Histoire: En finir avec la repentance à sens unique (Apologies all around: where do we stop?)

30 novembre, 2007
Otto Pilny
Les millions d’Européens et d’Américains qui, aux 17e et 18èmes siècles, ont été enlevés et asservis par les Etats barbaresques de l’Afrique du nord n’ont-il pas eux aussi droit à des excuses, de la part par exemple de Khadafi ou du roi du Maroc? (…) Les agents de la fourrière deviendront-ils la Gestapo du 22e siècle, nos zoos son goulag, rappelés avec honte? Verra-t-on le magazine Hartford Courant qui a fait d’abjectes excuses pour avoir publié aux 18e et 19e siècles des pubs pour des ventes d’esclaves se confondre en excuses au siècle prochain pour avoir présenté des pubs de chiots à vendre? Gorman Beauchamp

Razzias barbaresques, traites africaines, esclavagisme peau-rouge

Génocides, massacres génocidaires, épuration ethnique et religieuse, goulags toujours largement non reconnus ou impunis de nos amis turcs, arabes, iraniens, soudanais, Moyen-orientaux, musulmans, soviétiques, chinois, cambodgiens, nord-coréens, cubains

Alors que les discours de l’excuse ont repris de plus belle avec la nouvelle flambée de violence qui vient de reprendre (avec cette fois la volonté délibérée de tuer du flic) à Villiers-le-Bel …

Il faut lire d’urgence l’excellente démonstration, par le professeur de l’université du Michigan Gorman Beauchamp, des dérives du discours de la repentance.

Qui plaide pour la fin de ces pardons sans fin et la prescription des crimes historiques pour lesquels il n’y a plus de survivants.

Remarquant au passage que (comme d’ailleurs pour le pacifisme au temps des missiles soviétiques des années 80) une telle obsession de la repentance se retrouve toujours étrangement du même côté de la planète, à savoir celui de l’auto-flagellateur Occident !

Extraits (traduits au babelfish):

Le parlement français a adopté à l’unanimité une loi déclarant que « la traite transatlantique et de l’Océan Indien, perpétué à partir du 15ème siècle contre des Africains, Amérindiens, Malgaches et Indiens, constitue un crime contre l’humanité »: les siècles d’esclavage avant le 15e siècle et l’esclavage d’autres peuples ne constituant apparemment pas un tel crime, du moins en France.

Pourquoi le parlement français devrait-il dénoncer l’esclavage post-15e siècle comme « crime contre l’humanité » mais pas celui qui a construit les Pyramides et le Parthénon et la plupart des autres grands monuments de l’Antiquité?

Les millions d’Européens et d’Américains qui, aux 17èmes et 18èmes siècles, ont été enlevés et asservis par les Etats barbaresques de l’Afrique du nord n’ont-il pas eux aussi droit à des excuses, de la part par exemple de Qaddafi ou du roi du Maroc ?

(…)

Ce cas pourrait servir à rappeler la sagesse de déclarer la prescription des crimes et des méfaits historiques, de limiter la responsabilité aux malfaiteurs réels, de ne pas visiter les péchés (ou les arriérés du loyer) des pères sur les enfants et les enfants des enfants, à travers les âges. Naturellement ceux qui sont les victimes littérales des événements historiques méritent des excuses officielles et beaucoup plus. Par exemple, ceux de la deuxième guerre mondiale: les Nisei internés dans ce pays après Pearl Harbor; les travailleurs esclaves en Allemagne sous les Nazis ; et les prétendues femmes de confort, jusqu’à peut-être 200.000, la plupart du temps coréennes, soumises à la prostitution forcée par les Japonais. Les Américains japonais internés ont en fait déjà reçu des compensations financières: $20.000 pour chacun des 82.250 requérants, pour un total de $1.65 milliards. Et environ 56 années après la chute du troisième Reich, les entreprises allemandes qui avaient bénéficié du travail forcé – 6000 compagnies, y compris Daimler Chrysler, Bayer, Bertelsmann, Deutsche Bank – ont accepté de verser à part égale avec le gouvernement, leur part des $4.5 milliards de compensation attribués aux victimes. Les paiements vont de $2.000 à $7.000 par individu, selon la durée et l’état de leur servitude. Ces tentatives de réparation peuvent sembler trop peu et trop tard, puisque nombre des victimes sont mortes, et ne pas nécessairement avoir les plus nobles motivations; mais elles représentent des actions de la part des parties (grosso modo) responsables pour indemniser les individus spécifiques lésés, et non de prétendus gestes envers des catégories actuellement vides de victimes (les Japonais ayant pris le parti de retarder les paiements aux femmes de confort, comme s’ils attendaient que toutes les femmes meurent avant).

Notre manie des excuses provient d’une forme radicalisée de « présentisme »: la croyance, dans la pratique, même si pas entièrement explicité, que les actions et les acteurs du passé devraient être évalués, et habituellement condamnés, sur la base des normes actuelles. Dans notre âge relativiste dans lequel l’opinion progressiste évite notoirement les universels et les absolus, les critères actuellement en vogue du côté de Cambridge et Chapel Hill, Ann Arbor et Palo Alto, Austin et Madison semblent avoir un statut plus que contingent. Les critères apparaissent dangereusement proches des absolus, la sorte derévérence pour les absolus qui permet aux thésards modérément compétents en sociologie ou en études culturelles de savourer leur supériorité morale sur presque n’importe quel habitant des ténèbres du passé pré-foucaldien.

(…)

Le présentisme veut non seulement juger le passé d’après les critères du présent, mais, en un manque complet d’imagination historique, ne peut concevoir des critères du futur étant radicalement différents d’aujourd’hui. (…)

Si l’impératif de Peta, par exemple, devait devenir notre éthos dominant vers par exemple 2107, date à laquelle plus aucune âme respectueuse des lois n’ingérerait des morceaux ou des produits animaux ou porterait leurs peaux et serait horrifié à la pensée que ses ancêtres aient pu le faire, quelle sorte d’excuses pour l’histoire ne faudrait-il pas alors entendre? A tous les canidés qu’on avait fait tourner en rond pour le plaisir des fans des concours de beauté canine de Westminster ou des pur sangs du Kentucky Derby ? A tous les rats martyrisés dans les laboratoires, victimes de la « science » – ou, plus pire encore, de la « beauté » ? À chaque porc réduit en côtelettes, à chaque vison transformé en manteau ? Le longue liste des grands bandits du passé se verra-t-elle allongée pour inclure le colonel Sanders, Oscar Mayer, et Manolo Blahnik ? Les agents de la fourrière deviendront-ils la Gestapo du 22e siècle, nos zoos son gulag, rappelés avec honte? Le magazine Hartford Courant a fait d’abjectes excuses pour avoir publié aux 18ème et 19ème siècles des pubs pour des ventes d’esclaves; le verra-t-on au siècle suivant se confondre en excuses pour avoir présenté des pubs de chiots à vendre?

Nous ne pourrions jamais séparer, dans l’inextricable patchwork de la culture américaine, la victime du bourreau ou du spectateur innocent. Comment rembourser quelqu’un dont le grand-père était un requin de l’industrie et dont la grand-mère était une domestique immigrée? Récemment, par exemple, des généalogistes ont signalé que le sénateur Barack Obama était non seulement apparenté à Jefferson Davis mais qu’il avait au moins deux autres propriétaires d’esclaves parmi ses ancêtres directs.

(…)

Pourquoi verser les réparations à cette génération de descendants ? Pourquoi pas à la prochaine et à la prochaine et à la prochaine et ainsi de suite? Pourquoi payer et faire des excuses à une génération satisferaient les générations à venir ? Qu’est-ce qui donne à certains le droit de présenter des excuses pour les croisés pilleurs de villes ou les persécuteurs de Joseph Smith ou les cannibales mangeurs de missionnaires ? Et qu’est-ce-qui donne à d’autres le droit d’accepter ces excuses?

Un courrier de lecteur dans un magazine national suggérait « que certains Afro-Américains avaient l’air de vouloir remettre leurs ancêtres sur le bloc d’enchères une plus de fois pour voir combien ils rapporteraient sur le marché d’aujourd’hui. » Plutôt dur, mais on voit ce qu’il veut dire: ils veulent un prix mis sur la douleur des esclaves, et ils le veulent payé maintenant et à eux. Et quand leurs petits-enfants soulèveront la question de l’esclavage et de son importance pour eux, que leur dira-t-on? Voyez votre grand-père. C’est lui qui a encaissé le chèque. La facture a été payée.

(…)

Les mêmes coupables soudanais arabes du meurtre et du viol en masse de la population africaine noire sont également engagés dans l’esclavage. Universellement condamné depuis des siècles tant qu’il était pratiqué par les « hommes blancs morts », l’esclavage est aujourd’hui curieusement tolérable une fois pratiqué par des personnes de couleur.

Le célèbre chroniqueur Ken Hamblin, lui-même afro-américain, a pointé l’ironie qu’aucun des leaders afro-américains à la tête du mouvement pour les réparations n’a jamais pris part au mouvement de base pour l’éradication de ce fléau toujours actuel. « Personne ne conteste sérieusement le fait que l’esclavage noir existe toujours au Soudan, mais ce fait semble avoir eu un impact minimal sur les noirs américains, les descendants les plus riches et les plus influents politiquement des Africains noirs de la planète. »

Le sens le plus élémentaire de la priorité morale ne suggère-t-il pas qu’ils devraient – comme nous tous – concentrer leur attention sur la situation difficile des vivants plutôt que sur le destin des morts, qui son après tout au delà de notre aide? Faire des excuses à Chicago pour la vache de Mme O’Leary’s devrait vraiment passer après la stricte application des normes incendie actuelles. Selon les estimations de la CIA, il y aurait actuellement jusqu’à 800.000 esclaves de par le monde chaque année, forcés à travailler sans salaire et contre leur volonté.

(Gorman Beauchamp, « Excuses à tous les étages
La tendance actuelle à la repentance pour les crimes de l’histoire soulève la question: jusqu’où? »)

Apologies All Around
Today’s tendency to make amends
for the crimes of history raises
the question: where do we stop?
Gorman Beauchamp
The American Scholar
Autumn 2007

Imagine that you attend a dinner party where you get roaring drunk, insult all the guests, break your hostess’s Tiffany lamp, throw up all over the bathroom, make crude sexual advances toward the family’s teenage daughter (or son, depending), and, in backing out of the driveway, run over a bougainvillea and the cat. Imagine further that, sincerely contrite, you write a heartfelt apology — for breaking the lamp. Imagine further still that it’s not you who pens the letter of apology, but, say, your great-grandchild; and not to your original hosts, long dead, but to their great-grandchildren, but still only for having broken the lamp.

Fifty years ago, New American Library published the Mentor Philosophers series, each with a title beginning The Age of . . . Belief, Ideology, Reason, and so on; the 20th-century selections bore the title The Age of Analysis. Had the series continued to the end of that century and into this, the volume should no doubt be The Age of Apology. Our postmodern ethos seems to hold that if anything can be proved to have happened, then surely someone needs to apologize for it.

We live amid a veritable tsunami of apology. The Catholic Church, which, of course, has much to apologize for, has, of late, offered mea culpas to Galileo, the Jews, the gypsies, Jan Hus, whom it burned at the stake in 1415, even to Constantinople (now Istanbul) for its sacking 800 years ago by the knights of the Fourth Crusade, an event for which the late John Paul II expressed “deep regret.” No wonder that a group in England, claiming descent from the medieval Knights Templars, is asking the Vatican to apologize for the violent suppression of the order and for torturing to death its Grand Master Jacques de Molay in 1314, an apology timed to commemorate the 700th anniversary of that fell deed. In America, the National Council of Churches apologized to Native Americans for Europeans’ discovering their continent and appropriating their land (but did not return any church’s specific holdings to any specific tribe). The United Church of Canada followed suit, officially apologizing to Canada’s native peoples for wrongs inflicted by the church; the native peoples, however, officially rejected the apology.

The current lieutenant governor of Illinois, Pat Quinn, personally presented the leaders of the Mormon church with a copy of his state legislature’s House Resolution 793, expressing “official regret” for the 1844 murder of Joseph Smith and the expulsion of his followers, the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints. The language asking for “pardon and forgiveness” was toned down when certain lawmakers protested that they could not ask for forgiveness for acts that they had not personally committed — a retrograde notion, apparently, of individual responsibility. Tony Blair, as British prime minister, apologized to the Irish for his nation’s insensitivity to the plight of the victims of the Potato Famine in the 1840s. A hundred years after the event, the U.S. Congress offered a formal apology to the Hawaiians for the overthrow of their monarchy in 1893. The French parlement unanimously adopted a law stating that “the trans-Atlantic and Indian Ocean slave trade, perpetuated from the 15th century against Africans, Amerindians, Malagasies and Indians, constitutes a crime against humanity”: the centuries of slavery before the 15th and the slavery of other peoples do not, apparently, constitute such a crime, at least in France.

In 2005 the U.S. Senate formally apologized for something that it had not done: make lynching a federal crime. Such a record of inaction, claimed one of the resolution’s sponsors, constituted a “stain on the United States Senate.” True enough, no doubt, but one of how many? Imagine if the United States or any other government began apologizing not only for sins of commission but for those of omission: an infinite regress of culpability.

My favorite apology so far, however, appeared in a brief Reuters account. “Villagers of the tiny settlement of Nubutautau [Fiji] wept as they apologized to the descendants of a British missionary killed and eaten by their ancestors 136 years ago,” the news agency reported. “The villagers and the relatives of the missionary, the Rev. Thomas Baker, were taking part in a complex ritual intended to lift a curse the locals say has caused an extended run of bad luck.” A cow was slaughtered and kisses given to the 11 relatives of the missionary by the village chief, Ratu Filimoni Nawawabalavu, “a descendant of the chief who cooked the missionary.” No word on whether the curse lifted.

I would never denigrate any civilized response of anyone for harm he may have done or misbehavior he may have engaged in. But apologies offered by people to their contemporaries for actions taken long before any of them were born strike me as vacuous and more than a little exhibitionistic. The events and practices eliciting apology are, in varying degrees, horrific, of course, but history is filled with others equally horrifying. Why should the pope apologize for the sacking of Constantinople but not for, say, the massacre of all the inhabitants of Jerusalem — Muslims, Jews, and even Eastern Christians — in 1009, when the city fell to the forces of the First Crusade? If the pope apologizes for the treatment of Galileo, what of the much crueler fate of Giordano Bruno or Cecco d’Ascoli, encyclopedist, scientist, and poet, burned at the stake in Florence in 1327, the fire fueled with the pages of his own books? Why should the French parlement stop with declaring post-15th-century slavery “a crime against humanity” but leave un-indicted the slavery that built the pyramids and the Parthenon and most of the other great edifices of antiquity? Or the slavery that supplied the manpower that propelled papal galleys around the Mediterranean throughout the Middle Ages and several centuries thereafter? Are not the million or more Europeans and Americans who, in the 17th and 18th centuries, were kidnapped and enslaved by the Barbary States of North Africa due an apology, too — from, say, Muammar al-Qaddafi or the king of Morocco? If the U.S. Congress starts apologizing to the Hawaiians for a treacherous regime change, what of the endless string of broken treaties with the Seminoles and the Cherokees and . . . well, with almost any tribe that managed to survive long enough for there to be a U.S. Congress to betray it? History, that is, offers so much to apologize for that the question is not where to start but where to stop. We could save time, energy, and the risk of invidious specificity by just apologizing for history itself.

In Book II of Gulliver’s Travels, Lemuel Gulliver gives an account of the history of his age (the late 17th and early 18th centuries) to the wise but utterly bemused king of the race of giant Brobdingnagians. Appalled by what he hears, the king adjudges Gulliver’s history to be “only an heap of conspiracies, rebellions, murders, massacres, revolutions, banishments, the very worst effects that avarice, faction, hypocrisy, perfidiousness, cruelty, rage, madness, hatred, envy, lust, malice, or ambition could produce.” On the evidence of Gulliver’s account, the king concludes that humans constitute “the most pernicious race of odious little vermin that nature ever suffered to crawl across the surface of the earth.” No account of any era of human history before or since would, most likely, convince the king to revise his opinion. Jonathan Swift, the voice behind the Brobdingnagian mask, was no great lover of mankind — though he claimed to love heartily John, Peter, Thomas, and so forth — so his rendering of our history might be considered suspect. But then there is the testimony of the great 19th-century historian Lord Acton, he of “absolute power corrupts absolutely” fame: “Neither paganism nor Christianity ever produced a profound political historian whose mind was not turned to gloom by the contemplation of the affairs of men.” Or this from an editor of The New York Times Book Review, recently surveying the classical works of American history: “[H]istory is not the benign story of inexorable progress Americans like to believe in. Rather, it’s a record of unjustified suffering, irreparable loss, tragedy without catharsis. It’s a gorgon: stare at it too long and it turns you to stone.” Homo homini lupus, Freud cites in Civilization and Its Discontents: man is a wolf to man. “Who,” he asks, “in the face of all his experience of life and history, will have the courage to dispute this assertion?” One need not subscribe chapter and verse to such pessimistic readings of the past (although I, on most days, do) to acknowledge that its annals are overrife with horrors, crimes, and cruelty. Except for reasons of political expediency and publicity, how would we cherry-pick from this long and dismal record which enormities merit apology?

Another recent news item, this from Agence France-Presse, dateline Cairo: “A court ordered 96 tenant farmers to pay back rent for the years 1923 to 1936 after finding for the landlord in a 69-year-old suit that lawyers said marked a new record even for Egypt’s slow-moving justice system.” The judgment, for $64, went against the farmers, all now dead, who had withheld payment in a rent strike, but “the court ruled that the law still required the original tenants’ grandchildren to pay. An appeal remains possible.” This case could serve as an admonitory reminder of the wisdom of declaring a statute of limitations on historical crimes and misdemeanors, of limiting liability to the actual perpetrators, of not visiting the sins (or the back rents) of the fathers on the children and the children’s children, down through the ages. Of course those who are literal victims of historical events deserve an official apology and a good deal more. For instance, from World War II: the Nisei interned in this country after Pearl Harbor; the slave laborers in Germany under the Nazis; and the so-called comfort women, perhaps as many as 200,000, mostly Korean, forced into prostitution by the Japanese. The interned Japanese Americans were, in fact, financially compensated: $20,000 for each of 82,250 claimants, for a total of $1.65 billion. And some 56 years after the fall of the Third Reich, German businesses that had used slave labor then — 6,000 companies, including DaimlerChrysler, Bayer, Bertelsmann, Deutsche Bank — agreed to pay half of $4.5 billion in compensation, the other half footed by the government. Payments range from $2,000 to $7,000 per individual, depending on the duration and condition of their servitude. These attempts at reparation may seem too little and too late, since many of the victims are dead, and less than altruistically motivated; but they do represent actions by the (more or less) responsible parties to indemnify the specific individuals harmed, not gestural feints toward now-empty victim categories. (The Japanese have delayed any payments to the comfort women; one suspects they count on all of the women dying before they get around to it.)

Our mania for apology stems from a radical sort of “presentism”: the belief, in practice, if not fully articulated, that the actions and actors of the past should be evaluated, and usually condemned, by present-day standards. In our relativistic age in which advanced opinion notoriously eschews universals and absolutes, the criteria obtaining at the moment in Cambridge and Chapel Hill, Ann Arbor and Palo Alto, Austin and Madison seem to have more than contingent status. The criteria appear perilously close to absolutes, the sort of absolutes obeisance to which allows moderately competent graduate students in sociology or culture studies to relish their moral superiority to almost any denizen of the benighted pre-Foucault past. One has only to listen to the incredulous-to-hostile laughter that, at academic conferences, greets the opinions of, say, Henry Adams or Thomas Carlyle on the mental capacities of women, or of Hegel or Hume on Africans, commonplace a century or two ago, to understand how relative our relativism really is.

Presentism wants not only to judge the past by the criteria of the present, but, in a complete failure of historical imagination, can’t conceive of the criteria of the future being radically different from today’s. A coercive dystopian future (as in the Republic of Gilead in Margaret Atwood’s The Handmaid’s Tale, where women are re-relegated to the home and doctors who once performed abortions are hanged) can be imagined, for it’s really the projection of the Old Testament past into a third Bush-Cheney term. Such images of the future tend, in fact, to be atavistic. But can we imagine something unprecedented shaping our future? If the peta imperative, for example, were to become our dominant ethos by, say, 2107, at which time no law-abiding soul would ingest animal parts or products or wear their skins and would recoil in horror at the thought that his ancestors had, what sort of apologies for history would then be forthcoming? To all the leashed canines run around in circles for the pleasure of dog lovers at the Westminster Kennel Club Dog Show or the thoroughbreds in the Kentucky Derby? To all the rats martyred in labs, victims of “science” — or, worse yet, “beauty”? To every pig rendered pork chops, to every mink become a coat? Will the roster of great villains of the past expand to include Colonel Sanders, Oscar Mayer, and Manolo Blahnik? Will dogcatchers become the 22nd century’s version of the Gestapo, our zoos its gulag, remembered with shame? The Hartford Courant has abjectly apologized for publishing ads in the 18th and 19th centuries for the sale of slaves; in the next century will they apologize for having run ads for puppies for sale?

The certain-to-be-made objection that such far-fetched examples trivialize real historical events only proves my point that few can seriously envision a future value system radically different from our own, just as, a century ago, few could have imagined Christopher Columbus charged with genocide or Lincoln branded a racist. Who, then, could have envisioned school boards renaming their Jefferson Highs because the eponym owned slaves, or regents jettisoning their university team logos as offensive to Native Americans? As Stacy Schiff wrote last year, “You can go to bed as an apostle of liberty, the author of the Declaration of Independence, to wake up as a slave-owning, mealy-mouthed misogynist.” Only 50 years ago, when I was a student in one of them, all eight of the then-segregated all-white high schools in Houston, Texas, were named after heroes in the Texas war against Mexico or officers of the Confederacy, including Jefferson Davis; recently an African-American superintendent of the district was succeeded by a Hispanic. In 1873 the Supreme Court ruled 8-1 in Bradwell v. Illinois that women did not have the right to become lawyers: “The natural and proper timidity and delicacy which belongs to the female sex evidently unfits it for many of the occupations of civil life,” the court held. “The paramount destiny and mission of women are to fulfill the noble and benign offices of wife and mother. This is the law of the Creator.” The court would probably not rule so in this era, particularly a court that includes Justice Ruth Bader Ginsburg. Things change. Some things change in a hurry.

If certain trends metastasized, a hyperplutocratic era might arrive, with Ayn Rand as its principal deity and Friedrich Hayek as her prophet, when the devout would all wear gold dollar signs around their necks. In such an age, instead of agitation to pay reparations to descendants of those who had been held in slavery, the politically correct opinion would concur that the descendants of the slave holders are the ones who should be indemnified, their ancestors’ property having been confiscated without their consent or proper compensation. Such presentism then prevailing, strong sentiment would exist to send the 13th Amendment the way of the 18th and to declare Jefferson Davis’s birthday a national holiday.

The reparations-for-slavery movement in the United States, inchoate and sputtering as it is, provides a paradigm of our apologizing-for-history syndrome. Slavery today is, of course, widely if not universally condemned as an evil practice, its presence in our nation’s early days a blot on our history. Americans practiced and profited from slavery for more than 200 years, and so we should, the argument runs, however belatedly, have to pay for it. But pay whom, and how? All those who endured slavery are generations dead and cannot, like the Nazi slave laborers, be compensated. Does their exploitation, however, constitute something like a historical IOU? Is their suffering heritable, like property that can be passed down through generations?

Slavery existed in some form or other through most of recorded history in many parts of the world, from the Helots of ancient Sparta to the serfs of czarist Russia emancipated at the time of our Civil War. Many theorists, including Aristotle, wrote in defense of slavery, and Saint Paul seems to countenance it. Deplorable as the institution may now be considered, the idea that the historical balance sheet could be retroactively readjusted, centuries of injustice rectified by a more enlightened moral bookkeeping, is chimerical. Even if the kingdom of heaven on earth, as promised by prophets, utopians, and Marxists, were miraculously to arrive tomorrow, even if the last were finally to be first, none of this would compensate the dead for the misery of their lives.

Nor, obviously, did chattel slavery constitute the only form of horrifying economic exploitation. In the mid-19th-century industrial cities of England, for instance, 54 percent of working-class children died before the age of five; virtually all of those who survived would be put to work by the age of six or seven, typically for 13-hour days, and would die young. Not slaves in the strictest sense, the child laborers of the Industrial Revolution fared no better. They left fewer descendants to seek reparation, however, since most died too early to produce any. Adam Hochschild in Bury the Chains, his account of England’s abolition of slavery, points out how Parliament paid West Indian slave owners extravagant sums to free their slaves, who were then hired by the same owners to do the same work for wretchedly subsistent wages. Ira Berlin, in a review of a history of cotton, writes:

Seventy percent of the first workers to enter the cotton mills in Lowell, Mass., died of respiratory illness, later diagnosed as byssinosis, or brown lung disease. Their contemporaries who labored in the cotton fields of Alabama and Mississippi had no need to fear such lingering deaths, as their end came more swiftly and often more violently. Whether they worked for the lords of the loom or the lords of the lash, men and women — not to mention millions of children — who worked in the cotton industry were driven to an early death after a short, harsh existence.

Such instances and evidence could, of course, be extended ad extremum, over the centuries and around the world, many more recent and closer to home. But the point is not to engage in competing misery, seldom edifying, but to reiterate the premise posited at the outset about the nature of history itself. The dismal truth is, as Thomas Malthus memorably formulates it in Essay on the Principle of Population: “It has appeared, that from the inevitable laws of our nature some human beings must suffer from want. These are the unhappy persons who, in the great lottery of life, have drawn a blank.”

The practical arguments against a policy of reparations for slavery seem overwhelming. Consider people whose ancestors never owned slaves or people who came to this country long after slavery was abolished. That these people would agree to pay reparations is, at the least, implausible. The frequently heard counterargument holds that all Americans have benefited from the unpaid labor of the slaves so all should pay now (which means that the descendants of slaves would be paying reparations to themselves). But we as a nation have grown and profited from the exploited labor, at least from our more kindhearted present-day perspective, of people of every race, creed, and condition of servitude, from the indentured servants of colonial days to the migrant workers of today. Can we even begin to imagine a social mechanism that could right wrongs of this magnitude that were committed so long ago? What about a retroactive minimum wage by which descendants would receive the difference between what was paid then and what seems fair now? Obviously impossible because we could never tease out of the patchwork fabric of American culture the victim, the victimizer, and the innocent bystander. How to repay someone whose grandfather was a robber baron and whose grandmother was an immigrant servant girl? Recently, for instance, genealogists reported that Sen. Barack Obama was not only related to Jefferson Davis but numbered at least two other slaveholders among his direct ancestors.

A federal district court judge in Illinois recently dismissed an effort by descendants of slaves to gain reparations from corporations that they argued had benefited from slavery, ruling that none of the plaintiffs could show a specific link between themselves and the 17 corporations they named as defendants. The plaintiffs’ claim exemplifies “identity politics,” the belief that one has common interests with other members of a group simply by virtue of being a member of that group. In the Illinois case, that would be specifically anyone with a slave ancestor, presumably any black American except those descended exclusively from post–Civil War black immigrants. Even some who, while “passing” for white, might, if the reparations proved substantial enough, suddenly discover a great-great-grandparent who had borne the chains of bondage. The law requires something more exacting than group membership: evidence of specific harm done to the plaintiffs by their having a slave ancestor.

Although the reparations-for-slavery movement has minimal practical chance of succeeding, it raises interesting theoretical questions about apologizing for history in general. Reparations are apologies plus cash or its equivalent. Once paid to the descendants of those who suffered, will reparations have cleared the slate, righted the wrong, done justice? Why pay reparations to this generation of descendants? Why not to the next one and the next and the next after that? Why would paying and apologizing to one generation satisfy those to come? What gives some people the right to offer apologies for the city-sacking Fourth Crusaders or Joseph Smith’s persecutors or missionary-eating cannibals? And what gives others the right to accept those apologies? A letter published by a national magazine suggested “that some African-Americans favor placing their forefathers on the auction block one more time to see how much they will bring in today’s market.” Rather harsh, but one sees the point: they want a price put on the suffering of slaves, and they want it paid. To them. And when their grandchildren raise the issue of slavery and its relevance to them, what will they be told? See your grandfather. He cashed the check. The bill’s been paid.

But who are we to apologize? We assume, as I suggested, something like absolute validity for our current values, which gives us a sense of moral superiority to the benighted past. Is it justified? Charles Sanders Pierce, the American pragmatist philosopher, once defined a belief as a disposition to act. That is, you believe what you do. And what have we done, we apologizers? The 20th century, argued the poet Louise Bogan, was the worst century so far. Isaiah Berlin likewise regarded it as “the most terrible century in Western history.” Even if, like most of my students, we relegated the first half of the 20th century, with the mass carnage and destruction of its two world wars, to the realm of ancient history, the evils of the last half century, well within the lifetime of most of us, appear quite sufficient unto the day. “Never again!” became the resolve after the revelation of the Nazi genocide, but the world has since witnessed, more or less passively, appalling crimes against humanity again and again: in China’s Cultural Revolution, in the killing fields of Cambodia, in the genocidal ethnic cleansing in Rwanda and Bosnia, and today in Darfur.

“Unless there is an immediate international intervention in Darfur, up to a million people may be dead by the end of this year,” according to the executive director of Africa Action, Salih Booker. That was 2004. In his 2005 book Darfur: The Ambiguous Genocide, Gérard Prunier points out that “the European Union presented a spectacle of complete lack of resolve and coordination over the Sudan problem in general and the Darfur question in particular” and that the United Nations had been similarly ineffective. Or as Nobel peace laureate Elie Wiesel wrote last year: “In Darfur, humankind’s center of suffering today, men, women and children are uprooted, starved, tortured, mutilated, humiliated and massacred and the whole civilized world knows it. And little or nothing significant is being done to stop these massive violations of human rights.”

The same Arab Sudanese guilty of the wholesale murder and rape of the black African population also engage in slavery. Universally condemned as practiced centuries ago by dead white men, slavery is oddly tolerable today when practiced by people of color. The syndicated newspaper columnist Ken Hamblin, himself African-American, has pointed out the irony that none of the prominent African-American leaders agitating for reparations has been active in the struggling grassroots movement to combat this ongoing evil. “No one seriously disputes the fact that black slavery still exists in Sudan, but that fact seems to have had minimal impact on American blacks, the planet’s most affluent and politically influential descendants of black Africans.” Does not even the most elementary sense of moral priority suggest that they — that all of us — should focus our attention more on the plight of the living than the fate of the dead, who, after all, are beyond our help? Apologizing to Chicago for Mrs. O’Leary’s cow really ought to take a back seat to rigorously enforcing the current fire codes. The CIA estimates that as many as 800,000 people around the world are now enslaved each year, forced to work without pay and against their will.

Apologies, believes Mrs. Touchett, a character in Henry James’s Portrait of a Lady, are “of no more use to her than bubbles, and she herself never dealt in such articles. One either did the thing or one didn’t.” Mrs. Touchett, stiff-backed, unsentimental, no-nonsense, whose favorite words in the English language are yes and no, is not meant to be a particularly sympathetic character, but I have always felt a guilty admiration for this tough old lady who refuses to traffic in apologies. She could well stand as the contra-Zeitgeist of our age, the antithesis to our thesis of perpetual apology. By her standard the history of our own age makes our apologies for crimes of centuries past sound hollow, fatuous, hypocritical. We might adopt as our credo a slight modification of the Gospels: Let him who is without sins of his own offer the first apology for the sins of others.

I do not, of course, disparage serious study of history, depressing as that often proves, nor do I deny the legitimacy of passing moral judgments on the past. The view that many of the actions that constitute history are evil does not mitigate the evil of any particular action, just as the plea of the politician on the take that “everyone does it” constitutes no defense in a court of law. A single cruel act in a vast sea of cruelty remains a cruel act. To say, then, that apologies for history are always pointless and usually fatuous does not mean that we should not remain keenly aware of the abuses of the past, particularly if this awareness can help prevent their recurrence.

A kind of historical amnesia often serves nationalistic interests. In 2005, Turkey put on trial the nation’s best known novelist, Orhan Pamuk, for insulting “Turkishness.” His offense was to point out to a Swiss newspaper his country’s refusal to confront its systematic murder of a million Armenians in 1915, the century’s first genocide. And another Turkish citizen, novelist Elif Shafak, was sued in 2006 under the same law merely because a character in her latest novel, The Bastard of Istanbul, calls the same murderous episode genocide. (The Pamuk case was dropped on a face-saving technicality; Shafak’s prosecution was also dismissed.) The Japanese increasingly expunge from their history texts mention of the atrocities committed by their army throughout Asia in World War II. The so-called rape of Nanking is only the most horrifying on a long list of horrors. Various ideologies, too, edit history to fit their Procrustean beds, tendentiously snipping, tweaking, spinning, and burking what would have seemed to be immutable facts. A certain sort of pathotheology or theopathology leads some — the president of Iran, the father of Mel Gibson, an engineering professor at Northwestern University — to join neofascist historians in denying that the Holocaust ever happened. In a 1956 Grace Kelly movie, The Swan, a minor German royal, dispossessed by the Napoleonic Wars, breathlessly announces: “I’ve just read the most wonderful book. It proves conclusively that Napoleon never existed.” Many such books find readers. The deconstructionist Paul de Man, with a pro-Nazi past of his own that needed deconstructing, tutored a generation of postmodernists in the fictiveness of facts. But for the quarter million men who followed the French general to Russia and died there, Napoleon existed. And for the millions who perished in it, the Holocaust existed; it is not deniable, even in Yale seminar rooms.

Facing history — that Gorgon’s head — dead on is never easy, and at times it is almost unbearable. The clearest lesson that it teaches is that grim one: Homo homini lupus. Still it chastens, tempers, rigorously instructs, is essential. The more we know of it, the better.

But, please. No more apologies.

Gorman Beauchamp, associate professor of humanities at the University of Michigan, is the author of a book on Jack London and essays on subjects ranging from Shakespeare to science fiction.


Annapolis: Qu’est-ce que c’est que ce pays qui refuse de négocier sa propre disparition! (Why can’t Israel just negotiate itself out of existence?)

30 novembre, 2007
Palestinian map omitting israelSi les régimes arabes tenaient vraiment à régler ce conflit, ils pourraient se montrer un tantinet plus accomodants que le ministre des affaires étrangères saoudien Saud Al-Faisal qui n’est venu qu’à l’expresse condition de ne pas devoir serrer la main aux Israéliens. Et ils pourraient être plus réalistes que le négociateur palestinien Saeb Erekat, qui a exclu d’emblée de qualifier Israël d’Etat juif alors que c’est explicitement à ce titre que celui-ci a été créé par une résolution de l’ONU approuvée il y a 60 ans aujourd’hui. The WSJ (le 29 novembre 2007)

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lue…

L’excellente présentation, par le professeur Bernard Lewis, du problème de la conférence d’Annapolis:

comment négocier avec un pays qui refuse de négocier… sa propre disparition?

La Question Juive
Bernard Lewis
WSJ
Le 27 novembre 2007
traduit par lagrette (Extreme-centre)

Voici quelques pensées sur la conférence de paix d’Annapolis et sur l’approche du conflit Israëlo-Palestinien. La première question (on pourrait croire que c’est évident mais apparemment pas) c’est, “ De quel conflit s’agit-il ?” Il y a fondamentalement deux possibilités : la taille d’Israël, ou son existence.

Si le problème est la taille d’Israël, nous avons un simple problème de frontière, comme l’Alsace-Lorraine ou le Texas en leurs temps. Ca ne veut pas dire que c’est facile à résoudre, mais que c’est possible à la longue et que c’est vivable en attendant.

Si, d’un autre coté, le problème est l’existence même d’Israël, il n’y a clairement aucune solution par la négociation. Il n’y a aucune position de compromis entre l’existence et la non-existence du pays et aucun gouvernement israélien, quel qu’il soit, ne va négocier sur le fait de savoir si ce pays devrait ou ne devrait pas exister.

L’OLP et d’autres porte-parole palestiniens ont donné, de temps en temps, des indications formelles de reconnaissance d’Israël dans leur discours diplomatiques en langue étrangère. Mais ce n’est pas le message qu’ils ont donné chez eux en arabe, sous toutes les formes, du livre d’école primaire, aux discours politiques ou aux sermons religieux. Là les termes utilisés en arabe décrivent non pas la fin des hostilités, mais un armistice ou une trêve, jusqu’à ce que la guerre contre Israël puisse reprendre avec de meilleures perspectives de succès. Sans une vraie acceptation du droit d’Israël à exister comme un État juif, de la même manière que les quelques 20 membres de la Ligue arabe existent comme des États arabes, ou le beaucoup plus grand nombre de membres de l’Organisation de la Conférence Islamique existent comme des états Islamiques, la paix ne peut pas être négociée.

La question des réfugiés est un bon exemple de comment ce problème affecte la négociation . Pendant la guerre de 1947-1948, environ 750 000 Arabes ont fui ou ont été chassés d’Israël (ces deux choses se sont passées a différents endroits) et trouvé refuge dans les pays arabes adjacents. Durant la même période et après, un nombre légèrement plus élevé de Juifs ont fui ou ont été chassés des pays arabes, d’abord de la partie de la Palestine contrôlée par les Arabes (où aucun Juif n’a été autorisé à rester), ensuite des pays arabes où ces memes juifs et leurs ancêtres avaient vécu depuis des siècles, ou même par endroits depuis des millénaires. La plupart des réfugiés juifs sont allés en Israël.

Ce qui est arrivé était ainsi, en fait, un échange de populations semblable à celui qui était survenu dans le sous-continent indien l’année précédente, quand l’Inde britannique avait été divisée entre l’Inde et le Pakistan. Des millions de réfugiés ont fui ou ont été chassés dans les deux sens — les Hindous et d’autres du Pakistan vers l’Inde, les Musulmans de l’Inde vers le Pakistan. Un autre exemple peut être trouvé en Europe de l’Est à la fin de Seconde Guerre mondiale, quand les Soviétiques ont annexé un grand morceau de la Pologne de l’est et ont compensé les Polonais avec un morceau de l’est de l’Allemagne . Cela a aussi causé un mouvement de réfugié important — les Polonais ont fui ou ont été chassés de l’Union soviétique vers la Pologne, les Allemands ont fui ou ont été chassés de la Pologne vers l’Allemagne

Les Polonais et les Allemands, les Hindous et les Musulmans, les réfugiés juifs des terres arabes, tous ont été réinstallés dans leurs nouvelles maisons et ont reçu les droits normaux de citoyenneté. Plus remarquablement, cela a été fait sans aide internationale. L’exception, c’était les Arabes palestiniens dans les pays arabes adjacents.

Le gouvernement de Jordanie a accordé aux Arabes palestiniens une forme de citoyenneté, mais les a gardés dans des camps de réfugiés. Dans les autres pays arabes, ils étaient et sont restés des étrangers apatrides sans droits ou opportunités, maintenus par le financement de l’ONU. Paradoxalement, si un Palestinien a fui vers la Grande-Bretagne ou l’Amérique, il a eu droit à la naturalisation après cinq ans et ses enfants nés sur place étaient des citoyens de naissance. S’il est allé en Syrie, au Liban ou en Iraq, lui et ses descendants sont restés apatrides, et on en est maintenant à la quatrième ou cinquième génération.

La raison de la chose a été exposée par différents porte-parole arabes . C’est le besoin de préserver les Palestiniens comme une entité séparée jusqu’au jour où ils rentreront et reconquerront toute la Palestine; c’est-à-dire toute la Cisjordanie, la Bande de Gaza et Israël. La demande pour “le retour” des réfugiés, autrement dit, signifie la destruction d’Israël. Il est très improbable que cela soit jamais approuvé par un gouvernement israélien.

Il y a des signes de changement dans certains cercles arabes, d’une volonté d’accepter Israël et même d’entrevoir la possibilité d’une contribution israélienne positive à la vie publique de la région. Mais de telles opinions sont seulement exprimées de facon tres furtive. Quelquefois, ceux qui osent les exprimer sont emprisonnés ou pire. Ces opinions n’ont eu jusqu’a maintenant aucun impact sur les dirigeants.

Ce qui nous ramene au sommet d’Annapolis. Si le problème n’est pas la taille d’Israël, mais son existence, les négociations sont perdues d’avance. A la lumière de ce qui est arrivé dans le passé, il est clair que ceci est et restera le problème, jusqu’à ce que les dirigeants arabes reussissent ou renoncent à leur but — c-a-d détruire l’Israël. Ni l’un ni l’autre ne sont probables à l’heure actuelle.

M. Lewis, professeur honoraire à Princeton, est l’auteur de “From Babel to Dragomans: Interpreting the Middle East” (Oxford University Press, 2004).

Original:

On the Jewish Question
Bernard Lewis
WSJ
November 26, 2007

Voir aussi:

The Perils of Engagement
Jeff Robbins
WSJ
November 21, 2007

In March 1999, a Democratic president of the United States was leading a military intervention in Kosovo. It was aimed at stopping the mass murder of a Muslim minority by Slobodan Milosevic, a bona-fide war criminal. Our European allies ardently desired the U.S. to shoulder the burden of this effort — but wished to publicly distance themselves from it, in order to avoid the potential political fallout in their own countries that ineluctably follows an association with the U.S.

The European leaders were not simply imagining political risk where none existed: Tens of thousands of demonstrators packed the streets of European capitals in the spring of 1999, denouncing the U.S. for using military force to stop Milosevic from killing and persecuting Muslim Kosovars. At the United Nations Human Rights Commission in Geneva, where I was a U.S. delegate at the time, a middle-aged Greek woman accosted me angrily at a reception and smugly attributed U.S. efforts to stop Milosevic to an American desperation to « protect American markets. » I responded that I had not known that American exports to Kosovo were of a magnitude so critical to the American economy as to galvanize the U.S. military industrial complex into launching a major bombing campaign there.

It is increasingly de rigueur around the world and, for that matter, in certain segments of the Democratic Party, to place responsibility for all international crises on the U.S. government. Unsurprisingly, therefore, when it comes to the Arab-Israeli conflict, it has attained the level of high fashion to ascribe the persistent absence of peace to a lack of adequate U.S. « engagement » in resolving it.

If the Bush administration were truly « engaged, » the argument goes, the chances for Middle East peace would be greatly improved. Next week’s meeting in Annapolis, Md., between Israel and at least certain of its Arab interlocutors has the look and feel of more of the same. Yesterday the State Department sent out « formal invitations » to the event, but it remains unclear who will attend besides Palestinian President Mahmoud Abbas and Israeli Prime Minister Ehud Olmert. If history is any guide, the meeting will yield unsatisfactory results, Israel will be blamed for failing to make the requisite concessions, and the Bush administration will be widely and sharply criticized for its « failure to engage. »

This analysis, simple and neat, and for so many so satisfying, would seem at odds with the historical record. The problem is that all too often, those who blame the U.S. for failing to deliver Mideast peace are some of the world’s most culpable enablers of Mideast violence — and those who are themselves actually responsible for erecting the fundamental roadblocks to a resolution of the conflict.

This is so obvious as to almost go without saying — except that the penchant for placing the blame on the U.S. is so widespread and so addictive that it goes largely unsaid. It was, of course, the Arab bloc, including the Palestinian leadership, that decided to reject the U.N.’s 1947 partition of Palestine into two states, Arab and Jewish, living side by side. Instead it invaded the nascent Jewish state rather than coexist with it, spawning the conflict that has so burdened the world for the last 60 years.

This was not a decision made by the U.S.

We are also not responsible for the Arab world’s choice not to create a Palestinian Arab state in East Jerusalem, Gaza and the West Bank from 1948 to 1967, when it easily could have done so — before there were any Jewish settlements there to serve as the public object of Arab grievance.

It was not the U.S. whose leaders issued the largely unremembered « Three No’s » of the Arab conference in Khartoum in the summer of 1967 — « no » to peace with Israel, to negotiation with Israel and to recognition of Israel — after the 1967 war backfired so badly on the Arab world. Nor can the U.S. government under President Clinton be criticized for failing to pursue Yasser Arafat with sufficient solicitude between 1993 and late 2000. The Clinton administration was, after all, the most ardent of suitors of the Palestinian leader — only to be forced to watch Arafat reject an independent Palestinian state in all of Gaza and virtually all of the West Bank.

It was the Palestinian leadership, not the U.S., that decided in the fall of 2000 that, rather than accept an independent Palestinian state, its wiser course was to launch a four-year bombing campaign against Israel’s civilian population. The result was not merely over 1,100 Israeli civilians killed, but several thousand Palestinians dead, as well as a shattered Palestinian economy and the decision by Israel to begin construction of a security barrier in July 2002.

President Clinton labeled this decision on the Palestinians’ part a « tragic mistake. » It is certainly inarguable that this particular decision, like others made by the Palestinian leadership over the past six decades, inflicted serious suffering on the Palestinian people. It has also resulted in suffering throughout the region, and instability beyond — but it was a course of action chosen and implemented by the Palestinians and publicly supported by Arab states, not by the U.S.

When Israel withdrew from all of Gaza in 2005, the Arab world had the opportunity for a fresh start there — to create a measure of hope for a population whose suffering long predated any Israeli presence. Instead of taking advantage of the opportunity, the Hamas-dominated Palestinian leadership opted to begin and then intensify an aggressive missile-launching campaign against Israeli civilian centers.

This choice in turn has led to Hamas’s international isolation, and conditions in Gaza have grown steadily worse for Palestinians there. For its part, the Arab world has in essence stood by and permitted this to occur, and has once again remained unwilling to place the actual welfare of Palestinians ahead of its desire to stir opposition to Israel.

However significant the role of the U.S. is in nurturing political settlements of international disputes, it simply cannot prevent the Palestinian leadership and its Arab backers from making extraordinarily poor choices or, in President Clinton’s parlance, « tragic mistakes. » There is a marked tendency on the part of most of the world to cite the Bush administration’s lack of « engagement » as the principal stumbling block to peace. It isn’t. As for the Arab world, there is an even more pronounced habit of fingering the U.S. as the party which has the means at its disposal to bring about a Middle Eastern settlement, or at least conditions favorable to a settlement. If the past is any indication, the U.S. does not ultimately possess those means. The Arab world does.

Saudi Arabia and other Arab countries, whose treasuries overflow with petrodollars, are in a position to invest heavily in the Gaza Strip, create economic opportunities for its destitute population, and dilute the toxin-filled atmosphere there. They have not done so.

The Egyptians are in a position to act decisively to stop the flow of rockets, bombs and other arms from Egypt into Gaza, where they are used to attack Israeli civilians. They have not done so.

Europe and Russia, whose lucrative contracts with Iran provide them with such enviable revenues, have been in a position to pressure Tehran into stopping the funding of Hezbollah, which assaults Israel from Lebanon, and Hamas, which assaults Israel from Gaza. They have not done so.

Under the circumstances, one might imagine that those in a position to dramatically improve the situation in the Middle East — but who have chosen by their inaction to worsen it — might feel sheepish about placing the onus for the absence of Middle East peace on the U.S. The only thing in shorter supply than sheepishness when it comes to the Middle East, however, is helpfulness. As far as helpfulness is concerned, it is past time for those who complain most about the lack of American « engagement » to begin providing some.

Mr. Robbins was a U.S. Delegate to the United Nations Human Rights Commission during the Clinton administration. He is a partner at the law firm Mintz, Levin in Boston.

Voir enfin:

Mr. Bush and Ms. Rice run the risk of repeating the mistakes of the Clinton Administration, which made a fetish of photo-ops, left the hard issues to the end and tried to substitute atmospherics for substance. That was the road map to failure at Camp David in 2000, the squandering of Presidential prestige and the bloody five-year intifada.

After Annapolis
WSJ
November 29, 2007

However history judges President Bush, it will surely grant him this: He did few things small. From regime change in Afghanistan and Iraq to Social Security and immigration reform, Mr. Bush has been an ambitious executive. And in seeking in his last year in office to negotiate the end to the Israeli-Palestinian conflict, as he did this week in Annapolis, Maryland, the President is being true to type.

Mr. Bush comes to the task with some advantages. Among Israelis, he has a reputation as perhaps the friendliest American President in history, giving him credibility and leverage few of his predecessors enjoyed. His June 2002 speech calling for a Palestine that could govern itself democratically and tolerantly and live in peace with its neighbors set the right benchmarks for eventual statehood. And in President Mahmoud Abbas and Prime Minister Salam Fayad, he has as moderate a Palestinian leadership as we have seen.

Mr. Bush is helped, too — at least in theory — by the rising power of Iran, and the fear this inspires among Sunni regimes that Tehran will capitalize on the Palestinian issue for its own revolutionary ends. This helps account for the presence of Egyptians and Jordanians at the Annapolis conference, but also the Saudis.

Then again, if the Arab regimes were really keen to settle the conflict, they might be slightly more forthcoming than Saudi Foreign Minister Saud al-Faisal, who attended on the condition that he wouldn’t shake hands with Israelis. And they might be more realistic than Palestinian negotiator Saeb Erekat, who has ruled out recognizing Israel as a Jewish state even though Israel was created explicitly as such by a U.N. resolution approved 60 years ago today. As historian Bernard Lewis pointed out in these pages Monday, how do these so-called moderates expect Israel to cede territory when they’ll cede nothing on the right of Israel simply to exist?

That’s a point Mr. Bush and Secretary of State Condoleezza Rice need to consider as they move beyond Annapolis. The Administration is making a large political investment on achieving a settlement, and it will surely be blamed for every failure along the way. Yet the U.S. is in no realistic position to force peace on people unwilling or unable to make it — to get Mr. Abbas to reclaim the Gaza Strip, for instance, or prevent Hamas from raining rockets on Israel. Nor can the Administration decently ask Israelis to compromise their security for the sake of a « peace process » that exists more in the minds of Western diplomats than it does among the human beings living in harm’s way.

Mr. Bush and Ms. Rice run the risk of repeating the mistakes of the Clinton Administration, which made a fetish of photo-ops, left the hard issues to the end and tried to substitute atmospherics for substance. That was the road map to failure at Camp David in 2000, the squandering of Presidential prestige and the bloody five-year intifada. Barack Obama’s assertion that talk alone can make things better is not always true.

Only the churlish could wish the sincere Annapolis peace makers ill. But neither does it help to cheer them down a path that has led to failure so many times before.


Universités: Ce que nos étudiants ne veulent pas voir

28 novembre, 2007
TolbiacLes étudiants restent viscéralement attachés à une fiction égalitaire: la méritocratie, à laquelle ils adhèrent, doit être compensée par le libre accès aux filières universitaires, même si cette égalité formelle débouche sur une sélection par l’échec en premier cycle. Olivier Galland
J’aimerais mieux un exemple européen que nord-américain. Valérie Pécresse

4% des effectifs absorbant 30% des fonds publics

Dépense par étudiant jusqu’à dix fois plus élevée (Normale Sup: 40 000 euros annuels par étudiant à comparer avec une moyenne de 6 700 euros pour les universités, soit un tiers de la moyenne américaine, dont la rémunération des élèves eux-mêmes (1300 euros mensuels à Normale Sup ; 1400-2100 à l’ENA ; 500 à Polytechnique) …

Taux d’encadrement maximal et formation des plus scolaires pour ceux qui en auraient le moins besoin …

Levage massif de fonds privés (25 millions d’euros pour plusieurs grandes écoles de commerce)…

Sélection ouverte mais taux de réussite et débouchés presque garantis …

Filières universitaires bouchées (eg. sport : 45 000 étudiants, 400 postes de professeurs d’EPS ; 26% des étudiants en sciences humaines (psycho, socio, histoire), soit 350 000 sur les 470 000 nouvelles inscriptions chaque année …

17 facs parisiennes sur un total de 136 facs, dont 18 comptent moins de 100 élèves avec…18 étudiants dans certaines filières …

Taux de non-publication (chimie : 91% ; physique : 82 ; maths : 77 ; sciences sociales : 75 ; sciences humaines : 68 !) …

Manque de taille critique et éparpillement des établissements de recherche (facs, CNRS, grandes écoles) …

Quasi-gratuité des droits d’inscription – 400 euros par année – entrainant une forte déresponsabilisation avec dans certains cas quelque 20% d’étudiants-fantômes inscrits juste pour les avantages de la carte (couverture sociale, réductions dans les transports ou musées, etc.) …

Montants ridicules des bourses (0,1% du PIB vs. le double pour le Royaume-Uni et six fois plus pour la Suède) …

Vétusté des locaux, manque de moyens (notamment salles de lecture fermées aux moments où les étudiants en ont le plus besoin, ie. après les cours, comme après 18h ou pendant les weekends et les vacances ou même… les pauses-déjeuner!) …

Résultats catastrophiques dans les grands classements internationaux (Jussieu et Orsay 39e et 52e contre 4 dans les 25 premières pour les Britanniques).…

Après la récente prise en otages de la France entière par les minorités des régimes spéciaux de retraite et toujours, dans nos universités et lycées, par une poignée d’enragés et de casseurs …

Et tandis que leurs homologues des banlieues défavorisées s’y sont aussi remis

Les données montrent bien, on le voit, l’incroyable inéquité du système bicéphale français (grandes écoles/université).

Et pourtant, accrochés depuis des décennies à leur fiction égalitaire, nos étudiants n’ont apparemment toujours pas compris que… « l’argent va déjà aux plus riches ».

Et que la énième loi sur l’autonomie des universités qu’ils combattent actuellement ne va pas assez loin, notamment sur le refus de la sélection, seul moyen d’éviter la sélection sauvage et hypocrite des 50% d’abandon au bout de deux ans.

Sans compter que, comble de l’ironie, l’ultime repoussoir du système américain (notamment l’université publique de Californie) fait mieux que nous et à des coûts raisonnables en termes de nombre de réussites d’étudiants et de recherche!

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Ingrid Betancourt: et si on se plantait complètement? (I want the Armed Forces to carry out rescue operations)

26 novembre, 2007

Why don\'t you shut up? (Juan Carlos-Chavez, Santiago, Nov. 07)Le gouvernement du Vénézuela se réserve le droit de répondre à toute agression en tout lieu, en tout espace et sur n’importe quel ton! Chavez

Au lendemain du dernier passage à Paris du bouffon de tous les tyrans que peut encore compter la planète et dernière coqueluche en titre d’une certaine gauche en mal de communisme …

Mais enfin remis tout dernièrement à sa juste place par le roi Juan Carlos …

A lire très bientôt sur Agoravox, le dernier texte de Philippe Convers de l’excellent mais hélas défunt site France latine, et salutaire remise des pendules à l’heure sur l’Affaire Bétancourt.

Rappelant opportunément que, contrairement à ce qui est souvent dit ou souhaité de part et d’autre, la plus célèbre otage d’une guérilla d’un autre âge n’a jamais voulu être échangée contre des guérilleros emprisonnés et qu’entre Chavez et Uribe, le fantoche n’est pas celui qu’on pense …

Ingrid Betancourt: et si on se plantait complètement?
Philippe Convers

On a l’impression d’avoir tout lu et tout entendu sur le Chavez maladroit et bonhomme, interrompu dans sa bienveillante médiation par un Uribe pète-sec, boutefeu et pas plus humain que les vilains dictateurs militaires auxquels il vouerait un culte secret sous les caissons de son palais d’opérette.

Ingrid Betancourt est la seule personne qui vaille en effet aux Andes du Nord l’hommage d’un certain intérêt de la presse française. Périodiquement, on excave quelques experts et il nous est demandé d’écouter religieusement Mélanie Delloye-Betancourt nous expliquer la complexe géopolitique de la région, laquelle tourne évidemment exclusivement autour de la Jeanne d’Arc d’Amérique du Sud. Et nous sommes censés verser une larme compassionnelle en frémissant avant de nous replonger vite fait dans notre actualité nombriliste où, à défaut de guérilleros, nous admirons ou craignons des cheminots syndiqués et où en guise de discours martiaux on applaudit ou fustige les rodomontades sarkozyennes sur la décote, la surcote et les annuités des régimes spéciaux.

Cinq ans et quelques mois de gesticulations françaises et Ingrid n’a pas été libérée. Elle est aujourd’hui morte ou vivante mais est en tout cas sans aucun doute possible le plus bel atout que nous avons offert aux FARC, ses ravisseurs, par notre impéritie et notre satanée coutume de caresser les méchants plutôt que de soutenir ceux qui leur tapent dessus.

J’aurais voulu vous parler de tout ce qu’il y a d’autre en Colombie que cette triste affaire, des montagnes magnifiques, de la cumbia, de la salsa, des soupes chaudes et savoureuses de la montagne, des jolies filles, des corridas, de l’incroyable joie de vivre de tout un peuple qui a décidé d’être heureux malgré les salopards. Je l’ai fait jusqu’il y a quelques mois sur un blog dédié à l’Amérique latine, mais la monochromie de la photo qu’on veut encore nous vendre en France m’impose de me concentrer à la difficile tâche de pigmenter un peu pour vous cette seule photo de Chavez, Uribe et la famille Betancourt.

Chavez : un drôle de bonhomme, lieutenant-colonel parachutiste et putschiste malheureux qui s’est rangé aux règles de l’élection quand il a senti qu’elles lui étaient favorables. Dix fois ou presque adoubé par un peuple fatigué des démocrates fantoches à la solde d’une invraisemblable oligarchie le Chavez. Il a suffi à don Hugo de distribuer quelques miettes aux pauvres pour faire mieux en matière de redistribution que tous ses prédécesseurs réunis. Mais j’ai bien dit quelques miettes. Et j’oubliais des milliers d’heures de discours plus ou moins fleuris mordant au grand dam des Vénézuéliens sur les telenovelas qui ont l’immense mérite de distraire leurs aficionados des soucis quotidiens. Jusque-là, rien de bien méchant donc. Sauf que Chavez se veut l’héritier de Fidel Castro et préfère aller crier sa haine de l’occident aux côtés du bon petit père Ahmadinejad et acheter des armes au courageux Loukachenko que de faire fructifier le pactole d’un pétrole cher au profit de ses électeurs… Dans quelques jours, don Hugo demande aux Vénézuéliens d’assurer au socialisme radieux un avenir sans obstacle. Pour ça, il faut réformer la constitution et permettre au seul interprète du libertador Simon Bolivar, j’ai dit Hugo, de se représenter « jusqu’à ce que ses os soient désséchés ». Et cet abruti de peuple doute, dit-on. Rien de tel qu’une bonne diversion internationale pour faire taire ces insolents d’opposants, lesquels doivent de toute façon être à la solde du démon Bush… Se fâcher avec Bogota, en voilà une idée qu’elle est belle ! Après avoir voulu faire du malheureux Juan Carlos d’Espagne l’héritier belliqueux des plus sauvages des colons espagnols, avoir disserté sur Victor Hugo à Paris faute de pouvoir présenter les premiers résultats tangibles de sa médiation avec la guérilla, exciter l’opinion publique contre ces méchants Colombiens butés va distraire ce fichu peuple…

Uribe : un phénomène dans son pays méconnu, qui continue d’atteindre une popularité supérieure à 70 % cinq ans après sa première élection à la présidence de la République. Et ceci malgré la guerre, atténuée mais pas terminée, malgré les otages que les FARC ne lâchent pas, malgré les péripéties d’une vie politique viciée par la drogue, les alliances impardonnables des caciques locaux avec les groupes armés, malgré l’opprobre de la gauche et de certains démocrates américains. Le problème, c’est que les Colombiens savent que leur pays n’est pas la Suisse et jugent leur président à l’aune du possible et non de l’idéal. Et les progrès enregistrés par leur Alvaro Uribe leur semblent considérables. Et puis, les Colombiens, comme leur Président, ils n’aiment pas les FARC, mais pas du tout. Et ils savent qu’il n’y a aucune négociation possible avec ces tarés. Ils espèrent seulement qu’un jour, lesdits tarés, affaiblis, isolés, menacés d’extradition vers les Etats-Unis, tenteront alors un compromis avec les institutions qu’ils combattent depuis plus de quarante ans.

La famille Betancourt : une famille de l’oligarchie colombienne, qui a plus vécu en France qu’en Colombie. Un carnet d’adresse qui n’a rien à envier au who’s who. Le père qui fait le lien avec la France, Fabrice Delloye, ex-mari et conseiller commercial viré pour son manque de diplomatie. Ne comprend pas que l’on n’ait pas compris qu’il avait tout compris mieux que tout le monde. Trouve très normal de parler géopolitique sud-américaine à l’Elysée chaque semaine et est sûr de le faire mille fois mieux que l’ambassadeur de Colombie. Astrid, la sœur de la captive, qui s’est dégottée un compagnon, diplomate de choix, en la personne de l’ancien ambassadeur de France à Bogota, devenu l’architecte de la stratégie française dans le dossier. Insubmersible Daniel Parfait, qui a vendu sa politique depuis 2002 aux autorités françaises successives, avec les résultats que l’on sait. Mélanie, la fille, qui aurait pu être touchante si elle ne s’était pas trompée de cible et si son juste chagrin se suffisait à lui-même. Mais non, la gamine nous explique la vie politique colombienne et exige de nous que nous comprenions que sa mère, otage parmi des milliers, est le principal déterminant de l’histoire andine. Sa grand-mère, Yolanda Pulecio, ne comprend plus l’époque. Comment peut-on lui faire ça à elle, l’ex-Miss Colombie qui a dûment fréquenté les meilleurs salons de Bogota et de la jet-set latino ? Juan-Carlos, le mari d’Ingrid, qui m’est le plus sympathique parce qu’il comprend que toute l’agitation dans les hôtels particuliers du VIIè arrondissement n’est pas d’un grand secours pour lui rendre sa chérie. Et puis Ingrid elle-même, dont on ne sait rien depuis 2003 et son message vidéo dans lequel elle refusait d’être échangée contre des guérilleros emprisonnés (on l’a oublié, cet épisode, au fait ?).

Voilà, ce triptyque un peu tragique. Et si nous changions de stratégie et décidions d’exercer nos modestes pressions sur les FARC, les seuls coupables de l’affaire ? Et si nous décidions de comprendre que la médiation Chavez pose de fort légitimes difficultés aux Colombiens ? Et si nous nous posions la question de savoir si Chavez n’a pas dépassé les limites fixées par Uribe parce qu’il savait que sa médiation était vouée à l’échec et qu’il voulait en faire porter la responsabilité aux Colombiens ?

Puisse mon témoignage de colombianophile convaincu vous donner un autre éclairage sur ce triste jeu de dupes. Moi, je crois qu’un mandat d’arrêt contre les responsables des FARC et une coopération opérationnelle accrue avec le gouvernement colombien sont bien plus susceptibles de faire réfléchir les FARC et de les pousser à négocier. Et j’ose espérer que si négociation il y a un jour, celle-ci ne concernera pas l’infime minorité d’otages « échangeables », sur lesquels portent toutes les discussions depuis cinq ans, mais sur l’ensemble des otages anonymes. Pour l’instant, on ne peut que reconnaître la puissance de la stratégie de communication des prétendus amis d’Ingrid et, tout à la fois, sa profonde inanité.


Statistiques: Epidémie de foutaises chez nos journalistes (Looking back on bogus vet-suicide stats)

21 novembre, 2007
Smells like BSDes études répétées des quelque 700.000 anciens combattants de la première guerre du Golfe (…) n’ont trouvé aucun taux accru de suicide. De même pour une étude massive de 2004 des anciens combattants du Vietnam (…) – pourtant CBS annonce une augmentation massive parmi les anciens combattants en général. Pour confirmer les nombres de la chaine, il faudrait donc supposer une explosion des suicides parmi les anciens combattants qui n’ont jamais vu le combat. Michael Fumento (New York Post)

« Epidémie de suicides » chez les vétérans américains des guerres d’Afghanistan et d’Irak » …

nous balance, citant une enquête de CBS, le Monde en une avec des chiffres apocalyptiques (« 120 morts par semaine, 17 par jour »), puis trois paragraphes plus loin, on apprend que:

« Cette enquête ne porte pas seulement sur les militaires ayant été au combat, en Irak, en Afghanistan, au Vietnam ou durant la deuxième guerre mondiale, mais sur tous les anciens soldats. »

Autrement dit, on nous laisse croire (au moment, comme par hasard, où les forces américaines enregistrent de réels succès en Irak) que de tels chiffres auraient un rapport avec les guerres actuelles d’Afghanistan et d’Irak.

Et on découvre un peu plus loin qu’en fait la prétendue enquête de CBS porte sur TOUS les anciens combattants américains depuis… 1945! Soit la bagatelle de 25 millions d’individus …

Mais juste après on nous donne quand même des chiffres plus significatifs (avec des taux pour 100 000):

« de 18,7 à 20,8 pour 100 000 contre 8,9 pour 100 000 pour la population civile »

Sauf que ces chiffres d’anciens combattants (quelque 25 millions, on l’a déjà dit) mêlent allègrement des individus de groupes qui peuvent varier considérablement selon l’âge (de 90 à 20 ans?).

Donc, on se décide finalement à mentionner un groupe d’âge (20-24 ans) qui semble effectivement plus correspondre aux guerres actuelles d’Afghanistan et d’Irak et des chiffres relatifs pour 100 000 permettant une réelle comparaison avec les taux actuels.

« Le chiffre est encore plus élevé chez les jeunes âgés de 20 à 24 ans, où la proportion atteint 22,9 à 31,9 suicides pour une population de 100 000, soit quatre fois le taux de suicide enregistré chez les non militaires pour cette même tranche d’âge ».

Sauf que là encore, on ne nous dit rien sur d’autres variables que peuvent encore mêler ces chiffres, notamment le sexe qui, on le sait, influence très largement la propension au suicide.

Autrement dit, si on prend les chiffres officiels (CDC ), sur un total de plus de 32 000 suicides annuels (2005), soit 89 par jour ou 11,05 pour 100 000, les hommes sont presque 4 fois plus nombreux que les femmes (même si celles-ci font 2 à 3 fois plus de tentatives), représentant ainsi 78, 8% du total avec une nette surreprésentation des hommes vieux (plus de 3 fois le taux moyen, soit 37, 4 pour 100 000 pour les plus de 75%).

Caractéristiques que l’on risque de retrouver, (sans compter la familiarité et l’accès probablement plus fréquents aux armes à feu) chez des anciens combattants issus de l’ensemble des guerres américaines (ie. depuis 1945), à savoir majoritairement hommes (93% contre 49% dans la population générale) et constitués de trois fois plus d’individus âgés (38,4% pour 12,4%) …

Quant aux suicidés anciens combattants de la tranche 20-24 ans, qui ont effectivement plus de chance d’avoir participé aux guerres actuelles (Afghanistan et Irak) aussi évoqués par l’article, ledit article les compare aux suicidés de la population générale là non plus sans tenir compte du différentiel hommes-femmes, (93%, on l’a vu, contre 49%).

Ni surtout, comme le rappelle très justement Bill Sweetman d’Aviation week, du fait qu’il s’agit de la période où ledit différentiel dans la tendance au suicide est encore plus accentué car le plus grand, à savoir… quelque 6 fois plus pour les hommes! (7 pour wikipedia)

Du moins si, comme le Monde, on ne lit (ni ne mentionne) le 2e article de CBS expliquant leur méthodologie et notamment le fait qu’ils aient redressé leurs données par rapport au sexe et à l’âge.

« Nous avons demandé au directeur intérimaire d’épidémiologie et de biostatistique de l’université de Georgie, Steve Rathbun, de calculer le taux de suicide de 2004 à 2005. Rathbun a ajusté les taux de suicide pour l’âge, le genre et toute erreur potentielle dans la collecte de données brutes faite par les états. »

Reste qu’on ne peut que s’indigner avec le Quotidien de révérence qu’avec de tels taux de suicide (18,7 à 20,8 pour 100 000), les anciens combattants américains depuis 1945 puissent se rapprocher aussi dangereusement de celui de nos propres… civils (19/100 000)!

Extraits:

Chez les anciens combattants américains, les hommes sont 13 fois plus nombreux que les femmes. Etant donné qu’ils sont aussi quatre fois plus nombreux à se suicider dans la population générale, on peut prévoir que le taux de suicides des anciens combattants devrait être proche de celui des hommes en général, soit 17.6/100.000 par an en 2002 – et c’est le cas en effet, si les chiffres bruts de CBS sont corrects (…)

CBS soulève aussi le problème de la marge encore plus grande de l’excès de suicides des jeunes anciens combattants par rapport à la population générale – mais rien d’inattendu là encore puisque c’est dans cette catégorie d’âge que le déséquilibre des taux de suicide en faveur des hommes est le plus grand, presque de 1 à 6.

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Affaire Enderlin: « Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture » (Journalism as war by other means)

20 novembre, 2007
Lhttps://i0.wp.com/www.europe-israel.org/wp-content/uploads/2012/02/D%C3%A9sinformation-300x220.jpga tâche sacrée des journalistes musulmans est, d’une part, de protéger la Umma des « dangers imminents », et donc, à cette fin, de « censurer tous les matériaux » et, d’autre part, « de combattre le sionisme et sa politique colonialiste de création d’implantations, ainsi que son anéantissement impitoyable du peuple palestinien ». Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980)
Il s’agit de formes d’expression artistique, mais tout cela sert à exprimer la vérité… Nous n’oublions jamais nos principes journalistiques les plus élevés auxquels nous nous sommes engagés, de dire la vérité et rien que la vérité. Haut responsable de la Télévision de l’Autorité palestinienne
Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple. Talal Abu Rahma (lors de la réception d’un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura)
Karsenty est donc si choqué que des images truquées soient utilisées et éditées à Gaza ? Mais cela a lieu partout à la télévision, et aucun journaliste de télévision de terrain, aucun monteur de film, ne seraient choqués. Clément Weill-Raynal (France 3)
Nous avons toujours respecté (et continuerons à respecter) les procédures journalistiques de l’Autorité palestinienne en matière d’exercice de la profession de journaliste en Palestine… (Roberto Cristiano, représentant de la « chaîne de télévision officielle RAI, Lettre à l’Autorité palestinienne)
La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe 1)
Dans la guerre moderne, une image vaut mille armes. Bob Simon
Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture. Représentants de France 2 (cités par Enderlin)
L’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)

Suite à la deuxième session du procès en appel de l’Affaire Enderlin mercredi dernier …

Retour sur un important texte du professeur Richard Landes sur le choc des cultures journalistiques entre les médias arabes et occidentaux.

Et surtout sur cette étrange et inquiétante complaisance (sans parler du racisme implicite mais aussi des menaces réelles qu’elle suppose – y compris en Occident ou en France même) des premiers pour la conception explicite du journalisme comme continuation de la guerre par d’autres moyens des seconds …

Extraits :

Effectivement, il semble qu’il y ait eu, à l’œuvre dans la « rue » arabe, une sorte de « secret d’intérêt public » : des gens simulaient des blessures, d’autres les évacuaient en hâte (et sans brancards) en dépassant des caméramans palestiniens comme Talal, qui utilisaient un matériel vidéo pour enregistrer ces scènes improvisées. C’était Pallywood : l’industrie palestinienne du cinéma.

« Combien de journalistes se conforment-ils à ces règles palestiniennes, et à quel point cette adhésion déforme-t-elle, voire subvertit-elle notre compréhension de ce qui se passe dans cet interminable conflit ? Pouvons-nous permettre ce « secret d’intérêt public » ? »

Dans leurs propres déclarations éthiques, les journalistes palestiniens affirment que leur rôle est de défendre leur cause et d’affaiblir ceux qui s’y opposent. Pour eux, le journalisme consiste à faire la guerre par d’autres moyens ; les médias comme champ de bataille. L’honnêteté et la droiture n’interfèrent pas avec cette prescription éthique, mais n’exigent qu’une apparence de vérité, dont le but est de leurrer la sensibilité du public occidental et de provoquer la rage musulmane.

Dans ce choc des cultures journalistiques, combien de fois les médias occidentaux n’ont-ils pas joué les « idiots utiles » [2] face aux exigences palestiniennes? Combien de fois ne nous ont-ils pas présenté les « vérités » palestiniennes comme étant une information ? Et s’ils l’ont fait aussi fréquemment et de manière aussi destructive que Pallywood et son succès majeur, l’affaire al-Dura, le suggèrent, combien de temps encore continueront-ils à le faire ?

Al-Dura et le « secret d’intérêt public » du journalisme au Moyen-Orient

R. Landes

Un article capital, qui fera date et référence. A diffuser très largement. (Menahem Macina)

11/11/2007

07/11/07
Pajamas Media.
Titre original : « Al Dura and the « public secret » of Middle East Journalism ».
Traduction française : Menahem Macina

Eté 2005. Humiliée de ce que des blogueurs avaient découvert qu’elle s’était fait circonvenir par des photos manifestement manipulées, l’Agence de presse Reuters congédiait et le photographe et le chef de son service photographique, puis, supprimait de ses archives de presse toutes les photos de ce caméraman. Ce faisant, elle agissait énergiquement en sanctionnant deux des péchés majeurs du journalisme moderne : « la fabrication de preuves » et le fait de se laisser duper par les preuves fabriquées.

Ces principes – qui sont ceux de l’éthique d’une presse libre – sont si enracinés, que des Occidentaux ont du mal à imaginer que d’autres puissent ne pas faire leurs nos engagements. Et donc, peu de gens (sauf, des sionistes évidemment partisans), accordent foi aux affirmations selon lesquelles les rushes de Mohammed al-Dura, l’enfant de douze ans, prétendument tué par des Israéliens, au carrefour de Netzarim, le 30 septembre, 2000, ont été mis en scène. Charles Enderlin rejette ces affirmations, avec dérision et succès, comme une théorie du complot, aussi ridicule que celle concernant les attaques du 11 septembre 2001. C’est tellement absurde. D’ailleurs, la plupart des Palestiniens n’auraient pas fait une telle chose ; et si c’était le cas, les médias l’auraient compris. Jusqu’à ce jour, la plupart des journalistes se demandent toujours : « Qui a tué al-Dura ? », et non : « Les rushes sont-ils une mise en scène ou non ? ».

C’est la dernière fois que l’on voit al-Dura filmé par la caméra de Talal :
Il a la main sur ses yeux et non sur son ventre, censé mortellement atteint. Il lève son bras et regarde aux alentours. Enderlin l’avait déjà déclaré mort dans la scène précédente, et (par conséquent ?) a coupé cette scène de son document diffusé.

Et pourtant, l’une des principales différences entre le journalisme occidental et ceux qui s’intitulent « journalistes islamiques », se manifeste précisément à propos de la question de savoir s’il est permis de mettre en scène des informations, et quelle attitude il faut avoir en matière d’information honnête. Selon la Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980), la tâche sacrée des journalistes musulmans [sic], est, d’une part, de protéger la Umma des « dangers imminents », et donc, à cette fin, de « censurer tous les matériaux » et, d’autre part, « de combattre le sionisme et sa politique colonialiste de création d’implantations, ainsi que son anéantissement impitoyable du peuple palestinien ».

C’est ainsi que, interrogé sur les raisons pour lesquelles il avait inséré dans la séquence des Al-Dura l’image d’un soldat tirant au fusil, pour faire accroire que les Israéliens avaient tué l’enfant de sang-froid, un haut responsable de la Télévision de l’Autorité palestinienne avait répondu [1]:

« Il s’agit de formes d’expression artistique, mais tout cela sert à exprimer la vérité… Nous n’oublions jamais nos principes journalistiques les plus élevés auxquels nous nous sommes engagés, de dire la vérité et rien que la vérité. »

Quand Talal Abu Rahma a reçu un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura, il a déclaré à un journaliste :

« Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple. »

Ces remarques constituent une introduction importante à la manière de considérer les rushes de France 2, qui seront montrés au tribunal, le 14 novembre, à Paris, dans le cadre de la plainte en diffamation de France 2 à l’encontre de Philippe Karsenty. Ces séquences ont été filmées par Talal Abu Rahmeh, le 30 septembre 2000, et, durant six ans, Enderlin a affirmé qu’elles prouvent qu’il a raison, et qu’elles montrent l’enfant en proie aux affres d’une intolérable agonie, qu’il a supprimée de son reportage. Mais plusieurs experts (y compris moi-même) qui ont vu ces séquences, affirment que la seule scène qu’Enderlin a coupée est l’image finale, où al-Dura semble bien vivant ; et il est encore plus perturbant de constater que les autres rushes sont remplis d’épisodes mis en scène. Effectivement, il semble qu’il y ait eu, à l’œuvre dans la « rue » arabe, une sorte de « secret d’intérêt public » : des gens simulaient des blessures, d’autres les évacuaient en hâte (et sans brancards) en dépassant des caméramans palestiniens comme Talal, qui utilisaient un matériel vidéo pour enregistrer ces scènes improvisées. C’était Pallywood : l’industrie palestinienne du cinéma.

Ce qui nous amène à un problème plus complexe que de se contenter de faire remarquer que les journalistes palestiniens se réfèrent à une série de règles – différentes des nôtres – selon lesquelles ce genre de manipulation de la « vérité » est tout à fait légitime. Que font les journalistes occidentaux de ces oeuvres de propagande ? Savent-ils qu’il s’agit de truquages, ou sont ils dupes ? Est-ce qu’ils disent aux caméramans qui travaillent pour eux et qui utilisent leur équipement, que filmer des épisodes mis en scène de cette manière est malhonnête et inacceptable ? Et s’ils le font, pourquoi des caméramans qui ont été à leur service durant des années – Talal travaillait pour Enderlin depuis plus d’une dizaine d’années quand il a filmé ces séquences – continuent-ils à filmer ces scènes ? Et comment se fait-il que nos journalistes diffusent ces séquences mises en scène comme s’il s’agissait d’une véritable information ?

Ici, le témoignage fourni par l’affaire al-Dura suggère que, d’une certaine manière, les journalistes sont « au courant » de ce secret d’intérêt public. Quand les représentants de France 2 furent confrontés aux preuves de mise en scène qui abondent dans le film de Talal, ils répondirent, tous les deux, de la même manière :

« Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture » »,

m’a déclaré Enderlin, à Jérusalem.

« Oui, Monsieur, mais, vous savez, c’est toujours comme ça »,

a dit, pour sa part, Didier Eppelbaum, à Denis Jeambar, Daniel Leconte, et Luc Rosenzweig, à Paris.

Et comme en écho de cette complaisance étonnante, Clément Weill-Raynal, de France 3, a émis, devant un journaliste, le commentaire suivant, qui se voulait une critique de Karsenty :

« Karsenty est donc si choqué que des images truquées soient utilisées et éditées à Gaza ? Mais cela a lieu partout à la télévision, et aucun journaliste de télévision de terrain, aucun monteur de film, ne seraient choqués. »

Les implications de cette remarque sapent l’utilisation même de son argument : Comment Karsenty peut-il diffamer Enderlin en l’accusant d’utiliser des rushes mis en scène, dès lors que, comme Clément Weill-Raynal l’admet ici, tout le monde le fait ? Est-ce mal de le faire ? Et si c’est le cas, pourquoi Weill-Raynal critique-t-il Karsenty de siffler la fin de la partie ? Et si ce n’est pas le cas, où est la diffamation ?

Peut-être achoppons-nous ici sur la nature même des secrets d’intérêt public et sur l’importance d’une bonne réputation : chacun peut tricher tant qu’il n’est pas pris. Il est normal que les initiés le sachent, mais l’efficacité de la (més)information dépend du fait que le public ne sait pas. Comme Daniel Leconte l’a reproché à Eppelbaum [représentant de France 2] : « les médias peuvent être au courant [de cette mise en scène], mais le public ne l’est pas. » En fait, le public ne doit pas savoir. CNN se targue de ce que c’est à son « nom qu’on accorde le plus de confiance en matière d’information », non parce qu’il lutte contre les influences, comme l’entrisme en journalisme, qui détruit la crédibilité, mais parce qu’il sait combien la confiance est importante pour son audience de consommateurs d’information. Donc, même si les journalistes occidentaux utilisent régulièrement des rushes mis en scène, ils ne peuvent pas le reconnaître. Et si le démenti ne convainc pas, alors, apparemment, l’étape suivante consiste à dire : « Ce n’est rien, tout le monde le fait. »

Toutefois, un incident, qui s’est produit à Ramallah, suggère que les journalistes occidentaux se sont systématiquement pliés aux exigences palestiniennes de pratiquer un journalisme palestinien. Le 12 octobre 2000, aux cris de « vengeance pour le sang de Mohammed al-Dura ! », des Palestiniens ont mis en pièces les corps de deux réservistes israéliens. Conscients du dommage potentiel qui pouvait en découler, des Palestiniens s’en prirent violemment à tout journaliste qui filmaient la scène. Et pourtant, des membres d’une équipe italienne travaillant pour une chaîne d’informations privée, ont pu, en prenant des risques considérables pour leur vie, faire passer secrètement la séquence filmée à l’extérieur. Soucieux d’éviter les reproches, le représentant de la « chaîne officielle de télévision officielle, RAI » écrivit à l’Autorité palestinienne, que sa chaîne ne ferait plus jamais une telle chose,

« parce que nous avons toujours respecté (et continuerons à respecter) les procédures journalistiques de l’Autorité palestinienne en matière d’exercice de la profession de journaliste en Palestine… »

Mais quelles sont, au juste, ces « procédures journalistiques » ? Sont-elles semblables aux normes de la charte de Jakarta, incluant la censure de tout ce qui cause du tort à la cause palestinienne (même si c’est la vérité), et la publication de tout ce qui cause du tort à Israël (même si c’est faux) ? L’Autorité palestinienne, apparemment inconsciente de ce que ce n’est pas ainsi que le journalisme devrait s’exercer en Occident, publia cette lettre.

Mais pour le bord où le journalisme moderne est censé régner, de telles révélations étaient profondément embarrassantes : même le gouvernement israélien, habituellement timide, « suspendit temporairement » la carte de presse de Roberto Cristiano, et personne dans les médias occidentaux, habituellement agressifs, n’y fit objection. Cristiano avait violé la règle occidentale fondamentale de l’omerta journalistique, et admis qu’il existait des pratiques honteuses. Le public consommateur des « informations » des médias de masse doit se demander :

« Combien de journalistes se conforment-ils à ces règles palestiniennes, et à quel point cette adhésion déforme-t-elle, voire subvertit-elle notre compréhension de ce qui se passe dans cet interminable conflit ? Pouvons-nous permettre ce « secret d’intérêt public » ? »

Mais il n’est pas possible d’espérer que les médias de masse discutent de cela de leur plein gré. Au contraire, la conscience de l’importance de la confiance conduit souvent des journalistes à cacher leurs erreurs, plutôt qu’à les admettre et à en tirer la leçon. Comme me l’a dit un ami français : « Personne n’admet publiquement ses erreurs. C’est un signe de faiblesse. » Si telles sont les règles d’une culture de la honte et de l’honneur, la société civile dépend de ce que des gens préfèrent être honnêtes que de sauver la face, si douloureux que ce soit. Et si l’on ne peut attendre des gens qu’ils soient volontaires pour s’humilier publiquement, nous pouvons et devons insister sur le fait qu’il y a des limites aux efforts que font, tant les individus que les sociétés, pour se soustraire à la correction.

C’est le problème de Charles Enderlin dans l’affaire al-Dura. Dans sa hâte d’avoir un scoop, il a introduit frauduleusement dans un monde sans méfiance, une bombe nucléaire en matière de guerre de l’information. Comme le dit Bob Simon, en voix off d’une sélection d’images style Pallywood : « Dans la guerre moderne, une image vaut mille armes ». Et aucune image n’a concouru davantage à inspirer le désir de vengeance violente et de djihad mondial, que cette « icône de haine ». Pour Enderlin, reconnaître ses erreurs, débarrasser le public de l’asservissement à cette image, et nous avertir de la possibilité que d’aussi colossales erreurs, non seulement se produisent, mais perdurent des années sans être corrigées, ce serait ruiner sa carrière.

De plus, la faillite d’Enderlin, à ce stade, six ans après, implique les plus grands médias de masse, qui, par leur refus de ne pas même permettre à la critique de s’exprimer à l’antenne, le protègent. Ce dilemme peut en partie expliquer pourquoi les médias de masse français ont à peine évoqué cette affaire ; pourquoi ils n’ont rien trouvé à dire sur le premier procès jusqu’à ce que Karsenty perde, et se sont alors hâtés de mettre sous presse pour rassurer le public sur le fait que l’image-choc « n’a pas été mise en scène ». Après tout, Enderlin n’est pas un quelconque plumitif à la solde des Palestiniens, même s’il fait confiance à de tels « journalistes », et par conséquent fait écho à leur travail, à l’antenne. Il est peut-être le correspondant européen au Moyen-Orient le plus connu et auquel on fait le plus largement confiance. Il va de soi qu’en tant que Juif et Israélien, il ne diffuserait pas de fausses informations qui noirciraient la réputation de son pays. Elles doivent donc être vraies.

Après tout, de même qu’elle constitue une « vérité supérieure » pour les musulmans – une justification de la haine, un appel à la vengeance – cette affaire véhicule une charge symbolique pour les Européens. Catherine Nay, une respectable présentatrice des informations sur Europe 1, a accueilli l’image, en ces termes :

« La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. »

Cruelle ironie ! Les Européens se servent d’une image produite par ceux qui admirent les nazis et rêvent d’une victoire génocidaire sur les Juifs, pour effacer leur culpabilité dans l’Holocauste. Et pourtant, ne pas admettre de telles erreurs détruit le tissu même de la société civile qui permet une presse libre. Dans la longue histoire des accusations de crime rituel, aucun peuple n’a tiré bénéfice des haines perverses qu’elles ont provoquées.

Alors, à quel point l’autoprotection devient-elle une autodestruction, pas seulement pour les journalistes qui nient leurs erreurs, coûte que coûte, mais pour le public qui les croit ? Comme un journaliste israélien (qui fut mon élève) l’a fait remarquer :

« Chaque jour je dois avancer en respectant la mince frontière entre la fidélité à mes sources et ma loyauté envers mon public ».

A quel point nos journalistes ne nous ont-ils pas gravement trahis, nous leur public, pour être bien vus de leurs sources ?

Dans leurs propres déclarations éthiques, les journalistes palestiniens affirment que leur rôle est de défendre leur cause et d’affaiblir ceux qui s’y opposent. Pour eux, le journalisme consiste à faire la guerre par d’autres moyens ; les médias comme champ de bataille. L’honnêteté et la droiture n’interfèrent pas avec cette prescription éthique, mais n’exigent qu’une apparence de vérité, dont le but est de leurrer la sensibilité du public occidental et de provoquer la rage musulmane.

Dans ce choc des cultures journalistiques, combien de fois les médias occidentaux n’ont-ils pas joué les « idiots utiles » [2] face aux exigences palestiniennes? Combien de fois ne nous ont-ils pas présenté les « vérités » palestiniennes comme étant une information ? Et s’ils l’ont fait aussi fréquemment et de manière aussi destructive que Pallywood et son succès majeur, l’affaire al-Dura, le suggèrent, combien de temps encore continueront-ils à le faire ?

Richard Landes [*]
Pajamas Medias

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Notes du traducteur

[*] Richard Landes est médiéviste. Il enseigne au département d’histoire de l’Université de Boston. Il est spécialiste des origines de la société européenne au tournant du premier millénaire. Il a obtenu sa licence à l’Université de Harvard et son doctorat à l’Université de Princeton. Il a également étudié à l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Le Docteur Landes a publié divers ouvrages, dont une Encyclopédie du Millénarisme et des Mouvements Millénaristes (Routledge 2000). Il achève actuellement un livre sur ce thème, intitulé « Le Ciel sur la Terre : les Variétés d’Expériences Millénaristes » (Cambridge University Press), dont le dernier chapitre traitera du djihad mondial.

[1] Voir Richard Landes, « L’Affaire Al-Dura, «Inventé mais exact» : l’échappatoire d’Enderlin ». Propos recueillis par Esther Shapira, dans son documentaire, « Trois balles et un enfant ». On peut voir ce bref extrait du film, édité sur son site par le professeur R. Landes, montrant un soldat israélien, censé tirer sur l’enfant, et recueillant la déclaration du responsable de la TV de l’AP, citée ici.

[2] « En langage politique, l’expression « idiot utile » s’applique à des personnes [pleines] de bons sentiments [et qui, avec] bonne conscience, font le jeu de leur adversaire par naïveté ». Extrait de Wikipedia.

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Mis en ligne le 7 novembre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org

Voir enfin:

In the footsteps of the al-Dura controversy
In mid-September, as part of the ongoing legal proceedings between Karsenty and France 2, a court in Paris demanded that the television network present it with the full videotape from which the al-Dura report was edited.
Adi Schwartz

Haaretz

Nov. 1, 2007

If you ask Philippe Karsenty what he needs all this for, he’ll say: « I’m just the messenger. » Karsenty, a 41-year-old French Jew and a well-to-do financial consultant, says his goal is to let the entire world know how distorted the reports about Israel are in the French media. The issue that sparked his campaign – the short report broadcast at the start of the second intifada, in September 2000, about the death of the child Mohammed al-Dura at the hands of Israel Defense Forces soldiers – is liable, he believes, to become the new Protocols of the Elders of Zion. And if he doesn’t fight, Jews the world over will suffer from it for another 100 years.

In mid-September, as part of the ongoing legal proceedings between Karsenty and France 2, a court in Paris demanded that the television network present it with the full videotape from which the al-Dura report was edited (« the raw material »). At the end of that month, seven years after the incident itself took place, the head of Israel’s Government Press Office, Daniel Seaman, expressed his opinion that those day’s events were staged by a photographer working for the French TV network in Gaza, Talal Abu-Rahma.

Already on November 22, 2004, Karsenty wrote on his Web site, Media Ratings (www.m-r.fr), which surveys the French media, that al-Dura’s death had been staged and that France 2’s conduct « disgraces France and its public broadcasting system. » A few weeks later France 2 and Enderlin sued him for defamation. Two years later Karsenty was found guilty and was required to pay a symbolic sum of 1 euro in compensation (in addition to 3,000 euros for trial expenses).

« That same day, October 19, 2006, I filed an appeal, » Karsenty says in his first interview with the Israeli media, from his office in Paris.

The first discussion of his appeal had been scheduled for September 2007; the judge asked to see the complete tape (in the previous trial, France 2 chose not to exhibit the tape, and Karsenty did not demand that it be exhibited). In another two weeks, the raw material, whose full length is said to be 27 minutes, will be screened. In the appeal’s final discussion, which will take place in February 2008, Karsenty plans to present an expert opinion, alongside statements of Enderlin and photographer Abu Rahma, made on various occasions in past years.

The story began seven years and one month ago. Enderlin was then sitting in the offices of France 2 in the Jerusalem Capital Studios building, on Jaffa Rd., when the network’s regular photographer in Gaza, Talal Abu-Rahma, began sending him horrifying pictures from the Gaza studio. Enderlin, a veteran correspondent, immediately understood what he had in his hands and asked for the reaction of the IDF Spokesperson’s Office. But when the spokesman responded with a general answer – « The Palestinians make cynical use of women and children » – he decided not to broadcast the response.

In their book « The Seventh War » (in Hebrew), Haaretz correspondents Amos Harel and Avi Issacharoff wrote: « The picture of the father and his son opened the dam to a tremendous flood of desire for revenge. » Within days, the pictures were broadcast from Malaysia to Morocco, from Frankfurt to Tokyo. And they fixed Israel’s image as a brutal and bloodthirsty country, opposite whom weak and unfortunate Palestinians are struggling just to survive.

Even seven years later, in France 2’s Jerusalem offices, in the same room where the original item was edited, Enderlin says that his man in Gaza, Abu-Rahma, is entirely trustworthy. He worked with the network for over 10 years before the al-Dura incident. And besides, asks Enderlin, if the IDF doubted that it was responsible for the incident, why did the deputy chief of staff at the time, Moshe Ya’alon, see fit to express sorrow at the child’s death?

Enderlin, 62, is not exactly your average foreign correspondent, who is stationed in Israel for three to four years. He tied his fate to the State of Israel after volunteering on a kibbutz in the late 1960s. He decided to come on aliyah, and in the 1970s worked for Israel Radio. He has something of a dual personality, he admits: French and Israeli, both foreign correspondent and local citizen. He says he has never faced accusations like those leveled at him since that fateful day in September 2000.

During the first few days after the incident, it was possible to hear some lone voices in both France and Israel, claiming that from their outpost at the Netzarim junction, IDF soldiers could not have shot at Mohammed al-Dura and his father, who were hiding behind a low concrete cylinder. Two months later, Yom-Tov Samia, who was then head of the Southern Command, presented what was eventually dubbed the « minimalist version, » at a press conference. Samia relied on the findings of the investigative committee he himself had appointed, (see box). The head of Southern Command said that in light of the exchanges of fire at the junction between IDF soldiers and armed Palestinians, « the possibility that the boy and his father were shot by Palestinians is greater than the possibility that they were shot by IDF soldiers. »

The media in Israel and abroad, including France 2, reported on the press conference in a tone that ranged from expressing doubt to being amazed, but eventually stopped discussing the matter. This appeared to be convenient for Israel. As Amos Harel wrote in Haaretz at the time: « The assumption is that in any case, Israel only has something to lose from the incident. »

In effect the story was removed from the agenda. One of the few exceptions was a German documentary, broadcast in April 2002, that claimed that it was not IDF soldiers who fired at the child. This aroused Karsenty’s curiosity. The French blogosphere, too, was in an uproar. Bloggers, independent journalists, and both genuine and self-described experts, almost all of them Jews, all of them private citizens, repeatedly analyzed every frame broadcast on television. Here, in the blogosphere, the « maximalist version » developed, to the effect that not only did IDF soldiers not fire at Mohammed al-Dura, but in fact the entire incident was staged by France 2’s Palestinian photographer, for propaganda purposes.

Today, Enderlin says that France 2 should already have taken legal steps against all those who defamed him and the network in 2001. But the network chose not to do so, not until the end of 2004 that is, when two senior French journalists, Denis Jeambar and Daniel Leconte, leveled harsh criticism at Enderlin and his story. Jeambar, who was the editor of the magazine L’Express, and Leconte, a producer of documentaries for television networks such as Arte, published a long article in the newspaper Le Figaro, after watching the raw material they had received from France 2. « At the time when Charles Enderlin presented the boy as dead, » the two wrote, « he had no possibility of determining that he was in fact dead, and even less so, that he had been shot by IDF soldiers.  » At the same time, the two noted explicitly that, « We do not share the opinion that the incident was staged. »

Enderlin says: « Jeambar and Leconte are two journalists who have never set foot in Gaza, certainly not during a time of conflict. I think they’re mistaken. I continue to work and to interview anyone I want. What is true is that it has caused the French media to feel pressure from various organizations, not only Jewish ones, to focus less on Israel. They broadcast less news about Israel. They say things to me like ‘Next time there will be a trial.' »

France 2’s news editor, Arlette Chabot, told the International Herald Tribune in February 2005: « No one can say for certain who killed him [Al-Dura], Palestinians or Israelis. »

« I stand by what I said at the time, but if my boss [Chabot] thinks otherwise, that’s also possible. I would be very surprised if it turns out that Palestinians shot al-Dura; it contradicts everything I know about the event. But if there’s an investigation that meets international standards, I and Abu-Rahma are willing to take a polygraph test. But we request that the soldiers at the outpost take one, too. In any case, my problem is with the claim that the event was staged. We are willing to broadcast any other claim that has been examined. »

In hindsight, is it possible that you were too hasty that evening?

« I don’t think so. Besides, the moment I saw that nobody was asking me anything officially, I started feeling more strongly that the story was true. »

?

Karsenty, the son of immigrants from North Africa, established a share-trading company on the Paris Bourse when he was only 21. « One day you earn a million, the next day you can lose a million. It’s exciting, » he says. Up until 10 years ago he worked as a broker, and in 1996 he established a business consulting firm. In mid-2002 he found time to run for a seat in parliament as the candidate of a center-right party, but he lost to Nicholas Sarkozy (who won 70 percent to Karsenty’s 3 percent). Both live in the same wealthy Paris suburb, Neuilly.

And after « all this is over, » Karsenty says, he wants to go back to the business world. .

« Israel is very much hated in France, » he tells Haaretz in a phone interview. « It is seen as a strong and wealthy country whose army acts like the Nazis. My decision to fight has angered many people, not only in the French establishment, but in the Jewish community as well. Many Jews and non-Jews have told me that I’m right, but that they can’t support me publicly, because they can’t fight the establishment. They have too much to lose. »

Karsenty believes that the photographer staged the famous scene, sent it to Enderlin and told him that the child had been killed. He says that Enderlin did not verify the truth of the story and went ahead and broadcast it. He claims that in the pictures that were aired that evening one can’t see any blood; one can’t see bullets hitting the father or the son; and that the boy can be seen moving at the end of the scene. Moreover, the relatively small number of holes in the wall behind the two invalidates the possibility that IDF soldiers fired at them for a long time, he says. He says he came to these conclusions on the basis of what his friends wrote on the blogosphere, and because of the statements made by physicist Nahum Shahaf, a member of the IDF investigation committee. « There is nothing in the film that proves that al-Dura was shot to death, or shot at all in this incident, » sums up Karsenty.

« In Israel they wanted to forget the whole affair, » he says. « I’m fighting for the sake of history. There are people who are afraid of the media, because if their name appears on the wrong side of this story, together with the ‘crazies,’ their career will be over. But I’m not complaining. I’ve chosen a certain path. After all, I could have started selling vegetables. »

So what do you think happened that day at the Netzarim junction?

« I don’t know what really happened there. I do know that the film we saw was a hoax. »

In response, the IDF Spokesperson’s Office said: « The IDF turned to France 2 several times asking for the raw material used for preparing the story and received no response. Another request was made on September 10, 2007, after it came to our knowledge that at the trial it was said that there had been no such official request from the IDF. The IDF is not taking a stand concerning the trial, and all we ask is that all the material be transferred to us for perusal, so that we can complete the inquiry and discover the truth in this affair. »

The response of France 2: In a letter sent to Ra’anan Dinur, the director general of the Prime Minister’s Office, the network noted that it « was astonished to read Daniel Seaman’s letter, which is full of slander and half-truths. » The network noted that it is willing to cooperate with any official and professional investigation to be conducted by international standards and with legal guidance. France 2 also added that it is willing to help Jamal al-Dura, Mohammed’s father, who has publicly stated his desire to have his son’s body disinterred for a further investigation.

The investigation committee

The investigation committee established by the then-GOC Southern Command, Major General Yom-Tov Samia, in the wake of Mohammed al-Dura’s death, never published the report of its findings nor the identity of its members. Even the date of its establishment is unknown.

In response to questions I recently put to Samia, who is today a private citizen, regarding the conclusions of the committee, he referred me to the IDF Spokesperson’s Office, which stated that, « In the wake of the incident, the head of Southern Command decided to carry out a military investigation. Samia headed the team that carried out the investigation, and the other members of the team included physicist Nahum Shahaf ?(who was in charge of the professional investigation?), representatives of Military Intelligence, experts and additional officers. When the work was concluded, the findings were presented to the head of MI and were brought to the knowledge of the chief of staff, and in coordination with him the main findings were presented at a briefing for journalists. »

The IDF Spokesperson did not respond to Haaretz’s request to see the committee’s order of appointment or the names of all its members. The Defense Ministry said a copy of the report is in the IDF archive, but « since it has not been 10 years since the date the study was initiated, the law that applies to it, according to the Military Judgment Law, does not allow for perusal of the material. »

The appointment of Shahaf, who held no official military or police position at the time, aroused criticism because of the doubts he had raised in the past regarding the identity of prime minister Yitzhak Rabin’s murderer. Samia removed another one of the committee’s members, Yosef Duriel, also a private citizen, in the midst of its work. Six years later, in the context of a defamation lawsuit filed by Duriel, Judge Shoshana Almagor referred to his part in the work of the committee − but not to the entire investigation − and stated that « his investigation of the incident was amateurish − unprofessional and unscientific. »

Haaretz discovered that at least three other people participated in the investigative committee. They are being interviewed here for the first time.

Meir Danino, who holds a doctorate in physics and is the chief scientist at Elisra Systems: « I signed the report that was submitted to Yom-Tov Samia, which claims that the shots could not have come from IDF soldiers because of the direction of the fire. My part in the investigation included an analysis of videotapes and photos shown by French television. »

Bernie Schechter, a former police chief superintendent, a ballistics expert and former head of the weapons laboratory at the Israel Police’s criminal identification laboratory: « I was invited to the committee by Samia. Because the wall with the bullet holes was destroyed, we had only the videotape and the angle of fire. I saw the videotape dozens of times and I participated in a reconstruction that took place in the Negev. I thought the shots did not come from the direction of the IDF, but the destruction of the wall took away 95 percent of the evidence. I didn’t write any recommendation, because I am not certain. As a criminal identification expert, I wouldn’t go to the court with such evidence, no matter what position it supports. »

Chief Superintendent Elliot Springer, also from the criminal ID lab, who was also a member of the committee, is still in service, and the police spokesman did not permit him to be interviewed.

The tape

Two weeks ago I watched an 18-minute tape, from which Enderlin prepared his story in September 2000, and which will be submitted to the Parisian court on November 14. The first 10 minutes show footage of a demonstration at Netzarim junction: Dozens, perhaps hundreds of people are throwing a heavy barrage of stones at an IDF outpost. They are all dressed in civilian clothing, some are children under 10 years of age. Molotov cocktails are also seen being thrown at the outpost, and some of them catch fire.

During these moments no reaction is recorded from the IDF outpost, and the first shot, whose source is not visible on the tape, occurs at about the 10th minute. Between minutes 9 and 14, the photographer conducts two interviews at the junction itself. The two interviewees are standing in the direct line of sight of the IDF outpost.

By minute 14, more frequent shooting can be heard. Palestinian policemen in uniform fire from rifles they are holding, but it can’t be seen at what, and Palestinians in civilian clothing who were in the IDF’s line of fire are seen fleeing from the spot. The first time Mohammed al-Dura and his father are seen on the tape is at 14 minutes and 30 seconds, stooping behind a concrete cylinder. The camera pans right and left and does not focus on them. It returns to them occasionally until approximately minute 16.

The two appear again from minute 17 until the end of the tape, a minute later. These are the images that were broadcast internationally. The father is holding on to the cylinder and waving his hands, and the boy is trying to take refuge in his lap. At this point frequent shots are heard. In the last picture Mohammed al-Dura is seen lifting his head.


Citations: Maintenant c’est à notre Voltaire qu’ils s’en prennent! (‘What a fuss about an omelette!’)

19 novembre, 2007
Selective free speech rightsCela me rappelle le conte du Suisse qui mangeait une omelette au lard un jour maigre, et qui, entendant tonner, s’écria: « Grand Dieu! voilà bien du bruit pour une omelette au lard. » Frédéric II (Lettre à Voltaire du 28 février 1767)
Dans les faits, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, le Poutine de son temps, pratiquait une tolérance très sélective. Il s’est plutôt réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s’est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu, autrement dit censuré, la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron. Site Hérodote

Notre Révolution, notre Déclaration des droits de l’homme, notre drapeau

Décidément les Anglais (ou leurs cousins d’outre-Atlantique) nous auront tout pris!

Et à présent… notre Voltaire national !!!

« Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer ».

La célèbre formule qui, comme le rappelle le site Hérodote, est « devenue en France le paradigme de la liberté d’expression » n’a en fait jamais été prononcée par notre plus célèbre expatrié hélvétique.

Pour la bonne raison qu’il s’agit de la traduction d’une phrase écrite par une Anglaise (« I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it »).

Et plus précisément d’une paraphrase (comme le rappelle Wikiberal) dans laquelle Evelyn Beatrice Hall (écrivant sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre) résumait, dans son ouvrage de 1906 « The Friends of Voltaire », l’attitude du philosophe à l’occasion de la condamnation d’un livre d’Helvetius, philosophe bien français mais ayant latinisé son Schweitzer de nom (« De l’Esprit », 1758-1759).

Qui, d’après elle, aurait probablement dit quelque chose d’un peu moins grandiloquent et quand même plus à la hauteur de notre réputation gastronomique nationale comme la formule (elle-même reprise… par Frédéric II lui-même!): « Grand Dieu! voilà bien du bruit pour une omelette au lard! ».

Du moins si l’on en croit le site Avva qui donne la citation complète de Hall :

…The men who had hated [the book], and had not particularly loved Helvétius, flocked round him now. Voltaire forgave him all injuries, intentional or unintentional. `What a fuss about an omelette!’ he had exclaimed when he heard of the burning. How abominably unjust to persecute a man for such an airy trifle as that! `I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it,’ was his attitude now. But he soon came, as a Voltaire would come, to swearing that there was no more materialism in `On the Mind’ than in Locke, and a thousand more daring things in `The Spirit of Laws.’ (The Friends of Voltaire, chapter VII, On Helvetius, 1906)

Mais qui se termine sur une autre fausse attribution de ladite phrase dans une lettre à un certain M. le Riche qui, d’après le site plexoft, n’existe tout simplement pas, confirmant que ladite citation n’apparaît nulle part dans l’œuvre ni les lettres de Voltaire.

Ce qui après tout ne serait pas la première fois dans la longue histoire des citations apocryphes.

Et surtout, connaissant le goût pour la formule sinon les actes du monsieur (il avait, comme le rappelle Hérodote, la tolérance plutôt sélective, se réjouissant des ennuis de ses rivaux et appréciant plus que tout la compagnie des puissants), on peut supposer que s’il ne l’a pas dite et à défaut de la penser vraiment, il aurait effectivement pu la dire …

Citations et Mots d’Histoire
Les Révolutions
Voltaire (1694 – 1778)
Hérodote

«I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it» (en anglais)
«Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer» (traduction)
Source : citation faussement attribuée à Voltaire par Evelyn Beatrice Hall (1906)

Cette célèbre formule est devenue en France le paradigme de la liberté d’expression.

Il s’agit de l’invention d’un auteur anglo-saxon, Evelyn Beatrice Hall. Elle figure dans son livre : The friends of Voltaire (Les amis de Voltaire), publié en 1906 sous le pseudonyme S[tephen] G. Tallentyre.

Par cette formule faussement attribuée à Voltaire, l’auteur voulait exprimer l’idée qu’elle se faisait de celui-ci.

Dans les faits, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, le Poutine de son temps, pratiquait une tolérance très sélective.

Il s’est plutôt réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s’est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu, autrement dit censuré, la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron.

De ce point de vue, les milieux intellectuels n’ont guère évolué depuis Voltaire : ceux qui réclament (avec raison) le droit de critiquer sans entrave le fait religieux sont aussi (à tort) parmi les premiers à mettre des bornes à la liberté de penser l’Histoire (génocides, esclavage, colonisation,…).

Voir aussi:

Voltaire

Axxa
The phrase

« I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it »

is widely attributed to Voltaire, but cannot be found in his writings. With good reason. The phrase was invented by a later author as an epitome of his attitude.

It appeared in The Friends of Voltaire (1906), written by Evelyn Beatrice Hall under the pseudonym S[tephen] G. Tallentyre. Chapter VII is devoted to Helvétius (1715-1771), whom she depicts as a kindly, generous person, with a hint of more talent to raise him above mediocrity. He married and settled in the sticks, with a new wife who was unfashionably old (32), and they were happy. This was ended by his tragic aspiration, to earn some small glory for himself as a philosopher.

In 1758, he published « De l’Esprit, » which Hall renders « On the Mind. » From the little Hall says of it directly, I take it that this was a moral-relativist tract, adducing bad social conditions as the cause of immoral behavior, regarding humans essentially as animals, and skeptical of the validity of moral claims generally.

This was unpopular with everyone – secular philosophers, all of the church, the government. It certainly got him noticed, but not by all at once. Voltaire immediately regarded the work as a serious disappointment from one who had been a somewhat promising protege. He was most insulted to have been compared in it with lesser intellectual lights (Crébillon and Fontenelle). It was widely criticized by other wits of their enlightened social circle. For a few months, however, it escaped the notice of the government.

Then the Dauphin read it.

The privilege to publish was revoked; the censor who approved its publication was sacked. A rolling wave of official condemnation began, culminating with the Pope (Jan. 31, 1759) and the Parliament of Paris (Feb. 6) and public book-burning by the hangman (Feb. 10), an honor shared with Voltaire’s « Natural Law. »

On the principle that anything so unpopular with the government must ipso facto be pretty good, the official condemnation permanently established Helvétius’s philosophical repute among the fashionable salon crowd, and rehabilitated him among the intellectual elite as well, to a great extent. He became popular in Protestant Germany and England.

Hall wrote:

…The men who had hated [the book], and had not particularly loved Helvétius, flocked round him now. Voltaire forgave him all injuries, intentional or unintentional. `What a fuss about an omelette!’ he had exclaimed when he heard of the burning. How abominably unjust to persecute a man for such an airy trifle as that! `I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it,’ was his attitude now. But he soon came, as a Voltaire would come, to swearing that there was no more materialism in `On the Mind’ than in Locke, and a thousand more daring things in `The Spirit of Laws.’

(Friends is not a scholarly work, but Hall is fairly scrupulous throughout the book to state within the text whether she is quoting speech or text, and whether various reports are first-person or likely hearsay. I believe it was reasonable of her to expect that `I disapprove … say it’ would be recognized as her own characterization of Voltaire’s attitude. I think some readers were confused because of the way she follows this with paraphrases of his spoken criticisms.

In any case, the phrase was too eloquent, so it became quoted, and famous names attach themselves to quotes, to the detriment of the less well-known originators.

Hall herself claimed later that she had been paraphrasing Voltaire’s words in his Essay on Tolerance:

« Think for yourselves and let others enjoy the privilege to do so too. »

Hall died in 1919. In his A Book of French Quotations (1963), Norbert Guterman suggested that the probable source for the quotation was a line in a 6 February 1770 letter to M. le Riche:

« Monsieur l’abbé, I detest what you write, but I would give my life to make it possible for you to continue to write. »

Voir enfin sur Wikipedia:

Voltaire sur Helvétius à l’article Homme des Questions sur l’Encyclopédie :

J’aimais l’auteur du livre De l’Esprit. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes.

Lettre de Voltaire à M. Le Riche:

A M. LE RICHE,

A AMIENS.

6 février.

Vous avez quitté, monsieur, des Welches pour des Welches. Vous trouverez partout des barbares têtus. Le nombre des sages sera toujours petit. Il est vrai qu’il est augmenté ; mais ce n’est rien en comparaison des sots ; et, par malheur, on dit que Dieu est toujours pour les gros bataillons. Il faut que les honnêtes gens se tiennent serrés et couverts. Il n’y a pas moyen que leur petite troupe attaque le parti des fanatiques en rase campagne.

J’ai été très malade, je suis à la mort tous les hivers ; c’est ce qui fait, monsieur, que je vous ai répondu si tard. Je n’en suis pas moins touché de votre souvenir. Continuez-moi votre amitié ; elle me console de mes maux et des sottises du genre humain.

Recevez les assurances, etc.

Voltaire et la censure:

Voltaire, au demeurant, n’hésitait pas à souhaiter la censure contre les ouvrages qu’il n’aimait pas. Voici ce qu’il écrit dans l’article « Athéisme » du Dictionnaire philosophique :

Aristophane (cet homme que les commentateurs admirent parce qu’il était grec, ne songeant pas que Socrate était grec aussi), Aristophane fut le premier qui accoutuma les Athéniens à regarder Socrate comme un athée.

[…]

Les tanneurs, les cordonniers et les couturières d’Athènes applaudirent à une farce dans laquelle on représentait Socrate élevé en l’air dans un panier, annonçant qu’il n’y avait point de Dieu, et se vantant d’avoir volé un manteau en enseignant la philosophie. Un peuple entier, dont le mauvais gouvernement autorisait de si infâmes licences, méritait bien ce qui lui est arrivé, de devenir l’esclave des Romains, et de l’être aujourd’hui des Turcs.


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