Bons baisers de Russie: Les affaires humaines ont leurs marées (Back to the future: who laughed when Romney said Russia was our No.1 foe ?)

26 mars, 2014

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Les affaires humaines ont leurs marées, qui, saisies au moment du flux, conduisent à la fortune ; l’occasion manquée, tout le voyage de la vie se poursuit au milieu des bas-fonds et des misères. En ce moment, la mer est pleine et nous sommes à flot : il faut prendre le courant tandis qu’il nous est favorable, ou perdre toutes nos chances. Shakespeare (Jules César, IV, 3)
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Les dirigeants européens et américains espèrent que les tyrans et les autocrates du monde vont disparaître tout seuls. Mais les dinosaures comme Vladimir Poutine, Hugo Chávez et les ayatollahs iraniens ne vont pas s’effacer comme cela. Ils ne doivent leur survie qu’au manque de courage des chefs du Monde libre. Garry Kasparov
La politique de "redémarrage" des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
President Barack Obama defended the American invasion of Iraq Wednesday in a high-profile speech to address the Russian takeover of Crimea. Russian officials, Obama noted, have pointed to the U.S. invasion and occupation of Iraq as an example of  "Western hypocrisy." Obama struggled, however, in his attempt to defend the legality of the invasion. The war was unsanctioned by the United Nations, and many experts assert it violated any standard reading of international law. But, argued Obama, at least the U.S. tried to make it legal. « America sought to work within the international system, » Obama said, referencing an attempt to gain U.N. approval for the invasion — an effort that later proved to be founded on flawed, misleading and cherry-picked intelligence. The man who delivered the presentation to the U.N., then-Secretary of State Colin Powell, has repeatedly called it a « blot » on his record.  Obama, in his speech, noted his own opposition to the war, but went on to defend its mission."We did not claim or annex Iraq’s territory. We did not grab its resources for our own gain," Obama argued. The Huffington Post
La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (2005)
C’est ma dernière élection. Après mon élection, j’aurai davantage de flexibilité. Obama (2012)
Aujourd’hui, c’est la Russie et pas l’Iran ou la Corée du Nord qui est l’ennemi géopolitique des Etats-Unis (…). Elle ne soutient que les pires régimes du monde. (…) Sur l’arène internationale, la Russie n’est pas un personnage amical. Le fait que le président américain veut plus de souplesse dans les relations avec la Russie est un signe alarmant (…). La Russie est sans aucun doute notre ennemi géopolitique numéro un. La Corée du Nord et l’Iran posent également assez de problèmes, mais ces terribles régimes poursuivent leur chemin, et nous allons à l’Onu pour les arrêter. Et si le président syrien tue ses propres citoyens, nous allons également à l’Onu, et qui monte alors au créneau pour défendre ces régimes? C’est toujours la Russie, souvent soutenue par la Chine. Romney
Nous avons connu d’autres crises en Europe ces dernières années: les Balkans dans les années 90, la Géorgie en 2008. Mais il s’agit là de la plus grave menace à la sécurité et à la stabilité de l’Europe depuis la fin de la Guerre froide. … On ne sait plus si la Russie est un partenaire ou un adversaire. Anders Fogh Rasmussen (secrétaire général de l’Otan)
Ce que Romney a dit sur la menace russe était en plein dans le mille. Cela a été amplement démontré en Ukraine, en Syrie et également en Russie. Nile Gardiner
Why, across the world, are America’s hands so tied? A large part of the answer is our leader’s terrible timing. In virtually every foreign-affairs crisis we have faced these past five years, there was a point when America had good choices and good options. There was a juncture when America had the potential to influence events. But we failed to act at the propitious point; that moment having passed, we were left without acceptable options. In foreign affairs as in life, there is, as Shakespeare had it, "a tide in the affairs of men which, taken at the flood leads on to fortune. Omitted, all the voyage of their life is bound in shallows and in miseries. Mitt Romney

Retour vers le futur ?

Alors où (avant d’autres nations comme la Moldavie ou l’Argentine ?) l’ours russe vient de ne faire qu’une bouchée d’une partie d’un pays dont nous nous étions engagés à protéger l’intégrité …

 Et en ce deuxième anniversaire (jour pour jour) de cette fameuse interview de Mitt Romney sur CNN qui avait tant fait rire nos prétendus spécialistes …

Pendant qu’entre deux fourriers du terrorisme saoudien ou qatari, le Pays autoproclamé des droits de l’homme et donneur de leçons si prodigue envers ledit Poutine, déroule à nouveau le tapis rouge pour les bouchers toujours impunis de Tiananmen

Comment ne pas repenser à ces paroles désormais prophétiques du candidat républicain sur cette Russie de Poutine …

Qui vient de confirmer, deux ans plus tard, qu’elle "ne soutient que les pires régimes du monde" et qu’elle est bien "sans aucun doute notre ennemi géopolitique numéro un" ?

Et sur ce président américain qui pourrait bien se révéler l’un des pires (et plus naïfs) présidents de l’histoire …

Et qui, réduit à défendre onze ans après la guerre du pétrole de son prédécesseur qu’il avait tant condamnée, n’a apparemment toujours pas compris comme le rappelle Romney citant Shakespeare que "les affaires humaines avaient leurs marées" ?

The Price of Failed Leadership
The President’s failure to act when action was possible has diminished respect for the U.S. and made troubles worse.
Mitt Romney
March 17, 2014

Why are there no good choices? From Crimea to North Korea, from Syria to Egypt, and from Iraq to Afghanistan, America apparently has no good options. If possession is nine-tenths of the law, Russia owns Crimea and all we can do is sanction and disinvite—and wring our hands.

Iran is following North Korea’s nuclear path, but it seems that we can only entreat Iran to sign the same kind of agreement North Korea once signed, undoubtedly with the same result.

Our tough talk about a red line in Syria prompted Vladimir Putin’s sleight of hand, leaving the chemicals and killings much as they were. We say Bashar Assad must go, but aligning with his al Qaeda-backed opposition is an unacceptable option.

And how can it be that Iraq and Afghanistan each refused to sign the status-of-forces agreement with us—with the very nation that shed the blood of thousands of our bravest for them?

Why, across the world, are America’s hands so tied?

A large part of the answer is our leader’s terrible timing. In virtually every foreign-affairs crisis we have faced these past five years, there was a point when America had good choices and good options. There was a juncture when America had the potential to influence events. But we failed to act at the propitious point; that moment having passed, we were left without acceptable options. In foreign affairs as in life, there is, as Shakespeare had it, "a tide in the affairs of men which, taken at the flood leads on to fortune. Omitted, all the voyage of their life is bound in shallows and in miseries."

When protests in Ukraine grew and violence ensued, it was surely evident to people in the intelligence community—and to the White House—that President Putin might try to take advantage of the situation to capture Crimea, or more. That was the time to talk with our global allies about punishments and sanctions, to secure their solidarity, and to communicate these to the Russian president. These steps, plus assurances that we would not exclude Russia from its base in Sevastopol or threaten its influence in Kiev, might have dissuaded him from invasion.

Months before the rebellion began in Syria in 2011, a foreign leader I met with predicted that Assad would soon fall from power. Surely the White House saw what this observer saw. As the rebellion erupted, the time was ripe for us to bring together moderate leaders who would have been easy enough for us to identify, to assure the Alawites that they would have a future post-Assad, and to see that the rebels were well armed.

The advent of the Arab Spring may or may not have been foreseen by our intelligence community, but after Tunisia, it was predictable that Egypt might also become engulfed. At that point, pushing our friend Hosni Mubarak to take rapid and bold steps toward reform, as did Jordan’s king, might well have saved lives and preserved the U.S.-Egypt alliance.

The time for securing the status-of-forces signatures from leaders in Iraq and Afghanistan was before we announced in 2011 our troop-withdrawal timeline, not after it. In negotiations, you get something when the person across the table wants something from you, not after you have already given it away.

Able leaders anticipate events, prepare for them, and act in time to shape them. My career in business and politics has exposed me to scores of people in leadership positions, only a few of whom actually have these qualities. Some simply cannot envision the future and are thus unpleasantly surprised when it arrives. Some simply hope for the best. Others succumb to analysis paralysis, weighing trends and forecasts and choices beyond the time of opportunity.

President Obama and Secretary of State Clinton traveled the world in pursuit of their promise to reset relations and to build friendships across the globe. Their failure has been painfully evident: It is hard to name even a single country that has more respect and admiration for America today than when President Obama took office, and now Russia is in Ukraine. Part of their failure, I submit, is due to their failure to act when action was possible, and needed.

A chastened president and Secretary of State Kerry, a year into his job, can yet succeed, and for the country’s sake, must succeed. Timing is of the essence.

Mr. Romney is the former governor of Massachusetts and the 2012 Republican nominee for president.

Voir aussi:

2 years ago
Romney not worried about Santorum, labels Russia No. 1 ‘foe’
Ashley Killough

CNN

March 26th, 2012

(CNN) – Republican presidential candidate Mitt Romney said Monday he was unfazed by recent ramped-up rhetoric coming from his opponent Rick Santorum.

"I’m not going to worry too much about what Rick is saying these days," Romney said on CNN’s "The Situation Room with Wolf Blitzer." "I know when you’re falling further and further behind, you get a little more animated."

– Follow the Ticker on Twitter: @PoliticalTicker

Santorum made headlines Sunday when he claimed Romney would be the "worst" Republican candidate to match up against President Barack Obama in the general election, based on the issue of health care reform.

The former Massachusetts governor, he argued, would be poorly armed in a fight against the president after signing off on a health care law in the Bay State that critics now label a "blueprint" for the controversial federal health care legislation passed in 2010.

Romney argues, however, that he would attempt to repeal the Affordable Care Act as president, saying states should have the right to regulate health care laws, not Washington.

"It’s a power grab by the federal government. It violates the 10th Amendment. It violates the economic principles and economy freedom in this country," Romney said on CNN. "It needs to be repealed."

The candidate also blasted Obama over a private conversation caught by microphone with Russian President Dmitry Medvedev, in which the president said he could be more flexible on the missile defense system in Europe after the election.

Romney joined other top Republicans in slamming the president over the remark on Monday and for making backroom deals with a country that Romney called America’s "Number One geopolitical foe."

“Who is it that always stands up with the world’s worst actors? It’s always Russia, typically with China alongside. In terms of a geopolitical foe, a nation that’s on the Security Council, and as of course a massive nuclear power, Russia is the geopolitical foe. The idea that our president is planning on doing something with them that he’s not willing to tell the American people before the election is something I find very, very alarming,” Romney said.

The White House hopeful also opened up about how he spent some recent time-off from the campaign trail, saying he went to watch "The Hunger Games" with his grandchildren over the weekend.

"I read serious books, but every now and then I read just for fun," Romney said, talking about how he read the book before seeing the movie. "That was weekend fun, so it was nice to see a flick for the first time in a long time."

Voir encore:

Après la Crimée, Poutine va-t-il annexer une partie de la Moldavie?

Olivier Philippe-Viela

L’Express

26/03/2014

Après le rattachement de la Crimée à la Russie, Vladimir Poutine pourrait tenter d’absorber d’autres régions russophones, comme la Transnistrie, en Moldavie. Les explications du politologue Florent Parmentier.

Les velléités séparatistes de la Transnistrie en Moldavie pourraient faire le jeu de Moscou. Cette région moldave, autoproclamée indépendante en 1992, mais sans être reconnue par la communauté internationale, compte 550 000 habitants. Composé pour un tiers de russophones, un tiers de roumanophones et le reste d’ukrainiens, la République moldave du Dniestr (son nom officiel) a déjà demandé son rattachement à la Russie en 2006.

La Transnistrie peut-elle faire sécession comme la Crimée et conforter Vladimir Poutine dans son projet expansionniste? L’Express a posé la question à Florent Parmentier, responsable pédagogique à l’IEP de Paris et spécialiste de la Moldavie.

La Russie peut-elle annexer la Transnistrie comme elle a absorbé la Crimée?

La Transnistrie demande depuis 20 ans son rattachement à la Russie. Lors d’un référendum en 2006, non reconnu par l’Union européenne, 97% des votants avaient formulé ce souhait. Si le résultat est soviétique, il est évident qu’une majorité de la population souhaite faire partie de la Russie. Pour les Moldaves, la Transnistrie est déjà quasiment perdue. Ce qui ne veut pas dire que les Russes vont l’annexer. On ne peut pas exclure cette possibilité radicale, mais Moscou souhaite plutôt favoriser l’indépendance de cette région et s’appuyer dessus pour mettre un pied en Moldavie.

Celle-ci pense que l’unique moyen de retenir la Transnistrie est de présenter l’image la plus attractive possible. Il faut savoir que ce pays est en bonne santé économique par rapport à ses voisins. En 2013, sa croissance était de 8,9%. Le pouvoir moldave est pro-européen, prudent vis-à-vis de la Russie et soutien officiel de l’Ukraine par la voix de son Premier ministre Iurie Leanca.

Que cherche Vladimir Poutine en s’appropriant les anciens satellites soviétiques?

Le président russe veut intimider l’Occident. Il a une idéologie expansionniste. Pour Poutine, il s’agit d’un projet économique et géopolitique: le développement de l’Union douanière, calquée sur les frontières de l’ex-URSS. Dans son esprit, l’Ukraine aurait dû en faire partie. Cependant elle lui a échappé. La Crimée n’était pas sa priorité, mais il a voulu marquer le coup.

D’autres régions russophones souhaitent-elles être affiliées à la Fédération de Russie?

La Crimée est définitivement perdue pour l’Ukraine.

La Gagaouzie par exemple, district autonome au Sud de la Moldavie, a voté pour rejoindre l’Union douanière voulue par Vladimir Poutine à l’Est. Cette région russophile s’affirme ainsi par rapport au pouvoir central et conforte le projet économique de la Russie. En Ukraine, l’enjeu c’est le Sud et l’Est du pays. Les nouvelles autorités ukrainiennes ont eu un comportement pragmatique et intelligent, notamment sur l’usage de la langue russe, qui reste tolérée. En revanche, il semble évident que la Crimée est définitivement perdue pour l’Ukraine


De Staline à Poutine: Une longue pratique d’assassinats secrets et un effort mondial de désinformation (From JFK to Litvinenko: Romanian top spy defector Ion Mihai Pacepa looks back on the Kremlin’s killing and disinforming ways)

8 mars, 2014
http://i1.sndcdn.com/artworks-000034189888-rl6yse-t500x500.jpg?f9a018ahttp://i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/02582/LITVINENKO_2582317b.jpgI shouted out, Who killed the Kennedys?  When after all  It was you and me. The Rolling Stones (1968)
Il n’aura même pas eu la satisfaction d’être tué pour les droits civiques. Il a fallu que ce soit un imbécile de petit communiste. Cela prive même sa mort de toute signification. Jackie Kennedy
En affirmant que l’Amérique a le droit d’agir parce qu’elle mène une guerre, qui ne s’applique pas à un territoire précis, contre un ennemi multiforme, la Maison-Blanche crée aussi un dangereux précédent, qui pourrait bien être utilisé à l’avenir par la Russie, la Chine ou l’Iran pour aller éliminer leurs propres ennemis. Pourquoi, dès lors, les alliés de l’Amérique restent-ils silencieux, alors qu’ils accablaient Bush? Le Figaro
Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, pas moins de 29 professionnels des médias ont été assassinés en lien direct avec leurs activités professionnelles. Agressions et assassinats se perpétuent à un rythme égal, nourri par l’impunité générale. RSF
Les Russes ont monté de toutes pièces des "séparatistes" ossètes, et abkhazes, pour casser la Géorgie, coupable de lèse-Russie. Moscou préparait depuis des mois l’assaut qui vient de se produire. La 58ème armée, qui s’est ruée sur la Géorgie, avait été préparée de longue main. (…) Poutine a préparé l’action (…) dès le mois d’avril, nous dit le spécialiste russe des affaires militaires Pavel Felgenhauer. On ne lance pas à l’improviste une opération combinée des commandos, des unités de blindés, de la marine et de l’armée de l’air, sans oublier une vaste cyber-attaque commencée une ou deux semaine avant l’assaut. Vu l’état général des forces russes, où les officiers vendent les pneus, les munitions, les carburants et les équipements, il a fallu préparer spécialement l’invasion pendant des mois. Laurent Murawiec
Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations? Françoise Thom
La politique de "redémarrage" des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. Françoise Thom
"Dix", me fit remarquer Ceausescu. "C’est dix dirigeants internationaux que le Kremlin a tué ou tenté de tuer",  m’expliqua-t-il, les comptant sur ses doigts. Laszlo Rajk et Imre Nagy de Hongrie ; Lucretiu Patrascanu et Gheorghe Gheorghiu-Dej de Roumanie ; Rudolf Slansky, le dirigeant tchèque et Jan Masaryk, le chef de la diplomatie de ce pays ; le shah d’Iran ; Palmiro Togliatti d’Italie ; le Président américain John F. Kennedy ; et Mao Tse Tong. Ion Mihai Pacepa
Quand l’Union soviétique s’est effondrée, les Russes avaient une chance unique de se libérer de leur ancienne forme d’État policier byzantin, qui avait, pendant des siècles, isolé le pays et l’avait laissé complètement démuni devant la complexité de la société moderne. Malheureusement, les Russes n’ont pas été à la hauteur de cette tâche. Depuis la chute du communisme, ils ont été confrontés à une forme indigène de capitalisme dirigé par un ensemble de vieux bureaucrates communistes, spéculateurs et impitoyables mafiosi qui a creusé les inégalités sociales. Par conséquent, après une période de bouleversements, les Russes ont progressivement — et peut-être heureusement — glissé dans leur forme historique du gouvernement, le samoderzhaviye russe traditionnel, une forme d’autocratie remontant à Ivan le Terrible au XIVe siècle, dans laquelle un seigneur féodal dirigeait le pays avec l’aide de sa police politique personnelle. Bonne ou mauvaise, l’ancienne police politique peut apparaître à la plupart des Russes comme leur seul moyen de défense contre la rapacité de leurs nouveaux capitalistes. Il ne sera pas facile de rompre avec une tradition de cinq siècles. Cela ne signifie pas que la Russie ne peut pas changer. Mais pour cela, les Etats-Unis ont leur rôle à jouer. Nous devrions arrêter de faire semblant que le gouvernement russe est démocratique et l’évaluer pour ce qu’il est vraiment : une bande de plus de 6 000 anciens officiers du KGB, une des organisations les plus criminelles de l’histoire — qui a saisi les postes les plus importants dans les gouvernements fédéraux et locaux, et qui perpétuent la pratique de Staline, Khrouchtchev et Brejnev d’assassinats secrets de ceux qui se dressent sur leur chemin. Tuer a toujours un prix, et il faudrait forcer le Kremlin à le payer jusqu’à ce qu’il arrête le massacre. Ion Mihai Pacepa
À partir de ses 15 ans, selon ses propres déclarations, Oswald s’intéresse au marxisme. Peu après, à La Nouvelle-Orléans, il achète le Capital et le Manifeste du Parti communiste7. En octobre 1956, Lee écrit au président du Parti socialiste d’Amérique une lettre où il se déclare marxiste et affirme étudier les principes marxistes depuis quinze mois. Pourtant, alors même qu’il lit toute la littérature marxiste qu’il peut trouver, Oswald prépare son entrée dans les marines en apprenant par cœur le manuel des marines de son frère aîné, Robert, qui est marine. Oswald adore ce frère dont il porte fièrement la bague du Corps et rêve depuis longtemps de l’imiter en le suivant dans la carrière. Alors même qu’il se considère comme un marxiste, Oswald réalise son rêve d’enfance et s’engage dans les marines une semaine après son dix-septième anniversaire. Après les entraînements de base, d’octobre 1956 à mars 1957, Oswald suit un entraînement spécifique destiné à la composante aérienne des marines. Au terme de cet entraînement, le 3 mai 1957, il devient soldat de première classe, reçoit l’accréditation de sécurité minimale, « confidentiel »9, et suit l’entraînement d’opérateur radar. Après un passage à la base d’El Toro (Californie) en juillet 1957, il est assigné à la base d’Atsugi, au Japon, en août 1957. Cette base est utilisée pour les vols de l’avion espion Lockheed U-2 au-dessus de l’URSS, et quoique Oswald ne soit pas impliqué dans ces opérations secrètes, certains auteurs ont spéculé qu’il aurait pu commencer là une carrière d’espion. (…)  En février 1959, il demande à passer un test de connaissance du russe auquel il a des résultats « faibles ».C’est alors qu’Oswald commence à exprimer de manière claire des opinions marxistes qui n’améliorent pas sa popularité auprès de ses camarades. Il lit énormément de revues en russe, écoute des disques en russe et s’adresse aux autres soit en russe soit en contrefaisant un accent russe. Ses camarades le surnomment alors "Oswaldskovich". Mi-1959, il fait en sorte de rompre prématurément son engagement dans l’armée en prétextant le fait qu’il est le seul soutien pour sa mère souffrante. Lorsqu’il peut quitter l’armée en septembre 1959, il a en fait déjà préparé l’étape suivante de sa vie, sa défection en URSS. Oswald a été un bon soldat, en tout cas au début de sa carrière, et ses résultats aux tests de tir, par exemple, sont très satisfaisants. Ses résultats au tir se dégradent cependant vers la fin de sa carrière militaire, élément qui fut ensuite utilisé pour faire passer Oswald pour un piètre tireur. Ainsi, avec un score de 191 le 5 mai 1959, Oswald atteint encore le niveau « bon tireur », alors qu’il envisage déjà son départ du Corps. Lors de cette séance de tir, Nelson Delgado, la seule personne qui affirma devant la commission Warren qu’Oswald était un mauvais tireur, avait fait 19212. En fait, selon les standards du Corps de Marines, Oswald était un assez bon tireur. Le voyage d’Oswald en URSS est bien préparé : il a économisé la quasi-totalité de sa solde de marine et obtient un passeport en prétendant vouloir étudier en Europe. Il embarque le 20 septembre 1959 sur un bateau en partance de La Nouvelle-Orléans à destination du Havre, où il arrive le 8 octobre pour partir immédiatement vers Southampton, puis prend un avion vers Helsinki (Finlande), où il atterrit le 10 octobre. Dès le lundi 12, Oswald se présente à l’ambassade d’URSS et demande un visa touristique de six jours dans le cadre d’un voyage organisé, visa qu’il obtient le 14 octobre. Oswald quitte Helsinki par train le 15 octobre et arrive à Moscou le 16. Le jour même, il demande la citoyenneté soviétique, que les Soviétiques lui refusent au premier abord, considérant que sa défection est de peu de valeur. Après qu’il a tenté de se suicider, les Soviétiques lui accordent le droit de rester, d’abord temporairement, à la suite de quoi Oswald tente de renoncer à sa citoyenneté américaine, lors d’une visite au consul américain le 31 octobre 1959, puis pour un temps indéterminé. Les Soviétiques envoient Oswald à Minsk en janvier 1960. Il y est surveillé en permanence par le KGB17 pendant les deux ans et demi que dure son séjour. Oswald semble tout d’abord heureux : il a un travail dans une usine métallurgique, un appartement gratuit et une allocation gouvernementale en plus de son salaire, une existence confortable selon les standards de vie soviétiques. Le fait que le U2 de Francis Powers ait été abattu par les Soviétiques après l’arrivée d’Oswald, en mai 1960, a éveillé la curiosité de certains auteurs se demandant quel lien cet évènement pouvait avoir avec le passage d’Oswald sur la base d’Atsugi, une des bases d’où des U2 décollaient. Cependant, outre qu’Oswald ne semble jamais avoir été en contact avec des secrets sur Atsugi, personne n’a jamais réussi à établir un lien entre Oswald et cet évènement. Ainsi, le U2 de Powers a été abattu par une salve de missiles SA-2 chanceuse (à moins que Powers ait été sous son plafond normal) et aucun renseignement spécial n’a été nécessaire à cet effet. (…) En mars 1961, alors qu’il a eu quelques contacts avec l’ambassade américaine à Moscou en vue de son retour aux États-Unis, Oswald rencontre Marina Nikolayevna Prusakova, une jeune étudiante en pharmacie de 19 ans, lors d’un bal au palais des Syndicats. Ils se marient moins d’un mois plus tard et s’installent dans l’appartement d’Oswald. Oswald a écrit plus tard dans son journal qu’il a épousé Marina uniquement pour faire du mal à son ex-petite amie, Ella Germain. En mai 1961, Oswald réitère à l’ambassade américaine son souhait de retourner aux États-Unis, cette fois avec son épouse. Lors d’un voyage en juillet à Moscou, Oswald va avec Marina, enceinte de leur premier enfant, à l’ambassade américaine pour demander un renouvellement de son passeport. Ce renouvellement est autorisé en juillet, mais la lutte avec la bureaucratie soviétique va durer bien plus longtemps. Lorsque le premier enfant des Oswald, June, naît en février 1962, ils sont encore à Minsk. Finalement, ils reçoivent leur visa de sortie en mai 1962, et la famille Oswald quitte l’URSS et embarque pour les États-Unis le 1er juin 1962. La famille Oswald s’installe à Fort Worth (près de Dallas) vers la mi-juin 1962, d’abord chez son frère Robert, ensuite chez sa mère, début juillet, et enfin dans un petit appartement fin juillet, lorsque Lee trouve un travail dans une usine métallurgique. Le FBI s’intéresse naturellement à Lee et provoque deux entretiens avec lui, le 26 juin et le 16 août. Les entretiens ne révélant rien de notable, l’agent chargé du dossier demande à Oswald de contacter le FBI si des Soviétiques le contactaient, et conclut ses rapports en recommandant de fermer le dossier. Cependant, dès le 12 août, Lee écrit au Socialist Workers Party, un parti trotskiste, pour leur demander de la documentation, et continue de recevoir trois périodiques russes. Vers la fin août, les Oswald sont introduits auprès de la petite communauté de Russes émigrés de Dallas. Ceux-ci n’aiment pas particulièrement Oswald, qui se montre désagréable, mais prennent en pitié Marina, perdue dans un pays dont elle ne connait même pas la langue que Lee refuse de lui apprendre. C’est dans le cadre de ces contacts qu’Oswald rencontre George de Mohrenschildt (en), un riche excentrique d’origine russe de 51 ans qui prend Oswald en sympathie. Les relations entre Oswald et Mohrenschildt ont été source de nombreuses spéculations, et certains ont cru voir dans Mohrenschildt un agent ayant participé à une conspiration, sans jamais trouver d’élément factuel qui démontre cette hypothèse. (…) En février 1963, alors que les relations entre Lee et Marina s’enveniment jusqu’à la violence, Oswald prend un premier contact avec l’ambassade d’URSS en laissant entendre qu’il souhaite y retourner. C’est aussi au cours de ce mois que les Oswald rencontrent Ruth Paine, qui allait devenir, avec son mari Michael, très proche des Oswald. Rapidement, Ruth et Marina deviennent amies au cours du mois de mars 1963, et c’est à la fin du mois que Lee demande à Marina de prendre des photos de lui avec ses armes. C’est également au cours de ce mois qu’Oswald commence à préparer l’assassinat du général Walker, que les deux armes commandées lui furent livrées, que Lee perdit son travail chez Jaggers et que l’agent Hosty du FBI commença un réexamen de routine du dossier de Oswald et Marina (six mois s’étant écoulés depuis son dernier entretien avec Oswald), au cours duquel il découvrit une note du FBI de New York sur un abonnement de Lee au Worker, journal communiste, ce qui l’intrigua et le poussa à rouvrir le dossier. Toutefois, avant que Hosty ait pu traiter le dossier, il se rendit compte que les Oswald avaient quitté Dallas. Le général Edwin Walker (en), un héros de la Seconde Guerre mondiale, est un anticommuniste virulent et partisan de la ségrégation raciale. Walker a été relevé de son commandement en Allemagne et muté à Hawaï en avril 1961 par le président Kennedy après qu’il eut distribué de la littérature d’extrême-droite à ses troupes. Il démissionne alors de l’armée en novembre 1961 et se retire à Dallas pour y commencer une carrière politique. Il se présente contre John Connally pour l’investiture démocrate au poste de gouverneur du Texas en 1962, mais est battu par Connally qui est finalement élu gouverneur. À Dallas, Walker devient la figure de proue de la John Birch Society, une organisation d’extrême-droite basée au Massachusetts. Walker représente tout ce que déteste Oswald et il commence à le surveiller en février 1963, prenant notamment des photos de son domicile et des environs. Le 10 avril 1963, alors qu’il est congédié de chez Jaggars-Chiles-Stovall depuis dix jours, il laisse une note en russe à Marina et quitte son domicile avec son fusil. Le soir même, alors que Walker est assis à son bureau, on tire sur lui d’une distance de 30 mètres. Walker survit par un simple coup de chance : la balle frappe le châssis en bois de la fenêtre et est déviée. Lorsqu’Oswald rentre chez lui, il est pâle et semble effrayé. Quand il dit à Marina ce qu’il vient de faire, elle lui fait détruire l’ensemble des documents qu’il a rassemblés pour préparer sa tentative d’assassinat, bien qu’elle conserve la note en russe. L’implication d’Oswald dans cette tentative ne sera connue des autorités qu’après la mort d’Oswald, lorsque cette note, ainsi qu’une photo de la maison de Walker, accompagnées du témoignage de Marina, leur parviendra. La balle récupérée dans la maison de Walker est trop endommagée pour permettre une analyse balistique, mais l’analyse de cette balle par activation neutronique par le HSCA permet de déterminer qu’elle a été produite par le même fabricant que la balle qui tua Kennedy. Sans emploi, Oswald confie Marina aux bons soins de Ruth Paine et part à La Nouvelle-Orléans pour trouver du travail. (…) Marina le rejoint le 10 mai. Oswald semble à nouveau malheureux de son sort, et quoiqu’il ait perdu ses illusions sur l’Union soviétique, il oblige Marina à écrire à l’ambassade d’URSS pour demander l’autorisation d’y retourner. Marina reçoit plusieurs réponses peu enthousiastes de l’ambassade, mais entretemps les espoirs d’Oswald se sont reportés sur Cuba et Fidel Castro. Il devient un ardent défenseur de Castro et décide de créer une section locale de l’association Fair Play for Cuba. Il consacre 22,73 dollars à l’impression de 1 000 tracts, 500 demandes d’adhésion et 300 cartes de membres pour Fair Play for Cuba et Marina signe du nom de « A.J. Hidell » comme président de la section sur une des cartes. (…)  Il fait, le 5 août 1963, une tentative d’infiltration des milieux anti-castristes, et se présente comme un anticommuniste auprès de Carlos Bringuier (en), délégué à La Nouvelle-Orléans de l’association des étudiants cubains en proposant de mettre ses capacités de Marine au service des anti-castristes. (…)  Oswald envisage de détourner un avion vers Cuba, mais Marina réussit à l’en dissuader, et l’encourage à trouver un moyen légal d’aller à Cuba. En l’absence de liaison entre les États-Unis et Cuba, Lee commence à envisager de passer par le Mexique. (…)  Oswald est dans un bus reliant Houston à Laredo le 26 septembre, et continue ensuite vers Mexico. Là, il tente d’obtenir un visa vers Cuba, se présentant comme un défenseur de Cuba et de Castro, et en affirmant qu’il veut ensuite continuer vers l’URSS. L’ambassade lui refuse le visa s’il n’avait pas au préalable un visa soviétique. L’ambassade d’URSS, après avoir consulté Moscou, refuse le visa. Après plusieurs jours de va-et-vient entre les deux ambassades, Oswald rejeté et mortifié retourne à Dallas. (…) Michael Paine (en), le mari de Ruth, a une conversation politique avec Oswald et se rend compte que malgré sa désillusion à l’égard des régimes socialistes, il est encore un fervent marxiste qui pense que la révolution violente est la seule solution pour installer le socialisme. Pendant les semaines suivantes, la situation entre Marina et Lee se dégrade à nouveau, tandis que le FBI de Dallas s’intéresse à nouveau à Oswald du fait de son voyage à Mexico.(….)  Marina découvre que Lee a à nouveau écrit à l’ambassade d’URSS, et qu’il s’est inscrit sous un faux nom à son logement, et ils se disputent au téléphone à ce sujet. Le 19 novembre, le Dallas Time Herald publie le trajet que le président Kennedy utilisera lors de la traversée de la ville. Comme Oswald a pour habitude de lire le journal de la veille qu’il récupère dans la salle de repos du TSBD, on présume qu’il a appris que le président passerait devant les fenêtres du TSBD le 20 ou le 21 novembre. Wikipedia
En tant qu’ancien ancien chef espion roumain sous les ordres directs du KGB soviétique, il est parfaitement évident pour moi que la Russie est derrière la disparition des armes de destruction massive de Saddam Hussein. Après tout, c’est la Russie qui au départ a aidé Saddam en acquérir. L’Union soviétique et tous les États du bloc soviétique ont toujours eu un mode opératoire normalisé d’enterrement pour les armes de destruction massive  — baptisé "Sarindar en roumain, ce qui signifie "issue de secours". Je l’ai mis en place en Libye. C’était pour débarrasser les despotes du tiers-monde de toute trace de leurs armes chimiques si jamais les impérialistes occidentaux se rapprochaient trop d’eux. Nous voulions nous assurer qu’ils ne pourraient jamais remonter à nous, et nous voulions également entraver l’ouest en ne leur donnant rien qu’ils puissent utiliser dans leur propagande contre nous. Toutes les armes chimiques devaient être immédiatement brûlées ou enfouies profondément en mer. En revanche, la documentation technique devait être préservée en microfiches enterrées dans des containers étanches pour la reconstruction future. Les armes chimiques, en particulier celles produites dans les pays du tiers monde, qui n’ont pas d’installations de production sophistiquées, perdent souvent leurs propriétés létales après quelques mois en entrepôt et sont systématiquement jetées de toute façon. Et toutes les usines d’armes chimiques avaient une couverture civile rendant la détection difficile, peu importe les circonstances. Le plan comprenait une routine de propagande élaborée. Toute personne accusant Muammar Khadhafi de posséder des armes chimiques pouvait être ridiculisé. Des mensonges, que des mensonges ! Venez en Libye et voyez pour vous-mêmes ! Nos organisations occidentales de gauche, comme le Conseil mondial de la paix, existaient à seule fin de propagande, que nous leur fournissions. Ces mêmes groupes recrachent exactement les mêmes thèmes aujourd’hui. Nous avons toujours compté sur leur expertise pour l’organisation de grandes manifestations de rue en Europe de l’ouest contre l’Amérique belliqueuse chaque fois que nous avons voulu détourner l’attention du monde des crimes des régimes vicieux que nous parrainions. L’Irak, à mon avis, avait  son propre plan "Sarindar" en direct de Moscou. Il en avait certainement un dans le passé. Nicolae Ceausescu me l’a dit, et il l’avait entendu de Leonid Brezhnev. du président du KGB Iouri Andropov, et plus tard, Yevgeny Primakov, me l’a répété. Dans les années 1970, Primakov a géré les programmes d’armement de Saddam Hussein. Après cela, comme vous le savez, il est promu chef du service du renseignement extérieur soviétique en 1990, et ministre russe des affaires étrangères en 1996 et en 1998, au premier ministre. Ce que vous ignorez peut-être est que Primakov déteste Israël et a toujours soutenu le radicalisme arabe. C’était un ami personnel de Saddam Hussein et il a visité Bagdad à plusieurs reprises après 1991, pour aider tranquillement Saddam à  jouer son jeu de cache-cache. Le bloc soviétique a non seulement vendu à Saddam ses armes de destruction massive, mais il leur a montré comment les faire "disparaître". La Russie est toujours à l’ œuvre. Primakov se rendait régulièrement à Bagdad de décembre 2003 à quelques jours avant la guerre, ainsi qu’une équipe d’experts militaires russes dirigée par deux généraux de haut niveau à la "retraite", Vladislav Achalov, un ancien vice-premier ministre de la défense et Igor Maltsev, un ancien chef d’état-major russe de l’armée de l’air. Ils ont tous été décorés par le ministre de la Défense irakien. Ils  n’étaient clairement pas là pour donner des conseils militaires à Saddam pour la guerre à venir — les lanceurs de Katioucha de Saddam vintage de la seconde guerre mondiale, et ses chars T-72, des véhicules de combat BMP-1 et des avions de chasse MiG étaient tous évidemment inutiles contre l’Amérique. « Je ne vais pas à Bagdad pour boire un café, » avait déclaré Achalov aux médias par la suite. Ils étaient là pour orchestrer le plan « Sarindar » de l’Irak. L’armée américaine  a en fait déjà trouvé la seule chose qui aurait pu survivre sous le plan soviétique classique « Sarindar » de  liquidation des arsenaux d’armes en cas de défaite dans la guerre — les documents technologiques montrant comment reproduire des stocks d’armes en quelques semaines. Un tel plan a sans doute été mis en place depuis août 1995 — quand le gendre de Saddam, le général Hussein Kamel, qui avait dirigé les programmes nucléaires, chimiques et biologiques de l’Irak pendant 10 ans, a fait défection vers la Jordanie.  En août, les inspecteurs de l’UNSCOM et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont fouillé un élevage de poulets appartenant à la famille de Kamel et trouvé plus d’une centaine de malles métalliques et boîtes contenant la documentation traitant de toutes les catégories d’armes, notamment nucléaires. Pris en flagrant délit, l’Iraq a enfin reconnu son « programme de guerre biologique, y compris d’armement, » et  publié un "Rapport de divulgation complet et final" et remis des documents sur l’agent neurotoxique VX et des armes nucléaires. Saddam a alors attiré le général Kamel, feignant de pardonner sa défection. Trois jours plus tard, Kamel et plus de 40 membres de la famille, y compris les femmes et les enfants, ont été assassinés, dans ce que la presse irakienne officielle décrit comme une « administration spontanée de justice tribale ». Après avoir envoyé ce message à son peuple intimidé, misérable, Saddam a ensuite fait une démonstration de coopération avec l’inspection de l’ONU, étant donné que Kamel venait de toute façon de compromettre tous ses programmes. En novembre 1995, il a publié une seconde "Rapport de divulgation complet et final" quant à ses programmes de missiles prétendument inexistants. Ce même mois, la Jordanie a intercepté une importante cargaison de composants de missiles de haute qualité destinées à l’Iraq. L’UNSCOM a bientôt repêché du Tigre des composants de missiles similaires, réfutant à nouveau les dénégations de Saddam. En juin 1996, Saddam a claqué la porte à l’inspection de l’UNSCOM de tout « mécanismes de dissimulation ». Le 5 août 1998, il a stoppé la coopération avec l’UNSCOM et l’AIEA complètement, et ils se sont retirés le 16 décembre 1998. Saddam avait encore quatre ans pour développer et cacher ses armes de destruction massive sans aucun regards indiscrets gênants. Les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies 1115, (21 juin 1997), 1137 (12 novembre 1997) et 1194 (9 septembre 1998) ont été émises condamnant l’Irak — des paroles inefficaces qui n’ont eu aucun effet. En 2002, sous la pression d’un énorme regroupement de militaires américains par une nouvelle administration américaine, Saddam a refait encore un autre "Rapport de divulgation complet et final"qui se révéla plein de "fausses déclarations" et constitueant un autre « violation substantielle » des inspections de l’ONU et de l’AIEA et des paragraphes 8 à 13 de la résolution 687 (1991). C’est juste quelques jours après cette dernière « divulgation », après une décennie d’intervention avec l’ONU et le reste du monde au nom de l’Irak, que Primakov et son équipe d’experts militaires s’est posé à Bagdad — même si, avec 200 000 soldats américains à la frontière, la guerre était imminente, et Moscou ne pouvait plus sauver Saddam Hussein. Primakov était sans aucun doute là pour régler les derniers détails du plan « Sarindar » et rassurer Saddam que a tempête passée Moscou reconstruirait ses armes de destruction massive pour un bon prix. M. Poutine aime tirer sur l’Amérique et veut réaffirmer la place de la Russie dans les affaires mondiales. Pourquoi il ne profiterait pas de cette occasion ? En tant que ministre des affaires étrangères et premier ministre, Primakov est l’auteur de la stratégie de « multipolarité »  pour faire contrepoids à un leadership américain élevant la Russie au statut de grande puissance en Eurasie. Entre les 9 et 12 février, M. Poutine a visité l’Allemagne et la France pour proposer un alignement tactique des trois puissances contre les États-Unis pour défendre les inspections au lieu de la guerre. Le 21 février, la Douma russe a appelé les parlements allemand et français à se joindre à eux  les 4 et  7 mars à Bagdad, pour « empêcher l’agression militaire américaine contre l’Irak. » Des foules de gauchistes européens, ancrées depuis des générations dans la propagande de gauche tout droit sortie de Moscou, continuent à trouver la ligne attrayante. Les tactiques de M. Poutine ont marché. Les États-Unis ont remporté une victoire militaire éclatante, démolissant une dictature sans détruire le pays, mais ils ont commencé à perdre la paix. Alors que les troupes américaines ont révélé les fosses communes des victimes de Saddam, les forces anti-américaines en Europe occidentale et ailleurs, ont multiplié les attaques au vitriol, accusant Washington de rapacité pour le pétrole et de pas vraiment s’occuper des armes de destruction massive, ou d’avoir exagéré les risques, comme s’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter des armes de destruction massive. Ion Mihai Pacepa
Moscou, bien sûr, n’a jamais rien admis devant nous, dirigeants des services de renseignement de substitution des Soviets, sur toute implication dans l’assassinat de Kennedy. Le Kremlin savait que toute indiscrétion pouvait déclencher la troisième guerre mondiale. Mais pendant 15 ans de mon autre vie, au sommet de la communauté du renseignement du bloc soviétique, j’ai participé à un effort mondial de désinformation visant à détourner l’attention de l’implication du KGB avec Oswald, le Marine américain, qui avait fait défection vers Moscou, était retourné aux États-Unis et avait tué le président Kennedy. Nous avons lancé des rumeurs, publié des articles et même produit des livres, insinuant que les coupables étaient aux Etats-Unis, pas en Union soviétique. Notre ultime « preuve » était une note adressée à « M. Hunt, » datée du 8 novembre 1963 et signée par Oswald, copie de qui est apparu aux Etats-Unis en 1975. Nous savions que la note était un faux, mais des experts américains en graphologie ont certifié qu’elle était authentique, et les théoriciens de la conspiration l’ont connectée à l’agent de la CIA E. Howard Hunt, alors bien connu depuis l’affaire du Watergate et l’ont utilisée pour « prouver » que la CIA était impliquée dans l’assassinat de Kennedy. Enfin, des documents originaux du KGB tirés des Archives de Mitrokhin, apparues dans les années 1990, ont prouvé que la note avait été contrefaite par le KGB pendant le scandale du Watergate. La fausse note avait été vérifiée deux fois pour « authenticité » par la direction des opérations techniques du KGB (UTO) et approuvée pour utilisation. En 1975 le KGB a envoyé du Mexique trois photocopies de la note aux mordus de la conspiration aux États-Unis (les règles du KGB autorisent seulement  l’utilisation de photocopies de documents contrefaits, pour éviter un examen attentif de l’original). Après l’effondrement de l’Union soviétique, j’espérais que les nouveaux dirigeants de Moscou pourraient révéler la main du KGB dans l’assassinat de Kennedy. Au lieu de cela, ils ont publié en 1993 “Passeport pour l’assassinat : l’histoire jamais racontée de Lee Harvey Oswald par le Colonel du KGB qui le connaissait”, un livre affirmant qu’une enquête approfondie sur Oswald n’avait pas trouvé la moindre implication soviétique avec lui. Les bourreaux ne s’incriminent jamais. Dans les années 90, l’ancien officier du KGB  Vassili Mitrokhine, aidé par le MI6 britannique, a réussi à faire sortir de Moscou  quelque 25 000 pages de documents hautement confidentiels du KGB. Ils représentent une infime partie des archives du KGB, estimé à quelque 27 milliards de pages (les Archives de la Stasi est-allemande en contenaient 3 milliards). Ils représentent une infime partie des archives du KGB, estimé à quelque 27 milliards pages (les Archives de la Stasi est-allemande avaient 3 milliards). Néanmoins, le FBI a qualifié les archives Mitrokhin d’ “informations les plus complètes et les plus approfondies jamais reçues d’aucune source. » Selon cette archive, le premier livre américain sur l’assassinat: Oswald : Assassin ou bouc émissaire?, qui accuse la CIA et le FBI du crime, a été orchestré par le KGB. L’auteur du livre, Joachim Joesten, communiste allemand naturalisé américain, a passé cinq jours à Dallas après l’assassinat, puis est allé en Europe et a disparu. Quelques mois plus tard le livre de Joesten a été publié par le communiste américain Carlo Aldo Marzani (New York), qui a reçu 80 000 $ du KGB pour produire des livres pro-soviétiques, plus de 10 000 $ annuels  pour en faire de la publicité agressive. D’autres documents dans les Archives de Mitrokhin identifient le premier critique américain de cet ouvrage, Victor Perlo, comme un agent du KGB. Le livre de Joesten a aussi reçu une dédicace de l’Américain Mark Lane, décrit dans les Archives de Mitrokhin comme un homme de gauche ayant reçu anonymement  de l’argent du KGB. En 1966, Lane a publié le best-seller Jugement hâtif, alléguant que Kennedy avait été tué par un groupe de droite américain. Ces deux livres ont encouragé les gens ayant la moindre expertise dans le domaine à se joindre à la mêlée. Chacun a vu les événements de son propre point de vue, mais tous accusaient de ce crime des éléments liés aux États-Unis de ce crime. Le procureur de la Nouvelle-Orléans Jim Garrison a enquêté dans son district quartier et arrêté en 1967 un homme local, qu’il accuse d’avoir conspiré avec des éléments des services de renseignement américains pour assassiner Kennedy afin de l’arrêter dans ses efforts pour mettre fin à la guerre froide. L’accusé a été acquitté en 1969, mais Garrison s’est accroché à son histoire, écrivant tout d’abord Un Héritage de pierre (Putnam, 1970) et publiant finalement Sur la piste des assassins (Sheriden Square, 1988), un des livres qui a inspiré le film d’Oliver Stone "JFK". La conspiration pour l’assassinat de Kennedy était née — et elle n’est jamais morte. Selon un autre document, le chef du KGB Yury Andropov a informé en avril 1977 le Politburo que le KGB avait lance une nouvelle campagne de desinformatsiya pour impliquer davantage "les services spéciaux américains" dans l’assassinat de Kennedy. Malheureusement, les Archives de Mitrokhin sont muettes sur le sujet après cela. (…) Au cours de mes dix dernières années en Roumanie, j’ai réussi aussi équivalent du pays de la NSA, et je me suis familiarisé avec les systèmes de code utilisés dans l’ensemble de la communauté du renseignement bloc soviétique. Cette connaissance m’a permis de se rendre compte que les lettres anodin à consonance de Oswald et son épouse soviétique à l’ambassade soviétique à Washington, D.C. (mise à disposition de la Commission Warren) constituaient messages voilées du KGB. En eux, j’ai trouvé la preuve que Oswald a été envoyé aux États-Unis pour une mission temporaire, et qu’il avait prévu de revenir à l’Union soviétique impénétrable après avoir accompli sa tâche. Il m’a fallu plusieurs années de passer au crible le bon grain de l’ivraie en passant par les tas de rapports d’enquête générées par la mort violente du jeune président américain, mais quand j’ai fini j’étais fasciné par la richesse des empreintes digitales du KGB dans toute l’histoire d’Oswald et son assassin, Jack Ruby. (…) Prenons la note manuscrite en russe qu’Oswald a laissé à sa femme soviétique, Marina, juste avant sa tentative de tuer  le général américain Edwin Walker comme entrainement avant de passer à l’assassinat du président Kennedy. Cette remarque très importante contient deux codes du KGB : amis (code pour agent de soutien) et la Croix Rouge (code pour aide financière). Dans cette note, Oswald dit à Marina quoi faire dans le cas où il serait arrêté. Il souligne qu’elle doit communiquer avec le "ambassade" (soviétique), qu’ils y ont "des amis ici" et que la « Croix rouge » va l’aider financièrement. Particulièrement significative est l’instruction d’Oswald pour qu’elle puisse « envoyer à l’ambassade les informations sur ce qui m’est arrivé. » A cette époque, le code pour l’ambassade était "Bureau", mais il semble qu’Oswald voulait s’assurer que Marina comprendrait qu’elle doit immédiatement informer l’ambassade soviétique. Il convient de noter que Marina n’a pas mentionné cette note aux autorités américaines après l’arrestation d’Oswald. Il a été constaté à l’accueil de Ruth Paine, une amie américaine avec laquelle Marina séjournait au moment de l’assassinat. (…) Il y a nombre d’éléments prouvant la connexion d’Oswald avec le KGB. Un élément tangible est la lettre envoyée à l’ambassade soviétique à Washington quelques jours après sa rencontre avec « Camarade Kostin » à Mexico. Ailleurs Oswald nomme la personne qu’il avait rencontrée là « Camarade Kostikov. » La CIA a identifié Valery Kostikov comme officier du département de la PGU treizième « affaires humides » (humide étant un euphémisme pour sanglante). Une ébauche manuscrite de cette lettre a été trouvée parmi les effets d’Oswald après l’assassinat. Ladite Ruth Paine a témoigné qu’Oswald avait re-écrit cette lettre plusieurs fois avant de la taper à la machine. Marina a déclaré qu’il « retapé l’enveloppe dix fois. » C’était important pour lui. Une photocopie de la lettre finale Qu’Oswald a envoyé à l’ambassade soviétique a été récupérée par la Commission Warren. Permettez-moi de citer cette lettre, dans laquelle j’ai également inséré d’Oswald plus tôt la version de projet entre parenthèses: "c’est pour vous informer des événements récents depuis mes rencontres avec le camarade Kostin [dans le projet: « de nouvelles informations depuis mes entrevues avec camarade Kostine »] à l’ambassade de l’URSS, Mexico, Mexique. Je n’ai pu rester au Mexique [croisés en projet: "Parce que j'ai considéré inutile"] indefinily à cause de mes limitations de visas mexicain qui était de 15 jours seulement. Je ne pouvais pas prendre le risque de demander un nouveau visa [dans le projet: "demande une prorogation"] à moins d’utiliser mon vrai nom, alors je suis retourné aux États-Unis. » Le fait qu’Oswald a utilisé un nom de code opérationnel pour Kostikov confirme pour moi que tant sa rencontre avec Kostikov à Mexico que sa correspondance avec l’ambassade soviétique à Washington ont été menées dans un contexte opérationnel PGU. Le fait qu’Oswald n’a pas utilisé son vrai nom pour obtenir son visa mexicain confirme cette conclusion. Maintenant nous allons juxtaposer cette lettre combinée avec le guide gratuit Esta Semana-Cette semaine, 28 septembre – 4 octobre 1963 et un dictionnaire espagnol-anglais, tous deux retrouvés parmi les effets d’Oswald. Le guide a un numéro de téléphone de l’ambassade soviétique souligné, les noms de Kosten et Osvald sont en cyrillique sur la page listant les "Diplomates à Mexico" et cochés à côté de cinq salles de cinéma sur la page précédente. A l’arrière de son dictionnaire espagnol-anglais Oswald a écrit: « acheter des billets [pluriel] pour la corrida, » et les arènes de la Plaza México sont entourés sur sa carte de la ville de Mexico. Est également indiqué sur la carte d’Oswald, le Palais des beaux-arts, un lieu de prédilection pour les touristes le dimanche matin pour regarder le Ballet Folklórico. (Cliquez ici pour voir ces documents, les notes manuscrites d’Oswald et autres matériaux semblables.) Contrairement à ce que prétend Oswald, il n’a pas été constamment observé à l’ambassade soviétique pendant son séjour à Mexico, bien que la CIA ait eu des caméras de surveillance filmant l’entrée de l’ambassade à ce moment-là. En résumé, tous les faits ci-dessus, l’ensemble me suggèrent qu’Oswald a eu recours à la « réunion du fer » ou un imprévu — Jeleznaïa yavka en russe — pour un entretien urgent avec Kostikov à Mexico. La « réunion de fer » était une procédure standard du KGB pour les situations d’urgence, fer signifiant cuirassé ou invariable. Dans ma journée,  j’ai approuvé une certaine « réunions de fer » à Mexico (un endroit préféré pour contacter nos agents importants vivant aux États-Unis), et d’Oswald "réunion de fer" me semble typique. Cela signifie : une brève rencontre dans une salle de cinéma pour  convenir d’un rendez-vous pour le lendemain à la corrida (…) Bien sûr, je ne peux pas être sûr que tout s’est passé exactement ainsi, chaque agent ayant ses propres particularités. Mais cependant, ils sont raccordés, il est clair que Kostikov et Oswald sont satisfaisaits secrètement de ce week-end du 28 et 29 septembre 1963. Sur les points suivants, mardi, toujours à Mexico, il a téléphoné à l’ambassade soviétique de l’ambassade cubaine et a demandé au garde de service de le connecter avec « Camarade Kostikov » avec qui il avait « parlé le 28 septembre. » Ce coup de téléphone a été intercepté par la CIA. (…) Pendant toutes ces années, j’ai passé ses liens d’Oswald chercher avec le KGB, j’ai pris les informations factuelles, vérifiables sur sa vie qui avait été mises à jour par le gouvernement américain et les chercheurs privés, et je les ai examinées à la lumière de modèles opérationnels PGU — peu connus des étrangers en raison du secret absolu alors — comme aujourd’hui — endémique en Russie. De nouvelles perspectives sur l’assassinat me sont soudainement apparues. L’expérience d’Oswald comme marine servant au Japon, par exemple, est parfaitement dans le modèle de la PGU pour recruter des militaires américains en dehors des Etats-Unis que j’avais depuis de nombreuses années appliqué aux opérations roumaines. Il était aussi évident que le casier à un terminal de bus qu’Oswald avait utilisé en 1959, après son retour aux États-Unis du Japon, de déposer un sac polochon rempli de photos d’avions militaires américains était en fait une une des procédures de base des services secrets. Au cours de ces années, l’utilisation de ces casiers faisait fureur au PGU — et le dé. Les opérations d’espionnage soviétiques peuvent être isolées par leurs patrons, si vous êtes familier avec eux. Les experts du contre-espionnage appellent ces patrons « preuve opérationnelle », montrant les empreintes digitales de l’auteur. (…) Comme un opérateur radar à la base aérienne d’Atsugi au Japon, Oswald savait l’altitude de vol des avions-espion super-secrets de la CIA, le U-2 survolant l’Union soviétique, sur cette base. En 1959, lorsque j’étais chef de station dse renseignement de la Roumanie en Allemagne de l’Ouest, une exigence soviétique envoyé m’a demandé de « tout, y compris les rumeurs, » sur l’altitude de vol des avions U-2. Le ministère de la défense soviétique savait que les avions U-2 avaient survolé l’Union soviétique plusieurs fois, mais son Air Defense Command n’avait pas pu le suivre parce que les radars soviétiques de l’époque n’arrivaient pas à atteindre une telle altitude. Francis Gary Powers, le pilote de l’U-2 que les Soviétiques avaient abattu le 1er mai 1960, croyaient que les soviétiques étaient en mesure de le faire parce qu’Oswald leur avait fourni l’altitude de son vol. Selon la déclaration de Powers, Oswald avait accéder "non seulement aux codes radar et radio, mais aussi pour le nouveau radar de recherche de la hauteur MPS-16 d’engrenage et la hauteur à laquelle l’U-2 volait, qui fut l’un des secrets les plus hautement classifiés. Il semble que Oswald, qui fit défection vers l’Union soviétique en 1959, était une des personnes dans le public ayant assisté au procès de  Moscou de Powers. Le 15 février 1962, Oswald a écrit à son frère Robert: « J’ai entendu sur la Voix de l’Amérique qu’ils ont sorti le pilote de l"avion espion U2 Powers. Voilà une grande nouvelle où que vous soyez je suppose. Il semblait être un homme de type américain agréable, lumineux, quand je l’ai vu à Moscou". C’était une procédure normale pour le KGB d’offrir à Oswald d’assister à un procès comme l’une des récompenses pour avoir permis à l’Union soviétique d’abattre l’U-2. (…) Le recrutement de subalternes militaires américains a été une des priorités les plus importantes de la PGU à cette époque. La chasse aux « serzhant » était ma priorité absolue au cours des trois années (1957-59) où j’ai été affecté comme rezident en Allemagne de l’Ouest, et c’était toujours une priorité absolue en 1978, quand j’ai rompu avec le communisme. Bien sûr le PGU aurait voulu recruter des colonels américains, mais ils étaient difficiles d’approche, alors que les officiers subalternes étaient plus accessibles et pouvaient fournir des renseignements excellents s’ils étaient  bien guidés. Le Sergent Robert Lee Johnson est un bon exemple. Dans les années 1950, ‘il fut affecté à l’étranger où, comme Oswald, il s’éprit du communisme. En 1953, Johnson est subrepticement entré une unité militaire soviétique à Berlin-est, où il a demandé — comme Oswald l’a évidemment fait — l’asile politique dans le « paradis des travailleurs ». Une fois là, Johnson a été recruté par le PGU et persuadé de retourner temporairement aux États-Unis pour effectuer une « mission historique » avant de commencer sa nouvelle vie en Union soviétique — comme ce fut le cas avec Oswald. Finalement, le sergent Johnson a secrètement reçu le plus haut grade de l’Armée rouge et reçu par écrit les félicitations de Khrouchtchev lui-même. D’après le colonel PGU Vitaly Yurchenko, qui a fait défection à la CIA en 1985 et refait défection peu de temps après, l’adjudant-chef américain John Anthony Walker, un autre « serzhant » — était l’agent le plus important dans l’histoire du PGU, « dépassant en importance, même le vol soviétique de l’anglo-américain pour la première bombe atomique. » John F. Lehman, qui était  Secrétaire de la marine américaine lorsque Walker a été arrêté, a accepté. (…) En octobre 1962, la Cour suprême allemande a monté un procès public de Bogdan Stashinsky, un transfuge du renseignement soviétique qui avait été décoré par Khrouchtchev pour avoir assassiné des ennemis de l’Union soviétique vivant à l’Ouest. Cet essai a révélé Khrouchtchev au monde comme un boucher politique impitoyable. En 1963 le dictateur soviétique autrefois flamboyant était déjà un souverain paralysé et à bout de souffle. La moindre odeur de toute implication soviétique dans l’assassinat du président américain aurait pu être fatale à Khrouchtchev. Ainsi, le KGB — comme l’a fait mon DIE — a annulé toutes les opérations visant à assassiner des ennemis à l’Ouest. Le PNR a vainement tenté de déprogrammer Oswald. Les documents disponibles montrent que, pour prouver à la PGU qu’il était capable d’effectuer en toute sécurité l’assassinat attribué, Oswald a fait ue répétition en tirant  — bien que le ratant de peu — sur le général américain Edwin Walker. Oswald mis en place un ensemble, complet avec des photos, montrant comment il avait planifié cette opération, et puis il a apporté ce matériau à Mexico pour montrer au « Camarade Kostin, » son agent, ce qu’il pouvait faire. Même si il avait réussi la tentative d’assassinat de Walker sans être identifié, Moscou est restée inflexible. Le têtu Oswald a été dévasté, mais en fin de compte il est allé de l’avant tout seul, tout à fait convaincu qu’il s’acquittait de sa mission « historique ». Il avait tout juste 24 ans, et il avait fait de son mieux pour obtenir des armes de façon moins évidente et pour fabriquer des pièces d’identité, en utilisant le matériel technique que le KGB lui avait enseigné. Jusqu’au bout, il a également suivi les instructions d’urgence, que lui avait été initialement fournies par le KGB — ne rien reconnaître et demander un avocat. Comme Oswald en savait déjà trop sur le plan original, cependant, Moscou s’est arrangé pour le faire taire pour toujours, s’il devait commettre l’impensable. C’était un autre modèle soviétique. Sept chefs de la police politique soviétique ont été secrètement ou ouvertement assassinés pour les empêcher d’incriminer le Kremlin. Certains ont été empoisonnés (Vyacheslav Menzhinsky en 1934), d’autres ont été exécutés comme des espions occidentaux (Genrikh Yagoda en 1938, Nikolay Yezhov en 1939, Lavrenty Beriya et Vsevolod Merkulov en 1953 et Viktor Abakumov en 1954). En outre, immédiatement après la nouvelle de l’assassinat de Kennedy, Moscou a lancé l’Opération "Dragon", un effort de désinformation dans lequel mon service était très impliqué. Le but — qui a très bien réussi — devait rejeter la faute sur divers éléments aux Etats-Unis pour avoir tué leur propre président. (…) Khrouchtchev, qui avait été mon patron de fait pendant neuf ans, était irrationnel. Aujourd’hui, les gens se souviennent de lui comme un paysan terre-à-terre qui a corrigé les méfaits de Staline. Le Khrouchtchev que je connaissais était sanglant, Sarrasins et extraverti, et il avait tendance à détruire tous les projets une fois qu’il mettait la main dessus. L’irrationalité de Khrouchtchev avait fait de lui le leader soviétique le plus controversé et les plus imprévisible. Il a démasqué les crimes de Staline, mais il a fait des assassinats politiques un instrument principal de sa propre politique étrangère. Il a écrit une politique de coexistence pacifique avec l’Occident, mais il a fini par pousser le monde au bord de la guerre nucléaire. Il a conclu la première entente sur le contrôle des armes nucléaires, mais il a essayé de consolider la position de Fidel à la tête de Cuba à l’aide d’armes nucléaires. Il a réparé les relations de Moscou avec la Yougoslavie de Tito, mais il a rompu avec Pékin et détruit ainsi l’unité du monde communiste. Le 11 septembre 1971 Khrouchtchev est décédé dans l’ignominie, comme une non personne, mais pas avant de voir ses mémoires publiés à l’Ouest donnant sa propre version de l’histoire. Ion Mihai Pacepa
A wit observed once that Austria should be credited with an astounding double historical achievement – managing to convince the world that Beethoven was an Austrian and that Hitler was a German. However, the former Soviet Union perpetrated possibly an even more blatant example of perception management. This was when Soviet dictator Josef Stalin and his successor, Nikita Khrushchev, attempted simultaneously to whitewash Stalin’s duplicitous wartime pact with Hitler and to blacken Pope Pius XII as a Hitler sympathiser. Stalin of course was Hitler’s ally for the first part of World War II. On August 23, 1939, the world learned of the notorious Molotov-Ribbentrop Pact (named after the foreign ministers of the Soviet Union and the Third Reich), under which central and eastern Europe was to be divided into Soviet and German spheres of influence. The pact cleared the way for Hitler to invade Poland on September 1, 1939, with Stalin following suit on September 17. World War II had begun. From September 1, 1939, until June 22, 1941 – that is, not less than 21 months of this global conflict’s 67-month duration – Stalin supplied Hitler’s war machine with grain, fuel, strategic minerals, valuable intelligence and other crucial aid for Hitler’s bid to enslave central and western Europe. Only during the war’s latter 46-months – the period that Russians refer to as their Great Patriotic War – were Stalin and Hitler enemies. From late 1944, however, Stalin moved to erase any memory of those crucial opening 21 months that included his collaboration with Hitlerism. Another major component of Moscow’s re-writing of the history of wartime Europe was to fabricate evidence suggesting the existence of a secret pact between Pope Pius XII and Hitler. That the Kremlin was behind this concerted attempt to smear the Vatican as being pro-Nazi has recently been revealed by historians and confirmed by the highest-ranking intelligence officer ever to defect from the former communist Eastern bloc.  Joseph Poprzeczny

Attention: une fièvre tueuse peut en cacher une autre!

A l’heure où sortent dans la revue Books des extraits du livre du journaliste du NYT Mark Mazzetti ("The Drone Zone") sur le président américain qui, mine de rien, aura finalement liquidé plus de monde que Guantanamo n’en aura jamais incarcéré …

Pendant qu’après s’être débarrassé d’Eltsine et des autres gêneurs y compris jusqu’en Grande-Bretagne ou en Géorgie et devant la pusillanimité de l’Occident, la bande d’anciens kagébistes de Poutine poursuit sur sa lancée en Crimée et en Ukraine …

Retour, avec probablement le meilleur connaisseur encore vivant de la réalité de ce monde parallèle des guerres secrètes dans lequel nous vivons …

A savoir  le Mitrokhine roumain mais en plus gradé, le général Ion Mihai Pacepa et ancien chef des services secrets roumains, autrement dit le fonctionnaire le plus haut placé des services d’espionnage de l’ancien bloc soviétique à avoir jamais fait défection et qui sait tellement de choses qu’il vit toujours  caché quelque part aux Etats-Unis …

Sur l’autre "fiève tueuse", oubliée, des kagébistes et de leurs successeurs …

Mais surtout, avec l’incroyable exemple de l’assassinat du président Kennedy sans parler du financement des terroristes palestiniens, de la disparition des ADM de Saddam Hussein ou des tentatives d’assassinat physique ou moral d’au moins deux papes, sur la redoutable efficacité de leur campagnes d’intoxication (via notamment, de R. Palme Dutt, Joachim Joesten et Carlo Aldo Marzani à Victor Perlo, I. F. Stone et Mark Lane, toute une série de compagnons de route occidentaux) et de la crédulité de nos populations …

Qui fait que plus de 50 ans après, une majorité d’Occidentaux continuent à croire que les Américains auraient fait assassiner l’un de leurs présidents préférés …

Alors que, du recrutement de l’ancien Marine au Japon pour sa connaissance de l’altitude de vol ayant permis l’interception de l’U2 de Gary Powers à sa défection et son mariage en URSS, ses contacts avec des opérateurs soviétiques au Mexique et le codage de ses lettres et documents, les empreintes du KGB sont partout …

Jusqu’à peut-être, suite à sa répétition d’assassinat sur un officier américain et sa décision de poursuivre tout seul une opération qui avait été décommandée suite au témoignage public en Allemagne d’un agent soviétique passé à l’Ouest (un certain Bogdan Stashinsky) et ayant été décoré par Krouchtchev pour assassinats d’ennemis à l’étranger, son élimination ?

The New Proof of the KGB’s Hand in JFK’s Assassination

Ion Mihai Pacepa

PJ Media

November 20th, 2013

It has been 50 years since President John F. Kennedy was assassinated, and most of the world still wrongly believes that the culprit was the CIA, or the FBI, or the mafia, or right-wing American businessmen. It has been also 50 years since the Kremlin started an intense, worldwide disinformation operation, codenamed “Dragon,” aimed at diverting attention away from the KGB’s connection with Lee Harvey Oswald. Not unrelated are the facts that Oswald was an American Marine who defected to Moscow, returned to the United States three years later with a Russian wife, killed President Kennedy, and was arrested before being able to carry out his plan to escape back to Moscow. In a letter dated July 1, 1963, Oswald asked the Soviet embassy in Washington, D.C., to grant his wife an immediate entrance visa to the Soviet Union, and to grant another one to him, separtably (misspelling and emphasis as in the original).

The Kremlin’s “Dragon” operation is described in my book Programmed to Kill: Moscow’s Responsibility for Lee Harvey Oswald’s Assassination of President John Fitzgerald Kennedy. In 2010, this book was presented at a conference of the Organization of American Historians together with a review by Prof. Stan Weber (McNeese State University). He described the book as “a superb new paradigmatic work on the death of President Kennedy” and a “must read for everyone interested in the assassination.”[i]

Programmed to Kill is a factual analysis of that KGB crime of the century committed during the Khrushchev era. In those days, the former chief KGB adviser in Romania had become the head of the almighty Soviet foreign espionage service and pushed me up to the top levels of the Soviet bloc intelligence clique. My book also contains a factual presentation of Khrushchev’s frantic efforts to cover his backside. Recalling that the 1914 assassination of Archduke Franz Ferdinand by Serbian terrorist Gavrilo Princip had set off the First World War, Khrushchev was afraid that, if America should learn about the KGB’s involvement with Oswald, it might ignite the first nuclear war. Khrushchev’s interests happened to coincide with those of Lyndon Johnson, the new U.S. president, who was facing elections in less than a year, and any conclusion implicating the Soviet Union in the assassination would have forced Johnson to take undesired political or even military action, adding to his already widely unpopular stance on the war in Vietnam.

According to new KGB documents, which became available after Programmed to Kill was published, the Soviet effort to deflect attention away from the KGB regarding the Kennedy assassination began on November 23, 1963—the very day after Kennedy was killed—and it was introduced by a memo to the Kremlin signed by KGB chairman Vladimir Semichastny. He asked the Kremlin immediately to publish an article in a “progressive paper in one of the Western countries …exposing the attempt by reactionary circles in the USA to remove the responsibility for the murder of Kennedy from the real criminals, [i.e.,] the racists and ultra-right elements guilty of the spread and growth of violence and terror in the United States.”81JTEUZYdHL._SL1500_

The Kremlin complied. Two months later, R. Palme Dutt, the editor of a communist-controlled British journal called Labour Monthly, signed an article that raised the specter of CIA involvement without offering a scintilla of evidence. “[M]ost commentators,” Dutt wrote, “have surmised a coup of the Ultra-Right or racialists of Dallas . . . [that], with the manifest complicity necessary of a very wide range of authorities, bears all the hallmarks of a CIA job.” Semichastny’s super secret letter and Dutt’s subsequent article were revealed by former Russian president Boris Yeltsin in his book The Struggle for Russia, published 32 years after the Kennedy assassination.

No wonder Yeltsin was ousted by a KGB palace coup that transferred the Kremlin’s throne into the hands of the KGB—which still has a firm grip on it. On December 31, 1999, Yeltsin stunned Russia and the rest of the world by announcing his resignation. “I understand that I must do it,”[ii] he explained, speaking in front of a gaily-decorated New Year’s tree along with a blue, red and white Russian flag and a golden Russian eagle. Yeltsin then signed a decree “On the execution of the powers of the Russian president,” which states that under Article 92 Section 3 of the Russian Constitution, the power of the Russian president shall be temporarily performed by Prime Minister Vladimir Putin, starting from noon on December 31, 1999.[iii] For his part, the newly appointed president signed a decree pardoning Yeltsin, who was allegedly connected to massive bribery scandals, “for any possible misdeeds” and granted him “total immunity” from being prosecuted (or even searched and questioned) for “any and all” actions committed while in office. Putin also gave Yeltsin a lifetime pension and a state dacha.[iv]

Soon after that, the little window into the KGB archive that had been cracked opened by Yeltsin was quietly closed. Fortunately, he had first been able to reveal Semichastny’s memo, which generated the Kennedy conspiracy that has never stopped.

Dutt’s article was followed by the first book on the JFK assassination published in the U.S., Oswald: Assassin or Fall Guy? It was authored by a former member of the German Communist Party, Joachim Joesten, and it was published in New York in 1964 by Carlo Aldo Marzani, a former member of the American Communist Party and a KGB agent. Joesten’s book alleges, without providing any proof, that Oswald was “an FBI agent provocateur with a CIA background”. Highly classified KGB documents smuggled out of Russia with British MI-6 help by KGB defector Vasili Mitrokhin in 1993—long after the two U.S. government investigations into the assassination had been completed—show that in the early 1960s, Marzani received subsidies totaling $672,000 from the Central Committee of the Communist Party. That raises the question of why Marzani was paid by the party and not by the KGB, whose agent he was. The newly released Semichastny letter gives us the answer: on the next day after the assassination, the Kremlin took over management of the disinformation operation aimed at blaming America for the JFK assassination. That is why Oswald: Assassin or Fall Guy? was promoted by a joint party/KGB operation.

The book’s first review, which praised it to the skies, was signed by Victor Perlo, a member of the American Communist Party, and was published on September 23, 1964, in New Times, which I knew as a KGB front at one time printed in Romania. On December 9, 1963, the “progressive” American journalist I. F. Stone published a long article in which he tried to justify why America had killed its own president. He called Oswald a rightist crackpot, but put the real blame on the “warlike Administration” of the United States, which was trying to sell Europe a “nuclear monstrosity.” Stone has been identified as a paid KGB agent, codenamed “Blin.”

Joesten dedicated his book to Mark Lane, an American leftist who in 1966 produced the bestseller Rush to Judgment, alleging Kennedy was assassinated by a right-wing American group. Documents in the Mitrokhin Archive show that the KGB indirectly sent Mark Lane money ($2,000), and that KGB operative Genrikh Borovik was in regular contact with him. Another KGB defector, Colonel Oleg Gor­dievsky (former KGB station chief in London), has identified Borovik as the brother-in-law of Col. General Vladimir Kryuchkov, who in 1988 became chairman of the KGB and in August 1991 led the coup in Moscow aimed at restoring the Soviet Union.

The year 1967 saw the publication of two more books attributed to Joesten: The Case Against Lyndon Johnson in the Assassination of President Ken­nedy and Oswald: The Truth. Both books suggested that President Johnson and his CIA had killed Kennedy. They were soon followed by Mark Lane’s A Citizen’s Dissent (1968). Lane has also intensively traveled abroad to preach that America is an “FBI police state” that killed its own president.

With such books, the Kennedy conspiracy was born, and it never stopped. The growing popularity of books on the JFK assassination has encouraged all kinds of people with any sort of remotely related background expertise to join the party, each viewing events from his own narrow perspective. Several thousand books have been written on the JFK assassination, and the hemorrhage continues. In spite of this growing mountain of paper, a satisfactory explanation of Oswald’s motivation has yet to be offered, primarily because the whole important dimension of Soviet foreign policy concerns and Soviet intelligence practice in the late 1950s and early 1960s has not been addressed in connection with Oswald by any competent authority. Why not? Because none of their authors had ever been a KGB insider, familiar with its modus operandi.

By its very nature espionage is an arcane and duplicitous undertaking, and in the hands of the Soviets it developed into a whole philosophy, every aspect of which had its own set of tried and true rules and followed a prescribed pattern. To really understand the mysteries of Soviet espionage, it will not help to see a spy movie or read a spy novel, as entertaining as that might be. You must have lived in that world of secrecy and deceit for a whole career, as I did, and even then you may not fathom its darker moments, unless you are one of the few at the very top of the pyramid.

Therefore, I have put together a short PowerPoint presentation of such darker moments that are crucial for understanding how the Kremlin has been able to fool the rest of the world into believing that America killed one of its most beloved presidents. Click here to read “11 Facts That Destroy JFK Conspiracy Theories.” Let’s step back together into that world of Soviet espionage and deceit. At the end of our tour d’horizon, I hope you’ll agree with me that the Soviets had a hand in the assassination of President Kennedy. I also hope that afterwards you will look with different eyes upon other documents relating to the JFK assassination that may turn up in the future. Perhaps you may spot additional Soviet/Russian maneuverings hidden behind them.

Voir aussi:

Programmed to Kill

Jamie Glazov

Front Page Magazine

October 03, 2007

The highest ranking intelligence official to have ever defected from the Soviet bloc discloses new facts about Lee Harvey Oswald, the Soviet KGB and the Kennedy Assassination.

Frontpage Interview’s guest today is Lt. Gen. Ion Mihai Pacepa, the highest ranking intelligence official ever to have defected from the Soviet bloc. In 1989, Romania’s president Nicolae Ceausescu and his wife were executed at the end of a trial where most of the accusations had come word-for-word out of Pacepa’s book, Red Horizons, republished in 27 countries. Pacepa’s newest book is Programmed to Kill: Lee Harvey Oswald, the Soviet KGB, and the Kennedy Assassination.

FP: Lt. Gen Ion Mihai Pacepa, welcome to Frontpage Interview.

Pacepa: It is a great honor for me to be here. Yours is one of the few magazines that truly understand the Kremlin.

FP: Mr. Pacepa, you had direct knowledge of the KGB’s ties to Oswald and you also have had access to newly disclosed KGB documents. Tell us a bit about your own personal expertise in terms of this subject and the recently declassified evidence you have seen. Then kindly share with us the conclusions you have arrived at.

Pacepa: Moscow, of course, admitted nothing to us, the leaders of the Soviets’ surrogate intelligence services, about any involvement in the Kennedy assassination. The Kremlin knew that any indiscretion could start World War III. But for 15 years of my other life at the top of the Soviet bloc intelligence community, I was involved in a world-wide disinformation effort aimed at diverting attention away from the KGB’s involvement with Lee Harvey Oswald, the American Marine who had defected to Moscow, returned to the U.S., and killed President Kennedy.

We launched rumors, published articles and even produced books insinuating that the culprits were in the U.S., not in the Soviet Union. Our ultimate “proof” was a note addressed to “Mr. Hunt,” dated November 8, 1963 and signed by Oswald, copies of which turned up in the U.S. in 1975. We knew the note was faked, but American graphological experts certified that it was genuine, and conspiracy theorists connected it to the CIA’s E. Howard Hunt, by then well known from the Watergate affair, and used it to “prove” that the CIA was implicated in the Kennedy assassination.

Original KGB documents in the Mitrokhin Archive, brought to light in the 1990s, finally proved that the note was forged by the KGB during the Watergate scandal. The forged note was twice checked for “authenticity” by the KGB’s Technical Operations Directorate (OTU) and approved for use. In 1975 the KGB mailed three photocopies of the note from Mexico to conspiracy buffs in the United States.[1] (The KGB rules allowed only photocopies of counterfeited documents to be used, to avoid close examination of the original).

After the Soviet Union collapsed, I hoped the new leaders in Moscow might reveal the KGB hand in the Kennedy assassination. Instead, in 1993 they published Passport to Assassination: the Never-Before-Told Story of Lee Harvy Oswald by the KGB Colonel Who Knew Him, a book claiming that a thorough investigation into Oswald had found no Soviet involvement with him whatsoever.[2] Hangmen do not incriminate themselves.

FP: Can you go into a bit of detail about what the Mitrokhin Archive is?

Pacepa: In the 1990s, retired KGB officer Vasily Mitrokhin, helped by the British MI6, smuggled ca 25,000 pages of highly confidential KGB documents out of Moscow. They represent a minuscule part of the KGB archive, estimated to be some 27 billion pages (the East German Stasi archive had 3 billion). Nevertheless, the FBI described the Mitrokhin Archive as “the most complete and extensive intelligence ever received from any source.” According to this archive, the first American book on the assassination, Oswald: Assassin or Fall Guy?, which blames the CIA and the FBI for the crime, was masterminded by the KGB. The book’s author, Joachim Joesten, a German-born American communist, spent five days in Dallas after the assassination, then went to Europe and disappeared from sight. A few months later Joesten’s book was published by American communist Carlo Aldo Marzani (New York), who received $80,000 from the KGB to produce pro-Soviet books, plus an annual $10,000 to advertise them aggressively. Other documents in the Mitrokhin Archive identify the first American reviewer of this book, Victor Perlo, as an undercover KGB operative.

Joesten’s book was dedicated to American Mark Lane, described in the Mitrokhin Archive as a leftist who anonymously received money from the KGB. In 1966 Lane published the bestseller Rush to Judgment, alleging that Kennedy was killed by a right-wing American group. These two books encouraged people with any remotely related background expertise to join the fray. Each viewed events from his own perspective, but all accused elements in the U.S. of that crime. New Orleans district attorney Jim Garrison looked around his home district and in 1967 arrested a local man, whom he accused of conspiring with elements of U.S. intelligence to murder Kennedy in order to stop the latter’s efforts to end the Cold War. The accused was acquitted in 1969, but Garrison clung to his story, first writing A Heritage of Stone (Putnam, 1970) and eventually publishing On the Trail of the Assassins (Sheriden Square, 1988), one of the books that inspired Oliver Stone’s movie JFK.

The Kennedy assassination conspiracy was born—and it never died. According to another document, in April 1977 KGB chairman Yury Andropov informed the Politburo that the KGB was launching a new desinformatsiya campaign to further implicate “American special services” in the Kennedy assassination. Unfortunately, the Mitrokhin Archive is silent on the subject after that.

FP: You have discovered documents personally written by the assassin, Lee Harvey Oswald, suggesting that he was linked to the KGB’s department for assassination abroad, and that he had returned to the U.S. from the Soviet Union only temporarily, on a mission. Two federal investigations and over 2,500 books have looked into the assassination, but no one has raised this matter. How come?

Pacepa: Because no assassination investigators or researchers were sufficiently familiar with KGB operational codes and practices. The FBI recently told the U.S. Congress that only a native Arabic speaker could catch the fine points of an al-Qaida telephone intercept—especially one containing intelligence doubletalk. I spent 23 years of my other life speaking in such codes. Even my own identity was codified. In 1955, when I became a foreign intelligence officer, I was informed that from then on my name would be Mihai Podeanu, and Podeanu I remained until 1978, when I broke with communism. All my subordinates—and the rest of the Soviet bloc foreign intelligence officers—used codes in their written reports, when talking with their sources, and even in conversations with their own colleagues. When I left Romania for good, my espionage service was the “university,” the country’s leader was the “Architect,” Vienna was “Videle,” and so on.

In an interview published in the U.S., KGB general Boris Solomatin, a long-time deputy chief of the PGU (Soviet foreign intelligence), once stated: "I don’t make out of myself a man who knows everything in intelligence—as some former officers of the First Department [i.e., the PGU] who have written their books try to do. In intelligence and counterintelligence only the man who is heading these services knows everything. I am saying this because all the questions concerning ciphers and cipher machines were under another department—in a directorate outside of mine, similar to your National Security Agency."[3]

During my last ten years in Romania I also managed the country’s equivalent of NSA, and I became familiar with the code systems used throughout the Soviet bloc intelligence community. This knowledge allowed me to realize that the innocuous-sounding letters from Oswald and his Soviet wife to the Soviet embassy in Washington, D.C. (made available to the Warren Commission) constituted veiled messages to the KGB. In them I found proof that Oswald was sent to the U.S. on a temporary mission, and that he planned to return to the inscrutable Soviet Union after accomplishing his task.

It took me many years to sift the wheat from the chaff in going through the piles of investigative reports generated by the violent death of the young American president, but when I finished I was fascinated by the wealth of KGB fingerprints all over the story of Oswald and his killer, Jack Ruby.

FP: So give us some concrete KGB fingerprints.

Pacepa: Let’s take the handwritten note in Russian Oswald left his Soviet wife, Marina, just before he tried to kill American general Edwin Walker in a dry run before going on to assassinate President Kennedy. That very important note contains two KGB codes: friends (code for support officer) and Red Cross (code for financial help). In this note, Oswald tells Marina what to do in case he is arrested. He stresses that she should contact the (Soviet) “embassy,” that they have “friends here,” and that the “Red Cross” will help her financially. Particularly significant is Oswald’s instruction for her to “send the embassy the information about what happened to me.” At that time the code for embassy was “office,” but it seems that Oswald wanted to be sure Marina would understand that she should immediately inform the Soviet embassy. It is noteworthy that Marina did not mention this note to U.S. authorities after Oswald’s arrest. It was found at the home of Ruth Paine, an American friend with whom Marina was staying at the time of the assassination.

FP: The Warren Commission and the House Select Committee on Assassinations concluded that Oswald had no connection whatsoever with the KGB. But according to your book, Oswald secretly met an officer of the KGB’s assassination department in Mexico City just a few weeks before shooting President Kennedy. What’s the evidence?

Pacepa: There are many bits of evidence proving Oswald’s connection with the KGB. A tangible one is the letter he sent to the Soviet embassy in Washington a few days after meeting “Comrade Kostin” in Mexico City. Elsewhere Oswald identified the person he had met there as “Comrade Kostikov.” The CIA has identified Valery Kostikov as an officer of the PGU’s Thirteenth Department for “wet affairs” (wet being a euphemism for bloody). A handwritten draft of that letter was found among Oswald’s effects after the assassination. The previously mentioned Ruth Paine testified that Oswald re-wrote that letter several times before typing it on her typewriter. Marina stated he “retyped the envelope ten times.” It was important to him. A photocopy of the final letter Oswald sent to the Soviet embassy was recovered by the Warren Commission. Let me quote from that letter, in which I have also inserted Oswald’s earlier draft version in brackets:

“This is to inform you of recent events since my meetings with comrade Kostin [in draft: “of new events since my interviews with comrade Kostine”] in the Embassy of the Soviet Union, Mexico City, Mexico. I was unable to remain in Mexico [crossed out in draft: “because I considered useless”] indefinily because of my mexican visa restrictions which was for 15 days only. I could not take a chance on requesting a new visa [in draft: “applying for an extension”] unless I used my real name, so I returned to the United States.”

The fact that Oswald used an operational codename for Kostikov confirms to me that both his meeting with Kostikov in Mexico City and his correspondence with the Soviet Embassy in Washington were conducted in a PGU operational context. The fact that Oswald did not use his real name to obtain his Mexican visa confirms this conclusion.

Now let’s juxtapose this combined letter against the free guide book Esta Semana-This Week, September 28 – October 4, 1963, and a Spanish-English dictionary, both found among Oswald’s effects. The guide book has the Soviet embassy’s telephone number underlined, the names Kosten and Osvald noted in Cyrillic on the page listing “Diplomats in Mexico,” and check marks next to five movie theaters on the previous page.[4] In the back of his Spanish-English dictionary Oswald wrote: “buy tickets [plural] for bull fight,”[5] and the Plaza México bullring is encircled on his Mexico City map.[6] Also marked on Oswald’s map is the Palace of Fine Arts,[7] a favorite place for tourists to assemble on Sunday mornings to watch the Ballet Folklórico. (Click here to see these documents, Oswald’s handwritten notes and other similar materials.)

Contrary to what Oswald claimed, he was not observed at the Soviet embassy at any time during his stay in Mexico City, although the CIA had surveillance cameras trained on the entrance to the embassy at that time.[8] In short, all of the above facts taken together suggest to me that Oswald resorted to an unscheduled or “iron meeting”—zheleznaya yavka in Russian—for an urgent talk with Kostikov in Mexico City. The “iron meeting” was a standard KGB procedure for emergency situations, iron meaning ironclad or invariable.

In my day I approved quite a few “iron meetings” in Mexico City (a favorite place for contacting our important agents living in the U.S.), and Oswald’s “iron meeting” looks to me like a typical one. That means: a brief encounter at a movie house to arrange a meeting for the following day at the bullfights (in Mexico City they were held at 4:30 on Sunday afternoon); a brief encounter in front of the Palace of Fine Arts to pass Kostikov one of the bullfight tickets Oswald had bought; and a long meeting for discussions at the Sunday bullfight.

Of course, I cannot be sure that everything happened exactly that way—every case officer had his own quirks. But however they may have connected, it is clear that Kostikov and Oswald did secretly meet over that weekend of September 28-29, 1963. On the following Tuesday, still in Mexico City, he telephoned the Soviet embassy from the Cuban embassy and asked the guard on duty to connect him with “Comrade Kostikov” with whom he had “talked on September 28.” That phone call was intercepted by the CIA.

FP: Every communist party was managed by a Soviet-style politburo, all Soviet bloc armies wore the same uniform, every East European police force was replaced by a Soviet-style militia. How was this Soviet pattern reflected in the bloc’s intelligence community?

Pacepa: “Everything you’ll see here is identical to what I saw in your service,” Sergio del Valle—Cuban minister of interior and overall chief of both domestic security and foreign intelligence—told me in 1972, when he introduced me to the managers of the Cuban espionage service, the DGI.[9] Even the DGI officers’ training was based on the same manuals we in the Romanian espionage service, the DIE—Departamentul de Informatii Externe—had gotten from the PGU.

Yes, Soviet intelligence, like the Soviet government in general, had a strong penchant for patterns. By its very nature espionage is an arcane and duplicitous undertaking, but in the hands of the Soviets it developed into a whole philosophy, every aspect of which had its own set of tried and true rules and followed a prescribed pattern.

During the many years I spent researching Oswald’s ties with the KGB, I took the factual, verifiable information on his life that had been developed by the U.S. government and relevant private researchers, and I examined it in the light of PGU operational patterns—little known by outsiders because of the utter secrecy then—as now—endemic to Russia. New insights into the assassination came suddenly to life. Oswald’s experiences as a Marine serving in Japan, for instance, perfectly fit the PGU template for recruiting American servicemen outside the United States that I for many years had applied to Romanian operations. It also was obvious that the locker at a bus terminal Oswald used in 1959, after returning to the U.S. from Japan, to deposit a duffel bag stuffed with photographs of U.S. military planes was in fact an intelligence dead drop.[10] During those years the use of such lockers was all the rage with the PGU—and the DIE.

Soviet espionage operations can be isolated out by their patterns, if you are familiar with them. Counterintelligence experts call these patterns “operational evidence,” showing the fingerprints of the perpetrator.

FP: Most of the work on the Kennedy assassination suggests that Oswald was a low-ranking Marine who had no important information to offer the KGB. He was also clearly disturbed and somewhat of a loose-cannon. If that is true, why would the KGB have recruited him?

Pacepa: That was Soviet dezinformatsyia—disseminated by my DIE as well, at KGB behest. The truth is quite different. Here is one example. As a radar operator at Atsugi Air Base in Japan, Oswald knew the flight altitude of the CIA’s super-secret U-2 spy planes flying over the Soviet Union from that base. In 1959, when I was chief of Romania’s intelligence station in West Germany, a Soviet requirement sent to me asked for “everything, including rumors,” about the flight altitude of the U-2 planes. The Soviet Defense Ministry knew that U-2 planes had flown over the Soviet Union several times, but its Air Defense Command had not been able to track them because the Soviet radars of those days did not reach ultra-high altitudes.

Francis Gary Powers, the U-2 pilot whom the Soviets shot down on May 1, 1960, believed that the Soviets were able to get him because Oswald had provided them with the altitude of his flight. According to Powers’ statement, Oswald had access “not only to radar and radio codes but also to the new MPS-16 height-finding radar gear” and the height at which the U-2 flew, which was one of the most highly classified secrets.[11]

It seems that Oswald, who defected to the Soviet Union in 1959, was one of the people in the audience attending Powers’s spectacular trial in Moscow. On February 15, 1962, Oswald wrote to his brother Robert: “I heard over the voice of America that they released Powers the U2 spy plane fellow. That’s big news where you are I suppose. He seemed to be a nice, bright american-type fellow, when I saw him in Moscow.”[12]

It would have been normal procedure for the KGB to take Oswald to observe the Powers trial as one of the rewards given him for having enabled the Soviet Union to shoot down the U-2.

FP: Yuri Nosenko, a KGB officer who defected to the U.S. in 1964, told assassination researcher Gerald Posner: “I am surprised that such a big deal is made of the fact that [Oswald] was a Marine. What was he in the Marine Corps—a major, a captain, a colonel?”[13] How do you explain Nosenko’s statement?

Pacepa: I know for a fact that Nosenko was a bona fide defector. But he belonged to a KGB domestic department and knew nothing about PGU foreign sources—just as a middle level FBI agent would know nothing about CIA sources abroad.

Recruiting low-ranking American servicemen was one of the PGU’s highest priorities in those days. Hunting for a “serzhant” was my top priority during the three years (1957-59) I was assigned as rezident in West Germany, and it was still a top priority in 1978, when I broke with Communism. Of course the PGU would have liked to recruit American colonels, but they were difficult to approach, whereas low-ranking officers were more accessible and could provide excellent information if given the right guidance.

Sergeant Robert Lee Johnson is a good example. In the 1950s he was stationed abroad where, like Oswald, he became infatuated with communism. In 1953 Johnson surreptitiously entered a Soviet military unit in East Berlin, where he asked—as Oswald evidently did—to be granted political asylum in the “workers’ paradise.” Once there, Johnson was recruited by the PGU and persuaded to return temporarily to the U.S. to carry out a “historic task” before starting his new life in the Soviet Union—as was the case with Oswald. Eventually, Sgt. Johnson was secretly awarded the rank of Red Army major and received written congratulations from Khrushchev himself.[14]

According to PGU Col. Vitaly Yurchenko, who defected to the CIA in 1985 and soon redefected, U.S. Chief Warrant Officer John Anthony Walker—another “serzhant”—was the greatest agent in PGU history, “surpassing in importance even the Soviet theft of the Anglo-American blueprints for the first atomic bomb.” John F. Lehman, who was the U.S. secretary of the Navy when Walker was arrested, agreed.[15]

FP: In 1962, when Oswald returned from the Soviet Union, he brought with him a 13-page document entitled “Historic Diary.” Why was it called that?

Pacepa: “Historic” was a PGU slogan at the time. The term was introduced by General Aleksandr Sakharovsky, a former Soviet chief adviser to Romania’s Securitate who rose to head the PGU for an unprecedented fourteen years. “Historic” was his favorite expression. The Securitate had the “historic task” to weed out the bourgeoisie from the Romanian soil, as he constantly preached at us. The “historic duty” of the PGU was to dig the grave of the international bourgeoisie. Dogonyat i peregonyat was our “monumentalnaya, historic task,” he told us right after Khrushchev had launched that famous slogan of his about catching up with the West and overtaking it in the space of ten years.

Personal diaries were also Sakharovsky’s invention. All our illegal officers and agents sent to the West under a fictitious biography had to take along some kind of written memory aid, so that they could remember exactly where they had supposedly been when, and what they had done in various periods of their alleged lives. Up to the end of the 1950s, these notes had been taken abroad in the form of microdots or on soft film concealed in some everyday object, but of course they presented the potential risk of becoming incriminating evidence if ever found. In January 1959 Sakharovsky ordered all Soviet bloc foreign intelligence services to conceal those biographies in the form of diaries, drafts of books, personal letters or autobiographical notes. These notes were drafted by disinformation specialists, copied out by hand by the illegal or intelligence agent concerned, usually just before leaving for the West, and then carried across the border openly.

A microscopic examination of Oswald’s “Historic Diary” did indeed show that “it was written in one or two sessions.”[16] It was also copied out in great haste, as suggested by the many spelling inaccuracies.

FP: Your book takes an intriguing twist in the way it tells the plot. In the end, you find that the evidence suggests that Oswald lost PGU (Soviet Foreign Intelleigence) support, and that he went alone to kill President Kennedy. This is a bit of an eye-brow raiser. Tell us what you know and explain your interpretation please.

Pacepa: In October 1962, the West German Supreme Court mounted a public trial of Bogdan Stashinsky, a Soviet intelligence defector who had been decorated by Khrushchev for having assassinated enemies of the Soviet Union living in the West. This trial revealed Khrushchev to the world as a callous political butcher. By 1963 the once flamboyant Soviet dictator was already a crippled ruler gasping for air. The slightest whiff of any Soviet involvement in the assassination of the American president could have been fatal to Khrushchev. Thus, the KGB—as did my DIE—canceled all operations aimed at assassinating enemies in the West.

The PGU unsuccessfully tried to deprogram Oswald. The available documents show that, to prove to the PGU that he was capable of securely carrying out the assigned assassination, Oswald conducted a dry run by shooting at—although narrowly missing—American general Edwin Walker. Oswald put together a package, complete with photographs, showing how he had planned this operation, and then he took this material to Mexico City to show “Comrade Kostin,” his case officer, what he could do. Even though he had pulled off the Walker assassination attempt without being identified as the perpetrator, Moscow remained adamant.

The stubborn Oswald was devastated, but in the end he went ahead on his own, utterly convinced he was fulfilling his “historic” task. He was just 24 years old, and he had done his best to obtain weapons in an inconspicuous way and to fabricate identity documents, using the tradecraft the KGB had taught him. Up until the very end he also followed the emergency instructions he had originally been given by the KGB—admit nothing and ask for a lawyer.

Since Oswald already knew too much about the original plan, however, Moscow arranged for him to be silenced forever, if he should go on to commit the unthinkable. That was another Soviet pattern. Seven chiefs of the Soviet political police itself were secretly or openly assassinated to prevent them from incriminating the Kremlin. Some were poisoned (Vyacheslav Menzhinsky in 1934), other were executed as Western spies (Genrikh Yagoda in 1938, Nikolay Yezhov in 1939, Lavrenty Beriya and Vsevolod Merkulov in 1953, and Viktor Abakumov in 1954).

Furthermore, immediately upon news of Kennedy’s assassination Moscow launched Operation “Dragon,” a disinformation effort in which my service was deeply involved. The aim—which has succeeded only too well—was to throw the blame on various elements in the United States for killing their own president.

FP: A first review of Programmed to Kill, by Publishers Weekly, states that your book is based on old intelligence anecdotes and offers no convincing Soviet motives for the assassination. What do you have to say to that?

Pacepa: On January 3, 1988, The New York Times published a similar review of my first book, Red Horizons, stating that it contained only “squalid anecdotes” about Romanian president Nicolae Ceausescu. But two years later Ceausescu was executed at the end of a trial whose accusations came almost word-for-word out of Red Horizons—which is still in print.

FP: So wasn’t all of this – if it is true—a bit crazy for Khrushchev to have risked? It could have caused a world war, no?

Pacepa: Khrushchev, who was my de facto boss for nine years, was irrational. Today, people remember him as a down-to-earth peasant who corrected the evils of Stalin. The Khrushchev I knew was bloody, brash and extroverted, and he tended to destroy every project once he got his hands on it. Khrushchev’s irrationality made him the most controversial and unpredictable Soviet leader. He unmasked Stalin’s crimes, but he made political assassination a main instrument of his own foreign policy. He authored a policy of peaceful coexistence with the West, but he ended up by pushing the world to the brink of nuclear war. He concluded the first agreement for the control of nuclear arms, but he tried to secure Fidel Castro’s position at the helm of Cuba with the help of nuclear arms. He repaired Moscow’s relations with Yugoslavia’s Tito, but he broke those with Beijing and thereby destroyed the unity of the Communist world. On September 11, 1971 Khrushchev died in ignominy, as a non-person, although not before seeing his memoirs published in the West giving his own version of history.

FP: Lt. Gen Ion Mihai Pacepa, thank you kindly for joining Frontpage Interview. Aside from the new revelations and important facts and questions you have brought to the forefront about the Kennedy assassination, your book serves as yet another reminder of the evil nature of the KGB and the truly dark and sinister entity that we faced in the Soviet regime.

Thank you for your fight for the truth and for historical memory.

It was an honor to speak with you again.

Pacepa: I greatly appreciate your courage in being willing to debate this controversial subject.

Notes:

[1] Cristopher Andrew and Vasily Mitrokhin, The Mitrokhin Archive and the Secret History of the KGB (New York, Perseus Books Group, 1999), p. 229.

[2] Oleg Nechiporenko, Passport to Assassination: the Never-Before-Told Story of Lee Harvy Oswald by the KGB Colonel who knew him (New York: Carol Publishing Group, 1993).

[3] Washington Post Magazine, April 23, 1995.

[4] Warren Commission Exhibit 2486.

[5] Testimony of Ruth Hyde Paine, Warren Commission Vol. 3, pp. 12-13.

[6] Warren Commission Exhibit 1400.

[7] Priscilla Johnson McMillan, Marina and Lee (New York: Harper & Row, 1977), p. 496.

[8] Edward Jay Epstein, Legend: The Secret World of Lee Harvey Oswald (New York: Reader’s Digest Press), p. 16.

[9] Dirección General de Inteligencia

[10] Epstein, Legend, p. 89.

[11] Francis Gary Powers, with Curt Gentry, Operation Overflight: The U-2 spy pilot tells his story for the first time (New York: Holt, Rinehart, 1970), p. 357.

[12] Warren Commission Exhibit 315.

[13] Gerald Posner, Case Closed: Lee Harvey Oswald and the Assassination of JFK (New York: Random House, 1993), p. 49.

[14] Christopher Andrew and Oleg Gordievsky, KGB: The Inside Story Of Its Foreign Operations from Lenin to Gorbachev (New York: HarperCollins, 1990), p. 462.

[15] John Barron, Breaking the Ring (Boston: Houghton Mifflin, 1987), pp. 148, 212.

[16] Epstein, Legend, pp. 109, 298n.

Jamie Glazov is Frontpage Magazine’s editor. He holds a Ph.D. in History with a specialty in Russian, U.S. and Canadian foreign policy. He is the author of Canadian Policy Toward Khrushchev’s Soviet Union and is the co-editor (with David Horowitz) of The Hate America Left. He edited and wrote the introduction to David Horowitz’s Left Illusions. His new book is United in Hate: The Left’s Romance with Tyranny and Terror. To see his previous symposiums, interviews and articles Click Here. Email him at jglazov@rogers.com.

Voir aussi:

The Kremlin’s Killing Ways

A long tradition continues.

Ion Mihai Pacepa

The National Review

November 28, 2006

There is no doubt in my mind that the former KGB/FSB officer Alexander Litvinenko was assassinated at Putin’s order. He was killed, I believe, because he revealed Putin’s crimes and the FSB’s secret training of Ayman al-Zahawiri, the number-two in al Qaeda. I know for a fact that the Kremlin has repeatedly used radioactive weapons to kill political enemies abroad. In the late 1970s, Leonid Brezhnev gave Ceausescu, via the KGB and its Romanian sister, the Securitate, a soluble radioactive thallium powder that could be put in food; the poison was to be used for killing political enemies abroad. According to the KGB, the radioactive thallium would disintegrate inside the victim’s body, generating a fatal, galloping form of cancer and leaving no trace detectable in an autopsy. The substance was described to Ceausescu as a new generation of the radioactive thallium weapon unsuccessfully used against KGB defector Nikolay Khokhlov in West Germany in 1957. (Khokhlov lost all his hair but did not die.) Its Romanian codename was “Radu” (from radioactive), and I described it in my first book, Red Horizons, published in 1987. The Polonium 210 that was used to kill Litvinenko seems to be an upgraded form of “Radu.”

Assassination as Foreign Policy

The Kremlin’s organized efforts to assassinate political enemies abroad (not solely by means of poison, of course) started a couple of months after the XXth Congress of the Communist Party of the Soviet Union, held in February 1956, at which Khrushchev exposed Stalin’s crimes. The following April, General Ivan Anisimovich Fadeyev, the chief of the KGB’s new 13th Department, responsible for assassinations abroad, landed in Bucharest for an “exchange of experience” with the DIE, the Romanian foreign intelligence service to which I belonged. Before that, Fadeyev had headed the huge KGB intelligence station in Karlhorst, East Berlin, and he was known throughout our intelligence community as a bloodthirsty man whose station had kidnapped hundreds of Westerners and whose troops had brutally suppressed the June 13, 1953, anti-Soviet demonstrations in East Berlin.

Fadeyev began his “exchange of experience” in Bucharest by telling us that Stalin had made one inexcusable mistake: He had aimed the cutting edge of the state security apparatus against “our own people.” When Khrushchev had delivered his “secret speech,” the only thing he had intended was to correct that aberration. “Our enemies” were not in the Soviet Union, Fadeyev explained. The bourgeoisie in America and Western Europe wanted to wipe out Communism. They were “our deadly enemies.” They were the “rabid dogs” of imperialism. We should direct our sword’s cutting edge against them, and only against them. That was what Nikita Sergeyevich had really wanted to tell us in his “secret speech.”

In fact, Fadeyev said, one of Khrushchev’s very first foreign-policy decisions had been his 1953 order to have one such “rabid dog” secretly assassinated: Georgy Okolovich, the leader of the National Labor Alliance (Natsionalnyy Trudovoy Soyuz, or NTS), one of the most aggressively anti-Communist Russian émigré organizations in Western Europe. Unfortunately, Fadeyev told us, once in place, the head of the assassination team, Nikolay Khokhlov, had defected to the CIA and publicly displayed the latest secret weapon created by the KGB: an electrically operated gun concealed inside a cigarette pack, which fired cyanide-tipped bullets. And because troubles never came alone, Fadeyev added, two other KGB officers familiar with the assassination component had defected soon after Khokhlov: Yury Rastvorov in January 1954, and Petr Deryabin in February 1954.

This setback, Fadeyev said, had led to drastic changes. First, Khrushchev had ordered his propaganda machinery to spread the rumor worldwide that he had abolished the KGB’s assassination component. Then he baptized assassinations abroad with the euphemism “neutralizations,” rechristened the 9th Section of the KGB — as the assassination component had been called up to that time — as the 13th Department, buried it under even deeper secrecy, and placed it under his own supervision. (Later, after the 13th Department became compromised, the name was once again changed.)

Next, Khrushchev had introduced a new “methodology” for carrying out neutralization operations. In spite of the KGB’s penchant for bureaucratic paperwork, these cases had to be handled strictly orally and kept forever secret. They also had to be kept completely secret from the Politburo and every other governing body. “The Comrade, and only the Comrade,” Fadeyev emphasized, could now approve neutralizations abroad. (Among those in top circles throughout the bloc, the term “the Comrade” colloquially designated a given country’s leader.) Regardless of any evidence that might be produced in foreign police investigations, the KGB — along with its sister services — was never under any circumstances to acknowledge its involvement in assassinations abroad; any such evidence was to be dismissed out of hand as a ridiculous accusation. And, finally, after each operation, the KGB was surreptitiously to spread “evidence” abroad accusing the CIA or other convenient “enemies” of having done the deed, thereby, if possible, killing two birds with one stone. Then Khrushchev ordered the KGB to develop a new generation of weapons that would kill without leaving any detectable trace in the victim’s body.

Before Fadeyev left Bucharest, the DIE had established its own component for neutralization operations, which was named Group Z, because the letter Z was the final letter of the alphabet, representing the “final solution.” This new unit then proceeded to conduct the first neutralization operation in the Soviet bloc under Khrushchev’s new rules. In September 1958 Group Z, assisted by a special East German Stasi team, kidnapped Romanian anti-Communist leader Oliviu Beldeanu from West Germany. The governments of East Germany and Romania placed the onus for this crime on the CIA’s shoulders, publishing official communiqués stating that Beldeanu had been arrested in East Germany after having allegedly been secretly infiltrated there by the CIA in order to carry out sabotage and diversion operations.

Exporting a Tradition

Vladimir Putin appears to be only the latest in the long line of Russian tsars who have upheld the tradition of assassinating anyone who stood in their way. The practice goes back at least as far as the XIVth century’s Ivan the Terrible, who killed thousands of boyars and other people, including Metropolitan Philip and Prince Alexander Gorbatyl-Shuisky for having refused to swear an oath of allegiance to his eldest son, an infant at the time. Peter the Great unleashed his political police against everybody who spoke out against him, from his own wife, to drunks who told jokes about his rule; he even had the political police lure his own son and heir, the tsarevich Aleksey, back to Russia from abroad and torture him to death.

Under Communism, arbitrary assassinations became a state policy. In an August 11, 1918, handwritten order demanding that at least 100 kulaks be hanged in the town of Penza to set an example, Lenin wrote: “Hang (hang without fail, so the people see) no fewer than one hundred known kulaks, rich men, bloodsuckers … Do it in such a way that people for hundreds of [kilometers] around will see, tremble, know and scream out: they are choking and strangling to death these bloodsucking kulaks.” (This letter was part of an exhibit entitled “Revelations from the Russian Archives,” which was displayed at the Library of Congress, Washington, D.C., in 1992)

During Stalin’s purges alone, some nine million people lost their lives. Out of the seven members of Lenin’s Politburo at the time of the October Revolution, only Stalin was still alive when the massacre was over.

What I have always found even more disturbing than the brutality with which those crimes were carried out is the Soviet leaders’ deep involvement in them. Stalin personally ordered that Leon Trotsky, the co-founder of the Soviet Union, be assassinated in Mexico. And Stalin himself handed the Order of Lenin to the Spanish Communist Caridad Mercader del Rio, whose son, the Soviet intelligence officer Ramón Mercader, had killed Trotsky in August 1940 by bashing in his head with an ice axe. Similarly, Khrushchev with his own hands pinned the highest Soviet medal on the jacket of Bogdan Stashinsky, a KGB officer who in 1962 had killed two leading anti-Communist émigrés in West Germany.

My first contact with the Kremlin’s “neutralization” operations took place on November 5, 1956, when I was in training at the ministry of foreign trade for my cover position of deputy chief of the Romanian Mission in West Germany. Mihai Petri, a DIE officer acting as deputy minister, told me that the “big boss” needed me immediately. The “big boss” was undercover KGB general Mikhail Gavrilyuk, Romanianized as Mihai Gavriliuc and the head of the DIE.

“Is khorosho see old friend, Ivan Mikhaylovich,” I heard from the man relaxing in a comfortable chair facing Gavriliuc’s desk. It was General Aleksandr Sakharovsky, who got up out of the chair and held out his hand. He had created the DIE and, as its chief Soviet intelligence adviser, had been my de facto boss until a couple of months earlier, when Khrushchev had selected him to head the almighty PGU (Pervoye Glavnoye Upravleniye, or First Chief Directorate of the KGB, the Soviet Union’s foreign intelligence service). “Let me introduce you to Ivan Aleksandrovich,” he said, pointing to a scruffy peasant-type sporting gold-rimmed glasses. He was General Ivan Serov, the new chairman of the KGB. Both visitors were wearing flowered Ukrainian folkshirts over baggy, flapping trousers, in stark contrast to the gray and buttoned-up Stalin-style suits that had until recently been a virtual KGB uniform. (Even today it is still a mystery to me why most of the top KGB officers I knew would take such pains to imitate whatever Soviet leader happened to be in power at the moment. Was it merely an oriental inheritance from tsarist times, when Russian bureaucrats went to inordinate lengths to flatter their superiors?)

The visitors told us that the previous night Hungarian premier Imre Nagy, who had announced Hungary’s secession from the Warsaw Pact and asked the United Nations for help, had sought refuge in the Yugoslavian Embassy. Romanian ruler Gheorghe Gheorghiu-Dej and Politburo member Walter Roman (who knew Nagy from the war years when both had been working for the Comintern in Moscow) agreed to be flown to Budapest to help the KGB kidnap Nagy and bring him to Romania. Major Emanuel Zeides, the chief of the German desk, who spoke fluent Hungarian, would go with them as translator. “When Zeides Vienna you chief nemetskogo otdeleniya,” Gavriliuc told me, finally clarifying why I had been summoned. That meant I was to hold the bag as chief of the DIE’s German desk.

On November 23, 1956, the three Soviet Politburo members who had coordinated from Budapest the military intervention against Hungary sent an enciphered telegram to Khrushchev:

Comrade Walter Roman, who arrived in Budapest together with Comrade Dej yesterday, November 22, had long discussions with Nagy. … Imre Nagy and his group left the Yugoslavian Embassy and are now in our hands. Today the group will leave for Romania. Comrade Kadar and the Romanian comrades are preparing an adequate press communiqué. Malenkov, Suslov, Aristov.

A year later, Nagy and the principal members of his cabinet were hanged, after a showtrial the KGB organized in Budapest.

In February 1962 the KGB narrowly missed assassinating the shah of Iran, who had committed the unpardonable “crime” of having removed a Communist government installed in the northwestern part of Iran. The DIE’s chief razvedka (Russian for foreign intelligence) adviser never told us in so many words that the KGB had failed to kill the shah, but he asked us to order the DIE station in Tehran to destroy all its compromising documents, to suspend all its agents’ operations, and to report everything, including rumors, about an attempt on the shah’s life. A few days later he canceled the DIE plan to kill its own defector Constantin Mandache in West Germany with a bomb mounted in his car because, the adviser told us, the remote control, which had been supplied by the KGB for this operation, might malfunction. In 1990 Vladimir Kuzichkin, a KGB officer who had been directly involved in the failed attempt to kill the shah and who had afterwards defected to the West, published a book (Inside the KGB: My Life in Soviet Espionage, Pantheon Books, 1990) in which he describes the operation. According to Kuzichkin, the shah escaped alive because the remote control used to set off a large quantity of explosives in a Volkswagen car had malfunctioned.

Silencing Dissent

On Sunday, March 20, 1965, I paid my last visit to Gheorghiu-Dej’s winter residence in Predeal. As usual, I found him with his best friend, Chivu Stoica, Romania’s honorary head. Dej complained of feeling weak, dizzy, and nauseous. “I think the KGB got me,” he said, only half in jest. “They got Togliatti. That’s for sure,” Stoica squeaked ominously.

Palmiro Togliatti, the head of the Italian Communist party, had died on August 21, 1964, while on a visit to the Soviet Union. The word at the top of the bloc foreign intelligence community was that he had died from a rapid form of cancer, after having been irradiated by the KGB on Khrushchev’s order while vacationing in Yalta. His assassination had been provoked by the fact that, while in the Soviet Union, he had written a “testament” in which he had expressed profound discontent with Khrushchev’s failures. Togliatti’s frustrations expressed not only his personal view but also that of Leonid Brezhnev. According to Dej, these suspicions were confirmed by the facts that Brezhnev had attended Togliatti’s funeral in Rome; that in September 1964 Pravda had published portions of Togliatti’s “testament”; and that five weeks later Khrushchev was dethroned after being accused of harebrained schemes, hasty decisions, actions divorced from reality, braggadocio, and rule by fiat.

I saw Dej give a shiver. He had also been critical of Khrushchev’s foreign policy. Moreover, a year earlier he had expelled all KGB advisers from Romania, and the previous September he had expressed to Khrushchev his concern about Togliatti’s “strange death.” During the March 12, 1965, elections for Romania’s Grand National Assembly, Gheorghiu-Dej still looked vigorous. A week later, however, he died of a galloping form of cancer. “Assassinated by Moscow” is what the new Romanian leader, Nicolae Ceausescu, whispered to me a few months after that. “Irradiated by the KGB,” he murmured in an even lower voice, claiming, “That was firmly established by the autopsy.” The subject had come up because Ceausescu had ordered me immediately to obtain Western radiation detection devices (Geiger-Müller counters) and have them secretly installed throughout his offices and residences.

Soon after the Soviet-led invasion of Prague, Ceausescu switched over from Stalinism to Maoism, and in June 1971 he visited Red China. There he learned that the KGB had organized a plot to kill Mao Zedong with the help of Lin Biao, the head of the Chinese army, who had been educated in Moscow. The plot failed, and Lin Biao unsuccessfully tried to fly out of China in a military plane. His execution was announced only in 1972. During the same year I learned details about that Soviet plot from Hua Guofeng, the minister of public security — who in 1977 would become China’s supreme leader.

“Ten,” Ceausescu remarked to me. “Ten international leaders the Kremlin killed or tried to kill,” he explained, counting them off on his fingers. Laszlo Rajk and Imre Nagy of Hungary; Lucretiu Patrascanu and Gheorghiu-Dej in Romania; Rudolf Slansky, the head of Czechoslovakia, and Jan Masaryk, that country’s chief diplomat; the shah of Iran; Palmiro Togliatti of Italy; American President John F. Kennedy; and Mao Zedong. (Among the leaders of Moscow’s satellite intelligence services there was unanimous agreement that the KGB had been involved in the assassination of President Kennedy.)

On the spot, Ceausescu ordered me to create a super-secret counterintelligence unit for operations in socialist countries (i.e., the Soviet bloc). “You have one thousand personnel slots for this.” His added caveat was that the new unit should be “nonexistent.” No name, no title, no plate on the door. The new unit received only the generic designation U.M. 0920/A, and its head was given the rank of chief of a DIE directorate.

Ordered to Kill

On the unforgettable day of July 22, 1978, Ceausescu and I were hiding inside a pelican blind in a remote corner of the Danube Delta, where not even a passing bird could overhear us. As a man of discipline and a former general, he had long been fascinated by the structured society of the white pelicans. The very old birds — the grandparents — always lay up on the front part of the beach, close to the water and food supply. Their respectful children lined up behind them in orderly rows, while the grandchildren spent their time horsing around in the background. I had often heard my boss say he wished Romania had the same rigid social structure.

“I want you to give ‘Radu’ to Noel Bernard,” Ceausescu whispered into my ear. Noel Bernard was at that time the director of Radio Free Europe’s Romanian program, and for years he had been infuriating Ceausescu with his commentaries. “You don’t need to report back to me on the results,” he added. “I’ll learn them from Western newspapers and …” The end of Ceausescu’s sentence was masked by the methodical rat-a-tat of his submachine gun. He aimed with ritual precision, first at the front line of pelicans, then at the middle distance, and finally at the grandchildren in the back.

For 27 years I had been living with the nightmare that, sooner or later, such orders to have someone killed would land on my plate. Up until that order from Ceausescu, I had been safe, as it was the DIE chief who was in charge of neutralization operations. But in March 1978 I had been appointed acting chief of the DIE, and there was no way for me now to avoid involvement in political assassinations, which had grown into a main instrument of foreign policy throughout the Soviet bloc.

Two days later Ceausescu sent me to Bonn to deliver a secret message to Chancellor Helmut Schimdt, and there I requested political asylum in the U.S.

The Killings Continue

Noel Bernard continued to inform the Romanians about Ceausescu’s crimes, and on December 21, 1981, he died of a galloping form of cancer. On January 1, 1988, his successor, Vlad Georgescu, started serializing my book Red Horizons on RFE. A couple of months later, when the serialization ended, Georgescu informed his listeners that the Securitate had repeatedly warned him that he would die if he broadcast Red Horizons. “If they kill me for serializing Pacepa’s book, I’ll die with the clear conscience that I did my duty as a journalist,” Georgescu stated publicly. A few months later, he died of a galloping form of cancer.

The Kremlin also continued secretly killing its political opponents. In 1979, Brezhnev’s KGB infiltrated Mikhail Talebov into the court of the pro-American Afghan premier Hafizullah Amin as a cook. Talebov’s task was to poison the prime minister. After several failed attempts, Brezhnev ordered the KGB to use armed force. On December 27, 1979, fifty KGB officers from the elite “Alpha” unit, headed by Colonel Grigory Boyarnov, occupied Amin’s palace and killed everybody inside to eliminate all witnesses. The next day Brezhnev’s KGB brought to Kabul Bebrak Kemal, an Afghan Communist who had sought refuge in Moscow, and installed him as prime minister. That KGB neutralization operation played a role in generating today’s international terrorism.

On May 13, 1981, the same KGB organized, with help from Bulgaria, an attempt to kill Pope John Paul II, who had started a crusade against Communism. Mehmet Ali Aqca, who shot the pope, admitted that he had been recruited by the Bulgarians, and he identified his liaison officers in Italy: Sergey Antonov, deputy chief of the Balkanair office in Rome, who was arrested; and major Zhelvu Vasilief, from the military attaché office, who could not be arrested because of his diplomatic status and was recalled to Sofia. Aqca also admitted that, after the assassination, he was to be secretly taken out of Italy in a TIR truck (in the Soviet bloc the TIR trucks were used by the intelligence services for operational activities). In May 1991 the Italian government reopened its investigation into the assassination attempt, and on March 2, 2006, it concluded that the Kremlin had indeed been behind it.

On Christmas Day of 1989, Ceausescu was executed at the end of a trial in which the accusations came almost word for word out of Red Horizons. I recently learned from Nestor Ratesh, a former director of RFE’s Romanian program, who has spent two years researching Securitate archives, that he has obtained enough evidence to prove that both Noel Bernard and Vlad Georgescu were killed by the Securitate at Ceausescu’s order. The result of his research will be the subject of a book to be published by RFE.

Strong Arms and Stability

When the Soviet Union collapsed, the Russians had a unique chance to cast off their old Byzantine form of police state, which has for centuries isolated the country and has left it ill-equipped to deal with the complexities of modern society. Unfortunately, the Russian have not been up to that task. Since the fall of Communism they have been faced with an indigenous form of capitalism run by old Communist bureaucrats, speculators, and ruthless mafiosi that has widened social inequities. Therefore, after a period of upheaval, the Russians have gradually — and perhaps thankfully — slipped back into their historical form of government, the traditional Russian samoderzhaviye, a form of autocracy traceable to the 14th century’s Ivan the Terrible, in which a feudal lord ruled the country with the help of his personal political police. Good or bad, the old political police may appear to most Russians as their only defense against the rapacity of the new capitalists at home.

It will not be easy to break a five-century-old tradition. That does not mean that Russia cannot change. But for that to happen, the U.S. must help. We should stop pretending that Russia’s government is democratic, and assess it for what it really is: a band of over 6,000 former officers of the KGB — one of the most criminal organizations in history — who grabbed the most important positions in the federal and local governments, and who are perpetuating Stalin’s, Khrushchev’s, and Brezhnev’s practice of secretly assassinating people who stand in their way. Killing always comes with a price, and the Kremlin should be forced to pay it until it will stop the killings.

—Lt. General Ion Mihai Pacepa is the highest-ranking intelligence officer ever to have defected from the former Soviet bloc. His book Red Horizons has been republished in 27 countries.

Seeing Red

Spontaneous anti-American demonstrations? Think again.

Ion Mihai Pacepa

National Review on line

March 18, 2003

Over the March 15-16 weekend there were simultaneous anti-American and pro-peace demonstrations around the world, with the largest in Athens and Moscow. It is significant that the headquarters of the Soviet-created World Peace Council (WPC) is now in Athens, and that its honorary chairman is still the same KGB asset, Romesh Chandra, who chaired this Cold War organization during the years when I was a Communist general. This current bashing of the U.S. makes me believe I am watching a revival of an old stage drama, the lines of which I know by heart. Back in the 1970Ss the drama featured that same Ramesh Chandra and consisted of the WPC’s virulent offensive to counteract American efforts aimed at protecting the world against Communist expansion.

In fact, the WPC Secretariat recently recognized that the WPC has “participated in or co-organized” the current worldwide anti-American demonstrations. On December 14, 2002, the WPC convened a meeting of its Communist-style Executive Committee and then issued an official communiqué stating, in vintage Soviet language: “The Bush administration is intensifying readiness for the unilateral attack on Iraq, and this unilateralism of hegemony is becoming the biggest threat to world peace.” An international appeal published by the WPC Secretariat on the same day confirmed that the WPC had indeed been involved in organizing anti-American demonstrations in “USA, Great Britain, Florence, Prague and in many other European capitals, as well as in other countries.” The WPC appeal called upon “the peoples and movements of the world aspiring to peace and justice to unite their voices and actions against the U.S. war on Iraq.”

The WPC was created by Moscow in the 1950s and had only one task: to portray the United States as being run by a “war-mongering government.” To make it look like a Western organization, Moscow headquartered it in Paris, but in 1954 the French government accused the WPC of being a Soviet puppet and kicked it out of France. Therefore, its headquarters were moved to Soviet-occupied Vienna, and then to Prague when Austria became neutral. It is remarkable that, after the Soviet Union collapsed and the United States remained the only superpower, Romesh Chandra moved his WPC to Athens and focused its operations toward “waging a struggle against the New World Order.” According to its current charter, adopted during a 1996 Peace Congress in Mexico, the WPC has now “broadened into a worldwide mass movement” whose task is to support “those people and liberation movements” fighting “against [American] imperialism.”

Back in the 1970s, when Moscow appointed Romesh Chandra to head the WPC, it introduced him to the world as being an “apolitical” Indian. In reality, Chandra was a member of the National Committee of the Communist Party of India, one of the foreign Communist parties most loyal to the Soviet Union at that time. Khrushchev himself approved a $50 million annual budget for the “new” WPC (the money was delivered by the KGB in the form of laundered cash dollars, in order to hide its Soviet origin), and tasked Chandra to focus the WPC effort on condemning the American intervention in Vietnam as a “murderous adventure” and to require all WPC national branches to initiate demonstrations around the world against America’s imperialism and its war in Vietnam.

Until 1978, when I left Romania for good, I managed the Romanian side of the WPC, whose operations implicated thousands of undercover Soviet-bloc intelligence officers and many other thousands of paid and voluntary Communist activists. By that time Chandra’s WPC had reportedly collected 700 million signatures on a “ban-the-American-atomic-bomb” petition that had been drafted in Moscow and adopted by a peace conference convened in Stockholm. In a 1981 article published in the Comintern journal entitled Problems of Peace and Socialism (the English translation of which was called World Marxist Review), Chandra wrote: “The struggle to curb the arms race has become a mass demonstration against the deployment of new U.S. missiles.” Soon after that, Chandra and his WPC unleashed a worldwide offensive against the deployment by the United States of Pershing and Cruise missiles in Europe, and it organized “global campaigns” to protest the production of the neutron bomb announced by U.S. president Jimmy Carter and against the U.S. decision on “Star Wars,” WPC’s derisive term for the American strategic defense initiative (SDI).

In 1851 Karl Marx issued his now famous dictum: “History always repeats itself, the first time as tragedy, and the second as farce.” The new anti-American Axis Beijing-Moscow-Berlin-Paris is indeed a farcical effort to revive the anti-Americanism created by the WPC and its sponsors during the Cold War era.

— General Ion Mihai Pacepa is the highest-ranking intelligence officer ever to have defected from the former Soviet bloc. He is currently finishing a new book, Red Roots: The origins of today’s anti-Americanism.

Voir également:

Ex-spy fingers Russians on WMD

Ion Mihai Pacepa

The Washington Times

On March 20, Russian President Vladimir Putin denounced the U.S.-led "aggression" against Iraq as "unwarranted" and "unjustifiable." Three days later, Pravda said that an anonymous Russian "military expert" was predicting that the United States would fabricate finding Iraqi weapons of mass destruction. Russian Foreign Minister Igor Ivanov immediately started plying the idea abroad, and it has taken hold around the world ever since.

As a former Romanian spy chief who used to take orders from the Soviet KGB, it is perfectly obvious to me that Russia is behind the evanescence of Saddam Hussein’s weapons of mass destruction. After all, Russia helped Saddam get his hands on them in the first place. The Soviet Union and all its bloc states always had a standard operating procedure for deep sixing weapons of mass destruction — in Romanian it was codenamed "Sarindar, meaning "emergency exit."I implemented it in Libya. It was for ridding Third World despots of all trace of their chemical weapons if the Western imperialists ever got near them. We wanted to make sure they would never be traced back to us, and we also wanted to frustrate the West by not giving them anything they could make propaganda with.

All chemical weapons were to be immediately burned or buried deep at sea. Technological documentation, however, would be preserved in microfiche buried in waterproof containers for future reconstruction. Chemical weapons, especially those produced in Third Worldcountries,which lack sophisticated production facilities, often do not retainlethal properties after a few months on the shelf and are routinely dumped anyway. And all chemical weapons plants had a civilian cover making detection difficult, regardless of the circumstances.

The plan included an elaborate propaganda routine. Anyone accusing Moammar Gadhafi of possessing chemical weapons would be ridiculed. Lies, all lies! Come to Libya and see! Our Western left-wing organizations, like the World Peace Council, existed for sole purpose of spreading the propaganda we gave them. These very same groups bray the exact same themes to this day. We always relied on their expertise at organizing large street demonstrations in Western Europe over America’swar-mongering whenever we wanted to distract world attention from the crimes of the vicious regimes we sponsored.

Iraq, in my view, had its own "Sarindar" plan in effect direct from Moscow. It certainly had one in the past. Nicolae Ceausescu told me so, and he heard it from Leonid Brezhnev. KGB chairman Yury Andropov, and later, Gen. Yevgeny Primakov, told me so too. In the late 1970s, Gen. Primakov ran Saddam’s weapons programs. After that, as you may recall, he was promoted to head of the Soviet foreign intelligence service in 1990, to Russia’s minister of foreign affairs in 1996, and in 1998, to prime minister. What you may not know is that Primakov hates Israel and has always championed Arab radicalism. He was a personal friend of Saddam’s and has repeatedly visited Baghdad after 1991, quietly helping Saddam play his game of hide-and-seek.

The Soviet bloc not only sold Saddam its WMDs, but it showed them how to make them "disappear." Russia is still at it. Primakov was in Baghdad from December until a couple of days before the war, along with a team of Russian military experts led by two of Russia’s topnotch "retired"generals,Vladislav Achalov, a former deputy defense minister, and Igor Maltsev, a former air defense chief of staff. They were all there receiving honorary medals from the Iraqi defense minister. They clearly were not there to give Saddam military advice for the upcomingwar—Saddam’sKatyusha launchers were of World War II vintage, and his T-72 tanks, BMP-1 fighting vehicles and MiG fighter planes were all obviously useless against America. "I did not fly to Baghdad to drink coffee," was what Gen. Achalov told the media afterward. They were there orchestrating Iraq’s "Sarindar" plan.

The U.S. military in fact, has already found the only thing that would have been allowed to survive under the classic Soviet "Sarindar" plan to liquidate weapons arsenals in the event of defeat in war — the technological documents showing how to reproduce weapons stocks in just a few weeks.

Such a plan has undoubtedly been in place since August 1995 — when Saddam’s son-in-law, Gen. Hussein Kamel, who ran Iraq’s nuclear, chemical and biological programs for 10 years, defected to Jordan. That August, UNSCOM and International Atomic Energy Agency (IAEA) inspectors searched a chicken farm owned by Kamel’s family and found more than one hundred metal trunks and boxes containing documentation dealing with all categories of weapons, including nuclear. Caught red-handed, Iraq at last admitted to its "extensive biological warfare program, including weaponization," issued a "Full, Final and Complete Disclosure Report" and turned over documents about the nerve agent VX and nuclear weapons.

Saddam then lured Gen. Kamel back, pretending to pardon his defection. Three days later, Kamel and over 40 relatives, including women and children, were murdered, in what the official Iraqi press described as a "spontaneous administration of tribal justice." After sending that message to his cowed, miserable people, Saddam then made a show of cooperation with U.N. inspection, since Kamel had just compromised all his programs anyway. In November 1995, he issued a second "Full, Final and Complete Disclosure" as to his supposedly non-existent missile programs. That very same month, Jordan intercepted a large shipment of high-grade missile components destined for Iraq. UNSCOM soon fished similar missile components out of the Tigris River, again refuting Saddam’s spluttering denials. In June 1996, Saddam slammed the door shut to UNSCOM’s inspection of any "concealment mechanisms." On Aug. 5, 1998, halted cooperation with UNSCOM and the IAEA completely, and they withdrew on Dec. 16, 1998. Saddam had another four years to develop and hide his weapons of mass destruction without any annoying, prying eyes. U.N. Security Council resolutions 1115, (June 21, 1997), 1137 (Nov. 12, 1997), and 1194 (Sept. 9, 1998) were issued condemning Iraq—ineffectual words that had no effect. In 2002, under the pressure of a huge U.S. military buildup by a new U.S. administration, Saddam made yet another "Full, Final and Complete Disclosure," which was found to contain "false statements" and to constitute another "material breach" of U.N. and IAEA inspection and of paragraphs eight to 13 of resolution 687 (1991).

It was just a few days after this last "Disclosure," after a decade of intervening with the U.N. and the rest of the world on Iraq’s behalf, that Gen. Primakov and his team of military experts landed in Baghdad — even though, with 200,000 U.S. troops at the border, war was imminent, and Moscow could no longer save Saddam Hussein. Gen. Primakov was undoubtedly cleaning up the loose ends of the "Sarindar" plan and assuring Saddam that Moscow would rebuild his weapons of mass destruction after the storm subsided for a good price.

Mr. Putin likes to take shots at America and wants to reassert Russia in world affairs. Why would he not take advantage of this opportunity? As minister of foreign affairs and prime minister, Gen. Primakov has authored the "multipolarity" strategy of counterbalancing American leadership by elevating Russia to great-powerstatusinEurasia. Between Feb. 9-12, Mr. Putin visited Germany and France to propose a three-power tactical alignment against the United States to advocate further inspections rather than war. On Feb. 21, the Russian Duma appealed to the German and French parliaments to join them on March 4-7 in Baghdad, for "preventing U.S. military aggression against Iraq." Crowds of European leftists, steeped for generations in left-wing propaganda straight out of Moscow, continue to find the line appealing.

Mr. Putin’s tactics have worked. The United States won a brilliant military victory, demolishing a dictatorship without destroying the country, but it has begun losing the peace. While American troops unveiled the mass graves of Saddam’s victims, anti-American forces in Western Europe and elsewhere, spewed out vitriolic attacks, accusing Washington of greed for oil and not of really caring about weapons of mass destruction, or exaggerating their risks, as if weapons of mass destruction were really nothing very much to worry about after all.

It is worth remembering that Andrei Sakharov, the father of the Soviet hydrogen bomb, chose to live in a Soviet gulag instead of continuing to develop the power of death. "I wanted to alert the world," Sakharov explained in 1968, "to the grave perils threatening the human race thermonuclear extinction, ecological catastrophe, famine." Even Igor Kurchatov, the KGB academician who headed the Soviet nuclear program from 1943 until his death in 1960, expressed deep qualms of conscience about helping to create weapons of mass destruction. "The rate of growth of atomic explosives is such," he warned in an article written together with several other Soviet nuclear scientists not long before he died, "that in just a few years the stockpile will be large enough to create conditions under which the existence of life on earth will be impossible."

The Cold War was fought over the reluctance to use weapons of mass destruction, yet now this logic is something only senior citizens seem to recall. Today, even lunatic regimes like that in North Korea not only possess weapons of mass destruction, but openly offer to sell them to anyone with cash, including terrorists and their state sponsors. Is anyone paying any attention? Being inured to proliferation, however, does not reduce its danger. On the contrary, it increases it.

Ion Mihai Pacepa, a Romanian, is the highest-ranking intelligence officer ever to have defected from the former Soviet bloc.

How the Soviet KGB created Conspiracy Theories

Aug, 4 2013

The black propaganda tools of a very shrewd and cynical Soviet KGB created many of the ideas that are still echoed today as "conspiracy theories". I have been reading and researching conspiracy-theories for the last 20 years and in time, my suspicions were aroused because so many of these theories were directed at the USA specifically. "Why is America always the culprit in these theories?" I asked myself. Is there an actual conspiracy behind these conspiracy-theories?

Ever since the early days of the 1917 Bolshevik Revolution, the Russians were very well-versed in spying, counter-intelligence, disinformation, propaganda, placing "sleepers" into various countries, recruiting American journalists, filmmakers and academics for their agenda. Compared to their expertise, Americans were, for the longest time, naive amateurs (as the recent NSA outings have shown, America is no longer an amateur). To give you a taste for the outrageous extent of their campaign these are three fairly popular examples of conspiracy-theories that were planted by the KGB. It often surprises me how supposedly suspicious and skeptical "conspiracy theorists" rarely ask about the origins of a theory and who benefits from certain information.

Example 1: Operation Infektion

Operation: INFEKTION was a KGB disinformation campaign to spread information that the United States invented HIV/AIDS as part of a biological weapons research project at Fort Detrick, Maryland. The Soviet Union used it to undermine the United States’ credibility, foster anti-Americanism, isolate America abroad, and create tensions between host countries and the U.S. over the presence of American military bases (which were often portrayed as the cause of AIDS outbreaks in local populations).

Source: Operation INFEKTION

This is former Soviet Prime Minister Yevgeni Primakov who was the first to confess to "Operation Infektion":

The "AIDS Conspiracy Theory" is still quite popular, showing how easily disinformation, once disseminated, gains a life of its own and plenty of followers.

Example 2: The JFK Conspiracy Theory

One of the very first JFK-Conspiracy books to be published was in 1964 by Joachim Joesten. The book was titled "Oswald: Assassin or Fall Guy" and was published prior to the Warren Report. In this book it was claimed that JFK was killed by the CIA and that Oswald was not a lone gunman. The book has been used by many subsequent conspiracy-theorists, including Oliver Stone and his movie JFK, to support their views. In fact, it is still parroted to this day.

Only decades later, with the fall of the Soviet Union, it was proven that Joesten was a paid KGB Agent and the publisher was a KGB Front. The purpose of this conspiracy-theory was once again to discredit America and the CIA and sow doubt and fear in the populace. It was quite a successful operation, judging from the thousands of books and articles that still emulate the original KGB-message.

Source: The Sword and the Shield (among other sources)

Example 3: Islamic Anti-Americanism

Evidence has been steadily mounting that Anti-American sentiment in the Muslim world is not exclusively a creation of American Interventionism, but has been generously fueled by the Soviet KGB as well.

One of the operating principles of the Soviets was to look for already existing antagonism toward the U.S. and blow it out of proportion through added disinformation. Another tactic was to wait for the U.S. to make mistakes – such as those in foreign policy – and to then emphasize and mass-publish those mistakes. Anything to create anger and rage toward America was a good tool for the KGB, whether it had a factual basis or not.

In a recent book titled "Disinformation", former KGB Agent Ion Mihai Pacepa (image above) writes that his colleague and acquaintance Yuri Andropov (image below), the head of the KGB in the 1960s, was taksed with reviving anti-semitism in conjuction with anti-Americanism among Arabs and Persians. The goal was to "convince muslims that America was ruled by Jews". For this purpose the "Palestinian Liberation Army" was founded and trained by KGB special ops and books were published that displayed Israelis, Zionists and Americans as the worlds foremost threat to peace. It was hoped that by teaching muslims that America was ruled by the "Council of the Wise Elders of Zion", who were plotting to take over the whole world, that violence and terrorism against the U.S. would follow. Pacepa writes:

"In 1972 I received from the KGB an Arabic translation of the old Russian forgery, “The Protocols of the Elders of Zion.” We also received "documentary" material in Arabic produced by the Soviet disinformation "proving" America was a Zionist country whose aim was to transform the Islamic world into a Jewish fief. My DIE was ordered to disseminate these documents within its targeted Islamic countries. During my later years in Romania, the DIE disseminated thousands of copies of “The Protocols” and similar “documents” each month. The fruit of the KGB’s disinformation campaign was seen on Sept. 11, 2001. The weapon of choice for that horrific act was a hijacked airplane – a concept invented and perfected by Andropov’s disinformation machinery.

What is interesting about this campaign is that they may still be going on, decades after the Cold War ended. For example, among intelligence circles it is rumored that the Danish "Mohammed Cartoon" affair that transpired in 2005 and caused Islamic unrest and violence across the world, was orchestrated by the SVR – which is the successor of the KGB. Oleg Kalugin, former KGB Major, has gone public with this theory, saying that in the past the KGB has often used Danish journalists to disseminate agitation propaganda. He says it is no coindidence that the Jyllands Posten editor who commisioned the cartoons – Flemming Rose – was a correspondent to Moscow and has published several Russian-Propaganda articles against Chechnya. Flemming Rose was also married to the daughter of a KGB-officer. Next thing you know he is publishing articles that cause Islamic outrage against the West.

But if true (and thats really an IF in this case), why would modern Russia still be applying these Cold War tactics? Well, Russia is still in competition to the west for resources and oil and dominance. Their covert operation tools having worked in the past it follows that they would continue to use them.

Skyfloating

Aug, 4 2013

There were many, many more ideas and theories planted into the American mind by the KGB. History will remember the KGB as the foremost experts of disinformation. Most of this propaganda was part of a kind of political warfare termed Active Measures by the Soviets.

Active measures ranged "from media manipulations to special actions involving various degrees of violence". They were used both abroad and domestically. They included disinformation, propaganda, counterfeiting official documents, assassinations, and political repression, such as penetration in churches, and persecution of political dissidents. Active measures included the establishment and support of international front organizations (e.g. the World Peace Council); foreign communist, socialist and opposition parties; wars of national liberation in the Third World; and underground, revolutionary, insurgency, criminal, and terrorist groups. The intelligence agencies of Eastern Bloc states also contributed to the program, providing operatives and intelligence for assassinations and other types of covert operations. Retired KGB Maj. Gen. Oleg Kalugin described active measures as "the heart and soul of Soviet intelligence": "Not intelligence collection, but subversion: active measures to weaken the West, to drive wedges in the Western community alliances of all sorts, particularly NATO, to sow discord among allies, to weaken the United States in the eyes of the people of Europe, Asia, Africa, Latin America, and thus to prepare ground in case the war really occurs." Active measures was a system of special courses taught in the Andropov Institute of KGB situated at SVR headquarters in Yasenevo, near Moscow.

A few more of the "active measures" taken by the Soviets were:

* Creating the conspiracy-theory that the moon landing was a hoax.

* Trying to discredit Martin Luther King Jr. as an "agent of the Government"

* Creating racial tensions between black and whites by writing bogus letters from the Ku Klux Klan, distributing explosive packages in New York.

* Creating the conspiracy-theory that fluoridated drinking water was a US-Government conspiracy for population control.

* And much, much more, too much to go into here.

Source: The Mitrokhin Archive (among other sources).

My personal conclusion from all this is that when reading information I first ask: Where is it from and who benefits? Not all information is based on innocent research or inquiry.

Related Post: The Peace Movement was a Soviet Psy-Operation

Voir par ailleurs:

Les assauts de Moscou contre le Vatican

Le KGB a fait de la corruption de l’Église une priorité.

Ion Mihai Pacepa

4 février 2007

L’Union Soviétique ne s’est jamais sentie à l’aise de vivre dans le même monde que le Vatican. Les plus récentes découvertes montrent que le Kremlin était prêt à tout pour combattre le ferme anticommunisme de l’Église Catholique.

En mars 2006, une commission parlementaire italienne concluait « au-delà de tout doute raisonnable que les dirigeants de l’Union Soviétique avaient pris l’initiative d’éliminer le pape Karol Wojtyla, » en représailles de son soutien en Pologne au mouvement dissident Solidarność. En janvier 2007, quand des documents dévoilent que le nouvellement nommé archevêque de Varsovie Stanislas Wielgus a collaboré avec la police politique de l’ère communiste de Pologne, il admet les accusations et démissionne. Le jour suivant, le recteur de la cathédrale Wawel de Kracovie, site funéraire des rois et reines polonais, démissionnait pour la même raison. On a alors appris que Michal Jagosz, un membre du tribunal du Vatican pour la béatification du pape Jean-Paul II, était accusé d’être un ancien agent secret communiste ; selon les médias polonais, il avait été recruté en 1984 avant de quitter la Pologne pour prendre poste au Vatican. Aujourd’hui, un livre est sur le point d’être publié qui identifiera 39 autres prêtres dont les noms ont été trouvés dans les fichiers de la police secrète de Kracovie, et dont certains sont actuellement évêques. De plus, il semble que cela ne fait qu’effleurer la surface des choses. Une commission spéciale va bientôt commencer des investigations sur le passé de tous les religieux durant l’ère communiste, car des centaines d’autres prêtres catholiques de ce pays sont soupçonnés d’avoir collaboré avec la police secrète. Et il ne s’agit que de la Pologne – les archives du KGB et celles de la police politique du reste de l’ancien bloc soviétique restent à ouvrir sur les opérations menées contre le Vatican.

Dans mon autre vie, lorsque j’étais au centre des guerres de Moscou contre les services secrets étrangers, j’ai moi-même été impliqué dans un effort délibéré du Kremlin pour calomnier le Vatican en décrivant le Pape Pie XII comme un sympathisant nazi au coeur dur. Finalement, l’opération n’a pas causé de dommage durable, mais elle a laissé un mauvais arrière goût dont il est difficile de se débarrasser. Cette histoire n’a encore jamais été racontée auparavant.

Combattre l’Église

En février 1960, Nikita Khrushchev approuva un plan ultra-secret pour détruire l’autorité morale du Vatican en Europe de l’Ouest. L’idée est née du cerveau du patron du KGB Alexandre Shelepin et d’Aleksey Kirichenko, le membre du Politburo responsable des opérations internationales. Jusqu’à présent, le KGB avait combattu son « ennemi mortel » en Europe de l’Est, où le Saint-Siège avait été cruellement attaqué comme un repère d’espions à la solde de l’impérialisme américain, et ses représentants sommairement emprisonnés comme espions. Maintenant, Moscou voulait que le Vatican soit discrédité par ses propres prêtres, sur son propre territoire, en tant que bastion du nazisme.

Eugenio Pacelli, le Pape Pie XII, fut choisi comme cible principale du KGB, son incarnation du mal, parce qu’il était décédé en 1958. « Les morts ne peuvent pas se défendre » était le dernier leitmotiv du KGB. Moscou venait juste de se faire regarder de travers pour avoir monté une machination et emprisonné un prélat vivant du Vatican, le cardinal Jòzsef Mindszenty, Primat de Hongrie, en 1948. Pendant la révolution politique hongroise de 1956, il s’était échappé de sa détention et trouva asile à l’ambassade des États-Unis de Budapest, où il commença à rédiger ses mémoires. Quand les détails de la machination dont il avait été victime furent dévoilée aux journalistes occidentaux, il fut considéré par la plupart comme un héro et un martyr.

Comme Pie XII avait été le nonce apostolique à Munich et à Berlin lorsque les nazis commencèrent leur tentative d’accès au pouvoir, le KGB a voulu le décrire comme un antisémite qui avait encouragé l’Holocauste d’Hitler. La difficulté résidait dans le fait que l’opération ne devait pas permettre qu’on soupçonne si peu que ce soit l’implication du bloc soviétique. Tout le sale boulot devait être pris en charge par des mains occidentales en utilisant des preuves venant du Vatican lui-même. Cela éviterait de reproduire une autre erreur commise dans l’affaire Mindszenty, qui avait été accusé sur la base de faux documents soviétiques et hongrois [1].

Pour éviter une nouvelle catastrophe comme celle de Mindszenty, le KGB avait besoin de plusieurs documents originaux du Vatican, même n’ayant qu’un lointain rapport avec Pie XII, que les experts en désinformation pourrait légèrement modifier et projeter sous une « lumière appropriée » pour montrer la « véritable image » du Pape. Le problème était que le KGB n’avait pas accès aux archives du Vatican et c’est là que le DIE dont je faisais partie, les services secrets roumains, entrait en jeu. Le nouveau chef des services secrets soviétiques, le général Alexandre Sakharovsky avait créé le DIE en 1949 et avait été jusqu’à peu notre conseiller en chef soviétique ; il savait que le DIE était en excellente position pour contacter le Vatican et obtenir les autorisations pour faire des recherches dans ses archives. En 1959, alors que j’avais été affecté à l’Allemagne de l’Ouest sous la couverture de porte-parole de la Mission Roumaine, j’ai organisé un échange d’espions où deux officiers du DIE (le colonel Gheorghe Horobet et le major Nicolae Ciuciulin), qui avaient été pris sur le fait en Allemagne de l’Ouest, ont été échangés contre l’évêque catholique Augustin Pacha, emprisonné par le KGB sur la fausse accusation d’espionnage et qui fut finalement rendu au Vatican via l’Allemagne de l’Ouest.

Infiltrer le Vatican

« Siège-12 » était le nom de code donné à cette opération contre Pie XII, et j’en devins l’homme-clef en Roumanie. Pour faciliter mon travail, Sakharovsky m’avait autorisé à informer (faussement) le Vatican que la Roumanie était prête à renouer ses relations interrompues avec le Saint-Siège, en échange de l’accès à ses archives et d’un prêt sans intérêt sur 25 ans d’un milliard de dollars [2]. L’accès aux archives du Pape, devais-je expliquer au Vatican, était nécessaire pour trouver des racines historiques permettant au gouvernement roumain de justifier publiquement son revirement à l’égard du Saint-Siège. Le milliard (non, ce n’est pas une faute typographique), m’a-t-on dit, a été mis en jeu pour rendre plus plausible la soi-disant volte-face de la Roumanie. « S’il y a une chose que les moines comprennent, c’est l’argent » faisait remarquer Sakharovsky.

Mon implication récente dans l’échange de Mgr Pacha contre les deux officiers du DIE m’ouvrit en effet des portes. Un mois après avoir reçu les instructions du KGB, j’ai eu mon premier contact avec un représentant du Vatican. Pour des raisons de confidentialité, cette réunion — et la plupart de celles qui ont suivi — se tint en Suisse dans un hôtel de Genève. J’y fus présenté à un « membre influent du corps diplomatique » qui, m’avait-on dit, avait commencé sa carrière en travaillant aux archives du Vatican. Il s’appelait Agostino Casaroli, et j’appris bientôt qu’il était effectivement influent. Il me donna sur le champ accès aux archives du Vatican, et bientôt, trois jeunes officiers du DIE se faisant passer pour des prêtres roumains épluchèrent les archives papales. Casaroli acquiesça aussi « sur le principe » à la demande de Bucarest pour le prêt sans intérêt, mais dît que le Vatican désirait y mettre certaines conditions [3].

Pendant les années 1960 à 1962, le DIE parvint à dérober des centaines de documents liés de près ou de loin au pape Pie XII venant des archives du Vatican ou de la bibliothèque apostolique. Tout était immédiatement envoyé au KGB par courrier spécial. En réalité, aucun document compromettant contre le pontife ne fut trouvé dans tous ces documents photographiés en secret. Il s’agissait principalement de copies de lettres personnelles et de transcriptions de réunions et de discours, toutes rédigées dans le monotone jargon diplomatique auquel on peut s’attendre. Néanmoins, le KGB continua de demander d’autres documents. Et nous leur en avons envoyés d’autres.

Le KGB produit une pièce de théâtre

En 1963, le général Ivan Agayant, le célèbre chef du département de désinformation du KGB, atterrit à Bucarest pour nous remercier de notre aide. Il nous dît que « Siège-12 » avait abouti à une efficace pièce de théâtre attaquant le pape Pie XII, intitulée Le Vicaire (The Deputy), une référence indirecte au Pape comme représentant du Christ sur Terre. Agayants se vantait d’avoir inventé lui-même les grandes lignes de la pièce et nous dit qu’elle avait un volumineux appendice de documents réunis par ses experts grâce aux documents que nous avions dérobés au Vatican. Agayants nous dît aussi que le producteur du Vicaire, Erwin Piscator, était un communiste dévoué qui avait des liens de longue date avec Moscou. En 1929, il avait fondé le Théâtre Prolétaire à Berlin, puis avait demandé l’asile politique à l’Union soviétique lorsqu’Hitler était arrivé au pouvoir, et avait « émigré » quelques années plus tard aux États-Unis. En 1962, Piscator était de retour à Berlin Ouest pour produire Le Vicaire.

Pendant toutes mes années en Roumanie, j’ai toujours pris ce que me disaient mes patrons du KGB avec précaution, parce qu’ils avaient l’habitude de manipuler les faits de manière à faire de l’espionnage soviétique l’origine de tout. Mais j’avais des raisons de croire les fanfaronnades d’Agayants. C’était une légende vivante dans le domaine de la désinformation. En 1943, alors qu’il résidait en Iran, Agayants lança un rapport de désinformation disant qu’Hitler avait entraîné une équipe spéciale pour kidnapper le président Franklin Roosevelt à l’ambassade américaine à Tehéran, pendant un sommet allié qui devait s’y tenir. Le résultat fut que Roosevelt accepta d’installer son quartier général dans une villa à l’intérieur du périmètre de « sécurité » de l’ambassade soviétique, gardée par un grosse unité militaire. Tout le personnel soviétique affecté à la villa était constitué d’officiers du renseignement sous couverture qui parlaient anglais mais qui, à de rares exceptions près, l’avaient caché pour pouvoir écouter ce qui se disait. Même avec les moyens techniques limités de l’époque, Agayants a été capable de fournir heure par heure à Staline des rapports sur ses hôtes américains et britanniques. Ceux-ci aidèrent Staline à obtenir de Roosevelt l’accord tacite de conserver les pays baltes et le reste des territoires occupés par l’Union Soviétique en 1939-40. On raconte qu’Agayants avait aussi incité Roosevelt à appeler familièrement Staline « Oncle Joe » pendant le sommet. Selon Sakharovsky, Staline y trouva encore plus de plaisir qu’en ses gains territoriaux. On dit qu’il s’esclama joyeusement « L’infirme est à moi ! ».

Un an avant la sortie du Vicaire, Agayants réussit un autre coup de maître. Il fabriqua de toutes pièces un manuscrit conçu pour convaincre l’Occident que le Kremlin avait profondément une haute opinion des Juifs ; il fut publié en Europe de l’ouest avec un grand succès populaire, sous le titre Notes for a journal. Le manuscrit fut attribué à Maxim Litvinov [4] né Meir Walach, un ancien commissaire soviétique aux affaires étrangères, qui avait été limogé en 1939 lorsque Staline a purgé son appareil diplomatique des Juifs en préparation du pacte de « non agression » avec Hitler [5]. Ce livre d’Agayants était si parfaitement contrefait que l’historien britannique spécialiste de la Russie soviétique le plus éminent, Edward Hallet Carr, fut totalement convaincu de son authenticité et en écrivit même la préface [6].

Le Vicaire vit le jour en 1963 comme le travail d’un allemand de l’ouest inconnu nommé Rolf Hochhuth, sous le titre Der Stellvertreter christliches Trauerspiel (Le Vicaire, une tragédie chrétienne). Sa thèse centrale était que Pie XII avait soutenu Hitler et encouragé l’Holocauste. Elle provoqua immédiatement une grande controverse sur Pie XII, qui était décrit comme un homme froid et sans cœur plus préoccupé par les propriétés du Vatican que par le sort des victimes d’Hitler. Le texte original est une pièce de huit heures, terminée par 40 à 80 pages (selon l’édition) de ce que Hochhuth appelait « documentation historique ». Dans un article de journal publié en Allemagne en 1963, Hochhuth défend son portrait de Pie XII en disant : « Les faits sont là : quarante pages serrées de documentation dans l’appendice de ma pièce. » Dans une interview radiophonique donnée à New York en 1964, lorsque Le Vicaire y fut joué pour la première fois, Hochhuth dit : « J’ai trouvé nécessaire d’ajouter à la pièce un appendice historique, cinquante à quatre-vingt pages (selon la taille de l’impression). » Dans l’édition originale, l’appendice est intitulée « Historische Streiflichter » (éclairage historique). Le Vicaire a été traduit en près de 20 langues, coupé drastiquement et l’appendice souvent omise.

Avant d’écrire Le Vicaire, Hochhuth, qui n’avait pas le baccalauréat (Abitur), avait travaillé à différents postes insignifiants pour la maison d’édition Bertelsmann. Dans des interviews, il déclarait qu’il avait pris un congé en 1959 pour aller à Rome où il passa trois mois à parler aux gens puis à rédiger la première ébauche de la pièce, et où il posa « une série de questions » à un évêque dont il refusait de dire le nom. Très peu vraisemblable ! À peu près au même moment, je rendais des visites régulières au Vatican comme messager accrédité d’un chef d’État, et je n’ai jamais pu entraîner dans un coin un quelconque évêque bavard — et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Les officiers clandestins du DIE que nous avions infiltrés au Vatican rencontrèrent aussi des difficultés insurmontables pour pénétrer dans les archives secrètes du Vatican, alors même qu’ils avaient une couverture de prêtres en béton.

Pendant mes derniers jours au DIE, si je demandais à mon chef du personnel, le général Nicolae Ceausescu (le frère du dictateur), de me donner un récapitulatif du dossier d’un subordonné, il me demandait à chaque fois « Promotion ou déchéance ? » Pendant ses dix premières années, Le Vicaire eu plutôt pour effet la déchéance du Pape. La pièce suscita une rafale de livres et d’articles, certains accusant et d’autres défendant le pontife. Certains allèrent jusqu’à rejeter la responsabilité des atrocités d’Auschwitz sur les épaules du pape, certains démolirent méticuleusement les arguments de Hochhuth, mais tous contribuèrent à attirer l’attention qu’on portait alors à cette pièce plutôt snob. Aujourd’hui, beaucoup de personnes qui n’ont jamais entendu parlé du Vicaire sont sincèrement convaincues que Pie XII était un homme froid et méchant qui détestait les Juifs et aida Hitler à s’en débarrasser. Comme avait l’habitude de me dire Yuri Andropov, l’incomparable maître de la tromperie soviétique, les gens sont plus prompts à croire la saleté que la sainteté.

Les mensonges dévoilés

Vers le milieu des années 1970, Le Vicaire commença à s’essouffler. En 1974, Andropov nous avoua que si l’on avait su alors ce qu’on sait aujourd’hui, nous n’aurions jamais dû nous en prendre à Pie XII. Ce qui fit alors la différence fut la parution de nouvelles informations montrant qu’Hitler, loin d’être ami avec Pie XII, avait en fait conspiré contre lui.

Quelques jours seulement avant l’aveu d’Andropov, l’ancien commandant suprême de l’escadron SS en Italie pendant la Seconde Guerre Mondiale, le général Karl Friedrich Otto Wolff, était relaché de prison et confessait qu’en 1943, Hitler lui avait donné l’ordre d’enlever le pape Pie XII au Vatican. Cet ordre était si confidentiel qu’il n’est jamais apparu après la guerre dans aucune archive nazie ni n’est ressorti d’aucun interrogatoire par les alliés des officiers SS et de la Gestapo. Dans sa confession, Wolff déclare qu’il avait répondu à Hitler qu’il lui faudrait six semaines pour mettre l’ordre à exécution. Hitler, qui rendait responsable le pape du renversement du dictateur italien Benito Mussolini, voulait que ce soit fait sur le champ. Finalement, Wolff persuada Hitler que les conséquences d’un tel plan seraient très négatives et le Fürher y renonça.

C’est seulement dans l’année 1974 que le cardinal Mindszenty publia ses mémoires, qui décrivaient avec force détails le coup monté dont il avait été victime dans la Hongrie communiste. Sur la foi de documents fabriqués, il fut accusé de « trahison, abus de devises étrangères et conspiration », accusations « toutes punissables de mort ou d’emprisonnement à vie ». Il décrivit aussi comment ses « confessions » falsifiées prirent vie d’elles-mêmes. « Il me semblait que tout le monde reconnaîtrait immédiatement que ce document était une grossière contrefaçon, tellement il était l’œuvre d’un esprit maladroit et inculte » écrit le cardinal. « Mais quand par la suite j’ai pris connaissance des livres, journaux et magazines étrangers qui parlaient de mon affaire et commentaient mes "confessions", j’ai réalisé que le public avait dû conclure que la "confession" avait bien été écrite par moi, bien que dans un état de semi-conscience et sous l’influence d’un lavage de cerveau… Que la police ait publié un document qu’ils avaient eux-mêmes créé paraissait finalement trop gros pour être cru. » De plus, Hanna Sulner, l’expert en graphologie hongroise utilisée pour circonvenir le cardinal, qui s’est échappée à Vienne, a confirmé qu’elle avait fabriqué de toutes pièces la « confession » de Mindszenty.

Quelques années plus tard, le pape Jean-Paul II ouvrit le procès en canonisation de Pie XII, et les témoins du monde entier ont implacablement prouvé que Pie XII était un ennemi d’Hitler, et non un ami. Israel Zoller, le grand rabbin de Rome entre 1943 et 1944, lorsqu’Hitler reprit la ville, consacra un chapitre entier de ses mémoires à louer le gouvernement de Pie XII. « Le Saint Père rédigea de sa main une lettre aux évêques leur donnant l’instruction de renforcer les barrières des couvents et monastères, afin qu’ils puissent devenir des refuges pour les Juifs. Je connais un couvent où les soeurs dorment dans la cave pour donner leurs lits aux réfugiés juifs. » Le 25 juillet 1944, Zoller a été reçu par le pape Pie XII. Les notes prises par le secrétaire d’État [NdT : en fait pro-secrétaire d’État] du Vatican Giovanni Battista Montini (qui deviendra le pape Paul VI) montrent que Rabbi Zoller remerciait le Saint Père pour tout ce qu’il avait fait pour la communauté juive de Rome — et ces remerciements furent retransmis à la radio. Le 13 février 1945, Rabbi Zoller était baptisé par l’évêque auxiliaire de Rome Luigi Traglia dans l’église Sainte Marie des Anges. Pour exprimer sa gratitude envers Pie XII, Zoller prit le nom chrétien d’Eugenio (le nom du pape). Un an plus tard, la femme et la fille de Zoller furent aussi baptisées.

David G. Dalin, dans Le mythe du pape d’Hitler : Comment le pape Pie XII a sauvé des Juifs des nazis, publié il y a quelques mois, a rassemblé d’autres preuves incontestables de l’amitié d’Eugenio Pacelli pour les Juifs qui a commencé bien avant qu’il ne soit pape. Au début de la Seconde Guerre Mondiale, la première encyclique du pape Pie XII était tellement anti-hitlérienne que la Royal Air Force et l’Armée de l’Air française en ont lâché 88.000 exemplaires au-dessus de l’Allemagne.

Durant les 16 dernières années, la liberté de religion a été restaurée en Russie et une nouvelle génération s’est battu pour développer une nouvelle identité nationale. On peut seulement espérer que le président Vladimir Poutine prendra conscience de l’utilité d’ouvrir les archives du KGB et de les étaler au grand jour pour que tout le monde puisse voir comment les communistes ont calomnié l’un des plus grand papes du siècle dernier.

P.-S.

Le général Ion Mihai Pacepa est le plus haut gradé de tous les espions qui ont jamais fuit le bloc soviétique. Son livre Red Horizons a été publié dans 27 pays. Cet article est la traduction d’un article de National Review Online

Notes

[1] Le 6 février 1949, quelques jours seulement avant la fin du procès, Hanna Sulner, l’experte en graphologie hongroise qui avait fabriqué les « preuves » utilisées contre le cardinal s’est échappé à Vienne et a montré des microfilms des « documents » sur lesquels le procès était fondé, qui étaient tous des documents fabriqués, « certains ostensiblement de la main du cardinal, d’autre portant sa soi-disant signature », produit par elle.

[2] Les relations de la Roumanie avec le Vatican avaient été rompues en 1951, lorsque Moscou avait accusé la nonciature apostolique de Roumanie d’être la couverture d’un avant-poste de la CIA et avait fermé ses bureaux. Les locaux de la nonciature à Bucarest sont devenus ceux du DIE, et abritent aujourd’hui une école de langues étrangères.

[3] En 1978, lorsque j’ai quitté définitivement la Roumanie, j’étais encore en train de négocier ce prêt, qui s’était alors réduit à 200 millions de dollars.

[4] NdT : voir la revue française de science politique .

[5] Le pacte de non agression entre Staline et Hitler fut signé le 23 août 1939 à Moscou. Il contenait un protocole secret qui partageait la Pologne entre les deux signataires et donnait aux soviétiques le champ libre en Estonie, Létonie, Finlande, Bessarabie et la Bukovine du Nord

[6] Carr a écrit une histoire de la Russie soviétique en dix volumes.

Voir encore:

THE COLD WAR:

How Moscow framed Pope Pius XII as pro-Nazi

Joseph Poprzeczny

News Weekly

April 28, 2007

Last year an Italian parliamentary commission concluded “beyond any reasonable doubt” that Moscow was behind the 1981 assassination attempt on Pope John Paul II. Now, according to Joseph Poprzeczny, evidence has surfaced exposing Moscow as being the instigator of the character assassination of the wartime Pope Pius XII.

A wit observed once that Austria should be credited with an astounding double historical achievement – managing to convince the world that Beethoven was an Austrian and that Hitler was a German.

However, the former Soviet Union perpetrated possibly an even more blatant example of perception management. This was when Soviet dictator Josef Stalin and his successor, Nikita Khrushchev, attempted simultaneously to whitewash Stalin’s duplicitous wartime pact with Hitler and to blacken Pope Pius XII as a Hitler sympathiser.

Stalin of course was Hitler’s ally for the first part of World War II. On August 23, 1939, the world learned of the notorious Molotov-Ribbentrop Pact (named after the foreign ministers of the Soviet Union and the Third Reich), under which central and eastern Europe was to be divided into Soviet and German spheres of influence.

The pact cleared the way for Hitler to invade Poland on September 1, 1939, with Stalin following suit on September 17. World War II had begun.

From September 1, 1939, until June 22, 1941 – that is, not less than 21 months of this global conflict’s 67-month duration – Stalin supplied Hitler’s war machine with grain, fuel, strategic minerals, valuable intelligence and other crucial aid for Hitler’s bid to enslave central and western Europe.

Only during the war’s latter 46-months – the period that Russians refer to as their Great Patriotic War – were Stalin and Hitler enemies.

From late 1944, however, Stalin moved to erase any memory of those crucial opening 21 months that included his collaboration with Hitlerism.

Another major component of Moscow’s re-writing of the history of wartime Europe was to fabricate evidence suggesting the existence of a secret pact between Pope Pius XII and Hitler.

That the Kremlin was behind this concerted attempt to smear the Vatican as being pro-Nazi has recently been revealed by historians and confirmed by the highest-ranking intelligence officer ever to defect from the former communist Eastern bloc.

English historian Michael Burleigh has reviewed two recent books on Eugenio Pacelli, the wartime pope – The Myth of Hitler’s Pope: How Pope Pius XII Rescued Jews from the Nazis (2005), by Rabbi David G. Dalin, and Righteous Gentiles: How Pius XII and the Catholic Church Saved Half a Million Jews from the Nazis (2005) by Ronald J. Rychlak.

Burleigh has concluded from these studies that the portrayal of Hitler and Pius XII as allies was a deliberate Kremlin disinformation campaign launched even before the war ended.

“Soviet attempts to smear Pius had actually commenced as soon as the Red Army crossed into Catholic Poland,” says Burleigh.

“To be precise, they hired a militantly anti-religious propagandist, Mikhail Markovich Sheinmann, to write a series of tracts claiming there had been a ‘secret’ pact between Hitler and the Vatican to enable ‘Jesuits’ to proselytise in the wake of Operation Barbarossa.

“Apart from the inherent improbability of this claim, Soviet attempts to frame Pius for a ‘pact’ were ironic, in a guilty sort of way, in view of the August 1939 Nazi-Soviet Pact, replete with its secret clauses carving up Poland and the Baltic states, which had precipitated the outbreak of war.”

So Stalin, a party to a pact with Hitler, initiated the propaganda campaign claiming that the Vatican had done so. And to further embellish this canard, the oft-used ploy of maligning the Jesuits was revived.

However, any serious historians of Hitler’s Lebensraum – Hitler’s plan to expand the Third Reich eastward and to kill, deport or enslave the subject populations of the conquered countries in order to create “living space” for the Aryan people – know that neither Catholicism nor the Jesuits had any place in a Germanised east (any more than religion of any sort was allowed any place under communism).

After the war, the Kremlin’s smear campaign was taken up by Holocaust-denier David Irving’s “soul mate”, the left-wing German playwright Rolf Hochhuth, author of the 1963 Schillerian drama, The Deputy, with its fictitious claims about Pius XII.

Burleigh says: “Hochhuth’s play, which drew heavily upon Sheinmann’s lies and falsehoods, inspired two scholarly critiques of Pius and the Catholic Church by, respectively, Guenter Lewy (1964) and Saul Friedländer (1966).

“Neither availed himself of the thirteen volumes of published wartime Vatican documents, and both relied heavily on German records, which are hardly an unimpeachable source on the Pope.

“These were followed by the works of Robert Katz, who was successfully sued for defamation by Pius’s niece, and John Morley, a Catholic priest. These personages were harbingers of future trends.”

Burleigh says Rabbi Dalin “explains in his powerful and closely-argued polemic against the Pope’s detractors, the most recent assault on Pius’s reputation came from liberal, secular Jews, whose anti-Catholicism is as pathological as the anti-Semitism they see lurking around every corner, and from dissident or renegade Catholics, who use the Holocaust as the biggest available moral stick with which to assault the conservative turn within their own Church.”

Some gullible people all too readily swallowed the early lying Stalin-Scheinmann campaign.

Burleigh says of Rychlak: “He patiently goes through every shifting charge and smear against Pius, highlighting his consistency in condemning Nazism as a form of neo-pagan state worship, and the terrible dilemmas he faced during the war.

“The Pope did not have the luxury of being some grandstanding US politician or rent-a-moralist; what he said had real consequences for real people, and it was not his job to thrust martyrdom upon them.

“When the Church did speak out, as it did, without circumspection, through Vatican Radio broadcasts about the plight of Jews and Christians in Poland, or when the Dutch Catholic bishops protested during round-ups of Jews in Amsterdam, the Nazis carried out terrible reprisals against Catholic priests, or, in the Dutch case, maliciously deported Jewish converts to Catholicism, who had hitherto been exempted, while leaving converts to Protestantism alone.”

But anti-Pius campaigning didn’t end with Stalin.

This year, Ion Pacepa, a two-star Romanian Securitate general and the highest-ranking intelligence official to defect from the Eastern bloc, unexpectedly re-surfaced to provide the true background to the revived anti-Pius campaign in an article, “Moscow’s Assault on the Vatican: The KGB made corrupting the Church a priority”, in National Review (January 25, 2007).

Pacepa, who defected in 1978 and published several important exposés including his memoirs Red Horizons (1988), was prompted to write about this because of two recent developments.

The first came in March 2006 with an Italian parliamentary commission concluding “beyond any reasonable doubt that the leaders of the Soviet Union took the initiative to eliminate the pope, Karol Wojtyla”, due to of his backing for Poland’s anti-communist Solidarity movement.

The second came in January this year when documents showed Warsaw’s just-appointed Archbishop Stanislaw Wielgus had collaborated with Polish communist secret police as a student.

“The Soviet Union was never comfortable living in the same world with the Vatican,” said Pacepa.

“The most recent disclosures document that the Kremlin was prepared to go to any lengths to counter the Catholic Church’s strong anti-communism.

“In my other life, when I was at the centre of Moscow’s foreign-intelligence wars, I myself was caught up in a deliberate Kremlin effort to smear the Vatican, by portraying Pius XII as a cold-hearted Nazi sympathiser.

“Ultimately, the operation did not cause any lasting damage, but it left a residual bad taste that is hard to rinse away. The story has never before been told.”

He said that in February 1960 Khrushchev approved a top-secret KGB plan to help destroy the Vatican’s moral authority across Western Europe.

Until then the KGB had combated Christianity across Eastern Europe, “where the Holy See had been crudely attacked as a cesspool of espionage in the pay of American imperialism”.

Now the Kremlin set out to discredit the Vatican by using its own priests and to smear Pius as a Nazi collaborator, especially after his death in 1958.

“Dead men cannot defend themselves” was the KGB’s slogan, according to Pacepa.

Because Pius served as Papal Nuncio (ambassador for the Holy See) in Germany when Nazism was gaining power, the KGB set about depicting him as an anti-Semite who encouraged Hitler’s Holocaust.

“The hitch was that the operation was not to give the least hint of Soviet bloc involvement,” says Pacepa.

What followed was a convoluted plot called “Seat 12” that even Ian Fleming couldn’t match.

Pacepa was to be the contact man with the Vatican. “To facilitate my job, [Soviet intelligence chief] Sakharovsky authorised me to (falsely) inform the Vatican that [communist] Romania was ready to restore its broken relations with the Holy See, in exchange for access to its archives and a one-billion-dollar, interest-free loan for 25-years,” writes Pacepa.

Access to Papal archives, the Vatican was told, was needed to find historical roots to help Romania’s government to publicly justify its change of heart toward the Holy See over the break-off of diplomatic relations in 1951.

Some documents, though in no way incriminating, were thereby deviously obtained and handed to the KGB.

The next step came in 1963 when KGB disinformation chief, General Ivan Agayants, told Pacepa that operation Seat 12 “had materialised into a powerful play attacking Pope Pius XII, entitled The Deputy, an oblique reference to the Pope as Christ’s representative on earth.”

“Agayants took credit for the outline of the play, and he told us that it had voluminous appendices of background documents put together by his experts with help from the documents we had purloined from the Vatican.

“Agayants also told us that The Deputy’s producer, Erwin Piscator, was a devoted communist who had a longstanding relationship with Moscow.

“In 1929 he had founded the Proletarian Theatre in Berlin, then sought political asylum in the Soviet Union when Hitler came to power, and a few years later had ‘emigrated’ to the US.

“In 1962 Piscator had returned to West Berlin to produce The Deputy.

“The Deputy saw the light in 1963 as the work of an unknown West German named Rolf Hochhuth, under the title Der Stellvertreter. Ein christliches Trauerspiel (The Deputy, a Christian Tragedy).”

- Joseph Poprzeczny is a Perth-based freelance journalist and historical researcher. He is author of Odilo Globocnik, Hitler’s Man in the East, (Jefferson, North Carolina: McFarland and Company, 2004). Softcover: 447 pages. Rec. price: US$45.00.

Voir enfin:

Obama, le président des drones

Stephen Holmes

Article paru dans la «London Review of Books», traduit par Sandrine Tolotti

"BoOks"

27-02-2014

Dans son livre "The Drone Zone", Mark Mazzetti, du "New York Times", explique la "fièvre tueuse" d’un président humaniste. Et ça fait froid dans le dos.

« Ce n’est pas lié au fait d’essayer de ne pas conduire des gens à Guantánamo»: en ce 6 juin 2013, la syntaxe chantournée d’Eric Holder devant la sous-commission du Sénat trahit l’immense embarras du ministre de la Justice des États-Unis, qui s’efforce de défendre le programme d’assassinats ciblés du président Obama. Il n’est pas le seul des porte-parole de l’administration à peiner lorsqu’il faut répondre aux questions sur la politique américaine de largage de drones sur le monde.

1. La hantise des agents de la CIA

L’une des principales thèses du livre que Mark Mazzetti consacre au sujet est la suivante: la CIA et le Pentagone ont décidé de traquer et tuer les ennemis présumés pour éviter les méthodes extrajudiciaires de capture et d’interrogatoire adoptées par le prédécesseur d’Obama à la Maison-Blanche. L’auteur réitère l’accusation à de multiples reprises, avec un sens de l’euphémisme qui n’appartient qu’à lui:

En l’absence de possibilités de placer en détention les suspects de terrorisme, et faute de goût pour les vastes opérations terrestres en Somalie, l’option de tuer était parfois bien plus attirante que celle de capturer.

Ou :

L’exécution était le mode d’action privilégié en Somalie et, comme le confie l’un des agents impliqués dans la planification de la mission, "nous ne l’avons pas pris parce qu’il aurait été difficile de trouver un endroit où le mettre".

En d’autres termes, l’administration a mis le paquet sur ce qui ressemble fort à des exécutions extrajudiciaires, faute de mieux, après avoir fermé les sites de détention secrets de Bush et décidé de ne plus envoyer personne à Guantánamo, où le tiers environ de la centaine de grévistes de la faim a bénéficié d’une forme sinistre d’Obamacare, les tubes dans le nez.

Mazzetti apporte une autre explication, inexprimée et peut-être inexprimable, de l’escalade dans la guerre des drones: les membres de l’appareil du renseignement craignaient d’être un jour tenus pour pénalement responsables de l’usage de la torture, un crime dans le droit américain. A le croire, la multiplication des assassinats par drones fut en partie motivée par des murmures de rébellion au sein de la CIA, où règne une peur légendaire d’être désigné à la vindicte par des responsables politiques manipulateurs.

Au moment de la brillante entrée en fonctions d’Obama, l’agence était apparemment préoccupée à l’idée que des «agents officiant en secret dans les prisons de la CIA puissent être poursuivis pour leur travail». Cette crainte a refroidi l’enthousiasme des interrogateurs pour l’extorsion d’informations par la violence physique et psychologique:

Chaque coup reçu par la CIA concernant son programme de détention secrète et d’interrogatoires inclinait un peu plus ses dirigeants à faire ce calcul morbide: l’agence se porterait bien mieux si elle tuait les terroristes présumés plutôt que de les incarcérer.

Selon John Rizzo, un juriste de l’organisation, les responsables de l’administration Obama «ne sont jamais venus dire qu’ils allaient commencer d’assassiner les suspects parce qu’ils ne pouvaient pas les interroger, mais personne ne pouvait s’y tromper […]. À partir du moment où le temps des interrogatoires était révolu, il ne restait que l’assassinat».

Résumant ses entretiens avec Rizzo et d’autres membres du sérail, Mazzetti conclut:

Les drones armés, et la politique d’assassinat ciblé en général, ont offert un nouveau cap à un service d’espionnage qui commençait de se sentir carbonisé par les années vouées à la politique de détention secrète et d’interrogatoires.

Voilà une façon incendiaire d’insinuer que la «critique de gauche» d’une politique de sécurité nationale certes inutilement dure et supervisée avec nonchalance, mais rarement mortelle, porte une certaine responsabilité dans le revirement d’Obama en faveur de la mort subite par drones.

Mazzetti lui-même ne l’évoque pas, mais la thèse selon laquelle les principes progressistes en la matière engendrent plus de cruauté qu’ils n’en évitent est depuis longtemps l’une des flèches préférées des conservateurs. Avant de devenir ministre de la Justice sous la seconde administration Bush, Michael Mukasey avait avisé les défenseurs des libertés civiles que le sang ne maculerait pas les mains des hommes qui torturaient les prisonniers de guerre mais les leurs. La gauche, affirma-t-il étrangement dans le «Wall Street Journal», se comportait de manière criminelle en plaidant pour le contrôle judiciaire des décisions de l’exécutif en matière de détention:

L’effet involontaire d’un avis de la Cour suprême qui étendrait sa juridiction sur les détenus de Guantánamo pourrait être de créer à l’avenir une préférence pour l’assassinat plutôt que la capture des terroristes présumés.

Tout ce qu’allaient obtenir ces défenseurs des droits, ce serait la mort des suspects, pas leur juste traitement.

2. La revanche de John Brennan

Mais est-ce vraiment en suivant un scénario antilibéral écrit par les faucons de l’ère Bush qu’Obama a troqué la détention secrète pour le tir à vue? La supposition possède un accent de vérité. Le programme de drones armés a au minimum des liens de sang avec le programme Bush de détention sans inculpation. Une parenté dont témoigne notamment ce principe qu’elles ont en commun: les ennemis présumés ne méritent pas un procès leur permettant de prouver qu’ils sont innocents des charges retenues contre eux.

L’idée que les deux politiques procèdent de la même sensibilité est également étayée par la trajectoire professionnelle de John Brennan, un ancien de la CIA récemment devenu directeur de l’agence. Après avoir été son directeur exécutif adjoint sous George Bush, Brennan est revenu aux affaires publiques (il avait été entre-temps P-DG d’une officine privée de renseignement) en 2008 comme conseiller d’Obama pour la lutte antiterroriste et, selon certains, simili-confesseur, bénissant les frappes mortelles du président au nom de leur conformité avec la philosophie catholique de la guerre juste.

Quoi qu’il en soit, Brennan a joué un rôle clé dans la transformation spectaculaire de la CIA en «machine à tuer, organisation obsédée par la chasse à l’homme». Plus concrètement, la «liste des hommes à abattre», durant le premier mandat Obama, fut «coétablie dans le bureau de John Brennan au sous-sol de la Maison-Blanche».

Voilà qui donne un indice des origines de l’actuelle politique des drones. Brennan fut, sous Bush, un avocat déclaré de la détention illimitée, de la «restitution» illégale [rendition] des suspects à des pays connus pour leurs piètres performances en matière de respect des droits de l’homme, et de l’interrogatoire musclé (mais pas du waterboarding). Ce sont même précisément ces états de service – et cela nous ramène plus directement à notre sujet – qui ont fait capoter sa nomination à la tête de la CIA en 2008, suite au rejet du Sénat.

Il ne semble pas tiré par les cheveux d’imaginer que, meurtri par ce retour de bâton contre les pratiques antiterroristes de l’ère Bush, Brennan ait été l’un des cerveaux de la conversion aux machines à tuer téléguidées. Avec cette nouvelle méthode de lutte contre les combattants ennemis, les agents du renseignement étaient beaucoup moins guettés par le spectre de la responsabilité pénale et autres phénomènes torpilleurs de carrière. La trajectoire déviée de Brennan jusqu’à la direction de la CIA, surtout si l’on y ajoute sa déclaration stupéfiante de juin 2011 sur l’absence de victimes civiles des drones, semble ainsi confirmer l’hypothèse récurrente du livre de Mazzetti: la présidence «assassine» d’Obama s’est construite par souci d’impunité de la CIA.

3. Pour en finir avec l’Irak

Que les «opérations imprévues à l’étranger» d’Obama, au nom tellement inoffensif, descendent en ligne directe de la guerre globale contre le terrorisme de Bush ne devrait pourtant pas nous surprendre. Un changement de président ne provoque jamais de bouleversement de la politique de défense quand le jeu partisan, les pesanteurs bureaucratiques, les droits acquis et l’opinion publique ne bougent que légèrement – si d’aventure ils bougent – à la faveur de l’élection. Comme l’écrit Mazzetti:

Les fondations de la guerre secrète ont été posées par un président républicain conservateur et avalisées par un président démocrate progressiste tombé amoureux de l’héritage.

Mais pourquoi exactement Obama a-t-il fait de l’assassinat télécommandé la pièce maîtresse de sa politique antiterroriste? La question ne relève pas de la simple curiosité. Il faut commencer par tirer au clair les motivations de l’administration pour pouvoir jauger les justifications qu’elle présente à l’opinion.

Mazzetti a pris un bon départ, mais il passe à côté d’une bonne partie de l’histoire, qui commence avec la rupture entre Obama et la conception de la sécurité nationale qu’avait Bush. Cela va presque sans dire, mais le passage aux drones est le résultat logique de la promesse faite par le nouveau président de se désengager des guerres d’invasion et d’occupation de l’ère précédente

Après la crise financière de 2008, les responsables américains ont commencé à douter du bien-fondé de cette prodigalité pour des projets chimériques comme la réconciliation ethnique et religieuse en Irak ou la construction de l’État en Afghanistan. Ces deux guerres dévoraient encore une part démesurée des ressources limitées dont dispose le pays pour sa défense, à commencer par l’attention des plus hauts responsables.

Mais l’électorat américain était devenu de plus en plus indifférent à leur égard, et de plus en plus dubitatif sur leur contribution à la sécurité nationale. Quant aux décideurs politiques, ils voyaient à l’évidence l’invasion de l’Irak, ayant par mégarde enfanté un allié chiite de l’Iran, comme un fiasco absolu. Et, en Afghanistan, les soldats formés par les États-Unis commençaient à tirer sur leurs instructeurs, laissant entendre que la capacité de l’Amérique à transmettre des compétences dépassait de loin sa capacité à inspirer de la loyauté.

Obama s’est désolidarisé de Bush quand il a abandonné l’espoir de transformer les anciens États sponsors du terrorisme en alliés dignes de confiance. Et les événements postérieurs sont venus confirmer de manière retentissante qu’il était sage de circonscrire la lutte antiterroriste aux seuls acteurs non étatiques.

L’inquiétant flot d’armes qui s’est déversé des arsenaux de Kadhafi sur le Mali et la Syrie a ainsi rappelé aux responsables américains que le changement de régime anarchique nourrit parfois la prolifération. La chute d’un dictateur dans des régions rompues à l’art de la contrebande ne peut qu’inonder le marché noir d’armes dangereuses, proposées à des prix défiant toute concurrence. Heureusement pour les néocons obsédés par le terrorisme nucléaire, Saddam Hussein ne possédait pas l’arsenal dont ils avaient argué pour justifier l’opération de renversement du régime.

À vrai dire, pendant qu’Obama se démène pour gérer au mieux l’héritage de la destruction mutuelle assurée, la dissuasion nucléaire a pris une forme radicalement nouvelle. Les États puissants n’assurent plus la paix en menaçant de s’envoyer des armes incroyablement destructrices.

Ce sont les États faibles qui veulent la bombe pour agiter le spectre d’une perte de contrôle au cas où un pays étranger soutiendrait un brutal changement de pouvoir. La frappe israélienne contre le réacteur syrien en 2007 a empêché Bachar el-Assad de s’y essayer. Mais force est de se demander si son usage – à petite échelle, mais incontestable – du gaz sarin vise à faire frémir les puissances occidentales à l’idée des conséquences d’un effondrement de son régime.

4. L’exception Ben Laden

Obama a donc décidé d’en finir avec les guerres contre les États parrains présumés du terrorisme pour des raisons parfaitement claires. Mais pourquoi a-t-il autorisé l’usage offensif des drones? Est-ce, comme le prétendent ses partisans, parce que cette forme de belligérance est la manière la plus efficace de protéger les Américains contre des attentats particulièrement meurtriers?

Ce serait une excellente justification. Cette explication suppose malheureusement que le président dispose d’un moyen de calcul réaliste des effets de sa politique sur la sécurité nationale.

En parlant de la «fièvre tueuse» d’Obama, expression qu’il utilise ailleurs pour évoquer les carnages commis par les groupes terroristes, Mazzetti invite ses lecteurs au doute sur la sincérité de l’administration quand elle plaide pour les drones armés avec des arguments du type «votre-sécurité-s’en-trouve-améliorée». Lesquels doutes redoublent quand on lit que «la CIA avait l’aval de la Maison-Blanche pour mener des frappes au Pakistan, même quand ses "cibleurs" n’étaient pas certains de l’identité de l’homme qu’ils étaient en train de tuer».

Avant de reconnaître que «toute frappe de drone est une exécution», Richard Blee, l’ancien chef de l’unité de la CIA en charge de la chasse à Ben Laden, a confié à Mazzetti que l’agence avait mis la barre plus bas en matière d’identification des cibles parce que les espions américains ne «voulaient plus savoir qui nous assassinions avant qu’on appuie sur la détente».

Ils ne voulaient plus savoir. C’est un propos extraordinaire, cette ignorance volontaire ne pouvant qu’accroître le risque de responsabilité pénale au cas improbable où le jour du jugement dernier finirait par venir.

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Obama/Ukraine: Quand le pacifisme devient meurtrier (As always in history, timidity invites the aggression it purports to prevent)

25 février, 2014
http://wordwarriorsandiego.files.wordpress.com/2013/03/obama-playing-nuclear-golf-77907740145_xlarge.jpghttps://fbcdn-sphotos-d-a.akamaihd.net/hphotos-ak-ash3/t1/s526x296/1959218_4008407105623_2113883908_n.jpg‘Avoir la paix’, le grand mot de toutes les lâchetés civiques et intellectuelles. Charles Péguy
Le pacifisme est objectivement pro-fasciste. C’est du bon sens élémentaire. George Orwell
Il est parfaitement normal que la Russie veuille défendre ses intérêts ainsi que ceux des Russes en Russie et des russophones à l’extérieur de la Russie. Il est normal également que la communauté internationale veuille garantir l’intégrité, la souveraineté et l’indépendance de la Géorgie. Nicolas Sarkozy (Entretien avec son homologue Dmitri Medvedev au Kremlin, 11 août, 2008)
C’est ma dernière élection. Après mon élection, j’aurai davantage de flexibilité. Obama
Je comprends. Je transmettrai l’information à Vladimir. Medvedev
The real conundrum is why the president seems so compelled to take both sides of every issue, encouraging voters to project whatever they want on him, and hoping they won’t realize which hand is holding the rabbit. That a large section of the country views him as a socialist while many in his own party are concluding that he does not share their values speaks volumes — but not the volumes his advisers are selling: that if you make both the right and left mad, you must be doing something right. As a practicing psychologist with more than 25 years of experience, I will resist the temptation to diagnose at a distance, but as a scientist and strategic consultant I will venture some hypotheses. The most charitable explanation is that he and his advisers have succumbed to a view of electoral success to which many Democrats succumb — that “centrist” voters like “centrist” politicians. Unfortunately, reality is more complicated. Centrist voters prefer honest politicians who help them solve their problems. A second possibility is that he is simply not up to the task by virtue of his lack of experience and a character defect that might not have been so debilitating at some other time in history. Those of us who were bewitched by his eloquence on the campaign trail chose to ignore some disquieting aspects of his biography: that he had accomplished very little before he ran for president, having never run a business or a state; that he had a singularly unremarkable career as a law professor, publishing nothing in 12 years at the University of Chicago other than an autobiography; and that, before joining the United States Senate, he had voted "present" (instead of "yea" or "nay") 130 times, sometimes dodging difficult issues. Drew Westen (Emory university, Aug. 2011)
First and foremost, stop “expressing deep concern”. All protestors on the Maidan have an allergy to this phrase, which in these circumstances has become senseless especially as all of the gangsters in the Ukrainian governmental gang enjoy mocking the helplessness of the EU. Apply sanctions. Don’t waste time in searching for their Achilles’ heel: it is the money deposited in your banks. Execute your own laws and stop money laundering. The Europe we want to be part of can never degrade the absolute value of human lives in favor of an absolute importance of money. Also cancel Western visas for all governmental gangsters and their families. It is a scandal that ordinary Ukrainians, living their simple lives, have to provide their ancestors’ family trees to obtain a visa, while ruling criminals guilty of murder, “disappearances”, and fraud in the eyes of the whole world, enjoy virtually free-entry status in Europe. Myroslav Marynovych
There are many things that Vladimir Putin doesn’t understand, but geopolitics isn’t one of them. His ability to identify and exploit the difference between the West’s rhetoric and its capabilities and intentions has allowed him to stop NATO expansion, split Georgia, subject Washington to serial humiliations in Syria and, now, to bring chaos to Ukraine. Mr. Putin is a master of a game that the West doesn’t want to play, and as a result he’s won game after game with weak cards. He cannot use smoke and mirrors to elevate Russia back into superpower rank, and bringing a peaceful Ukraine back into the Kremlin’s tight embrace is also probably beyond him. But as long as the West, beguiled by dreams of win-win solutions, fails to grapple effectively in the muddy, zero-sum world of classic geopolitics, Mr. Putin and his fellow revisionists in Beijing and Tehran will continue to wreak havoc with Western designs.  Walter Russel Meade
Mr. Putin’s agenda in Ukraine is part of his larger plans to solidify his own authoritarian control and revive Greater Russia. Without Ukraine, the most important of the former Soviet satellites, a new Russian empire is impossible. With Ukraine, Greater Russia sits on the border of the EU. If Ukraine moves toward Europe with a president who isn’t a Russian satrap, it also sets a democratic example for Russians. The world is seeing that Mr. Putin will do what it takes to stop such an event, even if it risks a civil war in Ukraine. The Russian is willing to play this rough because he sees Western weakness. The EU is hopeless, led by a Germany so comfortable in its pacifism that it won’t risk even a diplomatic confrontation. As for the U.S., it’s no coincidence that Mr. Putin asserted himself in Ukraine not long after Mr. Obama retreated in humiliating fashion from his "red line" in Syria. As always in history, such timidity invites the aggression it purports to prevent. If this American President won’t even bomb Damascus airfields to stop the use of chemical weapons, why would Mr. Putin think Mr. Obama would do anything for eastern Europe? The WSJ
How does a nation become self-governing when so much of "self" is so rotten? Run-of-the-mill analyses that Ukraine is a "young democracy" with corrupt elites, an ethnic divide and a bullying neighbor don’t suffice. Ukraine is what it is because Ukrainians are what they are. The former doesn’t change until the latter does. (…) that’s what people said about Ukraine during the so-called Orange Revolution in 2004, or about Lebanon’s Cedar Revolution in 2005, or about the Arab Spring in 2011. The revolution will be televised—and then it will be squandered. (…) The homo Sovieticus Ukrainians should fear the most may not be Vladimir Putin after all. Bret Stephens
Le gaz russe, le pétrole saoudien ou iranien, le soja argentin (justement surnommé "pétrole vert") confèrent une richesse provisoire, et plus encore l’illusion de la richesse. Cette illusion et l’argent facile que génère la rente minérale, dissuadent gouvernements et entrepreneurs d’innover et de se diversifier. En Russie, depuis que le prix du gaz monte, le pays ne cesse de se désindustrialiser : au pays de Poutine, il ne reste que des oligarques branchés sur les matières premières et de vastes supermarchés où tous les produits de consommation sont importés. La rente conduit aussi à des effets politiques notoires : en concentrant la richesse au sommet, elle perpétue les régimes autoritaires. Ceux qui sont assez astucieux pour redistribuer une partie de la rente (Poutine, la monarchie saoudienne, Chavez naguère, au Vénézuela, Nestor Kirchner, puis Cristina Fernandez en Argentine) se constituent une clientèle populaire qui soutient le despotisme redistributeur. Jusqu’au jour où les prix se retournent : ce qui, en ce moment même, est le cas sur le marché du soja et du gaz. Soudain, les gouvernements brésilien et argentin, privés de suffisamment de ressources à redistribuer, n’ont d’autres expédients que de fabriquer de la monnaie : avec l’inflation qui en résulte, leur chute est imminente. Un sort identique guette Poutine. La raison en est que les États-Unis, grâce à la technique de fracturation, mise au point par des entrepreneurs américains, sont en passe de devenir le premier producteur de gaz au monde. Partout, les prix commencent à baisser et ils baisseront plus encore quand les Américains exporteront ce gaz vers l’Europe. En Europe même, la Pologne, la Grande-Bretagne, la France (quand son gouvernement aura fait taire ses écologistes) deviendront des producteurs majeurs au détriment, là encore, de Gasprom. La "malédiction des ressources naturelles" est cependant une théorie ambigüe : elle laisserait supposer que leur absence est une bénédiction. S’il est vrai que la Corée du Sud ou Israël, par exemple, sont des succès économiques entièrement fondés sur l’absence de ressources naturelles, la Norvège, les États-Unis ou la Grande-Bretagne combinent habilement ressources naturelles et esprit d’entreprise. C’est donc l’esprit d’entreprise et la bonne gestion de l’État qui transforment les ressources naturelles soit en malédiction, soit en vitamines. S’il fallait parier sur l’avenir du modèle russo-poutinien, il me paraît condamné en moins de dix ans : Sotchi, à terme, apparaîtra comme la dernière fête avant l’extinction des feux et l’Histoire russe disqualifiera probablement Poutine pour dopage. Guy Sorman
Le manque de soutien des Américains aux Français est, en vérité, la marque de fabrique de Barack Obama (…) Le Président américain avait trouvé une stratégie d’évitement pour ne pas intervenir, à condition que le gouvernement syrien renonce à son arsenal chimique : toutes les autres formes d’assassinat de masse restaient donc tolérées par le Président américain. Un million de morts et deux millions de réfugiés plus tard n’empêchent apparemment pas Barack Obama de dormir la nuit : il a d’autres priorités, tel lutter contre un hypothétique déréglement du climat ou faire fonctionner une assurance maladie, moralement juste et pratiquement dysfonctionnelle. On connaît les arguments pour ne pas intervenir en Syrie : il serait difficile de distinguer les bons et les mauvais Syriens, les démocrates authentiques et les islamistes cachés. Mais ce n’est pas l’analyse du sénateur John Mc Cain, plus compétent qu’Obama sur le sujet : lui réclame, en vain, que les États-Unis arment décemment les milices qui se battent sur les deux fronts, hostiles au régime de Assad et aux Islamistes soutenus par l’Iran. Par ailleurs, se laver les mains face au massacre des civils, comme les Occidentaux le firent naguère au Rwanda – et longtemps en Bosnie et au Kosovo – n’est jamais défendable. Il est parfaitement possible, aujourd’hui encore en Syrie, d’interdire le ciel aux avions de Assad qui bombardent les civils, de créer des couloirs humanitaires pour évacuer les civils, d’instaurer des zones de sécurité humanitaire. C’est ce que Obama refuse obstinément à Hollande. Comment expliquer cette obstination et cette indifférence d’Obama : ne regarde-t-il pas la télévision ? Il faut en conclure qu’il s’est installé dans un personnage, celui du Président pacifiste, celui qui aura retiré l’armée américaine d’Irak, bientôt d’Afghanistan et ne l’engagera sur aucun autre terrain d’opérations. Obama ignorerait-il qu’il existe des "guerres justes" ? Des guerres que l’on ne choisit pas et qu’il faut tout de même livrer, parce que le pacifisme, passé un certain seuil, devient meurtrier. "À quoi sert-il d’entretenir une si grande armée, si ce n’est pas pour s’en servir ?", avait demandé Madeleine Albright, Secrétaire d’État de Bill Clinton, au Général Colin Powell, un militaire notoirement frileux. Les États-Unis sont le gendarme du monde, la seule puissance qui compte : les armées russes et chinoises, par comparaison, sont des nains. On posera donc à Obama – si on le pouvait – la même question que celle de Madeleine Albright : "À quoi sert l’armée américaine et à quoi sert le Président Obama ?". Il est tout de même paradoxal que Hollande, un désastre en politique intérieure, pourrait passer dans l’Histoire comme celui qui aura dit Non à la barbarie et Barack Obama, Prix Nobel de la Paix, pour celui qui se sera couché devant les Barbares. Guy Sorman

Quand le pacifisme devient meurtrier …

Alors que, profitant des Jeux de Sotchi et au prix d’on ne sait encore combien de victimes et, sans compter la généralisation de la corruption ambiante, pour combien de temps …

L’Ukraine semble avoir réussi à reprendre sa liberté face au Big brother russe "dopé au gaz"

Et découvre, toutes proportions gardées, le Nerverland ceausescuien de leur ex-président …

Comment ne pas voir avec l’essayiste Guy Sorman …

Et après les manifestants iraniens de juin 2009, les Libyens et les Syriens depuis trois ans et maintenant l’Ukraine …

Sans compter, lâchement abandonnés à leur sort, les Irakiens et les Afghans  …

Cette forme potentiellement meurtrière du pacifisme …

Que semble avoir adopté pour marque de fabrique derrière ses liquidations ciblées et  ses grandes oreilles

Le plus rapide prix Nobel de la paix de l’histoire ?

Hollande, Obama et le pacifisme meurtrier

Guy Sorman

Le futur, c’est tout de suite

20.02.2014

Le chef de l’État français n’est pas le meilleur économiste de son temps ; il n’est ni Don Juan ni Casanova ; mais nul ne contestera sa détermination guerrière. Quand le Mali faillit tomber aux mains de bandes se réclamant de l’Islamisme, il n’hésita pas un instant à dépêcher l’armée française. L’opération était risquée, improvisée, appuyée par une logistique américaine insignifiante : mais ce fut un succès. De nouveau, en République Centre africaine, François Hollande a dépêché, sans tergiverser, des militaires français qui ont interdit un génocide des musulmans par des chrétiens. Les gouvernements européens furent spectateurs et Barack Obama, pesant le pour et le contre, restait l’indécis permanent.

L’Afrique serait-elle l’arrière-cour de l’armée française au point que les Américains considèrent qu’il lui appartient d’y maintenir l’ordre pour l’éternité ? Cette analyse passéiste n’est pas tenable parce que l’armée américaine, qu’on le veuille ou non, est seule au monde à disposer de la logistique nécessaire pour intervenir massivement, en tout lieu. Et l’armée américaine est déjà fort infiltrée en Afrique, au Sénégal en particulier, profitant d’un recul des moyens de la France.

Le manque de soutien des Américains aux Français est, en vérité, la marque de fabrique de Barack Obama : lui seul décide. Son comportement laisse plus pantois encore face au massacre des Syriens. On rappellera que, le 25 août 2013, François Hollande annonçait que l’armée française était au seuil d’une intervention en Syrie pour stopper les massacres. Il avait, à ce moment-là, l’aval de la Maison Blanche et les états-majors français et américains s’étaient concertés, les rôles étaient distribués. Hélas, une semaine plus tard, Barack Obama trahissait François Hollande – ce qui est commun dans les relations internationales – mais, bien pire, abandonnait le peuple syrien. Le Président américain avait trouvé une stratégie d’évitement pour ne pas intervenir, à condition que le gouvernement syrien renonce à son arsenal chimique : toutes les autres formes d’assassinat de masse restaient donc tolérées par le Président américain. Un million de morts et deux millions de réfugiés plus tard n’empêchent apparemment pas Barack Obama de dormir la nuit : il a d’autres priorités, tel lutter contre un hypothétique déréglement du climat ou faire fonctionner une assurance maladie, moralement juste et pratiquement dysfonctionnelle.

On connaît les arguments pour ne pas intervenir en Syrie : il serait difficile de distinguer les bons et les mauvais Syriens, les démocrates authentiques et les islamistes cachés. Mais ce n’est pas l’analyse du sénateur John Mc Cain, plus compétent qu’Obama sur le sujet : lui réclame, en vain, que les États-Unis arment décemment les milices qui se battent sur les deux fronts, hostiles au régime de Assad et aux Islamistes soutenus par l’Iran. Par ailleurs, se laver les mains face au massacre des civils, comme les Occidentaux le firent naguère au Rwanda – et longtemps en Bosnie et au Kosovo – n’est jamais défendable. Il est parfaitement possible, aujourd’hui encore en Syrie, d’interdire le ciel aux avions de Assad qui bombardent les civils, de créer des couloirs humanitaires pour évacuer les civils, d’instaurer des zones de sécurité humanitaire. C’est ce que Obama refuse obstinément à Hollande. Comment expliquer cette obstination et cette indifférence d’Obama : ne regarde-t-il pas la télévision ? Il faut en conclure qu’il s’est installé dans un personnage, celui du Président pacifiste, celui qui aura retiré l’armée américaine d’Irak, bientôt d’Afghanistan et ne l’engagera sur aucun autre terrain d’opérations. Obama ignorerait-il qu’il existe des "guerres justes" ? Des guerres que l’on ne choisit pas et qu’il faut tout de même livrer, parce que le pacifisme, passé un certain seuil, devient meurtrier. "À quoi sert-il d’entretenir une si grande armée, si ce n’est pas pour s’en servir ?", avait demandé Madeleine Albright, Secrétaire d’État de Bill Clinton, au Général Colin Powell, un militaire notoirement frileux. Les États-Unis sont le gendarme du monde, la seule puissance qui compte : les armées russes et chinoises, par comparaison, sont des nains. On posera donc à Obama – si on le pouvait – la même question que celle de Madeleine Albright : "À quoi sert l’armée américaine et à quoi sert le Président Obama ?". Il est tout de même paradoxal que Hollande, un désastre en politique intérieure, pourrait passer dans l’Histoire comme celui qui aura dit Non à la barbarie et Barack Obama, Prix Nobel de la Paix, pour celui qui se sera couché devant les Barbares.

Voir aussi:

Poutine, dopé au gaz

Guy Sorman

24.02.2014

Au long des Jeux Olympiques de Sotchi, seuls les athlètes auront été contrôlés pour dopage. Les chefs d’État ne devraient-ils pas également l’être ? Certains Jeux ne coutèrent rien au pays d’accueil, comme ceux d’Atlanta en 1996 ou de Salt Lake City en 2002, car entièrement autofinancés par le secteur privé. À l’inverse, des nations peu fortunées comme la Chine en 2008, la Grèce en 2004 et la Russie cette fois-ci, auront pulvérisé le record de la dépense publique pour épater le monde : 50 milliards de dollars pour Sotchi. Ne devrait-on pas fixer aux États les mêmes règles de bonne conduite qu’aux sportifs ? Car, un athlète qui se dope nuit peu, tandis qu’un Poutine appauvrit des millions de Russes ; de même que le gouvernement grec avait déclenché la faillite publique de son pays.

Déduire du succès logistique des Jeux de Sotchi, comme le souhaiterait Poutine, que la Russie a renoué avec la puissance et la prospérité, serait une grave erreur de jugement. Le financement de ces Jeux comme la croissance soutenue de l’économie russe depuis quinze ans, reposent entièrement sur une aubaine : une constante hausse du prix du gaz au bénéfice du Gasprom, une entreprise qui se confond avec l’État. Poutine est dopé au gaz. La Russie bénéficie d’une rente gazière, accessoirement pétrolière, à la manière de l’Arabie saoudite, du Qatar ou du Vénézuela. On rappellera d’ailleurs – ce fait reste peu connu – que la relative prospérité de l’Union soviétique dans les années 1960, dérivait aussi de cette rente minérale : quand, dans les années 1980, les prix des matières premières et de l’énergie exportée déclinèrent, ne permettant plus à l’URSS d’importer suffisamment pour nourrir le peuple, l’URSS s’effondra. Vladimir Poutine et nous tous, devrions nous souvenir de ce passé si proche et, plus généralement, nous remémorer ce que les économistes appellent la "malédiction des ressources naturelles".

Le gaz russe, le pétrole saoudien ou iranien, le soja argentin (justement surnommé "pétrole vert") confèrent une richesse provisoire, et plus encore l’illusion de la richesse. Cette illusion et l’argent facile que génère la rente minérale, dissuadent gouvernements et entrepreneurs d’innover et de se diversifier. En Russie, depuis que le prix du gaz monte, le pays ne cesse de se désindustrialiser : au pays de Poutine, il ne reste que des oligarques branchés sur les matières premières et de vastes supermarchés où tous les produits de consommation sont importés. La rente conduit aussi à des effets politiques notoires : en concentrant la richesse au sommet, elle perpétue les régimes autoritaires. Ceux qui sont assez astucieux pour redistribuer une partie de la rente (Poutine, la monarchie saoudienne, Chavez naguère, au Vénézuela, Nestor Kirchner, puis Cristina Fernandez en Argentine) se constituent une clientèle populaire qui soutient le despotisme redistributeur. Jusqu’au jour où les prix se retournent : ce qui, en ce moment même, est le cas sur le marché du soja et du gaz. Soudain, les gouvernements brésilien et argentin, privés de suffisamment de ressources à redistribuer, n’ont d’autres expédients que de fabriquer de la monnaie : avec l’inflation qui en résulte, leur chute est imminente. Un sort identique guette Poutine. La raison en est que les États-Unis, grâce à la technique de fracturation, mise au point par des entrepreneurs américains, sont en passe de devenir le premier producteur de gaz au monde. Partout, les prix commencent à baisser et ils baisseront plus encore quand les Américains exporteront ce gaz vers l’Europe. En Europe même, la Pologne, la Grande-Bretagne, la France (quand son gouvernement aura fait taire ses écologistes) deviendront des producteurs majeurs au détriment, là encore, de Gasprom.

La "malédiction des ressources naturelles" est cependant une théorie ambigue : elle laisserait supposer que leur absence est une bénédiction. S’il est vrai que la Corée du Sud ou Israël, par exemple, sont des succès économiques entièrement fondés sur l’absence de ressources naturelles, la Norvège, les États-Unis ou la Grande-Bretagne combinent habilement ressources naturelles et esprit d’entreprise. C’est donc l’esprit d’entreprise et la bonne gestion de l’État qui transforment les ressources naturelles soit en malédiction, soit en vitamines. S’il fallait parier sur l’avenir du modèle russo-poutinien, il me paraît condamné en moins de dix ans : Sotchi, à terme, apparaîtra comme la dernière fête avant l’extinction des feux et l’Histoire russe disqualifiera probablement Poutine pour dopage.

Voir également:

What can Ukraine expect from the West now?

Ukrainian Time

What can Ukraine expect from the West now?

Myroslav Marynovych

I write to you as a former prisoner of conscience of the Brezhnev era. All other titles are rapidly losing sense in light of the bleeding Ukrainian Maidan.

All my life I admired Western civilization as the realm of values. Now I am close to rephrasing Byron’s words: “Frailty, thy name is Europe!” But the strength of bitterness here is matched by the strength of our love for Europe.

If it still concerns anybody in decision-making circles, I will answer the question in the title.

First and foremost, stop “expressing deep concern”. All protestors on the Maidan have an allergy to this phrase, which in these circumstances has become senseless especially as all of the gangsters in the Ukrainian governmental gang enjoy mocking the helplessness of the EU.

Apply sanctions. Don’t waste time in searching for their Achilles’ heel: it is the money deposited in your banks. Execute your own laws and stop money laundering. The Europe we want to be part of can never degrade the absolute value of human lives in favor of an absolute importance of money.

Also cancel Western visas for all governmental gangsters and their families. It is a scandal that ordinary Ukrainians, living their simple lives, have to provide their ancestors’ family trees to obtain a visa, while ruling criminals guilty of murder, “disappearances”, and fraud in the eyes of the whole world, enjoy virtually free-entry status in Europe.

Do not listen to Yanukovych’s and Putin’s propagandistic sirens. Just put cotton in your ears. Be able to decode their lies; otherwise they will decode your ability to defend yourself.

Listen instead to the Ukrainian media sacrificing their journalists’ lives to get credible information. Do not rely so much upon the information provided by your special correspondents from other countries who come to Ukraine for a day or two. Hire Ukrainians who live in this country to translate the Ukrainian cry of pain. Secure money for that right now instead of waiting for funds from next year’s budget.

Come to Ukrainian hospitals and talk to the so-called “extremists” who want to “subvert the legitimately elected government,” those who have allegedly “cruelly beaten” policemen and “deliberately” blasted explosives to wound themselves. Yes, the face of war is cruel. But, arriving at the Maidan, these people repeated almost literally what King George VI said to his people on September 3, 1939: “We have been forced into a conflict, for we are called … to meet the challenge of a principle which, if it were to prevail, would be fatal to any civilized order in the world.”

Go out of your comfort zones! Just recall the coddled ancient Romans who refused to do that in time. Politely cajoling Putin won’t bring you security. Letting him take control over Ukraine could make world peace even more vulnerable. A Ukraine divided by force won’t bring the world peace, just as a Poland and Germany divided by force didn’t bring peace to the world.

Let us conclude in solidarity with the King and the Ukrainian people: “The task will be hard. There may be dark days ahead, and war can no longer be confined to the battlefield, but we can only do the right as we see the right, and reverently commit our cause to God. If one and all we keep resolutely faithful to it, ready for whatever service or sacrifice it may demand, then with God’s help, we shall prevail.”

Voir encore:

Putin Knows History Hasn’t Ended

Obama might like to pretend that geopolitics don’t matter, but the slaughter in Kiev shows how mistaken he is.

Walter Russel Meade

The WSJ

Feb. 20, 2014

The Ukrainian government’s assault on protesters in Kiev’s Independence Square over the past 48 hours shocked Europe and the world. The turmoil is also forcing both the European Union and the United States to re-examine some of their deepest assumptions about foreign policy in the post Cold War environment.

The Ukrainian crisis started last fall, when EU ministers thought Ukraine was about to sign an Association Agreement that would have begun the process of economic integration between Europe’s second-largest country and the European Union. This would have been a decisive step for Ukraine. Long hesitating between Moscow and Brussels, Ukraine would have seen the Association Agreement put it firmly on a Western path. That Ukrainian President Viktor Yanukovych, whose political support is rooted in the Russia-leaning half of the country, seemed prepared to take this step was particularly significant. It looked as if both halves of Ukraine had reached a consensus that the future lay with the West.

But the diplomats in Brussels and Washington forgot to factor one man into their calculations. For Russia’s President Vladimir Putin, the prospect that a united Ukraine might desert Russia and join Europe is completely unacceptable. Mr. Putin saw the West’s overtures to Ukraine as an existential threat to Russia’s great power status and his own political position. Sensing that the West was unprepared and unfocused, he moved quickly and effectively to block the wedding by offering Mr. Yanukovych $15 billion to leave the Europeans standing at the altar.

European diplomats were flummoxed. Far from anticipating Putin’s intervention, they thought Mr. Yanukovych was hungry enough for an EU agreement that they could force him to free his imprisoned political rival, Yulia Tymoshenko, as the price of the trade deal. These days, nothing much is heard about Ms. Tymoshenko—who was jailed in 2011 on charges of abusing power and embezzlement, after what many observers say was a politicized process—and the Europeans are scrambling, in their slow and bureaucratic way, to sweeten their offer and lure Ukraine back to the wedding chapel.

Washington was no better prepared. Between pivoting to Asia and coping with various crises in the Middle East, the Obama administration hadn’t deigned to engage seriously until Mr. Putin knocked the EU plan off course.

Inside Ukraine, Mr. Yanukovych’s reversal on Europe broke the fragile national consensus. Few countries had as wretched a 20th century as Ukraine. World War I, the Russian Civil War, the mass starvation and political purges of the Stalin era, the genocidal violence of World War II: wave after wave of mass death rolled over the land. The western half of the country sees Moscow as a hostile, rapacious power and believes—correctly—that Mr. Putin’s vision for their country will involve the loss of democratic freedoms and destroy any hope of establishing the rule of law and transparent institutions, or of joining the EU.

The eastern half is not so sure. Trade and cultural connections with Russia are stronger than they are with Europe, and while the EU is a good market for Ukrainian raw materials, Russia is willing to buy Ukrainian manufactured and consumer goods that Europe doesn’t much want.

Meanwhile, given Ukraine’s tormented history and the post-Soviet legacy of criminal oligarchs and corruption, the country’s weak institutions lack the legitimacy and perhaps the competence to manage deep conflicts like the one now shaking the nation. Political movements in both halves of the country have ties to shady figures, and the horrors of the past have left a residue of ethnic hatreds and conspiracy theories on both sides of the current divide.

For Mr. Putin, this is of little moment. With Ukraine, Russia can at least aspire to great power status and can hope to build a power center between the EU and China that can stand on something approaching equal terms with both. If, on the other hand, the verdict of 1989 and the Soviet collapse becomes final, Russia must come to terms with the same kind of loss of empire and stature that Britain, France and Spain have faced. Mr. Putin’s standing at home will be sharply, and perhaps decisively, diminished.

Both the EU and the U.S. made a historic blunder by underestimating Russia’s reaction to the Ukrainian trade agreement. Mr. Putin cannot let Ukraine slip out of Russia’s sphere without throwing everything he has into the fight. As I wrote last fall, the EU brought a baguette to a knife fight, and the bloody result is on the streets of Kiev.

The policy of detaching Ukraine from Russia should either have been pursued with enormous determination and focus—and an irresistible array of economic and political instruments of persuasion—or it should not have been pursued at all. While Mr. Putin and the Ukrainian government have turned a problem into a crisis, some responsibility for the deaths in Ukraine lies at the doors of those who blithely embarked on a dangerous journey without assessing the risks.

Neither the American policy makers nor the European ones who stumbled into this bear trap are stupid, but this episode is confirmation that the problem that has haunted Western statesmanship since 1989 is still with us. Both President Obama and the many-headed collection of committees that constitutes the decision-making apparatus of the EU believe that the end of the Cold War meant an end to geopolitics.

This helps explain why American diplomacy these days is about order and norms. The objectives are global: an environmental climate treaty, the abolition of nuclear weapons, the creation of new global governance mechanisms like the G-20, the further expansion of free trade agreements, and so on. When the U.S. voices its objections—to Bashar Assad’s slaughter in Syria, say, or to the Ukrainian crackdown this week—they are stated in terms of global norms. And so U.S. diplomacy with Russia has focused on order-building questions like nonproliferation, while gravely underestimating the degree to which Russia’s geopolitical interests conflict with those of the U.S.

This is not so much an intellectual error as a political miscalculation. For American and European policy makers, the 1989 geopolitical settlement of the Cold War seemed both desirable and irreversible. Powers like Russia, China and Iran, who might be dissatisfied with either the boundaries or the legal and moral norms that characterized the post-Cold War world, lacked the power to do anything about it. This outlook is Francis Fukuyama’s "The End of History" on steroids: Humanity had not only discovered the forms of government and economic organization under which it would proceed from here on out, it had found the national boundaries and the hierarchy of states that would last indefinitely.

There are many things that Vladimir Putin doesn’t understand, but geopolitics isn’t one of them. His ability to identify and exploit the difference between the West’s rhetoric and its capabilities and intentions has allowed him to stop NATO expansion, split Georgia, subject Washington to serial humiliations in Syria and, now, to bring chaos to Ukraine.

Mr. Putin is a master of a game that the West doesn’t want to play, and as a result he’s won game after game with weak cards. He cannot use smoke and mirrors to elevate Russia back into superpower rank, and bringing a peaceful Ukraine back into the Kremlin’s tight embrace is also probably beyond him.

But as long as the West, beguiled by dreams of win-win solutions, fails to grapple effectively in the muddy, zero-sum world of classic geopolitics, Mr. Putin and his fellow revisionists in Beijing and Tehran will continue to wreak havoc with Western designs.

Mr. Mead is a professor of foreign affairs and humanities at Bard College and editor at large of the American Interest.

 Voir de même:

Why Putin Wants Ukraine

He sees a timid West and the chance to rebuild Greater Russia.

The WSJ

Feb. 21, 2014

The Sochi Olympics have showcased the face of Russia that President Vladimir Putin wants the world to see—spanking new, an international crossroads, and a revived global power. This is a comely veneer. The real Russia is on display this week in Kiev, where Ukraine’s government prodded by the Kremlin is attacking peaceful protestors with guns and truncheons. This is the Russia that the West needs to understand and resist.

The central fact of the Ukraine crisis is that it has been created and stoked from Moscow. Last autumn Russia’s President leaned on Ukraine President Viktor Yanukovych to reject a trade association with the European Union in favor of one with Russia. After protests broke out in response, Mr. Putin offered the Ukraine government a $15 billion bailout. Russia then prodded the pro-Russian parliament in Kiev to pass antiprotest laws.

As the protests escalated and Mr. Yanukovych wavered, Russia froze its aid. Last week Mr. Yanukovych met Mr. Putin in Sochi, Russia released $2 billion on Monday, and Ukrainian forces began their violent crackdown on the protestors in Independence Square on Tuesday. Mr. Putin’s response was to blame the opposition for "an attempt to carry out a coup" and encourage the regime.

None of this Russian behavior should be a surprise. Mr. Putin’s regional ambitions have been apparent since the middle of the last decade. Yet Western leaders have refused to face this reality, offering displays of pleading and pliancy that have only encouraged Mr. Putin to press his agenda.

President George W. Bush looked into Mr. Putin’s soul and tried to charm him into mutual cooperation. In 2008 the West bent to Moscow by letting NATO shelve its "membership action plan" for Ukraine and Georgia. Mr. Bush and Europe were rewarded with Russia’s invasion of pro-Western Georgia and the confiscation of part of Georgian territory that it still hasn’t returned.

President Obama entered office blaming Mr. Putin’s behavior on Mr. Bush and pushing his famous "reset" of U.S.-Russian relations. A short era of forced good feeling led to an arms-control deal that failed to address Russia’s short-range tactical missiles, even as Russia began to cheat on the medium-range missile accord from the Reagan years.

Mr. Putin’s foreign policy goal has been to undermine U.S. interests at every turn. He has sought to stop missile defenses in Europe that are aimed at Iran. He has blocked United Nations action against Syria, armed Bashar Assad, and then leapt on Mr. Obama’s political panic over bombing Damascus to guarantee no U.S. attack in return for a promise to remove Assad’s chemical weapons. The chemical weapons are still there, and Assad has accelerated his military offensive.

Mr. Putin’s agenda in Ukraine is part of his larger plans to solidify his own authoritarian control and revive Greater Russia. Without Ukraine, the most important of the former Soviet satellites, a new Russian empire is impossible. With Ukraine, Greater Russia sits on the border of the EU. If Ukraine moves toward Europe with a president who isn’t a Russian satrap, it also sets a democratic example for Russians. The world is seeing that Mr. Putin will do what it takes to stop such an event, even if it risks a civil war in Ukraine.

The Russian is willing to play this rough because he sees Western weakness. The EU is hopeless, led by a Germany so comfortable in its pacifism that it won’t risk even a diplomatic confrontation. As for the U.S., it’s no coincidence that Mr. Putin asserted himself in Ukraine not long after Mr. Obama retreated in humiliating fashion from his "red line" in Syria. As always in history, such timidity invites the aggression it purports to prevent. If this American President won’t even bomb Damascus airfields to stop the use of chemical weapons, why would Mr. Putin think Mr. Obama would do anything for eastern Europe?

Perhaps the Moscow veil is now falling from White House eyes, with Mr. Obama’s vow on Wednesday of "consequences" if Ukraine continues its crackdown. That was a day before at least 50 more were killed as a truce collapsed. The U.S. has revoked the visas of 20 Ukrainian officials without releasing the names. But this will not deter the Kremlin.

The U.S. also needs to freeze the assets of Ukraine’s regime and of its oligarch supporters. Even a month ago it might have been possible to wait until elections scheduled for 2015, but at this stage early elections are also needed to resolve the standoff and restore legitimacy to the Ukraine government.

The point is to make the regime’s supporters choose. Side with Russia and your prospects in the West will be limited. Push for free elections and the opening to Europe, and greater prosperity will be possible.

No one wants a new Cold War, but no one should want a civil war in Eastern Europe either. Yet that is where Mr. Putin’s intervention and Western passivity are leading. Mr. Obama may still be able to stop it if he finally admits Vladimir Putin’s deep hostility to a free and democratic Europe and clearly tells protesting Ukrainians that we’re on their side.

Voir aussi:

Obama’s Foreign Policy: Enemy Action

Bruce S. Thornton

FrontPage Magazine

February 18, 2014

It’s often hard to determine whether a series of bad policies results from stupidity or malicious intent. Occam’s razor suggests that the former is the more likely explanation, as conspiracies assume a high degree of intelligence, complex organization, and secrecy among a large number of people, qualities that usually are much less frequent than the simple stupidity, disorganization, and inability to keep a secret more typical of our species. Yet surveying the nearly 6 years of Obama’s disastrous foreign policy blunders, I’m starting to lean towards Goldfinger’s Chicago mob-wisdom: “Once is happenstance. Twice is coincidence. Three times, it’s enemy action.”

Obama’s ineptitude started with his general foreign policy philosophy. George Bush, so the narrative went, was a trigger-happy, unilateralist, blundering, “dead or alive” cowboy who rushed into an unnecessary war in Iraq after alienating our allies and insulting the Muslim world. Obama pledged to be different. As a Los Angeles Times editorial advised him in January 2009, “The Bush years, defined by ultimatums and unilateral actions around the world, must be brought to a swift close with a renewed emphasis on diplomacy, consultation and the forging of broad international coalitions.” Obama eagerly took this advice, reaching out not just to our allies, but also to sworn enemies like Syria, Venezuela, and Iran, and serially bowing to various potentates around the globe. He went on the apology tour, in which he confessed America’s “arrogant, dismissive, derisive” behavior and the “darker periods in our history.” And he followed up by initiating America’s retreat from international affairs, “leading from behind,” appeasing our enemies, and using rhetorical bluster as a substitute for coherent, forceful action. Here follow 3 of the many mistakes that suggest something other than inexperience and a lack of knowledge is driving Obama’s policies.

Russia

Remember the “reset” button Obama offered to Russia? In September 2009 he made a down payment on this policy by reversing George Bush’s plan to station a radar facility in the Czech Republic and 10 ground-based missile interceptors in Poland. Russia had complained about these defensive installations, even though they didn’t threaten Russian territory. So to appease the Russians, Obama abandoned Poland and the Czech Republic, who still live in the dark shadow of their more powerful former oppressors, while Russia’s Iranian clients were emboldened by their patron’s ability to make the superpower Americans back down. As George Marshall Fund fellow David J. Kramer prophesized at the time, Obama’s caving “to Russian pressure . . . will encourage leaders in Moscow to engage in more loud complaining and bully tactics (such as threatening Iskander missiles against the Poles and Czechs) because such behavior gets desired results.”

Obama followed up this blunder with the New START arms reduction treaty with Russia signed in 2010. This agreement didn’t include tactical nuclear weapons, leaving the Russians with a 10-1 advantage. Multiple warheads deployed on a missile were counted as one for purposes of the treaty, which meant that the Russians could exceed the 1550 limit. Numerous other problems plague this treaty, but the worst is the dependence on Russian honesty to comply with its terms. Yet as Keith B. Payne and Mark B. Schneider have written recently, for years Russia has serially violated the terms of every arms-control treaty it has signed, for obvious reasons: “These Russian actions demonstrate the importance the Kremlin attaches to its new nuclear-strike capabilities. They also show how little importance the Putin regime attaches to complying with agreements that interfere with those capabilities. Russia not only seems intent on creating new nuclear- and conventional-strike capabilities against U.S. allies and friends. It has made explicit threats against some of them in recent years.” Busy pushing the reset button, Obama has ignored all this cheating. Nor did Obama’s 2012 appeasing pledge to outgoing Russian President Dmitri Medvedev–– that after the election he would “have more flexibility” about the proposed European-based anti-missile defense system angering Russia––could convince Vladimir Putin to play ball with the U.S. on Iran and Syria. Obama’s groveling “reset” outreach has merely emboldened Russia to expand its influence and that of its satellites like Iran and Syria, at the expense of the interests and security of America and its allies.

Syria

Syria is another American enemy Obama thought his charm offensive could win over. To do so he had to ignore Syria’s long history of supporting terrorists outfits like Hezbollah, murdering its sectarian and political rivals, assassinating Lebanon’s anti-Syrian Prime Minister Rafiq Hariri in 2005, and facilitating the transit of jihadists–– during one period over 90% of foreign fighters–– into Iraq to kill Americans. Yet Obama sent diplomatic officials on 6 trips to Syria in an attempt to make strongman Bashar al Assad play nice. In return, in 2010 Assad hosted a cozy conference with Hezbollah terrorist leader Hassan Nasrallah and the genocidal Iranian president Mahmoud Ahmadinejad, where they discussed “a Middle East without Zionists and without colonialists.” Despite such rhetoric, even as the uprising against Assad was unfolding in March 2011, Secretary of State Clinton said, “There’s a different leader in Syria now. Many of the members of Congress of both parties who have gone to Syria in recent months have said they believe he’s a reformer.”

In response to the growing resistance against the “reformer” Assad, Obama once again relied on blustering rhetoric rather than timely action to bring down an enemy of the U.S. Sanctions and Executive Orders flew thick and fast, but no military aid was provided to Assad’s opponents, the moderates soon to be marginalized by foreign terrorists armed by Iran. As time passed, more Syrians died and more terrorists filtered into Syria, while Obama responded with toothless tough rhetoric, proclaiming, “For the sake of the Syrian people, the time has come for President Assad to step aside.” Equally ineffective was Obama’s talk in 2012 of a “red line” and “game-changer” if Assad used chemical weapons. Assad, obviously undeterred by threats from the world’s greatest military power, proceeded to use chemical weapons. Obama threatened military action, only to back down on the excuse that he needed the permission of Congress. Instead, partnering with the Russian wolf his own weakness had empowered, he brokered a deal that in effect gave Assad a free hand to bomb cities and kill civilians at the price of promising to surrender his chemical stockpiles. The butcher Assad magically changed from a pariah who had to go, into a legitimate partner of the United States, one whose cooperation we depend on for implementing the agreement. Given such cover, he has continued to slaughter his enemies and provide invaluable battlefield experience to tens of thousands of terrorist fighters.

Of course, without the threat of military punishment for violating the terms of the agreement­­––punishment vetoed by new regional player Russia––the treaty is worthless. Sure enough, this month we learned that Assad is dragging his feet, missing a deadline for turning over his weapons, while surrendering so far just 5% of his stockpiles. And those are just the weapons he has acknowledged possessing. In response, Secretary of State John Kerry has blustered, “Bashar al-Assad is not, in our judgment, fully in compliance because of the timing and the delays that have taken place contrary to the [Organization for the Prohibition of Chemical Weapons]’s judgment that this could move faster. So the options are all the options that originally existed. No option has been taken off the table.” You can hear Assad, Rouhani, Nasrallah, and Putin rolling on the ground laughing their you-know-what’s off over that empty threat.

Iran

Now we come to the biggest piece of evidence for divining Obama’s motives, Iran. The Islamic Republic has been an inveterate enemy of this country since the revolution in 1979, with 35 years of American blood on its hands to prove it. Even today Iranian agents are facilitating with training and materiel the killing of Americans in Afghanistan. The regime is the biggest and most lethal state sponsor of terrorism, and proclaims proudly a genocidal, anti-Semitic ideology against Israel, our most loyal ally in the region. And it regularly reminds us that we are its enemy against whom it has repeatedly declared war, most recently in February when demonstrations celebrated the anniversary of the revolution with signs reading, “Hey, America!! Be angry with us and die due to your anger! Down with U.S.A.” At the same time, two Iranian warships crowded our maritime borders in the Atlantic, and state television broadcast a documentary simulating attacks on U.S. aircraft carriers.

Despite that long record of murder and hatred, when he first came into office, Obama made Iran a particular object of his diplomatic “outreach.” He “bent over backwards,” as he put it, “extending his hand” to the mullahs “without preconditions,” going so far as to keep silent in June 2009 as they brutally suppressed protests against the stolen presidential election. But the mullahs contemptuously dismissed all these overtures. In response, Obama issued a series of “deadlines” for Iran to come clean on its weapons programs, more bluster the regime ignored, while Obama assured them that “We remain committed to serious, meaningful engagement with Iran.” Just as with Russia and Syria, still more big talk about “all options are on the table” for preventing the mullahs from acquiring nuclear weapons has been scorned by the regime.

Doubling down on this failed policy, Obama along with the Europeans gambled that sanctions would bring Iran to its knees before it reached breakout capability for producing a weapon. Odds of success were questionable, but just as the sanctions appeared to be pushing the Iranian economy, and perhaps the regime, to collapse, in November of last year Obama entered into negotiations that resulted in a disastrous agreement that trades sanction relief for empty promises. This deal ensures that Iran will become a nuclear power, since the agreement allows Iran to continue to enrich uranium in violation of numerous U.N. Security Council Resolutions. Finally, in an act of criminal incoherence, Obama threatened to veto any Congressional legislation imposing meaningful economic punishment for future Iranian cheating and intransigence.

Given this “abject surrender,” as former U.N. Ambassador John Bolton called it, it’s no surprise that the Iranians are trumpeting the agreement as a victory: “In this agreement, the right of Iranian nation to enrich uranium was accepted by world powers,” the “moderate reformer” Iranian president Hassan Rouhani bragged. “With this agreement … the architecture of sanctions will begin to break down.” Iranian foreign minister Mohammed Javad Zarif, agreed: “None of the enrichment centers will be closed and Fordow and Natanz will continue their work and the Arak heavy water program will continue in its present form and no material (enriched uranium stockpiles) will be taken out of the country and all the enriched materials will remain inside the country. The current sanctions will move towards decrease, no sanctions will be imposed and Iran’s financial resources will return.” Memo to Mr. Obama: when the adversary loudly brags that the agreement benefits him, you’d better reexamine the terms of the deal.

As it stands today, the sanction regime is unraveling even as we speak, while the Iranians are within months of nuclear breakout capacity. Meanwhile the economic pain that was starting to change Iranian behavior is receding. According to the International Monetary Fund, Iran’s economy is projected to grow 2% in fiscal year 2014-15, compared to a 2% contraction this year. Inflation has dropped over 10 points since last year. Global businesses are flocking to Tehran to cut deals, while Obama blusters that “we will come down on [sanctions violators] like a ton of bricks.” Add that dull cliché to “red line,” “game-changer,” and the other empty threats that comprise the whole of Obama’s foreign policy.

These foreign policy blunders and numerous others––especially the loss of critical ally Egypt–– reflect ideological delusions that go beyond Obama. The notion that aggressors can be tamed and managed with diplomatic engagement has long been a convenient cover for a political unwillingness to take military action with all its dangers and risks. Crypto-pacifist Democrats are particularly fond of the magical thinking that international organizations, summits, “shuttle diplomacy,” conferences, and other photogenic confabs can substitute for force.

But progressive talk of “multilateralism” and “diplomatic engagement” hides something else: the Oliver Stone/Howard Zinn/Noam Chomsky/Richard Falk self-loathing narrative that the United States is a force of evil in the world, a neo-colonialist, neo-imperialist, predatory capitalist oppressor responsible for the misery and tyranny afflicting the globe. Given that America’s power is corrupt, we need a foreign policy of withdrawal, retreat, and apologetic humility, with our national sovereignty subjected to transnational institutions like the U.N., the International Court of Justice, and the European Court of Human Rights ––exactly the program that Obama has been working on for the last 5 years. Given the damage such policies are serially inflicting on our security and interests, it starts to make sense that inexperience or stupidity is not as cogent an explanation as enemy action.

Voir enfin:

Game of Thrones

Sotchi, retour de la Russie : 25 ans après la chute du mur de Berlin, l’ancien empire soviétique a-t-il vraiment retrouvé sa puissance ?

Les Jeux Olympiques de Sotchi inaugurés le 7 février se veulent une démonstration de puissance pour la Russie, qui déploie aussi sa force sur le plan diplomatique. Mais, entre démographie en déclin, économie fragile et crise sociale, la Russie a-t-elle vraiment les moyens de son ambition ?

Atlantico

10 février 2014

Atlantico : Les jeux olympiques de Sotchi, suivis par la coupe de monde de football de 2018 en Russie marquent-ils le retour de l’ancien empire soviétique sur le devant de la scène internationale ? Après l’effondrement de l’URSS, l’ancien empire russe a-t-il vraiment retrouvé sa puissance ?

Alexandre Melnik : Relativisons les choses. Je vais inscrire votre question dans un large contexte géopolitique, en ce début du XXIe siècle.

Ces deux événements sportifs à résonance planétaire, dont l’organisation a été attribuée par ce qu’on appelle la « communauté internationale » à la Russie – au même titre que la Coupe du monde de football de l’été prochain et les JO de 2016 qui se dérouleront au Brésil – marquent, avant tout, un bouleversement des équilibres globaux dans un monde, où l’Occident perd son « monopole de l’Histoire » (qu’il détenait depuis la Renaissance de la fin XVe siècle), et cela, à la faveur des nouveaux « pôles d’excellence ». Oublions le vocable, déjà obsolète, « pays émergents », et apprenons à utiliser, en anticipant le cours des événements, l’expression qui correspond mieux à la réalité – « nouveau leadership du XXIe siècle ». Au fond, il s’agit des nouvelles puissances montantes (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, etc.) qui, assoiffées de succès après une longue période de bridage de leurs moteurs économiques et géopolitiques, dotées d’un fort potentiel de développement, s’installent graduellement aux manettes décisionnelles de la globalisation en cours, sans pour autant adopter les modes de pensée et de fonctionnement, ainsi que des valeurs, propres aux pays occidentaux, en perte de vitesse. C’est une nouvelle tendance lourde de l’évolution du monde, dont profite la Russie actuelle – nationaliste, volontariste, alliant une certaine opulence économique et l’évidente indigence démocratique. Deux décennies après la chute du communisme, elle revient en force sur l’arène internationale, en profitant du reflux de l’Occident et de la mollesse de ses dirigeants politiques.

Dans cette optique, les JO de Sotchi ne font que confirmer son rôle d’un incontournable global player – une évidence déjà éclatée au grand jour au cours de l’année passée – sur les dossiers internationaux majeurs : la Syrie, l’Iran, l’Ukraine. Et ce, à un moment où le sport, ce traditionnel vecteur de rassemblement de l’Humanité à l’occasion des Olympiades, devient un langage universel, dont parle en direct toute notre planète, de plus en plus interconnectée et aplatie par les nouvelles technologies qui effacent les frontières. La réunion des meilleurs sportifs au bord de la Mer Noire s’apparente donc aujourd’hui à une caméra loupe braquée sur les nouvelles métamorphoses géopolitiques, favorables à la Russie. Un phénomène tout récent, à ne pas confondre avec le « retour de l’empire soviétique », car l’idéologie communiste, qui cimentait cet empire, appartient déjà aux archives d’une époque définitivement révolue, avec son vocabulaire archaïque, qui ne correspond plus aux nouveaux enjeux.

Jean-Sylvestre Mongrenier : Je commencerai par deux remarques préalables. Quand bien même l’URSS avait-elle recouvré, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’enveloppe spatiale de la Russie des tsars, elle ne constituait pas pour autant un empire stricto sensu. Au sens traditionnel du terme, l’Empire désigne une forme d’autorité spirituelle qui transcende les souverainetés temporelles (voir le Saint Empire), l’Empereur étant un « roi des rois ». Or, l’URSS était une idéocratie fondée sur la négation de toute vraie spiritualité, le marxisme-léninisme prétendant que les activités humaines d’ordre supérieur ne sont que le simple reflet des rapports de production au sein des sociétés humaines. D’autre part, s’il y a bien des éléments de continuité entre la « Russie-Soviétie » d’avant 1991 et la « Russie-Eurasie » de Vladimir Poutine, cette dernière n’est pas continuatrice pure et simple de l’ex-URSS. Au total, quinze Etats sont issus de la dislocation de l’URSS et chacun d’entre eux a sa légitimité propre. Quant à la Russie, si elle est effectivement marquée par une forme d’« ostalgie » et de dangereuses rémanences soviétiques, elle n’est pas l’URSS.

Retour sur le plan international ? En fait, la Russie des années 1990 n’avait pas disparu de la scène. Ne serait-ce que par l’ampleur des défis soulevés par la dislocation de l’URSS, les rebondissements de la vie politique russe et le pouvoir d’empêchement de Moscou, sur le plan international, la Russie conservait une visibilité certaine. La « transition » de la Russie post-soviétique vers la démocratie libérale et l’économie de marché était un thème important de l’époque dans les rubriques internationales et les négociations entre Moscou et le FMI étaient attentivement suivies par les médias. Au milieu des années 1990, Boris Eltsine avait même obtenu que la Russie soit associée au G-7, celui-ci devenant alors le G-8. Des partenariats spécifiques avaient été négociés avec l’UE et l’OTAN. C’est aussi dès le début des années 1990 que les dirigeants russes mettent en avant la notion d’« étranger proche » (1992) et sur ce thème, Eltsine admonestait son ministre des Affaires étrangères. Il ne faut donc pas exagérer l’effacement de la Russie des années Eltsine.

De fait, les Jeux olympiques de Moscou ont été pensés comme la mise en scène du retour de la Russie sur la scène internationale. Le thème est martelé par Poutine depuis le milieu des années 2000, alors que l’unité avec l’Occident sur la question du terrorisme international s’efface derrière d’autres enjeux, plus prégnants pour la direction russe : la guerre en Irak, l’élargissement à l’Europe centrale et orientale des instances euro-atlantiques (UE et OTAN), les « révolutions de couleur » en Géorgie puis en Ukraine… Les « révolutions de couleur » ont été essentielles dans le processus. De ces mouvements de contestation civique contre les manipulations électorales des pouvoirs en place en Géorgie et en Ukraine, certains officiels russes ont pu dire que c’était leur « 11 septembre » !

C’est à la suite du discours de Munich (février 2007) et de la guerre russo-géorgienne (août 2008) que ce « retour » s’est fait offensif. Ces derniers mois, l’accord américano-russe sur le désarmement chimique de la Syrie (septembre 2013), puis la volte-face de Ianoukovitch et la signature d’un « partenariat stratégique » entre l’Ukraine et la Russie (décembre 2013) ont même été à l’origine de discours sur le « triomphe » de Poutine. Si l’on va au-delà des apparences (Obama hésitant, Poutine impassible), ce n’est guère évident. Au Proche-Orient, on peut se demander si la diplomatie Obama, guère empressée d’intervenir en Syrie, ne s’appuie pas sur la Russie pour « geler » cette question et se concentrer sur des défis d’une autre ampleur. Quant à l’Ukraine, il suffit de considérer la situation du pays : pressions occultes, manœuvres et coups tactiques ne font pas une victoire stratégique et politique. Le cas de l’Ukraine montre qu’il sera difficile de restaurer une domination russe sur l’« étranger proche ».

Alexandre Del Valle : Je ne pense pas que les Jeux Olympiques marquent en soi le retour d’un pays sur la scène internationale, mais cela constitue sans aucun doute un passage obligé dans le monde hyperconnecté qui est le nôtre pour tout pays qui tente d’améliorer son image et de prouver qu’il fait partie des puissances de poids. Dans le cas russe, le fait d’organiser les Jeux olympiques les plus chers du monde est bien entendu pour Poutine, qui a été très sévèrement critiqué depuis le début de son règne et surtout depuis l’affaire syrienne, une façon de montrer que le monde doit tenir compte de la Russie, qu’elle renaît de ses cendres et que son leader est un homme incontournable, comme on l’a bien vu dans le cas de la crise syrienne. De plus, le fait d’accueillir les jeux est toujours une occasion unique pour promouvoir son pays, quel qu’il soit et pour profiter d’une tribune “universelle”, planétaire, unique. Une occasion à ne pas manquer, qui explique que le Président Poutine ait tout fait pour que son pays soit élu.

La Russie a-t-elle vraiment les moyens de son ambition ? D’un point de vue économique ? Du point de vue de sa production industrielle ? Du point de vue militaire ? Diplomatique ? De sa démographie en déclin ? De l’espérance de vie de sa population ?

Jean-Sylvestre Mongrenier : Dopés par l’affolement des marchés pendant les années 2000, les revenus provenant des exportations de pétrole et de gaz ont permis une forte augmentation du PIB global et du revenu per capita. Cette rente a été mise à profit pour désendetter le pays, ce qui est bien avisé et méritoire. Cependant, les réformes structurelles requises pour assurer un développement durable et se projeter dans le nouveau siècle n’ont pas été menées. Pour parler comme les marxistes des années 1960-1970, le système économique russe est une forme de « capitalisme monopolistique d’Etat » dans lequel la richesse et la puissance sont confisquées par les clans qui gravitent autour du Kremlin. Cet « autoritarisme patrimonial » est animé par une logique de prédation qui nuit à l’efficacité économique et les caractéristiques de ce système de pouvoir excluent toute réforme un tant soit peu ambitieuse (les hommes au pouvoir ne vont pas scier la branche sur laquelle ils sont assis). Le peu de consistance des droits de propriété dans ce système, la corruption et le déplorable climat des affaires entraînent la fuite des capitaux hors de Russie. L’an passé, la crise financière de Chypre a mis en évidence ce phénomène.

Au total, la Russie n’est donc pas une « puissance émergente » et son économie ne repose guère que sur l’exportation des produits de base, auxquels il faut toutefois ajouter les ventes d’armes et le nucléaire civil. Alors que le baril de pétrole reste à des niveaux élevés, la croissance économique russe est tombée à 1,3 % en 2013 (7 à 8 % l’an dans les années qui précèdent 2008). La situation pourrait s’aggraver avec la crise des devises des pays dits « émergents », la restriction des liquidités injectées par la Fed (la banque centrale des Etats-Unis) et ses effets révélant les faiblesses des modèles de croissance de ces pays. Dans le cas russe, cela pourrait avoir un impact sur la vie politique. En effet, l’apathie politique russe s’explique par un contrat tacite entre la population et le système de pouvoir : les Russes acceptent le pouvoir de Poutine, pour autant que la croissance économique assure l’amélioration du niveau de vie et l’accès à la « société d’abondance ». Sur le plan de la puissance, le « système russe » repose sur une sorte de triangle entre l’énergie, l’armée et le statut international : les pétro-dollars financent les dépenses militaires qui contribuent à restaurer le rôle international de la Russie et son prestige. Aussi le fort ralentissement de la croissance économique pourrait-il menacer ce « système ». Enfin, la démographie et l’état sanitaire du pays révèlent l’ampleur des défis à relever, mais il a été décidé de baisser ce type de dépenses, au bénéfice du budget militaire.

Sur le plan militaire, précédemment évoqué, Poutine a lancé une réforme des armées, en 2008, avec pour objectifs la professionnalisation des personnels et la restauration des capacités d’intervention. En 2011, il a tranché entre les « civilniki » et les « siloviki », au bénéfice des seconds, et il a décidé un vaste programme de réarmement censé mobiliser 600 milliards de dollars d’ici 2020. L’enjeu est tout à la fois de renouveler l’arsenal nucléaire stratégique et de moderniser l’appareil militaire classique (conventionnel). Cet appareil militaire est dimensionné pour permettre des interventions dans l’ « étranger proche », en cohérence avec le projet politique d’Union eurasienne. Notons à ce propos que les sites militaires russes à l’étranger sont tous situés dans l’aire post-soviétique, à l’exception du port syrien de Tartous, seule empreinte militaire permanente dans l’« étranger lointain » (ladite base navale se résume à un bateau-atelier avec quelque 100-200 militaires et techniciens russes). Le budget militaire russe (près de 80 milliards d’euros en 2013) est conséquent et il dépasse largement celui de la France (la loi de programmation militaire prévoit 31,4 milliards d’euros par an pour la période 2014-2020). S’il faut être vigilant sur la reconstitution d’une certaine puissance militaire russe, il est nécessaire d’avoir en tête l’immensité du territoire et l’extrême longueur des frontières (plus de 20. 000 km de frontières terrestres, auxquels il faut ajouter les délimitations maritimes). Dans notre âge global et hyper-technologique, l’espace géographique peut aussi être un réducteur de puissance.

Alexandre Melnik : Dans la suite de mon raisonnement, qui vise à transcender le diktat de l’immédiat et à tracer une perspective à long terme, je pense que, pour imprimer de son empreinte le XXIe siècle, à la (de)mesure de son ambition quasi-messianique, la Russie doit affronter, en toute lucidité et sans plus tarder, sept défis clés.

1. Inverser la courbe démographique défavorable, car, malgré quelques signes d’amélioration observés ces deux dernières années dans les villes les plus dynamiques (Moscou, Saint-Pétersbourg, Samara, Ekaterinbourg), la Russie, bien que devenue un pays d’immigration (et non d’émigration), continue à perdre une partie importante de sa population, à l’échelle nationale. Alors qu’aucun pays ne peut réussir sans avoir une démographie saine et équilibrée.

2. Sortir de son auto-isolement international, dans lequel l’enfonce son actuel mode de gouvernance, en proie à une mentalité de la forteresse assiégée qui confine à la psychose obsidionale. La Russie n’avancera pas tant elle restera crispée dans sa diabolisation de l’Occident et sa virulente rhétorique anti-américaine, à la limite de la provocation ; les esprits du leadership politique russe sont pollués par la théorie d’un complot d’un autre âge.

3. Dissiper le brouillard de la confusion identitaire qui handicape la visibilité de son avenir, depuis des siècles : la Russie est-elle occidentale ou orientale ? Européenne ou Asiatique ? Eurasienne ? Ou… « unique », se complaisant dans sa prétendue « exception » ? Ces dichotomies, lancinantes, de la Russie, qualifiée de « torn country » (pays à identité déchirée) par Samuel Huntington dans son livre culte « Choc des civilisations », n’ont jamais été clairement tranchées au fil de son histoire plus que millénaire, ce qui inhibe constamment l’évolution russe.

4. Diversifier son économie « unijambiste », addicte aux exportations d’hydrocarbures. Comprendre que la seule matière première qui ne s’épuise pas en s’utilisant, c’est la matière grise, le cerveau humain. Privé d’innovation, le secteur industriel russe se délite.

Dans le même ordre d’idée, la Russie a besoin de s’ouvrir résolument au management moderne, qui repose sur le seul modèle qui fonctionne actuellement, à savoir le « bottom – up », en tirant la leçon du contre-exemple de Skolkovo, un « cluster » aux environs de Moscou, qui était censé devenir le pôle le plus avancé des technologies de pointe russes, à l’exemple de Silicon Valley en Californie, mais qui s’est vite mué, en réalité, en un repaire « top-down » d’apparatchiks « new look » et en un nouveau foyer de corruption. Est-il normal que les dépenses dans le R&D d’un pays qui dégage un taux de croissance avoisinant les 5% par an, depuis une dizaine d’année, plafonnent à hauteur de 1% de son PIB, soit un quinzième de celles des Etats-Unis et un quart de la Chine ? Faut-il alors s’étonner que la fuite de cerveaux frappe de plus en plus la Russie, vidée de ses meilleurs talents ?

5. A travers la réforme radicale du système éducatif, qui, à l’heure actuelle, continue, globalement, à fonctionner « à la soviétique », en faisant fi des changements intervenus dans le monde, donner l’envie de réussite (« race to the top ») aux jeunes générations russes, leur ouvrir un nouvel horizon global, grâce au mérite, à l’ambition individuelle, à un travail libre et créatif qui tire vers le haut. A titre d’exemple : la Chine consacre actuellement 13% de son budget à l’éducation, donc 21% aux études supérieures, contre 6% en Russie, un pays pourtant connu et reconnu pour sa tradition universitaire. De même, la Chine est déjà en deuxième position, après les Etats-Unis, dans le classement de Shanghai, qui note les meilleures universités du monde, et 42 institutions chinoises figurent dans le top 500, tandis que la Russie, elle, n’en compte que deux.

6. Mettre en valeur l’immense potentiel de la Sibérie et de l’Extrême-Orient, actuellement dormant dans cet immense pays qui s’étend sur 9 fuseaux horaires. Climat trop rude ? Conditions météorologiques insupportables ? Mais pourquoi la ville norvégienne Kirkenes, située sur la même latitude, à une centaine de kilomètres de Mourmansk, étale une prospérité et une qualité des infrastructures qui sont inimaginables pour son proche voisin russe ?

7. Moderniser son système politique non-adapté aux impératifs de la globalisation. Les trois piliers du système Poutine (Etat – patriotisme – orthodoxie), introduits dès 2011, se sont transformés, en 2014, au contraire de leur vocation initiale :

- l’Etat, proclamé « fort », est devenu obèse, inopérant, premier corrupteur et pillard des richesses naturelles (selon un récent classement de Transparency International, la Russie se trouve, en termes de corruption, en 143-ème place sur 178, en talonnant le Nigeria) ;

- le patriotisme, véhiculé, via des événements à grand renfort de propagande, comme les rituelles commémorations de la « Grande Victoire » soviétique en 1945, ou encore les fastes ostentatoires de Sotchi, vire souvent au panslavisme menaçant, à la haine d’un étranger qui n’est pas doté de faciès slave, ou, d’une façon plus générale, au rejet de l’Autre qui est construit différemment ;

- enfin, l’orthodoxie « vendue » comme la base de l’identité nationale, anéantit la capacité des Russes à agir et érige le fatalisme en vertu.

En conclusion, pour réussir pleinement dans le XXIe siècle, la Russie doit s’ouvrir au monde, en bâtissant l’avenir, au lieu de s’arc-bouter sur son modèle ultra-protectionniste, en ressassant la nostalgie de son passé. Les Jeux de Sotchi sont donc révélateurs de son potentiel, considérable et incontestable, plutôt que de son résultat, déjà obtenu, qui reste en deçà de ses capacités. Dans ce contexte, le président Poutine, prisonnier de sa vision atavique du monde, n’est plus une solution, mais un problème pour la Russie de demain, qui piétine dans l’antichambre de la globalisation, alors que la Chine rythme déjà son tempo.

Alexandre Del Valle : La Russie a sans aucun doute les moyens de son ambition. Mais sa plus grande vulnérabilité, selon moi, est le caractère non suffisamment libéral et non assez transparent de son économie et de ses structures économiques, pas assez ouvertes aux investissements extérieurs et trop étroitement contrôlées par des oligarchies opaques liées au pouvoir politique, puis , bien sûr, la trop grande dépendance de l’économie envers les énergies hydrocarbures. Le problème de pétro ou gazostratégie de Vladimir Poutine est de ne compter que sur l’énergie dont la Russie recèle, sans investir dans la diversification.

Du point de vue militaire, il est clair que la Russie demeure une grande puissance détenant le feu nucléaire, des milliers d’ogives nucléaires, de très bons systèmes anti-missiles et une industrie aéronautique assez performante, quoi que en retard vis-à-vis des Etats-Unis, mais les moyens de l’armée russe sont insignifiants par rapport à ceux des Etats-Unis avec qui Moscou feint de vouloir jouer à armes égales. Donc la Russie est un acteur géostratégique majeur, certes, doté d’un immense territoire, d’énergies, de savoir-faire technologique et de matières premières, mais elle n’a pas les moyens de briguer la première place, contrairement à son allié et ex-ennemi voisin chinois qui aura dans quelques décennies les moyens de concurrencer les Etats-Unis dans tous les domaines de la puissance.

A peine arrivés à Sotchi, les journalistes ont pu constater que seuls quatre des cinq anneaux olympiques se sont allumés lors de la cérémonie d’ouverture. Les médias s’en sont donné à cœur joie pour fustiger le manque d’hygiène et de confort des hôtels, l’opacité de l’eau du robinet… Ces critiques sont-elles seulement le reflet des préjugés des médias occidentaux, ou dénotent-elles un réel écart entre les prétentions de la Russie et ses moyens véritables ?

Jean-Sylvestre Mongrenier : La question géopolitique russe requiert une analyse de type géographique qui distingue méthodiquement les ordres de grandeur et les niveaux d’analyse. Cet Etat-continent, le plus vaste à la surface de la Terre, a des ambitions mondiales. Le discours de la multipolarité tient surtout de la « polémique » anti-occidentale et les dirigeants russes raisonnent dans les termes d’un monde tripartite (dans un monde à trois, il faut être l’un des deux). Ils voient la Russie comme une puissance tierce, entre les Etats-Unis et l’Occident d’une part, la République populaire de Chine d’autre part. Ils redoutent l’écartèlement du territoire russe et de l’aire post-soviétique entre les champs d’attraction de ces deux systèmes de puissance. La possession du deuxième arsenal nucléaire mondial et leur rôle diplomatique permettent aux dirigeants russes de poser la Russie tout à la fois en rivale et en alter ego des Etats-Unis. Pourtant, l’activisme diplomatique (surtout marqué par des pratiques d’obstruction) et la « surface » nucléaire ne doivent pas occulter le fait que la Russie n’est pas une puissance globale d’envergure planétaire, soit une puissance première. Le budget militaire chinois est une fois et demie supérieur à la Russie et cela aura des conséquences sur le plan opérationnel.

Au niveau de l’Ancien Monde, la Russie est présentée par un certain nombre d’idéologues russes comme le « Heartland », un concept emprunté à MacKinder et à aux théories géopolitiques du début du XXe siècle, pour combler le vide idéologique résultant de la déroute du marxisme-léninisme. Cette représentation géopolitique est faussement exposée comme une loi du monde, la géopolitique étant ramenée à une sorte de scientisme mêlé de géomancie (un cocktail très « dix-neuvième »). L’idée de manœuvre, selon certains discours tenus au sommet du pouvoir russe, est de jouer l’Asie contre l’Europe. Concrètement, il s’agirait de sanctionner l’UE et ses Etats membres – ceux-ci refusant le monopole de Gazprom et son instrumentalisation politique ainsi que la satellisation de l’Est européen et du Sud-Caucase -, en détournant les flux de pétrole et de gaz russes vers l’Asie-Pacifique. Pourtant, les volumes exportés ne sont en rien comparables. Aussi et surtout, le développement d’une politique active en Asie-Pacifique est limité par la faible présence humaine et économique russe à l’est de l’Oural. Enfin, les ambitions russes dans la région se heurtent à celles de la Chine, qui dispose d’une base de puissance autrement plus consistante, et aux positions solidement constituées des Etats-Unis dans le bassin du Pacifique.

In fine, l’aire privilégiée de la puissance russe demeure l’aire post-soviétique, considérée à Moscou comme son « étranger proche ». Le néo-eurasisme n’est jamais que la projection idéologique des ambitions russes dans la région et de sa volonté de regrouper autour de Moscou la plus grande partie de l’URSS. C’est la raison d’être de l’Union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan, une structure censée être élargie et transmutée en une Union eurasienne. Le projet est parfois présenté comme le cadre institutionnel à visée économique et commerciale, mais il est éminemment géopolitique. Poutine veut passer à la postérité comme le restaurateur d’une sorte d’union post-soviétique, centrée sur la Russie. Pourtant, le cas de l’Ukraine montre que ce « réunionisme » ne sera pas aisé. L’aire post-soviétique est un pluriversum géopolitique et, si certains des hommes au pouvoir dans les Etats successeurs de l’URSS sont intéressés par des garanties de sécurité, ils n’entendent pas redevenir des commissaires politiques aux ordres du « centre » moscovite. Il sera difficile d’aller au-delà du « club » de régimes autoritaires-patrimoniaux. Jusque dans l’aire post-soviétique, la Russie souffre d’une certaine solitude stratégique, ce que la reconnaissance unilatérale de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, en août 2008, a bien montré, aucun Etat de la CEI (Communauté des Etats indépendants) ou de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghaï) ne la suivant sur ce chemin. Au vrai, les dirigeants russes en sont conscients et ils en tirent la conclusion suivante : puisqu’ils ne nous aimeront jamais, il faut leur faire peur.

Alexandre Del Valle : Je pense que globalement, on n’observe pas plus de dysfonctionnements dans l’organisation logistique des jeux en Russie qu’ailleurs, car nombre de pays ont eu bien plus de difficultés que la Russie dans le passé, mais ce qui extraordinaire dans la presse occidentale et dans la façon dont les intellectuels, les politiques et les journalistes des pays atlantiques perçoivent et décrivent la Russie de Poutine, est toujours l’absence totale de nuance, le parti-pris, l’a priori systématiquement sceptique ou moqueur, la critique exacerbée. En matière de moyens, il est difficile de dire que la Russie n’a pas eu les moyens de son ambition puisque ces jeux sont les plus chers de l’histoire. Aussi la Russie est-elle dans une situation économique à bien des égards plus favorable que nombre de pays occidentaux, notamment européens, non seulement appauvris par la dette et le chômage mais même à certains égards en voie de tiersmondisation…

Alexandre Melnik : Je comprends qu’en notre époque, noyée dans l’océan des informations instantanées, les médias sont enclins à un tropisme compulsif qui les amène à « zoomer » sur les détails, faciles à visualiser immédiatement, qui peuvent faire le buzz sur les réseaux sociaux. Ce ne sont pas des « préjugés des médias occidentaux » que vous évoquez, mais un nouveau logiciel de fonctionnement de l’ensemble des producteurs et diffuseurs de nouvelles et de commentaires, à l’échelle globale. Dans ce contexte où les flux d’informations s’accélèrent et se télescopent, un anneau qui ne s’allume pas ou l’eau jaunâtre qui coule dans le robinet d’une chambre d’hôtel éclipsent, logiquement, toute réflexion qui exige un recul conceptuel. Or celui-ci est indispensable pour mieux comprendre l’ensemble de la situation ! Car pour s’en forger une idée, il est important de distinguer l’accessoire, qui saute souvent aux yeux, de l’essentiel, plus difficile à décrypter. En l’occurrence, il faut rappeler que l’organisation d’aucun événement d’une ampleur comparable aux Jeux Olympiques, n’est jamais exempte de couacs. La perfection zéro, à ce niveau, n’existe pas. Tous les JO précédents le prouvent. En revanche, ce qui compte, en dernier ressort, c’est le ratio des points forts et faibles, qui doit nous servir de critère final. D’où deux conclusions concernant les jeux de Sotchi.

Primo, le début de ses compétitions démontre un haut niveau des infrastructures sportives, construites en un laps d’un temps historiquement court, avec un évident effort de modernité, au diapason des attentes des athlètes. Sans oublier que la cérémonie d’ouverture, calibrée au millimètre, a réussi à sublimer le temps, l’espace et les aléas idéologiques trop prononcés, en s’inscrivant dans l’esprit de la Russie éternelle, dotée d’une âme, particulièrement colorée et exubérante.

Secundo, il serait erroné, à partir d’une manifestation sportive, d’extrapoler que la Russie d’aujourd’hui possède tous les moyens technologiques de ses ambitions – gigantesques et démesurées, à mon avis – dans la course à la performance globalisée, engagée dans le monde moderne. Ainsi, je note que la quasi-totalité des installations sportives à Sotchi a été réalisée sur la base des technologies occidentales, avec l’implication décisive des architectes et designers étrangers. Ce qui place la Russie devant un défi crucial, somme toute, similaire à celui, auquel sont actuellement confrontés les autres nouveaux challengers de la globalisation (Chine, Brésil, Inde, Turquie, Corée du Sud, etc.), à savoir – comment passer du stade d’imitation des recettes occidentales à celui de réelle innovation, gisement d’une valeur ajoutée radicalement nouvelle. Cette disruptive innovation, la seule qui vaille, est-elle possible dans un pays autoritaire, comme la Russie, qui réduit les libertés publiques et bride l’individu dans son élan créateur ? La réponse à cette question reste ouverte.


Russie: Ce qui reste du communisme quand on a tout oublié (Last refuge of the scoundrel: For Putin’s new robber baron Russia, anti-Americanism is the name of the game)

25 septembre, 2013
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Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (25.04. 05)
Les dirigeants européens et américains espèrent que les tyrans et les autocrates du monde vont disparaître tout seuls. Mais les dinosaures comme Vladimir Poutine, Hugo Chávez et les ayatollahs iraniens ne vont pas s’effacer comme cela. Ils ne doivent leur survie qu’au manque de courage des chefs du Monde libre. Garry Kasparov
Je veux aller porter le témoignage de notre reconnaissance, éternelle, au combat des Russes lors de cette bataille. (…) Je pense que les Russes sont profondément européens. Ils appartiennent pour une très large part à la civilisation européenne, et c’est une raison suffisante pour mettre en œuvre tous les efforts nécessaires afin de faire progresser cette unité du continent européen. L’avenir commun de la Russie et de l’Europe est dans ce partenariat stratégique qui a été proposé. François Fillon
La politique de "redémarrage" des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
During the reform period, which witnessed a massive effort to remake Russian society and the Russian economy, Russia once again fell victim to a false idea. The victory over communism was a moral victory. Millions took to the streets not because of shortages but in protest over communism’s attempt to falsify history and change human nature. As a new state began to be built, however, all attention shifted to the building of capitalism and, in particular, to the creation of a group of wealthy private owners whose control over the means of production, it was assumed, would lead automatically to a free market economy and a law-based democracy. This approach, dubious under the best of conditions, could not but be disastrous in the case of Russia. It meant that, in a country with a need for moral values after more than seven decades of spiritual degradation under communism, the introduction of capitalism came to be seen as an end in itself. (…) The decision to transform the economy of a huge country without the benefit of the rule of law led not to a free market democracy but to a kleptocracy with several dangerous economic and psychological features. (…) Perhaps more important than these economic features, however, was the new system’s social psychology, which was characterized by mass moral indifference. If under communism, universal morality was denied in favor of the supposed “interests of the working class,” under the new reform government, people lost the ability to distinguish between legal and criminal activity. (…) The young reformers were lionized in the West, but, as the years passed and the promised rebirth of Russia did not materialize, arguments broke out in Russia over whether progress was being prevented by the resistance of the Duma, inadequate assistance from the West, or the inadequacies of the Russian people themselves. These arguments, however, had a surrealistic quality because they implicitly assumed that, with the right economic combination, it was possible to build a free market democracy without the rule of law. In fact, a market economy presupposes the rule of law because only the rule of law is able to assure the basis of a free market’s existence, which is equivalent exchange. Without law, prices are dictated not by the market but by monopolization and the use of force. The need for a framework of law was particularly pronounced in the case of Russia because socialism for ordinary Russians, in addition to being an economic system, was also a secular religion that lent a powerful, albeit false, sense of meaning to millions of lives. When the Soviet Union fell, it was necessary to replace not only the socialist economic structures but also the “class values” that gave that system its higher sanction. This could only be done by establishing the authority of transcendent, universal values, which, as a practical matter, could only be assured by establishing the rule of law. David Satter
Russian anti-Americanism is likely to intensify. Unlike the Soviet Union, Russia has no universal ideology capable of inspiring loyalties that transcend national boundaries. Anti-Americanism is a kind of substitute. It allows Russia to carve out a prominent role for itself in world affairs that it could never have if it were concerned only with acting positively. At the same time, the regime is threatened by a deteriorating economy. In the second quarter of this year, growth fell to 1.2%. During the 2000s, the rate was 7.2%. Because of its immense corruption, Russia is critically dependent on high oil prices, and these are supported by Middle East instability. Under such circumstances, the U.S. is not only a helpful distraction but a convenient scapegoat. Mr. Putin is losing support in Moscow, but his defense of the Assad regime evokes nostalgia for the Soviet empire and strengthens his support among the conservative and provincial part of the population. As Mr. Putin’s political position weakens further, his antagonism toward the U.S. will almost certainly increase.(…) At the same time, and probably more important, anti-Americanism can be used to distract Russians from the corruption of the Putin regime and the pillaging of the country. Mr. Putin and his associates stand at the apex of a corrupt system and, according to some estimates, control 15% of the national wealth. During protest demonstrations last year over the falsification of elections, Mr. Putin was openly referred to as a "thief," a serious development in a society where the charge is widely believed but usually not made publicly. David Satter

Quand la Russie redécouvre les vertus de ce qui reste du communisme quand on a tout oublié

Corruption systématisée, violence institutionnalisée, pillage, indifférence morale généralisée …

A l’heure où, face au plus velléitaire des présidents américains et de la Syrie à l’Iran et à l’Affaire Snowden, la Russie de Poutine semble engranger les succès diplomatiques …

Pendant que, fidèle à son habitude, la France de l’Obama corrézien reprend à son compte avec les bonimenteurs de Téhéran (ou de Moscou pour l’opposition) la politique de "redémarrage" dont on a vu l’efficacité avec la Russie …

Remise des pendules à l’heure avec le politologue américain David Slatter sur une kleptocratie russe …

Réduite, face à une économie étouffée par la corruption, à attiser les flammes de l’instabilité au Moyen-Orient pour faire remonter les prix du pétrole qui ont fait sa fortune …

Et contrainte, face à son discrédit intérieur, à jouer la facile diversion de l’anti-américanisme …

Russia’s Anti-American Foreign Policy

Putin needs high oil prices and a distraction from his domestic troubles.

David Satter

The Wall Street Journal

September 22, 2013

Moscow

The difference in values between the U.S. and Russia—and the subordination of Russian foreign policy to the personal interests of the members of a corrupt regime—should have been obvious to the Obama administration from the beginning. But it did nothing to forestall the policy of "reset." At the 2009 Moscow Summit, Mr. Obama praised the "extraordinary work" that Vladimir Putin, who was then officially the prime minister, had done for Russia. Mr. Obama described Mr. Putin as "sincere, just and deeply interested in the welfare of the Russian people."

The praise was never reciprocated, in part because Russian leaders fear and distrust their own population, and they understand that Western advocacy of the rule of law and human rights is a potential threat to their rule. In recent years, U.S. officials have often said that it is difficult to solve the world’s problems without Russia. Unfortunately, it is often even harder to solve them with it.

The U.S. needs three things from Russia: understanding in defense matters, assistance in the war on terror, and help in curbing the ambitions of rogue states. In each case, the record of the Putin regime is one of relentless obstruction.

One source of conflict has been Russian objections to U.S. plans to construct an antimissile shield in Europe to protect U.S. allies against an attack from Iran. Russia has treated the shield as a threat to its nuclear deterrent, despite the opinion of Russia’s own experts that the missiles pose no threat to the Russian ICBM force and are intended for a completely different purpose.

In 2009, Mr. Obama canceled plans for antimissile installations in Poland and the Czech Republic, in part to improve U.S.-Russian relations. But the U.S. is now preparing to station interceptors in Romania. In response, Russia is demanding legal guarantees that the missiles will not be used against Russia and is threatening to target U.S. missile-defense sites if there is no agreement.

NATO Secretary-General Anders Fogh Rasmussen described the Russian position as "crazy." "You can’t in any rational way think that NATO constitutes a threat against Russia," he told the AP in February 2012. "It’s a complete waste of money to deploy offensive weapons and capabilities against NATO territory."

Russia has also undermined U.S. efforts to combat terror. Two striking recent examples are the cases of the Boston Marathon bomber, Tamerlan Tsarnaev, and the NSA leaker, Edward Snowden.

Tsarnaev spent six months in the Dagestan region of Russia in 2012 before the attack on April 15. Two of his contacts, Mahmud Nigal, a suspected link with the Islamist underground, and William Plotnikov, a Russian-Canadian Islamic radical, were killed by Russian forces while he was there. Yet the Russians insist that Tsarnaev was not under surveillance in Dagestan and never questioned. If this is true, it is in complete contradiction to all known Russian practice. Tsarnaev left Russia freely through Moscow’s Sheremetevo Airport and the Federal Security Service never warned the U.S. about his contacts in Dagestan.

Russia also showed little concern for efforts to protect U.S. civilians in its decision to shelter Edward Snowden. In light of the quantity and quality of what Mr. Snowden stole, an adequate damage assessment depends on getting him back to the U.S. Until that happens, the efforts of the NSA and other agencies to defend the U.S. against terror are going to be crippled.

Aware of this, Mr. Putin seems to be mainly concerned with subjecting the U.S. to ridicule. The Russian media have published articles about Mr. Snowden’s "new life," "proposals of marriage" and a future career defending human rights. At the same time, although Mr. Putin said that a condition of Mr. Snowden’s asylum was that he "stop harming our American partners," the leaks of NSA information have continued.

Russian obstruction of the U.S. has had its gravest consequences, however, in interstate relations. Russia has defended Iran against Western economic sanctions, arguing that they are "a violation of international law." Moscow also has been unswerving in its support for Bashar Assad in Syria, from voting to block three U.N. Security Council resolutions on sanctions against Syria to insisting that the chemical-weapons attack on Aug. 21 that killed more than 1,400 Syrians was carried out by the rebels.

The U.S. will now try to enforce a U.S.-Russian agreement on the elimination of Syria’s chemical weapons under conditions in which Russia and Syria can use delay, obfuscation and disinformation to string out the process indefinitely. Meanwhile, the Syrian opposition, which has endured chemical-weapons attacks without seeing a serious response from the civilized world, is likely to continue to radicalize.

Russian anti-Americanism is likely to intensify. Unlike the Soviet Union, Russia has no universal ideology capable of inspiring loyalties that transcend national boundaries. Anti-Americanism is a kind of substitute. It allows Russia to carve out a prominent role for itself in world affairs that it could never have if it were concerned only with acting positively.

At the same time, and probably more important, anti-Americanism can be used to distract Russians from the corruption of the Putin regime and the pillaging of the country. Mr. Putin and his associates stand at the apex of a corrupt system and, according to some estimates, control 15% of the national wealth. During protest demonstrations last year over the falsification of elections, Mr. Putin was openly referred to as a "thief," a serious development in a society where the charge is widely believed but usually not made publicly.

At the same time, the regime is threatened by a deteriorating economy. In the second quarter of this year, growth fell to 1.2%. During the 2000s, the rate was 7.2%. Because of its immense corruption, Russia is critically dependent on high oil prices, and these are supported by Middle East instability.

Under such circumstances, the U.S. is not only a helpful distraction but a convenient scapegoat. Mr. Putin is losing support in Moscow, but his defense of the Assad regime evokes nostalgia for the Soviet empire and strengthens his support among the conservative and provincial part of the population. As Mr. Putin’s political position weakens further, his antagonism toward the U.S. will almost certainly increase.

In the wake of the Russian initiative over Syria, the U.S. is now much more reliant on Russia than it should ever have permitted itself to be. In our fixation with "deliverables," we forgot that what really matters in relations between states are intangibles, such as good faith. That’s something Mr. Putin has not shown toward America in the past, and U.S. policy makers would be unwise to rely on it in the future.

Mr. Satter is affiliated with the Hudson Institute, Johns Hopkins University and the Foreign Policy Research Institute in Philadelphia. He is the author, most recently, of "It Was a Long Time Ago and It Never Happened Anyway: Russia and the Communist Past" (Yale, 2011).

Voir aussi:

The Rise of the Russian Criminal State

David Satter

Hoover Digest

July 30, 2003

During the decade following the fall of communism, Russia became mired in poverty and crime. Hoover fellow David Satter explains what went wrong.

Few at that time could have foreseen the outlines of what exists today. Many former communist countries, in the intervening years, experienced a rebirth of freedom, but Russia came to be dominated by poverty, intimidation, and crime.

The reason is that, during the reform period, which witnessed a massive effort to remake Russian society and the Russian economy, Russia once again fell victim to a false idea.

The victory over communism was a moral victory. Millions took to the streets not because of shortages but in protest over communism’s attempt to falsify history and change human nature. As a new state began to be built, however, all attention shifted to the building of capitalism and, in particular, to the creation of a group of wealthy private owners whose control over the means of production, it was assumed, would lead automatically to a free market economy and a law-based democracy.

This approach, dubious under the best of conditions, could not but be disastrous in the case of Russia. It meant that, in a country with a need for moral values after more than seven decades of spiritual degradation under communism, the introduction of capitalism came to be seen as an end in itself.

No Questions Asked

The “young reformers” were in a hurry to build capitalism, and they pressed ahead in a manner that paid little attention to anything except the transformation of economic structures.

“The calculation was sober,” said Aliza Dolgova, an expert on organized crime in the office of the general prosecutor. “Create through any means a stratum in Russia that could serve as the support of reform. . . . All capital was laundered and put into circulation. No measures of any kind were enacted to prevent the legalization of criminal income. No one asked at [privatization] auctions: Where did you get the money? Enormous sums were invested in property and there was no register of owners. A policy similar to this did not exist in a single civilized country.”

Kleptocracy in the Guise of Reform

The decision to transform the economy of a huge country without the benefit of the rule of law led not to a free market democracy but to a kleptocracy with several dangerous economic and psychological features.

In the first place, the new system was characterized by bribery. All resources, at first, were in the hands of the state; businessmen thus competed to “buy” critical government officials. The winners were in a position to buy more officials, with the result that the practice of giving bribes grew up with the system.

Besides bribery, the new system was marked by institutionalized violence. Gangsters were treated like normal economic actors, which tacitly legitimized their criminal activities. At the same time, they became the partners of businessmen who used them as guards, enforcers, and debt collectors.

The new system was also characterized by pillage. Money obtained as a result of criminal activities was illegally exported to avoid the possibility of its being confiscated at some point in the future. This outflow deprived Russia of billions of dollars in resources that were needed for its development.

Perhaps more important than these economic features, however, was the new system’s social psychology, which was characterized by mass moral indifference. If under communism, universal morality was denied in favor of the supposed “interests of the working class,” under the new reform government, people lost the ability to distinguish between legal and criminal activity.

Official corruption came to be regarded as “normal,” and it was considered a sign of virtue if the official, in addition to stealing, also made an effort to fulfill his official responsibilities. Extortion also came to be regarded as normal, and vendors, through force of habit, began to regard paying protection money as part of the cost of doing business.

At the same time, officials and businessmen took no responsibility for the consequences of their actions, even if they led to hunger and death. Government officials helped organize pyramid schemes that victimized persons who were already destitute, police officials took bribes from leaders of organized crime to ignore extortion, and factory directors stole funds marked for the salaries of workers who had already gone months without pay.

Lawlessness

The young reformers were lionized in the West, but, as the years passed and the promised rebirth of Russia did not materialize, arguments broke out in Russia over whether progress was being prevented by the resistance of the Duma, inadequate assistance from the West, or the inadequacies of the Russian people themselves. These arguments, however, had a surrealistic quality because they implicitly assumed that, with the right economic combination, it was possible to build a free market democracy without the rule of law.

In fact, a market economy presupposes the rule of law because only the rule of law is able to assure the basis of a free market’s existence, which is equivalent exchange. Without law, prices are dictated not by the market but by monopolization and the use of force.

The need for a framework of law was particularly pronounced in the case of Russia because socialism for ordinary Russians, in addition to being an economic system, was also a secular religion that lent a powerful, albeit false, sense of meaning to millions of lives. When the Soviet Union fell, it was necessary to replace not only the socialist economic structures but also the “class values” that gave that system its higher sanction. This could only be done by establishing the authority of transcendent, universal values, which, as a practical matter, could only be assured by establishing the rule of law.

A Cautionary Tale

On May 10, 1997, the Greek police found in a shallow grave under an olive tree, two miles from the Athenian suburb of Saronida, the dismembered body of Svetlana Kotova, one of Russia’s top models and a former “Miss Russia.” It was learned that she had been the guest of Alexander Solonik (Sasha Makedonsky), Russia’s number one professional killer who had himself been found strangled three months earlier in the Athenian suburb of Baribobi.

Svetlana’s story evoked intense interest in Russia because of her youth and beauty and because there was something about the romance between a 21-year-old beauty queen and a professional killer that was symbolic of the condition of modern Russia.

Svetlana met Solonik in a Moscow nightclub on New Year’s night, 1997, and traveled to Greece on January 25 at his invitation. She was met at the bottom of the staircase from the airplane with armloads of flowers. Waiting for her was a Mercedes with an elegant chauffeur. The rent on the villa where she stayed was about $90,000 a year. There was a swimming pool, gym, basketball court, golf course, and gardens with sculptures. From the 26th on, she called her mother every evening and said that this was not life but a miracle.

In the villa and in Solonik’s car were a large quantity of firearms and other weapons, but it is not known whether Svetlana was aware of them. For five nights, she lived as if in a dream, but on the 30th, gangsters from the Kurgan criminal organization, a supplier of hired killers to the Russian underworld, arrived at the villa. While they were talking to Solonik, someone threw a thin cord around his neck and strangled him from behind. The visitors then came for Svetlana, who was on the second floor.

When word of Svetlana’s murder was released, the Russian newspapers were full of her pictures: Svetlana with flowing black hair in a long black gown with thin shoulder straps, Svetlana in a bathing suit looking out shyly from behind spread fingers, Svetlana with her head cupped in her hands, Svetlana in an evening dress with her hair off her forehead in a bun. From her appearance, it seemed that no one could have been less prepared for the devilish game that she had fallen into.

Yet the fate of Svetlana Kotova had something in common with the fate of her nation, which was freely delivered into the hands of criminals during the period of reform. The rewards were quick and easy. There was a willful desire not to know.

It remains to be seen whether, in the long run, Russia will share Svetlana’s fate.

David Satter was a research fellow at the Hoover Institution from 2003 to 2008.

Adapted from David Satter’s new book Darkness at Dawn: The Rise of the Russian Criminal State. Published by Yale University Press (800.405.1619).


Bilan Obama: Et nous qui croyions qu’Obama avait inventé le soft power! (Art can also serve to win wars: the CIA had its own useful idiots, too!)

9 novembre, 2010
C’est dur de ne pas sembler distant à la Maison-Blanche. Certaines lettres que je lis le soir me brisent le coeur, d’autres me motivent, mais les caméras ne sont pas là pour le filmer. Obama
Dans l’imaginaire de ma génération, il y a la conquête de l’Ouest et Hollywood. Il y a Elvis Presley, qu’on n’a peut-être pas l’habitude de citer dans ces murs, mais, pour ma génération, il est universel ! Il y a Duke Ellington, il y a Hemingway. Il y a John Wayne, il y a Charlton Heston. Il y a Marilyn Monroe, Rita Hayworth. Il y a aussi Armstrong, Aldrin, Collins réalisant le plus vieux rêve de l’Homme le jour où des Américains ont marché sur la lune, l’Amérique était universelle et chacun voulait être de cette aventure. Nicolas Sarkozy (devant le Congrès americain, novembre 2007)
As I have said before, it is difficult to think of any single act that would do more to restore America’s soft power than the election of Obama to the presidency.Joseph Nye (June  2008)
Mais au fait qu’est-ce que le soft power ? On peut trouver des ancêtres à l’idée formulée dans les années Clinton : la guerre « pour le cœur et l’esprit » de toutes les Nations engagée par Woodrow Wilson, ou la « diplomatie publique » chère à Eisenhower, cette action internationale de promotion des États-Unis et de l’idéologie occidentale libérale par médias interposés qui fut si typique de la guerre froide. Mais quand le doyen Joseph Nye formule pour la première fois le concept de soft power en 1991 dans un livre au titre significatif (Bound to lead), il a quelque chose de plus précis en tête et qui suppose le rayonnement du modèle politique, économique, culturel et technologique des U.S.A. Il s’agit d’amener le reste du monde à partager leur point de vue, sans recourir à la carotte ni au bâton. Par un savant dosage de l’attraction (l’image des USA et notamment sa culture), de la persuasion (par la conversion à ses valeurs politiques) et enfin d’une action diplomatique où la recherche de la légitimité et du soutien des autres États tient une grande part. Cette politique s’appuie sur la capacité de doser aide et négociation, incitation et coopération jusqu’à amener d’autres États à coopérer avec les USA, moitié sous la pression de leur opinion convertie aux valeurs US moitié sous l’incitation d’une diplomatie US soucieuse des formes et des susceptibilités. Dans son esprit, le tout coïncide peu ou prou avec le sens de l’histoire où les USA jouent une fonction avant-gardiste.
Soyons clairs : dans soft power, il y a pouvoir (au sens le plus classique : la probabilité d’obtenir d’autrui un comportement conforme à vos désirs). Sa pratique consiste moins à être sympathique et « respectueux » (des diversités, de l’écologie, des sensibilités, des cultures…) qu’à être efficace en économisant les moyens de la puissance. Ce pourrait bien être l’art de faire coïncider les intérêts des USA avec les désirs des autres, au sens où l’idéologie est la représentation mentale d’une position et d’intérêts particuliers sous forme de vérités universelles. François-Bernard Huyghe
In order to encourage openness we had to be secret. Tom Braden
If that’s art, then I’m a Hottentot. President Truman
I am just a dumb American who pays taxes for this kind of trash. Congressman
They joked that it was like a Wurlitzer jukebox: when the CIA pushed a button it could hear whatever tune it wanted playing across the world. The Independent
Regarding Abstract Expressionism, I’d love to be able to say that the CIA invented it just to see what happens in New York and downtown SoHo tomorrow! (…) But I think that what we did really was to recognise the difference. It was recognised that Abstract Expression- ism was the kind of art that made Socialist Realism look even more stylised and more rigid and confined than it was. And that relationship was exploited in some of the exhibitions. (…) In a way our understanding was helped because Moscow in those days was very vicious in its denunciation of any kind of non-conformity to its own very rigid patterns. And so one could quite adequately and accurately reason that anything they criticised that much and that heavy- handedly was worth support one way or another.
Matters of this sort could only have been done at two or three removes, so that there wouldn’t be any question of having to clear Jackson Pollock, for example, or do anything that would involve these people in the organisation. And it couldn’t have been any closer, because most of them were people who had very little respect for the government, in particular, and certainly none for the CIA. If you had to use people who considered themselves one way or another to be closer to Moscow than to Washington, well, so much the better perhaps. The US government now faced a dilemma. This philistinism, combined with Joseph McCarthy’s hysterical denunciations of all that was avant-garde or unorthodox, was deeply embarrassing. It discredited the idea that America was a sophisticated, culturally rich democracy. It also prevented the US government from consolidating the shift in cultural supremacy from Paris to New York since the 1930s. To resolve this dilemma, the CIA was brought in. Donald Jameson (former CIA case officer)
We wanted to unite all the people who were writers, who were musicians, who were artists, to demonstrate that the West and the United States was devoted to freedom of expression and to intellectual achievement, without any rigid barriers as to what you must write, and what you must say, and what you must do, and what you must paint, which was what was going on in the Soviet Union. I think it was the most important division that the agency had, and I think that it played an enormous role in the Cold War.
It was very difficult to get Congress to go along with some of the things we wanted to do – send art abroad, send symphonies abroad, publish magazines abroad. That’s one of the reasons it had to be done covertly. It had to be a secret. In order to encourage openness we had to be secret.
If this meant playing pope to this century’s Michelangelos, well, all the better: "It takes a pope or somebody with a lot of money to recognise art and to support it. And after many centuries people say, ‘Oh look! the Sistine Chapel, the most beautiful creation on Earth!’ It’s a problem that civilisation has faced ever since the first artist and the first millionaire or pope who supported him. And yet if it hadn’t been for the multi-millionaires or the popes, we wouldn’t have had the art. We would go to somebody in New York who was a well-known rich person and we would say, ‘We want to set up a foundation.’ We would tell him what we were trying to do and pledge him to secrecy, and he would say, ‘Of course I’ll do it,’ and then you would publish a letterhead and his name would be on it and there would be a foundation. It was really a pretty simple device. Tom Braden (former CIA man)

Et nous qui croyions qu’Obama avait inventé le soft power!

Pollock, Motherwell, de Kooning, Rothko, Encounter, plus  de  800 journaux, magazines et organismes d’information publique, l’Animal Farm de George Orwell, jazzmen americains, recitals d’opera, le Boston Symphony Orchestra, Hollywood, l’edition, les auteurs des celebres guides touristiques Fodor, the Congress for Cultural Freedom, tournees internationales d’expositions ("Advancing American Art", the State Department, 1947) …

Nouvelle déception et consternation dans la blogosphere progressiste

Au lendemain de la déroute du siecle de leur poulain …

Et a l’heure ou nos pilleurs d’archives militaires en pleine guerre se mettent a présent a dédouaner le cowboy Bush lui-meme de ses "mensonges" sur les ADM de Saddam et meme a denoncer les chiffres bidonnés de nos torchonnistes (109 000 au lieu de 650 000 pour l’Irak, soit pas moins de 600%!)…

Cette reconfirmation, retrouvée dans un article de the Independent d’il y a 15 ans :

Non seulement l’art, ca sert ausi a faire la guerre

Mais Obama n’aurait pas inventé le soft power!

Qui daterait en fait du tout début de la Guerre froide en 1947 …

Et aurait été inventé par … la CIA!

Qui, non contente d’espionner et de fomenter des troubles dans la patrie du socialisme en soutenant ou exfiltrant des dissidents, allait jusqu’a se meler d’art et d’art d’avant-garde !

Et pas seulement de littérature ou d’art soviétique (comme la publication du roman ayant permis a Boris Pasternak d’obtenir son prix Nobel).

Mais aussi, sans compter nos propres syndicats et centres de recherches, d’art américain dont les anciens Ivy-leaguers dont elle était truffée organisaient et financaient, via l’équivalent américain du Komintern et de musées et millionnaires comme Nelson Rockefeller, expositions et tournées mondiales.

Y compris, contre l’inculture du président Truman lui-meme et le farouche antiaméricanisme et prosovietisme  des artistes en question (ses propres "idiots utiles" en quelque sorte – mais pour la bonne cause), secretement …

Et tout ca pour démontrer la prétendue superiorité, sur la patrie du social-réalisme qui elle financait nos Picasso, d’un soi-disant Monde libre et de son auto-proclamée "free enterprise painting"….

Modern art was CIA ‘weapon’

Revealed: how the spy agency used unwitting artists such as Pollock and de Kooning in a cultural Cold War

Frances Stonor Saunders

The Independent

22 October 1995

For decades in art circles it was either a rumour or a joke, but now it is confirmed as a fact. The Central Intelligence Agency used American modern art – including the works of such artists as Jackson Pollock, Robert Motherwell, Willem de Kooning and Mark Rothko – as a weapon in the Cold War. In the manner of a Renaissance prince – except that it acted secretly – the CIA fostered and promoted American Abstract Expressionist painting around the world for more than 20 years.

The connection is improbable. This was a period, in the 1950s and 1960s, when the great majority of Americans disliked or even despised modern art – President Truman summed up the popular view when he said: "If that’s art, then I’m a Hottentot." As for the artists themselves, many were ex- com- munists barely acceptable in the America of the McCarthyite era, and certainly not the sort of people normally likely to receive US government backing.

Why did the CIA support them? Because in the propaganda war with the Soviet Union, this new artistic movement could be held up as proof of the creativity, the intellectual freedom, and the cultural power of the US. Russian art, strapped into the communist ideological straitjacket, could not compete.

The existence of this policy, rumoured and disputed for many years, has now been confirmed for the first time by former CIA officials. Unknown to the artists, the new American art was secretly promoted under a policy known as the "long leash" – arrangements similar in some ways to the indirect CIA backing of the journal Encounter, edited by Stephen Spender.

The decision to include culture and art in the US Cold War arsenal was taken as soon as the CIA was founded in 1947. Dismayed at the appeal communism still had for many intellectuals and artists in the West, the new agency set up a division, the Propaganda Assets Inventory, which at its peak could influence more than 800 newspapers, magazines and public information organisations. They joked that it was like a Wurlitzer jukebox: when the CIA pushed a button it could hear whatever tune it wanted playing across the world.

The next key step came in 1950, when the International Organisations Division (IOD) was set up under Tom Braden. It was this office which subsidised the animated version of George Orwell’s Animal Farm, which sponsored American jazz artists, opera recitals, the Boston Symphony Orchestra’s international touring programme. Its agents were placed in the film industry, in publishing houses, even as travel writers for the celebrated Fodor guides. And, we now know, it promoted America’s anarchic avant-garde movement, Abstract Expressionism.

Initially, more open attempts were made to support the new American art. In 1947 the State Department organised and paid for a touring international exhibition entitled "Advancing American Art", with the aim of rebutting Soviet suggestions that America was a cultural desert. But the show caused outrage at home, prompting Truman to make his Hottentot remark and one bitter congressman to declare: "I am just a dumb American who pays taxes for this kind of trash." The tour had to be cancelled.

The US government now faced a dilemma. This philistinism, combined with Joseph McCarthy’s hysterical denunciations of all that was avant-garde or unorthodox, was deeply embarrassing. It discredited the idea that America was a sophisticated, culturally rich democracy. It also prevented the US government from consolidating the shift in cultural supremacy from Paris to New York since the 1930s. To resolve this dilemma, the CIA was brought in.

The connection is not quite as odd as it might appear. At this time the new agency, staffed mainly by Yale and Harvard graduates, many of whom collected art and wrote novels in their spare time, was a haven of liberalism when compared with a political world dominated by McCarthy or with J Edgar Hoover’s FBI. If any official institution was in a position to celebrate the collection of Leninists, Trotskyites and heavy drinkers that made up the New York School, it was the CIA.

Until now there has been no first-hand evidence to prove that this connection was made, but for the first time a former case officer, Donald Jameson, has broken the silence. Yes, he says, the agency saw Abstract Expressionism as an opportunity, and yes, it ran with it.

"Regarding Abstract Expressionism, I’d love to be able to say that the CIA invented it just to see what happens in New York and downtown SoHo tomorrow!" he joked. "But I think that what we did really was to recognise the difference. It was recognised that Abstract Expression- ism was the kind of art that made Socialist Realism look even more stylised and more rigid and confined than it was. And that relationship was exploited in some of the exhibitions.

"In a way our understanding was helped because Moscow in those days was very vicious in its denunciation of any kind of non-conformity to its own very rigid patterns. And so one could quite adequately and accurately reason that anything they criticised that much and that heavy- handedly was worth support one way or another."

To pursue its underground interest in America’s lefty avant-garde, the CIA had to be sure its patronage could not be discovered. "Matters of this sort could only have been done at two or three removes," Mr Jameson explained, "so that there wouldn’t be any question of having to clear Jackson Pollock, for example, or do anything that would involve these people in the organisation. And it couldn’t have been any closer, because most of them were people who had very little respect for the government, in particular, and certainly none for the CIA. If you had to use people who considered themselves one way or another to be closer to Moscow than to Washington, well, so much the better perhaps."

This was the "long leash". The centrepiece of the CIA campaign became the Congress for Cultural Freedom, a vast jamboree of intellectuals, writers, historians, poets, and artists which was set up with CIA funds in 1950 and run by a CIA agent. It was the beach-head from which culture could be defended against the attacks of Moscow and its "fellow travellers" in the West. At its height, it had offices in 35 countries and published more than two dozen magazines, including Encounter.

The Congress for Cultural Freedom also gave the CIA the ideal front to promote its covert interest in Abstract Expressionism. It would be the official sponsor of touring exhibitions; its magazines would provide useful platforms for critics favourable to the new American painting; and no one, the artists included, would be any the wiser.

This organisation put together several exhibitions of Abstract Expressionism during the 1950s. One of the most significant, "The New American Painting", visited every big European city in 1958-59. Other influential shows included "Modern Art in the United States" (1955) and "Masterpieces of the Twentieth Century" (1952).

Because Abstract Expressionism was expensive to move around and exhibit, millionaires and museums were called into play. Pre-eminent among these was Nelson Rockefeller, whose mother had co-founded the Museum of Modern Art in New York. As president of what he called "Mummy’s museum", Rockefeller was one of the biggest backers of Abstract Expressionism (which he called "free enterprise painting"). His museum was contracted to the Congress for Cultural Freedom to organise and curate most of its important art shows.

The museum was also linked to the CIA by several other bridges. William Paley, the president of CBS broadcasting and a founding father of the CIA, sat on the members’ board of the museum’s International Programme. John Hay Whitney, who had served in the agency’s wartime predecessor, the OSS, was its chairman. And Tom Braden, first chief of the CIA’s International Organisations Division, was executive secretary of the museum in 1949.

Now in his eighties, Mr Braden lives in Woodbridge, Virginia, in a house packed with Abstract Expressionist works and guarded by enormous Alsatians. He explained the purpose of the IOD.

"We wanted to unite all the people who were writers, who were musicians, who were artists, to demonstrate that the West and the United States was devoted to freedom of expression and to intellectual achievement, without any rigid barriers as to what you must write, and what you must say, and what you must do, and what you must paint, which was what was going on in the Soviet Union. I think it was the most important division that the agency had, and I think that it played an enormous role in the Cold War."

He confirmed that his division had acted secretly because of the public hostility to the avant-garde: "It was very difficult to get Congress to go along with some of the things we wanted to do – send art abroad, send symphonies abroad, publish magazines abroad. That’s one of the reasons it had to be done covertly. It had to be a secret. In order to encourage openness we had to be secret."

If this meant playing pope to this century’s Michelangelos, well, all the better: "It takes a pope or somebody with a lot of money to recognise art and to support it," Mr Braden said. "And after many centuries people say, ‘Oh look! the Sistine Chapel, the most beautiful creation on Earth!’ It’s a problem that civilisation has faced ever since the first artist and the first millionaire or pope who supported him. And yet if it hadn’t been for the multi-millionaires or the popes, we wouldn’t have had the art."

Would Abstract Expressionism have been the dominant art movement of the post-war years without this patronage? The answer is probably yes. Equally, it would be wrong to suggest that when you look at an Abstract Expressionist painting you are being duped by the CIA.

But look where this art ended up: in the marble halls of banks, in airports, in city halls, boardrooms and great galleries. For the Cold Warriors who promoted them, these paintings were a logo, a signature for their culture and system which they wanted to display everywhere that counted. They succeeded.

* The full story of the CIA and modern art is told in ‘Hidden Hands’ on Channel 4 next Sunday at 8pm. The first programme in the series is screened tonight. Frances Stonor Saunders is writing a book on the cultural Cold War.

Covert Operation

In 1958 the touring exhibition "The New American Painting", including works by Pollock, de Kooning, Motherwell and others, was on show in Paris. The Tate Gallery was keen to have it next, but could not afford to bring it over. Late in the day, an American millionaire and art lover, Julius Fleischmann, stepped in with the cash and the show was brought to London.

The money that Fleischmann provided, however, was not his but the CIA’s. It came through a body called the Farfield Foundation, of which Fleischmann was president, but far from being a millionaire’s charitable arm, the foundation was a secret conduit for CIA funds.

So, unknown to the Tate, the public or the artists, the exhibition was transferred to London at American taxpayers’ expense to serve subtle Cold War propaganda purposes. A former CIA man, Tom Braden, described how such conduits as the Farfield Foundation were set up. "We would go to somebody in New York who was a well-known rich person and we would say, ‘We want to set up a foundation.’ We would tell him what we were trying to do and pledge him to secrecy, and he would say, ‘Of course I’ll do it,’ and then you would publish a letterhead and his name would be on it and there would be a foundation. It was really a pretty simple device."

Julius Fleischmann was well placed for such a role. He sat on the board of the International Programme of the Museum of Modern Art in New York – as did several powerful figures close to the CIA.

Voir aussi:

Les défis diplomatiques de Barack Obama

Election d’Obama : le retour du soft power ?

François-Bernard Huyghe

Affaires strategiques info

1er novembre 2008

Si un lexicographe analysait les millions de mots qui déferlent sur les médias en plein orgasme obamaniaque, il classerait sans doute comme les plus fréquents et significatifs : espoir, changement, diversité, modernité, rêve américain… De leur côté, les Américains qui font la fête, des ghettos jusqu’à Wall Street, sont sincèrement persuadés que « le monde va de nouveau nous aimer », comme si leur choix leur restituait une innocence perdue et rendait au pays l’attraction qu’il n’aurait jamais dû perdre.

Ils auront d’ailleurs raison pendant quelques semaines ou quelques mois, le temps d’un état de grâce planétaire que pourraient entretenir déclarations ou gestes symboliques, comme la fermeture de la prison de Guantanamo ou le retour de quelques boys.

Parmi les admirateurs européens d’Obama, il en est sans doute qui découvriront à propos du Moyen-Orient, de la présence de l’Otan en Afghanistan ou de l’Iran, que l’élu de leur cœur n’est pas tout à fait sur la ligne qu’ils espéraient. Et qu’il demandera beaucoup à des alliés qui n’auront plus à lui opposer la litanie des fautes originelles de Bush (guerre d’Irak, refus de signer le protocole de Kyoto, unilatéralisme…).

Pour le dire en termes plus galants, les politologues s’interrogent sur le retour du « soft power » américain (les méthodes « hard » chères aux néo-conservateurs ayant échoué avec une évidence difficile à contester). Mais au fait qu’est-ce que le soft power ? On peut trouver des ancêtres à l’idée formulée dans les années Clinton : la guerre « pour le cœur et l’esprit » de toutes les Nations engagée par Woodrow Wilson, ou la « diplomatie publique » chère à Eisenhower, cette action internationale de promotion des États-Unis et de l’idéologie occidentale libérale par médias interposés qui fut si typique de la guerre froide. Mais quand le doyen Joseph Nye formule pour la première fois le concept de soft power en 1991 dans un livre au titre significatif (Bound to lead), il a quelque chose de plus précis en tête et qui suppose le rayonnement du modèle politique, économique, culturel et technologique des U.S.A. Il s’agit d’amener le reste du monde à partager leur point de vue, sans recourir à la carotte ni au bâton. Par un savant dosage de l’attraction (l’image des USA et notamment sa culture), de la persuasion (par la conversion à ses valeurs politiques) et enfin d’une action diplomatique où la recherche de la légitimité et du soutien des autres États tient une grande part.

Cette politique s’appuie sur la capacité de doser aide et négociation, incitation et coopération jusqu’à amener d’autres États à coopérer avec les USA, moitié sous la pression de leur opinion convertie aux valeurs US moitié sous l’incitation d’une diplomatie US soucieuse des formes et des susceptibilités. Dans son esprit, le tout coïncide peu ou prou avec le sens de l’histoire où les USA jouent une fonction avant-gardiste. Ainsi pour Nye « La bonne nouvelle est que les tendances sociales de l’âge de l’information globale contribuent à façonner un monde qui sera davantage en sympathie avec les valeurs américaines à long terme. » . En somme, être moderne, branché et « global » impliquait d’être proaméricain.

Depuis, la façon de penser la politique extérieure comme un dosage entre soft et hard power, entre l’attractif et le coercitif, est depuis devenue un lieu commun du débat politique outre-Atlantique. Il serait, du reste, caricatural d’assimiler soft à démocrate et hard à républicain : Nye lui-même insiste sur le fait que les nécessités du temps exigent un mélange des deux, et il baptise « smart power » l’heureux mélange. Et sur ce point, Obama pourrait être son disciple.

Soyons clairs : dans soft power, il y a pouvoir (au sens le plus classique : la probabilité d’obtenir d’autrui un comportement conforme à vos désirs). Sa pratique consiste moins à être sympathique et « respectueux » (des diversités, de l’écologie, des sensibilités, des cultures…) qu’à être efficace en économisant les moyens de la puissance. Ce pourrait bien être l’art de faire coïncider les intérêts des USA avec les désirs des autres, au sens où l’idéologie est la représentation mentale d’une position et d’intérêts particuliers sous forme de vérités universelles.. Cela marche souvent. Rappelons-nous le discours du président Sarkozy devant le Congrès US le 7 novembre 2007 : « Dans l’imaginaire de ma génération, il y a la conquête de l’Ouest et Hollywood. Il y a Elvis Presley, qu’on n’a peut-être pas l’habitude de citer dans ces murs, mais, pour ma génération, il est universel ! Il y a Duke Ellington, il y a Hemingway. Il y a John Wayne, il y a Charlton Heston. Il y a Marilyn Monroe, Rita Hayworth. Il y a aussi Armstrong, Aldrin, Collins réalisant le plus vieux rêve de l’Homme le jour où des Américains ont marché sur la lune, l’Amérique était universelle et chacun voulait être de cette aventure. »

Notre président qui a lui-même présenté Obama comme « son copain » pourrait donc être un des plus réceptifs à cette politique. Et il ne sera pas le seul.

Obama le grand communicateur s’est montré exceptionnellement brillant pour incarner et attirer. Mais la politique étrangère ne consiste pas seulement à conquérir des « territoires mentaux », elle suppose aussi de trancher et d’agir contre. Il se pourrait que les temps soient un peu durs pour une politique soft.

François-Bernard Huyghe, chercheur associé à l’IRIS et auteur de "Maîtres du faire croire. De la propagande à l’influence" (Vuibert). Il anime par ailleurs le blog http://www.huyghe.fr

Voir enfin:

Donald F.B. Jameson; Handled Russian Defectors for CIA

Adam Bernstein

Washington Post

September 11, 2007

Donald F.B. "Jamie" Jameson, 82, a branch chief in the Central Intelligence Agency’s directorate of operations who was highly regarded for his work handling Russian defectors and other Soviet covert operations, died Sept. 5 at Holy Cross Hospital. He had complications of a stroke in March.

Until retiring in 1973, Mr. Jameson spent more than 20 years working for the CIA. He was "one of the most experienced defector recruiters and handlers within the agency," according to journalist Tom Mangold’s 1991 book, "Cold Warrior," about the CIA under James J. Angleton, the much-discredited chief of counterintelligence.

In Mangold’s account, Mr. Jameson criticized Angleton’s handling of KGB defector Anatoly M. Golitsin, who in the early 1960s was considered a major CIA asset. Golitsin eventually sent the agency on a highly destructive hunt for an alleged Soviet mole within its own ranks.

Mr. Jameson suggested Golitsin "needed to be stepped on," to rein in his requests for money and access to Washington’s power elite. Angleton and his staff blocked that judgment and soon removed Mr. Jameson as Golitsin’s case officer.

From 1962 to 1969, Mr. Jameson headed the branch in charge of Soviet bloc covert action. His branch encouraged dissidents behind the Iron Curtain and helped smuggle banned books to and from the Soviet Union and its satellite countries.

He also helped arrange for the defection of Svetlana Alliluyeva, daughter of former Soviet dictator Joseph Stalin, and the English-language publication of her book "Twenty Letters to a Friend" (1967).

Mr. Jameson retired as special adviser to the Soviet bloc division chief and became a writer and consultant on international finance and politics.

Donald Fenton Booth Jameson, whose great-uncle was Pulitzer Prize-winning novelist Booth Tarkington, was an Indianapolis native. He graduated in 1945 from the U.S. Naval Academy in Annapolis and spent the end of World War II in the Pacific.

He received a master’s degree in international relations from Columbia University, and, fluent in Russian, he was recruited to the CIA to enlist and train agents to infiltrate the Soviet Union.

In 1999, he told U.S. News & World Report that many of his recruits were used as observers to watch troop movements. Still others had assignments to collect leaves and frogs near plutonium processing centers so U.S. scientists could test the samples for chemicals.

Most of the agents failed to work at all, he said. Some were caught and sent to the gulag, and others disappeared. In retrospect, he told the magazine, "Ours was a very large effort that produced virtually no results useful to intelligence."

In 1955, Mr. Jameson interrogated an East German defector whom he later suspected of carrying the polio virus. Mr. Jameson received treatment at polio centers, but his limbs weakened substantially by the 1980s, and he was effectively a paraplegic.

He was an Ashburn resident, and his memberships included the Cosmos Club and the Army and Navy Club. He also belonged to Le Cercle, a foreign policy think tank established during the Cold War that reportedly included senior politicians, diplomats and intelligence agents worldwide.

His marriage to Barbara Nixon Jameson ended in divorce.

Survivors include his wife of 38 years, Lisa Rodman Jameson of Ashburn; a son from his first marriage, Jeremy Jameson of Houston; three children from his second marriage, Margaret Jameson and Thomas Jameson, both of New York City, and Alexander Jameson of Washington; and a sister.


Union européenne: Une fâcheuse géométrie variable (Former Soviet dissident warns of EU dictatorship)

30 septembre, 2010
L’anti-racisme sera le totalitarisme du XXIe siècle. Alain Finkielkraut
La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (le 25 avril 2005)
En tant que système de pensée, philosophie, organisation politique, le nazisme a été totalement réfuté, démantelé, ridiculisé, anéanti. Aucun intellectuel, à l’issue de la seconde guerre mondiale, ne pouvait prétendre soutenir la moindre théorie en rapport et garder son prestige et sa réputation. Le procès proprement dit vaut moins pour son déroulement que pour son symbolisme. (…) Concernant le communisme, il n’y a jamais eu de procès de Nuremberg et c’est un manquement crucial au démantèlement de cette idéologie criminelle. C’est la thèse que soutien Vladimir Bukovsky sur la fin de l’URSS, et force est de constater que ses arguments sont convaincants. Mis à part la pantalonnade du "putsch des généraux" de l’été 1991, il n’y a pas eu cette réfutation publique et totale du communisme. En ex-URSS, suite à la fin du régime les aparatchiks se sont empressés de se recycler dans le capitalisme d’Etat en se partageant le butin des régies d’Etat qui s’apprêtaient à être privatisées, et c’est désormais Vladimir Poutine, ancien colonel du KGB, qui est à la tête du pays. Faut-il s’en réjouir? Que la victoire sur l’Allemagne nazie aurait été amère si, dans les années 50, un Goebbels "repenti" s’était retrouvé élu à la Chancellerie fédérale! Stephane
Comme l’avait très bien montré Revel dans La Grande Parade, la plupart des communistes et socialistes européens, surtout français, n’ont pas tiré les leçons de l’écroulement du mur de Berlin et de l’échec de l’économie planifiée. Ils continuent à croire au Grand Soir en s’opposant systématiquement à l’économie libérale et aux valeurs de liberté individuelle. Leur aveuglement les a poussé à soutenir l’URSS jusqu’au bout et à croire en la perestroïka en l’arrosant de milliards de dollars (…) Ceux qui furent déçus de la chute de l’URSS font aussi partie des bâtisseurs de l’Europe communautaire  (…) La mauvaise compréhension de cet échec les a rendus nostalgiques d’un ordre bureaucratique dont les défauts ne pouvaient que cacher une réalité bien plus agreeable(…) C’est pourquoi ils ont essayé d’imaginer  cette Europe comme un ensemble d’Etats soumis à un centre administratif basé à Bruxelles. Pour l’instant, ils n’ont réussi que partiellement et, comme le dit Boukovsky, l’Europe « souffre aujourd’hui d’un syndrome brejnévien ». (…) Cette Europe s’est bâtie durant la période de la détente, euphémisme correspondant en fait aux phases qui permettaient aux Soviétiques de reprendre des forces et de consolider leurs « acquis » afin de mieux préparer de nouveaux coups. Seuls Reagan et Thatcher ne sont pas tombés dans ce piège. Plus tard, au temps de Gorbatchev, les Européens ont aveuglement soutenu son idée de « maison commune », une façon habile d’intégrer l’URSS moribonde dans un ensemble d’Etats « partageant les mêmes valeurs » de…. paix, protection sociale, de respect des frontières, des droits collectifs. C’est-à-dire une Europe intégrant l’Empire soviétique avec ses caractéristiques les plus déplorables. (…) Très instructives les déclarations de Mitterrand et de son « conseiller idéologique », Jacques Attali, sur cette « maison européenne » : « une grande idée pour converger les deux mondes socialistes » (Mitterrand). Bogdan Calinescu
Sur le plan culturel et civil, la mise en cause de la liberté de conscience et d’opinion d’un commissaire de formation et de confession catholiques, et la contestation de la distinction laïque faite par lui entre morale et loi, entre morale et droit, ont des relents intégristes, voire obscurantistes. Berlusconi
Le gonflement de l’appareil bureaucratique est l’un des traits immuables du socialisme. Vladimir Boukovsky (1981)
Pour continuer à exister, l’Union soviétique s’est étendue toujours plus loin. Dès qu’elle a cessé de s’étendre, elle a commencé à s’écrouler. Et je soupçonne qu’il en sera de même pour l’UE. (…) Comme l’Union soviétique, l’Union européenne porte en elle les germes de sa propre perte. Malheureusement, quand elle s’écroulera – et elle s’écroulera – elle laissera derrière elle une immense destruction et d’immenses problèmes économiques et ethniques. (…) J’ai vécu dans votre futur, et ça n’a pas marché. Vladimir Boukovsky
Bien sûr en Europe, celui qui pense autrement et qui ose exprimer son opinion sur des sujets sensibles, n’est pas envoyé au Goulag, mais les pressions qu’il subit sont telles qu’il est généralement condamné au silence ou à la marginalisation. J’ai peur que ce soit le début de quelque choses de plus grave. (…) Dans certains pays européens, la loi interdit d’exprimer des opinions négationistes, xénophobes, racistes, tout comme les incitations à la haine raciale ou l’apologie de crimes contre l’humanité. Il convient de constater à quel point la définition de tels délits peut être floue.
Déjà on constate une fâcheuse géométrie variable en ce qui concerne les opinions négationistes : on peut être condamné à juste raison si l’on nie les crimes de Hitler. En revanche, pour une raison qui m’échappe, on reste libre de considérer Staline ou Mao Zedong ou Pol Pot comme de charmants bienfaiteurs de l’humanité et de le proclamer partout. Vladimir Boukovsky

Votes imposes, appels explicites a la convergence partis sociaistes europeens-URSS dite notre « maison commune européenne », multiplication de soviets directement élus par personne et ne rendant de compte à personne, dizaines de milliers de pages de règlements gosplaniques planifiant tout dans l’économie, dans les moindres details crime d’injures concernant les homosexuels des annees à l’avance, corruption de haut en bas a la soviétique de corruption, allant plutôt que de bas en haut, creation de nouveaux crimes politiquement corrects mais a geometire variable (opposition à l’immigration incontrôlée du tiers-monde et à la poursuite de l’intégration européenne assimiles au racisme et a la xénophobie, repression du negationnisme nazi mais pas de l’apologie du communisme), endoctrinement ideologique sociale-démocrate, étatiste et politiquement correct, candidat commissaire europeen recale et pasteur suédois persécuté pour pensee non conforme concernant l’homosexualité, crime d’injures concernant les homosexuels), endoctrinement ideologique sociale-démocrate, étatiste et politiquement correct, candidat commissaire europeen recale et pasteur suédois persécuté pour pensee non conforme concernant l’homosexualité…

L’Union europeenne serait-elle en voie de sovietisation?

Suite  a notre dernier billet sur la singuliere indulgence francaise pour l’ideologie probablement la plus meurtriere de l’histoire …

Et a l’heure ou, a coup de milliers de milliards de dollars de deficits mais a la veille d’elections de mi-mandat annoncees catastrophiques, le troisieme compere de la Trilaterale socialiste, a savoir l’Amerique d’Obama, s’enfonce chaque jour un peu  plus dans la socialisation et l’etatisation a l’europeenne

Retour, avec l’ancien dissident russe Vladimir Boukovsky, sur l’etrange convergence qui semble se confirmer …

Entre une Russie non seulement jamais totalement decommunisee mais en pleine nostalgie sovietique et une Union europeenne en serieuse voie de sovietisation

Un ancien dissident soviétique met en garde contre une dictature de l’Union Européenne

Observatoire de l’Europe

20 mars 2006

Vladimir Bukovsky, l’ancien dissident soviétique âgé de 63 ans, craint que l’Union Européenne ne soit en train de devenir une autre Union Soviétique. Dans un discours prononcé à Bruxelles en février, Mr. Bukovsky a qualifié l’UE de « monstre » qui doit être détruit le plus tôt possible, avant qu’il ne se transforme en un Etat totalitaire en pleine puissance.

Un ancien dissident soviétique met en garde contre une dictature de l’Union Européenne

Mr. Bukovsky a rendu visite au Parlement Européen il ya quelques mois sur l’invitation du FIDESZ, le Forum civique hongrois. Le FIDESZ, membre du groupe chrétien-démocrate européen, avait invité l’ancien dissident soviétique, vivant en Angleterre, à l’occasion du 50e anniversaire de la révolte hongroise de 1956. Après sa rencontre du matin avec les Hongrois, Mr. Bukovsky a fait un discours l’après-midi dans un restaurant polonais de la Trier Straat, en face du Parlement Européen, où il a parlé sur l’invitation du Parti de l’Indépendance du Royaume-Uni (UKIP), dont il est le parrain.

Vladimir Bukovsky annonce une imminente "UERSS"

Dans son discours, Mr. Bukovsky fit référence à des documents confidentiels venant des dossiers soviétiques qu’il fut autorisé à lire en 1992. Ces documents confirment l’existence d’une « conspiration » pour transformer l’Union Européenne en une organisation socialiste. J’ai assisté à la rencontre et tapé le discours. Une transcription, ainsi que le fragment audio (environ 15 minutes), peut être trouvé plus bas. J’ai eu aussi une brève interview avec Mr. Bukovsky (4 minutes), dont une transcription et un fragment audio peuvent aussi être trouvés ci-dessous. L’interview sur l’Union Européenne a dû être abrégée parce que Mr. Bukovsky avait d’autres engagements, mais elle m’a rappelé quelques souvenirs, quand j’avais interviewé Vladimir Bukovsky vingt ans auparavant, en 1986, alors que l’Union Soviétique, le premier monstre qu’il avait si vaillamment combattu, était encore vivant et florissant.

Mr. Bukovsky fut l’un des héros du XXe siècle. Encore jeune homme, il dénonça l’utilisation de l’emprisonnement psychiatrique contre les prisonniers politiques dans l’ancienne URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques, 1917-1991) et passa au total douze ans (1964-1976), depuis l’âge de 22 ans jusqu’à 34 ans, dans les prisons, les camps de travail et les institutions psychiatriques soviétiques. En 1976, les Soviétiques l’expulsèrent en Occident. En 1992, il fut invité par le gouvernement russe pour servir d’expert témoignant au procès conduit pour déterminer si le Parti Communiste Soviétique avait été une institution criminelle. Pour préparer son témoignage, Mr. Bukovsky obtint l’accès à un grand nombre de documents des archives secrètes soviétiques. Il est l’une des rares personnes à avoir vu ces documents, puisqu’ils sont encore classifiés. En utilisant un petit scanner portable et un ordinateur portable, cependant, il réussit à copier beaucoup de documents (certains avec une mention de haute sécurité), y compris des rapports du KGB au gouvernement soviétique.

Une interview avec Vladimir Bukovsky

(écouter)

Paul Belien : Vous avez été un célèbre dissident soviétique, et maintenant vous tracez un parallèle entre l’Union Européenne et l’Union Soviétique. Pouvez-vous expliquer cela ?

Vladimir Bukovsky : Je fais référence aux structures, à certaines idéologies qui sont inculquées, aux plans, à la direction, à l’inévitable expansion, à l’effacement des nations, ce qui était le but de l’Union Soviétique. La plupart des gens ne comprennent pas cela. Ils ne le savent pas, mais nous le savons parce que nous avons été élevés en Union Soviétique où nous devions étudier l’idéologie soviétique à l’école et à l’université. Le but ultime de l’Union Soviétique était de créer une nouvelle entité historique, le peuple soviétique, sur tout le globe. La même chose est vraie dans l’UE aujourd’hui. Ils tentent de créer un nouveau peuple. Ils appellent ce peuple les « Européens », quoi que cela signifie.

D’après la doctrine communiste ainsi que de nombreuses formes de pensée socialiste, l’Etat, l’Etat national, est supposé disparaître. En Russie, cependant, c’est le contraire qui arriva. Au lieu de disparaître, l’Etat soviétique devint un Etat très puissant, mais les nationalités furent effacées. Mais quand vint le temps de l’effondrement soviétique, ces sentiments réprimés d’identité nationale revinrent en force et ils détruisirent presque le pays. C’était si effrayant.

PB : Pensez-vous que la même chose puisse arriver quand l’Union Européenne s’effondrera ?

VB : Absolument, vous pouvez presser un ressort seulement jusqu’à un certain point, et la psyché humaine est très résistante, vous savez. Vous pouvez la presser, vous pouvez la presser, mais n’oubliez pas qu’elle accumule toujours de la force pour rebondir. Elle est comme un ressort et elle revient toujours en force.

PB : Mais tous ces pays qui ont rejoint l’UE l’ont fait volontairement.

VB : Non, ils ne l’ont pas fait. Regardez le Danemark qui a voté contre le traité de Maastricht deux fois. Regardez l’Irlande [qui a voté contre le traité de Nice]. Regardez beaucoup d’autres pays, ils sont sous une énorme pression. C’est presque du chantage. La Suisse a été forcée de voter cinq fois dans un référendum. Les cinq fois ils l’ont rejeté, mais qui sait ce qui arrivera la sixième fois, la septième fois. C’est toujours la même chose. C’est un truc pour les idiots. Les gens doivent voter dans des référendums jusqu’à ce que les gens votent de la manière souhaitée. Ensuite ils doivent s’arrêter de voter. Pourquoi s’arrêter ? Continuons à voter. L’UE est ce que les Américains appelleraient un mariage forcé.

PB : Que pensez-vous que les jeunes devraient faire concernant l’UE ? Sur quoi doivent-ils insister, démocratiser l’institution ou simplement l’abolir ?

VB : Je pense que l’UE, comme l’Union Soviétique, ne peut pas être démocratisée. Gorbatchev a tenté de la démocratiser et elle a éclaté. Ce genre de structure ne peut jamais être démocratisé.

PB : Mais nous avons un Parlement Européen qui est choisi par le peuple.

VB : Le Parlement Européen est élu sur la base de la représentation proportionnelle, ce qui n’est pas une vraie représentation. Et sur quoi vote-t-on ? Le pourcentage de graisse dans les yoghourts, ce genre de chose. C’est ridicule. On lui donne la tâche du Soviet Suprême. Le parlementaire moyen peut parler six minutes par an à la Chambre. Ce n’est pas un vrai parlement.

Transcription du discours de Mr. Bukovsky à Bruxelles

(écouter)

En 1992, j’ai eu un accès sans précédent aux documents secrets du Politburo et du Comité Central qui avaient été classifiés, et qui le sont encore maintenant, pour 30 ans. Ces documents montrent très clairement que toute l’idée de transformer le marché commun européen en Etat fédéral fut acceptée par les partis de gauche européens et par Moscou comme un projet conjoint que Gorbatchev appela en 1988-89 notre « maison commune européenne ».

L’idée était très simple. Elle apparut pour la première fois en 1985-86, quand les communistes italiens rendirent visite à Gorbatchev, suivis par les sociaux-démocrates allemands. Ils se plaignaient tous que les changements dans le monde, particulièrement après que Mme Thatcher ait introduit la privatisation et la libéralisation économique, menaçaient de balayer toutes les réalisations (comme ils les appelaient) de générations de socialistes et de sociaux-démocrates – menaçant de les inverser complètement. Par conséquent la seule manière de résister à cette agression du capitalisme sauvage (comme ils l’appelaient) était de tenter d’introduire les mêmes buts socialistes dans tous les pays immédiatement.

Avant cela, les partis de gauche et l’Union Soviétique s’étaient opposés à l’intégration européenne surtout parce qu’ils la percevaient comme un moyen de bloquer leurs buts socialistes.

A partir de 1985, ils changèrent complètement de vision. Les Soviétiques parvinrent à la conclusion et à un accord avec les partis de gauche, que s’ils travaillaient ensemble ils pouvaient détourner tout le projet européen et l’inverser complètement. Au lieu d’un marché ouvert, ils le transformeraient en un Etat fédéral.

D’après les documents [soviétiques], 1985-86 est le moment-clé. J’ai publié la plupart de ces documents. Vous pouvez même les trouver sur internet. Mais les conversations qu’ils ont eues sont vraiment révélatrices. Pour la première fois vous comprenez qu’il y a eu une conspiration – très compréhensible pour eux, puisqu’ils tentaient de sauver leurs peaux politiques. A l’Est, les Soviétiques avaient besoin d’un changement de relations avec l’Europe parce qu’ils entraient dans une crise structurelle prolongée et très profonde ; à l’Ouest, les partis de gauche craignaient d’être balayés et de perdre leur influence et leur prestige. Donc c’était une conspiration, faite par eux, négociée et élaborée tout à fait ouvertement.

En janvier 1989, par exemple, une délégation de la Commission Trilatérale vint voir Gorbatchev. Elle comprenait Nakasone, Giscard d’Estaing, [David] Rockefeller et Kissinger. Ils eurent une très jolie conversation où ils tentèrent d’expliquer à Gorbatchev que la Russie Soviétique devait s’intégrer dans les institutions financières du monde, comme le Gatt, le FMI et la Banque Mondiale.

Au milieu de la conversation, Giscard d’Estaing entre soudain en piste et dit : « Mr. le Président, je ne peux pas vous dire exactement quand cela arrivera – probablement dans 15 ans – mais l’Europe va devenir un Etat fédéral et vous devez vous y préparer. Vous devez élaborer avec nous, et avec les dirigeants européens, la manière dont vous réagiriez à cela, comment vous permettriez aux autres pays d’Europe de l’Est d’interagir avec lui ou comment en faire partie, vous devez être prêt ».

C’était en janvier 1989, à un moment où le traité de Maastricht [1992] n’avait même pas été esquissé. Comment diable Giscard d’Estaing savait-il ce qui allait se passer dans 15 ans ? Et surprise, surprise, comment devint-il l’auteur de la constitution européenne [en 2002-03] ? Très bonne question. Ça sent la conspiration, n’est-ce pas ?

Heureusement pour nous, la partie soviétique de cette conspiration s’effondra avant et elle n’atteignit pas le point où Moscou aurait pu influencer le cours des événements. Mais l’idée originelle était d’avoir ce qu’ils appelaient une convergence, par laquelle l’Union Soviétique s’adoucirait quelque peu et deviendrait plus sociale-démocrate, pendant que l’Europe occidentale deviendrait sociale-démocrate et socialiste. Ensuite il y aurait eu une convergence. Les structures devaient s’adapter l’une à l’autre. C’est pourquoi les structures de l’Union Européenne furent initialement bâties dans le but de s’adapter à la structure soviétique. C’est pourquoi elles sont aussi similaires dans leur fonctionnement et dans leur structure.

Ce n’est pas un hasard si le Parlement Européen, par exemple, me rappelle le Soviet Suprême. Il ressemble au Soviet Suprême parce qu’il a été conçu comme lui. De même, quand vous regardez la Commission Européenne, elle ressemble au Politburo. Je veux dire qu’elle lui ressemble exactement, sauf pour le fait que la Commission a maintenant 25 membres et que le Politburo avait habituellement 13 ou 15 membres. A part ça, ils sont exactement les mêmes, ne rendant de compte à personne, sans être directement élus par personne.

Quand vous regardez toute cette activité bizarre de l’UE avec ses 80.000 pages de règlements, ça ressemble au Gosplan. Nous avions une organisation qui planifiait tout dans l’économie, dans les moindres détails, cinq ans à l’avance. C’est exactement la même chose qui se passe dans l’UE. Quand vous regardez le type de corruption de l’UE, c’est exactement le type soviétique de corruption, allant de haut en bas, plutôt que de bas en haut.

Si vous parcourez toutes les structures et tous les traits de ce monstre européen émergeant, vous remarquerez qu’il ressemble de plus en plus à l’Union Soviétique. Bien sûr, c’est une version plus douce de l’Union Soviétique. S’il vous plaît, ne vous méprenez pas. Je ne dis pas qu’il a un Goulag. Il n’a pas de KGB – pas encore – mais je surveille très attentivement des structures comme l’Europol par exemple. Cela m’effraye réellement parce que cette organisation aura probablement des pouvoirs plus grands que ceux du KGB. Ils auront l’immunité diplomatique. Pouvez-vous imaginer un KGB avec l’immunité diplomatique ? Ils devront nous contrôler pour 32 sortes de crimes – dont deux sont particulièrement effrayants, l’un est appelé racisme, l’autre xénophobie. Aucune cour criminelle sur terre ne définit une telle chose comme un crime [ce n'est pas entièrement vrai, puisque la Belgique le fait déjà – PB].

Donc c’est un nouveau crime, et nous avons déjà été avertis. Un membre du gouvernement britannique nous a dit que ceux qui s’opposent à l’immigration incontrôlée du tiers-monde seront considérés comme racistes et que ceux qui s’opposent à la poursuite de l’intégration européenne seront considérés comme xénophobes. Je crois que Patricia Hewitt a dit cela publiquement.

Donc, nous avons maintenant été avertis. Pendant ce temps, ils introduisent de plus en plus d’idéologie. L’Union Soviétique était un Etat dirigé par l’idéologie. L’idéologie d’aujourd’hui de l’Union Européenne est sociale-démocrate, étatiste, et en grande partie politiquement correcte. Je surveille très attentivement la manière dont le politiquement correct se répand et devient une idéologie oppressive, sans parler du fait qu’ils interdisent de fumer presque partout maintenant. Regardez la persécution de gens comme le pasteur suédois qui a été persécuté pendant plusieurs mois parce qu’il a estimé que la Bible n’approuve pas l’homosexualité. La France a voté la même loi de crime d’injures [hate crime] concernant les gays.

La Grande-Bretagne est en train de voter des lois de crime d’injures concernant les relations raciales et maintenant le discours religieux, et ainsi de suite. Ce que vous observez, mis en perspective, est une introduction systématique d’idéologie qui pourrait être renforcée plus tard par des mesures oppressives. Apparemment c’est tout le but de l’Europol. Autrement pourquoi en aurions-nous besoin ? L’Europol me paraît très suspect. Je surveille très attentivement qui est persécuté, pour quelle raison, et ce qui se passe, parce que c’est un domaine dans lequel je suis un expert. Je sais de quelle manière le Goulag apparaît.

C’est comme si nous vivions dans une période de démantèlement rapide, systématique et très cohérent de la démocratie. Regardez ce projet de réforme législatif et de réglementation. Il transforme les ministres en législateurs qui peuvent introduire de nouvelles lois sans en parler au Parlement ni à quiconque. Ma réaction immédiate est : pourquoi avons-nous besoin de ça ? La Grande-Bretagne a survécu à deux guerres mondiales, à la guerre contre Napoléon, à l’Armada espagnole, sans parler de la guerre froide durant laquelle on nous disait à tout moment que nous pouvions avoir une guerre mondiale nucléaire, sans aucun besoin d’introduire ce genre de législation, sans avoir besoin de suspendre nos libertés civiles et d’introduire des pouvoirs spéciaux. Pourquoi en avons-nous besoin maintenant ? Ceci peut transformer votre pays en dictature en un rien de temps.

La situation d’aujourd’hui est vraiment sinistre. Les principaux partis politiques se sont fait complètement avoir par le nouveau projet de l’UE. Aucun d’entre eux ne s’y oppose vraiment. Ils sont devenus très corrompus. Qui va défendre nos libertés ? C’est comme si nous allions vers une sorte d’effondrement, une sorte de crise. Le résultat le plus probable est qu’il y aura un effondrement économique en Europe, ce qui arrivera forcément avec cette croissance des dépenses et des taxes. L’incapacité à créer un environnement compétitif, la sur-réglementation de l’économie, la bureaucratisation, cela va conduire à un effondrement économique. L’introduction de l’euro était une idée particulièrement folle. La monnaie n’est pas supposée être politique.

Je n’ai aucun doute là-dessus. Il va y avoir un effondrement de l’Union Européenne tout comme l’Union Soviétique s’est effondrée. Mais n’oubliez pas que quand ces choses s’effondrent, elles laissent une telle dévastation qu’il faut une génération pour s’en remettre. Pensez seulement à ce qui se passera s’il arrive une crise économique. Les récriminations entre nations seront immenses. Ça pourrait mener à une explosion.

Regardez l’immense nombre d’immigrants du tiers-monde vivant maintenant en Europe. Cela a été encouragé par l’Union Européenne. Que se passera-t-il avec eux s’il y a un effondrement économique ? Nous aurons probablement, comme en Union Soviétique à la fin, tellement d’affrontements ethniques que cela donne le vertige. Dans aucun autre pays il n’y a eu autant de tensions ethniques que dans l’Union Soviétique, sauf probablement en Yougoslavie. Donc c’est exactement ce qui arrivera ici aussi. Nous devons nous préparer à cela.

Cet immense édifice de bureaucratie va s’effondrer sur nos têtes. C’est pourquoi, et je suis très franc là-dessus, plus tôt nous en finirons avec l’UE, mieux cela vaudra. Plus tôt elle s’effondrera, moins il y aura de dégâts pour nous et pour les autres pays. Mais nous devons faire vite parce que les eurocrates agissent très rapidement. Il sera difficile de les vaincre. Aujourd’hui, c’est encore simple. Si un million de gens marchent sur Bruxelles aujourd’hui, ces types s’enfuiront jusqu’aux Bahamas. Si demain la moitié de la population britannique refuse de payer ses impôts, rien ne se passera et personne n’ira en prison. Aujourd’hui vous pouvez encore faire ça. Mais je ne sais pas quelle sera la situation demain avec un Europol en pleine puissance bourré d’anciens officiers de la Stasi [est-allemande] ou de la Securitate [roumaine]. Tout peut arriver.

Nous perdons du temps. Nous devons les vaincre. Nous devons nous asseoir et réfléchir, élaborer une stratégie le plus rapidement possible pour obtenir un effet maximum. Autrement il sera trop tard. Donc que dirais-je ? Ma conclusion n’est pas optimiste. Jusqu’ici, en dépit du fait que nous avons des forces anti-UE dans presque chaque pays, ce n’est pas assez. Nous perdons et nous gaspillons du temps.

Du bureau de Paul Belien, le 27 février

Publié sur http://www.brusselsjournal.com/node/865

http://www.brusselsjournal.com/node/865

Lundi 20 Mars 2006

CHRISTOPHE BEAUDOUIN

Source :

http://www.observatoiredeleurope.com

Voir aussi:

L’UNION DES REPUBLIQUES SOCIALISTES EUROPEENNES

Bogdan Calinescu

Libres

Le 12 Mai 2006

Les coups de colère de l’un des plus célèbres dissidents soviétiques sont connus. Dans L’Union européenne, une nouvelle URSS ?, Editions du Rocher, 2005 Vladimir Boukovsky dénonce le lent mais sûr glissement de l’Europe vers le socialisme.

Quel est ce monstre bureaucratique qui a pris corps à Bruxelles ? D’après Valdimir Boukovsky, ce n’est rien d’autre qu’une nouvelle URSS, différente de l’ancienne, plus soft mais aussi adepte d’un système liberticide. Comme l’avait très bien montré Revel dans La Grande Parade, la plupart des communistes et socialistes européens, surtout français, n’ont pas tiré les leçons de l’écroulement du mur de Berlin et de l’échec de l’économie planifiée. Ils continuent à croire au Grand Soir en s’opposant systématiquement à l’économie libérale et aux valeurs de liberté individuelle. Leur aveuglement les a poussé à soutenir l’URSS jusqu’au bout et à croire en la perestroïka en l’arrosant de milliards de dollars : au cours de ses sept dernières années d’existence, l’URSS a reçu 45 milliards de dollars (à titre de comparaison, l’aide du FMI et de la Banque mondiale à la Russie entre 1991 et 1999 s’est élevée à 23 milliards de dollars).  Ceux qui furent déçus de la chute de l’URSS font aussi partie des bâtisseurs de l’Europe communautaire et les « experts » du communisme (comprendre les admirateurs de cette idéologie) sont devenus des analystes incontournables de la société russe d’aujourd’hui.

La mauvaise compréhension de cet échec les a rendus nostalgiques d’un ordre bureaucratique dont les défauts ne pouvaient que cacher une réalité bien plus agréable et « malheureusement » décrite par les thuriféraires de la société libérale. C’est pourquoi ils ont essayé d’imaginer  cette Europe comme un ensemble d’Etats soumis à un centre administratif basé à Bruxelles. Pour l’instant, ils n’ont réussi que partiellement et, comme le dit Boukovsky, l’Europe « souffre aujourd’hui d’un syndrome brejnévien ». Dès qu’un pays réfute le socialisme ambiant, il est voué aux gémonies. On a pu le voir avec l’arrivée au pouvoir en Autriche, en 2000, d’une coalition de droite dirigée par l’ÖVP, le parti populaire de Wolfgang Schüssel (cette coalition est à l’origine de nombreuses réformes libérales qui expliquent l’impressionnant décollage économique de ce pays). Cela a été le cas avec l’élection de George W. Bush en 2004 lorsque de nombreuses « personnalités » européennes, en s’appuyant sur des organisations « progressistes », ont contesté la légitimité du président américain.

Tout comme au Politburo on virait ceux qui s’écartaient de la ligne du parti, les commissaires européens ont poussé vers la sortie Rocco Buttglione, l’intellectuel catholique dont les prises de position sur le mariage étaient trop loin du moule « politiquement correct ». Toujours comme au sein de l’ancienne URSS, certains sont « plus égaux que d’autres ». La preuve, le non-respect des critères de stabilité par l’Allemagne et la France alors que les pays plus petits sont obligés de s’en tenir au Pacte sous peine de sanctions. Autres ressemblances : l’absence de limites, de frontières, à cette Europe, ses leaders veulent aller le plus loin possible ; la corruption étatiste qui la ronge (la France étant la plus touchée) ainsi que l’idéologie socialisante soutenue par les « conseillers » français mais heureusement combattue par les représentants anglo-saxons.

Cette Europe s’est bâtie durant la période de la détente, euphémisme correspondant en fait aux phases qui permettaient aux Soviétiques de reprendre des forces et de consolider leurs « acquis » afin de mieux préparer de nouveaux coups. Seuls Reagan et Thatcher ne sont pas tombés dans ce piège. Plus tard, au temps de Gorbatchev, les Européens ont aveuglement soutenu son idée de « maison commune », une façon habile d’intégrer l’URSS moribonde dans un ensemble d’Etats « partageant les mêmes valeurs » de…. paix, protection sociale, de respect des frontières, des droits collectifs. C’est-à-dire une Europe intégrant l’Empire soviétique avec ses caractéristiques les plus déplorables. Boukovsky livre au lecteur des citations des archives russes qui en disent beaucoup sur le penchant des dirigeants de plusieurs pays démocratiques vers le socialisme économique et politique. Très instructives les déclarations de Mitterrand et de son « conseiller idéologique », Jacques Attali, sur cette « maison européenne » : « une grande idée pour converger les deux mondes socialistes » (Mitterrand). Cette « construction » s’est heureusement interrompue après l’écroulement de l’empire soviétique ce qui n’empêche pas le dissident Boukovsky de nous mettre en garde contre ses futures dérives.

Voir enfin:

Qui a gagné la guerre froide?

Stephane

Le Meilleur des mondes

le 12 Dec 2005

L’Ouest, bien sûr! Vive l’occident! Comment peut-on en douter? Pourtant, la découverte des travaux de Vladimir Bukovsky m’amène à reconsidérer ma position. La différence avec la fin du régime nazi lors de la seconde guerre mondiale est édifiante; le travail n’a peut-être tout simplement pas été fini. Même si la guerre froide s’est conclue par une indiscutable victoire tactique, l’ennemi est loin d’avoir été défait.

Récapitulons la théorie à laquelle j’adhérais il y a quelques jours encore…

La guerre froide s’est achevée avec l’effondrement de l’URSS, piégée par le Président Reagan dans une course aux armements qu’elle ne pouvait gagner. Financièrement à bout, l’Empire soviétique a fini par s’effondrer alors que les peuples d’Europe de l’Est, sentant tourner le vent, se mirent à rejeter le communisme les uns après les autres. Les tentatives ultimes de Mikhaïl Gorbatchev pour maintenir l’empire en vie finirent par se retourner contre lui; en autorisant l’autocritique, le Premier Secrétaire brisa l’idéologie communiste et l’espoir de l’avenir meilleur, et les peuples s’engouffrèrent dans les brèches ouvertes, les agrandirent et finirent par faire éclater le tout.

Je discute parfois de cette période avec mon père, et lui comme moi sommes d’accord pour dire que ce qui ce passa ces jours de 1991 tient du miracle: un empire aussi totalitaire, aussi gigantesque, aussi violent que l’URSS qui finit par se désagréger sans massacre, pratiquement sans un seul coup de feu! Personne, cinq ans plus tôt, n’aurait cru une seconde à un dénouement aussi heureux.

Aussi heureux? Voire!

Retournons dans l’époque trouble qui a suivi la seconde guerre mondiale et le démantèlement de l’Allemagne nazie. Imaginons une variation sur le déroulement de l’histoire dans un point précis – disons, par exemple, que le putsch des généraux ait été mieux accueilli par les dirigeants alliés. On pourrait aussi imaginer que le Japon cédât plus tôt, permettant à l’Allemagne d’être le dernier pays de l’Axe à tomber face à la toute-puissance Alliée désormais libérée du théâtre d’opérations de l’Océan Pacifique. Ou encore que la progression des troupes lors du débarquement ait été ralenties par des problèmes d’intendance ou de météorologie qui auraient amené la guerre à durer un peu plus longtemps. Ou que Hitler ne parvienne pas à se suicider dans son bunker et permette d’expier de tous ses crimes comme un coupable unique.

Bref. Si la combativité ou la vitesse de progression des Alliés avait été différente, on aurait pu se figurer une toute autre issue à l’après-guerre. Les chars n’auraient peut-être pas eu à aller jusqu’à Berlin; le régime aurait de toutes façons fini par s’effondrer. Sous la pression, des rébellions auraient éclaté. Le scandale des camps de concentrations aurait fini par se savoir et aurait alors justifié un revirement (réel ou simulé) de certains hommes haut placés dans l’administration, ainsi que d’une bonne partie de la population. Des politiciens se seraient constitués prisonniers ou se seraient livrés à un repentir plus ou moins sincère.

De toute évidence, le chaos au sein du camp ennemi aurait forcé les Alliés à davantage de circonspection – car il aurait fallu épargner les transfuges du régime. Suivant une idéologie très à la mode de nos jours, il aurait fallu "mieux préparer l’après-guerre" en refusant de démanteler complètement l’appareil d’Etat allemand. Entre témoignages sous couvert d’immunité et retournement de veste, il aurait été très difficile de déceler les véritables responsables de l’Allemagne nazie. La variation la plus évidente de ce déroulement parallèle de l’histoire, c’est que le procès de Nuremberg n’aurait pas eu lieu.

Que ce serait-il alors passé? Le nazisme serait mort, évidemment, de toutes façons. Enfin, officiellement mort. Car entre la nécessité de maintenir une autorité gouvernementale et le revirement de façade de certains de ses défenseurs les plus illustres, la fin du Nazisme n’aurait nullement signifié celle de ses apôtres. Face à l’ampleur de la tâche de la reconstruction de l’Allemagne, ils se seraient débrouillés pour dénicher des postes clef, pour prendre la tête des entreprises à privatiser. Du point de vue électoral, gardant la mainmise sur des réseaux de relations, la majorité n’aurait pas été trop difficile à conquérir. Finalement, en bons requins politiques, ils n’auraient pas eu de mal à s’assurer un avenir au pays.

Certes, l’Allemagne ne serait plus nazie mais elle ne serait pas devenue réellement libre pour autant. Dans l’ombre, les artisans du nazisme auraient toujours les coudées franches.

Sans aller jusqu’à réécrire l’histoire, c’est aussi une thèse avancée par Gunther Grass: l’Allemagne nazie n’a pas cessé d’exister, du jour au lendemain, avec la victoire des Alliés. Au lendemain de la capitulation, on dirait que tous les nazis ont disparu comme par enchantement. Ce n’est évidemment pas vrai.

La nuance entre la présence ou l’absence du procès de Nuremberg tient en la capitulation idéologique du nazisme. En tant que système de pensée, philosophie, organisation politique, le nazisme a été totalement réfuté, démantelé, ridiculisé, anéanti. Aucun intellectuel, à l’issue de la seconde guerre mondiale, ne pouvait prétendre soutenir la moindre théorie en rapport et garder son prestige et sa réputation. Le procès proprement dit vaut moins pour son déroulement que pour son symbolisme.

L’histoire-fiction présentée ci-dessus correspond très vraisemblablement à ce qui s’est passé lors de la fin de l’Union Soviétique.

Concernant le communisme, il n’y a jamais eu de procès de Nuremberg et c’est un manquement crucial au démantèlement de cette idéologie criminelle. C’est la thèse que soutien Vladimir Bukovsky sur la fin de l’URSS, et force est de constater que ses arguments sont convaincants. Mis à part la pantalonnade du "putsch des généraux" de l’été 1991, il n’y a pas eu cette réfutation publique et totale du communisme. En ex-URSS, suite à la fin du régime les aparatchiks se sont empressés de se recycler dans le capitalisme d’Etat en se partageant le butin des régies d’Etat qui s’apprêtaient à être privatisées, et c’est désormais Vladimir Poutine, ancien colonel du KGB, qui est à la tête du pays. Faut-il s’en réjouir? Que la victoire sur l’Allemagne nazie aurait été amère si, dans les années 50, un Goebbels "repenti" s’était retrouvé élu à la Chancellerie fédérale! Or, la dé-communisation n’a pas eu lieu. Les aparatchiks n’ont pas été destitués et obligés de vivre cachés, traqués par les descendants de leurs victimes. Les meutriers des régimes communistes n’ont pas fini pendus, malgré tout le sang qu’ils avaient sur les mains.

Il y a quelque chose de terrifiant dans la complicité et la complaisance dont font preuve les élites occidentales envers la fin du régime communiste depuis la fin de l’URSS. Pour eux, l’URSS n’était pas "le vrai communisme", seulement une perversion de ce noble idéal (comme partout où il a été instauré!) D’autres se sont simplement réfugiés dans des variantes comme le Maoïsme et ses laogaïs. Si les théories de suprématie raciale et d’espace vital ont disparu avec Hitler, celles sur la lutte des classes et la révolution prolétarienne ont toujours droit de cité et sont prises au sérieux. Ces idéologies abjectes donnent lieu à des débats convenus et des publications et ceux qui les défendent ne sont pas inquiétés le moins du monde, recevant considérations et respect pour leurs thèses. Des partis comme la Ligue Communiste Révolutionnaire en France prônent ouvertement la dictature du prolétariat et attirent un électorat régulier sans que personne ne s’en inquiète!

Il y a une différence de taille entre le socialisme international du communisme et le socialisme nationaliste créé par les nazis: le second a coulé avec le capitaine du navire, portant un discrédit fatal à toute la construction théorique. Car si le prophète lui-même échoue alors qu’il est aux commandes, comment peut-il prétendre à ce titre? Mais Marx n’a pas eu le privilège de mener la révolution de son vivant, laissant à des disciples plus ou moins sanglants le privilège d’interpréter son dogme. Le résultat est que l’échec peut être imputé à l’exécutant plutôt qu’au grand planificateur auréolé de gloire – une interprétation conforme au credo des croyants et permettant son renouvellement continu. Le communisme n’est pas néfaste, entend-t-on, il est seulement mal appliqué! Voilà qui rassure.

Contre le marxisme et ses innombrables avatars, la guerre idéologique est loin d’être terminée. Même si la guerre froide s’est achevée en laissant l’occident libéral et capitaliste maître du terrain, sur le plan intellectuel il n’y a guère de progrès. Pire encore, le mauvais exemple du socialisme réel étant désormais repoussé dans les limbes de l’histoire, rien n’empêche l’utopie de revenir sur le devant de la scène sans plus d’exemples concrets de massacres et de déportations pour pointer du doigt les effets de sa concrétisation. Le communisme est toujours aussi dangereux et, désormais désincarné suite à la dissolution de l’Empire soviétique, d’autant plus difficile à contrecarrer.

Dans la guerre froide, l’Ouest l’a emporté, mais ce n’était qu’une bataille pour le monde matériel. Dans le monde intellectuel, tout reste à faire.


Katyn/70e: Attention, un brouillard peut en cacher un autre (The fog over Katyn Forest)

14 avril, 2010
Katyn crashNous n’entendons pas les protestations qu’on pourrait attendre. Le monde poursuit sa vie comme si de rien n’était alors que l’Iran intensifie ses efforts pour se doter d’armes nucléaires et menace de rayer Israël de la carte. Benjamin Netanyahou
Katyn est le premier film qui porte sur le massacre et l’agression soviétique contre la Pologne, commise en accord avec Hitler. Ce fut un sujet tabou pour la gauche française. Pendant de longues années, elle garda le silence autour de l’invasion de la Pologne par l’Armée rouge, des crimes des Soviétiques, de même que sur Katyn. Jusqu’à aujourd’hui, ce tragique événement historique est un cadavre dans le placard de la gauche française, si longtemps indulgente à l’égard du "Grand Linguiste" (Staline). Adam Michnik
Quelle satisfaction aurait-on de voir que la carrière semi-clandestine d’un film sur le massacre soviétique perpétré à Katyn ne serait que le fruit d’une manœuvre réussie de diversion, de sorte que le grand public ne prenne pas connaissance d’un des plus atroces crimes du communisme. Pour peu que l’on ne veuille pas le corriger à l’aide d’excursions pédagogiques de spectateurs révoltés, il faut se rendre à l’évidence que les distributeurs timorés prévoyaient consciemment pire que la censure : les pires aspects du communisme, même confiés à un grand metteur en scène, n’émeuvent guère le grand public, ne suscitent aucune indignation sincère, n’enflamment pas la passion ou l’imagination d’un large publi (…) C’est une conclusion amère et triste, mais réelle. (…) 20 ans après la chute du Mur de Berlin, le communisme et ses massacres n’intéressent pratiquement personne, à l’exception de ceux pour qui l’anticommunisme est devenu une obsession. (…) Concernant le communisme – aucune indignation. Dans le monde de la culture, dans le débat public, aux caisses des cinémas, l’anticommunisme a subi une défaite mélancolique. Pierluigi Battista (Pourquoi "Katyn" n’intéresse personne?, Corriere della Sera)
Il fallait qu’un journaliste ose le mot. C’était trop tentant. On a guetté tout le week-end. Ils tournaient autour, parlaient de "malheur", de "tragédie", mais se retenaient. Et c’est finalement Nicolas Demorand, lundi matin, sur France Inter, qui a décroché la timbale en haut du crucifix en évoquant la "malédiction" de Katyn. Malédiction ! Aussi impressionnant que soit l’accident aérien qui a coûté la vie au président polonais, et à une centaine de membres du personnel politique et de hauts fonctionnaires, sur les lieux même du massacre des officiers polonais en 1940, aussi "inimaginable" que soit cette "tragédie", pour reprendre les mots mesurés de Lech Walesa, faut-il pour autant tomber à genoux, Jesus Marie, en parlant de "malédiction" ? (…) dans les premiers récits du crash polonais, discrétion de violette sur la chaîne des responsabilités de "l’erreur humaine". Et pourtant ! Imagine-t-on une seconde qu’un pilote transportant le tout-Etat, ayant tenté trois fois un atterrissage dans le brouillard, tente seul un quatrième atterrissage, sans en référer à ses prestigieux passagers ? Cherchez bien, dans vos médias, qui pose cette simple question, et venez nous le raconter. Soyons juste : avec une loupe, on peut en trouver trace. Il faut par exemple arriver aux toutes dernières lignes de l’article de Libération, pour lire ceci : "le pilote aurait été sous pression de l’équipe présidentielle. Elle aurait mis en avant le fait que quelque 400 personnes venues de Varsovie en train étaient sur place, qu’une messe était prévue, et que la retransmission télévisée ne pouvait pas attendre". Pour la suite de l’enquête, on attendra la fin du délai de décence. Daniel Schneidermann
C’était, naturellement, un genre très ordinaire de brouillard qui (avec le pilotage apparemment imprudent) a abattu l’avion transportant le Président polonais Lech Kaczynski, son épouse et son entourage de notables politiques alors qu’ils tentaient d’atterrir pour la commémoration du 70e anniversaire du massacre de Katyn. Pourtant, on peut être pardonné pour se demander si les mondes physique et métaphysique ne s’étaient pas ligués contre eux dans ce dernier épisode de la tragédie polonaise. Le brouillard jette un voile sur le monde connu; le déchirer a toujours été l’objet de la longue quête de la Pologne pour la liberté. (…) L’histoire est peut-être irréversible, mais elle existe sous un constant état de siège de ceux qu’elle gêne. La défendre est le fardeau permanent de tous les peuples libres, la tâche essentielle pour laquelle les Polonais ont encore payé le prix le plus terrible. Bret Stephens
Au lieu de reconnaître les faits sur les origines de la deuxième guerre mondiale, le Kremlin est engagé dans une fraude massive, cherchant à convaincre le monde que la Russie était la clef de la victoire en Europe. Il ne précise pas que sous Josef Staline, l’Union Soviétique était également la clef de la défaite pour beaucoup d’Européens. L’Union Soviétique permit à Hitler de lancer la guerre éclair contre la Pologne ; assura à Berlin des approvisionnements vitaux en crédits, énergie et armes, permettant à Hitler de lancer sa conquête de l’Europe occidentale ; et contribua aux conditions de l’holocauste nazi tout en conduisant ses propres déportations et crimes de masse contre les nations soumises. (…) Sans de telles mesures courageuses, le dégel entre Varsovie et Moscou ne sera jamais plus qu’une poignée de terre meuble jetée sur le permafrost. Janusz Bugajski
Attention: un brouillard peut en cacher un autre.

Au lendemain de la catastrophe aérienne qui a coûté la vie au président et à une centaine de hauts responsables politiques et militaires polonais sur les lieux même du massacre de 1940 …

Et de la 65e commémoration de la journée de la Shoah en Israël alors que, devant le refus du Pénitant en chef d’appeler les choses par leurs noms, l’Iran multiplie tant les déclarations que les préparatifs pour une nouvelle Solution finale …

Comme à la veille, le mois prochain, des cérémonies grandioses qu’un Moscou plus révisionniste et revanchard que jamais va nul doute encore nous concocter pour le 65e anniversaire de sa victoire sur le nazisme …

Comment éviter le mot qui indigne tant le chroniqueur des médias Daniel Schneidermann, à savoir celui de malédiction, employé lundi matin sur France inter par Nicolas Demorand ?

Comment en effet ne pas comprendre, au-delà de la trop facile explication par le syndrome du passager VIP présentée par des journalistes particulièrement hargneux au moment où le contenu des boites noires va être rendu public, l’intense pression qui a apparemment poussé si désastreusement les victimes elles-mêmes à faire coûte que coûte après la troisième tentative ce fatidique atterrissage dans le brouillard de Katyn?

Comment ne pas imaginer, au-delà des centaines de personnes venues de Varsovie, de la messe et de la retransmission télévisée, l’attente de tout un peuple depuis 70 longues années pour cette reconnaissance, devant le reste du monde et contre la tentative de récupération de Moscou trois jours plus tôt, d’un des pires crimes de guerre de l’Union soviétique sur quelque 22 000 membres de leurs élites?

Et, un an après l’incroyable indifférence qui a accueilli la sortie en Occident du film de Wajda, comment ne pas voir, avec le chroniqueur du WSJ Bret Stephens, cet autre brouillard, bien humain celui-là, que tant les actuelles autorités russes avec leur censure sur les archives et leur volonté révisionniste que certains de nos propres historiens semblent vouloir maintenir sur l’ignoble massacre et ses tout aussi dévastatrices répercussions?

The Fog Over Katyn Forest
Poland’s struggle of memory against forgetting.
BRET STEPHENS
The Wall Street Journal
April 13, 2010

‘The struggle of people against power," Milan Kundera famously observed, "is the struggle of memory against forgetting." Is there any place that better captures that truth than the Katyn Forest, or any metaphor more apt for Katyn’s place in our historical memory than fog?

It was, of course, a very mundane kind of fog that (along with some apparently reckless piloting) brought down the plane carrying Polish President Lech Kaczynski, his wife and an entourage of political notables as they attempted to land for Saturday’s commemoration of the Katyn Forest massacre’s 70th anniversary. Still, one can be forgiven for wondering whether the physical and metaphysical worlds didn’t conspire in this latest cycle of Polish tragedy. Fog makes the known world unseen; cutting through it is what Poland’s long quest for freedom—itself so often dashed to pieces—has always been about.

Today, the facts about Katyn are not in doubt. In the spring of 1940, 22,000 Polish prisoners of war—most of them army officers, but also thousands of leading members of the Polish intelligentsia—were systematically murdered by the Soviet secret police on direct orders from Joseph Stalin. Comrade Stalin, who was then carving up central Europe as an ally of Adolf Hitler, worried that some future Polish state might someday oppose him. "Under those circumstances," observes historian Gerhard Weinberg, "depriving [Poland] of a large proportion of its military and technical elite would make it weaker."

In one of history’s richer ironies, the massacre was first discovered and publicized by the Nazis in 1943. That made it that much easier for the Soviets to dismiss the revelation as German propaganda to cover up a German crime, a line the U.S. and Britain were only too happy to adopt to propitiate their wartime ally. The behavior of the Roosevelt administration was particularly disgraceful: As Rutgers Professor Adam Scrupski has noted, the U.S. Office of War Information "implicitly threatened to remove licensure from the Polish language radio stations in Detroit and Buffalo if they did not cease broadcasting the details of executions."

Thus was the cause of a free Poland—the very reason the West had gone to war against Germany in the first place—sold out on the altar of realpolitik. It would not be the only sellout.

In 1968, Gabriel Kolko, now a professor emeritus at Toronto’s York University, published "The Politics of War: The World and United States Foreign Policy, 1943-1945." The book—a landmark work of Cold War revisionism—affects to be agnostic on the question of culpability for the massacre. But Prof. Kolko did something else: He trivialized the massacre. Even assuming the Soviets bore responsibility, Katyn was "the exception" to Soviet conduct. "Its relative importance," he said, "must be downgraded very considerably." There is in that remark something very much like the view of France’s neo-fascist Jean-Marie Le Pen that the Holocaust was "just a detail in the history of World War II."

Then again, Mr. Kolko’s book at least acknowledges Katyn, which is more than can be said for Eric Hobsbawm’s 1994 bestselling history of the 20th century, "The Age of Extremes," which the New York Times called "a bracing and magisterial work." In his 627-page catalogue of "extremes," the celebrated British historian and lifelong communist—who at 92 also remains the president of the University of London’s Birkbeck College—devotes exactly one paragraph to Stalin’s several million victims. Katyn itself rates no mention, even though the book was published four years after the Soviets finally acknowledged their responsibility.

Katyn denialism doesn’t end there. In Russia in recent years, there has been a renewed effort to raise a fresh round of doubts about Soviet guilt. To his credit, Russian Prime Minister Vladimir Putin has disavowed that line, and last week gave a conciliatory speech linking Russians and Poles as two peoples that "paid an exorbitantly high price . . . for the inhumanity of totalitarianism."

Still, Russia continues to seal its archives related to Katyn. And it is under Mr. Putin that the Russian government has been systematically scrubbing its history textbooks so as to present Soviet history in a better light. It brings to mind the old joke that, under socialism, "the past can never be predicted."

It goes without saying that Katyn is hardly the only piece of history lying under a fog. The Iranian government has made it its business to deny the Holocaust, partly out of true belief, and partly because Holocaust denial plays well throughout the Muslim world. And the governor of Virginia had a recent mental lapse in the matter of the peculiar institution the Confederacy was created to uphold. History may be irreversible, and yet it exists under a permanent state of siege from those whom it inconveniences. Defending it is the permanent burden of all free people, the essential task for which the Poles have again paid the terrible price.

Voir aussi:

The curse of Katyn
Janusz Bugajski
The Washington Times
April 14, 2010

The tragic death of Polish President Lech Kaczynski, together with dozens of military commanders, politicians and top advisers, has fixed the spotlight on the Katyn massacre of 70 years ago and the context in which it occurred. This will have a sobering effect on Polish-Russian reconciliation unless all the facts about World War II are finally acknowledged by leaders of the Russian Federation – the legal inheritor of the Soviet Union.

While Russian leaders celebrate the 65th anniversary of World War II Victory Day in Moscow on May 9, awkward questions will be asked about the infamous Soviet-Nazi alliance that made World War II possible. In recent years, the Kremlin, in claiming Russia’s "great power" continuity, has sought to downplay or disguise the origins of the war. Indeed, official statements and history books continue to depict the Soviet Union as a victim and victor rather than as a co-conspirator with Hitler when it invaded Poland in September 1939, murdered tens of thousands of Polish citizens and deported more than a million into Siberian exile.

The air crash near Katyn will refocus Polish-Russian relations and give new urgency to recent moves by both capitals toward reconciliation. Indeed, Russian Prime Minister Vladimir Putin had been lauded for inviting Polish Prime Minister Donald Tusk to a commemoration ceremony in Katyn before the fatal air crash, thereby acknowledging its importance for the Polish nation.

However, Mr. Putin’s objective may not have been so clear-cut. Plainly, the Kremlin can no longer brazenly deny that the Katyn murders were perpetrated by the Soviet security services. Instead, it is seeking to contextualize them and thereby minimize their significance. Russia has avoided issuing a formal state apology to Poland; it depicts Katyn as one of several atrocities by the faceless "totalitarian regime" and refuses to call the Katyn massacres a war crime.

The reasoning is logical. If Katyn were defined as a war crime, one would need to ascertain who was at war with whom. Why did more than 20,000 Polish officers and more than a million Polish citizens find themselves in the Soviet Union in September 1939, prevented from defending Poland from the Nazi invasion? Russia’s current leaders want to avoid discussion about the Soviet invasion of Poland, the Hitler-Stalin pact and the close collaboration between the two dictators before and during World War II aimed at carving up Poland and the rest of Eastern Europe. The Soviets only became anti-Nazi when Hitler decided he no longer needed Moscow as an ally.

Instead of acknowledging facts about the origins of World War II, the Kremlin is engaged in a massive deception, seeking to convince the world that Russia was the key to victory in Europe. It fails to point out that under Josef Stalin, the Soviet Union also was the key to defeat for many Europeans. The Soviet Union enabled Hitler to launch the blitzkrieg against Poland; provided vital economic, energy and military supplies to Berlin, enabling Hitler to launch the conquest of Western Europe; and assisted in creating the conditions for the Nazi Holocaust while conducting its own mass murders and deportations from subject nations.

It is not surprising that Mr. Putin wanted to push Katyn to the sidelines before the May 9 anniversary and calculated that Polish leaders would reciprocate for his minimal acknowledgement of Katyn by attending the celebrations and thus giving credence to Moscow’s skewered version of history. The Katyn air crash may undermine this strategy, as the mass murders of 70 years ago have become a live subject for public debate amidst calls for closer scholarly scrutiny.

Ironically, the second Katyn tragedy provides an opportunity to initiate a genuine Russian-Polish reconciliation if Russia’s leaders undertake several crucial steps. First, they will need to acknowledge publicly that the Katyn murders were a war crime perpetrated against Poland and an attempt to decapitate the leadership of a country that the Stalin regime wanted to occupy and annex, which it did after the war.

Second, all the archives sealed in Russia pertaining to the atrocity will need to be opened to historians in order to gain all pertinent facts on the precise identity of the perpetrators and how the crime was covered up for more than 50 years.

Third, the Russian authorities must begin to tell the full truth about Stalin and the Soviet role during World War II as a co-conspirator with Hitler as well as one of Hitler’s eventual victims. Without such courageous measures, the Warsaw-Moscow thaw will simply remain a layer of loose earth over the permafrost.

Janusz Bugajski is the holder of the Lavrentis Lavrentiadis Chair at the Center for Strategic and International Studies.

Voir enfin:

‘VIP passenger syndrome’ may have contributed to Polish plane crash
The role of the Polish president in the air crash in which he and 95 others died has been called into question amid suggestions he many have put pressure on the pilot to land despite bad weather warnings.
Andrew Osborn in Moscow and Matthew Day in Warsaw
The Telegraph
12 Apr 2010

Russian aviation experts claimed that "VIP passenger syndrome" could have played a part in causing of the tragedy, as it was disclosed that Lech Kaczynski had previously tried to sack a pilot who refused to land a plane for him in dangerous circumstances.

Black box recordings have confirmed that the pilot, Arkadiusz Protasiuk, an experience airman serving with the Polish air force, had ignored warnings to divert to another airport because of heavy fog.

However, it has been suggested that Mr Kaczynski did not want to miss a ceremony for the 22,000 Poles massacred by Soviet forces in the Second World War and may have urged the air crew to continue trying to land the plane.

Viktor Timoshkin, an aviation expert, said: "It was quite obviously ‘VIP passenger syndrome’. Controllers suggested that the aircraft’s crew divert the plane to an alternate route. I am sure that the commander of the crew reported this to the president. But in response, for whatever reasons, he had a clear order to land."

In August 2008, Mr Kaczynski "shouted furiously" at a pilot who had disobeyed his order to land his plane in then war-torn Georgia for safety reasons. He later tried to have Captain Grzegorz Pietuczak removed from his post with the Polish air force for insubordination, however, Donald Tusk, the Prime Minister intervened. Captain Pietuczak was later awarded a medal for carrying out his duties conscientiously for his refusal to land having judged the risks.

A Russian aviation expert said yesterday: "If he tried to land three times and fell on the fourth then he probably had the 2008 incident in mind and that was why he felt he had to land at any price. In effect, he did not take the decision but the main passenger on board did – even if the main passenger did not utter a word to the pilot."

Andrzej Seremet, Poland’s chief prosecutor, said that there was no information from the investigation so far to suggest that Mr Kaczynski had put undue pressure on the pilot.

A senior air traffic controller at the Russian airport where the Polish plane was trying to land stirred controversy by suggesting that the Polish pilots’ poor knowledge of the Russian language was to blame.

"They were supposed to give us a report about their altitude on the approach to landing," he said. "They did not give it." When asked why, he said: "Because they have a bad command of the Russian language. There were Russian speakers among them but for them numbers were quite complex."

It came as tensions between Russia and Poland over the air crash were escalated when a Polish MP claimed the Kremlin was partly to blame for the tragedy.

The two countries have set aside centuries of mutual distrust to present a united and recrimination-free front but yesterday Artur Gorski, a member of the Law and Justice party founded by Mr Kaczynski, said that Russia may have tried to deliberately prevent Mr Kaczynski’s plane from landing and thereby indirectly caused his death.

Mr Gorski said: "One version of events says that the plane approached the airport four times, because every time the Russians refused it permission to land; they wanted to send the plane with the president to an airport in Moscow or Minsk,

"They came up with some dubious reasons: that there was fog over the airport, that the navigation system didn’t work as it was under repair, and that the airport had a short landing strip."

Mr Gorski suggested that the real reason Moscow did not want President Kaczynski to land was because he was due to attend a ceremony marking the 70th anniversary of an infamous Soviet massacre of Polish officers.

The Russians, he claimed, did not want Mr Kaczynski to upstage a similar event hosted by Vladimir Putin, the Russian prime minister, a few days earlier.

The Kremlin may also have feared that the Polish president, a noted hawk when it came to Russia, may have planned to criticise Moscow for not issuing a proper apology for the 1940 massacre, he added.

Mr Putin, who has taken charge of the investigation into the air crash, which is being carried out by both Russian and Polish teams, yesterday promised an "objective and thorough" investigation.

Bronislaw Komorowski, Poland’s acting head of state, has announced an immediate review of regulations, or the lack of them, governing just which political and military leaders can fly together. The air crash was carrying nine senior military leaders, as well as the governor of Poland’s central bank.


Histoire: N’oublions pas que la première révolution a eu lieu en Angleterre (Human rights did not begin with the French Revolution)

4 avril, 2010
England's two revolutionsIl me semble voir toute la destinée de l’Amérique renfermée dans le premier Puritain qui aborda sur ses rivages, comme toute la race humaine dans le premier homme. Tocqueville
Quand la révolution éclata à Boston, on peut dire que ce n’était pas une révolution nouvelle mais la révolution de 1649 qui reparaissait après un ajournement d’un peu plus d’un siècle, et qu’allaient exécuter les descendants des Puritains de Cromwell. Châteaubriand (1827)
Il est paradoxal et absurde d’attribuer l’honneur d’avoir inventé les droits de l’homme à ceux qui ont mis la terreur à l’ordre du jour et promulgué la loi des suspects, en vertu de laquelle n’importe qui pouvait être poursuivi pour n’importe quoi. Georges Gusdorf
N’oublions pas que la première révolution était celle de 1688 et qu’elle a eu lieu en Angleterre. Margaret Thatcher (à François Mitterrand lors du bicentenaire de la Révolution française, 1989)
Les droits de l’homme n’ont pas commencé avec la Révolution française. Ils remontent à la tradition judéo-chrétienne qui a proclamé l’importance de l’individu et le caractère sacré de la personne humaine et de certains droits des individus qu’aucun gouvernement ne peut leur retirer. Nous avons eu ensuite la Grande Charte en 1215, et la Déclaration des droits au dix-septième siècle, et notre révolution tranquille de 1688, lorsque le Parlement a imposé sa volonté à la monarchie. Nous avons d’ailleurs célébré, mais discrètement, cet événement l’an dernier. Bien sûr, ce n’était pas une révolution, mais un changement dans le calme, sans bain de sang. Liberté, Egalité, Fraternité ! C’est la fraternité qui a manqué pendant longtemps. Il n’y avait que sept prisonniers lorsque la Bastille a été prise… C’est incroyable que la Terreur ait pu suivre. Certains arguments qui ont été utilisés alors, par exemple que les contre-révolutionnaires doivent être exterminés, rendent un son familier aujourd’hui. C’est le langage des communistes. Et après, vous avez eu Napoléon, un homme remarquable, dont on ne célèbre pas assez les innovations administratives et juridiques, et qui a essayé d’unifier l’Europe par la force. On ne s’en est débarrassé qu’en 1815. Non, les droits de l’homme n’ont pas commencé en France. La Révolution a été un tournant fantastique, mais aussi une période de terreur. Quand on relit les livres d’histoire, on est horrifié par de nombreux aspects de cette époque, et certains Français sont tout autant horrifiés que nous. Margaret Thatcher
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. The Daily Mail
Culturellement, Obama déteste la Grande-Bretagne. Il a renvoyé le buste de Churchill sans la moindre feuille de vigne d’une excuse. Il a insulté la Reine et le Premier ministre en leur offrant les plus insignifiants des cadeaux. A un moment, il a même refusé de rencontrer le Premier ministre. Dr James Lucier (ancien directeur du comité des Affaire étrangères du sénat américain)
Bienvenue dans le club des Etats qui ne laissent pas tomber les gens malades (…) L’idée que ça fasse un débat d’une telle violence, que les plus pauvres d’entre vous ne soient pas laissés dans la rue, seuls, sans un centime face à la maladie, excusez-moi, nous, ça fait que 50 ans qu’on a résolu le problème. (…) Si vous venez en France, s’il vous arrive quelque chose sur le trottoir, on ne vous demandera pas votre carte de crédit avant de vous accepter à l’hôpital. Nicolas Sarkozy (Columbia university, 01.04.10)
La France a besoin d’être un pays qui ne fait pas que donner des leçons. Le New York Times (01. 04. 10)

Après notre drapeau et notre  Déclaration des droits de l’homme, notre Voltaire et notre Proust nationaux…

Au lendemain du jour où, au nom du "pays autoproclamé des droits de l’homme" qui donna aussi au monde la Terreur, notre Sarko national est allé faire la leçon à la plus ancienne démocratie du monde …

Qui de surcroit venait de subir un véritable coup de force législatif du premier président américain à manifester autant de mépris pour la longue tradition libérale anglosaxonne

Guerre civile, renversement de la monarchie, exécution du roi, république, coup d’Etat à la 18 brumaire, dictature militaire, restauration, révolution de velours …

Retour, avec le dernier livre de l’historien Michel Duchein, sur cette grande oubliée et pourtant première des révolutions européennes.

A savoir la ou plutôt les deux révolutions anglaises qui en 50 ans à peine (de 1638 à 1689) et avec un siècle d’avance sur une France où triomphait alors l’absolutisme du Roi-Soleil, virent la terre natale de Locke expérimenter la quasi-totalité des modèles politiques.

Pour donner à l’Ancien comme au Nouveau monde, le premier modèle de nos démocraties modernes

1640-1688: l’Angleterre invente la révolution
Frédéric Valloire
le 25/03/2010

Monarchie absolue, république, dictature, les Anglais ont tout essayé durant un demi-siècle avant d’établir leur actuelle monarchie parlementaire. N’oublions pas que la première révolution a été celle de 1688, et qu’elle a eu lieu en Angleterre, aurait dit avec ironie Mme Thatcher, lors des cérémonies du bicentenaire de la Révolution française où elle avait été invitée par François Mitterrand. Avec un siècle d’avance sur la France, l’Angleterre entreprend le premier procès royal, met un roi à mort, installe un régime républicain, connaît une restauration qui échoue, puis elle plonge dans une seconde révolution et s’engage dans la voie politique qui est restée la sienne.

La première révolution dure vingt ans, de 1640 à 1660. Le roi Charles Ier y perd la tête, une guerre civile éclate, la monarchie est abolie, une république proclamée (le Commonwealth d’Angleterre). Elle aboutit à un gouvernement personnel, militaire, autoritaire dirigé par un lord protecteur, l’énigmatique Oliver Cromwell, sorte de Frédéric II mystique, génie militaire spontané, qui traverse l’histoire anglaise avec la rapidité d’un météore. Une séquence que les Anglais nomment la Grande Rébellion.

Lui succède une restauration monarchique de vingt-huit années. Roi de 1660 à 1685, Charles II, le fils du roi décapité, promulgue la loi de l’habeas corpus et cherche à cicatriser les blessures passées. À sa mort, la couronne revient à son frère Jacques II. Courageux, patriote, affable, il a le tort d’être catholique et rigide. En trois ans, il perd tout crédit. Un concours de circonstances entraîne ses adversaires, des nobles protestants, à prendre contact avec Guillaume d’Orange, son gendre, protestant et hollandais.

En novembre 1688, Guillaume débarque en Angleterre. Abandonné par tous, Jacques se réfugie en France d’où il tentera des débarquements en Irlande. En février 1689, une Convention élue déclare Guillaume III et Marie, son épouse, roi et reine, qui doivent accepter le Bill of Rights, la “Déclaration des droits”.

En 1660, restauration monarchique : “Le roi, c’est la loi”

Ainsi en moins d’un demi-siècle, les Anglais expérimentent tous les régimes politiques et imaginent toutes les utopies. Est mise à l’épreuve une monarchie absolue avec Charles Ier qui fait sienne la formule de son père Rex est lex, et avec Jacques II, obstiné dans sa mission divine de restaurer le catholicisme. Est essayée une sorte de communisme protestant et puritain avec le mouvement des Niveleurs qui voyaient en Jésus-Christ, ce “puissant esprit de fraternité”, le “Niveleur en chef”. Dans la société égalitaire conforme à l’ordre divin dont ils rêvaient et que les diggers (“piocheurs”) tentent de mettre sur pied dans le Surrey, il n’y a plus ni mendiants, ni seigneur, ni police, ni prisons. Est aussi mise à l’essai une république parlementaire pendant cinq ans : le résultat est un désastre ; le Parlement républicain et le Conseil d’État déconsidérés, l’Écosse et l’Irlande écrasées, et le puritanisme impose une série de lois intransigeantes. Quant à Cromwell, il invente un régime personnel, dictatorial, avec « Dieu le Père et Jésus-Christ comme inspirateurs quotidiens, la Bible comme manuel de gouvernement et la “verge de fer” en main ». À quoi s’ajoute un Parlement qui oppose la coutume anglaise au droit divin.

Pendant cinquante ans, l’Angleterre se transforme en laboratoire politique qui annonce les révolutions américaine, française et même soviétique. Et tout cela débouche sur une monarchie tempérée, modèle et référence obligés pour les philosophes du siècle des Lumières.

Car avec le Bill of Rights naît, dit-on, la démocratie en Europe. Voté par les deux Chambres (Lords et Communes), ce document est déroutant pour les Français. Point de grands principes universels fondés sur une vision philosophique des droits de l’homme, mais une énumération prosaïque et concrète de ce qui est interdit au roi, par exemple lever de l’argent sans l’autorisation du Parlement ou limiter le droit de pétition, la liberté de parole. Et c’est seulement après avoir juré de respecter ce catalogue d’interdictions que Guillaume reçoit le titre royal, comme s’il était nommé souverain sous condition. La mise sous tutelle de la Couronne est complétée par la loi de Succession, votée en septembre 1701, qui constitue l’acte fondateur du régime constitutionnel anglais dont les dispositions sont toujours en vigueur.

Dans ce laboratoire politique, Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Burke, Benjamin Constant, Karl Marx, Jaurès et Rosa Luxemburg piochent des idées, trouvent des leçons à méditer, découvrent des justifications et des ancêtres. Et comme les personnalités et les caractères y tiennent une place essentielle, chacun en tire un rapprochement à sa convenance. Ainsi en France, où la Révolution de 1789 est prise comme l’étalonnage, se dessinent des parallèles entre Charles Ier et Louis XVI, Cromwell et Bonaparte, Charles II et Louis XVIII, Jacques II et Charles X, Guillaume III et Louis-Philippe.

Les historiens s’accordent pour rechercher les origines de la révolution de 1640 dans le règne de Charles Ier qui succède en 1625 à son père Jacques Ier, le premier des Stuarts. Personne n’affirme plus, comme aux deux derniers siècles, que la révolution de 1640 est le résultat inéluctable du sens de l’Histoire. Mais les historiens hésitent en revanche sur le point de savoir si les deux révolutions sont des événements indépendants l’un de l’autre, ou si le putsch de 1688-1689 est l’ultime aboutissement de la révolution de 1640-1660.

Partisan de la première solution, Guizot, le libéral de la monarchie de Juillet. Dans son Histoire de la révolution d’Angleterre, 1625-1660, une œuvre brillante, essentielle, parue de 1827 à 1856 (disponible chez “Bouquins”, Robert Laffont), il ne dépasse pas l’année 1660, date de la Restauration de Charles II. S’il est vrai que la première révolution constitue le traumatisme majeur de l’histoire de la Grande-Bretagne, il est nécessaire malgré tout de poursuivre l’histoire jusqu’à la Glorieuse Révolution pour disposer d’une vision globale. Ce qu’a entrepris Michel Duchein dans une belle synthèse qui enchaîne les deux épisodes.

De cet entrelacs d’événements où alternent les armes et les prières, où s’entretuent Écossais, Irlandais et Anglais, où s’affrontent “cavaliers” et “têtes rondes”, où naissent whigs et tories, où les drames, les favoris, les complots succèdent aux grands procès et aux coups de force, où la politique étrangère intervient sans cesse et brouille les pistes, Duchein démêle le déroulement et les enchaînements. Il en dégage deux lignes de force : le problème des rapports entre le Parlement et le roi, la place de la religion et de l’Église anglicane dans la vie politique. Sans négliger de vigoureux portraits et le hasard qui fait dévier le cours de l’Histoire.

Durant ces cinquante années, l’Angleterre a changé. Profondément. Avec son lot de destructions et de saccages : palais royaux vandalisés, châteaux de lords royalistes rasés, leur contenu vendu ou détruit. Ainsi un Rubens est jeté à la Tamise. Sans connaître une cassure comparable à celle de 1789 pour la France, l’Angleterre est ébranlée par ces révolutions qui ruinent les royalistes, enrichissent les soldats de Cromwell et mettent en avant de nouvelles générations de propriétaires soucieux du rendement de leurs terres.

La monarchie absolue et la république sont également rejetées. Deux régimes détestables aux Anglais. La victoire revient à la monarchie qui sort renforcée de l’épreuve. Renforcée et transformée. Depuis le règne d’Élisabeth Ire, la dernière des Tudors, un conflit, latent puis ouvert, existe entre le pouvoir du roi et celui du Parlement : la prérogative royale l’emportait nettement sur le contrôle parlementaire. Même évolution sur le continent où les monarchies dites absolues remplacent les vieilles monarchies féodales. Or en Angleterre, à partir de 1689 se met en place la première monarchie parlementaire de l’Histoire.

Autre innovation liée à la seconde révolution : la liberté de l’édition et de la presse, une exception en Europe avec les Provinces-Unies. Enfin, dernière innovation politique, l’union des trois royaumes, Angleterre, Écosse, Irlande en un État unique de 1651 à 1660. Certes, l’union est éphémère, mais elle ouvre des perspectives, prépare en Écosse les esprits au traité d’Union de 1707 qui crée la Grande-Bretagne. À l’inverse, en Irlande, les conséquences de la rébellion catholique de 1641, la reconquête cromwellienne et la guerre orangiste de 1689-1690 se feront sentir jusqu’au XXe siècle.

La montée du puritanisme presbytérien marque la société

Bouleversements religieux également. Les plus mal lotis sont les catholiques ; seuls les protestants bénéficient de la liberté de culte. Et toute personne professant la religion papiste, mariée à un (ou une) papiste, est exclue de la couronne. L’Angleterre n’aura donc jamais plus un roi, un régent ou un protecteur catholique. Même si l’Église anglicane est rétablie dans ses privilèges, la montée du puritanisme presbytérien marque la société. Les soldats de Cromwell proscrivent le théâtre, la danse, les jeux et le dimanche est jour d’ascèse.

En 1642, une vague d’iconoclasme dévaste le pays, s’étend jusqu’à l’aspect des rues, jusqu’aux enluminures des livres. À Cantorbéry, 63 vitraux sur 68 sont détruits ; ils rivalisaient en beauté avec ceux de Chartres ! De cela, une survivance : le redoutable dimanche anglais. Ce n’est qu’à partir de la Glorieuse Révolution que les questions religieuses n’interfèrent plus dans le champ politique.

En outre, les controverses politiques et les débats religieux ont encouragé la vie intellectuelle. Si le théâtre a perdu sa puissante vitalité, pamphlets, essais, libelles et traités pullulent. Avec son Oceana (1656) qui peint une république idéale, James Harrington, un utopiste, influencera la constitution des colonies anglaises d’Amérique et celle des États-Unis. Au contraire, Thomas Hobbes, dans son Leviathan (1651), pense que seul un pouvoir fort peut juguler l’instinct naturel de l’homme pour l’anarchie et la violence. John Milton, lui, artiste sensuel et puritain moralisateur, compose un grand poème chrétien sur le thème de la chute originelle, le Paradis perdu (1667). Enfin, John Locke, avec ses Deux traités sur le gouvernement (1689) qui exposent la théorie du pacte social et la division des pouvoirs, irriguera toute la réflexion politique des Lumières, que fascine le XVIIe siècle anglais.

C’est ainsi que Louis XVI lit l’Histoire d’Angleterre, maison de Stuart sur le trône d’Angleterre, de David Hume dans la traduction de l’abbé Prévost. Ce qui lui vaut la remarque de Turgot, admirateur du libéralisme économique britannique : « Sire, souvenez-vous que c’est la faiblesse qui a mis la tête de Charles Ier sur le billot. » 50 années qui ébranlèrent l’Angleterre, de Michel Duchein, Fayard, 500 pages, 26 euros.

Voir aussi:

Ce demi-siècle de feu et de sang où la bourgeoisie britannique chercha sa voie
Guy Lemarchand, historien
L’Humanité
le 20 mars 2010

50 années qui ébranlèrent l’Angleterre, de Michel Duchein, Éditions Fayard, 2010, 500 pages, 26 euros.

Marx présentait les révolutions anglaises du XVIIe siècle comme les premières révolutions bourgeoises de l’histoire. Alors que leurs collègues britanniques y consacrent toujours de nombreuses recherches, dans les dernières décennies elles ont peu attiré l’attention des historiens français, probablement parce que les commotions d’outre-Manche paraissent plus entachées d’archaïsme que la Révolution française.

D’une écriture aisée, cette synthèse de Michel Duchein est donc singulièrement opportune. Y sont décrits le développement de l’autoritarisme politique et fiscal et les sympathies apparemment catholiques des deux souverains Stuart jusqu’à la rupture de 1641, la longueur et les intrigues de la guerre entre le Parlement et Charles Ier jusqu’à son exécution en 1649, et le caractère dictatorial du régime de Cromwell qui en résulte.

Apparaît aussi combien la révolution de 1688 constitue l’achèvement des réformes esquissées dans les années 1640, établissant un système de relative liberté individuelle, d’alternance au pouvoir de partis différents et de tolérance dans le cadre du christianisme anglican d’État. La renommée du Royaume-Uni au XVIIIe siècle vient de la « glorieuse révolution » et de sa légende faisant de Guillaume d’Orange un père du libéralisme.

L’auteur a adopté un parti pris d’historiographie uniquement politique et religieuse, où prime de manière presque exclusive le récit dans l’ordre chronologique. L’enchaînement mécanique des événements, le heurt des personnalités dirigeantes et le hasard deviennent les clefs qui ouvrent toutes les portes.

À l’inverse, les données économiques, démographiques et sociales, comme la crise de subsistances de 1641-42 ou la dépression de la draperie ancienne après 1620 qui déstabilisent nombre de travailleurs, ou le boom du commerce dans les années 1690 qui facilite l’acceptation du changement de 1688, ne sont pas réellement prises en compte.

La présence du peuple dans ces mouvements se limite aux manifestations de foule relevées dans la capitale, tandis que la province et la campagne, malgré les travaux britanniques sur ces terrains, n’ont pas voix au chapitre.

La question de l’ouverture de la noblesse, la gentry, ou celles des actes de navigation et du déclin des corporations, premiers signes de la puissance nouvelle de la bourgeoisie auraient mérité d’avantage. Mais on lira force détails sur Buckingham, le faux amant d’Anne d’Autriche, ou sur les faiblesses de Jacques II.

Voir enfin:
La préparation du sommet des Sept et la célébration du Bicentenaire

"Les droits de l’homme n’ont pas commencé en France", nous déclare Mme Thatcher
Jacques Amalric, Dominique Dhombres
Le Monde
13.07.89

Alors que les premiers chefs d’Etat et de gouvernement invités à célébrer le Bicentenaire de la Révolution française et à participer – du 14 au 16 juillet – au sommet des sept pays industrialisés arrivent à Paris, la polémique se poursuit à propos de la simultanéité des deux événements. Dans un entretien qu’elle a accordé le mardi 11 juillet au "Monde", Mme Margaret Thatcher entre à sa façon dans le débat en affirmant notamment : "Les droits de l’homme n’ont pas commencé en France."

- Etes-vous agacée par la coincidence du sommet des Sept avec la commémoration du Bicentenaire de la Révolution française ?

- Je ne suis nullement irritée puisque nous devions de toute façon avoir un sommet des Sept entre mai et juillet. M. Mitterrand a estimé que, si nous nous réunissions en juillet, nous pourrions aussi rencontrer beaucoup d’autres chefs d’Etat et de gouvernement, ce qui est toujours utile. Par exemple, si je viens de voir Mme Bhutto à Londres, je n’ai pas vu M. Gandhi depuis longtemps.

_ Que pensez-vous de l’idée selon laquelle les droits de l’homme ont commencé avec la Révolution française ?

_ Les droits de l’homme n’ont pas commencé avec la Révolution française. Ils remontent à la tradition judéo-chrétienne qui a proclamé l’importance de l’individu et le caractère sacré de la personne humaine et de certains droits des individus qu’aucun gouvernement ne peut leur retirer. Nous avons eu ensuite la Grande Charte en 1215, et la Déclaration des droits au dix-septième siècle, et notre révolution tranquille de 1688, lorsque le Parlement a imposé sa volonté à la monarchie. Nous avons d’ailleurs célébré, mais discrètement, cet événement l’an dernier. " Bien sûr, ce n’était pas une révolution, mais un changement dans le calme, sans bain de sang. Liberté, Egalité, Fraternité ! C’est la fraternité qui a manqué pendant longtemps. Il n’y avait que sept prisonniers lorsque la Bastille a été prise… C’est incroyable que la Terreur ait pu suivre. Certains arguments qui ont été utilisés alors, par exemple que les contre-révolutionnaires doivent être exterminés, rendent un son familier aujourd’hui. C’est le langage des communistes. Et après, vous avez eu Napoléon, un homme remarquable, dont on ne célèbre pas assez les innovations administratives et juridiques, et qui a essayé d’unifier l’Europe par la force. On ne s’en est débarrassé qu’en 1815. Non, les droits de l’homme n’ont pas commencé en France. La Révolution a été un tournant fantastique, mais aussi une période de terreur. Quand on relit les livres d’histoire, on est horrifié par de nombreux aspects de cette époque, et certains Français sont tout autant horrifiés que nous.

_ Pensez-vous que les Français en font trop pour cette célébration ?

_ C’est à chaque pays de décider comment il veut célébrer ce genre d’événement. Vous avez eu la tour Eiffel, il y a un siècle, pourquoi ne vous amuseriez-vous pas cette fois comme vous l’entendez ?

_ Etes-vous hostile à la publication d’une déclaration sur les droits de l’homme à l’occasion du sommet des Sept ?

_ Je suis tout à fait disposée à ce qu’il y ait une déclaration sur les droits de l’homme proprement dits : liberté d’expression, liberté de circulation, liberté de culte. Ce sont des droits qu’on ne peut pas vous retirer. Mais il y a des gens qui parlent de leur droit à une protection sociale. Il ne s’agit pas d’un droit en tant que tel. Vous en bénéficiez seulement si quelqu’un d’autre y a pensé pour vous. Cela n’entre pas dans la catégorie des droits de l’homme. Pour en jouir, vous avez de votre côté des devoirs à accomplir. C’est une sorte de contrat mutuel que vous passez avec la collectivité : " Je m’occuperai de vous si vous êtes dans le besoin, à condition que vous fassiez de même à mon égard. " Vous n’avez pas non plus droit à un bon environnement. Qu’est-ce qui se passe lorsqu’il y a un tremblement de terre, un ouragan, une inondation, un incendie ?

_ Quelles sont les principaux sujets politiques que vous voudriez voir aborder à Paris ?

_ Il faut évidemment parler de la Chine. Le monde ne comprendrait pas si nous n’en parlions pas. Nous avons tous encore en tête les images que nous avons vues à la télévision. Nous pensions tous que Deng Xiaoping avait réformé la Chine. Il avait subi la révolution culturelle, et nous pensions que ce qu’il avait fait était irréversible, et qu’il était impossible d’en revenir à cette tyrannie. Nous avions tort. Cela a été un choc. Il est trop tentant, en politique étrangère, de prêter inconsciemment à nos partenaires nos valeurs fondamentales. C’est une grave erreur. Nous devons les juger en fonction de ce qu’ils sont réellement, et non selon nos désirs.

_ Est-ce que cette leçon des événements chinois peut s’appliquer à l’Union soviétique ?

_ Oh oui ! Certains pensent que ce qui se passe en URSS est irréversible ; je le souhaite et je suis encouragée par les réformes politiques intervenues. Mais on ne peut pas oublier que l’Union soviétique a des siècles de retard en matière économique, et qu’elle ne connait rien à la liberté d’entreprise. Les ordres, même concernant les sujets les plus mineurs, sont toujours venus d’en haut. C’est bien pour cela que M. Gorbatchev a commencé par des réformes politiques, mais la vraie difficulté sera d’en finir avec des siècles d’autoritarisme et de centralisme. " Une partie des réformes politiques est sans doute irréversible, mais le vrai problème restera d’élever le niveau de vie. L’incertitude dans laquelle nous sommes à propos de l’Union soviétique s’applique aussi à des pays comme la Hongrie et la Pologne, et elle va durer encore très longtemps. C’est pourquoi des gens comme moi insistent pour que nous maintenions une défense sûre. Si nous estimons que notre liberté dépend de l’existence d’un Etat de droit, nous devons nous souvenir que ces pays n’en ont jamais bénéficié, et nous, Occidentaux, devons rester unis.

_ M. Mitterrand a dit récemment que le devoir des démocraties était d’aider M. Gorbatchev et la perestroika. Qu’en pensez-vous?

_ Grands dieux ! J’ai été la première à le dire. Souvenez-vous, quand il est venu la première fois ici en tant que secrétaire général. Quand j’ai lu et entendu ses discours sur la perestroika, et Dieu sait qu’ils sont longs, je lui ai dit : " Oui, nous vous soutenons ! " Alors, les dirigeants d’autres pays m’ont demandé : " Pourquoi le soutenez-vous ? Ne pensez-vous pas qu’il s’efforce simplement d’améliorer le communisme ? " Je leur ai répondu : " Non, parce qu’on ne peut pas améliorer le communisme et élargir le champ des libertés " ; tout élargissement des libertés est bénéfique pour l’humanité toute entière. Le fait que je soutienne les efforts de Gorbatchev ne signifie absolument pas que je sous-estime les difficultés qu’il rencontre. Mon approche est très réaliste. Il n’en demeure pas moins que c’est le premier Russe pas comme les autres que j’aie rencontré. " Je suis sûre que M. Mitterrand partage mon point de vue. Nous avons beaucoup en commun tous les deux. De même, nous sommes d’accord sur la nécessité de maintenir nos forces de dissuasion.

_ Avez-vous été déçue par le résultat du dernier sommet de l’OTAN à Bruxelles à propos des armes nucléaires à courte portée ?

_ Non, pas du tout. Nous avons obtenu d’excellents résultats à cette réunion. Il n’y aura pas de négociations sur les armes nucléaires à courte portée avant bien longtemps, pas avant qu’un accord sur les armes conventionnelles ne soit mis en application. Il est entendu qu’il n’y aura pas de troisième option zéro. On ne peut pas avoir en même temps une troisième option zéro et le maintien de la doctrine de la riposte graduée. Cela reviendrait à proclamer cette doctrine tout en se refusant les moyens militaires de l’appliquer. Il est également très clair dans la déclaration que les armes à courte portée ne sont pas assimilées aux armes conventionnelles mais font partie intégrante de la dissuasion nucléaire. Il ne resterait sinon que les gros missiles intercontinentaux, dont les Soviétiques peuvent penser qu’ils ne seront jamais utilisés. " Je vous assure, c’est une excellente déclaration, à condition bien sûr que tous les gouvernements qui y ont souscrit respectent son esprit. N’oubliez surtout pas que ce communiqué ne concerne que l’Europe de l’Atlantique à l’Oural ; si les choses tournent mal, nous les Occidentaux ne pourrons obtenir de renforts qu’après qu’ils auront traversé l’Atlantique. Mais les Soviétiques n’ont que trois heures de vol depuis l’Oural jusqu’à la ligne de front. N’oubliez jamais la géographie quand vous négociez avec les Soviétiques.

_ Quelles sont vos priorités économiques pour le sommet des Sept ?

_ La première est que nous poursuivions une politique économique saine. Pendant les premières années des sommets économiques, on a surtout essayé d’ajuster nos politiques, ce qui abouti à un fort taux de chômage et d’inflation. Pendant les années suivantes, on est allé plus loin. On a décidé que l’essentiel était que la masse monétaire reste en rapport avec les capacités de production de chaque pays, que les dépenses publiques soient contrôlées, et que le déficit budgétaire ne soit pas trop élevé. Il faut aussi que le système fiscal ne décourage pas ceux qui travaillent dur. Il n’y a pas de solution de rechange à une saine gestion de l’économie. " L’autre sujet très important pour ce sommet est la recherche d’une politique de libre-échange sur une base multilatérale. Alors que les discussions dans le cadre du GATT se poursuivent, il existe une tendance à conclure des accords bilatéraux qui réduisent la liberté de commerce. Trop d’entre nous adoptent aussi des règlements protectionnistes. La politique agricole commune, par exemple, est protectionniste. Il faut examiner tout cela dans le cadre du GATT. Et cela doit concerner non seulement l’agriculture, mais aussi les services et la propriété intellectuelle. Toute tendance au protectionnisme, et nous y sommes tous sujets, ne peut que limiter les échanges mondiaux, et cela ne fait aucun bien ni aux pays industrialisés ni au monde libre. " Nous devrons aussi, comme nous l’avons fait l’an dernier à Toronto, étudier la position des pays riches vis-à-vis de la dette. Je ne pense pas cependant qu’on puisse prendre à cette occasion les décisions vraiment nouvelles. Ce qui est accompli actuellement par le biais des institutions internationales, le FMI,la Banque mondiale, est la bonne manière de procéder. " Dernier sujet important, l’environnement. Pendant trop longtemps, nous avons supposé que l’écosystème mondial ne serait pas affecté par l’homme. Or ce n’est pas le cas. Nous n’avons qu’un droit de location sur ce monde, et nous devons le transmettre aux générations à venir dans le même état que nous l’avons trouvé.

_ Et la dette privée?

_ Je ne parlais que de la dette publique. Les banques d’affaires prennent leurs propres décisions. Il leur appartient de dire si elles veulent prêter davantage, dans l’espoir de récupérer leurs créances, si elles réduisent la dette, ce qui est justifiable d’un point de vue comptable, puisque, dans notre pays, une créance douteuse vient en déduction des bénéfices imposables. D’une certaine manière donc, c’est le contribuable qui finance aussi la réduction de la dette privée. Le contribuable est également souvent sollicité par le biais de la garantie que le gouvernement accorde à certains prêts ou à certains contrats qui ne sont finalement ni remboursés ni remplis. Voilà pourquoi, depuis dix ans que je suis au gouvernement, je n’ai jamais essayé de persuader une banque soit d’accorder un prêt, soit d’agir de façon contraire à ses intérêts commerciaux.

_ Vous attendez-vous à une confrontation entre les pays européens et les Etats-Unis à propos du protectionnisme ?

_ Je ne crois pas qu’il y aura de confrontation. Je pense que tout le monde sera d’accord pour faire tomber les barrières. La grande bataille reste la politique agricole commune. Beaucoup de gens craignent que son protectionnisme soit renforcé après 1992, et c’est aussi parfois mon cas. J’ai jeté un coup d’oeil sur le projet de charte sociale européenne, et je crains que de telles mesures n’alourdissent les coûts de production dans une proportion telle qu’on doive élever une grande barrière pour se protéger du monde extérieur. Ce serait absurde. Ce qu’il faut reconnaitre, c’est que la liberté du commerce est favorable aussi bien aux pays industrialisés qu’à ceux du tiers-monde. Souvenez-vous que l’objectif du traité de Rome était de créer un marché unique, et il y a quelque ironie en ce que cela ait demandé tant de temps. Le but était d’abaisser les barrières entre nous et non d’en dresser d’autres avec l’extérieur. "

_ Que répondez-vous quand vous entendez M. Mitterrand dire que vous êtes un frein pour l’Europe ?

_ Est-ce qu’il peut vraiment dire que je suis un frein ? Nous avons été les premiers à tenter de remettre d’aplomb la politique agricole commune et nous avons persisté parce que nous estimions qu’on ne pouvait pas continuer à consacrer la moitié du budget à subventionner des excédents de production agricole. Nous avons réussi. Nos avons été les premiers à assainir le budget. Nous sommes le second bailleur de fonds de la Communauté, avec milliards de livres (plus de milliards de francs). Nous avons aboli le contrôle des changes il y a dix ans. La France ne l’a pas encore fait. Nous sommes un exemple pour l’Europe. Nous avons depuis dix ans une liberté totale de circulation des capitaux. La France ne l’a pas encore. Londres est la place financière la plus ouverte qui soit. Prenez Francfort à titre de comparaison. De nombreux règlements nous en interdisent l’accès. " Un frein ? Les navires de toute l’Europe et d’ailleurs peuvent venir chercher du fret dans un de nos ports pour l’amener dans un autre. Est-ce que nos bateaux peuvent faire de même dans les ports européens ? Jamais de la vie ! Le tunnel sous la Manche, dont nous avons décidé la construction avec M. Mitterrand, est l’un des plus grands changements de ce siècle. Mais un camion qui apporte de la marchandise en Europe devrait avoir le droit de prendre un nouveau chargement et de le déposer là où il veut sur le chemin du retour. Est-ce que c’est le cas ? Jamais de la vie ! Il y a des centaines de barrières en Europe et nous sommes à l’avant-garde du combat pour les faire tomber.

_ Avez-vous été déçue par le résultat des élections européennes, en particulier par le succès des Verts ?

_ Oui, j’ai été déçue. Mais le problème est que vu d’ici, le Parlement européen semble une institution très lointaine. Le Parlement de Westminster est familier aux Britanniques. Tous les mardis et tous les jeudis, ils m’entendent répondre à l’opposition. Ils comprennent cela mais ils ne comprennent pas vraiment un parlement où l’on parle dix langues et où il n’y a pas ce genre de débats. Voilà pourquoi certains de nos électeurs ne sont pas allés voter. " Quant au vote en faveur des Verts, je crois qu’il s’agit d’un vote de protestation en milieu de législature. Mais le programme des Verts qui demande un revenu minimum pour tous et le désarmement unilatéral est délirant. Jadis le vote de protestation allait aux libéraux ou aux sociaux-démocrates : cette fois-ci il a joué en faveur des Verts. Mais, quand il s’agit de mesures concrètes, il n’y a pas, en Grande-Bretagne, de parti plus écologiste que nous. " L’univers est resté intact pendant des millions d’années avec une très faible population humaine. Depuis ma naissance, la population a doublé. Et au cours du siècle écoulé, on a brûlé le charbon, le gaz et maintenant le pétrole, en quantités colossales. L’écosystème a nécessairement été bouleversé. Nous ne savons pas tout mais nous savons qu’il y a un certain nombre de choses qu’il ne faut pas faire. Nous ne devons pas abattre les forêts tropicales et nous ne devons pas rejeter dans l’atmosphère des gaz qui endommagent la couche d’ozone. Il faut prendre des mesures à l’échelle mondiale. Ce n’est pas seulement un désir, c’est une nécessité.

_ Etes-vous favorable ou hostile à des sanctions contre la Chine ?

_ Je suis absolument contre des sanctions économiques. Bien sûr, nous avons suspendu toute coopération militaire ainsi que les visites de haut niveau et l’octroi de nouveaux crédits pour de gros contrats d’équipement. En revanche, les contrats en cours, comme la construction d’une centrale nucléaire en commun avec la France, sont maintenus. N’oubliez-pas que des sanctions économiques se retourneraient contre Hongkong. " Nous avons fait connaitre notre sentiment d’horreur, mais nous avons une grande responsabilité à l’égard de Hongkong. Nous devons veiller à ce que l’accord que nous avons signé en toute bonne foi avec Pékin soit respecté. Il implique que le mode de vie propre à Hongkong, sa liberté, le développement de sa démocratie, son système capitaliste soient préservés pendant cinquante ans après 1997. Et le meilleur moyen pour ce faire est que Hongkong conserve sa valeur économique pour la Chine en tant que partenaire commercial et point d’ouverture sur le monde extérieur.

_ Vous devez rencontrer mercredi Mme Albertina Sisulu, une des militantes noires anti-apartheid d’Afrique du Sud. Comment voyez-vous les récents changements en Afrique australe ?

_ M. Walter Sisulu, qui est âgé de plus de quatre-vingts ans, a été arrêté en même temps que M. Nelson Mandela, et je souhaitais rencontrer son épouse. Je pense effectivement que la situation évolue en Afrique australe. Il y a eu d’abord l’accord sur l’indépendance de la Namibie, qui aurait été impossible sans la pleine coopération de l’Afrique du Sud, des Etats-Unis, de l’Union soviétique, de Cuba et de l’Angola. Et après les élections de septembre prochain en Afrique du Sud, les dirigeants de ce pays savent qu’ils ne pourront pas entamer un processus de négociation interne aussi longtemps que Nelson Mandela ne sera pas libre de ses mouvements et de ses propos. Aucun Noir sud-africain n’acceptera de négocier avec le gouvernement tant que Mandela sera en prison. Mais je crois qu’il y a maintenant un espoir de le voir libéré, bien que je n’aie reçu aucune garantie à ce sujet.

_ Où en est-on à propos de la " condamnation à mort " de Salman Rushdie ?

_ C’est vraiment consternant. Il est inadmissible que l’on puisse demander à ses fidèles d’aller assassiner quelqu’un dans un autre pays. C’est la liberté d’expression qui est en jeu. Il n’est tout simplement pas question de renoncer à défendre ce qui est un droit de l’homme essentiel. J’espère que bientôt les Iraniens aussi le comprendront. Mais en attendant, il nous appartient de protéger Salman Rushdie. "


Turquie: L’aveuglement de l’Occident face à la poutinisation rampante du pouvoir turc (Is the West falling again for Islamists’ latest ploy to rein in Turkey’s secularist forces?)

10 mars, 2010
Putin cueing in ErdoganPutin-AhmajinedadErdogan-Ahmadinejad
Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)
Vous avez la psychologie d’un coupable (…) Vous savez très bien tuer les gens. Erdogan (à Peres, Davos, janvier 2009)
Bienvenue, conquérant de Davos! Slogan accueillant le premier ministre turc à son retour de Davos (janvier 2009)
Recep Tayyip Erdogan a dit la vérité, en faisant triompher la justice, la liberté et le peuple palestinien. Tu nous rappelles la position glorieuse de tes ancêtres ottomans. Que les dirigeants musulmans écoutent comment l’Histoire fait des héros et comment les hommes font l’Histoire. Khalil al-Hayya (chef du Hamas à Gaza, le 30 janvier 2009)
La Turquie est en Europe (…) Les opposants à l’adhésion avancent de faux prétextes. En réalité, ils veulent maintenir une Europe conçue comme un club chrétien, réservé aux pays de tradition chrétienne. De même qu’on a souhaité l’adhésion de pays de l’Est parce qu’ils sortaient du communisme, il convient de tendre la main à la Turquie, le seul pays musulman à avoir su organiser la séparation entre la religion et l’Etat. Bernard Kouchner (le 11 décembre 2002)
Medvedev est un type bien. Jamais, depuis Pierre le Grand, la Russie n’a été aussi apaisée et pacifiée qu’aujourd’hui. (…) Ce que je rêve de faire, c’est de favoriser la constitution d’un grand ensemble entre l’Union européenne, la Russie, l’Ukraine et la Turquie. J’en ai parlé avec Medvedev et ça l’intéresse. Sarkozy (Conseil des ministres du 03.03.10, rapporté par le Canard enchainé du 10.03.10)
Ce qui est train de se passer aujourd’hui, c’est la normalisation. (…) Il s’agit des progrès que nous faisons en tant que démocratie avancée (…) La direction prise par la Turquie est évidente. (…) La Turquie est en train de progresser sur le chemin de l’accession à l’Union européenne. Erdogan
Nous n’allons pas demander pardon… il n’y a aucune raison de demander pardon. Viktor Tchernomyrdine (ambassadeur de Russie en Ukraine, août 2003)
Nous condamnons cette résolution qui accuse la nation turque d’un crime qu’elle n’a pas commis. Le gouvernement turc (05.02.10)
Les premiers trains de sanctions n’ont produit aucun résultat et d’autres sanctions ne produiront aucun résultat. Ceux qui veulent empêcher l’Iran d’acquérir l’arme atomique devraient s’assurer qu’aucun (autre) pays de la région ne dispose d’armes nucléaires. Erdogan
Si les militaires vraiment avaient prévu de renverser le gouvernement, ils n’auraient quand même pas détaillé leur plan dans un document de 5 000 pages. Sner Cagaptay

Mêmes impunité et impénitence par rapport à ses crimes de guerre, mêmes revanchisme et positionnement anti-occidental, même soutien de régimes voyous, mêmes autoritarisme et non-respect des droits fondamentaux de sa propre population, mêmes manœuvres d’intimidation de ses médias et de ses juges, même aveuglement de l’Occident sous prétexte de soutien en vue de toujours plus improbables sanctions contre les mollahs iraniens …

Comment ne pas voir, comme le rappelle l’auteur turc Soner Cagaptay dans le WSJ, la rapide poutinisation du pouvoir turc par le "nouveau Mehmet le conquérant"?

Et, avec la toute récente arrestation de dizaines d’officiers de l’Armée pour cause d’un très improbable complot contre l’Etat et sous prétexte d’une prétendue normalisation et démocratisation de la société et même de sa préparation à l’entrée dans l’Union européenne, le renforcement d’année en année de sa lutte contre la déjà très problématique laïcité du pays?

Ainsi, comme en témoigne l’indifférence qui a accueilli lesdites arrestations du côté occidental, qu’un aveuglement de plus en plus patent?

Turkey’s Republic of Fear
The Islamist government continues its assault on the military and the press.
Sner Cagaptay
The WSJ
MARCH 4, 2010

Last week’s arrests in Turkey of dozens of high-ranking military officers mark the country’s latest step toward authoritarianism. Neither Europe nor the United States can afford to ignore Turkey’s transformation.

Since coming to power in 2002, the ruling Islamist Justice and Development Party (AKP) and ultra-conservative Fethullah Gulen Movement have gained significant leverage over the police and media. Emulating Russian Prime Minister Vladimir Putin, the AKP has made selective use of the legal code to effectively silence the country’s two largest independent media groups.

Dogan, which owns about half of the media outlets in the country, faces a record $3.5 billion fine on delayed tax payments. Liberal media mogul Mehmet Emin Karamehmet has been sentenced to 12 years in jail on charges related to dealings at his bank for which he was earlier acquitted. Editors now think twice before running stories critical of the government.

Until recently, the judiciary and the military were able to keep government excesses in check. That apparent equilibrium between Islamists and secularists was shattered a few weeks ago, when Gulenist papers published a 5,000-page memo allegedly written by military officers planning a coup.

U.S. diplomats I have talked to and Turkish analysts say that if the military really had planned to overthrow the government, it would have hardly written it down in a detailed 5,000 page document. The idea that the military would bomb Istanbul’s historic mosques and shoot down its own planes to precipitate such a coup—as the alleged memo describes—is simply outlandish. The military denies any plans for toppling the government and says much of the document is actually taken from a 2003 war game exercise. It says that the incriminating elements detailing the alleged coup were added to the document.

For the past two years, the Turkish military has been the target of illegal wiretaps and accusations that it is plotting against the government. The question is whether the military will tolerate the assault or strike back, as it has done in the past when it thought the secular nature of the state was threatened.

The Islamist government has also targeted Turkey’s other secular bastion—the judiciary. Last month, a Gulenist prosecutor arrested a secular prosecutor in Erzincan. He was officially charged with belonging to an ultranationalist gang known as Ergenekon, which the Gulenists and AKP claim is trying to overthrow the government. Whether that’s true or not, there is no doubt the arrest solved a lot of problems for the government. Before his arrest, the Erzincan prosecutor was investigating alleged connections between Gulenist fund raising and Chechen and Hamas terrorists. He was also looking into the armed activities of Ismailaga, a radical Islamist movement.

The Gulenists and the AKP are further targeting the courts by appointing a disproportionate number of Gulenist jurists, thus eroding the secular nature of the judiciary. And the courts seem to have been wiretapped as well. According to media reports, the police have bugged over 130 top judges and prosecutors, as well as the high court of appeals. This is not that hard to believe, given that the justice minister admitted in 2009 that the police have wiretapped 70,000 people.

What is the way forward for Turkey? A military coup isn’t the answer and a court ban against the AKP would likely backfire, boosting the party’s popularity. The next general elections are scheduled for 2011, but by that time the cards might be stacked too much in favor of the governing parties. That’s why the West should press for elections that are free and democratic. The next elections won’t be fair if the Turkish media are not independent and if Turks fear that they live in a police state that wiretaps its judiciary and citizens.

Hoping to win Ankara’s support for tougher Iran sanctions and more troops in Afghanistan, the U.S. and Europe have so far been hesitant to criticize the AKP-led government. The "pragmatists" fail to realize that an illiberal and Islamist Turkey will be increasingly opposed to Western policies.

Mr. Cagaptay is a senior fellow at the Washington Institute for Near East Policy and the author of "Islam, Secularism and Nationalism in Modern Turkey: Who is a Turk?" (Routledge, 2006).

Voir aussi:

Turquie: nouvelle vague d’arrestations dans l’armée
Le Monde avec AFP et Reuters
26.02.10

Dix-huit militaires ont été interpellés en Turquie, vendredi 26 octobre, portant à quarante-neuf le nombre de personnes arrêtées en une semaine dans le cadre de l’enquête sur un complot présumé contre le gouvernement en 2003. Onze des trente et un militaires à la retraite ou en activité arrêtés en début de semaine ont déjà été mis en détention préventive par un tribunal d’Istanbul.

Cette offensive judiciaire d’une ampleur inédite contre l’armée a attisé les tensions entre partisans du gouvernement de l’AKP et l’opposition : l’armée se considère en Turquie comme la garante du régime laïque tandis que l’AKP, issu de la mouvance islamiste, est accusé par ses opposants de vouloir islamiser la Turquie.

Alors que la vague d’arrestations était en cours, vendredi matin, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a balayé les critiques de l’opposition selon lesquelles son parti, l’AKP, devenait de plus en plus autoritaire et tentait de discréditer l’armée. "Ceux qui préparent des plans en secret pour écraser la volonté du peuple doivent se rendre compte qu’à partir de maintenant ils devront affronter la justice. (…) Personne n’est au-dessus des lois. Personne ne peut jouir de l’impunité", a lancé le premier ministre lors d’un rassemblement de l’AKP sans toutefois mentionner directement l’affaire. "Ce qui est train de se passer aujourd’hui, c’est la normalisation. (…) Il s’agit des progrès que nous faisons en tant que démocratie avancée (…) La direction prise par la Turquie est évidente. (…) La Turquie est en train de progresser sur le chemin de l’accession à l’Union européenne."

"PROBABLEMENT UN PROCESSUS DE REVANCHE POLITIQUE"

Les commandants de l’armée ont, eux, fait état d’une "situation grave" à l’issue d’une réunion extraordinaire qu’ils ont tenue pour discuter de l’enquête. Selon la presse turque, le complot auquel les gradés interpellés sont accusés d’avoir participé, aurait été planifié en 2003. Il aurait notamment consisté à semer le chaos dans les rues d’Istanbul en posant des bombes dans des mosquées et des musées, le but étant de démontrer l’incapacité de l’AKP au pouvoir à protéger la population turque, afin de justifier un éventuel coup d’État. Ils sont également soupçonnés d’avoir voulu abattre un avion de chasse turc pour provoquer un conflit armé avec la Grèce afin, là encore, de déstabiliser le gouvernement.

PLUSIEURS COMPLOTS PRÉSUMÉS CONTRE LE GOUVERNEMENT

L’armée a toujours assuré que les documents qui servent à l’accuser faisaient partie d’une procédure d’entraînement et n’étaient en aucun cas destinés à déstabiliser le gouvernement. Parmi les militaires arrêtés, l’ex-général Cetin Dogan est désigné comme l’instigateur supposé du plan. Il a nié toute implication, indiquant qu’il s’agissait d’un "jeu de stratégie" militaire conçu à l’époque où il portait l’uniforme. L’état-major, qui a rejeté les accusations et dénoncé une campagne de dénigrement, a bien reconnu l’existence d’un plan, mais a également évoqué un "scénario" de "wargame" imaginé en 2003 comme simple procédure d’entraînement.

Les deux grands partis d’opposition, victimes de putschs militaires dans le passé, ont pointé du doigt le gouvernement. Le chef de l’opposition laïque, Deniz Baykal, s’est interrogé sur le moment choisi pour la rafle menée à partir d’allégations remontant à sept ans et qui ne se sont jamais concrétisées. "C’est visiblement un processus de revanche politique", a-t-il estimé. Une allusion au fait que la plupart des cadres de l’AKP étaient membres d’un parti pro-islamiste interdit par la justice en 2008 après avoir été chassé du pouvoir par l’armée l’année précédente.

Plusieurs complots présumés contre le gouvernement ont été mis au jour, provoquant une succession de procédures judiciaires qui ont attisé les tensions entre les partisans du gouvernement, accusé d’avoir un plan caché d’islamisation du pays, et ses opposants. Mais l’armée, qui a déposé quatre gouvernements depuis 1960, avait récemment déclaré par la voix de son chef, le général Basbug, que le temps des coups d’Etat était révolu.


Polémique Haenel: Attention, une extermination peut en cacher une autre! (Holocaust: The ignored reality)

5 mars, 2010
Nazi & Soviet killing sites
L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
[Hitler parle] de race juive par commodité de langage, car il n’y a pas, à proprement parler et du point de vue génétique, une race juive (…) La race juive est avant tout une race mentale. Martin Borman (Le Testament politique d’Hitler)
Le peuple juif serait à la base des trois doctrines postulant l’absurde et dangereuse idée de l’égalité fondamentale du genre humain. : le christianisme – avec le juif Saül transmuté en Paul -, la révolution française – avec le complot judéo-masonique -, le bolchévisme – avec le juif Karl Marx. Joël Kotek et Maxime Stinberg (Une si longue nuit, p. 284)
Cette approche bactériologique ne doit pas être confondue avec l’approche purement raciale. Saül Friedlander
La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (le 25 avril 2005)
Nous avons besoin de nouveaux manuels qui rendent les jeunes fiers de leur pays. Poutine
Nous n’allons pas demander pardon… il n’y a aucune raison de demander pardon.Viktor Tchernomyrdine (ambassadeur de Russie en Ukraine, août 2003)
Nous condamnons cette résolution qui accuse la nation turque d’un crime qu’elle n’a pas commis. Le gouvernement turc (05.02.10)
Quand nous pensons à Auschwitz et au goulag, nous avons tendance à envisager les États qui les ont construits comme des systèmes, des tyrannies modernes, ou des États totalitaires. Or cette prise en compte de ce qui se pensait et décidait à Berlin et à Moscou a tendance à faire oublier que les tueries de masse se sont produites majoritairement dans des parties de l’Europe situées entre l’Allemagne et la Russie, non pas en Allemagne et en Russie mêmes.
L’Holocauste excepté, les famines de la collectivisation furent la plus grande catastrophe politique du xxe siècle européen. La collectivisation n’en demeura pas moins l’élément central du modèle de développement soviétique, avant d’être copié par le régime communiste chinois, avec des conséquences prévisibles: les dizaines de millions de morts de faim du "grand bond en avant" de Mao. Timothy Snyder
Attention: une extermination peut en cacher une autre!A l’heure où la Turquie s’enfonce à nouveau dans le déni …

Et où les dirigeants d’une Russie toujours impunie et impénitente sont tentés eux aussi de réécrire l’histoire …

Pendant qu’en Occident on ne se contente non seulement de la réécrire comme nos révisionnistes (pour au contraire condamner l’Occident), mais de l’oublier (ah, les bons vieux gros contrats !) comme nos Remetteurs à zéro en chef

Il faut lire, traduite dans la dernière livraison du Débat ou sur le site Eurozine, la conférence qu’a donnée l’été dernier à un colloque de Vilnius l’historien de Yale Timothy Snyder.

Qui, contre la polarisation sur le seul camp d’Auschwitz mais sans relativiser l’unicité absolue du génocide des juifs, rappelle qu’"en l’espace de douze ans, entre 1933 et 1944, environ douze millions de victimes des massacres nazis et soviétiques ont péri dans une région particulière de l’Europe, qui correspond plus ou moins au territoire actuel du Belarus, de l’Ukraine, de la Pologne, de la Lituanie et de la Lettonie".

Comme le fait que, réalisée à 80% hors d’Auschwitz, l’extermination des Juifs d’Europe (au sens bien plus large que strictement racial, Hitler parlant du judaïsme comme d’une "tuberculose raciale des peuples") n’était qu’un des plans d’Hitler qui a contribué à la famine planifiée de régions entières de l’Europe orientale comme l’Ukraine et le Bélarus et "prévoyait, dans son plan de colonisation de la partie occidentale de l’Union soviétique, l’élimination de 50 millions d’habitants".

Mais aussi l’instrumentalisation toujours actuelle qui est fait de ces évènements avec notamment cette forme particulière d’impérialisme russe qui consiste à "gonfler les chiffres de ses morts (en considérant le Belarus et l’Ukraine comme la Russie, et les juifs, les Bélarusses et les Ukrainiens comme des Russes)" comme "une manière de revendiquer implicitement le territoire en revendiquant explicitement les victimes" …

Extraits:

En affamant les prisonniers de guerre soviétiques, en exécutant et en gazant les juifs, en abattant des civils dans le cadre d’actions contre les partisans, les forces allemandes firent du Belarus le pays le plus meurtrier du monde entre 1941 et 1944. La moitié de la population du Belarus soviétique fut tuée ou déplacée de force au cours de la Seconde Guerre mondiale: on ne saurait en dire autant d’aucun autre pays européen.

Les souvenirs bélarusses de cette expérience, cultivés par l’actuelle dictature, expliquent pour une part la méfiance que suscitent les initiatives occidentales. Mais les Européens de l’Ouest seraient généralement surpris d’apprendre que le Belarus fut à la fois l’épicentre du carnage européen et la base des opérations menées par les partisans antinazis qui ont concouru à la victoire des Alliés

Tout aussi dérangeante est l’absence de l’économie. Bien que l’histoire des massacres soit amplement liée à des calculs économiques, la mémoire évite tout ce qui pourrait faire paraître un meurtre rationnel. L’Allemagne nazie et l’Union soviétique suivirent toutes deux la voie de l’autosuffisance économique, l’Allemagne voulant équilibrer l’industrie par une utopie agraire à l’Est quand l’URSS cherchait à rattraper son arriération agraire par une industrialisation et une urbanisation rapides. Les deux régimes aspiraient à l’autarcie économique dans un vaste empire, ce qui les amena l’un et l’autre à vouloir contrôler l’Europe orientale. Tous deux voyaient dans l’État polonais une aberration historique, tandis que l’Ukraine et la richesse de ses terres leur étaient indispensables. Chaque régime cibla des groupes différents traités en ennemis de leurs desseins, mais le projet allemand d’exterminer tous les juifs n’a pas d’équivalent dans la politique soviétique, tous objectifs confondus. Ce qui est crucial, c’est que l’idéologie qui légitima les massacres était aussi une vision du développement économique. Dans un monde de rareté, notamment de denrées alimentaires, les deux régimes intégrèrent les massacres à leur planification économique.

La réalité ignorée de l’extermination des juifs
Timothy Snyder
Le Débat/Eurozine
2010-02-18

À nous focaliser sur Auschwitz et le goulag – généralement considérés comme les symboles adéquats, voire ultimes, du fléau des massacres collectifs –, nous perdons de vue qu’en l’espace de douze ans, entre 1933 et 1944, quelque douze millions de victimes des massacres nazis et soviétiques ont péri dans une région particulière de l’Europe, qui correspond plus ou moins au territoire actuel du Belarus, de l’Ukraine, de la Pologne, de la Lituanie et de la Lettonie.

L’Europe prospère, mais c’est la mort qui occupe la pensée de ses écrivains et responsables politiques. Les massacres de civils européens dans les années 1930 et 1940 sont la référence obligée des actuelles discussions confuses autour de la mémoire, et la pierre de touche de toute éthique commune que les Européens sont susceptibles de partager. Les bureaucraties de l’Allemagne nazie et de l’Union soviétique ont voué des vies au massacre et transformé des êtres humains en quotas d’individus à tuer. Les Soviétiques cachèrent leurs tueries au coeur des forêts et falsifièrent les archives des régions dont ils condamnèrent la population à mourir de faim. Quant aux Allemands, ils chargèrent des travailleurs civils d’exhumer les corps de leurs victimes juives pour les brûler dans des charniers géants. Les historiens doivent faire de leur mieux pour éclairer ces ombres et rendre justice à ces hommes. Ce qu’ils n’ont pas fait. Auschwitz, généralement considéré comme le symbole adéquat, voire ultime, du fléau des massacres collectifs, n’est en vérité que le point de départ de la connaissance, un aperçu de la vraie confrontation avec le passé qui reste à faire.

Le fait même que nous sachions quelque chose d’Auschwitz fausse notre compréhension de l’Holocauste: nous connaissons Auschwitz parce qu’il y eut des survivants, et s’il y eut des survivants, c’est qu’Auschwitz était un camp de travail aussi bien qu’une usine de mort. Les survivants étaient largement des juifs d’Europe occidentale, parce que c’est là que ceux-ci étaient généralement envoyés. Après la Seconde Guerre mondiale, les survivants juifs d’Europe occidentale se retrouvèrent libres d’écrire et de publier à leur guise, alors que, pris derrière le rideau de fer, ceux d’Europe orientale ne le pouvaient pas. À l’Ouest, les souvenirs de l’Holocauste ont pu, quoique très lentement, faire leur chemin dans l’écriture de l’histoire et dans la conscience publique.

Cette forme d’histoire des survivants, dont les oeuvres de Primo Levi sont l’exemple le plus célèbre, rend mal la réalité du massacre. Le Journal d’Anne Frank concerne les communautés juives assimilées de l’Europe, les juifs hollandais et allemands, dont la tragédie, si horrible fût-elle, n’est qu’une toute petite partie de l’Holocauste. En 1943-1944, où fut exterminé le gros des juifs d’Europe occidentale, l’Holocauste était largement achevé. Les deux tiers des juifs qui devaient être tués au cours de la guerre étaient déjà morts à la fin de 1942. Les principales victimes, les juifs polonais et soviétiques, avaient été tués par balles au bord de fosses de la mort ou gazés au monoxyde de carbone produit par des moteurs à combustion interne et insufflé dans les chambres à gaz de Treblinka, Belzec et Sobibor, en Pologne occupée.

En tant que symbole de l’Holocauste, Auschwitz exclut ceux qui se trouvèrent au coeur de l’événement historique. Le plus fort contingent de victimes – les juifs polonais orthodoxes et yiddishophones, les Ostjuden, pour employer l’appellation allemande un tantinet méprisante – était culturellement étranger aux Européens de l’Ouest, y compris aux juifs d’Europe occidentale. Dans une certaine mesure, ils demeurent en marge de la mémoire de l’Holocauste. Les usines de la mort d’Auschwitz-Birkenau furent construites sur des territoires qui appartiennent aujourd’hui à la Pologne, mais qui faisaient à l’époque partie du Reich allemand. Les visiteurs associent donc Auschwitz à la Pologne actuelle alors qu’assez peu de juifs polonais y sont morts, et presque aucun juif soviétique. Les deux principaux groupes de victimes sont quasiment absents du symbole mémorial.

Une vision adéquate de l’Holocauste placerait l’opération Reinhardt, le massacre des juifs polonais en 1942, au centre de son histoire. Les juifs polonais étaient la plus forte communauté juive du monde, et Varsovie la première ville juive. Cette communauté fut exterminée à Treblinka, Belzec et Sobibor. Environ 1,5 million de juifs furent exterminés dans ces trois camps, dont près de 780 863 au seul camp de Treblinka. Quelques douzaines de détenus seulement survécurent à ces trois camps de la mort. Troisième site d’extermination de l’Holocauste, après Auschwitz et Treblinka, Belzec est pourtant très mal connu. On compte 434 508 juifs qui périrent dans cette usine de la mort; deux ou trois seulement survécurent. Près d’un million d’autres juifs polonais furent tués par d’autres moyens: certains à Chelmno, Majdanek ou Auschwitz, mais beaucoup plus abattus dans le cadre d’actions menées dans la moitié orientale du pays.

Au total, autant de juifs, sinon davantage, furent tués par balles que par le gaz, mais ils furent exécutés dans des régions de l’Est devenues floues dans la douleur du souvenir. Le second aspect le plus important de l’Holocauste est le massacre par balles en Pologne orientale et en Union soviétique. Il commença en juin 1941 avec la tuerie des hommes par les SS Einsatzgruppen, puis celle des femmes et des enfants en juillet, avant de se transformer en août-septembre en extermination de communautés juives entières. À la fin de 1941, les Allemands, avec des auxiliaires locaux et des troupes roumaines, avaient tué un million de juifs en Union soviétique et dans la Baltique, soit un nombre égal à celui des juifs tués à Auschwitz durant toute la guerre. À la fin de 1942, les Allemands, là encore avec un large concours de la population locale, avaient exécuté 700 000 autres juifs, et les populations juives soviétiques placées sous leur coupe avaient cessé d’exister.

Les victimes des totalitarismes

Il y eut d’excellents témoins et chroniqueurs juifs soviétiques comme Vassili Grossman. Mais à lui comme aux autres, interdiction fut faite de présenter l’Holocauste comme un événement proprement juif. C’est en septembre 1944 que Grossman, en qualité de journaliste, découvrit Treblinka avec l’Armée rouge. Peut-être parce qu’il savait ce que les Allemands avaient fait subir aux juifs dans son Ukraine natale, il put deviner ce qui s’y était passé, et consacra un petit livre au camp, L’Enfer de Treblinka, qu’il plaça au coeur de la guerre et du siècle. Aux yeux de Staline, pourtant, le massacre des juifs se réduisait à la souffrance de "citoyens". Grossman participa à la compilation d’un Livre noir des crimes allemands contre les juifs soviétiques, que les autorités de l’urss décidèrent plus tard d’étouffer. Si un groupe avait plus particulièrement souffert des Allemands, assurait à tort Staline, c’étaient les Russes. En ce sens, le stalinisme nous aura empêchés de voir les massacres de Hitler dans une bonne perspective.

Pour nous résumer, l’ordre de l’Holocauste fut le suivant: opération Reinhardt, Shoah par balles, Auschwitz; ou bien Pologne, Union soviétique et les autres. Sur les quelque 5,7 millions de juifs exterminés, en gros trois millions étaient citoyens polonais avant la guerre, et un autre million citoyens soviétiques, soit 70 % du total. (Après les juifs polonais et soviétiques, les principaux groupes de juifs ciblés furent les Roumains, les Hongrois et les Tchécoslovaques. Si l’on prend ces populations en considération, le caractère est-européen de l’Holocauste devient encore plus clair.)

Reste que même cette image corrigée de l’Holocauste donne une idée inacceptable, tant elle est incomplète, de l’ampleur de la politique allemande de massacres en Europe. La "solution finale", comme l’appelaient les nazis, ne fut initialement qu’un des projets d’extermination à mettre en oeuvre une fois acquise la victoire contre l’Union soviétique. Les choses eussent-elles tourné comme Hitler, Himmler et Göring le prévoyaient que les forces allemandes eussent appliqué un Plan pour affamer l’Union soviétique dans l’hiver 1941-1942. Les produits agricoles de l’Ukraine et de la Russie méridionale étant détournés vers l’Allemagne, environ 30 millions d’habitants du Belarus, de la Russie du Nord et des villes soviétiques étaient promis à la mort. Ce Plan de la faim n’était qu’un prélude au Generalplan Ost, le plan de colonisation de la partie occidentale de l’Union soviétique, qui prévoyait l’élimination de 50 millions d’habitants.

Les Allemands réussirent à mener des politiques qui n’étaient pas sans ressemblance avec ces plans. Ils chassèrent un demi-million de Polonais non juifs des territoires annexés au Reich. Un Himmler impatient ordonna la mise en oeuvre d’une première étape du Generalplan Ost en Pologne orientale: dix mille enfants polonais furent tués, et cent mille adultes expulsés. La Wehrmacht affama délibérément près d’un million de gens lors du siège de Leningrad, et une centaine de milliers d’autres en organisant la famine dans les villes ukrainiennes. Autour de trois millions de soldats soviétiques capturés devaient mourir de faim ou de maladie dans les camps allemands de prisonniers de guerre. Tous furent sciemment tués: comme pour le siège de Leningrad, l’intention de tuer par la faim était présente et notoire. Si l’Holocauste n’avait pas eu lieu, on s’en souviendrait comme du pire crime de guerre de l’histoire moderne.

Sous couvert d’actions contre les partisans, les Allemands tuèrent peut-être 750 000 personnes: près de 350 000 au seul Belarus, et des effectifs plus faibles mais comparables en Pologne et en Yougoslavie. Les Allemands tuèrent encore plus de 100 000 Polonais en écrasant l’insurrection de Varsovie en 1944. Sans l’Holocauste, on se rappellerait de ces "représailles" comme de l’un des plus grands crimes de guerre de l’histoire. En fait, en dehors des pays directement concernés, c’est à peine si l’on s’en souvient, tout comme des prisonniers de guerre soviétiques condamnés à mourir de faim. La politique d’occupation allemande trouva aussi d’autres façons de tuer des civils non juifs, notamment par les travaux forcés dans les camps de prisonniers. Là encore, les victimes étaient essentiellement originaires de Pologne ou d’Union soviétique.

Les Allemands tuèrent un peu plus de dix millions de civils dans leurs grandes opérations de tuerie: pour moitié des juifs, pour moitié des non-juifs. Juifs ou non, la plupart venaient de la même partie de l’Europe. Le projet de tuer tous les juifs fut largement réalisé; celui de détruire les populations slaves ne fut que très partiellement mis en oeuvre.

Auschwitz n’est qu’une introduction à l’Holocauste, et l’Holocauste qu’un aperçu des objectifs ultimes de Hitler. Les romans de Grossman, Tout passe et Vie et destin, relatent avec audace la terreur tant nazie que soviétique, et nous rappellent que même une caractérisation exhaustive de la politique allemande de tuerie collective n’épuise pas l’histoire des atrocités en Europe au milieu du siècle. Elle omet l’État que Hitler avait juré de détruire, l’autre État qui tua massivement des Européens au milieu du siècle: l’Union soviétique. Au cours de la période stalinienne, entre 1928 et 1953, le régime soviétique, suivant les estimations les plus prudentes, tua plus de cinq millions d’Européens. Quand on songe au nombre total de civils européens tués par les puissances totalitaires au milieu du XXe siècle, il ne faut pas perdre de vue trois groupes de taille à peu près égale: les juifs tués par les Allemands, les non-juifs tués par les Allemands, et les citoyens soviétiques tués par l’État soviétique. Dans l’ensemble, le régime allemand tua des civils qui n’étaient pas citoyens allemands, tandis que le régime soviétique tua surtout des civils qui étaient des citoyens soviétiques.

Au-delà du goulag et d’Auschwitz

On identifie les répressions soviétiques au goulag, comme les répressions nazies à Auschwitz. Le goulag, malgré les horreurs du travail servile, n’était pas un système d’extermination massive. Si nous admettons que le massacre de civils est au centre des préoccupations politiques, éthiques et juridiques, la même observation historique vaut pour Auschwitz et le goulag. Nous connaissons le goulag parce que ce fut un système de camps de travail, non pas un ensemble d’usines à tuer. Le goulag devait détenir autour de trente millions de prisonniers et abrégea la vie de quelque trois millions d’entre eux. Mais l’immense majorité de ceux qui furent envoyés dans les camps en sortirent vivants. Précisément parce que nous disposons d’une littérature sur le goulag, à commencer par L’Archipel du goulag d’Alexandre Soljenitsyne, nous pouvons essayer d’en imaginer les horreurs, autant que nous pouvons essayer d’imaginer celles d’Auschwitz.

Pourtant, de même qu’Auschwitz détourne l’attention des horreurs plus grandes encore de Treblinka, le goulag nous détourne des politiques soviétiques qui tuèrent directement et à dessein, par la famine ou par balles. Les deux formes de tuerie staliniennes les plus importantes furent les famines liées à la collectivisation des années 1930-1933 et la Grande Terreur de 1937-1938. On ne sait pas très bien si la famine kazakhe de 1930-1932 fut intentionnelle, mais il est clair que plus d’un million de Kazakhs moururent de faim. Il n’est plus raisonnablement permis de douter que Staline ait à dessein condamné les Ukrainiens à mourir de faim dans l’hiver 1932-1933. Les archives soviétiques révèlent toute une série d’ordres donnés d’octobre à décembre 1932 dont l’intention est clairement de tuer. Au total, plus de trois millions d’Ukrainiens soviétiques devaient trouver la mort.

Ce que nous lisons sur la Grande Terreur nous détourne de sa véritable nature. Le grand roman et le grand livre de Mémoires sont Le Zéro et l’Infini d’Arthur Koestler et L’Accusé d’Alexandre Weissberg. Tous deux attirent l’attention sur un petit groupe de victimes de Staline: les chefs communistes des villes, des gens cultivés, parfois connus en Occident. Cette image domine ce que nous comprenons de la Grande Terreur, mais elle est fausse. Au total, les purges des élites du parti communiste, de la police de sécurité et des officiers n’ont pas fait plus de 47 737 morts.

La plus grosse action de la Grande Terreur, l’opération 00447, visait essentiellement les "koulaks", c’est-à-dire les paysans déjà opprimés au cours de la collectivisation. Elle fit 386 798 morts. Quelques minorités nationales, au total moins de 2 % de la population soviétique, représentent plus du tiers des victimes de la Grande Terreur. Par exemple, une opération visant les citoyens soviétiques de souche polonaise se solda par 111 091 morts. Sur les 681 692 exécutions pour crimes politiques en 1937-1938, l’opération contre les koulaks et les opérations nationales en expliquent 633 955, soit plus de 90 % du total. Toutes les victimes furent exécutées en secret, inhumées dans des fosses et oubliées.

À mettre l’accent sur Auschwitz et le goulag, on sous-estime le nombre d’Européens tués, et l’on déplace le centre géographique de la tuerie vers le Reich allemand et l’est de la Russie. Comme Auschwitz, qui attire notre attention sur les victimes ouest-européennes de l’Empire nazi, le goulag, avec ses tristement célèbres camps de Sibérie, nous détourne aussi du coeur géographique des politiques meurtrières des Soviétiques. Si nous nous concentrons sur Auschwitz et le goulag, nous perdons de vue qu’en l’espace de douze ans, entre 1933 et 1944, environ douze millions de victimes des massacres nazis et soviétiques ont péri dans une région particulière de l’Europe, qui correspond plus ou moins au territoire actuel du Belarus, de l’Ukraine, de la Pologne, de la Lituanie et de la Lettonie. Plus généralement, quand nous pensons à Auschwitz et au goulag, nous avons tendance à envisager les États qui les ont construits comme des systèmes, des tyrannies modernes, ou des États totalitaires. Or cette prise en compte de ce qui se pensait et décidait à Berlin et à Moscou a tendance à faire oublier que les tueries de masse se sont produites majoritairement dans des parties de l’Europe situées entre l’Allemagne et la Russie, non pas en Allemagne et en Russie mêmes.

Le centre géographique, moral et politique de l’Europe du carnage est l’Europe de l’Est, avant tout le Belarus, l’Ukraine, la Pologne et les États baltes, durablement soumis aux atrocités perpétrées par les deux régimes. Si les populations ukrainiennes et bélarusses, avant tout les juifs mais pas uniquement, sont celles qui ont le plus souffert, ces deux pays faisaient partie de l’Union soviétique dans les terribles années 1930 et ont subi les pires répressions allemandes au cours des années 1940. Si l’Europe, suivant le mot de Mark Mazower, fut un continent de ténèbres, l’Ukraine et le Belarus furent le coeur des ténèbres.

Les calculs historiques que l’on peut considérer comme objectifs, le dénombrement des victimes des tueries de masse, pourraient aider à rétablir un certain équilibre historique perdu. Si terribles qu’elles aient été par leur ampleur, les souffrances allemandes sous Hitler et au cours de la guerre ne figurent pas au coeur de l’histoire du carnage. Même si l’on tient compte des Alle¬mands de souche tués alors qu’ils fuyaient l’Armée rouge, au moment de leur expulsion de Pologne et de Tchécoslovaquie en 1945-1947 et dans les bombardements en Allemagne, le nombre total de civils allemands tués par l’État demeure relativement faible. L’expulsion des Allemands d’Europe orientale [1]

Les principales victimes des politiques d’extermination directe parmi les citoyens allemands furent les 70 000 patients "euthanasiés" et les 165 000 juifs allemands. Les principales victimes allemandes de Staline demeurent les femmes violées par l’Armée rouge et les prisonniers de guerre détenus en Union soviétique. Quelque 363 000 prisonniers allemands devaient mourir de faim et de maladie au cours de leur captivité en URSS; tel fut aussi le sort de 200 000 Hongrois, peut-être. À une époque où la résistance allemande à Hitler retient l’attention des médias, il est bon de rappeler que quelques-uns des participants à l’attentat de juillet 1944 contre Hitler étaient au coeur de la politique de massacre: Arthur Nebe, par exemple, qui commanda l’Einsatzgruppe B dans les champs de tuerie du Belarus en 1941, lors de la première vague de l’Holocauste; ou Eduard Wagner, l’intendant général de la Wehrmacht, qui dans une lettre joyeuse à son épouse évoquait la nécessité d’affamer les millions d’habitants de Leningrad.

Belarus, Ukraine, Pologne

Il est difficile d’oublier Anna Akhmatova: "Elle aime le sang, la terre russe." Mais le martyre et l’héroïsme russes, aujourd’hui bruyamment proclamés dans la Russie de Poutine, doivent être replacés dans un contexte historique plus large. Les Russes soviétiques, comme les autres citoyens soviétiques, ont bel et bien été victimes de la politique stalinienne; mais ils risquaient beaucoup moins de se faire tuer que les Ukrainiens ou les Polonais soviétiques, ou les membres d’autres minorités nationales. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, diverses actions de terreur furent étendues à la Pologne orientale et aux États baltes, dans des territoires absorbés par l’Union soviétique. Le cas le plus connu est celui des 22 000 Polonais exécutés en 1940 à Katyn et sur quatre autres sites; dix mille autres Polonais et Baltes trouvèrent la mort pendant ou peu après les déportations vers le Kazakhstan et la Sibérie. Les Allemands tuèrent quantité de Russes soviétiques au cours de la guerre, mais proportionnellement bien moins que de Bélarusses et d’Ukrainiens, pour ne rien dire des juifs. On estime à près de 15 millions le nombre de morts parmi les civils soviétiques. Autour d’un civil sur vingt-cinq fut victime des Allemands au cours de la guerre en Russie, contre près d’un sur dix en Ukraine (ou en Pologne), et d’un sur cinq au Belarus.

Le Belarus et l’Ukraine furent occupés pendant une bonne partie de la guerre, les armées allemandes aussi bien que soviétiques traversant à deux reprises leur territoire, dans l’attaque et dans la retraite. Les armées allemandes n’occupèrent jamais qu’une petite portion de la Russie proprement dite, et pour des périodes plus courtes. Même en tenant compte du siège de Leningrad et de la destruction de Stalingrad, le bilan prélevé parmi les civils russes fut beaucoup moins lourd que parmi les Bélarusses, les Ukrainiens et les juifs. Les Russes gonflent les chiffres de leurs morts en considérant le Belarus et l’Ukraine comme la Russie, et les juifs, les Bélarusses et les Ukrainiens comme des Russes: c’est là une forme d’impérialisme du martyre, une manière de revendiquer implicitement le territoire en revendiquant explicitement les victimes. Telle sera probablement la ligne adoptée par la nouvelle commission historique nommée par le président Dmitri Medvedev pour empêcher les "falsifications" du passé russe. En vertu d’un projet de loi actuellement débattu en Russie, des propos comme ceux de ce paragraphe constitueraient un délit.

Les responsables politiques ukrainiens contrecarrent cette monopolisation russe des souffrances communes et réagissent aux stéréotypes ouest-européens qui font des Ukrainiens des collaborateurs de l’Holocauste, en mettant en avant leur propre récit de souffrance, à savoir que Staline a fait délibérément mourir de faim des millions d’entre eux. Le président Viktor Iouchtchenko a rendu un très mauvais service à son pays en revendiquant dix millions de morts, exagérant ainsi d’un facteur trois le nombre d’Ukrainiens tués; mais il est vrai que la famine des années 1932-1933 a été le fruit de décisions politiques mûrement réfléchies, et a fait près de trois millions de morts. L’Holocauste excepté, les famines de la collectivisation furent la plus grande catastrophe politique du xxe siècle européen. La collectivisation n’en demeura pas moins l’élément central du modèle de développement soviétique, avant d’être copié par le régime communiste chinois, avec des conséquences prévisibles: les dizaines de millions de morts de faim du "grand bond en avant" de Mao.

L’intérêt pour l’Ukraine comme source de vivres était commun à Hitler et à Staline. Tous deux désiraient contrôler et exploiter le grenier ukrainien, et tous deux provoquèrent des famines politiques: Staline dans l’ensemble du pays; Hitler dans les villes et les camps de prisonniers de guerre. Quelques-uns des prisonniers ukrainiens qui souffrirent de la faim dans ces camps avaient survécu à la famine de 1933. Entre parenthèses, la politique allemande de famine est partiellement responsable de l’idée que les Ukrainiens furent des collaborateurs empressés de l’Holocauste. Les collaborateurs ukrainiens les plus connus sont les gardiens des camps de la mort à Treblinka, Belzec et Sobibor. Ce dont on se souvient rarement, c’est que les Allemands recrutèrent le premier encadrement de ces hommes, des soldats soviétiques capturés, dans leurs propres camps de prisonniers de guerre. Ils en sauvèrent quelques-uns de la famine de masse, grand crime de l’Est, pour les amener à collaborer à un autre, l’Holocauste.

L’histoire de la Pologne est la source d’une confusion sans fin. Elle fut attaquée et occupée non pas par un, mais par les deux États totalitaires entre 1939 et 1941, tandis que l’Alle¬magne nazie et l’Union soviétique, alors alliées, exploitèrent ses territoires et exterminèrent une bonne partie de son intelligentsia. La capitale polonaise fut le lieu non pas d’un, mais de deux grands soulèvements contre la puissance allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale: le soulèvement du ghetto juif de Varsovie en 1943, après quoi le ghetto fut rasé; et l’insurrection de Varsovie, déclenchée par l’armée intérieure polonaise en 1944, et après laquelle le reste de la ville fut détruit. En août 1994 comme en 1999 et en 2004, lors de tous les récents anniversaires quinquennaux de l’insurrection de 1944, les médias allemands ont confondu ces deux exemples centraux de résistance et de massacres. Le même scénario se reproduira en août 2009.

L’épicentre du carnage

Si un pays européen paraît déplacé dans l’Europe actuelle, échoué dans une autre période historique, c’est bien le Belarus sous la dictature d’Alexandre Loukachenko. Ce dernier préfère ignorer les champs de tuerie soviétiques de son pays, au point de vouloir faire passer une route sur les charniers de Kurapaty, mais par certains côtés il se souvient mieux de l’histoire européenne que ses détracteurs. En affamant les prisonniers de guerre soviétiques, en exécutant et en gazant les juifs, en abattant des civils dans le cadre d’actions contre les partisans, les forces allemandes firent du Belarus le pays le plus meurtrier du monde entre 1941 et 1944. La moitié de la population du Belarus soviétique fut tuée ou déplacée de force au cours de la Seconde Guerre mondiale: on ne saurait en dire autant d’aucun autre pays européen.

Les souvenirs bélarusses de cette expérience, cultivés par l’actuelle dictature, expliquent pour une part la méfiance que suscitent les initiatives occidentales. Mais les Européens de l’Ouest seraient généralement surpris d’apprendre que le Belarus fut à la fois l’épicentre du carnage européen et la base des opérations menées par les partisans antinazis qui ont concouru à la victoire des Alliés. Qu’un tel pays puisse être entièrement chassé de la mémoire européenne ne laisse pas d’étonner. Son absence des discussions du passé est le signe le plus clair de la différence entre mémoire et histoire.

Tout aussi dérangeante est l’absence de l’économie. Bien que l’histoire des massacres soit amplement liée à des calculs économiques, la mémoire évite tout ce qui pourrait faire paraître un meurtre rationnel. L’Allemagne nazie et l’Union soviétique suivirent toutes deux la voie de l’autosuffisance économique, l’Allemagne voulant équilibrer l’industrie par une utopie agraire à l’Est quand l’URSS cherchait à rattraper son arriération agraire par une industrialisation et une urbanisation rapides. Les deux régimes aspiraient à l’autarcie économique dans un vaste empire, ce qui les amena l’un et l’autre à vouloir contrôler l’Europe orientale. Tous deux voyaient dans l’État polonais une aberration historique, tandis que l’Ukraine et la richesse de ses terres leur étaient indispensables. Chaque régime cibla des groupes différents traités en ennemis de leurs desseins, mais le projet allemand d’exterminer tous les juifs n’a pas d’équivalent dans la politique soviétique, tous objectifs confondus. Ce qui est crucial, c’est que l’idéologie qui légitima les massacres était aussi une vision du développement économique. Dans un monde de rareté, notamment de denrées alimentaires, les deux régimes intégrèrent les massacres à leur planification économique.

Ils le firent de façons qui nous paraissent effarantes et obscènes aujourd’hui, mais qui étaient suffisamment plausibles pour motiver des foules de croyants à l’époque. La nourriture a cessé d’être rare, tout au moins à l’Ouest; mais d’autres ressources le sont, ou le seront bientôt. Le xxie siècle connaîtra des pénuries d’eau potable, d’air pur et d’énergie abordable. Les changements climatiques pourraient réveiller le spectre de la faim.

***

S’il est une leçon politique générale à tirer de l’histoire des massacres, c’est qu’il faut se méfier de ce que l’on pourrait appeler le "développement privilégié": les efforts des États pour accomplir une forme d’expansion économique qui désigne les victimes et justifie la prospérité par la mortalité. On ne saurait exclure la possibilité que le meurtre d’un groupe puisse bénéficier à un autre, ou tout au moins soit ainsi perçu. L’Europe a été témoin de cette forme de politique et pourrait bien l’être à nouveau. La seule réponse appropriée est un engagement éthique pour l’individu, en sorte qu’il compte dans la vie plutôt que dans la mort, et que des entreprises de ce genre deviennent impensables.

L’Europe actuelle est précisément remarquable dans sa façon d’unir la prospérité à la justice sociale et aux droits de l’homme. Probablement plus qu’aucune autre partie du monde, elle est immunisée, du moins pour l’heure, contre cette forme de poursuite instrumentale implacable de la croissance économique. Mais la mémoire a pris d’étranges libertés avec l’histoire, à une époque où l’histoire est plus nécessaire que jamais. Le proche avenir du reste du monde pourrait bien ressembler au passé récent de l’Europe. Une raison de plus de veiller à ce que les comptes soient justes.

Cet article est la reprise d©ˆun discours prononcé à la conférence Eurozine, "Histoires européennes", qui s©ˆest tenue à Vilnius du 8 au 11 mai 2009 . Il a d©ˆabord été publié en anglais dans The New York Review of Books du 16 juillet 2009.

* [1] L’immense majorité des quelque 12 millions d’Allemands qui fuirent ou furent chassés d’Europe orientale à la fin de la guerre venait de Tchécoslovaquie (3,5 millions) ou de Pologne (7,8 millions). Dans ce second groupe, la plupart venaient de terres prises au Reich vaincu et attribuées à la Pologne par les Alliés. Une moitié environ de ces 12 millions fuit; l’autre moitié fut déportée, même si une division tranchée est impossible, puisqu’une partie des fugitifs devaient revenir plus tard et être à leur tour déportés.Fin 1944-début 1945, quelque six millions d’Allemands fuirent devant l’Armée rouge: 600 000 y perdirent la vie, pour la plupart à cette époque. Beaucoup se trouvèrent simplement pris entre les deux armées; d’autres furent délibérément massacrés par les troupes soviétiques ou moururent dans des camps soviétiques. Certains meurtres sont aussi imputables à des Tchèques ou à des Polonais. Hitler partage la responsabilité de ces morts puisque les autorités allemandes négligèrent d’organiser les évacuations quand il en était encore temps. La déportation d’Allemands après la guerre, conséquence directe de la guerre de Hitler, était un projet commun des Tchèques, des Polonais, des Soviétiques, des Britanniques et des Américains. Au cours de la guerre, les dirigeants en exil de la Pologne et de la Tchécoslovaquie occupées exprimèrent le désir de limiter leur population allemande, et les Alliés acceptèrent le principe d’un déplacement des Allemands après la victoire. Winston Churchill recommanda un "bon coup de balai", et le plan officiel du Conseil de contrôle allié prévoyait le transfert de six millions d’Allemands. Staline, mais aussi Churchill et Roosevelt donnèrent leur feu vert au gouvernement tchécoslovaque (non communiste) pour expulser ses Allemands. La Pologne était sous contrôle soviétique, mais n’importe quel gouvernement polonais aurait chassé les Allemands. Les communistes polonais acceptèrent la proposition stalinienne d’un déplacement à l’ouest de la Pologne, amenant ainsi à chasser plus d’Allemands que les responsables démocrates polonais ne l’auraient voulu. (Cela impliqua aussi la déportation de Polonais de la moitié orientale de la Pologne d’avant guerre, annexée par les Soviétiques. Près d’un million de ces Polonais évacués colonisèrent les terres dont les Allemands furent chassés.) De mai à décembre 1945, les autorités polonaises et tchécoslovaques refoulèrent de leur territoire près de deux millions d’Allemands. À compter de janvier 1946, elles continuèrent de contraindre les Allemands au départ, tandis que les forces britanniques, soviétiques et américaines organisaient leur accueil dans leurs zones d’occupation en Allemagne. En 1946-1947, les Soviétiques en reçurent un peu plus de deux millions, les Britanniques 1,2 et les Américains 1,4. Les déportations se poursuivirent à un rythme plus lent par la suite. La responsabilité des expulsions est collective. Elles furent l’occasion de traitements abominables, mais la mortalité des civils allemands – 600 000 morts sur 12 millions – est relativement faible en comparaison des autres épisodes évoqués ici. Pris à la fin d’une terrible guerre livrée en leur nom, alors que les Alliés étaient d’accord pour changer les frontières et les déporter, ces Allemands ne furent pas victimes d’une politique stalinienne meurtrière comparable à la Terreur ou à la famine.

Original in English
Translation by Pierre-Emmanuel Dauzat
First published in The New York Review of Books, July 16, 2009 (English version); Le Débat 158 (2010) (French version)

© Timothy Snyder / Le Débat
© Eurozine


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