14 juillet/229e: De la Bastille au goulag (Looking back at Charles Krauthammer’s reflections on the revolution in France)

14 juillet, 2018

The Whore of Babylon (Hans Burgkmair the Elder, 1523)The Fireside angel (Max Ernst, 1937)

Liberty leading the people (Yue Minjun, 1996)
Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème. La bête que je vis était semblable à un léopard; ses pieds étaient comme ceux d’un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité. Et je vis l’une de ses têtes comme blessée à mort; mais sa blessure mortelle fut guérie. Et toute la terre était dans l’admiration derrière la bête. Et ils adorèrent le dragon, parce qu’il avait donné l’autorité à la bête; ils adorèrent la bête, en disant: Qui est semblable à la bête, et qui peut combattre contre elle? Et il lui fut donné une bouche qui proférait des paroles arrogantes et des blasphèmes; et il lui fut donné le pouvoir d’agir pendant quarante-deux mois. Et elle ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom, et son tabernacle, et ceux qui habitent dans le ciel. Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre. Et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue, et toute nation. Et tous les habitants de la terre l’adoreront, ceux dont le nom n’a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l’agneau qui a été immolé. Si quelqu’un a des oreilles, qu’il entende! Apocalypse 13: 1-7
Et je vis une femme assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes. Cette femme était vêtue de pourpre et d’écarlate, et parée d’or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d’or, remplie d’abominations et des impuretés de sa prostitution. Sur son front était écrit un nom, un mystère: Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre. Et je vis cette femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus. Apocalypse 17: 2-6
Une nation ne se régénère que dans un bain de sang. Saint Just
L’arbre de la liberté doit être revivifié de temps en temps par le sang des patriotes et des tyrans. Jefferson
Qu’un sang impur abreuve nos sillons … La Marseillaise
La guillotine n’était qu’un épouvantail qui brisait la résistance active. Cela ne nous suffit pas. (…) Nous ne devons pas seulement « épouvanter » les capitalistes, c’est-à-dire leur faire sentir la toute-puissance de l’Etat prolétarien et leur faire oublier l’idée d’une résistance active contre lui. Nous devons briser aussi leur résistance passive, incontestablement plus dangereuse et plus nuisible encore. Nous ne devons pas seulement briser toute résistance, quelle qu’elle soit. Nous devons encore obliger les gens à travailler dans le cadre de la nouvelle organisation de l’Etat. Lénine
La reine appartient à plusieurs catégories victimaires préférentielles; elle n’est pas seulement reine mais étrangère. Son origine autrichienne revient sans cesse dans les accusations populaires. Le tribunal qui la condamne est très fortement influencé par la foule parisienne. Notre premier stéréotype est également présent: on retrouve dans la révolution tous les traits caractéristiques des grandes crises qui favorisent les persécutions collectives. (…) Je ne prétends pas que cette façon de penser doive se substituer partout à nos idées sur la Révolution française. Elle n’en éclaire pas moins d’un jour intéressant une accusation souvent passée sous silence mais qui figure explicitement au procès de la reine, celui d’avoir commis un inceste avec son fils. René Girard
Le communisme, c’est le nazisme, le mensonge en plus. Jean-François Revel
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
En dépit du fait que tous les historiens sérieux, fussent-ils ardemment républicains, conviennent que la Révolution française pose un problème, l’imagerie officielle, celle des manuels scolaires du primaire et du secondaire, celle de la télévision, montre les événements de 1789 et des années suivantes comme le moment fondateur de notre société, en gommant tout ce qu’on veut cacher : la Terreur, la persécution religieuse, la dictature d’une minorité, le vandalisme artistique, etc. Aujourd’hui, on loue 1789 en reniant 1793. On veut bien de la Déclaration des Droits de l’homme, mais pas de la Loi des suspects. Mais comment démêler 1789 de 1793, quand on sait que le phénomène terroriste commence dès 1789 ? (…) L’idée de base du Livre noir de la Révolution est de montrer cette face de la réalité qui n’est jamais montrée, et rappeler qu’il y a toujours eu une opposition à la Révolution française, mais sans trahir l’Histoire. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou non, la Révolution, c’est un pan de l’Histoire de la France et des Français. On ne l’effacera pas: au moins faut-il la comprendre. Jean Sévillia
The painting which I did after the defeat of the Republicans was L’ange du foyer (Fireside angel). This is, of course, an ironic title for a clumsy figure devastating everything that gets in its way. At the time, this was my impression of what was happening in the world, and I think I was right. Max Ernst (1948)
The war began in July 1936, when General Francisco- Franco led a revolt against the Spanish Republic. The Spanish Left had won a parliamentary majority but was unable to restrain those among them who were deter-mined that their turn in power should be used to destroy the Right. Franco’s revolt became a civil war, and Franco received the support of Mussolini’s Italy and Hitler’s Germany, which went so far as to send troops — using the Spanish war to try out new weapons and tactics. The Republicans were supported by volunteers from all over the world, as well as by Stalin’s Soviet Union. Horrifying and sadistic atrocities were committed by both sides After Franco’s victory the German painter Max Ernst created his spectral L’ange du foyer (Fireside angel), an apocalyptic monster bursting with destructive energy, a King-Kong-like Angel of Death spreading fear and terror. All art
The people now armed themselves with such weapons as they could find in armourer shops & privated houses, and with bludgeons, & were roaming all night through all parts of the city without any decided & practicable object. The next day the states press on the King to send away the troops, to permit the Bourgeois of Paris to arm for the preservation of order in the city, & offer to send a deputation from their body to tranquilize them. He refuses all their propositions. A committee of magistrates & electors of the city are appointed, by their bodies, to take upon them its government. The mob, now openly joined by the French guards, force the prisons of St. Lazare, release all the prisoners, & take a great store of corn, which they carry to the corn market. Here they get some arms, & the French guards begin to to form & train them. The City committee determine to raise 48,000 Bourgeois, or rather to restrain their numbers to 48,000, On the 16th they send one of their numbers (Monsieur de Corny whom we knew in America) to the Hotel des Invalides to ask arms for their Garde Bourgeoise. He was followed by, or he found there, a great mob. The Governor of the Invalids came out & represented the impossibility of his delivering arms without the orders of those from whom he received them. De Corny advised the people then to retire, retired himself, & the people took possession of the arms. It was remarkable that not only the invalids themselves made no opposition, but that a body of 5000 foreign troops, encamped with 400 yards, never stirred. Monsieur De Corny and five others were then sent to ask arms of Monsieur de Launai, Governor of the Bastille. They found a great collection of people already before the place, & they immediately planted a flag of truce, which was answered by a like flag hoisted on the parapet. The depositition prevailed on the people to fall back a little, advanced themselves to make their demand of the Governor. & in that instant a discharge from the Bastille killed 4 people of those nearest to the deputies. The deputies retired, the people rushed against the place, and almost in an instant were in possession of a fortification, defended by 100 men, of infinite strength, which in other times had stood several regular sieges & had never been taken. How they got in, has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to destroy the credit of them all. They took all the arms, discharged the prisoners & such of the garrison as were not killed in the first moment of fury, carried the Governor and Lieutenant Governor to the Greve (the place of public execution) cut off their heads, & sent them through the city in triumph to the Palais royal… I have the honor to be with great esteem & respect, Sir, your most obedient and most humble servant. Thomas Jefferson (lettre à John Jay, 19 juillet 1789)
Les journées les plus décisives de la Révolution française sont contenues, sont impliquées dans ce premier fait qui les enveloppe : le 14 juillet 1789. Et voilà pourquoi aussi c’est la vraie date révolutionnaire, celle qui fait tressaillir la France ! On comprend que ce jour-là notre Nouveau Testament nous a été donné et que tout doit en découler. Léon Gambetta (14 juillet 1872)
Les légitimistes s’évertuent alors à démonter le mythe du 14 Juillet, à le réduire à l’expression violente d’une foule (pas du peuple) assoiffée de sang (les meurtres des derniers défenseurs de la Bastille malgré la promesse de protection) allant jusqu’au sacrilège du cadavre (des têtes dont celle du gouverneur Launay parcourant Paris plantée au bout d’une pique) (…) la Bastille n’était pas un bagne, occupée qu’elle était par quelques prisonniers sans envergure, elle n’était pas la forteresse du pouvoir royal absolu tourné contre le peuple à travers l’instrumentalisation des canons, elle n’était pas la forteresse à partir de laquelle la reconquête de la ville pouvait être envisagée puisqu’elle n’était défendue que par quelques soldats qui du reste se sont rendus en fin d’après-midi. Le mythe de la prise de la Bastille tombe de lui-même pour les monarchistes et même plus il est une création politique construisant artificiellement le mythe du peuple s’émancipant, plus encore il apparaît comme annonciateur de la Terreur, justifiant les surnoms de « saturnales républicaines », de « fête de l’assassinat »… Pierrick Hervé
Dans les grandes démocraties du monde, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Etats-unis, le Canada, les fêtes nationales se fêtent sans défilé militaire. Ce sont les dictatures qui font les défilés militaires. C’est l’URSS, c’est la Chine, c’est l’Iran; ce sont des pays non démocratiques. Et la France est l’une des seules démocraties à organiser sa fête nationale autour d’un défilé militaire: ça n’a aucune justification même historique. Sylvain Garel (élu vert de Paris, 02.07.10)
Le défilé du 14 Juillet tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a été instauré qu’en 1880, grâce à un vote de l’Assemblée nationale faisant du 14 juillet le jour de la Fête nationale française. La jeune IIIe République cherche à créer un imaginaire républicain commun pour souder le régime, après des décennies d’instabilité (Directoire, Consulat, premier et second Empire, IIe République …). C’est dans la même période que la Marseillaise sera adoptée comme hymne national. La date a pourtant fait polémique au sein de l’hémicycle. Pouvait-on adopter comme acte fondateur de la Nation la sanglante prise de la Bastille? Les conservateurs s’y opposent. Le rapporteur de la loi, Benjamin Raspail, propose alors une autre date : le 14 juillet 1790, jour de la Fête de la Fédération. Le premier anniversaire de la prise de la Bastille avait été célébré à Paris par le défilé sur le Champ-de-Mars de milliers de «fédérés», députés et délégués venus de toute la France. Louis XVI avait prêté serment à la Nation, et avait juré de protéger la Constitution. (…) Convaincue, l’Assemblée nationale a donc adopté le 14 Juillet comme Fête nationale, mais sans préciser si elle se réfèrait à 1789 ou 1790. (…) La IIIe République est née en 1870 après la défaite de l’Empereur Napoléon III à Sedan contre la Prusse. La France y a perdu l’Alsace et la Lorraine, ce qui sera vécu comme un traumatisme national. Dix ans après la défaite, le régime veut montrer que le pays s’est redressé. Jules Ferry, Léon Gambetta et Léon Say remettent aux militaires défilant à Longchamp de nouveaux drapeaux et étendards, remplaçant ceux de 1870. L’armée est valorisée comme protectrice de la Nation et de la République. Hautement symbolique, ce premier défilé du 14 Juillet permet également de montrer à l’opinion nationale et internationale le redressement militaire de la France, qui compte bien reconquérir les territoires perdus. Le caractère militaire du 14 Juillet est définitivement acquis lors du «Défilé de la victoire» de 1919 sur les Champs-Elysées. Le Figaro (16.07.11)
The line from from the Bastille to the gulag is not straight, but the connection is unmistakable. Modern totalitarianism has its roots in 1789. Indeed, the French Revolution was such a model for future revolutions that it redefined the word. That is why 1776 has long been treated as a kind of pseudo-revolution, as Irving Kristol pointed out in a prescient essay written during America’s confused and embarrassed bicentennial celebration of 1776. The American Revolution was utterly lacking in the messianic, bloody-minded idealism of the French. It rearranged the constitutional furniture. Its revolutionary leaders died in their own beds. What kind of a revolution was that?” The French Revolution failed …. because it tried to create the impossible: a regime both of liberty and of “patriotic” state power. The history of the revolution is proof that these goals are incompatible. The American Revolution succeeded because it chose one, liberty. The Russian Revolution became deranged when it chose the other, state power. The French Revolution, to its credit and sorrow, wanted both. (T)heir revolution, with its glamour and influence, did not only popularize, it deified revolution. There are large parts of the world where even today the worst brutality and arbitrariness are justified by the mere invocation of the word revolution – without reference to any other human value. For the Chinese authorities to shoot a dissident in the back of the head, they have only to show that he is a “counterrevolutionary.” The fate then, of all messianic revolution – revolution, that is, on the French model – is that in the end it can justify itself and its crimes only by reference to itself. In Saint-Just’s famous formulation: “The Republic consists in the extermination of everything that opposes it.” This brutal circularity of logic is properly called not revolution but nihilism. Charles Krauthammer (1989)
Attention: une fête peut en cacher une autre !
En ces temps désormais dits post-modernes et post-historiques …
Où sous le poids du progressisme le plus échevelé et d’une réalité migratoire proprement apocalyptique …
Les idées de nation et de patriotisme sont passés de gros mots à fictions objectives …
Et en ce jour où entre défilé militaire soviétique et débauche de drapeaux nationaux en d’autres temps proscrits …
Nous Français ne savons plus très bien ce que nous sommes censés fêter …
Comment ne pas repenser …
A ces fortes paroles du chroniqueur américain qui vient tout juste de disparaitre Charles Krauthammer
Rappelant lors du bicentenaire de la Révolution française …
La longue filiation pressentie dès 1937 par le peintre allemand Marx Ernst
Mais déjà prophétisée 2 000 ans plus tôt par l’Apocalypse …
Et hélas bien confirmée par l’histoire depuis …
Entre la Bastille et le goulag ?

A FAILED REVOLUTION
Charles Krauthammer
The Washington Post
July 14, 1989

Two hundred years ago today a mob stormed the Bastille and freed its seven prisoners: four forgers, two lunatics and an aristocrat imprisoned at his family’s request for « libertinism. » It might have been eight had not the Marquis de Sade — whose cell contained a desk, a wardrobe, a dressing table, tapestries, mattresses, velvet cushions, a collection of hats, three kinds of fragrances, night lamps and 133 books — left a week earlier.

When the battle was lost, the governor of the Bastille, a minor functionary named Bernard-Rene’ de Launay, could have detonated a mountain of gunpowder, destroying himself, the mob, and much of the surrounding faubourg Saint-Antoine. He chose instead to surrender. His reward was to be paraded through the street and cut down with knives and pistol shots. A pastry cook named Desnot, declining a sword, sawed off his head with a pocket knife. For the French Revolution, it was downhill from there on.

Now, after 200 years, the French themselves seem finally to be coming to terms with that reality. There is a tentativeness to this week’s bicentennial celebration that suggests that French enthusiasm for the revolution has tempered. This circumspection stems from two decades of revisionist scholarship that stresses the reformist impulses of the ancien regime and the murderous impulses of the revolutionary regime that followed.

Simon Schama’s « Citizens » is but the culmination of this trend. But the receptivity to such revisionism stems from something deeper: the death of doctrinaire socialism, which in France had long claimed direct descent from the revolution. Disillusion at the savage failure of the revolutions in our time — Russian, Chinese, Cuban, Vietnamese — has allowed reconsideration of the event that was father to them all. One might say that romance with revolution died with Solzhenitsyn.

The line from the Bastille to the gulag is not straight, but the connection is unmistakable. Modern totalitarianism has its roots in 1789. « The spirit of the French Revolution has always been present in the social life of our country, » said Gorbachev during his visit to France last week. Few attempts at ingratiation have been more true or more damning.

Indeed, the French Revolution was such a model for future revolutions that it redefined the word. That is why 1776 has long been treated as a kind of pseudo-revolution, as Irving Kristol pointed out in a prescient essay written during America’s confused and embarrassed bicentennial celebration of 1976. The American Revolution was utterly lacking in the messianic, bloody-minded idealism of the French. It rearranged the constitutional furniture. Its revolutionary leaders died in their own beds. What kind of revolution was that? Thirteen years later, Kristol’s answer has become conventional wisdom: a successful revolution, perhaps the only successful revolution of our time.

The French Revolution failed, argues Schama, because it tried to create the impossible: a regime both of liberty and of « patriotic » state power. The history of the revolution is proof that these goals are incompatible. The American Revolution succeeded because it chose one, liberty. The Russian Revolution became deranged when it chose the other, state power. The French Revolution, to its credit and sorrow, wanted both.

Its great virtue was to have loosed the idea of liberty upon Europe. Its great vice was to have created the model, the monster, of the mobilized militarized state — revolutionary France invented universal conscription, that scourge of the 20th century only now beginning to wither away.

The French cannot be blamed for everything, alas, but their revolution, with its glamour and influence, did not only popularize, it deified revolution. There are large parts of the world where even today the worst brutality and arbitrariness are justified by the mere invocation of the word revolution — without reference to any other human value. For the Chinese authorities to shoot a dissident in the back of the head, they have only to show that he is a « counterrevolutionary. » In Cuba, Gen. Arnaldo Ochoa Sanchez, erstwhile hero of the revolution, is condemned to death in a show trial and upon receiving his sentence confesses his sins and declares that at his execution his « last thought would be of Fidel and of the great revolution. »

The fate, then, of all messianic revolution — revolution, that is, on the French model — is that in the end it can justify itself and its crimes only by reference to itself. In Saint-Just’s famous formulation: « The Republic consists in the extermination of everything that opposes it. » This brutal circularity of logic is properly called not revolution but nihilism.

Voir par ailleurs:

The French Revolution

Quartz

July 14, 2018

Bloody beginnings and a long legacy


July 14 marks the 229th anniversary of the Storming of the Bastille and the symbolic start of the French Revolution. The bloody revolt toppled the 200-year-old Bourbon dynasty, and ushered in a radical new government, reshaping European history forever.

The French Revolution brought the world the terror of the guillotine and the ravages of the Napoleonic Wars. But in its radical reimagining of society, it swept away the conventions and structures that had governed France since the end of the Roman era, and introduced systems based on the enlightenment principles of reason and science.

Some of those ideas persist to this day—like the metric system, which emerged from the National Assembly’s desire to standardize weights and measures. Other, equally ambitious ideas, like the Republican calendar—with 10 months and 10-day weeks—somehow failed to catch on. More enduring were the radical concepts of the innate rights of men and women that run throughout western systems of law, philosophy, and political theory.

So on this Bastille Day, pop open the champagne, spread the brie thick, and run a kilometer or deux to celebrate two centuries of liberté, égalité, and fraternité.

By the digits

693: Deputies, out of the 745 in the National Assembly, who voted to convict King Louis XVI of treason on January 15, 1793. None voted to acquit. He was beheaded six days later.

16,594: Death sentences given to counter-revolutionaries during the Reign of Terror of 1793-94.

300,000: Estimated total number of French aristocrats, or 1% of the population, in 1789.

800: Estimated different standards for weights and measures in France before the introduction of the metric system.

100: Seconds in the metric minute, used for 17 months during the French Revolution.

7: Countries that don’t use the metric system as the official system of weights and measures. (Myanmar, Liberia, Palau, Micronesia, Samoa, the Marshall Islands, and the United States.)

fun fact!

Interstate 19 in Arizona is the only stretch of federal highway in the US to use kilometers exclusively. The signs, initially part of a pilot program by the Carter Administration to introduce the metric system, have been kept in place in part because the local tourism industry wants them to greet visitors from Mexico.

Brief history

The metric system


1215: The Magna Carta declares that there should be national standards for the measurement of wine, beer, and cloth.

1678: Anglican clergyman and philosopher John Wilkins publishes An Essay towards a Real Character, and a Philosophical Language, which proposes a universal language and system of measurement, based on units of 10.

1790: The National Assembly of France drafts a committee to establish a new standard for weights and measures that would be valid “for all people, for all time,” in the words of mathematician (and revolutionary) Marquis de Condorcet.

1799: The distance of the meter—named after metron, the Greek word for measure—is fixed at 1/10,000,000 of the length between the North Pole and the Equator, arrived at after two French surveyors spent six years measuring the distance between Dunkirk and Barcelona, which was used to calculate the longer distance. A platinum bar officially one meter long is cast.

1840: The metric system becomes compulsory in France.

1875: Seventeen nations (including the US) sign the Treaty of the Meter, creating international bodies to standardize weights and measurements worldwide, according to the metric system.

1975: US president Gerald Ford signs the Metric Conversion Act, declaring the metric system the preferred (but voluntary) system and establishing the US Metric Board, to speed America’s conversion.

1982: US president Ronald Reagan dismantles the Metric Board.

1999: Mars Climate Orbiter, a $328 million satellite, disintegrates over Mars because software produced by Lockheed Martin, the contractor, generated numbers in the English system instead of the metric system, as specified by its agreement with NASA.

The rights of women


When the revolutionaries of France wrote about égalité, few, if any, extended that right to women. One observer across the English Channel, however, saw that the principles of the revolution applied to women as well as men.

Mary Wollstonecraft—a British author who established herself when few women earned a living by writing—wrote A Vindication of the Rights of Women in 1791 in response to Edmund Burke’s Reflections on the French Revolution. While Burke argued the revolution would fail because society was inherently traditional and hierarchical, Wollstonecraft made the case not only for the rights of men, but for women as well—a radical position at the end of the 18th century.

In his book Emile, or On Education, Enlightenment philosopher Jean-Jacques Rousseau wrote that women should be educated only to the extent they could serve men. But Wollstonecraft argued that women “ought to cherish a nobler ambition, and by their abilities and virtues exact respect.” Women, she wrote, deserved the same opportunities as men, and should be able to earn a living and support themselves with dignity.

Wollstonecraft, the mother of Frankenstein author Mary Shelley, had a messy personal life, which was used to discredit her ideas in the 19th century. But her ideas inspired writers from Jane Austen to Virginia Woolf, and suffragists like Elizabeth Cady Stanton. By the 20th century, Wollstonecraft was rightly regarded as a pioneering feminist.

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Which is not another name for the guillotine?

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save the date!

How to make time


The Republican Calendar was one of the more radical innovations of the revolution. Born out of a desire to wipe the slate of clean of aristocratic and religious references and start history afresh, the new calendar began on the autumn solstice of September 22, 1792, or 1 Vendemiaire I, the day the new Republic was proclaimed.

Instead of the seven-day week of the Bible, the Republican Calendar was based on the 10-day week, with the tenth day, decadi, devoted to rest and play. There were 10 months, each three weeks long, with five special days (or six, in a leap year) devoted to celebrations used to round out the year to 365 days. Those days bore names such as the Fête de la Vertu (Celebration of Virtues) and Fête de l’Opinion (Celebration of Convictions).

The calendar was designed by a committee that included mathematicians, astronomers, and poets, who based the naming of days and months after the agricultural cycle, and borrowed heavily from Latin. The winter months, for example, became Nivôse (snowy), Pluviôse (rainy), and Ventôse (windy). Each day also got a name—360 in all—replacing the Catholic convention of each day bearing the name of a saint. The fifth, 15th, and 25th days of each month were named after farm animals (bull, ram, duck), the 10th and 20th were named after farm implements (rakes, spades), while the rest were named after trees, fruits, vegetables and herbs. According to one modern calculation, today is 25 Messidor CCXXVI, named for the Guinea hen. (There’s a Twitter account that will help you keep up.)

As you might expect, there were problems. Starting each year on the autumnal equinox proved tricky, since the timing of astronomical events can vary and leap days had to be inserted to even things up, confusing everyone. Farm workers, the ostensible heroes the calendar celebrated, hated having a day off every 10 days instead of every seven. So 12 years after its introduction, it was abolished by Napoleon in 1806.

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Quotable

“Long usage of the Gregorian calendar has filled the people’s memory with a considerable number of images that they have long revered, and which today remain the source of their religious errors. It is therefore necessary to replace these visions of ignorance with the realities of reason, and this sacerdotal prestige with nature’s truth.”

— Committee to draft a new calendar

Watch this!

The French Revolution’s decimal time wasn’t the last attempt to rationalize timekeeping. A more recent effort was Swatch Internet Time in 1998. Part of a (not very successful) marketing campaign for a new line of watches, the system divided the 24-hour day into 1,000 “.beats” (yes, with a period—trés moderne).

The time, which was displayed on Swatches alongside boring old Gregorian time, was given as @416, which would be read as 416 beats after midnight, or 4am. Since it was the same all over the world, it was touted as being a new way of telling time that negated the need for translating pesky time zones.

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Effet spectateur: C’est le mimétisme, imbécile ! (Monkey see, monkey do: New example of bystander effect on Paris commuter train confirms everything is mimetic in whatever we do whether good or bad, but compounded by the effect of diversity)

4 juillet, 2018

Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Un docteur de la loi (…) voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit. Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même. Jésus (Luc 10 : 25-37)
Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée? Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. Jean 8: 3-11
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
« Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose. La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient. En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable. Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire. La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation. (…) A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements politiques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques. Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule. Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’agir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue. La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse. Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. René Girard
Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter » la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier. » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ». » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne : » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de » bouc émissaire » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du » sacrifice parfait » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. (…) En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme. René Girard
Si nous voulons aborder le « fait religieux » autrement que sous la forme d’une collection de savoirs, forcément émiettés et terriblement lacunaires, une voie peut être l’approfondissement d’un texte assez bien choisi pour qu’il rende le « religieux » intelligible. Ce postulat d’intelligibilité fonde le christianisme par essence. Il ne saurait y avoir contradiction, en toute dernière instance, entre ce message « religieux » et la rationalité, et ce malgré le contentieux historique lourd entre l’Eglise et la philosophie des Lumières. Ce texte en est une illustration magnifique. Il suffit de le lire en oubliant qu’il nous a été transmis par une institution religieuse pour qu’il nous devienne singulièrement utile, et pour commencer sur le plan professionnel. Voilà une situation dite de « conflit » et qui pourrait dégénérer en « violence ». Cette fois c’est l’analyse du philosophe René Girard qui peut servir d’éclairage. Comme F. Quéré, il observe que l’épisode marque une étape dans un drame qui aboutira à l’explosion de violence du Golgotha, lieu où Jésus mourra crucifié. Mais au cours de cette scène qui se déroule au Temple, la spirale de violence est enrayée. Cette spirale, que Girard nomme aussi « l’escalade » est toujours mimétique ; elle procède d’un entraînement mutuel et aboutit dans un cercle fermé, où, comme dans un chaudron, la tension monte, les pulsions violentes convergeant vers une victime placée sans défense « au milieu du groupe ». La réponse apportée par cet artiste de la non violence qu’est Jésus tient ici d’abord à une attitude. « Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer des traits sur le sol ». Les yeux baissés évitent ainsi la rencontre des regards. Or c’est de leur croisement que procède la violence mimétique. Il faut en avoir fait l’expérience pour comprendre à quel point une formule comme « Regarde-moi dans les yeux ! » peut être vécue comme agressive lorsque le maître, outré, croit ainsi provoquer les aveux de l’élève ! Donc, sans regarder cette troupe d’excités, Jésus s’absorbe dans une autre occupation : « il trace des traits sur le sol ». (…) Le verbe « graphein » qui a donné « graphie » pointe aussi bien l’écriture que le dessin. Dommage pour les commentateurs ultérieurs qui y voyaient la relativisation de la Loi de l’Ancien Testament, destinée à être dépassée, puisqu’écrite sur le sable. Mais le terme « gué » n’a pas ce sens : c’est la « terre », ou le « sol », ce socle qui nous est commun, que nous soyons agresseurs ou agressés. Il est possible d’ailleurs que Jésus ait su lire, mais non écrire, ce qui était courant à l’époque. Tout au plus, mais c’est là l’interprétation que me suggère mon enthousiasme, pourrait-on comprendre que l’activité graphique, par la concentration qu’elle requiert, oblige à prendre du recul, et contribue à la résolution du conflit ! (…) Les peintres quant à eux, astreints à rassembler dans une image immobile un développement narratif, anticiperont souvent la suite, et inscriront dans leur représentation la parole de Jésus : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Cette phrase est un coup de génie, parce que c’est aussi la solution la plus simple. D’abord l’énonciation se fait au singulier, sans pour autant désigner nommément quelqu’un. La spirale du « défoulement », toujours collectif, est rompue. Mais avec un grand doigté, par un protagoniste qui prend le risque calculé de l’accompagner : « Allez-y, lapidez-la, mais… ». La phrase reprend très certainement la disposition juridique du Deutéronome relative aux témoins, mais en procurant un éclairage aigu sur son fondement. En matière de lapidation, c’est « commencer » qui est la grande affaire ! Le fait de pointer ainsi la nature du phénomène suffit apparemment à l’inverser : le cercle mortel se défait, et les agresseurs s’en vont, « à commencer par les plus vieux ». Jean-Marc Muller
Des neurones qui stimulent en même temps, sont des neurones qui se lient ensemble. Règle de Hebb (1949)
Le phénomène est déjà fabuleux en soi. Imaginez un peu : il suffit que vous me regardiez faire une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à mes lèvres, boire -, pour que dans votre cerveau les mêmes zones s’allument, de la même façon que dans mon cerveau à moi, qui accomplis réellement l’action. C’est d’une importance fondamentale pour la psychologie. D’abord, cela rend compte du fait que vous m’avez identifié comme un être humain : si un bras de levier mécanique avait soulevé le verre, votre cerveau n’aurait pas bougé. Il a reflété ce que j’étais en train de faire uniquement parce que je suis humain. Ensuite, cela explique l’empathie. Comme vous comprenez ce que je fais, vous pouvez entrer en empathie avec moi. Vous vous dites : « S’il se sert de l’eau et qu’il boit, c’est qu’il a soif. » Vous comprenez mon intention, donc mon désir. Plus encore : que vous le vouliez ou pas, votre cerveau se met en état de vous faire faire la même chose, de vous donner la même envie. Si je baille, il est très probable que vos neurones miroir vont vous faire bailler – parce que ça n’entraîne aucune conséquence – et que vous allez rire avec moi si je ris, parce que l’empathie va vous y pousser. Cette disposition du cerveau à imiter ce qu’il voit faire explique ainsi l’apprentissage. Mais aussi… la rivalité. Car si ce qu’il voit faire consiste à s’approprier un objet, il souhaite immédiatement faire la même chose, et donc, il devient rival de celui qui s’est approprié l’objet avant lui ! C’est la vérification expérimentale de la théorie du « désir mimétique » de René Girard ! Voilà une théorie basée au départ sur l’analyse de grands textes romanesques, émise par un chercheur en littérature comparée, qui trouve une confirmation neuroscientifique parfaitement objective, du vivant même de celui qui l’a conçue. Un cas unique dans l’histoire des sciences ! (…) Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l’autre. L’autre me désigne l’objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré, par le biais de la victime émissaire. À partir de ces hypothèses, Girard et moi avons travaillé pendant des décennies à élargir le champ du désir mimétique à ses applications en psychologie et en psychiatrie. En 1981, dans Un mime nommé désir, je montrais que cette théorie permet de comprendre des phénomènes étranges tels que la possession – négative ou positive -, l’envoûtement, l’hystérie, l’hypnose… L’hypnotiseur, par exemple, en prenant possession, par la suggestion, du désir de l’autre, fait disparaître le moi, qui s’évanouit littéralement. Et surgit un nouveau moi, un nouveau désir qui est celui de l’hypnotiseur. (…) et ce qui est formidable, c’est que ce nouveau « moi » apparaît avec tous ses attributs : une nouvelle conscience, une nouvelle mémoire, un nouveau langage et des nouvelles sensations. Si l’hypnotiseur dit : « Il fait chaud » bien qu’il fasse frais, le nouveau moi prend ces sensations suggérées au pied de la lettre : il sent vraiment la chaleur et se déshabille. De toutes ces applications du désir mimétique, j’en suis venu à la théorie plus globale d’une « psychologie mimétique » – qui trouve également une vérification dans la découverte des neurones miroirs et leur rôle dans l’apprentissage. Le désir de l’autre entraîne le déclenchement de mon désir. Mais il entraîne aussi, ainsi, la formation du moi. En fait, c’est le désir qui engendre le moi par son mouvement. Nous sommes des « moi du désir ». Sans le désir, né en miroir, nous n’existerions pas ! Seulement voilà : le temps psychologique fonctionnant à l’inverse de celui de l’horloge, le moi s’imagine être possesseur de son désir, et s’étonne de voir le désir de l’autre se porter sur le même objet que lui. Il y a là deux points nodaux, qui rendent la psychologie mimétique scientifique, en étant aussi constants et universels que la gravitation l’est en physique : la revendication du moi de la propriété de son désir et celle de son antériorité sur celui de l’autre. Et comme la gravitation, qui permet aussi bien de construire des maisons que de faire voler des avions, toutes les figures de psychologie – normale ou pathologique – ne sont que des façons pour le sujet de faire aboutir ces deux revendications. On comprend que la théorie du désir mimétique ait suscité de nombreux détracteurs : difficile d’accepter que notre désir ne soit pas original, mais copié sur celui d’un autre. (…) Boris Cyrulnik explique (…) que – souvent par défaut d’éducation et pour n’avoir pas été suffisamment regardé lui-même – l’être humain peut ne pas avoir d’empathie. Les neurones miroirs ne se développent pas, ou ils ne fonctionnent pas, et cela donne ce que Cyrulnik appelle un pervers. Je ne sais pas si c’est vrai, ça mérite une longue réflexion. (…) Ce rôle de la pression sociale est extraordinairement bien expliqué dans Les Bienveillantes, de Jonathan Littel. Il montre qu’en fait, ce sont des modèles qui rivalisent : révolté dans un premier temps par le traitement réservé aux prisonniers, le personnage principal, officier SS, finit par renoncer devant l’impossibilité de changer les choses. Ses neurones miroirs sont tellement imprégnés du modèle SS qu’il perd sa sensibilité aux influences de ses propres perceptions, et notamment à la pitié. Il y a lutte entre deux influences, et les neurones miroirs du régime SS l’emportent. La cruauté envers les prisonniers devient finalement une habitude justifiée. Plutôt qu’une absence ou carence des neurones miroirs, cela indique peut-être simplement la force du mimétisme de groupe. Impossible de rester assis quand la « ola » emporte la foule autour de vous lors d’un match de football – même si vous n’aimez pas le foot ! Parce que tous vos neurones miroirs sont mobilisés par la pression mimétique de l’entourage. De même, les campagnes publicitaires sont des luttes acharnées entre marques voisines pour prendre possession, par la suggestion, des neurones miroirs des auditeurs ou spectateurs. Et c’est encore la suggestion qui explique pourquoi les membres d’un groupe en viennent à s’exprimer de la même façon. Il semblerait normal que les neurones miroirs soient dotés, comme les autres, d’une certaine plasticité. Ils agissent en tout cas tout au long de la vie. Et la pression du groupe n’a pas besoin d’être totalitaire : dans nos sociétés, c’est de façon « spontanée » que tout le monde fait la même chose. Jean-Michel Oughourlian
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
J’étais à l’étage inférieur quand j’ai entendu des premiers gémissements, assez faibles. J’ai pensé à des enfants qui avaient fait une bêtise. Les gémissements ont recommencé encore une fois, puis une autre alors je suis montée voir à l’étage ce qu’il se passait. Avec une autre dame, Aurélie, nous nous sommes retrouvées seules. Tous les gens qui étaient là sont descendus à Auber. On a vu la maman vaciller. Nous l’avons allongée et j’ai juste eu le temps de prendre le bébé qui arrivait dans mes bras. (…) Ce qui est grave, c’est l’indifférence. Personne n’est allé voir pourquoi cette dame gémissait, ce qui se passait. Et puis, tous les gens sont descendus sans apporter de l’aide. Ça aurait pu mal finir ou être encore plus grave. Eliane (cadre commerciale)
Il suffit d’une toute petite étincelle et c’est tout le groupe qui s’élève contre l’agresseur. […] Le but ce n’est pas de faire de chacun d’entre nous un super-héros, mais juste de savoir que l’union fait la force. Aurélia Bloch (france info)
Bibb Latané et John Darley, deux chercheurs américains en psychologie sociale, ont mis en lumière l’existence de ce « bystander effect », ou « effet spectateur ». En laboratoire, un participant est installé dans un box, avec un système d’interphone. Un complice, présent dans la discussion, simule alors une crise d’épilepsie. Les chercheurs constatent que si le participant pense être le seul interlocuteur de la victime, il aura davantage tendance à intervenir. Par contre, s’il est dans une discussion de groupe et que les autres ne réagissent pas, c’est le contraire. « L’effet spectateur, c’est le fait que plus il y a de témoins, moins on est poussé à agir parce que la réaction individuelle est influencée par celle des autres », explique Olivia Mons, porte-parole de la fédération France Victimes, à franceinfo. Lorsqu’un groupe de personnes assiste à une scène de détresse, un phénomène de « dilution de la responsabilité » opère. Ainsi, « plus on est nombreux, moins on va réagir », affirme Martine Batt, professeure de psychologie à l’université de Lorraine. Est-ce que j’interprète bien ce qui est en train de se passer, ou bien peut-être que j’exagère ce que je vois ? Pourquoi réagirais-je, alors que les autres ne le font pas ? Est-ce que je suis légitime à intervenir ou est-ce que je vais être ridicule ? Toutes ces interrogations retardent le temps d’action, voire empêchent toute intervention des témoins. Lorsque quelqu’un est le seul spectateur des faits, « il peut y avoir une espèce de calcul qui va se faire », explique Peggy Chekroun, professeure de psychologie sociale à l’université de Paris Nanterre. Il opère alors, « assez automatiquement, rapidement et pas forcément de manière consciente », la balance « coût-bénéfice » de sa propre intervention. Ces facteurs peuvent être personnels (« Vais-je perdre du temps ? ») ou collectifs (« Que va-t-on penser de moi si je n’interviens pas ? »). « La réponse va sortir en fonction de ce calcul », conclut l’enseignante. Sans compter la peur que peut inspirer une situation surprenante et inhabituelle. « C’est une émotion très puissante qui peut être vraiment inhibitrice d’une aide », rappelle Olivia Mons. (…) Culpabilité, honte… Les témoins passifs vivent avec le poids de leur apathie. « On a parfois des personnes qui viennent nous voir en se sentant quasiment autant victimes que la victime directe », explique Olivia Mons. « Bien sûr que la société condamne la non-réaction, on dit toujours ‘Moi j’aurais fait mieux’, parce qu’on a le syndrome du sauveur… Mais il faut nuancer ! », surenchérit-elle. A cause de ces mécanismes de psychologie sociale et de la peur paralysante d’une telle situation, elle appelle à « relativiser le côté ‘je suis témoin et je me sauve parce que je suis lâche' ». Mais pour les victimes, cette apathie de la part des témoins est désastreuse. Elle peut être ressentie comme une double peine : « La peine d’avoir été agressé et la peine surtout de ne pas avoir de valeur aux yeux des autres et d’être rien », analyse Aurélia Bloch, lors de son passage dans l’émission « C à vous », en décembre 2015. L’article 223-6 du Code pénal prévoit une peine de cinq ans de prison et une amende de 75 000 euros pour non-assistance à personne en danger. Mais peu de témoins passifs sont poursuivis en justice : « C’est quelque chose sur lequel on n’a pas beaucoup de jurisprudence », explique Jean-Philippe Vauthier, professeur de droit à l’université de Guyane. Le procureur de Lille avait, dans un premier temps, envisagé des poursuites dans l’affaire de Cécile P., avant d’abandonner, faute d’informations suffisantes sur les témoins. La non-assistance à personne en danger existe « pour combattre l’égoïsme sans imposer l’héroïsme », rappelle Jean-Philippe Vauthier. « Il faut que l’intervention soit sans péril pour moi ou pour les autres, décrypte le spécialiste. Tout va dépendre du mode d’action choisi. On ne va pas forcer quelqu’un à intervenir directement, mais si la personne n’appelle pas les secours, ça pourra lui être reproché. » Comment lutter contre notre inclinaison à rester inactifs ? Qu’il s’agisse d’un accident de la route, un malaise dans la rue ou du harcèlement dans les transports, des attitudes peuvent permettre de contrer l’apathie des témoins. « Il y a différents degrés d’action. Tirer une sonnette d’alarme à quai, avoir une intervention active en cas de harcèlement… ça peut être aussi un simple sourire, se lever ou se rapprocher… ça peut aider, le fait de montrer par un moyen ou un autre une sorte d’empathie avec la victime », argue Olivia Mons La connaissance de « l’effet spectateur » pourrait en limiter les conséquences. « On peut éduquer très tôt contre ses effets, expliquer comment appeler à l’aide et faire des enseignements sur les effets de groupe », prône Martine Batt. Aurélia Bloch en est persuadée, « si c’était à refaire, [elle] ne referai[t] pas du tout de la même façon » : « À l’époque, je ne savais pas du tout quoi faire. […] En fait, je pense que j’étais comme la plupart des personnes qui sont témoins. Je n’étais pas formée. » France info

C’est monkey see, monkey do, imbécile !

A l’heure où l’on reparle …

Avec cet accouchement spontané dans le RER parisien il y a deux semaines où quasiment personne n’est intervenu …

Du fameux effet spectateur

Comment ne pas repenser à ce fascinant documentaire de 2015 d’une journaliste de Franceinfo …

Mais aussi aux lumineuses analyses du regretté René Girard

Montrant l’importance, pour toutes nos actions et confirmé par la découverte des « neurones miroirs », de l’effet mimétique …

Et ce aussi bien pour le mal (les effets de lynchage) …

Que, mondialisation oblige, pour le bien (les effets de sauvetage) …

Ou même ses parodies (les emballements que l’on sait du politiquement correct) …

Et donc de l’importance, à l’instar du fameux épisode évangélique de la femme adultère, de la première pierre …

Ou plus précisément du refus de la première pierre qui peut entrainer tous les autres ?

Mais comment aussi ne pas repenser …

En ces temps d’invasion migratoire (pardon: « mixité sociale » !) imposée

Où entre déséquilibrés ou crieurs d’Allah akbaru la moindre rencontre peut se révéler fatale …

Aux célèbres analyses de Robert Putnam …

Et en particulier au facteur aggravant de la diversité

Qui loin des discours émerveillés et édifiants de nos élites protégées des conséquences de leurs propres décisions …

Peut nous pousser à ne plus faire confiance non seulement à ceux qui ne sont pas comme nous …

Mais aussi à ceux qui nous ressemblent ?

Ils assistent à une agression ou à un accident mais ne font rien : on vous explique le « bystander effect »
Une femme accouche dans une rame de RER et seulement deux personnes parmi les nombreuses présentes lui viennent en aide. Une autre se fait sexuellement agresser sur un quai de métro et aucun des dix témoins ne réagit… Etonnant ?
Lison Verriez
Franceinfo
03/07/2018

Il est environ 11 heures, ce lundi 18 juin. Les passagers du RER A arrivent en gare d’Auber, lorsque des gémissements commencent à se faire entendre à l’étage supérieur de la rame. Lamata Karamoko vient de perdre les eaux et s’apprête à accoucher dans le wagon. « Personne n’est allé voir pourquoi cette dame gémissait, ce qu’il se passait, témoigne Eliane, qui a assisté à la scène, dans Le ParisienEt puis tous les gens sont descendus sans apporter de l’aide. » Avec une autre passagère, elle tente d’épauler la jeune maman.

Et vous, qu’auriez-vous fait ? Accidents, malaises, agressions… Ces dernières années, la presse s’est fait l’écho à de nombreuses reprises de la passivité des témoins de certains faits-divers. Ce phénomène a un nom : le « bystander effect ».

« Plus on est nombreux, moins on va réagir »

Le concept émerge après le meurtre de Kitty Genovese en 1964. Cette New-Yorkaise de 28 ans est agressée, violée et poignardée en pleine rue dans un quartier tranquille du Queens, vers 3 heures du matin, alors qu’elle rentrait du travail. Le lendemain, la presse (en anglais) dénonce le silence des 38 témoins qui auraient assisté, depuis leur domicile, à la lente agonie de la jeune femme. Si le nombre de témoins a par la suite été contesté, des scientifiques se sont emparés de ce cas pour interroger la réaction – ou l’absence de réaction – des témoins.

Bibb Latané et John Darley, deux chercheurs américains en psychologie sociale, ont mis en lumière l’existence de ce « bystander effect », ou « effet spectateur ». En laboratoire, un participant est installé dans un box, avec un système d’interphone. Un complice, présent dans la discussion, simule alors une crise d’épilepsie. Les chercheurs constatent que si le participant pense être le seul interlocuteur de la victime, il aura davantage tendance à intervenir. Par contre, s’il est dans une discussion de groupe et que les autres ne réagissent pas, c’est le contraire.

« L’effet spectateur, c’est le fait que plus il y a de témoins, moins on est poussé à agir parce que la réaction individuelle est influencée par celle des autres », explique Olivia Mons, porte-parole de la fédération France Victimes, à franceinfo. Lorsqu’un groupe de personnes assiste à une scène de détresse, un phénomène de « dilution de la responsabilité » opère. Ainsi, « plus on est nombreux, moins on va réagir », affirme Martine Batt, professeure de psychologie à l’université de Lorraine. Est-ce que j’interprète bien ce qui est en train de se passer, ou bien peut-être que j’exagère ce que je vois ? Pourquoi réagirais-je, alors que les autres ne le font pas ? Est-ce que je suis légitime à intervenir ou est-ce que je vais être ridicule ? Toutes ces interrogations retardent le temps d’action, voire empêchent toute intervention des témoins.

Lorsque quelqu’un est le seul spectateur des faits, « il peut y avoir une espèce de calcul qui va se faire », explique Peggy Chekroun, professeure de psychologie sociale à l’université de Paris Nanterre. Il opère alors, « assez automatiquement, rapidement et pas forcément de manière consciente », la balance « coût-bénéfice » de sa propre intervention. Ces facteurs peuvent être personnels (« Vais-je perdre du temps ? ») ou collectifs (« Que va-t-on penser de moi si je n’interviens pas ? »). « La réponse va sortir en fonction de ce calcul », conclut l’enseignante. 

Sans compter la peur que peut inspirer une situation surprenante et inhabituelle. « C’est une émotion très puissante qui peut être vraiment inhibitrice d’une aide », rappelle Olivia Mons.

« J’ai été témoin d’un viol et je n’ai pas bougé »

« Je suis coupable de non-assistance à personne en danger », reconnaît Aurélia Bloch, dans son documentaire du même nom, diffusé le 8 décembre 2015 sur France 5. Un dimanche d’avril 2004, elle s’installe dans son train apparemment vide, en direction de Paris. Les voix d’une femme et de plusieurs hommes s’élèvent dans la rame. Elle ne les voit pas, mais entend des bruits de coups, la femme dire non et les hommes, ricaner. L’alarme du train est loin. « Elle ne demande pas d’aide », « elle est sûrement consentante », « j’ai peur de passer pour une folle »« Je me posais plein de questions », raconte la journaliste à franceinfo. Elle se terre dans son fauteuil, le reste du trajet, « trente minutes figées, comme anesthésiée », commente-t-elle dans son film.

On est dans la culpabilité sans en parler. […] C’était quelque chose de très enfoui, ça ne faisait pas l’objet d’une culpabilité quotidienne.Aurélia Bloch, journalisteà franceinfo

Jusqu’à l’affaire de Cécile P., en 2014. Sur un quai de métro lillois, cette jeune femme est sexuellement agressée par un homme aux alentours de 22h30. Autour d’elle, une dizaine de témoins, mais aucune réaction. L’affaire, très médiatisée, réveille les souvenirs d’Aurélia Bloch.

C’est une sorte d’exutoire. […] C’était une façon, en comprenant pourquoi les témoins étaient passifs, de comprendre pourquoi je l’avais été.Aurélia Bloch, journalisteà franceinfo

Culpabilité, honte… Les témoins passifs vivent avec le poids de leur apathie. « On a parfois des personnes qui viennent nous voir en se sentant quasiment autant victimes que la victime directe », explique Olivia Mons. « Bien sûr que la société condamne la non-réaction, on dit toujours ‘Moi j’aurais fait mieux’, parce qu’on a le syndrome du sauveur… Mais il faut nuancer ! », surenchérit-elle. A cause de ces mécanismes de psychologie sociale et de la peur paralysante d’une telle situation, elle appelle à « relativiser le côté ‘je suis témoin et je me sauve parce que je suis lâche' ».

Mais pour les victimes, cette apathie de la part des témoins est désastreuse. Elle peut être ressentie comme une double peine : « La peine d’avoir été agressé et la peine surtout de ne pas avoir de valeur aux yeux des autres et d’être rien », analyse Aurélia Bloch, lors de son passage dans l’émission « C à vous », en décembre 2015.

L’article 223-6 du Code pénal prévoit une peine de cinq ans de prison et une amende de 75 000 euros pour non-assistance à personne en danger. Mais peu de témoins passifs sont poursuivis en justice : « C’est quelque chose sur lequel on n’a pas beaucoup de jurisprudence », explique Jean-Philippe Vauthier, professeur de droit à l’université de Guyane. Le procureur de Lille avait, dans un premier temps, envisagé des poursuites dans l’affaire de Cécile P., avant d’abandonner, faute d’informations suffisantes sur les témoins.

La non-assistance à personne en danger existe « pour combattre l’égoïsme sans imposer l’héroïsme », rappelle Jean-Philippe Vauthier. « Il faut que l’intervention soit sans péril pour moi ou pour les autres, décrypte le spécialiste. Tout va dépendre du mode d’action choisi. On ne va pas forcer quelqu’un à intervenir directement, mais si la personne n’appelle pas les secours, ça pourra lui être repproché. »

« Il y a différents degrés d’action »

Comment lutter contre notre inclinaison à rester inactifs ? Qu’il s’agisse d’un accident de la route, un malaise dans la rue ou du harcèlement dans les transports, des attitudes peuvent permettre de contrer l’apathie des témoins. « Il y a différents degrés d’action. Tirer une sonnette d’alarme à quai, avoir une intervention active en cas de harcèlement… ça peut être aussi un simple sourire, se lever ou se rapprocher… ça peut aider, le fait de montrer par un moyen ou un autre une sorte d’empathie avec la victime », argue Olivia Mons.

Il suffit d’une toute petite étincelle et c’est tout le groupe qui s’élève contre l’agresseur. […] Le but ce n’est pas de faire de chacun d’entre nous un super-héros, mais juste de savoir que l’union fait la force.Aurélia Bloch, journalisteà franceinfo

La connaissance de « l’effet spectateur » pourrait en limiter les conséquences. « On peut éduquer très tôt contre ses effets, expliquer comment appeler à l’aide et faire des enseignements sur les effets de groupe », prône Martine Batt. Aurélia Bloch en est persuadée, « si c’était à refaire, [elle] ne referai[t] pas du tout de la même façon » : « À l’époque, je ne savais pas du tout quoi faire. […] En fait, je pense que j’étais comme la plupart des personnes qui sont témoins. Je n’étais pas formée. »

Voir aussi:

Bébé né dans le RER : «J’ai eu très peur mais j’étais contente de l’entendre pleurer»
Elia Dahan et Nicolas Maviel

Le Parisien

19 juin 2018

Nous avons rencontré la femme qui a mis au monde, ce lundi, un bébé dans le RER A avec l’aide de deux femmes présentes. Maman et bébé vont bien.
Allongée sur son lit d’hôpital Lamata, 28 ans, se remet doucement de son accouchement, ce mardi soir. A ses côtés, Mohamed, en layette bleu, dort à poings fermés. Le bébé, prénommé Mohamed, du RER est serein, il mesure 51 cm et pèse 3,4 kilos. L’enfant et sa mère sont arrivés à l’hôpital de Clamart (Hauts-de-Seine) lundi 18 juin vers 18 heures. Quelques heures plus tôt, Lamata donnait naissance à son troisième enfant à la station Auber du RER. « J’étais avec mes deux enfants et je me rendais à l’hôpital, raconte la mère de famille. J’avais rendez-vous ce jeudi, mais je sentais des contractions donc j’ai voulu y aller plus tôt. » Mais dans le RER, les contractions s’accentuent. Lamata, avec ses deux aînés, âgés de 7 et 2 ans se trouve alors à l’étage du wagon. « Il n’y avait personne à ce moment-là, se souvient la jeune maman. Puis mes enfants se sont mis à pleurer, et des gens sont venus. Je ne pensais pas du tout que j’étais en train d’accoucher. » Il est 11h10 et Mohamed pousse son premier cri dans le train. « J’ai eu très peur, mais j’étais contente de l’entendre pleurer », confie la jeune femme. Encore alitée, elle peut compter sur le soutient de sa famille, et de sa cousine, Makoulanga, qui s’est rendu à son chevet ce mardi soir après le travail. « Je m’occupe de ses enfants qui vivent chez moi à Antony pour l’instant », confie cette-dernière en caressant la tête du nouveau-né. Latima a encore à réaliser le caractère exceptionnel de son accouchement. Pour l’instant elle récupère et prend doucement son petit dernier dans ses bras quand il se met à crier pour lui donner le biberon.

Eliane, cadre commerciale, est encore toute bouleversée et émue par son lundi dans le RER A mais aussi… révoltée. Cette maman de quatre grands enfants, entre 20 et 25 ans, a aidé Lamata à accoucher avec une autre passagère, Aurélie.

« J’étais à l’étage inférieur quand j’ai entendu des premiers gémissements, assez faibles. J’ai pensé à des enfants qui avaient fait une bêtise. Les gémissements ont recommencé encore une fois, puis une autre alors je suis montée voir à l’étage ce qu’il se passait », explique cette habitante du Val-de-Marne qui revenait d’un cours d’anglais sur les Champs-Elysées (VIIIe). Et d’enchaîner : « Avec une autre dame, Aurélie, nous nous sommes retrouvées seules. Tous les gens qui étaient là sont descendus à Auber. On a vu la maman vaciller. Nous l’avons allongée et j’ai juste eu le temps de prendre le bébé qui arrivait dans mes bras. »

« Les minutes m’ont paru interminables »
Les deux femmes demandent alors à un monsieur qui passait par là, de tirer la sonnette d’alarme et d’appeler les secours. La maman et ses deux « sages-femmes » se retrouvent à nouveau seules dans leur wagon. « Les minutes m’ont paru interminables avant que les secours n’arrivent. Moi, je ne pensais qu’à mettre le bébé de côté pour qu’il puisse respirer et à couper le cordon ombilical. Aurélie faisait en sorte que la maman reste consciente et que le bébé n’ait pas froid », détaille Eliane.

Si, depuis lundi soir, les enfants d’Eliane sont encore plus fiers de leur maman, cette dernière est très remontée, comme sa comparse. « Ce qui est grave, c’est l’indifférence. Personne n’est allé voir pourquoi cette dame gémissait, ce qu’il se passait. Et puis, tous les gens sont descendus sans apporter de l’aide. Ça aurait pu mal finir ou être encore plus grave », conclut Eliane qui sourit toujours lorsqu’elle repense à ce petit garçon qu’elle a accueilli.


Polémique Médine au Bataclan: Vous avez dit syndrome de Stockholm ? (Taqiyya master: How would you like the very jihadi scum that mowed down your family to sing their scum in the very place the killing was done ?)

30 juin, 2018

911mosquecartoon
Le mensonge est mal, excepté pour trois choses: le mensonge d’un homme à son épouse pour la satisfaire; un mensonge à un ennemi, parce que la guerre est dissimulation; ou un mensonge pour règler un différend entre des personnes. Mahomet
Le Jour du Jugement ne viendra pas jusqu’à ce que les Musulmans combattent les Juifs, les Juifs se cacheront derrière les pierres et les arbres, et les pierres et les arbres diront : Oh musulman, oh serviteur d’Allah, il y a un Juif qui se cache derrière moi, viens le tuer. Mahomet
De plus il ne faudrait pas oublier que la « taqiyya », la dissimulation de protection, est partie intégrante de l’islam chiite et rendue obligatoire (« Quiconque n’observe pas la taqiyyah n’a pas de foi: « man lâ taqiyyata lahu lâ dîna lahu »). Or, la taqiyyah est curieusement adoptée aussi par les musulmans sunnites, ce qui leur permet de nous «servir» un discours «light» pour mieux nous tromper sur la réalité de leur religion. Ils ne mentent pas vraiment, ils dissimulent pour faire avancer l’islam! L’avantage non négligeable c’est que des non musulmans pourront ainsi être attirés par cette religion abrahamique, présentée comme si proche du christianisme et du judaïsme et par le biais de ces conversions, l’islam progressera en Europe. Anne-Marie Delcambre
Les voleurs nous protègent contre la police. Otages du Crédit Suédois de Stockholm (le 23 août 1973)
Le syndrome de Stockholm désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à développer une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers. L’expression « syndrome de Stockholm » a été inventée par le psychiatre Nils Bejerot en 1973. Ce comportement paradoxal des victimes de prise d’otage fut décrit pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg, en relation avec un fait-divers qui eut lieu en cette même ville. Wikipedia
Le monde moderne est plein d’idées chrétiennes devenues folles. G. K. Chesterton
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. Victor Klemperer
La République islamique sera fondée sur la liberté d’expression et luttera contre toute forme de censure. Khomeini (Entretien avec Reuters, le 26 octobre 1978.)
Tout ce que vous avez entendu concernant la condition féminine dans la République islamique n’est qu’une propagande hostile. (Dans le futur gouvernement), les femmes seront complètement libres, dans leur éducation et dans tout ce qu’elles feront, tout comme les hommes. Khomeini (Entretien accordé à un groupe de reporters allemands à Paris, le 12 novembre 1978)
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
L’islamisme tire son langage, ses objectifs et ses aspirations au moins autant des formes les plus grossières du marxisme que de la religion. Ses leaders sont aussi influencés par Lénine, Sartre, Staline et Fanon que par le prophète. Azar Nafisi
En 1978, Foucault trouva de telles forces transgressives dans le personnage révolutionnaire de l’ayatollah Khomeiny et des millions de gens qui risquaient la mort en le suivant dans sa Révolution. Il savait que des expériences aussi «limites» pouvaient conduire à de nouvelles formes de créativité et il lui donna son soutien avec ardeur. Janet Afary et Kevin B. Anderson
En tant que citoyen, en tant que président, je crois que les musulmans ont autant le droit de pratiquer leur religion que quiconque dans ce pays. Cela inclut le droit de construire un lieu de culte et un centre socio-culturel sur un terrain privé dans le lower Manhattan, en respect des lois et décrets locaux. Nous sommes en Amérique. Notre engagement en faveur de la liberté de religion doit être inébranlable. Barack Hussein Obama
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
En 1453, immédiatement après la prise de Constantinople, la basilique fut convertie en mosquée, conservant le même nom, Ayasofya, comme symbole de la conquête. À cette époque, le bâtiment était très délabré : plusieurs de ses portes ne tenaient plus. (…) Le sultan Mehmed II ordonna le nettoyage immédiat de l’église et sa conversion en une mosquée. Contrairement aux autres mosaïques et peintures murales des églises de la ville, la mosaïque de Marie dans l’abside de Sainte-Sophie ne fut pas, pour des raisons obscures, recouverte de lait de chaux par ordre de Mehmed II[. Pendant cent ans, elle fut couverte d’un voile puis eut le même traitement que les autres. Wikipedia
La Grande Mosquée des Omeyyades de Damas, construite entre 705 et 715, est un édifice religieux musulman édifié par le calife Omeyyade Al Walid Ier. Cette grande mosquée (…) se situe à l’emplacement de l’ancienne église Saint Jean le Baptiste (IVe siècle), qui elle-même avait été construite sur un ancien téménos romain dédié à Jupiter. On peut donc dire qu’elle a été bâtie sur l’endroit considéré comme le plus saint de la ville par ses habitants. Wikipedia
En 2004, la Commission islamique d’Espagne, soutenue par le parti socialiste espagnol, réclame officiellement au Vatican le droit pour les musulmans de prier au sein de la mosquée-cathédrale. Le Saint-Siège oppose un refus catégorique. En 2006, l’archevêque de Cordoue ne change pas de position. Il assure que «l’utilisation partagée de la cathédrale par les catholiques et par les musulmans ne contribuerait en rien à la coexistence pacifique des différentes confessions religieuses». En octobre 2007, c’est la Ligue arabe qui revendique ce droit à la conférence de l’OSCE, avant que la Commission Islamique d’Espagne n’appelle en novembre 2008, l’UNESCO à se prononcer, toujours sans succès. Le Figaro (29.04.10)
Des responsables de l’Eglise grecque orthodoxe qui essaient de reconstruire la seule église détruite dans les attentats du 11/9 ont exprimé leur consternation cette semaine en apprenant par Fox News que des officiels du gouvernement avait enterré un projet de reconstruire l’église un peu plus loin. Fox News
Personne n’a rien contre les centres culturels japonais, mais en construire un à Pearl Harbor serait une offense. (…) Le lieu choisi a son importance. (…) Pas de passerelle pour les touristes au-dessus de Gettysburg, pas de couvent à Auschwitz – et pas de mosquée à Ground Zero. Charles Krauthammer
Je n’arrive pas à imaginer que les musulmans veuillent réellement une mosquée à cet endroit particulier, parce que ce deviendra une arène pour les promoteurs de la haine et un monument à ceux qui ont commis ce crime. D’ailleurs, il n’y a pas de fidèles musulmans dans le quartier qui aient besoin d’un lieu de culte parce que c’est une zone commerciale. (…) Ce que les Américains n’arrivent pas à comprendre, c’est que la bataille contre les terroristes du 11/9 n’est pas leur bataille. C’est une bataille de musulmans – une bataille dont les flammes continuent à faire rage dans plus de 20 pays musulmans… Je ne pense pas que la majorité des musulmans veuillent bâtir un monument ou un lieu de culte qui demain peut devenir source de fierté pour les terroristes et leurs disciples musulmans, ni qu’ils veulent une mosquée qui deviendra un lieu de pèlerinage pour ceux qui haïssent l’islam… Ceci a déjà commencé à se produire: ils prétendent qu’une mosquée va être construite au-dessus des cadavres des 3 000 Américains qui furent enterrés vivants par des personnes criant Allah akbar’  – le même appel qu’on entendra dans la mosquée… Abd Al-Rahman Al-Rashed (PDG d’Al-Arabiya)
Au , la barbarie islamiste a coûté la vie à 90 de nos compatriotes. Moins de trois ans plus tard, s’y produira un individu ayant chanté « crucifions les laïcards » et se présentant comme une « islamo-caillera ». Sacrilège pour les victimes, déshonneur pour la France. Laurent Wauquiez
Les Blancs sont des démons, des cochons d’aucune moralité Lui était suffisamment black pour être décapité Ces incestueux nous ont barricadé Puis ils nous crèvent dans un tieks qu’ils ont fabriqué C’était un bon c’cousin, un fan de Black Panther Les Blancs des consanguins, lui lutte pour ses frères (Yeah) Ces porcs blancs vont loin Passe moi une arme de poing J’vais faire un pédophile de moins Impossible c’était un bon, un militant Quelques blancs préméditèrent comme le KK Klan Boitillant, une démarche arrogante Une manière de défier les autorités écrasantes Insolent, langage brute et brutal C’est le fantasme des pécheresses toubab Il incarnait l’image de tout ce que déteste la rue Un noir intelligent c’est un noir qu’on tue Voilà pourquoi des blancs l’auraient refroidi Lâchement, subitement, ces victimes, souvent.J’ai volontairement joué avec des représentations et des iconographies dans le but de tendre un piège à ceux qui s’arrêtent à une origine ou à une confession. Médine
« Dieu est mort selon Nietzsche “Nietzsche est mort” signé Dieu On parlera laïcité entre l’Aïd et la Saint-Matthieu Nous sommes les gens du Livre Face aux évangélistes d’Eve Angeli Un genre de diable pour les anges de la TV Reality Je porte la barbe j’suis de mauvais poil Porte le voile t’es dans de beaux draps Crucifions les laïcards comme à Golgotha. Médine
Je me revendique de cet esprit outrancier, satirique au nom de la liberté d’expression pour pouvoir blasphémer une valeur lorsqu’elle est dévoyée. C’est ce que j’ai fait avec le morceau Don’t Laïk. Médine
Crucifions les laïcards comme à Golgotha, c’est clairement un oxymore, dans ce qui est proposé comme image. On ne crucifiait pas les laïcards à Golgotha. Et d’ailleurs, il ne s’agit pas de crucifier à proprement dit les laïcards. (…) Parce qu’à la fin, je rappelle que la laïcité est possédée par un certain nombre de gargouilles de la République. Médine
Mon clip “Don’t Laïk” est un droit au blasphème de la laïcité dévoyée, donc je ne vais pas m’insurger face à un dessin quand moi-même, artistiquement, j’utilise les mêmes outils pour pouvoir dénoncer d’autres situations. Médine Zaouiche
Marianne, dix ans plus tard, dans un article intitulé “le marketing du Jihad”, a compris complètement à l’inverse le message de cet album. Alors qu’en réalité, (…) le but c’était redéfinir ce qu’était le djihad à destination de ceux qui pourraient mal le comprendre. Médine
Allons-nous laisser l’extrême droite dicter la programmation de nos salles de concerts, voire plus généralement limiter notre liberté d’expression ? Médine
Une salle qui brûle, c’est une époque qui meurt Quand l’Elysée-Montmartre est partie en feu J’crois que j’ai vécu mon World Trade Center La Mecque des rappeurs, 72, boulevard Rochechouart En moins d’un quart d’heure, tous les MCs ont dû voir rouge (…) Pourquoi appelle-t-on ça la fosse si je n’y ai vu que des vrais? (…)Tout ce que je voulais faire, c’était l’Bataclan. Médine
Tu te trouves aujourd’hui au cœur d’une polémique, causée par deux concerts que tu as prévu de donner en octobre au Bataclan. On te reproche les paroles de tes albums passés. Pour ma part je ne les commenterai pas. Que tu rêves de « crucifier les laïcards » ou de « jeter des fatwas sur la tête des cons » est ton droit. Que tu considères les « élites » comme des « propagandistes ultra laïcs » est une opinion qui t’appartient. Que tu refuses de te « laisser laïciser » est un privilège que tu mérites ; vivant précisément dans un pays laïque. Je n’appartiens pas à la « fachosphère », je ne suis pas d’extrême droite – et tu l’auras compris, je ne t’appellerai pas, comme on peut le lire sur Internet, le « salaf en Stan Smith ». Je ne suis pas non plus un partisan de la censure. Je souhaite que puisses écrire les paroles de ton choix sans te soucier d’une quelconque morale, contraire à l’idée de création. Je ne demande qu’à te croire, seulement j’ai écouté ta chanson, et je bute toujours sur une énigme. Non, si je t’écris aujourd’hui, c’est d’écrivain à écrivain, ou peut-être d’homme à homme, pour t’interroger sur une chanson. Pas Don’t laïk, certes amplement critiquée, mais celle que tu utilises comme excuse pour te dédouaner de toute complaisance envers le terrorisme islamiste : Bataclan – issue de Storyteller, ton dernier album en date. Que les choses soient claires : tu affirmais hier condamner « les abjects attentats du 13 novembre 2015 et toutes les attaques terroristes. » Je ne demande qu’à te croire, seulement j’ai écouté ta chanson, et je bute toujours sur une énigme, pour ne pas dire une sidération : comment peut-on, moins de trois ans après l’un des pires massacres perpétrés à Paris, écrire une chanson sur le Bataclan où il se produisit, sans en faire la moindre mention ? Tu me répondras que c’est un Bataclan rêvé que tu dépeins, détaché de l’actualité, qui remonte à ta jeunesse. Mais imaginerait-on tourner un remake de Coup de foudre à Notting Hill dans la jolie petite bourgade d’Auschwitz en 1948, qui fasse abstraction du camp nazi ? Raconter dans un poème une balade en amoureux dans Paris, le 17 octobre 1961, date de la répression sanglante par la police française contre les manifestants du FLN ? Concevoir une pièce de théâtre sur la beauté des locaux de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, où Mohammed Merah tua à bout portant quatre enfants juifs en 2012 ? Outré à raison, on appellerait cela du négationnisme. Car qui peut ignorer que certains lieux, que certaines dates – au-delà du symbole puisqu’on parle de sang –, sont porteurs d’une mémoire ? Tu ne l’ignores pas toi-même, puisque tu fais référence, dans cette même chanson, aux attentats du « World Trade Center », qui entraînèrent la mort de 2.977 personnes – pour les comparer toutefois à l’incendie accidentel de l’Élysée-Montmartre, qui ne fit aucune victime. Mais tu vas plus loin. Toujours dans Bataclan, tu t’interroges : « Pourquoi appelle-t-on ça la fosse ? Si je n’y ai vu que des vrais. Pourquoi appelle-t-on ça la fosse ? » Là non plus, deux ans après les assassinats de masse dont je parle, ne t’a-t-il pas paru opportun de t’interroger sur la portée de ces punchlines ? Car moi, ce que la fosse m’évoque, c’est la fosse commune réservée aux corps transpercés, égorgés, de 90 jeunes gens venus faire la fête, et voyant, en gisant dans leur sang, périr leurs amis au fil des balles. C’est sans doute le sens caché de ton image : «J’aime que les balcons grondent comme des rototos ? » (…) Depuis Charlie Hebdo, depuis le 13 novembre 2015, notre génération vit dans une autre France. On peut certes prendre ses distances avec le réel, mais comment le Bataclan a-t-il pu, déjà, devenir un lieu neutre à tes yeux ? Grâce à quel splendide aveuglement parviens-tu à écrire une chanson sur cette salle de concert-cimetière sans songer une seconde aux cadavres qu’elle charrie ? (…) Si tu es de bonne foi, ne serait-il pas temps de réfléchir à cette abstraction que tu fais des victimes dans un lieu si symbolique ? Est-ce l’islamisme ravageur que tu as peur de condamner ? En ce qui me concerne, je ne juge pas la validité d’une idée en fonction de Marine Le Pen, mais de mon propre idéal républicain. Et moi aussi, je doute, comme dans la si touchante chanson d’Anne Sylvestre, Les gens qui doutent. Chanson que Baptiste, le petit-fils de la chanteuse, ne peut plus fredonner : il fut assassiné le 13 novembre 2015 par trois garçons qui, s’il avait existé, auraient pu apprendre par cœur ton refrain tout-terrain : « Tout ce que je voulais faire, c’était le Bataclan. » Arthur Dreyfus
Jihad, le plus grand combat est contre soi-même est un projet paru en 2005 dans le contexte de l’après-guerre d’Irak. Le nom complet de l’album fait référence à la notion de « grand jihad » qui implique un effort de lutte intérieure pour chaque individu. 20 minutes
The song, which talks of « crucifying the secularists like at Golgotha, » happened to come out just a week before terrorists killed 12 people at the satirical weekly magazine Charlie Hebdo in 2015. NPR

A quand une mosquée au Bataclan ?

A l’heure où à la veille d’un concert annoncé …

D’un rappeur dénommé Médine et maitre ès taqiyya chantant le djihad (intérieur, s’il vous plait !) …

Dans la salle même où il y a à peine trois ans ledit djihad a fait plus d’une centaine de morts et de blessés …

Nos belles âmes se joignent à l’islamo-racaille auto-déclarée …

Pour accuser qui vous savez de vouloir « dicter la programmation de nos salles de concerts, voire plus généralement limiter notre liberté d’expression » …

Pendant qu’à Toulouse un imam se voit mis au pilori pour avoir cité, dans sa propre mosquée, une simple parole du Prophète

Comment ne pas repenser …

Ultime avatar du fameux syndrome de Stockholm

A ces autres belles âmes le président Obama en tête …

Qui neuf ans à peine après les attentats djihadistes du 11 septembre …

Défendaient le droit de construire une mosquée à Ground zero même ?

Non, le rappeur Médine n’a pas utilisé une affiche « Jihad » pour son concert au Bataclan

FAKE OFF Il s’agit du visuel d’un album sorti en 2005…

Samba Doucouré
20 minutes
11/06/18

Plusieurs responsables politiques ont relayé une affiche du concert du rappeur Médine au Bataclan mettant en avant un visuel de sabre et le mot «Jihad»

Il s’agit d’un montage composé avec le visuel d’un album daté de 2005

Le rappeur Médine est au cœur d’une polémique depuis vendredi 9 juin et le lancement d’une campagne pour l’annulation de ses concerts au Bataclan prévu les 19 et 20 octobre prochain dans ce lieu où un attentat le 13 novembre 2015 a fait 90 morts et des centaines de blessés.

Plusieurs personnalités politiques telles que Marine Le Pen (Rassemblement national), Laurent Wauquiez (LR) se sont fait l’écho de cette campagne.

Un visuel affichant le rappeur du Havre portant un pull « Jihad » où un sabre jaune est apparent, circule sur Twitter et est présenté comme l’affiche du concert. Ce visuel a été relayé par plusieurs comptes dont celui de Marine Le Pen.

« Aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du #Bataclan. La complaisance ou pire, l’incitation au fondamentalisme islamiste, ça suffit ! MLP #PasDeMédineAuBataclan », affirme notamment Marine Le Pen.

FAKE OFF

La campagne « Pas de Médine au Bataclan » a été lancée par l’activiste identitaire Damien Rieu, membre du site Fdesouche. Il a tweeté cette image qui est en fait un montage, associant un visuel promotionnel d’un album de Médine datant de plusieurs années, et le visuel des prochains concerts de l’artiste au Bataclan. Jihad, le plus grand combat est contre soi-même est un projet paru en 2005 dans le contexte de l’après-guerre d’Irak. Le nom complet de l’album fait référence à la notion de « grand jihad » qui implique un effort de lutte intérieure pour chaque individu.

Le rappeur s’est déjà exprimé sur l’usage de ce terme. « J’ai volontairement joué avec des représentations et des iconographies dans le but de tendre un piège à ceux qui s’arrêtent à une origine ou à une confession » s’expliquait le Havrais lors d’une interview accordé à Clique en février 2017. Il ajoute que son message s’adressait alors « à ceux qui seraient tentés d’aller combattre et à ceux qui ont une connaissance complètement galvaudée de ce terme ». « Aujourd’hui, sortir un album avec ce titre-là serait impossible », confessait-il alors à Mouloud Achour.

Voir aussi:

Le rappeur Médine au Bataclan : la polémique en quatre questions

La venue du rappeur dans la célèbre salle parisienne en octobre déplaît à de nombreux élus de droite et d’extrême droite, qui réclament l’annulation des concerts.

 Gary Dagorn

Le Monde

Depuis samedi 9 juin, de nombreux élus de droite et d’extrême droite ont fait part de leur vif mécontentement concernant la programmation dans la célèbre salle parisienne du Bataclan du rappeur Médine, un auteur-interprète populaire, mais dont les textes engagés ont été critiqués par le passé.

  • Comment est née la polémique ?

Tout part du tweet d’un internaute daté du 7 juin, relayant un extrait des paroles d’une chanson du rappeur Médine, qui doit donner deux concerts les 19 et 20 octobre au Bataclan. La chanson en question, Don’t Laïk, sortie le 1er janvier 2015, six jours avant l’attentat contre Charlie Hebdo, et dans laquelle Médine dénonce l’instrumentalisation de la laïcité, comporte les paroles suivantes :

« Dieu est mort selon Nietzsche
“Nietzsche est mort” signé Dieu
On parlera laïcité entre l’Aïd et la Saint-Matthieu
Nous sommes les gens du Livre
Face aux évangélistes d’Eve Angeli
Un genre de diable pour les anges de la TV Reality
Je porte la barbe j’suis de mauvais poil
Porte le voile t’es dans de beaux draps
Crucifions les laïcards comme à Golgotha. »

Cette dernière phrase, qui fait référence au lieu où Jésus fut condamné à mort, selon les évangiles, est extraite et relayée les 7 et 8 juin dans quelques tweets critiquant la programmation de l’artiste au Bataclan, mais sans provoquer de réactions médiatiques, hormis un article de Russia Today le 8 juin au soir. Ce n’est que le lendemain que le sujet prend de l’ampleur, relayé dès le début d’après-midi par des élus et des cadres du Rassemblement national (dont Marine Le Pen). Ce sont ensuite des élus Les Républicains qui reprendront l’information (Isabelle Balkany, Valérie Boyer, Eric Ciotti, Laurent Wauquiez), suivis par des élus La République en marche (Aurore Bergé, Blandine Brocard).

Sur la base de cet extrait (« Crucifions les laïcards comme à Golgotha ») et d’une affiche datant de 2005 de son album Jihad, le plus grand combat est contre soi-même, ces élus de droite et d’extrême droite réclament avec vigueur l’annulation des deux concerts de l’artiste au Bataclan, estimant que ces représentations entachent la mémoire des quatre-vingt-dix personnes qui périrent dans la salle lors de l’attaque de trois djihadistes, le 13 novembre 2015. Ne répondant à aucun appel, le Bataclan a maintenu sa programmation.

Lundi 11 juin, l’avocate Samia Maktouf, qui défend une vingtaine de victimes, a écrit au préfet de police de Paris afin de demander l’interdiction des concerts de Médine.

Depuis, la page Facebook du Bataclan a été inondée de messages violents, et plusieurs survivants du 13 novembre 2015 ont été harcelés en ligne pour avoir défendu la liberté de programmation de la salle de concert, selon LCI. Sophie, une survivante blessée lors de l’attaque, témoigne des nombreux messages haineux qu’elle a reçus pour avoir critiqué la récupération politique par Laurent Wauquiez : « “Dommage que tu n’aies pas crevé”, “tu as le syndrome de Stockholm”, de la part des mêmes qui, il y a deux ans, nous appelaient des héros… »

  • Que dit la loi ?

La liberté de réunion est régie par la loi du 30 juin 1881, qui dispose que « les réunions publiques sont libres » et qu’« elles peuvent avoir lieu sans autorisation préalable ». Il incombe toutefois aux organisateurs d’« empêcher toute infraction aux lois, d’interdire tout discours contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs, ou contenant provocation à un acte qualifié crime ou délit ». En d’autres mots, les pouvoirs publics peuvent interdire un spectacle en invoquant un risque de « trouble à l’ordre public » ou dénoncer le contenu illégal dudit spectacle.

C’est ce premier motif que Me Maktouf a invoqué auprès du préfet de police de Paris. Mais selon Gilles Devers, avocat spécialiste des libertés fondamentales, qui s’exprimait dans le cadre des spectacles de Dieudonné M’Bala M’Bala, une telle interdiction ne pourrait avoir lieu « que si la police n’était pas capable d’assurer l’ordre public, ce qui ne saurait se justifier dans le cas d’une salle de spectacle fermée ». Le second motif invoqué par Me Maktouf, l’« atteinte à la mémoire des victimes », ne relève en revanche pas de la loi et ne peut être invoqué pour justifier une quelconque interdiction.

Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, a rappelé ces principes, disant que « la seule réponse à apporter c’est (…) la réponse du droit et non pas répondre sous le coup de l’émotion ». « Les salles sont libres de programmer qui elles veulent » et « la liberté de l’artiste est totale sauf s’il y a incitation à la haine raciale, s’il y a trouble à l’ordre public et ça, c’est au droit de le dire », a-t-il dit sur CNews, ajoutant que le rappeur « n’a pas été à ce stade condamné, qu[’il le] sache ».

  • Médine a-t-il répondu aux critiques ?

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, Médine a tenu à renouveler ses « condamnations passées à l’égard des abjects attentats du 13 novembre 2015 et de toutes les attaques terroristes ». L’interprète a également dénoncé le « détournement » du sens de ses chansons par « l’extrême droite et ses sympathisants » ainsi que leur instrumentalisation de « la douleur des victimes et de leur famille ». « Allons-nous laisser l’extrême droite dicter la programmation de nos salles de concerts, voire plus généralement limiter notre liberté d’expression ? », a-t-il conclu.

En janvier 2015, il s’était déjà expliqué sur son titre Don’t Laïk (un jeu de mots avec le I Don’t Like du rappeur américain Chief Keef) : « Je me revendique de cet esprit outrancier, satirique au nom de la liberté d’expression pour pouvoir blasphémer une valeur lorsqu’elle est dévoyée. C’est ce que j’ai fait avec le morceau Don’t Laïk. »

Un an plus tard, le rappeur a eu l’occasion d’expliquer plus longuement son utilisation de la satire et de la provocation dans ces débats de société sur le plateau d’Arrêt sur images. « Crucifions les laïcards comme à Golgotha, c’est clairement un oxymore, dans ce qui est proposé comme image. On ne crucifiait pas les laïcards à Golgotha. Et d’ailleurs, il ne s’agit pas de crucifier à proprement dit les laïcards. (…) Parce qu’à la fin, je rappelle que la laïcité est possédée par un certain nombre de gargouilles de la République. »

Médine Zaouiche, de son vrai nom, n’a pas caché qu’il reconnaissait « le droit au blasphème » :

« Mon clip “Don’t Laïk” est un droit au blasphème de la laïcité dévoyée, donc je ne vais pas m’insurger face à un dessin quand moi-même, artistiquement, j’utilise les mêmes outils pour pouvoir dénoncer d’autres situations. »

Le rappeur est revenu à cette occasion sur les contresens frontaux sur son album Jihad. « Marianne, dix ans plus tard, dans un article intitulé “le marketing du Jihad”, a compris complètement à l’inverse le message de cet album. Alors qu’en réalité, (…) le but c’était redéfinir ce qu’était le djihad à destination de ceux qui pourraient mal le comprendre. »

En mars 2017, le rappeur a, cela dit, « eu la sensation d’être allé trop loin ». « La provocation n’a d’utilité que quand elle suscite un débat, pas quand elle déclenche un rideau de fer. Avec Don’t Laïk, c’était inaudible, et le clip a accentué la polémique », a déclaré le chanteur.

  • Quelle est la position des victimes du Bataclan ?

Lire aussi :   Le rappeur Médine accuse l’extrême droite de « limiter notre liberté d’expression »

Life for Paris, une association qui représente sept cents victimes des attentats du 13 novembre 2015, a dit que la salle « a[vait] aussi été victime des attentats » et qu’elle était « complètement libre de sa programmation », ajoutant qu’elle ne « laissera[it] personne instrumentaliser la mémoire des victimes ».

13onze15, une autre association de victimes d’environ trois cent cinquante adhérents, a une position plus nuancée. Le président de l’association, Philippe Duperron, a dit que les adhérents étaient divisés. « Certains défendent la liberté d’expression, d’autres contestent vigoureusement le personnage de Médine », a-t-il déclaré aux Inrocks. « Il s’agit pour nous, au minimum, d’une maladresse », a-t-il ajouté. Emmanuel Domenach, ancien vice-président de l’association, a quant à lui dénoncé à titre personnel l’« hypocrisie la plus pure » et une « polémique stérile ». « Ces élus n’ont que faire des victimes 99 % de l’année et là on monte une affaire en épingle pour apparaître dans les médias. Qu’on laisse les victimes là où elles sont. Elles n’ont rien demandé », a-t-il ajouté.

Voir également:

« Cher Médine, comment le Bataclan a-t-il pu, déjà, devenir un lieu neutre à tes yeux ? »

Présenté quelquefois comme une figure de la « génération Bataclan », l’écrivain Arthur Dreyfus, 32 ans, donne ici son point de vue sur la polémique mettant en cause le rappeur Médine.

Cher Médine,

Je te dis « tu » parce que nous appartenons, peu ou prou, à la même génération, et que nous sommes collègues. J’ai toujours considéré les auteurs-compositeurs comme des écrivains, en particulier les rappeurs, qui inventent, il me semble, une part importante de la poésie contemporaine. En tant qu’amateur de Trenet, de Queneau, de Gainsbourg, de raï – et bien sûr de jazz –, j’ai souvent du rap aux oreilles, entre deux titres de Juliette Armanet, de Barbara, ou avant le Quintette avec clarinette de Mozart.

Tu te trouves aujourd’hui au cœur d’une polémique, causée par deux concerts que tu as prévu de donner en octobre au Bataclan. On te reproche les paroles de tes albums passés. Pour ma part je ne les commenterai pas. Que tu rêves de « crucifier les laïcards » ou de « jeter des fatwas sur la tête des cons » est ton droit. Que tu considères les « élites » comme des « propagandistes ultra laïcs » est une opinion qui t’appartient. Que tu refuses de te « laisser laïciser » est un privilège que tu mérites ; vivant précisément dans un pays laïque. Je n’appartiens pas à la « fachosphère », je ne suis pas d’extrême droite – et tu l’auras compris, je ne t’appellerai pas, comme on peut le lire sur Internet, le « salaf en Stan Smith ». Je ne suis pas non plus un partisan de la censure. Je souhaite que puisses écrire les paroles de ton choix sans te soucier d’une quelconque morale, contraire à l’idée de création.

Je ne demande qu’à te croire, seulement j’ai écouté ta chanson, et je bute toujours sur une énigme.

Non, si je t’écris aujourd’hui, c’est d’écrivain à écrivain, ou peut-être d’homme à homme, pour t’interroger sur une chanson. Pas Don’t laïk, certes amplement critiquée, mais celle que tu utilises comme excuse pour te dédouaner de toute complaisance envers le terrorisme islamiste : Bataclan – issue de Storyteller, ton dernier album en date. Que les choses soient claires : tu affirmais hier condamner « les abjects attentats du 13 novembre 2015 et toutes les attaques terroristes. » Je ne demande qu’à te croire, seulement j’ai écouté ta chanson, et je bute toujours sur une énigme, pour ne pas dire une sidération : comment peut-on, moins de trois ans après l’un des pires massacres perpétrés à Paris, écrire une chanson sur le Bataclan où il se produisit, sans en faire la moindre mention ?

Tu me répondras que c’est un Bataclan rêvé que tu dépeins, détaché de l’actualité, qui remonte à ta jeunesse. Mais imaginerait-on tourner un remake de Coup de foudre à Notting Hill dans la jolie petite bourgade d’Auschwitz en 1948, qui fasse abstraction du camp nazi ? Raconter dans un poème une balade en amoureux dans Paris, le 17 octobre 1961, date de la répression sanglante par la police française contre les manifestants du FLN ? Concevoir une pièce de théâtre sur la beauté des locaux de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, où Mohammed Merah tua à bout portant quatre enfants juifs en 2012 ? Outré à raison, on appellerait cela du négationnisme. Car qui peut ignorer que certains lieux, que certaines dates – au-delà du symbole puisqu’on parle de sang –, sont porteurs d’une mémoire ? Tu ne l’ignores pas toi-même, puisque tu fais référence, dans cette même chanson, aux attentats du « World Trade Center », qui entraînèrent la mort de 2.977 personnes – pour les comparer toutefois à l’incendie accidentel de l’Élysée-Montmartre, qui ne fit aucune victime.

Ce que la fosse m’évoque, c’est la fosse commune réservée aux corps transpercés, égorgés, de 90 jeunes gens venus faire la fête, et voyant, en gisant dans leur sang, périr leurs amis au fil des balles.

Mais tu vas plus loin. Toujours dans Bataclan, tu t’interroges : « Pourquoi appelle-t-on ça la fosse ? Si je n’y ai vu que des vrais. Pourquoi appelle-t-on ça la fosse ? » Là non plus, deux ans après les assassinats de masse dont je parle, ne t’a-t-il pas paru opportun de t’interroger sur la portée de ces punchlines ? Car moi, ce que la fosse m’évoque, c’est la fosse commune réservée aux corps transpercés, égorgés, de 90 jeunes gens venus faire la fête, et voyant, en gisant dans leur sang, périr leurs amis au fil des balles. C’est sans doute le sens caché de ton image : « J’aime que les balcons grondent comme des rototos ? »

Pour ma part, le soir du Bataclan, je suis resté enfermé dans un restaurant voisin jusqu’à trois heures du matin, rideau baissé, partagé entre la panique et l’angoisse. Pardon : je n’ai pas pu m’empêcher de panik – pour une certaine idée de la liberté qui se résume, tout simplement, au droit d’aller écouter de la musique sans se faire exterminer. Depuis Charlie Hebdo, depuis le 13 novembre 2015, notre génération vit dans une autre France. On peut certes prendre ses distances avec le réel, mais comment le Bataclan a-t-il pu, déjà, devenir un lieu neutre à tes yeux ? Grâce à quel splendide aveuglement parviens-tu à écrire une chanson sur cette salle de concert-cimetière sans songer une seconde aux cadavres qu’elle charrie ?

Chacun a sa définition de ce que peut signifier « être un artiste », mais si je ne devais retenir qu’un mot, ce serait : le doute. L’artiste est celui qui doute, qui s’interroge en permanence, qui consent à s’amender. Si tu es de bonne foi, ne serait-il pas temps de réfléchir à cette abstraction que tu fais des victimes dans un lieu si symbolique ? Est-ce l’islamisme ravageur que tu as peur de condamner ? En ce qui me concerne, je ne juge pas la validité d’une idée en fonction de Marine Le Pen, mais de mon propre idéal républicain. Et moi aussi, je doute, comme dans la si touchante chanson d’Anne Sylvestre, Les gens qui doutent. Chanson que Baptiste, le petit-fils de la chanteuse, ne peut plus fredonner : il fut assassiné le 13 novembre 2015 par trois garçons qui, s’il avait existé, auraient pu apprendre par cœur ton refrain tout-terrain : « Tout ce que je voulais faire, c’était le Bataclan. »

Dernier ouvrage paru : Je ne sais rien de la Corée. Gallimard. 272 pages. 19,50 euros

A Paris concert that’s still months away is generating controversy. Muslim rapper Médine is scheduled to play at the Bataclan, the concert hall where 89 people were killed by Islamist extremists in a terrorist attack two and a half years ago.

The concert is stoking outrage among France’s right wing. Laurent Wauquiez, the head of the mainstream right party Les Republicans, tweeted that holding this concert would be sacrilege for the victims of the 2015 attack and a dishonor for France. Far right leader Marine Le Pen gathered thousands of signatures on a petition to ban the concert.

« Is it normal that a militant, fundamentalist, Islamist goes to the Bataclan to express his hatred and defend ideas that I believe are inciting crimes? » she asked a reporter during an appearance on France’s BFM TV.

But Médine says he’s always fought against radicalization in his music. And in a statement released by his record company he asked, « When did we start letting the far right manage the country’s concert halls? »

The 35-year-old rapper grew up in the working-class port town of Le Havre, France, the son of Algerian immigrants. Médine has described himself as an « Islamo-hooligan. » His lyrics talk mostly about the French Muslim experience — living in the ghetto, facing discrimination. His tone toward French society is often hostile.

Médine’s critics are focusing on a song he wrote in 2015 called « Don’t Laïk. » It is a double play on words: on the French word laïcité, which means secularism, and on the English « don’t like. » A lot of French Muslims feel the country’s official policy of secularism is used as an excuse to target their faith.

YouTube

« Your beard, my brother, it’s don’t laïk / Your veil, my sister in this country, it’s don’t laïk, » Médine raps in the song.

The song, which talks of « crucifying the secularists like at Golgotha, » happened to come out just a week before terrorists killed 12 people at the satirical weekly magazine Charlie Hebdo in 2015.

Detractors are also criticizing one of Médine’s albums, entitled Jihad. In a recent TV interview, Médine said people are twisting his lyrics and taking them out of context.

« First of all, the album had a subtitle, which was, ‘The biggest battle is against oneself’ — because jihad signifies the internal struggle above all, » Médine said. « And secondly, this album came out in 2005 in a completely different context. It would be impossible to title an album Jihad today. »

Médine has also worked to diffuse the French culture war over Islam. He co-wrote a book with a historian about racism in France. And his record label sells a line of T-shirts with the slogan, « I’m Muslim, Don’t Panik. »

Karim Amellal is working on a presidential commission to fight anti-Semitism and Islamophobia in France. He says this controversy has gotten so big because every Muslim identifies with the accusations against Médine.

« Muslims have the feeling they are not recognized for their accomplishments and they are always [associated] with terrorists and jihadists, » Amellal says.

Some of the survivors of the Bataclan terrorist attack have defended Médine. One tweeted that right-wing politicians should not exploit the victims of the attack for their bogus controversy.

« Marine Le Pen is even talking about ‘our deaths,’  » attack survivor Emmanuel Domenach wrote on Twitter. « It’s shameful. »

One victims’ association, Life for Paris, defended the Bataclan, saying it was against censorship, and the venue should be free to book who it wants. « We will not let anyone use the memory of the victims for political ends, as is the case here, » the association said in an official statement.

The theater itself has refused to get involved in the fray. But when reached on the phone, a Bataclan employee said that Médine has nothing to do with the terrorists.

Amellal says other rappers have much more offensive lyrics than Médine and that Médine never caused much controversy because he’s actually an intellectual rapper with very complicated lyrics. Amellal believes this debate has galvanized public opinion because it involves two groups that are victims.

« It’s like a showdown between two legitimate symbols, » he says. « The Bataclan, which is a very symbolic place because of the terrorist attack, and Médine and Islam. »

This spring, Médine released a new song, a sentimental ballad about the Bataclan. He raps, « All I ever wanted was to play the Bataclan. »

The lyrics don’t mention the attack. Writing in left-wing weekly magazine Marianne, novelist Arthur Dreyfus, who describes himself as being from the same generation as Médine, says the omission stuns him.

« That you dream of crucifying secularists, that’s your right and privilege living in this country. … I’m not in favor of censorship and I’m surely not a fascist, » Dreyfus writes. « But how can you, less than three years after one of the worst massacres ever perpetrated in Paris, write a song about the Bataclan, where it took place, without even mentioning it? »

Médine’s concert at the Bataclan is not until October. This debate is far from over.

Voir enfin:

Quand l’imam de la Grande Mosquée de Toulouse appelle au meurtre

Valeurs actuelles

28 juin 2018

Islamisation. Un prêche de décembre 2017 de l’imam Mohamed Tatai appelle les musulmans – en citant un hadith – à tuer des juifs. Il a été traduit et mis en ligne par l’Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI).

Le 26 juin, l’Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI) a mis en ligne la traduction d’un prêche de l’imam Mohamed Tatai tenu le 15 décembre 2017. Dans ce «discours» prononcé dans la mosquée Ennour à Toulouse, l’imam cite un «hadith» qui appelle tout simplement à tuer des juifs. Voilà le hadith en question cité par Mohamed Tatai :

«[Le Prophète Muhammad] nous a parlé de la bataille finale et décisive: ”Le Jour du Jugement ne viendra pas jusqu’à ce que les Musulmans combattent les Juifs, les Juifs se cacheront derrière les pierres et les arbres, et les pierres et les arbres diront : Oh musulman, oh serviteur d’Allah, il y a un Juif qui se cache derrière moi, viens le tuer.»

L’imam n’en est pas à son coup d’essai. Cela fait plus de trente ans –il est arrivé d’Algérie en 1987 – qu’il prêche uniquement en arabe. Un prêche du 4 février 2011 repéré et traduit par Islamineurope constitue une attaque directe contre notre régime politique : la démocratie est qualifiée de «religion bizarre» qui «sert à protéger les châteaux et à garder le dictateur». L’imam explique clairement attendre le retour du califat et défend la domination et la gouvernance des musulmans : «c’est la communauté à qui Allah a promis le retour du Califat, de la justice, de la victoire et de la gouvernance. C’est la communauté supérieure, Allah a dit : ‘Ne vous laissez pas battre, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais croyants.’» Rappelons que le retour du califat signifie la mise en place d’un Etat islamique dont le système juridique équivaut à la charia… Et tout ceci est prôné en France !

Dans ce même prêche, l’imam s’emploie aussi à une victimisation des musulmans. L’Occident est accusé de «falsifier la géographie et l’histoire» de la ville de Jérusalem. «Vous cherchez à emprisonner l’Islam, à l’enterrer, à le tuer», lance-t-il à destination de l’Occident. Loin, bien loin de l’Islam de la tolérance et de la paix…

Une drôle de coïncidence quand on sait que l’imam est le président du Cercle de dialogue civilisationnel, l’association porteuse du projet de construction de la Grande Mosquée de Toulouse. Cette dernière a été inaugurée samedi 23 juin dans le quartier d’Empalot. Le discours de l’imam Mohamed Tatai invoquait la paix et jugeait que la mosquée devait être un rempart contre l’extrémisme. Un double discours préoccupant…


Disparition de Philip Roth: Qu’est-ce que ce club qui m’admet comme membre? (After a lifetime of refusing to belong to any club that would have him as a member, the enfant terrible of the Jewish American novel and eternal Nobel also-ran tenders his final resignation)

28 mai, 2018

At three, I started Hebrew school. At ten, I learned a trade. I hear they’ve picked a bride for me. I hope she’s pretty. Tradition (Fiddler on the roof)
 Je vous prie d’accepter ma démission. Je refuse de faire partie d’un club qui est prêt à m’admettre parmi ses membres. Groucho Marx (télégramme au Friars Club de Beverly Hills)
Avec ce qu’on appelle la « démocratisation » de l’univers scolaire, c’est-à-dire la généralisation de l’accès à l’enseignement secondaire, des institutions se sont transformées par le fait qu’elles accueillaient des gens qui, à un autre stade du système, n’y auraient pas eu accès: il y a donc des gens qui, quand ils y sont, n’y sont toujours pas, puisque le lieu où ils sont n’est plus le même du fait qu’ils y sont. C’est la même chose pour les clubs – voir la boutade de Groucho Marx: « Qu’est-ce que ce club qui m’admet comme membre?  » Pierre Bourdieu
L’une des règles minimales de la Nouvelle Société veut que tout ce qui rappelle la nostalgie de la boue – les manières d’être du peuple, le pittoresque, la vitalité fruste de ces gens, et leurs logements à bon marché – soit bien ; alors que tout ce qui a un caractère bourgeois, noir ou blanc, est mal. D’où il résulte que le chic gauchiste favorise dans la gauche ce qui paraît primitif, exotique et pittoresque, comme les travailleurs agricoles saisonniers, qui ne sont pas seulement de gauche et « près de la terre », mais de plus sont des Latino-Américains ; les Panthers avec leurs blousons de cuir, leurs coiffures afro, leurs lunettes de soleil et leurs fusillades ; et les Indiens Peaux-Rouges qui, bien sûr, ont toujours paru primitifs, exotiques et pittoresques. Au début du moins, ces trois groupes avaient un trait commun qui les rendait particulièrement acceptables: leurs quartiers généraux se tenaient à près de cinq mille kilomètres de l’East Side de Manhattan, en des endroits comme Delano (pour les travailleurs agricoles), Oakland (pour les Panthers), l’Arizona et le Nouveau-Mexique (pour les Indiens). On ne risquait pas trop… de marcher dessus, en somme. Exotiques, pittoresques et lointains… Comme nous le verrons bientôt, d’autres créatures partageaient avec eux, pour les mêmes raisons, les sympathies du chic gauchiste ; à savoir les ocelots, les jaguars, les léopards et les panthères des Somalis. Tom Wolfe (1963)
Le politiquement correct, que je surnomme PC, pour «police citoyenne», est né de l’idée marxiste que tout ce qui sépare socialement les êtres humains doit être banni pour éviter la domination d’un groupe social sur un autre. Par la suite, ironiquement, le politiquement correct est devenu l’instrument des «classes dominantes», l’idée d’une conduite appropriée pour mieux masquer leur «domination sociale» et se donner bonne conscience. Peu à peu, le politiquement correct est même devenu un marqueur de cette «domination» et un instrument de contrôle social, une manière de se distinguer des «ploucs» et de les censurer, de délégitimer leur vision du monde au nom de la morale. Les gens doivent désormais faire attention à ce qu’ils disent. C’est de pire en pire, en particulier dans les universités. (…) À travers Radical Chic, je décrivais l’émergence de ce qu’on appellerait aujourd’hui la «gauche caviar» ou le «progressisme de limousine», c’est-à-dire une gauche qui s’est largement affranchie de toute empathie pour la classe ouvrière américaine. Une gauche qui adore l’art contemporain, s’identifie aux causes exotiques et à la souffrance des minorités, mais méprise les «rednecks» de l’Ohio. Des Américains ont eu le sentiment que le Parti démocrate faisait tellement des pieds et des mains pour aller séduire les différentes minorités qu’il en arrivait à négliger une partie encore considérable de la population. A savoir cette partie ouvrière de la population qui, historiquement, a toujours été la moelle épinière du Parti démocrate. Durant cette élection, l’aristocratie démocrate a pris le parti de favoriser une coalition de minorités et d’exclure de ses préoccupations la classe ouvrière blanche. Et Donald Trump n’a plus eu qu’à se pencher pour ramasser tous ces électeurs et les rallier à sa candidature. Tom Wolfe
You thought you could skip out … of yourself and write American. Bech … let me ask you. Can you say the Lord’s prayer? … Well, ninety percent of the zhlubs around you can. It’s in their heads. They can rattle … the damn thing right off … how can you expect to write about people … when you don’t have a clue to the chozzerai … that’s in their heads … they stuck it out … but that God-awful faith … Bech … when it burns out … it leaves a dead spot. That’s where America is … in that dead spot. Em, Emily, that guy in the woods … Hem, Mel, Haw … they were there. No in thunder … the Big No. Jews don’t know how to say No. All we know is Yes. John Updike
The room begin to ascend. It lifted. It rose like an ark on waters. Lucy said inside her mind, “This chamber of Jews.” It seemed to her that the room was levitating on the little grains of the refugee’s whisper. She felt herself alone at the bottom, below the floorboards, while the room floated upward, carrying Jews. Why did it not take her too. Cynthia Ozick
Today, Newark is my Stockholm and that plaque is my prize. Philip Roth
Je ne pouvais écrire tout un livre sur Londres. En seulement huit semaines, l’Angleterre avait fait un juif de moi. (…) J’ai eu la gloire littéraire. J’ai eu la gloire sexuelle et j’ai même eu la gloire d’être pris pour un fou. J’ai reçu des centaines de lettres, une centaine par semaine, certaines d’entre elles accompagnées de photos de filles en bikinis. J’ai eu beaucoup d’occasions de rater ma vie. Philip Roth
His is an essential voice on what it meant to be a Jewish American at a time when Jews, and indeed other ethnics, were on their way to becoming white. Clement Price (Rutgers Newark)
“The Human Stain” was inspired, rather, by an unhappy event in the life of my late friend Melvin Tumin, professor of sociology at Princeton for some thirty years. One day in the fall of 1985, while Mel, who was meticulous in all things large and small, was meticulously taking the roll in a sociology class, he noted that two of his students had as yet not attended a single class session or attempted to meet with him to explain their failure to appear, though it was by then the middle of the semester. Having finished taking the roll, Mel queried the class about these two students whom he had never met. “Does anyone know these people? Do they exist or are they spooks?”—unfortunately, the very words that Coleman Silk, the protagonist of “The Human Stain,” asks of his classics class at Athena College in Massachusetts. Almost immediately Mel was summoned by university authorities to justify his use of the word “spooks,” since the two missing students, as it happened, were both African-American, and “spooks” at one time in America was a pejorative designation for blacks, spoken venom milder than “nigger” but intentionally degrading nonetheless. A witch hunt ensued during the following months from which Professor Tumin—rather like Professor Silk in “The Human Stain”—emerged blameless but only after he had to provide a number of lengthy depositions declaring himself innocent of the charge of hate speech. A myriad of ironies, comical and grave, abounded, as Mel had first come to nationwide prominence among sociologists, urban organizers, civil-rights activists, and liberal politicians with the 1959 publication of his groundbreaking sociological study “Desegregation: Resistance and Readiness,” and then, in 1967, with “Social Stratification: The Forms and Functions of Inequality,” which soon became a standard sociological text. Moreover, before coming to Princeton, he had been director of the Mayor’s Commission on Race Relations, in Detroit. Upon his death, in 1995, the headline above his New York Times obituary read “MELVIN M. TUMIN, 75, SPECIALIST IN RACE RELATIONS.” But none of these credentials counted for much when the powers of the moment sought to take down Professor Tumin from his high academic post for no reason at all, much as Professor Silk is taken down in “The Human Stain.” (…) As with the distinguished academic career of the main character of “The Human Stain,” Mel’s career, having extended for over forty years as a scholar and a teacher, was besmirched overnight because of his having purportedly debased two black students he’d never laid eyes on by calling them “spooks.” To the best of my knowledge, no event even remotely like this one blighted Broyard’s long, successful career at the highest reaches of the world of literary journalism. This “spooks” event is the initiating incident of “The Human Stain.” It is the core of the book. There is no novel without it. There is no Coleman Silk without it. Every last thing we learn about Coleman Silk over the course of three hundred and sixty-one pages begins with his unwarranted persecution for having uttered “spooks” aloud in a college classroom. In that one word, spoken by him altogether innocently, lies the source of Silk’s anger, his anguish, and his downfall. His heinous, needless persecution stems from that alone, as do his futile attempts at renewal and regeneration. All too ironically, that and not his enormous lifelong secret—he is the light-skinned offspring of a respectable black family from East Orange, New Jersey, one of the three children of a railroad dining-car porter and a registered nurse, who successfully passes himself off as white from the moment he enters the U.S. Navy at nineteen—is the cause of his humiliating demise. (…) Coleman Silk, on the other hand, is killed malevolently, murdered in a planned, prearranged car crash while driving with his unlikely mistress, Faunia Farley, a local farmhand and lowly janitor in the very college where he has been a highly esteemed dean. The revelations that flow from the specific circumstances of Silk’s murder stun his survivors and lead to the novel’s ominous conclusion on a desolate, iced-over lake where a showdown of sorts occurs between Nathan Zuckerman and Faunia and Coleman’s executioner, Faunia’s ex-husband, the tormented, violent Vietnam vet Les Farley. Neither Silk’s survivors nor his murderer nor his janitor mistress found their source anywhere other than in my imagination. (…) over the years, not a few people had wondered if, because of certain seemingly Negroid features—his lips, his hair, his skin tone—Mel Tumin, who was adamantly Jewish in the overwhelmingly Waspy Princeton of his era, might not be an African-American passing for white. This was another fact of Mel Tumin’s biography that fed into my early imaginings of “The Human Stain.” My protagonist, the academic Coleman Silk, and the real writer Anatole Broyard first passed themselves off as white men in the years before the civil-rights movement began to change the nature of being black in America. Those who chose to pass (this word, by the way, doesn’t appear in “The Human Stain”) imagined that they would not have to share in the deprivations, humiliations, insults, injuries, and injustices that would be more than likely to come their way should they leave their identities exactly as they’d found them. During the first half of the twentieth century, there wasn’t just Anatole Broyard alone—there were thousands, probably tens of thousands, of light-skinned men and women who decided to escape the rigors of institutionalized segregation and the ugliness of Jim Crow by burying for good their original black lives. Philip Roth
I understand your point that the author is the greatest authority on their own work, but we require secondary sources. The Wikipedia Administrator
D’Albuquerque à Séoul, de New York à Panama, de Londres à Lagos, Jean-Marie Le Clézio voyage, traverse et aime un grand nombre de pays, de gens, de civilisations, de cultures. Bernard Kouchner
Les statuts du Nobel parlent de récompenser une œuvre avec des idéaux et les livres de Le Clézio sont pleins d’humanité. Il est à cheval sur plusieurs cultures, l’Amérique latine, l’Afrique, l’Europe. Tout cela plait beaucoup à l’Académie. Editeur suédois
Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint. Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis.  Ils ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent. (…) En Europe vous pouvez bâtir votre œuvre, en toute tranquillité, sans crainte d’être battu à mort. Horace Engdahl
On pourrait penser que le premier secrétaire d’une académie qui a oublié de récompenser Proust, Joyce et Nabokov, nous épargnerait ses leçons de morale. David Remnick (New Yorker)
It reminds me a little bit of the Apollo space programme that Uganda instituted under the rule of Idi Amin, where they had rockets and so on, except that they were made out of balsa wood. It strikes me as a kind of publicity stunt for a prize that in recent years has demonstrated its fatuousness and political complexion with one political laureate after the next punctuated now and then by a VS Naipaul just to lend a patina of credibility. Roger Kimball (The New Criterion)
The Nobel has the great glamour. It also has the burden of being a kind of kiss of death. Many writers think it crowns your life effort and nothing that you do afterwards is as good. It is a mixed blessing. But your name is in the history books. Michael Dirda
Tout s’est passé très vite. Lorsqu’il publie «Portnoy» en 1959, il reçoit aussitôt le National Book Award. Mais il publie très rapidement une nouvelle dans le «New Yorker», «Défenseur de la foi», qui fait polémique. On l’accuse d’être un mauvais juif, un renégat. Les rabbins prennent violemment position contre lui. Il y en a même un qui déclare qu’au Moyen Age, «on savait quoi faire de ces gens-là». Roth est considéré comme un juif antisémite. Il faut dire qu’avec «Portnoy», où le héros se branle à tout-va, il avait aussi fait scandale. (…) Il me le disait toujours. Il se sentait sanctifié chez nous. Je lui ai apporté, en octobre dernier, le volume de la Pléiade qui lui est consacré. Il était très fier. Il voulait savoir si d’autres écrivains étaient rentrés de leur vivant dans la prestigieuse collection. Josyane Savigneau
According to the reproachful Yiddishists, who saw “Fiddler” as sentimentalizing and oversimplifying a rich and complex history, this was precisely where the musical went wrong. Decrying American Jews who “went wild” for the musical, Howe chided: “The less… they know about East European Jewish life or even the immigrant Jewish experience in America, the more inclined they seem to celebrate it.” Writer Cynthia Ozick condemned “Fiddler” for milking “nostalgia for a sweeter time, pogroms notwithstanding.” But what these critics couldn’t appreciate was that “Fiddler,”as Yiddish literary scholar Seth Wolitz has argued, was performing important cultural work for a community in the throes of rapid upward mobility, which they experienced as both thrilling success and threat to the preservation of familial ties and traditions. As Wolitz details, the changes made to the Sholom Aleichem stories worked to Americanize the material and to assert the mythos of Jewish adaptability and continuity. Bock, Harnick and Stein eliminated the most painful of the source stories (in “Shprintze,” for instance, one of Tevye’s daughters drowns herself). They turned Chava’s brutish gentile husband into a decent fellow who repudiates prejudice. Unlike the end of the “Tevye der Milkhiger” stories, which leave the hero wandering aimlessly and alone, with his wife dead and his daughters variously departed, in “Fiddler” he and most of his family are heading to America. As Wolitz notes, “Fiddler” presented Jews as already having adopted the American ideals of tolerance and individual rights in Anatevka. Like pilgrims, they needed to escape religious persecution and come to this promised land in order for those values to find fulfillment. And “Fiddler” managed to appeal as powerfully to non-Jews. While Jewish spectators could recognize the Sabbath candle lighting, the wedding chupah and other familiar markers of Jewish practice presented in the play, their gentile counterparts were given ample clues for making sense of such activities while connecting to the broader issues of generational conflict, the pressures of modernity and the evils of bigotry. In a deliberate effort to keep the show widely accessible, its writers proudly avoided using Yiddish. In the few instances in which it does turn up, it is thoroughly, even redundantly, explained: “To life, to life, l’chaim! L’chaim, l’chaim, to life.” (And they were furious when, a couple of months into the run, Zero Mostel began shticking it up with Yiddish ad-libs.) Librettist Stein delighted in telling an anecdote about the 1960s-era premiere in Tokyo: A local producer asked him whether Americans could really understand ‘Fiddler’ given that “it’s so Japanese.” Today, however, “Fiddler” is hoarded as the exclusive property of Jews, and not only by those who rejected the 2004 production. Wolitz argued that in 1964, “Fiddler on the Roof” helped American Jews consolidate their Americanness. He was right. But, as I’ll explore next week, these days it helps them firm up their Jewishness. Alisa Solomon
You could say he was protesting too much. I think he expressed to perfection the experience of the generation of American Jews who were assimilating rapidly. I belong to that generation. I came at the tag end of it, really. In 1964 or ’65, Fiddler on the Roof was produced on Broadway. And Fiddler on the Roof is really a musical about intermarriage. Coincidentally or not, that was the moment when American Jews began to intermarry in great numbers, and the feeling of a very separate identity of American Jews was totally transformed. I think Roth describes that pre-Fiddler moment of separateness, and is very moving and engaging about it. I think not only people who grew up as Jews and remember that time, but any immigrant population or minority population or religious population that grew up within a separate community and then broke out of it and saw it change, I think will identify with that. Elaine Showalter
Ironie du sort, l’écrivain américain disparaît l’année du report du prestigieux prix littéraire, pour cause de scandale sexuel en son sein. (…) Messieurs les Jurés du Nobel, apprenez que Philip Roth a désormais sa place dans la Pléiade à côté de William Faulkner, Ernest Hemingway et Francis Scott Fitzgerald. Mais aussi – et surtout – de Franz Kafka et de Milan Kundera auxquels le lient le rire et l’angoisse. Bob Dylan ne peut pas en dire autant. Certes, un peu avare de son papier bible, comme c’est désormais l’usage, la maison Gallimard n’a retenu que cinq livres pour ce premier volume couvrant les années 1959 à 1977. Mais ne boudons pas notre plaisir, la lecture suivie de Goodbye, Colombus, la Plainte de Portnoy, le Sein, Ma vie d’homme et Professeur de désir permet de nous souvenir du choc que fut la révélation d’un écrivain dans l’Amérique du président Nixon. C’était en 1969, lorsque a paru Portnoy’s Complaint, dont les éditeurs ont revu la traduction et changé le titre français. (…) Près d’un demi-siècle après sa publication, cette peinture de la petite bourgeoisie juive américaine et la mise en scène de l’obsession sexuelle en terre puritaine demeure hilarante. Long monologue d’un homme assis en face de son psychiatre, c’est un livre envoûtant, jubilatoire, provocateur, excentrique, tendre et méchant à la fois, qui désacralise la culture hébraïque en exaltant ce que le critique russe Mikhaïl Bakhtine a nommé « le bas corporel » à propos de l’œuvre de Rabelais. (…) Dès son premier livre, Roth a choqué les juifs conservateurs et les chaisières bien-pensantes, mais, immédiatement, il a été reconnu par ses aînés Saul Bellow et William Styron comme un écrivain « du bâtiment ». C’est d’ailleurs chez Styron que l’a rencontré le romancier français Michel Mohrt qui l’a fait publier à Paris, comme il avait auparavant fait publier Robert Penn Warren et Jack Kerouac. (…) Il y a beaucoup de juifs ridicules et de femmes stupides et désirables dans l’œuvre de Philip Roth. Pour les juifs, ceux qu’il met en scène dans Goobye, Colombus ne sont pas à leur avantage. Pour les femmes, il n’y a que Claire qui soit en pleine lumière dans Professeur de désir. Dès l’origine, cet art qu’il a de forcer dans l’épouvante a suscité des malentendus. Après la parution de Portnoy’s Complaint, les coups les plus durs sont venus des milieux juifs. Un critique du magazine Midstream a ainsi accusé le romancier d’avoir repris les clichés de Goebbels sur le juif prédateur sexuel désireux de souiller l’univers des gentils. C’est toujours et partout la même histoire : on n’est jamais moins bien servi que par les siens. (…) Dans l’œuvre de Roth, les situations d’énonciation sont plus subtiles que ne l’ont cru ceux qui, à l’époque de ses premiers livres, l’ont trop rapidement taxé d’antisémitisme et de misogynie. Il ne faut pas oublier que parmi ses saints patrons figure Gustave Flaubert, ce même Flaubert qui jurait : « Madame Bovary, c’est moi. » De même que William Faulkner n’est pas seulement dans les petits Blancs racistes mis en scène dans ses romans, mais aussi dans le corps et l’âme de Lena Grove de Lumière d’août, dans le corps et l’âme des Noirs du comté de Yoknapatawpha qui ont duré et enduré, durent et endurent encore, Philip Roth n’est pas tout entier dans l’ironie grinçante de ses narrateurs. Il est dans chacun de ses personnages, hommes et femmes, juifs et gentils, en marche à travers les contrariétés et les insuffisances de la vie vers un lieu de repos, un royaume de lumière et de paix qui ressemblerait à l’enfance. Alors, messieurs les Jurés du Nobel, convaincus ? Marianne
Il refusait d’être qualifié d’écrivain juif américain. Il disait : « Je suis écrivain américain tout court ». Mais, il a quand même totalement interrogé la question juive, notamment la question de la sexualité. C’est ça qui lui a valu d’être un écrivain scandaleux. La communauté trouvait qu’il parlait mal des juifs, ils le traitaient de mauvais juif. Ça s’est arrangé très récemment. Pour ses 80 ans, il y a eu une grande célébration pour dire tout ce que son œuvre avait apporté à la littérature américaine, dans la grande synagogue de New York. [le Nobel] C’était devenu un gag, ça le faisait rire. Vous savez, il faut arrêter de fantasmer sur le Nobel. Est-ce que Proust a eu le Nobel ? Non. Il écrivait des choses trop sexuelles pour ces gens-là. Josyane Savigneau
Beaucoup d’encre, beaucoup de salive auront été dépensées pour commenter le commentaire présidentiel présidant à sa philosophie sur les banlieues françaises: «deux mâles blancs ne vivant pas dans les banlieues se remettent un rapport sur les banlieues: ça ne marche plus comme ça». Mais l’essentiel n’a peut-être été dit, car il relève de l’indicible. (…) Étrange au demeurant, la propension de cet homme intelligent et sympathique à ne pas savoir, de temps à autre, maîtriser son propos. Celui-ci, et nous verrons pourquoi, est à classer dans la même catégorie que sa sortie sur la colonisation française qui serait un crime contre l’humanité. Certes, un esprit retors pourrait être conduit à penser que ce boniment serait de nature, pour pas cher, à consoler ceux qui espéraient que l’État à nouveau, écoutant M. Borloo, tenterait d’acheter vainement la paix sociale – et apparemment raciale – à-coup de milliards à nouveau déversés en pure perte, mais dans cette hypothèse, le prix que devront payer à terme pour cette gaffe le gaffeur et son pays aura été sous-estimé. (…) Car ce n’est pas Mme Michu, gardienne d’immeuble, qui a prononcé la phrase querellée, c’est le président, gardien de cette Constitution de la République Française qui interdit toute distinction de droits au regard de l’origine, de l’ethnie ou de la couleur de peau. (…) C’est bien pour cela qu’au premier sous-sol, la sortie du gardien relève de la faute, en ce qu’elle revient en creux a déclarer que les blancs n’ont plus vraiment leur mot à dire dans les quartiers racisés. C’est exactement la conception des Indigènes de la République, dirigés par la raciste anti-blanc Houria Bouteldja. C’est celle aussi du très controversé «conseiller» Yassine Belattar, qui avait animé un dîner de gala du CCIF et qui, lors d’une récente émission de télévision, évoquait les djihadistes français avec cette indulgence avec laquelle on a coutume de traiter des enfants bêtisiers. Considérer désormais que certains, dans certains quartiers des territoires de la République française, pour des questions ethniques, sont plus qualifiés que d’autres pour gérer les affaires, revient donc à accréditer le risque de partition territoriale que François Hollande, la nuit tombée, évoquait auprès de deux journalistes d’un journal vespéral. Le prédécesseur de M. Macron associait cette crainte au caractère massif et irrésistible de l’immigration étrangère. (…) Mais l’essentiel (…) est, d’abord, dans l’évocation expresse de la différence chromatique. J’évoque souvent ce paradoxe pervers qui fait qu’il n’y a pas plus obsédé par la différence raciale qu’un antiraciste dévot qui interdit par ailleurs d’évoquer la race tout en en parlant sans cesse de manière compulsive. Mais il y a une condition expresse à cette évocation sans complexe du blanc: en parler négativement. Il ne serait pas arrivé au cerveau du président d’évoquer la couleur d’un Français blanc pour le complimenter, par exemple, pour un exploit sportif. Mais pour dénier à deux hommes blancs la compétence à statuer sur les banlieues, la chose était possible sans commettre une transgression médiatiquement, intellectuellement et politiquement insupportable. On comparera avec le scandale médiatique provoqué par une femme politique de moindre envergure, non sous les ors de l’Élysée mais dans une émission de télévision, lorsque celle-ci reprit la sortie du général De Gaulle sur les racines blanches et chrétiennes du peuple français. De même, pour se persuader de ce que le surmoi présidentiel rejoint l’idéologie médiatique sélective, on remarquera que la trivialité insolente de l’expression «mâle blanc» ne choque pas l’inconscient collectif. En revanche, je n’envie pas le sort du malheureux responsable politique qui aurait l’idée obscène d’évoquer «deux femelles noires» pour critiquer la remise d’un rapport de Laura Flessel à Christiane Taubira… (…) Quand on le voit, quand on l’imagine en blanc, quand on le montre, c’est ce flic qui enfonce une matraque dans le séant d’un noir, ce ne sont pas deux policiers qui se font lyncher à la Saint-Sylvestre à Champigny-sur-Marne par des racailles. Le mâle blanc, c’est aussi, dans l’inconscient médiatique, le macho. C’est lui la bête noire des nouvelles féministes et pas l’Autre. Et tant pis pour les femmes de Cologne ou les petites anglaises violées de Telford par des mâles pakistanais. Sous le mâle blanc, le racisme inconscient anti-blanc ou anti-occidental. Mais attention, sous la bourde présidentielle, sous l’irresponsabilité politique du premier de nos responsables, pourrait couver les cendres d’un retour de flamme. (…) Un pseudo-antiracisme fou inconsciemment anti-blanc aura réussi le triste exploit, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe, de redonner une conscience blanche à ceux qui avaient pourtant mille fois raison de l’avoir oubliée pour ne penser qu’à une seule humanité. Attention à ces exaspérés qui se sentent expurgés de leur propre nation par ceux qui ont l’obsession de la race et du racisme. Gilles-William Goldnadel 
Ce roman de Philip Roth qui appartient à sa «trilogie américaine» se présente comme un campus novel mais dépasse très largement le genre pour dire de l’Amérique toute la complexité de ce que l’on pourrait nommer sa question identitaire dont la question noire est le coeur, irréductible et incommensurable à toute autre. Au-delà de l’extraordinaire sophistication des personnages de Roth, de leur complexité psychologique et du détail apporté à leur comportement dans des situations banales de la vie, on lit dans La Tache, toute la difficulté américaine à surmonter sa question identitaire. Avec le sentiment que depuis une vingtaine d’années, ça ne s’est pas particulièrement arrangé. Ce roman qui date de 2000 n’est pas visionnaire à proprement parler, car il ne dit au fond que ce qui était déjà à l’œuvre depuis des années sur les campus américains, et notamment dans les départements de littérature et de sciences humaines. L’essai qui a pour la première fois exposé l’ampleur et la profondeur du problème de ce qu’on appelle historiquement la political correctness (le politiquement correct) dans le monde académique date de 1987, c’est The Closing of the American Mind (L’Âme désarmée) d’Allan Bloom. Mais le roman de Roth témoigne du caractère tragique de tout cela, des conséquences que cela peut avoir non seulement sur «l’esprit» américain mais sur la vie des hommes eux-mêmes et de là sur toute une partie de la culture, sur les humanités, sur la civilisation… Les débats en la matière portent depuis les années 1980 aussi bien sur les auteurs acceptables ou non en fonction de leur «identité» (les mauvaises qualifications étaient celles de mâle, blanc, hétérosexuel, occidental, mort…) que sur le vocabulaire qu’on a le droit d’employer ou non pour désigner les uns et les autres: c’est d’ailleurs le cas dans le roman de Roth puisque tous les malheurs de Silk partent de l’interprétation du terme «spook» (traduit en français par «zombie») qu’il utilise un jour pour désigner deux étudiants absents de son séminaire qui se trouvent être des étudiants noirs. Ceux qui l’accuseront de racisme. (…) c’est évidemment une critique de la manière dont, à travers ce politiquement correct, le fait du pluralisme culturel, structurant de l’histoire américaine depuis ses origines, est devenu peu à peu un multiculturalisme normatif. En passant du constat, historique et sociologique, d’une diversité des origines, des cultures, des coutumes… à l’idée que non seulement cette diversité est intrinsèquement supérieure à toute idée d’unité – rappelons que la devise américaine originelle est «E Pluribus Unum» (de plusieurs un seul) – et qu’elle doit donc devenir obligatoire, dans les usages voire dans le droit. Et donc qu’à partir de là, dans toute la société – ce mouvement a commencé sur les campus, au coeur du réacteur de l’éducation à l’américaine, dans les années 1980 -, on doit se plier à cette injonction multiculturaliste. (…) Le multiculturalisme se met dès lors à fonctionner comme une idéologie. Et Roth en montre très bien le mécanisme implacable qui se déploie à partir du propos a priori anodin de Silk sur les deux étudiants absents. Tout y est en suite: l’engrenage dont il ne peut sortir malgré la réalité des faits ; la lâcheté de certains de ses collègues et la collaboration active pour d’autres à sa mise au ban de la communauté académique ; la construction de tout un discours de justification et de légitimation d’actes pourtant totalement déraisonnables… Tout cela au nom d’une «idée». C’est assurément un des grands romans de l’entrée du monde dans l’âge identitaire, celui où les identités individualisées sont exacerbées par le développement à la fois des revendications politiques et sociales en leur nom, de reconnaissance par le droit notamment, et de leur médiatisation générale et permanente. L’âge identitaire, c’est cet âge de l’humanité où malgré la liberté individuelle, la démocratie, l’égalité et l’universalité des droits…, le fait d’être victime ou bourreau, dominé ou dominant, etc., n’est plus défini et déterminé par ce que l’on fait, dit, pense… mais par ce que l’on est. Et Roth est en effet un des premiers écrivains à nous alerter sur le risque considérable pour l’humanité de l’Homme qu’il y a à suivre une telle pente. La destruction de la vie de Silk pour une raison purement idéologique, dont la mort de sa femme est le point culminant, nous renvoie au caractère tragique, et pas seulement ridicule ou absurde, de l’âge identitaire. (…) Qu’un des plus grands écrivains de ces cinquante dernières années n’ait pas eu le prix Nobel en dit surtout long sur ce prix et sur sa valeur. Si c’est la misogynie supposée de Roth qui lui a barré la route de Stockholm, alors il ne faut surtout pas regretter qu’il ait été privé de ce prix. (…) Wolfe avait lui aussi écrit un campus novel en 2004: I am Charlotte Simmons (Moi Charlotte Simmons) pour montrer la puissance de la norme dans le monde académique – dont fait partie le politiquement correct -, côté étudiant cette fois. Il le faisait sans doute avec une intention bien plus politiquement déterminée que Roth, héritée de ses années de journaliste, contre les postures et les hypocrisies, de la gauche américaine notamment. Son essai Radical Chic (Le Gauchisme de Park Avenue) de 1970 est une œuvre inaugurale de la dérive de cette Américaine saisie par les affres des revendications identitaires. (…) Avec Wolfe et Roth, nous avons perdu en quelques jours deux des grandes voix qui nous permettaient, depuis 50 ans et depuis les Etats-Unis, de «comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer» suivant la recommandation d’un autre grand écrivain américain, Francis Scott Fitzgerald (dans Gatsby). Laurent Bouvet

Qu’est-ce que ce club qui m’admet comme membre?

En ces temps de politiquement correct galopant …

Où entre deux prudences de gazelles sur la montée de la violence, de l’islamisation et de l’antisémitisme de nombre de quartiers de nos villes, un président français se lâche sur les « mâles blancs »

Comment ne pas voir l’incroyable ironie …

De la disparition – à quelques jours de celle de l’autre grand anticonformiste Tom Wolfe – l’année même du report de son report pour cause de scandale sexuel en son sein, de l’éternel recalé du prix Nobel parce qu’américain et trop sexuel …

Et devant ce rejet de la part de ce monument de politiquement correct qu’était devenu l’Académie suédoise

Qui pour la sacro-sainte « ouverture aux autres » d’une Pearl Buck, d’un Le Clézio ou d’un Bob Dylan, avait superbement ignoré un Proust, un Joyce ou un Nabokov …

Ne pas repenser à l’éternel dilemme et à la notoire ambivalence de l’immigré en voie d’intégration …

Si génialement résumés dans la célébrissime formule d’un autre fils d’immigré juif …

Qui lui aussi face au curieux mélange d’hostilité et d’admiration d’un T.S. Eliot ou d’un Updike

Avait, on s’en souvient, poussé la volonté d’assimilation parfaite…

Jusqu’à « refuser de faire partie d’un club qui était prêt à l’admettre parmi ses membres » ?

Philip Roth ou la malédiction du prix Nobel
Boycotté parce qu’Américain, l’écrivain, dont la carrière fut longue et brillante, fut décrié par certains membres de l’Académie suédoise pour avoir commis des romans à la sexualité débridée voire «perverse»
Bruno Corty
Le Figaro
23/05/2018

On a beau entendre ici et là que Philip Roth avait fini par prendre à la rigolade sa situation d’éternel recalé du prix Nobel de littérature, on a du mal à y croire. Cet oubli fut scandaleux. Pour l’écrivain américain en premier lieu, dont la carrière fut longue (1959-2010) et brillante, couronnée par tous les grands prix de la planète, du National Book Award à deux reprises (1960 et 1995) au prix Prince des Asturies (2012), en passant par le Pulitzer (1998), le prix Franz-Kafka (2001) ou le prix Médicis étranger (2002). Pour la littérature américaine ensuite, qui, depuis Toni Morrison en 1993, non seulement n’a plus eu de lauréat mais fut la cible préférée d’Horace Engdahl, secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise qui revendiqua ce choix à l’Associated Press en octobre 2008: «Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire. Les États-Unis sont trop insulaires et isolés, ils ne traduisent pas assez et ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint.»

Ce point de vue grotesque souleva un tollé et lui valut par exemple cette réponse de David Remnick, rédacteur en chef du New Yorker : «On pourrait penser que le premier secrétaire d’une académie qui a oublié de récompenser Proust, Joyce et Nabokov nous épargnerait ses leçons de morale.» Et Remnick d’enfoncer le clou: «S’il y regardait de plus près, Horace Engdahl remarquerait le dynamisme de la génération de Roth et d’Updike, et de celle de romanciers encore plus jeunes d’origine immigrée.»

Comme s’il n’était pas suffisant de le boycotter parce qu’Américain, Philip Roth fut décrié par certains membres du jury pour avoir commis des romans à la sexualité débridée voire «perverse». Un procès assez savoureux quand on voit que cette même institution moralisatrice est aujourd’hui au bord du chaos après la révélation d’un scandale sexuel étouffé pendant des années par plusieurs de ses membres.

La désignation du chanteur Bob Dylan comme lauréat du prix en 2016 fut un sommet d’absurdité et de provocation. «Vous vouliez un Américain, en voilà un», semblait ricaner l’Académie suédoise, claquant ainsi la porte au nez des géants de la littérature américaine et mondiale, Philip Roth, Don DeLillo, Cormac McCarthy, Joyce Carol Oates.

Voir aussi:

Ne pas avoir le prix Nobel, « ça faisait rire » Philip Roth, « c’était devenu un gag », raconte l’écrivaine Josyane Savigneau
L’écrivain américain Philip Roth est mort, mardi, à l’âge de 85 ans. Il n’a jamais obtenu le prix Nobel de littérature. « Il écrivait des choses trop sexuelles pour ces gens-là », estime Josyane Savigneau, sur franceinfo.
Franceinfo
23/05/2018

L’un des grands noms de la littérature est mort. Philip Roth s’est éteint mardi, à 85 ans, après une carrière de 50 ans marquée par de grands classiques. Josyane Savigneau, ancienne directrice du Monde des Livres pour le journal Le Monde, l’avait rencontré à plusieurs reprises. « Quand il écrivait, c’était quelqu’un d’assez rude parce qu’il était très concentré sur son travail« , a-t-elle raconté mercredi 23 mai sur franceinfo.

franceinfo : Qui était Philippe Roth ?

Josyane Savigneau : C’était un grand, c’est sûr. Il a interrogé comme personne les Etats-Unis de la seconde moitié du XXe siècle. Il refusait d’être qualifié d’écrivain juif américain. Il disait : « Je suis écrivain américain tout court ». Mais, il a quand même totalement interrogé la question juive, notamment la question de la sexualité. C’est ça qui lui a valu d’être un écrivain scandaleux. La communauté trouvait qu’il parlait mal des juifs, ils le traitaient de mauvais juif. Ça s’est arrangé très récemment. Pour ses 80 ans, il y a eu une grande célébration pour dire tout ce que son œuvre avait apporté à la littérature américaine, dans la grande synagogue de New York.

Comment s’est passée votre rencontre avec Philippe Roth ?

Il était très désagréable, il n’aimait pas les journalistes. On avait essayé de me dissuader. On m’avait dit, il aime draguer les filles mais tu es déjà trop vieille pour lui. Donc, je l’ai trouvé absolument odieux et j’ai dit que plus jamais je n’irai voir ce type. Finalement, j’ai dit que je ne le reverrai jamais et je l’ai revu, ça s’est arrangé et nous sommes devenus amis.

Comment était-il ?

Quand il écrivait c’était quelqu’un d’assez rude parce qu’il était très concentré sur son travail. Je l’ai vu pour la dernière fois en octobre et il m’a dit, tu vois maintenant je suis devenu gentil et ennuyeux. Je lui ai dit ennuyeux sûrement pas mais gentil, c’est vrai. Mais, je préférais quand vous écriviez et que vous n’étiez pas gentil. Il avait dans la vie, comme dans ses livres, un humour absolument incroyable.

Philippe Roth n’a jamais eu le Nobel. Est-ce que cela le gênait ?
C’était devenu un gag, ça le faisait rire. Vous savez, il faut arrêter de fantasmer sur le Nobel. Est-ce que Proust a eu le Nobel ? Non. Il écrivait des choses trop sexuelles pour ces gens-là.

Voir également:

Les auteurs américains trop ignorants pour le Nobel ?</strong
C.J (lefigaro.fr) avec AP
Le Figaro
01/10/2008

C’est l’avis du secrétaire perpétuel de l’académie suédoise qui juge la littérature américaine incapable d’être à la hauteur des écrivains européens. Colère des intéressés.

Philip Roth, auteur entre autres de la «Tache» et la «Bête qui meurt», n’est pas prêt de décrocher cette année le prix Nobel de Littérature, si Horace Engdahl, le secrétaire perpétuel de l’académie suédoise, l’institution qui décerne la récompense, a son mot à dire. «Les Etats-Unis sont trop isolés, ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint», a asséné le professeur émérite de littérature scandinave à l’université d’Aarhus dans un entretien exclusif à l’agence de presse AP.

«Il y a des auteurs forts dans toutes les grandes cultures mais vous ne pouvez pas écarter le fait que l’Europe est encore au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis», a enchaîné Horace Engdahl qui regrette que les auteurs américains contemporains «ne s’écartent pas suffisamment de la culture de masse qui prévaut sur leur continent». Le professeur polyglotte vante également le continent européen comme une terre d’exil qui sait «respecter l’indépendance de la littérature». «En Europe vous pouvez bâtir votre œuvre, en toute tranquillité, sans crainte d’être battu à mort», a-t-il défendu.«Envoyer une liste de lecture à Engdahl»

Autant de remarques qui ont fait bondir des spécialistes américains de littérature. «Mettez moi en contact avec lui et je lui enverrais une liste d’ouvrages à lire», a riposté le responsable de la Fondation nationale américaine du Livre. «On pourrait penser que le premier secrétaire d’une académie qui a oublié de récompenser Proust, Joyce et Nabokov, nous épargnerait ses leçons de morale», a raillé David Remnick, rédacteur en chef au New Yorker. «S’il y regardait de plus près, Horace Engdahl remarquerait le dynamisme de la génération de Roth et d’Updike et celle de romanciers encore plus jeunes d’origine immigrée. Aucune de ces pauvres âmes ne me semble détruite par les ravages du coca-cola», a conclu le journaliste très en verve.

La saison des prix Nobel va commencer la semaine prochaine avec l’annonce lundi du lauréat en médecine. Le Nobel de littérature devrait être dévoilé jeudi prochain mais la révélation pourrait prendre quelques semaines de retard. «L’académie aura peut-être besoin de temps pour se décider», a prévenu Horace Engdahl. Coté américain, les noms de Philip Roth et Joyce Carol Oates («Blonde», «Eux», «Mère disparue») reviennent chaque année comme possible vainqueur. Le dernier écrivain d’outre-Atlantique à avoir remporté le prix a été Toni Morrison, en 1993. Avant l’auteur de «Beloved», trois autres écrivains américains ont eu les honneurs du plus prestigieux prix littéraire : Saul Bellow, Ernest Hemingway et John Steinbeck.

Voir de même:

Le Nobel pour Le Clézio: les réactions américaines sont mitigées…
L’Obs
10 octobre 2008

C’était il y a dix jours. L’Académie suédoise déclarait que les auteurs américains étaient trop «isolés» et «ignorants»pour rivaliser avec la littérature européenne. Horace Engdhal, son secrétaire perpétuel, affirmait alors: «l’Europe est au centre du monde littéraire… pas les Etats-Unis». Il était prévisible que ça ne plairait pas à tout le monde. Depuis, le prix Nobel a été remis à J.M.G. Le Clézio. Petit tour d’horizon des réactions dans la presse outre-Atlantique.

Pas rancunier, le «New York Times» publiait hier un article élogieux sur l’auteur français, qu’il présentait, à l’encontre du reproche d’«insularité» adressé aux écrivains US, comme un nomade, un voyageur, un homme cosmopolite. Pas d’amertume, donc, mais un portrait flatteur de Le Clézio, «figure majeure de la littérature européenne», pourtant peu connu aux Etats-Unis. Après avoir mentionné les lieux de l’enfance de cet «auteur de l’exil, du clash de la civilisation moderne et des cultures traditionnelles», et rappelé son expérience de professeur à Mexico City, Bangkok, Albuquerque ou encore Boston, l’article cite Antoine Compagnon, qui confirme que l’œuvre du Nobel 2008 est «ouverte aux autres, aux cultures, au Sud, aux minorités». Le quotidien rapporte également les propos de François Fillon, pour qui le prix «consacre la littérature française, et réfute la théorie d’un prétendu déclin de la culture française».

Selon le «Boston Herald», le choix de Le Clézio est une décision cohérente par rapport aux  années précédentes, au cours desquelles le jury du Nobel a largement préféré des auteurs européens. Le journal revient plus précisément sur la polémique en évoquant des «jours de débats au vitriol afin de savoir si le jury était anti-américain ou non», et redonne la parole à Engdhal, qui revenait, après le prix, sur la controverse: «J’ai été très surpris que la réaction soit si violente. Je ne pense pas que mes propos étaient dérogatoires ou sensationnels». Tout en admettant avoir, peut-être, un peu trop «généralisé».

Engdhal a ajouté n’avoir aucune idée concernant les futures réactions des Etats-Unis sur le choix de Le Clézio, mais a avancé: «il n’est pas un auteur particulièrement français, si on le considère d’un point de vue strictement culturel. Je ne pense pas que ce choix provoquera des commentaires anti-français. Je serais très triste si c’était le cas». Et le «Boston Herald» de citer également Sarkozy, pour qui «Jean-Marie le Clézio est un citoyen du monde, le fils de tous les continents et de toutes les cultures».

Toujours à propos de cet auteur «largement inconnu aux Etats-Unis», le «L.A. Times» a cité la réaction de Bernard Kouchner: «D’Albuquerque à Séoul, de New York à Panama, de Londres à Lagos, Jean-Marie Le Clézio voyage, traverse et aime un grand nombre de pays, de gens, de civilisations, de cultures». Mais c’était pour ajouter, un peu déçu, ce commentaire: «Encore une fois, l’Académie a refusé de choisir les géants littéraires les plus connus, qui mériteraient d’être honorés, comme l’auteur péruvien Mario Vargas Llosa et l’américain Philip Roth».

L’«International Herald Tribune» est plus acerbe encore. Il rappelle qu’aucun auteur américain n’a reçu le prix depuis Toni Morrison en 1993, et «qu’on ne s’attendait pas à ce que l’un d’eux soit récompensé cette année». Le journal présente perfidement Le Clézio comme un auteur «inconnu du public américain et de la plupart de la communauté littéraire américaine, bien qu’il ait une maison à Albuquerque, New Mexico». Précisant que ses rares livres traduits en anglais sont épuisés, l’article dérive sur les chiffres de vente des auteurs étrangers sur le continent américain: «moins de 1% des livres étrangers sont traduits aux Etats-Unis» parce que «la plupart des intellectuels américains parlent uniquement anglais».

Ses prévisions sur l’avenir de Le Clézio aux Etats-Unis sont pessimistes: «Le prix fera certainement augmenter les ventes de Le Clézio aux Etats-Unis, mais ça ne durera pas. Les gagnants qui vendent le plus sont ceux qui écrivent en anglais». Plus loin: «même certains des Américains les plus informés ont avoué qu’ils ne l’ont pas lu». Parmi eux figure d’ailleurs Harold Augenbraum, responsable de la fondation américaine du livre. Celui-là même qui avait proposé à Engdahl, après sa déclaration, de lui envoyer une liste de suggestion d’auteurs américains.

Voir de plus:

Disparition
Philip Roth est mort sans prix Nobel
Sébastien Lapaque
Marianne
23/05/2018

On prédisait depuis des années à l’inventeur de « Portnoy » le plus prestigieux des prix littéraires. Philip Roth a fini par mourir, ce mardi 22 mai, avant que se décide le jury du Nobel, justement reporté cette année pour cause de scandale sexuel en son sein. Nous republions ici le plaidoyer paru l’an dernier en son nom dans « Marianne ».

Philippe Roth est mort ce mardi 22 mai – d’une défaillance cardiaque, selon son amie Judith Thurman dans le New York Times – à l’âge de 85 ans, six ans après avoir arrêté l’écriture et sans jamais avoir obtenu le Prix Nobel pour lequel il avait été si souvent cité. Ironie du sort, l’écrivain américain disparaît l’année du report du prestigieux prix littéraire, pour cause de scandale sexuel en son sein. L’article ci-dessous est initialement paru en novembre 2017 dans le numéro de Marianne 1077.

Messieurs les Jurés du Nobel, apprenez que Philip Roth a désormais sa place dans la Pléiade à côté de William Faulkner, Ernest Hemingway et Francis Scott Fitzgerald. Mais aussi – et surtout – de Franz Kafka et de Milan Kundera auxquels le lient le rire et l’angoisse. Bob Dylan ne peut pas en dire autant. Certes, un peu avare de son papier bible, comme c’est désormais l’usage, la maison Gallimard n’a retenu que cinq livres pour ce premier volume couvrant les années 1959 à 1977. Mais ne boudons pas notre plaisir, la lecture suivie de Goodbye, Colombus, la Plainte de Portnoy, le Sein, Ma vie d’homme et Professeur de désir permet de nous souvenir du choc que fut la révélation d’un écrivain dans l’Amérique du président Nixon. C’était en 1969, lorsque a paru Portnoy’s Complaint, dont les éditeurs ont revu la traduction et changé le titre français.

« J’avais soif de me libérer dans un livre franchement comique. Il ne m’était pas arrivé de rire depuis longtemps », se souviendra plus tard l’écrivain américain. Près d’un demi-siècle après sa publication, cette peinture de la petite bourgeoisie juive américaine et la mise en scène de l’obsession sexuelle en terre puritaine demeure hilarante. Long monologue d’un homme assis en face de son psychiatre, c’est un livre envoûtant, jubilatoire, provocateur, excentrique, tendre et méchant à la fois, qui désacralise la culture hébraïque en exaltant ce que le critique russe Mikhaïl Bakhtine a nommé « le bas corporel » à propos de l’œuvre de Rabelais. Dans une Amérique qui écrasait dans le sang les émeutes raciales et pulvérisait le Vietnam à coups de bombes incendiaires, refusant toute dénonciation militante, Philip Roth a repris la vieille opposition entre Héraclite et Démocrite, combattant la colère, l’un en pleurant, l’autre en riant. A partir de ce monde atroce, il avait choisi de rire en pleurs.

« COMÉDIE HUMAINE » YANKEE

Les lecteurs qui découvriront la Plainte de Portnoy à l’occasion de sa publication dans La Pléiade conviendront de son caractère hypnotique. Allongé sur le divan, le truculent Alex Portnoy parle, parle, parle, sans s’arrêter. De sa mère castratrice, de son père sans caractère, de sa sœur angoissée, des interdits sexuels, de l’Amérique Wasp, de la lourde mémoire de la Shoah, de ses branlettes frénétiques, d’un cousin mort à la guerre dans le Pacifique, des majorettes lubriques, des filles qui sucent et de celles qui ne sucent pas, de ses tentatives avortées de faire un petit-enfant juif à ses parents, des maladies vénériennes et de son travail à la mairie de New York où il est « commissaire adjoint à la promotion de l’homme ». Incapable de se libérer de l’emprise psychologique de sa mère, Portnoy est prisonnier du sexe. Et le proclame sans apprêt.

« Ai-je mentionné que, lorsque j’avais 15 ans, je l’avais sortie de mon pantalon et m’étais branlé dans l’autobus 107 en revenant de New York ? » Mais le caractère érotique du roman, qui a charmé ou scandalisé la critique de part et d’autre de l’Atlantique lors de sa sortie, ne doit pas occulter ses nombreuses autres énergies de sens. Malgré des titres de chapitre volontairement provocateurs – « La Branlette », « Fou de la chatte » -, les passages hilarants du roman ne concernent pas la seule activité subabdominale du narrateur. On songe au fantasme que constitue pour lui la dégustation d’un crustacé invertébré depuis que sa mère l’a mise en garde : « Le monde est plein de choses qui sont bonnes à manger, Alex, sans toucher une horreur comme un homard et risquer de garder les mains paralysées pour le reste de son existence.»

Dans Portnoy, on retrouve ainsi ce que Philip Roth a commencé à mettre en place dès Goobye, Colombus, recueil de nouvelles paru l’année de ses 26 ans : un petit monde cohérent, une façon de Comédie humaine américaine écrite par un prince de la bohème ne rechignant jamais à en rajouter dans le comique. Dès son premier livre, Roth a choqué les juifs conservateurs et les chaisières bien-pensantes, mais, immédiatement, il a été reconnu par ses aînés Saul Bellow et William Styron comme un écrivain « du bâtiment ». C’est d’ailleurs chez Styron que l’a rencontré le romancier français Michel Mohrt qui l’a fait publier à Paris, comme il avait auparavant fait publier Robert Penn Warren et Jack Kerouac. Avec Goobye, Colombus,

Roth avait prouvé en cinq longues histoires qu’il avait le don de tout : des dialogues, des décors, des personnages. Et des obsessions intimes par lesquelles se manifestent les grands : non seulement du sexe, mais aussi de la médecine, de la religion, de la famille, de la classe moyenne, du travail aliéné et aliénant.

DAVID KEPESH, C’EST LUI ?

Il y a beaucoup de juifs ridicules et de femmes stupides et désirables dans l’œuvre de Philip Roth. Pour les juifs, ceux qu’il met en scène dans Goobye, Colombus ne sont pas à leur avantage. Pour les femmes, il n’y a que Claire qui soit en pleine lumière dans Professeur de désir. Dès l’origine, cet art qu’il a de forcer dans l’épouvante a suscité des malentendus. Après la parution de Portnoy’s Complaint, les coups les plus durs sont venus des milieux juifs. Un critique du magazine Midstream a ainsi accusé le romancier d’avoir repris les clichés de Goebbels sur le juif prédateur sexuel désireux de souiller l’univers des gentils. C’est toujours et partout la même histoire : on n’est jamais moins bien servi que par les siens.

Roth affectionne les personnages principaux qui sont les narrateurs et qui lui ressemblent comme des frères. Après Portnoy, il a repris ce procédé dans le Sein et Professeur de désir, avec David Kepesh, un professeur de littérature comparée à l’université de Stony Brook, dans l’Etat de New York. De toute évidence, Kepesh parle et pense comme lui : « Et puis il y a mes rêves éveillés en plein cours, aussi riches qu’ils sont irrépressibles, et si manifestement inspirés par le désir d’une miraculeuse rédemption – retour à des existences lointaines, réincarnation sous la forme d’un être totalement différent – que je me félicite presque d’être à ce point déprimé et incapable de susciter en moi le plus anodin fantasme. » Reste que dans le Sein, variation sur la Métamorphose de Kafka, le narrateur se retrouve métabolisé non pas en cloporte mais en… glande mammaire.

Dans l’œuvre de Roth, les situations d’énonciation sont plus subtiles que ne l’ont cru ceux qui, à l’époque de ses premiers livres, l’ont trop rapidement taxé d’antisémitisme et de misogynie. Il ne faut pas oublier que parmi ses saints patrons figure Gustave Flaubert, ce même Flaubert qui jurait : « Madame Bovary, c’est moi. » De même que William Faulkner n’est pas seulement dans les petits Blancs racistes mis en scène dans ses romans, mais aussi dans le corps et l’âme de Lena Grove de Lumière d’août, dans le corps et l’âme des Noirs du comté de Yoknapatawpha qui ont duré et enduré, durent et endurent encore, Philip Roth n’est pas tout entier dans l’ironie grinçante de ses narrateurs. Il est dans chacun de ses personnages, hommes et femmes, juifs et gentils, en marche à travers les contrariétés et les insuffisances de la vie vers un lieu de repos, un royaume de lumière et de paix qui ressemblerait à l’enfance. Alors, messieurs les Jurés du Nobel, convaincus ?

Voir encore:

Philip Roth, l’éternel favori du prix Nobel qui ne le recevra jamais
Certains lauréats croyaient même voir du « sadisme » chez le comité suédois en ne lui décernant jamais ce prix
Maxime Bourdeau
The Huffington Post

LITTÉRATURE – Géant de la littérature américaine et mondiale, Philippe Roth est mort ce mardi 23 mai à l’âge de 85 ans, six ans après avoir arrêté l’écriture.

Après un demi-siècle à imaginer des histoires qui l’ont rendu célèbre dans le monde entier, et deux ans après son dernier roman Némésis, il avait annoncé en 2012 qu’il n’avait plus l’énergie de gérer la frustration qui accompagne la création littéraire.

Régulièrement, presque inlassablement, l’écrivain aux multiples récompenses (Pulitzer en 1998 pour Pastorale américaine, National Book Award en 1960 pour Goodbye, Columbus et en 1995 pour Le Théâtre de Sabbath) était donné favori pour le Nobel… en vain.

Le grand ténébreux au sourcil broussailleux et ses 31 livres -récits provocateurs des mœurs de la petite bourgeoisie juive américaine, satires politiques, réflexions sur le poids de l’Histoire ou sur le vieillissement- n’ont en effet jamais décroché le prix tant convoité, et ne le décrocheront jamais, les récompenses posthumes n’étant pas autorisées.

Une situation jugée incompréhensible par certains alors que l’homme, considéré chaque année comme le candidat idéal, s’est toujours vu repartir bredouille. Comme on le rappelle sur la plateforme Medium, la lauréate américaine de 1993 Toni Morrison jugeait en 2008 que « Philip Roth aurait dû avoir le prix depuis longtemps ».

« Le Suédois est sadique »

En 2011, c’est Tomas Tranströmer, un autre lauréat, qui juge « le Suédois sadique: chaque année, il torture Philip Roth en lui faisant miroiter le prix Nobel de littérature ». « L’Académie est un gang de vieux Suédois pervers décidés à tuer Philip Roth à petit feu en récompensant à peu près tout le monde et n’importe qui, sauf lui », s’amusait Mo Yan en 2012 alors qu’il venait de remportait le prix Nobel de littérature.

Dans la presse ces dernières années, certains en étaient même arrivés à ne plus s’intéresser au gagnant, mais plutôt à la énième défaite de Philip Roth. En 2014, le Guardian proposait notamment une tribune titrée « Le vrai scandale autour de la victoire de Patrick Modiano, c’est que Philip Roth rate le Nobel. Encore ».

La relation entre Roth et le Nobel était devenue telle qu’elle en faisait l’objet de rumeurs. Même si l’auteur avait expliqué dans un entretien à la BBC en 2007 que les récompenses étaient puériles. « C’était devenu un gag pour lui. Chaque année on en parlait, c’était devenu drôle », a déclaré sur France Inter la journaliste Josyane Savigneau, amie de l’écrivain qui lui rendait régulièrement visite. Nul doute qu’il aurait souhaité obtenir le saint Graal qu’est le prix Nobel.

L’histoire voulait donc que Philip Roth quittait son domicile dans le Connecticut et rendait visite à son agent à New York tous les ans, pour attendre avec lui l’appel du Comité censé lui annoncer sa victoire. Il attendait soi-disant dans les bureaux toute la journée, avant de retourner chez lui une fois la nuit tombée, le téléphone resté désespérément silencieux.

L’écrivain s’en est en tout cas allé rassuré sur son travail, Nobel ou non. En 2014, il racontait au quotidien suédois Svenska Dagbladet avoir relu toutes ses œuvres pour « savoir si j’avais perdu mon temps. On ne peut jamais être sûr »… et avoir ressenti « un énorme soulagement ». Une dernière relecture qu’il avait associé à « une expérience presque sublime » qui lui permettait « de n’avoir plus à s’inquiéter que de la mort ».

Voir par ailleurs:

Laurent Bouvet : «Tom Wolfe et Philip Roth, ou le refus du political correctness»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
25/05/2018

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Laurent Bouvet analyse l’importance décisive de «La Tache» dans la littérature et la société américaines, il rend aussi hommage à Tom Wolfe, grand écrivain qui se fit lui aussi le critique acerbe du multiculturalisme.

Laurent Bouvet est professeur de Science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié L’Insécurité culturelle chez Fayard en 2015. Son dernier livre, La gauche Zombie, chroniques d’une malédiction politique, est paru le 21 mars 2017 aux éditions Lemieux. Il est l’une des principales figures du Printemps Républicain.


«La tache», l’un des livres les plus importants de Philip Roth, raconte l’histoire de Coleman Silk, un Noir qui se fait passer pour juif afin de n’être pas défini par sa couleur et de pouvoir exister comme individu, et qui est rattrapé par un antiracisme dévoyé. En quoi ce roman était-il visionnaire? En quoi ce roman a-t-il été un tournant?

Ce roman de Philip Roth qui appartient à sa «trilogie américaine» se présente comme un campus novel mais dépasse très largement le genre pour dire de l’Amérique toute la complexité de ce que l’on pourrait nommer sa question identitaire dont la question noire est le coeur, irréductible et incommensurable à toute autre. Au-delà de l’extraordinaire sophistication des personnages de Roth, de leur complexité psychologique et du détail apporté à leur comportement dans des situations banales de la vie, on lit dans La Tache, toute la difficulté américaine à surmonter sa question identitaire. Avec le sentiment que depuis une vingtaine d’années, ça ne s’est pas particulièrement arrangé.

Ce roman qui date de 2000 n’est pas visionnaire à proprement parler, car il ne dit au fond que ce qui était déjà à l’œuvre depuis des années sur les campus américains, et notamment dans les départements de littérature et de sciences humaines. L’essai qui a pour la première fois exposé l’ampleur et la profondeur du problème de ce qu’on appelle historiquement la political correctness (le politiquement correct) dans le monde académique date de 1987, c’est The Closing of the American Mind (L’Âme désarmée) d’Allan Bloom. Mais le roman de Roth témoigne du caractère tragique de tout cela, des conséquences que cela peut avoir non seulement sur «l’esprit» américain mais sur la vie des hommes eux-mêmes et de là sur toute une partie de la culture, sur les humanités, sur la civilisation…

Les débats en la matière portent depuis les années 1980 aussi bien sur les auteurs acceptables ou non en fonction de leur «identité» (les mauvaises qualifications étaient celles de mâle, blanc, hétérosexuel, occidental, mort…) que sur le vocabulaire qu’on a le droit d’employer ou non pour désigner les uns et les autres: c’est d’ailleurs le cas dans le roman de Roth puisque tous les malheurs de Silk partent de l’interprétation du terme «spook» (traduit en français par «zombie») qu’il utilise un jour pour désigner deux étudiants absents de son séminaire qui se trouvent être des étudiants noirs. Ceux qui l’accuseront de racisme.

Doit-on y voir une critique du multiculturalisme et du politiquement correct? Peut-on dire qu’il s’agit du premier grand roman de l’âge identitaire?

Oui, c’est évidemment une critique de la manière dont, à travers ce politiquement correct, le fait du pluralisme culturel, structurant de l’histoire américaine depuis ses origines, est devenu peu à peu un multiculturalisme normatif. En passant du constat, historique et sociologique, d’une diversité des origines, des cultures, des coutumes… à l’idée que non seulement cette diversité est intrinsèquement supérieure à toute idée d’unité – rappelons que la devise américaine originelle est «E Pluribus Unum» (de plusieurs un seul) – et qu’elle doit donc devenir obligatoire, dans les usages voire dans le droit. Et donc qu’à partir de là, dans toute la société – ce mouvement a commencé sur les campus, au coeur du réacteur de l’éducation à l’américaine, dans les années 1980 -, on doit se plier à cette injonction multiculturaliste.

Le multiculturalisme se met dès lors à fonctionner comme une idéologie.

Le multiculturalisme se met dès lors à fonctionner comme une idéologie. Et Roth en montre très bien le mécanisme implacable qui se déploie à partir du propos a priori anodin de Silk sur les deux étudiants absents. Tout y est en suite: l’engrenage dont il ne peut sortir malgré la réalité des faits ; la lâcheté de certains de ses collègues et la collaboration active pour d’autres à sa mise au ban de la communauté académique ; la construction de tout un discours de justification et de légitimation d’actes pourtant totalement déraisonnables… Tout cela au nom d’une «idée».

C’est assurément un des grands romans de l’entrée du monde dans l’âge identitaire, celui où les identités individualisées sont exacerbées par le développement à la fois des revendications politiques et sociales en leur nom, de reconnaissance par le droit notamment, et de leur médiatisation générale et permanente. L’âge identitaire, c’est cet âge de l’humanité où malgré la liberté individuelle, la démocratie, l’égalité et l’universalité des droits…, le fait d’être victime ou bourreau, dominé ou dominant, etc., n’est plus défini et déterminé par ce que l’on fait, dit, pense… mais par ce que l’on est. Et Roth est en effet un des premiers écrivains à nous alerter sur le risque considérable pour l’humanité de l’Homme qu’il y a à suivre une telle pente. La destruction de la vie de Silk pour une raison purement idéologique, dont la mort de sa femme est le point culminant, nous renvoie au caractère tragique, et pas seulement ridicule ou absurde, de l’âge identitaire.

Philip Roth aura peut-être aussi été d’une certaine manière la première victime du mouvement #MeToo dans la mesure où il a été privé du prix Nobel pour la misogynie supposée de certains de ses romans?

Qu’un des plus grands écrivains de ces cinquante dernières années n’ait pas eu le prix Nobel en dit surtout long sur ce prix et sur sa valeur. Si c’est la misogynie supposée de Roth qui lui a barré la route de Stockholm, alors il ne faut surtout pas regretter qu’il ait été privé de ce prix.

Avec Tom Wolfe, décédé lui aussi récemment, il était le grand conteur de l’Amérique moderne. Que disait son œuvre de notre époque?

La proximité des deux décès crée un grand vide. Comme si les vigies d’une époque révolue nous laissaient seuls désormais face à nos dérives et nos impasses. Wolfe avait lui aussi écrit un campus novel en 2004: I am Charlotte Simmons (Moi Charlotte Simmons) pour montrer la puissance de la norme dans le monde académique – dont fait partie le politiquement correct -, côté étudiant cette fois. Il le faisait sans doute avec une intention bien plus politiquement déterminée que Roth, héritée de ses années de journaliste, contre les postures et les hypocrisies, de la gauche américaine notamment. Son essai Radical Chic (Le Gauchisme de Park Avenue) de 1970 est une œuvre inaugurale de la dérive de cette Américaine saisie par les affres des revendications identitaires.

Les vigies d’une époque révolue nous laissent seuls désormais face à nos dérives et nos impasses.

Symétriquement à cette dérive de la gauche qui préoccupait d’abord et avant tout Roth et Wolfe, même si c’était pour des raisons très différentes, l’âge identitaire est aussi celui de l’affirmation bruyante d’une Amérique blanche, chrétienne, ancrée dans des traditions familiales et patriotiques revendiquées comme un modèle de civilisation, qui se détache de plus en plus de la petite élite multiculturaliste des grandes universités en particulier. Une Amérique qui a voté Trump pour retrouver la fierté de son identité moquée, contestée et vilipendée par le politiquement correct précisément.

Avec Wolfe et Roth, nous avons perdu en quelques jours deux des grandes voix qui nous permettaient, depuis 50 ans et depuis les Etats-Unis, de «comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer» suivant la recommandation d’un autre grand écrivain américain, Francis Scott Fitzgerald (dans Gatsby).

Voir aussi:

Goldnadel : «En parlant du mâle blanc, Macron acte inconsciemment le scénario de la partition»
Gilles William Goldnadel
Le Figaro
28/05/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Gilles-William Goldnadel revient sur l’expression polémique du chef de l’État, à qui il reproche d’accréditer les thèses des Indigènes de la République. Sous couvert d’antiracisme, ces propos renforcent selon lui un racisme anti-blanc.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.


Beaucoup d’encre, beaucoup de salive auront été dépensées pour commenter le commentaire présidentiel présidant à sa philosophie sur les banlieues françaises: «deux mâles blancs ne vivant pas dans les banlieues se remettent un rapport sur les banlieues: ça ne marche plus comme ça».

Mais l’essentiel n’a peut-être été dit, car il relève de l’indicible.

Certains ont dit qu’il s’agissait d’une nouvelle bourde présidentielle. Et ils n’ont pas eu tort.

Étrange au demeurant, la propension de cet homme intelligent et sympathique à ne pas savoir, de temps à autre, maîtriser son propos. Celui-ci, et nous verrons pourquoi, est à classer dans la même catégorie que sa sortie sur la colonisation française qui serait un crime contre l’humanité.

Certes, un esprit retors pourrait être conduit à penser que ce boniment serait de nature, pour pas cher, à consoler ceux qui espéraient que l’État à nouveau, écoutant M. Borloo, tenterait d’acheter vainement la paix sociale – et apparemment raciale – à-coup de milliards à nouveau déversés en pure perte, mais dans cette hypothèse, le prix que devront payer à terme pour cette gaffe le gaffeur et son pays aura été sous-estimé.

On glissera sur le fait que c’est tout de même un mâle blanc qui a commandé un rapport à un autre mâle blanc, ce qui aurait été consubstantiellement insusceptible de marcher. Comprenne donc qui pourra les raisons de la commande.

Car la gaffe présidentielle habite à tous les étages.

Au rez-de-chaussée, d’abord. Car ce n’est pas Mme Michu, gardienne d’immeuble, qui a prononcé la phrase querellée, c’est le président, gardien de cette Constitution de la République Française qui interdit toute distinction de droits au regard de l’origine, de l’ethnie ou de la couleur de peau.

On aurait envie de dire au successeur de François Hollande : « un président ne devrait pas dire ça ».

C’est bien pour cela qu’au premier sous-sol, la sortie du gardien relève de la faute, en ce qu’elle revient en creux a déclarer que les blancs n’ont plus vraiment leur mot à dire dans les quartiers racisés. C’est exactement la conception des Indigènes de la République, dirigés par la raciste anti-blanc Houria Bouteldja. C’est celle aussi du très controversé «conseiller» Yassine Belattar, qui avait animé un dîner de gala du CCIF et qui, lors d’une récente émission de télévision, évoquait les djihadistes français avec cette indulgence avec laquelle on a coutume de traiter des enfants bêtisiers.

Considérer désormais que certains, dans certains quartiers des territoires de la République française, pour des questions ethniques, sont plus qualifiés que d’autres pour gérer les affaires, revient donc à accréditer le risque de partition territoriale que François Hollande, la nuit tombée, évoquait auprès de deux journalistes d’un journal vespéral. Le prédécesseur de M. Macron associait cette crainte au caractère massif et irrésistible de l’immigration étrangère. On aurait donc envie de dire à son successeur: «un président ne devrait pas dire ça».

Mais c’est incontestablement à la cave, dans les bas-fonds de l’inconscient présidentiel, que sa sortie est aussi remarquable qu’indicible. Bien sûr, l’auteur de la formule controversée est un enfant du siècle. Bien sûr, il fréquente dans la journée une population qui se croit ancrée dans la modernité et autorisée aux formules les plus décontractées en certaines circonstances. Comme cette conseillère branchée en communication qui, pour évoquer la mort de Simone Veil, écrivait: «yes, la meuf est dead». Peut-être la même personne eût été plus obséquieuse pour un autre décès.

Mais l’essentiel est ailleurs. Il est, d’abord, dans l’évocation expresse de la différence chromatique. J’évoque souvent ce paradoxe pervers qui fait qu’il n’y a pas plus obsédé par la différence raciale qu’un antiraciste dévot qui interdit par ailleurs d’évoquer la race tout en en parlant sans cesse de manière compulsive.

Mais il y a une condition expresse à cette évocation sans complexe du blanc: en parler négativement.

Il ne serait pas arrivé au cerveau du président d’évoquer la couleur d’un Français blanc pour le complimenter, par exemple, pour un exploit sportif. Mais pour dénier à deux hommes blancs la compétence à statuer sur les banlieues, la chose était possible sans commettre une transgression médiatiquement, intellectuellement et politiquement insupportable. On comparera avec le scandale médiatique provoqué par une femme politique de moindre envergure, non sous les ors de l’Élysée mais dans une émission de télévision, lorsque celle-ci reprit la sortie du général De Gaulle sur les racines blanches et chrétiennes du peuple français.

De même, pour se persuader de ce que le surmoi présidentiel rejoint l’idéologie médiatique sélective, on remarquera que la trivialité insolente de l’expression «mâle blanc» ne choque pas l’inconscient collectif.

Le mâle blanc, quand on en parle, on en parle toujours en mal.

En revanche, je n’envie pas le sort du malheureux responsable politique qui aurait l’idée obscène d’évoquer «deux femelles noires» pour critiquer la remise d’un rapport de Laura Flessel à Christiane Taubira…

Et puisque je déambule toujours dans les bas-fonds de l’inconscient, j’en arrive à me demander si ce mâle blanc à envisager forcément négativement ne serait pas désormais dans l’esprit torturé et honteux d’un enfant blanc du siècle une sorte de vilain bouton un peu gras à évider entre ses deux doigts.

Car le mâle blanc, quand on en parle, on en parle toujours en mal.

Toujours coupable, jamais victime.

Quand on le voit, quand on l’imagine en blanc, quand on le montre, c’est ce flic qui enfonce une matraque dans le séant d’un noir, ce ne sont pas deux policiers qui se font lyncher à la Saint-Sylvestre à Champigny-sur-Marne par des racailles.

Le mâle blanc, c’est aussi, dans l’inconscient médiatique, le macho. C’est lui la bête noire des nouvelles féministes et pas l’Autre. Et tant pis pour les femmes de Cologne ou les petites anglaises violées de Telford par des mâles pakistanais.

Sous le mâle blanc, le racisme inconscient anti-blanc ou anti-occidental.

Mais attention, sous la bourde présidentielle, sous l’irresponsabilité politique du premier de nos responsables, pourrait couver les cendres d’un retour de flamme.

J’ai souvent dessiné dans ces colonnes une chauve-souris présidentielle, croyant rusé d’exhiber en même temps les ailes d’un oiseau migratoire de gauche et les dents d’un rongeur financier de droite.

Mais il pourrait très bien mécontenter définitivement et les uns et les autres.

Un pseudo-antiracisme fou inconsciemment anti-blanc aura réussi le triste exploit, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe, de redonner une conscience blanche à ceux qui avaient pourtant mille fois raison de l’avoir oubliée pour ne penser qu’à une seule humanité.

Attention à ces exaspérés qui se sentent expurgés de leur propre nation par ceux qui ont l’obsession de la race et du racisme.

Et si le macronisme n’était pas le dernier des anachronismes?

Voir de plus:

The gripes of Roth: US incredulity at not winning the Nobel literature prize
Jason Farago
After a drought of nearly 20 years without a winner, Americans have become very sore losers. But there’s a moral to this tale
The Guardian
11 Oct 2012

American laureates of the Nobel Prize come close to outnumbering those from every other country combined, and this week, scientists in the United States got a few more early-morning phone calls from Stockholm. But Thursday morning’s announcement that the Chinese writer Mo Yan has won the Nobel Prize in Literature extends a nearly two-decade drought for American authors – and while the winner’s name was a surprise, the grumbles were not.

Nobody here ever complains that the physics or medicine juries don’t know what they’re doing. But Americans really don’t like to lose, and when we do, you can trust us to blame the referee.

Only 11 Americans have won the literature prize since 1901. (By contrast: 11 Americans have won the economics prize in the last six years alone.) It’s an ornery 11, too. Three of the American laureates – Isaac Bashevis Singer, Czesław Miłosz, and Joseph Brodsky – wrote primarily in a language other than English. Eugene O’Neill and William Faulkner remain giants of American literature, but the novels of Sinclair Lewis and John Steinbeck haven’t endured as well. And of course, there is the standing embarrassment of Pearl S Buck, author of mawkish books about Chinese peasants. It’s not as scandalous as a peace prize for Henry Kissinger, but it does rather stain the record.

Since 1994, though, the Americans have struck out every year. And as the dry spell wears on, the reactions get angrier. So far, Mo Yan has been getting a tiny bit more respect than usual, perhaps because, while Americans are as clueless about Chinese literature as any other, a Chinese winner does at least make the narrative of American decline more historically piquant.

But in 2004, American critics unleashed a fury bordering on hysteria when the prize went to Elfriede Jelinek, the groundbreaking Austrian playwright and novelist. « An unknown, undistinguished leftist fanatic, » according to the Weekly Standard. « Prooftexts of a particularly virulent sort of radical feminism, » as the New Republic had it.

Part of the problem, surely, is that Jelinek’s most vital work has been as a dramatist; almost none of her plays has made it into English, and theater in America is even deader than publishing. But more than that, there was no room for Jelinek’s intense, thorny writing in the conservative confines of the American literary establishment, where the entire history of modernism seems a thing of the unknown. Jelinek’s recent play, The Merchant’s Contracts, may be the most important work yet written about the financial crisis, but if she took it to an American MFA program, they’d probably tell her to work on her plotting and flesh out the characters a bit more.

The incredulity recurred with other recent winners, including JMG Le Clézio and Tomas Tranströmer. But the nadir of American literary provincialism came in 2009, when Herta Müller got the prize. « Herta who? » asked the New York Times. « Herta who? » asked the Washington Post. « Herta who? » asked Entertainment Weekly – though, at least one expects it from them, and as their resident blogger conceded,

« I am, admittedly, a myopic American who’s poorly read. »

It did not matter that Müller had published 20 books already, and that The Hunger Angel, her masterpiece, had just been released to universal acclaim in the German press. Nor did anyone pay attention to the bookies that year, when Müller had the shortest odds. It didn’t even matter that Müller was, by the low standards of American publishing, quite widely translated. Five of her books were out in English, most reviewed widely. Her novel The Land of Green Plums had won the prestigious Dublin Impac award. Who cares? What about Philip Roth? Herta who?

The literature Nobel may not be more than the caprice of a dozen and a half old Swedes who happen to have $1.2m to dole out – but the intensity with which American authors and critics dismiss it suggests that we don’t really believe that. And there’s a long tradition of anti-Nobel whingeing here. Back in 1984, in a diatribe in the New York Times Book Review called « The Scandal of the Nobel Prize« , George Steiner mocked the Swedes for awarding the prize to Pearl Buck (they are really never going to live that down), and he insisted that « with eminent exceptions, it is the uncrowned who are sovereign. » When it came to literary discernment, the Swedish Academy deserved little respect – so little, in fact, that the most eminent critic of his generation would spend 2,700 words attacking it.

An essay like Steiner’s now appears almost every year, usually with an exasperated mention of Roth, the eternal bridesmaid, whose failure to win the prize somehow delegitimizes every other laureate. (It hasn’t helped matters that the one living American laureate is Toni Morrison. Defenders of Roth, such as the critic Harold Bloom, like to insist that he’s « not terribly politically correct », and if Morrison got the gong and Roth didn’t, Team Bloom can only think of one explanation.)

But things came to a head in 2008, when Horace Engdahl, then the permanent secretary of the Swedish Academy, speculated that the reason his organization didn’t award American writers was that:

« The US is too isolated, too insular. They don’t translate enough and don’t really participate in the big dialogue of literature. »

Everyone from the chiefs of America’s major publishing houses to the editor of the New Yorker rose to the bait, telling Engdahl to push off back to Stockholm. Critic Adam Kirsch thundered:

« America should respond not by imploring the committee for a fairer hearing but by seceding, once and for all, from the sham that the Nobel Prize for Literature has become. »

But Engdahl, impolite though he was, had a point. Only 3% of all books published in this country have been translated from a foreign language, and that includes The Girl with the Dragon Tattoo. When it comes to literature, Americans really are provincials. And you can see that provincialism in the writing that his opponents praise: formally retrograde, frequently narcissistic, and with none of the insight or rebelliousness that might make anyone beyond our shores take notice.

There are, of course, dozens of American writers in the first rank of world literature – even if I’d be much happier to see a Nobel go to Marilynne Robinson or John Ashbery than to Roth or the other usual suspects. And there are far better ways to think about literary culture than through prizes.

But there is a silver lining to our continued Nobel drought: if it reminds us of how wide the world of letters is, perhaps it will also remind us of the narrowness of our own.

Philip Roth’s Newark roots inspired a lifetime of extraordinary storytelling
Brad Parks
NJ Advance Media
May 23, 2018

Philip Roth spent just 17 years in Newark, growing up in a succession of rental homes in its Weequahic section, where he came of age along the shopkeepers, bookies and schoolboys who filled its neighborhoods.

It was enough to inspire a lifetime of stories and fuel a literary career that ranks among the all-time greats.

Roth, who died Tuesday night at 85, set the majority of his novels in the city of his birth, in places familiar to thousands of New Jersey residents who grew up there with him, snacking at Syds, cruising down Chancellor Avenue, idolizing an athlete named Swede.

His death was announced by his literary agent.

More than any American writer, Roth located second and third generation Jewish Americans at the center of our nation’s transformation from urban rituals to suburban life and the discontents therein, observed the late Clement Price, a historian at Rutgers Newark, of Roth.

« His is an essential voice on what it meant to be a Jewish American at a time when Jews, and indeed other ethnics, were on their way to becoming white, » Price said.

During the final years of his life, Roth was widely considered America’s premier living novelist. He was certainly its most decorated, having won nearly every major prize in literature, including the Pulitzer Prize, the National Book Award (twice), and the PEN/Faulkner Award (three times). Only the Nobel eluded his grasp.

« He is without doubt the greatest novelist writing in English today, » author and critic Linda Grant once said. « There are times when his prose just ignites and roars into life like a match to a boiler. »

He created that fire while living an almost ascetic existence in northwestern Connecticut, writing with a discipline that became legendary in literary circles. He rose early each day and walked to a small writing studio some 50 yards from his house, a cottage with a fireplace, a computer — on which he wrote standing up, due to back pain — and little else.

There, he often spent 10 hours a day writing. He broke for a walk in the afternoon, then would return in the evening. Divorced twice, he lived alone. With no one to entertain, writing consumed him. He wrote (28 as of 2008) novels — including nine that featured the quasi-autobiographical character of Nathan Zuckerman — and remained prolific well into his later years, eschewing any notion of retirement until he was nearly 80, when he said he had stopped writing.

« To tell you the truth, I’m done, » he said.

« Philip was always on the job, » said Ross Miller, his biographer and one of Roth’s few close friends. « He looked at everything differently than an ordinary person, literally experiencing life in a novelistic level of detail. It was really astonishing to be with him sometimes when you realized everything that was happening to him was being stored for later use. »He challenged the literary notion that the main character of a book had to be likeable, inasmuch as his characters were inevitably deplorable: Sex fiends, deviants, liars, cheaters.

Roth himself was not always viewed as the most likeable of men, at least not to outsiders. He was often dismissive of his public. He was not one for book tours or signing autographs, the kind of things other authors do to patronize their fans. He seldom granted interviews.

Mostly, he wanted his work to let it speak for itself. It came at a cost — through the years, Roth’s critics accused him of being anti-woman or anti-Semitic. Roth responded in his own way: For years, he kept a drawing next to his workspace depicting a pipe-smoking critic, stabbed and bleeding.

Still, his genius was widely recognized in literary circles. In 2006, the New York Times Book Review sent several hundred letters to prominent writers, critics and editors asking them to name « the single best work of American fiction published in the last 25 years. » Seven of Roth’s books were among the top finalists.

« If we had asked for the single best writer of fiction over the past 25 years, » the accompanying article noted, « (Roth) would have won. »His Newark roots

By the itinerant standards of Newark, a city that was home to successive waves of immigrants, the Roth family had roots here, having first arrived in the 1890s.

The second of two boys, Roth was born March 19, 1933. His mother, Bess, was a homemaker. His father, Herman, first had a failed shoe store, then sold insurance for Metropolitan Life.

« The stories he brought back — it was great training to be a writer, » Roth once said of his father. « He brought the city into the house. He’d talk about where he’d been and the people he met. He was a very good storyteller. »

Roth spent most of his formative years on or near Chancellor Avenue, which he later referred to as « the big, unclogged artery of my life. » It was a place full of characters to fill a burgeoning writer’s imagination — the shop owners, the hustlers, the numbers runners — and Roth described an idyllic childhood spent with other children in the neighborhood, playing sports, shooting craps, and bragging about sexual exploits.

As a student, he displayed considerable aptitude, skipping two grades. He attended Weequahic High School, then considered among the finest secondary schools in the nation. Still, his homeroom teacher remembered Roth’s interests lying outside textbooks.

« He was very eager for experience, especially sexual, » recalled his high school teacher Robert Lowenstein in 2008, when he was 100 years old. « He was very interested in the girls. »

Roth was only 16 when he graduated, and his parents did not want to send him away to college immediately. So he spent a year working at the department stores downtown, attending classes at Rutgers-Newark.

He then transferred to Bucknell University in rural Lewisburg, Pa., with a primarily white, upper middle class student body. Roth found the school’s homogeneity stifling, though he found — or, at least, later imagined — angst underneath the seemingly placid surface, a theme that would late be found throughout his work.

He graduated magna cum laude in 1954, then earned a master’s degree from the University of Chicago in 1956. After graduation, he got a job at the university teaching writing. But it was as a practitioner of the craft he first earned fame.

An angry backlash

The short story was called « Defender of the Faith, » and it was published in the New Yorker in 1959. The story featured a protagonist who was obsessed by wealth and did not mind conniving to get it. He was also Jewish.

That combination — and the implication that Roth was forwarding the stereotype of the money-grubbing Jew — set off a spectacular reaction, most of it negative. The magazine received letters from Jewish readers by the sack full. Rabbis blasted Roth in their sermons. The Anti-Defamation League formally protested it.

There was positive feedback as well: The story was included in a collection called « Goodbye Columbus, » which won the National Book Award in 1960, when Roth was still just 26, making him something of an instant sensation in literary circles.

Nevertheless, the backlash — in particular, a panel at Yeshiva University where he withstood withering attacks from students — seemed to scare Roth off writing about Jewish subjects for a time. His first novels, « Letting Go » and « When She Was Good » delved far less into Judaic themes.

But that didn’t seem to change his reputation. So, figuring he couldn’t please his Jewish critics, Roth wrote « Portnoy’s Complaint, » an outrageous monologue, set on a psychiatrist’s couch, from a Jewish protagonist who recounted his sexual frustration and his fondness for masturbation — most memorably into a piece of liver that was supposed to be the Portnoy family dinner.

Published in 1969 and set against the backdrop of the sexual revolution, it was a sensation, selling more than 400,000 hardcover copies and turning Roth into a celebrity.

It was also fodder for comics — Portnoy became shorthand for sexual deviance — and even fellow authors. Jacqueline Susann, who wrote Valley of the Dolls, once joked she would like to meet Roth but, « I don’t think I’d shake his hand. »

The response stunned Roth, who hated the attention.

« I felt visible and exposed. Somebody who had just ready Portnoy’s Complaint’ would come up to me and say, I don’t eat liver anymore,' » Roth once told The New Yorker. « It was funny the first seven thousand times I heard it. »

During the early 1970s, Roth left New York City, seeking the solitude of rural Connecticut.

« The reaction to Portnoy really determined the trajectory of his career, » said Derek Parker Royal, president of the Philip Roth Society. « That was the No. 1 selling book for all of 1969, which is unheard of for a literary novel, and it really make him a celebrity. Those experiences really shaped the rest of his career. I don’t think we would have had Roth we know today were it not for Portnoy’s Complaint. »

Finding himself as a novelist

Roth followed Portnoy with a period of experimentation, during which he recovered from Portnoy and began finding himself as a novelist.

In « Our Gang » (1971) he caricatured President Richard Nixon. « The Breast » (1972) was considered a nod to Kafka. In « The Great American Novel » (1973) — a farcical work narrated by « Word Smith » — he tackled both literature and baseball.

« My Life as a Man » (1974) was among the first of his quasi-biographical novels. It also introduced a character named Nathan Zuckerman, although the first true Zuckerman novel — « The Ghost Writer » — appeared in 1979.

Like Roth, Zuckerman was a Jewish man born in New Jersey in 1933. Like Roth, Zuckerman was a celebrity author who wrote an explosive and sometimes vulgar novel that delved into sexual themes — Zuckerman’s was called Carnovsky.

By while critics often wondered how much Zuckerman was an autobiographical character, most Roth scholars say the similarities between the two are more a convenience.

« I tell my students they should never make the mistake of relating the fictional character to the real life author, » Royal said. « He used some of the history of his own life and own experiences to springboard to Nathan Zuckerman. But to say Roth is Zuckerman or that it’s a roman a clef is a mistake. »

Roth, himself, scoffed at the notion that he was Zuckerman, almost taking offense at the suggestion his imagination was incapable of creating a character independent from himself.

« Am I Roth or Zuckerman? » he onced asked. « It’s all me. . . Nothing is me. »

If anything, he toyed with reader, sometimes throwing deliberately false biographical anecdotes into his Zuckerman’s novels to provoke a reaction.

« He manipulated and controlled his public persona more than most authors, » said Mariam Jaffe-Foger, a Roth scholar who earned her Ph.D at Rutgers. « It was a contrived, calculated things. He wanted people not to know what to believe and always played on the line of, is this real, is this not real?' »

An unflattering portrait

Much like Zuckerman, Roth’s personal life was fodder for public consumption. His long relationship with English actress Claire Bloom, which became increasingly messy, was often tabloid material.

The two lived together for a decade in England, where they were stars of the London cocktail circuit. Shortly after his return to Connecticut in 1988, Roth discovered through a routine stress test that he had significant blockage in a number of arteries. He underwent a quintuple bypass in 1989.

In 1990, he and Bloom married. For Roth, it was a second marriage — his first ended in divorce in 1962. This one lasted only four years. After the divorce, Bloom wrote « Leaving a Doll’s House, » an unflattering portrait of Roth as a self-centered, crotchety, mean-spirited and utterly vain man who suffered illness as if no one had ever been sicker.

Roth countered in « I Married a Communist » by creating the character Eve Frame, an evil, anti-semitic Jewish woman who seeks to destroy Ira Ringold, the main character.

Despite the private upheaval, Roth kept churning out top-rate fiction throughout the 1980s and into the 1990s. Although the question of when Roth hit his prime is fodder for a debate among his fans, many critics say it began with « The Counterlife » in 1986 and continued through « The Human Stain » in 2000.

« Philip was on an ascending line for a 14- or 15-year period where all his does is write these great books, » said Miller, the biographer. It’s really one of the most remarkable runs in the history of American literature. »

The run included what is perhaps his most critically acclaimed work, « Sabbath’s Theater » in 1995, and his most popular, the Pulitzer prize-winning « American Pastoral » in 1997.

In many ways, the books, while both tragedies, stand as opposites of one another. « Sabbath’s Theater, » which centers around an adulterous puppeteer who is so miserable and filled with hate he can’t bring himself to commit suicide, is perhaps Roth’s darkest work.

« American Pastoral, » describes the life of Swede Lavov, a star high school athlete — based loosely on Weequahic alumnus Seymour « Swede » Masin — who becomes a successful businessman but is ultimately undone when his teenage daughter blows up a post office as a protest of the Vietnam War.

In classic Roth fashion, Sabbath is too pessimistic to die while Lavov is too optimistic to live.

Back to the city

Through it all, Roth’s settings and characters kept returning to New Jersey in general, and Newark in particular.

His 2004 « The Plot Against America, » was a speculative history novel in which a boy named Philip must grow up in Newark under an anti-Semitic and isolationist , Nazi-allied regime led by famed flyer Charles Lindbergh, which some later viewed as eerily prophetic of Donald Trump.

« It’s precisely the tragic dimension of the city’s that’s brought the city back so strongly into my fiction, » Roth once said. « How could I fail to be engaged as a novelist by all that’s been destroyed and lost in that one place on Earth that I know most intimately? »

Roth himself came back to the city on occasion, to speak at the library or to accept another honor. In 2005, then-Mayor Sharpe James unveiled a plaque renaming the corner where he once lived, « Philip Roth Plaza. »

Genuinely touched, Roth — who had recently been spurned by the Swedish-based Nobel Prize for literature — told the crowd, « Today, Newark is my Stockholm and that plaque is my prize. »

As Roth aged, so did his characters. Even Zuckerman, his old standby, suffered from prostate cancer and impotence. Roth’s 2006 novel, « Everyman, » was one long chronicle of the character’s illnesses — including detailed descriptions of several procedures Roth had undergone himself. Roth started writing the book the day after attending his longtime friend and contemporary Saul Bellow’s funeral.

« Old age isn’t a battle, » he wrote. « It’s a massacre. »

Still, he remained relevant an even inspiring to a subsequent generations — and not just writers.

« Those recent books just knocked me on my ass, » Bruce Springsteen told the Times of London in 2007. « To be in his sixties, making work that is so strong, so full of revelations about love and emotional pain, that’s the way to live your artistic life. Sustain, sustain, sustain. »

Roth often said that he’d like to start a novel that would take the rest of his life to finish, then hand it in just before he died — all so he wouldn’t have to bear the agony of starting over again.

« The work is difficult in the beginning, » he once said. « It’s also difficult in the middle and difficult in the end.

Neverthless, Roth admitted, « Without a novel, I’m empty and not very happy. »

He wrote often of death and dying — other than sex and Judaism, they were arguably his favorite topic.

In « Dying Animal, » Roth wrote, « one is immortal for as long as one lives. »

But perhaps his favorite quote on the subject was not one he wrote. It came from the 16th century mortality play « Everyman » — from which he borrowed the title of his 2006 work — where one of the characters mourns:

« Oh death, thou comest when I had thee least in mind. »

Staff writer Ted Sherman contributed to this report.
Bye-bye … Philip Roth talks of fame, sex and growing old in last interview
Great US novelist insists he is quitting public life as he reflects on his many literary identities
Robert McCrum
The Observer
17 May 2014

When Philip Roth told the French magazine Les Inrockuptibles in November 2012 that he was quitting the field – « To tell you the truth, I’m done » – there was widespread disbelief. Surely a novelist who had devoted himself as singlemindedly to his art as Roth could not be serious? Was it possible that Nemesis, his 24th novel, would be his last? Well, yes, it was.

This week, in a BBC interview, Roth will not only reaffirm his literary retirement, he will also, with gleeful finality, guarantee to the camera that « this is my last appearance on television, my absolutely last appearance on any stage anywhere ».

Roth’s last word that, quoting American heavyweight boxer Joe Louis, he had « done the best he could with what he had », has been typically smart and self-conscious. It’s a good retirement. Literary lives often end badly with poor health, rejection and neglect and it’s all about Roth – how could it not be? He has devoted his long and distinguished literary career to reinventing himself in countless teasing ways. Now, at 81, he continues to tantalise his audience.

On Tuesday the BBC will broadcast his « last interview », a valedictory two-part conversation with Alan Yentob, shot at his Manhattan home in a film for Imagine, directed by Sarah Aspinall.

This latest episode in Roth’s long goodbye shows the novelist, whom some consider to be America’s greatest living writer, in a mood of playful relaxation, conceding that, hitherto, he had not wanted to « talk, talk, talk, talk, talk ». Now, he says, « now that I don’t write, I just want to chatter away ». Inevitably, with his eye on his readers, Roth’s chatter is all about the polyvalent character of his career. He has lived many literary lives. First, there was the wunderkind author of Goodbye, Columbus (1959), a landmark postwar debut. Next came the enfant terrible of Portnoy’s Complaint (1969), the late-60s comic sensation, dubbed « a wild blue shocker » by Life magazine. « I got literary fame, » he recalls. « I got sexual fame and I also got mad man fame. I got hundreds of letters, 100 a week, some of them letters with pictures of girls in bikinis. I had lots of opportunity to ruin my life. »

So then he began to retreat into a kind of rancour, and became the experimental satirist of Our Gang (1971) and The Breast (1972). Next, in young middle age, Roth continued the exploration of his turbulent self in My Life as a Man (1974) and The Professor of Desire (1977). Later, he nurtured a more secure literary alter ego in his Zuckerman novels. The best was to come. In 1997, in his mid-60s, Roth embarked on a sequence of novels, well-wrought reinventions of America’s recent past, that were hailed by critics on both sides of the Atlantic. Here in American Pastoral, I Married a Communist, The Human Stain, The Dying Animal and The Plot Against America was a vigorous refutation of Fitzgerald’s bitter aside that « there are no second acts in American lives ».

No writer in living memory has had such an extraordinary late-season surge. Roth’s own account of this switch from the personal to the public is that, as he puts it, « in the beginning, it’s about [Roth] coming of age, developing as a writer. Then it’s not about him. He’s the ear, the voice, he’s the observer, he’s the eye. » Before his retirement, Roth’s mood became valedictory (Exit Ghost, 2007) but still defiant (Indignation, 2008).

He reports that, in old age, « the last thing I wanted to do was to make myself more visible than I already was. The visibility unnerved me. And so I moved to the country. » Roth retreated to an isolated farmhouse in Connecticut. He describes, almost for the first time, the conditions under which he wrote the sequence of novels that followed American Pastoral. « I find it very congenial to live in the natural beauty of the place I have in Connecticut. I work during the day, do some exercise late in the day » – he swims regularly – « and so I haven’t lost contact with what I’ve been doing all day. »

This, for many years, was standing for hours at his writing desk, to spare his back, « day in and day out. Then if I’m stuck, and I often am stuck, I walk out the door and I’m in the woods. I walk around for 10 minutes, and I come back and try again. » Roth quotes his own character, Zuckerman, to explain this monk-like dedication: « I believe that we should read only those books that bite and sting us. If a book we’re reading does not rouse us with a blow to the head, then why read it ? »

In 1976, Roth moved to London to live with actress Claire Bloom. But he didn’t feel at home. « I couldn’t write a feature-length book about London, » he says now. « England made a Jew of me in only eight weeks. »Here, Roth’s conversation covers much contentious territory, including the repeated accusations of the novelist’s alleged misogyny. But one tantalising detail is omitted. According to Yentob, when Roth attended a 70th birthday party for conductor Leonard Bernstein, he was seated next to Ava Gardner, who had been living in seclusion in London for several years. Gardner, who had been married to Frank Sinatra, joked to Roth, « I used to go out with a boy from Hoboken », and the pair spent the evening in intense conversation. In the course of his interview with the BBC, Roth occasionally challenges Yentob with « Go on, ask me about Ava Gardner », but discretion appears to have prevailed.

« We will leave that to Blake Bailey [Roth’s biographer], » says Yentob coyly.

Roth has never seemed so relaxed or content. Usually, a cocktail of vanity, optimism, and defiance, spiked with raw economic necessity, keeps old writers in the game long after they should have bowed out. Roth has beaten the odds. When challenged with his 2004 statement that he « could not conceive of a life without writing », he replies: « I was wrong. I had reached the end. There was nothing more for me to write about. » With a flash of candour, he adds: « I was fearful that I’d have nothing to do. I was terrified in fact, but I knew there was no sense continuing. I was not going to get any better. And why get worse ? And so …

« I set out upon the great task of doing nothing. I’ve had a very good time over the last three or four years. » Much of this has been devoted – in another reinvention – to assisting Bailey, who says he will complete his biography in 2022. To this, Roth jokes: « I’ll do my best to stay alive ’til 2020, but don’t push me. Now that I don’t write, I just want to chatter away. Bye, bye. »

Voir enfin:

Le politiquement correct, le journalisme, Trump: les confessions de Tom Wolfe
Pour Le Figaro Magazine, le Balzac new-yorkais scrute l’Amérique de Trump et de Harvey Weinstein. A 86 ans, l’inventeur du « nouveau journalisme » n’a rien perdu de sa verve et continue d’envoyer au « bûcher des vanités » les conformismes de son époque.
Le Figaro magazine
29 décembre 2017

Il est l’un des plus importants écrivains vivants. Peut-être le plus grand « écrivain français » contemporain, tant son œuvre est imprégnée de celles de Zola et de Balzac. L’auteur d’ Illusions perdues avait pour projet d’identifier les « espèces sociales » de l’époque, tout comme Buffon avait identifié les espèces zoologiques. Il voulait « écrire l’histoire oubliée par tant d’historiens, celle des mœurs » et « faire concurrence à l’état civil ». Comme Balzac est « le secrétaire de la société », Tom Wolfe, l’inventeur du « nouveau journalisme », est le secrétaire de son époque, l’ethnologue des tribus post-modernes : les psychédéliques sous acide (Acid Test, 1968), les gauchistes de Park Avenue (Radical Chic, 1970), les astronautes (L’Etoffe des héros, 1979), les golden boys de Wall Street (Le Bûcher des vanités, 1987), les étudiants décadents des grandes universités (Moi, Charlotte Simons, 2004 ), les Latinos immigrés en Floride (Bloody Miami, 2013)… Son costume blanc, qu’il ne quitte jamais, est un instrument de diversion. Une manière de détourner l’attention pour ne pas avoir à en dire trop sur son art ou sur lui-même. Wolfe a toujours préféré les faits et les longues descriptions à la psychologie et aux explications de texte. Mais, à 86 ans, le dandy réac n’a plus rien à perdre et n’élude aucun sujet. Au téléphone, d’un ton volontiers distancié et malicieux, il s’amuse des mœurs de l’Amérique progressiste et démasque son hypocrisie. Le phénomène #Balance ton porc – et ses conséquences – pourrait être, selon lui, « la plus grande farce du XXI e siècle ». Dans son dernier essai, Tom Wolfe semble faire un pas de côté. Il y déboulonne les thèses évolutionnistes de Darwin. Pour autant, Le Règne du langage (Robert Laffont) n’est en rien un traité scientifique. A travers la figure de Darwin, dignitaire installé qui aura su ériger sa théorie en dogme, Wolfe continue d’observer la « comédie humaine ».
PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO

Dans votre dernier livre, Le Règne du langage, vous expliquez que c’est la langue qui fait la spécificité de l’être humain. En quoi ?

Il existe entre l’être humain et l’animal une différence essentielle, une ligne de démarcation aussi escarpée et inamovible qu’une faille géologique : la parole ! Le langage a donné à la « bête humaine » bien plus qu’un ingénieux outil de communication. C’est en réalité une innovation de la teneur de la bombe atomique ! La parole a été la toute première invention, le premier artéfact, la première fois où une créature terrestre, l’homme, a prélevé des éléments de la nature, en l’occurrence des sons, pour les transformer en quelque chose d’entièrement nouveau et façonné par lui, des enchaînements de sonorités qui formaient des codes, lesquels ont reçu le nom de « mots ». Non seulement le langage est un outil mais c’est le premier d’entre tous, celui qui a rendu tous les autres possibles, de la plus sommaire des pioches à la première des massues jusqu’à la roue et à la fusée spatiale. Sans lui, pas de danse, pas de musique, pas même le fredonnement d’une ritournelle, le battement des tambours, pas de rythme d’aucune sorte ni de cadence pour taper dans les mains. Bref, c’est le langage, et lui seul, qui a conféré à la « bête humaine » la force de conquérir chaque pouce de terre ferme sur cette planète et de se goinfrer de la moitié des ressources comestibles de l’océan. Et pourtant, cette mise en coupe réglée du globe terrestre n’est qu’un résultat mineur de la puissance des paroles : son principal exploit, c’est d’avoir créé l’ego, la conscience de soi. Seul le langage permet à l’homme de questionner son existence, de la poursuivre ou d’y renoncer. Aucun animal ne pense à se suicider, ni à massacrer ses semblables à une vaste échelle. Seule la parole nous autorise à nous autoexaminer et à rendre la planète inhabitable juste comme ça, en l’espace de trente ou quarante minutes nucléarisées. Elle seule permet à l’homme de fantasmer des religions, et des dieux pour leur donner du corps. Jusqu’à notre époque – et plus encore aujourd’hui – les mots sortis de la bouche de Mahomet au VII e siècle continuent à galvaniser et contrôler la vie de trente-cinq pour cent de la population mondiale. Tout au long d’un millénaire et demi, ceux de Jésus ont exercé la même influence sur une portion d’humanité comparable avant de perdre une part de leur résonance en Europe au cours de la deuxième moitié du XX e siècle.

Votre livre déboulonne Darwin…

Dans Le Règne du langage, j’oppose la figure de Charles Darwin et celle d’Alfred Wallace. Le premier est un parfait ­gentleman installé dans la haute société britannique du XIXe siècle. Le second, tout au contraire, est un homme de terrain, issu d’un milieu modeste. Le type d’autodidactes que l’aristocratie de l’époque surnommait « les attrapeurs de mouches ». Wallace fut pourtant le premier, avant Darwin, à défendre la théorie de la sélection naturelle. Mais faute d’être bien né, la paternité de cette découverte ne lui fut jamais attribuée, l’auteur de L’Origine des espèces s’attribuant tout le mérite. Si Wallace a été le premier à définir une théorie de l’évolution, il a été aussi le premier à questionner cette thèse. A se demander comment l’homme avait pu concevoir les chiffres, l’arithmétique, les formes géométriques, mais aussi penser un code moral, une exigence éthique, éprouver le plaisir dispensé par la musique ou l’art visuel. A la fin de sa vie, il conclut qu’aucun de ces attributs sublimes et consubstantiels à l’humanité n’a de relation avec la sélection naturelle.

En quoi votre vision du monde diffère-t-elle de celle des créationnistes ?

Les créationnistes refusent toute idée d’évolution géologique ou biologique car ils voient en Dieu le seul créateur de la vie. Ce n’est pas mon cas. Je ne fais que montrer les limites de la théorie de l’évolution et entériner l’incapacité des chercheurs à déterminer l’origine du langage. Ma seule conclusion est que c’est le langage qui sépare l’être humain de la bête. Pour le reste, je n’ai pas de réponse et je ne propose pas de récit ou d’idéologie de substitution. Personne ne peut prétendre raconter l’histoire vraie de la création. L’Origine des espèces de Darwin n’est qu’une version scientiste de la Genèse. Darwin est tombé dans le piège de la cosmogonie, ce besoin compulsif d’élaborer l’inatteignable « théorie du Tout », un concept ou une narration qui organiserait miraculeusement chaque élément de l’univers en un système clair et précis.

Depuis l’un de vos premiers livres, Radical Chic (Le Gauchisme de Park Avenue en français), vous fustigez le politiquement correct, le gauchisme culturel, la tyrannie des minorités. L’élection de Donald Trump est-elle la conséquence de ce politiquement correct ?

Dans ce reportage, d’abord paru en juin 1970 dans le New York Magazine, je décrivais une soirée organisée, le 14 janvier précédent, par le compositeur Leonard Bernstein dans son duplex new-yorkais de treize pièces avec terrasse. La fête avait pour objet de lever des fonds en faveur des Black Panthers… Les hôtes avaient pris soin d’engager des domesti- ques blancs pour ne pas froisser la susceptibilité des Panthers. Le politiquement correct, que je surnomme PC, pour « police citoyenne », est né de l’idée marxiste que tout ce qui sépare socialement les êtres humains doit être banni pour éviter la domination d’un groupe social sur un autre. Par la suite, ironiquement, le politiquement correct est devenu l’instrument des « classes dominantes », l’idée d’une conduite appropriée pour mieux masquer leur « domination sociale » et se donner bonne conscience. Peu à peu, le politiquement correct est même devenu un marqueur de cette « domination » et un instrument de contrôle social, une manière de se distinguer des « ploucs » et de les censurer, de délégitimer leur vision du monde au nom de la morale. Les gens doivent désormais faire attention à ce qu’ils disent. C’est de pire en pire, en particulier dans les universités. La force de Trump est sans doute d’avoir rompu avec cette chape de plomb. Par exemple, les gens très riches font généralement profil bas alors que lui s’en vante. Je suppose qu’une partie des électeurs préfère cela à l’hypocrisie des politiques conformistes.

Dans votre œuvre, le statut social est la principale clef de compréhension du monde. Le vote Trump est-il le vote de ceux qui n’ont pas ou plus de statut social ou dont le statut social a été méprisé ?

A travers Radical Chic, je décrivais l’émergence de ce qu’on appellerait aujourd’hui la « gauche caviar » ou le « progressisme de limousine », c’est-à-dire une gauche qui s’est largement affranchie de toute empathie pour la classe ouvrière américaine. Une gauche qui adore l’art contemporain, s’identifie aux causes exotiques et à la souffrance des minorités, mais méprise les « rednecks » de l’Ohio. Des Américains ont eu le sentiment que le Parti démocrate faisait tellement des pieds et des mains pour aller séduire les différentes minorités qu’il en arrivait à négliger une partie encore considérable de la population. A savoir cette partie ouvrière de la population qui, historiquement, a toujours été la moelle épinière du Parti démocrate. Durant cette élection, l’aristocratie démocrate a pris le parti de favoriser une coalition de minorités et d’exclure de ses préoccupations la classe ouvrière blanche. Et Donald Trump n’a plus eu qu’à se pencher pour ramasser tous ces électeurs et les rallier à sa candidature.

Que vous inspirent l’affaire Weinstein et la polémique #Balance ton porc ? Personne ne se donne la peine de définir correctement le terme d’agression sexuelle. C’est une caté- gorie fourre-tout qui va de la tentative de viol à la simple attirance. C’est de cette confusion que naissent tous les excès. Je suis partagé entre l’effroi, en tant que citoyen, et l’amusement, en tant que romancier, pour cette merveilleuse comédie humaine. Si cela continue, cela peut devenir la plus grande farce du XXIe siècle. Dans la presse locale, encore ce matin dans le New York Post et le New York Times, ces affaires sont en lettres capitales à la une. Aujourd’hui, n’importe quel homme qui prête n’importe quelle sorte d’attention à n’importe quelle femme, par exemple sur son lieu de travail, devient un « prédateur ». Depuis cette affaire, j’entends partout autour de moi des hommes dire à de jeunes femmes qu’ils fréquentent « je ne devrais pas être vu avec toi ici ou là », « nous travaillons dans la même entreprise et je suis à un poste hiérarchique plus élevé et tout cela va faire trop mauvais genre ». Les hommes s’inquiètent désormais de trouver certaines femmes attirantes. Voilà qu’on se retrouve à s’opposer aux lois naturelles de l’attraction qu’il faudrait désormais ignorer. Personne ne parle de ces femmes, et elles sont pourtant nombreuses, qui prennent un plaisir réellement considérable à rencontrer sur leur lieu de travail un collègue masculin qu’elles trouvent attirant. Un homme qu’elles n’auraient pas eu la chance de rencontrer autrement. Je pense que le monde n’a pas tant changé pour que l’on se mette à proclamer qu’aujourd’hui es femmes ne désirent soudain plus attirer l’attention des hommes. En vérité, rien n’a vraiment changé, hormis le fait que les femmes disposent d’un puissant outil d’intimidation qu’elles n’avaient pas auparavant. Elles peuvent maintenant remettre à leur place ces hommes dont l’attention est trop extrême ou qu’elles jugent trop vulgaires, écarter un rival sur le plan professionnel ou encore se venger d’un amant « trop goujat ». Pour inculper quelqu’un d’agression sexuelle, il semble désormais que la seule parole de la femme soit suffisante et certains demandent déjà un renversement du droit qui obligerait l’homme soupçonné à faire la preuve de son innocence.

Vous êtes l’inventeur du « nouveau journalisme ». Un journalisme qui se rapproche de la littérature dans la forme, mais qui repose aussi sur la minutie des enquêtes et la précision des faits rapportés. A l’heure du numérique et de l’immédiateté, ce journalisme est-il mort ?

A l’époque, les bureaux du Herald étaient à Times Square. Il suffisait de descendre dans la rue poser des questions aux gens. J’utilisais ce que j’appelle la technique de l’homme de Mars. J’arrivais et je disais : « Ça à l’air intéressant, ce que vous faites ! Moi, j’arrive de Mars, je ne connais rien, qu’est-ce que c’est ? » Aujourd’hui, certains journalistes ne sortent jamais de leur bureau. Ils font leurs articles en surfant sur internet. Pourtant, il n’y a pas d’alternative : il faut sortir ! Quand de jeunes écrivains ou journalistes me demandent un conseil, ce qui est rare, je leur dis toujours : « Sors ! » Au final, le nouveau journalisme c’était quoi ? J’ai toujours pensé que c’était simplement une technique d’écriture sur un sujet non fictif avec toutes les méthodes normalement utilisées pour la fiction. Pour moi, l’un des principes du nouveau journalisme est d’écrire scène par scène, comme pour un scénario. Le futur de ce genre dépend des jeunes qui se lancent. Mais ils lisent tout en ligne désormais. Et, quand vous lisez en ligne, juste pour la simple raison que vous lisez sur un fond très lumineux, vous avez beaucoup de mal à lire des longs formats. Une fois les huit cents mots dépassés, vous commencez à fatiguer. Et tout cela invite les journalistes à raccourcir leur écriture. La lecture est de plus en plus rapide et cela force l’auteur à renoncer à tout un tas de techniques qui peuvent pourtant donner à un article une puissance sans pareil. Il devient plus difficile de parler des détails désormais, le décor, la façon dont les gens s’habillent, tout cela prend énormément de place. Il n’y aura plus beau- coup d’auteurs ou de journalistes que l’on pourrait appeler des plumes. Le style demande un dur labeur. Aujourd’hui, on met l’accent sur tout ce qui est efficace. C’est ce à quoi sont formés les journalistes. Déjà à mon époque, on nous demandait de faire court, car les journaux craignaient la concurrence de la télévision. Cela n’a pas empêché le nouveau journalisme d’être un succès. Je crois que cela pourrait fonctionner, y compris sur des formats numériques. Vous savez que tous les livres de Zola sont encore disponibles en anglais partout aux Etats-Unis ? On les réimprime tout le temps. ■

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO Le Règne du langage, de Tom Wolfe. Robert Laffont, collection, « Pavillons », 216 p., 19 €.

Voir par ailleurs:

An Open Letter to Wikipedia
Philip Roth
The NewYorker
September 6, 2012

Dear Wikipedia,

I am Philip Roth. I had reason recently to read for the first time the Wikipedia entry discussing my novel “The Human Stain.” The entry contains a serious misstatement that I would like to ask to have removed. This item entered Wikipedia not from the world of truthfulness but from the babble of literary gossip—there is no truth in it at all.

Yet when, through an official interlocutor, I recently petitioned Wikipedia to delete this misstatement, along with two others, my interlocutor was told by the “English Wikipedia Administrator”—in a letter dated August 25th and addressed to my interlocutor—that I, Roth, was not a credible source: “I understand your point that the author is the greatest authority on their own work,” writes the Wikipedia Administrator—“but we require secondary sources.”

Thus was created the occasion for this open letter. After failing to get a change made through the usual channels, I don’t know how else to proceed.

My novel “The Human Stain” was described in the entry as “allegedly inspired by the life of the writer Anatole Broyard.” (The precise language has since been altered by Wikipedia’s collaborative editing, but this falsity still stands.)

This alleged allegation is in no way substantiated by fact. “The Human Stain” was inspired, rather, by an unhappy event in the life of my late friend Melvin Tumin, professor of sociology at Princeton for some thirty years. One day in the fall of 1985, while Mel, who was meticulous in all things large and small, was meticulously taking the roll in a sociology class, he noted that two of his students had as yet not attended a single class session or attempted to meet with him to explain their failure to appear, though it was by then the middle of the semester.

Having finished taking the roll, Mel queried the class about these two students whom he had never met. “Does anyone know these people? Do they exist or are they spooks?”—unfortunately, the very words that Coleman Silk, the protagonist of “The Human Stain,” asks of his classics class at Athena College in Massachusetts.

Almost immediately Mel was summoned by university authorities to justify his use of the word “spooks,” since the two missing students, as it happened, were both African-American, and “spooks” at one time in America was a pejorative designation for blacks, spoken venom milder than “nigger” but intentionally degrading nonetheless. A witch hunt ensued during the following months from which Professor Tumin—rather like Professor Silk in “The Human Stain”—emerged blameless but only after he had to provide a number of lengthy depositions declaring himself innocent of the charge of hate speech.

A myriad of ironies, comical and grave, abounded, as Mel had first come to nationwide prominence among sociologists, urban organizers, civil-rights activists, and liberal politicians with the 1959 publication of his groundbreaking sociological study “Desegregation: Resistance and Readiness,” and then, in 1967, with “Social Stratification: The Forms and Functions of Inequality,” which soon became a standard sociological text. Moreover, before coming to Princeton, he had been director of the Mayor’s Commission on Race Relations, in Detroit. Upon his death, in 1995, the headline above his New York Times obituary read “MELVIN M. TUMIN, 75, SPECIALIST IN RACE RELATIONS.”

But none of these credentials counted for much when the powers of the moment sought to take down Professor Tumin from his high academic post for no reason at all, much as Professor Silk is taken down in “The Human Stain.”

And it is this that inspired me to write “The Human Stain”: not something that may or may not have happened in the Manhattan life of the cosmopolitan literary figure Anatole Broyard but what actually did happen in the life of Professor Melvin Tumin, sixty miles south of Manhattan in the college town of Princeton, New Jersey, where I had met Mel, his wife, Sylvia, and his two sons when I was Princeton’s writer-in-residence in the early nineteen-sixties.

As with the distinguished academic career of the main character of “The Human Stain,” Mel’s career, having extended for over forty years as a scholar and a teacher, was besmirched overnight because of his having purportedly debased two black students he’d never laid eyes on by calling them “spooks.” To the best of my knowledge, no event even remotely like this one blighted Broyard’s long, successful career at the highest reaches of the world of literary journalism.

This “spooks” event is the initiating incident of “The Human Stain.” It is the core of the book. There is no novel without it. There is no Coleman Silk without it. Every last thing we learn about Coleman Silk over the course of three hundred and sixty-one pages begins with his unwarranted persecution for having uttered “spooks” aloud in a college classroom. In that one word, spoken by him altogether innocently, lies the source of Silk’s anger, his anguish, and his downfall. His heinous, needless persecution stems from that alone, as do his futile attempts at renewal and regeneration.

All too ironically, that and not his enormous lifelong secret—he is the light-skinned offspring of a respectable black family from East Orange, New Jersey, one of the three children of a railroad dining-car porter and a registered nurse, who successfully passes himself off as white from the moment he enters the U.S. Navy at nineteen—is the cause of his humiliating demise.

As for Anatole Broyard, was he ever in the Navy? The Army? Prison? Graduate school? The Communist Party? Did he have children? Had he ever been the innocent victim of institutional harassment? I had no idea. He and I barely knew each other. Over more than three decades, I ran into him, casually and inadvertently, maybe three or four times before a protracted battle with prostate cancer ended his life, in 1990.

Coleman Silk, on the other hand, is killed malevolently, murdered in a planned, prearranged car crash while driving with his unlikely mistress, Faunia Farley, a local farmhand and lowly janitor in the very college where he has been a highly esteemed dean. The revelations that flow from the specific circumstances of Silk’s murder stun his survivors and lead to the novel’s ominous conclusion on a desolate, iced-over lake where a showdown of sorts occurs between Nathan Zuckerman and Faunia and Coleman’s executioner, Faunia’s ex-husband, the tormented, violent Vietnam vet Les Farley. Neither Silk’s survivors nor his murderer nor his janitor mistress found their source anywhere other than in my imagination. In Anatole Broyard’s biography there were no comparable people or events as far as I knew.

I knew nothing of Anatole Broyard’s mistresses or, if he ever had any, who they were or if a woman like Faunia Farley, injured and harassed by men from the age of four, had ever come along to help savagely seal his ghastly fate as she does Coleman Silk’s and her own. I knew nothing at all of Broyard’s private life—of his family, parents, siblings, relatives, education, friendships, marriage, love affairs—and yet the most delicately private aspects of Coleman Silk’s private life constitute practically all of the story narrated in “The Human Stain.”

I’ve never known, spoken to, or, to my knowledge, been in the company of a single member of Broyard’s family. I did not even know whether he had children. The decision to have children with a white woman and possibly be exposed as a black man by the pigmentation of his offspring is a cause of much apprehension for Coleman Silk. Whether Broyard suffered such apprehension I had no way of knowing, and I still have none.

I never took a meal with Broyard, never went with him to a bar or a ballgame or a dinner party or a restaurant, never saw him at a party I might have attended back in the sixties when I was living in Manhattan and on rare occasions socialized at a party. I never watched a movie or played cards with him or showed up at a single literary event with him as either a participant or a spectator. As far as I know, we did not live anywhere in the vicinity of each other during the ten or so years in the late fifties and the sixties when I was living and writing in New York and he was a book reviewer and cultural critic for the New York Times. I never ran into him accidentally in the street, though once—as best I can remember, in the nineteen-eighties—we did come upon each other in the Madison Avenue men’s store Paul Stuart, where I was purchasing shoes for myself. Since Broyard was by this time the Timess most intellectually stylish book reviewer, I told him that I would like to have him sit down in the chair beside me and allow me to buy him a pair of shoes, hoping thereby, I forthrightly admitted, to deepen his appreciation for my next book. It was a playful, amusing encounter, it lasted ten minutes at most, and was the only such encounter we ever had.

We never bothered to have a serious conversation. Badinage in passing was our specialty, with the result that I never learned from Broyard who were his friends or his enemies, did not know where or when he had been born and raised, knew nothing about his economic status in childhood or as an adult, knew nothing of his politics or his favorite sports teams or if he had any interest in sports at all. I did not even know where he was presently living on that day when I offered to buy him an expensive pair of shoes. I knew nothing about his mental health or his physical well-being, and I only learned he was dying of cancer many months after he’d been diagnosed, when he wrote about his struggle with the disease in the New York Times Magazine.

I had never been a guest in his house or he in mine, I knew him only as—unlike Coleman Silk, a revolutionary dean at Athena College in western Massachusetts, where he is the center of controversy over standard college matters like the curriculum and requirements for tenure—a generally generous reviewer of my books. Yet after admiring for its bravery the article about his imminent death, I got Broyard’s home number from a mutual acquaintance and called him. That was the first and last time I ever spoke to him on the phone. He was charmingly ebullient, astonishingly exuberant, and laughed heartily when I reminded him of us in our prime, tossing a football around on the lifeguard’s beach in Amagansett in 1958, which was where and when we first met. I was twenty-five then, he thirty-eight. It was a beautiful midsummer day, and I remember that I went up to him on the beach to introduce myself and tell him how much I had enjoyed his brilliant “What the Cystoscope Said.” The story had appeared in my last year of college, 1954, in the fourth number of the most sterling of the literary magazines of the era, the mass-market paperback Discovery.

Soon there were four of us—newly published writers of about the same age—bantering together while tossing a football around on the beach. Those twenty minutes throwing the ball around constituted the most intimate involvement Broyard and I ever had and brought to a total of thirty the number of minutes we would ever spend in each other’s company.

Before I left the beach that day, someone told me that Broyard was rumored to be an “octoroon.” I didn’t pay much attention or, back in 1958, lend much credence to the attribution. In my experience, octoroon was a word rarely heard beyond the American South. It’s not impossible that I had to look it up in the dictionary later to be sure of its precise meaning.

Broyard was actually the offspring of two black parents. I didn’t know this then, however, or when I began writing “The Human Stain.” Yes, someone had once idly told me that the man was the offspring of a quadroon and a black, but that unprovable bit of unlikely hearsay was all of any substance that I ever knew about Broyard—that and what he wrote in his books and articles about literature and the literary temper of his time. In the two excellent short stories Broyard published in Discovery—the other, “Sunday Dinner in Brooklyn,” appeared in 1953—there was no reason not to believe that the central character and his Brooklyn family were, like the author, a hundred per cent white.

On the other hand, over the years, not a few people had wondered if, because of certain seemingly Negroid features—his lips, his hair, his skin tone—Mel Tumin, who was adamantly Jewish in the overwhelmingly Waspy Princeton of his era, might not be an African-American passing for white. This was another fact of Mel Tumin’s biography that fed into my early imaginings of “The Human Stain.”

My protagonist, the academic Coleman Silk, and the real writer Anatole Broyard first passed themselves off as white men in the years before the civil-rights movement began to change the nature of being black in America. Those who chose to pass (this word, by the way, doesn’t appear in “The Human Stain”) imagined that they would not have to share in the deprivations, humiliations, insults, injuries, and injustices that would be more than likely to come their way should they leave their identities exactly as they’d found them. During the first half of the twentieth century, there wasn’t just Anatole Broyard alone—there were thousands, probably tens of thousands, of light-skinned men and women who decided to escape the rigors of institutionalized segregation and the ugliness of Jim Crow by burying for good their original black lives.

I had no idea what it was like for Anatole Broyard to flee from his blackness because I knew nothing about Anatole Broyard’s blackness, or, for that matter, his whiteness. But I knew everything about Coleman Silk because I had invented him from scratch, just as in the five-year period before the 2000 publication of “The Human Stain” I had invented the puppeteer Mickey Sabbath of “Sabbath’s Theater” (1995), the glove manufacturer Swede Levov of “American Pastoral” (1997), and the brothers Ringold in “I Married a Communist” (1998), one a high-school English teacher and the other a star of radio in its heyday. Neither before nor after writing these books was I a puppeteer, a glove manufacturer, a high-school teacher, or a radio star.

Finally, to be inspired to write an entire book about a man’s life, you must have considerable interest in the man’s life, and, to put it candidly, though I particularly admired the story “What the Cystoscope Said” when it appeared in 1954, and I told the author as much, over the years I otherwise had no particular interest in Anatole Broyard. Neither Broyard nor anyone associated with Broyard had anything to do with my imagining anything in “The Human Stain.”

Novel writing is for the novelist a game of let’s pretend. Like most every other novelist I know, once I had what Henry James called “the germ”—in this case, Mel Tumin’s story of muddleheadedness at Princeton—I proceeded to pretend and to invent Faunia Farley; Les Farley; Coleman Silk; Coleman’s family background; the girlfriends of his youth; his brief professional career as a boxer; the college where he rises to be a dean; his colleagues both hostile and sympathetic; his field of study; his bedeviled wife; his children both hostile and sympathetic; his schoolteacher sister, Ernestine, who is his strongest judge at the conclusion of the book; his angry, disapproving brother; and five thousand more of those biographical bits and pieces that taken together form the fictional character at the center of a novel.

Sincerely,

Philip Roth

Illustration by Andy Friedman.

Philip Roth has published twenty-nine novels. This fall, the Library of America will put out “ Why Write?,” his collected nonfiction from 1960-2013.


Philip Roth and the Nobel Prize in Literature

As he enters his eighties, could the man regarded as America’s greatest living novelist yet win the prize he really wants?
Jason Cowley
March 16, 2013

In 2011 Philip Roth was awarded the Man Booker International Prize for lifetime achievement. In the lead-up to an intimate celebratory dinner that he was due to attend with Roth in New York, Rick Gekoski, chairman of the judges, asked around to see if there was anything he shouldn’t raise in conversation with the thin-skinned and easily irritated novelist. The answer was the Nobel Prize in Literature.

The Nobel has become for Roth, who turns 80 on March 19, what the second world war was for Basil Fawlty: the great unmentionable. No one who knows him would doubt that this brilliant, proud, ultra-competitive and astoundingly self-absorbed writer wants to win the prize that no American novelist has won since Toni Morrison in 1993, and which his friend and mentor Saul Bellow won, at the age of 61, in 1976.

In a BBC interview in 2007, Roth, who lives alone in rural Connecticut but also keeps a flat in Manhattan, loftily dismissed prizes as “childish”. And yet the biographical note on every book he has published over recent years is little more than an inventory of prizes: “In 1997 Philip Roth won the Pulitzer Prize for American Pastoral. In 1998 he received the National Medal of Arts at the White House …”

He has won everything worth winning, it seems, except the Big One, about which he must not be asked. …

Philip Roth was born in Newark, New Jersey, the second son of a lower-middle-class Jewish family. He attended Bucknell and Chicago universities. As a writer, he first came to prominence in the early 1960s, a time of heightened ambition and profile for the American novel. His early influences included Joseph Conrad, Henry James, Bernard Malamud, Isaac Bashevis Singer and, of course, Bellow, who had found a new way of writing about the tumultuous challenges of American modernity in a voice uniquely his own. For Roth, as for the likes of Bellow and Norman Mailer, writing was a kind of heroic activity, an art of public engagement and performance.

“When success happens to an English writer,” Martin Amis wrote in the early 1980s in an essay on Kurt Vonnegut, “he acquires a new typewriter. When success happens to an American writer, he acquires a new life.” Roth’s life changed, irreversibly, with the publication of his third novel Portnoy’s Complaint (1969). Wildly comic and wilfully outrageous, it made him famous and it made him rich. It also made him many enemies, especially in Jewish America – he was accused of self-hatred – and among social conservatives, who were appalled by the novel’s sexual explicitness and indecency (Portnoy is a furious masturbator), by its exuberant excesses and irreverence. This, after all, was the late 1960s and Roth was a man of his times, thrilled by the possibilities opening up around him.

Alexander Portnoy is a clever, disturbed young fellow and he’s sickened by his own American reality. He is in open revolt against the conventions and expectations of his petit bourgeois Jewish family. His mother swaddles him in love and he dislikes his father. What shocked readers most about Portnoy, Roth said in 2005, was not the sex, but “the revelation of brutality – brutality of feeling, brutality of attitude, brutality of anger. ‘You say all this takes place in a Jewish family?’ That’s what was shocking.”

Portnoy was the precursor to and archetype of all the Roth men who were to follow, from Nathan Zuckerman, Roth’s fictional alter-ego, and David Kepesh to Mickey Sabbath, the anti-hero of Sabbath’s Theater (1995), which is generally considered to be one of his three best novels. (The others are 1986’s The Counterlife and 1997’s American Pastoral.)

Roth Man, as Amis once called him, is sex-obsessed, narcissistic, garrulous, often raging. He knows no bounds. He is wary of commitment. He relentlessly asserts his individuality. But he is also isolated and often deeply, hilariously confused – many of Roth’s novels are existential comedies of misunderstanding.

In The Ghost Writer (1979), the first of the Zuckerman novels, Nathan is staying at the house of his literary hero, an aged and reclusive writer named EI Lonoff. An attractive young literary groupie is also staying in the house. Zuckerman convinces himself that she’s having an affair with the married Lonoff and, absurdly, that she is none other than Anne Frank. Roth Man understands, indeed insists, that in our singularity and isolation we are mysteries ultimately even to ourselves, and that life can be a kind of black farce – Kepesh, in the late novella The Dying Animal (2001), speaks of the “stupidity of being oneself”, of the “unavoidable comedy of being anyone at all”.

To Roth, for whom sex and death are inextricably linked, women can seem unknowable. There is very little romantic love in his fiction. He writes very well about the love between a parent and a child – especially in Patrimony (1991), American Pastoral and Indignation (2008) – or between siblings, but seldom, if ever, between a man and a woman, a husband and a wife. For Roth, marriage is a kind of cage in which couples are locked in mutual recrimination and loathing.

“Did Roth hate women?” asks the Russian-American novelist Keith Gessen, as part of a caucus organised by New York magazine to mark the author’s 80th birthday. He suggests that a man who spends so much of his time thinking about having sex with women cannot possibly hate them: misogyny is the accusation most often and most damagingly made against Roth. “Still,” Gessen continues, “it might be said that Roth is slightly less useful in a world that is slightly more equal than the world he knew; where men and women do not stand on opposite sides of the question of sex but arranged, together, sometimes helplessly, against it; where sex is less of a battlefield and more of a tragedy.”

Roth has been married twice and has no children. His second marriage, to the English actress Claire Bloom, ended notably unhappily. Roth fictionalised aspects of his life with Bloom and this wounded her. In 1996, she published a memoir, Leaving a Doll’s House, in which she denounced her former husband, accusing him of misogyny and adultery. She wrote of his “deep and irrepressible rage: anger at being trapped in marriage; fear of giving up autonomy; and a profound distrust of the sexual power of women”.

Roth himself has said: “Making fake biography, false history, concocting a half-imaginary existence out of the actual drama of my life is my life.” He is fascinated by doubleness and deception, hence all those metafictional tricks he plays and the alter-egos through whom he speaks. They invariably share much of his own early biography – the Newark boyhood, the conflicted Jewish identity, the troubles with women – as well as his preferences and prejudices. Several of his novels feature characters named Philip Roth – the best of them being Operation Shylock (1993), set partly in Israel and exploring the period when Roth was recovering from depression and a breakdown after heart surgery. He simultaneously asserts the veracity of the stories he tells while seeking to undermine them by drawing attention to their artificiality. Roth’s strategy is one of complete disclosure interwoven with complete disavowal. He’s only too happy to show the strings from which his creations dangle. …

In November last year, Roth declared that he would write no more novels. “I’m done,” he said. Can it really be that this most prolific and prodigiously gifted novelist, this writer who, after his divorce from Bloom and retreat to rural Connecticut, began publishing a series of masterpieces in his sixties and seventies, will write no more? There has, I think, been nothing comparable to his late flourishing in the history of Anglo-American letters. It is difficult to accept that this has now come to an end, when as recently as 2010 Roth published one of his most poignant and tender novels, Nemesis, set during a polio epidemic in wartime Newark.

Many of the novels of Roth’s late period are preoccupied with illness and death, as is Nemesis. The scabrous comedy and laughter disappeared from his work around the time of Sabbath’s Theater. The old rage was replaced by something approaching resignation. Even Zuckerman withdrew from centre stage and became, in Roth’s great political-historical trilogy comprising American Pastoral, I Married a Communist (1998) and The Human Stain (2000), the narrator no longer of his own, but of other people’s stories, a benign facilitator.

In Exit Ghost (2007), a belated follow-up to The Ghost Writer, an ageing and sick Zuckerman (he now wears nappies because of incontinence following prostate surgery) encounters a cocky, smart-talking literary academic in Central Park. The young man is described, in a jewelled phrase, as being “savage with health, and armed to the teeth with time”.

Philip Roth knows he is running out of time. He speaks now of the end – certainly of the end of his writing life. He ought to have won the Nobel Prize long ago, but perhaps his work is simply too American for the august Swedes of the Nobel committee, who have grumbled about the parochialism of the American novel, of how it looks inward rather than out to the rest of the world. That is nonsense, of course. The greatest living American writers – Cormac McCarthy, Don DeLillo and, preeminently, Roth – are universalists who in radiant prose ask, again and again: what does it mean to be human and how should we act in a world that is as mysterious as it is indifferent to our fate?

At the end of The Tempest, as he prepares to take his leave, Prospero, a magician of words, hints that “the story of my life” is ending, and now “Every third thought shall be my grave”. Roth has told the story of his life many times and in many different ways, and now he is done.

“At the end of his life,” Roth said in an interview last year, “the boxer Joe Louis said, ‘I did the best I could with what I had.’ It’s exactly what I would say of my work: I did the best I could with what I had.” We can ask no more.

Jason Cowley is editor of the New Statesman

Voir enfin:

Philip Roth’s complaint to Wikipedia
Author writes open letter to persuade the online encyclopedia to let him adjust inaccurate description of his novel
Alison Flood
The Guardian
11 Sep 2012

Philip Roth has written an open letter to Wikipedia after the collaborative online encyclopaedia refused to accept him as a credible source for the inspiration behind his own novel, The Human Stain.

The novel, about the New England professor Coleman Silk who is chased out of his job following accusations of racism, was described on Wikipedia as being « allegedly inspired by the life of the writer Anatole Broyard ». Roth, however, says this is not the case, and that it was actually inspired by something that happened to his friend Melvin Tumin, a Princeton professor who spoke the very words used by Silk in The Human Stain about two African American students: « Does anyone know these people? Do they exist or are they spooks? »

In a detailed open letter published by the New Yorker, Roth reveals that he petitioned Wikipedia to delete the « misstatement », but was told « that I, Roth, was not a credible source: ‘I understand your point that the author is the greatest authority on their own work,’ writes the Wikipedia Administrator – ‘but we require secondary sources.' »

Roth says the belief that The Human Stain was inspired by Broyard « entered Wikipedia not from the world of truthfulness but from the babble of literary gossip – there is no truth in it at all », and that « after failing to get a change made through the usual channels », he decided to write an open letter to Wikipedia because he didn’t know how else to proceed. His 2,000-plus word explanation has obviously convinced moderators on the site: it now credits the novel’s inspiration to Tumin, and even mentions Roth’s open letter.

Blake Bailey, who has just been appointed as Roth’s new biographer, will be taking notes – it doesn’t do to get the facts wrong about the Pulitzer-winning author, who earlier this year faxed the editors of The Atlantic over an essay’s assertion that he suffered « a ‘crack-up’ in his mid-50s ».

« The statement is not true nor is there reliable biographical evidence to support it, » wrote Roth at the time. « After knee surgery in March 1987, when I was 54, I was prescribed the sleeping pill Halcion, a sedative hypnotic in the benzodiazepine class of medications that can induce a debilitating cluster of adverse effects … My own adverse reaction to Halcion … started when I began taking the drug and resolved promptly when, with the helpful intervention of my family doctor, I stopped. »

Bailey told the New York Times last week that he had just signed a collaboration agreement giving him unlimited access to Roth’s archives, as well as access to his friends and interviews with the author himself. Already the author of biographies of John Cheever and Richard Yates, Bailey expects the Roth project to take eight to 10 years.

The biographer told the New York Times that there had been a « lengthy vetting process » to secure Roth’s agreement – Ross Miller’s previously planned biography of the author was, he explained, dropped in 2009 – with Roth asking what qualified a gentile from Oklahoma to write his biography. « I pointed out that I’m not an ageing bisexual alcoholic with an ancient Puritan lineage and I still managed to write a biography of John Cheever, » he said.

Voir également:

Éric Zemmour : «Le langage, trop fort pour Darwin»
Eric Zemmour
Le Figaro
15/11/2017

CHRONIQUE – À travers un éloge du langage humain, le célèbre romancier américain Tom Wolfe sonne la charge contre le darwinisme et, au-delà, contre l’establishment. Féroce et jubilatoire.

Tout le monde connaît Tom Wolfe. Son Bûcher des vanités ; son «nouveau journalisme» ; son admiration pour Balzac et Zola ; ses costumes et chapeaux blancs, ses pochettes multicolores, sa canne. Le dernier livre du grand écrivain américain n’est pas un roman mais c’est bien un Tom Wolfe. On y retrouve tout ce qu’on aime: le mélange savant de style élégant, littéraire, et de langage parlé et relâché ; ses portraits dessinés d’une main sûre et alerte ; son souci (très français, aurait dit Stendhal) de ne jamais être dupe ; son ironie jubilatoire qui mord au sang les grands prêtres du politiquement correct.

Dans ses romans précédents, Wolfe avait réglé son compte aux «loups» de Wall Street, aux féministes, aux antiracistes, aux universitaires américains, aux politiques corrompus. À tous les (petits mais furieux) rois de l’époque. Cette fois-ci, dans un court essai, il frappe encore plus fort, vise encore plus haut: Charles Darwin (et sa théorie de l’évolution) et Noam Chomsky (et sa linguistique). La méthode de Wolfe est celle d’un grand joueur de bowling: il lance sa boule sur une quille pour abattre l’autre. Imparable strike. Ce n’était pas gagné d’avance. Les rares qui osent s’aventurer sur ce terrain sont les évangélistes protestants et les imams musulmans: bigoterie et inculture à tous les étages. Notre auteur facétieux et subtil retourne les armes de ses adversaires contre eux-mêmes : la science contre les scientifiques ; l’expérimentation contre les chercheurs Avec Wolfe, c’est tout l’inverse. Notre auteur facétieux et subtil retourne les armes de ses adversaires contre eux -mêmes: la science contre les scientifiques ; l’expérimentation contre les chercheurs ; la loyauté contre les donneurs de leçons de morale. On est à la fois dans le romanesque, le journalisme et la re vue scientifique. À un siècle d’écart, de 1860 à 1960, les faits se répètent étonnamment. Darwin et Chomsky se com portent de même en autocrates imbus de leur supériorité face aux manants qui viennent leur mordre les mollets. À chaque f ois, des hordes de supplétifs font la police intellectuelle pour le compte du maître ; stratégie d’intimidation «d’inquisition néo -darwiniste» qui fera école au XXe siècle.

Iconoclaste, Wolfe remet la théorie de l’évolution de Darwin dans la lignée de toutes les narrations des origines de l’homme, de tous les peuples et de toutes les civilisations, même les plus primitives. La seule différence, explique -t-il, c’est que Darwin a construit son récit dans un con texte rationaliste, «scientifique». Même méthode et mêmes résultats un siècle plus tard avec Chomsky , qui donne ses lettres de noblesse à la linguistique, en transformant cette science sociale en une science «dure». Les écoles enseignent partout dans le monde que l’homme descend du singe ; et toutes les universités vantent la théorie linguistique de Chomsky qui explique qu’on naît avec un «organe du langage», forgeant une «grammaire universelle». L ‘enjeu est énorme: c ‘est la vision de l’homme, de son origine, de son destin. Darwin a détruit le récit biblique de la création de l’homme par un souffle divin. L’agnosticisme radical des sociétés occidentales en fut la conséquence essentielle ; mais les actuelles revendications des «vegan spécistes», ceux qui ne veulent plus faire de différence en tre l’homme et l’animal, sont les derniers enfants de Charles Darwin.

Chomsky est un peu moins célèbre mais son influence n’est pas moindre: sa théorie de «la grammaire uni verselle» vien t s’emboît er dans le dar winisme et le renf orce. Il conforte aussi tous les uni versalist es qui considèren t que l’homme est part out le même, qu’il n’y a ni cultures, ni na tions, ni ci vilisations, encore moins des races, bien s ûr.  Et voilà tout ce que cet ou vrage vient démolir a vec un seul mot: le langage!

Wolfe réhabilite les grands vaincus, les immolés sur le culte des maîtres de notre époque.

Le langage, propre de l’homme, qui a permis à cet être chétif de dominer tous les animaux. Ce langage qui n’est pas partout le même, qui n’a pas de grammaire universelle. Wolfe réhabilite les grands vaincus, les immolés sur le culte des maîtres de notre époque. Max Müller, le plus grand linguiste anglais du XIXe siècle, qui entendait, contre Darwin, «tracer une ligne ferme et indiscutable entre l’humain et le bestial». Et qui avertissait déjà: «Le langage est notre Rubicon et aucune brute n’osera le franchir.» Ou un obscur linguiste anglais, Daniel Everett, plongé à la fin du XXe siècle, dans la tribu amazonienne des Pirahas, et qui, après des années de polémiques féroces, obligea Chomsky et ses acolytes de reconnaître qu’ils avaient passé cinquante ans de leur vie à poursuivre des chimères: «L’évolution de la faculté de langage reste en grande partie une énigme.»

À la fin de son implacable démonstration, Wolfe sort la boîte à gifles: «C’est le langage qui a propulsé l’être humain au-delà des frontières étriquées de la sélection naturelle… La doctrine darwinienne de la sélection naturelle était incapable d’intégrer l’existence des outils, par définition naturels, et encore moins celle de l’Outil suprême, le Mot… Dire que les animaux ont évolué jusqu’à devenir des êtres humains revient à soutenir que le marbre de Carrare a évolué jusqu’à être le David de Michel-Ange.»

Le XXIe siècle n’a pas que des mauvais côtés. Les idoles du XXe sont abattues les unes après les autres: après Marx, après Freud, au tour de Darwin et de Chomsky. Leurs théories étaient devenues des lois, leur discours scientifique (ou plutôt scientiforme) avait occulté leur idéologie. Toutes les sciences humaines, histoire, géographie, sociologie, pédagogie, économie, etc., se sont hérissées ainsi de formules mathématiques pour faire croire à une objectivité de laboratoire, de langue anglaise pour faire croire à une universalité, et de jargon pour faire savants en blouse blanche: tous les historiens à la Boucheron, les géographes à la Lussault, les pédagogistes à la Dubet, tous ces historiens qui révèrent Paxton comme un nouveau messie, tous ces sociologues qui s’agenouillent devant Bourdieu, tous ces économistes qui rabâchent les maximes d’Adam Smith et de Ricardo comme des sourates du Coran, tous ces doctes universitaires gourmets qui se muent en prélats inquisiteurs, traitant de charlatans et de racistes ceux qui osent clamer que leurs rois sont nus, avant de les brûler sur le bûcher. Le bûcher de leur vanité.

Le Règne du langage . Tom Wolfe. Robert Laffont. 212 P ., 19 € .

Melvin M. Tumin, 75, Specialist in Race Relations
Wolfgang Saxon
The New York Times
1994

Prof. Melvin M. Tumin, a Princeton sociologist who wrote widely on human nature and the individual’s place in society, died on Thursday in the Medical Center at Princeton, N.J. He was 75 and lived in Princeton.

The cause was cancer, his family said.

Professor Tumin’s areas of interest ranged over race relations, social stratification, education, and crime and violence. At his death he was professor emeritus of sociology and anthropology at Princeton University, where he taught from 1947 until his retirement in 1989.

His courses at Princeton included social stratification, and human nature and social conduct. He was the author of nearly 20 books and more than 100 articles.

Professor Tumin served as director of the Mayor’s Commission on Race Relations in Detroit before going to Princeton. His subsequent research on segregation and desegregation in the early 1950’s was published in 1957 by the Anti-Defamation League, which he later served as a research consultant. Headed Task Force on Violence

He came to national notice with « Desegregation: Resistance and Readiness » (1958), a study of the attitudes of white male residents of Guilford County, North Carolina, and the factors underlying those attitudes. Another notable book was « Social Stratification: The Forms and Functions of Inequality » (1967). Reissued in 1985, it has been widely used as a textbook.

He directed a task force on individual violence of the National Commission on the Causes and Prevention of Violence. With Donald Mulvihill he contributed three volumes to its 1970 report « Crimes of Violence. » He and Prof. Marvin Bressler of Princeton were co-authors of a two-volume « Evaluation of the Effectiveness of Educational Systems, » published by the Office of Education in 1969.

Melvin Marvin Tumin was born in Newark and graduated Phi Beta Kappa in psychology from the University of Wisconsin in 1939. He received his Ph.D. in sociology and anthropology at Northwestern University in 1944 and taught at Wayne University before joining the Princeton faculty as an assistant professor. In the 1960’s he also taught at Columbia University Teachers College.

At Princeton he was also remembered as one of the first to speak up strongly in the 1950’s against what his friend Philip Roth, a former writer-in-residence at Princeton, called « blatant patterns of discrimination against Jews » in the university’s student clubs. Such discrimination took years more to overcome.

Professor Tumin is survived by his wife of 46 years, Sylvia Yarost Tumin; two sons, Jonathan, of Wheaton, Md., and Zachary, of Manhattan, and four grandchildren.

Voir enfin:

John Updike the Jew
In his Bech books, the great novelist of American WASPdom parsed the allure and otherness of Jewish writers
Adam Kirsch
Tablet
June 27, 2012

American novelist, poet, and critic John Updike, photographed in Boston, Mass., on Oct. 8, 2008.(Antonin Kratochvil/VII/Corbis)

Cynthia Ozick’s story “Levitation,” first published in 1976, deals with a pair of married writers—the husband Jewish, the wife Christian—who throw a party for their literary friends. The party turns out to be as middling as their careers—Ozick has them inviting all the literary celebrities of the hour (“Irving Howe, Susan Sontag, Alfred Kazin, Leslie Fiedler”), none of whom show up—and the star attraction turns out to be a professor who is a Holocaust survivor. Inevitably, the Jewish guests all congregate in the living room to hear him relate the horrors he lived through. Then, in a moment poised between satire and magical realism, the room full of Jews begins to float into the air, leaving the Gentile hostess behind:

The room begin to ascend. It lifted. It rose like an ark on waters. Lucy said inside her mind, “This chamber of Jews.” It seemed to her that the room was levitating on the little grains of the refugee’s whisper. She felt herself alone at the bottom, below the floorboards, while the room floated upward, carrying Jews. Why did it not take her too?

“Levitation” is Ozick’s seriocomic attempt to imagine what it might be like to be a Christian in a midcentury New York literary world largely populated by Jews. The Holocaust, in this sardonic fable, is an obsession and a badge of authenticity that the Jews, despite themselves, hold over the non-Jews; Jewishness and Jewish suffering become a kind of club to which outsiders would not necessarily want to belong, except for the nagging realization that they never can. The Jews’ levitation is at once a concrete symbol of their spiritual loftiness and a frightening example of their vulnerability, their readiness to be severed from the Earth. No wonder Lucy feels a mixture of envy and resentment when her guests take off for the sky.

“Levitation” can also be read as Ozick’s coded response to her contemporary John Updike, who six years earlier had published Bech: A Book, the first of what would become three collections of short stories devoted to the fictional American Jewish writer Henry Bech. The Bech books, which have just been reissued in paperback as part of Random House’s ongoing edition of Updike’s collected works, constitute a weird outlier in Updike’s enormous oeuvre. They are among his most personal, confessional works, dealing as they do with the inner life and professional misadventures of a novelist who in many ways resembles Updike himself. Often, reading the Bech stories, it is easy to imagine Updike drawing upon his own experiences and venting his own writerly spleen—about the fecklessness of publishers, the illusory nature of celebrity, the envy and resentment of rivals and critics. The sheer length of time Updike spent writing about Bech—Bech: A Book (1970) was followed by Bech Is Back (1982) and Bech at Bay (1998)—means that he occupied Updike’s imagination for as long, if never as deeply, as his greatest creation, Rabbit Angstrom.

Yet making his alter ego a Jew, Updike—who was, theologically and sociologically, one of the great novelists of Protestant America—also puts the Bech books in heavily ironic quotes. For Updike the arch-WASP to become Bech the Jew is a stunt, a knowing joke, before it is a confession or even the creation of a character. More, it is an opportunity for Updike to explore the same uneasy mixture of emotions that Ozick hinted at in “Levitation”: the fascination and alienation of a Gentile writer in a literary milieu dominated by Jews.

***

In 1971, in a small piece of Bechiana unfortunately not included in the paperbacks (but available online), Updike wrote a profile of himself for the New York Times Book Review under the byline of Henry Bech. “The book about me,” Updike-as-Bech reports Updike-as-Updike saying, “had not so much been about a Jew as about a writer, who was a Jew with the same inevitability that a fictional rug salesman would be an Armenian.” There is an unmistakable edge in this protestation, with its pointed embrace of rude stereotypes—just try asking an Armenian how he would feel about being called a rug merchant.

But the deeper irony lies in the fact that the identification of Jew with American writer should itself be that kind of stereotype, something so automatic as to seem cliché. Half a century later, the glory days of American Jewish writing seem like something out of a museum or textbook: We remember the names Ozick invited to her fictional party, then add even greater names like Bellow, Roth, Mailer, and Malamud, and wish we could have been part of it all. Reading the Bech stories is a useful reminder of how unexpected, how sheerly unlikely, this Jewish moment must have seemed to a Protestant writer of Updike’s generation.

After all, Updike, born in 1932 and raised, as so many author bios reminded us, in small-town Shillington, Pa., inherited a literary culture in which all the great names sounded much more like John Updike than like Bernard Malamud. For Updike to enter into his career and find himself suddenly the anomaly, an outlier against the Jewish average, must have been a surprise and could well have turned into an ugly shock—as it unmistakably did for Gore Vidal, who has always enjoyed dipping his toes in the waters of anti-Semitism. The Bech books can be seen, then, as Updike’s good-humored, essentially benevolent, but still curious and awkward attempt to figure out what was going on in the lives and minds of his Jewish peers.

The odd, sometimes bumpy tone of the Bech books comes from the way this imagined element, this inquest into the familiarly unknown, goes side by side with experiences and emotions clearly drawn from Updike’s own writerly life. A number of the Bech stories—there are 19 altogether—are satirical portraits of the American celebrity writer abroad. Updike, like almost every writer of note during the Cold War years, must have gone on his share of cultural exchange visits behind the Iron Curtain and to hotbeds of anti-Americanism in the Third World; and so does Henry Bech, usually to gently comic effect.

In “Rich in Russia,” Bech is handed a wad of rubles as payment of his Russian royalties and must find a way to spend them before he leaves the country. This allows him to write about the dreariness of Soviet department stories: “Here they found a vaster store, vast though each salesgirl ruled as a petty tyrant over her domain of shelves. There was a puzzling duplication of suitcase sections; each displayed the same squarish mountain of dark cardboard boxes, and each pouting princess respond with negative insouciance to [his] request for a leather suitcase.” Later, in Bulgaria, Bech falls in love with a dissident poetess, and in Rumania his life is threatened by a reckless chauffeur: “Is it possible,” Bech asks his translator, “that he is the late Adolf Hitler, kept alive by Count Dracula?” In “Bech Third-Worlds It,” the identification between author and character grows especially close, when Bech is protested in Latin America for voicing political views very like the moderate-conservative Updike’s:

Some years ago in New York City he had irritably given an interviewer for Rolling Stone a statement, on Vietnam, to the effect that, challenged to fight, a country big enough has to fight. Also he had said that, having visited the Communist world, he could not share radical illusions about it and could not wish upon Vietnamese peasants a system he would not wish upon himself. Though it was what he honestly thought, he was sorry he had said it. But then, in a way, he was sorry he had ever said anything, on anything, ever.

Updike always takes care that we cannot draw too close a connection between Bech and any one real writer. Bech, born in New York in the 1920s, served in World War II and fought at the Battle of the Bulge; his first novel, Travel Light, is described as a quasi-Beat story about motorcycle gangs and juvenile delinquents in the American West. His second, Brother Pig, and his third, with the intriguing title The Chosen, are barely described at all, except that they were conspicuous failures. When we first meet Bech, and for most of the first two books of Bech stories, he is completely blocked, and Updike wrings a rueful comedy from the way much of a writer’s career consists of impersonating a writer in public rather than actually putting words on paper. None of this makes Bech especially close to Mailer or Bellow or Roth or Salinger, his rough contemporaries; and of course his blockage makes him the polar opposite of Updike, who was famous for being unstoppably prolific.

Often, Updike’s attempts to mark Bech as a Jewish writer feel pro forma, and slightly off. Bech grows up on the Upper West Side of Manhattan and goes to a public school in the east 70s, but Jewish writers of his generation were more likely to come from the Bronx or Brooklyn; it wasn’t until rather later that the West Side became a bourgeois Jewish neighborhood. At one point Bech’s father is said to have been a diamond merchant from Amsterdam—again, not an impossible background, but statistically quite unlikely for an Ashkenazi Jew like Bech; the choice of Amsterdam seems to owe more to Updike’s memories of Spinoza. More true to life is the way that, when Bech’s mother died, “He had scarcely mourned. No one sat shivah. No Kaddish had been said. Six thousand years of observance had been overturned in Bech.” Both the lack of piety and the guilt over breaking with tradition feel authentic.

What is genuinely illuminating in the Bech stories is not what Updike knows about Jewishness, which is not very much, but what he imagines about the way Jews think and feel. Echoing ancient tropes, he repeatedly comments on Jewish self-satisfaction and clannishness—without rancor, but also without recognizing that this sort of thing might put Jewish backs up. When Bech is asked whether Jews believe in heaven, he replies:

“Jews don’t go in much for Paradise,” he said. “That’s something you Christians cooked up.” … He went on, with Hollywood, Martin Buber, and his uncles all vaguely smiling in his mind, “I think the Jewish feeling is wherever they happen to be, it’s rather paradisiacal, because they’re there.”

This is an interesting inversion of what Ozick says in “Levitation,” where Jewish solidarity is based on a fascination with the hell of the Holocaust. But the idea that Jews occupy a self-satisfied center, relegating Gentiles to the periphery, crops up again and again in the Bech stories. In “Bech Weds,” the longest and most substantial story, we see Bech conquer his writer’s block by deciding to ignore quality and just produce prose. The result, Think Big, is a best-seller, but from the way Updike describes it, a horrendously bad one, sounding more like Jacqueline Susann than like the literary novelist Bech is supposed to be. Bech’s Gentile wife, Bea, is offended by one facet of the novel in particular:

“Do you realize there isn’t a Gentile character in here who isn’t slavishly in love with some Jew?”

“Well, that’s—”

“Well, that’s life, you’re going to say.”

“Well, that’s the kind of book it is. Travel Light was all about Gentiles.”

“Seen as hooligans. As barbaric people …”

“I’ve another idea for your title,”she said, biting off the words softly and precisely. “Call it Jews and Those Awful Others. Or how about Jews versus Jerks?

At the same time that Updike sees Jews at the center of things, he also writes of the Jewish sense of being alienated from America, geographically and culturally and spiritually. At the beach, Bech is jealous of a WASP teenager who “knew how to insert a clam knife, how to snorkel (just to put on the mask made Bech gasp for breath), how to bluff and charm his way onto private beaches (Bech believed everything he read). … He was connected to the land in a way Bech could only envy.” This is the comedy of the Jew as all brain and no body—a Woody Allen joke, and possibly a Philip Roth one. But Updike goes astray when he extends the analogy to Jews’ feelings about America as such:

Upon the huge body of the United States, swept by dust storms and storms of Christian conscience, young Henry knew that his island of Manhattan existed as an excrescence; relatively, his little family world was an immigrant enclave, the religion his grandfathers had practiced was a tolerated affront, and the language of this religion’s celebration was a backward-running archaism. He and his kin and their kindred were huddled in shawls within an overheated back room while outdoors a huge and beautiful wilderness rattled their sashes with wind and painted the panes with frost; and all the furniture they had brought with them from Europe, the footstools and phylacteries, the copies of Tolstoy and Heine, the ambitiousness and defensiveness and love, belonged to this stuffy back room.

This is true to a certain vein of Jewish feeling in Bech’s generation: Alfred Kazin writes in a related spirit about Brownsville in “A Walker in the City.” But what Bech does not represent is the way that most Jewish American writers rebelled against the parochialism and fearfulness of their immigrant ancestors by flinging themselves ardently into the arms of the “real” America. It is no coincidence that Kazin became his generation’s preeminent expositor of American literature, or that Bellow self-consciously wrote, with The Adventures of Augie March, a Great American Novel. If Updike found himself in a literary culture dominated by Jews, it was not because Jews were shy of America; on the contrary, it was because they loved the country and found it ready to reciprocate their love.

Yet Updike is persistently struck by the unlikeliness of this romance, especially in literary terms. “Bech Noir,” one of the last Bech stories, shows the now elderly novelist systematically murdering various critics who have panned him throughout his career: One gets shoved onto the subway track, another is sent poisoned fan mail. It is one of the stories where the thin line between Updike and Bech seems to blur: The glee with which Updike writes this revenge fantasy makes the reader uncomfortable, since it seems to be the bubbling up of unworthy personal grievances. Updike recognizes this and seeks to defuse it by self-parody—Bech ends up talking like a Raymond Chandler character, and the bloodiness of the plot makes it a caricature, a joke. Still, at the end of the story comes a serious moment. Bech is about to murder one “Orlando Cohen, the arch-fiend of American criticism,” and Cohen uses his last breath to denounce Bech’s work:

“You thought you could skip out … of yourself and write American. Bech … let me ask you. Can you say the Lord’s prayer? … Well, ninety percent of the zhlubs around you can. It’s in their heads. They can rattle … the damn thing right off … how can you expect to write about people … when you don’t have a clue to the chozzerai … that’s in their heads … they stuck it out … but that God-awful faith … Bech … when it burns out … it leaves a dead spot. That’s where America is … in that dead spot. Em, Emily, that guy in the woods … Hem, Mel, Haw … they were there. No in thunder … the Big No. Jews don’t know how to say No. All we know is Yes.”

In a century whose most famous Jewish writer was Kafka, the idea that Jews only know how to say yes is bizarre; but it goes directly to the heart of Updike’s beliefs about America and American literature. For Updike, tracing an intellectual lineage to Dickinson, Melville, and Hawthorne, what makes literature American is a post-Puritan, post-Protestant wrestle with the absence of a redeeming God. Jews, he suggests—as so many English professors suggested before him—cannot in their bones understand this kind of American experience. Just as, in the very first Bech story, Updike wrote that wherever Jews are they think it’s paradise, so now, in one of the last, he writes that Jews are too affirmative, too this-worldly, to understand the American longing for transcendence. In this sense, a Jewish writer can never “skip out of himself and write American.”

In this way, Updike ends up repeating the old exclusionary trope that Jews, in some essential way, can never understand the Anglo-Saxon spirit of English and American literature. He even goes so far as to have Bech, at one moment, confess that the English language is foreign to him: “English, that bastard child of Norman knights and Saxon peasant girls—how had he become wedded to it? There was something diffuse and eclectic about the language that gave him trouble. It ran against his grain; he tended to open books and magazines at the back and read the last pages first.”

But the plain absurdity of that last detail gives the game away: as though Bech, who has only ever known English, is compelled by racial memory to read it “backwards,” like Hebrew. If there was ever a barrier between American Jews and American literature, it was not a spiritual misunderstanding: All you have to do to prove that is look at how many Jews in the 20th century devoted their lives to teaching and explaining Melville and Hawthorne and Dickinson. Anyone can learn what is going on in anyone else’s head—that is the very principle of literature.

The barrier was, rather, the self-doubt instilled by sentiments like Updike’s, the insinuation that the Jewish soul was at odds with the American soul. But the truth is that the American literary inheritance can be passed down to anyone who wants to claim it. That category includes only a few people in any American generation, but they can be Jewish, black, Asian, or anything else, as easily as they can be Anglo-Saxon Protestants. And the continued vitality of the tradition is proved by the way it can be reinterpreted by each new generation that sees it with new eyes. The Bech books deserve to be read as a testament to the tensions that this process of reinterpretation can evoke—and to the powers of imagination and humor that allow it to succeed.

Voir enfin:

The Fraught Friendship of T. S. Eliot and Groucho Marx
Lee Siegel
The NewYorker
June 25, 2014

In 1961, T. S. Eliot wrote Groucho Marx a fan letter requesting a photograph of the comic actor and humorist. Groucho enthusiastically complied, and the two continued to correspond until they finally met, in June of 1964, in London, when Groucho and his third wife, Eden, went to the Eliots’ house for dinner.* So far as I know, Eliot never gave a public account of what transpired that evening. Groucho, though, described the occasion in a letter that he wrote to his brother Gummo the following day.

I am presently finishing up a short critical biography of Groucho and came upon the letters, most of which were published in 1965, in the course of writing the book. After reading them, I sat down and wrote a piece about the two men’s very peculiar exchange, commenting on its unexpected warmth despite their acute differences in temperament. Now that I’ve had time to reflect on the correspondence further, my reading of the tone of the letters has changed.

When I reread the letters for around the fifth time, I became aware of a simmering tension between the two men. One obstacle to writing a book about a comic actor like Groucho is that you unwittingly absorb the enthusiastic, celebratory tone in which many entertainment figures are biographized. The screen persona is so strong that, no matter how scrupulous you try to be, you end up collapsing the real person into the persona that sent you looking for the real person in the first place. And often, with actors, there is barely a real person to be found. When we hear or read the utterances of a celebrity, the words bounce off the public persona and create something like the loud interfering feedback from a microphone. It took me a while to connect Groucho’s words to his actual life.

But this became easier once I realized that the work was much darker than is commonly perceived, and that there was an almost seamless continuity between the life and the work. Groucho was driven by shame about his lack of formal education, having dropped out of school in the seventh grade. He had also been traumatized by catching gonorrhea from a prostitute while on the road at the age of fifteen. Reading his correspondence with his demons in mind, I gradually understood that what appeared to be harmless sarcasm was really a mordant sincerity.

The tension between Groucho and Eliot became suddenly palpable when I reread an exchange they had about the two photographs that Groucho had sent. Eliot assured Groucho that one of them now hung on a wall in his office, “with other famous friends such as W. B. Yeats and Paul Valery.” About three and a half months later, Groucho wrote to Eliot to say that he had just read an essay about Eliot, by Stephen Spender, that had appeared in the Times Book Review. In it, Spender described the portraits on the wall in Eliot’s office but, Groucho said, “one name was conspicuous by its absence. I trust this was an oversight on the part of Stephen Spender.” Eliot wrote back two weeks later, saying, “I think that Stephen Spender was only attempting to enumerate oil and water colour pictures and not photographs—I trust so.”

Could Eliot really have hung a picture of Groucho on a wall next to the two greatest poets of the twentieth century? Was Groucho right to be wary of being condescended to and patronized? Was it disrespectful of him to be so touchy? Was Eliot’s echo—“I trust so”—of Groucho’s stiff, formal language a deliberate dig at Groucho’s affectation or, perhaps, a parody of polite conversation? You begin to suspect that, underneath their respect for each other’s aura of fame, the two men felt an instinctive hostility toward the social type the other represented. Groucho was a pop-culture celebrity, a child of immigrants, an abrasive, compulsively candid Jew. Eliot was a literary mandarin, the confident product of St. Louis Wasp gentry, and an elliptical Catholic royalist given to grave, decorous outbursts of anti-semitism.

In 1934, Eliot published a book of lectures called “After Strange Gods,” in which this passage appeared:

The population should be homogeneous; where two or more cultures exist in the same place they are likely either to be fiercely self-conscious or both to become adulterate. What is still more important is unity of religious background, and reasons of race and religion combine to make any large number of free-thinking Jews undesirable.

Groucho, a highly cultivated man whose greatest regret in life was that he had become an entertainer rather than a literary man—he published some of his first humor pieces in the inaugural issues of this magazine—could not have been unaware of Eliot’s notorious remarks about Jews. They were loudly denounced in the Times, among other places. So even as he was basking in Eliot’s admiration, he seemed to feel compelled to cause Eliot some discomfort. And Eliot was hardly unaware, in the wake of the Holocaust, of the distress his 1934 remarks had caused. In his book, “T.S. Eliot, Anti-Semitism and Literary Form,” Anthony Julius writes that after the Second World War Eliot, “while unable to break free of an anti-Semitism that had become part of the processes of his thinking, had ceased to be comfortable with his contempt for Jews.”

So even as he was pleased by Groucho’s grateful acknowledgment of his attention, Eliot was anxious to convince Groucho of his good faith toward Jews. (“I envy you going to Israel, and I wish I could go there too if the winter climate is good as I have a keen admiration for that country,” he wrote to Groucho, in 1963.) At the same time, it’s possible that he never lost his unease with the fact that Groucho was so unabashedly Jewish.

In 1961, when the literati were still marvelling over Arthur Miller’s marriage to Marilyn Monroe, and before high and low culture had so thoroughly merged, the idea of a relationship between Groucho Marx and T. S. Eliot would have been the stuff of a never-to-be-written proto-postmodernist novel. But here was Eliot, writing to Groucho to ask him to send along a different photograph than the official studio shot that Groucho had first mailed. Eliot wanted one with Groucho sporting his famous mustache and holding his signature cigar. But Groucho waited almost two years before sending it. Growing impatient, Eliot pointedly wrote to Groucho, in February, 1963, that “your portrait is framed on my office mantelpiece, but I have to point you out to my visitors as nobody recognizes you without the cigar and rolling eyes.” Perhaps Groucho had sensed all along a belittling sentiment behind Eliot’s request for the in-character photograph; nevertheless, he put one in the mail shortly thereafter.

Though Eliot was considered the reigning poet of the English-speaking world, and Groucho his counterpart in the world of comedy—celebrated by the likes of Antonin Artaud—each man seemed to provoke in the other a desire to conceal an essential liability. Eliot seems to have wanted Groucho to consider him a warm, ordinary guy and not the type of stiff, repressed person who disdained from a great height “free-thinking Jews.” He can’t quite bring it off—his acquired British self-deprecation stumbles into an American boorishness. On the eve of Groucho’s visit to London, Eliot wrote, “The picture of you in the newspapers saying that … you have come to London to see me has greatly enhanced my credit in the neighbourhood, and particularly with the greengrocer across the street. Obviously I am now someone of importance.”

Compared to the buried anxieties that Eliot stirred in Groucho, though, Eliot’s strenuous bonhomie seemed like the height of social tact. The font of Groucho’s and the Marx Brothers’ humor was an unabashed insolence toward wealth and privilege. Born at the turn of the century to an actress mother and a layabout father in Manhattan’s Yorkville neighborhood, the brothers turned the tumult of their hardscrabble origins into a universal reproach to the rigidity of social class. The encounter with Eliot brought out Groucho’s characteristic tendency to hide his embarrassment about his origins by pushing them in his audience’s face.fSiegel

The Marx Brothers were hypersensitive to the slightest prerogatives of power; a person in authority had only to raise a finger to turn them hysterical and abusive. “I decided what the hell,” Groucho said once. “I’ll give the big shots the same Groucho they saw onstage—impudent, irascible, iconoclastic.” They fought with studio bosses and alienated directors and comedy writers. The humorist S. J. Perelman found the brothers to be “megalomaniacs to a degree which is impossible to describe.” There was a tremendous release in watching them utter and enact taboos in the face of power and privilege. That sense of liberation—of something unthinkable and impossible being deliciously actualized—is what makes even their less funny movies enthralling.

But underneath the compulsive truth-telling onstage there was a tremendous insecurity, which often expressed itself through acerbic joking about sex and sexuality. When Groucho appeared on an episode of William F. Buckley’s “Firing Line,” in 1967, an enmity sprang up between the two men almost immediately, with Groucho characteristically going on the attack the minute he perceived Buckley’s air of privilege and authority. At one point, as Buckley was trying to expose Groucho as a hypocrite for not voting for F.D.R. in 1944, Groucho turned suddenly to the moderator and said, of Buckley, “Do you know that he blushes? And he’s constantly blushing. He’s like a young girl. This is a permanent blush, I think.” The Marxes’ preternatural vulnerability to power and authority made them reach for their genitals the moment they ran up against the slightest impediment to their freedom. What Artaud, with a kind of condescending credulity, perceived as the brothers “brimming with confidence and manifestly ready to do battle with the rest of the world” was really a manic compulsion.

The same impulse to unman a social or cultural threat gambols across Groucho’s exchanges with Eliot. “Why you haven’t been offered the lead in some sexy movies I can only attribute to the stupidity of casting directors,” wrote the movie star to the rather dour literary man. Recommending his autobiography “Memoirs of a Mangy Lover,” Groucho wrote, “If you are in a sexy mood the night you read it, it may stimulate you beyond recognition and rekindle memories that you haven’t recalled in years.” He concluded another letter by writing, “My best to you and your lovely wife, whoever she may be.”

Call me hypercritical or unusually dark, but Eliot lived in one of the world’s most intricately coded social environments, and it’s hard not to read his reply to Groucho’s rudeness as a triumph of genteel passive aggression. Two weeks after receiving this last letter, he wrote, “My lovely wife joins me in sending you our best, but she didn’t add ‘whoever he may be’—she knows. It was I who introduced her in the first place to the Marx Brothers films [because she had no idea who you were] and she is now as keen a fan as I am. Not long ago we went to see a revival of ‘The Marx Brothers Go West’ [one of their worst films], which I had never seen before [though I know that it came out over twenty years ago]. It was certainly worth it. [It was certainly not worth it, or I wouldn’t declare that it was.]

Being manhandled in feline, Bloomsbury manner was perhaps too much for Groucho to tolerate. (His ego was permanently injured yet permanently inflated; he wrote his famous line “I do not want to belong to any club that will accept me as a member” in a letter to said club, not because he hated himself but because he actually felt that it was beneath him to belong to the club and expressed himself with characteristic ironic aggression.) Two weeks later, he shifted tack, from reducing Eliot’s individuality to sexual terms to reducing his public persona to his social origins.

Like the elementalness of sex, the elementalness of social origin was another club the Marx Brothers used to beat away social façades. In “Animal Crackers,” Chico accosts a wealthy guest named Roscoe W. Chandler at Mrs. Rittenhouse’s splendid mansion and asks him if his real name is Abe Kebibble. “Nonsense,” Chandler cries in faux-British tones. Chico then asks him if he’s ever been in Sing Sing. “Please!” Chandler says, and he tries to walk away. “How about Joliet?” says Chico. “Leavenworth?” “I’ve got it,” says Chico, “you’re from Czechoslovakia!” Harpo joins them, and Chico says, “Yes, now I remember! You’re Abie the fish peddle from Czechoslovakia!” Chico remembers that Abie had a birthmark somewhere. Chico and Harpo jump all over him, nearly undressing him, until they find the mark on his arm, at which point “Chandler” confesses to being Abie the fish peddle from Czechoslovakia, and in a heavy Yiddish accent offers them money to keep his origins secret.

In response to Eliot’s polite letter, Groucho, who was born Julius Henry Marx, reminded Eliot that his name was Tom, not T.S., and that “the name Tom fits many things. There was once a famous Jewish actor named Thomashevsky. [An actor like you, you Anglicized, Jew-hating phony.] All male cats are named Tom—unless they have been fixed. [You get the point.]” He ends the letter still refusing to acknowledge Eliot’s wife Valerie, and reminding both of Eliot’s less-than-Bloomsbury origins: “My best to you and Mrs. Tom.”

Groucho and Eliot had been promising to visit each other for three years before Groucho finally came for dinner at the Eliots, in June of 1964. According to Groucho’s letter to Gummo—the only existing account of the dinner—Eliot was gracious and accommodating. Groucho, on the other hand, became fixated on “King Lear,” in which the hero, Edgar, just so happens to disguise himself as a madman named Tom. Despite Tom Eliot’s polite indifference to his fevered ideas about “Lear” (“that, too, failed to bowl over the poet,” Groucho wrote to Gummo), Groucho pushed on. Eliot, he wrote, “quoted a joke—one of mine—that I had long since forgotten. Now it was my turn to smile politely. I was not going to let anyone—not even the British poet from St. Louis—spoil my Literary Evening.” Groucho expatiated on Lear’s relationship to his daughters. Finally, Eliot “asked if I remembered the courtroom scene in Duck Soup. Fortunately I’d forgotten every word. It was obviously the end of the Literary Evening.”

During the trial in “Duck Soup,” language is held over the fire of puns, double entendres, and non sequiturs until it melts into nonsense. (Or near-nonsense, anyway: “There’s a whole lot of relephants in the circus,” Chico says at one point.) In the trial scene in “King Lear,” Edgar/Tom protests the Fool’s own nonsense, saying, “The foul fiend haunts poor Tom in the voice of a nightingale.” Perhaps that was Eliot’s inner cry of protest at dinner, too. But Groucho was so defensive in the presence of the “British poet from St. Louis” that he seems to have missed Eliot’s subtle homage to his intellect. Groucho still could not shake the primal shame that was the goad of his comic art as well as the source of his self-protective egotism. “Did I tell you we called him Tom?” he wrote at the end of the letter to Gummo. “Possibly because that’s his name. I, of course, asked him to call me Tom too, but only because I loathe the name Julius.”

If the two men exchanged additional letters between the June, 1964, dinner and Eliot’s death, in January, 1965, none have been found. It is curious that there was no thank-you note from Groucho to Eliot after the dinner. Then again, perhaps it is no surprise, if the dinner convinced each figure that his infatuated expectation that the other man was wholly different from his public persona had no basis in his actual personality. Both men, it turned out—Groucho the flagrant misanthrope and Eliot the restrained one—were those rare figures in whom public persona and private personality aligned.

Lee Siegel is the author of, among other books, two collections of criticism, “Falling Upwards: Essays in Defense of the Imagination” and “Not Remotely Controlled: Notes on Television.” He is a frequent contributor to Page-Turner.


Gaza: Quand la condamnation tourne à l’incitation (Behind the smoke and mirrors, guess who’s abetting Hamas’s carefully planned and orchestrated military operation to break through the border of a sovereign state and commit mass murder in the communities beyond using their own civilians as cover ?)

19 mai, 2018
Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume! Esaïe 5: 20
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. […] Mais il n’est pas question que le national-socialisme se mette un jour à singer la religion en établissant une forme de culte. Sa seule ambition doit être de construire scientifiquement une doctrine qui ne soit rien de plus qu’un hommage à la raison […] Il n’est donc pas opportun de nous lancer maintenant dans un combat avec les Églises. Le mieux est de laisser le christianisme mourir de mort naturelle. Une mort lente a quelque chose d’apaisant. Le dogme du christianisme s’effrite devant les progrès de la science. La religion devra faire de plus en plus de concessions. Les mythes se délabrent peu à peu. Il ne reste plus qu’à prouver que dans la nature il n’existe aucune frontière entre l’organique et l’inorganique. Quand la connaissance de l’univers se sera largement répandue, quand la plupart des hommes sauront que les étoiles ne sont pas des sources de lumière mais des mondes, peut-être des mondes habités comme le nôtre, alors la doctrine chrétienne sera convaincue d’absurdité […] Tout bien considéré, nous n’avons aucune raison de souhaiter que les Italiens et les Espagnols se libèrent de la drogue du christianisme. Soyons les seuls à être immunisés contre cette maladie. Adolf Hitler
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers. Bruno S. Frey et Dominic Rohner
Amidst the national mourning for the many innocent lives lost in these senseless shooting sprees, it is critical not to overreact and overrespond to the menacing acts of a few. It is, of course, of little comfort to those families and communities impacted in Santa Fe as well as Parkland, Florida, and Benton, Kentucky, but this is not routine. Schools are not under siege. Rather, this more likely reflects a short-term contagion effect in which angry dispirited youngsters are inspired by others whose violent outbursts serve as fodder for national attention. That should subside once we stop obsessing over the risk. History provides an important lesson about how crime contagions arise and eventually play themselves out. Over the five-year time span from 1997 through 2001, America witnessed seven multiple-fatality school rampages with a combined 32 killed and 85 others injured, more such incidents and casualties than during the past five years. (…) Many observers have expressed concern for the excessive attention given to mass shooters of today and the deadliest of yesteryear. CNN’s Anderson Cooper has campaigned against naming names of mass shooters, and 147 criminologists, sociologists, psychologists and other human-behavior experts recently signed on to an open letter urging the media not to identify mass shooters or display their photos. While I appreciate the concern for name and visual identification of mass shooters for fear of inspiring copycats as well as to avoid insult to the memory of those they slaughtered, names and faces are not the problem. It is the excessive detail — too much information — about the killers, their writings, and their backgrounds that unnecessarily humanizes them. We come to know more about them — their interests and their disappointments — than we do about our next door neighbors. Too often the line is crossed between news reporting and celebrity watch. At the same time, we focus far too much on records. We constantly are reminded that some shooting is the largest in a particular state over a given number of years, as if that really matters. Would the massacre be any less tragic if it didn’t exceed the death toll of some prior incident? Moreover, we are treated to published lists of the largest mass shootings in modern US history. For whatever purpose we maintain records, they are there to be broken and can challenge a bitter and suicidal assailant to outgun his violent role models. Although the spirited advocacy of students around the country regarding gun control is to be applauded, we need to keep some perspective about the risk. Slogans like, “I want to go to my graduation, not to my grave,” are powerful, yet hyperbolic. As often said, even one death is one too many, and we need to take the necessary steps to protect children, including expanded funding for school teachers and school psychologists. Still, despite the occasional tragedy, our schools are safe, safer than they have been for decades. James Alan Fox (Northeastern University)
Hélas les morts ne sont que d’un seul côté. Benoit Hamon
A Gaza et dans les territoires occupés, ils ont [les meurtres de violées] représenté deux tiers des homicides » (…) Les femmes palestiniennes violées par les soldats israéliens sont systématiquement tuées par leur propre famille. Ici, le viol devient un crime de guerre, car les soldats israéliens agissent en parfaite connaissance de cause. Sara Daniel (Le Nouvel Observateur, le 8 novembre 2001)
Dans le numéro 1931 du Nouvel Observateur, daté du 8 novembre 2001, Sara Daniel a publié un reportage sur le « crime d’honneur » en Jordanie. Dans son texte, elle révélait qu’à Gaza et dans les territoires occupés, les crimes dits d’honneur qui consistent pour des pères ou des frères à abattre les femmes jugées légères représentaient une part importante des homicides. Le texte publié, en raison d’un défaut de guillemets et de la suppression de deux phrases dans la transmission, laissait penser que son auteur faisait sienne l’accusation selon laquelle il arrivait à des soldats israéliens de commettre un viol en sachant, de plus, que les femmes violées allaient être tuées. Il n’en était évidemment rien et Sara Daniel, actuellement en reportage en Afghanistan, fait savoir qu’elle déplore très vivement cette erreur qui a gravement dénaturé sa pensée. Une mise au point de Sara Daniel (Le Nouvel Observateur, le 15 novembre 2001)
Pendant qu’une petite fille palestinienne mourait d’avoir inhalé des gaz lacrymogènes à Gaza, à Jérusalem, à moins d’une heure et demie de là par la route, on sablait le champagne, lundi, pour fêter le déménagement de l’ambassade américaine. Malgré les snipers israéliens, les Gazaouis auront donc continué à se presser devant la clôture de séparation de cette prison maudite et à ciel ouvert que représente l’enclave de Gaza, honte d’Israël et de la communauté internationale, pour achever la « Marche du grand retour », entamée le 30 mars et censée se conclure ce 15 mai. Une marche pour réclamer les terres perdues au moment de la création d’Israël, il y a soixante-dix ans, mais surtout la fin du blocus israélo-égyptien qui étouffe Gaza. Au cours de ce lundi noir, 59 personnes ont été tuées, et plus de 2.400 ont été blessées par balles. Encore une fois le conflit israélo-palestinien a joué la guerre des images, au cours de ce jour si symbolique. Les Israéliens fêtaient les 70 ans de la naissance de leur Etat, le miracle de son existence, l’incroyable longévité de ce confetti minuscule entouré de nations hostiles. Les Palestiniens commémoraient, eux, leur « catastrophe », leur Nakba, qui les a poussés sur les routes de l’exil, dans l’indifférence d’une communauté internationale lassée par un conflit interminable, happée par d’autres hécatombes plus pressantes. C’est avec cette Marche que les Gazaouis ont tenté de revenir sur la carte des préoccupations mondiales et de rappeler leur agonie à un monde qui les oublie. Pendant ce temps, Israéliens, Américains, Saoudiens et Egyptiens célèbrent leur alliance sur le dos de ces vaincus de l’histoire, les pressant d’accepter un accord, ce que Donald Trump a appelé le « deal ultime », dont les contours sont encore flous mais dont on peut être certain qu’il entérinerait leur déroute. Mais pourquoi les Israéliens ont-ils cédé à cette violence inouïe et inutile alors que, de leur aveu même, le vrai sujet de leurs inquiétudes était le front du Nord avec le Hezbollah et l’Iran ? Est-ce l’hubris des vainqueurs ? En tout cas, Israël n’a pas entendu l’avertissement de Houda Naim, députée du Hamas. (…) Alors, les manifestants ont-ils été manipulés par leurs organisations politiques ? La question est obscène lorsque que la marche, commencée il y a six semaines, a déjà fait plus de 100 morts. Bien sûr, le Hamas, débordé par cette manifestation civile et pacifique, a rejoint le mouvement. A-t-il encouragé les Gazaouis à provoquer les soldats israéliens, les conduisant à une mort certaine ? Peut-être, et le gouvernement israélien l’affirmera. Mais cela ne suffirait pas à expliquer la détermination d’une population excédée, désespérée par ses conditions d’existence. Ce qui vient de se passer à Gaza est un rappel à l’ordre, tragique, à une communauté internationale qui a abandonné ce peuple palestinien à la brutalité israélienne, à l’incurie de ses dirigeants engagés dans une guerre fratricide, à ses alliés arabes historiquement défaillants, à son sort dont nous portons tous la responsabilité. Sara Daniel
En novembre 2004, des civils ivoiriens et des soldats français de la Force Licorne se sont opposés durant quatre jours à Abidjan dans des affrontements qui ont fait des dizaines de morts et de blessés. À la suite d’une mission d’enquête sur le terrain, Amnesty International a recueilli des informations indiquant que les forces françaises ont, à certaines occasions, fait un usage excessif et disproportionné de la force alors qu’elles se trouvaient face à des manifestants qui ne représentaient pas une menace directe pour leurs vies ou la vie de tiers. Amnesty international (26.10.05)
Des tirs sont partis sur nos forces depuis les derniers étages de l’hôtel ivoire de la grande tour que nous n’occupions pas et depuis la foule. Dans ces conditions nos unités ont été amenées à faire des tirs de sommation et à forcer le passage en évitant bien évidemment de faire des morts et des blessés parmi les manifestants. Mais je répète encore une fois les premiers tirs n’ont pas été de notre fait. Général Poncet (Canal Plus 90 minutes 14.02.05)
Nous avons effectivement été amenés à tirer, des tirs en légitime défense et en riposte par rapport aux tireurs qui nous tiraient dessus. Colonel Gérard Dubois (porte-parole de l’état-major français, le 15 novembre 2004)
On n’arrivait pas à éloigner cette foule qui, de plus en plus était débordante. Sur ma gauche, trois de nos véhicules étaient déjà immergés dans la foule. Un manifestant grimpe sur un de mes chars et arme la mitrailleuse 7-62. Un de mes hommes fait un tir d’intimidation dans sa direction ; l’individu redescend aussitôt du blindé. Le coup de feu déclenche une fusillade. L’ensemble de mes hommes fait des tirs uniquement d’intimidation ». (…) seuls les COS auraient visé certains manifestants avec leurs armes non létales. (…) Mes hommes n’ont pu faire cela. Nous n’avions pas les armes pour infliger de telles blessures. Si nous avions tiré au canon dans la foule, ça aurait été le massacre. Colonel Destremau (Libération, 10.12.04)
In a surreal split-screen moment, the Israeli prime minister, Binyamin Netanyahu, was exulting over the opening of America’s embassy in Jerusalem, calling it a “great day for peace”. It is surely right to hold Israel, the strong side, to high standards. But Palestinian parties, though weak, are also to blame. Every state has a right to defend its borders. To judge by the numbers, Israel’s army may well have used excessive force. But any firm conclusion requires an independent assessment of what happened, where and when. The Israelis sometimes used non-lethal means, such as tear-gas dropped from drones. But then snipers went to work with bullets. What changed? Mixed in with protesters, it seems, were an unknown number of Hamas attackers seeking to breach the fence. What threat did they pose? Any fair judgment depends on the details. Just as important is the broader political question. The fence between Gaza and Israel is no ordinary border. Gaza is a prison, not a state. Measuring 365 square kilometres and home to 2m people, it is one of the most crowded and miserable places on Earth. It is short of medicine, power and other essentials. The tap water is undrinkable; untreated sewage is pumped into the sea. Gaza already has one of the world’s highest jobless rates, at 44%. The scene of three wars between Hamas and Israel since 2007, it is always on the point of eruption. Many hands are guilty for this tragedy. Israel insists that the strip is not its problem, having withdrawn its forces in 2005. But it still controls Gaza from land, sea and air. Any Palestinian, even a farmer, coming within 300 metres of the fence is liable to be shot. Israel restricts the goods that get in. Only a tiny number of Palestinians can get out for, say, medical treatment. Israeli generals have long warned against letting the economy collapse. Mr Netanyahu usually ignores them. Egypt also contributes to the misery. The Rafah crossing to Sinai, another escape valve, was open to goods and people for just 17 days in the first four months of this year. And Fatah, which administers the PA and parts of the West Bank, has withheld salaries for civil servants working for the PA in Gaza, limited shipments of necessities, such as drugs and baby milk, and cut payments to Israel for Gaza’s electricity. Hamas bears much of the blame, too. It all but destroyed the Oslo peace accords through its campaign of suicide-bombings in the 1990s and 2000s. Having driven the Israelis out of Gaza, it won a general election in 2006 and, after a brief civil war, expelled Fatah from the strip in 2007. It has misruled Gaza ever since, proving corrupt, oppressive and incompetent. It stores its weapons in civilian sites, including mosques and schools, making them targets. Cement that might be used for reconstruction is diverted to build underground tunnels to attack Israel. Hamas all but admitted it was not up to governing when it agreed to hand many administrative tasks to the PA last year as part of a reconciliation deal with Fatah. But the pact collapsed because Hamas is not prepared to give up its weapons. Israel, Egypt and the PA cannot just lock away the Palestinians in Gaza in the hope that Hamas will be overthrown. Only when Gazans live more freely might they think of getting rid of their rulers. Much more can be done to ease Gazans’ plight without endangering Israel’s security. But no lasting solution is possible until the question of Palestine is solved, too. Mr Netanyahu has long resisted the idea of a Palestinian state—and has kept building settlements on occupied land. It is hard to convince Israelis to change. As Israel marks its 70th birthday, the economy is booming. By “managing” the conflict, rather than trying to end it, Mr Netanyahu has kept Palestinian violence in check while giving nothing away. When violence flares Israel’s image suffers, but not much. The Trump administration supports it. And Arab states seeking an ally against a rising Iran have never had better relations with it. Israel is wrong to stop seeking a deal. And Mr Trump is wrong to prejudge the status of Jerusalem. But Palestinians have made it easy for Israel to claim that there is “no partner for peace”, divided as they are between a tired nationalist Fatah that cannot deliver peace, and an Islamist Hamas that refuses to do so. Palestinians desperately need new leaders. Fatah must renew itself through long-overdue elections. And Hamas must realise that its rockets damage Palestinian dreams of statehood more than they hurt Israel. For all their talk of non-violence, Hamas’s leaders have not abandoned the idea of “armed struggle” to destroy Israel. They refuse to give up their guns, or fully embrace a two-state solution; they speak vaguely of a long-term “truce”. With this week’s protests, Hamas’s leaders boasted of freeing a “wild tiger”. They found that Israel can be even more ferocious. If Hamas gave up its weapons, it would open the way for a rapprochement with Fatah. If it accepted Israel’s right to exist, it would expose Israel’s current unwillingness to allow a Palestinian state. If Palestinians marched peacefully, without guns and explosives, they would take the moral high ground. In short, if Palestinians want Israel to stop throttling them, they must first convince Israelis it is safe to let go. The Economist
Salah al-Bardaouil, haut responsable du Hamas, a déclaré à une télévision palestinienne que 50 des 62 Palestiniens tués lundi mais aussi mardi appartenaient au mouvement islamiste. « Cinquante des martyrs (des morts) étaient du Hamas, et 12 faisaient partie du reste de la population », a-t-il dit, interrogé sur les critiques selon lesquelles le Hamas tirait profit de la mobilisation. « Comment le Hamas pourrait-il récolter les fruits (du mouvement) alors qu’il a payé un prix aussi élevé », a-t-il demandé. Il n’a pas fourni de détails sur l’appartenance de ces Palestiniens à la branche armée ou politique du Hamas, ni sur les circonstances dans lesquelles ils avaient été tués. Salah al-Bardaouil « dévoile la vérité », a tweeté un porte-parole du gouvernement israélien, Ofir Gendelman, « ce n’était pas une manifestation pacifique, mais une opération du Hamas ». « Nous avons les mêmes chiffres », a lancé de son côté le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avertissant que son pays continuerait « à se défendre par tous les moyens nécessaires ». Un porte-parole du Hamas, Fawzy Barhoum, et un autre haut responsable, Bassem Naim, se sont gardés de confirmer les informations de M. Bardaouil. Le Hamas paie les funérailles de tous, « qu’ils soient membres ou supporters du Hamas, ou pas », a dit M. Barhoum. Il est « naturel de voir de nombreux membres ou supporters du Hamas » à une telle manifestation, a dit M. Naim, en faisant référence à la forte présence du Hamas dans toutes les couches de la société. Ceux qui ont été tués « participaient pacifiquement » au mouvement, a-t-il assuré. Sur la chaîne de télévision Al-Jazeera, l’homme fort du Hamas, Yahya Sinouar, a prévenu: « si le blocus (israélien à Gaza) continue, nous n’hésiterons pas à recourir à la résistance militaire ». La Libre Belgique
The world now demands that Jerusalem account for every bullet fired at the demonstrators, without offering a single practical alternative for dealing with the crisis. But where is the outrage that Hamas kept urging Palestinians to move toward the fence, having been amply forewarned by Israel of the mortal risk? Or that protest organizers encouraged women to lead the charges on the fence because, as The Times’s Declan Walsh reported, “Israeli soldiers might be less likely to fire on women”? Or that Palestinian children as young as 7 were dispatched to try to breach the fence? Or that the protests ended after Israel warned Hamas’s leaders, whose preferred hide-outs include Gaza’s hospital, that their own lives were at risk? Elsewhere in the world, this sort of behavior would be called reckless endangerment. It would be condemned as self-destructive, cowardly and almost bottomlessly cynical. The mystery of Middle East politics is why Palestinians have so long been exempted from these ordinary moral judgments. How do so many so-called progressives now find themselves in objective sympathy with the murderers, misogynists and homophobes of Hamas? Why don’t they note that, by Hamas’s own admission, some 50 of the 62 protesters killed on Monday were members of Hamas? Why do they begrudge Israel the right to defend itself behind the very borders they’ve been clamoring for years for Israelis to get behind? Why is nothing expected of Palestinians, and everything forgiven, while everything is expected of Israelis, and nothing forgiven? That’s a question to which one can easily guess the answer. In the meantime, it’s worth considering the harm Western indulgence has done to Palestinian aspirations. No decent Palestinian society can emerge from the culture of victimhood, violence and fatalism symbolized by these protests. No worthy Palestinian government can emerge if the international community continues to indulge the corrupt, anti-Semitic autocrats of the Palestinian Authority or fails to condemn and sanction the despotic killers of Hamas. And no Palestinian economy will ever flourish through repeated acts of self-harm and destructive provocation. Bret Stephens
The protests on Monday were not about President Donald Trump moving the U.S. Embassy to Jerusalem, and have in fact been occurring weekly on the Gaza border since March. They are part of what the demonstrators have dubbed “The Great March of Return”—return, that is, to what is now Israel. (The Monday demonstration was scheduled months ago to coincide with Nakba Day, an annual occasion of protest; it was later moved up 24 hours to grab some of the media attention devoted to the embassy.) The fact that these long-standing Palestinian protests were mischaracterized by many in the media as simply a response to Trump obscured two disquieting realities: First, that the world has largely dismissed the genuine plight of Palestinians in Gaza, only bothering to pay attention to it when it could be tenuously connected to Trump. Second, that many Palestinians do not simply desire their own state and an end to the occupation and settlements that began in 1967, but an end to the Jewish state that began in 1948. (…) Hamas, which controls the Gaza Strip, is an authoritarian, theocratic regime that has called for Jewish genocide in its charter, murdered scores of Israeli civilians, repressed Palestinian women, and harshly persecuted religious and sexual minorities. It is a designated terrorist group by the United States, Canada, and the European Union. (…) Whether it has been spending its manpower and millions of dollars on subterranean attack tunnels into Israel—including under United Nations schools for Gaza’s children—or launching repeated messianic military operations against Israel, the terrorist group has consistently prioritized the deaths of Israelis over the lives of its Palestinian brethren. (…) Hamas manipulated many of these demonstrators into unwittingly rushing the Israeli border fence under false pretenses in order to produce injuries and fatalities. As the New York Times reported, “After midday prayers, clerics and leaders of militant factions in Gaza, led by Hamas, urged thousands of worshipers to join the protests. The fence had already been breached, they said falsely, claiming Palestinians were flooding into Israel.” Similarly, the Washington Post recounted how “organizers urged protesters over loudspeakers to burst through the fence, telling them Israeli soldiers were fleeing their positions, even as they were reinforcing them.” Hamas has also publicly acknowledged deliberately using peaceful civilians at the protests as cover and cannon fodder for their military operations. “When we talk about ‘peaceful resistance,’ we are deceiving the public,” Hamas co-founder Mahmoud al-Zahar told an interviewer. “This is peaceful resistance bolstered by a military force and by security agencies.” (…) Widely circulated Arabic instructions on Facebook directed protesters to “bring a knife, dagger, or gun if available” and to breach the Israeli border and kidnap civilians. (The posts have now been removed by Facebook for inciting violence but a cached copy can be viewed here.) Hamas further incentivized violence by providing payments to those injured and the families of those killed. Both Hamas and the Islamic Jihad terror group have since claimed many of those killed as their own operatives and posted photos of them in uniform. On Wednesday, Hamas Political Bureau member Salah Al-Bardawil announced that 50 of the 62 fatalities were Hamas members. (…) as the BBC’s Julia MacFarlane recalled from her time covering Gaza, any public dissent against Hamas is perilous: “A boy I met in Gaza during the 2014 war was dragged from his bed at midnight, had his kneecaps shot off in a square and was told next time it would be axes—for an anti-Hamas Facebook post.” The group has publicly executed those it deems “collaborators” and broken up rare protests with gunfire. Likewise, Gazans cannot “vote Hamas out” because Hamas has not permitted elections since it won them and took power in 2006. The group fares poorly in the polls today, but Gazans have no recourse for expressing their dissatisfaction. Protesting Israel, however, is an outlet for frustration encouraged by Hamas. (…) In that regard, Hamas has worked to increase chaos and casualties stemming from the protests by allowing rioters to repeatedly set fire to the Kerem Shalom crossing, Gaza’s main avenue for international and humanitarian aid, and by turning back trucks of needed food and supplies from Israel. (…) despite the claims of viral tweets and the Hamas-run Gaza Health Ministry that were initially parroted by some in the media, Israel did not actually kill an 8-month old baby with tear gas. The Gazan doctor who treated her told the Associated Press that she died from a preexisting heart condition, a fact belatedly picked up by the New York Times and Los Angeles Times. Yair Rosenberg
On the night of May 14, … headlines suggested a causation: The U.S. opens an embassy and hence people get killed. But the causation is faulty: Gazans were killed last week, when the United States had not yet opened its embassy. Gazans were killed for a simple reason: Ignoring warnings, thousands of them decided to get too close to the Israeli border.one must begin with the obvious: The Israel Defense Forces (IDF) has no interest in having more Gazans killed, yet its mission is not to save Gazans’ lives. Its mission — remember, the IDF is a military serving a country — is to defeat an enemy. And in the case of Gaza this past week, the meaning of this was preventing unauthorized, possibly dangerous people from crossing the fence separating Israel from the Gaza Strip. Of course, any bloodshed is regretful. Yet to achieve its objectives, the IDF had to use lethal force. Circumstances on the ground dictate using such measures. The winds made tear gas ineffective. The proximity of the border made it essential to stop Gazan demonstrators from getting too close, lest thousands of them flood the fence, thus forcing the IDF to use even more lethal means. Leaflets warned them not to go near the fence. Media outlets were used to clarify that consequences could be dire. Hence, an unbiased, sincere newspaper headline should have said, “More than 50 killed in Gaza while Hamas leaders ignored warnings.” So, yes, Jerusalem celebrated while Gaza burned. Not because Gaza burned. And, yes, the U.S. moved its embassy while Gaza burned. But this is not what made Gaza burn. It all comes down to legitimacy. Having embassies move to Jerusalem, Israel’s capital, is about legitimacy. Letting Israel keep the integrity of its borders is about legitimacy. President Donald Trump gained the respect and appreciation of Israelis because of his no-nonsense acceptance of a reality, and because of his no-nonsense rejection of delegitimization masqueraded as policy differences. A legitimate country is allowed to defend its border. A legitimate country is allowed to choose its capital. Shmuel Rosner
Hamas understood early that the civilian death toll was driving international outrage at Israel, and that this, not I.E.D.s or ambushes, was the most important weapon in its arsenal. Early in that war, I complied with Hamas censorship in the form of a threat to one of our Gaza reporters and cut a key detail from an article: that Hamas fighters were disguised as civilians and were being counted as civilians in the death toll. The bureau chief later wrote that printing the truth after the threat to the reporter would have meant “jeopardizing his life.” Nonetheless, we used that same casualty toll throughout the conflict and never mentioned the manipulation. (…) Hamas understood that Western news outlets wanted a simple story about villains and victims and would stick to that script, whether because of ideological sympathy, coercion or ignorance. The press could be trusted to present dead human beings not as victims of the terrorist group that controls their lives, or of a tragic confluence of events, but of an unwarranted Israeli slaughter. The willingness of reporters to cooperate with that script gave Hamas the incentive to keep using it. (…) The next step in the evolution of this tactic was visible in Monday’s awful events. If the most effective weapon in a military campaign is pictures of civilian casualties, Hamas seems to have concluded, there’s no need for a campaign at all. All you need to do is get people killed on camera. The way to do this in Gaza, in the absence of any Israeli soldiers inside the territory, is to try to cross the Israeli border, which everyone understands is defended with lethal force and is easy to film. (…) About 40,000 people answered a call to show up. Many of them, some armed, rushed the border fence. Many Israelis, myself included, were horrified to see the number of fatalities reach 60. (…) Most Western viewers experienced these events through a visual storytelling tool: a split screen. On one side was the opening of the American embassy in Jerusalem in the presence of Ivanka Trump, evangelical Christian allies of the White House and Israel’s current political leadership — an event many here found curious and distant from our national life. On the other side was the terrible violence in the desperately poor and isolated territory. The juxtaposition was disturbing. (…) The attempts to breach the Gaza fence, which Palestinians call the March of Return, began in March and have the stated goal of erasing the border as a step toward erasing Israel. A central organizer, the Hamas leader Yehya Sinwar, exhorted participants on camera in Arabic to “tear out the hearts” of Israelis. But on Monday the enterprise was rebranded as a protest against the embassy opening, with which it was meticulously timed to coincide. The split screen, and the idea that people were dying in Gaza because of Donald Trump, was what Hamas was looking for. (…) The press coverage on Monday was a major Hamas success in a war whose battlefield isn’t really Gaza, but the brains of foreign audiences (…) Israeli soldiers facing Gaza have no good choices. They can warn people off with tear gas or rubber bullets, which are often inaccurate and ineffective, and if that doesn’t work, they can use live fire. Or they can hold their fire to spare lives and allow a breach, in which case thousands of people will surge into Israel, some of whom — the soldiers won’t know which — will be armed fighters. (On Wednesday a Hamas leader, Salah Bardawil, told a Hamas TV station that 50 of the dead were Hamas members. The militant group Islamic Jihad claimed three others.) If such a breach occurs, the death toll will be higher. And Hamas’s tactic, having proved itself, would likely be repeated by Israel’s enemies on its borders with Syria and Lebanon. (…) Knowledgeable people can debate the best way to deal with this threat. Could a different response have reduced the death toll? Or would a more aggressive response deter further actions of this kind and save lives in the long run? What are the open-fire orders on the India-Pakistan border, for example? Is there something Israel could have done to defuse things beforehand? These are good questions. But anyone following the response abroad saw that this wasn’t what was being discussed. As is often the case where Israel is concerned, things quickly became hysterical and divorced from the events themselves. Turkey’s president called it “genocide.” A writer for The New Yorker took the opportunity to tweet some of her thoughts about “whiteness and Zionism,” part of an odd trend that reads America’s racial and social problems into a Middle Eastern society 6,000 miles away. The sicknesses of the social media age — the disdain for expertise and the idea that other people are not just wrong but villainous — have crept into the worldview of people who should know better. For someone looking out from here, that’s the real split-screen effect: On one side, a complicated human tragedy in a corner of a region spinning out of control. On the other, a venomous and simplistic story, a symptom of these venomous and simplistic times. Matti Friedman
Depuis le 30 mars, le Hamas organise des violences à grande échelle à la frontière de Gaza et d’Israël. Ces embrasements majeurs ont généralement lieu le vendredi à la fin des prières dans les mosquées ; des actions concertées mobilisant des foules de 40 000 personnes ont été constatées dans cinq zones séparées le long de la frontière. Des violences et diverses actions agressives, y compris des actes de nature terroristes avec explosifs et armes à feu, ont également eu lieu à d’autres moments au cours de cette période. Le Hamas avait prévu une culmination de la violence le 14 ou le 15 mai 2018. Le 15 est la date à laquelle ils commémorent le 70ème anniversaire de la « Nakba » (« Catastrophe ») qui a eu lieu au lendemain de la création de l’Etat d’Israël. Mais une recrudescence de violence a été constatée le 14, jour de l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem. La violence a donc culminé les 14 et 15, deux jours qui coïncident avec la Nakba et l’inauguration de l’ambassade américaine, mais qui marquent aussi le début du mois de Ramadan, une période où la violence augmente au Moyen-Orient et ailleurs. Le Hamas avait prévu de mobiliser jusqu’à 200 000 personnes à la frontière de Gaza, soit un doublement et plus du nombre de manifestants constatés les années précédentes. Le Hamas semblait également déterminé à inciter à un niveau de violence jamais atteint auparavant, avec des pénétrations significatives de la barrière frontalière. Face à de tels projets, il est étonnant que les chiffres en pertes humaines ne soient pas plus élevés parmi les Palestiniens. (…) La violence à Gaza a été orchestrée sous la bannière prétexte de la « Grande marche du retour », une façon d’attirer l’attention sur ce droit au retour dans leurs foyers d’origine que les dirigeants palestiniens promettent à leur peuple. L’intention affichée n’était pas de manifester, mais de franchir en masse la frontière et de cheminer par milliers à travers l’État d’Israël. L’affirmation du « droit de retour » ne vise pas à l’exercice d’un tel « droit », lequel est fortement contesté et doit faire l’objet de négociations sur le statut définitif. Il s’inscrit dans une politique arabe de longue date destinée à éliminer l’Etat d’Israël, un projet à l’encontre duquel le gouvernement israélien s’inscrit de manière non moins systématique. Le véritable objectif de la violence du Hamas est de poursuivre sa stratégie de longue date de création et d’intensification de l’indignation internationale, de la diffamation, de l’isolement et de la criminalisation de l’État d’Israël et de ses fonctionnaires. Cette stratégie passe par la mise en scène de situations qui obligent Tsahal à réagir avec une force meurtrière qui les place aussitôt en position de tortionnaires qui tuent et blessent des civils palestiniens « innocents ». (…) Toutes ces tactiques ont pour particularité d’utiliser des boucliers humains palestiniens – des civils, des femmes et des enfants de préférence, forcés ou volontaires, présents toutes les fois que des attaques sont lancées ou commandées ; des civils présents au côté des combattants, à proximité des dépôts d’armes et de munitions. Toute riposte militaire israélienne engendre des dommages collatéraux chez les civils. Dans certains cas, notamment à l’occasion de la vague de violence actuelle, le Hamas présente ses combattants comme des civils innocents ; de nombreux faux incidents ont été mis en scène et filmés pour faire état de civils tués et blessés par les forces israéliennes ; des scènes de violence filmées ailleurs, notamment en Syrie, ont été présentés comme des violences commises contre les Palestiniens. (…) Les cibles visées – dirigeants politiques de pays tiers, organisations internationales (ONU, UE), groupes de défense des droits de l’homme et médias – n’admettent pas que l’on réponde par la force à des manifestations faussement pacifiques qu’ils sont tentés d’assimiler aux manifestations réellement pacifiques qui ont lieu dans leurs propres villes. (…) Ces manifestations sont en réalité des opérations militaires soigneusement planifiées et orchestrées. Des foules de civils auxquelles se mêlent des groupes de combattants sont rassemblées aux frontières. Combattants et civils ont pour mission de s’approcher de la clôture et de la briser. Des milliers de pneus ont été incendiés pour créer des écrans de fumée afin de dissimuler leurs mouvements en direction de la clôture (et sans grande efficacité, ils ont utilisé des miroirs pour aveugler les observateurs de la FDI et les tireurs d’élite). Les pneus enflammés et les cocktails Molotov ont également été utilisés pour briser la clôture dont certains éléments, à divers endroits, sont en en bois. Le vendredi 4 mai, environ 10 000 Palestiniens ont participé à des manifestations violentes le long de la frontière et des centaines d’émeutiers ont vandalisé et incendié la partie palestinienne de Kerem Shalom, point de passage des convois humanitaires. Ils ont endommagé des canalisations de gaz et de carburant qui partent d’Israël en direction de la bande de Gaza. Ce raid contre Kerem Shalom a eu lieu à deux reprises le 4 mai. Le même jour, deux tentatives d’infiltration ont été déjouées par les troupes de Tsahal à deux endroits différents. Trois des infiltrés ont été tués par les soldats des FDI qui défendaient la frontière. Dans certains cas, les infiltrés ont été arrêtés. Le Hamas et ses miliciens ont utilisé des grappins, des cordes, des pinces coupantes et d’autres outils pour briser la clôture. Ils ont utilisé des drones, de puissants lance-pierres capables de tuer et blesser gravement des soldats, des armes à feu, des grenades à main et des engins explosifs improvisés, à la fois pour tuer des soldats israéliens et pour passer à travers la clôture. Des cerfs-volants ont été lâchés par-dessus la frontière de Gaza afin d’incendier les cultures et l’herbe du côté israélien dans le but de causer des dommages économiques mais aussi pour tuer et mutiler. Cela peut sembler une arme primitive et même risible, mais le 4 mai, les Palestiniens avaient préparé des centaines de bombes incendiaires volantes pour les déployer en essaim en Israël, afin d’exploiter au mieux une vague de chaleur intense. (…) Jusqu’à présent, le Hamas n’a pas réussi de percée significative à travers la clôture. S’ils y arrivaient, il faut s’attendre à ce que des milliers de Gazaouis se déversent par ces brèches parmi lesquels des terroristes armés tenteraient d’atteindre les villages israéliens pour y commettre des assassinats de masse et des enlèvements. Le Hamas a tenté d’ouvrir une brèche au point-frontière le plus proche du kibboutz Nahal Oz, objectif qui pourrait être atteint en 5 minutes ou moins par des hommes armés prêts à tuer. Dans ce scénario, ou des terroristes armés sont indiscernables de civils non armés, qui eux-mêmes représentent une menace physique, il est difficile de voir comment les FDI pourraient éviter d’infliger de lourdes pertes pour défendre leur territoire et de leur population. (…) Compte tenu de leur expérience des violences passées, les FDI ont adopté une réponse graduée. Ils ont largué des milliers de tracts et ont utilisé les SMS, les médias sociaux, les appels téléphoniques et les émissions de radio pour informer les habitants de Gaza et leur demander de ne pas se rassembler à la frontière ni de s’approcher de la barrière. Ils ont contacté les propriétaires de compagnies de bus de Gaza et leur ont demandé de ne transporter personne à la frontière. La coercition exercée par le Hamas à l’encontre de la population civile a rendu ces tentatives de dissuasion inutiles. Les FDI ont alors utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les foules qui approchaient de trop près la clôture. Dans un effort innovant pour atteindre à plus de précision et d’efficacité, des drones ont parfois été utilisés pour disperser les gaz lacrymogènes. Mais, les gaz lacrymogènes ont une efficacité limitée dans le temps, sont sensibles aux sautes de vent, et leur impact est également réduit quand la population ciblée sait comment en atténuer les effets les plus graves. Ensuite, les forces de Tsahal ont utilisé des coups de semonce, des balles tirées au-dessus des têtes. Enfin, seulement lorsque c’était absolument nécessaire (selon leurs règles d’engagement), des munitions à balles ont été tirées dans le but de neutraliser plutôt que de tuer. Bien que tirer pour tuer eut pu passer pour une riposte légale dans certains cas, les FDI soutiennent que même dans ce cas, ils n’ont tiré que pour encapaciter (sauf dans les cas où ils avaient affaire à une attaque de type militaire, comme des tirs contre les forces de Tsahal). (…) Israël estime que 80% des personnes tuées étaient des terroristes ou des sympathisants actifs. Le prix – en vies humaines, en souffrance et réprobation de l’opinion publique internationale – a sans aucun doute été élevé ; mais la barrière n’a pas été pénétrée de manière significative et un prix encore plus élevé a donc été évité. (…) Aujourd’hui, le droit international admet l’usage de munitions réelles face à une menace sérieuse de mort ou de blessure, et quand aucun autre moyen ne permet d’y faire face. Il n’y a aucune exigence que la menace soit « immédiate » – une telle force peut être utilisée quand elle apparait « imminente »; c’est-à-dire au moment où une action agressive doit être empêchée avant qu’elle ne mute en menace immédiate. La réalité est que, dans les conditions créées délibérément par le Hamas, il n’existait aucune étape intermédiaire efficace pour éviter de tirer sur les manifestants les plus menaçants. Si ces personnes (qu’on peut difficilement appeler de simples « manifestants ») avaient été autorisées à atteindre la barrière, le risque vital serait passé d’imminent à immédiat ; il n’aurait pu être évité qu’en infligeant des pertes beaucoup plus grandes, comme il a été mentionné précédemment. Ceux qui soutiennent que Tsahal n’aurait pas dû tirer à des balles réelles, exigent en fait que des dizaines de milliers d’émeutiers violents (et parmi eux, des terroristes) soient laissés libres de faire irruption en territoire israélien. Il aurait fallu attendre avant d’agir que des civils, des forces de sécurité et des biens matériels soient en danger, alors qu’une riposte précise et ciblée contre les individus les plus menaçants a permis d’éviter à ce scénario catastrophique de devenir réalité. Certains ont également soutenu qu’ils n’existe aucune preuve de « manifestant » porteur d’une arme à feu. Ils ne comprennent pas que ce type de conflit n’oppose pas des soldats en uniforme qui s’affrontent ouvertement et en armes sur un champ de bataille. Dans ce contexte, les armes à feu ne sont pas nécessaires pour présenter une menace. En fait, c’est même le contraire compte tenu des objectifs et du mode de fonctionnement. Leurs armes sont des pinces coupantes, des grappins, des cordes, des écrans de fumée, du feu et des explosifs cachés. (…) – les armes ne surgissant qu’une fois l’objectif de pénétration massive atteint. Un soldat qui attendrait de voir une arme à feu pour tirer signerait son propre arrêt de mort, et celui des civils qu’il ou elle a pour mission de protéger. (…) Quand le chef d’état-major dit qu’il positionne « 100 tireurs d’élite à la frontière », il ne fait que verbaliser son devoir légal de défendre son pays ; il ne faut y voir aucun aveu d’une intention d’outrepasser l’usage légal de la force. Certains groupes de défense des droits de l’homme (y compris à nouveau HRW) et nombre de journalistes ont critiqué l’usage de la force par l’armée israélienne au motif qu’aucun soldat n’a été blessé. Ils en ont publiquement conclu que la riposte de Tsahal avait été « disproportionnée ». Comme cela arrive souvent quand de soi-disant experts commentent les opérations militaires occidentales, les réalités des opérations de sécurité et les impératifs légaux sont mal compris – quand ils ne sont pas déformés -. En effet, il n’est pas nécessaire d’afficher une blessure pour démontrer l’existence d’une menace réelle. Le fait que les soldats de Tsahal n’aient pas été grièvement blessés démontre seulement leur professionnalisme militaire, et non l’absence de menace. Il a également été affirmé qu’en l’absence de conflit armé, l’usage de la force à Gaza est régi par la charte internationale des droits de l’homme et non par les lois régissant les conflits militaires. Il s’agit là d’une interprétation erronée : toute la bande de Gaza est une zone de guerre définie comme telle par l’agression armée de longue date du Hamas contre l’Etat d’Israël. Par conséquent, dans cette situation, les deux types de loi sont applicables, en fonction des circonstances précises. Il est licite pour Tsahal de combattre et de tuer tout combattant ennemi identifié comme tel, n’importe où dans la bande de Gaza conformément aux lois de la guerre, que cet ennemi soit en uniforme ou non, armé ou non, représentant ou non une menace imminente, attaquant ou fuyant. Dans la pratique cependant, il apparait que face à des émeutes violentes, les FDI ont agi en supposant que tous les acteurs sur le terrain étaient des civils (contre lesquels il n’est pas nécessaire de recourir à la force létale au premier recours) à moins que l’évidence démontre le contraire. (…) Toutes ces fausses critiques de l’action israélienne, ainsi que les menaces d’enquêtes internationales, de renvoi d’Israël devant la CPI et de recours à une juridiction universelle contre les responsables israéliens impliqués dans cette situation, font le jeu du Hamas. Ils valident l’utilisation de boucliers humains et la stratégie du Hamas d’obliger au meurtre de leurs propres civils. Les implications débordent largement ce conflit. Comme l’ont démontré de précédents épisodes de violence, les réactions internationales de ce type, y compris une condamnation injuste, généralisent ces tactiques et augmentent le nombre de morts parmi les civils innocents dans le monde entier. (…) La nouvelle tactique du Hamas a eu beaucoup de succès en dressant contre Israël des personnalités de la communauté internationale et en endommageant sa réputation. Il est probable que les effets continueront à se faire sentir longtemps après la fin de cette vague de violence. Richard Kemp

Attention: une effroyable imposture peut en cacher une autre !

En ces temps étranges où l’on voit des manipulations et des complots partout …

Et où à coup d’images juxtaposées nos médiasfaussaires notoires compris – et nos belles âmes rivalisent d’ingéniosité …

Pour noircir – jusqu’à regretter qu’il n’ait pas de morts de son côté – le seul pays que vous savez et son actuel et rare défenseur à la Maison Blanche …

Pendant que dans l’enthousiasme d’un « succès » médiatique aussi inespéré mais aussi la menace directe de frappes directes sur leurs bunkers dissimulés sous les hôpitaux de Gaza …

Les cyniques tireurs de ficelle du Hamas peuvent se payer le luxe de lever temporairement la mobilisation de leur chair à canon …

Et de révéler – en arabe pour motiver les troupes et ne pas trop effrayer leurs nombreux idiots utiles occidentaux – une partie même de la réalité de leur prétendues manifestations pacifiques …

Comment ne pas s’étonner …

Avec le colonel à la retraite britannique Richard Kemp …

Et l’un des rares militaires occidentaux à oser mettre, contrairement à tous les autres qui se taisent ou laissent dire n’importe quoi, ses compétences de professionnel au service de la vérité …

Du peu d’intérêt que semble soulever chez nos apprentis conspirationnistes …

L’effroyable – et bien réelle – imposture à laquelle se prêtent contre le seul Etat israélien nos médias et autres bonnes âmes des organisations internationales …

Mais aussi, sans compter l’effet directement incitatif, qui n’est pas sans rappeler tant d’autres phénomènes de nature mimétique comme les fusillades scolaires, de l’intérêt médiatique et de la présence des caméras elles-mêmes …

La proprement criminelle incitation, augmentant d’autant à chaque fois le nombre des victimes collatérales, …

Qu’une telle unanimité d’injustes condamnations ne peut que générer ?

Fumée et miroirs : six semaines de violence à la frontière de Gaza
Richard Kemp
Gatestone institute
14 mai 2018
Traduction du texte original: Smoke & Mirrors: Six Weeks of Violence on the Gaza Border

Depuis le 30 mars, le Hamas organise des violences à grande échelle à la frontière de Gaza et d’Israël. Ces embrasements majeurs ont généralement lieu le vendredi à la fin des prières dans les mosquées ; des actions concertées mobilisant des foules de 40 000 personnes ont été constatées dans cinq zones séparées le long de la frontière. Des violences et diverses actions agressives, y compris des actes de nature terroristes avec explosifs et armes à feu, ont également eu lieu à d’autres moments au cours de cette période.

Une tempête parfaite

Le Hamas avait prévu une culmination de la violence le 14 ou le 15 mai 2018. Le 15 est la date à laquelle ils commémorent le 70ème anniversaire de la « Nakba » (« Catastrophe ») qui a eu lieu au lendemain de la création de l’Etat d’Israël. Mais une recrudescence de violence a été constatée le 14, jour de l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem. La violence a donc culminé les 14 et 15, deux jours qui coïncident avec la Nakba et l’inauguration de l’ambassade américaine, mais qui marquent aussi le début du mois de Ramadan, une période où la violence augmente au Moyen-Orient et ailleurs.

Le Hamas avait prévu de mobiliser jusqu’à 200 000 personnes à la frontière de Gaza, soit un doublement et plus du nombre de manifestants constatés les années précédentes. Le Hamas semblait également déterminé à inciter à un niveau de violence jamais atteint auparavant, avec des pénétrations significatives de la barrière frontalière. Face à de tels projets, il est étonnant que les chiffres en pertes humaines ne soient pas plus élevés parmi les Palestiniens.

Outre la zone frontalière, les Palestiniens ont prévu de mener des actions violentes à la même période, à Jérusalem et en Cisjordanie. Bien que le 15 mai soit considéré comme le point culminant de six semaines de violence à la frontière de Gaza, les Palestiniens ont fait savoir qu’ils entendaient maintenir un niveau de violence frontalière élevé tout au long du mois de Ramadan.

Prétexte et réalité

La violence à Gaza a été orchestrée sous la bannière prétexte de la « Grande marche du retour », une façon d’attirer l’attention sur ce droit au retour dans leurs foyers d’origine que les dirigeants palestiniens promettent à leur peuple. L’intention affichée n’était pas de manifester, mais de franchir en masse la frontière et de cheminer par milliers à travers l’État d’Israël.

L’affirmation du « droit de retour » ne vise pas à l’exercice d’un tel « droit », lequel est fortement contesté et doit faire l’objet de négociations sur le statut définitif. Il s’inscrit dans une politique arabe de longue date destinée à éliminer l’Etat d’Israël, un projet à l’encontre duquel le gouvernement israélien s’inscrit de manière non moins systématique.

Le véritable objectif de la violence du Hamas est de poursuivre sa stratégie de longue date de création et d’intensification de l’indignation internationale, de la diffamation, de l’isolement et de la criminalisation de l’État d’Israël et de ses fonctionnaires. Cette stratégie passe par la mise en scène de situations qui obligent Tsahal à réagir avec une force meurtrière qui les place aussitôt en position de tortionnaires qui tuent et blessent des civils palestiniens « innocents ».

Les tactiques terroristes du Hamas

Dans le cadre de cette stratégie, le Hamas a mis au point différentes tactiques, qui passent par des tirs de roquettes depuis Gaza sur les villes israéliennes et la construction de tunnels d’attaque sophistiqués qui débouchent au-delà de la frontière, à proximité de villages israéliens voisins. Toutes ces tactiques ont pour particularité d’utiliser des boucliers humains palestiniens – des civils, des femmes et des enfants de préférence, forcés ou volontaires, présents toutes les fois que des attaques sont lancées ou commandées ; des civils présents au côté des combattants, à proximité des dépôts d’armes et de munitions. Toute riposte militaire israélienne engendre des dommages collatéraux chez les civils.

Dans certains cas, notamment à l’occasion de la vague de violence actuelle, le Hamas présente ses combattants comme des civils innocents ; de nombreux faux incidents ont été mis en scène et filmés pour faire état de civils tués et blessés par les forces israéliennes ; des scènes de violence filmées ailleurs, notamment en Syrie, ont été présentés comme des violences commises contre les Palestiniens.

Même stratégie, nouvelles tactiques

Après les roquettes et les tunnels d’attaque utilisés dans trois conflits majeurs (2008-2009, 2012 et 2014), sans oublier plusieurs incidents mineurs, de nouvelles tactiques ont été mises au point qui ont toutes le même objectif fondamental. Les « manifestations » à grande échelle combinées à des actions agressives sont destinées à provoquer une réaction israélienne qui conduit à tuer et à blesser les civils de Gaza, malgré les efforts énergiques des FDI (Forces de défense d’Israël) pour réduire les pertes civiles.

Cette nouvelle tactique s’avère plus efficace que les roquettes et les tunnels d’attaque. Les cibles visées – dirigeants politiques de pays tiers, organisations internationales (ONU, UE), groupes de défense des droits de l’homme et médias – n’admettent pas que l’on réponde par la force à des manifestations faussement pacifiques qu’ils sont tentés d’assimiler aux manifestations réellement pacifiques qui ont lieu dans leurs propres villes.

Comme à leur habitude, ces cibles-là se montrent toujours disposées à se laisser leurrer par ce stratagème. Depuis le début de cette vague de violence, des condamnations véhémentes ont été émises par l’ONU, l’UE et la CPI ; mais aussi plusieurs gouvernements et organisations des droits de l’homme, notamment Amnesty International et Human Rights Watch ; sans parler de nombreux journaux et stations de radio. Leurs protestations incluent des demandes d’enquête internationale sur les allégations de meurtres illégaux ainsi que des accusations de violation du droit humanitaire international et des droits de l’homme par les FDI.

Les tactiques du Hamas sur le terrain

Ces manifestations sont en réalité des opérations militaires soigneusement planifiées et orchestrées. Des foules de civils auxquelles se mêlent des groupes de combattants sont rassemblées aux frontières. Combattants et civils ont pour mission de s’approcher de la clôture et de la briser. Des milliers de pneus ont été incendiés pour créer des écrans de fumée afin de dissimuler leurs mouvements en direction de la clôture (et sans grande efficacité, ils ont utilisé des miroirs pour aveugler les observateurs de la FDI et les tireurs d’élite). Les pneus enflammés et les cocktails Molotov ont également été utilisés pour briser la clôture dont certains éléments, à divers endroits, sont en en bois.

Le vendredi 4 mai, environ 10 000 Palestiniens ont participé à des manifestations violentes le long de la frontière et des centaines d’émeutiers ont vandalisé et incendié la partie palestinienne de Kerem Shalom, point de passage des convois humanitaires. Ils ont endommagé des canalisations de gaz et de carburant qui partent d’Israël en direction de la bande de Gaza. Ce raid contre Kerem Shalom a eu lieu à deux reprises le 4 mai. Le même jour, deux tentatives d’infiltration ont été déjoues par les troupes de Tsahal à deux endroits différents. Trois des infiltrés ont été tués par les soldats des FDI qui défendaient la frontière. Dans certains cas, les infiltrés ont été arrêtés.

Le Hamas et ses miliciens ont utilisé des grappins, des cordes, des pinces coupantes et d’autres outils pour briser la clôture. Ils ont utilisé des drones, de puissants lance-pierres capables de tuer et blesser gravement des soldats, des armes à feu, des grenades à main et des engins explosifs improvisés, à la fois pour tuer des soldats israéliens et pour passer à travers la clôture.

Cerfs-volants et ballons incendiaires

Des cerfs-volants ont été lâchés par-dessus la frontière de Gaza afin d’incendier les cultures et l’herbe du côté israélien dans le but de causer des dommages économiques mais aussi pour tuer et mutiler. Cela peut sembler une arme primitive et même risible, mais le 4 mai, les Palestiniens avaient préparé des centaines de bombes incendiaires volantes pour les déployer en essaim en Israël, afin d’exploiter au mieux une vague de chaleur intense. Seules des conditions de vent défavorables ont empêché le déploiement de ces cerfs-volants empêchant ainsi des dommages sérieux potentiels.

Dans plusieurs cas, les cerfs-volants en feu ont provoqué des incendies. Ainsi, le 16 avril, un champ de blé a été incendié côté israélien. Le 2 mai, un cerf-volant incendiaire parti de Gaza a provoqué un incendie majeur dans la forêt de Be’eri dévastant de vastes zones boisées. Dix équipes de pompiers ont été nécessaires pour juguler l’incendie. Des ballons incendiaires ont également été utilisés par le Hamas, notamment le 7 mai, l’un d’eux a réussi à incendier un champ de blé près de la forêt de Be’eri. Israël évalue à plusieurs millions de shekels, les dommages économiques résultants des incendies causés par les cerfs-volants et les ballons.

Si le Hamas a traversé

Jusqu’à présent, le Hamas n’a pas réussi de percée significative à travers la clôture. S’ils y arrivaient, il faut s’attendre à ce que des milliers de Gazaouis se déversent par ces brèches parmi lesquels des terroristes armés tenteraient d’atteindre les villages israéliens pour y commettre des assassinats de masse et des enlèvements.

Le Hamas a tenté d’ouvrir une brèche au point-frontière le plus proche du kibboutz Nahal Oz, objectif qui pourrait être atteint en 5 minutes ou moins par des hommes armés prêts à tuer.

Dans ce scénario, ou des terroristes armés sont indiscernables de civils non armés, qui eux-mêmes représentent une menace physique, il est difficile de voir comment les FDI pourraient éviter d’infliger de lourdes pertes pour défendre leur territoire et de leur population.

Forces de défense d’Israel (IDF) : une risposte graduée

Les FDI ont été obligées d’agir avec une grande fermeté – pour empêcher toute pénétration – y compris à l’aide de tirs réels (qui ont parfois été meurtriers) et malgré une condamnation internationale lourde et inévitable.

Compte tenu de leur expérience des violences passées, les FDI ont adopté une réponse graduée. Ils ont largué des milliers de tracts et ont utilisé les SMS, les médias sociaux, les appels téléphoniques et les émissions de radio pour informer les habitants de Gaza et leur demander de ne pas se rassembler à la frontière ni de s’approcher de la barrière. Ils ont contacté les propriétaires de compagnies de bus de Gaza et leur ont demandé de ne transporter personne à la frontière.

La coercition exercée par le Hamas à l’encontre de la population civile a rendu ces tentatives de dissuasion inutiles. Les FDI ont alors utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les foules qui approchaient de trop près la clôture. Dans un effort innovant pour atteindre à plus de précision et d’efficacité, des drones ont parfois été utilisés pour disperser les gaz lacrymogènes. Mais, les gaz lacrymogènes ont une efficacité limitée dans le temps, sont sensibles aux sautes de vent, et leur impact est également réduit quand la population ciblée sait comment en atténuer les effets les plus graves.

Ensuite, les forces de Tsahal ont utilisé des coups de semonce, des balles tirées au-dessus des têtes. Enfin, seulement lorsque c’était absolument nécessaire (selon leurs règles d’engagement), des munitions à balles ont été tirées dans le but de neutraliser plutôt que de tuer. Bien que tirer pour tuer eut pu passer pour une riposte légale dans certains cas, les FDI soutiennent que même dans ce cas, ils n’ont tiré que pour encapaciter (sauf dans les cas où ils avaient affaire à une attaque de type militaire, comme des tirs contre les forces de Tsahal). Dans tous les cas, les forces de Tsahal fonctionnent selon des procédures opérationnelles standard, rédigées en fonction des circonstances et compilées en collaboration avec diverses autorités des FDI.

Néanmoins, ces échanges de tirs ont généré des morts et de nombreux blessés. Les autorités palestiniennes affirment qu’une cinquantaine de personnes ont été tuées jusqu’à présent et que plusieurs centaines d’autres ont été blessées. Israël estime que 80% des personnes tuées étaient des terroristes ou des sympathisants actifs. Le prix – en vies humaines, en souffrance et réprobation de l’opinion publique internationale – a sans aucun doute été élevé ; mais la barrière n’a pas été pénétrée de manière significative et un prix encore plus élevé a donc été évité.

Condamnation internationale, aucune solution

Beaucoup ont estimé qu’Israël n’aurait pas dû répondre comme il l’a fait à la menace. Mladenov, envoyé des Nations Unies au Moyen-Orient, a jugé la riposte d’Israël « scandaleuse ». Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad al-Hussein, a condamné l’usage d’une « force excessive ». Le Procureur de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, a affirmé que « la violence contre les civils – dans une situation comme celle qui prévaut à Gaza – pourrait constituer un crime au regard du Statut de Rome de la CPI ».

Pourtant, en dépit de leurs condamnations, aucun de ces fonctionnaires et experts, n’a été en mesure de proposer une riposte adaptée viable pour empêcher le franchissement violent des frontières israéliennes.

Certains affirment que les troupes israéliennes ont fait un usage de la force disproportionné en tirant à balles réelles sur des manifestants qui ne menaçaient personne. L’UE a ainsi exprimé son inquiétude sur l’utilisation de balles réelles par les forces de sécurité israéliennes. Mais les soi-disant « manifestants » représentaient une menace vitale réelle.

Aujourd’hui, le droit international admet l’usage de munitions réelles face à une menace sérieuse de mort ou de blessure, et quand aucun autre moyen ne permet d’y faire face. Il n’y a aucune exigence que la menace soit « immédiate » – une telle force peut être utilisée quand elle apparait « imminente »; c’est-à-dire au moment où une action agressive doit être empêchée avant qu’elle ne mute en menace immédiate.

La réalité est que, dans les conditions créées délibérément par le Hamas, il n’existait aucune étape intermédiaire efficace pour éviter de tirer sur les manifestants les plus menaçants. Si ces personnes (qu’on peut difficilement appeler de simples « manifestants ») avaient été autorisées à atteindre la barrière, le risque vital serait passé d’imminent à immédiat ; il n’aurait pu être évité qu’en infligeant des pertes beaucoup plus grandes, comme il a été mentionné précédemment.

Échec de la compréhension par la communauté internationale

Ceux qui soutiennent que Tsahal n’aurait pas dû tirer à des balles réelles, exigent en fait que des dizaines de milliers d’émeutiers violents (et parmi eux, des terroristes) soient laissés libres de faire irruption en territoire israélien. Il aurait fallu attendre avant d’agir que des civils, des forces de sécurité et des biens matériels soient en danger, alors qu’une riposte précise et ciblée contre les individus les plus menaçants a permis d’éviter à ce scénario catastrophique de devenir réalité.

Certains ont également soutenu qu’ils n’existe aucune preuve de « manifestant » porteur d’une arme à feu. Ils ne comprennent pas que ce type de conflit n’oppose pas des soldats en uniforme qui s’affrontent ouvertement et en armes sur un champ de bataille. Dans ce contexte, les armes à feu ne sont pas nécessaires pour présenter une menace. En fait, c’est même le contraire compte tenu des objectifs et du mode de fonctionnement. Leurs armes sont des pinces coupantes, des grappins, des cordes, des écrans de fumée, du feu et des explosifs cachés.

Le Hamas a passé des années et dépensé des millions de dollars à creuser des tunnels d’attaque souterrains pour tenter d’entrer en Israël – une menace sérieuse qui implique des pelles, pas des armes à feu. Tout en continuant à creuser des tunnels, ils ont agi au grand jour mais fondus au sein d’une population civile utilisée couverture – les armes ne surgissant qu’une fois l’objectif de pénétration massive atteint. Un soldat qui attendrait de voir une arme à feu pour tirer signerait son propre arrêt de mort, et celui des civils qu’il ou elle a pour mission de protéger.

Des critiques ont été formulées (en particulier par Human Rights Watch) à l’encontre de responsables israéliens qui auraient sciemment accordé leur feu vert aux agissements illégaux des soldats. Par exemple, HRW cite comme preuve certains commentaires publics du chef d’état-major de Tsahal, du porte-parole du Premier ministre et du ministre de la Défense.

Il ne leur est sans doute pas venu à l’esprit que ces fonctionnaires exercent leur autorité par des canaux de communication privés et non à travers des médias publics. Par ailleurs, leurs commentaires ne sont pas des instructions aux troupes mais des avertissements lancés aux civils de Gaza pour réduire le niveau de violence et apaiser les craintes légitimes des Israéliens vivant en zone frontalière. Quand le chef d’état-major dit qu’il positionne « 100 tireurs d’élite à la frontière », il ne fait que verbaliser son devoir légal de défendre son pays ; il ne faut y voir aucun aveu d’une intention d’outrepasser l’usage légal de la force.

Certains groupes de défense des droits de l’homme (y compris à nouveau HRW) et nombre de journalistes ont critiqué l’usage de la force par l’armée israélienne au motif qu’aucun soldat n’a été blessé. Ils en ont publiquement conclu que la riposte de Tsahal avait été « disproportionnée ». Comme cela arrive souvent quand de soi-disant experts commentent les opérations militaires occidentales, les réalités des opérations de sécurité et les impératifs légaux sont mal compris – quand ils ne sont pas déformés -. En effet, il n’est pas nécessaire d’afficher une blessure pour démontrer l’existence d’une menace réelle. Le fait que les soldats de Tsahal n’aient pas été grièvement blessés démontre seulement leur professionnalisme militaire, et non l’absence de menace.

Il a également été affirmé qu’en l’absence de conflit armé, l’usage de la force à Gaza est régi par la charte internationale des droits de l’homme et non par les lois régissant les conflits militaires. Il s’agit là d’une interprétation erronée : toute la bande de Gaza est une zone de guerre définie comme telle par l’agression armée de longue date du Hamas contre l’Etat d’Israël. Par conséquent, dans cette situation, les deux types de loi sont applicables, en fonction des circonstances précises.

Il est licite pour Tsahal de combattre et de tuer tout combattant ennemi identifié comme tel, n’importe où dans la bande de Gaza conformément aux lois de la guerre, que cet ennemi soit en uniforme ou non, armé ou non, représentant ou non une menace imminente, attaquant ou fuyant. Dans la pratique cependant, il apparait que face à des émeutes violentes, les FDI ont agi en supposant que tous les acteurs sur le terrain étaient des civils (contre lesquels il n’est pas nécessaire de recourir à la force létale au premier recours) à moins que l’évidence démontre le contraire.

Faire le jeu du Hamas

Nombreux aussi ont été ceux qui ont affirmé que le gouvernement israélien a refusé de mener une enquête officielle sur les décès survenus. Encore une fois l’assertion est complètement fausse. Les Israéliens ont déclaré qu’ils examineraient les incidents sur la base de leur système juridique, lequel jouit d’un respect unanime au plan international. En revanche, le gouvernement israélien a explicitement refusé une enquête internationale, tout comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou toute autre démocratie occidentale l’aurait fait dans la même situation.

Toutes ces fausses critiques de l’action israélienne, ainsi que les menaces d’enquêtes internationales, de renvoi d’Israël devant la CPI et de recours à une juridiction universelle contre les responsables israéliens impliqués dans cette situation, font le jeu du Hamas. Ils valident l’utilisation de boucliers humains et la stratégie du Hamas d’obliger au meurtre de leurs propres civils. Les implications débordent largement ce conflit. Comme l’ont démontré de précédents épisodes de violence, les réactions internationales de ce type, y compris une condamnation injuste, généralisent ces tactiques et augmentent le nombre de morts parmi les civils innocents dans le monde entier.

Plus de violence à venir ?

Cette campagne du Hamas peut entraîner des pertes massives dans la population palestinienne. Il est non moins probable que la condamnation des médias, des organisations internationales et des groupes de défense des droits de l’homme va se généraliser. Ceux qui ont un agenda anti-américain et anti-israélien lieront inévitablement cette violence à la décision du président Trump d’ouvrir l’ambassade américaine à Jérusalem.

Action future

La nouvelle tactique du Hamas a eu beaucoup de succès en dressant contre Israël des personnalités de la communauté internationale et en endommageant sa réputation. Il est probable que les effets continueront à se faire sentir longtemps après la fin de cette vague de violence.

Il faut s’attendre à des condamnations supplémentaires de la part d’acteurs internationaux, tels que les divers organismes des Nations Unies, ainsi que des rapports spécifiques produits par des rapporteurs spéciaux des Nations Unies. Des tentatives d’inciter le Procureur de la CPI à examiner ces incidents auront lieu, ainsi que des initiatives de procédures judiciaires lancées par différents États (en utilisant la « compétence universelle ») pour tenter de diffamer et même d’arrêter des responsables militaires et des politiciens israéliens.

Inévitablement, le Hamas et d’autres groupes palestiniens vont renouveler cette tactique à l’avenir. Pour atténuer cela, Israël se prépare à renforcer la frontière de Gaza pour rendre toute tentative de pénétration plus difficile sans recourir à la force létale. (Ils travaillent déjà sur une barrière souterraine pour empêcher la pénétration par effet tunnel.) Cependant, il s’agit d’un projet à long terme et la possibilité d’étanchéifier la frontière au point de la rendre impénétrable demande à être clarifiée.

En outre, Tsahal porte aujourd’hui une attention accrue aux armes non létales. Mais en dépit d’importantes recherches menées au plan international, aucun système viable et efficace ne peut fonctionner dans de telles circonstances.

Les amis et alliés d’Israël peuvent agir pour contrer la propagande anti-israélienne du Hamas, et faire pression sur les dirigeants politiques, les groupes de défense des droits de l’homme, les organisations internationales et les médias pour éviter une fausse condamnation d’Israël ; il faut également lutter contre les réclamations d’une action internationale comme d’une enquête unilatérale des Nations Unies et ses résolutions. Un tel rejet, de préférence accompagné d’une forte condamnation de la tactique violente du Hamas, pourrait contribuer à décourager l’utilisation de tels plans d’action. Bien entendu, face à un agenda anti-israélien aussi profondément enraciné, de telles recommandations sont plus faciles à formuler qu’à mettre en pratique.

Le colonel Richard Kemp commandait les forces britanniques en Irlande du Nord, en Afghanistan, en Irak et dans les Balkans. Cette analyse a été publiée à l’origine sur le site Web de HIGH LEVEL MILITARY GROUP. Elle est reproduite ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Voir aussi:

Falling for Hamas’s Split-Screen Fallacy

Matti Friedman

Mr. Friedman, a journalist, is the author of the memoir “Pumpkinflowers: A Soldier’s Story of a Forgotten War.”

JERUSALEM — During my years in the international press here in Israel, long before the bloody events of this week, I came to respect Hamas for its keen ability to tell a story.

At the end of 2008 I was a desk editor, a local hire in The Associated Press’s Jerusalem bureau, during the first serious round of violence in Gaza after Hamas took it over the year before. That conflict was grimly similar to the American campaign in Iraq, in which a modern military fought in crowded urban confines against fighters concealed among civilians. Hamas understood early that the civilian death toll was driving international outrage at Israel, and that this, not I.E.D.s or ambushes, was the most important weapon in its arsenal.

Early in that war, I complied with Hamas censorship in the form of a threat to one of our Gaza reporters and cut a key detail from an article: that Hamas fighters were disguised as civilians and were being counted as civilians in the death toll. The bureau chief later wrote that printing the truth after the threat to the reporter would have meant “jeopardizing his life.” Nonetheless, we used that same casualty toll throughout the conflict and never mentioned the manipulation.

Hamas understood that Western news outlets wanted a simple story about villains and victims and would stick to that script, whether because of ideological sympathy, coercion or ignorance. The press could be trusted to present dead human beings not as victims of the terrorist group that controls their lives, or of a tragic confluence of events, but of an unwarranted Israeli slaughter. The willingness of reporters to cooperate with that script gave Hamas the incentive to keep using it.

The next step in the evolution of this tactic was visible in Monday’s awful events. If the most effective weapon in a military campaign is pictures of civilian casualties, Hamas seems to have concluded, there’s no need for a campaign at all. All you need to do is get people killed on camera. The way to do this in Gaza, in the absence of any Israeli soldiers inside the territory, is to try to cross the Israeli border, which everyone understands is defended with lethal force and is easy to film.

About 40,000 people answered a call to show up. Many of them, some armed, rushed the border fence. Many Israelis, myself included, were horrified to see the number of fatalities reach 60.

Most Western viewers experienced these events through a visual storytelling tool: a split screen. On one side was the opening of the American embassy in Jerusalem in the presence of Ivanka Trump, evangelical Christian allies of the White House and Israel’s current political leadership — an event many here found curious and distant from our national life. On the other side was the terrible violence in the desperately poor and isolated territory. The juxtaposition was disturbing.

The attempts to breach the Gaza fence, which Palestinians call the March of Return, began in March and have the stated goal of erasing the border as a step toward erasing Israel. A central organizer, the Hamas leader Yehya Sinwar, exhorted participants on camera in Arabic to “tear out the hearts” of Israelis. But on Monday the enterprise was rebranded as a protest against the embassy opening, with which it was meticulously timed to coincide. The split screen, and the idea that people were dying in Gaza because of Donald Trump, was what Hamas was looking for.

The press coverage on Monday was a major Hamas success in a war whose battlefield isn’t really Gaza, but the brains of foreign audiences.

Israeli soldiers facing Gaza have no good choices. They can warn people off with tear gas or rubber bullets, which are often inaccurate and ineffective, and if that doesn’t work, they can use live fire. Or they can hold their fire to spare lives and allow a breach, in which case thousands of people will surge into Israel, some of whom — the soldiers won’t know which — will be armed fighters. (On Wednesday a Hamas leader, Salah Bardawil, told a Hamas TV station that 50 of the dead were Hamas members. The militant group Islamic Jihad claimed three others.) If such a breach occurs, the death toll will be higher. And Hamas’s tactic, having proved itself, would likely be repeated by Israel’s enemies on its borders with Syria and Lebanon.

Knowledgeable people can debate the best way to deal with this threat. Could a different response have reduced the death toll? Or would a more aggressive response deter further actions of this kind and save lives in the long run? What are the open-fire orders on the India-Pakistan border, for example? Is there something Israel could have done to defuse things beforehand?

These are good questions. But anyone following the response abroad saw that this wasn’t what was being discussed. As is often the case where Israel is concerned, things quickly became hysterical and divorced from the events themselves. Turkey’s president called it “genocide.” A writer for The New Yorker took the opportunity to tweet some of her thoughts about “whiteness and Zionism,” part of an odd trend that reads America’s racial and social problems into a Middle Eastern society 6,000 miles away. The sicknesses of the social media age — the disdain for expertise and the idea that other people are not just wrong but villainous — have crept into the worldview of people who should know better.

For someone looking out from here, that’s the real split-screen effect: On one side, a complicated human tragedy in a corner of a region spinning out of control. On the other, a venomous and simplistic story, a symptom of these venomous and simplistic times.

Voir encore:

The cacophony that accompanies every upsurge in the Israeli-Palestinian conflict can make it seem impossible for outsiders to sort out the facts. Recent events in Gaza are no exception. The shrillest voices on each side are already offering their own mutually exclusive narratives that acknowledge some realities while scrupulously avoiding others.

But while certain facts about Gaza may be inconvenient for the loudest partisans on either side, they should not be inconvenient to the rest of us.

To that end, here are 13 complicated, messy, true things about what has been happening in Gaza. They do not conform to one political narrative or another, and they do not attempt to conclusively apportion all blame. Try, as best you can, to hold them all in your mind at the same time.

1. The protests on Monday were not about President Donald Trump moving the U.S. Embassy to Jerusalem, and have in fact been occurring weekly on the Gaza border since March. They are part of what the demonstrators have dubbed “The Great March of Return”—return, that is, to what is now Israel. (The Monday demonstration was scheduled months ago to coincide with Nakba Day, an annual occasion of protest; it was later moved up 24 hours to grab some of the media attention devoted to the embassy.) The fact that these long-standing Palestinian protests were mischaracterized by many in the media as simply a response to Trump obscured two disquieting realities: First, that the world has largely dismissed the genuine plight of Palestinians in Gaza, only bothering to pay attention to it when it could be tenuously connected to Trump. Second, that many Palestinians do not simply desire their own state and an end to the occupation and settlements that began in 1967, but an end to the Jewish state that began in 1948.

2. The Israeli blockade of Gaza goes well beyond what is necessary for Israel’s security, and in many cases can be capricious and self-defeating. Import and export restrictions on food and produce have seesawed over the years, with what is permitted one year forbidden the next, making it difficult for Gazan farmers to plan for the future. Restrictions on movement between Gaza, the West Bank, and beyond can be similarly overbroad, preventing not simply potential terrorist operatives from traveling, but families and students. In one of the more infamous instances, the U.S. State Department was forced to withdraw all Fulbright awards to students in Gaza after Israel did not grant them permission to leave. Today, official policy bars Gazans from traveling abroad unless they commit to not returning for a full year. It is past time that these issues be addressed, as outlined in part in a new letter from several prominent senators, including Bernie Sanders and Elizabeth Warren.

3. Hamas, which controls the Gaza Strip, is an authoritarian, theocratic regime that has called for Jewish genocide in its charter, murdered scores of Israeli civilians, repressed Palestinian women, and harshly persecuted religious and sexual minorities. It is a designated terrorist group by the United States, Canada, and the European Union.

4. The overbearing Israeli blockade has helped impoverish Gaza. So has Hamas’s utter failure to govern and provide for the basic needs of the enclave’s people. Whether it has been spending its manpower and millions of dollars on subterranean attack tunnels into Israel—including under United Nations schools for Gaza’s children—or launching repeated messianic military operations against Israel, the terrorist group has consistently prioritized the deaths of Israelis over the lives of its Palestinian brethren.

5. Many of the thousands of protesters on the Gaza border, both on Monday and in weeks previous, were peaceful and unarmed, as anyone looking at the photos and videos of the gatherings can see.

6. Hamas manipulated many of these demonstrators into unwittingly rushing the Israeli border fence under false pretenses in order to produce injuries and fatalities. As the New York Times reported, “After midday prayers, clerics and leaders of militant factions in Gaza, led by Hamas, urged thousands of worshipers to join the protests. The fence had already been breached, they said falsely, claiming Palestinians were flooding into Israel.” Similarly, the Washington Post recounted how “organizers urged protesters over loudspeakers to burst through the fence, telling them Israeli soldiers were fleeing their positions, even as they were reinforcing them.” Hamas has also publicly acknowledged deliberately using peaceful civilians at the protests as cover and cannon fodder for their military operations. “When we talk about ‘peaceful resistance,’ we are deceiving the public,” Hamas co-founder Mahmoud al-Zahar told an interviewer. “This is peaceful resistance bolstered by a military force and by security agencies.”

7. A significant number of the protesters were armed, which is how they did things like this:

Widely circulated Arabic instructions on Facebook directed protesters to “bring a knife, dagger, or gun if available” and to breach the Israeli border and kidnap civilians. (The posts have now been removed by Facebook for inciting violence but a cached copy can be viewed here.) Hamas further incentivized violence by providing payments to those injured and the families of those killed. Both Hamas and the Islamic Jihad terror group have since claimed many of those killed as their own operatives and posted photos of them in uniform. On Wednesday, Hamas Political Bureau member Salah Al-Bardawil announced that 50 of the 62 fatalities were Hamas members.

Contrary to certain Israeli talking points, however, these facts do not automatically justify any particular Israeli response or every Palestinian casualty or injury. They simply establish the reality of the threat.

8. It is facile to argue that Gazans should be protesting Hamas and its misrule instead of Israel. One, it is not a binary choice, as both actors have contributed to Gaza’s misery. Two, as the BBC’s Julia MacFarlane recalled from her time covering Gaza, any public dissent against Hamas is perilous: “A boy I met in Gaza during the 2014 war was dragged from his bed at midnight, had his kneecaps shot off in a square and was told next time it would be axes—for an anti-Hamas Facebook post.” The group has publicly executed those it deems “collaborators” and broken up rare protests with gunfire. Likewise, Gazans cannot “vote Hamas out” because Hamas has not permitted elections since it won them and took power in 2006. The group fares poorly in the polls today, but Gazans have no recourse for expressing their dissatisfaction. Protesting Israel, however, is an outlet for frustration encouraged by Hamas.

9. In that regard, Hamas has worked to increase chaos and casualties stemming from the protests by allowing rioters to repeatedly set fire to the Kerem Shalom crossing, Gaza’s main avenue for international and humanitarian aid, and by turning back trucks of needed food and supplies from Israel.

10. A lot of what you’re seeing on social media about what is transpiring in Gaza isn’t actually true. For instance, a video of a Palestinian “martyr” allegedly moving under his shroud that is circulating in pro-Israel circles is actually a 4-year old clip from Egypt. Likewise, despite the claims of viral tweets and the Hamas-run Gaza Health Ministry that were initially parroted by some in the media, Israel did not actually kill an 8-month old baby with tear gas. The Gazan doctor who treated her told the Associated Press that she died from a preexisting heart condition, a fact belatedly picked up by the New York Times and Los Angeles Times. In the era of fake news, readers should be especially vigilant about resharing unconfirmed content simply because it confirms their biases.

11. There are constructive solutions to Gaza’s problems that would alleviate the plight of its Palestinian population while assuaging the security concerns of Israelis. However, these useful proposals do not go viral like angry tweets ranting about how Palestinians are all de facto terrorists or Israelis are the new Nazis, which is one reason why you probably have never heard of them.

12. A truly independent, respected inquiry into Israel’s tactics and rules of engagement in Gaza is necessary to ensure any abuses are punished and create internationally recognized guidelines for how Israel and other state actors should deal with these situations on their borders. The United Nations, which annually condemns Israel in its General Assembly and Human Rights Council more than all other countries combined, and whose notorious bias against Israel was famously condemned by Obama ambassador to the U.N., Samantha Power, clearly lacks the credibility to administer such an inquiry. Between America, Canada, and Europe, however, it should be possible to create one.

13. But because the entire debate around Israel’s conduct has been framed by absolutists who insist either that Israel is utterly blameless or that Israel is wantonly massacring random Palestinians for sport, a reasonable inquiry into what it did correctly and what it did not is unlikely to happen.

***

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Voir également:

Jerusalem Celebrates, Gaza Burns

On the night of May 14, the leading headline of The Washington Post said, “More than 50 killed in Gaza protests as U.S. opens its new embassy in Jerusalem.” Headlines of other newspapers were not much different.

There is no doubt the headlines were factually accurate. But so would a headline saying, “More than 50 killed in Gaza as the moon was a waning crescent,” or “More than 50 killed in Gaza as Arambulo named co-anchor of NBC4’s ‘Today in LA.’ ” Were they unbiased? Not quite. They suggested a causation: The U.S. opens an embassy and hence people get killed. But the causation is faulty: Gazans were killed last week, when the United States had not yet opened its embassy. Gazans were killed for a simple reason: Ignoring warnings, thousands of them decided to get too close to the Israeli border.

There are arguments one could make against President Donald Trump’s decision to move the American embassy to Jerusalem. People in Gaza getting killed is not one of them. A country such as the United States, a country such as Israel, cannot curb strategic decisions because of inconveniences such as demonstrations. Small things can be postponed to prevent anger. Small decisions can be altered to avoid violent incidents. But not important, historic moves.

At the end of this week, no matter the final tally of Gazans getting hurt, only one event will be counted as “historic.” The opening of a U.S. embassy in Jerusalem is a historic decision of great symbolic significance. Lives lost for no good reason in Gaza — as saddening as it is — is routine. Eleven years ago, on  May 16, 2007, I wrote this about Gaza: “The Gaza Strip is burning, drifting into chaos, turning into hell — and nobody seems to have a way out of this mess. Dozens of people were killed in Gaza in the last couple of weeks, the victims of lawlessness and power struggles between clans and families, gangsters and militias.” Sounds familiar? I assume it does. This is what routine looks like. This is what disregard for human life feels like. And that was 11 years to the week before a U.S. embassy was moved to Jerusalem.

Why were so many lives lost in Gaza? To give a straight answer, one must begin with the obvious: The Israel Defense Forces (IDF) has no interest in having more Gazans killed, yet its mission is not to save Gazans’ lives. Its mission — remember, the IDF is a military serving a country — is to defeat an enemy. And in the case of Gaza this past week, the meaning of this was preventing unauthorized, possibly dangerous people from crossing the fence separating Israel from the Gaza Strip.

As this column was written, the afternoon of May 15, the IDF had achieved its objective: No one was able to cross the border into Israel. The price was high. It was high for the Palestinians. Israel will get its unfair share of criticism from people who have nothing to offer but words of condemnation. This was also to be expected. And also to be ignored. Again, not because criticism means nothing, but rather because there are things of higher importance to worry about. Such as not letting unauthorized hostile people cross into Israel.

Of course, any bloodshed is regretful. Yet to achieve its objectives, the IDF had to use lethal force. Circumstances on the ground dictate using such measures. The winds made tear gas ineffective. The proximity of the border made it essential to stop Gazan demonstrators from getting too close, lest thousands of them flood the fence, thus forcing the IDF to use even more lethal means. Leaflets warned them not to go near the fence. Media outlets were used to clarify that consequences could be dire. Hence, an unbiased, sincere newspaper headline should have said, “More than 50 killed in Gaza while Hamas leaders ignored warnings.”

So, yes, Jerusalem celebrated while Gaza burned. Not because Gaza burned. And, yes, the U.S. moved its embassy while Gaza burned. But this is not what made Gaza burn.

It all comes down to legitimacy. Having embassies move to Jerusalem, Israel’s capital, is about legitimacy. Letting Israel keep the integrity of its borders is about legitimacy. President Donald Trump gained the respect and appreciation of Israelis because of his no-nonsense acceptance of a reality, and because of his no-nonsense rejection of delegitimization masqueraded as policy differences. A legitimate country is allowed to defend its border. A legitimate country is allowed to choose its capital.

Gaza’s Miseries Have Palestinian Authors
Bret Stephens

The New York Times
May 16, 2018

For the third time in two weeks, Palestinians in the Gaza Strip have set fire to the Kerem Shalom border crossing, through which they get medicine, fuel and other humanitarian essentials from Israel. Soon we’ll surely hear a great deal about the misery of Gaza. Try not to forget that the authors of that misery are also the presumptive victims.

There’s a pattern here — harm yourself, blame the other — and it deserves to be highlighted amid the torrent of morally blind, historically illiterate criticism to which Israelis are subjected every time they defend themselves against violent Palestinian attack.

In 1970, Israel set up an industrial zone along the border with Gaza to promote economic cooperation and provide Palestinians with jobs. It had to be shut down in 2004 amid multiple terrorist attacks that left 11 Israelis dead.

In 2005, Jewish-American donors forked over $14 million dollars to pay for greenhouses that had been used by Israeli settlers until the government of Ariel Sharon withdrew from the Strip. Palestinians looted dozens of the greenhouses almost immediately upon Israel’s exit.

In 2007, Hamas took control of Gaza in a bloody coup against its rivals in the Fatah faction. Since then, Hamas, Islamic Jihad and other terrorist groups in the Strip have fired nearly 10,000 rockets and mortars from Gaza into Israel — all the while denouncing an economic “blockade” that is Israel’s refusal to feed the mouth that bites it. (Egypt and the Palestinian Authority also participate in the same blockade, to zero international censure.)

In 2014 Israel discovered that Hamas had built 32 tunnels under the Gaza border to kidnap or kill Israelis. “The average tunnel requires 350 truckloads of construction supplies,” The Wall Street Journal reported, “enough to build 86 homes, seven mosques, six schools or 19 medical clinics.” Estimated cost of tunnels: $90 million.

Want to understand why Gaza is so poor? See above.

Which brings us to the grotesque spectacle along Gaza’s border over the past several weeks, in which thousands of Palestinians have tried to breach the fence and force their way into Israel, often at the cost of their lives. What is the ostensible purpose of what Palestinians call “the Great Return March”?

That’s no mystery. This week, The Times published an op-ed by Ahmed Abu Artema, one of the organizers of the march. “We are intent on continuing our struggle until Israel recognizes our right to return to our homes and land from which we were expelled,” he writes, referring to homes and land within Israel’s original borders.

His objection isn’t to the “occupation” as usually defined by Western liberals, namely Israel’s acquisition of territories following the 1967 Six Day War. It’s to the existence of Israel itself. Sympathize with him all you like, but at least notice that his politics demand the elimination of the Jewish state.

Notice, also, the old pattern at work: Avow and pursue Israel’s destruction, then plead for pity and aid when your plans lead to ruin.

The world now demands that Jerusalem account for every bullet fired at the demonstrators, without offering a single practical alternative for dealing with the crisis.

But where is the outrage that Hamas kept urging Palestinians to move toward the fence, having been amply forewarned by Israel of the mortal risk? Or that protest organizers encouraged women to lead the charges on the fence because, as The Times’s Declan Walsh reported, “Israeli soldiers might be less likely to fire on women”? Or that Palestinian children as young as 7 were dispatched to try to breach the fence? Or that the protests ended after Israel warned Hamas’s leaders, whose preferred hide-outs include Gaza’s hospital, that their own lives were at risk?

Elsewhere in the world, this sort of behavior would be called reckless endangerment. It would be condemned as self-destructive, cowardly and almost bottomlessly cynical.

The mystery of Middle East politics is why Palestinians have so long been exempted from these ordinary moral judgments. How do so many so-called progressives now find themselves in objective sympathy with the murderers, misogynists and homophobes of Hamas? Why don’t they note that, by Hamas’s own admission, some 50 of the 62 protesters killed on Monday were members of Hamas? Why do they begrudge Israel the right to defend itself behind the very borders they’ve been clamoring for years for Israelis to get behind?

Why is nothing expected of Palestinians, and everything forgiven, while everything is expected of Israelis, and nothing forgiven?

That’s a question to which one can easily guess the answer. In the meantime, it’s worth considering the harm Western indulgence has done to Palestinian aspirations.

No decent Palestinian society can emerge from the culture of victimhood, violence and fatalism symbolized by these protests. No worthy Palestinian government can emerge if the international community continues to indulge the corrupt, anti-Semitic autocrats of the Palestinian Authority or fails to condemn and sanction the despotic killers of Hamas. And no Palestinian economy will ever flourish through repeated acts of self-harm and destructive provocation.

If Palestinians want to build a worthy, proud and prosperous nation, they could do worse than try to learn from the one next door. That begins by forswearing forever their attempts to destroy it.

For the third time in two weeks, Palestinians in the Gaza Strip have set fire to the Kerem Shalom border crossing, through which they get medicine, fuel and other humanitarian essentials from Israel. Soon we’ll surely hear a great deal about the misery of Gaza. Try not to forget that the authors of that misery are also the presumptive victims.

There’s a pattern here — harm yourself, blame the other — and it deserves to be highlighted amid the torrent of morally blind, historically illiterate criticism to which Israelis are subjected every time they defend themselves against violent Palestinian attack.

In 1970, Israel set up an industrial zone along the border with Gaza to promote economic cooperation and provide Palestinians with jobs. It had to be shut down in 2004 amid multiple terrorist attacks that left 11 Israelis dead.

In 2005, Jewish-American donors forked over $14 million dollars to pay for greenhouses that had been used by Israeli settlers until the government of Ariel Sharon withdrew from the Strip. Palestinians looted dozens of the greenhouses almost immediately upon Israel’s exit.

Notice, also, the old pattern at work: Avow and pursue Israel’s destruction, then plead for pity and aid when your plans lead to ruin.

The world now demands that Jerusalem account for every bullet fired at the demonstrators, without offering a single practical alternative for dealing with the crisis.

But where is the outrage that Hamas kept urging Palestinians to move toward the fence, having been amply forewarned by Israel of the mortal risk? Or that protest organizers encouraged women to lead the charges on the fence because, as The Times’s Declan Walsh reported, “Israeli soldiers might be less likely to fire on women”? Or that Palestinian children as young as 7 were dispatched to try to breach the fence? Or that the protests ended after Israel warned Hamas’s leaders, whose preferred hide-outs include Gaza’s hospital, that their own lives were at risk?

Elsewhere in the world, this sort of behavior would be called reckless endangerment. It would be condemned as self-destructive, cowardly and almost bottomlessly cynical.

The mystery of Middle East politics is why Palestinians have so long been exempted from these ordinary moral judgments. How do so many so-called progressives now find themselves in objective sympathy with the murderers, misogynists and homophobes of Hamas? Why don’t they note that, by Hamas’s own admission, some 50 of the 62 protesters killed on Monday were members of Hamas? Why do they begrudge Israel the right to defend itself behind the very borders they’ve been clamoring for years for Israelis to get behind?

Why is nothing expected of Palestinians, and everything forgiven, while everything is expected of Israelis, and nothing forgiven?

That’s a question to which one can easily guess the answer. In the meantime, it’s worth considering the harm Western indulgence has done to Palestinian aspirations.

No decent Palestinian society can emerge from the culture of victimhood, violence and fatalism symbolized by these protests. No worthy Palestinian government can emerge if the international community continues to indulge the corrupt, anti-Semitic autocrats of the Palestinian Authority or fails to condemn and sanction the despotic killers of Hamas. And no Palestinian economy will ever flourish through repeated acts of self-harm and destructive provocation.

If Palestinians want to build a worthy, proud and prosperous nation, they could do worse than try to learn from the one next door. That begins by forswearing forever their attempts to destroy it.

Voir par ailleurs:

Un haut responsable du Hamas a affirmé mercredi que la très grande majorité des Palestiniens tués cette semaine lors de manifestations et heurts avec l’armée israélienne dans la bande de Gaza appartenaient au mouvement islamiste, qui dirige l’enclave.

L’armée et le gouvernement israéliens, confrontés à une vague de réprobation après la mort de 59 Palestiniens sous des tirs israéliens lundi, se sont saisis de ces propos pour contester le caractère pacifique des évènements et maintenir que ceux-ci étaient orchestrés par le Hamas.

Des milliers de Palestiniens ont débuté le 30 mars dans la bande de Gaza un mouvement de plus de six semaines contre le blocus israélien et pour le droit des Palestiniens à revenir sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création d’Israël en 1948.

Les violences de lundi ont coïncidé avec l’inauguration controversée à Jérusalem de la nouvelle ambassade américaine, démarche qui a rompu avec des décennies de consensus international.

Le Guatemala a également inauguré mercredi à Jérusalem sa nouvelle ambassade en Israël, s’attirant la colère de la direction palestinienne qui a accusé le gouvernement guatémaltèque de se placer du côté des « crimes de guerre israéliens ».

« Agression israélienne »

Les violences à Gaza lundi, journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis 2014, ont continué à susciter l’inquiétude ou la colère à l’étranger.

Le pape François s’est dit « très préoccupé par l’escalade des tensions en Terre Sainte » et le président russe Vladimir Poutine a appelé à « renoncer à la violence ». Les ministres arabes des Affaires étrangères devaient tenir jeudi au Caire une réunion extraordinaire sur « l’agression israélienne contre le peuple palestinien ».

La tension est retombée dans la bande de Gaza à la veille du ramadan, le mois de jeûne musulman, mais la situation demeure hautement volatile.

Des chars israéliens ont frappé plusieurs positions du Hamas dans la bande de Gaza, en réponse à des tirs d’armes à feu, a dit notamment l’armée.

Le Hamas a dit soutenir la mobilisation, tout en assurant qu’elle émanait de la société civile et qu’elle était pacifique.

L’armée israélienne accuse de son côté le Hamas, qu’il considère comme « terroriste », de s’être servi du mouvement pour mêler à la foule des hommes armés ou disposer des engins explosifs le long de frontière.

Elle assure n’avoir fait que défendre les frontières, ses soldats et les civils contre une éventuelle infiltration de Palestiniens susceptibles de s’attaquer aux populations riveraines de l’enclave ou de prendre un otage.

Après la mort par balles des Palestiniens, Israël s’est retrouvé en butte aux condamnations et aux appels à une enquête indépendante.

Dans ce contexte, Salah al-Bardaouil, haut responsable du Hamas, a déclaré à une télévision palestinienne que 50 des 62 Palestiniens tués lundi mais aussi mardi appartenaient au mouvement islamiste.

La vérité « dévoilée »

« Cinquante des martyrs (des morts) étaient du Hamas, et 12 faisaient partie du reste de la population », a-t-il dit, interrogé sur les critiques selon lesquelles le Hamas tirait profit de la mobilisation. « Comment le Hamas pourrait-il récolter les fruits (du mouvement) alors qu’il a payé un prix aussi élevé », a-t-il demandé.

Il n’a pas fourni de détails sur l’appartenance de ces Palestiniens à la branche armée ou politique du Hamas, ni sur les circonstances dans lesquelles ils avaient été tués.

Salah al-Bardaouil « dévoile la vérité », a tweeté un porte-parole du gouvernement israélien, Ofir Gendelman, « ce n’était pas une manifestation pacifique, mais une opération du Hamas ».

« Nous avons les mêmes chiffres », a lancé de son côté le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avertissant que son pays continuerait « à se défendre par tous les moyens nécessaires ».

Un porte-parole du Hamas, Fawzy Barhoum, et un autre haut responsable, Bassem Naim, se sont gardés de confirmer les informations de M. Bardaouil. Le Hamas paie les funérailles de tous, « qu’ils soient membres ou supporters du Hamas, ou pas », a dit M. Barhoum.

Il est « naturel de voir de nombreux membres ou supporters du Hamas » à une telle manifestation, a dit M. Naim, en faisant référence à la forte présence du Hamas dans toutes les couches de la société. Ceux qui ont été tués « participaient pacifiquement » au mouvement, a-t-il assuré.

Sur la chaîne de télévision Al-Jazeera, l’homme fort du Hamas, Yahya Sinouar, a prévenu: « si le blocus (israélien à Gaza) continue, nous n’hésiterons pas à recourir à la résistance militaire ».

Voir de même:

Gaza, le massacre des oubliés

EDITO. Ce qui vient de se passer à Gaza est un rappel à l’ordre, tragique, à une communauté internationale qui a abandonné le peuple palestinien.

Sara Daniel

Pendant qu’une petite fille palestinienne mourait d’avoir inhalé des gaz lacrymogènes à Gaza, à Jérusalem, à moins d’une heure et demie de là par la route, on sablait le champagne, lundi, pour fêter le déménagement de l’ambassade américaine.

Malgré les snipers israéliens, les Gazaouis auront donc continué à se presser devant la clôture de séparation de cette prison maudite et à ciel ouvert que représente l’enclave de Gaza, honte d’Israël et de la communauté internationale, pour achever la « Marche du grand retour », entamée le 30 mars et censée se conclure ce 15 mai. Une marche pour réclamer les terres perdues au moment de la création d’Israël, il y a soixante-dix ans, mais surtout la fin du blocus israélo-égyptien qui étouffe Gaza.

Au cours de ce lundi noir, 59 personnes ont été tuées, et plus de 2.400 ont été blessées par balles.

Une violence inouïe et inutile

Encore une fois le conflit israélo-palestinien a joué la guerre des images, au cours de ce jour si symbolique. Les Israéliens fêtaient les 70 ans de la naissance de leur Etat, le miracle de son existence, l’incroyable longévité de ce confetti minuscule entouré de nations hostiles. Les Palestiniens commémoraient, eux, leur « catastrophe », leur Nakba, qui les a poussés sur les routes de l’exil, dans l’indifférence d’une communauté internationale lassée par un conflit interminable, happée par d’autres hécatombes plus pressantes.

C’est avec cette Marche que les Gazaouis ont tenté de revenir sur la carte des préoccupations mondiales et de rappeler leur agonie à un monde qui les oublie. Pendant ce temps, Israéliens, Américains, Saoudiens et Egyptiens célèbrent leur alliance sur le dos de ces vaincus de l’histoire, les pressant d’accepter un accord, ce que Donald Trump a appelé le « deal ultime », dont les contours sont encore flous mais dont on peut être certain qu’il entérinerait leur déroute.

Mais pourquoi les Israéliens ont-ils cédé à cette violence inouïe et inutile alors que, de leur aveu même, le vrai sujet de leurs inquiétudes était le front du Nord avec le Hezbollah et l’Iran ? Est-ce l’hubris des vainqueurs ? En tout cas, Israël n’a pas entendu l’avertissement de Houda Naim, députée du Hamas.

« Nous considérons que ces marches pacifiques sont aujourd’hui le meilleur moyen d’atteindre les points faibles de notre ennemi », disait-elle au début du mouvement.

Une population excédée, désespérée

Dans le même esprit que les campagnes BDS qui prônent le boycott de produits israéliens, la nouvelle génération de militants a pensé que c’était par cette approche non violente dans la filiation de Gandhi que la cause palestinienne aurait une chance de revenir sur le devant de la scène internationale.

Alors, les manifestants ont-ils été manipulés par leurs organisations politiques ? La question est obscène lorsque que la marche, commencée il y a six semaines, a déjà fait plus de 100 morts. Bien sûr, le Hamas, débordé par cette manifestation civile et pacifique, a rejoint le mouvement. A-t-il encouragé les Gazaouis à provoquer les soldats israéliens, les conduisant à une mort certaine ? Peut-être, et le gouvernement israélien l’affirmera. Mais cela ne suffirait pas à expliquer la détermination d’une population excédée, désespérée par ses conditions d’existence. Ce qui vient de se passer à Gaza est un rappel à l’ordre, tragique, à une communauté internationale qui a abandonné ce peuple palestinien à la brutalité israélienne, à l’incurie de ses dirigeants engagés dans une guerre fratricide, à ses alliés arabes historiquement défaillants, à son sort dont nous portons tous la responsabilité.

Voir enfin:

Danger in overreacting to Santa Fe school shooting

School shootings, however horrific, are not the new normal. Santa Fe killings are part of a bloody contagion that will pass.

James Alan Fox

USA Today

May 18, 2018

Today’s ghastly shooting at a high school in Santa Fe, Texas, claiming the lives of at least 10 victims, has many Americans, including President Trump, wondering when and how the carnage will cease. Coming on the heels of two other multiple fatality school massacres earlier this year, it is no wonder that many are seeing this type of random gun violence as the “new normal.”

Amidst the national mourning for the many innocent lives lost in these senseless shooting sprees, it is critical not to overreact and overrespond to the menacing acts of a few. It is, of course, of little comfort to those families and communities impacted in Santa Fe as well as Parkland, Florida, and Benton, Kentucky, but this is not routine. Schools are not under siege. Rather, this more likely reflects a short-term contagion effect in which angry dispirited youngsters are inspired by others whose violent outbursts serve as fodder for national attention. That should subside once we stop obsessing over the risk.

History provides an important lesson about how crime contagions arise and eventually play themselves out. Over the five-year time span from 1997 through 2001, America witnessed seven multiple-fatality school rampages with a combined 32 killed and 85 others injured, more such incidents and casualties than during the past five years.

Following the March 2001 massacre at a high school in Santee, California, the venerable Dan Rather declared school shootings an “epidemic.” Then, after the September 11, 2001 terrorist attack on America, the nation turned its attention to a very different kind of threat, and the school shooting “epidemic” disappeared.

Summertime will soon bring a natural break to the heightened concern over school shootings. Hopefully, come September, we can deal with the underlying issues facing alienated adolescents who seek to follow in the bloody footsteps of their undeserving heroes, without inadvertently fueling the contagion of bloodshed.

Many observers have expressed concern for the excessive attention given to mass shooters of today and the deadliest of yesteryear. CNN’s Anderson Cooper has campaigned against naming names of mass shooters, and 147 criminologists, sociologists, psychologists and other human-behavior experts recently signed on to an open letter urging the media not to identify mass shooters or display their photos.

While I appreciate the concern for name and visual identification of mass shooters for fear of inspiring copycats as well as to avoid insult to the memory of those they slaughtered, names and faces are not the problem. It is the excessive detail — too much information — about the killers, their writings, and their backgrounds that unnecessarily humanizes them. We come to know more about them — their interests and their disappointments — than we do about our next door neighbors. Too often the line is crossed between news reporting and celebrity watch.

At the same time, we focus far too much on records. We constantly are reminded that some shooting is the largest in a particular state over a given number of years, as if that really matters. Would the massacre be any less tragic if it didn’t exceed the death toll of some prior incident? Moreover, we are treated to published lists of the largest mass shootings in modern US history. For whatever purpose we maintain records, they are there to be broken and can challenge a bitter and suicidal assailant to outgun his violent role models.

Although the spirited advocacy of students around the country regarding gun control is to be applauded, we need to keep some perspective about the risk. Slogans like, “I want to go to my graduation, not to my grave,” are powerful, yet hyperbolic.

As often said, even one death is one too many, and we need to take the necessary steps to protect children, including expanded funding for school teachers and school psychologists. Still, despite the occasional tragedy, our schools are safe, safer than they have been for decades.

James Alan Fox is the Lipman Professor of Criminology, Law and Public Policy at Northeastern University, a member of USA TODAY’s Board of Contributors and co-author of Extreme Killing: Understanding Serial and Mass Murder.


Edwy Plenel: C’est la logique du bouc émissaire, imbécile ! (It’s scapegoating, stupid !)

16 avril, 2018
Chaillot
 
macron eveques islam laicite
N’allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais la guerre. Je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et à la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemi les gens de sa famille. Jésus (Matthieu 10, 34-36)
Alors le roi dira (…) j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; j’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Les justes lui répondront: Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi?Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 34-40)
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
A cause de l’influence judaïque et chrétienne, le phénomène ne se produit plus à notre époque que de façon honteuse, furtive, clandestine. (…) Entre les phénomènes d’expulsion atténuée que nous observons tous les jours dans notre monde et le rite antique du bouc émissaire aussi bien que mille autres rites du même genre, les analogies sont trop parfaites pour  ne pas être réelles. Lorsque nous soupçonnons nos voisins de céder à la tentation du bouc émissaire, nous les dénonçons avec indignation. Nous stigmatisons férocement les phénomènes de bouc émissaire dont nos voisins se rendent coupable, sans  parvenir à  nous passer nous-mêmes de victimes de rechange. Nous essayons tous de croire que nous n’avons que des rancunes légitimes et des haines justifiées mais nos certitudes en ce domaine sont plus fragiles que celles de nos ancêtres. Nous pourrions utiliser avec délicatesse la perspicacité dont nous faisons preuve à l’égard de nos voisins, sans trop humilier ceux que nous prenons en flagrant délit de chasse au bouc émissaire mais, le plus souvent, nous faisons de notre savoir une arme, un moyen non seulement de perpétuer les vieux conflits mais de les élever au niveau supérieur de subtilité exigé par l’existence même de ce savoir, et par sa diffusion dans toute la société. Nous intégrons à nos système de défense, en somme, la problématique judéo-chrétienne. Au lieu de nous critiquer nous-mêmes, nous faisons un mauvais usage de notre savoir, nous le retournons contre autrui et nous pratiquons une chasse du bouc émissaire au second degré, une chasse aux chasseurs de bouc émissaire. La compassion obligatoire dans notre société autorise de nouvelles formes de cruauté. (…) La perspicacité au sujet des boucs émissaires est une vraie supériorité de notre société sur toutes les sociétés antérieures, mais, comme tous les progrès du savoir, c’est aussi une occasion de mal aggravé. Moi qui dénonce les boucs émissaires de mes voisins avec une satisfaction mauvaise, je continue à tenir les miens pour objectivement coupables. Mes voisins, bien entendu, ne se font pas faute de dénoncer chez moi la perspicacité sélective que je dénonce chez eux. Les phénomènes de bouc émissaire ne peuvent survivre dans bien des cas qu’en se faisant plus subtils, en égarant dans des méandres toujours plus complexes la réflexion morale qui les suit comme leur ombre. Nous ne pourrions plus recourir à un malheureux bouc pour nous débarrasser de nos ressentiments, nous avons besoin de procédures moins comiquement évidentes. C’est la privation des mécanismes victimaires et à ses conséquences terribles que Jésus fait allusion, je pense, quand il présente l’avenir du monde christianisé en termes de conflits entre les êtres les plus proches. Dans un univers privé de protections sacrificielles, les rivalités mimétiques se font souvent moins violentes mais s’insinuent jusque dans les rapports les plus intimes. (…) Loin de diminuer à mesure que le christianisme s’éloigne, son intensité augmente. (…) Nous avons désormais nos rites victimaires, antisacrificiels, et ils se déroulent dans un ordre aussi immuable que les rites proprement religieux. On se lamente d’abord sur les victimes qu’on s’accuse mutuellement de faire ou de laisser faire. On se lamente ensuite sur l’hypocrisie  de toute lamentation; on se lamente enfin sur le christianisme, indispensable bouc émissaire car il n’est pas de rit sans victime et, de nos jours, la victime, c’est toujours lui: il est the scapegoast of last resort (…) Le souci des victimes est devenu un enjeu paradoxal des rivalités mimétiques, des surenchères concurrentielles. Il y a les victimes en général mais les plus intéressantes sont toujours celles qui nous permettent de condamner nos voisins. (…) Dans notre univers, en somme, tout le monde se jette des victimes à la tête. (…) La surenchère permanente transforme le souci des victimes en une injonction totalitaire, une inquisition permanente. (…)  L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le triomphe du souci des victimes, ce n’est pourtant pas le christianisme qui en profite dans notre monde, c’est ce qu’il faut appeler l’autre totalitarisme, le plus malin des deux, le plus riche d’avenir, de toute évidence, ausi bien que de présent, celui qui, au lieu de s’opposer ouvertement aux aspirations judéo-chrétiennes, les revendique, comme sa chose à lui, et conteste l’authenticité du souci des victimes chez les chrétiens (non sans sans une certaine apparence de raison au niveau de l’action concrète, de l’incarnation historique du christianisme réel au cours de l’histoire). Au lieu de s’opposer franchement au christianisme, l’autre christianisme le déborde sur sa gauche. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Dans le langage symbolique du Nouveau Testament, on peut dire que que, pour essayer de se rétablir et de triompher à nouveau, Satan dans notre monde emprunte le langage des victimes. Satan  imite de mieux en mieux le Christ et prétend le dépasser. (…) C’est le processus que le Nouveau Testament évoque dans le langage de l’Antéchrist. (…) L’Antéchrist se flatte d’apporter  aux hommes la paix et la tolérance que le christianisme leur promet mais ne leur apporte pas. En réalité, ce que le radicalisation de la victimologie contemporaine apporte, c’est un retour très effectif à toutes sortes d’habitudes païennes, l’avortement, l’euthanasie, l’indifférenciation sexuelle, les jeux de cirque à gogo, mais sans victimes réelles, grâce aux simulations electroniques, etc. Le néo-paganisme veut faire du Décalogue et de toute la morale judéo-chrétienne une violence intolérable  et leur abolition complète  est le premier de ses objectifs. L’observance fidèle de la loi morale est perçue comme une complicité avec les forces de persécution qui seraient essentiellement religieuses. Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. Ce néo-paganisme situe le bonheur dans l’assouvissement des désirs et, par conséquent, dans la suppression de tous les interdits. L’idée acquiert un semblant de vraisemblance dans le domaine limité des biens de consommation dont la multiplication prodigieuse, grâce au progrès technique, atténue certaines rivalités mimétiques, conférant une apparence de plausibilité à la thèse qui fait de toute loi morale un pur instrument de répression et de persécution. René Girard (Je vois Satan tomber comme l’éclair, pp. 241-279, 1999)
Depuis deux ans, selon notre sondage, la croyance en Dieu a progressé chez les jeunes Français âgés de 18 à 30 ans. Les croyants sont même devenus légèrement majoritaires, à 52 %, alors qu’ils n’étaient que 46 % en 2016. Et moins d’un jeune sur cinq (19 %) considère l’existence de Dieu comme totalement exclue (contre 23 % en 2016). Cette évolution s’accompagne d’une hausse importante du nombre de jeunes qui jugent importante la dimension spirituelle dans leur vie personnelle (39 %, + 9 % depuis juillet 2016). L’intérêt pour la foi de cette génération contraste aussi avec l’étude européenne réalisée par l’Institut catholique de Paris et l’université londonienne St Mary’s qui faisait apparaître une jeunesse éloignée des appartenances religieuses mais ne posait pas la question du rapport à Dieu. (…) Le sentiment d’appartenance à une religion est lui aussi en hausse : 57 % des Français de 18 à 30 ans déclarent avoir une religion. Ils étaient 53 % en 2016, et seulement 34 % il y a dix ans. Mais, en ce début de XXIe siècle, croire en Dieu ne signifie pas forcément se reconnaître dans une religion… Ainsi, près du quart des sondés se déclarant « sans religion » tiennent l’existence de Dieu pour « certaine ou probable ». (…) La deuxième vague de ce sondage montre également des jeunes très à l’aise avec le pluralisme religieux. En effet 63 % des personnes interrogées jugent « facile » d’échanger avec des personnes d’autres religions, et 56 % d’assumer son statut de croyant dans la société française (ils ne sont toutefois que 9 % à trouver cela « très facile »). Ces résultats en hausse par rapport au sondage de juillet 2016 montrent que, contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, les diverses controverses sur la laïcité qui ont émaillé l’actualité – crèches de Noël dans les mairies, menus sans porc dans les cantines, débat sur le « burkini » ou sur la statue de Jean-Paul II à Ploërmel – n’atteignent pas du tout les jeunes. (…) Le ressenti des jeunes concernant la facilité d’assumer sa croyance en France est toutefois à nuancer selon les religions. En effet, la majorité (57 %) des croyants non chrétiens – c’est-à-dire, pour l’essentiel, des musulmans – trouve difficile d’être croyant en France. Une différence significative apparaît aussi entre hommes et femmes, ces dernières n’étant que 48 % à assumer facilement leur croyance, contre 63 % des hommes. Quant au dialogue avec des personnes d’autres convictions religieuses que les siennes, il faut également noter qu’il apparaît plus difficile aux non-croyants (43 %) qu’aux croyants (29 %). La France, qui fut parmi les premiers pays en matière de sécularisation, connaît-elle désormais avant les autres un retour du religieux ? La Croix
Cette génération est plus pragmatique et moins idéologue que les précédentes. Pour eux, la prière et les rassemblements ont aussi une dimension esthétique. Des non-croyants vont aimer aller à la messe pour vivre une expérience culturelle un peu étrange, le silence par exemple. (…) Ils ne comprennent pas comment on peut avoir ce genre de débats aujourd’hui. Pour eux, ces polémiques sur la laïcité sont d’un autre âge. Ils n’associent pas l’Église au prosélytisme. (…) « Même s’il y a moins de préjugés qu’avant, le fait de n’avoir aucun contact avec les religions peut entretenir une peur, confirme Mgr Bordeyne. Ma génération a grandi avec des professeurs très laïques pour lesquels les religions étaient clivantes. Cette enquête, au contraire, montre que la religion ouvre davantage aux autres que l’absence de foi. C’est cela aussi qui fait que les jeunes s’y intéressent : ils voient bien que l’absence de religion ne favorise pas spécialement le dialogue. Mgr Philippe Bordeyne (Institut catholique de Paris)
Le Nord-Pas-de-Calais, certaines banlieues parisiennes, et les quartiers Nord de Marseille sont les lieux où nous avons mesuré la plus grande radicalité. Dans certains établissements, la proportion «d’absolutistes» monte à plus de 40 %. On note aussi un effet «ségrégation» : quand le taux d’élèves musulmans est très important dans un lycée, ceux-ci sont plus radicaux qu’ailleurs. Mais partout, les élèves musulmans sont plus radicaux religieusement que les autres. (…) L’«effet islam» explique bien mieux la radicalité que des facteurs socio-économiques. C’est un résultat important. Le niveau social de la famille, l’optimisme ou le pessimisme du lycéen face à l’emploi ou à ses résultats scolaires n’ont aucun effet sur le degré d’adhésion à des idées religieuses radicales. (…) le sentiment de discrimination (…) a tendance à augmenter, chez les jeunes musulmans, le niveau de radicalité religieuse et la tolérance à la violence religieuse. Nous avons aussi tenté d’explorer la piste de ce que certains chercheurs nomment «le malaise identitaire» : un groupe minoritaire peut se sentir l’objet de l’hostilité du groupe majoritaire, sans pour autant subir de discrimination. Nous avons ainsi demandé aux jeunes s’ils se sentaient français, s’ils étaient solidaires avec le peuple palestinien, quel était leur regard sur les tensions interreligieuses… Ces variables jouent, preuve qu’il y a donc bien un effet identitaire. Mais celui-ci n’efface pas la question religieuse. In fine, l’effet islam reste très marqué. Il faudrait maintenant mener des recherches complémentaires auprès des jeunes musulmans pour explorer de manière plus approfondie la façon dont ils investissent la religion.(…) Un effet religion existe bien puisque 8 % des chrétiens répondent qu’il est acceptable de combattre les armes à la main pour sa religion, ce n’est pas négligeable. On monte à 20 % des musulmans. Mais le facteur qui détermine le plus fortement le soutien à la violence religieuse est la tolérance à la violence et aux déviances en général : voler un scooter, tricher lors d’un examen, participer à une action violente pour défendre ses idées, affronter la police… C’est un résultat important, qui conduit à constater un indéniable «effet ZUS» [zone urbaine sensible, ndlr]. Dans certaines zones du territoire, on devine qu’une socialisation à la déviance et à la violence explique sans doute la perméabilité à la violence religieuse. On y observe une «culture déviante». (…) en France, les manifestations de radicalité religieuse concernent essentiellement le monde musulman, les autres sont très circonscrites.(…) je pense qu’une partie de la sociologie est aveugle, sous prétexte de ne pas stigmatiser. La discrimination existe, c’est prouvé scientifiquement. Mais il ne faut pas non plus envisager ces jeunes-là uniquement d’un point de vue victimaire. Sinon, on ne peut pas les considérer comme les acteurs sociaux qu’ils sont. Cette sociologie-là est trop idéologique, elle s’est appuyée trop exclusivement sur l’analyse des discriminations. La neutralité axiologique est importante, elle est trop souvent oubliée aujourd’hui. Olivier Galland
The general feeling shared by Jews, as individuals and as a community, is that anti-Semitism has entered a new phase, and is widespread in most parts of the world. In many parts of Europe, Jewish communities and institutions can only operate under strict security measures. Fences, surveillance and police and military protection have become part of our daily lives. In parallel, as our institutions become bunkers, helpless individuals become more vulnerable to isolated attacks. What evil can compel someone to commit some gruesome, despicable crimes? The answer is very clear, anti-Semitism de-humanizes Jews. And when people, Jews, we are de-humanized, anything goes. Dr. Moshe Kantor (European Jewish Congress)
Inciter les membres d’une religion à s’engager politiquement, dans un contexte d’entrisme politique de l’islam radical, est à la fois irresponsable et dangereux : le Président ne pouvait ignorer la résonance particulière de ces mots dans un contexte où l’église catholique est en plein recul sur fond de crise des vocations, quand le prosélytisme islamique, lui, ne cesse de s’étendre. Ce ne sont pas les luthériens ni les bouddhistes qui vont soudain vouloir s’emparer de cet appel à l’engagement politique des religieux, et l’équité entre les cultes que commande justement le principe de laïcité obligera le Président à prononcer les mêmes paroles et accorder les mêmes objectifs aux membres de toutes les religions. Le problème … réside dans la volonté de certains d’imposer leur vision de la spiritualité dans l’espace public : vêtements, comportements, intolérances, interdictions, évictions des femmes de certains espaces, violences contre les membres d’autres religions, mais aussi interventions dans le champ bio-éthique etc. La spiritualité ne dispense jamais mieux ses effets positifs sur la société que lorsqu’elle s’exerce dans le cadre privé. Paradoxalement, après un siècle de relations en effet très douloureuses entre les Eglises et l’Etat, c’est désormais la laïcité qui est le meilleur rempart protecteur pour les chrétiens, tout comme elle l’est également pour les juifs de France mais aussi pour les musulmans modérés : ne pas comprendre cette inversion historique du paradigme laïque engendré par l’entrisme islamiste c’est au mieux faire un contresens majeur sur la situation actuelle, et au pire donner les clés de la maison à la religion qui sera la plus véhémente dans son action politique. Anne-Marie Chazaud
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des « Damnés de la terre » de Franz Fanon, 1961)
L’action de Septembre Noir a fait éclater la mascarade olympique, a bouleversé les arrangements à l’amiable que les réactionnaires arabes s’apprêtaient à conclure avec Israël […] Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre Noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation […] A Munich, la fin si tragique, selon les philistins de tous poils qui ne disent mot de l’assassinat des militants palestiniens, a été voulue et provoquée par les puissances impérialistes et particulièrement Israël. Il fut froidement décidé d’aller au carnage. Edwy Plenel (alias Joseph Krasny)
Je n’ai jamais fait mystère de mes contributions à Rouge, de 1970 à 1978, sous le pseudonyme de Joseph Krasny. Ce texte, écrit il y a plus de 45 ans, dans un contexte tout autre et alors que j’avais 20 ans, exprime une position que je récuse fermement aujourd’hui. Elle n’avait rien d’exceptionnel dans l’extrême gauche de l’époque, comme en témoigne un article de Jean-Paul Sartre, le fondateur de Libération, sur Munich dans La Cause du peuple–J’accuse du 15 octobre 1972. Tout comme ce philosophe, j’ai toujours dénoncé et combattu l’antisémitisme d’où qu’il vienne et sans hésitation. Mais je refuse l’intimidation qui consiste à taxer d’antisémite toute critique de la politique de l’Etat d’Israël. Edwy Plenel
C’est une chance pour la France d’être aujourd’hui le premier pays musulman d’Europe, comme nous sommes la fille aînée de l’Eglise catholique, le pilier de l’édit de Nantes pour les protestants, comme nous avons la plus importante communauté juive d’Europe rescapée du génocide. La France est la terre de la laïcité républicaine. (…) Réduire plusieurs millions de personnes aux actes odieux d’une minorité est un mécanisme de temps de crise. C’est la ruse des pouvoirs économico-politiques pour échapper à la catastrophe et à l’échec des politiques qu’ils mènent. C’est la logique du bouc émissaire. Cette façon d’agiter la querelle religieuse, de stigmatiser l’islam, de s’en prendre à ses symboles : le vêtement, le voile, le halal, les mosquées, est contraire au véritable esprit de la loi sur la laïcité, qui reconnaît les cultures minoritaires. C’est une façon de dissoudre la question sociale, d’humilier les opprimés. D’obtenir une paix pour les dominants et de faire diversion par rapport aux enjeux essentiels que sont l’emploi et le logement. Aucune famille politique n’est épargnée dans cet aveuglement, pas même la gauche. Ce «laïcisme» est le cheval de Troie de l’islamophobie, il est à la laïcité ce que l’intégrisme est à la religion. Il a une similitude avec l’antisémitisme : sous prétexte de ce sectarisme laïc, on installe l’habitude d’une discrimination et d’une stigmatisation. C’est le point de départ de mon livre dont le titre reprend en écho l’article d’Emile Zola «Pour les juifs», rédigé quelques mois avant son «J’accuse», de l’affaire Dreyfus. Edwy Plenel
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel
Sur ces questions Mandela a été très ferme (…) En 2001, aux Etats-Unis, lors d’une conversation avec Thomas Friedman, un journaliste américain spécialisé dans le Proche-Orient, il lui dira: « C’est peut-être étrange pour vous d’observer la situation en Palestine ou, plus exactement, la structure des relations politiques et culturelles entre les Palestiniens et les Israéliens, comme un système d’apartheid » car, dit-il, « les Palestiniens ne luttent pas pour un « Etat » mais pour la liberté, la libération et l’égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud. » En revanche, il soulignait, sur les questions de la justice, de la terre, de l’occupation: « Israël a montré qu’il n’était pas encore prêt à rendre ce qu’il avait occupé en 1967, que les colonies restent, que Jérusalem est toujours sous souveraineté exclusivement israélienne et les Palestiniens n’ont pas d’Etat indépendant mais sont sous domination économique israélienne, avec un contrôle israélien des frontières, de la terre, de l’air, de l’eau, de la mer. (…) Israël, c’était  la conclusion de Mandela, ne pense pas à un « Etat » mais à une « séparation » avec des guillemets qui renvoient à l’apartheid. Je voudrais rappeler cela pour un peu déranger et montrer l’actualité de ces combats. Edwy Plenel
Il ne s’agit pas ici de transformer Mandela en héraut du combat pour les droits nationaux des Palestiniens, même s’il n’a jamais fait mystère de son soutien à la lutte contre l’occupation israélienne. Mandela a toujours été, sur ce terrain, beaucoup plus en retrait que l’archevêque Desmond Tutu, qui depuis de longues années soutient la campagne internationale de boycott de l’État d’Israël, qu’il qualifie, à l’instar d’autres dirigeants sud-africains, d’État d’apartheid. Tel n’est pas le cas de Mandela, contrairement à ce que croient ceux qui ont pris pour argent comptant un “Mémo de Nelson Mandela à Thomas Friedman” dénonçant “l’apartheid israélien”, qui est en réalité un exercice de style rédigé par Arjan el-Fassed. Julien Salingue
The main purpose of the Mandela-memo was to respond in a satirical way to Thomas Friedman using the exact same style and even phrases he uses in his columns. Obviously, the ‘mock memo’ had been forwarded to several e-mail lists containing the memo, which originally included the title “Mandela’s First Memo to Thomas Friedman” and a byline “by Arjan El Fassed”, but eventually was forwarded without my name and sometimes without title. I posted the ‘mock memo’ myself on 30 March on an mailinglist of Al-Awda. Despite this, I’ve seen it several times being posted on the same list, something that gives you an idea of the lack of attention many people give to material they forward. In various posts I read, the subject title was changed for example, “Mandela supports…”, “must read”, etc. Perhaps it was wishful thinking. If Nelson Mandela would seriously have written to the New York Times, wouldn’t the New York Times just publish it? Moreover, I believe Nelson Mandela has better things to do then responding to columns written by Thomas Friedman. Arjan El Fassed
En adoubant Plenel, [Emmanuel Macron] intronise un homme qui, il y  quelques mois, quand les menaces de mort pleuvaient sur le journal de Charb pour cause de lèse-Ramadan (Tariq), a cru bon d’en rajouter en écrivant que Charlie menait « une guerre contre les musulmans ». Le patron de Mediapart ne voulait sans doute pas délivrer un blanc-seing aux assassins. Vexé comme un pou d’avoir été épinglé par Charlie avec l’ex-idole des jeunes musulmans, il avait réagi par un pétage de plomb ridicule et pathétique, invoquant, entre autres balivernes,  l’Affiche rouge des nazis sur le réseau Manouchian. Cet incident aurait dû, au minimum entamer son crédit. Mais, étrangement pour un homme qui a fait du « pas de pardon » le cœur de son éthique journalistique, Plenel survit à tous ses ratages – pour être polie. (…) Au moins sera-t-on d’accord avec lui sur un point, le patron de Mediapart n’est pas n’importe quel journaliste. Il est doublement idéologue, animé par une vision robespierriste du monde et de son métier. On suppose qu’il sera poli et se gardera de rappeler à son partenaire d’un soir, Jean-Jacques Bourdin, sa condition de salarié de Patrick Drahi. Convaincu d’incarner le seul et vrai journalisme, Plenel adore faire la leçon au reste de la profession et citer Mediapart comme l’étalon de la vertu. Mais on dirait que ce qu’il aime par-dessus tout, c’est faire peur. C’est bien sûr un hasard si, sur certaines photos, il présente une ressemblance frappante avec Staline. Reste qu’au nom de l’intérêt supérieur de la démocratie dont il estime avoir la charge, il pratique un journalisme policier et redresseur de torts dont la réussite se mesure au nombre de têtes qu’il fait tomber. Il aimerait bien, en guise d’apothéose, faire rouler celle de Sarkozy, mais en dépit d’un acharnement qui a stimulé le zèle des juges, son affaire de financement libyen ne semble guère inquiéter l’entourage de l’ex-président. Plenel défend en outre une conception particulière de la France et du monde, qu’il a lui-même définie comme une forme de trotskisme culturel et qui est à la croisée du nuitdeboutisme et de l’indigénisme, le tout noyé dans un fond de sauce anticapitaliste et tiers-mondiste. Ainsi, depuis le 7 janvier 2015, s’évertue-t-il à nous expliquer que le principal danger qui menace la France, c’est l’islamophobie, tandis qu’une représentante de sa rédaction affirme candidement sur un plateau de télévision que « l’islam radical n’est pas un gros problème ». Toujours prompt à dénoncer le « racisme d’Etat » et la résurgence d’un pétainisme qu’il ne craint pas de déceler chez Alain Finkielkraut, Edwy Plenel prétend œuvrer « pour les musulmans », titre de l’un de ses ouvrages, mais il a choisi les fondamentalistes contre tous ceux et plus encore toutes celles qui, dans les quartiers islamisés, se battent contre la pesante domination des barbus. J’ignore quels sombres calculs de communicants ont présidé au choix de l’Elysée. On n’ose penser qu’il vise à neutraliser le pouvoir de nuisance plenélien. S’agit-il, pour Emmanuel Macron, d’apparaître comme le porte-parole de la gauche raisonnable ? De montrer qu’il ne craint pas d’affronter un adversaire dont les frisottis de moustache et les plissements d’yeux  en ont terrassé plus d’un ? Alors que la question de la laïcité et de la capacité de l’islam à s’y conformer organise un clivage bien plus existentiel que le clivage droite/gauche, alors que le séparatisme islamiste, et l’antisémitisme qui va avec, continuent à progresser, choisir comme interlocuteur un homme qui refuse de les nommer, c’est adresser un signal déplorable à l’ensemble du camp laïque. Et c’est une insulte à la mémoire de Charb, Cabu et de tous les morts de Charlie Hebdo. Elisabeth Lévy
Hier soir, en direct, nous avons pu tout à loisir observer un trio infernal : le Président aux dents de lait, l’Ami des Frères musulmans et le Défenseur des petites gens. Spectacle hallucinant d’acteurs visiblement satisfaits d’avoir endossé un rôle qu’ils convoitaient depuis longtemps. Persuadés en outre de servir des justes causes, un peu comme chez Nagui le vendredi soir, les chansons en moins. Et sans le moindre humour. Le Défenseur des petites gens cita Ricœur, le Président aux petites dents fit la leçon à l’Ami des Frères Musulmans. Tous donnaient l’impression d’être brouillés avec les chiffres, mais fidèles aux grands principes de la République. Le Président aux dents de lait annonça qu’il se battrait pour une Europe souveraine qui serait à l’opposé de celle de cet abominable Viktor Orban. Le Défenseur des petites gens était obsédé par l’idée que les retraités perdraient de dix à trente euros par mois. Il en faisait une affaire personnelle. Quant à l’Ami des Frères musulmans et de tous les opprimés de la Terre, il fustigea des mesures permettant de renvoyer des enfants – pensez-donc : des enfants ! – dans leur pays d’origine. Un cœur gros comme ça, cet Ami des Frères Musulmans : un exemple pour tous les Français ! Le pompon fut atteint quand le Président aux dents de lait avec une fougue et une détermination sans faille déclara que la Cause des Femmes était pour lui la priorité des priorités : chacun fut soulagé que de si nobles intentions soient portées par un homme décidé à faire de la France un pays de rêve. Seul moment troublant : celui où le Défenseur des petites gens lut un passage du livre de François Hollande accusant le Président aux dents de lait de duplicité. Ce dernier, mal à l’aise, se défendit comme un beau diable. L’Ami des Frères musulmans, expert en la matière, savoura à juste titre ce moment inattendu. Quant au Défenseur des petites gens, il avait jeté un pavé dans la mare aux hypocrisies. Cela lui suffisait. À nous aussi. Roland Jaccard
Le collectif journalistique cède la place à un duo d’hommes blancs de plus de 60 ans, désigné par le président : zéro parité, zéro diversité, personnalisation poussée à l’extrême. Alors que faire ? Pour toutes ces raisons, cette invitation ne va pas de soi. Et pour une autre encore : comment un journal comme Mediapart, qui dénonce avec constance le présidentialisme et le fonctionnement de la VRépublique, peut-il se plier à cet exercice convenu de l’interview présidentielle, symbole par excellence de la dérive monarchique du pouvoir ? Tout le monde a en tête quelques-uns des pires entretiens réalisés depuis soixante ans. Comment subvertir ce dispositif anti-démocratique, et toutes ses contraintes ? En toute transparence, nous partageons avec vous le cheminement qui a conduit l’équipe de Mediapart à accepter la proposition élyséenne. Nous en avons longuement discuté collectivement. Après avoir pesé le pour et le contre, nous avons décidé de faire confiance à notre savoir-faire collectif pour faire surgir du sens par-delà ce cadre. Notre métier est de poser des questions, et si possible de bonnes questions, a fortiori au président de la République en exercice. Après plusieurs échanges préalables, nous avons aussi considéré qu’une association avec Jean-Jacques Bourdin, questionneur offensif et lui aussi déterminé à briser les codes du sacro-saint entretien présidentiel, pouvait autoriser cette tentative de rompre avec six décennies de ronronnement et de pompe présidentielle. Il ne fait de doute pour personne que les lignes éditoriales et les modèles économiques de Mediapart et du groupe BFM-TV/RMC ne sont pas les mêmes : cette différence, par respect du pluralisme, ne doit pas nous interdire de collaborer avec d’autres. Être ouverts dans le cadre d’une relation loyale et respectueuse est le meilleur moyen d’être nous-mêmes, à l’image de notre fil conducteur, au cœur du Festival de nos dix ans : produire quotidiennement un journalisme sans concession à la rencontre de la société (…). Et puis, comment rester en retrait, alors qu’Emmanuel Macron a des comptes à rendre aux citoyens ? Nous avons mille et une questions à lui poser sur la politique qu’il mène, ses déclarations, ses non-dits. Nous sommes à un moment crucial de ce quinquennat. Après de longs mois sous hypnose, notre société se réveille (voir notre article Le roi Soleil, la France sommeille). Des cheminots aux étudiants en passant par les salariés de Carrefour, le mouvement social prend de l’ampleur. Le projet de loi sur l’asile et l’immigration provoque la colère du monde associatif et de collectifs de citoyens. Les initiatives locales pour éviter la catastrophe environnementale se multiplient. Bref, nous ne pouvons pas laisser passer une occasion de faire tout simplement notre métier. Poser des questions, chercher des réponses, placer l’exécutif face à ses contradictions, le faire réagir aux indignations que suscite sa politique. On ne peut pas se plaindre de se heurter à des silences quand on interroge les cabinets ministériels, et laisser la chaise vide face au chef de l’État. Nous avons posé, en accord avec Jean-Jacques Bourdin, une ligne rouge, et celle-ci sera respectée : refuser que l’entretien se déroule à l’Élysée. On ne se rend pas au palais présidentiel à un moment où les journalistes en sont écartés (…). Le choix définitif du lieu sera connu dans les jours à venir. Nous comptons en premier lieu sur nos questions, qui auront été préparées en amont par la rédaction. Au fil de la semaine précédente, et au cours de celle qui suivra, nous publierons une série d’articles, de reportages et d’analyses dressant un premier bilan de la présidence Macron. Lors de notre émission MediapartLive du mercredi 11 avril, nous reviendrons sur les raisons qui nous ont incités à accepter cet entretien. Puis nous consacrerons notre soirée à la diversité du mouvement social en cours en donnant la parole à celles et ceux qui l’animent. Rendez-vous donc dimanche 15 avril dès 19 heures pour notre émission en direct et en accès libre sur Mediapart. Médiapart
 Attention: un bouc émissaire peut en cacher un autre !
En ces temps étranges où le religieux semble faire son retour …
A Hollywood et dans le cinéma français
Comme, sondages à l’appui mais avec une sur-radicalité du côté musulman, dans la jeunesse française …
Et où après une première allocution où il  avait appelé, ouvrant la voie à d’autres communautés religieuses, à une plus grande mobilisation politique des catholiques …
Le président vient de nous  octroyer un entretien télévisé …
Présenté,  dans toute la simplicité art-déco du théâtre de Chaillot avec vue, s’il vous plait, sur la Tour Eiffel et le Champ de Mars …

Comme en totale rupture avec « six décennies de ronronnement et de pompe présidentielle »…

Sous le feu roulant notamment des questions d’un journaliste qui il y a 40 ans appelait au soutien inconditionnel des terroristes des Jeux de Münich …
Ou, plus récemment, encensait un théologien islamiste actuellement en prison pour violences sexuelles présumées …
Comment ne pas repenser …
A la relecture de l’interview que ce dernier avait accordé à 20 minutes il y a quatre ans à l’occasion de son
J’accuse pour les musulmans …
Dans laquelle il dénonçait la bouc-émissarisation de ceux-ci par la société française …
A l’avertissement du regretté René Girard …
Sur la double face du savoir tout particulier que les textes judéo-chrétiens ont mis à la disposition de l’Occident et de proche en proche à la planète entière …
A savoir ce souci singulier et cette sensibilité proprement inouïe aux victimes …
Mais aussi la tentation d’utiliser un tel savoir comme arme …
Pour une sorte de « chasse au bouc émissaire au second degré » ?

Edwy Plenel: «C’est une chance pour la France d’être aujourd’hui le premier pays musulman d’Europe»

INTERVIEW Le cofondateur de Mediapart signe un pamphlet contre le silence sur la stigmatisation des musulmans de France…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

20 minutes

Il lance un cri d’alarme contre ceux qui voudraient importer en France un choc des civilisations. Dans Pour les musulmans (éd. La Découverte), Edwy Plenel dénonce une «guerre des mondes qui désigne nos compatriotes musulmans comme les responsables indistincts des crimes et violences indûment commis au nom de l’islam» par des fanatiques ultra-minoritaires. Le journaliste revient pour «20 Minutes» sur l’objet de son indignation.

Pourquoi ce livre, et pourquoi maintenant ?

Pour se poser contre la banalisation dans les médias et dans le monde intellectuel d’une forme d’islamophobie bienséante, qui n’hésite pas à stigmatiser nos compatriotes musulmans. Il y a mille façons  d’être musulman, comme il y a mille façons d’être juif, chrétien ou non croyant.

C’est un geste de solidarité. Face à tout ce que l’on connaît, la montée de ces opinions xénophobes, que montre la Commission consultative des droits de l’homme, les agressions qui visent les musulmans de France, j’ai été choqué par le très grand silence et la trop grande indifférence qui fait qu’on les laisse seuls subir tout cela, sans se dresser pour dire que c’est inadmissible de construire « un problème musulman » aujourd’hui en France. C’est comme cela que commencent les pires perditions.

Comment expliquez-vous ce silence autour de l’islamophobie en général et par exemple autour de l’agression cette semaine de Maghrébins?

Je ne l’explique pas, je le constate. Il y a derrière cela un verrou que l’on n’a pas encore fait sauter, cet inconscient colonial qui fait qu’il y a un regard de supériorité posé sur cette partie de notre peuple qui est issue de notre relation à l’Afrique, à la Méditerranée. Une communauté envers laquelle nos dirigeants n’ont pas cette sensibilité spontanée de solidarité et d’égalité. Ils devraient réclamer pour ces compatriotes le droit de pouvoir se dire musulman et Français, l’un en même temps que l’autre, se réclamer d’un imaginaire français qui nous permette de penser dans l’égalité de chacun la richesse de notre diversité. C’est une chance pour la France d’être aujourd’hui le premier pays musulman d’Europe, comme nous sommes la fille aînée de l’Eglise catholique, le pilier de l’édit de Nantes pour les protestants, comme nous avons la plus importante communauté juive d’Europe rescapée du génocide. La France est la terre de la laïcité républicaine.

Pourquoi l’opinion dominante oppose-t-elle l’islam à la laïcité?

C’est un moyen de légitimer cette islamophobie. Réduire plusieurs millions de personnes aux actes odieux d’une minorité est un mécanisme de temps de crise. C’est la ruse des pouvoirs économico-politiques pour échapper à la catastrophe et à l’échec des politiques qu’ils mènent. C’est la logique du bouc émissaire.

Cette façon d’agiter la querelle religieuse, de stigmatiser l’islam, de s’en prendre à ses symboles : le vêtement, le voile, le halal, les mosquées, est contraire au véritable esprit de la loi sur la laïcité, qui reconnaît les cultures minoritaires. C’est une façon de dissoudre la question sociale, d’humilier les opprimés. D’obtenir une paix pour les dominants et de faire diversion par rapport aux enjeux essentiels que sont l’emploi et le logement.  Aucune famille politique n’est épargnée dans cet aveuglement, pas même la gauche. Ce «laïcisme» est le cheval de Troie de l’islamophobie, il est à la laïcité ce que l’intégrisme est à la religion. Il  a une similitude avec l’antisémitisme : sous prétexte de ce sectarisme laïc, on installe l’habitude d’une discrimination et d’une stigmatisation. C’est le point de départ de mon livre dont le titre reprend en écho l’article d’Emile Zola «Pour les juifs», rédigé quelques mois avant son «J’accuse», de l’affaire Dreyfus.

La communauté musulmane peut-elle se sortir de ce malaise malgré ce contexte?

Je l’espère bien ! Elle compte parmi les forces vives de ce pays, crée des richesses et est au cœur de la vitalité populaire de la France. l faut cesser d’être indifférents à sa solitude, c’est un engrenage qui embarquera tout le monde : les Noirs, les juifs, les Roms et les musulmans. Et qui risque d’engendrer le repli. La stigmatisation crée en retour une quête de fierté, en réponse à l’humiliation, et engendre des radicalisations qui peuvent amener à des chemins de perdition. Il faut faire notre chemin ensemble, assumer la réalité de la France de la diversité et libérer la solidarité.

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Valeurs actuelles

5 avril 2018 

Histoire. CheckNews de Libération revient sur la chronique du co-fondateur de Mediapart publiée dans Rouge, l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), en 1972. A l’époque, l’organisation palestinienne, Septembre Noir, avait tué 11 athlètes israéliens lors des Jeux Olympiques de Munich.

Cette révélation a été faite en 2008 dans l’ouvrage Enquête sur Edwy Plenel, du journaliste Laurent Huberson. Mais elle refait surface ces derniers jours sur les réseaux sociaux. En 1972, Edwy Plenel, le co-fondateur de Mediapart, était chroniqueur dans Rouge, l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Il avait alors appelé à « défendre inconditionnellement » les militants de l’organisation palestinienne Septembre Noir, qui avait assassiné 11 membres de l’équipe olympique israélienne lors d’une prise d’otage pendant les Jeux Olympiques de Munich, cette même année.

« Nous devons défendre les militants de cette organisation »

« L’action de Septembre Noir a fait éclater la mascarade olympique, a bouleversé les arrangements à l’amiable que les réactionnaires arabes s’apprêtaient à conclure avec Israël […] Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre Noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation […] A Munich, la fin si tragique, selon les philistins de tous poils qui ne disent mot de l’assassinat des militants palestiniens, a été voulue et provoquée par les puissances impérialistes et particulièrement Israël. Il fut froidement décidé d’aller au carnage », avait écrit à l’époque Edwy Plenel, sous le pseudonyme de Joseph Krasny.

Contacté par CheckNews de Libération, Edwy Plenel est revenu sur cette chronique. « Je n’ai jamais fait mystère de mes contributions à Rouge, de 1970 à 1978, sous le pseudonyme de Joseph Krasny. Ce texte, écrit il y a plus de 45 ans, dans un contexte tout autre et alors que j’avais 20 ans, exprime une position que je récuse fermement aujourd’hui », a-t-il indiqué dans un mail. « Elle n’avait rien d’exceptionnel dans l’extrême gauche de l’époque, comme en témoigne un article de Jean-Paul Sartre, le fondateur de Libération, sur Munich dans La Cause du peuple–J’accuse du 15 octobre 1972. Tout comme ce philosophe, j’ai toujours dénoncé et combattu l’antisémitisme d’où qu’il vienne et sans hésitation. Mais je refuse l’intimidation qui consiste à taxer d’antisémite toute critique de la politique de l’Etat d’Israël », a-t-il conclu.

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Valeurs actuelles

6 novembre 2017

 Complicité. Le patron de Mediapart regrette “la diabolisation” du prédicateur islamiste, accusé de viol et de harcèlement sexuel.

“Je dénonce depuis des années la duplicité de Tariq Ramadan. Il aura fallu du temps, finalement, la triste vérité, celle-là”, a réagi Manuel Valls, invité ce dimanche du Grand Rendez-Vous Europe 1/Les Échos/CNews. “À la justice, maintenant, de l’établir mais enfin, les faits semblent très concordants”, a ajouté l’ancien Premier ministre socialiste, en réaction aux accusations de viol et de harcèlement sexuel portées contre l’islamologue suisse controversé.

“Il faut que la vérité éclate sur ce soi-disant intellectuel, promoteur de la charia, prédicateur islamique, qui a fait un mal terrible dans notre jeunesse avec ses cassettes, ses prêches dans nos mosquées, ses invitations sur tous les plateaux, ses amitiés, ses complicités – je pense à Edwy Plenel. Il y a un moment où il faut dire : ça suffit !”, a encore martelé le député de l’Essonne, également interrogé sur la une de Charlie Hebdo, dont les journalistes sont menacés de mort.

“C’est un intellectuel très respectable”, déclarait ainsi le patron de Mediapart sur le plateau du Petit Journal de Canal Plus (vidéo ci-dessous, à partir de 3:30), en janvier 2015, rappelle Europe 1. “Il y a quelque chose de très détestable à l’égard de Tariq Ramadan. Moi je lis, j’écoute tout ce qu’il a dit. On a parlé pendant trois heures et demi, nous n’avions aucun désaccord sur le fond. Il a été très ferme dans la solidarité, sur la liberté d’expression, dans la condamnation des attentats.”

“Je le lis et je l’écoute et je ne vois pas d’ambiguïté”

Edwy Plenel accusait même les détracteurs du théologien suisse d’user d’islamophobie. “Et qu’est-ce qu’on dit ? ‘Ah, il n’est pas clair. Ah, il a un double langage’. Encore une fois, je le lis et je l’écoute et je ne vois pas d’ambiguïté. Et il a fait plein de livres. Qu’est-ce que ça dit ce truc ‘il est ambigu ? Ah l’arabe, il est un peu fourbe. Ah l’arabe, il a double langage”, poursuivait-il. “Il ne faut pas diaboliser quelqu’un parce que c’est un intellectuel musulman.”

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Parmi les “complices” de Tariq Ramadan, Manuel Valls n’a pas oublié dimanche les médias de gauche qui ont promu ses idées radicales ces dernières années. “On est complice quand il y a de la complaisance par rapport à des individus, à des organisations comme les Frères musulmans, comme les Indigènes de la République”, a ajouté l’ancien Premier ministre.

“Quand une partie de la presse progressiste, une presse de qualité, je pense aux Inrockuptibles, au Bondy Blog, quand on reçoit et quand on a reçu Tariq Ramadan, y compris sur Europe 1 et c’est toujours le même journaliste Frédéric Taddeï qui le reçoit depuis des années comme avant il avait reçu des personnalités comme Dieudonné ou Soral, alors on abdique”, a-t-il conclu.

Mediapart et “l’épouvantail” Tariq Ramadan

Sur BFM TV, Edwy Plenel a, de son côté, réagi à l’affaire judiciaire et à la polémique. “Dans le cas de Tariq Ramadan, où il y a des témoignages consistants, où il y a des plaintes, où la justice va enquêter, si les faits sont totalement établis par la justice, (…) c’est très grave pour l’individu qui est Tariq Ramadan et qui devra en rendre compte”, a-t-il déclaré. “Il y a une gravité plus forte encore, et pour le dire tout net, qui ressemble au cas des prêtres pédophiles.”

Le patron de Mediapart s’est par ailleurs défendu d’avoir été au courant de rumeurs sur des agressions sexuelles ou des faits de harcèlement. “Personne d’entre nous à Mediapart ne savait quand nous avons fait cette enquête”, a assuré le cofondateur du média, en référence à une enquête en cinq volets sur “l’épouvantail” Tariq Ramadan, publiée par le site en 2016 et qui revenait notamment sur “les fantasmes qui entourent l’islamologue” (sic).

Plenel regrette la “diabolisation” de Tariq Ramadan

“Je n’ai croisé M. Ramadan dans ma vie que deux fois”, a enfin rétorqué Edwy Plenel, en réaction aux propos de Manuel Valls. “De cela est fait un amalgame qui relève pour moi d’une chasse aux sorcières, comme du temps du McCarthysme ou de l’inquisition”, a-t-il critiqué, regrettant même sa “diabolisation” à la suite des propos de l’ex-Premier ministre. “J’ai toujours été contre sa diabolisation, comme je suis contre, au prétexte du terrorisme, de diaboliser nos compatriotes musulmans quels qu’ils soient”, a-t-il déclaré.

Pour défendre le théologien islamiste, le journaliste militant et ancien trotskiste avait même souligné, en 2015, que le livre “Déviances et incohérences chez les penseurs de la décadence”, qui contredit les thèses de Ramadan, avait été retrouvé chez le terroriste Amedy Coulibaly, un des auteurs des attentats de janvier 2015. Aujourd’hui, l’islamologue est visé par deux plaintes pour viol et accusé par quatre anciennes élèves d’avoir eu des relations sexuelles avec elles alors qu’elles étaient mineures.

Voir de même:

Macron, Bourdin, Plenel: le petit théâtre de bavards

L’interview présidentielle a viré au ridicule

Hier soir, en direct, nous avons pu tout à loisir observer un trio infernal : le Président aux dents de lait, l’Ami des Frères musulmans et le Défenseur des petites gens. Spectacle hallucinant d’acteurs visiblement satisfaits d’avoir endossé un rôle qu’ils convoitaient depuis longtemps. Persuadés en outre de servir des justes causes, un peu comme chez Nagui le vendredi soir, les chansons en moins. Et sans le moindre humour. Le Défenseur des petites gens cita Ricœur, le Président aux petites dents fit la leçon à l’Ami des Frères Musulmans.

Tous donnaient l’impression d’être brouillés avec les chiffres, mais fidèles aux grands principes de la République.

Tout le monde il est beau, tout le monde il est…

Le Président aux dents de lait annonça qu’il se battrait pour une Europe souveraine qui serait à l’opposé de celle de cet abominable Viktor Orban. Le Défenseur des petites gens était obsédé par l’idée que les retraités perdraient de dix à trente euros par mois. Il en faisait une affaire personnelle. Quant à l’Ami des Frères musulmans et de tous les opprimés de la Terre, il fustigea des mesures permettant de renvoyer des enfants – pensez-donc : des enfants ! – dans leur pays d’origine. Un cœur gros comme ça, cet Ami des Frères Musulmans : un exemple pour tous les Français !

A lire aussi: Emmanuel Macron peut remercier Bourdin et Plenel

Le pompon fut atteint quand le Président aux dents de lait avec une fougue et une détermination sans faille déclara que la Cause des Femmes était pour lui la priorité des priorités : chacun fut soulagé que de si nobles intentions soient portées par un homme décidé à faire de la France un pays de rêve. Seul moment troublant : celui où le Défenseur des petites gens lut un passage du livre de François Hollande accusant le Président aux dents de lait de duplicité. Ce dernier, mal à l’aise, se défendit comme un beau diable. L’Ami des Frères musulmans, expert en la matière, savoura à juste titre ce moment inattendu. Quant au Défenseur des petites gens, il avait jeté un pavé dans la mare aux hypocrisies. Cela lui suffisait. À nous aussi.

Voir de plus:

Macron face à Bourdin et Plenel : ce qu’il faut retenir de l’interview

C.Si.
Le Parisien
15 avril 2018

Près de trois heures d’entretien. Un ton parfois virulent, et beaucoup de dossiers traités, dont la Syrie et les multiples conflits sociaux. Notre résumé de l’entretien d’Emmanuel Macron avec Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin.

De la Syrie aux différents mouvements sociaux en passant par le port du voile, Emmanuel Macron a répondu dans une ambiance souvent électrique aux questions de Jean-Jacques Bourdin (BFMTV et RMC) et Edwy Plenel (Mediapart).

LIRE AUSSI >Le fil de l’entretien minute par minute

Voici ce qu’il faut retenir de cette soirée au théâtre de Chaillot, thématique par thématique.

Les frappes sur la Syrie. Emmanuel Macron a défendu la « légitimité » de « l’action multilatérale » des troupes françaises, américaines et britanniques dans la nuit de vendredi à samedi sur trois sites liés au programme d’armement chimique syrien. Alors que certains lui reprochaient d’être intervenu hors du cadre de Nations Unies, « c’est la communauté internationale qui est intervenue », a rétorqué le chef des armées. « La France n’a pas déclaré la guerre au régime de Bachar al-Assad », a-t-il rappelé dans la lignée de ses alliés.

S’il pousse la voie de la « solution politique », il a aussi accusé explicitement Vladimir Poutine et la Russie d’être «complices » des crimes en Syrie. Le président français s’est par ailleurs enorgueilli d’avoir « convaincu » Donald Trump de rester engagé « dans la durée » dans ce conflit, aux airs de bourbier, ayant déjà fait plus de 350 000 morts.

Mécontentements sociaux. C’est durant cette thématique que le ton s’est fait le plus offensif entre Emmanuel Macron comme d’Edwy Plenel. « Je conteste l’orientation de votre question qui viserait à voir une logique ou à vouloir créer une coagulation dans ces mécontentements », a lâché le président français. Pas de convergence des luttes donc. « Le mécontentement des cheminots a peu à voir avec le mal-être profondément légitime à l’hôpital qui dure depuis des années… ».

Comme jeudi midi sur TF1, il a également rappelé qu’il comptait mener à son terme la réforme abrasive de la SNCF, excluant au passage toute privatisation. « C’est une colère que je comprends, que je respecte mais qui est liée à une décision que nous prenons, que j’assume, une réforme que nous mènerons jusqu’au bout », a-t-il développé. « A partir du 1er janvier 2020, l’Etat reprendra une partie de la dette », a également déclaré le chef d’Etat, comme il l’avait laissé entendre sur TF1.

Autre secteur en difficulté, le monde hospitalier ne fera pas l’objet d’économies « durant son quinquennat », a-t-il expliqué, promettant des « décisions précises » fin mai.

Une deuxième journée de solidarité ? « Je ne suis pas contre, je pense que c’est une piste intéressante, il faut le regarder », a assuré Emmanuel Macron. L’idée a déjà été évoquée jeudi par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, afin de financer l’accompagnement des personnes âgées et des handicapés. La première journée avait été instaurée après la canicule de 2003.

Le débat « président des riches ». Une nouvelle fois, Emmanuel Macron a dit assumer ses réformes et la théorie des « premiers de cordée ». Sur la réforme de l’ISF : « Les choix qui ont été faits, quels sont leurs objectifs ? Garder les talents et les attirer, et leur permettre de réinvestir dans l’économie. Je veux que les chefs d’entreprise avec leurs salariés soient en position de se décider. Il faut donc des règles qui favorisent les entrepreneurs et les investisseurs ». Sur la CSG : Macron « sait l’effort » qu’il a demandé aux retraités.

Il a également promis que la fiscalité n’augmenterait pas en France durant son quinquennat et qu’aucun nouvel impôt, ni local ni national, ne serait créé.

La colère des zadistes et des étudiants. « L’ordre républicain » et rien d’autre. Il a répété l’expression à l’envi au moment d’évoquer la contestation « illégitime » des zadistes expulsés à Notre-Dame-des-Landes et l’occupation de plusieurs universités françaises. Celles-ci seraient aux mains de « professionnels du désordre », les étudiants étant selon lui « souvent minoritaires ». Quant à Notre-Dame-des-Landes, « tout ce qui doit être évacué, le sera » à l’issue du nouveau délai d’expulsion.

Laïcité. Cette thématique a rapidement débordé sur celle de l’islam. Macron déclarant que le port du voile « n’était pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays ». « Je ne veux pas de loi qui l’interdise dans la rue, ce serait contre-productif, a-t-il poursuivi. La société n’est pas laïque et doit leur permettre de porter leur voile. Ce que je veux c’est qu’aucune femme ne soit obligée de le porter le voile ».

Interrogé sur des propos du ministre de l’Education, qui estime qu’un parent accompagnant ne devrait « normalement » pas porter de signe religieux, par exemple le voile pour une mère, M. Macron a qualifié cette position de « conviction personnelle » de Jean-Michel Blanquer.

Loi Asile et immigration. Comme depuis des semaines, Emmanuel Macron s’est appuyé sur tandem « humanisme » pour les personnes éligibles à l’asile et « efficacité » dans le renvoi des autres. Il a aussi indiqué vouloir « adapter » mais pas « supprimer » le délit de solidarité, distinguant ceux qui « aident consciemment ou inconsciemment les passeurs » des autres « qui sauvent des vies ».

Alors que le projet de loi doit être examinée par les députés à partir de lundi, le chef de file des élus macronistes a eu le droit aux félicitations du président. « Richard Ferrand fait son rôle de chef de groupe et il le fait très bien », a-t-il déclaré. Il y a quelques jours, M. Ferrand a menacé d’exclusion ceux qui voteraient contre ce texte.

L’instant Hollande. Emmanuel Macron a récusé dimanche toute « duplicité » lorsqu’il était conseiller puis ministre de François Hollande. Tout en considérant qu’être membre d’un gouvernement, ce n’est pas « être un obligé ». Il a précisé qu’il lirait « sans doute » le livre polémique de François Hollande. Un livre qui a « sa part de vérité » et un homme pour lequel il a « du respect ».

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Macron face à Bourdin et Plenel : un drame en cinq actes

Au Théâtre national de Chaillot ce soir, le président de la République affronte deux journalistes qui ont juré sa perte. Un grand spectacle ?

Sylvain Courage

Trois comédiens, une table et deux heures de spectacle. Ô magie des tréteaux ! Le public du théâtre subventionné, rompu aux mises en scène exigeantes, ne sera pas surpris par l’unique représentation de « l’Interview », ce dimanche, à 20h35, au foyer du Théâtre national de Chaillot. Dans un décor art-déco grandiose avec vue sur la Tour Eiffel et le Champ de Mars, Emmanuel Macron, l’étoile de l’Elysée, tiendra le rôle du jeune prince. Jean-Jacques Bourdin, héraut des matinées de BFMTV, incarnera le  tribun du peuple. Et Edwy Plenel, le tragédien de Mediapart, jouera le grand prêtre moustachu.

Une distribution exceptionnelle ! « On avait fait des propositions à l’Elysée depuis plusieurs mois, à l’occasion du premier anniversaire du quinquennat d’Emmanuel Macron. Et, il y a environ un mois maintenant, l’Elysée est revenu vers nous en nous faisant une proposition d’une émission avec Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel », a expliqué Hervé Béroud, directeur général de BFMTV et metteur en scène de la soirée événement.

Huit caméras à l’intérieur, deux à l’extérieur permettront de cerner le jeu des acteurs. « Le décor est fort mais l’interview très simple : un homme face à deux intervieweurs pendant deux heures. Il n’y aura ni sujets vidéos, ni interpellation des Français », a précisé Céline Pigalle, directrice de l’information de BFMTV. Des mots, rien que des mots !

Drame hyper-contemporain

Création originale et éphémère, « l’Interview » repose entièrement sur les capacités d’improvisation des acteurs. Pas de texte établi, pas de répétitions mais une série de problématiques dont s’empareront les acteurs et qui formeront la trame d’un drame hyper-contemporain. Mécontentement social, politique économique, laïcité, sécurité, terrorisme, questions migratoires, frappes en Syrie… La scénographie se veut en totale rupture avec « six décennies de ronronnement et de pompe présidentielle ». « Chacun doit être soi-même », insiste Hervé Béroud :

« On connaît Jean-Jacques Bourdin accrocheur et Edwy Plenel est quelqu’un de très engagé, qui aura envie de demander des comptes au président de la République. »Tandis que Bourdin et Plenel ont travaillé leur questionnement et leur placement en effectuant des exercices de respiration ventrale, Emmanuel Macron a opté pour la « construction du personnage » développée par Constantin Stanislavski. « Peu importe que le jeu soit bon ou mauvais, l’important c’est qu’il soit vrai », disait l’immense dramaturge russe.

Quelle est la routine du président pour puiser dans son subconscient ? « Il s’enferme dans son bureau avec ses fiches et il bachote comme un étudiant », explique son entourage. Le chef de l’Etat a aussi « beaucoup consulté » et « déjeuné avec François Bayrou et Marielle de Sarnez mercredi à l’Elysée pour avoir leurs remontées de terrain ». Ne laissant rien au hasard, l’artiste du Palais s’est aussi « renseigné sur les sujets phares des deux présentateurs, leurs marottes, histoire d’avoir quelques repères d’ici dimanche soir ».

Attelage fragile

Artiste militant, Edwy Plenel a dénoncé, par le passé, cet « exercice convenu de l’interview présidentielle, symbole par excellence de la dérive monarchique du pouvoir ». Mais il dit avoir accepté le défi pour ne pas se « dérober » et « relayer le questionnement sans concession de la société » dans la grande tradition du Théâtre national populaire. Pas question d’oublier le peuple ! Dès 19 heures, la rédaction de Mediapart dressera le bilan de cette présidence « et de droite et de droite » en donnant la parole aux mouvements sociaux. Et l’entretien présidentiel sera suivi d’un plateau de commentatrices réservé aux femmes pour compenser le choix de deux intervieweurs « mâles de plus de 60 ans ». Qui dit mieux ?

Jean-Jacques Bourdin, lui, n’a pas ce genre de préventions. Viril et dominant, il a simplement promis de « cogner » le président et croit tenir enfin l’occasion de laver l’affront fait à sa profession par Laurent Delahousse, auteur en décembre dernier d’une interview de Macron qu’il a publiquement critiquée pour sa complaisance… « Michel Drucker l’aurait mieux fait ! », avait alors grincé Bourdin.

« Quand on fait du journalisme, qu’est-ce qu’on fait ? On pose des questions précises. Et celui qui est en face, qu’est-ce qu’il doit faire ? Il doit répondre à des questions précises. C’est comme ça que cela se passe. Sinon c’est pas la peine. » Ce Figaro parle comme la plèbe. Mais il se fait autant la voix des usagers de la SNCF pris en otage que des cheminots en lutte. Son théâtre populaire s’accordera-t-il avec celui de Plenel ? L’alliance des deux bêtes de scène est improbable. S’ils font cause commune, ils surjoueront. S’ils s’écharpent, ils passeront pour des cabots. C’est le dilemme dont Emmanuel Macron compte bien profiter. Les spadassins lancés à sa poursuite pourraient s’entretuer. Au cinquième acte, le jeune prince, qui les a manipulés, espère bien être couronné. Shakespearien !

Voir de même:

Entretien avec Emmanuel Macron, dimanche 15 avril: rendez-vous dès 19h sur Mediapart

Mediapart

6 avr. 2018

Emmanuel Macron répondra aux questions d’Edwy Plenel et de Jean-Jacques Bourdin dimanche soir 15 avril. Un rendez-vous exceptionnel à suivre dès 19h en direct sur Mediapart. Et qui sera précédé, le mercredi 11 avril, d’un MediapartLive entièrement consacré aux mouvements sociaux qui s’opposent à sa politique.

L’heure du premier bilan a sonné. Voilà presque un an qu’Emmanuel Macron a été élu président de la République. À l’avant-veille de sa victoire, celui qui n’était encore que candidat était venu à Mediapart répondre aux questions de la rédaction. Dimanche 15 avril, à 20 h 35, il sera interrogé à Paris pendant deux heures par Edwy Plenel, aux côtés de Jean-Jacques Bourdin. Cet événement sera retransmis en direct sur notre site, BFM-TV et RMC. En amont, mercredi 11 avril, nous recevrons le mouvement social dans sa diversité. Explications à nos lecteurs.

Tout a commencé le 5 mai 2017, à deux jours du second tour de l’élection présidentielle qui l’opposait à Marine Le Pen. Emmanuel Macron répond longuement aux journalistes de Mediapart (à lire ici et à voir ) : il déploie son argumentaire électoral tout en donnant des indications détaillées sur le type de chef de l’État qu’il entend être. Les jalons qu’il pose alors de sa « start-up nation » permettent aujourd’hui à chacun d’évaluer l’écart entre les promesses et les actes. À l’issue de l’entretien, notre hôte s’engage à revenir à Mediapart s’il est élu.

Un an plus tard, nous lui avons rappelé son « chiche ! ». Il ne nous a pas répondu « non », ce « non » qui nous est opposé par la plupart des ministres (à l’exception du premier d’entre eux, c’est à revoir ici), peu soucieux des règles d’une démocratie équilibrée supposant que les interrogations des citoyens, relayées par les journalistes, soient entendues. L’Élysée recourt à son traditionnel « en même temps », se disant prêt à l’exercice, mais dans un tout autre cadre.

Oui à un entretien avec Mediapart mais dans une formule différente, et en association avec un autre média, BFM-TV/RMC. Deux intervieweurs, donc : Edwy Plenel (président et directeur de la publication de Mediapart) et Jean-Jacques Bourdin (rédacteur en chef de RMC et animateur de « Bourdin Direct » sur BFM-TV). Et pas dans nos locaux, mais à l’Élysée ou dans un lieu culturel. Autrement dit, Mediapart n’est plus la puissance invitante, et la rédaction n’est pas conviée à la table de l’entretien. Le collectif journalistique cède la place à un duo d’hommes blancs de plus de 60 ans, désigné par le président : zéro parité, zéro diversité, personnalisation poussée à l’extrême.

Alors que faire ? Pour toutes ces raisons, cette invitation ne va pas de soi. Et pour une autre encore : comment un journal comme Mediapart, qui dénonce avec constance le présidentialisme et le fonctionnement de la VRépublique, peut-il se plier à cet exercice convenu de l’interview présidentielle, symbole par excellence de la dérive monarchique du pouvoir ? Tout le monde a en tête quelques-uns des pires entretiens réalisés depuis soixante ans. Comment subvertir ce dispositif anti-démocratique, et toutes ses contraintes ? En toute transparence, nous partageons avec vous le cheminement qui a conduit l’équipe de Mediapart à accepter la proposition élyséenne.

Nous en avons longuement discuté collectivement. Après avoir pesé le pour et le contre, nous avons décidé de faire confiance à notre savoir-faire collectif pour faire surgir du sens par-delà ce cadre. Notre métier est de poser des questions, et si possible de bonnes questions, a fortiori au président de la République en exercice.

Après plusieurs échanges préalables, nous avons aussi considéré qu’une association avec Jean-Jacques Bourdin, questionneur offensif et lui aussi déterminé à briser les codes du sacro-saint entretien présidentiel, pouvait autoriser cette tentative de rompre avec six décennies de ronronnement et de pompe présidentielle.

Il ne fait de doute pour personne que les lignes éditoriales et les modèles économiques de Mediapart et du groupe BFM-TV/RMC ne sont pas les mêmes : cette différence, par respect du pluralisme, ne doit pas nous interdire de collaborer avec d’autres. Être ouverts dans le cadre d’une relation loyale et respectueuse est le meilleur moyen d’être nous-mêmes, à l’image de notre fil conducteur, au cœur du Festival de nos dix ans : produire quotidiennement un journalisme sans concession à la rencontre de la société (revoir ici les rencontres de cet anniversaire et  notre colloque sur le droit de savoir).

Et puis, comment rester en retrait, alors qu’Emmanuel Macron a des comptes à rendre aux citoyens ? Nous avons mille et une questions à lui poser sur la politique qu’il mène, ses déclarations, ses non-dits. Nous sommes à un moment crucial de ce quinquennat. Après de longs mois sous hypnose, notre société se réveille (voir notre article Le roi Soleil, la France sommeille). Des cheminots aux étudiants en passant par les salariés de Carrefour, le mouvement social prend de l’ampleur. Le projet de loi sur l’asile et l’immigration provoque la colère du monde associatif et de collectifs de citoyens. Les initiatives locales pour éviter la catastrophe environnementale se multiplient.

Bref, nous ne pouvons pas laisser passer une occasion de faire tout simplement notre métier. Poser des questions, chercher des réponses, placer l’exécutif face à ses contradictions, le faire réagir aux indignations que suscite sa politique. On ne peut pas se plaindre de se heurter à des silences quand on interroge les cabinets ministériels, et laisser la chaise vide face au chef de l’État.

Nous avons posé, en accord avec Jean-Jacques Bourdin, une ligne rouge, et celle-ci sera respectée : refuser que l’entretien se déroule à l’Élysée. On ne se rend pas au palais présidentiel à un moment où les journalistes en sont écartés (lire ici). Le choix définitif du lieu sera connu dans les jours à venir.

Nous comptons en premier lieu sur nos questions, qui auront été préparées en amont par la rédaction. Au fil de la semaine précédente, et au cours de celle qui suivra, nous publierons une série d’articles, de reportages et d’analyses dressant un premier bilan de la présidence Macron. Lors de notre émission MediapartLive du mercredi 11 avril, nous reviendrons sur les raisons qui nous ont incités à accepter cet entretien. Puis nous consacrerons notre soirée à la diversité du mouvement social en cours en donnant la parole à celles et ceux qui l’animent.

Rendez-vous donc dimanche 15 avril dès 19 heures pour notre émission en direct et en accès libre sur Mediapart. Une heure et demie avant la diffusion de l’entretien, l’équipe de Mediapart sera en direct depuis la rédaction pour présenter l’inventaire de la présidence Macron. À l’issue de l’interview du chef de l’État, qui commencera peu après 20 h 30, nous donnerons la parole à des acteurs engagés de la société civile et intellectuelle, qui nous aideront à décrypter ses réponses.

Pendant toute cette période, nous comptons sur nos abonnés : le Club de Mediapart est plus que jamais ouvert à toutes vos idées, remarques et suggestions.

Voir de plus:

Discours de Macron aux Évêques de France: la courte échelle aux islamistes


Guerre froide 2.0: C’est la lutte finale, imbécile ! (Resisting the Antichrist: In Russian eyes, a new theological struggle pits a godless, materialistic and decadent postmodern West against the rest of the world’s defence of traditional religion and values led by a thermonuclear saber-rattling Putin regime)

21 mars, 2018

Russian President Vladimir Putin, accompanied by Patriarch of Russia Kirill and Prime Minister Dmitry Medvedev, visits the New Jerusalem Orthodox Monastery outside Moscow (November 15, 2017)

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Tout se disloque. Le centre ne peut tenir. L’anarchie se déchaîne sur le monde Comme une mer noircie de sang : partout On noie les saints élans de l’innocence …Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt … Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt. La Seconde Venue ! A peine dits ces mots, Une image, immense, du Spiritus Mundi Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert, Une forme avec corps de lion et tête d’homme Et l’oeil nul et impitoyable comme un soleil Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux… La ténèbre, à nouveau ; mais je sais, maintenant, Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar, – Et quelle bête brute, revenue l’heure, Traîne la patte vers Bethléem, pour naître enfin ? Yeats (1919)
La Raison sera remplacée par la Révélation. À la place de la Loi rationnelle et des vérités objectives perceptibles par quiconque prendra les mesures nécessaires de discipline intellectuelle, et la même pour tous, la Connaissance dégénérera en une pagaille de visions subjectives (…) Des cosmogonies complètes seront créées à partir d’un quelconque ressentiment personnel refoulé, des épopées entières écrites dans des langues privées, les barbouillages d’écoliers placés plus haut que les plus grands chefs-d’œuvre. L’Idéalisme sera remplacé par le Matérialisme. La vie après la mort sera un repas de fête éternelle où tous les invités auront 20 ans … La Justice sera remplacée par la Pitié comme vertu cardinale humaine, et toute crainte de représailles disparaîtra … La Nouvelle Aristocratie sera composée exclusivement d’ermites, clochards et invalides permanents. Le Diamant brut, la Prostituée Phtisique, le bandit qui est bon pour sa mère, la jeune fille épileptique qui a le chic avec les animaux seront les héros et héroïnes du Nouvel Age, quand le général, l’homme d’État, et le philosophe seront devenus la cible de chaque farce et satire. Hérode (Pour le temps présent, oratorio de Noël, W. H. Auden, 1944)
Just over 50 years ago, the poet W.H. Auden achieved what all writers envy: making a prophecy that would come true. It is embedded in a long work called For the Time Being, where Herod muses about the distasteful task of massacring the Innocents. He doesn’t want to, because he is at heart a liberal. But still, he predicts, if that Child is allowed to get away, « Reason will be replaced by Revelation. Instead of Rational Law, objective truths perceptible to any who will undergo the necessary intellectual discipline, Knowledge will degenerate into a riot of subjective visions . . . Whole cosmogonies will be created out of some forgotten personal resentment, complete epics written in private languages, the daubs of schoolchildren ranked above the greatest masterpieces. Idealism will be replaced by Materialism. Life after death will be an eternal dinner party where all the guests are 20 years old . . . Justice will be replaced by Pity as the cardinal human virtue, and all fear of retribution will vanish . . . The New Aristocracy will consist exclusively of hermits, bums and permanent invalids. The Rough Diamond, the Consumptive Whore, the bandit who is good to his mother, the epileptic girl who has a way with animals will be the heroes and heroines of the New Age, when the general, the statesman, and the philosopher have become the butt of every farce and satire. »What Herod saw was America in the late 1980s and early ’90s, right down to that dire phrase « New Age. »(…) Americans are obsessed with the recognition, praise and, when necessary, the manufacture of victims, whose one common feature is that they have been denied parity with that Blond Beast of the sentimental imagination, the heterosexual, middle-class white male. The range of victims available 10 years ago — blacks, Chicanos, Indians, women, homosexuals — has now expanded to include every permutation of the halt, the blind and the short, or, to put it correctly, the vertically challenged. (…) Since our newfound sensitivity decrees that only the victim shall be the hero, the white American male starts bawling for victim status too. (…) European man, once the hero of the conquest of the Americas, now becomes its demon; and the victims, who cannot be brought back to life, are sanctified. On either side of the divide between Euro and native, historians stand ready with tarbrush and gold leaf, and instead of the wicked old stereotypes, we have a whole outfit of equally misleading new ones. Our predecessors made a hero of Christopher Columbus. To Europeans and white Americans in 1892, he was Manifest Destiny in tights, whereas a current PC book like Kirkpatrick Sale’s The Conquest of Paradise makes him more like Hitler in a caravel, landing like a virus among the innocent people of the New World. Robert Hughes (24.06.2001)
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
An advertent and sustained foreign policy uses a different part of the brain from the one engaged by horrifying images. If Americans had seen the battles of the Wilderness and Cold Harbor on TV screens in 1864, if they had witnessed the meat-grinding carnage of Ulysses Grant’s warmaking, then public opinion would have demanded an end to the Civil War, and the Union might well have split into two countries, one of them farmed by black slaves. (…) The Americans have ventured into Somalia in a sort of surreal confusion, first impersonating Mother Teresa and now John Wayne. it would help to clarify that self-image, for to do so would clarify the mission, and then to recast the rhetoric of the enterprise. Lance Morrow (1993
In recent years, skewering the politically correct and the political correctness of those mocking political correctness has become a thriving journalistic enterprise. One of the more interesting examples of the genre was a cover-story essay by Robert Hughes, which appeared in the February 3, 1992, edition of Time magazine. The essay was entitled “The Fraying of America.”  In it, Hughes cast a cold eye on the American social landscape, and his assessment was summarized in the article’s subtitle: “When a nation’s diversity breaks into factions, demagogues rush in, false issues cloud debate, and everybody has a grievance.” “Like others, Hughes found himself puzzling over how and why the status of ‘victim’ had become the seal of moral rectitude in American society. He began his essay by quoting a passage from W. H. Auden’s Christmas oratorio, For the Time Being. The lines he quoted were ones in which King Herod ruminates over whether the threat to civilization posed by the birth of Christ is serious enough to warrant murdering all the male children in one region of the empire. (The historical Herod may have been a vulgar and conniving Roman sycophant, but Auden’s Herod, let’s not forget, is watching the rough beast of the twentieth century slouching toward Bethlehem.) Weighing all the factors, Herod decides that the Christ child must be destroyed, even if to do so innocents must be slaughtered. For, he argues in the passage that Hughes quoted, should the Child survive: Reason will be replaced by Revelation . . . . Justice will be replaced by Pity as the cardinal virtue, and all fear of retribution will vanish . . . . The New Aristocracy will consist exclusively of hermits, bums and permanent invalids. The Rough Diamond, the Consumptive Whore, the bandit who is good to his mother, the epileptic girl who has a way with animals will be the heroes and heroines of the New Age, when the general, the statesman, and the philosopher have become the butt of every farce and satire. “Hughes quoted this passage from Auden in order to point out that Auden’s prophecy had come true. As Auden’s Herod had predicted, American society was awash in what Hughes termed the “all-pervasive claim to victimhood.” He noted that in virtually all the contemporary social, political, or moral debates, both sides were either claiming to be victims or claiming to speak on their behalf. It was clear to Hughes, however, that this was not a symptom of a moral victory over our scapegoating impulses. There can be no victims without victimizers. Even though virtually everyone seemed to be claiming the status of victim, the claims could be sustained only if some of the claims could be denied. (At this point, things become even murkier, for in the topsy-turvy world of victimology, a claimant denied can easily be mistaken for a victim scorned, the result being that denying someone’s claim to victim status can have the same effect as granting it.) Nevertheless, the algebraic equation of victimhood requires victimizers, and so, for purely logical reasons, some claims have to be denied. Some, in Hughes’s words, would have to remain “the butt of every farce and satire.” Hughes argued that all those who claim victim status share one thing in common, “they have been denied parity with that Blond Beast of the sentimental imagination, the heterosexual, middle-class, white male.” “Hughes realized that a hardy strain of envy and resentment toward this one, lone nonvictim continued to play an important role in the squabbles over who would be granted victim status. Those whose status as victim was secure were glaring at this last nonvictim with something of the vigilante’s narrow squint. Understandably, the culprit was anxious to remove his blemish. “Since our new found sensitivity decrees that only the victim shall be the hero,” Hughes wrote, “the white American male starts bawling for victim status too.” Gil Bailie
The gospel revelation gradually destroys the ability to sacralize and valorize violence of any kind, even for Americans in pursuit of the good. (…) At the heart of the cultural world in which we live, and into whose orbit the whole world is being gradually drawn, is a surreal confusion. The impossible Mother Teresa-John Wayne antinomy Times correspondent (Lance) Morrow discerned in America’s humanitarian 1992 Somali operation is simply a contemporary manifestation of the tension that for centuries has hounded those cultures under biblical influence. Gil Bailie
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
La religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. (…) Oui, pour moi l’Apocalypse c’est la fin de l’histoire. (…) L’Apocalypse, c’est l’arrivée du royaume de Dieu. Mais on peut penser qu’il y a des « petites ou des demi-apocalypses » ou des crises c’est-à-dire des périodes intermédiaires… (…) Il faut prendre très au sérieux les textes apocalyptiques. Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du monde, mais nous sommes dans une période-charnière. Je pense que toutes les grandes expériences chrétiennes des époques-charnières sont inévitablement apocalyptiques dans la mesure où elles rencontrent l’incompréhension des hommes et le fait que cette incompréhension d’une certaine manière est toujours fatale. Je dis qu’elle est toujours fatale, mais en même temps elle ne l’est jamais parce que Dieu reprend toujours les choses et toujours pardonne. (…) Je me souviens d’un journal dans lequel il y avait deux articles juxtaposés. Le premier se moquait de l’Apocalypse d’une certaine façon ; le second était aussi apocalyptique que possible. Le contact de ces deux textes qui se faisaient face et qui dans le même temps se donnaient comme n’ayant aucun rapport l’un avec l’autre avait quelque chose de fascinant. (…) Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde : on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! (…) L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène. (…)  il n’y a plus de sacrifice et donc les hommes sont exposés à la violence et il n’y a plus que deux choix : soit on préfère subir la violence soit on cherche à l’infliger à autrui. Le Christ veut nous dire entre autres choses : il vaut mieux subir la violence (c’est le sacrifice de soi) que de l’infliger à autrui. Si Dieu refuse le sacrifice, il est évident qu’il nous demande la non-violence qui empêchera l’Apocalypse. René Girard
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. René Girard
Dans le monde actuel, beaucoup de choses correspondent au climat des grands textes apocalyptiques du Nouveau Testament, en particulier Matthieu et Marc. Il y est fait mention du phénomène principal du mimétisme, qui est la lutte des doubles : ville contre ville, province contre province… Ce sont toujours les doubles qui se battent et leur bagarre n’a aucun sens puisque c’est la même chose des deux côtés. Aujourd’hui, il ne semble rien de plus urgent à la Chine que de rattraper les Etats-Unis sur tous les plans et en particulier sur le nombre d’autoroutes ou la production de véhicules automobiles. Vous imaginez les conséquences ? Il est bien évident que la production économique et les performances des entreprises mettent en jeu la rivalité. Clausewitz le disait déjà en 1820 : il n’y a rien qui ressemble plus à la guerre que le commerce. Souvent les chrétiens s’arrêtent à une interprétation eschatologique des textes de l’Apocalypse. Il s’agirait d’un événement supranaturel… Rien n’est plus faux ! Au chapitre 16 de Matthieu, les juifs demandent à Jésus un signe. « Mais, vous savez les lire, les signes, leur répond-t-il. Vous regardez la couleur du ciel le soir et vous savez deviner le temps qu’il fera demain. » Autrement dit, l’Apocalypse, c’est naturel. L’Apocalypse n’est pas du tout divine. Ce sont les hommes qui font l’Apocalypse. René Girard
Quels sont les grands leaders du monde aujourd’hui ? Le président Xi, le président Poutine – on peut être d’accord ou pas, mais c’est un leader –, le grand prince Mohammed Ben Salman. Et que seraient aujourd’hui les Emirats sans le leadership de MBZ ? (…) Quel est le problème des démocraties ? C’est que les démocraties ont pu devenir des démocraties avec de grands leaders : de Gaulle, Churchill… Mais les démocraties détruisent tous les leaderships. C’est un grand sujet, ce n’est pas un sujet anecdotique ! Comment peut-on avoir une vision à dix, quinze ou vingt ans, et en même temps avoir un rythme électoral aux Etats-Unis tous les quatre ans ? Les démocraties sont devenues un champ de bataille, où chaque heure est utilisée par tout le monde, réseaux sociaux et autres, pour détruire celui qui est en place. Comment voulez-vous avoir une vision de long terme pour un pays ? C’est ce qui fait que, aujourd’hui, les grands leaders du monde sont issus de pays qui ne sont pas de grandes démocraties. (…) C’est une formidable bonne nouvelle que la Chine assume ses responsabilités internationales. On assiste à un changement de la politique chinoise comme jamais on n’en a connu avant. Jamais. La Chine, c’est quand même le pays qui a construit la Grande Muraille pour se protéger des barbares qui étaient de l’autre côté : nous. « One Road, One Belt »,  c’est un changement colossal ! Tout d’un coup, la Chine décomplexée dit : “Je pars à la conquête du monde.” Alors est-ce que c’est pour des raisons éducatives, politiques, économiques : peu importe.  (…) Le président Xi considère que deux mandats de cinq ans, dix ans, c’est pas assez. Il a raison ! Le mandat du président américain, en vérité c’est pas quatre ans, c’est deux ans : un an pour apprendre le job, un an pour préparer la réélection. Donc vous comparez le président chinois qui a une vision pour son pays et qui dit : “Dix ans, c’est pas assez”, au président américain qui a en vérité deux ans. Mais qui parierait beaucoup sur la réélection de Trump ? Ce matin, j’ai rencontré le prince héritier MBZ. Est-ce que vous croyez qu’on construit un pays comme ça, en deux ans ? Ici, en cinquante ans, vous avez construit un des pays les plus modernes qui soient. La question du leadership est centrale. La réussite du modèle émirien est sans doute l’exemple le plus important pour nous, pour l’ensemble du monde. J’ai été le chef de l’Etat qui a signé le contrat du Louvre à Abou Dhabi. J’y ai mis toute mon énergie. MBZ y a mis toute sa vision. On a mis dix ans ! En allant vite ! Sauf que MBZ est toujours là… Et moi ça fait six ans que je suis parti. (…) La question doit être posée comme ça : est-ce qu’on a besoin de la Russie ou pas ? Ma réponse est oui ! La Russie, c’est le pays à la plus grande superficie du monde. Qui peut dire qu’on ne doit pas parler avec eux ? Quelle est cette idée folle ? Je n’avais pas tout à fait compris dans l’administration Obama pourquoi Poutine et la Russie étaient devenus le principal adversaire. Y a-t-il un risque que la Russie envahisse d’autres pays ? Je n’y crois pas. La Russie doit perdre environ un demi-million d’habitants par an, sur le territoire le plus grand du monde. Est-ce que vous avez déjà vu des pays qui n’arrivent pas à occuper toute leur surface aller envahir des pays à côté ? Sur l’Ukraine, je pense que l’affaire n’a pas été bien gérée depuis le début et qu’il y avait moyen de faire mieux. Poutine est un homme prévisible, avec qui on peut parler et qui respecte la force. Nicolas Sarkozy
One must be blind not to see the approach of the terrible moments of history about which the Apostle and Evangelist John the Theologian spoke in his Revelation. Patriarch Kirill
We believe that Putin is the best and the only leader [for Russia]… He is trying to make Russia the state where Christians can live and can save their souls for eternal life. Konstantin Malofeev
Simply said, the Antichrist will not come before there will not be anymore supporters [of Orthodoxy]… What is the coming of Antichrist? It is secularism. It is modernization. Westernization. Materialism. Scientific development. The concept of progress. Putin is exactly the figure who is resisting the Antichrist on earth. Aleksandr Dugin
Thank God we live in a country where political correctness has not reached the point of absurdity. Andrei Konchalovsky
If the world were saved from demonic constructions such as the United States, it would be easier for everyone to live. And one of these days it will happen. n. Russian commander
Putin understands that there is no empire without Ukraine. The first move, I think, is Ukraine. But I don’t exclude a military attack in the Far East. They want to distract American attention, prolong the front of confrontation in order to create a favorable situation for aggression in Europe. If you look at the map, Russia is always helping the enemies of America: deep ties to North Korea, involvement in Afghanistan and Syria, backing Iran, and so on. Antoni Macierewicz (Poland’s defense minister)
Vladimir Putin’s propaganda machine has two overarching goals.  First, the Russian people must believe the Kremlin version of domestic and world events (…) that Russia is a super power in a hostile world (…) Second, Kremlin propaganda must discredit Western democracy as dysfunctional and inferior to Russia’s managed “democracy.” Kremlin propaganda has largely failed in this regard. Russians consider their government corrupt, remote from the people, interested in preserving power rather than performing its duties, and lying about the true state of affairs. Nevertheless, Putin’s approval ratings remain high in the absence of rivals, who have fled the country, been indicted, or murdered. Putin, in fact, bases his legitimacy on high approval ratings. To counter the Russian people’s sense that they have no say in how they are governed, Kremlin propagandists must sell the story that Western democracies have it worse. Downtrodden Americans, they say, face poverty, hunger, racial and ethnic discrimination, unemployment, and they are governed by corrupt, inept, greedy, dysfunctional, and feuding politicians who sell out to the highest bidder on Wall Street or in Silicon Valley. This brings us to how the ballyhooed Russian meddling in the 2016 U.S. election has given Putin a gift that keeps on giving—a paralyzed federal government, incapable of compromise, in which a significant portion of the governing class questions the legitimacy of a new president. Russia routinely meddles in the politics of other countries. Despite denials, the Kremlin contributes to pro-Russian political parties throughout the world, gathers compromising information, hacks into email accounts, offers lucrative contracts to foreign businesses, and circulates false news. Given this history, U.S. authorities should not have been surprised by Russian meddling in the 2016 presidential race. To date, Special Counsel Robert Mueller has indicted thirteen Russian “internet trolls,” who sowed discord on social media by posting inflammatory, distorted, slanted, and false information promoting the Russian narrative of a deeply divided electorate and a discredited American electoral system. Mueller’s indictment identifies the Internet Research Agency (IRA) of St. Petersburg as the nerve center of Russia’s trolling operations. Although putatively owned by a private Russian oligarch close to Putin, there is little doubt that the IRA is a mouthpiece of the Kremlin. The existence and activities of the IRA have been known since 2014. It employs hundreds of hackers and writers divided into geographical sections. It is not the sole source of Russian trolling, but it is the most important. Those American politicians and pundits, like Congressman Jerry Nagler and columnist Thomas Friedman, who label Russian intervention an act of warfare on par with Pearl Harbor or 9/11must attribute supernatural powers to Putin’s trolls. After all, the Mueller investigation revealed that Russia spent no more than a few million dollars on its election-meddling versus the over two billion dollars spent by the presidential candidates alone. The IRA’s St. Petersburg America desk constituted some 90 persons. Their social media posts accounted for an infinitesimal portion of social media political traffic and much of this came after the election. (…) that Western democracies, American democracy especially, are rotten, corrupt, and hapless is a cornerstone of the Kremlin narrative. As the Mueller indictment concludes: The stated goal of the Russian operation was “spreading distrust towards candidates and the political system in general.” The Russian trolls, according to the Mueller indictment, used a number of techniques to achieve this end. They encouraged fringe candidates. They tried to ally with disaffected religious, ethnic, and nationalist groups. They discredited the candidate they thought most likely to win. Once the winner was known, they immediately moved to discredit him. (…) The dozen ill-informed operatives indicted by Mueller held poorly attended rallies, had to be educated about red and blue states, and spent their limited funds in uncontested states. It would be almost crazy to believe that such Russian intervention could have made a difference. Why, then, do so many Americans believe that Russia was instrumental in throwing the election to Donald Trump? It may be that some of the President’s opponents actually believe this narrative. But there’s another explanation, too: Russian intervention provides opportunistic politicians and pundits a useful excuse for paralyzing the incoming government of a gutter-fighter President from a show business and construction background with no political experience. In their view, such a person should not be allowed to govern. Hence the paralysis, dysfunction, and chaos of American democracy—long claimed by Russian propagandists—is on its way to becoming reality. What a windfall for Putin and his oligarchs. Paul R. Gregory
Ivan Ilyin, came to imagine a Russian Christian fascism. Born in 1883, he finished a dissertation on God’s worldly failure just before the Russian Revolution of 1917. Expelled from his homeland in 1922 by the Soviet power he despised, he embraced the cause of Benito Mussolini and completed an apology for political violence in 1925. In German and Swiss exile, he wrote in the 1920s and 1930s for White Russian exiles who had fled after defeat in the Russian civil war, and in the 1940s and 1950s for future Russians who would see the end of the Soviet power. (…) For the young Ilyin, writing before the Revolution, law embodied the hope that Russians would partake in a universal consciousness that would allow Russia to create a modern state. For the mature, counter-revolutionary Ilyin, a particular consciousness (“heart” or “soul,” not “mind”) permitted Russians to experience the arbitrary claims of power as law. Though he died forgotten, in 1954, Ilyin’s work was revived after collapse of the Soviet Union in 1991, and guides the men who rule Russia today. (…) Because Ilyin found ways to present the failure of the rule of law as Russian virtue, Russian kleptocrats use his ideas to portray economic inequality as national innocence. In the last few years, Vladimir Putin has also used some of Ilyin’s more specific ideas about geopolitics in his effort translate the task of Russian politics from the pursuit of reform at home to the export of virtue abroad. By transforming international politics into a discussion of “spiritual threats,” Ilyin’s works have helped Russian elites to portray the Ukraine, Europe, and the United States as existential dangers to Russia. (…) Ilyin used the word Spirit (Dukh) to describe the inspiration of fascists. The fascist seizure of power, he wrote, was an “act of salvation.” The fascist is the true redeemer, since he grasps that it is the enemy who must be sacrificed. Ilyin took from Mussolini the concept of a “chivalrous sacrifice” that fascists make in the blood of others. (Speaking of the Holocaust in 1943, Heinrich Himmler would praise his SS-men in just these terms.) (…) What seemed to trouble Ilyin most was that Italians and not Russians had invented fascism: “Why did the Italians succeed where we failed?” Writing of the future of Russian fascism in 1927, he tried to establish Russian primacy by considering the White resistance to the Bolsheviks as the pre-history of the fascist movement as a whole. The White movement had also been “deeper and broader” than fascism because it had preserved a connection to religion and the need for totality. Ilyin proclaimed to “my White brothers, the fascists” that a minority must seize power in Russia. The time would come. The “White Spirit” was eternal. (…) “The fact of the matter,” wrote Ilyin, “is that fascism is a redemptive excess of patriotic arbitrariness.” Arbitrariness (proizvol), a central concept in all modern Russian political discussions, was the bugbear of all Russian reformers seeking improvement through law. Now proizvol was patriotic. The word for “redemptive” (spasytelnii), is another central Russian concept. It is the adjective Russian Orthodox Christians might apply to the sacrifice of Christ on Calvary, the death of the One for the salvation of the many. Ilyin uses it to mean the murder of outsiders so that the nation could undertake a project of total politics that might later redeem a lost God. In one sentence, two universal concepts, law and Christianity, are undone. A spirit of lawlessness replaces the spirit of the law; a spirit of murder replaces a spirit of mercy. (…) Writing in Russian for Russian émigrés, Ilyin was quick to praise Hitler’s seizure of power in 1933. Hitler did well, in Ilyin’s opinion, to have the rule of law suspended after the Reichstag Fire of February 1933. Ilyin presented Hitler, like Mussolini, as a Leader from beyond history whose mission was entirely defensive. “A reaction to Bolshevism had to come,” wrote Ilyin, “and it came.” European civilization had been sentenced to death, but “so long as Mussolini is leading Italy and Hitler is leading Germany, European culture has a stay of execution.” Nazis embodied a “Spirit” (Dukh) that Russians must share. According to Ilyin, Nazis were right to boycott Jewish businesses and blame Jews as a collectivity for the evils that had befallen Germany. Above all, Ilyin wanted to persuade Russians and other Europeans that Hitler was right to treat Jews as agents of Bolshevism. This “Judeobolshevik” idea, as Ilyin understood, was the ideological connection between the Whites and the Nazis. The claim that Jews were Bolsheviks and Bolsheviks were Jews was White propaganda during the Russian Civil War. Of course, most communists were not Jews, and the overwhelming majority of Jews had nothing to do with communism. The conflation of the two groups was not an error or an exaggeration, but rather a transformation of traditional religious prejudices into instruments of national unity. Judeobolshevism appealed to the superstitious belief of Orthodox Christian peasants that Jews guarded the border between the realms of good and evil. It shifted this conviction to modern politics, portraying revolution as hell and Jews as its gatekeepers. As in Ilyin’s philosophy, God was weak, Satan was dominant, and the weapons of hell were modern ideas in the world. (…) As the 1930s passed, Ilyin began to doubt that Nazi Germany was advancing the cause of Russian fascism. This was natural, since Hitler regarded Russians as subhumans, and Germany supported European fascists only insofar as they were useful to the specific Nazi cause. Ilyin began to caution Russian Whites about Nazis, and came under suspicion from the German government. He lost his job and, in 1938, left Germany for Switzerland. He remained faithful, however, to his conviction that the White movement was anterior to Italian fascism and German National Socialism. In time, Russians would demonstrate a superior fascism. (…) World War II (…) was a confusing moment for both communists and their enemies, since the conflict began after the Soviet Union and Nazi Germany reached an agreement known as the Molotov-Ribbentrop Pact. (…) as the Wehrmacht invaded the Soviet Union (…) Ilyin (…) wrote of the German invasion of the USSR as a “judgment on Bolshevism.” After the Soviet victory at Stalingrad in February 1943, when it became clear that Germany would likely lose the war, Ilyin changed his position again. Then, and in the years to follow, he would present the war as one of a series of Western attacks on Russian virtue. Russian innocence was becoming one of Ilyin’s great themes. As a concept, it completed Ilyin’s fascist theory: the world was corrupt; it needed redemption from a nation capable of total politics; that nation was unsoiled Russia. As he aged, Ilyin dwelled on the Russian past, not as history, but as a cyclical myth of native virtue defended from external penetration. Russia was an immaculate empire, always under attack from all sides. A small territory around Moscow became the Russian Empire, the largest country of all time, without ever attacking anyone. Even as it expanded, Russia was the victim, because Europeans did not understand the profound virtue it was defending by taking more land. In Ilyin’s words, Russia has been subject to unceasing “continental blockade,” and so its entire past was one of “self-defense.” And so, “the Russian nation, since its full conversion to Christianity, can count nearly one thousand years of historical suffering.” (…) Democratic elections institutionalized the evil notion of individuality. “The principle of democracy,” Ilyin wrote, “was the irresponsible human atom.” Counting votes was to falsely accept “the mechanical and arithmetical understanding of politics.” It followed that “we must reject blind faith in the number of votes and its political significance.” Public voting with signed ballots will allow Russians to surrender their individuality. Elections were a ritual of submission of Russians before their Leader. (…) Russia today is a media-heavy authoritarian kleptocracy, not the religious totalitarian entity that Ilyin imagined. And yet, his concepts do help lift the obscurity from some of the more interesting aspects of Russian politics. Vladimir Putin, to take a very important example, is a post-Soviet politician who emerged from the realm of fiction. Since it is he who brought Ilyin’s ideas into high politics, his rise to power is part of Ilyin’s story as well. (…) In the early 2000s, Putin maintained that Russia could become some kind of rule-of-law state. Instead, he succeeded in bringing economic crime within the Russian state, transforming general corruption into official kleptocracy. Once the state became the center of crime, the rule of law became incoherent, inequality entrenched, and reform unthinkable. Another political story was needed. Because Putin’s victory over Russia’s oligarchs also meant control over their television stations, new media instruments were at hand. The Western trend towards infotainment was brought to its logical conclusion in Russia, generating an alternative reality meant to generate faith in Russian virtue but cynicism about facts. This transformation was engineered by Vladislav Surkov, the genius of Russian propaganda. He oversaw a striking move toward the world as Ilyin imagined it, a dark and confusing realm given shape only by Russian innocence. With the financial and media resources under control, Putin needed only, in the nice Russian term, to add the “spiritual resource.” And so, beginning in 2005, Putin began to rehabilitate Ilyin as a Kremlin court philosopher. (…) If Russia could not become a rule-of-law state, it would seek to destroy neighbors that had succeeded in doing so or that aspired to do so. Echoing one of the most notorious proclamations of the Nazi legal thinker Carl Schmitt, Ilyin wrote that politics “is the art of identifying and neutralizing the enemy.” In the second decade of the twenty-first century, Putin’s promises were not about law in Russia, but about the defeat of a hyper-legal neighboring entity. The European Union, the largest economy in the world and Russia’s most important economic partner, is grounded on the assumption that international legal agreements provide the basis for fruitful cooperation among rule-of-law states. (…) Putin predicted that Eurasia would overcome the European Union and bring its members into a larger entity that would extend “from Lisbon to Vladivostok.” (…) Modifying Ilyin’s views about Russian innocence ever so slightly, Russian leaders could see the Soviet Union not as a foreign imposition upon Russia, as Ilyin had, but rather as Russia itself, and so virtuous despite appearances. Any faults of the Soviet system became necessary Russian reactions to the prior hostility of the West. Questions about the influence of ideas in politics are very difficult to answer, and it would be needlessly bold to make of Ilyin’s writings the pillar of the Russian system. For one thing, Ilyin’s vast body of work admits multiple interpretations. (…) And yet, most often in the Russia of the second decade of the twenty-first century, it is Ilyin’s ideas that to seem to satisfy political needs and to fill rhetorical gaps, to provide the “spiritual resource” for the kleptocratic state machine. (…) Russia’s 2012 law on “foreign agents,” passed right after Putin’s return to the office of the presidency, well represents Ilyin’s attitude to civil society. Ilyin believed that Russia’s “White Spirit” should animate the fascists of Europe; since 2013, the Kremlin has provided financial and propaganda support to European parties of the populist and extreme right. The Russian campaign against the “decadence” of the European Union, initiated in 2013, is in accord with Ilyin’s worldview. (…) Putin first submitted to years of shirtless fur-and-feather photoshoots, then divorced his wife, then blamed the European Union for Russian homosexuality. Ilyin sexualized what he experienced as foreign threats. Jazz, for example, was a plot to induce premature ejaculation. When Ukrainians began in late 2013 to assemble in favor of a European future for their country, the Russian media raised the specter of a “homodictatorship.” (…) Putin justified Russia’s attempt to draw Ukraine towards Eurasia by Ilyin’s “organic model” that made of Russia and Ukraine “one people. » Timothy Snyder
The last two weeks have witnessed the upending of the European order and the close of the post-Cold War era. With his invasion of Crimea and the instant absorption of the strategic peninsula, Vladimir Putin has shown that he will not play by the West’s rules. The “end of history” is at an end—we’re now seeing the onset of Cold War 2.0. What’s on the Kremlin’s mind was made clear by Putin’s fire-breathing speech to the Duma announcing the annexation of Crimea, which blended retrograde Russian nationalism with a generous helping of messianism on behalf of his fellow Slavs, alongside the KGB-speak that Putin is so fond of. If you enjoy mystical references to Orthodox saints of two millennia past accompanied by warnings about a Western fifth column and “national traitors,” this was the speech for you. Putin confirmed the worst fears of Ukrainians who think they should have their own country. But his ambitions go well beyond Ukraine: By explicitly linking Russian ethnicity with membership in the Russian Federation, Putin has challenged the post-Soviet order writ large. For years, I studied Russia as a counterintelligence officer for the National Security Agency, and at times I feel like I’m seeing history in reverse. The Kremlin is a fiercely revisionist power, seeking to change the status quo by various forms of force. This will soon involve NATO members in the Baltics directly, as well as Poland and Romania indirectly. Longstanding Russian acumen in what I term Special War, an amalgam of espionage, subversion and terrorism by spies and special operatives, is already known to Russia’s neighbors and can be expected to increase. In truth, Putin set Russia on a course for Cold War 2.0 as far back as 2007, and perhaps earlier; Western counterintelligence noted major upswings in aggressive Russian espionage and subversion against NATO members as far back as 2006.The brief Georgia war of August 2008, which made clear that the Kremlin was perfectly comfortable with using force in the post-Soviet space, ought to have served as a bigger wake-up call for the West. John R. Schindler (2014)
Ever since Moscow’s Little Green Men seized Crimea in early 2014, we’ve been in a new Cold War with Russia. To the consternation of wishful-thinkers, as Vladimir Putin’s confrontation with the West has become transparent, the reality of what I termed Cold War 2.0 almost four years ago has grown difficult to deny. Since the Kremlin’s revanchism is driving this conflict, we’re in it whether we want to be or not. Europe is the central front  in Cold War 2.0, thanks to geography and history. Putin’s war on, and in, Ukraine continues on low boil, while the Russian military regularly delivers provocations—a too-close warship here, an aircraft buzz there—all along NATO’s eastern frontier, sending an aggressive message. Major military exercises like September’s Zapad mega-wargame demonstrate Putin’s seriousness about confronting the Atlantic Alliance. (…)  However, Kremlin provocations extend far beyond the former Soviet Union (…) This assessment sounds alarmist at first, particularly the mention of possible aggression in the Far East, but Western intelligence agencies that track Russian moves have been thinking along similar lines—though they seldom say so in public. Therefore, it’s worth taking a brief look at what Putin’s up to, and where. Russia’s footprint on the North Korean crisis is impossible to miss, and since that’s the world’s most dangerous strategic predicament at present, Moscow’s less-than-helpful role merits attention. Although Beijing is clearly exasperated by the unhinged antics of its semi-client regime in Pyongyang, Moscow seems perfectly pleased with the hazardous games played by North Korea. And why not? Pyongyang creates strategic confusion for the Americans, which the Kremlin always enjoys. Russian military and intelligence support to the increasingly isolated Kim regime is an open secret, while Putin’s sanctions-beating lifelines to Pyongyang are public and deeply annoying for both Beijing and Washington. Although Moscow is no more eager to see all-out war on the Korean peninsula than the Chinese or Americans, keeping the nasty Kim regime in place frustrates and distracts the Pentagon, which is Russia’s real aim here. Not to mention that backing North Korea is viewed in the Kremlin as payback for NATO’s “meddling” in Ukraine. A similar pattern can be detected in Afghanistan, where American-led forces are in their sixteenth year of a seemingly endless counterinsurgency against the Taliban—and it’s not going well. Therefore, Moscow has been giving clandestine support to the Taliban. A few months back, the U.S. military command in Afghanistan admitted that Russian arms were reaching the Taliban. That clandestine Kremlin assistance is costing lives is increasingly obvious. Russian aid has reached Taliban “special” units that launch attacks on Afghan military bases. A recent spate of Taliban assaults on Afghan forces, including nighttime raids, has inflicted unexpected casualties on American allies. Of concern to the Pentagon, Taliban fighters equipped with Russian-made night vision gear have been ambushing Afghan military and police with lethal effects. It seems only a matter of time before American troops are killed by Russian-equipped Taliban special operators. While the Kremlin is in truth no fonder of the Taliban than the West is, this spoiler strategy is inflicting pain on the Americans and our clients in Kabul, which is all the Russians seek here. Not to mention that payback against us in Afghanistan, three decades after U.S. clandestine aid killed and wounded thousands of Soviet troops in that country, must be delicious for Moscow, where revenge has always constituted a rational strategic motivation. However, the real fight is in the heart of the Middle East, where Russia and its Iranian allies are fundamentally transforming the region at high cost in blood. Together, Moscow and Tehran are challenging the American-constructed security system that’s an ailing holdover from the last Cold War. Even recent cooperation between America’s two clients, Israel and Saudi Arabia, appears insufficient to turn back the rising Russian-Iranian tide across the Middle East. We only have ourselves to blame for this. Putin has taken full advantage of the blank check written by Barack Obama in September 2013 when our president backed away from his “red line” in Syria, in effect outsourcing that country and its terrible civil war to the Kremlin. As I predicted at the time, the strategic consequences of Obama’s decision have been grave, making Putin the new Middle East power-broker—a message that was missed only in Washington think-tanks. For his part, Donald Trump has been only too willing to let his Russian counterpart and would-be buddy do whatever he likes in Syria, Iraq, and elsewhere. Moscow’s military intervention in the Middle East, begun under Obama, continues to flourish and shows no signs of abating. The balance of power in this vital region has shifted decisively from Washington to Moscow at appalling cost in human life, though none of that troubled President Obama very much, and it seems to trouble his successor not one bit. It would be naïve to think Putin restricts his poking to the Eastern Hemisphere. Closer to our home, the bear’s paw-prints are easily detectable. Take Venezuela, the Bolivarian dictatorship and economic basket-case that’s barely a viable country at all anymore, between currency collapse and serious food shortages. Russian money is keeping this anti-American regime afloat, and last week Moscow’s refinancing of $3.15 billion it’s owed by Caracas gives the flat-broke country a bit of financial breathing room. Without Russia, Venezuela would likely implode, and it’s worth considering whether the Bolivarian regime is actually Putin’s newest satellite state. Although sanctions and low oil prices have diminished the Kremlin’s largess toward anti-Americans all over the globe, the prospect of having a loyal (because utterly dependent) client so close to the United States seems too good for Putin to pass up. Then there’s Cuba, Moscow’s “fraternal ally” from the last Cold War, and apparently the second one too. Just 90 miles from Key West, Cuba has long served as a reliable base for Russian provocations against us, and nothing’s changed. Russian economic aid to that impoverished island is back, after falling off after 1991, and the Kremlin has begun to reopen its military and spy bases in the country, which were shuttered after the Soviet collapse. Western intelligence has detected a Kremlin hand behind the recent rash of sonic attacks on American and Canadian diplomats in Cuba. While Havana flatly denies that anything untoward has occurred, two dozen U.S. diplomats in the country have suffered serious health problems due to this mysterious problem, which remains officially unexplained. However, it’s known that the KGB experimented with sonic weapons, while an attack of this sophistication is widely considered to be beyond the technical abilities of Cuban intelligence. (….) In all, this amounts to a worldwide Russian effort to push back against what’s left of American hegemony. Since Moscow lacks the ability to directly counter NATO and the U.S. militarily, the Russians are provoking and prodding where they can with the techniques of Special War: it’s what the Kremlin does best. This should be considered a spoiler strategy, a strategy of tension—what left-wing Italians in the 1970s termed la strategia della tensione. Vladimir Putin seeks to expand Russian power on the cheap while causing problems for America and our allies wherever he can—without direct military confrontation. John Schindler
One of the more interesting aspects of Cold War 2.0 is the ideological struggle between the postmodern West and Russia—a struggle that most Westerners deny even exists. there is an undeniable ideological struggle between Vladimir Putin’s neo-traditionalist Russia and the post-modern West—one that prominent Russians talk about all the time. In the Kremlin’s imagination, this fight pits the godless, materialistic, doomed 21st century West, too lazy to even reproduce, against a tough, reborn Russia that was forged in the murderous fire of 74 years of Bolshevism. The yawning gap between Russian and Western values can be partly explained by the fact that Communism shielded the former from the West’s vast cultural shifts since the 1960s. Living under the Old Left provided protection against the New Left. As a result, Russians are living in our past and find current Western ways incomprehensible and even contemptible. Take the reaction to America’s present panic about sexual harassment, which is felling celebrities and politicians left and right. In Moscow, this looks like madness, punishing powerful men for doing what powerful men have always done. Their late-night TV uses our sex panic as a punchline, proof that Americans are weak and feminized, held hostage to radical ideology. There is an undeniable theological aspect to this Russian contempt for post-modern Western values. The Russian Orthodox Church, which isn’t exactly state-controlled but is tightly linked to the Kremlin, regularly denounces the godless West and its sins—homosexuality and feminism especially. Orthodox clerics regularly castigate our “Satanic” ways as an example of what Russia must repel if it wants to survive the 21st century. Denouncing the West as godless and decadent is a venerable tradition in Russian Orthodoxy with deep historical roots, and it’s been reborn after Communism with gusto. Patriarch Kirill, the head of the ROC, frequently breathes fire on post-modern Western ways, and a couple weeks back he shared them with John Huntsman, the newly arrived American ambassador in Moscow, in an awkward meet-and-greet that turned into a theology lecture. Simply put, Kirill explained, America today is doing to itself what the Bolsheviks did to Russia: forcing a godless, secular ideology onto society. “Christian values are being destroyed… The West is abandoning God, but Russia is not abandoning God, like the majority of people in the world. That means the distance between our values is increasing,” he stated bluntly. Kirill’s insistence that America and the West are the outliers here, with Russia and most of the world on the side of traditional religion and values, is an important point that merits pondering. The traditionalist nature of Putinism, always present, has grown more intense in recent years as the Kremlin has sought to enshrine an official ideology as confrontation with the West has grown. Whatever Vladimir Putin may actually believe, he has played the public role of an Orthodox believer quite effectively. He has cultivated senior ROC clerics, who provide regime-endorsing soundbites as needed, and the church gives Putin legitimacy in the eyes of average Russians, who aren’t especially religious in terms of church-going, yet they see an Orthodox identity as reassuring and plausible in Communism’s wake. Putin has returned the church’s affection, stating that Russia’s “spiritual shield”—meaning Orthodoxy—is as important to the country’s security as its nuclear shield. In turn, Orthodox leaders portray Putin’s as a God-given figure, divinely sent to bring the country back to faith and great-power status out of the wreckage of atheistic Bolshevism. (…) Recently, Putin has played up the Orthodox nationalist message in a series of public events. He visited Mount Athos, Greece’s famous Holy Mountain, in May 2016 in a pilgrimage of sorts. It was shown live, with great fanfare, in wall-to-wall coverage on Tsargrad TV, and Putin was treated by the monks there more like a visiting Byzantine emperor than as the Russian president. This month, Putin was present for the grand reopening of the New Jerusalem Monastery outside Moscow, a sprawling 17th century complex that was destroyed by the Nazis in World War II and was rebuilt from the ground up over the past decade at great expense. It did not go unnoticed that the monastery was originally constructed to glorify the Third Rome idea, the centuries-old religious myth that Moscow is the sole successor to Rome and Byzantium, which has long served as a driver of Russian nationalism and imperialism. Then, last week, Patriarch Kirill warned of coming Armageddon. (…) Adding that the world’s end is in the hands of humanity, and something that Russians and all nations must stop, Krill warned of Earth imminently “slipping into the abyss of the end of history.” These are the comments of a top cleric, not the Ministry of Defense, but it should be noted that the Russian military is now practicing for global thermonuclear war in a manner it hasn’t done since the last Cold War. Last month, in an apparent continuation of September’s Zapad mega-wargame, Russia’s strategic nuclear forces conducted a huge exercise that involved Putin himself. This exercise involved all three “legs” of Russia’s nuclear triad: land-based ballistic missiles, long-range bombers, and submarines with ballistic missiles. In all, several cruise missiles were fired while three ballistic missiles were launched—and Putin personally gave the launch orders. This is a rare move, not to mention a violation of our nuclear treaties with the Kremlin, and Moscow was sending a hard-to-miss message. (…) It would be a mistake to directly lump nuclear exercises in with apocalyptic messages from leading Kremlin ideologues. However, it’s hardly encouraging that the Putin regime is pushing propaganda about planetary end-times while indulging in saber-rattling nuclear wargames for the first time in decades. Whatever else this aggressive Moscow messaging means, none of it bodes well for peace. John Schindler

Religions de tous pays, unissez vous !

Au lendemain d’un nouveau triomphe électoral du Chaisier musical en chef  de la sainte Russie …

Dont la participation et le score rien de moins qu’africains ou même soviétiques …

En font rêver plus d’un notre Sarkozy national en tête ….

Dans un Occident ne s’étant toujours pas remis du vide stratégique et des folies migratoires laissés par l’ère Obama-Merkel…

Comment ne pas voir …

Avec l’ex-expert de la NSA John Schindler

La lutte proprement théologique qui se profile …

Derrière la convergence des revanchismes tant russe que chinois ou musulman …

Et sous la menace d’une probablement inévitable invasion démographique africaine de l’Europe …

Entre sous l’étendard d’une Amérique en proie aux pires dérives du politiquement correct …

La décadence postmoderne d’un Occident désormais livré au plus crasse du matérialisme et de la déchristianisation ….

Et sous la houlette d’un régime poutinien multipliant entre inaugurations ou visites de lieux saints orthodoxes les démonstrations de force y compris chimiques ou thermonucléaires

Un reste du monde défendant la religion et les valeurs traditionnelles abandonnées par ledit Occident ?

Russia Conducts Nuclear Exercises Amid Orthodox End-Times Talk

One of the more interesting aspects of Cold War 2.0 is the ideological struggle between the postmodern West and Russia—a struggle that most Westerners deny even exists. President Barack Obama, after Moscow seized Crimea in early 2014, pronounced that there was nothing big afoot: “After all, unlike the Soviet Union, Russia leads no bloc of nations, no global ideology.”

Obama’s statement was wrong then, and it’s even more wrong now. As I’ve explained, there is an undeniable ideological struggle between Vladimir Putin’s neo-traditionalist Russia and the post-modern West—one that prominent Russians talk about all the time. In the Kremlin’s imagination, this fight pits the godless, materialistic, doomed 21st century West, too lazy to even reproduce, against a tough, reborn Russia that was forged in the murderous fire of 74 years of Bolshevism.

The yawning gap between Russian and Western values can be partly explained by the fact that Communism shielded the former from the West’s vast cultural shifts since the 1960s. Living under the Old Left provided protection against the New Left. As a result, Russians are living in our past and find current Western ways incomprehensible and even contemptible.

Take the reaction to America’s present panic about sexual harassment, which is felling celebrities and politicians left and right. In Moscow, this looks like madness, punishing powerful men for doing what powerful men have always done. Their late-night TV uses our sex panic as a punchline, proof that Americans are weak and feminized, held hostage to radical ideology. Andrei Konchalovsky, one of Russia’s top film directors (including some Hollywood hits), expressed his view plainly: “Thank God we live in a country where political correctness has not reached the point of absurdity.”

There is an undeniable theological aspect to this Russian contempt for post-modern Western values. The Russian Orthodox Church, which isn’t exactly state-controlled but is tightly linked to the Kremlin, regularly denounces the godless West and its sins—homosexuality and feminism especially. Orthodox clerics regularly castigate our “Satanic” ways as an example of what Russia must repel if it wants to survive the 21st century.

Denouncing the West as godless and decadent is a venerable tradition in Russian Orthodoxy with deep historical roots, and it’s been reborn after Communism with gusto. Patriarch Kirill, the head of the ROC, frequently breathes fire on post-modern Western ways, and a couple weeks back he shared them with John Huntsman, the newly arrived American ambassador in Moscow, in an awkward meet-and-greet that turned into a theology lecture.

Simply put, Kirill explained, America today is doing to itself what the Bolsheviks did to Russia: forcing a godless, secular ideology onto society. “Christian values are being destroyed… The West is abandoning God, but Russia is not abandoning God, like the majority of people in the world. That means the distance between our values is increasing,” he stated bluntly. Kirill’s insistence that America and the West are the outliers here, with Russia and most of the world on the side of traditional religion and values, is an important point that merits pondering.

The traditionalist nature of Putinism, always present, has grown more intense in recent years as the Kremlin has sought to enshrine an official ideology as confrontation with the West has grown. Whatever Vladimir Putin may actually believe, he has played the public role of an Orthodox believer quite effectively. He has cultivated senior ROC clerics, who provide regime-endorsing soundbites as needed, and the church gives Putin legitimacy in the eyes of average Russians, who aren’t especially religious in terms of church-going, yet they see an Orthodox identity as reassuring and plausible in Communism’s wake.

Putin has returned the church’s affection, stating that Russia’s “spiritual shield”—meaning Orthodoxy—is as important to the country’s security as its nuclear shield. In turn, Orthodox leaders portray Putin’s as a God-given figure, divinely sent to bring the country back to faith and great-power status out of the wreckage of atheistic Bolshevism.

Prominent here is Konstantin Malofeev, a hedge-fund billionaire turned militant Orthodox nationalist, who created Tsargrad TV, a 24-hour cable new network, to push those values to the public. Malofeev, like the Blues Brothers, thinks he’s on a mission from God, and his network is basically the Russian Fox News, if FNC focused on theology and mystical nationalism instead of blonde newsreaders.

Malofeev’s affection for Russia’s president and his system is clear: “We believe that Putin is the best and the only leader [for Russia]… He is trying to make Russia the state where Christians can live and can save their souls for eternal life.” While the deeply Eastern nature of Orthodoxy means it has little appeal for Western Christians, there’s no doubt that Kremlin messaging is reaching some, especially American Evangelicals, whom Moscow sees as potential allies abroad.

The notorious gadfly Aleksandr Dugin goes further: “Simply said, the Antichrist will not come before there will not be anymore supporters [of Orthodoxy]… What is the coming of Antichrist? It is secularism. It is modernization. Westernization. Materialism. Scientific development. The concept of progress.” He added that Putin is “exactly” the figure who is resisting the Antichrist on earth.

Dugin, it should be noted, isn’t some random flake or religious nut, he’s a Big Idea thinker who’s taken somewhat seriously in the Kremlin, although his real role seems to be Moscow’s ambassador-at-large to the Western far-right. He is close to the Russian security services and he runs a website that pushes his hardline Orthodox nationalist message in several languages, including English. Its name comes from the Greek word for “he who resists the Antichrist.”

Recently, Putin has played up the Orthodox nationalist message in a series of public events. He visited Mount Athos, Greece’s famous Holy Mountain, in May 2016 in a pilgrimage of sorts. It was shown live, with great fanfare, in wall-to-wall coverage on Tsargrad TV, and Putin was treated by the monks there more like a visiting Byzantine emperor than as the Russian president.

This month, Putin was present for the grand reopening of the New Jerusalem Monastery outside Moscow, a sprawling 17th century complex that was destroyed by the Nazis in World War II and was rebuilt from the ground up over the past decade at great expense. It did not go unnoticed that the monastery was originally constructed to glorify the Third Rome idea, the centuries-old religious myth that Moscow is the sole successor to Rome and Byzantium, which has long served as a driver of Russian nationalism and imperialism.

Then, last week, Patriarch Kirill warned of coming Armageddon. After a service at Moscow’s Christ the Savior Cathedral, he made a stunning statement: “One must be blind not to see the approach of the terrible moments of history about which the Apostle and Evangelist John the Theologian spoke in his Revelation.” Adding that the world’s end is in the hands of humanity, and something that Russians and all nations must stop, Krill warned of Earth imminently “slipping into the abyss of the end of history.”

These are the comments of a top cleric, not the Ministry of Defense, but it should be noted that the Russian military is now practicing for global thermonuclear war in a manner it hasn’t done since the last Cold War. Last month, in an apparent continuation of September’s Zapad mega-wargame, Russia’s strategic nuclear forces conducted a huge exercise that involved Putin himself. This exercise involved all three “legs” of Russia’s nuclear triad: land-based ballistic missiles, long-range bombers, and submarines with ballistic missiles. In all, several cruise missiles were fired while three ballistic missiles were launched—and Putin personally gave the launch orders.

This is a rare move, not to mention a violation of our nuclear treaties with the Kremlin, and Moscow was sending a hard-to-miss message. As Real Clear Defense reports, “The most striking thing about the exercise was that it was announced at all and that President Putin was characterized as ‘overseeing’ it and ordering the missile launches. This exercise was conducted in a sensitive period in U.S.-Russian relations. Russia did not have to announce the exercise. It has previously staged major strategic nuclear exercises without announcing them.”

It would be a mistake to directly lump nuclear exercises in with apocalyptic messages from leading Kremlin ideologues. However, it’s hardly encouraging that the Putin regime is pushing propaganda about planetary end-times while indulging in saber-rattling nuclear wargames for the first time in decades. Whatever else this aggressive Moscow messaging means, none of it bodes well for peace.

John Schindler is a security expert and former National Security Agency analyst and counterintelligence officer. A specialist in espionage and terrorism, he’s also been a Navy officer and a War College professor. He’s published four books and is on Twitter at @20committee. 

Voir aussi:

Putin’s Strategy of Global Tension

Ever since Moscow’s Little Green Men seized Crimea in early 2014, we’ve been in a new Cold War with Russia. To the consternation of wishful-thinkers, as Vladimir Putin’s confrontation with the West has become transparent, the reality of what I termed Cold War 2.0 almost four years ago has grown difficult to deny. Since the Kremlin’s revanchism is driving this conflict, we’re in it whether we want to be or not.

Europe is the central front in Cold War 2.0, thanks to geography and history. Putin’s war on, and in, Ukraine continues on low boil, while the Russian military regularly delivers provocations—a too-close warship here, an aircraft buzz there—all along NATO’s eastern frontier, sending an aggressive message. Major military exercises like September’s Zapad mega-wargame demonstrate Putin’s seriousness about confronting the Atlantic Alliance.

What Putin wants was the subject of my recent interview with Antoni Macierewicz, Poland’s plain-spoken defense minister. What the Kremlin boss seeks, he explained, is restoration of the Russian empire, to which Ukraine (or at least most of it) belonged for centuries. “Putin understands that there is no empire without Ukraine,” he added.

However, Kremlin provocations extend far beyond the former Soviet Union, as Macierewicz elaborated:

The first move, I think, is Ukraine. But I don’t exclude a military attack in the Far East. They want to distract American attention, prolong the front of confrontation in order to create a favorable situation for aggression in Europe. If you look at the map, Russia is always helping the enemies of America: deep ties to North Korea, involvement in Afghanistan and Syria, backing Iran, and so on.

This assessment sounds alarmist at first, particularly the mention of possible aggression in the Far East, but Western intelligence agencies that track Russian moves have been thinking along similar lines—though they seldom say so in public. Therefore, it’s worth taking a brief look at what Putin’s up to, and where.

Russia’s footprint on the North Korean crisis is impossible to miss, and since that’s the world’s most dangerous strategic predicament at present, Moscow’s less-than-helpful role merits attention. Although Beijing is clearly exasperated by the unhinged antics of its semi-client regime in Pyongyang, Moscow seems perfectly pleased with the hazardous games played by North Korea.

And why not? Pyongyang creates strategic confusion for the Americans, which the Kremlin always enjoys. Russian military and intelligence support to the increasingly isolated Kim regime is an open secret, while Putin’s sanctions-beating lifelines to Pyongyang are public and deeply annoying for both Beijing and Washington. Although Moscow is no more eager to see all-out war on the Korean peninsula than the Chinese or Americans, keeping the nasty Kim regime in place frustrates and distracts the Pentagon, which is Russia’s real aim here. Not to mention that backing North Korea is viewed in the Kremlin as payback for NATO’s “meddling” in Ukraine.

A similar pattern can be detected in Afghanistan, where American-led forces are in their sixteenth year of a seemingly endless counterinsurgency against the Taliban—and it’s not going well. Therefore, Moscow has been giving clandestine support to the Taliban. A few months back, the U.S. military command in Afghanistan admitted that Russian arms were reaching the Taliban. That clandestine Kremlin assistance is costing lives is increasingly obvious. Russian aid has reached Taliban “special” units that launch attacks on Afghan military bases.

A recent spate of Taliban assaults on Afghan forces, including nighttime raids, has inflicted unexpected casualties on American allies. Of concern to the Pentagon, Taliban fighters equipped with Russian-made night vision gear have been ambushing Afghan military and police with lethal effects. It seems only a matter of time before American troops are killed by Russian-equipped Taliban special operators.

While the Kremlin is in truth no fonder of the Taliban than the West is, this spoiler strategy is inflicting pain on the Americans and our clients in Kabul, which is all the Russians seek here. Not to mention that payback against us in Afghanistan, three decades after U.S. clandestine aid killed and wounded thousands of Soviet troops in that country, must be delicious for Moscow, where revenge has always constituted a rational strategic motivation.

However, the real fight is in the heart of the Middle East, where Russia and its Iranian allies are fundamentally transforming the region at high cost in blood. Together, Moscow and Tehran are challenging the American-constructed security system that’s an ailing holdover from the last Cold War. Even recent cooperation between America’s two clients, Israel and Saudi Arabia, appears insufficient to turn back the rising Russian-Iranian tide across the Middle East.

We only have ourselves to blame for this. Putin has taken full advantage of the blank check written by Barack Obama in September 2013 when our president backed away from his “red line” in Syria, in effect outsourcing that country and its terrible civil war to the Kremlin. As I predicted at the time, the strategic consequences of Obama’s decision have been grave, making Putin the new Middle East power-broker—a message that was missed only in Washington think-tanks.

For his part, Donald Trump has been only too willing to let his Russian counterpart and would-be buddy do whatever he likes in Syria, Iraq, and elsewhere. Moscow’s military intervention in the Middle East, begun under Obama, continues to flourish and shows no signs of abating. The balance of power in this vital region has shifted decisively from Washington to Moscow at appalling cost in human life, though none of that troubled President Obama very much, and it seems to trouble his successor not one bit.

It would be naïve to think Putin restricts his poking to the Eastern Hemisphere. Closer to our home, the bear’s paw-prints are easily detectable. Take Venezuela, the Bolivarian dictatorship and economic basket-case that’s barely a viable country at all anymore, between currency collapse and serious food shortages. Russian money is keeping this anti-American regime afloat, and last week Moscow’s refinancing of $3.15 billion it’s owed by Caracas gives the flat-broke country a bit of financial breathing room. Without Russia, Venezuela would likely implode, and it’s worth considering whether the Bolivarian regime is actually Putin’s newest satellite state. Although sanctions and low oil prices have diminished the Kremlin’s largess toward anti-Americans all over the globe, the prospect of having a loyal (because utterly dependent) client so close to the United States seems too good for Putin to pass up.

Then there’s Cuba, Moscow’s “fraternal ally” from the last Cold War, and apparently the second one too. Just 90 miles from Key West, Cuba has long served as a reliable base for Russian provocations against us, and nothing’s changed. Russian economic aid to that impoverished island is back, after falling off after 1991, and the Kremlin has begun to reopen its military and spy bases in the country, which were shuttered after the Soviet collapse.

Western intelligence has detected a Kremlin hand behind the recent rash of sonic attacks on American and Canadian diplomats in Cuba. While Havana flatly denies that anything untoward has occurred, two dozen U.S. diplomats in the country have suffered serious health problems due to this mysterious problem, which remains officially unexplained. However, it’s known that the KGB experimented with sonic weapons, while an attack of this sophistication is widely considered to be beyond the technical abilities of Cuban intelligence. “Of course it was the Russians,” explained a senior NATO security official to me recently about this strange case. “We have no real doubt of that.”

In all, this amounts to a worldwide Russian effort to push back against what’s left of American hegemony. Since Moscow lacks the ability to directly counter NATO and the U.S. militarily, the Russians are provoking and prodding where they can with the techniques of Special War: it’s what the Kremlin does best. This should be considered a spoiler strategy, a strategy of tension—what left-wing Italians in the 1970s termed la strategia della tensione.

Vladimir Putin seeks to expand Russian power on the cheap while causing problems for America and our allies wherever he can—without direct military confrontation. So far, the Kremlin seems to be playing its rather poor hand well at the tables of global power, and Putin’s strategy of tension shows no signs of abating. Although the Trump White House is paying no attention to this new reality, the Pentagon and our Intelligence Community certainly are.

John Schindler is a security expert and former National Security Agency analyst and counterintelligence officer. A specialist in espionage and terrorism, he’s also been a Navy officer and a War College professor. He’s published four books and is on Twitter at @20committee. 

Voir également:

How to Win Cold War 2.0

To beat Vladimir Putin, we’re going to have to be a little more like him.

The last two weeks have witnessed the upending of the European order and the close of the post-Cold War era. With his invasion of Crimea and the instant absorption of the strategic peninsula, Vladimir Putin has shown that he will not play by the West’s rules. The “end of history” is at an end—we’re now seeing the onset of Cold War 2.0.

What’s on the Kremlin’s mind was made clear by Putin’s fire-breathing speech to the Duma announcing the annexation of Crimea, which blended retrograde Russian nationalism with a generous helping of messianism on behalf of his fellow Slavs, alongside the KGB-speak that Putin is so fond of. If you enjoy mystical references to Orthodox saints of two millennia past accompanied by warnings about a Western fifth column and “national traitors,” this was the speech for you.

Putin confirmed the worst fears of Ukrainians who think they should have their own country. But his ambitions go well beyond Ukraine: By explicitly linking Russian ethnicity with membership in the Russian Federation, Putin has challenged the post-Soviet order writ large.

For years, I studied Russia as a counterintelligence officer for the National Security Agency, and at times I feel like I’m seeing history in reverse. The Kremlin is a fiercely revisionist power, seeking to change the status quo by various forms of force. This will soon involve NATO members in the Baltics directly, as well as Poland and Romania indirectly. Longstanding Russian acumen in what I term Special War, an amalgam of espionage, subversion and terrorism by spies and special operatives, is already known to Russia’s neighbors and can be expected to increase.

In truth, Putin set Russia on a course for Cold War 2.0 as far back as 2007, and perhaps earlier; Western counterintelligence noted major upswings in aggressive Russian espionage and subversion against NATO members as far back as 2006.The brief Georgia war of August 2008, which made clear that the Kremlin was perfectly comfortable with using force in the post-Soviet space, ought to have served as a bigger wake-up call for the West.

John R. Schindler is professor of national security affairs at the Naval War College and a former National Security Agency counterintelligence officer. The views expressed here are his own.
Voir de même:

Avec Zapad 2017, la Russie se prépare « pour une grande guerre », dit un responsable militaire de l’Otan

Le général tchèque Petr Pavel, le président du comité militaire de l’Otan, ne passe pour être alarmiste. Ainsi, en juin 2016, lors d’une audition devant la commission sénatoriale des Affaires étrangères et des Forces armées, il avait estimé que la Russie « ne présentait pas une menace imminente » tout n’écartant pas la volonté de son président, Vladimir Poutine, de défier l’Alliance atlantique.

« Des intérêts communs existent entre l’Alliance, l’Union européenne, nos propres pays et la Russie. Nous devons accepter que la Russie puisse être un concurrent, un compétiteur, un adversaire, un pair ou un partenaire – voire tout cela en même temps. […] Cette complexité est une réalité de notre environnement stratégique contemporain » et cela « demande une approche pratique et sophistiquée qui prend en compte le fait que la Russie veut devenir un partenaire mondial et acquérir un pouvoir mondial », avait ainsi expliqué le général Pavel aux sénateurs français.

Cela étant, l’exercice Zapad 2017 qui, mené conjointement par les forces russes et biélorusses, vient de débuter, préoccupe depuis plusieurs mois les responsables de l’Otan, dans la mesure où ces manoeuvres se déroulent dans l’enclave russe de Kaliningrad et en Biélorussie, à deux pas du passage dit de Suwalki qui est le seul accès terrestre reliant les pays baltes aux autres pays de l’Alliance et de l’Union européenne.

Or, il est reproché à la Russie de manquer de transparence au sujet de cet exercice, qui vise à simuler l’infiltration de « groupes extrémistes » en Biélorussie et à Kaliningrad pour y commettre des actes terroristes à des fins de déstabilisation.

Officiellement, Zapad 2017 mobilise environ 13.000 soldats. Mais selon le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, il y a « toutes les raisons de croire que le nombre de troupes sera substantiellement plus élevé que ce qui a été annoncé ». En outre, certains estiment qu’il servira de prétexte aux forces russes pour laisser des matériels en Biélorussie en vue d’une utilisation future.

Les manoeuvres Zapad-2017 « sont désignées pour nous provoquer, pour tester nos défenses et c’est pour cela que nous devons être forts », a ainsi affirmé, le 10 septembre, Michael Fallon, le ministre britannique de la Défense.

« La Russie est capable de manipuler les chiffres avec une grande aisance, c’est pourquoi elle ne veut pas d’observateurs étrangers. Mais 12.700 soldats annoncés pour des manoeuvres stratégiques, c’est ridicule », a commenté Alexandre Golts, un expert militaire russe indépendant, cité par l’AFP.

Ce manque de transparence de la Russie, qui ne s’inscrit pas dans l’esprit du Document de Vienne de l’OSCE [Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, ndlr], est un sujet de préoccupation pour le général Pavel, même s’il a rencontré, il y a deux semaines, le chef d’état-major des armées russes, le général Valery Gerasimov, pour évoquer cet exercice.

« Ce que nous voyons est une préparation sérieuse pour une grande guerre », a en effet dit le général tchèque lors d’un entretien donné le 16 septembre à l’Associated Press, en marge d’une réunion du comité militaire de l’Otan en Albanie. « Lorsque nous regardons uniquement l’exercice qui est présenté par la Russie, il ne devrait pas y avoir d’inquiétude. Mais quand on regarde la situation dans son ensemble, nous devons nous inquiéter parce que la Russie n’est pas transparente », a-t-il ajouté.

Le premier sujet de préoccupation du général Pavel porte sur le niveau des effectifs engagés dans l’exercice Zapad 2017. Selon lui, ils pourraient atteindre 70.000 soldats, voire 100.000.

« Nous avons une forte concentration de troupes dans les pays baltes. Nous avons une forte concentration de troupes en mer Noire. E le risque d’un incident peut être assez élevé en raison d’une erreur humaine ou d’une panne technologique », a souligné le général Pavel. « Nous devons être sûrs qu’un tel incident involontaire n’entraînera pas de conflit », a-t-il insisté.

Cela étant, la Biélorussie a annoncé, le 16 septembre, avoir invité des représentants de 7 pays (Lettonie, Lituanie, Estonie, Pologne, Suède, Norvège et d’Ukraine) pour observer les exercices de Zapad 2017 qui auront lieu sur son territoire. Il s’agit ainsi de répondre au « désir de développer la coopération et la bonne entente entre voisins, ainsi que les principes de réciprocité, d’ouverture et de transparence », a fait valoir le ministère biélorusse de la Défense. Jusqu’à présent, Moscou n’avait autorisé la venue que de trois oberservateurs de l’Otan, uniquement lors de la journée organisée pour les « visiteurs ».

Voir de plus:

Paul R. Gregory
Hoover
March 21, 2018

Vladimir Putin’s propaganda machine has two overarching goals.

First, the Russian people must believe the Kremlin version of domestic and world events. In this regard, the agents of Russian “information technology” have succeeded. Polls show that Russians believe that Russia is a super power in a hostile world; that there are no Russian troops in Ukraine; that Crimea voluntarily joined Russia; and that a Ukrainian fighter shot down Malaysian Airlines flight MH17.

Second, Kremlin propaganda must discredit Western democracy as dysfunctional and inferior to Russia’s managed “democracy.” Kremlin propaganda has largely failed in this regard. Russians consider their government corrupt, remote from the people, interested in preserving power rather than performing its duties, and lying about the true state of affairs. Nevertheless, Putin’s approval ratings remain high in the absence of rivals, who have fled the country, been indicted, or murdered.

Putin, in fact, bases his legitimacy on high approval ratings. To counter the Russian people’s sense that they have no say in how they are governed, Kremlin propagandists must sell the story that Western democracies have it worse. Downtrodden Americans, they say, face poverty, hunger, racial and ethnic discrimination, unemployment, and they are governed by corrupt, inept, greedy, dysfunctional, and feuding politicians who sell out to the highest bidder on Wall Street or in Silicon Valley.

This brings us to how the ballyhooed Russian meddling in the 2016 U.S. election has given Putin a gift that keeps on giving—a paralyzed federal government, incapable of compromise, in which a significant portion of the governing class questions the legitimacy of a new president.

Russia routinely meddles in the politics of other countries. Despite denials, the Kremlin contributes to pro-Russian political parties throughout the world, gathers compromising information, hacks into email accounts, offers lucrative contracts to foreign businesses, and circulates false news. Given this history, U.S. authorities should not have been surprised by Russian meddling in the 2016 presidential race.

To date, Special Counsel Robert Mueller has indicted thirteen Russian “internet trolls,” who sowed discord on social media by posting inflammatory, distorted, slanted, and false information promoting the Russian narrative of a deeply divided electorate and a discredited American electoral system. Mueller’s indictment identifies the Internet Research Agency (IRA) of St. Petersburg as the nerve center of Russia’s trolling operations. Although putatively owned by a private Russian oligarch close to Putin, there is little doubt that the IRA is a mouthpiece of the Kremlin. The existence and activities of the IRA have been known since 2014. It employs hundreds of hackers and writers divided into geographical sections. It is not the sole source of Russian trolling, but it is the most important.

Those American politicians and pundits, like Congressman Jerry Nagler and columnist Thomas Friedman, who label Russian intervention an act of warfare on par with Pearl Harbor or 9/11must attribute supernatural powers to Putin’s trolls. After all, the Mueller investigation revealed that Russia spent no more than a few million dollars on its election-meddling versus the over two billion dollars spent by the presidential candidates alone. The IRA’s St. Petersburg America desk constituted some 90 persons. Their social media posts accounted for an infinitesimal portion of social media political traffic and much of this came after the election.

Despite such evidence, Gerald F. Seib, a columnist for the Wall Street Journal, declares himself “frightened” by Russia’s “sophisticated and sustained effort to use technology, social media manipulation, and traditional covert measures to disrupt America’s political system.”

But a closer look at such trolls reveals a different picture. Over the past five years, Russian trolls have regularly attacked my articles at Forbes.com. Given the number of attacks and their organized nature, I suspect most came directly from the IRA.  The Kremlin clearly has not liked my posts on Russian domestic politics, the country’s faltering petro-economy, political assassinations, and foreign military intervention. What I encountered in the comments section of my pieces was an army of scripted trolls engaging in primitive invective and heavy doses of ad hominem blasts. These amateurs did not seem up to the monumental task for which they are now credited—of changing the course of American political history.

My trolls used the same clandestine social media techniques as those identified by Mueller in his indictments. They posted through leased servers with moving IP addresses. They assumed Anglo-Saxon (Jeff, RussM, Dave, John), exotic (Sadr Ewr, Er Ren), and computer generated (Hweits, Aij) monikers. Those with Anglo-Saxon names asserted they were Americans, even ex-Marines. They used provably false identities: One “Stanley Ford,” identifying himself as a graduate student at Stanford, expressed his dismay at my “shallow” Stanford economics seminar. But there is no such graduate student at Stanford and I had given no such seminar.

Other trolls, such as “Andrey,” wrote sometimes incomprehensible English: “Dear PAUL, can we badly know English language, but only one thing I want to say, YOU understand—Fack You.” (Russians have no English “u” sound in their alphabet.) Such “Andreys” were subsequently replaced by experienced trolls, such as “Jeff” and “RussM,” with an occasional guest rant by “Aij,” whose favorite topic was “filthy Jewish bankers.” My most prolific troll, “Jeff,” posted at times almost fifty comments per column. One troll appeared in person to pester me at a panel discussion in the Bay area. One volunteered that I am a fictional person. Another offered to drop by my office for a personal chat. For obvious reasons, I did not accept.

Troll “John’s” tirade is a classic ad hominem smear: “Gregory’s inane, badly written propaganda articles never had one original thought, just parroting what he could grab on the Internet. Gregory is a pitiful Nazi moron.”

My trolls made heavy use of moral equivalence. Did the U.S. not attack Iraq and did its police not gun down black teenagers in Missouri? Yes, Russia may be aiding the rebels in Syria and Ukraine, but are not American troops and CIA operatives swarming all over Ukraine? Yes, the shooting down of MH17 was a tragedy, but did not the United States down an Iranian passenger jet in 1988?

The “denying the obvious” technique is illustrated by three videos circulated by Russian trolls on the Internet and Russian TV. Each featured a wounded man lying in an east Ukrainian hospital bed. In one video, he claimed to be a heroic surgeon. In the second, he was a disillusioned neo-fascist financier. In the third video, the bandaged man declared himself an innocent bystander. The problem, I pointed out, was that each video featured the same Russian actor but in different roles. Unfazed, my trolls “saw no contradictions” until one of Russia’s main TV channels (NTV) declared that the versatile actor was mentally ill. When it comes to Ukraine, the official IRA line has been that the Russian tanks, radar, missile launchers, and the like were purchased at used weapon shops by the “patriots” fighting the neo-Nazis and extremists sent from Kiev. When I pointed out the inanity of this proposition, one troll’s unedited response read: “everything he (Gregory) says at the beginning is nothing BUT LIES! russia did not give the east ANYTHING.”

In a botched false-flag operation, trolls claimed that “Ukrainian” extremists fled in panic after firing on a separatist checkpoint, conveniently leaving behind a vast cache of Nazi regalia (plus “snipers’ diapers”). The video of the Nazi cache, however, is dated to the day before the alleged attack, according to the camera time code. My expose of the snipers’ diapers incident brought forth reinforcement from new trolls, who wanted to debate time zones and now to impute the time of day from the length of shadows.

My clashes with IRA trolls over Ukraine can seem at times comical, but they are dead serious. The trolls are pushing a strictly coordinated narrative both to the Russian people and to foreign audiences that Ukraine is an illegitimate state and that the United States and NATO are the aggressors.

Indeed, that Western democracies, American democracy especially, are rotten, corrupt, and hapless is a cornerstone of the Kremlin narrative. As the Mueller indictment concludes: The stated goal of the Russian operation was “spreading distrust towards candidates and the political system in general.” The Russian trolls, according to the Mueller indictment, used a number of techniques to achieve this end. They encouraged fringe candidates. They tried to ally with disaffected religious, ethnic, and nationalist groups. They discredited the candidate they thought most likely to win. Once the winner was known, they immediately moved to discredit him.

As noted above, the Russian people are largely on board with the IRA’s narrative. Why? The average Russian family gets its news from the major state networks, which offer topflight entertainment before and after news of the day. Russia’s trolls stand ready to swat down any unfavorable social media. Alternative messages have little hope of penetrating the Russian heartland.

Although the trolls are succeeding at home, Russian propaganda has had little effect on foreign audiences. Public opinion worldwide shows a negative opinion of Russia and Putin, according to Pew Research. But if Russian trolls cannot sway Western public opinion, how could they have influenced the outcome of the biggest game of all—a U.S. presidential election? The dozen ill-informed operatives indicted by Mueller held poorly attended rallies, had to be educated about red and blue states, and spent their limited funds in uncontested states. It would be almost crazy to believe that such Russian intervention could have made a difference.

Why, then, do so many Americans believe that Russia was instrumental in throwing the election to Donald Trump? It may be that some of the President’s opponents actually believe this narrative. But there’s another explanation, too: Russian intervention provides opportunistic politicians and pundits a useful excuse for paralyzing the incoming government of a gutter-fighter President from a show business and construction background with no political experience. In their view, such a person should not be allowed to govern. Hence the paralysis, dysfunction, and chaos of American democracy—long claimed by Russian propagandists—is on its way to becoming reality. What a windfall for Putin and his oligarchs.

Voir encore:

A Abou Dhabi, Sarkozy fait l’éloge des hommes forts

L’ancien président français regrette que « les démocraties détruisent tous les leaderships ».

Le Monde

Ces confidences peuvent paraître étonnantes de la part d’un ancien président français. Samedi 3 mars, lors du forum « Ideas Week-end » organisée à Abou Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis, Nicolas Sarkozy a livré ses jugements sur l’état du monde, en maniant la provocation. A l’instar du site d’information Buzzfeed, Le Monde s’est procuré l’enregistrement de son intervention. Morceaux choisis.

  • Leadership et démocratie

« Quels sont les grands leaders du monde aujourd’hui ? Le président Xi, le président Poutine – on peut être d’accord ou pas, mais c’est un leader –, le grand prince Mohammed Ben Salman [d’Arabie saoudite]. Et que seraient aujourd’hui les Emirats sans le leadership de MBZ [Mohammed Ben Zayed] ?

Quel est le problème des démocraties ? C’est que les démocraties ont pu devenir des démocraties avec de grands leaders : de Gaulle, Churchill… Mais les démocraties détruisent tous les leaderships. C’est un grand sujet, ce n’est pas un sujet anecdotique ! Comment peut-on avoir une vision à dix, quinze ou vingt ans, et en même temps avoir un rythme électoral aux Etats-Unis tous les quatre ans ? Les démocraties sont devenues un champ de bataille, où chaque heure est utilisée par tout le monde, réseaux sociaux et autres, pour détruire celui qui est en place. Comment voulez-vous avoir une vision de long terme pour un pays ? C’est ce qui fait que, aujourd’hui, les grands leaders du monde sont issus de pays qui ne sont pas de grandes démocraties. »

  • La Chine

« C’est une formidable bonne nouvelle que la Chine assume ses responsabilités internationales. On assiste à un changement de la politique chinoise comme jamais on n’en a connu avant. Jamais. La Chine, c’est quand même le pays qui a construit la Grande Muraille pour se protéger des barbares qui étaient de l’autre côté : nous. « One Road, One Belt » [le projet de « nouvelles routes de la soie » du pouvoir chinois] : c’est un changement colossal ! Tout d’un coup, la Chine décomplexée dit : “Je pars à la conquête du monde.” Alors est-ce que c’est pour des raisons éducatives, politiques, économiques : peu importe. »

  • Xi président à vie

« Le président Xi considère que deux mandats de cinq ans, dix ans, c’est pas assez. Il a raison ! Le mandat du président américain, en vérité c’est pas quatre ans, c’est deux ans : un an pour apprendre le job, un an pour préparer la réélection. Donc vous comparez le président chinois qui a une vision pour son pays et qui dit : “Dix ans, c’est pas assez”, au président américain qui a en vérité deux ans. Mais qui parierait beaucoup sur la réélection de Trump ? Ce matin, j’ai rencontré le prince héritier MBZ. Est-ce que vous croyez qu’on construit un pays comme ça, en deux ans ? Ici, en cinquante ans, vous avez construit un des pays les plus modernes qui soient. La question du leadership est centrale. La réussite du modèle émirien est sans doute l’exemple le plus important pour nous, pour l’ensemble du monde. J’ai été le chef de l’Etat qui a signé le contrat du Louvre à Abou Dhabi. J’y ai mis toute mon énergie. MBZ y a mis toute sa vision. On a mis dix ans ! En allant vite ! Sauf que MBZ est toujours là… Et moi ça fait six ans que je suis parti. »

  • Comment traiter avec la Russie ?

« La question doit être posée comme ça : est-ce qu’on a besoin de la Russie ou pas ? Ma réponse est oui ! La Russie, c’est le pays à la plus grande superficie du monde. Qui peut dire qu’on ne doit pas parler avec eux ? Quelle est cette idée folle ? Je n’avais pas tout à fait compris dans l’administration Obama pourquoi Poutine et la Russie étaient devenus le principal adversaire. Y a-t-il un risque que la Russie envahisse d’autres pays ? Je n’y crois pas. La Russie doit perdre environ un demi-million d’habitants par an, sur le territoire le plus grand du monde. Est-ce que vous avez déjà vu des pays qui n’arrivent pas à occuper toute leur surface aller envahir des pays à côté ? Sur l’Ukraine, je pense que l’affaire n’a pas été bien gérée depuis le début et qu’il y avait moyen de faire mieux. Poutine est un homme prévisible, avec qui on peut parler et qui respecte la force. »

  • Le défi du populisme

« D’abord pour moi, M. Orban en Hongrie [le premier ministre], c’est pas un populiste. Mais là où il y a un grand leader, il n’y a pas de populisme ! Où est le populisme en Chine ? Où est le populisme ici ? Où est le populisme en Russie ? Où est le populisme en Arabie saoudite ? Si le grand leader quitte la table, les leaders populistes prennent la place. Parce que la polémique ne détruit pas le leader populiste, la polémique détruit le leader démocratique.

La seule solution, ce n’est pas de combattre le populisme, ça n’a pas de sens, c’est d’écouter ce que dit le peuple. Que dit le peuple ? L’Europe est à 12 kilomètres de l’Afrique par le détroit de Gibraltar. En trente ans, l’Afrique va passer d’un milliard d’habitants à 2,3 milliards. Le seul Nigeria, vous m’entendez, le Nigeria, dans trente ans, aura plus d’habitants que les Etats-Unis. Le peuple dit : “On ne peut pas accueillir toute l’immigration qui vient d’Afrique.” Et c’est vrai.

Il ne s’agit pas de supprimer l’immigration. Mais dans trente ans, il y aura 500 millions d’Européens, et 2,3 milliards d’Africains. Si l’Afrique ne se développe pas, l’Europe explosera. Ce n’est pas un sujet populiste, c’est un sujet tout court. »

Voir enfin:
Ivan Ilyin, Putin’s Philosopher of Russian Fascism

Timothy Snyder
The NY Reviw of books
March 16, 2018

This is an expanded version of Timothy Snyder’s essay “God Is a Russian” in the April 5, 2018 issue of The New York Review.


“The fact of the matter is that fascism is a redemptive excess of patriotic arbitrariness.”

—Ivan Ilyin, 1927

“My prayer is like a sword. And my sword is like a prayer.”

—Ivan Ilyin, 1927

“Politics is the art of identifying and neutralizing the enemy.”

—Ivan Ilyin, 1948

The Russian looked Satan in the eye, put God on the psychoanalyst’s couch, and understood that his nation could redeem the world. An agonized God told the Russian a story of failure. In the beginning was the Word, purity and perfection, and the Word was God. But then God made a youthful mistake. He created the world to complete himself, but instead soiled himself, and hid in shame. God’s, not Adam’s, was the original sin, the release of the imperfect. Once people were in the world, they apprehended facts and experienced feelings that could not be reassembled to what had been God’s mind. Each individual thought or passion deepened the hold of Satan on the world.

And so the Russian, a philosopher, understood history as a disgrace. Nothing that had happened since creation was of significance. The world was a meaningless farrago of fragments. The more humans sought to understand it, the more sinful it became. Modern society, with its pluralism and its civil society, deepened the flaws of the world and kept God in his exile. God’s one hope was that a righteous nation would follow a Leader into political totality, and thereby begin a repair of the world that might in turn redeem the divine. Because the unifying principle of the Word was the only good in the universe, any means that might bring about its return were justified.

Thus this Russian philosopher, whose name was Ivan Ilyin, came to imagine a Russian Christian fascism. Born in 1883, he finished a dissertation on God’s worldly failure just before the Russian Revolution of 1917. Expelled from his homeland in 1922 by the Soviet power he despised, he embraced the cause of Benito Mussolini and completed an apology for political violence in 1925. In German and Swiss exile, he wrote in the 1920s and 1930s for White Russian exiles who had fled after defeat in the Russian civil war, and in the 1940s and 1950s for future Russians who would see the end of the Soviet power.

A tireless worker, Ilyin produced about twenty books in Russian, and another twenty in German. Some of his work has a rambling and commonsensical character, and it is easy to find tensions and contradictions. One current of thought that is coherent over the decades, however, is his metaphysical and moral justification for political totalitarianism, which he expressed in practical outlines for a fascist state. A crucial concept was “law” or “legal consciousness” (pravosoznanie). For the young Ilyin, writing before the Revolution, law embodied the hope that Russians would partake in a universal consciousness that would allow Russia to create a modern state. For the mature, counter-revolutionary Ilyin, a particular consciousness (“heart” or “soul,” not “mind”) permitted Russians to experience the arbitrary claims of power as law. Though he died forgotten, in 1954, Ilyin’s work was revived after collapse of the Soviet Union in 1991, and guides the men who rule Russia today.

The Russian Federation of the early twenty-first century is a new country, formed in 1991 from the territory of the Russian republic of the Soviet Union. It is smaller than the old Russian Empire, and separated from it in time by the intervening seven decades of Soviet history. Yet the Russian Federation of today does resemble the Russian Empire of Ilyin’s youth in one crucial respect: it has not established the rule of law as the principle of government. The trajectory in Ilyin’s understanding of law, from hopeful universalism to arbitrary nationalism, was followed in the discourse of Russian politicians, including Vladimir Putin. Because Ilyin found ways to present the failure of the rule of law as Russian virtue, Russian kleptocrats use his ideas to portray economic inequality as national innocence. In the last few years, Vladimir Putin has also used some of Ilyin’s more specific ideas about geopolitics in his effort translate the task of Russian politics from the pursuit of reform at home to the export of virtue abroad. By transforming international politics into a discussion of “spiritual threats,” Ilyin’s works have helped Russian elites to portray the Ukraine, Europe, and the United States as existential dangers to Russia.

*

Ivan Ilyin was a philosopher who confronted Russian problems with German thinkers. This was typical of the time and place. He was child of the Silver Age, the late empire of the Romanov dynasty. His father was a Russian nobleman, his mother a German Protestant who had converted to Orthodoxy. As a student at Moscow between 1901 and 1906, Ilyin’s real subject was philosophy, which meant the ethical thought of Immanuel Kant (1724–1804). For the neo-Kantians, who then held sway in universities across Europe as well as in Russia, humans differed from the rest of creation by a capacity for reason that permitted meaningful choices. Humans could then freely submit to law, since they could grasp and accept its spirit.

Law was then the great object of desire of the Russian thinking classes. Russian students of law, perhaps more than their European colleagues, could see it as a source of political transformation. Law seemed to offer the antidote to the ancient Russian problem of proizvol, of arbitrary rule by autocratic tsars. Even as a hopeful young man, however, Ilyin struggled to see the Russian people as the creatures of reason Kant imagined. He waited expectantly for a grand revolt that would hasten the education of the Russian masses. When the Russo-Japanese War created conditions for a revolution in 1905, Ilyin defended the right to free assembly. With his girlfriend, Natalia Vokach, he translated a German anarchist pamphlet into Russian. The tsar was forced to concede a new constitution in 1906, which created a new Russian parliament. Though chosen in a way that guaranteed the power of the empire’s landed classes, the parliament had the authority to legislate. The tsar dismissed parliament twice, and then illegally changed the electoral system to ensure that it was even more conservative. It was impossible to see the new constitution as having brought the rule of law to Russia.

Employed to teach law by the university in 1909, Ilyin published a beautiful article in both Russian (1910) and German (1912) on the conceptual differences between law and power. Yet how to make law functional in practice and resonant in life? Kant seemed to leave open a gap between the spirit of law and the reality of autocracy. G.W.F. Hegel (1770–1831), however, offered hope by proposing that this and other painful tensions would be resolved by time. History, as a hopeful Ilyin read Hegel, was the gradual penetration of Spirit (Geist) into the world. Each age transcended the previous one and brought a crisis that promised the next one. The beastly masses will come to resemble the enlightened friends, ardors of daily life will yield to political order.

The philosopher who understands this message becomes the vehicle of Spirit, always a tempting prospect. Like other Russian intellectuals of his own and previous generations, the young Ilyin was drawn to Hegel, and in 1912 proclaimed a “Hegelian renaissance.” Yet, just as the immense Russian peasantry had given him second thoughts about the ease of communicating law to Russian society, so his experience of modern urban life left him doubtful that historical change was only a matter of Spirit. He found Russians, even those of his own class and milieu in Moscow, to be disgustingly corporeal. In arguments about philosophy and politics in the 1910s, he accused his opponents of “sexual perversion.”

In 1913, Ilyin worried that perversion was a national Russian syndrome, and proposed Sigmund Freud (1856–1939) as Russia’s savior. In Ilyin’s reading of Freud, civilization arose from a collective agreement to suppress basic drives. The individual paid a psychological price for sacrifice of his nature to culture. Only through long consultations on the couch of the psychoanalyst could unconscious experience surface into awareness. Psychoanalysis therefore offered a very different portrait of thought than did the Hegelian philosophy that Ilyin was then studying. Even as Ilyin was preparing his dissertation on Hegel, he offered himself as the pioneer of Russia’s national psychotherapy, travelling with Natalia to Vienna in May 1914 for sessions with Freud. Thus the outbreak of World War I found Ilyin in Vienna, the capital of the Habsburg monarchy, now one of Russia’s enemies.

“My inner Germans,” Ilyin wrote to a friend in 1915, “trouble me more than the outer Germans,” the German and Habsburg realms making war against the Russian Empire. The “inner German” who helped Ilyin to master the others was the philosopher Edmund Husserl, with whom he had studied in Göttingen in 1911. Husserl (1859–1938), the founder of the school of thought known as phenomenology, tried to describe the method by which the philosopher thinks himself into the world. The philosopher sought to forget his own personality and prior assumptions, and tried to experience a subject on its own terms. As Ilyin put it, the philosopher must mentally possess (perezhit’) the object of inquiry until he attains self-evident and exhaustive clarity (ochevidnost).

Husserl’s method was simplified by Ilyin into a “philosophical act” whereby the philosopher can still the universe and anything in it—other philosophers, the world, God— by stilling his own mind. Like an Orthodox believer contemplating an icon, Ilyin believed (in contrast to Husserl) that he could see a metaphysical reality through a physical one. As he wrote his dissertation about Hegel, he perceived the divine subject in a philosophical text, and fixed it in place. Hegel meant God when he wrote Spirit, concluded Ilyin, and Hegel was wrong to see motion in history. God could not realize himself in the world, since the substance of God was irreconcilably different from the substance of the world. Hegel could not show that every fact was connected to a principle, that every accident was part of a design, that every detail was part of a whole, and so on. God had initiated history and then been blocked from further influence.

Ilyin was quite typical of Russian intellectuals in his rapid and enthusiastic embrace of contradictory German ideas. In his dissertation he was able, thanks to his own very specific understanding of Husserl, to bring some order to his “inner Germans.” Kant had suggested the initial problem for a Russian political thinker: how to establish the rule of law. Hegel had seemed to provide a solution, a Spirit advancing through history. Freud had redefined Russia’s problem as sexual rather than spiritual. Husserl allowed Ilyin to transfer the responsibility for political failure and sexual unease to God. Philosophy meant the contemplation that allowed contact with God and began God’s cure. The philosopher had taken control and all was in view: other philosophers, the world, God. Yet, even after contact was made with the divine, history continued, “the current of events” continued to flow.

Indeed, even as Ilyin contemplated God, men were killing and dying by the millions on battlefields across Europe. Ilyin was writing his dissertation as the Russian Empire gained and then lost territory on the Eastern Front of World War I. In February 1917, the tsarist regime was replaced by a new constitutional order. The new government tottered as it continued a costly war. That April, Germany sent Vladimir Lenin to Russia in a sealed train, and his Bolsheviks carried out a second revolution in November, promising land to peasants and peace to all. Ilyin was meanwhile trying to assemble the committee so he could defend his dissertation. By the time he did so, in 1918, the Bolsheviks were in power, their Red Army was fighting a civil war, and the Cheka was defending revolution through terror.

World War I gave revolutionaries their chance, and so opened the way for counter-revolutionaries as well. Throughout Europe, men of the far right saw the Bolshevik Revolution as a certain kind of opportunity; and the drama of revolution and counter-revolution was played out, with different outcomes, in Germany, Hungary, and Italy. Nowhere was the conflict so long, bloody, and passionate as in the lands of the former Russian Empire, where civil war lasted for years, brought famine and pogroms, and cost about as many lives as World War I itself. In Europe in general, but in Russia in particular, the terrible loss of life, the seemingly endless strife, and the fall of empire brought a certain plausibility to ideas that might otherwise have remained unknown or seemed irrelevant. Without the war, Leninism would likely be a footnote in the history of Marxist thought; without Lenin’s revolution, Ilyin might not have drawn right-wing political conclusions from his dissertation.

Lenin and Ilyin did not know each other, but their encounter in revolution and counter-revolution was nevertheless uncanny. Lenin’s patronymic was “Ilyich” and he wrote under the pseudonym “Ilyin,” and the real Ilyin reviewed some of that pseudonymous work. When Ilyin was arrested by the Cheka as an opponent of the revolution, Lenin intervened on his behalf as a gesture of respect for Ilyin’s philosophical work. The intellectual interaction between the two men, which began in 1917 and continues in Russia today, began from a common appreciation of Hegel’s promise of totality. Both men interpreted Hegel in radical ways, agreeing with one another on important points such as the need to destroy the middle classes, disagreeing about the final form of the classless community.

Lenin accepted with Hegel that history was a story of progress through conflict. As a Marxist, he believed that the conflict was between social classes: the bourgeoisie that owned property and the proletariat that enabled profits. Lenin added to Marxism the proposal that the working class, though formed by capitalism and destined to seize its achievements, needed guidance from a disciplined party that understood the rules of history. In 1917, Lenin went so far as to claim that the people who knew the rules of history also knew when to break them— by beginning a socialist revolution in the Russian Empire, where capitalism was weak and the working class tiny. Yet Lenin never doubted that there was a good human nature, trapped by historical conditions, and therefore subject to release by historical action.

Marxists such as Lenin were atheists. They thought that by Spirit, Hegel meant God or some other theological notion, and replaced Spirit with society. Ilyin was not a typical Christian, but he believed in God. Ilyin agreed with Marxists that Hegel meant God, and argued that Hegel’s God had created a ruined world. For Marxists, private property served the function of an original sin, and its dissolution would release the good in man. For Ilyin, God’s act of creation was itself the original sin. There was never a good moment in history, and no intrinsic good in humans. The Marxists were right to hate the middle classes, and indeed did not hate them enough. Middle-class “civil society” entrenches plural interests that confound hopes for an “overpowering national organization” that God needs. Because the middle classes block God, they must be swept away by a classless national community. But there is no historical tendency, no historical group, that will perform this labor. The grand transformation from Satanic individuality to divine totality must begin somewhere beyond history.

According to Ilyin, liberation would arise not from understanding history, but from eliminating it. Since the earthly was corrupt and the divine unattainable, political rescue would come from the realm of fiction. In 1917, Ilyin was still hopeful that Russia might become a state ruled by law. Lenin’s revolution ensured that Ilyin henceforth regarded his own philosophical ideas as political. Bolshevism had proven that God’s world was as flawed as Ilyin had maintained. What Ilyin would call “the abyss of atheism” of the new regime was the final confirmation of the flaws of world, and of the power of modern ideas to reinforce them.

After he departed Russia, Ilyin would maintain that humanity needed heroes, outsized characters from beyond history, capable of willing themselves to power. In his dissertation, this politics was implicit in the longing for a missing totality and the suggestion that the nation might begin its restoration. It was an ideology awaiting a form and a name.

*

Ilyin left Russia in 1922, the year the Soviet Union was founded. His imagination was soon captured by Benito Mussolini’s March on Rome, the coup d’état that brought the world’s first fascist regime. Ilyin was convinced that bold gestures by bold men could begin to undo the flawed character of existence. He visited Italy and published admiring articles about Il Duce while he was writing his book, On the Use of Violence to Resist Evil (1925). If Ilyin’s dissertation had laid groundwork for a metaphysical defense of fascism, this book was a justification of an emerging system. The dissertation described the lost totality unleashed by an unwitting God; second book explained the limits of the teachings of God’s Son. Having understood the trauma of God, Ilyin now “looked Satan in the eye.”

Thus famous teachings of Jesus, as rendered in the Gospel of Mark, take on unexpected meanings in Ilyin’s interpretations. “Judge not,” says Jesus, “that ye not be judged.” That famous appeal to reflection continues:

For with what judgment ye judge, ye shall be judged: and with what measure ye mete, it shall be measured to you again. And why beholdest thou the mote that is in thy brother’s eye, but considerest not the beam that is in thine own eye? Or how wilt thou say to thy brother, Let me pull out the mote out of thine eye; and, behold, a beam is in thine own eye? Thou hypocrite, first cast out the beam out of thine own eye; and then shalt thou see clearly to cast out the mote out of thy brother’s eye.

For Ilyin, these were the words of a failed God with a doomed Son. In fact, a righteous man did not reflect upon his own deeds or attempt to see the perspective of another; he contemplated, recognized absolute good and evil, and named the enemies to be destroyed. The proper interpretation of the “judge not” passage was that every day was judgment day, and that men would be judged for not killing God’s enemies when they had the chance. In God’s absence, Ilyin determined who those enemies were.

Perhaps Jesus’ most remembered commandment is to love one’s enemy, from the Gospel of Matthew: “Ye have heard that it hath been said, An eye for an eye, and a tooth for a tooth: But I say unto you, That ye resist not evil: but whosoever shall smite thee on thy right cheek, turn to him the other also.” Ilyin maintained that the opposite was meant. Properly understood, love meant totality. It did not matter whether one individual tries to love another individual. The individual only loved if he was totally subsumed in the community. To be immersed in such love was to struggle “against the enemies of the divine order on earth.” Christianity actually meant the call of the right-seeing philosopher to apply decisive violence in the name of love. Anyone who failed to accept this logic was himself an agent of Satan: “He who opposes the chivalrous struggle against the devil is himself the devil.”

Thus theology becomes politics. The democracies did not oppose Bolshevism, but enabled it, and must be destroyed. The only way to prevent the spread of evil was to crush middle classes, eradicate their civil society, and transform their individualist and universalist understanding of law into a consciousness of national submission. Bolshevism was no antidote to the disease of the middle classes, but rather the full irruption of their disease. Soviet and European governments must be swept away by violent coups d’état.

Ilyin used the word Spirit (Dukh) to describe the inspiration of fascists. The fascist seizure of power, he wrote, was an “act of salvation.” The fascist is the true redeemer, since he grasps that it is the enemy who must be sacrificed. Ilyin took from Mussolini the concept of a “chivalrous sacrifice” that fascists make in the blood of others. (Speaking of the Holocaust in 1943, Heinrich Himmler would praise his SS-men in just these terms.)

Ilyin understood his role as a Russian intellectual as the propagation of fascist ideas in a particular Russian idiom. In a poem in the first number of a journal he edited between 1927 and 1930, he provided the appropriate lapidary motto: “My prayer is like a sword. And my sword is like a prayer.” Ilyin dedicated his huge 1925 book On the Use of Violence to Resist Evil to the Whites, the men who had resisted the Bolshevik Revolution. It was meant as a guide to their future.

What seemed to trouble Ilyin most was that Italians and not Russians had invented fascism: “Why did the Italians succeed where we failed?” Writing of the future of Russian fascism in 1927, he tried to establish Russian primacy by considering the White resistance to the Bolsheviks as the pre-history of the fascist movement as a whole. The White movement had also been “deeper and broader” than fascism because it had preserved a connection to religion and the need for totality. Ilyin proclaimed to “my White brothers, the fascists” that a minority must seize power in Russia. The time would come. The “White Spirit” was eternal.

Ilyin’s proclamation of a fascist future for Russia in the 1920s was the absolute negation of his hopes in the 1910s that Russia might become a rule-of-law state. “The fact of the matter,” wrote Ilyin, “is that fascism is a redemptive excess of patriotic arbitrariness.” Arbitrariness (proizvol), a central concept in all modern Russian political discussions, was the bugbear of all Russian reformers seeking improvement through law. Now proizvol was patriotic. The word for “redemptive” (spasytelnii), is another central Russian concept. It is the adjective Russian Orthodox Christians might apply to the sacrifice of Christ on Calvary, the death of the One for the salvation of the many. Ilyin uses it to mean the murder of outsiders so that the nation could undertake a project of total politics that might later redeem a lost God.

In one sentence, two universal concepts, law and Christianity, are undone. A spirit of lawlessness replaces the spirit of the law; a spirit of murder replaces a spirit of mercy.

*

Although Ilyin was inspired by fascist Italy, his home as a political refugee between 1922 and 1938 was Germany. As an employee of the Russian Scholarly Institute (Russisches Wissenschaftliches Institut), he was an academic civil servant. It was from Berlin that he observed the succession struggle after Lenin’s death that brought Joseph Stalin to power. He then followed Stalin’s attempt to transform the political victory of the Bolsheviks into a social revolution. In 1933, Ilyin published a long book, in German, on the famine brought by the collectivization of Soviet agriculture.

Writing in Russian for Russian émigrés, Ilyin was quick to praise Hitler’s seizure of power in 1933. Hitler did well, in Ilyin’s opinion, to have the rule of law suspended after the Reichstag Fire of February 1933. Ilyin presented Hitler, like Mussolini, as a Leader from beyond history whose mission was entirely defensive. “A reaction to Bolshevism had to come,” wrote Ilyin, “and it came.” European civilization had been sentenced to death, but “so long as Mussolini is leading Italy and Hitler is leading Germany, European culture has a stay of execution.” Nazis embodied a “Spirit” (Dukh) that Russians must share.

According to Ilyin, Nazis were right to boycott Jewish businesses and blame Jews as a collectivity for the evils that had befallen Germany. Above all, Ilyin wanted to persuade Russians and other Europeans that Hitler was right to treat Jews as agents of Bolshevism. This “Judeobolshevik” idea, as Ilyin understood, was the ideological connection between the Whites and the Nazis. The claim that Jews were Bolsheviks and Bolsheviks were Jews was White propaganda during the Russian Civil War. Of course, most communists were not Jews, and the overwhelming majority of Jews had nothing to do with communism. The conflation of the two groups was not an error or an exaggeration, but rather a transformation of traditional religious prejudices into instruments of national unity. Judeobolshevism appealed to the superstitious belief of Orthodox Christian peasants that Jews guarded the border between the realms of good and evil. It shifted this conviction to modern politics, portraying revolution as hell and Jews as its gatekeepers. As in Ilyin’s philosophy, God was weak, Satan was dominant, and the weapons of hell were modern ideas in the world.

During and after the Russian Civil War, some of the Whites had fled to Germany as refugees. Some brought with them the foundational text of modern antisemitism, the fictional “Protocols of the Elders of Zion,” and many others the conviction that a global Jewish conspiracy was responsible for their defeat. White Judeobolshevism, arriving in Germany in 1919 and 1920, completed the education of Adolf Hitler as an antisemite. Until that moment, Hitler had presented the enemy of Germany as Jewish capitalism. Once convinced that Jews were responsible for both capitalism and communism, Hitler could take the final step and conclude, as he did in Mein Kampf, that Jews were the source of all ideas that threatened the German people. In this important respect, Hitler was indeed a pupil of the Russian White movement. Ilyin, the main White ideologist, wanted the world to know that Hitler was right.

As the 1930s passed, Ilyin began to doubt that Nazi Germany was advancing the cause of Russian fascism. This was natural, since Hitler regarded Russians as subhumans, and Germany supported European fascists only insofar as they were useful to the specific Nazi cause. Ilyin began to caution Russian Whites about Nazis, and came under suspicion from the German government. He lost his job and, in 1938, left Germany for Switzerland. He remained faithful, however, to his conviction that the White movement was anterior to Italian fascism and German National Socialism. In time, Russians would demonstrate a superior fascism.

*

From a safe Swiss vantage point near Zurich, Ilyin observed the outbreak of World War II. It was a confusing moment for both communists and their enemies, since the conflict began after the Soviet Union and Nazi Germany reached an agreement known as the Molotov-Ribbentrop Pact. Its secret protocol, which divided East European territories between the two powers, was an alliance in all but name. In September 1939, both Nazi Germany and the Soviet Union invaded Poland, their armies meeting in the middle. Ilyin believed that the Nazi-Soviet alliance would not last, since Stalin would betray Hitler. In 1941, the reverse took place, as the Wehrmacht invaded the Soviet Union. Though Ilyin harbored reservations about the Nazis, he wrote of the German invasion of the USSR as a “judgment on Bolshevism.” After the Soviet victory at Stalingrad in February 1943, when it became clear that Germany would likely lose the war, Ilyin changed his position again. Then, and in the years to follow, he would present the war as one of a series of Western attacks on Russian virtue.

Russian innocence was becoming one of Ilyin’s great themes. As a concept, it completed Ilyin’s fascist theory: the world was corrupt; it needed redemption from a nation capable of total politics; that nation was unsoiled Russia. As he aged, Ilyin dwelled on the Russian past, not as history, but as a cyclical myth of native virtue defended from external penetration. Russia was an immaculate empire, always under attack from all sides. A small territory around Moscow became the Russian Empire, the largest country of all time, without ever attacking anyone. Even as it expanded, Russia was the victim, because Europeans did not understand the profound virtue it was defending by taking more land. In Ilyin’s words, Russia has been subject to unceasing “continental blockade,” and so its entire past was one of “self-defense.” And so, “the Russian nation, since its full conversion to Christianity, can count nearly one thousand years of historical suffering.”

Although Ilyin wrote hundreds of tedious pages along these lines, he also made clear that it did not matter what had actually happened or what Russians actually did. That was meaningless history, those were mere facts. The truth about a nation, wrote Ilyin, was “pure and objective” regardless of the evidence, and the Russian truth was invisible and ineffable Godliness. Russia was not a country with individuals and institutions, even should it so appear, but an immortal living creature. “Russia is an organism of nature and the soul,” it was a “living organism,” a “living organic unity,” and so on. Ilyin wrote of “Ukrainians” within quotation marks, since in his view they were a part of the Russian organism. Ilyin was obsessed by the fear that people in the West would not understand this, and saw any mention of Ukraine as an attack on Russia. Because Russia is an organism, it “cannot be divided, only dissected.”

Ilyin’s conception of Russia’s political return to God required the abandonment not only of individuality and plurality, but also of humanity. The fascist language of organic unity, discredited by the war, remained central to Ilyin. In general, his thinking was not really altered by the war. He did not reject fascism, as did most of its prewar advocates, although he now did distinguish between what he regarded as better and worse forms of fascism. He did not partake in the general shift of European politics to the left, nor in the rehabilitation of democracy. Perhaps most importantly, he did not recognize that the age of European colonialism was passing. He saw Franco’s Spain and Salazar’s Portugal, then far-flung empires ruled by right-wing authoritarian regimes, as exemplary.

World War II was not a “judgment on Bolshevism,” as Ilyin had imagined in 1941. Instead, the Red Army had emerged triumphant in 1945, Soviet borders had been extended west, and a new outer empire of replicate regimes had been established in Eastern Europe. The simple passage of time made it impossible to imagine in the 1940s, as Ilyin had in the 1920s, the members of the White emigration might someday return to power in Russia. Now he was writing their eulogies rather than their ideologies. What was needed instead was a blueprint for a post-Soviet Russia that would be legible in the future. Ilyin set about composing a number of constitutional proposals, as well as a shorter set of political essays. These last, published as Our tasks (Nashi zadachi), began his intellectual revival in post-Soviet Russia.

These postwar recommendations bear an unmistakable resemblance to prewar fascist systems, and are consistent with the metaphysical and ethical legitimations of fascism present in Ilyin’s major works. The “national dictator,” predicted Ilyin, would spring from somewhere beyond history, from some fictional realm. This Leader (Gosudar’) must be “sufficiently manly,” like Mussolini. The note of fragile masculinity is hard to overlook. “Power comes all by itself,” declared Ilyin, “to the strong man.” People would bow before “the living organ of Russia.” The Leader “hardens himself in just and manly service.”

In Ilyin’s scheme, this Leader would be personally and totally responsible for every aspect of political life, as chief executive, chief legislator, chief justice, and commander of the military. His executive power is unlimited. Any “political selection” should take place “on a formally undemocratic basis.” Democratic elections institutionalized the evil notion of individuality. “The principle of democracy,” Ilyin wrote, “was the irresponsible human atom.” Counting votes was to falsely accept “the mechanical and arithmetical understanding of politics.” It followed that “we must reject blind faith in the number of votes and its political significance.” Public voting with signed ballots will allow Russians to surrender their individuality. Elections were a ritual of submission of Russians before their Leader.

The problem with prewar fascism, according to Ilyin, had been the one-party state. That was one party too many. Russia should be a zero-party state, in that no party should control the state or exercise any influence on the course of events. A party represents only a segment of society, and segmentation is what is to be avoided. Parties can exist, but only as traps for the ambitious or as elements of the ritual of electoral subservience. (Members of Putin’s party were sent the article that makes this point in 2014.) The same goes for civil society: it should exist as a simulacrum. Russians should be allowed to pursue hobbies and the like, but only within the framework of a total corporate structure that included all social organizations. The middle classes must be at the very bottom of the corporate structure, bearing the weight of the entire system. They are the producers and consumers of facts and feelings in a system where the purpose is to overcome factuality and sensuality.

“Freedom for Russia,” as Ilyin understood it (in a text selectively quoted by Putin in 2014), would not mean freedom for Russians as individuals, but rather freedom for Russians to understand themselves as parts of a whole. The political system must generate, as Ilyin clarified, “the organic-spiritual unity of the government with the people, and the people with the government.” The first step back toward the Word would be “the metaphysical identity of all people of the same nation.” The “the evil nature of the ‘sensual’” could be banished, and “the empirical variety of human beings” itself could be overcome.

*

Russia today is a media-heavy authoritarian kleptocracy, not the religious totalitarian entity that Ilyin imagined. And yet, his concepts do help lift the obscurity from some of the more interesting aspects of Russian politics. Vladimir Putin, to take a very important example, is a post-Soviet politician who emerged from the realm of fiction. Since it is he who brought Ilyin’s ideas into high politics, his rise to power is part of Ilyin’s story as well.

Putin was an unknown when he was selected by post-Soviet Russia’s first president, Boris Yeltsin, to be prime minister in 1999. Putin was chosen by political casting call. Yeltsin’s intimates, carrying out what they called “Operation Successor,” asked themselves who the most popular character in Russian television was. Polling showed that this was the hero of a 1970s program, a Soviet spy who spoke German. This fit Putin, a former KGB officer who had served in East Germany. Right after he was appointed prime minister by Yeltsin in September 1999, Putin gained his reputation through a bloodier fiction. When apartment buildings in Russian cities began to explode, Putin blamed Muslims and began a war in Chechnya. Contemporary evidence suggests that the bombs might have been planted by Russia’s own security organization, the FSB. Putin was elected president in 2000, and served until 2008.

In the early 2000s, Putin maintained that Russia could become some kind of rule-of-law state. Instead, he succeeded in bringing economic crime within the Russian state, transforming general corruption into official kleptocracy. Once the state became the center of crime, the rule of law became incoherent, inequality entrenched, and reform unthinkable. Another political story was needed. Because Putin’s victory over Russia’s oligarchs also meant control over their television stations, new media instruments were at hand. The Western trend towards infotainment was brought to its logical conclusion in Russia, generating an alternative reality meant to generate faith in Russian virtue but cynicism about facts. This transformation was engineered by Vladislav Surkov, the genius of Russian propaganda. He oversaw a striking move toward the world as Ilyin imagined it, a dark and confusing realm given shape only by Russian innocence. With the financial and media resources under control, Putin needed only, in the nice Russian term, to add the “spiritual resource.” And so, beginning in 2005, Putin began to rehabilitate Ilyin as a Kremlin court philosopher.

That year, Putin began to cite Ilyin in his addresses to the Federal Assembly of the Russian Federation, and arranged for the reinterment of Ilyin’s remains in Russia. Then Surkov began to cite Ilyin. The propagandist accepted Ilyin’s idea that “Russian culture is the contemplation of the whole,” and summarizes his own work as the creation of a narrative of an innocent Russia surrounded by permanent hostility. Surkov’s enmity toward factuality is as deep as Ilyin’s, and like Ilyin, he tends to find theological grounds for it. Dmitry Medvedev, the leader of Putin’s political party, recommended Ilyin’s books to Russia’s youth. Ilyin began to figure in the speeches of the leaders of Russia’s tame opposition parties, the communists and the (confusingly-named, extreme-right) Liberal Democrats. These last few years, Ilyin has been cited by the head of the constitutional court, by the foreign minister, and by patriarchs of the Russian Orthodox Church.

After a four-year intermission between 2008 and 2012, during which Putin served as prime minister and allowed Medvedev to be president, Putin returned to the highest office. If Putin came to power in 2000 as hero from the realm of fiction, he returned in 2012 as the destroyer of the rule of law. In a minor key, the Russia of Putin’s time had repeated the drama of the Russia of Ilyin’s time. The hopes of Russian liberals for a rule-of-law state were again disappointed. Ilyin, who had transformed that failure into fascism the first time around, now had his moment. His arguments helped Putin transform the failure of his first period in office, the inability to introduce of the rule of law, into the promise for a second period in office, the confirmation of Russian virtue. If Russia could not become a rule-of-law state, it would seek to destroy neighbors that had succeeded in doing so or that aspired to do so. Echoing one of the most notorious proclamations of the Nazi legal thinker Carl Schmitt, Ilyin wrote that politics “is the art of identifying and neutralizing the enemy.” In the second decade of the twenty-first century, Putin’s promises were not about law in Russia, but about the defeat of a hyper-legal neighboring entity.

The European Union, the largest economy in the world and Russia’s most important economic partner, is grounded on the assumption that international legal agreements provide the basis for fruitful cooperation among rule-of-law states. In late 2011 and early 2012, Putin made public a new ideology, based in Ilyin, defining Russia in opposition to this model of Europe. In an article in Izvestiia on October 3, 2011, Putin announced a rival Eurasian Union that would unite states that had failed to establish the rule of law. In Nezavisimaia Gazeta on January 23, 2012, Putin, citing Ilyin, presented integration among states as a matter of virtue rather than achievement. The rule of law was not a universal aspiration, but part of an alien Western civilization; Russian culture, meanwhile, united Russia with post-Soviet states such as Ukraine. In a third article, in Moskovskie Novosti on February 27, 2012, Putin drew the political conclusions. Ilyin had imagined that “Russia as a spiritual organism served not only all the Orthodox nations and not only all of the nations of the Eurasian landmass, but all the nations of the world.” Putin predicted that Eurasia would overcome the European Union and bring its members into a larger entity that would extend “from Lisbon to Vladivostok.”

Putin’s offensive against the rule of law began with the manner of his reaccession to the office of president of the Russian Federation. The foundation of any rule-of-law state is a principle of succession, the set of rules that allow one person to succeed another in office in a manner that confirms rather than destroys the system. The way that Putin returned to power in 2012 destroyed any possibility that such a principle could function in Russia in any foreseeable future. He assumed the office of president, with a parliamentary majority, thanks to presidential and parliamentary elections that were ostentatiously faked, during protests whose participants he condemned as foreign agents.

In depriving Russia of any accepted means by which he might be succeeded by someone else and the Russian parliament controlled by another party but his, Putin was following Ilyin’s recommendation. Elections had become a ritual, and those who thought otherwise were portrayed by a formidable state media as traitors. Sitting in a radio station with the fascist writer Alexander Prokhanov as Russians protested electoral fraud, Putin mused about what Ivan Ilyin would have to say about the state of Russia. “Can we say,” asked Putin rhetorically, “that our country has fully recovered and healed after the dramatic events that have occurred to us after the Soviet Union collapsed, and that we now have a strong, healthy state? No, of course she is still quite ill; but here we must recall Ivan Ilyin: ‘Yes, our country is still sick, but we did not flee from the bed of our sick mother.’”

The fact that Putin cited Ilyin in this setting is very suggestive, and that he knew this phrase suggests extensive reading. Be that as it may, the way that he cited it seems strange. Ilyin was expelled from the Soviet Union by the Cheka—the institution that was the predecessor of Putin’s employer, the KGB. For Ilyin, it was the foundation of the USSR, not its dissolution, that was the Russian sickness. As Ilyin told his Cheka interrogator at the time: “I consider Soviet power to be an inevitable historical outcome of the great social and spiritual disease which has been growing in Russia for several centuries.” Ilyin thought that KGB officers (of whom Putin was one) should be forbidden from entering politics after the end of the Soviet Union. Ilyin dreamed his whole life of a Soviet collapse.

Putin’s reinterment of Ilyin’s remains was a mystical release from this contradiction. Ilyin had been expelled from Russia by the Soviet security service; his corpse was reburied alongside the remains of its victims. Putin had Ilyin’s corpse interred at a monastery where the NKVD, the heir to the Cheka and the predecessor of the KGB, had interred the ashes of thousands of Soviet citizens executed in the Great Terror. When Putin later visited the site to lay flowers on Ilyin’s grave, he was in the company of an Orthodox monk who saw the NKVD executioners as Russian patriots and therefore good men. At the time of the reburial, the head of the Russian Orthodox Church was a man who had previously served the KGB as an agent. After all, Ilyin’s justification for mass murder was the same as that of the Bolsheviks: the defense of an absolute good. As critics of his second book in the 1920s put it, Ilyin was a “Chekist for God.” He was reburied as such, with all possible honors conferred by the Chekists and by the men of God—and by the men of God who were Chekists, and by the Chekists who were men of God.

Ilyin was returned, body and soul, to the Russia he had been forced to leave. And that very return, in its inattention to contradiction, in its disregard of fact, was the purest expression of respect for his legacy. To be sure, Ilyin opposed the Soviet system. Yet, once the USSR ceased to exist in 1991, it was history—and the past, for Ilyin, was nothing but cognitive raw material for a literature of eternal virtue. Modifying Ilyin’s views about Russian innocence ever so slightly, Russian leaders could see the Soviet Union not as a foreign imposition upon Russia, as Ilyin had, but rather as Russia itself, and so virtuous despite appearances. Any faults of the Soviet system became necessary Russian reactions to the prior hostility of the West.

*

Questions about the influence of ideas in politics are very difficult to answer, and it would be needlessly bold to make of Ilyin’s writings the pillar of the Russian system. For one thing, Ilyin’s vast body of work admits multiple interpretations. As with Martin Heidegger, another student of Husserl who supported Hitler, it is reasonable to ask how closely a man’s political support of fascism relates to a philosopher’s work. Within Russia itself, Ilyin is not the only native source of fascist ideas to be cited with approval by Vladimir Putin; Lev Gumilev is another. Contemporary Russian fascists who now rove through the public space, such as Aleksander Prokhanov and Aleksander Dugin, represent distinct traditions. It is Dugin, for example, who made the idea of “Eurasia” popular in Russia, and his references are German Nazis and postwar West European fascists. And yet, most often in the Russia of the second decade of the twenty-first century, it is Ilyin’s ideas that to seem to satisfy political needs and to fill rhetorical gaps, to provide the “spiritual resource” for the kleptocratic state machine. In 2017, when the Russian state had so much difficulty commemorating the centenary of the Bolshevik Revolution, Ilyin was advanced as its heroic opponent. In a television drama about the revolution, he decried the evil of promising social advancement to Russians.

Russian policies certainly recall Ilyin’s recommendations. Russia’s 2012 law on “foreign agents,” passed right after Putin’s return to the office of the presidency, well represents Ilyin’s attitude to civil society. Ilyin believed that Russia’s “White Spirit” should animate the fascists of Europe; since 2013, the Kremlin has provided financial and propaganda support to European parties of the populist and extreme right. The Russian campaign against the “decadence” of the European Union, initiated in 2013, is in accord with Ilyin’s worldview. Ilyin’s scholarly effort followed his personal projection of sexual anxiety to others. First, Ilyin called Russia homosexual, then underwent therapy with his girlfriend, then blamed God. Putin first submitted to years of shirtless fur-and-feather photoshoots, then divorced his wife, then blamed the European Union for Russian homosexuality. Ilyin sexualized what he experienced as foreign threats. Jazz, for example, was a plot to induce premature ejaculation. When Ukrainians began in late 2013 to assemble in favor of a European future for their country, the Russian media raised the specter of a “homodictatorship.”

The case for Ilyin’s influence is perhaps easiest to make with respect to Russia’s new orientation toward Ukraine. Ukraine, like the Russian Federation, is a new country, formed from the territory of a Soviet republic in 1991. After Russia, it was the second-most populous republic of the Soviet Union, and it has a long border with Russia to the east and north as well as with European Union members to the west. For the first two decades after the dissolution of the Soviet Union, Russian-Ukrainian relations were defined by both sides according to international law, with Russian lawyers always insistent on very traditional concepts such as sovereignty and territorial integrity. When Putin returned to power in 2012, legalism gave way to colonialism. Since 2012, Russian policy toward Ukraine has been made on the basis of first principles, and those principles have been Ilyin’s. Putin’s Eurasian Union, a plan he announced with the help of Ilyin’s ideas, presupposed that Ukraine would join. Putin justified Russia’s attempt to draw Ukraine towards Eurasia by Ilyin’s “organic model” that made of Russia and Ukraine “one people.”

Ilyin’s idea of a Russian organism including Ukraine clashed with the more prosaic Ukrainian notion of reforming the Ukrainian state. In Ukraine in 2013, the European Union was a subject of domestic political debate, and was generally popular. An association agreement between Ukraine and the European Union was seen as a way to address the major local problem, the weakness of the rule of law. Through threats and promises, Putin was able in November 2013 to induce the Ukrainian president, Viktor Yanukovych, not to sign the association agreement, which had already been negotiated. This brought young Ukrainians to the street to demonstrate in favor the agreement. When the Ukrainian government (urged on and assisted by Russia) used violence, hundreds of thousands of Ukrainian citizens assembled in Kyiv’s Independence Square. Their main postulate, as surveys showed at the time, was the rule of law. After a sniper massacre that left more than one hundred Ukrainians dead, Yanukovych fled to Russia. His main adviser, Paul Manafort, was next seen working as Donald Trump’s campaign manager.

By the time Yanukovych fled to Russia, Russian troops had already been mobilized for the invasion of Ukraine. As Russian troops entered Ukraine in February 2014, Russian civilizational rhetoric (of which Ilyin was a major source) captured the imagination of many Western observers. In the first half of 2014, the issues debated were whether or not Ukraine was or was not part of Russian culture, or whether Russian myths about the past were somehow a reason to invade a neighboring sovereign state. In accepting the way that Ilyin put the question, as a matter of civilization rather than law, Western observers missed the stakes of the conflict for Europe and the United States. Considering the Russian invasion of Ukraine as a clash of cultures was to render it distant and colorful and obscure; seeing it as an element of a larger assault on the rule of law would have been to realize that Western institutions were in peril. To accept the civilizational framing was also to overlook the basic issue of inequality. What pro-European Ukrainians wanted was to avoid Russian-style kleptocracy. What Putin needed was to demonstrate that such efforts were fruitless.

Ilyin’s arguments were everywhere as Russian troops entered Ukraine multiple times in 2014. As soldiers received their mobilization orders for the invasion of the Ukraine’s Crimean province in January 2014, all of Russia’s high-ranking bureaucrats and regional governors were sent a copy of Ilyin’s Our Tasks. After Russian troops occupied Crimea and the Russian parliament voted for annexation, Putin cited Ilyin again as justification. The Russian commander sent to oversee the second major movement of Russian troops into Ukraine, to the southeastern provinces of Donetsk and Luhansk in summer 2014, described the war’s final goal in terms that Ilyin would have understood: “If the world were saved from demonic constructions such as the United States, it would be easier for everyone to live. And one of these days it will happen.”

Anyone following Russian politics could see in early 2016 that the Russian elite preferred Donald Trump to become the Republican nominee for president and then to defeat Hillary Clinton in the general election. In the spring of that year, Russian military intelligence was boasting of an effort to help Trump win. In the Russian assault on American democracy that followed, the main weapon was falsehood. Donald Trump is another masculinity-challenged kleptocrat from the realm of fiction, in his case that of reality television. His campaign was helped by the elaborate untruths that Russia distributed about his opponent. In office, Trump imitates Putin in his pursuit of political post-truth: first filling the public sphere with lies, then blaming the institutions whose purpose is to seek facts, and finally rejoicing in the resulting confusion. Russian assistance to Trump weakened American trust in the institutions that Russia has been unable to build. Such trust was already in decline, thanks to America’s own media culture and growing inequality.

Ilyin meant to be the prophet of our age, the post-Soviet age, and perhaps he is. His disbelief in this world allows politics to take place in a fictional one. He made of lawlessness a virtue so pure as to be invisible, and so absolute as to demand the destruction of the West. He shows us how fragile masculinity generates enemies, how perverted Christianity rejects Jesus, how economic inequality imitates innocence, and how fascist ideas flow into the postmodern. This is no longer just Russian philosophy. It is now American life.


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