Quand les journalistes deviennent combattants ou… attachées de presse des jihadistes! (Sara Daniel’s stricken voyage to Iraq)

27 janvier, 2007

Sara Daniel's Iraqi resistance Enième publireportage sur la maison-mère des ONG jihadistes …

D’un(e) énième journaliste combattant(e) ou… attachée de presse du jihad …

Que j’ai pas lu et lirai probablement pas …

Publié d’abord (chic ultime!) en anglais (« Voyage to a stricken land ») …

Par la fille (« à papa » ?) du patron du Nouvel Obs (pardon: le « grand reporter » Sara Daniel, « Scoopette » elle-même) qui s’était fait connaître, on s’en souvient, en faisant dans Paris-Match la com’ des lanceurs de missiles (pardon: de la « Résistance irakienne ») sur l’aéroport de Baghdad et des sacrificateurs en direct de Nick Berg (Nouvel Obs, 5/8/03)…

Ou… en nous « vendant » les viols de Palestiennes par les soldats israéliens – ce que, il est vrai et contrairement à un Charles Enderlin (« Scoopy » pour les intimes) qui sévit toujours sur la chaine d’Etat France 2 , elle a eu au moins le mérite de démentir…

Voir ce discret et pudique correctif (aujourd’hui payant) de l’hebdo conscience de la gauche française :

PRECISION: D’Afghanistan, Sara Daniel nous demande de répondre à ses correspondants. Dans le numéro 1931 du Nouvel Observateur (daté du 08 au 14 novembre 2001), Sara Daniel a publié un reportage sur le ” crime d’honneur ” en Jordanie. Dans son texte, elle révélait qu’à Gaza et dans les territoires occupés, les crimes dits d’honneur qui consistent pour des pères ou des frères à abattre les femmes jugées légères représentaient une part importante des homicides.
Le texte publié, en raison d’un défaut de guillemets et de la suppression de deux phrases dans la transmission, laissait penser que son auteur faisait sienne l’accusation selon laquelle il arrivait à des soldats israéliens de commettre un viol en sachant, de plus, que les femmes violées allaient être tuées. Il n’en était évidemment rien et Sara Daniel déplore très vivement cette erreur qui a gravement dénaturé sa pensée.

– Voir aussi les dithyrambiques commentaires trouvés sur le Net :

Sans l’avoir vraiment cherché, Sara Daniel est la journaliste qui accumule les scoops et les premières fois.

Voyage au pays d’Al-Qaïda
Sara Daniel
Evene
Nov. 2006
Résumé du livre

Le 11 septembre 2001, Sara Daniel, journaliste de trente-cinq ans, mère d’une fillette de deux ans, décide de devenir reporter de guerre au Moyen-Orient. Ce jour-là, en effet, la jeune femme a senti qu’il était de son devoir de tenter de comprendre et d’expliquer cette nouvelle fracture qui venait de déchirer le monde. Elle effectue alors de nombreux reportages en Afghanistan et dans l’Irak de Saddam Hussein. Elle sillonne la région, rencontre des gens d’origine et d’appartenance politique et religieuse différentes : simples habitants, médecins, hommes politiques, militaires… Lorsque commence la guerre en Irak, en 2003, avec l’intervention américaine, elle a déjà une bonne connaissance du pays. Depuis ce jour, en trois ans de couverture quasi ininterrompue de la guerre, elle a vu étape après étape, erreur après échec, le fatal engrenage se mettre en place. Ce livre est son journal de guerre. Sans l’avoir vraiment cherché, Sara Daniel est la journaliste qui accumule les scoops et les premières fois. Elle raconte cela, bien sûr, mais elle raconte aussi ses doutes et ses difficultés comme femme, comme journaliste, et comme mère faisant le choix du danger.

Sara Daniel : Voyage au pays d’Al-Quaïda

Natacha
Mémoire vive
13 janvier 2007

Soirée chez Sara Daniel et Yann Gilbert pour fêter avec leurs amis la sortie du livre de Sara « Voyage au pays d’Al-Quaïda : une femme dans la guerre ». Grand reporteur au Nouvel Observateur, Sara a passé quatre ans à suivre la guerre en Afghanistan, en Irak et la dégradation de la situation dans la région. De ses nombreuses enquêtes au coeur de l’actualité brûlante, aux côtés de combattants dangereux et redoutés, elle a publié un exceptionnel livre de témoignage. Son livre est paru en anglais avant l’édition française, fait rarissime pour un auteur hexagonal. Elle a effectué une petite tournée aux États-Unis et à New York récemment. Elle a accepté, par amitié, de discuter un peu sur Mémoire Vive. Dans ce podcast, on perçoit son humilité (celle de ceux qui ont du talent) et sa discrétion souriante. Vous l’aurez compris, on apprécie particulièrement Sara, nous sommes très fiers de son travail. Mais ne pensez pas que cet avis est totalement subjectif, lisez son livre et ses reportages dans l’Obs et vous comprendrez . ;-)

Sara vient de partir pour le Darfour, nous espérons pouvoir l’interviewer à son retour.

Voir également son entretien sur le site de la gauche bien-pensante et munichoise américaine qui avec Kos a donné au monde l’inévitable Cindy Sheehan (Truthout) :

Would you describe some of your most spectacular « scoops? » The time I found myself face to face with Zarqaoui’s right hand man and he explained to me that he had participated in the decapitation of Nick Berg. The few days I spent with those who attacked the DHL plane. Having been present while the four contractors’ bodies were desecrated …
What other factors were significant, then, in France’s opposition to the war? International legitimacy was the decisive factor in a position that I deem judicious for Chirac. We can’t do anything in Arab countries without the support of the majority of those countries. The IAEA’s position on weapons of mass destruction, as well as the certainty that there was absolutely no sympathy or military connection between Saddam and al- Qaeda, motivated that opposition.The only parallel from which one could hope to learn anything is, perhaps, the use of torture. In France, the generals who used it in Algeria regret it to this day. As you know, this question has outraged the public and incited numerous debates. But, even if it hid those practices, the French government of the time never legalized the practice of violent interrogations as the White House has done….
The situation in Afghanistan is deteriorating rapidly. The Taliban are using military and media examples (filmed executions, roadside bombings, suicide bombers) from the Iraqi insurgents. … Anti-Americanism prospers in Afghanistan as in Iraq.
You wrote that some people looked forward to Saddam’s overthrow when you went to Iraq in 2002. … all the normal people I met then (apart from the Baathists linked to the regime) were exhausted with Saddam’s tyranny. They distrusted the Americans’ overthrow of the regime and often explained how Saddam was convenient to the Americans: that was the only explanation they could find to justify the fact that they didn’t go after him during the first war. In their minds all the evils – Saddam and the Americans – were somehow linked.

War Correspondent Sara Daniel Speaks to Truthout
Leslie Thatcher
t r u t h o u t | Interview
27 November 2006

War correspondent Sara Daniel has been reporting from Iraq for Paris’s Nouvel Observateur since before the 2003 American invasion of Iraq began. She has borne witness to an astonishing number of crucial events during that still-spiraling conflict. Her personal memoir of the Iraq War, Voyage to a Stricken Land, Four Years on the Ground Reporting From Iraq: A Woman’s Inside Story, (Arcade Publishing, New York) came out in the US this fall – before the French version – and was reviewed in Truthout. Ms. Daniel was in the US to promote her book during the midterm elections and agreed to an interview with Truthout.

Leslie Thatcher: Ms. Daniel, could you explain to our readers how many times, when, and under what circumstances you have visited Iraq?

Sara Daniel: I went to Iraq twelve times for a period of between about one to two months each time. The first time was a year before the American intervention in 2002 for a press trip for Saddam’s birthday. The second time was during the war in March 2003, and finally on many occasions since the intervention. I describe these trips in my book: each time, I found the situation had deteriorated, except perhaps for a brief period during the month of March 2004, when I found that things were going better, business was resuming, Baghdad’s streets were more lively. A few days later, Moqtada Sadr’s revolt took place, then the murder of the four contractors and the siege of Fallujah …

Your publisher describes your book on the war in Iraq as a « personal memoir. » What were your objectives, your hopes when you reassembled your war reports as a personal memoir?

I wanted to stand back a bit from that submersion into Iraq that had taken up over three years of my life, during my stay there, but also during my returns home. During that whole period, I dreamed of Iraq, and when I was in France or somewhere else, I spent my time on the telephone with Iraqis or American soldiers in Iraq. This reporting took over my life. Writing this book allowed me to work through all the horrors I experienced there, allowed me to realize also that I had taken too many risks, and let me turn the page on my Iraqi obsession.

Also, I wanted to tell about my reporting, about a journalist’s life in Iraq, and how I was present for all the turning points of a deteriorating situation, observed all the mistakes that were made and how the American Army as well as the Iraqi guerrilla movement both changed little by little and lost sight of their primary objectives.

Would you describe some of your most spectacular « scoops? »

The time I found myself face to face with Zarqaoui’s right hand man and he explained to me that he had participated in the decapitation of Nick Berg. The few days I spent with those who attacked the DHL plane. Having been present while the four contractors’ bodies were desecrated … [These and many other episodes are reviewed in Daniel’s book.]

Ms. Daniel, in your book, you recount asking American veterans of the war in Iraq to describe their « best » experience of the war to you. May I ask you to do the same for us?

The extraordinary people I met in Iraq, heroes of all nationalities. Meeting Dr. Salaam, Roger Elliott.

The simple fact of finding myself still alive in the hotel at night, being able to swim in the pool as I tried not to think of the grenades that could fall in there, all the things I recount in the book….

And the worst?

The spectacle of the bodies in Fallujah. Seeing a very little boy lying wounded on his hospital bed after the battle of Fallujah. The filthiness and the destitution of the Nassiriya hospital, where Jessica Lynch was saved … My own nightmares, nighttime in Baghdad. The fact that I haven’t had any news from my colleague and friend Mohamed Allendaoui for a month … [By the time this interview was completed, Daniel had news of Allendaoui: see below.]

To what extent, do you believe, had France’s experience in Algeria conditioned its opposition to the war in Iraq?

It’s true that France’s Arab policy inaugurated by General de Gaulle began at the end of the war in Algeria. But that’s not what determined France’s opposition to the war in Iraq. Remember, France participated in the first Gulf War; it supported the first intervention against Saddam Hussein, as did the overwhelming majority of the international community….

What other factors were significant, then, in France’s opposition to the war?

International legitimacy was the decisive factor in a position that I deem judicious for Chirac. We can’t do anything in Arab countries without the support of the majority of those countries. The IAEA’s position on weapons of mass destruction, as well as the certainty that there was absolutely no sympathy or military connection between Saddam and al- Qaeda, motivated that opposition.

Do you think there are any lessons the United States could still learn from France’s experience in the Arab countries now, after we’ve become stuck in Iraq?

The two situations are not comparable in any way. There are no American civilian populations established in Iraq….

The only parallel from which one could hope to learn anything is, perhaps, the use of torture. In France, the generals who used it in Algeria regret it to this day. As you know, this question has outraged the public and incited numerous debates. But, even if it hid those practices, the French government of the time never legalized the practice of violent interrogations as the White House has done….

Since you completed your book, you’ve been to Afghanistan and Iran. Could you briefly summarize the similarities and the differences between the situations of the three countries today?

The situation in Afghanistan is deteriorating rapidly. The Taliban are using military and media examples (filmed executions, roadside bombings, suicide bombers) from the Iraqi insurgents. Kabul has become Afghanistan’s Green Zone. Anti-Americanism prospers in Afghanistan as in Iraq.

With respect to Iran, the situation is completely different. It’s a much more developed country. In spite of appearances, there are many secular people, young people who despise religion. And apart from around a fourth of the people who sympathize with the president, the regime and the Bassidjis, I don’t think anyone is truly anti-American in Iran. As many Iranians have told me, the Islamic revolution has vaccinated the youth against fundamentalism….

When do you think you’ll be able to return to Iraq?

Perhaps sooner than I would have liked, to help my guide Mohamed: I have just learned that he was wounded by a bullet, then arrested for 40 days, only to be released a few days ago. (He was caught in the crossfire between American soldiers and an unidentified group.)

Apart from that, I wanted to go interview Khalizad before he leaves office. That takes a rather long time to organize because of security issues.

In your book, you write a good deal about your family and their worry about you during your Iraqi stays. Your father, like you, is well-known to Truthout readers, some of whom have been known – for example – to write me to ask what he is writing about the crisis in Lebanon or some other Middle East subject. If it’s not too personal a question, could you tell us what your father thinks of your exploits?

Of course he’s afraid, but he is a journalist and has never attempted to discourage me from going there. I have to admit that I never gave too many details about my life in Iraq. I believe that after reading the book, my family may exert more pressure on me not to take so many risks!

In a recent interview, you deplored the possibility that Saddam Hussein might be executed before having to answer for his crimes against the Kurdish people, notably those committed during the Anfal campaign. You refer to the Shiites’ pressure to eliminate Hussein as soon as possible, but some US commentators believe Hussein will not be tried for those crimes because he would have the opportunity to talk about his accomplices: the Western countries (including the US, France, and Germany) that supplied him. Do you see merit in that argument or do you believe this was strictly an internal Iraqi decision?

I guess a full-fledged trial would certainly be embarrassing to the West. But in this case, the timetable and its urgency had more to do with the will of the Shia and the prime minister to get rid of Saddam, whom they see – wrongly, I think – as a mythical figure for the Sunni. In their eyes, Saddam’s execution would really consecrate the Sunnis’ defeat.

After I listed a few courageous women war correspondents in my review of Voyage, one of our readers suggested Iraq’s Riverbend should be counted among them. Have you met Riverbend? Have you been influenced by her reporting?

I have never met her, no. Her blog is more than interesting, but I wouldn’t describe her as a war correspondent: that is what makes her blog so special. It’s an opinionated firsthand account of the war experienced by a young Iraqi woman.

Another reader who spent time in Iraq in the years before the war wrote that far from looking forward to war with the US, the families he knew in Iraq worried about the impact of war on their lives. You wrote that some people looked forward to Saddam’s overthrow when you went to Iraq in 2002. Were they a preponderance of voices? What did people say about the American-led sanctions regime?

Of course everybody who has experienced it is afraid of war. Iraqis were afraid, but all the normal people I met then (apart from the Baathists linked to the regime) were exhausted with Saddam’s tyranny. They distrusted the Americans’ overthrow of the regime and often explained how Saddam was convenient to the Americans: that was the only explanation they could find to justify the fact that they didn’t go after him during the first war. In their minds all the evils – Saddam and the Americans – were somehow linked.

Another Truthout reader wants to read Voyage « in the original. » When will the French version of your book come out? What will it be called, and what house will publish it?

It has now come out in France with éditions du Seuil; the title is Voyage au pays d’al Qaida.

What was it like for you to be in the United States during the midterm elections?

I had mixed feelings. Happy, of course, for the United States, but I could not really work up complete enthusiasm because I am aware that for Iraq and that part of the world, it’s a little late. I had very much hoped that Kerry would defeat Bush in the presidential elections….

Also, the talk of some Democrats and some of my friends who take the position of withdrawing the troops as rapidly as possible with a « come what may » attitude worried and upset me….

What position do you feel is more adequate to the situation or more responsible?

This is very interesting: it’s a crucial and unresolved question to me…. It will be the subject of my next story, and I am still working on it, although I am not sure it’s my role to give advice about what to do.

Sara Daniel, we’ll look forward to that next article, then. Thank you so much for talking with us.

Translation: t r u t h o u t French language correspondent Leslie Thatcher.


Antisémitisme: Les juifs encore! (When Jews add fuel to the antisemitic fire)

27 janvier, 2007
Image result for Jewish antisemitismImage result for Jewish antisemitismDans sa dernière signification, l’émancipation juive consiste à émanciper l’humanité du judaïsme. Marx
Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu’on n’accomplit pas d’un cœur léger, surtout quand on appartient soi-même à ce peuple.  Freud
Le fascisme allemand est venu et a disparu, le communisme soviétique est venu et a disparu lui aussi, l’antisémitisme, lui, est venu et il est resté. Il a simplement changé de masques, d’atours et de visages. Jonathan Sacks, grand rabbin du Royaume-Uni
De la même façon que le christianisme pourrait être mort à Auschwitz, Treblinka et Sobibor … alors je crains que mon judaïsme puisse mourir à Naplouse, Deheishe, Beteen (Beth-El) et El-Khalil (Hébron). Daniel Boyarin
La plus grande erreur qu’Israël pourrait faire actuellement, c’est d’oublier qu’Israël lui-même est une erreur…L’idée de créer une nation de Juifs européens dans un territoire de Musulmans arabes (et de quelques Chrétiens) a produit un siècle de guerres et de terrorisme comme nous le voyons maintenant…Sa plus formidable ennemie est l’histoire elle-même. Richard Cohen (Washington Post)
Il n’y a aucune raison de blâmer le Hezbollah. Richard Cohen (Pendant les combats de l’été 2006 entre Israël et le Hezbollah, Washington Post)
Au fil des décennies, nombre de gens de gauche ont été des opposants sans concessions à l’antisémitisme et ont combattu celui-ci. Voir certains de ceux qui prétendent être leurs héritiers contribuer à un antisionisme qui est porteur de nombreux traits de l’ancien antisémitisme ne peut que troubler et donner la nausée. Cela donne davantage la nausée encore de voir des Juifs se placer en première ligne de cette contribution. Alvin Rosenfeld
A une époque où la dé-légitimation et par la suite l’éradication d’Israël est un but crié avec une ferveur grandissante par les ennemis de l’état juif, il est plus que décourageant de voir des Juifs eux-mêmes rajouter à la calomnie. Que certains le fassent même au nom du judaïsme, rend la nature de leurs attaques des plus grotesques. (…) Leurs contributions à ce qui est en train de devenir un discours normatif, sont toxiques. Elles permettent de rendre respectables les visées antisémites contre l’état juif, par exemple, en affirmant que c’est un état de type nazi, comparable à l’apartheid en Afrique du Sud, qui est engagé dans un nettoyage ethnique et un génocide. Ces accusations ne sont pas vraies mais peuvent avoir comme effet de délégitimer Israël. Alvin Rosenfeld

Après les antimondialistes (pardon: les altermondialistes)… voici les alterjuifs!

A l’heure où notre nouveau président (qui a aussi ses dérapages) se sent obligé de proposer les Affaires étrangères à un Védrine (que ses exigences lui ont heureusement fait refuser) et où un Kouchner lui-même semble se védriniser à vue d’oeil …

Et comme après chaque fois (guerre des Six-jours dont on fête le 60e anniversaire dans quelques jours ou intervention du Liban l’été dernier) où Israël est obligé de démontrer à ses ennemis et au monde qu’il peut se défendre …

Mais aussi pendant que les roquettes continuent à terroriser Sdérot et que trois soldats israéliens (dont le Franco-israélien Guilad Shalit) sont toujours otages des mouvements terroristes Hamas et Hezbollah …

Petit retour, avec cet entretien dans le Jerusalem Post du sociologue et philosophe, Shmuel Trigano sur la délégitimation que doit subir régulièrement Israël et notamment au sein même du monde juif, avec les « alterjuifs », comme se nomment eux-mêmes certains des Juifs ennemis d’Israël.

Autrement dit la fraction juive du nouvel antisémitisme, cette troisième vague idéologique qui, selon l’islamologue américain Bernard Lewis, a suivi celles des antisémitismes religieux et racial.

Et qui « a en commun avec la première que les Juifs peuvent à nouveau s’y associer. Avec l’antisémitisme religieux, les juifs pouvaient se distancer du judaïsme et du converti, certains ayant même atteint de hautes positions dans l’Eglise et l’Inquisition. Avec l’antisémitisme racial, ce n’était pas possible, mais avec le nouveau, l’antisémitisme idéologique, les Juifs peuvent de nouveau se joindre aux critiques » (Wikipedia).

Extraits:

Il ne faut pas oublier que le fléau en question est venu d’Israël. Depuis la fin des années 1990, les postsionistes et autres nouveaux historiens se sont livrés à une entreprise méthodique de destruction symbolique d’Israël, accrédités par les chaires universitaires qu’ils occupent. Le coup ne pouvait pas être plus fatal. Si Israël le dit…

Le projet postsioniste a ceci de spécifique qu’il s’avance masqué derrière l’idéologie « droit-de-l’hommiste », qui pourrait bien être une mutation génétique du défunt marxisme, après l’effondrement de l’URSS.

C’est à ce moment-là du retour des nations, au moment où un nationalisme virulent secoue le monde arabe, que les postsionistes demandent à Israël de se faire hara-kiri…

avant de détruire quelqu’un, on ruine son image morale, son prestige de telle sorte que le frapper devient « normal ». C’est ce qui est en jeu aujourd’hui : tous ces discours augurent-ils d’une entreprise de destruction à venir d’Israël ?

Une entreprise de déligitimation de l’Etat d’Israël
Pierre Lurçat
Jerusalem Post
25 mai 2007

Sociologue et philosophe, Shmuel Trigano dirige la revue Controverses publiée aux éditions de l’Eclat, dont le dernier numéro est consacré aux « alterjuifs ». A l’occasion d’une conférence organisée à Jérusalem sur le thème de la délégitimation d’Israël, il revient sur la signification de ce concept et sur le danger que représentent ces Juifs ennemis d’Israël.

– Que désigne le concept d’ »alterjuif » et pourquoi lui avoir consacré un numéro de votre revue ?
Nous souhaitions aborder un des phénomènes les plus importants des années 2000 : ce discours d’intellectuels s’exprimant « en tant que Juifs », qui a envahi les médias pour faire entendre, au nom de la morale juive et des leçons de la Shoah, une condamnation au fond de l’existence de l’Etat d’Israël, qualifié de bourreau nazi, et des communautés juives accusées de communautarisme. Les discours condamnant Israël à cette époque provenaient aux trois quarts de ces milieux-là. C’est un phénomène considérable qui demande à être analysé. Comment le définir ?

Ces milieux sont juifs, à n’en pas douter, mais ils ont choisi de se dissocier du peuple juif en situation d’adversité, pour l’accabler en se revendiquant d’un « autre » judaïsme. Le mot d’alterjuif est l’heureuse invention d’une des membres du comité de rédaction, Muriel Darmon.

Les groupes qui se sont formés à cette occasion se définissaient comme « une autre voix juive », un « judaïsme alternatif », etc. Face à ce discours, les Juifs tout court sont restés interdits. Nous avons voulu reprendre ce discours point par point et en faire l’analyse critique.

– S’agit-il d’un phénomène particulier à la France ou bien existe-t-il aussi en Israël ?
C’est un phénomène juif mondial allant des Etats-Unis à Israël. Ce genre de choses n’arrive qu’aux Juifs. On n’a jamais vu un intellectuel arabe se livrer à un tel jeu de massacre sur son propre peuple, se faire l’avocat de son propre abaissement, de surcroît dans une situation aussi grave.

Le postsionisme s’y inscrit totalement dans la mesure où son projet est le démantèlement du peuple juif et de l’Etat d’Israël, leur ruine morale, intellectuelle et politique. Le projet postsioniste a ceci de spécifique qu’il s’avance masqué derrière l’idéologie « droit-de-l’hommiste », qui pourrait bien être une mutation génétique du défunt marxisme, après l’effondrement de l’URSS. Je veux parler du postmodernisme. On y retrouve la même incompréhension du fait national.

Ce fut la défaillance la plus grande du marxisme. L’histoire a confondu cette défaillance qui a produit des millions de morts : après 70 ans de communisme, ce sont toutes les vieilles nations de l’Europe de l’Est colonisées par l’URSS, c’est la sainte Russie orthodoxe qui sont réapparues comme si rien ne s’était passé, confirmant la permanence du fait national.

C’est à ce moment-là du retour des nations, au moment où un nationalisme virulent secoue le monde arabe, que les postsionistes demandent à Israël de se faire hara-kiri…

C’est à cette même contestation de la nation que se livrent les « nouveaux historiens » en déconstruisant le récit national juif, selon des méthodes très douteuses qui n’ont d’universitaire que le nom. Ces intellectuels ont perdu la mesure de la critique intellectuelle ou de la contestation politique. Plus profondément, ils ont perdu le sens de la réalité.

– Est-ce un phénomène psychologique (haine de soi juive) ou bien proprement politique ?
L’explication de la haine de soi est une explication psychologique déresponsabilisante. Sans conteste, il y a une dimension pathologique dans ces discours où transparaît paradoxalement une véritable inflation du moi qui part de la conviction de la toute puissance des Juifs (et d’Israël).

Nous avons quelques textes de psychanalystes qui analysent ce syndrome mais nous avons voulu y voir avant tout un acte politique et intellectuel. C’est à ce titre que nous avons analysé avec beaucoup de précision le discours de ces intellectuels et contesté leurs affirmations, qui prennent beaucoup de libertés avec la rigueur intellectuelle et la connaissance historique.

Nous avons en effet assisté à une perversion des critères de la morale et de la vérité qui a campé les victimes en coupables et accusé les victimes des coups qu’elles recevaient. Leur responsabilité politique devant la société occidentale est immense car ils ont contribué à étouffer la réalité de l’antisémitisme.

Les agressions antijuives annonçaient les émeutes qui ont secoué et secouent la France. En déniant l’existence de l’antisémitisme et en en accusant les Juifs eux-mêmes, ils ont endormi les réflexes de la société et sa vigilance face au djihad mondial.

– Quel rôle remplissent les alterjuifs dans le débat politique en France ?
Ce qui s’est passé ces dernières années peut mieux être contemplé avec le recul. Les alterjuifs ont bénéficié d’une couverture médiatique quasi totale, tout en se plaignant d’être victimes de la censure « communautaire ».

Ils ont pris en otage l’expression de la voix juive en se présentant en professeurs de morale juive, à un moment où l’Europe, et notamment la France chiraquienne, faisaient entendre une condamnation d’Israël, complaisante envers la cause arabe, pour des raisons à la fois internes (la présence d’une communauté arabo-musulmane très importante) et externe (s’opposer aux Américains).

Aucune autre opinion n’a pu s’exprimer en ces jours-là. La voix des alterjuifs apportait une confirmation de la condamnation. La pire des choses était que l’acte d’accusation était dressé par des voix juives. Mais au fond, c’est vieux comme le monde…

– Pourquoi les alterjuifs consacrent-ils tant d’efforts à vouloir priver les Juifs du droit de parler de la Shoah ?
C’est que la Shoah les gêne beaucoup. Elle les gêne parce qu’elle rappelle que les Juifs ont été détruits dans la Shoah en tant que peuple, tandis que leur vision pseudo-éthique d’un Israël « conscience » de l’humanité ne résiste pas à cette confrontation.

L’alterjudéité concerne en général des milieux juifs qui se sont éloignés de la vie juive. C’est leur droit, néanmoins ils ressentent une existence juive au grand jour comme une menace et une agression envers leur façon d’être, une monstruosité. Avez-vous remarqué que ce sont les Juifs vivants qui dérangent l’ordre du monde ? Les Juifs ont l’indécence de vivre après la Shoah et de rendre un coup quand ils le reçoivent !

– Existe-t-il un lien entre le phénomène alterjuif et la réalité politique israélienne ?
Il ne faut pas oublier que le fléau en question est venu d’Israël. Depuis la fin des années 1990, les postsionistes et autres nouveaux historiens se sont livrés à une entreprise méthodique de destruction symbolique d’Israël, accrédités par les chaires universitaires qu’ils occupent. Le coup ne pouvait pas être plus fatal. Si Israël le dit…

Sachez que ces livres sont automatiquement traduits en France. Comment voulez-vous que réagisse le public qui reçoit ces ouvrages ? Il les prend au sérieux. Il ne fait pas de doute qu’une société israélienne dont les élites produisent un discours autodestructeur de ce type-là, est gravement malade.

– Quel danger représentent les alterjuifs ?
Le danger concerne l’image de soi. On ne respecte que les gens qui se respectent. Montrer un tel visage, c’est lancer aux ennemis d’Israël, hélas fort nombreux, un signal très clair les poussant à l’attaque, en leur donnant le sentiment qu’il ne reste plus qu’à donner l’estocade finale pour en finir avec les Juifs.

Par ailleurs, leur discours pseudo-moral se fonde sur une injustice à base de mépris ethnique : ils pleurent le malheur palestinien – « péché originel » d’Israël – mais restent cois sur l’injustice dont le monde séfarade a été victime de la part du monde arabe. L’Etat d’Israël n’a aucune dette envers le monde arabe et les Palestiniens.

Il y a eu un échange de populations et des spoliations bien plus importantes pour les Juifs issus du monde arabe. Leur souffrance, leur mémoire, leurs intérêts sont profondément bafoués par ce discours autoaccusatoire. C’est comme s’ils n’existaient pas alors qu’ils constituent la majorité de la population israélienne.

Les dimensions symboliques et culturelles sont capitales sur le plan politique : avant de détruire quelqu’un, on ruine son image morale, son prestige de telle sorte que le frapper devient « normal ». C’est ce qui est en jeu aujourd’hui : tous ces discours augurent-ils d’une entreprise de destruction à venir d’Israël ?

Forum Leatid Israël et la revue Controverses organisent une soirée débat sur le thème « La déligitimation d’Israël : AlterJuifs et post-sionisme », avec Itshak Adda, Eliézer Cherki, Muriel Darmon, Manfred Gerstenfeld, Pierre-Itshak Lurçat et Shmuel Trigano. Mardi 29 mai, à 20h30. Campus Kiriat Moria (Binian Mélitz), 3, Rehov Ha’Askan, Jérusalem.

– Source : http://www.desinfos.com – La revue des infos
Voir aussi le récent entretien d’une victime de la radicalité progressiste, l’essayiste Alain Finkielkraut:

L’ironie c’est que ce coup me soit venu d’Israël. Israël, c’est à la fois le pays qui fait de moi un docteur honoris causa, et le pays où un petit cercle postsioniste veut ma peau.

Si un candidat de droite a tenu sur l’école des propos qui m’allaient droit au coeur, ce n’est pas parce qu’il était de droite. C’est parce que la gauche avait complètement délaissé ce terrain. La gauche a choisi la voie de la facilité démocratique, du pédagogisme, de la démagogie sur un certain nombre de questions comme l’école, la sécurité et l’intégration.

Quand un candidat de droite fait référence à un certain nombre de grandes figures pour dire ce que représente pour lui la France, et qu’il remonte à Jeanne d’Arc en passant par Pascal, par Voltaire, et en terminant par Georges Mandel, Guy Moquet, etc., que répond la candidate de gauche ? Elle répond par une référence à la France de Diam’s. Diam’s est une chanteuse de rap, qui a écrit et chanté un texte : Ma France à moi.

Ma France à moi, dit-elle, elle sèche les cours, elle s’éclate, elle n’aime que la culture américaine, et comme elle n’a pas de débouchés, elle vend de la merde, c’est-à-dire du shit, de la drogue, à des bourges, c’est-à-dire des bourgeois. Voilà la France dont se réclame effrontément une candidate de gauche. Qu’est-ce que ça a à voir avec la gauche ?

En enfer et sur un nuage
Alain Finkielkraut
Par Chantal Osterreicher
Jerusalem Post
24 mai 2007

Au sujet du mandat Sarkozy, Finkielkraut déclare : « Je pense que certaines des promesses seront tenues, notamment pour ce qui concerne l’augmentation du pouvoir d’achat, la libération du travail, la suppression de l’impôt sur les successions. D’autres promesses sont moins directement monnayables en réformes précises.

Comment voyez-vous le mandat Sarkozy ?

Tout est possible. Je pense que certaines des promesses seront tenues, notamment pour ce qui concerne l’augmentation du pouvoir d’achat, la libération du travail, la suppression de l’impôt sur les successions. D’autres promesses sont moins directement monnayables en réformes précises.

Va-t-il être capable de refonder l’école ? Il a eu raison de dire qu’on ne peut plus envisager le problème de l’école en termes de moyens. D’abord on a mis trop de moyens dans le secondaire et on a ruiné le supérieur. Va-t-il être capable de réintroduire à l’école l’exigence d’excellence et des grands auteurs ? Va-t-il être capable de réintroduire pour une démocratie vraie la sélection ?

Je n’en sais rien. Deux choses m’inquiètent : c’est que ces promesses-là puissent être oubliées au profit de promesses plus directement parlantes.

Et la deuxième chose, c’est l’opposition qu’il risque de rencontrer dans la rue. Dès qu’on prononce le mot de sélection, les enfants envahissent les avenues. Et dès qu’on veut refonder l’école, ce sont les syndicats d’enseignants, et les fédérations de parents d’élèves, qui depuis trente ans au moins, ne raisonnent qu’en termes de moyens.

Est-ce que vous pensez qu’avec Nicolas Sarkozy l’image d’Israël peut s’améliorer en France ?

Non. Vous savez, il ne faut pas surestimer le pouvoir des hommes politiques, même présidents. Tous ceux qui disent par exemple qu’il va faire main basse sur la presse se racontent des histoires. La presse est majoritairement contre lui, et continuera à l’être. Il n’a aucun pouvoir médiatique. Il a des amis, il a donc quelques journaux qui lui sont favorables. Le Figaro, mais Le Figaro est favorable à la droite. Peut-être Europe 1. Mais tout le service public, notamment à la radio, lui est hostile. Libération lui est hostile. Marianne lui est hostile.

Il n’est pas tout puissant, la politique n’est pas toute puissante. Les amuseurs sont beaucoup plus puissants. Les journalistes sont plus puissants que les politiques et les amuseurs plus puissants que les journalistes. Et Sarkozy sera traîné dans la boue comme président sans aucun problème.

Donc il ne faut pas exagérer son pouvoir. Il ne faut pas exagérer non plus son influence, son autorité idéologique. Il va peut-être infléchir la politique étrangère française, il va peut-être essayer de rompre avec une certaine tradition du Quai d’Orsay. Je ne suis pas sûr qu’il y réussisse, les pesanteurs sont très fortes. Et quand bien même il y réussirait, ça ne changera pas nécessairement l’état d’esprit de l’opinion.

L’opinion peut évoluer et évolue en général en toute indépendance du pouvoir politique. Dans une certaine frange de l’opinion, la déligitimation d’Israël a fait d’immenses progrès et cette frange de l’opinion ne sera certainement pas influencée par Sarkozy. Elle risque de se radicaliser encore d’avantage. Mais ce n’est pas toute l’opinion non plus.

Puisqu’on parle de l’opinion, qu’est-ce qui a changé pour vous depuis la parution de l’interview dans le Haaretz il y a deux ans ?

Tout a changé. Il y a pour moi un avant Haaretz et un après. Dans les jours qui ont précédé cet entretien, je m’étais exprimé dans Le Figaro sur les émeutes avec une très grande clarté. J’avais déploré l’héroïsation ou la victimisation des émeutiers. J’avais parlé au nom de ce que j’appelle le parti de l’indignation. J’avais dit que l’incendie d’école n’avait aucune excuse et j’avais dit aussi que la seule manière d’aider ces jeunes, c’était de leur faire honte.

Mais, cet article je l’avais lu, relu, vérifié. Avec Haaretz, les choses se sont passées tout à fait différemment. Je n’ai rien pu relire ni préciser. Et donc, certaines formules m’ont fait apparaître comme un raciste, ce qui est, pour de très bonnes raisons, le crime intellectuel majeur, la tache ineffaçable. Et depuis lors, je sais que sur Internet toutes sortes de diatribes sont lancées contre moi.

J’ai aussi des problèmes dès que je mets le nez dehors, en tout cas dès que je fais une conférence. C’était le cas à Aix il y a un an, c’était le cas plus récemment à Bourg-la-Reine. Je faisais une conférence sur l’école, et j’ai eu droit à la protection de deux cars de CRS. Certes, la manifestation voulant m’interdire de parler n’a pas réuni les foules, c’était une centaine de vieux gauchistes, certains d’ailleurs avaient basculé dans le négationnisme, mais c’est quand même très désagréable, ces gens qui hurlent « Finkielkraut raciste », etc.

L’ironie c’est que ce coup me soit venu d’Israël. Israël, c’est à la fois le pays qui fait de moi un docteur honoris causa, et le pays où un petit cercle postsioniste veut ma peau. Je ne pense pas que les choses puissent vraiment se tasser, d’autant plus aujourd’hui que l’actualité n’est plus comme autrefois évanescente. On pouvait le regretter, se dire que l’actualité c’est un événement qui n’apparaît que pour sombrer dans l’oubli.

Maintenant, il apparaît, et puis il est inscrit pour l’éternité sur Internet. Je pense que cet entretien du Haaretz est disponible. Il n’est donc pas l’entretien d’un instant mais l’entretien de tous les instants. C’est le regret que je peux éprouver. C’est un des griefs multiples que je peux adresser à ce dispositif terrifiant qu’est Internet.

Je pense qu’au Haaretz, beaucoup de gens ont compris que cet entretien n’avait pas été très honnête, que c’était une sorte de traquenard, que les titres choisis et les sous-titres voulaient me faire apparaître comme une sorte de Le Pen juif, que mes interlocuteurs avaient vu en moi l’équivalent diasporique du colon israélien qu’ils détestent.

Donc j’ai été une victime de la radicalité progressiste. Je disais tout à l’heure que la radicalité n’est pas l’apanage de la religion. La radicalité progressiste fait de la politique mondiale une sorte de guerre civile. Et ceux qui s’inscrivent dans cette guerre civile, par exemple en Israël, ne voient pas l’ennemi dans l’islamisme qui les agresse mais chez l’extrémiste juif.

Et ils ont cru que j’en étais l’équivalent français. Tout le monde à Haaretz ne pense pas ainsi. Pour moi, vis-à-vis de Haaretz, j’ai tourné la page. Malheureusement, cette page Internet ne la tournera jamais.

Vous avez également reçu un fort soutien durant cette période.

Les témoignages de sympathie se sont multipliés. J’ai reçu des milliers de lettres ou des courriels, les gens m’abordaient dans la rue. D’autant que j’ai eu l’occasion quand même en France de m’expliquer très vite.

Le Monde a publié des extraits de mon entretien, des extraits terribles. Dès le surlendemain, Le Monde m’a permis de préciser un peu les choses. Donc le lynchage n’a pas été total. Le vrai lynchage médiatique c’est quelqu’un qu’on accuse et qui n’a pas la possibilité de se défendre. Ça a été en France le cas d’un écrivain, accusé à mes yeux à tort d’antisémitisme, Renaud Camus.

Ma situation était curieuse. J’étais en enfer et j’étais sur un nuage. J’ai bénéficié de ce soutien. Il n’empêche, j’ai parlé au détour d’une phrase de l’équipe de France de football, je ne veux même pas y revenir, et il y a des gens pour qui je n’existe et je n’existerai jamais que par cette phrase. Aucune de mes autres interventions et aucune de mes oeuvres ne compte. Je suis aussi la victime, et ça me rappelle un roman de Kundera, d’une plaisanterie. Je suis persécuté par une plaisanterie.

J’ai donc reçu de nombreuses lettres de soutien après avoir publié ma réponse dans Le Monde. Ce qui m’a plu, c’est qu’elles venaient souvent de gens de gauche. Pas uniquement de Juifs, mais souvent de gens de gauche. J’ai compris que la diabolisation avait ses limites. En revanche, j’ai eu droit à la couverture du Nouvel Observateur où je suis apparu comme le chef de file des néoréactionnaires.

Et d’ailleurs ils n’ont pas changé, ils ont refait une couverture du même type il y a quelques semaines pour dresser à nouveau la liste des intellectuels qui virent à droite. Et ça aussi c’est une des grandes tristesses de l’époque, cette gauche qui se raidit, qui oublie toutes les leçons de l’antitotalitarisme, qui pratique le soupçon et même l’épuration.

Une gauche épuratrice est à l’oeuvre, et est tellement épuratrice qu’elle se stérilise totalement. Et on en revient à la candidature Ségolène Royal. Parce qu’une fois qu’ils ont épuré, ils n’ont gardé que les crétins.

Si un candidat de droite a tenu sur l’école des propos qui m’allaient droit au coeur, ce n’est pas parce qu’il était de droite. C’est parce que la gauche avait complètement délaissé ce terrain. La gauche a choisi la voie de la facilité démocratique, du pédagogisme, de la démagogie sur un certain nombre de questions comme l’école, la sécurité et l’intégration.

Quand un candidat de droite fait référence à un certain nombre de grandes figures pour dire ce que représente pour lui la France, et qu’il remonte à Jeanne d’Arc en passant par Pascal, par Voltaire, et en terminant par Georges Mandel, Guy Moquet, etc., que répond la candidate de gauche ? Elle répond par une référence à la France de Diam’s. Diam’s est une chanteuse de rap, qui a écrit et chanté un texte : Ma France à moi.

Ma France à moi, dit-elle, elle sèche les cours, elle s’éclate, elle n’aime que la culture américaine, et comme elle n’a pas de débouchés, elle vend de la merde, c’est-à-dire du shit, de la drogue, à des bourges, c’est-à-dire des bourgeois. Voilà la France dont se réclame effrontément une candidate de gauche. Qu’est-ce que ça a à voir avec la gauche ?

Le candidat de droite a cité Jaurès. La gauche a dit : « c’est une captation d’héritage ». Non ! Car il ne citait pas Jaurès pour son socialisme, il citait Jaurès pour son patriotisme, pour sa manière d’habiter la France, pour son rapport au passé. De même qu’il citait Jules Ferry parce que celui-ci avait adressé à tous les enseignants de France une lettre commençant par ces mots : « Monsieur l’instituteur ».

Et ce candidat, Nicolas Sarkozy a dit : « cette formule, c’est la civilisation même ». Eh oui ! Monsieur l’instituteur, c’est une expression qui oblige à se tenir droit. Diam’s, c’est la civilisation du laisser-aller et de l’avachissement total. La gauche a choisi l’avachissement et elle a trahi, ce faisant, le meilleur de son héritage.

Cette interview a été réalisée en collaboration avec Hélène Schoumann.
– Source : http://www.desinfos.com – La revue des infos


Désinformation: Pendant les fêtes, la captation d’héritage continue

26 janvier, 2007

mary & josephDernier exemple en date, repéré par Menahem Macina sur le site UPJF …

De la captation d’héritage et du détournement systématique dont est l’objet le judéo-christianisme …

D’abord par l’islam et le Coran …

Puis à présent par les tenants du terrorisme arabe et palestinien …

Et leurs légions de compagnons de route et d’idiots utiles …

Une carte postale proposée par une ONG américaine détournant à son tour… la Nativité !

Propagande
Jésus et Marie récupérés par la propagande palestinienne, sur le site de l’ONG War on Want
Outre ses activités caritatives et sociales, l’ONG War on Want (WoW) promeut clairement une ligne politique de délégitimation d’Israël. Ici, nous nous limitons à épingler une carte postale qui représente Joseph et Marie – enceinte – subissant une fouille effectuée par des soldats israéliens, le long de la Barrière de Séparation de Bethléem. (Menahem Macina).

15/01/07

Original anglais : « War on Want Wages War on Israel »

Sur le site de NGO Monitor.

Sur la page de WoW où l’on peut commander cette carte, on peut lire le texte suivant, qui figure au-dessus de l’image :

« La ville de Bethléem est complètement isolée du monde extérieur par le Mur de Séparation d’Israël et un poste de contrôle dernier cri, ce qui aggrave la destruction de la vie et de l’économie de ses habitants palestiniens, après des années de violence. »

Suivi de la mention :

« Pour mettre fin à la violence au Moyen-Orient il faut construire des ponts, pas des murs. »

Sur cette image, War and Want établit un lien explicite entre la souffrance des Palestiniens et celle de Jésus. De plus, le message véhiculé par la carte suggère qu’Israël persécute intentionnellement les chrétiens palestiniens, détournant ainsi l’attention de l’oppression actuelle des chrétiens qui sévit dans l’Autorité Palestinienne.

Cette campagne est un exemple de plus du détournement que fait WoW des thématiques afférentes à l’Holocauste et à l’antisémitisme. Dans le passé, cette ONG a accusé Israël de mettre les Palestiniens « en cage » dans des « ghettos », de préparer un « projet d’expulsion », et d’agir comme un « boxeur poids lourd qui frappe un enfant ». Elle a aussi repris des accusations antisémites diffamatoires traditionnelles (tel l’ »empoisonnement des puits ») en relayant des allégations infondées, selon lesquelles Tsahal s’en prend aux sources d’eau palestiniennes comme « moyen punitif et discriminatoire ».

Pour en savoir plus sur WoW, consulter le dernier rapport de NGO Monitor.

© NGO Monitor

Mis en ligne le 26 janvier 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org


Mort de l’Abbé Pierre: L’antisémitisme tranquille d’un curé rouge (The quiet antisemitism of a radical priest)

25 janvier, 2007
Les révisionnistes et les négationnistes français (…) ont une spécificité, qui les distingue des Italiens ou des Américains : leur filiation n’est pas d’extrême droite. Leur public, ceux qui les entendent et les suivent, est celui de Le Pen, pour appeler les choses par leur nom. Mais les intellectuels qui fournissent à ce public des denrées viennent en fait de l’ultra-gauche. Rassinier, cet ancien député socialiste devenu le père du révisionnisme, a fait, dans les années 50, le pont entre l’extrême droite et l’ultra-gauche. Pierre Vidal-Naquet

Chapelle ardente où défile la foule éplorée à l’Hôpital militaire du Val de Grace (l’hôpital des présidents), déluge d’éloges de toute la classe politique, matraquage en boucle des extraits de la vie du saint sur nos petits écrans, surenchère dans l’hagiographie des titres de la presse écrite (« Révolté de la misère »: L’Humanité, « Pape des pauvres »: Le Parisien, « Saint domicile fixe »: Libération), hommage national demain à Notre-Dame …

L’unanimisme qui entoure, dans cette France si fière de sa laïcité et de sa mécréance, la mort de l’ancien curé rouge n’est pas sans étonner.

A l‘heure où, comme il y a trois ans contre l’intervention alliée en Irak, la France entière se retrouve comme un seul homme, unie et unanime derrière l’actuel squatter de l’Elysée et délinquant muti-récidiviste, pour pleurer la disparition de l’abbé Pierre, comment ne pas avoir envie, sans nier le véritable réconfort qu’il a apporté à tant de démunis, de rappeler (grâce à des blogs comme celui de Denis Touret ou wikipedia) certains des faits passés sous silence ou expédiés en une phrase (ce qui revient un peu au même) au sujet du défenseur des « sans » (logis, papiers, travail, Etat) et « personnalité la plus aimée des Français »?

Comme… son tranquille antijudaïsme de vieux catho et son antisionisme très extrême-gauche qui lui feront défendre les Brigades Rouges italiennes mais aussi jusqu’au bout le négationniste Garaudy traduit en justice pour son livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne, ce qui lui vaudra l’exclusion du Comité d’honneur de la LICRA.

Ou… la véritable « vocation génocidaire » qu’il attribuait au peuple juif (« que reste-t-il d’une promesse lorsque ce qui a été promis, on vient de le prendre en tuant par de véritables génocides des peuples qui y habitaient, paisiblement, avant qu’ils y entrent ? »).

Ou encore… ses chipotements sur les « détails » du génocide des Juifs par les Nazis (« sur la question des chambres à gaz, il est vraisemblable que la totalité de celles projetées par les nazis n’ont pas été construites »).

Ou ses… petites phrases digne d’un José Bové ou d’un Edgar Morin (« Je constate qu’après la formation de leur Etat, les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux. Ils ont pris les maisons, les terres des Palestiniens », 1991).

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Une histoire de QI (The other Marilyn)

25 janvier, 2007
« Hey Albert, » said Marilyn [IQ: 163]. « Imagine if we had a baby and it had my looks and your brains it could do anything it wanted. » « Yes, my dear, » replied Einstein [IQ: 160]. « But what if it has my looks and your brains? ».
You do not take a person who, for years, has been hobbled by chains and liberate him, bring him up to the starting line in a race and then say, ‘you are free to compete with all the others’, and still justly believe that you have been completely fair. (Lyndon Johnson, 1965)

En ces temps où il est de bon ton de cracher sur l’intelligence ou sur les projets d’égalisation des chances comme l' »affirmative action » américaine (qui après 40 ans a peut-être effectivement bien gagné sa retraite) ou la toute nouvelle (vélléité de) « discrimination positive » française (reprenant, petit retard oblige, la formule oxymorique depuis longtemps abandonnée par les Américains) …

On ne peut s’empêcher de repenser (histoire de voir le chemin parcouru) à… ces temps héroïques du test de Binet-Simon!

Conçu à l’origine, comme le rappelle wikipedia, pour détecter à l’avance les élèves faibles scolairement (« âge mental », 1905) et inspiré en fait par l’Anglais Spearman (1904 – inspiré lui-même par le cousin eugéniste de Darwin Galton et l’Américain Cattell) et amélioré par l’Allemand Stern (« quotient intellectuel« , 1912) puis l’Américain Wechsler (pour trier les nouvelles recrues, QI par rang, applicable aux adultes, 1939) …

Et qui eut son heure de gloire en France même en 1961 quand (wikipedia toujours)… « un jeune travailleur agricole ‘quasiment illettré’ nommé Jean Frêne se voit créditer aux trois jours de sélection militaire d’un QI exceptionnel. L’affaire remonte au ministère des Armées (= de la Défense) qui lui accorde un sursis et une bourse : cinq ans plus tard, Jean Frêne décroche son diplôme d’ingénieur et embraye directement sur un doctorat. Il est actuellement (2004) professeur à l’université de Poitiers (chaire de tribologie). Cette affaire popularisera l’intérêt de la notion de QI en France. Jean Frêne y est devenu le troisième Français à obtenir la prestigieuse médaille d’or internationale de tribologie.’

Ou en 1963 avec… « Le jeune Alexandre Boviatsis, lui aussi crédité d’un important QI et dont la mère assure pour cette raison l’éducation, obtient son « premier bac » (nom de la partie du baccalauréat située à l’époque à la fin de la classe de première) à 13 ans 1/2. »

Et, sans parler du sud-coréen Ung-Yong Kim, surtout en Amérique avec l’enfant prodige ukraino-américain William James Sidis (254 ?) ou en 1956 avec… le plus grand QI certifié par les bières Guiness et obtenu par une femme, Marilyn vos Savant (228 = âge mental à 10 ans de 23 ans), qui a aujourd’hui 60 ans et a sa propre chronique (« Ask Marilyn ») dans un supplément dominical intitulé Parade (aussi en ligne) où elle répond aux questions de ses lecteurs.

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Nos systèmes éducatifs seraient-ils victimes du Principe de Peter? (Have our schools reached their level of incompetence?)

23 janvier, 2007
Dilbert principlePersonne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre d’hommes vraiment cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait donc rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre des hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietzsche
Et aujourd’hui nous ne savons pas encore si la vie culturelle peut survivre à la disparition des domestiques. (Alain Besançon, Etre russe au XIXe siècle, 1974)

A l’image des fameuses hiérarchies du Principe de Peter, nos systèmes éducatifs auraient-ils atteint leur niveau de plus haute incompétence ?

Ou, pour reprendre la variante informatique du principe, le projet éducatif des sociétés avancées est-il devenu trop complexe pour être compris par ses propres développeurs?

Ou encore, si on lui applique la Loi de Parkinson, tend-il à « s’étaler de façon à occuper le temps disponible pour son achèvement », « un fonctionnaire tendant à multiplier ses subordonnés, pas ses rivaux » et « les fonctionnaires se créant mutuellement du travail »?

C’est un peu l’impression qu’on a en lisant les trois derniers articles, dans les WSJ de cette semaine, de l’auteur si vilipendé (pour avoir osé toucher, même si le rapport intelligence/race est effectivement douteux, au tabou des différences de capacités*) de « La Courbe en cloche », Charles Murray, sur les limites de l’effort éducatif (la moitié des élèves étant sous 100, on aurait vite fait de tomber dans l’acharnement pédagogique) et l’inadaptation de ses formes universitaires ou technologiques pour la plupart des étudiants au-dessus de 100, tant les relativement « doués » que les « surdoués ».

Morceaux choisis:

Half of all children are below average in intelligence. It has been shown that some intensive interventions temporarily raise IQ scores by amounts ranging up to seven or eight points. Investigated psychometrically, these increases are a mix of test effects and increases in the underlying general factor of intellectual ability — « g. » In any case, the increases fade to insignificance within a few years after the intervention. Nor can we look for much help from the Flynn Effect, the rise in IQ scores that has been observed internationally for several decades. Only a portion of that rise represents an increase in g, and recent studies indicate that the rise has stopped in advanced nations.
in the 2005 round of the National Assessment of Educational Progress (NAEP), 36% of all fourth-graders were below the NAEP’s « basic achievement » score in reading. It sounds like a terrible record. But we know from the mathematics of the normal distribution that 36% of fourth-graders also have IQs lower than 95.
We have never known how to educate everyone. The widely held image of a golden age of American education when teachers brooked no nonsense and all the children learned their three Rs is a myth. If we confine the discussion to children in the lower half of the intelligence distribution (education of the gifted is another story), the overall trend of the 20th century was one of slow, hard-won improvement.
This is not to say that American public schools cannot be improved. Many of them, especially in large cities, are dreadful. But even the best schools under the best conditions cannot repeal the limits on achievement set by limits on intelligence.
While concepts such as « emotional intelligence » and « multiple intelligences » have their uses, a century of psychometric evidence has been augmented over the last decade by a growing body of neuroscientific evidence. Like it or not, g exists, is grounded in the architecture and neural functioning of the brain, and is the raw material for academic performance. If you do not have a lot of g when you enter kindergarten, you are never going to have a lot of it. No change in the educational system will change that hard fact.
In engineering and most of the natural sciences, the demarcation between high-school material and college-level material is brutally obvious. If you cannot handle the math, you cannot pass the courses. In the humanities and social sciences, the demarcation is fuzzier. It is possible for someone with an IQ of 100 to sit in the lectures of Economics 1, read the textbook, and write answers in an examination book. But students who cannot follow complex arguments accurately are not really learning economics. They are taking away a mishmash of half-understood information and outright misunderstandings that probably leave them under the illusion that they know something they do not.
anything below an IQ of 110 is problematic. If you want to do well, you should have an IQ of 115 or higher. Put another way, it makes sense for only about 15% of the population, 25% if one stretches it, to get a college education. And yet more than 45% of recent high school graduates enroll in four-year colleges. Adjust that percentage to account for high-school dropouts, and more than 40% of all persons in their late teens are trying to go to a four-year college — enough people to absorb everyone down through an IQ of 104.
They are in college to improve their chances of making a good living. What they really need is vocational training. But nobody will say so, because « vocational training » is second class. « College » is first class.
Large numbers of those who are intellectually qualified for college also do not yearn for four years of college-level courses. They go to college because their parents are paying for it and college is what children of their social class are supposed to do after they finish high school. They may have the ability to understand the material in Economics 1 but they do not want to. They, too, need to learn to make a living — and would do better in vocational training.
Combine those who are unqualified with those who are qualified but not interested, and some large proportion of students on today’s college campuses — probably a majority of them — are looking for something that the four-year college was not designed to provide. Once there, they create a demand for practical courses, taught at an intellectual level that can be handled by someone with a mildly above-average IQ and/or mild motivation. The nation’s colleges try to accommodate these new demands. But most of the practical specialties do not really require four years of training, and the best way to teach those specialties is not through a residential institution with the staff and infrastructure of a college. It amounts to a system that tries to turn out televisions on an assembly line that also makes pottery. It can be done, but it’s ridiculously inefficient. The demand for college is market-driven, because a college degree does, in fact, open up access to jobs that are closed to people without one.
For a few occupations, a college degree still certifies a qualification. For example, employers appropriately treat a bachelor’s degree in engineering as a requirement for hiring engineers. But a bachelor’s degree in a field such as sociology, psychology, economics, history or literature certifies nothing. It is a screening device for employers. The college you got into says a lot about your ability, and that you stuck it out for four years says something about your perseverance. But the degree itself does not qualify the graduate for anything. There are better, faster and more efficient ways for young people to acquire credentials to provide to employers.
two-year colleges are more honest than the four-year institutions about what their students want and provide courses that meet their needs more explicitly. Their time frame gives them a big advantage — two years is about right for learning many technical specialties, while four years is unnecessarily long.
Advances in technology are making the brick-and-mortar facility increasingly irrelevant. Research resources on the Internet will soon make the college library unnecessary. Lecture courses taught by first-rate professors are already available on CDs and DVDs for many subjects. The cost of effective training will fall for everyone who is willing to give up the trappings of a campus. As the cost of college continues to rise, the choice to give up those trappings will become easier.
The spread of wealth at the top of American society has created an explosive increase in the demand for craftsmen. Finding a good lawyer or physician is easy. Finding a good carpenter, painter, electrician, plumber, glazier, mason — the list goes on and on — is difficult, and it is a seller’s market. Journeymen craftsmen routinely make incomes in the top half of the income distribution while master craftsmen can make six figures. They have work even in a soft economy. Their jobs cannot be outsourced to India.
if « intellectually gifted » is defined to mean people who can stand out in almost any profession short of theoretical physics, then research about IQ and job performance indicates that an IQ of at least 120 is usually needed. That number demarcates the top 10% of the IQ distribution, or about 15 million people in today’s labor force — a lot of people.
We live in an age when it is unfashionable to talk about the special responsibility of being gifted, because to do so acknowledges inequality of ability, which is elitist, and inequality of responsibilities, which is also elitist. And so children who know they are smarter than the other kids tend, in a most human reaction, to think of themselves as superior to them. Because giftedness is not to be talked about, no one tells high-IQ children explicitly, forcefully and repeatedly that their intellectual talent is a gift. That they are not superior human beings, but lucky ones. That the gift brings with it obligations to be worthy of it. That among those obligations, the most important and most difficult is to aim not just at academic accomplishment, but at wisdom.
The encouragement of wisdom requires a special kind of education. The gifted need to have some classes with each other not to be coddled, but because that is the only setting in which their feet can be held to the fire.

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Grandeurs et misères de la tolérance: Vauban

21 janvier, 2007
Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
Vous avez vu sans doute l’édit par lequel le roi révoque celui de Nantes. Rien n’est si beau que tout ce qu’il contient, et jamais aucun roi n’a fait et ne fera rien de plus mémorable. Madame de Sévigné
La révocation de l’édit de Nantes sans le moindre prétexte et sans aucun besoin, et les diverses proscriptions plutôt que déclarations qui la suivirent, furent les fruits de ce complot affreux qui dépeupla un quart du royaume, qui ruina son commerce, qui l’affaiblit dans toutes ses parties, qui le mit si longtemps au pillage public et avoué des dragons, qui autorisa les tourments et les supplices dans lesquels ils firent réellement mourir tant d’innocents de tout sexe par milliers, qui ruina un peuple si nombreux, qui déchira un monde de familles, qui arma les parents contre les parents pour avoir leur bien et les laisser mourir de faim; qui fit passer nos manufactures aux étrangers, fit fleurir et regorger leurs États aux dépens du nôtre et leur fit bâtir de nouvelles villes, qui leur donna le spectacle d’un si prodigieux peuple proscrit, nu, fugitif, errant sans crime, cherchant asile loin de sa patrie; qui mit nobles, riches, vieillards, gens souvent très estimés pour leur piété, leur savoir, leur vertu, des gens aisés, faibles, délicats, à la rame, et sous le nerf très effectif du comité, pour cause unique de religion; enfin qui, pour comble de toutes horreurs, remplit toutes les provinces du royaume de parjures et de sacrilèges, où tout retentissait de hurlements de ces infortunées victimes de l’erreur, pendant que tant d’autres sacrifiaient leur conscience à leurs biens et à leur repos, et achetaient l’un et l’autre par des abjurations simulées d’où sans intervalle on les traînait à adorer ce qu’ils ne croyaient point, et à recevoir réellement le divin corps du Saint des saints, tandis qu’ils demeuraient persuadés qu’ils ne mangeaient que du pain qu’ils devaient encore abhorrer. Telle fut l’abomination générale enfantée par la flatterie et par la cruauté. De la torture à l’abjuration, et de celle-ci à la communion, il n’y avait pas souvent vingt-quatre heures de distance, et leurs bourreaux étaient leurs conducteurs et leurs témoins. Ceux qui, par la suite, eurent l’air d’être changés avec plus de loisir, ne tardèrent pas, par leur fuite ou par leur conduite, à démentir leur prétendu retour. […] Le roi recevait de tous les côtés des nouvelles et des détails de ces persécutions et de toutes ces conversions. C’était par milliers qu’on comptait ceux qui avaient abjuré et communié: deux mille dans un lieu, six mille dans un autre, tout à la fois, et dans un instant. Le roi s’applaudissait de sa puissance et de sa piété. Il se croyait au temps de la prédication des apôtres, et il s’en attribuait tout l’honneur. Les évêques lui écrivaient des panégyriques; les jésuites en faisaient retentir les chaires et les missions. Toute la France était remplie d’horreur et de confusion, et jamais tant de triomphes et de joie, jamais tant de profusion de louanges. Le monarque ne doutait pas de la sincérité de cette foule de conversions; les convertisseurs avaient grand soin de l’en persuader et de le béatifier par avance. Il avalait ce poison à longs traits. Il ne s’était jamais cru si grand devant les hommes, ni si avancé devant Dieu dans la réparation de ses péchés et du scandale de sa vie. Il n’entendait que des éloges, tandis que les bons et vrais catholiques et les saints évêques gémissaient de tout leur cœur de voir des orthodoxes imiter, contre les erreurs et les hérétiques, ce que les tyrans hérétiques et païens avaient fait contre la vérité, contre les confesseurs et contre les martyrs. Ils ne se pouvaient surtout consoler de cette immensité de parjures et de sacrilèges. Ils pleuraient amèrement l’odieux durable et irrémédiable que de détestables moyens répandaient sur la véritable religion, tandis que nos voisins exultaient de nous voir ainsi nous affaiblir et nous détruire nous-mêmes, profitaient de notre folie, et bâtissaient des desseins sur la haine que nous nous attirions de toutes les puissances protestantes. Saint Simon
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu … S. Le Prestre de Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Vauban estime que ce sont 80 à 100 000 Huguenots (il n’emploie jamais que ce nom-là) qui ont fui la France. Les premières raisons qu’il donne sont militaires : voilà 8 à 9000 marins, 10 à 12 000 soldats bien aguerris, 5 à 600 officiers perdus pour la France et qui sont partis renforcer les armées de ses ennemis. Aujourd’hui, on pourrait penser qu’ainsi ces protestants ont trahi leur pays. En fait, dans la mentalité de l’époque, ils se sont sentis déliés de leur devoir d’obéissance envers le roi puisque celui-ci avait trahi son serment en révoquant un édit que son grand père Henri IV avait dit irrévocable. A ces raisons militaires, Vauban ajoute des raisons économiques : ces Huguenots ne sont pas partis les Huguenots ne sont pas partis les mains vides. Bien sûr, certains ont emporté des fonds, mais surtout leur savoir-faire. Et la conséquence est, pour la France, un appauvrissement des métiers d’art et des manufactures que Colbert avait développés. Désormais ces artisans vont mettre leur habileté au service des pays étrangers concurrents. Comment effectivement ne pas penser à l’accueil que leur fit le Grand Électeur de Brandebourg ? Christiane Guttinger

Quel meilleur moment, en cette année Vauban qui commence (tricentenaire de sa mort) et qui a vu, campagne électorale et exil de Johnny* obligent, la question de l’exil fiscal revenir sur le tapis, pour rappeler (comme le faisait ce journaliste de LCI ce matin) les paroles du grand architecte militaire de Louis XIV sur la saignée que constituait pour la France de l’époque l’exil des Protestants suite à la Révocation de l’Edit de Nantes ?

Car le marquis et maréchal de France de Vauban n’a pas construit que des fortifications mais était aussi une sorte de libéral avant l’heure qui rédigea de nombreux traités sur la stratégie mais aussi sur les sciences, l’agriculture et l’économie, dont « La dime royale » qui proposait une sorte de « flat tax » (de donc 10%) appliquée à tous, nobles comme roturiers.

Mais aussi un esprit de tolérance qui écrivit, au péril de sa carrière, un « Mémoire sur le rappel des huguenots » exhortant Louis XIV à revenir sur la Révocation de l’Edit de Nantes au nom non seulement de la liberté de conscience mais, plus de 200 000 protestants ayant été renforcé nos ennemis ou rivaux de Prusse, Angleterre, Pays-Bas, Afrique du sud ou Amérique, de l’intérêt économique de la nation.

* après … les sportifs: Alési, Boetsch, Clément, Escudé, Forget, Gasquet, Killy, Leconte, Loeb, Mathieu, Moreau, Mauresmo, Peterhansel, Pioline, Santoro: les chanteurs: Aznavour, Halliday jr., Kaas, Laforêt, Pagny, Polnareff; les acteurs/auteurs: Auteil, Béart, Casta, Delon, Garcia, Martin, Jacq, Lévy, Clavel et enfin les patrons: Grimaldi, Mulliez, Peugeot, Baud, Miram, Castel, Nonancourt, Cohen, Pigozzi, Payre, Darty, Hersant, Bouygues, Bich, Berda, Defforey, David, Hechter, Reybier, Zacharias, Guerlain, Badin, etc.

Et quelques rapports parlementaires :

Dassault ou Martini .

Voir aussi :

Fisc
Ces riches qui quittent la France

Il n’y a pas que les stars du CAC 40 ou les sportifs et les acteurs qui s’expatrient pour échapper à l’ISF. De plus en plus de patrons de PME et de cadres détenteurs de stock-options prennent le chemin de la Suisse, de la Grande-Bretagne et surtout de la Belgique. Bercy constate. La France trinque. Enquête.
Mélanie Delattre
 Le Point
01/09/05

«Dommage que tous les Français qui viennent habiter en Belgique ne célèbrent pas leur arrivée comme l’a fait Anne-Marie Mitterrand, il y aurait une fête toutes les semaines… » Ah, le sourire du député bruxellois Yves de Jonghe d’Ardoye lorsqu’il raconte les agapes des « expats » venus de France. Il y a trois ans, la nièce par alliance de l’ancien président de la République avait organisé une grande soirée pour son obtention de la nationalité belge. Pleine d’humour, la maîtresse des lieux avait imaginé un carton d’invitation en forme de passeport et invité Michel Barnier, alors représentant de la France à la Commission européenne. L’histoire ne dit pas si les Halley (Promodès-Carrefour), Mallart (Novalliance), Taittinger et autres convives français qui ont quitté la France pour échapper à l’impôt sur la fortune inventé par l’oncle d’Anne-Marie ont goûté l’ironie de la situation… Ce qui est certain, c’est que la plupart de ces riches expatriés fiscaux – qui débarquent par Thalys entiers – évitent d’annoncer leur arrivée au champagne.

Jacques Tajan, longtemps premier commissaire-priseur de France, a discrètement posé ses valises avenue Louise, l’équivalent bruxellois des Champs-Elysées. Profil bas également pour les deux nouveaux résidents belges que sont Philippe Jaffré, ancien PDG d’Elf, et Jacques François-Poncet, fondateur de la start-up Catalina et fils d’un ancien ministre des Affaires étrangères. L’élite républicaine n’assumerait-elle pas le fait de déserter pour payer moins d’impôts ? On trouve pourtant, confortablement installés chez nos voisins européens, deux des trois personnalités préférées des Français – Yannick Noah et Charles Aznavour sont résidents suisses -, plusieurs sportifs et acteurs de renom, dont Emmanuelle Béart, ardent défenseur des sans-papiers français, et Guy Forget, l’entraîneur de l’équipe de France de Coupe Davis, ainsi qu’un ancien ministre, Bernard Tapie, qui a habité un temps à Bruxelles avant de rentrer en France.

Surtaxes et soupçons. Officiellement, ils ne sont que 350 à quitter chaque année l’Hexagone pour raisons fiscales. Officiellement, car les entrepreneurs et cadres exonérés d’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) parce que leur patrimoine est utilisé à des fins professionnelles échappent à ce décompte officiel s’ils quittent le pays avant de vendre leur entreprise. Or ils forment le gros des troupes candidates au départ. Pour Jean-Yves Mercier, de CMS bureau Francis Lefebvre, le cabinet d’avocats fiscalistes, « la délocalisation fiscale, réservée à l’origine à un très petit nombre de personnes extrêmement fortunées, s’est considérablement démocratisée ». Les « super-riches », héritiers de fondateurs de sociétés du CAC 40 et actionnaires dormants, partis avec leurs milliards dès le début des années 90, sont désormais rejoints par des chefs d’entreprise de province, des dirigeants et des retraités de professions libérales qui ont plus le profil du cadre sup que celui de l’Aga Khan.

« Les mentalités ont changé, et l’ouverture des frontières a joué un rôle non négligeable, mais on constate que c’est souvent notre système fiscal qui provoque l’envie de départ », assure Me Bertrand Savouré, de l’étude notariale Monassier & Associés, à Paris. La France est en effet un des seuls pays d’Europe où le patrimoine subit autant de coups de rabot successifs. Ah ! l’ISF… A en croire les expatriés fiscaux, qui entre eux le nomment « Incitation à Sortir de France », cet impôt serait la cause de tous les maux. « Dernier étage d’une fusée qui en comprend une bonne demi-douzaine, l’ISF exaspère la grande bourgeoisie française », observe l’avocat parisien Alexandre Carnelutti. A ce sentiment d’être surtaxé s’ajoute celui d’être soupçonné en permanence par une administration qui a tout d’une véritable inquisition. « Après avoir cédé mes entreprises, j’ai eu des tas d’ennuis avec le fisc : je me suis lassé de cette guerre de tranchées et suis parti m’installer à Bruxelles », témoigne un ancien chef d’entreprise qui, après des années de procès, s’en est finalement sorti sans un euro à payer. Pas question de rentrer pour autant. L’administration belge est charmante, et l’économie d’impôt qu’il réalise conséquente : 1,7 million annuel rien que pour l’ISF ! « Ce n’est pas une décision souhaitée, mais une décision que l’on s’impose compte tenu de l’enjeu fiscal, confirme une retraitée franco-genevoise, dont le patrimoine se compte en milliards d’euros. A un moment, on n’a plus vraiment le choix. » C’est le cas notamment des actionnaires minoritaires de sociétés, qui n’occupent pas de fonctions opérationnelles dans l’entreprise et ne bénéficient donc pas de l’exonération d’ISF au titre de l’outil de travail. Bien que riches en dizaines de millions d’euros, si l’on considère la valeur de leur participation, ils n’ont pas forcément un niveau de revenu proportionnel. Conséquence : depuis que la droite a supprimé, en 1996, le plafonnement de l’ISF (mécanisme établissant que le montant dû au titre de l’impôt ne devait pas excéder 85 % des revenus), ils se voient obligés d’entamer leur capital pour s’acquitter de leur cotisation. Une mesure jugée « confiscatoire », qui a poussé la majorité d’entre eux à s’exiler. Parmi les plus célèbres de ces « expatriés Juppé » : Eric Guerlain, parti en Angleterre, les Taittinger, installés en Suisse et en Belgique, Corinne Bouygues, la soeur de Martin, qui vit à Genève, et Jacques Badin (Carrefour), Bruxellois depuis plusieurs années.

Autre catégorie de plus en plus tentée par l’expatriation : les chefs d’entreprise proches de la retraite, qui craignent de subir le double coup de matraque impôt sur la plus-value-ISF au moment de la vente de leur bien professionnel. Libérés par la suppression de l’« exit tax », l’impôt de sortie créé par le gouvernement Jospin pour les retenir (décrété attentatoire à la liberté de circulation des personnes par la Cour européenne de justice), ces derniers n’ont jamais été aussi nombreux à prendre des allers simples pour le Thalys ou l’Eurostar. « Quand on a consacré sa vie au travail, et que l’on estime avoir apporté sa contribution à la collectivité en créant des emplois, payer un impôt de 26 % sur la plus-value consécutive à la vente de son entreprise est dur à avaler. Quant à l’ISF, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », confiait Bernard Darty, juste avant son départ pour Bruxelles. Installés en Belgique ou en Suisse avant même la cession de leur société, ces dirigeants échappent à la fois aux deux impôts qui les attendaient et aux statistiques officielles de l’administration fiscale. Du coup, il est difficile de les lister, même si quelques-uns, comme Pierre-François Grimaldi (installé à Bruxelles depuis qu’il a vendu sa société iBazar à e-Bay), ne font pas mystère de leur départ. « J’avais le désir fermement marqué de quitter Paris pour me mettre au vert sans perdre l’excitation de vivre dans une grande capitale », racontait récemment l’entrepreneur, tout en précisant que la différence d’imposition entre la Belgique et la France avait également été un élément de sa réflexion.

Terres d’accueil. Dans le grand jeu de Monopoly fiscal auquel s’adonnent ces Français au portefeuille bien garni, le « plat pays » est le grand gagnant. Avec une fiscalité sur mesure pour tous les riches, qu’ils soient actifs ou oisifs, la Belgique arrive désormais en tête des destinations préférées des Français, devant la Suisse, paradis des rentiers, et l’Angleterre, terre d’accueil des créateurs et des yuppies. Alors que les travailleurs belges versent pratiquement la moitié de leurs revenus à l’Etat, les détenteurs de capitaux sont très bien traités outre-Quiévrain. Pas d’impôt sur les plus-values, pas d’impôt sur la fortune, des donations très faiblement taxées : le royaume est un véritable éden pour le chef d’entreprise ou le cadre doté en stock-options qui veut se retirer. « On voit également beaucoup d’hommes d’affaires et de patrons français qui, après avoir créé une filiale en Belgique, s’aperçoivent qu’il est fiscalement intéressant de délocaliser le siège social de leur entreprise de ce côté-ci de la frontière, et finissent par venir habiter à Bruxelles avec toute leur famille », rapporte Marc Loos, attaché économique et commercial à l’ambassade de Belgique en France. Tout ce petit monde se croise dans les couloirs du cercle de Lorraine, un club huppé d’industriels wallons, à la sortie des lycées internationaux ainsi qu’au Loui, le bar de l’hôtel Conrad à Ixelles.

La Suisse, bien que moins avantageuse qu’auparavant, reste l’autre destination de choix des VIP français. Son principal atout ? Le fameux « forfait », qui permet aux riches étrangers n’exerçant aucune activité lucrative de négocier avant leur arrivée le montant total de l’impôt qu’ils auront à acquitter. « Le revenu forfaitaire est calculé sur le montant des dépenses effectuées localement, notamment sur la valeur de l’habitation, et non sur le niveau de revenu ou de fortune réel », indique le fiscaliste Patrick Michaud. Une aubaine pour les très gros patrimoines (au-delà de 20 millions d’euros). Jean-Claude Killy, Richard Virenque, Amélie Mauresmo, Gérard Wertheimer (Chanel) et quelques autres dizaines de nos ressortissants les plus fortunés se la coulent douce sur les rives du lac Léman. Mais leur nombre tend plutôt à se réduire qu’à augmenter. Explication : les exilés dorés préfèrent désormais la Belgique et de plus en plus l’Italie. Depuis que Silvio Berlusconi a supprimé, en 2001, les droits de succession et de donation, nombre de riches Français se laissent séduire par la dolce vita. Parallèlement, le flux d’arrivées tend à se réduire à Londres, malgré une devanture alléchante sur le marché du shopping fiscal ! En fait, c’est surtout pour les entrepreneurs et cadres en activité que la destination est intéressante. « Beaucoup de sociétés hexagonales s’installent en Angleterre parce que les charges so-ciales y sont faibles et la liberté du travail plus grande qu’en France », note l’écrivain Marc Levy, qui vient d’emménager à South Kensington, le quartier préféré des « Frenchies ». Ses voisins : des trentenaires gestionnaires de hedge funds, de holdings et de start-up au profil très international, qui apprécient le dynamisme de la ville… et son taux d’imposition sur le revenu plafonné à 40 %. Alain-Dominique Perrin, ancien PDG du groupe de luxe Richemont, résident à Londres depuis 1998, a fait le calcul : « Quand j’étais en France, je payais entre 68 et 70 % de mon salaire en impôts. Sur un revenu de 1 million d’euros, il m’en restait 320 000 après impôts. Ici, je gagne le même salaire, mais je suis beaucoup moins taxé puisqu’il me reste 590 000 euros après impôts. Conclusion, même si la vie est plus chère de 30 % qu’à Paris, j’ai quand même plus d’argent. » Tout n’est pas rose pour autant sous le ciel nuageux de la capitale britannique : le coût de l’immobilier, exorbitant à Londres, et la qualité de vie, souvent jugée médiocre pour les familles outre-Manche, poussent beaucoup de Français à rentrer.

La pression des femmes. Pas si simple d’abandonner sa patrie, même avec une belle économie d’impôt à la clé. Beaucoup hésitent. Daniel Bernard, malgré les impôts dont il va devoir s’acquitter sur les 0,2 % du capital de Carrefour dont il est toujours actionnaire (cela représente une coquette somme de plusieurs millions), assure qu’on ne le retrouvera pas dans les rangs des émigrés fiscaux. Il aime trop sa maison de Chatou et l’art de vivre à la française. Francis Reversé, le fondateur de Dégriftour, qui fait lui aussi de la résistance – il a désobéi aux conseils de son avocat et refusé de quitter le pays après avoir vendu sa société en 2000 -, n’en a pas été récompensé. Il est la cible de tracasseries permanentes de la part du fisc français ! Pour l’avocat Patrick Michaud, il faut prendre le temps de la réflexion : « Les personnes qui partent le nez au vent, par réaction allergique à l’impôt ou à un contrôle fiscal, ont toutes les chances de rater leur délocalisation », affirme-t-il. A l’ambassade de France de Bruxelles, le service de l’attaché fiscal estime ainsi que 10 à 15 % des affaires qu’il traite concernent des demandes de retour. Première cause d’échec : les dissensions familiales. « Les femmes sont en général beaucoup plus réticentes à quitter le pays que les hommes, raconte un conseiller fiscal. certains couples, prévoyants, organisent un faux divorce qui permet à l’épouse de garder un pied en France, les autres partent en duo… mais finissent par rentrer sous la pression de madame… » La maladie constitue également un facteur de rapatriement, de nombreux Français n’ayant confiance que dans le système de santé hexagonal et refusant d’être soignés ailleurs. Enfin, il arrive parfois que la greffe avec le pays d’accueil ne prenne pas. François Micheloud, du cabinet de conseil financier spécialisé dans l’établissement de personnes fortunées en Suisse, voit ainsi arriver chez lui beaucoup de Français d’Angleterre, qui « trouvent Londres dangereuse, surpeuplée et déprimante ». Amusant, quand on sait que les Belges prétendent, eux, récupérer des « Frouzes » (le nom donné aux Français par les Suisses romands) morts d’ennui à Genève !

Si ces changements de villégiature ne posent pas de problème à Bercy, pas plus que les retours définitifs à la « mère patrie » – le ministère des Finances est très indulgent avec les repentis, surtout s’ils sont riches ou célèbres -, les « faux » départs sont, eux, dans la ligne de mire de l’administration. Pour être considéré comme « non-résident », et donc échapper aux impôts français, les règles sont strictes : il faut en effet avoir passé plus de 183 jours hors des frontières hexagonales, mais aussi avoir renoncé à tous ses centres d’intérêt vitaux (liens maritaux et patrimoniaux) dans le pays. « Ceux qui font mine d’avoir quitté le territoire mais gardent un appartement, un compte en banque et passent le plus clair de leur temps dans l’Eurostar ou le Thalys ont donc toutes les chances de se faire pincer », mettent en garde les professionnels. Epluchage des factures téléphoniques et d’électricité, surveillance du courrier, mais aussi enquêtes de voisinage et même visites nocturnes avec huissier : la redoutable DNVSF – Direction nationale des vérifications de situations fiscales – dispose d’un arsenal impressionnant pour repérer les « tricheurs ». L’écrivain Michel Houellebecq vient d’en faire la désagréable expérience : domicilié en Irlande, il s’est fait épingler par l’administration française pour n’avoir pas respecté la règle des 183 jours.

Sans doute n’avait-il pas les bonnes relations à Bercy, car les personnalités « politiquement vendables » passent généralement au travers des filets du fisc français. Alain Prost passe ainsi le plus clair de son temps en Provence, où il a une maison, alors qu’il est officiellement résident suisse. De même, Yannick Noah et Robert Louis-Dreyfus, le président de l’OM – respectivement domiciliés à Genève et à Davos -, travaillent presque exclusivement en France sans jamais être tracassés. Les « anonymes » qui ne bénéficient pas de ces passe-droits ont eux aussi leurs petites combines pour continuer à fréquenter assidûment Saint-Tropez ou Cap-Ferret sans être inquiétés. Certains n’hésitent pas à tirer sur la corde, telle cette richissime héritière de la grande distribution qui, officiellement domiciliée à Londres, vit entre Paris et la Côte d’Azur, et n’hésite pas à faire rembourser les frais de médecins de ses enfants par la Sécu française, bonne fille ! Le secret : un patrimoine au nom du mari ou des enfants, des comptes ouverts par des mandataires, des voyages en jet privé sur des compagnies comme NetJets, qui garantissent l’anonymat de leurs passagers. A condition d’être bien conseillé et d’y mettre le prix, il est toujours possible de se faire discret…

Se nourrissant de ces nouveaux besoins, un véritable « business de l’expatriation » est en train de naître. « Depuis quelques années, on voit arriver à Paris des banques étrangères, notamment suisses, dont la principale activité consiste à démarcher les grandes fortunes pour les attirer vers les paradis offshore », constate un banquier de la place. Julius Baer, l’Union bancaire privée, et même la célèbre banque Pictet ont désormais une équipe au marché français. Attaqués, les établissements hexagonaux réagissent en ouvrant des bureaux dans les pays d’accueil, de manière à conserver leur clientèle délocalisée. La Compagnie financière Edmond de Rothschild est présente en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse et en Grande-Bretagne ; quant à la Société générale, elle a racheté la banque Hambros à Londres, puis la banque flamande De Martelaere, qu’elle développe depuis en région wallonne… Dans le sillage des banques ou parfois en indépendants, les « family officers », ces conseillers coordinateurs qui aident les familles fortunées à gérer au jour le jour leur patrimoine, surfent eux aussi sur la vague des délocalisations. Chez OBC, filiale du néerlandais ABN-Amro, Gilles Dunoyer est parfois amené à organiser le départ de ceux de ses clients qui ont décidé de s’expatrier. « Je leur propose un package qui va de la recherche d’un avocat spécialisé à la résiliation et au transfert des comptes en passant, s’ils le désirent, par la recherche d’une maison et d’une école pour les enfants », raconte-t-il. Avant d’en arriver là, nul doute qu’il aura imaginé tous les montages financiers possibles pour limiter l’imposition et éviter le départ. Car, une fois la famille à Bruxelles ou à Genève, c’est bien souvent une partie du gagne-pain du family officer qui s’en va. « Il se fait conseiller et place son argent sur place, pour le plus grand bonheur des professionnels locaux », témoigne un gestionnaire de fonds parisien, qui estime à quelque 350 millions d’euros le montant des encours partis en impôts et délocalisations au premier semestre.

Une goutte d’eau dans la mer des milliards évaporés à l’étranger, dont ni l’économie ni le fisc français ne verront la couleur… Le rapport Marini évalue à 83,3 milliards d’euros la perte directe que représente pour l’Etat cette évaporation fiscale sur six ans. Chiffre a minima auquel il faut ajouter les impôts fonciers et les droits de succession partis en fumée, ainsi que la TVA non perçue sur les biens consommés par ces riches expatriés. Un avocat cite ainsi l’exemple d’un de ses clients, fou de Provence mais parti vivre à Londres pour des raisons fiscales : « Entre la location de la maison à 15 000 euros la semaine et celle de voitures pour tous ses invités, les achats de billets d’avion, les frais de bouche et de personnel, le manque à gagner pour le village où il avait ses habitudes est significatif. » Plus généralement, et même si l’administration assure que « le problème ne l’empêche pas de dormir », ces expatriations représentent, selon Marini, une perte de dynamisme pour l’économie française. La plupart des « exilés » s’investissent en effet dans de nouvelles activités, à l’image de Pierre-François Grimaldi, qui a lancé en Belgique une nouvelle société spécialisée dans le développement de photos, ou de Lotfi Belhassine, ex-PDG de la compagnie Air Liberté, aujourd’hui à la tête de Liberty TV, une chaîne de télévision qui emploie une centaine de personnes à Bruxelles. Au total, la commission des Finances du Sénat estime que les expatriés fiscaux ont investi à l’étranger, depuis six ans, « entre 10 et 15 milliards d’euros de capitaux ».

Signe que, derrière le débat purement idéologique sur l’ISF, se cachent de vrais enjeux économiques : chez tous nos voisins à la fiscalité allégée, on attend avec le plus grand intérêt les annonces de rentrée sur le sujet (voir encadré). En espérant secrètement qu’une fois encore la France sera incapable de se réformer. « Chez nous, affirme le député bruxellois Yves de Jonghe, les restaurateurs, magasins de luxe, agents immobiliers, banquiers et autres commerçants ne craignent qu’une chose : que la France supprime l’ISF et que ces exilés dorés ne quittent le pays pour retrouver leur mère patrie… »
Londres : la destination des ambitieux

Même si Laetitia Casta, qui avait fait scandale en 2000 en s’installant à Londres, est revenue en France, la capitale anglaise n’a pas perdu de son attrait auprès des riches en général… et des Français en particulier. Deux de nos concitoyens figurent ainsi cette année encore au palmarès des 1 000 personnes les plus fortunées de Grande-Bretagne répertoriées par le Sunday Times : Philippe Foriel-Destezet, le fondateur d’Adecco (en 31e position avec une fortune estimée à 1,2 milliard de livres) et Eric Guerlain (458e sur la liste, avec 100 millions de livres), qui habite Chelsea. Hors du classement, mais à la tête de jolis patrimoines également, on trouve la rentière Marie Montaner, belle-fille de l’ex-propriétaire de Félix Potin André Mentzelopoulos, Serge Crasnianski (105 millions), physicien nucléaire de formation reconverti dans les Photomaton et patron de Photo-Me International, Guy Naggar (95 millions), cofondateur du groupe de services financiers et immobiliers Paramount, Olivier Jacque, le « Prost de la moto », et Marc Levy, l’écrivain à succès. Avec un taux maximal d’imposition sur les revenus à 40 % et une absence d’impôt sur la fortune, l’Angleterre reste bien plus favorable aux actifs comme aux héritiers que la France. Une réalité qui date des années 80, quand Margaret Thatcher avait rompu avec la politique fiscale de ses prédécesseurs travaillistes en baissant substantiellement les impôts, alors que François Mitterrand les augmentait. « Dynamisme économique oblige, on voit émerger une nouvelle génération de Français qui ont fait leur fortune ici, notamment dans le secteur des hedge funds », note Philip Beresford, créateur de la « Sunday Time Rich List ». Et de citer Philippe Jabre (180 millions de livres), un ancien de BNP-Paribas qui possède avec trois associés GLG Partners ; Bernard Oppetit (80 millions de livres), autre ex-BNP-Paribas et fondateur de Centaurus Capital ; Ivan Briery et Laurent Saglio (25 millions de livres chacun), cofondateurs de Voltaire Asset Management ; et Nicolas Giauque (50 millions de livres), un des directeurs de Noonday, hedge fund américain basé à Londres. Ces exemples de réussite continuent de faire de Londres une destination prisée des ambitieux, même si la majorité des 350 000 Français qui y résident, attirés par le style de vie et le dynamisme économique de la capitale britannique, ne peuvent être classés comme nouveaux millionnaires ou émigrés fiscaux Frédérique Andréani (à Londres)

Suisse : « pour vivre heureux, vivons cachés »

Quand Hugues de Montfalcon de Flaxieu, 41 ans, rachète Radio Framboise, l’une des stations les plus écoutées de Lausanne, la presse locale est incapable de dénicher la photo de ce millionnaire. Cet expert français en informatique a pourtant fait fortune en vendant au prix fort sa société Jet Multimedia juste avant l’effondrement de la bulle Internet. Il réside depuis 2000 dans une vaste demeure au-dessus de Lausanne rachetée au chanteur David Bowie, et qui a servi de décor au film de Claude Chabrol « Merci pour le chocolat ». Hugues de Montfalcon de Flaxieu ne déroge pas à la règle que se sont fixée les riches Français de Suisse : « Pour vivre heureux, vivons cachés. » Ce n’est pas Eric Peugeot, devenu involontairement célèbre à 4 ans lors de son enlèvement par des voyous, qui le contredira. Ancien responsable du sponsoring de l’entreprise, il fréquente davantage le golf de Bonmont que les cocktails mondains. La famille Peugeot, qui entretient des relations de longue date avec le canton de Vaud, a eu les honneurs du mensuel Bilan en 2004 pour avoir enregistré la plus belle croissance de fortune de Suisse : plus 2 milliards de francs suisses (1,3 milliard d’euros), en une seule année. Avec une cagnotte estimée à 4 milliards d’euros, la célèbre dynastie devancerait au hit-parade des riches tricolores de Suisse la jeune Athina Roussel Onassis (3,3 milliards), également établie avec sa famille dans le canton de Vaud.

Mais qu’ont-ils tous à se bousculer sur les bords du lac Léman ? Il y a le fameux forfait fiscal qui se négocie sur la base de… cinq fois le loyer annuel. Face à 23 cantons et demi-cantons qui se livrent une concurrence acharnée pour s’attirer les bonnes grâces des nantis, les avocats spécialisés ne peinent guère à obtenir des réductions. Bonne fille, la France vient de décerner la Légion d’honneur à l’un des plus fameux « chasseurs de riches » de Genève ! Robert Louis-Dreyfus, installé à Zurich, Michèle Bleustein-Blanchet, Alain Duménil (société immobilière Acanthe, marque Smalto), Michel Reybier (vignobles bordelais), établis à Genève, ou encore Daniel Hechter (prêt-à-porter), qui a préféré Rolle, et Jean Taittinger, retraité à Epalinges, ne voient pas non plus d’un mauvais oeil l’absence d’impôts sur les plus-values et sur la fortune.

Alain Delon et Marie Laforêt, habitués du canton de Genève, ont fini par acquérir le passeport à croix blanche, perdant leur statut d’exilés fiscaux. Même s’il a conservé la nationalité française, Arnaud Boetsch, l’ancien joueur de tennis, a perdu son forfait en devenant fondé de pouvoir dans la banque genevoise SCS Alliance. La condition de base exigée pour le fameux forfait est en effet de ne pas travailler en Suisse Ian Hamel (à Genève)

Belgique : sa riche tribu gauloise

Qui eût cru que le « plat pays » deviendrait un jour la destination favorite des grosses fortunes de l’Hexagone ? Avec quelques centaines d’implantations par an selon Bercy – beaucoup plus si l’on en croit le député de Bruxelles Yves de Yonghe d’Ardoye d’Erp, qui estime à 10 000 le nombre de familles françaises réfugiées sur le territoire -, la Belgique est désormais le paradis fiscal numéro un dans le coeur des Français.

Incitées par la convention fiscale de 1964, qui instaure un régime spécial pour les frontaliers (dans un rayon de 20 kilomètres de part et d’autre de la frontière, l’imposition se fait dans le pays où l’on habite et non dans celui où l’on travaille), les dynasties du Nord ont été les premières à s’installer outre-Quiévrain. Les Mulliez, actionnaires historiques d’Auchan et de Décathlon, ont passé la frontière il y a plusieurs années déjà : regroupés autour du village de Néchin, situé à vingt minutes de Lille, ils possèdent plusieurs hôtels particuliers rue de la Reine-Astrid, surnommée par Martine Aubry la « rue des riches ». Ils ont été rejoints dans la zone située entre Tournai et Courtrai par une héritière des Cristalleries d’Arques, ainsi que par Yves de La Salle (ex-président de Flandre Air), Pierre-Dominique Verspieren (grand courtier en assurances), Alex Bongrain (président de Bongrain SA) et récemment par Martine et Daniel Vercamer, les fondateurs de Nocibé (troisième enseigne de parfumerie française derrière Marionnaud et Séphora).

Bruxelles, la capitale, n’est pas en reste. « Les arrivées sont continues depuis trois ans, et se sont accentuées depuis mai-juin 2004 », constate-t-on à l’agence Le Lion, spécialiste de l’immobilier haut de gamme. Première communauté étrangère (européenne) de la ville, la « tribu gauloise » compte notamment plusieurs membres de vieilles familles appâtés par l’absence d’ISF et la faible taxation des dividendes tels que Hugues et Virginie Taittinger, les enfants Halley (Carrefour), Ghislain Prouvost (petit-neveu de Jean, le fondateur de Paris Match) ou Jean-Paul Guerlain. Ces héritiers croisent dans les restaurants et boutiques chics d’Uccle ou d’Ixelles (les équivalents locaux de Neuilly et Passy) des hommes d’affaires à la retraite cherchant à échapper à l’imposition sur les plus-values – les frères Grosman, fondateurs de Celio, Bernard Darty, Jacques et Philippe Bouriez (ex-Cora), Denis Payre, ex-directeur général de Business Object, et Jean-Paul Parayre, ancien PDG de Peugeot, aujourd’hui chez Bolloré, des sportifs comme Henri Leconte, des acteurs (José Garcia, Daniel Auteuil, le comique Roland Magdane) et l’auteur de « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », Eric-Emmanuel Schmitt.

Outre sa fiscalité très light (sur le patrimoine du moins) et sa situation géographique qui en fait le paradis fiscal le plus proche de l’Hexagone, le faible coût de l’immobilier explique le succès du royaume auprès des Français. « Ici, avec un budget compris entre 1 et 3 millions d’euros, on a une villa de maître à Uccle ou à Ixelles », constate un agent immobilier bruxellois, qui s’est même trouvé désemparé quand un des membres de la famille Taittinger lui a alloué un budget de 6 millions d’euros : « Je n’avais rien à lui proposer à ce prix là… » Les Français apprécient la convivialité de leurs voisins belges. « Les nouveaux venus sont pris en main par de grandes familles locales qui leur cherchent un château, s’occupent des formalités administratives et leur ouvrent leur carnet d’adresses », témoigne Miguel Van Ackere, manager du complexe sportif ultra-huppé David Lloyd à Uccle. La bourgeoisie bruxelloise se réjouit en effet de l’arrrivée de ces « riches oisifs » qui créent de l’animation, organisent de grandes réceptions et dépensent sans compter
M. D.

ISF : la « machine à exiler »

Bête noire des expatriés fiscaux, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) – ce prélèvement qui frappe les 330 000 foyers français dont le patrimoine est évalué à plus de 732 000 euros – devrait être remis à plat dans les semaines à venir. A Bercy comme à Matignon, plusieurs scénarios sont à l’étude. C’est une première : hormis quelques aménagements à la marge, il n’avait pas été modifié depuis 1996, date à laquelle le gouvernement Juppé avait supprimé le mécanisme de plafonnement.

Ce durcissement des règles, qui a fait fuir un certain nombre de fortunes hors de France, conjugué à la flambée des prix de l’immobilier (qui a multiplié par deux le nombre d’assujettis en dix ans), a relancé le débat autour de l’utilité de cet impôt largement symbolique. Constatant que les « vrais riches » ne le paient pas, puisqu’ils ont quitté le pays ou sont exonérés au titre du bien professionnel, et que de plus en plus de Monsieur Tout-le-Monde – tel ce paysan de l’île de Ré virtuellement richissime du fait du prix des terrains – ou les cadres supérieurs parisiens quinquagénaires y sont, eux, assujettis, une partie de la classe politique pousse à la réforme. Il y a plusieurs années déjà, le mitterrandien Michel Charasse, pourtant à l’origine de la création de l’IGF, ancêtre de l’ISF, s’était prononcé en faveur d’une suppression de cette « machine à exiler ». Aujourd’hui, c’est surtout l’aile droite de la majorité, relayée par Nicolas Sarkozy, qui met la pression sur le gouvernement. « Nous allons revenir à la charge avec notre amendement ISF-emploi dès la rentrée », prévient le député des Yvelines Jean-Michel Fourgous, tandis que le leader de l’UMP a promis lors de sa garden-party du 14 Juillet des propositions rapides, « pas à la Saint-Glinglin ». Jacques Chirac, lui, freine des quatre fers. Persuadé que sa décision d’abolir l’impôt sur les grandes fortunes lui a coûté l’élection de 1988, il est opposé à tout changement radical en matière de fiscalité sur le patrimoine. Si Bercy a carte blanche pour organiser un détricotage en règle de l’ISF – exonérations nouvelles, définition élargie de l’outil de travail, plafonnement par rapport aux revenus annuels -, la suppression pure et simple de cet impôt n’est pas à l’ordre du jour M. D.

Où sont-ils ?

1er LVMH

Bernard Arnault et ses enfants France

2è L’OREAL

Liliane Bettencourt et sa fille France

3è AUCHAN

Famille Mulliez France, Belgique

4è DASSAULT

Serge Dassault et ses enfants France

5è HERMES

Jean-Louis Dumas et héritiers Hermès France, Maroc, Portugal

6è PPR

Famille Pinault France

7è CARREFOUR (EX-PROMODES)

Famille Halley France, Belgique

8è GROUPE LOUIS-DREYFUS

Gérard, Robert, Philippe et Dominique Louis-Dreyfus Etats-Unis, Suisse, Grande-Bretagne, France

9è PEUGEOT

Famille Peugeot France, Suisse

10è JC DECAUX

Famille Decaux France, Belgique

11è LABORATOIRES SERVIER

Jacques Servier France

12è ERAMET

Romain Zaleski Italie

13è CHANEL

Alain et Gérard Wertheimer Suisse

14è DELHAIZE FRERES ET CIE (EX-CORA)

Philippe et Jacques Bouriez Belgique

15è BOUYGUES

Famille BouyguesFrance, Suisse

16è EURAZEO

Michel David-Weill et ses enfants Etats-Unis

17è LABORATOIRES PIERRE FABRE

Pierre Fabre France

18è CARREFOUR

Famille Badin et Defforey Belgique, Suisse

19è ADECCO

Philippe Foriel-Destezet Grande-Bretagne

20è MICHELIN

Famille Michelin France


Légion d’honneur: Après Poutine, la France décore Pinter (After Putin, France honors Pinter)

20 janvier, 2007
Pinter at pro-Cuba rallyPinter anti-Kosovo war rallyLa guerre est toujours la sanction d’un échec.
Villepin

Au moment où la France, par les mains de son Premier ministre, vient de décorer, après un certain Poutine (philanthrope bien connu de la Tchéchénie), le dramaturge britannique et prix Nobel de littérature 2005 Harold Pinter

Peut-être faudrait-il rappeler les autres titres de gloire de ce pourfendeur patenté de « l ’empire du mensonge » qu’est l’Amérique de Bush, qui avait, comme il l’expliquait dans son mémorable discours de réception de Stockholm (digne des plus beaux jours des Mouvements de la paix de la Guerre froide), « apporté au peuple irakien la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables tueries commises au hasard, la misère, l’humiliation et la mort » et n’avait d’autre ambition que « la domination totale sur tous les fronts », en particulier par « cette folie infantile – détenir des armes nucléaires et menacer de s’en servir – qui est au cœur de la philosophie politique américaine actuelle ».

Comme par exemple sa défense tout aussi passionnée de la prison à ciel ouvert d’un certain Castro …

Ou du grand et regretté humanitaire que fut un certain Milosevic, pendant la guerre du Kosovo comme au moment de son procès et jusqu’à présent (la mémoire d’un grand bienfaiteur de l’humanité, c’est important) …

Et bien sûr de l’autre grand et déjà regretté bienfaiteur de l’humanité que fut Saddam, dès 91 (date à laquelle, certaines mauvaises langues prétendent, on avait retrouvé dans son jardin des prétendues ADM) …

Sans parler bien sûr du Mollah Omar et de sa bande de joyeux drilles talibans et leurs invités Ben Laden et Zawahiri qui venaient de réaliser leur grand oeuvre pyrotechnique du 11/9 dont on se souvient encore des émouvants hommages par ces autres grands « voleurs de feu » que sont nos Stockhausen et Baudrillard …

Morceaux choisis du discours de Stockholm de décembre 2005 de Pinter:

(…) Comme le sait ici tout un chacun, l’argument avancé pour justifier l’invasion de l’Irak était que Saddam Hussein détenait un arsenal extrêmement dangereux d’armes de destruction massive, dont certaines pouvaient être déchargées en 45 minutes, provoquant un effroyable carnage. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai. On nous disait que l’Irak entretenait des relations avec Al Qaïda et avait donc sa part de responsabilité dans l’atrocité du 11 septembre 2001 à New York. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai. On nous disait que l’Irak menaçait la sécurité du monde. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai.

La vérité est totalement différente. La vérité est liée à la façon dont les États-Unis comprennent leur rôle dans le monde et la façon dont ils choisissent de l’incarner.

Mais avant de revenir au temps présent, j’aimerais considérer l’histoire récente, j’entends par là la politique étrangère des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Je crois qu’il est pour nous impératif de soumettre cette période à un examen rigoureux, quoique limité, forcément, par le temps dont nous disposons ici.

Tout le monde sait ce qui s’est passé en Union Soviétique et dans toute l’Europe de l’Est durant l’après-guerre : la brutalité systématique, les atrocités largement répandues,la répression impitoyable de toute pensée indépendante. Tout cela a été pleinement documenté et attesté.

Mais je soutiens que les crimes commis par les États-Unis durant cette même période n’ont été que superficiellement rapportés, encore moins documentés, encore moins reconnus, encore moins identifiés àdes crimes tout court. Je crois que la question doit être abordée et que la vérité a un rapport évident avec l’état actuel du monde. Bien que limitées, dans une certaine mesure, par l’existence de l’Union Soviétique, les actions menées dans le monde entier par les États-Unis donnaient clairement à entendre qu’ils avaient décrété avoir carte blanche pour faire ce qu’ils voulaient.

L’invasion directe d’un état souverain n’a jamais été, de fait, la méthode privilégiée de l’Amérique. Dans l’ensemble, elle préférait ce qu’elle a qualifié de « conflit de faible intensité ».« Conflit de faible intensité », cela veut dire que des milliers de gens meurent, mais plus lentement que si vous lâchiez une bombe sur eux d’un seul coup.Cela veut dire que vous contaminez le cœur du pays, que vous y implantez une tumeur maligne et que vous observez s’étendre la gangrène. Une fois que le peuple a été soumis – ou battu à mort – ça revient au même – et que vos amis, les militaires et les grandes sociétés commerciales, sont confortablement installés au pouvoir, vous allez devant les caméras et vous déclarez que la démocratie l’a emporté. C’était monnaie courante dans la politique étrangère américaine dans les années auxquelles je fais allusion.

fantile a diminué d’un tiers. La polio a été éradiquéeLa tragédie du Nicaragua s’est avérée être un cas extrêmement révélateur. Si je décide de l’évoquer ici, c’est qu’il illustre de façon convaincante la façon dont l’Amérique envisage son rôle dans le monde, aussi bien à l’époque qu’aujourd’hui.

(…)

Les États-Unis ont pendant plus de quarante ans soutenu la dictature brutale de Somoza au Nicaragua. Le peuple nicaraguayen, sous la conduite des Sandinistes, a renversé ce régime en 1979, une révolution populaire et poignante.

Les Sandinistes n’étaient pas parfaits. Ils avaient leur part d’arrogance et leur philosophie politique comportait un certain nombre d’éléments contradictoires. Mais ils étaient intelligents, rationnels et civilisés. Leur but était d’instaurer une société stable, digne, et pluraliste. La peine de mort a été abolie. Des centaines de milliers de paysans frappés par la misère ont été ramenés d’entre les morts. Plus de 100 000 familles se sont vues attribuer un droit à la terre. Deux mille écoles ont été construites. Une campagne d’alphabétisation tout à fait remarquable a fait tomber le taux d’analphabétisme dans le pays sous la barre des 15%. L’éducation gratuite a été instaurée ainsi que la gratuité des services de santé. La mortalité in.

Les États-Unis accusèrent ces franches réussites d’être de la subversion marxiste-léniniste. Aux yeux du gouvernement américain, le Nicaragua donnait là un dangereux exemple. Si on lui permettait d’établir les normes élémentaires de la justice économique et sociale, si on lui permettait d’élever le niveau des soins médicaux et de l’éducation et d’accéder à une unité sociale et une dignité nationale, les pays voisins se poseraient les mêmes questions et apporteraient les mêmes réponses. Il y avait bien sûr à l’époque, au Salvador, une résistance farouche au statu quo.

J’ai parlé tout à l’heure du « tissu de mensonges » qui nous entoure. Le Président Reagan qualifiait couramment le Nicaragua de « donjon totalitaire ». Ce que les médias, et assurément le gouvernement britannique, tenaient généralement pour une observation juste et méritée. Il n’y avait pourtant pas trace d’escadrons de la mort sous le gouvernement sandiniste. Il n’y avait pas trace de tortures. Il n’y avait pas trace de brutalité militaire, systématique ou officielle. Aucun prêtre n’a jamais été assassiné au Nicaragua. Il y avait même trois prêtres dans le gouvernement sandiniste, deux jésuites et un missionnaire de la Société de Maryknoll. Les « donjons totalitaires » se trouvaient en fait tout à côté, au Salvador et au Guatemala. Les États-Unis avaient, en 1954, fait tomber le gouvernement démocratiquement élu du Guatemala et on estime que plus de 200 000 personnes avaient été victimes des dictatures militaires qui s’y étaient succédé.

(…)

Les États-Unis ont fini par faire tomber le gouvernement sandiniste. Cela leur prit plusieurs années et ils durent faire preuve d’une ténacité considérable,mais une persécution économique acharnée et 30 000 morts ont fini par ébranler le courage des Nicaraguayens. Ils étaient épuisés et de nouveau misérables. L’économie « casino » s’est réinstallée dans le pays. C’en était fini de la santé gratuite et de l’éducation gratuite. Les affaires ont fait un retour en force. La « Démocratie » l’avait emporté.

Mais cette « politique » ne se limitait en rien à l’Amérique Centrale. Elle était menée partout dans le monde. Elle était sans fin. Et c’est comme si ça n’était jamais arrivé.

Les États-Unis ont soutenu, et dans bien des cas engendré, toutes les dictatures militaires droitières apparues dans le monde à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Je veux parler de l’Indonésie, de la Grèce, de l’Uruguay, du Brésil, du Paraguay, d’Haïti, de la Turquie, des Philippines, du Guatemala, du Salvador, et, bien sûr, du Chili. L’horreur que les États-Unis ont infligée au Chili en 1973 ne pourra jamais être expiée et ne pourra jamais être oubliée.

Des centaines de milliers de morts ont eu lieu dans tous ces pays. Ont-elles eu lieu? Et sont-elles dans tous les cas imputables à la politique étrangère des États-Unis? La réponse est oui, elles ont eu lieu et elles sont imputables à la politique étrangère américaine. Mais vous n’en savez rien.

Ça ne s’est jamais passé. Rien ne s’est jamais passé. Même pendant que cela se passait, ça ne se passait pas. Ça n’avait aucune importance. Ça n’avait aucun intérêt. Les crimes commis par les États-Unis ont été systématiques, constants, violents, impitoyables, mais très peu de gens en ont réellement parlé. Rendons cette justice à l’Amérique : elle s’est livrée, partout dans le monde, à une manipulation tout à fait clinique du pouvoir tout en se faisant passer pour une force qui agissait dans l’intérêt du bien universel. Un cas d’hypnose génial, pour ne pas dire spirituel, et terriblement efficace.

Les États-Unis, je vous le dis, offrent sans aucun doute le plus grand spectacle du moment. Pays brutal, indifférent, méprisant et sans pitié, peut-être bien, mais c’est aussi un pays très malin. À l’image d’un commis voyageur, il œuvre tout seul et l’article qu’il vend le mieux est l’amour de soi. Succès garanti. Écoutez tous les présidents américains à la télévision prononcer les mots « peuple américain », comme dans la phrase : « Je dis au peuple américain qu’il est temps de prier et de défendre les droits du peuple américain et je demande au peuple américain de faire confiance à son Président pour les actions qu’il s’apprête à mener au nom du peuple américain. »

Le stratagème est brillant. Le langage est en fait employé pour tenir la pensée en échec. Les mots « peuple américain » fournissent un coussin franchement voluptueux destiné à vous rassurer. Vous n’avez pas besoin de penser. Vous n’avez qu’à vous allonger sur le coussin. Il se peut que ce coussin étouffe votre intelligence et votre sens critique mais il est très confortable. Ce qui bien sûr ne vaut pas pour les 40 millions de gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ni aux 2 millions d’hommes et de femmes incarcérés dans le vaste goulag de prisons qui s’étend d’un bout à l’autre des États-Unis.

Les États-Unis ne se préoccupent plus des conflits de faible intensité. Ils ne voient plus l’intérêt qu’il y aurait à faire preuve de réserve, ni même de sournoiserie. Ils jouent cartes sur table, sans distinction. C’est bien simple, ils se fichent éperdument des Nations Unies, du droit international ou des voix dissidentes, dont ils pensent qu’ils n’ont aucun pouvoir ni aucune pertinence. Et puis ils ont leur petit agneau bêlant qui les suit partout au bout d’une laisse, la Grande-Bretagne, pathétique et soumise.

Où est donc passée notre sensibilité morale ? En avons-nous jamais eu une ? Que signifient ces mots ? Renvoient-ils à un terme très rarement employé ces temps-ci – la conscience ? Une conscience qui soit non seulement liée à nos propres actes mais qui soit également liée à la part de responsabilité qui est la nôtre dans les actes d’autrui ? Tout cela est-il mort ? Regardez Guantanamo. Des centaines de gens détenus sans chef d’accusation depuis plus de trois ans, sans représentation légale ni procès équitable, théoriquement détenus pour toujours. Cette structure totalement illégitime est maintenue au mépris de la Convention de Genève. Non seulement on la tolère mais c’est à peine si la soi-disant « communauté internationale » en fait le moindre cas. Ce crime scandaleux est commis en ce moment même par un pays qui fait profession d’être « le leader du monde libre ». Est-ce que nous pensons aux locataires de Guantanamo ? Qu’en disent les médias ? Ils se réveillent de temps en temps pour nous pondre un petit article en page six. Ces hommes ont été relégués dans un no man’s land dont ils pourraient fort bien ne jamais revenir. À présent beaucoup d’entre eux font la grève de la faim, ils sont nourris de force, y compris des résidents britanniques. Pas de raffinements dans ces méthodes d’alimentation forcée. Pas de sédatifs ni d’anesthésiques. Juste un tube qu’on vous enfonce dans le nez et qu’on vous fait descendre dans la gorge. Vous vomissez du sang. C’est de la torture. Qu’en a dit le ministre des Affaires étrangères britannique ? Rien. Qu’en a dit le Premier Ministre britannique ? Rien. Et pourquoi ? Parce que les États-Unis ont déclaré : critiquer notre conduite à Guantanamo constitue un acte hostile. Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. Résultat, Blair se tait.

L’invasion de l’Irak était un acte de banditisme, un acte de terrorisme d’État patenté, témoignant d’un absolu mépris pour la notion de droit international. Cette invasion était un engagement militaire arbitraire inspiré par une série de mensonges répétés sans fin et une manipulation flagrante des médias et, partant, du public ; une intervention visant à renforcer le contrôle militaire et économique de l’Amérique sur le Moyen-Orient et se faisant passer – en dernier ressort – toutes les autres justifications n’ayant pas réussi à prouver leur bien-fondé – pour une libération. Une redoutable affirmation de la force militaire responsable de la mort et de la mutilation de milliers et de milliers d’innocents.

Nous avons apporté au peuple irakien la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables tueries commises au hasard, la misère, l’humiliation et la mort et nous appelons cela « apporter la liberté et la démocratie au Moyen-Orient ».

Combien de gens vous faut-il tuer avant d’avoir droit au titre de meurtrier de masse et de criminel de guerre ? Cent mille ? Plus qu’assez, serais-je tenté de croire. Il serait donc juste que Bush et Blair soient appelés à comparaître devant la Cour internationale de justice. Mais Bush a été malin. Il n’a pas ratifié la Cour internationale de justice. Donc, si un soldat américain ou, à plus forte raison, un homme politique américain, devait se retrouver au banc des accusés, Bush a prévenu qu’il enverrait les marines. Mais Tony Blair, lui, a ratifié la Cour et peut donc faire l’objet de poursuites.Nous pouvons communiquer son adresse à la Cour si ça l’intéresse. Il habite au 10 Downing Street, Londres.

La mort dans ce contexte devient tout à fait accessoire. Bush et Blair prennent tous deux bien soin de la mettre de côté. Au moins 100 000 Irakiens ont péri sous les bombes et les missiles américains avant que ne commence l’insurrection irakienne. Ces gens-là sont quantité négligeable. Leur mort n’existe pas. Un néant. Ils ne sont même pas recensés comme étant morts. « Nous ne comptons pas les cadavres » a déclaré le général américain Tommy Franks.

Aux premiers jours de l’invasion une photo a été publiée à la une des journaux britanniques ; on y voit Tony Blair embrassant sur la joue un petit garçon irakien. « Un enfant reconnaissant » disait la légende. Quelques jours plus tard on pouvait trouver, en pages intérieures, l’histoire et la photo d’un autre petit garçon de quatre ans qui n’avait plus de bras. Sa famille avait été pulvérisée par un missile. C’était le seul survivant. « Quand est-ce que je retrouverai mes bras ? » demandait-il. L’histoire est passée à la trappe. Eh bien oui, Tony Blair ne le serrait pas contre lui, pas plus qu’il ne serrait dans ses bras le corps d’un autre enfant mutilé, ou le corps d’un cadavre ensanglanté. Le sang, c’est sale. Ça salit votre chemise et votre cravate quand vous parlez avec sincérité devant les caméras de télévision.

Les 2000 morts américains sont embarrassants. On les transporte vers leurs tombes dans le noir. Les funérailles se font discrètement, en lieu sûr. Les mutilés pourrissent dans leurs lits, certains pour le restant de leurs jours. Ainsi les morts et les mutilés pourrissent-ils, dans différentes catégories de tombes.

(…)

J’ai dit tout à l’heure que les États-Unis étaient désormais d’une franchise totale et jouaient cartes sur table. C’est bien le cas. Leur politique officielle déclarée est désormais définie comme une « full spectrum dominance » (une domination totale sur tous les fronts). L’expression n’est pas de moi, elle est d’eux. « Full spectrum dominance », cela veut dire contrôle des terres, des mers, des airs et de l’espace et de toutes les ressources qui vont avec.

Les États-Unis occupent aujourd’hui 702 installations militaires dans 132 pays du monde entier, à l’honorable exception de la Suède, bien sûr. On ne sait pas trop comment ils en sont arrivés là, mais une chose est sûre, c’est qu’ils y sont.

Les États-Unis détiennent 8000 ogives nucléaires actives et opérationnelles. 2000 sont en état d’alerte maximale, prêtes à être lancées avec un délai d’avertissement de 15 minutes. Ils développent de nouveaux systèmes de force nucléaire, connus sous le nom de « bunker busters » (briseurs de blockhaus). Les Britanniques, toujours coopératifs, ont l’intention de remplacer leur missile nucléaire, le Trident. Qui, je me le demande, visent-ils ? Oussama Ben Laden ? Vous ? Moi ? Tartempion ? La Chine ? Paris ? Qui sait ? Ce que nous savons c’est que cette folie infantile – détenir des armes nucléaires et menacer de s’en servir – est au cœur de la philosophie politique américaine actuelle. Nous devons nous rappeler que les États-Unis sont en permanence sur le pied de guerre et ne laissent entrevoir en la matière aucun signe de détente.

Des milliers, sinon des millions, de gens aux États-Unis sont pleins de honte et de colère, visiblement écœurés par les actions de leur gouvernement, mais en l’état actuel des choses, ils ne constituent pas une force politique cohérente – pas encore. Cela dit, l’angoisse, l’incertitude et la peur que nous voyons grandir de jour en jour aux États-Unis ne sont pas près de s’atténuer.

Je sais que le Président Bush emploie déjà pour écrire ses discours de nombreuses personnes extrêmement compétentes, mais j’aimerais me porter volontaire pour le poste. Je propose la courte allocution suivante, qu’il pourrait faire à la télévision et adresser à la nation. Je l’imagine grave, les cheveux soigneusement peignés, sérieux, avenant, sincère, souvent enjôleur, y allant parfois d’un petit sourire forcé, curieusement séduisant, un homme plus à son aise avec les hommes.

« Dieu est bon. Dieu est grand. Dieu est bon. Mon Dieu est bon. Le Dieu de Ben Laden est mauvais. Le sien est un mauvais Dieu. Le Dieu de Saddam était mauvais, sauf que Saddam n’en avait pas. C’était un barbare. Nous ne sommes pas des barbares. Nous ne tranchons pas la tête des gens. Nous croyons à la liberté. Dieu aussi. Je ne suis pas un barbare. Je suis le leader démocratiquement élu d’une démocratie éprise de liberté. Nous sommes une société pleine de compassion. Nous administrons des électrocutions pleines de compassion et des injections létales pleines de compassion. Nous sommes une grande nation. Je ne suis pas un dictateur. Lui, oui. Je ne suis pas un barbare. Lui, oui. Et lui aussi. Ils le sont tous. Moi, je détiens l’autorité morale. Vous voyez ce poing ? C’est ça, mon autorité morale. Tâchez de ne pas l’oublier. »

Voir aussi le fameux numéro (de la Saint-Valentin) de Villepin à la tribune de l’ONU à New York:

Dans les domaines chimiques et biologiques, les Irakiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création des commissions d’investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d’armements, conformément aux conclusions de M. Blix.
Dans le domaine balistique, les informations fournies par l’Irak ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non autorisés, conformémement aux conclusions de M. Blix.
Dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l’AIEA sur les points les plus importants évoqués par M. El Baradeï le 27 janvier : l’acquisition d’aimants susceptible de servir à l’enrichissement d’uranium et la liste des contacts entre l’Irak et le pays susceptible de lui avoir fourni de l’uranium.
(…) Mais nous ne devons pas nous dissimuler l’ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits.

INTERVENTION DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, AU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES
New York – 14.02.2003
Je remercie MM. Blix et El Baradeï pour les indications qu’ils viennent de nous fournir sur la poursuite des inspections en Irak. Je tiens à nouveau à leur exprimer la confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.

Vous savez le prix que la France attache, depuis l’origine de la crise irakienne, à l’unité du Conseil de sécurité. Cette unité repose aujourd’hui sur deux éléments essentiels :

Nous poursuivons ensemble l’objectif d’un désarmement effectif de l’Irak. Nous avons en ce domaine une obligation de résultat. Ne mettons pas en doute notre engagement commun en ce sens. Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d’intention. Soyons clairs : aucun d’entre nous n’éprouve la moindre complaisance à l’égard de Saddam Hussein et du régime irakien.

En adoptant à l’unanimité la résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la démarche en deux temps proposée par la France : le choix du désarmement par la voie des inspections et, en cas d’échec de cette stratégie, l’examen par le Conseil de sécurité de toutes les options, y compris celle du recours à la force. C’est bien dans ce scénario d’échec des inspections, et dans ce cas seulement, que pourrait se justifier une seconde résolution. La question qui se pose aujourd’hui est simple: considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d’inspections est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d’inspection offertes par la résolution 1441 n’ont pas encore été toutes explorées ?

En réponse à cette question, la France a deux convictions : la première, c’est que l’option des inspections n’a pas été conduite jusqu’à son terme et peut apporter une réponse efficace à l’impératif du désarmement de l’Irak ; la seconde, c’est qu’un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu’il ne saurait être envisagé qu’en dernière extrémité. Or que venons-nous d’entendre, à travers le rapport de MM. Blix et El Baradeï ? Nous venons d’entendre que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d’entre nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur Bagdad pour obtenir plus. Mais les inspections donnent des résultats. Lors de leurs précédentes interventions au Conseil de sécurité, le 27 janvier, le président exécutif de la CCVINU et le directeur général de l’AIEA avaient identifié précisément les domaines dans lesquels des progrès étaient attendus. Sur plusieurs de ces points, des avancées significatives ont été obtenues:

Dans les domaines chimiques et biologiques, les Irakiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création des commissions d’investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d’armements, conformément aux conclusions de M. Blix. Dans le domaine balistique, les informations fournies par l’Irak ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non autorisés, conformémement aux conclusions de M. Blix. Dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l’AIEA sur les points les plus importants évoqués par M. El Baradeï le 27 janvier : l’acquisition d’aimants susceptible de servir à l’enrichissement d’uranium et la liste des contacts entre l’Irak et le pays susceptible de lui avoir fourni de l’uranium.

Nous sommes là au coeur de la logique de la résolution 1441, qui doit assurer l’efficacité des inspections grâce à une identification précise des programmes prohibés, puis à leur élimination. Nous sommes tous conscients que le succès des inspections suppose que nous aboutissions à une coopération pleine et entière de l’Irak. La France n’a cessé de l’exiger. Des progrès réels commencent à apparaître : l’Irak a accepté le survol de son territoire par des appareils de reconnaissance aérienne ; il a permis que des scientifiques irakiens soient interrogés sans témoins par les inspecteurs ; un projet de loi prohibant toutes les activités liées aux programmes d’armes de destruction massive est en cours d’adoption, conformément à une demande ancienne des inspecteurs ; l’Irak doit fournir une liste détaillée des experts ayant assisté en 1991 aux destructions des programmes militaires.

La France attend bien entendu que ces engagements soient durablement vérifiés. Au-delà, nous devons maintenir une forte pression sur l’Irak pour qu’il aille plus loin dans la voie de la coopération. Ces progrès nous confortent dans la conviction que la voie des inspections peut être efficace. Mais nous ne devons pas nous dissimuler l’ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits. Pour ce faire, nous devons donner aux inspections toutes les chances de réussir.

J’ai fait des propositions le 5 février devant le Conseil. Depuis lors, nous les avons précisées dans un document de travail adressé à MM. Blix et El Baradeï et communiquées aux membres du Conseil. Quel est leur esprit ? Il s’agit de propositions pratiques et concrètes, qui peuvent être mises en oeuvre rapidement et qui sont destinées à renforcer l’efficacité des opérations d’inspection. Elles s’inscrivent dans le cadre de la résolution 1441 et ne nécessitent par conséquent aucune nouvelle résolution du Conseil. Elles doivent venir à l’appui des efforts menés par MM. Blix et El Baradeï, qui sont naturellement les mieux à même de nous dire celles d’entre elles qu’ils souhaitent retenir pour assurer la meilleure efficacité de leurs travaux. Dans leur rapport, ils nous ont fait des commentaires utiles et opérationnels. La France a déjà annoncé qu’elle tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et El Baradeï, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage IV. Alors oui, j’entends bien les critiques : il y a ceux qui pensent que, dans leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité. Mais je rappelle que c’est le fondement même de la résolution 1441 et que les inspections donnent des résultats. On peut les juger insuffisants mais ils sont là.

Il y a ceux qui croient que la poursuite du processus d’inspection serait une sorte de « manoeuvre de retardement » visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose naturellement la question du temps imparti à l’Irak. Nous sommes là au centre des débats. Il y va de notre esprit de responsabilité. Ayons le courage de mettre les choses à plat. Il y a deux options : l’option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l’unité de l’Irak, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l’intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a une autre option offerte par les inspections, qui permet d’avancer de jour en jour dans la voie d’un désarmement efficace et pacifique de l’Irak. Au bout du compte, ce choix-là n’est-il pas le plus sûr et le plus rapide ?

Personne ne peut donc affirmer aujourd’hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu’il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d’un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ? Donnons pas conséquent aux inspecteurs des Nations unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix et El Baradeï de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des progrès effectués et de ceux restant à accomplir. Dans ce contexte, l’usage de la force ne se justifie pas aujourd’hui. Il y a une alternative à la guerre : désarmer l’Irak par les inspections. De plus, un recours prématuré à l’option militaire serait lourd de conséquences.

L’autorité de notre action repose aujourd’hui sur l’unité de la communauté internationale. Une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité. Elle pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d’injustice, aggraverait les tensions et risquerait d’ouvrir la voie à d’autres conflits. Nous partageons tous une même priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige une détermination totale. C’est depuis la tragédie du 11 septembre, l’une de nos responsabilités premières devant nos peuples. Et la France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte qui nous concerne tous et que nous devons mener ensemble. C’est le sens de la réunion du Conseil de sécurité qui s’est tenue le 20 janvier, à l’initiative de la France.

Il y a dix jours, le secrétaire d’Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al Quaïda et le régime de Bagdad. En l’état actuel de nos informations et recherches menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d’établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l’impact qu’aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d’aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?

La France l’a toujours dit : nous n’excluons pas la possibilité qu’un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l’impossibilité pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs responsabilités. Et, dans une telle hypothèse, je veux rappeler ici les questions que j’avais soulignées lors de notre dernier débat le 4 février et auxquelles nous devrons bien répondre : en quoi la nature et l’ampleur de la menace justifient-elles le recours immédiat à la force ? Comment faire en sorte que les risques considérables d’une telle intervention puissent être réellement maîtrisés ? En tout état de cause, dans une telle éventualité, c’est bien l’unité de la communauté internationale qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les Nations unies qui resteront demain, quoi qu’il arrive, au coeur de la paix à construire.

Monsieur le président, à ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce Conseil de sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de l’incompréhension, de la suspicion ou de la peur. Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix. Et c’est un vieux pays, la France, un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’Occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèles à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur.

Voir enfin le Discours de Villepin à Pinter:

Légion d’Honneur for Harold Pinter

On Wednesday 17 January, the French Prime Minister, Dominique de Villepin, presented the insignia of Chevalier de la Légion d’Honneur to Mr Harold Pinter, at a reception held in the Residence de France in London.

(c) AFP Photo – London

French Prime Minister presented insignia of Chevalier de la Légion d’Honneur to Mr Harold Pinter

Speech by M. Dominique de Villepin, Prime Minister, at the ceremony for the award of the decoration of Chevalier de la Légion d’Honneur to Mr Harold Pinter at the Résidence de France, on 17 January 2007

Dear friends,

Dear Harold Pinter,

I am not here today to give you a prize. You have already received many prizes in your lifetime. I have come here today, dear Harold Pinter, to pay tribute to you as a man who knows the importance of words: for words can change lives.

1. My dear Harold Pinter, it would be an invidious task for me to attempt any literary criticism today. That is neither my purpose nor my vocation. Allow me, however, to talk quite simply as a reader, as a man influenced by your words, emotions and questions.

When I was 16, I read contemporary literature at the University of Nanterre. The first of my courses, which was also my first stroke of luck, was to spend a year studying your play The Caretaker. It was shortly after May 1968, at a time when one could still believe that words can shape destiny. Since then, your works have been with me. Always.

· I want to tell you of my profound emotion when I discovered your poem American football in 1992, published in a literary review, not unlike Zola’s J’accuse.

· With its violence and its cruelty, it is for me one of the most accurate images of war, one of the most telling metaphors of the temptation of imperialism and violence. And this echoes the sound of another poem: The Bombs: “There are no more words to be said. All we have left are the bombs.” If we want the western world and especially Europe to be seen as a model of tolerance and peace, we have to change our minds and leave behind us anything but bombs.

Your words express the anguish and the torrent that is human life. As is the case in your theatrical works and indeed in all your works, they rest on silence. Dear Harold Pinter, your words are actions. Your words are a shout. They are rough, engaged in violent hand-to-hand combat that makes them talk, that makes them speak out. They are conveyed by a unique voice.

· First, the voice of the actor. Let us not forget that this is how you began your career.

· But also the voice of the theatre and film director, and of the film and television scriptwriter. You have made your mark in each of these fields.

2. Harold Pinter, what perhaps touched and affected me most in your work is your clear-sightedness.

Beyond your art, beyond your writing, it is in life itself that your works have affected me.

· At the heart of the life of mankind, at the heart of politics, precisely where you are not expected, in the middle of wars and conflicts, in a world about to catch fire, this is where you seek out the truth. For example in the characters of your plays. I am thinking of Rebecca, in the play « Ashes to Ashes », I quote again « The woman a lost figure in a drowning landscape, a woman unable to escape the doom that seemed to belong only to others”.

· And that truth is inseparable from freedom, when you refused to withdraw four words from your play « Landscape ».

· Freedom, but also courage, the courage to defend your convictions and never to compromise on your principles. This is why, even if we do not always agree with you, we passionately respect your commitments. We can see that they are imbued with the passion that shapes destinies. In them we recognise the generosity and the greatness of Man.

3. Your talent and your commitment explain the special relationship that binds you to France and to the French people.

In the course of your career, you have won a special place in the hearts of our fellow citizens. You have been able to develop a special relationship with the French. A relationship based on admiration, friendship and complicity.

· First, because you are one of those rare authors whose works, during his lifetime, form part of the repertoire of the Comédie Française.

· But above all, because in seeking to capture all the facets of the human spirit, your works respond to the aspirations of the French public, and its taste for an understanding of man and of what is truly universal.

· This is why today, your works are performed over and over again in our country: in Paris alone, at least four of your plays could be seen in the last three months. You recently received a Molière d’honneur for your lifetime achievement. This was a just reward for work of such abundance, which never ceases to renew itself. It was also a recognition of the bonds of friendship that you have been able to form with us and with your country.

I would also like to express my profound respect and admiration to your wife Lady Antonia Fraser, whose works on Marie Antoinette or, more recently, on the women in the life of Louis XIV, are now reference works within the community of historians.

Dear Harold Pinter,

Dear Friends,

What you teach us is that we must look at what most people, and in particular political leaders, overlook. We must care about important things. But we should also care about things that seem unimportant. I would like to quote one of your favourite French writers, Marcel Proust: “Le poète reste arrêté devant toute chose qui ne mérite pas l’attention des hommes”. “The poet stands still and observes what doesn’t deserve other men’s attention.” Poetry teaches us how to live and you, Harold Pinter, teach us how to live.

Harold Pinter, au nom du Président de la République, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur./.


Langues: Pour l’entrée d’Israël dans la Francophonie (Why, with many more French-speakers than Egypt, is Israel being kept out of Francophonie?)

18 janvier, 2007
francophonieLa situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique Galouzeau de Villepin (Paris, automne 2001)

« Le CRIF a souhaité appeler l’attention du monde politique français sur l’anomalie que constitue l’absence d’Israël de l’Organisation Mondiale de la Francophonie, alors que 20% de sa population est francophone. »

Tel est, selon le journal gratuit du soir du Groupe Bolloré Directsoir (p. 9), le message que Le CRIF vient de faire publier hier dans la presse française sous forme d’encarts publicitaires.

20%, c’est probablement beaucoup (dans un domaine où on a notoirement beaucoup de mal à avoir des chiffres sérieux), mais même la moitié, c’est déjà pas mal, surtout quand on sait que des prétendus piliers de la francophonie comme la Roumanie ou la Bulgarie ne doivent pas dépasser – officiellement – les 25% de francophones.

Et que si le Liban (le plus opposé, avec ses amis syriens et iraniens, à l’entrée d’Israël) les dépasse, l’Egypte, membre à part entière depuis 1983 (après son rejet des instances arabes suite à sa paix séparée avec qui vous savez), n’en conserve que des traces (comme le disent pudiquement et charitablement les chercheurs, « l’utilisation du français au quotidien y est parfaitement anecdotique ») …

Sans parler, du côté français, de l’indifférence qu’a rencontré par exemple cet été l’enlèvement par des terroristes palestiniens d’un soldat franco-israélien ou du dernier sommet du Liban en 2002 où l’actuel squatter de l’Elysée a reçu le représentant du Hezbollah …

On comprend tout de suite la dimension largement politique et idéologique de l’institution et… que, règle de l’unanimité aidant, c’est pas gagné pour Israël!

FRANCOPHONIE / Israël frappe à la porte
Directsoir
le 18/1/07

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a lancé hier un appel en faveur de l’intégration d’Israël dans la francophonie. Le message, en forme d’encart publicitaire,est paru dans plusieurs quotidiens nationaux.

Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Dominique de Villepin,Michel Rocard,François Léotard… Il est rare de voir les signatures de tant de concurrents politiques apposées sur la même feuille. C’est la prouesse que vient de réaliser le Crif en publiant hier un appel au monde politique pour l’entrée d’Israël dans l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Signé par une quarantaine de personnalités politiques,l’encart publicitaire était visible hier dans Le Figaro, après être paru mardi dans les pages du Monde et du Parisien. «Le Crif a souhaité appeler l’attention du monde politique français sur l’anomalie que constitue l’absence d’Israël dans l’Organisation internationale de la francophonie,alors que 20% de sa population est francophone»,peut-on lire dans le message. Candidat de longues dates à l’entrée dans l’OIF, l’Etat hébreu se heurte depuis des années à l’hostilité des pays arabes qui en sont membres. A quelques jours du dîner annuel du Crif, duquel le Premier ministre, Dominique de Villepin, est l’invité d’honneur, l’appel pourrait renforcer la détermination de la France,principal soutien financier de l’OIF,à plaider en faveur de la candidature israélienne. Reste à convaincre les 54 autres pays membres lors du prochain sommet de la francophonie, programmé pour 2008.
Directsoir.net

Communiqués

Pour l’entrée d’Israël dans la francophonie
17/01/07 – – : Israël

Le CRIF a souhaité appeler l’attention du monde politique français sur l’anomalie que constitue l’absence d’Israël de l’Organisation Mondiale de la Francophonie, alors que 20% de sa population est francophone.

En réponse à cette initiative, les personnalités suivantes ont exprimé leur soutien à l’idée de l’entrée d’Israël dans la Francophonie.

Pierre AIDENBAUM
François LEOTARD
Claude BARTOLONE
Corinne LEPAGE
Jean-Michel BAYLET
Roger MADEC
François BAYROU
Hervé MARITON
Patrick BEAUDOUIN
Pierre MAUROY
Serge BLISKO
Albert MEMMI
Patrick BLOCHE
Renaud MUSELIER
Christine BOUTIN
Christian PONCELET
Jacques BRAVO
François PUPPONI
Edith CRESSON
Eric RAOULT
Jean-Jacques CURIEL
Philippe RICHERT
Bernard DEBRE
Michel ROCARD
Vincent DELAHAYE
André ROSSINOT
Bertrand DELANOE
Ségolène ROYAL
Mgr DI FALCO
Rudy SALLES
Henri EMMANUELLI
André SANTINI
Christian ESTROSI
Nicolas SARKOZY
Luc FERRY
Pierre SCHAPIRA
Jean de GAULLE
Olivier STIRN
Mgr Maurice GARDES
Lionel STOLERU
Bruno GILLES
Pierre-Christian TAITTINGER
Claude GOASGUEN
Dominique TIAN
Marek HALTER
Jacques TOUBON
Brice HORTEFEUX
Dominique de VILLEPIN
André KASPI
Xavier de VILLEPIN

Voir aussi ce très informatif commentaire d’un spécialiste sur le site Mondes Francophones (merci sittingbull):

Le cas d’Israël : politiques française et/ou francophone ?
Robert Chaudenson
professeur de linguistique à l’Université de Provence, et Président du Comité International des Etudes Créoles

« … on ne peut que rêver au jour où, la paix étant revenue, ces deux Etats voisins que sont Israël et le Liban, si proches, si différents mais si exceptionnels par leurs richesses intellectuelles et culturelles pourront retrouver la voie de la coopération et de l’amitié. »

Dans Guysen. Israël News, « Agence de presse francophone d’Israël », Ugo Rankl a établi, il y a quelques jours (10 avril 2006), dans un long article, un « état des lieux » de « la francophonie en Israël ». La question est intéressante et intrigante, car Israël demeure, avec l’Algérie, l’un des Etats des plus francophones du monde (au sens proprement linguistique), sans participer pourtant à la francophonie institutionnelle (l’Organisation Internationale de la Francophonie). Cet article pose plusieurs problèmes, d’ordres différents que ce texte ne distingue pas toujours et qu’il tend même parfois à mêler.

J’ai déjà évoqué (R. Chaudenson, Mondialisation. La langue française a-t-elle encore un avenir ?, 2000 : 53) les cas israélien et algérien. En dépit des ressemblances (ils se tiennent à l’écart de la Francophonie institutionnelle) et des analogies (ce sont deux Etats où la francophonie linguistique est réelle et importante et où des universités sont membres de l’Agence Universitaire de la Francophonie), les deux cas doivent être distingués.

La politique algérienne est un peu déconcertante et le Président Bouteflika souffle alternativement le chaud et le froid. On a engagé, depuis un an, un gigantesque programme de formation dans le cadre d’une école doctorale franco-algérienne, qui concerne deux mille futurs docteurs en langue et littérature françaises, mais en même temps, on ferme des écoles où l’enseignement est donné en français et on entend, hier encore, le Président dénoncer le génocide culturel opéré par la colonisation française entre 1830 et 1962. En fait, tout est rendu opaque par les contradictions qu’entraînent les tensions entre les politiques intérieure et extérieure du pays.

Le cas d’Israël est plus simple. On ne peut pas suivre le Rabbin J. Amar, quand il déclare qu’un « Israélien sur cinq parle le français » ; la proportion serait plutôt un sur dix, mais c’est un pourcentage réel que peu d’Etats de la Francophonie peuvent se flatter d’atteindre. Contrairement à ce que laissent à penser certains propos, la France n’est pour rien dans le fait qu’Israël demeure à l’écart de la Francophonie. T. Nathan, responsable des services culturels de l’Ambassade de France en Israël, juge habile de souligner que les autorités israéliennes n’en font pas la demande. C’est évidemment une bonne raison de ne pas obtenir une réponse positive. Il y a dans un tel propos beaucoup de diplomatie (ou d’hypocrisie… mais est-ce si différent ?) dans la mesure où aucun Etat n’engage une demande officielle, pour laquelle il sait qu’il aura à essuyer l’affront d’un refus. On ne peut prendre au sérieux les propos finaux du Sénateur Ferrand (représentant des Français de l’étranger) qui laisse espérer, pour le Sommet de Bucarest (septembre 2006), qu’une médiation canadienne permette de « convaincre les quelques pays qui refusent encore qu’Israël soit reconnu comme membre à part entière de la Francophonie ». Tout le monde sait que le principal, pour ne pas dire, le seul Etat résolument opposé à une telle demande est le Liban qui, en outre, dans le passé, était totalement sous influence syrienne (quoique cet Etat ne soit pas membre de la Francophonie).

Sur un plan plus général, on ne sait que penser des propos du Rabbin Amar quand il souligne que « les critères qui font qu’un pays est accepté ou exclu de la francophonie sont strictement politiques ». De Niamey (1969-1970) à Ouagadougou (2004), les choses ont bien changé. En fait, le cas israélien est unique, car, à ma connaissance, aucune demande n’a jamais été refusée ni même découragée. En revanche, ce sont les demandes elles-mêmes qui ont souvent un caractère très politique. Le texte de Guysen évoque le cas de l’Egypte mais c’est le sens de son adhésion qui est intéressant et non pas le fait, des plus banals, que « l’utilisation du français au quotidien [y] est parfaitement anecdotique ». Il en est en effet de même dans bien des Etats de la Francophonie. En revanche, ce qui est remarquable est le moment où l’Egypte décide de solliciter son entrée dans la Francophonie, au début des années 80. Ce choix ne relève pas du hasard, mais d’une pure stratégie politique. En effet, après les accords de Camp David et sa réconciliation avec Israël (1979), l’Egypte est exclue de toutes les organisations arabes et le siège de la Ligue arabe, qui se trouvait au Caire, est transféré à Tunis. L’Egypte devra sans doute à B. Boutros Ghali l’idée ingénieuse de reparaître sur une scène internationale par l’adhésion à la Francophonie. Autre exemple : comment ne pas voir que l’enthousiasme francophone des Pays d’Europe Centrale et Francophone (les PECO) a été curieusement contemporain des négociations en vue de leur entrée dans l’Union Européenne où trois Etats francophones (France, Belgique et Luxembourg) ne sont pas sans influence ?

L’article de Rankl met aussi en évidence les confusions qui s’établissent souvent entre les politiques de la France et de la Francophonie. J’ai moi-même souvent souligné cet aspect, en particulier dans le quatrième chapitre du livre que j’ai cité plus haut et qui porte ce titre même (2000 : 59-76). Les choses sont rendues complexes par les jeux combinés et souvent contradictoires de clivages divers. La rivalité entre les « Grands Blancs » (comme disait L.S. Senghor) que sont la France, le Canada et le Québec, les différents entre l’Etat canadien fédéral (Ottawa) et sa Province du Québec (les échecs et l’affaiblissement des revendications autonomistes québécoises ont rendu ce point moins sensible et favorisé des convergences qui, dans le passé, ne se réalisaient guère que contre les « maudits Français »), les oppositions Nord-Sud (les Africains se sentant souvent délaissés au profit de l’Est, sauf quand on a besoin de leur soutien pour faire approuver « l’exception » ou la « diversité culturelle », qui pourtant ne sont pas au premier plan de leurs préoccupations quotidiennes majeures).

Que la France soit peu soucieuse d’engager à l’OIF un bras de fer avec les Etats arabes pour y faire entrer Israël, cela ne fait pas le moindre doute, même si bien des Etats comme l’Egypte ou le Maroc n’ont pas une position irréductible. Le problème de la place du français en Israël n’a sans doute pas grand chose à voir avec une éventuelle appartenance de cet Etat à la Francophonie. Les langues recommandées par les dispositions officielles sont, très logiquement, l’arabe et l’anglais et, somme toute, la francophonie linguistique réelle en Israël est probablement vieillissante. Il serait intéressant d’étudier cet aspect du problème et de voir dans quelles classes d’âge et où se situent majoritairement les francophones. J’incline à croire, sans prendre trop de risques, que ce sont des Juifs sépharades de plus de quarante ans.

Je ne doute pas que comme le souligne M. Moïse, la diplomatie française ait causé des « dégâts culturels », sans être pour autant « moyenâgeuse ». La situation du Moyen-Orient n’est pas simple et peut-être pourrait-on s’employer à trouver les moyens de soutenir cette réelle francophonie israélienne, sans pour autant adhérer, en tout, aux positions de l’Etat lui-même. Le talent des diplomates ne consiste-t-il pas dans la conduite de pareilles actions ?

Même si cet aspect est très mineur dans le contexte général de la zone, on ne peut que rêver au jour où, la paix étant revenue, ces deux Etats voisins que sont Israël et le Liban, si proches, si différents mais si exceptionnels par leurs richesses intellectuelles et culturelles pourront retrouver la voie de la coopération et de l’amitié.

Voir enfin:

La francophonie en Israël : état des lieux.
Par Ugo Rankl pour Guysen Israël News
10 avril 2006

La visite du Sénateur André Ferrand, auteur d’un rapport sur l’enseignement du français dans le monde, a été l’occasion de figer un instantané de la francophonie en Israël. Regrets, amertume et quelques motifs d’espoir sont les motifs principaux du tableau.

Pour le Rabbin Jacky Amar, qui fut le premier à prendre la parole au cours d’une table ronde organisée à l’institut Van Leer à Jérusalem, Israël subit une situation inique. En effet, alors qu’un Israélien sur cinq parle le Français, Israël n’est toujours pas membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Cette mise à l’écart d’Israël est d’autant plus douloureusement ressentie que l’Egypte, l’Albanie, où l’utilisation du français au quotidien est parfaitement anecdotique, sont membres de plein droit de la Francophonie. Pour le Rabbin Jacky Amar, les critères qui font qu’un pays est accepté ou exclus de la francophonie sont strictement politiques et cela ne laisse rien présager de bon quant à l’adhésion possible d’Israël à la famille francophone. Il n’est donc pas étonnant qu’Israël étant laissé de côté, l’étude et la pratique du français soient en net recul.

Le Professeur Betty Reutman, de l’Université Hébraïque de Jérusalem, estime que la situation est affligeante et va en se dégradant. Le Français n’intéressant plus, les budgets alloués sont réduits. La fermeture du département de français de l’Université Hébraïque est sérieusement envisagée. Moins d’argent, cela signifie moins de moyens et un manque d’attrait et de motivation pour les étudiants dont le niveau ne cesse de baisser. En outre, selon le Professeur Reutman, les professeurs, souvent de très haut niveau, qui avaient donné un élan nouveau à l’étude du Français dans les années 70, ont vieilli et n’ont pas été remplacés. Il manque aujourd’hui des gens compétents et motivés à l’université pour enseigner la langue et les idées françaises. Pourtant, les étudiants ne demanderaient qu’à se passionner pour ces sujets. Selon le Professeur Reutman, en effet, la pensée contemporaine française continue d’intéresser des étudiants.

Madame Yora Tanzman, Inspectrice Générale de Français, a souligné que dans les textes officiels les langues étrangères prioritairement enseignées en Israël sont l’Arabe et l’Anglais. Le Français pourrait pourtant avoir sa place. Rien n’empêche un élève israélien de choisir cette langue plutôt qu’une autre à l’école. Aujourd’hui, 26 500 collégiens et 6500 lycéens apprennent le Français en Israël. Ils ont à leur disposition 240 professeurs dans l’enseignement laïc et ils sont de plus en plus nombreux à choisir de passer le Français au bac.

Pourtant, la situation est loin d’être satisfaisante. Les tensions diplomatiques entre Israël et la France ont créé un contexte où l’étude du français n’est absolument pas valorisée. Michael Moïse, représentant des étudiants francophones, a souligné les dégâts culturels commis par une diplomatie française qu’il qualifie de « moyenâgeuse ». A cela s’ajoute le problème exaspérant de la non reconnaissance mutuelle des diplômes.

Pour la partie française, le Professeur Tobie Nathan, responsable des services culturels de l’ambassade de France en Israël, a répondu que les problèmes existaient bel et bien mais que la situation était en évolution rapide. Pour qu’Israël fasse partie de l’Organisation Internationale de la Francophonie, il faudrait d’abord que les autorités de Jérusalem en fassent la demande. Ce qui n’a jamais été le cas jusqu’aujourd’hui. Malgré cela, l’intégration d’Israël à la francophonie a fait de réels progrès. L’université de Tel-Aviv fait ainsi désormais partie de l’Agence Universitaire de la Francophonie.

En outre, selon Tobie Nathan, l’appartenance à la francophonie n’est pas la condition absolue pour que l’étude du français et les événements culturels inspirés par la culture française connaissent un véritable essor en Israël. Plus qu’une adhésion formelle à une organisation, ce qui compte c’est l’existence d’une infrastructure et d’une volonté. L’ambassade de France vient ainsi de faire l’acquisition d’un très bel immeuble, Boulevard Rothschild à Tel-Aviv, pour y loger ses services culturels. C’est un effort important, par lequel la France entend montrer son attachement aux francophones d’Israël.

Le Professeur Tobie Nathan a également annoncé l’ouverture, à partir du 16 mai prochain, d’une « saison française en Israël » qui sera l’occasion d’événements culturels importants destinés à montrer « une francophonie intéressante, attractive et partie prenante de la modernité. » En mai toujours, une fondation France-Israël va être créée dans le but de rapprocher ces deux sociétés malgré tout ce qui les sépare aujourd’hui.

Pour le Sénateur André Ferrand, qui se déclare un fervent avocat de l’intégration d’Israël à la Francophonie, les conditions n’ont jamais été plus favorables à la réalisation de cet objectif. En effet, la charte de l’Organisation prévoit que l’adhésion d’un nouveau membre doit être acceptée à l’unanimité. Il suffit donc qu’un seul pays s’oppose pour qu’Israël reste à la porte du monde culturel francophone. Mais le Canada a décidé de défendre la cause d’Israël et de convaincre les quelques pays qui refusent encore qu’Israël soit reconnu comme membre à part entière de la Francophonie. Le prochain sommet de l’organisation à Bucarest, au mois d’octobre prochain, pourrait être, selon le Sénateur Ferrand, l’occasion de faire cesser un état de fait injuste et aberrant.


Conspirationnisme: Réflexions sur le complot juif (Dissolve the pro-Israel American people)

17 janvier, 2007
pro-israeli protestLa Gauche a besoin d’un peuple mythique ou mythifié, elle honnit le regrettable peuple américain, qui rejette la lutte des classes, va à l’église le dimanche, vote souvent républicain. Et ce fichu peuple américain, forfait pendable, est plutôt pro-israélien ! C’est le comble ! Il faudrait décidément dissoudre le peuple américain afin de le remplacer par la Commission Baker, appuyée par le corps professoral de Harvard, les journalistes de CNN et du New York Times, et les histrions engagés d’Hollywood, sous la houlette nobiliaire de John Kerry sans doute. A la bonne heure, ce serait un peuple américain “tel qu’on l’aime”, et qui pense comme nous !
En 2004, les juifs américains ont voté démocrate (Kerry) à 76 pour cent, et qu’une grande partie des juifs américains qui enseignent à l’université et oeuvrent dans les media sont, à l’unisson de leurs corporations, des gens de gauche. Ils partagent les préjugés de leur caste et sont souvent hostiles à Israël et au sionisme ; il faut ainsi conclure que, premièrement, les Juifs américains, censément principaux soutiens du Lobby juif américain, sont caractérisés par leur opposition à la politique israélienne (celle des « Likoudniks »). Et, d’autre part, que le peuple américain, contre l’avis martelé par une grande partie de ses élites culturelles, Juifs y compris, est israélophile, et le manifeste de multiples façons. Il est évident que cela empêche bien des gens de “pogromer” en rond, et, en tout cas, de flanquer Israël à la fosse aux hyènes. La communauté juive américaine s’oppose largement à George Bush, mais la politique de ce dernier est le fruit d’une conspiration juive… Allez y comprendre quelque chose! Laurent Murawiec

Au moment où on apprend que, tout en fustigeant les Etats-Unis pour l’intervention alliée en Irak et en prétendant rappeler à l’ordre l’Iran sur ses ambitions nucléaires, l’actuel squatter de l’Elysée est secrètement en train de faire des pieds et des mains pour envoyer son ministre des Affaires étrangères audit pays des nouveaux hérauts du négationnisme et de la solution finale …

Le chercheur franco-américain Laurent Murawiec remet, sur le site de la Mena, les pendules à l’heure pour les tenants, nombreux parmi nos « têtes pensantes et jacassantes », du lobby juif et de la stupidité supposée de ce peuple américain que ledit lobby est censé manipuler …

Pourtant, la vérité est simple, confirmée par les chiffres: Israël jouit tout bonnement et depuis la fondation du Nouveau Monde « d’un formidable capital de sympathie dans l’opinion américaine ».

Et ce contre l’opinion même d’une bonne part de la communauté juive elle-même ou plutôt de ses élites, majoritairement démocrates et donc souvent opposés à la politique pro-israélienne de l’Administration républicaine de George Bush.

Extraits :

La judéophilie traditionnelle des Puritains – qui remonte à Oliver Cromwell en Angleterre – que l’on retrouve dans l’extraordinaire lettre de George Washington à la communauté juive de Newport, Rhode Island, où, loin de ne concéder à la religion d’Israël qu’une tolérance, il la met sur un pied d’égalité avec les religions chrétiennes. C’est cette judéophilie, lectrice de la Bible juive, qui donna des prénoms bibliques à tant d’Américains, je pense à Abraham Lincoln ! et motive les centaines de milliers de pèlerins, qui partent annuellement d’Amérique pour visiter la Terre Sainte et y admirent, y soutiennent et y sympathisent avec Israël. Quand l’AIPAC (le comité d’action politique Amérique-Israel) réunit ses assises annuelles à Washington, et que le tout-Washington parlementaire et ministériel s’y presse pour parler, écouter, être vu, cette affluence ne fait que traduire un courant plus vaste. Les contes à dormir debout sur l’influence « occulte » transforment cette activité, ô combien publique et transparente, en sombre complot. AIPAC est souvent, en effet, dépeint comme le centre nerveux ou la main cachée. Nerveux, peut-être, caché, certainement pas. Les éternuements indignés des intellectuels gaucho-laïcards européens sur les sympathies sionistes de la droite évangélique américaine omettent de mentionner qu’il s’agit là de dizaines de millions de gens. N’auraient-ils pas voix au chapitre ?

Vers la fin du XIXème, la noblesse, refoulée du champ politique par l’avènement des partis de masse, se réfugia massivement dans la diplomatie, qu’elle continua, en Europe, d’occuper comme son pré carré. Aux Etats-Unis, ceux qui se voulaient l’équivalent d’une aristocratie, les “sang bleu” de Nouvelle-Angleterre, suivirent le même itinéraire. Pour prendre la pose de la supériorité, les temps s’étant un peu démocratisés, il n’est plus besoin d’exciper d’une particule ni d’un titre nobiliaire : il suffit d’être anti-Israélien, ce qui, dans certains milieux, constitue un Ordre du mérite (avec palmes).

Réflexions sur le complot juif

Laurent Murawiec
La Mena

On rencontre aujourd’hui, à tous les coins de rue du débat international, l’idée que la politique moyen-orientale de Bush a été subrepticement manigancée par une sombre clique de néo-conservateurs, tous plus ou moins juifs, agissant à l’insu d’un président stupide et ignorant, et imposant une ligne de conduite subordonnant les intérêts des Etats-Unis à ceux d’Israël. Chaque fois que je participe à un débat sur une télévision arabe, c’est la même ritournelle, et quand il m’arrive d’être interviewé par une radio New Age en Californie, j’entends le même refrain. C’était le leitmotiv d’un disgracieux “filmouillet” produit il y a quelques années pour la chaîne ARTE par l’Israélien repenti (et désireux de le faire savoir) William Karel, comme c’est la rengaine favorite de la bien-pensance européenne. L’opéra de quat’ sous dont la partition a été, une fois pour toutes, publiée sous le nom de “Protocoles des Sages de Sion”, est un succès permanent au hit-parade du sordide. Qui lit le servile et poisseux al-Ahram du Caire, qui suit les déglutitions du Hezbollah sur al-Manar et ce qui dégouline des media de Téhéran, ou encore les élucubrations meurtrières du cheikh Youssouf Qaradawi, patron de la branche internationale de Frères musulmans et téléprédicateur à succès, connaît bien la recette : la conspiration juive, vous dis-je. Parés des sauces plus raffinées qui siéent à la cuisine française, ce sont les mêmes mets que servent les media hexagonaux. Tout le monde est d’accord. Il y a trois ans peut-être, après m’avoir interviewé à Washington, un journaliste (dont j’ai charitablement oublié l’identité) de France 2, la chaîne qui invente les assassinats d’enfants par les Juifs d’Israël, me demanda dans un souffle, l’air ténébreux, de peur d’être épié sans doute : « et l’influence… ici… à Washington… des Juifs ? ». Il y avait donc, dans son esprit, une influence uniforme, homogène, systématique, des Juifs en tant que tels, visant donc, unanimement, un but unique et indivisible, et s’entendant à l’atteindre, non au moyen de la politique ou des idées, mais grâce à l’ « influence. ». Le bon journaliste répétait les Protocoles avec bonne foi et probité. Or, j’examine les résultats d’une enquête d’opinion réalisée tout récemment aux Etats-Unis. Les sondeurs de l’institut de sondage de l’Université de Quinnipiac, que les media citent souvent, ont demandé à la mi-novembre de cette année à 1623 électeurs d’exprimer leur degré de sympathie ou d’antipathie envers une série de pays, plus l’ONU et les Palestiniens. La liste qui ressort du sondage du “Thermomètre global” de cet institut est révélatrice : par ordre de sympathie, on trouve l’Angleterre, le Canada, Israël, l’Allemagne, l’Inde, le Mexique, l’ONU, la Russie, la France, la Chine, et, en queue de peloton, largement décrochés, l’Arabie Saoudite, le Venezuela, l’Irak, la Syrie, les Palestiniens, Cuba, l’Iran et la Corée du Nord… Après l’Angleterre de la special relationship, vient le Canada, sorte de version light de l’Amérique, puis, donc, Israël. Ce sont les trois seuls pays dont la « cote » se situe au-dessus des 65 pour cent d’opinions favorables ! Voilà qui confirme bien d’autres sondages, rapports et études : Israël jouit d’un formidable capital de sympathie dans l’opinion américaine. La judéophilie traditionnelle des Puritains – qui remonte à Oliver Cromwell en Angleterre – que l’on retrouve dans l’extraordinaire lettre de George Washington à la communauté juive de Newport, Rhode Island, où, loin de ne concéder à la religion d’Israël qu’une tolérance, il la met sur un pied d’égalité avec les religions chrétiennes. C’est cette judéophilie, lectrice de la Bible juive, qui donna des prénoms bibliques à tant d’Américains, je pense à Abraham Lincoln ! et motive les centaines de milliers de pèlerins, qui partent annuellement d’Amérique pour visiter la Terre Sainte et y admirent, y soutiennent et y sympathisent avec Israël. Quand l’AIPAC (le comité d’action politique Amérique-Israel) réunit ses assises annuelles à Washington, et que le tout-Washington parlementaire et ministériel s’y presse pour parler, écouter, être vu, cette affluence ne fait que traduire un courant plus vaste. Les contes à dormir debout sur l’influence « occulte » transforment cette activité, ô combien publique et transparente, en sombre complot. AIPAC est souvent, en effet, dépeint comme le centre nerveux ou la main cachée. Nerveux, peut-être, caché, certainement pas. Les éternuements indignés des intellectuels gaucho-laïcards européens sur les sympathies sionistes de la droite évangélique américaine omettent de mentionner qu’il s’agit là de dizaines de millions de gens. N’auraient-ils pas voix au chapitre ? C’est bien le cœur du problème : pour nos élites politico-intellectuelles, le peuple n’a pas voix au chapitre, et surtout, ne doit pas l’avoir. Ceux qui savent, les professionnels, diplomates, bureaucrates, intellectuels, savent tout et toujours ; il est déplacé et même malséant d’écouter la vox populi, cette grande naïve, qui n’entend pas les délicieuses nuances et les complications du monde “où l’on sait”. L’irrépressible arrogance qui anime cette gent se résume toujours à cela : comment des gens aussi incultes- les Américains, chacun le sait – osent-ils nous contredire ? Voilà qui explique ce vitriol qui empuantit le débat : ceux qui se sentent investis de l’éternelle mission de guider le monde sur les sentiers de la sagesse stratégique, les diplomates professionnels et leurs comparses universitaires, déjà, éprouvaient une haine furibonde envers Ronald Reagan et Margaret Thatcher (”la fille de l’épicier” pestaient les Lords et les baronets, ainsi que les snobs d’Oxford et de Cambridge) ainsi qu’envers George Bush. Le mépris de nos professeurs et la condescendance de nos diplomates se changent en ouragans de rage frustrée, quand ils se voient spoliés de ce privilège, de ce monopole, de cette mission qui leur reviennent de droit : dire et guider la politique étrangère des Etats-Unis ! N’oublions pas que, vers la fin du XIXème, la noblesse, refoulée du champ politique par l’avènement des partis de masse, se réfugia massivement dans la diplomatie, qu’elle continua, en Europe, d’occuper comme son pré carré. Aux Etats-Unis, ceux qui se voulaient l’équivalent d’une aristocratie, les “sang bleu” de Nouvelle-Angleterre, suivirent le même itinéraire. Pour prendre la pose de la supériorité, les temps s’étant un peu démocratisés, il n’est plus besoin d’exciper d’une particule ni d’un titre nobiliaire : il suffit d’être anti-Israélien, ce qui, dans certains milieux, constitue un Ordre du mérite (avec palmes).>Evincez-les ou donnez-leur le sentiment de n’être plus vos mandataires exclusifs, introduisez d’autres idées que les leurs, et vous entendrez leurs cris d’orfraie. La théorie du complot a donc trouvé des plumes universitaires distinguées pour refaire sa beauté flétrie. J’en veux l’exemple donné par les professeurs Mearsheimer, de l’Université de Harvard, et Stephen Walt, de l’Université de Chicago, qui ont publié, en mars 2006, dans l’influente London Review of Books, un article remarqué, “The Israel Lobby”. Ils y réaffirmaient qu’un lobby juif avait acquis, par manipulation, une influence indue sur le gouvernement Bush et avait utilisé les Etats-Unis pour accomplir les objectifs stratégiques d’Israël en allant renverser Saddam [2]. Je ne m’attacherai pas ici à montrer ou à dénoncer l’inanité du propos. D’autres – le juriste Alan Dershowitz et l’analyste stratégique Eliot Cohen pour ne citer qu’eux – s’en sont excellemment chargés. Je suis frappé de l’œil torve de nos professeurs, qui voient le monde comme à travers un miroir déformant, ou mieux, un prisme sélectif. Car s’il faut parler de lobby, le lobby arabe de Washington est puissant ; il ne s’agit pas seulement de la Ligue arabe et des ambassadeurs des pays arabes, qui ont des poches profondes et n’hésitent pas à vider des tonneaux de Danaïdes en faveur de quiconque, journaliste, diplomate, élu ou universitaire, professera quelque forme d’arabophilie. Il y a les vingt-trois ans de mission du prince Bandar bin Sultan au poste d’ambassadeur saoudien, corrupteur épique du tout-Washington, un lobby à lui tout seul, centralisé, qui ne débat jamais mais agit toujours, et utilise le pétrodollar comme moyen d’influence occulte ; notons-le, la cote saoudienne dans le sondage cité plus haut est inférieure à celle de la Chine ou de la Russie ! Les Saoudiens sont aussi populaires que la mort-aux-rats, le charme en moins. A cette arabophilie stipendiée, il faut ajouter celle, quasi charnelle, des personnels du département d’Etat, qui voient le monde, comme l’avait sévèrement jugé une commission d’enquête parlementaire il y a trente ans déjà : « à travers une pellicule de pétrole épandue sur leurs globes oculaires. » Une partie importante du lobby pétrolier est pro-arabe – et donc, évidemment, anti-israélienne. Et quel lobby ! Quelle puissance de frappe ! Pas au point, cependant, d’attirer l’attention de nos professeurs, qui, tels les aveugles de Breughel, vont droit dans la fosse à purin, en y entraînant les paralytiques et autres handicapés du ciboulot. Non, l’existence et l’action d’autres lobbies fort importants, ils ne les remarquent pas. Dans leur ligne de mire, ils ne voient que le « lobby juif ! ». Il y a de ces coïncidences… [1] Volume 28, no 6, du 23 mars 2006 [2] Un traitement détaillé des hauts faits du prince en matière de corruption se trouve dans mon livre La Guerre d’après (Albin Michel, 2003).

Il faut dissoudre le people américain (suite et fin)

Par Laurent Murawiec, à Washington © Metula News Agency

Réflexions sur le complot juif

Ce qui me frappe encore plus, c’est l’aveuglement délibéré de nos professeurs devant le fait patent : les préférences du peuple américain. Mais, quand on tient précisément le peuple pour quantité négligeable, seul un complot juif peut tout expliquer. Et s’il y a trois Juifs et demi dans les cabinets ministériels washingtoniens, c’est la preuve – accablante, définitive – que Le Lobby Juif, la main cachée, dirige la Maison Blanche. Souvenez-vous : Wolfowitz (J), Richard Perle (J), John Bolton (pas J, mais pro-J), hahaha, nous le savions ! C’étaient d’ailleurs tous des Likoudniks ! Ce qui expliquait tout. J’eus même la surprise peinée d’entendre un vieil ami, grand intellectuel catholique français, utiliser le terme comme s’il avait eu la moindre vertu explicative. De même, le doyen d’âge (travailliste) de la Chambre des Communes, à Londres, de s’appesantir lourdement sur le fait que Jack Straw, alors ministre des Affaires Etrangères de Tony Blair, avait un grand-père juif. Un “Mischling” dans la terminologie nazie, plus précisément, d’après les lois raciales de Nuremberg, un “Vierteljude”, quart-de-juif, ce qui, admettons-le, my dear boy, était fort alarmant ! Les positions dudit Straw étaient, au reste, strictement en conformité avec la politique de son gouvernement et de son ministère : pro-arabes et anti-israéliennes.

Ajoutons, qu’en 2004, les juifs américains ont voté démocrate (Kerry) à 76 pour cent, et qu’une grande partie des juifs américains qui enseignent à l’université et oeuvrent dans les media sont, à l’unisson de leurs corporations, des gens de gauche. Ils partagent les préjugés de leur caste et sont souvent hostiles à Israël et au sionisme ; il faut ainsi conclure que, premièrement, les Juifs américains, censément principaux soutiens du Lobby juif américain, sont caractérisés par leur opposition à la politique israélienne (celle des « Likoudniks »). Et, d’autre part, que le peuple américain, contre l’avis martelé par une grande partie de ses élites culturelles, Juifs y compris, est israélophile, et le manifeste de multiples façons. Il est évident que cela empêche bien des gens de “pogromer” en rond, et, en tout cas, de flanquer Israël à la fosse aux hyènes. La communauté juive américaine s’oppose largement à George Bush, mais la politique de ce dernier est le fruit d’une conspiration juive… Allez y comprendre quelque chose ! On est vraiment au royaume de l’invisible. Mais le propre des « causalités diaboliques », comme le disait mon regretté maître Léon Poliakov, c’est d’exister hors des causalités réelles, hors des faits et des réalités.

J’assistais, il y a quelques jours, à la remise du Prix « de la Nation reconnaissante » qui porte le nom du grand sénateur démocrate que fut Henry Jackson : élu par l’Etat de Washington, une population à l’époque fortement marquée par les cols bleus syndiqués de l’industrie high-tech. Jackson était un démocrate faucon, un peu comme les sociaux-démocrates atlantistes en Europe, partisan d’une défense forte et d’une politique « reaganienne ». Henry Jackson, surnommé « Scoop », fut co-auteur du fameux amendement qui pénalisait lourdement l’URSS brejnévienne tant que l’émigration des Juifs russes était entravée. Il joua aussi un rôle de premier plan dans le grand mouvement de revers qui, alliant l’Amérique à la Chine, contribua à casser l’URSS. Le prix qui porte son nom est décerné chaque année par le JINSA, le Jewish Institute for National Security Affairs, une organisation qui organise systématiquement des contacts entre militaires américains et israéliens, et qui plaide, depuis trente ans, en faveur d’une vigoureuse politique de défense. On y trouve un grand nombre de généraux et d’amiraux très passionnés. Evidemment, JINSA – j’en suis – a mauvaise réputation à gauche ; qui s’en étonnera ?

Donc, on décernait le prix Henry Jackson. Mais avant de parler du récipiendaire, parlons un instant d’une cérémonie connexe qui se déroula quelques minutes avant son discours. Avant d’honorer un homme politique, JINSA honore des soldats du rang : en l’occurrence, six jeunes soldats et sous-officiers des forces armées américaines, choisis par leurs armes (Marine, Terre, Air, Marine Corps, etc…) reçurent leur Grateful Nation Award pour héroïsme exceptionnel au combat, en Afghanistan, en Irak ou ailleurs. Devant un parterre de près d’un millier de participants, émus aux larmes, un ancien commandant en chef des forces armées lut leurs citations militaires : on reste pantois devant les récits de bravoure et d’intrépidité de ces jeunes gens et jeunes femmes, avec leurs frimousses de bébés et leur calme un peu interloqué qu’on les distingue et qu’on les récompense. Ils furent ovationnés debout par l’assistance.

Puis, pour présenter le récipiendaire du prix, on avait invité son ami, le sénateur Joe Lieberman, ex-Démocrate, réélu comme indépendant, juif orthodoxe, et le général des Marines (CR) Mark Ryan, qui parla des cinq ans et demi de tortures subies au Vietnam par l’heureux élu, le sénateur John McCain. Lequel tient la rampe dans la course à l’investiture républicaine pour les élections présidentielles de 2008.

La profession de foi du sénateur McCain fut vigoureuse, pleine de punch et de foi, et sans équivoque : les Etats-Unis et Israël partagent des valeurs communes au moins autant que des intérêts géopolitiques ; la bataille d’Irak doit être gagnée ; la guerre contre l’Islam radical doit être accentuée. Ce soir-là, McCain gagna la voix d’une majorité des présents. Mais franchement, ce n’est pas ou pas seulement l’ambition de pêcher les voix des électeurs juifs conservateurs qui meut McCain. L’homme, certes, est un habile politicien – nul ne peut prétendre au poste suprême qui ne l’est pas ou ne veut pas l’être – qui sait caresser son public dans le sens du poil. Mais il y a chez lui un véritable engagement, qui lui permet d’aller, quand il le faut, à contre-courant. En l’occurrence, cependant, il est en phase avec l’opinion publique. Le soutien à Israël est dans les mœurs, il est dans le cœur d’une très grande partie du peuple américain. C’est ce qu’il dit quand on veut bien le lui demander.

Ce qui nous laisse avec le vif dissentiment manifesté par les élites politico-intellectuelles : faute de pouvoir se choisir un autre peuple, puisque celui-ci est récalcitrant, elles essaient de manipuler les élus du peuple grâce à des opérations purement médiatiques, telle que la remise du rapport de la récente « Commission Baker-Hamilton ». Qui donc a élu ces gens-là ? Personne, évidemment, mais ils se considèrent de droit sinon divin du moins aristo-surhumain, comme les seuls Elus, seuls habilités à dire et à faire. C’est quand on dérange les manigances feutrées de ces messieurs – « qui s’est permis de marcher sur mes escarpins ? » qu’ils se fâchent – et crient au complot juif. Le travail de la commission, qui n’était pas clandestin mais n’était soumis à aucune obligation de publicité, était celui d’un aréopage aux qualifications peu évidentes. Le frénétique battement médiatique qui précéda et accompagna la sortie de son rapport visait à lui permettre de passer en force, de créer l’événement : l’union des professionnels de la bureaucratie, des média et de la diplomatie devait violenter les élus du peuple, à commencer par le président.

Il est certes tout à fait normal, et même souhaitable, que le débat politique soit enrichi par des comités, des lobbies, des commissions et des groupes d’études ; c’est ainsi que fonctionne la démocratie américaine. Mais cette grossière manipulation allait bien au-delà. Elle voulait se substituer aux organes élus. C’est là, hélas ! pratique courante. N’avons-nous pas entendu rabâcher jusqu’à plus soif cette idée que la plupart des Américains sont trop stupides, ignorants et incurieux du monde extérieur pour pouvoir juger de la politique étrangère ? Je m’amuse toujours d’entendre la gauche bisser et trisser le morceau, puisqu’elle reprend en l’occurrence le vieil argument aristocratique : comment ces rustauds de paysans et ces illettrés de travailleurs manuels pourraient-ils saisir ces questions-là ? Comme si le jugement politique ne relevait pas, fondamentalement, de l’ordre de la moralité avant d’être d’ordre intellectuel ! Comme l’a dit si cruellement George Orwell : « Pour croire des choses comme ça, il faut être un intellectuel : nul homme normal ne pourrait être aussi stupide. ».

Ce déni de la notion même de citoyen, c’est la gauche contre la démocratie ; mais la gauche n’est-elle pas, depuis longtemps, majoritairement, favorable aux tyrans “confiscateurs” de pouvoir, pourvu qu’ils respectent ses propres surexcitations idéologiques ? Malgré ses affligeantes compromissions avec le communisme stalinien, l’écrivain Bertold Brecht avait saisi la balle au bond lorsqu’il conseilla, en 1953, au politburo est-allemand d’ « élire un autre peuple » puisque le peuple réel ne plaisait plus au politburo. La Gauche a besoin d’un peuple mythique ou mythifié, elle honnit le regrettable peuple américain, qui rejette la lutte des classes, va à l’église le dimanche, vote souvent républicain. Le peuple tel qu’on le vénère chez Michelet, bravo ! Le peuple réel, pouah !

Et ce fichu peuple américain, forfait pendable, est plutôt pro-israélien ! Pour citer M. Joseph Prud’homme, « quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites. » Pis, la « droite évangélique » ou « droite chrétienne », têtes de Turc (si l’on peut dire) favorites de la gauche laïcarde et de la droite mollassonne et comme il faut, sont le plus passionnément favorables à l’Etat hébreu. C’est le comble ! Il faudrait décidément dissoudre le peuple américain afin de le remplacer par la Commission Baker, appuyée par le corps professoral de Harvard, les journalistes de CNN et du New York Times, et les histrions engagés d’Hollywood, sous la houlette nobiliaire de John Kerry sans doute. A la bonne heure, ce serait un peuple américain “tel qu’on l’aime”, et qui pense comme nous ! Il ne manquera plus à l’idylle que de recycler tous les Israéliens en copie conforme de Yossi Beilin, et ce jour-là, le monde, purgé des commanditaires du Lobby et des va-t’en-guerre néo-conservateurs, connaîtra enfin le bonheur, à commencer par un Moyen Orient pacifié, épanoui et prospère.


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