Quand les journalistes deviennent combattants ou… attachées de presse des jihadistes! (Sara Daniel’s stricken voyage to Iraq)

27 janvier, 2007

Sara Daniel's Iraqi resistance Enième publireportage sur la maison-mère des ONG jihadistes …

D’un(e) énième journaliste combattant(e) ou… attachée de presse du jihad …

Que j’ai pas lu et lirai probablement pas …

Publié d’abord (chic ultime!) en anglais (« Voyage to a stricken land ») …

Par la fille (« à papa » ?) du patron du Nouvel Obs (pardon: le « grand reporter » Sara Daniel, « Scoopette » elle-même) qui s’était fait connaître, on s’en souvient, en faisant dans Paris-Match la com’ des lanceurs de missiles (pardon: de la « Résistance irakienne ») sur l’aéroport de Baghdad et des sacrificateurs en direct de Nick Berg (Nouvel Obs, 5/8/03)…

Ou… en nous « vendant » les viols de Palestiennes par les soldats israéliens – ce que, il est vrai et contrairement à un Charles Enderlin (« Scoopy » pour les intimes) qui sévit toujours sur la chaine d’Etat France 2 , elle a eu au moins le mérite de démentir…

Voir ce discret et pudique correctif (aujourd’hui payant) de l’hebdo conscience de la gauche française :

PRECISION: D’Afghanistan, Sara Daniel nous demande de répondre à ses correspondants. Dans le numéro 1931 du Nouvel Observateur (daté du 08 au 14 novembre 2001), Sara Daniel a publié un reportage sur le ” crime d’honneur ” en Jordanie. Dans son texte, elle révélait qu’à Gaza et dans les territoires occupés, les crimes dits d’honneur qui consistent pour des pères ou des frères à abattre les femmes jugées légères représentaient une part importante des homicides.
Le texte publié, en raison d’un défaut de guillemets et de la suppression de deux phrases dans la transmission, laissait penser que son auteur faisait sienne l’accusation selon laquelle il arrivait à des soldats israéliens de commettre un viol en sachant, de plus, que les femmes violées allaient être tuées. Il n’en était évidemment rien et Sara Daniel déplore très vivement cette erreur qui a gravement dénaturé sa pensée.

– Voir aussi les dithyrambiques commentaires trouvés sur le Net :

Sans l’avoir vraiment cherché, Sara Daniel est la journaliste qui accumule les scoops et les premières fois.

Voyage au pays d’Al-Qaïda
Sara Daniel
Evene
Nov. 2006
Résumé du livre

Le 11 septembre 2001, Sara Daniel, journaliste de trente-cinq ans, mère d’une fillette de deux ans, décide de devenir reporter de guerre au Moyen-Orient. Ce jour-là, en effet, la jeune femme a senti qu’il était de son devoir de tenter de comprendre et d’expliquer cette nouvelle fracture qui venait de déchirer le monde. Elle effectue alors de nombreux reportages en Afghanistan et dans l’Irak de Saddam Hussein. Elle sillonne la région, rencontre des gens d’origine et d’appartenance politique et religieuse différentes : simples habitants, médecins, hommes politiques, militaires… Lorsque commence la guerre en Irak, en 2003, avec l’intervention américaine, elle a déjà une bonne connaissance du pays. Depuis ce jour, en trois ans de couverture quasi ininterrompue de la guerre, elle a vu étape après étape, erreur après échec, le fatal engrenage se mettre en place. Ce livre est son journal de guerre. Sans l’avoir vraiment cherché, Sara Daniel est la journaliste qui accumule les scoops et les premières fois. Elle raconte cela, bien sûr, mais elle raconte aussi ses doutes et ses difficultés comme femme, comme journaliste, et comme mère faisant le choix du danger.

Sara Daniel : Voyage au pays d’Al-Quaïda

Natacha
Mémoire vive
13 janvier 2007

Soirée chez Sara Daniel et Yann Gilbert pour fêter avec leurs amis la sortie du livre de Sara « Voyage au pays d’Al-Quaïda : une femme dans la guerre ». Grand reporteur au Nouvel Observateur, Sara a passé quatre ans à suivre la guerre en Afghanistan, en Irak et la dégradation de la situation dans la région. De ses nombreuses enquêtes au coeur de l’actualité brûlante, aux côtés de combattants dangereux et redoutés, elle a publié un exceptionnel livre de témoignage. Son livre est paru en anglais avant l’édition française, fait rarissime pour un auteur hexagonal. Elle a effectué une petite tournée aux États-Unis et à New York récemment. Elle a accepté, par amitié, de discuter un peu sur Mémoire Vive. Dans ce podcast, on perçoit son humilité (celle de ceux qui ont du talent) et sa discrétion souriante. Vous l’aurez compris, on apprécie particulièrement Sara, nous sommes très fiers de son travail. Mais ne pensez pas que cet avis est totalement subjectif, lisez son livre et ses reportages dans l’Obs et vous comprendrez . ;-)

Sara vient de partir pour le Darfour, nous espérons pouvoir l’interviewer à son retour.

Voir également son entretien sur le site de la gauche bien-pensante et munichoise américaine qui avec Kos a donné au monde l’inévitable Cindy Sheehan (Truthout) :

Would you describe some of your most spectacular « scoops? » The time I found myself face to face with Zarqaoui’s right hand man and he explained to me that he had participated in the decapitation of Nick Berg. The few days I spent with those who attacked the DHL plane. Having been present while the four contractors’ bodies were desecrated …
What other factors were significant, then, in France’s opposition to the war? International legitimacy was the decisive factor in a position that I deem judicious for Chirac. We can’t do anything in Arab countries without the support of the majority of those countries. The IAEA’s position on weapons of mass destruction, as well as the certainty that there was absolutely no sympathy or military connection between Saddam and al- Qaeda, motivated that opposition.The only parallel from which one could hope to learn anything is, perhaps, the use of torture. In France, the generals who used it in Algeria regret it to this day. As you know, this question has outraged the public and incited numerous debates. But, even if it hid those practices, the French government of the time never legalized the practice of violent interrogations as the White House has done….
The situation in Afghanistan is deteriorating rapidly. The Taliban are using military and media examples (filmed executions, roadside bombings, suicide bombers) from the Iraqi insurgents. … Anti-Americanism prospers in Afghanistan as in Iraq.
You wrote that some people looked forward to Saddam’s overthrow when you went to Iraq in 2002. … all the normal people I met then (apart from the Baathists linked to the regime) were exhausted with Saddam’s tyranny. They distrusted the Americans’ overthrow of the regime and often explained how Saddam was convenient to the Americans: that was the only explanation they could find to justify the fact that they didn’t go after him during the first war. In their minds all the evils – Saddam and the Americans – were somehow linked.

War Correspondent Sara Daniel Speaks to Truthout
Leslie Thatcher
t r u t h o u t | Interview
27 November 2006

War correspondent Sara Daniel has been reporting from Iraq for Paris’s Nouvel Observateur since before the 2003 American invasion of Iraq began. She has borne witness to an astonishing number of crucial events during that still-spiraling conflict. Her personal memoir of the Iraq War, Voyage to a Stricken Land, Four Years on the Ground Reporting From Iraq: A Woman’s Inside Story, (Arcade Publishing, New York) came out in the US this fall – before the French version – and was reviewed in Truthout. Ms. Daniel was in the US to promote her book during the midterm elections and agreed to an interview with Truthout.

Leslie Thatcher: Ms. Daniel, could you explain to our readers how many times, when, and under what circumstances you have visited Iraq?

Sara Daniel: I went to Iraq twelve times for a period of between about one to two months each time. The first time was a year before the American intervention in 2002 for a press trip for Saddam’s birthday. The second time was during the war in March 2003, and finally on many occasions since the intervention. I describe these trips in my book: each time, I found the situation had deteriorated, except perhaps for a brief period during the month of March 2004, when I found that things were going better, business was resuming, Baghdad’s streets were more lively. A few days later, Moqtada Sadr’s revolt took place, then the murder of the four contractors and the siege of Fallujah …

Your publisher describes your book on the war in Iraq as a « personal memoir. » What were your objectives, your hopes when you reassembled your war reports as a personal memoir?

I wanted to stand back a bit from that submersion into Iraq that had taken up over three years of my life, during my stay there, but also during my returns home. During that whole period, I dreamed of Iraq, and when I was in France or somewhere else, I spent my time on the telephone with Iraqis or American soldiers in Iraq. This reporting took over my life. Writing this book allowed me to work through all the horrors I experienced there, allowed me to realize also that I had taken too many risks, and let me turn the page on my Iraqi obsession.

Also, I wanted to tell about my reporting, about a journalist’s life in Iraq, and how I was present for all the turning points of a deteriorating situation, observed all the mistakes that were made and how the American Army as well as the Iraqi guerrilla movement both changed little by little and lost sight of their primary objectives.

Would you describe some of your most spectacular « scoops? »

The time I found myself face to face with Zarqaoui’s right hand man and he explained to me that he had participated in the decapitation of Nick Berg. The few days I spent with those who attacked the DHL plane. Having been present while the four contractors’ bodies were desecrated … [These and many other episodes are reviewed in Daniel’s book.]

Ms. Daniel, in your book, you recount asking American veterans of the war in Iraq to describe their « best » experience of the war to you. May I ask you to do the same for us?

The extraordinary people I met in Iraq, heroes of all nationalities. Meeting Dr. Salaam, Roger Elliott.

The simple fact of finding myself still alive in the hotel at night, being able to swim in the pool as I tried not to think of the grenades that could fall in there, all the things I recount in the book….

And the worst?

The spectacle of the bodies in Fallujah. Seeing a very little boy lying wounded on his hospital bed after the battle of Fallujah. The filthiness and the destitution of the Nassiriya hospital, where Jessica Lynch was saved … My own nightmares, nighttime in Baghdad. The fact that I haven’t had any news from my colleague and friend Mohamed Allendaoui for a month … [By the time this interview was completed, Daniel had news of Allendaoui: see below.]

To what extent, do you believe, had France’s experience in Algeria conditioned its opposition to the war in Iraq?

It’s true that France’s Arab policy inaugurated by General de Gaulle began at the end of the war in Algeria. But that’s not what determined France’s opposition to the war in Iraq. Remember, France participated in the first Gulf War; it supported the first intervention against Saddam Hussein, as did the overwhelming majority of the international community….

What other factors were significant, then, in France’s opposition to the war?

International legitimacy was the decisive factor in a position that I deem judicious for Chirac. We can’t do anything in Arab countries without the support of the majority of those countries. The IAEA’s position on weapons of mass destruction, as well as the certainty that there was absolutely no sympathy or military connection between Saddam and al- Qaeda, motivated that opposition.

Do you think there are any lessons the United States could still learn from France’s experience in the Arab countries now, after we’ve become stuck in Iraq?

The two situations are not comparable in any way. There are no American civilian populations established in Iraq….

The only parallel from which one could hope to learn anything is, perhaps, the use of torture. In France, the generals who used it in Algeria regret it to this day. As you know, this question has outraged the public and incited numerous debates. But, even if it hid those practices, the French government of the time never legalized the practice of violent interrogations as the White House has done….

Since you completed your book, you’ve been to Afghanistan and Iran. Could you briefly summarize the similarities and the differences between the situations of the three countries today?

The situation in Afghanistan is deteriorating rapidly. The Taliban are using military and media examples (filmed executions, roadside bombings, suicide bombers) from the Iraqi insurgents. Kabul has become Afghanistan’s Green Zone. Anti-Americanism prospers in Afghanistan as in Iraq.

With respect to Iran, the situation is completely different. It’s a much more developed country. In spite of appearances, there are many secular people, young people who despise religion. And apart from around a fourth of the people who sympathize with the president, the regime and the Bassidjis, I don’t think anyone is truly anti-American in Iran. As many Iranians have told me, the Islamic revolution has vaccinated the youth against fundamentalism….

When do you think you’ll be able to return to Iraq?

Perhaps sooner than I would have liked, to help my guide Mohamed: I have just learned that he was wounded by a bullet, then arrested for 40 days, only to be released a few days ago. (He was caught in the crossfire between American soldiers and an unidentified group.)

Apart from that, I wanted to go interview Khalizad before he leaves office. That takes a rather long time to organize because of security issues.

In your book, you write a good deal about your family and their worry about you during your Iraqi stays. Your father, like you, is well-known to Truthout readers, some of whom have been known – for example – to write me to ask what he is writing about the crisis in Lebanon or some other Middle East subject. If it’s not too personal a question, could you tell us what your father thinks of your exploits?

Of course he’s afraid, but he is a journalist and has never attempted to discourage me from going there. I have to admit that I never gave too many details about my life in Iraq. I believe that after reading the book, my family may exert more pressure on me not to take so many risks!

In a recent interview, you deplored the possibility that Saddam Hussein might be executed before having to answer for his crimes against the Kurdish people, notably those committed during the Anfal campaign. You refer to the Shiites’ pressure to eliminate Hussein as soon as possible, but some US commentators believe Hussein will not be tried for those crimes because he would have the opportunity to talk about his accomplices: the Western countries (including the US, France, and Germany) that supplied him. Do you see merit in that argument or do you believe this was strictly an internal Iraqi decision?

I guess a full-fledged trial would certainly be embarrassing to the West. But in this case, the timetable and its urgency had more to do with the will of the Shia and the prime minister to get rid of Saddam, whom they see – wrongly, I think – as a mythical figure for the Sunni. In their eyes, Saddam’s execution would really consecrate the Sunnis’ defeat.

After I listed a few courageous women war correspondents in my review of Voyage, one of our readers suggested Iraq’s Riverbend should be counted among them. Have you met Riverbend? Have you been influenced by her reporting?

I have never met her, no. Her blog is more than interesting, but I wouldn’t describe her as a war correspondent: that is what makes her blog so special. It’s an opinionated firsthand account of the war experienced by a young Iraqi woman.

Another reader who spent time in Iraq in the years before the war wrote that far from looking forward to war with the US, the families he knew in Iraq worried about the impact of war on their lives. You wrote that some people looked forward to Saddam’s overthrow when you went to Iraq in 2002. Were they a preponderance of voices? What did people say about the American-led sanctions regime?

Of course everybody who has experienced it is afraid of war. Iraqis were afraid, but all the normal people I met then (apart from the Baathists linked to the regime) were exhausted with Saddam’s tyranny. They distrusted the Americans’ overthrow of the regime and often explained how Saddam was convenient to the Americans: that was the only explanation they could find to justify the fact that they didn’t go after him during the first war. In their minds all the evils – Saddam and the Americans – were somehow linked.

Another Truthout reader wants to read Voyage « in the original. » When will the French version of your book come out? What will it be called, and what house will publish it?

It has now come out in France with éditions du Seuil; the title is Voyage au pays d’al Qaida.

What was it like for you to be in the United States during the midterm elections?

I had mixed feelings. Happy, of course, for the United States, but I could not really work up complete enthusiasm because I am aware that for Iraq and that part of the world, it’s a little late. I had very much hoped that Kerry would defeat Bush in the presidential elections….

Also, the talk of some Democrats and some of my friends who take the position of withdrawing the troops as rapidly as possible with a « come what may » attitude worried and upset me….

What position do you feel is more adequate to the situation or more responsible?

This is very interesting: it’s a crucial and unresolved question to me…. It will be the subject of my next story, and I am still working on it, although I am not sure it’s my role to give advice about what to do.

Sara Daniel, we’ll look forward to that next article, then. Thank you so much for talking with us.

Translation: t r u t h o u t French language correspondent Leslie Thatcher.

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Antisémitisme: Les juifs encore! (When Jews add fuel to the antisemitic fire)

27 janvier, 2007
New antisemitismDans sa dernière signification, l’émancipation juive consiste à émanciper l’humanité du judaïsme. Marx
Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu’on n’accomplit pas d’un cœur léger, surtout quand on appartient soi-même à ce peuple.  Freud
Le fascisme allemand est venu et a disparu, le communisme soviétique est venu et a disparu lui aussi, l’antisémitisme, lui, est venu et il est resté. Il a simplement changé de masques, d’atours et de visages. Jonathan Sacks, grand rabbin du Royaume-Uni
De la même façon que le christianisme pourrait être mort à Auschwitz, Treblinka et Sobibor … alors je crains que mon judaïsme puisse mourir à Naplouse, Deheishe, Beteen (Beth-El) et El-Khalil (Hébron). Daniel Boyarin
La plus grande erreur qu’Israël pourrait faire actuellement, c’est d’oublier qu’Israël lui-même est une erreur…L’idée de créer une nation de Juifs européens dans un territoire de Musulmans arabes (et de quelques Chrétiens) a produit un siècle de guerres et de terrorisme comme nous le voyons maintenant…Sa plus formidable ennemie est l’histoire elle-même. Richard Cohen (Washington Post)
Il n’y a aucune raison de blâmer le Hezbollah. Richard Cohen (Pendant les combats de l’été 2006 entre Israël et le Hezbollah, Washington Post)
Au fil des décennies, nombre de gens de gauche ont été des opposants sans concessions à l’antisémitisme et ont combattu celui-ci. Voir certains de ceux qui prétendent être leurs héritiers contribuer à un antisionisme qui est porteur de nombreux traits de l’ancien antisémitisme ne peut que troubler et donner la nausée. Cela donne davantage la nausée encore de voir des Juifs se placer en première ligne de cette contribution. Alvin Rosenfeld
A une époque où la dé-légitimation et par la suite l’éradication d’Israël est un but crié avec une ferveur grandissante par les ennemis de l’état juif, il est plus que décourageant de voir des Juifs eux-mêmes rajouter à la calomnie. Que certains le fassent même au nom du judaïsme, rend la nature de leurs attaques des plus grotesques. (…) Leurs contributions à ce qui est en train de devenir un discours normatif, sont toxiques. Elles permettent de rendre respectables les visées antisémites contre l’état juif, par exemple, en affirmant que c’est un état de type nazi, comparable à l’apartheid en Afrique du Sud, qui est engagé dans un nettoyage ethnique et un génocide. Ces accusations ne sont pas vraies mais peuvent avoir comme effet de délégitimer Israël. Alvin Rosenfeld

Après les antimondialistes (pardon: les altermondialistes)… voici les alterjuifs!

A l’heure où notre nouveau président (qui a aussi ses dérapages) se sent obligé de proposer les Affaires étrangères à un Védrine (que ses exigences lui ont heureusement fait refuser) et où un Kouchner lui-même semble se védriniser à vue d’oeil …

Et comme après chaque fois (guerre des Six-jours dont on fête le 60e anniversaire dans quelques jours ou intervention du Liban l’été dernier) où Israël est obligé de démontrer à ses ennemis et au monde qu’il peut se défendre …

Mais aussi pendant que les roquettes continuent à terroriser Sdérot et que trois soldats israéliens (dont le Franco-israélien Guilad Shalit) sont toujours otages des mouvements terroristes Hamas et Hezbollah …

Petit retour, avec cet entretien dans le Jerusalem Post du sociologue et philosophe, Shmuel Trigano sur la délégitimation que doit subir régulièrement Israël et notamment au sein même du monde juif, avec les « alterjuifs », comme se nomment eux-mêmes certains des Juifs ennemis d’Israël.

Autrement dit la fraction juive du nouvel antisémitisme, cette troisième vague idéologique qui, selon l’islamologue américain Bernard Lewis, a suivi celles des antisémitismes religieux et racial.

Et qui « a en commun avec la première que les Juifs peuvent à nouveau s’y associer. Avec l’antisémitisme religieux, les juifs pouvaient se distancer du judaïsme et du converti, certains ayant même atteint de hautes positions dans l’Eglise et l’Inquisition. Avec l’antisémitisme racial, ce n’était pas possible, mais avec le nouveau, l’antisémitisme idéologique, les Juifs peuvent de nouveau se joindre aux critiques » (Wikipedia).

Extraits:

Il ne faut pas oublier que le fléau en question est venu d’Israël. Depuis la fin des années 1990, les postsionistes et autres nouveaux historiens se sont livrés à une entreprise méthodique de destruction symbolique d’Israël, accrédités par les chaires universitaires qu’ils occupent. Le coup ne pouvait pas être plus fatal. Si Israël le dit…

Le projet postsioniste a ceci de spécifique qu’il s’avance masqué derrière l’idéologie « droit-de-l’hommiste », qui pourrait bien être une mutation génétique du défunt marxisme, après l’effondrement de l’URSS.

C’est à ce moment-là du retour des nations, au moment où un nationalisme virulent secoue le monde arabe, que les postsionistes demandent à Israël de se faire hara-kiri…

avant de détruire quelqu’un, on ruine son image morale, son prestige de telle sorte que le frapper devient « normal ». C’est ce qui est en jeu aujourd’hui : tous ces discours augurent-ils d’une entreprise de destruction à venir d’Israël ?

Une entreprise de déligitimation de l’Etat d’Israël
Pierre Lurçat
Jerusalem Post
25 mai 2007

Sociologue et philosophe, Shmuel Trigano dirige la revue Controverses publiée aux éditions de l’Eclat, dont le dernier numéro est consacré aux « alterjuifs ». A l’occasion d’une conférence organisée à Jérusalem sur le thème de la délégitimation d’Israël, il revient sur la signification de ce concept et sur le danger que représentent ces Juifs ennemis d’Israël.

– Que désigne le concept d’ »alterjuif » et pourquoi lui avoir consacré un numéro de votre revue ?
Nous souhaitions aborder un des phénomènes les plus importants des années 2000 : ce discours d’intellectuels s’exprimant « en tant que Juifs », qui a envahi les médias pour faire entendre, au nom de la morale juive et des leçons de la Shoah, une condamnation au fond de l’existence de l’Etat d’Israël, qualifié de bourreau nazi, et des communautés juives accusées de communautarisme. Les discours condamnant Israël à cette époque provenaient aux trois quarts de ces milieux-là. C’est un phénomène considérable qui demande à être analysé. Comment le définir ?

Ces milieux sont juifs, à n’en pas douter, mais ils ont choisi de se dissocier du peuple juif en situation d’adversité, pour l’accabler en se revendiquant d’un « autre » judaïsme. Le mot d’alterjuif est l’heureuse invention d’une des membres du comité de rédaction, Muriel Darmon.

Les groupes qui se sont formés à cette occasion se définissaient comme « une autre voix juive », un « judaïsme alternatif », etc. Face à ce discours, les Juifs tout court sont restés interdits. Nous avons voulu reprendre ce discours point par point et en faire l’analyse critique.

– S’agit-il d’un phénomène particulier à la France ou bien existe-t-il aussi en Israël ?
C’est un phénomène juif mondial allant des Etats-Unis à Israël. Ce genre de choses n’arrive qu’aux Juifs. On n’a jamais vu un intellectuel arabe se livrer à un tel jeu de massacre sur son propre peuple, se faire l’avocat de son propre abaissement, de surcroît dans une situation aussi grave.

Le postsionisme s’y inscrit totalement dans la mesure où son projet est le démantèlement du peuple juif et de l’Etat d’Israël, leur ruine morale, intellectuelle et politique. Le projet postsioniste a ceci de spécifique qu’il s’avance masqué derrière l’idéologie « droit-de-l’hommiste », qui pourrait bien être une mutation génétique du défunt marxisme, après l’effondrement de l’URSS. Je veux parler du postmodernisme. On y retrouve la même incompréhension du fait national.

Ce fut la défaillance la plus grande du marxisme. L’histoire a confondu cette défaillance qui a produit des millions de morts : après 70 ans de communisme, ce sont toutes les vieilles nations de l’Europe de l’Est colonisées par l’URSS, c’est la sainte Russie orthodoxe qui sont réapparues comme si rien ne s’était passé, confirmant la permanence du fait national.

C’est à ce moment-là du retour des nations, au moment où un nationalisme virulent secoue le monde arabe, que les postsionistes demandent à Israël de se faire hara-kiri…

C’est à cette même contestation de la nation que se livrent les « nouveaux historiens » en déconstruisant le récit national juif, selon des méthodes très douteuses qui n’ont d’universitaire que le nom. Ces intellectuels ont perdu la mesure de la critique intellectuelle ou de la contestation politique. Plus profondément, ils ont perdu le sens de la réalité.

– Est-ce un phénomène psychologique (haine de soi juive) ou bien proprement politique ?
L’explication de la haine de soi est une explication psychologique déresponsabilisante. Sans conteste, il y a une dimension pathologique dans ces discours où transparaît paradoxalement une véritable inflation du moi qui part de la conviction de la toute puissance des Juifs (et d’Israël).

Nous avons quelques textes de psychanalystes qui analysent ce syndrome mais nous avons voulu y voir avant tout un acte politique et intellectuel. C’est à ce titre que nous avons analysé avec beaucoup de précision le discours de ces intellectuels et contesté leurs affirmations, qui prennent beaucoup de libertés avec la rigueur intellectuelle et la connaissance historique.

Nous avons en effet assisté à une perversion des critères de la morale et de la vérité qui a campé les victimes en coupables et accusé les victimes des coups qu’elles recevaient. Leur responsabilité politique devant la société occidentale est immense car ils ont contribué à étouffer la réalité de l’antisémitisme.

Les agressions antijuives annonçaient les émeutes qui ont secoué et secouent la France. En déniant l’existence de l’antisémitisme et en en accusant les Juifs eux-mêmes, ils ont endormi les réflexes de la société et sa vigilance face au djihad mondial.

– Quel rôle remplissent les alterjuifs dans le débat politique en France ?
Ce qui s’est passé ces dernières années peut mieux être contemplé avec le recul. Les alterjuifs ont bénéficié d’une couverture médiatique quasi totale, tout en se plaignant d’être victimes de la censure « communautaire ».

Ils ont pris en otage l’expression de la voix juive en se présentant en professeurs de morale juive, à un moment où l’Europe, et notamment la France chiraquienne, faisaient entendre une condamnation d’Israël, complaisante envers la cause arabe, pour des raisons à la fois internes (la présence d’une communauté arabo-musulmane très importante) et externe (s’opposer aux Américains).

Aucune autre opinion n’a pu s’exprimer en ces jours-là. La voix des alterjuifs apportait une confirmation de la condamnation. La pire des choses était que l’acte d’accusation était dressé par des voix juives. Mais au fond, c’est vieux comme le monde…

– Pourquoi les alterjuifs consacrent-ils tant d’efforts à vouloir priver les Juifs du droit de parler de la Shoah ?
C’est que la Shoah les gêne beaucoup. Elle les gêne parce qu’elle rappelle que les Juifs ont été détruits dans la Shoah en tant que peuple, tandis que leur vision pseudo-éthique d’un Israël « conscience » de l’humanité ne résiste pas à cette confrontation.

L’alterjudéité concerne en général des milieux juifs qui se sont éloignés de la vie juive. C’est leur droit, néanmoins ils ressentent une existence juive au grand jour comme une menace et une agression envers leur façon d’être, une monstruosité. Avez-vous remarqué que ce sont les Juifs vivants qui dérangent l’ordre du monde ? Les Juifs ont l’indécence de vivre après la Shoah et de rendre un coup quand ils le reçoivent !

– Existe-t-il un lien entre le phénomène alterjuif et la réalité politique israélienne ?
Il ne faut pas oublier que le fléau en question est venu d’Israël. Depuis la fin des années 1990, les postsionistes et autres nouveaux historiens se sont livrés à une entreprise méthodique de destruction symbolique d’Israël, accrédités par les chaires universitaires qu’ils occupent. Le coup ne pouvait pas être plus fatal. Si Israël le dit…

Sachez que ces livres sont automatiquement traduits en France. Comment voulez-vous que réagisse le public qui reçoit ces ouvrages ? Il les prend au sérieux. Il ne fait pas de doute qu’une société israélienne dont les élites produisent un discours autodestructeur de ce type-là, est gravement malade.

– Quel danger représentent les alterjuifs ?
Le danger concerne l’image de soi. On ne respecte que les gens qui se respectent. Montrer un tel visage, c’est lancer aux ennemis d’Israël, hélas fort nombreux, un signal très clair les poussant à l’attaque, en leur donnant le sentiment qu’il ne reste plus qu’à donner l’estocade finale pour en finir avec les Juifs.

Par ailleurs, leur discours pseudo-moral se fonde sur une injustice à base de mépris ethnique : ils pleurent le malheur palestinien – « péché originel » d’Israël – mais restent cois sur l’injustice dont le monde séfarade a été victime de la part du monde arabe. L’Etat d’Israël n’a aucune dette envers le monde arabe et les Palestiniens.

Il y a eu un échange de populations et des spoliations bien plus importantes pour les Juifs issus du monde arabe. Leur souffrance, leur mémoire, leurs intérêts sont profondément bafoués par ce discours autoaccusatoire. C’est comme s’ils n’existaient pas alors qu’ils constituent la majorité de la population israélienne.

Les dimensions symboliques et culturelles sont capitales sur le plan politique : avant de détruire quelqu’un, on ruine son image morale, son prestige de telle sorte que le frapper devient « normal ». C’est ce qui est en jeu aujourd’hui : tous ces discours augurent-ils d’une entreprise de destruction à venir d’Israël ?

Forum Leatid Israël et la revue Controverses organisent une soirée débat sur le thème « La déligitimation d’Israël : AlterJuifs et post-sionisme », avec Itshak Adda, Eliézer Cherki, Muriel Darmon, Manfred Gerstenfeld, Pierre-Itshak Lurçat et Shmuel Trigano. Mardi 29 mai, à 20h30. Campus Kiriat Moria (Binian Mélitz), 3, Rehov Ha’Askan, Jérusalem.

– Source : http://www.desinfos.com – La revue des infos
Voir aussi le récent entretien d’une victime de la radicalité progressiste, l’essayiste Alain Finkielkraut:

L’ironie c’est que ce coup me soit venu d’Israël. Israël, c’est à la fois le pays qui fait de moi un docteur honoris causa, et le pays où un petit cercle postsioniste veut ma peau.

Si un candidat de droite a tenu sur l’école des propos qui m’allaient droit au coeur, ce n’est pas parce qu’il était de droite. C’est parce que la gauche avait complètement délaissé ce terrain. La gauche a choisi la voie de la facilité démocratique, du pédagogisme, de la démagogie sur un certain nombre de questions comme l’école, la sécurité et l’intégration.

Quand un candidat de droite fait référence à un certain nombre de grandes figures pour dire ce que représente pour lui la France, et qu’il remonte à Jeanne d’Arc en passant par Pascal, par Voltaire, et en terminant par Georges Mandel, Guy Moquet, etc., que répond la candidate de gauche ? Elle répond par une référence à la France de Diam’s. Diam’s est une chanteuse de rap, qui a écrit et chanté un texte : Ma France à moi.

Ma France à moi, dit-elle, elle sèche les cours, elle s’éclate, elle n’aime que la culture américaine, et comme elle n’a pas de débouchés, elle vend de la merde, c’est-à-dire du shit, de la drogue, à des bourges, c’est-à-dire des bourgeois. Voilà la France dont se réclame effrontément une candidate de gauche. Qu’est-ce que ça a à voir avec la gauche ?

En enfer et sur un nuage
Alain Finkielkraut
Par Chantal Osterreicher
Jerusalem Post
24 mai 2007

Au sujet du mandat Sarkozy, Finkielkraut déclare : « Je pense que certaines des promesses seront tenues, notamment pour ce qui concerne l’augmentation du pouvoir d’achat, la libération du travail, la suppression de l’impôt sur les successions. D’autres promesses sont moins directement monnayables en réformes précises.

Comment voyez-vous le mandat Sarkozy ?

Tout est possible. Je pense que certaines des promesses seront tenues, notamment pour ce qui concerne l’augmentation du pouvoir d’achat, la libération du travail, la suppression de l’impôt sur les successions. D’autres promesses sont moins directement monnayables en réformes précises.

Va-t-il être capable de refonder l’école ? Il a eu raison de dire qu’on ne peut plus envisager le problème de l’école en termes de moyens. D’abord on a mis trop de moyens dans le secondaire et on a ruiné le supérieur. Va-t-il être capable de réintroduire à l’école l’exigence d’excellence et des grands auteurs ? Va-t-il être capable de réintroduire pour une démocratie vraie la sélection ?

Je n’en sais rien. Deux choses m’inquiètent : c’est que ces promesses-là puissent être oubliées au profit de promesses plus directement parlantes.

Et la deuxième chose, c’est l’opposition qu’il risque de rencontrer dans la rue. Dès qu’on prononce le mot de sélection, les enfants envahissent les avenues. Et dès qu’on veut refonder l’école, ce sont les syndicats d’enseignants, et les fédérations de parents d’élèves, qui depuis trente ans au moins, ne raisonnent qu’en termes de moyens.

Est-ce que vous pensez qu’avec Nicolas Sarkozy l’image d’Israël peut s’améliorer en France ?

Non. Vous savez, il ne faut pas surestimer le pouvoir des hommes politiques, même présidents. Tous ceux qui disent par exemple qu’il va faire main basse sur la presse se racontent des histoires. La presse est majoritairement contre lui, et continuera à l’être. Il n’a aucun pouvoir médiatique. Il a des amis, il a donc quelques journaux qui lui sont favorables. Le Figaro, mais Le Figaro est favorable à la droite. Peut-être Europe 1. Mais tout le service public, notamment à la radio, lui est hostile. Libération lui est hostile. Marianne lui est hostile.

Il n’est pas tout puissant, la politique n’est pas toute puissante. Les amuseurs sont beaucoup plus puissants. Les journalistes sont plus puissants que les politiques et les amuseurs plus puissants que les journalistes. Et Sarkozy sera traîné dans la boue comme président sans aucun problème.

Donc il ne faut pas exagérer son pouvoir. Il ne faut pas exagérer non plus son influence, son autorité idéologique. Il va peut-être infléchir la politique étrangère française, il va peut-être essayer de rompre avec une certaine tradition du Quai d’Orsay. Je ne suis pas sûr qu’il y réussisse, les pesanteurs sont très fortes. Et quand bien même il y réussirait, ça ne changera pas nécessairement l’état d’esprit de l’opinion.

L’opinion peut évoluer et évolue en général en toute indépendance du pouvoir politique. Dans une certaine frange de l’opinion, la déligitimation d’Israël a fait d’immenses progrès et cette frange de l’opinion ne sera certainement pas influencée par Sarkozy. Elle risque de se radicaliser encore d’avantage. Mais ce n’est pas toute l’opinion non plus.

Puisqu’on parle de l’opinion, qu’est-ce qui a changé pour vous depuis la parution de l’interview dans le Haaretz il y a deux ans ?

Tout a changé. Il y a pour moi un avant Haaretz et un après. Dans les jours qui ont précédé cet entretien, je m’étais exprimé dans Le Figaro sur les émeutes avec une très grande clarté. J’avais déploré l’héroïsation ou la victimisation des émeutiers. J’avais parlé au nom de ce que j’appelle le parti de l’indignation. J’avais dit que l’incendie d’école n’avait aucune excuse et j’avais dit aussi que la seule manière d’aider ces jeunes, c’était de leur faire honte.

Mais, cet article je l’avais lu, relu, vérifié. Avec Haaretz, les choses se sont passées tout à fait différemment. Je n’ai rien pu relire ni préciser. Et donc, certaines formules m’ont fait apparaître comme un raciste, ce qui est, pour de très bonnes raisons, le crime intellectuel majeur, la tache ineffaçable. Et depuis lors, je sais que sur Internet toutes sortes de diatribes sont lancées contre moi.

J’ai aussi des problèmes dès que je mets le nez dehors, en tout cas dès que je fais une conférence. C’était le cas à Aix il y a un an, c’était le cas plus récemment à Bourg-la-Reine. Je faisais une conférence sur l’école, et j’ai eu droit à la protection de deux cars de CRS. Certes, la manifestation voulant m’interdire de parler n’a pas réuni les foules, c’était une centaine de vieux gauchistes, certains d’ailleurs avaient basculé dans le négationnisme, mais c’est quand même très désagréable, ces gens qui hurlent « Finkielkraut raciste », etc.

L’ironie c’est que ce coup me soit venu d’Israël. Israël, c’est à la fois le pays qui fait de moi un docteur honoris causa, et le pays où un petit cercle postsioniste veut ma peau. Je ne pense pas que les choses puissent vraiment se tasser, d’autant plus aujourd’hui que l’actualité n’est plus comme autrefois évanescente. On pouvait le regretter, se dire que l’actualité c’est un événement qui n’apparaît que pour sombrer dans l’oubli.

Maintenant, il apparaît, et puis il est inscrit pour l’éternité sur Internet. Je pense que cet entretien du Haaretz est disponible. Il n’est donc pas l’entretien d’un instant mais l’entretien de tous les instants. C’est le regret que je peux éprouver. C’est un des griefs multiples que je peux adresser à ce dispositif terrifiant qu’est Internet.

Je pense qu’au Haaretz, beaucoup de gens ont compris que cet entretien n’avait pas été très honnête, que c’était une sorte de traquenard, que les titres choisis et les sous-titres voulaient me faire apparaître comme une sorte de Le Pen juif, que mes interlocuteurs avaient vu en moi l’équivalent diasporique du colon israélien qu’ils détestent.

Donc j’ai été une victime de la radicalité progressiste. Je disais tout à l’heure que la radicalité n’est pas l’apanage de la religion. La radicalité progressiste fait de la politique mondiale une sorte de guerre civile. Et ceux qui s’inscrivent dans cette guerre civile, par exemple en Israël, ne voient pas l’ennemi dans l’islamisme qui les agresse mais chez l’extrémiste juif.

Et ils ont cru que j’en étais l’équivalent français. Tout le monde à Haaretz ne pense pas ainsi. Pour moi, vis-à-vis de Haaretz, j’ai tourné la page. Malheureusement, cette page Internet ne la tournera jamais.

Vous avez également reçu un fort soutien durant cette période.

Les témoignages de sympathie se sont multipliés. J’ai reçu des milliers de lettres ou des courriels, les gens m’abordaient dans la rue. D’autant que j’ai eu l’occasion quand même en France de m’expliquer très vite.

Le Monde a publié des extraits de mon entretien, des extraits terribles. Dès le surlendemain, Le Monde m’a permis de préciser un peu les choses. Donc le lynchage n’a pas été total. Le vrai lynchage médiatique c’est quelqu’un qu’on accuse et qui n’a pas la possibilité de se défendre. Ça a été en France le cas d’un écrivain, accusé à mes yeux à tort d’antisémitisme, Renaud Camus.

Ma situation était curieuse. J’étais en enfer et j’étais sur un nuage. J’ai bénéficié de ce soutien. Il n’empêche, j’ai parlé au détour d’une phrase de l’équipe de France de football, je ne veux même pas y revenir, et il y a des gens pour qui je n’existe et je n’existerai jamais que par cette phrase. Aucune de mes autres interventions et aucune de mes oeuvres ne compte. Je suis aussi la victime, et ça me rappelle un roman de Kundera, d’une plaisanterie. Je suis persécuté par une plaisanterie.

J’ai donc reçu de nombreuses lettres de soutien après avoir publié ma réponse dans Le Monde. Ce qui m’a plu, c’est qu’elles venaient souvent de gens de gauche. Pas uniquement de Juifs, mais souvent de gens de gauche. J’ai compris que la diabolisation avait ses limites. En revanche, j’ai eu droit à la couverture du Nouvel Observateur où je suis apparu comme le chef de file des néoréactionnaires.

Et d’ailleurs ils n’ont pas changé, ils ont refait une couverture du même type il y a quelques semaines pour dresser à nouveau la liste des intellectuels qui virent à droite. Et ça aussi c’est une des grandes tristesses de l’époque, cette gauche qui se raidit, qui oublie toutes les leçons de l’antitotalitarisme, qui pratique le soupçon et même l’épuration.

Une gauche épuratrice est à l’oeuvre, et est tellement épuratrice qu’elle se stérilise totalement. Et on en revient à la candidature Ségolène Royal. Parce qu’une fois qu’ils ont épuré, ils n’ont gardé que les crétins.

Si un candidat de droite a tenu sur l’école des propos qui m’allaient droit au coeur, ce n’est pas parce qu’il était de droite. C’est parce que la gauche avait complètement délaissé ce terrain. La gauche a choisi la voie de la facilité démocratique, du pédagogisme, de la démagogie sur un certain nombre de questions comme l’école, la sécurité et l’intégration.

Quand un candidat de droite fait référence à un certain nombre de grandes figures pour dire ce que représente pour lui la France, et qu’il remonte à Jeanne d’Arc en passant par Pascal, par Voltaire, et en terminant par Georges Mandel, Guy Moquet, etc., que répond la candidate de gauche ? Elle répond par une référence à la France de Diam’s. Diam’s est une chanteuse de rap, qui a écrit et chanté un texte : Ma France à moi.

Ma France à moi, dit-elle, elle sèche les cours, elle s’éclate, elle n’aime que la culture américaine, et comme elle n’a pas de débouchés, elle vend de la merde, c’est-à-dire du shit, de la drogue, à des bourges, c’est-à-dire des bourgeois. Voilà la France dont se réclame effrontément une candidate de gauche. Qu’est-ce que ça a à voir avec la gauche ?

Le candidat de droite a cité Jaurès. La gauche a dit : « c’est une captation d’héritage ». Non ! Car il ne citait pas Jaurès pour son socialisme, il citait Jaurès pour son patriotisme, pour sa manière d’habiter la France, pour son rapport au passé. De même qu’il citait Jules Ferry parce que celui-ci avait adressé à tous les enseignants de France une lettre commençant par ces mots : « Monsieur l’instituteur ».

Et ce candidat, Nicolas Sarkozy a dit : « cette formule, c’est la civilisation même ». Eh oui ! Monsieur l’instituteur, c’est une expression qui oblige à se tenir droit. Diam’s, c’est la civilisation du laisser-aller et de l’avachissement total. La gauche a choisi l’avachissement et elle a trahi, ce faisant, le meilleur de son héritage.

Cette interview a été réalisée en collaboration avec Hélène Schoumann.
– Source : http://www.desinfos.com – La revue des infos


Désinformation: Pendant les fêtes, la captation d’héritage continue

26 janvier, 2007

mary & josephDernier exemple en date, repéré par Menahem Macina sur le site UPJF …

De la captation d’héritage et du détournement systématique dont est l’objet le judéo-christianisme …

D’abord par l’islam et le Coran …

Puis à présent par les tenants du terrorisme arabe et palestinien …

Et leurs légions de compagnons de route et d’idiots utiles …

Une carte postale proposée par une ONG américaine détournant à son tour… la Nativité !

Propagande
Jésus et Marie récupérés par la propagande palestinienne, sur le site de l’ONG War on Want
Outre ses activités caritatives et sociales, l’ONG War on Want (WoW) promeut clairement une ligne politique de délégitimation d’Israël. Ici, nous nous limitons à épingler une carte postale qui représente Joseph et Marie – enceinte – subissant une fouille effectuée par des soldats israéliens, le long de la Barrière de Séparation de Bethléem. (Menahem Macina).

15/01/07

Original anglais : « War on Want Wages War on Israel »

Sur le site de NGO Monitor.

Sur la page de WoW où l’on peut commander cette carte, on peut lire le texte suivant, qui figure au-dessus de l’image :

« La ville de Bethléem est complètement isolée du monde extérieur par le Mur de Séparation d’Israël et un poste de contrôle dernier cri, ce qui aggrave la destruction de la vie et de l’économie de ses habitants palestiniens, après des années de violence. »

Suivi de la mention :

« Pour mettre fin à la violence au Moyen-Orient il faut construire des ponts, pas des murs. »

Sur cette image, War and Want établit un lien explicite entre la souffrance des Palestiniens et celle de Jésus. De plus, le message véhiculé par la carte suggère qu’Israël persécute intentionnellement les chrétiens palestiniens, détournant ainsi l’attention de l’oppression actuelle des chrétiens qui sévit dans l’Autorité Palestinienne.

Cette campagne est un exemple de plus du détournement que fait WoW des thématiques afférentes à l’Holocauste et à l’antisémitisme. Dans le passé, cette ONG a accusé Israël de mettre les Palestiniens « en cage » dans des « ghettos », de préparer un « projet d’expulsion », et d’agir comme un « boxeur poids lourd qui frappe un enfant ». Elle a aussi repris des accusations antisémites diffamatoires traditionnelles (tel l’ »empoisonnement des puits ») en relayant des allégations infondées, selon lesquelles Tsahal s’en prend aux sources d’eau palestiniennes comme « moyen punitif et discriminatoire ».

Pour en savoir plus sur WoW, consulter le dernier rapport de NGO Monitor.

© NGO Monitor

Mis en ligne le 26 janvier 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org


Mort de l’Abbé Pierre: L’antisémitisme tranquille d’un curé rouge (The quiet antisemitism of a radical priest)

25 janvier, 2007
Les révisionnistes et les négationnistes français (…) ont une spécificité, qui les distingue des Italiens ou des Américains : leur filiation n’est pas d’extrême droite. Leur public, ceux qui les entendent et les suivent, est celui de Le Pen, pour appeler les choses par leur nom. Mais les intellectuels qui fournissent à ce public des denrées viennent en fait de l’ultra-gauche. Rassinier, cet ancien député socialiste devenu le père du révisionnisme, a fait, dans les années 50, le pont entre l’extrême droite et l’ultra-gauche. Pierre Vidal-Naquet

Chapelle ardente où défile la foule éplorée à l’Hôpital militaire du Val de Grace (l’hôpital des présidents), déluge d’éloges de toute la classe politique, matraquage en boucle des extraits de la vie du saint sur nos petits écrans, surenchère dans l’hagiographie des titres de la presse écrite (« Révolté de la misère »: L’Humanité, « Pape des pauvres »: Le Parisien, « Saint domicile fixe »: Libération), hommage national demain à Notre-Dame …

L’unanimisme qui entoure, dans cette France si fière de sa laïcité et de sa mécréance, la mort de l’ancien curé rouge n’est pas sans étonner.

A l‘heure où, comme il y a trois ans contre l’intervention alliée en Irak, la France entière se retrouve comme un seul homme, unie et unanime derrière l’actuel squatter de l’Elysée et délinquant muti-récidiviste, pour pleurer la disparition de l’abbé Pierre, comment ne pas avoir envie, sans nier le véritable réconfort qu’il a apporté à tant de démunis, de rappeler (grâce à des blogs comme celui de Denis Touret ou wikipedia) certains des faits passés sous silence ou expédiés en une phrase (ce qui revient un peu au même) au sujet du défenseur des « sans » (logis, papiers, travail, Etat) et « personnalité la plus aimée des Français »?

Comme… son tranquille antijudaïsme de vieux catho et son antisionisme très extrême-gauche qui lui feront défendre les Brigades Rouges italiennes mais aussi jusqu’au bout le négationniste Garaudy traduit en justice pour son livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne, ce qui lui vaudra l’exclusion du Comité d’honneur de la LICRA.

Ou… la véritable « vocation génocidaire » qu’il attribuait au peuple juif (« que reste-t-il d’une promesse lorsque ce qui a été promis, on vient de le prendre en tuant par de véritables génocides des peuples qui y habitaient, paisiblement, avant qu’ils y entrent ? »).

Ou encore… ses chipotements sur les « détails » du génocide des Juifs par les Nazis (« sur la question des chambres à gaz, il est vraisemblable que la totalité de celles projetées par les nazis n’ont pas été construites »).

Ou ses… petites phrases digne d’un José Bové ou d’un Edgar Morin (« Je constate qu’après la formation de leur Etat, les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux. Ils ont pris les maisons, les terres des Palestiniens », 1991).

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Une histoire de QI (The other Marilyn)

25 janvier, 2007
« Hey Albert, » said Marilyn [IQ: 163]. « Imagine if we had a baby and it had my looks and your brains it could do anything it wanted. » « Yes, my dear, » replied Einstein [IQ: 160]. « But what if it has my looks and your brains? ».
You do not take a person who, for years, has been hobbled by chains and liberate him, bring him up to the starting line in a race and then say, ‘you are free to compete with all the others’, and still justly believe that you have been completely fair. (Lyndon Johnson, 1965)

En ces temps où il est de bon ton de cracher sur l’intelligence ou sur les projets d’égalisation des chances comme l' »affirmative action » américaine (qui après 40 ans a peut-être effectivement bien gagné sa retraite) ou la toute nouvelle (vélléité de) « discrimination positive » française (reprenant, petit retard oblige, la formule oxymorique depuis longtemps abandonnée par les Américains) …

On ne peut s’empêcher de repenser (histoire de voir le chemin parcouru) à… ces temps héroïques du test de Binet-Simon!

Conçu à l’origine, comme le rappelle wikipedia, pour détecter à l’avance les élèves faibles scolairement (« âge mental », 1905) et inspiré en fait par l’Anglais Spearman (1904 – inspiré lui-même par le cousin eugéniste de Darwin Galton et l’Américain Cattell) et amélioré par l’Allemand Stern (« quotient intellectuel« , 1912) puis l’Américain Wechsler (pour trier les nouvelles recrues, QI par rang, applicable aux adultes, 1939) …

Et qui eut son heure de gloire en France même en 1961 quand (wikipedia toujours)… « un jeune travailleur agricole ‘quasiment illettré’ nommé Jean Frêne se voit créditer aux trois jours de sélection militaire d’un QI exceptionnel. L’affaire remonte au ministère des Armées (= de la Défense) qui lui accorde un sursis et une bourse : cinq ans plus tard, Jean Frêne décroche son diplôme d’ingénieur et embraye directement sur un doctorat. Il est actuellement (2004) professeur à l’université de Poitiers (chaire de tribologie). Cette affaire popularisera l’intérêt de la notion de QI en France. Jean Frêne y est devenu le troisième Français à obtenir la prestigieuse médaille d’or internationale de tribologie.’

Ou en 1963 avec… « Le jeune Alexandre Boviatsis, lui aussi crédité d’un important QI et dont la mère assure pour cette raison l’éducation, obtient son « premier bac » (nom de la partie du baccalauréat située à l’époque à la fin de la classe de première) à 13 ans 1/2. »

Et, sans parler du sud-coréen Ung-Yong Kim, surtout en Amérique avec l’enfant prodige ukraino-américain William James Sidis (254 ?) ou en 1956 avec… le plus grand QI certifié par les bières Guiness et obtenu par une femme, Marilyn vos Savant (228 = âge mental à 10 ans de 23 ans), qui a aujourd’hui 60 ans et a sa propre chronique (« Ask Marilyn ») dans un supplément dominical intitulé Parade (aussi en ligne) où elle répond aux questions de ses lecteurs.

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Nos systèmes éducatifs seraient-ils victimes du Principe de Peter? (Have our schools reached their level of incompetence?)

23 janvier, 2007
Dilbert principlePersonne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre d’hommes vraiment cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait donc rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre des hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietzsche
Et aujourd’hui nous ne savons pas encore si la vie culturelle peut survivre à la disparition des domestiques. (Alain Besançon, Etre russe au XIXe siècle, 1974)

A l’image des fameuses hiérarchies du Principe de Peter, nos systèmes éducatifs auraient-ils atteint leur niveau de plus haute incompétence ?

Ou, pour reprendre la variante informatique du principe, le projet éducatif des sociétés avancées est-il devenu trop complexe pour être compris par ses propres développeurs?

Ou encore, si on lui applique la Loi de Parkinson, tend-il à « s’étaler de façon à occuper le temps disponible pour son achèvement », « un fonctionnaire tendant à multiplier ses subordonnés, pas ses rivaux » et « les fonctionnaires se créant mutuellement du travail »?

C’est un peu l’impression qu’on a en lisant les trois derniers articles, dans les WSJ de cette semaine, de l’auteur si vilipendé (pour avoir osé toucher, même si le rapport intelligence/race est effectivement douteux, au tabou des différences de capacités*) de « La Courbe en cloche », Charles Murray, sur les limites de l’effort éducatif (la moitié des élèves étant sous 100, on aurait vite fait de tomber dans l’acharnement pédagogique) et l’inadaptation de ses formes universitaires ou technologiques pour la plupart des étudiants au-dessus de 100, tant les relativement « doués » que les « surdoués ».

Morceaux choisis:

Half of all children are below average in intelligence. It has been shown that some intensive interventions temporarily raise IQ scores by amounts ranging up to seven or eight points. Investigated psychometrically, these increases are a mix of test effects and increases in the underlying general factor of intellectual ability — « g. » In any case, the increases fade to insignificance within a few years after the intervention. Nor can we look for much help from the Flynn Effect, the rise in IQ scores that has been observed internationally for several decades. Only a portion of that rise represents an increase in g, and recent studies indicate that the rise has stopped in advanced nations.
in the 2005 round of the National Assessment of Educational Progress (NAEP), 36% of all fourth-graders were below the NAEP’s « basic achievement » score in reading. It sounds like a terrible record. But we know from the mathematics of the normal distribution that 36% of fourth-graders also have IQs lower than 95.
We have never known how to educate everyone. The widely held image of a golden age of American education when teachers brooked no nonsense and all the children learned their three Rs is a myth. If we confine the discussion to children in the lower half of the intelligence distribution (education of the gifted is another story), the overall trend of the 20th century was one of slow, hard-won improvement.
This is not to say that American public schools cannot be improved. Many of them, especially in large cities, are dreadful. But even the best schools under the best conditions cannot repeal the limits on achievement set by limits on intelligence.
While concepts such as « emotional intelligence » and « multiple intelligences » have their uses, a century of psychometric evidence has been augmented over the last decade by a growing body of neuroscientific evidence. Like it or not, g exists, is grounded in the architecture and neural functioning of the brain, and is the raw material for academic performance. If you do not have a lot of g when you enter kindergarten, you are never going to have a lot of it. No change in the educational system will change that hard fact.
In engineering and most of the natural sciences, the demarcation between high-school material and college-level material is brutally obvious. If you cannot handle the math, you cannot pass the courses. In the humanities and social sciences, the demarcation is fuzzier. It is possible for someone with an IQ of 100 to sit in the lectures of Economics 1, read the textbook, and write answers in an examination book. But students who cannot follow complex arguments accurately are not really learning economics. They are taking away a mishmash of half-understood information and outright misunderstandings that probably leave them under the illusion that they know something they do not.
anything below an IQ of 110 is problematic. If you want to do well, you should have an IQ of 115 or higher. Put another way, it makes sense for only about 15% of the population, 25% if one stretches it, to get a college education. And yet more than 45% of recent high school graduates enroll in four-year colleges. Adjust that percentage to account for high-school dropouts, and more than 40% of all persons in their late teens are trying to go to a four-year college — enough people to absorb everyone down through an IQ of 104.
They are in college to improve their chances of making a good living. What they really need is vocational training. But nobody will say so, because « vocational training » is second class. « College » is first class.
Large numbers of those who are intellectually qualified for college also do not yearn for four years of college-level courses. They go to college because their parents are paying for it and college is what children of their social class are supposed to do after they finish high school. They may have the ability to understand the material in Economics 1 but they do not want to. They, too, need to learn to make a living — and would do better in vocational training.
Combine those who are unqualified with those who are qualified but not interested, and some large proportion of students on today’s college campuses — probably a majority of them — are looking for something that the four-year college was not designed to provide. Once there, they create a demand for practical courses, taught at an intellectual level that can be handled by someone with a mildly above-average IQ and/or mild motivation. The nation’s colleges try to accommodate these new demands. But most of the practical specialties do not really require four years of training, and the best way to teach those specialties is not through a residential institution with the staff and infrastructure of a college. It amounts to a system that tries to turn out televisions on an assembly line that also makes pottery. It can be done, but it’s ridiculously inefficient. The demand for college is market-driven, because a college degree does, in fact, open up access to jobs that are closed to people without one.
For a few occupations, a college degree still certifies a qualification. For example, employers appropriately treat a bachelor’s degree in engineering as a requirement for hiring engineers. But a bachelor’s degree in a field such as sociology, psychology, economics, history or literature certifies nothing. It is a screening device for employers. The college you got into says a lot about your ability, and that you stuck it out for four years says something about your perseverance. But the degree itself does not qualify the graduate for anything. There are better, faster and more efficient ways for young people to acquire credentials to provide to employers.
two-year colleges are more honest than the four-year institutions about what their students want and provide courses that meet their needs more explicitly. Their time frame gives them a big advantage — two years is about right for learning many technical specialties, while four years is unnecessarily long.
Advances in technology are making the brick-and-mortar facility increasingly irrelevant. Research resources on the Internet will soon make the college library unnecessary. Lecture courses taught by first-rate professors are already available on CDs and DVDs for many subjects. The cost of effective training will fall for everyone who is willing to give up the trappings of a campus. As the cost of college continues to rise, the choice to give up those trappings will become easier.
The spread of wealth at the top of American society has created an explosive increase in the demand for craftsmen. Finding a good lawyer or physician is easy. Finding a good carpenter, painter, electrician, plumber, glazier, mason — the list goes on and on — is difficult, and it is a seller’s market. Journeymen craftsmen routinely make incomes in the top half of the income distribution while master craftsmen can make six figures. They have work even in a soft economy. Their jobs cannot be outsourced to India.
if « intellectually gifted » is defined to mean people who can stand out in almost any profession short of theoretical physics, then research about IQ and job performance indicates that an IQ of at least 120 is usually needed. That number demarcates the top 10% of the IQ distribution, or about 15 million people in today’s labor force — a lot of people.
We live in an age when it is unfashionable to talk about the special responsibility of being gifted, because to do so acknowledges inequality of ability, which is elitist, and inequality of responsibilities, which is also elitist. And so children who know they are smarter than the other kids tend, in a most human reaction, to think of themselves as superior to them. Because giftedness is not to be talked about, no one tells high-IQ children explicitly, forcefully and repeatedly that their intellectual talent is a gift. That they are not superior human beings, but lucky ones. That the gift brings with it obligations to be worthy of it. That among those obligations, the most important and most difficult is to aim not just at academic accomplishment, but at wisdom.
The encouragement of wisdom requires a special kind of education. The gifted need to have some classes with each other not to be coddled, but because that is the only setting in which their feet can be held to the fire.

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Grandeurs et misères de la tolérance: Vauban

21 janvier, 2007
Vous avez vu sans doute l’édit par lequel le roi révoque celui de Nantes. Rien n’est si beau que tout ce qu’il contient, et jamais aucun roi n’a fait et ne fera rien de plus mémorable. Madame de Sévigné
La révocation de l’édit de Nantes sans le moindre prétexte et sans aucun besoin, et les diverses proscriptions plutôt que déclarations qui la suivirent, furent les fruits de ce complot affreux qui dépeupla un quart du royaume, qui ruina son commerce, qui l’affaiblit dans toutes ses parties, qui le mit si longtemps au pillage public et avoué des dragons, qui autorisa les tourments et les supplices dans lesquels ils firent réellement mourir tant d’innocents de tout sexe par milliers, qui ruina un peuple si nombreux, qui déchira un monde de familles, qui arma les parents contre les parents pour avoir leur bien et les laisser mourir de faim; qui fit passer nos manufactures aux étrangers, fit fleurir et regorger leurs États aux dépens du nôtre et leur fit bâtir de nouvelles villes, qui leur donna le spectacle d’un si prodigieux peuple proscrit, nu, fugitif, errant sans crime, cherchant asile loin de sa patrie; qui mit nobles, riches, vieillards, gens souvent très estimés pour leur piété, leur savoir, leur vertu, des gens aisés, faibles, délicats, à la rame, et sous le nerf très effectif du comité, pour cause unique de religion; enfin qui, pour comble de toutes horreurs, remplit toutes les provinces du royaume de parjures et de sacrilèges, où tout retentissait de hurlements de ces infortunées victimes de l’erreur, pendant que tant d’autres sacrifiaient leur conscience à leurs biens et à leur repos, et achetaient l’un et l’autre par des abjurations simulées d’où sans intervalle on les traînait à adorer ce qu’ils ne croyaient point, et à recevoir réellement le divin corps du Saint des saints, tandis qu’ils demeuraient persuadés qu’ils ne mangeaient que du pain qu’ils devaient encore abhorrer. Telle fut l’abomination générale enfantée par la flatterie et par la cruauté. De la torture à l’abjuration, et de celle-ci à la communion, il n’y avait pas souvent vingt-quatre heures de distance, et leurs bourreaux étaient leurs conducteurs et leurs témoins. Ceux qui, par la suite, eurent l’air d’être changés avec plus de loisir, ne tardèrent pas, par leur fuite ou par leur conduite, à démentir leur prétendu retour. […] Le roi recevait de tous les côtés des nouvelles et des détails de ces persécutions et de toutes ces conversions. C’était par milliers qu’on comptait ceux qui avaient abjuré et communié: deux mille dans un lieu, six mille dans un autre, tout à la fois, et dans un instant. Le roi s’applaudissait de sa puissance et de sa piété. Il se croyait au temps de la prédication des apôtres, et il s’en attribuait tout l’honneur. Les évêques lui écrivaient des panégyriques; les jésuites en faisaient retentir les chaires et les missions. Toute la France était remplie d’horreur et de confusion, et jamais tant de triomphes et de joie, jamais tant de profusion de louanges. Le monarque ne doutait pas de la sincérité de cette foule de conversions; les convertisseurs avaient grand soin de l’en persuader et de le béatifier par avance. Il avalait ce poison à longs traits. Il ne s’était jamais cru si grand devant les hommes, ni si avancé devant Dieu dans la réparation de ses péchés et du scandale de sa vie. Il n’entendait que des éloges, tandis que les bons et vrais catholiques et les saints évêques gémissaient de tout leur cœur de voir des orthodoxes imiter, contre les erreurs et les hérétiques, ce que les tyrans hérétiques et païens avaient fait contre la vérité, contre les confesseurs et contre les martyrs. Ils ne se pouvaient surtout consoler de cette immensité de parjures et de sacrilèges. Ils pleuraient amèrement l’odieux durable et irrémédiable que de détestables moyens répandaient sur la véritable religion, tandis que nos voisins exultaient de nous voir ainsi nous affaiblir et nous détruire nous-mêmes, profitaient de notre folie, et bâtissaient des desseins sur la haine que nous nous attirions de toutes les puissances protestantes. Saint Simon
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu … S. Le Prestre de Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Vauban estime que ce sont 80 à 100 000 Huguenots (il n’emploie jamais que ce nom-là) qui ont fui la France. Les premières raisons qu’il donne sont militaires : voilà 8 à 9000 marins, 10 à 12 000 soldats bien aguerris, 5 à 600 officiers perdus pour la France et qui sont partis renforcer les armées de ses ennemis. Aujourd’hui, on pourrait penser qu’ainsi ces protestants ont trahi leur pays. En fait, dans la mentalité de l’époque, ils se sont sentis déliés de leur devoir d’obéissance envers le roi puisque celui-ci avait trahi son serment en révoquant un édit que son grand père Henri IV avait dit irrévocable. A ces raisons militaires, Vauban ajoute des raisons économiques : ces Huguenots ne sont pas partis les Huguenots ne sont pas partis les mains vides. Bien sûr, certains ont emporté des fonds, mais surtout leur savoir-faire. Et la conséquence est, pour la France, un appauvrissement des métiers d’art et des manufactures que Colbert avait développés. Désormais ces artisans vont mettre leur habileté au service des pays étrangers concurrents. Comment effectivement ne pas penser à l’accueil que leur fit le Grand Électeur de Brandebourg ? Christiane Guttinger

Quel meilleur moment, en cette année Vauban qui commence (tricentenaire de sa mort) et qui a vu, campagne électorale et exil de Johnny* obligent, la question de l’exil fiscal revenir sur le tapis, pour rappeler (comme le faisait ce journaliste de LCI ce matin) les paroles du grand architecte militaire de Louis XIV sur la saignée que constituait pour la France de l’époque l’exil des Protestants suite à la Révocation de l’Edit de Nantes ?

Car le marquis et maréchal de France de Vauban n’a pas construit que des fortifications mais était aussi une sorte de libéral avant l’heure qui rédigea de nombreux traités sur la stratégie mais aussi sur les sciences, l’agriculture et l’économie, dont « La dime royale » qui proposait une sorte de « flat tax » (de donc 10%) appliquée à tous, nobles comme roturiers.

Mais aussi un esprit de tolérance qui écrivit, au péril de sa carrière, un « Mémoire sur le rappel des huguenots » exhortant Louis XIV à revenir sur la Révocation de l’Edit de Nantes au nom non seulement de la liberté de conscience mais, plus de 200 000 protestants ayant été renforcé nos ennemis ou rivaux de Prusse, Angleterre, Pays-Bas, Afrique du sud ou Amérique, de l’intérêt économique de la nation.

* après … les sportifs: Alési, Boetsch, Clément, Escudé, Forget, Gasquet, Killy, Leconte, Loeb, Mathieu, Moreau, Mauresmo, Peterhansel, Pioline, Santoro: les chanteurs: Aznavour, Halliday jr., Kaas, Laforêt, Pagny, Polnareff; les acteurs/auteurs: Auteil, Béart, Casta, Delon, Garcia, Martin, Jacq, Lévy, Clavel et enfin les patrons: Grimaldi, Mulliez, Peugeot, Baud, Miram, Castel, Nonancourt, Cohen, Pigozzi, Payre, Darty, Hersant, Bouygues, Bich, Berda, Defforey, David, Hechter, Reybier, Zacharias, Guerlain, Badin, etc.

Et quelques rapports parlementaires :

Dassault ou Martini .

Voir aussi :

Fisc
Ces riches qui quittent la France

Il n’y a pas que les stars du CAC 40 ou les sportifs et les acteurs qui s’expatrient pour échapper à l’ISF. De plus en plus de patrons de PME et de cadres détenteurs de stock-options prennent le chemin de la Suisse, de la Grande-Bretagne et surtout de la Belgique. Bercy constate. La France trinque. Enquête.
Mélanie Delattre
 Le Point
01/09/05

«Dommage que tous les Français qui viennent habiter en Belgique ne célèbrent pas leur arrivée comme l’a fait Anne-Marie Mitterrand, il y aurait une fête toutes les semaines… » Ah, le sourire du député bruxellois Yves de Jonghe d’Ardoye lorsqu’il raconte les agapes des « expats » venus de France. Il y a trois ans, la nièce par alliance de l’ancien président de la République avait organisé une grande soirée pour son obtention de la nationalité belge. Pleine d’humour, la maîtresse des lieux avait imaginé un carton d’invitation en forme de passeport et invité Michel Barnier, alors représentant de la France à la Commission européenne. L’histoire ne dit pas si les Halley (Promodès-Carrefour), Mallart (Novalliance), Taittinger et autres convives français qui ont quitté la France pour échapper à l’impôt sur la fortune inventé par l’oncle d’Anne-Marie ont goûté l’ironie de la situation… Ce qui est certain, c’est que la plupart de ces riches expatriés fiscaux – qui débarquent par Thalys entiers – évitent d’annoncer leur arrivée au champagne.

Jacques Tajan, longtemps premier commissaire-priseur de France, a discrètement posé ses valises avenue Louise, l’équivalent bruxellois des Champs-Elysées. Profil bas également pour les deux nouveaux résidents belges que sont Philippe Jaffré, ancien PDG d’Elf, et Jacques François-Poncet, fondateur de la start-up Catalina et fils d’un ancien ministre des Affaires étrangères. L’élite républicaine n’assumerait-elle pas le fait de déserter pour payer moins d’impôts ? On trouve pourtant, confortablement installés chez nos voisins européens, deux des trois personnalités préférées des Français – Yannick Noah et Charles Aznavour sont résidents suisses -, plusieurs sportifs et acteurs de renom, dont Emmanuelle Béart, ardent défenseur des sans-papiers français, et Guy Forget, l’entraîneur de l’équipe de France de Coupe Davis, ainsi qu’un ancien ministre, Bernard Tapie, qui a habité un temps à Bruxelles avant de rentrer en France.

Surtaxes et soupçons. Officiellement, ils ne sont que 350 à quitter chaque année l’Hexagone pour raisons fiscales. Officiellement, car les entrepreneurs et cadres exonérés d’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) parce que leur patrimoine est utilisé à des fins professionnelles échappent à ce décompte officiel s’ils quittent le pays avant de vendre leur entreprise. Or ils forment le gros des troupes candidates au départ. Pour Jean-Yves Mercier, de CMS bureau Francis Lefebvre, le cabinet d’avocats fiscalistes, « la délocalisation fiscale, réservée à l’origine à un très petit nombre de personnes extrêmement fortunées, s’est considérablement démocratisée ». Les « super-riches », héritiers de fondateurs de sociétés du CAC 40 et actionnaires dormants, partis avec leurs milliards dès le début des années 90, sont désormais rejoints par des chefs d’entreprise de province, des dirigeants et des retraités de professions libérales qui ont plus le profil du cadre sup que celui de l’Aga Khan.

« Les mentalités ont changé, et l’ouverture des frontières a joué un rôle non négligeable, mais on constate que c’est souvent notre système fiscal qui provoque l’envie de départ », assure Me Bertrand Savouré, de l’étude notariale Monassier & Associés, à Paris. La France est en effet un des seuls pays d’Europe où le patrimoine subit autant de coups de rabot successifs. Ah ! l’ISF… A en croire les expatriés fiscaux, qui entre eux le nomment « Incitation à Sortir de France », cet impôt serait la cause de tous les maux. « Dernier étage d’une fusée qui en comprend une bonne demi-douzaine, l’ISF exaspère la grande bourgeoisie française », observe l’avocat parisien Alexandre Carnelutti. A ce sentiment d’être surtaxé s’ajoute celui d’être soupçonné en permanence par une administration qui a tout d’une véritable inquisition. « Après avoir cédé mes entreprises, j’ai eu des tas d’ennuis avec le fisc : je me suis lassé de cette guerre de tranchées et suis parti m’installer à Bruxelles », témoigne un ancien chef d’entreprise qui, après des années de procès, s’en est finalement sorti sans un euro à payer. Pas question de rentrer pour autant. L’administration belge est charmante, et l’économie d’impôt qu’il réalise conséquente : 1,7 million annuel rien que pour l’ISF ! « Ce n’est pas une décision souhaitée, mais une décision que l’on s’impose compte tenu de l’enjeu fiscal, confirme une retraitée franco-genevoise, dont le patrimoine se compte en milliards d’euros. A un moment, on n’a plus vraiment le choix. » C’est le cas notamment des actionnaires minoritaires de sociétés, qui n’occupent pas de fonctions opérationnelles dans l’entreprise et ne bénéficient donc pas de l’exonération d’ISF au titre de l’outil de travail. Bien que riches en dizaines de millions d’euros, si l’on considère la valeur de leur participation, ils n’ont pas forcément un niveau de revenu proportionnel. Conséquence : depuis que la droite a supprimé, en 1996, le plafonnement de l’ISF (mécanisme établissant que le montant dû au titre de l’impôt ne devait pas excéder 85 % des revenus), ils se voient obligés d’entamer leur capital pour s’acquitter de leur cotisation. Une mesure jugée « confiscatoire », qui a poussé la majorité d’entre eux à s’exiler. Parmi les plus célèbres de ces « expatriés Juppé » : Eric Guerlain, parti en Angleterre, les Taittinger, installés en Suisse et en Belgique, Corinne Bouygues, la soeur de Martin, qui vit à Genève, et Jacques Badin (Carrefour), Bruxellois depuis plusieurs années.

Autre catégorie de plus en plus tentée par l’expatriation : les chefs d’entreprise proches de la retraite, qui craignent de subir le double coup de matraque impôt sur la plus-value-ISF au moment de la vente de leur bien professionnel. Libérés par la suppression de l’« exit tax », l’impôt de sortie créé par le gouvernement Jospin pour les retenir (décrété attentatoire à la liberté de circulation des personnes par la Cour européenne de justice), ces derniers n’ont jamais été aussi nombreux à prendre des allers simples pour le Thalys ou l’Eurostar. « Quand on a consacré sa vie au travail, et que l’on estime avoir apporté sa contribution à la collectivité en créant des emplois, payer un impôt de 26 % sur la plus-value consécutive à la vente de son entreprise est dur à avaler. Quant à l’ISF, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », confiait Bernard Darty, juste avant son départ pour Bruxelles. Installés en Belgique ou en Suisse avant même la cession de leur société, ces dirigeants échappent à la fois aux deux impôts qui les attendaient et aux statistiques officielles de l’administration fiscale. Du coup, il est difficile de les lister, même si quelques-uns, comme Pierre-François Grimaldi (installé à Bruxelles depuis qu’il a vendu sa société iBazar à e-Bay), ne font pas mystère de leur départ. « J’avais le désir fermement marqué de quitter Paris pour me mettre au vert sans perdre l’excitation de vivre dans une grande capitale », racontait récemment l’entrepreneur, tout en précisant que la différence d’imposition entre la Belgique et la France avait également été un élément de sa réflexion.

Terres d’accueil. Dans le grand jeu de Monopoly fiscal auquel s’adonnent ces Français au portefeuille bien garni, le « plat pays » est le grand gagnant. Avec une fiscalité sur mesure pour tous les riches, qu’ils soient actifs ou oisifs, la Belgique arrive désormais en tête des destinations préférées des Français, devant la Suisse, paradis des rentiers, et l’Angleterre, terre d’accueil des créateurs et des yuppies. Alors que les travailleurs belges versent pratiquement la moitié de leurs revenus à l’Etat, les détenteurs de capitaux sont très bien traités outre-Quiévrain. Pas d’impôt sur les plus-values, pas d’impôt sur la fortune, des donations très faiblement taxées : le royaume est un véritable éden pour le chef d’entreprise ou le cadre doté en stock-options qui veut se retirer. « On voit également beaucoup d’hommes d’affaires et de patrons français qui, après avoir créé une filiale en Belgique, s’aperçoivent qu’il est fiscalement intéressant de délocaliser le siège social de leur entreprise de ce côté-ci de la frontière, et finissent par venir habiter à Bruxelles avec toute leur famille », rapporte Marc Loos, attaché économique et commercial à l’ambassade de Belgique en France. Tout ce petit monde se croise dans les couloirs du cercle de Lorraine, un club huppé d’industriels wallons, à la sortie des lycées internationaux ainsi qu’au Loui, le bar de l’hôtel Conrad à Ixelles.

La Suisse, bien que moins avantageuse qu’auparavant, reste l’autre destination de choix des VIP français. Son principal atout ? Le fameux « forfait », qui permet aux riches étrangers n’exerçant aucune activité lucrative de négocier avant leur arrivée le montant total de l’impôt qu’ils auront à acquitter. « Le revenu forfaitaire est calculé sur le montant des dépenses effectuées localement, notamment sur la valeur de l’habitation, et non sur le niveau de revenu ou de fortune réel », indique le fiscaliste Patrick Michaud. Une aubaine pour les très gros patrimoines (au-delà de 20 millions d’euros). Jean-Claude Killy, Richard Virenque, Amélie Mauresmo, Gérard Wertheimer (Chanel) et quelques autres dizaines de nos ressortissants les plus fortunés se la coulent douce sur les rives du lac Léman. Mais leur nombre tend plutôt à se réduire qu’à augmenter. Explication : les exilés dorés préfèrent désormais la Belgique et de plus en plus l’Italie. Depuis que Silvio Berlusconi a supprimé, en 2001, les droits de succession et de donation, nombre de riches Français se laissent séduire par la dolce vita. Parallèlement, le flux d’arrivées tend à se réduire à Londres, malgré une devanture alléchante sur le marché du shopping fiscal ! En fait, c’est surtout pour les entrepreneurs et cadres en activité que la destination est intéressante. « Beaucoup de sociétés hexagonales s’installent en Angleterre parce que les charges so-ciales y sont faibles et la liberté du travail plus grande qu’en France », note l’écrivain Marc Levy, qui vient d’emménager à South Kensington, le quartier préféré des « Frenchies ». Ses voisins : des trentenaires gestionnaires de hedge funds, de holdings et de start-up au profil très international, qui apprécient le dynamisme de la ville… et son taux d’imposition sur le revenu plafonné à 40 %. Alain-Dominique Perrin, ancien PDG du groupe de luxe Richemont, résident à Londres depuis 1998, a fait le calcul : « Quand j’étais en France, je payais entre 68 et 70 % de mon salaire en impôts. Sur un revenu de 1 million d’euros, il m’en restait 320 000 après impôts. Ici, je gagne le même salaire, mais je suis beaucoup moins taxé puisqu’il me reste 590 000 euros après impôts. Conclusion, même si la vie est plus chère de 30 % qu’à Paris, j’ai quand même plus d’argent. » Tout n’est pas rose pour autant sous le ciel nuageux de la capitale britannique : le coût de l’immobilier, exorbitant à Londres, et la qualité de vie, souvent jugée médiocre pour les familles outre-Manche, poussent beaucoup de Français à rentrer.

La pression des femmes. Pas si simple d’abandonner sa patrie, même avec une belle économie d’impôt à la clé. Beaucoup hésitent. Daniel Bernard, malgré les impôts dont il va devoir s’acquitter sur les 0,2 % du capital de Carrefour dont il est toujours actionnaire (cela représente une coquette somme de plusieurs millions), assure qu’on ne le retrouvera pas dans les rangs des émigrés fiscaux. Il aime trop sa maison de Chatou et l’art de vivre à la française. Francis Reversé, le fondateur de Dégriftour, qui fait lui aussi de la résistance – il a désobéi aux conseils de son avocat et refusé de quitter le pays après avoir vendu sa société en 2000 -, n’en a pas été récompensé. Il est la cible de tracasseries permanentes de la part du fisc français ! Pour l’avocat Patrick Michaud, il faut prendre le temps de la réflexion : « Les personnes qui partent le nez au vent, par réaction allergique à l’impôt ou à un contrôle fiscal, ont toutes les chances de rater leur délocalisation », affirme-t-il. A l’ambassade de France de Bruxelles, le service de l’attaché fiscal estime ainsi que 10 à 15 % des affaires qu’il traite concernent des demandes de retour. Première cause d’échec : les dissensions familiales. « Les femmes sont en général beaucoup plus réticentes à quitter le pays que les hommes, raconte un conseiller fiscal. certains couples, prévoyants, organisent un faux divorce qui permet à l’épouse de garder un pied en France, les autres partent en duo… mais finissent par rentrer sous la pression de madame… » La maladie constitue également un facteur de rapatriement, de nombreux Français n’ayant confiance que dans le système de santé hexagonal et refusant d’être soignés ailleurs. Enfin, il arrive parfois que la greffe avec le pays d’accueil ne prenne pas. François Micheloud, du cabinet de conseil financier spécialisé dans l’établissement de personnes fortunées en Suisse, voit ainsi arriver chez lui beaucoup de Français d’Angleterre, qui « trouvent Londres dangereuse, surpeuplée et déprimante ». Amusant, quand on sait que les Belges prétendent, eux, récupérer des « Frouzes » (le nom donné aux Français par les Suisses romands) morts d’ennui à Genève !

Si ces changements de villégiature ne posent pas de problème à Bercy, pas plus que les retours définitifs à la « mère patrie » – le ministère des Finances est très indulgent avec les repentis, surtout s’ils sont riches ou célèbres -, les « faux » départs sont, eux, dans la ligne de mire de l’administration. Pour être considéré comme « non-résident », et donc échapper aux impôts français, les règles sont strictes : il faut en effet avoir passé plus de 183 jours hors des frontières hexagonales, mais aussi avoir renoncé à tous ses centres d’intérêt vitaux (liens maritaux et patrimoniaux) dans le pays. « Ceux qui font mine d’avoir quitté le territoire mais gardent un appartement, un compte en banque et passent le plus clair de leur temps dans l’Eurostar ou le Thalys ont donc toutes les chances de se faire pincer », mettent en garde les professionnels. Epluchage des factures téléphoniques et d’électricité, surveillance du courrier, mais aussi enquêtes de voisinage et même visites nocturnes avec huissier : la redoutable DNVSF – Direction nationale des vérifications de situations fiscales – dispose d’un arsenal impressionnant pour repérer les « tricheurs ». L’écrivain Michel Houellebecq vient d’en faire la désagréable expérience : domicilié en Irlande, il s’est fait épingler par l’administration française pour n’avoir pas respecté la règle des 183 jours.

Sans doute n’avait-il pas les bonnes relations à Bercy, car les personnalités « politiquement vendables » passent généralement au travers des filets du fisc français. Alain Prost passe ainsi le plus clair de son temps en Provence, où il a une maison, alors qu’il est officiellement résident suisse. De même, Yannick Noah et Robert Louis-Dreyfus, le président de l’OM – respectivement domiciliés à Genève et à Davos -, travaillent presque exclusivement en France sans jamais être tracassés. Les « anonymes » qui ne bénéficient pas de ces passe-droits ont eux aussi leurs petites combines pour continuer à fréquenter assidûment Saint-Tropez ou Cap-Ferret sans être inquiétés. Certains n’hésitent pas à tirer sur la corde, telle cette richissime héritière de la grande distribution qui, officiellement domiciliée à Londres, vit entre Paris et la Côte d’Azur, et n’hésite pas à faire rembourser les frais de médecins de ses enfants par la Sécu française, bonne fille ! Le secret : un patrimoine au nom du mari ou des enfants, des comptes ouverts par des mandataires, des voyages en jet privé sur des compagnies comme NetJets, qui garantissent l’anonymat de leurs passagers. A condition d’être bien conseillé et d’y mettre le prix, il est toujours possible de se faire discret…

Se nourrissant de ces nouveaux besoins, un véritable « business de l’expatriation » est en train de naître. « Depuis quelques années, on voit arriver à Paris des banques étrangères, notamment suisses, dont la principale activité consiste à démarcher les grandes fortunes pour les attirer vers les paradis offshore », constate un banquier de la place. Julius Baer, l’Union bancaire privée, et même la célèbre banque Pictet ont désormais une équipe au marché français. Attaqués, les établissements hexagonaux réagissent en ouvrant des bureaux dans les pays d’accueil, de manière à conserver leur clientèle délocalisée. La Compagnie financière Edmond de Rothschild est présente en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse et en Grande-Bretagne ; quant à la Société générale, elle a racheté la banque Hambros à Londres, puis la banque flamande De Martelaere, qu’elle développe depuis en région wallonne… Dans le sillage des banques ou parfois en indépendants, les « family officers », ces conseillers coordinateurs qui aident les familles fortunées à gérer au jour le jour leur patrimoine, surfent eux aussi sur la vague des délocalisations. Chez OBC, filiale du néerlandais ABN-Amro, Gilles Dunoyer est parfois amené à organiser le départ de ceux de ses clients qui ont décidé de s’expatrier. « Je leur propose un package qui va de la recherche d’un avocat spécialisé à la résiliation et au transfert des comptes en passant, s’ils le désirent, par la recherche d’une maison et d’une école pour les enfants », raconte-t-il. Avant d’en arriver là, nul doute qu’il aura imaginé tous les montages financiers possibles pour limiter l’imposition et éviter le départ. Car, une fois la famille à Bruxelles ou à Genève, c’est bien souvent une partie du gagne-pain du family officer qui s’en va. « Il se fait conseiller et place son argent sur place, pour le plus grand bonheur des professionnels locaux », témoigne un gestionnaire de fonds parisien, qui estime à quelque 350 millions d’euros le montant des encours partis en impôts et délocalisations au premier semestre.

Une goutte d’eau dans la mer des milliards évaporés à l’étranger, dont ni l’économie ni le fisc français ne verront la couleur… Le rapport Marini évalue à 83,3 milliards d’euros la perte directe que représente pour l’Etat cette évaporation fiscale sur six ans. Chiffre a minima auquel il faut ajouter les impôts fonciers et les droits de succession partis en fumée, ainsi que la TVA non perçue sur les biens consommés par ces riches expatriés. Un avocat cite ainsi l’exemple d’un de ses clients, fou de Provence mais parti vivre à Londres pour des raisons fiscales : « Entre la location de la maison à 15 000 euros la semaine et celle de voitures pour tous ses invités, les achats de billets d’avion, les frais de bouche et de personnel, le manque à gagner pour le village où il avait ses habitudes est significatif. » Plus généralement, et même si l’administration assure que « le problème ne l’empêche pas de dormir », ces expatriations représentent, selon Marini, une perte de dynamisme pour l’économie française. La plupart des « exilés » s’investissent en effet dans de nouvelles activités, à l’image de Pierre-François Grimaldi, qui a lancé en Belgique une nouvelle société spécialisée dans le développement de photos, ou de Lotfi Belhassine, ex-PDG de la compagnie Air Liberté, aujourd’hui à la tête de Liberty TV, une chaîne de télévision qui emploie une centaine de personnes à Bruxelles. Au total, la commission des Finances du Sénat estime que les expatriés fiscaux ont investi à l’étranger, depuis six ans, « entre 10 et 15 milliards d’euros de capitaux ».

Signe que, derrière le débat purement idéologique sur l’ISF, se cachent de vrais enjeux économiques : chez tous nos voisins à la fiscalité allégée, on attend avec le plus grand intérêt les annonces de rentrée sur le sujet (voir encadré). En espérant secrètement qu’une fois encore la France sera incapable de se réformer. « Chez nous, affirme le député bruxellois Yves de Jonghe, les restaurateurs, magasins de luxe, agents immobiliers, banquiers et autres commerçants ne craignent qu’une chose : que la France supprime l’ISF et que ces exilés dorés ne quittent le pays pour retrouver leur mère patrie… »
Londres : la destination des ambitieux

Même si Laetitia Casta, qui avait fait scandale en 2000 en s’installant à Londres, est revenue en France, la capitale anglaise n’a pas perdu de son attrait auprès des riches en général… et des Français en particulier. Deux de nos concitoyens figurent ainsi cette année encore au palmarès des 1 000 personnes les plus fortunées de Grande-Bretagne répertoriées par le Sunday Times : Philippe Foriel-Destezet, le fondateur d’Adecco (en 31e position avec une fortune estimée à 1,2 milliard de livres) et Eric Guerlain (458e sur la liste, avec 100 millions de livres), qui habite Chelsea. Hors du classement, mais à la tête de jolis patrimoines également, on trouve la rentière Marie Montaner, belle-fille de l’ex-propriétaire de Félix Potin André Mentzelopoulos, Serge Crasnianski (105 millions), physicien nucléaire de formation reconverti dans les Photomaton et patron de Photo-Me International, Guy Naggar (95 millions), cofondateur du groupe de services financiers et immobiliers Paramount, Olivier Jacque, le « Prost de la moto », et Marc Levy, l’écrivain à succès. Avec un taux maximal d’imposition sur les revenus à 40 % et une absence d’impôt sur la fortune, l’Angleterre reste bien plus favorable aux actifs comme aux héritiers que la France. Une réalité qui date des années 80, quand Margaret Thatcher avait rompu avec la politique fiscale de ses prédécesseurs travaillistes en baissant substantiellement les impôts, alors que François Mitterrand les augmentait. « Dynamisme économique oblige, on voit émerger une nouvelle génération de Français qui ont fait leur fortune ici, notamment dans le secteur des hedge funds », note Philip Beresford, créateur de la « Sunday Time Rich List ». Et de citer Philippe Jabre (180 millions de livres), un ancien de BNP-Paribas qui possède avec trois associés GLG Partners ; Bernard Oppetit (80 millions de livres), autre ex-BNP-Paribas et fondateur de Centaurus Capital ; Ivan Briery et Laurent Saglio (25 millions de livres chacun), cofondateurs de Voltaire Asset Management ; et Nicolas Giauque (50 millions de livres), un des directeurs de Noonday, hedge fund américain basé à Londres. Ces exemples de réussite continuent de faire de Londres une destination prisée des ambitieux, même si la majorité des 350 000 Français qui y résident, attirés par le style de vie et le dynamisme économique de la capitale britannique, ne peuvent être classés comme nouveaux millionnaires ou émigrés fiscaux Frédérique Andréani (à Londres)

Suisse : « pour vivre heureux, vivons cachés »

Quand Hugues de Montfalcon de Flaxieu, 41 ans, rachète Radio Framboise, l’une des stations les plus écoutées de Lausanne, la presse locale est incapable de dénicher la photo de ce millionnaire. Cet expert français en informatique a pourtant fait fortune en vendant au prix fort sa société Jet Multimedia juste avant l’effondrement de la bulle Internet. Il réside depuis 2000 dans une vaste demeure au-dessus de Lausanne rachetée au chanteur David Bowie, et qui a servi de décor au film de Claude Chabrol « Merci pour le chocolat ». Hugues de Montfalcon de Flaxieu ne déroge pas à la règle que se sont fixée les riches Français de Suisse : « Pour vivre heureux, vivons cachés. » Ce n’est pas Eric Peugeot, devenu involontairement célèbre à 4 ans lors de son enlèvement par des voyous, qui le contredira. Ancien responsable du sponsoring de l’entreprise, il fréquente davantage le golf de Bonmont que les cocktails mondains. La famille Peugeot, qui entretient des relations de longue date avec le canton de Vaud, a eu les honneurs du mensuel Bilan en 2004 pour avoir enregistré la plus belle croissance de fortune de Suisse : plus 2 milliards de francs suisses (1,3 milliard d’euros), en une seule année. Avec une cagnotte estimée à 4 milliards d’euros, la célèbre dynastie devancerait au hit-parade des riches tricolores de Suisse la jeune Athina Roussel Onassis (3,3 milliards), également établie avec sa famille dans le canton de Vaud.

Mais qu’ont-ils tous à se bousculer sur les bords du lac Léman ? Il y a le fameux forfait fiscal qui se négocie sur la base de… cinq fois le loyer annuel. Face à 23 cantons et demi-cantons qui se livrent une concurrence acharnée pour s’attirer les bonnes grâces des nantis, les avocats spécialisés ne peinent guère à obtenir des réductions. Bonne fille, la France vient de décerner la Légion d’honneur à l’un des plus fameux « chasseurs de riches » de Genève ! Robert Louis-Dreyfus, installé à Zurich, Michèle Bleustein-Blanchet, Alain Duménil (société immobilière Acanthe, marque Smalto), Michel Reybier (vignobles bordelais), établis à Genève, ou encore Daniel Hechter (prêt-à-porter), qui a préféré Rolle, et Jean Taittinger, retraité à Epalinges, ne voient pas non plus d’un mauvais oeil l’absence d’impôts sur les plus-values et sur la fortune.

Alain Delon et Marie Laforêt, habitués du canton de Genève, ont fini par acquérir le passeport à croix blanche, perdant leur statut d’exilés fiscaux. Même s’il a conservé la nationalité française, Arnaud Boetsch, l’ancien joueur de tennis, a perdu son forfait en devenant fondé de pouvoir dans la banque genevoise SCS Alliance. La condition de base exigée pour le fameux forfait est en effet de ne pas travailler en Suisse Ian Hamel (à Genève)

Belgique : sa riche tribu gauloise

Qui eût cru que le « plat pays » deviendrait un jour la destination favorite des grosses fortunes de l’Hexagone ? Avec quelques centaines d’implantations par an selon Bercy – beaucoup plus si l’on en croit le député de Bruxelles Yves de Yonghe d’Ardoye d’Erp, qui estime à 10 000 le nombre de familles françaises réfugiées sur le territoire -, la Belgique est désormais le paradis fiscal numéro un dans le coeur des Français.

Incitées par la convention fiscale de 1964, qui instaure un régime spécial pour les frontaliers (dans un rayon de 20 kilomètres de part et d’autre de la frontière, l’imposition se fait dans le pays où l’on habite et non dans celui où l’on travaille), les dynasties du Nord ont été les premières à s’installer outre-Quiévrain. Les Mulliez, actionnaires historiques d’Auchan et de Décathlon, ont passé la frontière il y a plusieurs années déjà : regroupés autour du village de Néchin, situé à vingt minutes de Lille, ils possèdent plusieurs hôtels particuliers rue de la Reine-Astrid, surnommée par Martine Aubry la « rue des riches ». Ils ont été rejoints dans la zone située entre Tournai et Courtrai par une héritière des Cristalleries d’Arques, ainsi que par Yves de La Salle (ex-président de Flandre Air), Pierre-Dominique Verspieren (grand courtier en assurances), Alex Bongrain (président de Bongrain SA) et récemment par Martine et Daniel Vercamer, les fondateurs de Nocibé (troisième enseigne de parfumerie française derrière Marionnaud et Séphora).

Bruxelles, la capitale, n’est pas en reste. « Les arrivées sont continues depuis trois ans, et se sont accentuées depuis mai-juin 2004 », constate-t-on à l’agence Le Lion, spécialiste de l’immobilier haut de gamme. Première communauté étrangère (européenne) de la ville, la « tribu gauloise » compte notamment plusieurs membres de vieilles familles appâtés par l’absence d’ISF et la faible taxation des dividendes tels que Hugues et Virginie Taittinger, les enfants Halley (Carrefour), Ghislain Prouvost (petit-neveu de Jean, le fondateur de Paris Match) ou Jean-Paul Guerlain. Ces héritiers croisent dans les restaurants et boutiques chics d’Uccle ou d’Ixelles (les équivalents locaux de Neuilly et Passy) des hommes d’affaires à la retraite cherchant à échapper à l’imposition sur les plus-values – les frères Grosman, fondateurs de Celio, Bernard Darty, Jacques et Philippe Bouriez (ex-Cora), Denis Payre, ex-directeur général de Business Object, et Jean-Paul Parayre, ancien PDG de Peugeot, aujourd’hui chez Bolloré, des sportifs comme Henri Leconte, des acteurs (José Garcia, Daniel Auteuil, le comique Roland Magdane) et l’auteur de « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », Eric-Emmanuel Schmitt.

Outre sa fiscalité très light (sur le patrimoine du moins) et sa situation géographique qui en fait le paradis fiscal le plus proche de l’Hexagone, le faible coût de l’immobilier explique le succès du royaume auprès des Français. « Ici, avec un budget compris entre 1 et 3 millions d’euros, on a une villa de maître à Uccle ou à Ixelles », constate un agent immobilier bruxellois, qui s’est même trouvé désemparé quand un des membres de la famille Taittinger lui a alloué un budget de 6 millions d’euros : « Je n’avais rien à lui proposer à ce prix là… » Les Français apprécient la convivialité de leurs voisins belges. « Les nouveaux venus sont pris en main par de grandes familles locales qui leur cherchent un château, s’occupent des formalités administratives et leur ouvrent leur carnet d’adresses », témoigne Miguel Van Ackere, manager du complexe sportif ultra-huppé David Lloyd à Uccle. La bourgeoisie bruxelloise se réjouit en effet de l’arrrivée de ces « riches oisifs » qui créent de l’animation, organisent de grandes réceptions et dépensent sans compter
M. D.

ISF : la « machine à exiler »

Bête noire des expatriés fiscaux, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) – ce prélèvement qui frappe les 330 000 foyers français dont le patrimoine est évalué à plus de 732 000 euros – devrait être remis à plat dans les semaines à venir. A Bercy comme à Matignon, plusieurs scénarios sont à l’étude. C’est une première : hormis quelques aménagements à la marge, il n’avait pas été modifié depuis 1996, date à laquelle le gouvernement Juppé avait supprimé le mécanisme de plafonnement.

Ce durcissement des règles, qui a fait fuir un certain nombre de fortunes hors de France, conjugué à la flambée des prix de l’immobilier (qui a multiplié par deux le nombre d’assujettis en dix ans), a relancé le débat autour de l’utilité de cet impôt largement symbolique. Constatant que les « vrais riches » ne le paient pas, puisqu’ils ont quitté le pays ou sont exonérés au titre du bien professionnel, et que de plus en plus de Monsieur Tout-le-Monde – tel ce paysan de l’île de Ré virtuellement richissime du fait du prix des terrains – ou les cadres supérieurs parisiens quinquagénaires y sont, eux, assujettis, une partie de la classe politique pousse à la réforme. Il y a plusieurs années déjà, le mitterrandien Michel Charasse, pourtant à l’origine de la création de l’IGF, ancêtre de l’ISF, s’était prononcé en faveur d’une suppression de cette « machine à exiler ». Aujourd’hui, c’est surtout l’aile droite de la majorité, relayée par Nicolas Sarkozy, qui met la pression sur le gouvernement. « Nous allons revenir à la charge avec notre amendement ISF-emploi dès la rentrée », prévient le député des Yvelines Jean-Michel Fourgous, tandis que le leader de l’UMP a promis lors de sa garden-party du 14 Juillet des propositions rapides, « pas à la Saint-Glinglin ». Jacques Chirac, lui, freine des quatre fers. Persuadé que sa décision d’abolir l’impôt sur les grandes fortunes lui a coûté l’élection de 1988, il est opposé à tout changement radical en matière de fiscalité sur le patrimoine. Si Bercy a carte blanche pour organiser un détricotage en règle de l’ISF – exonérations nouvelles, définition élargie de l’outil de travail, plafonnement par rapport aux revenus annuels -, la suppression pure et simple de cet impôt n’est pas à l’ordre du jour M. D.

Où sont-ils ?

1er LVMH

Bernard Arnault et ses enfants France

2è L’OREAL

Liliane Bettencourt et sa fille France

3è AUCHAN

Famille Mulliez France, Belgique

4è DASSAULT

Serge Dassault et ses enfants France

5è HERMES

Jean-Louis Dumas et héritiers Hermès France, Maroc, Portugal

6è PPR

Famille Pinault France

7è CARREFOUR (EX-PROMODES)

Famille Halley France, Belgique

8è GROUPE LOUIS-DREYFUS

Gérard, Robert, Philippe et Dominique Louis-Dreyfus Etats-Unis, Suisse, Grande-Bretagne, France

9è PEUGEOT

Famille Peugeot France, Suisse

10è JC DECAUX

Famille Decaux France, Belgique

11è LABORATOIRES SERVIER

Jacques Servier France

12è ERAMET

Romain Zaleski Italie

13è CHANEL

Alain et Gérard Wertheimer Suisse

14è DELHAIZE FRERES ET CIE (EX-CORA)

Philippe et Jacques Bouriez Belgique

15è BOUYGUES

Famille BouyguesFrance, Suisse

16è EURAZEO

Michel David-Weill et ses enfants Etats-Unis

17è LABORATOIRES PIERRE FABRE

Pierre Fabre France

18è CARREFOUR

Famille Badin et Defforey Belgique, Suisse

19è ADECCO

Philippe Foriel-Destezet Grande-Bretagne

20è MICHELIN

Famille Michelin France


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