique du sport, du moins ses conséquences politiques me semblent indiscutables. Il suffit de se plonger dans l’histoire du sport avec notamment les JO de Berlin en 1936 ou ceux plus récents de Pékin en 2008 pour mettre à jour les incidences politiques des grands événement planétaires sportifs ; des images se construisent et se déconstruisent au fil de ces grands événements… L’équipe de France n’a apparemment pas pris la mesure de ce que sa fonction de représentation d’une nation à l’échelle internationale implique.

Quelles conséquences peut avoir cette crise pour les joueurs ?

Une thématique essentielle soulevée par cette affaire est la question de l’impunité. Nous traversions une période particulière en matière sportive et singulièrement footballistique, dans laquelle la starification des joueurs leur conférait une certaine impunité. Que l’exclusion de Nicolas Anelka soit justifiée ou non aux yeux de l’opinion ou des instances fédérales, nous assistons, je pense, à une rupture de cette impunité. Souvenez-vous de Zidane donnant un coup de boule en finale du Mondial 2006 et qui n’a jamais été véritablement condamné pour cela. La figure n’a jamais été déboulonnée, au contraire elle a même été célébrée au travers de chansons populaires.

Antiracisme: La gauche revendique une fois de plus le monopole de l’aveuglement (Multicultural France gets a taste of pray-ins, kiss-ins, pig soup kitchens and sausage wine-ins!)

19 juin, 2010
Notre Dame (Paris)
https://i1.wp.com/www.gayvox.fr/cke/P1100800.JPG
Muslim pray-in (Paris)
Je tends personnellement à croire que les porcs en vie aujourd’hui descendent de ces Juifs, et c’est pourquoi Allah nous en a interdit la consommation en ces termes: ‘Seront pour vous interdits [à la consommation] les charognes, le sang et la chair du porc [Coran 5:3].’ En outre, l’une des actions de Jésus quand il reviendra sur terre au Jour du Jugement sera de tuer tous les porcs, et c’est là la preuve qu’ils descendent des Juifs. Tous les porcs de la Terre seront détruits par Jésus au Jour du Jugement. Cheikh Ahmad Ali Othman (inspecteur des affaires relatives à la Dawa au ministère égyptien des cultes, extrait d’une fatwa demandant l’abattage des porcs, 9 mai 2009)
La liberté de réunion garantie par l’article 11 de la Convention protège aussi les manifestations susceptibles de heurter ou mécontenter des éléments hostiles aux idées ou revendications qu’elles veulent promouvoir. Cour européenne des droits de l’homme
Pourquoi le seul moment où on peut voir des homos s’embrasser dans la rue ailleurs que dans le Marais, c’est la Gay Pride ? Pourquoi il n’y a que les hétéros à pouvoir se bisouter en public sans gêner personne ? Pour ceux et celles qui pensent que ce n’est pas normal, rendez-vous tous ensemble pour des attentats aux bisous kamikazes ! » Collectif homosexuel
C’est une façon d’interpeller l’Église, de questionner la religion sur la question de l’amour et du mariage entre gays et entre lesbiennes (…) Nous avons déjà fait un kiss-in dans un endroit un peu “chaud”, aux Halles, et dans des endroits très fréquentés, comme le quartier des grands magasins, avant Noël. Quand bien même il y aurait des gens pour nous insulter, tant pis … Arthur Vauthier (co-fondateur des kiss-ins homosexuels)
Si les catholiques « traditionalistes » peuvent faire reculer le gouvernement en matière de lutte contre la discrimination à l’école en demandant l’interdiction du court-métrage Le Baiser de la lune, pourront-ils dire également: « Nous avons empêché les homosexuels de s’embrasser dans les lieux publics »? Collectif homosexuel
Dimanche 14 février, sur le parvis de Notre-Dame, plusieurs couples homosexuels, de retour d’un kiss-in organisé place Saint-Michel à l’occasion de la Saint-Valentin, se sont embrassés sur la place Jean-Paul-II, espace public. Ils ont été pris à partie par des groupes de jeunes catholiques proférant des insultes homophobes telles que «tarlouses de merde», «les pédés au bûcher», «cassez-vous, on est chez nous», «allez faire ça chez vous», les repoussant hors de la place. Que se serait-il passé si les forces de l’ordre ne s’étaient pas interposées ? Stéphane Lavignotte (Pasteur de la Maison verte de Paris 18e, membre du Carrefour de chrétiens inclusifs, 23/02/2010)
Le kiss in est déplacé place Saint-Michel, ce en quoi le « Collectif des gays pour le respect » se félicite. « Mais nous continuons à le trouver déplacé…tout court » ajoute Stéphane, porte-parole. Les organisateurs (qui ne représentent qu’eux-mêmes au sein de la communauté gay) ont clairement cherché à agresser les chrétiens à la sortie d’une de leur messe en ce lieu symbolique qu’est Notre-Dame. Ils savaient très bien quelles réactions allait provoquer un tel rassemblement. Arthur Vauthier et sa bande ont beau jeu aujourd’hui de jouer les naïfs et de s’étonner des déclarations des chrétiens sur leurs blogs. « Pour des raisons de décence vis-à-vis des croyants blessés dans leurs convictions, ils auraient du reporter le kiss in. Mais voilà, en plus d’être des organisateurs complètement amateurs et immatures, il semblerait que nous ayons affaire à des gays… intégristes. Et oui, nous avons les nôtres ! Collectif des gays pour le respect (10 février 2010)
Manoeuvre grossière aux relents racistes, cette invitation est bien évidemment une provocation dans un quartier où le vivre ensemble, malgré les difficultés sociales, est devenu proverbial. (…) cette écoeurante plaisanterie cherche à exacerber des différences qui font la richesse du XVIIIe arrondissement. Communiqué du PCF (14.06.10)
La mouvance identitaire véhicule un message d’incitation à la haine et à la violence envers des groupes de personnes en raison de leurs origines, vraies ou supposées, et leurs rassemblements ont systématiquement donné lieu à des troubles graves à l’ordre public. SOS Racisme
On attend avec impatience que la HALDE exige que les bars cessent de servir de l’alcool afin de n’exclure personne – à part les alcooliques, bien sûr. (…) La bonne nouvelle, c’est qu’on pourra jouer à l’antifascisme quand l’extrême droite raflera la mise parce qu’une fois de plus, on lui aura laissé, selon l’expression d’Alain Finkielkraut, le monopole du réel. Elisabeth Lévy
C’est ça, la question: est-ce qu’on abandonne la défense de la laïcité, et le parler vrai sur la réalité du péril islamiste, à l’extrême droite? Les islamistes ont adopté la stratégie des petits pas : petit à petit, ils confisquent l’espace public pour la prière, ils imposent le voile, puis la burqa, puis la viande halal. Puis toute critique de la religion musulmane est assimilée à du racisme. Pierre Cassen (Riposte laïque)
Un ensemble d’associations et de partis politiques de gauche (…) dénoncent l’extrême droite et son opération ‘saucisson et pinard’ comme une croisade contre une « pseudo islamisation » du quartier. Mais les mêmes ne disent rien sur les problèmes réels qui rongent ce quartier.Des habitants du quartier Goutte d’Or Château Rouge (18 juin 2010)

A quand un méga kiss-in gay rue Myrrha?

Agressez des pêcheurs en haute mer, mettez des capotes à tous les coins de rue, squattez le parvis d’une cathédrale avec des dizaines d’homosexuels se roulant des pelles, bloquez des rues entières semaines après semaines avec des prières sur la chaussée, fêtez bruyamment autour au besoin de quelques vitrines brisées ou de voitures calcinées, les heurs et malheurs de votre équipe préférée, revendiquez capuches et voiles intégraux ne permettant pas de vous reconnaître, piscines séparées, associations caritatives communautaires, cantines voire restaurants hallal …

Et, à défaut de plaindre votre honteuse victimisation, on applaudira votre sens de la tolérance et de la diversité, que dis-je, votre progressisme nécessairement de gauche …

Mais exprimez votre ras le bol à coup de soupes au cochon ou d’apéros saucisson-vin rouge dans les rues …

Et, si on ne vous traine pas en justice à coup d’accusations d’atteinte à l’ordre public et à la dignité humaine, on vous traitera de tous les noms et du pire extrêmisme, de droite bien sûr !

Et surtout, derrière les grandes envolées lyriques sur le « quartier multiethnique de la capitale la Goutte-d’Or si célèbre pour ses richesses culturelles et ses traditions » …

On se gardera bien de s’occuper en quelque manière que ce soit des véritables problèmes de ceux qui doivent supporter au quotidien « le deal, la prière dans la rue et la violence quotidienne »

« Apéro Goutte d’or » : un groupe d’habitants s’énerve
Marianne 2

Des habitants du quartier de la goutte d’Or, excédés se l’ampleur que prend la polémique sur l’apéro « saucisson pinard» nous ont adressé une lettre qui sera collée partout dans le quartier.

Ambiance d’avant débordement à la Goutte d’Or. Même si l’apéro géant « saucisson-pinard » a été interdit par la préfecture de police et que ses organisateurs « invitent » maintenant tous les Parisiens à se rassembler demain Place de l’Etoile, la population du quartier n’est pas rassurée pour autant. Depuis hier, les rumeurs les plus folles circulent rue Myrhra. Selon des parents d’élèves qui l’auraient entendu de la bouche d’éducateurs de rue, eux-même informés par des jeunes, des groupes de skinhead et autres groupuscules d’extrême droite viendraient débouler à la Goutte d’Or lors du match Angleterre-Algérie. Certains commerçants envisagent même de tirer leur rideau de fer…

Lassés d’être otages des provocateurs, un groupe d’habitants a aussi pris initiative d’un texte, qu’il collera dans le quartier. Son objectif : faire connaître, en marge du battage médiatique autour de cet apéro, la réalité du quartier.

Les dessous du « pinard saucisson »

Nous, habitants de la Goutte d’Or – Château Rouge, quartier auquel nous sommes attachés, tenons à dénoncer fermement les manœuvres de certaines organisations ou groupes d’intérêts qui font de notre quartier un théâtre d’affrontements tactiques loin de nos réalités concrètes.

La dernière en date est cette initiative annoncée par un groupe d’extrême droite, d’organiser un apéro géant autour du menu « saucisson et pinard », un vendredi, rue Myrrha. Le rassemblement a pour cible la mosquée du milieu de la rue qui attire, précisément chaque vendredi à l’heure de la prière, de nombreux fidèles qui se déploient sur la chaussée. Outre son caractère spectaculaire et délibérément provocateur, la démarche entend exploiter voire capitaliser au profit de la droite raciste, le mécontentement, bien réel, de nombre de citoyens exaspérés par le laxisme des autorités devant cette ostensible occupation de l’espace public.

La réaction, juste par principe, à ce projet d’apéro géant est venue d’un ensemble d’associations et de partis politiques de gauche qui dénoncent l’extrême droite et son opération « saucisson et pinard » comme une croisade contre une « pseudo islamisation » du quartier. Mais les mêmes ne disent rien sur les problèmes réels qui rongent ce quartier.

Exception faite d’un programme municipal de réhabilitation du bâti destiné à masquer le scandale d’une misère trop visible, notre quartier est véritablement le laissé pour compte des politiques publiques. On attend toujours qu’il soit mis un terme au commerce informel qui prolifère dangereusement sur les trottoirs des rues Poulet, Dejean, des poissonniers, Doudeauville interdisant toute circulation piétonnière et freinant tout développement commercial normal. On attend toujours que soit respecté la réglementation en matière d’hygiène et de sécurité alimentaire. On attend toujours qu’on intervienne auprès des responsables des mosquées pour limiter l’empiètement de la pratique du culte sur l’espace public. On attend toujours qu’il soit mis un terme au règne des caïds et des délinquants en certains endroits du quartier, etc.

En fait, l’administration et les responsables politiques toutes couleurs confondues, n’ont jamais cessé de considérer notre quartier comme un réceptacle de toutes les nuisances au lieu de répondre aux attentes légitimes des habitants par des politiques d’aide sociale réelles et concrètes, de soutien linguistique et éducatif, de restauration du tissu culturel et commercial, d’éradication de la prostitution, de la délinquance et de la toxicomanie..

Cette provocation de l’extrême droite à l’endroit de notre quartier nous parait être l’occasion de mettre les pendules à l’heure et de s’interroger si le désintérêt manifeste pour des solutions adaptées aux difficultés du quartier n’est pas, jusqu’à la caricature, le signe de l’abandon des classes populaires par toutes les élites politiques ?

Des habitants du quartier Goutte d’Or Château Rouge

18 juin 2010
cgoutteor@yahoo.fr

Voir aussi:

Contre tous les fascismes

Communiqué

Le « Collectif des gays pour le respect » demande à la Préfecture de police de Paris d’intervenir pour empêcher l’irréparable.

Ce 14 février, des extrémistes (qui ne représentent qu’eux-mêmes et surtout pas la communauté gay dans son ensemble) ont décidé de provoquer les milieux chrétiens en organisant un kiss in devant Notre-Dame de Paris, à la sortie de la messe de 12h45.

Cette initiative, totalement contre-productive, risque de menacer notre image dans les médias et constitue, de l’aveu de nombre de participants déclarés sur des fora gays, une provocation anti-catholique délibérée.

Le « Collectif des gays pour le respect » tient à se dissocier de l’organisation d’un tel rassemblement. Il rappelle son hostilité au racisme, à l’islamophobie, à l’antisémitisme, à l’antichristianisme et plus généralement à toute forme de haine. Les croyants de toutes les religions, quelle qu’elles soient, ont le droit de pratiquer librement, sans se sentir agressé à la sortie de leur culte. C’est ce droit que remet en cause le kiss-in organisé dimanche.

Le « Collectif des gays pour le respect » demande à la préfecture de police d’empêcher la tenue de cette provocation et se réserve le droit d’appeler la communauté homosexuelle qui ne se reconnaît pas dans le militantisme agressif et stérile des organisateurs du kiss-in à manifester leur hostilité sur place dimanche.

Le fascisme, vert, rouge, brun ou rose, ne passera pas !

Contact presse : gayspourlerespect@yahoo.fr

Voir également:

Le saucisson est-il anticonstitutionnel?
La provocation à la Goutte d’Or, c’est tous les vendredis
Elisabeth Lévy
Causeur
16 juin 2010

Je ne connais pas les groupes qui ont appelé vendredi à un “apéro saucisson et pinard” dans le quartier de la Goutte d’or, et je ne doute pas que parmi eux se trouvent des gens avec qui je n’ai aucune envie de festoyer parce qu’ils ont de la France une vision étroitement ethnique, voire raciale. Mais je suis sûr que pas mal d’autres gens, en particulier des habitants du quartier, seraient tentés par ces festivités si on ne nous rabâchait pas depuis quelques jours qu’il s’agit d’une provocation islamophobe d’extrême droite. Cette manifestation qui susciterait l’enthousiasme si elle s’appelait “fête des voisins” et se déroulait à Boboland peut en effet séduire pour des raisons honorables qui n’ont rien à voir avec le racisme et tout avec le souci de neutralité de l’espace public, ce qui est l’exacte définition de la laïcité.

L’alcool, c’est le racisme, sa prohibition la tolérance

Dans les médias, on nous explique avec gourmandise qu’un groupe s’est créé sur Facebook pour appeler à un “apéro géant halal et thé à la menthe”. Voilà en apparence une magnifique réponse du berger à la bergère. Sauf qu’à l’exception de quelques cinglés, personne ne s’offusque parce que quelqu’un ne boit pas d’alcool ou ne mange pas de porc, alors que pratiquer ces deux activités, traditionnelles sinon anodines pour un grand nombre de nos concitoyens, est considéré comme insultant par une autre partie de nos concitoyens. À ma connaissance, aucun élève ne s’est fait casser la figure parce qu’il jeunait pendant le Ramadan. Il faut en conclure que manger du porc est un signe d’intolérance quand ne pas en manger et s’offusquer parce que d’autres en mangent prouve à quel point on aime toutes les cultures. Ou encore que boire est un acte raciste et qu’interdire aux autres de le faire est une manifestation de tolérance.

Oublions, par charité républicaine, l’ânerie proférée par Jean-Luc Mélenchon qui a repéré dans l’affiche appelant au saucissonnage un rappel de l’insigne de la SS : soit l’estimable Jean-Luc avait bu des breuvages que l’islam réprouve, soit il a peur de s’aliéner le vote de musulmans s’estimant stigmatisés par le rejet de cet islam ostentatoire qu’ils affirment pourtant rejeter. Comme j’aime bien Jean-Luc Mélenchon et que je le tiens pour un authentique républicain, je préfère penser qu’il avait, exceptionnellement, forcé un peu sur la bouteille – ou que sa vue baisse. Quant à Bertrand Delanoë, il a vertement condamné les saucissonneurs, rappelant que “l’expression du racisme et de l’intolérance n’avait pas sa place à Paris”. Ceux qui prient dans la rue, empêchant ceux qui ne prient pas de circuler et de picoler, sont évidemment les apôtres de la tolérance et de l’antiracisme. Pour le maire de Paris, le fait que cet apéro-saucisson coïncide avec la date du match Algérie-Angleterre est une circonstance aggravante : peut-être conviendrait-il de mettre en berne tous les drapeaux tricolores qui pourraient apparaître comme autant de provocations si l’Algérie perdait. De ce point de vue, nous devrions être rassurés : si j’en crois mes amis initiés, il y a de fortes chances pour que l’Algérie et la France soient éliminées en même temps. Reste à savoir quels drapeaux nous brûlerons tous ensemble pour manifester notre amour du sport et de la fraternité.

Qui sont les provocateurs ?

À en croire Le Point.fr, “cette manifestation centrée sur la consommation de viande de porc et l’alcool, exclut de fait les participants de confession juive ou musulmane”. J’ignorais que la charia et la halakha étaient devenues des lois de la Républiques et que les Français musulmans et juifs étaient désormais obligés de se conformer aux préceptes de leur religion. On attend avec impatience que la HALDE exige que les bars cessent de servir de l’alcool afin de n’exclure personne – à part les alcooliques, bien sûr.

Ce qui donne envie de hurler dans la présentation de cette affaire d’apéro, c’est que personne ne dit que si provocation il y a – et il y a -, elle répond à une provocation plus grande encore, persistante depuis des mois mais, il est vrai, dûment autorisée par la Préfecture de police : l’organisation de la prière musulmane du vendredi à ciel ouvert, des milliers de fidèles occupant plusieurs rues du quartier. Qu’ils bloquent la circulation est certes fâcheux mais en vérité véniel à côté de l’insulte faite aux mœurs de notre République – et ce serait aussi scandaleux s’il s’agissait d’une autre religion. Il faut d’ailleurs saluer le recteur Dalil Boubakeur qui a appelé les fidèles à venir prier à la Mosquée de Paris – monument éminemment parisien au demeurant et qui témoigne de la présence d’un islam respectueux de la laïcité qui a toute sa place en France.

Apéro interdit, prière autorisée ?

Il ne s’agit pas d’être candide. Les saucissonneurs associés ont certainement des arrière-pensées politiques, et pas des plus ragoûtantes. Mais ce n’est pas en recouvrant le réel d’un voile de bons sentiments qu’on le fera disparaître. Que ces prières publiques soient dénoncées par des gens peu sympathiques voire infréquentables, ne change rien au fait qu’elles sont inacceptables. La France qui a connu une quasi-guerre civile pour sortir le christianisme de l’espace public devrait maintenant accepter que l’islam s’y déploie ? La Préfecture de Police, qui a reçu les organisateurs de cet apéro du 18 juin et ceux du contre-apéro hallal annoncé, a décidé, certainement avec d’excellentes raisons d’ordre public, de tout interdire. Tout sauf, semble-t-il, la prière (à moins que pour calmer le jeu, on ne demande aux prieurs de se faire oublier pour une semaine).

En vrai, peu me chaut que l’on interdise cet apéro auquel je n’irai pas parce qu’on ne boit pas des coups avec n’importe qui. En revanche, j’aimerais savoir ce qu’on attend pour interdire ces prières sur la voie publique. Il faudra surtout expliquer aux Français de tous bords et de toutes origines qu’inquiète l’affirmation d’un islam militant et identitaire, que dans leur pays, on a le droit de prier en public, mais pas de manger du porc. La bonne nouvelle, c’est qu’on pourra jouer à l’antifascisme quand l’extrême droite raflera la mise parce qu’une fois de plus, on lui aura laissé, selon l’expression d’Alain Finkielkraut, le monopole du réel.

Voir enfin:

Kiss-in : les Bisounours donnent l’assaut

Un superbe hommage à Philippe Muray
Causeur
le 23 février 2010

Kiss-in contre l’homophobie : sus à Notre-Dame !

Dimanche 14 février, dans une ambiance bon-enfant, le moderne a mordu le moderne a mordu le moderne. L’hommage à Philippe Muray organisé par “Kiss-in contre l’homophobie !”, SOS-Racisme, les “ultra-catholiques” et le “Collectif des gays pour le respect” a été un triomphe. Les acteurs de la comédie hyperfestive se sont avérés en très grande forme. Chacun a interprété son rôle magnifiquement, avec toutes ses tripes post-historiques.

L’histoire est admirable, du début à la fin. Les diverses sous-espèces du moderne s’y affrontent généreusement. Elle commence le 7 juin 2009, lorsque les intrépides Arthur Vauthier et Félix Pellefigues – même leurs noms semblent avoir été inventés par l’auteur des Roues carrées ! – organisent le premier kiss-in français à Paris place du Trocadéro et créent le mouvement “Kiss-in contre l’homophobie !”. Ce jour-là, ils permettent à la France de rattraper enfin son préoccupant retard en matière de kiss-in. Cette pratique de l’embrassage de masse dans des lieux publics, inventée par des militants gays américains dans les années 1980, s’est ensuite développée dans de nombreux pays. La raison pour laquelle elle ne s’appelle pas kiss-out demeure un peu mystérieuse.

La première kiss-pride française fut un immense succès. Pourtant, au lendemain de la fête, et les jours suivants, Arthur et Félix sentirent planer sur eux une ombre. Ils éprouvaient le sentiment diffus d’un manque. Cette sensation désagréable, qui les accompagnait étrangement au faîte de la gloire, ne les quittait plus. Après plusieurs semaines, soudain, ils purent enfin mettre un nom sur ce malaise obscur : “Nous sommes en manque d’homophobes !” Voilà ce qui avait secrètement miné leur première fête des bisous. Ils souffraient d’une carence d’homophobes ! Voilà ce qui avait rendu leur premier kiss-in si insipide, si fade, que même nos deux bisounours d’élite en avaient été incommodés.

Arthur et Félix trouvèrent rapidement le théâtre que réclamait leur deuxième kiss-pride : le parvis de Notre-Dame. Le lieu était parfait : un symbole admirable de l’homophobie, en même temps absolument dénué de tout danger réel. Les lieux ne manquent hélas pas en France où ils eussent pu se confronter à une homophobie musclée et parfaitement réelle. Mais, à lutte irréelle, adversaires irréels ! Telle était la devise des deux intraitables bisounours d’assaut.

Quelques jours avant le grand kiss-in de la Saint Valentin, Arthur Vauthier et Félix Pellefigues doivent pourtant faire face à une grande déconvenue. Suite à l’appel de certains “groupuscules catholiques” à défendre la cathédrale, lancé notamment par les saintes voies d’Internet, ils se trouvent contraints à déplacer leur feu d’artifice de bisous quelques centaines de mètres plus loin, devant la fontaine Saint-Michel. Arthur et Félix, sous le choc, mais toujours décidés à terrasser le dragon de l’homophobie, déclarent alors : “La préfecture de police nous a vivement conseillé d’annuler l’événement, prétextant qu’elle craignait des actes de « violence grave » et nous alertant sur la difficulté qu’elle aurait à assurer notre sécurité.”

Arrive enfin le grand jour. A 14 heures, Arthur et Félix font retentir leur traditionnel coup de sifflet. Au signal, deux cents couples gays, lesbiens, bi, trans et quelques “couples hétéros” solidaires entament un long et langoureux baiser. Celui-ci s’éternise sous l’œil bienveillant de milliers de caméras, caméscopes, appareils photos et autres téléphones portables obscènes, modernoïdes et cancérigènes. Après quelques minutes d’amour euphoriquement déversé dans l’enfer de la “visibilité”, le second coup de sifflet de nos deux flics affectés à la circulation des bisous retentit. Il scande la fin de cette dérangeante performance, saluée par des applaudissements unanimes.

Mais la fête du bisou en colère est loin d’être finie. Arthur et Félix ont en effet allié leurs forces à celles de SOS-Racisme, afin d’asséner un second bisou fatal aux “idées reçues”. Une heure plus tard, à 15 heures, et dans une ambiance toujours aussi désespérément bon-enfant, un nouveau coup de sifflet lance le coup d’envoi des bisous antiracistes. Les militants de SOS racisme ont décidé de “souhaiter une Joyeuse Saint-Valentin à Eric Besson”. Ils invitent “tous les couples, qu’ils soient métissés, hétéros, homos, franco-français, à venir s’embrasser” à l’unisson.

Pourtant, la fête du bisou insoumis n’aurait jamais véritablement atteint son zénith sans l’initiative d’un petit groupe de lesbiennes et de transsexuels de l’extrême. Refusant d’obéir aux coups de sifflets d’Arthur et Félix, celui-ci a soudain pris la fuite, incapable de résister à l’irrépressible appel du saint parvis de Notre-Dame. Là, les invectives ont fusé et quelques “incidents” confus ont éclaté, jusqu’à ce qu’un cordon de policiers parvienne à séparer les “catholiques intégristes” des “lesbiennes fondamentalistes”.

Dans la plupart des comptes-rendus journalistiques de cette réjouissante échauffourée, avec peu de surprise, seuls les catholiques ont été désignés comme de dangereux extrémistes. Avec audace et fantaisie, le journal télévisé de France 3 les a même désignés comme des “militants ultra-catholiques”, suggérant ainsi un inquiétant rapprochement avec “l’ultra-gauche” – qui aurait tout, du reste, pour me réjouir. Ce modeste affrontement a été unanimement dépeint comme celui des réacs et des modernes. Pourtant, je soupçonne fortement les “ultra-catholiques” qui scandaient de tonitruants “Habemus papam” d’être eux aussi, pour la plupart – et comme moi-même, hélas – d’impardonnables modernes.

Des modernes ? Ce mot a pour moi à la fois les connotations que lui a prêtées Philippe Muray et celles que lui a attachées La Théorie du Bloom de Tiqqun, dont les lumières sur l’époque présente me semblent tout aussi décisives. Etre moderne signifie que nous sommes avant tout des êtres ontologiquement déracinés. Des Blooms. Des êtres ayant perdu souvent jusqu’au souvenir de ce qui donne réalité et consistance au phénomène humain et se nomme proprement communauté. Nous revendiquons et exhibons notre appartenance aux entités abstraites et glaciales que notre monde appelle “communautés” avec une énergie d’autant plus désespérée et fanatique que notre sentiment réel d’appartenance est plus faible. Nous autres modernes sommes incapables d’imaginer qu’une communauté puisse être autre chose qu’un regroupement paranoïaque de victimes agressives et désinhibées – définition qui me semble hélas convenir presque autant aux ultra-catholiques qu’aux ultra-bisounours. Nous tentons de donner consistance à ce néant en nous frottant perpétuellement à d’autres “communautés” tout aussi inconsistantes, n’aspirant elles aussi à rien d’autre qu’au statut de victime unique et suprême.

Mais nous n’avons pas encore rencontré le dernier protagoniste de cette mémorable Saint Valentin. Le plus sympathique, le plus étonnant de tous, le plus nouveau. La matrice imaginaire des Roues carrées vient de le cracher, rose et crû, dans le monde réel. Il est l’un des tous derniers personnages inventés par Philippe Muray. Il s’agit de l’anti-moderne parlant exclusivement le langage du moderne. Combattant le moderne en adoptant toute la grammaire et les formes de lutte du moderne. Et faisant sienne aussi, naturellement, l’absence d’humour acharnée commune aux modernes de tous poils.

C’est au fond d’une grotte internétique que j’ai déniché le “Collectif des gays pour le respect”. Je ne résiste pas au plaisir de citer longuement sa prose aimable et stupéfiante : “Le Collectif des gays pour le respect demande à la Préfecture de police de Paris d’intervenir pour empêcher l’irréparable. Ce 14 février, des extrémistes (qui ne représentent qu’eux-mêmes et surtout pas la communauté gay dans son ensemble) ont décidé de provoquer les milieux chrétiens en organisant un kiss in devant Notre-Dame de Paris, à la sortie de la messe de 12 h 45. Cette initiative, totalement contre-productive, risque de menacer notre image dans les médias et constitue, de l’aveu de nombre de participants déclarés sur des fora gays, une provocation anti-catholique délibérée. Le Collectif des gays pour le respect tient à se dissocier de l’organisation d’un tel rassemblement. Il rappelle son hostilité au racisme, à l’islamophobie, à l’antisémitisme, à l’antichristianisme et plus généralement à toute forme de haine. Les croyants de toutes les religions, quelle qu’elles soient, ont le droit de pratiquer librement, sans se sentir agressé à la sortie de leur culte. C’est ce droit que remet en cause le kiss-in organisé dimanche. Le Collectif des gays pour le respect demande à la préfecture de police d’empêcher la tenue de cette provocation et se réserve le droit d’appeler la communauté homosexuelle qui ne se reconnaît pas dans le militantisme agressif et stérile des organisateurs du kiss-in à manifester leur hostilité sur place dimanche. […] Il semblerait que nous ayons affaire à des gays… intégristes. Vert, rouge, brun, rose, le FASCISME ne passera pas !”

Avec cette dernière vrille, notre roue est enfin parfaitement carrée.


Expo Crime et châtiment: Les paroles de haine des avant-gardes ont préparé la mort des individus (From Breton to Ben Laden: An aesthetic genealogy of terror)

18 juin, 2010
Cadavre exquisChinese torture (Breton's picture)Breton's masksNous ruinerons cette civilisation qui vous est chère… Monde occidental tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe… Voyez comme cette terre est sèche et bonne pour tous les incendies. Aragon (1925)
Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique au loin croule de ses buildings blancs… André Breton (1925)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Bien avant qu’un intellectuel nazi ait annoncé ‘quand j’entends le mot culture je sors mon revolver’, les poètes avaient proclamé leur dégoût pour cette saleté de culture et politiquement invité Barbares, Scythes, Nègres, Indiens, ô vous tous, à la piétiner. Hannah Arendt (1949)
Que des cerveaux puissent réaliser quelque chose en un seul acte, dont nous en musique ne puissions même pas rêver, que des gens répètent comme des fous pendant dix années, totalement fanatiquement pour un seul concert, et puis meurent. C’est le plus grand acte artistique de tous les temps. Imaginez ce qui s’est produit là. Il y a des gens qui sont ainsi concentrés sur une exécution, et alors 5 000 personnes sont chassées dans l’Au-delà, en un seul moment. Ca, je ne pourrais le faire. A côté, nous ne sommes rien, nous les compositeurs… Imaginez ceci, que je puisse créer une oeuvre d’art maintenant et que vous tous soyez non seulement étonnés, mais que vous tombiez morts immédiatement, vous seriez morts et vous seriez nés à nouveau, parce que c’est tout simplement trop fou. Certains artistes essayent aussi de franchir les limites du possible ou de l’imaginable, pour nous réveiller, pour nous ouvrir un autre monde. Karlheinz Stockhausen (19.09. 01)
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Les mots sont responsables: il leur est répondu. Les paroles de haine des avant-gardes ont préparé la mort des individus. (…) Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros , de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair

Appels au meurtre et à l’élimination des bourgeois, vieux et faibles, apologie du crime gratuit et du sacrifice rituel, héroïsation du criminel, ‘éloge de la baïonnette, du browning et de la bombe’, fascination pour le sauvage et les pulsions primitives, exaltation de la déraison et de la folie, obsession de la violence et de la ‘part maudite de l’humain …

Alors que nos footballeurs ‘répètent sur un mode ludique’, selon le mot de Caillois, les grands mythes anciens de la naissance du soleil’ …

Pendant que, dans un monde travaillé par l’interdit biblique du sacrifice humain, nos artistes ‘exposent leurs sécrétions et leurs corps torturés’ …

Et qu’en ces derniers jours de l’exposition ‘Crime et châtiment’ où, à la croisée des disciplines (religion, droit, histoire, médecine, criminologie, presse) et des supports (toiles, dessins, croquis, moulages, photos anthropomorphiques, unes de journaux, affiches, oeuvres surréalistes, guillotine), le musée d’Orsay explore la ‘fascination des artistes pour le crime et la justice’ …

Retour, avec une tribune libre écrite au lendemain des attentats jihadistes du 11/9 2001 du commissaire de l’exposition Jean Clair, sur la ‘face cachée du surréalisme’ …

Et l’étrange indulgence dont continuent à bénéficier ceux qui avaient indirectement préparé les esprits aux massacres de masse des régimes totalitaires et du terrorisme actuel …

GUERRE ECLAIR, DOUTE PERSISTANT

Intellectuels français: des plaies mal refermées
Le surréalisme et la démoralisation de l’Occident
Jean Clair
Le Monde
22.11.01

EN ces temps où de grandes expositions, à Londres et bientôt à Paris, célèbrent le surréalisme, il vaut la peine de s’attarder sur le curieux atlas du monde qu’en 1929 les disciples de Breton avaient publié dans la revue Variétés. La méthode de projection utilisée n’obéissait pas à des paramètres géographiques : chaque pays s’y voyait représenté en fonction de l’importance que le surréalisme lui accordait dans la genèse de ses idées. Deux « corrections » sont frappantes : les Etats-Unis ont disparu, engloutis sous une frontière qui coud directement le Mexique au Canada. Et un petit pays y couvre un espace démesuré: l’Afghanistan…

Coïncidence ? Non. L’idéologie surréaliste n’avait cessé de souhaiter la mort d’une Amérique à ses yeux matérialiste et stérile et le triomphe d’un Orient dépositaire des valeurs de l’esprit.

Extra-lucide comme elle se plaisait à croire qu’elle l’était, l’intelligentsia française est ainsi allée très tôt et très loin dans la préfiguration de ce qui s’est passé le 11 septembre. Les textes sont là pour souligner, entre 1924 et 1930, cette imagination destructrice. Aragon en 1925 : « Nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère… Monde occidental tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe… Voyez comme cette terre est sèche et bonne pour tous les incendies. » Ne manque pas même à la péroraison sa dimension oraculaire, ou plutôt « pythique » comme aurait dit Breton, si féru d’occultisme : « Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique au loin croule de ses buildings blancs… » ( La Révolution surréaliste, n 4, 1925).

Le rêve d’Aragon s’est réalisé. Nous y sommes. L’outrance n’était pas seulement verbale. Si l’acte surréaliste le plus simple, comme on sait, c’était descendre dans la rue et tirer sur le premier venu, cette folie meurtrière n’aurait pas dédaigné, si les appuis politiques lui avaient été fournis, de s’en prendre à un Occident tout entier voué à l’exécration. Le gentil Robert Desnos lui-même voyait dans l’Asie « la citadelle de tous les espoirs », appelait de ses voeux les barbares capables seuls de marcher sur les traces des « archanges d’Attila ».

La lutte se terminera par la victoire d’un Orient en qui les surréalistes voient « le grand réservoir des forces sauvages », la patrie éternelle des grands destructeurs, des ennemis éternels de l’art, de la culture, ces petites manifestations ridicules des Occidentaux.

Au nom d’un « mysticisme » confus et d’une « fureur » sans frein – pour reprendre les termes qui reviennent dans leurs écrits – c’est bien à une attaque en règle contre la logique, contre la raison, contre les Lumières que se livrent, au milieu des années 1920, derniers héritiers du romantisme noir, les jeunes surréalistes. Ce qu’ils veulent, c’est la destruction radicale de tout ce qui a donné à l’Occident sa suprématie.

Bien sûr, pareils appels au meurtre furent des lieux communs de toutes les avant-gardes. Marinetti a servi de modèle rhétorique à Mussolini, et le futurisme, en manipulant avec brio les instruments de la propagande de masse, cinéma, mises en scène, décorum, manifestations de rue, devait fournir les clés d’une esthétisation de la politique qui aurait sur la foule une fascination dont le nazisme saurait tirer parti. Trotski, fin connaisseur, dans Littérature et Révolution, fut le premier à reconnaître en 1924 que, populaire auprès des masses italiennes, le futurisme avait ouvert la voie du fascisme.

A l’autre bord, on commence de reconnaître, serait-ce à regret, que, disciples de Marinetti, les représentants de l’avant-garde soviétique, comme Ossip Brik et les « Kom-Fut » (futuristes-communistes), dans leurs appels à l’élimination des bourgeois, des vieux ( « dont les crânes feront des cendriers » ), des faibles, ou encore, comme Maïakovski dans son poème 150 000 000, par l’éloge de « la baïonnette [du] browning et [de] la bombe » avaient eux aussi préparé les esprits à accepter les massacres de masse commis par la Tchéka et par le Guépéou.

Les mots sont responsables : il leur est répondu. Les paroles de haine des avant-gardes ont préparé la mort des individus. Feuilletons les écrits surréalistes : le ton ordurier, et les injures – « goujat », « cuistre », « canaille », « vieille pourriture », « étron intellectuel », « couenne faisandée » – adressées aux ennemis, aux écrivains bourgeois, aux traîtres, aux renégats, tels qu’on les trouve dans le Traité du style ou dans les lettres ouvertes, ne sont pas différents de ceux qu’on trouvait dans les brûlots des ligues fascistes et qu’on trouvera bientôt adressés aux « chiens enragés » dans les procès de Moscou. Ils signent une époque.

Appel au meurtre, à la destruction, exaltation de la déraison et du romantisme noir, fascination des pulsions primitives des races demeurées pures du côté de l’Orient, antisémitisme : les manifestes surréalistes diffèrent peu, si l’on prend la peine de les lire froidement, des propos extrémistes tenus par les pousse-au-crime du temps, de gauche et de droite.

Paroles en l’air, dira-t-on, dans lesquelles il faut faire la part de la provocation dadaïste. Je ne crois pas. C’est oublier que la compromission des surréalistes avec le communisme sera plus durable que celle des intellectuels de droite avec le fascisme. Dès 1933, Stefan George et Heidegger tournent le dos au national- socialisme, Jünger et Gottfried Benn s’enfoncent dans l’émigration intérieure. Il faudra attendre fin 1935 pour voir Breton rompre avec le stalinisme. Et que dire alors d’Eluard et d’Aragon ?

On ne peut s’empêcher de penser que, contrairement aux autres avant-gardes, les surréalistes continuent de jouir d’une étrange indulgence. Aujourd’hui encore, ils passent pour les parangons d’un idéal libertaire qui, pêle-mêle, aurait conduit la jeunesse à la libération sexuelle, au merveilleux de la création automatique et spontanée – l’art fait pour tous et par tous -, à la réconciliation du rêve et de l’action, et autres fredons de la pensée unique.

Il y a une autre raison à cette impunité. Le surréalisme se distingue radicalement des autres avant-gardes en cela que, n’ayant pas cru au paradigme du progrès, il est devenu furieusement « tendance ». Le monde moderne n’est pas son fait. La machine, la vitesse, l’énergie – tout ce qui fascine les futuristes, les constructivistes, les puristes et tous les autres « istes » -, les surréalistes y sont indifférents. Leur domaine, c’est la nature, la folie, la nuit, l’inconscient, le primitif, l’originaire. C’est la volute modern style, non l’orthogonalité de Mondrian ou de Rodtchenko. C’est un mouvement en fait de régression et d’archaïsme. La ville, oui, à condition qu’elle s’ensauvage, le nouveau, oui, à condition qu’il soit cherché à l’intérieur de soi et non dans l’extérieur de la maîtrise du monde. Etc.

Deux motifs, à cet égard, hantent l’imagerie futuriste. L’un est le gratte-ciel et l’autre l’avion. Ils sont présents chez Fillia et Prampolini comme chez Lissitzky et Malevitch, côte à côte, emblèmes simultanés de la gloire du monde technique. Les surréalistes sont les premiers à les imaginer l’un contre l’autre, préfigurant ce que les terroristes accompliront.

En fait, les surréalistes, eussent-ils été plus cultivés, n’auraient pas mis Freud en exergue, qui les méprisait en retour, ne voyant en eux que de dangereux exaltés, mais Heidegger, le penseur critique de la technique et le maître du recours aux forêts. C’est de ce côté-là, du côté encore une fois du romantisme que se trouvent les sources du « merveilleux » surréaliste et de sa fascination pour l’Orient et ses mille et une nuits.

Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour « l’ermite de Neauphle-le-Château » et pour la « révolution » iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras.

Nous avons tous appris à lire chez Eluard et chez Aragon. Comment tuer nos pères ? Héritiers du surréalisme, comment le condamner ? Nous restons donc sans voix quand nous voyons prendre corps sous nos yeux – et de quelle horrible façon ! – les textes que nous avons vénérés dans notre adolescence.

Voir aussi:

Jean Clair, Interview avec Elisabeth Lévy
Le Point
30/05/2003

« Du surréalisme considéré dans ses rapports au totalitarisme et aux tables tournantes » : le titre du nouvel essai de Jean Clair, directeur du musée Picasso, est provocateur, l’ouvrage ne l’est pas moins et fera peine aux nombreux tenants du mouvement d’André Breton. Mais cet historien d’art est un habitué des broncas de l’intelligentsia.

LE POINT : Vous dévoilez en quelque sorte « la face cachée du surréalisme ». Puisque la question est à la mode, ne peut-on vous reprocher d’avoir mené une enquête exclusivement à charge, autrement dit d’accumuler exclusivement les citations et anecdotes qui vont à l’appui de votre démonstration ?

JEAN CLAIR : Le départ de ce pamphlet est un mouvement d’humeur né des récentes expositions de Londres et de Paris à la gloire du surréalisme présenté comme l’apothéose de l’esprit libertaire, annonciateur du New Age et de l’« Homo eroticus » libéré de ses aliénations. Vision angélique, mais aussi hédoniste et esthétisante. On semble oublier qu’il s’agissait d’un mouvement qui, à son origine, avait prétendu « changer la vie » comme le voulait Rimbaud, mais aussi « transformer le monde » dans le sillage de Marx, donc avoir une action directe sur le cours des événements politiques, et sans trop s’embarrasser des moyens : provocations, violences rhétoriques ou effectives, allégeance à un chef charismatique, corps de doctrine, procès et purges, bref tout l’appareil des mouvements totalitaires du temps.

Ce n’est donc pas sur le plan esthétique que l’historien d’art que vous êtes entend revisiter le surréalisme ?

Non, mais je souligne son hétérogénéité visuelle extrême. Comparées aux cubistes qui affirment une grande cohérence, les toiles surréalistes présentent un étonnant disparate de formes, de couleurs, de palettes, d’images. Cette cacophonie ne manque pas de charme et même, parfois, de séduction. Mais, en l’absence d’unité de style, le dénominateur commun est à chercher dans la philosophie qui le sous-tend.

Cette polémique a connu un premier épisode en décembre 2001, lorsque vous avez publié dans « Le Monde » un article esquissant une généalogie de la terreur allant des surréalistes à Ben Laden. Les réactions d’Annie Le Brun et d’Alain Jouffroy ont été très violentes. Pourquoi est-il si difficile de critiquer le surréalisme ?

Le surréalisme s’est posé d’emblée comme une morale, une façon de vivre et de penser, sous la forme d’une révolte juvénile et permanente. Il n’a donc jamais cessé d’agir en profondeur sur les esprits. Près d’un siècle après sa naissance, en 1919, des gens continuent à se réclamer du surréalisme avec la même ardeur que s’il s’agissait d’une religion naissante. Personne aujourd’hui n’oserait se dire cubiste ou expressionniste, fauve ou néoplasticien, mais des gens qui ne font pas forcément de la peinture « surréaliste » continuent dans leur vie quotidienne à se réclamer de la « morale » surréaliste, et souvent sur quel ton fanatisé !

Et vous, quelle est votre histoire avec le surréalisme ? Vous avez aimé cette peinture ?

Mais oui ! Je ne pars pas en guerre contre une esthétique ou une poésie. Je continue à lire avec plaisir, même s’il s’est tamisé avec l’âge, les poèmes d’Aragon, de Desnos. Je continue d’aimer Max Ernst, De Chirico, Savinio, Brauner, tant d’autres. En revanche, je suis devenu extrêmement critique d’un arrière-fond libertaire et anarchiste, tenté contradictoirement par le dogme totalitariste et par l’obscurantisme occultiste, et qui a sa part de responsabilité dans le déclin intellectuel que la France vit depuis vingt ou trente ans…

Annie Le Brun découvre l’atroce vérité : vous seriez de droite – parce que le surréalisme, c’est de gauche ?

Il commence comme une rébellion anarchiste contre ce qu’il nomme la morale bourgeoise, les valeurs occidentales, etc., flirte avec le communisme entre 1927 et 1935, pardonne à Staline ses premiers crimes, se laisse ensuite tenter par le fascisme et même par la violence du national-socialisme en 1936 – épisode toujours tu -, échappe à la Résistance en se réfugiant aux Etats-Unis durant la guerre, retourne enfin à un anarchisme, mais bien tempéré, après 1945. Bien malin qui, dans ces errances, dira ce qui est de gauche et ce qui est de droite. Que le surréalisme soit un alliage bizarre qui se nourrit tour à tour et simultanément d’un anarchisme gauchisant, d’un fascisme virulent et des fantasmagories spirites a déjà été dit, notamment par ceux qui l’ont approché : Raymond Queneau dans son roman autobiographique « Odile », André Thirion dans son livre de mémoires « Révolutionnaires sans révolution », Drieu la Rochelle dans « Gilles ». Aussi par Brice Parain, philosophe aujourd’hui oublié mais premier intellectuel français à faire le voyage de Moscou en 1922 – et à en revenir ! Tous leurs témoignages concordent à interroger la profonde ambiguïté d’un mouvement qui se réclame d’une violence à la Sorel qui ressemble étrangement à la violence fasciste, et qui s’appuie sur des conceptions occultes de la vie semblables à celles des sectes les plus rétrogrades, tout en prétendant agir au nom d’une « scientificité » humaine dont il n’a nullement les moyens.

N’êtes-vous pas coupable d’anachronisme ? Après tout, au sortir des tranchées, il est difficile de célébrer la raison et le progrès, non ?

C’est vrai, après cette guerre civile européenne qu’a été la Première Guerre mondiale, la jeune génération issue des tranchées n’a qu’une envie : abolir le peu qui reste du monde occidental qui vient de montrer, dans les tueries puis dans les guerres coloniales comme celles du Rif, son incapacité à fonder une civilisation. Cette fureur destructrice transcende les frontières politiques, comme elle transcende les milieux : elle hante les cercles cultivés autant que les masses plébéiennes. Rien ne fait mieux saisir cette ambiguïté que ce que Hannah Arendt écrivait, dès 1949, dans « Les origines du totalitarisme » : « Bien avant qu’un intellectuel nazi ait annoncé « quand j’entends le mot culture je sors mon revolver », les poètes avaient proclamé leur dégoût pour cette saleté de culture et politiquement invité Barbares, Scythes, Nègres, Indiens, ô vous tous, à la piétiner. » Accès de nihilisme généralisé présent dans toutes les couches de la société, de l’extrême droite à l’extrême gauche et de l’élite à la canaille. La célèbre phrase que cite Arendt, prononcée non par Goebbels mais par Hans Jost, écrivain devenu président de la Chambre de culture du Reich, comment ne pas la rapprocher de la fameuse invite formulée par Breton dans le « Premier Manifeste » : « L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. » Breton était très fier, dit-on, de ce pluriel mis au mot revolver. C’est ce même hasard qui sera ensuite revendiqué pour expliquer la création poétique, « automatique », « immédiate », « sauvage », et invoqué comme la nouvelle divinité. Violence effective à la raison, qui succédera à la violence physique que l’on voudrait exercer sur l’homme…

En rapprochant leurs écrits de ceux des fascistes ou des nazis, n’êtes-vous pas en train d’intenter aux surréalistes un procès en ressemblance ? Peut-on déduire une filiation ou une généalogie d’une similarité de propos ?

La violence verbale des tracts surréalistes dans les années 20 est strictement la même, vocabulaire et syntaxe, que celle des tracts des ligues d’extrême droite ou des textes les plus orduriers de Céline à la même époque. Les injures et les anathèmes qu’ils se jettent à la tête se mêlent à la fascination pour un Orient qu’ils rêvent de voir camper sur les places d’Europe et détruire enfin cette civilisation occidentale qu’ils haïssent. Et cette détestation conduit à la prophétie hallucinée d’un Aragon appelant « les trafiquants de drogue à s’abattre sur notre pays » et à espérer « l’écroulement dans les flammes des buildings blancs de Manhattan ». Quinze ans plus tard, en 1935, alors que le fascisme est déjà instauré en Italie et que sa forme la plus virulente, racialiste, est au pouvoir en Allemagne, la question se pose de savoir comment on peut résister au nazisme. Intervient alors cet épisode peu évoqué car il gêne tout le monde : la création du groupe Contre-attaque. Dirigé par Georges Bataille, il prétend retourner contre le nazisme ses propres armes : la violence, le fanatisme, le meurtre. Breton signe leur manifeste. Le mal, « forme sous laquelle se présente la force motrice du développement historique », s’y trouve exalté : « Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. » « Nous sommes avec ceux qui tuent », conclut le texte, une formule que les bolcheviques avaient déjà utilisée.

Cette fascination pour la violence, vous pensez la retrouver dans celle de Jean Baudrillard devant les tours de Manhattan. Mais dévoiler la « part maudite » de l’humain ne signifie pas l’approuver, il suffit de lire Dostoïevski…

Face à la puissance du mal, on peut aussi bien être frappé d’horreur que saisi par une immédiate et sourde « jubilation », pour reprendre le mot de Baudrillard. L’instant premier, immédiat, est bien celui de la jubilation sourde, de la joie mauvaise, de la « Schadenfreude ». Mais ensuite, la réflexion, l’éducation, l’expérience, les mots de la langue permettent normalement d’accéder à un recul, à un autre jugement, éventuellement à la condamnation du meurtre… Or c’est bien cette volonté forcenée de l’immédiateté, de la sensation, de la violence du geste instinctif qui donne sa cohérence à la postérité du surréalisme. Si on ne fait pas appel à cette généalogie de la violence et de l’automatisme, on ne comprend pas comment on est passé d’un tableau de Dali, académiquement peint, à la peinture aspergée sur une toile de Jackson Pollock. Cette idéologie de l’oeil « sauvage », de la rencontre aléatoire, du « cadavre exquis » privilégie l’action insensée : poème automatique, logorrhée, graphorrhée, écriture automatique, peinture gestuelle, ce geste automatique qui deviendra l’« expressionnisme abstrait » de l’après-guerre, avec ses séquelles.

Vous reprochez d’ailleurs aux surréalistes d’avoir rompu avec la conception de l’art comme savoir. Mais l’art ne relève-t-il pas d’abord de la sensibilité ?

Un historien d’art comprend vite que ce n’est pas par magie qu’on est touché par un tableau, mais parce que le tableau condense en lui une somme de savoirs. Un tableau se lit aussi comme un livre : il y a une science des coloris, des formes, des perspectives, des histoires qu’il compose. Aussi, jusque-là, l’art avait-il le privilège d’être un instrument d’explication du monde. Regardez un tableau de Poussin : cet ensemble unifié de tant de savoirs. Et cela se poursuit jusqu’à Delacroix ou Courbet. L’atelier de Breton, où il accumulait ses trouvailles, son fameux « mur », n’est jamais que la dérision de ce savoir et de ce goût. C’est la grotte où le flibustier ramasse les débris d’un savoir naufragé, disposés comme un collage géant…

La vente de la collection Breton a suscité les réactions indignées de ceux qui estiment qu’on a laissé se disperser la mémoire sacrée du surréalisme. Fallait-il conserver cette collection ?

Le procès fait à l’Etat d’avoir laissé partir les trésors amassés par Breton est totalement injuste. On lui a acheté de son vivant maints tableaux des plus intéressants, comme ce chef-d’oeuvre de Chirico qui se trouve aujourd’hui au musée d’Art moderne. Il ne faut pas oublier que Breton était un marchand, qui gagnait sa vie en vendant et en achetant des oeuvres d’art. A sa mort, l’Etat a accepté que les droits de succession soient réglés par la dation d’un mur de son atelier. Les archives les plus importantes sont entrées à Doucet il y a belle lurette. Enfin, un très grand nombre de pièces ont été préemptées par les institutions publiques lors de la vente.

Vous insistez sur un point également passé sous silence, car il ne semble aujourd’hui guère glorieux : l’adhésion des surréalistes au fatras occultiste de l’époque.

On peut rendre hommage à Philippe Muray (1) d’avoir brisé le tabou qui pesait sur cet héritage en montrant que le mouvement socialiste au XIXe siècle, sous couvert d’accomplissement de l’Histoire par la rationalité, a été profondément influencé par des doctrines occultistes puisant dans un fonds irrationnel et tardo-romantique douteux, de Papus à Blavatsky. On peut évidemment considérer que, pour Breton, il ne s’agissait que d’un jeu. Mais les séances de rêve éveillé, l’hypnotisme, l’écriture automatique, le mythe des Grands Transparents, etc., ces expériences limites en ont poussé plus d’un vers la folie. Demeuré un grand admirateur de Breton, Julien Gracq le décrit comme un nécromant – celui qui fait parler les morts. D’un côté, dans la lumière méridienne, il évoque Trotski et Karl Marx, mais le soir venu, dans la demi-obscurité de la crypte, il fait parler les morts. Il y a là une union assez inquiétante des forces du prétendu matérialisme historique et des pulsions les plus archaïques.

Dans ces conditions, l’argument de l’athéisme d’André Breton que vous oppose Annie Le Brun est-il recevable ?

Breton n’est pas un athée au sens d’irréligieux. Il ne croit pas au Dieu du monothéisme, mais il croit aux revenants et aux spirites. Il dévore les curés, mais il fait entrer les médiums. Je ne suis pas certain que ce soit un progrès. Par ailleurs, les surréalistes, qui jouaient à noter les écrivains, donnent toujours à Voltaire la note la plus basse (- 25). Cette haine de Voltaire est bel et bien la haine des Lumières, de la raison et de la tolérance. Pour les mêmes raisons, ils instruiront le procès infamant d’Anatole France, le vieux patriarche de la gauche française.

Tout cela n’a pas grand-chose à voir avec la rigueur scientifique. En quoi le surréalisme a-t-il une prétention dans ce domaine ?

La prétention surréaliste à fonder son esthétique sur une certaine scientificité du psychisme humain, comme les communistes prétendent à la scientificité du matérialisme historique, les conduit à rechercher le parrainage de deux figures d’envergure : Marcel Mauss pour l’ethnologie, Freud pour la psychologie. Mais l’inconscient des surréalistes, qui prêchent le « lâchez-tout », l’abandon à toutes les pulsions, a peu à voir avec l’inconscient qu’étudie Freud. Celui-ci est un rationaliste qui, dans « Malaise dans la civilisation », défend une morale contraignante impérieuse, plus rigide encore que la morale judéo-chrétienne. Et la rencontre entre eux se passe très mal. De même, lorsque Marcel Mauss reçoit les écrits de Roger Caillois sur le sacré, il répond par une lettre méchante et drôle, jugeant que la mythologie des surréalistes est un déraillement général, tombant dans un irrationalisme absolu, pas très éloigné des mythologies hitlériennes.

Il y a quelques années, vous avez été quasiment accusé de tentation fasciste pour vous en être pris à certaines tendances de l’art contemporain. Cette querelle est-elle, dans le fond, la même que celle qui touche au surréalisme ?

Dans « La responsabilité de l’artiste », j’ai tenté de comprendre les sources de la complicité de certaines avant-gardes allemandes, de l’expressionnisme au Bauhaus, avec le national-socialisme. Mais cette histoire est loin de nous. Avec le surréalisme, je touche au contraire au coeur du sacré français, intouchable.

1. Le XIXe siècle à travers les âges, de Philippe Muray (Gallimard/« Tel »).

Voir également:

« Admettre que tout meurtrier puisse être notre semblable »
Eric Bietry-Rivierre
Le Figaro
16/03/2010

LE FIGARO – Pourquoi l’exposition est-elle si foisonnante, avec 457 pièces ?

Il y a peu de sujets qui soient si abondamment représentés en art que le crime. Dans les musées, plus de la moitié des oeuvres le représente ! Songez aux martyres, à la crucifixion, aux guerres ! L’amour passionne mais il est beaucoup plus rare et beaucoup plus monotone ! Et comment représenter l’acte lui-même ? Il y a par contre une variété dans le crime vertigineuse. Indubitablement la violence fascine, parce que, contrairement à l’amour on peut peindre le moment du passage à l’acte. En outre , ici elle est dédoublée puisque nous traitons du crime suivi de son châtiment, qui est un autre crime.

Après être passé devant tant d’images saisissantes, dans quel état d’esprit pensez-vous que le public sortira du parcours ?

L’exposition commence avec la figure de Caïn. Le premier de nos ancêtres est un fratricide . Il veut rester seul, unique. L’Ancien Testament livre une caractéristique majeure de la condition humaine. Nous éprouvons tous des pulsions homicides. Il nous faut les admettre comme il nous faut reconnaître que tout meurtrier puisse être notre semblable. Le passage à l’acte le différencie certes, mais la frontière est parfois mince et fragile.

– Avec Robert Badinter, vous proposez une exposition polyphonique. Lui, en humaniste, en homme de la raison, en grand lecteur de Condorcet et de l’abbé Grégoire, se demande pourquoi le droit qui combat la transgression est si impuissant lorsqu’il s’agit de l’expliquer. Vous lui répondez en psychanalyste, avec Sade, Joseph de Maistre et Georges Bataille…

On éprouvera aussi à la sortie probablement un certain soulagement. Toutes ses représentations de crimes sont autant de mises à distance et l’ensemble fonctionne comme une catharsis. Enfin, l’ombre sinistre de la guillotine s’est éloignée.

Pourtant la conclusion, qui porte sur le Surréalisme, pose une question : pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros , de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur ?

Oui, nous n’avons pas vraiment confronté nos idées, poussés par le temps. Nous avons deux analyses probablement assez différentes des Lumières et de la Révolution dont l’exposition montre surtout les faces les plus sombres. Que j’aie exposé par exemple le grand Lucifer de Stuck à côté de la guillotine est une private joke : c’est Joseph de Maistre qui considérait que le Révolution était de nature satanique … Et je lis aujourd’hui plus volontiers Edmund Burke et ses réflexions sur la Révolution que je ne relis Soboul que l’on m’a asséné à l’Université … J’ai aussi accordé à ce qu’on appelle « la médicalisation du mal», aux théories sur les localisations cérébrales qui tentent de démontrer «la bosse du crime » ou de traquer les gènes de la violence, une importance plus grande que Robert Badinter peut-être ne l’aurait souhaitée. L’idée qu’il puisse exister un criminel né ou que l’on devient criminel par atavisme ou par dégénérescence , toutes ces sciences déterministes du mal furent , à l’origine , des théories d’hommes de progrès , et de gauche , de Lombroso à Zola. Elles sont ensuite devenues des idées de droite , voire d’extrême droite . Où se placent alors la Justice et le Droit dans cet étrange méli-mélo … ? On peut les saluer lorsqu’elles conduisent , par souci humanitaire , à l’abolition de la peine de mort mais comment ne pas critiquer ces idées de progrès lorsque elles inventent la guillotine ? Cette machine a été créée dans un souci humaniste, comme le moyen le moins douloureux et le plus égalitaire de donner la mort. Et en même temps , c’est la première machine à donner la mort automatiquement puisque la main n’intervient plus : c’est par un automatisme , par un « ressort caché » que la lame est libérée et qu’elle glisse … Sa précision et sa facilité d’emploi en font aussi le début des meurtres industriels de masse

– Mais alors qu’est-ce qui vous unit ?

Le «Tu ne tueras pas» : l’iniquité de la peine de mort. Il n’est pas acceptable qu’un homme se venge d’un criminel en le tuant à son tour. L’abolition était nécessaire , et j’admire Robert Badinter d’avoir réussi à la faire accepter.

– L’exposition est pluridisciplinaire, elle dépasse le simple cadre de l’histoire de l’art pour devenir anthropologique. Pourtant elle a lieu dans un musée classique, à Orsay. Y-a-t-il un risque qu’au contact des créations d’artistes, des documents ou des objets historiques soient pris pour des fictions ?

J’ai toujours conçu mes expositions ainsi, depuis «L’Âme au corps » avec le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux, en 1993. Je me fonde sur l’histoire des idées, je fuis la clôture de l’histoire de l’art comme savoir autosuffisant . L’extraordinaire porte de prison que nous montrons, ou bien encore la guillotine, ne peuvent être confondues avec des œuvres d’art : elles sont montrées telles quelles sans aucune trace d’esthétisme et pourtant elles figurent , noyau initial, dans beaucoup d’œuvres de l’exposition . Elles sont là comme des bornes au formalisme , à l’abstraction , au manque de contenu qui ont envahi notre culture visuelle. En retour ces objets du monde réel se trouvent montrés dans un contexte qui les renforcent : la guillotine appelle la figure de Satan chez Stuck, mais aussi la tête coupée en lévitation de saint Jean-Baptiste chez Gustave Moreau.

– Que dénote le choix si particulier de cette technique d’exécution pour notre société ?

Un autre rapport au corps. Les artistes en témoignent de manière obsessionnelle, par une esthétique de plus en plus naturaliste , chez Géricault ou de plus en plus fantasmatique , chez Redon : songez que nous avons ici des représentations de 45 têtes coupées !

– L’exposition s’arrête avant la Seconde Guerre mondiale…

Si nous avions poursuivi, il aurait fallu aborder un autre crime : celui contre l’humanité. Un autre volet, une immense suite… Rendons déjà hommage à Guy Cogeval le président du musée d’Orsay qui a immédiatement approuvé le principe de cette exposition transversale dès que nous la lui avons proposée. Il a mis toutes les collections, ses réseaux et les énergies dont il dispose dans le projet.

– Y-a-t-il un criminel qui vous fascine particulièrement ?

Pas vraiment. Peut-être parce que je m’intéresse surtout à l’aspect pathologique du passage à l’acte. Je vois le malheureux plutôt que le responsable. Landru m’intéresse parce qu’il est décevant : le plus abominable des tueurs en série est un monsieur-tout-le-monde, il n’a rien d’un monstre. C’est un fonctionnaire du crime.

– On ne retient guère le nom des victimes. Mais lequel citeriez-vous ?

Charlotte Corday. Certes, c’est d’abord une criminelle, doublement sacrilège puisqu’elle est femme (qu’elle doit donc donner la vie plutôt que la mort) et qu’elle a tué Marat « le père du peuple ». Mais une salle dans l’exposition montre l’étonnant changement de son image qui s’opère au fil de l’histoire. De condamnable, Charlotte Corday devient justicière, martyr. Vierge, belle, héroïne, aristocrate normande Et c’est Marat qui devient peu à peu le monstre. Plus tard, l’image de Charlotte Corday s’inverse encore. Elle redevient fatale. Munch et Picasso l’utilisent pour régler leurs conflits personnels avec le genre féminin.

– Entre le crime et le châtiment, il y a un moment intermédiaire qui est le procès. Les espaces qui lui sont consacrés dans l’exposition sont moindres. Pourquoi ?

Longtemps les tribunaux et les condamnations furent fermés au public , alors que les supplices étaient publics. Au XXème siècle , les choses s’inversent : on donne une grande publicité au procès , mais l’exécution devient clandestine Que montre Daumier ? Surtout les ridicules de notre justice tellement humaine. Quant aux portraits académiques de grands magistrats, ils ont un côté effrayant. Ils suggèrent une sorte de violence froide, déterminée.

– Revenons donc aux images. Pour vous, qui est le plus grand tueur en peinture ?

Kandinsky n’a jamais vraiment réussi à atteindre l’abstraction pure, quoi qu’il en dise. Je pense à Duchamp, qui avait choisi de renoncer à l’art.Ou à Picasso, «le grand liquidateur» comme l’appelait Roger Caillois . L’exposition pourtant se termine avec la «Tête sur tige» de Giacometti en 1947. Comme s’il était impossible à l’homme moderne d’envisager un visage autrement que sous l’aspect d’une agonie. Cette volonté de retour à la figure , au portrait , au visage, après tant de corps décapités, démembrés, détruits, me paraît être la grande aventure de l’art d’aujourd’hui, de Balthus à Freud …

Voir aussi:

Robert Badinter: « Ce qui intéresse, c’est la douleur, le supplice, la mort »

Les artistes fascinés par le crime et la justice
Ph. D.
Le Monde
14.03.10

A SUJET immense et passionnant, exposition foisonnante et précieuse. En développant le projet de Robert Badinter, Jean Clair en a fait l’une de ces expositions à idées et à surprises dont il est spécialiste. « Crime et châtiment » s’inscrit ainsi dans la suite de « L’âme au corps » (1993) et de « Mélancolie » (2005), ses deux réussites toutes deux présentées au Grand Palais.

Cette fois-ci, c’est au Musée d’Orsay, plus à l’étroit, qu’il réunit plusieurs centaines d’oeuvres, d’images et d’objets, répartis par chapitres intitulés Tu ne tueras point, La mort égalitaire, Figures du crime, Le crime et la science ou Canards et apaches – ce dernier consacré évidemment aux journaux et à la popularité constante des assassins et des voleurs. Alternent ainsi des approches selon l’histoire du droit, celle de la criminologie, de la médecine ou de la presse.

La tête qui roule

La conjonction de toiles et dessins de Géricault, Goya, Blake, Degas, Munch ou Picasso, d’illustrations et de croquis de toutes sortes et de photographies policières ou anthropométriques permet non seulement d’alimenter l’analyse des oeuvres, mais encore de mesurer avec quelle rapidité le crime est devenu, dans la société française du XIXe siècle, un thème à succès. Les uns cherchent à faire frissonner les braves gens. D’autres prétendent éduquer le sens moral du peuple. D’autres encore, plus scientifiques, se demandent ce qui fait d’un homme – ou d’une femme – le coupable d’un crime.

Naît-on assassin, comme quelques-uns n’ont pas craint de l’affirmer ? Comment le devient-on ? Et comment punit-on ? La lame triangulaire qui tombe, la tête qui roule : de Hugo à Gauguin, de Villiers de L’Isle-Adam à Redon et Picasso, la guillotine est l’héroïne tragique de l’époque. On pouvait l’imaginer, mais on ne l’avait pas démontré jusqu’ici avec autant d’ampleur et de netteté.

Voir enfin:

Exposition: la petite boutique des horreurs
« Crime & Châtiment », au musée d’Orsay, sur une idée de Robert Badinter, raconte deux siècles de peine de mort, et de faits divers sanglants. Fascinant.
Yves Jaeglé
Le Parisien
04.04.2010

C’est une exposition parfaite comme un crime parfait. Celle qu’il faut voir, dont tout le monde parle. Le propos est très sérieux, mais le résultat parfois drôle, et passionnant. Robert Badinter, garde des Sceaux qui fit voter l’abolition de la peine de mort en 1981, co-organise avec Jean Clair « Crime & châtiment », qui réunit la dernière guillotine utilisée en France, des chefs-d’oeuvre de Goya, Géricault ou Degas, des moulages de têtes coupées, des unes de journaux, des oeuvres surréalistes. Visite au musée des horreurs.

La guillotine donne des frissons. Robert Badinter voulait montrer la dernière guillotine, qui trancha des têtes jusqu’en 1977. « La Veuve » son surnom a été très difficile à retrouver. Démontée après 1981 dans les caves du musée des Arts et traditions populaires, elle a été transportée au fort d’Ecouen (Val-d’Oise). Et elle fait parler… « Je la voyais plus massive. Elle fait à peine la largeur d’épaules », lance un visiteur. « Ça donne des frissons », lâche une vieille dame. Des ados ricanent : « C’est quand même mieux que la hache. »

Drôles de décapitations. Les têtes coupées ont obsédé les artistes. L’expo regorge de dessins et tableaux incroyables, comme cette « Matière à réflexion pour les têtes couronnées », gravure de Louis Villeneuve (1796-1842), portrait de décapitation, ou cette sculpture presque décorative de « Tête de saint Jean-Baptiste redressée sur un plat », servie sur un plateau et signée Jean-Désirée Ringel d’Illzach. On part de la tragédie mais on touche parfois à l’attraction de train fantôme, avec le moulage sur nature (après décapitation) de la tête de l’« escroc mondain et assassin » Henri-Jacques Pranzini, guillotiné en 1887.

Marat, la star. On connaissait la peinture d’histoire, mais l’assassinat de Marat par Charlotte Corday constitue presque un genre ou un exercice de style à lui seul. Marat le journaliste virulent de « l’Ami du peuple », ennemi du roi et des Girondins, suscite passion et haine. Sept tableaux illustrent son meurtre. Ils se regardent comme autant de « remakes » ou variations d’une scène primitive de l’Histoire de France. Au-delà, l’exposition dévoile une série de chefs-d’oeuvre picturaux, dont les huiles signées Goya de brigands dépouillant ou assassinant.

Bertillon, ça refroidit. On connaissait le glacier. Voici l’homonyme et devancier Alphonse Bertillon (1853-1914), l’homme qui a inventé la photographie scientifique des corps refroidis. Sa méthode d’identification judiciaire permet la création d’un fichier de détenus sous tous les profils, mais aussi toute une série de clichés de victimes juste après le meurtre, digne des scènes de crimes des « Experts », en noir et blanc.

Musée d’Orsay jusqu’au 27 juin, tél. 01.40.49.48.14, de 9 h 30 à 18 heures sauf lundi, jusqu’à 21 h 45 le jeudi.


Terrorisme: Barack Obama face au spectre Bush (A country governed by leaders too principled to speak the name of its mortal enemy)

15 juin, 2010
It's all Bush's fault!L’Irak (…) pourrait être l’un des grands succès de cette administration. Joe Biden (10.02.10)
Tuer les Américains et leurs alliés, qu’ils soient civils ou militaires, est un devoir qui s’impose à tout musulman qui le pourra, dans tout pays où il se trouvera. Ben Laden (février 1998)
Le jihad n’est pas exigé si l’ennemi est deux fois plus puissant que les musulmans. Saïd Imam Al-Sharif alias Dr. Fadl (ex-idéologue d’Al Qaeda, novembre 2007)
Après la défaite des Occidentaux en Afghanistan, le jihad continuera ailleurs. (…) Un exemple : si un élément particulièrement radical se manifeste dans un pays comme le Soudan, les services secrets saoudiens vont chercher à négocier avec lui. S’il veut vraiment se battre, ils lui disent d’aller en Afghanistan, car ce pays est devenu un champ de bataille international. (…) il y a des membres de l’ISI qui, individuellement, collaborent avec les talibans. Nous recevons aussi de l’aide des pays qui veulent que les Etats-Unis soient piégés en Afghanistan. Nous utilisons des armes comme les Sam-7 fabriqués en Russie et en Chine. Nous les achetons avec l’argent que nous recevons d’Arabie saoudite. Wahid Mojda (« théoricien islamiste » des talibans, août 2009)
Pendant des décennies le Monde libre a abandonné les musulmans du Moyen-Orient aux tyrans, et aux terroristes, et au désespoir. Et cela au nom de la stabilité et de la paix, mais cette approche n’a apporté ni l’un ni l’autre. Le Moyen-Orient est devenu un incubateur pour le terrorisme et le désespoir, et le résultat a été une augmentation de l’hostilité des musulmans envers l’Occident. Moi, j’ai consacré le cœur-même de ma présidence à l’aide aux Musulmans dans leur lutte contre le terrorisme, la revendication de leur liberté et l’élaboration de leurs propres voies vers la prospérité et la paix. George Bush (Centre islamique de Washington, le 27/7/07)
La vérité est que c’est les Sunnites qui ont lancé cette guerre il y a quatre ans et qu’ils l’ont perdue. Les tribus ne gagnent jamais les guerres, elles ne font que rejoindre le camp des vainqueurs. Un Irakien (2007)
George Bush a répondu à l’appel de l’histoire – comme il a cru bon. Le pays lui a donné sa garantie et son acceptation, puis le lui a retiré dans les dernières années de sa présidence. On peut dire ce qu’on veut au sujet de son appel à la vigilance, mais il avait une vision du monde cohérente. Il a tenu bon quand le monde islamique était vraiment dans la tourmente et en prise aux plus ruineuses tentations. Il a porté la guerre contre le terrorisme au cœur même monde arabe. C’était des Arabes – avec l’argent du pétrole et le prestige qui va avec leur maîtrise de l’arabe, la langue du Coran, face à des Pakistanais et des Afghans influençables – qui avaient fait de l’Afghanistan la menace qu’elle est devenue. Sans argent arabe et doctrines arabes de l’islam politique, les Talibans seraient restés une race de séminaristes réactionnaires, une terreur pour leur propre population mais sans conséquence au-delà. Il apparaissait donc parfaitement raisonnable du point de vue stratégique de porter le combat au cœur arabe de l’Islam. Saddam Hussein avait juste tiré la courte paille. (…) L’Anbar n’a basculé que lorsque les insurgés sunnites ont été convaincus que les Américains étaient là pour rester et que l’alternative à l’arrangement avec les Américains et le gouvernement de Bagdad était une défaite sunnite garantie et générale. Les Talibans en sont très très loin. Et encore, les hésitations actuelles de Washington ne peuvent que les encourager à attendre, avec l’espoir que les Américains se lassent. Fouad Ajami
C’est néanmoins le refus d’ajouter la guerre à la guerre qui a permis à Washington de reprendre l’initiative contre Al-Qaida. Jamais les Etats-Unis n’ont été aussi proches de pouvoir tourner la page du 11-Septembre et la proximité de ce dénouement possible dramatise d’autant le bras de fer avec l’organisation de Ben Laden. (…) La piste de tous les attentats déjoués ces derniers mois sur le territoire américain remonte jusqu’à « Al-Qaida central » et aux zones tribales. Pour le président démocrate, il ne s’agit plus seulement de « finir le travail » laissé inachevé par George W. Bush, mais d’empêcher la « pakistanisation » d’Al-Qaida et le renouveau de sa terreur globale. Le paradoxe assumé par la Maison Blanche est qu’une intervention accrue au Pakistan risque d’accélérer ce processus au lieu de le neutraliser. Un an après le discours du Caire, la voie reste étroite dans le quitte ou double d’Obama face à Al-Qaida. Jean-Pierre Filiu

Alors qu’aux Etats-Unis comme au Moyen-Orient ou ailleurs, le désenchantement grandit face à une Administration américaine en état avancé de katrinisation et qui, tout en s’étant approprié l’essentiel des mesures et même les succès de la précédente contre le terrorisme jihadiste, reste ‘incapable de prononcer le nom de ses ennemis’

Et qu’à peu près un an après le fameux discours du Caire où, le Pleurnicheur en chef s’était, contre toutes les règles en usage tant dans son propre pays que dans la région de ses hôtes, permis de dire du mal de sa propre tribu devant des étrangers

Il faut lire d’urgence, dans le Monde d’aujourd’hui après son long article de Commentaire de l’hiver 2008-2009 , le dernier petit joyau de désinformation d’un de nos nombreux spécialistes auto-proclamés d’Al-Qaïda, le professeur de Science Po Jean-Pierre Filiu.

Il faut voir en effet les trésors d’ingéniosité qu’il déploie dans son état des lieux d’un Al-Qaïda ‘à bout de souffle’ pour éviter, à l’instar du Pleurnicheur en chef de la Maison Blanche et de ses thuriféraires des médias, d’en attribuer le crédit au cowboy Bush.

Ainsi, reprenant les sophismes et les contre-vérités du discours du Caire d’une Amérique en prétendu besoin de ‘réconciliation’ avec l’islam contre les ‘calamiteux errements’ de son prédécesseur, il passe commodément sous silence que le président Bush n’avait cessé tout au long de ses mandats et dès les attentats du 11/9 de proclamer (lui aussi contre toute évidence) que ‘l’Islam est paix’ et de dénoncer ‘les extrémistes d’Al-Qaeda qui trahissaient le vrai islam’ pour finir, vers la fin de ses mandats en 2007, par déclarer avoir ‘consacré le coeur-même de sa présidence à l’aide aux Musulmans dans leur lutte contre le terrorisme, la revendication de leur liberté et l’élaboration de leurs propres voies vers la prospérité et la paix’, le qualificatif de ‘guerre contre la terreur’ lui servant justement d’euphémisme pour éviter d’indisposer lesdits musulmans.

De même, contraint de reconnaître le succès de la 1ère guerre afghane contre Al-Qaeda (80 % des militants d’Al-Qaïda neutralisés en ‘laissant habilement’, contre ses contradicteurs démocrates dont un certain Obama, ‘l’Alliance du nord en première ligne’) tout en attribuant l’inachèvement à Bush, il feint, quand ça l’arrange, de ne pas apercevoir le caractère purement opportuniste d’un réseau comme Al-Qaeda (ne cite-il pas lui-même l’image obamienne du ‘cancer’?) prêt à frapper partout où on lui en laissera l’opportunité.

Puis, reprenant la vulgate démocrate et médiatique sur la prétendue ‘’erreur de l’invasion irakienne’ (comme ‘relance d’Al-Qaeda’), il oublie tant le ‘fort pouvoir de déstabilisation’ du Moyen-Orient qu’avait auparavant l’Irak de Saddam (cause d’ailleurs de ‘l’occupation infidèle’ du territoire saoudien – comme siège nécessaire des bases aériennes servant à l’application des zones de non-survol du territoire irakien – qui avait justement servi à Ben Laden de prétexte pour sa déclaration de guerre contre l’Amérique de 1996) que le ‘fort pouvoir d’inspiration’ que, comme l’avait annoncé le président Bush dès septembre 2003, peut avoir aujourd’hui pour la région tout entière un Irak démocratisé.

Enfin, le succès de Bush en Irak est, pareillement et contre toute évidence, mis au seul compte du réveil sunnite de la province d’Anbar, oubliant opportunément que, comme le rappelait un Irakien au politologue libano-américain Fouad Ajami et contre l’inanité d’un prétendu ‘refus d’ajouter la guerre à la guerre’, ‘les tribus ne gagnent jamais les guerres, elles ne font que rejoindre le camp des vainqueurs.

Comme est imputée aux positions prétendument hérétiques du tandem Ben Laden-Zawahiri, la désaffection d’une partie du mouvement jihadiste quand l’un des idéologues du groupe (le fameux Dr. Fadl) rappelait on ne peut plus pragmatiquement que le jihad n’est pas exigé si l’ennemi est deux fois plus puissant que les musulmans’

Barack Obama face au spectre Al-Qaida
Jean-Pierre Filiu, historien, politologue
Le Monde
14.06.10

Il y a un peu plus d’un an, le président américain prononçait au Caire son discours historique de réconciliation avec l’islam. Au nom de valeurs partagées entre les Etats-Unis et le monde arabo-musulman, il appelait à une mobilisation générale contre Al-Qaida et ses thèses mortifères. Il opposait ainsi aux calamiteux errements de son prédécesseur la nouvelle vision d’un islam aussi constitutif de la foi américaine que le christianisme ou le judaïsme. Il prenait le contre-pied de la « guerre globale contre la terreur » en ciblant avec détermination l’infime minorité des partisans de Ben Laden, ennemis de la communauté des nations, et non des seuls Occidentaux.

Douze mois après cette main tendue, Barack Obama a restauré une partie du crédit des Etats-Unis dans cette région, même si l’absence de tout progrès tangible sur le règlement de la question palestinienne continue d’être son principal handicap. L’apparent enlisement de l’OTAN en Afghanistan joue aussi en sa défaveur, mais la poursuite du retrait des forces américaines hors d’Irak lève la principale hypothèque léguée par l’administration Bush.

C’est néanmoins le refus d’ajouter la guerre à la guerre qui a permis à Washington de reprendre l’initiative contre Al-Qaida. Jamais les Etats-Unis n’ont été aussi proches de pouvoir tourner la page du 11-Septembre et la proximité de ce dénouement possible dramatise d’autant le bras de fer avec l’organisation de Ben Laden.

1. Le déclin opérationnel

Al-Qaida est aujourd’hui composée de quatre pôles d’inégale importance : « Al-Qaida Central », soit la direction politico-militaire réfugiée depuis l’hiver 2001-2002 dans les zones tribales du Pakistan ; Al-Qaida pour la péninsule Arabique (AQPA), fondée en 2003 en Arabie saoudite, sur instruction de Ben Laden, et repliée au Yémen après l’échec de sa campagne terroriste contre le régime de Riyad ; Al-Qaida en Irak, constituée en 2004 à partir des réseaux fidèles au djihadiste jordanien Zarkaoui, et reprise en main après sa mort en 2006 par un émissaire égyptien de Ben Laden, Abou Hamza Al-Mouhajer ; Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), nouvelle dénomination en 2007 de la principale formation djihadiste algérienne.

Malgré sa vocation planétaire, Al-Qaida s’avère incapable d’étendre ses réseaux au-delà de ces quatre implantations, elle a ostensiblement abandonné l’Asie du Sud-Est, elle se heurte à l’implacable hostilité des formations nationalistes au Proche-Orient, elle se désintéresse du Caucase et elle s’abstient même de donner suite aux offres de service des djihadistes somaliens.

La plupart des victimes de la terreur d’Al-Qaida demeurent des musulmans tués dans des pays musulmans, surtout en Irak et au Pakistan. Mais la vague d’attentats sanglants à Bagdad depuis août 2009 n’a pas réussi à enrayer l’effondrement d’Al-Qaida en Irak, qui a été désavouée par la participation massive de la population sunnite aux élections de mars 2010, un mois avant l’élimination d’Abou Hamza Al-Mouhajer et de son adjoint. En Algérie, l’horreur suscitée par les massacres terroristes a contraint AQMI à suspendre les attentats-suicides. Au Yémen, les chefs tribaux qui ont accordé leur protection aux cellules d’Al-Qaida l’ont conditionnée au refus des attentats aveugles.

L’organisation de Ben Laden cherche pourtant désespérément à relancer le terrorisme antioccidental, mais elle ne dispose plus que de recrues trop vite formées, envoyées en mission sans vraie structure de soutien ni plan alternatif. D’où une succession impressionnante de fiascos, qu’Al-Qaida revendique au même titre que des victoires, rompant ainsi avec ses exigences opérationnelles des vingt années précédentes. Le seul succès dont Al-Qaida peut vraiment se targuer au cours de l’année écoulée est l’attentat-suicide contre l’antenne de la CIA à Khost, dans l’est de l’Afghanistan, où un agent double jordanien a éliminé son officier traitant et une demi-douzaine de ses collègues, le 30 décembre 2009.

Ce coup spectaculaire, médiatisé par une vidéo posthume du kamikaze aux côtés du chef des talibans pakistanais, Hakimullah Mehsud, relève cependant plus de la « guerre de l’ombre » entre services que de la terreur publicitaire à laquelle s’était identifiée Al-Qaida.

2. La contre-offensive musulmane

Al-Qaida ne compte aujourd’hui, toutes branches confondues, que mille à deux mille membres. Cette avant-garde autoproclamée et élitiste entend pourtant imposer son programme totalitaire à la masse de ses supposés coreligionnaires, qu’elle accuse de pratiquer un « islam américain » et somme d’épouser son nouveau dogme. Les dirigeants d’Al-Qaida, tels Ben Laden ou son adjoint égyptien Zawahiri, n’ont aucune légitimité religieuse à faire valoir et leur prétention sectaire a suscité un profond rejet, de la part de l’islam traditionnel ou populaire, mais aussi dans les rangs plus militants de l’islam radical. Longtemps confinées aux cénacles de l’islam officiel, les condamnations émanent désormais de ses anciens alliés salafistes ou djihadistes, qui fustigent son bricolage idéologique, voire sa « trahison » de l’islam.

Al-Qaida paie ainsi le prix de sa dialectique entre « l’ennemi proche », faussement musulman à ses yeux, et « l’ennemi lointain », l’Amérique et ses alliés. « L’ennemi lointain » est désigné avec d’autant plus de virulence que l’objectif est de l’attirer sur le territoire de « l’ennemi proche », afin de mieux déstabiliser celui-ci, car seule une escalade militaire de cet ordre peut permettre à Al-Qaida de surmonter sa faiblesse structurelle, en tirant parti du chaos suscité par une intervention occidentale.

Zawahiri appelle ainsi publiquement de ses voeux une guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, dont il escompte la relance de la dynamique terroriste au coeur du Moyen-Orient. Al-Qaida en Irak s’efforce sans succès, par ses massacres de civils, de retarder le retrait américain qui signe sa perte. Et Ben Laden ne craint pas de revendiquer le fiasco de Noël 2009, dans l’espoir (déçu) que les Etats-Unis tombent dans le piège de représailles massives au Yémen.

Une telle politique du pire est naturellement combattue par les formations nationalistes, qui refusent d’être les otages de la dialectique cynique d’Al-Qaida. C’est ainsi que la guérilla irakienne, malgré son sunnisme exacerbé, s’est retournée contre Al-Qaida, bien avant que le général Petraeus amorce son « surge » de 2007 et le démantèlement progressif des réseaux de Ben Laden dans le pays.

C’est dans le même esprit que le Hezbollah libanais ou le Hamas palestinien ont été impitoyables envers toute tentative d’infiltration d’Al-Qaida, lui interdisant de prendre pied sur le théâtre hautement symbolique de la confrontation avec Israël. Quant au mollah Omar, il n’a certes jamais désavoué ses liens avec Ben Laden ; mais l’insurrection afghane ne compte fondamentalement que sur ses propres forces et c’est sur l’autre versant de la frontière avec le Pakistan qu’Al-Qaida s’est repliée.

3. L’enfermement virtuel

Al-Qaida s’efforce de compenser cette série de revers politico-militaires en surinvestissant la Toile comme espace virtuel de mobilisation. Elle y martèle les thèses du djihad pour le djihad, désormais rejetées jusque dans les cercles les plus radicaux, qui y voient au mieux un dévoiement, au pire une hérésie, car le djihad n’est qu’un moyen en vue d’une fin, soumis à la décision des docteurs de la loi. Ben Laden balaie cet impératif d’un recours aux clercs de l’islam et trouve dans l’Internet le vecteur privilégié de diffusion de leur vulgate sectaire. Al-Qaida met en ligne un document original tous les deux ou trois jours et elle multiplie ses appels au meurtre contre « les juifs et les croisés », espérant qu’ils seront entendus ici ou là, qu’un internaute isolé passera à l’acte criminel, relançant ainsi le cercle vicieux terreur/répression.

Al-Qaida n’est plus parvenue à frapper un pays occidental depuis les attentats de Londres en juillet 2005 et les djihadistes algériens d’AQMI ont échoué à projeter leur terreur au nord de la Méditerranée. Car la crise du recrutement djihadiste, aggravée par l’efficacité des services de sécurité, a atteint un tel niveau qu’Al-Qaida doit s’en remettre prioritairement à Internet pour radicaliser et programmer des terroristes potentiels. Toutes les récentes affaires impliquant AQMI sur le territoire français révèlent un rôle majeur de l’Internet dans la planification opérationnelle. La propagande d’Al-Qaida exalte depuis novembre 2009 le massacre par un officier américain et musulman de 13 autres militaires sur la base texane de Fort Hood.

C’est au fond la transposition de la redoutable dialectique entre « l’ennemi proche » et « l’ennemi lointain » à l’intérieur même des sociétés occidentales : les musulmans d’Europe et d’Amérique demeurant irréductiblement hostiles à Al-Qaida et à son message, seule une provocation isolée, mais à forte visibilité, pourra déclencher des représailles racistes et ouvrir un cycle de violence dont Al-Qaida espère profiter. Ce pari sur la haine communautaire était au coeur des attentats de Madrid, le 11 mars 2004, mais la maturité de la société espagnole l’a mis en échec. L’exaltation de la tuerie de Fort Hood représente dès lors la réplique d’Al-Qaida au discours d’Obama sur l’Amérique en paix avec l’islam comme avec elle-même. Il n’est pas trop tard pour prendre en compte la menace pernicieuse que véhicule le cyberdjihad et que l’idéalisation des vertus de l’Internet a longtemps occultée.

La neutralisation des sites djihadistes et de leur propagande homicide ne pose pas de problèmes techniques insurmontables, à condition qu’une coordination minimale existe entre les différents intervenants de cette guerre virtuelle. La « taupe » jordanienne que la CIA avait cru recruter (et qui s’est finalement retournée contre elle en décembre 2009 à Khost) se distinguait par sa violence sur Internet, soi-disant pour conforter sa « couverture ». Plus grave encore, une agence américaine a pu manipuler un « vrai-faux » site djihadiste, qu’une agence concurrente a détruit avant d’être mise dans la confidence. Le cyberespace est aussi le théâtre de « tirs amis ».

4. Le risque de la « pakistanisation »

Sous ces rodomontades rhétoriques, Al-Qaida est une organisation à bout de souffle. Adossée à la frontière afghane, « Al-Qaida central » joue son va-tout sur le terrain pakistanais, où elle jouit de la protection ancienne du seigneur de la guerre Jalaluddine Haqqani et de son fils Sirajuddine, puissants dans le Waziristan pakistanais comme dans la province afghane de Khost. Mais Ben Laden mise surtout sur la force révolutionnaire d’une nouvelle génération d’extrémistes pachtounes qui se sont regroupés en décembre 2007 dans le TTP, le mouvement des talibans pakistanais.

Al-Qaida complète ainsi la protection statique du réseau Haqqani par la perspective dynamique du TTP, engagé dans une campagne terroriste sans merci contre le régime d’Islamabad. Elle peut aussi compter sur la coopération des groupes djihadistes du Pendjab et du Sind, tel Lashkar-e-Taiba, responsable de l’attaque de Bombay en novembre 2008, qui accusent le gouvernement pakistanais de les avoir trahis au profit de la détente avec l’Inde.

Le commandant Massoud, peu avant son assassinat en 2001 par des sicaires de Ben Laden, décrivait Al-Qaida comme la « colle » indispensable à la cohérence des talibans afghans. La même formule peut s’appliquer à la coalition pakistanaise de formations djihadistes, dont Al-Qaida potentialise l’offensive révolutionnaire contre « l’ennemi proche », la République islamique du Pakistan, au nom de la lutte contre « l’ennemi lointain » et américain. Nombre de prisonniers capturés lors des offensives gouvernementales dans les zones tribales croyaient combattre les troupes américaines, et non l’armée pakistanaise.

Barack Obama qualifie de « cancer » le risque djihadiste au Pakistan et les drones de la CIA mènent régulièrement des raids meurtriers contre Al-Qaida et ses alliés dans les zones tribales du Pakistan. Ben Laden a riposté en dépêchant un de ses kamikazes contre la base arrière de la CIA, sur l’autre versant de la frontière, puis en encourageant le TTP à viser le territoire même des Etats-Unis. Tel est le sens de la provocation de Times Square, assumée par Hakimullah Mehsud lui-même, afin de piéger « l’ennemi lointain » au Pakistan.

La piste de tous les attentats déjoués ces derniers mois sur le territoire américain remonte jusqu’à « Al-Qaida central » et aux zones tribales. Pour le président démocrate, il ne s’agit plus seulement de « finir le travail » laissé inachevé par George W. Bush, mais d’empêcher la « pakistanisation » d’Al-Qaida et le renouveau de sa terreur globale. Le paradoxe assumé par la Maison Blanche est qu’une intervention accrue au Pakistan risque d’accélérer ce processus au lieu de le neutraliser. Un an après le discours du Caire, la voie reste étroite dans le quitte ou double d’Obama face à Al-Qaida.

Professeur à Sciences Po (chaire Moyen-Orient), Jean-Pierre Filiu a obtenu en 2008 le Prix des Rendez-vous de l’histoire de Blois et a été professeur invité à l’université de Georgetown. Ses travaux sur l’islam contemporain ont été traduits dans une dizaine de langues. Il a publié « Les Neuf Vies d’Al-Qaida » (Fayard, 2009).

Voir aussi:

The Alien in the White House
The distance between the president and the people is beginning to be revealed.
Dorothy Rabinowitz
The Wall Street Journal
June 9, 2010

The deepening notes of disenchantment with Barack Obama now issuing from commentators across the political spectrum were predictable. So, too, were the charges from some of the president’s earliest enthusiasts about his failure to reflect a powerful sense of urgency about the oil spill.

There should have been nothing puzzling about his response to anyone who has paid even modest critical attention to Mr. Obama’s pronouncements. For it was clear from the first that this president—single-minded, ever-visible, confident in his program for a reformed America saved from darkness by his arrival—was wanting in certain qualities citizens have until now taken for granted in their presidents. Namely, a tone and presence that said: This is the Americans’ leader, a man of them, for them, the nation’s voice and champion. Mr. Obama wasn’t lacking in concern about the oil spill. What he lacked was that voice—and for good reason.

Those qualities to be expected in a president were never about rhetoric; Mr. Obama had proved himself a dab hand at that on the campaign trail. They were a matter of identification with the nation and to all that binds its people together in pride and allegiance. These are feelings held deep in American hearts, unvoiced mostly, but unmistakably there and not only on the Fourth of July.

A great part of America now understands that this president’s sense of identification lies elsewhere, and is in profound ways unlike theirs. He is hard put to sound convincingly like the leader of the nation, because he is, at heart and by instinct, the voice mainly of his ideological class. He is the alien in the White House, a matter having nothing to do with delusions about his birthplace cherished by the demented fringe.

One of his first reforms was to rid the White House of the bust of Winston Churchill—a gift from Tony Blair—by packing it back off to 10 Downing Street. A cloudlet of mystery has surrounded the subject ever since, but the central fact stands clear. The new administration had apparently found no place in our national house of many rooms for the British leader who lives on so vividly in the American mind. Churchill, face of our shared wartime struggle, dauntless rallier of his nation who continues, so remarkably, to speak to ours. For a president to whom such associations are alien, ridding the White House of Churchill would, of course, have raised no second thoughts.

Far greater strangeness has since flowed steadily from Washington. The president’s appointees, transmitters of policy, go forth with singular passion week after week, delivering the latest inversion of reality. Their work is not easy, focused as it is on a current prime preoccupation of this White House—that is, finding ways to avoid any public mention of the indisputable Islamist identity of the enemy at war with us. No small trick that, but their efforts go forward in public spectacles matchless in their absurdity—unnerving in what they confirm about our current guardians of law and national security.

Consider the hapless Eric Holder, America’s attorney general, confronting the question put to him by Rep. Lamar Smith (R., Texas) of the House Judicary Committee on May 13.

Did Mr. Holder think that in the last three terrorist attempts on this soil, one of them successful (Maj. Nidal Hasan’s murder of 13 soldiers at Fort Hood, preceded by his shout of « Allahu Akbar! »), that radical Islam might have played any role at all? Mr. Holder seemed puzzled by the question. « People have different reasons » he finally answered—a response he repeated three times. He didn’t want « to say anything negative about any religion. »

And who can forget the exhortations on jihad by John Brennan, Mr. Obama’s chief adviser on counterterrorism? Mr. Brennan has in the past charged that Americans lack sensitivity to the Muslim world, and that we have particularly failed to credit its peace-loving disposition. In a May 26 speech at the Center for Strategic and International Studies, Mr. Brennan held forth fervently, if not quite comprehensibly, on who our enemy was not: « Our enemy is not terrorism because terrorism is just a tactic. Our enemy is not terror because terror is a state of mind, and as Americans we refuse to live in fear. »

He went on to announce, sternly, that we do not refer to our enemies as Islamists or jihadists because jihad is a holy struggle, a legitimate tenet of Islam. How then might we be permitted to describe our enemies? One hint comes from another of Mr. Brennan’s pronouncements in that speech: That « violent extremists are victims of political, economic and social forces. »

Yes, that would work. Consider the news bulletins we could have read: « Police have arrested Faisal Shahzad, victim of political, economic and social forces living in Connecticut, for efforts to set off a car bomb explosion in Times Square. » Plotters in Afghanistan and Yemen, preparing for their next attempt at mass murder in America, could only have listened in wonderment. They must have marvelled in particular on learning that this was the chief counterterrorism adviser to the president of the United States.

Long after Mr. Obama leaves office, it will be this parade of explicators, laboring mightily to sell each new piece of official reality revisionism—Janet Napolitano and her immortal « man-caused disasters » among them—that will stand most memorably as the face of this administration.

It is a White House that has focused consistently on the sensitivities of the world community—as it is euphemistically known—a body of which the president of the United States frequently appears to view himself as a representative at large.

It is what has caused this president and his counterterrorist brain trust to deem it acceptable to insult Americans with nonsensical evasions concerning the enemy we face. It is this focus that caused Mr. Holder to insist on holding the trial of Khalid Sheikh Mohammed in lower Manhattan, despite the rage this decision induced in New Yorkers, and later to insist if not there, then elsewhere in New York. This was all to be a dazzling exhibition for that world community—proof of Mr. Obama’s moral reclamation program and that America had been delivered from the darkness of the Bush years.

It was why this administration tapped officials like Michael Posner, assistant secretary of state for Democracy, Human Rights, and Labor. Among his better known contributions to political discourse was a 2005 address in which he compared the treatment of Muslim-Americans in the United States after 9/11 with the plight of the Japanese-Americans interned in camps after Pearl Harbor. During a human-rights conference held in China this May, Mr. Posner cited the new Arizona immigration law by way of assuring the Chinese, those exemplary guardians of freedom, that the United States too had its problems with discrimination.

So there we were: America and China, in the same boat on human rights, two buddies struggling for reform. For this view of reality, which brought withering criticism in Congress and calls for his resignation, Mr. Posner has been roundly embraced in the State Department as a superbly effective representative.

It is no surprise that Mr. Posner—like numerous of his kind—has found a natural home in this administration. His is a sensibility and political disposition with which Mr. Obama is at home. The beliefs and attitudes that this president has internalized are to be found everywhere—in the salons of the left the world over—and, above all, in the academic establishment, stuffed with tenured radicals and their political progeny. The places where it is held as revealed truth that the United States is now, and has been throughout its history, the chief engine of injustice and oppression in the world.

They are attitudes to be found everywhere, but never before in a president of the United States. Mr. Obama may not hold all, or the more extreme, of these views. But there can be no doubt by now of the influences that have shaped him. They account for his grand apology tour through the capitals of Europe and to the Muslim world, during which he decried America’s moral failures—her arrogance, insensitivity. They were the words of a man to whom reasons for American guilt came naturally. Americans were shocked by this behavior in their newly elected president. But he was telling them something from those lecterns in foreign lands—something about his distant relation to the country he was about to lead.

The truth about that distance is now sinking in, which is all to the good. A country governed by leaders too principled to speak the name of its mortal enemy needs every infusion of reality it can get.

Ms. Rabinowitz is a member of the Journal’s editorial board.


Mondial: Une main qui ne passe décidément pas (Sociologist looks at the far-reaching consequences of Henry’s handball on the psyche of his home country and the future of the world’s most popular game)

12 juin, 2010
Thierry Henry's shameful handball (Nov. 2009)Le fair-play est la plus belle valeur. Elle implique dès le départ que la pratique du football, à quelques niveaux que ce soit, se déroule dans le respect. Celui de l’adversaire, des partenaires, de l’arbitre, des spectateurs, et donc de soi-même. Cette notion est indispensable au football. Raymond Domenech (septembre 2009)C’a été dur, laborieux et par moments miraculeux. Mais nous sommes heureux, tous ceux qui aiment le foot français sont heureux. Avoir participé à ça, c’est génial. Raymond Domenech (TF1, 18.11.10)

Dans une semaine, tout le monde aura oublié, on n’en reparlera plus. Jean-Pierre Escalettes (président de la fération française de football, 18.11.10)

La main de Thierry Henry, c’est le summum de la chance. Il a fait son job, c’est l’arbitre qui aurait dû voir la main. Ce n’est pas de la tricherie, le football c’est comme ça. Daniel Cohn-Bendit (Europe-Ecologie)

A la base, c’est Toto (Squillaci) qui va à la lutte de la tête. Moi, je suis derrière deux Irlandais. La balle rebondit, tape ma main, l’arbitre ne siffle pas… Thierry Henry
On ne va pas se faire hara-kiri parce que l’arbitre s’est trompé» «Je ne comprends pas pourquoi nous sommes présentés comme coupables. Tous les gens qui aiment l’équipe de France sont heureux de cette qualification. Moi aussi, bien sûr, mais avec un peu d’amertume, car cette joie est gâchée par un mauvais match des joueurs français, de l’arbitre, et aussi par la réaction des médias. Sur le terrain, je n’avais pas vu la main. Depuis, j’ai visionné les images, et c’est effectivement une erreur d’arbitrage. Pour moi, il s’agit d’un fait de jeu et non d’une tricherie. Je ne comprends donc pas pourquoi on nous demande de présenter des excuses. Raymond Domenech (19.11.09)
C’était presque un beau 0-0, j’aurais préféré que ce soit un mauvais 1-0. Raymond Domenech (suite au match contre l’Uruguay, 10.06.10)
Le Sénégal, je n’y étais retourné qu’une fois, quand j’avais 10 ans. C’était pour me faire circoncire et franchement ce n’était pas une bonne expérience. (…) Je ne me prends pas pour un philosophe, ne vous inquiétez pas, mais j’ai toujours dit que je n’étais ni sénégalais, ni français, ni noir… Je n’ai pas d’attaches et je ne veux pas mettre les gens dans des catégories. Malgré cela, j’ai des racines et elles sont africaines. Alors disputer cette Coupe du monde en Afrique, la première de l’histoire, c’est un privilège, un symbole. Je suis fier, car cette compétition donnera une autre image de l’Afrique. Je l’espère, en tout cas. (…) On mangeait tous dans le même plat, on était baigné dans la culture sénégalaise mais on s’est quand même vite européanisé. (…) J’étais le singe qui se déculotte devant les Blancs. J’étais un traître à la nation, obsédé par l’argent… c’est comme ça, je l’ai assumé grâce à l’aide de mes parents. Patrice Evra (capitaine des Bleus, défenseur de Manchester United, né à Dakar d’un père sénégalais et d’une mère capverdienne arrivé à 12 mois en Belgique, L’Equipe, 7 juin 2010)
Rien ne me ferait plus plaisir que de voir l’Angleterre gagner la Coupe du monde », reconnaît l’entraîneur du club londonien. (…) Quand je conduis à Londres, il y a une croix de Saint George sur la moitié des voitures. J’étais à Paris la semaine dernière et je n’ai pas vu une voiture avec un drapeau français. Cela résume tout. J’aime cette attitude, c’est pour cela que j’aimerais que l’Angleterre gagne la Coupe du monde. Quand je suis un peu en retard pour un match de l’Angleterre, je me presse parce que je ne veux pas manquer l’hymne national. En Angleterre, ils chantent le God Save The Queen comme un seul homme. Quand je suis en retard en France, je prends mon temps, parce que la moitié du stade siffle l’hymne. (…) La France pourrait être une force qui compte au Mondial. Mais elle manque de foi en elle parce que tout le pays a le sentiment qu’elle ne devrait pas être là, vu la manière dont elle s’est qualifiée contre l’Eire. Arsène Wenger (entraineur du club de football londonien Arsenal)
Je n’aurais pas choisi cet hôtel personnellement (…). L’Espagne, qui fait quand même partie des équipes favorites, a choisi un campus universitaire. (…) J’avais appelé les instances du football à la décence. En temps de crise, il faut y penser. » « Si la France va très loin, le choix d’un site proposant les meilleures conditions d’entraînement peut paraître judicieux (…). Par contre, si les résultats ne sont pas à la hauteur de nos attentes, la fédération et les instances du football devront s’en expliquer. Ce qui compte pour l’instant, c’est le résultat sportif des Bleus, que l’équipe montre son meilleur visage sur le plan sportif et qu’elle nous éblouisse par ses résultats plutôt que par le clinquant de ses hôtels. Rama Yade (secrétaire d’État aux Sports, Radio J)
Est-ce que chanter la Marseillaise, parce qu’on vous l’a demandé, est une manifestation de patriotisme ? S’ils ont envie de chanter, ils chantent (…) et ceux qui ne chantent pas, il ne faut pas le prendre mal », Je n’ai pas à leur demander ça. Ils font ce qu’ils veulent, les joueurs. » Le fait que certains demeurent impassibles (concentrés sur le match à suivre ?) ne doit pas être pris pour « du mépris ou de l’antipatriotisme ». Rama Yade (Direct 8, 08.06 .10)
Si effectivement elle ne peut les y obliger, elle pourrait à tout le moins comme ministre le souhaiter ! Généralement, chanter l’hymne de son pays est la marque de son attachement, de sa fierté et de son amour pour le pays que l’on représente ; et en l’occurrence pour les joueurs de l’équipe de France, un pays à qui l’on doit sa carrière… et sa fortune. Lionnel Luca
J’avais passionnément aimé l’équipe de France. (…) Le 18 novembre 2009, cette histoire a brutalement pris fin.
Ce 18 novembre 2009 (…) a joué un role de révélateur en catalysant d’un coup de éléments épars, quisont apparus en pleine lumière : le football, à l’instar des grands évènements sportifs, est un drame et une cérémonie rituelle de l’identité collective ; il appartient à tout le monde, puisque ses acteurs sont les représentants de la société , et non plus une élite représentant le seul football; à ce titre, les faits et gestes des joueurs et des responsables institutionnels engagent non seulement l’image du pays tout entier aux yeux des autres nations, mais l’estime que la communauté se porte à elle-même. Paul Yonnet

Séries de matches nuls ou victoires à l’arraché, affaire de prostitution, défaite contre l’équipe B de la Chine en match amical, polémique sur l’hôtel de grand luxe (589 euros la nuit contre 96 pour l’équipe de Ronaldo!), débat sur le manque de patriotisme au moment de l’hymne national …

En ce début de Coupe du monde en Afrique du sud (particulièrement éprouvante, couleur locale des vuvuzelas oblige, pour les tympans) et au lendemain d’un nouveau match nul des Bleus …

Retour, avec deux entretiens particulièrement éclairants du sociologue du sport et penseur dit ‘néo-réactionnaire’ Paul Yonnet (et dont il vient de tirer un livre: « Une main en trop ») sur cette main qui, depuis le match de la honte de novembre dernier contre l’Irlande, ne passe décidément pas.

Et qui explique, sondages à l’appui (neuf Français sur dix réprouvant et étant choqués, 56 % estimant que le joueur aurait dû se dénoncer), la difficulté actuelle d’un public français désormais incapable, à l’instar de l’entraineur français d’Arsenal Arsène Wenger, de se reconnaitre en une équipe nationale passée brutalement du statut (certes passablement écorné depuis la déroute de 2008) de « Brésil de l’Europe » à celui de honte et risée du monde.

Mais aussi l’émergence, au sein dudit public, d’une sorte de « conscience de classe » nouvelle (ce qui est tout à son honneur) face au cynisme intéressé du pas vu pas pris tant de ses idoles surpayées que de l’institution tentant de faire passer pour simple « fait de jeu » un évident acte d’antijeu.

Comme par ailleurs les paradoxes de « la plus grande compétition du premier sport de la planète » à la qualité de spectacle offert souvent moyenne, entre une bonne partie des 32 équipes présentes bien inférieures aux grands clubs européens et, pour les grandes équipes, des stars épuisées par de longues saisons (voire inquiètes de risquer par des blessures leur gagne-pain en club) et donc rarement à leur meilleur niveau de jeu.

Qui tout en étant l’occasion, pour les supporteurs comme pour les joueurs et contre l’hyper-cosmopolitisme des grands clubs, d’un « retour au bercail de l’identité nationale », n’est pas toujours la « purgation des passions » souvent mise en avant, mais la « mise en réserve de ressources de violence », aggravée par la difficulté à « résoudre la violence de l’injustice sportive ».

La « valeur identitaire nationaliste » « dépendant en fait beaucoup de l’histoire de chaque nation », compensation pour une Italie de formation récente et dérivatif pour une France « en perte de souveraineté » et « en crise de son modèle jacobin », à l’image de sa composition ethnique de moins en moins représentative de son immigration historique, son excès de joueurs d’origine africaine subsaharienne faisant craindre un « phénomène de relégation sociale ».

Sans compter, au-delà des clubs qui « achètent leurs titres à coup de déficits faramineux » et l’ouverture du marché aux jeux en ligne …

Les problèmes que pose un sport « sous-arbitré » (3 arbitres contre 7 pour le football américain aux mêmes nombre de joueurs et taille de terrain!).

Et « sous-régulé » (pourquoi ne pas ajouter comme au rugby ou au hockey, propose-t-il, les exclusions temporaires à l’arsenal un peu limité des sanctions?).

Ainsi que, même si elle n’est pas sans poser d’autres problèmes,  le « refus de l’assistance technologique » (ie. la vidéo).

D’où la tentation toujours plus grande pour les joueurs de céder à de véritables « réflexes acquis » de triche

Extrait:

Le foot n’est pas le spectacle de la justice. Ce n’est pas forcément l’équipe qui produit le meilleur jeu qui l’emporte. Et il y aura toujours une marge incompressible d’erreurs d’arbitrage. Mais il ne peut pas se transformer en spectacle de l’injustice, sinon il devient un poison social. Or, c’est ce qui se produit de plus en plus à cause de trois facteurs constitutifs de l’économie interne du football. Par rapport aux autres grands sports, les réalisations, c’est-à-dire le les buts, y sont rares. Ils sont du coup très valorisés. De plus, la règle n’est pas faite pour être appliquée de façon littérale, mais pour être interprétée en fonction de l’intentionnalité. Ce qui crée une jurisprudence chaotique. Enfin, c’est un sport sous-arbitré, du fait de l’insuffisance du nombre d’arbitres et du refus de l’assistance technologique. La conjugaison de ces trois éléments fait qu’il est tentant d’essayer de tromper l’arbitre. L’histoire du football est d’ailleurs jalonnée d’exemples de ce type, comme la main de Maradona en 1986 au Mexique ou plus récemment celle de Thierry Henry. Les joueurs ont une ressource de déloyauté qui est toujours prête à être mise en œuvre, à condition qu’ils étouffent un instant leur conscience morale, ce que beaucoup ne sont pas prêts à faire …

LE SOCIOLOGUE DÉCORTIQUE « L’AFFAIRE » THIERRY HENRY
Paul Yonnet, une main en trop,
analyse d’une honte nationale
en jeu une autre idée du sport n°436
6 Mai 2010

Comment une simple atteinte à la règle du jeu est-elle devenue l’objet d’un débat planétaire ? Analysant le geste et ses conséquences, Paul Yonnet dresse dans Une main en trop un état du football.

invité Paul Yonnet,

Pourquoi revenir six mois après sur « l’affaire » de la main de Thierry Henry en y consacrant tout un livre ?

Parce que cet événement a eu un retentissement planétaire et qu’il marque à mon sens une rupture dans la relation que la société française entretient avec le football. J’ai aussi voulu comprendre comment tout ceci avait été rendu possible : comment le fonctionnement même du football aujourd’hui a permis un tel concentré de « dénis » de justice.

Comment cette Main en trop s’inscrit-elle dans la réflexion que vous menez sur le « système » sportif ?

J’écris de façon régulière dans la revue de l’Union des clubs professionnels de football (1) et suis donc amené à réfléchir à l’évolution du jeu, en l’intégrant dans une réflexion plus large mais sans perdre de vue que le football est, de loin, le sport le plus populaire au monde. Or en regardant comment fonctionne un match dans son environnement institutionnel, on constate que le football se transforme
insensiblement en « spectacle de l’injustice », alors même qu’il relève désormais d’enjeux de société qui le dépassent. De ce point de vue, sans même prendre en considération les aspects financiers ou les affaires de paris truqués, la situation du football est explosive.

Vous mettez plus précisément en cause ce que vous appelez « la fabrique du score »…

Oui, car le problème tient en effet à la manière dont se « fabrique » le score dans un match de football. Alors qu’il devrait être un simple régulateur du jeu, l’arbitre est devenu à son corps défendant le deus ex machina qui détermine l’issue de la rencontre en sifflant ou en s’abstenant de siffler une faute. Et cette « fabrication du score » apparait de façon d’autant plus criante que chacune de ces décisions passe aussitôt au jugement impitoyable de la caméra: dans les secondes qui suivent l’action, le commentateur peut prendre le téléspectateur à témoin pour délivrer une appréciation définitive sur la décision de l’arbitre.

Vous affirmez aussi que le football est un « drame de l’identité » : qu’entendez-vous par là ?

Le match de football est un « drame » en ce qu’il respecte les trois règles du théâtre classique – unité d’action, de temps et de lieu – et se joue devant la communauté tout entière réunie. Bien sûr, cela vaut principalement pour les équipes nationales, dont les matchs réalisent les plus larges audiences. Mais alors, même ceux que le football indiffère sont représentés malgré eux par les joueurs qui portent le maillot bleu et les dirigeants nationaux.

Revenons au geste lui-même : à l’inverse de ceux qui plaident la « non
préméditation », vous affirmez au contraire qu’il s’agit d’un « réflexe
acquis »…

Il faut avoir trois choses à l’esprit : premièrement, le football de haut niveau oppose des équipes très proches l’une de l’autre; deuxièmement, les buts sont rares, donc déterminants ; troisièmement, c’est un sport sous-arbitré, d’où la tentation de frauder. Pour autant, il ne s’agit pas là d’un réflexe conditionné car le seul réflexe conditionné d’un joueur de football est justement de ne pas toucher la balle avec la main ! En revanche, on peut voir dans ce geste une « préprogrammation » qui tient au fait que le joueur sait pertinemment qu’une fraude non repérée peut faire basculer le match. Ce qui m’intéressait, c’était d’entrer dans la psychologie du footballeur pour comprendre ce qui se passe quand elle rentre en conflit avec la conscience morale de la loyauté sportive. Car Thierry Henry demeure un individu libre de ses actes au moment où il choisit non seulement de mettre la main, mais également de tromper l’arbitre en célébrant le but comme s’il était régulier.

Le débat suscité par ce geste n’est-il pas de nature à rassurer sur l’état de la société française, plus sensible au déshonneur qu’au résultat ? (2)

Je souscris à ce point de vue, et un sondage effectué au lendemain du match a montré que neuf français sur dix réprouvaient ce geste et avaient été choqués par l’enchaînement des faits, la main mais aussi les attitudes qui ont suivi, et ceci restait vrai parmi « les personnes intéressées par le sport ». L’Équipe a également mené un sondage auprès de ses lecteurs: pas moins de 70 000 ont répondu et 56 % ont estimé qu’Henry aurait dû se dénoncer auprès de l’arbitre pour faire annuler le but. Il y a donc eu une réaction spontanée faisant appel à une morale élémentaire: les gens auraient préféré la loyauté sportive à une victoire obtenue dans ces conditions-là. Un peu comme si ce public cessait d’être un magma informel et devenait brusquement animé par une « conscience de classe » face au fatalisme cousu de fil blanc de l’institution qui, elle, passait par pertes et profits un geste qualifié de « fait de jeu », alors que c’était clairement un acte d’antijeu. Lâchement, on reportait l’entièreté de la faute sur l’arbitre alors qu’on l’avait trompé de façon délibérée.

Comment expliquer la réaction si décalée des autorités du football français ?

Ce que n’ont pas du tout compris les responsables institutionnels, c’est que c’est la télévision qui construit l’image qui va rester, et que devant la télévision la manière dont le but a été marqué est d’une violence extrême. Ceci n’est pas ressenti de la même manière dans le stade, où la plupart des spectateurs n’ont pas vu sur le moment ce qui s’était passé. Cependant, l’information a vite circulé via les téléphones
portables et Zinedine Zidane, qui était en tribune, a bien compris qu’il y avait main en voyant les joueurs irlandais lever aussitôt le bras de façon unanime. Il n’en a pas douté.

Les éducateurs – des professeurs d’EPS à l’Usep – ont réagi en expliquant : comment désormais expliquer à nos jeunes qu’il faut respecter les règles ? Vous-même, quel discours leur tiendrez-vous ?

J’essaierais de leur expliquer que le sport, c’est rencontrer quelqu’un qui vous vaut en respectant la règle, et que tricher signifie mettre le doigt dans un engrenage, avec des conséquences comme la violence et un prix psychologique à payer, ainsi que c’est hélas le cas pour Thierry Henry. Je donnerais aussi en exemple Andreï Archavine, le joueur russe d’Arsenal, qui dans un match récent du championnat anglais a expliqué à l’arbitre, qui s’apprêtait à siffler penalty, que le défenseur n’avait pas fait faute sur lui. Je dirais surtout à ces jeunes que sur un terrain, ils conservent à tout moment leur libre arbitre et peuvent aller vers le bien ou le moins bien. Thierry Henry, lui, a fait le mauvais choix, et compte tenu de l’image qui était la sienne j’ai encore du mal à comprendre son attitude. Il faut néanmoins souligner qu’il s’est excusé, et qu’alors il s’est fait tancer par le milieu. On ne l’a pas non plus beaucoup aidé après son geste.

Vous semblez néanmoins plus critique à l’égard de cette main que du coup de tête de Zinedine Zidane en finale de la Coupe du monde 2006…

Et comment. Ce n’est pas du tout du même ordre. Je fais la comparaison en évoquant ce que j’appelle le « hachage doux », c’est-à-dire le ceinturage des joueurs dans la surface de réparation, qui est l’une des plaies du football moderne. Sans l’excuser, je souligne que le geste de Zidane venait en réponse à une série de provocations et d’actes d’antijeu de la part du défenseur italien. Plus largement, comment sortir de l’impasse provoquée par le fait que l’arbitre se trouve placé en porte-à-faux par l’usage généralisé du ralenti télé alors que l’accélération du jeu rend les matchs plus difficiles à arbitrer ? Je propose de combiner l’innovation technologique – avec un usage raisonné de la vidéo –, l’augmentation du nombre d’arbitres et l’évolution des règles, en élargissant la gamme des sanctions : coups francs dans la surface de réparation, interdiction de bâtir un mur de défenseurs, exclusions temporaires comme au rugby… L’un des problèmes structurels du football au plan du jeu tient à la disproportion entre la sanction selon qu’une faute est commise à l’extérieur ou à l’intérieur de la surface de séparation. Les sous-sanctions en dehors de celle-ci sont une incitation à la faute répétée pour briser l’attaque adverse avant qu’elle ne se développe, tandis qu’à l’inverse l’arbitre est parfois amené à siffler penalty sans qu’il y ait une occasion de but vraiment franche. Il faudrait revoir l’articulation des sanctions.

Pourquoi, à la différence du rugby, les autorités du football ne font-elles pas évoluer les règles en ce sens ?

Je ne saurais expliquer cette frilosité. Pour prendre l’exemple d’autres sports, on observe que certains ont décliné ou périclité du fait de l’incurie des dirigeants : je pense au cyclisme et à la boxe. Des sociétés courent au désastre par incapacité de se réformer. À la décharge du football, si son inertie confine parfois au conservatisme, il a néanmoins
réussi à devenir le premier sport de la planète en gardant sa simplicité. Le football est compréhensible par tous, à la différence du rugby aujourd’hui.

En conclusion de votre essai, vous observez que le geste de Thierry Henry marque « la fin d’un certain âge d’or »: est-ce le supporter déçu ou le sociologue qui s’exprime ?

Disons que ce sont un peu les deux. Pour moi, ce geste symbolise la fin d’un certain âge d’or du football vis-à-vis de la société française, comme si brusquement le public prenait conscience de ce qu’étaient vraiment ces idoles opulentes qu’il encensait, de quoi elles étaient capables, quelle image elles se faisaient de la loyauté sportive et comment le milieu footballistique – hormis un certain nombre de francs-tireurs comme Lizarazu, Cantona ou Wenger – était capable de faire bloc et de colmater toute intrusion étrangère en manifestant un certain cynisme de la victoire. Je crois que cela va laisser des traces. J’y vois une rupture et la fin d’un consensus – « on est tous ensemble, tous les mêmes » –, voire même l’apparition d’un antagonisme. Le football international est à la croisée des chemins : sera-t-il capable de résoudre la violence de l’injustice sportive ?

Le philosophe Michel Serres parle pour sa part du « vieux sport » répondant aux principes humanistes, pour le distinguer d’un sport contemporain où il ne se reconnaît plus tant celui-ci est dévoyé par l’argent, la violence et l’hypermédiatisation. Partagez-vous cette approche ? (3)

Il faut comprendre que les grands événements sportifs sont devenus les plus grands événements sociaux, de même que les Jeux olympiques de l’Antiquité étaient le plus grand événement des sociétés d’alors. Les Jeux olympiques antiques étaient une manifestation religieuse et aujourd’hui, pour être profanes, les grands événements sportifs touchent aussi au sacré en ce qu’ils rendent « visible » une société, c’est-à-dire le sentiment d’appartenir à une collectivité et à son histoire. Ils rendent visibles ce qui est ordinairement invisible: la transcendance du collectif, au-delà de nos existences individuelles, une croyance en cet autre monde, où « nous ne marcherons jamais seuls » (4). Par ailleurs, je suis réticent à évoquer de façon nostalgique les beautés du sport d’autrefois: si l’on recherche des pratiques vraiment pacifiques, il faut entrer dans ce que j’appelle le « second système des sports », où l’on ne se mesure qu’à soi-même. La nature du « premier » système des sports, celui de l’opposition entre adversaires et, partant, du sport-spectacle, n’a pas changé. La nouveauté, et là je rejoins Michel Serres, c’est l’hypermédiatisation, les enjeux sociaux et financiers, les revenus des stars du sport aujourd’hui.

Ce livre a été écrit à chaud. Plusieurs mois après, votre regard a-t-il changé ?

Non, rien de ce qui s’est passé depuis n’a modifié mon jugement, qui s’est plutôt aiguisé.

Et regarderez-vous les matchs de l’équipe de France cet été ?

Puisque la question est personnelle, j’y réponds de façonpersonnelle: je ne sais pas exactement où j’en serai cet été puisque fin juin je vais subir une opération à cœur ouvert…

Mais je regarderai sûrement les premiers matchs, même si pour moi il y a eu une rupture avec cette équipe, ceux qui l’entraînent et la représentent. Mon sentiment d’écœurement ne s’est pas dissipé.

RECUEILLI PAR PHILIPPE BRENOT

Si le sentiment d’injustice des Irlandais a été partagé par tant de téléspectateurs français, c’est aussi parce que la roublardise de Thierry Henry offrait la victoire et la qualification à une équipe qui, au vu du jeu produit, ne la méritait pas. Depuis la génération Platini, la France avait la réputation d’offrir un football chatoyant que Zidane et les siens portèrent à son zénith en l’an 2000, jusqu’au chant du cygne de l’été 2006. Passer en un instant du statut d’artiste à celui de tricheur aux yeux du monde entier est difficile à avaler pour un pays aussi soucieux de son image, dans les arts comme dans le sport. Au-delà du résultat, n’est-ce pas la manière qui importe ? Or sur le plan du jeu, pour l’équipe de France rien ne va plus. À tel point que son joueur le plus emblématique se voit réduit à en bafouer l’esprit. PH.B.
LE JEU ET SON ESPRIT
dossier

François F

Au re/éditions de Fallois « J’avais passionnément aimé l’équipe de France. (…) Le 18 novembre 2009, cette histoire a brutalement pris fin », explique Paul Yonnet dans son livre.

(1) La revue Profession Football peut être consultée sur http://www.ucpf.fr

(2) Parmi la multitude de réactions, citons celle de la ministre de la Santé et des Sports, Roselyne Bachelot, évoquant un « lâche soulagement », et la demande de trois députés UMP de faire rejouer le match, rejoignant là le souhait officiellement exprimé par le Premier ministre irlandais. Nombre de ces prises de parole sont recensées dans l’ouvrage de Pascal Boniface, Pourquoi tant de haines ?, paru aux éditions du Moment. De son côté, à l’issue de la partie, l’entraîneur français Raymond Domenech avait déclaré : « Nous sommes tous heureux, tous ceux qui aiment le foot français sont heureux. (…) Laissez-moi savourer. » Le président de la fédération française Jean-Pierre Escalettes s’était exprimé sur le même registre : « C’est d’abord une grande joie. La qualification est toujours belle. » Lire aussi la réflexion de Foot Citoyen Magazine (n° 24, mars 2010), en réaction à ceux qui pensent que « ça fait partie du jeu » (www.footcitoyen.org).

(3) Dans l’entretien édité en DVD par l’Insep en 2009. Paul Yonnet est également l’un des invités de cette collection « Regards sur le sport ».

(4) Référence implicite à l’hymne des supporters du Liverpool FC, « You’ll never walk alone ».

« MESURES ET DÉMESURE »DU FOOTBALL

Dans ce court extrait, Paul Yonnet explicite le sous-titre donné à son ouvrage. « Le football est comme un château de sable devant la marée montante. Il est complètement débordé par les phénomènes imprévus qu’il a engendrés ou qui s’y sont greffés: les soudures identificatoires, le supportérisme, la capitalisation, les flux financiers, à présent les paris en ligne. (…) Les dirigeants du football sont à la croisée des chemins. Ils ont devant eux un grand défi, celui d’apprivoiser la démesure que le foot a engendrée. Dans cette optique, et presque en préalable, le football devrait déjà apprendre à gérer ses mesures, et dans ce but réformer l’ensemble du système d’établissement du score. »

Sociologue et essayiste, Paul Yonnet, né en 1948, est l’auteur de Jeux, sports et masses (1985), de Systèmes des sports (1998) et de Huit leçons sur le sport (2004), trois ouvrages où il éclaire les ressorts du sport-spectacle. Prenant appui sur l’acte d’antijeu qui qualifia l’équipe de France pour la Coupe du monde de football, Une main en trop prolonge cette analyse. Pour Paul Yonnet, le « fait de jeu » du 18 novembre 2009 révèle la flagrante inadéquation entre l’arbitrage et un jeu qui va trop vite pour lui : « Le football n’est pas un spectacle de la justice, mais il ne saurait se convertir en spectacle de l’injustice », écrit-il. Cette démonstration en six chapitres est complétée par deux courts essais intitulés « Football, les paradoxes de l’identité » et « Sport et sacré ».*

*Le premier a été publié dans la revue Le Débat éditée par Gallimard (n°146, septembre-octobre 2007) et le second reprend le texte de la conférence prononcée en ouverture du colloque « Sport, religion, laïcité» organisé en septembre 2005 par l’Ufolep, l’Usep et la Ligue de l’enseignement (publié dans En Jeun°404, janvier-février 2007).

« SYSTÈMES DES SPORTS » ET SPECTACLE DE L’INJUSTICE
Une main en trop (mesures et démesure : un état du football), éditions de Fallois, 198 p., 18€. En librairie le 11 mai.

Voir aussi:

INTERVIEW Paul Yonnet (sociologue) : « A chaque match, c’est l’identité nationale qui est remise en jeu »
Les Echos
11/06/2010
Le sociologue et essayiste, spécialiste du sport et des loisirs, explique les raisons pour lesquelles la Coupe du monde suscite un tel engouement et analyse les dérives actuelles du foot-business.
INTERVIEW
PAUL YONNET, SOCIOLOGUE

A chaque match, c’est l’identité nationale qui est remise en jeu

Le sociologue et essayiste, spécialiste du sport et des loisirs, explique les raisons pour lesquelles la Coupe du monde suscite un tel engouement et analyse les dérives actuelles du foot-business.

Pourquoi la Coupe du monde déchaîne-t-elle autant de passion ?

C’est un événement de portée mondiale. Il s’agit de la plus grande compétition du premier sport de la planète. Il est donc logique qu’elle concentre autant d’attention, même si le football est avant tout un sport européo-centré. Pour les supporteurs, comme pour les joueurs, il s’agit d’un retour au bercail de l’identité. Face aux grands clubs, qui sont devenus des sélections cosmopolites, les équipes nationales permettent donc une identification facile, qui va de soi. D’autant qu’il n’y a plus le filtre des associations de supporteurs. A chaque match, c’est l’identité nationale qui est remise en jeu, transitivement, sans intermédiaire.

Vous estimez cependant que ce n’est pas le nec plus ultra du football…

C’est un tabou. Mais il faut quand même reconnaître que la qualité du spectacle offert est rarement très élevée. A chaque Coupe du Monde, il y a au maximum une poignée de matchs de très haut niveau. Cela tient au fait que sur les 32 équipes présentes, une bonne partie seraient battues par les grands clubs européens. Quant aux autres, les favoris, leur niveau de jeu est souvent inférieur à ce qu’on peut attendre, étant donné les joueurs qui les composent. C’est le cas cette année de la France, de l’Argentine ou du Brésil par exemple.

Où mettez-vous la limite entre des manifestations identitaires saines et l’expression d’un nationalisme plus inquiétant ?

En règle générale, le sport en tant que spectacle n’est pas la purgation des passions. Ce n’est pas une manière de ne pas faire la guerre, ni une catharsis, un apaisement. On est devant un phénomène inverse, proche de l’addiction, qui s’exprime dans l’euphorie de la victoire ou le ressentiment de la défaite, et met en réserve des ressources de violence. Mais cette équation répond surtout aux rencontres entre clubs. Dans une compétition entre nations comme la Coupe du Monde, la valeur identitaire nationaliste dépend en fait beaucoup de l’histoire de chaque nation. L’Italie par exemple, qui est de formation récente, concentre une forte dose de nationalisme autour de son équipe nationale. Pour la France, la question se pose en termes différents. Notre pays est en perte de souveraineté et connaît parallèlement une crise de son modèle jacobin. L’expression de l’identité nationale est un dérivatif à ses problèmes. Le phénomène identitaire ne fonctionne que si les Français sont séduits par leur équipe.

C’est ce qui explique le désamour dont souffre l’équipe de France ?

Il s’explique de manière très simple par le fait que cette équipe conjugue une absence de manière et de résultats. C’est une première dans l’histoire des Bleus. Sa composition ethnique n’est pas un frein à sa popularité, contrairement à ce que sous-entendent certains. Tout le monde se souvient de l’équipe black–blanc-beur de 98. La seule question que l’on peut se poser en la matière, c’est pourquoi la France présente une sélection qui n’est plus ethniquement parlant représentative de l’immigration. Jusque-là, c’était toujours le cas avec, historiquement, des représentants des communautés polonaise, italienne ou maghrébine. On assiste sans doute à un phénomène de relégation sociale. Ce qui veut dire que pour la population d’origine africaine subsaharienne, le sport reste un moyen de contourner les obstacles à la promotion sociale dans d’autres domaines de la vie collective. Ce n’est pas un très bon signe sur le fonctionnement de notre société.

Si l’on s’extrait du monde des sélections nationales pour parler du foot en général. Estimez-vous que la place prise par l’argent ait dénaturé le football ?

C’est un peu comme si vous me demandiez si l’argent avait défiguré la fête de Noël. Son sens demeure. On peut imaginer un tout autre football, où l’on ne comptabiliserait pas les buts, sans classement, auto-arbitré par les joueurs, et il existe des épreuves inspirées de cette philosophie. Il perdrait son sens actuel. La présence de l’argent pose la question du contrôle de son usage.

Ne demande-t-on pas trop au football ?

Le foot n’est pas le spectacle de la justice. Ce n’est pas forcément l’équipe qui produit le meilleur jeu qui l’emporte. Et il y aura toujours une marge incompressible d’erreurs d’arbitrage. Mais il ne peut pas se transformer en spectacle de l’injustice, sinon il devient un poison social. Or, c’est ce qui se produit de plus en plus à cause de trois facteurs constitutifs de l’économie interne du football. Par rapport aux autres grands sports, les réalisations, c’est-à-dire le les buts, y sont rares. Ils sont du coup très valorisés. De plus, la règle n’est pas faite pour être appliquée de façon littérale, mais pour être interprétée en fonction de l’intentionnalité. Ce qui crée une jurisprudence chaotique. Enfin, c’est un sport sous-arbitré, du fait de l’insuffisance du nombre d’arbitres et du refus de l’assistance technologique. La conjugaison de ces trois éléments fait qu’il est tentant d’essayer de tromper l’arbitre. L’histoire du football est d’ailleurs jalonnée d’exemples de ce type, comme la main de Maradona en 1986 au Mexique ou plus récemment celle de Thierry Henry. Les joueurs ont une ressource de déloyauté qui est toujours prête à être mise en œuvre, à condition qu’ils étouffent un instant leur conscience morale, ce que beaucoup ne sont pas prêts à faire.

Le foot se donne-t-il aujourd’hui les moyens de régler ces problèmes ?
Je ne le crois pas. Je suis même convaincu du contraire. Les problèmes du foot sont devant lui. L’UEFA le sait. Elle vient de s’attaquer à la question financière en imposant la règle du fair play financier aux plus grands clubs. L’objectif est de ramener à l’orthodoxie les clubs les plus endettés, qui achètent les titres prestigieux à coup de déficits faramineux. Mais pour régler les problèmes de fond, il faudra se résoudre à adopter l’arbitrage vidéo et aussi modifier certaines règles comme celle du hors-jeu, qui est concrètement inapplicable. Dans l’hypothèse d’un statu quo, on peut imaginer l’émergence d’un sport concurrent. Les problèmes vont être majorés par l’ouverture du marché des jeux en ligne dans de nombreux pays. Les tentatives de trucage existent déjà et vont se multiplier à l’avenir.
PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES HUBERT-RODIER ET FRANÇOIS VIDAL,

Voir également:

Mondial: Wenger soutient l’Angleterre et critique les Français
(AFP)
09 juin 2010

LONDRES — L’entraîneur français d’Arsenal, Arsène Wenger, confie dans une tribune au Sun que « rien ne lui ferait plus plaisir que de voir l’Angleterre gagner la Coupe du monde » et regrette le manque de patriotisme qui entoure l’équipe de France.

« Rien ne me ferait plus plaisir que de voir l’Angleterre gagner la Coupe du monde », reconnaît l’entraîneur du club londonien.

« Quand je conduis à Londres, il y a une croix de Saint George sur la moitié des voitures. J’étais à Paris la semaine dernière et je n’ai pas vu une voiture avec un drapeau français. Cela résume tout », selon l’Alsacien.

« J’aime cette attitude (ndlr: anglaise) et c’est pour cela que j’aimerais que l’Angleterre gagne la Coupe du monde », poursuit Wenger.

« Quand je suis un peu en retard pour un match de l’Angleterre, je me presse parce que je ne veux pas manquer l’hymne national. En Angleterre, ils chantent le God Save The Queen comme un seul homme. Quand je suis en retard en France, je prends mon temps, parce que la moitié du stade siffle l’hymne », explique-t-il encore.

« La France pourrait être une force qui compte au Mondial. Mais elle manque de foi en elle parce que tout le pays a le sentiment qu’elle ne devrait pas être là, vu la manière dont elle s’est qualifiée contre l’Eire », analyse Wenger en allusion à la main de Thierry Henry.

Evoquant le possible statut de remplaçant de son ancien protégé, Wenger juge qu' »il est en marge de l’équipe ». « Le problème est de le convaincre qu’il reste un joueur important », écrit l’entraîneur d’Arsenal. « La France ne marque pas assez et il a la classe et l’intelligence pour y remédier », selon lui.

Voir de même:

http://www.tf1.fr/my-telefoot/news/arsene-wenger-supporte-l-angleterre-5878767.html

Arsène Wenger supporte… l’Angleterre !
TFI
10 juin 2010

Arsène Wenger déclare dans une interview accordée au tabloïd anglais The Sun qu’il soutiendra l’Angleterre pendant la Coupe du monde. Au détriment de la France ?

Go England !
Le plus anglais des entraîneurs français, Arsène Wenger, connaît quelques soucis d’identité en ce moment. Dans un entretien donné au Sun, le manager d’Arsenal déclare sans retenue : « Rien ne me ferait plus plaisir que de voir l’Angleterre remporter la Coupe du Monde ».
Et les Bleus dans tout ça ? « Ils ont de bons joueurs qui sont très efficaces en contre-attaque, mais ils n’ont pas été convaincants contre les équipes qui défendent bas ». Plus que son patriotisme, Wenger semble surtout avoir perdu foi en l’équipe de France, qu’il croit apparemment incapable de bien figurer dans ce Mondial.

Pas un seul drapeau français
Paradoxalement, Arsène Wenger reproche au public français de penser comme lui : « Ce que j’aime avec l’Angleterre, c’est l’irrésistible croyance qu’a l’ensemble du pays pour son équipe. Lors de chaque Coupe du monde les gens sont incroyablement déçus lorsqu’ils ne gagnent pas, mais dès que le prochain tournoi approche, tous croient de nouveau qu’ils vont l’emporter ».
« Quand je conduis à Londres, il y a une croix de Saint George sur la moitié des voitures. J’étais à Paris la semaine dernière et je n’ai pas vu une voiture avec un drapeau français. J’aime cette attitude (des Anglais), et c’est pourquoi j’aimerais que l’Angleterre gagne la Coupe du Monde ».

Les Français apprécieront, joueurs comme supporters.

Voir enfin:

Mister Wenger are you crazy?

Laurent PICAT

jeudi 10 juin 2010

Installé à Londres depuis quatorze ans, Arsène Wenger aura le cœur du côté anglais de la Manche pendant la Coupe du Monde. Notamment parce qu’il regrette le manque de patriotisme des Français.

En rugby, ce serait un affront. Un Français arborant les couleurs blanche et rouge de l’Angleterre avant le début du Tournoi des VI Nations deviendrait un paria à l’heure du Crunch. Entraîneur d’Arsenal depuis 1996, Arsène Wenger a franchi la Manche depuis longtemps. Il est devenu l’une des figures du foot anglais et ne s’est rapproché de la France qu’avec ses recrues en provenance de Ligue 1 ou à l’occasion de matchs commentés sur TF1. Des rendez-vous en cabine qui lui ont permis d’observer les Bleus mais aussi leurs supporters. Et à la veille de l’ouverture de la Coupe du Monde 2010, l’ancien coach de Monaco a choisi son camp. Sans trembler. Sans faire de compromis. Plutôt discret et courtois, hormis lors de ses échanges musclés avec Sir Alex Ferguson ou José Mourinho, Arsène Wenger a fait une sortie surprenante dans le Sun. Un tabloïd à la réputation pourtant limitée.

« Rien ne me ferait plus plaisir que de voir l’Angleterre gagner la Coupe du Monde, écrit l’entraîneur français dans une tribune publiée jeudi, avant d’expliquer cette déclaration d’amour par le patriotisme de nos voisins. Quand je conduis à Londres, il y a une croix de Saint George sur la moitié des voitures. J’étais à Paris la semaine dernière et je n’ai pas vu une voiture avec un drapeau français. Cela résume tout. J’aime cette attitude et c’est pour cela que j’aimerais que l’Angleterre gagne la Coupe du Monde. Quand je suis un peu en retard pour un match de l’Angleterre, je me presse parce que je ne veux pas manquer l’hymne national. En Angleterre, ils chantent le God Save The Queen comme un seul homme. Quand je suis en retard en France, je prends mon temps parce que la moitié du stade siffle l’hymne. C’est la différence entre la France et l’Angleterre au niveau de l’amour de leur pays. Je trouve ça fantastique. »

S’il regrette la faiblesse de la ferveur française, Arsène Wenger la comprend aussi un peu. Et souligne le malaise né au mois de novembre avec l’affaire de la main de Thierry Henry. « La France peut être l’un des favoris de cette Coupe du Monde mais ils manquent de confiance parce que le pays entier a la sensation qu’ils ne devraient pas y être avec la manière dont ils se sont qualifiés contre l’Irlande, estime-t-il. Ils ont des bons joueurs qui sont très efficaces en contre-attaque mais ils n’ont pas été convaincants contre deux équipes qui ont défendu très bas. C’est un problème qui affecte aussi Thierry Henry, qui n’est pas certain de démarrer. Il est à la marge de l’équipe et croit qu’il ne va jouer que quand on aura besoin de lui. Le problème est de le persuader qu’il peut encore être un joueur important. La France ne marque pas assez de buts et il a la classe et l’intelligence pour changer ça. Mais la France doit l’intégrer à nouveau. » Un thé, Mister Wenger ?


Iran: Anniversaire, piège à cons! (The day the revolution died and the US president stood aside)

12 juin, 2010
Neda's death (Tehran, June 20, 2009)Le monde extérieur doit jouer la carte des Iraniens eux-mêmes, ne plus parler aux geôliers mais à ses prisonniers. Il ne faut pas retomber dans le piège du changement de sièges car le jeu de cartes est toujours identique même si les cartes qui sortent sont différentes. Reza Pahlavi
Nous avons essayé d’envoyer un message clair disant que, selon nous, un changement est possible. Quel que soit celui qui est appelé à remporter l’élection au bout du compte, nous espérons que le débat vigoureux qui a eu lieu (en Iran) servira notre capacité à nouer le dialogue avec eux d’une nouvelle manière. Barack Hussein Obama (12 juin 2009)
C’est aux Iraniens qu’il appartient de décider. Nous n’allons pas nous en mêler. (…) Mon approche c’est: attendons de voir. (…) Je pense qu’il est important de comprendre que la différence en terme de politique réelle entre MM. Ahmadinejad et Moussavi n’est peut-être pas aussi grande qu’on ne l’a dit. Obama (16 juin 2009)
On tue et on bat les gens dans les rues de Téhéran et dans tout l’Iran et nous devrions les défendre. Comme nous l’avions fait pour les ouvriers polonais à Dantzig ou pour le peuple tchèque lors du printemps de Prague et comme nous avons défendu la liberté dans chaque partie du monde. Ce n’est pas ça que nous faisons en ce moment. John McCain
C’est un grand jour pour tous les Iraniens: un jour de prise de conscience de leur force. Ils sauront bientôt qui sont leurs amis ou ennemis au sein du régime ou encore en dehors des frontières de l’Iran. Cette foule que Reza Pahlavi a qualifiée de « combattante et fort capable » a montré sa capacité à surmonter sa peur, il lui faut maintenant le soutien des Etats libres. Il faudrait qu’ils oublient les faux-semblants comme Moussavi, Khatami, la validité du scrutin, mais aussi leurs contrats en Iran pour investir sur les Iraniens, uniquement sur les Iraniens. Pour l’instant, cette demande implicite des Iraniens est restée sans suite: on n’entend guère la France, l’Italie et les autres partenaires commerciaux de l’Iran. Le pire exemple est donné par Obama qui évite d’évoquer le sujet du soutien au peuple et veut uniquement s’adresser à Khamenei pour lui parler du scrutin, avec ce vague espoir d’une entente avec ce régime. Mais des voix se lèvent aux Etats-Unis, certains Américains critiquent cette attitude indigne de Barack Hussein Obama. Iran-Resist
Le régime des mollahs perd pied: il a ouvert une fenêtre pour aérer le système (…) et une bourrasque est entrée dans la maison. Iran-Resist
Pourquoi Moussavi a-t-il fait campagne contre Ahmadinejad ? De nombreux analystes pensent que Khamenei et ses conseillers voulaient contrecarrer l’ « effet Obama » : la montée, au sien de l’opinion iranienne, d’un mouvement tirant prétexte du « pro-islamisme » du nouveau président américain afin de préconiser une réconciliation avec les Etats-Unis et l’Occident. A cette fin, une stratégie en deux temps a été élaborée : autoriser Moussavi à incarner une ligne libérale ; puis le faire battre par Ahmadinejad. Mais apparemement, le vote « ahmadinejadiste » a été trop faible, même dans un contexte de fraudes et de manipulations. D’où les émeutes actuelles. Michel Gurfinkiel
Alors que mon cœur est avec ces nombreux Iraniens qui veulent désespérément se débarrasser d’Ahmadinejad, ma tête me dit qu’il vaut mieux qu’il reste au pouvoir. Quand Mohamed Khatami était président, ses mots doux ont endormi la vigilance du monde alors qu’il développait son programme d’armes nucléaires. Si les modèles demeurent sans changement, mieux vaut avoir un Ahmadinejad belliqueux, apocalyptique et rentre-dedans qui effraye le monde qu’un mielleux Moussavi qui à nouveau l’endorme pendant que tournent tranquillement les milliers de centrifugeuses. Daniel Pipes
Il n’y a aucune garantie qu’un clair soutien américain aurait modifié l’issue de la lutte entre l’autocratie et la liberté en Iran. Mais il n’en restera pas moins dans la grande geste de la liberté qu’au moment où la Perse s’est soulevée à l’été 2009, le responsable de la puissance américaine s’est dérobé et qu’un président si fier de son éloquence n’a même pas réussi à trouver les mots pour faire savoir aux forces de la liberté qu’il avait compris les sources de leur révolte. Fouad Ajami

Faux démocrates, faux massacres, catastrophe orchestrée, fausse contestation d’élections-bidon, faux manifestants, faux opposants et à présent… faux anniversaire?

Alors qu’en ce 1er anniversaire de la fausse révolution verte qui faillit déraper mais qui, à l’image de la pauvre Neda et faute de soutien international, fut finalement étouffée …

Et à l’heure où, entre les fausses commémorations, les si chic « petits Munich cathodiques » et l’énième curée anti-israélienne de la flottille, l’on repart pour un nouveau train de sanctions dont on sait à l’avance que l’Iran les contournera

Retour, avec Fouad Ajami, sur ce président américain « si fier de son éloquence » et qui, s’il avait apparemment bien perçu l’absence de choix réel entre Ahmadinejad et son clone Moussavi, n’a « même pas réussi à trouver les mots pour faire savoir aux forces de la liberté qu’il avait compris les sources de leur révolte »

Iran and the ‘Freedom Recession’
Facebook had no answer to the pro-regime vigilantes who ruled the streets. And the U.S. president, who might have helped, stood aside.
Fouad Ajami
The WSJ
June 11, 2010

Three decades ago, before his final flight to exile, the Shah of Iran had drawn a line: He would not fire on his people. He was a king, he said, and not a dictator. The army had not yet cracked; there were loyalists keen to make a stand against the revolutionary upheaval. But the man at the center of the storm had boarded a plane, with his immediate family, in search of a country that would have him.

It’s impossible to fathom such a principled retreat by today’s « Supreme Leader, » Ayatollah Ali Khamenei, and his vast apparatus of repression and terror. If anything, a year after the fraudulent election last June 12, the theocracy is entrenched and the Revolutionary Guards and the Basij, the regime’s murderous paramilitaries, man a political order bereft of mercy and restraint. Iran was not fated to have its « velvet revolution. » The Green movement that challenged the ruling apparatus has not been able to carry the day.

Those expecting a quick deliverance for the people of Iran never fully took in the power of the regime and its instruments of repression. This wasn’t Leipzig and Budapest and Warsaw and Berlin in 1989 when the Communist despotisms gave way; this was China after Tiananmen Square.

In retrospect, it could be said that the first Islamic Republic (1979-2009) had fallen, and that a second republic, more cruel and unapologetic in its exercise of power, had risen. It wasn’t pretty that first republic, but it had pretensions to a measure of pluralism and it gave some sustenance to those in Europe and in American liberal circles who believed that the Iranian revolution was making its way to an accommodation with the international order of states.

In his seminal book « The Anatomy of Revolution, » historian Crane Brinton had sketched the progression of revolutions: their outbreak and early euphoria, the destruction of the moderates, and the triumph of the extremists as revolutions devour their own children. In the final phase, there is Thermidor—borrowed from the calendar of the French Revolution—where there is a slow return to less heroic times, and a period of convalescence. Iran was to defy that revolutionary calendar, and it now appears to have entered an apocalyptic phase; a darker night of despotism has settled upon the weary people of Iran.

A schism has opened in Iranian society: Ayatollah Ruhollah Khomeini’s terrible children have turned on his garden-variety radical children. We can now see the hubris of cyber optimism, the naiveté of thinking that Twitter and Facebook and YouTube would topple a ruthless regime determined to maintain its grip on a restless nation. At the heart of it, this was and remains a brutal fight, a raw assertion of power. Facebook has no answer to the vigilantes of the Basij roaming the streets of Iran looking for prey. Twitter can’t overcome the Revolutionary Guard with the wealth and resources granted them by a command economy they have managed to organize to their own preference.

The truth of this Iranian state is straightforward: It is a petrocracy. Oil income sustains it, enables it to defy the opinions of its own people, and of people beyond. In the past year, Mahmoud Ahmadinejad and his allies in the bureaucracy and parliament have been pushing for a « streamlining » of the country’s extensive system of subsidies—in effect for a phasing out of price subsidies for bread, electricity, water and gasoline.

The system in place is inefficient and costly (it takes an estimated 40% of the budget to sustain the subsidies). But it isn’t a true desire for reform or economic progress that motivates President Ahmadinejad. What he and his supporters seek is a targeted system of rebates and cash transfers that would give the rulers yet greater powers to reward and to punish. This is the sword of Damocles over the opposition—an administered economy in the hands of the regime and of the Revolutionary Guard.

In the best of worlds, the struggle of Iran’s reformers would have still been a difficult undertaking. But Iran’s oppositionists labored against the background of a bleak international landscape.

Democratic struggles never occur in isolation. Freedom House tells us that there is a « freedom recession » in today’s order of nations. The world-wide economic crisis of 2008 has been a boon to authoritarianism, for pessimism and economic anxiety are the autocrats’ allies. Two of the great powers, China and Russia, are openly contemptuous of democratic norms, and China holds before others the success of its model—political autocracy and a crony-run economy.

The autocrats in Beijing and Moscow favor Iran’s rulers and partake of a worldview congenial to the regime in Tehran. Neither power cares about the conduct of Iran’s rulers at home—so wedded are both Russia and China to the principle of unfettered national sovereignty. Neither power would countenance tough, punishing sanctions on the Iranian regime. The Russians and the Chinese may have gone through the motions of imposing a fourth round of sanctions on Iran, but they did so secure in the knowledge that the Iranians will find a way around these sanctions as they have in the past.

In Iran’s larger neighborhood, the despotisms are in the saddle, and the masters of the Iranian regime can point to their alliance with Syria and Hezbollah and Hamas as evidence of their skill, of the drive that made Iran, for all practical purposes, a power of the Mediterranean.

There was once a time, not so long ago, that Turkey’s example of a successful, decent democracy could be held up as a rebuke to Iran. But that is no longer the case, as Turkey courts Iran and turns its back on its old American alliance. A regime that can tell its people that it is on the verge of becoming a nuclear power is not one to apologize for the show trials of dissidents or for the reformers hauled off to prison.

Meanwhile, America’s new standard-bearer, President Barack Obama, had come to a conviction that the pursuit of freedom in distant lands was not a legitimate American concern. From his first days in office, Mr. Obama signaled his resignation toward the despotisms of the Greater Middle East: He would take them as they come.

For the Iranian regime in particular, Mr. Obama held out the promise of « engagement. » This was to be his diplomatic showcase, the purest embodiment of his break with his predecessor’s legacy. Full of hubris about the appeal of his own biography to Muslims, Mr. Obama was certain that his diplomacy would work where George W. Bush’s hard line toward the theocracy had failed.

Then came last June’s election and an outpouring by the Iranian people for representative democracy. The Obama diplomacy was caught flatfooted by the tumult, to say the least. Mr. Obama had bet on Iran’s rulers, but a democratic opposition—in our image, speaking the language of democracy and unfurling its banners—was in the streets contesting the rulers’ will and the rulers’ truth. It was a moment of supreme embarrassment for the United States—a case of both strategic and moral failure on the part of the president.

There is no guarantee that categorical American support would have altered the outcome of the struggle between autocracy and liberty in Iran. But it shall now be part of the narrative of liberty that when Persia rose in the summer of 2009 the steward of American power ducked for cover, and that a president who prided himself on his eloquence couldn’t even find the words to tell the forces of liberty that he understood the wellsprings of their revolt.

Mr. Ajami, a professor at Johns Hopkins School of Advanced International Studies and a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is the author of « The Foreigner’s Gift » (Free Press, 2007).

Voir aussi:

Iran: Les difficultés de Moussavi et Karroubi
Iran-Resist
11.06.10

Le Mouvement Vert, fausse opposition interne du régime apparue le 12 juin dernier, ne mobilise guère car les Iraniens ne veulent en aucun cas cautionner un mouvement favorable au régime. Comme nous l’avions annoncé, on s’attend à une mobilisation nulle, c’est pourquoi Moussavi et Karroubi, les deux dirigeants du Mouvement Vert, ont annoncé que la « manifestation (d’anniversaire du Mouvement) n’aurait pas lieu ».

C’est désormais presque une règle : Moussavi annonce sa présence, évoque des obstacles, mais affirme sa volonté de se battre avant d’annuler. Il a à chaque fois droit à plusieurs énormes buzz médiatiques. Il agite ainsi les médias occidentaux depuis un an sans être jamais descendu dans la rue. Les Occidentaux ne prêtent guère d’attention aux preuves d’impopularité de Moussavi car ils aimeraient voir le régime réussir à simuler une démocratie pour améliorer son image et ainsi leurs relations commerciales. Grâce à cette cécité volontaire, le régime recommence inlassablement ses triples buzz autour des non-évènements. Le triple buzz est la seule actualité du Mouvement Vert comme cela a été aussi le cas pour les précédents modèles de faux opposants internes qui sont les alibis démocratiques du régime des mollahs.

La méthode du triple buzz est simple : on met en scène des efforts infructueux en faveur de la démocratie. Ces efforts sont toujours individuels : on ne voit rien de collectif. C’est le principe de Sisyphe ! Cela est dicté par l’absence de partisans à cette fausse démocratie, mais aussi le fait que ce processus n’est pas fait pour améliorer les choses, mais pour simuler une amélioration (que personne au sein du régime ne souhaite). Ainsi dans le cas de Moussavi et Karroubi, les deux hommes s’agitent sans que l’on ne voit intervenir d’autres personnes de leur groupe ou quelqu’un des nombreuses associations dissidentes du régime.

Le cas le plus courant de cette méthode de manipulation de l’opinion (occidentale) est l’annonce d’arrestation d’un individu isolé (souvent un inconnu), suivi du récit de ses malheurs en prison, puis sa libération grâce aux efforts internationaux. Une fois la personne libérée : elle donne des dizaines d’interviews à des grands médias occidentaux sur sa détention sans être inquiétée par le régime. Quand le soufflet retombe ou quand le régime a besoin, il recommence la même diversion avec un autre ! C’est le cas actuellement avec l’échec de la mobilisation par Moussavi et Karroubi, c’est pourquoi nous aurons sans doute droit dans les prochains jours à des arrestations surmédiatisées ou une aggravation de l’Etat de santé de certains prisonniers médiatiques du régime. Mais alors, nous ne verrons pas Moussavi et Karroubi prendre leur défense car cela laisse supposer une mobilisation que ces deux pions du régime sont incapables de réaliser.

Voir églement :

http://www.iran-resist.org/article5967

Iran : La « Révolution Verte », deuxième prise !
05.06.2010

Il y a un an, le régime des mollahs a voulu simuler une révolution de couleur pour donner une légitimité absolue à ses institutions ainsi qu’à son programme nucléaire (défendu par Moussavi), mais trois jours après le début de la révolution verte, les choses ont échappé aux mollahs. Le peuple a profité de la brèche pour descendre massivement dans la rue et contester le régime tout entier. Quand les mollahs avaient lancé leur révolution verte, les Européens étaient ravis car ce régime horrible qui leur vend le pétrole au dixième de son prix allait avoir une meilleure image. En revanche, dès que le peuple est descendu dans la rue, les Européens ont détourné les regards pour laisser le régime étouffer cette contestation et ils se sont, à nouveau, intéressés à l’Iran quand le régime a repris la promotion de son mouvement Vert. Un an après, alors que le peuple se rappelle cette double trahison, le régime et ses amis européens préparent fébrilement l’anniversaire de cette fausse opposition.

Il y a une véritable course à la promotion du Mouvement vert surtout en Europe. En France, la Cinémathèque Française organise une journée pour la promotion des ceux qui veulent la victoire de Moussavi, cet homme qui ne jure que par Khomeiny et la charia et qui de surcroît est un des 23 membres à vie du Conseil de Discernement de l’Intérêt du Régime, organe plénipotentiaire qui décide de toutes les politiques appliquées par les ministres et les gouvernements.

Le Vert est à l’honneur : ARTE organise une soirée thèma à la gloire de la « Révolution Verte » dont les partisans ont brandi fièrement l’année dernière les portraits de Khomeiny en dénonçant ceux qui avaient mis en doute leur fidélité à la révolution islamiste de 1979. Ainsi des organismes liés à des Etats qui se remplissent les poches en Iran tentent de faire croire à des millions d’Européens que la seule alternative pour l’Iran est une autre version de la république islamique.

Cela est loin d’être la vérité. Il y a un an, le 15 juin, trois jours après le début de la simulation verte, des millions d’Iraniens sont descendus dans les rues de toutes les grandes villes pour crier « mort à la république islamique » ou entonner en plein jour l’hymne national iranien qui a été écrit sous la monarchie progressiste des Pahlavi. Cela est arrivé au lendemain du soulèvement populaire iranien sur une place où 100 ans plus tôt, la foule de Téhéran avait pendu le maître à penser de Khomeiny.

Il y a un an, quand cela est arrivé, Moussavi, Karroubi et Khatami qui sont les animateurs du Mouvement Vert ont déserté la rue puis ont écrit une lettre ouverte au Guide Suprême pour le prier de « châtier le plus durement possible, y compris par la mort, ces voyous qui osaient contester le caractère islamique du pouvoir ».

Il y a un an, cet appel publié dans un grand quotidien iranien n’a pas refroidi l’ardeur des Iraniens, ils sont descendus plus massivement dans les rues. La foule a grossi au fil des jours car les Bassidjis, jeunes miliciens chargés de mater toute émeute, ont refusé de tirer. Le régime a perdu la face car il avait toujours prétendu que ses miliciens n’attendraient pas l’ordre de feu pour faire usage de leurs armes contre les contre-révolutionnaires, or, il ne s’est rien passé de tel. Cela avait forcé le régime à recourir au service des officiers des services secrets qui agissent en tenue civile et à des snipers qui tiraient depuis des toits ou juchés sur des motos sur les gens pour semer la terreur dans les cortèges. Cela a même fait une victime célèbre, Neda Agha-Soltan. Il y a un an, quand c’est arrivé le Mouvement Vert n’a pas condamné ces morts : Moussavi, Karroubi ou Khatami n’ont rien dit. Marjane Satrapi n’a pas fait un petit dessin. Le Mouvement Vert a même crié à une mise en scène !

10 jours durant (du 15 au 25 juin), les Iraniens ont contesté le régime, mais au bout du compte malgré les images époustouflantes d’une vraie révolution populaire envoyées via Skype, malgré la solidarité des jeunes de la milice (aujourd’hui récompensés par les calomnies du Mouvement Vert), la contestation s’est essoufflée car il n’y a eu aucune solidarité internationale. Le peuple a abandonné le combat. Aussitôt, les animateurs du Mouvement Vert sont sortis de leur silence et ont appelé à manifester pour surfer sur la vague. Les médias occidentaux dont les correspondants avaient perdu les piles de leurs caméras du 15 au 25 juin ont repris la noble tâche d’informer, mais ils ont tous eu une surprise de taille : il n’y avait plus personne dans les rues pour manifester sous la bannière verte hormis les 2 à 3000 manifestants professionnels du régime. Il y eut une dizaine d’appels à la manifestation de la part du Mouvement Vert, mais à chaque fois, ce fut un fiasco en termes de mobilisation.

Le régime qui a besoin de cette fausse révolution de couleur a alors dissimulé Moussavi et les slogans très islamistes du Mouvement Vert pour appeler à la manifestation le 9 juillet, date anniversaire de la contestation estudiantine de 1999. Le peuple a alors repris le chemin des rues, mais le soir quand les gens ont regardé les télévisions étrangères pour savoir si cette fois l’Occident avait enregistré leur envie de changement, ils ont constaté que le son des vidéos avait été trafiqué et que le régime avait ajouté des slogans en faveur de Moussavi. Dès lors le boycott devint total.

Le régime qui était battu a prétendu que la mobilisation avait été rendue impossible par la milice ! Mais alors que le régime semblait incapable de mobiliser les Iraniens pour sa fausse révolution démocratique interne, à l’appel d’opposants anonymes très clairement hostiles au régime, les Iraniens sont massivement descendus dans les rues dans tout le pays pour rendre un dernier hommage à Neda. Le message était clair, mais le régime n’a retenu qu’une seule chose : il était possible de mobiliser à nouveau les Iraniens. Le soir même , il a mis ses propres 3000 manifestants dans les rues pour crier des slogans pro-Moussavi dont les vidéos étaient destinées à être diffusées sur Youtube pour maintenir en vie le mouvement Vert qui n’existe pas.

Dès lors, le régime a commencé une autre stratégie : attirer les Iraniens dans les rues en faisant annoncer par avance des slogans patriotiques, c’est-à-dire non islamiques, ou légèrement contestataires. Mais les Iraniens ont encore boycotté les appels car les manifestations soi-disant patriotiques avaient lieu à des dates qui célèbrent des évènements clefs de la révolution islamique de 1979. En réponse à cette absence de la foule qui ridiculise le Mouvement Vert, le régime a organisé ses manifestations vertes en faisant annoncer une forte participation. Mais étant donné que cette mobilisation était fictive et qu’il ne pouvait diffuser des images pour prouver son authenticité, on est entré dans une phase où les images provenant de ces manifestations étaient toujours mal cadrées (regardant le ciel ou le sol), floues ou encore d’une très courte durée, mais toujours dotées d’une bande sonore très claire faisant état d’une foule immense.

Le régime a ainsi sauvé ses manifestations annoncées internationalement, mais il était bien embêté car tout cela n’a pas été planifié pour donner de la république islamique l’image d’une démocratie en construction, mais pour donner une légitimité démocratique à Moussavi qui incarne les valeurs fondamentales de la révolution islamique, c’est-à-dire le refus de tous compromis avec l’Occident. Cet homme soutient aussi le programme nucléaire iranien. En fait, la révolution verte veut donner une légitimité populaire au refus de tout compromis dans le programme nucléaire iranien afin de condamner moralement les sanctions contre ce programme. C’est pourquoi à l’approche du 1er janvier 2010, date à laquelle Obama devait annoncer des sanctions, Téhéran est allé encore plus loin dans la posture soi-disant anti-régime en faisant circuler des rumeurs de soulèvements dans les régions reculées pour mobiliser massivement les Iraniens lors d’une manifestation appelée par le mouvement Vert à la date du 27 décembre. Les Iraniens ont encore boycotté l’appel et le régime s’est retrouvé avec ses 3000 manifestants professionnels. Cette fois, il avait prévu le coup de l’absence du peuple en imaginant une petite révolution mise en scène hollywoodienne en plein centre ville entre les deux principaux carrefours de la ville. Malgré les efforts d’agitation médiatique, aucun Iranien n’est descendu de sa voiture pour se joindre à cette révolution bidon. Ce fut le dernier fiasco du régime. Le Mouvement Vert a cessé tout appel à la manifestation et arrive à son premier anniversaire après 5 mois de silence.

Ironie de l’histoire, cet anniversaire coïncide avec la possible adoption d’une nouvelle résolution dotée de nouvelles sanctions contre le régime. Même si les grandes puissances ont fait savoir qu’il n’y aurait aucune sanction paralysante dans cette nouvelle résolution, les sanctions déjà adoptées et en cours d’application restent en vigueur et continueront d’épuiser chaque jour d’avantage le régime, c’est pourquoi le régime des mollahs est allé très loin dans la posture anti-régime. La première concession a été de signer les appels à la mobilisation des Iraniens exilés non plus du nom du Mouvement Vert (couleur de l’Islam), mais du nom du « Mouvement Vert-Blanc-Rouge », les trois couleurs du drapeau iranien. Un de nos correspondants à Paris nous a rapporté que l’envoyé spécial du régime en France, chargé de la surveillance de la bonne tenue des manifestations, avait troqué son ruban vert pour un pin’s de la carte de l’Iran de couleurs Vert-Blanc-Rouge qui est depuis des années produit par les partisans de Reza Pahlavi. Ce n’est pas un hasard car le régime vient aussi de publier et diffuser en Iran des affiches vertes à l’effigie de Reza Pahlavi ! Sous le slogan « Pour la liberté », on voit l’homme le plus populaire de l’opposition et qui suscite le plus grand espoir de changement aux côtés de Moussavi. Pince-moi je rêve !

Dans nos émissions vers l’Iran sur Radio Toloo, nous avions demandé aux Iraniens de rester chez eux et en leur promettant que cela obligerait le régime à autoriser ce genre d’écarts pour les mobiliser, mais nous étions à cent lieu d’imaginer que le régime avouerait l’attrait du peuple pour Reza Pahlavi !

Ces affiches à l’effigie de Reza Pahlavi sont apparues au moment où le régime allait célébrer le rassemblement commémoratif de la mort de Khomeiny. L’image est forte. Le rassemblement qui a eu lieu hier a donné lieu à la mobilisation de moins de 5000 personnes dans tout l’Iran.

Les médias français ou encore américains n’ont parlé ni de cette moquerie silencieuse du peuple, ni de la disparition de la couleur verte, encore moins de l’apparition des couleurs patriotiques ou du portrait de Reza Pahlavi. Au lieu de ça, les Européens parlent de l’appel à la mobilisation des 8 partis iraniens d’opposition dont les dirigeants sont aux commandes de ce régime. Les Américains qui cherchent une alliance stratégique avec les mollahs et ne peuvent supporter la fin du régime islamique sont de la partie pour sauver le régime en sachant qu’ils pourraient le soumettre par la suite avec leurs sanctions. Ainsi le régime tente de mobiliser les Iraniens d’une manière frauduleuse et à l’extérieur ses amis Occidentaux sont à l’œuvre pour peindre en Vert cette mobilisation. On trouve donc des agents iraniens de promotion du Mouvement Vert comme Satrapi, Ebadi, Ghobadi et ses acteurs (les planqués du 15 au 25 juin) aux côtés de BHL, agent de promotion de la liberté à l’américaine qui est aussi le directeur du comité d’éthique d’ARTE ! Pince-moi je cauchemarde !

Dans ce contexte de faux-semblants, on comprend la joie affichée par le régime des mollahs qui annonce triomphalement que France 24 – la chaîne ouvertement pro-Vert – est en train de recruter des journalistes iraniens pour le lancement d’une version iranienne de cette chaîne (pour qui ?) à la date anniversaire du mouvement Vert !

Dire que ce pays a été un jour dirigé par le général De Gaulle vénéré en Iran ! On s’égare. On croit revivre le trémoussement des Français devant Khomeiny, un autre choix de l’Amérique qui leur avait promis de préserver leurs contrats après la chute du Chah. Au final, les Français avaient tout perdu car les pions islamistes de Washington ont par hasard décidé d’annuler tous les contrats européens. Cette fois aussi on parle d’un régime de transition du côté de Washington. La France perdra tous ses contrats comme en 1979. Il serait utile que les autorités françaises se réveillent. Un peu de réalisme, messieurs ! Oubliez le Mouvement Ver ! Le régime lui-même qui est très réaliste regarde vers Reza Pahlavi car le peuple regarde dans sa direction.

Voir enfin:

Iran: Des sanctions bonnes pour la poubelle!
Iran-Resist
10.06.10

Pour la quatrième fois depuis juillet 2006, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté une nouvelle résolution dotée de nouvelles sanctions contre les mollahs avant que les Français et l’UE les appellent à reprendre le dialogue. Téhéran a annoncé qu’il continuerait à enrichir l’uranium et Ahmadinejad a dit que cette résolution était « bonne pour la poubelle ». Il a raison car la résolution 1929 ne contient rien qui puisse faire reculer le régime des mollahs.

Dans un mois, cela fera 4 ans que le Conseil de Sécurité adopte des sanctions contre l’Iran. 4 ans que les 5 Etats les plus puissants du monde adoptent des résolutions dotées de sanctions contre les mollahs et enfin, 4 ans qui n’ont pas permis d’avancer car non seulement Téhéran n’a pas reculé, il a même au contraire renforcé ses activités nucléaires. Cet échec de 4 ans est dû au fait que les Etats en question sont des partenaires privilégiés des mollahs pétroliers ou espèrent le devenir comme les Etats-Unis. De fait, aucun ne va adopter des sanctions de nature à mettre en péril le régime dont il a besoin : les sanctions efficaces sont en conséquence évitées et les résolutions sont bonnes pour la poubelle comme a si bien dit Ahmadinejad.

En quoi ces sanctions sont-elles inefficaces ? Tout d’abord, elles épargnent depuis 4 ans les banques d’affaires iraniennes. La dernière résolution « d’inspiration américaine, selon l’AFP » évoque enfin une banque d’affaires iranienne, la FIRST EAST EXPORT BANK installée dans la zone franche malaisienne, mais il s’agit d’une banque qui a perdu de son efficacité car elle est sanctionnée par les Américains depuis novembre 2009.

Autre problème, ces sanctions visent des organismes opaques d’un régime opaque qui peut à tout moment changer les noms des organismes visés ou créer des sociétés écrans pour opérer à leur place (cette dernière résolution a d’ailleurs repéré 3 organismes de ce genre). Les organismes visés sont par ailleurs des entreprises de transformation de métaux impossibles à sanctionner car elles n’ont aucun lien avec l’étranger. Ces sanctions sont également inefficaces car elles visent les directeurs de ces organismes, personnages interchangeables dont ils existent aucune photo. La présente résolution a par exemple rallongé la liste des entités visées en y ajoutant un homme et 18 nouveaux organismes avec des noms génériques comme « Groupe des industries spéciales » qui n’ont même pas une adresse précise !

Les sanctions onusiennes des 4 dernières années sont également inefficaces car elles interdisent la vente à l’Iran de différents types d’armes que l’Iran n’achète plus depuis 1991 puisqu’il a acheté les licences pour les produire sur son territoire. Dans ce domaine, la dernière résolution affirme avoir ajouté les chars de combats à sa liste alors que cette arme figurait déjà sur la liste de la résolution 1747 du mars 2007. Il y a donc non seulement de l’inefficacité, mais aussi des mensonges pour ne pas alourdir les sanctions existantes.

Un exemple formidable du recours au mensonge pour ne pas alourdir les mesures déjà adoptées est l’annonce dans la présente résolution d’un renforcement de la fouille des navires iraniens par une autorisation d’inspections en haute mer. Il est bon de préciser que ces inspections doivent avoir lieu en conformité avec le Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), c’est-à-dire avec l’accord de l’État du pavillon du navire (pays d’immatriculation du navire) qui peut être l’Iran ou l’un de ses partenaires. La mesure phare est donc vide de sens et trompeuse. Sachant qu’elle ne sera suivie d’aucun effet sur l’Iran, pour justifier par avance son inefficacité, les Américains et les Français ont fait publier un même article dans le New York Times et le Monde au sujet des changements de pavillons et de noms des navires pour échapper aux inspections [1]. On avait eu droit à ce genre d’article pour dénigrer l’embargo sur l’essence qui est la seule sanction capable de faire reculer les mollahs.

La malhonnêteté de l’approche réside dans le fait que les 5 grandes puissances, notamment les Européens, qui se disent concernés par les transports maritimes iraniens, s’intéressent aux navires mais pas à leurs contenus qui sont stockés à profusion sur les quais de leur pays comme nous l’avons signalé hier. Au lieu de fouiller ce qui est à leur portée, ils se plaignent de la difficulté de fouiller en haute mer !

Le fait est qu’il n’existe aucune volonté de nuire aux mollahs : les Européens, les Chinois et les Russes apprécient ce régime pour son opposition à l’hégémonie américaine et les Etats-Unis, loin d’être rancuniers, cherchent à s’allier à ce régime pour inverser la tendance et écraser les Européens, les Chinois et les Russes. Les mollahs sont des alliés utiles pour chacun des 5. Chacun tient à les harceler un peu, sans aller trop loin : les Américains pour les forcer à changer d’alliance, les autres pour empêcher cette catastrophe (pour leurs intérêts pétroliers). Tant que l’une des parties ne renoncera pas à cette approche, l’on aura droit à des résolutions et à des sanctions bonnes pour la poubelle.


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