Flottille de Gaza: Un acte inhumain de terrorisme d’Etat (Erdogan unleashes his attack dogs on Israel’s security forces)

31 mai, 2010
Gaza flotilla trapCet acte, totalement contraire aux principes du droit international, est un acte inhumain de terrorisme d’Etat. Erdogan
Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)
Vous avez la psychologie d’un coupable (…) Vous savez très bien tuer les gens. Erdogan (à Peres, Davos, janvier 2009)
Bienvenue, conquérant de Davos! Slogan accueillant le premier ministre turc à son retour de Davos (janvier 2009)
Recep Tayyip Erdogan a dit la vérité, en faisant triompher la justice, la liberté et le peuple palestinien. Tu nous rappelles la position glorieuse de tes ancêtres ottomans. Que les dirigeants musulmans écoutent comment l’Histoire fait des héros et comment les hommes font l’Histoire. Khalil al-Hayya (chef du Hamas à Gaza, le 30 janvier 2009)
Une flottille de la paix ne vient pas équipée de pistolets, de couteaux, de barres de fer et de battes de base-ball. C’est ce qu’il y avait sur le bateaux, c’est ce qui a accueilli les soldats israéliens. Il ne s’agissait pas d’une opération humanitaire, mais d’une provocation et d’une opération de communication. Daniel Shek (ambassadeur israélien en France)
Les navires marchands battant pavillon des Etats neutres ne peuvent être attaqués que s’ils: (A) transportent de la contrebande ; violent un blocus. Ils ne peuvent être attaqués qu’après avertissement préalable, s’ils refusent clairement et intentionnellement d’obtempérer. Ou bien s’ils refusent d’être visités, s’ils résistent, ou répondent délibérément de manière négative aux offres proposées. Manuel de San Remo (sur le droit international applicable aux conflits armés en mer, paragraphe 67, 1994)
La France a parlé de réaction israélienne disproportionnée, bien sur : toute réaction israélienne, pour la France est disproportionnée. Le rôle des israéliens et des juifs, pour les autorités françaises, est de se faire tuer sans même crier, car un cri lui même serait disproportionné. Guy Mellière
Aucun gouvernement ne laisse des personnes et des marchandises non identifiées violer leurs règlements de frontière et entrer dans leurs pays librement. Si ces activistes se comportaient pareillement aux contrôles de passeport et de sécurité des côtes des États-Unis ou de n’importe quelle autre nation, ignorant leur protocole officiel et attaquant violemment le personnel de sécurité, ils auraient été également arrêtés et détenus. Nul ne devrait trouver surprenant que la marine de n’importe quel pays trouve nécessaire d’arraisonner et de fouiller un navire essayant illégalement d’entrer sur leurs côtes. Ce qui est étonnant, c’est que le personnel de sécurité israélien a été brutalement attaqué avec des couteaux, barres de fer et d’autres armes alors qu’ils suivaient des procédures de sécurité prévisibles et courantes. Standwithus
« L’erreur dans la planification de l’opération a été d’estimer que les passagers [du cargo Marmara] étaient vraiment des militants politiques et des membres de groupes humanitaires qui cherchaient une provocation politique, mais n’utiliseraient pas la violence brutale. Les militaires pensaient qu’ils auraient à faire face à une violence dans le style de Bilin [un village palestinien qui proteste pacifiquement contre la construction du mur de séparation]. A la place, ils ont eu Bangkok [référence aux récents évènements violents dans la capitale thaïlandaise]. Les forces qui ont débarquées des hélicoptères étaient peu nombreuses, à peine quelques douzaines, pas assez pour contenir un groupe important qui les attendait. » Selon le journaliste, les commandos étaient équipés d’armes non-léthales lorsqu’ils sont arrivés sur le pont du bateau, par corde lisse. Devant la dégradation de la situation (deux blessés graves dans leur rang), ils ont obtenus l’autorisation d’ouvrir le feu avec leurs armes de poing.
« La seconde erreur provient du fait que les commandeurs n’ont pas pris assez au sérieux le fait qu’un groupe d’hommes attendaient les soldats sur le pont supérieur. L’auraient-ils pris au sérieux, ils auraient tiré des grenades lacrymogènes et fumigènes depuis l’hélicoptère pour créer un écran de fumée qui leur aurait permis de remplir leur mission, sans que les combattants tombent juste entre les mains des émeutiers, qui les attaquaient sévèrement. » Jean-Dominique Merchet

Après son triomphe de Davos et sa récente mise au pas de l’Armée, le nouveau Poutine d’Ankara tente une Géorgie sur mer!

Barres de fer,  manches de pioche, lance-pierres, billes de verre, couteaux, tentatives d’abattre l’hélicoptère et de lynchage des soldats, usage des armes à feu arrachées aux forces de sécurité …

Alors que, derrière l’habituelle désinformation de nos médias et les non moins habituelles gesticulations de notre Sarko national …

Le monde découvre, grâce aux images diffusées par Israël , la nouvelle panoplie et les nouvelles tactiques des « militants de la paix » du nouveau « Mehmet le conquérant”?

Confirmation, et avec le récit du généralement très bien informé journaliste israélien Ron Ben Yishai du quoditien Yedioth Aharonoth (repris – en ne retenant bien sûr que les « erreurs » israéliennes – par le correspondant militaire de Libération) …

Du véritable piège, sous couvert de convoi humanitaire et du lot habituel d’idiots utiles et de boucliers humains plus ou moins volontaires, qui avait été tendu aux forces de sécurité isréliennes par l’un des bateaux de la prétendue flotille de la paixce matin au large de Gaza …

Comme, derrière l’apparent lourd bilan (9 morts et nombre de blessés), du caractère résolument non-pacifique de l’opération turque.

Mais aussi peut-être des erreurs de l’armée israélienne, ayant apparemment sous-estimé tant la volonté de violence que l’armement des prétendus pacifistes et en fait émeutiers entrainés.

D’où leur manque d’effectifs et d’équipement (pistolets à peinture au lieu de grenades lacrymogènes et fumigènes), les contraignant ainsi à tirer à balles réelles pour se dégager et éviter d’être lynché sur place …

A brutal ambush at sea
Ron Ben-Yishai
Yedioth Aharonoth
05.31.10

Ron Ben Yishai recounts bloody clash aboard Gaza-bound vessel: The lacking crowd-dispersal means, the brutal violence of ‘peace activists,’ and the attempt to bring down an IDF helicopter

Our Navy commandoes fell right into the hands of the Gaza mission members. A few minutes before the takeover attempt aboard the Marmara got underway, the operation commander was told that 20 people were waiting on the deck where a helicopter was to deploy the first team of the elite Flotilla 13 unit. The original plan was to disembark on the top deck, and from there rush to the vessel’s bridge and order the Marmara’s captain to stop.

Officials estimated that passengers will show slight resistance, and possibly minor violence; for that reason, the operation’s commander decided to bring the helicopter directly above the top deck. The first rope that soldiers used in order to descend down to the ship was wrested away by activists, most of them Turks, and tied to an antenna with the hopes of bringing the chopper down. However, Flotilla 13 fighters decided to carry on.

Navy commandoes slid down to the vessel one by one, yet then the unexpected occurred: The passengers that awaited them on the deck pulled out bats, clubs, and slingshots with glass marbles, assaulting each soldier as he disembarked. The fighters were nabbed one by one and were beaten up badly, yet they attempted to fight back.

However, to their misfortune, they were only equipped with paintball rifles used to disperse minor protests, such as the ones held in Bilin. The paintballs obviously made no impression on the activists, who kept on beating the troops up and even attempted to wrest away their weapons.

One soldier who came to the aid of a comrade was captured by the rioters and sustained severe blows. The commandoes were equipped with handguns but were told they should only use them in the face of life-threatening situations. When they came down from the chopper, they kept on shouting to each other “don’t shoot, don’t shoot,” even though they sustained numerous blows.

‘I saw the tip of a rifle’

The Navy commandoes were prepared to mostly encounter political activists seeking to hold a protest, rather than trained street fighters. The soldiers were told they were to verbally convince activists who offer resistance to give up, and only then use paintballs. They were permitted to use their handguns only under extreme circumstances.

The planned rush towards the vessel’s bridge became impossible, even when a second chopper was brought in with another crew of soldiers. “Throw stun grenades,” shouted Flotilla 13’s commander who monitored the operation. The Navy chief was not too far, on board a speedboat belonging to Flotilla 13, along with forces who attempted to climb into the back of the ship.

The forces hurled stun grenades, yet the rioters on the top deck, whose number swelled up to 30 by that time, kept on beating up about 30 commandoes who kept gliding their way one by one from the helicopter. At one point, the attackers nabbed one commando, wrested away his handgun, and threw him down from the top deck to the lower deck, 30 feet below. The soldier sustained a serious head wound and lost his consciousness.

Only after this injury did Flotilla 13 troops ask for permission to use live fire. The commander approved it: You can go ahead and fire. The soldiers pulled out their handguns and started shooting at the rioters’ legs, a move that ultimately neutralized them. Meanwhile, the rioters started to fire back at the commandoes.

“I saw the tip of a rifle sticking out of the stairwell,” one commando said. “He fired at us and we fired back. We didn’t see if we hit him. We looked for him later but couldn’t find him.” Two soldiers sustained gunshot wounds to their knee and stomach after rioters apparently fired at them using guns wrested away from troops.

2 errors

During the commotion, another commando was stabbed with a knife. In a later search aboard the Marmara, soldiers found caches of bats, clubs, knives, and slingshots used by the rioters ahead of the IDF takeover. It appeared the activists were well prepared for a fight.

Some passengers on the ship stood at the back and pounded the soldiers’ hands as they attempted to climb on board. Only after a 30-minute shootout and brutal assaults using clubs and knifes did commandoes manage to reach the bridge and take over the Marmara.

It appears that the error in planning the operation was the estimate that passengers were indeed political activists and members of humanitarian groups who seek a political provocation, but would not resort to brutal violence. The soldiers thought they will encounter Bilin-style violence; instead, they got Bangkok. The forces that disembarked from the helicopters were few; just dozens of troops – not enough to contend with the large group awaiting them.

The second error was that commanders did not address seriously enough the fact that a group of men were expecting the soldiers on the top deck. Had they addressed this more seriously, they may have hurled tear-gas grenades and smoke grenades from the helicopter to create a screen that would have enabled them to carry out their mission, without the fighters falling right into the hands of the rioters, who severely assaulted them.

Voir aussi:

Manuel de San Remo (sur le droit international applicable aux conflits armés en mer, 1994)

67. Les navires marchands battant pavillon des Etats neutres ne peuvent être attaqués que s’ils: (A) transportent de la contrebande ; violent un blocus. Ils ne peuvent être attaqués qu’après avertissement préalable, s’ils refusent clairement et intentionnellement d’obtempérer. Ou bien s’ils refusent d’être visités, s’ils résistent, ou répondent délibérément de manière négative aux offres proposées.

111. La perfidie est interdite. Les actes perfides sont ceux faisant appel, avec l’intention de la tromper, à la bonne foi d’un adversaire pour lui faire croire qu’il a le droit de recevoir ou l’obligation d’accorder la protection prévue par les règles du droit international applicable dans les conflits armés. Les actes perfides comprennent le fait de lancer une attaque tout en feignant:

a) d’avoir un statut civil, neutre ou d’être exempté d’attaque ou de capture, ou d’être placé sous la protection des Nations Unies;

114. Si le commandant d’un navire de guerre soupçonne qu’un navire de commerce arborant un pavillon neutre présente en fait un caractère ennemi, il est habilité à exercer son droit de visite et de perquisition, y compris le droit de déroulement pour perquisition conformément au paragraphe 121.

115. Si le commandant d’un aéronef militaire soupçonne qu’un aéronef civil portant les marques d’un Etat neutre présente en réalité un caractère ennemi, il est habilité à exercer son droit d’interception et, lorsque les circonstances l’exigent, à dérouter l’aéronef pour une visite et une perquisition.

116. Si, après une visite et une perquisition, il y a raisonnablement lieu de supposer que le navire de commerce arborant un pavillon neutre ou que l’aéronef civil portant les marques d’un Etat neutre présente un caractère ennemi, le navire ou l’aéronef peut être capturé comme prise mais doit ultérieurement faire l’objet d’un jugement.

146. Les navires de commerce neutres peuvent être capturés hors des eaux neutres s’ils se livrent à l’une des activités mentionnées au paragraphe 67 ou s’il est établi par une visite et une perquisition ou par tout autre moyen qu’ils:

a) transportent de la contrebande;

b) font route à seule fin de transporter des passagers individuels appartenant aux forces armées ennemies;

c) agissent directement sous contrôle, ordres, affrètement, emploi ou direction ennemie;

d) présentent des documents irréguliers ou frauduleux, ne disposent pas des pièces requises, ou détruisent, rendent illisibles ou dissimulent des documents;

e) violent les règles établies par un belligérant dans la zone immédiate des opérations navales; ou

f) violent ou tentent de violer un blocus.

Voir enfin:

MFA Legal expert Sarah Weiss Maudi on the legal aspect of Gaza aid

Israel ministry of Foreign Affairs

26 May 2010

Transcript:

Interviewer: Today we are with Sarah Weiss Maudi, the Israel Foreign Ministry’s expert on m May aritime and humanitarian law. Sarah, can you explain to us please why Israel may stop ships from entering Gaza?

Ms. Weiss Maudi: Sure. The reason why ships cannot enter Gaza currently is because a maritime blockade is in effect off the coast of Gaza. When a maritime blockade is in effect no ships can enter the blockaded area. This includes both enemy vessels and civilian vessels. The reason why there is a naval blockade in effect off the coast of Gaza is because Israel is currently in a state of armed conflict with the Hamas regime that controls Gaza. The Hamas regime has bombarded Israeli communities in Israel, Israeli civilians in Israel, with weapons that are smuggled to Gaza by various routes, and one of these routes is the sea. Under international law a maritime blockade is a recognized and legitimate tool that can be used during an armed conflict. Various naval handbooks of western states, including the naval handbook of the United States and of the UK, recognize the blockade as a legitimate tool during maritime armed conflict.

Interviewer: So this is a regular maritime procedure?

Ms. Weiss Maudi: This is a regular, recognized maritime procedure. Under international law there are various criteria that need to be in place in order for the blockade to be valid. One of these, for example, is the grant of due notice. Israel has granted due notice and has publicized via the international professional maritime channels the exact coordinates of the maritime blockade.

Interviewer: So this blockade shouldn’t surprise anyone.

Ms. Weiss Maudi: Exactly. Due notice has already been granted.

Interviewer: Okay. Now what about Israel controlling overland supplies in and out of Gaza?

Ms. Weiss Maudi: I think to answer that question we have to look back at the recent history in the Gaza Strip.

In 2005, Israel implemented what is called its disengagement plan and under this disengagement plan Israel withdrew completely from the Gaza Strip – meaning that there is no longer any Israeli military or civilian presence in the Gaza Strip. This ended Israel’s effective control of the area after about 40 years of effective control.

Interviewer: Does this mean that Israel no longer occupies Gaza?

Ms. Weiss Maudi: Correct. Gaza is no longer under Israel’s effective control. What exists today is a state of armed conflict, as I said. Basically, what happened was that Israel had hoped that the disengagement plan would serve as a springboard towards more positive relations with its neighbors in Gaza. Unfortunately, the opposite happened and the Hamas regime, a terrorist regime, seized control of Gaza and stepped up its attacks on civilian targets in Israel proper, in communities and towns adjacent to the Gaza Strip.

So Israel, in response to these attacks on its civilians, undertook a number of measures. And one of these measures was the imposition of economic sanctions against the Hamas regime in Gaza.

Interviewer: Is this a common practice, economic sanctions?

Ms. Weiss Maudi: The imposition of economic sanctions on a terrorist or other regime is a very common practice that has been used many times in modern history. Some examples are the US implementation of economic sanctions on Syria or on Libya. Basically this is a tool to exert economic pressure on a problematic regime. This is not an act of collective punishment. Rather, again, this is a legitimate tool that is used under international law to exert pressure on a regime such as the Hamas regime, which is a terrorist regime.

Interviewer: So how does Israel make sure that while it is pressuring the regime, the citizens don’t get hurt?

Ms. Weiss Maudi: There are certain obligations under international humanitarian law that apply to armed conflict. Basically, Israel must ensure that vital humanitarian goods are supplied to the citizens of the Gaza Strip. Israel supplies vital humanitarian goods on a daily basis – these include baby formula, meat, dairy products etc. and in the last year and a half for example, over a million tons of goods have been transferred to the Gaza Strip.

Interviewer: So everything is transferred?

Ms. Weiss Maudi: No, not everything is transferred. Under international law, a state that is imposing economic sanctions does not need to transfer non-vital goods. This means that goods that would give Hamas a military or economic advantage are not transferred. This is why, for example, Israel limits the transfer of concrete to Hamas. Concrete could be used to cast rockets or it can be used to build reinforced bunkers, and certainly those things would give Hamas a military advantage.

Interviewer: So how are we sure that Israel is implementing these economic sanctions in a way that doesn’t hurt the civilians.

Mr. Weiss Maudi: The Israel Supreme Court constantly reviews the transfer of humanitarian goods to Gaza and makes sure that Israel is meeting its obligations under international law. There have been several Supreme Court cases where they have checked and made sure that Israel meets its obligations both under Israeli domestic law and under international law.Interviewer: Okay. Thank you very much.

Ms. Weiss Maudi: You’re welcome.

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Indépendances africaines/35e: La même étrangement familière posture victimaire vis-à-vis des Blancs responsables de tous nos maux (When in doubt, blame the white man!)

31 mai, 2010
Obama's KatrinaLa marée noire BP est en fait le second Katrina de Bush. Joe Klein
Quels que soient ses défauts, Obama est infiniment plus compétent pour faire face à une catastrophe que son prédécesseur. Frank Rich
Comment Bush & Cheney ont préparé la marée noire. Jean-Sébastien Stehli (correspondant du Figaro aux Etats-Unis)
Au bout du compte, les discours n’y feront rien. Si BP peut reboucher le puits à temps pour empêcher une calamité absolue dans le golfe, le président en réchappera politiquement. S’il n’y arrive pas – si la fuite n’est arrêtée avant que les puits de diversion soient terminés en août — cela deviendra le Katrina d’Obama. Ce sera injuste, parce qu’Obama n’est pas plus responsable des dégâts provoqués par l’actuelle catastrophe que Bush ne l’était pour ceux de Katrina. Mais telle est la nature de la politique américaine et son culte de la personnalité présidentiel: nous nous attendons à ce que nos présidents jouent les Superman. (…) Mais bon, quand vous vous oignez vous-même Roi Canute, vous ne devez pas vous étonner quand vos sujets s’attendent à ce que vous commandiez les marées. Charles Krauthammer
Le fait est que Barack Obama a été le compagnon de route d’un nationalisme noir anti-américain plein de haine toute sa vie d’adulte, refusant de prendre position et de dénoncer une idéologie pour qui sa propre mère n’avait pas de place. Et quel mauvais présage de son jugement présidentiel que d’avoir exposé ses deux filles pendant leurs vies entières à ce qui est, pour le moins implicitement, le pire des vitriols anti-blancs? Mais maintenant le projecteur d’une campagne présidentielle a révélé ce coin habituellement caché de la vie noire contemporaine: la complaisance la plus gratuite pour un anti-Américanisme rhétorique comme moyen de renforcement des liens intracommunautaires et d’affirmation de son identité noire. Et pourtant l’image de Jeremiah Wright, en une de tous les journaux télévisés de l’Amérique, nous a prouvé qu’il n’y a aucune vraie différence entre la haine rhétorique et la vraie haine. Shelby Steele
L’indépendance est un leurre, dans notre monde globalisé. L’Afrique, en particulier, souffre encore d’une dépendance au niveau mental, philosophique, économique. Nous cultivons un lien par la négative à l’Europe. Beaucoup d’Africains adoptent une posture victimaire vis-à-vis des anciens colons. On se lamente, on pleure. Nous ne sommes capables de voir en l’autre que le responsable de tous nos maux. Même ceux qui choisissent une attitude plus militante envers l’Europe, comme le président du Zimbabwe Robert Mugabe, élaborent un discours de faux courage. Ils restent profondément colonisés du point de vue politique. Nous nous construisons en fonction du Nord, pour lui montrer ce que nous sommes, pour nous affirmer face à lui. La véritable indépendance adviendra quand cet autre n’aura plus d’importance pour nous. Mia Couto
A l’heure où, face à leur propre Katrina (avec toute l’injustice que suscite, chez les critiques peu regardants, la magnitude de telles catastrophes) et comme pour l’Irak ou la crise financière, le Messie noir de Chicago et sa claque médiatique ont repris leur jeu habituel du c’est-pas-moi-c’est-Bush

Et pour ceux qui ont la mémoire assez longue pour se rappeler, derrière le véritable tsunami d’antibushisme primaire qui avait alors déferlé sur nos médias …

La réalité, au-delà d’un degré de décentralisation proprement incompréhensible pour un Français, d’une Louisiane gouvernée par une démocrate (Kathleen Blanco) et d’une Nouvelle-Orléans dirigée par des noirs largement incompétents et corrompus (du maire Nagin au chef de la police Eddie Compass) …

Dont, outre le refus de nombre d’habitants d’être évacués, la réticence dans un premier temps à faire appel aux autorités fédérales fut pour beaucoup dans le cafouillage initial…

Pour une catastrophe jusque là inédite (qu’on imagine les conséquences, dans un pays qui deux ans plutôt perdait quelque 20 000 personnes âgées dans une canicule (70 000 pour toute l’Europe !), un ouragan de plus de 650 km de rayon, soit 40% de la superficie de la France !), qui, au bout du compte et sur 7 états affectés, fera pourtant 10 fois moins de victimes …

Cet intéressant entretien, dans le journal suisse romand Le Temps, de l’écrivain mozambicain Mia Couto, qui, en ce 35e anniversaire de l’indépendance de son pays et 2e vague des indépendances africaines (et 25e sommet France-Afrique), vient de publier un essai sur « la récupération de la figure de Barack Obama par les élites africaines« .

Pointant la même étrangement familière « posture victimaire » vis-à-vis des Blancs « responsables de tous nos maux »

Comme les mêmes « discours haineux et racistes«  qui ont bercé, tous les dimanches matins, les vingt dernières années de l’ex-sénateur de l’Illinois …

Ou le faux et hypocrite discours d’une africanité fantasmée et à nouveau raciste de ceux qui, de nos Fanon à nos Césaire et de leur négritude ou pensée du peuple noir, « réclament l’Afrique mais ne la vivent pas »…

Et surtout enferment, avec leur idiots utiles blancs à la Bono, les populations qu’ils prétendent représenter dans toujours plus de dépendance et de sous-développement

Extraits :

Quand j’ai écrit cela, je voulais lancer une discussion sur l’hypocrisie en Afrique. Je voulais pointer du doigt les dirigeants du continent. Il y a des discours homophobes, haineux, racistes, dans la bouche de nombreux politiciens africains. Après l’élection américaine, je voyais les leaders africains s’adresser à Obama comme à un frère, alors qu’ils ne partageaient pratiquement aucune de ses vues progressistes. Ils ne devraient pas être invités à cette célébration. D’abord, Obama n’est pas un Africain, il est un Américain. Il est absurde de considérer que quelqu’un est Africain juste parce qu’il a la peau noire ou parce que ses ancêtres viennent d’Afrique. Au nom de cette «africanité» que clament les politiciens, ils fomentent une unité sans principes. Cette catégorie de l’africanité relie nos dirigeants comme une chaîne. Personne, parmi les dirigeants africains, ne renie Robert Mugabe, parce qu’ils le considèrent comme l’un d’entre eux. A mon sens, s’il choisit de gouverner par le racisme, il ne peut être l’un d’entre nous. Les élites africaines incluent Obama dans leur conception d’une africanité
raciste.

La composante raciale est forte. Ce sont des hommes de la diaspora qui ont fondé la négritude ou la pensée du peuple noir, Frantz Fanon, Aimé Césaire. C’est un paradoxe étonnant. Ceux qui réclament l’Afrique ne la vivent pas. Les Africains ne peuvent se satisfaire d’être pensés seulement par des hommes qui vivent en dehors du continent. Notre identité est fondée de l’extérieur, nous sommes construits de l’extérieur. Je rencontre beaucoup d’écrivains africains, de philosophes, de sociologues, qui luttent contre le stéréotype facile de l’africanité. Nous essayons de nous libérer d’une africanité assignée.

Lettres d’Afrique
«L’indépendance est un leurre»
Arnaud Robert
Le Temps
29 mai 2010

Le Mozambicain Mia Couto est un géant de la littérature africaine. L’auteur de «Terre somnambule» vient de signer un essai sur la récupération de la figure de Barack Obama par les élites africaines
Genre: essai
Réalisateurs: Mia Couto
Titre: Et si Obama était Africain…
Studio: Chandeigne, 40 p.

Les Mercedes sont immaculées. Soirée littéraire à Maputo, il y a quelques jours, pour la sortie d’un livre sur l’identité nationale. Les armoires à glace du premier ministre mozambicain musardent sur le trottoir. C’est un pays dont on parle peu, qui célèbre cette année 35 ans d’indépendance. Les stigmates de l’interminable guerre civile sont encore visibles, au carrefour des avenues Vladimir Lénine et Mao Tsé-tung, d’un Etat dirigé par un front de libération communiste, le Frelimo.

L’écrivain Mia Couto s’est battu lui aussi, aux côtés du Frelimo, pour le retour de la démocratie dans cet immense pays côtier, ancienne colonie portugaise. Couto a 55 ans, il est Blanc. Son œuvre, l’une des plus bouleversantes de la littérature contemporaine, traque dans une langue maritime les remous d’une histoire nationale. Son roman Terre somnambule, publié en 1992, ou Tombe, tombe au fond de l’eau, de 1998, rejouent avec grâce l’émancipation de ce finistère.

Parce qu’il se situe à distance de l’anniversaire des indépendances que l’on célèbre cette année, parce qu’il vient aussi de publier un opuscule sur la récupération de la figure de Barack Obama par les élites africaines, Mia Couto est un interlocuteur précieux. Biologiste de formation, occupé aujourd’hui par la sauvegarde de l’environnement, il croit en une littérature africaine. Pour autant qu’elle ne soit pas cadenassée dans ses origines.

Samedi Culturel: On célèbre en 2010 cinquante ans d’indépendance pour dix-sept Etats africains. Est-ce que vous vous reconnaissez dans cette célébration?

Mia Couto: L’indépendance est un leurre, dans notre monde globalisé. L’Afrique, en particulier, souffre encore d’une dépendance au niveau mental, philosophique, économique. Nous cultivons un lien par la négative à l’Europe. Beaucoup d’Africains adoptent une posture victimaire vis-à-vis des anciens colons. On se lamente, on pleure. Nous ne sommes capables de voir en l’autre que le responsable de tous nos maux. Même ceux qui choisissent une attitude plus militante envers l’Europe, comme le président du Zimbabwe Robert Mugabe, élaborent un discours de faux courage. Ils restent profondément colonisés du point de vue politique. Nous nous construisons en fonction du Nord, pour lui montrer ce que nous sommes, pour nous affirmer face à lui. La véritable indépendance adviendra quand cet autre n’aura plus d’importance pour nous.

Quel rôle ont joué les intellectuels dans le processus des indépendances et dans la construction post-coloniale?

Dans le cas du Mozambique, comme dans beaucoup d’autres cas, il y avait peu d’intellectuels capables d’imaginer leur nation. Nous avons connu un type de colonialisme qui n’a pas permis l’ascension d’un groupe représentatif de penseurs. L’administration coloniale, à la fin des années 1950, avait développé une politique d’assimilation. Mais les assimilés noirs qui arrivaient jusqu’à l’école secondaire se comptaient sur les doigts d’une main. J’ai étudié la médecine en 1971. Dans ma faculté, il y avait douze étudiants noirs parmi mille étudiants. Il existait parallèlement une vie intellectuelle blanche, mulâtre, liée à la cause de la libération, cruciale dans la lutte contre la colonie. J’étais un membre du Frelimo. Cela a changé ma vie. A un moment, j’ai décidé de me retirer. Je veux continuer de lutter à ma manière, débarrassé des partis. Je ne suis pas amer, je ne renie pas mon combat. Je m’oppose à l’idée que la politique est sale, que les intellectuels devraient voler au-dessus de ces considérations. Dans certains cas, les écrivains devraient avoir le courage d’offrir leur nom et leur vie à certaines causes. Mais ils doivent aussi savoir se retirer quand les mouvements ont perdu de leur authenticité.

En vous engageant avec le mouvement de libération, avez-vous consciemment pris parti contre vos racines portugaises?

Non, je ne l’ai pas vécu ainsi. Ce n’était pas une option ni un choix, c’était une condamnation. Même dans les pires moments de la guerre, il ne m’est jamais venu à l’esprit que je devais rentrer «chez moi». J’appartiens à ce lieu, au Mozambique. Je sais que mes origines sont portugaises. La première fois où je suis allé voir une voyante au Mozambique, elle m’a dit que ma douleur était liée au fait que je n’avais pas pris soin d’une femme qui s’était occupée de moi quand j’étais enfant. Je n’y ai pas cru, je n’avais gardé aucun souvenir de cet épisode. Mais j’ai tout de même interrogé mes parents. Ils m’ont raconté que nous étions allés au Portugal pour voir ma grand-mère, quand j’avais 2 ans, et qu’elle s’était prise d’affection pour moi. Je pensais n’avoir gardé aucun lien avec le Portugal. Je ne me rappelais d’aucun de mes grands-parents. Cette voyante m’a dit que je devais aller au cimetière et que je devais m’adresser à elle. Je ne suis pas très religieux. Mais je suis allé dans ce cimetière et j’ai vu toutes ces tombes gravées de mon nom, Couto. J’ai été touché. Le Portugal est la terre où reposent mes morts. Je n’ai aucun mort au Mozambique. Ma diaspora, ce sont mes morts. Cela n’a pas facilité mes questions d’identité.

Vos lecteurs résident plutôt au Nord qu’au Sud…

Sans doute. Mais aujourd’hui, il existe en Angola des éditeurs qui publient des écrivains mozambicains. A Maputo, certains professionnels courageux tentent de donner accès à une littérature lusophone d’Afrique. Mais nous manquons de structures commerciales, de marchés. Mes livres sont lus au Mozambique. On s’arrange pour fabriquer des éditions moins chères. Les nouveautés s’épuisent très vite, faute de copies. De plus, les livres ne sont disponibles que dans les capitales. C’est un problème pour tous les écrivains du Mozambique. J’essaie d’y remédier en écrivant pour le théâtre et la radio. Nous élaborons des stratégies pour contourner les problèmes.

Le chauffeur de taxi qui m’a amené chez vous semblait vous considérer comme une célébrité…

C’est très étrange. Plus le niveau d’illettrisme est élevé, plus les écrivains et les philosophes bénéficient d’une aura particulière. Nous occupons une fonction symbolique dans un contexte de dualité entre l’écriture et la parole. Les gens considèrent leur culture orale comme mineure par rapport à la culture écrite. Ils trouvent dans la littérature une sorte de projection dans le futur, dans la modernité. Comme s’ils avaient accès à un autre temps. Pour la plupart, les écrivains vivent dans le monde de demain, ils sont considérés comme des prophètes, des envoyés du futur qui préparent le chemin. Mon pays est une île, éloignée du monde. Au Mozambique, nous avons des attitudes insulaires, nous campons dans notre observation du monde. Quand je vais donner une conférence à l’étranger, des bagagistes ou des balayeurs émigrés viennent me parler. Ils me disent que je les représente bien. Comme si j’étais un footballeur, comme si je partais jouer un match. J’emporte leur drapeau dans le monde. Je leur réponds que mon public est minuscule. Mais, pour mes compatriotes, même pour ceux qui n’ont jamais lu un livre, je suis un ambassadeur.

Vous venez de publier un petit livre sur Barack Obama, qui,
selon vous, ne pourrait être un héros africain…

Quand j’ai écrit cela, je voulais lancer une discussion sur l’hypocrisie en Afrique. Je voulais pointer du doigt les dirigeants du continent. Il y a des discours homophobes, haineux, racistes, dans la bouche de nombreux politiciens africains. Après l’élection américaine, je voyais les leaders africains s’adresser à Obama comme à un frère, alors qu’ils ne partageaient pratiquement aucune de ses vues progressistes. Ils ne devraient pas être invités à cette célébration. D’abord, Obama n’est pas un Africain, il est un Américain. Il est absurde de considérer que quelqu’un est Africain juste parce qu’il a la peau noire ou parce que ses ancêtres viennent d’Afrique. Au nom de cette «africanité» que clament les politiciens, ils fomentent une unité sans principes. Cette catégorie de l’africanité relie nos dirigeants comme une chaîne. Personne, parmi les dirigeants africains, ne renie Robert Mugabe, parce qu’ils le considèrent comme l’un d’entre eux. A mon sens, s’il choisit de gouverner par le racisme, il ne peut être l’un d’entre nous. Les élites africaines incluent Obama dans leur conception d’une africanité
raciste.

Il existe, chez les diasporas d’origine africaine, un concept de la Terre promise proche de celui du peuple juif…

La composante raciale est forte. Ce sont des hommes de la diaspora qui ont fondé la négritude ou la pensée du peuple noir, Frantz Fanon, Aimé Césaire. C’est un paradoxe étonnant. Ceux qui réclament l’Afrique ne la vivent pas. Les Africains ne peuvent se satisfaire d’être pensés seulement par des hommes qui vivent en dehors du continent. Notre identité est fondée de l’extérieur, nous sommes construits de l’extérieur. Je rencontre beaucoup d’écrivains africains, de philosophes, de sociologues, qui luttent contre le stéréotype facile de l’africanité. Nous essayons de nous libérer d’une africanité assignée. Si je veux écrire sur l’histoire d’amour de deux Chinois à New York, j’ai le droit. Je ne suis pas condamné à parler de mon bout de terre.


Mutilations génitales: A partir de quelle quantité de sang les parents seront-ils satisfaits? (From Victorian to Islamic clitorectomies: How much blood will parents be satisfied with?)

30 mai, 2010
AsylumPendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l’Éternel l’attaqua et voulut le faire mourir. Séphora prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils, et le jeta aux pieds (euphémisme pour les organes génitaux) de Moïse, en disant: Tu es pour moi un époux de sang! Et l’Éternel le laissa. Exode 4: 24-26
Toute la jurisprudence islamique, depuis l’avènement de l’islam il y a 14 siècles, reconnait et permet l’excision. Il existe des désaccords concernant le statut de l’excision dans la charia. Certains estiment que l’excision est exigée par la charia tout comme l’est la circoncision masculine. D’autres estiment que c’est une pratique traditionnelle. Mais tout au long de l’histoire de l’islam, jamais personne n’a émis l’idée que l’excision est un crime. Il y a un consensus religieux sur ce point depuis 14 siècles. Muhammad Al-Mussayar, Al-Azhar)
Ma grand-mère était exciseuse. La première fois que je l’ai vu faire, la jeune fille avait 15 ou 16 ans. Moi, j’en avais 7 (…) On est toujours venu me voir même si on savait que c’était interdit en France. Hawa Gréou
Hawa Gréou est devenue le bouc émissaire du procès. Or si elle est coupable d’un crime, les parents ne sont pas complices mais coauteurs de ce même crime. Les complices, ce sont les parquets qui ont classé un nombre non négligeable d’affaires sans instructions, et les médecins qui s’abstiennent de signaler les enfants excisées. Me Chevais
La « mutilation génitale féminine » est avant tout une étiquette désobligeante et subversive L’utilisation préemptive de cette expression est aussi blessante que de commencer une conversation au sujet du droit des femmes à l’IVG en qualifiant l’avortement de « meurtre d’une vie innocente ». Les avocats revendiquant le droit à l’avortement ont raison de s’opposer au dénigrement implicite de cette étiquette; beaucoup de femmes africaines s’opposent pareillement à qualifier de « mutilation» une pratique qu’elles décrivent en termes locaux comme « fête » ou « purification » ou « nettoyage » ou « embellissement ». Il est d’ailleurs significatif que dans la plupart des groupes ethniques où les opérations génitales féminines sont courantes, les opérations génitales masculines sont également courantes et décrites dans les mêmes termes. Richard Shweder (anthropologue, Université de Chicago, 05.12. 07)
Oui, c’est une évidence flagrante qu’il y a des risques liés aux infibulations. Mais il est tout aussi évident qu’une petite entaille, pratique qui ne comporte aucune ablation de tissu ou d’altération définitive des organes génitaux féminins, n’est pas plus risquée que les formes de circoncision masculine ou de piercing qui sont largement (bien qu’évidemment pas uniformément) admises dans la société occidentale. (…) La recherche épidémiologique nous renseigne sur le degré de risque de divers types associé à différentes formes de pratiques. Elle ne nous dit pas quand le risque est trop grand. Et qui décide quand le risque devient trop important ? Cela doit-il être décidé par des organismes internationaux? Des gouvernements ? Quand cela devient-il une nouvelle forme d’impérialisme culturel? Bettina Coquille-Duncan (anthropologue, université de Washington, 28.02.08)
Un des risques pour la science est quand des résultats politiquement corrects sont bien accueillis, aisément publiés et sans cesses cités, alors que des résultats politiquement embarrassants sont ignorés ou marginalisés. Ceci n’est peut-être jamais plus évident que dans l’étude « de la mutilation génitale femelle » où les rôles des chercheurs et des activistes politiques semblent souvent confondus. (…) La question clé est la suivante: Accepterions-nous aussi aisément les résultats de la recherche qui contredisent la connaissance médicale existante dans d’autres domaines que « la mutilation génitale féminine »? Les résultats de la recherche au sujet du diabète ou de l’asthme seraient-ils acceptés par exemple sans les habituelles procédures de contrôle les plus rigoureuses? Sara Johnsdotter et Birgitta Essen (Uppsala University, 23.02.08)
Il serait peut-être plus efficace, en guise de compromis, pour éviter un mal plus grand, que les lois fédérales et les états autorisent les pédiatres à pratiquer une entaille rituelle pour satisfaire la demande des familles. Académie de Pédiatrie Américaine (06.05.10)
Les médecins australiens envisagent d’accepter une forme de mutilation sexuelle chez les nouveau-nés de sexe féminin. La mutilation aurait lieu dans un environnement clinique adapté pour empêcher les pratiques “sauvages” réalisées par les immigrés africains. The Daily Telegraph
A partir de quelle quantité de sang les parents seront-ils satisfaits? Il y a de par le monde des pays où battre sa femme est autorisé, où l’esclavage et les abus sexuels sur les enfants sont permis. Nous n’autorisons pas ces coutumes dans notre pays. Nous n’autorisons pas les gens à pratiquer “un peu d’esclavage” parce qu’ils risquent de le pratiquer malgré tout. Nous n’autorisons pas les gens à battre leur femme “un petit peu”, pour prévenir le fait qu’ils le feront de toute façon. Georganne Chapin (directrice de Intact America)
L’Académie n’avait que des intentions louables, j’en suis convaincu, mais cette recommandation ne fait que créer une confusion sur la possible autorisation, sous une forme ou une autre, des mutilations sexuelles infligées aux filles. C’est un pas dans la mauvaise direction en ce qui concerne la protection des femmes et des jeunes filles. L’excision n’a aucune justification médicale ou thérapeutique, et comme il se doit, elle est interdite aux Etats-Unis. Joseph Crowley (représentant démocrate de New York)
Que va-t-on nous trouver encore ? Des séminaires sur comment frapper sa femme et sur les bénéfices secondaires que l’on en escompte ? La création à Las Vegas d’un lieu dédié aux mariages d’enfants, pour qu’ils n’aillent pas se marier à l’étranger? Pamela Geller
Même si la circoncision était efficace pour empêcher la maladie, l’ablation à la naissance d’une partie du pénis d’un petit bébé pour prévenir la survenue éventuelle d’une maladie plus tard ne semble pas plus raisonnable que l’ablation de routine de sa vésicule biliaire saine à la naissance pour lui éviter le potentiel de calculs biliaires à la fin de sa vie ou de lui arracher des dents saines pour prévenir tout risque ultérieur de caries dentaires. IntactAmerica
C’est une pente glissante où, si vous vous y laissez entrainer, vous vous exposez aux revendications de tous ceux qui sont un peu mécontents de n’importe quelle coutume particulière, quelque répugnante que nous puissions la trouver. Ira Mehlman (Federation for American Immigration Reform)

Le corps médical nous préparerait-il un petit retour au bon vieux temps victorien des clitorectémies thérapeutiques?

A l’heure où, quatorze ans après la première reconnaissance des mutilations génitales comme motif d’attribution du statut de réfugié par les autorités américaines, les motifs comme les possibilités d’abus et de fraude pour l’obtention dudit statut se multiplient (violences conjugales, mariages forcés, homosexualité) …

Et au moment où les vertus médicales supposées de la circoncision masculine sont sérieusement remises en question …

Il ne s’agit bien entendu plus de cautériser des clitoris, infibuler des petites lèvres ou enlever des ovaires pour guérir l’onanisme, les « troubles mentaux » de l’hypersexualité, de la nervosité, de l’hystérie ou du lesbianisme), voire, dans les hôpitaux psychiatriques, la catalepsie, l’hystérie, la mélancolie ou la kleptomanie …

Non, qu’on se rassure, il est tout simplement question, si l’on en croit les toutes récentes recommandations d’associations médicales tant américaine (avant, sous les protestations, leur retrait ultérieur) qu’australienne ou néo-zélandaise, d’apporter la caution de la science à une pratique allégée d’excision …

Et ce bien sûr non pour les filles ou épouses de nos bobos mais pour nos doudous locales et au nom, s’il vous plait, du simple pragmatisme (éviter le mal plus grand des pratiques sauvages ou dans les pays d’origine) …

Etats-Unis : l’Académie de Pédiatrie cautionne l’excision
Pamela Geller
Atlas Shrugs
le 10 mai 2010
Traduit par Jeannot pour Bivouac

Une perte radicale de toute notion du bien et de toute morale, c’est la seule interprétation possible : la civilisation la plus avancée du monde est en train, au nom du poison multiculturel, de cautionner l’excision. [NDLR : l’excision est une mutilation sexuelle consistant en l’ablation partielle ou totale du clitoris].

Une note d’intention récemment publiée aux Etats-Unis propose en effet que les médecins américains soient autorisés à pratiquer sur les filles une forme amoindrie de cet acte ignoble et barbare, afin d’éviter que des familles envoient leurs filles se faire exciser à l’étranger .

D’après le New-York Times, l’Académie de Pédiatrie Américaine (AAP) aurait en effet récemment proposé que les médecins puissent entailler le clitoris des petites filles à l’aide d’une aiguille pour satisfaire aux exigences de mutilation sexuelle des familles musulmanes ou africaines :

“Il serait peut-être plus efficace, en guise de compromis, pour éviter un mal plus grand, que les lois fédérales et les états autorisent les pédiatres à pratiquer une entaille rituelle pour satisfaire la demande des familles”.

Le député Joseph Crowley s’est alarmé du danger potentiel de cette idée : “l’Académie n’avait que des intentions louables, j’en suis convaincu, mais cette recommandation ne fait que créer une confusion sur la possible autorisation, sous une forme ou une autre, des mutilations sexuelles infligées aux filles. C’est un pas dans la mauvaise direction en ce qui concerne la protection des femmes et des jeunes filles. L’excision n’a aucune justification médicale ou thérapeutique, et comme il se doit, elle est interdite aux Etats-Unis.”

Georganne Chapin, directrice de Intact America (association de défense des femmes et de lutte contre l’excision) s’est déclaré “étonnée qu’une assemblée de personnes intelligentes n’aient pas réalisé sur quelle pente suprêmement glissante ils s’engageaient en autorisant l’académie de pédiatrie à pratiquer une “entaille rituelle”.

Chapin se pose la question : “A partir de quelle quantité de sang les parents seront-ils satisfaits ? ” et ajoute : «Il y a de par le monde des pays où battre sa femme est autorisé, où l’esclavage et les abus sexuels sur les enfants sont permis. Nous n’autorisons pas ces coutumes dans notre pays. Nous n’autorisons pas les gens à pratiquer “un peu d’esclavage” parce qu’ils risquent de le pratiquer malgré tout. Nous n’autorisons pas les gens à battre leur femme “un petit peu”, pour prévenir le fait qu’ils le feront de toute façon.

Et Chapin a raison. Que va-t-on nous trouver encore ? Des séminaires sur comment frapper sa femme et sur les bénéfices secondaires que l’on en escompte ? La création à Las Vegas d’un lieu dédié aux mariages d’enfants, pour qu’ils n’aillent pas se marier à l’étranger ?

Autoriser cette “entaille rituelle” n’aura aucunement l’effet positif qu’imaginent ces demeurés bien-pensants. L’effet sera strictement contraire. C’est la misogynie islamique qui vient de recevoir l’approbation officielle de l’Académie de Pédiatrie.

Et ce n’est pas la première fois que le New-York Times approuve tacitement la pratique de l’excision : en janvier 2008, le journal dépeignait sous un jour positif un rituel d’excision dans un article qui ne disait pas un mot de la douleur, du sang, ou des infections qui résultent souvent de ces pratiques.

La mutilation sexuelle des femmes n’est pas la seule des ignobles traditions islamiques qui pénètre en Occident. En Europe et en Amérique, le nombre de meurtres d’honneur est en hausse vertigineuse. Des milliers de filles en Grande-Bretagne sont mutilées, et les autorités ne peuvent pas (ou ne veulent pas) y mettre un terme.

On portera au crédit des médias britanniques qu’au moins un débat public a eu lieu à ce sujet. Nous subissons le même phénomène ici, aux États-Unis, mais en parler publiquement serait vécu comme une insulte au CAIR (Conseil Américan du culte musulman).

La recommandation de l’AAP est un exemple supplémentaire de la progression de la charia aux USA. Malgré la taqîya [NDLR : tromperie et mensonge permis aux musulmans par la charia), il est clair que l’islam reconnait et autorise l’excision, voire l’encourage parfois :

Muhammad Al-Mussayar, un érudit de l’université Al-Azhar, la plus prestigieuse et la plus influente des institutions du monde islamique, a ainsi déclaré que l’islam n’interdisait pas les mutilations sexuelles sur les femmes : “toute la jurisprudence islamique, depuis l’avènement de l’islam il y a 14 siècles, reconnait et permet l’excision. Il existe des désaccords concernant le statut de l’excision dans la charia. Certains estiment que l’excision est exigée par la charia tout comme l’est la circoncision masculine. D’autres estiment que c’est une pratique traditionnelle. Mais tout au long de l’histoire de l’islam, jamais personne n’a émis l’idée que l’excision est un crime. Il y a un consensus religieux sur ce point depuis 14 siècles.”

Et c’est cette pratique qui vient de recevoir l’absolution de l’Académie de pédiatrie américaine (AAP).

Bon sang de bonsoir, il s’agit de nos filles ! C’est notre culture que ces bouffons de dhimmis sans cervelle jettent par dessus bord des deux mains. Quelle que soit la façon d’apprécier ce problème — et le New-York Times est passé maitre dans l’art de cautionner la barbarie en gant de velours — ce qu’a proposé l’AAP est grotesque et n’engendrera qu’une pression toujours accrue de la charia sur les femmes.

Et ce sont nos filles et nos petites filles qui en souffriront.

Article de Pamela Geller (du site Atlas Shrugs), paru le 10 mai 2010 sur le site biggovernment.com (source de l’article) – Traduit par Jeannot pour Bivouac-ID

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En complément : lire (en anglais) le papier du New-York Times évoqué dans l’article de Pamela Geller. Quelques extraits ont été traduits ci-dessous :

“L’intention du comité était d’émettre un avis sur la sécurité [sanitaire] dans un contexte culturellement sensible”.

Selon lui, les membres du comité “sont opposés à toute forme de mutilation sexuelle féminine qui font courir un risque ou provoquent des blessures physiques ou physiologiques” et considèrent l’entaille rituelle comme un “dernier recours”. Cette entaille est “censée être aussi bénigne que le perçage de l’oreille. Il s’agit de prendre une aiguille et de faire sortir une goutte de sang.”

”Si nous disons juste aux parents “Non, ce n’est pas bien”, notre inquiétude est que la famille renvoie l’enfant au pays où la mutilation sera bien plus étendue, et sera peut-être pratiquée sans anesthésie, avec des outils non stérilisés, ou même avec un tesson de verre.”

Actuellement, selon l’Association des Gynécologues Obstétriciens, plus de 130 millions de femmes et filles ont subi des mutilations sexuelles de par le monde. Ces mutilations sont pratiquées essentiellement sur les filles de moins de 15 ans dans des pays comme l’Éthiopie, le Soudan ou la Somalie. Les conséquences peuvent aller de graves complications lors de la grossesse ou lors de l’accouchement, à un dysfonctionnement sexuel.

Le Dr. Friedman Ross déclare également : “si vous médicalisez la mutilation, et déclarez qu’elle est autorisée, certaines personnes vont-elles mal comprendre cette décision et aller au delà d’une petite entaille ? La réponse est oui.” Mais “si les gens se voient refuser de pratiquer leur rituel, sur le clitoris la plupart du temps, le risque est bien plus élevé qu’ils aient recours à des méthodes beaucoup plus dangereuses.»

(New-York Times)

http://www.nytimes.com/1996/06/16/weekinreview/june-9-15-asylum-from-mutilation.html?pagewanted=1

Voir aussi:

The Facts Behind Circumcision

Newborn male circumcision is the most common surgical procedure performed in the U.S. It’s a common misconception that there are tangible health benefits to male circumcision, but the truth is no medical society in the world recommends it. This invasive procedure carries serious health risks, including infection, hemorrhage, surgical mishap, and death, as well many ethical considerations.

Yet, despite these risks, the Centers for Disease Control (CDC) is developing public health recommendations that could mislead more parents into agreeing to circumcision for their newborn baby boys. Intact America is demanding that the CDC issue a truthful statement on the risks and harms of newborn male circumcision.

Get the facts behind circumcision below, then take our interactive quiz and test your knowledge!

Myth – Circumcising baby boys is a safe and harmless procedure.
Fact – As with any surgery, surgically removing part of a baby boy’s healthy genitals causes pain, creates immediate health risks and can lead to serious complications. Risks include infection, hemorrhage, scarring, difficulty urinating, loss of part or all of the penis, and even death. More than 100 circumcision-related deaths are estimated to occur every year in the United States, but the number may be even higher. Circumcision complications can and do occur in even the best clinical settings.

Myth – Circumcision is just a little snip.
Fact – Surgically removing part of a baby boy’s healthy penis is far more than « a snip. » First, a doctor or nurse places the baby on his back, and straps his arms and legs onto a molded plastic board. In the most common method of infant circumcision, the doctor then attaches two hemostats to the foreskin, and inserts a metal instrument under the foreskin to forcibly separate it from the glans (head of the penis). The doctor then slits the foreskin in order to widen its opening for insertion of the circumcision device, against which the foreskin is crushed and then cut off. This operation takes up to fifteen minutes. The amount of skin removed from an infant in a typical circumcision is the equivalent of 15 square inches (the size of a 3 x 5 index card) in an adult male.

Myth – Circumcision is routinely recommended and endorsed by doctors and other health professionals.
Fact – No professional medical association in the United States or anywhere else in the world recommends routine circumcision as a medically necessary procedure. The American Medical Association calls it « non-therapeutic. » At no time in its 75 years has the American Academy of Pediatrics ever recommended infant circumcision.

Myth – The baby does not feel any pain during circumcision.
Fact – Circumcision is painful. Babies are sensitive to pain, just like older children and adults. The younger the baby, the more intense the experience of pain. The analgesics used for circumcision only decrease pain; they do not eliminate it. Furthermore, the open wound left by the removal of the foreskin will continue to cause the baby pain and discomfort, especially during urination and defecation, for the 7-10 days it takes for the wound to heal.

Myth – If I don’t circumcise my son, he will be ridiculed.
Fact – Times have changed and so has people’s understanding of circumcision. Today, half of all baby boys born in the United States will leave the hospital « intact. » The circumcision rate is already estimated to be as low as 30% in the Western United States, and the rate across the United States continues to decline as well. Most medically advanced nations do not « routinely » perform surgical operations to remove healthy flesh from newborn babies, and most have laws to protect girls from genital modification. Approximately 75 % of men in the world are not circumcised and remain intact.

Myth – A boy should look like his father. My husband is circumcised, so my son should also be circumcised.
Fact – Children differ from their parents in all kinds of ways, including eye and hair color, body type, and (of course) size and sexual development. If a parent were missing an eye or had a large birthmark, nobody would suggest that the baby’s eye be removed at birth, or that he be tattooed with a « birthmark » to look like his parent. If a child asks why his penis looks different from that of his father (or a sibling), parents can offer a simple explanation such as, « Daddy (or brother) had a part of his penis removed when he was a baby, but now we know it’s not necessary and we decided not to let anyone do that to you. »

Myth – Routine circumcision of baby boys cannot be compared to Female Genital Mutilation, either as a cultural or medical practice. Female genital cutting is an unjust and inhumane practice, but circumcising boys is justifiable.
Fact – The rationales offered in cultures that promote female genital cutting are similar to those offered in cultures that promote male circumcision. These include hygiene, disease prevention, improved appearance of the genitalia, and social acceptance. Whatever the rationale, forced removal of healthy genital tissue from any child – male or female – is unethical. Boys have the same right as girls to be spared this inhumane, unnecessary surgery.

Myth – To oppose male circumcision is religious and cultural bigotry.
Fact – Many who oppose the painful, risky and permanent alteration of babies’ or children’s genitalia do so precisely because they believe in universal human rights. People of many different religious and cultural traditions agree that all children – regardless of race, ethnicity, or culture of origin – have the right to be protected from bodily harm. In our society, parents have the right to raise their children in accordance with their own cultural and religious standards. However, that right is not limitless. Parents must not (directly, or through the agency of a medical or religious practitioner) inflict irreversible harm on a child.

Myth – Circumcising newborn baby boys produces health benefits in later life.
Fact – Despite common perception, there is NO conclusive link between circumcision and better health. In fact, performing medically unnecessary surgery on a baby boy’s genitals creates immediate health risks. Circumcision-related risks include infection, hemorrhage, scarring, loss of part or all of the penis, and even death. These dangers exist in even the best clinical settings.

Myth – Male circumcision helps prevent HIV.
Fact – Only abstinence or the use of condoms can prevent the spread of sexually transmitted diseases, including HIV/AIDS. Moreover, condom usage protects women as well as men. Even if circumcision were effective for preventing disease, removing part of a baby boy’s penis at birth to prevent the potential for disease in the future makes no more sense than « routinely » removing healthy gall bladders at birth to prevent the potential for gall stones in later life, or removing healthy teeth to prevent dental caries.

Voir également:

Asylum Seeker Is Impostor, INS Says
Woman’s Plea Had Powerful Support
William Branigin and Douglas Farah
Washington Post
December 20, 2000

As the young West African woman languished for two years in an immigration jail in New York, all she had was her story. She said her name was Adelaide Abankwah and that she needed asylum in the United States because, back home in Ghana, she had been chosen « queen mother » of her tribe. If forced to return, she claimed, her people would discover she was not a virgin, as tradition demanded, and would subject her to painful genital mutilation.

The story shocked many who heard it. Feminists and human rights activists rallied to her cause, drawing extensive media coverage and support from celebrities and politicians. Among the famous and influential who sympathized with her were Gloria Steinem, actresses Julia Roberts and Vanessa Redgrave, members of Congress and first lady Hillary Rodham Clinton. After judges twice ruled against her, she was released from detention last year and won asylum from a federal appeals court.

But an Immigration and Naturalization Service investigation has concluded that the story is a fabrication and the woman an impostor, according to INS officials and documents. The confidential INS inquiry — and separately, The Washington Post — found that the woman claiming to be Adelaide Abankwah is actually a 31-year-old former Ghanaian hotel worker named Regina Norman Danson. In an interview, Danson acknowledged her identity but stood by other parts of her story.

Armed with documents collected in Ghana, INS investigators recommended more than a year ago that Danson be prosecuted on a fraud charge. The case was referred to the U.S. attorney’s office in New York, but, according to U.S. officials familiar with the case, the Justice Department has been reluctant to proceed for fear of embarrassing politicians and top administration officials who weighed in on Danson’s behalf. The U.S. attorney’s office declined to comment.

With a forged passport, an innocent demeanor and her startling tale, Danson managed to exploit the weaknesses inherent in U.S. asylum policy. That policy is designed to accommodate people fleeing political persecution abroad, often with false documents or no papers at all. Over the years, it has allowed thousands of genuine refugees to start new lives here, but it is vulnerable to abuse by people whose stories are difficult, if not impossible, to verify.

While Danson has found a job and is awaiting a green card that would make her a legal permanent resident, another young Ghanaian — whose passport Danson used and identity she assumed — has been living a furtive life in Germantown, Md. The real Adelaide Abankwah, a former college student whose passport was stolen in Ghana four years ago, has been afraid to come forward until now, living in fear of deportation because of her own immigration problems unrelated to Danson’s. She objects to Danson’s use of her identity.

« I feel like I’m being buried alive, » Abankwah, 27, said in an interview. « I still want my name. . . . I refuse to let her [Danson] take that name. »

When Danson arrived at New York’s John F. Kennedy International Airport on March 29, 1997, immigration inspectors saw at once that the passport identifying her as Adelaide Abankwah had been altered and moved immediately to deport her. When she expressed fear of returning to Ghana, she was sent to a detention facility in Queens to await an asylum hearing.

Appearing before an immigration judge six months later, she told a tale of persecution at the hands of unnamed tribal elders in her village, Biriwa, about 80 miles west of Ghana’s capital, Accra. She testified that her mother had died in July 1996, leaving her to inherit the position of « queen mother » of her tribe. She said tradition required the new queen mother to remain a virgin until she took office but that she had already had a sexual relationship.

When the truth was discovered, she said, she would be forced to undergo a cutting of the clitoris and labia, sometimes called female circumcision. She said she also would be punished if she refused to accept her selection as queen mother.

Judge Donn Livingston rejected the asylum claim, noting that Ghana had outlawed female genital mutilation in 1994 and that reportedly it was not practiced in the woman’s home region. Her fear of returning to Ghana, he concluded, was not reasonable. The judge also remarked that « there appears to be some question as to the applicant’s identity. »

In July 1998, the Board of Immigration Appeals upheld Livingston’s decision. But feminist groups and politicians had learned of the case and began denouncing her detention. Sen. Charles E. Schumer and Rep. Carolyn B. Maloney, both New York Democrats, visited the woman they knew as Adelaide Abankwah at the detention center and wrote letters to Attorney General Janet Reno to support her asylum request. The women’s rights group Equality Now lobbied the INS, the Justice Department and the White House in a « Free Adelaide » campaign.

Hillary Rodham Clinton « was very helpful in ensuring that INS was aware of the case at the highest level, » said Jessica Neuwirth, president of Equality Now. A spokeswoman for Clinton said recently that « the first lady followed the case very closely » at the time and passed information on it to the National Security Council. Clinton then « welcomed the ultimate outcome [the asylum grant], but she really did not believe it was appropriate to inject herself into the immigration service’s ongoing process, » the spokeswoman said.

However, according to three INS officials who spoke on condition of anonymity, higher-ups in the agency made it clear that Clinton sympathized with the asylum seeker and that top administration officials wanted the woman released to end criticism of the government over the matter.

The INS district office in New York was told that « the White House wants you to release her, so they released her, » one agency insider said. In failing to defend the INS’s handling of the case, the administration « has been willing to allow people working in the field to look terrible to avoid political embarrassment, » he said.

In July 1999, the U.S. Court of Appeals for the Second Circuit reversed the Board of Immigration Appeals, saying the board had been « too exacting both in the quantity and quality of evidence that it required. » The opinion did not mention doubts about the woman’s identity.

But those doubts continued to rankle the INS. Suspecting that the asylum seeker was lying, the INS district office in New York launched a rare investigation into her background. After three months of inquiries, a half-dozen agency investigators assembled what one called « overwhelming evidence » of fraud. Agents in Ghana interviewed the parents of the real Adelaide Abankwah, took statements from tribal leaders and villagers and collected school, employment and other records on both women. An INS report dated Aug. 20, 1999, which later was shown to The Washington Post, stated the agents’ conclusion: The woman in New York was an « impostor » whose « real identity is now established to be Regina Norman Danson. »

Among documents the INS found was a 1996 marriage certificate, contradicting Danson’s claim — central to her case — that she has never been married. In one affidavit, a cousin of Danson’s says she was never « selected to be a queen mother » and had no problems with authorities in Biriwa. Furthermore, Danson’s mother, Esi Esson, was not a tribal queen who had died, another INS report said. Ghanaian police found her in June this year buying fish at Biriwa Beach, and she picked out her daughter from a photo spread, it said.

In Biriwa, a warren of mostly mud-walled, tin-roofed shacks that straddles Ghana’s coastal highway, neither local residents nor record-keepers recall anyone named Adelaide Abankwah. But some remember Regina Danson — a quiet worker at a local hotel who had little education or prospects yet seemed eager to escape Biriwa’s poverty.

At the Biriwa Beach Hotel, run by a German family, Claudia Kleinebudde, the manager, produced photos and employment records of Danson. « She was a cook and was a good worker, » Kleinebudde said.

Danson had never been called Adelaide Abankwah, was not the daughter of any queen mother and never faced genital mutilation, Kleinebudde said. « Her whole story is a complete lie, » she said. « Her name is Regina, and she left because she wanted to go to the United States. »

At the Central House of Chiefs, a ramshackle building just east of Biriwa where records of the region’s chiefdoms are kept, dusty files also contradicted the tale told in New York courts. Registrar Isaac Dadzie-Mensah said Danson was never eligible to be a queen mother since « she is not from the royal family. »

At his house in Biriwa, local chief Nana Kwa Bonko V said a woman who is still alive, Nana Ama Osei II, served as queen mother from 1990 to 1993 and that the position has remained vacant since. Before her, he said, there had been no queen mother in Biriwa for 70 years.

Sitting in a receiving room stuffed with furniture, Bonko said that female circumcision plays no role in his tribe’s tradition and that there is no punishment for rejecting nomination as a queen mother.

Thousands of miles from her village, Danson sat in a New York City coffee shop recently and parried questions about her identity. She admitted that Regina Norman Danson was her original name but denied having lied about her identity in court.

Asked by Judge Livingston three years ago whether she had ever used any other name, she testified that her mother had named her « Kukwa Norman. » Kukwa is a nickname.

She also asserted that the name Adelaide Abankwah was legitimately hers because her great-grandfather had been named Abankwah and she was called « Adelaide » in school.

Told this fall that her school, employment and other records identify her only as Regina Norman Danson, she said that she began using « Adelaide Abankwah » after leaving her hotel job in Biriwa and moving to Accra. She produced an affidavit from a man she said was her uncle to support her other claims.

Speaking hesitant English in a soft, girlish voice, Danson disputed Bonko’s refutation of her story. Informed that police reportedly had found her mother alive in Biriwa, her eyes widened and she fell silent. After a lengthy pause, she reaffirmed her story. Her mother had « started complaining that something was wrong » with the back of her neck in 1996 and died soon afterward, Danson said. She declined to discuss the matter further.

Danson now works selling French beauty products in a store while studying for her high school equivalency diploma. She said she eventually hopes to go to college and become a lawyer.

In Washington, the real Adelaide Abankwah, the daughter of a well-to-do Accra businessman, said she does not know how Danson wound up with her passport. Abankwah said she came to the United States in 1994 and got a student visa the following year.

When her passport was about to expire in 1996, she said, she sent it to her father in Ghana to have it renewed, but her father told her it was stolen from his car in Accra. Eventually, he sent her a new one, Abankwah said.

Abankwah later dropped out of college and lost her student status. In March 1998, she received a letter from the INS ordering her to leave the country. After fleeing briefly to Canada, she returned illegally to the United States last year but fretted that the INS would find her and felt helpless to expose the misuse of her name, she said. Abankwah recently began cooperating with the U.S. attorney’s office in New York in hopes of legalizing her status.

« I have no life, I have no life, » Abankwah said, sobbing. « Friends of mine have graduated from college, and I’m still sitting at home and I can’t do anything. . . . I want to go back to school. I want to be able to work. I want to have a life. »

Farah reported from Biriwa, Ghana.

Voir enfin:

ASSISES DE PARIS EXCISION
Benedicte Fiquet
L’Humanité
17 février 1999
Assises de Paris

Excision : un procès où l’on a beaucoup parlé de prévention

On attendait toujours hier soir le verdict de la cour d’assises de Paris dans le procès des vingt-huit personnes accusées de violences sur mineures. Hawa Gréou, la principale accusée contre laquelle l’avocat général avait réclamé sept années de prison, et les mères et pères de famille, accusés de complicité et contre lesquels le ministère public avait réclamé un maximum de cinq années d’emprisonnement avec sursis, devaient connaître leur sort dans la soirée. La jurisprudence montre que jusqu’ici un tiers des cours d’assises (sept sur vingt-quatre) ont condamné dans des procès similaires les parents à de la prison ferme, entre six et quinze mois, pour une peine d’emprisonnement totale de quatre à cinq ans.

Les jurés parisiens auront-ils été sensibles aux demandes de la partie civile assurant comme Me Weil-Curiel que  » le sursis n’aura aucun impact « , qu’il  » ne sera même pas perçu comme une condamnation  » ?  » Il faut punir sous peine de ne pas envoyer un message clair « , renchérissait Me Gottscheck, chargée de plaider pour les victimes mineures, ce qui est une première dans un procès de ce genre.  » Il faut juger les accusés à la lumière non de la coutume, mais de la loi française, s’attacher au résultat plutôt qu’au mobile.  » Un credo que la défense ne s’était pas privée d’inverser. C’est au contraire le poids de la coutume que les avocats successifs ont souligné, rappelant que les mères inculpées sont elles-mêmes des victimes de l’excision, et insistant sur le déracinement de celles qui sont venues rejoindre en France un mari qu’elles ne connaissaient pas.

Me Ayati a évoqué la marginalisation sans retour d’une femme qui tenterait d’échapper aux contraintes de sa communauté. Un de ses confrères, réfutant le libre arbitre de sa cliente, s’est même prévalu de l’article 122 du Code pénal, un article qui prend en compte les crimes exécutés sous la contrainte. Toujours au nom de la coutume, Me Chevais refusait de faire porter à sa cliente exciseuse l’ensemble des responsabilités.  » Hawa Gréou est devenue le bouc émissaire du procès, s’indignait-il. Or si elle est coupable d’un crime, les parents ne sont pas complices mais coauteurs de ce même crime. Les complices, ce sont les parquets qui ont classé un nombre non négligeable d’affaires sans instructions, et les médecins qui s’abstiennent de signaler les enfants excisées « .

Quant au mobile, la défense en avait fait le second point fort de son argumentation, contestant jusqu’au chef d’accusation de  » complicité de violences volontaires ayant entraîné une mutilation sur mineur de moins de quinze ans « .  » Ces femmes ne sont pas des criminelles, a-t-elle plaidé. L’absence d’intention de nuire permet de les acquitter. Aucune mère n’excise volontairement avec violence.  » Et de rappeler que les affaires d’excision sont jugées aux assises depuis une décision judiciaire (l’arrêt de la cour du 20 août 1983) et non en vertu d’une loi pénale adaptée. En effet, en 1994, l’établissement du nouveau Code pénal aurait pu être l’occasion d’imposer une loi spécifique à l’excision mais les associations consultées avaient alors préféré rester dans le cadre de la mutilation au sens large.  » Pour éviter un texte discriminatoire désignant une communauté particulière « , justifie Me Weil-Curiel.

Bien sûr, les mères restent émouvantes lorsqu’elles affirment :  » On ne veut pas de mal à nos filles, on les veut comme nous « , mais l’argument pourra-t-il se proférer à l’identique ? Le conflit de culture s’est doublé d’un conflit de générations. Pour la première fois, la plainte émanait d’une jeune fille d’origine africaine. Mariatou Koita et sa sour Maimouna ont revendiqué haut et fort leur refus d’une sexualité qui nie leur intégrité. Et ce, sur le terrain de la justice, une démarche qui souligne d’emblée leur volonté d’inscription dans la société française. Toutes les jeunes femmes passées à la barre ont manifesté leur volonté d’en finir avec l’excision. Les moins enclines à accabler leur mère admettaient qu’elles ne reproduiraient pas ce geste sur leurs propres filles. Kadi Koita, militante du GAMS (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles), témoignait :  » Je me sens plus proche de vous que de mes compatriotes parce que la culture, c’est partager des valeurs et non des coutumes. « 

Et ces parents réunis dans le box des accusés ont-ils compris le choix de leurs filles ? Malheureusement, si on a beaucoup parlé de prévention pendant ce procès, les débats leur ont été bien peu traduits.

 

 

 


Terrorisme: La peur des identités hybrides gagne nos sociétés (Millions of Nowhere men unsettled by a modern world they can neither master nor reject)

29 mai, 2010
https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fd/National_Park_Service_9-11_Statue_of_Liberty_and_WTC_fire.jpgNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10: 34-36)
Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. (…) Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre. Tout cela ne sera que le commencement des douleurs. (…) Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin. Jésus (Matthieu 24 : 6-8)
Le nombre et le rythme des tentatives d’attentats contre les Etats-Unis au cours des neuf derniers mois ont dépassé les mêmes statistiques durant toute autre période d’une année précédente. Département américain de la sécurité intérieure (21 mai 2010)
Nous avons affaire à des terroristes internationaux. Je crois que nous devons penser à modifier les règles dont disposent les enquêteurs et à mettre en place un système flexible, plus en phase avec la menace à laquelle nous sommes confrontés. Holder.
Lorsqu’il leva la main droite et prononça le fameux «serment de fidélité», ce 17 avril 2009 dans un petit tribunal de Bridgeport dans le Connecticut, Faisal Shahzad, désormais citoyen des États-Unis d’Amérique, réalisait enfin le rêve américain. (…) Le couple intègre la classe moyenne américaine et achète non loin de Bridgeport, pour 273 000 dollars, un joli pavillon avec une petite piscine. Faisal porte des costumes occidentaux pour aller travailler, «à Wall Street», assure-t-il à ses voisins, et des djellabas quand il est en famille. Celui que ses proches au Pakistan décrivent comme un Pakistanais «moderne» se laisse pousser un collier de barbe, mais l’imam de Bridgeport, Cheikh Hassan Abu-Mar, ne l’a «jamais vu» à la mosquée. Les enquêteurs essaient aujourd’hui de comprendre quand et où il s’est radicalisé. C’est vers la mi-2009 que sa vie se désintègre brutalement. Il quitte son emploi sans explication et retourne au Pakistan en juin. Aux voisins, il raconte qu’il déménage dans le Missouri. Mais au moment même où il obtenait la citoyenneté américaine, quelques mois plus tôt, un drame sûrement humiliant s’était produit pour cet immigré qui avait réussi en Amérique. En pleine crise immobilière, la banque avait saisi sa maison, dont il n’arrivait pas à rembourser l’emprunt. L’Amérique réelle était-elle à la hauteur des rêves de cet homme élevé selon des valeurs pakistanaises strictes ? Était-il déçu par ce pays qui mène deux guerres dans des nations musulmanes et lance des drones sur les insurgés talibans, tuant ainsi des victimes civiles dans son propre pays d’origine ? Le Figaro
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
Le problème de fond, c’est qu’aujourd’hui, en sus de cette crise d’identité des minorités hybrides, il existe une crise d’identité plus générale de l’Europe et des États-Unis. Une forme d’anxiété profonde face à l’afflux d’immigrants. En Amérique, un pays qui s’est bâti sur l’immigration, le sentiment général à l’égard des immigrés est en train de changer, se rapprochant de ce qu’il est en Europe. Depuis le 11 Septembre, les musulmans américains deviennent une minorité qui fait peur. Cette peur est le résultat de notre ère globalisée. Dans les pays musulmans, la peur de l’hybride croît également. De la même manière que l’Europe et l’Amérique se sentent physiquement menacées par une invasion musulmane, les populations conservatrices du Pakistan se sentent, elles, menacées par l’invasion du mode de pensée et de vie américain et européen. C’est la raison pour laquelle, l’an dernier, 3 000 personnes ont été tuées par les terroristes en terre pakistanaise. N’oublions jamais que la vraie bataille entre l’islam radical et le reste du monde se déroule là-bas. Mohsin Hamid
Recrudescence des attaques, tentatives et projets d’attaques terroristes sur le sol américain ou européen, nationalisation de terroristes désormais ressortissants américains ou européens et donc difficilement repérables (13 voyages au Pakistan en 7 ans pour le dernier terroriste de Times Square!), connaissant non seulement mieux l’environnement mais servant de surcroit de relais idéologiques aux groupes terroristes sur place, « attentats de petite envergure, faciles à mettre en œuvre contre des cibles accessibles » …Alors que, contre les bondieuseries et les douces rêveries de nos belles âmes et chantres de la diversité et de la mixité sociale à tout va, l’actualité se charge de rappeler le formidable potentiel apocalyptique des temps que nous vivons …Et que, dans la plus grande discrétion et la pure hypocrisie, le Naïf en chef et premier Homme de nulle part de la Maison Blanche abandonne l’une après l’autre les réformes si fortement claironnées contre les prétendues dérives de la politique antiterroriste de son honni prédécesseur …Retour avec le politiste libano-américain Fouad Ajami et l’écrivain pakistano-américain Mohsin Hamid, deux déracinés qui ont réussi eux à mettre à profit leur arrachement aux traditions de leurs pères pour atteindre à plus et non moins de lucidité …Sur ces millions de Faisal Shahzad, tant dans les métropoles surpeuplées de l’Islam que, plus dangereusement encore, au sein de nos propres capitales d’Europe et d’Amérique du Nord …

« Déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter » et emportés par « la peur des identités hybrides qui gagne nos sociétés »

Confirmations vivantes, comme le rappelait il y a six ans René Girard dans Le Magazine littéraire contre le naïf optimisme de nos Lumières de jadis comme d’aujourd’hui, du redoutable et potentiellement explosif pouvoir libérateur d’un « âge démocratique qui ne conduit pas forcément à l’harmonie », mais au contraire, avec l’abaissement des barrières de classe et de culture, à une violence démultipliée …

« La peur des identités hybrides gagne nos sociétés »
Laure Mandeville
Le Figaro
18/05/2010

Auteur de L’Intégriste malgré lui *, qui met en scène la dérive d’un jeune Américain-Pakistanais parfaitement intégré vers un rejet violent de l’Amérique, l’écrivain Mohsin Hamid tente d’expliquer la crise identitaire qui mène certains musulmans américains jusqu’au terrorisme.

LE FIGARO. – Vous avez récemment écrit un roman dérangeant, dont le héros, un jeune Pakistanais totalement intégré dans la société américaine, ressemble beaucoup à ces terroristes musulmans «maison» qui ont défrayé récemment la chronique politique. Brillant produit de Princeton, votre personnage se retrouve progressivement en rupture d’identité avec l’Amérique, découvrant avec honte et surprise le 11 Septembre qu’il a plaisir à voir s’effondrer les tours du World Trade Center… Quel est selon vous le mécanisme psychologique qui conduit de jeunes musulmans occidentaux à dériver vers la haine de l’occident ?

Mohsin HAMID. – Ce qui est intéressant, c’est que la plupart de ces terroristes ont passé une grande partie de leur vie en Occident ou y sont nés. Mon instinct me pousse à penser que c’est le caractère hybride de l’identité de ces hommes qui a soudain posé problème. Non pas que l’on ne puisse pas vivre avec plusieurs identités. Mais il arrive parfois que deux de nos identités essentielles se retrouvent en conflit et que nous décidions d’en renier une. Cette volonté de rompre avec une de vos identités a des causes multiples. Un traumatisme, une peine amoureuse, comme pour mon héros, une faillite dans le cas de Faisal Shahzad, ou tout simplement le sentiment de ne pas être dans le tableau… Si je franchis ce pas, si je décide de renier mon identité américaine pour me proclamer exclusivement pakistanais et musulman, je ne le fais pas parce que c’est vrai -c’est faux !- mais parce que je veux me libérer de la complexité de mon identité hybride. Beaucoup de gens remplissent ce malaise en sombrant dans la drogue, l’alcool ou… en écrivant des romans. Mais si vous basculez, vous allez chercher un récit idéologique qui justifie votre démarche. Vous dites que les Américains sont en Irak, qu’ils bombardent votre peuple au Pakistan. Vous cherchez à recréer dans le monde extérieur la cassure qui existe à l’intérieur de vous.

N’y a-t-il pas une forme de cercle vicieux inquiétant qui se dessine dans ce face-à-face de l’Occident et de l’islam radical, les affaires comme celle de Times Square risquant de galvaniser le sentiment antimusulman et créant par ricochet de nouvelles fêlures identitaires et de nouveaux apprentis terroristes…

Des millions de musulmans vivent en Occident. Les terroristes ne sont qu’une poignée. Il ne faut donc pas sombrer dans le pessimisme. Dans l’ensemble, nous apprenons à vivre pacifiquement dans la globalité du XXIe siècle. Mais il est vrai que l’enchaînement dont vous parlez est un vrai risque. Car si on commence à penser qu’un Américain-Pakistanais est un oxymoron, une contradiction dans les termes, alors on verra grandir la crise d’identité de la minorité. Le problème de fond, c’est qu’aujourd’hui, en sus de cette crise d’identité des minorités hybrides, il existe une crise d’identité plus générale de l’Europe et des États-Unis. Une forme d’anxiété profonde face à l’afflux d’immigrants. En Amérique, un pays qui s’est bâti sur l’immigration, le sentiment général à l’égard des immigrés est en train de changer, se rapprochant de ce qu’il est en Europe. Depuis le 11 Septembre, les musulmans américains deviennent une minorité qui fait peur. Cette peur est le résultat de notre ère globalisée. Dans les pays musulmans, la peur de l’hybride croît également. De la même manière que l’Europe et l’Amérique se sentent physiquement menacées par une invasion musulmane, les populations conservatrices du Pakistan se sentent, elles, menacées par l’invasion du mode de pensée et de vie américain et européen. C’est la raison pour laquelle, l’an dernier, 3 000 personnes ont été tuées par les terroristes en terre pakistanaise. N’oublions jamais que la vraie bataille entre l’islam radical et le reste du monde se déroule là-bas.

Quelle est l’importance d’Internet dans l’apparition de ces fameux «terroristes maison» occidentaux ?

Dans un monde global qui dilue et isole, Internet nous permet de nous connecter avec des gens qui nous ressemblent. Cela rompt l’isolement de beaucoup de vies, mais cela réduit aussi le spectre de ce que nous lisons, nous enfermant dans un ghetto mental communautaire très dangereux. En bref, Internet nous permet d’atteindre, dans le monde virtuel, une «pureté» idéologique que nous ne pouvons plus trouver dans la culture globale et complexe qui est la nôtre.

Avez-vous éprouvé un jour le même rejet de l’Amérique que votre héros ?

Même si je me sens totalement en accord avec mon identité multiple, pakistanaise, américaine, européenne… je dois dire qu’après le 11 Septembre, quand les tambours de la guerre résonnaient à travers le monde, j’ai ressenti moi aussi cet appel tribal, ce besoin d’une identité musulmane simpliste, même si elle ne correspondait pas à ce que je suis. En écrivant ce livre, j’ai voulu explorer les échos du tribalisme que je ressentais. Mais j’ai aussi voulu prendre le lecteur à témoin un peu comme Camus. Montrer que l’issue de l’histoire dépend aussi de son regard à lui.

Denoël, 2007, traduit par Bernard Cohen (The Reluctant Fundamentalist, 2007).

Voir aussi:

Islam’s Nowhere Men
Fouad Ajami
The WSJ
May 10, 2010

Millions like Faisal Shahzad are unsettled by a modern world they can neither master nor reject.

‘A Muslim has no nationality except his belief, » the intellectual godfather of the Islamists, Egyptian Sayyid Qutb, wrote decades ago. Qutb’s « children » are everywhere now; they carry the nationalities of foreign lands and plot against them. The Pakistani born Faisal Shahzad is a devotee of Sayyid Qutb’s doctrine, and Maj. Nidal Malik Hasan, the Fort Hood shooter, was another.

Qutb was executed by the secular dictatorship of Gamal Abdel Nasser in 1966. But his thoughts and legacy endure. Globalization, the shaking up of continents, the ease of travel, and the doors for immigration flung wide open by Western liberal societies have given Qutb’s worldview greater power and relevance. What can we make of a young man like Shahzad working for Elizabeth Arden, receiving that all-American degree, the MBA, jogging in the evening in Bridgeport, then plotting mass mayhem in Times Square?

The Islamists are now within the gates. They fled the fires and the failures of the Islamic world but brought the ruin with them. They mock national borders and identities. A parliamentary report issued by Britain’s House of Commons on the London Underground bombings of July 7, 2005 lays bare this menace and the challenge it poses to a system of open borders and modern citizenship.

The four men who pulled off those brutal attacks, the report noted, « were apparently well integrated into British society. » Three of them were second generation Britons born in West Yorkshire. The oldest, a 30-year-old father of a 14-month-old infant, « appeared to others as a role model to young people. » One of the four, 22 years of age, was a boy of some privilege; he owned a red Mercedes given to him by his father and was given to fashionable hairstyles and designer clothing. This young man played cricket on the eve of the bombings. The next day, the day of the terror, a surveillance camera filmed him in a store. « He buys snacks, quibbles with the cashier over his change, looks directly at the CCTV camera, and leaves. » Two of the four, rather like Faisal Shahzad, had spent time in Pakistan before they pulled off their deed.

A year after the London terror, hitherto tranquil Canada had its own encounter with the new Islamism. A ring of radical Islamists were charged with plotting to attack targets in southern Ontario with fertilizer bombs. A school-bus driver was one of the leaders of these would-be jihadists. A report by the Canadian Security Intelligence Service unintentionally echoed the British House of Commons findings. « These individuals are part of Western society, and their ‘Canadianness’ makes detection more difficult. Increasingly, we are learning of more and more extremists that are homegrown. The implications of this shift are profound. »

And indeed they are, but how can « Canadianness » withstand the call of the faith and the obligation of jihad? I think of one Egyptian Islamist in London, a man by the name of Yasser Sirri, who gave the matter away some six years ago: « The whole Arab world was dangerous for me. I went to London, » he observed.

In Egypt, three sentences had been rendered against him: one condemned him to 25 years of hard labor, the second to 15 years, and the third to death for plotting to assassinate a prime minister. Sirri had fled Egypt to Yemen, then to the Sudan. But it was better and easier in bilad al-kufar, the lands of unbelief. There is wealth in the West and there are the liberties afforded by an open society.

In an earlier age—I speak here autobiographically, and not of some vanished world long ago but of the 1960s when I made my way to the United States—the world was altogether different. Mass migration from the Islamic world had not begun. The immigrants who turned up in Western lands were few, and they were keen to put the old lands, and their feuds and attachments, behind them. Islam was then a religion of Afro-Asia; it had not yet put down roots in Western Europe and the New World. Air travel was costly and infrequent.

The new lands, too, made their own claims, and the dominant ideology was one of assimilation. The national borders were real, and reflected deep civilizational differences. It was easy to tell where « the East » ended and Western lands began. Postmodernist ideas had not made their appearance. Western guilt had not become an article of faith in the West itself.

Nowadays the Islamic faith is portable. It is carried by itinerant preachers and imams who transmit its teachings to all corners of the world, and from the safety and plenty of the West they often agitate against the very economic and moral order that sustains them. Satellite television plays its part in this new agitation, and the Islam of the tele-preachers is invariably one of damnation and fire. From tranquil, banal places (Dubai and Qatar), satellite television offers an incendiary version of the faith to younger immigrants unsettled by a modern civilization they can neither master nor reject.

And home, the Old Country, is never far. Pakistani authorities say Faisal Shahzad made 13 visits to Pakistan in the last seven years. This would have been unthinkable three or four decades earlier. Shahzad lived on the seam between the Old Country and the New. The path of citizenship he took gave him the precious gift of an American passport but made no demands on him.

From Pakistan comes a profile of Shahzad’s father, a man of high military rank, and of property and standing: He was « a man of modern thinking and of the modern age, » it was said of him in his ancestral village of Mohib Banda in recent days. That arc from a secular father to a radicalized son is, in many ways, the arc of Pakistan since its birth as a nation-state six decades ago. The secular parents and the radicalized children is also a tale of Islam, that broken pact with modernity, the mothers who fought to shed the veil and the daughters who now wish to wear the burqa in Paris and Milan.

In its beginnings, the Pakistan of Faisal Shahzad’s parents was animated by the modern ideals of its founder, Muhammad Ali Jinnah. In that vision, Pakistan was to be a state for the Muslims of the subcontinent, but not an Islamic state in the way it ordered its political and cultural life. The bureaucratic and military elites who dominated the state, and defined its culture, were a worldly breed. The British Raj had been their formative culture.

But the world of Pakistan was recast in the 1980s under a zealous and stern military leader, Zia ul-Haq. Zia offered Pakistan Islamization and despotism. He had ridden the jihad in Afghanistan next door to supreme power; he brought the mullahs into the political world, and they, in turn, brought the militants with them.

***

This was the Pakistan in which young Faisal Shahzad was formed; the world of his parents was irretrievable. The maxim that Pakistan is governed by a trinity—Allah, army, America—gives away this confusion: The young man who would do his best to secure an American education before succumbing to the call of the jihad is a man in the grip of a deep schizophrenia. The overcrowded cities of Islam—from Karachi and Casablanca to Cairo—and those cities in Europe and North America where the Islamic diaspora is now present in force have untold multitudes of men like Faisal Shahzad.

This is a long twilight war, the struggle against radical Islamism. We can’t wish it away. No strategy of winning « hearts and minds, » no great outreach, will bring this struggle to an end. America can’t conciliate these furies. These men of nowhere—Faisal Shahzad, Nidal Malik Hasan, the American-born renegade cleric Anwar Awlaki now holed up in Yemen and their likes—are a deadly breed of combatants in this new kind of war. Modernity both attracts and unsettles them. America is at once the object of their dreams and the scapegoat onto which they project their deepest malignancies.

Mr. Ajami, a professor at Johns Hopkins School of Advanced International Studies and a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is the author of « The Foreigner’s Gift » (Free Press, 2007).

Voir également:Les tentatives d’attentats atteignent un record aux USA
Jim Jarrassé
Le Figaro
27/05/2010D’après un rapport confidentiel, ces projets sont difficiles à déceler car de plus en plus d’Occidentaux agissent pour le compte de groupes terroristes sur le sol américain.Un mois après la tentative d’attentat de Times Square, un document confidentiel du département américain de la sécurité intérieure (DHS), révélé par CNN, a de quoi inquiéter. Daté du 21 mai, on y apprend que «le nombre et le rythme des tentatives d’attentats contre les Etats-Unis au cours des neuf derniers mois ont dépassé les mêmes statistiques durant toute autre période d’une année précédente.» En clair, sans être précisément chiffrés, les projets d’attaques terroristes sur le sol américain n’ont jamais été aussi nombreux. Et le DHS de renchérir en assurant qu’étant donné la «fréquence croissante» de ces tentatives d’attentats, les autorités américaines doivent «opérer en partant du principe que des groupes terroristes sont infiltrés dans le pays et sont susceptibles de prévoir un attentat sans prévenir».Pour le département américain de la sécurité intérieure, le danger est donc omniprésent. D’autant que de nouvelles habitudes dans les modes opératoires des terroristes viennent compliquer la donne : auparavant prévues et exécutées par des étrangers mieux surveillés sur le sol américain, les tentatives d’attentats sont désormais en partie l’œuvre de citoyens américains. Des Occidentaux liés à des groupes comme al-Qaida et les talibans pakistanais. A l’instar de Faisal Shahzad, l’auteur présumé de l’attentat raté de Times Square, ou de «Djihad Jane», une blonde aux yeux bleus de Philadelphie accusée d’avoir fomenté un complot avec des terroristes islamistes. Ces Américains, relate le rapport, constituent une menace majeure car ils sont difficilement repérables par les services de renseignement et connaissent bien l’environnement dans lequel ils doivent agir. Ils peuvent de plus acheter aux Etats-Unis tout le matériel nécessaire à leur forfait sans être suspectés.

Des relais idéologiques

Ces ressortissants américains, note aussi le DHS, ne se contentent pas de comploter. Ils servent aussi aux groupes terroristes de relais idéologiques sur le sol américain, appelant les musulmans à attaquer les Etats-Unis. L’exemple le plus flagrant en la matière reste celui d’Anwar al-Aulaqi. Cet Américain de 38 ans, qui fut imam dans plusieurs mosquées du pays, n’a eu cesse de prêcher la propagande djihadiste pendant plusieurs années. En contact étroit avec le tireur de la fusillade de Fort Hood, au Texas, il est considéré par les services antiterroristes américains comme celui qui a recruté et entraîné le Nigérian auteur de l’attentat manqué du vol Amsterdam-Detroit, qui avait failli coûter la vie à 290 passagers. Réfugié au Yémen, il reste très gênant pour les Etats-Unis qui ont décidé de tout faire pour le neutraliser, quitte à commettre un assassinat ciblé. Une décision rare pour un ressortissant américain.

Les buts et les méthodes des terroristes ont changé, conclut le rapport. Loin des attentats du 11 septembre, la tendance est désormais «à des attentats de petite envergure, faciles à mettre en œuvre, contre des cibles accessibles». Reste aux services américains à s’adapter à ces nouvelles menaces, plus discrètes mais toujours dangereuses. Pointé du doigt lors de l’attentat manqué du vol Amsterdam-Detroit, le renseignement est actuellement en phase de restructuration, suite à la démission la semaine dernière de son directeur, Dennis Blair. L’administration Obama, qui publie ce jeudi sa «stratégie de sécurité nationale», un document sur la manière dont les Etats-Unis évaluent et contrent les menaces, assure vouloir s’adapter aux changements tactiques d’al-Qaida.

Voir de plus:

Obama contraint de réviser sa politique antiterroriste
Laure Mandeville
Le Figaro
21/05/2010

Le président américain avait initialement promis de mettre fin aux dérives de l’époque de son prédécesseur, George W. Bush, mais son équipe paraît hésiter, voire reculer sur plusieurs fronts.

Tandis que les nombreuses agences de renseignements américaines chargées d’antiterrorisme continuent de se déchirer – et de s’interroger sur leurs responsabilités respectives dans la foulée de l’attentat terroriste raté de Times Square -, l’Administration Obama semble de son côté peiner à définir une approche juridique et politique cohérente en la matière. Comme si le fait d’être passé si près d’une catastrophe à Times Square avait soudain changé la perspective de la Maison-Blanche.

Le président avait initialement promis de mettre fin aux dérives de l’époque de son prédécesseur, George W. Bush, en annonçant la fin de l’utilisation de la torture, la fermeture rapide de la prison de Guantanamo et le transfert des détenus devant des tribunaux civils. Il avait fait le pari que la lutte contre le terrorisme pouvait se conjuguer avec le respect des principes de la démocratie américaine.

Mais l’équipe démocrate, si elle n’abandonne pas son but, paraît hésiter, voire reculer sur plusieurs fronts sous la pression de l’opposition républicaine. Ainsi la fermeture de Guantanamo, qu’Obama avait prévue pour janvier 2010, pourrait-elle être reportée sine die.

Pas de transfert dans l’Illinois

Le projet de transfert des prisonniers détenus sur une base militaire américaine à Cuba vers une prison de haute sécurité aux États-Unis est également menacé depuis mercredi dernier. L’Administration avait demandé au Congrès d’approuver un budget de 350 millions de dollars pour acheter et rénover un établissement pénitentiaire presque vide à Thomson, dans l’Illinois. Or, le comité des forces armées de la Chambre des représentants vient d’approuver un projet de loi visant à interdire la création, en territoire américain, d’un centre de détention censé accueillir les «ennemis combattants» trop dangereux pour être libérés, quoique ne pouvant être jugés, faute de preuves suffisantes.

L’Administration Obama vient aussi d’annoncer, par la voix de son ministre de la Justice, Eric Holder, qu’elle proposerait une loi permettant aux enquêteurs d’interroger des suspects sans les informer immédiatement de leurs droits à garder le silence et à réclamer un avocat. Il s’agirait de rendre plus flexible la législation dite «Miranda», qui fait référence à une décision de la Cour suprême de 1966 interdisant aux enquêteurs d’utiliser, lors d’un procès, les renseignements obtenus pendant ces premiers interrogatoires.

Attaché à réconcilier lutte antiterroriste et état de droit, Eric Holder avait jusqu’ici insisté sur l’importance de conforter les droits des suspects et de respecter ce que l’on appelle ici la «mirandisation» des prisonniers. Mais les républicains n’ont cessé, au nom de la sécurité nationale, d’appeler à traduire les suspects devant des cours militaires pour contourner la loi «Miranda».

Dans la foulée de l’attentat avorté de Times Square, l’Administration Obama semble finalement se rendre partiellement à leurs raisons, non pas en optant systématiquement pour les tribunaux militaires, mais en levant certaines des contraintes qui compliquent le travail des enquêteurs civils. «Nous avons affaire à des terroristes internationaux. Je crois que nous devons penser à modifier les règles dont disposent les enquêteurs et à mettre en place un système flexible, plus en phase avec la menace à laquelle nous sommes confrontés», a dit Holder.

L’idée du futur projet de loi est de permettre aux enquêteurs de surmonter un déchirant dilemme – obtenir le maximum d’informations lors de l’interrogatoire pour prévenir l’imminence d’un attentat, ou le mener de telle sorte que les accusations puissent être recevables devant un tribunal civil. Après Bush, Obama découvre qu’il n’est pas si facile de conjuguer état de droit et lutte antiterroriste.

Voir enfin:

« Ce qui se joue aujourd’hui est une rivalité mimétique à l’échelle planétaire »
René Girard
Propos recueillis par Henri Tincq
Le Monde
05.11.01.

René Girard , né le 25 décembre 1923 à Avignon, vit depuis 1947 aux Etats-Unis, où il a enseigné à l’université Stanford (Californie). Les attentats du 11 septembre l’ont laissé, d’abord, « engourdi ».Dans cet entretien au Monde, l’anthropologue essaie pour la première fois d’analyser un événement où il reconnaît ses propres thèses sur la rivalité mimétique et le sacrifice du bouc émissaire comme instrument de résolution des cycles de violence. Depuis trente ans, ses ouvrages ont été traduits dans le monde entier : La Violence et le Sacré (Grasset, 1972) ; Des choses cachées depuis la fondation du monde (Grasset, 1978) ; Je vois Satan tomber comme l’éclair (Grasset, 1999). Sa conviction chrétienne s’affermit au fil d’une œuvre dense qui peut se révéler une clé de lecture de la menace terroriste actuelle. Pour lui, la violence n’est pas d’abord politique ou biologique, mais mimétique. Dans un ouvrage qui vient de sortir en France chez Desclée de Brouwer – Celui par qui le scandale arrive (194 p., 19 euros , 124,63 F) –, René Girard revient sur sa conviction que la croix – la mort du Christ – annonce la victoire sur les mythes et régressions les plus archaïques.

Le terrorisme est suscité par un désir exacerbé de convergence et de ressemblance avec l’Occident. L’islam fournit le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. Son rapport mystique avec la mort nous le rend plus mystérieux encore.

« Votre théorie de la « rivalité mimétique » peut-elle s’appliquer à l’actuelle situation de crise internationale ?

– L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. Les rapports humains sont essentiellement des rapports d’imitation, de concurrence.

« Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.

– « Loin de se détourner de l’Occident, écrivez-vous dans votre dernier livre, ils ne peuvent pas s’empêcher de l’imiter, d’adopter ses valeurs sans se l’avouer et sont tout aussi dévorés que nous le sommes de la réussite individuelle et collective. » Faut-il comprendre que les « ennemis » de l’Occident font des Etats-Unis le modèle mimétique de leurs aspirations, au besoin en le tuant ?

– Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité.

– Mais les Américains auraient dû être les moins étonnés de ce qui s’est passé, puisqu’ils vivent en permanence ces rapports de concurrence.

– L’Amérique incarne en effet ces rapports mimétiques de concurrence. L’idéologie de la libre entreprise en fait la solution absolue. Efficace, mais explosive. Ces rapports de concurrence sont excellents si on en sort vainqueurs, mais si les vainqueurs sont toujours les mêmes, alors, un jour ou l’autre, les vaincus renversent la table du jeu. Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. « Nous vous enterrerons », disait Khrouchtchev aux Américains. Cela avait un côté bon enfant… Ben Laden, c’est plus inquiétant que le marxisme, où nous reconnaissions une conception du bonheur matériel, de la prospérité et un idéal de réussite pas si éloigné de ce qui se vit en Occident.

– Que pensez-vous de la fascination pour le sacrifice chez les kamikazes de l’islam ? Si le christianisme, c’est le sacrifice de la victime innocente, iriez-vous jusqu’à dire que l’islamisme est la permission du sacrifice et l’islam une religion sacrificielle, dans laquelle on retrouve aussi cette notion de « modèle » qui est au cœur de votre théorie mimétique ?

– L’islam entretient un rapport avec la mort qui me convainc davantage que cette religion n’a rien à voir avec les mythes archaïques. Un rapport avec la mort qui, d’un certain point de vue, est plus positif que celui que nous observons dans le christianisme. Je pense à l’agonie du Christ : « Mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné ! (…) Que cette coupe s’éloigne de moi. » Le rapport mystique de l’islam avec la mort nous le rend plus mystérieux encore. Au début, les Américains prenaient ces islamistes kamikazes pour des « cowards » (poltrons), mais, très vite, ils ont changé d’appréciation. Le mystère de leur suicide épaississait le mystère de leur action terroriste.

 » Oui, l’islam est une religion du sacrifice dans laquelle on retrouve aussi la théorie du mimétisme et du modèle. Les candidats au suicide ne manquaient déjà pas lorsque le terrorisme semblait échouer. Alors imaginez ce qui se passe aujourd’hui quand il a, si j’ose dire, réussi. Il est évident que dans le monde musulman, ces terroristes kamikazes incarnent des modèles de sainteté.

– Les martyrs de la foi au Christ sont aussi, disaient les Pères de l’Eglise, de la « semence » de chrétiens…

– Oui, mais dans le christianisme, le martyr ne meurt pas pour se faire copier. Le chrétien peut s’apitoyer sur lui, mais il n’envie pas sa mort. Il la redoute, même. Le martyr sera pour lui un modèle d’accompagnement, mais pas un modèle pour se jeter dans le feu avec lui. Dans l’islam, c’est différent. On meurt martyr pour se faire copier et manifester ainsi un projet de transformation politique du monde. Appliqué au début du XXIe siècle, un tel modèle me laisse pantois. Est-il propre à l’islam ? On fait souvent référence à la secte des hachachins au Moyen Age qui se tuaient après avoir donné la mort aux infidèles, mais je ne suis pas capable de comprendre ce geste, encore moins de l’analyser. Il faut seulement le constater.

– Iriez-vous jusqu’à dire que la figure dominante de l’islam est celle du combattant guerrier et que dans le christianisme c’est celle de la victime innocente, et que cette différence irréductible condamne toute tentative de compréhension entre ces deux monothéismes ?

– Ce qui me frappe dans l’histoire de l’islam, c’est la rapidité de sa diffusion. Il s’agit de la conquête militaire la plus extraordinaire de tous les temps. Les barbares s’étaient fondus dans les sociétés qu’ils avaient conquises, mais l’islam est resté tel qu’il était et a converti les populations des deux tiers de la Méditerranée. Ce n’est donc pas un mythe archaïque comme on aurait tendance à le croire. J’irais même jusqu’à dire que c’est une reprise – rationaliste à certains points de vue – de ce qui fait le christianisme, une sorte de protestantisme avant l’heure. Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques.

– Mais les monothéismes ne sont-ils pas porteurs d’une violence structurelle, parce qu’ils ont fait naître une notion de Vérité unique, exclusive de toute articulation concurrente ?

– On peut toujours interpréter les monothéismes comme des archaïsmes sacrificiels, mais les textes ne prouvent pas qu’ils le sont. On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : « Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher » ? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu.

 » Nos modes intellectuelles ne veulent voir de la violence que dans les textes, mais d’où vient réellement la menace ? Aujourd’hui, nous vivons dans un monde dangereux où tous les mouvements de foule sont violents. Cette foule était déjà violente dans les Psaumes. Elle l’est dans le récit de Job. Elle demande à Job de se reconnaître coupable : c’est un vrai procès de Moscou qu’on lui fait. Procès prophétique. N’est-ce pas celui du Christ adulé par les foules, puis rejeté au moment de la Passion ? Ces récits annoncent la croix, la mort de la victime innocente, la victoire sur tous les mythes sacrificiels de l’Antiquité.

 » Est-ce si différent dans l’islam ? Ils contiennent aussi de formidables intuitions prophétiques sur le rapport entre la foule, les mythes, les victimes et le sacrifice. Dans la tradition musulmane, le bélier sacrifié à Abel est le même que celui qui a été envoyé par Dieu à Abraham pour qu’il épargne son fils. Parce qu’Abel sacrifie des béliers, il ne tue pas son frère. Parce que Caïn ne sacrifie pas d’animaux, il tue son frère. Autrement dit, l’animal sacrificiel évite le meurtre du frère et du fils. C’est-à-dire qu’il fournit un exutoire à la violence. Ainsi y a-t-il, chez Mahomet, des intuitions qui sont au niveau de certains des plus grands prophètes juifs, mais en même temps un souci d’antagonisme et de séparation du judaïsme et du christianisme qui peut rendre notre interprétation négative.

– Vous insistez dans votre dernier livre sur l’autocritique occidentale, toujours présente à côté de l’ethnocentrisme. « Nous autres Occidentaux, écrivez-vous, sommes toujours simultanément nous-mêmes et notre propre ennemi. » Cette autocritique subsiste-t-elle après la destruction des tours ?

– Elle subsiste et elle est légitime pour repenser l’avenir, pour corriger par exemple cette idée d’un Locke ou d’un Adam Smith selon laquelle la libre concurrence serait toujours bonne et généreuse. C’est une idée absurde, et nous le savons depuis longtemps. Il est étonnant qu’après un échec aussi flagrant que celui du marxisme l’idéologie de la libre entreprise ne se montre pas davantage capable de mieux se défendre. Affirmer que « l’histoire est finie » parce que cette idéologie l’a emporté sur le collectivisme, c’est évidemment mensonger. Dans les pays occidentaux, l’écart des salaires s’accroît d’une manière considérable et on va vers des réactions explosives. Et je ne parle pas du tiers-monde. Ce qu’on attend de l’après-attentats, c’est bien sûr une idéologie renouvelée, plus raisonnable, du libéralisme et du progrès. »

Voir enfin:

L’esprit occidental de l’islam radical

Daniel Pipes

First Things

décembre 1995

Version originale anglaise: The Western Mind of Radical Islam

Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

Fathi ash-Shiqaqi, un jeune Palestinien bien éduqué vivant à Damas, s’est vanté récemment que la littérature européenne lui soit familière. Il a raconté à un journaliste comment il avait lu et aimé Shakespeare, Dostoïevski, Tchekhov, Sartre, et Eliot. Il a parlé de sa passion particulière pour « Œdipe roi » de Sophocle, une œuvre qu’il a lue dix fois dans la traduction anglaise « et chaque fois il a versé des larmes abondantes ». Une telle connaissance du monde de la littérature et une si exquise sensibilité, n’auraient rien de remarquable, si ce n’est sur deux points – à savoir que Shiqaqi était, jusqu’à son assassinat à Malte, il y a quelques semaines, un islamiste (qui est fréquemment appelé musulman « fondamentaliste »[ou encore musulman « intégriste »] et – qu’il avait dirigé le « Islamic Jihad » (le jihad islamique), l’organisation terroriste par excellence qui avait assassiné des dizaines d’Israéliens pendant ces deux dernières années.

La familiarité de Shiqaqi avec tout ce qui a trait à l’Occident correspond au modèle type [de l’islamiste]. Le frère d’Eyad Ismaïl, l’un des auteurs de l’attentat à la bombe du World Trade Center, récemment extradé de Jordanie, dit de lui « il adorait tout ce qui est américain depuis les films de cows-boys jusqu’aux hamburgers». Sa sœur a rappelé son amour pour la télévision américaine et qu’il disait « Je veux vivre en Amérique pour toujours ». La famille a commenté « Il s’est toujours considéré comme fils de l’Amérique ». Sa mère a confirmé qu’il « adorait les Etats-Unis ». Hassan al-Turabi, le dirigeant effectif du Soudan, l’homme qui était derrière les célèbres « maisons fantômes » et la persécution brutale de la large minorité chrétienne de son pays, souvent fait étalage de sa connaissance de l’Occident, racontant à un journaliste français que la plupart des dirigeants appartenant à l’islam militant sont, comme lui-même, « de culture chrétienne, occidentale. Nous parlons vos langues. » Dans une déclaration qui résume entièrement le fait qu’ils soient tournés vers l’Occident, un islamiste à Washington a affirmé : « J’écoute Mozart, je lis Shakespeare, je regarde la Comedy Channel et je crois aussi à l’application de la Charî’a [la loi sacrée islamique]

Ce modèle nous met face à un paradoxe : les intellectuels qui souhaitent renvoyer le monde musulman au septième siècle connaissent fort bien tout ce qui touche à l’occident et ils semblent apprécier au moins quelques aspects. Comment cela peut-il se produire ? Qu’est-ce que cela indique concernant leurs forces actuelles et le futur [de l’islamisme] ?

Les dirigeants islamistes connaissent en général bien l’occident : vu qu’ils y ont vécu, ont appris ses langues et étudié les cultures. Tourabi, du Soudan, a des diplômes supérieurs de l’université de Londres et de la Sorbonne ; il a aussi passé un été aux Etats-Unis, visitant le pays dans le cadre d’un programme gouvernemental financé par le contribuable américain, destiné aux étrangers de haut niveau. Abbasi Madani, un dirigeant du Front Islamique du Salut (FIS), a obtenu un doctorat en éducation de l’université de Londres. Son homologue tunisien, Rashid al-Ghannushi, a passé une année en France et depuis 1993 réside en Grande-Bretagne. Necmettin Erbakan le politicien [ex-premier ministre] de Turquie, a étudié en Allemagne. Mousa Mohamed Abu Marzook, le chef du comité politique du Hamas, a vécu aux Etats-Unis depuis 1980, a un doctorat en ingénierie de l’université de l’Etat de Louisiane et a été classé comme résident permanent aux Etats-Unis depuis 1990. Durant des années il fut capable d’échapper aux pouvoirs de police ; Abu Marzook fut récemment arrêté à l’aéroport de New York en venant enregistrer son fils dans une école américaine.

Effectivement, le fait de vivre en Occident transforme des musulmans indifférents en islamistes. Examinant le cas de Mehdi Bazargan, Hamid Dabashi, un ingénieur iranien qui vécut en France de 1928 à 1935, dissèque le processus d’évolution que de nombreux musulmans subissent :

« En partant du principe conscient ou inconscient, exprimé ou non, qu’ils doivent demeurer fermement attachés à leurs racines islamiques, ils commencent par admirer les réalisations de « l’Occident »…Ils reconnaissent un haut état de conscience de soi idéologique de la part de « l’Occident » qu’ils identifient comme la source et la cause de ses réalisations. Ils se tournent alors vers leur propre société où de telles réalisations technologiques manquent, un fait qu’ils attribuent, alors par retour, à un déficit de conscience de soi. »

La notion clef ici, explique l’analyste français Olivier Roy, est l’idée, plutôt surprenante, que les idéologies sont « la clef du développement technique de l’Occident. Cette hypothèse conduit les Islamistes « à développer une idéologie politique moderne basée sur l’islam, qu’ils voient comme l’unique façon pour eux d’accepter le monde moderne et le meilleur moyen d’affronter l’impérialisme étranger ».

Quelques figures importantes adoptent ce modèle. L’Egyptien Sayyid Qutb alla aux Etats-Unis en 1948 comme admirateur de l’Amérique, puis il est « revenu » à l’islam pendant ses deux années de résident là-bas, devenant un des plus influents penseurs islamistes de notre époque. Ali Shari’ati d’Iran a vécu cinq ans à Paris, de 1960 à 1965 ; de cette expérience sont venues les idées-clef de la Révolution islamique. Dans d’autres cas, les penseurs islamistes ne vivent pas en Occident mais ils absorbent leurs valeurs à distance en apprenant une langue occidentale et en se plongeant dans les idées occidentales, comme l’a fait le journaliste, penseur et politicien indo-pakistanais Sayyid Abul Ala Mawdudi (1903-1979). Dans d’autres cas, ils lisent les œuvres occidentales, cela fait l’affaire. Morteza Motahhari, un des principaux acolytes de l’ayatollah Khomeini, a rédigé, ainsi, en langue persane, une analyse très documentée du marxisme.

Nombre des intellectuels importants de l’islam radical possèdent une formation de base technique certaine. Erbakan est rapidement devenu le top de la profession d’ingénierie en Turquie, où il est professeur titulaire d’une chaire à l’université technique d’Istanbul, directeur d’une entreprise de fabrication de moteurs Diesel et même président de la Chambre de commerce nationale. Layth Shubaylat, un fauteur de troubles jordanien, est aussi président de l’Association des ingénieurs jordaniens. Ces hommes sont particulièrement fiers d’être capables de concurrencer l’Occident dans le domaine où ils sont les plus forts.

Les terroristes eux-mêmes tendent aussi à s’orienter vers les sciences, bien qu’ayant poussé moins loin leur formation. Ramzi Yusuf, accusé d’être le cerveau de l’attentat à la bombe contre le World Trade Center est ingénieur en électronique et expert en explosifs, diplômé de Grande-Bretagne. Nidal Ayyad était un ingénieur chimiste plein d’avenir à Allied Signal ; et Eyad Ismaïl a étudié l’informatique et l’ingéniérie à l’université d’Etat de Wichita. Le même modèle est valable au Moyen-Orient. Salah ‘Ali ‘Uthman, l’un des trois terroristes qui ont attaqué un bus à Jérusalem en juillet 1993, était étudiant en informatique à l’université de Gaza. Le plus célèbre terroriste antisioniste de ces dernières années, Yahya Ayyash était surnommé « l’ingénieur ». De nombreux islamistes égyptiens violemment opposés au régime ont des diplômes scientifiques. Les chefs islamistes ne sont pas des paysans vivant dans une campagne qui ne change pas mais des individus tout à fait urbanisés ; beaucoup d’entre eux sont diplômés de l’université. Bien que tout leur discours tourne autour de recréer la société du Prophète Mahomet, les Islamistes sont des individus modernes à la pointe de tout ce qui touche à la vie moderne.

En contraste avec la familiarité qu’ils ont avec les usages occidentaux, les Islamistes sont éloignés de leur propre culture. Tourabi a déclaré à un journaliste français : je connais l’histoire de France mieux que celle du Soudan ; j’aime votre culture, vos peintres, vos musiciens. » Ayant découvert l’islam alors qu’ils étaient à l’âge adulte, beaucoup d’islamistes ne connaissent rien de leur propre histoire et de leurs propres traditions. Martin Kramer note que certains de « la nouvelle génération » sont des musulmans convertis, born again, connaissant mal la tradition islamique. Le ministre du Culte de la Tunisie Ali Chebbi va plus loin et affirme qu’ils « ignorent les bases mêmes de l’islam ». Comme Mawdudi, ces autodidactes mélangent un peu de ceci et un peu de cela, comme l’explique Seyyed Vali Reza Nasr.

« La formulation de Mawdudi , n’ est pas le moins du monde enracinée dans l’islam traditionnel. Il a adopté des idées et des valeurs, des mécanismes, des procédures, des expressions modernes qu’il a incorporés dans une structure islamique…Il ne cherche pas à ressusciter un ordre atavique mais il cherche à moderniser la conception traditionnelle de la vie et de la pensée islamiques. Sa vision des choses représente une rupture claire avec la tradition islamique et une lecture de l’islam fondamentalement nouvelle qui prend exemple sur la pensée moderne.

A y réfléchir, ce manque de connaissance n’a rien de surprenant. Les islamistes sont des individus éduqués selon des méthodes modernes et qui cherchent des solutions à des problèmes modernes. Le Prophète peut les inspirer mais ils l’approchent à travers le filtre de la fin du vingtième siècle. Et sans le vouloir ils remplacent les usages de l’islam traditionnel par les usages occidentaux.

L’islam traditionnel- la religion extrêmement gratifiante de presque un milliard de fidèles- a développé une civilisation qui, sur plus d’un millénaire, a fourni des directives d’existence aux jeunes comme aux vieux, aux riches comme aux pauvres, aux érudits comme aux ignorants, aux Marocains comme aux Malais. Détachés de leur tradition, les islamistes semblent vouloir l’abandonner dans un effort chimérique pour revenir aux façons de vivre pures et simples de Mahomet. Pour se rattacher spirituellement aux premières années de l’islam, quand le prophète était vivant et la religion était nouvelle, ils cherchent à sauter par-dessus treize siècles. Les questions les plus banales sont une occasion de rappeler le temps du Prophète. C’est ainsi qu’un auteur décrit les « tactiques de survie » utilisées par les étudiants musulmans dans les universités américaines pour conserver leur identité islamique comme étant « très semblables à celles des premiers musulmans durant l’Hégire [ Exil de Mahomet de la Mecque à Médine] »

Cependant les islamistes se voient non pas rattachés à la tradition mais engagés dans une entreprise tout à fait nouvelle. Selon le leader spirituel de l’Iran, Ali Hoseyni Khamenei « Le système islamique que l’imam [Khomeini] a créé…n’a pas existé au cours de l’histoire, excepté au commencement [de l’islam]. De façon similaire, Ghannushi affirme que « l’islam est ancien mais le mouvement islamiste est récent. » En rejetant un millénaire entier, les islamistes jettent une bonne partie de [l’héritage] de leurs propres sociétés, depuis le grand Corpus de savoir coranique jusqu’aux interprétations finement ciselées des interprétations de la loi.

Au contraire, ils admirent l’efficacité des usines et des armées. Le monde musulman leur semble arriéré et ils cherchent à le remettre à jour en lui appliquant des techniques modernes. Quand les choses vont lentement, ils accusent l’Occident de leur refuser la technologie. Ainsi ‘Ali Akbar Mohtashemi, l’Iranien archi-radical déplore, en se plaignant, que « les Etats-Unis et l’Occident ne nous donneront jamais la technologie » pour poursuivre ce qu’il appelle curieusement « la science de l’industrialisation ».

Le but des islamistes s’avère ne pas être un ordre vraiment islamique mais une version très imprégnée de l’Occident. C’est particulièrement apparent dans quatre domaines : la religion, la vie quotidienne, la politique et la loi. Ce n’était certainement pas leur intention, mais les musulmans militants ont introduit quelques notions clairement chrétiennes dans leur islam. L’islam traditionnel était caractérisé par des organisations informelles. Pratiquement toute décision importante- établir un texte canonique du Coran, exclure la recherche philosophique ou choisir des érudits religieux- était prise de manière déstructurée et consensuelle. Cela a été le génie de cette religion, et cela a signifié que les gouvernants qui ont essayé de contrôler l’institution religieuse ont généralement échoué.

Les islamistes ignorant leur héritage, ont établi des structures comme celles d’une église. La tendance a commencé en Arabie saoudite, où les autorités ont créé un tas de nouvelles institutions. Déjà en 1979, Khalid Duren décrivait l’émergence d’une « hiérarchie de prêtres avec tout leur attirail. »

« Un certain nombre de fonctionnaires religieux ont vu le jour dont les postes étaient inconnus auparavant comme par exemple : le Secrétaire de la Ligue Islamique Mondiale, le Secrétaire Général de la Conférence Islamique, le Recteur de l’Université Islamique de Médine- et j’en passe. Pour la première fois dans l’histoire, l’imam de la Ka’ba a été envoyé en tournée dans les pays étrangers, comme si c’était un nonce apostolique. »

La République islamique d’Iran a bientôt suivi le modèle saoudien et est même allée au-delà comme l’explique Shahrough Aklavi, instituant un contrôle du clergé inspiré du modèle catholique.

« La centralisation qui s’est produite dans l’institution religieuse en Iran est sans précédent, et les actions qui ont été entreprises ressemblent à ce qui existe dans la tradition habituelle ecclésiastique de l’église en Occident. Par exemple, en 1982, Khomeini a tout fait pour que son principal rival l’ayatollah Muhammad Kazim Shari’atmadari (décédé en 1986) soit « défroqué » et « excommunié », alors qu’aucun dispositif d’application de ce genre n’a jamais existé en Islam. D’autres orientations, comme le contrôle centralisé sur les budgets, les salaires du corps professoral, les programmes dans les séminaires, la création de milices religieuses, en monopolisant la représentation des intérêts et en élaborant un combat pour la civilisation (Kulturkampf) dans le domaine des arts, de la famille et d’autres questions sociales, révèlent une tendance croissante à créer un « épiscopat islamique » en Iran. »

De manière encore plus frappante, Akhavi note comment Khomeini s’est fait lui-même pape.

« La pratique de Khomeini d’émettre des fatwas faisant autorité, auxquelles il faut obligatoirement obéir, équivaut à conférer au Guide suprême des pouvoirs qui ne sont pas différents de ceux du Pape dans l’Eglise catholique. Après tout, l’obéissance aux fatwas d’un ecclésiastique dans le passé n’a jamais été obligatoire.

En créant cette fausse hiérarchie chrétienne, les islamistes ont inventé quelque chose de plus occidental qu’islamique. De façon similaire, les islamistes ont transformé le vendredi en Sabbat, ce qui n’avait jamais été le cas auparavant. Traditionnellement, le vendredi était un jour de rassemblement pour la prière, pas un jour de repos. En effet, la notion même de Sabbat est étrangère à l’esprit strictement monothéiste de l’islam, qui considère que la notion de Dieu selon laquelle Dieu aurait besoin d’un repos comme bassement anthropomorphique. Au lieu de cela, le Coran prescrit aux musulmans de « laisser de côté leurs occupations » seulement pour faire la prière, et une fois celle-ci terminée, ils doivent « se disperser et chercher la grâce de Dieu » – en d’autres termes, se livrer au commerce. Un jour de repos rappelle tellement la pratique juive ou chrétienne que certaines autorités islamiques découragent de se reposer le vendredi. Dans la plupart des lieux et des époques, les musulmans ont toujours travaillé le vendredi, interrompu seulement par le service religieux.

Dans les temps modernes, les Etats musulmans ont imité l’Europe et adopté un jour de repos. L’empire ottoman a commencé à fermer les bureaux administratifs le mardi, un jour religieusement neutre, en 1829. Lorsque les impérialistes ont imposé le dimanche comme jour de repos hebdomadaire dans leurs colonies, c’est une pratique que beaucoup de dirigeants musulmans ont adoptée à leur tour. Après l’indépendance, pratiquement tous les gouvernements musulmans ont hérité du repos du dimanche et ils l’ont maintenu. S.D Goiten, le principal érudit sur ce sujet, note que les Etats musulmans ont agi ainsi « pour répondre aux exigences de la vie moderne et pour imiter l’Occident. »

Récemment, comme le Dimanche /Samedi ont commencé à être vus comme trop occidentaux, les chefs d’Etat musulmans ont voulu affirmer leur identité en instituant le vendredi comme jour de repos. Peu d’entre eux réalisent que, ce faisant, ils perpétuaient en fait une coutume spécifiquement judéo-chrétienne. Et comme le vendredi se transformait en jour férié ( pour les excursions familiales, les sports de spectacle etc…) les musulmans ont imité le week-end occidental.

Peut-être la plus frappante des occidentalisations que les islamistes ont introduites est celle qui concerne les femmes. Les islamistes en fait ont un point de vue plus semblable au féminisme à l’occidentale qu’à l’islam traditionnel. Les musulmans traditionnels ne prenaient pas soin de la liberté et de l’indépendance de leurs femmes mais les islamistes le font. Ahmad al-Banna, le Fondateur des Frères musulmans d’Egypte, adopte un point de vue féministe qui le conduit à réinterpréter l’histoire musulmane en fonction des normes occidentales. « Les femmes musulmanes ont été libres et indépendantes depuis quinze siècles. Pourquoi devrions-nous suivre l’exemple des femmes occidentales, si dépendantes de leur mari au niveau matériel ? »

Les hommes musulmans traditionnels étaient fiers que leurs femmes restent chez elles ; dans les ménages nantis, elles ne quittaient pratiquement jamais leur foyer. Hasan al-Tourabi a quelque chose de totalement différent à l’esprit ; « Aujourd’hui au Soudan, les femmes sont dans l’armée, dans la police, dans les ministères, partout, sur un pied d’égalité avec les hommes ». Tourabi fièrement parle du mouvement islamique ayant aidé « à libérer les femmes ». Conformément à l’adage que « la meilleure mosquée pour les femmes est l’intérieur de leur maison » , les femmes traditionnelles priaient chez elles, et la partie de la mosquée réservée aux femmes était mince, mais les femmes islamistes, en revanche, participent au culte et les nouvelles mosquées comportent des sections pour femmes beaucoup plus importantes.

Pendant des siècles, le voile des femmes était censé essentiellement les aider à préserver leur vertu ; aujourd’hui, cela sert le but féministe de faciliter une carrière. Les femmes musulmanes qui portent « une tenue islamique » écrit un chercheur occidental,

« sont en général très instruites, souvent dans les plus prestigieuses facultés de médecines, de sciences sociales, de sciences et leur tenue vestimentaire signale que bien qu’elles fassent des études et mènent une carrière dans la sphère publique, elles sont des femmes religieuses, morales. Alors que les autres femmes sont fréquemment harcelées dans les lieux publics, de telles femmes sont respectées et même craintes. A la fin des années 1980, la tenue islamique était devenue la règle pour les femmes de la classe moyenne qui ne voulaient pas compromettre leur réputation en raison de leurs activités publiques. Les boutiques offrent des articles de style parisien adaptés aux normes de la modestie islamique.

L’instauration d’un ordre islamique en Iran, a, peut-être, comble de l’ironie, ouvert de nombreuses possibilités pour les femmes pieuses, de s’accomplir en dehors de la maison. Elles travaillent comme main d’œuvre et servent dans l’armée. Un leader parlementaire se vante, non sans raison, à propos de l’Iran ayant le record du féminisme au Moyen-Orient et souligne le nombre de femmes dans l’enseignement supérieur. C’est ainsi que pour confirmer cela, l’une des petites-filles de Khomeini a fait des études de droit, puis elle est allée vivre à Londres avec son mari, un chirurgien cardiaque en formation. Une autre organise des rencontres sportives féminines.

Curieusement, certains islamistes considèrent le voile représentant non pas des carrières et l’égalité, mais quelque chose de très différent : la sexualité positive. Shabbir Akhtar, un écrivain britannique voit le voile comme servant « à créer une vraie culture érotique dans laquelle est éliminé le besoin d’excitation artificielle que la pornographie procure. Les musulmans traditionnels –il n’est nul besoin d’insister-ne considéraient pas le voile comme un substitut de la pornographie.

L’islam traditionnel a mis l’accent sur les relations de l’homme avec Dieu, minimisant les relations à l’Etat. La loi apparaissait immense, la politique petite. Au long des siècles, les pieux musulmans ont évité le gouvernement, qui ne signifait la plupart du temps pour eux que des ennuis (impôts, conscription, corvée). D’un autre côté, ils ont fait de grands efforts pour vivre selon la chari’a.

Cependant, les islamistes font de la politique le cœur de leur programme. Ils considèrent l’islam moins comme la structure dans laquelle les individus bâtissent leur vie et plus comme une idéologie servant à gouverner des sociétés entières. Déclarant que « l’islam est la solution », ils affirment avec Khamenei d’Iran que l’islam « est riche de préceptes pour gouverner un Etat, gérer une économie, établir des liens sociaux et des relations entre les individus, et des instructions pour diriger une famille ». Pour les islamistes, l’islam représente la voie vers le pouvoir. Comme un haut dignitaire égyptien le fait observer, pour eux « l’islam n’est ni une loi ni une religion, mais un système de gouvernement ». Olivier Roy trouve que l’inspiration [des islamistes] est de loin plus matérielle que spirituelle. « Pour un grand nombre d’entre eux, le retour à la religion a résulté de leur expérience politique, et non de leur foi religieuse. »

De manière révélatrice, les militants comparent l’islam non pas à d’autres religions mais à d’autres idéologies « Nous ne sommes pas socialistes, nous ne sommes pas capitalistes, nous ne sommes pas islamiques » dit Anwar Ibrahim, le dirigeant islamiste malais. Les Frères Musulmans d’Egypte affirment qu’ils ne sont ni socialistes ni capitalistes, mais « musulmans .» Cette comparaison peut sembler excessive- le socialisme et le capitalisme sont universels, l’islam militant est limité aux musulmans- mais cela n’est pas excessif, car les musulmans entendent inculquer leur idéologie aux non-musulmans aussi. Dans un exemple frappant, Khomeiny en janvier 1989, a envoyé une lettre à Mikhail Gorbatchev affirmant l’universalité de l’islam. Notant l’effondrement de l’idéologie communiste, il implora le président soviétique de ne pas se tourner vers l’Occident mais de remplacer par l’islam.

« J’insiste vivement afin que, ayant abattu les murs des fantasmes marxistes, vous ne tombiez pas dans la prison de l’Occident et du grand Satan..Je vous invite sérieusement à étudier et à conduire des recherches sur l’islam. J’annonce ouvertement que la République islamique d’Iran, étant la base la plus grande et la plus puissante du monde islamique, peut facilement contribuer à combler le vide idéologique de votre système. »

Comme l’a interprété un important fonctionnaire iranien, cette lettre « vise à mettre fin à ..ces vues selon lesquelles nous parlerions seulement du monde de l’islam. Nous parlons pour le monde entier ». Il pourrait même se faire – Khomeiny y fait seulement allusion- que l’islam pour lui était devenu si désincarné de la foi qu’il prévoyait qu’un non-musulman comme Gorbatchev pourrait adopter les coutumes islamiques sans pour autant devenir musulman.

Bien que les islamistes rendent hommage à la loi sacrée de l’islam, ils en ont fait un code de type occidental, et trois caractéristiques séculaires de la chari’a disparaissent : son élaboration par des érudits indépendants, sa priorité sur les intérêts de l’Etat, et son application aux personnes plutôt qu’à des territoires.

Au fil des siècles, les juristes ont rédigé et interprété la loi islamique entre eux, avec peu de contrôle par les gouvernements. Ces juristes ont tôt établi qu’ils étaient responsables devant Dieu, et non devant le prince. Joseph Schacht, un éminent spécialiste de ce sujet, explique « le calife, bien qu’il ait été le chef absolu de la communauté des musulmans, n’avait pas le droit de légiférer mais seulement d’édicter des règlements administratifs avec des limites fixées par la loi sacrée. Les souverains essayèrent parfois de dicter leurs conditions aux juristes, mais entre 833 et 849 quatre califes successifs ont imposé leur compréhension de la nature du Coran qu’ils disaient créé par Dieu, par opposition à des savants religieux qui disaient que le Coran avait toujours existé [donc incréé et éternel] ; en dépit des efforts énergiques déployés par les califes (Y compris la flagellation d’une autorité religieuse très respectée), l’effort a échoué, et avec lui les prétentions de politiciens pour définir le contenu de l’islam.

Les juristes conservent le contrôle intégral de la loi islamique jusqu’au XIX ème siècle, lorsque dans leurs colonies les dirigeants britanniques, français, européens et d’autres codifient la charia pour en faire des lois étatiques de style européen. Des Etats musulmans indépendants, tels que l’empire Ottoman ont suivi alors l’exemple européen et ont également à leur tour codifié la chari’a. Avec l’indépendance, tous les dirigeants musulmans ont maintenu l’habitude européenne de garder la loi fermement sous contrôle de l’Etat ; dans les années 1960, il n’y avait qu’en Arabie saoudite où la loi était encore énoncée et définie par les juristes religieux.

A partir de 1969, Mouammar al-Qadhdhafi en Libye a voulu rétablir la prédominance de la charia sur les lois de l’Etat (par exemple, dans les lois pénales). Il l’a fait en tant que dirigeant , en utilisant l’appareil d’Etat pour contraindre les juristes musulmans à exécuter ses ordres. Les islamistes dans de nombreux pays se sont mis ensuite à imiter Qadhdhafi, en disant que l’Etat avait l’autorité d’imposer la charia. Ils n’ont fait aucun effort pour revenir au fonctionnement ancien de la loi par les juristes. Ils ont utilisé à leurs fins islamistes des pratiques introduites par les puissances européennes.

Lorsque les islamistes, en de rares occasions, protestent contre cette domination étatique de la loi, ils le font avec peu de conviction. Tourabi remarque que « le gouvernement islamique n’est pas total, car c’est l’islam qui est un mode de vie global, et si vous le réduisez au gouvernement, alors c’est le gouvernement qui serait tout puissant, et ce n’est pas l’islam. »

L’énorme pouvoir exercé par Tourabi au Soudan fait qu’il est difficile de prendre cette critique au sérieux. Les islamistes utilisent les pratiques étatiques de l’Occident parce que, premièrement, ils connaissent le système occidental beaucoup mieux qu’ils ne connaissent le système musulman traditionnel. En second lieu parce que le retour aux méthodes traditionnelles musulmanes – comme l’a souligné Ann Mayer de la Wharton School-« obligerait les gouvernements à l’abandon du pouvoir qu’ils ont acquis sur les systèmes juridiques au moment de l’adoption des codes juridiques de style européen », ce qu’ils n’ont pas intérêt à faire.

La prise de contrôle de la loi provoque immanquablement des problèmes. Dans le système traditionnel, les juristes maintenaient jalousement leur indépendance dans l’interprétation de la loi. Ils insistaient sur la prédominance absolue des impératifs de Dieu sur les règles des gouvernants. Des actes tels que la prière, le jeûne du Ramadan, ou le pèlerinage à la Mecque, affirmaient-ils, ne devaient jamais être soumis aux caprices des despotes. Les juristes ont, globalement, au fil des siècles, vu leurs exigences satisfaites, car pas un seul roi ou président, ni même un laïc aussi ardent que Kemal Atatürk, en Turquie, n’a eu la témérité d’interférer avec les commandements de Dieu.

Mais ce qu’aucun roi ou président n’a fait, l’ayatollah Khomeiny l’a fait. En janvier 1988, il publia un décret qui carrément enfreignait ce principe ancien islamique. Dans un document remarquable mais peu connu, l’ayatollah a affirmé que « le gouvernement est autorisé de manière unilatérale à empêcher tout élément, qu’il soit spirituel ou matériel, qui constituerait une menace à ses intérêts ». Cela signifie que « pour l’islam, les exigences du gouvernement remplacent tous les autres aspects, y compris même la prière, le jeûne et le pèlerinage à la Mecque ». Le fait de subordonner ces commandements de l’islam à la raison d’Etat a pour effet de dénaturer complètement la chari’a .

Khomeiny- un érudit au sens classique du terme, une autorité en matière de loi islamique et une éminente figure religieuse- a justifié ce décret, au motif que les intérêts de la République islamique étaient synonymes des intérêts de l’islam lui-même. Mais ceci explique à peine une mesure si radicale et sans précédent. La vraie raison réside dans le fait que comme d’innombrables autres dirigeants du XXème siècle, Khomeiny a voulu prendre le contrôle de la vie spirituelle de son pays. Khomeiny semble tout droit sorti du Moyen-Age mais c’était un homme de son temps, profondément influencé par les idées totalitaires émanant de l’Occident.

Dans l’islam traditionnel (comme dans le judaïsme), les lois, à la différence de ce qui prévaut en Occident, s’appliquent à l’individu et non pas aux territoires. Il importe peu de savoir si un musulman vit ici ou là , dans la patrie ou dans la diaspora, il doit suivre la chari’a. A l’inverse, un non-musulman qui vit dans un pays musulman n’a pas à suivre les directives de l’islam. Par exemple, un musulman ne peut pas boire du whisky s’il vit à Téhéran ou à Los Angeles, et un non-musulman peut, lui, boire de l’alcool dans ces deux endroits. Cela conduit à des situations complexes, puisque l’ensemble des règles applicables lorsqu’un musulman vole un musulman diffèrent de celles applicables lorsqu’un chrétien vole un autre chrétien, et ainsi de suite. La clef est de savoir qui vous êtes, non pas où vous êtes.

En revanche, la conception occidentale des lois est basée , elle, sur la notion de juridiction. Un crime commis dans un certain Etat donne lieu à une certaine punition, qui ne sera pas la même dans l’Etat d’à côté. Même les routes ont leurs propres règles. L’important en Occident c’est l’endroit où vous êtes, non pas qui vous êtes.

Ignorants de l’esprit qui sous-tend la chari’a, les islamistes prétendent l’appliquer à des territoires et pas seulement aux personnes ; Tourabi a déclaré ainsi que l’islam « accepte le territoire comme base de compétence »[accepte la notion de juridiction territoriale]. Par conséquent, les différences nationales ont vu le jour. Le gouvernement libyen fait donner des coups de fouet à tous les coupables d’adultère. Le Pakistan fait fouetter les célibataires et lapider les femmes mariées. Le Soudan emprisonne certains et pend les autres. L’Iran applique des peines plus diverses encore, y compris le rasage du crâne et le bannissement pendant une année. Dans les mains des islamistes, la chari’a devient tout simplement une variante des lois territoriales qui prévalent en Occident.

Cette nouvelle compréhension [du droit musulman] la plus spectaculaire concerne les non-musulmans dont l’exclusion millénaire de la chari’a n’est plus et ils doivent vivre dans les pays musulmans comme s’ils étaient musulmans. Umar ‘Abdar-Rahman, le cheikh égyptien emprisonné dans une prison américaine, est catégorique à ce sujet : « Il est bien connu que nulle minorité dans un pays ne peut avoir ses propres lois. » ‘Abd al –Aziz ibn Baz, le chef religieux saoudien, a appelé les non-musulmans à jeûner pendant le Ramadan. En Iran, les femmes étrangères n’ont pas le droit de mettre du vernis à ongle car cela les rendrait impures pour la prière (islamique). A leur entrée dans le pays, les autorités leur fournissent des chiffons imbibés d’essence pour nettoyer les ongles vernis. Un parti islamiste en Malaisie entend règlementer la durée que des femmes et des hommes chinois non musulmans et sans liens de parenté peuvent être autorisés à passer seuls ensemble.

Cette nouvelle interprétation de la loi islamique crèe d’énormes problèmes. Plutôt que de laisser les non-musulmans plus ou moins libres de régler seuls leur propre conduite comme le faisait l’islam traditionnel, l’islamisme fait intrusion dans leur vie et fomente un ressentiment énorme générant des dissensions et conduisant parfois à la violence. Les chrétiens palestiniens qui élèvent des porcs trouvent leurs bêtes mystérieusement empoisonnées. Le million ou deux de chrétiens vivant dans le nord du Soudan ; majoritairement musulman, doit se conformer à la quasi-totalité des règles de la chari’a. Dans le sud du Soudan où règne la loi islamique, la loi islamique prévaut partout où le gouvernement central gouverne, quand bien même « certaines » dispositions n’y sont pas appliquées ; si le gouvernement devait conquérir l’ensemble du sud du pays,il est probable que toutes les dispositions entreraient en vigueur, perspective qui contribue beaucoup à entretenir une guerre civile qui dure depuis quarante ans.

Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir.

Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore.


Histoire de la mondialisation: On se lève tous pour Danone (Jewish entrepreneurship: How little Danny sold yogurt to the world)

24 mai, 2010
Danone logo
[Abraham] prit du lait fermenté, du lait frais, et le veau qu’on avait préparé, et il les mit devant eux. Genèse 18: 8
Le logo peut également raconter une histoire. Celui de Danone, l’enfant, symbolise une des cibles privilégiées du groupe, spécialisé dans les produits laitiers, les eaux minérales et les biscuits. Mais on peut également souligner la référence à l’histoire de la marque Danone. Au lendemain de la Première guerre mondiale, Isaac Carasso, homme d’affaires espagnol retraité, se trouve une nouvelle passion : la santé. Celle plus particulièrement des jeunes enfants de Barcelone qui, en raison de mauvaises conditions d’hygiène et du climat chaud, souffrent d’affections intestinales. Il crée son fameux yogourt et le baptise Danone qui vient de Danon, diminutif de Daniel en catalan, prénom de son fils, Daniel Carasso qui présidera, plus tard, aux destinées de la marque. Jean Watin-Augouard (historien des marques)
Le petit garçon rappelle un enfant espagnol, Daniel Carasso (…), que son père appelait familièrement Danon.  Antoine Riboud.
A l’heure où, après la Grande Moisson de 1991 et à la veille des renégociations des subventions européennes, l’industrie agro-alimentaire française se paie à nouveau les Champs-Elysées (à 4,2 millions d’euros le coup mais pour un enjeu total de près de 46 milliards d’aides!)Et, sacrifiant à la nouvelle religion verte, tente de faire oublier tant les jacqueries régulières qui bloquent nos routes et vandalisent nos bâtiments publics que la pollution systématique, entre ses lisiers et ses engrais ou ses pesticides, de nos nappes phréatiques …

Retour, un an tout juste après la mort du fils du fondateur (à l’âge vénérable de 103 ans et quelques semaines après le 90e anniversaire de l’entreprise) sur l’une des grandes épopées de l’agro-business hexagonal et mondial

Celle de la famille Carosso et de Danone (du surnom catalan du « petit Daniel »), numéro un mondial des produits laitiers et numéro 2 des biscuits et des eaux minérales

Issue d’une vieille famille juive sépharade qui, après son expulsion d’Espagne au moment de la Reconquista contre les Maures au XVe siècle, se réfugiera dans cette très ancienne et prestigieuse communauté juive de (Thes)salonique (deux célèbres épitres de Paul, le plus ancien texte du Nouveau testament, un président à la France) …

Le père négociant en huile d’olive et agrumes du petit Danon (Isaac Carosso) choisira, via un détour de 3 ans à Lausanne pour soigner son épouse malade, de regagner l’Espagne de ses aïeux et plus précisément Barcelone en 1912 suite à une autre Reconquista (grecque celle-là contre les Jeunes Turcs dont l’un de ses oncles avait participé à la fondation, à Thessalonique même, quatre ans plus tôt – qui, avant le génocide que l’on sait en 1915 des chrétiens arméniens mais aussi grecs et assyriens, avaient tant promis aux minorités de l’ex-empire ottoman) …

Où, inspiré des travaux du prix Nobel et vice-directeur russe de l’Institut Pasteur Élie Metchnikoff sur les vertus des ferments lactiques, il eut l’idée de combiner la longue tradition balkanique et les acquis scientifiques pasteuriens pour lancer, dès 1919 et dans les pharmacies de la ville sous la marque Danone, les premiers pots de yahourt industriels …

Avant de repasser le flambeau au petit Danon qui à partir de 1929 à Paris (avec l’interruption vichyssoise à New York où il créera Dannon en 1942) puis, en fera, multipliant tant les fusions (avec Gervais en 1967 et le bouteillier BSN en 1973) que les innovations (yaourts aromatisés, fruits, gélifiés et veloutés, fromages frais allégés, alicaments), le géant agro-alimentaire présent (15 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans plus de 50 pays!) que l’on connaît d’aujourd’hui …

Et « Petit Daniel » devint Danone
Laetitia Clavreul
Le Monde
2 avril 2009

La marque, créée à Barcelone par Isaac Carasso en 1919, fête son 90e anniversaire. A 103 ans, Daniel Carasso veille toujours sur l’héritage
‘homme a 103 ans. La marque de yaourts dont il a inspiré le nom, et que son père avait créée à Barcelone quand il n’était qu’adolescent, en a, elle, 90. Jeudi 2 avril, Daniel Carasso devrait, malgré sa discrétion, faire une apparition publique pour l’anniversaire de Danone ( « petit Daniel », en espagnol), l’une des marques françaises les plus connues à l’étranger, avec L’Oréal et Chanel.

Aujourd’hui encore, l’empreinte de Daniel Carraso reste forte. Pourtant, il a déjà près de 70 ans quand, en 1973, il fusionne son groupe agroalimentaire avec le verrier BSN présidé par Antoine Riboud. L’âge de prendre une retraite amplement méritée. Plus de trente ans plus tard, Daniel Carraso est toujours président d’honneur du groupe et il dispose d’une secrétaire et d’un bureau, au siège, boulevard Haussmann, à Paris. Il y est un des seuls, avec le PDG actuel, Franck Riboud, à déroger à la règle de l’open space. Contrairement au bureau de Franck Riboud, le mobilier y est ancien. Pas de table standard, pas d’ordinateur non plus, mais des pots de yaourt en porcelaine des années 1930, et beaucoup de photos d’archives.

Quand il est à Paris, c’est-à-dire souvent, ce vieux monsieur élégant, très grand, toujours en costume trois-pièces et cravate, passe chez Danone chaque après-midi. L’autre moitié du temps, il vit à Barcelone – sa famille est d’ailleurs restée minoritaire dans la branche espagnole du groupe. Ici, à Paris, le PDG lui-même aime venir échanger avec « Daniel ». « Depuis le décès d’Antoine [Riboud, en 2002], il a pris le rôle du père de l’entreprise, et il joue le jeu », confie Franck Riboud. Ce qui le caractérise le mieux ? Son « optimisme permanent ».

En dépit de son âge, Daniel Carasso aime toujours recevoir les managers de Danone venus du monde entier pour s’informer des produits. « Il pose beaucoup de questions, il nous pousse à aller de l’avant », raconte Agnès Berthet-d’Anthonay, à la direction de la communication. Elle l’a côtoyé quand elle travaillait au centre de recherche du groupe, où il continue d’aller, là aussi, toujours à la recherche d’un contact. Il y a quelques années, il s’est même rendu en Chine, constater l’intérêt qu’avait le groupe à vouloir s’y développer.

Certes, l’homme incarne le mythe Danone, l’histoire de ce yaourt originaire des Balkans lancé en Espagne par son père Isaac en 1919, et par lui-même en France et aux Etats-Unis, où il avait fallu l’appeler « Dannon » pour que la prononciation demeure. Certes, il est le père du yaourt industriel, vendu au départ dans les pharmacies, puis dans les crémeries, où l’on se battait pour avoir du Danone, et, au final dans les rayons de la grande distribution, qui a progressivement pris le pouvoir sur les industriels. Certes, il est aussi la mémoire du groupe, celui qui a connu l’époque où Danone était sans concurrent, puis celle où la société a été rejointe sur le marché des produits laitiers frais en plein essor par des entreprises comme Chambourcy ou Yoplait. Et enfin, l’époque où, cette fois, ce sont des groupes étrangers, Nestlé ou Unilever, qui sont venus conquérir le territoire français.

Mais, plus que des étapes successives, Daniel Carasso incarne surtout une ligne directrice. Et si les Français associent Danone aux Riboud, père et fils, c’est en fait le tandem Carasso qui représente la marque. Aux deux premiers revient sans aucun doute l’héritage social – le double modèle économique et social pensé par Antoine et adapté par Franck à la mondialisation – et la réputation d’entreprise à l’écoute de son environnement. Mais aux Carasso est attachée l’image des produits, ce qui a fait leur succès. En trois mots : la qualité, la publicité et l’innovation. « BSN, c’était de l’industrie lourde, du verre. Daniel nous a apporté la culture du consommateur », explique l’actuel PDG. « La famille Riboud, c’est BSN. Danone, c’est la famille Carasso. Même si après il y a eu symbiose », reconnaît-il.

Avec quatre-vingt-dix ans de recul, entre le Danone actuel et celui de la première moitié du XXe siècle, les parallèles sont étonnants. Notamment l’obsession de la santé. Si, aujourd’hui, le groupe répète à qui veut l’entendre que sa mission est de fournir « la santé par l’alimentation au plus grand nombre », Isaac Carasso, dès l’origine, n’avait pas voulu vendre un banal produit, mais un yaourt sophistiqué et bon pour la santé. Pour se lancer, il s’était d’ailleurs appuyé sur les travaux d’Elie Metchnikoff, chercheur d’origine russe de l’Institut Pasteur, qui avait établi les vertus des ferments lactiques, censés aider à lutter contre les maladies et la vieillesse. Isaac aimait déjà avoir la caution des scientifiques. C’est toujours le cas pour le géant des produits laitiers frais qu’est devenue l’entreprise.

Autre parallèle : le goût de l’innovation. C’est Daniel qui s’est lancé le premier dans le yaourt aromatisé, celui aux fruits, le velouté ou l’allégé. Il y a deux ans, après Actimel ou Danacol, Danone s’est lancé sur le créneau de la dermonutrition, avec Essensis, le « yaourt qui nourrit la peau ». Une innovation pas forcément heureuse – le groupe vient de le retirer des rayons, faute de clients -, mais qui pourrait renaître un jour sous une forme ou sous une autre.

Côté publicité, le registre est similaire : « Danone, le dessert des digestions heureuses ». Est-ce le slogan d’Activia, le yaourt qui facilite le transit intestinal, un des produits phares du groupe ? Non, c’est celui du premier yaourt commercialisé en France, il y a quatre-vingts ans.

Mais si la famille Carasso a jeté les bases du futur groupe, il y avait une ambition que Daniel ne pouvait réaliser seul : « Faire de Danone une marque mondiale », comme il l’explique dans un film réalisé il y a cinq ans par l’entreprise. En 1972, son chemin a croisé celui d’Antoine Riboud, à la tête de BSN, un géant du verre qui, après l’échec de son OPA sur Saint-Gobain, a décidé d’investir dans le contenu. « Il m’a fait rêver, je l’ai fait rêver », raconte M. Carasso, simplement.

En 1994, BSN est même devenu Danone. Aujourd’hui, la marque est présente dans 50 pays ; elle vend 140 millions de pots de yaourt par jour, et 51 milliards chaque année.

Trois histoires imbriquées
Laetitia Clavreul
Le Monde
02.04.09

1919-2009, ces quatre-vingt-dix années racontent l’histoire croisée de deux familles, les Carasso et les Riboud, et d’une marque, Danone.

1919 : Isaac Carasso, Espagnol d’origine juive, dont la famille s’était exilée à Salonique depuis le XVe siècle, lance, de retour à Barcelone, la fabrication de yaourts à partir de ferments issus de l’Institut Pasteur. La méthode est empirique. La marque est recommandée par les médecins.

1929 : Daniel Carasso a 24 ans. Il lance la Société parisienne du yoghourt Danone, dans une petite boutique du 18e arrondissement de Paris. Le père voudrait vendre Danone en pharmacie, le fils veut, lui, toucher une clientèle plus large. Plus tard, alors que la marque est mieux vendue en France qu’en Espagne, il ne manquera pas de tricher sur ses chiffres pour ne pas faire de peine à son père.

1941 : départ pour les Etats-Unis de Daniel Carasso, qui fuit la guerre en Europe. L’année suivante, il y lance Dannon Milk Inc., après le rachat d’une petite affaire de yaourts grecs du Bronx.

1951 : la première usine est construite, à Levallois-Perret. Elle produit 100 000 pots par jour.

1967 : Danone et Gervais, qui collaboraient déjà dans la logistique, fusionnent. La grande distribution demandait au premier d’élargir sa gamme en fromages frais, et au second de faire du yaourt. A la concurrence, ils préfèrent le rapprochement.

1969 : Echec de la tentative d’OPA inamicale, la première en France, de BSN sur Saint-Gobain.

1973 : fusion de BSN et de Gervais Danone. Dans les années 1970, avec l’envolée du pétrole, le secteur du verre va se retrouver en grandes difficultés. BSN, qui souhaite se diversifier dans l’agroalimentaire et avait déjà acheté Evian et Kronenbourg, va progressivement délaisser son métier d’origine.

1987 : lancement de Bio, qui deviendra Activia en 2005. Un des plus grands succès de Danone.

1994 : changement de nom. Le groupe devient Danone et adopte le logo du petit garçon qui regarde une étoile. Il y a derrière « une note affective : le petit garçon rappelle un enfant espagnol, Daniel Carasso (…), que son père appelait familièrement Danon », explique Antoine Riboud.

1996 : Franck Riboud succède à son père à la présidence.

2007 : le groupe se recentre sur le créneau de la santé. Il conserve l’eau en bouteille et les produits laitiers frais, mais cède les biscuits Lu à l’américain Kraft Foods. Dans la foulée, il rachète le néerlandais Numico, spécialiste de l’alimentation infantile et de la nutrition médicale.

Voir également:

Daniel Carasso, 103 ans de yaourts
Libération
02/04/2009

Danone a été créé en 1919 par Isaac Carasso. Le nom de la marque vient du surnom, «Danon», qu’Isaac donnait à son fils Daniel.

A 103 ans, bon pied, bon oeil, Daniel Carasso incarne le mythe de Danone, marque créée en 1919 par son père, à laquelle il a donné son nom, avant de consacrer sa vie à faire de ce pionnier du yaourt industriel un grand groupe mondial.

Né en 1905 à Salonique dans une famille juive d’origine espagnole, le petit Daniel, surnommé «Danon», s’installe avec sa famille à Barcelone en 1916.

Au lendemain de la Première guerre mondiale, son père, Isaac Carasso, est le premier à se lancer dans la fabrication industrielle du yaourt, fabriqué artisanalement depuis toujours dans les Balkans et au Moyen-Orient.

S’appuyant sur les travaux menés au début du siècle par le savant russe Élie Metchnikoff sur les vertus des ferments lactiques, Isaac Carasso créé la marque Danone et commence à diffuser ses produits en Espagne, d’abord à travers les pharmacies, puis les crémeries.

Après des études à l’Ecole supérieure de commerce de Marseille, c’est son fils Daniel qui lancera ensuite les yaourts Danone en France, puis aux Etats-Unis. Fort d’une spécialisation à l’Institut Pasteur sur les pratiques bactériologiques, il crée en 1929 la Société parisienne du yoghourt Danone.

«Lors du lancement, je ne me suis même pas rendu compte de la crise qui sévissait. J’étais plutôt occupé à chercher des crémeries pour vendre mes produits», raconte Daniel Carasso.

Avec la Seconde guerre mondiale et l’occupation nazie, Daniel Carasso quitte la France pour New York où il crée en 1942 la Dannon Milk Products.

Il revient en France après la guerre, où sa société connaît un grand succès grâce à ses inventions, comme les yaourts aromatisés, aux fruits, gélifiés et veloutés ou les fromages frais allégés.

«Mon rêve était de faire de Danone une marque mondiale. J’en étais à ces réflexions lorsque j’ai rencontré Antoine (Riboud, à la tête du groupe BSN). Nos stratégies coïncidaient: lui voulait étoffer son offre alimentaire, nous voulions nous développer à l’international», explique Carasso.

La fusion intervient en 1973, avec Antoine Riboud à la tête de BSN-Gervais-Danone. Le groupe, qui a changé de nom en 1994 pour devenir Danone, produit désormais chaque année 6 milliards de pots de yaourts, desserts et fromages frais.

Toujours élégamment vêtu en costume trois pièces et fou de technologie, Carasso partage sa vie entre Paris et Barcelone. Resté actif malgré son grand âge, ilse rend très régulièrement à son bureau au siège de Danone, pour s’informer des innovations et conseiller Franck Riboud, le PDG du groupe.

(Source AFP)

Voir aussi:

Daniel Carasso
La mort de « M. Danone »
Bruno Abescat
L’Express
18/05/2009

Daniel Carasso, fils du fondateur de Danone, est mort ce dimanche à l’âge de 103 ans. Il y a cinq ans, Bruno Abescat l’avait rencontré pour un grand entretien. Voici les paroles de cet «acteur clef», selon le mot de Félix Torres et Pierre Labasse (1), de l’histoire de la firme alimentaire. Cet Espagnol polyglotte avait accepté de recevoir en exclusivité L’Express à Barcelone, où il résidait – là même où son père, Isaac, avait lancé Danone en 1919 – et de raconter les origines de ce qui est devenu l’une des premières marques alimentaires du monde

Comment votre père a-t-il eu l’idée de faire des yoghourts?

Comme tous les juifs d’Espagne, ma famille a été expulsée en 1492. Elle s’est installée à Salonique, alors dans l’Empire turc, où elle a vécu quatre siècles en gardant la nationalité espagnole. Mon père, Isaac, y est né. Lorsqu’il est rentré à Barcelone, en 1912, il a d’abord repris son métier de négociant en huile d’olive. Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale qu’il s’est lancé dans la fabrication de yoghourts. A Salonique, c’était un produit courant que les commerçants vendaient au kilo dans les rues et dont mon père connaissait les vertus. Mais, pour lui, cette activité ne devait être qu’un hobby!

Quand commence l’histoire de Danone?

En 1919, calle Los Angeles, près des Ramblas, dans un petit atelier au rez-de-chaussée d’une maison dont nous occupions le dernier étage. Mon père a commencé seul, avec un neveu et deux employés. Mais c’était un esprit ouvert, curieux des progrès scientifiques. Sur les conseils de médecins, il a introduit dans ses yoghourts des ferments lactiques qu’il faisait venir de l’Institut Pasteur, à Paris. Son produit était sophistiqué, mais sa réalisation restait empirique: le lait était chauffé dans deux cuves en cuivre étamé – il n’y avait pas d’acier inoxydable – et remué à la main à l’aide de pelles en bois. Je me souviens qu’il faisait très chaud et humide. Puis le liquide, presque bouillant, était versé dans les pots à l’aide de brocs. Sans le savoir, mon père pasteurisait le lait et stérilisait les pots! Les premiers yoghourts, vendus à l’origine dans les pharmacies, devaient être livrés dès le lendemain matin. Pour cela, mon père a eu l’idée de faire appel à des employés de la poste et des tramways.

Il avait aussi le sens du marketing…

Il a tout de suite attaché de l’importance à la présentation et fait spécialement fabriquer des pots et des couvercles en porcelaine décorée qui étaient consignés. Et puis, il a trouvé la marque. Il me surnommait alors affectueusement «Danon» – «petit Daniel» en catalan. Comme il s’agissait d’un nom propre et qu’il ne pouvait pas l’enregistrer sous cette forme, il a ajouté un «e».

Daniel Carasso est l’aîné des trois enfants d’Isaac et son seul fils. Après des études de commerce à Marseille, un stage de bactériologie à l’Institut Pasteur à Paris, et une expérience professionnelle sans lendemain, le jeune homme décide de suivre les traces de son père, mais en France. Le 6 février 1929, la Société parisienne du yoghourt Danone débute son activité dans une boutique du XVIIIe arrondissement. Et la première usine ouvre en 1932, à Levallois-Perret.

Mon rêve était de compléter l’oeuvre paternelle en lui donnant une dimension plus moderne et internationale. J’avais tous les culots. Au début, j’ai même osé mettre sur mes pots une petite étiquette: «Préparé selon les prescriptions du Pr Metchnikoff, de l’Institut Pasteur»… J’étais un peu inconscient!

Très vite, vous faites appel à la pub…

Pour moi, le yoghourt devait être un aliment de santé mais aussi de plaisir, afin de toucher une plus large clientèle. Je suis donc allé voir Etienne Damour, qui dirigeait à l’époque la plus grande agence de publicité de Paris. Je n’avais pas de rendez-vous, et c’est par un coup de chance que j’ai pu lui parler. «Mon petit, m’a-t-il dit, ce n’est pas que vous n’êtes pas méritoire, mais cette maison est beaucoup trop importante pour vous.» Pour autant, il m’a recommandé à un ami, Roger-Louis Dupuy, qui m’a trouvé mon premier slogan: «Délicieux et sain, Danone est le dessert des digestions heureuses».

Vous modernisez aussi la production.

Je ne voulais plus voir, comme en Espagne, des hommes remuer des pelles pour évaporer le lait. J’ai donc expliqué mes besoins à un fabricant d’appareils de laboratoire, M. Lequeux. Pour moi, il a adapté plusieurs procédés – des pales électriques, un système de récupération de la buée… Un sous-traitant de Citroën m’a aussi conçu une machine pour laver les pots. Je crois que je devais intriguer tous ces messieurs.

Quand avez-vous commencé à innover?

J’ai lancé Dany, le premier yoghourt aromatisé aux fruits, en 1937. Contre l’avis général. Surtout, la législation d’alors interdisait d’introduire quoi que ce soit dans un produit laitier. Je suis donc allé voir les gens des fraudes, qui m’ont permis de faire un essai pendant trois mois. Et, finalement, c’est la réglementation qui a été modifiée.

La guerre contraint Daniel Carasso à se réfugier aux Etats-Unis, en novembre 1941, après avoir pris soin de placer l’entreprise entre des mains amies. A New York, il rencontre, par l’entremise de son beau-père, le Dr Herman Baruch.

C’était un homme très important. Lors d’un dîner, apprenant que je faisais des yoghourts à Paris, il m’a raconté que son père médecin lui avait toujours dit que ce produit était merveilleux pour la santé. Il s’est alors tourné vers mon beau-père et a dit: «J’aimerais faire des affaires avec ce garçon.» Son objectif était d’apprendre aux Américains à mieux se nourrir. C’est comme cela, sans un sou, que j’ai pu, avec lui et quelques autres associés, constituer, en 1942, Dannon Milk Products. J’apportais la marque, le know-how et une petite affaire en pleine déconfiture que j’avais rachetée à un couple de Grecs. En échange, j’étais nommé président et je recevais 50% des parts. C’est également sur sa recommandation que j’ai pu rencontrer le grand designer Raymond Loewy. «Danone, le nom ne va pas, m’a-t-il expliqué. Les Américains vont prononcer «Dénoni».» Sur une grande feuille de papier, il a alors écrit «Dannon» en appuyant sur le «a» et en supprimant le «e». Puis il m’a dessiné un logo en ajoutant «real yoghurt». Il ne m’a pas demandé un cent!

Les choses sont plus compliquées avec les syndicats…

Je parlais encore mal l’anglais. Mon avocat me conseillait de ne pas négocier directement. Moi, je pensais malgré tout qu’il fallait que je rencontre personnellement le délégué. Il s’appelait Max Sweeny. C’était un Irlandais, costaud, qui représentait le Syndicat des transporteurs. Il ne voulait pas entrer dans mon bureau de crainte qu’on l’accuse de collusion. Il m’a présenté un contrat, calqué sur les salaires de la profession. Ce projet était insupportable pour ma jeune entreprise et je lui ai dit: «Je veux bien porter l’uniforme, mais à condition que vous me le fassiez sur mesure.» On a eu de longues discussions et on a fini par trouver un terrain d’entente.

De retour en France, Daniel Carasso va bénéficier de l’élévation du niveau de vie. Durant les Trente Glorieuses, Danone multiplie les innovations et change de dimension. Cette rapide expansion pose vite des problèmes logistiques.

J’avais toujours pensé, jusque-là, que je devais contrôler la distribution sans faire appel à des intermédiaires. Danone était un enfant qui devait être choyé par sa mère et non par une nurse. Mais, face à la demande croissante, il fallait s’organiser autrement. C’est pour cela, dans les années 1950, que nous avons noué des accords avec le groupe Gervais, dont les produits étaient complémentaires des nôtres, et créé des centres de distribution communs. Ce partenariat nous a conduits, au printemps 1967, à fusionner. Notre objectif avec Jacques Corbière [président de Gervais] était alors, aussi, de nous diversifier dans l’alimentaire, et nous avons commencé à racheter, dans les pâtes, la société Milliat Frères puis le leader, Panzani, et, dans les conserves, les marques Petitjean et Lhuissier.

Au tournant des années 1970, Gervais Danone est déjà la première affaire française de produits laitiers. Mais la concurrence s’internationalise. De son côté, Antoine Riboud, qui dirige le groupe verrier BSN, cherche à renforcer sa nouvelle branche alimentaire.

J’ai rencontré Antoine Riboud en 1972, à Fontainebleau, lors d’un conseil du Cedep, qui était un organisme de perfectionnement des cadres. J’avais entendu parler de lui à l’occasion de la tentative d’OPA de BSN sur Saint-Gobain. Le courant est tout de suite passé entre nous. Comme moi, Antoine avait envie de faire de Danone une marque consommée dans le monde entier. Nous avons fini par fusionner nos sociétés en 1973. C’est l’une de nos meilleures décisions. En trente ans, les Riboud ont bâti l’un des premiers groupes alimentaires mondiaux.

Aujourd’hui, il se consomme chaque jour dans le monde quelque 80 millions de pots de Danone. Antoine Riboud est décédé le 5 mai 2002, six ans après avoir installé son fils, Franck, aux commandes. Si Danone devait demain faire l’objet d’une OPA, comment réagiriez-vous?

Je me réjouis, d’abord, qu’après tant d’années Danone soit si courtisé! Mais un tel événement m’affecterait, bien sûr. Cela étant, j’ai confiance en Franck pour garder le groupe indépendant. Il en a les atouts.

(1) Mémoire de Danone, par Félix Torres et Pierre Labasse. Le Cherche Midi.

Voir également:

Une marque en pleine santé
Patrick Déniel
LSA
24 juin 2004

La marque n’a cessé de capitaliser sur les valeurs de santé véhiculées par un univers de l’ultra-frais. Quitte à s’y enfermer quelque peu…

En lançant Danacol, un yaourt permettant de diminuer le taux de « mauvais cholestérol », la boucle est somme toute bouclée pour Danone. Qu’on songe en effet que cette marque, « héritière directe des recherches pastoriennes sur le yoghourt et la santé » selon les historiens Félix Torres et Pierre Labasse*, aurait pu être celle… d’un médicament ! Dès 1919, Isaac Carasso, son inventeur, positionne Danone sur le terrain de la santé. Il visite les pharmacies et les médecins susceptibles de prescrire ses yoghourts aux personnes ayant des problèmes intestinaux. En 1919, le produit est vendu dans les officines de Barcelone avec une petite étiquette sur le pot indiquant que le yoghourt Danone est « préparé selon les prescriptions du professeur Metchnikoff de l’Institut Pasteur [qui obtient le prix Nobel pour ses recherches – NDLR] et recommandé par le corps médical ». Son fils, Daniel Carasso, implantera Danone en France dix ans plus tard avec un recours – assez novateur pour l’époque – au marketing. « Délicieux et sain, le Yoghourt Danone est le dessert des digestions heureuses », proclame la première publicité pour la marque en 1930. Danone et santé sont ainsi indissociables.

1996, une mégamarque

Et pourtant, ce positionnement aurait pu être remis en cause en 1996. Le verrier BSN, qui a pris le contrôle de Gervais-Danone en 1973, est alors leader du marché de l’ultra-frais en quantité mais souffre d’un déficit de notoriété. « En 1994, le verre ne représentait déjà plus que 20 % de l’activité de BSN, et il était écrit que le groupe se désengagerait de ce métier. BSN n’évoquait rien, le nom n’était pas vendeur alors que Danone était beaucoup plus parlant auprès de la communauté financière [Gervais Danone est entré en Bourse en 1953 – NDLR] », explique Laurent Sacchi, directeur de la communication du groupe. BSN devient donc Groupe Danone. « À part Unilever [qui a récemment décidé d’identifier l’ensemble de ses produits avec son logo « U » – NDLR], tous les grands groupes alimentaires ont le nom de leur marque principale », poursuit Laurent Sacchi. C’est à cette époque que le groupe rationalise son activité autour de trois métiers : l’ultra-frais, l’eau et les biscuits.

Dans le même temps, Danone, la marque du yaourt, s’installe en mégamarque de l’ultrafrais. Elle chapeaute désormais les sous-marques Charles Gervais, Taillefine et autres Bio (une stratégie qui sera dupliquée avec par la suite avec LU, qui deviendra l’étendard des biscuits). « À ce moment, il a fallu définir ce que représentait la marque Danone en ultrafrais, se souvient Françoise Bonnal, présidente de DDB. C’est le positionnement santé qui a été retenu : la santé radieuse, pas triste, et qui a évolué peu à peu vers la  » santé active « . Mais il y avait d’autres propositions, comme la gourmandise, la qualité : il y a eu des discussions très poussées autour de ce choix. C’est à cette période que s’est mise en place la  » mécanique Danone  » : un ingrédient, un attribut produit et les bénéfices de vie qu’on en retire. »

Toute l’offre ultrafrais du groupe est ainsi recadrée autour de la contribution à la santé. La stratégie paye : pour la première fois, Danone passe devant la somme de ses deux concurrents additionnés, Yoplait et Chambourcy. « Danone fait aujourd’hui un gros tiers du marché et, derrière, Yoplait et Nestlé font ensemble un deuxième tiers. C’est le poids historique de la marque », juge un concurrent. Un autre avoue : « Danone, c’est la marque fondatrice de l’ultrafrais, celle par rapport à laquelle tout le monde se détermine. C’est elle qui instaure les règles. »

À partir de 1994 et de son changement de nom, le groupe Danone décide de faire figurer la marque sur des produits, biscuits ou eaux embouteillées, autres que les produits laitiers frais afin de les faire bénéficier de son prestige et de favoriser leur développement dans certains pays, notent Félix Torres et Pierre Labasse.

40 % des ventes du groupe

« Nous avons une stratégie de marque mondiale avec des déclinaisons adaptées aux goûts et aux textures locales », expliquait Franck Riboud lors de la récente réunion annuelle de ses actionnaires. Et le pari est réussi, constate Chantal Lasocka, directrice adjointe de TNS-Sofres : « Dans notre étude TNS Mega-brand, Danone figure au palmarès des 300 marques stars de l’alimentaire. Elle possède un avantage sur Nestlé et Yoplait, qui ne sont que des marques championnes. »

Aujourd’hui, la marque est une formidable rampe de lancement dans les pays émergents où le groupe n’est pas encore présent, comme ce fut le cas en Turquie où une eau baptisée Hayat a été lancée sous marque Danone. « Nous ne sommes pas obsédés par l’imposition de la marque Danone, relativise Laurent Sacchi. En Argentine, nous avons par exemple gardé La Serenissima, véritable marque patrimoniale des Argentins. Cela n’avait pas de sens d’imposer Danone. Par contre, en Algérie, la marque était déjà très connue via la télévision française avant même d’être présente sur ce marché. De même, nous n’implantons Danone en dehors de l’ultrafrais que si cela a du sens, et que cela n’abîme pas la marque. Nous l’utilisons sur l’activité biscuits en Indonésie ou en Chine, car le biscuit y est considéré comme un aliment de santé et donc cela colle avec les valeurs de la marque. On le fait au cas par cas, notamment sur les eaux si elles ont un positionnement santé. On ne verra jamais un Pépito avec Danone en marque-ombrelle. »

Et la stratégie est payante, si l’on en croit les chiffres présentés par Franck Riboud à ses actionnaires en avril dernier : « La marque Danone, à elle seule, représente 40 % de nos ventes soit 5,2 milliards d’euros [contre 25 % en 1997 – NDLR]. Les ventes ont progressé de 9,3 % en 2003 par rapport à 2002, et de 13 % au premier trimestre 2004. »

Des résultats qui valident le plan de marche retenu en 1996 par le groupe. Pour autant, adopter un positionnement aussi fort pour la marque en jouant la carte de la santé, rien que la santé, n’est pas sans conséquences. D’abord, cela oblige à une exécution produit sans faille et un niveau d’exigence supérieur par rapport à la qualité : sur ce point, de l’avis général, le groupe est en général au rendez-vous.

Le danger de l’escalade

Mais, surtout, c’est prendre le risque de se couper du deuxième levier de l’ultrafrais : le plaisir et la gourmandise. « L’engagement santé est fort mais segmentant, estime Georges Lewy, spécialiste des marques. Quand Danone sort Cremosso, c’est un coup de canif à la crédibilité du discours de marque. Deux options s’offrent à Danone : s’interdire d’aller sur ce terrain et risquer de se couper d’une partie de sa clientèle ou y aller, quitte à faire souffrir le positionnement. » D’où les difficultés structurelles sur la marque Charles Gervais, positionnée sur les desserts. À tel point que le groupe a fini par ôter Danone des packs produits Charles Gervais…

Face à des concurrents qui eux-mêmes attaquent le créneau santé (Nestlé et Yoplait ont lancé il y a quelques semaines des boissons aux probiotiques concurrentes d’Actimel), Danone, opérateur quasi institutionnel de la santé, doit défendre son territoire. « Il y a un danger de surpromesse ou d’escalade », indique Chantal Lasocka (TNS). Quand on aborde le sujet de la communication chez Danone, nombreux sont les interlocuteurs qui évoquent d’emblée le tollé provoqué par le spot télévisé Actimel sorti en 2002 : un petit garçon y joue dans un bac à sable ; il laisse tomber un gâteau et le mange avant d’avaler un Actimel, présenté comme un bouclier contre les bactéries.

Le film, vite retiré des écrans, a laissé des traces. « Bientôt, leurs produits vont être remboursés par la Sécu !, s’amuse un concurrent. Quand on communique sur la santé, il faut être inattaquable ; sinon, on s’expose à un sérieux retour de bâton. Et le récent avis rendu par l’Afssa sur l’efficacité d’Actimel [LSA n°1854, NDLR] est un avertissement. »

« Certaines allégations ont été un peu excessives. On ne se situe pas dans l’univers du médicament, mais dans l’hygiène de vie qui maximise un capital », juge Françoise Bonnal. Reste que, de l’avis général, le positionnement santé de la marque s’est extrêmisée, voire « médicalisé » ces derniers temps avec une communication qui propose rien moins qu’une « cure » de quinze jours pour découvrir les bienfaits d’Actimel ou de Bio. Convaincu ou remboursé ! Un produit comme Danacol joue, quant à lui, la carte du curatif avec une vraie posologie (deux yaourts par jour pour baisser de 10 à 15 % son taux de cholestérol.

Si le contenu de la communication est mis en cause, la manière l’est aussi. « Ce positionnement santé a été matraqué par le biais de spots mécanisés et il a été réaffirmé d’une façon démonstrative,  » lessivière « , qui a ses limites, et qui devient même presque  » discutable  » tant le discours est marketé », estime Georges Lewy, qui voit poindre un possible phénomène de rejet de la marque du côté des jeunes. « Ce matraquage va à l’encontre de cette marque vraie, mythique de la santé. Danone, qui avait un statut de marque attributive, a sans doute changé en devenant une megabrand internationale ; elle a désormais un côté  » world company « . Mais c’est probablement un passage obligé… » La rançon de la gloire en quelque sorte.

* « MÉMOIRE DE DANONE » LE CHERCHE MIDI, 2003.

Voir enfin:

Le Yaourt et la question juive
Yonit MOZES
17 Mai 2010

Tout a commencé en Espagne, en 1492, quand les très catholiques mais peu avisés rois, Isabelle et Ferdinand, expulsèrent de leur pays leurs plus futés et fidèles sujets. La famille Karasu, comme quelques centaines de milliers de leurs coreligionnaires, prirent le chemin de l’exil.

Après quelques siècles d’errements dans le bassin méditerranéen, ils finirent par échouer dans les Balkans, dans la ville de Salonique, alors sous domination turque.

Isaac Carasso – il avait quelque peu trafiqué son nom – Docteur en médecine de son état, remarqua que ses patients souffrant de maux d’estomac, guérissaient en absorbant des yaourts; en bon juif, donc en « sale capitaliste », il fonda une petite entreprise qui fabriquait des yaourts.

En parallèle, Ilya Ilyich Metchnikov, zoologiste, anatomiste et bactériologiste, qui travaillait à Odessa sur le vaccin contre la rage, en eut ras le bol de l’hostilité dont il était l’objet en Russie; il faut préciser que ce savant se prénommait en fait Elie et non Ilya. Copain avec Pasteur, il lui demanda un poste à l’Institut du même nom. Il émigra donc à Paris, devint vice directeur de l’Institut Pasteur, et au passage, décrocha en 1908 le prix Nobel de Médecine pour ses travaux sur la phagocytose. Elie travaillait aussi sur les ferments lactiques; convaincu que le lait caillé, le yaourt et le Kéfir, prolongeait la vie. Isaac Carroso exploita les découvertes d’Elie Metchnikov et se mit à fabriquer les yaourts qui créent des centenaires…

En 1918 La famille d’Isaac Carasso, comme pratiquement tous les juifs, qui y formaient une communauté florissante, quitte Salonique, six ans après la prise de la ville par l’armée grecque, qui, en passant, transforme le nom de Thessalonique en Salonique et immigre… en Espagne ; retour aux sources ! Il y fonde une petite entreprise destinée à produire des yaourts et des centenaires. Isaac a un fils qui s’appelle Daniel. Le petit garçon a bien sûr un diminutif affectueux, comme seuls savent donner les juifs. En catalan, ce diminutif est Danonn, qui signifie « petit Dan ». Le papa Isaac décide donc d’appeler son entreprise de yaourts : Danon.

Daniel reprend l’affaire de son père, mais la guerre le contraint à se refugier aux États-Unis. En 1941 il rencontre à New York un certain docteur Herman Baruch qui, persuadé que le yaourt est merveilleux pour la santé, propose à Daniel de s’associer avec lui, avec comme objectif : apprendre aux Américains à mieux se. nourrir. Le jeune Daniel, complètement fauché, qui ne possède qu’un savoir faire en matière de yaourts, reçoit donc 50 % des parts de « Dannon Milk Products » et en devient le président.

Et c’est là qu’intervient la cerise sur le gâteau : Baruch fait rencontrer à Daniel Carosso le plus grand designer du siècle qui s’appelle, vous l’avez deviné, Raymond Loewy. « Danone, le nom ne va pas du tout, les Américains vont prononcer Dénoni. » leur dit Loewy. Sur une grande feuille de papier, il écrit «Dannon» en appuyant sur le «a» et en supprimant le «e». Puis il dessine un logo en ajoutant «real yoghurt», et en plus, il ne demande pas un sou pour son travail.

La suite vous la connaissez, Antoine Riboud, l’industriel (pas un métier pour un juif, comme rabbin), entre en piste. BSN et DANONE fusionnent, et aujourd’hui 80 millions de pots de Danone sont vendus chaque jour à travers le monde. Mais tout cela aurait-il été possible si quatre immigrés moldaves ou espagnols ou ce que vous voudrez : Isaac, Elie, Hermann et Loewy, expulsés d’Espagne, de Pologne, de Moldavie ou d’ailleurs, n’avaient un jour rêvé de transformer les hommes en centenaires.

Daniel Carosso « petit Dan » est décedé à l’âge de 103 ans il y a exactement 1 an (17 mai 2009). Décidément le génie juif et le yaourt, ça conserve.


Chavouot/Pentecôte: Retour sur la plus grande contribution du Judaïsme à l’humanité (Not in tables of stone, but in fleshy tables of the heart)

23 mai, 2010
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Shavouot
Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, Où je ferai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle (…) Je mettrai ma loi au dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur cœur. Jérémie 31 : 31-33
Vous êtes manifestement une lettre de Christ, écrite, par notre ministère, non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les coeurs. Paul (2 Corinthiens 3: 3)
La montagne de Sinaï était tout en fumée, parce que l’Éternel y était descendu au milieu du feu; cette fumée s’élevait comme la fumée d’une fournaise, et toute la montagne tremblait avec violence. Exode 19: 18
Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu.Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis.Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. Actes 2 : 1-4
Écoute, Israël! l’Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force. Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Tu les lieras comme un signe sur tes mains, et ils seront comme des fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. Deutéronome 6: 4-9
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Lévitique 19: 18
Un des scribes (…) lui demanda: Quel est le premier de tous les commandements? Jésus répondit: Voici le premier: Écoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l’unique Seigneur; et: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. Voici le second: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. Le scribe lui dit: Bien, maître; tu as dit avec vérité que Dieu est unique, et qu’il n’y en a point d’autre que lui, et que l’aimer de tout son coeur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c’est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices. Marc 12 : 29-31
Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé.
Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges; que celui qui dira à son frère: Raca! mérite d’être puni par le sanhédrin; et que celui qui lui dira: Insensé! mérite d’être puni par le feu de la géhenne.Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande. (…) Vous avez appris qu’il a été dit: Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son coeur. (…) Vous avez appris qu’il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. (…) Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 17-45)
Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. Jésus (Matthieu 7: 12)
Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne veux pas qu’il te fasse. Voilà toute la Torah. Hillel
Le Judaïsme a abandonné la lecture quotidienne des proclamations des ‘sectaires’ (Chrétiens) (Berachot 12a). Les partisans de Paul croyaient que seuls les Dix Commandements et non le reste de la loi mosaïque étaient divins, éternels et obligatoires. Dans ce contexte, pour les Juifs, donner la priorité au Décalogue aurait pu signifier un accord avec les sectaires, aussi la lecture quotidienne a été abandonnée de façon à montrer que toutes les autres 613 mitzvot étaient des commandements divins. Raymond Apple
Les pommes du voisin sont les meilleures. Proverbe yiddish
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard

Nouveau tremblement de terre, nouvelles langues de feu, nouveau Sinaï, nouvelle alliance, nouveaux prophètes …

En cette veille de lundi de Pentecôte, pathétique vestige (supprimé puis rétabli, après les 15 000 morts de personnes âgées de l’été 2003), de toute une semaine de fête sous l’Ancien régime, célébrant l’expérience mystique fondatrice de l’Eglise primitive…

Retour à ce qui devint l’objet d’une simple fête agricole à l’origine (célébrant les moissons de blé sept semaines après la récolte de l’orge, d’où son nom hébreu de Shavouot ou « semaines » et grec de « pentecôte » ou « 50e jour ») …

A savoir, 50 jours après la commémoration de la fin de l’esclavage des Hébreux en Egypte (la Pâque), la fondation même du peuple d’Israël, à savoir la Torah qui lui fut donnée via Moïse au Mont Sinaï  …

Et, via sa réinterprétation chrétienne et en dépit du schisme qui vit le Judaïsme abandonner la lecture quotidienne des 10 Paroles pour ne pas donner raison aux ‘sectaires’ chrétiens, la « plus grande contribution du Judaïsme à l’humanité » toute entière …

Dont la formidable modernité et universalité, comme l’a très finement analysé René Girard, découvre, derrière les violences interdites des meurtre, adultère, vol et faux témoignage, l’ultime cause du “désir inspiré par le prochain” …

Le dixième et dernier commandement
René Girard
Extraits de Je vois Satan tomber comme l’éclair
1999

Un examen attentif montre qu’il existe dans la Bible et les Evangiles une conception originale et méconnue du désir et de ses conflits. Pour appréhender son ancienneté, on peut remonter au récit de la Chute dans la Genèse, ou à la seconde moitié du Décalogue, tout entière consacrée à l’interdiction de la violence contre le prochain.

Les commandements six, sept, huit et neuf sont aussi simples que brefs. Ils interdisent les violences les plus graves dans l’ordre de leur gravité :
Tu ne tueras point.
Tu ne commettras point d’adultère.
Tu ne voleras point.
Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Le dixième et dernier commandement tranche sur ceux qui le précèdent et par sa longueur et par son objet : au lieu d’interdire une action il interdit un désir :
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, rien de ce qui est à lui. (Ex 20, 17)

Sans être vraiment trompeuses les traductions modernes lancent les lecteurs sur une fausse piste. Le verbe « convoiter » suggère qu’il doit s’agir ici d’un désir hors du commun, un désir pervers réservé aux pécheurs endurcis. Mais le terme hébreu traduit par « convoiter » signifie tout simplement « désirer ». C’est lui qui désigne le désir d’Eve pour le fruit défendu, le désir du péché originel. L’idée que le Décalogue consacrerait son commandement suprême, le plus long de tous, à la prohibition d’un désir marginal, réservé à une minorité, n’est guère vraisemblable. Dans le dixième commandement, il doit s’agir du désir de tous les hommes, du désir tout court. […]

Si les individus sont naturellement enclins à désirer ce que leurs prochains possèdent, ou même simplement désirent, il existe au sein des groupes humains une tendance très forte aux conflits rivalitaires. Si elle n’était pas contrecarrée, cette tendance menacerait en permanence l’harmonie et même la survie de toutes les communautés. […]

Le législateur qui interdit le désir des biens du prochain s’efforce de résoudre le problème numéro un de toute communauté humaine : la violence interne. […]

Ce que le dixième commandement esquisse, sans le définir explicitement, c’est une « révolution copernicienne » dans l’intelligence du désir. On croit que le désir est objectif ou subjectif mais, en réalité, il repose sur un autrui qui valorise les objets, le tiers le plus proche, le prochain. Pour maintenir la paix entre les hommes, il faut définir l’interdit en fonction de cette redoutable constatation : le prochain est le modèle de nos désirs. C’est ce que j’appelle le désir mimétique. […]

La source principale de la violence entre les hommes c’est la rivalité mimétique. Elle n’est pas accidentelle mais elle n’est pas non plus le fruit d’un « instinct d’agression » ou d’une « pulsion agressive ».

Les rivalités mimétiques peuvent devenir si intenses que les rivaux se discréditent réciproquement, ils se dérobent leurs possessions, ils subornent leurs épouses respectives et, finalement, ils ne reculent même plus devant le meurtre.

Je viens de mentionner à nouveau, le lecteur l’aura remarqué, dans l’ordre inverse du Décalogue cette fois, les quatre violences majeures interdites par les quatre commandements qui précèdent le dixième, ceux que j’ai déjà cités au début de ce chapitre.

Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent.

Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent.

Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé : pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. C’est donc cela qu’il interdit mais il ne peut l’interdire que dans la mesure où les objets désirés sont légalement possédés par un des deux rivaux. Il ne peut pas décourager toutes les rivalités de désir.

Voir aussi:

Qui connaît les 10 ? Au sujet de la plus grande contribution du Judaïsme à l’humanité.
Raymond Apple
Jerusalem Post
Adaptation française de Sentinelle 5770
20 mai 2010

En dépit d’un lourd et persistant contentieux théologique entre Juifs et Chrétiens, il tombe sous l’évidence que, l’urgence du moment, devrait amener les responsables et les militants chrétiens du rapprochement entre les deux traditions, à un plus grand discernement dans les priorités d’action. En effet, la diabolisation croissante de l’Etat d’Israël sous les coups de butoir d’un antisionisme qui dissimule très mal les rictus grimaçants d’un antisémitisme renaissant, devrait amener les tenants du rapprochement judéo chrétien à ne pas perdre de vue, cette fois ci, les primautés qui imposent, pour l’heure, de privilégier l’action à toute autre forme d’intervention, de discours notamment.

Parmi les rares oeuvres d’art retrouvées dans la plupart des synagogues, il y a les Tables des Dix Commandements. Ils occupent une place d’honneur et sont considérés être les enseignements les plus élevés de la Bible. De fait, de l’ensemble du don de la Torah que les Juifs célèbrent à Chavouot, les Commandements sont la partie qui a été disséminée le plus largement au-delà du Judaïsme. Pourtant, ils n’ont pas eu un trajet facile.

La Chrétienté en particulier a généré tant de problèmes au Judaïsme avec le Décalogue que, bien que le Midrash célèbre ses louanges poétiques pour la Révélation, nos sages ont délibérément retiré les Dix Commandements de la liturgie quotidienne. Qu’ils aient fait partie du service quotidien dans le Temple, c’est noté dans la Mishna (Tamid 5:1), reflété dans le Papyrus Nash dans lequel ils sont à côté avec le Shema Ysrael, et confirmé par des fragments de tefilin retrouvés dans les grottes de Qumran.

Le Judaïsme a abandonné la lecture quotidienne des proclamations des ‘sectaires’ (Chrétiens) (Berachot 12a). Les partisans de Paul croyaient que seuls les Dix Commandements et non le reste de la loi mosaïque étaient divins, éternels et obligatoires. Dans ce contexte, pour les Juifs, donner la priorité au Décalogue aurait pu signifier un accord avec les sectaires, aussi la lecture quotidienne a été abandonnée de façon à montrer que toutes les autres 613 mitzvot étaient des commandements divins.

Depuis lors, le Décalogue n’a pas constitué une partie du service officiel, bien que certaines personnes l’ajoutent à leurs prières personnelles et que les commentateurs aient confirmé que les enseignements des Dix Commandements étaient suggérés dans le Shema.

Joseph H. Hertz, qui fut Grand rabbin de Grande Bretagne et du Commonwealth de 1913 à sa mort en 1946, écrivait : « Les Maîtres du Talmud étaient très prudents pour souligner que les Dix Commandements ne contenaient pas la totalité des devoirs de l’homme. Le Décalogue a posé les fondations de la Religion et de la Moralité, mais n’était pas en lui-même la structure totale du devoir de l’homme ». Maïmonide s’opposait à soutenir les Dix Commandements quand ils venaient dans la lecture de la Torah des parashiot de Yithro et Va’et’hanan, ainsi que pendant Chavouot, à moins qu’on ne se tienne toujours debout pendant la lecture de la Torah, « car cela pourrait conduire à l’idée fausse qu’une partie de la Torah est plus importante qu’une autre ».

Le Décalogue est fréquemment cité dans le Nouveau testament, mais les attitudes chrétiennes à l’égard des Commandements varient. Du fait que certaines lois étaient sources d’embarras, les commandements sur l’idolâtrie et le Shabbat ont reçu une réinterprétation. La phrase « Tu ne… pas » fut désapprouvée comme trop négative et défavorable comparée aux formulations chrétiennes de l’éthique.

Selon l’Encyclopaedia Britannica, le Décalogue « était sans importance particulière jusqu’en 1246, quand il fut pour la première fois incorporé dans un manuel d’instruction pour ceux venant en confession. La division traditionnelle des commandements en deux « tables de devoirs envers D.ieu et envers l’homme a rendu possible un regard sur la seconde table comme une déclaration succincte des ‘loi de nature’ dans le cadre de la théologie chrétienne médiévale ».

Le Protestantisme, a inclus les Dix Commandements dans des manuels d’instruction. Martin Luther posa le sceau de l’approbation protestante quand il écrivit : « En dehors des Dix Commandements, il n’existe pas de bien ni d’œuvre pensables plaisant à D.ieu ».

Chaque version est d’accord : le Décalogue comprend Dix Commandements, ni plus ni moins. La Bible utilise dix comme unité de base, probablement parce que c’est conforme aux dix doigts des mains et aux dix orteils, puis qu’il est devenu le premier point d’arrêt commode en arithmétique. Dix est le groupe social de base, d’où a germé l’idée du minyan. Il y a nombre de décennies et de jubilés dans les lois de la Torah, qui comprend elle-même cinq livres, exactement la moitié de dix. Dans le Psaume 119, il y a dix synonymes pour le concept de mitzva.

Tous les dix Commandements ne sont pas des lois dans le sens usuel du mot. Le premier ne nous ordonne pas explicitement de faire quelque chose, et il ne peut être examiné dans une Cour de justice. Mais il identifie le législateur, D.ieu qui a racheté le Peuple de l’esclavage. Maïmonide le voit comme un commandement à l’esprit – « Sache qu’il existe une Cause Première amenant tout le reste dans l’existence » – pas un commandement à croire, puisque personne ne peut obliger une personne à croire s’il ne le veut pas. Un autre avis dit que c’était un commandement pour accepter la souveraineté de D.ieu : « Le Monarque dont les grandes actions en ton nom, dont tu as été le témoin et que tu expérimentées, voilà le Monarque à qui tu dois loyauté et dont les commandements t’imposent obéissance ».

Le problème disparaît, cependant, quand nous remarquons que la Torah appelle le Décalogue Aseret Hadibrot, les « Dix Mots », ou « Dix déclarations » – à savoir les dix principes. Le terme anglais [et français] Décalogue comporte la même idée puisqu’il provient du grec « dix mots ».

La Chrétienté, souhaitant maintenir l’idée des dix lois, a considéré « Je suis le Seigneur ton D.ieu » comme un simple préambule. Les églises grecques et protestantes divisent le Deuxième Commandement en deux, séparant la loi contre le polythéisme et la loi contre l’idolâtrie. Les catholiques romains et les luthériens divisent la loi contre la convoitise en deux.

La loi contre la convoitise est encore un problème en cela qu’aucun tribunal terrestre ne peut être dans votre esprit et vous punir d’être envieux. Si le Décalogue est considéré comme un ensemble de principes et pas de lois, cela devient un avertissement s’opposant aux faits. Une illustration en est donnée par Abraham Ibn Ezra. Il dit qu’un paysan peut envier la bonne fortune d’un autre paysan plus prospère. Mais il est peu enclin à envier la fille du Roi parce qu’il sait qu’il ne pourra pas la posséder sauf dans un monde de rêves. Un croyant sait que ce qui lui a été attribué a été décidé par D.ieu, et alors qu’il peut être ambitieux, il n’a pas le droit de vouloir l’impossible, comme le paysan de se marier à une princesse.

Si « Ne convoite pas » est considéré comme une loi, cela nous montre que c’est le tribunal céleste qui sera tenu pour responsable de nos infractions. Certains préceptes sont aussi passibles de poursuites sur terre, en particulier tuer et voler, mais cela ne porte pas atteinte au statut du décalogue comme un ensemble d’obligations morales envers D.ieu.

Les rabbins soulignent que bien que convoiter se situe dans le cœur et l’esprit de l’homme, cela peut mener à la transgression d’autres préceptes. Si vous convoitez fortement quelque chose qui appartient à votre voisin, vous pouvez vous trouver à dire des mensonges de façon à l’acquérir (transgression de « Tu ne commettras pas de faux témoignages »), à le voler (« Tu ne voleras pas »), ni même prendre la femme de ton voisin (« Tu ne commettras pas l’adultère »), et même à tuer ton voisin (« Tu ne tueras pas »).

Les cinq derniers commandements sont brefs, précis, presque en staccato. Alors que les cinq premiers appellent au respect de D.ieu, les cinq derniers commandent le respect de la vie humaine et les concepts de mariage, de propriété et de possessions, de réputation et d’intégrité. Tous sont négatifs : « Tu ne… pas ».

Les négations sont claires, sans ambiguïté et concises. Essayez de les modifier en quelque chose de positif et le résultat sera verbeux et imprécis : « Respecte la vie humaine » est très bien, mais « Tu ne tueras pas » est plus clair. Comme Rabbi Solomon Goldman l’a écrit : “ Le D.ieu tout puissant a dit avec une voix de tonnerre à travers les siècles : « Tu ne… pas » Jamais ! Jamais ! Jamais !

L’universitaire chrétien W.R. Matthews a écrit : “Ni les Juifs ni les Chrétiens ne tiennent les prohibitions pour suffisantes, ou que la bonté morale consiste à les observer. Ce qui est maintenu est qu’une telle série de commandements négatifs est une aide indispensable pour le développement moral et ne peut avec sûreté être rejeté même par des personnes de bonne maturité ».

Quand nous étions enfants, nous réalisions qu’il il y a une différence entre le bien et le mal quand nous entendions “Ne fais pas” : « Ne touche pas le feu brûlant… Ne traverse pas la route seul… » dit Matthews. « ‘Tu ne… pas’ n’est pas le dernier mot de la morale, mais c’est le premier mot ».

Il n’y a pas de groupe ou de société humaine qui n’ait pas formulé de lois de ce type. Chaque société développe une loi contre le meurtre. Ainsi le Sixième Commandement contribue-t-il à quelque chose vers quoi nous ne nous serions pas élevés nous-mêmes ? Fondamentalement, le lien entre « Je suis le Seigneur ton D.ieu » et « Tu ne tueras pas ».

Ne pas tuer est ainsi non seulement un conseil de prudence qui reconnaît qu’un tel acte invite aux représailles et à la vengeance et met chacun en danger, mais il a une motivation plus élevée, fondée sur le principe qu’il y a un D.ieu qui a fait l’homme à son image (un concept à comprendre non pas de façon littérale mais dans un sens éthique et intellectuel). L’homme fait partie de D.ieu, et tuer un être humain c’est diminuer D.ieu.

Quelle que soit la provocation, quand une personne est provoquée et fortement tentée, la pensée de D.ieu devrait la retenir de transgresser. Les sages disent que quand Joseph fut tenté par la femme de Putiphar, son père apparut à l’oeil de son esprit et il sut qu’il ne pouvait pas pêcher ; au surplus, quand la pensée de Dieu nous apparaît, nous savons que nous ne pouvons pas commettre un pêché.

Le commandement contre le meurtre a aussi de plus larges implications. Ce ne sont seulement des actes qui peuvent être meurtriers ; il y a aussi des attitudes meurtrières.

La Torah (Deut. 21) a établi un rituel à suivre si un cadavre était trouvé et que personne ne savait qui avait tué la personne. Les Anciens de la ville la plus proche devaient se laver les mains et dire : « Nos mains n’ont pas répandu ce sang, ni nos yeux ne l’ont vu ». Quelqu’un aurait-il pu suspecter les Pères de la cité ? Les Anciens impliquaient : « Cet homme n’est pas venu vers nous affamé et nous aurions manqué de le nourrir. Il n’est pas venu vers nous sans amis et nous aurions manqué de montrer du souci pour son bien-être ». Si des problèmes sociaux existent et que nous échouons à les régler de façon adéquate, nous sommes dans une certain mesure coupables de meurtre parce que nous en avons abandonné d’autres à leur destin et montré que leur vie ne valait pas la peine d’être sauvée.

Les tables des Dix Commandements, selon la tradition rabbinique, ont été préparées la veille de la création, précédant l’histoire et l’humanité et indépendantes du temps et du lieu. Elles ont été taillées dans le Trône de Saphir de Gloire et étaient donc majestueuses, splendides et d’origine divine. Le fait qu’il y en avait deux symbolisait l’harmonie entre le double devoir de l’homme, la première table représentant le devoir à l’égard de D.ieu et la seconde le devoir envers les autres hommes. Cette symétrie a été rendue possible en plaçant cinq commandements sur chaque table, mais exigeait que le cinquième (le respect pour les parents) soit interprété comme un devoir envers D.ieu.

Personne, cependant, n’est certain de la forme exacte des tables. Les grandes compilations rabbiniques, les Talmuds de Babylone et de Jerusalem, relatent des traditions contradictoires. La vision babylonienne était que les tables mesuraient environ 55 centimètres carrés, alors que le Talmud de Jerusalem les voyait rectangulaires, d’environ 55 centimètres sur 28.

Aucun ne les voyait avec des sommets en forme d’arches ou de dômes, bien que ce soit généralement la manière dont elles ont été figurées depuis de siècles. Elles sont entrées dans l’art chrétien en Italie, où elles avaient la forme de deux rectangles. Selon le Pr. d’Etudes Juives G.B. Sarfatti, elles acquirent un sommet en arche sous l’influence du diptyque, un registre plié en deux feuilles avec des sommets courbés utilisé par les Romains pour lister les noms des magistrats et plus tard par l’église catholique pour enregistrer les noms des personnes décédées à commémorer par des oblations. Ce dessin se répandit dans de nombreuses branches de l’art religieux dans l’architecture et fit son chemin vers les vitraux en arche des abbayes et des églises.

Comme nous pouvons le voir d’après la statue de la Cathédrale Lincoln et à partir d’autres sources contemporaines, même de vieilles Haggadot, l’insigne juif dans l’Angleterre médiévale prit la forme des tables du Décalogue.

Des communautés juives elles-mêmes ont commencé de représenter les Dix Commandements vers le 13ème siècle ; le Décalogue devint finalement une caractéristique très répandue des synagogues, presque toujours avec la forme arrondie introduite par les artistes chrétiens au Moyen-âge.

Ces temps-ci, certains artistes juifs préfèrent la forme carrée ou rectangulaire connue au temps du Talmud, mais c’est encore l’exception plutôt que la règle. Les Dix Commandements sont présents dans beaucoup de domaines de l’art rituel juif, depuis les rideaux de l’Arche jusqu’aux pinces des Talit. Ils figurent souvent sur les plastrons de la Torah et les Hanoukiot. Presque partout, ils dominent l’arche de la synagogue. Dans certains lieux, la mehitza (partition entre les sièges des hommes et des femmes) est décorée par une ligne joignant les tables de commandements.

Bien qu’il existe une opinion répandue que le symbole caractéristique juif soit la Magen David (Etoile de David), le Décalogue est plus ancien et a une plus grande authenticité. Sa signification théologique repose sur l’équilibre des dimensions intérieures et extérieures de l’être juif.

L’auteur est rabbin émérite de la Grande Synagogue à Sydney.

Voir enfin:

Qu’est-ce que la Pentecôte ?

15 mai 2007La Pentecôte est des plus grandes fêtes chrétiennes. Eclairage sur ce temps important de l’année liturgique.

La Pentecôte vient du grec ancien cinquantième (jour après Pâques) ; en grec moderne, on prononce [pénticosti]. Cette fête chrétienne a des origines juives que le Christ va venir complètement accomplir.

Les origines juives de la Pentecôte

A l’origine, la Pentecôte est une fête juive, comme Pâques. Une fête agricole devenue une fête religieuse. Elle porte le nom de shavou’ot ou fête des semaines car elle a lieu 7 semaines après Pâque. On l’appelle aussi la fête des prémices, Pâque étant la fête des semences.

Dans un second temps, la Pentecôte prendra un sens religieux. Elle rappelle l’événement historique du don de la Torah au Sinaï. Ainsi Shavou’ot (la Pentecôte juive) est la conclusion, la clôture de Pesah (Pâque juive). C’est en effet pour lui donner la Torah que Dieu a fait sortir Israël d’Egypte : la véritable liberté consiste à accepter de suivre la Loi de Dieu !

La Pentecôte après la résurrection : la Pentecôte chrétienne

Le Livre des Actes des apôtres (2,1-13) rapporte l’évènement qui s’est passé au Cénacle à Jérusalem, en l’an 30 ou 33 de notre ère, le jour de la fête juive de la Pentecôte, 50 jours après la résurrection du Christ. « Quand le jour de la Pentecôte fut arrivé, ils (les apôtres) se trouvèrent tous ensemble. Tout à coup survint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent. La maison où ils se tenaient en fut toute remplie ; alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s’en posa sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues ».

Ainsi, la Pentecôte chrétienne est la fête du don de l’Esprit Saint.

Que signifie cet événement ?

Le récit des Actes des Apôtres fait état « d’un grand bruit » venu du ciel, d’un « violent coup de vent » et de « langues de feu » et qui se posent sur chacun des apôtres. Le bruit, le vent et le feu symbolisent la présence de Dieu ; ils sont une manifestation de la puissance divine, C’est le renouvellement de la théophanie du Sinaï dont la Pentecôte juive est la commémoration.

Si le feu symbolise la présence divine, les langues de feu qui se divisent au-dessus des têtes des apôtres signifie la descente sur eux de l’Esprit de Dieu. Elles symbolisent le don fait à chacun d’eux pour le rendre apte à annoncer, avec une langue de feu, l’Évangile à tous les hommes.

Enfin, le récit fait mention du don des langues que reçoivent les apôtres et les disciples pour leur permettre d’annoncer la Bonne Nouvelle de l’Évangile à tous les hommes, à toutes les nations. On peut y voir une réponse à l’épisode de la Tour de Babel. En effet, lors de la Tour de Babel, les hommes avaient été divisés dans leur volonté d’être plus grand que Dieu.

A la Pentecôte, les peuples divisés se retrouvent unis lorsque l’Esprit Saint se manifeste. L’humanité est appelée à vivre cette unité, non pas sans Dieu mais en lui.

Continuité et nouveauté

On peut résumer en disant que si la Pentecôte juive célèbre les origines du peuple hébreu comme peuple choisi dans l’Alliance au Sinaï, la Pentecôte que fêtent les chrétiens célèbre la naissance de l’Église, ce nouveau peuple de Dieu, aux dimensions universelles, qui a pris forme lorsque Jésus ressuscité « a reçu du Père l’Esprit Saint promis et il l’a répandu » (Ac 2,33) sur le groupe de ses apôtres et disciples qui ont cru en Lui et ont reçu la mission d’être ses témoins partout dans le monde.

Ainsi, il y a une continuité dans la nouveauté : rassembler le peuple de Dieu. Cette dernière notion devient simplement plus large avec la venue de l’Esprit promis par Jésus. Pentecôte est un nouvel événement fondateur d’une Alliance nouvelle et d’un peuple nouveau.


Juifs utiles: Ne pas désespérer Gaza (From Shutzjude to JCall: Looking back at the long tradition of useful Jews)

22 mai, 2010
Protected Jew  certificate (Prussia, 1833)Qu’on nous trompe, qu’on nous leurre
Nous donnant le mal pour bien
Celui qui n’en savait rien
Et qui pour mal le bien tient
N’est-ce pas pour le bien qu’il meurt ?
Louis Aragon
Dans sa dernière signification, l’émancipation juive consiste à émanciper l’humanité du judaïsme. Marx
Les médecins français estiment qu’un très grand service a été rendu à la cause de la paix par la mise hors d’état de nuire de ce groupe de criminels, d’autant plus odieux qu’ils ont abusés de la confiance naturelle de leurs malades pour attenter à leur vie. Raymond Leibovici (chirurgien, ancien membre du mouvement de résistance communiste Front national)
Pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. (…) Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes. Charles Enderlin
A Gaza et dans les territoires occupés, ils ont [les meurtres de violées] représenté deux tiers des homicides » (…) Les femmes palestiniennes violées par les soldats israéliens sont systématiquement tuées par leur propre famille. Ici, le viol devient un crime de guerre, car les soldats israéliens agissent en parfaite connaissance de cause. Sara Daniel (Le Nouvel Observateur, le 8 novembre 2001)
On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs issus du peuple le plus longtemps persécuté dans l’histoire de l’humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en peuple dominateur et sûr de lui, et à l’exception d’une admirable minorité en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier.Les juifs d’Israël, descendants des victimes d’un apartheid nommé ghetto, ghettoîsent les palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les palestiniens. Les juifs qui furent victimes d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux palestiniens. Les juifs victimes de l’inhumanité montrent une terrible inhumanité . Les juifs, boucs émissaires de tous les maux, ‹ bouc-émissarisent › Arafat et l’Autorité palestinienne, rendus responsables d’attentats qu’on les empêche d’empêcher. Edgar Morin
Vous n’êtes pas professeur ! Vous êtes sioniste ! Vous êtes raciste ! Assassin d’enfants! ! Gaza ! Check points ! Le mur ! Apartheid ! Goldstone ! Assassins ! Assassins ! Slogans entendus récemment à Normale Sup
Des « pieux » mensonges de Sartre pour ne pas désespérer Billancourt, couvrant ainsi les crimes communistes dont il devenait complice de fait… aux mensonges et falsifications de la meute anti-israélienne, couvrant ainsi les crimes terroristes arabo-islamistes dont ils se rendent complices, existe-il une différence de nature? (…) De quoi auraient l’air une Sallenave ou un Pascal Boniface ou encore une Leïla Shahid sans l’appoint d’un quelconque supplétif juif? David Dawidowicz

Dhimmis, juifs de cour, juifs protégés, juifs utiles, compagnons de route, alterjuifs …

A l’heure où, après le Hezbollah à la Sorbonne, un universitaire israélien se voit à son tour conspué lors d’un colloque à Normale Sup

Et où notre Debray national enlève publiquement le bas …

Pendant qu’un Pascal Boniface s’inquiète sur une chaine publique de l’absence, dans la liste des otages français dans le monde récemment mentionnés par le président Sarkozy, du membre franco-palestinien d’une organisation terroriste actuellement détenu en Israël pour tentative d’assassinat du chef du parti Shass …

Et qu’un ancien critique des cahiers du cinéma nous sort en plein Cannes un publi-reportage de 3h pour le maitre-terroriste Carlos …

Retour, après le tout récent « Appel à la Raison » Jcall (« European Jewish Call for Reason ») qui a vu quelque 3 000 Juifs d’Europe, y compris des personnalités comme Bernard Henri-Levy, Alain Finkielkraut ou Daniel Cohn-Bendit, pétitionner contre l’actuelle politique étrangère israélienne …

Et avec une tribune de 2005 de David Dawidowicz, sur la longue tradition des juifs utiles.

Cette petite cohorte de pétitionnaires gauchistes, qui sans aller jusqu’à la conversion d’un Leopold Weiss mais à l’instar de ceux du Troisième Reich ou de Staline (comme avant eux des juifs de cour européens ou « protégés » de Frédéric II ou dhimmis de l’Islam), « se proclament juifs juste le temps d’une nuisance antijuive » …

Extraits:

Un militant communiste, quelle que soit son obédience ou sa chapelle, n’est plus un Juif, un Chrétien, un Arabe ou un Français; il est communiste; il a changé de religion et d’identité, il est mentalement prisonnier d’un dogme; Le communisme est désormais sa «Oumma» qui transcende les clivages nationaux. Cela expliquerait pourquoi on passe si aisément du communisme stalinien ou trotskiste au fondamentalisme islamiste; cela expliquerait aussi le nombre de convertis à l’islam djihadiste venus des rangs trotskistes. Ce n’est qu’un changement de totalitarisme, ces convertis ne s’y sentent donc pas dépaysés… Roger Garaudy, ex-membre du comité central du PCF, ou «Carlos», serial killer appointé par le Kremlin, en sont des célèbres illustrations.

Que ces cocos ne viennent surtout pas nous raconter que leur démarche est dictée par la compassion et la quête de justice pour le peuple palestinien. Ou alors, il s’agit d’une compassion bien étriquée et exclusive. Elle ne s’est jamais manifestée en faveur des dizaines de millions de victimes du bolchevisme léniniste, trotskiste, stalinien, maoïste ou polpotiste. Jamais en faveur des centaines de milliers de Tchétchènes victimes de la répression meurtrière de l’ex-URSS, jamais pour les millions de victimes du racisme anti-noir arabe du Soudan, ni pour les infortunés habitants de l’Aceth, soumis au racket et aux effroyables exactions de l’armée indonésienne. Elle ne se manifestera jamais en faveur des centaines de millions de femmes victimes du machisme des abrutis obsédés sexuels dans l’islam, jamais pour les otages assassinés par les narco-marxistes d’Amérique du Sud, jamais en faveur des victimes du totalitarisme castriste, jamais non plus contre la colonisation du Tibet par la Chine communiste. «Les Juifs utiles» ou l’éternel retour.

« Les Juifs utiles » ou l’éternel retour
David Dawidowicz
Libertyvox
02/07/2005

Il est une catégorie d’êtres humains qui hérisse la Rédaction de Libertyvox. Hitler les appelait les “Juifs Utiles”, Staline en faisait grand usage et notre bonne gauche française semble en avoir autant que les djihadistes des kamikazes. A la faveur de l’appel de Libération pour la défense de Morin, David Dawidowicz a décidé de leur régler leur compte. Âmes sensibles s’abstenir!

«Tes fils accourent; tes destructeurs et tes démolisseurs sortiront du milieu de toi»
(Isaïe, le prophète annonçant le rétablissement d’Israël)

Daniel Ben Saïd, Rony Brauman, Suzanne de Brunhoff, Liliane Cardova-Kaczeginsky, Marc Cramer, Joss Dray, Rachel Garbaz, Gisèle Halimi, Samuel Johsua, Francis Kahn, Pierre Khalfa, Hubert Krivine, Isabelle Kzwykowski, Dominique Lévy, Henri Maler, Willy Rozenbaum, Nicolas Shushani, Catherine Samary, Michèle Sibony, Pierre Vidal-Nacquet, Olivia Zémor ont en commun d’être juifs. Juifs de circonstance occasionnellement juifs, juste le temps de cosigner un article anti-israélien, mais toujours et avant tout communistes, quelle que soit leur chapelle dans le grouillement de l’idéologie gauchiste. C’est ce que j’ai découvert dans l’article paru dans le Monde du 6 avril 2002 intitulé «Soutenir Israël? Pas en notre nom».

À cette brochette d’obsédés pathologiques de l’antisionisme, il n’aurait manqué qu’une signature, celle de Maxime Rodinson, autre ennemi du sionisme. Mais deux raisons en expliquent l’absence: cet homme était déjà mort, ce qui me semble une raison suffisante, mais il faut ajouter que, fidèle au fondamentalisme marxiste selon lequel les Juifs, qui ne sont qu’une classe sociale, n’existent pas plus en tant que religion qu’en en tant que peuple, il avait au moins la probité intellectuelle de ne jamais s’exprimer en tant que Juif. C’est un choix qui, pour être discutable, n’en est pas moins respectable. Voilà une honnêteté qui fait cruellement défaut à ces juifs intermittents, révolutionnaires en chambre qui manient la signature comme d’autres la voiture piégée; les deux se complètent du reste.

Mais pourquoi donc revenir sur cet article vieux de 3 ans? C’est qu’il n’a rien perdu de son actualité.

Les signataires illustrent ce phénomène que l’on nommait sous le Troisième Reich les «Juifs utiles», ceux que l’on épargnait momentanément car ils rendaient encore service. Certes, pour ces Juifs de la période tragique, il ne s’agissait pas d’un libre choix mais d’une chance de gagner du temps dans l’espoir ténu de survivre à l’horrible régime. Ces juifs-là n’étaient que des otages en sursis.

Mais sans jamais utiliser cette dénomination, c’est le communisme sous toutes ses formes qui a le plus largement utilisé et utilise encore ce genre de juifs, à la différence près que cette fois-ci, ils agissaient ou agissent davantage par conviction que par opportunisme ou nécessité. Ayant abandonné leur identité et leur culture juive pour n’être plus que des communistes, ils furent relativement nombreux dans les rangs révolutionnaires russes et ont grandement contribué à la prise du pouvoir bolchevik de 1917. Puis, devenant moins utiles, Staline, après avoir fait déporter son rival Lev Bronstein Dawidowicz, dit «Trotski», qu’il fit par la suite assassiner au Mexique en 1940, élimina peu à peu les Juifs du Parti et de l’appareil d’Etat, généralement à sa manière, c’est-à-dire par quelques procès truqués, accusations mensongères et éliminations physiques. Cela ne contribua pas peu à la réactivation du vieil antisémitisme russe, mais aussi à une prise de conscience identitaire chez les Juifs «d’en bas», chez ceux qui ne souscrivaient pas au système ou n’accédaient pas à la nomenklatura ou plus simplement parce que leur «nationalité juive» qui figurait sur leur passeport, sans leur conférer un territoire national, les exposait à l’antisémitisme ambiant entretenu par l’Etat.

Un Litvinov, commissaire du peuple aux affaires étrangères, devenant momentanément inopportun, mais prudemment gardé en réserve, donc en vie, fut remplacé par Molotov, plus présentable en tant qu’«aryen», lorsqu’il s’est agi de négocier le pacte germano-soviétique de 1939. Un chef d’Etat communiste ne pouvait tout de même pas imposer au nazi Von Ribbentrop un interlocuteur juif! Puis, le même Litvinov fut ressorti de sa trappe pour représenter l’URSS aux Etats-Unis après la rupture par Hitler du pacte germano-soviétique. Le système communiste aux abois avait alors besoin d’un Juif utile pour amadouer les Américains. De même, après l’effondrement du système nazi, les militants communistes d’origine juive furent fort utiles à Staline pour mettre en place, dans les pays satellites, des gouvernements sous tutelle soviétique jusqu’au jour où, n’étant plus d’une grande utilité, ou que leur «qualité» de juif rendait le pouvoir communiste impopulaire, ils furent à leur tour victimes dans leurs pays, du glacis soviétique, de procès truqués selon le modèle moscovite.

Cela n’empêchait pas les communistes et leurs compagnons de route «progressistes» des pays occidentaux de soutenir aveuglement la «patrie du prolétariat», récusant grâce à l’alibi fourni par les supplétifs communistes juifs, toute accusation d’antisémitisme de la part de l’URSS.

Ainsi dans les pays bourgeois de l’Occident, gare à celui qui osait critiquer les méthodes staliniennes ou même douter des bienfaits du régime! Aussitôt, la meute communiste, renforcée par les sympathisants et compagnons de route, se ruait sur le blasphémateur, un peu comme le font de nos jours les protestataires contre la récente condamnation du Monde pour écrits antisémites de Morin, Sallenave and Co.

Jean Paul Sartre, qui alors pensait à notre place, comme le font encore les «penseurs» professionnels du Monde Diplomatique, se fendait d’une pièce de théâtre satirique pour dénoncer comme imposteur Kravtchenko, cet ingénieur transfuge de l’Union Soviétique qui avait «choisi la liberté» en Occident. Or, Sartre connaissait la vérité, mais il mentait «pour ne pas désespérer Billancourt», choisissant ainsi de désespérer les goulags. Et lorsque l’immortel Staline, miné par la paranoïa et l’alcool, approchait enfin du terme de sa vie, il parut tellement incroyable et inconcevable qu’un tel surhomme pût mourir comme un vulgaire mortel, qu’aussitôt il fut question, comme récemment pour un Yasser Arafat canonisé par Chirac, d’un complot ourdi par une brochette de médecins pour assassiner le «génial petit père des peuples».

Ce fut le fameux Procès des Blouses Blanches, juifs pour la plupart. Et lorsque l’Occident accusa l’Union Soviétique d’antisémitisme, les journaux publièrent des déclarations collectives signées par des médecins, intellectuels communistes et compagnons de route, à grand renfort de militants et sympathisants «progressistes» juifs devenus utiles en la circonstance, jurant les grands dieux que ces médecins moscovites avaient bel et bien attenté à la vie de Staline. Nous étions déjà en plein délire.

Parmi les noms de ces «témoins» signataires, je me souviens encore du Dr Leibovici, bourgeois cossu des beaux quartiers, au demeurant plutôt sympathique, que je connaissais pour m’avoir un jour opéré. Lorsque j’eus l’occasion de lui demander de quelle preuve il disposait pour affirmer que les «Blouses Blanches» étaient coupables, il me répondit « Rien! Mais je fais confiance au Parti. Le doute ne peut que servir les objectifs des impérialistes ennemis de l’URSS. Souviens-toi que sans l’URSS, le monde serait aujourd’hui sous la domination nazie et tu serais déjà parti en fumée».

Alors, des «pieux» mensonges de Sartre pour ne pas désespérer Billancourt, couvrant ainsi les crimes communistes dont il devenait complice de fait… aux mensonges et falsifications de la meute anti-israélienne, couvrant ainsi les crimes terroristes arabo-islamistes dont ils se rendent complices, existe-il une différence de nature?

Parmi les actuels pétitionnaires de Libé contre la condamnation des menteurs et diffamateurs du Monde, condamnation qui met mal à l’aise les menteurs et faussaires de Libération et autres Nouvel Obs ou Marianne, peut-être quelques-uns d’entre eux, suffisamment âgés, étaient-ils naguère «témoins» à charge contre les Blouses Blanches et protestaient-ils avec indignation contre l’accusation d’antisémitisme dans ce Procès.

Tiens! je relève dans «l’appel de Libération» la signature de Pierre Vidal-Nacquet, nullement gêné de joindre son nom à ceux de quelques fachos notoires et de quelques négationnistes.

Ce Pierrot là, même s’il n’est qu’un gauchiste dans les normes, mérite une mention particulière. Lui qui a naguère si vigoureusement combattu le négationnisme qualifié d’extrême droite, n’a pas hésité, par fidélité à son idéologie, à devenir à son tour un négationniste contre Israël dans un Atlas Historique édité sous sa direction par Hachette en 1987. Ce bouquin est illustré d’une carte du Proche-Orient indiquant les diverses ethnies ou religions peuplant cette région. En se référant à la légende, on situe les Chiites, les Sunnites, les Druzes, les Chrétiens, les Alaouites et puis, à l’emplacement d’Israël, difficile à déchiffrer, c’est la mention Palestine qui est inscrite sur le maigre espace de l’Etat d’Israël. Or, devinez quelle est la religion de cet espace israélien? Réponse: Sunnite! Donc musulmane (voir la carte). Israël, par le tour de passe-passe du truqueur gauchiste, est Judenrein, nettoyé de toute présence juive. Vidal-Nacquet les a rejetés à la mer, réalisant ainsi sur le papier, en attendant «mieux», le vieux rêve de Hussein Amin, de Choukeiri , d’Arafat et du Hamas. Certes, ce fond de couleur sunnite est moucheté de petits points rouges, telle une vilaine maladie de la peau, que la légende désigne par «kibboutzim». L’étudiant qui ferait confiance à Vidal-Nacquet ne saurait jamais que ce pays est peuplé de Juifs et se demanderait quelle est cette étrange ethnie appelée «kibboutzim». Sprechen Sie Kibbutzich? Do you speak Kibbutzic?

Dans son avant-propos de l’Atlas, Vidal-Nacquet écrit «il y a des cartes qui n’ont pas besoin d’un long contrepoint textuel». On ne saurait mieux dire. Cette affirmation, véritable aveu, mérite de figurer sous sa carte

Il aura fallu le dérapage antisémite du Monde pour «apprendre», en dépit du négationnisme de Vidal-Nacquet, que ce sont les Juifs, et non des «kibboutzim» ou des «sunnites» qui constituent la majorité de l’Etat d’Israël. Notons bien qu’en 1987, date de l’édition en cause, Israël était gouverné par la gauche travailliste. Sharon, bouc émissaire des antisémites de gauche, était dans l’opposition.

Du reste, ce Vidal-Nacquet n’en est pas à une imposture près. En décembre 2000, il lançait une pétition pour rouvrir les dossiers des crimes français en Algérie. Ah le grand cœur! Ah l’homme assoiffé de justice! Ah l’historien scrupuleux en quête perpétuelle de la vérité historique! Ah le justicier pourchassant les tortionnaires! Mais neuf ans auparavant, estimant que le temps ayant fait son oeuvre, il s’érigeait en défenseur d’une amnistie pour faits liés à une autre guerre coloniale. Contradiction? Que nenni! Constance dans la vertu à géométrie variable. En 1991, il s’agissait d’éviter des poursuites à Georges Boudarel, ce militant communiste français qui, s’étant mis au service du Vietminh, avait «tourmenté» les officiers français prisonniers en Indochine. Ceux qui ont «séjourné» dans les camps de prisonniers de guerre appellent ce genre d’individus des traîtres. Ceux qui ont goûté aux camps de concentration appelaient ça des kapos. Mais ils sont comme ça, les ardents pourfendeurs d’Israël. Un kapo ou un traître, pourvu qu’il soit communiste, est au-dessus de ces jugements mesquins de petits-bourgeois attardés.

Cela répond à la perplexité de mes amis devant ces agitateurs gauchistes juifs appuyant les campagnes anti-israéliennes aux relents d’antisémitisme. Ils s’étonnent de trouver des Juifs parmi les ennemis d’Israël et apportant leur soutien à l’idéologie palestinienne. C’est qu’un militant communiste, quelle que soit son obédience ou sa chapelle, n’est plus un Juif, un Chrétien, un Arabe ou un Français; il est communiste; il a changé de religion et d’identité, il est mentalement prisonnier d’un dogme; Le communisme est désormais sa «Oumma» qui transcende les clivages nationaux. Cela expliquerait pourquoi on passe si aisément du communisme stalinien ou trotskiste au fondamentalisme islamiste; cela expliquerait aussi le nombre de convertis à l’islam djihadiste venus des rangs trotskistes. Ce n’est qu’un changement de totalitarisme, ces convertis ne s’y sentent donc pas dépaysés… Roger Garaudy, ex-membre du comité central du PCF, ou «Carlos», serial killer appointé par le Kremlin, en sont des célèbres illustrations.

En 1939, lorsque Staline, devenu l’allié d’Hitler, va lui fournir tout le carburant, les matières premières et la sécurité sur son flanc oriental pour l’aider à liquider la Pologne et à se ruer ensuite sur la Hollande, la Belgique et la France, on peut affirmer que l’URSS était devenue notre ennemie. Or, Maurice Thorez, secrétaire Général du Parti Communiste Français, déserte l’armée française et s’enfuit à Moscou pour se mettre au service de l’URSS, alliée de l’Allemagne nazie. A-t-il trahi la France et les Français? Pas plus ni moins qu’un des nombreux Georges Boudarel du sérail communiste. Dans la vision d’un communiste, le seul crime inexpiable serait de trahir le Parti. Le F. (français) du P.C.F ne fut donc qu’une imposture. Alors il en va de même pour cette minable petite cohorte gauchiste, se proclamant juifs juste le temps d’une nuisance antijuive. De quoi auraient l’air une Sallenave ou un Pascal Boniface ou encore une Leïla Shahid sans l’appoint d’un quelconque supplétif juif? Un Edgar Morin, Juif utile, est bien l’homme qu’il faut pour ce genre de service.

Que ces cocos ne viennent surtout pas nous raconter que leur démarche est dictée par la compassion et la quête de justice pour le peuple palestinien. Ou alors, il s’agit d’une compassion bien étriquée et exclusive. Elle ne s’est jamais manifestée en faveur des dizaines de millions de victimes du bolchevisme léniniste, trotskiste, stalinien, maoïste ou polpotiste. Jamais en faveur des centaines de milliers de Tchétchènes victimes de la répression meurtrière de l’ex-URSS, jamais pour les millions de victimes du racisme anti-noir arabe du Soudan, ni pour les infortunés habitants de l’Aceth, soumis au racket et aux effroyables exactions de l’armée indonésienne. Elle ne se manifestera jamais en faveur des centaines de millions de femmes victimes du machisme des abrutis obsédés sexuels dans l’islam, jamais pour les otages assassinés par les narco-marxistes d’Amérique du Sud, jamais en faveur des victimes du totalitarisme Castriste, jamais non plus contre la colonisation du Tibet par la Chine communiste. Ni José Bové, ni la Sallenave, pas plus que cette Olivia Zémor, juive d’un jour, n’y ont jamais fourré leur nez.

Curieusement, leur sens de l’humain ne se manifeste de façon fracassante que lorsque le prétendu oppresseur est américain ou surtout juif. Les autres victimes n’ayant pas la chance d’avoir des oppresseurs juifs, les Sallenave, Pascal Boniface, Edgar Morin, Olivia Zémor et autres zigotos psychopathes gauchistes, obsédés par les Juifs, sont en panne d’encre pour signer des manifestes dénonçant les oppresseurs de ces peuples relégués dans l’oubli et devenus des «causes orphelines».

Faites donc un test: cherchez laquelle des causes défendues ou ayant été défendues par nos gauchistes et autres humanistes pro palestiniens , permet aux sujets qu’elle prétend avoir libérés, de pratiquer la religion de leur choix, en dehors de celle obligatoire imposée par le pouvoir, de choisir son parti politique en dehors du parti imposé. Laquelle de ces causes a aboli la peine de mort, établi l’égalité absolue entre les hommes et les femmes, offert la pleine liberté d’association, accordé la liberté d’expression, permis aux francs-maçons d’ouvrir une Loge? Ce sont pourtant là des critères de «bonne conduite» démocratique et de respect des droits de l’homme.

Mais nos totalitaires ont tellement réussi à marquer les consciences au fer rouge de la dichotomie droite- gauche, la vertu étant bien entendu de gauche et la droite suspecte de tous les vices cachés, que cette vision imposée devient un instrument de chantage contre un public pris en otage. Même les Juifs constamment agressés et fustigés et acculés à la défensive par un Pascal Boniface pour leur manque d’enthousiasme à se joindre aux ramassis pro-palestiniens, hésitent à se référer à des auteurs qui sont favorables aux Juifs et à Israël, mais dont le seul tort est d’être étiquetés de droite ou «politiquement incorrect». Qui oserait se référer à Maurice Dantec ou à Oriana Fallacci? Pourtant, ces auteurs qualifiés de «sulfureux» par nos bobos bien pensants, n’ont jamais atteint la virulence et la mauvaise foi des signataires de l’article «Le Cancer» complaisamment publié par Le Monde en 2002. Ils n’ont jamais mystifié leurs lecteurs par des montages ou des photos falsifiés comme l’ont maintes fois fait Libération ou certaines chaînes télé publiques ou «franco-allemande». Alors merde à ces imposteurs stalinoïdes s’érigeant en donneurs de leçons de vertu.

Très modestement, même s’il doit se priver de quelques plumes de valeur mais trop soucieux de leur avenir politique, et quitte à perdre quelques abonnés frileux, Libertyvox ose ce que les timorés n’osent pas: chercher la vérité, chercher les réponses là où elles se trouvent, sans se laisser impressionner par les chiens qui aboient… La devise de Libertyvox pourrait être «Fais ce que dois, advienne que pourra». Les timorés, pour leur part, s’y prennent un peu comme cet ivrogne de la blague qui, de nuit, cherche au pied d’un lampadaire sa clé qu’il sait avoir perdue ailleurs parce que là, c’est éclairé. C’est plus rassurant et plus confortable.

Mais les imposteurs qui ont encore l’impudence de prétendre gouverner nos pensées, ne perdront jamais leur impudence. Louis Aragon, le chantre du communisme, leur a déjà prévu un émouvant plaidoyer:

Qu’on nous trompe, qu’on nous leurre
Nous donnant le mal pour bien
Celui qui n’en savait rien
Et qui pour mal le bien tient
N’est-ce pas pour le bien qu’il meurt ?
(Louis Aragon)

Moyennant quoi, un gauchiste n’est jamais coupable.

L’ennui, c’est que tout «cloche» dans ce «psaume» du vieux stalinien non repenti: 1) Nul de ceux que nous fustigeons ne peut prétendre être «celui qui n’en savait rien». 2) Celui qui prétend que c’est «pour le bien qu’il meurt» ne fait que mourir par kamikaze ou djihadiste interposé. Nos mystificateurs faussaires gauchistes peuvent nous tromper à répétition mais ne peuvent mourir à répétition. N’est-t-il dès lors pas plus facile et plus gratifiant de chanter la mort délibérée des «désespérés», des «démunis», de «ceux qui n’ont rien à perdre»? Eux, les «en tant que», les «penseurs à notre place», les «damnés de la terre», les «forçats de la faim» meurent généralement dans leur lit des suites d’une surcharge pondérale ou d’intempérance.

Notes:

1: Grand Muphti de Jérusalem ayant initié le terrorisme anti-juif dans les années 1929-1933. Réfugié chez Hitler, il endosse l’uniforme SS à la tête d’une légion musulmane spécialisée dans les «nettoyages ethniques» en Yougoslavie. C’est la grande figure de la «Résistance» palestinienne. Il est aussi le grand père de Leila Shahid, fidèle ambassadrice de Yasser Arafat en France. Quelle belle cause gauchiste!

2: Dirigeant des Palestiniens avant Yasser Arafat. À la veille de la guerre des Six Jours, sûr de la défaire d’Israël, il annonçait que les Juifs qui auront eu la chance de survivre seront rejetés à la mer.

3: La charte du Hamas prévoit que les Juifs seront tous expulsés de la «Palestine» et l’entité «Sioniste» d’Israël gommée de la carte.

4: Quelques «bonnes» causes: URSS, Chine communiste, Vietminh, Cambodge khmer rouge, Algérie du FLN, OLP Autorité palestinienne, Cuba, Sentiers Lumineux, Farc etc…

Voir aussi:

Soutenir Israël ? Pas en notre nom !

Le Monde
06.04.02

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) appelle à manifester le 7 avril, non seulement pour protester contre les attaques de lieux de culte, mais pour « soutenir Israël ». Alors que le nettoyage militaire bat son plein dans les territoires occupés, ce soutien prend une signification bien particulière. Prétendant parler au nom des Juifs du monde entier, les dirigeants israéliens et les porte-parole communautaires usurpent la mémoire collective du judéocide et commettent un détournement d’héritage. Reprenant le mot d’ordre des opposants américains aux croisades impériales, nous répondons : « Pas en notre nom ! » Ariel Sharon a en effet résolu, avec le soutien de George W. Bush, d’écraser la résistance palestinienne, de détruire ses institutions, d’humilier ses dirigeants et d’acculer leur peuple à un nouvel exode. Le jour de Pâques, les informations télévisées nous ont offert le spectacle dégoûtant d’un président « étasunien », affalé en tenue décontractée de week-end, réclamant cyniquement un surcroît d’efforts et de bonne volonté à un Yasser Arafat assiégé dans ses locaux, privé d’eau, et éclairé à la bougie ! Devant la tragique solitude du peuple palestinien, la « communauté internationale » rivalise en démissions et capitulations honteuses.

Les ministres travaillistes israéliens exécutent docilement la politique du pire ! Les dirigeants arabes ne font rien pour faire respecter les droits du peuple palestinien. Prompts à emboîter le pas aux légions impériales américaines au nom du droit international, les dirigeants européens se contentent au mieux de bonnes paroles lorsque les troupes de Sharon bafouent ouvertement les résolutions de l’ONU ! Les belles âmes intellectuelles, qui se sont émues, à juste titre, du sort des réfugiés kosovars ou des bombardements sur Grozny, se taisent sur le sort des réfugiés palestiniens et se lavent les mains devant les murs calcinés et les ruines de Ramallah !

Pleins de compassion pré-électorale envers les victimes d’actes antisémites que rien, et certainement pas le soutien au peuple palestinien, ne peut justifier, nos gouvernants deviennent pudiquement silencieux devant les crimes commis par les troupes d’occupation en Cisjordanie ! Ceux et celles qui justifient le droit au retour des juifs en Israël, au nom d’un droit du sang millénaire, refusent le droit du sol aux Palestiniens ! Les dignitaires des Nations unies s’accommodent des humiliations infligées à l’Autorité palestinienne ! Ceux qui prétendent administrer la justice universelle détournent la tête devant les « liquidations extra-judiciaires », les exécutions sommaires de prisonniers, et les crimes de guerre d’Ariel Sharon !

Reconnu par l’Autorité palestinienne et par nombre de gouvernements arabes, le fait national israélien est désormais établi de manière irréversible. Mais une paix durable exige la reconnaissance réciproque de deux peuples et leur coexistence fondée sur les droits égaux. Les Israéliens ont un Etat souverain, une armée puissante, un territoire ; les Palestiniens sont parqués dans des camps depuis un demi-siècle, soumis aux brutalités et aux humiliations, assiégés sur un territoire en peau de chagrin : grande comme un département français, la Cisjordanie est lacérée de routes stratégiques, criblée de plus de 700 check points, hérissée de colonies. Il n’y a pas symétrie entre occupants et occupés.

Le retrait inconditionnel de l’armée israélienne des territoires occupés et le démantèlement des colonies ne constitueraient même pas une réparation de l’injustice faite aux Palestiniens, mais seulement l’application d’un droit formellement reconnu depuis trente-cinq ans, des résolutions 242 et 337 de l’ONU jusqu’à la résolution 1042 du Conseil de sécurité. Bush demande au contraire toujours davantage de concessions et de gages aux victimes. Sharon séquestre leurs représentants, dynamite leurs maisons, tandis que son armée bloque les secours sanitaires. Cette politique du pire conduit tout droit à la catastrophe non seulement le peuple palestinien menacé d’un nouvel exode purificateur, mais aussi le peuple israélien entraîné dans la spirale suicidaire de ses dirigeants. Car quel peut être l’avenir d’un Etat fondé sur l’oppression, l’injustice et le crime ? Et quel peut être l’avenir d’un peuple fuyant ses malheurs et ses angoisses dans une escalade meurtrière ?

Il était prévisible qu’à force d’assimiler le judaïsme à la raison d’Etat israélienne et de présenter les institutions juives comme des ambassades officieuses d’Israël, les apprentis sorciers du Grand Israël finiraient par être pris au mot, ce qui n’en rend pas moins odieux et inadmissibles des attentats contre des synagogues et des écoles.

Nous condamnons les agressions qui visent une communauté en tant que telle et rendent les juifs collectivement responsables des exactions commises par le gouvernement israélien. Nous condamnons toute dérive antisémite de la lutte contre sa politique. Nous condamnons, pour raisons tant morales que politiques, les attentats contre les populations civiles en Israël. Les actions contre les colonies et l’armée d’occupation relèvent en revanche d’une résistance historiquement légitime et d’une défense de droits imprescriptibles. Il y a trois mois encore, le ministre israélien de l’intérieur Ouzi Landau annonçait dans Le Monde (14 décembre 2001) une « lutte à mort » contre les Palestiniens, aussi longtemps que ces derniers auraient une goutte d’espoir. Ce désespoir sciemment entretenu constitue ainsi le terreau dans lequel s’enracine la violence extrême.

Alors que Sharon avait promis la sécurité aux Israéliens, leur pays est devenu l’endroit du monde où les juifs sont le plus en insécurité. Liant le sort de son peuple à la guerre illimitée contre le terrorisme décrétée par George W. Bush, il était pourtant clair que sa politique du pire deviendrait une machine infernale à fabriquer des kamikazes. Dénonçant toute dérive raciste ou antisémite en France comme au Moyen-Orient, solidaires des droits nationaux et démocratiques du peuple palestinien, nous refusons l’escalade guerrière et sa chronique d’un désastre annoncé. Nous exigeons l’application des résolutions de l’ONU, le retrait inconditionnel d’Israël des territoires occupés, le démantèlement des colonies et la reconnaissance immédiate par l’Union européenne d’un Etat palestinien laïque et souverain.

BRAUMAN RONY,HALIMI GISELE,VIDAL NAQUET PIERRE

Voir également:

Israël-Palestine: Le cancer
Edgar MORIN
Avec S. Nair et D. Sallenave
Le Monde
4 juin 2002

Le cancer israélo-palestinien s’est formé à partir d’une pathologie territoriale : la formation de deux nations sur une même contrée, source de deux pathologies politiques, l’une née de la domination, l’autre de la privation. Il s’est développé d’une part en se nourrissant de l’angoisse historique d’un peuple persécuté dans le passé et de son insécurité géographique, d’autre part du malheur d’un peuple persécuté dans son présent et privé de droit politique.

La justification.

Dans l’opprimé d’hier l’oppresseur de demain disait Victor Hugo. Israël se présente comme le porte-parole des juifs victimes d’une persécution multiséculaire jusqu’à la tentative d’extermination nazie. Sa naissance attaquée par ses voisins arabes a failli être sa mort. Depuis a naissance, Israël est devenu une formidable puissance régionale, bénéficiant de l’appui des Etats-unis, dotée de l’arme nucléaire.

Et pourtant Sharon a prétendu lutter pour la survie d’Israël en opprimant et asphyxiant la population palestinienne, en détruisant des écoles archives, cadastres, éventrant des maisons, brisant des canalisations et procédant à Jenine à un carnage dont il interdit de connaître l’ampleur. L’argument de la survie n’a pu jouer qu’en ressuscitant chez les israéliens les angoisses de 1948, le spectre d’Auschwitz, et donnant à un passé aboli une présence hallucinatoire. Ainsi la nouvelle Intifada a réveillé une angoisse qui a amené au pouvoir le reconquistador Sharon.

En fait Sharon compromet les chances de survie d’Israël dans le Moyen-Orient en croyant assurer dans l’immédiat la sécurité israélienne par la terreur. Sharon ignore que le triomphe d’aujourd’hui prépare le suicide de demain. A court terme, le Hamas fait la politique de Sharon, mais à moyen terme, c’est Sharon qui fait la politique du Hamas.

Si, en deçà d’un certain seuil, l’Intifada a poussé Israël à négocier, au-delà elle a ranimé l’angoisse de la proie, exaspérée par les attentats suicides, et la répression impitoyable semble une juste réponse à la menace. Si rien ne l’arrête de l’extérieur, l’Israël de Sharon va au minimum vers la bantoustandisation des territoires palestiniens morcelés.

L’unilatéralisme

C’est la conscience d’avoir été victime qui permet à Israël de devenir oppresseur du peuple palestinien. Le mot  » Shoah  » qui singularise le destin victimaire juif et banalise tous les autres (ceux du goulag, des Tsiganes, des Noirs esclavagisés, des Indiens d’Amériques) devient la légitimation d’un colonialisme, d’une apartheid et d’une ghettoïsation pour les palestiniens.

La conscience victimaire comporte évidemment une vision unilatérale de la situation et des événements.

Au départ du sionisme la formule « un peuple sans terre pour une terre sans peuple  » a occulté le peuplement palestinien antérieur. Le droit des juifs à une nation a occulté le droit des palestiniens à leur nation.

Le droit au retour des réfugiés palestiniens est vu aujourd’hui, non comme un droit symétrique è celui du retour de juifs qui n’ont jamais vécu en Palestine, mais à la fois comme un sacrilège et comme une demande de suicide démographique d’Israël. Alors qu’il aurait pu être considéré comme une réparation aux modalités négociables.

Il est horrible de tuer des civils selon un principe de culpabilité collective, comme le font les attentats-suicides, mais c’est un principe appliqué par Israël frappant, depuis le temps de Sabra et Chatila et du Liban Nord jusqu’à aujourd’hui et hélas probablement demain, des civils, femmes et enfants, et en détruisant la maison et les cultures des familles d’auteurs d’attentat. Les victimes civiles palestiniennes sont désormais quinze à vingt fois plus nombreuses que les victimes israéliennes. Est ce que la pitié doit être exclusivement réservée aux unes et non aux autres ?

Israël voit son terrorisme d’Etat contre les civils palestiniens comme auto-défense et ne voit que du terrorisme dans la résistance palestinienne.

L’unilatéralisme attribue à Arafat seul l’échec des ultimes négociations entre Israël et l’autorité palestinienne ; il camoufle le fait que sans cesse depuis les accords d’Oslo la colonisation s’est poursuivie dans les territoires occupés, et considère comme  » offre généreuse » une restitution restreinte et morcelé de territoires, comportant maintien de colonies, et contrôle israélien de la vallée du Jourdain. L’histoire complexe des négociations est effacée par la vision unilatérale d’une  » offre généreuse  » reçue par un refus global, et l’interprétation de ce soi-disant refus global comme une volonté de détruire Israël.

L’unilateralisme masque la dialectique infernale repression-attentat, elle-même alimentée par les forces extrémistes dans les deux camps.

L’unilatéralisme masque le fait que la tournée de Sharon sur l’esplanade de la Mosquée n’a pu que renforcer le cercle vicieux infernal qui favorise le pire dans les deux camps. Le pourrissement de la guerre d’Algérie après 1957 a favorisé le pire du côté français, avec trois putschs militaires qui auraient pu instaurer une dictature durable en France, et le pire du côté algérien, en accroissant le caractère despotique du FLN, ce qui a conduit à une tragédie qui n’a pas cessé 40 ans plus tard.

Le cercle infernal où tout accroissement du pire de l’un accroît le pire de l’autre a donné le pouvoir au clan nationaliste-intégriste en Israël, a installé des officiers issus des colonies à la tête de Tsahal, a transformé des éléments de cette armée de réoccupation en soldatesque pillant et tuant parfois jusqu’au massacre (Jenine). Il a accru le rayonnement et l’emprise des mouvements religieux fanatiques sur la jeunesse palestinienne.

Certes il y a également un unilatéralisme palestinien, mais sur l’essentiel, depuis l’abandon par la charte de l’OLP du principe d’élimination d’Israël, l’autorité palestinienne a reconnu a son occupant l’existence de nation souveraine que celui-ci lui refuse encore. Sharon a toujours refusé, le principe  » la paix contre la terre « , n’a jamais reconnu les accords d’Oslo et a considéré Rabin comme un traître.

La fausse symétrie

En Occident, les médias parlent sans cesse de la guerre israélo-palestinienne ; mais cette fausse symétrie camoufle la disproportion des moyens, la disproportion des morts, la guerre de chars, hélicoptères, missiles contre fusils et kalachnikovs ; la fausse symétrie masque la totale inégalité dans le rapport des forces et elle masque l’évidence simple que le conflit oppose des occupants qui aggravent leur occupation et des occupés qui aggravent leur résistance. La fausse symétrie occulte l’évidence que le droit et la justice sont du côté des opprimés. La fausse symétrie met sur le même plan les deux camps, alors que l’un fait la guerre à l’autre qui n’a pas les moyens de la faire et n’oppose que des actes sporadiques de résistance ou de terrorisme. De même il y a fausse symétrie entre Sharon et Arafat, l’un maître d’une formidable puissance, capable de défier les Nations Unies et les objurgations (certes molles) des Etats-Unis, l’autre de plus en plus impuissant dans la séquestration dont il est victime. Une sinistre farce consiste à demander à Arafat d’empêcher les attentats tout en l’empêchant d’agir,

L’oppresseur d’aujourd’hui

Ce qu’on a peine à imaginer c’est qu’une nation de fugitifs, issus du peuple le plus longtemps persécuté dans l’histoire de l’humanité, ayant subis les pires humiliations et le pire mépris soit capable de se transformer en deux générations non seulement en  » peuple dominateur et sur de lui « , mais, à l’exception d’une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier. Les médias rendent mal les multiples et incessantes manifestations de mépris, les multiples et incessantes humiliations subies aux contrôles, dans les maisons, dans les rues. Cette logique du mépris et de l’humiliation, elle n’est pas le propre des Israéliens, elle est le propre de toutes les occupations où le conquérant se voit supérieur face à un peuple de sous humains. Et dès qu’il y a signe ou mouvement de révolte, alors le dominant se montre impitoyable. Il est juste qu’Israël rappelle à la France sa répression coloniale durant la guerre d’Algérie ; mais cela indique qu’Israël fait pour la Palestine au moins ce que la France a fait en Algérie. Dans les derniers temps de la reconquête de la Cisjordanie, Tsahal s’est livré à des actes de pillage, destructions gratuites, homicides, exécutions où le peuple élu agit comme la race supérieure. On comprend que cette situation dégradante suscite sans cesse de nouveaux résistants, dont de nouvelles bombes humaines. Qui ne voit que les chars et les canons, mais ne voit pas le mépris et l’humiliation n’a qu’une vision unidimensionnelle de la tragédie palestinienne.

Du terrorisme

Le mot terrorisme fut galvaudé par tous les occupants, conquérants, colonialistes pour qualifier les résistances nationales. Certaines d’entre, elles, comme du temps de l’occupation nazie sur l’Europe ont certes comporté une composante terroriste, c’est-à-dire frappant principalement des civils. Mais il est indu de réduire une résistance nationale à sa composante terroriste, si importante soit elle. Et surtout il n’y a pas de commune mesure entre un terrorisme de clandestins et un terrorisme d’Etat disposant d’armes massives. Au moment où le gouvernement sharonien a dénoncé la bombe humaine qui a fait six morts à Jérusalem, il a occulté la terreur pratiquée à Jenine. De même qu’il y a disproportion entre les armes, il y a disproportion entre les deux Terreurs.

L’horreur et l’indignation devant des victimes civiles massacrées par une bombe humaine doivent-elles disparaître quand ces victimes sont palestiniennes et massacrées par des bombes inhumaines ?

Les bombes humaines

Il ne faut pas craindre de s’interroger sur ces jeunes gens et jeunes filles devenues bombes humaines.

Le désespoir, certes les a animés, mais cette composante ne suffit pas. Il y a également une très forte motivation de vendetta, qui dans sa logique archaïque si profonde surtout en Méditerranée, demande de porter la vengeance, non pas nécessairement sur l’auteur du forfait mais sur sa communauté. C’est aussi un acte de révolte absolue, par lequel l’enfant qui a vu l’humiliation subie par son père, par les siens, a le sentiment de restaurer un honneur perdu et de trouver enfin dans une mort meurtrière sa propre dignité et sa propre liberté. Enfin, il y a l’exaltation du martyre, qui par un sacrifice de sa personne féconde la cause de l’émancipation de son peuple. Évidemment derrière ces actes, il y a une organisation politico-religieuse, qui fournit les explosifs, la stratégie, et conforte par l’endoctrinement la volonté de martyre et l’absence de remords. Et la stratégie des bombes humaines est très efficace pour torpiller tout compromis, toute paix avec Israël, de façon à sauvegarder les chances futures de l’élimination de l’Etat d’Israël. La bombe humaine acte existentiel extrême au niveau d’un adolescent, est aussi un acte politique au niveau d’une organisation extrémiste.

L’affreux paradoxe

Et nous voici à l’incroyable paradoxe. Les juifs d’Israël, descendants des victimes d’un apartheid nommé ghetto, ghettoisent les palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés humilient, méprisent, persécutent les palestiniens. Les juifs qui furent victimes d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux palestiniens. Les juifs victimes de l’inhumanité montrent une terrible inhumanité. Les juifs, bouc émissaire de tous les maux, bouc-émissarisent Arafat et l’autorité palestinienne, rendus responsables d’attentats qu’on leur empêche d’empêcher.

La course à l’abîme

Une nouvelle vague d’antijudaisme, issue du cancer israélo-palestinien s’est propagée dans tout le monde arabo-islamique, et une rumeur planétaire attribue même la destruction des deux tours de Manhattan à une ruse judéo-américaine pour justifier la répression contre le monde islamique.

De leur côté, les israéliens voisins crient  » mort aux arabes  » après un attentat. Un anti-arabisme se répand dans le monde juif. Les instances  » communautaires  » qui s’autoproclament représentantes des juifs dans les pays occidentaux tendent à refermer le monde juif sur lui-même dans une fidélité inconditionnelle à’Israël.

La dialectique des deux haines s’entretenant l’une l’autre, celle des deux mépris, le mépris du dominant israélien sur l’arabe colonisé, mais aussi le nouveau mépris anti-juif nourri de tous les ingrédients de l’antisémitisme européen classique, cette dialectique est en cours d’exportation

Avec l’aggravation de la situation en Israël-Palestine la double intoxication, l’antijuive et la judéocentrique, va se développer partout où coexistent populations juives et musulmanes. Le cancer israélo-palestinien est en cours de métastases dans le monde.

Le cas français est significatif. En dépit de la guerre d’Algérie et de ses séquelles, en dépit de la guerre d’Irak, et en dépit du cancer israélo-palestinien, juifs et musulmans coexistent en paix en France. Cependant une ségrégation commence. Une rancœur sourde contre les juifs identifiés à Israël couvait dans la jeunesse d’origine maghrébine. De leur côté, les institutions juives dites communautaires entretenaient l’exception juive au sein de la nation française et la solidarité inconditionnelle à Israël.

C’est l’impitoyable répression, menée par Sharon, qui a fait passer l’anti-judaïsme mental à l’acte le plus virulent de haine, l’atteinte au sacré de la synagogue et des tombes. Mais cela conforte la stratégie du Likoud : démontrer que les juifs ne sont pas chez eux en France, que l’antisémitisme est de retour, les inciter à partir en Israël. Ne devons-nous pas au contraire mobiliser l’idée française de citoyenneté comme pouvoir de fraternisation entre musulmans et juifs ?

L’issue

Y a-t-il une issue ? Une haine apparemment inextinguible est au fond du cœur de presque tous les palestiniens et comporte le souhait de faire disparaître Israël ; chez les israéliens, le mépris est de plus en plus haineux, et également semble inextinguible. Mais la haine séculaire entre Français et Allemands, aggravée par la seconde guerre mondiale, a pu se volatiliser en vingt années. De grands gestes de reconnaissance de la dignité de l’autre peuvent, surtout en Méditerranée, changer la situation. Des sémites (n’oublions pas que plus de 40 % des israéliens d’aujourd’hui viennent de pays arabes) peuvent bien un jour reconnaître leur identité cousine, leur langue voisine, leur Dieu commun,

L’énormité de la punition qui s’abat sur un peuple coupable d’aspirer à sa libération vont-il enfin provoquer une réaction dans le monde, autres que de timides objurgations ? l’ONU sera-t’elle capable de décider d’une force d’interposition ? Sharon ne peut qu’être contraint à renoncer à sa politique.

Il y eut le 11 septembre un électrochoc qui au contraire l’a encouragé. La  » guerre au terrorisme » américain lui a permis d’inclure la résistance palestinienne dans le terrorisme ennemi de l’Occident, de façon à ce que le tête-à-tête Israélo-Palestinien devienne un face à face non entre deux nations mais entre deux religions et deux civilisations, et s’inscrive dès lors dans une grande croisade contre la barbarie intégriste

L’électrochoc inverse est en fait advenu. C’est l’offre saoudienne de reconnaissance définitive d’Israël par tous les pays arabes en échange du retour aux frontières de 1967 conformément à toutes les résolutions des Nations Unies. Cette offre permettrait non seulement une paix globale entre nations mais une paix religieuse qui serait consacrée par le pays responsable des lieux saints de l’Islam. On peut donc envisager une conférence internationale pour arriver à un accord comportant une garantie internationale.

. De toutes façons, les Etats-Unis, dont la responsabilité est écrasante disposent du moyen de pression décisif en menaçant de suspendre leur aide, et du moyen de garantie décisif en signant alliance de protection avec Israël.

Le problème n’est pas seulement moyen-oriental ; le Moyen-Orient est une zone sismique de la planète où s’affrontent est-ouest, nord-sud, riches-pauvres, laïcité-religion, religions entre elles.. Ce sont ces antagonismes que le cancer israélo-palestinien risque de déchaîner sur la planète. Ses métastases se répandent déjà sur le monde islamique, le monde juif, le monde chrétien. Le problème n’est pas seulement une affaire où vérité et justice sont inséparables. C’est aussi le problème d’un cancer qui ronge notre monde et mène à des catastrophes planétaires en chaîne.

Edgar Morin. Sami Naïr. Danièle Sallenave.

Voir enfin:

En témoignage de solidarité avec Edgar Morin, Sami Naïr et Danièle Sallenave

Après leur condamnation pour «diffamation raciale» à la suite d’un article sur Israël et la Palestine.
Libération
24 juin 2005

Infirmant le jugement rendu en leur faveur par le tribunal de grande instance de Nanterre, la cour d’appel de Versailles vient de condamner pour «diffamation raciale» Edgar Morin, Sami Naïr et Danièle Sallenave, signataires d’un article intitulé «Israël-Palestine : le cancer» publié dans le Monde du 4 juin 2002. Faisant état, sur la base de faits internationalement condamnés, de la politique de répression israélienne, alors particulièrement violente, cet article s’inquiète des conséquences désastreuses de ce conflit dans le monde, notamment en France, où il suscite judéophobie et arabophobie. L’article souligne avec indignation et douleur que l’expérience des persécutions et humiliations bimillénaires subies par les Juifs n’aura nullement empêché persécutions et humiliations des Palestiniens. Dans l’esprit des auteurs, cette constatation comportait un respect de mémoire rendu à un passé de souffrance. L’imputation de diffamation raciale s’appuie sur la façon dont, dans deux passages, extraits de deux paragraphes différents, s’était exprimée cette indignation douloureuse.

Or, par principe élémentaire de connaissance et de jugement, on sait que toute phrase s’éclaire par le texte où elle s’inscrit et que tout texte s’explique par son contexte. De fait, le reste du texte confirme que les critiques s’adressent non à un peuple mais à un occupant ; une phrase de l’article lui-même éclaire sans ambiguïté cette évidence : «Cette logique du mépris et de l’humiliation, écrivent les auteurs, n’est pas le propre des Israéliens, elle est le propre de toutes les occupations, où le conquérant se voit supérieur face à un peuple de sous-humains.»

Quant au contexte, les auteurs de l’article sont connus pour être, dans leurs personnes et leurs écrits, des ennemis de tous les racismes et de toutes les discriminations. Edgar Morin est internationalement reconnu comme un humaniste ayant toute sa vie condamné toute forme de déni d’autrui. Sami Naïr et Danièle Sallenave sont également connus pour les combats politiques et intellectuels qu’ils ont menés contre toutes les formes de discrimination. C’est pourquoi :

Nous nous élevons contre une pratique de lecture qui isole un fragment de texte du texte lui-même et de son contexte. Cette méthode a conduit à imputer aux auteurs une position qui est exactement contraire à leur intention.

Nous nous inquiétons légitimement de toute mesure qui tend à réduire la liberté de critique à l’encontre de la politique d’un Etat quel qu’il soit. Nous craignons que la sanction d’un antisémitisme imaginaire ne contribue à l’expansion néfaste de l’antisémitisme réel.

Nous exprimons notre profonde préoccupation face à un jugement sanctionnant un article qui plaide clairement, à travers une analyse équitable et complexe, pour la paix et la fraternité entre les protagonistes de la tragédie israélo-palestinienne.

Parmi les premiers signataires :

Laure Adler écrivaine, Marine et Jean Baudrillard philosophes, Esther Benbassa directrice d’études à l’EPHE, Sophie Calle, artiste Olivier Cohen éditeur, Jean Daniel directeur du Nouvel Observateur, Régis Debray écrivain et philosophe, Jean-Claude Guillebaud écrivain et éditeur, Stéphane Hessel ancien ambassadeur de France, Emmanuel Le Roy Ladurie professeur au Collège de France, Olivier Mongin directeur de la revue Esprit, Edwy Plénel journaliste, Alain Touraine directeur d’études à l’EHESS.


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