Terrorisme: Attention, un aveuglement peut en cacher un autre (Rhetorical tricks aside, the reality is that during Obama’s tenure scores of innocent Americans have been murdered on U.S. soil by jihadists, mostly inspired by or acting under the direction of foreign terror groups)

26 février, 2017
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Daech dispose d’équipements militaires nombreux, rustiques mais aussi lourds et sophistiqués. Plus que d’une mouvance terroriste, nous sommes confrontés à une véritable armée encadrée par des militaires professionnels. Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre ? Affirmons-le clairement, parce que cela a des conséquences : ce sont les États-Unis. Par intérêt politique à court terme, d’autres acteurs – dont certains s’affichent en amis de l’Occident – d’autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les Etats-Unis. Général Vincent Desportes (17.12.2014)
We should take great pride in the progress that we’ve made over the last eight years. That’s the bottom line. No foreign terrorist organization has successfully planned and executed an attack on our homeland. (…) The most deadly attacks on the homeland over the last eight years have not been carried out by operatives with sophisticated networks or equipment directed from abroad. “They’ve been carried out by home-grown and largely isolated individuals who were radicalized online. Barack Hussein Obama (MacDill Air Force Base, Tampa, Fla., Dec. 6, 2016)
L’Amérique est un endroit meilleur et plus fort qu’il ne l’était quand nous avons commencé. (…) Si je vous avais dit il y a huit ans que l’Amérique renverserait une grande récession, redémarrerait notre industrie automobile et entammerait la plus longue période de création d’emplois de notre histoire … si je vous avais dit que nous ouvririons un nouveau chapitre avec le peuple cubain , que nous fermerions le programme d’armes nucléaires de l’Iran sans tirer un coup de feu, et tuer le cerveau des attentats du 9/11 … si je vous avais dit que nous gagnerions l’égalité au mariage et le droit à l’assurance maladie pour 20 millions de nos concitoyens – Vous auriez pu dire que nos objectifs étaient un peu trop élevés. (…) Les relations raciales sont meilleures qu’avant, croyez-moi, mais nous se sommes pas encore où nous devons être. (…) En raison de l’extraordinaire courage de nos hommes et de nos femmes en uniforme, des officiers du renseignement, des forces de l’ordre et des diplomates qui les soutiennent, aucune organisation terroriste étrangère n’a planifié et exécuté avec succès une attaque dans notre pays ces huit dernières années. Et bien que Boston et Orlando nous rappellent à quel point la radicalisation peut être dangereuse, nos forces de l’ordre sont plus efficaces et plus vigilantes que jamais. Barack Hussein Obama (Chicago, 10.01.2017)
Regardez ce qui se passe en Allemagne, regardez ce qui s’est passé hier soir en Suède. La Suède, qui l’aurait cru ? La Suède. Ils ont accueilli beaucoup de réfugiés, et maintenant ils ont des problèmes comme ils ne l’auraient jamais pensé. Donald Trump
La sécurité nationale commence par la sécurité aux frontières. Les terroristes étrangers ne pourront pas frapper l’Amérique s’ils ne peuvent entrer dans notre pays. Regardez ce qui se passe en Europe! Regardez ce qui passe en Europe! J’adore la Suède mais les gens là-bas comprennent que j’ai raison. J’ai un ami, c’est quelqu’un de très très important. Il adore la Ville lumière. Pendant des années, tous les étés, il allait à Paris, avec sa femme et sa famille. Je ne l’avais pas vu depuis longtemps et j’ai dit “Jim, comment va Paris?”; “Je n’y vais plus. Paris n’est plus Paris. Il n’aurait jamais raté une occasion. Aujourd’hui, il n’envisage même plus d’y aller. Donald Trump
Je ne ferai pas de comparaison, mais ici il n’y a pas de circulation d’armes, il n’y a pas de personnes qui prennent des armes pour tirer dans la foule. François Hollande
Examinant mon passeport, il relève que j’ai bénéficié récemment d’un visa « J1 », accordé notamment aux universitaires. J’ai été, en effet, professeur invité à l’Université Columbia de New York, de septembre 2016 à janvier 2017. Il conclut que je suis donc revenu travailler « illégalement » avec un visa expiré. J’ai beau expliquer que ma situation n’a rien d’anormal, sinon l’université n’aurait pas pu m’inviter, rien n’y fait. N’étant pas en possession d’un document fédéral m’autorisant à travailler aux États-Unis, je suis en infraction. La décision sera confirmée plus tard par son supérieur hiérarchique – que je n’aurai pas la possibilité de rencontrer. (…) Vers 21h, il reste une demi-douzaine de personnes, somnolentes et inquiètes, un Africain ne parlant pas bien l’anglais, les autres sans doute d’origine latino-américaine. Je suis apparemment le seul Européen – le seul « blanc ». Arrivent alors deux officiers de police. Ils se dirigent vers le monsieur assis devant moi, peut-être un Mexicain, bien mis de sa personne. Ils lui montrent un billet d’avion et lui disent qu’ils vont l’emmener. Invité à se lever, il est alors menotté, enchaîné à la taille, et entravé aux chevilles. Je n’en crois pas mes yeux. Des images d’esclaves me traversent l’esprit: la policière qui lui met les fers aux pieds est une Africaine-Américaine, vaguement gênée. J’imagine le temps qu’il va mettre pour rejoindre la porte d’embarquement. Je me demande surtout si c’est le même sort qui nous attend. Je préfère croire que lui a commis un délit sérieux. J’apprendrai par la suite que « c’est la procédure ». Cette façon de faire – proprement indigne – serait exigée par les compagnies aériennes. Je ne suis pas sûr, au demeurant, que les conditions d’expulsion soient plus humaines chez nous.A 1h 30 du matin – cela fait plus de 26 heures que j’ai quitté mon domicile parisien – je vois une certaine agitation. Une policière vient vers moi et me demande quelle est ma destination finale aux États-Unis et si quelqu’un m’attend à l’aéroport. (…) Quelques minutes plus tard, un policier au ton cette fois amical me rend mon téléphone et mon passeport, dûment tamponné, et me déclare autorisé à entrer aux États-Unis. Les restrictions qui m’ont été imposées sont levées, ajoute-t-il, sans que je puisse savoir ce qui va rester dans leurs fichiers. Il m’explique que le fonctionnaire qui a examiné mon dossier était « inexpérimenté » et ne savait pas que certaines activités, dont celles liées à la recherche et à l’enseignement, bénéficiaient d’un régime d’exception et pouvaient parfaitement être menées avec un simple visa touristique. « Il ne savait pas ». Abasourdi, je lui demande, ou plutôt je déclare que c’était donc une erreur. Il ne me répond pas. Il me laisse simplement entendre qu’ayant, lui, une longue expérience, il a vu le problème en prenant son poste en début de nuit. Il aura l’amabilité de me raccompagner à la sortie d’un aéroport totalement désert, m’indiquant l’adresse d’un hôtel dans la zone portuaire. À aucun moment, ni lui, ni ses collègues ne se sont excusés. En réalité, ma libération n’a rien eu de fortuit. Elle est la conséquence de l’intervention de mon collègue auprès du président de l’université Texas A & M, d’une professeure de droit chargée des questions d’immigration, et de plusieurs avocats. Sans eux, j’aurais été conduit menotté, enchaîné, et entravé à l’embarquement pour Paris. Historien de métier, je me méfie des interprétations hâtives. Cet incident a occasionné pour moi un certain inconfort, difficile de le nier. Je ne peux, cependant, m’empêcher de penser à tous ceux qui subissent ces humiliations et cette violence légale sans les protections dont j’ai pu bénéficier. J’y pense d’autant plus que j’ai connu l’expulsion et l’exil dans mon enfance. Pour expliquer ce qui s’est passé, j’en suis rendu aux conjectures. Pourquoi le contrôle aléatoire est-il tombé sur moi? Je ne le sais pas mais ce n’est pas le fruit du hasard. Mon « cas » présentait un problème avant même l’examen approfondi de mon visa. Peut-être est-ce mon lieu de naissance, l’Egypte, peut-être ma qualité d’universitaire, peut-être mon récent visa de travail expiré, pourtant sans objet ici, peut-être aussi ma nationalité française. Peut-être aussi le contexte. Quand bien même aurais-je commis une erreur, ce qui n’est pas le cas, cela méritait-il pareil traitement? Comment expliquer ce zèle, évident, de la part du policier qui m’a examiné et de son supérieur hiérarchique sinon par le souci de faire du chiffre et de justifier, au passage, ces contrôles accrus? J’étais d’autant plus « intéressant » que je ne tombais pas dans la catégorie habituelle des « déportables ». Telle est donc la situation aujourd’hui. Il faut désormais faire face outre-Atlantique à l’arbitraire et à l’incompétence la plus totale. Je ne sais ce qui est le pire. Ce que je sais, aimant ce pays depuis toujours, c’est que les États-Unis ne sont plus tout à fait les États-Unis. Henry Rousso
Il est impensable de mettre des soldats en danger dans l’espoir hypothétique de sauver d’autres personnes. Général Bruno Le Ray (gouverneur militaire de Paris)
Aucune demande d’entrer dans le Bataclan ne m’a été adressée, et je n’ai donné aucune autorisation en ce sens. Je ne connais pas les circonstances exactes de l’intervention du policier de la BAC et, si j’admire son courage, je vous répète qu’il était exclu que je fasse intervenir mes soldats sans savoir ce qui se passait à l’intérieur du bâtiment. (…) Il est impensable de mettre des soldats en danger dans l’espoir hypothétique de sauver d’autres personnes. L’intervention en zone d’exclusion est un sujet très délicat. Pour moi, la première question à se poser consiste à savoir si l’on est en mesure d’assurer la protection des personnels allant au contact. Si les soldats que j’envoie dans le bâtiment se font eux-mêmes tuer, parce qu’ils ne sont pas en capacité de répondre aux tirs dont ils sont la cible, nous n’aurons guère progressé dans la résolution de la situation. (…) ils n’ont pas vocation à se jeter dans la gueule du loup s’ils ne sont pas assurés de disposer de chances raisonnables d’accomplir leur mission. (…) Les soldats ont des conduites à tenir en fonction des situations auxquelles ils sont confrontés, mais nous ne pouvons prévoir tous les cas de figure… (…) Comme la Police nationale, les forces armées terrestres travaillent à l’élaboration de conduites à tenir dans différentes situations, notamment celle d’un terroriste sortant du Bataclan qui, sans menacer les soldats, cherche à s’enfuir – dans l’intention éventuelle d’aller commettre d’autres actes de violence ailleurs. Si le policier de la BAC avait souhaité faire une seconde incursion dans le bâtiment en se faisant cette fois accompagner de soldats, je ne peux dire avec certitude quelle réponse il aurait reçu, mais j’ai tendance à penser qu’ils seraient entrés avec lui. (…) les militaires ne confient jamais leurs armes à quelqu’un d’autre. En revanche, un policier de la BAC a demandé aux soldats de couvrir la sortie du bâtiment et de faire feu si les terroristes se montraient – il leur a même précisé de viser de préférence la tête, ou en tout état de cause en dehors des zones du corps susceptibles d’être entourées d’une ceinture d’explosifs –, et mes hommes l’auraient fait si la situation s’était présentée. La question de l’entrée dans le bâtiment s’apparente à celle d’une prise d’otages de masse : en pareil cas, on fait systématiquement appel à des unités spécialisées, qui n’interviennent qu’à l’issue d’un minimum de préparation. Je me mets à la place d’un soldat entrant dans une pièce où il risque de tomber à la fois sur les terroristes et leurs victimes, dans une configuration inconnue, avec une luminosité peut-être insuffisante et des gens qui hurlent de tous côtés : comment faire, dans ces conditions, pour discriminer instantanément les agresseurs des victimes ? Ma propre expérience opérationnelle me porte à penser qu’une telle chose est quasiment impossible. (…) Au Bataclan, les terroristes étaient retranchés dans un lieu fermé, tandis qu’une gare est un lieu ouvert. (…) Les soldats de Sentinelle sont formés pour intervenir dans le cadre d’opérations extérieures, mais pas dans celui d’une prise d’otages de masse dans un lieu fermé. Général Bruno Le Ray (gouverneur militaire de Paris)
La chancelière allemande Angela Merkel et les Premiers ministres des 16 Landers allemands ont conclu jeudi un accord visant à faciliter les expulsions de réfugiés dont la demande d’asile a été rejetée. Les expulsions sont normalement du ressort des landers, mais Merkel souhaite coordonner un certain nombre de choses au niveau fédéral pour accélérer les procédures. Le gouvernement fédéral veut s’accaparer plus de pouvoirs pour refuser des permis de séjour et effectuer lui-même les expulsions. L’un des objectifs centraux du plan en 16 points est de construire un centre de rapatriement à Potsdam (Berlin) qui comptera un représentant pour chaque lander. En outre, il prévoit la création de centres d’expulsion à proximité des aéroports pour faciliter les expulsions collectives. Un autre objectif est de faciliter l’expulsion des immigrants qui présentent un danger pour la sécurité du pays et de favoriser les «retours volontaires» d’autres migrants par le biais d’incitations financières s’ils acceptent de quitter le pays avant qu’une décision ait été prise au regard de leur demande d’asile. Une somme de 40 millions d’euros est consacrée à ce projet. Selon le ministère allemand de l’Intérieur, 280.000 migrants ont sollicité l’asile en Allemagne en 2016. C’est trois fois moins que les 890.000 de l’année précédente, au plus fort de la crise des réfugiés en Europe. Près de 430 000 demandes d’asile sont encore en cours d’instruction. L’Express
When President Trump last week raised Sweden’s problematic experience with open door immigration, skeptics were quick to dismiss his claims. Two days later an immigrant suburb of Stockholm was racked by another riot. No one was seriously injured, though the crowd burned cars and hurled stones at police officers. Mr. Trump did not exaggerate Sweden’s current problems. If anything, he understated them. Sweden took in about 275,000 asylum-seekers from 2014-16—more per capita than any other European country. Eighty percent of those who came in 2015 lacked passports and identification, but a majority come from Muslim nations. Islam has become Sweden’s second-largest religion. In Malmö, our third-largest city, Mohamed is the most common name for baby boys. The effects are palpable, starting with national security. An estimated 300 Swedish citizens with immigrant backgrounds have traveled to the Middle East to fight for Islamic State. Many are now returning to Sweden and are being welcomed back with open arms by our socialist government. In December 2010 we had our first suicide attack on Swedish soil, when an Islamic terrorist tried to blow up hundreds of civilians in central Stockholm while they were shopping for Christmas presents. Thankfully the bomber killed only himself. Riots and social unrest have become a part of everyday life. Police officers, firefighters and ambulance personnel are regularly attacked. Serious riots in 2013, involving many suburbs with large immigrant populations, lasted for almost a week. Gang violence is booming. Despite very strict firearm laws, gun violence is five times as common in Sweden, in total, as in the capital cities of our three Nordic neighbors combined. Anti-Semitism has risen. Jews in Malmö are threatened, harassed and assaulted in the streets. Many have left the city, becoming internal refugees in their country of birth. The number of sex crimes nearly doubled from 2014-15, according to surveys by the Swedish government body for crime statistics. One-third of Swedish women report that they no longer feel secure in their own neighborhoods, and 12% say they don’t feel safe going out alone after dark. A 1996 report from the same government body found that immigrant men were far likelier to commit rape than Swedish men.  (…) Our nation’s culture hasn’t been spared either. Artists accused of insulting Islam live under death threats. Dance performances and art exhibitions have been called off for fear of angering Islamists. Schools have prohibited the singing of traditional Christian hymns because they don’t want to “insult” non-Christian immigrants. Yet reports made with hidden cameras by journalists from Swedish public media show mosques teaching fundamentalist interpretations of Islam. Sweden’s government now spends an incredible amount of money caring for newly arrived immigrants each year. The unemployment rate among immigrants is five times as high as that of native Swedes. Among some groups, such as Somalis, in places like Malmö unemployment reaches 80%. Jimmie Åkesson and Mattias Karlsson
Sweden has the highest rape rate in Europe, author Naomi Wolf said on the BBC’s Newsnight programme recently. (…) The Swedish police recorded the highest number of offences – about 63 per 100,000 inhabitants – of any force in Europe, in 2010. The second-highest in the world. This was three times higher than the number of cases in the same year in Sweden’s next-door neighbour, Norway, and twice the rate in the United States and the UK. It was more than 30 times the number in India, which recorded about two offences per 100,000 people. On the face of it, it would seem Sweden is a much more dangerous place than these other countries. But that is a misconception, according to Klara Selin, a sociologist at the National Council for Crime Prevention in Stockholm. She says you cannot compare countries’ records, because police procedures and legal definitions vary widely. « In Sweden there has been this ambition explicitly to record every case of sexual violence separately, to make it visible in the statistics, » she says. « So, for instance, when a woman comes to the police and she says my husband or my fiance raped me almost every day during the last year, the police have to record each of these events, which might be more than 300 events. In many other countries it would just be one record – one victim, one type of crime, one record. » The thing is, the number of reported rapes has been going up in Sweden – it’s almost trebled in just the last seven years. In 2003, about 2,200 offences were reported by the police, compared to nearly 6,000 in 2010. So something’s going on. But Klara Selin says the statistics don’t represent a major crime epidemic, rather a shift in attitudes. The public debate about this sort of crime in Sweden over the past two decades has had the effect of raising awareness, she says, and encouraging women to go to the police if they have been attacked. The police have also made efforts to improve their handling of cases, she suggests, though she doesn’t deny that there has been some real increase in the number of attacks taking place – a concern also outlined in an Amnesty International report in 2010. « There might also be some increase in actual crime because of societal changes. Due to the internet, for example, it’s much easier these days to meet somebody, just the same evening if you want to. Also, alcohol consumption has increased quite a lot during this period. « But the major explanation is partly that people go to the police more often, but also the fact that in 2005 there has been reform in the sex crime legislation, which made the legal definition of rape much wider than before. » The change in law meant that cases where the victim was asleep or intoxicated are now included in the figures. Previously they’d been recorded as another category of crime. BBC
Comment se fait-il, alors, qu’en 2008, le Danemark, voisin de la Suède, avait seulement 7,3 viols pour cent mille habitants par rapport à 53,2 en Suède ? La législation danoise n’est pas très différente de celle de la Suède et il n’y a aucune raison évidente pour laquelle les femmes danoises auraient moins tendance à signaler un viol que les femmes suédoises. En 2011, six mille cinq cent neuf viols ont été signalés à la police suédoise – mais seulement trois cent quatre vingt douze au Danemark. La population du Danemark est d’environ la moitié de celle de Suède et, même ajustée à ces chiffres, la différence est donc significative. En Suède, les autorités font ce qu’elles peuvent pour dissimuler l’origine des violeurs. Au Danemark, l’Office Statistique Officiel de l’État, Statistics Denmark, a révélé qu’en 2010, plus de la moitié des violeurs condamnés étaient issus de l’immigration. Depuis 2000, il n’y a eu qu’un seul rapport de recherche sur la criminalité des immigrants. Cela a été fait en 2006 par Ann-Christine Hjelm de l’Université Karlstads. Il est apparu que, en 2002, 85% des personnes condamnées à au moins deux ans de prison pour viol par Svea hovrätt, une cour d’appel, étaient nées à l’étranger ou étaient des immigrants de deuxième génération. Un rapport de 1996 du Conseil National Suédois pour la Prévention du Crime est arrivé à la conclusion que les immigrants en provenance d’Afrique du Nord (Algérie, Libye, Maroc et Tunisie) étaient vingt-trois fois plus susceptibles de commettre des viols que les Suédois. Les chiffres pour les hommes venus d’Irak, de Bulgarie et de Roumanie étaient, respectivement de vingt, dix-huit et dix-huit. Les hommes venant du reste de l’Afrique étaient seize fois plus susceptibles de commettre un viol ; et les hommes originaires d’Iran, du Pérou, de l’Équateur et de Bolivie, dix fois plus enclins à en commettre que les Suédois. Une nouvelle tendance a frappé la Suède de plein fouet au cours des dernières décennies : le viol collectif – pratiquement inconnu auparavant dans l’histoire criminelle suédoise. Le nombre de viols collectifs a augmenté de façon spectaculaire entre 1995 et 2006. Depuis lors, aucune étude n’a été faite à ce sujet. L’un des pires cas s’est produit en 2012, quand une femme de trente ans a été violée par huit hommes dans une cité pour demandeurs d’asile, dans la petite ville de Mariannelund. Cette femme était une connaissance d’un Afghan qui avait vécu en Suède pendant un certain nombre d’années. Il l’a invitée à sortir avec lui. Elle avait accepté. Cet Afghan l’avait emmenée dans une cité pour réfugiés et l’y avait laissée, sans défense. Pendant la nuit, elle a été violée à plusieurs reprises par des demandeurs d’asile et quand son « ami » est revenu, il l’a violée aussi. Le lendemain matin, elle a réussi à appeler la police. Le Procureur de la Suède a qualifié cet incident de « pire crime de viol de l’histoire criminelle suédoise. » Gatestone institute
Depuis les Attentats du 11 septembre 2001, la France doit faire face, comme d’autres pays, à une menace plus diffuse et qui n’émane plus d’États bien identifiés. Les attentats les plus récents sont généralement revendiqués par l’État islamique. Eric Denécé évalue à 102 morts le nombre de victimes françaises du terrorisme islamiste entre 2001 et le 5 mai 20156. Les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban font un total de 8 morts dont l’agresseur. Les attentats de janvier 2015 à Paris et dans sa région (au siège de Charlie Hebdo, à Montrouge, à Dammartin-en-Goële et la prise d’otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes) font un total de 20 morts dont les trois terroristes. Le 19 avril 2015 Sid Ahmed Ghlam assassine Aurélie Châtelain à Villejuif et se blesse avant de pouvoir attaquer plusieurs églises. Le 26 juin 2015, attentat de Saint-Quentin-Fallavier: Yassin Salhi décapite son patron et fait deux blessés. Il se suicide en prison 6 mois plus tard. Lors des attentats du 13 novembre 2015 en France, deux kamikazes font détoner leur ceinture d’explosifs au Stade de France, faisant une victime ; en même temps, diverses fusillades à la Kalachnikov visent des restaurants situés dans le 10e et 11e arrondissements de Paris, suivies d’une nouvelle fusillade puis d’une prise d’otages au Bataclan, qui se soldera après assaut des forces de l’ordre par la mort de 89 otages et des trois terroristes impliqués. Au total, le bilan s’élève à 130 morts et 415 blessés7. Les attentats seront revendiqués par l’État islamique8. Tous les terroristes sont abattus par les forces de l’ordre ou meurent dans ce qui sont les premiers attentats suicides en France, sauf Salah Abdeslam qui sera capturé 4 mois plus tard en Belgique Le 13 juin 2016, un terroriste, Larossi Abballa (Français d’origine marocaine), ayant fait allégeance à l’État islamique perpètre un double meurtre sur des fonctionnaires de police, un commandant et sa compagne, agent administratif, par arme blanche, à leur domicile9. Le bilan est de trois morts, dont l’assassin, abattu lors de l’assaut du RAID. Le couple laisse un jeune enfant. Lors de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice, Mohamed Lahouaiej Bouhlel fonce délibérément sur la promenade des Anglais à Nice, au volant d’un poids lourd de 19 tonnes avec lequel il écrase de nombreux passants qui regardaient la fin du feu d’artifice lors de la fête nationale française. L’attentat fait 86 morts et 434 blessés, dont de nombreux enfants. Le terroriste est abattu par la police à bord de son véhicule. Le père Jacques Hamel est égorgé le mardi 26 juillet 2016 lors de l’attentat de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, ses deux assassins sont abattus par la police alors qu’il sortaient avec des otages. Le 3 février 2017 se déroule une attaque au Musée du Louvre à Paris. Des militaires sont agressés par un homme les attaquant avec deux machettes. L’un d’eux est légèrement blessé et ses camarades neutralisent l’assaillant en ouvrant le feu. Plusieurs projets d’attentats sont déjoués en 2015, notamment contre des églises et des bases militaires10. Le plus spectaculaire est l’attentat du train Thalys le 21 août 2015 où Ayoub El Khazzani est arrêté dans sa tentative par un français et des militaires américains en permission. Une tentative d’attentat de la cathédrale Notre-Dame de Paris par des femmes est déjoué en septembre 2016. En 2016, de nombreux projets sont également déjoués dans le pays11. En France, la région parisienne, la région Rhône-Alpes et l’agglomération Roubaix-Tourcoing sont considérées comme des « viviers du terrorisme islamique » selon Claude Moniquet, codirecteur de l’European strategic Intelligence and Security Center. En France, environ 5000 personnes font l’objet d’une fiche « S » (Sûreté de l’État) et la majorité des terroristes de la seconde vague d’attentats qui ont touché la France étaient fichés « S » eux aussi. Wikipedia
Les déclarations controversées de Donald Trump associant immigration et criminalité en Suède ont involontairement ravivé le débat dans le pays scandinave sur les réussites et les échecs de sa politique d’intégration. Deux jours après les propos du président américain samedi en Floride, des émeutes dans un quartier nord de Stockholm où vit une majorité de personnes issues de l’immigration ont semblé mettre en pièces l’argumentaire déployé pour lui répondre. (…) Lundi soir en effet, plusieurs dizaines de jeunes ont affronté les policiers venus procéder à l’arrestation d’un trafiquant de drogue, incendiant des voitures, pillant des commerces. Les forces de l’ordre ont effectué un tir à balles réelles pour se dégager, a indiqué à l’AFP Lars Byström, porte-parole de la police de la capitale. Les images ont fait le tour du monde, brouillant la réponse des autorités suédoises à Donald Trump et à la chaîne Fox News qui a diffusé un reportage sur l’insécurité en Suède dont le président républicain s’était inspiré. Pour Tove Lifvendahl, éditorialiste du quotidien Svenska Dagbladet, il existe bel et bien « une once de vérité dans ce qu’a dit Trump ». « Que cela nous plaise ou non, c’est l’occasion de se demander si la perception que l’étranger a de nous et la perception que nous avons de nous-mêmes coïncident », écrivait-elle mercredi. Les contradicteurs de M. Trump font valoir que la Suède n’a pas connu d’attentat depuis 2010, qu’elle n’enregistre pas d’inflation criminelle depuis l’accueil de 244.000 migrants en 2014 et 2015 –un record en Europe par habitant –, et qu’elle demeure au total un pays parmi les plus sûrs du monde. Parmi les plus riches aussi. Si la Suède n’est pas épargnée par les difficultés de l’intégration, elle est loin de connaître les tensions entre communautés, les inégalités, la pauvreté et la violence à l’oeuvre aux États-Unis, soulignent-ils. Une autre vision met en avant la surreprésentation des personnes d’origine étrangère dans les statistiques de la délinquance, leur sous-activité professionnelle, les règlements de compte, les quelque 300 jeunes partis faire le jihad en Syrie et en Irak, le repli religieux, l’existence présumée de zones de non-droit… (…) Benjamin Dousa, un élu local conservateur d’origine turque, dénonce lui dans une tribune « une émeute par mois, un incendie de voitures par jour et le plus fort taux d’homicides par balles au niveau national » par habitant. En tout état de cause, le président américain a tort de stigmatiser une population en raison de son origine ethnique ou religieuse, estiment les sociologues Susanne Urban et Oskar Adenfelt. La clé de l’intégration est sociale et passe par « l’accès à l’État-providence, aux services sociaux, à l’emploi, à une école de qualité, à la mixité et au droit de peser sur la vie locale », défendaient-ils mercredi dans le grand quotidien Dagens Nyheter. Le Point/AFP

Attention: un aveuglement peut en cacher un autre !

Alors qu’après ses récentes allusions aux problèmes soulevés par l’immigration et le terrorisme islamiques en Europe nos médias se sont dument gaussés de la prétendue ignorance du président Trump …

Inspiré certes pour la Suède d’un reportage quelque peu sensationaliste sur un pays qui, sans compter un attentat-suicide d’un immigré irakien heureusement sans victimes il y a sept ans, tout en ayant apparemment dramatiquement sa définition du viol se trouve avoir ces dernières années le record du nombre de viols comme de migrants par habitant …

Et que refusant toute « comparaison » après, sans parler il y a deux mois ou encore hier en une Allemagne en pleine révision de sa politique migratoire, la quarantaine d’attentats et projets d’attentats islamistes depuis 2012 pour quelque 240 morts et 800 blessés, un président français nous assure qu’ « ici (…) il n’y a pas de personnes qui prennent des armes pour tirer dans la foule »

Pendant qu’apparemment victime du zèle d’un employé inexpérimenté et d’un contrôle de sécurité prolongé à un aéroport américain un mois à peine après un attentat à l’aéroport de Fort Lauderdale ayant fait cinq morts et six blessés, un universitaire français né en Egypte, porteur d’un ancien visa de travail et en route pour une conférence rémunérée se fend d’une tribune entière déplorant avec force « images d’esclaves » que « les États-Unis ne sont plus tout à fait les États-Unis » …

Comment ne pas repenser à un autre président américain

Qui au terme de deux mandats qui, suite à l’abandon d’un Irak alors sécurisé, ont vu pas moins de 124 attentats ou tentatives d’attentats islamiques

Dont une douzaine, entre Little Rock, Fort Hood, Boston, Moore (Oklahoma), Queens, Brooklyn, Garland, Chattanooga, San Bernardino, Orlando, St. Cloud (Minnesota), New York,  Columbus, d’attaques majeures …

Nous annonçait tranquillement il y a un mois qu’ « aucune organisation terroriste étrangère n’a planifié et exécuté avec succès une attaque dans notre pays ces huit dernières années » ?

A Complete List of Radical Islamic Terror Attacks on U.S. Soil Under Obama

James Barrett

Dailywire
December 7, 2016

In a speech at MacDill Air Force Base in Tampa, Florida on Tuesday, President Obama declared that « [n]o foreign terrorist organization has successfully planned and executed an attack on our homeland. » The claim earned perfunctory applause, but a closer look at the reaction of many of the servicemen and women there made clear what they really thought about the administration’s handling of national security.

The President’s claim — which he has repeated in some form or fashion over the last few years — is an obvious rhetorical attempt to gloss over the reality of the threat of radical Islamic terror on American soil. The attempt to disconnect « lone wolf » terrorists from the terror organizations who often inspire them does nothing to alleviate the pain of those who have suffered at the hands of jihadists and only hurts prevention efforts. Rhetorical tricks aside, the reality is that during Obama’s tenure scores of innocent Americans have been murdered on U.S. soil by jihadists, most of whom were inspired by or acting under the direction of foreign terror groups, particularly the Islamic state.

Below is a list of the major, verifiable radical Islamic terror attacks « successfully planned and executed » on U.S. soil since Obama first took office in 2009 (the first section provided by Daily Wire’s Aaron Bandler):

Little Rock, Arkansas, June 1, 2009. Abdulhakim Mujahid Muhammad shot and murdered one soldier, Army Pvt. William Andrew Long, and injured another, Pvt. Quinton Ezeagwula, at a military recruiting station in Little Rock. Muhammad reportedly converted to Islam in college and was on the FBI’s radar after being arrested in Yemen–a hotbed of radical Islamic terrorism–for using a Somali passport, even though he was a U.S. citizen. In a note to an Arkansas judge, Muhammad claimed to be a member of al-Qaeda in the Arab Peninsula, the terror group’s Yemen chapter.

Fort Hood, Texas, November 5, 2009. Major Nidal Malik Hasan shot up a military base in Fort Hood and murdered 14 people. Hasan was in contact with al-Qaeda terrorist Anwar al-Awlaki prior to the attack and shouted « Allahu Akbar! » as he fired upon the soldiers on the Fort Hood base. After being sentenced to death, Hasan requested to join ISIS while on death row. It took six years for Obama to acknowledge the shooting as a terror attack instead of « workplace violence. »

Boston, Massachusetts, April 15, 2013. Tamerlan and Dhozkar Tsarnaev set off two bombs at the 2013 Boston marathon, killing three and injuring over 260 people. The Tsarnaev brothers later shot and murdered Massachusetts Institute of Technology police officer Sean Collier. The Tsarnaev brothers were self-radicalized through online jihadist propaganda and through a mosque with ties to al-Qaeda.

Moore, Oklahoma, September 24, 2014. Alton Nolen beheaded a woman, Colleen Huff, at a Vaughan Foods plant and stabbed and injured another person. While Nolen’s motives are unclear, he appears to have been another radicalized Muslim who was obsessed with beheadings.

Queens, New York, October 23, 2014. Zale Thompson, another self-radicalized Muslim, injured two police officers with a hatchet before being shot dead by other cops. Thompson reportedly indoctrinated himself with ISIS, al-Qaeda and al-Shabab–a Somali jihadist terror group–websites and was a lone wolf attacker.

Brooklyn, New York, December 20, 2014. Ismaayil Brinsley shot and murdered two police officers execution-style and his Facebook page featured jihadist postings and had ties to a terror-linked mosque.

Garland, Texas, May 3, 2015. Two gunmen shot up the Curtis Culwell Center in Garland, where a Mohammed cartoon contest was taking place, and were killed by a police officer. ISIS claimed responsibility for the attack.

Chattanooga, Tennessee, July 16, 2015. Muhammad Youssef Abdulazeez shot and killed four Marines and a sailor at a military base in Chattanooga and was believed to have been inspired by ISIS.

San Bernardino, California, December 14, 2015. Two radical Islamists, Syed Farook and Tashfeen Malik, shot and murdered 14 people and injured 22 others at an office holiday party.

Orlando, Florida, June 12, 2016. Omar Mateen, 29, opened fire at a gay nightclub, killing 49 and injuring 53. The FBI investigated Mateen twice before his rampage, but did not take any substantive action. Officials believe Mateen was self-radicalized but he pledged fealty to ISIS leader Abu Bakr al-Baghdadi before his death. « The real muslims will never accept the filthy ways of the west, » Mateen posted on his Facebook page after committing his heinous act at Pulse nightclub. « I pledge my alliance to (ISIS leader) abu bakr al Baghdadi..may Allah accept me, » he wrote.

St. Cloud, Minnesota, September 17, 2016. Dahir Ahmed Adan, a 20-year-old Somali refugee, began hacking at people with a steak knife at a Minnesota mall, injuring nine people before he was shot dead by off-duty police officer Jason Falconer. The FBI said numerous witnesses heard Adan yelling « Allahu akbar! » and « Islam! Islam! » during the rampage. He also asked potential victims if they were Muslims before inflicting wounds in their heads, necks, and chests. The FBI believe he had recently become self-radicalized. (As the Daily Wire highlighted, the Minneapolis Star Tribune attempted to blame « anti-Muslim tensions » for his murderous actions.)

New York City/New Jersey, September 17, 2016. Ahmad Khan Rahami, a 28-year-old naturalized citizen from Afghanistan, set off multiple bombs in New York and New Jersey. In Chelsea, his bomb resulted in the injury of over 30 people. Rahami wrote in his journal that he was connected to « terrorist leaders, » and appears to have been heavily influenced by Sheikh Anwar, Anwar al-Awlaki, Nidal Hassan, and Osama bin Laden. « I pray to the beautiful wise ALLAH, [d]o not take JIHAD away from me, » Rahami wrote. « You [USA Government] continue your [unintelligible] slaught[er] » against the holy warriors, « be it Afghanistan, Iraq, Sham [Syria], Palestine … « 

Columbus, Ohio, November 28, 2016. Abdul Razak Ali Artan, an ISIS-inspired 20-year-old Somali refugee who had been granted permanent legal residence in 2014 after living in Pakistan for 7  years, attempted to run over his fellow Ohio State students on campus. After his car was stopped by a barrier, he got out of the vehicle and began hacking at people with a butcher knife before being shot dead by a campus police officer. He injured 11 people, one critically. ISIS took credit for the attack, describing Artan as their « soldier. » Just three minutes before his rampage, Artan posted a warning to America on Facebook that the « lone wolf attacks » will continue until America « give[s] peace to the Muslims. » He also praised deceased al-Qaeda cleric Anwar Al-Awlaki as a « hero. »

Voir aussi:

Les États-Unis sont-ils encore les États-Unis?
Il faut désormais faire face outre-Atlantique à l’arbitraire et à l’incompétence la plus totale.
Henry Rousso
Historien, directeur de recherches au CNRS (Institut d’histoire du temps présent)
Le Hugffington Post

26.02.2017

Le 22 février dernier, j’ai atterri vers 14h30 à l’aéroport de Houston, aux États-Unis, en provenance de Paris. Je devais me rendre à un colloque de la Texas A&M University (College Station), où j’ai été invité à plusieurs reprises ces dernières années. Au guichet de l’immigration, une fonctionnaire me refuse l’entrée et m’emmène dans une salle attenante pour contrôle, sans explications. Une trentaine de personnes y attendent que l’on statue sur leur sort. J’observe machinalement une certaine fréquence dans les entrées et sorties. Au bout de trois quarts d’heure, alors que la plupart de ceux qui attendent repartent sans problèmes, un jeune officier de police me demande de le suivre dans un bureau particulier. Commence alors un interrogatoire informel. Je lui demande ce qui me vaut d’être là. Il me répond : « contrôle aléatoire » (random check). Il me demande ce que je viens faire aux États-Unis. Je lui présente alors la lettre d’invitation de l’université. Cette intervention doit-elle être rémunérée ? Je confirme – c’est la règle dans beaucoup universités Nord-américaines. Il m’objecte alors que je n’ai qu’un visa touristique et non un visa spécifique de travail. Je lui réponds que je n’en ai pas besoin, que l’université s’est occupée comme d’habitude des formalités et, surtout, que je fais cela depuis plus de trente ans sans jamais avoir eu le moindre ennui. Son attitude se fait alors encore plus suspicieuse. Examinant mon passeport, il relève que j’ai bénéficié récemment d’un visa « J1 », accordé notamment aux universitaires. J’ai été, en effet, professeur invité à l’Université Columbia de New York, de septembre 2016 à janvier 2017. Il conclut que je suis donc revenu travailler « illégalement » avec un visa expiré. J’ai beau expliquer que ma situation n’a rien d’anormal, sinon l’université n’aurait pas pu m’inviter, rien n’y fait. N’étant pas en possession d’un document fédéral m’autorisant à travailler aux États-Unis, je suis en infraction. La décision sera confirmée plus tard par son supérieur hiérarchique – que je n’aurai pas la possibilité de rencontrer.

On bascule alors dans une autre dimension. Le policier me fait prêter serment et me soumet à un interrogatoire étendu : questions sur mon père, ma mère, ma situation familiale, me posant près d’une dizaine de fois les mêmes questions: qui m’emploie, où j’habite, etc. J’ai la copie du procès-verbal. Il relève toutes mes empreintes digitales, pourtant déjà enregistrées dans le système comme pour tous les visiteurs. Il opère une fouille au corps en règle, malgré mes protestations. « C’est la procédure », me rétorque-t-il. Il m’informe ensuite que je vais être refoulé (deported) et mis dans le prochain avion en partance pour Paris. Il ajoute que je ne pourrai plus jamais entrer dans le pays sans un visa particulier. Je suis stupéfait mais ne peux rien faire sinon prévenir mon collègue de l’université. Le policier me demande si je veux contacter le Consulat de France à Houston. Je réponds par l’affirmative mais c’est lui qui se charge de composer le numéro, plusieurs heures après, aux alentours de 19h, appelant le standard et non le numéro d’urgence, donc sans résultat. Il m’indique également qu’il n’arrive pas à contacter Air France pour mon billet. Cela fait déjà près de cinq heures que je suis détenu et je comprends alors que rien ne se passera avant le lendemain.

Je m’apprête donc à passer encore entre une dizaine ou une vingtaine d’heures installé sur une chaise, sans téléphone – l’usage en est interdit –, avant de pouvoir occuper un fauteuil un peu plus adapté à la situation de personnes ayant effectué un long voyage. Toutes les heures, un fonctionnaire vient nous proposer à boire ou à manger, et nous fait signer un registre comme quoi nous avons accepté ou refusé. Malgré la tension, j’observe ce qui se passe dans ce lieu insolite, à la fois salle d’attente anodine et zone de rétention. Si la plupart des policiers adoptent un ton réglementaire, non discourtois, quelques-uns ricanent discrètement en observant cette population hétéroclite sous leur contrôle. Une policière engueule une femme dont le garçon de trois ans court dans tous les sens. Un homme se lève pour demander ce qu’il en est de sa situation. Trois policiers lui hurlent de s’asseoir immédiatement.

Vers 21h, il reste une demi-douzaine de personnes, somnolentes et inquiètes, un Africain ne parlant pas bien l’anglais, les autres sans doute d’origine latino-américaine. Je suis apparemment le seul Européen – le seul « blanc ». Arrivent alors deux officiers de police. Ils se dirigent vers le monsieur assis devant moi, peut-être un Mexicain, bien mis de sa personne. Ils lui montrent un billet d’avion et lui disent qu’ils vont l’emmener. Invité à se lever, il est alors menotté, enchaîné à la taille, et entravé aux chevilles. Je n’en crois pas mes yeux. Des images d’esclaves me traversent l’esprit: la policière qui lui met les fers aux pieds est une Africaine-Américaine, vaguement gênée. J’imagine le temps qu’il va mettre pour rejoindre la porte d’embarquement. Je me demande surtout si c’est le même sort qui nous attend. Je préfère croire que lui a commis un délit sérieux. J’apprendrai par la suite que « c’est la procédure ». Cette façon de faire – proprement indigne – serait exigée par les compagnies aériennes. Je ne suis pas sûr, au demeurant, que les conditions d’expulsion soient plus humaines chez nous.

L’attente continue, cette fois avec une réelle angoisse. A 1h 30 du matin – cela fait plus de 26 heures que j’ai quitté mon domicile parisien – je vois une certaine agitation. Une policière vient vers moi et me demande quelle est ma destination finale aux États-Unis et si quelqu’un m’attend à l’aéroport. Je réponds avec un début d’énervement – à éviter absolument dans ce genre de situations – que le chauffeur de l’université, qui se trouve à deux heures de route, est sans doute reparti… Elle me prie alors de ne pas me rendormir car je vais être appelé. Quelques minutes plus tard, un policier au ton cette fois amical me rend mon téléphone et mon passeport, dûment tamponné, et me déclare autorisé à entrer aux États-Unis. Les restrictions qui m’ont été imposées sont levées, ajoute-t-il, sans que je puisse savoir ce qui va rester dans leurs fichiers. Il m’explique que le fonctionnaire qui a examiné mon dossier était « inexpérimenté » et ne savait pas que certaines activités, dont celles liées à la recherche et à l’enseignement, bénéficiaient d’un régime d’exception et pouvaient parfaitement être menées avec un simple visa touristique. « Il ne savait pas ». Abasourdi, je lui demande, ou plutôt je déclare que c’était donc une erreur. Il ne me répond pas. Il me laisse simplement entendre qu’ayant, lui, une longue expérience, il a vu le problème en prenant son poste en début de nuit. Il aura l’amabilité de me raccompagner à la sortie d’un aéroport totalement désert, m’indiquant l’adresse d’un hôtel dans la zone portuaire. À aucun moment, ni lui, ni ses collègues ne se sont excusés.

En réalité, ma libération n’a rien eu de fortuit. Elle est la conséquence de l’intervention de mon collègue auprès du président de l’université Texas A & M, d’une professeure de droit chargée des questions d’immigration, et de plusieurs avocats. Sans eux, j’aurais été conduit menotté, enchaîné, et entravé à l’embarquement pour Paris.

Historien de métier, je me méfie des interprétations hâtives. Cet incident a occasionné pour moi un certain inconfort, difficile de le nier. Je ne peux, cependant, m’empêcher de penser à tous ceux qui subissent ces humiliations et cette violence légale sans les protections dont j’ai pu bénéficier. J’y pense d’autant plus que j’ai connu l’expulsion et l’exil dans mon enfance. Pour expliquer ce qui s’est passé, j’en suis rendu aux conjectures. Pourquoi le contrôle aléatoire est-il tombé sur moi? Je ne le sais pas mais ce n’est pas le fruit du hasard. Mon « cas » présentait un problème avant même l’examen approfondi de mon visa. Peut-être est-ce mon lieu de naissance, l’Egypte, peut-être ma qualité d’universitaire, peut-être mon récent visa de travail expiré, pourtant sans objet ici, peut-être aussi ma nationalité française. Peut-être aussi le contexte. Quand bien même aurais-je commis une erreur, ce qui n’est pas le cas, cela méritait-il pareil traitement? Comment expliquer ce zèle, évident, de la part du policier qui m’a examiné et de son supérieur hiérarchique sinon par le souci de faire du chiffre et de justifier, au passage, ces contrôles accrus? J’étais d’autant plus « intéressant » que je ne tombais pas dans la catégorie habituelle des « déportables ». Telle est donc la situation aujourd’hui. Il faut désormais faire face outre-Atlantique à l’arbitraire et à l’incompétence la plus totale. Je ne sais ce qui est le pire. Ce que je sais, aimant ce pays depuis toujours, c’est que les États-Unis ne sont plus tout à fait les États-Unis.

 Voir aussi:
Valeurs actuelles

25 février 2017 

Irrespect. Suite à une nouvelle critique du président américain sur la situation sécuritaire de la France et de sa capitale, François Hollande a de nouveau dérapé. Une faute que la droite n’a pas manqué de souligner.

François Hollande a sans doute la mémoire courte. Alors que Donald Trump citait vendredi “un ami” effrayé par l’insécurité qui règne à Paris, le chef de l’État a tenté de répliquer, samedi 25 février, affirmant qu’en France il “n’y a pas de circulation d’armes, il n’y a pas de personnes qui prennent des armes pour tirer dans la foule”.

“Comment François Hollande peut-il ainsi effacer les victimes ?”

Passablement remontée contre cette réponse fallacieuse, qui fait fi des dizaines de victimes récentes du terrorisme dans l’Hexagone, la droite a confronté le président socialiste à ses incohérences. François Fillon a par exemple rappelé les drames de “Toulouse, Charlie, Bataclan, Nice” et dénoncé un “effacement” des victimes.

Du côté du Front national, Florian Philippot s’est insurgé contre le “manque de respect pour les familles des victimes des attentats” et l’“indécence” du locataire de l’Élysée, quand Nicolas Bay a fustigé un “oubli [des victimes] du Bataclan et de Charlie Hebdo”.

Voir également:

L’effet Trump? La Suède s’interroge sur sa politique d’intégration

Le Point/ AFP

22/02/2017

Voir de même:

Trump Is Right: Sweden’s Embrace of Refugees Isn’t Working

The country has accepted 275,000 asylum-seekers, many without passports—leading to riots and crime.

Jimmie Åkesson and Mattias Karlsson
The Wall Street Journal
Feb. 22, 2017

When President Trump last week raised Sweden’s problematic experience with open door immigration, skeptics were quick to dismiss his claims. Two days later an immigrant suburb of Stockholm was racked by another riot. No one was seriously injured, though the crowd burned cars and hurled stones at police officers.

Mr. Trump did not exaggerate Sweden’s current problems. If anything, he understated them. Sweden took in about 275,000 asylum-seekers from 2014-16—more per capita than any other European country. Eighty percent of those who came in 2015 lacked passports and identification, but a majority come from Muslim nations. Islam has become Sweden’s second-largest religion. In Malmö, our third-largest city, Mohamed is the most common name for baby boys.

The effects are palpable, starting with national security. An estimated 300 Swedish citizens with immigrant backgrounds have traveled to the Middle East to fight for Islamic State. Many are now returning to Sweden and are being welcomed back with open arms by our socialist government. In December 2010 we had our first suicide attack on Swedish soil, when an Islamic terrorist tried to blow up hundreds of civilians in central Stockholm while they were shopping for Christmas presents. Thankfully the bomber killed only himself.

Riots and social unrest have become a part of everyday life. Police officers, firefighters and ambulance personnel are regularly attacked. Serious riots in 2013, involving many suburbs with large immigrant populations, lasted for almost a week. Gang violence is booming. Despite very strict firearm laws, gun violence is five times as common in Sweden, in total, as in the capital cities of our three Nordic neighbors combined.

Anti-Semitism has risen. Jews in Malmö are threatened, harassed and assaulted in the streets. Many have left the city, becoming internal refugees in their country of birth.

The number of sex crimes nearly doubled from 2014-15, according to surveys by the Swedish government body for crime statistics. One-third of Swedish women report that they no longer feel secure in their own neighborhoods, and 12% say they don’t feel safe going out alone after dark. A 1996 report from the same government body found that immigrant men were far likelier to commit rape than Swedish men. Last year our party asked the minister of justice to conduct a new report on crime and immigration, and he replied: “In light of previous studies, I do not see that a further report on recorded crime and individuals’ origins would add knowledge with the potential to improve the Swedish society.”

Our nation’s culture hasn’t been spared either. Artists accused of insulting Islam live under death threats. Dance performances and art exhibitions have been called off for fear of angering Islamists. Schools have prohibited the singing of traditional Christian hymns because they don’t want to “insult” non-Christian immigrants. Yet reports made with hidden cameras by journalists from Swedish public media show mosques teaching fundamentalist interpretations of Islam.

Sweden’s government now spends an incredible amount of money caring for newly arrived immigrants each year. The unemployment rate among immigrants is five times as high as that of native Swedes. Among some groups, such as Somalis, in places like Malmö unemployment reaches 80%.

Our party, the Sweden Democrats, wants to put the security and welfare of Swedish citizens first. We are surging in the opinion polls and seem to have a good chance of becoming the country’s largest party during the elections next year. We will not rest until we have made Sweden safe again.

For the sake of the American people, with whom we share so many strong historical and cultural ties, we can only hope that the leaders in Washington won’t make the same mistakes that our socialist and liberal politicians did.

Mr. Åkesson is party chairman of the Sweden Democrats. Mr. Karlsson is the party’s group leader in Parliament.

Voir par ailleurs:

Hommage national aux victimes du terrorisme: Trois décennies d’attentats en France

Laure Cometti

20 minutes

L’hommage national aux victimes du terrorisme, qui a lieu chaque année le 19 septembre, depuis 1998, prend ce lundi un écho particulier. Depuis janvier 2015, 236 personnes sont mortes dans des attentats en France, sur un total de 271 en trente ans. 20 Minutes revient sur les attaques terroristes perpétrées dans l’Hexagone au cours des trois dernières décennies.

1986

Cette année est marquée par neuf attaques terroristes, dont six sont meurtrières. Elles s’inscrivent dans une vague d’attentats, de décembre 1985 à septembre 1986, dont certains seront imputés au Hezbollah.

Le mois de septembre est particulièrement meurtrier. Le 8, une explosion fait un mort et dix-huit blessés dans le bureau de poste de l’Hôtel de Ville à Paris. Le 12, plus d’une cinquantaine de personnes sont blessées par une bombe placée dans un magasin Casino à la Défense. Le 14, une nouvelle explosion tue deux personnes dans le pub Renault des Champs-Elysées. Le lendemain, c’est la préfecture de police de Paris qui est visée : une bombe fait un mort et 51 blessés. Le 17, ce mois de septembre meurtrier s’achève par un attentat à la bombe devant le magasin Tati de la rue de Rennes, toujours à Paris. Le bilan est de sept morts et une cinquantaine de blessés.

1995

Entre juillet et novembre, l’Hexagone est le théâtre d’une série d’attaques à la bombe imputées à l’organisation terroriste algérienne du Groupe islamique armé (GIA). La seule attaque meurtrière est celle de la station de RER B Saint-Michel à Paris, le 25 juillet. Le bilan est de huit tués et plus d’une centaine de blessés.

Près de Lyon, une bombe est découverte le 26 août sur une ligne de TGV. Les empreintes digitales de Khaled Kelkal sont retrouvées sur l’engin explosif. Le jeune homme, impliqué dans l’attentat de la station Saint-Michel, est abattu par la police le 29 septembre. Arrêté deux jours auparavant, son complice Karim Koussa a été jugé et condamné à de la prison. Deux autres membres du GIA ont été arrêtés le 1er novembre dans le cadre de l’enquête sur cette vague d’attentats, Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem, tous deux jugés et incarcérés.

Le 3 septembre, une bombe blesse quatre personnes sur un marché du boulevard Richard Lenoir à Paris.

Les transports en commun de la capitale sont ciblés à deux autres reprises, sans faire de morts : le 6 octobre à Maison-Blanche (seize blessés) et le 17 octobre dans une rame du RER C, entre les stations Saint-Michel et Quai d’Orsay (une trentaine de blessés).

1996

Le 3 décembre, une explosion tue quatre personnes et en blesse plus de 90 à la station de RER B de Port-Royal. Les auteurs de l’attaque n’ont pas été identifiés.

2000

Le 19 avril, une bombe explose dans un restaurant de la chaîne McDonald’s à Quévert (ôtes-d’Armor), tuant une employée. L’enquête démontrera plus tard que la bombe devait exploser pendant la nuit. Trois hommes appartenant à la mouvance indépendantiste bretonne seront jugés puis acquittés dans cette affaire qui n’a pas été élucidée à ce jour.

2007

Le 6 décembre, un colis piégé explose dans un cabinet d’avocat au 52, boulevard Malesherbes à Paris. La secrétaire du cabinet est tuée sur le coup. L’affaire n’est pas élucidée à ce jour.

2012

En mars, Mohamed Merah tue sept personnes par balle à Toulouse et Montauban. Il s’agit de trois militaires et de  trois élèves et un professeur d’une école juive. Le terroriste islamiste est abattu le 22 mars après une intervention du Raid dans le quartier de Côte Pavée à Toulouse.

2015

Le début de l’année est marquée par la tuerie au siège de Charlie Hebdo. Les frères Saïd et Chérif Kouachi, qui affirment agir au nom de l’organisation Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), abattent le 7 janvier huit membres de la rédaction de l’hebdomadaire, un dessinateur invité à la conférence du journal, deux policiers et un agent de maintenance de l’entreprise Sodexo. Les terroristes sont tués deux jours plus tard à Dammartin-en-Goële.

Le lendemain, une policière municipale est tuée à Montrouge par Amédy Coulibaly qui mènera la prise d’otages du magasin Hypercacher de la Porte de Vincennes, le 9 janvier. Le terroriste, qui se revendique du groupe Etat islamique (EI) dans une vidéo, est abattu après avoir tué un employé et trois clients de la boutique vendant des produits casher.

Le 26 juin, Yassin Salhi décapite son patron sur le site de l’usine AirProducts. Fiché S pour ses liens avec l’islam radical, le présumé coupable s’est suicidé en prison le 23 décembre de la même année.

Le 13 novembre au soir, des attaques simultanées à Saint-Denis et Paris font 130 morts et plus de 400 blessés. Il s’agit des pires attaques terroristes de l’histoire de la France. Tous les auteurs de ces attentats, revendiqués par Daesh, sont morts en kamikazes. Salah Abdeslam, l’unique membre encore vivant des commandos, a été arrêté en le 18 mars 2016 en Belgique et remis à la France où il a été écroué.

2016

Le 13 juin, un policier de Magnanville et sa compagne employée au commissariat de Mantes-la-Jolie (Yvelines) sont assassinés chez eux par  Larossi Abballa, qui avait revendiqué son action sur Twitter et Facebook au nom de Daesh. Le terroriste est abattu par le Raid.

Le soir de la fête nationale, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, au volant d’un camion, fonce dans la foule quelques instants après le feu d’artifice du 14 juillet sur la Promenade des Anglais à Nice. Le bilan est de 86 morts et plus de 300 blessés. L’attaque est revendiquée par Daesh.

Le 26 juillet, un prêtre est tué lors d’une prise d’otages pendant la messe dans une église catholique à Saint-Etienne-du-Rouvray. Les auteurs, deux djihadistes sont abattus par les forces de l’ordre. Cette attaque est aussi revendiquée par Daesh..

Voir de même:

Nordactu.fr

19/07/2016

Alors que le bilan humain de l’attentat de Nice du 14 juillet n’est pas encore définitif, Nord Actu a dressé la liste chronologique des attentats terroristes islamistes qui ont touché la France depuis début 2012, ainsi que les tentatives déjouées par les services de sécurité dont nous avons eu connaissance. La liste des projets d’attentats est donc non-exhaustive, mais permet de se faire une idée sur la quantité d’actions islamistes entreprises depuis 4 ans en France. Le bilan humain provisoire de cette guerre fait état de 254 morts et 684 blessés.

(NDLR: les attentats ayant « abouti » apparaissent en gras)

Attentats de mars 2012 par Mohammed Merah : 8 morts et 6 blessés.

Attentat du 25 mai 2013, un individu tente d’égorger un militaire à la Défense : 1 blessé.

Attentat déjoué en octobre 2013 : Un homme arrêté à Lille après son retour de Syrie.

Attentat déjoué en février 2014 : Le carnaval de Nice.

Attentat déjoué en juillet 2014 : Des lieux chiites à Créteil.

Attentat déjoué en août 2014 : Des synagogues à Lyon.

Attentat déjoué en septembre 2014 : Une réunion du CRIF à Lyon.

Attentat du 20 décembre 2014 à Joué les Tours, un individu attaque le commissariat à l’arme blanche, il est abattu : 1 mort et 3 blessés.

Attentat du 21 décembre 2014 à Dijon, un individu fonce dans la foule avec son véhicule au cri d’ «Allah Ahkbar» : 13 blessés.

Attentat du 22 décembre 2014 à Nantes, modus operandi similaire à l’attaque de Dijon : 1 mort et 10 blessés.

Attentats de janvier 2015 (Charlie hebdo + Montrouge + Hyper Kasher) : 17 morts et 22 blessés.

Attentat du 3 février 2015 à Nice, Moussa Coulibaly attaque des militaires à l’arme blanche : 3 blessés.

Attentat du 19 avril 2015 : Meurtre d’Aurélie Châtelain à Villejuif par Sid Ahmed Ghlam lors du vol de son véhicule devant servir à des actions contre des églises (voir ci-dessous) : 1 mort.

Attentat déjoué en avril 2015 : Une ou plusieurs églises en région parisienne par Sid Ahmed Ghlam (le suspect avait effectué des repérages autour du Sacré Cœur  de Montmartre et de deux églises de Villejuif).

Attentat de Saint-Quentin-Fallavier 26 juin 2015 : 1 mort et 2 blessés.

Attentat déjoué en juillet 2015 : Une base militaire dans les Pyrénées-Orientales.

Attentat du 21 août 2015 (attaque d’un train Thalys entre Bruxelles et Paris) : 3 blessés.

Attentat déjoué en octobre 2015 : Hakim Marnissi voulait attaquer la base navale de Toulon.

Attentat déjoué en octobre 2015 : Arrestation à Fontenay-sous-Bois, Salim et Ahmed M., deux frères « velléitaires pour le jihad syrien » qui ont planifié de s’en prendre à « des militaires, des policiers et/ou des juifs ».

Attentats du 13 novembre 2015 (Bataclan + terrasses de cafés + Stade de France + St Denis) : 137 morts et 413 blessés.

Attentat déjoué en novembre 2015 : Le quartier de la Défense.

Attentat déjoué en décembre 2015 : « Des représentants de la force publique » dans la région d’Orléans. Les deux suspects voulaient s’en prendre notamment au préfet du Loiret et à une centrale nucléaire.

Attentat déjoué en décembre 2015 : Interpellation d’un couple à Montpellier, la femme aurait dû commettre un attentat suicide à l’aide d’un faux-ventre de femme enceinte rempli d’explosifs.

Attentat du 1er janvier 2016 à Valence : un individu fonce sur des militaires avec son véhicule. Il doit être neutralisé par des tirs, un passant est blessé : 3 blessés au total.

Attentat du 7 janvier 2016 au commissariat de la Goutte d’Or à Paris : 1 mort (l’assaillant).

Attentat du 11 janvier 2016 à Marseille, un kurde de 15 ans attaque un enseignant juif à la machette : 1 blessé. Des policiers étaient également visés.

Attentat déjoué en janvier 2016 : Fort Béar dans les Pyrénées orientales, un gradé devait être kidnappé puis décapité. 3 interpellés.

Attentat déjoué du 2 février 2016 : Arrestation à Lyon de 6 individus qui projetaient d’attaquer des « clubs échangistes en France ».

Attentat déjoué du 9 mars 2016 : Un individu radicalisé d’une trentaine d’années a embarqué à l’aéroport de Nantes en direction de Fès. Il a été arrêté au Maroc par les autorités marocaines. Il était en possession de plusieurs armes blanches et une bonbonne de gaz.

Attentat déjoué du 9 mars  2016 : Un franco-algérien a délibérément lancé sa voiture contre la façade d’un commissariat de police à Firminy. D’après Noëlle Deraime, directrice départementale de la sécurité publique, il ne s’agit pas d’un accident.

Attentat déjoué en mars 2016 : 4 jeunes femmes devaient attaquer une salle de concert, deux cafés et un centre commercial à Paris.

Attentat déjoué en mars 2016: Quatre personnes (3 hommes et 1 femme) ont été interpellées par la DGSI dans le XVIIIe arrondissement de Paris ainsi qu’en Seine-Saint-Denis. Elles sont suspectées de s’être préparées à commettre des attentats dans la capitale.

Attentat déjoué en mars 2016 : Arrestation de Rada Kriket à Boulogne Billancourt, d’Anis B. à Rotterdam et d’Abderahmane Ameuroud  à Bruxelles pour « risque imminent d’action terroriste ».

Attentat déjoué le 8 avril 2016: Arrestation de Mohamed Abrini, recherché depuis les attentats du 13 novembre, à Anderlecht. Il révèle que le commando des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles devait à nouveau frapper la France.

Attentat du 24 avril 2016: Un militaire de l’opération Sentinelle est agressé au cutter par un individu tenant des propos en arabe à Strasbourg. L’agresseur prend la fuite et est interpellé le 4 mai 2016. Bilan : 1 blessé.

Attentat contre un couple de policiers du 13 juin 2016 à Magnanville par Larossi Abballa : 3 morts.

Attentat du 14 juin 2016 à Rennes, une lycéenne âgée de 19 ans est agressée à coups de couteau par un homme de 32 ans connu des services de police qui voulait procéder à un « sacrifice » au cours du ramadan, selon ses propres termes. Bilan : 1 blessé.

Attentat déjoué le 16 juin 2016: Un jeune homme de 22 ans arrêté par la DGSI à la gare de Carcassonne en possession d’un couteau et d’une machette projetant un attentat en s’attaquant à des touristes américains et anglais ainsi qu’aux forces de l’ordres et « mourir en martyr ».

Attentat déjoué le 17 juin 2016: À Béziers, un détenu converti à l’islam et radicalisé voulait commettre un attentat contre un club naturiste au Cap d‘Agde car il n’aimait pas les « culs-nus ». L’individu s’est fait allonger sa peine de 6 mois supplémentaires.

Attentat du 14 juillet 2016 à Nice : 84 morts et 202 blessés

Le détail des attentats déjoués en France depuis un an

INFO LE FIGARO – Des projets d’assassinats et d’attentats, visant notamment un centre commercial, une salle de spectacle ou encore une centrale nucléaire, ont été révélés devant la commission d’enquête parlementaire.

«Nous avons tout eu»: le 18 mai, devant la commission d’enquête, le coordonnateur national du renseignement, Didier Le Bret, résume en une formule les multiples attaques, contrecarrées ou non, qui ont visé le pays. Pour la première fois, le rapport de Sébastien Pietrasanta fournit le détail d’une dizaine d’attentats déjoués en France en un an. Certains, comme celui ciblant la base militaire de Port Vendres où trois djihadistes voulaient filmer la décapitation d’un haut gradé ou celui en octobre contre des militaires de la base de Toulon, sont connus. D’autres sont restés plus confidentiels. Ainsi, le document révèle que, le 16 mars, «quatre jeunes femmes, dont trois mineures (…) ont été interpellées à Roubaix, Lyon et Brie-Comte-Robert» alors qu’«elles avaient formé le projet d’attaquer une salle de concert, deux cafés et un centre commercial à Paris».

Ce coup de filet a lieu huit jours avant que la DGSI interpelle Reda Kriket à Boulogne-Billancourt et découvre à Argenteuil une «cache» remplie d’armes de guerre et d’explosifs susceptible de perpétrer une attaque au nom de Daech. Les 15 et 16 décembre dernier, la DGSI arrêtait Rodrigue D. et Karim K., deux terroristes en puissance qui «projetaient de s’attaquer à des militaires et des policiers orléanais». Le rapport dévoile que «tout en minimisant son implication dans ce projet», Karim K. a «reconnu vouloir assassiner le préfet du Loiret et s’attaquer à une centrale nucléaire». Avant de préciser que «les deux mis en cause ont confirmé le rôle d’Anthony D., djihadiste français de l’EI évoluant en Syrie depuis fin 2014, comme soutien financier».

Communications cryptées

Au même moment, la DGSI, toujours elle, appréhendait, à Tours, Issa Khassiev, un Russe d’origine tchétchène «susceptible d’avoir rejoint la Syrie en 2013» et qui envisageait de «réaliser une action violente en France avant de regagner la zone syro-irakienne pour y mourir en martyr». Lors d’une perquisition, celui qui a prêté «allégeance à l’EI» avait «proféré des menaces à l’encontre des fonctionnaires de police présents». Outre le cas d’un radicalisé en prison projetant d’assassiner une députée parisienne interpellé en octobre «après s’être lui-même dénoncé (…)», le document évoque aussi l’arrestation, à Fontenay-sous-Bois, de Salim et Ahmed M., deux frères «velléitaires pour le djihad syrien» qui voulaient s’en prendre à des «militaires, des policiers et/ou des juifs». Ces réussites policières ne peuvent cependant obérer les échecs des attentats de janvier et de novembre qui enseignent que «les terroristes ne relèvent plus d’aucune logique nationale ni dans leur profil ou leur recrutement, ni dans leur mode opératoire et la conception de leurs attaques».

Rappelant que «les commandos ne se sont effectivement rendus sur le territoire français que la veille des attaques, un délai peut-être trop bref pour être repérés par les seuls services français», Sébastien Pietrasanta considère que «cette tactique a également si bien fonctionné parce que les terroristes ont encore accru leur mobilité par une bien plus grande furtivité que par le passé». Le directeur général de la sécurité extérieure, Bernard Bajolet, l’a concédé devant la commission Fenech: «La difficulté à laquelle nous nous heurtons est que ces terroristes sont rompus à la clandestinité et font une utilisation très prudente, très parcimonieuse, des moyens de communication: les téléphones ne sont utilisés qu’une seule fois, les communications sont cryptées et nous ne pouvons pas toujours les décoder.» «Pour connaître leurs projets, il faut avoir des sources humaines directement en contact avec ces terroristes, décrit le patron de la DGSE. Or ces réseaux sont très cloisonnés, ils peuvent recevoir des instructions de caractère général, mais avoir ensuite une certaine autonomie dans la mise en œuvre de la mission qui leur est confiée.» (…). Et le rapporteur Pietrasanta de conclure: «L’explosion des communications électroniques, le développement du darknet, la mise à portée de tous de moyens de communication bénéficiant de puissants chiffrements – telle que l’application de messagerie Telegram – rendent les terroristes plus furtifs aux yeux des services de renseignements et leur imposent d’opérer des sauts capacitaires réguliers.»

Voir de plus:

Sweden’s rape rate under the spotlight

  • 15 September 2012

The Julian Assange extradition case has put Sweden’s relatively high incidence of rape under the spotlight. But can such statistics be reliably compared from one country to another?

Which two countries are the kidnapping capitals of the world?

Australia and Canada.

Official figures from the United Nations show that there were 17 kidnaps per 100,000 people in Australia in 2010 and 12.7 in Canada.

That compares with only 0.6 in Colombia and 1.1 in Mexico.

So why haven’t we heard any of these horror stories? Are people being grabbed off the street in Sydney and Toronto, while the world turns a blind eye?

No, the high numbers of kidnapping cases in these two countries are explained by the fact that parental disputes over child custody are included in the figures.

If one parent takes a child for the weekend, and the other parent objects and calls the police, the incident will be recorded as a kidnapping, according to Enrico Bisogno, a statistician with the United Nations.

Comparing crime rates across countries is fraught with difficulties – this is well known among criminologists and statisticians, less so among journalists and commentators.

Sweden has the highest rape rate in Europe, author Naomi Wolf said on the BBC’s Newsnight programme recently. She was commenting on the case of Julian Assange, the Wikileaks founder who is fighting extradition from the UK to Sweden over rape and sexual assault allegations that he denies.

Is it true? Yes. The Swedish police recorded the highest number of offences – about 63 per 100,000 inhabitants – of any force in Europe, in 2010. The second-highest in the world.

This was three times higher than the number of cases in the same year in Sweden’s next-door neighbour, Norway, and twice the rate in the United States and the UK. It was more than 30 times the number in India, which recorded about two offences per 100,000 people.

On the face of it, it would seem Sweden is a much more dangerous place than these other countries.

But that is a misconception, according to Klara Selin, a sociologist at the National Council for Crime Prevention in Stockholm. She says you cannot compare countries’ records, because police procedures and legal definitions vary widely.

« In Sweden there has been this ambition explicitly to record every case of sexual violence separately, to make it visible in the statistics, » she says.

« So, for instance, when a woman comes to the police and she says my husband or my fiance raped me almost every day during the last year, the police have to record each of these events, which might be more than 300 events. In many other countries it would just be one record – one victim, one type of crime, one record. »

The thing is, the number of reported rapes has been going up in Sweden – it’s almost trebled in just the last seven years. In 2003, about 2,200 offences were reported by the police, compared to nearly 6,000 in 2010.

So something’s going on.

But Klara Selin says the statistics don’t represent a major crime epidemic, rather a shift in attitudes. The public debate about this sort of crime in Sweden over the past two decades has had the effect of raising awareness, she says, and encouraging women to go to the police if they have been attacked.

The police have also made efforts to improve their handling of cases, she suggests, though she doesn’t deny that there has been some real increase in the number of attacks taking place – a concern also outlined in an Amnesty International report in 2010.

« There might also be some increase in actual crime because of societal changes. Due to the internet, for example, it’s much easier these days to meet somebody, just the same evening if you want to. Also, alcohol consumption has increased quite a lot during this period.

« But the major explanation is partly that people go to the police more often, but also the fact that in 2005 there has been reform in the sex crime legislation, which made the legal definition of rape much wider than before. »

The change in law meant that cases where the victim was asleep or intoxicated are now included in the figures. Previously they’d been recorded as another category of crime.

So an on-the-face-of-it international comparison of rape statistics can be misleading.

Botswana has the highest rate of recorded attacks – 92.9 per 100,000 people – but a total of 63 countries don’t submit any statistics, including South Africa, where a survey three years ago showed that one in four men questioned admitted to rape.

In 2010, an Amnesty International report highlighted that sexual violence happens in every single country, and yet the official figures show that some countries like Hong Kong and Mongolia have zero cases reported.

Evidently, women in some countries are much less likely to report an attack than in others and are much less likely to have their complaint recorded.

UN statistician Enrico Bisogno says surveys suggest that as few as one in 10 cases are ever reported to the police, in many countries.

« We often present the situation as kind of an iceberg where really what we can see is just the tip while the rest is below the sea level. It remains below the radar of the law enforcement agencies, » he says.

Naomi Wolf has also written that Sweden has the lowest conviction rate in Europe.

She was relying on statistics from a nine-year-old report, which calculated percentage conviction rates based on the number of offences recorded by the police and the number of convictions. But this is a problematic way of analysing statistics, as several offences could be committed by one person.

The United Nations holds official statistics on the number of convictions for rape per 100,000 people and actually, by that measure, Sweden has the highest number of convictions per capita in Europe, bar Russia. In 2010, 3.7 convictions were achieved per 100,000 population.

Though it’s still the case, as Wolf pointed out to the BBC, that women in Sweden report a high number of offences – and only a small number of rapists are punished.

So there’s a lot that official statistics don’t tell us. They certainly don’t reveal the real number of rapes that happen in Sweden, or any other country. And they don’t give a clear view of which countries have worse crime rates than others.

Rape is particularly complex, but you’d think it would be straightforward to analyse murder rates across different countries – just count up the dead bodies, and compare and contrast.

If only, says Enrico Bisogno. « For example, if I punch somebody and the person eventually dies, some countries can consider that as an intentional murder, others as a manslaughter. Or in some countries, dowry killings are coded separately because there is separate legislation. »

What’s more, a comparison of murder rates between developed and less developed countries may tell you as much about health as crime levels, according to Professor Chris Lewis, a criminologist from Portsmouth University in the UK.

The statistics are to some unknown degree complicated by the fact that you’re more likely to survive an attack in a town where you’re found quickly and taken to a hospital that’s well-equipped.

Voir par ailleurs:

Commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015

Lundi 21 mars 2016

Séance de 14 heures

Compte rendu n° 11

SESSION ORDINAIRE DE 2015-2016

Présidence de M. Georges Fenech, Président

– Audition, à huis clos, de fonctionnaires de la BAC de nuit du Val-de-Marne intervenus le 13 novembre 2015 : M. T.P., brigadier-chef, M. L. S., brigadier-chef, M. O. B., brigadier, M. N. B., gardien de la paix, M. A. D., gardien de la paix, et M. P. T., gardien de la paix

– Audition, à huis clos, de M. Jean-Marc Falcone, directeur général de la police nationale, et de M. Marc Baudet, conseiller stratégie et prospective

– Audition, à huis clos, du général Denis Favier, directeur général de la gendarmerie nationale, et du colonel Samuel Dubuis, membre de son cabinet

– Audition, à huis clos, du général Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris, et du colonel Marc Boileau, chef de cabinet

La séance est ouverte à 14 heures.

Présidence de M. Georges Fenech.

Audition, à huis clos, de fonctionnaires de la BAC de nuit du Val-de-Marne intervenus le 13 novembre 2015 : M. T.P., brigadier-chef, M. L. S., brigadier-chef, M. O. B., brigadier, M. N. B., gardien de la paix, M. A. D., gardien de la paix, et M. P. T., gardien de la paix.

M. le président Georges Fenech. Messieurs, nous achevons avec votre audition l’étude de la chronologie des événements de 2015. Votre témoignage viendra utilement compléter celui de vos collègues de la direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP) que nous avons reçus la semaine dernière.

Vous appartenez à la brigade anticriminalité (BAC) de nuit 94, et vous êtes intervenus, le 13 novembre dernier, lors de l’attentat commis au Bataclan, à l’angle du passage Saint-Pierre-Amelot et du boulevard Voltaire, où vous avez échangé des coups de feu avec les terroristes.

Cette audition se déroule à huis clos, en raison de la confidentialité des informations que vous êtes susceptibles de nous délivrer. Elle n’est donc pas diffusée sur le site internet de l’Assemblée. Néanmoins, et conformément à l’article 6 de l’ordonnance 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires, son compte rendu pourra être publié en tout ou partie, si nous en décidons ainsi à l’issue de nos travaux.

Je précise que les comptes rendus des auditions qui auront eu lieu à huis clos seront au préalable transmis aux personnes entendues afin de recueillir leurs observations. Ces observations seront soumises à la Commission d’enquête, qui pourra décider d’en faire état dans son rapport. Je rappelle que, conformément aux dispositions du même article, « sera punie des peines prévues à l’article 226-13 du code pénal, soit un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende, toute personne qui, dans un délai de vingt-cinq ans, divulguera ou publiera une information relative aux travaux non publics d’une commission d’enquête, sauf si le rapport publié à la fin des travaux de la commission a fait état de cette information ».

Conformément aux dispositions de l’article 6 précité, je vais maintenant vous demander de prêter le serment de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

MM. T. P., brigadier-chef, L. S., brigadier-chef, O. B., brigadier, N. B., gardien de la paix, A. D., gardien de la paix, et P. T., gardien de la paix, prêtent successivement serment.

Je vous laisse la parole, en vous demandant de présenter rapidement le rôle que vous avez été amené à tenir, personnellement ou avec votre unité, avec toute la précision géographique et horaire possible.

M. T.P., brigadier-chef. Le soir du 13 novembre, j’étais chef de bord du véhicule indicatif BAC 952-11, affecté en priorité sur le Val-de-Marne, dans lequel avaient pris place le brigadier N. B. et M. N. B.. Nous nous trouvions vers Ivry et Charenton lorsque nous avons entendu le premier message sur les ondes parisiennes de la conférence régionale 137, concernant une explosion au Stade de France. Notre unité a intégré la sous-direction des services spécialisés, qui a vocation à intervenir sur toute la zone de compétence de la DSPAP en cas d’événement particulier. J’ai donc décidé de rentrer à Vincennes : nous voulions dîner rapidement afin d’être disponibles par la suite pour nous rendre dans le 93.

Nous avons eu l’information relative à la deuxième explosion en chemin, ce qui nous a poussés à accélérer le mouvement. Puis, au moment où nous nous installions à Vincennes, nous avons appris, par les ondes de la conférence 137, que des attaques avaient lieu sur des terrasses parisiennes. D’initiative, nous avons repris notre véhicule et notre matériel. En entendant où se déroulait la deuxième attaque de terrasses, nous avons décidé de nous rendre place de la Nation, où le parcours des terroristes semblait les mener. Nous nous y sommes mis en position, en attente.

Nous nous y trouvions, à l’angle du boulevard Voltaire, quand nous avons entendu que des attaques visaient d’autres terrasses et qu’une Polo noire immatriculée en Belgique avait pris la fuite en direction du boulevard Voltaire. Nous nous sommes alors engagés sur le boulevard pour essayer d’intercepter le véhicule. À l’instant même, nous avons entendu une explosion, une détonation. En poursuivant notre chemin, à 300 mètres environ, nous sommes parvenus à l’angle de la rue de Montreuil, au Comptoir Voltaire, dans lequel un kamikaze venait de se faire sauter et devant lequel déambulaient des victimes.

Après avoir diffusé l’information sur les conférences parisiennes, j’ai placé M. N. B. en position de protection sur le boulevard Voltaire avec le fusil à pompe au niveau du véhicule, et M. N. B. a pris l’angle de la rue de Montreuil et du boulevard, arme de poing à la main – nous ne savions pas à ce moment si les terroristes étaient encore sur place. De mon côté, j’ai dressé un bilan des victimes à l’intérieur et à l’extérieur du bar afin de pouvoir demander des secours. J’ai dénombré deux blessés légers au niveau du bar, à l’avant, et deux autres, plus grièvement blessés, sur le côté. À l’extérieur, deux femmes enceintes étaient touchées par des éclats. Dans le bar, sous la terrasse couverte, une serveuse se trouvait au sol, très grièvement blessée, ainsi qu’un monsieur de type africain. Au fond de la terrasse, quelqu’un dispensait un massage cardiaque à une personne de sexe masculin de type européen ou nord-africain.

Lorsque je suis sorti du bar pour demander des secours, j’ai appris par les ondes que des tirs avaient lieu au Bataclan. L. S., signalait sa présence sur place avec la BAC 952-12. On entendait les tirs à la radio lorsqu’il annonçait qu’il y avait énormément de victimes qu’ils commençaient à évacuer. Nous nous sommes sentis impuissants parce que nous ne pouvions pas quitter le Comptoir Voltaire où il fallait gérer les victimes.

Un véhicule de secours de la Croix-Rouge qui passait par là nous a porté assistance ainsi qu’une femme médecin et une infirmière. Nous avons continué d’assurer la protection du lieu. Deux véhicules de pompiers sont ensuite arrivés : un véhicule incendie et la grande échelle. Un pompier m’a répondu, lorsque je l’ai interrogé sur la présence de la grande échelle, que cela permettait d’avoir des effectifs sur place. Les pompiers ont alors pris en charge les blessés les plus graves.

Un véhicule de police parisien s’est présenté. Vu l’âge de la voiture, nous avons eu des doutes sur son appartenance au parc automobile de la police. Le commissaire de la police judiciaire du 15e arrondissement de Paris se trouvait à son bord. Après avoir entendu les messages radio, il avait embarqué deux collègues avec des gilets lourds pour venir en renfort sur le terrain depuis le 15e. Je lui ai décrit la situation, et, étant donné que nous disposions d’un équipement plus lourd que le sien, il a décidé de rester sur place et de nous envoyer au Bataclan aider nos collègues.

M. Sébastien Pietrasanta, rapporteur. Quelle heure était-il ?

M. A. D., gardien de la paix. Je suis le chauffeur de la BAC 952-12. Nous partons de Créteil à 21 heures 42 et nous arrivons au Bataclan à 21 heures 51.

M. T. P. Entre le moment où nous sommes au Comptoir Voltaire et notre arrivée au Bataclan, il doit s’écouler au maximum une dizaine de minutes.

Au Comptoir Voltaire, nous croyions avoir affaire à une fusillade comme sur d’autres terrasses. C’est une victime qui m’a expliqué qu’un homme était entré dans le bar et qu’il y avait eu une explosion, sans me préciser que nous nous trouvions en présence de l’acte d’un kamikaze. Je suis retourné sur la terrasse pour constater qu’il n’y avait pas de douilles au sol. Il ne s’agissait donc pas d’un tireur. La présence d’énormément de boulons indiquait qu’une bombe avait explosé, ce que j’ai immédiatement indiqué à TN 750.

En arrivant au Bataclan, entre un camion de pompiers et un car de police, nous avons vu la Polo des terroristes, garée régulièrement à l’angle du passage Saint-Pierre-Amelot et du boulevard Voltaire. Après nous être équipés d’un casque balistique avec visière non balistique et d’un fusil à pompe, O. B., N. B. et moi-même nous sommes placés en colonne pour prendre l’angle gauche du passage Saint-Pierre-Amelot afin d’éviter toute retraite des individus. S’ils sortaient de la salle pour rejoindre leur véhicule, il fallait que nous puissions nous engager afin de les neutraliser.

L. S. se trouvait à l’autre angle, côté Bataclan, et A. D. arrêtait des véhicules de particuliers et des taxis, dans lesquels il faisait évacuer des blessés avec l’aide d’une serveuse. Je voyais également P. T. qui aidait les victimes à sortir du Bataclan.

Les effectifs parisiens du car de police qui se trouvait sur place, le TC 82G, ne disposaient d’aucun équipement hormis leur gilet individuel et leur arme. Ils avaient cassé une porte qui se trouvait derrière notre position. Elle donne accès aux locaux administratifs du Bataclan, où ils avaient installé avec les pompiers un poste avancé médicalisé afin de porter les premiers soins aux victimes. A. D. et la serveuse dont je vous parlais faisaient la navette pour emmener les victimes.

La BAC 915 en civil de Saint-Maur-des-Fossés, qui nous a rejoints, s’est placée dernière nous, et le collègue stagiaire du TC s’est positionné avec nous dans la colonne. Nous avons entendu trois ou quatre tirs à l’intérieur du Bataclan et une explosion, puis la porte s’est ouverte et nous avons essuyé une première rafale de Kalachnikov.

M. Pierre Lellouche. De quelle porte s’agissait-il précisément ?

M. T. P. De la première porte de secours de la salle en venant du boulevard Voltaire. Elle donne sur le passage Saint-Pierre-Amelot.

Je n’ai pas pu riposter avec mon arme longue car un civil, hors de vue du terroriste, se trouvait debout à hauteur de la porte et tentait de transporter une femme blessée ou décédée. Les vitrines du magasin derrière lequel nous étions tous abrités me permettaient de voir l’individu armé, mais il nous voyait aussi. J’ai dit à mes collègues qui n’étaient pas protégés de dégager. L’individu a refermé la porte. N. B. s’est installé en appui feu derrière moi.

Lorsque nous avons pris une autre rafale, j’ai pu riposter par deux tirs car, cette fois, le civil était couché. Pendant le rechargement tactique de mon arme, j’ai expliqué à Nicolas que nous avions deux solutions : « Le top serait d’essayer de rentrer, mais l’un de nous ou même nous deux allons y rester, parce que nous n’avons aucune protection ; l’autre solution, sachant que nous avons face à nous une puissance de feu largement supérieure, c’est de jouer l’effet de surprise et de changer de place pour que je puisse avoir une meilleure position de tir. » Nicolas m’a dit : « Faisons ça ! »

Nous avons alors bougé. Les collègues se sont installés derrière le camion de pompiers, et je me suis positionné en appui feu au niveau du bloc moteur essieux du car de police – la seule zone qui assure une protection. J’avais un bon appui pour le fusil à pompe. Nous avons alors essuyé une troisième salve de tirs. L’individu a tiré sur l’angle du boulevard Voltaire puis, constatant que nous n’y étions plus, il a visé le camion de police et le camion de pompier. Une balle a traversé le véhicule de pompier de part en part pour ressortir pas loin de la tête d’A. D.. J’étais à nouveau dans l’incapacité de riposter, car le civil s’était relevé.

Les militaires de Vigipirate nous ont alors rejoints. Ils étaient équipés d’armes de guerre, donc plus à même que nous de riposter aux tirs. J’ai sollicité sur les ondes l’autorisation de les engager, mais on m’a répondu : « Négatif, vous n’engagez pas les militaires, on n’est pas en zone de guerre. » J’ai annoncé à un soldat que si nous étions sous le feu et qu’il ne pouvait pas utiliser son arme, je m’en servirais moi-même si je n’avais plus de munitions.

M. Pierre Lellouche. Qui vous a fait la réponse dont vous nous parlez ?

M. T. P. C’est la salle de commandement de la préfecture, par les ondes ! Nous communiquons grâce à une conférence radio : TN 750, la plus haute autorité parisienne au niveau radio.

Mme Françoise Dumas. Comment cela se passe-t-il, en temps normal et en situation exceptionnelle ?

M. T. P. En temps normal, nous écoutons les conférences du Val-de-Marne. En cas de besoin, nous sommes également toujours à l’écoute de la conférence 137 qui donne les informations régionales depuis la salle de commandement de la DSPAP qui a autorité sur Paris et sur toute la petite couronne et la grande couronne.

M. Pierre Lellouche. Relève-t-elle directement du préfet de police ? Un officier dirige-t-il la salle de commandement ?

M. le rapporteur. Je crois que le directeur de cabinet était en salle de commandement. Nous aurons l’occasion d’éclaircir ces points.

M. O. B., brigadier. De leur côté, les militaires ne sont pas gérés par la salle de commandement de la DSPAP. Ils dépendent d’un autre PC radio.

M. T. P. Le militaire m’explique qu’il n’a pas d’ordres et qu’il ne pourra pas engager le feu, même quand je lui dis que nous nous faisons tirer comme des lapins et qu’il faudra bien neutraliser ceux qui sortiront.

M. le rapporteur. Combien y avait-il de militaires ?

M. T. P. Ils étaient huit : quatre auprès de nous et quatre derrière.

M. Pierre Lellouche. De combien de munitions disposez-vous pour votre fusil à pompe en dotation normale ?

M. T. P. Dix. J’en avais six dans le fusil, et quatre dans ma poche.

M. Pierre Lellouche. Est-ce que ce sont des Brenneke ? Avez-vous d’autres armes ?

M. T. P. Ce sont des Brenneke. Ce fusil est la seule arme dont nous disposions. L. S. a la même arme, mais il ne pouvait pas engager le feu en raison de son angle de tir.

Dans le passage Saint-Pierre-Amelot, le civil, auquel nous avions demandé à plusieurs reprises de ne pas rester sur place, a tiré la personne au sol à l’arrière des portes de secours et s’est couché sur elle. Le terroriste, constatant qu’il n’avait plus l’avantage en termes de position de tir, a ouvert en grand les deux portes de secours. En face de moi, à trente mètres, l’individu s’est retrouvé derrière la porte gauche ouverte pour tirer une salve de kalachnikov. On voyait seulement dépasser son bras. J’ai visé par deux fois au travers de la porte. Après avoir rectifié mon premier tir qui était trop haut, j’ai tiré au niveau du torse. La kalachnikov s’est affaissée d’un coup sec au sol. Les portes se sont refermées tout doucement. Le civil qui était au sol m’a fait un signe, que je n’ai pas compris, en levant les deux mains. Nous avons gardé la position en attendant les renforts.

L’ensemble de notre unité est arrivé ensuite, c’est-à-dire le reste de la BAC de nuit 94 en tenue avec un équipement lourd : casque lourd, bouclier balistique, gilet lourd, armement plus adéquat. Nous sommes allés chercher de l’équipement dans notre car d’intervention, puis nous sommes revenus prendre notre position. Dans l’intervalle, d’autres effectifs étaient intervenus en renfort dont la brigade spécialisée de terrain (BST) et la BAC de Champigny-sur-Marne. La force d’intervention rapide (FIR) de la BRI est arrivée à ce moment-là.

M. le président Georges Fenech. Pouvez-vous estimer le temps qui s’est écoulé entre votre arrivée, les premiers échanges de tirs, et l’arrivée de la BRI ? Quinze minutes ?

M. T. P. Entre le premier échange de tirs et le dernier, il y a quasiment dix minutes. Nous sommes approximativement entre 22 heures et 22 heures 15. La BRI arrive à peu près vers 22 heures 45.

M. le président Georges Fenech. Vers 22  heures 50 ?

M. T. P. À peu près : je ne regardais pas ma montre.

Ils nous ont demandé de les épauler car ils n’étaient pas assez nombreux.

M. le président Georges Fenech. Combien y avait-il de membres de la FIR ?

M. T. P. Dans un premier temps, ils devaient être une douzaine.

Ils ont emprunté le bouclier balistique qu’utilisait O. B., un deuxième à la BST de Champigny et, je crois, un troisième à un autre service. Ils ne disposaient pas de protection balistique autre que leurs gilets. Leur tireur d’élite m’a demandé un appui feu et balistique pour traverser le boulevard Voltaire afin de disposer d’un angle de tir sur la façade du Bataclan. Nous nous sommes équipés en lourd avec deux boucliers et deux fusils à pompe, et nous l’avons accompagné à trois.

Le reste de la BRI est arrivé ainsi que le RAID. Ils se sont mis en position. Grâce à leur véhicule blindé, ils ont pu pénétrer dans le passage Saint-Pierre-Amelot pour secourir le civil qui s’y trouvait avec la dame au sol. Je ne sais pas combien de temps après ils ont donné l’assaut.

M. Pierre Lellouche. Est-il normal que les forces de la BRI n’aient pas de boucliers balistiques ?

M. T. P. Je ne sais pas quel était le moyen de transport des hommes de la BRI. Ils sont peut-être venus en moto. Les boucliers souples ou lourds, c’est-à-dire rigides, sont encombrants, et les véhicules administratifs dont nous disposons ne sont pas adaptés à nos missions actuelles. On ne met pas un bouclier balistique dans une Peugeot 308. Je ne vous parle même pas des collègues de commissariat avec leur Peugeot Partner.

L. S. avait un bouclier balistique parce qu’il roulait en Mondéo. Il faut aussi savoir que les boucliers balistiques souples n’arrêtent pas les munitions de kalachnikov – il faut les équiper d’une plaque spéciale qui pèse plus de vingt kilos. Les boucliers rigides arrêtent les tirs de kalachnikov, mais ils ne rentrent pas dans nos véhicules.

M. le président Georges Fenech. Monsieur L. S., je crois que la BAC 952-12 est arrivée en premier au Bataclan, n’est-ce pas ?

M. L. S., brigadier-chef. Je suis le chef de groupe de M. A. D. et de M. P. T.. Nous nous trouvions dans le secteur de Créteil lorsque nous avons entendu que des explosions avaient lieu au Stade de France. Nous nous sommes d’abord dirigés vers Saint-Denis, puis nous avons changé d’itinéraire pour rejoindre Paris et le Bataclan lorsque nous avons appris ce qui s’y passait. J’avoue que je suis un peu fâché avec les horaires : le gardien de la paix A. D sera plus précis que moi à ce sujet.

M. A. D. Je suis le chauffeur du chef L. S. et du gardien de la paix P.T. Nous sommes partis de Créteil à 21 heures 42, et nous sommes arrivés à 21 heures 51 au Bataclan. J’ai l’heure sur le tableau de bord du véhicule, et j’ai téléphoné à ma femme pour la prévenir au moment où nous sommes partis

M. le rapporteur. Vous arrivez avant le commissaire N, intervenu en premier sur les lieux ?

M. L. S. Nous arrivons juste un petit peu avant le commissaire et son équipier.

Notre intervention s’est déroulée en trois phases. Dans un premier temps, M. A. D prépare le matériel de sécurité, c’est-à-dire les casques lourds et le bouclier balistique – nous n’avons pas de gilet lourd. Pendant ce temps, M. P.T et moi-même nous engageons dans le passage Saint-Pierre-Amelot. Nous rendons compte à notre station directrice de ce que nous voyons : c’est une scène de guerre, des personnes sont au sol, blessées ou mortes. Je crois, pour avoir débriefé avec lui par la suite, qu’à ce moment le commissaire N et son chauffeur pénètrent dans le Bataclan par l’entrée principale et neutralisent l’un des terroristes. Deux cents à trois cents personnes sortent du Bataclan par le passage. Nous scannons la foule du regard à la recherche d’éventuels terroristes. Nous assistons à un mouvement de panique, mais nous demandons aux personnes valides d’aider celles qui le sont moins. Certaines font demi-tour pour aider les blessés. Nous décidons d’escorter les personnes en question jusqu’à un lieu sécurisé pour qu’elles soient prises en charge par un service d’urgence. Je crois que nous prenons une salve de kalachnikov : nous voyons tomber des personnes autour de nous, mais nous ne parvenons pas à déterminer l’origine des tirs – c’est assez frustrant. M. A. D est ensuite venu nous rejoindre.

Dans une deuxième phase, après nous être mieux équipés, nous avons rejoint le commissaire N à la porte principale. Dans l’intervalle, la BAC 952-11 nous a rejoints ; nous étions heureux de les voir arriver. Nous avons ensuite attendu les services spécialisés, BRI et RAID.

Dans une troisième phase, une fois tous les renforts présents, nous avons sécurisé les lieux et participé à l’évacuation des personnes blessées.

M. le rapporteur. Vous êtes les tout premiers à arriver au Bataclan !

M. L. S. Tout à fait. Nous sommes les trois premiers policiers sur place. Le commissaire N et son chauffeur arrivent rapidement.

M. le rapporteur. À 21 heures 54 !

M. L. S. Quelques policiers du 20e arrivent ensuite.

M. A. D. Certains viennent aussi du commissariat central du 3 !

M. L. S. Quelques minutes après, nous sommes une dizaine de fonctionnaires.

M. le rapporteur. Lorsque vous arrivez, vous assistez, selon vos propres mots, à une « scène de guerre ». Pour quelles raisons vous fixez-vous sur le passage Saint-Pierre-Amelot ? Pourquoi ne décidez-vous pas d’entrer dans le Bataclan ? Vous manquiez d’effectifs, d’équipements ?

M. L. S. Lorsque nous arrivons, des personnes sortent par le passage Saint-Pierre-Amelot, ce qui attire notre attention. Nous pensons que les individus armés vont peut-être tenter de s’enfuir par ce passage dans lequel nous progressons. Nous entendons des coups de feu et des explosions tellement fortes qu’elles résonnent dans nos corps.

M. le rapporteur. De quelles explosions s’agit-il ? Des kamikazes qui se font exploser ?

M. L. S. Nous entendons, à l’intérieur du Bataclan, un bruit qui ressemble à celui de grenades qui explosent. Nous reconnaissons aussi le bruit caractéristique de tirs nourris de kalachnikov. Les explosions sont si puissantes que nous les entendons de l’extérieur, malgré l’épaisseur des murs d’une construction haussmannienne.

Nous avons estimé ce que nous étions en mesure de faire. Nous ne disposions ni des effectifs ni des moyens matériels pour intervenir correctement. La plupart des fonctionnaires étaient engagés sur le site du Stade de France.

M. le président Georges Fenech. Si vous aviez disposé des moyens et de l’équipement nécessaires, seriez-vous rentrés dans le Bataclan ?

M. L. S. On aurait peut-être pu figer un peu la situation. Ce qui est frustrant, c’est de voir des gens tomber. Nous aurions voulu faire plus, mais nous n’avons pas pu le faire par manque de moyens matériels.

La BRI avec laquelle nous avons débriefé nous a dit que nous avions eu le bon réflexe : il fallait cerner le Bataclan afin de fixer les terroristes et de leur montrer que nous étions là. Dès lors qu’une présence policière attire leur attention, il y a des chances qu’ils s’intéressent moins aux otages.

M. le rapporteur. Après que le commissaire N a tué le kamikaze, deux à trois cents personnes sortent du Bataclan, nous dites-vous. Est-ce à ce moment que plusieurs rafales sont tirées ? Y a-t-il eu des victimes de ces tirs parmi les spectateurs du Bataclan ?

M. L. S. Des personnes s’écroulent à la sortie, mais nous ne savons pas si elles ont été blessées à l’intérieur. Comme je vous le disais, nous ne savons pas d’où viennent les tirs, même si nous voyons des impacts. Dans un instant pareil, tous nos sens sont à la fois en éveil et perturbés. Nous essayons d’être le plus réactifs et d’analyser la situation, mais le stress amoindrit une partie des réflexes professionnels. Nous essayons de travailler correctement. Le but était de sauver un maximum de gens.

M. le rapporteur. Après l’intervention du commissaire N, lorsque les spectateurs sortent en masse, tire-t-on sur eux ?

M. T. P. Lorsque nous essuyons des rafales dans le passage Saint-Pierre-Amelot, il ne s’y trouve plus que le monsieur dont je vous ai parlé, qui déplace une femme.

M. L. S. M. P. T. intervient juste après nous. À notre arrivée, il y avait du monde qui courait en tous sens en sortant du Bataclan par le passage Saint-Pierre-Amelot.

M. A. D. Lorsque les spectateurs sortent du Bataclan, l’individu ou les individus tirent depuis l’intérieur sur les spectateurs qui se trouvent quasiment à la porte. Une balle de kalachnikov traverse tout : L. S. et P. T. sont témoins de ces tirs.

M. le rapporteur. Cela se déroule avant 21 heures 57 et l’intervention du commissaire N.

M. T. P. Oui.

M. le rapporteur. Après 21 heures 57 et la mort du kamikaze, il n’y a plus de tirs, mis à part les rafales qui visent directement la BAC dans le passage Saint-Pierre-Amelot ?

M. T. P. Le commissaire N est entré avec son chauffeur. On entend alors ses tirs et une explosion. Une fois que l’individu visé est neutralisé, nous essuyons les premières rafales côté passage Saint-Pierre-Amelot. Pendant les dix minutes durant lesquelles le terroriste nous tire dessus, nous n’entendons plus d’autres tirs à l’intérieur.

M. le président Georges Fenech. Parce que l’autre est mort.

M. T. P. L’un d’entre eux a été neutralisé. L’autre est là-haut en train de… J’ai tendance à me dire que, tant qu’on tire sur moi, on ne tue personne d’autre.

M. Pierre Lellouche. Que voulez-vous dire par « en train de… » ?

M. le président Georges Fenech. Je crois que certaines choses n’ont jamais été dites. Je pense que l’on pourrait peut-être, à ce stade, éclaircir les choses.

M. T. P. Des corps n’ont pas été présentés aux familles parce qu’il y a eu des gens décapités, des gens égorgés, des gens qui ont été éviscérés. Il y a des femmes qui ont pris des coups de couteau au niveau des appareils génitaux.

M. le président Georges Fenech. Tout cela aurait été filmé en vidéo pour DAECH !

M. T. P. Il me semble. Les victimes en ont parlé.

M. le rapporteur. Ces actes ont été commis par les deux survivants. Savez-vous si vous avez blessé celui sur lequel vous avez tiré dans le passage Saint-Pierre-Amelot ?

M. T. P. Je pense, mais je n’ai aucune certitude. Comme ils se sont fait sauter, on ne peut pas savoir s’il était blessé au tronc. Je pense l’avoir touché car les tirs ont cessé, et la porte s’est refermée. Le fait que la kalachnikov s’affaisse et que les portes se referment me semble significatif. Plus tard, nous avons parlé avec le civil qui nous faisait des signes dans le passage Saint-Pierre-Amelot : il nous a dit que nous avions touché le tireur et que c’est pour cela qu’il avait cessé de tirer.

Après ce moment, les tirs que nous avons entendus à l’intérieur n’étaient que très sporadiques. Il n’y a plus eu de rafales. Selon toute vraisemblance, un des terroristes ou plusieurs achevaient les gens. Ensuite, j’avoue que je n’ai fait que quinze mètres à l’intérieur du Bataclan derrière la BRI. Ma présence n’était pas nécessaire, je suis donc ressorti. Ce que j’avais vu m’avait suffi.

M. Pierre Lellouche. Les exactions sur les gens se sont déroulées à quel endroit ?

M. T. P. À l’étage.

M. Pierre Lellouche. Cela se passe après que l’individu que vous avez blessé est remonté ?

M. T. P. Je pense même que ça s’est produit avant, mais ce n’est que mon avis personnel. Pendant que nous fixions un terroriste à la porte de secours, un autre faisait toutes ces choses ignobles à l’étage.

M. Pierre Lellouche. La vidéo est partie ?

M. le président Georges Fenech. Je crois savoir que des vidéos sont parties.

M. Pierre Lellouche. On peut le savoir si l’on a récupéré les portables des victimes. On les a ?

M. T. P. Ils se sont fait exploser. Il y a eu des personnes décapitées, égorgées, éviscérées. Il y a eu des mimiques d’actes sexuels sur des femmes et des coups de couteau au niveau des appareils génitaux. Si je ne me trompe pas, les yeux de certaines personnes ont été arrachés.

M. A. D. Je voudrais apporter une précision pour répondre à la question de M. le rapporteur qui se demandait pourquoi mes collègues avaient immédiatement pris la direction du passage Saint-Pierre-Amelot. Ils l’ont dit : c’est parce que l’on voyait des victimes sortir par les portes de secours, mais c’est aussi parce que, quelque temps après que nous sommes descendus de voiture, un véhicule de police est arrivé et s’est garé devant l’entrée principale du Bataclan, en direction de la rue Oberkampf, en attendant sans doute d’autres collègues. C’est donc naturellement, puisque nous nous trouvions du côté du boulevard Richard-Lenoir, que mes collègues ont pris la direction du passage Saint-Pierre-Amelot où l’on voyait des victimes, alors que ceux qui arrivaient du côté du boulevard Voltaire s’occupaient de l’entrée principale du Bataclan.

M. Pierre Lellouche. Le commissaire N arrive trois minutes après vous et il rentre directement dans le Bataclan. Vous vous êtes parlé ?

M. L. S. Non.

M. Pierre Lellouche. En fait, vous ne savez même pas qu’il est rentré dans la salle ?

M. L. S. Nous n’en savions rien, et il ne savait pas que nous étions du côté des sorties de secours. Dans un second temps, nous nous sommes retirés pour protéger un peu les victimes, et nous avons eu un contact visuel avec le commissaire N. Notre équipage s’est ensuite dissocié en deux groupes : A. D. a rejoint la BAC 952-11 de M. T. P, tandis que M. P.T et moi-même rejoignions le commissaire N à l’entrée de la salle.

Ce dernier souhaitait pénétrer à nouveau dans le Bataclan, mais une lumière nous éblouissait, nous ne connaissions pas la topographie exacte, et nous étions encore sous-armés. Nous n’avions donc ni les moyens matériels ni la connaissance des lieux qui nous auraient permis de progresser dans le Bataclan. Si les terroristes étaient sortis, nous aurions tout fait pour les neutraliser, mais nous savions que nous n’avions pas les moyens matériels pour intervenir dans la salle en toute sécurité.

M. Pierre Lellouche. C’est pendant ce temps que vos collègues sortent les blessés du Bataclan ?

M. L. S. Deux ou trois personnes ont réussi à sortir, nous les avons accompagnées. Lorsque les services spécialisés sont arrivés, ils ont pris le relais. Nous avons élargi le périmètre puis nous l’avons sécurisé en travaillant, lorsque c’était nécessaire, en équipes mixées avec la BRI. Je me suis trouvé pendant un moment avec un collègue de la BRI qui avait ses ondes opérationnelles. J’avais conservé la fréquence de la BAC 75 N. Nous échangions nos informations. Nous avons eu beaucoup de difficultés pour communiquer sur cette intervention. C’était un gros problème. Nous avions du mal à obtenir la fréquence d’urgence…

M. Pierre Lellouche. Plusieurs fréquences émettaient en même temps ?

M. L. S. En temps normal, si vous demandez la priorité sur cette onde, on vous l’accorde, mais, ce soir-là, la demande venait de partout en même temps, ce qui a saturé le système.

M. Jean-Michel Villaumé. À ce moment, les militaires sont-ils présents ?

M. L. S. Ils sont présents dans une deuxième phase, mais pas au début de notre intervention.

M. T. P. Nous sommes arrivés sur place dix minutes après Laurent. Nous avons essuyé des tirs passage Saint-Pierre-Amelot pendant dix minutes, et les militaires sont arrivés dans cet intervalle puisqu’ils étaient avec nous lors des deux dernières salves. Ils devaient être sur place un quart d’heure après l’intervention de l’équipe de L. S..

S’agissant de la coordination et de la communication, les terroristes ont réussi à faire ce qu’ils voulaient : saturer les ondes. Ils ont utilisé un procédé militaire qui consiste à multiplier les points d’impact pour saturer les services de secours et d’intervention.

Ils ont été surpris parce qu’ils ne s’attendaient sans doute pas à une réaction aussi rapide de notre part, mais ils ont, en un sens, réussi. Laurent et moi-même nous sommes rendus sur place d’initiative. À aucun moment nous n’avons demandé l’autorisation d’aller au Bataclan. Les BAC 75, 92 et 93 ont été rassemblées pour former la BAC d’agglomération de nuit. Nous avons en conséquence la possibilité de prendre des initiatives.

M. le président Georges Fenech. Les premiers intervenants sont tous venus d’initiative. C’est le cas de la DSPAP, du commissaire N, de la BAC. Ceux qui réagissent sur commandement arrivent dans un deuxième temps, vers vingt-deux heures cinquante.

M. T. P. Il faut aussi savoir que, pour la couverture radio, Paris est divisé par arrondissement. Les ondes étaient donc déjà monopolisées parce que, dans la même zone, il y a eu multiplication des attaques puis des appels pour secourir les nombreuses victimes. Devant cet embouteillage, ni Laurent ni moi n’avons pris les ondes pour annoncer nos déplacements. Nous ne l’avons fait qu’une fois à destination : moi au Comptoir Voltaire, Laurent au Bataclan.

M. Pierre Lellouche. Lorsque nous nous sommes rendus sur place, jeudi dernier, M. B.B, Mme C.P., deux membres de la CSI-75, la compagnie de sécurisation et d’intervention compétente pour l’agglomération parisienne, nous ont raconté qu’ils avaient évacué des victimes durant toute la soirée. Ils étaient sur place lorsque vous êtes arrivés : vous avez dû les voir ?

M. T. P. La CSI n’était pas au Bataclan, mais sur les terrasses. Ils n’y sont arrivés que bien après nous.

M. le président Georges Fenech. M. B.B. est allé directement au Bataclan.

M. T. P. Nous étions sur la conférence régionale 137 ; nous n’avions pas les ondes parisiennes.

M. Pierre Lellouche. Il y a quelque chose qui ne colle pas bien : je vois le commissaire arriver, s’appuyer sur le bar et descendre un terroriste. Mais il y avait ces deux policiers…

M. le président Georges Fenech. Il y avait le commissaire B.B. et C.P. qui est son adjointe.

M. P. T. J’ai participé à l’évacuation avec le commissaire B.B. La BRI qui est venue nous relever, a installé un bouclier Ramsès devant la porte du Bataclan avant de pénétrer à l’intérieur de l’établissement qu’ils ont sécurisé comme ils pouvaient. La colonne de la BAC 75 N les a suivis avec l’armement d’assaut. Sur ordre de BRI, nous avons commencé à évacuer tous les blessés valides qui pouvaient se déplacer par eux-mêmes. Ils sont venus vers nous et, après une palpation sommaire, nous les avons dirigés vers le PC sécurité. Nous avons ensuite commencé à évacuer les blessés qui se trouvaient au sol grâce à des barrières de sécurité. Le commissaire B.B. nous a aidés avec d’autres collègues.

M. Pierre Lellouche. En gros, il s’est passé une heure entre le moment où le commissaire tue le terroriste et l’assaut.

M. le président Georges Fenech. L’assaut a lieu à minuit vingt.

M. L. S. Grosso modo, oui.

Les horaires des événements correspondaient globalement à ceux de la relève entre la CSI, qui travaille de jour, et la BAC 75 N. Pendant la relève, nous avons parfois un problème de moyens, puisque certains matériels sont mutualisés entre les équipes du jour et de la nuit.

M. Pierre Lellouche. Vous étiez sur place en permanence : vous n’avez plus entendu de coup de feu entre le moment où le commissaire a tiré et l’assaut ?

M. L. S. Seulement de manière très sporadique.

M. T. P. Au coup par coup.

M. L. S. Nous n’entendons plus de rafales.

M. Pierre Lellouche. Il y a combien de tireurs ?

M. L. S. Nous ne les voyons pas. Nous entendons des tirs de temps en temps. J’extrapole, mais on peut imaginer qu’ils faisaient le tour et que, de temps en temps, ils mettaient une cartouche ou deux dans certaines victimes.

M. T. P. Ce qui est sûr, c’est que, à partir de l’arrivée des effectifs de la BRI, il n’y a plus eu de tir du tout. Vous voudrez bien excuser l’expression, mais il régnait un silence de mort. Il n’y avait plus aucun bruit.

M. Pierre Lellouche. À ce moment, ils n’étaient plus que deux avec les vingt personnes coincées en haut.

M. T. P. Oui, je pense. Je pense qu’ils s’étaient isolés à ce moment dans la pièce dans laquelle ils se sont fait sauter.

M. Pierre Lellouche. Si vous aviez eu le matériel nécessaire, vous y seriez allés ?

M. L. S. Si nous avons les moyens de nous protéger de manière sérieuse, et du matériel en rapport avec l’agression, cela rééquilibre les forces, et nous devenons opérationnels. Ce soir-là, je vous le dis franchement, j’ai emmené mes gars en enfer. Ils sont allés au-delà de leurs capacités physiques et matérielles. Heureusement, j’ai avec moi de bons sportifs, des gars qui ont à la fois une tête et des jambes, qui s’exercent avec sérieux et qui sont capables de réagir correctement au stress. Vous ne pouvez pas faire ça avec n’importe qui. Si nous avions eu plus de matériels de protection et des armes plus efficaces, nous aurions peut-être pu être plus réactifs ou opérationnels.

M. le président Georges Fenech. Quel est votre ressenti personnel s’agissant de l’intervention du commissaire N qui est entré dans le Bataclan avec une arme de poing sans aucune protection ?

M. L. S. Des moniteurs de tir m’ont dit que le commissaire N était sportif et s’entraînait au tir régulièrement. C’est un homme de terrain polyvalent, tant physiquement qu’opérationnellement. Il est très à l’aise avec son arme. Lui et son équipier ont fait preuve de sang-froid et de courage. Ils sont vraiment allés au-delà de leurs capacités, et je suis admiratif à leur égard. Par rapport aux moyens dont ils disposaient, ils ont vraiment été « culottés ».

M. T. P. Ce qu’ont fait le commissaire N et son collègue, au moment où ils ont agi, avec un matériel qui était le même que le nôtre – je crois qu’ils n’avaient même pas de casque qui, de toute façon, ne sert à rien face à une kalachnikov –, c’est techniquement, sur le plan policier, le maximum que l’on puisse faire. Le tir a été effectué au niveau de la porte d’accès à la salle. Ils étaient dissimulés mais pas protégés. Ils ont pu neutraliser le terroriste par surprise.

Dans le passage Saint-Pierre-Amelot, ni Laurent et son équipage ni moi et le mien ne pouvions progresser : nous y serions restés, c’est sûr.

Du côté de l’entrée principale, ce qu’ils ont fait était « nickel », si je peux me permettre. C’était ce qu’il fallait faire : tenter de neutraliser l’individu sans trop progresser. C’est pour cela qu’ils n’ont pas trop progressé dans la salle.

M. le président Georges Fenech. Ils y sont tout de même retournés une deuxième fois !

M. L. S. Au risque de vous choquer, le but – ce que nous avons fait d’initiative, de façon presque inconsciente – était de juguler les terroristes et de les laisser, malheureusement, dans le Bataclan pour éviter qu’ils ne fassent d’autres victimes dans un nouveau lieu. En attendant les forces spéciales, il fallait essayer de les contenir sur le lieu où ils se trouvaient.

M. le rapporteur. Le ministre de l’intérieur a annoncé que des équipements supplémentaires seraient livrés, notamment aux BAC. Savez-vous quand ils vous parviendront ?

M. L. S. Deux jours après les événements, nous avons rencontré M. Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur, qui nous a annoncé que nous serions dotés de véhicules et de moyens matériels supplémentaires. Ils nous arrivent petit à petit. Il est question que nous récupérions des berlines dont le coffre soit plus adapté au matériel dont nous avons besoin. Nous avons reçu des boucliers balistiques avec des plaques de renfort qui protègent des tirs de kalachnikov, et des armes intermédiaires : lanceurs de projectile de calibre de 40 millimètres, Taser, grenades.

M. Pierre Lellouche. Je m’entraîne régulièrement au tir dans les locaux de la police. Je sais ce que c’est de tirer à quarante-cinq mètres dans la pénombre : ce n’est pas évident, sauf si l’on est très bien entraîné. Combien de fois un policier de terrain tire-t-il par an ?

M. L. S. En BAC, nous avons des « open tirs » une fois par semaine. Nous arrivons à tirer une fois par semaine, ou une fois tous les quinze jours. Nous avons un entraînement sportif une fois ou deux par semaine. Il faut savoir que nous sommes des privilégiés. Il y a aussi eu des périodes de carence de munitions pendant lesquelles nous ne tirions que deux fois huit cartouches. Nous nous retrouvions alors dans la situation du service général qui doit effectuer un minimum de trois tirs annuels.

M. T. P. Nous sommes privilégiés parce que, grâce aux séances de tir spéciales de la BAC, nous pouvons tirer beaucoup plus que les autres. Nous tirons en général au moins dix fois par an.

M. Pierre Lellouche. En gros, donc, vous tirez une fois par mois. Combien de cartouches ? Une cinquantaine ?

M. T. P. et M. L. S. Non ! Une trentaine.

M. L. S. Nous avons deux chargeurs de quinze cartouches.

M. T. P. Fort heureusement, nos moniteurs de tir savent s’adapter. Ils proposent des tirs de situation qui optimisent les munitions dont nous disposons. Je répète que nous sommes des privilégiés : les collègues de commissariat tirent trois fois par an, c’est-à-dire quatre-vingt-dix cartouches… lorsqu’il y a des cartouches.

M. L. S. Nous allons être dotés du fusil HK G36 : nous essayons de trouver des stands de tir adaptés aux cartouches de cette arme.

M. le président Georges Fenech. Peut-être M. N. B., qui n’a pas encore pris la parole, souhaite-t-il ajouter quelque chose ?

M. N. B., gardien de la paix. Je suis l’équipier de la BAC 952-11. Ce soir-là, mon chef de bord était T.P, et mon chauffeur le brigadier N. B..

Le 13 novembre, nous nous sommes d’abord arrêtés au Comptoir Voltaire. Ma mission a consisté à sécuriser l’angle du café vers la rue de Montreuil. Le brigadier-chef T.P me donnait des instructions et m’informait. Dans le café, il a constaté qu’il y avait eu une explosion et non des tirs.

Nous étions à la recherche de la Polo en fuite. Je prenais le temps de regarder les plaques d’immatriculation – la Polo était immatriculée en Belgique – et les passagers de chaque véhicule qui passait.

Nous sommes ensuite partis au Bataclan.

M. O. B. Lorsque nous étions à l’angle du passage Saint-Pierre-Amelot, alors que des personnes dans le Bataclan subissaient des choses atroces, nous avons eu beaucoup de chance. Nous sommes retournés sur place, et le propriétaire du magasin de carrelage derrière lequel nous nous étions abrités nous a expliqué que sa boutique était une ancienne banque dont les vitres étaient blindées. Cela nous a protégés – je n’avais qu’un bouclier balistique sans plaques additionnelles.

À l’angle, nous entendions des gens gémir, mais nous ne pouvions pas aller les aider parce que nous ne disposions pas du matériel adéquat.

M. le président Georges Fenech. Pour l’information de la commission d’enquête, monsieur P. T., pouvez-vous nous dire comment vous avez appris qu’il y avait eu des actes de barbarie à l’intérieur du Bataclan : décapitations, éviscérations, énucléations… ?

M. T. P. Après l’assaut, nous étions avec des collègues au niveau du passage Saint-Pierre-Amelot lorsque j’ai vu sortir un enquêteur en pleurs qui est allé vomir. Il nous a dit ce qu’il avait vu. Je ne connaissais pas ce collègue, mais il avait été tellement choqué que c’est sorti naturellement.

M. Alain Marsaud. Les actes de tortures se sont passés au deuxième étage ?

M. T. P. Je pense, car je suis entré au niveau du rez-de-chaussée où il n’y avait rien de tel, seulement des personnes touchées par des balles.

M. Alain Marsaud. À votre connaissance, ils étaient trois sans aucun doute ? Il n’y a aucune chance qu’un quatrième se soit enfui ?

M. T. P. On est certains qu’ils étaient au moins trois, mais ils étaient peut-être quatre. Les ondes retransmettaient les appels au numéro d’urgence de la police, le 17 : on entendait parler de trois individus, voire quatre.

M. Alain Marsaud. Est-il exclu qu’une quatrième personne ait pu s’enfuir en se faisant évacuer parmi les blessés ?

M. T. P. Ce n’est pas exclu. C’est la raison pour laquelle mes collègues ont procédé à des palpations sommaires de toutes les victimes, même blessées, qui sortaient par l’entrée principale.

M. L. S. Nous effectuions systématiquement une palpation sommaire, au moins au niveau du plexus, de la base du torse, et des jambes.

M. Alain Marsaud. Un quatrième terroriste aurait pu être blessé lui-même ou s’enfuir parmi les blessés ?

M. T. P. Parmi les blessés, je ne pense pas.

M. Alain Marsaud. On ne retrouve que trois armes de guerre.

M. L. S. Cela relève des investigations. Pour notre part, nous n’en savons rien.

M. le président Georges Fenech. Messieurs, nous vous remercions vivement d’avoir livré ce très important témoignage. La commission d’enquête salue votre courage et l’intervention qui a été la vôtre.

*

* *

Audition, à huis clos, de M. Jean-Marc Falcone, directeur général de la police nationale, et de M. Marc Baudet, conseiller stratégie et prospective.

M. le président Georges Fenech. Nous vous remercions d’avoir répondu à la demande d’audition de notre commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015.

Vous savez que nous avons déjà tenu de nombreuses auditions, consacrées aux victimes et à leur prise en charge par les secours, puis à la chronologie des événements de janvier et de novembre 2015.

Nous commençons avec vous une nouvelle phase de nos travaux tendant, à la lumière de l’expérience des attentats de janvier et novembre 2015, à nous interroger sur les moyens et les missions des forces de police.

Cette audition, en raison de la confidentialité des informations que vous êtes susceptibles de nous délivrer, se déroule à huis clos. Elle n’est donc pas diffusée sur le site internet de l’Assemblée. Néanmoins, et conformément à l’article 6 de l’ordonnance 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires, son compte rendu pourra être publié en tout ou partie, si nous en décidons ainsi à l’issue de nos travaux. Je précise que les comptes rendus des auditions qui auront eu lieu à huis clos seront au préalable transmis aux personnes entendues afin de recueillir leurs observations. Ces observations seront soumises à la Commission, qui pourra décider d’en faire état dans son rapport.

Je rappelle que, conformément aux dispositions du même article, « sera punie des peines prévues à l’article 226-13 du code pénal – un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende – toute personne qui, dans un délai de vingt-cinq ans, divulguera ou publiera une information relative aux travaux non publics d’une commission d’enquête, sauf si le rapport publié à la fin des travaux de la commission a fait état de cette information ».

Conformément aux dispositions de l’article 6 précité, je vais maintenant vous demander de prêter le serment de dire toute la vérité, rien que la vérité.

M. Jean-Marc Falcone et M. Marc Baudet prêtent serment.

Je vous laisse la parole pour un exposé liminaire qui sera suivi par un échange de questions et réponses.

M. Jean-Marc Falcone, directeur général de la police nationale. Mesdames et messieurs les députés, je serai très bref. Je souhaite simplement, par courtoisie pour la Commission, repositionner la Direction générale de la police nationale (DGPN) parmi l’ensemble des forces de sécurité intérieure, puis vous exposer très rapidement l’action de cette direction en réponse aux attentats que nous avons connus en janvier et en novembre. Ensuite, je présenterai de manière schématique les dispositions que j’ai pu prendre à mon niveau, en qualité de directeur général, après les retours d’expérience effectués avec mes services à la suite des attentats.

La Direction générale de la police nationale est composée de 145 000 agents, et s’appuie sur des directions de police active.

Parmi elles, la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP) est une direction généraliste. Elle comprend le Service central du renseignement territorial (SCRT).

Nous avons également des directions dites spécialisées, à compétence nationale, telles que la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ; la Direction centrale de la police aux frontières ; la Direction centrale des compagnies républicaines de sécurité, qui ont aussi compétence nationale ; le Service de recherche, assistance, intervention, dissuasion – le RAID – qui est directement rattaché au directeur général de la police nationale ; et le service de la protection qui est chargé de protéger les personnalités susceptibles d’être menacées.

L’engagement de cette direction générale a été réel, bien que les attentats ne se soient pas déroulés dans sa zone de compétence, le préfet de police de Paris ayant une compétence spécifique. Nous parlons de compétence de plein exercice. Néanmoins, les directions que je viens de citer ont apporté leur contribution aux opérations menées lors des attentats. Ainsi, le 7 janvier, les services de police situés dans les départements du Val-d’Oise, de l’Oise, de la Seine-et-Marne et de la Marne ont été mobilisés pour la recherche des frères Kouachi : près de 700 agents ont apporté leur assistance à la recherche.

Le 13 novembre, vers 22 h 40, j’ai fait converger sur Paris 215 policiers des départements de la grande couronne – Seine-et-Marne, Yvelines, Essonne et Val-d’Oise – pour prêter renfort au préfet de police, et en particulier à la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP).

La Direction centrale de la police judiciaire a aussi été très largement mobilisée, avec le « dispositif attentat », sur lequel je pourrai revenir si vous le souhaitez. Au plus fort des attentats du 13 novembre, ce ne sont pas moins de 750 enquêteurs issus de cette direction qui ont participé aux recherches, aux constatations et aux opérations de police technique et scientifique sur Paris.

La Direction centrale de la police aux frontières a également été mise à contribution ; près de 5 000 fonctionnaires de cette direction ont été déployées sur les frontières lorsque l’état d’urgence a été décrété.

Et bien évidemment, le personnel du RAID a contribué, par son action dans le cadre de ses missions, aux interventions faisant suite aux attentats de janvier et de novembre, en collaboration notamment avec la Brigade de recherche et d’intervention de la préfecture de police de Paris (BRI-PP). Ces fonctionnaires du RAID participent plusieurs fois par semaine aux opérations de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ou de la sous-direction antiterroriste (SDAT) lorsque ces services interpellent des personnes radicalisées ou susceptibles de passer à l’acte dans un cadre terroriste.

Depuis les attentats de janvier, j’ai repositionné le service central du renseignement territorial sur la prévention du terrorisme, en faisant suivre un certain nombre de personnes dites radicalisées. Actuellement, près de 3 000 sont suivies par ce service.

J’ai également créé un état-major auprès de moi, car nous nous sommes aperçus que la Direction générale de la police nationale n’était plus dans la même position qu’au cours des décennies passées. Elle doit maintenant jouer un rôle beaucoup plus opérationnel pour gérer au quotidien les états-majors des différentes directions que je viens de citer. J’ai donc créé un état-major qui intègre un centre d’information de la police nationale qui regroupera, dans les prochaines semaines, les dispositifs d’information de toutes les directions, qui étaient jusqu’à présent éclatés. J’aurai donc auprès de moi un état-major pour commander l’ensemble des directions centrales de la police, et un centre d’information qui va regrouper les centres d’information des services et des directions que je viens de citer.

Au sein de la Direction centrale de la police judiciaire, nous avons fait monter en puissance la sous-direction de la lutte contre la cybercriminalité avec le programme PHAROS (plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements) et les enquêtes liées à la cybercriminalité. Le dispositif attentat a été mis en œuvre au mois de novembre ; et les effectifs de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) ont sensiblement augmenté, ce qui était nécessaire au vu du nombre d’enquêtes qu’elle doit suivre.

Les sept GIPN métropolitains ont été transformés en antennes RAID, sous le commandement unique et centralisé du RAID central à Bièvres, ce qui permet de donner des instructions et d’avoir à disposition les 270 opérateurs qui composent les antennes et le service central.

Enfin, j’ai fait monter en puissance l’unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT) avec la cellule d’appel radicalisation et le fichier FSPRT, qui répertorie l’ensemble des personnes signalées comme pouvant être radicalisées.

Au plan tactique, nous avons décidé d’adapter les dispositifs de formation initiale et continue des policiers, puisque nous nous sommes aperçus que la menace avait changé de nature, y compris dans ses formes, de plus en plus violentes et rédhibitoires. Nous avons fait en sorte de former l’ensemble des brigades et des fonctionnaires.

Nous sommes en train de mettre la dernière main au schéma national d’intervention, que le ministre de l’Intérieur pourra arrêter d’ici une semaine ou deux. Il en avait fait la demande après les attentats de novembre, afin de pouvoir concentrer et articuler l’ensemble des services d’intervention.

Nous avons également diffusé une doctrine à destination des primo-intervenants, car ce seront, par définition, les premiers à être exposés à des actes de terrorisme, et à un terrorisme de plus en plus violent et tueur. J’ai donc reconstruit une doctrine avec des « fiches réflexes » que j’ai fait distribuer avant Noël.

Il a aussi fallu organiser la police judiciaire pour prendre en compte la décision du parquet antiterroriste de saisir systématiquement la DCPJ-SDAT pour qu’elle coordonne les enquêtes en cas d’attentats sur le territoire.

Nous continuons de procéder aux différents recrutements décidés par le Gouvernement, pour la plupart dans le cadre de plans pluriannuels : le plan antiterroriste, le plan immigration et le pacte de sécurité du Président de la République. Nous prévoyons aussi l’organisation exceptionnelle de concours de recrutement de gardiens de la paix, puisque nous faisons entrer cette année 4 600 gardiens de la paix dans les écoles, tandis qu’autant en sortiront en fin d’année ainsi que l’an prochain. Il a donc fallu que mon administration réponde le plus vite possible, avec des moyens adaptés, à ces demandes tout en garantissant une formation initiale soutenue et la plus complète possible, afin de bénéficier de ces renforts dont nous avons bien besoin.

S’agissant des moyens, le plan BAC entre en vigueur. Les brigades anti-criminalité, composées de gens formés dont l’expertise est plus affirmée que celle des premiers intervenants ont en effet une capacité d’intervention. Elles peuvent, sur des tueries de masse ou des actes terroristes, stabiliser et fixer les terroristes. Nous l’avons vu à Paris lors de l’intervention d’un commissaire de la BAC.

Voilà, de manière schématique, la façon dont les différents services ont pu intervenir, et ce que j’ai pu développer.

M. le président. Deux questions liminaires, tout d’abord, pour bien clarifier les choses.

En tant que DGPN, c’est vous qui avez l’autorité pour, le cas échéant, déclencher la Force d’intervention de la police nationale (FIPN) ?

M. Jean-Marc Falcone. Tout dépend où. Sur Paris, c’est le préfet de police qui me sollicite lorsqu’il souhaite mettre en œuvre la FIPN.

M. le président. C’est donc sur la demande du préfet de police de Paris que le DGPN déclenche la FIPN. Pourriez-vous le faire d’autorité ?

M. Jean-Marc Falcone. Après un échange, je pourrais lui proposer de mettre en œuvre la FIPN, mais sur la plaque parisienne, c’est lui qui me le demande, par exemple en cas d’attentats multiples, ou parce que la BRI peut ne pas suffire à l’exécution de la tâche.

M. le président. Confirmez-vous que lorsque la FIPN se déclenche dans Paris intra-muros, le chef du RAID en prend le commandement sous votre autorité, malgré la compétence territoriale BRI-BAC ?

M. Jean-Marc Falcone. Si la FIPN est déclenchée dans Paris, c’est le patron du RAID qui en prend la direction, et qui se place sous les ordres du préfet de police.

M. le président. Le 13 novembre 2015, vous ne déclenchez pas la FIPN, alors que cela a été fait au mois de janvier. Pourquoi l’utiliser en janvier et pas en novembre, alors que les attentats étaient beaucoup plus importants ? On aurait pu imaginer que le RAID prenne la direction des opérations, mais vous avez laissé la BRI agir en tant que force menante.

M. Jean-Marc Falcone. C’est qu’au mois de janvier, le préfet de police en avait fait la demande ; tel n’a pas été le cas au mois de novembre. Le RAID a quand même été envoyé sur Paris, comme vous le savez ; il a agi en concourant du menant, qui a été la BRI.

M. le président. Cette réponse ne peut pas me satisfaire. Je veux connaître la motivation de cette décision. Je comprends que c’est votre décision mais je ne peux pas me satisfaire d’une réponse consistant à dire que c’est le préfet qui a estimé ne pas devoir demander de mettre en œuvre la FIPN, alors que c’est vous qui avez l’autorité sur cette force. Quels critères objectifs ont conduit à faire ce choix alors que nous sommes confrontés à une série d’attentats de grande ampleur à Paris ?

M. Jean-Marc Falcone. Les situations de janvier et de novembre sont différentes. En janvier, lorsque Amedy Coulibaly est entré dans l’Hypercacher, une autre action était en cours à Dammartin-en-Goële. Il fallait conjuguer les deux interventions de manière cohérente. La mise en œuvre de la FIPN a donc été demandée par le préfet de police de l’époque.

Au mois de novembre, les premières réactions ont consisté à envoyer le RAID sur Paris, en colonne.

M. le président. Qui a pris cette décision ?

M. Jean-Marc Falcone. Il y a eu un échange entre Jean-Michel Fauvergue – le chef du RAID – et moi. Le préfet de police a également demandé l’assistance du RAID.

M. le président. Il me semblait que le RAID s’était déplacé de sa propre initiative.

M. Jean-Marc Falcone. Non, pas du tout. J’ai parlé avec le chef du RAID à 22 h 05, pour l’informer qu’il y avait des attentats. Il le savait déjà : mon état-major avait eu le RAID à 21 h 45, et celui-ci avait procédé à son regroupement. Il est parti de Bièvres à 22 h 10.

M. le président. Nous n’avions pas eu ces détails de la part du RAID.

M. Jean-Marc Falcone. J’ai une main courante du SVOPN (service de veille opérationnelle de la Police nationale), mon état-major, qui recense la liste des personnes que j’ai informées en temps et en heure à partir de 21 h 55. Je vous en ferai parvenir un exemplaire.

M. Pierre Lellouche. À quelle heure dites-vous avoir donné l’ordre au RAID de se préparer ?

M. Jean-Marc Falcone. J’ai eu Jean-Michel Fauvergue au téléphone à 22 h 05 pour lui dire qu’il y avait eu des attentats à Paris, et mon état-major avait appelé le RAID à 21 h 45. Le RAID était alors en train de procéder à son regroupement.

M. Pascal Popelin. Le RAID avait-il anticipé votre ordre ?

M. Jean-Marc Falcone. Oui, parce qu’il avait eu des informations. D’autant que, dans le cadre de la préparation de l’Euro 2016, un officier du RAID et un officier du GIGN étaient présents au Stade de France. Ils ont donc vécu les premières explosions en direct et ont fait remonter l’information à leurs patrons.

M. le président. Vous avez expliqué qu’au mois de janvier, le préfet de police avait estimé devoir vous demander de mettre en œuvre la FIPN parce que plusieurs sites étaient concernés. Sur quels critères objectifs, selon vous, s’est-il fondé pour ne pas vous solliciter en novembre ? Ne lui avez-vous pas suggéré de le faire ?

M. Jean-Marc Falcone. Non. Nous étions dans le feu de l’action. Les informations qui parvenaient à Beauvau faisaient état d’attentats multiples : explosions au Stade de France, fusillades devant des établissements recevant du public, puis prise d’otages dans le Bataclan. Le premier réflexe de tous a été d’envoyer le maximum de forces spécialisées pour pouvoir intervenir dans les différents sites.

M. le président. J’essaie de comprendre la doctrine que vous suivez. La note du DGPN du 17 janvier 2014 rationalisant les modalités de saisine et d’emploi de la FIPN comprend une section I, relative aux interventions relevant de la compétence exclusive de la FIPN. Il y est prévu que l’engagement d’une unité d’intervention doit être systématique dans les situations de prises d’otages. Or nous sommes déjà dans ce cas de figure au Bataclan.

Si l’on se réfère à cette note, il devrait donc y avoir quasi-automaticité au recours à cette unité d’intervention dès lors qu’il y a prise d’otages.

M. Jean-Marc Falcone. La FIPN ?

M. le président. C’est ce qu’il me semble.

La section I, paragraphe a) du règlement de la FIPN prévoit : « Le responsable de la sécurité publique territorialement compétent présent sur les lieux (…) apprécie la gravité de la situation (…) S’il estime devoir faire appel à une unité d’intervention, il doit prendre attache sans délai avec l’état-major de la FIPN (…) »

Nous étions bien dans cette situation. Or il n’y a pas de saisine de l’état-major de la FIPN, ni de recours à la FIPN. Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose, j’essaie de comprendre la raison de cette décision. Il faut que nous clarifiions ce point.

En cas de déclenchement de la FIPN, c’est le RAID qui aurait été menant, et la BRI concourant.

M. Jean-Marc Falcone. Ces unités auraient constitué une seule et même force, sous l’autorité du patron du RAID.

M. le président. Pour une telle tuerie de masse – il y avait 1 500 personnes dans le Bataclan – avez-vous estimé que la BRI était mieux à même d’agir ?

M. Jean-Marc Falcone. Non. La BRI et le RAID, comme le GIGN, sont des unités composées de personnels compétents qui disposent de l’expertise nécessaire. Je ne dis pas que la BRI était mieux à même d’investir les lieux au vu de son armement, de son expertise et de sa compétence. Ils étaient sur place, le préfet de police également, il avait déjà engagé sa BRI, et moi j’avais envoyé le RAID. Il a considéré que les deux forces devaient se répartir les différents lieux du Bataclan pour investir les lieux et procéder à l’assaut final. Je précise que, rue de la Fontaine-au-Roi, une colonne du RAID assurait également la sécurisation des lieux où il semblait que des terroristes avaient tiré.

M. le président. Après le retour d’expérience qui n’a pas manqué d’avoir lieu, pensez-vous que vous prendriez à nouveau la même décision, ou une réflexion est-elle en cours pour revoir ce qu’est la FIPN, et comment elle doit être déclenchée ?

M. Jean-Marc Falcone. Vous l’avez bien compris : la FIPN n’est pas une structure pérenne : c’est une structure ad hoc, qui répond à un besoin.

Lorsqu’elle a été créée, il y avait le RAID, sept GIPN (groupes d’intervention de la police nationale) et la BRI de Paris. Le ministre de l’Intérieur de l’époque avait considéré que cette multitude de forces d’intervention indépendantes les unes des autres devait, en cas de tueries de masse ou de problèmes particuliers, pouvoir être mise à disposition des préfets – le préfet de police de Paris, mais aussi les autres préfets territorialement compétents.

C’est à cela que le document que vous avez mentionné fait référence : il fallait pouvoir créer une structure sous l’autorité du patron du RAID, qui est normalement le plus âgé dans le grade le plus élevé. C’est un contrôleur général de la police nationale qui a l’expertise lui permettant de prendre le commandement.

Dans le schéma d’intervention sur lequel nous sommes en train de mettre la dernière main, la question du mode de déclenchement de la FIPN est posée, au moins pour Paris intra-muros. Doit-il être automatique lorsque le RAID intervient sur Paris ? Doit-il toujours dépendre de la demande exprimée par le préfet de police ? Ou bien le DGPN doit-il prendre la décision ?

M. le président. Il n’est pas question ici de critiquer la BRI, dont il convient au contraire de saluer le travail, mais cette brigade concerne essentiellement le judiciaire, l’interpellation de gangsters, de forcenés. Le RAID et le GIGN ont une autre vocation. Pourquoi avez-vous envoyé au Bataclan, en menant, des fonctionnaires méritants mais dont la mission exclusive n’est pas d’aller déloger des terroristes ? C’était la mission du RAID.

M. Jean-Marc Falcone. Je comprends tout à fait votre interrogation. Mais la BRI-PP peut intervenir en formation BRI-BAC, qui est un peu plus formée à ce type d’intervention que les BRI des directions centrales de la police judiciaire, que vous connaissez par ailleurs, et qui assurent des interpellations, des filatures, etc. C’est aussi la mission première de la BRI-PP.

Incontestablement, le GIGN et le RAID sont composés de personnels qui s’entraînent toute la journée, acquièrent une expertise et développent des doctrines pour intervenir. Néanmoins, tout cela se fait en liaison avec la BRI-PP, qui travaille de plus en plus avec le RAID. Ces deux unités ont des formations et des équipements communs. S’il fallait faire une gradation, je place la BRI-BAC au-dessus des BRI de la direction centrale de la police judiciaire en termes d’intervention.

M. le président. Mais en deçà du RAID.

M. Jean-Marc Falcone. En deçà du RAID s’agissant des prises d’otages de masse.

M. le président. Ce qui était le cas au mois de novembre.

Vous placez la BRI-PP au-delà des BRI situées hors du ressort de la préfecture de police de Paris, grâce à son entraînement spécifique, mais elle ne peut pas être considérée au même niveau que le RAID. Nous sommes bien d’accord ?

M. Jean-Marc Falcone. Elle s’en rapproche de plus en plus…

M. le président. Mais elle n’est pas au même niveau. Et c’est bien pour cela que nous nous demandons pourquoi vous n’avez pas confié cette opération au RAID, d’autant que vous lui aviez donné l’ordre d’intervenir.

M. Jean-Marc Falcone. Je lui avais donné l’ordre de se diriger sur Paris pour se mettre à disposition du préfet de police afin de renforcer les unités d’intervention, puisque l’on nous rapportait une multitude d’attentats. Je n’avais pas à donner au RAID l’ordre d’intervenir.

M. Sébastien Pietrasanta, rapporteur. Au regard de ce qui s’est passé le 13 novembre, on mesure bien l’importance des primo-intervenants. Hors de Paris, ce sont essentiellement les hommes et les femmes qui composent la DGPN et la Gendarmerie nationale.

Depuis les attentats, quels moyens ont été donnés à vos effectifs en matière d’équipement ? Le ministre a annoncé un certain nombre de mesures, notamment pour les brigades anti-criminalité et les compagnies de sécurisation et d’intervention. Pouvez-vous nous en dire plus sur le plan d’équipement prévu ?

La question de la formation au tir a souvent été évoquée, surtout après les attentats de janvier, alors que plusieurs fonctionnaires de police, confrontés aux frères Kouachi, avaient tiré à plusieurs reprises sans atteindre leur cible. Cette formation a-t-elle été renforcée ? Ou bien du fait de l’augmentation des effectifs a-t-il été nécessaire de réduire la formation initiale au tir ?

En matière de formation continue, un policier de voie publique tire réglementairement quatre-vingt-dix cartouches par an – ce nombre est plus élevé pour les membres des services spécialisés, tels que la BAC. Or il semble que la qualité des formations dépende beaucoup des formateurs. Dans certains centres, par exemple, il est possible de s’entraîner sur des cibles mouvantes, tandis que dans d’autres il n’y a que des cibles fixes. Prévoyez-vous de faire évoluer cette formation ?

Par ailleurs, les stages « Amok », destinés aux primo-intervenants, semblent avoir été suspendus. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

S’agissant de la doctrine d’emploi, des consignes sont-elles passées sur la manière dont les primo-intervenants pourraient intervenir dans les situations de tueries de masse ?

Enfin, quel est votre point de vue sur la manière dont les forces d’intervention sont réparties sur le territoire ? Le critère territorial semble parfois un peu dépassé au regard de l’actualité et de la menace. Où en est cette réflexion, et de quelle manière envisagez-vous les choses à titre personnel ?

M. Jean-Marc Falcone. Après les attentats de janvier, nous avions considéré en effet qu’une nouvelle forme de terrorisme se développait sur le territoire national, celle des tueries de masse menées par des gens qui refusent de négocier et qui veulent aller jusqu’au bout de leur « mission ». Nous avons donc estimé qu’il fallait revoir le dispositif des primo-intervenants.

Nous avons distingué trois niveaux. Le service général, c’est-à-dire police-secours, arrivera le premier sur les tueries de masse, car les gens appelleront le 17. Ces agents ont pour consigne de stabiliser la situation, de rendre compte et de faire intervenir d’autres unités. C’est la doctrine à laquelle j’ai fait référence dans mon propos introductif et qui est expliquée dans la fiche – réflexe de décembre 2015.

Une deuxième catégorie de personnel, plus rompu, est constituée par les unités d’intervention en province, qui sont les BRI de la DCPJ et les BAC. Ces dernières représentent 3 200 personnes réparties sur l’ensemble du territoire.

Les BRI-PJ sont déjà équipées de protections individuelles et collectives et d’armes lourdes performantes. Tel n’était pas le cas des BAC. À la demande du ministre de l’Intérieur, un plan BAC a donc été développé – mon homologue de la Gendarmerie en bénéficiera pour ses pelotons de surveillance et d’intervention de la Gendarmerie (PSIG) – afin de doter ces unités de protections individuelles : caques balistiques et gilets capables d’arrêter des cartouches de Kalachnikov. Surtout, il a été décidé de les doter d’armes longues nouvellement acquises – le Heckler & Koch G36 – capables de tirer des munitions de calibre 5,56 mm, équivalentes à celles des Kalachnikov.

Les livraisons prévues par ce plan ont d’ores et déjà commencé, et s’accompagnent de formations, notamment au maniement de cette nouvelle arme. Tout cela fera partie du schéma national d’intervention.

La doctrine d’emploi est prévue dans les fiches auxquelles j’ai fait allusion. L’une porte sur les ceintures d’explosifs – phénomène hélas nouveau sur le territoire français Une autre est consacrée aux surattentats, pour faire en sorte, autant que faire se peut, de les éviter. Enfin, une fiche expose la doctrine d’intervention pour les primo-intervenants en cas de tueries de masse : quels sont les réflexes qu’il convient d’avoir.

Concernant les stages « Amok », au vu des événements, nous utilisons désormais, dans le cadre des nouvelles doctrines d’intervention, les fiches – réflexes, et le RAID assure dans toutes les directions départementales de la sécurité publique des formations pour faire face aux tueries de masse de ce genre.

M. le rapporteur. S’agissant de la formation au tir, nos policiers s’entraînent-ils mieux aujourd’hui ?

M. Jean-Marc Falcone. Tous les policiers sont dotés de pistolets automatiques Sig-Sauer de calibre 9 mm. À l’école de police, ils tirent 390 cartouches en 44 heures de formation.

M. Pierre Lellouche. Ça ne fait pas beaucoup de cartouches par heure.

M. Jean-Marc Falcone. La formation comprend également des mises en situation.

M. le rapporteur. Ce volume a-t-il diminué récemment ?

M. Jean-Marc Falcone. Non, il est resté identique.

Le recyclage consiste en trois tirs par an au minimum, soit 90 cartouches, et concerne tous les personnels qui doivent être formés.

S’agissant du pistolet-mitrailleur – c’est aujourd’hui le Beretta, mais la situation sera identique avec le nouveau modèle – l’habilitation en école est de six heures et 60 cartouches, et la réhabilitation se fait tous les ans, avec 30 cartouches, afin d’assurer un maintien en condition.

Ce volume de formation n’a pas baissé, et ne baissera pas dans le cadre de la nouvelle scolarité.

J’en viens à la répartition territoriale. Les forces d’intervention comprennent le RAID central, basé à Bièvres, et une antenne RAID dans chacune des six zones de défense – les GIPN ont été transformés en antennes RAID pour répondre au besoin d’un état-major commun. Par ailleurs, 336 fonctionnaires composent la BRI nationale de la police judiciaire auxquels s’ajoutent les BRI réparties sur l’ensemble des directions interrégionales de police judiciaire. Nous disposons aussi des 3 200 fonctionnaires des brigades anti-criminalité, qui sont réparties sur les 330 circonscriptions de sécurité publique et qui assurent le maillage de l’ensemble du territoire métropolitain et de l’outre-mer.

M. le rapporteur. Le GIGN est intervenu en zone police, vos forces sont intervenues en zone gendarmerie, nous avons évoqué la difficile relation parfois entre la BRI et le RAID dans Paris intra-muros : cette répartition territoriale et administrative a-t-elle encore un sens ? Une réflexion est-elle en cours pour spécialiser ces forces ? On le sait, le GIGN est plus spécialisé, par exemple, sur les risques nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques.

M. Jean-Marc Falcone. Pour moi, la répartition administrative a toujours un sens pour les missions courantes, qui sont nombreuses : forcenés, prises d’otages de basse intensité, interpellations effectuées presque tous les matins en assistance de la DGSI ou de la SDAT.

Pour les tueries de masse, le ministre nous a demandé de ne plus tenir compte de la répartition administrative – et nous avons travaillé en ce sens avec le préfet de police et mon homologue, le DGGN. En cas de tueries de masse, il n’y aura plus de zone police et de zone gendarmerie : ce sera la force la plus proche et la plus disponible qui interviendra et qui sera menante tant que les autres forces territorialement compétentes ne seront pas arrivées sur le site. Et si l’intervention est très engagée, la première force intervenante gardera la main pour des raisons évidentes.

M. le président. Il semblerait que les BAC, primo-intervenantes au Bataclan, se soient trouvées démunies face aux terroristes, du fait de la faiblesse de leur équipement et de leur armement. Les militaires de la force Sentinelle, présents sur les lieux, avaient quant à eux des armes longues. Les policiers ont donc demandé à ces militaires d’intervenir, pour arrêter l’avancée des Kalachnikovs. Mais ordre aurait été donné de ne pas faire intervenir l’armée, ni même d’utiliser leurs armes.

M. Jean-Marc Falcone. Je ne suis pas informé de cela.

M. Pierre Lellouche. J’ai également été frappé par ce témoignage d’un policier, auquel le militaire disposant d’une arme longue qu’il avait sollicité avait répondu qu’il n’avait pas d’ordre. L’ordre devait venir, m’a-t-on dit, de la salle de commandement. De quoi s’agit-il ?

M. Jean-Marc Falcone. C’est la préfecture de police.

M. Pierre Lellouche. Cela dépend-il de vous ?

M. Jean-Marc Falcone. Non, il s’agit des salles de commandement de la préfecture de police.

M. Pierre Lellouche. Donc l’emploi éventuel de forces militaires à côté des vôtres dépend de la préfecture de police ?

M. Jean-Marc Falcone. Sur Paris. J’ignorais les instructions auxquelles vous faites allusion.

M. Pierre Lellouche. Comment est-ce possible ?

M. Jean-Marc Falcone. Parce que je ne suis pas compétent sur Paris. C’est le préfet de police qui a l’entière compétence sur l’ensemble du territoire de la capitale, tout comme pour le déclenchement de la FIPN. Je n’ai donc pas eu connaissance de cette instruction, et je n’avais pas à en connaître.

M. Pierre Lellouche. Vous avez 145 000 agents sous vos ordres, dont le RAID et l’ensemble des BAC !

M. Jean-Marc Falcone. À l’exception des fonctionnaires de police de la préfecture de police de Paris.

Mme Françoise Dumas. Cela vous semble-t-il pertinent dans la situation ?

M. Pierre Lellouche. Je trouve cela aberrant !

M. Pascal Popelin. Ce n’est pas une découverte.

M. le président. Le directeur a clairement répondu que cela ne relevait pas de sa compétence territoriale.

M. Christophe Cavard. C’est la troisième commission d’enquête à laquelle je participe, et j’ai déjà eu l’occasion de vous entendre depuis 2012. Aujourd’hui, la presse, et en particulier L’Obs, revient sur la guerre des polices. Est-ce un fantasme, ou existe-t-il des problèmes de coordination ? Imaginez la surprise que peut provoquer la lecture de certaines déclarations, dont celle d’un général que nous allons auditionner après vous !

Par ailleurs, il existe un débat concernant le rôle et les fonctions des renseignements territoriaux, qui dépendent de la direction centrale de la sécurité publique. Les choses se sont largement améliorées depuis 2012, mais de votre point de vue, d’autres évolutions de ce service particulier sont-elles souhaitables ? Pourrait-il contribuer à fournir des renforts afin de pallier les problèmes d’effectifs ?

Enfin, s’agissant de l’utilisation des deux forces que sont la police et la gendarmerie, j’ai cru comprendre à la lecture de la presse que le ministre avait donné des consignes, au moins pour les unités d’élite. Comment cela va-t-il être mis en œuvre ?

M. Jean-Marc Falcone. S’agissant de la supposée guerre des polices, ce n’est pas un phénomène nouveau dans l’histoire de la police et de la gendarmerie de notre pays. La Gendarmerie nationale et la Police nationale disposent, incontestablement, de compétences et d’expertise, celle-ci étant d’ailleurs identique dans de très nombreux domaines.

J’ai également lu cet article de L’Obs, et je ne m’y suis pas reconnu. Avec le général Favier, nous avons fait d’énormes progrès. Tout d’abord, nous nous entendons bien, ce qui compte car les institutions sont aussi faites d’hommes, et de chefs. En outre, le ministre de l’Intérieur apprécierait peu que des guerres des polices puissent à nouveau voir le jour, au vu des événements dramatiques que nous vivons. Nous et nos hommes savons très bien que nous ne pouvons pas jouer à cela.

M. Christophe Cavard. Je fais référence aux propos des chefs du RAID et de la BRI.

M. Jean-Marc Falcone. Ces gens ont notre respect, parce qu’ils montent au feu ; leur position n’est pas celle des deux chefs de la police et de la gendarmerie, je peux vous l’assurer.

En ce qui concerne le Service central du renseignement territorial (SCRT), la Direction centrale des renseignements généraux a été supprimée. Une partie de ses effectifs a rejoint la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) de l’époque, et l’autre, 700 ou 800 personnes, est partie dans les SDIG – services départementaux d’information générale – dont le nom même ne mentionnait plus le renseignement, ce qui montre bien que toute la doctrine du renseignement avait disparu du dispositif. Au bout de deux ou trois ans, il est clairement apparu que les effectifs et l‘expertise de ces services étaient insuffisants. Ainsi, le SDIG du département dont j’étais préfet comprenait une dizaine de personnes alors que quelques années auparavant, la direction départementale des renseignements généraux en comptait vingt-cinq ou trente !

La création de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) par le ministre de l’Intérieur de l’époque a coïncidé à la création du Service central du renseignement territorial – le mot « renseignement » est réapparu, et ce n’est pas qu’une question de sémantique. Actuellement, il regroupe 2 200 à 2 300 équivalents temps plein. Il est réparti sur l’ensemble du territoire : un important service central à Paris assure les synthèses, les analyses et les expertises, et une division nationale du renseignement permet de se pencher sur des événements majeurs pour assurer l’aide et l’assistance au personnel territorialement compétent.

M. François Lamy. Monsieur le directeur général, quel était votre niveau d’information sur l’état de la menace terroriste entre le 7 janvier et le 13 novembre ? On entendait notamment beaucoup parler du risque d’attaques simultanées.

Avez-vous fait des propositions au ministre de l’Intérieur entre ces deux dates en matière d’organisation des services de police ? L’existence d’une note que le Premier ministre aurait eue en main au soir du 13 novembre, recommandant entre autres la déclaration de l’état d’urgence, a souvent été évoquée. Des mesures avaient-elles été envisagées ?

Ma troisième question peut appeler une simple réponse par oui ou non, mais c’est la plus difficile. Je connais l’histoire de la préfecture de police de Paris, et les raisons de son existence. Pensez-vous qu’il soit toujours d’actualité d’avoir, au sein de la Police nationale, un État dans l’État qui dispose notamment de ses propres services de renseignement ? Est-ce encore utile ?

M. Jean-Marc Falcone. Les services de renseignement, l’UCLAT et le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) produisent de manière hebdomadaire des notes sur l’état de la menace. Le Président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur n’ont cessé de répéter que le niveau de la menace n’avait jamais été aussi élevé.

Nous avions connu les prémices en octobre 2015 à Joué-lès-Tours, lorsqu’une personne radicalisée est entrée dans le commissariat avec un couteau pour tuer les policiers avant de se faire neutraliser. Nous avions donc des informations, le directeur général que je suis avait des informations, peut-être pas aussi poussées que la DGSI dont c’est le métier, mais au vu des échanges de renseignements qui existent entre les directions générales, je savais que le niveau de menace était élevé.

S’agissant des propositions que j’ai pu faire au ministre de l’Intérieur, nous avons notamment revu les plans de formation et d’équipement des fonctionnaires. Lorsque nous avons travaillé sur la COP 21, nous avions proposé le rétablissement temporaire des frontières, et le dispositif a été mis en place dès le 13 novembre au soir pour assurer la protection nécessaire à la suite des attentats. Nous avions également mis en œuvre la collaboration entre le GIGN et le RAID pour coordonner ces deux forces.

Donc j’étais bien informé, et nous avons travaillé individuellement et collectivement au sein de réunions d’état-major hebdomadaires sur le terrorisme et l’ordre public, autour du ministre de l’Intérieur. Nous avons tous participé à l’élaboration de différentes stratégies et de différents plans.

S’agissant de la préfecture de police, j’estime qu’à Paris, il doit y avoir un préfet de police et une préfecture de police, parce que les problèmes y sont spécifiques. Il faut donc un patron pour diriger l’ensemble des forces de police de la capitale, qui doit ainsi disposer d’une autorité organique et fonctionnelle sur ses effectifs.

M. François Lamy. Il y a un préfet de police qui a autorité sur les policiers à Marseille. Or vous êtes également compétent sur cette ville.

M. Jean-Marc Falcone. Pas tout à fait.

M. François Lamy. Le préfet de Marseille est en effet directement rattaché au ministre de l’Intérieur, si je me souviens bien.

M. Jean-Marc Falcone. Mais à Lyon, par exemple, je peux diriger les forces de l’ordre.

M. Pierre Lellouche. À Lyon, vous connaissez le mode d’emploi des militaires, mais pas à Paris.

M. Jean-Marc Falcone. À Lyon, le jour où il faudra faire intervenir les militaires, cela se fera avec le préfet de Lyon.

M. Pierre Lellouche. Mais vous avez une doctrine sur l’utilisation des militaires en cas de tuerie de masse ?

M. Jean-Marc Falcone. Non, elle n’existe pas.

M. Pierre Lellouche. Comptez-vous en élaborer une ?

M. Jean-Marc Falcone. Le travail est en cours avec le ministère de la Défense.

M. le président. La question de M. Lamy était très précise. L’existence de la préfecture de police de Paris, survivance du passé, se justifie-t-elle encore compte tenu des menaces qui pèsent aujourd’hui sur notre pays ? Encore une fois, c’est un problème institutionnel et non pas de personne.

M. Jean-Marc Falcone. Si les choses se passent bien entre le préfet de police et les directeurs généraux, au vu de la spécificité de Paris, avoir un préfet de police de plein exercice se justifie, à condition de ne pas faire de la PP une forteresse.

M. le président. Dans un de ses livres, le nouveau garde des sceaux avait proposé la suppression de la préfecture de police de Paris…

M. Meyer Habib. Le facteur temps est essentiel. Le 13 novembre, il y a eu l’attaque au Stade de France puis cinq événements en parallèle. Les terroristes ont tué près de cent personnes au Bataclan avant l’arrivée d’un commissaire de la BAC, qui en neutralisant l’un d’entre eux a mis, semble-t-il, un terme au massacre.

À la limite, peu importe le déclenchement ou non de la FIPN, car le temps qu’elle se prépare et qu’elle arrive, il est déjà presque trop tard. Comment faire en sorte d’avoir, en permanence, dans les grandes villes, des forces équipées et prêtes à partir dans la minute, comme cela se passe dans certains pays ? Il faut des gens formés capables d’arriver en un temps minimum. Pour mener une opération comme celle de Saint-Denis, les forces d’intervention sont maîtresses du temps. Dans le cas de tueries de masse, en revanche, le temps ne nous appartient pas, et les terroristes tuent. Seul un élément qui perturbe leur stratégie peut les arrêter.

Comment faire pour disposer dans le futur de forces prêtes à intervenir de façon immédiate ? Certes, c’est très difficile sur un territoire de 550 000 kilomètres carrés, mais au moins dans les grandes villes.

M. Pierre Lellouche. Ma question porte sur le commandement, et elle rejoint celle de François Lamy. Je trouve invraisemblable que le commandement à Paris relève du préfet, invraisemblable que vous soyez compétent à Lyon mais pas à Paris. Ce point devra effectivement être abordé dans les conclusions de notre rapport.

Je voulais revenir sur la chronologie : vous avez dit avoir fait converger sur Paris 215 policiers de la grande couronne vers 21 h 40. Par contre, vous faites intervenir le RAID bien après. Votre réflexe est donc de mobiliser les BAC des départements plutôt que le RAID ?

M. Jean-Marc Falcone. Pas du tout monsieur le député. C’est à 22 h 40 que j’ai donné l’ordre aux policiers de converger vers Paris.

M. Pierre Lellouche. Sauf que les policiers de la BAC de Créteil étaient à 21 h 42 au Bataclan.

M. Jean-Marc Falcone. L’ordre que j’ai donné à 22 h 40 s’adressait aux équipages de la grande couronne, afin qu’ils aillent prêter main-forte au préfet de police. Nous avons donné les instructions à partir du centre interministériel de crise (CIC) de la place Beauvau.

M. Pierre Lellouche. Mais le personnel de la BAC était déjà au Bataclan depuis une heure, à 21 h 40.

Ce qui m’interpelle, c’est que lorsque le policier de la BAC demande les conditions d’emploi du militaire, on ne sait pas lui répondre. Et vous faites, quant à vous, intervenir les forces spécialisées une heure après l’arrivée des policiers de terrain sur place. Il y a certainement de bonnes raisons à cela, mais j’aimerais les connaître.

Enfin, vous dites avoir créé autour de vous un état-major opérationnel et de renseignement…

M. Jean-Marc Falcone. Non, c’est mon service central du renseignement qui me nourrit en renseignement.

M. Pierre Lellouche. Y a-t-il près de vous un endroit où tout le renseignement converge ? Le service de renseignement qui rend compte à votre état-major, c’est celui de la police, qui n’est pas branché sur les autres ?

M. Jean-Marc Falcone. Monsieur Habib, les instructions données par le ministre de l’Intérieur, qui vont être déclinées dans le schéma d’intervention, répondent à votre préoccupation. Ce schéma conjugue en effet l’intervention, avant l’arrivée des forces spécialisées, des primo-arrivants et surtout des BAC et des BRI que nous équipons pour leur permettre d’intervenir dans les meilleures conditions de sécurité et avec les moyens d’attaque ou de défense les plus performants – j’y ai fait référence tout à l’heure. D’ici à la fin du mois de mai, la formation, l’équipement et le parc automobile seront donc adaptés pour pourvoir procéder à des interventions en cas de tueries de masse, dans l’objectif de stabiliser et de neutraliser la situation, à l’instar de ce qui s’est passé au Bataclan.

On ne peut évidemment pas créer des unités d’intervention sur l’ensemble du pays. Elles sont situées le plus harmonieusement possible sur le territoire. Et en cas de tueries de masse, il n’y aura plus de secteur police et de secteur gendarmerie : c’est la force d’intervention la plus proche des lieux du drame qui interviendra.

Monsieur Lellouche, mon état-major a contacté le chef du RAID à 21 h 45, pour mobiliser la force d’intervention. Je l’ai moi-même appelé quelques minutes plus tard, avant de rejoindre le CIC place Beauvau. Ensuite, quand je suis arrivé au ministère de l’Intérieur, j’étais accompagné de mes directeurs centraux, dont le directeur central de la sécurité publique, avec lequel nous avons échangé. Nous avons considéré que si cela continuait à frapper sur Paris, il faudrait apporter du renfort à la préfecture de police, pas des forces d’intervention, mais du service général. Nous avons donc envoyé les patrouilles disponibles, sans réduire à néant la présence policière dans les quatre départements de la grande couronne.

À 22 h 40, nous avons requis des unités pour assurer des points de barrage, de l’assistance, des patrouilles. Le préfet de police aurait ainsi pu les envoyer dans les gares – on ne savait pas si tous les auteurs de ces massacres étaient fixés. Les forces d’intervention ont constitué la priorité, même si la FIPN n’a pas été mise en œuvre : le but était d’envoyer le plus grand nombre d’unités formées et armées pour mettre fin à ces événements. C’est dans un deuxième temps, que nous avons décidé de mettre des unités du service général à disposition de la direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP) du préfet de police.

M. Serge Grouard. Monsieur le directeur général, j’ai le sentiment que nous n’étions pas du tout préparés à ces attentats, que c’est la sidération qui l’a emporté. Comment vous, ainsi que l’ensemble des policiers et des intervenants, l’avez-vous ressenti ?

Vous avez mentionné toutes les évolutions en cours à la suite des attentats du 13 novembre – schéma national d’intervention, doctrine d’emploi pour les primo-intervenants, enquêtes de la police judiciaire, plan BAC, etc. Mais pourquoi ne pas avoir pris ces mesures plus tôt ? Certes, il est toujours facile de soulever ces questions a posteriori –nous sommes à huis clos et cela n’a pas vocation à être porté sur la place publique. Pourquoi ne pas avoir agi après les attentats de janvier, d’autant qu’avant cela, il y avait eu des attentats de masse partout dans le monde, en Espagne, en Grande-Bretagne…. Peut-être avons-nous pensé – et nous aussi, chers collègues – que la France était sanctuarisée et que cela n’arriverait pas chez nous. Pourquoi a-t-il fallu attendre le carnage du 13 novembre pour commencer à prendre les choses en compte ?

M. Pascal Popelin. Sur la FIPN, j’ai bien noté dans vos explications qu’elle avait été créée dans un contexte d’organisation des forces d’intervention différent de celui qui existe aujourd’hui, s’agissant en particulier de l’articulation du RAID et des GIPN, qui forment maintenant une structure intégrée. Nous avons également observé que sur le terrain, au Bataclan, l’articulation opérationnelle entre BRI et RAID semble avoir été convenable.

Considérez-vous que si nous avions formellement été dans le dispositif FIPN, cela aurait amélioré l’efficience de l’organisation des interventions au cours de la soirée ? Ou cela n’aurait-il rien changé ?

M. Jean-Michel Villaumé. Je voudrais revenir sur les conditions d’emploi des forces armées. Il y a 10 000 hommes mobilisés sur le territoire, plusieurs milliers à Paris. Quel regard portez-vous sur le rôle des militaires ? Pourriez-vous mieux travailler ensemble, ou les militaires de l’opération « Sentinelle » doivent-ils rester une force de dissuasion ?

M. Jean-Marc Falcone. Monsieur Grouard, même lorsqu’on est directeur général de la police nationale, directeur de cabinet du ministre, préfet de police ou directeur général de la gendarmerie nationale, on a forcément un moment d’interrogation quand on vous annonce des dizaines de morts et des attaques multiples. Mais nous n’étions pas dans la sidération et nous comprenions très bien ce qui se passait. Certes, nous ignorions comment les choses se déroulaient exactement et combien de temps cela durerait, mais nous savions très bien, à entendre les témoignages qui nous arrivaient, que ces événements correspondaient hélas à un scénario que d’autres pays avaient d’ores et déjà connu.

Mon propos introductif a été volontairement rapide et schématique, mais nous avions mis en place un certain nombre de dispositifs dès les attentats du mois de janvier dernier. Nous avions ainsi travaillé sur les doctrines d’emploi, préparé des commandes d’armement et de protection pour nos fonctionnaires. J’avais réuni les organisations syndicales avant la fin du mois de janvier pour envisager un déploiement de matériel. S’agissant de la coordination entre le GIGN et le RAID, il existe des notes antérieures au 13 novembre.

Non, tout n’a pas été fait après le 13 novembre : l’état-major auquel je faisais allusion est antérieur, la salle d’information également, ainsi que les recrutements. Le plan BAC a été décidé par le ministre lorsqu’un fonctionnaire de la BAC du 93 a pris une balle dans la tête sur un braquage – et c’était avant les attentats de novembre.

Bien évidemment, après le 13 novembre, il a fallu confirmer la cohérence de ces dispositifs doctrinaux, organisationnels, d’équipement, de ressources humaines, mais nous avions travaillé dès les 9 et 10 janvier, pour développer au sein de la police nationale – préfecture de police comprise – un dispositif de déploiement et d’acquisition de nouveau matériel car nous avions alors considéré que l’on risquait d’avoir besoin de ce dispositif au vu de la menace.

Dès la fin 2014, le Service central du renseignement territorial s’est réorienté, comme je l’ai dit précédemment, sur la radicalisation et le terrorisme afin de suivre un certain nombre d’objectifs pouvant être considérés comme dangereux, avec un spectre de gravité différent selon les individus. Nous n’avons pas fait monter le renseignement territorial dans sa compétence radicalisation et terrorisme après le 13 novembre. Cela s’est fait avant, avec notamment le développement de la plateforme d’appels sur la radicalisation de l’UCLAT. Et après l’attentat dans l’usine de Saint-Quentin-Fallavier, il a été décidé de créer l’EMOPT – l’état-major opérationnel de prévention du terrorisme. De nombreux dispositifs ont donc été mis en place avant le 13 novembre.

S’agissant de l’opération au Bataclan, la FIPN est une procédure qui met un homme à la disposition du préfet de police – puisqu’elle ne peut pas être mise en œuvre sur le territoire métropolitain, où seul le RAID est compétent.

M. le président. La décision de ne pas mettre en œuvre la FIPN a été prise en plein accord avec le ministre de l’Intérieur ?

M. Jean-Marc Falcone. Oui, le préfet de police n’a pas exprimé le souhait de voir mettre en place la FIPN.

M. le président. Donc le ministre de l’Intérieur était parfaitement informé ?

M. Jean-Marc Falcone. Oui, nous étions tous dans la même salle.

M. Pascal Popelin. Cela n’a même pas été abordé ?

M. le président. Monsieur le directeur général, où étiez-vous physiquement, avec le préfet, lorsque la décision de laisser intervenir la BRI en force menante a été prise ?

M. Jean-Marc Falcone. J’ai appelé le RAID lorsque je me dirigeais vers le CIC, qui se trouve dans les sous-sols du ministère de l’Intérieur.

M. le président. Qui était présent à ce moment-là ?

M. Jean-Marc Falcone. Il y avait mon homologue de la gendarmerie…

M. le président. C’est-à-dire le général Favier ?

M. Jean-Marc Falcone. Oui. Il y avait également les directeurs centraux, des représentants des autres ministères, puisque c’est une salle interministérielle.

M. le président. Il n’y avait pas le ministre ?

M. Jean-Marc Falcone. Le ministre est arrivé après, avec le Président de la République et le Premier ministre. Ils sont venus faire un point.

À aucun moment, dans cette salle, nous n’avons parlé de la mise en œuvre de la FIPN.

M. le président. Cela n’a été évoquée à aucun moment, ni par vous, ni par le préfet de police, ni par le ministre ?

M. Jean-Marc Falcone. Le préfet de police était absent, par définition, puisqu’il était sur le terrain.

M. le président. La question ne s’est même pas posée ?

M. Jean-Marc Falcone. L’objectif, cette nuit-là, était de mettre à disposition du préfet de police le maximum de forces d’intervention compétentes pour mettre un terme à ces tueries.

M. le président. Nous sommes bien d’accord. Mais dans le cadre de cette réflexion, personne n’a suggéré, à aucun moment, de mettre en œuvre la FIPN ?

M. Jean-Marc Falcone. Non.

M. François Lamy. Le préfet de police était sur le terrain ?

M. Jean-Marc Falcone. Oui.

M. François Lamy. Dans la défense, il y a un état-major et un commandement tactique, qui est sur le terrain. Le 13 novembre, le principal décideur n’était pas dans la salle de commandement, mais sur le terrain. Et donc, difficilement joignable.

M. Jean-Marc Falcone. Je n’ai pas essayé d’entrer en contact avec le préfet, je le laisse travailler.

M. le président. Le préfet de police n’était donc pas au CIC à ce moment. C’est pourtant lui qui aurait compétence pour demander la mise en œuvre de la FIPN.

M. Jean-Marc Falcone. Il était sur le terrain, entouré de ses directeurs, du chef de la BRI et de Jean-Michel Fauvergue, chef du RAID. Il a considéré, au vu des événements et d’une situation qu’il vivait et en tant que responsable, qu’il n’avait pas à demander la FIPN.

M. le président. L’autorité politique aurait-elle pu se dispenser de l’avis du préfet de police, et prendre l’initiative de mettre en œuvre la FIPN sans que le préfet de police ne la demande ?

M. Jean-Marc Falcone. Le ministre commande le préfet de police, le GIPN, et tout le monde. Il aurait pu le faire à condition que nous en ayons débattu, ce qui n’a pas été le cas. Notre seul souci était d’envoyer des forces. Et celui qui était responsable de ces forces pour mettre un terme à cette tuerie était le préfet de police.

Le préfet de police était sur place, les forces d’intervention lui ont dit comment elles comptaient intervenir, et il a pris sa décision en tant que directeur des opérations.

M. Pierre Lellouche. À Lyon, il en aurait été autrement.

M. Jean-Marc Falcone. Cela aurait été exactement la même chose.

M. le président. Pas tout à fait, il n’y a pas de compétence exclusive.

M. Jean-Marc Falcone. À Lyon, c’est le RAID qui est compétent. Or la FIPN ne peut pas être mise en œuvre que lorsqu’il y a deux forces.

M. le président. Le RAID est compétent à Paris à partir du moment où l’on déclenche la FIPN. Si on ne le fait pas, le RAID n’est pas compétent.

M. Jean-Marc Falcone. Le RAID peut intervenir à Paris sans déclenchement de la FIPN, en tant que force concourante. Si l’on déclenche la FIPN, il devient menant, sous les ordres directs du préfet de police.

M. le président. Voilà, et ce n’est pas le cas hors de Paris.

M. Pascal Popelin. Les choses sont bien claires : le seul changement qu’aurait entraîné le déclenchement de la FIPN – qui n’a été ni évoqué ni demandé – eût été que le patron du RAID serait mécaniquement devenu le patron d’une opération qui, en l’occurrence, a été menée par le préfet de police et la BRI, avec l’appui du RAID qui était présent et qui s’est coordonné avec les autres unités.

M. le rapporteur. Le RAID aurait donc été menant sous l’autorité du préfet de police.

M. Jean-Marc Falcone. Le responsable, à Paris comme dans tous les départements, c’est le représentant de l’État et du Gouvernement, soit comme le prévoit la Constitution, le préfet.

M. Pierre Lellouche. Convenez qu’il n’est pas neutre de donner, ou non, le commandement opérationnel, sous l’autorité du préfet, à l’organisme le plus expérimenté parmi vos forces pour les tueries de masse et le terrorisme.

La question est bien celle-ci : quelle est la doctrine d’emploi des forces spécialisées sur la lutte antiterroriste un soir comme celui-là ? Il n’est pas neutre que ces forces ne soient pas employées comme forces menantes. Il est de notre devoir d’essayer de comprendre.

M. Jean-Marc Falcone. J’essaie de vous apporter les réponses les plus objectives possibles.

M. Pierre Lellouche. Si la raison, c’est que le préfet est souverain, elle n’est pas satisfaisante. Le Gouvernement est souverain, et en l’occurrence le ministre de l’Intérieur, qui a l’autorité hiérarchique sur tous les préfets, y compris le préfet de police de Paris.

M. le président. Au final, la BRI était menante, et s’agissant de nos deux forces d’élite nationales, qui nous sont enviées par le monde entier, l’une était concourante et est restée au rez-de-chaussée, tandis que l’autre était sur le pied de guerre à la caserne des Célestins. En fait, nos deux forces d’élite étaient en retrait.

M. Pascal Popelin. Eu égard à l’audition des différents intervenants précédents, et à la suite du déplacement fort utile sur site jeudi dernier, je ne pense pas que l’on puisse dire que le RAID ait été simplement concourant. Il était effectivement sous l’autorité du préfet de police, comme cela aurait de toute façon été le cas, mais bel et bien coacteur de l’opération.

Il est toujours facile de refaire le film après coup, mais je considère à titre personnel qu’avoir cantonné le GIGN à la caserne des Célestins au cas où d’autres événements encore se seraient produits ailleurs avait du sens.

M. Alain Marsaud. C’est une évidence !

M. le président. La réflexion que nous menons porte sur l’avenir. En tout état de cause, nous n’inventons rien puisque des réflexions en cours sur la territorialité, sur les doctrines d’emploi. Il est donc normal que nous posions ces questions.

Messieurs, il me reste à vous remercier de votre disponibilité.

*

* *

Audition, à huis clos, du général Denis Favier, directeur général de la gendarmerie nationale, et du colonel Samuel Dubuis, membre de son cabinet.

M. le président Georges Fenech. Mon général, mon colonel, nous vous remercions d’avoir répondu à la demande d’audition de notre commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015.

Vous savez que nous avons déjà tenu de nombreuses auditions consacrées tout d’abord aux victimes et à leur prise en charge par les secours, puis à la chronologie des événements de janvier et de novembre 2015 sur lesquels nous avons d’ailleurs eu l’occasion de vous entendre.

Nous poursuivons avec vous une nouvelle phase de nos travaux, commencée aujourd’hui avec le directeur général de la police nationale, et qui tend, à la lumière de l’expérience des attentats de janvier et novembre 2015, à nous interroger sur les moyens et les missions des forces de sécurité intérieure, et donc maintenant sur ceux de la gendarmerie.

Cette audition, en raison de la confidentialité des informations que vous êtes susceptible de nous délivrer, se déroule à huis clos. Elle n’est donc pas diffusée sur le site internet de l’Assemblée. Néanmoins, et conformément à l’article 6 de l’ordonnance 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires, son compte rendu pourra être publié en tout ou partie, si nous en décidons ainsi à l’issue de nos travaux. Je précise que les comptes rendus des auditions qui se déroulent à huis clos sont au préalable transmis aux personnes entendues afin de recueillir leurs observations. Ces observations sont soumises à la commission, qui peut décider d’en faire état dans son rapport.

Je rappelle que, conformément aux dispositions du même article, « sera punie des peines prévues à l’article 226-13 du code pénal un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende – toute personne qui, dans un délai de vingt-cinq ans divulguera ou publiera une information relative aux travaux non publics d’une commission d’enquête, sauf si le rapport publié à la fin des travaux de la commission a fait état de cette information ».

Conformément aux dispositions de l’article 6 précité, je vais maintenant vous demander de prêter le serment de dire toute la vérité, rien que la vérité.

Le général Denis Favier et le colonel Samuel Dubuis prêtent successivement serment.

Je vous laisse la parole pour un exposé liminaire qui sera suivi par un échange de questions et réponses.

Général d’armée Denis Favier, directeur général de la gendarmerie nationale. Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, merci de m’accueillir à nouveau. Je suis très heureux de pouvoir m’exprimer devant vous sur les adaptations que la gendarmerie a dû réaliser dans les mois qui viennent de s’écouler pour faire face à la menace terroriste.

Mes propos liminaires se limiteront à dresser quelques constats sur l’état actuel d’une menace que vous connaissez, qui a été définie ici à plusieurs reprises. Mon analyse vise surtout à vous exposer les conséquences que j’en tire en termes d’adaptation de mon dispositif.

Premier constat : nous sommes confrontés à une menace terroriste qui s’inscrit dans la durée. Notre adaptation ne peut donc pas être ponctuelle mais elle implique – il faut vraiment le souligner – une rénovation profonde de notre action.

Deuxième constat : cette menace terroriste latente, diffuse, est caractérisée par un faible coût des armes utilisées qui favorise le passage à l’acte, mais aussi par son lien avec la grande délinquance de droit commun. Cette caractéristique nous contraint à mieux combiner les opérations de police administrative et de police judiciaire. Il s’agit d’une priorité et des directives ont d’ores et déjà été données aux unités pour optimiser ce volet essentiel.

Troisième et dernier constat : aucun point du territoire national n’est préservé, ce qui nous oblige à avoir une approche globale pour l’ensemble du pays. La compétence de la gendarmerie s’étend sur 95 % du territoire national, une zone où réside une partie importante de la population mais où se trouvent aussi de nombreux sites sensibles : des centrales nucléaires, des usines de type Seveso, de grands centres commerciaux construits à la périphérie des villes, et la plupart des sites militaires sensibles, pour ne citer que quelques exemples emblématiques.

Une fois ces constats dressés, j’ai défini quatre domaines dans lesquels notre action devait être améliorée : le renseignement ; le contrôle des flux et en particulier des entrées sur le territoire national ; le maillage territorial des unités d’intervention, sujet au cœur de l’actualité et de vos préoccupations, qui fait l’objet d’une réflexion très avancée au ministère de l’Intérieur ; notre capacité de résilience, à développer en lien avec la réserve opérationnelle de la gendarmerie et une future garde nationale française.

Dans le domaine du renseignement, nous devons poursuivre le travail collectif déjà engagé et identifier les marges de progrès. La gendarmerie ne fait pas partie des six entités du premier cercle du renseignement et elle ne revendique pas d’en devenir membre. Les unités du premier cercle font leur travail et connaissent ce que j’appellerais du renseignement fermé. La gendarmerie nationale intervient dans le deuxième cercle, avec les unités de compétence générale de la police nationale, pour collecter et analyser le renseignement territorial.

Compte tenu de l’étendue de sa zone d’intervention, de ses 3 000 brigades, de ses 60 000 militaires de la gendarmerie départementale et de ses outils informatiques, la gendarmerie a les moyens de capter les signaux faibles dans le territoire, de les analyser et de les faire remonter. Mieux prise en compte que par le passé, et s’appuyant sur un système de traitement des données très performant (la BDSP : base départementale de sécurité publique), cette capacité se révèle aujourd’hui essentielle, au regard notamment du nombre d’individus présentant des signes de radicalisation.

Dans cet esprit, nous avons décidé de créer 75 antennes de renseignement territorial (ART) dans des villes dans lesquelles nous sommes en zone de pleine compétence. Ce dispositif innovant produit d’ores et déjà des résultats probants. À titre d’exemple, je citerais Lunel, une ville qui a connu de nombreux départs pour le djihad, et d’où nous remontent des renseignements de toute première qualité depuis dix mois, ce qui nous permet de conduire une action particulièrement positive.

Notre positionnement en la matière pourrait se résumer ainsi : ancrage dans le renseignement territorial et valorisation de cette chaîne ; présence dans l’état-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) qui a été constitué au sein du ministère de l’Intérieur après l’attentat de Saint-Quentin-Fallavier, à un moment où nous avons réalisé que certaines informations s’avéraient insuffisamment partagées. Cette structure, de taille réduite et où chacun des services est représenté, permet de fluidifier le partage des renseignements et de vérifier la réalité du suivi des personnes signalées et répertoriées au sein du fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Pour ma part, je considère qu’il s’agit d’une avancée très positive qu’il faut entretenir au cours des années à venir.

Deux pistes d’amélioration pourraient être explorées. D’une part, et à l’instar de notre présence au sein de la Direction du renseignement militaire (DRM), de la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD) et de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), entités du premier cercle, je suis favorable au détachement de gendarmes au sein de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Il serait intéressant d’explorer cette piste au cours des prochains mois.

D’autre part, et afin de conforter le haut niveau de coopération entre le renseignement territorial et la gendarmerie, il me paraîtrait opportun de réfléchir au positionnement du Service central de renseignement territorial (SCRT).

Deuxième domaine d’améliorations possibles et qui, à mes yeux, est très important : le contrôle des flux. Depuis les attentats de janvier 2015, je considère que les points vulnérables de notre dispositif sont incontestablement les nœuds autoroutiers, les gares ferroviaires et les aéroports. Nous devons mieux contrôler, dans la profondeur du territoire, tous les axes qui convergent vers les villes et qui servent de vecteurs aux terroristes, qu’il s’agisse d’infrastructures routières, ferroviaires, portuaires ou aéroportuaires.

C’est la raison pour laquelle il faut notamment développer le système de lecture automatisée de plaques d’immatriculation (LAPI), qui serait encore plus performant si les données étaient collectées au plan national. Le système de traitement central de lecture LAPI (STCL) que je défends permettrait de détecter des mouvements de véhicules sur l’ensemble de nos axes routiers, mais il faudrait aussi faire évoluer les textes pour que nous puissions vraiment exploiter ces données. Quoi qu’il en soit, nous avons là un moyen de développer une action attendue de sécurisation du territoire national.

Dans ce domaine, nous pouvons également bâtir un engagement avec les armées, notamment dans le cadre du dispositif Sentinelle. À chaque fois que nous avons tenu des barrières de péages, ce que nous avons fait après le 13 novembre pendant plusieurs semaines, nous avons obtenu des résultats importants. De tels dispositifs contribuent à valoriser le sentiment de sécurité et sont de nature à dissuader les actions terroristes.

Dépassons le cadre du territoire national et élargissons un peu le périmètre d’observation. Je pense qu’il faut, d’une manière plus large, dans la même optique de contrôle des flux, avoir une réelle action aux frontières extérieures de l’Union européenne. C’est le sens du dispositif que nous sommes en train de mettre en œuvre. Si l’on va au-delà, je pense que nous devons aussi porter un regard affûté sur les zones de départ des terroristes : l’Afrique, la Libye, les pays du pourtour Est de la Méditerranée. Nous avons là une action déterminante à conduire. C’est une action de police générale qui doit impliquer les unités de l’intérieur et sans doute aussi les armées. Ce faisant, nous pourrions développer une politique cohérente de contrôle des flux.

Troisième domaine : la doctrine et les schémas d’intervention. Les attentats de janvier et de novembre ont mis en évidence la nécessité de faire évoluer nos schémas et de rénover nos doctrines nationales, en distinguant différents niveaux d’intervention. Je prolonge aujourd’hui une analyse que j’avais déjà esquissée devant vous. Mettons à part l’intervention élémentaire, celles des primo-engagés qui arrivent sur un fait de nature gravissime et qui doivent le gérer comme on l’a toujours fait dans notre pays : en se positionnant, en observant, en ripostant, le cas échéant.

Nous devons travailler l’intervention intermédiaire, celle où nous avons une fragilité, selon le plan engagé par le ministre, qui implique les brigades anti-criminalité (BAC) et les pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG). Avant l’intervention des unités du haut du spectre que sont les service de Recherche, assistance, intervention, dissuasion (RAID) et le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), certaines unités doivent être capables d’engager le feu dans les quelques minutes qui suivent un début de tuerie planifiée. Nous devons développer de telles unités, en province notamment, en les dotant d’une puissance de feu renforcée, d’équipements de protection adaptés, et d’aides à la visée. Nous sommes en phase de montée en puissance dans ce registre et la gendarmerie aura atteint sa première cible au cours de l’été prochain : 50 PSIG « SABRE », répartis sur le territoire national, nous permettront ainsi de disposer d’une telle capacité intermédiaire.

Le GIGN et le RAID, les unités centrales spécialisées, doivent avoir des bras armés en province. La gendarmerie a trois antennes en province – à Toulouse, Orange et Dijon – auxquelles vont s’ajouter celles de Nantes, Tours et Reims dans le courant de l’année 2016. Ces unités sont en cours de formation et nous aurons à terme un dispositif assez solide, y compris outre-mer, puisque tous les départements et collectivités territoriales sont concernés. Nous allons notamment créer une antenne du GIGN à Mayotte, territoire sur lequel j’ai souhaité renforcer le dispositif d’intervention existant.

Voilà pour la théorie en matière d’intervention, mais nous devons également faire aboutir le schéma national d’intervention, qui fait l’objet d’importants débats. Nous devons notamment redéfinir ce que sont les unités du haut du spectre et ce qu’elles savent faire. Dans le cadre du schéma national d’intervention, nous avons listé des capacités qui font la différence en termes de contre-terrorisme. Nous avons également recensé les capacités des unités sur la base de déclarations ; il nous appartient à présent de vérifier leur existence réelle afin d’affiner le schéma national d’intervention.

Ce schéma, en cours de finalisation, rappelle les principes : l’unité concernée au premier chef est celle qui relève de la zone de compétence de la force considérée. Mais si cette dernière rencontre un problème technique ou si elle ne maîtrise pas une capacité nécessaire, une unité extérieure peut venir en force concourante. Ce schéma d’intervention me semble constituer une avancée considérable.

En matière d’intervention, la gendarmerie consent un effort important envers des groupes étrangers amis, notamment dans la bande sahélienne où nous devons nous déployer. Pour y être allé régulièrement, je considère qu’il y a là des menaces considérables, un besoin d’aide. Je préconise de reprendre la formation dans les cinq pays de l’arc sud sahélien – (la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad) – et le Sénégal ainsi que la Côte d’Ivoire, afin de les aider à faire face aux menaces auxquelles ils sont aujourd’hui confrontés et que nous pourrons avoir à affronter demain.

Quatrième domaine : la résilience et le rôle de la réserve de la gendarmerie. La réserve est un outil exceptionnel, constitué de 25 000 hommes et femmes, dont 70 % de personnes âgées de vingt-cinq à quarante ans et qui, en complément de leur activité professionnelle, viennent travailler en gendarmerie pour contribuer à leur propre sécurité, là où ils vivent. Ce concept, qui fonctionne vraiment très bien, me permet de faire travailler 1 500 réservistes chaque jour, de renforcer la couverture du territoire, de collecter du renseignement, d’affirmer une présence de l’État, et de rassurer nos concitoyens. Il est possible d’aller encore plus loin en sollicitant notamment les réservistes pour la sécurité quotidienne, je pense aux écoles et aux hôpitaux. Cette piste de réflexion mériterait d’être creusée. Le succès de la réserve s’explique par son ancrage dans les territoires qui nous permet de faire travailler les gens pendant des périodes très courtes, parfois de vingt-quatre heures seulement.

Voici en quelques mots, Monsieur le président, ce que je voulais dire pour lancer les débats. Je suis bien sûr à votre disposition si vous souhaitez approfondir certains sujets notamment en ce qui concerne les équipements utilisés dans le cadre du plan de lutte antiterroriste du début de l’année ou du pacte de sécurité de fin d’année.

M. le président Georges Fenech. Merci, mon général, pour ces explications liminaires qui sont très riches et novatrices, qui témoignent d’une vraie réflexion que vous devrez soumettre aux autorités politiques, en collaboration avec la police nationale. Vous proposez que le service du renseignement territorial (SRT) soit codirigé par la police et la gendarmerie, ce qui implique des évolutions structurelles considérables. Vous parlez de refonte totale, d’évolutions fondamentales.

Je vais rebondir sur vos derniers propos car les commissaires d’enquête ont besoin de comprendre, sur un plan technique, ce que vous savez faire et que d’autres ne savent pas faire. Vous dites par exemple que vous pouvez réaliser des brèches par effractions chaudes. Pouvez-vous nous décrire cette technique ? D’autres services, tels que la brigade de recherche et d’intervention (BRI), peuvent-ils le faire ? Quelle est la valeur ajoutée du GIGN en matière d’intervention ?

Général d’armée Denis Favier. Monsieur le président, je vais vous parler de mon métier, de ce que je sais faire.

Compte tenu de sa nature, le GIGN a développé son concept d’intervention contre-terroriste à partir de capacités militaires qu’il a adaptées aux missions de police. Voilà le cheminement suivi : nous partons de nos capacités militaires et nous en atténuons les effets secondaires pour diminuer les dommages collatéraux, par exemple, pour intervenir sur le segment de missions de police. Il est plus difficile d’effectuer le cheminement inverse, c’est-à-dire de partir de missions de police pour aller vers des opérations de contre-terrorisme qui supposent l’emploi de moyens lourds. C’est une démarche différente sur les plans intellectuel et technique.

Notre longue pratique des engagements opérationnels nous a conduits à évoluer, notamment à utiliser les explosifs depuis vingt ans. Pour maîtriser cette technique, qui suppose un dosage particulièrement fin, nous avons, au départ, procédé de manière empirique.

Nous avons notamment engagé cette réflexion en 1994, après l’opération de Marignane où nous sommes entrés par la porte d’un avion pour libérer des otages. Une fois éventé, un mode d’action est perdu, on ne peut plus le développer, il faut en trouver un autre. Avec la délégation générale de l’armement (DGA), nous avons alors développé de nouveaux procédés.

Nous savons aussi travailler en ambiance polluée par une substance nucléaire, radiologique, biologique ou chimique (NRBC), équipés de tenues légères ou de scaphandres.

M. le président Georges Fenech. Nous sommes au cœur du sujet. Y a-t-il des questions sur ces points-là ?

M. Sébastien Pietrasanta, rapporteur. Comment auriez-vous agi à Saint-Denis sur la porte qui a explosé sans tomber ? Avez-vous des techniques différentes de celles du RAID ?

Général d’armée Denis Favier. Pas plus qu’il y a deux semaines, je ne peux vous répondre sur ce dossier-là puisque je n’étais pas sur place.

M. Pierre Lellouche. Le RAID et la BRI savent-ils intervenir face aux produits NRBC ?

Général d’armée Denis Favier. Je ne peux vous répondre que pour le GIGN. Les équipements de protection font l’objet d’une dotation individuelle et sont rigoureusement contrôlés.

M. Pierre Lellouche. Imaginons qu’il y ait une attaque chimique dans Paris, dans le métro ou dans un grand magasin. Qui saura gérer la situation ?

Général d’armée Denis Favier. Ces capacités sont listées dans le schéma d’intervention et elles vont faire l’objet d’une vérification. Je peux vous parler de ce que j’ai.

M. Pierre Lellouche. Vous être trop poli pour parler des autres, mon général ?

Général d’armée Denis Favier. Je reviens sur la finalité du schéma d’intervention, parce que c’est un point clef. Dans ce débat, on ne peut pas s’en tenir aux déclarations. Le ministre veut qu’on aille vérifier, capacité par capacité, qui est capable de faire telle ou telle chose. C’est déterminant. Et au bout de la vérification capacitaire, on saura répondre à votre question : qui est capable d’engager des explosifs, de faire face à des risques NRBC ? C’est un point très important et attendu.

M. le rapporteur. Au Maroc, il y aurait eu des éléments d’une bombe sale. Le schéma, que vous êtes en train d’élaborer, prend évidemment en compte ce type de menace particulière. Avez-vous dès à présent augmenté les capacités d’entraînement ou les équipements pour y faire face ?

Général d’armée Denis Favier. Oui, très clairement.

M. le rapporteur. C’est une préoccupation très importante ?

Général d’armée Denis Favier. Les unités du haut du spectre s’en préoccupent depuis plusieurs années. Elles sont capables de traiter le problème de l’amont – travail sous scaphandre, détection de substances NRBC et d’explosifs – à l’aval, c’est-à-dire jusqu’à l’intervention proprement dite. Ce dossier, complexe et ancien, est largement soutenu par le SGDSN, notamment sur le plan financier. Nous ne sommes pas en retard.

M. Serge Grouard. Allez-vous jusqu’à la décontamination ?

Général d’armée Denis Favier. Nous intervenons en effet à tous les stades : détection, intervention, décontamination.

M. François Lamy. Confirmez-vous que, le 13 novembre, le GIGN était positionné à la caserne des Célestins pour réagir au cas où il y aurait eu d’autres attaques dans Paris ? Était-ce bien sa mission ?

Général d’armée Denis Favier. Je vous le confirme, comme il y a quinze jours, quand je vous avais donné des précisions sur les horaires d’arrivée et les unités engagées.

M. François Lamy. Parmi les mesures prises depuis le 7 janvier, nous avons l’opération Sentinelle qui a mobilisé jusqu’à près de 10 000 soldats et qui a connu les difficultés inhérentes à la mise en place d’un nouveau dispositif. Des gardes statiques se sont transformées petit à petit en gardes dynamiques. Les soldats, qui travaillent sous l’ordre du préfet – ce qui n’est pas dans leurs habitudes –, ont vu leur temps de formation se réduire de manière considérable : près des deux tiers des sessions de formation ont été annulés l’année dernière et le seront encore cette année, dans l’attente des recrutements. Certains soldats cumulent six à sept missions Sentinelle dans l’année, alors qu’ils font aussi des opérations extérieures (OPEX) et que leur métier est, après tout, de faire la guerre et non de garder des lieux de culte, pour faire simple.

Nous réfléchissons, les uns et les autres, sur la manière de réduire petit à petit l’importance du dispositif Sentinelle. On se pose des questions, y compris sur l’emploi des soldats, le soir des attentats. Qui donne l’ordre de tirer ? Comment ? Pourquoi ?

Or nous avons une force militaire qui peut aussi faire des opérations de police et de la garde statique ou dynamique de sites tels que les centrales nucléaires. Si une force a toute l’expérience pour accomplir les tâches de la mission Sentinelle, c’est la gendarmerie nationale. On va me répondre que c’est une question d’effectifs. Si on trouvait la solution en matière d’effectifs, la Gendarmerie nationale n’aurait-elle pas toutes les capacités pour remplir la mission Sentinelle, ce qui permettrait à nos soldats d’aller faire la guerre, ou de s’y préparer en tout cas, ce qui est leur mission première ?

Général d’armée Denis Favier. Je me suis exprimé à plusieurs reprises sur ce sujet très sensible. En tant que patron de la gendarmerie, je pense que nous faisons face de manière satisfaisante aux problématiques générales d’insécurité : les cambriolages ont régressé en 2015 ; notre engagement est fort ; nous faisons également face à de lourdes séquences de maintien de l’ordre.

Cependant, la nature de la menace que nous rencontrons nous conduit à optimiser les moyens nationaux et, dans ce contexte, le recours aux moyens militaires est intéressant. Toutefois, je ne défends pas l’idée qu’il existerait une rupture stratégique. Afficher ce constat reviendrait en effet à admettre que Daech est parvenu à conquérir une partie du territoire national. Ce n’est pas le cas.

Je reconnais volontiers un durcissement de la menace, mais je pense que nous pouvons gérer la situation avec les moyens conventionnels et juridiques dont nous disposons. L’état d’urgence nous permet de faire face à la plupart des situations. De mon point de vue, l’emploi des forces armées sur le territoire national doit être guidé par le principe de subsidiarité, ce qui n’est pas un terme péjoratif dans ma bouche, et reposer sur une étroite collaboration avec les forces de sécurité du ministère de l’Intérieur dans une logique de « menant-concourant ».

Je reste aujourd’hui persuadé que le ministère de l’Intérieur possède l’ensemble des expertises techniques pour faire face aux nouvelles menaces. En outre, les gendarmes et policiers sont capables de passer très rapidement d’une posture de sécurité publique à une posture d’intervention, avec le souci constant de la proportionnalité des moyens et de la force engagés. Ce principe de réversibilité fait partie de nos fondamentaux et constitue l’un des piliers de la formation dispensée dans l’ensemble de nos écoles.

Il faut à mon sens développer l’emploi des forces armées dans une logique de contrôle des flux, comme nous le faisons en Guyane pour lutter contre l’orpaillage illégal, dans le cadre de l’opération Harpie. Les armées et la gendarmerie sont engagées dans une même mission, avec un groupe de combat d’infanterie et deux officiers de police judiciaires (OPJ). Cet alliage de compétences a du sens. Les règles de l’état de droit sont respectées : le gendarme fait son travail de contrôle, de police administrative et de police judiciaire, mais en ayant le soutien et, si nécessaire, l’appui feu d’un groupe de combat. Ce dispositif Harpie a fait ses preuves sur le terrain et mériterait d’être transposé sur le territoire national, dans une logique de contrôle des flux qui permette d’entraver la liberté de circulation des terroristes et des délinquants tout en rassurant nos concitoyens.

Pour être complet dans ma réponse, monsieur le député, j’indique que, dans le courant du mois d’avril, à l’initiative de l’armée de terre et de la gendarmerie, nous allons engager une expérimentation de deux semaines dans le département de l’Isère. Nous allons tester cet engagement conjoint des deux institutions, dans une logique de contrôle des flux dans un département exposé à une délinquance très active, et en tirer ensuite des conséquences.

M. François Lamy. Vous n’avez pas totalement répondu à ma question. Si vous aviez les effectifs, est-ce que vous ne seriez pas plus efficaces et plus adaptés que les militaires pour remplir les missions de l’opération Sentinelle ? Vous avez toute la panoplie pour agir dans un tel contexte, y compris parce que vos gendarmes font aussi du renseignement quand ils surveillent un lieu de culte. C’est un peu dans leurs gènes, si j’ose dire.

Général d’armée Denis Favier. Si la gendarmerie avait bénéficié des renforts d’effectifs que vous évoquez, elle aurait produit un « effet terrain » significatif.

M. le rapporteur. Le 13 novembre, des informations utiles à l’intervention au Bataclan étaient parvenues par divers biais à certaines brigades de gendarmeries. Ces informations étaient-elles répercutées à la police et aux forces qui intervenaient sur le terrain ? Si oui, dans ces moments de crise, comment se fait la communication ? A contrario, quand le GIGN dirige les opérations, des informations vous parviennent-elles de la Police nationale, notamment à travers le 17 ?

Nous voyons tous l’importance des primo-intervenants et, comme le ministre de l’Intérieur, vous avez indiqué que tous les PSIG allaient être équipés avant le 1er juillet. Quel est le niveau de formation et d’entraînement au tir de vos gendarmes ? Combien de cartouches tirent-ils par an ?

Enfin, combien la gendarmerie surveille-t-elle de lieux, sous forme de gardes statiques ou mobiles ?

Général d’armée Denis Favier. La gestion de l’information diffère selon la nature de la crise, et celle du 13 novembre est ce qu’on appelle une crise à cinétique rapide, durant laquelle tout le monde recueille de l’information, les unités de gendarmerie comme les commissariats. Dans une crise aussi rapide, on n’a pas le temps de mettre en place un poste de commandement pour travailler le renseignement et recueillir toutes les données, notamment celles qui transitent par les réseaux sociaux. Entre le premier coup de feu au Bataclan et la résolution de la crise, il s’est écoulé deux heures ou deux heures trente. Ce laps de temps est trop court pour pouvoir exploiter l’ensemble des renseignements recueillis par nos brigades sur le territoire national.

On peut le faire lors d’une crise plus longue, s’il s’agit par exemple d’une prise d’otage au cours de laquelle on peut dérouler les artifices normaux, notamment la prise de contact par la négociation. On peut alors utiliser les outils qui permettent de travailler l’information : observation des réseaux sociaux, à titre d’exemple On ne peut pas mettre cela en place lors d’une crise qui nécessite un assaut d’urgence.

S’agissant des primo-intervenants et des primo-engagés, il a fallu bouleverser la doctrine. Jusqu’alors, en gendarmerie comme en police, quand nous étions confrontés à une tuerie subite et planifiée, la mission donnée aux premiers engagés était d’observer, de se poster et d’attendre le renfort des unités spécialisées, le haut du spectre. Ce n’est plus possible : on ne peut plus attendre parce que les terroristes tuent et qu’il n’y a pas de négociation possible ; nous devons intervenir très vite pour donner un coup d’arrêt, signifier qu’on est présent et qu’on ne laissera pas faire.

M. le rapporteur. Ce changement de doctrine est intervenu avant ou après le 13 novembre ?

Général d’armée Denis Favier. La réflexion a débuté après les attentats de janvier, elle a mûri dans le courant du printemps, nous avons bâti une doctrine conjointe avec la police en juin dernier, et nous en sommes à la mise en œuvre.

M. Meyer Habib. Elle n’a pas été employée le 13 novembre ?

Général d’armée Denis Favier. Le ministre a présenté ce plan le 23 octobre 2015 à Rouen et son application représente un travail considérable. Il faut faire évoluer les esprits et les procédés opérationnels. Pendant des années, les primo-engagés ont eu pour consigne de se poster, d’observer, de rendre compte et d’attendre, alors qu’on leur demande maintenant d’aller au contact. Il faut changer les doctrines d’emploi, les matériels et les concepts tactiques. C’est très compliqué. Nous avons franchi ce pas. Nous allons à Reims le vendredi 1er avril pour assister à l’entraînement des premières unités. Il a fallu acquérir l’armement. C’est fait.

Nous adaptons donc l’armement, les équipements balistiques, les concepts d’emploi. Nous achetons des boucliers balistiques. Il faut voir ce qu’est un bouclier balistique : c’est très lourd, et il faut l’intégrer dans une manœuvre de cellule. Dans certaines unités, il y avait beaucoup de gendarmes adjoints volontaires, c’est-à-dire des jeunes qui ne sont pas des militaires d’active. C’est pourquoi j’ai décidé que chaque PSIG SABRE serait composé de 2/3 de sous-officiers de gendarmerie. La direction générale suit avec la plus grande attention la montée en puissance de ce dispositif, y compris la formation aux outils et aux armes. S’agissant du volume de munitions tirées chaque année par nos gendarmes, il s’établit à environ 60 cartouches de 9 mm, ce qui a doublé par rapport au niveau d’entraînement antérieur aux attentats. Je vous transmettrai une note détaillant avec précision la formation au tir mise en œuvre depuis les attentats.

En ce qui concerne Sentinelle, je ne suis pas très favorable à ce que des gendarmes mobiles soient engagés dans des dispositifs statiques qui, à mon sens, ne sont pas suffisamment efficients. Ce concept doit évoluer. La gendarmerie garde actuellement cinq sites dans Paris. Des moyens passifs, électroniques, pourraient être utilisés. Il faut optimiser nos capacités en moyens techniques pour dégager de la ressource vive qui peut alors être employée à d’autres missions.

M. le rapporteur. Vous êtes spécialisés sur les explosifs et les risques NRBC. La territorialisation des forces d’intervention a-t-elle encore un sens ? La pratique évolue en cas de tuerie de masse, mais ne faut-il pas aller plus loin ? Lors des attentats du mois de janvier 2015, le GIGN, le RAID et la BRI sont intervenus dans des zones ne relevant pas de leurs compétences. À votre avis, les choses doivent-elles évoluer sur ce point ? Si oui, de quelle manière ?

Général d’armée Denis Favier. Elles vont évoluer avec le schéma national d’intervention.

M. le rapporteur. Il faudrait aller encore plus loin.

Général d’armée Denis Favier. Dans 95 % des cas, le métier des unités spéciales consiste à maîtriser un forcené, à résoudre une prise d’otage à mobile crapuleux ou une situation de rétention familiale, à arrêter des individus dangereux à leur domicile. Dans ces cas, la question de la compétence territoriale a du sens. Ce dont nous parlons aujourd’hui représente les 5 % du métier qui nécessitent que l’on revisite les process. Le schéma d’intervention va nous y aider. Il faudra alors que nous sachions engager, quelle que soit la zone de compétence, tous les moyens disponibles. Ce schéma va nous permettre, en fonction des problèmes rencontrés, d’engager des moyens détenus au titre des capacités particulières par telle ou telle unité, dans une logique de « menant » et « concourant ». Nous allons déboucher à court terme sur cette évolution qui me semble notable. Pour les 5 % que j’évoque, nous allons évoluer dans ce sens.

M. Christophe Cavard. Mon général, vous avez donné une information qui m’intéresse particulièrement : vous regrettez que la gendarmerie ne soit pas associée au plus haut niveau à la DGSI. Avec les militaires de la DGSE et de la DRM, vous êtes entre vous, même si c’est déjà une évolution. Que pourrait vous apporter une présence au sein de la DGSI ?

La question de la codirection du renseignement territorial se pose, à un moment où une vraie réflexion est menée sur le renfort qu’ils peuvent apporter. Vous avez cité l’exemple de Lunel pour valoriser le rôle des brigades, là où elles sont, et prôner une fluidification de l’information. À une époque, l’information se faisait dans un sens mais il n’y avait pas beaucoup de va-et-vient. Comment ces évolutions se passent-elles concrètement ?

Les assignations à résidence et autres décisions administratives, qui se multiplient, ne concernent pas seulement les villes. En tant que gendarmes, comment êtes-vous préparés à y faire face ?

M. le président Georges Fenech. Je vous rappelle, chers collègues, que nous avons prévu tout un bloc pour le renseignement, donc nous aurons l’occasion d’auditionner la sous-direction de l’anticipation opérationnelle (SDAO) qui dépend du général Favier.

Général d’armée Denis Favier. La DGGN entretient des rapports très constructifs avec la DGSI et le niveau de coordination a évolué de manière positive depuis quelques années. Nous avons clairement décloisonné le suivi des personnes signalées et assignées à résidence, notamment grâce à la création auprès du ministre de l’Intérieur de l’état-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT) consécutivement à l’attentat de Saint-Quentin Fallavier du juin 2015. Je suis favorable au détachement d’un officier de liaison au sein de la DGSI.

S’agissant du renseignement territorial, et comme je l’indiquais au début de mon intervention, il me semble opportun de conduire une réflexion sur le positionnement du Service central de renseignement territorial.

M. Christophe Cavard. Il y a un souci ?

Général d’armée Denis Favier. Dans les départements, le détachement de gendarmes au sein des SDRT, la réunion hebdomadaire du bureau de liaison ont permis de rehausser le niveau de coordination de façon intéressante. Il faut poursuivre dans cette voie, notamment dans le domaine du suivi des individus radicalisés.

Quant aux assignations à résidence, nous en avons pris notre part : nous avons conduit 1 200 perquisitions administratives, et nous avons eu jusqu’à soixante-dix assignés à résidence entre le 13 novembre et la fin février – il doit en rester une dizaine. La DGSI nous avise systématiquement dès lors qu’un individu est assigné à résidence dans notre zone de compétence.

M. Philippe Goujon. Sur le renseignement, j’aimerais approfondir la question précédente. D’après votre réponse, la solution optimale ne serait-elle pas que vous soyez intégré dans le premier cercle de la communauté du renseignement, puisque vous regrettez de ne pas avoir de correspondant à la DGSI et la codirection du SCRT ?

Le GIGN était à la caserne des Célestins, à proximité du Bataclan, prêt à intervenir. Tant mieux, mais cela n’a pas été possible à cause de la territorialisation. On nous dit que vous étiez placés là en réserve, pour éventuellement intervenir dans d’autres secteurs. N’est-ce pas un handicap ? Vous étiez peut-être le service le plus près du Bataclan, et celui qui serait intervenu le plus rapidement. Ne faudrait-il pas envisager une sorte de fusion des forces d’intervention ou au moins une interopérabilité ? La question se pose d’autant plus que la BRI nous a indiqué qu’elle avait eu du mal à accéder au site, en raison de la circulation parisienne.

Vous parlez d’une garde nationale qui pourrait occuper une partie des missions dévolues à l’armée dans le cadre de l’opération Sentinelle. La réserve opérationnelle, transformée en garde nationale, serait sous l’autorité de la gendarmerie. Quel rôle pourrait-elle précisément avoir dans ce type de mission ?

Ma dernière question porte sur les effectifs dont vous disposez. Vous n’êtes pas convaincu par les gardes statiques, ce que je peux comprendre. Nombre d’escadrons sont mobilisés pour la garde de palais nationaux, l’Assemblée nationale, le palais de justice, etc. Dans ces conditions, n’est-il pas opportun de diminuer ces forces ? Nous sommes certes en situation de crise, mais il serait peut-être possible d’employer d’autres moyens ou d’autres effectifs, de façon que vous récupériez des personnels.

Général d’armée Denis Favier. Monsieur le député, je ne revendique pas le rattachement au premier cercle : c’est un renseignement particulier qui relève de la sécurité intérieure, alors que je me situe plutôt sur l’information générale. La place de la gendarmerie dans le deuxième cercle est satisfaisante. Si je pense que nous devons être présents à la DGSI, c’est pour mieux travailler la zone frontière entre le premier et le deuxième cercles.

Le GIGN était en effet présent à la caserne des Célestins avec quarante-cinq hommes. Aurait-il pu changer la donne ? Franchement, je n’en suis pas convaincu. Au moment où il est arrivé, beaucoup de choses avaient déjà été faites. Je ne peux pas répondre dans ce sens-là. Je n’en suis pas certain. Je n’ai de surcroît pas une connaissance exacte de ce qui s’est passé à l’intérieur du Bataclan.

Faut-il fusionner les unités d’intervention ? Il s’agit des fleurons des deux maisons. Il nous faut être responsable pour avoir un outil performant. À mon avis, en cas de tuerie planifiée et face à des situations d’urgence qui se déroulent toujours au moment le plus défavorable, nous devons collectivement accepter – et c’est le schéma d’intervention qui va nous y conduire – l’engagement immédiat de toutes les capacités disponibles.

Dans un tel contexte, il ne faut plus se poser la question de savoir qui fait quoi ; il faudra que nous allions tous très vite mettre un terme à la situation de crise. C’est une question de responsabilité. Il faudra que l’on prenne les moyens disponibles à l’instant considéré. Le schéma prévoit cette situation d’action placée sous le signe de l’urgence absolue. Je pense qu’on devra y faire face. Le GIGN se tient d’ores et déjà en mesure de se déployer plus rapidement, en particulier sous la forme de petites équipes « toutes capacités » dont la mission sera de donner un coup d’arrêt aux auteurs des faits. Nous avons bien vu comment se comportent les terroristes : au premier coup d’arrêt, la donne change. Nous devons nous placer dans cette logique. Si nous allons au bout du schéma d’intervention, nous allons y parvenir à très court terme.

La gendarmerie possède une expertise unanimement reconnue en matière de gestion et d’emploi des réservistes opérationnels. Notre réserve opérationnelle tire son efficacité de sa « territorialité ». Si on veut la gérer sur le plan national, faire travailler dans le nord de la France pendant un mois un individu qui habite dans la région Centre, cela n’ira pas. Nous devons pouvoir faire travailler les individus là où ils vivent et pendant des durées extrêmement courtes. Tout autre schéma, qui n’irait pas dans ce sens, rencontrera de mon point de vue de sérieuses difficultés de mise en oeuvre. Les préfets sont les mieux armés, le cas échéant avec l’appui de la gendarmerie, pour piloter cette forme de réserve « garde nationale » qui me semble être un concept intéressant.

Votre dernière question concernait les gardes statiques. J’en assure cinq et j’ai quatre escadrons mobilisés dans ce cadre.

M. Philippe Goujon. Ces gardes concernent surtout les palais nationaux et le palais de justice.

Général d’armée Denis Favier. Nous allons bientôt récupérer une partie des escadrons mobilisés au palais de justice : c’est la préfecture de police de Paris qui assurera la garde des nouveaux locaux, dont les travaux avancent très rapidement, aux Batignolles. Il faudra néanmoins conserver un certain nombre de postes car la cour d’appel et la Cour de cassation demeureront sur l’île de la Cité.

M. Pierre Lellouche. Votre exemple sur la Guyane m’a un peu étonné. Pour y avoir passé un peu de temps avec la gendarmerie, j’ai pu observer que le système de coopération avec l’armée se passait bien, en effet, mais que notre politique de lutte contre les orpailleurs était un échec retentissant. Avec tout le respect que je vous dois, je n’utiliserais pas cet exemple, même si je vois bien que vous faites allusion au fonctionnement opérationnel.

M. le président Georges Fenech. Nous ne sommes pas saisis du problème des orpailleurs.

M. Pierre Lellouche. D’accord, mais le général parlait de la coordination entre les militaires et la gendarmerie dans le cadre de la lutte antiterroriste, en donnant l’exemple de la Guyane où, malheureusement, les résultats ne sont pas au rendez-vous.

J’avais une question précise sur ce qui s’est passé à Cambrai, quand Salah Abdeslam était en vadrouille. D’après la presse, la voiture où il se trouvait aurait été contrôlée à trois reprises. Elle l’a été à coup sûr à Cambrai, par la gendarmerie. Pourquoi les gendarmes n’avaient-ils aucun renseignement ? Pourquoi le système de renseignement n’a-t-il pas fonctionné entre Paris et vos hommes sur le terrain ? En plus, nous avons appris ensuite que les informations ne circulaient pas entre les Belges et nous : la totale ! Comment peut-on régler ce problème ?

Sur le renseignement, votre idée de rattacher le SCRT au directeur général de la gendarmerie et au directeur général de la police devrait être l’une des conclusions de notre commission, tant elle paraît évidente : il n’y a aucune raison pour que le renseignement territorial dépende de la police et non de la gendarmerie alors que vous y contribuez.

S’agissant du fonctionnement en premier et deuxième cercles, permettez-moi de vous dire que, par opposition au renseignement classique interétatique, le renseignement antiterroriste nécessite de regrouper l’ensemble de l’information dans un lieu unique et dans un délai très rapproché entre la collecte et l’utilisation opérationnelle. Autrement dit, le fait que la gendarmerie ne soit pas dans le premier cercle, alors que vous avez des capteurs sur tout le territoire, me paraît un non-sens. Vous faites preuve d’une grande diplomatie en vous déclarant très bien dans le deuxième cercle mais, en vérité, il faut un aquarium où toutes les informations arrivent, soient traitées et transmises le plus vite possible sur le terrain.

Ma dernière question porte sur un point très important : le renseignement humain. Avez-vous des informations sur ce que font ces groupes à Lunel, Molenbeek ou ailleurs ? Pour notre part, nous n’en avons pas. En revanche, nous voyons que M. Salah Abdeslam peut survivre quatre mois sans téléphone dans un quartier où il est nourri et logé. Il n’est finalement repéré que sur dénonciation, ce qui veut dire que les services de renseignement sont absolument sourds et aveugles. C’est très inquiétant. Quelle est votre capacité de pénétrer ces milieux ?

Général d’armée Denis Favier. Monsieur le député, en prenant l’exemple de la Guyane, je faisais référence aux structures. En termes de structures, nous avons mené une réflexion et la coordination fonctionne bien désormais entre l’armée de terre et la gendarmerie pour accomplir cette mission difficile dans un environnement inhospitalier. L’expérience me semble intéressante et peut être dupliquée.

À Cambrai, nous avons mis un dispositif de contrôle dans la nuit du 13 au 14 novembre. Le matin du 14 novembre, cette voiture s’est présentée sur le point de contrôle au péage de Thun-Lêvèque sur l’autoroute A2. Il y avait trois hommes à bord, dont Salah Abdeslam. Les gendarmes les ont interceptés et ils ont interrogé les fichiers. Une fiche est sortie, effectivement, mais c’était une fiche police judiciaire Schengen et non pas une fiche S française : l’individu était connu pour un trafic de stupéfiants entre la Belgique et les Pays-Bas. À ce moment précis, personne ne savait que c’était l’homme que nous recherchions. La conduire à tenir était de le relâcher et de signaler son passage.

M. Pierre Lellouche. N’avez-vous pas dit vous-même qu’il existe un lien entre la criminalité organisée et le terrorisme ? Ce n’était pas dans les tuyaux à ce moment-là ?

Général d’armée Denis Favier. Le lien a été établi depuis plusieurs mois. Le gendarme, qui connaissait l’existence d’un tel lien, a retenu l’individu contre toute règle de droit, et a téléphoné au bureau SIRENE France, chargé de la gestion opérationnelle de la partie nationale du système d’information Schengen. Il sentait qu’il y avait peut-être quelque chose. Vérification faite, le bureau SIRENE a dit au gendarme de laisser passer. Le travail a été fait. Le gendarme a été prudent : outrepassant son rôle, il a pris des photographies du passeport qui ont été utilisées par la suite pour rechercher des renseignements. L’enquête établit par la suite l’implication directe des individus dans les attentats du 13 novembre. Je rappelle que la fiche qu’avaient les gendarmes n’était pas une fiche S.

J’en viens à votre question sur le rattachement du SCRT au directeur général de la gendarmerie et au directeur général de la police. Tous les services lourds et conjoints entre police et gendarmerie qui fonctionnent bien – qu’il s’agisse de coopération internationale, de télécommunications, de systèmes d’information ou d’achats d’équipements – sont copilotés par les deux directeurs généraux. Dans cet esprit, il pourrait être envisage de repositionner le SCRT.

Vous revenez sur la question du premier et du deuxième cercles du renseignement. Le gendarme agit de manière ouverte. Il est connu de la population. Dans le deuxième cercle, je peux rassembler de l’information générale, la transmettre en vue d’alimenter une base de données. Je peux rester dans le deuxième cercle et être associé au renseignement de nature terroriste. Comme je vous l’expliquais il y a quelques instants, il nous faut collectivement amplifier la fluidité des échanges de renseignement, dans le sens montant et descendant. L’EMOPT incarne ce nouveau souffle dans le domaine essentiel du suivi effectif et adapté des individus radicalisés.

M. Pierre Lellouche. La solution, c’est qu’il n’y ait qu’un seul cercle.

Général d’armée Denis Favier. En ce qui concerne le renseignement humain, il faut être prudent. Il n’est pas évident de rentrer dans certains secteurs. La création des antennes de renseignement territorial (ART) s’est accompagnée de pédagogie pour expliquer tout l’intérêt d’avoir des gendarmes insérés au cœur des populations. Si on le fait, on recueille vraiment des renseignements qu’on n’avait pas avant. À Lunel, les gendarmes vivent dans la cité, ils sont dans le club de sport avec les jeunes de la ville. Il en résulte un échange d’informations extrêmement fluide, vraiment bénéfique et qui va dans le sens d’un retour d’informations particulières que vous évoquez. Nous avons progressé dans ce domaine et nous poursuivons notre montée en puissance.

M. Guillaume Larrivé. Mon général, vous avez évoqué l’opportunité qu’il y aurait à disposer de nouveaux moyens juridiques pour mieux contrôler les flux d’entrées sur le territoire national. Sur quels points les législateurs que nous sommes pourraient-ils faire évoluer le droit ?

Général d’armée Denis Favier. Une mesure importante consisterait à optimiser le système LAPI, qui enregistre les vues des voitures et lit leurs plaques d’immatriculation. Nous ne disposons que d’applications locales qui ne permettent pas d’exploiter les données sur le plan national. Dans une optique post 13 novembre, il serait pertinent de connecter l’ensemble des capteurs de la DGG N, de la DGPN et des douanes à un système centralisé pour que l’exploitation de l’information soit instantanée.

Je vous transmettrai dans les tout prochains jours les propositions que je formule destinées à accroître l’efficacité des opérations de contrôle des flux.

M. Guillaume Larrivé. Si le président et le rapporteur en sont d’accord, je pense qu’une note écrite de la direction générale de la gendarmerie nationale sur ces points juridiques serait effectivement utile.

M. Meyer Habib. Mon général, vous avez parlé de l’importance des 1 500 réservistes que vous employez tous les jours. J’ai la conviction qu’à moyen, court ou long terme, nous devrons responsabiliser tous les citoyens, c’est-à-dire que nous devrons revenir à une forme de service militaire. Je crains que nous ne soyons obligés de responsabiliser et de former, au moins à un niveau minimum, la population, comme cela se passe hélas dans certains pays qui vivent avec ce genre de menace.

Venons-en à la doctrine. Comme dans toutes les armées du monde, il existe une compétition saine entre les différents corps d’armée et de police, qui doit s’effacer dans les situations d’urgence absolue. Nous vivons aussi à une époque « d’ubérisation » : le client veut le taxi qui va arriver le plus tôt parce qu’il est le plus près ; il préfère une 4L qui vient le chercher dans la minute à une Rolls Royce qui est à une heure et demie de lui. L’objectif est d’avoir, dans toutes les grandes villes, des forces adaptées capables d’intervenir le plus rapidement possible. Le fait qu’un commissaire de la BAC ait réussi à tuer l’un des trois assaillants du Bataclan, changeant ainsi le cours des événements, montre bien l’importance d’aller au contact le plus vite possible. Que pensez-vous de l’idée d’avoir le maximum de fonctionnaires de police, voire de militaires, armés, répartis dans la population ?

Général d’armée Denis Favier. La réserve est un outil formidable qui permet de faire le lien avec la société. Durant l’été, au mois de juillet, nous formons des jeunes qui sont ensuite reconnus aptes au service dans la réserve, et qui font un travail de gendarme pendant une vingtaine de jours par an. Ce sont des jeunes de la société civile qui rendent un service. C’est responsabilisant pour eux et c’est bon pour notre société. Ce système fonctionne vraiment bien. Je préside chaque année une cérémonie de fin de formation et c’est très impressionnant : en un mois, ces lycéens changent ; ils ont une autre vision de la société et ils s’inscrivent vraiment dans une logique d’intérêt général. Je suis un fervent défenseur de la réserve. Pour la gendarmerie, la cible idéale serait de 40 000 réservistes opérationnels.

Après le 13 novembre, nous avons vu arriver dans les brigades, des personnes qui demandaient ce qu’ils pouvaient faire pour aider. Ils peuvent sécuriser des écoles en faisant traverser les enfants à la sortie des classes, intervenir dans les hôpitaux, etc. Les gens veulent apporter leur contribution à l’intérêt général. On peut étendre le concept, même si je ne suis pas convaincu qu’il faille aller vers le modèle de la garde nationale américaine. Il n’est pas question de cela. Mais nous avons quelque chose à bâtir sur le territoire national. En tout cas, dans mon domaine, je vais vraiment loin en ce qui concerne la réserve.

La doctrine doit en effet évoluer, et les travaux que nous avons engagés tendent à doper les capacités des primo-intervenants. Le port de l’armement « hors service » est autorisé au sein de la gendarmerie durant la période couverte par l’état d’urgence. Cette disposition est rigoureusement encadrée, elle permet aux militaires volontaires et évoluant dans des territoires sensibles d’en bénéficier.

M. le président Georges Fenech. Général, ne pensez-vous pas qu’il manque, à côté de la cellule interministérielle de crise (CIC), un état-major opérationnel qui institutionnaliserait le salon fumoir ?

Général d’armée Denis Favier. Cela fait partie des retours d’expérience auquel le ministre nous a demandé de réfléchir. Il pourrait y avoir une structure permanente. Au-delà de la permanence classique, qui fait remonter les informations de portée générale, nous devons avoir une structure plus opérationnelle, qui s’emboite plus harmonieusement avec les postes de commandement des directions générales.

M. le rapporteur. Au mois de janvier, vous étiez au fumoir puis sur les lieux, à Dammartin-en-Goële. Quand vous allez sur le terrain, ne faites-vous pas défaut au ministre ?

Général d’armée Denis Favier. Je suis allé à Dammartin-en-Goële au moment où la crise allait s’y terminer.

M. le rapporteur. Elle était à Dammartin-en-Goële et à l’Hypercacher ensuite, dans une zone qui, certes, ne relevait pas vraiment dans votre compétence territoriale. Nous devons redouter des crises multiples, se déroulant dans divers endroits comme le 13 novembre. Le patron de la gendarmerie, le préfet de police et tous les chefs doivent-ils être nécessairement sur le terrain ? Il nous a été dit qu’il valait mieux être sur le terrain pour passer les ordres et avoir les informations le plus rapidement possible. Ce qui se passe au fumoir, place Beauvau, est-il moins important ?

Général d’armée Denis Favier. En janvier, nous avons respecté les différentes phases. La phase fumoir était nécessaire pour bâtir l’opération à forte connotation judiciaire et gérer la crise dans sa globalité nationale. J’étais à ma place au fumoir pour diriger l’opération dans ma zone de compétence et faire des propositions d’engagement au ministre. Cette période a duré deux jours. La manœuvre de contrôle de zone autour de la station-service était pilotée depuis Paris, par des ordres allant dans le détail jusqu’à la répartition des zones d’engagement de la police et de la gendarmerie. Nous avons procédé ainsi durant toute la nuit du 8 au 9 janvier. Le matin du 9 janvier, nous avions le résultat de notre opération : les frères Kouachi ont tenté de sortir du dispositif. Ils ont été décelés et se sont réfugiés dans l’imprimerie et nous savions qu’ils ne pourraient plus en bouger. Il s’agissait de contribuer à la résolution de la crise qui allait s’achever là.

M. le rapporteur. Pardonnez-moi d’insister, mon général, mais nous sommes très préoccupés par le risque de multi-attentats qui peuvent se dérouler aussi dans votre zone de compétence. Que se passe-t-il si une deuxième crise survient alors que vous êtes allé sur le terrain pour résoudre la première ? Au fumoir, qui vous accompagne ?

Général d’armée Denis Favier. La direction active à chaque crise son centre des opérations qui a la capacité de piloter les opérations sur l’ensemble du territoire, de recueillir le renseignement en temps réel, de me renseigner en permanence et de relayer mes directives à l’ensemble des chefs territoriaux. La continuité du commandement est ainsi garantie, quel que soit l’endroit où je me trouve.

M. le rapporteur. J’imagine mais n’y a-t-il pas une perte d’information ?

Général d’armée Denis Favier. Très sincèrement, je ne le pense pas. Je suis allé à Dammartin-en-Goële, imprégné de l’esprit de l’opération à mettre en œuvre. La place de la gendarmerie a été tenue au « fumoir » : des collaborateurs, comme le colonel Dubuis, ici présent, ont suivi toute l’opération depuis le CIC et le « fumoir ». Nous ne perdons pas le fil. À un moment, il faut que le patron aille sur le terrain.

M. le rapporteur. La place d’un patron est vraiment au cœur de l’opération ?

Général d’armée Denis Favier. C’est ainsi que je conçois l’exercice du commandement, surtout au moment crucial.

M. Christophe Cavard. J’ai une dernière question concernant les PSIG qui peuvent devenir des primo-intervenants en zone gendarmerie, si j’ai bien compris.

Général d’armée Denis Favier. Cette capacité de primo-intervention sera détenue par les 150 PSIG « SABRE » dont le déploiement est programmé selon un plan triennal à raison de 50 unités par an. Les premiers seront opérationnels au cours de l’été 2016.

M. Christophe Cavard. D’aucuns ont « glorifié » la réaction spontanée d’un officier qui entre, qui tue, qui ressort, en prenant la décision tout seul. Mais dans ce cas-là, il n’y a plus de protocole, plus rien. Comment préparez-vous les personnels, qui pourraient être des primo-intervenants, au changement de protocole d’intervention ?

Général d’armée Denis Favier. Le changement de notre doctrine d’intervention nécessite bien évidemment un effort de pédagogie et de formation vis-à-vis de nos personnels, notamment vis-à-vis des militaires affectés au sein des PSIG « SABRE ». Ce travail est en cours. C’est la raison pour laquelle je mets moins de volontaires et plus de professionnels. Ces PSIG vont, à 98 %, faire le travail de surveillance générale normale. Un jour peut-être, ils vont être confrontés à une situation où ils devront agir en primo-intervenants. Cette réversibilité ne saurait s’improviser.

M. le président Georges Fenech. Nous avons terminé cette audition très riche. Il me reste à vous remercier d’avoir répondu à nos nombreuses questions.

*

* *

Audition, à huis clos, du général Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris, et du colonel Marc Boileau, chef de cabinet.

M. le président Georges Fenech. Mon général, mon colonel, nous vous remercions d’avoir répondu à la demande d’audition de notre Commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015.

Vous savez que nous avons déjà tenu de nombreuses auditions consacrées tout d’abord aux victimes et à leur prise en charge par les secours, puis à la chronologie des événements de janvier et de novembre 2015 – à ce titre, nous avons d’ailleurs reçu des militaires de l’opération Sentinelle déployés dans le 11e arrondissement le soir du 13 novembre.

Mon général, en qualité de gouverneur militaire de Paris, vous êtes l’officier général de la zone de défense et de sécurité en Île-de-France (OGZDS) et commandez les unités déployées en Île-de-France dans le cadre de l’opération Sentinelle. Vous êtes également chargé de planifier les opérations en cas de troubles à l’ordre public, sur réquisition du préfet de police. Nous sommes donc désireux de vous entendre, tant sur l’action des forces armées sur les différents sites d’attentat et la coordination des forces de sécurité, que sur le dispositif Sentinelle en Île-de-France et ses éventuelles perspectives d’évolution.

En raison de la confidentialité des informations que vous êtes susceptible de nous délivrer, cette audition se déroule à huis clos, et n’est donc pas diffusée sur le site internet de l’Assemblée. Néanmoins, et conformément à l’article 6 de l’ordonnance 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires, son compte rendu pourra être publié en tout ou partie, si nous en décidons ainsi à l’issue de nos travaux. Je précise que les comptes rendus des auditions qui auront eu lieu à huis clos seront au préalable transmis aux personnes entendues afin de recueillir leurs observations. Ces observations seront soumises à la commission, qui pourra décider d’en faire état dans son rapport.

Je rappelle que, conformément aux dispositions du même article, « sera punie des peines prévues à l’article 226-13 du code pénal (un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende) toute personne qui, dans un délai de vingt-cinq ans divulguera ou publiera une information relative aux travaux non publics d’une commission d’enquête, sauf si le rapport publié à la fin des travaux de la commission a fait état de cette information ».

Conformément aux dispositions de l’article 6 précité, je vais maintenant vous demander de prêter le serment de dire toute la vérité, rien que la vérité.

Le général Bruno Le Ray et le colonel Marc Boileau prêtent serment.

Je vais vous laisser la parole pour un exposé liminaire qui sera suivi par un échange de questions et réponses.

Général Bruno Le Ray. Monsieur le président, madame, messieurs, je suis très heureux de m’exprimer devant vous aujourd’hui en tant que gouverneur militaire de Paris. En poste depuis l’été 2015, j’exerce le contrôle opérationnel de l’ensemble des forces placées sous le commandement du chef d’état-major des armées. Au cours de ce propos liminaire, je vais vous rappeler les conditions d’engagement de nos forces, en particulier telles qu’elles ont été appliquées les 13 et 14 novembre derniers.

Les attentats de janvier avaient déjà créé un contexte exceptionnel, notamment sur le plan militaire, avec le déploiement d’un nombre important de militaires sur le territoire national, en particulier en Île-de-France. Les attentats de novembre ont eu pour effet de nous faire franchir un palier supplémentaire : à deux reprises, des unités de la force Sentinelle se sont en effet retrouvées au plus près de la zone de combat – une expression inhabituelle pour un événement survenu à l’intérieur de nos frontières, mais correspondant à la réalité des faits –, en situation d’appui direct des forces de sécurité intérieure.

Vendredi 13 novembre, avant que ne surviennent les attentats, près de 4 000 militaires étaient déployés sur l’Île-de-France, répartis en 49 unités élémentaires – ce chiffre a son importance pour ce qui est de certains aspects relatifs au commandement – engagées dans des missions de protection de 325 sites sensibles : 20 sites dits « Vigipirate historique » – principalement les lieux touristiques et les gares – et 305 sites confessionnels – presque exclusivement des lieux de culte israélites.

Notre dispositif en Île-de-France avait été réorganisé courant 2015, passant de quinze à huit états-majors tactiques ; à la mi-octobre, une deuxième évolution nous avait fait passer à trois états-majors tactiques. Toute l’Île-de-France était donc – comme elle l’est encore à ce jour – répartie en trois zones : Paris intra muros, avec un PC établi à Vincennes, Paris Est, avec un PC au fort de l’Est, et Paris Ouest, avec un PC à Satory. Ces trois groupements sont sous les ordres de chefs de corps en titre, commandant des régiments en s’appuyant sur un état-major de régiment – étant précisé que, depuis l’année dernière, nous faisons en sorte que le déploiement des unités corresponde au découpage territorial, afin de faciliter les mesures de coordination avec les échelons administratifs locaux, les arrondissements, les districts et les départements.

Le 13 novembre en fin de soirée, nous disposions encore d’environ 1 000 militaires déployés sur le terrain, puisque la garde ne prend fin qu’entre vingt et une heures trente et vingt-deux heures trente, selon l’activité des sites concernés. En l’absence d’informations précises nous permettant de disposer d’une vision exhaustive de ce qui se passait au cours des premières heures de la soirée, l’idée maîtresse des décisions que j’ai prises a consisté à m’assurer que tous les moyens militaires se trouvant au contact, c’est-à-dire engagés sur l’un ou l’autre des événements, se trouvaient en capacité effective de coordonner leur action avec celle des forces de sécurité intérieure, et que les renforts pouvant se révéler nécessaires étaient disponibles au bon moment et au bon endroit. À cet effet, une réflexion a été menée en deux temps, d’abord avec les personnels se trouvant au contact, puis avec ceux susceptibles d’être appelés en renfort.

Il se trouve que le soir du 13 novembre, je me trouvais au Stade de France, assis une rangée derrière le Président de la République. J’ai entendu les deux premières explosions ayant retenti à proximité du stade et assez rapidement, juste avant vingt et une heures trente, j’ai été informé par mon état-major stationné à Saint-Germain-en-Laye – depuis les attentats de janvier 2015, il fonctionne 24 heures sur 24, 365 jours par an, afin de coordonner l’ensemble des soldats déployés à Paris…

M. Sébastien Pietrasanta, rapporteur. Par qui votre état-major avait-il lui-même été informé ?

Général Bruno Le Ray. Il est alimenté par deux canaux : d’une part, celui des forces elles-mêmes – ainsi le 54e régiment d’artillerie, basé au PC de Vincennes, recueillait-il les renseignements transmis par les soldats sur le terrain –, d’autre part, celui constitué par les officiers de liaison répartis dans les différents centres opérationnels (CO) de la préfecture de police. Par ailleurs, mon état-major est également en contact avec le secrétariat général de la zone de défense (SGZD), qui est son interlocuteur naturel en temps ordinaire. Il se trouve qu’à l’heure des faits, le SGZD n’était pas totalement opérationnel, ce qui fait que les renseignements sont arrivés par tous les canaux. C’est ainsi que j’ai été personnellement informé peu avant vingt et une heures trente que plusieurs attentats avaient été commis dans Paris.

J’ai quitté le Stade de France à la mi-temps – le Président de la République avait lui-même quitté la tribune officielle quelque temps auparavant pour gagner le poste de sécurité du stade – afin de rejoindre mon lieu de travail situé aux Invalides, à partir duquel j’ai continué à assurer le suivi de l’opération et son commandement tout au long de la nuit. Dès le départ, j’ai donné des ordres afin de mettre en alerte, au sein de chacun des trois groupements, l’élément de réaction rapide prévu pour faire face à ce type de situation – il s’agit d’une compagnie dans chaque groupement. J’ai demandé que soient sécurisés tous les sites sur lesquels des militaires étaient encore déployés, et j’ai fait rappeler tous les militaires qui se trouvaient en repos – certains, qui se trouvaient au Stade France, ont ainsi dû regagner leur unité à Vincennes en petites foulées.

Dès que j’ai obtenu de mon CO – qui tenait lui-même le renseignement de la préfecture de police – la confirmation du fait que nous étions confrontés à une attaque coordonnée multisite, j’ai fait renforcer la sécurité de tous les sites sur lesquels des militaires se trouvaient déployés, et j’ai engagé un élément de réserve du groupement Paris centre, afin de renforcer l’unité déjà au contact rue de Charonne et au Bataclan. La compagnie de réserve du groupement de Vincennes est partie renforcer les unités du 11e arrondissement, tandis que je dirigeais les deux autres – celle du groupement Est celle du groupement Ouest – vers Bastille, où se trouvaient regroupées des forces de sécurité, afin qu’elles puissent intervenir rapidement en cas de nécessité. Dans le même temps, j’ai fait placer l’ensemble du dispositif sous les ordres du chef de corps du groupement, qui est parti sur le terrain avec un PC tactique afin de coordonner l’action des militaires et pallier toute difficulté de liaison avec les FSI : de cette manière, il pouvait en effet « commander directement à la voix ».

La présence militaire, sous la forme de l’arrivée de soldats lourdement protégés et armés, a rapidement eu pour effet de rassurer la population, les pompiers et les policiers. Appuyant les forces de sécurité intérieure suivant les consignes qui leur étaient données sur place, nos hommes ont bouclé des secteurs, ils ont couvert certaines directions et en ont interdit d’autres – afin d’éviter la fuite ou l’arrivée de terroristes. J’ai fait sécuriser l’aéroport du Bourget, tenant compte de la présence sur ce site d’éléments détachés dans le cadre de la préparation de la COP21 et non armés. Enfin, sur réquisition de la préfecture de police, nous avons pris en charge le remplacement des forces de sécurité intérieure qui assuraient la protection de Matignon, de l’Assemblée nationale, du Sénat et de l’hôpital Necker ; pour ce qui est de ce dernier site, nous avions reçu des informations provenant du secrétariat général de la zone de défense, selon lesquelles ce lieu accueillant des blessés risquait de faire l’objet d’une attaque.

Dans le même temps, pour préparer le futur, c’est-à-dire pour anticiper l’arrivée probable de renforts dans les heures et les jours suivants, j’ai fait mettre en alerte la zone de transit de Brétigny, qui est l’endroit par lequel arrivent et repartent toutes les unités militaires de Paris : elles y perçoivent leurs équipements – bombes lacrymogènes, matraques télescopiques, gilets pare-balles et casques lourds – avant de partir sur site, et les y restituent au retour de mission. Au total, nous disposions au milieu de la nuit d’environ 500 militaires engagés sur ou à proximité des lieux d’attentat du 11e arrondissement – j’englobe les unités se trouvant en renfort éventuel à Bastille – et de 500 militaires engagés sur la sécurisation des quatre sites que j’ai évoqués précédemment.

Dès le lendemain matin à six heures trente, nous avons repris la mission Sentinelle habituelle, consistant à sécuriser les 325 sites que j’ai mentionnés – j’avais doublé l’effectif sur tous les sites « Vigipirate historique », en particulier les gares. Le soir du 14 novembre, nous avons accueilli les premiers renforts sous la forme de deux compagnies Guépard TAP du 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (RPIMa). Au total, dans les quarante-huit heures ayant suivi les attentats, nous avons reçu le renfort de 2 500 soldats. Durant toute la durée des opérations, je suis resté en contact avec le cabinet du ministère de la défense et le chef d’état-major des armées.

M. le président Georges Fenech. Vous nous avez expliqué que le rôle des forces militaires avait d’abord consisté à rassurer la population, les pompiers et la police, par la présence de personnels en armes, ainsi qu’à appuyer les forces de sécurité intérieure en bouclant les secteurs et en organisant la circulation. Le soir du 13 novembre, les premières forces à intervenir ont été celles des BAC . Alors que les forces militaires étaient également présentes, elles ne disposaient pas du cadre juridique qui leur aurait permis d’intervenir – je veux dire, de participer à un assaut contre les terroristes.

Alors que l’on se trouvait dans une situation de guerre, avec des assaillants munis d’armes lourdes, les militaires se tenaient donc en arrière, se contentant de sécuriser le quartier, tandis que les forces de police – qui, elles, n’étaient équipées que d’armes légères – étaient au plus près de l’action et tentaient même de neutraliser l’un des terroristes à l’angle du boulevard Voltaire et du passage Saint-Pierre-Amelot. À un moment donné, les fonctionnaires de police ont demandé aux personnels de l’opération Sentinelle s’ils pouvaient leur prêter leurs armes, mais se sont heurtés à un refus.

Si vous aviez été les premiers à intervenir au Bataclan, aurait-il été concevable qu’en entendant les coups de feu tirés à l’intérieur, vous décidiez de pénétrer dans le bâtiment dans le but de neutraliser les terroristes ?

M. le rapporteur. Par ailleurs, y a-t-il eu une évolution dans votre doctrine d’intervention, faisant que vous interviendriez si une situation semblable se présentait demain ?

Général Bruno Le Ray. Si je vous ai laissé penser que la mission première des personnels de l’opération Sentinelle était de rassurer, je me suis mal exprimé. En réalité, la mission première des militaires est d’appuyer, de soutenir les forces de sécurité intérieure. J’ai été informé, dans le courant de la soirée, que les militaires avaient retiré les dispositifs de sécurité de leurs armes – les TOC –, afin de rendre celles-ci immédiatement opérationnelles : en clair, les militaires qui se trouvaient aux côtés de la police et des pompiers auraient été en mesure d’ouvrir le feu immédiatement si des terroristes étaient sortis du Bataclan.

M. le rapporteur. En réplique ?

Général Bruno Le Ray. En réplique, effectivement : comme toutes les forces de sécurité, nous appliquons les règles de la légitime défense.

M. le président Georges Fenech. Mais vous n’auriez pas cherché à entrer dans le bâtiment pour aller abattre les terroristes ?

Général Bruno Le Ray. Les seuls moments où des coups de feu ont été échangés, c’est lorsqu’un terroriste a entrouvert une issue de secours pour lâcher des rafales à l’aveuglette – des impacts ont été relevés sur certains véhicules, notamment ceux des pompiers –, ce qui ne permettait pas à nos hommes de riposter efficacement. Si les terroristes étaient vraiment sortis du bâtiment en ouvrant le feu dans la rue, les militaires auraient tiré à leur tour dans le cadre de la légitime défense, sans que j’aie besoin de les y autoriser.

M. le président Georges Fenech. Vous n’avez pas répondu à ma question.

Général Bruno Le Ray. J’y réponds en vous disant qu’à l’instar des forces de sécurité intérieure, nous aurions ouvert le feu si les conditions de la légitime défense avaient été réunies, comme des soldats l’ont fait à Valence en janvier dernier. Les militaires ne sont pas inhibés dans l’usage de leur arme : ils connaissent parfaitement les règles de la légitime défense et les appliquent de manière rigoureuse.

Pour ce qui est d’entrer dans le Bataclan, nous avons agi conformément à notre mode d’action habituel – applicable en opération extérieure comme sur le territoire national –, qui veut que l’on n’entre pas dans une bouteille d’encre, c’est-à-dire sans savoir où l’on va, ce que l’on va faire et contre qui ! En mon âme et conscience, je n’aurais donc pas donné l’ordre à mes soldats de pénétrer dans le bâtiment sans un plan d’action prédéfini. Je peux concevoir que l’on intervienne en appui des forces de sécurité intérieure, qui décident de donner l’assaut parce qu’elles connaissent les lieux et savent ce qu’elles vont y trouver, mais pas que l’on se lance dans l’inconnu.

M. le président Georges Fenech. Vous entendiez tout de même des tirs en provenance de l’intérieur !

Général Bruno Le Ray. Certes, mais des bruits de tirs ne fournissent que fort peu d’informations sur ce qui se passe à l’intérieur.

M. le rapporteur. Vous saviez cependant que l’attaque des terroristes avait fait des morts et des blessés, puisque certains se trouvaient à l’extérieur. Un commissaire de la BAC et l’un de ses collègues policiers ont pris l’initiative d’entrer dans le bâtiment, alors qu’ils ne savaient pas plus que vos hommes ce qui s’y passait ; armés et protégés beaucoup moins efficacement que les militaires, ils sont parvenus à tuer l’un des terroristes avant de ressortir. Étant précisé que cette question ne constitue en rien un jugement de valeur – nous cherchons simplement à comprendre –, comment se fait-il que vous n’ayez pas pris la décision d’en faire autant, ni donné l’autorisation de le faire ?

Général Bruno Le Ray. Aucune demande d’entrer dans le Bataclan ne m’a été adressée, et je n’ai donné aucune autorisation en ce sens. Je ne connais pas les circonstances exactes de l’intervention du policier de la BAC et, si j’admire son courage, je vous répète qu’il était exclu que je fasse intervenir mes soldats sans savoir ce qui se passait à l’intérieur du bâtiment.

M. le président Georges Fenech. Il y avait des morts sur le trottoir !

Général Bruno Le Ray. Comme il y en a sur tous les théâtres d’opérations. Il est impensable de mettre des soldats en danger dans l’espoir hypothétique de sauver d’autres personnes. L’intervention en zone d’exclusion est un sujet très délicat. Pour moi, la première question à se poser consiste à savoir si l’on est en mesure d’assurer la protection des personnels allant au contact. Si les soldats que j’envoie dans le bâtiment se font eux-mêmes tuer, parce qu’ils ne sont pas en capacité de répondre aux tirs dont ils sont la cible, nous n’aurons guère progressé dans la résolution de la situation.

M. le président Georges Fenech. N’est-ce pas la vocation des soldats que de protéger les populations civiles ?

Général Bruno Le Ray. Si, bien sûr, et c’est ce qu’ils font. En revanche, ils n’ont pas vocation à se jeter dans la gueule du loup s’ils ne sont pas assurés de disposer de chances raisonnables d’accomplir leur mission.

M. le rapporteur. Si le commissaire entré dans le Bataclan avait demandé à des militaires de fournir un appui à son intervention, ceux-ci vous auraient-ils demandé l’autorisation de le faire, auraient-ils pu prendre d’eux-mêmes l’initiative d’entrer dans le bâtiment avec la police, ou cela leur aurait-il été purement et simplement interdit ?

Par ailleurs, quel lien aviez-vous avec le préfet de police au cours des différentes phases de l’opération ?

Général Bruno Le Ray. Les soldats ont des conduites à tenir en fonction des situations auxquelles ils sont confrontés, mais nous ne pouvons prévoir tous les cas de figure…

M. le rapporteur. Depuis les faits, avez-vous intégré la situation du 13 novembre à vos scénarios d’intervention ?

Général Bruno Le Ray. Comme la Police nationale, les forces armées terrestres travaillent à l’élaboration de conduites à tenir dans différentes situations, notamment celle d’un terroriste sortant du Bataclan qui, sans menacer les soldats, cherche à s’enfuir – dans l’intention éventuelle d’aller commettre d’autres actes de violence ailleurs. Si le policier de la BAC avait souhaité faire une seconde incursion dans le bâtiment en se faisant cette fois accompagner de soldats, je ne peux dire avec certitude quelle réponse il aurait reçu, mais j’ai tendance à penser qu’ils seraient entrés avec lui.

M. le président Georges Fenech. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ont refusé de donner leurs armes !

M. le rapporteur. Plus exactement, quand la BAC leur a demandé s’ils accepteraient de prêter leurs armes à la police dans l’éventualité d’une nouvelle intervention, ils ont répondu que non.

Général Bruno Le Ray. Cela n’a rien d’étonnant : les militaires ne confient jamais leurs armes à quelqu’un d’autre.

En revanche, un policier de la BAC a demandé aux soldats de couvrir la sortie du bâtiment et de faire feu si les terroristes se montraient – il leur a même précisé de viser de préférence la tête, ou en tout état de cause en dehors des zones du corps susceptibles d’être entourées d’une ceinture d’explosifs –, et mes hommes l’auraient fait si la situation s’était présentée.

La question de l’entrée dans le bâtiment s’apparente à celle d’une prise d’otages de masse : en pareil cas, on fait systématiquement appel à des unités spécialisées, qui n’interviennent qu’à l’issue d’un minimum de préparation. Je me mets à la place d’un soldat entrant dans une pièce où il risque de tomber à la fois sur les terroristes et leurs victimes, dans une configuration inconnue, avec une luminosité peut-être insuffisante et des gens qui hurlent de tous côtés : comment faire, dans ces conditions, pour discriminer instantanément les agresseurs des victimes ? Ma propre expérience opérationnelle me porte à penser qu’une telle chose est quasiment impossible.

M. le président Georges Fenech. Je ne pense pas que les termes d’« agresseurs » et de « victimes », qui évoquent une situation de criminalité ordinaire, soient adéquats : en réalité, nous avions affaire à des terroristes kamikazes en train de perpétrer un massacre.

Imaginons que des soldats de Sentinelle se trouvent aux abords de Saint-Lazare, et que des terroristes ouvrent le feu à l’intérieur de la gare avec des Kalachnikov. Quelle serait la réaction de vos soldats ?

Général Bruno Le Ray. Ils ouvriraient le feu à leur tour, sans l’ombre d’un doute.

M. le président Georges Fenech. Dans ce cas, pourquoi n’en ont-ils pas fait de même au Bataclan ?

Général Bruno Le Ray. La situation n’était pas la même. Au Bataclan, les terroristes étaient retranchés dans un lieu fermé, tandis qu’une gare est un lieu ouvert.

M. le président Georges Fenech. Selon vous, donner l’assaut à un bâtiment fermé suppose l’intervention d’unités spécialisées, dont Sentinelle ne fait pas partie ?

Général Bruno Le Ray. Les soldats de Sentinelle sont formés pour intervenir dans le cadre d’opérations extérieures, mais pas dans celui d’une prise d’otages de masse dans un lieu fermé.

M. le président Georges Fenech. Une réflexion a-t-elle été engagée sur ce point ?

Général Bruno Le Ray. Nos forces spéciales travaillent sur cette question, car elles sont amenées à intervenir, à Bamako ou ailleurs, sur des situations très semblables. Sur le territoire national, nos soldats « de base », qui représentent 99 % des effectifs, ne sont pas formés à ce type d’opérations. Mais je vous confirme que si une attaque devait survenir à la gare Saint-Lazare, les soldats de Sentinelle n’hésiteraient pas une seconde à ouvrir le feu – comme ils l’ont fait dernièrement à Valence.

M. le président Georges Fenech. Je n’ai malheureusement pas pu écouter l’intervention faite par le ministre de la défense devant l’Assemblée nationale, puisque les travaux de la Commission d’enquête étaient en cours au même moment, mais nous l’auditionnerons prochainement. Il serait bon de savoir si une réflexion va être menée en vue de mieux associer la force militaire aux forces de sécurité intérieure quand surviennent des situations similaires à celles que nous évoquons.

Général Bruno Le Ray. Des réflexions sont en cours, mais je pense que le policier et le militaire de base ne sont pas préparés à faire face à de telles situations : cela relève de compétences et d’une formation bien particulières. Le policier de la BAC qui est entré dans le Bataclan s’est placé peut-être au-delà de ce qu’il était raisonnablement censé faire, et mes soldats ne sont pas formés pour aller déloger des terroristes retranchés dans une salle de spectacle.

M. Olivier Falorni. Si je comprends bien, les militaires de Sentinelle ne peuvent pas intervenir dans un lieu clos où se produit un massacre. Je rappelle qu’au Bataclan, après l’intervention isolée de deux policiers de la BAC, une quinzaine de fonctionnaires de police sont entrés une deuxième fois dans le bâtiment, de façon organisée : il ne s’agit dont pas d’une initiative individuelle et incontrôlée, comme vous le laissez entendre.

Pour ce qui est d’une intervention des militaires, vous dites qu’elle ne ferait aucun doute dans une gare, mais qu’il en est tout autrement dans le cadre d’une attaque comme celle du Bataclan. Imaginons que la police n’ait pas été en mesure d’arriver aussi vite qu’elle l’a fait, et que vos hommes se soient trouvés seuls boulevard Voltaire : dans ce cas, ils seraient restés à l’extérieur sans intervenir, alors même qu’ils auraient entendu des tirs et des cris à l’intérieur ? Alors qu’ils sont habitués au combat, ils se seraient refusés à entrer au seul motif qu’ils ne savaient pas ce qu’ils allaient trouver derrière la porte ? Ne prenez pas cela pour une mise en accusation, mais je vous avoue que cette idée me sidère.

Général Bruno Le Ray. Loin de moi l’idée de dénigrer en quelque façon que ce soit l’intervention des forces de sécurité intérieure, avec lesquelles nous travaillons au quotidien : je vous ai simplement dit ce que m’inspirait, à la lumière de ce que j’ai pu en lire, les conditions de leur intervention.

Dans un espace ouvert, on voit ce qui se passe et on n’a aucune difficulté à faire la différence entre les terroristes et les victimes potentielles. En revanche, les soldats de Sentinelle ne sont pas formés à intervenir dans un contexte proche d’une prise d’otages en milieu fermé. Il existe, parmi les unités militaires, des forces spéciales compétentes pour intervenir en pareil cas. C’est la même chose au sein de la police et, de ce point de vue, les unités de la BAC sont déjà des unités particulières.

Au demeurant, je ne dis pas que nous serions absolument incapables d’intervenir, mais simplement que ce n’est pas une mission à laquelle nos hommes sont préparés. Les services du chef d’état-major de l’armée de terre réfléchissent aux moyens de faire mieux dans l’hypothèse où surviendrait à nouveau une telle situation sur le territoire national, étant précisé qu’en pareil cas, nous ne serions pas en état de guerre au sens juridique – c’est le droit commun, et non le droit militaire, qui aurait vocation à s’appliquer. À certains égards, intervenir au cœur de Paris est bien plus compliqué que de livrer combat au fin fond du Mali ou de la Côte d’Ivoire, car on ne dispose évidemment pas de la même liberté d’action, et il est bon d’en avoir conscience.

M. le président Georges Fenech. Depuis janvier 2015, des exercices militaires ont-ils été effectués en coopération avec les forces de sécurité intérieure ?

Général Bruno Le Ray. Je suis simplement utilisateur des forces de l’armée de terre, la préparation opérationnelle des unités ne se faisant pas à mon niveau. Si des exercices sont effectivement menés, je ne pense pas qu’ils aient pour objet de nous préparer à intervenir dans le cadre d’une situation de type Bataclan – en tout cas, pas avec les soldats de l’opération Sentinelle. Le recours aux forces spéciales en pareil cas a été récemment évoqué, mais cela ne pourrait se faire que dans des conditions d’encadrement très strictes, en complément des forces de sécurité intérieure et des unités particulières.

Mme Françoise Dumas. Pour ma part, je souhaite évoquer la situation de la province, étant précisé que je suis élue d’un territoire présentant un haut risque, dans la mesure où l’on y trouve un grand nombre de mosquées, de synagogues et d’églises. Vous avez évoqué tout à l’heure le déploiement de vos personnels sur les lieux confessionnels. Dans la mesure où vos hommes ne fouillent pas les personnes qui pénètrent dans les lieux de culte, quelle serait votre réaction si une attaque survenait à l’intérieur d’un tel lieu, qui est par définition un lieu clos ?

Général Bruno Le Ray. Il n’existe pas de réponse simple à une telle question. Ce que je peux vous dire, c’est que des soldats montant la garde devant un site y entreraient s’ils voyaient des terroristes s’apprêter à y commettre des violences.

Au Bataclan, les militaires n’ont pas vu entrer les terroristes, et ne savaient donc pas ce qui se passait à l’intérieur. À l’inverse, ils connaissent très bien les synagogues qu’ils ont pour mission de surveiller – il leur arrive même de se reposer à l’intérieur – ainsi que les personnes censées s’y trouver, qu’ils voient entrer et sortir. J’imagine donc qu’en pareil cas, ils interviendraient systématiquement s’ils se trouvaient en situation de le faire.

M. le président Georges Fenech. Vous « imaginez » qu’ils interviendraient ? Vous n’en êtes pas sûr, alors même que vous entendriez des tirs de kalachnikovs en provenance d’une synagogue bondée ?

Général Bruno Le Ray. Peut-être me suis-je mal exprimé, monsieur le député. Ce que je veux dire, c’est que des soldats en faction devant l’unique entrée d’une synagogue ne pourraient manquer de remarquer l’arrivée de terroristes.

M. le président Georges Fenech. On ne peut exclure que les terroristes s’introduisent dans les lieux en empruntant un passage souterrain, comme cela se fait dans la bande de Gaza !

Général Bruno Le Ray. Il n’y a pas de réponse toute faite à cette question, mais je pense qu’ils interviendraient…

M. le président Georges Fenech. Vous « pensez » ? Comment peut-on seulement imaginer que des militaires armés restent au seuil d’une synagogue où des victimes innocentes se font massacrer ! Ce n’est pas possible !

Général Bruno Le Ray. Je ne me place pas sur le plan des principes…

M. le président Georges Fenech. Le simple risque de se voir reprocher une non-assistance à personne en danger devrait leur commander d’intervenir !

Général Bruno Le Ray. Vous mettez en parallèle deux situations radicalement différentes : d’une part, celle du Bataclan, où aucun soldat ne savait ce qui se passait à l’intérieur, ni même combien de terroristes et combien de victimes potentielles s’y trouvaient, d’autre part, celle d’une synagogue, qui n’est jamais bondée, contrairement à ce que vous dites, et que les soldats de Sentinelle connaissent bien – c’est pourquoi il y a 99,9 % de chances pour qu’ils y soient entrés en cas d’attaque, car cela correspond à leurs compétences en termes de lieu, de nombre de personnes sur place, et de capacité à gérer la situation de chaos régnant à l’intérieur.

Mme Françoise Dumas. L’attaque d’une synagogue ne constitue sans doute pas le meilleur exemple, car ce lieu de culte est généralement très contrôlé à l’entrée…

M. le président Georges Fenech. Alors, que se passerait-il en cas d’attaque d’une école ?

Général Bruno Le Ray. Nous sommes devant les écoles à longueur de journée, et filtrons très soigneusement leurs accès. Certes, on ne peut exclure que quelqu’un passe par les toits ou par des souterrains, et dans ce cas nous interviendrions, car nous connaissons très bien tous ces lieux que nous protégeons depuis plus d’un an, qu’il s’agisse des écoles, des synagogues, de l’espace Rachi – le Centre d’art et de culture juive du 5e arrondissement – ou de la Grande mosquée de Paris.

Mme Françoise Dumas. Mais que se passerait-il dans une cathédrale ou une église où serait célébré un mariage, c’est-à-dire un lieu où les allées et venues ne font pas l’objet du même contrôle ?

Général Bruno Le Ray. J’ai été réquisitionné pour protéger certains lieux de culte catholique durant la période des fêtes de Pâques. Je précise que les accès de ces lieux sont généralement filtrés par les fidèles eux-mêmes – c’est en tout cas la consigne donnée par le préfet de police à la communauté religieuse. À cette protection de base viendra s’ajouter la sécurisation effectuée par mes hommes à l’extérieur des sites concernés.

M. le président Georges Fenech. Ne pourrait-on imaginer une coordination des forces de sécurité intérieure et des militaires, comme c’est déjà le cas dans certaines situations particulières – je pense en particulier à l’opération Harpie mise en place en Guyane, dans le cadre de laquelle la gendarmerie travaille en collaboration avec les militaires ? Un centre opérationnel pourrait être mis en place, qui coordonnerait l’action des forces de sécurité intérieure et des militaires.

Général Bruno Le Ray. Je connais bien l’opération Harpie, qui ne consiste pas à faire travailler ensemble les policiers et les militaires, mais à intégrer les gendarmes à une chaîne de commandement militaire. À l’échelle de Paris, des dizaines de milliers de policiers sont déployés dans le cadre d’une forte activité de sécurité générale. Il me paraît difficilement concevable de mettre en place un centre de coordination permanent, qui n’aurait vocation à coordonner l’action des policiers et des militaires que dans les cas très exceptionnels où l’on sort du cadre de l’activité de sécurité générale pour entrer dans celui de la gestion d’une situation de crise.

M. le président Georges Fenech. Nous sommes en état d’urgence : n’est-ce pas une situation exceptionnelle qui justifierait la mise en place d’une coordination des interventions en période de crise ?

Général Bruno Le Ray. L’une de nos pistes de réflexion consiste à trouver les moyens d’être en mesure de basculer très rapidement d’un mode de fonctionnement normal à celui d’une période de crise, nécessitant la mise en place d’un système de coordination.

Aujourd’hui, des officiers de liaisons sont présents au sein des différents centres opérationnels de la préfecture de police, et nous avons décidé qu’en cas de crise, un officier de liaison serait envoyé dans le CO de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) – le général Boutinaud, qui commande cette brigade, a dû vous en parler –, ce CO étant particulièrement bien informé de la nature et de la localisation des incidents qui surviennent, et ayant la capacité particulière à discriminer rapidement les vraies alertes des fausses.

Si j’ai très souvent le préfet de police au téléphone, cela n’a pas été le cas dans la nuit du 13 au 14 novembre, car il était injoignable du fait de la situation. En revanche, tous ses services étaient en relation permanente avec les miens, et nous avons répondu à toutes les sollicitations qui nous ont été adressées. Quand on nous a demandé de remplacer les forces de sécurité intérieures présentes à Matignon, à l’Assemblée nationale, au Sénat et à l’hôpital Necker, cela s’est fait sur réquisition de la préfecture de police.

M. le rapporteur. Quel jugement portez-vous sur l’efficacité de l’opération Sentinelle ? Si la protection de 325 sites sensibles constitue une mission importante, un débat s’est ouvert sur l’efficacité des gardes statiques qui sont actuellement effectuées, par rapport à ce que pourrait être celle de gardes dynamiques. Votre doctrine a-t-elle évolué sur ce point au cours des derniers mois ?

Général Bruno Le Ray. La doctrine a effectivement beaucoup évolué. Si nous assurions la protection de 325 sites début novembre 2015, nous en protégeons désormais un peu plus de 1 800 sur l’ensemble de l’Île-de-France, selon différentes modalités. Ainsi, un grand nombre de sites sont désormais sécurisés par des patrouilles, ce qui nous permet de pallier le fait que le dispositif statique consomme une partie importante des forces armées : une patrouille couvre en effet plusieurs sites, contrairement à une garde statique – que certaines personnes continuent de préférer, car elles attachent de l’importance au fait qu’un site soit protégé en permanence, et à ce que cela se voie. Comme les forces de sécurité intérieure, nous tendons toujours plus vers des dispositifs dynamiques, qui présentent également l’avantage d’être plus aléatoires, donc moins prédictibles pour nos adversaires potentiels.

M. le rapporteur. Élu francilien – je suis maire d’Asnières-sur-Seine –, je discutais dernièrement avec le commissaire de ma circonscription au sujet de la garde dynamique qui y a été mise en place et couvre à la fois les lycées, la gare et certaines stations de métro. Pouvez-vous nous préciser si vous êtes en contact avec les commissaires afin de coordonner vos actions de protection avec celles de la police, et si le choix des lieux et des heures où vous intervenez relève de votre initiative, ou est défini en accord avec le préfet de police ?

Général Bruno Le Ray. Cette question est très intéressante. La moitié des 1 800 sites dont nous assurons actuellement la protection figure dans les réquisitions que m’adresse le préfet de police, tandis que l’autre moitié est définie par contact direct avec les préfets et les commissaires de district ou d’arrondissement, ainsi que les directions départementales de la sécurité publique (DDSP). Cela donne lieu à une coordination très étroite : ainsi, chaque capitaine a en charge un arrondissement parisien et se coordonne avec le commissaire territorialement compétent pour effectuer la répartition des effectifs en fonction des sites et des horaires, afin d’optimiser l’emploi des forces de sécurité intérieure et des forces armées. De la même manière, les chefs de corps, les commandants d’unité et les chefs de section se coordonnent chacun à leur niveau avec leurs interlocuteurs des forces de sécurité locales, afin d’éviter que certains sites soient doublement protégés ou ne le soient pas du tout.

Un officier de liaison assure la coordination avec la direction de la police territorialement compétente – il peut s’agit d’une DDSP ou d’une direction territoriale de la sécurité de proximité (DTSP), cela dépend du lieu concerné. Hormis les sites pour lesquels le préfet de police effectue des réquisitions, le préfet lui-même peut demander aux chefs de corps d’assurer la protection d’un site lui paraissant exposé à une menace particulière.

M. le rapporteur. Considérez-vous devoir protéger un trop grand nombre de sites ?

Général Bruno Le Ray. Non, je considère que nous faisons beaucoup mieux que ce que nous faisions précédemment, et que nous pouvons faire encore mieux si on nous laisse libres de définir les modes d’action que nous estimons être les plus adaptés à notre mission. Notre référence est l’instruction ministérielle n° 10100, qui fixe les relations « contractuelles » entre le donneur d’ordre, à savoir le préfet, et les forces armées. Ce texte pose le principe selon lequel une mission est confiée aux forces armées, qui déterminent elles-mêmes les modes d’action et les volumes d’effectifs nécessaires pour la remplir. C’est en faisant application de ce principe que nous serons à même d’assurer la sécurité sur le plus grand nombre possible de sites.

M. Christophe Cavard. Ayant fait partie de l’un des derniers contingents d’appelés, je suis en mesure de distinguer les différents uniformes des personnels de l’opération Sentinelle, et j’ai donc conscience de la très grande variété des régiments intervenant dans le cadre de cette opération. La question d’une sur-sollicitation de certaines unités a été évoquée, ainsi que celle de la fatigue des personnels. Pouvez-vous nous préciser selon quels critères on décide de faire intervenir tel ou tel régiment, et pour quelle durée ?

Par ailleurs, au cours d’une audition, des militaires nous ont indiqué être logés dans les combles de la mairie du 11e arrondissement dans des conditions « assez spartiates » – ce qui était sans doute un euphémisme. Pour que des personnels soient en mesure d’intervenir rapidement et efficacement en situation de crise, il faut qu’ils soient en situation physique et morale de le faire – et de manière durable, car il est à craindre que la situation actuelle ne se prolonge. Considérez-vous que les conditions de vie, notamment d’hébergement, de vos hommes, soient satisfaisantes ?

M. David Comet. Mon général, je vous remercie pour l’action de l’armée durant la période difficile que nous vivons actuellement.

On assiste actuellement à une interpénétration grandissante entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure. Nous sommes en état de guerre, même s’il s’agit d’une guerre diffuse, et ce sont les mêmes soldats qui interviennent en opérations extérieures ou sur le territoire national : ils ont les mêmes compétences. Le mois dernier, j’ai rencontré les forces françaises en Côte d’Ivoire – en l’occurrence, les Marsouins du 1er régiment d’infanterie de marine (RIMa) d’Angoulême – et je sais que ces soldats, qui luttent contre le terrorisme en Afrique, peuvent être amenés à le faire également à Paris dans le cadre de Sentinelle.

Une nouvelle doctrine d’emploi est récemment entrée en application en matière de sécurité intérieure, mettant en avant le rôle stratégique des primo-intervenants : on reconnaît désormais l’importance d’intervenir avec efficacité dès les premiers temps, afin de figer la situation. Dans ce cadre, on pourrait concevoir qu’un groupe de huit militaires, par exemple, se tienne à disposition des forces de police, qui feraient éventuellement appel à eux pour concourir à leur action. Ne pensez-vous pas qu’un tel dispositif aurait pu être mis en application au Bataclan et, plus largement, qu’il ait vocation à être adopté afin de faire face aux situations de crise qui se présenteront à l’avenir ?

Le principe d’une coopération entre forces de sécurité intérieure et militaires est très important sur le plan stratégique. À l’inverse, le fait de ne pas l’appliquer nous fait courir le risque d’aboutir à des situations de non-assistance à personne en danger : des personnes pourraient être torturées et tuées dans un bâtiment alors que des personnels ayant vocation à assurer la sécurité de la population se trouvent à proximité, mais n’interviennent pas.

Général Bruno Le Ray. La question de la sollicitation des personnels de l’armée de terre ne relève pas de ma responsabilité, puisque je ne suis qu’un employeur des moyens que l’on met à ma disposition. Cela dit, c’est un sujet particulièrement sensible. En début d’après-midi, j’ai effectué une présentation pour le ministre de la défense, ce qui m’a amené à me rendre sur les sites de l’îlot Saint-Germain et du fort de l’Est. Cela a été pour moi l’occasion de rappeler que 43 régiments différents – sur les 80 régiments environ que compte l’armée de terre – sont présents en ce moment à Paris pour une rotation de six semaines, étant précisé que certaines unités interviennent pour la septième fois. La sollicitation des personnels de l’armée de terre est donc effectivement très forte, ce qui justifie la campagne de recrutement actuellement mise en œuvre. Si cette campagne donne d’excellents résultats, nous n’en profiterons pas immédiatement, car la formation nécessaire pour qu’une nouvelle recrue puisse intervenir sur le terrain dure un certain temps.

Me faisant ici le porte-parole du chef d’état-major de l’armée de terre, qui est aussi mon chef sur une autre partie de mes responsabilités, je pense pouvoir affirmer que des unités supplémentaires vont être constituées au sein des régiments à partir de la fin de l’année, ce qui nous autorisera à revenir à un taux de rotation plus satisfaisant, permettant aux personnels d’être engagés sur les opérations, de se préparer correctement à l’éventualité de devoir livrer des combats de haute intensité au Mali ou en République centrafricaine, et de prendre un peu de repos entre-temps. En l’état actuel des choses, la sollicitation intense des régiments nous impose de déterminer au plus juste le volume des effectifs à déployer pour répondre aux besoins.

Pour ce qui est des conditions d’hébergement, celles de l’îlot Saint-Germain m’ont semblé tout à fait satisfaisantes, tandis que le fort de l’Est est plus spartiate. Quant à la mairie du 11e arrondissement, si elle offre un hébergement effectivement peu confortable – on ne peut y installer que des lits Picot –, elle présente l’avantage d’être située en plein cœur du 11e arrondissement, ce qui permet aux unités qui y sont basées de rejoindre leur lieu de mission en dix minutes à pied, au lieu d’avoir à effectuer un trajet d’une heure et demie en camion pour venir de Brétigny-sur-Orge, par exemple – sans compter que les personnels concernés apprécient, quand ils sont en repos, de pouvoir aller boire une bière en ville très facilement : c’est pourquoi, si vous faisiez un sondage parmi les personnels des unités logées dans la mairie du 11e arrondissement, vous n’auriez sans doute pas que des avis négatifs.

En tout état de cause, les conditions d’hébergement constituent un sujet de préoccupation permanent, et d’importants investissements sont effectués afin d’améliorer la situation – ainsi certains bâtiments du fort de l’Est sont-ils rénovés de fond en comble. Nous avions déserté – quand elles n’avaient pas été vendues – les enceintes militaires situées à l’intérieur de Paris, et nous sommes en train de les réinvestir afin de remonter durablement nos capacités, ce qui prendra un an ou deux. Les travaux effectués à l’Îlot Saint-Germain – où des bureaux doivent être transformés en lieux de vie – et au Val-de-Grâce vont nous permettre d’héberger environ 1 000 hommes en plein Paris dans des conditions satisfaisantes.

Sur le fait que les mêmes soldats soient amenés à intervenir en opérations extérieures et sur le territoire national, je veux souligner que les soldats présents le soir du 13 novembre ont mis en œuvre ce que leur expérience du combat sur le terrain leur avait appris : ils sont allés au contact des forces de sécurité intérieure afin de proposer leurs services, et se sont ensuite répartis pour assurer des missions d’appui ou de sécurisation des accès – par exemple en installant des chicanes improvisées –, qui ont aidé à circonscrire et à maîtriser la situation.

Pour moi, la notion de primo-intervenant implique celle de la responsabilité : or, de mon point de vue, la responsabilité d’assurer la sécurité sur le territoire national doit rester aux forces de sécurité intérieure. Si les militaires interviennent, c’est donc toujours sous le contrôle de l’autorité civile, et ils ne réclament pas d’être plus autonomes pour aller faire la guerre dans un quartier de Paris ou de Marseille. Les forces de sécurité intérieure et les militaires doivent se coordonner sur place comme ils l’ont fait le 13 novembre. Tous les jours, mes soldats sont sollicités pour accomplir des missions relevant de leurs compétences. Il peut s’agir, par exemple, de mettre en place un périmètre de sécurité dans un aéroport lorsqu’un bagage abandonné y est découvert, de sécuriser des zones où interviennent des chiens détecteurs de drogue, ou encore de mettre en place une bulle de protection aérienne pour couvrir certains grands événements.

Quand les militaires se trouvent confrontés seuls à une situation nécessitant d’intervenir, ils figent la situation comme le feraient les policiers, et entrent en contact avec les forces de sécurité intérieure au moyen d’ACROPOL pour leur demander d’intervenir. Fort heureusement, ils interviennent le plus souvent pour d’autres situations que des attaques terroristes : en dehors du prêt de main-forte, il peut s’agir de flagrants délits – qu’ils soient en présence d’individus brisant des vitres devant la gare Montparnasse, ou d’autres prenant des photos sur l’esplanade de la Défense –, en présence desquels ils font ce qu’est censé faire tout citoyen, à savoir geler la situation en attendant l’arrivée des personnels compétents.

M. Christophe Cavard. Si les militaires sont sollicités par les forces de sécurité intérieure, à quel niveau de hiérarchie la décision est-elle prise d’intervenir ou non ?

Général Bruno Le Ray. La cellule de base sur le terrain est constituée de trois soldats, dont un caporal-chef, à qui revient la responsabilité de cette décision. C’est le cadre d’emploi extrêmement précis de nos soldats qui leur permet de réagir à 99,9 % des situations sans requérir l’autorisation d’un supérieur hiérarchique – étant précisé qu’ils doivent rendre compte a posteriori, évidemment.

M. Christophe Cavard. La décision de tirer est-elle soumise aux mêmes conditions ?

Général Bruno Le Ray. Absolument. Dès lors que les conditions de la légitime défense sont réunies, les soldats peuvent tirer sans en demander l’autorisation, comme ils l’ont fait à Valence et comme ils étaient sur le point de le faire sur l’esplanade des Invalides – même si, dans ce dernier cas, c’est un gendarme qui a ouvert le feu.

M. Jean-Luc Laurent. La sollicitation intensive de nombreuses unités de l’armée de terre dans le cadre des opérations de Sentinelle, visant à appuyer les forces de sécurité intérieure et à rassurer la population, a des conséquences sur le moral des troupes – même si des efforts sont faits afin d’améliorer la coordination entre les effectifs militaires et ceux des forces de sécurité intérieure. Un dispositif interministériel a-t-il été mis en place afin d’assurer une coordination des unités présentes sur le terrain, mais aussi des autorités civiles et militaires ?

En termes de communication, existe-t-il, en plus du contact physique sur le terrain, des réseaux d’information communs destinés à faire remonter ou redescendre l’information ?

En ce qui concerne le retour d’expérience, pouvez-vous nous préciser quel a été le niveau d’activité de Sentinelle depuis sa mise en place, c’est-à-dire le nombre de fois où des militaires ont dû intervenir, et quel est le coût du dispositif – qui, sur le plan budgétaire, représente une ligne particulière ?

Enfin, j’ai tendance à considérer que l’armée a plutôt vocation à intervenir en dehors de nos frontières. Que pensez-vous de l’idée consistant à soulager les 7 000 personnels de l’armée des missions qu’ils accomplissent sur le territoire national, en faisant davantage appel à la réserve ?

Je pourrais vous parler du fort de Bicêtre, situé sur ma circonscription et abritant des unités qui contribuent largement au dispositif Sentinelle, mais je ne voudrais pas monopoliser la parole trop longtemps, aussi me contenterai-je d’évoquer ce sujet avec le général, directeur central, présent sur le site.

Général Bruno Le Ray. Vous avez été plusieurs à évoquer la mission de Sentinelle consistant à rassurer la population. Si cette mission existe, elle n’arrive qu’en troisième position après celles consistant à protéger et à dissuader, dont elle est surtout un effet induit. Ce n’est pas qu’une question de sémantique : cette hiérarchie des priorités reflète bien notre façon de concevoir la mission qui nous est confiée, et ce serait faire injure aux soldats que de leur dire qu’ils sont là uniquement pour rassurer.

Pour ce qui est de la coordination, une cellule interministérielle de crise (CIC) est actionnée en temps de crise – cela a été le cas à partir du 13 novembre, pour quelques jours durant lesquels elle a fonctionné 24 heures sur 24. En temps normal, des réunions interministérielles sont régulièrement organisées par le ministère de l’intérieur, auxquelles participent l’état-major des armées et, en tant que de besoin, les forces parisiennes.

Une coordination est donc mise en œuvre en amont – dans la programmation des activités par les cabinets ministériels – comme sur le terrain – par contact physique ou par radio, puisque toutes nos patrouilles sont équipées de moyens radio leur permettant de communiquer avec les forces de sécurité à l’intérieur du périmètre où elles se trouvent.

Nous répertorions tous les incidents, ce qui me permet de vous dire que l’an dernier, nous avons identifié 1 600 incidents de toute nature, parmi lesquels on compte essentiellement des incivilités, des insultes ou des tentatives de photographier un dispositif sensible, mais très peu d’agressions ou de tentatives d’agression sur la personne des soldats – la plupart du temps, les incidents sont d’ailleurs le fait de personnes sous l’emprise de l’alcool, qui ne se rendent pas compte de ce qu’elles font. Nous prêtons souvent main-forte aux forces de sécurité intérieure pour établir des périmètres de sécurité, et nous décelons des actions de surveillance de nos sites ou des sites que nous protégeons – nos soldats sont entraînés à identifier les allées et venues suspectes. Chaque incident fait systématiquement l’objet d’un rapport transmis par radio aux forces de sécurité avec lesquelles nous nous coordonnons.

Pour ce qui est du coût de l’opération Sentinelle, même si cela ne relève pas de mes attributions en tant que gouverneur militaire de Paris, je vous dirai de mémoire qu’il s’est élevé à 170 millions d’euros pour 2015.

Il se trouve déjà un certain nombre de réservistes parmi les personnels dont je dispose. En moyenne, depuis janvier 2015, ce sont un peu moins de 200 réservistes qui sont déployés en permanence au sein du dispositif Sentinelle – ce chiffre s’est élevé à 400 durant les fêtes de fin d’année, ce qui s’explique par le fait que les réservistes se libèrent plus facilement durant les périodes de congé.

Enfin, pour ce qui est de l’emploi des forces armées, que M. Laurent préférerait voir affectées aux missions situées en dehors de nos frontières, mon point de vue de militaire me porte à penser qu’il faut faire face à la menace où qu’elle soit : j’aurais du mal à considérer que mes hommes sont capables d’aller combattre au Mali, mais que nous n’avons pas de rôle à jouer dans la défense de nos compatriotes, de nos familles, sur le territoire national. Cela ne doit cependant pas aller jusqu’à transformer les militaires en forces de sécurité intérieure, car si des soldats préparés aux missions extérieures sont capables d’intervenir sur le territoire national, l’inverse n’est pas vrai. En disant cela, je pense exprimer un point de vue qui est également celui des chefs militaires et du ministre de la défense.

M. le président Georges Fenech. Mon général, nous vous remercions pour votre intervention devant notre Commission.

La séance est levée à 19 heures 45.

Membres présents ou excusés

Présents. – M. Christophe Cavard, M. David Comet, M. Jean-Jacques Cottel, M. Jacques Cresta, Mme Françoise Dumas, M. Olivier Falorni, M. Georges Fenech, M. Philippe Goujon, M. Serge Grouard, M. Meyer Habib, M. François Lamy, M. Guillaume Larrivé, M. Jean-Luc Laurent, M. Michel Lefait, M. Pierre Lellouche, M. Jean-René Marsac, M. Alain Marsaud, M. Sébastien Pietrasanta, M. Pascal Popelin, M. Jean-Michel Villaumé

Excusée. – Mme Lucette Lousteau

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Histoire: Plus inconnu que le soldat inconnu… le déserteur ! (Dos Passos was right: Book reveals how gangs of AWOL GIs terrorized WWII Paris with a reign of mob-style violence)

23 février, 2017
Glass's study of the very different stories and men grouped together under the label, Deserters

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Cela met en lumière ce que cela signifie pour un homme de conviction et de foi de se retrouver dans une situation infernale… et, au milieu de ce cauchemar, cet homme est en mesure d’approfondir sa spiritualité et d’accomplir quelque chose de plus grand. Mel Gibson
Oscars Poll: 60 percent of Americans can’t name one best picture nominee (…) For most of the best picture nominees, Clinton voters were more likely to have seen the various films when compared to Trump voters. The big exception was Hacksaw Ridge, which Trump voters were considerately more likely (27%) than Clinton voters (18%). The Hollywood Reporter
Après les vives polémiques provoquées par La Passion du Christ (2004) puis Apocalypto (2006) (…) Mel Gibson a choisi de mettre en scène Desmond Doss, objecteur de conscience américain, qui tint à aller au front comme infirmier pendant la Seconde Guerre mondiale, sans jamais porter d’arme. Les images sanglantes, christiques, cruelles de son film font écho à celles de ses réalisations précédentes. (…) Dans chacun de ses films, Mel Gibson, fervent catholique, explore une figure isolée, prête à soulever les foules, mais aussi à subir les exactions de ses pourfendeurs. Le paroxysme de ce postulat –  la cruauté humaine envers ses semblables – est atteint avec La passion du Christ, où la foule déchaînée s’acharne sans relâche pour faire crucifier Jésus. Le film suscitera une immense controverse autour du réalisateur, accusé de véhiculer un message profondément antisémite, les Juifs étant représentés comme un peuple cruel et déicide. Cette foule haineuse, on la retrouve aussi dans Braveheart (1995) avant le sacrifice de William Wallace, torturé puis tué dans d’atroces souffrances. Dans Tu ne tueras point, le choix de Desmond Doss de ne pas porter d’armes déplaît fortement aux autres soldats qui le prennent pour un lâche, le torturent psychologiquement puis le passent lâchement à tabac en pleine nuit. (…) Tu ne tueras point, met en scène la figure ô combien christique de Desmond Doss, adventiste du septième jour, objecteur de conscience qui sauva 75 de ses camarades pendant la bataille d’Okinawa. Le tout, renforcé par des plans sans ambiguïté : Wallace les bras en croix avant la torture, ou Desmond, filmé allongé sur son brancard, en contre-plongée, les bras ouverts, comme appelé par les cieux. Télérama
“Don’t think I’m sticking up for the Germans,” puts in the lanky young captain in the upper berth, “but…” “To hell with the Germans,” says the broad-shouldered dark lieutenant. “It’s what our boys have been doing that worries me.” The lieutenant has been talking about the traffic in Army property, the leaking of gasoline into the black market in France and Belgium even while the fighting was going on, the way the Army kicks the civilians around, the looting. “Lust, liquor and loot are the soldier’s pay,” interrupts a red-faced major. (…) A tour of the beaten-up cities of Europe six months after victory is a mighty sobering experience for anyone. Europeans. Friend and foe alike, look you accusingly in the face and tell you how bitterly they are disappointed in you as an American. They cite the evolution of the word “liberation.” Before the Normandy landings it meant to be freed from the tyranny of the Nazis. Now it stands in the minds of the civilians for one thing, looting. (…) Never has American prestige in Europe been lower. People never tire of telling you of the ignorance and rowdy-ism of American troops, of out misunderstanding of European conditions. They say that the theft and sale of Army supplies by our troops is the basis of their black market. They blame us for the corruption and disorganization of UNRRA. (…) The Russians came first. The Viennese tell you of the savagery of the Russian armies. They came like the ancient Mongol hordes out of the steppes, with the flimsiest supply. The people in the working-class districts had felt that when the Russians came that they at least would be spared. But not at all. In the working-class districts the tropes were allowed to rape and murder and loot at will. When victims complained, the Russians answered, “You are too well off to be workers. You are bourgeoisie.” When Americans looted they took cameras and valuables but when the Russians looted they took everything. And they raped and killed. From the eastern frontiers a tide of refugees is seeping across Europe bringing a nightmare tale of helpless populations trampled underfoot. When the British and American came the Viennese felt that at last they were in the hands of civilized people. (…) We have swept away Hitlerism, but a great many Europeans feel that the cure has been worse than the disease. John Dos Passos (Life, le 7 janvier 1946)
lls sont venus, ils ont vaincu, ils ont violé… Sale nouvelle, les beaux GI débarqués en 1944 en France se sont comportés comme des barbares. Libération (mars 2006)
Oui, les libérateurs pratiquaient un racisme institutionnalisé et ils condamnèrent à mort des soldats noirs, accusés à tort de viols. En son temps, l’écrivain Louis Guilloux, qui fut l’interprète officiel des Américains en 1944 en Bretagne, assista à certains de ces procès en cour martiale. Durablement marqué, il relata son expérience dans OK, Joe !, un récit sobre, tranchant, qui a la puissance d’un brûlot. Loin du mélo. Télérama (décembre 2009)
Sur fond d’histoire d’amour impossible, Les Amants de l’ombre nous transportent dans une période méconnue de la Seconde Guerre mondiale où l’armée américaine, présentée comme libératrice, n’hésitait pas à condamner à mort des soldats noirs accusés à tort de viol. Métro (dec. 2009)
Soviet and German treatment of deserters, a story of pitiless savagery, is not mentioned here. Glass is concerned only with the British and Americans in the second world war, whose official attitudes to the problem were tortuous. In the first world war, the British shot 304 men for desertion or cowardice, only gradually accepting the notion of « shell-shock ». In the United States, by contrast, President Woodrow Wilson commuted all such death sentences. In the second world war, the British government stood up to generals who wanted to bring back the firing squad (the Labour government in 1930 had abolished the death penalty for desertion). Cunningly, the War Office suggested that restoration might suggest to the enemy that morale in the armed forces was failing. President Roosevelt, on the other hand, was persuaded in 1943 to suspend « limitations of punishment ». In the event, the Americans shot only one deserter, the luckless Private Eddie Slovik, executed in France in January 1945. He was an ex-con who had never even been near the front. Slovik quit when his unit was ordered into action, calculating that a familiar penitentiary cell would be more comfortable than being shot at in a rainy foxhole. His fate was truly unfair, set against the bigger picture. According to Glass, « nearly 50,000 American and 100,000 British soldiers deserted from the armed forces » during the war. Some 80% of these were front-line troops. Almost all « took a powder » (as they said then) in the European theatres of war; there were practically no desertions from US forces in the Pacific, perhaps because there was nowhere to go. By the end of the conflict, London, Paris and Naples, to name only a few European cities, swarmed with heavily-armed Awol servicemen, many of them recruited into gangs robbing and selling army supplies. Units were diverted from combat to guard supply trains, which were being hijacked all over liberated Europe. Paris, where the police fought nightly gun battles with American bandits, seemed to be a new Chicago. The Guardian
Thousands of American soldiers were convicted of desertion during the war, and 49 were sentenced to death. (Most were given years of hard labor.) Only one soldier was actually executed, an unlucky private from Detroit named Eddie Slovik. This was early 1945, at the moment of the Battle of the Bulge. Mr. Glass observes: “It was not the moment for the supreme Allied commander, Gen. Dwight Eisenhower, to be seen to condone desertion.” There were far more desertions in Europe than in the Pacific theater. In the Pacific, there was nowhere to disappear to. “In Europe, the total that fled from the front rarely exceeded 1 percent of manpower,” Mr. Glass writes. “However, it reached alarming proportions among the 10 percent of the men in uniform who actually saw combat.” (…) Too few men did too much of the fighting during World War II, the author writes. Many of them simply cracked at the seams. Poor leadership was often a factor. “High desertion rates in any company, battalion or division pointed to failures of command and logistics for which blame pointed to leaders as much as to the men who deserted,” he says. Mr. Glass adds, “Some soldiers deserted when all the other members of their units had been killed and their own deaths appeared inevitable.” The essential unfairness of so few men seeing the bulk of the combat was undergirded by other facts. Many men never shipped out. Mr. Glass cites a statistic that psychiatrists allowed about 1.75 million men to avoid service for “reasons other than physical.”This special treatment led to bitterness. Mr. Glass quotes a general who wrote, “When, in 1943, it was found that 14 members of the Rice University football team had been rejected for military service, the public was somewhat surprised.”Mr. Glass provides information about desertions in other American wars. During the Civil War, more than 300,000 troops went AWOL from the Union and Confederate armies. He writes, “Mark Twain famously deserted from both sides.” The NYT
In the weeks following liberation from the Nazis, Paris was hit by wave of crime and violence that saw the city compared to Prohibition New York or Chicago. And the cause was the same: American Gangsters. While the Allies fought against Hitler’s forces in Europe, law enforcers fought against the criminals who threatened that victory. Men who had abandoned the ‘greater good’ in favour of self-interest, black-market profits and the lure of the cafes and brothels of Paris: deserters. Highly organised, armed to the teeth and merciless, these deserters used their US uniforms as another tool of their trade along with the vast arrays of stolen weapons, forged passes and hijacked vehicles they had at their disposal. Between June 1944 and April 1945 the US army’s Criminal Investigation Branch (CBI) handled a total of 7,912 cases. Forty per cent involved misappropriation of US supplies. Greater yet was the proportion of crimes of violence – rape, murder, manslaughter and assault which accounted for 44 per cent of the force’s workload. The remaining 12 per cent were crimes such as robbery, housebreaking and riot.Many were afraid. They had reached a point beyond which they could not endure and chosen disgrace over the grave. Some recounted waking, as if from a dream, to find their bodies had led them away from the battelfield. (…)  Others, like Weiss, fought until their faith in their immediate commanders disappeared. Was it a form of madness or a dawning lucidity that led them to desert? Glass does not claim to be able to answer that question to which Weiss himself had devoted his latter years to addressing to no avail. Others still deserted to make money, stealing and selling the military supplies that their comrades at the front needed to survive. Opportunists and crooks, certainly, but not cowards – the life they chose was every bit as violent and bloody as battle. 50,000 American and 100,000 British soldiers deserted during World War II. Yet according to Glass the astounding fact is not that so many men deserted, but that so few did. Only one was executed for it, Eddie Slovik. He was, until that point, by his own assessment the unluckiest man alive.He never fought a battle. He never went on the run as most deserters did. He simply made it clear that he preferred prison to battle.  Of the 49 Americans sentenced to death for desertion during the Second World War he was the only one whose appeal for commutation was rejected. His greatest sin, as Glass tells it, was his timing. His appeal came in January 1945 just as the German counter-offensive, the Battle of the Bulge, was at its peak. Allied forces were near breaking point. It was not, Supreme Allied Commander, General Dwight Eisenhower decided, time to risk seeming to condone desertion. (…) Led by an ex-paratrooper sergeant, raids were planned like military operations. Whitehead himself admitted, ‘we stole trucks, sold whatever they carried, and used the trucks to rob warehouses of the goods in them.’ They used combat tactics, hijacked goods destined for front-line troops. Their crimes even spread into Belgium. They attacked civilians and military targets indiscriminately. His gangland activities gave Whitehead ‘a bigger thrill than battle.’ Quoting from the former soldier’s memoir Glass recounts his boasts: ‘We robbed every café in Paris, in all sectors except our own, while the gendarmes went crazy.’ They robbed crates of cognac and champagne, hijacked jeeps and raided private houses whose bed sheets and radios were ‘easy to fence.’ They stole petrol, cigarettes, liquor and weapons. Within six months Whitehead reckoned his share of the plunder at $100,000. Little wonder that when Victory in Europe was announced on 7 May 1945, Whitehead admitted, ‘That day and night everyone in Paris and the rest of Europe was celebrating, but I just stayed in my apartment thinking about it all.’ (…) Ultimately Whitehead was captured and court martialled. He was dishonourably discharged and spent time in the Delta Disciplinary Training Barracks in the south of France and in federal penitentiaries in New Jersey. Many years later he had that ‘dishonourable discharge,’ turned into a General one on rather disingenuous legal grounds.
En Allemagne, on dresse depuis 1986 des monuments aux déserteurs allemands de la seconde guerre mondiale. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, personne, jusqu’il y a peu, ne voulait aborder cette thématique historique des déserteurs des armées de la coalition anti-hitlérienne. Charles Glass, ancien correspondant d’ABC pour le Moyen Orient, otage de milices chiites au Liban pendant 67 jours en 1987, vient d’innover en la matière: il a brisé ce tabou de l’histoire contemporaine, en racontant par le menu l’histoire des 50.000 militaires américains et des 100.000 militaires britanniques qui ont déserté leurs unités sur les théâtres d’opération d’Europe et d’Afrique du Nord. Le chiffre de 150.000 hommes est énorme: cela signifie qu’un soldat sur cent a abandonné illégalement son unité. Chez les Américains, constate Glass, les déserteurs ne peuvent pas être considérés comme des lâches ou des tire-au-flanc; il s’agit souvent de soldats qui se sont avérés des combattants exemplaires et courageux, voir des idéalistes qui ont prouvé leur valeur au front. Ils ont flanché pour les motifs que l’on classe dans la catégorie “SNAFU” (“Situation Normal, All Fucked Up”). Il peut s’agir de beaucoup de choses: ces soldats déserteurs avaient été traités bestialement par leurs supérieurs hiérarchiques incompétents, leur ravitaillement n’arrivait pas à temps, les conditions hygiéniques étaient déplorables; aussi le fait que c’était toujours les mêmes unités qui devaient verser leur sang, alors que personne, dans la hiérarchie militaire, n’estimait nécessaire de les relever et d’envoyer des unités fraîches en première ligne. Dans une telle situation, on peut comprendre la lassitude des déserteurs surtout que certaines divisions d’infanterie en France et en Italie ont perdu jusqu’à 75% de leurs effectifs. Pour beaucoup de GI’s appartenant à ces unités lourdement éprouvées, il apparaissait normal de déserter ou de refuser d’obéir aux ordres, même face à l’ennemi. (…) Au cours de l’automne 1944, dans l’US Army en Europe, il y avait chaque mois près de 8500 déserteurs ou de cas d’absentéisme de longue durée, également passibles de lourdes sanctions. La situation était similaire chez les Britanniques: depuis l’offensive de Rommel en Afrique du Nord, le nombre de déserteurs dans les unités envoyées dans cette région a augmenté dans des proportions telles que toutes les prisons militaires du Proche Orient étaient pleines à craquer et que le commandant-en-chef Claude Auchinleck envisageait de rétablir la peine de mort pour désertion, ce qui n’a toutefois pas été accepté pour des motifs de politique intérieure (ndt: ou parce que les Chypriotes grecs et turcs ou les Juifs de Palestine avaient été enrôlés de force et en masse dans la 8ème Armée, contre leur volonté?). Les autorités britanniques ont dès lors été forcées d’entourer tous les camps militaires britanniques d’une triple rangée de barbelés pour réduire le nombre de “fuites”. Le cauchemar du commandement allié et des décideurs politiques de la coalition anti-hitlérienne n’était pas tellement les déserteurs proprement dits, qui plongeaient tout simplement dans la clandestinité et attendaient la fin de la guerre, mais plutôt ceux d’entre eux qui se liguaient en bandes et se donnaient pour activité principale de piller la logistique des alliés et de vendre leur butin au marché noir. La constitution de pareilles bandes a commencé dès le débarquement des troupes anglo-saxonnes en Italie, où les gangs de déserteurs amorcèrent une coopération fructueuse avec la mafia locale. Parmi elles, le “Lane Gang”, dirigé par un simple soldat de 23 ans, Werner Schmeidel, s’est taillé une solide réputation. Ce “gang” a réussi à s’emparer d’une cassette militaire contenant 133.000 dollars en argent liquide. A l’automne 1944, ces attaques perpétrées par les “gangs” a enrayé l’offensive du Général Patton en direction de l’Allemagne: des déserteurs américains et des bandes criminelles françaises avaient attaqué et pillé les véhicules de la logistique amenant vivres et carburants. La situation la plus dramatique s’observait alors dans le Paris “libéré”, où régnait l’anarchie la plus totale: entre août 1944 et avril 1945, la “Criminal Investigation Branch” de l’armée américaine a ouvert 7912 dossiers concernant des délits importants, dont 3098 cas de pillage de biens militaires américains et 3481 cas de viol ou de meurtre (ou d’assassinat). La plupart de ces dossiers concernaient des soldats américains déserteurs. La situation était analogue en Grande-Bretagne où 40.000 soldats britanniques étaient entrés dans la clandestinité et étaient responsables de 90% des délits commis dans le pays. Pour combattre ce fléau, la justice militaire américaine s’est montrée beaucoup plus sévère que son homologue britannique: de juin 1944 à l’automne 1945, 70 soldats américains ont été exécutés pour avoir commis des délits très graves pendant leur période de désertion. La masse énorme des déserteurs “normaux” était internée dans d’immenses camps comme le “Loire Disciplinary Training Center” où séjournait 4500 condamnés. Ceux-ci y étaient systématiquement humiliés et maltraités. Des cas de décès ont été signalés et attestés car des gardiens ont à leur tour été traduits devant des juridictions militaires. En Angleterre, la chasse aux déserteurs s’est terminée en pantalonnade: ainsi, la police militaire britannique a organisé une gigantesque razzia le 14 décembre 1945, baptisée “Operation Dragnet”. Résultat? Quatre arrestations! Alors qu’à Londres seulement, quelque 20.000 déserteurs devaient se cacher. Au début de l’année 1945, l’armée américaine se rend compte que la plupart des déserteurs condamnés avaient été de bons soldats qui, vu le stress auquel ils avaient été soumis pendant de trop longues périodes en zones de combat, auraient dû être envoyés en clinique plutôt qu’en détention. Les psychologues entrent alors en scène, ce qui conduit à une révision de la plupart des jugements qui avaient condamné les soldats à des peines entre 15 ans et la perpétuité. En Grande-Bretagne, il a fallu attendre plus longtemps la réhabilitation des déserteurs malgré la pression de l’opinion publique. Finalement, Churchill a cédé et annoncé une amnistie officielle en février 1953. Wolfgang Kaufmann 

C’est Dos Passos qui avait raison !

Combattants exemplaires et courageux, voire idéalistes qui craquent, bandes de charognards sans scrupule pillant la logistique de vivres et de carburants des Alliés et les revendant au marché noir, violeurs notamment noirs ou assassins …

A la veille d’une cérémonie des Oscars …

Où face à des films nombriliste (La la land) ou très marqués minorités (Hidden figures, Fences) voire minorités/homosexualité (Moonlight) ou étranger (Lion) ou la chronique sociale d’une communauté de marins prolétaires (Manchester by the sea), la science fiction classique (Arrival/Premier contact) ou le néo-western (Hell or high water/Comancheria) …

Emerge notamment du côté des électeurs républicains, avec quand même six nominations, par le réalisateur controversé de la Passion du Christ …

L’étrange ovni (souligné par ailleurs par son titre français tiré tout droit du décalogue) du film de guerre religieux  (Hacksaw ridge/Tu ne tueras point) …

Avec cette histoire vraie mais ô combien christique du seul objecteur de conscience américain à recevoir la médaille d’honneur …

Ce guerrier sans armes qui tout en s’en tenant à sa volonté de ne pas porter d’armes parvint à sauver des dizaines de soldats (ennemis compris !) …

Retour, avec le livre du journaliste-historien Charles Glass d’il y a quatre ans …

Sur ces oubliés des oubliés de notre dernière grande guerre …

A savoir les déserteurs !

Une étude sur les déserteurs des armées alliées pendant la deuxième guerre mondiale
Wolfgang Kaufmann

Snerfies

16 janvier 2014

En Allemagne, on dresse depuis 1986 des monuments aux déserteurs allemands de la seconde guerre mondiale. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, personne, jusqu’il y a peu, ne voulait aborder cette thématique historique des déserteurs des armées de la coalition anti-hitlérienne. Charles Glass, ancien correspondant d’ABC pour le Moyen Orient, otage de milices chiites au Liban pendant 67 jours en 1987, vient d’innover en la matière: il a brisé ce tabou de l’histoire contemporaine, en racontant par le menu l’histoire des 50.000 militaires américains et des 100.000 militaires britanniques qui ont déserté leurs unités sur les théâtres d’opération d’Europe et d’Afrique du Nord. Le chiffre de 150.000 hommes est énorme: cela signifie qu’un soldat sur cent a abandonné illégalement son unité.

Chez les Américains, constate Glass, les déserteurs ne peuvent pas être considérés comme des lâches ou des tire-au-flanc; il s’agit souvent de soldats qui se sont avérés des combattants exemplaires et courageux, voir des idéalistes qui ont prouvé leur valeur au front. Ils ont flanché pour les motifs que l’on classe dans la catégorie “SNAFU” (“Situation Normal, All Fucked Up”). Il peut s’agir de beaucoup de choses: ces soldats déserteurs avaient été traités bestialement par leurs supérieurs hiérarchiques incompétents, leur ravitaillement n’arrivait pas à temps, les conditions hygiéniques étaient déplorables; aussi le fait que c’était toujours les mêmes unités qui devaient verser leur sang, alors que personne, dans la hiérarchie militaire, n’estimait nécessaire de les relever et d’envoyer des unités fraîches en première ligne.

Dans une telle situation, on peut comprendre la lassitude des déserteurs surtout que certaines divisions d’infanterie en France et en Italie ont perdu jusqu’à 75% de leurs effectifs. Pour beaucoup de GI’s appartenant à ces unités lourdement éprouvées, il apparaissait normal de déserter ou de refuser d’obéir aux ordres, même face à l’ennemi. Parmi les militaires qui ont réfusé d’obéir, il y avait le Lieutenant Albert C. Homcy, de la 36ème division d’infanterie, qui n’a pas agi pour son bien propre mais pour celui de ses subordonnés. Il a comparu devant le conseil de guerre le 19 octobre 1944 à Docelles, qui l’a condamné à 50 ans de travaux forcés parce qu’il avait refusé d’obéir à un ordre qui lui demandait d’armer et d’envoyer à l’assaut contre les blindés allemands des cuisiniers, des boulangers et des ordonnances sans formation militaire aucune.

Au cours de l’automne 1944, dans l’US Army en Europe, il y avait chaque mois près de 8500 déserteurs ou de cas d’absentéisme de longue durée, également passibles de lourdes sanctions. La situation était similaire chez les Britanniques: depuis l’offensive de Rommel en Afrique du Nord, le nombre de déserteurs dans les unités envoyées dans cette région a augmenté dans des proportions telles que toutes les prisons militaires du Proche Orient étaient pleines à craquer et que le commandant-en-chef Claude Auchinleck envisageait de rétablir la peine de mort pour désertion, ce qui n’a toutefois pas été accepté pour des motifs de politique intérieure (ndt: ou parce que les Chypriotes grecs et turcs ou les Juifs de Palestine avaient été enrôlés de force et en masse dans la 8ème Armée, contre leur volonté?). Les autorités britanniques ont dès lors été forcées d’entourer tous les camps militaires britanniques d’une triple rangée de barbelés pour réduire le nombre de “fuites”.

Le cauchemar du commandement allié et des décideurs politiques de la coalition anti-hitlérienne n’était pas tellement les déserteurs proprement dits, qui plongeaient tout simplement dans la clandestinité et attendaient la fin de la guerre, mais plutôt ceux d’entre eux qui se liguaient en bandes et se donnaient pour activité principale de piller la logistique des alliés et de vendre leur butin au marché noir. La constitution de pareilles bandes a commencé dès le débarquement des troupes anglo-saxonnes en Italie, où les gangs de déserteurs amorcèrent une coopération fructueuse avec la mafia locale. Parmi elles, le “Lane Gang”, dirigé par un simple soldat de 23 ans, Werner Schmeidel, s’est taillé une solide réputation. Ce “gang” a réussi à s’emparer d’une cassette militaire contenant 133.000 dollars en argent liquide. A l’automne 1944, ces attaques perpétrées par les “gangs” a enrayé l’offensive du Général Patton en direction de l’Allemagne: des déserteurs américains et des bandes criminelles françaises avaient attaqué et pillé les véhicules de la logistique amenant vivres et carburants.

La situation la plus dramatique s’observait alors dans le Paris “libéré”, où régnait l’anarchie la plus totale: entre août 1944 et avril 1945, la “Criminal Investigation Branch” de l’armée américaine a ouvert 7912 dossiers concernant des délits importants, dont 3098 cas de pillage de biens militaires américains et 3481 cas de viol ou de meurtre (ou d’assassinat). La plupart de ces dossiers concernaient des soldats américains déserteurs. La situation était analogue en Grande-Bretagne où 40.000 soldats britanniques étaient entrés dans la clandestinité et étaient responsables de 90% des délits commis dans le pays. Pour combattre ce fléau, la justice militaire américaine s’est montrée beaucoup plus sévère que son homologue britannique: de juin 1944 à l’automne 1945, 70 soldats américains ont été exécutés pour avoir commis des délits très graves pendant leur période de désertion. La masse énorme des déserteurs “normaux” était internée dans d’immenses camps comme le “Loire Disciplinary Training Center” où séjournait 4500 condamnés. Ceux-ci y étaient systématiquement humiliés et maltraités. Des cas de décès ont été signalés et attestés car des gardiens ont à leur tour été traduits devant des juridictions militaires. En Angleterre, la chasse aux déserteurs s’est terminée en pantalonnade: ainsi, la police militaire britannique a organisé une gigantesque razzia le 14 décembre 1945, baptisée “Operation Dragnet”. Résultat? Quatre arrestations! Alors qu’à Londres seulement, quelque 20.000 déserteurs devaient se cacher.

Au début de l’année 1945, l’armée américaine se rend compte que la plupart des déserteurs condamnés avaient été de bons soldats qui, vu le stress auquel ils avaient été soumis pendant de trop longues périodes en zones de combat, auraient dû être envoyés en clinique plutôt qu’en détention. Les psychologues entrent alors en scène, ce qui conduit à une révision de la plupart des jugements qui avaient condamné les soldats à des peines entre 15 ans et la perpétuité.

En Grande-Bretagne, il a fallu attendre plus longtemps la réhabilitation des déserteurs malgré la pression de l’opinion publique. Finalement, Churchill a cédé et annoncé une amnistie officielle en février 1953.

Wolfgang KAUFMANN.

(article paru dans “Junge Freiheit”, n°49/2013; http://www.jungefreiheit.de ).

Charles GLASS, The Deserters. A hidden history of World War II, Penguin Press, New York, 2013, 380 pages, ill., 20,40 euro.

The untold truth about WWII deserters the US Army tried to hide: New book reveals how gangs of AWOL GIs terrorized WWII Paris with a reign of mob-style violence

In the weeks following liberation from the Nazis, Paris was hit by wave of crime and violence that saw the city compared to Prohibition New York or Chicago.

And the cause was the same: American Gangsters.

While the Allies fought against Hitler’s forces in Europe, law enforcers fought against the criminals who threatened that victory. Men who had abandoned the ‘greater good’ in favour of self-interest, black-market profits and the lure of the cafes and brothels of Paris: deserters.

Glass’s study of the very different stories and men grouped together under the label, Deserters

Highly organised, armed to the teeth and merciless, these deserters used their US uniforms as another tool of their trade along with the vast arrays of stolen weapons, forged passes and hijacked vehicles they had at their disposal.

Between June 1944 and April 1945 the US army’s Criminal Investigation Branch (CBI) handled a total of 7,912 cases. Forty per cent involved misappropriation of US supplies.

Greater yet was the proportion of crimes of violence – rape, murder, manslaughter and assault which accounted for 44 per cent of the force’s workload. The remaining 12 per cent were crimes such as robbery, housebreaking and riot.

Former Chief Middle East correspondent for ABC News, the book’s author Charles Glass had long harboured an interest in the subject. But it was only truly ignited by a chance meeting with Steve Weiss – decorated combat veteran of the US 36th Infantry Division and former deserter.

Glass was giving a talk to publicise his previous book, ‘Americans in Paris: Life and Death under Nazi Occupation’ when the American started asking questions. It was clear, Glass recounts, that the questioner’s knowledge of the French Resistance was more intimate than his own.

Tested beyond endurance: This official US Army photograph taken in Pozzuoli near Naples in August 1944, captured Private First Class Steve Weiss boarding a British landing craft. He is climbing the gangplank on the right-hand side of the photograph. The Deserters, A Hidden History of World War II by Charles Glass

Hero or Coward? Steve Weiss receives the Croix de Guerre in July 1946 yet 2 years earlier the US army jailed him as a deserter

They met for coffee and Weiss asked Glass what he was working on. Glass recalls: ‘I told him it was a book on American and British deserters in the Second World War and asked if he knew anything about it.

‘He answered, « I was a deserter. »‘

This once idealistic boy from Brooklyn who enlisted at 17, had fought on the beachhead at Anzio and through the perilous Ardennes forest, he was one of the very few regular American soldiers to fight with the Resistance in 1944. And he had deserted.

His story was, Glass realised, both secret and emblematic of a group of men, wreathed together under a banner of shame that branded them cowards. Yet the truth was far more complex.

Many were afraid. They had reached a point beyond which they could not endure and chosen disgrace over the grave. Some recounted waking, as if from a dream, to find their bodies had led them away from the battelfield.

Others, like Weiss, fought until their faith in their immediate commanders disappeared. Was it a form of madness or a dawning lucidity that led them to desert? Glass does not claim to be able to answer that question to which Weiss himself had devoted his latter years to addressing to no avail

Others still deserted to make money, stealing and selling the military supplies that their comrades at the front needed to survive. Opportunists and crooks, certainly, but not cowards – the life they chose was every bit as violent and bloody as battle.

50,000 American and 100,000 British soldiers deserted during World War II. Yet according to Glass the astounding fact is not that so many men deserted, but that so few did.

Only one was executed for it, Eddie Slovik. He was, until that point, by his own assessment the unluckiest man alive.

The Unluckiest Man: Eddie Slovik, left, was the only American executed for desertion as his trial fell at a time when General Dwight Eisenhower, right, decided he could not risk appearing lenient on the crime

He never fought a battle. He never went on the run as most deserters did. He simply made it clear that he preferred prison to battle.

Of the 49 Americans sentenced to death for desertion during the Second World War he was the only one whose appeal for commutation was rejected. His greatest sin, as Glass tells it, was his timing.

His appeal came in January 1945 just as the German counter-offensive, the Battle of the Bulge, was at its peak. Allied forces were near breaking point. It was not, Supreme Allied Commander, General Dwight Eisenhower decided, time to risk seeming to condone desertion.

Slovik was shot for his crime on the morning of 31 January 1945.

He was dispatched in the remote French village of Sainte-Marie-aux-Mines and the truth concealed even from his wife, Antoinette.

She was informed that her husband had died in the European Theatre of Operations.

His identity was ultimately revealed in 1954 and twenty years later Martin Sheen played him in the television film, The Execution of Private Slovik.

In it Sheen recites the words Slovik spoke before the firing squad shot him.

‘They’re not shooting me for deserting the United States Army,’ he said.

‘They just need to make an example out of somebody and I’m it because I’m an ex-con.

‘I used to steal things when I was a kid, and that’s what they are shooting me for.

‘They’re shooting me for the bread and chewing gum I stole when I was 12 years old.’

Private Alfred T Whitehead’s was a very different story.

He was a farm boy from Tennessee who rushed to join up to escape a life of brutalising poverty and violence at the hands of his stepfather.

He ended up a gangster tearing through Paris.

Whitehead fought at Normandy and claims to have stormed the beaches on the D-Day landings.

He considered himself a battle-hardened professional soldier and bit by bit the small reserve of mercy that had survived his childhood evaporated in the heat of war.

He had been in continuous combat with them from D-Day to 30th December 1944. He had earned the Silver Star, two Bronze Stars, Combat Infantry Badge and Distinguished Unit Citation.

When he was invalided out to Paris with appendicitis and assumed that he would rejoin his unit, the 2nd Division, on his recovery.

Instead he was sent to the 94th Reinforcement Battalion, a replacement depot in Fontainebleau.

When a young lieutenant presented Whitehead with a First World War vintage rifle for guard duty, he told the officer to take the ‘peashooter’ and ‘shove it up his ass.’

Loyalties Lost: Before deserting Alfred T Whitehead was decorated for bravery he has identified himself as the third soldier on the right, visible in profile, at the front of this D-Day landing craft approaching Normandy 6 June 1944

He demanded the weapons he was used to – a .45 pistol, a Thompson sub-machine gun and a trench knife.

His actual desertion was unspectacular. Whitehead was looking for a drink. The American Service Club refused him entrance because he didn’t have a pass and so he wandered on ‘in search of a bed in a brothel.’

He found one. By morning he was officially AWOL. The next day a waitress in a café took pity on him and added fried eggs and potatoes to his order of soup and bread. When Military Police came in and started asking questions she gave Whitehead the key to her room in a cheap hotel and told him to wait for her there.

From decorated soldier he moved seamlessly into life as a criminal in the Paris underworld.

A chance meeting led to him taking his place as a member of one of the many gangs of ex-soldiers terrorizing Paris.

Led by an ex-paratrooper sergeant, raids were planned like military operations. Whitehead himself admitted, ‘we stole trucks, sold whatever they carried, and used the trucks to rob warehouses of the goods in them.’

They used combat tactics, hijacked goods destined for front-line troops.

Their crimes even spread into Belgium. They attacked civilians and military targets indiscriminately.

His gangland activities gave Whitehead ‘a bigger thrill than battle.’ Quoting from the former soldier’s memoir Glass recounts his boasts: ‘We robbed every café in Paris, in all sectors except our own, while the gendarmes went crazy.’

They robbed crates of cognac and champagne, hijacked jeeps and raided private houses whose bed sheets and radios were ‘easy to fence.’ They stole petrol, cigarettes, liquor and weapons.
Within six months Whitehead reckoned his share of the plunder at $100,000.

Little wonder that when Victory in Europe was announced on 7 May 1945, Whitehead admitted, ‘That day and night everyone in Paris and the rest of Europe was celebrating, but I just stayed in my apartment thinking about it all.’

Because Private Whitehead’s desertion did not end his war – it was a part of it. As it was a part of many soldiers’ wars that has long gone unrecorded.

Ultimately Whitehead was captured and court martialled. He was dishonourably discharged and spent time in the Delta Disciplinary Training Barracks in the south of France and in federal penitentiaries in New Jersey.

Many years later he had that ‘dishonourable discharge,’ turned into a General one on rather disingenuous legal grounds.

In peacetime appearances mattered more to Whitehead than they ever had in war.

Back then, he admitted: ‘I never knew what tomorrow would hold, so I took every day as it came. War does strange things to people, especially their morality.’

Those ‘strange things’ rather than the false extremes of courage and cowardice are the truths set out in this account of the War and its deserters.

The Deserters: A Hidden History of world War II by Charles Glass is published by The Penguin Press, 13 June, Price $27.95. Available on Amazon by clicking here.

Voir également:

Deserter: The Last Untold Story of the Second World War by Charles Glass: review
Nearly 150,000 Allied soldiers deserted during the Second World War – some through fear and some for love. Nicholas Shakespeare uncovers their story, reviewing Deserter by Charles Glass.
The Telegraph
09 Apr 2013

In 1953, Winston Churchill gave an amnesty for wartime deserters as part of the celebrations for the coronation. According to Charles Glass, nearly 100,000 British and 50,000 American soldiers had deserted the armed forces during the Second World War, but only one was executed for this (theoretically) capital offence: a 25-year-old US infantryman who preferred to go to prison than into battle, and was condemned “to death by musketry” in January 1945. His story was finally told, a year after Churchill’s amnesty, in William Bradford Huie’s The Execution of Private Slovik, which remains, according to Glass, “almost the only full-length discussion of the subject”.

Who were the other deserters, why did they desert – and what happened to them? The absence of readily available material is a blood-red rag to a bullish reporter like Glass. Following his masterful study into the activities of his compatriots in Nazi-occupied France, Americans in Paris (2009), Glass has unearthed a shameful and inconvenient cluster of tragedies, which history – unreliably narrated by the victors – has whitened over.

At the opposite end to Pte Slovik was Pte Wayne Powers, an army truck driver from Missouri who absconded for love and was one of a few convicted deserters to get off scot-free. Buried in Glass’s introduction, and casually discarded, is the account of Powers’s elopement with a dark-haired French girl in November 1944. Hiding in her family house near the Belgian border, the couple had five children. For the next 14 years, Powers stayed a wanted man but undetected – until 1958, when a car crashed into the house, and a policeman, taking down details, noticed a face peering through the curtains. Court-martialed, Powers was released after 60,000 letters appealed for clemency; but his haunted gaze in the window is what lingers, and unites him with each deserter: an ever-present fear of capture, “an overshadowing presence that darkened my consciousness”, in the words of John Bain, a 23-year-old British soldier finally run to ground in Leeds.

Neither the conscientious objector Slovik nor the love-struck Powers were emblematic of the vast majority who deserted from the ranks. John Bain, the only British example explored by Glass, is a more satisfying representative. A boxer-poet like Byron, Bain is known today by the cover name that he adopted when on the run, Vernon Scannell (“a name picked from a passport in a brothel”). He had wandered away from his post in Wadi Akarit, trance-like, in “a kind of disgust”, after seeing his friends loot the corpses of their own men. His punishment was consistent both with US Gen George Patton’s remedy for malingerers – in Sicily, Patton famously slapped a shell-shocked soldier – and with US Brig Gen Elliot Cooke’s suspicion of “psychiatricks”.

Bain was imprisoned in Mustafa Barracks near Alexandria, snarled at by officers (“You’re all cowards. You’re all yellow”) and brutalised by guards, not one of whom had been within range “of any missile more dangerous than a flying cork” writes Glass. Captured in Leeds after going awol a third time, Bain told his interrogators that he wished to write poetry. Only then was his condition recognised. “We’ll send him to a psychiatrist. He’s clearly mad.”

Bain, who would go on to write some of the best poetry of the war, observed that “the dramatically heroic role is for the few”. He had left the battlefield to preserve his humanity, his time in the Army “totally destructive of the human qualities I most valued, the qualities of imagination, sensitivity and intelligence”.

With his own skill and sensitivity, Glass recreates the inhuman scenes that pummel the other soldiers he examines. Almost all of them were brave men like Bain. They knew what it was to be bombed by your own side. Slog through minefields littered with bloated, blackened bodies. Sit in foxholes knee-deep in your own excrement. Listen to the rising screams of the wounded. Struggle to obey orders that were impossible to carry out.

All too frequently, as in William Wharton’s memorable novel A Midnight Clear, your own commanders posed the greatest danger. Bain’s captain deserted from the Mareth Line in 1943, only to bob up as a major. Conversely, in the US 36th Division, which boasted the highest number of deserters, Lt Albert Homcy, already singled out for “exceptionally meritorious conduct” in Italy, was sentenced to 50 years of hard labour after he refused to lead untrained men to certain death.

Glass displays an unusual degree of empathy and kinship with these men. It causes him to focus on those he senses to have been misjudged or misdiagnosed, and whose condition cried out for treatment rather than punishment. There is a deficit in his book of more flagrant, less nuanced absconders. With a slight air of duty and disdain, one feels, he tracks the fate of Sgt Al Whitehead from Tennessee, who deserted for reasons of avarice and goes “to live it up” in Paris, where he became part of a GI gang that stole Allied supplies and shot at military policemen. Glass leaves us thirsty for details about these gangsters (also observed in Naples, with exemplary dry comedy, by Norman Lewis) and their British equivalents in Egypt.

Given the author’s knowledge of Paris – “home to deserters from most of the armies of Europe” – the absence of any French, German or Italian examples is also a curious omission. Deserter is unashamedly an Anglo-American story. In its selection of hitherto suppressed voices, it is refreshing and stimulating – history told from the loser’s perspective. But if I have a quibble, it is that the author concentrates too much on too few.

Even so Glass’s principal guide, on whom the narrative depends, is a compelling choice to lead the author’s project of rehabilitation. Pte Steve Weiss, who after the war became (of all things) a psychiatrist, is perhaps not your typical deserter, but if anyone deserves a sympathetic hearing, it is Weiss. Enlisting against his father’s wishes at 18, and determined to play a meaningful part in the war, Weiss joined the French Resistance after being separated from the 36th Division near Valence; for his courage, he would earn the Légion d’honneur. Eventually reunited with his company, he was treated like just another round of ammunition. After one earth tremor too many, he stumbled off into a forest during an artillery barrage. Discovered in a shell-shocked state by American troops, having slept for six days, Weiss was tried before a court-martial that lasted a mere five hours, including one hour for lunch, and condemned to hard labour for life.

His father complained: “This is the thanks he received for giving his all to his country.” Later interviewed by a military psychiatrist in the Loire Disciplinary Training Camp, Weiss was told: “You don’t belong here. You belong in a hospital.” It is altogether fitting that when Glass accompanies 86-year-old Weiss back to Bruyères to look for the courtroom in which the US Army delivered its ludicrous sentence, they cannot find it.

Deserter: The Last Untold Story of the Second World War

by Charles Glass

400pp, Harperpress, t £23 (PLUS £1.35 p&p) Buy now from Telegraph Books (RRP £25, ebook £12.50)

Voir encore:

Deserter: The Untold Story of WWII by Charles Glass – review

The shocking stories of three young men who fled the battlefield leave Neal Ascherson wondering why more soldiers don’t go awol
Neal Ascherson
The Guardian
28 March 2013

Desertion in war is not a mystery. It can have contributory motives – « family problems » at home, hatred of some officer or moral reluctance to kill are among them. But the central motive is the obvious one: to get away from people who are trying to blow your head off or stick a bayonet through you. Common sense, in other words. So the enigma is not why soldiers desert. It is why most of them don’t, even in battle and even in the face of imminent defeat (remember the stubborn Wehrmacht in the second world war). They do not run away, but stand and fight. Why?

That is the most interesting thing in Charles Glass‘s new book. He takes three young men – boys, really – who were drafted into the infantry in the last European war, who fought, deserted, and yet often fought again. Steve Weiss was from a Jewish family in Brooklyn; his father had been wounded and gassed in the first world war. Alfred Whitehead came from the bleakest rural poverty in Tennessee. John Bain was English (and after the war became famous as the poet Vernon Scannell); he was desperate to get away from his sadistic father, another veteran of the trenches.

All three quit their posts for solid and obvious reasons. Two of them deserted several times over. They saw heartbreaking horrors, or were tempted by women, booze and loot in a liberated city, or were shattered by prolonged artillery barrages, or realised – suddenly, and with cold clarity – that they would almost certainly be killed in the next few days.

The common sense of desertion was plain to almost anyone who had actually been under fire. Again and again, Glass’s book tells how these men on the run were fed, sheltered, comforted and transported by soldiers close to the front line. But the further away from the guns they got, entering the reposeful regions of pen-pushing « rear echelons », the more wary, disapproving and uncomprehending their compatriots became. Ultimately they would end up in the hands of the military police, and then in some nightmare « stockade » or military prison where shrieking, muscle-bound monsters who had never been within miles of a mortar « stonk » devoted themselves to breaking their spirit.

Soviet and German treatment of deserters, a story of pitiless savagery, is not mentioned here. Glass is concerned only with the British and Americans in the second world war, whose official attitudes to the problem were tortuous.

In the first world war, the British shot 304 men for desertion or cowardice, only gradually accepting the notion of « shell-shock ». In the United States, by contrast, President Woodrow Wilson commuted all such death sentences. In the second world war, the British government stood up to generals who wanted to bring back the firing squad (the Labour government in 1930 had abolished the death penalty for desertion). Cunningly, the War Office suggested that restoration might suggest to the enemy that morale in the armed forces was failing. President Roosevelt, on the other hand, was persuaded in 1943 to suspend « limitations of punishment ». In the event, the Americans shot only one deserter, the luckless Private Eddie Slovik, executed in France in January 1945. He was an ex-con who had never even been near the front. Slovik quit when his unit was ordered into action, calculating that a familiar penitentiary cell would be more comfortable than being shot at in a rainy foxhole.

His fate was truly unfair, set against the bigger picture. According to Glass, « nearly 50,000 American and 100,000 British soldiers deserted from the armed forces » during the war. Some 80% of these were front-line troops. Almost all « took a powder » (as they said then) in the European theatres of war; there were practically no desertions from US forces in the Pacific, perhaps because there was nowhere to go. By the end of the conflict, London, Paris and Naples, to name only a few European cities, swarmed with heavily-armed Awol servicemen, many of them recruited into gangs robbing and selling army supplies. Units were diverted from combat to guard supply trains, which were being hijacked all over liberated Europe. Paris, where the police fought nightly gun battles with American bandits, seemed to be a new Chicago.

But none of Glass’s three subjects left the front as soon as fighting began. They tried to do their duty for as long as they could. Steve Weiss first encountered battle in Italy, posted to the 36th infantry division near Naples after the Salerno and Anzio landings. He was 18 years old. At Anzio he saw for the first time deserters in a stockade yelling abuse at the army, found that a friend had collapsed with « battle fatigue », and was bombed from the air.

Soon he was fighting his way up Italy with « Charlie Company », facing artillery and snipers by day and night. Once, exhausted, rain-drenched and on his own, he broke down in tears of fatigue and terror and cried out for his mother. Next day he was street-fighting in the ruins of Grosseto. What kept him going? Not ideals about the war. He had seen Naples, now run by the Mafia boss Vito Genovese in cahoots with the Americans, and the notion that Roosevelt’s « Four Freedoms » could matter to starving Italians was a joke. What kept him and the other two going was comradeship: trust in a friend, or in some older and more experienced member of the squad. For Weiss in Italy, it was Corporal Bob Reigle, and later in France, a Captain Binoche in the resistance. For the truculent Alfred Whitehead, who survived Omaha Beach and the murderous battles of the Normandy « Bocage », it was his fellow-Tennessean Paul « Timmiehaw » Turner; staying drunk helped too. For John Bain, with the 51st Highland Division in North Africa and Normandy, it was his foul-mouthed, loyal pal Hughie from Glasgow.

The war was crazy, the army was brainless and callous, but there were these men who would never let you down, and for whose sake you bore the unbearable. When Weiss rejoined his company in the Vosges and found how many comrades were dead, when « Timmiehaw » was killed by a mine near St-Lo and Hughie by a mortar barrage near Caen, the psychic exhaustion all three young men had been suppressing finally kicked in.

Whitehead left to become a gangster in liberated Paris. Weiss and a few mates ran away from the winter battles in the Vosges hills; he did time in a military prison and eventually became a psychiatrist in California. Bain had already deserted once before, in Tunisia, and served a sentence in the appalling Mustafa Barracks « glasshouse » near Alexandria. Badly wounded in Normandy, he deserted again after the war was over because he couldn’t wait to be demobbed, and vanished into London to become poet and boxer Scannell.

Not much of this book, it should be said, is about deserting. Most of it consists of the three men’s own narratives of « their war », published or unpublished, and – because they are the stories of individual human beings who eventually cracked under the strain of hardly imaginable fear and misery – they are wonderful, unforgettable acts of witness, something salvaged from a time already sinking into the black mud of the past. I’ll certainly remember Bain watching his mates rifling the pockets of their own dead, Weiss witnessing the botched hanging of black soldiers for rape, Whitehead hijacking an American supply truck in the middle of the Paris traffic.

Memorable, too, is the astonishing Psychology for the Fighting Man, a work of startling empathy and humanity, produced in 1943 and distributed to American forces. Glass posts extracts at the outset of each chapter. « Giving up is nature’s way of protecting the organism against too much pain. » Or « There are a few men in every army who know no fear – just a few. But these men are not normal. » Statements of the obvious? Maybe. But in the madness of war, the right to state the obvious becomes worth fighting for.

Neal Ascherson’s Black Sea is published by Vintage.

Voir de plus:

Stories about cowardice can be as gripping as those about courage. One tells us about who we’d like to be; the other tells us about who we fear we are.

Nearly 50,000 American and 100,000 British soldiers deserted from the armed forces during World War II. (The British were in the war much longer.) Some fell into the arms of French or Italian women. Some became black-market pirates. Many more simply broke under the strain of battle.

These men’s stories have rarely been told. During the war, newspapers largely abstained from writing about desertions. The topic was bad for morale and could be exploited by the enemy. In more recent decades the subject has been essentially taboo, as if to broach it would dent the halo around the Greatest Generation.

Gen. George S. Patton wanted to shoot the men, whom he considered “cowards.” Other commanders were more humane. “They recognized that the mind — subject to the daily threat of death, the concussion of aerial bombardment and high-velocity artillery, the fear of land mines and booby traps, malnutrition, appalling hygiene and lack of sleep — suffered wounds as real as the body’s,” Mr. Glass writes. “Providing shattered men with counseling, hot food, clean clothes and rest was more likely to restore them to duty than threatening them with a firing squad.”

Thousands of American soldiers were convicted of desertion during the war, and 49 were sentenced to death. (Most were given years of hard labor.) Only one soldier was actually executed, an unlucky private from Detroit named Eddie Slovik. This was early 1945, at the moment of the Battle of the Bulge. Mr. Glass observes: “It was not the moment for the supreme Allied commander, Gen. Dwight Eisenhower, to be seen to condone desertion.”

There were far more desertions in Europe than in the Pacific theater. In the Pacific, there was nowhere to disappear to. “In Europe, the total that fled from the front rarely exceeded 1 percent of manpower,” Mr. Glass writes. “However, it reached alarming proportions among the 10 percent of the men in uniform who actually saw combat.”

It is among this book’s central contentions that “few deserters were cowards.” Mr. Glass also observes, “Those who showed the greatest sympathy to deserters were other front-line soldiers.”

Too few men did too much of the fighting during World War II, the author writes. Many of them simply cracked at the seams. Poor leadership was often a factor. “High desertion rates in any company, battalion or division pointed to failures of command and logistics for which blame pointed to leaders as much as to the men who deserted,” he says.

Mr. Glass adds, “Some soldiers deserted when all the other members of their units had been killed and their own deaths appeared inevitable.”

The essential unfairness of so few men seeing the bulk of the combat was undergirded by other facts. Many men never shipped out. Mr. Glass cites a statistic that psychiatrists allowed about 1.75 million men to avoid service for “reasons other than physical.”This special treatment led to bitterness. Mr. Glass quotes a general who wrote, “When, in 1943, it was found that 14 members of the Rice University football team had been rejected for military service, the public was somewhat surprised.”Mr. Glass provides information about desertions in other American wars. During the Civil War, more than 300,000 troops went AWOL from the Union and Confederate armies. He writes, “Mark Twain famously deserted from both sides.” Nearly all of the information I have provided about “The Deserters” thus far comes from its excellent introduction. The rest of the book is not nearly so provocative or rending.

Mr. Glass abandons his textured overview of his topic to focus almost exclusively on three individual soldiers, men who respectively abandoned their posts in France, Italy and Africa.

One was a young man from Brooklyn who fought valiantly with the 36th Infantry Division in Italy and France before coming unglued. Another is the English poet Vernon Scannell, who suffered in Mustafa Barracks, the grim prison camp in Egypt. The third was a Tennessee farm boy who fought bravely with the 2nd Infantry Division before deserting and becoming a criminal in post-liberation Paris.

These men’s stories are not uninteresting, but Mr. Glass tells them at numbing length in bare, reportorial prose that rarely picks up much resonance. On the rare occasions the author reaches for figurative language, he takes a pratfall: “Combat exhaustion was etched into each face as sharp as a bullet hole.”The lives and times of Mr. Glass’s three soldiers slide by slowly, as if you were scanning microfilm. We lose sight of this book’s larger topic for many pages at a time. The men’s stories provide limited points of view. From the author we long for more synthesis and sweep and argument and psychological depth.

Terminology changes. Before we had post-traumatic stress disorder we had battle fatigue, and before that, in World War I, there was shell shock. In her lovely book “Soldier’s Heart: Reading Literature Through Peace and War at West Point” (2007), Elizabeth D. Samet reminds us that “soldier’s heart” was another and quite resonant term for much the same thing.

At its best, “The Deserters” has much to say about soldier’s hearts. It underscores the truth of the following observation, made by a World War II infantry captain named Charles B. MacDonald: “It is always an enriching experience to write about the American soldier in adversity no less than in glittering triumph.”

THE DESERTERS

A Hidden History of World War II

By Charles Glass

Illustrated. 380 pages. The Penguin Press. $27.95.

Voir encore:
“Tu ne tueras point“ : violence, religion et sacrifice chez Mel Gibson

Dans son dernier film, le réalisateur poursuit une œuvre où les héros se débattent dans une vallée de sang et de larmes. Pour tenter de saisir la spiritualité du Christ.

En 1995, dans Braveheart, Mel Gibson se mettait en scène sous les traits et les peintures de guerre de William Wallace. Soumis à la torture à la fin du film, le héros du peuple écossais rendait l’âme en hurlant : « Liberté ! » Pouvait-on se douter que ce dénouement aussi sanglant qu’exalté placerait toute la carrière du réalisateur – jusqu’à Tu ne tueras point aujourd’hui – sous le signe du sacrifice ?

Le lien avec La Passion du Christ (2004) et Apocalypto (2006) semble évident, le premier sur la crucifixion de Jésus, le second sur les sacrifices humains au crépuscule de la civilisation maya. Les deux sont des hécatombes. Pas de sacrifice, chez Gibson, sans tripes ni hémoglobine. Si cette vision a été critiquée pour son simplisme, elle n’en témoigne pas moins d’une conviction de réalisateur : montrer dans le détail la réalité charnelle de la passion du Christ aide à en saisir la dimension spirituelle. Gibson semble friand de ce paradoxe catholique voulant que le salut puisse passer par le spectacle ou le récit de la déchéance. Ce qu’il illustrera d’ailleurs jusque dans sa vie privée par ses frasques et sa traversée du désert après 2006 : problèmes d’alcool, violence, propos antisémites…

L’histoire de Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge en VO) ne dépareille pas dans ce tableau : pendant la Seconde Guerre mondiale, un objecteur de conscience qui s’est engagé comme infirmier dans l’armée américaine, se retrouve propulsé dans la boucherie de la bataille d’Okinawa. Le champ de bataille que le héros Desmond Doss foule du pied est littéralement tapissé de corps déchiquetés. À un moment du film, un blessé se cache dans la terre pour échapper à la vigilance de ses ennemis, offrant la vision saisissante d’une terre humanisée et, inversement, d’une humanité rabaissée à sa seule condition terrestre. Mais à ces corps rampants répond à la fin du film un plan sur le corps suspendu de Doss, sur fond de nuages radieux. Le héros de Gibson est un saint, c’est-à-dire un trait d’union entre la terre et le ciel. Une idée qui pourra être diversement prise au sérieux, mais dont l’évidence esthétique ne peut que frapper ici.

Gibson semble friand de ce paradoxe catholique voulant que le salut puisse passer par le spectacle ou le récit de la déchéance.

De Braveheart à Tu ne tueras point, l’idée de sacrifice permet à Mel Gibson de faire le pont entre plusieurs idées contradictoires. Le rapport entre la force et la justice, par exemple : tous les héros gibsonniens, victimes d’une injustice initiale, s’interrogent en retour sur l’usage de leur puissance. L’Écossais, après avoir fédéré la rébellion, donne sa mort en exemple. L’Amérindien capturé par des guerriers mayas devient un héros parce qu’il doit sauver sa famille. Et bien sûr Jésus, pourtant le plus puissant de tous, laisse s’abattre sur lui une violence inouïe. Au-delà même de la question de la foi, ces personnages se distinguent par leur capacité à tracer leur propre chemin dans des vallées de sang et de larmes.

Rien d’étonnant, dans ce contexte, à ce que Gibson s’intéresse cette fois-ci à un objecteur de conscience. La représentation de la violence dans le film pose évidemment un certain nombre de problèmes, qui sont intéressants dans la mesure où ils répondent aux questions que se pose Doss sur la guerre. La position de ce dernier est compliquée : adventiste, il ne veut pas toucher à une arme mais veut bien aller au combat. Il y a très vite un écart entre la radicalité de sa position et la casuistique qu’elle finit par impliquer. Ne pourrait-on pas considérer qu’en se battant au côté des soldats, il contribue tout de même à tuer ?

Il y a une ambiguïté équivalente dans la manière dont Gibson représente le déchaînement de la puissance de feu des Américains. C’est comme si le sacrifice de Doss (faire la guerre, mais avant tout pour sauver ses camarades blessés) était augmenté et sublimé par la vision de l’enfer même qu’il est censé avoir refusé. Toujours ce rapport contourné de Gibson à la force, que l’on retrouve chez un autre des personnages du film : le père de Desmond Doss, un pacifiste paradoxalement violent et tourmenté par la vision des boyaux de ses amis morts au combat lors de la Première Guerre mondiale.

Au-delà même de la question de la foi, les personnages de Mel Gibson se distinguent par leur capacité à tracer leur propre chemin dans des vallées de sang et de larmes.

Le sacrifice est enfin, pour Mel Gibson, une sorte de pivot entre les religions païennes et la religion chrétienne, qu’il aime mettre en regard. Apocalypto racontait la fin de la civilisation maya et la manière dont un sacrifice héroïque pouvait prendre le pas sur les sacrifices humains. En toute logique, la fin ouvrait sur l’arrivée des colons chrétiens. Dans Tu ne tueras point, la confrontation avec l’altérité religieuse, tournant à nouveau autour du sacrifice, vient de l’affrontement avec les Japonais, qui ont des kamikazes en guise de héros. La scène de hara kiri d’un général japonais, typiquement gibsonnienne, est une sorte de version négative du sacrifice de Doss.

Tu ne tueras point est à bien des égards un film naïf – ne serait-ce que dans son portrait d’un héroïsme conciliant gaiement la guerre à l’objection de conscience –, mais il l’est de manière audacieuse. La simplicité est un trait de personnalité de Doss, qui est présenté de la même manière étrange que les personnages d’Apocalypto, sans abuser des ficelles canoniques de l’identification. Ce côté très entier du personnage est à l’image d’un film qui va jusqu’au bout de son système : au bord du ridicule sans jamais y basculer totalement, portant la violence jusqu’au grotesque et l’héroïsme jusqu’à la sainteté.

Passé par plusieurs années de purgatoire à Hollywood, essentiellement en raison de ses dérapages personnels, Mel Gibson a-t-il choisi à dessein ce sujet ? Difficile de ne pas se poser la question, tant c’est au cœur des visions infernales et des pulsions bellicistes que le cinéaste semble vouloir ménager pour ses héros – et pour lui-même ? – un horizon pacifique.

Voir enfin:
THOU SHALL NOT KILL
He was devoutly Christian, a member of the Seventh-day Adventist Church, and was unusually, unfashionably (even for America, even for the 1940s) tenacious in his beliefs. Unable to reconcile his adherence to the commandment “Thou shalt not kill” with a role as a soldier, but nonetheless patriotic, he was classed as a conscientious objector and joined the army as a medic. Unlike many other medics, he also refused to carry any form of knife or gun, determined that, no matter what situation he found himself in, he would not take the life of another human being. Instead, Doss’s heroism took another form: he is remembered today for the number of lives he saved.
Original estimates places the number of lives saved at 100: Doss (both modest and rigorously honest) later insisted that “it couldn’t have been more than 50”, and the 75 figure was agreed as a compromise.
In some ways, Doss himself – a man who combined staunch religious faith with patriotism and outstanding bravery – feels like the perfect movie subject for both the traditional American heartlands and for Gibson himself, who is Catholic and often described as an ultra-conservative. But Doss’s story is also a very human one, with a much wider importance and appeal.
Whether or not the film will really restore Gibson to awards-ceremony respectability and acclaim remains to be seen – but it looks as if one of America’s most unlikely heroes may have finally received a fitting cinematic tribute.
Desmond Doss was born in Lynchburg, Virginia, son of William Thomas Doss, a carpenter, and Bertha E. (Oliver) Doss. Enlisting voluntarily in April 1942, Doss refused to kill an enemy soldier or carry a weapon (pistol) into combat because of his personal beliefs as a Seventh-day Adventist. He consequently became a medic, and while serving in the Pacific theatre of World War II, he saved the lives of numerous comrades, while at the same time adhering to his religious convictions. Doss was wounded three times during the war, and shortly before leaving the Army, he was diagnosed with tuberculosis, which cost him a lung. Discharged from the Army in 1946, he spent five years undergoing medical treatment for his injuries and illness….

Héritage Obama: Attention, un monstre peut en cacher un autre ! (The “Legacy of Obama” can be explained in one word: Trump)

20 février, 2017
osmonster obamaangel
Obamastein

Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Marx
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. George Orwell
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. La Fontaine
Nous crions d’un bout à l’autre de l’Afrique : Attention, l’Amérique a la rage. Tranchons tous les liens qui nous rattachent à elle, sinons nous serons à notre tour mordus et enragés. Sartre (1953)
The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing. (…) We created an echo chamber. They were saying things that validated what we had given them to say. Ben Rhodes (conseiller du président Obama)
When a Republican congressman on MSNBC brought up a 2012 incident where President Barack Obama was caught on a hot mic promising to give Russia’s Vladimir Putin a little more “flexibility” after the election, NBC journalist and MSNBC host Katy Tur seemed not to recall the incident. Tur pressed Florida Representative Francis Rooney about the number of Donald Trump advisors with close tie to Russia. “I see a lot of folks within Donald Trump’s administration who have a friendlier view of Russia than maybe past administrations did,” she noted. “Well, I think it was Obama that leaned over to Putin and said, ‘I’ll have a little more flexibility to give you what you want after the re-election,’” Rooney responded. Tur paused for a moment. “I’m sorry, I don’t know what you’re referring to, Congressman,” she said. “Remember when he leaned over at a panel discussion or in a meeting, and he said, ‘I’ll have more flexibility after the election’?” Rooney asked. “No one pushed the president on what he meant by that, but I can only assume for a thug like Putin that it would embolden him,” which gave Tur pause, again. In Tur’s defense, Rooney is slightly off in his retelling: it was then-Russian President Dmitry Medvedev who Obama whispered to, who then promised to relay Obama’s message to Putin. But his recollection of the content of Obama’s message was accurate: “This is my last election. After my election I have more flexibility,” he told the Russians. Obama’s hot mic comments were major news at the time, receiving widespread coverage. Obama’s Republican opponent Mitt Romney seized upon the gaffe and worked it into his stump speeches, even bringing it up during one of the presidential debates. Mediaite
Donald Trump est ici ce soir et je sais qu’il s’est pris des critiques ces derniers temps, mais personne n’est plus heureux, plus fier, que cette affaire de certificat de naissance soit enfin réglée que le Donald. Et c’est parce qu’il va maintenant pouvoir se concentrer sur les problèmes importants. Par exemple, notre vol sur la Lune était-il un faux? Qu’est-il vraiment arrivé à Roswell? Et où sont Biggie et Tupac ?  Barack Obama
Cette soirée d’humiliation publique, plutôt que d’éloigner M. Trump (de la scène politique), a accéléré ses efforts féroces pour gagner en stature au sein du monde politique. Et cela illustre jusqu’à quel point la campagne de Trump est inspirée par un besoin profond (qui est) parfois obscurci par ses fanfaronnades et vantardises : un désir d’être pris au sérieux. The NY Times
La présidence Obama a inventé une propagande branchée, une communication cool. Au cœur de cette stratégie  : les réseaux sociaux, qui ont largement porté sa victoire en 2008. L’engagement numérique de la campagne du «Yes We Can» a d’ailleurs été décortiqué par les équipes de com du monde entier. Tandis que la droite américaine propageait son venin conspirationniste par de bonnes vieilles chaînes de mails –  le candidat démocrate aurait menti sur son certificat de naissance, serait musulman…  –, Obama prenait mille longueurs d’avance, touchant un public beaucoup plus large, plus jeune. «En 2008, les efforts de son adversaire, John McCain, pour tenter de le rattraper sur les réseaux sociaux étaient presque pathétiques», se souvient Michael Barris, coauteur de The Social Media President (Palgrave, 2013). L’équipe du sénateur de l’Illinois a compris l’intérêt de Facebook, de Twitter –  plus tard viendront Instagram, Snapchat, LinkedIn…  – pour lever des fonds, diffuser des messages, obtenir des soutiens, grâce à ce porte-à-porte virtuel d’un nouveau genre. «Obama s’est fait élire sur des promesses de démocratie participative via les réseaux sociaux, rappelle Michael Barris. Mais finalement, les réseaux sociaux ont surtout été pour lui un formidable outil de diffusion, de validation par le public, et de promotion d’une image très positive : celle d’un président branché, connecté, proche des gens.» Viser un public, via le bon médium, avec le bon ton : huit ans que le président américain, avec son équipe de quatorze personnes dédiée à la stratégie numérique, montre sa maîtrise. Et son adaptation à l’évolution des usages. La Maison Blanche est devenue une véritable boîte de production, avec plus de 500 vidéos réalisées chaque année (infographies, coulisses…), distribuées sur les différentes plateformes (site officiel, YouTube, Facebook…). «Le premier président de l’ère des médias sociaux a fixé les règles d’interactions numériques entre politiques et électeurs, écrit le Washington Post. Certains chefs d’Etat se préoccupaient des chaînes d’info ; Obama est le président ­Netflix.» (….) Mais le président américain ne laisse rien au hasard : cette spontanéité est surtout parfaitement chorégraphiée, écrite à l’avance par des équipes d’auteurs talentueux. D’autodérision, il en a beaucoup fait preuve lors du dîner annuel des correspondants à la Maison Blanche, véritable scène de stand-up pour le président sortant. Maîtrise des silences, des regards, intonations, vidéos bien ficelées… Ces soirs-là, Obama fait de l’humour une technique de dégoupillage imparable des critiques. Comme en 2011, alors que la droite le harcèle une nouvelle fois sur son certificat de naissance. Pour faire taire les rumeurs, il annonce la «diffusion exclusive de la vidéo de sa mise au monde» –  en fait, le début du Roi Lion de Disney. Dans la salle, Donald Trump, déjà porte-voix de ces allégations, ne moufte pas. Les journalistes, qui rient à gorge déployée, ont laissé leurs armes au vestiaire. Libération
Chacun sait que notre époque de fausse liberté a accouché d’une tyrannie de la pensée dont la sage-femme devenue folle était déguisée en antiraciste diplômée. Valeurs Actuelles en a fait les frais en osant voiler Marianne pour défendre la laïcité républicaine contre les menées islamistes et Pascal Bruckner comme Georges Bensoussan payeront peut-être le prix pour des raisons voisines. Silence dans les rangs de la gauche paraît-il démocratique. Mais aujourd’hui vient d’éclater une tout autre affaire dans laquelle, au contraire, le racisme comme l’antisémitisme n’ont rien d’imaginaire. Et je prends le pari, qu’ici, précisément, les organisations prétendument antiracistes resteront aux abris. La vedette s’appelle Mehdi Meklat, hier encore il était la coqueluche de la famille islamo-gauchiste et de tous ses compagnons de chambrée. Dans le numéro du 1er février des Inrockuptibles il partageait la une avec l’icône Taubira. Il collaborait aussi avec le Bondy Blog, très engagé dans le combat actuel contre les policiers considérés uniment comme des tortionnaires racistes. Il était encore récemment chroniqueur de la radio active de service public France Inter. Oui mais voilà, patatras, on a retrouvé parmi les milliers de tweets qu’il n’a pas réussi à effacer des gazouillis racistes du dernier cri strident. Échantillons choisis : “je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et tous ceux de Charlie hebdo”. “Sarkozy = la synagogue = les juifs = Shalom = oui, mon fils = l’argent”, “Faites entrer Hitler pour tuer les juifs”, “j’ai gagné 20 $ au PMU, je ne les ai pas rejoués parce que je suis un juif”, “les Blancs vous devez mourir asap” etc. Avec une touchante spontanéité, à présent qu’ils ont été découverts, voici ce que notre Mehdi a tweeté samedi dernier : “je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes”. Bah voyons, certains datent de 2012, autant dire le déluge. J’en connais qui vont fouiller les poubelles du père Le Pen, d’autres qui reprochent à un ancien conseiller de Sarkozy d’avoir dirigé Minute il y a 30 ans, mais dans notre cas, certains plaident déjà l’Antiquité… Gilles-William Goldnadel
Mehdi Meklat, 24 ans, était jusqu’ici connu pour son ton décalé. Du Bondy Blog, à France Inter en passant par Arte, le chroniqueur, journaliste et auteur, s’est taillé, avec son compère Badrou (« les Kids », époque France Inter) une réputation de porte-voix de la jeunesse, « à l’avant garde d’une nouvelle génération venue de banlieue » écrivaient encore Les Inrocks le 1er février. Sauf qu’entre temps, des internautes ont exhumé des tweets de Meklat : injures antisémites, homophobes, racistes, misogynes. Un florilège qui provoque la sidération. De son côte, le jeune homme s’excuse, dépublie, et assure qu’il s’agissait « de questionner la notion d’excès et de provocation » à travers un « personnage fictif ». Faire mentir les stéréotypes sur les-jeunes-de-banlieue. Sans rien renier de soi. Depuis ses débuts au Bondy Blog en 2008, c’est ce que Mehdi Meklat tente de faire, au gré d’une exposition médiatique précoce. A 24 ans désormais, après avoir fait ses premiers pas de journaliste au Bondy Blog à 16 ans, puis tenu chronique pendant six ans chez France Inter en duo avec son ami Badrou (« les Kids »), Meklat le touche à tout (réalisateur, blogueur, reporter) est en promo pour un second livre. Mehdi et Badrou « l’avant-garde d’une nouvelle génération venue de banlieue qui compte bien faire entendre sa voix » écrivaient les Inrocks qui leur consacraient une couverture le 1er février en compagnie de Christiane Taubira. Un binôme qui avait tapé dans l’œil de l’animatrice de France Inter Pascale Clark dès 2010, pour son ton « décalé », sa capacité à chroniquer avec autant d’acuité la vie de l’autre côté du périph (Meklat a grandi à Saint-Ouen, Badrou à la Courneuve) que le tout venant de l’actualité plus « médiatique ». Et voilà que depuis quelques jours, après son passage sur le plateau de l’émission la Grande Librairie (France 5) pour la promo de son second livre, le roman « Minute » (co-écrit avec Badrou), Meklat est dans l’œil du cyclone Twitter. Propulsé dans les sujets les plus discutés non pas pour la promotion de son nouvel ouvrage dédié à Adama Traoré. Mais pour des tweets, exhumés ces derniers jours par plusieurs internautes. Pas quelques tweets isolés. Mais des messages par dizaines, anciens (2012) et pour certains plus récents (2016) dans lesquels Meklat tape tous azimuts sur « les Français », « les juifs », « les homos », Alain Finkelkraut, Charlie Hebdo, les séropositifs, les « travelos »… La liste est longue, et les messages à même d’interpeller. Une prose en 140 signes qui tranche avec l’image de jeune talent à la plume « poétique » et acérée que Meklat s’était jusqu’ici taillée et qui lui a valu jusqu’à aujourd’hui des articles dithyrambiques dans la presse culturelle. Quelques heures auront suffit pour que, soient exhumés et massivement partagés des dizaines de messages issus de son compte twitter personnel @mehdi_meklat. (…) Parmi les premiers et les plus zélés chasseurs de tweets, la fachosphère s’est ruée sur l’occasion. Le blog d’extrême droite Fdesouche publie à tout-va plus d’une cinquantaine de messages de Meklat « journaliste homophobe et antisémite du Bondy blog ». Le site d’extrême droite Boulevard Voltaire, fondé par Robert Ménard, trouve là prétexte à acculer la « gauchosphère sous son vrai visage », quand l’ex-porte parole de génération identitaire s’en donne, lui aussi, à coeur joie. Très vite rejoint dans cette avalanche d’indignation par Marion Maréchal Le Pen. Ce dimanche, la twitta-éditorialiste du Figaro Eugénie Bastié y allait aussi de ses commentaires en 140 signes, suivis d’un article corrosif, soulignant bien au passage que Meklat avait fondé il y a peu avec le journaliste Mouloud Achour (CliqueTV) les « éditions du grand Remplacement » qui ont lancé en juin dernier un magazine baptisé « Téléramadan ». Cette nouvelle revue annuelle qui entend parler d’islam de façon dépassionnée, avait su trouver un titre pied-de-nez déjà à même de faire bondir certains. Mais dans le cas des tweets de Meklat, de fait, la sidération dépasse de loin la sphère des militants de droite et d’extrême droite. D’autres aussi s’indignent : de simples twittos, mais aussi des journalistes, tels Françoise Laborde, Claude Askolovitch, des élus PS comme la ministre de la Famille Laurence Rossignol, ou encore la conseillère municipale Elodie Jauneau sans compter le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gille Clavreul. Ils interpellent les Inrocks qui ont placé Meklat en Une de leur numéro du 1er février au côté de Taubira. Ils apostrophent également les éditions du Seuil où Meklat vient de publier son ouvrage, et font part de leur stupéfaction. A l’image de l’auteur de bande dessinée, romancier et réalisateur, Joann Sfar qui s’étrangle : « Je découvre tout ça ce matin, il semble que c’est authentique. Je trouve ça inexcusable quand on se veut représentant de la jeunesse. » Face à l’avalanche de messages indignés, sommé de s’expliquer, samedi après-midi, Meklat se fend finalement de quatre tweets d’excuse et d’explication : « je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes », assure Meklat qui supprimera dans la foulée la totalité de ses tweets d’avant février 2017 (plus de 30 000). Surtout, il affirme que ces messages ne reflètent en rien sa pensée. Il ne nie pas en être l’auteur, mais assure qu’il s’agit de messages parodiques. « Jusqu’en 2015, sous le pseudo Marcelin Deschamps, j’incarnais un personnage honteux raciste antisémite misogyne homophobe sur Twitter ». Marcellin Deschamps ? Un « personnage fictif », assure-t-il par lequel il avait entrepris de « questionner la notion d’excès et de provocation ». Mais, il l’affirme : les propos de ce personnage « ne représentent évidemment pas ma pensée et en sont tout l’inverse. » Sur Twitter, une fois troqué son pseudo contre son vrai patronyme, le jeune homme n’a pas supprimé ces anciens messages, apparaissant depuis sous son vrai nom Mehdi Meklat. Dans la foulée, ce samedi, l’animatrice radio Pascale Clark, ex chaperonne de Meklat à France Inter (2010-2015) a pris sa défense « Son personnage odieux, fictif, ne servait qu’à dénoncer », assure-t-elle sur Twitter avant de préciser dans un second message : « Les comiques font ça à longueur d’antenne et tout le monde applaudit ». Un peu facile de se cacher derrière un personnage fictif ? A la remarque de plusieurs internautes, le journaliste Claude Askolovitch tempère : « c’est même piteux. Mais cela ne change pas la nature de ses messages pourris – une énorme connerie, pas des appels au meurtre ». Si le journaliste ne cache pas son dégoût pour ces messages qu’il assimile à « des excréments verbaux », « des blagues absolument laides, impardonnables, perverses », « dans un jeu périlleux », il se refuse à y voir de « vraies prises de position ». Tout en tançant « un mec qui s’est cru assez malin pour twitter des immondices ». « Twitter des immondices », sous pseudo dans « un jeu périlleux » ? Yagg, le site de presse LGBT y avait vu davantage qu’un jeu. Le site avait bondi en mars 2014 quand Meklat écrivait sur Twitter : « Christophe Barbier a des enfants séropo ». Yagg le taxe alors d’ « humour sérophobe », « au goût douteux » (visant des personnes séropositives). Le site avait contacté Meklat pour qu’il s’en explique. Réponse de l’intéressé : « J’ai un pseudo sur Twitter, il ne faut pas faire d’amalgame entre mon personnage et moi-même ». Contacté par Yagg, il développait : « Je peux comprendre qu’on se sente insulté par mes tweets, car ils sont parfois extrêmes, provocants ou insultants, mais il ne faut pas en faire des tonnes(…) J’ai créé un personnage violent, provocant, méchant. Pourquoi? Je ne me l’explique pas à moi-même, alors je ne peux pas l’expliquer aux autres. Mais je ne suis pas du tout homophobe. » En octobre 2012, les Inrocks consacraient un portrait élogieux (comme beaucoup) aux gamins précoces Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, alias « les Kids » de France inter qui entamaient leur quatrième saison sur les ondes de la radio publique. « Un matin, ils partent avec leur micro enregistrer la plainte de la vallée de Florange abandonnée, le lendemain ils sont à l’Elysée et tapent la discute avec Michael Haeneke » écrivent les Inrocks qui dressent le portrait de deux « gamins « talentueux », de « vrais passe-murailles ». Comme beaucoup, l’hebdo s’enthousiasme de leur « reportages poétiques » et de leur « style unique ». Les Inrocks notent : « ils attirent les sympathies ». Quant à Meklat ? Au passage, l’hebdo raconte que c’est « le plus provoc » de deux. « Il faut le voir sur Twitter, vaguement caché derrière un pseudo depuis longtemps éventé : c’est une vraie terreur. Il se pose en métallo furieux, insulte à tout va, se moque de tout et de tous avec une férocité indécente » écrivent les Inrocks qui commentent : « Ça peut aller trop loin (France Inter lui a déjà demandé de retirer un tweet) mais la plupart du temps, c’est drôle à mourir. » Et Meklat d’expliquer déjà que sur le réseau social il « joue un personnage » : « Je ne suis attaché à rien, je n’ai de comptes à rendre à personne, j’ai la liberté de dire ce que je veux. C’est un terrain de jeu, j’y abuse de tout, je ne me mets pas de limite. » Trois ans plus tard. Octobre 2015. Les « Kids » de Pascale Clark ont grandi. Lorsque Le Monde les interviewe pour la sortie de leur premier livre, la journaliste s’attarde sur le cas Meklat. « Si doux et poli à la ville, Mehdi s’est inventé sur Twitter un double diabolique, qui insulte à tout-va », écrit Le Monde. Meklat commente alors : « Tout est trop convenu, on n’ose plus s’énerver. L’idée de casser ça en étant méchant gratuitement me plaît ». En septembre 2016, dans un long article, la journaliste Marie-France Etchegoin revenait pour M le magazine du Monde sur le parcours et l’état d’esprit du tandem Mehdi-Badrou, « une nouvelle génération, à la fois cool et dure, investissant le champ de la culture plutôt que celui des partis politiques, et extrêmement engagée ». Engagée, brillante et convoitée. Comme l’explique M, le duo Mehdi-Badrou est sollicité de toutes parts, ces dernier temps. Ici pour pour un projet avec la Fondation Cartier, là pour écrire un dossier de presse pour un long-métrage avec Depardieu. Ou encore pour mettre en scène la pièce d’un auteur suédois. Quant à leur magazine Téléramadan, la revue annuelle « des musulmans qui ne veulent plus s’excuser d’exister », la journaliste explique que « Pierre Bergé mais aussi Agnès b ont accepté de soutenir la revue ». Parfait. Seul bémol dans la success story, observe la journaliste : « Les bonnes fées qui accompagnent les deux garçons depuis l’adolescence observent leur évolution, avec parfois une pointe d’inquiétude, qui n’empêche ni bienveillance ni compréhension. » Concrètement ? Il est question notamment de Meklat et de son usage de Twitter. « Un troll déchaîné qui déconne et dézingue à tout-va. «Giclez-lui sa mère», «On s’en bat les couilles», «Elle est pas morte, celle-là?» « , énumère la journaliste qui constate : « il se défoule sur des personnalités dont les manières ou les prises de position sur l’islam n’ont pas l’heur de lui plaire ». Certains parrains et autres bonnes fées, explique la journaliste, s’en soucient : « «Arrête ces Tweets! Tu n’es pas dans une cour de récréation!» Mouloud Achour le met en garde: «Les écrits restent, un jour on te les ressortira.». Quant à Mehdi, raconte la journaliste, il « se défend, la main sur le cœur: «Ce n’est pas moi, c’est un personnage que j’ai inventé», ne pouvant s’empêcher d’ajouter, comme dans un lapsus: «Mes Tweets sont des pulsions!» » Meklat et son avatar pulsionnel, une histoire qui ne date pas d’hier. Un double « je » qui ne semble pas géner Meklat, mais qui ne met pas tout le monde à l’aise. Ce dimanche, l’animateur de la Grande Librairie (France 5) François Busnel, qui avait invité Meklat cette semaine publie un communiqué pour prendre ses distances avec son invité. Busnel y affirme que si il avait eu connaissance de ces messages, il n’aurait pas invité le jeune homme dans son émission. Samedi, le Bondy Blog, pressé par une foule d’internautes de réagir, avait également publié un message sur Twitter , expliquant que « les tweets de Meklat n’engagent en aucun cas la responsabilité de la rédaction ». Et le média de préciser : « Puisqu’il y a des évidences qu’il faut affirmer, le Bondy Blog ne peut cautionner des propos antisémites, sexistes, homophobes, racistes, ou tout autre propos discriminatoires et stigmatisants, même sur le ton de l’humour ». Arrêt sur images
Des milliers de manifestants anti-Trump ont défilé à New York lundi et dans plusieurs villes américaines à l’occasion du « Presidents Day », un jour férié en l’honneur des présidents des Etats-Unis. Au cri de « Pas mon président! », quelque 10’000 manifestants  – selon une estimation officieuse de la police – de tous âges et toutes origines se sont rassemblés devant le Trump International Hotel de New York près de Central Park, pour exprimer une nouvelle fois leur opposition au milliardaire républicain un mois jour pour jour après son entrée en fonction.  Les activistes anti-Trump avaient appelé à détourner les célébrations du « Presidents Day » au profit d’un « Not My President Day » avec des rassemblements dans plusieurs villes, dont Los Angeles, Chicago, Atlanta et Washington. Par ailleurs, environ 7000 opposants à Donald Trump ont manifesté lundi aux abords du parlement britannique contre le projet de visite d’Etat du président américain à Londres. Cela au moment même où les députés débattaient du sujet. Une pétition demandant que sa visite ne soit pas « d’Etat » – ce qui pourrait mettre la reine dans l’embarras -, a recueilli 1,8 million de signatures. RTS info
Fuir Washington, le temps d’un week-end de trois jours. Donald Trump attendait impatiemment cette escapade en Floride, devant ses irréductibles supporteurs, fidèles de la première heure, qui se font si rares depuis un mois à Washington. Oublier le froid, le crachin pendant le discours d’investiture, ces médias «malhonnêtes», ces manifestants acrimonieux, les fuites des services secrets, la fronde de la Justice face à son décret sur l’immigration, celle du Congrès face à ses plans grandioses de mur à la frontière mexicaine, le limogeage à contrecœur du général Michael Flynn, son conseiller à la sécurité nationale, éclaboussé par la «Russian Connection», et les centaines de nominations gouvernementales en souffrance. Mais tout cela n’a que peu d’importance pour le «peuple de Trump». «Nous l’aimons et nous sommes venus le lui dire», s’exclame Sheila Gaylor, une résidente de Melbourne, où le président fait escale le temps d’un rassemblement populaire. Comme durant la campagne, lorsque l’adrénaline le poussait de l’avant. Cette ivresse s’est tarie, mais voici l’occasion de la ressusciter, grâce à un bain de foule régénérateur, et de remettre le tribun sur orbite, loin du «marigot» fédéral si difficile à «assécher». Dans le hangar 6 de l’aérodrome local, plusieurs milliers de Floridiens, blancs pour la plupart, se pressent pour apercevoir la tignasse blonde la plus célèbre du monde, et la silhouette élégante de sa femme, Melania. C’est ici, à Melbourne, en septembre 2016, que 15 000 supporteurs déchaînés ont offert au candidat républicain l’une de ses escales les plus mémorables. Peu importe que les opposants se fassent entendre au dehors, réclamant la destitution du président milliardaire.«Ils ne sont que quelques milliers, alors que nous sommes 50 000. Vous croyez que les médias malhonnêtes vont parler de quoi?» gronde une femme à crinière blonde, reprenant le discours officiel.Les pro-Trump ne sont en réalité que 9 000, selon la police de Melbourne sur Twitter, mais leur enthousiasme, débordant, est récompensé par un vrombissement dans le ciel: le Boeing présidentiel Air Force One surgit en rase-mottes, déclenchant les vivats. Le quadriréacteur s’immobilise dans le soleil couchant, et le couple présidentiel apparaît. Dans un tonnerre d’ovations, le chef de l’État s’empresse de révéler la raison de sa venue sur la Space Coast: «Je suis ici parce que je veux être parmi mes amis, et parmi le peuple. Je veux être au même endroit que des patriotes travailleurs qui aiment leur pays, qui saluent le drapeau et prient pour un avenir meilleur.» Ce même peuple qui l’a porté au pouvoir et continue de lui vouer une loyauté sans faille. Ce soutien est inestimable, et probablement fondamental: apprenant à naviguer dans l’air vicié de Washington, le milliardaire va devoir pérenniser sa base militante, surtout s’il compte briguer une réélection en 2020. C’est d’ailleurs son comité de soutien officiel, lancé le 20 janvier, qui finance l’événement du jour, annonciateur de raouts semblables à l’avenir. Bronzé et visiblement détendu, Donald Trump s’amuse avec la foule. Il recycle ses thèmes les plus populaires et désigne ses boucs émissaires habituels. (…) Un mot, un seul, à l’adresse des médias, une allusion (erronée) à «tous ces grands présidents, comme Thomas Jefferson, qui se sont souvent battus avec les médias, ont dénoncé leurs mensonges», et des centaines de poings rageurs se dressent vers la forêt de caméras. Que ses ouailles se rassurent: «La Maison-Blanche tourne comme sur des roulettes!» «CNN craint!» renchérit la foule en chœur. «Je peux vous parler directement, sans le filtre des fausses informations», poursuit Trump. (…) À l’applaudimètre, celui que «nous attendions depuis si longtemps», selon Claudia, une mère au foyer venue de Titusville, un rejeton assoupi dans les bras, ce «héros qui va se dresser», selon l’expression imprimée sur les badges d’accès, l’emporte en évoquant les emplois, le business, qui vont décoller sous son mandat, ces contrats militaires bons pour la région, et, surtout, ce «fichu islamisme radical que nous allons tenir à distance de notre pays». (…) «Il est vraiment formidable, il est comme nous, il parle comme nous, confient d’une seule voix Jake et Colleen, un couple de retraités débonnaire exhibant toute la panoplie du parfait petit supporteur, croisé dans la pénombre en bordure d’aérodrome, pour voir s’envoler le Boeing présidentiel. Il est en train de tenir toutes ses promesses, encore plus vite que prévu. Au-delà de toutes nos attentes!» Le Figaro
Thank you, President Barack Obama, for serving the country for the past eight years. (…) Thank you for the Iran deal. Before the deal, Iran was weeks from attaining nuclear bomb capability. Now the world has a decade before the mullahs have the capability of developing a bomb. (…) Thank you for killing Osama bin Laden. And for taking out al-Qaida’s senior leadership. And for stopping and reversing gains by ISIS. (…) Thank you for standing up to Vladimir Putin. You saw the expansionist, anti-democratic nature of Putin’s actions in Ukraine and quickly confronted him. Perhaps that opposition slowed what may have been an inevitable march through the Baltics. (….) Thank you for recognizing our Cuba embargo was a failed policy and that the time for change had come. Thank you for steering the country through the recession. Thank you for cutting unemployment in half. And for doing so in the face of Republican obstructionism on the kind of infrastructure bill that your successor now likely will get through. Thank you for doubling clean energy production. For recognizing that our dependence on fossil fuels can’t help but degrade our environment and hold us back from being competitive in the green energy future, and embolden corrupt and backward regimes from Venezuela to the Middle East to Russia. (…) Thank you for the Affordable Care Act. It has brought the security of health care to millions. It has saved lives. It has kept the rate of cost increases in premiums lower in the past eight years than they were in the previous eight years. It needs to be fixed — what doesn’t? — but only with better ideas, not worse ones. (…) Thank you for trying to get immigration reform through Congress, and for pursuing the policy known as Deferred Action for Childhood Arrivals, which let 5 million people already living and working here come out of the shadows. (…) Thank you for trying. You grappled with one great chaos after another, and sometimes you fell short. In Syria, you needed a smarter course of action. In Israeli-Palestinian peacemaking, you underestimated the need, early on, to deal with Israeli fears and Palestinian obstructionism. As for ending the Sudan embargo, the jury is out. (…) Thank you. Thank you for not embarrassing us, your family or yourself. Though your opponents and their friends at “Fox and Friends” tried to pin scandals to you, none could stick. In my lifetime, there has never been an administration so free from personal and professional moral stain. Thank you for the seriousness, dignity, grace, humor and cool you brought to the Oval Office. Thank you for being my president. Rob Eshman
I think it’s important not to dismiss the president’s reply simply as dumb. We ought to assume that it’s darkly brilliant — if not in intention than certainly in effect. The president is responding to a claim of fact not by denying the fact, but by denying the claim that facts are supposed to have on an argument. He isn’t telling O’Reilly that he’s got his facts wrong. He’s saying that, as far as he is concerned, facts, as most people understand the term, don’t matter: That they are indistinguishable from, and interchangeable with, opinion; and that statements of fact needn’t have any purchase against a man who is either sufficiently powerful to ignore them or sufficiently shameless to deny them — or, in his case, both. (…) But the most interesting conversation is not about why Donald Trump lies. Many public figures lie, and he’s only a severe example of a common type. The interesting conversation concerns how we come to accept those lies. Nearly 25 years ago, Daniel Patrick Moynihan, the great scholar and Democratic Senator from New York, coined the phrase, “defining deviancy down.” His topic at the time was crime, and how American society had come to accept ever-increasing rates of violent crime as normal. “We have been re-defining deviancy so as to exempt much conduct previously stigmatized, and also quietly raising the ‘normal’ level in categories where behavior is now abnormal by any earlier standard,” Moynihan wrote. You can point to all sorts of ways in which this redefinition of deviancy has also been the story of our politics over the past 30 years, a story with a fully bipartisan set of villains. I personally think we crossed a rubicon in the Clinton years, when three things happened: we decided that some types of presidential lies didn’t matter; we concluded that “character” was an over-rated consideration when it came to judging a president; and we allowed the lines between political culture and celebrity culture to become hopelessly blurred. But whatever else one might say about President Clinton, what we have now is the crack-cocaine version of that. If a public figure tells a whopping lie once in his life, it’ll haunt him into his grave. If he lies morning, noon and night, it will become almost impossible to remember any one particular lie. Outrage will fall victim to its own ubiquity. It’s the same truth contained in Stalin’s famous remark that the death of one man is a tragedy but the death of a million is a statistic. One of the most interesting phenomena during the presidential campaign was waiting for Trump to say that one thing that would surely break the back of his candidacy. Would it be his slander against Mexican immigrants? Or his slur about John McCain’s record as a POW? Or his lie about New Jersey Muslims celebrating 9/11? Or his attacks on Megyn Kelly, on a disabled New York Times reporter, on a Mexican-American judge? Would it be him tweeting quotations from Benito Mussolini, or his sly overtures to David Duke and the alt-right? Would it be his unwavering praise of Vladimir Putin? Would it be his refusal to release his tax returns, or the sham that seems to been perpetrated on the saps who signed up for his Trump U courses? Would it be the tape of him with Billy Bush? None of this made the slightest difference. On the contrary, it helped him. Some people became desensitized by the never-ending assaults on what was once quaintly known as “human decency.” Others seemed to positively admire the comments as refreshing examples of personal authenticity and political incorrectness. (…) Donald Trump’s was the greatest political strip-tease act in U.S. political history: the dirtier he got, the more skin he showed, the more his core supporters liked it. Abraham Lincoln, in his first inaugural address, called on Americans to summon “the better angels of our nature.” Donald Trump’s candidacy, and so far his presidency, has been Lincoln’s exhortation in reverse. Bret Stephens
Barack Obama is the Dr. Frankenstein of the supposed Trump monster. If a charismatic, Ivy League-educated, landmark president who entered office with unprecedented goodwill and both houses of Congress on his side could manage to wreck the Democratic Party while turning off 52 percent of the country, then many voters feel that a billionaire New York dealmaker could hardly do worse. If Obama had ruled from the center, dealt with the debt, addressed radical Islamic terrorism, dropped the politically correct euphemisms and pushed tax and entitlement reform rather than Obamacare, Trump might have little traction. A boring Hillary Clinton and a staid Jeb Bush would most likely be replaying the 1992 election between Bill Clinton and George H.W. Bush — with Trump as a watered-down version of third-party outsider Ross Perot. But America is in much worse shape than in 1992. And Obama has proved a far more divisive and incompetent president than George H.W. Bush. Little is more loathed by a majority of Americans than sanctimonious PC gobbledygook and its disciples in the media. And Trump claims to be PC’s symbolic antithesis. Making Machiavellian Mexico pay for a border fence or ejecting rude and interrupting Univision anchor Jorge Ramos from a press conference is no more absurd than allowing more than 300 sanctuary cities to ignore federal law by sheltering undocumented immigrants. Putting a hold on the immigration of Middle Eastern refugees is no more illiberal than welcoming into American communities tens of thousands of unvetted foreign nationals from terrorist-ridden Syria. In terms of messaging, is Trump’s crude bombast any more radical than Obama’s teleprompted scripts? Trump’s ridiculous view of Russian President Vladimir Putin as a sort of « Art of the Deal » geostrategic partner is no more silly than Obama insulting Putin as Russia gobbles up former Soviet republics with impunity. Obama callously dubbed his own grandmother a « typical white person, » introduced the nation to the racist and anti-Semitic rantings of the Rev. Jeremiah Wright, and petulantly wrote off small-town Pennsylvanians as near-Neanderthal « clingers. » Did Obama lower the bar for Trump’s disparagements? Certainly, Obama peddled a slogan, « hope and change, » that was as empty as Trump’s « make America great again. » (…) How does the establishment derail an out-of-control train for whom there are no gaffes, who has no fear of The New York Times, who offers no apologies for speaking what much of the country thinks — and who apparently needs neither money from Republicans nor politically correct approval from Democrats? Victor Davis Hanson
To me, the “Legacy of Obama” can be explained in one word: Trump. Hallie Lerman
Once hailed as a political genius, Obama’s radicalism led his party into disarray, and repeated electoral disaster, with some 1000 national and state legislative seats and many Governorships lost during his tenure. Ungenerous to his political opponents, he ultimately was quite uncaring about his own political party too. The black community faired quite economically poorly during his two terms. And, abandoning his roots, Barack Obama has sadly accepted no accountability for the years-long murder wave gripping Chi-town. Barack Hussein Obama chose purposefully to assail American allies abroad, befriend tyrannies, abandon dissidents and victims abroad, and attack traditional Americans and economic growth at home. He was also never a truth teller about Islamic Jihad and the challenge of radical Islam’s assaults on Americans within our own borders. His legacy is to have made America less safe and sovereign, less prosperous and entrepreneurial, and less united than the promised hope and change campaign of 2008. Larry Greenfield
Tiré à quatre épingles, col blanc éclatant et cravate rouge vif, l’homme grand, noir, élégant, fait son apparition sur scène devant des milliers de drapeaux américains portés par une marée humaine en délire. Des applaudissements se mélangent aux cris hystériques, pleurs et voix hurlant en chœur « Yes we can ». Les larmes coulent sur les joues du révérend Jesse Jackson qui vient d’apprendre que le rêve de Martin Luther King s’est réalisé en ce 4 novembre 2008. Et le monde entier assiste, le souffle coupé, à cette scène inédite de l’histoire. « Hello Chicago », lance le quadragénaire avec un sourire tiré des publicités de dentifrice. « S’il y a encore quelqu’un qui doute que l’Amérique est un endroit où tout est possible, ce soir, vous avez votre réponse. » Et la foule s’enflamme. Ce soir-là, Barack Obama a réussi son pari en devenant le premier président noir des Etats-Unis. Aux yeux de ses électeurs, il n’était pas seulement l’incarnation de l’ » American dream ». Il était aussi celui qui allait tendre l’oreille aux difficultés des minorités, sortir une nation de la pire crise économique depuis la Grande Dépression, ramasser les pots cassés de George W. Bush, soigner les plaies d’un pays hanté par la guerre et l’insécurité, rendre aux familles leurs soldats partis en Irak et en Afghanistan, offrir des soins de santé aux plus démunis… La liste est sans fin. (…) Les attentes étaient particulièrement grandes au sein de la communauté afro-américaine (…) « Tout le monde a cru qu’avec Obama nous allions rentrer dans une ère post-raciale. C’est donc assez ironique que la race soit devenue un problème majeur sous sa présidence », affirme Robert Shapiro, politologue à l’université new-yorkaise de Columbia. (…) Outre quelques discours, le Président se distingue par le peu d’initiatives prises en faveur de sa communauté. Certes, il a nommé un nombre sans précédent de juges noirs. Et, paradoxalement, cette reprise de la lutte pour l’égalité est parfois notée comme une victoire du Président, malgré lui. (…) Dans un premier temps, l’ancien sénateur a aussi suscité la colère des immigrés en situation irrégulière en autorisant un nombre record d’expulsions. Barack Obama finira par faire volte-face et s’engagera dans une lutte féroce pour faire passer au Congrès le « Dream Act », projet de loi légalisant 2 millions de jeunes sans-papiers. En vain. Furieux, le chef d’Etat signera alors un décret permettant à ceux-ci d’obtenir un permis de travail et donc de les protéger. Aussi, peu de présidents américains peuvent se targuer d’avoir fait autant progresser la protection des droits des homosexuels. En mai 2012, « Newsweek » surnommait Barack Obama « the first gay president », pour saluer sa décision de soutenir le mariage homosexuel. Quelques mois plus tard, la loi « Don’t ask, don’t tell », interdisant aux militaires d’afficher leur homosexualité, était abrogée. Et, en 2015, Barack Obama criait « victoire », alors que la Cour suprême venait de légaliser le mariage gay. Reste que le natif de Hawaii n’est pas parvenu à réduire les inégalités sociales et raciales qui sévissent toujours aux Etats-Unis. En 2012, 27,2 % des Afro-Américains et 25,6 % des Latinos vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 9,7 % des Blancs. Autre épine dans le pied du Démocrate : la débâcle de la ville de Detroit, majoritairement peuplée par des Noirs et déclarée en banqueroute de 2013 à 2014. (…) Peut-être était-il trop dépensier. Surnommé « Monsieur 20 trillions », Barack Obama est accusé d’avoir doublé la dette publique. (…) L’histoire se souviendra d’Obama comme de celui qui aura doté les Etats-Unis d’un système d’assurance santé universelle. L’ »Affordable Care Act », lancé en 2010 après quinze mois de tractations, est « la » grande victoire du Démocrate. (…) Mais (…) le système montre-t-il ses limites puisque (…) il comprend (…) trop de personnes malades, nécessitant des soins, et pas assez de personnes en bonne santé. Ce problème est devenu récurrent et des compagnies d’assurances quittent le programme », explique Victor Fuchs, spécialiste américain de l’économie de la santé. (…) En 2009, le Président envoie 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan, pour ensuite déclarer la fin des opérations militaires en Irak, avant de bombarder la Libye. (…) Sa crédibilité en prend un coup lorsqu’il refuse de frapper la Syrie, même après que Bachar Al-Assad eut franchi la fameuse ligne rouge, tracée par Obama lui-même, en utilisant des armes chimiques contre les rebelles. En huit ans, le prix Nobel de la paix, arrivé au pouvoir comme un Président antiguerre, aura entériné le recours à la force militaire dans neuf pays (Afghanistan, Irak, Syrie, Pakistan, Libye, Yémen, Somalie, Ouganda et Cameroun). Le « New York Times » indique d’ailleurs que « si les Etats-Unis restent au combat en Afghanistan, Irak et Syrie jusqu’à la fin de son mandat […] il deviendra de façon assez improbable le seul président dans l’histoire du pays à accomplir deux mandats entiers à la tête d’un pays en guerre ». Le Congrès aura été le talon d’Achille de Barack Obama. (…) Résultat : l’adepte du « centrisme » laissera derrière lui un paysage politique plus polarisé que jamais. « Il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, il y a les Etats-Unis d’Amérique. Les érudits aiment à découper notre pays entre Etats rouges et Etats bleus […] mais j’ai une nouvelle pour eux. Nous formons un seul peuple », avait-il pourtant déclaré lors de la Convention démocrate de Boston le 27 juillet 2004. Ce jour-là, une star politique était née. Barack Obama avait tout : la rhétorique enflammée, le charisme hors norme, l’intelligence, le parcours au parfum de rêve américain et la famille idéale. Avec son style châtié, son allure juvénile, sa capacité à susciter l’enthousiasme des jeunes électeurs, il était le candidat parfait du XXIe siècle. Trop parfait, peut être. A tel point qu’il aura suscité plus d’espoirs qu’il ne pouvait en porter. « Il a été meilleur candidat en campagne qu’il n’a été président », regrette M. McKee. La Libre Belgique

Attention: un monstre peut en cacher un autre !

En ce Washington’s Day devenu Presidents’ Day

Et, si l’on en croit nos valeureux journalistes,  Not my Presidents’ Day

Pendant qu’en Floride la part maudite de l’Amérique encensait son élu …

Dont on se souvient la part qu’avait pu avoir dans sa décision de briguer la Maison Blanche …

L’humiliation qu’il avait reçue de son prédecesseur il y a six ans lors d’un tristement fameux dîner annuel des correspondants …

Et qu’en France nos propres juges comme nos médias montrent le vrai prix, selon la tête du client, qu’ils attachent à la vérité

Comment ne pas voir …

Par l’un de ces effets de balancier dont l’histoire est friande …

La radicalité encouragée par la trop grande adulation et indulgence de toute une presse et finalement tant d’entre nous

D’un certain Dr. Frankenstein dont l’actuel président américain ne serait au bout du compte que la créature ?

Voir aussi:

Le bilan Obama
Barack Obama, le président dont on attendait trop
Maria Udrescu
La Libre Belgique
2016

Le Président n’a pas pu sortir de baguette magique pour laisser derrière lui une Amérique idéale.

Tiré à quatre épingles, col blanc éclatant et cravate rouge vif, l’homme grand, noir, élégant, fait son apparition sur scène devant des milliers de drapeaux américains portés par une marée humaine en délire. Des applaudissements se mélangent aux cris hystériques, pleurs et voix hurlant en chœur « Yes we can ». Les larmes coulent sur les joues du révérend Jesse Jackson qui vient d’apprendre que le rêve de Martin Luther King s’est réalisé en ce 4 novembre 2008. Et le monde entier assiste, le souffle coupé, à cette scène inédite de l’histoire. « Hello Chicago », lance le quadragénaire avec un sourire tiré des publicités de dentifrice. « S’il y a encore quelqu’un qui doute que l’Amérique est un endroit où tout est possible, ce soir, vous avez votre réponse. » Et la foule s’enflamme.

Ce soir-là, Barack Obama a réussi son pari en devenant le premier président noir des Etats-Unis. Aux yeux de ses électeurs, il n’était pas seulement l’incarnation de l’ » American dream ». Il était aussi celui qui allait tendre l’oreille aux difficultés des minorités, sortir une nation de la pire crise économique depuis la Grande Dépression, ramasser les pots cassés de George W. Bush, soigner les plaies d’un pays hanté par la guerre et l’insécurité, rendre aux familles leurs soldats partis en Irak et en Afghanistan, offrir des soins de santé aux plus démunis…

La liste est sans fin. Et huit ans plus tard, d’aucuns applaudissent les réussites du Démocrate malgré un contexte hostile – un Congrès aux mains des Républicains – et une situation dramatique héritée de son prédécesseur. D’autres s’étonnent de voir que ce Président, qui aura suscité un enthousiasme quasi messianique, n’ait pas sorti sa baguette magique pour laisser derrière lui une Amérique idéale, ou même pour tenir toutes ses promesses de campagne.

La désillusion des minorités

Les attentes étaient particulièrement grandes au sein de la communauté afro-américaine, même si Barack Obama, né d’un père kenyan, ne s’est jamais présenté comme un « président des Noirs ». « Tout le monde a cru qu’avec Obama nous allions rentrer dans une ère post-raciale. C’est donc assez ironique que la race soit devenue un problème majeur sous sa présidence », affirme Robert Shapiro, politologue à l’université new-yorkaise de Columbia.

En 2014, des vagues de protestation ont secoué la ville de Ferguson après la mort de Michael Brown, un Afro-Américain tué par un policier blanc. Un an plus tôt, le « Black Lives Matter » naissait dans la foulée de l’acquittement de George Zimmerman, policier ayant abattu Trayvon Martin, un jeune Noir. Barack Obama avait alors célèbrement déclaré : « Trayvon Martin, ça aurait pu être moi il y a trente-cinq ans »

Outre quelques discours, le Président se distingue par le peu d’initiatives prises en faveur de sa communauté. Certes, il a nommé un nombre sans précédent de juges noirs. Et, paradoxalement, cette reprise de la lutte pour l’égalité est parfois notée comme une victoire du Président, malgré lui. « Le ‘Black Lives Matter’ rappelle enfin que des problèmes liés à l’héritage de discrimination raciale existent encore aux Etats-Unis, comme dans la justice ou la distribution des richesses », explique William Howell, professeur de sciences politiques à l’université de Chicago. Mais, « Barack Obama a été réticent à prendre des mesures qui affectent uniquement les Afro-Américains, au risque de voir les électeurs blancs l’accuser de se charger uniquement de ‘ses gens’ », observe Seth McKee, de la Texas Tech University. Dans un premier temps, l’ancien sénateur a aussi suscité la colère des immigrés en situation irrégulière en autorisant un nombre record d’expulsions. Barack Obama finira par faire volte-face et s’engagera dans une lutte féroce pour faire passer au Congrès le « Dream Act », projet de loi légalisant 2 millions de jeunes sans-papiers. En vain. Furieux, le chef d’Etat signera alors un décret permettant à ceux-ci d’obtenir un permis de travail et donc de les protéger.

Aussi, peu de présidents américains peuvent se targuer d’avoir fait autant progresser la protection des droits des homosexuels. En mai 2012, « Newsweek » surnommait Barack Obama « the first gay president », pour saluer sa décision de soutenir le mariage homosexuel. Quelques mois plus tard, la loi « Don’t ask, don’t tell », interdisant aux militaires d’afficher leur homosexualité, était abrogée. Et, en 2015, Barack Obama criait « victoire », alors que la Cour suprême venait de légaliser le mariage gay.

Une croissance florissante, mais inégale

Reste que le natif de Hawaii n’est pas parvenu à réduire les inégalités sociales et raciales qui sévissent toujours aux Etats-Unis. En 2012, 27,2 % des Afro-Américains et 25,6 % des Latinos vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 9,7 % des Blancs. Autre épine dans le pied du Démocrate : la débâcle de la ville de Detroit, majoritairement peuplée par des Noirs et déclarée en banqueroute de 2013 à 2014.

Barack Obama peut néanmoins rétorquer que c’est le bien-être économique de tout un pays qu’il a dû relever, à la sueur de son front. En effet, »personne ne peut dire, objectivement, que l’économie est dans un pire état aujourd’hui que lorsqu’Obama est devenu président. En 2008, le taux de chômage présentait deux chiffres, la Bourse était en chute libre, les banques fermaient, c’était un chaos total », rappelle M. Howell. Aujourd’hui, l’Amérique s’est remise de la grande récession de 2008, présentant un taux de chômage de 5 %, une croissance de 2,4 % et une Bourse au plus haut. Pendant ses mandats, l’Amérique a créé près de 16 millions d’emplois et le rachat de General Motors et Chrysler en a sauvé 3 millions.

Peut-être aurait-il pu faire plus. « Mais gardez à l’esprit qu’il a dû faire avec un Congrès qui ne voulait lui accorder aucune victoire », rappelle M. Howell. A défaut de convaincre les Républicains de relever le salaire minimum bloqué à 7,25 dollars de l’heure, le Président a dû se résoudre à le faire par décret pour les employés des sociétés privées au service de l’Etat.

Peut-être était-il trop dépensier. Surnommé « Monsieur 20 trillions », Barack Obama est accusé d’avoir doublé la dette publique. Mais ce phénomène est en grande partie dû aux dépenses liées au paiement des retraites et, surtout, à la santé.

L’Obamacare, légendaire, mais sur la sellette

L’histoire se souviendra d’Obama comme de celui qui aura doté les Etats-Unis d’un système d’assurance santé universelle. L’ »Affordable Care Act », lancé en 2010 après quinze mois de tractations, est « la » grande victoire du Démocrate. Honni des Républicains et traîné par trois fois devant la Cour suprême, l’Obamacare a malgré tout accordé une couverture médicale à près de 20 millions de personnes. « La réforme a aussi interdit aux compagnies d’assurances de refuser de couvrir une personne en raison de son état de santé et relevé l’âge en dessous duquel les enfants peuvent être couverts par l’assurance de leurs parents. Mais est-ce tout ce dont Obama a rêvé ? Sûrement pas. Est-ce que ça a résolu la crise des soins de santé aux Etats-Unis ? Sûrement pas », analyse M. Howell.

Tout d’abord parce que la Cour suprême a donné, en 2012, le choix aux Etats d’adopter ou non Medicaid, assurance santé destinée aux Américains les plus pauvres. Aussi, le système montre-t-il ses limites puisque « l’amende infligée à ceux qui n’y participent pas n’est pas suffisamment élevée (1 % du salaire brut la première année et en augmentation les années suivantes, NdlR). Il comprend donc trop de personnes malades, nécessitant des soins, et pas assez de personnes en bonne santé. Ce problème est devenu récurrent et des compagnies d’assurances quittent le programme », explique Victor Fuchs, spécialiste américain de l’économie de la santé.

De façon générale, selon Seth McKee, « l’‘Affordable Care Act’ est une législation polarisante. Mais c’est une réforme massive telle qu’on n’en a plus vu depuis le président Johnson, dans les années 60 ».

Un Président engagé contre le réchauffement climatique

Le locataire de la Maison-Blanche s’était aussi lancé le défi de convaincre les Etats-Unis de mieux préserver la planète. En juin 2008, Obama s’exclamait : « Nous pourrons nous souvenir de ce jour et dire à nos enfants qu’alors la montée des océans a commencé à ralentir et la planète à guérir ».

Huit ans plus tard, les Américains sont loin d’avoir adopté un esprit vert, malgré des signes alarmants tels que la sécheresse en Californie ou les inondations en Louisiane. La majorité des tentatives du chef d’Etat pour limiter la pollution – comme son projet de loi plafonnant les émissions de carbone – ont été torpillées par les Républicains.

Mais Barack Obama n’en est pas au point de décoller son étiquette de « green president ». Ainsi, le « New York Times » l’a-t-il surnommé le « monument maker », soulignant que le Démocrate a créé 23 espaces protégés et la plus grande réserve naturelle marine au monde. Il a été le premier chef d’Etat américain à se rendre en Alaska pour y mettre en relief les effets du changement climatique, même si, peu après sa visite, il décida maladroitement d’autoriser Shell à forer dans la mer des Tchouktches. En novembre 2015, il a mis son veto à l’oléoduc Keystone, qui devait relier le Canada au golfe du Mexique. « Last but not least », le président américain a convaincu Pékin de s’engager à ses côtés pour permettre aux négociations climatiques d’aboutir à Paris.

Une diplomatie tantôt gauche, tantôt fructueuse

La politique internationale est d’ailleurs le domaine où Barack Obama a accumulé le plus de victoires… et d’échecs. Ni messianique ni indifférent, le Démocrate dit être un « réaliste », prêt à faire la balance entre les intérêts des Etats-Unis et ceux de ses alliés. Lorsqu’il prend place derrière le Bureau ovale, l’Amérique a mauvaise presse. Le pays avait sorti le plus grand mensonge de l’histoire de l’espionnage pour envahir l’Irak et était en passe de perdre une guerre en Afghanistan.

Les premiers pas du leader américain sur la scène internationale sont prometteurs. Quelques mois après son investiture, il prononce le discours du Caire visant à améliorer les relations entre Washington et le monde musulman. Mais entre une Amérique plus modeste, recentrée sur ses défis nationaux, et un interventionnisme militaire digne de la plus grande puissance mondiale, son cœur balance.

En 2009, le Président envoie 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan, pour ensuite déclarer la fin des opérations militaires en Irak, avant de bombarder la Libye. Barack Obama avait pourtant promis de tourner la page des années George W. Bush. Et l’exécution d’Oussama Ben Laden, le chef d’Al Qaïda, devait y mettre le point final. Mais le printemps arabe lui force la main et rappelle les Etats-Unis au Proche-Orient. Sa crédibilité en prend un coup lorsqu’il refuse de frapper la Syrie, même après que Bachar Al-Assad eut franchi la fameuse ligne rouge, tracée par Obama lui-même, en utilisant des armes chimiques contre les rebelles.

En huit ans, le prix Nobel de la paix, arrivé au pouvoir comme un Président antiguerre, aura entériné le recours à la force militaire dans neuf pays (Afghanistan, Irak, Syrie, Pakistan, Libye, Yémen, Somalie, Ouganda et Cameroun). Le « New York Times » indique d’ailleurs que « si les Etats-Unis restent au combat en Afghanistan, Irak et Syrie jusqu’à la fin de son mandat […] il deviendra de façon assez improbable le seul président dans l’histoire du pays à accomplir deux mandats entiers à la tête d’un pays en guerre ».

Le dirigeant américain ne manque pas pour autant de faire honneur à son prix Nobel. Le 10 décembre 2013, il échange une poignée de main historique avec le dirigeant cubain Raúl Castro. C’est le début du dégel des relations entre les deux pays, après plus d’un demi-siècle d’animosités et de sanctions économiques. Autre grand succès diplomatique de l’ancien sénateur : l’accord sur le nucléaire iranien, que les Républicains n’ont pas réussi à bloquer.

Ces derniers parviendront par contre à tuer dans l’œuf un autre de ses projets : la fermeture de Guantanamo. S’il ne reste plus que 61 prisonniers dans le centre ouvert à Cuba en 2002, Barack Obama aura échoué à verrouiller définitivement les portes de ce site.

Une Amérique divisée

Le Congrès aura été le talon d’Achille de Barack Obama. La droite ne pouvait avaler sa double défaite face à un Démocrate, noir et fils d’un immigré musulman, qui plus est. Le cœur du Parti républicain a presque fait de la dénonciation du Président son seul programme politique. « De façon générale, pour toute une partie de l’Amérique, avoir un Président afro-américain, issu des grandes universités de la côte Est, qui est ouvert sur le monde et prône le multiculturalisme et la tolérance vis-à-vis de l’islam, c’est insupportable », observe Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

De son côté, Barack Obama a voulu effacer ce qui avait fait de lui l’homme providentiel, symbole d’une nouvelle ère, pour apparaître comme un « président normal ». Aussi, « il n’a pas eu la motivation suffisante de travailler avec le Congrès, raison pour laquelle il ne s’est pas donné les moyens de le faire. Il a presque abandonné avant même d’essayer », estime Seth McKee. Résultat : l’adepte du « centrisme » laissera derrière lui un paysage politique plus polarisé que jamais.

« Il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, il y a les Etats-Unis d’Amérique. Les érudits aiment à découper notre pays entre Etats rouges et Etats bleus […] mais j’ai une nouvelle pour eux. Nous formons un seul peuple », avait-il pourtant déclaré lors de la Convention démocrate de Boston le 27 juillet 2004. Ce jour-là, une star politique était née. Barack Obama avait tout : la rhétorique enflammée, le charisme hors norme, l’intelligence, le parcours au parfum de rêve américain et la famille idéale. Avec son style châtié, son allure juvénile, sa capacité à susciter l’enthousiasme des jeunes électeurs, il était le candidat parfait du XXIe siècle. Trop parfait, peut être. A tel point qu’il aura suscité plus d’espoirs qu’il ne pouvait en porter. « Il a été meilleur candidat en campagne qu’il n’a été président », regrette M. McKee.

« Barack Obama ne figurera pas sur la liste des grands présidents américains, réservée à ceux qui étaient en fonction pendant les grandes guerres », estime M. Shapiro. « Mais plutôt sur celle des bons présidents, aux côtés de Truman, Reagan ou encore Jefferson. Parce qu’il a engrangé beaucoup de réussites, parce qu’il a fait face à de grands défis économiques et militaires, et parce qu’il est le premier Président noir des Etats-Unis. »

Voir aussi:

A legacy of O
Larry Greenfield
JTA
Jan 17, 2017

When he ran for President, Barack Obama promoted “we are not red states or blue states, but the United States.” He didn’t mean it.

Radicalized by his prolific communist mentor Frank Marshall Davis, Barry (Soetero) enjoyed his pot-smoking “choom gang” in high school, and then regularly attended socialist conferences while in college.

He became a community organizer in Chicago and close friend of the radical Rev. Jeremiah Wright, and the domestic terrorist Bill Ayers, his philosophical and political influencers. Obama’s “Dreams from My Father” were calculations against the American Dream.

As Presidential candidate in 2008, Senator Obama declared the cumulative national debt, at 8 Trillion dollars, “unpatriotic.” But his unprecedented generational assault on America’s children has now resulted in a staggering debt of 20 Trillion dollars, and all-time high levels of government dependency in “food stamp nation”.

For that bill, taxpayers could have easily covered all the medical care of the uninsured without imposing the Obamacare disaster. But the Affordable Care Act was never about affordability, access, reducing health care costs, or keeping your insurance or your doctor.  It was always about federal control and a path to socialized health care through an eventual single-payer system.

Obama’s legacy therefore is a decline of consumer choice and health care competition, with providers and doctors walking away, and middle class Americans shocked at their skyrocketing insurance premiums and extremely high insurance deductibles.

Since 1790, the annual average domestic economic growth rate in our nation is just under 4%. Having never worked in the private sector, Barack Obama has presided over the poorest-ever 8 year national economic performance, a mere 1.5% annual growth.

Declaring “I won”, President Obama promoted an extreme and often petty partisanship, incessantly castigating, and never compromising with Congress.

He demoralized entrepreneurs (“you didn’t build that”), demonized the “bitter clingers” to their guns and religion, opposed domestic energy production (Keystone pipeline) and ridiculed doctors “seeking profit”.

A former adjunct law professor, Obama’s executive over-reach was repeatedly repudiated by the Courts.

Mr. Obama promised transparency, but his administration produced a stunning collection of scandals:

Fast & Furious gun running to Mexican drug lords, the IRS assault on Conservatives, the targeting of James Rosen and AP reporters, released GITMO terrorists returning to battle, the Benghazi failure to anticipate, protect, defend, or admit the truth about the planned 9/11 anniversary assault on U.S. assets, Healthcare Insurance Fraud, the woeful Bo Berghdahl trade, Auto Dealergate, the DOJ Black Panther whitewash, the NEA Art scandal, the Sestak affair, Inspector General Gerald Walpin’s firing, the mis-spending of Stimulus Funds , the DOJ propaganda unit, Solyndra, the Attorney General held in contempt of Congress, and massive failures at the Veterans Administration, the CDC, and the Secret Service.  The list goes on and on.

As Commander in Chief, Mr. Obama, absent any national security experience or credentials, called our troops “corpsemen” and oversaw significant declines in military preparedness and troops, tanks, planes, and warship levels.

His human rights record is a disaster — diffidence about assaults on Christians, and Yazidi and Nigerian girls sold into slavery without rescue, and unforgivable decisions to side against dissidents from Tehran to Eastern Europe.  Mr. Obama took the wrong side in Honduras and Egypt (Moslem Brotherhood), and sought to appease and empower the Castro regime in Cuba and the Mullah tyranny in Iran.  He didn’t extract concessions; he conceded, over and over, to our enemies.

The Russian re-set was an historic blunder (“Tell Vladimir I’ll have more flexibility after I’m re-elected”) and Obama failed to retaliate against Chinese cyber hacking, a lesson Russians must have learned.

The Nobel Peace Prize winner managed a tripling of US combat deaths in Afghanistan over his predecessor, and his most unfortunate withdrawal of all U.S. troops from Iraq, which VP Biden had declared stable, helped to unleash the barbarism of ISIS (“a JV Team”, “contained”).

Secretaries of State Clinton and Kerry exhibited remarkable ineffectiveness in promoting stability in the Middle East, encouraging Palestinian irredentism and resulting in failed states in Libya and Yemen.

UN Ambassador Samantha Power who literally wrote the book on R2P, the “responsibility to protect” against genocide, failed her mission. Responsibility was abandoned to beg favor with the Iranians, who received not further sanction but billions of American dollars and a green light to continue regional domination and terror, support of Assad in Syria, and threats against Israel.

Most egregiously, President Obama failed to enforce his own red line in Syria or even create no fly zones, after the Assad regime used chemical weapons. There is no more Syrian state, 500,000 are dead, and millions of refugees are flooding into Europe, destabilizing the West.  History will judge this administration harshly.

The Obama Doctrine (“offend friends and hug thugs”) was perhaps most calculated to undermine Bibi Netanyahu, (including Obama sending his political team and U.S. taxpayer funds to influence the Israeli elections).  Seeking “daylight” between special allies, Mr. Obama used every opportunity to destroy the bi-partisan tradition of U.S. diplomatic and political support for the Jewish state.  During the Iran Deal debate, Mr. Obama sank to new lows, castigating opponents (the majority in Congress and in public opinion) as dual loyalists.

Once hailed as a political genius, Obama’s radicalism led his party into disarray, and repeated electoral disaster, with some 1000 national and state legislative seats and many Governorships lost during his tenure. Ungenerous to his political opponents, he ultimately was quite uncaring about his own political party too.

The black community faired quite economically poorly during his two terms.  And, abandoning his roots, Barack Obama has sadly accepted no accountability for the years-long murder wave gripping Chi-town.

Barack Hussein Obama chose purposefully to assail American allies abroad, befriend tyrannies, abandon dissidents and victims abroad, and attack traditional Americans and economic growth at home.

He was also never a truth teller about Islamic Jihad and the challenge of radical Islam’s assaults on Americans within our own borders.

His legacy is to have made America less safe and sovereign, less prosperous and entrepreneurial, and less united than the promised hope and change campaign of 2008.


Larry Greenfield has served as executive director of the Reagan Legacy Foundation, the Jewish Institute for National Security Affairs, and the Republican Jewish Coalition of California. He is long associated with the Claremont Institute for the Study of Statesmanship & Political Philosophy.

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Thank you, Obama

Thank you, President Barack Obama, for serving the country for the past eight years.

Thank you, Obama, for not moving the American embassy in Tel Aviv to Jerusalem. You were wise enough to follow the lead of your Democratic and Republican predecessors and realize the chaos such a move could cause would not be worth the cost. There is no doubt the embassy should be in Jerusalem. There is no question that Jerusalem is the eternal and contemporary capital of Israel. But thank you for knowing that not every right must be claimed at any cost.

Thank you for protecting Israel when and where it mattered most: with off-budget millions for Iron Dome, for standing up for Israel’s right to defend itself in the Gaza war, for a record-setting $38 billion in aid.

Thank you for declaring as eloquently as any president ever has, and in as many international forums as possible, the value and justice of a Jewish state. Thank you for trying to protect that state from pursuing policies that will endanger its own existence.

Thank you for the Iran deal. Before the deal, Iran was weeks from attaining nuclear bomb capability. Now the world has a decade before the mullahs have the capability of developing a bomb. You tackled a problem that only had gotten worse under previous American and Israeli leaders. Despite fierce opposition, you found a solution that even those Israelis who hated it have grown to see as beneficial.

Thank you for killing Osama bin Laden. And for taking out al-Qaida’s senior leadership. And for stopping and reversing gains by ISIS. You know who’s really happy to see you go? Abu Bakr al-Baghdadi.

Thank you for standing up to Vladimir Putin. You saw the expansionist, anti-democratic nature of Putin’s actions in Ukraine and quickly confronted him. Perhaps that opposition slowed what may have been an inevitable march through the Baltics. There is nothing wrong with having positive relations with Russia, but “positive” cannot mean giving the Putin regime a pass.

Thank you for recognizing our Cuba embargo was a failed policy and that the time for change had come.

Thank you for steering the country through the recession. Thank you for cutting unemployment in half. And for doing so in the face of Republican obstructionism on the kind of infrastructure bill that your successor now likely will get through.

Thank you for doubling clean energy production. For recognizing that our dependence on fossil fuels can’t help but degrade our environment and hold us back from being competitive in the green energy future, and embolden corrupt and backward regimes from Venezuela to the Middle East to Russia.

Thank you for saving the American auto industry. You revived General Motors with $50 billion in loans, saving 1.2 million jobs and creating $35 billion in tax revenue so far. Have you checked out GM’s Chevy Bolt? All electric, 240 miles per charge, drives like a rocket and made in Detroit. They should call it the “Obamacar.”

Thank you for the Paris Agreement to address climate change. Thank you for throwing America’s lot in with the rest of the planet.

Thank you for the Affordable Care Act. It has brought the security of health care to millions. It has saved lives. It has kept the rate of cost increases in premiums lower in the past eight years than they were in the previous eight years. It needs to be fixed — what doesn’t? — but only with better ideas, not worse ones.

Thank you for Merrick Garland. It was a great idea while it lasted.

Thank you for trying to get immigration reform through Congress, and for pursuing the policy known as Deferred Action for Childhood Arrivals, which let 5 million people already living and working here come out of the shadows.

Thanks for Michelle. Not just her brains and biceps, but her choice of causes. Your wife saw all the good the food movement had accomplished from the grass roots up and planted it squarely in the front yard of the White House, where it would grow even more from the top down.

Thank you for trying. You grappled with one great chaos after another, and sometimes you fell short. In Syria, you needed a smarter course of action. In Israeli-Palestinian peacemaking, you underestimated the need, early on, to deal with Israeli fears and Palestinian obstructionism. As for ending the Sudan embargo, the jury is out. Stateside, your administration should have put some of the bad guys of the recession behind bars and found fixes that better addressed the wealth gap.

Time will reveal more blemishes — and heal some of the scars. But in the meantime:

Thank you. Thank you for not embarrassing us, your family or yourself. Though your opponents and their friends at “Fox and Friends” tried to pin scandals to you, none could stick. In my lifetime, there has never been an administration so free from personal and professional moral stain.

Thank you for the seriousness, dignity, grace, humor and cool you brought to the Oval Office. Thank you for being my president.


ROB ESHMAN is publisher and editor-in-chief of TRIBE Media Corp./Jewish Journal. Email him at robe@jewishjournal.com. You can follow him on Instagram and Twitter @foodaism and @RobEshman.

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Media
Bret Stephens
Time
Feb 18, 2017

Bret Stephens writes the foreign-affairs column of the Wall Street Journal, for which he won the 2013 Pulitzer Prize for commentary.

Bret Stephens delivered the Daniel Pearl Memorial Lecture this week at the University of California, Los Angeles. Read the full text of his remarks below:

I’m profoundly honored to have this opportunity to celebrate the legacy of Danny Pearl, my colleague at The Wall Street Journal.

My topic this evening is intellectual integrity in the age of Donald Trump. I suspect this is a theme that would have resonated with Danny.

When you work at The Wall Street Journal, the coins of the realm are truth and trust — the latter flowing exclusively from the former. When you read a story in the Journal, you do so with the assurance that immense reportorial and editorial effort has been expended to ensure that what you read is factual.

Not probably factual. Not partially factual. Not alternatively factual. I mean fundamentally, comprehensively and exclusively factual. And therefore trustworthy.

This is how we operate. This is how Danny operated. This is how he died, losing his life in an effort to nail down a story.

In the 15 years since Danny’s death, the list of murdered journalists has grown long.

Paul Klebnikov and Anna Politkovskaya in Russia.

Zahra Kazemi and Sattar Behesti in Iran.

Jim Foley and Steve Sotloff in Syria.

Five journalists in Turkey. Twenty-six in Mexico. More than 100 in Iraq.

When we honor Danny, we honor them, too.

We do more than that.

We honor the central idea of journalism — the conviction, as my old boss Peter Kann once said, “that facts are facts; that they are ascertainable through honest, open-minded and diligent reporting; that truth is attainable by laying fact upon fact, much like the construction of a cathedral; and that truth is not merely in the eye of the beholder.”

And we honor the responsibility to separate truth from falsehood, which is never more important than when powerful people insist that falsehoods are truths, or that there is no such thing as truth to begin with.

So that’s the business we’re in: the business of journalism. Or, as the 45th president of the United States likes to call us, the “disgusting and corrupt media.”

Some of you may have noticed that we’re living through a period in which the executive branch of government is engaged in a systematic effort to create a climate of opinion against the news business.

The President routinely describes reporting he dislikes as FAKE NEWS. The Administration calls the press “the opposition party,” ridicules news organizations it doesn’t like as business failures, and calls for journalists to be fired. Mr. Trump has called for rewriting libel laws in order to more easily sue the press.

This isn’t unprecedented in U.S. history, though you might have to go back to the Administration of John Adams to see something quite like it. And so far the rhetorical salvos haven’t been matched by legal or regulatory action. Maybe they never will be.

But the question of what Mr. Trump might yet do by political methods against the media matters a great deal less than what he is attempting to do by ideological and philosophical methods.

Ideologically, the president is trying to depose so-called mainstream media in favor of the media he likes — Breitbart News and the rest. Another way of making this point is to say that he’s trying to substitute news for propaganda, information for boosterism.

His objection to, say, the New York Times, isn’t that there’s a liberal bias in the paper that gets in the way of its objectivity, which I think would be a fair criticism. His objection is to objectivity itself. He’s perfectly happy for the media to be disgusting and corrupt — so long as it’s on his side.

But again, that’s not all the president is doing.

Consider this recent exchange he had with Bill O’Reilly. O’Reilly asks:

Is there any validity to the criticism of you that you say things that you can’t back up factually, and as the President you say there are three million illegal aliens who voted and you don’t have the data to back that up, some people are going to say that it’s irresponsible for the President to say that.

To which the president replies:

Many people have come out and said I’m right.

Now many people also say Jim Morrison faked his own death. Many people say Barack Obama was born in Kenya. “Many people say” is what’s known as an argumentum ad populum. If we were a nation of logicians, we would dismiss the argument as dumb.

We are not a nation of logicians.

I think it’s important not to dismiss the president’s reply simply as dumb. We ought to assume that it’s darkly brilliant — if not in intention than certainly in effect. The president is responding to a claim of fact not by denying the fact, but by denying the claim that facts are supposed to have on an argument.

He isn’t telling O’Reilly that he’s got his facts wrong. He’s saying that, as far as he is concerned, facts, as most people understand the term, don’t matter: That they are indistinguishable from, and interchangeable with, opinion; and that statements of fact needn’t have any purchase against a man who is either sufficiently powerful to ignore them or sufficiently shameless to deny them — or, in his case, both.

If some of you in this room are students of political philosophy, you know where this argument originates. This is a version of Thrasymachus’s argument in Plato’s Republic that justice is the advantage of the stronger and that injustice “if it is on a large enough scale, is stronger, freer, and more masterly than justice.”

Substitute the words “truth” and “falsehood” for “justice” and “injustice,” and there you have the Trumpian view of the world. If I had to sum it up in a single sentence, it would be this: Truth is what you can get away with.

If you can sell condos by claiming your building is 90% occupied when it’s only 20% occupied, well, then—it’s 90% occupied. If you can convince a sufficient number of people that you really did win the popular vote, or that your inauguration crowds were the biggest—well then, what do the statistical data and aerial photographs matter?

Now, we could have some interesting conversations about why this is happening—and why it seems to be happening all of a sudden.

Today we have “dis-intermediating” technologies such as Twitter, which have cut out the media as the middleman between politicians and the public. Today, just 17% of adults aged 18-24 read a newspaper daily, down from 42% at the turn of the century. Today there are fewer than 33,000 full-time newsroom employees, a drop from 55,000 just 20 years ago.

When Trump attacks the news media, he’s kicking a wounded animal.

But the most interesting conversation is not about why Donald Trump lies. Many public figures lie, and he’s only a severe example of a common type.

The interesting conversation concerns how we come to accept those lies.

Nearly 25 years ago, Daniel Patrick Moynihan, the great scholar and Democratic Senator from New York, coined the phrase, “defining deviancy down.” His topic at the time was crime, and how American society had come to accept ever-increasing rates of violent crime as normal.

“We have been re-defining deviancy so as to exempt much conduct previously stigmatized, and also quietly raising the ‘normal’ level in categories where behavior is now abnormal by any earlier standard,” Moynihan wrote.

You can point to all sorts of ways in which this redefinition of deviancy has also been the story of our politics over the past 30 years, a story with a fully bipartisan set of villains.

I personally think we crossed a rubicon in the Clinton years, when three things happened: we decided that some types of presidential lies didn’t matter; we concluded that “character” was an over-rated consideration when it came to judging a president; and we allowed the lines between political culture and celebrity culture to become hopelessly blurred.

But whatever else one might say about President Clinton, what we have now is the crack-cocaine version of that.

If a public figure tells a whopping lie once in his life, it’ll haunt him into his grave. If he lies morning, noon and night, it will become almost impossible to remember any one particular lie. Outrage will fall victim to its own ubiquity. It’s the same truth contained in Stalin’s famous remark that the death of one man is a tragedy but the death of a million is a statistic.

One of the most interesting phenomena during the presidential campaign was waiting for Trump to say that one thing that would surely break the back of his candidacy.

Would it be his slander against Mexican immigrants? Or his slur about John McCain’s record as a POW? Or his lie about New Jersey Muslims celebrating 9/11? Or his attacks on Megyn Kelly, on a disabled New York Times reporter, on a Mexican-American judge? Would it be him tweeting quotations from Benito Mussolini, or his sly overtures to David Duke and the alt-right? Would it be his unwavering praise of Vladimir Putin? Would it be his refusal to release his tax returns, or the sham that seems to been perpetrated on the saps who signed up for his Trump U courses? Would it be the tape of him with Billy Bush?

None of this made the slightest difference. On the contrary, it helped him. Some people became desensitized by the never-ending assaults on what was once quaintly known as “human decency.” Others seemed to positively admire the comments as refreshing examples of personal authenticity and political incorrectness.

Shameless rhetoric will always find a receptive audience with shameless people. Donald Trump’s was the greatest political strip-tease act in U.S. political history: the dirtier he got, the more skin he showed, the more his core supporters liked it.

Abraham Lincoln, in his first inaugural address, called on Americans to summon “the better angels of our nature.” Donald Trump’s candidacy, and so far his presidency, has been Lincoln’s exhortation in reverse.

Here’s a simple truth about a politics of dishonesty, insult and scandal: It’s entertaining. Politics as we’ve had it for most of my life has, with just a few exceptions, been distant and dull.

Now it’s all we can talk about. If you like Trump, his presence in the White House is a daily extravaganza of sticking it to pompous elites and querulous reporters. If you hate Trump, you wake up every day with some fresh outrage to turn over in your head and text your friends about.

Whichever way, it’s exhilarating. Haven’t all of us noticed that everything feels speeded up, more vivid, more intense and consequential? One of the benefits of an alternative-facts administration is that fiction can take you anywhere.

Earlier today, at his press conference, the president claimed his administration is running like a “fine-tuned machine.” In actual fact, he just lost his Labor Secretary nominee, his National Security Adviser was forced out in disgrace, and the Intelligence Community is refusing to fully brief the president for fear he might compromise sources and methods.

But who cares? Since when in Washington has there been a presidential press conference like that? Since when has the denial of reality been taken to such a bald-faced extreme?

At some point, it becomes increasingly easy for people to mistake the reality of the performance for reality itself. If Trump can get through a press conference like that without showing a hint of embarrassment, remorse or misgiving—well, then, that becomes a new basis on which the president can now be judged.

To tell a lie is wrong. But to tell a lie with brass takes skill. Ultimately, Trump’s press conference will be judged not on some kind of Olympic point system, but on whether he “won”—which is to say, whether he brazened his way through it. And the answer to that is almost certainly yes.

So far, I’ve offered you three ideas about how it is that we have come to accept the president’s behavior.

The first is that we normalize it, simply by becoming inured to constant repetition of the same bad behavior.

The second is that at some level it excites and entertains us. By putting aside our usual moral filters—the ones that tell us that truth matters, that upright conduct matters, that things ought to be done in a certain way—we have been given tickets to a spectacle, in which all you want to do is watch.

And the third is that we adopt new metrics of judgment, in which politics becomes more about perceptions than performance—of how a given action is perceived as being perceived. If a reporter for the New York Times says that Trump’s press conference probably plays well in Peoria, then that increases the chances that it will play well in Peoria.

Let me add a fourth point here: our tendency to rationalize.

One of the more fascinating aspects of last year’s presidential campaign was the rise of a class of pundits I call the “TrumpXplainers.” For instance, Trump would give a speech or offer an answer in a debate that amounted to little more than a word jumble.

But rather than quote Trump, or point out that what he had said was grammatically and logically nonsensical, the TrumpXplainers would tell us what he had allegedly meant to say. They became our political semioticians, ascribing pattern and meaning to the rune-stones of Trump’s mind.

If Trump said he’d get Mexico to pay for his wall, you could count on someone to provide a complex tariff scheme to make good on the promise. If Trump said that we should not have gone into Iraq but that, once there, we should have “taken the oil,” we’d have a similarly high-flown explanation as to how we could engineer this theft.

A year ago, when he was trying to explain his idea of a foreign policy to the New York Times’s David Sanger, the reporter asked him whether it didn’t amount to a kind of “America First policy”—a reference to the isolationist and anti-Semitic America First Committee that tried to prevent U.S. entry into World War II. Trump clearly had never heard of the group, but he liked the phrase and made it his own. And that’s how we got the return of America First.

More recently, I came across this headline in the conservative Washington Times: “How Trump’s ‘disarray’ may be merely a strategy,” by Wesley Pruden, the paper’s former editor-in-chief. In his view, the president’s first disastrous month in office is, in fact, evidence of a refreshing openness to dissent, reminiscent of Washington and Lincoln’s cabinet of rivals. Sure.

Overall, the process is one in which explanation becomes rationalization, which in turn becomes justification. Trump says X. What he really means is Y. And while you might not like it, he’s giving voice to the angers and anxieties of Z. Who, by the way, you’re not allowed to question or criticize, because anxiety and anger are their own justifications these days.

Watching this process unfold has been particularly painful for me as a conservative columnist. I find myself in the awkward position of having recently become popular among some of my liberal peers—precisely because I haven’t changed my opinions about anything.

By contrast, I’ve become suddenly unpopular among some of my former fans on the right—again, because I’ve stuck to my views. It is almost amusing to be accused of suffering from something called “Trump Derangement Syndrome” simply because I feel an obligation to raise my voice against, say, the president suggesting a moral equivalency between the U.S. and Vladimir Putin’s Russia.

The most painful aspect of this has been to watch people I previously considered thoughtful and principled conservatives give themselves over to a species of illiberal politics from which I once thought they were immune.

In his 1953 masterpiece, “The Captive Mind,” the Polish poet and dissident Czeslaw Milosz analyzed the psychological and intellectual pathways through which some of his former colleagues in Poland’s post-war Communist regime allowed themselves to be converted into ardent Stalinists. In none of the cases that Milosz analyzed was coercion the main reason for the conversion.

They wanted to believe. They were willing to adapt. They thought they could do more good from the inside. They convinced themselves that their former principles didn’t fit with the march of history, or that to hold fast to one’s beliefs was a sign of priggishness and pig-headedness. They felt that to reject the new order of things was to relegate themselves to irrelevance and oblivion. They mocked their former friends who refused to join the new order as morally vain reactionaries. They convinced themselves that, brutal and capricious as Stalinism might be, it couldn’t possibly be worse than the exploitative capitalism of the West.

I fear we are witnessing a similar process unfold among many conservative intellectuals on the right. It has been stunning to watch a movement that once believed in the benefits of free trade and free enterprise merrily give itself over to a champion of protectionism whose economic instincts recall the corporatism of 1930s Italy or 1950s Argentina. It is no less stunning to watch people who once mocked Obama for being too soft on Russia suddenly discover the virtues of Trump’s “pragmatism” on the subject.

And it is nothing short of amazing to watch the party of onetime moral majoritarians, who spent a decade fulminating about Bill Clinton’s sexual habits, suddenly find complete comfort with the idea that character and temperament are irrelevant qualifications for high office.

The mental pathways by which the new Trumpian conservatives have made their peace with their new political master aren’t so different from Milosz’s former colleagues.

There’s the same desperate desire for political influence; the same belief that Trump represents a historical force to which they ought to belong; the same willingness to bend or discard principles they once considered sacred; the same fear of seeming out-of-touch with the mood of the public; the same tendency to look the other way at comments or actions that they cannot possibly justify; the same belief that you do more good by joining than by opposing; the same Manichean belief that, if Hillary Clinton had been elected, the United States would have all-but ended as a country.

This is supposed to be the road of pragmatism, of turning lemons into lemonade. I would counter that it’s the road of ignominy, of hitching a ride with a drunk driver.

So, then, to the subject that brings me here today: Maintaining intellectual integrity in the age of Trump.

When Judea wrote me last summer to ask if I’d be this year’s speaker, I got my copy of Danny’s collected writings, “At Home in the World,” and began to read him all over again. It brought back to me the fact that, the reason we honor Danny’s memory isn’t that he’s a martyred journalist. It’s that he was a great journalist.

Let me show you what I mean. Here’s something Danny wrote in February 2001, almost exactly a year before his death, from the site of an earthquake disaster in the Indian town of Anjar.

What is India’s earthquake zone really like? It smells. It reeks. You can’t imagine the odor of several hundred bodies decaying for five days as search teams pick away at slabs of crumbled buildings in this town. Even if you’ve never smelled it before, the brain knows what it is, and orders you to get away. After a day, the nose gets stuffed up in self-defense. But the brain has registered the scent, and picks it up in innocent places: lip balm, sweet candy, stale breath, an airplane seat.

What stands out for me in this passage is that it shows that Danny was a writer who observed with all his senses. He saw. He listened. He smelled. He bore down. He reflected. He understood that what the reader had to know about Anjar wasn’t a collection of statistics; it was the visceral reality of a massive human tragedy. And he was able to express all this in language that was compact, unadorned, compelling and deeply true.

George Orwell wrote, “To see what is in front of one’s nose needs a constant struggle.” Danny saw what was in front of his nose.

We each have our obligations to see what’s in front of one’s nose, whether we’re reporters, columnists, or anything else. This is the essence of intellectual integrity.

Not to look around, or beyond, or away from the facts, but to look straight at them, to recognize and call them for what they are, nothing more or less. To see things as they are before we re-interpret them into what we’d like them to be. To believe in an epistemology that can distinguish between truth and falsity, facts and opinions, evidence and wishes. To defend habits of mind and institutions of society, above all a free press, which preserve that epistemology. To hold fast to a set of intellectual standards and moral convictions that won’t waver amid changes of political fashion or tides of unfavorable opinion. To speak the truth irrespective of what it means for our popularity or influence.

The legacy of Danny Pearl is that he died for this. We are being asked to do much less. We have no excuse not to do it.

Thank you.

Voir par ailleurs:

Trump retrouve «son» peuple, le temps d’un meeting en Floride

Maurin Picard

19/02/2017

VIDÉO – À Melbourne, le président américain s’est remis sur orbite le temps d’une escale devant des supporters de la première heure, soutien inestimable.

De notre envoyé spécial à Melbourne (Floride)

Fuir Washington, le temps d’un week-end de trois jours. Donald Trump attendait impatiemment cette escapade en Floride, devant ses irréductibles supporteurs, fidèles de la première heure, qui se font si rares depuis un mois à Washington. Oublier le froid, le crachin pendant le discours d’investiture, ces médias «malhonnêtes», ces manifestants acrimonieux, les fuites des services secrets, la fronde de la Justice face à son décret sur l’immigration, celle du Congrès face à ses plans grandioses de mur à la frontière mexicaine, le limogeage à contrecœur du général Michael Flynn, son conseiller à la sécurité nationale, éclaboussé par la «Russian Connection», et les centaines de nominations gouvernementales en souffrance.

Mais tout cela n’a que peu d’importance pour le «peuple de Trump». «Nous l’aimons et nous sommes venus le lui dire», s’exclame Sheila Gaylor, une résidente de Melbourne, où le président fait escale le temps d’un rassemblement populaire. Comme durant la campagne, lorsque l’adrénaline le poussait de l’avant. Cette ivresse s’est tarie, mais voici l’occasion de la ressusciter, grâce à un bain de foule régénérateur, et de remettre le tribun sur orbite, loin du «marigot» fédéral si difficile à «assécher».

Dans le hangar 6 de l’aérodrome local, plusieurs milliers de Floridiens, blancs pour la plupart, se pressent pour apercevoir la tignasse blonde la plus célèbre du monde, et la silhouette élégante de sa femme, Melania. C’est ici, à Melbourne, en septembre 2016, que 15 000 supporteurs déchaînés ont offert au candidat républicain l’une de ses escales les plus mémorables. Peu importe que les opposants se fassent entendre au dehors, réclamant la destitution du président milliardaire.«Ils ne sont que quelques milliers, alors que nous sommes 50 000. Vous croyez que les médias malhonnêtes vont parler de quoi?» gronde une femme à crinière blonde, reprenant le discours officiel.Les pro-Trumpne sont en réalité que 9 000, selon la police de Melbourne sur Twitter, mais leur enthousiasme, débordant, est récompensé par un vrombissement dans le ciel: le Boeing présidentiel Air Force One surgit en rase-mottes, déclenchant les vivats. Le quadriréacteur s’immobilise dans le soleil couchant, et le couple présidentiel apparaît. Dans un tonnerre d’ovations, le chef de l’État s’empresse de révéler la raison de sa venue sur la Space Coast: «Je suis ici parce que je veux être parmi mes amis, et parmi le peuple. Je veux être au même endroit que des patriotes travailleurs qui aiment leur pays, qui saluent le drapeau et prient pour un avenir meilleur.» Ce même peuple qui l’a porté au pouvoir et continue de lui vouer une loyauté sans faille. Ce soutien est inestimable, et probablement fondamental: apprenant à naviguer dans l’air vicié de Washington, le milliardaire va devoir pérenniser sa base militante, surtout s’il compte briguer une réélection en 2020. C’est d’ailleurs son comité de soutien officiel, lancé le 20 janvier, qui finance l’événement du jour, annonciateur de raouts semblables à l’avenir.

Bronzé et visiblement détendu, Donald Trump s’amuse avec la foule. Il recycle ses thèmes les plus populaires et désigne ses boucs émissaires habituels. Puis, il invite à ses côtés Gene Huber, un inconditionnel fier d’avoir patienté depuis 4 heures du matin et autorisé par le président en personne à enjamber la barrière, au grand dam du Secret Service. Un mot, un seul, à l’adresse des médias, une allusion (erronée) à «tous ces grands présidents, comme Thomas Jefferson, qui se sont souvent battus avec les médias, ont dénoncé leurs mensonges», et des centaines de poings rageurs se dressent vers la forêt de caméras. Que ses ouailles se rassurent: «La Maison-Blanche tourne comme sur des roulettes!» «CNN craint!» renchérit la foule en chœur. «Je peux vous parler directement, sans le filtre des fausses informations», poursuit Trump. «Je ne regarde même plus le Saturday Night Live!» s’esclaffe une supportrice tout de rouge vêtue, affichant son soutien au site conspirationniste infowars.com.

À l’applaudimètre, celui que «nous attendions depuis si longtemps», selon Claudia, une mère au foyer venue de Titusville, un rejeton assoupi dans les bras, ce «héros qui va se dresser», selon l’expression imprimée sur les badges d’accès, l’emporte en évoquant les emplois, le business, qui vont décoller sous son mandat, ces contrats militaires bons pour la région, et, surtout, ce «fichu islamisme radical que nous allons tenir à distance de notre pays». «Ce gouvernement va tenir toutes ses promesses», martèle le chef de l’État, sur un air des Rolling Stones, avant de rembarquer à bord d’Air Force One.

«Il est vraiment formidable, il est comme nous, il parle comme nous, confient d’une seule voix Jake et Colleen, un couple de retraités débonnaire exhibant toute la panoplie du parfait petit supporteur, croisé dans la pénombre en bordure d’aérodrome, pour voir s’envoler le Boeing présidentiel. Il est en train de tenir toutes ses promesses, encore plus vite que prévu. Au-delà de toutes nos attentes!»

Voir encore

Donald Trump’s Presidential Run Began in an Effort to Gain Stature

Donald J. Trump arrived at the White House Correspondents’ Association Dinner in April 2011, reveling in the moment as he mingled with the political luminaries who gathered at the Washington Hilton. He made his way to his seat beside his host, Lally Weymouth, the journalist and socialite daughter of Katharine Graham, longtime publisher of The Washington Post.

A short while later, the humiliation started.

The annual dinner features a lighthearted speech from the president; that year, President Obama chose Mr. Trump, then flirting with his own presidential bid, as a punch line.

He lampooned Mr. Trump’s gaudy taste in décor. He ridiculed his fixation on false rumors that the president had been born in Kenya. He belittled his reality show, “The Celebrity Apprentice.”

Mr. Trump at first offered a drawn smile, then a game wave of the hand. But as the president’s mocking of him continued and people at other tables craned their necks to gauge his reaction, Mr. Trump hunched forward with a frozen grimace.

After the dinner ended, Mr. Trump quickly left, appearing bruised. He was “incredibly gracious and engaged on the way in,” recalled Marcus Brauchli, then the executive editor of The Washington Post, but departed “with maximum efficiency.”

That evening of public abasement, rather than sending Mr. Trump away, accelerated his ferocious efforts to gain stature within the political world. And it captured the degree to which Mr. Trump’s campaign is driven by a deep yearning sometimes obscured by his bluster and bragging: a desire to be taken seriously.

That desire has played out over the last several years within a Republican Party that placated and indulged him, and accepted his money and support, seemingly not grasping how fervently determined he was to become a major force in American politics. In the process, the party bestowed upon Mr. Trump the kind of legitimacy that he craved, which has helped him pursue a credible bid for the presidency.

“Everybody has a little regret there, and everybody read it wrong,” said David Keene, a former chairman of the American Conservative Union, an activist group Mr. Trump cultivated. Of Mr. Trump’s rise, Mr. Keene said, “It’s almost comical, except it’s liable to end up with him as the nominee.”

Repeatedly underestimated as a court jester or silly showman, Mr. Trump muscled his way into the Republican elite by force of will. He badgered a skittish Mitt Romney into accepting his endorsement on national television, and became a celebrity fixture at conservative gatherings. He abandoned his tightfisted inclinations and cut five- and six-figure checks in a bid for clout as a political donor. He courted conservative media leaders as deftly as he had the New York tabloids.

At every stage, members of the Republican establishment wagered that they could go along with Mr. Trump just enough to keep him quiet or make him go away. But what party leaders viewed as generous ceremonial gestures or ego stroking of Mr. Trump — speaking spots at gatherings, meetings with prospective candidates and appearances alongside Republican heavyweights — he used to elevate his position and, eventually, to establish himself as a formidable figure for 2016.

In an interview on Friday, Mr. Trump acknowledged that he had encountered many who doubted or dismissed him as a political force before now. “I realized that unless I actually ran, I wouldn’t be taken seriously,” he said. But he denied having been troubled by Mr. Obama’s derision.

“I loved that dinner,” Mr. Trump said, adding, “I can handle criticism.”

Phantom Campaign

Even before the correspondents’ dinner, Mr. Trump had moved to grab a bigger role in political affairs. In February, he addressed the annual Conservative Political Action Conference. Organizers gave Mr. Trump an afternoon speaking slot, and Mr. Keene perceived him as an entertaining attraction, secondary to headliners like Mitch Daniels, then the governor of Indiana.

But Mr. Trump understood his role differently. Reading carefully from a prepared text, he tested the themes that would one day frame his presidential campaign: American economic decline, and the weakness and cluelessness of politicians in Washington.

Over the next few months, Mr. Trump met quietly with Republican pollsters who tested a political message and gauged his image across the country, according to people briefed on his efforts, some of whom would speak about them only on the condition of anonymity.

One pollster, Kellyanne Conway, took a survey that showed Mr. Trump’s negative ratings were sky-high, but advised him there was still an opening for him to run.

Another, John McLaughlin, who had been recommended to Mr. Trump by the former Clinton adviser Dick Morris, drew up a memo that described how Mr. Trump could run as a counterpoint to Mr. Obama in 2012, and outshine Mr. Romney with his relentless antagonism of the president.

Roger Stone, a longtime Trump adviser, wrote a column on his website envisioning a Trump candidacy steamrolling to the nomination, powered by wall-to-wall media attention.

After all that preparation, Mr. Trump rejected two efforts to “draft” him set up by close advisers. If his interest in politics was growing, he was not yet prepared to abandon his career as a reality television host: In mid-May, Mr. Trump announced that he would not run and canceled a planned speech to a major Republican fund-raising dinner in Iowa.

Latching On to Romney

Having stepped back from a campaign of his own, Mr. Trump sought relevance through Mr. Romney’s. Again, Mr. Trump’s determination to seize a role for himself collided with the skepticism of those he approached: While he saw himself as an important spokesman on economic issues and a credible champion for the party, the Romney campaign viewed him as an unpredictable attention-seeker with no real political foundation.

Still, given his expansive media platform — in addition to his reality-show franchise, Mr. Trump was a frequent guest on Fox News — and a fortune that he could theoretically bestow upon a campaign, Mr. Trump was drawing presidential candidates seeking his support to his Fifth Avenue high-rise. In September 2011, Mr. Romney made the trip, entering and exiting discreetly, with no cameras on hand to capture the event.

The decision to court Mr. Trump, former Romney aides said in interviews, stemmed partly from the desire to use him for fund-raising help, but also from the conviction that it would be more dangerous to shun such an expert provocateur than to build a relationship with him and try to contain him.

The test of that strategy came in January 2012, before the make-or-break Florida primary, when Mr. Trump reached out to say he wanted to endorse Mr. Romney at a Trump property in the state. Wary of such a spectacle in a crucial state, Mr. Romney’s aides began a concerted effort to relegate Mr. Trump’s endorsement to a sideshow.

The Romney campaign conducted polling in four states that showed Mr. Trump unpopular everywhere but Nevada, and suggested to Mr. Trump that they hold an endorsement event there, far away from Florida voters.

On the day he was to deliver the endorsement in Las Vegas, according to Mr. Romney’s advisers, Mr. Trump met with Romney aides and said he hoped to hold a joint news conference with Mr. Romney, raising for the campaign the terrifying possibility that Mr. Romney might end up on camera responding to reporters’ questions next to a man who had spent months questioning whether the president was an American citizen.

In an appeal to Mr. Trump’s vanity, the Romney campaign stressed that his endorsement was so vital — with such potential to ripple in the media — that it would be a mistake to dilute the impact with a question-and-answer session.

“The self-professed genius was just stupid enough to buy our ruse,” said Ryan Williams, a former spokesman for the Romney campaign. While they agreed to hold the event in a Trump hotel, the campaign put up blue curtains around the ballroom when the endorsement took place, so that Mr. Romney did not appear to be standing “in a burlesque house or one of Saddam’s palaces,” Mr. Williams said. On stage, as the cameras captured the moment, Mr. Romney seemed almost bewildered. “There are some things that you just can’t imagine happening in your life,” he told reporters as he took the podium, taking in his surroundings. “This is one of them.”

Mr. Trump insisted in the interview that the Romney campaign had strenuously lobbied for his support, and described his own endorsement as the biggest of that year. “What they’re saying is not true,” he said.

But if Mr. Trump expected a major role in the Romney campaign, he was mistaken. While Mr. Trump hosted fund-raising events for Mr. Romney, the two men never hit the campaign trail together. The campaign allowed Mr. Trump to record automated phone calls for Mr. Romney, but drew the line at his demand for a prominent speaking slot at the Republican National Convention. (Mr. Trump recorded a video to be played on the first day of the convention, but the whole day’s events were canceled because of bad weather.)

Stuart Stevens, a senior strategist for Mr. Romney, believed that Mr. Trump had been strictly corralled. “He wanted to campaign with Mitt,” Mr. Stevens wrote in an email. “Nope. Killed. Wanted to speak at the convention. Nope. Killed.”

Still, to Mr. Romney’s opponent that year, the accommodation of Mr. Trump looked egregious. Mr. Obama, in a speech on Friday, said Republicans had long treated Mr. Trump’s provocations as “a hoot” — just as long as they were directed at the president.

Building an Operation

Only a handful of people close to Mr. Trump understood the depth of his interest in the presidency, and the earnestness with which he eyed the 2016 campaign. Mr. Trump had struck up a friendship in 2009 with David N. Bossie, the president of the conservative group Citizens United, who met Mr. Trump through the casino magnate Steve Wynn.

Mr. Trump conferred with Mr. Bossie during the 2012 election and, as 2016 approached, sought his advice on setting up a campaign structure. Mr. Bossie made recommendations for staff members to hire, and Mr. Trump embraced them.

Mr. Trump also carefully cultivated relationships with conservative media outlets, reaching out to talk radio personalities and right-wing websites like Breitbart.com.

By then, Mr. Trump had won a degree of acceptance as a Republican donor. Advised by Mr. Stone, one of his longest-serving counselors, he had abandoned his long-held practice of giving modest sums to both parties, and opened his checkbook for Republicans with unprecedented enthusiasm.

Mr. Trump began a relationship with Reince Priebus, the Republican National Committee chairman, who was trying to rescue the party from debt. He gave substantial donations to “super PACs” supporting Republican leaders on Capitol Hill.

In 2014, he cut a quarter-million dollar check to the Republican Governors Association, in response to a personal entreaty from the group’s chairman — Chris Christie. Still, Mr. Trump’s intentions seemed opaque.

In January 2015, Mr. Trump met for breakfast in Des Moines with Newt and Callista Gingrich. Having traveled to Iowa to speak at a conservative event, Mr. Trump peppered Mr. Gingrich with questions about the experience of running for president, asking about how a campaign is set up, what it is like to run and what it would cost.

Mr. Gingrich said he had seen Mr. Trump until then as “a guy who is getting publicity, playing a game with the birther stuff and enjoying the limelight.” In Iowa, a different reality dawned.

“That’s the first time I thought, you know, he is really thinking about running,” Mr. Gingrich said.

On June 16, 2015, after theatrically descending on the escalator at Trump Tower, Mr. Trump announced his candidacy for president, hitting the precise themes he had laid out in the Conservative Political Action Conference speech five years earlier.

“We are going to make our country great again,” Mr. Trump declared. “I will be the greatest jobs president that God ever created.”

Still, rival campaigns and many in the news media did not regard him seriously, predicting that he would quickly withdraw from the race and return to his reality show. Pundits seemed unaware of the spade work he had done throughout that spring, taking a half dozen trips to early voting states of Iowa, New Hampshire and South Carolina and using forums hosted by Mr. Bossie’s group to road test a potential campaign.

Even as he jumped to an early lead, opponents suggested that he was riding his celebrity name recognition and would quickly fade. It was only late in the fall, when Mr. Trump sustained a position of dominance in the race — delivering a familiar, nationalist message about immigration controls and trade protectionism — that his Republican rivals began to treat him as a mortal threat.

Mr. Trump, by then, had gained the kind of status he had long been denied, and seemed more and more gleeful as he took in the significance of what he had achieved.

“A lot of people have laughed at me over the years,” he said in a speech days before the New Hampshire primary. “Now, they’re not laughing so much.”

Voir de même:

Hélène Garçon
Femmes.orange.fr

Personne ne pensait cela possible. Et pourtant ! Donald Trump a bel et bien coiffé Hillary Clinton au poteau en remportant les élections présidentielles américaines dans la nuit du mardi 8 novembre 2016. Comment ce puissant businessman sorti de nulle part, a-t-il pu accéder au rang de président des États-Unis ? Une question sur toutes les bouches, à laquelle la rédaction a tenté de répondre.

Théorie n°1 : il se laisse tenter par le défi d’un twittos

Si la moitié des électeurs américains n’ont pas fermé l’oeil dans la nuit du 8 novembre 2016, Russell Steinberg, lui, a dû passer une soirée plus compliquée encore que celle des autres. Cet internaute pourrait, en effet, avoir instillé dans l’esprit de Donald Trump l’idée de se présenter, et ce, par la force d’un seul tweet. L’histoire remonte à février 2013. À cette époque, Donald Trump prend un malin plaisir à descendre en flèche les moindres faits et gestes du président démocrate Barack Obama sur les réseaux sociaux. Lassé des diatribes du businessman critiquant en permanence le pays, Russel Steinberg a jugé bon de lui répondre sur Twitter en optant pour la carte de l’ironie dans un tweet aujourd’hui supprimé.

« Si vous détestez tant l’Amérique, vous devriez vous présenter à la présidentielle et arranger les choses« . Ce à quoi Donald Trump a répondu par une menace : « Faites attention !« . Résultat : l’homme d’affaires l’a visiblement pris au pied de la lettre, en déposant sa candidature deux ans plus tard, en 2015, et en remportant les élections en novembre 2016. Il y en a un qui doit se mordre les doigts !

Théorie n°2 : humilié par Obama, il prend sa revanche

Donald Trump n’a jamais caché son aversion pour Barack Obama. Lequel n’a pas non plus été tendre avec lui. Alors que le milliardaire enchaînait les apparitions télé en 2011, demandant à consulter le certificat de naissance du président pour vérifier s’il était vraiment américain, celui-ci décidait de contre-attaquer lors du dîner des correspondants à la Maison Blanche, le 30 avril 2011. Le chef d’État s’en est alors donné à coeur joie en humiliant, avec sa verve légendaire, le milliardaire.

« Donald Trump est ici ce soir et je sais qu’il a encaissé des critiques ces derniers temps, mais personne n’est plus heureux, plus fier que cette affaire d’acte de naissance soit enfin réglée que le Donald« , lançait Barack Obama au moment de son discours. « Et c’est parce qu’il va maintenant pouvoir se concentrer sur les problèmes importants. Par exemple, notre vol sur la Lune était-il un faux? Qu’est-il vraiment arrivé à Roswell? Et où sont Biggie et Tupac ?« . Une pique qui aurait servi de déclic au businessman, lequel ne supporterait pas l’humiliation selon Isabelle Hanne, journaliste à Libération, qui a rapporté la scène. La vengeance est un plat qui se mange froid : cinq ans après, Donald Trump a finalement eu sa revanche sur Barack Obama.

Théorie n°3 : il souhaite détruire le parti Républicain

C’est la rumeur la plus folle qui a fait trembler la toile pendant la course à la présidentielle américaine : Donald Trump, serait en réalité un partisan d’Hillary Clinton, et se serait lancé dans la course à l’investiture dans l’unique but de devenir président et de détruire le parti républicain, sous la bannière duquel il a mené toute sa campagne. Une théorie complètement tirée par les cheveux, mais à laquelle ont adhéré de nombreux internautes après que l’ancienne amitié des Trump et des Clinton ait été révélée au grand jour, au début de l’année 2016.

En plus de partager le même cercle d’amis que sa rivale Hillary Clinton, qu’il a d’ailleurs invitée au mariage de sa fille, il a été découvert que Donald Trump et sa famille ont participé financièrement à la campagne de la démocrate en 2008, et ont également fait un don de 100 000 dollars à la Fondation Clinton. Un geste généreux qui aurait mis la puce à l’oreille de nombreux internautes, qui ont alors immédiatement crié au complot.

Voir de plus:

Obama blues

Obama et la com : la politique du rire

Sur les réseaux sociaux ou sur les plateaux des late-night shows, Obama aura démontré son talent d’humoriste et un grand sens de l’autodérision, inventant une communication bien à lui pour toucher un public plus jeune.

Isabelle Hanne

Libération
20 janvier 2017 

Cet article a été publié fin octobre dans notre supplément «Obama Blues».

Un président qui vient dérouler son bilan en musique, devant des millions de téléspectateurs, un public applaudissant à tout rompre et un présentateur acquis à sa cause. Vous n’êtes pas dans une dictature d’Asie centrale, mais sur le plateau du Tonight Show de Jimmy Fallon sur NBC, le late-night show (émission de troisième partie de soirée) le plus regardé des Etats-Unis. Avec, dans le rôle de l’autocrate-crooner, Barack Obama, venu en juin se prêter à une session de «slow jam the news» – les invités racontent l’actu en musique, «slow jams» désignant ces romantiques ballades r’n’b. Economie, santé, mariage gay, accord transpacifique… Les années Obama y passent en sept minutes, ponctuées de blagues de Fallon et soulignées par la mélodie sensuelle des Roots, le groupe résident du show. La vidéo a été vue 11 millions de fois sur YouTube.

Evidemment, le «Preezy of the United Steezy», comme l’appelle Jimmy Fallon, ne fait pas ça que pour s’amuser. En deux mandats, l’entertainer Obama s’est servi des shows comiques –  lisant les «méchants tweets» à son encontre chez Jimmy Kimmel, remplaçant Stephen Colbert pour son Colbert Report sur Comedy Central  – pour appuyer sa communication. Avec, dans le viseur, les jeunes, plus prompts à partager des vidéos marrantes qu’à écouter des longs discours.

Porte-à-porte virtuel

Fin 2013, le démarrage des plateformes en ligne de mutuelles privées, au cœur de l’Obamacare, son emblématique réforme de la santé, est catastrophique. Bugs, méfiance du public, peu d’inscrits… «Barry» prend alors sa perche à selfie de pèlerin. A coups de vidéos et de GIF sur Buzzfeed –  Things Everybody Does But Doesn’t Talk About («Les choses que tout le monde fait, mais dont personne ne parle»), 60 millions de vues  –, ou lors d’une interview lunaire et hilarante à Between Two Ferns, le faux talk-show de Zach Galifianakis diffusé sur la plateforme Funny or Die, le commander-in-chief se plie à l’exercice pour promouvoir sa réforme. Au passage, il renforce sa street cred.

La présidence Obama a inventé une propagande branchée, une communication cool. Au cœur de cette stratégie  : les réseaux sociaux, qui ont largement porté sa victoire en 2008. L’engagement numérique de la campagne du «Yes We Can» a d’ailleurs été décortiqué par les équipes de com du monde entier. Tandis que la droite américaine propageait son venin conspirationniste par de bonnes vieilles chaînes de mails –  le candidat démocrate aurait menti sur son certificat de naissance, serait musulman…  –, Obama prenait mille longueurs d’avance, touchant un public beaucoup plus large, plus jeune. «En 2008, les efforts de son adversaire, John McCain, pour tenter de le rattraper sur les réseaux sociaux étaient presque pathétiques», se souvient Michael Barris, coauteur de The Social Media President (Palgrave, 2013). L’équipe du sénateur de l’Illinois a compris l’intérêt de Facebook, de Twitter –  plus tard viendront Instagram, Snapchat, LinkedIn…  – pour lever des fonds, diffuser des messages, obtenir des soutiens, grâce à ce porte-à-porte virtuel d’un nouveau genre.

«Obama s’est fait élire sur des promesses de démocratie participative via les réseaux sociaux, rappelle Michael Barris. Mais finalement, les réseaux sociaux ont surtout été pour lui un formidable outil de diffusion, de validation par le public, et de promotion d’une image très positive : celle d’un président branché, connecté, proche des gens.» Viser un public, via le bon médium, avec le bon ton : huit ans que le président américain, avec son équipe de quatorze personnes dédiée à la stratégie numérique, montre sa maîtrise. Et son adaptation à l’évolution des usages. La Maison Blanche est devenue une véritable boîte de production, avec plus de 500 vidéos réalisées chaque année (infographies, coulisses…), distribuées sur les différentes plateformes (site officiel, YouTube, Facebook…). «Le premier président de l’ère des médias sociaux a fixé les règles d’interactions numériques entre politiques et électeurs, écrit le Washington Post. Certains chefs d’Etat se préoccupaient des chaînes d’info ; Obama est le président ­Netflix.»

«Un humour naturel»

Il use, sur Twitter comme dans les late-night shows, d’un humour contemporain, ultra-référencé, abreuvé de culture web et de culture populaire tout court. Pour le Washington Post, il est même le «premier président alt comedy», cette catégorie d’humour alternatif maniant l’ironie, centré sur soi. «Pour la plupart des chefs d’Etat, l’humour est considéré comme une marque de faiblesse, avance l’universitaire Arie Sover, qui dirige l’Israeli Society for Humor Studies. Il faut montrer qu’on est dur, qu’on ne plaisante pas. Vous avez déjà vu rire, même sourire, Erdogan ou Poutine  ?»

A l’autre bout du spectre, Obama rit, montre ses émotions, fait des vannes questionnant son hétérosexualité –  il raconte que son vice-président, Joe Biden, et lui sont «si proches» qu’ils ne pourraient pas aller dans une pizzeria de l’Indiana, en référence à un restaurant qui refusait ses services de traiteur pour les mariages gays. «Non seulement Obama a de l’humour, mais en plus c’est un humour naturel, spontané, décrit Arie Sover. L’humour en politique permet de toucher son public au cœur. Et Obama pratique l’autodérision, la forme la plus élevée d’humour.»

Mais le président américain ne laisse rien au hasard : cette spontanéité est surtout parfaitement chorégraphiée, écrite à l’avance par des équipes d’auteurs talentueux. D’autodérision, il en a beaucoup fait preuve lors du dîner annuel des correspondants à la Maison Blanche, véritable scène de stand-up pour le président sortant. Maîtrise des silences, des regards, intonations, vidéos bien ficelées… Ces soirs-là, Obama fait de l’humour une technique de dégoupillage imparable des critiques. Comme en 2011, alors que la droite le harcèle une nouvelle fois sur son certificat de naissance. Pour faire taire les rumeurs, il annonce la «diffusion exclusive de la vidéo de sa mise au monde» –  en fait, le début du Roi Lion de Disney. Dans la salle, Donald Trump, déjà porte-voix de ces allégations, ne moufte pas. Les journalistes, qui rient à gorge déployée, ont laissé leurs armes au vestiaire.

Voir enfin:

‘I Don’t Know What You’re Referring To’: NBC’s Katy Tur Doesn’t Remember Obama Promising Putin ‘Flexibility’

 Alex Griswold

When a Republican congressman on MSNBC brought up a 2012 incident where President Barack Obama was caught on a hot mic promising to give Russia’s Vladimir Putin a little more “flexibility” after the election, NBC journalist and MSNBC host Katy Tur seemed not to recall the incident.

Tur pressed Florida Representative Francis Rooney about the number of Donald Trump advisors with close tie to Russia. “I see a lot of folks within Donald Trump’s administration who have a friendlier view of Russia than maybe past administrations did,” she noted.

“Well, I think it was Obama that leaned over to Putin and said, ‘I’ll have a little more flexibility to give you what you want after the re-election,’” Rooney responded.

Tur paused for a moment. “I’m sorry, I don’t know what you’re referring to, Congressman,” she said.

“Remember when he leaned over at a panel discussion or in a meeting, and he said, ‘I’ll have more flexibility after the election’?” Rooney asked. “No one pushed the president on what he meant by that, but I can only assume for a thug like Putin that it would embolden him,” which gave Tur pause, again.

In Tur’s defense, Rooney is slightly off in his retelling: it was then-Russian President Dmitry Medvedev who Obama whispered to, who then promised to relay Obama’s message to Putin. But his recollection of the content of Obama’s message was accurate: “This is my last election. After my election I have more flexibility,” he told the Russians.

Obama’s hot mic comments were major news at the time, receiving widespread coverage. Obama’s Republican opponent Mitt Romney seized upon the gaffe and worked it into his stump speeches, even bringing it up during one of the presidential debates.

Voir par ailleurs:

Goldnadel : “Lorque Medhi s’éclate…”

Gilles-William Goldnadel

Valeurs actuelles

20 février 2017

Il y a évidemment pire que les excès de la liberté d’expression : son absence. Mais il y a le pire du pire: la liberté d’expression à la tête du client. Du racisme à l’état pur. L’hypocrisie en prime. Chacun sait que notre époque de fausse liberté a accouché d’une tyrannie de la pensée dont la sage-femme devenue folle était déguisée en antiraciste diplômée. Valeurs Actuelles en a fait les frais en osant voiler Marianne pour défendre la laïcité républicaine contre les menées islamistes et Pascal Bruckner comme Georges Bensoussan payeront peut-être le prix pour des raisons voisines. Silence dans les rangs de la gauche paraît-il démocratique. Mais aujourd’hui vient d’éclater une tout autre affaire dans laquelle, au contraire, le racisme comme l’antisémitisme n’ont rien d’imaginaire. Et je prends le pari, qu’ici , précisément, les organisations prétendument antiracistes resteront aux abris. La vedette s’appelle Mehdi Meklat, hier encore il était la coqueluche de la famille islamo-gauchiste et de tous ses compagnons de chambrée. Dans le numéro du 1er février des Inrockuptibles il partageait la une avec l’icône Taubira. Il collaborait aussi avec le Bondy Blog, très engagé dans le combat actuel contre les policiers considérés uniment comme des tortionnaires racistes. Il était encore récemment chroniqueur de la radio active de service public France Inter.

Oui mais voilà, patatras, on a retrouvé parmi les milliers de tweets qu’il n’a pas réussi à effacer des gazouillis racistes du dernier cri strident. Échantillons choisis : “je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et tous ceux de Charlie hebdo”. “Sarkozy = la synagogue = les juifs = Shalom = oui, mon fils = l’argent”, “Faites entrer Hitler pour tuer les juifs”, “j’ai gagné 20 $ au PMU, je ne les ai pas rejoués parce que je suis un juif”, “les Blancs vous devez mourir asap” etc.

Avec une touchante spontanéité, à présent qu’ils ont été découverts, voici ce que notre Mehdi a tweeté samedi dernier : “je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes”.

Bah voyons, certains datent de 2012, autant dire le déluge. J’en connais qui vont fouiller les poubelles du père Le Pen, d’autres qui reprochent à un ancien conseiller de Sarkozy d’avoir dirigé Minute il y a 30 ans, mais dans notre cas, certains plaident déjà l’Antiquité.

Car le plus grave n’habite pas dans la tête dérangée d’un islamo-gauchiste finalement assez classique, il demeure dans le silence gêné de la gauche donneuse de leçons. Il réside plus encore dans les combles du gauchisme médiatique façon France Inter. Ainsi, Pascale Clark maîtresse d’école antiraciste en chef et qui a eu l’effronterie de tenter d’expliquer que son petit Mehdi était dans la provocation… D’autres expliquent qu’il faut prendre cela au troisième degré… Evidemment, puisque c’est de gauche , c’est plus subtil… Il arrive parfois que l’ignoble atteigne les sommets du sublime.

Que cela plaise ou non à Madame Clark, Mehdi Meklat a rejoint Messieurs de Lesquen et Bourbon dans le même bataillon. Il y a encore pire que l’absence de liberté d’expression : la liberté d’expression à la tête du client.

Voir de même:

Mehdi Meklat, jeune écrivain prodige, et son double antisémite et homophobe
L’ex-chroniqueur (France Inter, Bondy Blog) pris à son double « Je » : sidération sur Twitter

Manuel Vicuña

Arrêt sur images

20/02/2017

Mehdi Meklat, 24 ans, était jusqu’ici connu pour son ton décalé. Du Bondy Blog, à France Inter en passant par Arte, le chroniqueur, journaliste et auteur, s’est taillé, avec son compère Badrou (« les Kids », époque France Inter) une réputation de porte-voix de la jeunesse, « à l’avant garde d’une nouvelle génération venue de banlieue » écrivaient encore Les Inrocks le 1er février. Sauf qu’entre temps, des internautes ont exhumé des tweets de Meklat : injures antisémites, homophobes, racistes, misogynes. Un florilège qui provoque la sidération. De son côte, le jeune homme s’excuse, dépublie, et assure qu’il s’agissait « de questionner la notion d’excès et de provocation » à travers un « personnage fictif ».

Faire mentir les stéréotypes sur les-jeunes-de-banlieue. Sans rien renier de soi. Depuis ses débuts au Bondy Blog en 2008, c’est ce que Mehdi Meklat tente de faire, au gré d’une exposition médiatique précoce. A 24 ans désormais, après avoir fait ses premiers pas de journaliste au Bondy Blog à 16 ans, puis tenu chronique pendant six ans chez France Inter en duo avec son ami Badrou (« les Kids »), Meklat le touche à tout (réalisateur, blogueur, reporter) est en promo pour un second livre. Mehdi et Badrou « l’avant-garde d’une nouvelle génération venue de banlieue qui compte bien faire entendre sa voix » écrivaient les Inrocks qui leur consacraient une couverture le 1er février en compagnie de Christiane Taubira. Un binôme qui avait tapé dans l’œil de l’animatrice de France Inter Pascale Clark dès 2010, pour son ton « décalé », sa capacité à chroniquer avec autant d’acuité la vie de l’autre côté du périph (Meklat a grandi à Saint-Ouen, Badrou à la Courneuve) que le tout venant de l’actualité plus « médiatique ».

Et voilà que depuis quelques jours, après son passage sur le plateau de l’émission la Grande Librairie (France 5) pour la promo de son second livre, le roman « Minute » (co-écrit avec Badrou), Meklat est dans l’œil du cyclone Twitter. Propulsé dans les sujets les plus discutés non pas pour la promotion de son nouvel ouvrage dédié à Adama Traoré. Mais pour des tweets, exhumés ces derniers jours par plusieurs internautes.

Pas quelques tweets isolés. Mais des messages par dizaines, anciens (2012) et pour certains plus récents (2016) dans lesquels Meklat tape tous azimuts sur « les Français », « les juifs », « les homos », Alain Finkelkraut, Charlie Hebdo, les séropositifs, les « travelos »… La liste est longue, et les messages à même d’interpeller. Une prose en 140 signes qui tranche avec l’image de jeune talent à la plume « poétique » et acérée que Meklat s’était jusqu’ici taillée et qui lui a valu jusqu’à aujourd’hui des articles dithyrambiques dans la presse culturelle. Quelques heures auront suffit pour que, soient exhumés et massivement partagés des dizaines de messages issus de son compte twitter personnel @mehdi_meklat.

Ici un tweet de 2011 dans lequel Meklat « regrette que Ben Laden soit mort. Il aurait pu tout faire péter ». Là, Meklat au sujet du dessinateur de Charlie Hebdo, Charb : « Je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et de Charlie Hebdo » (le 30 décembre 2012, avant la tuerie qui a décimé la rédaction). Plus récemment, Alain Finkelkraut qui pointe son nez à un rassemblement de Nuit Debout en avril 2016 : « fallait lui casser la jambe à ce fils de putes ». Plus en amont dans son fil Twitter : « Vive les PD vive le sida avec Hollande » (3 décembre 2013). La campagne de Sarkozy en 2012 ? « Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent ». La remise des Césars la même année ? « Faites entrer Hitler pour tuer les juifs » (24/02/2012). Toute cette vaste littérature en 140 caractères est subitement remontée à la surface de Twitter et a été, depuis, copieusement documentée.

Parmi les premiers et les plus zélés chasseurs de tweets, la fachosphère s’est ruée sur l’occasion. Le blog d’extrême droite Fdesouche publie à tout-va plus d’une cinquantaine de messages de Meklat « journaliste homophobe et antisémite du Bondy blog ». Le site d’extrême droite Boulevard Voltaire, fondé par Robert Ménard, trouve là prétexte à acculer la « gauchosphère sous son vrai visage », quand l’ex-porte parole de génération identitaire s’en donne, lui aussi, à coeur joie. Très vite rejoint dans cette avalanche d’indignation par Marion Maréchal Le Pen.

Ce dimanche, la twitta-éditorialiste du Figaro Eugénie Bastié y allait aussi de ses commentaires en 140 signes, suivis d’un article corrosif, soulignant bien au passage que Meklat avait fondé il y a peu avec le journaliste Mouloud Achour (CliqueTV) les « éditions du grand Remplacement » qui ont lancé en juin dernier un magazine baptisé « Téléramadan ». Cette nouvelle revue annuelle qui entend parler d’islam de façon dépassionnée, avait su trouver un titre pied-de-nez déjà à même de faire bondir certains.

« excréments verbaux »

Mais dans le cas des tweets de Meklat, de fait, la sidération dépasse de loin la sphère des militants de droite et d’extrême droite. D’autres aussi s’indignent : de simples twittos, mais aussi des journalistes, tels Françoise Laborde, Claude Askolovitch, des élus PS comme la ministre de la Famille Laurence Rossignol, ou encore la conseillère municipale Elodie Jauneau sans compter le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gille Clavreul.

Ils interpellent les Inrocks qui ont placé Meklat en Une de leur numéro du 1er février au côté de Taubira. Ils apostrophent également les éditions du Seuil où Meklat vient de publier son ouvrage, et font part de leur stupéfaction. A l’image de l’auteur de bande dessinée, romancier et réalisateur, Joann Sfar qui s’étrangle : « Je découvre tout ça ce matin, il semble que c’est authentique. Je trouve ça inexcusable quand on se veut représentant de la jeunesse. »

Face à l’avalanche de messages indignés, sommé de s’expliquer, samedi après-midi, Meklat se fend finalement de quatre tweets d’excuse et d’explication : « je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes », assure Meklat qui supprimera dans la foulée la totalité de ses tweets d’avant février 2017 (plus de 30 000). Surtout, il affirme que ces messages ne reflètent en rien sa pensée. Il ne nie pas en être l’auteur, mais assure qu’il s’agit de messages parodiques. « Jusqu’en 2015, sous le pseudo Marcelin Deschamps, j’incarnais un personnage honteux raciste antisémite misogyne homophobe sur Twitter ».

Marcellin Deschamps ? Un « personnage fictif », assure-t-il par lequel il avait entrepris de « questionner la notion d’excès et de provocation ». Mais, il l’affirme : les propos de ce personnage « ne représentent évidemment pas ma pensée et en sont tout l’inverse. » Sur Twitter, une fois troqué son pseudo contre son vrai patronyme, le jeune homme n’a pas supprimé ces anciens messages, apparaissant depuis sous son vrai nom Mehdi Meklat.

Dans la foulée, ce samedi, l’animatrice radio Pascale Clark, ex chaperonne de Meklat à France Inter (2010-2015) a pris sa défense « Son personnage odieux, fictif, ne servait qu’à dénoncer », assure-t-elle sur Twitter avant de préciser dans un second message : « Les comiques font ça à longueur d’antenne et tout le monde applaudit ».

Un peu facile de se cacher derrière un personnage fictif ? A la remarque de plusieurs internautes, le journaliste Claude Askolovitch tempère : « c’est même piteux. Mais cela ne change pas la nature de ses messages pourris – une énorme connerie, pas des appels au meurtre ». Si le journaliste ne cache pas son dégoût pour ces messages qu’il assimile à « des excréments verbaux », « des blagues absolument laides, impardonnables, perverses », « dans un jeu périlleux », il se refuse à y voir de « vraies prises de position ». Tout en tançant « un mec qui s’est cru assez malin pour twitter des immondices ».

« Twitter des immondices », sous pseudo dans « un jeu périlleux » ? Yagg, le site de presse LGBT y avait vu davantage qu’un jeu. Le site avait bondi en mars 2014 quand Meklat écrivait sur Twitter : « Christophe Barbier a des enfants séropo ». Yagg le taxe alors d’ « humour sérophobe », « au goût douteux » (visant des personnes séropositives). Le site avait contacté Meklat pour qu’il s’en explique. Réponse de l’intéressé : « J’ai un pseudo sur Twitter, il ne faut pas faire d’amalgame entre mon personnage et moi-même ». Contacté par Yagg, il développait : « Je peux comprendre qu’on se sente insulté par mes tweets, car ils sont parfois extrêmes, provocants ou insultants, mais il ne faut pas en faire des tonnes(…) J’ai créé un personnage violent, provocant, méchant. Pourquoi? Je ne me l’explique pas à moi-même, alors je ne peux pas l’expliquer aux autres. Mais je ne suis pas du tout homophobe. »

« C’est un terrain de jeu, j’y abuse de tout »

En octobre 2012, les Inrocks consacraient un portrait élogieux (comme beaucoup) aux gamins précoces Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, alias « les Kids » de France inter qui entamaient leur quatrième saison sur les ondes de la radio publique. « Un matin, ils partent avec leur micro enregistrer la plainte de la vallée de Florange abandonnée, le lendemain ils sont à l’Elysée et tapent la discute avec Michael Haeneke » écrivent les Inrocks qui dressent le portrait de deux « gamins « talentueux », de « vrais passe-murailles ».

Comme beaucoup, l’hebdo s’enthousiasme de leur « reportages poétiques » et de leur « style unique ». Les Inrocks notent : « ils attirent les sympathies ». Quant à Meklat ? Au passage, l’hebdo raconte que c’est « le plus provoc » de deux. « Il faut le voir sur Twitter, vaguement caché derrière un pseudo depuis longtemps éventé : c’est une vraie terreur. Il se pose en métallo furieux, insulte à tout va, se moque de tout et de tous avec une férocité indécente » écrivent les Inrocks qui commentent : « Ça peut aller trop loin (France Inter lui a déjà demandé de retirer un tweet) mais la plupart du temps, c’est drôle à mourir. » Et Meklat d’expliquer déjà que sur le réseau social il « joue un personnage » : « Je ne suis attaché à rien, je n’ai de comptes à rendre à personne, j’ai la liberté de dire ce que je veux. C’est un terrain de jeu, j’y abuse de tout, je ne me mets pas de limite. »

Trois ans plus tard. Octobre 2015. Les « Kids » de Pascale Clark ont grandi. Lorsque Le Monde les interviewe pour la sortie de leur premier livre, la journaliste s’attarde sur le cas Meklat. « Si doux et poli à la ville, Mehdi s’est inventé sur Twitter un double diabolique, qui insulte à tout-va », écrit Le Monde. Meklat commente alors : « Tout est trop convenu, on n’ose plus s’énerver. L’idée de casser ça en étant méchant gratuitement me plaît ».

En septembre 2016, dans un long article, la journaliste Marie-France Etchegoin revenait pour M le magazine du Monde sur le parcours et l’état d’esprit du tandem Mehdi-Badrou, « une nouvelle génération, à la fois cool et dure, investissant le champ de la culture plutôt que celui des partis politiques, et extrêmement engagée ». Engagée, brillante et convoitée. Comme l’explique M, le duo Mehdi-Badrou est sollicité de toutes parts, ces dernier temps. Ici pour pour un projet avec la Fondation Cartier, là pour écrire un dossier de presse pour un long-métrage avec Depardieu. Ou encore pour mettre en scène la pièce d’un auteur suédois.

Quant à leur magazine Téléramadan, la revue annuelle « des musulmans qui ne veulent plus s’excuser d’exister », la journaliste explique que « Pierre Bergé mais aussi Agnès b ont accepté de soutenir la revue ». Parfait. Seul bémol dans la success story, observe la journaliste : « Les bonnes fées qui accompagnent les deux garçons depuis l’adolescence observent leur évolution, avec parfois une pointe d’inquiétude, qui n’empêche ni bienveillance ni compréhension. » Concrètement ? Il est question notamment de Meklat et de son usage de Twitter. « Un troll déchaîné qui déconne et dézingue à tout-va. «Giclez-lui sa mère», «On s’en bat les couilles», «Elle est pas morte, celle-là?» « , énumère la journaliste qui constate : « il se défoule sur des personnalités dont les manières ou les prises de position sur l’islam n’ont pas l’heur de lui plaire ». Certains parrains et autres bonnes fées, explique la journaliste, s’en soucient : « «Arrête ces Tweets! Tu n’es pas dans une cour de récréation!» Mouloud Achour le met en garde: «Les écrits restent, un jour on te les ressortira.». Quant à Mehdi, raconte la journaliste, il « se défend, la main sur le cœur: «Ce n’est pas moi, c’est un personnage que j’ai inventé», ne pouvant s’empêcher d’ajouter, comme dans un lapsus: «Mes Tweets sont des pulsions!» »

Meklat et son avatar pulsionnel, une histoire qui ne date pas d’hier. Un double « je » qui ne semble pas géner Meklat, mais qui ne met pas tout le monde à l’aise. Ce dimanche, l’animateur de la Grande Librairie (France 5) François Busnel, qui avait invité Meklat cette semaine publie un communiqué pour prendre ses distances avec son invité. Busnel y affirme que si il avait eu connaissance de ces messages, il n’aurait pas invité le jeune homme dans son émission.

Samedi, le Bondy Blog, pressé par une foule d’internautes de réagir, avait également publié un message sur Twitter , expliquant que « les tweets de Meklat n’engagent en aucun cas la responsabilité de la rédaction ».

Et le média de préciser : « Puisqu’il y a des évidences qu’il faut affirmer, le Bondy Blog ne peut cautionner des propos antisémites, sexistes, homophobes, racistes, ou tout autre propos discriminatoires et stigmatisants, même sur le ton de l’humour ».

Voir aussi pour mémoire:

Les réactions en France

Le Nouvel Obs

07 novembre 2008

LES POLITIQUES 

A droite :

Jacques Chirac, ancien président : « Alors que votre élection suscite dans le monde émotion et espoir en ces temps difficiles, je ne doute pas que la France et le peuple français auront à coeur d’entretenir et d’approfondir avec votre pays et le peuple américain, les liens d’amitié et de coopération si intenses qu’une longue histoire commune a forgés ». « En récompensant votre inlassable engagement en faveur des valeurs fondamentales de liberté, de démocratie et de progrès, le peuple américain a adressé au monde un message d’ouverture et d’optimisme », affirme également Jacques Chirac, en adressant à Barack Obama ses « félicitations les plus vives et les plus chaleureuses pour cette très brillante victoire ». (Lettre adressée à Barack Obama)

Nicolas Sarkozy chef de l’Etat français : « Quel que soit le pays, quelle que soit la région du monde, c’est le changement qui avait gagné, qu’Obama avait dans cette campagne incarné la rupture. L’Amérique a fait hier soir le choix de la rupture ». « Les Etats-Unis avaient vécu une belle campagne présidentielle avec un taux de participation record de 66%, une campagne entre un fils d’immigré kenyan d’un côté, et de l’autre un héros de la guerre, John McCain ».
« Toute cette campagne et son dénouement traduisaient la capacité de la démocratie américaine à se renouveler, à se régénérer. Il a indiqué que le nouveau président, Barack Obama, avait compris que l’Amérique devait à nouveau se tourner vers le monde et qu’il y aurait incontestablement des opportunités de renforcement des liens transatlantiques ». (Porte-parole de Nicolas Sarkozy)

Jean-Marie Le Pen, président du Front national : « Le sénateur Obama n’a pas fait sa campagne électorale sur sa couleur, au contraire. Ce n’est pas le fils d’un Noir américain, c’est un métis, fils d’un Noir africain, qui ne porte donc pas sur les épaules le poids de l’esclavage et qui par conséquent est beaucoup plus à l’aise que quiconque ». Il s’agit « d’une victoire conjoncturelle, c’est-à-dire que c’est la présidence de Bush qui est condamnée ». Jean-Marie le Pen dit ne pas être « choqué » par l’élection d’un Noir. « Ca me choque d’autant moins que la première fois que j’ai été élu député, en 1956, mon deuxième de liste était un Noir. (…) Je n’ai pas de leçons à recevoir ». (Vidéo mise en ligne sur son site).

Brice Hortefeux, le ministre de l’Immigration : L’élection de Barak Obama allait « changer le regard des Français et en général des Européens sur les Etats-Unis ». « Il y a aussi un côté symbolique puisque chacun sait que Barak Obama est d’une famille issue de l’immigration ». « C’est le témoignage que le défi de l’intégration peut être relevé ». « L’apport de l’immigration est lié intrinsèquement à l’histoire des Etats Unis ». « En Europe, même si les politiques d’intégration ont globalement échoué, je pense qu’on peut être optimiste ». « En France et en Europe, ces politiques sont à bout de souffle. C’est pour cela que j’ai organisé la conférence européenne de Vichy ». « La démarche d’Obama symbolise le renouvellement et sans doute la rupture après deux mandats d’administration républicaine et aussi la crise financière ». (Déclaration à la presse)

François Bayrou, président du Mouvement démocrate (MoDem) : « Après le désastre des années Bush (…), l’élection de Barack Obama fait que le monde respire mieux ». « Nous savons que le nouveau président n’aura pas une baguette magique, qu’il ne résoudra pas tous les problèmes en un jour », et que « dans l’ombre, de puissants intérêts ne se laisseront pas oublier ». « Mais au moins pouvons-nous espérer qu’une nouvelle vision, plus ouverte, plus généreuse, plus sociale, inspire la politique américaine ». « Nous pouvons espérer qu’Europe et Etats-Unis, avec les autres grandes régions du monde, inventent ensemble un partenariat pour la planète ». « Ensemble, ils peuvent répondre à la grande question : la démocratie peut-elle gouverner le monde, au lieu de la force militaire ou de la force de l’argent ? ». Cette élection représente également « un message personnel à des centaines de millions d’hommes et de femmes, de garçons et de filles, à la peau noire, qui ont vécu l’expérience de la discrimination ». « Pour eux, ce n’est pas seulement une grande nouvelle politique, c’est une grande nouvelle humaine, un grand espoir pour leur vie ». (Communiqué)

Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’Emploi: « On a l’impression que tout à coup, on a ouvert les fenêtres sur une politique américaine qui sentait la naphtaline » (Déclaration à la sortie du conseil des ministres).
« On a la même analyse des choses. Ca devrait permettre d’avoir des points de convergence (entre la France et les Etats-Unis) mais ce n’est pas parce qu’Obama est génial – ce dont je suis convaincu – que c’est nécessairement bon pour notre pays ». Il faut « qu’on regarde comment le travail ensemble va se faire. Notre job, c’est de s’assurer que les intérêts des Etats-Unis convergent avec les nôtres. » (Déclaration sur Canal +)

Nadine Morano
, secrétaire d’Etat en charge de la Famille: « En élisant Barack Obama, le peuple américain a changé le visage du monde (…) Un président métis à la Maison Blanche, c’est le sens de l’histoire qui est en marche ». (Communiqué)

Alain Juppé, ancien Premier ministre : « Il y a une espèce d’enthousiasme un peu partout, (mais) il faut quand même se dire que le monde ne va pas changer du jour au lendemain et que la tâche qui attend Obama est formidable, dans tous les sens du mot : à la fois enthousiasmante et un peu effrayante ». (Déclaration sur Canal+)

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre : « c’est une formidable victoire pour les Etats-Unis, pour la démocratie américaine mais c’est surtout la fierté retrouvée pour les Américains. (…) (Il y a une) incertitude parce que se retrouver président des Etats-Unis dans un moment de crise sans avoir eu d’expérience préalable de grande fonction dans l’administration américaine, c’est évidemment un pari ». (Déclaration sur LCI)

Axel Poniatowski (UMP), président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale : « C’est avant tout l’espoir d’une approche américaine plus multilatérale dans les affaires internationales. C’est aussi l’espoir de sortir plus vite de la crise économique et financière en parvenant à un accord consensuel sur une économie de marché mieux régulée et mieux encadrée ». (Communiqué)
« Notre vie politique n’a pas connu encore le renouvellement que connaissent aujourd’hui les Etats-Unis: nous avons d’un côté un parti de mouvement et de rupture, de l’autre côté un parti de contestation, il reste à inventer un grand mouvement de réconciliation. Mais force est de constater qu’en France, personne ne revendique aujourd’hui cette stratégie ».
Selon l’ancien Premier ministre, la différence entre Nicolas Sarkozy et le président américain élu Barack Obama, c’est que le premier prône « la rupture » là où le deuxième incarne « la réconciliation ». (Déclaration sur Europe 1)

Valérie Létard
, secrétaire d’Etat à la solidarité: La victoire de Barack Obama est « un espoir pour l’évolution du droit des femmes » car il « s’est engagé pour la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes » (Communiqué)

Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la politique de la Ville: salue « un formidable exemple d’un renouveau du rêve américain, où chacun, quelle que soit son origine sociale ou ethnique, peut se dire que c’est possible. Barack Obama, incarne pour toute une jeunesse, notamment celle des quartiers populaires, le symbole d’un espoir, d’un changement pour le progrès de l’humanité ». (Déclaration)

Mouvement national républicain (MNR, extrême-droite) : « S’étonne des réactions outrancières voire parfois délirantes de la classe politico-journalistique après l’élection de Barack Obama (qui) relèvent d’un parti pris idéologique dépourvu de toute rationalité puisqu’elles ne se fondent que sur la personne du nouveau président et nullement sur son programme » (Communiqué).

Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée nationale : « L’élection de Barack Obama ouvre une ère nouvelle pour l’Amérique et marque la force et la vitalité de la démocratie américaine ». « Lors de sa première visite en France, j’aurai le plaisir et l’honneur de l’inviter à s’exprimer devant l’Hémicycle de l’Assemblée nationale ».

Nicolas Sarkozy, chef de l’Etat français, félicite Barack Obama pour sa « victoire brillante ». « Recevez mes félicitations les plus chaleureuses, et à travers moi, celles du peuple français tout entier. Votre victoire brillante récompense un engagement inlassable au service du peuple américain. Elle couronne également une campagne exceptionnelle, dont le souffle et l’élévation ont prouvé au monde entier la vitalité de la démocratie américaine, en même temps qu’ils le tenaient en haleine », écrit le chef de l’Etat. « En vous choisissant, c’est le choix du changement, de l’ouverture et de l’optimisme qu’a fait le peuple américain. Alors que le monde est dans la tourmente et qu’il doute, le peuple américain, fidèle à ses valeurs qui font depuis toujours l’identité même de l’Amérique, a exprimé avec force sa foi dans le progrès et dans l’avenir », juge-t-il. « Ce message du peuple américain résonne bien au-delà de vos frontières. Au moment où nous devons faire face tous ensemble à d’immenses défis, votre élection soulève en France, en Europe et au-delà dans le monde un immense espoir. Celui d’une Amérique ouverte, solidaire et forte qui montrera à nouveau la voie, avec ses partenaires, par la force de l’exemple et l’adhésion à ses principes ». « La France et l’Europe, qui sont unies depuis toujours aux Etats-Unis par les liens de l’histoire, des valeurs et de l’amitié, y puiseront une énergie nouvelle pour travailler avec l’Amérique à préserver la paix et la prospérité du monde. Soyez assuré que vous pourrez compter sur la France et sur mon soutien personnel ».

François Fillon, Premier ministre : « Votre si belle victoire est historique. Elle illustre la vitalité et la maturité de la démocratie américaine. Elle consacre votre parcours exceptionnel qui constitue un symbole éclatant de renouveau et de rassemblement ». « Votre succès est le signe que le rêve américain continue d’inspirer votre peuple. Et ce rêve transcende aujourd’hui les frontières. Votre victoire adresse au monde un message d’espoir et d’ouverture ». « Votre élection célèbre la force des idéaux américains. Elle vous place devant de très hautes responsabilités. Face aux défis de notre temps – qu’il s’agisse de la crise financière, du changement climatique ou de la paix au Proche-Orient – je tiens à vous assurer de l’importance qu’attache mon gouvernement au lien transatlantique. La France sera à vos côtés pour répondre à ces défis, comme elle l’a toujours été au cours de la longue histoire qui unit fraternellement nos deux pays ».

Christine Lagarde, la ministre de l’Economie a salué l’élection « symboliquement extraordinaire » de Barack Obama et estimé que l’arrivée au pouvoir d’un représentant d’une minorité s’était déjà « un peu produite en France » avec l’élection de Nicolas Sarkozy.
« C’est symboliquement extraordinaire de voir un représentant d’une minorité prendre les commandes d’un pays qui est la première puissance économique, la première puissance militaire au monde ».
« Le président de la République aujourd’hui, à plusieurs reprises, a indiqué qu’il était lui-même le représentant d’une minorité ». Concernant l’impact de l’élection de Barack Obama sur la crise économique, Christine Lagarde a estimé qu' »il ne (fallait) pas soulever trop d’espérance », ajoutant que le nouveau président américain devra faire face « à une situation sur le plan financier et économique extrêmement détériorée ». « Je serais très étonnée qu’il ne souhaite pas avancer dans la même direction que nous : c’est-à-dire plus de supervision, des marchés organisés (…), pas de produits financiers à risque et puis pas d’acteurs financiers qui opèrent (…) sans surveillance ». (Déclaration sur France 2)

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères : L’élection de Barack Obama est une « occasion historique de conjuguer nos efforts ». Il salue la victoire d' »un homme attaché au dialogue ». « J’adresse mes plus chaleureuses et très amicales félicitations au sénateur Barack Obama pour son élection à la présidence des Etats-Unis d’Amérique et lui souhaite le plus grand succès pour son action future à la tête de son pays ». « Ensemble, nous devons saisir l’occasion historique de conjuguer nos efforts pour relever les défis économiques, climatiques ou de sécurité auxquels nous sommes tous également confrontés ». « Je rends hommage à l’esprit d’engagement, de générosité et de tolérance qui anime Barack Obama ». Le monde a « besoin de son dynamisme, de son refus des injustices et de sa volonté d’aller de l’avant pour bâtir un monde plus stable, plus sûr et plus juste ».

Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP : « Les Américains ont aujourd’hui élu le rêve américain. En quelques heures, les Etats-Unis sont redevenus aux yeux du monde ce qu’ils ont commencé d’être au jour de leur création : le pays de la jeunesse et de l’égalité, la nation de tous les possibles, un modèle pour les peuples démocratiques et ceux qui aspirent à le devenir ». « A l’heure où, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, l’Europe propose de fonder un nouvel ordre mondial, nous avions besoin que la première puissance du monde recouvrât son autorité morale : Barack Obama, parce qu’il est l’enfant du métissage, l’incarnation du mérite et de l’effort, avait le pouvoir d’opérer ce changement en un jour ». « Un point décisif a donc été marqué ; il faut à présent transformer l’essai. Il faut que le président Obama soit à la hauteur de l’espérance immense qu’il a suscitée de part et d’autre de l’Atlantique ». « Nul doute que le phénomène Obama aura une influence en Europe et en France ».

Bruno Gollnisch
vice-président exécutif du FN aux relations internationales: « je présente nos félicitations à M. Barack Obama pour son élection à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. (…) Attaché à la souveraineté des Etats et à la liberté des nations, le Front national portera avant tout son attention » à « sa politique étrangère, dont les conséquences importent à la France », et notamment à « son respect des règles du droit international » et « son action en faveur d’une paix véritable au Moyen-Orient« .

Hervé Morin, président du Nouveau Centre, ministre de la Défense: « Demain, nous retiendrons que 2008 fut cette année où l’élection du président américain a débouché sur une grande leçon pour le monde entier : une leçon de liberté. Une leçon également pour la démocratie française et sa capacité à porter l’égalité des chances et l’accès de tous aux fonctions politiques, quel que soit son continent d’origine ou la couleur de sa peau ». (communiqué)

Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme: « L’Amérique d’aujourd’hui, de 2008, n’est pas la même qu’avant. Nous assistons à la fin d’un monde et au début d’un autre, plein de promesses ». « Ce qui s’est passé là, c’est une chute du mur de Berlin fois dix ». « Je crois que ce matin, nous avons tous envie d’être Américains ». « J’ai le cœur, pardon, alourdi par l’émotion, une émotion qui me fait dire que si elle est comme ça la vie, elle vaut la peine d’être vécue ». Rama Yade a estimé que cette élection était « un défi qui est lancé à une bonne partie du monde ». « C’est à nous de relever le gant pour ne pas vieillir trop vite ». « Je crois que Barack Obama n’appartient pas ce matin à l’Amérique seulement, mais à l’ensemble du monde ». ( Déclaration sur Europe 1 et France Info)
« On sort de l’unilatéralisme de combat, on sort de l’idéologie dans les relations internationales, il (M. Obama) est dans une logique beaucoup plus pragmatique, de dialogue et d’ouverture » dans un monde « instable et dangereux. On vérifiera la mise en pratique sur certains dossiers très chauds, la fermeture de Guantanamo bien évidemment, le retrait des troupes en Irak (…), l’Afghanistan (…) ». Elle a également cité la question « des menaces plus précises au niveau de certains Etats ». (Déclaration à l’émission Questions d’info (LCP-France Info-AFP)

Yves Jégo, secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-Mer: « Dans un monde bouleversé, il n’est pas anodin que l’homme réputé le plus puissant de la planète soit un métis qui plonge une partie de ses racines en Afrique. Un nouvel espoir est né pour l’Amérique bien sûr qui aspirait au changement mais pour le monde entier qui espère que Barack Obama saura être un artisan de la paix et de la prospérité partagée. Il faut saluer la démocratie américaine qui sait ouvrir de telles perspectives ». (communiqué)

Parti radical (associé à l’UMP) : « Symbole de l’évolution de la société américaine vers une plus grande égalité des chances », la victoire d’Obama « constitue un exemple et apporte un espoir pour les communautés à l’écart de l’accès aux plus hautes fonctions ». (Communiqué)

Nicolas Dupont-Aignan
, président de Debout la République : « Après huit années d’une présidence Bush catastrophique, la victoire de Barack Obama prouve qu’il ne faut jamais désespérer de la démocratie. (…) Cette belle leçon de démocratie aux Etats-Unis oblige la France et l’Europe à une réelle rénovation de leur projet et de leurs pratiques politiques ». (Communiqué)

Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement : « La victoire d’Obama est celle de la rupture. En cela, elle rappelle celle de Nicolas Sarkozy en mai 2007 ». (Communiqué)

Jean-François Copé
, président du groupe UMP à l’Assemblée : « Ce qui est très intéressant, c’est d’aller un peu au-delà de cette Obamania, parce qu’il y a un petit côté (…) un peu naïf. Il faut éviter de tomber dans une trop grande naïveté », a ajouté Jean-François Copé, pour qui Barack Obama « a surtout créé une espérance formidable. Et du coup, comme tous les présidents élus qui créent ces espérances, (…) assez vite il faut éviter de la décevoir.Etre capable de réconcilier l’Amérique avec elle-même, et en même temps la réconcilier avec le monde, parfois, ce sont deux objectifs qui peuvent être contradictoires. Attendons de voir le résultat. »

A gauche

Arlette Laguiller
, porte-parole de LO: « On peut éprouver une certaine satisfaction à l’élection d’Obama, car elle signifie l’échec du camp (…) du conservatisme social et de la bigoterie affichée. C’est le désaveu de Bush ». Mais « Obama gouvernera, comme tous ses prédécesseurs, en fonction des intérêts de la grande bourgeoisie américaine ». (Communiqué)

Olivier Besancenot, porte-parole de la LCR : Aux Etats-Unis, cette élection « est vécue comme une victoire symbolique majeure contre le racisme. Une page se tourne ». Mais « Barack Obama, c’est le candidat qu’a choisi une grande partie de la classe possédante et des milieux d’affaire de ce pays, pour prendre des mesures de sauvetage du capitalisme et de leurs intérêts ». « Aucune mesure favorable aux travailleurs ne figure à son programme ».
Il souhaite que « la liesse populaire ouvre la voie » à « la mobilisation pour imposer des mesures sociales » et « le retrait immédiat des troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan ». (Communiqué, vendredi 7 novembre)
« Ce qu’on peut espérer en tous les cas, c’est que la classe politique française ne se rue pas sur l’effet Obama pour en faire un effet marketing, et nous sortir une belle unanimité qui ne sera qu’une unanimité de façade ». « Avant qu’en France, il y ait des Noirs, des Arabes, des ouvriers, des femmes, et des jeunes sur les bancs de l’Assemblée nationale, il y a encore du chemin ». (Déclaration sur France 3)

Marie-George Buffet
, secrétaire nationale du PCF: « Pour celles et ceux qui se battent contre le racisme, les discriminations, dans le combat pour l’égalité, il y aura un avant et un après 4 novembre 2008. (…) Le défi est immense et le plus dur reste à faire, à savoir ne pas décevoir les attentes que la campagne du sénateur de l’Illinois a suscité aux Etats-Unis mais aussi dans le monde ». (Communiqué)

Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical de gauche : « La victoire historique de Barack Obama est celle de la générosité, de la fraternité et de l’espoir de paix dans le monde. Après huit ans de présidence Bush l’attente est forte d’une Amérique réconciliée avec elle-même et avec les autres nations ». (Déclaration à la presse)

Les Verts : « C’est un symbole d’une portée immense pour un pays marqué par l’histoire de l’esclavage et la discrimination, et pour le monde entier. La victoire de Barack Obama est une formidable leçon pour la classe politique en France qui peine encore à élire des représentants issus de la diversité. Au-delà même de ce symbole, l’élection de Barack Obama est porteuse d’espoirs ». (Déclaration à la presse)

Laurent Fabius, ancien Premier ministre : « Il va y avoir sûrement plus de multilatéralisme, mais en même temps Obama sera un partenaire très coriace. (…) Il y a une grande inconnue, c’est quelle va être son attitude vis-à-vis de la crise économique. Les Etats-Unis sont quand même à l’origine d’une grande partie de la crise économique par leur endettement. » (Déclaration sur Canal+)

François Hollande, le premier secrétaire du Parti socialiste a salué l’élection « si symbolique » de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, et appelé à « un dialogue nouveau » de l’Europe et de la France avec l’Amérique. « L’élection de Barack Obama est une victoire, d’abord, du peuple américain. Il a eu cette audace, ce courage, cette force de choisir, non pas simplement le camp du progrès (…) mais un homme dont chacun connaissait les origines, les positions, la couleur de peau ». « C’est un choix qui a une résonance au-delà même des Etats-Unis d’Amérique ». Cependant, a-t-il souligné, « si le monde est forcément concerné par cette belle élection si symbolique, l’élection du président des Etats-Unis n’est pas l’élection du président du monde ». « Barack Obama est un grand président des Etats-Unis mais il est le président des Etats-Unis. Il défendra – et c’est son devoir – les Etats-Unis d’Amérique et non pas le monde ». « Le rôle de l’Europe, le rôle de la France, est d’engager un dialogue nouveau avec l’Amérique, de le faire avec le respect qui s’attache à ce qui a été la volonté du peuple américain, avec l’admiration qui peut être vouée à Barack Obama, mais aussi avec le sens des intérêts du monde ». (Déclaration à la presse)

Ségolène Royal, en lice pour la conquête du PS au congrès de Reims : « L’élection de Barack Obama est un extraordinaire message d’espoir. C’est un changement d’époque car le monde vient de franchir un nouveau cap ». « Je forme le vœu que l’Amérique métissée fasse du même coup progresser partout la fraternité mondiale ».
« Trois chantiers doivent désormais avancer en partenariat avec l’Europe. Premièrement, résoudre la crise sociale et financière en changeant les règles du jeu; deuxièmement, agir pour la paix; troisièmement, lutter contre le réchauffement planétaire ». (Communiqué à la presse)

La maire de Lille, Martine Aubry : « C’est avec une grande émotion que j’ai appris avec des millions de Français l’éclatante victoire de Barack Obama ». « Le grand peuple américain a réalisé le formidable rêve de Martin Luther King, en portant un homme noir à la présidence des Etats-Unis d’Amérique ». « L’élection de Barack Obama est un message de paix, de justice et de fraternité au monde entier. C’est aussi un espoir d’une vie meilleure pour des millions d’Américains ». (Déclaration à la presse)

Bertrand Delanoë, maire de Paris et candidat au poste de premier secrétaire du PS, a vu dans l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis « un formidable message d’espoir et de sursaut dans un monde en proie au doute et à la confusion ».
« Au nom de Paris et en mon nom personnel, je salue donc sa magnifique victoire et je forme des voeux pour que sa présidence fasse écho à l’espérance de paix, de progrès et de justice à laquelle son projet, son nom, et son image sont désormais associés ».
« Symboliquement », cette élection « illustre la force et la richesse d’une société multi-culturelle, quand elle sait puiser dans toutes ses ressources ».
« Les Européens peuvent voir dans la remarquable victoire du candidat démocrate, la perspective de rapports plus fructueux, plus constructifs, plus solidaires et d’un dialogue indispensable à la résolution des grands problèmes internationaux, dont le combat universel pour la défense de l’environnement ». (Communiqué)

Jack Lang
 (PS), député et ancien ministre : « L’Amérique que nous aimons est de retour: l’Amérique de l’audace, de la générosité. C’est un grand et beau jour pour le monde. (…) L’élection de Barack Obama aura un effet électrochoc et sera porteuse d’une révolution des esprits et des pratiques politiques. Puisse cet exemple inciter les pays d’Europe à s’engager à leur tour sur la voie de vrais changements. Dans ce nouveau contexte, la métamorphose de la gauche française s’impose plus que jamais ».

Arnaud Montebourg, député PS : « Cette victoire est une immense émotion pour le monde entier qui observe un grand peuple, le peuple américain, porter un homme de gauche, noir, jeune, à la tête de la première puissance mondiale. En rejetant massivement les abus, les dangers et les injustices du pouvoir républicain, les Américains viennent de montrer la générosité dont ils savent faire preuve dans les moments difficiles de l’Histoire. C’est un nouveau chemin pour le monde que nous pourrons, espérons-le, à nouveau tracer avec le peuple américain pour le reste de la planète ». (déclaration à l’AFP)

Victorin Lurel, député socialiste et président du Conseil régional de la Guadeloupe : « Cette élection, la première d’un homme noir, métis, démontre que les Etats-Unis s’acceptent comme une nation multiculturelle et multiethnique, qui plus est autour de valeurs très progressistes. Il faut croire en la puissante valeur symbolique de cet exemple, en particulier dans notre République ». (communiqué)

Le Parti communiste français: « L’élection d’un président noir est un fait de grande portée dans l’histoire des Etats-Unis et un facteur d’encouragement pour toutes celles et ceux qui agissent, partout, contre le racisme et les discriminations ». (communiqué)

Harlem Désir, eurodéputé PS, ancien président de SOS Racisme : « C’est l’ensemble du peuple qui vient d’élire un homme en dépit de la couleur de sa peau ou y compris à cause de la couleur de sa peau, pour envoyer un signal d’optimisme et d’espoir au monde. C’est un peu une prise de la Bastille: elle a une portée universelle, elle nous parle de notre propre rapport à la diversité ». (Déclaration sur RTL)

Benoît Hamondéputé européen : « Les Américains ont pris la mesure du renversement de cycle auquel est confronté le monde, notamment en raison de la faillite du système libéral. Ils ont clairement fait le choix du changement ». « Les Français déclarent que s’ils étaient Américains, ils voteraient Obama. Pour vérifier si cela serait possible en France encore faudrait-il que les partis présentent des Obama, déjà à des élections locales pour commencer.Je ne suis pas Noir mais j’ai quand même trois défauts au parti socialiste: je suis issu d’un milieu modeste, je suis fils d’ouvrier et pas énarque et je suis de gauche et je l’assume » (Conférence de presse)

AUTRES

Pierre Henry, directeur de France Terre d’asile: C’est « un moment d’espoir et d’émotion pour les progressistes du monde entier ».(Communiqué).

François Chérèque (CFDT): « J’espère qu’on aura enfin un chef d’Etat de la plus grande puissance mondiale qui amènera ses collègues chefs d’Etat vers une politique de justice au niveau mondial » et que « son origine africaine le fera agir pour une meilleure répartition des richesses dans le monde et chez lui » (Déclaration).

CFTC: Cette élection « fait germer une grande espérance en même temps qu’une exigence pour une autre politique, un autre modèle de société plus équitable, plus solidaire et plus humain » (Communiqué)

Agir contre le chômage: « Nous souhaitons au président Obama bonne chance, mais lui disons aussi que les lobbies financiers et économiques demeurent très puissants » (Communiqué)

Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples): Cette victoire est « un défi à l’ensemble de la société française, qui n’arrive pas à assumer sa diversité et à la traduire dans la représentation nationale ». « Il est urgent de regarder en face l’immense décalage entre les proclamations des valeurs universelles et leurs pratiques, et de passer des paroles aux actes » (Communiqué).

Samuel Solvit, président du comité français de soutien à Barack Obama: « lorsqu’on a su qu’Obama avait gagné, ça a été de la folie, une formidable explosion. En vérité, les mots je ne les trouve pas, c’est tout simplement historique, quel espoir et quels challenges à accomplir, pour les Etats-Unis et pour le monde, même si évidemment ce sera dur! Ce qui compte ce matin c’est l’espoir ». (déclaration à l’AFP)

Le Conseil représentatif des institutions juives de France : « Convaincu que le nouveau président s’attachera à renforcer les relations avec la France pour consolider la paix et la démocratie dans le monde », le Crif « espère que le nouveau chef de l’exécutif américain s’opposera avec détermination et sans angélisme aux projets nucléaires du régime iranien fanatique, agressif et négationniste ». Il « émet des vœux pour que la nouvelle administration américaine favorise par des mesures réalistes la paix au Proche Orient ». (Communiqué)

Le MEDEF a salué « l’élection historique de Barack Obama qui devient le 44e président des Etats-Unis d’Amérique ». « Comme ils l’ont fait à de nombreuses reprises au cours de leur histoire, les citoyens américains ont su renouveler hier la promesse du rêve américain ». Pour Laurence Parisot, présidente du MEDEF, « cette élection prouve l’extraordinaire capacité de l’Amérique à se réinventer et être toujours à la pointe de la modernité ». « C’est la victoire de la jeunesse et de la diversité. C’est l’image d’une Amérique qui croit en elle-même et qui adresse par cette élection un message d’espoir au monde ». Le MEDEF « souhaite que cette élection donne une nouvelle impulsion à la relation transatlantique pour que des solutions communes puissent être élaborées et mises en œuvre dans le difficile contexte financier et économique auquel le monde doit faire face ». (Communiqué)

Le Conseil représentatif des organisations noires (Cran), son président, Patrick Lozès salue un résultat qui « soulève un immense espoir non seulement pour les Noirs mais pour la justice dans le monde ». Aujourd’hui, les Noirs de France regardent vers les Etats-Unis où le rêve américain est à nouveau relancé. Une délégation du Cran, qui demande à Nicolas Sarkozy de ne pas « ignorer cette revendication urgente d’égalité des noirs de France », se rendra « aujourd’hui (mercredi) à 16H00 à l’Elysée afin de porter de vive voix, son message à Nicolas Sarkozy« . (Communiqué)

Dominique Sopo, président de SOS Racisme : « Par son parcours qui en fait aujourd’hui le premier président ‘noir’ des Etats-Unis, Barack Obama nous montre la valeur de l’engagement citoyen » après que « plusieurs générations se sont battues pour l’égale dignité entre les citoyens ».Dominique Sopo souhaite que le succès d’Obama inspire « les responsables politiques d’autres pays – dont le nôtre – quant à la possibilité de concilier l’honnêteté du discours politique et la capacité à soulever des rêves et des espoirs fondés sur le vivre-ensemble et sur le progrès pour tous ». (communiqué)

Fodé Sylla, ancien président de SOS racisme : « Mieux qu’une leçon, c’est un conseil que nous donnent les citoyens nord-américains : celui d’ouvrir les portes des institutions de la République aux Français issus de l’immigration (…) depuis les mairies jusqu’à l’Assemblée nationale ou encore au Parlement européen. Les prochaines élections européennes seront un premier test qui montrera si les partis politiques français ont compris ce message ». (Communiqué)

Lilian Thuram, ancien capitaine de l’équipe de France de football, originaire de Guadeloupe : « Un président noir, la première femme des Etats-Unis noire, c’est une grande leçon de la société américaine. Cela va dans le sens qu’il faut sur la réflexion qu’on doit avoir sur l’homme ».
« C’est extraordinaire quand on connaît l’histoire des Etats-Unis, l’esclavage, la lutte des Noirs pour exister dans cette société, avec Rosa Parks la première à avoir dit non, les mouvements civiques qu’il a fallu ». « Cela donne envie d’avoir confiance en l’avenir, il faut espérer une réelle réflexion sur notre société en mouvement. Il faut espérer qu’il en découle une société plus juste et un visage du monde plus équitable ». (Déclaration à la presse)

 Voir par ailleurs:

L’ONU, pompier incapable devenu pyromane
Tribune Avoir l’honneur d’écrire dans l’hebdomadaire fondé par Raymond Bourgine, courageux défenseur de l’alliance franco-israélienne, autorise toutes les audaces à l’heure de l’unanimisme niais de la classe politique et médiatique en faveur de la résolution onusienne et me dispense dans le même mouvement d’avoir à me défendre d’une trop subjective tribalité.
Gilles-William Goldnaden
Valeurs actuelles
3 janvier 2017

Je relisais hier La guerre des six jours du grand Pierre Boutang, publié récemment par les éditions « Les Provinciales », dirigées par l’excellent Olivier Veron. Cet ouvrage issu des articles écrits dans le feu de l’été 1967 dans la Nation Française rappelle le lien historique sacré entre Paris et Jérusalem, Saint-Louis et David, la France chrétienne et l’État juif.

En notre période de reniement par l’inculture, je cite cette phrase de ce compagnon de tranchée du philosophe juif Levinas et du philosophe chrétien Gabriel Marcel : « Israël n’est pas incompatible avec l’existence des peuples arabes, en leur diversité, et qui auraient oublié le principe conquérant de l’islam si quelques démagogues (d’ailleurs inspirés d’un autre islam, celui du germanisme nazi) ne l’avaient réveillé, et réveillé contre les seuls juifs. »

Et le livre de rappeler deux citations prophétiques : celle de Karl Barth : « Il est impossible de comprendre le national-socialisme, à moins de voir qu’il s’agit en fait d’un nouvel islam… » et celle de Carl Gustav Jung : « nous ne savons pas si Hitler est en passe de fonder un nouvel islam (…) ce pourrait être le futur de l’Histoire »

C’est dans ce cadre métapolitique inchangé mais toujours aussi terrifiant que nos petits politiciens sans vertu et nos petits folliculaires sans recul ont accueilli le dernier acte à l’ONU de l’islamo-gauchiste de la Maison-Blanche, fidèle disciple du pasteur Jérémy Wright, et le dernier discours de son dévoué secrétaire. On remarquera au passage, que jamais une abstention n’aura autant été considérée par les thuriféraires et les laudateurs de Monsieur Obama comme un acte de volonté et de détermination aussi admirable.

Il n’est pas de mon intention de prouver, même dans ces colonnes, que depuis le traité de San Remo de 1920, le statut juridique des territoires concernés n’a rien à voir avec une occupation illégale au sens que lui donne le droit international. Au demeurant, et à notre époque où la référence au Droit et à l’Histoire est contre-productive lorsqu’elle se heurte à l’émotion d’une opinion publique travaillée, mes efforts juridiques seraient inutiles. Qu’il me soit en conséquence permis de faire trois remarques.

  • Touchant au vocabulaire : je sais bien que l’utilisation lexicale française du terme « colonisation » a une vocation péjorative (l’anglais « settlement » est plus neutre). Raison pourquoi, personne ne m’empêchera, dans ce cas, d’utiliser le même vocable concernant l’implantation de colonies de peuplement musulmanes dans certaines régions de France, parfois illégalement, et toujours sans l’autorisation des populations autochtones. J’ajouterai que même un linguiste médiocre est à même d’observer qu’un juif est moins étranger à la Judée qu’un Pakistanais sans papiers à l’Île-de-France.
  • Et concernant précisément l’opinion publique mystifiée, j’écrivais récemment dans ces colonnes que la désinformation principale passait moins par le mensonge que par la dissimulation des faits. J’en rapporterai en conséquence deux, sciemment cachés au seul public français :
    La condamnation par la première ministre britannique Theresa May du discours de John Kerry : « nous ne pensons pas que la bonne façon de négocier la paix soit de se focaliser seulement sur les constructions dans les implantations, alors que le conflit entre les Israéliens et les Palestiniens est clairement bien plus complexe. » Theresa May faisait clairement référence au refus septuagénaire des Arabes palestiniens de reconnaître Israël en tant qu’État du peuple juif et de cesser leurs exigences de voir la descendance de la descendance des réfugiés de 1948 regagner leurs foyers pour mieux le submerger.Précisément, ce double refus, soigneusement dissimulé par la presse hexagonale, toujours aussi irénique à l’égard du récitatif palestinien, sont rappelés moins de 24 heures après la résolution par la bouche même du ministre des affaires étrangères de l’Autorité Palestinienne : « Il n’est pas possible pour nous de reconnaître un État juif. Nous ne renoncerons pas à notre droit au retour » (Riad Al Maliki). Il faut être aveugle, sourd et autiste à la fois pour ne pas vouloir comprendre que sans cet irrédentisme, les Arabes de Palestine auraient depuis longtemps l’État et les territoires concernés que Barack et Olmert leur avait proposés. Les voilà, à nouveau, encouragés dans leur obstination par la grâce de l’ONU.
  • Parlons-en, pour finir, de cette organisation qui aura échoué lamentablement–tout comme le président américain–à empêcher le massacre de 400 000 personnes en Syrie et qui voudrait se refaire une santé sur celle du seul État démocratique de la région. La presse hexagonale a en effet caché soigneusement les déclarations testamentaires de son Secrétaire Général sortant, Ban Ki Moon, reconnaissant que par ses condamnations obsessionnelles et disproportionnées du seul État d’Israël, l’ONU s’était disqualifiée.Prenons donc enfin connaissance de ce discours du 16 décembre :

« Des décennies de manœuvres politiques pour créer un nombre disproportionné de résolutions, de rapports de comités contre Israël… Durant les 10 années passées, j’ai soutenu que nous ne pouvons pas avoir un parti pris contre Israël à l’ONU. Ce volume disproportionné de résolutions contre Israël a anéanti la capacité de l’ONU à remplir efficacement son rôle. » (The Indépendent)

Si le patron de l’ONU reconnaît que son organisation s’est discréditée à l’égard d’Israël et a perdu tout magistère moral pour remplir son rôle arbitral, est-il interdit à sa victime de le considérer aussi ? Quant aux observateurs qui regardent ailleurs, sont-ils encore moins à blâmer qu’un responsable au repentir tardif ? Ceci méritait, je crois, d’être consigné et médité dans les colonnes de l’hebdomadaire fondé par Raymond Bourgine.


Présidence Trump: Vous avez dit surréaliste ? (It’s the unbearable smugness of the press, stupid !)

19 février, 2017
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Montage - Parler comme Macron

Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. LaFontaine
Nous crions d’un bout à l’autre de l’Afrique : Attention, l’Amérique a la rage. Tranchons tous les liens qui nous rattachent à elle, sinons nous serons à notre tour mordus et enragés. Sartre (1953)
Les deux grands partis, c’est l’amicale des boulistes. Mais sans l’amitié et sans les boules… Emmanuel Macron
La politique internationale que je veux conduire pour notre émancipation vraie et donc pour notre sécurité, c’est celle qui respectera l’équilibre, qui préservera l’indépendance française, qui assurera la stabilité des Etats et qui, partout, défendra nos valeurs et nos principes. Emmanuel Macron
Coup sur coup, Emmanuel Macron nous a dit en deux déclarations son rapport à l’Histoire. Affirmant qu’il n’existe pas de culture française, il s’inscrit , digne enfant du «terranovisme», dans cette perspective sans racines que le rapport avorté du conseiller d’Etat Tuot exaltait en 2013 pour mieux reconstruire un passé accueillant aux vents de tous les communautarismes. L’assimilation de la colonisation française en Algérie à un «crime contre l’humanité», outre qu’elle sur-infecte des plaies mémorielles chez nombre de nos compatriotes pieds noirs et harkis, criminalise notre histoire au service d’une repentance dont la visée électorale n’échappe à personne . Cette double prise de position à quinze jours d’intervalles efface les clins d’œil plus anciens à Jeanne d’Arc et au récit national que sa visite ministérielle au Puy-du-fou en terre vendéenne avait esquissé. Accélérant sa campagne, toute de symboles bien plus que d’offre programmatique, Macron déroule le discours dominant, celui de la com’, celui de la sidération par l’activisme communicant et par l’exaltation d’un imaginaire rallié au culte de l’immédiat . Le jeune Macron n’aime pas l’ancien ; il le fait savoir et à son corps défendant il en vient même parfois à l’avouer jusque dans une rhétorique post-oratoire nourrie d’un phrasé saccadé tout droit issu de cette culture «power-point» qu’il parle couramment à l’instar des nouvelles élites sans lettre ni mémoires. Macron s’installe ainsi, jour après jour, comme la plus exacerbée et exacerbante métaphore de la com’. Il en délivre tous les rythmes et tous les codes. Les premiers se manifestent par une hyper-saturation de l’espace médiatique, par un face-à-face permanent et construit avec les médias, par une économie de la com’ qui circule non pas du candidat au peuple mais du produit au people… Le marketing n’est pas tant celui du préau , du marché – lieux de mémoire des vieilles politiques républicaines – que celui des scènes calculées avec ses plans médias, ses salles chauffées par des agitateurs de shows télévisés, ses photos calculées à destination d’une presse magazine friande de poses prétendument spontanées mais millimétriquement sophistiquées. Macron reflète la société médiatique ; il en est tout à la fois le Narcisse et la Léthé, la déesse de l’oubli … Car là où souffle l’esprit de la com’ se déploie aussi le voile de l’amnésie. La com’ agit par magie ; elle vise d’abord à transformer notre rapport au réel, soit en le liquidant par dénégation et en lui substituant un avenir tout d’optimisme et d’harmonie, soit en exorcisant son passé. Macron joue des deux registres: il promet un horizon de bonheur consumériste et liquide les spectres d’une histoire lourde, belliqueuse, conflictuelle, traumatisante… Il est le héraut des générations mainstream pour lesquelles il n’y a pas d’Histoire mais des histoires qui viennent se greffer les unes aux autres, morceaux d’un puzzle très «united color» à la mode Benetton… Macron préfère la publicité au réel, on l’aura compris. Cette vieille culture française, son Histoire, il n’a sans doute pas appris à les aimer… et en ce sens il est le produit d’un temps où les maîtres ont failli à transmettre . Quand il n’y a plus de transmission reste alors la com’… Arnaud Benedetti
C’est une manière de s’exprimer qui rappelle la campagne de Tony Blair, en Grande-Bretagne. On l’appelait aussi le candidat du flou (« Tony Blur »). Enoncer des lieux communs permet à chacun de comprendre ce qu’il a envie de comprendre. Tout cela est très fluide et offre donc peu de prises à ses adversaires, au-delà du ‘ »ah, mais vous n’avez pas de programme !' » (…) Ces dix dernières années, nous avons eu des programmes-catalogues de plus en plus précis jusqu’aux 1.000 pages de Bruno Le Maire. Or, ça ne fonctionne pas car les Français n’y croient plus. La présidentielle se joue surtout autour de la confiance en un homme ou une femme politique. Emmanuel Macron préfère donc créer un imaginaire autour de sa candidature en utilisant des mots apaisants. Le programme de Macron, c’est Macron. Christian Delporte
Chaque réunion publique est guettée par les médias car elle révélera une facette inédite, tenue secrète longtemps et indéfiniment annoncée, du ‘produit’ fini (ici le programme), qui est toujours en projet, fruit d’ajustements en fonction du marché politique et des « feedbacks » de clients/électeurs sur les phases bêta. Cécile Alduy
Ces intellectuels tétanisés par la culpabilité postcoloniale battent la campagne médiatique. Ils font de l’islamophobie le ressort exclusif des grandes manifestations antiterroristes du 11 janvier… Proclamer « Je suis Charlie », c’est pour eux faire acte d’islamophobie ! Cette cécité les conduit à minimiser le péril djihadiste de peur de désespérer Molenbeek comme les compagnons de route du Parti communiste s’interdisaient de dénoncer les exactions du stalinisme de peur de « désespérer Billancourt ». Par-delà l’organisation terroriste Daech, qui a fracturé la cohésion rêvée de la patrie, je crois que deux forces de désintégration sont à l’œuvre dans la société française. D’une part, les mouvements communautaristes, qui font prévaloir l’appartenance religieuse et ses marqueurs dans l’espace public. De l’autre, une conception identitaire et étroite de la France, dont le fond est ethno-racial et xénophobe. Gilles Kepel
Nous pourrons nous souvenir de ce jour et dire à nos enfants (…) qu’alors la montée des océans a commencé à ralentir et la planète à guérir. Barack Hussein Obama (discours de nomination, St Paul, 04.06. 2008)
The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing. (…) We created an echo chamber. They were saying things that validated what we had given them to say.  Ben Rhodes (conseiller-adjoint à la sécurité extérieure d’Obama)
Je ne sais pas, on m’a donné cette information. En fait, j’ai vu passer cette information. Mais c’était une victoire très substantielle, vous ne croyez pas ? Donald Trump (18.02.2017)
Je ne considère pas le président-élu comme un président légitime. Je pense que les Russes ont contribué à aider cet homme à être élu. Et ils ont aidé à détruire la candidature d’Hillary Clinton. Ça n’est pas bien, ça n’est pas juste et ça n’est pas le processus démocratique. Je n’irai pas à l’investiture. John Lewis
Look, to be totally honest, if things are so bad as you say with the white, working class, don’t you want to get new Americans in? Bill Kristol
I think she’s the favorite. I have a sense that it would have happened anyway and that, at the end of the day, people were going to come home to who they were. And what’s depressed me, frankly, most about this race is, we went into this country a divided nation, and now the chasms are just solidified, so divided along race, divided along gender, urban/rural, college-educated/non-college-educated. We can go down the list. And, basically, less educated or high school-educated whites are going to Trump. It doesn’t matter what the guy does. And college-educated going to Clinton. Everyone is dividing based on demographic categories. And, sometimes, you get the sense that the campaign barely matters. People are just going with their gene pool and whatever it is. And that is one of the more depressing aspects of this race for me. (…) And, well, it’s a campaign of hate. Obama is a campaign of at least hope. At least his first campaign was. This is just a campaign of hate. And, you know, people who don’t like Trump really don’t like Trump. And I guess I’m among them. And we just saw in our report about the Trump voters in Pennsylvania. Did you see — when they were shouting on the road, did you see anything nice about Trump? No. Send Clinton to jail. (…) So we had a lot of good things over the years that were really good for America. I think globalization has been really good for America. I think the influx of immigrants has been really good for America. Feminism has been really good for America. But there are a lot of people who used to be up in society, because of those three good things, are now down, a lot of high school-educated white guys. And they have been displaced. And shame on us for not paying attention to that and helping them out. And, therefore, as a result, what happened was, they were alienated, they got super cynical, because they really were being shafted. And so they react in an angry way. David Brooks (November 5, 2016)
Theodore White wrote that America is Republican until 5:00 or 6:00 at night. And that’s when working people and their families got off work, had supper, and if America is going to vote — be Democratic, it’s going to happen between 5:30 and 8:00 at night. That has been totally turned on its ear. The working-class, blue-collar, non-college-educated base of the Democratic Party is the base of Donald Trump’s campaign this year. And the Democrats are now an upscale party. Mark Shields
How can we get rid of Trump ?  We’re just a month into the Trump presidency, and already so many are wondering: How can we end it? One poll from Public Policy Polling found that as many Americans — 46 percent — favor impeachment of President Trump as oppose it. Ladbrokes, the betting website, offers even odds that Trump will resign or leave office through impeachment before his term ends. Sky Bet, another site, is taking wagers on whether Trump will be out of office by July. (…) Trump still has significant political support, so the obstacles are gargantuan. But the cleanest and quickest way to remove a president involves Section 4 of the 25th Amendment and has never been attempted. It provides that the cabinet can, by a simple majority vote, strip the president of his powers and immediately hand power to the vice president. The catch is that the ousted president can object, and in that case Congress must approve the ouster by a two-thirds vote in each chamber, or the president regains office. The 25th Amendment route is to be used when a president is “unable” to carry out his duties. I asked Laurence Tribe, the Harvard professor of constitutional law, whether that could mean not just physical incapacity, but also mental instability. Or, say, the taint of having secretly colluded with Russia to steal an election? Tribe said that he believed Section 4 could be used in such a situation. (…) The better known route is impeachment. But for now it’s hard to imagine a majority of the House voting to impeach, and even less conceivable that two-thirds of the Senate would vote to convict so that Trump would be removed. Moreover, impeachment and trial in the Senate would drag on for months, paralyzing America and leaving Trump in office with his finger on the nuclear trigger. My take is that unless things get much worse, removal may be a liberal fantasy. Progressives thought that Trump would never win the nomination or the election. He survived the “Access Hollywood” tape and countless crises that pundits thought would doom him, so it’s not clear why Republicans would desert him now that he’s president. Some people believe that the 2018 midterm elections will be so catastrophic for the G.O.P. that everyone will be ready to get rid of him. I’m skeptical. In the Senate, the map is disastrous for Democrats in 2018: The Republicans will be defending only eight Senate seats, while Democrats will in effect be defending 25. (…) And what does it say about a presidency that, just one month into it, we’re already discussing whether it can be ended early? Nicholas Kristof
We have never taken seriously from the very beginning Russia hacked our election. That was a 9/11 scale event. They attacked the core of our very democracy. That was a Pearl Harbor scale event. Can you imagine if Hillary Clinton were where Trump was, what the right would be doing on this issue? This goes to the very core of our democracy. Thomas Friedman
L’enjeu est trop important pour demeurer silencieux (…) Nous croyons que la grave instabilité émotionnelle révélée par le discours et les actions de M Trump le rend incapable de servir comme président de façon sécuritaire. Lettre ouverte de 35 psychiatres et personnels psychiatriques
Lancer des insultes psychiatriques est une mauvaise façon de répliquer aux attaques de M Trump contre la démocratie. Allen Frances
It was a wild press conference. (…) He spent the first part of his remarks talking about accomplishments that he thought the media, the fake media, whatever he wants to call us, we’re not paying enough attention to. But then, instead of focusing on these accomplishments and offering an optimistic, positive view of what he’s doing for this country, it was an airing of grievances. It was Festivus. It was complaints about the media. At one point, he said the leaks were real, but the news is fake, which doesn’t make any sense whatsoever. He said things that were not true. Peter Alexander from NBC pointed out one of them when (Trump) said he had the biggest electoral victory win since Ronald Reagan. That’s not true. Clinton, Clinton, Obama, Obama, George H. W. Bush, all were bigger. But, moving on. If you are a soldier in harm’s way right now, if you are a hungry child in Appalachia or the inner city, if you are an unemployed worker in a hollow shell of a steel town, that’s not a President that seemed focused on your particular needs and wants. That’s a President focused on his bad press. It was unhinged, it was wild and I can’t believe that there are Republicans on Capitol Hill and in the White House who don’t understand that might play well with the 44% of the population that voted for the President, but a lot of Americans are going to watch that press conference and think ‘That guy isn’t focused on me.’ I don’t know even what he’s focused on. Jack Tapper (CNN)
En août dernier, Donald Trump avait qualifié Barack Obama de «pire président» de l’histoire américaine. Avide consommateur de médias (même s’il les déteste), Donald Trump a sans doute vu passer l’enquête réalisée par la chaîne parlementaire C-SPAN. Et il n’a sans doute pas apprécié les résultats. Selon cette étude, publiée vendredi, les historiens classent Barack Obama au douzième rang des présidents américains, la meilleure performance depuis la neuvième place de Ronald Reagan en 1988. Dans trois catégories, Obama entre dans le top 10 : «quête d’une justice égale pour tous» (3e), «autorité morale» (7e) et «gestion économique» (8e). En revanche, il se classe parmi les derniers (39e sur 44) en matière de relations avec le Congrès et termine à une très moyenne 24e place en relations internationales. A en croire cette étude, les trois meilleurs présidents de l’histoire se nomment Abraham Lincoln, George Washington et Franklin Delano Roosevelt. Libération
Avec son sens du détail et son éloquence habituels, Donald Trump résume ainsi sa position : «Je regarde deux Etats ou un Etat, et j’aime la solution que les deux parties aiment. Les deux me conviennent». En une petite phrase digne d’un élève de CM1, Donald Trump balaie plusieurs décennies de diplomatie américaine. Le négociateur-en-chef est déjà au travail. Libération
I’ve got to say, with all due respect, Mika, you and immediate members of your family didn’t care four years ago or eight years ago when you all were running around screaming hope and change. Hope and change. What does that mean? And Barack Obama, remember? He said when I get elected, people will look back on this as the moment when the oceans began to recede. Joe Scarborough (July 2016)
Have you heard the one about the presidential candidate who was once so popular that comedians were frightened to make jokes about him? (…) Mr Obama has provided rich fodder for comedians looking to prick his pomposity, predicting that people would look back at his nomination as the moment « when the rise of the oceans began to slow ». He also told Congressmen that his campaign was « the moment . . . that the world is waiting for ». The attitude was summed up by Dana Milbank, the Washington Post’s resident political humourist, who declared: « Barack Obama has long been his party’s presumptive nominee. Now he’s becoming its presumptuous nominee. » Mr Letterman listed top ten signs that Barack Obama is overconfident, which included « Offered Bush 20 bucks for the ‘Mission Accomplished’ banner » and « Having head measured for Mount Rushmore. » Mr Obama is also under fire for moving politically towards the centre ground, moderating positions he had once boasted were evidence of his unique appeal. Jay Leno, of the long-running Tonight Show, said: « Barack Obama now says he’s open to offshore oil drilling. So, apparently, when he promised change, he was talking about his mind. » The Telegraph (09 Aug 2008)
Nobody could describe Donald Trump as lacking in self-confidence, but the billionaire egomaniac is emotional jelly compared with King Barack. Even before he won the Nobel peace prize, Obama was telling America that his elevation to the presidency would be remembered as ‘the moment when the rise of the oceans began to slow’. He doesn’t have Mr Trump’s gold-plated helicopter, private jet, penthouse and yacht. But when it comes to self-reverence and sheer hauteur there is no one to beat him. Someone who believes his political personality can reverse global warming will have no doubts about his ability to persuade the British people to stay in the European Union. Just a few of his mellifluous sentences and a flash of those teeth and surely the British people will go weak at the knees! The polls show that Britain is split on the EU, so King Barack will come and help the nation resolve its indecision — to the delight of David Cameron and George Osborne. The timing of his visit, halfway through the EU referendum debate, is no accident. There is a longstanding international understanding that world leaders don’t visit during election campaigns — but such conventions were obviously designed for lesser mortals. Obama has no qualms and the Prime Minister has no shame: he needs every endorsement he can get. The Chancellor is pulling all the strings he can so the likes of the IMF’s Christine Lagarde ask us to stay in. Short of engineering a Second Coming, a visitation from King Barack is to their minds the best plug imaginable. That enthusiasm does not seem to be shared as much by British voters. Polls show that only 4 per cent of us think Mr -Obama’s primary reason for wanting us to stay in the EU is because ‘he cares about Britain’. A majority of us recognise that Mr Obama finds it easier ‘to deal with Europe as one bloc’. It’s not, as some Tory MPs have alleged, that Obama hates Britain. It’s just that he cares less about us — and our neighbours — than any of his recent predecessors. The ‘pivot’ to Asia, turning America’s strategic gaze away from Europe and towards the Pacific, has been his chief international objective. The turmoil in Europe and the Middle East — the Ukraine and Syrian refugee crises which have, at the very least, been encouraged by US withdrawal from the world — were distractions from his focus on China and the rising economies of East Asia. The world has not become a safer place as a result of Obama’s policy of ‘leading from behind’. (…) The arrogance is breathtaking but it is far from the only manifestation of, dare I say it, the madness of King Barack. Mr Obama does not let any adviser, voter or foreign leader get in his way. During his two-term presidency, his Democratic party has lost control of both the House of Representatives and the Senate. But King Barack was unimpressed at the verdicts of the people. By royal decree, or as the White House calls it, executive order, he has attempted to stop illegal immigrants being deported, increase the minimum wage, intensify gun regulation and cut greenhouse gas emissions. All of these policies may be cheered from Europe. But the US constitution is quite clear: it’s the job of the House of Representatives and the Senate to pass laws and it’s the job of the President to either veto or implement them. There is a word for ignoring and overruling the legislative branches of the American government and that word is ‘undemocratic’. It was not supposed to be this way when Mr Obama launched his transformational bid for the presidency. He came to national attention with an uplifting speech to the 2004 Democratic Convention. He told his party about gay Americans living in red-leaning Republican states and how blue-leaning Democratic states worshipped ‘an awesome God’. There weren’t red states or blue states but ‘one America: red, white, and blue’. An America demoralised by the Iraq war, the global recession and bitterness towards the often tongue-tied George W. Bush embraced Obama and his soaring oratory in 2008, in the hope that he would unite an unhappy, fractious nation. It has not come to pass, of course. Whether it’s the Black Lives Matter protests at police violence or the fact that only 1 per cent of Americans think the people who caused the 2008 crash have been brought to justice, the American left is as energised and angry as the right. Today, barely a quarter of Americans think their country is heading in the right direction. They are more pessimistic about their economic prospects than the Brits or Germans. You would, perhaps, expect the American right to be angry, because Mr Obama does little to build ties with them. He didn’t attend the funeral of the conservative Supreme Court justice Antonin Scalia or that of Nancy Reagan — choosing to speak at a music festival instead. But his lack of respect and charity is not confined to Republicans. It recently emerged that Obama declined to invite the Clintons to dinner at the White House because Michelle, the First Lady, has struggled to forgive Bill Clinton for criticising her husband. Jeffrey Goldberg’s extraordinary recent essay in the Atlantic magazine about Obama’s foreign policy gave insight after insight into the President’s arrogance. Angela Merkel is ‘one of the few foreign leaders Obama respects’. When Obama reversed his Syrian policy and decided that President Assad’s crossing of those famous ‘red lines’ would not, after all, be punished, his secretary of state, John Kerry, and defence secretary, Chuck Hagel, found out hours after he’d told his advisers. It’s a common experience for so many of his colleagues. Hillary Clinton was overruled on Syria, generals were overruled on Iraq. Obama blamed David Cameron and Nicolas Sarkozy for the Libyan ‘shit show’. It is never King Barack’s fault. Obama’s election in 2008 inspired the world. But after eight years, it’s hard not to blame his abrasive style of politics for the rise of anti-politicians such as Bernie Sanders and Donald Trump. Americans are rebelling against the emergence of an imperial presidency. As Barack Obama offers his hand to the Queen this week, and lectures the British on their place in the world, voters here might feel somewhat resentful, too. Tim Montgomerie
Tiré à quatre épingles, col blanc éclatant et cravate rouge vif, l’homme grand, noir, élégant, fait son apparition sur scène devant des milliers de drapeaux américains portés par une marée humaine en délire. Des applaudissements se mélangent aux cris hystériques, pleurs et voix hurlant en chœur « Yes we can ». Les larmes coulent sur les joues du révérend Jesse Jackson qui vient d’apprendre que le rêve de Martin Luther King s’est réalisé en ce 4 novembre 2008. Et le monde entier assiste, le souffle coupé, à cette scène inédite de l’histoire. « Hello Chicago », lance le quadragénaire avec un sourire tiré des publicités de dentifrice. « S’il y a encore quelqu’un qui doute que l’Amérique est un endroit où tout est possible, ce soir, vous avez votre réponse. » Et la foule s’enflamme. Ce soir-là, Barack Obama a réussi son pari en devenant le premier président noir des Etats-Unis. Aux yeux de ses électeurs, il n’était pas seulement l’incarnation de l’ » American dream ». Il était aussi celui qui allait tendre l’oreille aux difficultés des minorités, sortir une nation de la pire crise économique depuis la Grande Dépression, ramasser les pots cassés de George W. Bush, soigner les plaies d’un pays hanté par la guerre et l’insécurité, rendre aux familles leurs soldats partis en Irak et en Afghanistan, offrir des soins de santé aux plus démunis… La liste est sans fin. (…) Les attentes étaient particulièrement grandes au sein de la communauté afro-américaine (…) « Tout le monde a cru qu’avec Obama nous allions rentrer dans une ère post-raciale. C’est donc assez ironique que la race soit devenue un problème majeur sous sa présidence », affirme Robert Shapiro, politologue à l’université new-yorkaise de Columbia. (…) Outre quelques discours, le Président se distingue par le peu d’initiatives prises en faveur de sa communauté. Certes, il a nommé un nombre sans précédent de juges noirs. Et, paradoxalement, cette reprise de la lutte pour l’égalité est parfois notée comme une victoire du Président, malgré lui. (…) Dans un premier temps, l’ancien sénateur a aussi suscité la colère des immigrés en situation irrégulière en autorisant un nombre record d’expulsions. Barack Obama finira par faire volte-face et s’engagera dans une lutte féroce pour faire passer au Congrès le « Dream Act », projet de loi légalisant 2 millions de jeunes sans-papiers. En vain. Furieux, le chef d’Etat signera alors un décret permettant à ceux-ci d’obtenir un permis de travail et donc de les protéger. Aussi, peu de présidents américains peuvent se targuer d’avoir fait autant progresser la protection des droits des homosexuels. En mai 2012, « Newsweek » surnommait Barack Obama « the first gay president », pour saluer sa décision de soutenir le mariage homosexuel. Quelques mois plus tard, la loi « Don’t ask, don’t tell », interdisant aux militaires d’afficher leur homosexualité, était abrogée. Et, en 2015, Barack Obama criait « victoire », alors que la Cour suprême venait de légaliser le mariage gay. Reste que le natif de Hawaii n’est pas parvenu à réduire les inégalités sociales et raciales qui sévissent toujours aux Etats-Unis. En 2012, 27,2 % des Afro-Américains et 25,6 % des Latinos vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 9,7 % des Blancs. Autre épine dans le pied du Démocrate : la débâcle de la ville de Detroit, majoritairement peuplée par des Noirs et déclarée en banqueroute de 2013 à 2014. (…) Peut-être était-il trop dépensier. Surnommé « Monsieur 20 trillions », Barack Obama est accusé d’avoir doublé la dette publique. (…) L’histoire se souviendra d’Obama comme de celui qui aura doté les Etats-Unis d’un système d’assurance santé universelle. L’ »Affordable Care Act », lancé en 2010 après quinze mois de tractations, est « la » grande victoire du Démocrate. (…) Mais (…) le système montre-t-il ses limites puisque (…) il comprend (…) trop de personnes malades, nécessitant des soins, et pas assez de personnes en bonne santé. Ce problème est devenu récurrent et des compagnies d’assurances quittent le programme », explique Victor Fuchs, spécialiste américain de l’économie de la santé. (…) En 2009, le Président envoie 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan, pour ensuite déclarer la fin des opérations militaires en Irak, avant de bombarder la Libye. (…) Sa crédibilité en prend un coup lorsqu’il refuse de frapper la Syrie, même après que Bachar Al-Assad eut franchi la fameuse ligne rouge, tracée par Obama lui-même, en utilisant des armes chimiques contre les rebelles. En huit ans, le prix Nobel de la paix, arrivé au pouvoir comme un Président antiguerre, aura entériné le recours à la force militaire dans neuf pays (Afghanistan, Irak, Syrie, Pakistan, Libye, Yémen, Somalie, Ouganda et Cameroun). Le « New York Times » indique d’ailleurs que « si les Etats-Unis restent au combat en Afghanistan, Irak et Syrie jusqu’à la fin de son mandat […] il deviendra de façon assez improbable le seul président dans l’histoire du pays à accomplir deux mandats entiers à la tête d’un pays en guerre ». Le Congrès aura été le talon d’Achille de Barack Obama. (…) Résultat : l’adepte du « centrisme » laissera derrière lui un paysage politique plus polarisé que jamais. « Il n’y a pas une Amérique libérale et une Amérique conservatrice, il y a les Etats-Unis d’Amérique. Les érudits aiment à découper notre pays entre Etats rouges et Etats bleus […] mais j’ai une nouvelle pour eux. Nous formons un seul peuple », avait-il pourtant déclaré lors de la Convention démocrate de Boston le 27 juillet 2004. Ce jour-là, une star politique était née. Barack Obama avait tout : la rhétorique enflammée, le charisme hors norme, l’intelligence, le parcours au parfum de rêve américain et la famille idéale. Avec son style châtié, son allure juvénile, sa capacité à susciter l’enthousiasme des jeunes électeurs, il était le candidat parfait du XXIe siècle. Trop parfait, peut être. A tel point qu’il aura suscité plus d’espoirs qu’il ne pouvait en porter. « Il a été meilleur candidat en campagne qu’il n’a été président », regrette M. McKee. La Libre Belgique
My frustration (…) is that for eight years, I wanted the press to press President Obama on things like the jayvees, the red line, leading from behind, Aleppo, and they didn’t. And in the first month, they’re pressing Trump, and they’re upset that he’s not saying (…) things that Manhattan-Beltway media elites want him to say. Instead, he says this. Let me play for you, I think, the key line in the 77 minute press conference yesterday, is this one, cut number four: « Look, I want to see an honest press. When I started off today by saying that it’s so important to the public to get an honest press, the public doesn’t believe you people anymore. » (…) that’s the key. The public doesn’t believe you people anymore. (…) He never corrects anything that he says, and he says lots of wrong things. But that one comment, they don’t trust you anymore, is a summation of where we are in America, because I really do think Manhattan-Beltway elites have lost the country. They’ve lost it. There’s just no confidence in, I’m not going to say us, because I am neither in nor of the Beltway-Manhattan media elite. I live in California still. Hugh Hewitt
It’s not because of anything obviously Donald Trump did. The press did all that good work ruining its reputation on its own, and we can have a long conversation about what created that. Part of it, though, is what you mentioned about the local weather report, which is to say a lot of hysterical coverage about every little last thing that doesn’t warrant it. John Dickerson
If there are winners and losers in America, I know the losers. They lost jobs to China and Vietnam. And they’re dying younger, caught in an endless cycle of jail, drug charges and applying for disability to pay the child support bill. They lost their influence, their dignity and their shot at the American Dream, and now they’re angry. They’re angry at Washington and Wall Street, at big corporations and big government. And they’re voting now for Donald Trump. My Republican friends are for Trump. My state representative is for Trump. People who haven’t voted in years are for Trump. He’ll win the primary here on March 15 and he will carry this county in the general. His supporters realize he’s a joke. They do not care. They know he’s authoritarian, nationalist, almost un-American, and they love him anyway, because he disrupts a broken political process and beats establishment candidates who’ve long ignored their interests. Michael Cooper (writer, attorney, and liberal Democrat who lives in rural North Carolina, March 2016)
The mood in the Washington press corps is bleak, and deservedly so. It shouldn’t come as a surprise to anyone that, with a few exceptions, we were all tacitly or explicitly #WithHer, which has led to a certain anguish in the face of Donald Trump’s victory. More than that and more importantly, we also missed the story, after having spent months mocking the people who had a better sense of what was going on. This is all symptomatic of modern journalism’s great moral and intellectual failing: its unbearable smugness. Had Hillary Clinton won, there’d be a winking “we did it” feeling in the press, a sense that we were brave and called Trump a liar and saved the republic. So much for that. The audience for our glib analysis and contempt for much of the electorate, it turned out, was rather limited. This was particularly true when it came to voters, the ones who turned out by the millions to deliver not only a rebuke to the political system but also the people who cover it. Trump knew what he was doing when he invited his crowds to jeer and hiss the reporters covering him. They hate us, and have for some time. And can you blame them? Journalists love mocking Trump supporters. We insult their appearances. We dismiss them as racists and sexists. We emote on Twitter about how this or that comment or policy makes us feel one way or the other, and yet we reject their feelings as invalid. It’s a profound failure of empathy in the service of endless posturing. There’s been some sympathy from the press, sure: the dispatches from “heroin country” that read like reports from colonial administrators checking in on the natives. But much of that starts from the assumption that Trump voters are backward, and that it’s our duty to catalogue and ultimately reverse that backwardness. What can we do to get these people to stop worshiping their false god and accept our gospel? We diagnose them as racists in the way Dark Age clerics confused medical problems with demonic possession. Journalists, at our worst, see ourselves as a priestly caste. We believe we not only have access to the indisputable facts, but also a greater truth, a system of beliefs divined from an advanced understanding of justice. You’d think that Trump’s victory – the one we all discounted too far in advance – would lead to a certain newfound humility in the political press. But of course that’s not how it works. To us, speaking broadly, our diagnosis was still basically correct. The demons were just stronger than we realized. This is all a “whitelash,” you see. Trump voters are racist and sexist, so there must be more racists and sexists than we realized. Tuesday night’s outcome was not a logic-driven rejection of a deeply flawed candidate named Clinton; no, it was a primal scream against fairness, equality, and progress. Let the new tantrums commence! That’s the fantasy, the idea that if we mock them enough, call them racist enough, they’ll eventually shut up and get in line. It’s similar to how media Twitter works, a system where people who dissent from the proper framing of a story are attacked by mobs of smugly incredulous pundits. Journalists exist primarily in a world where people can get shouted down and disappear, which informs our attitudes toward all disagreement. Journalists increasingly don’t even believe in the possibility of reasoned disagreement, and as such ascribe cynical motives to those who think about things a different way. We see this in the ongoing veneration of “facts,” the ones peddled by explainer websites and data journalists who believe themselves to be curiously post-ideological. That the explainers and data journalists so frequently get things hilariously wrong never invites the soul-searching you’d think it would. Instead, it all just somehow leads us to more smugness, more meanness, more certainty from the reporters and pundits. Faced with defeat, we retreat further into our bubble, assumptions left unchecked. No, it’s the voters who are wrong. As a direct result, we get it wrong with greater frequency. Out on the road, we forget to ask the right questions. We can’t even imagine the right question. We go into assignments too certain that what we find will serve to justify our biases. The public’s estimation of the press declines even further — fewer than one-in-three Americans trust the press, per Gallup — which starts the cycle anew. There’s a place for opinionated journalism; in fact, it’s vital. But our causal, profession-wide smugness and protestations of superiority are making us unable to do it well. Our theme now should be humility. We must become more impartial, not less so. We have to abandon our easy culture of tantrums and recrimination. We have to stop writing these know-it-all, 140-character sermons on social media and admit that, as a class, journalists have a shamefully limited understanding of the country we cover. What’s worse, we don’t make much of an effort to really understand, and with too few exceptions, treat the economic grievances of Middle America like they’re some sort of punchline. Will Rahn (CBS, 10.11.2016)
When he makes claims like this, the press takes him literally, but not seriously; his supporters take him seriously, but not literally. Salena Zito
Les journalistes prennent toujours Trump au pied de la lettre mais sans le prendre au sérieux. Ses électeurs, en revanche, le prennent au sérieux mais ne le prennent pas au pied de la lettre. Par exemple, quand il propose de construire un mur à la frontière mexicaine, les journalistes exigent des détails, veulent savoir comment il va s’y prendre. Ses électeurs comprennent qu’il ne veut pas vraiment édifier un mur. Ils entendent simplement qu’il propose une politique migratoire plus saine et plus intelligente. Peter Thiel
I expected some broken dishes, some firings, some chaos, and some rookie mistakes. We got all of that. But I also expect a systems-thinker to tame the chaos over time as he learns on the job. For example, the leaks will stop as soon as Trump fires the right people. He’ll figure out which meetings he can skip. He’ll know who to trust. He’ll learn where all the buttons and levers are. It’s a process. If you are comparing the incoming Trump administration to the smooth transfer of power that defines our modern history, that’s an irrational comparison. If the country wanted a smooth ride it would have elected Hillary Clinton. Instead, voters opted to “drain the swamp.“ And you can’t drain the swamp without angering the alligators and getting some swamp water on your pants. That’s what we’re watching now. My liberal friends are gleefully scouring the semi-fake news and sending me articles that show Trump is “incompetent.” That’s the new narrative on the left. The Hitler illusion is starting to fade because Trump refuses to build concentration camps as his critics hallucinated he would. And Israel likes Trump, which is making the Hitler illusion harder to maintain. So the critics are evolving their main line of attack from Hitler to “incompetent,” with a dash of “chaos.” You’ll see those two words all over the Opposition Media’s coverage. It isn’t a coincidence. Persuasion-wise, focusing on incompetence and chaos is a strong play by the anti-Trumpers. One would expect the new Trump administration to have lots of growing pains. That means the Opposition Media will have plenty of fodder that they can frame as incompetence and chaos. Confirmation bias will make it all seem to fit the narrative. This is the same persuasion play that Trump used when he assigned to his opponents nicknames such as Lyin’ Ted and Crooked Hillary. He depended on future news cycles to serve up lots of confirmation bias to make his labels more credible over time. Trump’s opposition is running the same persuasion play on him. Now everything he does will be seen through their frame of “incompetence” and “chaos.” Even if it isn’t. That is strong persuasion. If you step out of the Opposition Media’s framing of Trump, another frame that fits the data is that he’s learning on the job, just like he learned every other field that he entered and eventually mastered. I don’t know what you expected when Trump went to Washington, but it isn’t too different from what I imagined. I assumed there would be broken dishes. And I assumed it would take him months to get his systems in place. When I worked in corporate America, I was usually involved in setting goals for the department. When we didn’t meet those goals, I always pointed out that the problem could be on either end. Either the goals were unrealistic or the performance was bad. Both explanations fits the data. Likewise, Trump’s first few weeks do look exactly like “incompetence” and “chaos” if you are primed to see it that way. But they also look like a systems-thinker simultaneously draining the swamp and learning on the job. Scott Adams
We live in our own personal movies. This is a perfect example. Millions of Americans looked at the same press conference and half of us came away thinking we saw an entirely different movie than the other half. Many of us saw Trump talking the way he normally does, and saying the things he normally says. Other people saw a raving lunatic, melting down. Those are not the same movies. So how can we know who is hallucinating in this case? The best way to tell is by looking for the trigger for cognitive dissonance. In this case, the trigger is clear. Trump’s unexpected win forced the Huffington Post to rewrite their mental movies from one in which they were extra-clever writers to one in which they were the dumbest political observers in the entire solar system. You might recall that the Huffington Post made a big deal of refusing to cover Trump on their political pages when he first announced his candidacy. They only carried him on their entertainment pages because they were so smart they knew he could not win. Then he won. When reality violates your ego that rudely, you either have to rewrite the movie in your head to recast yourself as an idiot, or you rewrite the movie to make yourself the hero who could see what others missed. Apparently the Huffington Post chose to rewrite their movie so Trump is a deranged monster, just like they warned us. That’s what they see. This isn’t an example of so-called “fake” news as we generally understand it. This is literally imaginary news. I believe the Huffington Post’s description of the press conference is literally what they saw. If you gave them lie detector tests, they would swear they saw a meltdown, and the lie detector would say they were telling the truth. There are two clues that the Huffington Post is hallucinating and I’m not. The first clue is that they have a trigger and I don’t. Reality violated their egos, whereas I was predicting a Trump win all along. My world has been consistent with my ego. No trigger. All I have is a warm feeling of rightness. The second clue is that the Huffington Post is seeing something that half the country doesn’t see. As a general rule, the person who sees the elephant in the room is the one hallucinating, not the one who can’t see the elephant. The Huffington Post is literally seeing something that is invisible to me and other observers. We see a President Trump talking the way he normally talks. They see a 77-minute meltdown.  Scott Adams
Buried deep beneath the Michael Flynn hysteria this week was Judicial Watch’s release of newly obtained State Department documents related to the Benghazi terrorist attack on September 11, 2012. One email confirms—again—that the Obama administration knew the day after the attack it was not a random act of violence stemming from an anti-Muslim video. That was the excuse shamefully propagated by top Obama administration officials (including the president himself) and swallowed whole by a media establishment desperate to help Obama win re-election six weeks later. According to the summary of a call on September 12, 2012 between State Department Under-Secretary Patrick Kennedy and several congressional staffers, Kennedy was asked if the attack came under cover of protest: “No this was a direct breaching attack,” he answered. Kennedy also denied the attack was coordinated with the protests in Cairo over the video: “Attack in Cairo was a demonstration. There were no weapons shown or used. A few cans of spray paint.”It’s somewhat ironic—galling?—that this email was disclosed the same day the anti-Trump universe was spinning into the stratosphere over Flynn’s resignation as President Trump’s national security advisor. It begs for a little trip down memory lane, to a kinder, gentler time when the media gave a great big pass to another national security advisor in the days after four Americans, including an ambassador, were murdered in Libya by Islamic terrorists under her watch. Fun fact: While Trump press secretary Sean Spicer fielded 55 questions on February 14 related to the Flynn debacle, Obama’s press secretary Jay Carney received only 13 questions from reporters on September 12, 2012, three of which were set-ups to blast Mitt Romney’s criticism of the administration after the attack. 55 to 13. So as we now suffer through yet another patch of media mania, conspiracy theories, and unsubstantiated claims about how Trump hearts Russia, as well as the daily beatings endured by Spicer, let’s reminisce to when the media and Obama’s press flaks spun, deflected—even joked about golf and “Saturday Night Live!”—less than a week after Benghazi. (…) But of course nothing matches the audacity of trope by Obama’s National Security Advisor Susan Rice on September 16, 2012. Rice went on several Sunday shows to peddle a story she knew was completely phony, one that was already quickly unraveling even as most in the media and administration tried to keep it intact. (…) In a press gaggle on Air Force One the next day, guess how many times Deputy Press Secretary Josh Earnest was asked about Rice’s comments? Ten? Five? One? Not once. Let me repeat that. The day after Obama’s national security advisor was on five news programs to blame a terrorist attack on a YouTube video, not one reporter asked the White House about it. I actually had to re-read the transcripts several times, even checking the date over and over, to make sure this was accurate. Her name did not even come up. (…) Sometimes the hypocrisy, double standard, and outright lies by the media under the Trump presidency is funny. Sometimes it is infuriating. But never was the media’s complicit sheep-like coverage more evident than in the days after Benghazi, behavior you can never imagine now. They have yet to admit their mistakes and failures, even as more evidence is revealed. Remember that the next time you want to worry about how Trump is responsible for undermining the media’s integrity and credibility. Julie Kelly
Trump thrives despite, not because of, his crudity, and largely because of anger at Barack Obama’s divisive and polarizing governance and sermonizing — and the Republican party’s habitual consideration of trade issues, debt, immigration, and education largely from the vantage point of either abstraction or privilege. Victor Davis Hanson
Democrats would seed the summer and autumn election battlefields with new and updated models of politically correct IEDs. They used this technique very effectively in 2012 to render a decent Mitt Romney as a tax-cheating, greedy Wall Street vulture, who ignored his regular garbageman, beat up kids in prep school, and strapped his terrified dog to his car top. Four years earlier the Democrats had blown John McCain to smithereens and left him little more than a closet racist and an adulterous and senile coot, who could not remember how many estates he owned nor the shenanigans of his pill-popping spouse. To avoid the rain of shrapnel, Romney had to battle both the moderator and his opponent in a presidential debate while contextualizing his own personal success and fortune. McCain, meanwhile, swore off referring to the racist personal pastor of Barack Obama and to Obama’s own litany of “typical white person” and “get in their face.” We forget that long before the wild man Trump, the most un-Trumpian, sober and judicious McCain and Romney were flattened by bogus charges against their spouses and false claims, respectively, of adultery and tax-cheating — and were completely unable to defend themselves from such smears and slanders. Instead of staying on a winning message and avoiding the subterranean traps, Trump on cue tramped right through this progressive minefield. The explosive result was predictable. He wasted precious hours rudely taking on a Mexican-American judge — who, to be fair, had foolishly joined a “La Raza” lawyers’ organization (imagine a white counterpart as a member of a local legal organization with “The Race” in its name) — or jousting with a Gold Star family, indifferent to the fact that the father was an immigration lawyer who logically would oppose Trump’s immigration moratoria. So when all these mines went off, Trump in theory always had some sort of legitimate counter-argument: Yes, Megyn Kelly was not commensurate in her sexism questions, in that she did not ask Hillary Clinton to account for her own sexist past, whether laughing over aspects of a case involving a rapist client, or demonizing Bill’s victims of coerced sex. And, yes, it was also a fact that bombastically inviting Putin to find Hillary’s missing 30,000 e-mails could not be a breach of security if they were truly about yoga and Chelsea’s wedding. Victor Davis Hanson
Any Republican has a difficult pathway to the presidency. On the electoral map, expanding blue blobs in coastal and big-city America swamp the conservative geographical sea of red. Big-electoral-vote states such as California, Illinois, New York, and New Jersey are utterly lost before the campaign even begins. The media have devolved into a weird Ministry of Truth. News seems defined now as what information is necessary to release to arrive at correct views. In recent elections, centrists, like John McCain and Mitt Romney – once found useful by the media when running against more-conservative Republicans — were reinvented as caricatures of Potterville scoundrels right out of a Frank Capra movie. When the media got through with a good man like McCain, he was left an adulterous, confused septuagenarian, unsure of how many mansions he owned, and a likely closeted bigot. Another gentleman like Romney was reduced to a comic-book Ri¢hie Ri¢h, who owned an elevator, never talked to his garbage man, hazed innocents in prep school, and tortured his dog on the roof of his car. If it were a choice between shouting down debate moderator Candy Crowley and shaming her unprofessionalism, or allowing her to hijack the debate, Romney in Ajaxian style (“nobly live, or nobly die”) chose the decorous path of dignified abdication. In contrast, we were to believe Obama’s adolescent faux Greek columns, hokey “lowering the seas and cooling the planet,” vero possumus seal on his podium as president-elect, and 57 states were Lincolnesque. Why would 2016 not end up again in losing nobly? Would once again campaigning under the Marquess of Queensberry rules win Republicans a Munich reprieve? The Orangeman Cometh In such a hysterical landscape, it was possible that no traditional Republican in 2016 was likely to win, even against a flawed candidate like Hillary Clinton, who emerged wounded from a bruising primary win over aged socialist Bernie Sanders. Then came along the Trump, the seducer of the Right when the Republican establishment was busy early on coronating Jeb Bush. After the cuckolded front-runners imploded, we all assumed that Trump’s successful primary victories — oddly predicated on avoidance of a ground game, internal polling, ad campaigns, sophisticated fundraising, and a sea of consultants and handlers — were hardly applicable to Clinton, Inc. She surely would bury him under a sea of cash, consultants, and sheer manpower. That Trump was an amateur, a cad, his own worst enemy, cynically leveraging a new business or brand, and at any time could say anything was supposedly confirmation of Hillary’s inevitable victory. Her winning paradigm was seen as simply anti-Trump rather than pro-Hillary: light campaigning to conserve her disguised fragile health, while giving full media attention to allow Trump to elucidate his fully obnoxious self. Her campaign was to be a series of self-important selfies, each more flattering to the beholder but otherwise of no interest to her reluctant supporters. For insurance, Clinton would enlist the bipartisan highbrow Washington establishment to close ranks, with their habitual tsk-tsking of Trump in a nuanced historical context — “Hitler,” “Stalin,” “Mussolini,” “brown shirt,” etc. For all Hillary’s hundreds of millions of corporate dollars and legions of Clinton Foundation strategists, she could never quite shake Trump, who at 70 seemed more like a frenzied 55. Hillary would rely on the old Obama team of progressive hit men in the public-employee unions, the news ministries, the pajama-boy bloggers, the race industry, and the open-borders lobbies to brand Trump supporters as racist, sexist, misogynist, Islamophobic, nativist, homophobic. The shades of Obama’s old white reprehensible “Clingers” would spring back to life as “The Deplorables.” Yet for all Hillary’s hundreds of millions of corporate dollars and legions of Clinton Foundation strategists, she could never quite shake Trump, who at 70 seemed more like a frenzied 55. Trump at his worst was never put away by Hillary at her best, and he has stayed within six to eight points for most of his awful August and is now nipping her heels as October nears. Fracking Populist Fury Trump’s hare-and-tortoise strategy, his mishmash politics, reinventions, mastery of free publicity, and El Jefe celebrity had always offered him an outside chance of winning. (…) Trump’s electoral calculus was easy to fathom. He needed to win as many independents as Romney, enthuse some new Reagan Democrats to return to politics, keep steady the Republican establishment, and win at least as much of the Latino and black vote as had the underperforming McCain and Romney — all to win seven or eight swing states. He planned to do that, in addition to not stepping on IEDs, through the simple enough strategy of an outraged outsider not nibbling, but blasting away, at political correctness, reminding audiences that he was not a traditional conservative, but certainly more conservative than Hillary, and a roguish celebrity billionaire with a propensity to talk with, not down to, the lower middle classes. That the establishment was repulsed by his carroty look, his past scheming, his Queens-accented bombast, and his nationalist policies only made him seem more authentic to his supporters, old and possibly new as well. In sum, if Trump’s D-11 bulldozer blade did not exist, it would have to be invented. He is Obama’s nemesis, Hillary’s worst nightmare, and a vampire’s mirror of the Republican establishment. Before November’s election, his next outburst or reinvention will once again sorely embarrass his supporters, but perhaps not to the degree that Clinton’s erudite callousness should repel her own. Victor Davis Hanson
In his energetic harnessing of popular anger, Trump, my own least favorite in the field, was the more effective candidate in gauging the mood of the times. These are all valid rejoinders to those who say that recalcitrant conservatives, independents, and women should not hold their nose and vote for Trump. But they are not the chief considerations in his favor. Something has gone terribly wrong with the Republican party, and it has nothing to do with the flaws of Donald Trump. Something like his tone and message would have to be invented if he did not exist. None of the other 16 primary candidates — the great majority of whom had far greater political expertise, more even temperaments, and more knowledge of issues than did Trump — shared Trump’s sense of outrage — or his ability to convey it — over what was wrong: The lives and concerns of the Republican establishment in the media and government no longer resembled those of half their supporters. The Beltway establishment grew more concerned about their sinecures in government and the media than about showing urgency in stopping Obamaism. When the Voz de Aztlan and the Wall Street Journal often share the same position on illegal immigration, or when Republicans of the Gang of Eight are as likely as their left-wing associates to disparage those who want federal immigration law enforced, the proverbial conservative masses feel they have lost their representation. How, under a supposedly obstructive, conservative-controlled House and Senate, did we reach $20 trillion in debt, institutionalize sanctuary cities, and put ourselves on track to a Navy of World War I size? Compared with all that, “making Mexico pay” for the wall does not seem all that radical. Under a Trump presidency the owner of Univision would not be stealthily writing, as he did to Team Clinton, to press harder for open borders — and thus the continuance of a permanent and profitable viewership of non-English speakers. Trump’s outrageousness was not really new; it was more a 360-degree mirror of an already outrageous politics as usual. One does not need lectures about conservatism from Edmund Burke when, at the neighborhood school, English becomes a second language, or when one is rammed by a hit-and-run driver illegally in the United States who flees the scene of the accident. Do our elites ever enter their offices to find their opinion-journalism jobs outsourced at half the cost to writers in India? Are congressional staffers told to move to Alabama, where it is cheaper to telecommunicate their business? Trump’s outrageousness was not really new; it was more a 360-degree mirror of an already outrageous politics as usual. (…) The problem, however, is that a displaced real person, unemployed and living with his 80-year-old grandmother in a financially underwater and unsellable home, cannot easily move to the North Dakota fracking fields, any more than the destruction of an 80-acre small-farming operation owing to foreign agricultural subsidies is in any way “creative.” What we needed from our conservative elites and moderates was not necessarily less free-market economics, but fair in addition to free trade — and at least some compassion and sensitivity in recognizing that their bromides usually applied to others rather than to themselves and the political class of both parties. When Trump shoots off his blunderbuss, is it always proof of laziness and ignorance, or is it sometimes generally aimed in the right direction to prompt anxiety and eventual necessary reconsideration? Questioning NATO’s pro forma way of doing business led to furor, but also to renewed promises from NATO allies to fight terror, pony up defense funds, and coordinate more effectively. Deploring unfair trade deals suddenly made Hillary Clinton renounce her prior zealous support of the “gold standard” Trans-Pacific Partnership deal.(…) Many of us did not vote in the primaries for Trump, because we did not believe that he was sufficiently conservative or, given his polarizing demeanor, that he could win the presidency even if he were. The irony is now upon us that Trump may have been the most conservative Republican candidate who still could beat Hillary Clinton — and that if he were to win, he might usher in the most conservative Congress, presidency, and Supreme Court in nearly a century. Victor Davis Hanson
The United States (…) is one of the few successful multiracial societies in history. America has survived slavery, civil war, the Japanese-American internment, and Jim Crow—and largely because it has upheld three principles for unifying, rather than dividing, individuals. The first concerns the Declaration of Independence and the American Constitution, which were unique documents for their time and proved transcendent across time and space. Both documents enshrined the ideal that all people were created equal and were human first, with inalienable rights from God that were protected by government. These founding principles would eventually trump innate tribal biases and prejudices to grant all citizens their basic rights. Second, given America’s two-ocean buffer, the United States could control its own demographic destiny. Americans usually supported liberal immigration policies largely because of the country’s ability to monitor the numbers of new arrivals and the melting pot’s ability to assimilate, integrate, and intermarry immigrants, who would soon relegate their racial, religious, and ethnic affinities to secondary importance. Finally, the United States is the most individualistic and capitalistic of the Western democracies. The nation was blessed with robust economic growth, rich natural resources, and plenty of space. It assumed that its limited government and ethos of entrepreneurialism would create enough widespread prosperity and upward mobility that affluence—or at least the shared quest for it—would create a common bond superseding superficial Old World ties based on appearance or creed. In the late 1960s, however, these three principles took a hit. The federal government lost confidence in the notion that civil rights legislation, the melting pot, and a growing economy could unite Americans and move society in the direction of Martin Luther King Jr.’s vision (…) This shift from the ideal of the melting pot to the triumph of salad-bowl separatism occurred, in part, because the Democratic Party found electoral resonance in big government’s generous entitlements and social programs tailored to particular groups. By then, immigration into the United States had radically shifted and become less diverse. Rather than including states in Europe and the former British Commonwealth, most immigrants were poorer and almost exclusively hailed from the nations of Latin America, Asia, and Africa, resulting in poorer immigrants who, upon arrival, needed more government help. Another reason for the shift was the general protest culture of the Vietnam era, which led to radical changes in everything from environmental policy to sexual identity, and thus saw identity politics as another grievance against the status quo. A half-century later, affirmative action and identity politics have created a huge diversity industry, in which millions in government, universities, and the private sector are entrusted with teaching the values of the Other and administering de facto quotas in hiring and admissions. In 2016, Hillary Clinton ran a campaign on identity politics, banking on the notion that she could reassemble various slices of the American electorate, in the fashion that Barack Obama had in 2008 and 2012, to win a majority of voters. She succeeded, as did Obama, in winning the popular vote by appealing directly to the unique identities of gays, Muslims, feminists, blacks, Latinos, and an array of other groups, but misjudged the Electoral College and so learned that a numerical majority of disparate groups does not always translate into winning key swing states. At one point Clinton defined her notion of identity politics by describing Trump’s supporters: “You know, to just be grossly generalistic, you could put half of Trump’s supporters into what I call the basket of deplorables. Right? The racist, sexist, homophobic, xenophobic, Islamaphobic—you name it. And unfortunately there are people like that. And he has lifted them up… Now, some of those folks—they are irredeemable, but thankfully they are not America.” (…) but (…) ethnic solidarity can cut both ways. In the 2016 elections, Trump won an overwhelming and nearly unprecedented number of working class whites in critical swing states. Many either had not voted in prior elections or had voted Democratic. The culture’s obsession with tribalism and special ethnic interests—often couched in terms of opposing “white privilege”—had alienated millions of less well-off white voters. Quietly, many thought that if ethnic activists were right that the white majority was shrinking into irrelevance, and if it was acceptable for everyone to seek solidarity through their tribal affiliations, then poor whites could also rally under the banner of their own identity politics. If such trends were to continue in a nation that is still 70 percent white, it would prove disastrous for the Democratic Party in a way never envisioned during the era of Barack Obama. Hillary Clinton discovered that Obama’s identity politics constituencies were not transferrable to herself in the same exceptional numbers, and the effort to ensure that they were often created new tribal opponents. (…) it is not certain that immigration, both legal and illegal, will continue at its current near record rate, which has resulted in over 40 million immigrants now residing in America—constituting some 13 percent of the present population. Trump is likely not just to curtail illegal immigration, but also to return legal immigration to a more meritocratic, diverse, and individual basis. Were immigration to slow down and become more diverse, the formidable powers of integration and intermarriage would perhaps do to the La Raza community what it once did to the Italian-American minority after the cessation of mass immigration from Italy. There are currently no Italian-American quotas, no Italian university departments, and no predictable voting blocs. (…) class is finally reemerging as a better barometer of privilege than is race—a point that Republican populists are starting to hammer home. The children of Barack Obama, for example, have far more privilege than do the sons of Appalachian coal miners—and many Asian groups already exceed American per capita income averages. When activist Michael Eric Dyson calls for blanket reparations for slavery, his argument does not resonate with an unemployed working-class youth from Kentucky, who was born more than 30 years after the emergence of affirmative action—and enjoys a fraction of Dyson’s own income, net worth, and cultural opportunities. Finally, ideology is eroding the diversity industry. Conservative minorities and women are not considered genuine voices of the Other, given their incorrect politics. For all its emphasis on appearance, diversity is really an intolerant ideological movement that subordinates race and gender to progressive politics. It is not biology that gives authenticity to feminism, but leftwing assertions; African-American conservatives are often derided as inauthentic, not because of purported mixed racial pedigrees, but due to their unorthodox beliefs. The 2016 election marked an earthquake in the diversity industry. It is increasingly difficult to judge who we are merely by our appearances, which means that identity politics may lose its influence. These fissures probably explain some of the ferocity of the protests we’ve seen in recent weeks. A dying lobby is fighting to hold on to its power. Victor Davis Hanson
Struggling rural America proved disenchanted with the country’s trajectory into something like a continental version of Belgium or the Netherlands: borderless, with a global rather than national sense of self; identity politics in lieu of unity and assimilation; a statist and ossified economy with a few winners moralizing to lots of losers—perhaps as a way of alleviating transitory guilt over their own privilege. The full lessons of the 2016 election are still being digested (or indeed amplified), but one constant is emerging that the world outside our bi-coastal dynamic, hip, and affluent culture is not very well understood by those who lead the country. The Left feels that the interior is a veritable cultural wasteland of obesity, Christianists, nihilist self-destructive behavior, and evenings that shut down at dusk in desperate need of federal moral and regulatory oversight. The doctrinaire Right advises the interior losers of globalization to hit the road in search of good jobs and take a hard look in the mirror and cure their self-inflicted pathologies. Such stereotyped pessimism about rural America are no exaggeration. (…) The plight of the contemporary rural America in a word was not due to an epidemic of laziness or of innate genetic ineptness, but more likely the onslaught of globalism, a sort of Tolkien master ring that gave its coastal wearers enormous power to create and manage worldwide wealth, prosperity, and power, but by its very use proved corrupting to those in its midst. (…) But the rural shakedown did not mean that our red-state interior tuned out from politics, big business, universities, government, popular culture and mass entertainment. Far from it; cable TV, the Internet, and smart phones plugged rural America into coastal culture as never before. And what fly over country saw and heard each day, it often did not like. The first disconnect between coastal and interior America was the elevation of race over class—with a twist of scapegoating the losers of globalization as somehow culpable winners because of their supposed “white privilege.” Fairly or not, the lower middle classes heard a nonstop message from mostly affluent white liberals and well-off minority activists, virtue-signaling one another by blaming those far less well off as somehow beyond redemption. So-called middle and rural America—oddly people more likely to put their children in public schools and assimilate and integrate than was the elite—grew accustomed to being insulted by Barack Obama as clingers, or by Hillary Clinton as “irredeemables” and “deplorables,” as popular culture became fixated on privileged whiteness. And that tired message soon became surreal: coastal white people with the money were liberal and accusatory; interior white people without it were conservative and thus culpable. The villains of television and Hollywood, when not corporate conspiracists, Russian oligarchs, or South African residual Nazis, were often redneck Americans with southern drawls. The new minstrel shows were reality television’s ventures into the swamps, the seas, the forests, the Alaskan wilderness, and the empty and endless highways, where each week with condescension we saw smoking, overweight and gap-toothed fishermen, loggers, and truckers do funny and stupid things with boats, saws, and semis. The second unwelcome message was the politicization of almost everything. Beyoncé turned her 2016 Super Bowl show, traditionally non-political entertainment, into a peaen to Black Lives Matter and the old Black Panther party. Multimillionaire Colin Kaepernick deflected attention from his own poor play on the field for the San Francisco 49ers by scapegoating America for its supposed -ologies and –isms—but of course himself did not take the trouble to vote. Hollywood actors, who make more in an hour than most do in a year, periodically finger-pointed at Middle America for its ethical shortcomings. Turn on late night talk shows or early morning chat sessions to receive the monotonous message that entertainment is properly indoctrination. Even charity became progressive politics. The locus classicus of multimillionaire moralizing was the Clinton team: she selling influence at the State Department, he collecting the ensuing checks at the Foundation; both veneering the shake-down with left-wing moralistic preening. (…) Third, the gulf in America between concrete and abstract things widened. Banking, insurance, universities, government, social media, and programing were reflections of the work of the mind and well compensated; fabrication, construction, transportation, drilling, mining, logging and farming were still muscular, essential for the good modern life—and yet deprecated as ossified and passé. The ancient wisdom of the necessary balance between thought and deed, muscle and mind, was forgotten in the popular culture of the coasts. Yet rural America assumed it could still learn how to use iPhones, search the web, and write in Microsoft Word; but coastal America did not know a chainsaw from a snow blower. A tractor or semi might as well have been a spaceship. And those with expansive lawns soon had no idea how to mow them. That divide by 2016 posed a Euripidean question: What is wisdom and who were the real dullards, who were the real smart ones: the supposed idiots with Trump posters on their lawn who swore they were undercounted, or the sophisticated pollsters and pundits who wrote off their confidence as delusional if not pathetic? Finally, speech, dress, and comportment bifurcated in a way not seen since the 19th century. Ashley Judd and Madonna might have thought screaming obscenities, vulgarities, and threats established their progressive fides, but to half the country they only confirmed they were both crude and talentless. What do Ben Rhodes, Pajama Boy, and Lena Dunham have in common? They all appeared to the rest of the country as arrogant, young, hip, and worldly without knowing anything of the world beyond them. Some object that Trumpism is pure nihilism and a vandal act rather than a constructive recalibration. Perhaps. But red-state America shouted back that if those who demanded open borders never themselves lived the consequences of open borders, then there would be no open borders. If those who proposed absolute free transfers of capital and jobs always expected others to lose money and jobs as the cost of the bargain, then there would be no such unlimited free flows. If the media were continually to stereotype and condescend to others, then they themselves would be stereotyped and talked down to. For a brief moment in 2016, rural America shouted that the last shall be first, and first shall be last. Before we write off this retort that led to Trump as a mindless paroxysm, remember that it was not those in Toledo, Billings, Montgomery, or Red Bluff who piled up $20 trillion in collective debt, nearly destroyed the health care system, set the Middle East afire, turned the campus into Animal Farm, or transformed Hollywood into 1984-style widescreen indoctrination. Trump was rural America’s shout back. One way or another, he will be its last. Either Trump will fail to restore prosperity and influence to the hinterland and thus even as president go the way of a flash-in-the-pan, would-be president Ross Perot—or he will succeed and thus make a like-minded successor superfluous.  

Attention: un surréalisme peut en cacher un autre !

Surréaliste, hallucinant, déjanté

Au lendemain d’une première conférence de presse du président Trump …

Pour laquelle nos médias n’avaient à nouveau pas de mots assez durs …

Alors qu’entre vote populaire, piratage russe, taille de la foule ou boycotts de l’investiture, fuites des services secrets, prétendues analyses psychiatriques ou appels explicites à l’assassinat …

Tout est bon, du premier DJ venu aux prétendus historiens, pour remettre en question la légitimité du choix du peuple américain …

Pendant qu’à coups de fuites judiciaires désormais quotidiennes et au profit d’un énième démagogue du déni et du « hope and change »

L‘hallali continue en France contre le seul véritable candidat de l’alternance …

Comment ne pas voir …

Non seulement l’incroyable deux poids deux mesures comparé à l’élection d’un Barack Obama …

Présenté il y a huit ans  comme le nouveau messie …

Mais l’incapacité proprement surréaliste des médias, sauf rares exceptions, à prendre toute la mesure …

Non seulement de la dimension historique d’une victoire (Congrès et postes de gouverneurs compris) que tout le monde annonçait impossible …

Face à la machine infernale qui avait laminé avant lui les trop gentils McCain et Romney …

Mais aussi de la défiance et de la colère de toute une partie de l’électorat américain …

Que les interminables chipotages actuels ne peuvent que renforcer ?

Commentary: The unbearable smugness of the press

Bill Rahn

Nov 10, 2016

The mood in the Washington press corps is bleak, and deservedly so.

It shouldn’t come as a surprise to anyone that, with a few exceptions, we were all tacitly or explicitly #WithHer, which has led to a certain anguish in the face of Donald Trump’s victory. More than that and more importantly, we also missed the story, after having spent months mocking the people who had a better sense of what was going on.

This is all symptomatic of modern journalism’s great moral and intellectual failing: its unbearable smugness. Had Hillary Clinton won, there’d be a winking “we did it” feeling in the press, a sense that we were brave and called Trump a liar and saved the republic.

So much for that. The audience for our glib analysis and contempt for much of the electorate, it turned out, was rather limited. This was particularly true when it came to voters, the ones who turned out by the millions to deliver not only a rebuke to the political system but also the people who cover it. Trump knew what he was doing when he invited his crowds to jeer and hiss the reporters covering him. They hate us, and have for some time.

And can you blame them? Journalists love mocking Trump supporters. We insult their appearances. We dismiss them as racists and sexists. We emote on Twitter about how this or that comment or policy makes us feel one way or the other, and yet we reject their feelings as invalid.

It’s a profound failure of empathy in the service of endless posturing. There’s been some sympathy from the press, sure: the dispatches from “heroin country” that read like reports from colonial administrators checking in on the natives. But much of that starts from the assumption that Trump voters are backward, and that it’s our duty to catalogue and ultimately reverse that backwardness. What can we do to get these people to stop worshiping their false god and accept our gospel?

We diagnose them as racists in the way Dark Age clerics confused medical problems with demonic possession. Journalists, at our worst, see ourselves as a priestly caste. We believe we not only have access to the indisputable facts, but also a greater truth, a system of beliefs divined from an advanced understanding of justice.

You’d think that Trump’s victory – the one we all discounted too far in advance – would lead to a certain newfound humility in the political press. But of course that’s not how it works. To us, speaking broadly, our diagnosis was still basically correct. The demons were just stronger than we realized.

This is all a “whitelash,” you see. Trump voters are racist and sexist, so there must be more racists and sexists than we realized. Tuesday night’s outcome was not a logic-driven rejection of a deeply flawed candidate named Clinton; no, it was a primal scream against fairness, equality, and progress. Let the new tantrums commence!

That’s the fantasy, the idea that if we mock them enough, call them racist enough, they’ll eventually shut up and get in line. It’s similar to how media Twitter works, a system where people who dissent from the proper framing of a story are attacked by mobs of smugly incredulous pundits. Journalists exist primarily in a world where people can get shouted down and disappear, which informs our attitudes toward all disagreement.

Journalists increasingly don’t even believe in the possibility of reasoned disagreement, and as such ascribe cynical motives to those who think about things a different way. We see this in the ongoing veneration of “facts,” the ones peddled by explainer websites and data journalists who believe themselves to be curiously post-ideological.

That the explainers and data journalists so frequently get things hilariously wrong never invites the soul-searching you’d think it would. Instead, it all just somehow leads us to more smugness, more meanness, more certainty from the reporters and pundits. Faced with defeat, we retreat further into our bubble, assumptions left unchecked. No, it’s the voters who are wrong.

As a direct result, we get it wrong with greater frequency. Out on the road, we forget to ask the right questions. We can’t even imagine the right question. We go into assignments too certain that what we find will serve to justify our biases. The public’s estimation of the press declines even further — fewer than one-in-three Americans trust the press, per Gallup — which starts the cycle anew.

There’s a place for opinionated journalism; in fact, it’s vital. But our causal, profession-wide smugness and protestations of superiority are making us unable to do it well.

Our theme now should be humility. We must become more impartial, not less so. We have to abandon our easy culture of tantrums and recrimination. We have to stop writing these know-it-all, 140-character sermons on social media and admit that, as a class, journalists have a shamefully limited understanding of the country we cover.

What’s worse, we don’t make much of an effort to really understand, and with too few exceptions, treat the economic grievances of Middle America like they’re some sort of punchline. Sometimes quite literally so, such as when reporters tweet out a photo of racist-looking Trump supporters and jokingly suggest that they must be upset about free trade or low wages.

We have to fix this, and the broken reasoning behind it. There’s a fleeting fun to gang-ups and groupthink. But it’s not worth what we are losing in the process.

Voir aussi:

Commentary: Hot takes are written by the winners

Bill Rahn

June 29, 2016

Have you heard much recently about the white working class? If not, then you haven’t been paying attention to the pundits, a profession currently obsessed with divining their motives, parsing their logic, and blaming them for the sorry state of politics in the Western world.

And why not? The white working class is responsible for Donald Trump – just look at how he cleaned up in Appalachia during the primaries! They, or at least people like them, gave us Brexit, which caused even American media folk to convulse in despair, partly because this overseas event is somehow an indicator that Trump can win.

We think to ourselves: what will these idiots do next? What do they really want? How much of it is their fault? How much of it is ours?

Is drug addiction to blame? The decline of family and religion? Or what about neoliberalism, the retreat of the welfare state and the return of rapacious capitalism? Maybe they’re just racist. Maybe it’s a mix of all this, a bouillabaisse of grievances both real and imagined that just might spell the end of the global projects so beloved by elites.

Regardless, the white working class has captured the imagination of journalists, who have come to talk about them like colonial administrators would talk about a primitive inland tribe that interferes with the construction of a jungle railway: They must be pacified until history kills them off.

Just about all the mainstream punditry concerning the white working class, from the left and the right, fits this description. The elites (and if you write for a living, you’re a damn elite) all seem to be talking about a people who seem vaguely alien. There’s an anthropological quality to it, like when the New York Times’ David Brooks pledges to leave New York more often, living among the natives in order to better understand their dysfunction.

The reporters and pundits cloistered along the coasts look upon the white working class with a mix of fascination and disdain. The tribe’s beliefs, savage as they are, can be excused somewhat (« you know, free trade sure did kill a lot of their jobs ») or simply mocked (« these jerks don’t realize how good they’ve got it »). In either case, it’s easy to see we are all writing about people we can’t fully empathize with.

That’s the sort of statement that will rub a lot of journalists the wrong way, so let me explain. You don’t have to go far in Washington to hear an impressive, noteworthy person at this or that publication tell you about their hardscrabble upbringing on the mean streets of wherever, and that such meager beginnings don’t justify political radicalism.

Sure, OK. But every time you talk to someone who has a media job in New York or D.C., you’re probably talking about someone who has skills that our economy rewards, regardless of upbringing. They can write or speak or analyze something complex. They have abilities that haven’t yet been outsourced or automated. The people who report and talk about the news, for all their griping about low wages and the decline of print, tend to do quite well in our globalized economy.

The white working class is made up of people without such gifts. And moreover, because no set of policies can prioritize everyone, they were always designed to be the losers of our globalized economy. Their jobs would be taken away in the name of efficiency, with the marginal upside that the goods they purchase would be cheaper because they were now being made for less by people overseas.

So what we’re left with is a bunch of beneficiaries of the current economic order discussing the losers of the current economic order. And this raises the question of whether people who have a lot to gain from the status quo are well equipped to report accurately about how it’s cracked up.

Because that is what we’re seeing, a profound upending of the order of things. And predictably enough, journalists have been among the last people to realize this development, which makes more sense when you consider that the news is reported and analyzed by globalization’s winners, even as the subject increasingly becomes globalization’s losers.

The rise of Trump, a candidate tapping into a deep well of resentment that both conservatives and liberals were unwilling to touch, shouldn’t have come as such a surprise. Same with the Brexit vote — why are we so shocked that a multinational and barely democratic bureaucracy would be so unloved? Again, as reporters scramble to understand what in hell is going on with the world, we’ve seen a consensus develop that Britain surely must have left the EU by accident — a thesis that’s almost wholly dependent on a limited number of anecdotes about regretful voters.

Maybe. Or maybe the European project, like so many cosmopolitan initiatives, has just produced a lot more losers than the elites, including the press, ever accounted for.

Voir également:

A Message From Trump’s America

Working-class whites have been ignored by both parties, and they’re dying from despair.

Michael Cooper Jr. | Contributor

US News

March 9, 2016

Donald Trump received 70 percent of the primary vote in Buchanan County, Virginia, and 60 percent in Martin County, Kentucky. He is strongest in Appalachia because the biggest indicator of support for Trump, according to a survey by the RAND Corporation, is agreeing with the statement, « people like me don’t have any say. »

I live in Trump’s America, where working-class whites are dying from despair. They’re dying from alcoholism, drug addiction and suicide, trying to take away the pain of a half century’s economic and cultural decline. In the foothills of Appalachia, Wilkes County, North Carolina, is second in the nation in income lost this century, where the number of manufacturing jobs decreased from 8,548 in the year 2000 to about 4,000 today, according to Stateline.



On the losing side of automation, globalization and the « rural brain drain » our community was powerless to stop furniture factories from closing down or Wal-Mart from coming in. And after decades of decline folks were too beaten down and disorganized to fight back when pharmaceutical companies flooded the area with OxyContin. As a result, Wilkes had the third highest overdose rate in America in 2007 and busted 50 meth labs in 2013. [Overdose rates dropped 69 percent by 2011 after North Carolina responded to the crisis.]

Now, I walk into the courtroom every week and see the faces of childhood friends in a town where 23 percent of the population lives in poverty and 25 percent never finished high school.

So if there are winners and losers in America, I know the losers. They lost jobs to China and Vietnam. And they’re dying younger, caught in an endless cycle of jail, drug charges and applying for disability to pay the child support bill.

They lost their influence, their dignity and their shot at the American Dream, and now they’re angry. They’re angry at Washington and Wall Street, at big corporations and big government. And they’re voting now for Donald Trump

My Republican friends are for Trump. My state representative is for Trump. People who haven’t voted in years are for Trump. He’ll win the primary here on March 15 and he will carry this county in the general.

His supporters realize he’s a joke. They do not care. They know he’s authoritarian, nationalist, almost un-American, and they love him anyway, because he disrupts a broken political process and beats establishment candidates who’ve long ignored their interests.

When you’re earning $32,000 a year and haven’t had a decent vacation in over a decade, it doesn’t matter who Trump appoints to the U.N., or if he poisons America’s standing in the world, you just want to win again, whoever the victim, whatever the price.

Trump won’t win the presidency, of course. If he’s nominated conservatives will walk out of the Cleveland convention in July and run a third ticket candidate, and there are not enough disaffected white males in Pennsylvania or Ohio to make up for the independent women who would vote for Hillary Clinton in November. But the two parties can no longer afford to ignore Trump’s America.

To win again in the Deep South and Appalachia, the Democratic Party must recall the days of Roosevelt’s New Deal and Kennedy’s New Frontier by putting people to work rebuilding America, and making college free after two years of national service.

Trump’s appeal as a strongman reveals the desire in Middle America for public action. His supporters want healthcare, like Social Security and are frustrated by the gridlock on Capitol Hill, so they must return to the days of Eisenhower, standing for conservative principles but also compromising when possible.

As productivity climbed, working-class Americans wanted their wages to rise also. Instead, Republicans gave them tax cuts for the rich while liberal Democrats called them racists and bigots.

According to the Republican Party, the biggest threat to rural America was Islamic terrorism. According to the Democratic Party it was gun violence. In reality it was prescription drug abuse and neither party noticed until it was too late.

Unlike registered independents who are socially liberal and fiscally conservative, America’s non-voters tended to be poorer, less educated citizens who are fiscally liberal and socially conservative. Neither party listened to them, let alone represented this populist center, until Trump gave them a voice.

America will survive Trump’s campaign, and the temptations of protectionism and xenophobia he offers. But in the aftermath that follows, both political parties must start prioritizing the working-class for a change. And that starts by listening to Trump’s forgotten America.

Voir encore:

The Deplorables Shout Back

Struggling rural America proved disenchanted with the country’s trajectory into something like a continental version of Belgium or the Netherlands: borderless, with a global rather than national sense of self; identity politics in lieu of unity and assimilation; a statist and ossified economy with a few winners moralizing to lots of losers—perhaps as a way of alleviating transitory guilt over their own privilege.

The full lessons of the 2016 election are still being digested (or indeed amplified), but one constant is emerging that the world outside our bi-coastal dynamic, hip, and affluent culture is not very well understood by those who lead the country.

 The Left feels that the interior is a veritable cultural wasteland of obesity, Christianists, nihilist self-destructive behavior, and evenings that shut down at dusk in desperate need of federal moral and regulatory oversight.

The doctrinaire Right advises the interior losers of globalization to hit the road in search of good jobs and take a hard look in the mirror and cure their self-inflicted pathologies. Such stereotyped pessimism about rural America are no exaggeration. Recently Bill Kristol, former editor of the Weekly Standard, seemed to dismiss the white working class as mostly played out—an apparent argument for generous immigration that was critical in replacing it: “Look, to be totally honest, if things are so bad as you say with the white, working class, don’t you want to get new Americans in?” He went onto imply that poor whites were purported lazy and spoiled in comparison to immigrant groups—a fact not born out by comparative rates of reliance on government aid programs. PBS commentator and New York Times columnist David Brooks earlier had suggested the white working classes who were voting for Trump did not exercise independent judgement, but as the less educated were just “going with their gene pool.”

The plight of the contemporary rural America in a word was not due to an epidemic of laziness or of innate genetic ineptness, but more likely the onslaught of globalism, a sort of Tolkien master ring that gave its coastal wearers enormous power to create and manage worldwide wealth, prosperity, and power, but by its very use proved corrupting to those in its midst.

As I look outside the windows of my farmhouse this morning and scan a 360-degree panorama, I can absorb globalization, its success and failures. The countryside is now devoid of farmers who used to anchor small-town life—everything from the school board to the Masonic Lodge—of the San Joaquin Valley of California. In its place is a mosaic of huge vertically-integrated corporate farms that have swallowed up the tesserae of failed small acreages and turned the land into the most productive and profitable food production units in the history of agriculture.

But who am I to look out the window at others, when the story is my own as well? All my siblings went belly up in small farming. I held on to the old homestead and a remnant 40 acres only by renting out to a superb farming corporation while earning my living from the coast. Such a strange Faustian bargain globalization proved to be: unlimited affluence for some without shared prosperity, instant electronic social media and communications without much to communicate, and hip culture without much cultural transcendence. I could assure Bill Kristol that my siblings who could not make a living when peaches went from $9 a lug to $4 and raisins crashed from $1,400 a ton to $450 were not lazy. And I would say to David Brooks that their genetic material did not preclude rational judgment.

America’s rural class was gobbled up in a variety of ways. The consolidation of agriculture, the outsourcing and automation of manufacturing, and franchising of retailing created an underclass dependent on social services and low wages. A smaller and mostly younger group got with the plan, left rural America, fled to the coasts or regional big cities, obtained the proper credentials and became successful. Some in between stayed on and went about their old ways, often confused that the familiar but often empty landscapes and infrastructure might still mean that business could go on as usual.

But the rural shakedown did not mean that our red-state interior tuned out from politics, big business, universities, government, popular culture and mass entertainment. Far from it; cable TV, the Internet, and smart phones plugged rural America into coastal culture as never before. And what fly over country saw and heard each day, it often did not like.

The Great Divides(s)

The first disconnect between coastal and interior America was the elevation of race over class—with a twist of scapegoating the losers of globalization as somehow culpable winners because of their supposed “white privilege.” Fairly or not, the lower middle classes heard a nonstop message from mostly affluent white liberals and well-off minority activists, virtue-signaling one another by blaming those far less well off as somehow beyond redemption.

So-called middle and rural America—oddly people more likely to put their children in public schools and assimilate and integrate than was the elite—grew accustomed to being insulted by Barack Obama as clingers, or by Hillary Clinton as “irredeemables” and “deplorables,” as popular culture became fixated on privileged whiteness. And that tired message soon became surreal: coastal white people with the money were liberal and accusatory; interior white people without it were conservative and thus culpable.

The villains of television and Hollywood, when not corporate conspiracists, Russian oligarchs, or South African residual Nazis, were often redneck Americans with southern drawls. The new minstrel shows were reality television’s ventures into the swamps, the seas, the forests, the Alaskan wilderness, and the empty and endless highways, where each week with condescension we saw smoking, overweight and gap-toothed fishermen, loggers, and truckers do funny and stupid things with boats, saws, and semis.

The second unwelcome message was the politicization of almost everything. Beyoncé turned her 2016 Super Bowl show, traditionally non-political entertainment, into a peaen to Black Lives Matter and the old Black Panther party. Multimillionaire Colin Kaepernick deflected attention from his own poor play on the field for the San Francisco 49ers by scapegoating America for its supposed -ologies and –isms—but of course himself did not take the trouble to vote. Hollywood actors, who make more in an hour than most do in a year, periodically finger-pointed at Middle America for its ethical shortcomings. Turn on late night talk shows or early morning chat sessions to receive the monotonous message that entertainment is properly indoctrination.

Even charity became progressive politics. The locus classicus of multimillionaire moralizing was the Clinton team: she selling influence at the State Department, he collecting the ensuing checks at the Foundation; both veneering the shake-down with left-wing moralistic preening. When Hillary lost her reins of power; Bill had no more influence to sell; the Foundation lost its reason to be, and the entire criminal enterprise was exposed for what it always was: QED.

Third, the gulf in America between concrete and abstract things widened. Banking, insurance, universities, government, social media, and programing were reflections of the work of the mind and well compensated; fabrication, construction, transportation, drilling, mining, logging and farming were still muscular, essential for the good modern life—and yet deprecated as ossified and passé. The ancient wisdom of the necessary balance between thought and deed, muscle and mind, was forgotten in the popular culture of the coasts. Yet rural America assumed it could still learn how to use iPhones, search the web, and write in Microsoft Word; but coastal America did not know a chainsaw from a snow blower. A tractor or semi might as well have been a spaceship. And those with expansive lawns soon had no idea how to mow them. That divide by 2016 posed a Euripidean question: What is wisdom and who were the real dullards, who were the real smart ones: the supposed idiots with Trump posters on their lawn who swore they were undercounted, or the sophisticated pollsters and pundits who wrote off their confidence as delusional if not pathetic?

Finally, speech, dress, and comportment bifurcated in a way not seen since the 19th century. Ashley Judd and Madonna might have thought screaming obscenities, vulgarities, and threats established their progressive fides, but to half the country they only confirmed they were both crude and talentless. What do Ben Rhodes, Pajama Boy, and Lena Dunham have in common? They all appeared to the rest of the country as arrogant, young, hip, and worldly without knowing anything of the world beyond them.

‘The Last Shall be First, and First Shall be Last’

Some object that Trumpism is pure nihilism and a vandal act rather than a constructive recalibration. Perhaps. But red-state America shouted back that if those who demanded open borders never themselves lived the consequences of open borders, then there would be no open borders. If those who proposed absolute free transfers of capital and jobs always expected others to lose money and jobs as the cost of the bargain, then there would be no such unlimited free flows. If the media were continually to stereotype and condescend to others, then they themselves would be stereotyped and talked down to.

For a brief moment in 2016, rural America shouted that the last shall be first, and first shall be last. Before we write off this retort that led to Trump as a mindless paroxysm, remember that it was not those in Toledo, Billings, Montgomery, or Red Bluff who piled up $20 trillion in collective debt, nearly destroyed the health care system, set the Middle East afire, turned the campus into Animal Farm, or transformed Hollywood into 1984-style widescreen indoctrination.

Trump was rural America’s shout back. One way or another, he will be its last. Either Trump will fail to restore prosperity and influence to the hinterland and thus even as president go the way of a flash-in-the-pan, would-be president Ross Perot—or he will succeed and thus make a like-minded successor superfluous.

Voir de plus:

The End Of Identity Politics

Victor Davis Hanson
Defining Ideas (Hoover Institution)
 

Who are we? asked the liberal social scientist Samuel Huntington over a decade ago in a well-reasoned but controversial book. Huntington feared the institutionalization of what Theodore Roosevelt a century earlier had called “hyphenated Americans.” A “hyphenated American,” Roosevelt scoffed, “is not an American at all.” And 30 years ago, another progressive stalwart and American historian Arthur Schlesinger argued in his book The Disuniting of America that identity politics were tearing apart the cohesion of the United States.

What alarmed these liberals was the long and unhappy history of racial, religious, and ethnic chauvinism, and how such tribal ties could prove far stronger than shared class affinities. Most important, they were aware that identity politics had never proved to be a stabilizing influence on any past multiracial society. Indeed, most wars of the 20th century and associated genocides had originated over racial and ethnic triumphalism, often by breakaway movements that asserted tribal separateness. Examples include the Serbian and Slavic nationalist movements in 1914 against Austria-Hungary, Hitler’s rise to power on the promise of German ethno-superiority, the tribal bloodletting in Rwanda, and the Shiite/Sunni/Kurdish conflicts in Iraq.

The United States could have gone the way of these other nations. Yet, it is one of the few successful multiracial societies in history. America has survived slavery, civil war, the Japanese-American internment, and Jim Crow—and largely because it has upheld three principles for unifying, rather than dividing, individuals.

The first concerns the Declaration of Independence and the American Constitution, which were unique documents for their time and proved transcendent across time and space. Both documents enshrined the ideal that all people were created equal and were human first, with inalienable rights from God that were protected by government. These founding principles would eventually trump innate tribal biases and prejudices to grant all citizens their basic rights.

Second, given America’s two-ocean buffer, the United States could control its own demographic destiny. Americans usually supported liberal immigration policies largely because of the country’s ability to monitor the numbers of new arrivals and the melting pot’s ability to assimilate, integrate, and intermarry immigrants, who would soon relegate their racial, religious, and ethnic affinities to secondary importance.

Finally, the United States is the most individualistic and capitalistic of the Western democracies. The nation was blessed with robust economic growth, rich natural resources, and plenty of space. It assumed that its limited government and ethos of entrepreneurialism would create enough widespread prosperity and upward mobility that affluence—or at least the shared quest for it—would create a common bond superseding superficial Old World ties based on appearance or creed.

In the late 1960s, however, these three principles took a hit. The federal government lost confidence in the notion that civil rights legislation, the melting pot, and a growing economy could unite Americans and move society in the direction of Martin Luther King Jr.’s vision—“I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin, but by the content of their character.”

This shift from the ideal of the melting pot to the triumph of salad-bowl separatism occurred, in part, because the Democratic Party found electoral resonance in big government’s generous entitlements and social programs tailored to particular groups. By then, immigration into the United States had radically shifted and become less diverse. Rather than including states in Europe and the former British Commonwealth, most immigrants were poorer and almost exclusively hailed from the nations of Latin America, Asia, and Africa, resulting in poorer immigrants who, upon arrival, needed more government help. Another reason for the shift was the general protest culture of the Vietnam era, which led to radical changes in everything from environmental policy to sexual identity, and thus saw identity politics as another grievance against the status quo.

A half-century later, affirmative action and identity politics have created a huge diversity industry, in which millions in government, universities, and the private sector are entrusted with teaching the values of the Other and administering de facto quotas in hiring and admissions. In 2016, Hillary Clinton ran a campaign on identity politics, banking on the notion that she could reassemble various slices of the American electorate, in the fashion that Barack Obama had in 2008 and 2012, to win a majority of voters. She succeeded, as did Obama, in winning the popular vote by appealing directly to the unique identities of gays, Muslims, feminists, blacks, Latinos, and an array of other groups, but misjudged the Electoral College and so learned that a numerical majority of disparate groups does not always translate into winning key swing states.

At one point Clinton defined her notion of identity politics by describing Trump’s supporters: “You know, to just be grossly generalistic, you could put half of Trump’s supporters into what I call the basket of deplorables. Right? The racist, sexist, homophobic, xenophobic, Islamaphobic—you name it. And unfortunately there are people like that. And he has lifted them up… Now, some of those folks—they are irredeemable, but thankfully they are not America.”

***

What is the future of diversity politics after the 2016 election? Uncertain at best—and for a variety of reasons.

One, intermarriage and integration are still common. Overall, about 15 percent of all marriages each year are interracial, and the rates are highest for Asians and Latinos. Forty percent of Asian women marry men of another race—one quarter of African-American males do, as well—and over a quarter of all Latinos marry someone non-Latino.

Identity politics hinges on perceptible racial or ethnic solidarity, but citizens are increasingly a mixture of various races and do not always categorize themselves as “non-white.” Without DNA badges, it will be increasingly problematic to keep racial pedigrees straight. And sometimes the efforts to do so reach the point of caricature and inauthenticity, through exaggerated accent marks, verbal trills, voice modulations, and nomenclature hyphenation. One reason why diversity activists sound shrill is their fear that homogenization is unrelenting.

Second, the notion of even an identifiable and politically monolithic group of non-white minorities is also increasingly suspect. Cubans do not have enough in common with Mexicans to advance a united Latino front. African-Americans are suspicious of open borders that undercut entry-level job wages. Asians resent university quotas that often discount superb grades and test scores to ensure racial diversity. It is not clear that Hmong-Americans have much in common with Japanese-Americans, or that Punjabi immigrants see themselves politically akin to Chinese newcomers as fellow Asians.

Third, ethnic solidarity can cut both ways. In the 2016 elections, Trump won an overwhelming and nearly unprecedented number of working class whites in critical swing states. Many either had not voted in prior elections or had voted Democratic. The culture’s obsession with tribalism and special ethnic interests—often couched in terms of opposing “white privilege”—had alienated millions of less well-off white voters. Quietly, many thought that if ethnic activists were right that the white majority was shrinking into irrelevance, and if it was acceptable for everyone to seek solidarity through their tribal affiliations, then poor whites could also rally under the banner of their own identity politics. If such trends were to continue in a nation that is still 70 percent white, it would prove disastrous for the Democratic Party in a way never envisioned during the era of Barack Obama. Hillary Clinton discovered that Obama’s identity politics constituencies were not transferrable to herself in the same exceptional numbers, and the effort to ensure that they were often created new tribal opponents.

Fourth, it is not certain that immigration, both legal and illegal, will continue at its current near record rate, which has resulted in over 40 million immigrants now residing in America—constituting some 13 percent of the present population. Trump is likely not just to curtail illegal immigration, but also to return legal immigration to a more meritocratic, diverse, and individual basis. Were immigration to slow down and become more diverse, the formidable powers of integration and intermarriage would perhaps do to the La Raza community what it once did to the Italian-American minority after the cessation of mass immigration from Italy. There are currently no Italian-American quotas, no Italian university departments, and no predictable voting blocs.

Fifth, class is finally reemerging as a better barometer of privilege than is race—a point that Republican populists are starting to hammer home. The children of Barack Obama, for example, have far more privilege than do the sons of Appalachian coal miners—and many Asian groups already exceed American per capita income averages. When activist Michael Eric Dyson calls for blanket reparations for slavery, his argument does not resonate with an unemployed working-class youth from Kentucky, who was born more than 30 years after the emergence of affirmative action—and enjoys a fraction of Dyson’s own income, net worth, and cultural opportunities.

Finally, ideology is eroding the diversity industry. Conservative minorities and women are not considered genuine voices of the Other, given their incorrect politics. For all its emphasis on appearance, diversity is really an intolerant ideological movement that subordinates race and gender to progressive politics. It is not biology that gives authenticity to feminism, but leftwing assertions; African-American conservatives are often derided as inauthentic, not because of purported mixed racial pedigrees, but due to their unorthodox beliefs.

The 2016 election marked an earthquake in the diversity industry. It is increasingly difficult to judge who we are merely by our appearances, which means that identity politics may lose its influence. These fissures probably explain some of the ferocity of the protests we’ve seen in recent weeks. A dying lobby is fighting to hold on to its power.

Voir de même:

How Can We Get Rid of Trump?

We’re just a month into the Trump presidency, and already so many are wondering: How can we end it?

One poll from Public Policy Polling found that as many Americans — 46 percent — favor impeachment of President Trump as oppose it. Ladbrokes, the betting website, offers even odds that Trump will resign or leave office through impeachment before his term ends.

Sky Bet, another site, is taking wagers on whether Trump will be out of office by July.

There have been more than 1,000 references to “Watergate” in the news media in the last week, according to the Nexis archival site, with even some conservatives calling for Trump’s resignation or warning that he could be pushed out. Dan Rather, the former CBS News anchor who covered Watergate, says that Trump’s Russia scandal isn’t now at the level of Watergate but could become at least as big.

So let’s investigate: Is there any way out?

Trump still has significant political support, so the obstacles are gargantuan. But the cleanest and quickest way to remove a president involves Section 4 of the 25th Amendment and has never been attempted. It provides that the cabinet can, by a simple majority vote, strip the president of his powers and immediately hand power to the vice president. The catch is that the ousted president can object, and in that case Congress must approve the ouster by a two-thirds vote in each chamber, or the president regains office.

The 25th Amendment route is to be used when a president is “unable” to carry out his duties. I asked Laurence Tribe, the Harvard professor of constitutional law, whether that could mean not just physical incapacity, but also mental instability. Or, say, the taint of having secretly colluded with Russia to steal an election?

Tribe said that he believed Section 4 could be used in such a situation.

“In the unlikely event that Pence and a majority of Trump’s bizarre cabinet were to grow the spine needed to do the right thing with the process set up by that provision, we would surely be in a situation where a very large majority of the public, including a very substantial percentage of Trump’s supporters, would back if not insist upon such a move,” Tribe said. “In that circumstance, I can’t imagine Trump and his lawyers succeeding in getting the federal courts to interfere.”

The better known route is impeachment. But for now it’s hard to imagine a majority of the House voting to impeach, and even less conceivable that two-thirds of the Senate would vote to convict so that Trump would be removed. Moreover, impeachment and trial in the Senate would drag on for months, paralyzing America and leaving Trump in office with his finger on the nuclear trigger.

My take is that unless things get much worse, removal may be a liberal fantasy. Progressives thought that Trump would never win the nomination or the election. He survived the “Access Hollywood” tape and countless crises that pundits thought would doom him, so it’s not clear why Republicans would desert him now that he’s president.

Some people believe that the 2018 midterm elections will be so catastrophic for the G.O.P. that everyone will be ready to get rid of him. I’m skeptical. In the Senate, the map is disastrous for Democrats in 2018: The Republicans will be defending only eight Senate seats, while Democrats will in effect be defending 25.

So while Democrats can gnash their teeth, it’ll be up to Republicans to decide whether to force Trump out. And that won’t happen unless they see him as ruining their party as well as the nation.

“The only incentive for Republicans to act — with or without the cabinet — is the same incentive Republicans had in 1974 to insist on Nixon’s resignation,” Larry Sabato of the University of Virginia told me. “The incentive is survival.”

Trump does have one weakness, and it’s parallel to Nixon’s. Republicans in Congress were willing to oust Nixon partly because they vastly preferred his vice president, Gerald Ford — just as congressional Republicans prefer Mike Pence today.

If I were betting, I’d say we’re stuck with Trump for four years. But as Sabato says: “Lots of things about Donald Trump’s election and early presidency have been shocking. Why should it stop now?”

And what does it say about a presidency that, just one month into it, we’re already discussing whether it can be ended early?

Voir de plus:

When President Obama’s National Security Advisor Lied, The Media Laughed

It’s somewhat ironic that this email was disclosed the same day the anti-Trump universe was spinning into the stratosphere over Michael Flynn’s resignation as President Trump’s national security advisor.

 Julie Kelly

Buried deep beneath the Michael Flynn hysteria this week was Judicial Watch’s release of newly obtained State Department documents related to the Benghazi terrorist attack on September 11, 2012. One email confirms—again—that the Obama administration knew the day after the attack it was not a random act of violence stemming from an anti-Muslim video. That was the excuse shamefully propagated by top Obama administration officials (including the president himself) and swallowed whole by a media establishment desperate to help Obama win re-election six weeks later.

According to the summary of a call on September 12, 2012 between State Department Under-Secretary Patrick Kennedy and several congressional staffers, Kennedy was asked if the attack came under cover of protest: “No this was a direct breaching attack,” he answered. Kennedy also denied the attack was coordinated with the protests in Cairo over the video: “Attack in Cairo was a demonstration. There were no weapons shown or used. A few cans of spray paint.”

It’s somewhat ironic—galling?—that this email was disclosed the same day the anti-Trump universe was spinning into the stratosphere over Flynn’s resignation as President Trump’s national security advisor. It begs for a little trip down memory lane, to a kinder, gentler time when the media gave a great big pass to another national security advisor in the days after four Americans, including an ambassador, were murdered in Libya by Islamic terrorists under her watch.

Lying to Us Only Matters If We Dislike You

Fun fact: While Trump press secretary Sean Spicer fielded 55 questions on February 14 related to the Flynn debacle, Obama’s press secretary Jay Carney received only 13 questions from reporters on September 12, 2012, three of which were set-ups to blast Mitt Romney’s criticism of the administration after the attack. 55 to 13.

So as we now suffer through yet another patch of media mania, conspiracy theories, and unsubstantiated claims about how Trump hearts Russia, as well as the daily beatings endured by Spicer, let’s reminisce to when the media and Obama’s press flaks spun, deflected—even joked about golf and “Saturday Night Live!”—less than a week after Benghazi.

The day after Hillary Clinton’s deputy had that call with key Capitol Hill staffers, including advisors to senators Durbin, Feinstein, and McGaskill, to dispute the notion the attack was about an anti-Muslim video, here’s what Carney said: “I think it’s important to note with regards to that protest that there are protests taking place in different countries across the world that are responding to the movie that has circulated on the Internet. As Secretary Clinton said today, the United States government had nothing to do with this movie. We reject its message and its contents. We find it disgusting and reprehensible.”

On September 14, hours before the remains of the Benghazi victims would arrive at Andrews Air Force Base, Carney was still blaming the video. Just steps from the Oval Office, Carney opened his briefing with this: “First of all, we are obviously closely monitoring developments in the region today. You saw that following the incidents in response to this video, the president directed the administration to take a number of steps to prepare for continued unrest.”

Carney went on to mention the video/film/movie another 30 times during his briefing. He stuck with his story even after some reporters pushed back, citing other sources who said it was indeed a pre-mediated attack. One reporter said several senators admitted the “attack on Benghazi was a terrorist attack organized and carried out by terrorists, that it was premeditated, a calculated act of terror,” and asked Carney, “is there anything more you can — now that the administration is briefing senators on this, is there anything more you can tell us?”

Carney: “Again, it’s actively under investigation, both the Benghazi attack and incidents elsewhere. And my point was that we don’t have and did not have concrete evidence to suggest that this was not in reaction to the film. But we’re obviously investigating the matter…” Who cares, Sean Spicer called Justin Trudeau Joe, OMG!

Susan Rice’s Audacity of Trope

But of course nothing matches the audacity of trope by Obama’s National Security Advisor Susan Rice on September 16, 2012. Rice went on several Sunday shows to peddle a story she knew was completely phony, one that was already quickly unraveling even as most in the media and administration tried to keep it intact.

You can read most of her comments here, but Rice repeats the line that Benghazi attack was not premediated and was connected to the demonstrations in Cairo over the video (a document obtained by Judicial Watch last year shows Hillary Clinton met with Rice a few days before her television appearances). Which presidential administration is fact-challenged, again?

In a press gaggle on Air Force One the next day, guess how many times Deputy Press Secretary Josh Earnest was asked about Rice’s comments? Ten? Five? One? Not once. Let me repeat that. The day after Obama’s national security advisor was on five news programs to blame a terrorist attack on a YouTube video, not one reporter asked the White House about it. I actually had to re-read the transcripts several times, even checking the date over and over, to make sure this was accurate. Her name did not even come up.

No discussion about the investigation. No discussion about emerging evidence from around the world that Benghazi was indeed a terrorist attack. (The only time it was mentioned was when Jen Psaki criticized Mitt Romney’s comments about how the administration handled Benghazi and questioned whether he was ready for “primetime.”)

Here’s what they did discuss: Debate prep, Occupy Wall Street, and the Chicago’s teachers strike. An actual human reporter asked this: “It was a beautiful weekend for golf and he wasn’t out on the course. Is it safe to assume maybe he was doing some preparation at the White House?” WHAT? Then they joked about football and “Saturday Night Live.”

Sometimes the hypocrisy, double standard, and outright lies by the media under the Trump presidency is funny. Sometimes it is infuriating. But never was the media’s complicit sheep-like coverage more evident than it the days after Benghazi, behavior you can never imagine now. They have yet to admit their mistakes and failures, even as more evidence is revealed.

Remember that the next time you want to worry about how Trump is responsible for undermining the media’s integrity and credibility.

Voir par ailleurs:

US Election 2008: The joke is finally on Barack Obama
Have you heard the one about the presidential candidate who was once so popular that comedians were frightened to make jokes about him?

Tim Shipman in Washington
The Telegraph

09 Aug 2008

The punchline is this: the more seriously he took himself, the more Barack Obama has become a laughing matter.

Only a month ago American comedians and satirists were complaining that they found it hard to get people to laugh at the first black presidential nominee. A New Yorker cover cartoon showing him as a Muslim extremist was roundly denounced.

But growing Obama fatigue among voters after his pseudo-presidential visit to Europe and the Middle East has unleashed a wave of satirical fire, mocking Mr Obama for his apparent belief that he has the election in the bag.

Last month Jon Stewart, host of the satirical news programme The Daily Show, had to tell his audience that they were allowed to laugh at Mr Obama after a joke fell flat.

But Mr Stewart made comedic hay during the Illinois Senator’s international trip, mocking his progress through the Holy Land, where he said the candidate stopped « in Bethlehem to see the manger where he was born. »

Late night comic Jimmy Kimmel also cracked a joke at Mr Obama’s expense: « They really love Barack Obama in Germany. He’s like a rock star over there. Impressive until you realise that David Hasselhoff is also like a rock star over there. »

The jokes are important because they increasingly draw on evidence that voters are tiring of Mr Obama’s elevated opinion of himself, the wall to wall coverage of his pronouncements, and the feeling that he should concentrate on voters back home.

A writer with one of the leading comedy shows in the US, who preferred not to be named because of continuing sensitivities about how far comedians should go from some network executives, said: « We had a hard time convincing people that Obama is funny for a long time. Our audiences seemed unsure whether to laugh at him. The first black president is not a gag. But that’s changing because he’s doing more stuff that’s easy to mock and people are more familiar with him. »

Too familiar, some say. A poll last week by Pew research found 48 percent of those questioned said they had been hearing too much about the Democratic presidential candidate recently, nearly double the figure for his Republican rival John McCain.

Mr Obama has provided rich fodder for comedians looking to prick his pomposity, predicting that people would look back at his nomination as the moment « when the rise of the oceans began to slow ».

He also told Congressmen that his campaign was « the moment . . . that the world is waiting for ».

The attitude was summed up by Dana Milbank, the Washington Post’s resident political humourist, who declared: « Barack Obama has long been his party’s presumptive nominee. Now he’s becoming its presumptuous nominee. »

Mr Letterman listed top ten signs that Barack Obama is overconfident, which included « Offered Bush 20 bucks for the ‘Mission Accomplished’ banner » and « Having head measured for Mount Rushmore. »

Mr Obama is also under fire for moving politically towards the centre ground, moderating positions he had once boasted were evidence of his unique appeal.

Jay Leno, of the long-running Tonight Show, said: « Barack Obama now says he’s open to offshore oil drilling. So, apparently, when he promised change, he was talking about his mind. »

BEST OBAMA JOKES

Craig Ferguson: « Barack Obama was in Germany » today, and « he did this speech and 100,000 people showed up. There were so many Germans shouting and screaming that France…surrendered just in case. »

Jimmy Kimmel: « They really love Barack Obama in Germany. He’s like a rock star over there. Impressive until you realize that David Hasselhoff is also like a rock star over there. »

David Letterman: Signs Barack Obama Is Overconfident.

Proposed bill to change Oklahoma to ‘Oklabama.’

Offered Bush 20 bucks for the ‘Mission Accomplished’ banner.

Asked guy at Staples, ‘Which chair will work best in an oval-shaped office?’

Having head measured for Mount Rushmore.

Offered McCain a job in gift shop at Obama Presidential Library.

Jay Leno: « Of course, Obama’s supporters got him his usual birthday gifts of gold, frankincense, and myrrh. »

Jay Leno: « Obama’s people are trying to portray McCain as cranky, and McCain is trying to portray Obama as arrogant, you see. And when Obama was asked what he thought about being called arrogant, well, he said he was ‘above having to answer that question.' »

Jay Leno: « See Barack Obama on the news? He’s becoming a workout fanatic. He’s at the gym, like, twice a day, sometimes three times a day at the gym, yeah, according to his staff. Well, he has to stay in shape to do those flip-flops. »

Jay Leno: « Barack Obama back from his big European tour. Did you see him in Europe? People were cheering him, holding up signs, blowing him kisses. And that was just the American media covering the story. »

Voir par ailleurs:
Une semaine à la Maison Blanche

Première démission, rupture diplomatique, conférence de presse surréaliste : Trump en roue libre

Frédéric Autran, correspondant à New York
Libération
18 février 2017

Le président américain, visiblement éprouvé, a traversé cette semaine la première crise majeure de son mandat. Et elle vient de l’intérieur de son administration.

Samedi 11 février – Secret défense à la bougie

Tout le week-end, Donald Trump recevait le premier ministre japonais Shinzo Abe dans son club privé de Mar-a-Lago, en Floride. Samedi soir, les entrées du dîner, une salade arrosée de sauce au bleu, venaient d’être servies quand le président américain a reçu un appel : la Corée du nord venait de lancer un missile balistique de moyenne portée. La suite est stupéfiante. Plutôt que de se retirer dans une salle sécurisée, Trump et Abe ont évoqué le sujet à leur table, sur la terrasse. Faute d’éclairage suffisant, des conseillers des deux dirigeants ont éclairé des documents avec leur téléphone portable. Le tout à quelques mètres de richissimes membres du club venus, eux aussi, dîner à la bougie. Officiellement, le président américain avait été informé plus tôt, et dans une salle sécurisée, de la provocation de Pyongyang. Et les documents étalés sur la table n’étaient pas confidentiels. Les observateurs ne sont guère convaincus. Et soulignent l’hypocrisie de Donald Trump qui, tout au long de la campagne, n’a eu de cesse d’attaquer Hillary Clinton sur sa gestion chaotique des informations confidentielles.

Dimanche 12 février – «Abus de pouvoir judiciaire»

ABC, CBS, NBC, Fox News : le benjamin des hommes clés du président, Stephen Miller, a fait le tour des émissions politiques dominicales. A 31 ans, le conseiller politique de Donald Trump – dont il est aussi la «plume» – a défendu avec véhémence le décret anti-immigration du président, suspendu par la justice. «Les pouvoirs du président en ce domaine ne peuvent pas être contestés. Ce pays ne vit pas dans un régime de suprématie judiciaire», a-t-il martelé sur Fox News, criant à l’«abus de pouvoir judiciaire». Il faut dire que pour le très droitier Miller, l’échec du décret controversé est personnel. Selon plusieurs sources, il a fait partie du cercle restreint de conseillers chargés de sa rédaction. Après quelques jours de réflexion, la Maison Blanche a finalement décidé de ne pas poursuivre la bataille en justice. Au lieu de ça, un nouveau décret devrait être signé en début de semaine prochaine par Donald Trump. Un texte préparé, cette fois, par des experts et des juristes.

Lundi 13 février – Trump est-il malade ?

Le débat avait déjà fait rage lors de la campagne, poussant l’Association américaine de psychiatrie à rappeler à l’ordre ses membres. Pas question, prévenait-elle dans un communiqué, de se livrer à une quelconque analyse mentale du patient Trump. Les débuts chaotiques du nouveau président ont relancé les discussions. Lundi, une trentaine de professionnels de la santé mentale ont adressé une lettre ouverte au New York Times. «L’enjeu est trop important pour demeurer silencieux», écrivent-t-ils, dénonçant notamment «l’incapacité» du président «à tolérer des opinions différentes des siennes» et «sa profonde incapacité à faire preuve d’empathie». En conclusion, les auteurs de la lettre disent croire que «la grave instabilité émotionnelle indiquée par les discours et les actions de M. Trump le rendent incapable de servir sans risque comme président».

Mardi 14 février – La Maison Blanche en crise

Donald Trump avait sans doute rêvé d’une autre Saint-Valentin. Ce mardi, on est loin de l’ambiance mots d’amour et bouquets de fleur. C’est la crise, la grosse, à la Maison Blanche. La veille au soir, le conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, a démissionné à la demande de Donald Trump. Une première aussi tôt dans une présidence américaine. Ancien général, Flynn paie officiellement le prix de ses mensonges au vice-président Mike Pence, à qui il aurait assuré n’avoir jamais parlé des sanctions contre la Russie lors de ses conversations téléphoniques avec l’ambassadeur russe à Washington. La presse, alimentées par des fuites massives au sein des services de renseignement, révèle que cela a pourtant été le cas. Au-delà du cas Flynn, l’épineux dossier des relations troubles entre l’équipe Trump et le Kremlin refait surface. Il n’est sans doute pas prêt de disparaître.

Mercredi 15 février – Négociateur en chef

Après Theresa May, Shinzo Abe et Justin Trudeau, Donald Trump reçoit à la Maison Blanche le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. Dans les heures précédant la rencontre, l’administration américaine fait planer le doute sur l’appui à la «solution à deux Etats» au Proche-Orient. Avec son sens du détail et son éloquence habituels, Donald Trump résume ainsi sa position : «Je regarde deux Etats ou un Etat, et j’aime la solution que les deux parties aiment. Les deux me conviennent». En une petite phrase digne d’un élève de CM1, Donald Trump balaie plusieurs décennies de diplomatie américaine. Le négociateur-en-chef est déjà au travail.

Jeudi 16 février – 77 minutes de folie

Attendue fébrilement chaque samedi soir, l’imitation de Donald Trump par Alec Baldwin au Saturday Night Live vaut son pesant de cacahuètes. Mais l’acteur américain, salué à chacun de ses performances, arrivera-t-il seulement un jour à la hauteur de l’original ? Le Donald n’est jamais aussi bon que lorsqu’il fait le show. Et jeudi après-midi, sous les dorures de la East Room de la Maison Blanche, il avait décidé de descendre dans l’arène pour se payer son ennemi favori : les médias. Pendant les 77 minutes d’une conférence de presse extrêmement tendue, débutée par un long monologue de doléances et d’auto-satisfaction, Donald Trump a rendu coup pour coup. Il a critiqué les médias «très très malhonnêtes», n’hésitant pas à demander à un journaliste de se taire, à un autre de s’asseoir. Il a promis de pourchasser les auteurs des «fuites criminelles» d’informations confidentielles et nié toute collusion avec la Russie. Au jour 28 de sa présidence (sur 1460), Donald Trump a dégoupillé. Le ton de la campagne est de retour : taper fort, mentir souvent, détourner l’attention à tout prix. Décidément, le milliardaire a bien du mal à abandonner le costume de candidat pour endosser celui de président.

A suivre Trump au jour le jour

Vendredi 17 février – Obama dans le haut du panier

En août dernier, Donald Trump avait qualifié Barack Obama de «pire président» de l’histoire américaine. Avide consommateur de médias (même s’il les déteste), Donald Trump a sans doute vu passer l’enquête réalisée par la chaîne parlementaire C-SPAN. Et il n’a sans doute pas apprécié les résultats. Selon cette étude, publiée vendredi, les historiens classent Barack Obama au douzième rang des présidents américains, la meilleure performance depuis la neuvième place de Ronald Reagan en 1988. Dans trois catégories, Obama entre dans le top 10 : «quête d’une justice égale pour tous» (3e), «autorité morale» (7e) et «gestion économique» (8e). En revanche, il se classe parmi les derniers (39e sur 44) en matière de relations avec le Congrès et termine à une très moyenne 24e place en relations internationales. A en croire cette étude, les trois meilleurs présidents de l’histoire se nomment Abraham Lincoln, George Washington et Franklin Delano Roosevelt. Vivement 2020 que Donald Trump fasse son entrée dans le classement.

Voir aussi:

Pour sa première conférence de presse, Trump fait du Trump !

VIDÉO. Le président élu, qui sera investi le 20 janvier, a répondu aux questions des journalistes. Et, comme souvent avec Donald Trump, c’était surréaliste.

Le Point.fr (avec AFP)

 11/01/2017

Populisme: La révolution, c’est comme l’amour (The problem with economic populism is that it works – for a while)

14 février, 2017
roses-are-red-violets-are-blue-sugar-is-sweet-and-so-are-you-7tu-seras-pour-moi-unique-au-mondemacronTu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… Le Petit Prince
Don’t cry for me Argentina The truth is I never left you … Madonna
La politique, c’est mystique. (…) C’est tout mon combat. C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. Les médias passent du commentaire d’un point de détail mineur du programme aux pires polémiques, et ainsi de suite. (…) Comment se construit le pouvoir charismatique? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité. Je ne crois pas à la transcendance éthérée. Il faut tresser les deux, l’intelligence et la spiritualité. Sinon l’intelligence est toujours malheureuse. Sinon les gens n’éprouvent de sensations que vers les passions tristes, le ressentiment, la jalousie, etc. Il faut donner une intensité aux passions heureuses. (…) La dimension christique, je ne la renie pas ; je ne la revendique pas. Je ne cherche pas à être un prédicateur christique. Emmanuel Macron
 Tu sais, ce n’est pas marrant de vivre avec Jeanne d’Arc. Brigitte Macron
The economy, academia, immigration, and the environment could benefit from Trump’s unorthodox approach. Populism of the center (as opposed to Bernie Sanders’s socialist populism) has received a bad media rap — given that it was stained in the past by xenophobic and chauvinistic currents. Who wishes to emulate all the agendas of William Jennings Bryan, Huey Long, or Ross Perot? Yet there were some elements of Trump’s populist agenda — mostly concern for redeveloping the industrial and manufacturing base of the American heartland, and with it creating better-paying jobs for globalism’s losers — that were not only overdue but salutary for the Republican party. His idea that broad-based prosperity could diminish tribalism and racial fault lines sought to erode traditional Democratic support. Populism is certainly identified with lots of grassroots movements, from far left through the center to far right. The common tie is that ordinary voters feel estranged from an elite class in politics, government, the media, and entertainment — a phenomenon that dates from the Solonian crisis at Athens and the Gracchi of Rome to Ross Perot, the Tea Party, and Donald Trump. Often prairie-fire outrage manifests in emotional responses to existing affronts rather than carefully crafted policies designed to remedy perceived grievances. (One can remember Al Gore’s 1993 pompous but undeniable evisceration on CNN of a stuttering, ill-informed populist Ross Perot, on the NAFTA treaty.). All that said, these periodic uprisings in consensual societies are needed to disabuse an insular governing class of its sense of entitlement and privilege. The spark that ignites populist movements is not so much disparities in wealth and status (they are not always French Revolution or Bolshevik-like class-driven attempts to grab power) as rank hypocrisies: Elites condescendingly prescribe nostrums to hoi polloi, but always on the dual premise that those who are dictating will be immune from the ramifications of their own sometimes burdensome edicts, and those who are dictated to are supposedly too dense to know what is good for them. (…) We’ve already seen Trump’s anti-doctrinaire approach to jobs, trade, and the economy: his notion that the free-market in reality can often became a rhetorical construct, not a two-way street when it comes to trading blocs. Free-market purists might see the outsourcing of jobs and unbridled importation of foreign subsidized products as a way to toughen up the competitiveness of American companies and trim off their fat; but people who take this view are usually the ones who benefit from globalism and who are in little danger of having their own job downsized, eliminated, or shipped overseas. Few of us often ask whether full professors are very productive, whether op-ed writers are industrious and cogent, whether Hollywood actors are worth millions per picture, whether politicians are improving the nation’s lot, or whether journalists are disinterested and competent. Instead, we assume that because they all have well-compensated jobs, they are qualified, essential, and invaluable to the economy. If Trump avoids ruinous tariffs and subsidies for inefficient companies, then his economic populism, combined with tax and regulation reform, might spark some job creation and undermine the foundations of the Democratic party. But there are lot of applications of populist approach in other areas that need commensurate reform and that would yield political advantage. Take academia. Right now, the campus is plagued by several interrelated pathologies: staggering student debt and costs, administrative bloat (often in conjunction with the vast investment in race/class/gender politics), an increasing absence of free speech and due process, and a shallow and therapeutic curriculum that does not guarantee the indebted students even basic literacy upon graduation. (…) Immigration populism is likewise sorely needed. That debate also needs to be turned upon its head. The great loser is the very idea of diversity, when immigration is not ethnically blind, meritocratic and multiethnic and multiracial, but instead focused on political lobbying that inordinately favors Mexico and Latin America. Other losers under open borders are the citizen poor, minorities, entry-level workers, and legal immigrants: They suffer from stagnant wages brought on by the off-the-books employment of illegal aliens; their public schools are more often directly affected by the infusion of non-English speakers, and they receive less-than-stellar treatment from overtaxed social services, from the emergency rooms to the DMVs that are swamped with millions of foreign nationals. The winners are usually elite Democratic and La Raza political activists, corporations in need of inexpensive labor, and the upper middle classes who hire domestic help. The legal immigrant ends up ignored if not rendered a fool for in good faith following immigration law and naïvely expecting prompt attention, given his needed skills and prior education. Parity is a populist idea, and we certainly have been treating the lawbreaker with greater deference than the law-abider. Why does a U.S. citizen face felony indictment for identity theft or falsification of Social Security numbers, while we take such violations as simply a fact of life inherent in illegal immigration? (…) Environmental populism is also long overdue. The old noble idea of conserving our air and water purity and stopping the unsustainable exploitation of natural resources has morphed into something akin to a green version of the antebellum South’s furious opposition to internal improvements. California is the locus classicus of boutique environmentalism in which a coastal elite blocks new dams, reservoirs, and aqueducts while counting on existing water-transfer infrastructure for their own unnatural Los Angeles and Bay Area urban sprawls in areas without sufficient water supplies. Favored with balmy year-round coastal weather, West Coast greens embrace energy-pricing policies that fall heavily on others who rely on air-conditioners and heaters in far harsher climates. Fracking, horizontal drilling, reasonable mining and logging, highway construction, and low-cost affordable housing are often opposed by elite progressives, partly because their own affluence allows them the luxury of stopping the sort of development that provides jobs, income, and a more tolerable existence to distant others. Elites’ opposition also derives from an Old South sense (rising up anew in areas of zero growth and ossified infrastructure) that progress must be stopped and modern lifestyles can be frozen in amber; elites, after all, have the time and money to disengage from the so-called rat race. Victor Davis Hanson
El gobierno es la mierda, pero es el nuestro. (the government is terrible but it’s ours). Chilean workers’s slogan
Now we have our government, let’s celebrate. Chilean workers
Marxism is a revolution of production; Allende’s was a revolution of consumption. Fidel Castro
Once  in power,  and  armed  with  the above paradigm,  populist policymakers  rapidly  move  to  implement  ambitious  economic  programs  aimed  at  redistributing  income,  generating  employment,  and  accelerating  growth.  Although  each  historical  populist  episode  exhibits  some unique  features,  it  is still possible to distinguish four phases  common  to  the  vast  majority  of  experiences.  Phase  1.  -In  the  first  phase,  the  policymakers  are fully  vindicated  in  their  diagnosis and prescription:  growth  of  output,  real wages,  and employment are  high,  and  the  macroeconomic  policies  are  nothing  short  of  successful.  Controls  assure  that  inflation  is  not  a  problem,  and  shortages  are  alleviated  by  imports.  The  run-down  of  inventories and  the availability of  imports  (financed  by  reserve  decumulation  or  suspension  of  external  payments)  accommodate  the  demand expansion  with little impact on  inflation.  Phase  2.-The  economy runs  into bottlenecks,  partly  as  a result of  a strong  expansion  in  demand  for  domestic  goods,  and  partly  because  of  a  growing  lack  of  foreign  exchange. Whereas  inventory  decumulation  was  an  essential  feature  of  the  first  phase,  the  low levels of  inventories  and  inventory building  are  now  a  source  of  problems.  Price realignments  and devaluation,  exchange  control,  or  protection  become  necessary.  Inflation  increases  significantly, but  wages  keep up.  The  budget  deficit  worsens tremendously  as a result  of pervasive subsidies  on  wage  goods  and foreign exchange.  (…)  Phase  3.  -Pervasive  shortages, extreme  acceleration  of  inflation,  and  an  obvious  foreign  exchange gap  lead  to  capital  flight and  demonetization  of  the  economy.  The  budget  deficit  deteriorates  violently  because  of  a steep decline  in  tax  collection  and  increasing  subsidy  costs.  The  government  attempts  to  stabilize  by  cutting  subsidies and  by  a real  depreciation.  Real wages  fall massively,  and policies  become  unstable.  It  becomes  clear that  the  government  is  in  a desperate situation. Phase  4.  -Orthodox  stabilization  takes  over  under  a  new  government.  More  often  than  not,  an  IMF  program  will  be  enacted;  and,  when  everything  is said and  done,  the real  wage will have  declined  massively,  to  a level significantly  lower than  when  the whole episode began.  Moreover, that  decline  will  be  very  persistent,  because the politics  and  economics  of  the  experience  will  have  depressed investment  and  promoted capital flight. The extremity  of  real  wage  declines  is  due  to  a  simple  fact:  capital is  mobile across  borders,  but  labor  is not.  Capital can  flee from  poor  policies, labor is trapped.  The  ultimate dismantling is often accompanied  by  major  political change,  including  violent  overthrow  of  the  government. Rudiger Dornbusch and Sebastian Edwards
There can be no disagreement that Latin Americans have been the longest and best practitioners of economic populism. In the twentieth century, Perón and Vargas, plus Alan García in Perú (at least during his first term), Daniel Ortega in Nicaragua and Salvador Allende in Chile, and many others, engaged in trade protectionism, ran large budget deficits, overheated their economies, allowed inflation to rise, and eventually suffered currency crises. In recent years, Hugo Chávez and Nicolás Maduro of Venezuela took these policies to new lows. (…) Populist policies are called that because they are popular. And they are popular because they work – at least for a while. A sizeable fiscal stimulus in a sluggish economy produces a pickup in growth and job creation. If financial markets turn bullish (as they often do), the exchange rate appreciates, quelling nascent inflationary pressures and making it cheaper to import. And, as Argentine economist and Columbia University professor Guillermo Calvo has long argued, precisely because they are unsustainable, populist policies cause people to shift spending from the uncertain future to the present, when the going is good. This reinforces the expansionary impact of the stimulus, which is particularly strong under fixed exchange rates. (…) With consumption, credit, and employment booming and asset prices sky-high, a warm and fuzzy feeling of prosperity permeates society. Populist leaders feel vindicated, and they are not shy about claiming credit. Their approval rating can only go up – and it does. Soon, teetotalers begin to warn that debt is accumulating too quickly, credit quality is deteriorating, inflationary pressures are incubating, and an overvalued exchange rate is doing lasting harm to exporters. But the music is too loud and the dancing too lively, so no one listens to the warnings. How long can the party go on? One thing we know from the Latin American episodes is that the answer depends, first of all, on initial conditions. (…) Anti-populists in the US, the UK, and elsewhere must come to terms with the reality that bad policies pay off, both economically and politically, long before they become toxic. Yes, the excessive private and public debt, the loss of export capacity, and the weakening of institutions harm the economy (and the polity) – but only in the long run. If critics do not understand that and act accordingly, populists will have as long (and destructive) a run in the rich countries as they once had in Latin America. Andrés Velasco

En cette Sainte Valentin où la planète entière célèbre l’amour  …

Et de Trump et Marine à Macron et Hamon, la redécouverte enchantée et quasi-christique du peuple …

Qui veut casser l’ambiance avec ces esprits chagrins et des empêcheurs de tourner en rond d’économistes …

Qui comme l’ancien ministre des finances chilien Andrés Velasco ou le Polono-américain Paul Rosenstein-Rodan …

Nous embêtent avec les expériences passées, de Peron à Allende, des champions historiques du populisme ?

Qui veut entendre que le problème du populisme éonomique, c’est que pendant un temps ça marche …

Ou que comme pour l’amour, il est toujours unique, on ne peut apprendre des erreurs des autres ?

How Economic Populism Works
Andrés Velasco, a former finance minister of Chile
How Economic Populism Works
Project Syndicate
Feb. 7, 2017

SANTIAGO – Now that populists are coming to power in the West, a conflict over the intellectual ownership of their approach is brewing. Writers like John Judis claim that nineteenth-century Americans invented political populism, with its anti-elitist stance and inflammatory rhetoric. Argentines, who gave the world über-populist Juan Domingo Perón, or Brazilians, who brought us Getúlio Vargas, might beg to differ.

Yet there can be no disagreement that Latin Americans have been the longest and best practitioners of economic populism. In the twentieth century, Perón and Vargas, plus Alan García in Perú (at least during his first term), Daniel Ortega in Nicaragua and Salvador Allende in Chile, and many others, engaged in trade protectionism, ran large budget deficits, overheated their economies, allowed inflation to rise, and eventually suffered currency crises. In recent years, Hugo Chávez and Nicolás Maduro of Venezuela took these policies to new lows.

What should the rich world, now undergoing its own bout of economic populism, learn from Latin America’s experience?

Make no mistake: judging by the track record of its establishment pundits, the rich world needs some lessons. In Britain, Brexit opponents insisted that if voters decided to leave the European Union, a recession, if not a full-blown economic crisis, would be inevitable. After the referendum, the pound depreciated some, but nothing much else happened. Today, the British economy continues to grow.

In the United States, academic economists repeatedly warned that Trump’s economic plans were little short of lunacy, and in the aftermath of his shocking election victory, some prophesied immediate economic catastrophe. Since then, the stock market has reached record heights, commodity prices have recovered, and forecasts of US economic growth keep rising.

Have the pundits been smoking something? Or have Trump and pro-Brexit leader Nigel Farage abrogated the principles of introductory macroeconomics?

Nothing of the sort. But to understand the effects of populist policies, one must first understand their logic. In a classic paper, Sebastian Edwards of UCLA and the late Rudiger Dornbusch of MIT define economic populism as “an approach to economics that emphasizes growth and income redistribution and deemphasizes the risks of inflation and deficit finance, external constraints, and the reaction of economic agents to aggressive nonmarket policies.” They add that populist approaches “do ultimately fail,” not because conservative economics is better, but as “the result of unsustainable policies.”

“Ultimately” can be a very long time. Populist policies are called that because they are popular. And they are popular because they work – at least for a while.

A sizeable fiscal stimulus in a sluggish economy produces a pickup in growth and job creation. If financial markets turn bullish (as they often do), the exchange rate appreciates, quelling nascent inflationary pressures and making it cheaper to import. And, as Argentine economist and Columbia University professor Guillermo Calvo has long argued, precisely because they are unsustainable, populist policies cause people to shift spending from the uncertain future to the present, when the going is good. This reinforces the expansionary impact of the stimulus, which is particularly strong under fixed exchange rates. So, eurozone countries: beware!

With consumption, credit, and employment booming and asset prices sky-high, a warm and fuzzy feeling of prosperity permeates society. Populist leaders feel vindicated, and they are not shy about claiming credit. Their approval rating can only go up – and it does.

Soon, teetotalers begin to warn that debt is accumulating too quickly, credit quality is deteriorating, inflationary pressures are incubating, and an overvalued exchange rate is doing lasting harm to exporters. But the music is too loud and the dancing too lively, so no one listens to the warnings.

How long can the party go on? One thing we know from the Latin American episodes is that the answer depends, first of all, on initial conditions. Most industrial economies have grown little since the financial crisis. Deflation, not inflation, has been the problem.

Yes, the unemployment rate has dropped considerably in the US. But after so many shocks and so much technological change over the last decade, there is considerable uncertainty about how much unused capacity remains and where the non-accelerating inflation rate of unemployment (NAIRU) lies. It could well be that the likes of Trump find that they can stimulate the economy for quite a while before obvious imbalances emerge.

The other thing we have learned is that debt, both public and private, does become a constraint. But when and how depends crucially on what kind of debt it is. Today, advanced economies borrow in their own currencies at near-zero (and sometimes negative) interest rates. Even if the starting point is a high debt-to-GDP ratio, it can be a long time before growing debt triggers an emergency. Just ask the Japanese.

What happens when financial markets finally get cold feet and stop lending? Well, as the Nobel laureate economist Paul Krugman was at pains to demonstrate in a recent paper, an economy with flexible exchange rates and debt denominated in domestic currency will expand, not contract, in response to a foreign deleveraging shock. (Of course, Krugman was arguing for fiscal expansion under a Democratic president, but the point still stands.) Not even then do you get an immediate crisis.

In 1953, Perón sent a message to Chilean president Carlos Ibáñez, a fellow army general. “My dear friend: give the people, especially the workers, all that is possible,” he wrote. “There is nothing more elastic than the economy, which everyone fears so much because no one understands it.” Trump, should he come to think about it, might stumble to the same conclusion.

Anti-populists in the US, the UK, and elsewhere must come to terms with the reality that bad policies pay off, both economically and politically, long before they become toxic. Yes, the excessive private and public debt, the loss of export capacity, and the weakening of institutions harm the economy (and the polity) – but only in the long run. If critics do not understand that and act accordingly, populists will have as long (and destructive) a run in the rich countries as they once had in Latin America.

Voir aussi:

Postscript

Paul N. Rosenstein‐Rodan

The New York Times
June 16, 1974

Paul N. Rosenstein‐Rodan has been adviser on development to the governments of Italy and India, as well as to that of Eduardo Frei in Chile. He is Director of the Center for Latin American Development Studies at Roston University. This article is in part a summary of two lectures he, gave at the Center, and published in Challenge, a magazine of economic affairs.

The death of Salvador Allende was a three‐fold tragedy. It was a tragedy because it has been taken as a breakdown of socialism, and socialism is a great, perhaps the greatest, ideal of this century. It was a tragedy because it has been taken as proof that socialism and democracy are incompatible, that only a dictatorship can impose socialism, but the Chilean experience offers no proof of that. And it was the personal tragedy of a man whose hopes and dreams had been shattered, ending in suicide or murder.

Salvador Allende died not because he was a socialist, but because he was an incompetent. After he took office, he accomplished a major redistribution of income that dramatically increased demand, but he did nothing to increase production to satisfy that demand. Instead, he printed money. A breakdown was inevitable, and the resulting inflation not only destroyed the income redistribution that had taken place, but lowered real wages below the level of 1970.

The election of a Marxist president signaled a decisive move to the left in Chile, but the events surrounding the erection must be put in historical perspective, Chile is potitically the most developed country in Latin America. It has evolved a form of parliamentary democracy, an efficient and independent civil, service, a substantial middle class, and a lively labor movement. It also has the good educetion system required for modern development. Moreover, there are ample natural resources and enough good land to assure an adequate food supply and, if properly managed, even some agricultural surplus for export.

What distinguishes Chile, however, is not only a vocation for freedom and respect for the law, but also a growing stratification of social forces: army, church, trade unions and the student movement. Since 1920, there has been a continuous historical trend—accelerated in 1964 by the Frei Government—toward increasing diversification of Chilean society and a corresponding change in political power. Participation increased rapidly. In 1958, 850,000 persons voted in the presidential election; by 1970, the number of voters had risen to about 3 million. Growing participation was accompanied by a movement toward the left and the increasing polarization of political groups.

In the first year following Mr. Allende’s election there was great division. Twenty per cent of the people were in a state of revolutionary euphoria; 10 to 20 per cent experienced a spasm of violent (un‐Chilean) hatred; and the remaining 60 per, cent seemed paralyzed by shock. The middle and upper classes lived in a fin de siècle mood: tomorrow we die. Instead of saving, everybody spent. One had to phone to find a seat in a luxury restaurant. Santiago almost became a swinging town whose ambience was reminiscent of the unreal atmosphere that pervaded Vienna the midst of the despair and doom of the 1920s. During the first few weeks there was a run on the banks, a flight of capital, and an emigration of many technicians.

The panic subsided gradually and the Allende economic program began. It consisted of a short‐run policy, which was Keynesian, and a long‐run policy of transition to socialism, which was vaguely Marxian. The short‐run program had three objectives: a substantial redistribution of income, full employment, and stabilization of prices. There was a recession in Chile in 1969–70, with some unemployment and considerable unused capacity. The Keynesian policy assumed that by raising wages substantially (they were raised on the average of 50 per cent), the increased demand would lead to the absorption of excess capacity and the recovery would therefore be, in a way, self‐financed. According to the plan, the main actors of the Allendista demonology—the imperialists and the landowners—were to be properly squeezed and eviscerated. Money, considered only a bourgeois veil, was increased at an unprecedented pace of 10 per cent per month and price controls were imposed.

After a considerable redistribution of income, the increased purchasing power indeed led to a great increase demand, and to an increase in production and employment which, if it could have been sustained, would have made the first year of Allende Government an economic triumph. Industrial production was increasing at a rate of 11 to 12 per cent. Unemployment, in spite of the fall in private investment, was almost halved, and economic well‐being undoubtedly improved.

It is not only obvious now, but should have been then, that this desirable state of affairs could not possibly have been sustained. Excess capacity in industry may have been 30 per cent, but it was not equally distributed among the goods for which demand was increasing. Moreover, there certainly was no excess capacity in agriculture, and radical measures of agrarian reform, whatever the long‐run structural effects, were more likely to reduce than to increase ?? production. Thus food imports had to be more than doubled. Many of the supplies necessary for the production of other goods were scarce and also had to be imported. The Government paid for these imports with the $400‐million in foreign exchange reserves it had inherited.

The squeeze and reduction of profit in private enterprise led to decapitalization in the private sector and a fall private investment. The redistribution of income to the lower income classes was not accompanied by any measure designed to increase the savings of the workers, which would have provided funds for investment. Last but not least, the price policy of public enterprises and of enterprises nationalized under the Allende Government kept prices low, vastly reducing investment funds in the public sector. Output and employment increased, but investment fell by per cent in 1971.

Fidel Castro correctly pointed out that “Marxism is a revolution of production; Allende’s was a revolution of consumption.” During his first year, Mr. Allende won the battle of consumption but lost the war by not fighting the battle of production.

Production was also hindered by the nationalizations. Under Mr. Allende, the nationalization of Chilean enterprises proceeded partly by buying up all the banks (paying for them and for subsequent expropriations with freshly issued money), partly by nationalizing big industrial enterprises, and partly by invoking a 1932 law which allowed the government to take over an enterprise whenever a strike or a breakdown would be against the public interest.

Taking over the banks is not the main point, Whether not it is a nationalized banking system does not matter half as much as what that banking system is made to do. The nationalization of the banks enabled Mr. Allende prescribe credit irrespective of credit worthiness—or any other consideration, A policy that directed the banks to operate efficiently would have had a completely different outcome.

The Flight of the Experts

The question of compensation is complex. For example, copper is Chile’s main source of foreign exchange. Had the Allende Government promised adequate compensation for nationalization of the copper mines, Chile would have been able to run the mines more efficiently and to open new mines. It was a matter of just a few people: the emigration of two dozen experts meant that the plans to expand production were never implemented. These experts, most of whom were Chilean, are now employed in Australia and elsewhere by the same companies they worked for in Chile. The international experts later brought into Chile from Russia and Japan were unfamiliar with Andean conditions, and their advice was useless.

Adequate compensation to the multinationals could have been something like an annual payment over forty years at a 3 per cent rate of interest. Or the payment could have been in newly issued bonds. In either case, this sort of settlement amounts to a confiscation of 30 to 50 per cent, an amount which is internationally acceptable.

Expropriation of the copper mines reduced Chile’s major source of foreign exchange but, even more important, expropriation resulted in less production.

The case of agriculture is also instructive. Chilean agriculture was characterized by the conventional inequality: a small percentage of large units controlled a high percentage of cultivation. But there were two types of large landholdings: those that were intensively cultivated and those that were not. In the first case, redistribution may have had socially positive effects, but the impact on production was negative. Under Eduardo Frei, agrarian reform was based on a productivity principle which forced the redistribution of land not intensively cultivated. That kind of reform should have a beneficial effect on production. For example, under the normal sharecropper’s agreement, the tenant pays rent equal to 40 to 50 per cent of the crop. It does not pay the tenant to cultivate more intensively—to invest in fertilizers, insecticides, or tractors—because half the increased product then has to be paid to the landlord; but it does not pay the landlord (often an absentee) either, because half his investment returns will go to the tenant.

Under Mr. Allende’s program, holdings above 250 acres were to be expropriated. For those farms already intensively cultivated, the effect on production was negative. Even this type of reform, if properly managed, could have been positive on balance. But seizures were completely haphazard, and many were illegal, and the effect of the uncertainty on production was enormous.

In the mining sector; nationalization was a popular and emotional issue. But viewed functionally, the Allende program was a disaster not only because Chile could not open new mines but because production broke down in the old mines. President Allende’s Government failed to induce labor discipline. The very same workers who loyallydemonstrated with slogans of “El gobierno es la mierda, pero es el nuestro” (the government is terrible but it’s ours) said: “Now we have our government, let’s celebrate.” On Mondays absenteeism ran 20 per cent. Thus the nationalizations failed in part because of the labor movement. The trade union mentality in Chile (and elsewhere) is not concerned with an equitable income distribution within the working class. The average wage of the copper miners in Chile was three and a half times the average for all workers. Nonetheless, they were the first to strike for a wage hike.

If after the first or even the second year, Mr. Allende had said: “We have established the basis of social justice and we are building a new socialist society; the coming year must be a year of consolidation,” he could have saved the situation. Lenin was not bourgeois, yet he proclaimed the New Economic Policy (N.E.P.) in Russia. Something similar was needed in Chile, but it didn’t happen. The economy slowed to It standstill and then lost ground. Queues formed. Workers took off to stand in the queue; half of what they got, they sold in the black market — and their profit was more than a day’s wages. There was a complete breakdown of labor discipline. Inflation reached one per cent a day.

Beginning of the End

The collapse came with the truckers’ strike. Those drivers employed by large firms had benefited from Mr. Allende’s initial reforms, but many of the truckers were small, selfemployed entrepreneurs. The strike began as a normal collective bargaining dispute, but rapidly acquired a political tone. The lower middle class was entering into a revolutionary euphoria of its own. The truckers wanted guarantees that the expropriations would not be applied to them. Eventually, their goal became President Allende’s resignation.

It was not just the lack of adequate planning or the inefficiencies of democratic Marxism that “caused Mr. Allende’s downfall. It was also his personal leadership. Being a revolutionary is like being in love. The characteristic of people. in love is that they do not believe that anybody else in their lifetime has also been in love. So they do not learn from other people’s mistakes and repeat all the same errors. This was eminently true of Mr. Allende and may now be true of the junta generals.

By August 1973, Mr. Allende’s power was gone. My estimate is that had a plebiscite been held then, at least 60 per cent would have voted for a new government. The people. almost wished for a military coup.

Despite the excesses of the Chilean generals—and there is reason tol fear these days for the state of human rights in Chile—I still suspect that their concept of the ideal leader is not Mussolini or Franco but de Gaulle. They have all read the memoirs of de Gaulle, they know what he did for France in the 1950s, and they admire him. Fundamentally, however, the Chilean generals (unlike the Peruvian or Brazilian ones) never planned to govern the country permanently. They are critical of the shortcomings of their society (both under Mr. Allende and before) but have no clear, positive ideas of what to do about it.

Voir enfin:

The Uses of Populism

Victor Davis Hanson

National Review

The economy, academia, immigration, and the environment could benefit from Trump’s unorthodox approach.

Populism of the center (as opposed to Bernie Sanders’s socialist populism) has received a bad media rap — given that it was stained in the past by xenophobic and chauvinistic currents. Who wishes to emulate all the agendas of William Jennings Bryan, Huey Long, or Ross Perot? Yet there were some elements of Trump’s populist agenda — mostly concern for redeveloping the industrial and manufacturing base of the American heartland, and with it creating better-paying jobs for globalism’s losers — that were not only overdue but salutary for the Republican party. His idea that broad-based prosperity could diminish tribalism and racial fault lines sought to erode traditional Democratic support.

Populism is certainly identified with lots of grassroots movements, from far left through the center to far right. The common tie is that ordinary voters feel estranged from an elite class in politics, government, the media, and entertainment — a phenomenon that dates from the Solonian crisis at Athens and the Gracchi of Rome to Ross Perot, the Tea Party, and Donald Trump.

Often prairie-fire outrage manifests in emotional responses to existing affronts rather than carefully crafted policies designed to remedy perceived grievances. (One can remember Al Gore’s 1993 pompous but undeniable evisceration on CNN of a stuttering, ill-informed populist Ross Perot, on the NAFTA treaty.).

All that said, these periodic uprisings in consensual societies are needed to disabuse an insular governing class of its sense of entitlement and privilege.

The spark that ignites populist movements is not so much disparities in wealth and status (they are not always French Revolution or Bolshevik-like class-driven attempts to grab power) as rank hypocrisies: Elites condescendingly prescribe nostrums to hoi polloi, but always on the dual premise that those who are dictating will be immune from the ramifications of their own sometimes burdensome edicts, and those who are dictated to are supposedly too dense to know what is good for them. (Think Steven Chu, the former energy secretary, who either did not commute by car or had a short drive to work, while he hoped that gas prices for the nation’s clueless drivers might climb to European levels of $9–$10 a gallon.)

We’ve already seen Trump’s anti-doctrinaire approach to jobs, trade, and the economy: his notion that the free-market in reality can often became a rhetorical construct, not a two-way street when it comes to trading blocs. Free-market purists might see the outsourcing of jobs and unbridled importation of foreign subsidized products as a way to toughen up the competitiveness of American companies and trim off their fat; but people who take this view are usually the ones who benefit from globalism and who are in little danger of having their own job downsized, eliminated, or shipped overseas. Few of us often ask whether full professors are very productive, whether op-ed writers are industrious and cogent, whether Hollywood actors are worth millions per picture, whether politicians are improving the nation’s lot, or whether journalists are disinterested and competent. Instead, we assume that because they all have well-compensated jobs, they are qualified, essential, and invaluable to the economy.

If Trump avoids ruinous tariffs and subsidies for inefficient companies, then his economic populism, combined with tax and regulation reform, might spark some job creation and undermine the foundations of the Democratic party. But there are lot of applications of populist approach in other areas that need commensurate reform and that would yield political advantage. Take academia. Right now, the campus is plagued by several interrelated pathologies: staggering student debt and costs, administrative bloat (often in conjunction with the vast investment in race/class/gender politics), an increasing absence of free speech and due process, and a shallow and therapeutic curriculum that does not guarantee the indebted students even basic literacy upon graduation.

Trump could announce that he was returning academic emphases away from administrators and professors to the student. That might entail reconfiguring student loans by calibrating them to cost containment on the part of universities (make ineligible for loans any institution whose costs increased beyond the rate of inflation). Truth-in-lending statements would provide students with a breakdown of university income and outlay. Trump could cap tax-free donations to university endowments above $1 billion and provide entering students with estimates of their approximate debt incurred upon graduation, the costs of serving that debt, and the employment prospects of particular majors.

The Department of Education might ensure students due process in all campus investigations as a requirement for reception of federal funds. A national exit test would reassure employers of the value of a bachelor’s degree. (If it’s acceptable for colleges to demand test scores upon entry, why not similarly quantify students’ investments upon graduation?) And the substitution of an academic master’s degree for a teaching credential in K–12 public schools would help shift emphasis from ideology to competency in the classroom. Finally, part-time and graduate-student instruction would conform to labor laws outside of campus, to avoid the present illiberal practices of often paying quite different compensation for identical work and preparation. The Left would mostly oppose all such measures because its current prime interest is the political support of the existing university — mostly its faculty and administration — not in improving the institution to enhance students’ cost-effective education.

Immigration populism is likewise sorely needed. That debate also needs to be turned upon its head. The great loser is the very idea of diversity, when immigration is not ethnically blind, meritocratic and multiethnic and multiracial, but instead focused on political lobbying that inordinately favors Mexico and Latin America. Other losers under open borders are the citizen poor, minorities, entry-level workers, and legal immigrants: They suffer from stagnant wages brought on by the off-the-books employment of illegal aliens; their public schools are more often directly affected by the infusion of non-English speakers, and they receive less-than-stellar treatment from overtaxed social services, from the emergency rooms to the DMVs that are swamped with millions of foreign nationals. The winners are usually elite Democratic and La Raza political activists, corporations in need of inexpensive labor, and the upper middle classes who hire domestic help.

The legal immigrant ends up ignored if not rendered a fool for in good faith following immigration law and naïvely expecting prompt attention, given his needed skills and prior education. Parity is a populist idea, and we certainly have been treating the lawbreaker with greater deference than the law-abider. Why does a U.S. citizen face felony indictment for identity theft or falsification of Social Security numbers, while we take such violations as simply a fact of life inherent in illegal immigration?

(Note: Trump’s biggest obstacle in deporting illegal aliens who have violated the law will be the Left’s pushback that driving under the influence, assuming fake identities, filing false Social Security numbers, and lying on government affidavits about social-service eligibility are serious crimes only for citizens, but not necessarily for illegal immigrants, or at least not serious enough to warrant their deportation.)

Environmental populism is also long overdue. The old noble idea of conserving our air and water purity and stopping the unsustainable exploitation of natural resources has morphed into something akin to a green version of the antebellum South’s furious opposition to internal improvements. California is the locus classicus of boutique environmentalism in which a coastal elite blocks new dams, reservoirs, and aqueducts while counting on existing water-transfer infrastructure for their own unnatural Los Angeles and Bay Area urban sprawls in areas without sufficient water supplies. Favored with balmy year-round coastal weather, West Coast greens embrace energy-pricing policies that fall heavily on others who rely on air-conditioners and heaters in far harsher climates.

Fracking, horizontal drilling, reasonable mining and logging, highway construction, and low-cost affordable housing are often opposed by elite progressives, partly because their own affluence allows them the luxury of stopping the sort of development that provides jobs, income, and a more tolerable existence to distant others. Elites’ opposition also derives from an Old South sense (rising up anew in areas of zero growth and ossified infrastructure) that progress must be stopped and modern lifestyles can be frozen in amber; elites, after all, have the time and money to disengage from the so-called rat race.

We are witnessing a great populist experiment on the part of Trump: Will his unorthodox grassroots approaches to existential challenges finally expose the progressive movement as one mostly fueled by elite concerns, as Republicans hold their noses and piggyback on his electoral inroads?

At this juncture, Trump’s populist fixation on jobs and trade has befuddled his enemies and offered new areas of populist agendas for his allies. But no one knows to what degree Trump’s personal excesses fuel his populist appeal — or whether they eventually will undermine his own agendas.


Présidence Trump: Attention, un fascisme peut en cacher un autre (Behind the Left’s constant crying wolf, Trump’s actions are largely an extension of prior temporary policies and a long-overdue return to sanity)

14 février, 2017
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